Économie de l'aménagement - Marchés fonciers - Identifier et comprendre la rétention foncière - Synthèse
POUILLAUDE (Agnès)
Auteur moral
Pays-de-la-Loire. Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Ce document est la synthèse du rapport "Identifier et comprendre la rétention foncière publié en octobre 2013".</div>
Editeur
DREAL Pays de la Loire
Descripteur Urbamet
aménagement foncier urbain
;marché immobilier
;prix du foncier
;diagnostic
;fiscalité
;taxe
;taxe d'aménagement
;urbanisation
Descripteur écoplanete
accès au logement
;action foncière
Thème
Ville - Urbanisme
;Collectivités territoriales
;Aménagement du territoire
Texte intégral
Décembre
2013
n° 90
La mobilisation des gisements fonciers bien situés au sein de la ville et du bourg
représente un enjeu en matière d'aménagement de la ville durable ; enjeu mis en
avant par la loi 'accès au logement et urbanisme rénové' (ALUR) attendue en 2014.
Cependant, la rétention foncière privée freine cette mobilisation des terrains non
bâtis. Elle peut gêner 1) les opérations d'aménagement, 2) la construction de
logements neufs, 3) la lutte contre l'étalement urbain en empêchant l'utilisation de
terrains bien localisés.
Face à une notion floue, trop souvent expliquée par la spéculation, cette synthèse
apporte un premier appui aux acteurs de l'urbanisme et de l'aménagement afin
d'établir le gisement de terrains longtemps immobilisés, au sein du tissu urbain ou en
bordure d'agglomération.
Le facteur-clé de la rétention foncière est la vente des terrains non construits entre
propriétaires et acquéreurs. La rétention privée est donc repérée à partir de la durée
de conservation du terrain non bâti, indépendamment des motivations des
propriétaires privés qui l'expliquent.
Quatre grandes stratégies des propriétaires expliquent les situations où la parcelle
n'est pas mise en vente : 1) la parcelle est utilisée ou destinée à un projet, 2) c'est un
patrimoine à transmettre aux enfants, 3) le propriétaire optimise la rétention foncière
selon une stratégie économique rationnelle, et 4) le foncier entre dans un portefeuille
d'investissement.
La rétention foncière privée
La rétention foncière privée désigne la
conservation par les propriétaires de terrains
potentiellement urbanisables alors qu'ils
pourraient être mis en vente sur le marché
foncier du territoire.
Dit autrement, la rétention foncière se définit
par l'absence de mutabilité d'un terrain
potentiellement constructible.
Elle se traduit par une baisse du flux de ventes
de terrains sur le marché foncier local.
« Pour un territoire de marché considéré,
l'offre foncière potentielle correspond à la
totalité des biens existants, soit physiquement
accessibles, soit juridiquement urbanisables,
soit encore techniquement urbanisables.
Quant à l?offre effective, elle correspond, à un
moment donné, aux biens disponibles sur le
marché » (Halleux, 2005).
service
intermodalité
aménagement
et logement
Economie de l'aménagement
Marchés fonciers
Identifier et comprendre la rétention foncière
Synthèse
© Laurent Mignaux/METL-MEDDE
Les enjeux de la rétention foncière privée pour l'aménagement des territoires
Une part du gisement foncier que l'action publique destine
juridiquement à l'urbanisation dans le plan local
d'urbanisme (PLU) reste aux mains de propriétaires privés
sans projet de construction.
Dans les territoires connaissant des tensions sur le marché
du logement ou un développement urbain peu durable, la
mise sur le marché des terrains non bâtis,
urbanisables ou à urbaniser, serait favorable aux
politiques de l'aménagement et de l'habitat.
Elle peut contribuer à l'optimisation foncière locale, en
parallèle de la densification des parcelles « sous-
construites ».
Dans les territoires plus détendus, la mobilisation de
terrains facilitant l'urbanisation compacte contribue à une
gestion économe des espaces naturels et agricoles.
