Prospective territoriale - Le difficile passage de la réflexion à l'action - Synthèse bibliographique - Réédition d'août 2012
Auteur moral
Pays-de-la-Loire. Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">La prospective se met au service de l'action mais, dans les territoires, où les acteurs impliqués sont nombreux, traduire les paroles en actes reste plus difficile.<br /><br />Cette synthèse présente des organisations de travail, des méthodes, des outils, qui facilitent le passage à l'action et s'interroge sur une nouvelle approche, inspirée de l'apprentissage organisationnel, qui bouleverse progressivement les pratiques actuelles. Et si aucune action n'était possible sans que ceux qui mettent en oeuvre une stratégie n'aient contribué à son émergence ? Et si réflexion et action se conduisaient simultanément ? Et s'il fallait même agir d'abord, pour ensuite savoir ?<br /><br />Huit autres fiches de la DREAL présentent la méthode prospective. Elles sont publiées dans la même collection « Outils et repères ».</div>
Editeur
DREAL Pays de la Loire
Descripteur Urbamet
prospective
;technique d'organisation
;stratégie
Descripteur écoplanete
Thème
Méthodes - Techniques
;Économie - Société
;Aménagement du territoire
Texte intégral
Août 2012
Prospective Territoriale
Le difficile passage de la
ré flexion à l'action
S ynthèse bibliographique
Réédition d'août 2012
n° 13
Synthèse bibliographique
Le difficile passage de la réflexion prospective à l'action
Résumé :
La réflexion prospective se met au service de l'action mais, dans les territoires, où les acteurs
impliqués sont nombreux, traduire les paroles en actes reste plus difficile. La pratique a permis
d'imaginer des organisations de travail, des méthodes et des outils, qui facilitent le passage à l'action
mais ne sont jamais pleinement satisfaisants. Une nouvelle approche, inspirée de l'apprentissage
organisationnel, bouleverse progressivement les pratiques actuelles. Et si aucune action n'était
possible sans que ceux qui mettent en oeuvre une stratégie n'aient contribué à son émergence ? Et si
réflexion et action se conduisaient simultanément ? Et s'il fallait même agir d'abord, pour ensuite
savoir ?
La réflexion prospective est ce temps
accordé pour examiner l'avenir de
manière individuelle ou collective. D'une
certaine manière, réfléchir constitue déjà
une action. Toutefois, la volonté de
placer les réflexions prospectives au
service de l'action prédomine, afin
qu'elles gagnent en légitimité. La
prévision utile n?est pas celle qui se
réalise, mais celle qui a permis l?action.
La prospective n'est pas un amusement intellectuel mais utile pour au moins préparer le changement et
idéalement le provoquer. Comment favoriser, en prospective territoriale, le passage de la réflexion à
l'action ? Cette analyse bibliographique présente les recherches sur ce sujet.
Le passage difficile de la réflexion à l'action
Tous les auteurs s'accordent sur le lien qui existe entre prospective et stratégie. Seules quelques
divergences, traduites sous forme de mises en gardes, existent. Par ailleurs, l'emploi de termes
techniques ne saurait masquer la réalité : quelle que soit la terminologie adoptée, il reste
communément admis qu'à la réflexion prospective succède l'action. Or, l'expérience montre que les
démarches produisent de la connaissance mais peu de changements utiles.
Les confusions terminologiques concernent l'action, jamais la réflexion.
En dépit de quelques hésitations, la plupart des écrits assimilent la prospective à une réflexion et la
stratégie à l'action.
Les contre-sens concernent la seconde phase d'action et de stratégie, très rarement la phase préalable
de réflexion prospective. Parce que les termes d'action, de décision et de stratégie se substituent les
uns aux autres alors qu'ils ne recouvrent pas la même réalité, certains auteurs tentent de clarifier
Le difficile passage de la réflexion à l'action Dreal des Pays de la Loire 2/10
Michel Godet, dont la conception de l'action n'est pas
monolithique, décrit trois manières d'agir :
- l'attitude réactive (faire face aux urgences),
- l'attitude préactive (agir pour se préparer aux
changements attendus en se méfiant des clichés),
- l'attitude proactive (agir pour provoquer les
changements souhaités).
l'usage de ces termes. D'une part, il ne suffit pas d'exiger (décision) pour que les choses se fassent
(action). D'autre part, la stratégie, pour faire face à toutes les éventualités, est une succession de
réponses et donc de décisions. L'action, quant à elle, est l'acte final, issu de cette succession de
décisions.
