Rapport Femmes et Climat
ROYAL, Ségolène
Auteur moral
Auteur secondaire
Résumé
Le présent rapport sur le genre a été réalisé dans le cadre de la COP21, conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. En parallèle, deux autres rapports distincts ont été réalisés : l'Initiative africaine pour les énergies renouvelables, lancée par les chefs d'Etat africains ; la sécurité et le climat.
Editeur
Ministère de l'environnement de l'énergie et de la mer
Descripteur Urbamet
climat
;changement climatique
;femme
;GENRE
Descripteur écoplanete
Thème
Ressources - Nuisances
;Sciences humaines
Texte intégral
SÉGOLÈNE ROYAL
PRÉSIDENTE DE LA COP21
RAPPORT
FEMMES ET CLIMAT
Novembre 2016
2
Avant-propos
En tant que Présidente de la COP21, Ségolène Royal a souhaité apporter une
impulsion politique à trois enjeux prioritaires pour l?action climatique.
En avril 2016, elle a pris l?initiative de lancer la préparation de trois rapports
distincts : sur l?Initiative africaine pour les énergies renouvelables, sur la sécurité
et le climat, et enfin, sur les femmes et le climat.
Ces rapports ont été élaborés dans un esprit de concertation et de recherche de
synergies avec les travaux déjà menés sur ces questions. En préparation du
présent rapport sur le genre, une réunion de travail a rassemblé en avril 2016 les
acteurs engagés sur la question : le ministère de l?Environnement, de l?Énergie et
de la Mer, le ministère des Affaires étrangères et du Développement international,
le ministère des Familles, de l?Enfance et des Droits des femmes, le Haut Conseil
à l?Égalité entre les femmes et les hommes, l?ONG Women in Europe for a
common future (WECF), les ONG Care, Enda Europe et Adéquations au titre de la
plateforme française genre et développement, l?OCDE.
Le 20 avril 2016, à New York, la présidente de la COP21 a contribué à un Panel
de haut niveau sur les femmes lors du forum L?Afrique que nous voulons, organisé
par l?Union africaine en marge de la cérémonie de signature de l?Accord de Paris.
Elle y a annoncé six propositions concrètes pour promouvoir l?égalité des genres
dans nos politiques de lutte contre le dérèglement climatique. Ces propositions
sont reprises, étayées et complétées dans le présent rapport.
3
SOMMAIRE
1. De la COP21 à la COP22
2. Pourquoi l?enjeu du genre est-il décisif ?
A. Des inégalités accrues par le changement climatique
B. Une combativité éprouvée
C. L?efficacité des politiques genrées
D. La convergence des agendas internationaux
E. Des moyens qui restent insuffisants
3. Le genre dans les négociations internationales sur le climat : une
sensibilisation et une mobilisation accrues depuis quelques années
A. Avant la COP21
B. Depuis la COP21
4. Le genre dans les NDC et dans l?Accord de Paris
A. Les contributions nationales
B. L?Accord de Paris
5. Les pistes d?action proposées par Ségolène Royal, Présidente de la
COP21
? 6 axes - 25 propositions
1. Atténuer les émissions de gaz à effet de serre, s?adapter et transférer les
technologies
2. Financer l?action
3. Poursuivre la recherche et évaluer l?action mise en oeuvre
4. Adopter un second programme de travail sous l?égide de la CCNUCC
5. Intégrer une approche genre au sein de l?Agenda de l?action avant 2020
6. Renforcer la sensibilisation
ANNEXE - Le changement climatique et les inégalités de genre : qu?en disent
les scientifiques ?
4
1. De la COP21 à la COP22
? L?Accord de Paris a été adopté le 12 décembre 2015. Sa signature par plus
de 170 pays le 22 avril dernier montre que l?engagement des États pour la
lutte contre le changement climatique reste entier. Forts de cet élan, nous
devons bâtir sur cette mobilisation politique et accélérer notre action
collective.
? Sans attendre l?entrée en vigueur de l?Accord de Paris en 2020, il nous faut
dès maintenant nous engager sur la voie d?une économie bas-carbone et
renforcer la résilience des populations comme des territoires. Ce défi est à
la fois politique, économique, environnemental et social. L?égalité de genre
est l?un des atouts majeurs de toute politique de lutte contre le
réchauffement climatique.
? Il en va du respect des droits des femmes, de leur autonomisation
comme de l?efficacité des politiques climat déployées par tous les
acteurs, à toutes les échelles de territoire.
? Malgré une sensibilisation qui va croissant depuis quelques années,
l?égalité de genre n?est encore que trop rarement une réalité. Les
dérèglements climatiques accentuent les inégalités alors même que les
femmes devraient être davantage mobilisées pour construire ce cercle
vertueux du développement durable.
? Dans cette logique, ce rapport est une initiative volontaire de la
présidente de la COP 21 pour proposer des pistes d?action à intégrer
dans nos efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre,
d?adaptation, mais aussi de financement, de transfert de technologies et de
renforcement de capacité.
? Le rapport s?appuie sur les réflexions et les débats de nombreux acteurs de
la société civile et d?États engagés pour l?égalité entre les femmes et les
hommes. Présenté entre la COP21 et la COP22, il mettra en lumière cet
enjeu décisif du développement durable pour conduire à des décisions
rapides, comme notamment la reconduction d?un programme de
travail de la Convention Climat sur le genre lors de la COP22.
5
2. Pourquoi l?enjeu du genre est-il décisif ?
A. Des inégalités accrues par le changement climatique
? Les femmes sont en première ligne face aux impacts du changement
climatique. Si toute l?humanité est menacée, les populations pauvres
sont les plus vulnérables face aux effets du dérèglement. Or, les
femmes constituent 70 % des 1,2 milliard de personnes qui ont un
revenu inférieur à un dollar par jour1. Elles sont les premières
touchées.
? En 2014, le cinquième rapport du Groupe d?experts intergouvernemental
sur l?évolution du climat (GIEC) établit clairement que les inégalités de
genre existantes sont accrues par les risques liés au climat2. Le
dérèglement climatique agit en effet comme un multiplicateur de
contraintes quotidiennes pour les femmes.
? Dans de nombreuses régions, c?est à elles qu?incombe la tâche de
fournir vivres, eau et combustible à leur famille. Les effets du
dérèglement sur la fertilité des sols, sur les ressources en eau, et
donc sur la sécurité alimentaire des populations des pays en
développement, exercent une pression plus forte sur les femmes.
Ces contraintes supplémentaires provoquent une surcharge de
travail pour les ménages, qui aboutit souvent à une déscolarisation
précoce des jeunes filles. Sécheresses, désertification, inondations
sont aussi autant de menaces sur les activités agricoles dont les
femmes ont majoritairement la charge, elles qui produisent dans
certains pays jusqu?à 80 % de l?alimentation.
? Dans le monde, l?agriculteur est d?abord une agricultrice dont le
pouvoir économique est limité par un moindre accès à la propriété
foncière et par un moindre accès aux prêts bancaires.
Le changement climatique produit des impacts genrési sur la répartition des rôles
sociaux, les risques professionnels, mais aussi la vulnérabilité et la mortalité liées
aux risques climatiques.
B. Une combativité éprouvée
? Sur le terrain, les femmes, en dépit des discriminations qui les
fragilisent, sont souvent combatives, inventives, créatives, allant
1 Banque mondiale, Rapport sur le développement dans le monde, Égalité des genres et
développement,2012
2 Olsson, L., M. Opondo, P. Tschakert, A. Agrawal, S.H. Eriksen, S. Ma, L.N. Perch, and S.A.
Zakieldeen,2014:
Livelihoodsandpoverty. In:ClimateChange2014: Impacts,Adaptation,andVulnerability.PartA:
Global and Sectoral Aspects. Contribution ofWorking Group II to the Fifth Assessment Report of the
IntergovernmentalPanelonClimateChange
6
chercher au plus profond d?elles-mêmes des sursauts de vie, en priorité
pour leur famille et leurs communautés.