Du point de vue de la cohérence de l'aménagement du
territoire d'une collectivité, la rétention foncière en frange
urbaine a deux effets négatifs : la pression à l'extension
urbaine et le report résidentiel ou économique vers
d'autres localisations du bassin de vie.
Face aux propriétaires fonciers qui conservent des terrains
non bâtis bien situés, la lutte contre la rétention répond à
la demande sociale de libérer du foncier.
Cette action foncière gagnerait à mieux comprendre les
causes de la non-mise en vente des terrains privés
et les choix des propriétaires en dehors de toute action
publique. C'est l'une des clés de réussite d'une mise en
oeuvre adaptée au contexte, des dispositifs de lutte contre
la rétention foncière.
Préalablement à l'élaboration de leur stratégie foncière,
les collectivités locales qui réalisent un diagnostic
foncier auront à identifier la rétention privée.
Le projet de loi 'accès au logement et urbanisme
rénové' (ALUR) prévoit de rendre obligatoires le
diagnostic foncier dans le PLU et l'étude de densification
contenue dans le schéma de cohérence territoriale (SCoT).
Parmi les outils de l'action foncière, les collectivités locales
compétentes en urbanisme peuvent infléchir la rétention
au moyen d?une fiscalité désincitative en majorant
volontairement la taxe foncière des propriétés non bâties
(art. 1396 CGI) ou en instaurant une taxation
complémentaire sur les plus-values de cession des terrains
devenus constructibles (art. 1529 et 1609 nonies CGI).
Le gisement foncier « immobilisé »
Figure 1 ? Situer le gisement de la rétention des terrains nus potentiellement constructibles
parmi les autres gisements fonciers
Au cours du diagnostic foncier, 4 gisements fonciers
potentiellement constructibles sont repérés :
a) les dents creuses du tissu urbain existant qui
représente un stock des terrains privés non bâtis.
La majorité donnera lieu à des mises en vente ;
b) les terrains privés bâtis qui peuvent être densifiés
au moyen d'une division parcellaire (BIMBY),
d'une sur-élévation des constructions présentes ;
c) la rétention foncière de dents creuses, terrains
longuement conservés par leur(s) propriétaire(s)
sans projet de construction ;
d) le foncier public mobilisable en faveur des
équipements publics et du logement, bâti ou non.
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13
La rétention au sein du tissu urbanisé ou en frange urbaine
La rétention foncière a 2 composantes dynamiques :
1. A court / moyen terme, le PLU ou PLU
intercommunal (PLUi) en vigueur définit les droits à
construire. La totalité des terrains non bâtis urbanisables
peut alors être mesurée par les « dents creuses », aussi
appelée capacité résiduelle d'urbanisation à la parcelle.
Toutefois, l'ensemble des dents creuses n?est pas en
situation de rétention foncière.
A PLU(i) donné, la rétention foncière est repérée, au
sein de la capacité résiduelle d'urbanisation, par la
conservation « longue » des terrains (Cf. fig1).
L'action foncière de lutte contre la rétention cible ce
gisement afin que les terrains soient libérés au fil du
temps grâce à une mise en vente.
2. A moyen / long terme, le document d?urbanisme est
susceptible d?évoluer et de modifier la constructibilité des
terrains. Les terrains nus des franges urbaines peuvent
apparaître comme le lieu privilégié du développement
futur de l?habitat et des activités économiques, sous
réserve d?une localisation adaptée à l?aménagement
durable.
Il s?agit d'un second gisement foncier aux contours
imprécis, dont le délai de mobilisation est incertain.
Les acteurs publics disposent aussi de leviers d?action en
frange urbaine (voir taxes évoquées plus haut).
En fin de vie du PLU(i), le gisement immobilisé par la
rétention foncière équivaut au stock incompressible de
terrains nus non mis en vente par leur propriétaire.
Volume de la rétention foncière : absence de valeur de référence
L'état de l'art n'a pas permis de faire
ressortir de durée de rétention qualifiant
la conservation du terrain comme
inhabituellement longue.