La volonté du plus grand nombre est de mettre la réflexion au service de l'action.
L'idée que la prospective ouvre sur les choix possibles est largement partagée. La réflexion éclaire la
route du décideur, l'aide à identifier les défis, les risques, les
incertitudes, les avantages et inconvénients des stratégies possibles.
L'action, quant à elle, est perçue comme le résultat principal de la
réflexion. Elle ne saurait ni ignorer la réflexion préalable, ni aboutir
avant la fin de l'étude.
Seul le Certu nuance cette nécessité de mettre la réflexion au service
de l'action. Il distingue ainsi les études de prospective, telles que les a
conduites la Datar pour ses travaux nationaux, des exercices de
prospective, plus opérationnels. Mais le bilan que dresse aujourd'hui la
Datar de ses anciennes pratiques autant que son souhait de disposer
dorénavant de travaux plus pragmatiques indiquent au contraire que le
résultat de ces travaux nationaux de prospective n'était pas
pleinement satisfaisant. Elle cherche ainsi, à travers sa nouvelle
démarche « Territoires 2040 », les moyens de tendre vers ce que le Certu qualifie d'exercices.
L'influence du contexte est éclipsée.
Les auteurs ne s'étendent pas sur le contexte dans lequel s'inscrit une démarche de prospective. Ils
considèrent que tout contexte, s'il motive le choix de conduire une réflexion, n'influerait pas sur le
passage à l'action. Seule une situation de crise (ou de prospérité), dans laquelle peut s'inscrire une
démarche, est considérée comme un facteur facilitant le passage de la réflexion à l'action.
Grands projets et prospective
La possibilité que le passage à l'action soit simplifié lorsqu'une démarche de prospective territoriale nait
dans un contexte de grand projet n'est pas envisagée. Dans la réalité, on imagine aisément qu'agir est
facilité après une réflexion prospective qui a projeté le territoire au-delà de la réalisation d'un projet
d'envergure.
Réflexions antérieures et prospective
De même, l'existence de réflexions antérieures est passée sous silence, comme si elle sans influence.
Pourtant, lorsque plusieurs réflexions ont été conduites antérieurement sur un territoire, une démarche
de prospective risque de paraître vaine et lasser ses contributeurs. A l'inverse, un territoire négligé
jusqu'alors se sentira valorisé par toute réflexion dont il fera l'objet.
Crise et prospective
Certains auteurs reconnaissent cependant l'influence du contexte lorsqu'ils se penchent sur le rapport
entre crise et prospective. Ainsi, lorsque la prospective est là pour résoudre une difficulté actuelle, elle
devient opérationnelle. De nombreux auteurs encouragent également l'usage de la prospective dans un
contexte de réussite pour éviter qu'un contexte de crise ne vienne réduire le champ des actions
possibles.
Quelques mises en garde concernant les interférences entre réflexion et action
Réfléchir ne dispense pas d'agir.
Une partie des auteurs met en garde contre des attentes trop fortes à l'égard de la prospective. Elle ne
dispense pas le décideur de décider, ni ne le désengage en lui dictant la conduite à tenir.
L?enchaînement n'est pas évident. Se réserver un moment pour tirer les conséquences d'une réflexion
prospective sur l'action apparaît indispensable.
Si l'obsession d'agir est trop forte, la réflexion se tarit.
Pour d'autres raisons, Patrick Crézé met en garde contre les interférences entre décision et ateliers,
entre recherche (apports de connaissances) et passage à l'action. Il est rejoint par Jacques Lesourne
Le difficile passage de la réflexion à l'action Dreal des Pays de la Loire 3/10
pour lequel établir des ponts entre action et réflexion reste indispensable, à condition que des
références trop fréquentes aux actions à conduire n'assèchent pas la réflexion.
Les positions les plus affirmées émanent des auteurs qui assurent des missions de conseils en
prospective. Pour les uns, il n'est pas envisageable d'accompagner un décideur dans une démarche de
prospective sans le conduire jusqu'à la décision. Pour les autres, à l'inverse, il devient impossible de
faire de la prospective si l'on pense déjà aux décisions qui seront prises à son issue.
Une organisation nouvelle s'envisage pour être au service de cet enchaînement.
Plusieurs auteurs suggèrent des modes d'organisation pour conduire successivement les étapes de
réflexion et d'action. Pédagogiquement, certains auteurs identifient une étape intermédiaire qui
correspond à un passage de la prospective à la
décision stratégique. Ce sont les mêmes qui
présentent la prospective comme un simple
outil d'aide à la réflexion stratégique.
