Économie de l'aménagement - Implantation des entreprises - Localisation des activités de production ou de service dans la ville ou le bourg - Enjeux pour les collectivités et les entreprises
CROZIER, Denis
Auteur moral
Pays-de-la-Loire. Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement
;Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (France). Direction territoriale Ouest
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Cette note, réalisée par le CEREMA, résulte d'un travail de réflexion engagé sous l'égide de la DREAL des Pays de la Loire, en partenariat avec les cinq DDT/DDTM de Loire-Atlantique, Maine et Loire, Mayenne, Sarthe et Vendée. Elle fait suite et complète une première étude, réalisée par des étudiants de l'Institut d'économie et de management de Nantes, sur les besoins des entreprises en terme de localisation.<br /><br />L'artificialisation des sols due aux activités économiques (directement ou indirectement via les besoins en infrastructures nouvelles ou le rôle de catalyseur de la péri-urbanisation résidentielle) et les effets socio-économiques induits par leurs localisations, justifient de porter une attention particulière aux conditions et aux choix d'implantation des entreprises dans le tissu urbain.</div>
Editeur
DREAL Pays de la Loire
Descripteur Urbamet
création d'entreprise
;industrie
;zone industrielle
;aménagement foncier urbain
Descripteur écoplanete
action foncière
;activité humaine
;maîtrise de l'urbanisation
;aménagement foncier
Thème
Ville - Urbanisme
;Economie
Texte intégral
service
Intermodalité,
Aménagement
et Logement
Décembre
2015
Économie de l'aménagement
Implantation des entreprises
Localis ation des ac tiv ités de production ou de s erv ice
dans la v ille e t le bourg:
Enjeux pour les collec tiv ités e t les entrepris es
n° 149
© SPI+
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Préambule
Le débat sur l?artificialisation et la fragmentation des espaces agricoles et naturels porte communément sur le
rôle joué par le développement résidentiel. Néanmoins, la part imputable au développement des activités économiques
(tertiaire, artisanat, industrie) ne doit pas être oubliée.
En France métropolitaine, entre 2000 et 2006, les sols ont été artificialisés principalement sous forme de tissu
urbain discontinu (+1,6% soit + 33 500 ha) et de zones industrielles et commerciales (+ 6,8 % soit + 23 200 ha). En 2008,
les Pays de la Loire occupaient le 6e rang des régions métropolitaines les plus artificialisées, à cause de la croissance
démographique et économique. La transformation des zones naturelles ou agricoles en zones artificielles atteint 12 %,
contre une moyenne nationale de 10 %. En Pays de Loire, entre 1995 et 2003, l'habitat demeure la première destination
du changement d'usage des sols (66% de l'artificialisation des sols en Pays de Loire1) devant les infrastructures (14%) et
les activités économiques (13%). La part relative très importante de l'habitat, au détriment notamment de celle relative
aux activités, s'explique en grande partie par le développement à dominante résidentielle le long du littoral sur la
métropole nantaise. L?artificialisation des sols due aux activités économiques (directement ou indirectement via les
besoins en infrastructures nouvelles ou le rôle de catalyseur de la péri-urbanisation résidentielle) ne doit donc pas être
négligé.
Outre la problématique de l'artificialisation des sols, la localisation des entreprises affecte indubitablement les
dynamiques territoriales et les structures urbaines. Elle reste un puissant générateur de flux de personnes et de biens,
elle influe directement ou indirectement sur la démographie ou le marché immobilier et elle a un impact fiscal
significatif pour les collectivités, malgré la réforme de la taxe professionnelle. Réciproquement, l'implantation d'une
entreprise est également un élément essentiel de son succès. Elle conditionne en partie son réseau et ses interactions
avec ses fournisseurs, clients et salariés. La localisation des entreprises est ainsi aujourd'hui un choix crucial aussi bien
du point de vue économique que de l'aménagement du territoire.
Si, à l?échelle territoriale, les agglomérations restent le lieu privilégié de localisation de l'emploi, on observe, au
sein de celles-ci, un affaiblissement des villes-centres au profit des communes de banlieue ou de l'espace périurbain. Ce
mouvement de desserrement des activités économiques peut s'expliquer à la fois par une évolution du besoin de
certaines entreprises en termes d'accessibilité routière ou de surface par exemple. Il est également le résultat d'une
pression foncière toujours plus grande sur les implantations historiques. Ce mouvement de desserrement s?observe
également à l'échelle des villes moyennes et des bourgs avec pour conséquence de créer une polarité concurrente du
centre historique. Cette polarité économique peut alors attirer jusqu'aux commerces de proximité et ainsi engendrer
une dévitalisation du centre-bourg ou centre-ville.
L?artificialisation des sols due aux activités économiques (directement ou indirectement via les besoins en
infrastructures nouvelles ou le rôle de catalyseur de la péri-urbanisation résidentielle) et les effets socio-économiques
induits par leurs localisations, justifient donc de porter une attention particulière aux conditions et à leurs choix
d'implantation. Il ne s'agit pas ici d'aborder la problématique, bien que cruciale et sensible, de l'implantation à l'échelle
territoriale des entreprises mais celle de leur localisation à l'échelle urbaine qui répond à des facteurs spécifiques au
milieu urbain qui justifie une analyse dédiée. Il est cependant évident qu'une politique de dynamisation économique
devra coordonner les deux échelles pour être efficace. Une concurrence trop exacerbée entre des collectivités d'un
même bassin de vie pour l?accueil des entreprises influerait négativement sur leurs capacités à orienter les choix de
localisation des entreprises à l'échelle intra-urbain.
1 De 1995 à 2003, 50 000 ha d'espace agricole et naturel ont changé d'usage : 66% pour un usage résidentiel, 14% pour le
développement d'infrastructure, 13% pour un usage économique et 6% pour un usage de loisirs de plein air.
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Table des matières
I.Introduction............................................................................................................................................5
II.Les atouts pour les territoires d'une offre économique alternative à la ZAE.......................................6
1 / Revitaliser les villes et les bourgs
2 / Mutualiser les services collectifs
3 / Soutenir les entreprises dispersées dans le tissu urbain
4 / Assurer la sécurité urbaine
5 / Contribuer à l'égalité sociale
6 / Reconquérir les friches industrielles
7 / Optimiser l'utilisation de toutes les surfaces disponibles dans la ville et le bourg
III.Les critères de localisation urbaine des entreprises.........................................................................12
1 / La connectivité
2 / La visibilité commerciale et les économies d'agglomération
3 / Les capacités à recruter ou fidéliser le personnel
4 / Des frais fonciers et immobiliers limités
5 / Des conditions d'implantation rapide
6 / Des facilitées de fonctionnement au quotidien
7 / Des capacités pour répondre aux évolutions conjoncturelles ou structurelles de son activité
IV.Leviers de la collectivité pour maintenir une offre alternative...........................................................17
1 / Accompagner les entreprises dans leur parcours résidentiel
2 / Soutenir les entreprises dans leur fonctionnement quotidien
3 / Réguler les valeurs foncières par la planification ou par une action foncière
4 / Conserver la vocation économique des friches
5 / Proposer une offre attractive pour les entreprises dans les nouvelles opérations
d'aménagement
V.Conclusion..........................................................................................................................................22
VI.Sigles................................................................................................................................................23
VII.Bibliographie....................................................................................................................................23
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I. Introduction
Face à la diversité des besoins en locaux
professionnels, la réponse des politiques d'aménagement
a tendance à être uniforme.
Depuis près de cinquante ans2, la localisation des
activités économiques, de production et services, est
ainsi marquée par leur desserrement et une
multiplication des implantations nouvelles en périphérie
des tissus urbains agglomérés, sous forme de zones ou
parcs d?activités3. Soutenus par la pratique de séparation
des fonctions dans le zonage des documents
d'urbanisme (activité, habitat, commerce, etc.), ces
espaces ont accueilli tout autant les implantations
nouvelles (création d?entreprises) que la majorité des
relocalisations ou développements des entreprises alors
implantées dans le tissu urbain aggloméré mixte. Ces
aménagements se sont développés dans les tissus
périphériques des agglomérations, en extension des
centres bourgs ou au droit d?un noeud routier. Outre la
prévalence de l'accessibilité routière, ces aménagements
se caractérisent également par une standardisation de la
morphologie urbaine et par le choix d'un modèle
économique dominant fondé sur la cession/acquisition
foncière.
De part leur faible densité bâtie, leur besoin en
infrastructures nouvelles ou le développement péri-
urbain résidentiel qu?elles accompagnent autant qu'elles
le favorisent, ces zones d?activités ont donc contribué
largement à l'artificialisation excessive des sols dénoncée
aujourd?hui. Elles ont également accompagné et
provoqué une certaine désorganisation des
agglomérations et des territoires qui a aujourd'hui des
conséquences sociales, environnementales ou encore
paysagères problématiques.
Le développement des zones d'activités (ZAE) est
un phénomène dont l'expansion devrait, en l'état actuel
des choses, se poursuivre. La ZAE, qui était un outil
d'aménagement (destiné à isoler les industries ou activités
qui génèrent des nuisances), est aujourd'hui mobilisé
comme un outil de développement économique par les
collectivités dans un contexte de concurrence territoriale.
