Économie de l'aménagement - Implantation des entreprises - Comprendre les critères d'implantation des entreprises pour maintenir l'activité dans les villes et bourgs ruraux
Auteur moral
Pays-de-la-Loire. Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement
;Loire-Atlantique. Direction départementale des territoires et de la mer
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">L'implantation d'une entreprise est un élément essentiel de son succès. Elle conditionne en partie son réseau et ses interactions avec les fournisseurs, clients et salariés. Partant de ses besoins et de ses contraintes, liés à des facteurs comme l'activité exercée ou le type de territoire, celle-ci va choisir un emplacement plus ou moins intégré dans la ville. De plus en plus, le choix des entreprises se porte sur des zones d'activités dédiées comme les zones artisanales ou les parcs tertiaires. L'attractivité des zones d'activités pose aujourd'hui problème car les bourgs et les villes bénéficient moins de la présence d'entreprises produisant des biens ou des services. La ville se desserre progressivement entraînant un étalement urbain non maîtrisé.<br /><br />Comprendre les logiques d'implantation des entreprises permet de proposer aux entreprises des conditions favorables à leur installation dans un tissu urbain mixant activités, logements et services. Les pratiques présentées sont issues d'une vingtaine d'entretiens menés en Pays de la Loire avec des entrepreneurs (hors commerce et industrie) et des acteurs publics du développement local, complétés par la littérature.</div>
Editeur
DREAL Pays de la Loire
Descripteur Urbamet
création d'entreprise
;industrie
;zone industrielle
;aménagement foncier urbain
;étalement urbain
Descripteur écoplanete
action foncière
;activité humaine
;maîtrise de l'urbanisation
;aménagement foncier
Thème
Ville - Urbanisme
;Economie
Texte intégral
L?implantation d?une entreprise est un élément essentiel de son succès. Elle conditionne
en partie son réseau et ses interactions avec les fournisseurs, clients et salariés. Partant
de ses besoins et de ses contraintes, liés à des facteurs comme l?activité exercée ou le
type de territoire, celle-ci va choisir un emplacement plus ou moins intégré dans la ville.
De plus en plus, le choix des entreprises se porte sur des zones d?activités dédiées
comme les zones artisanales ou les parcs tertiaires. L?attractivité des zones d?activités
pose aujourd?hui problème car les bourgs et les villes bénéficient moins de la présence
d?entreprises produisant des biens ou des services. La ville se desserre progressivement
entraînant un étalement urbain non maîtrisé.
Comprendre les logiques d?implantation des entreprises permet de proposer des
conditions favorables à leur installation dans un tissu urbain mixant activités, logements
et services. Les pratiques présentées ici sont issues d?une vingtaine d?entretiens menés
en Pays de la Loire avec des entrepreneurs (hors commerce et industrie) et des acteurs
publics du développement local, complétés par la littérature.
Les objectifs fondamentaux de l?entreprise
L?entreprise a pour objectif la rentabilité. Elle recherche le
niveau de profit désiré par son propriétaire ou ses
actionnaires. Le profit est la différence entre le chiffre
d?affaires et les coûts supportés. Pour augmenter son profit,
elle doit augmenter son chiffre d?affaires via sa stratégie
commerciale et réduire ses coûts.
La stratégie commerciale amène l?entreprise à chercher un
emplacement visible, à proximité de sa clientèle (entreprises
ou particuliers). La stratégie de réduction des coûts porte
sur les coûts fixes ou variables. Les coûts variables sont les
coûts liés à l'activité de l?entreprise, ils sont proportionnels
aux quantités vendues. La matière contenue dans un produit
fabriqué, l'emballage sont des exemples de charges variables.
Par opposition, les coûts fixes (qu?on appelle aussi coûts de
structure) regroupent tous les autres coûts non proportion-
nels aux quantités vendues (amortissement des équipements,
salaires et charges sociales, loyers, frais d?administration, de
recherche et développement). Certains coûts, comme le
transport de marchandises peuvent comporter une part fixe
et une part variable. Le montant des investissements fait
varier les coûts fixes.
