La périurbanisation : facteurs et état des lieux - L'artificialisation des sols gagne du terrain
VIGNERON, Philippe
Auteur moral
Institut national de la statistique et des études économiques (France). Direction régionale (Nantes)
;Pays-de-la-Loire. Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Avec 6 % de son sol artificialisé, les Pays de la Loire sont la 9e région la plus artificialisée de France. Entre les périodes 1990-2000 et 2000-2006 l'artificialisation s'est accélérée. Pour 100 hectares de terrains artificialisés en France, 12 le sont en Pays de la Loire, faisant ainsi de la région la plus grande consommatrice de surfaces. Le dynamisme démographique ne suffit pas à expliquer ce phénomène. La région est extrêmement riche en terres agricoles ; elles sont donc fortement sollicitées pour l'artificialisation, plus particulièrement le bocage.<br /><br />La prépondérance des maisons et la présence de résidences secondaires font de la Vendée une cible privilégiée de l'artificialisation ; c'est ainsi le département français qui a subi la plus forte progression du phénomène sur la période récente. L'urbanisation s'intensifie sur les communes où les contraintes sont moins fortes. L'artificialisation progresse donc fortement toujours plus loin des villes et du littoral, dans l'espace rural et en arrière du trait de côte. Ce phénomène transforme des villages ruraux, de plus en plus loin des centres urbains, en cités-dortoirs où les habitants sont contraints d'utiliser la voiture pour aller travailler.</div>
Editeur
INSEE Pays de la Loire
Descripteur Urbamet
artificialisation des sols
;urbanisation
;occupation du sol
;périurbain
Descripteur écoplanete
maîtrise de l'urbanisation
Thème
Aménagement du territoire
;Environnement - Paysage
Texte intégral
21 insee pays de la loire - en pays de la loire, la ville déborde de plus en plus sur la campagne - octobre 2010
La périurbanisation :
facteurs et état des lieux
Avec 6 % de son sol artificialisé, les Pays de la Loire sont la 9e région la plus artificialisée de
France. Entre les périodes 1990-2000 et 2000-2006 l?artificialisation s?est accélérée. Pour 100
hectares de terrains artificialisés en France, 12 le sont en Pays de la Loire, faisant ainsi de la
région la plus grande consommatrice de surfaces. Le dynamisme démographique ne suffit pas à
expliquer ce phénomène. La région est extrêmement riche en terres agricoles ; elles sont donc
fortement sollicitées pour l?artificialisation, plus particulièrement le bocage. La prépondérance
des maisons et la présence de résidences secondaires font de la Vendée une cible privilégiée
de l?artificialisation ; c?est ainsi le département français qui a subi la plus forte progression du
phénomène sur la période récente. L?urbanisation s?intensifie sur les communes où les contraintes
sont moins fortes. L?artificialisation progresse donc fortement toujours plus loin des villes et du
littoral, dans l?espace rural et en arrière du trait de côte. Ce phénomène transforme des villages
ruraux, de plus en plus loin des centres urbains, en cités-dortoirs où les habitants sont contraints
d?utiliser la voiture pour aller travailler.
L?artificialisation des sols gagne du terrain
Philippe VIGNERON (Dreal)
Dans ce qui suit, l?enquête Corine Land
Cover a été utilisée pour analyser
l?occupation du territoire. L?étude
intitulée « En Pays de la Loire, les
maisons grignotent les champs »
(Études, n° 79, Insee Pays de la Loire,
octobre 2009), était basée sur des
données issues de l?enquête Teruti-
Lucas. Si ces deux sources donnent
des résultats différents pour le niveau
de l?artificialisation, en partie du
fait de la méthode de mesure, elles
diffèrent très peu pour la comparaison
entre les régions et convergent pour
mettre en évidence la forte hausse de
l?artificialisation en Pays de la Loire.
Face à la croissance de la popu-
lation, de nombreuses zones
agricoles sont artificialisées : elles
sont transformées en lotissements,
routes, zones commerciales? Au-
delà de la diminution des ressources
naturelles et agricoles, ce phénomène
entraîne une fragmentation des
habitats naturels, une dégradation des
paysages et pèse sur la biodiversité.
L?artificialisation présente des enjeux
forts en termes de tensions foncières
et d?éventuels conflits d?usage
entre activités agricoles, habitat et
développement économique.
