Économie de l'aménagement - Marchés fonciers - Comprendre les marchés fonciers détendus pour adapter les leviers d'action publique
Auteur moral
Pays-de-la-Loire. Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Cette analyse présente les leviers de l'action publique adaptée aux marchés fonciers détendus. Elle a été réalisée suite aux constats d'un fonctionnement économique de ces marchés, qui n'est pas naturellement favorable à la gestion économe des espaces agricoles et naturels, visée par la loi ALUR 'accès au logement et urbanisme rénové' du 24 mars 2014.</div>
Editeur
DREAL Pays de la Loire
Descripteur Urbamet
aménagement foncier urbain
;étalement urbain
;marché immobilier
;prix du foncier
Descripteur écoplanete
maîtrise de l'urbanisation
;accès au logement
Thème
Ville - Urbanisme
;Construction
Texte intégral
service
intermodalité
aménagement
et logement
Juillet
2014
Économie de l'aménagement
Marchés fonciers
n° 31
Enfin, la promotion immobilière est souvent absente des secteursdétendus. Le parc des
logements collectifs peine ainsi à se renouveler et en vieillissant, finit par ne plus répondre
aux besoins de certains ménages. Ces besoins, même faibles d?un point de vue quantitatif, n?en
demeurent pas moins insatisfaits.
Ces quelques constats invitent à repérer les leviers d?action publique adaptés aux marchés
détendus, qui aideront à réduire l?artificialisation des sols et l?étalement urbain, ou
encore à améliorer l?accès de tous à un logement adapté.
Comprendre les marchés fonciers détendus
pour adapter les leviers d'action publique
Localement,
comment identifier
un marché foncier détendu?
- nombreux terrains mis en vente
mais délais de vente longs et
nombre de transactions faible ;
- faible taux de construction et
nombre de mises en chantier peu
important.
En lien avec le marché immobilier,
on constate:
- une attractivité résidentielle
faibleet une vacance importante
des logements ;
- prix bas (à la vente et à la
location), voire en baisse.
L?observation des secteurs détendus montre que
l?offre foncière résidentielle y est essentiellement
constituée de parcelles de très grande taille
quasi-exclusivement destinées à la construction
d?habitations individuelles: la surface
moyenne supérieure à 1500-1700m² ressort en
rouge sur la carte 1 p2. Rapportée au nombre de
logements construits, la consommation foncière y
est donc très importante.
Généralement, l?urbanisation s?opère de façon
diffuse ou sous la forme d?extensions urbaines en
périphérie voire à l?écart des zones bâties
existantes. Les opérations de renouvelle-
ment urbain portées par les acteurs privés y
sont rares, malgré l'intérêt collectif à conserver
l'animation dans le coeur du bourg / de la ville.
Les ventes de gré à gré, entre le propriétaire
d'un terrain et un candidat à la construction
individuelle en diffus, sont fréquentes comme le
montre la part des ventes sans intermédiaire (en
bleu sur la carte 3 p 3).
La loi ALUR 'accès au logement et urbanisme rénové' vise à accroître l'effort
de construction de logements tout en réduisant l'artificialisation des sols et
en luttant contre l'étalement urbain. Les mesures en urbanisme concernent
la planification urbaine, en améliorantla couverture territoriale des SCoT qui
encadrent le PLU, le PLU intercommunal et la carte communale et,
les outils au service des politiques foncières des collectivités locales.
Dans les territoires détendus, les communes et les EPCI assoient souvent leur
maintien démographique sur l'offre de foncier résidentiel aux ménages. Ces
politiques d'aménagement jouent nécessairement sur le fonctionnement
économique des marchés fonciers pour atteindre leurs objectifs.
Cependant, certains mécanismes des marchés détendus freinent le renouveau
des villages et villes à l'intérieur de leur périmètre actuel, ou stimulent la
consommation des espaces agricoles et naturels. Ceci justifie pleinement les
interventions publiques, mobilisant les leviers adaptés au contexte détendu.
Constats sur les marchés fonciers en secteur détendu
Carte 1. Surface moyenne des terrains achetés
pour les constructions individuelles pures en 2011
Carte 2. Prix moyen des terrains achetés
pour les constructions individuelles pures en 2011
Source : DREAL des Pays de la Loire « Le coût d'investissement des maisons individuelles en Pays de la Loire en 2011 », nov. 2013.
