Économie de l'aménagement - Activités économiques - La localisation des entreprises au sein de la ville et du bourg, levier de la mixité des usages

Auteur moral
Pays-de-la-Loire. Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement ; Université de Nantes
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">A l'heure où le développement important des zones d'activités modifie le fonctionnement de la ville et entre en concurrence avec les activités agricoles, l'une des pistes d'action serait de conserver une place à l'économie au sein de la ville, à l'échelle de l'agglomération, du bourg ou du bâtiment.<br /><br />Une première approche des atouts et des contraintes de cette mixité est proposée dans cette fiche, la première d'une série de quatre publications portant sur les atouts et les contraintes d'une offre, en foncier et en immobilier économique, située en ville.</div>
Editeur
DREAL Pays de la Loire
Descripteur Urbamet
aménagement foncier urbain ; entreprise
Descripteur écoplanete
action foncière ; activité humaine ; aménagement foncier
Thème
Economie ; Aménagement urbain
Texte intégral
La place des activités économiques dans le bourg ou la ville connaît des évolutions marquantes : une part croissante des entreprises s?installe au-delà des frontières physiques de la ville, dans les banlieues, le périurbain ou simplement au-delà de la voie de contournement. De plus, de nombreux quartiers n?offrent pas de mixité d?usages aux habitants ni aux actifs, au travers de commerces et services, de loisirs, de logements et d'emploi. Les entreprises se répartissent de façon hétérogène sur les territoires en raison des dynamiques économiques d?agglomération et de spécialisation. Toutefois, la réponse des politiques d?aménagement à la diversité des besoins en locaux professionnels a tendance à devenir univoque, sous la forme de parcs d?activités ou de zones dédiées, au détriment de la durabilité du territoire. L'une des pistes d'action serait de conserver une place à l'économie au sein de la ville, à l'échelle de l'agglomération, du bourg ou du bâtiment. Une première approche des atouts et des contraintes de cette mixité est proposée. Constats : une ?fuite? des activités hors de la ville La ville et le bourg peuvent être vus, sous l?angle économique, comme une agglomération de producteurs, de fournisseurs et de clients. Ce sont également des pôles qui regroupent les entrepreneurs, les employeurs et les salariés. Trois constats majeurs ressortent de l?observation des dynamiques d?agglomération et de spécialisation à l?oeuvre. Le transfert des entreprises et des emplois vers la périphérie des aires urbaines Une part croissante des entreprises s?installent au-delà des frontières physiques de la ville ou du bourg, dans les banlieues. Ainsi, l?emploi, à la suite de l?habitat, s?éloigne des centres urbains. En 1999, les villes-centres concentraient près de 45% des emplois en Pays de la Loire. La ville avait un rôle prépondérant face au choix de localisation des entreprises. L?analyse des neuf grandes agglomérations françaises par le CERTU met en évidence une baisse du poids relatif des emplois de la ville-centre au sein des aires urbaines : partout les banlieues ont capté au moins 50% de la croissance de l?emploi. Pour autant, la ville-centre reste la localisation privilégiée de l?emploi salarié privé ? le volume d?emplois a continué d?augmenter dans ces aires urbaines dont Nantes et Rennes, entre 1997 et 2008. En 2006, plus de 60 % des emplois ont été créés dans les villes- centres et leur banlieue. Il existe donc un noyau d?activités économiques en ville (CERTU, 2011). service intermodalité, aménagement et logement Octobre 2014 n° 37 Économie de l'aménagement Activités économiques La localis ation des entrepris es au s e in de la v ille e t du bourg , lev ier de la mixité des us ages Répartition des emplois par type d?espace (%) en Pays de la Loire Cependant, aujourd?hui les pôles urbains sont légèrement moins attractifs que par le passé. Il y a un transfert important d?emplois vers la périphérie, en banlieue ou les espaces périurbains. Selon l'étude du CERTU sur neuf aires urbaines1, l?