? Vandana Shiva, directrice de la Fondation de la Recherche pour la
science, les technologies et les ressources naturelles, fondatrice du
mouvement Navdanya, défend, d?expérience, le rôle déterminant des
femmes dans les mobilisations écologiques, climatiques et sociales,
reconnaissant que celles-ci appartiennent davantage à l?économie
de l?empathie et de la sauvegarde qu?à celle de la prédation et de la
domination. Elle s?appuie sur de nombreux exemples, comme celui
de femmes indiennes vivant en pleine forêt, illettrées et méprisées,
qui ont lancé le mouvement Chipko contre l?abattage des arbres, en
enlaçant leurs troncs pour les protéger.
C. L?efficacité des politiques genrées
? Les études montrent que prendre en compte le genre dans les politiques
de développement, de transports, de gestion durable des forêts, de
l?eau, des énergies renouvelables ou encore d?électrification rurale, en
renforce l?impact et accroit les cobénéfices socio-économiques de ces
politiques.
? Agir pour les femmes et pour l?égalité, c?est accélérer la lutte
contre le changement climatique. Avoir des femmes en capacité de
pouvoir et de prise de décision entraîne une mise en oeuvre plus
efficace et durable des stratégies liées, par exemple, à l?utilisation des
ressources naturelles, à la croissance économique et au transfert de
technologies3.
? L?Organisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture a
montré que si les femmes avaient le même accès que les hommes
aux ressources productives, elles augmenteraient leur production
agricole de 20 à 30 % et permettraient de nourrir 150 millions de
personnes supplémentaires.
? Les femmes sont également plus averses au risque dès lors qu?il
s?agit d?avoir recours à des technologies qui peuvent avoir un impact
négatif sur l?environnement et la société4.
L?implication égale des femmes et des hommes, la mobilisation de tous les êtres
humains sont indispensables pour lutter efficacement contre le changement
climatique, construire un développement durable et faire progresser les Droits de
l?hommeii.
3 GEF,2014
4 UnitedNationsEntityforGenderEqualityandtheEmpowermentofWomen,UNWomen,2015
7
D. La convergence des agendas internationaux
? L?adoption, la même année 2015 :
o du programme d?action d?Addis-Abeba issu de la troisième
conférence internationale sur le financement du
développement,
o des objectifs du développement durable,
o de l?Accord de Paris sur le climat
marque une étape importante vers la convergence de ces enjeux de
développement durable. Le genre y est un objectif transversal.
Les objectifs du développement durable proposent une
approche intégrée du genre en la déclinant par objectif. Le
cinquième objectif du développement durable y est dédié : il vise à
parvenir à l?égalité entre les sexes et à l?autonomie de toutes les
femmes et filles. Parmi les autres objectifs, le treizième consacré aux
mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques et
leurs répercussions contient une cible sur la promotion des
mécanismes de renforcement des capacités pour se doter de
moyens efficaces de planification et de gestion en mettant
notamment l?accent sur les femmes.
? Pour atteindre ces objectifs, il est essentiel d?intégrer une approche
genre dans toutes les politiques d?atténuation et d?adaptation
au dérèglement climatique et de ne pas cantonner le sujet à un
secteur spécifique. C?est l?esprit du préambule de l?Accord de Paris
sur le climatiii.
? Cette approche constitue un tournant. Elle englobe l?ensemble des
politiques et fait de l?intégration du genre non plus une contrainte
mais un moteur de la résilience et de la transition énergétique.
Loin de la construction des femmes comme victimes qui met l?accent
sur leur vulnérabilité plutôt que sur leur pouvoir5, c?est une approche
résolument tournée vers les solutions et vers le rôle moteur que
jouent les femmes pour une société plus durable et plus juste.
5 MacGregor, 2010; Manzo, 2010; Arora-Jonsson, 2011
8
L?exemple du Plan national d?adaptation indonésien
Adopté en 2014, le plan indonésien met en oeuvre cette approche transversale sur
l?adaptation et l?égalité de genre. Huit ministères indonésiens sont impliqués. Il
s?agit des ministères de la santé, des affaires sociales, de l?agriculture, du travail
et de la migration, de l?environnement, des travaux publics, de la marine et de la
pêche, et de l?autonomisation des femmes. En 2015, le ministère de
l?autonomisation des femmes et de la protection de l?enfance a développé des
lignes directrices pour que les gouvernements locaux intègrent l?autonomisation
des femmes dans les plans de résilience, les plans de développement à moyen
terme et les budgets annuels. Cela signifie concrètement le développement
d?indicateurs sensibles au genre pour évaluer le risque climatique, la prise en
compte d?une approche genre dans la formulation des mesures d?adaptation,
l?application d?une analyse genre dans la formulation des programmes de
développement et l?intégration de postes dédiés au genre dans les budgets locaux
pour l?adaptation.
Parmi les défis identifiés figurent la coordination entre agences de mise en oeuvre,
la perception des rôles et des opportunités offertes aux femmes face aux risques
de vulnérabilité, l?accès aux financements, la formation locale, le suivi et
l?évaluation des programmes et le manque de capacités des gouvernements
locaux.
Source : Soumission de l?Indonésie sur le genre et le changement climatique, au
Secrétariat de la Convention Climat, Mars 2016
http://www4.unfccc.int/submissions/SitePages/sessions.aspx?showOnlyCurrentCa
lls=1&populateData=1&expectedsubmissionfrom=Parties&focalBodies=SBI
E. Des moyens qui restent insuffisants
? Un important travail de mesure des disparités et de production de données
dans le champ des politiques climat, d?orientation des politiques publiques
dans le cadre de la mise en oeuvre des contributions nationales et d?une
sensibilisation continue au plus haut niveau est aujourd?hui nécessaire. En
parallèle, du côté du terrain, l?obstacle majeur à un plus large
déploiement des plans climat intégrant le genre est le manque d?accès
aux financements. Selon l?important rapport produit par l?IUCN et l?Alliance
globale genre et climat « Roots for the future », seuls 0,01 % des
financements internationaux soutiennent des projets qui intègrent à la
fois le climat et les droits des femmes en 20156.
6 RootsfortheFuture,IUCN,GGCA,2015,p333,
https://portals.iucn.org/library/sites/library/files/documents/2015?039.pdf
9
3. Le genre dans les négociations internationales sur le
climat : une sensibilisation et une mobilisation accrues
depuis quelques années
A. Avant la COP21
? Signée en 1992, la convention-cadre des Nations unies sur les
changements climatiques (CCNUCC) est la seule des trois conventions de
Rio à ne pas reconnaître l?égalité entre les sexes et la situation socialement
construite des femmes. La conscience de cet enjeu majeur s?est
développée tardivement et coïncide avec une plus grande porosité entre les
différentes négociations multilatérales en cours.
? La reconnaissance croissante de la nécessité d?une approche intégrée du
genre a permis de mettre le sujet sur la table de plusieurs négociations en
dehors du cadre strict de la déclaration et du plan d?action de Pékin en
1995.
Créée en 2010, ONU-Femmes, l?entité des Nations unies pour l?égalité des
sexes et l?autonomisation des femmes,oeuvre pour des interactions plus
grandes entre les agendas politiques, économiques et environnementaux.