Des prix fonciers maintenus bas par une demande faible
Tendus ou détendus, des marchés d'enchères
avant tout
Les marchés fonciers des territoires tendus et détendus
ont un point commun : ce sont d'abord des marchés
d'enchères dans lesquels le prix des biens est
largement déterminé par la demande. Le prix de vente
d'un terrain, réellement observé lors d'une transaction,
est ainsi le prix le plus élevé parmi ceux proposés
par les différents acheteurs en compétition pour
son acquisition.
Ces propositions s'ajustent selon les droits qui sont
attachés à la parcelle (droits à construire pour un terrain,
extensions possibles ou usages autorisés pour un
local...), ces droits étant fixés par les règles d'urbanisme
locales.
Les secteurs détendus :
des marchés où la demande est faible
Ce qui distingue les secteurs tendus des secteurs
détendus, c'est donc avant tout :
- le niveau de la « demande » qui s'y exprime,
- le niveau de revenu des acquéreurs potentiels.
Alors que les territoires tendus sont des secteurs
attractifs et convoités, les secteurs détendus sont des
secteurs dans lesquels la demande de foncier
résidentiel est globalement faible, et ce pour des
raisons qui peuvent être très variées : éloignement des
emplois ou des services, faible accessibilité, qualité de
vie, de l'environnement naturel, culturel ou social perçus
comme peu satisfaisants...
Cette faible attractivité sur le marché foncier ne
veut toutefois pas dire que, sur les marchés de
l'immobilier, tous les besoins en logement sont
satisfaits. Même faible, la demande peut ne pas trouver
d?offre adaptée. Dans les secteurs détendus, il est
fréquent de constater que certains segments de l?offre
locative ? pour les jeunes salariés ou apprentis par
exemple, ou les logements adaptés aux personnes
âgées ? font cruellement défaut.
Le faible niveau de la demande signifie donc surtout que
peu d'acheteurs se disputent les biens en vente et
que les prix que ces derniers sont disposés à payer
sont peu élevés. Dans les territoires en bleu foncé sur
la carte 2, les parcelles sont acquises 1,3 à 2 fois moins
cher que dans les lieux en bleu clair.
Dans les secteurs détendus, les transactions ne se
réalisent que si la faiblesse des prix compense le manque
d'attractivité du secteur en question. Ceci entretient un
système dans lequel les prix sont bas et le nombre de
transactions limité.
Des logiques de marché favorables à l'étalement urbain et au pavillonnaire
L'espace comme première contrepartie au déficit
d'attractivité résidentielle des secteurs détendus
Dans les secteurs détendus, la 1ère conséquence des prix
bas est de permettre aux grandes parcelles de rester
dans l'enveloppe financière des acquéreurs. Même
avec une grande parcelle, le prix du lot est modeste,
soit moins de 32 000 ¤ la parcelle moyenne de plus
1 800 m² dans le Sud Sarthe par exemple (carte 2).
Les écarts de prix entre grandes et petites parcelles
demeurent minimes, si bien que les acheteurs :
1. ne sont pas incités à restreindre la surface de leur
propriété ;
2. acquièrent le terrain eu égard à sa localisation, même
si une surface plus petite aurait convenu.
Surtout, les acquéreurs considèrent souvent l'espace
comme une contrepartie à l'éloignement des emplois,
des commerces, des services et plus globalement, à la
faible attractivité du territoire.
Cela tend à orienter la production de terrains à
bâtir vers des grandes parcelles qui captent
l'essentiel de la demande locale, tandis que le marché
des petites parcelles reste cantonné à un marché
de niche destiné à des demandes plus spécifiques.
Des opérations privées de renouvellement urbain
plus difficiles à équilibrer en secteur détendu
Le recyclage foncier des parcelles déjà bâties
permet de faire évoluer l'usage du terrain et de
construire de nouveaux logements. Ce recyclage
foncier génère néanmoins des coûts de démolition, de
dépollution, de remise en état?
Or, le promoteur immobilier procède par compte à
rebours pour calculer les coûts d'acquisition et de
recyclage du terrain que le projet d'aménagement peut
supporter : partant des prix de l'immobilier admissibles
par le marché local, les coûts de construction et les frais
fixes (études, commercialisation, etc.) sont soustraits.
Le solde correspond à la charge foncière admissible.
Ainsi, plus les prix de l'immobilier sont bas, plus la
charge foncière admissible est faible, et moins il y a de
marge de manoeuvre pour y intégrer le coût de
recyclage du foncier, sauf intervention publique.
Dit autrement, les projets privés sont bloqués si le
recyclage foncier aboutit à un coût total de production
du logement incompatible avec les revenus des
ménages présents sur le marché local.