Une artificialisation marquée,
mais comparable à celle des
régions de même densité de
population
Les Pays de la Loire sont la 9e région
la plus artificialisée de France. En effet,
les territoires artificialisés occupent
6 % de l?espace régional, soit 1 point de
plus que pour la France métropolitaine
(hors Île-de-France). Ainsi, la densité de
population, 108 habitants au km2 en
2006 et 8e rang national, explique pour
une bonne part ce taux d?artificialisation
élevé dans la région. En effet, les Pays
de la Loire ne se démarquent pas
des régions comparables en termes
de densité de population. Comme au
niveau national, les zones urbanisées
occupent les trois-quarts des territoires
artificialisés. Les zones industrielles
ou commerciales et les réseaux de
communication, quant à eux, comptent
pour un sixième.
Des sols artificialisés pour
l?urbanisation...
La croissance de la surface régionale
artificialisée entre 2000 et 2006 a
été particulièrement élevée dans les
Pays de la Loire. Avec plus de 10 000
hectares consommés sur 82 000 pour
le niveau national, les Pays de la Loire
sont la région la plus gourmande en
surface, nettement devant Rhône-Alpes
(7 500 ha) ou les régions littorales
telles que la Bretagne ou le Languedoc-
Roussillon, dont l?artificialisation a
augmenté de 5 500 hectares sur la
même période. La surface utilisée à
Pays de la Loire la 9e région la plus artificialisée
Taux d?artificialisation par région en 2006
Taux d'artificialisation en 2006
(en %)
Plus de 10,1
Entre 5,6 et 10,1
Entre 3,7 et 5,6
Moins de 3,7
Pays de la Loire la 9e région la plus artificialisée
Taux d'artificialisation par région en 2006
© IGN - Insee 2010
Source : Dreal - Corine Land Cover 2006
22 insee pays de la loire - en pays de la loire, la ville déborde de plus en plus sur la campagne - octobre 2010
La périurbanisation :
facteurs et état des lieux
Plus la population est dense, plus les sols sont artificialisés
Taux d?artificialisation et densité de population des régions en 2006
des fins d?artificialisation en Pays de
la Loire équivaut à celle consommée
par l?ensemble des régions du littoral
méditerranéen. De surcroît, les
surfaces artificialisées ont augmenté
de 12 % entre 1990 et 2006. Au final,
depuis 1990, ce sont près de 21 000
hectares qui ont été artificialisés.
Sur la période récente, la moitié
de l?artificialisation nouvelle dans la
région a été consacrée aux zones
urbanisées. C?est nettement supérieur
à la moyenne nationale de 35 %, mais
proche de ce que l?on observe sur les
régions atlantiques voisines comme la
Bretagne ou le Poitou-Charentes, ainsi
que le Languedoc-Roussillon. Les autres
motifs d?artificialisation sont ensuite les
zones industrielles et commerciales,
pour un quart, puis les chantiers pour
un autre quart des surfaces ; ces
motifs d?artificialisation occupent une
place dans la région assez conforme à
la norme nationale.
... que le dynamisme
démographique ne suffit pas
à expliquer
Alors que le rythme annuel moyen
de l?artificialisation n?a pas accéléré
au niveau national entre les périodes
1990-2000 et 2000-2006 (il s?établit à
0,5 % par an en moyenne), il progresse
de moitié dans les Pays de la Loire,
passant de 0,6 à 0,9 % par an. Les
Pays de la Loire ont ainsi le plus fort
accroissement de l?artificialisation des
régions de métropole. Alors que des
régions littorales dynamiques comme
le Languedoc-Roussillon, l?Aquitaine,
Provence-Alpes-Côte-d?Azur, la Breta-
gne ont connu des accroissements
de leur population équivalents ou
supérieurs à celui des Pays de la
Loire, l?artificialisation de leurs sols
ne s?est pas accélérée. Le dynamisme
démographique des Pays de la Loire
n?est donc pas l?unique cause de ce
phénomène. La surreprésentation de
la maison individuelle et des résidences
secondaires dans la région, mais aussi
les fortes consommations d?espace
des locaux professionnels ou agricoles,
permettent de mieux comprendre ce
processus.