Il n'apporte pas de valeur de référence reconnue
quant au volume de la rétention foncière. Ce dernier
apparaît évalué par des mesures diversifiées, tant du point
de vue de la méthode que de la fourchette annoncée. Ceci
renforce le besoin d'une quantification de la rétention pour
éclairer l?action publique touchant au foncier.
La rétention foncière est volontaire
Du point de vue des acteurs publics comme de la filière
foncière et immobilière, le refus de vendre peut paraître
illogique.
En fait, les 4 grandes stratégies de rétention des
propriétaires privés prennent en compte, de manière
rationnelle, des facteurs extérieurs aux marchés fonciers
et à l'aménagement du territoire. Ces facteurs sont à la
fois sociologiques, économiques et financiers.
Toutes amènent les propriétaires privés à conserver
volontairement leur terrain, mais toutes ne sont pas
spéculatives. Ceci nous fait dire que le caractère
volontaire de la rétention foncière n'est pas un critère
décisif de son identification.
La rétention peut être subie dans les cas où la demande
de foncier est très faible, le détenteur de la parcelle ne
parvient alors pas à vendre.
L'élément important est davantage la capacité de ces
gisements fonciers à être remis sur le marché - leur
mutabilité ? afin de devenir bâtis à terme.
Le panorama des motivations à la rétention foncière donne
des clés pour apprécier la mutabilité des parcelles.
(Cf.tableau p 4)
La diversité des propriétaires fonciers privés
Le « propriétaire foncier privé » est un offreur potentiel de
terrains urbanisables, derrière lequel se cachent
3 figures économiques :
1. le petit propriétaire, parmi un nombre important
d'autres propriétaires, qui n'a pas le pouvoir d'influencer
seul le marché (prix et quantités échangées). Lorsque les
conditions d'échange ne lui conviennent pas, ses
leviers d'action sont de retirer son bien de la vente ou de
différer la cession s'il en a la possibilité ;
2. le grand propriétaire privé qui possède des surfaces
étendues par rapport aux localisations équivalentes pour
les demandeurs (bassin de vie, zone d'emploi) ou par
rapport à la taille de la commune. Il détient un pouvoir de
marché du fait de son monopole ou de l'oligopole qui lui
permet d'obtenir un prix de vente supérieur si les
demandeurs sont solvables : si le propriétaire foncier
refuse la transaction, les demandeurs ont peu
d'alternatives équivalentes.
3. les acteurs de la filière foncière et immobilière -
opérateurs fonciers, aménageurs-lotisseurs ? pour qui les
terrains à urbaniser représentent un facteur de
production. Les ventes de foncier se réalisent avec des
promoteurs immobiliers ou des bailleurs sociaux selon la
logique du compte à rebours qui détermine la charge
foncière acceptable et la faisabilité de l'opération
d'aménagement.
Le maintien d'un flux de parcelles mis en vente est l'une
des conditions de bon fonctionnement de leur activité
économique et financière (frais financiers). Leurs
motivations particulières ne sont pas traitées ici.
Les 4 grandes stratégies de rétention des propriétaires privés
Les propriétaires qui détiennent un terrain non bâti sans
projet de construction durant une longue période, sont
souvent porteurs d'un projet de vie (cadre de vie,
construction différée, ?), d'une transmission familiale ou
d'un calcul de 'bon sens' de l'entreprise ou du ménage
composant avec les spécificités du marché foncier (stock
de matière première, peu de transparence, conjoncture,
besoin de trésorerie, etc.).
La spéculation jouant des variations des prix de marché
apparaît comme une motivation parmi d'autres à la
rétention foncière.
? %
Les idées fortes des 4 stratégies adoptées par les propriétaires fonciers privés sont présentées dans le tableau
ci-dessous. Le propriétaire foncier peut suivre simultanément plusieurs stratégies-types.
