Charte qualité de l'hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
PERRET, Christian ;POLIGOT-PITSCH, Stéphanie ;PUECHBERTY, Rachel
Auteur moral
France. Ministère de l'environnement, de l'énergie et de la mer
;France. Ministère du développement durable. Service central d'hydrométéorologie et d'appui à la prévision des inondations
;Pays-de-la-Loire. Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement
;France. Direction générale de la prévention des risques. Service des risques naturels et hydrauliques
Auteur secondaire
Résumé
<div style="text-align: justify;">Ce document a la double vocation de servir de guide pratique, synthétique, accessible à l'ensemble des hydromètres mais aussi d'ouvrage de référence sur l'état de l'art de l'hydrométrie.<br />Cette nouvelle édition expose les enjeux auxquels les services d'hydrométrie doivent répondre, met en avant de nouvelles techniques de mesure (non-intrusives notamment), insiste sur l'importance de mieux connaître et diffuser les incertitudes associées aux données et rappelle les règles essentielles de prévention pour la sécurité des hydromètres.<br />Des exemplaires papier sont disponibles sur demande auprès du Schapi à l'adresse suivante : schapi@developpement-durable.gouv.fr.</div>
Editeur
Ministère de l'environnement, de l'énergie et de la mer
Descripteur Urbamet
cours d'eau
;donnée statistique
;hydrologie
;crue
Descripteur écoplanete
hydrométrie
;sciences de l'eau
;jaugeage
;enjeu
;instrumentation
;station de mesure
;traitement de données
Thème
Environnement - Nature
;Énergie - Climat
;Risques
Texte intégral
01
Charte qualité de l?hydrométrie
Guide de bonnes pratiques
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer
www.developpement-durable.gouv.fr
?
p
ré
fa
ce
C
onnaître les débits qui coulent devant nos
yeux tous les jours dans les rivières : qui, dans
le public, imaginerait qu'au XXIe siècle ce soit
encore un défi ?
Les tensions sur l'usage des ressources en eau, liées Ã
la croissance des besoins et aux évolutions climatiques
s'exacerbent et l'exposition des biens et des personnes
aux risques d'inondation ne cessent de croître. Dans
bien des pays pourtant, cette connaissance, qui semble
si élémentaire, est dramatiquement en recul. Nombre
de réseaux d'observations sont abandonnés faute de
moyens, de volonté et de compréhension de l'utilité
de ces connaissances.
L'hydrométrie est à la fois une discipline scientifique
extrêmement complexe, au carrefour des technologies
et des théories les plus avancées, une pratique
exigeante d'observation de terrain qui révèle toujours
bien des surprises, car les rivières sont en perpétuel
remaniement, et une activité qui se pratique dans des
conditions qui peuvent être extrêmement périlleuses
et dont il faut savoir absolument maîtriser les risques :
débrouillardise et capacité d'initiative restent cruciales,
mais méthode, rigueur et organisation peuvent seules
assurer un résultat de grande qualité.
Répétons-le : les sciences hydrologiques sont des
sciences de la nature. Comme telles, elle ne peuvent
être bâties que sur l'observation scientifique, structurée
et approfondie, de celle-ci. Aucun modèle ne s'en passe
ni ne s'en passera jamais. Bien au contraire, donnez-leur
des données : leurs progrès ne se nourrissent que de
la qualité, de la densité et de la diversité des réseaux
d'observation.
En France, cette discipline est active et bien vivante. Si
bien des progrès restent à accomplir, elle s'appuie sur
des équipes motivées, au sein des services de l'Etat et
des grands opérateurs, qui partagent la conviction de
l'importance et de la noblesse de cette tâche.
La première édition en 1998 de la charte qualité de
l'hydrométrie, fruit du travail collectif de ces passionnés,
avait tenu toutes ses promesses : outil destiné aux
praticiens, ce guide des bonnes pratiques s'est
rapidement révélé un véritable ouvrage de référence.
L'idée d'une nouvelle édition s'est imposée comme
une évidence. Aussi visionnaire qu'ait été la première
édition, les innovations qu'elle décrivait sont, en moins
de vingt ans, devenues des outils quotidiens et en
quelques années les pratiques se sont considérablement
enrichies et de nouvelles pistes se sont ouvertes.
Cette édition renouvelle l'exploit de la première : être Ã
la fois un guide pratique pour les équipes de terrain et
un manuel de référence méthodologique parfaitement
documenté, à la pointe des connaissances, qui satisfera
les spécialistes les plus exigeants. Par cette qualité,
cet ouvrage est le meilleur manifeste que l'on puisse
imaginer pour promouvoir cette discipline et encourager
les jeunes vocations à se tourner vers cette aventure :
nos Tazieff et nos Cousteau de la prochaine génération
ne seront-ils pas à l'évidence hydromètres ?