Le bocage en première ligne
La région des Pays de la Loire est très
majoritairement couverte de terres
agricoles, largement au-dessus de
la moyenne nationale : 84 % contre
60 %. Cette prédominance est une
caractéristique des territoires d?un
grand quart nord-ouest de la France ;
les Pays de la Loire se situent au 2e rang
derrière la Basse-Normandie sur ce plan
là. En contrepartie, la part des forêts ou
autres espaces semi-naturels est faible
dans la région : moins de 9 %, contre
34 % au niveau national, les régions
de massifs montagneux tirant cette
moyenne vers le haut. Si la portion
de surfaces agricoles est nettement
supérieure à celle du niveau national,
la répartition entre les différents modes
d?occupation diffère quelque peu : les
contributions respectives des terres
arables et des zones de bocage
sont proches du niveau national ; la
© IGN - Insee 2010
Sources : Dreal - Corine Land Cover 2000 et 2006
Note : les polygones de changement ont été épaissis par souci de lecture
Espaces artificialisés en 2000
Extension de l'artificialisation
entre 2000 et 2006
Département
Région
Les Pays de la Loire, la région la plus gourmande en surfaces artificialisées
Extension de l'artificialisation entre 2000 et 2006
Les Pays de la Loire, la région la plus gourmande en surfaces artificialisées
Extension de l?artificialisation entre 2000 et 2006
Autres régions Droite de régression linéairePays de la Loire
0
2
4
6
8
10
12
14
16
0 50 100 150 200 250 300 350
Ta
ux
d
'a
rt
ifi
ci
al
is
at
io
n
(e
n
%
)
Densité de population (en nombre d'habitants au km2)
Source : Dreal Corine Land Cover 2006 ; Insee, recensement de la population 2006.
Lecture : Une région qui se situe au-dessus de la droite de régression linéaire présente un taux d?artificialisation plus élevé
au regard de sa densité. à l?inverse une région située sous la droite de régression linéaire a un taux d?artificialisation faible
sachant sa densité.
23
La périurbanisation :
facteurs et état des lieux
insee pays de la loire - en pays de la loire, la ville déborde de plus en plus sur la campagne - octobre 2010
Source : Corine Land Cover 2000 et 2006, Dreal des Pays de la Loire.
Lecture : Les régions qui se situent au-dessus de la droite de régression connaissent une accélération de leur
artificialisation.
Une artificialisation qui s?accélère en Pays de la Loire
Évolutions annuelles moyennes de l?artificialisation 1990-2000 et 2000-2006 des régions
Pays de la Loire, une région essentiellement recouverte de terres agricoles
Occupation biophysique du territoire en 2006
Source : Corine Land Cover 2006, fond cartographique BD Carthage®, ©Ign 2006
©MEEDDM-DREAL Pays de la Loire (Nantes, mars 2010)
© IGN - Insee 2010
Source : Dreal - Corine Land Cover 2006
Pays de la Loire, une région essentiellement recouverte de terres agricoles
Occupation biophysique du territoire en 2006
Zones urbanisées
Zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication
Mines, décharges et chantiers
Espaces verts artificialisés, non agricolesTerres arables
Cultures permanentes
Prairies
Zones agricoles hétérogènes
Forêts
Milieux à végétations arbustive et/ou herbacée
Espaces ouverts, sans ou avec peu de végétation
Zones humides intérieures Zones humides maritimes
Eaux continentales Eaux maritimes
Nomenclature de niveau 2
40 % de la surface nouvellement
artificialisée (Aquitaine, Provence-Alpes-
Côte-d?Azur). Un premier tiers provient
de terres arables, plutôt épargnées car
celles-ci occupent 46 % de l?ensemble
des terres agricoles ; 30 % proviennent
des prairies permanentes, la même
proportion que dans l?ensemble. Quant
au bocage, qui n?occupe que 19 % de
l?ensemble des territoires agricoles, il
fournit 36 % des terres artificialisées
entre 2000 et 2006. C?est donc l?espace
qui pâtit le plus de l?artificialisation.
Une artificialisation élevée
en vendée
Les départements littoraux, où les
résidences secondaires viennent s?ajou-
ter aux résidences principales, ont les
taux d?artificialisation les plus élevés de
la région. La Loire-Atlantique, cumulant
la métropole de Nantes-Saint-Nazaire
et le littoral, a un taux d?artificialisation
de 9 % ; la Vendée est artificialisée à
hauteur de 7 %, la moyenne se situant à
6 % pour le littoral atlantique. Ces deux
départements dépassent nettement
le Maine-et-Loire (5 %), qui compte
pourtant l?agglomération d?Angers, la
Sarthe (4,5 %) et la Mayenne (3 %).