Dans les territoires détendus, les acteurs privés
produisent plus facilement du logement sur des terrains
à bâtir nouvellement viabilisés en périphérie de
l?enveloppe urbaine existante plutôt qu?en renouvelle-
ment urbain. Ceci fait dire à J.Comby que « le
processus de reconstruction de la ville sur elle-
même devient d?autant plus difficile que le marché
de l?immobilier est bas ».
Une demande solvable limitée motivant les achats
de terrain hors des opérations d'aménagement
Face à une demande faible en volume et aux petits prix
admissibles par le marché immobilier local, les
différents acteurs privés mobilisent plusieurs
leviers permettant de contenir les coûts de
production du logement, foncier compris ; mais, ces
leviers engendrent une ville ou un bourg non
durables.
En effet, la construction en diffus ou le lotissement
sans voirie sont souvent moins coûteux ? au moins à
court terme - que les autres opérations d'aménagement,
à surface commercialisable équivalente : ils évitent la
réalisation des parkings ou d'espaces communs, ils
supportent moins de frais financiers et de frais de
commercialisation pour le promoteur ou le lotisseur. Ces
habitations n'ont toutefois pas un cadre de vie aussi
qualitatif, faute de former un quartier où s'organise la
vie quotidienne.
De même, la production de m² en logement individuel
est souvent moins onéreuse qu'en logement collectif
en raison de la complexité des chantiers et du recours à
des bureaux d?études spécialisés par exemple.
Comme pour le renouvellement urbain, le logement
collectif en secteur détendu court donc le risque de voir
son coût de production dépasser le prix de sortie
admissible par le marché immobilier local. Dans ces
territoires, un programme ayant une part de logements
collectifs importante n?est donc financièrement pas
compétitif par rapport à une opération comprenant
100 % de maisons individuelles. Les petits collectifs ont le
mérite de diversifier l'offre de logements (T1, T2, T3),
mais apparaissent moins demandés.
Ces leviers d'adaptation à une demande moins solvable
limitent le chiffre d'affaires potentiel des
aménageurs ou des promoteurs.
De plus, les risques de commercialisation sont trop
importants pour permettre le développement d?une
activité de promotion immobilière significative et
susceptible de diversifier l'offre de logements,
notamment vers les formes intermédiaires ou
collectives.
Ainsi, les programmes de 5 logements neufs au moins,
destinés à la vente aux particuliers sont absents des
secteurs détendus comme le Sud-Est Vendée ou le Nord
Mayenne (données DREAL/ECLN). Ceci est révélateur du
retrait des promoteurs et de la faible taille des
opérations. Les logiques du marché laissent plus de
place aux acquisitions foncières par les
constructeurs de pavillons et les ménages.
Si on laisse les logiques de marché fonctionner
sans intervention publique dans les secteurs
détendus, le marché foncier résidentiel et, en lien, celui
de la construction neuve sont essentiellement porteurs
de parcelles de grande taille et principalement situées
dans le diffus ou en extension urbaine, destinées à
l?habitat individuel. L'action publique est déterminante.
Source : DREAL des Pays de la Loire « Le coût d'investissement des
maisons individuelles en Pays de la Loire en 2011 », nov. 2013.
Carte 3. Fréquence du recours à un intermédiaire ?
agence immobilière, constructeur de maison ? pour l'achat
du terrain, lors d'une construction individuelle en 2011
Des pistes d'action publique
Pour être efficaces, toutes les interventions publiques
devront intégrer l'élément central que constitue la
demande des ménages accédants. En d'autres
termes, elles devront s'assurer que les parcelles et les
espaces aménagés qu'elles contribueront à produire,
rencontreront les exigences et les contraintes des
acheteurs.
A ce titre, il ressort des éléments précédents que les
parcelles qui se vendent et les opérations qui se
construisent en secteur détendu doivent nécessairement
présenter des atouts qui, en jouant le rôle de
contreparties, compensent une localisation peu
recherchée. Les interventions publiques mises en oeuvre
localement doivent jouer et s'appuyer sur ces
contreparties pour proposer, des logements qui
réduiraient leur emprise foncière, tout en trouvant
leur marché.
L'action foncière, levier du logement abordable
La première de ces contreparties possibles est bien sûr
celle du prix. Comme les ménages qui accèdent à la
propriété en secteur détendu ont souvent une enveloppe
financière assez contrainte, les collectivités locales
peuvent faciliter la production de logements à des prix
très abordables, grâce à leur politique foncière.