Merci mille fois à l'équipe qui s'est mobilisée pour ce
remarquable travail.
Pierre-Alain Roche,
Président du CODOST
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer02
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
L
a Charte Qualité de l?Hydrométrie a été publiée
en septembre 1998 sous l?égide du Ministère de
l?Aménagement du Territoire et de l?Environnement.
À l?heure de proposer une version actualisée du
document, il paraît utile de revenir sur la définition du
terme « Hydrométrie », ce qui revient à bien préciser le
périmètre technique abordé.
En première approche, le terme « Hydrométrie » reste
très général puisque formé de deux racines tirées du
grec ancien, le préfixe hydro « qui se rapporte à l?eau »
et métrie « mesure ». La définition qui en est donnée
par l?Académie Française reste très proche de cette
étymologie : « Science qui a pour objet la mesure des
propriétés physiques des liquides, et particulièrement
de l?eau » (Académie française 1986).
En suivant cette définition, un ouvrage traitant
d?hydrométrie devrait aborder l?ensemble des techniques
de mesure des paramètres physiques de l?eau dans tous
ces états, pour tout type et pour tout régime d?écoulement.
En pratique, les techniciens et ingénieurs francophones
ont réservé le terme « Hydrométrie » à la discipline qui
s?attache à mesurer la hauteur et le débit des écoulements
des rivières, ce qui restreint considérablement le périmètre
de la définition. Ainsi, c?est peut-être celle donnée par
le Larousse qui correspond le mieux aux usages de la
communauté francophone : « Science qui a pour objet de
mesurer les propriétés physiques de l?eau et spécialement
le débit des eaux superficielles et souterraines » (Larousse
en ligne1).
Le périmètre de la première édition de la charte était
implicitement très proche de cette définition. L?ouvrage
s?était attaché à décrire l?état de l?art des praticiens
français de la mesure des débits des écoulements
à surface libre. Le document se voulait simple et
pédagogique et de fait, il est unanimement reconnu
par les acteurs du domaine puisqu?il concourt à la
formation des nouveaux arrivants et rafraîchit parfois les
compétences des anciens. Il n?a pas valeur de norme et
ne décrit pas dans le détail les modes opératoires, mais
il constitue un « Code de Bonnes Pratiques » comme le
précisait le sous-titre de l?ouvrage.
C?est avec le même périmètre et les mêmes objectifs
pédagogiques que cette nouvelle édition a été conçue.
L?ambition principale des rédacteurs était de compléter
le document en abordant les nouvelles techniques et
pratiques pour tenir compte des progrès accomplis
depuis 1998. Cette version fait également l?objet de
compléments thématiques jugés indispensables :
enjeux de la discipline, rappel des fondamentaux
physiques, incertitudes associées aux différentes phases
d?élaboration des données, conditions d?hygiène et de
sécurité pour les interventions de terrain, opérations Ã
prévoir après des crues importantes pour capitaliser les
informations disponibles.
La Charte n'a pourtant pas la prétention d'accéder au
statut d'ouvrage académique. Aussi, les aspects les
plus théoriques ne sont pas abordés. Pour ceux qui
souhaitent approfondir les sujets, une bibliographie
est mentionnée pour chaque chapitre et des « bonus »
librement téléchargeables sur le site www.eaufrance.fr
ont été rédigés par les auteurs. Ils permettent d?approfondir
un sujet particulier et seront enrichis au fur et à mesure de
l?évolution des pratiques et des connaissances.
Une analyse trop rapide des aspects techniques et
scientifiques pourrait conclure à une relative simplicité de la
discipline. Le métier d'hydromètre est pourtant complexe.
Il requiert l'assimilation d'une somme importante de
connaissances dans de nombreux domaines techniques.
L'hydromètre accompli doit maîtriser l'hydraulique, les
techniques de mesure et l'hydrologie. L'exploitation des
réseaux de collecte des données hydrométriques nécessite
aussi de solides connaissances dans la maîtrise d'ouvrage
des travaux de génie civil, d'électricité voire de mécanique,
ainsi que des aspects réglementaires.