L?ambition de l?entreprise est avant tout d?avoir une activité suffisante pour être rentable, c?est-à-
dire d?être au-dessus du seuil de rentabilité. Les entreprises jeunes ont des difficultés à
atteindre ce seuil de rentabilité ce qui explique que seules 54% d?entre elles sont en activité 5 ans
après leur création dans les Pays de la Loire en 2011 (51% en France).
Néanmoins, toutes les entreprises connaissent un décalage permanent de leur trésorerie qui peut
les mettre en difficulté. Les coûts sont en effet supportés par l?entreprise avant la vente de son
produit lors du cycle de production et les clients disposent de délais de paiement. La quantité
d?argent nécessaire pour palier à ce décalage est appelé besoin en fonds de roulement.
service
intermodalité,
aménagement
et logement
Octobre
2015
Économie de l?aménagement
Implantation des entreprises
Comprendre les critères d?implantation des entrepris es
pour maintenir l?ac tiv ité dans les v illes e t bourgs ruraux
n° 36
DDTM
Loire-Atlantique
Locaux d?activités
tertiaires et artisanaux
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La crise économique de 2008 a accentué les besoins en
liquidités par rationnement du crédit : les banques
sont réticentes à prêter, même lorsque l?entreprise
accepterait un taux d?intérêt élevé.
Lors de sa création, l?entreprise essaie donc d?ajuster
ses investissements aux financements disponibles pour
faciliter le démarrage de l?activité. Elle compte sur le
développement de son activité pour garantir de
nouveaux financements. Ses besoins en locaux et en
foncier évoluent également au cours de son cycle de
vie : elle effectue un parcours résidentiel (voir p 5).
Les flux liés à l?activité de l?entreprise
L?entreprise est continuellement en interaction avec son
environnement, comme le montre le schéma 1. Ces
interactions se multiplient dans un contexte où les
fonctions support sont de plus en plus externalisées.
Son fonctionnement nécessite trois types de flux
physiques ou dématérialisés qui conditionnent ses
choix d?implantation.
Les flux de personnes
Quelle que soit son activité, la vie de l?entreprise est
caractérisée par des flux de personnes et
éventuellement de véhicules : les déplacements des
employés, des clients, des fournisseurs et
prestataires de services (Cf. schéma 1).
Les activités de services et de conseil peuvent générer
des déplacements professionnels des salariés qui
fournissent une prestation. L?optimisation des temps de
déplacement est alors un facteur important de
productivité car ce temps n?est pas ou peu facturé.
L?activité d?une entreprise génère également des
mouvements, matériels ou non, liés aux services aux
entreprises. Les fonctions supports comme la
comptabilité, la gestion des systèmes d?informations,
les services financiers, peuvent être externalisées.
D?autres services sont fournis aux entreprises comme le
ménage, la reprographie et la distribution du courrier.
L?entreprise externalise parfois une partie de sa
production qui ne correspond pas à son coeur de métier
ou qu?elle ne peut assurer elle-même par manque de
ressources (employés, place, machines), lors d?un pic
d?activité par exemple.
Des flux dématérialisés très développés
Les contacts et les échanges avec les partenaires
commerciaux ou les autres établissements de la société
se font en partie par internet ce qui permet de
diminuer les coûts de transaction. Ces derniers
englobent l?ensemble des coûts liés à un échange : la
prospection, la négociation ou la contractualisation.
Les technologies numériques abaissent nettement les
coûts de transaction. Elles permettent aussi de morceler
les différentes fonctions de l?entreprise qui ne se situent
plus forcément sur le même lieu.
L?aménagement numérique du territoire doit donc
2
Schéma 1. Les interactions de l?entreprise avec ses partenaires économiques
durant le processus de création de la valeur ajoutée
être en adéquation avec les besoins « de connexion » des
entreprises. L?installation de la fibre est un atout
significatif.