? Une montée en puissance progressive
? Le premier pas est franchi à Marrakech en 2001 lors de la COP7
lorsque les Parties adoptent deux décisions concernant l?égalité de
genre et la participation des femmes.
? En 2009, le groupe Femmes et Genre est constitué comme
observateur auprès de la convention climat.
? En 2011, la Troika+ des femmes leaders sur le genre et le
changement climatique est créée lors de la COP16 à Cancun, à
l?initiative du Mexique et de la Fondation Mary Robinson pour la
justice climatique. Réseau de décideurs politiques engagés, la
première troïka réunit les présidentes de la COP15 (Connie
Hedegaard, Danemark), de la COP16 (Patricia Espinosa, Mexique)
et de la COP17 (Maite Nkoana-Mashabane, Afrique du Sud).
? Depuis la COP18 à Doha en 2012, une journée genre est organisée
au cours de chaque COP, qui fédère les nombreux événements
parallèles organisés sur ces questions. Depuis cette date, le genre
est également un point permanent à l?ordre du jour de l?organe
subsidiaire de mise en oeuvre (SBI) de la Convention.
? Mary Robinson, ancienne présidente de la République d?Irlande,
présidente de la Fondation pour la justice climatique, constatait lors
de la COP20 de 2014 à Lima que « les instances de décision sur le
changement climatique restent un monde masculin, basé sur les
expériences des hommes ». C?est aussi à Lima qu?a été approuvé
pour la première fois par une décision de la COP un programme de
travail sur le genreiv.
10
B. Dans la perspective de la COP21
Jusqu?à la COP21, dans la perspective de laquelle de nombreux acteurs se sont
mobilisés au niveau mondial pour porter le sujet plus haut dans l?agenda des
négociations en vue d?un accord.
? En lien étroit avec le plaidoyer sur le genre, 18 pays lancent, en février
2015 lors de la session de négociation de l?ADP à Genève, la Promesse
de Genève sur les droits de l?homme et l?action climatique à l?initiative
du Costa Rica. Par ce texte volontaire, les signataires marquent leur
volonté de renforcer leurs échanges de bonnes pratiques et de
connaissances entre experts du climat et des droits de l?homme au
niveau national, en croisant les travaux du Haut-Commissariat des
Nations unies aux droits de l?homme et de la Convention-Cadre des
Nations unies sur le changement climatique. Le sujet des droits de
l?homme et du genre gagne en visibilité dans les négociations pour un
accord en décembre 2015.
? En mars 2015, au cours du 59e Comité sur le statut de la femme
(CSW59/Beijing+20) au siège des Nations unies à New York, la France
organise avec la société civile un événement intitulé Inégalité de genre
et changement climatique : une double injustice. Les intervenants, de
haut niveau, pointent ces enjeux croisés dans cette enceinte onusienne
habituellement peu rompue aux problématiques climatiques.
? En septembre 2015, la France organise, avec le PNUD et ONU-
Femmes un événement de haut niveau pendant l?Assemblée générale
des Nations unies à New York. Intitulé Autonomiser les femmes dans
l?action climatique, il réunit les gouvernements du Pérou, de la France et
du Maroc ainsi que l?ancienne présidente de la Finlande, Tarja Halonen,
et les agences onusiennes organisatrices.
? En parallèle, l?année 2015 voit la structuration d?un plaidoyer transversal
des organisations de la société civile. En juin 2015, le groupe
international Femmes et Genre auprès de la CCNUCC diffuse sa
position centrée sur l?objectif que doit viser le futur Accord de Paris. Il
appelle à la « mise en place d?un ambitieux partenariat global entre les
pays qui s?engagent à atteindre le plus haut niveau de réduction des
émissions nécessaire d?après les recherches scientifiques pour éviter un
changement climatique catastrophique, en oeuvrant de concert, suivant
le principe d?équité et de responsabilités communes mais différenciées,
pour protéger, respecter et réaliser les droits humains pour tous, pour
soutenir l?adaptation aux changements climatiques en cours, pour
répondre aux pertes et aux préjudices déjà encourus ainsi que pour
créer un avenir juste et durable pour tous. »7
7 http://womengenderclimate.org/wp?content/uploads/2015/06/WGC_FINAL_FRA.pdf
11
? L?Appel mondial des femmes pour la justice climatique est lancé en
juillet 2015. Soutenu par près de 8000 personnes et plusieurs ONG
communautaires, il demande une accélération de la lutte contre les
dérèglements climatiques en assurant le respect des droits humains,
d?un travail décent et juste, d?écosystèmes sains et d?une distribution
équitable des richesses.8
? À l?automne 2015, la société civile (organisations de défense des droits
des femmes, syndicats, peuples autochtones, jeunes?) se rassemble
autour d?une campagne unitaire #Stand4Rights. Elle milite pour
l?intégration dans le texte d?accord en négociation d?un ensemble de
principes fondamentaux : droits humains, égalité de genre et pleine
participation des femmes, droits des peuples autochtones, sécurité
alimentaire, transition juste, équité entre les générations, intégrité et
résilience des écosystèmes.
? En France, le Haut Conseil à l?égalité entre les femmes et les hommes
prend la problématique à bras le corps et lance un groupe de travail
multi-acteurs chargé de la rédaction d?un plaidoyer, Les femmes,
actrices de la lutte contre le dérèglement climatique9. Le document est
publié lors d?une conférence de niveau ministériel le 16 octobre 2015,
clôturée par le président de la COP21, Laurent Fabius. Il est doublé d?un
appel signé par plus de mille personnes, dont plusieurs personnalités
politiques, économiques, artistiques françaises.
? Pendant la COP21, le 8 décembre 2015, Ségolène Royal organise une
conférence sur le thème Femmes et Climat qui réunit de grandes figures
internationales comme Mary Robinson, Winnie Byanyima et Vandana
Shiva.
4 - Le genre dans les NDC et dans l?Accord de Paris
A. Les contributions nationales
? Environ un tiers des contributions compte des références sur le
genre
Plus de 50 pays, soit environ 30 % des pays ayant soumis une
contribution (INDC), y mentionnent l?importance de la place des
femmes dans la transformation des sociétés et des économies et de
la prise en compte des questions de genre dans les politiques
climatiques.
Selon une étude des INDC menée par l?IUCN en novembre 201510,
55 des 140 Parties ayant remis une contribution à cette date, soit
8 http://womenclimatejustice.org/the?call?french/
9 http://www.haut?conseil?egalite.gouv.fr/IMG/pdf/plaidoyer_femmes_et_climat.pdf
10 http://www.wocan.org/system/tdf/EGI?gender_in_mitigation_actions_0.pdf?file=1
12
39%, et représentant 17% des émissions de GES, mentionnaient
explicitement le genre ou les femmes dans le contexte de leurs
priorités nationales pour l?atténuation. Trois Parties, le Liberia, le
Pérou et la Jordanie, mentionnaient leur Plan d?action sur le genre et
le changement climatique dans leurs communications.
Étude de l?IUCN (novembre 2015)
Source :http://www.wocan.org/system/tdf/EGI-gender_in_mitigation_actions_0.pdf?file=1
Pour prendre quelques exemples, Le Mexique intègre le genre, ainsi
que les Droits de l?homme, comme un critère transversal à toutes ses
interventions. La perspective du genre est incluse dans les politiques
d?atténuation, d?adaptation et de transferts de technologies et de
renforcement de capacités.
Le Malawi adopte une approche transversale similaire en soulignant
que les femmes sont un groupe vulnérable. Le Pérou inclut
également le genre de manière transversale, soulignant le rôle actif
des femmes dans la transition. Le Maroc fait du respect des droits
de la personne et de l?équilibre homme-femme deux piliers de sa
vision concernant son action en matière de changement climatique.