Parmi les aides indirectes versées par les collectivités aux
entreprises, les ZAE sont le premier poste avec 38% en
2000.
Un rapport de la cour des comptes a cependant
souligné que ce dispositif ne remplissait plus sa vocation
d'outil de développement économique suite à la
2 Les premières zones d'activités économiques se sont
développées suite à la loi d'orientation foncière de 1967 et
l'application des premiers schéma directeur [Million, 2003].
3 Une zone d'aménagement économique peut se définir
comme une opération d'aménagement dont la finalité est la
mise à disposition de terrains viabilisés à des entreprises, à
des fins économiques.
multiplication des ZAE, à la banalisation de l'offre et la
concurrence entre collectivités sur leur
subventionnement. Par ailleurs, le modèle français
prépondérant, fondé sur la cession systématique du
foncier ne permet pas aux collectivités maîtres d'ouvrage
de ces ZAE de les gérer dans le temps afin d'éviter que des
bâtiments tombent en friche ou qu'une activité qui n'était
pas souhaitée s'installe. La rénovation des ZAE en perte
d'attractivité nécessite alors une intervention lourde et
complexe des collectivités concernées.
Face à ces constats, et même si des précautions
sont nécessaires pour garantir l'emploi et la croissance
économique, une évolution d'une offre en foncier et
immobilier économique peut apporter des bénéfices à la
fois aux entreprises et à la collectivité, qui seront détaillés
par la suite. L?infléchissement de la tendance actuelle peut
alors passer par deux leviers :
? le premier consiste à optimiser le modèle des
zones d'aménagement économiques, actuelles ou
futures, en termes de densification
(commercialisation des parcelles ou bâti vacant et
adaptation de la taille des lots en fonction de
l?activité des entreprises), de localisation
(continuité du tissu urbain constitué, accessibilité
en transport en commun et choix préférentiel des
terrains à faible valeur agricole ou écologique) et
de services associés.
? le second levier repose sur la création d?une offre
alternative de foncier ou d'immobilier d?entreprise
en dehors des zones d'activités périphériques,
dans les villes et les bourgs.
Comme on le verra, ces deux leviers rassemblent
des contraintes fortes, pour leur mise en oeuvre, d?ordre
financières, économiques, fiscales, techniques et
sociologiques. Ils représentent également des
opportunités, en termes de cadre de vie, de cohésion
sociale ou de déplacements doux par exemple, qui doivent
être étayées.
En complément de travaux menés sur l?optimisation des
zones d?activités, ce travail aborde la question de la place
des activités économiques, de production et de service,
dans le tissu urbain.
L'enjeu est de proposer une offre foncière et immobilière
alternative et complémentaire pour les activités qui
pourraient s'implanter dans le tissu urbain mixte sans
générer de gênes pour le voisinage ou le fonctionnement
de l'activité elle-même, qui ne soient pas compensées
par des bénéfices individuels ou collectifs supérieurs. Cet
effort d'intégration peut être adapté à différentes
échelles : aux niveaux de l?agglomération, de la ville, du
quartier, de l?îlot voire de la parcelle, avec des relations
de voisinage très différentes.
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II. Les atouts pour les territoires d'une offre
économique alternative à la ZAE
Le phénomène de desserrement et de
concentration, dans des parcs en périphérie, concerne
aussi bien les activités de production que les services ou le
commerce. Néanmoins, le principe d'insertion des
activités relevant de l?économie résidentielle (services de
proximité ou commerce) dans un tissu mixte est,
socialement et politiquement, communément admis et
même souhaité. Ce qui n'est pas intuitivement le cas des
activités économiques de production et de services
(artisans, petites unités de production, tertiaire, etc.).
Les effets de l'exclusion systématiques des
activités économiques (de production et de service) sont
cependant aujourd?hui dénoncés au titre des objectifs du
développement durable. La loi d'orientation pour la ville
en 1991, puis la loi relative à la Solidarité et au
Renouvellement Urbain en 2000, ont introduit tour à tour
un objectif de mixité fonctionnelle pour des questions de
lutte contre la ségrégation spatiale et l?exclusion et pour
mettre en oeuvre la ville des courtes distances. Cela
participe en effet de la promotion d'une mobilité durable
et un accès à tous aux services et emplois : si les
déplacements domicile-travail ne représentent plus que
25% des motifs de déplacement, ils conditionnent le choix
du mode pour tous les déplacements de la journée. Or les
trois quarts de ces déplacements sont effectués en
voiture. Cela s'inscrit également dans la volonté de réduire
l?artificialisation des sols, afin de préserver les espaces
agricoles et naturels, et de limiter l'étalement et
l'éparpillement urbain. La charte EcoQuartier traduit cette
volonté dans l'engagement n°12 "favoriser la diversité des
fonctions dans l'optique d'un territoire des courtes
distances".
Au-delà des principes de ville des courtes
distances et de réduction de l'artificialisation des terres, la
recherche d'une meilleure intégration d'une partie des
activités économiques de production et de service au sein
de la ville peut participer d'une réponse à des objectifs
locaux : animation économique, qualité urbaine, sécurité
urbaine, rentabilisation de services et réseaux ou encore
égalité sociale.
1 / Revitaliser les villes et les bourgs
La revitalisation des centres-bourg et des centres
des villes moyennes est aujourd'hui un enjeu qui semble
partagé par tous. Cela se traduit traditionnellement par la
mise en place de dispositifs financiers ou techniques ciblés
sur les logements vacants et sur l'offre commerciale de
proximité. Le développement économique, s'il fait partie
de ces démarches, ne pointe que rarement l'enjeu de la
localisation des entreprises. Or, la tendance des
entreprises à privilégier une installation « périphérique »
dans une ZAE, incitées le plus souvent par les collectivités,
peut elle aussi contribuer à affaiblir les tissus urbains
mixtes centraux ou péri-centraux.
Les activités de production ou de service
constituent des générateurs de flux importants (employés,
clients et fournisseurs) qui, au-delà d'être une source de
nuisances, participent largement au chiffre d'affaires et
donc à la vitalité des commerces. Cela contribue donc à
fragiliser les commerces ou les services commerciaux ce
qui peut conduire à leur fermeture ou à leur relocalisation
en périphérie proche des flux.
Le maintien des entreprises dans le tissu
aggloméré, ou en continuité immédiate, associé à une
réflexion sur la manière de capter les flux qu'elles
génèrent, participe donc directement d'une politique de
revitalisation urbaine. Le projet Gundeldinger feld à Bâle
en Suisse (cf. encadré) résulte ainsi de la conviction
d'entrepreneurs habitant ce quartier résidentiel que la
fermeture d'une usine historique ne devait pas laisser la
place à un ensemble résidentiel mais devait rester un pôle
d?activités. Pour mener à bien ce projet, ils ont veillé à
optimiser le montage financier et les choix architecturaux
afin d'atteindre l'équilibre économique.
2 / Mutualiser les services collectifs
La dissociation du pôle d'activité du pôle urbain,
voire du pôle commercial, peut conduire à une forme
d'autonomie de chacun. La structure urbaine de la Mothe-
Achard en Vendée, où les fonctions économiques et
commerciales se greffent à la voie rapide, illustre par
exemple cette fragmentation des pôles monofonctionnels
qui peut entraîner une dévitalisation du centre bourg.
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L?ancien site industriel de Sulzer-Burckhard AG de 1,2 hectares, situé au coeur du quartier de Gundeldingen à
Bâle, a été reconverti pour créer un pôle d?activité intégré dans ce quartier densément peuplé dépourvu de centralité.
Les travaux de reconversion des différents bâtiments ont été adaptés suivant les besoins des futurs locataires :
artisans, bibliothèque, brasserie, crèches, murs d?escalades, restaurant, hôtel, etc. cela représente environ 270
emplois. Le choix du locatif permet d'assurer un suivi du site. Chaque bâtiment fait l'objet au départ d'un programme
de rénovations nécessaires au fonctionnement de l'activité et adapté à ses capacités financières. Puis, chaque année,
une partie des bénéfices sont réinjectés en travaux d'amélioration du bâti notamment énergétique.
Le projet a été réalisé par une société fondée par un groupe d'habitants du quartier. Un fond d'investissement a acquis
le foncier et rétrocédé les bâtiments dans le cadre d'un bail emphytéotique. Ce montage économique, associé au
principe d'une rénovation sur-mesure et progressive au fil des années, a permis à ce projet privé d'être viable
économiquement.
Bâles (CH) - Gundelinger Feld: reconversion en lieu multifonctionnel d'une ancienne usine
Cette fragmentation urbaine contraint alors à devoir re-
créer dans chaque polarité les services (restauration,
crèche, hôtel, etc.) ou les réseaux (fibre optique,
transports en commun, réseau de chaleur, etc.) pour
répondre aux besoins et attentes des particuliers ou des
entreprises. Or cette fragmentation limite les capacités, de
la collectivité ou du secteur privé, à atteindre le seuil de
rentabilité pour ces équipements et services collectifs que
cela soit au sein de la ZAE ou du tissu urbain. Cela se
traduit par exemple par des difficultés pour la collectivité à
financer le déploiement d'un réseau haut-débit ou d'un
réseau de chaleur ou pour une entreprise à proposer un
service de garderie ou de restauration proche du lieu de
travail.