Les flux logistiques
Les échanges de marchandises sont constitués par les
approvisionnements de l?entreprise et ses ventes de
marchandises si l?activité est de type productif. Ce type
de flux est variable selon l?activité mais il peut être un
facteur déterminant pour le choix d?implantation. Les
entreprises qui ont d?importants flux de camions ne
s?installent pas dans des zones proches des habitations
pour éviter les nuisances. Au cours de l?année 2014,
192 millions de tonnes de marchandises ont été
transportées par la route en Pays de la Loire, c?est la
troisième région en termes de trafic derrière les régions
Rhône-Alpes et Île-de-France (source DREAL Pays de la
Loire).
L?ensemble de ces flux expliquent la logique des
entreprises de se positionner dans des lieux
accessibles et bien équipés en termes de réseaux
numériques. Plus les interactions de l?entreprise avec
son environnement économique sont nombreuses, plus
ses besoins sont importants.
Les facteurs-clés d?arbitrage des entreprises
Lors d?une 1ère implantation ou d?une relocalisation,
l?entreprise à la recherche d?un local / d?un foncier
repère grossièrement un secteur qui répond à ses
contraintes les plus fortes. Elle arbitrera ensuite plus
finement entre différents emplacements de ce secteur.
S?installer auprès d?activités existantes
Comme l?entreprise a de nombreuses interactions
avec ses partenaires économiques, les activités
gagnent à se concentrer sur une même région, un
même territoire, un même pôle. C?est une source
d?économies, dites économies d?agglomération, pour 3
raisons :
1. Le marché potentiel augmente car un grand
nombre de clients, de prestataires de services et de
fournisseurs sont rassemblés sur la zone géographique ;
2. Les coûts de transport sont réduits lorsque
l?entreprise utilise des prestataires ou traite avec des
clients situés sur la même zone.
3. Des économies d?échelle deviennent réalisables :
lorsque plusieurs entreprises partagent des
besoins identiques en services ou en fournitures, la
proximité permet de mutualiser les services ou de
concentrer l?activité dans une zone. Les coûts fixes
des services aux entreprises, notamment ceux liés au
transport, sont alors répartis sur un volume d?activité
plus élevé, ce qui en réduit le coût unitaire. Les sociétés
de services aux entreprises bénéficient d?une
concentration de la clientèle et peuvent ainsi diminuer
leurs coûts. Les entreprises ont donc un intérêt
commun à se regrouper, qu?elles soient ou non de
la même filière.
L?agglomération d?activités économiques permet
également de développer des cercles vertueux en
attirant les organismes de formation, en développant
des synergies entre les entreprises par l?échange de
pratiques, de conseils et par un développement des
connaissances des salariés sur un même territoire.
Ainsi ce dernier dispose d?une main d?oeuvre plus
qualifiée et adaptée à ses spécificités.
Toutefois, les effets positifs de l?agglomération des
activités peuvent être contrebalancés par des effets
négatifs comme la saturation des infrastructures et
l?augmentation des prix du foncier. Ceci explique
l?existence d?une taille optimale d?agglomération au-delà
de laquelle les effets négatifs sont supérieurs aux gains.
L?agglomération est bénéfique dans la première phase
puis les effets de saturation contrebalancent les effets
positifs pour finalement rendre l?agglomération néfaste.
Bassin d?emploi et recrutement
L?existence d?une main d?oeuvre adaptée à l?activité
dans le bassin d?emploi est primordiale. La crainte
d?une difficulté de recrutement peut décourager une
entreprise souhaitant s?installer.
On distingue 20 zones d?emploi en Pays de la Loire au
sens de l?Insee (carte ci-contre). Chaque zone définit un
espace géographique dans lequel les établissements
peuvent trouver l?essentiel de la main d?oeuvre
nécessaire pour occuper les emplois offerts et à
l?intérieur duquel la plupart des actifs résident et
travaillent.
Le niveau de salaire bas d?une région peut aussi
attirer des entreprises sur le territoire, notamment en
cas de besoins importants en main d?oeuvre ou de
marché très concurrentiel, car elles abaissent leurs
coûts.
Du point de vue du développement économique local,
les entreprises installées dans les villes ou les pôles
ruraux les plus attractifs pour l?habitat recruteront plus
facilement, tandis que les exigences salariales
dépendront également du niveau des loyers.