Parmi les départements littoraux
français, la Loire-Atlantique a un taux
d?artificialisation voisin de celui de
départements possédant des agglo-
mérations importantes et une densité
de population proche, comme la Seine-
Maritime ou le Var. En revanche, la
Vendée affiche un taux d?artificialisation
plus proche de départements ayant
des niveaux de densité bien plus
élevés comme la Gironde ou l?Hérault
(respectivement 88 contre 137 et 160).
D?autres départements littoraux de
densité proche de celle de la Vendée,
comme la Charente-Maritime ou les
Pyrénées-Atlantiques, ont un taux
d?artificialisation inférieur à 5 %.
Parmi les facteurs expliquant, au moins
en partie, ce niveau d?artificialisation
élevé, la Vendée est le département où
la proportion de maisons dans le parc
de logements est la plus élevée de
notre région en 2006 ; elle se classe
au 5e rang national. Ce département
présente aussi une part des résidences
secondaires ou logements occasionnels
élevée, approchant les 25 %, contre
10,5 % au niveau régional ou encore
9,3 % au niveau national. La Vendée
se distingue encore des autres dépar-
tements avec une part de l?urbanisation
dans les territoires artificialisés élevée :
Év
ol
ut
io
n
an
nu
el
le
m
oy
en
ne
d
e
l'a
rt
ifi
ci
al
is
at
io
n
20
00
-2
00
6
(e
n
%
)
0
0,5
1,0
0 0,5 1,0
Évolution annuelle moyenne de l?artificialisation 1990-2000 (en %)
Paca
Languedoc-Roussillon
Pays de la Loire
Limousin
Aquitaine
Auvergne
Alsace
Lorraine
Champagne-Ardennes
Poitou-Charentes Bretagne
France
Midi-Pyrénées
Franche-Comté
part des prairies permanentes est en
revanche supérieure à la moyenne. Les
zones humides, emblématiques de nos
territoires littoraux, comptent pour une
faible part : moins de 1 % de l?espace
régional, mais trois fois plus qu?au
niveau national.
En Pays de la Loire, la quasi-totalité
des surfaces artificialisées entre
2000 et 2006 a été prélevée sur les
territoires agricoles, à la différence
des régions riches en forêts et
milieux semi-naturels, où ces derniers
territoires peuvent fournir jusqu?à
24
La périurbanisation :
facteurs et état des lieux
insee pays de la loire - en pays de la loire, la ville déborde de plus en plus sur la campagne - octobre 2010
Un taux d?artificialisation élevé en Loire-Atlantique et en vendée
Taux d?artificialisation par département en 2006
Une croissance de l?artificialisation très forte en vendée
Taux d?artificialisation par département en 2006 et variation nette de l?artificialisation entre 2000 et 2006 (en %)
Source : Corine Land Cover 2000 et 2006 . (cf. définitions p. 13 et 27)
Catégorie de commune Données 44 49 53 72 85 Pays de
la Loire France
Ensemble
des communes
Taux d?artificialisation 2006 9 5 3 4,5 7 6 5
Evolution annuelle moyenne 2000-2006 0,6 1,1 1,1 0,5 1,4 0,9 0,5
Pôles urbains
Taux d?artificialisation 2006 33 28 23 23 23 28 28
Evolution annuelle moyenne 2000-2006 0,4 0,8 1,4 0,6 1,4 0,7 0,4
Espace à dominante
rurale
Taux d?artificialisation 2006 3 3 2 2,5 4,5 3 2
Evolution annuelle moyenne 2000-2006 0,8 1,1 0,6 0,4 1,2 0,9 0,4
83 % contre 76 % au niveau Pays de la
Loire ou France et 75 % pour la Loire-
Atlantique.
Trois départements des Pays de la
Loire figurent parmi les cinq premiers
de France pour la surface artificialisée
entre 2000 et 2006. La Vendée, avec
3 750 hectares, se situe ainsi au
premier rang ; le Maine-et-Loire et la
Loire-Atlantique suivent respectivement
aux 4e et 5e rangs avec 2 550 et 2 000
hectares. Même la Mayenne et la Sarthe,
avec 1 000 et 875 hectares, font partie
des 50 premiers départements de
métropole pour l?artificialisation.