étalement urbain ne concerne pas seulement la population ; il existe aussi un phénomène de desserrement des activités hors des centres et, notamment, des activités en lien avec les besoins quotidiens des populations résidentes. Les activités repoussées en dehors des bourgs à revitaliser Un grand nombre de bourgs souffrent d?un déséquilibre accentué entre le résidentiel et l?activité économique. Ils n?offrent pas tous une mixité d?usage en associant des commerces et services, du logement et de l?emploi (cf. illustration ci-dessous). L?animation des bourgs est essentielle pour le développement durable des territoires ruraux et périurbains mais actuellement, le transfert des activités économiques vers les périphéries provoque une perte de vitalité et de dynamisme économique des centres- bourgs, caractérisée typiquement par la réduction de l?activité commerciale, l?absence ou baisse de la qualité des services de proximité et la déconnexion entre l?emploi et l?habitat. Ce desserrement des activités et le déséquilibre des usages dans les bourgs ou les villes, peuvent aussi causer, d?une part, la dégradation du cadre de vie des riverains (bien que l?intégration paysagère de certaines activités économiques : bureaux, commerces, petits entrepôts est possible). D?autre part, ils peuvent alourdir les dépenses d?aménagement supportées par les collectivités territoriales, liées par exemple à la desserte, la construction et l?entretien des infrastructures et services de transport et de communication. Mais la dévitalisation des bourgs n?a pas seulement des conséquences au sens économique. Elle soulève aussi 1 Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Strasbourg, Rennes, Toulouse, Bordeaux et Mulhouse l?enjeu de la cohésion sociale, car l?animation du bourg et les espaces d?interactions des habitants seraient limités, au lieu d?être entretenus grâce à la présence de certaines activités économiques et à la mixité d?usages. Une déconnexion entre l?emploi et habitat En Pays de la Loire, il y a une concentration importante des logements dans les centres urbains. Environ 25 % de l?ensemble de logements est situé dans la ville- centre d?une des principales aires urbaines de la région (Nantes, Angers, Le Mans, Saint-Nazaire, Laval, La Roche-sur-Yon, Cholet, Saumur), tandis qu?un tiers supplémentaire se distribue entre la banlieue et l?espace périurbain de ces villes. Alors que dans les années 90 la construction des logements individuels s?effectuait essentiellement au sein des unités urbaines, actuellement la périurbanisation est la tendance qui domine. Dans la région il y a une déconnexion emploi- habitat assez marquée qui tend à s?accentuer. Plus de 60 % des nouveaux emplois sont concentrés dans les pôles urbains, tandis que seulement 19 % des nouveaux habitants y sont localisés. La distance entre ces deux fonctions (habitat et emploi) illustre leur déconnexion. Les habitants qui occupent principalement les zones périurbaines trouvent un emploi plus facilement dans les centres urbains, où se concentre une demande plus élevée. Inversement, certaines entreprises qui s?implantent en dehors des villes peuvent avoir besoin d?une main d?oeuvre plus qualifiée, qui est souvent localisée en ville. Cette déconnexion a forcement des effets négatifs sur la mobilité quotidienne de la population. L?indicateur d?indépendance pour l?emploi (cf. illustration en dessous) montre que dans la plupart des communes de la région, au moins quatre personnes actives employées sur dix doivent se déplacer en dehors des limites communales pour aller travailler. 2 Organisation des activités au sein d?une petite commune des Pays de la Loire Classement des communes des Pays de la Loire par leur indépendance pour l?emploi Source:SIAL, DREAL Pays de la Loire; étude sur «Les conditions économiques à l'installation des activités au sein de la ville et du bourg rural»; 2014 Source : GéoFla IGN et INSEE recensement ; 2010 Les effets du desserrement des activités Les effets positifs L?