Un cadre de vie agréable à proximité de l?entreprise ?
restauration, loisirs ? est perçu comme un levier de
recrutement. Les externalités urbaines positives
sont des atouts pour attirer les travailleurs ayant des
compétences spécialisées, notamment les cadres.
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Proximité aux marchés, visibilité et ventes
L?implantation dans la zone de chalandise, la zone où
se situe la majorité de la clientèle, est un atout
important pour les dirigeants. Outre les économies de
transport, cela augmente la visibilité de l?entreprise
et son rayonnement. C?est un levier de développement
du chiffre d?affaires. La plupart des chefs d?entreprise
interrogés excluent de s?éloigner de cette zone de
chalandise.
La proximité est néanmoins relative. Selon la
stratégie de commercialisation de l?entreprise, sa
taille et son activité, la proximité peut être
envisagée à une échelle de quartier, de ville, voire
d?un territoire plus vaste. Le commerce de proximité
a besoin d?être dans le même quartier que sa clientèle
tandis qu?une industrie souhaitera simplement être sur
le même territoire (cf. la nature de l?activité p 7).
Les entreprises qui fournissent d?autres entreprises
utilisent d?autres leviers pour développer leurs
marchés : les salons professionnels par produit ou
filière, les journées d?entrepreneurs locaux, le
démarchage de clients potentiels avec présentation de
leur produit. Le rapprochement provient alors
davantage de la participation à des réseaux.
L?agglomération des activités et des habitants permet
de bénéficier d?une clientèle, d?un marché du travail et
de services collectifs plus importants. Ils améliorent
directement la visibilité de l?entreprise puisque la zone
est plus fréquentée.
L?histoire de l?entreprise
L?implantation d?une entreprise est parfois historique.
Une entreprise installée depuis longtemps possède une
clientèle fidélisée et une image de qualité qui
l?avantage dans son ancrage local. Certaines entreprises
ont d?ailleurs un nom qui fait référence au territoire sur
lequel elles sont implantées.
Lorsque la zone d?emploi est également la zone de
chalandise, les salariés peuvent être eux-mêmes clients
de l?entreprise et lui faire de la publicité. L?entreprise
peut ainsi s?appuyer sur une clientèle pérenne. Le
développement du numérique, l'exportation et la
création d?implantations internationales viennent
néanmoins modérer le poids occupé par la clientèle du
territoire historique dans le chiffre d?affaires.
Beaucoup de dirigeants sont attachés à leur
territoire. Les PME et les micro-entreprises sont les
plus nombreuses (98 % des établissements en 2010).
Au-delà des objectifs économiques, cet attachement
possède aussi une valeur sociologique. Le dirigeant a
des attaches familiales ou amicales sur le territoire et y
possède sa résidence.
La fiscalité locale
Depuis le remplacement de la taxe professionnelle par
la contribution économique territoriale (CET) en 2010,
la fiscalité est moins considérée par les entreprises
comme un critère essentiel dans le choix d?implantation
(hors entreprises étrangères).
La fiscalité des entreprises est en premier lieu
déterminée par les dispositions nationales (impôts
sur les sociétés, cotisations sociales, impôts sur les
plus-values) et les taxes locales n?ont qu?un impact
limité sur l?ensemble de la fiscalité des entreprises.
La CET, principale taxe économique locale, comprend la
contribution sur la valeur ajoutée des entreprises
(CVAE) et la contribution sur le foncier des
entreprises (CFE). Le taux de la CVAE de 1,5 % est
fixé nationalement. En revanche les collectivités
choisissent le taux de la CFE qui ne doit pas toutefois
dépasser 2,5 fois celui de la moyenne du département
ou de la moyenne nationale si celle-ci est plus élevée.
Les autres taxes comme l?imposition forfaitaire sur les
entreprises de réseaux (IFER), la taxe sur les surfaces
commerciales (TASCOM) ou le versement transport,
quand un périmètre de transport urbain est instauré,
représentent des montants beaucoup moins importants.
Les marges de manoeuvre des collectivités sont étroites
et l?impact sur les entreprises est donc faible.