En ce qui concerne le taux d?accrois-
sement, si la Vendée est encore en
tête des départements métropolitains
avec 1,4 % d?augmentation par an entre
2000 et 2006, le triple de la moyenne
nationale, la Mayenne rejoint le Maine-
et-Loire dans les premières places avec
1,1 %. En revanche, la Loire-Atlantique et
la Sarthe ont un rythme d?accroissement
équivalent à la moyenne nationale.
La Sarthe présente la particularité
d?avoir connu une « désartificialisation »
notable d?anciens chantiers de l?A28,
entre 2000 et 2006 équivalente à la
surface des nouveaux chantiers qui
se sont ouverts sur la même période.
De ce fait, elle dépasse nettement
les autres départements de la région
pour la part utilisée par l?urbanisation :
68 % contre environ 50 %. Néanmoins,
l?urbanisation reste majoritaire dans tous
les départements des Pays de la Loire,
alors que sa part dans l?artificialisation
nationale n?est que de 35 %.
Taux d'artificialisation en 2006
(en %)
Plus de 6,8
Entre 4,2 et 6,8
Entre 2,5 et 4,2
Moins de 2,5
© IGN - Insee 2010
Source : Dreal - Corine Land Cover 2006
La vendée se démarque
Taux d?artificialisation et densité de population des départements en 2006
Source : Dreal, Corine Land Cover 2006, Insee, recensement de la population 2006.
Lecture : Les départements situés au-dessus de la droite de régression ont un taux d?artificialisation plus élevé que ce qu?il
devrait être étant donné leur densité.
Mayenne
Sarthe
Loire-Atlantique
Maine-et-Loire
0
2
4
6
8
10
12
0 50 100 150 200 250 300
Vendée
Densité de population (en nombre d'habitants au km2)
Ta
ux
d
'a
rt
ifi
ci
al
is
at
io
n
(e
n
%
)
25
La périurbanisation :
facteurs et état des lieux
insee pays de la loire - en pays de la loire, la ville déborde de plus en plus sur la campagne - octobre 2010
Grenelle de l?environnement : les enjeux de la trame verte et bleue
L?artificialisation de nos territoires, qu?elle résulte de l?urbanisation, de la création de zones d?activités ou d?infrastructures,
est consommatrice d?espace. Elle a dans tous les cas un impact sur la biodiversité et elle induit une fragmentation des
habitats naturels. Ainsi, elle limite les déplacements vitaux de certaines espèces et peut induire la colonisation de nouveaux
territoires. La disparition d?espaces et la fragmentation apparaissent aujourd?hui comme l?une des principales causes
d?érosion de la biodiversité.
La trame verte et bleue, issue des travaux du Grenelle de l?environnement, a notamment pour objectif de chercher à
limiter cette fragmentation. Elle vise à maintenir et reconquérir les continuités écologiques les plus stratégiques pour la
biodiversité. L?ambition est de constituer un véritable maillage écologique du territoire, à toutes les échelles spatiales,
via notamment une intégration de ses principes dans l?aménagement du territoire. Ce nouvel outil d?aménagement du
territoire, très transversal, va donc au-delà des politiques de protection de la nature existantes. Il leur est complémentaire
en s?intéressant à toute la biodiversité, même la plus ordinaire.
Les leviers qui guideront la définition et la mise en oeuvre de la trame sont multiples : un schéma régional de cohérence
écologique va être réalisé dans chaque région. Il spatialisera les enjeux régionaux, proposera une « boîte à outils »
aux collectivités, et devra être pris en compte par les documents d?urbanisme. Le code de l?urbanisme est par ailleurs
modifié. Les documents d?urbanisme à venir devront, à toutes les étapes de leur élaboration, respecter un principe de
préservation et de remise en bon état des continuités écologiques. Les infrastructures linéaires de l?État devront quant à
elles être compatibles avec le schéma régional.
Il s?agit donc d?une nouvelle entrée pour parler d?économie d?espaces, de densification ou encore d?opportunité de
maintien d?une agriculture périurbaine dynamique. Derrière la trame, et dans un objectif de biodiversité, la question des
projets de territoires, à travers les Schémas de cohérence territoriale (SCOT) notamment est posée.