La proximité de l'habitat, des commerces et des
activités économiques permet, plus facilement,
d'atteindre une masse critique d'usagers pour rentabiliser
des équipements collectifs.
3 / Soutenir les entreprises dispersées dans le tissu
urbain
Pour les entreprises en phase de création ou de
développement, l'investissement dans un foncier ou un
local représente une contrainte forte. Elles ne cherchent
pas non plus nécessairement, à ce stade, à quitter le tissu
aggloméré dans lequel le créateur d'entreprise habite et
qui correspond à l'image de ces jeunes entreprises. Elles
sont alors confrontées à une offre trop restreinte et
coûteuse. Or ces entreprises, même si elles ne
représentent pas le nombre d'emplois le plus important,
incarnent le dynamisme économique d'un territoire et des
futures créations d'emplois pour celles qui parviendront à
se développer. Il est donc crucial de les accompagner dans
leur parcours résidentiel.
Dans ce contexte, le maintien d'une offre intégrée
au sein de la ville peut être propice au maintien d'une
offre locative de qualité ciblant ces entreprises. C'est
également une manière de nouer des liens avec ces
entreprises afin de les suivre et les accompagner dans leur
développement et éviter qu'au cours de leur parcours
résidentiel elles ne se relocalisent en dehors de
l'intercommunalité voire du bassin de vie.
4 / Assurer la sécurité urbaine
A l'instar des quartiers résidentiels, les parcs
d'activités se vident à différentes heures de la journée,
voire des jours entiers. Ce fonctionnement cyclique des
espaces monofonctionnels est un facteur d'insécurité
(vandalisme ou vols) qui pèse sur les dépenses des
entreprises, comme des particuliers, en dispositifs de
surveillance ou contrats d'assurance et génère un
sentiment d'insécurité.
La mixité des fonctions assure ainsi une vie
urbaine tout au long de la journée, ce qui permet
d'assurer une présence humaine permanente gage d'un
cadre de vie plus sûr.
5 / Contribuer à l'égalité sociale
La concentration des emplois dans des pôles, dont
l'accès nécessite d'utiliser un mode de transport motorisé
et individuel, accentue le risque d'inégalités sociales pour
ceux ou celles qui n'ont pas accès à l'automobile (par
manque de moyens ou sans permis). Cela est
particulièrement significatif quand la ZAE est éloignée du
bourg ou d'une desserte efficace en transport en commun.
L'intégration des activités dans le tissu urbain ou
en proximité immédiate favorise un accès à l'emploi pour
tous, en vélo, à pied ou en transport collectif efficace.
Cette mixité peut également être un vecteur d'échange
entre les actifs et les inactifs (enfants, personne en
recherche d'emploi, personne âgée, etc.), et donc
d'intégration sociale.
6 / Reconquérir les friches industrielles
La résorption des friches économiques, le plus
souvent polluées, est particulièrement coûteuse et
contraignante, en particulier dans le cadre d'une mutation
vers un usage résidentiel (à cause des restrictions sur les
jardins potagers, sur les publics spécifiques dont les
écoles, etc.). La politique de réhabilitation des sites et sols
pollués est construite autour de l?idée selon laquelle le
niveau de traitement d?un site pollué dépend à la fois de
son impact sur l?homme et l?environnement et de l?usage
auquel il est destiné. Dans le cadre d'un bilan
d'aménagement ou d'un bilan immobilier, la charge
foncière admissible4 associée à un usage résidentiel est
certes plus importante que pour un usage économique,
mais le coût de dépollution est lui aussi potentiellement
plus élevé.
4 Prix du terrain maximum qu'un promoteur peut verser pour
que le projet immobilier soit rentable compte tenu des capacités
des investisseurs (particuliers ou entreprises).
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Cour artisanale «le Galilée» à Saint Herblain (44) au coeur
du quartier Bellevue
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La communauté de communes de la Haute Meurthe transforme sur la commune de Fraize une ancienne
filature en centre de l'éco-construction des Vosges. Avec l'appui de l'EPF Lorraine et le soutien du Parc Naturel
Régional, elle a acquis le site après la fermeture de l'usine et, sur la base d'une étude de faisabilité, a engagé sa
reconversion. La programmation du site intègre notamment un centre de formation et des locaux d'artisans, à la
vente ou à la location. Le lieu accueil également des espaces associatifs et la cour ou une halle couverte peut
accueillir de l?événementiel. Un restaurant/cantine est également envisagé.
A l'échelle territoriale, l'enjeu est de structurer et dynamiser la filière de l?éco-construction afin de maintenir et créer
des emplois après la fermeture de la filature.
A l'échelle de la commune, il s'agit de la première phase d'un projet de revitalisation du centre bourg. Ce projet
découle d'une réflexion engagée dans le cadre d'un plan paysage puis de l'élaboration du PLU qui ont fait ressortir le
rôle de pivot de ce site dans la commune.
Fraize (68) - Manufacture des Aulnes:
D'une filature au centre de l'éco-construction des Vosges
© Verdier-Tappia
© CCHM
Le maintien de la vocation économique des
friches peut aller dans le sens d'une utilisation rationnelle
de leur réemploi. Des expériences, comme celle de Bâle
présentée précédemment, ont par exemple montré qu'il
était alors possible d?envisager la reconversion des
bâtiments via des travaux de réhabilitation limités ou
entrepris progressivement (travaux nécessaires la
première année puis d'amélioration continue). Le projet
de pôle d'éco-construction des Vosges à Fraize (Cf.
encadré) est quant à lui à la fois un projet économique, un
projet de requalification d'une friche industrielle et la
première action du projet de revitalisation du centre
bourg.
De plus, les projets de requalification de friches
avec une vocation économique peuvent mobiliser des
financements publics au double titre du renouvellement
urbain et du développement économique, ce qui permet
d'atteindre l'équilibre financier du projet de
requalification. Le projet de ZAE destinée au TPE/PME du
Moulin à Pontcharra dans l'Isère comme celui de Fraize
dans les Vosges, ont ainsi bénéficié de soutiens tant
politiques que financiers. L'économie du projet de
Pontcharra (3M d'euros de travaux hors rénovation de
trois bâtiments) bénéficie d'une participation de 450.000
euros du Conseil Régional et potentiellement de 400.000
euros de l'Etat. Les travaux de déconstruction ont
commencé en 2014 et les travaux d'aménagement
doivent avoir lieu en 2015.
7 / Optimiser l'utilisation de toutes les surfaces
disponibles dans la ville et le bourg
La résorption de la vacance ou la densification des
centres-villes ou bourgs sont confrontées à la difficulté de
mobiliser des terrains ou locaux dans des configurations
urbaines contraintes : rez-de-chaussée ouvert directement
sur la rue, front de rue bruyant, façade principale orientée
au nord, etc.
Permettre voire favoriser la mixité des fonctions
offre donc la possibilité d'adapter la destination de
chaque site ou bâtiment à ses caractéristiques
intrinsèques au-delà de la seule fonction résidentielle. Le
choix d'implanter, dans la ville ou le bourg, des activités
peut également permettre de ménager, en jouant un rôle
d'écran ou de filtre, des espaces calmes pour le logement.
Dans ces conditions, la mixité des fonctions constitue un
levier pour densifier le tissu urbain tout en veillant à la
qualité du cadre de vie des logements. La commune de
Marsac-en Livradois (cf. encadré) a ainsi réalisé, en coeur
de bourg, le long d'une départementale à fort trafic, un
programme réunissant les fonctions commerciales et pôle
de service.
Enfin, rétablir une complémentarité dans l?accueil des
activités économiques rend aux zones économiques
spécialisées les plus stratégiques leur vocation initiale,
c?est-à-dire l?accueil des activités qui s?avèrent
incompatibles avec la fonction résidentielle.
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Ce qu'il faut retenir:
L'intégration des activités économiques
participe de la vitalité de la ville ou du bourg.
L'intégration des activités de production ou de
services dans la ville ou le bourg n?est pas une valeur en
soi à poursuivre pour elle-même. Les activités
économiques doivent autant que possible trouver leur
place dans le tissu urbain, de manière à renforcer les
pôles et à éviter la dispersion des activités sur le
territoire. La recherche d'une meilleure
complémentarité, dans l?accueil des activités
économique, entre les tissus urbains et les zones
spécifiquement dévolues aux activités économique (en
continuité de l'urbanisation ou distante du bourg), est en
cela un levier d'aménagement durable du territoire.
Cette forme de mixité fonctionnelle peut être
mobilisée comme un outil de dynamisation
économique, d'intégration sociale et d'utilisation
rationnelle du sol. Cela suppose alors une volonté
politique et une action publique forte pour dépasser à
la fois les blocages idéologiques et répondre aux
besoins et attentes légitimes des entreprises en
matière de localisation (accessibilité, visibilité,
évolutivité, etc.).
« Nous reconstruisons l?industrie sur l?industrie et
remettons de l?emploi là où il y en avait pendant plus
d?un siècle. Si le projet n?avait pas été enclenché, le site
serait devenu un paysage de ruine. »
Pierre Béguery - Vice-président du Grésivaudan (38)
© Pontcharra
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L'espace rural de proximité à Marsac-en-livradois réunit, depuis 2013, dans un unique bâtiment une épicerie
Casino et un pôle médical. Le long d'une traversée du village très passante, le projet s'installe sur une dent creuse
propriété de la commune, depuis la fermeture d'un ancien hôtel.