A la réflexion et à l'action succède parfois une
étape consacrée à la communication sur les
travaux de prospective entrepris. Les termes
employés pour qualifier cette étape diffèrent
mais conservent la même signification :
information, mobilisation, partage, etc.
Un vocabulaire technique s'est développé pour qualifier les effets de la prospective sur la réflexion
et l'action mais les auteurs ne s'accordent pas sur sa signification.
Des termes techniques sont utilisés pour distinguer ces étapes successives. Les plus usités sont
prospective exploratoire, prospective normative et
prospective stratégique. Ces qualificatifs contribueraient
à clarifier les effets possibles de la prospective si tous
s'accordaient sur le sens à donner à chaque
dénomination. Ainsi, certains ouvrages assimilent la
prospective normative à la prospective stratégique.
D'autres considèrent que la prospective stratégique
relève du seul monde de l'entreprise et s'oppose ainsi à
la prospective territoriale. Ils sont aussitôt contredits par
des prospectives d'entreprises, dites stratégiques, qui
parce qu'elles définissent une stratégie infra-nationale,
se qualifient de territoriales.
En dépit de ces amalgames, la distinction
exploratoire/normative se retrouve chez la plupart des
auteurs.
Les difficultés à le faire
Les ouvrages récents s'accordent sur l'existence de difficultés liées au passage de la réflexion à l'action
ou comment faire de la prospective un outil du changement. Plusieurs raisons sont alors évoquées :
La gouvernance multi-acteurs :
Une des spécificités de la prospective territoriale, par rapport aux prospectives d'entreprises, est la
multitude des acteurs qui rend plus difficile la mise en place de l'action puis son suivi. Les auteurs qui
insistent le plus sur cette difficulté sont également ceux qui opposent la prospective des entreprises,
dite stratégique, à la prospective des collectivités, dite territoriale.
Mise en exergue : Il n'existe pas, sur les territoires, de processus de décision qui ajuste
automatiquement une solution à un problème.
Une grande difficulté à atterrir
Quelques auteurs utilisent cette métaphore de l'atterrissage. La réflexion est si riche et mobilise tant de
monde qu'il devient difficile d'y trouver une conclusion pour passer à l'étape suivante d'élaboration d'une
stratégie et de programmation d'actions.
Le difficile passage de la réflexion à l'action Dreal des Pays de la Loire 4/10
Ainsi, l'organisation du travail est presque
toujours la suivante : la réflexion est conduite par
un groupe restreint mais pluridisciplinaire
(souvent d'une vingtaine de personnes), la
stratégie par un groupe plus restreint encore
composé des décideurs de l'organisation. Dans
un second temps, l'ouverture est possible pour
concevoir et mettre en oeuvre l'objectif final.
Définition
La prospective exploratoire recherche,
en croisant toutes les hypothèses
réalistes, l'ensemble des futurs
possibles, les changements comme les
invariants. La prospective normative,
pour sa part, examine nos attentes et
porte un jugement de valeur pour
distinguer l'avenir acceptable de celui
qui ne l'est pas. En établissant un pont
entre le présent et le futur souhaitable,
elle construit l'avenir de telle manière
que chacun joue un rôle majeur dans sa
survenue.
Tous les décideurs ne participent pas aux travaux de réflexion.
Ceux qui ne participent pas aux travaux de réflexion doivent attendre que les résultats soient publiés.
Un décideur qui n'a pas participé aux travaux glanera, dans un rapport final, les informations éparses
qui conforteront ses positions du moment, rarement celles qui pourraient les remettre en cause. Doit-on
alors partager les résultats, au cours de leur élaboration ou en fin de démarche ? Plusieurs auteurs
prévoient des étapes de restitution en cours de démarche pour éviter une découverte trop tardive des
résultats. A ce sujet, Jacques Lesourne écrit que « Des tombes sont creusées chaque jour dans le
cimetière de la prospective et de réflexion stratégique ». Cependant, une diffusion progressive de leurs
travaux engage les participants à la démarche de réflexion, qui se sentent alors moins libres de les
remettre en cause.
Conclusion : Le souci d'offrir une dimension téléologique à la prospective fait parfois oublier sa capacité
à explorer l'avenir. Depuis 2000, Fabienne Goux-Baudiment a cependant noté un retour à la prospective
exploratoire pour comprendre le monde, signe d'une volonté de comprendre d'abord le monde avant de
dessiner ce que l'on souhaite.