Une artificialisation très marquée sur les aires urbaines du littoral
Taux d?artificialisation en 2006 par aire urbaine
De forts niveaux
d?artificialisation
sur le littoral
L?ensemble des 25 aires urbaines de
la région comptabilise 2 275 000
habitants en 2006. Elles regroupent
les deux-tiers de la population des
Pays de la Loire sur le tiers de la
surface régionale. Ces aires urbaines
présentent des taux d?artificialisation
très hétérogènes autour d?une moyenne
régionale de 10 %, semblable à la
moyenne nationale. L?armature urbaine
dense de la région, au regard des
autres régions de métropole, ne semble
donc pas jouer de rôle particulier dans
le surcroît d?artificialisation des Pays de
la Loire.
Les petites aires compactes du littoral
vendéen comme Saint-Gilles-Croix-de-
Vie, Les Sables-d?Olonne ou Challans
dépassent les 20 %, le double de la
moyenne régionale. L?aire de Saint-
Nazaire approche encore 18 %. Les
grands pôles urbains, dont l?aire
d?attraction s?étend largement, ont un
taux proche de la moyenne régionale :
8 % pour Le Mans, 10 % pour Angers
et jusqu?à 12 % pour Nantes et ses
satellites Ancenis et Clisson. Cette
situation est semblable à celle qu?on
observe sur les autres régions littorales,
particulièrement le littoral atlantique.
quand la campagne accueille
de plus en plus de citadins
Sur les communes du littoral, le taux
d?artificialisation grimpe jusqu?à 17 %,
dont 19 % en Loire-Atlantique avec
Saint-Nazaire et 15 % en Vendée avec
Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Les Sables-
d?Olonne. Pour les communes en arrière
du trait de côte, le taux d?artificialisation
reste encore inférieur aux moyennes
des deux départements littoraux de la
région.
L?artificialisation dans les Pays de
la Loire est proche de la moyenne
nationale pour les zones urbaines. En
revanche l?espace rural « isolé », qui
couvre la moitié de la région, présente
une artificialisation supérieure à 3 %
contre 2 %. Selon les départements, ce
Taux d'artificialisation en 2006
(en %)
Plus de 15
Entre 11 et 15
Entre 8 et 11
Moins de 8
Une artificialisation très marquée sur les aires urbaines du littoral
Taux d'artificialisation en 2006 par aires urbaines
© IGN - Insee 2010
Source : Dreal - Corine Land Cover 2006
26
La périurbanisation :
facteurs et état des lieux
insee pays de la loire - en pays de la loire, la ville déborde de plus en plus sur la campagne - octobre 2010
taux varie de 2 % en Mayenne jusqu?à
4,5% en Vendée. Les campagnes des
Pays de la Loire se sont densifiées en
termes d?habitants et moins en emplois,
transformant ainsi certains villages à la
périphérie des villes en nouvelles cités-
dortoirs.
Sur le littoral, le contraste est très net
entre les communes du littoral et celles
du rétro-littoral pour l?augmentation du
taux d?artificialisation entre 2000 et
2006. L?écart est ainsi fort avec une
évolution de 0,6 % par an sur le littoral
pour 1,4 % par an pour le rétro-littoral.
Il y a donc un repli de l?urbanisation vers
les communes où les contraintes liées
à l?urbanisation sont moins fortes.
Que ce soit en milieu urbain ou dans
l?espace rural, la croissance de
l?artificialisation de la région entre
2000 et 2006 est toujours supérieure
à la moyenne nationale. Toutefois, les
plus grands écarts sont observés dans
Pour comprendre ces résultats
L?enquête Corine Land Cover (CLC)
a été utilisée pour l?analyse de
l?occupation du territoire présentée
dans ce chapitre.
Il s?agit d?une base de données
représentant l?occupation biophysique
du sol européen et réalisée par
la photo-interprétation d?images
satellitaires. On dispose des résultats
pour les campagnes 1990, 2000
et 2006. Corine Land Cover utilise
une nomenclature hiérarchisée
en trois niveaux qui permet de
couvrir l?ensemble du territoire ; elle
comprend 5 postes au niveau 1, 15
au niveau 2 et 44 au niveau 3. Elle est
produite dans le cadre du programme
européen Corine de coordination de
l?information sur l?environnement.
L?échelle de production est le
1 : 100 000, la surface minimale
cartographiée étant de 25 ha pour
un poste de la nomenclature et de
5 ha pour les changements de poste
observés entre 2000 et 2006.
Du fait de cette maille de 25 ha,
Corine Land Cover « voit » mal l?habitat
dispersé des territoires ruraux et
la plupart des routes, avec pour
conséquence une sous-estimation du
taux réel d?artificialisation. Il convient
donc de privilégier les comparaisons
entre territoires ou les évolutions dans
le temps.