Une diminution des taxes foncières et d?aménagement
(CFE, taxe d?aménagement, une taxe sur le foncier bâti)
permet néanmoins de réduire les coûts fixes liés aux
locaux. La collectivité peut donc jouer sur ce point pour
aider les entreprises ou les inciter à libérer du foncier
inutilisé.
Un emplacement, en ville ou en ZAE, répondant aux besoins de l?activité
Suite au repérage d?un secteur large pour son
implantation, l?entreprise arbitre plus finement entre
différents sites qui répondront aux besoins essentiels
de son activité. A la différence des facteurs-clés
précédents, les 5 critères d?implantation sont ici liés à
l?environnement immédiat du local professionnel au
sein de la ville, du bourg ou en zone d?activités (ZAE).
Les charges de loyer et l?adaptabilité des locaux
Les locaux, qu?ils soient achetés ou loués, représentent
un coût de structure, indépendant des quantités
vendues, pour l?entreprise. L?entreprise fait évoluer
ses charges de loyer ou d?acquisition immobilière
et foncière selon ses capacités financières, en suivant
un parcours résidentiel (Cf. encadré p 5).
Les charges de loyer ou le coût du foncier sont un
critère majeur car l?investissement nécessaire à
l?installation doit pouvoir être rentabilisé par son
activité. Or, 2 facteurs jouent sur l?implantation dans /
hors de la ville : 1) la valeur ajoutée diffère beaucoup
d?un secteur économique à l?autre, 2) les prix fonciers
et immobiliers varient entre la ville et sa périphérie.
Plus la ville est grande ou la demande résidentielle
importante, plus cet écart de prix est marqué.
On observe ainsi une répartition des entreprises entre
la ville et sa périphérie en fonction de la rente à
l?hectare (graphique 1 p 6). La pression immobilière
pousse les entreprises en périphérie, notamment
celles à faible valeur ajoutée. Être capable d?offrir
des locaux ou du foncier à des coûts adaptés à la
valeur ajoutée de l?activité est essentiel.
Par ailleurs, le site doit être adapté à l?activité. En ville,
la taille des emprises foncières disponibles limite les
espaces de stockage ou de manutention. Lorsque
l?entreprise devient propriétaire, le coût et les délais de
réaménagement des locaux existants proposés sur le
marché de l?ancien sont à comparer à ceux de la
construction neuve, le plus souvent en périphérie. De
plus, le foncier commercialisé en périphérie facilite
l?anticipation d?un espace d?extension sur place.
4
Encadré - Le parcours résidentiel de l?entreprise évolue avec sa maturité
L?entreprise suit un parcours
résidentiel : après s?être installée
une 1ère fois, il arrive fréquemment
qu?elle déménage et transfère son
activité sur un nouveau site. Les
implantations reflètent les stades de
vie des entreprises (schéma) pour 2
raisons essentielles :
1. plus l?entreprise est jeune, plus
ses coûts de structure doivent
être faibles afin d?accroître la
probabilité de pérenniser son activité.
Elle limite le coût de ses locaux, loués
ou achetés, car son portefeuille de
clients n?est pas constitué.
2. une acquisition foncière et la
construction de locaux neufs
nécessitent une trésorerie suffisante
pour immobiliser des fonds propres
en investissement.
Lors de sa création, une petite
entreprise va s?implanter dans
l?immobilier d?entreprise existant :
? en louant un local à proximité du
domicile du dirigeant, voire au
domicile (pas de loyer) ;
? dans un atelier relais, un hôtel ou
une pépinière d?entreprises,
présentés ci-contre. Ces structures lui
permettent de minimiser ses coûts
d?investissement, le temps de
développer son activité.
Les entreprises de taille supérieure
ont des investissements plus lourds.
Elles privilégient plutôt les
opportunités foncières (Cf. 3ème
étape).
En 2ème étape, la principale raison de déménager est la
taille critique des locaux. A l'occasion d'un fort
recrutement de salariés, d'un agrandissement des locaux
techniques, de l?obtention d?un nouveau marché,
l?entreprise souhaite développer son activité mais ne
peut le faire dans ses anciens locaux. Le changement
d?implantation se fait suivant les opportunités
immobilières (location / achat) et foncières.