Les solutions apportées
Pour faciliter le passage de la réflexion à l'action, de nombreux auteurs proposent alors des
organisations plus adaptées à l'action, des stratégies de communication, des méthodes pour orienter
les débats et des outils. Quelques-uns mettent cependant en garde contre les outils et les méthodes,
dont la découverte éveille la curiosité des participants mais les détourne de l'utilité de leur démarche.
Cette partie, consacrée aux solutions apportées, ne décrit, ni ne précise les conditions d'emploi des
différentes solutions. Elle repère celles qui sont le plus souvent évoquées, les regroupe et s'intéresse
davantage à leurs effets sur les processus de réflexion et d'action.
Une organisation adaptée à l'action
Mobiliser les équipes en interne
Les services doivent s'organiser pour impliquer toutes leurs équipes et encourager les échanges entre
elles (dits transversaux). Pour être légitime, la réflexion doit être collective. La réalisation du travail en
chambre doit être proscrite afin que toute hypothèse soit testée, amendée et construite en groupe.
Impliquer les décideurs dans les travaux
Cette implication a une double signification. D'abord, le pilotage doit être fort. Ensuite, des décideurs
doivent participer aux travaux de réflexion. L'intérêt n'est pas d'interférer sur la réflexion des experts
mais de nourrir en temps réel la vision stratégique que l'organisation a d'elle-même. Une analyse du jeu
des acteurs est recommandée par de nombreux ouvrages.
Mais un groupe de travail, quels que soient les critères qui ont permis de le constituer, peut-il
légitimement disposer d'une autorité sur les décideurs ? Alors que cette question est importante, la
légitimité et l'autorité des groupes de travail sont peu discutées dans les ouvrages retenus.
Une stratégie de communication efficace
Identifier un leader en charge de la communication
Un leader, désigné au sein du groupe de réflexion, se voit confié une mission de communication au sein
de ce groupe mais également à l'extérieur. Il adopte un langage adapté pour servir d'interface entre les
deux processus de réflexion et d'action. Il traduit la réflexion aux moments opportuns de l'action et, en
sens inverse, interprète les évolutions des plans du décideur.
Diffuser de multiples messages
Parce que les acteurs sont nombreux sur les territoires, le groupe en charge de la réflexion s'appuie
sur des intermédiaires, pour diffuser un éventail de messages parfois courts, parfois longs, tantôt
techniques, tantôt simplifiés, sur des supports réservés à certains comme dans la presse, sur les
réseaux sociaux ou Internet.
Le difficile passage de la réflexion à l'action Dreal des Pays de la Loire 5/10
Des méthodes pour orienter les débats
Choisir d'agir sur ce qui est maîtrisable
L?erreur lors de la réflexion prospective serait de se centrer sur les problèmes, dits exogènes, pour
lesquels le territoire ne dispose pas de leviers d'actions. La réflexion prospective doit au contraire
s'intéresser aux « valeurs cachées », aux atouts, à ces
capacités dont dispose le territoire pour s'adapter et faire
valoir ses spécificités.
Mettre en évidence les contradictions
Les contradictions, les idées isolées, les positions
dissidentes sont des moyens de faire progresser la
réflexion. Les injonctions et les valeurs reposant sur des
compromis ne sont jamais les meilleurs moteurs du
changement. Les importants processus de changements
sociaux ont souvent trouvé du sens dans les contradictions
qu'ils génèrent, plus rarement dans les consensus.
Engager la réflexion sur les représentations de chacun
Plusieurs auteurs s'accordent sur l'importance d'un travail sur les représentations (Pacini, Goux-
Baudiment, Loinger). Selon Vincent Pacini et Jacques Lesourne, nos visions du monde
conditionneraient même l'action et les jeux d'acteurs.
Ce travail de réflexion ne cherche pas à produire de nouvelles connaissances mais à remettre en cause
nos représentations. Ces dernières se déclinent selon la nécessité (ce qui est important), la volonté (le
degré de maîtrise des acteurs sur les facteurs de changement) et le hasard (ce qui n'est pas maîtrisé).
Partager des représentations réduit le pouvoir individuel de chaque acteur mais augmente l'efficacité
d'une action collective. Leurs expressions invitent à négocier, exploiter les divergences, favoriser un
regard tolérant, imaginer des solutions nouvelles.
S'interroger exclusivement sur ce que l'on souhaite ?