éloignement et la localisation de certaines activités en dehors des limites urbaines s'accompagnent d'effets positifs pour un territoire et sa population. Il est ainsi préférable que les activités qui représentent des sources de nuisances liées à la production excessive de bruit, au trafic intense dû à la spécialisation logistique, ainsi qu?aux risques technologiques ou sanitaires occupent des espaces dédiés dans les périphéries urbaines. Ceci permet de mieux maîtriser les impacts potentiels sur la population et le territoire. Il est avéré que l?agglomération des activités dans des zones dédiées (spécialement dans le cas des secteurs innovants et à forte valeur ajoutée) a également des effets positifs pour les entreprises par le biais des coûts, de main d?oeuvre, du développement des connaissances et de l?innovation. L?augmentation des mobilités quotidiennes En Pays de la Loire, près d?un tiers des déplacements quotidiens sont d?origine professionnelle. Or, les habitants de l?espace rural et de l?espace périurbain passent plus de temps à se déplacer en 2008 qu?en 1994, tandis que pour les citadins ce temps a diminué (INSEE, 2010). Habiter dans une grande agglomération ou une zone plus faiblement urbanisée, se traduit par un allongement du temps de déplacement quotidien dans la région. Plus de 70 % des habitants de la ville- centre parcourent en moyenne, moins de 5 km par jour ouvrable pour mener leurs activités, alors que plus d?un tiers des personnes habitant hors des centres urbains, parcourent en moyenne plus de 10 km chaque jour (cf. illustration au-dessus). L?analyse des différents modes de transport quotidiens utilisés pour les déplacements locaux (cf. illustration en dessous), montre que la voiture est le principal mode de transport de la majorité des ligériens. Le desserrement des activités renforce l'allongement de la mobilité. Il contribue à l'aggravation des impacts environnementaux non désirés comme la pollution atmosphérique - qui dégrade la santé et l?environnement - et l?émission des gaz à effet de serre préjudiciables à la lutte contre le changement climatique. L?artificialisation du territoire par les entreprises En France, les sols se sont artificialisés principalement sous forme de tissu urbain discontinu et de zones industrielles et commerciales. Le tissu urbain s?est accru de 1,6 % (+ 33 500 ha) entre 2000 et 2006, les zones industrielles et commerciales de 6,8 % (+ 23 200 ha), d?après le CGDD (2012). En 2008, les Pays de la Loire occupaient le 6e rang des régions métropolitaines les plus artificialisées, à cause de la croissance démographique et économique. La transformation des zones naturelles ou agricoles en zones artificielles atteint 12 %, contre une moyenne nationale de 10 %. Entre 1995 et 2003, environ 50 000 ha du territoire régional ont changé d?usage : ? les deux tiers pour répondre principalement aux besoins de l?habitat et aux surfaces associées (pelouses, jardins, parking?) ; ? le tiers restant des sols a été destiné aux locaux d?activités industrielles et tertiaires (13,5 %), aux réseaux de transports (14 %) et, finalement aux sports et loisirs de plein-air (6 %). Au cours du développement urbain, après une 1ère étape d?élargissement de leur zone d?influence, les pôles urbains ou ruraux, « densifient et artificialisent » leurs couronnes par l'implantation de bâtiments non résidentiels et de logements. Souvent, cette consommation foncière croissante n?est pas efficace au regard du nombre d?emplois créés, des investissements et des dépenses d'environnement engendrées (assainissement, enlèvement des ordures, protection de la nature et des paysages?). 3 Répartition des déplacements quotidiens locaux par mode de transport Pays de la Loire. Répartition des déplacements selon la distance et la zone de résidence Spécialisation urbaine versus mixité des usages : des politiques d?aménagement historiquement contradictoires L?évolution du tissu urbain connaît une tension constante entre deux tendances contraires : la spécialisation des espaces et d?un autre côté la mixité des usages. La ville mêlée du Moyen Âge, avec des édifices qui comprenaient plusieurs fonctions (commerce, logement, ou même avec des échoppes), a été témoin de l?