Les entreprises de petite taille sont très mobiles. Elles
changent d?emplacement selon les opportunités en
termes de coût du foncier, d?avantages fiscaux ou de
rapprochement progressif d?un lieu considéré comme
optimal. Le choix de l?emplacement se fait alors par
étapes successives jusqu?à trouver le site efficient.
En 3ème étape, lorsqu?elles le peuvent, les entreprises
achètent leur propre immobilier. Le choix le plus
classique est de faire bâtir ses locaux au moyen d?un
crédit-bail. Ce dernier a l?avantage de limiter l?endettement
apparent de l?entreprise, tant que le locataire n?a pas
levé l?option d?achat, et d?apporter une garantie à la
banque qui reste propriétaire des biens financés.
L?entreprise s?inscrit dans une stratégie de long terme
qui anticipe les variations conjoncturelles de
l'activité et les besoins de stockage temporaire associés,
les modifications potentielles de la chaîne de production
pour traiter des marchandises de taille supérieure, ou un
renfort des fonctions d'ingénierie ou administratives et
commerciales1. Le coût d?un transfert d?activité et le
manque à produire (baisse de la production durant le
transfert) explique que les entreprises conservent des
marges de manoeuvre foncières sur leur site.
Les facteurs externes, sources de transfert de site
La mise aux normes des établissements recevant du
public ou de locaux devenus vétustes (accessibilité,
hygiène, sécurité, code du travail, etc.) peut engendrer
des changements de localisation de l'entreprise. En
effet, l?entreprise doit arbitrer entre les travaux et un
déménagement.
L?évolution de l?environnement de l?entreprise est un
autre motif de relocalisation. L?urbanisation rattrape
parfois des entreprises initialement installées en
périphérie, causant une hausse des loyers et un sur-
trafic routier. L?émergence de nouveaux pôles
économiques, autour d?un pôle de compétitivité ou
d?une enseigne importante, est également un moteur de
transfert des entreprises.
1 Une activité productive mature comprend au moins 30% de
surfaces dédiées aux bureaux.
5
La qualité des infrastructures de réseau
Avec la montée en puissance du numérique,
l?aménagement numérique du territoire est un
facteur de bon fonctionnement des entreprises. A ce
jour, son rôle dans la compétitivité reste inégal selon
l?activité. Demain l?entreprise privilégiera les lieux équipés.
De plus, du fait des nombreux flux de marchandises ou
de personnes (schéma 1 p 2), la stratégie de localisation
de la plupart des entreprises intègre la facilité d?accès
de la logistique aux réseaux de transports,
principalement routiers et autoroutiers. Les transports
en commun sont aussi un atout, en particulier pour les
entreprises de services qui demandent un déplacement
de la clientèle ou vers celle-ci. Dans les petites villes ou
les bourgs offrant un niveau de service faible (peu de
cars, arrêts éloignés), les entreprises se fondent peu
sur la desserte en transports en commun à la différence
des villes moyennes ou grandes.
D?une manière générale, les infrastructures améliorent
l?accès client, les livraisons et les déplacements.
Dans l?agglomération nantaise (schéma 2), on observe
que les activités se concentrent autour des axes
pénétrants et du périphérique. Les entreprises de
production sont plus présentes à l?est sur l?axe en
direction de Paris et à l?ouest sur les axes en direction
de la côte atlantique.
L?objectif des producteurs de biens et services non
dématérialisés est de minimiser les coûts et d?étendre
la zone de chalandise ou l?aire de marché.
Lorsque l?entreprise arbitre entre deux sites en
centre-ville et en périphérie, la distance-temps pèse
plus sur les coûts que la distance réelle. Elle apparaît
déterminante pour les activités nécessitant de nombreux
déplacements comme l?artisanat et les services délivrés
chez le client : le temps de déplacement entre le site et
les différents clients est synonyme de sur-facturation
ou de manque à produire (temps ?perdu?).