Des divergences importantes existent concernant la possibilité d'orienter les débats vers l'expression
des souhaits. Pour certains, particulièrement soucieux de mettre la prospective au service de l'action,
les attentes fortes à l'égard de l'avenir sont un moyen pour que le programme d'actions voie le jour.
Pour d'autres, il est au contraire indispensable de penser l'avenir sous forme de probabilités, non de
souhaits, afin que la réflexion prospective s'ancre dans le réel et ne bascule pas dans l'utopie.
Des outils qui favorisent le passage à l'action
Outils : prévoir une veille et un dispositif d'évaluation
Plusieurs auteurs associent prospective, évaluation et veille pour un succès de l'action collective.
L'évaluation et la veille prolongent les démarches de prospective, en testent la validité et en tirent les
conséquences. Elles invitent à ne pas enterrer la réflexion prospective mais à en tirer les conséquences
pour l'action à venir.
Outil : analyser le jeu des acteurs
La réflexion et l'action sont déterminées par des jeux de pouvoir qui obéissent à des règles et à des
processus que des méthodes d'inspiration scientifique peuvent faire progresser. La psychologie joue un
rôle sur ces processus mais également la sociologie.
Une analyse du jeu des acteurs permet d'établir un lien fort entre réflexion et action. Elle fait prendre
conscience de l'existence de leviers d'actions sur le territoire, c'est à dire des capacités endogènes,
dont les acteurs disposent pour préparer l'avenir. Elle encourage également à mettre en place des
politiques d'alliance.
Pour conduire cette analyse, les acteurs sont listés. Pour chacun, sont précisés ses finalités et les
moyens d'actions dont ils disposent. Les convergences, les rapports de force et ainsi les enjeux
apparaissent. Il existe un logiciel développé par le Lipsor et appelé Mactor, qui automatise cette
analyse.
Le difficile passage de la réflexion à l'action Dreal des Pays de la Loire 6/10
Outil : mettre en place un système de pilotage numérique efficace
Pour mettre en oeuvre les choix faits pour le futur, deux consultants recommandent de pousser les
travaux jusqu'à définir les conditions du pilotage de l'action et disposer d'outils numériques
accompagnant les pratiques modifiées ou nouvelles. Ces outils numériques, organisationnels et
opérationnels sont conçus pour être moins complexes que les dispositifs institutionnels traditionnels,
sans en être de pâles copies. Ils ne sont pas étrangers aux logiques d'appropriation, évitent de
résoudre un problème en en créant un autre, et supplantent les outils antérieurs sans s'y ajouter.
Outil : repérer les solutions et s'accorder sur les rôles de chacun
Pour agir ensemble, les acteurs s'accordent sur les finalités, les rôles et les contributions de chacun.
Des groupes sont constitués pour explorer et discuter collectivement des solutions. Ils ont pour
consigne, lors d'un brainstorming, de faire débuter leurs phrases par les formules « yaka, fokon et
ifokeu ».
Les solutions apportées donnent rarement entière satisfaction. Leur effet reste généralement limité,
dans la mesure où elles ne sont jamais toutes mises en oeuvre simultanément et de manière efficace.
Les processus organisationnels : il faut savoir pour agir, agir pour savoir
La lecture de ces ouvrages témoigne de la diffusion d'une notion nouvelle qui assimile la prospective à
un outil d?apprentissage organisationnel qui fait évoluer les mentalités. D'ailleurs, n'est-elle pas
enseignée dans les départements universitaires de science de gestion ? Plusieurs auteurs font ainsi
référence à l'apprentissage organisationnel1. La réflexion est explicitement perçue comme un processus
d'action à part entière. Parce que le passage à l'action nécessite parfois une mutation des
organisations, ils repensent les rapports humains
et sociaux, à la recherche de solutions
satisfaisantes. Certains remettent en cause
l'approche linéaire proposée, aussi pédagogique
soit-elle, qu'ils ne jugent pas satisfaisante dans la
pratique.
Les particularités de cette méthode nouvelle est
d'envisager une troisième forme de résultats.
Outre des réflexions et des actions, la prospective
produit des processus. Ces processus sont la clé
de voûte d'une démarche de prospective territoriale. Ils sont des cheminements créés tout au long de
l'exercice de prospective, pour produire de la réflexion, une stratégie d'actions et la mettre en oeuvre.
Les travaux fondamentaux de JP. Bootz sur prospective et apprentissage organisationnel
L'apprentissage organisationnel correspond au processus de création de connaissances, de diffusion
au sein d'une organisation et d'inscription dans les pratiques. Comment et pourquoi des connaissances
nouvelles vont modifier les pratiques ou au contraire être sans effets sur elles ?