éloignement progressif entre les activités économiques et l?habitat. La spécialisation urbaine pousse les entreprises hors de la ville Les difficultés de cohabitation des fonctions urbaines ont conduit à la constitution des villes industrielles du 20ème siècle avec leurs zones industrielles-portuaires (cf. illustration ci-dessous). La spécialisation de l?espace urbain provient du zonage préconisé par la Charte d?Athènes (1933) qui distingue quatre fonctions ou activités propres des espaces urbains : ? Habiter ? Travailler ? Se récréer ? Circuler Conformément à cette charte, la planification et la construction des villes ont réparti les espaces urbains sur la base de la présence et du cloisonnement de ces fonctions spécifiques dans le territoire. La séparation des fonctions permettrait de limiter les nuisances de certaines activités, ou d?augmenter leur efficacité. Elle est permise par la mobilité automobile. D?autres facteurs comme l?obsolescence technique et urbaine des bâtiments ont favorisé la séparation des activités et l?éviction de certaines fonctions hors des centres urbains. En France, le zonage trouve son apogée avec l?apparition des zones prioritaires à urbaniser (ZPU), dans les années 60. La remise en cause de la spécialisation urbaine À partir des années 1990, les décideurs politiques et urbanistes ont commencé à dénoncer les effets du zonage et à mettre en avant l?intérêt de la mixité urbaine (cf. exemple de mixité bureaux-logements dans l?illustration suivante). Plusieurs évolutions des textes législatifs et/ou des documents d?urbanisme ont remis en cause le concept du zonage au profit de la notion de mixité fonctionnelle, aussi dénommé urbaine, ou mixité des usages. Leur but est d?augmenter l?efficacité fonctionnelle de la ville de demain, c?est-à-dire de rapprocher les entreprises, le logement, les commerces et les services de façon à améliorer le cadre de vie des habitants, à réduire la pollution et la consommation d?énergie grâce à une mobilité plus intelligente. Cette évolution a été insérée de façon implicite en 1991 dans la loi d?orientation de la ville qui formule un objectif de mixité fonctionnelle pour lutter contre la ségrégation spatiale et l?exclusion. Dans la loi relative à la 'Solidarité et renouvelle- ment urbains (SRU)', la mixité fonctionnelle est encouragée pour mettre en oeuvre la ville des courtes distances. L?article L121-1 du Code de l?Urbanisme établit que tous les documents d?urbanisme doivent assurer « la diversité des fonctions urbaines [?] ». 4 Source: KKAA, juin. 2013; http://www.urbanews.frKengo Kuma Exemple de zoning. Zone d?activités Loire Electronic Applications, Beaucouzé - Maine-et-Loire Source: googlemaps, oct. 2014. Îlot Hikari à Lyon, exemple de mixité fonctionnelle. Principes énoncés par la Charte d?Athènes (1933). ? Répartition des espaces urbains selon les 4 fonctions ("zonage") ? Dissociation entre bâti et voirie ? Des voies hiérarchisées (voies rapides, dessertes locales, voies d?accès aux bâtiments ou cheminements piétonniers...) ? Égalitarisme, bien-être accessible à tous ? Implantation des équipements scolaires, sportifs et de loisirs à proximité des habitations ? Les zones industrielles ne doivent pas être trop éloignées des habitations pour limiter le temps de transport ; elles doivent être séparées de la ville par des zones de verdure. Accroître la mixité fonctionnelle de la ville en y installant certaines activités économiques : un levier d?efficacité de la ville ? La mixité fonctionnelle porte une vision systémique L'affirmation de la mixité fonctionnelle dans les années 1990 saisit l?opportunité d?un renouvellement urbain qui rompt avec la spécialisation par quartier et vise la construction de villes plus efficaces. Sans qu?il existe une définition précise, en particulier dans les textes législatifs, quelques approches de cette notion ont été proposées : L?observatoire de la ville indique que la mixité fonctionnelle représente le fait de disposer sur un territoire de l?ensemble des fonctions nécessaires à la vie en ville : logement, commerces, activités économiques et d?une offre variée de services et d?