B. L?Accord de Paris
? Un langage fort mais ciblé, une approche du genre encore trop
partielle
Le genre est mentionné cinq fois dans l?Accord de Paris :
- dans les considérants de la décision (« égalité des sexes,
autonomisation des femmes ») ;
- dans le §103 sur la facilitation de la mise en oeuvre et de la mise en
conformité (« tout en tenant compte de l?objectif d?un équilibre entre
les sexes ») ;
- dans le préambule : « Les Parties devraient respecter, promouvoir
et prendre en considération leurs obligations respectives concernant
[?] l?égalité des sexes, l?autonomisation des femmes » ;
13
- dans l?article 7 sur l?adaptation (§5) : « Les Parties reconnaissent
que l?action pour l?adaptation devrait suivre une démarche impulsée
par les pays, sensible à l?égalité des sexes » ;
- dans l?article 11 sur le renforcement des capacités (§2) : « Le
renforcement des capacités devrait [?] représenter un processus
[?] sensible à l?égalité des sexes ».
Le genre a donc été pris en compte à la fois comme principe
transversal, à travers le préambule, et comme principe opérationnel
dans le domaine de l?adaptation et du renforcement des capacités,
avec un langage fort (« égalité des sexes », « autonomisation des
femmes », « sensibles à l?égalité des sexes »).
Si elle reconnaît que c?est la première fois qu?un traité
environnemental inclut un langage si fort en termes de droits
humains et de genre, la société civile ne s?estime toutefois pas
entièrement satisfaite, notamment du fait de l?inclusion de ces sujets
principalement au préambule, qui n?a pas de valeur contraignante,
alors que leur inclusion à l?article 2 traitant des objectifs avait été
discutée lors des négociations et était une revendication importante
de la société civile.
L?absence de mention du genre dans les articles opérationnels
traitant du financement, où il a figuré dans certaines versions
antérieures du texte, et dans une moindre mesure dans l?article
traitant des technologies où il n?a jamais figuré, est également
un regret pour la société civile.
Toutefois, un atelier sur le genre, coorganisé par le Secrétariat du
Fonds vert et ONU femmes, lors de la semaine pour l?accélération de
l?accès direct fin avril 2016 (voir infra) aborde la question.
14
Le genre à la semaine de l?accès direct du Fonds vert (avril 2016)
Le Fonds vert a organisé, à son siège à Songdo en Corée, une semaine pour
l?accélération de l?accès direct fin avril 2016 afin d?aider les entités
opérationnelles nationales accréditées à accéder rapidement à ses fonds en
présentant des projets correctement montés. Cette semaine réunissait donc le
Secrétariat du Fonds vert, des responsables des entités opérationnelles
nationales accréditées et des représentants d?autres organisations pertinentes.
Cette semaine comprenait une journée d?atelier de formation à la perspective
genre, coorganisée par le Secrétariat du Fonds vert et ONU Femmes.
L?atelier avait pour but de guider les entités opérationnelles dans l?inclusion de la
perspective genre à leurs projets. En effet, le Fonds vert étant un fonds
intermédié, c?est in fine aux entités opérationnelles accréditées que revient la
responsabilité de mettre en oeuvre sa politique genre dans les actions menées
sur le terrain.
Cet atelier a permis de présenter une introduction approfondie au
développement d?initiatives corrigeant les inégalités de genre et d?étudier des
cas concrets dans les domaines des énergies soutenables et de l?agriculture
climato-résiliente. Ces exemples ont permis de mieux identifier les barrières et
les risques à prendre en compte lors de l?élaboration du projet et de sa mise en
oeuvre.
La seconde partie de la journée était dédiée à des exercices pratiques menés
en groupes restreints par les participants. L?un des exercices consistait à
modifier un projet qui n?avait pas pris en compte la perspective genre lors de
son élaboration initiale. Le directeur adjoint d?ONU Femmes, M. Yannick
Glemarec, a ensuite répondu aux questions des participants via téléconférence.
Lors de ses propos introductifs, le directeur de la programmation pays du Fonds
vert (GCF?s Director of Country Programming, M. Ousseynou Nakoulima) a
rappelé l?importance de la politique et du plan d?action genre du Fonds vert
comme des instruments clé pour guider les pays dans la prise en compte de la
perspective genre dans leurs projets.
Source : http://www.greenclimate.fund/-/women-key-agents-for-tackling-climate-change
15
5. Les pistes d?action proposées par Ségolène Royal,
Présidente de la Cop 21
? Transformer nos modes de production, de consommation, changer
nos modes de vie suppose la mobilisation de tous, hommes et
femmes. La mise en oeuvre effective de l?Accord de Paris ne
peut se passer de contribution intellectuelle et active de la
moitié de l?humanité. Plusieurs secteurs, mais aussi plusieurs
niveaux d?action sont décisifs pour renforcer l?efficacité des politiques
climatiques en accroissant la participation des femmes à ces
politiques.
? Il convient d?agir aussi bien dans les politiques d?atténuation et
d?adaptation qu?au niveau des moyens de mise en oeuvre
(financements, transferts de technologie et renforcement des
capacités). Pour prendre en compte les multiples facteurs qui
produisent les inégalités de genre, les efforts doivent également
être portés de front à tous les niveaux : international, national,
local et communautaire.
? En effet, nous devons :
- d?un côté répondre aux besoins immédiats des femmes dans
la plupart des régions du monde et soutenir financièrement
les activités communautaires dans lesquelles elles sont
fortement engagées : des projets de petite échelle, plus souvent
tournés vers la sphère domestique. C?est par exemple
l?impressionnant travail de l?Alliance globale pour les foyers de
cuisson améliorés qui doit être poursuivi ;
- de l?autre questionner les rôles joués par les femmes, et
renforcer leur accès aux moyens élémentaires d?actions, aux
technologies et aux secteurs de la résilience et de la transition
énergétique.
C?est dans cette perspective que la présidente de la COP21 propose
de travailler sur 6 pistes d?action spécifiques.
Celles-ci portent sur ce qui relève très spécifiquement du climat.
Toutefois, la démarche des Objectifs du développement durable repose sur
l?idée que chaque ODD participe à l?aboutissement des autres. Ainsi, la lutte
contre le changement climatique (ODD 13) participera à l?aboutissement de
tous les autres ODD.
En ce sens, certaines mesures telles que l?établissement d?état civil pour
tous les citoyens d?un pays ? y compris les femmes, la mise en place de
systèmes de garde d?enfants, d?écoles, d?accès facilité à des toilettes, à
l?alphabétisation et à l?éducation ne relèvent pas strictement du climat, mais
faciliteront l?implication des femmes dans toutes les actions de lutte contre
le changement climatique.
16
6 AXES DE REFLEXION
25 PROPOSITIONS D?ACTION
1 - Atténuer les émissions de gaz à effet de serre, s?adapter et
transférer les technologies
a) Renforcer la représentation des femmes au sein des instances de
concertation et d?élaboration des politiques climat locales, nationales et
internationales.
b) Les NDC constitueront un cadre de référence pour le développement
durable des pays et ainsi leur action en matière de changement
climatique. Dans ce contexte, l?inclusion du genre à toutes les NDC
serait souhaitable.
c) Prendre des mesures d?incitation nationales pour favoriser la participation
des femmes aux programmes de formation sur les technologies bas-
carbone et en particulier sur les énergies renouvelables.
d) Soutenir la formation des femmes dans les secteurs du développement, de
la production, de la commercialisation et de l?utilisation des technologies
vertes et conduire des campagnes de sensibilisation pour des technologies
sûres, abordables et adaptées aux territoires et aux besoins des
populations.
e) Créer des programmes et des centres d?information ciblant les femmes sur
les opportunités liées aux énergies propres.
f) Établir des cibles pour la participation des filles et des femmes dans
les écoles agricoles en Afrique, avec des programmes intégrant les
énergies renouvelables et l?accès aux techniques agro-écologiques.
g) Soutenir un programme massif de fourniture en appareils de cuisson
au biogaz, de fours solaires, de foyers à combustion lente dans la
logique de l?Alliance globale pour les foyers améliorés, dont l?objectif
est de permettre à 100 millions de ménages de bénéficier de foyers
améliorés dans le monde d?ici 2020.
h) Faire progresser la parité dans les secteurs de la transition énergétique,
encore largement masculins, en féminisant les filières d?éducation et de
formation et en luttant contre les stéréotypes.