La volonté initiale de la commune était de réaliser deux bâtiments en rez-de-chaussée. L'un pour le pôle médical et
l'autre pour accueillir l'agrandissement et la relocalisation du Casino. L'agence Boris Bouchet Architecte a alors
proposé de superposer les deux fonctions dans un seul bâtiment. Cela permet au projet d'être plus économique, plus
performant énergétiquement et de mieux s'intégrer dans le paysage de cette rue passante en terme de volumétrie et
d'alignement sur voirie.
Cette mixité fonctionnelle entre commerce et activité permet ainsi de conforter l'activité commerciale et de conserver
un accès au soin pour tous sur le territoire et en centre bourg.
Le projet a de plus été mis en oeuvre par des entreprises et avec des savoir-faire locaux (pisé et bois).
http://borisbouchet.com
Marsac-en-Livradois(63) : Un espace rural de proximité mêlant commerces et activités
© B. Bouchet / photo: B. Alazard
III. Les critères de localisation urbaine des
entreprises
Comprendre les logiques d?implantation des
entreprises est nécessaire pour pouvoir proposer des
conditions favorables à leur installation dans un tissu
urbain mixte. Au-delà des motivations individuelles
propres à la personnalité de chaque entrepreneur, ou
d?une fiscalité avantageuse, il existe des facteurs concrets
qui guide cette décision.
A l'échelle urbaine, le tissu mixte reste le lieu
privilégié de la localisation des entreprises : 73% des
établissements sont situés en dehors des Zones
d'Aménagement Économique en Loire Altantique [CCI,
2014]. Depuis une vingtaine d?années, la tendance est
cependant en faveur des ZAE qui accueillent une part
grandissante des implantations nouvelles et la majorité
des relocalisations des entreprises alors implantées dans
le tissu urbain aggloméré mixte. Ces relocalisations sont
motivées par l'introduction de nouvelles stratégies
d'implantation (demande) et par des changements dans
l'éventail des choix (offre). C?est à partir des années 70
que les ZAE se sont généralisées afin d'accueillir les
activités générant des nuisances incompatibles avec la
proximité de l'habitat (risque industriel, pollution, bruit,
trafic important, etc.). Il s'agissait alors d'un outil
d'aménagement dont la vocation était de délimiter des
secteurs géographiques propices à l'implantation pérenne
des activités économiques incompatibles avec les autres
fonctions de la ville. Aujourd'hui, elles se sont multipliées
et elles sont devenues le lieu privilégié d?accueil des
entreprises, y compris celles qui pourraient s'installer dans
le tissu urbain.
Pour inverser cette tendance, il apparaît
nécessaire de rétablir progressivement des possibilités
d'implantations hors zone d'activité répondant aux
besoins des entreprises.
1 / La connectivité
Toutes les entreprises ont besoin d'être relié à
leurs fournisseurs, clients et salariés. Si pour certaines, la
proximité d'une offre ferroviaire ou en transport en
commun est un critère prioritaire, pour la majorité c'est
encore aujourd?hui l'accessibilité routière qui prime. Cette
hiérarchisation répond à la dispersion de la clientèle, des
fournisseurs et des employés qui, associée à la mobilité
individuelle, conduit à privilégier la proximité routière
plutôt que la centralité urbaine. Outre la desserte en
infrastructures de transport, la desserte en internet haut
débit est devenue aujourd'hui un critère crucial pour
toutes les entreprises.
Les zones d'aménagement économique dédiées
en périphérie des tissus urbains agglomérés possèdent
ainsi un avantage compétitif. Placées à proximité
immédiate des axes routiers inter-urbains et aménagées
avec des voiries largement dimensionnées, elles offrent la
réponse qui semblent la plus évidente à la demande de la
majorité des entreprises. Par ailleurs de nombreux
territoires ont fait le choix de desservir en (très) haut débit
en priorité les ZAE au détriment des bourgs ou villes.
Dans les bourgs et villes moyennes, les
problématiques de congestion routière ne se posent
néanmoins pas. L'accessibilité, en temps de trajet, n'est
donc pas un critère objectivement prédominant. En
revanche, le stationnement et la facilité de manoeuvre
reste une contrainte en milieu urbain dense qui, si elle
n'est pas gérée par la collectivité, doit être supportée par
l'entreprise.
2 / La visibilité commerciale et les économies
d'agglomération
L?agglomération des entreprises est une source de
gains pour trois raisons principales. Le marché potentiel
augmente car un grand nombre de clients, de prestataires
de services et de fournisseurs sont rassemblés sur une
même zone géographique. Les coûts de transport sont
réduits lorsque l'entreprise traite avec des prestataires ou
clients situés sur la même zone. Des économies d?échelle
deviennent réalisables en mutualisant des services
communs (gardiennage, achat groupé, production ou
achat d?énergie groupé, etc.).
Les ZAE, en offrant une proximité géographique,
se positionnent comme une solution de bon sens. En effet,
la localisation au sein d?un même pôle peut faciliter les
interactions et les collaborations entre les différentes
entreprises.
Toutefois, l?agglomération des entreprises ne
constitue ni une condition suffisante, ni même nécessaire,
pour créer une dynamique économique. La proximité
géographique seule ne garantit pas le développement de
relations bénéfiques à l?innovation. Puisque chaque
entreprise réalise de manière isolée son projet individuel,
sans gestionnaire ou animateur économie d'ensemble, les
ZAE offre généralement peu de services associés et
mutualisés. Les pôles d'activités qui proposent le plus des
services mutualisés et de manière plus systématique sont
ceux qui sont privés. Le gestionnaire est contraint
d'innover et entretenir voire optimiser son « produit », y
compris en le densifiant, pour rester compétitif puisqu'il
est dans un modèle économique locatif.
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La commune de Valbonne Sophia Antipolis, qui se caractérise par un tissu pavillonnaire
lâche, a eu la volonté de maintenir les activités artisanales pour garantir une diversification des
emplois (50% du territoire communal est couvert par le parc international de Sophia Antipolis).
Cela nécessitait d'offrir aux artisans des locaux adaptés à un prix compétitif et d'en assurer
l'intégration dans ce tissu résidentiel.
La commande publique précise ainsi l'importance d'assurer un « développement harmonieux des
activités des artisans, dans le respect du quartier et de ses habitants ». Les architectes Pierre-
André Comte et Stéphane Vollenweider ont alors proposé une organisation organisée autour d'une
cour intérieure pour limiter les nuisances vis-à-vis des riverains. L'architecture modulaire permet
par ailleurs d'offrir une grande diversité de taille de locaux.
Réalisée par la Commune, la cité artisanale a ouvert en 2007 et accueille 20 artisans (en
accession).
http://www.comtevollenweider.fr/
Valbonnes (06):
Une cité artisanale au coeur du tissu pavillonnaire
© Comte-Vollenweider / photo: S. Demailly
Par ailleurs, les entreprises qui fournissent d'autres
entreprises ou B2B (« Business to business ») utilisent des
leviers spécifiques au travers de lieux et réseaux
d'échanges qui permettent de développer une proximité
organisationnelle : club, salons, démarchages, etc.
Dans les grands centres urbains, les sociétés de
services à la personne et notamment les artisans qui sont
rejetés du tissu aggloméré vers des zones périphériques,
se retrouve éloignés d'une partie de leur clientèle. Cela a
des conséquences sur leur visibilité auprès des particuliers
en les reléguant au second plan derrière des structures
plus importantes dont la visibilité (via la publicité) est plus
forte. Cela peut également contraindre leurs
déplacements quotidiens vers leurs lieux d'intervention.
La commune de Valbonne dans les Alpes-Maritimes (cf.
encadré) a ainsi fait le choix de créer une petite ZAE au
coeur du tissu résidentiel pour palier au risque d'exclusion
du territoire des artisans.
3 / Les capacités à recruter ou fidéliser le personnel
Le recrutement et la formation de son personnel
représente un coût important pour l'entreprise. Le
recrutement de personnel qualifié et sa fidélisation est
donc un enjeu qui influence sa stratégie d'implantation.
Cela est particulièrement vrai sur des profils pour lesquels
les entreprises ont du mal à recruter. Cela peut concerner
à la fois des emplois qualifiés ou des emplois occupés
notamment par des personnels dont la mobilité est limitée
(employés à faible salaire, apprentis, etc.).
Cela joue principalement sur ses choix territoriaux entre
zones d'emplois (pays, région, département, nord ou sud
d'une agglomération, etc.) mais la qualité du cadre de vie
à proximité de l'entreprise peut également être un critère.
Dans ce contexte, les externalités urbaines (la présence de
service de restauration, de loisirs ou d'une offre en
transport en commun qualitative par exemple) peuvent
être un atout.
L'implantation en milieu urbain dense et mixte est
ainsi susceptible d'offrir ces services, là où dans une ZAE
périphérique l'entreprise pourrait être contrainte de
prendre à sa charge la mise en place de ces services.