Les connaissances nouvelles (ou apprentissages nouveaux) conduisent à modifier nos pratiques. Le
plus souvent, il s'agit de simplement corriger une erreur à la marge ou d'améliorer, de manière
routinière, nos pratiques de travail. A l'opposé, ces pratiques peuvent être bouleversées si nos
représentations changent et nous conduisent à réviser, en profondeur, nos objectifs de manière
innovante et créatrice.
Une distinction est opérée entre les communautés de pratiques, constituées de personnes ayant les
mêmes activités et les communautés épistémiques qui, elles, réunissent des personnalités hétérogènes
dans le but de développer de nouvelles connaissances. Un décalage existe entre ces deux types de
communautés. Les communautés épistémiques sont le plus souvent isolées dans les organisations et
pratiquent peu. Elles diffusent cependant les connaissances qu'elles acquièrent aux communautés de
pratique, qui les reprennent pour améliorer leur activité régulière.
1 Courant des sciences de gestion qui, à l?appui notamment de travaux issus de la psychologie et de la sociologie, analyse la manière dont les
individus, les groupes et l?entreprise dans son ensemble développent des processus d?apprentissage et créent des connaissances nouvelles. L?objectif
consiste notamment à optimiser les ressources internes de l?entreprise (connaissances, informations, compétences, ?) afin de renforcer son potentiel
d?innovation et sa flexibilité par rapport aux évolutions de l?environnement.
Le difficile passage de la réflexion à l'action Dreal des Pays de la Loire 7/10
Dans les sociétés holistes où la collectivité est
supérieure à l'individu (Japon, par exemple),
prendre une décision nécessite souvent bien
plus de temps qu'en Occident mais, dès lors
qu'elle est prise, sa mise en oeuvre est quasi
immédiate.
Exemple développé par Jacques Lesourne
En travaillant sur la prospective des entreprises, Jean-Philippe Bootz démontre que les changements
profonds sont possibles à condition que tous ceux
qui mettent en oeuvre une stratégie aient contribué
à son émergence. Il faut ainsi savoir pour agir.
La notion se diffuse progressivement pour
apparaître dans des écrits récents et moins
confidentiels que des travaux de recherche. Ainsi,
fort d'expériences passées dont elle a fait le bilan,
la Datar propose des solutions en matière
d'apprentissage organisationnel. L'emploi explicite
de la formule « processus d'apprentissage
organisationnel » par Philippe Crézé témoigne de
la diffusion progressive en prospective territoriale
de ce concept d'abord mis en lumière par JP
Bootz. Or, si la Datar commence à l'employer, il y a
fort à parier qu'elle se propagera.
Faut-il remettre en cause l'approche linéaire ?
Réflexion, stratégie et action ne sont plus perçues comme des étapes successives. Si certains écrits
mettent en garde contre de trop nombreuses interférences entre la réflexion et l'action, d'autres invitent
à ne plus les conduire successivement mais simultanément. Envisager la simultanéité, plutôt que la
consécution de ces étapes bouleverse la méthodologie actuelle.
Certes, une majorité distingue encore deux phases successives selon le schéma classique d'une
démarche de projet, « diagnostic/orientation » d'une part, « programmation/réalisation » d'autre part,
mais certains auteurs se distinguent par la volonté d'imbriquer action et réflexion. La possibilité de
construire une stratégie chemin faisant prend alors tout son sens.
Il est fréquent qu'une collectivité se trouve démunie
lorsqu'elle met en oeuvre la stratégie nécessaire
pour atteindre le scénario souhaité. La réflexion qui
précédait l'action n'a jamais interrogé les moyens
dont disposait la collectivité et débouche sur des
préconisations, qui ne sont pas en adéquation avec
les capacités d'action des acteurs. Plusieurs auteurs
en concluent que la conduite linéaire d'une
démarche de prospective est inadaptée et doit être
remise en cause.
Pourquoi formaliser un troisième processus
opératoire ?
Le substantif « processus » est fréquemment utilisé
pour désigner une succession de faits aboutissant à un résultat. On parle ainsi du processus de
réflexion, auquel succèdent le processus de décision et d'action. Un troisième processus de conduite du
changement est mis en avant. Qualifié également de praxéologique2, il mesure la capacité des acteurs
à réfléchir et agir ensemble. En fin de démarche, ce troisième processus cherche à produire dans
l'organisation les apprentissages nécessaires et mobiliser les ressources disponibles.