1- Usage immédiat
du terrain non bâti, ou
acquisition anticipée d'une
parcelle
2- Transmission familiale du
patrimoine
3- Optimisation économique
sur un marché singulier
4- Stratégie d'investissement
Le propriétaire utilise la parcelle
sans la construire
(prolongement de la propriété
bâtie, potager,...) ou organise
une construction future
(agrandissement d'activité,
nouvelle étape du parcours
résidentiel, ?).
Selon la forme du foncier local,
le propriétaire constitue un
tènement de parcelles pour
créer un îlot de propriété adapté
à ses besoins.
La terre et le patrimoine foncier
ont
une valeur symbolique.
(Chayanov)
Le propriétaire se positionne sur
le marché foncier local.
3 particularités « freinent » la
mise en vente des terrains :
1- l?offreur détient
un quasi-monopole de la
localisation qui intéresse des
acheteurs potentiels
(Donzel, Napoleone,2008) ;
2- le foncier est un stock
de matières premières,
la rétention est donc un levier
d'ajustement ;
3- l'opacité du marché est
source de désajustements et de
coûts de transaction élevés.
Le foncier est un actif au sein
d'un portefeuille
d'investissement diversifié.
(Granelle)
Le propriétaire arbitre entre la
valeur d'usage du terrain et sa
valeur d'échange.
(J.Comby, non daté)
La valeur d'usage dépend de
l'utilisateur et des circonstances.
Elle tient également compte
des usages productifs que
l'utilisateur peut faire du terrain.
Le propriétaire s'inscrit à la fois
dans une logique sociologique
d'héritage et une logique
économique de transmission
(Broutelle, A-C., et al, 2011)
Le propriétaire optimise la mise
en vente / la rétention afin de
maximiser son profit ou de
minimiser ses pertes à la
revente.
La spéculation foncière est une
opération commerciale
faite pour tirer profit des
variations du marché.
Tous les propriétaires fonciers
n'ont pas acheté dans l'unique
but de revendre.
L'investisseur foncier recherche
un rendement sur
investissement.
Ce dernier est lié
aux plus-values nettes d'impôts
à la revente et/ou aux loyers
attendus d'une mise en location.
Le choix de l'investisseur
est fondé sur
la rentabilité comparée
des actifs réels (dont le foncier)
et des actifs financiers.
(Granelle)
La mutabilité augmente lorsque
le coût d'opportunité de
conserver le terrain augmente.
En effet, si les gains d'un
échange dépassent de plus en
plus la valeur d'usage, le
manque à gagner potentiel
augmente. La mise en vente
devient opportune.
La mutabilité s'accroît fortement
quand le propriétaire a besoin
de se défaire de son patrimoine
(divorce, succession, ..).
En conjoncture baissière ou
face aux opérateurs fonciers,
plus la valeur que le propriétaire
donne au temps est faible (mise
en vente non contrainte),
plus la rétention foncière peut
être judicieuse
économiquement.
(V.Renard, 1996, 2006 ; J.Comby,
non daté)
La mutabilité s'accroît quand le
propriétaire anticipe que sa
plus-value nette d'impôts est
forte
relativement au risque.
Inversement, dans une
conjoncture haussière,
la rétention s'accroît car le
propriétaire anticipe une plus-
value future supérieure.
(J.Comby, non daté)
La rétention ne peut diminuer en
territoire détendu faute de
demande.
La mutabilité s'accroît fortement
quand le propriétaire a besoin
de liquidités
ou de se défaire de son
patrimoine (retraite, divorce,
succession, ..).
La mutabilité s'accroît
également, quand
l'investissement foncier est
relativement moins rentable ou
que les autres actifs deviennent
moins risqués.
Pour en savoir plus...
Le rapport complet « Identifier et Comprendre la rétention foncière », 2013, 34 p
est disponible sur http://www.pays-de-la-loire.developpement-durable.gouv.fr/
rubrique Infrastructures et aménagement/Urbanisme et territoires
Service intermodalité
aménagement et logement
Directeur de la publication
Hubert Ferry-Wilczek
Réalisation et maquettage:
Agnès Pouillaude
ISSN 2109-0017
http://www.pays-de-la-loire.developpement-durable.gouv.fr/