De plus, des sociologues soutiennent que l?influence de
l?implantation urbaine sur les relations au sein de
l?entreprise est loin d?être anecdotique. L?ouverture sur la
ville (le midi ou après le travail), permise par l'intégration
urbaine, favoriserait une certaine autorégulation (entre les
salariés et vis-à-vis de leur hiérarchie) et permettrait de
désamorcer de nombreux conflits de manière informelle,
là où le repli dans un parc d?activités rigidifierait le mode
de fonctionnement et ouvrirait le champ à des tensions
diverses.
4 / Des frais fonciers et immobiliers limités
Le modèle français prépondérant, fondé sur la
cession d'un foncier, incite les entreprises à être
propriétaire de leur local afin de se constituer un
patrimoine, de sécuriser leur activité et éventuellement
dans une logique d'optimisation financière au travers
d'une Société Civile Immobilière, qui perçoit un loyer de la
part de l'entreprise. Elles n'évaluent alors pas
nécessairement l'efficacité économique de ce choix
(immobilisation financière, frais d'entretien du patrimoine
au risque de le voir déprécié, manque de flexibilité).
L'implantation en ZAE permet justement de
réduire les frais fonciers ou immobiliers grâce au zonage
économique instauré en anticipation de la création de la
ZAE, ce qui limite voire supprime la concurrence foncière
qu'il y aurait eu en zone mixte5. De plus, ces opérations
font, le plus souvent, l'objet d'une subvention par les
collectivités (foncier vendu en dessous du prix de revient
pour la collectivité ou exonération de la taxe
d'aménagement). Cette aide indirecte aux entreprises
bénéficie donc aux seules entreprises qui s'implantent en
ZAE. D'un point de vue patrimonial, la standardisation des
parcelles et des bâtiments est susceptible de correspondre
à un plus grand nombre d'entreprises, ce qui laisse
espérer une revente facilitée pour l'entreprise.
Cependant, cette immobilisation financière
correspond également à une charge pour l'entreprise qui
doit s'assurer de conserver un fonds de roulement
suffisant pour assurer son fonctionnement. Avec le
ralentissement économique, les baisses de chiffres
d'affaires et le tarissement des crédits bancaires
accentuent leur besoin de liquidités. Pour les entreprises
en phase de création ou de développement, l'absence
d'alternatives à l'acquisition d'un foncier à bâtir ou bâti,
inhérente au modèle français des ZAE, peut devenir une
contrainte à un stade où le besoin en liquidités devrait en
priorité s'orienter prioritairement vers l'investissement
productif. Le maintien d'une offre intégrée dans le tissu
aggloméré peut ainsi être propice au maintien d'une offre
locative de qualité ciblant des entreprises en phase de
création ou de développement.
5 / Des conditions d'implantation rapide
Outre le coût foncier intrinsèque et l'immobilier, le
coût d'implantation d'une entreprise intègre le temps
consacré à la recherche d'un terrain ou d'un local, à la
construction ou au réaménagement d'un local, aux
5 Le foncier résidentiel a une valeur supérieure au foncier
commercial, elle-même supérieure à celle du foncier
économique (production ou service)
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démarches administratives pour obtenir les autorisations
de construire ou d?exploitation, aux pertes de production
durant le déménagement, etc. L'objectif de l'entreprise,
qu'elle soit locataire ou propriétaire, va donc être de
réduire ses coûts et sécuriser le processus pour éviter les
risques de dérives de calendrier et donc financières.
L'offre foncière en ZAE, qui est clairement balisée,
représente une solution facile. L?entrepreneur est face à
un seul interlocuteur, souvent l'intercommunalité ou son
aménageur, qui doit vendre le terrain qu?il a viabilisé.
L'offre dans le diffus est par contre souvent dispersée
entre plusieurs intermédiaires privés. L?entrepreneur est
alors seul pour négocier parfois avec plusieurs
propriétaires qu?il faut convaincre ou dont il faut tempérer
les velléités financières. Par ailleurs, il peut être difficile
pour une entreprise de se projeter dans un site de
seconde main.
Au-delà de la négociation immobilière,
contrairement aux ZAE qui sont juridiquement dévolues
aux activités économiques, dans les zones mixtes, les
documents d'urbanisme autorisent généralement les
activités économiques mais «à condition d?être
compatibles avec l?habitat». Si cette condition est
légitime, elle reste soumise à interprétation et elle est
source d?insécurité pour l?entrepreneur. Il peut en effet
craindre un refus de permis au moment de sa première
installation comme à chaque demande d?autorisation
ultérieure. Cela implique également le plus souvent des
contraintes (qualité architectural, choix des matériaux,
qualité de l'isolation sonore, etc.) et donc des coûts
supplémentaires. Face à ces obstacles dans le diffus,
l?investisseur sera naturellement tenté par les facilités et la
prise de risque limitée que lui offre les zones d?activité
périphériques.
Les entreprises (petite production, service et
artisanat) qui ont des stocks limités et dont la clientèle se
situe en tissu aggloméré dense, peuvent par contre tirer
avantage d'une implantation dans la ville ou le bourg
malgré les contraintes. Par ailleurs, l'immobilier de
seconde main ou en locatif, offre la possibilité à des
entreprises en phase création de ne pas avoir à investir du
temps et de l'argent dans l'achat d'un terrain et la
construction d'un bâtiment. Des adaptations du bâtiment
aux besoins de l?entreprise, ou afin de le mettre aux
normes (ex : accessibilité, incendie, etc.), peuvent bien
entendu être nécessaires.
6 / Des facilitées de fonctionnement au quotidien
Le choix d'une localisation est également
déterminé par les conditions de fonctionnement quotidien
de l'entreprise que peut lui procurer une implantation.
Cela recouvre la satisfaction des besoins en
stationnements (employés et visiteurs), les facilités de
manoeuvre pour la logistique ou encore le risque de
nuisances mutuelles (sonores, olfactives, congestions,
contraintes constructives, etc.) avec les riverains qui
peuvent devenir sources de conflits voire de contentieux.
L?entrepreneur prend également en compte la
fiscalité. Bien qu'une part significative de celle-ci soit
déterminée par des dispositions nationales (impôts sur les
bénéfices, cotisations sociales, impôts sur les plus-values),
les taxes locales (Cotisation foncière des entreprises, taxe
foncière, taxe d?aménagement en cas de travaux) qui
peuvent être modulées représentent néanmoins une
charge pour l'entreprise qui dépend de son choix
d'implantation.
Face à ces besoins, la ZAE offre une solution clé en
main pour l'entreprise. Le zonage éloigne le risque de
conflit de voisinage avec la fonction résidentielle. La taille
des voiries et la taille des parcelles (permis par le faible
coût du terrain) facilite la gestion logistique et celle du
stationnement.
Toutefois, le risque de conflit de voisinage avec
une autre entreprise n'est pas pour autant éliminé en ZAE.
Le cas classique des zones d'activités qui accueillent
progressivement des fonctions commerciales, avec toutes
les interactions que cela génère et qui ne sont pas gérées,
illustre concrètement ce fait. De plus, en milieu urbain
mixte des solutions peuvent être trouvées par la
collectivité et les entreprises pour les limiter les gênes
potentielles via le plan de circulation, la politique de
mobilité (stationnement, transport en commun, etc.) ou le
règlement d'urbanisme.
7 / Des capacités pour répondre aux évolutions
conjoncturelles ou structurelles de son activité
L'entreprise est un organisme dynamique dont
l?activité, et donc les besoins, évoluent en fonction de la
conjoncture ou de son développement. Le coût d?un
changement d?emplacement et le manque à produire qu?il
entraîne conduisent les entreprises à conserver des
marges de manoeuvre sur les surfaces utiles à la
production. La localisation et le dimensionnement de
l'espace nécessaire anticipent ainsi en général les
variations conjoncturelles de l'activité (stockage
temporaire, modification de la chaîne de production,
développement des activités d'ingénieries ou
administratives) ou structurelles (capacité à assurer son
développement commercial en répondant à de nouveaux
marchés).
Le modèle des ZAE apporte une réponse à ce
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besoin. En proposant un foncier à faible coût, les
entreprises ont la possibilité de se constituer des réserves
foncières ou immobilières au-delà de leurs besoins
immédiats ou prévisibles. Cela leur permet, le cas échéant,
de pouvoir s'agrandir sur place, de pouvoir réorganiser le
fonctionnement du site en fonction de leur plan de charge
conjoncturel ou de leur développement structurel.
Cette réponse systématique proposée aux
entreprises n'est cependant pas la seule face à la
multitude d'activités existantes selon leur nature ou leur
stade de développement. Au sein des ZAE, la démarche
Qualiparc en Bretagne propose ainsi de geler la
commercialisation d'une fraction du foncier afin
d'anticiper une possible extension durant un délais à
déterminer. Si l?extension ne se réalise pas dans ce délai
convenu, ce foncier est remis à la vente pour accueillir une
nouvelle entreprise.
En tissu urbain mixte, le développement des
hôtels ou pépinières d'entreprises peuvent être une
opportunité de développement d'une offre en immobilier
économique pour des entreprises de petites tailles encore
très mobiles. Dans cette optique, le Conseil Général du Val
de Marne, en partenariat avec la CCI et la Chambre des
métiers et de l'artisanat, a par exemple réalisé un guide
des solutions proposées sur le département en matière
« petits locaux ».