Il n'existe pas, sur les territoires, de processus de décision qui ajuste automatiquement une solution à
un problème. Produire des réflexions (enjeux) et des solutions (actions) n'est donc pas suffisant. Or,
bien souvent, les démarches s'arrêtent une fois les enjeux définis, éventuellement après l'élaboration
d'un programme d'actions. Il est impératif de définir un processus ultime pour piloter et s'organiser : ces
informations juridiques, financières et organisationnelles décrivent les acteurs, leurs rôles, leurs modes
de fonctionnement, le suivi et l'évaluation de leurs actions.
Une fois le futur exploré et l'avenir souhaité, des opérations nécessaires à la réalisation du projet
2 De praxéologie : science ou théorie de l'action; connaissance des lois de l'action humaine conduisant à des conclusions
opératoires (recherche opérationnelle, cybernétique, etc.)
Le difficile passage de la réflexion à l'action Dreal des Pays de la Loire 8/10
Chris Argyris et Donald Schön ont décrit deux
façons de corriger des erreurs :
- soit les pratiques et les comportements sont
corrigés à partir de notre expérience, sans
remise en cause des valeurs, des normes, des
objectifs et des stratégies (on parle
d'apprentissage en simple boucle),
- soit les valeurs, les normes, les objectifs et
les stratégies sont d'abord remis en cause
puis, par voie de conséquence les pratiques et
les comportements qui en déroulaient (on
parle d'apprentissage en double boucle).
s'imposent. Si les organisations ne mettent pas en place un processus d'apprentissage auprès des
équipes qui les composent, leurs souhaits ne seront jamais mis en oeuvre. Ces équipes auront besoin
d'un langage commun, de soutien dans leurs prises de décision et d'un accroissement de leurs
capacités d'actions.
Faire ensemble (et pas seulement réfléchir) devient plus que jamais une façon de comprendre. Si
savoir pour agir est nécessaire, l'inverse, agir pour savoir, devient également indispensable. La pratique
au quotidien est ainsi considérée comme un moyen d'apprendre.
Quelles sont les attentes complémentaires à l'égard des sciences de gestion ?
Les travaux conduits récemment, aussi importants soient-ils, restent aujourd'hui insuffisants. Plusieurs
auteurs expriment à l'égard des sciences de gestion des attentes qui constituent tout autant des pistes
pour de futurs travaux de recherche. Citons parmi elles le souhait de disposer de méthodes nouvelles
permettant de/d':
1. Intégrer les décisions dans leur succession vers l'acte final,
2. Améliorer les processus de connaissances à partir des représentations,
3. Passer du souhait au programme d'actions
4. Savoir aborder les questions transversales à des échelles différentes : cette difficulté est
récurrente en prospective territoriale.
Conclusion
Action et réflexion sont, d'un point de vue pédagogique, deux étapes volontiers dissociées. Remettre en
cause l'approche linéaire constitue un sujet sensible. Deux auteurs emploient les mêmes termes de
« charlatanisme » ou « charlatenerie du futur ». Ils mettent ainsi en garde contre les mauvais usages de
la réflexion prospective et ses détournements pour légitimer une action prise antérieurement.
Si tous les auteurs soulèvent de manière explicite ou implicite la question des comportements, ils sont
encore peu nombreux à reconnaître la possibilité pour la prospective territoriale d'interroger les
pratiques et les processus décisionnels des territoires. Ce sont les mêmes qui, d'une part, présentent la
prospective territoriale comme un processus classique d'étude qui précède l'action et, d'autre part,
occultent ses impacts organisationnels et managériaux. Néanmoins, la notion d'apprentissage
organisationnel en prospective, d'abord mise en lumière par Jean-Philippe Bootz lors de ses travaux sur
les entreprises, gagne progressivement les territoires. Les organisations territoriales découvrent qu'il
devient crucial de produire les apprentissages nécessaires pour concevoir et mettre en oeuvre l'objectif
final.
En définitive, l'apprentissage organisationnel suscitera peut-être un changement des pratiques en
prospective. Sans surprise, les attentes à l'égard de la recherche en sociologie des organisations sont
fortes.
Le difficile passage de la réflexion à l'action Dreal des Pays de la Loire 9/10
Ouvrages ou articles étudiés :
Deux types d'ouvrage ont été analysés :
? les écrits récents qui dressent un bilan du passage de la réflexion prospective à l'action,
? des ouvrages plus généraux sur la mise en place des stratégies d'acteurs.