Plus la distance-temps s?allonge, plus le coût
s?accroît et moins le produit est concurrentiel. On
atteint alors la limite de l?aire de marché. L?aire de
marché est d?autant plus restreinte que le trajet
est régulier et la valeur ajoutée du produit faible.
Dans les villes moyennes et les bourgs, l?implantation
de l?entreprise en périphérie ne constitue pas un
avantage car la congestion du trafic impacte peu la
distance-temps le plus souvent. D?ailleurs, par un effet
de déversement depuis les centres urbains saturés,
certaines activités peuvent choisir de s?implanter dans
des lieux où l?effet d?agglomération est moins fort mais
qui sont plus accessibles.
Le stationnement
Le stationnement est un critère-clé d?implantation des
commerces de détail, des services aux particuliers
ou des producteurs en vente directe. Parmi eux, les
entreprises ayant une forte clientèle de flux y seront
particulièrement attachées car leur clientèle entre dans
le point de vente parce qu?il se situe sur son passage.
Pour les industries moyennes à grandes, l?enjeu
porte davantage sur le stationnement des salariés.
Dans les territoires où la majorité des déplacements se
font en voiture, le stationnement facilite les flux de
fonctionnement de l?entreprise.
L?entreprise peut en disposer de 2 manières :
1. l?entreprise dédie une partie de son espace au
stationnement ou loue des places. Elle prend alors
le coût du stationnement à sa charge ;
6
Graphique 1. Rente sectorielle, utilisation du sol urbain et
proximité des entreprises au centre-ville
Schéma 2.Représentation sectorielle de l?agglomération
nantaise basée sur le modèle de Hoyt (1939)
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2. les espaces de stationnement prévus par la
collectivité sont suffisants et mutualisés, l?entreprise n?a
pas à en créer. Le coût est alors reporté sur le
contribuable. Quand le stationnement est payant, le
coût pèse aussi sur la clientèle de l?entreprise.
Les nuisances
Suivant l?importance de ses flux et son activité même,
l?entreprise peut provoquer des externalités
négatives sur son environnement.
Les livraisons matinales ou très fréquentes
peuvent, par exemple, créer une gêne dans le
voisinage. La cohabitation entre entreprises et habitat
peut s?avérer difficile en cas de nuisances, sonores
ou olfactives, des activités de production. La
proximité des activités dites ?Seveso? est à éviter.
Les conflits coûtent à l?entreprise du fait du temps
passé à les résoudre et risquent d?entraîner un
surcoût afin d?adapter l?activité de production.
Tandis que les entreprises sans nuisance peuvent
s?installer dans le tissu urbain mixant économie et
résidentiel, les activités génératrices d?externalités
négatives recherchent un emplacement éloigné de
l?habitat.
L?image de l?entreprise
En choisissant son implantation, l?entreprise essaie de
transmettre un signal de qualité. S?installer en
centre-ville ou dans une zone d?activité technologique
peut apporter un gain de prestige. Des activités
spécialisées à haute valeur ajoutée comme les cabinets
d?architectes aiment s?installer dans des lieux mettant
en valeur leur activité.
La nature de l?activité, déclencheur de la stratégie d?implantation
Pour répondre aux besoins des entreprises, la
politique de développement local n?a pas à
proposer une offre unique : la nature de l?activité
conditionne les besoins de l?entreprise. Certaines
ont besoin d?espace, d?autres de visibilité ou encore
d?une connexion internet haut débit. La priorité donnée
aux critères dans le choix final varie selon le secteur et
le produit vendu.
Les artisans et les petites activités de production
ont des besoins moindres en locaux. Ils peuvent donc
avoir intérêt, lorsqu?ils créent peu de nuisances, à
s?installer dans des zones d?habitation, notamment
si leur zone de chalandise est locale. Ils sont
visibles des riverains, des passants et augmentent leur
notoriété.
Les services aux entreprises n?ont pas forcément
besoin de locaux étendus. Ils ont intérêt à s?implanter à
proximité de leur clientèle. Si celle-ci est locale, le
desserrement des activités accroît le poids des clients
en périphérie. Si la zone de chalandise est plus large,
être proche d?un moyen de transports (gare, axe
routier, aéroport) est déterminant. L?implantation en
tissu urbain est profitable si la concentration de clients
potentiels y est suffisante.