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Ce qu'il faut retenir:
La localisation en ville ou dans le bourg peut
être avantageuse pour certaines entreprises.
Dans les villes moyennes et les bourgs, les
effets de saturation du foncier et de congestion,
expérimentés dans les villes plus grandes, restent
modérés. On observe néanmoins là aussi un
mouvement conjoint de desserrement et de
concentration des activités économiques. L'exode des
entreprises vers la périphérie tient essentiellement à
la simplicité et aux avantages procurés par une offre
abondante et majoritaire dans des espaces dédiés
périphériques auxquels n?importe quel type
d?entreprise peut accéder. Les politiques publiques en
matière d'aménagement ou de développement ont
ainsi, au fil du temps, octroyé un avantage
concurrentiel à la ZAE par rapport aux autres
implantations.
Pourtant une implantation dans la ville ou le bourg
peut s'avérer pertinente, et souhaitée, pour certaines
filières (artisanat, services aux particuliers, entreprises
regroupant production et vente directe ou exposition
sur un même lieu, etc.) ou à certains stades
d'évolution au cours de leur parcours résidentiel
(petite unité de production, entreprises en phase de
création, etc.).
Face à cette tendance, le maintien ou la
relocalisation d'activités économiques, de production
ou de service, intégrées dans le tissu urbain suppose
donc la mise en place d'une politique volontariste de
soutien aux entreprises qui font ce choix.
Il s'agit de jouer sur les différents critères de
localisation afin d'atténuer les contraintes financières,
techniques ou juridiques propre à ce type
d'implantation, voire de les compenser par l'apport
d'aménités spécifiques.
IV. Leviers de la collectivité pour maintenir
une offre alternative
Le maintien et l'implantation d?activités
économiques en ville représente un atout pour la
collectivité et ne manque pas d?intérêt pour certaines
entreprises au cours de leur parcours résidentiel.
L?artisanat, les petites structures et les entreprises
naissantes seraient par exemple les principales
bénéficiaires d?une implantation en ville. Cependant, un
ensemble de choix de politique d'aménagement
(nationale et locale) ont conduit à conférer aux ZAE
périphériques un avantage concurrentiel qui influence le
choix d'implantation des entreprises.
Pour offrir une alternative en centre-bourg à la
zone d?activité économique « périphérique », il existe
différents leviers d'action possible. Dans tous les cas, le
rôle des collectivités locales est cruciale pour préserver et
renouveler une offre, foncière ou immobilière, abordable
et attractive intégrée dans le tissu urbain. Il est alors
nécessaire de mettre en oeuvre un faisceau de mesures
(planification, action foncière, urbanisme opérationnel et
animation économique), ce qui suppose une volonté
politique forte et cohérente.
1 / Accompagner les entreprises dans leur parcours
résidentiel
Les tissus mixtes, lieu historique des activités
économiques, possèdent encore un large patrimoine
immobilier. Cependant, cette offre est dispersée ou ne
correspond plus au besoin des entreprises (visibilité,
accessibilité, etc.), ce qui explique sa vacance. La
promotion de cette offre existante et l'incitation des
entreprises à considérer positivement cette alternative
constitue une première action qui ne nécessite pas
d'investissements fonciers ou immobiliers lourds.
L'action de la collectivité peut donc être de mettre
en place une veille foncière et immobilière afin de jouer le
rôle de facilitateur entre l?offre et la demande sur ce
marché de seconde main. En parallèle, elle peut
également conseiller et aider (techniquement ou
financièrement) les propriétaires à adapter leur
patrimoine aux besoins actuels. Cela peut également se
limiter à la réalisation d'une étude afin de démontrer le
potentiel du bien et chiffrer les travaux nécessaires afin de
rassurer un acheteur potentiel. La région de Bruxelles
Capitale (cf. encadré) a ainsi dédié un service à la
réalisation et à la mise à jour d'un inventaire de
l'immobilier économique à la vente ou à la location sur
territoire.
Outre les mesures de publicité, promouvoir une
offre alternative aux terrains neufs équipés dans une zone
d?activité périphérique nécessite de créer les conditions
d'un dialogue avec l'entreprise à l'occasion de son projet
d'implantation ou de relocalisation. L'objectif est que la
collectivité puisse répondre au mieux aux besoins de
l'entreprise tout en privilégiant une localisation urbaine
pour les activités compatibles. L'enjeu pour la collectivité
est d'être identifiée et reconnue comme un interlocuteur
incontournable par les entreprises lors de tous projets
d'implantation ou de relocalisation.
2 / Soutenir les entreprises dans leur
fonctionnement quotidien
Au-delà des questions d'attractivité économique
et de la phase d?implantation, le maintien d'activités
économiques dans le tissu mixte implique d'agir
également sur leur fonctionnement quotidien. L'enjeu est
de prendre en considération les besoins des entreprises
afin d'atténuer les contraintes auxquelles elles sont
soumises (logistique, voisinage, etc.) ou qu'elles génèrent
pour les riverains.
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La Société de Développement pour la Région de
Bruxelles-Capitale (SRDB) anime un inventaire foncier et
immobilier (à vendre ou à louer) en ligne. Il est actualisé
en continu grâce à un important travail de prospection
(notaires, agences immobilières, site d'annonces). Le
moteur de recherche permet de faire des recherches par
caractéristiques et quartiers.
www.inventimmo.be
Cela peut, par exemple, se traduire par la mise en
place d'un plan de circulation adapté pour faciliter la
logistique tout en minimisant les nuisances pour les
riverains : aménagement de carrefours, changement de
sens de circulation, élargissement ponctuel de la voirie,
recours à des revêtements de chaussée adéquats,
signalisation, etc. Le stationnement est également une
problématique qui peut être décisive. Cela nécessite
d'orienter les politiques de gestion du stationnement ou
de l'offre de transport en commun en conséquence (tarifs,
dimensionnement, horaires, etc.). La collectivité peut
également aménager des espaces de livraison ou de
stockages temporaires collectifs ou encore aider à la mise
en place d'une structure de livraison urbaine. De telles
mesures peuvent accompagner de nouveaux programmes
économiques mais aussi viser à conforter des entreprises
existantes. Saint Étienne Métropole dans la Loire (cf.
encadré) mène ainsi actuellement, dans le centre-ville de
Saint-Chamond, le projet d'aménagement « Novaciérie »
qui vise tout à la fois le développement d'activités
industrielles existantes et l'ouverture de cette enclave
industrielle historique sur la ville.
Outre les considérations matérielles, le soutien à
la gestion quotidienne des entreprises situées dans le
diffus, hors des ZAE dédiées, peut également se traduire
par la mise en place d'une animation économique sur le
territoire (salon, club, conseil économique et juridique,
etc.) afin de remplacer la proximité géographique offerte
par les ZAE par une proximité organisationnelle.
3 / Réguler les valeurs foncières par la planification
ou par une action foncière
Au-delà de la promotion de l'offre existante, sa
préservation est également un enjeu. Sans une politique
et une maîtrise foncière publique dédiée, l?activité
économique occupera une place toujours plus limitée
dans le foncier classé « AU » ou « U ».
En tissu mixte, l'activité se trouve en concurrence
directe avec toutes les fonctions urbaines, en particulier le
logement, qui sont capables de supporter le plus souvent
une charge foncière plus élevée. Ce phénomène est régulé
dans les ZAE périphériques par la délimitation en amont
de la création de zones à vocation économique dans les
PLU. Cela permet de limiter la concurrence à l'ouverture
de la zone et d'éviter la spéculation foncière par la suite ;
dans certains cas on peut néanmoins constater une
concurrence avec le commerce de détail.
Le maintien d'entreprises de production ou de
services dans la ville ou le bourg nécessite donc, de la part
des collectivités, de préserver des ressources foncières ou
immobilières économiquement viables pour l'activité et
d'inciter au renouvellement de cette offre. Il peut s'agir
d'un portage foncier public ou de règles adaptées dans les
documents de planification.
Le Plan Local d'Urbanisme permet ainsi au travers
du zonage6 d'encadrer la destination des sols7 y compris au
sein de la ville ou du bourg. Le règlement du PLU doit alors
quand a lui permettre l'implantation et l'intégration des
entreprises (gabarit, règle d'implantation, etc.). Dans le
cadre du PLU de Marseille, dans les Bouches-du-Rhône,
des secteurs à vocation économique dit de transition ont
ainsi été délimités au sein du tissu urbain :
« L?objectif principal des zones UEt est d?améliorer la
qualité, l?insertion et l?intégration de ces zones au tissu
mixtes environnants, tout en permettant leur
valorisation économique :
- UEt : transition, qui se fait par des formes
spécifiques : hauteurs adaptées, traitement des
espaces de transition avec les tissus environnants,
prospects plus importants, qualité des espaces libres ;
- UEtf : transition de type faubourg dont le but est de
créer des formes permettant une meilleure intégration
de zones économiques situées dans la continuité de
tissus de type faubourg. »
En complément du levier réglementaire, une
action foncière publique (acquisition, portage foncier et
cession ou location) permet de soutenir directement les
entreprises tout en contrôlant mieux la nature de celles
ciblées. Elle peut être menée directement par la
collectivité ou par avec établissement public partenaire
(SPLA, EPF, etc.). Mobilisable dans le cadre d?une
opération programmée d?amélioration de l?habitat de
renouvellement urbain (OPAH ? RU), les opérations de
restauration immobilière (ORI) offrent également aux
collectivités un outil pour remettre en état, moderniser ou
démolir un ou plusieurs immeuble(s) ayant une vocation
d?habitat et comprenant des locaux commerciaux.