? - Jean-Philippe Bootz, prospective et apprentissage organisationnel (thèse), 2001
? - Vincent Pacini, de la prospective à l?action (thèse), 2008
? - Vincent Pacini, Méthodologie de la prospective de projet (article), revue internationale Territoires du futur, mai 2009
? - M.J. Avenier, La stratégie chemin faisant, Economica, Paris, 1997
? - Fabienne Goux-Baudiment, Figures de prospective, revue internationale Territoires du futur, octobre 2006 (pages
11 à 20)
? - La Documentation Française, l?évaluation des processus de concertation, 2006
? - Jacques Lesourne, De la réflexion à l?action, décembre 1983, Futuribles n°72 (pages 79 à 89)
? - Claude Spohr et Guy Loinger, Prospective et planification territoriales#: état des lieux et propositions, Notes du
centre de prospective et de veille scientifique, mars 2004
? - Guy Loinger, La prospective régionale, de chemins en desseins, édition de l?aube, Paris, 2004
? - Martin Vanier, Le choix d?une prospective, Territoires 2040, Datar, La documentation française, 2010
? - Patrick Crézé, Un processus d?apprentissage organisationnel, Territoires 2040, Datar, La documentation française
? - Goux-Baudiment (Fabienne), Soulet (Ghislaine) et Courson (Jacques, de), Quiz pour conduire un exercice de
prospective, Certu 2008
? - Rapport "L'État face au futur des territoires", MEEDDAT, Cirèse, Geistel, 2008
? - Liam Fauchard et Philippe Mocellin, Conduire une démarche de prospective territoriale, AAT - l'Harmattant,
novembre 2009
? - Hugues de Jouvenel, La démarche prospective : un bref guide méthodologique
? - Claude Spohr, Vers une prospective territoriale post-Grenelle de l'environnement, CGDD, novembre 2009
Photo de couverture : Atelier pédagogique
organisé par l?association "Pirouette-Cacahuète"
© Bernard Suard/METL-MEDE
Dreal des Pays de la Loire/SCTE/Division Observation Études et Statistiques/Gwénaëlle Le Bourhis
prospectiveterritoriale.scte.dreal-pays-de-la-loire@developpement-durable.gouv.fr
Service de la connaissance
des territoires et de
l'évaluation
Tél : 02.40.99.58.28
Fax : 02.40.99.58.27
Le passage difficile de la réflexion à l'action
Les confusions terminologiques concernent l'action, jamais la réflexion.
La volonté du plus grand nombre est de mettre la réflexion au service de l'action.
L'influence du contexte est éclipsée.
Grands projets et prospective
Réflexions antérieures et prospective
Crise et prospective
Quelques mises en garde concernant les interférences entre réflexion et action
Réfléchir ne dispense pas d'agir.
Si l'obsession d'agir est trop forte, la réflexion se tarit.
Une organisation nouvelle s'envisage pour être au service de cet enchaînement.
Un vocabulaire technique s'est développé pour qualifier les effets de la prospective sur la réflexion et l'action mais les auteurs ne s'accordent pas sur sa signification.
Les difficultés à le faire
La gouvernance multi-acteurs :
Une grande difficulté à atterrir
Tous les décideurs ne participent pas aux travaux de réflexion.
Les solutions apportées
Une organisation adaptée à l'action
Mobiliser les équipes en interne
Impliquer les décideurs dans les travaux
Une stratégie de communication efficace
Identifier un leader en charge de la communication
Diffuser de multiples messages
Des méthodes pour orienter les débats
Choisir d'agir sur ce qui est maîtrisable
Mettre en évidence les contradictions
Engager la réflexion sur les représentations de chacun
S'interroger exclusivement sur ce que l'on souhaite?
Des outils qui favorisent le passage à l'action
Outils: prévoir une veille et un dispositif d'évaluation
Outil : analyser le jeu des acteurs
Outil: mettre en place un système de pilotage numérique efficace
Outil : repérer les solutions et s'accorder sur les rôles de chacun
Les processus organisationnels: il faut savoir pour agir, agir pour savoir
Les travaux fondamentaux de JP. Bootz sur prospective et apprentissage organisationnel
Faut-il remettre en cause l'approche linéaire ?
Pourquoi formaliser un troisième processus opératoire ?
Quelles sont les attentes complémentaires à l'égard des sciences de gestion?
Conclusion