Les services aux particuliers ont besoin d?être
visibles et d?avoir du passage au pas de porte. Ils
captent une clientèle de flux. Lors de son implantation,
l?entreprise arbitre entre la périphérie ou le centre en
fonction de la fréquentation (habitants et actifs
présents sur le secteur), et également de ses capacités
financières. L?attractivité de certaines enseignes,
comme les hypermarchés, peut créer un flux important
au sein de pôles commerciaux souvent situés en
périphérie mais le tissu urbain concentre aussi la
clientèle au sein de pôles.
De même, pour les commerces, le passage au pas
de porte est primordial. Ils s?implantent donc plutôt
dans le centre ou dans des zones périphériques proches
des grandes surfaces. Le gain de clientèle, et de chiffre
d?affaires, compense le coût plus élevé des locaux.
Enfin, les industries évitent les espaces densément
habités. Les nuisances créées, l?accessibilité poids
lourds et la taille des emprises foncières nécessitent un
emplacement périphérique. De même, les
Installations Classées pour la Protection de
l?Environnement (ICPE) ont des contraintes fortes en
matière de rejets ou de risques technologiques. Une
implantation en dehors des zones d?habitation est
privilégiée. De plus, leur stratégie commerciale
repose sur la prospection et non sur la visibilité directe
par les clients.
7
Réalisation: Périphériques Architectes (maquette et plan),
Maître d?ouvrage: SEM Laval Mayenne Aménagement,
projet 2013, livraison 2015, 2.200 m² de surface de plancher.
Un hôtel d?entreprises en quartier résidentiel, quartier des Pommeraies, Laval (Mayenne)
A retenir
Parmi les nombreux critères déterminants la
localisation des entreprises, le coût de l?emplacement
est décisif puisqu?il affectera le résultat de l?entreprise.
C?est un coût de structure qu?elle doit couvrir même
lorsque son niveau d?activité diminue.
La priorité donnée par l?entreprise aux 10 critères
d?implantation présentés diffère selon son secteur
d?activité, sa maturité et sa taille.
Il faut donc prendre en compte cette diversité des
situations et des besoins dans l?aménagement du
territoire. L?offre en immobilier et en foncier
économique doit à la fois s?adresser à l?éventail des
secteurs de l?économie locale mais aussi
permettre le parcours résidentiel des entreprises,
selon leur stade de croissance.
Deux points retiennent particulièrement l?attention.
Tout d?abord, le démarrage de l?activité est l?étape où la
pérennité de l?entreprise est fortement en jeu. Les
entreprises ont besoin d?un soutien actif durant les
premières années, autant sur le plan technique et
financier qu?au niveau des locaux professionnels.
Ensuite, les variations d?activités peuvent se faire par à-
coup. Ceci demande une réactivité du marché de
l?immobilier et du foncier des entreprises. Le manque
d?offre peut provoquer le transfert de l?activité sur un
autre territoire.
La zone d?activité n?est pas l?espace optimal pour
toutes les entreprises. La plupart des entreprises
s?installent d?ailleurs en ville ou dans le centre-bourg
avant d?y investir. Le manque d?offre d?immobilier
d?entreprises adapté, à des coûts raisonnables,
contribue au desserrement vers les zones
périphériques.
Pour en savoir plus...
DREAL des Pays de la Loire, 2015 (à paraître),
Localisation des activités de production ou de service dans la ville et le bourg :
Enjeux pour les collectivités et les entreprises
Cette publication est le fruit
d'un partenariat de recherche
et d'un travail pédagogique
entre l'Université de Nantes
- Institut d'Economie et de Management
de Nantes ? IAE,
la DREAL des Pays de la Loire et
la Direction départementale des territoires
et de la Mer de la Loire-Atlantique.
Les directions départementales
des territoires du Maine et Loire,
de la Mayenne, de la Sarthe et
de la Vendée sont remerciées
de leur participation au groupe de travail.
Service intermodalité
aménagement et logement
Annick BONNEVIILLE