Déclarés d?utilité publique, les travaux peuvent bénéficier
de subventions et d?une fiscalité avantageuse.
4 / Conserver la vocation économique des friches
Les sites économiques en friche ou mutation sont
des opportunités pour maintenir et renouveler une offre
alternative dans le tissu aggloméré.
Ces sites n'ont pas encore fait l'objet de
remembrement foncier ou d'une restructuration
immobilière, pour l'adapter à un usage d'habitation, et ils
n'ont pas encore acquis une valeur foncière « urbaine » .
6 Le zonage peut également prendre la forme d'une
prescription de linéaire
7 Le code de l'urbanisme définit neuf destinations possibles :
habitation, hébergement hôtelier, bureau, commerce,
artisanat, industrie, exploitation agricole et forestière,
fonction d'entrepôt et constructions et installations
nécessaires aux services publics ou d?intérêt collectif.
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Saint Chamond (42):
L'industrie au coeur de la cité
L'ancienne aciérie GIAT, au coeur de Saint Chamond, abrite encore aujourd'hui des entreprises d'usinages
industriel de pointe qui se sont développées grâce à l?existence des installations hors normes de ce site (taille des
bâtiments et pont roulant). Il s'agit d'entreprises complémentaires (fraisage, tournage, chaudronnerie, soudures?)
dont l'activité est tournée vers le domaine de l?énergie. En cela, elles constituent une filière à part entière. Un
restaurant inter-entreprise est également présent et fournis en sus les services de restauration des écoles et maisons
de retraite de la commune.
Le choix a alors été fait, en cohérence avec la démarche marketing de Saint Étienne Métropole, de ne plus chercher à
transférer ces pôles industriels, avec le risque qu'ils se délocalisent, mais de les revendiquer au coeur de la cité.
Ce projet repose sur le pari que des activités industrielles, et de production plus légères, peuvent cohabiter avec de
l'habitat moyennant un schéma d'aménagement et une programmation qui assurent la transition et des mesures de
réduction des nuisances (ex : création d'accès poids lourds plus performants évitant les coeurs de quartiers).
http://www.agglo-st-etienne.fr/economie/grands-projets-economiques/novacieries-a-saint-chamond/
© atelier B. Paris & associés + InSitu Paysages© atelier B. Paris & associés
L'implantation d'entreprises est également plus facilement
acceptable pour les riverains que dans le cadre d'une
implantation nouvelle. La requalification de la friche, pour
accueillir des activités générant moins de nuisances que
celles présentes jusqu'alors, s'inscrit dans un processus
d'amélioration du cadre de vie tout en préservant des
emplois. La communauté de communes du pays de Sillé,
dans la Sarthe, a par exemple fait le choix de réhabiliter
l'ancienne imprimerie Deslandes pour y installer un hôtel
d'entreprises. Situé sur la place centrale, il accueille des
activités tertiaires. Sur 579m², il offre 9 plateaux en
location et des parties communes dont une cafétéria et
une salle de réunion.
Ce type d'opération est cependant le plus souvent
déficitaire et nécessite donc un subventionnement de la
part de la collectivité. Il faut cependant le mettre en
regard des subventions en déficit également allouées aux
opérations en périphérie et prendre en compte les
subventions mobilisables au titre de la spécificité d'une
opération économique en renouvellement urbain. De plus,
dans certains cas, une dépollution partielle peut être
suffisante pour accueillir de l'activité économique.
Enfin, le soutien de la collectivité pour
l'implantation peut également prendre la forme de
montages immobiliers permettant d'étaler les dépenses
dans le temps pour l'entreprise : bail emphytéotique, bail
à construction, etc. Cela peut permettre à l'entreprise de
limiter ses immobilisations financières tout en bénéficiant
d'un réel droit immobilier cessible ou hypothécable. Au
delà du soutien aux entreprises, la collectivité peut
conserver la propriété foncière et dans tous les cas elle
bénéficie de garanties quant à la nature, la qualité et
l'entretien des constructions édifiées.
5 / Proposer une offre attractive pour les entreprises
dans les nouvelles opérations d'aménagement
Les opérations d'aménagement publiques offrent
enfin la possibilité de créer une offre nouvelle, adaptée
aux besoins des entreprises et intégrée dans un tissu
mixte. Le portage opérationnel public autorise en effet la
collectivité à définir les objectifs du projet, au-delà de ce
que lui permettrait les seuls outils de planification.
Dans les opérations d'aménagement, la mixité des
fonctions, en particulier quand il s'agit d'activités de
production ou services, reste cependant encore
exceptionnelle du fait de la spécialisation des aménageurs
et des promoteurs. A l'échelle d'une opération
d'aménagement ou d'un projet immobilier, la mixité
fonctionnelle est une source de complexité (financière,
juridique, urbaine et architecturale) voire d'insécurité
(assurantielle et commerciale). Afficher cette ambition de
mixité du projet ne donc suffit pas. Un portage politique et
un accompagnement technique sont indispensables
jusqu'à la commercialisation.
Il peut être envisageable de rechercher une
péréquation économique à l'échelle de l'opération, entre
les programmes économiques et résidentiels. Cette
péréquation peut également se répercuter auprès des
promoteurs au travers du découpage du projet en lot
(taille des opérations immobilières et répartition du
programme). Il est également plus aisé d'intégrer les
contraintes de mixité dans la conception urbaine et
architecturale du projet. Il s'agit alors d'identifier les
espaces (foncier, bâtiment ou locaux) les plus propices à
l'implantation d'activités économiques. Cela peut, par
exemple, se traduire par la création de petits pôles
d'activités (village d?artisans) ou d'hôtels/pépinières
d'entreprises. La cité artisanale à Aubervilliers en région
parisienne (cf. encadré) vise ainsi à dynamiser le quartier
en rénovation urbaine Cristino Garcia Landy en proposant
à des entreprises des locaux adaptés et abordables.
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Ce qu'il faut retenir:
Les collectivités ont des leviers pour agir sur
l'attractivité économique des villes et des
bourgs.
L?implantation urbaine est aujourd'hui plus
coûteuse et souvent plus compliquée pour les
entreprises. Il faut donc faire des villes et des bourgs
des zones de «discrimination positive» où
l?entreprise est soutenue pratiquement et
financièrement ; au même titre que l'ont été, et le
sont encore, les ZAE « périphériques ».
Cette politique publique nécessite de coordonner
l'ensemble des leviers d'action de la collectivité, et de
ses partenaires notamment économiques, qu'ils soient
réglementaires, opérationnels ou incitatifs afin de :
- valoriser le patrimoine foncier ou immobilier de
seconde main (référencement, accompagnement
technique et juridique, etc.);
- soutenir les entreprises d'ores et déjà installées
dans la ville ou le bourg (animation économique,
aménagement favorable, etc.);
- préserver et renouveler le foncier ou
l'immobilier économique historique situés dans
la ville ou le bourg (zonage réglementaire,
acquisition foncière, subvention en déficit,etc.);
- développer l'offre en intégrant la fonction
économique dans les nouvelles opérations
d'aménagement;
- garantir une fiscalité homogène qu'elle que soit
l'implantation, voire avantageuse en tissu mixte.
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Afin d'utiliser rationnellement toutes les surfaces disponibles et de proposer la meilleure place à chaque
entreprise l'agence de développement pour la province de Liège (SPI+) s'applique une triple règle : mettre loin de tout
habitat les entreprises qui sont dérangeantes (de par leur activité, leur taille, leur nombre de salariés?) ; installer à
proximité de l?habitat les entreprises peu dérangeantes avec des mesures adéquates (végétalisation, merlons ?) ;
établir en ville les entreprises qui y ont leur place (les services, l?artisanat, les bureaux).
Elle a ainsi créée des « îlots et rues d'entreprises » qui fonctionnent comme une zone d?activités économiques
englobée dans un quartier à dominante résidentielle rural ou urbain. La SPI+ a notamment aménagé l'îlot Pieper dédié
aux secteurs du bâtiment, sur les anciens sites « Swennen » et « CE+T » dans Liège. Il regroupe une dizaine
d'entreprises sur 1,2ha. Elle a également réalisé plusieurs espaces économiques ruraux (Comblain le Pont puis à
Retinne, Modave,Dalhem, etc.).
http://www.spi.be/fr/territoire/amenagements-du
Aubervillers (93):
Une cité artisanale au coeur de la ville
La cité artisanale d'Aubervillers de la société Sirius propose, depuis 2011, 1000m² de locaux d'activité et
1000m² de bureaux, en location. Cela représente plusieurs dizaines d'usagers quotidien qui font vivre les commerces et
restaurants riverains. Le bâtiment, conçu par l'agence MW architecture et réalisé par ICR Bâtiments, s'intègre dans la
volumétrie résidentielle. Le choix des matériaux a également été guidé par ce voisinage.
Les activités occupent le rez-de-chaussée tandis que l'étage est dédié aux bureaux. Située en coeur d'îlot, l'opération
est desservie par une voie traversante qui donne accès au stationnement et facilite les livraisons.