équipements urbains de type administratif, culturel, de mobilité, de loisirs, etc. Pour Marianne Thomann, géographe à l?Université de Lausanne, ?la mixité fonctionnelle apporte une certaine qualité de vie. Elle évite la vacuité caractéristique des espaces tertiaires ou industriels après les heures de travail, tout comme celle des cités- dortoirs durant la journée. En permettant une vie plus ou moins continuelle des lieux, elle assure également un sentiment de sécurité?. De son côté, Emmanuel Bucki (chargé de mission au sein de l?association Ville & Aménagement Durable à Lyon) estime qu?il s?agit d?un ?principe intuitif, appliqué dans tous les quartiers durables, qui consiste à mélanger les activités auxquelles ont recours les usagers d?un quartier lorsqu?ils s?y trouvent (que ce soit en tant qu?habitant ou en tant que chaland). Cela peut se faire à plusieurs échelles au sein même du quartier (îlot ou même bâtiment). ?Il est ainsi préconisé d?incorporer et de répartir harmonieusement les logements, les bureaux, les commerces et les pôles culturels et associatifs en les mixant. Cela ne veut pas dire que tous ces éléments doivent être présents dans tous les quartiers, mais que dans un rayon raisonnable, chaque citoyen puisse y avoir accès?. La mixité fonctionnelle apporte une vision systémique de la ville qui dépasse le simple couple employeurs / habitants, car elle implique aussi plusieurs acteurs tels que les producteurs, les fournisseurs et les clients. Transversale aux métiers du développement économique et de l?aménagement, cette notion de mixité peut être associée à différentes échelles de référence. La localisation proche des entreprises et du résidentiel à considérer à différentes échelles Installer les entreprises en ville, en vue d?y accroître la mixité des usages, peut être mis en oeuvre à différentes échelles, en fonction du périmètre d?intervention et des problématiques spécifiques traitées par les politiques d?aménagement et de développement économique local. Aux niveaux de l?agglomération, de la ville, du quartier, de l?îlot ou du bâtiment, des modalités variées associent le logement et les activités de l?industrie, de l?artisanat, de la construction, du commerce et des services aux entreprises ou aux particuliers. ? Au niveau de l?agglomération Les activités se situent alternativement dans le tissu mixte résidentiel/entreprises ou bien en parc d?activités, en zone commerciale et en technopole, tout en restant au sein de l?agglomération. À l?échelle de l?agglomération nantaise, les quartiers et les communes, représentés à l'IRIS sur la carte ci-dessous, sont caractérisés par leur vocation prédominante : habitat, activités économiques (en bleu et en jaune). Les quartiers principalement dédiés à l?implantation des entreprises sont distribués de façon concentrique dans des zones de transition assez éloignées du centre. Le coeur de ville et les bords de Loire ressortent également comme des quartiers économiques. Sous l?effet des économies d?agglomération recherchées par les entreprises et de la concentration de l?offre de foncier économique, ces quartiers économiques apparaissent peu nombreux en comparaison des quartiers principalement dédiés à l?habitat. Dans ces derniers, l?économie résidentielle et quelques entreprises peuvent toutefois être présentes. À ce niveau, la création de zones spécialisées pour l?implantation des entreprises, permet de garder l?activité économique dans l?espace urbain, à proximité des autres fonctions. 5 Source: IRIS IGN et INSEE ; 2010 Fonctions urbaines des quartiers (IRIS) de l'agglomération de Nantes ? À l?échelle de la ville Dans une ville, les fonctions de l?emploi et l?habitat coexistent de fait, comme le montre la localisation des activités dans le schéma ci-contre. Les secteurs d?activité, tels que les artisans, les professions libérales et les commerces sont présents au coeur du tissu urbain, plutôt regroupés. Les zones économiques (en jaune) situées en continuité de la ville, permettent l?implantation des activités à l?origine de nuisances comme l?industrie, qui s?éloigne progressivement du centre-ville. L?un des effets positifs de cet équilibre relatif entre le centre-ville et la périphérie est la réduction des distances domicile-travail et potentiellement l?optimisation de la mobilité liée aux déplacements professionnels, de la consommation énergétique, ainsi que la réduction de la pollution de l?air. Les lieux de travail apparaissent plus attractifs pour les salariés et une partie de leurs besoins, comme la restauration méridienne, sont assurés sans engagement de l?entreprise. Dit autrement, les salariés bénéficient des externalités positives de la ville. ? Dans un quartier Le quartier est l?