17
2- Financer l?action
a) Accroître la part des financements bilatéraux affectés à des projets climat
comportant une dimension genre, en s?appuyant sur les marqueurs genre
du Comité d?aide au développement (CAD) de l?OCDE. Le CAD a établi
qu?en 2013, 29 % de l?aide bilatérale de ses membres en faveur de la lutte
contre le changement climatique intégrait l?égalité femmes-hommes comme
un objectif principal ou secondaire. Des objectifs graduels pourraient être
fixés en cohérence avec les phases de revue prévues par l?Accord de
Paris.
b) Généraliser l?adoption d?une stratégie genre par toutes les institutions de
financement travaillant avec la Convention Climat en s?assurant que leurs
actions n?entraînent pas d?effets contre productifs sur les droits des femmes
et sur les populations en général.
c) Favoriser l?intégration du genre et des impacts sociaux dans les critères
d?évaluation de l?efficacité des financements octroyés par ces mécanismes.
d) Assurer au maximum l?éligibilité des organisations de femmes comme
maîtres d?oeuvre de financements climat et rendre possible l?obtention de
micro-financements en adaptant les règles d?accès et les structures de
redistribution de ces financements.
e) Parvenir à la parité dans les instances décisionnelles des mécanismes et
fonds climat, tels que le Fonds vert pour le climat (GCF), la Facilité pour
l?environnement mondial (GEF), le Fonds d?investissement pour le climat, le
Mécanisme de développement propre (CDM), et le Fonds d?adaptation. À
l?heure actuelle, les conseils d?administration de ces organes sont
composés à moins de 15 % de femmes.
3- Poursuivre la recherche et évaluer l?action mise en oeuvre
a) Renforcer la coopération avec le GIEC pour une meilleure intégration de
l?approche genre dans ses futurs travaux.
b) Intégrer une approche genre dans les communications nationales que
remettent les Parties à la CCNUCC tous les quatre ans. Cette approche
devrait figurer à toutes les étapes de préparation des communications, de
l?état des lieux au rapport, en passant par les ateliers préparatoires.
c) Faciliter les échanges d?expérience sur les évaluations de programmes
avec une approche genre et sur l?intégration effective des résultats
d?évaluation.
18
4- Adopter un second programme de travail sous l?égide de la
CCNUCC
a) Commander une évaluation externe du programme de travail de Lima sur le
genre, ses apports et les priorités d?action qui ressortent à l?échelle globale.
b) Préparer un nouveau programme de travail biennal de la Convention Climat
sur le genre pour adoption par la COP22. Ce programme devrait s?appuyer
sur les enseignements et recommandations issus des deux ateliers du
programme de travail de Lima tenus en 2015 et 2016, des soumissions des
Parties et des observateurs, du document technique publié par le
Secrétariat de la Convention.
Plusieurs axes ressortent d?ores et déjà :
o inscrire les femmes comme cibles privilégiées dans les stratégies
des mécanismes dépendant de la Convention Climat, comme par
exemple le Mécanisme international de Varsovie relatif aux pertes et
préjudices,
o s?engager pour la parité au sein de toutes les instances et
mécanismes de la Convention Climat,
o renforcer la sensibilisation des délégations nationales à la
participation des femmes aux processus de décision,
o préparer le dialogue facilité de 2018 en y intégrant une approche
genre. L?exercice pourrait, dans une logique incitative, donner lieu à
une revue et une valorisation des stratégies genre lorsqu?elles ont
été prévues dans les contributions nationales,
o assurer la représentation de femmes de terrain aux sessions de
négociation de la CCNUCC en mettant en place un cadre financier
pérenne pour leur participation,
o pérenniser le travail de mise en oeuvre et de coordination du
Secrétariat de la CCNUCC en le soutenant financièrement.
5- Intégrer une approche genre au sein de l?Agenda de l?action
avant 2020
a) Au sein de l?Initiative africaine pour les énergies renouvelables, qui a
mobilisé 10 milliards de dollars lors de la COP21, consacrer la moitié
des ressources dédiées aux productions décentralisées d?énergie à
des projets portés par des groupes de femmes en circuit court.
b) Au sein de l?Initiative CREWS sur les systèmes d?alerte précoce,
prévoir le financement à parité : la moitié des actions seront financées
pour des femmes.
19
c) Assurer l?intégration d?une approche genre dans la programmation de
l?événement annuel de haut niveau prévu par la décision 1/CP.21 de Paris
lors de chaque COP.
d) Consacrer un Technical Expert Meeting (TEM) aux cobénéfices sur le
développement durable d?une approche genre intégrée aux politiques
climat. La décision 1/CP.21 prévoit de renforcer le « technical examination
process on mitigation » sur la période 2016-2020 en étudiant les
opportunités à fort potentiel d?atténuation et de cobénéfices en matière
d?adaptation et de développement durable, et en s?appuyant sur le dernier
état de la science disponible.
6- Renforcer la sensibilisation
a) Organiser et remettre un prix international annuel Femmes d'Afrique
et climat, intitulé Prix Wangari Maathai ? Ségolène Royal, comme
annoncé par la présidente de la COP21 en marge de la cérémonie de
signature de l?Accord de Paris en avril 2016. Pour renforcer sa
visibilité et travailler en synergie, ce prix pourrait, lors de la COP22,
faire l?objet d?une cérémonie commune avec le prix international remis
par le groupe d?observateurs Femmes et genre. Ce dernier prix, créé
en 2015, a une vocation annuelle. L?AFD et la GIZ ont marqué leur
intérêt à le soutenir.
b) Mener une campagne de sensibilisation en France dans les médias et au
sein de l?Éducation nationale visant à féminiser plus largement les filières
universitaires et de la recherche scientifique liées aux secteurs de la
transition énergétique.
20
c)
Annexe
Le changement climatique et les inégalités de genre :
qu?en disent les scientifiques ?
Rédaction: Valérie Belrose (CGDD, Direction de la recherche et de l?innovation,
service de la recherche)
Cette synthèse bibliographique a été élaborée en s?appuyant sur les productions
des groupes de travail réunis dans le cadre du cinquième rapport du GIEC, sur
diverses publications parues entre 2014 et 2016, et sur les apports de la
conférence scientifique internationale « Our Common Futur Under Climate
Change » (Paris, juillet 2015).
De nombreuses publications11 démontrent que les événements et catastrophes
climatiques accentuent les inégalités de genre déjà créées par divers
déterminants socio-économiques, institutionnels, culturels et politiques. Les
interactions entre ces déterminants qui sous-tendent les relations de pouvoir (âge,
richesse, ethnie, classe sociale, statut marital?), d?autres facteurs structurels et
locaux générateurs d?inégalités, et les événements climatiques s?inscrivent dans
un cadre complexe et dynamique (Nightingale, 2009 ; UNFPA, 2009 ; Arora-
Jonsson, 2011 ; Willinger and Knight, 2012 ; Van Aelst, 2015).