Agence de développement pour la province de Liège (B):
Une offre économique complémentaire dans la ville et le bourg
Ïlot d'entreprise à Comblain-le-Pont - © SPI
© MW architecture
http://www.spi.be/fr/territoire/amenagements-du
V. Conclusion
Les politiques d'aménagement, comme celle de développement économique, tendent à privilégier la zone
d'activité « périphérique », y compris en subventionnant le foncier, au détriment des autres localisations possibles,
quelle que soit l?entreprise (filière économique, stade d'évolution, taille). Ce systématisme a atténué l'efficacité de ce
levier en matière d'attractivité économique, tout en éclipsant les autres leviers de développement économique que sont
notamment l'animation économique ou le maintien d'une offre locative de qualité. Dans le même temps, il a participé
de la dévitalisation de certains centres-bourgs ou centres-villes car les secteurs périphériques deviennent plus attractifs
pour les commerces de proximité et pour les services du quotidien.
Dans une perspective de développement territorial durable et pour sortir de cette situation où un seul produit
cherche à répondre à la diversité de besoins des entreprises et d'enjeux des collectivités, il est nécessaire de diversifier
l?offre et le périmètre d?intervention des acteurs publics. Une diversification qui passe par de nouvelles stratégies d?offre
(foncière/immobilière, vente/location) et de localisation (zone industrielle isolée, pôle d'activité en continuité du tissu
urbain, pôle d'activité intégré dans le tissu urbain, activité dispersée dans tissu urbain?).
Cela nécessite un travail d'amélioration de la qualité des ZAE périphériques (intégration paysagère, densité, mobilité,
etc.) et leur suivi dans le temps. Cela nécessite également la mise en place d'une politique en faveur du maintien
d'activité économique de production et de service dans le tissu urbain. Pour atteindre cet objectif, le secteur public peut
agir sur :
? l'offre existante afin de la rendre visible (référencement) et attractive (aide technique ou financière pour réaliser
ou dimensionner les réaménagements nécessaires) ;
? au niveau des réseaux d'entreprises afin de remplacer la proximité géographique par une proximité
organisationnelle ;
? la gestion quotidienne des entreprises par une écoute de leurs difficultés et la recherche de solutions. Il s'agit en
particulier de prendre en considération leurs besoins en stationnement et pour la logistique dans les projets
d'aménagement de voirie. Cela implique également de déployer les réseaux haut débit dans les secteurs
concernés ;
? la préservation de la destination économique des sites historiques intégrés dans le tissu urbain (acquisition
foncière ou zonage économique dans le document d'urbanisme) ;
? l'adoption dans le règlement d'urbanisme de règles adaptées (retrait sur voirie, hauteur, gabarit, etc.) ;
? l'intégration des fonctions économiques dans les nouveaux projets d?aménagement sous maîtrise d'ouvrage
publique ou via les Orientations d'Aménagement et de Programmation. Cela nécessite cependant de tenir
compte en amont des conséquences financières dans le bilan de l'opération et de penser le plan
d'aménagement en conséquence pour faciliter le fonctionnement des entreprises tout en limitant les risques de
nuisances avec le voisinage ;
? l'implantation des structures publiques d?accueil des entreprises (hôtel ou pépinière d'entreprises).
La mise en place des mesures incitatives et facilitatrices peut s'accompagner, ou être suivie, d'une action coercitive. Il
s'agit alors de restreindre les implantations dans les ZAE aux seules entreprises (filières ou stade d'évolution) qui
génèrent des nuisances trop importantes (bruit, odeur, circulation, risque) pour être implantées en voisinage
d'habitations. Cela suppose une sélection des entreprises lors de la commercialisation des terrains dans les ZAE
périphériques ou du moins la proposition d'une alternative à toutes les entreprises compatibles avec une intégration
dans le tissu urbain.
Dans tous les cas, il semble indispensable qu'une telle politique s'inscrive dans le cadre d'une démarche
territoriale coordonnée (PLUi et le SCOT) afin de limiter la concurrence entre collectivités au niveau d'un même bassin
de vie.
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VI. Sigles
B2B : Business to Business
EPF : Établissement Public Foncier
OAP : Orientation d?Aménagement et de Programmation
OPAH ? RU : Opération programmée d?amélioration de l?habitat de renouvellement urbain
ORI : Opération de restauration immobilière
SPLA : Société Publique Locale d?Aménagement
ZAE : Zone d?Activité Économique
VII. Bibliographie
? AGAM, Benchmarking des formes urbaines pour l'accueil d'activités : Enseignements généraux, synthèse, 2011
? BASTIN A. et CHEVAU T., sous la direction de HALLEUX J.-M., Localisation des entreprises et mixité fonctionnelle,
note de recherche, CPDT, LEPUR, 2008
? CAUE 44, (Ré)inventer la zone d?activités. Pour un aménagement durable des espaces d?activités ?,
? Dawance S, Travailler en ville : comment promouvoir l'activité économique en milieu urbain ?, Dossier, Inter-
Environnement Wallonie, 2006
? DGATLP, Fiche thématique activité économique, Schéma de Développement de l'Espace Régional Wallon, 2001
? Daily R.,Krysinski S., Landré T. et al., PME le retour en ville : quel avenir pour les locaux d'activité en zone urbaine
dense francilienne ?, mémoire, Aménagement et maîtrise d'ouvrage urbain, Ecole des Ponts Paris Tech, 2012
? LAMBOTTE J.-M. et BASTIN A., sous la direction de : HALLEUX J.-M, Freins à l'inscription des opérateurs
économiques dans la mixité raisonnée des fonctions, note de recherche, CPDT, LEPUR, 2008
? Margueritte S., Les interventions économiques en 2000, Les notes bleues de Bercy, n°229-230, 2002
? Mérenne-Schoumaker B., Exurbanisation ou réintégration urbaine des industries et du tertiaire lourd ? :
comparaison et perspectives, Bulletin de la société géographique de Liège, n°19, 19ème année, 1983, pp. 53-61
? Million F., Localisation intra-urbaine des entreprises et attractivité des zones d'activités économique : le cas de
Bordeaux, 39ème colloque de l'ASRDLF, 2003
? Million F., La singularité des établissements implantés dans les zones d'activités, 45ème colloque de l'ASRDLF,
2008
? Partoune C., La localisation des industries : un choix primordial pour de nombreux dirigeants d'entreprises et pour
les responsables publics [internet], Université de Liège, Laboratoire de Méthodologie de la Géographie, 2002.
? Rapport public de la Cours des Comptes, Les interventions des collectivités locales en faveur des entreprises, 1996
? Scieur P., « Polynomie et désarroi. Contribution à une sociologie des petites et moyennes entreprises familiales. »,
CIACO, Louvain-la-Neuve, 2000, pp.109-111.
? Séminaire technique et partenarial : La requalification des zones d'activités économiques en périphérie, Paris,
2003.
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Photo de couverture
îlot Pieper réalisé par la société de développement de la région de Liège
Cette note résulte d'un travail de réflexion engagé sous l'égide de
la DREAL Pays de la Loire, en partenariat avec les cinq
DDT/DDTM de Loire Atlantique, Maine et Loire, Mayenne, Sarthe
et Vendée.
Cette étude, réalisée par le CEREMA, fait suite et complète une
première étude, réalisée par des étudiants de l'Institut
d?Économie et de Management de Nantes, sur les besoins des
entreprises en terme de localisation.
Direction régionale
de l' environnement ,
de l' aménagement
et du logement
Service Intermodalité
Aménagement et Logement
5, rue Françoise Giroud
CS 16326
44263 NANTES cedex22
Tél: 02 72 74 73 00
Directeur de publication:
Annick Bonneville
ISSN: 2109-0017
Rédacteur
Denis Crozier
(CEREMA-DTer Ouest)
Direction de l'étude
Agnès Pouillaude
Alexis Roy
I. Introduction
II. Les atouts pour les territoires d'une offre économique alternative à la ZAE
1 / Revitaliser les villes et les bourgs
2 / Mutualiser les services collectifs
3 / Soutenir les entreprises dispersées dans le tissu urbain
4 / Assurer la sécurité urbaine
5 / Contribuer à l'égalité sociale
6 / Reconquérir les friches industrielles
7 / Optimiser l'utilisation de toutes les surfaces disponibles dans la ville et le bourg
III. Les critères de localisation urbaine des entreprises
1 / La connectivité
2 / La visibilité commerciale et les économies d'agglomération
3 / Les capacités à recruter ou fidéliser le personnel
4 / Des frais fonciers et immobiliers limités
5 / Des conditions d'implantation rapide
6 / Des facilitées de fonctionnement au quotidien
7 / Des capacités pour répondre aux évolutions conjoncturelles ou structurelles de son activité
IV. Leviers de la collectivité pour maintenir une offre alternative
1 / Accompagner les entreprises dans leur parcours résidentiel
2 / Soutenir les entreprises dans leur fonctionnement quotidien
3 / Réguler les valeurs foncières par la planification ou par une action foncière
4 / Conserver la vocation économique des friches
5 / Proposer une offre attractive pour les entreprises dans les nouvelles opérations d'aménagement
V. Conclusion
VI. Sigles
VII. Bibliographie