échelle de la vie quotidienne. L?implantation de l?économie résidentielle dans un quartier d?habitat apporte une réponse de proximité en matière d?achats, d?équipements publics et des services, voire d?une partie de la demande d?emplois. L?Île de Nantes accueille par exemple, plusieurs entreprises et établissements publics qui cohabitent avec les riverains du quartier. Actuellement elle abrite environ 18 000 habitants, 13 000 logements et 22 000 emplois. ? Dans l?îlot urbain L?installation d?entreprises au sein d?un îlot urbain peut prendre différentes configurations suivant l?activité. Dans le graphique ci-dessus, l?angle extérieur de l?îlot, donnant par exemple sur une voie piétonne passante, attirerait du commerce et des services résidentiels, ou des services aux salariés dans un quartier d?affaires. Une implantation en coeur d?îlot serait plus adaptée à des bureaux avec une clientèle d?entreprises, ou à des activités ne pouvant supporter des coûts en loyer élevés. L?enjeu opérationnel est alors d?adopter une vision d?ensemble des besoins des entreprises (groupe froid bruyant, accueil de clients, besoin d?une vitrine, etc.) et des logements afin de les faire cohabiter au mieux. ? Dans un bâtiment À l?échelle d?un bâtiment, le pied d?immeuble peut être partiellement dédié aux activités économiques comme le commerce, les services et les bureaux. La mise en oeuvre d?une mixité emploi-habitat à l?échelle fine du bâtiment se produit spontanément lorsque des logements sont occupés par des cabinets médicaux, des cabinets de service aux entreprises (expert- comptable, architectes, etc.), avec un nombre de salariés limité. 6 Source: www.colombes.fr Source: Nantes Métropole, 2007 Mixité fonctionnelle dans un îlot urbain Source: CEREMA, DterOuest, août 2013 Localisation des activités économiques au sein d'une ville de 16 000 habitants, Challans (85) Mixité au niveau d?un bâtiment. Écoquartier de la Marine ; Île de France Île de Nantes ; exemple de mixité fonctionnelle dans un quartier Source: DREAL Pays de la Loire, mission communication, juin 2014 Atouts et contraintes de la mixité fonctionnelle ? première approche Continuer à offrir du foncier économique et de l?immobilier d?entreprise en ville et le bourg, dans la perspective de maintenir une certaine mixité des usages en leur sein, présente des atouts et des contraintes. L?étude en cours sur « les conditions économiques à l?installation des activités au sein de la ville et du bourg rural » conduite par la DREAL des Pays de la Loire en partenariat avec l?IEMN-IAE de l?Université de Nantes en apporte une première approche. Les activités économiques contribuent à des objectifs forts de politiques publiques La mixité entreprises ? logements - services-commerces s?inscrit dans une vision globale de la ville et de sa performance. S?ajoutant à la logique des entreprises et de leur compétitivité, cette mixité apparaît comme un levier pour la construction des villes de demain. À cet égard, les politiques urbaines promeuvent la mixité des usages en poursuivant des objectifs aussi variés que : ? revitaliser les centres-villes et contribuer au renouvellement urbain ; ? densifier les espaces urbanisés, freiner l?étalement des locaux d'activités et préserver les espaces naturels et agricoles ; ? réduire la consommation énergétique des transports et ses impacts sur l?environnement ; ? faciliter l?accès à l?emploi d'une population éventuelle- ment marquée par le chômage ; ? réduire les ségrégations sociales et garantir une meilleure accessibilité des habitants aux différents services dont ils ont besoin ; ? améliorer le cadre de vie des habitants, etc. Identifier les activités économiques susceptibles de rejoindre le bourg ou un quartier de la ville La mixité des entreprises et de l?habitat peut être promue à condition de tenir compte des particularités associées à chaque type d?activité : en termes d?aménagement durable du territoire et de facteurs de compétitivité propres à la logique entrepreneuriale. Installer les entreprises au sein de la ville ou du bourg ne peut naturellement cibler qu?une partie d?entre elles. Il est donc nécessaire d?identifier les types établissements dont la présence en ville est souhaitable. L'étude en cours fournira des éclairages plus précis. A ce stade, les entretiens menés auprès d'entreprises et de professionnels du développement local font ressortir deux points. D?un côté, l?insertion des activités relevant de l?