La vulnérabilité différentielle entre hommes et femmes au regard du changement
climatique provient en effet d?un accès différencié aux ressources sociales et
environnementales nécessaires pour l?adaptation : moindre accès des femmes
aux ressources financières, foncières, à l?éducation, à la santé, et dans de
nombreuses économies rurales basées sur une agriculture de subsistance,
moindre accès aux prévisions météorologiques et aux services de conseil agricole
(Nyasimi et al., 2015 ; Perez at al., 2015 ; Jost et al., 2016 ; Mehar et al, 2016),
exclusion des processus de décision et du marché du travail (Paavola, 2008 ;
Djoudi and Brockhaus, 2011 ; Rijkers and Costa, 2012).
11 Lambrou and Paina, 2006 ; Adger et al., 2007 ; Brouwer et al., 2007 ; Shackleton et al.,
2007 ; Carr, 2008 ; Demetriades and Esplen, 2008 ; Galaz et al., 2008 ; Osbahr et al., 2008 ;
Buechler, 2009 ; Nelson adn Stathers, 2009 ; Nightingale, 2009 ; Terry, 2009 ; Dankelman, 2010 ;
MacGregor, 2010 ; Alston, 2011 ; Arora-Jonsson, 2011 ; Omolo, 2011 ; Resurreccion, 2011 ;
Heckenberg and Johnston, 2012 ; Zotti et al., 2012 ; Alston and Whittenbury, 2013 ; Rahman,
2013 ; Shah et al., 2013
21
1. L?impact sur les charges de travail
? Différentes études de cas conduites par des scientifiques permettent de
documenter l?impact différencié du changement climatique sur les hommes
et les femmes. Par exemple, en Australie (Eriksen et al., 2010 ; Alston,
2011) une sécheresse qui a duré 10 ans a engendré une évolution
différenciée des charges de travail, un isolement des hommes, ainsi qu?une
hausse des dépressions et suicides, alors que les femmes, mobilisées
notamment sur le soutien aux autres et sur les soins de santé, ont souffert
d?une surcharge de travail (travail sur l?exploitation et travail salarié à
l?extérieur), aux dépens de leur propre santé. En Inde (Lambrou and
Nelson, 2013), les pertes de récolte ont généré une surcharge de travail
pour les femmes, en particulier celles des castes les plus basses, à la fois
en termes de travail salarié et de récolte de bois de feu, tandis que dans les
bidonvilles l?approvisionnement en eau traditionnellement assuré par les
femmes est devenu une charge exorbitante pour elles (Kher et al., 2015).
? Différents auteurs montrent que la charge de travail est accrue pour les
deux sexes lors de catastrophes climatiques (au Vietnam : Campbell et al.
2009 ; au Cambodge : Resurreccion 2011), mais cette surcharge est
souvent plus difficile à assumer pour les femmes, déjà investies dans de
nombreux travaux et soins aux autres12. Chaque sexe peut être amené à
accepter des activités salariées culturellement réprouvées (au Cambodge :
Resurreccion, 2011), ou à rechercher la protection d?une caste supérieure
(au Népal : Onta and Resurreccion, 2011). L?émigration des hommes est
une autre stratégie d?adaptation, documentée tant au Vietnam qu?au Niger
et en Afrique du Sud, faisant reposer la totalité des travaux (agricoles et
autres) sur les épaules des femmes (Goh, 2012 ; Chindarkar, 2012). Dans
certains cas, cette émigration des hommes peut également constituer une
opportunité pour les femmes, leur permettant de sortir du rôle qui leur est
traditionnellement alloué, d?explorer de nouvelles options et d?avoir accès
aux espaces de décision publique (CIDA, 2002 ; Fordham et al, 2011).
? Au-delà de ses impacts sur le travail domestique, agricole et salarié, le
changement climatique entraîne des conséquences sur les autres moyens
de production et de subsistance. Ainsi, en Ouganda, Quisumbing (2011)
constate que les hommes sont en capacité d?accumuler des terrains après
des inondations, alors que les sécheresses mettent à mal les biens non
fonciers des femmes13.
12 Nelson and Stathers, 2009 ; MacGregor, 2010 ; Petrie, 2010 ; Arora-Jonsson, 2011 ;
Kakota et al., 2011 ; Resurreccion, 2011 ; Muthoni and Wangui, 2013 ; Shah et al., 2013 ; Mnimbo
et al., 2016 ; Pham et al., 2016
13 Al?échellemondiale,lesfemmesreprésententmoinsde20%despropriétairesfonciers,alors
qu?ellesreprésententenviron43%delamaind?oeuvreagricole(FAO,2010,2011).
22
2. L?impact sur la santé
? Différentes études scientifiques mettent en évidence les impacts
différenciés du changement climatique sur la santé des femmes : sous-
alimentation accentuée observée en Tanzanie et au Malawi, du fait que la
nourriture est distribuée prioritairement aux autres membres de la famille
(Nelson and Stathers, 2009 ; Kakota et al., 2011 ; Lambrou and Nelson,
2013), davantage de maladies transmises par l?eau et d?infections
gynécologiques suite aux inondations (Neelormi et al., 2008 ; Campbell et
al. 2009).
? Hommes et femmes vivent différemment les stress liés à la chaleur, à la
fois pour des raisons physiologiques et des facteurs sociétaux. La plupart
des études réalisées dans les pays européens montrent que les femmes
sont davantage exposées à ce stress, mais leur vulnérabilité physiologique
accrue peut être compensée dans certains cas grâce à de meilleurs
réseaux sociaux d?entraide. La canicule européenne de 2003 a montré que
les femmes âgées constituaient le public le plus vulnérable (D?Ippoliti et al.,
2010) alors qu?à Chicago (Kovats and Hajat, 2008), les hommes ont été
davantage vulnérables en raison de leurs faibles connexions avec les
réseaux d?entraides.
? Enfin, la maternité constitue pour les femmes une période de vulnérabilité
accrue à la canicule (Strand et al., 2012) et aux diverses maladies
infectieuses qui peuvent se développer après une catastrophe climatique
(Van Kerkhove et al., 2011).
3. L?impact en termes de stress et de violences
? Les événements climatiques, qu?il s?agisse de catastrophes ou de
transitions progressives, peuvent provoquer indirectement des effets
sociaux tels qu?une augmentation de la violence entre hommes et femmes
à l?intérieur des foyers, en lien avec des tensions accrues, la rupture de
dispositifs de sécurité, des pertes de ressources, des deuils? Ceci est
documenté aussi bien en Australie (Anderson, 2009 ; Alston, 2011 ;
Parkinson et al., 2011 ; Hazeleger, 2013), qu?en Nouvelle-Zélande
(Houghton, 2009), aux États-Unis (Jenkins and Phillips, 2008), au Vietnam
(Campbell et al., 2009) ou encore au Bangladesh (Pouliotte et al., 2009).
Dans ce dernier pays, Pouliotte et al. (2009) constatent qu?à la suite de
l?émigration des hommes, les femmes peuvent être exploitées, non
respectées ou confrontées à des conditions de travail non sécurisées.
? Enfin, les femmes et les jeunes filles subissent davantage de violences
domestiques à la suite des catastrophes, en particulier lorsqu?elles sont
hébergées dans des structures d?urgence. Ceci a été notamment
documenté aux Etats-Unis et en Australie (Anastario et al., 2009 ;
Whittenbury, 2013).
23
4. L?impact en termes de mortalité
? La relation entre genre et mortalité suite à une catastrophe climatique est
complexe. À l?échelle mondiale, les victimes féminines sont plus
nombreuses, mais on observe des variations régionales. Peraza et al.