L'action foncière permet à la collectivité de céder le
terrain à un prix inférieur au prix de marché. L'habitat
représente ainsi 80% des interventions de l'EPF de
Vendée. Un autre levier est d'accorder une subvention
d'équilibre aux opérations d'aménagement, même si
dans les territoires ruraux sans influence urbaine
l'achat du terrain pèse seulement 20 % du coût total
d'investissement des maisons individuelles, contre
36% en banlieue des grands pôles des Pays de la Loire
(hors promotion immobilière).
Un autre moyen de produire du logement moins cher
repose sur la réhabilitation du bâti existant. Dans les
Mauges, la rénovation lourde d'une maison en centre-
bourg coûte 25 % de moins (au m²) que la construction
d'une maison neuve en lotissement (DDT Maine-et-Loire).
Aménager au profit de la qualité de la vie locale
L'acquisition foncière permet surtout à la collectivité de
disposer de terrains bien situés dans le bourg, ou en
continuité, afin que les nouveaux arrivants participent à
la vie locale. Du point de vue de la collectivité locale,
l'enjeu est de contribuer à rendre le bourg agréable
à habiter, voire de le revitaliser, pour le rendre plus
attractif.
La Meilleraye-de-Bretagne, commune rurale de 1 300
habitants (44), a identifié un site du centre-bourg en vue
de regrouper les enseignes et de créer une maison de
santé. Appuyer le maintien / le développement des
services, des équipements ou des commerces fait
partie des stratégies territoriales susceptibles de
relever le défi majeur auquel sont confrontés les secteurs
détendus : la qualité de vie et l?attractivité.
Répondre aux différents besoins en logement
A partir du diagnostic des besoins non satisfaits et de
la politique établie dans le plan local de l'habitat (PLH),
la programmation des opérations de logement et la
forme du foncier disponible peuvent permettre de
diversifier l'offre locale et de couvrir ainsi des besoins
spécifiques ne trouvant pas de réponse sur le territoire.
Des foyers de jeunes travailleurs de moins de 10 lits ont
ainsi été créés à Ligné ou St-Mars-La-Jaille (44). La
commune de La Genetouse (85) a réalisé des maisons
mitoyennes T3 accessibles, destinées aux aînés.
Ces marchés 'de niche' sont bien réels dans les
territoires ruraux car 2/3 des ménages français comptent
2 personnes ou moins, souhaitant se loger du T1 au T3.
Un opérateur peut hésiter à se lancer sans un appui ou
une incitation de la collectivité (étude sur les besoins en
logements des jeunes, etc.).
Stimuler une occupation économe du logement
Dans le cadre de l'urbanisme opérationnel, la collectivité
peut orienter la construction vers des logements
économes ? en énergie, en eau, etc. ? afin de limiter
les charges d'occupation du logement pour les futurs
acquéreurs. Dans le quartier de Hédé-Bazouge, situé à
50 km de Rennes, les logements très économes en
énergie ont trouvé preneurs.
Ceci apparaît d'autant plus important que les ménages
installés dans les territoires détendus supportent souvent
des coûts de déplacement élevés, soumis à la hausse du
prix du carburant.
Offrir une architecture attractive
Faire bénéficier les ménages d'un conseil en conception
architecturale des logements est également un atout :
les ménages améliorent leur logement en matière
d'agencement, de rapport aux espaces extérieurs et de
modularité au fil de leur parcours résidentiel.
Dans ce cas, le rôle de la collectivité varie suivant le
mode de faire adopté : convention avec un opérateur ?
bailleur social ?, opération en régie avec recours à des
architectes, etc.
En prenant en charge le coût d'intervention des
architectes, la collectivité facilite la production d'une
offre personnalisée et attractive, qui se démarque de
l'offre plus classique. Sans intervention publique, le coût
moyen des maisons individuelles construites par un
architecte est en effet souvent
plus élevé : 1 206 ¤/m² contre
1 104 ¤/m² par un constructeur
(2011).
Il est possible d'obtenir des
marges de manoeuvre sur les
coûts de construction grâce à
l'action foncière qui diminue
le prix du terrain.
Finalement, les collectivités
peuvent agir au moyen d'une
politique foncière anticipatrice,
de la prise en compte de la
diversité des besoins en
logement, de projets sur le
devenir des coeurs de bourg et
sur les services aux populations.
Service intermodalité aménagement
et logement
Directeur de la publication
Hubert Ferry-Wilczek
Comité de rédaction:
Pierre Nouaille, CEREMA
DTer Ouest,
Agnès Pouillaude, DREAL
Maquettage: A.Pouillaude
ISSN 2115-9998