économie résidentielle dans un tissu de logement est communé- ment acquise. Elle concerne : ? les services de proximité aux populations - publics et privés -, ? les commerces, ? les activités libérales. D?un autre côté, la place de l?économie productive dans la ville peut être discutée au regard de la diversité des entreprises de ce vivier. Alors que les artisans et les services aux entreprises, souvent en bureaux, pourraient trouver leur place en ville, la situation des industries est relativement différente. Dans une économie tertiaire, nombre d'entreprises pourraient fonctionner correctement au sein de la ville. Une vision systémique et partagée de la place des activités dans la ville viendrait conforter la faisabilité des stratégies de développement économique local et de planification. Les atouts d?une localisation au sein de la ville du point de vue des entreprises La mixité fonctionnelle apporte des avantages économiques principalement en termes de transports puisque l?accès à des emplois de proximité conduit à une réduction des trajets domicile-travail, pour une partie des employés de l'établissement. Ceci se traduit par un gain de pouvoir d?achat pour les salariés ; c?est un facteur de modération des prétentions salariales, lorsque les emplois sont peu qualifiés. Par ailleurs, les emplois à temps partiel ou saisonniers sont plus facilement pourvus dans un vivier très localisé. De plus, les entreprises implantables à proximité des logements, bénéficient d'une réduction des coûts de déplacement temporels et monétaires de leurs clients, sous réserve de s'adresser à des particuliers et non des entreprises. Être à proximité de l?habitat contribue alors à optimiser les dépenses de publicité et de démarchage commercial. La mixité fonctionnelle apporte donc un avantage compétitif à la production et à la commercialisa- tion. Pour les salariés, la mixité fonctionnelle offre un environnement plus plaisant et pratique en ville qu?en périphérie, constitué par la présence de différentes options pour se restaurer et se détendre, des services et des transports. Les zones d'activités ont d'ailleurs tendance à se constituer en 'quartiers' développant les services sur place. Pour approfondir le point de vue des entreprises, vous pouvez consulter la synthèse « Comprendre les critères d?implantation des entreprises pour maintenir l?activité dans les villes et bourgs ruraux » de la DREAL des Pays de la Loire et de la DDTM 44 sur http://www.pays-de-la- loire.developpement-durable.gouv.fr/implantation-des-activites- a2389.html La ville « diversifiée » : des fondements économiques à approfondir Si les urbanistes se sont depuis longtemps intéressés à la ville « diversifiée », les économistes ont peu exploré ce champ Avec un point d?entrée par les entreprises, la théorie des clusters et des pôles de compétitivité a longtemps dominé. Ces clusters sont conçus pour favoriser des effets externes de proximité, comme la structuration de compétences spécialisées et la visibilité de ces compétences au niveau global. En effet, la localisation au sein d?un même territoire favorise souvent les interactions et les collaborations entre les différents acteurs de l?innovation (firmes, universités, centres de recherche, financeurs?). 