(2012) constate, suite à une canicule, un taux accru de mortalité par déficit
rénal, chez des ouvriers agricoles masculins travaillant dans une plantation
de canne à sucre au Salvador. À l?inverse, Renton (2009) rapporte
davantage de souffrance et de mortalité liées à la canicule chez les femmes
qui récoltent le thé au Malawi, au Kenya, en Inde et au Sri-Lanka, en lien
avec des incitations répétées à ne pas faire de pause. Garcia-Pina et al.
(2008) mettent en évidence en Espagne un taux accru de situations
d?urgence liées à des pics de chaleur dans la population jeune (moins de
50 ans), citadine et masculine. Durant la canicule de 2003 à Paris, une
surmortalité globale est constatée chez les femmes, ainsi que chez les
hommes en âge de travailler, potentiellement en lien avec une exposition
accrue de ces derniers (Fouillet et al., 2006). Une étude réalisée dans
plusieurs métropoles a conclu à des schémas variables de relations entre
genre et mortalité par stress thermique : risque accru pour les femmes à
Mexico, mais l?inverse était vrai à Santiago et Sao Paulo (Bell et al., 2008).
Aux États-Unis, le risque de mortalité lié aux inondations est plus élevé
chez les hommes (Jonkman and Kelman, 2005).
? D?une manière générale, les taux de mortalité observés chez les hommes
et les femmes sont fortement dépendants de constructions sociales
différentes pour les deux sexes. La revue conduite par Neumayer and
Plümper (2007) sur les mortalités observées à la suite d?événements
extrêmes enregistrés dans 141 pays entre 1981 et 2002 montre que, si le
statut socio-économique des femmes est bas dans un pays donné, les
catastrophes y tuent davantage de femmes, ou à un âge plus jeune que les
hommes. Par ailleurs, Röhr (2006), Alam and Collins (2010), Nellemann et
al. (2011) et Rahman (2013) confirment qu?au Bangladesh les décès
observés à la suite d?inondations sont liés notamment au fait de savoir (ou
pas) nager. En 2007, la mortalité suite à un cyclone y a été 5 fois plus
importante chez les femmes que chez les hommes. Toujours au
Bangladesh (Saito, 2009), ainsi qu?au Nicaragua (Bradshaw, 2010), les
facteurs sociaux restreignant la mobilité des femmes (comme le fait, pour
les femmes de la classe moyenne, de devoir rester à la maison, de devoir
être accompagnée par un homme de la famille pour pouvoir sortir)
conduisent les femmes à attendre chez elles pendant les inondations, bien
que leur habitation soit en zone à risque. De même, la prise en charge des
enfants et des personnes âgées ralentit leur fuite. À l?inverse,
le taux de mortalité des hommes augmente lorsque ceux-ci, portés par la
norme culturelle, adoptent un comportement héroïque de sauveteur (Röhr,
2006 ; Campbell et al., 2009 ; Resurreccion, 2011).
? En dehors des catastrophes, le changement climatique peut également
induire des mortalités différenciées : signalons en Inde une mortalité accrue
24
par suicide d?hommes agriculteurs (Kennedy and King, 2014) induite par
des pertes de récolte qui les empêchent de rembourser leurs crédits.
5. Quels constats scientifiques sur la prise en compte du genre dans les
politiques d?adaptation ?
? La prise en compte de la vulnérabilité différentielle des hommes et des
femmes face aux enjeux de l?adaptation peut favoriser l?émergence de
solutions sensibles au genre et contribuer à réduire la vulnérabilité des
deux sexes (Alston, 2013 ; Nahian et al., 2015)14. À l?inverse, l?évaluation
de dispositifs d?investissement a montré que la non prise en compte des
enjeux de genre et des facteurs sociaux sources d?inégalités risquait de
renforcer les vulnérabilités existantes (Vincent et al., 2010 ; Arora-Jonsson,
2011 ; Figueiredo and Perkins, 2012 ; Huynh and Resurreccion, 2014 ; Le
Masson, 2015) ou de compromettre l?efficacité desdits dispositifs (Wong,
2016). Par exemple, dans les économies rurales, les soutiens publics aux
cultures de rente et aux entreprises non agricoles sont de nature à favoriser
les hommes, ces activités étant vues comme masculines dans les zones
rurales (Gladwin et al., 2001). A contrario, les stratégies adaptatives basées
sur la conservation peuvent nécessiter un surcroît de travail, que les
femmes ne sont pas forcément en mesure de fournir (Baipheti et al., 2008).
? Goulden et al. (2009), Vincent et al. (2010) puis Below et al. (2012)
constatent que les politiques qui favorisent un accès équitable à l?éducation
pour les deux sexes et le renforcement du capital social se révèlent les plus
efficaces pour faciliter l?adaptation des femmes agricultrices. Les approches
basées sur les droits paraissent également être de bons outils, dans la
mesure où elles se concentrent sur la manière dont les pratiques
institutionnelles façonnent l?accès aux ressources et aux processus de
décision, ainsi que la construction sociale des genres et ses interactions
avec les autres facteurs générateurs d?inégalités (Tschakert and Machado,
2012 ; Bee et al., 2013 ; Tschakert, 2013).
? Le cinquième rapport du GIEC (Niang et al., 2014) considère l?intégration
du genre dans les politiques africaines d?adaptation comme une condition
impérative de leur réussite : il s?agit prioritairement d?autonomiser les
femmes et de permettre leur participation aux prises de décision (Patt et al.,
2009), de prévenir la déscolarisation des filles en lien avec l?augmentation
des charges de travail domestique (Raworth, 2008 ; Romero Gonzalez er
al., 2011) et enfin de prendre en compte la vulnérabilité des femmes dans
les stratégies d?adaptation mises en oeuvre par les hommes, notamment la
migration (Djoudi and Brockhaus, 2011).
14 Bienquenon scientifique formellement, ilconvientdementionner iciuneétude réaliséepar la
Banque mondiale en 2014, qui constate que les stratégies d?adaptation privilégiées par les hommes
(interventions à grande échelle, comme l?irrigation) et par les femmes (améliorations concrètes et
communautairesdans laviequotidienne, indépendammentdegrandsprojets)diffèrentsignificativement
etpeuventêtrecomplémentaires.
25
? Signalons également qu?en matière de réduction des risques liés aux
catastrophes climatiques, Buvinic (1999) constate, sur l?exemple de
l?ouragan Mitch frappant la ville de La Masica au Honduras, que l?éducation
des femmes et leur mobilisation dans les systèmes précoces d?alerte est de
nature à réduire fortement la mortalité globale, du fait des réseaux sociaux
étendus dont ces femmes disposent, leur permettant d?identifier
efficacement les personnes les plus vulnérables dans leur communauté.
? Par ailleurs, Bradshaw and Fordham (2013) mettent en évidence la
nécessité de mieux coordonner les politiques de réduction des risques et
de prise en charge humanitaire suite à une catastrophe climatique, en
prenant davantage en compte la question des violences subies par les
femmes et les jeunes filles : notamment violence dans les abris et les
hébergements d?urgence, risque d?accident ou d?attaque lors des trajets
quotidiens pour aller chercher de l?eau (Kevany and Huisingh, 2013).
6. Perspectives
Le lien entre adaptation au changement climatique et genre est bien établi au plan
scientifique. Différents auteurs pointent néanmoins la nécessité de mettre en place
des dispositifs de collectes de données intégrant l?âge et le sexe, en
accompagnement des politiques de développement, de réduction des risques liés
aux catastrophes et d?adaptation au changement climatique. Ce n?est qu?en
exploitant scientifiquement ces données que le lien complexe entre changement
climatique, genre et divers facteurs sociaux, économiques et culturels pourra être
mieux compris.