Pour la lecture de ce chapitre,
le niveau 1 de la nomenclature CLC
« Territoires artificialisés » se décline
au niveau 2 en 4 postes :
- zones urbanisées ;
- zones industrielles ou commerciales
et réseaux de communications ;
- mines, décharges et chantiers ;
- espaces verts artificialisés, non
agricoles.
Pour faciliter la compréhension, le
terme de « bocage » utilisé dans le
texte concerne les espaces occupés
par des « systèmes culturaux
parcellaires et complexes » (code
242 de la nomenclature Corine Land
Cover) qui sont la juxtaposition de
petites parcelles de cultures annuelles
diversifiées, de prairies et/ou de
cultures permanentes. Mais pas tout
le bocage, puisque les prairies
permanentes (code 231) comprennent
les zones avec haies.
D?autres enquêtes de mesure de
l?occupation du territoire existent,
en particulier Teruti, qui est réalisée
par le service de la statistique et
de la prospective du ministère de
l?Agriculture, de l?alimentation et
de la pêche. Elle a pour objectif de
connaître les différentes catégories
d?occupation du sol et d?usage de
l?ensemble du territoire (agricole,
naturel et urbanisé), essentiellement
au niveau métropolitain, régional et
départemental. Cette enquête est
effectuée tous les ans par sondage.
C?est une enquête aréolaire à deux
degrés. L?emplacement des points
est désormais géoréférencé depuis
2005 avec la nouvelle enquête Teruti-
Lucas. Pour les Pays de la Loire, les
18 000 points de sondage utilisés
ne permettent pas de descendre en
dessous de la maille départementale.
les zones rurales. En effet, l?espace à
dominante rurale a une croissance du
taux d?artificialisation plus de deux fois
supérieure dans la région par rapport
au niveau national avec 0,9 % contre
0,4 % par an. Au niveau départemental,
la Vendée et la Mayenne sont nettement
au-dessus de la moyenne régionale dans
les espaces urbains, notamment dans
les communes situées en deuxième
couronne des villes, où le taux de
croissance est supérieur à 1,6 % par
an pour 0,7 % par an en moyenne en
France. La Vendée encore et le Maine-
et-Loire tirent quant à eux la moyenne
vers le haut pour les zones rurales, avec
un taux de croissance près de trois fois
supérieur à la moyenne nationale.
L?artificialisation et sa croissance, très
au-dessus de la moyenne pour ces
territoires, traduisent l?urbanisation
toujours plus loin des pôles urbains,
de façon accentuée dans l?espace
rural, avec en corollaire l?augmentation
de l?usage de la voiture. En Pays de
la Loire, la part des transports locaux
en automobile a augmenté de plus de
5 points entre 1994 et 2008, passant
de 66 % à 71 % sur cette période, ce
qui représente plus du double de ce
que l?on a pu observer pour la France
de province, où le différentiel est de
2,3 points, avec une part de 69 % en
2008. Dans la région, au moins jusqu?à
une période assez récente, cela s?est
fait au détriment des transports doux
(marche à pied, bicyclette), tandis que
la part des transports collectifs stagnait
autour de 6 %. ?
27
La périurbanisation :
facteurs et état des lieux
insee pays de la loire - en pays de la loire, la ville déborde de plus en plus sur la campagne - octobre 2010
Pour en savoir plus
Pageaud D. et Carré C., « La France vue par Corine Land Cover, outil européen de suivi de l?occupation
des sols », Le point sur, n°10, MEEDDM-Commissariat général au développement durable, avril 2009.
Naizot F., « Les changements d?occupation des sols de 1990 à 2000 : plus d?artificiel, moins de prairies
et de bocages », Les données de l?environnement, n°101, Ifen, mars 2005.
La rubrique internet du MEEDDM sur Corine Land Cover : http://www.stats.environnement.developpement-
durable.gouv.fr/bases-de-donnees/occupation-des-sols-corine-land-cover.html?taille=target%253D_self
Définitions
? On parle d?artificialisation du sol lorsque des zones agricoles ou naturelles sont transformées par l?homme en zones
artificielles (lotissements, routes, zones commerciales...). Cette artificialisation conduit, entre autres conséquences, à
une diminution des ressources naturelles et agricoles, à la fragmentation des habitats naturels et à la dégradation des
paysages.
? Le zonage en aire urbaine (cf. p.13)