7 http://www.pays-de-la-loire.developpement-durable.gouv.fr/implantation-des-activites-a2389.html http://www.pays-de-la-loire.developpement-durable.gouv.fr/implantation-des-activites-a2389.html http://www.pays-de-la-loire.developpement-durable.gouv.fr/implantation-des-activites-a2389.html Toutefois, l?agglomération des entreprises ne constitue ni une condition suffisante, ni même parfois une condition nécessaire, pour créer une synergie économique : ? la proximité géographique seule ne garantit pas le développement de relations bénéfiques à l?innovation. À l?image de ce qui peut se passer pour les résidents d?une même rue, des acteurs de l?innovation relativement « voisins » peuvent parfaitement se côtoyer tout en s?ignorant? ? en plus de la proximité géographique, une proximité des modes de faire (partager un même référentiel de règles et de normes de comportement) et une proximité des savoirs (partager une partie des connaissances et des outils de communication communs ou connectés), sont nécessaires pour stimuler effectivement des interactions favorables à l?innovation. Donc, le fait que la proximité géographique entre acteurs constituerait une condition cruciale, voire incontournable pour favoriser l?innovation et la compétitivité d?un territoire est progressivement remise en cause. Pourtant, les avantages attendus et les résultats visés par les nouvelles politiques qui encouragent la mixité des fonctions urbaines n?ont été pas suffisamment creusés par les travaux économiques qui dans ce sens là, doivent se poursuivre. Le rôle des acteurs dans l?évolution de la place des entreprises dans la ville À grands traits, les acteurs de la filière de production du foncier économique sont les sociétés d?aménagement privées, présentes notamment sur le marché des bureaux, des zones commerciales et des plates-formes logistiques et les sociétés d?aménagement publiques qui réalisent les espaces économiques sous maîtrise d?ouvrage publique ou maîtrise d?ouvrage déléguée. Les intercommunalités et les communes jouent un rôle clé dans la localisation des activités, en tant que maîtres d'ouvrage d'immobilier et de foncier d'activité. Selon les départements, les conseils généraux sont également commanditaires d'espaces économiques. Par ailleurs, les conseils généraux subventionnent certains parcs d?activités intercommunaux au regard de leur intérêt départemental dans le cadre de contrats de territoire. Le schéma départemental de l'aménagement numérique des territoires est amené peser davantage sur la localisation des activités économiques, avec l'évolution numérique de l'économie. L'évolution actuellement peu équilibrée de la place occupée par les entreprises dans la ville est le résultat de ces actions croisées. Les premiers constats de l'étude en cours auprès des acteurs institutionnels du développement local montrent néanmoins qu'une intervention davantage cordonnée des acteurs publics du développement économique local et des acteurs de l?aménagement des territoires pourrait être une piste d'amélioration. C'est à cette condition que se fera la ville durable, attendue notamment dans les écoquatiers labellisés par les pouvoirs publics depuis 2013. Certains freins émanent des pratiques du monde économique. Par exemple, les opérateurs du logement et les opérateurs des locaux d?activités n?ont pas l?expérience des mêmes risques & contraintes ; ils ne s?appuient pas sur les mêmes réseaux de commercialisation. En corollaire, les projets de rénovation urbaine laissent peu de place aux activités économiques. En 2009, selon les données financières analysées par le Institut d?Aménagement et Urbanisme de l?Île-de-France, les opérations assurant un certain degré de mixité fonctionnelle représentent en moyenne entre 10,5 % et 12 % du montant total des projets, sans tenir compte de l?effet levier du Programme National de Rénovation Urbaine qui est très significatif dans certains territoires urbains. La production d?opérations mixtes inviterait probablement à associer ces différents savoir-faire. Les travaux en cours permettront d'approfondir les leviers et les freins à l'installation de certaines activités économiques en ville. 8 Service intermodalité aménagement et logement Ce document est le fruit d'un partenariat de recherche et d'un travail pédagogique entre l'Université de Nantes - Institut d'Economie et de Management de Nantes - IAE et la DREAL des Pays de la Loire. Les directions départementales des territoires sont également remerciées de leur participation au groupe de travail. Rédaction: Angel Abril Université de Nantes, DREAL Philippe VIROULEAU

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