À l?inverse, la question d?un éventuel lien entre atténuation du changement et
genre est rarement étudiée par les scientifiques. Bendlin (2014) considère qu?une
approche par le droit des femmes constituerait un cadre adapté pour des travaux
de recherche sur l?atténuation, tandis que Salehi et al. (2015) montrent, sur la
base d?une étude conduite en Iran, que les femmes sont davantage proactives en
termes de comportements allant dans le sens d?une réduction des émissions de
CO2 (les hommes se plaçant davantage dans une posture cognitive).
Pour terminer cette revue, il convient de mentionner les travaux de Mc Kinney et
Fulkerson (2015), qui observent que les pays ayant une forte présence féminine
dans leurs instances de gouvernance ont globalement une empreinte climatique
(émissions de CO2) plus faible. Ils interprètent leurs résultats en considérant les
femmes et l?environnement comme deux dimensions connexes d?une même
logique d?exploitation, et suggèrent que l?égalité des genres et l?amélioration du
statut des femmes recèlent un fort potentiel à l?échelle mondiale pour l?atténuation
du changement climatique.
Notes
i Il s?agit bien ici d?inégalité de genre, concept sociologique désignant les rapports sociaux de
sexe, et de façon concrète, l?analyse des statuts, des rôles sociaux, et des relations entre les
hommes et les femmes : « appliqué aux politiques publiques, le genre a pour objectif de
promouvoir l?égalité des femmes et des hommes en prenant en compte les différences et la
hiérarchisation socialement construite » .
26
ii Un corpus d?accords internationaux met en exergue les nombreuses interactions entre
développement durable et genre. Les premiers pas ont lieu en 1979 dans le registre des droits de
l?homme avec la Convention sur l?élimination de toutes les formes de discrimination à l?égard
des femmes, par laquelle les États s?engagent à mettre en oeuvre des politiques de lutte contre
les discriminations. La Convention est suivie en 1995 de l?adoption du plan d?action de Pékin,
dont le onzième objectif stratégique est de favoriser l?égal accès à la gestion des ressources
naturelles et à la préservation de l?environnement. Dès 1992, deux des conventions de Rio, sur la
désertification et sur la biodiversité soulignent en préambule l?enjeu d?une pleine participation
tant des hommes que des femmes à tous les programmes et politiques. Si la Convention cadre sur
les changements climatiques n?en fait pas état, le sujet émerge des négociations à partir de la
COP7 en 2001, puis s?affirme lors de la COP18 en 2012.
iii Il ne s?agit pas d?adopter une approche stricte d?adaptation et de réduction des émissions de
gaz à effet de serre pour limiter la hausse des températures bien en deçà de deux degrés d?ici la
fin du siècle. L?objectif est bien plutôt d?accélérer la transition énergétique des territoires,
renforcer la résilience des populations et promouvoir les droits de l?homme tout en faisant
reculer la pauvreté. Cela suppose de développer la recherche et la collecte de données sexo-
spécifiques, de lutter contre les discriminations, de renforcer la participation des femmes à tous
les processus de consultation, de définition et de mise en oeuvre des politiques publiques et de
renforcer les capacités.
iv Le programme de travail de Lima sur le genre
Dynamique de négociation
Le programme, développé à partir d?une soumission du Malawi, a été âprement négocié dans le
cadre de l?organe subsidiaire pour la mise en application (SBI), certains États refusant toute
mention « d?égalité des genres » pour lui préférer celle « d?équilibre des genres », terme plus
flou. Le soutien du Mexique, de l?UE, des États-Unis et du Malawi ont été déterminants pour
faire approuver le programme.
Mandat, innovation
Ce programme est mis en oeuvre par le Secrétariat de la Convention pour une durée de deux ans
(2015 et 2016). Il vise une mise en oeuvre renforcée et accélérée de politiques climatiques
corrigeant les inégalités de genre, l?élargissement du mandat à tous les domaines de la
négociation, mais aussi une représentation accrue des femmes parmi les délégations.
Action mise en oeuvre et revue des avancées
Un premier atelier sur les politiques climatiques corrigeant les inégalités de genre s?est tenu à
Bonn en juin 2015. Dédié aux problématiques d?atténuation et de transferts de technologie, il a
permis de définir les concepts et de démontrer les impacts et co-bénéfices des approches genre
des mécanismes et fonds de la CCNUCC sur le développement économique et social. Un second
atelier sur le même modèle, mais traitant cette fois-ci des enjeux de genre à partir de l?angle de
l?adaptation et du renforcement des capacités a eu lieu en mai 2016 à Bonn.
Soumissions des Parties et des observateurs
Les ateliers, ainsi que la préparation d?un nouveau programme de travail sur le genre pour
adoption à Marrakech, ont été l?objet de nombreuses soumissions des Parties et des
observateurs.
L?UE a publié une soumission sur ces deux points en février. L?Indonésie, les États-Unis, le
Malawi, le Kenya, la RDC (au titre des PMA), la Suisse, le Bangladesh, l?Ouganda, Sao Tome et
Principe ont également fait des soumissions concernant l?atelier qui s?est tenu en mai 2016.
Concernant l?atelier de 2015, Les États-Unis, le Chili pour le groupe de négociation AILAC, l?UE,
le Soudan, l?Angola pour les PMA, le Népal, le Pérou, le Nigéria et le Mozambique avaient
présenté des soumissions.
De nombreux observateurs ont également remis des soumissions. Citons l?IUCN, le PNUD, ONU-
FEMMES, Care International, CIEL, MRFCJ, WEDO et WECF.
2 ateliers pour un état des lieux des sujets, des pratiques et des politiques, pour l?identification
des besoins et des recommandations
Le premier atelier mené dans le cadre du Programme de Lima sur les politiques climatiques
corrigeant les inégalités de genre (gender responsive) dans les domaines de l?atténuation et des
transferts de technologies s?est tenu à Bonn les 8 et 9 juin 2015. Il a réuni de nombreuses
Parties, des organisations observatrices de la société civile, des agences onusiennes et de
nombreux processus et institutions de la CCNUCC (TEC, FV, FEM?). Il était structuré autour de
quatre sessions proposant des présentations d?experts et un temps de débat avec la salle :
La première session, introduite par WEDO et l?IUCN, visait à définir les termes et concepts
pertinents pour la prise en compte du genre dans le domaine du changement climatique
La deuxième session permettait de souligner l?importance et les bénéfices d?intégrer le genre
aux actions d?atténuation et aux transferts de technologies, grâce aux exemples présentés par
plusieurs Parties et organisations.
27
La troisième session, durant laquelle intervenaient le CTCN, le TEC, le Fonds vert, le FEM et le
MDP, présentait les opportunités et défis pour l?intégration du genre aux processus et mécanisme
de la CCNUCC concernant l?atténuation et les transferts de technologies.
La quatrième session, présentait les opportunités et défis pour améliorer la prise en compte du
genre dans les actions d?atténuation et les transferts de technologies.
Le deuxième atelier prévu par le programme de travail de Lima sur le genre s?est tenu les 18-19
mai à Bonn. Complémentaire à l?édition 2015 sur les politiques d?atténuation et les transferts de
technologies, il a traité de l?intégration du genre dans les politiques d?adaptation et de
renforcement des capacités. Cet atelier d?experts a étudié les moteurs du changement à partir
d?exemples de terrain et d?institutions, et a produit des recommandations en vue de la
reconduite du Programme de travail de Lima qui doit faire l?objet d?une décision lors de la
COP22.