L?hydrométrie est abordée dans certains cursus
techniques, mais il n'existe pas en France de formation
initiale de technicien hydromètre. La formation continue
est donc devenue un enjeu important pour les services
gestionnaires. La Charte Qualité de l'Hydrométrie
s'intègre dans ce processus de formation continue
pour donner les notions de base aux nouveaux venus
dans le métier et pour actualiser les connaissances des
hydromètres expérimentés. Elle s'inscrit également dans
les processus d'amélioration continue mis en place dans
les entités en charge de l'hydrométrie sous la bannière
du « management de la qualité ».
Le choix a été fait d'appeler "hydromètres" les
opérateurs spécialisés dans la mesure des débits
des cours d'eau, en particulier les opérations de
jaugeage, la gestion et la maintenance des stations
hydrométriques et l'établissement des courbes de
tarage et des hydrogrammes. D'autres termes tels
que "hydrométricien", ou "hydrologue de terrain"
ou "technicien d'hydrométrie" sont parfois cités dans
la bibliographie, mais le terme d'hydromètre est
aujourd?hui le plus couramment utilisé au sein de la
communauté francophone.
1. http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/hydrométrie/40849 ?
a
va
nt
-p
ro
po
s
03
Acronymes
des organismes
et termes
administratifs
AFNOR
? Association française
de normalisation
CEN
? Centre européen de
normalisation
Cerema
? Centre d?études et
d?expertise sur les risques,
l?environnement, la mobilité
et l?aménagement
CNR
? Compagnie Nationale du Rhône
DCE
? Directive cadre sur l?eau
DICT
? Déclaration d?intention de
commencement des travaux
DIREN
? Direction régionale de
l?environnement
DREAL
? Direction régionale
de l?environnement, de
l?aménagement et du logement
DTG
? Division Technique Générale
d?EDF
DUERP
? Document unique d?évaluation
des risques professionnels (décret
2001- 1016 du 5 novembre 2001)
EDF
? Électricité de France
Enedis
? Réseau et distribution
d?électricité
IFORE
? Institut de formation de
l?environnement
Ifsttar
? Institut français des sciences
et technologies des transports, de
l?aménagement et des réseaux
IRD
? Institut de recherche pour
le développement
Irstea
? Institut national de recherche
en sciences et technologies
pour l?environnement et
l?agriculture
ISO
? Organisation internationale
de normalisation
OIEau
? Office international
de l?eau
Onema
? Office national de l?eau et
des milieux aquatiques
PAPI
? Programme d?actions de
prévention contre les inondations
PPRI
? Plan de prévention du risque
inondation
SAC
? Service d?annonce des crues
SANDRE
? Service d?administration
nationale des données et
référentiels sur l?eau
Schapi
? Service central
d?hydrométéorologie
et d?appui à la prévision
des inondations
SDAGE
? Schéma directeur
d?aménagement et de gestion
des eaux
SHC
? Service hydrologique
centralisateur
SHF
? Société hydrotechnique
de France
SPC
? Service de prévision
des crues
SRAE
? Service régional de
l?aménagement des eaux
UH
? Unité d?Hydrométrie
USGS
? United States Geological
Survey
Termes techniques
ADCP
? Acoustic Doppler current
profiler (profileur acoustique Ã
effet Doppler)
ADSL
? Asymmetric Digital
Subscriber Line (technique de
communication numérique
utilisée pour les accès internet)
EPI
? Équipement de protection
individuel
GPRS
? General Packet Radio Service
(norme pour la téléphonie
mobile dérivée du GSM et
permettant un débit plus élevé)
GPS
? Global Positioning System (Géo-
positionnement par Satellite)
GSM
? Global System for Mobile
Communications (norme pour
la téléphonie mobile)
GUM
? Guide pour l?expression de
l?incertitude de mesure
H_ADCP
? horizontal acoustic Doppler
current profiler (profileur
acoustique à effet Doppler
positionné horizontalement)
LSPIV
? Large-Scale Particle Image
Velocimetry (vélocimétrie
et débitmétrie par analyse
de séquences d?images)
MES
? Matières en suspension
NGF
? Nivellement général de la
France (réseau de repère altimé-
trique sur le territoire de la France)
RTC
? Réseau téléphonique commuté
V_ADCP
? Vertical acoustic Doppler
current profiler (profileur
acoustique à effet Doppler
positionné verticalement)
VCNx
? Débit moyen calculé sur
x jours consécutifs
?
g
lo
ss
air
e
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer04
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
1. Comprendre les enjeux
et identifier les défis 06
1.1. Construction des réseaux de mesure 06
1.2. Évolutions techniques 08
1.3. Enjeux d?aujourd?hui et de demain 09
1.4. Défis à relever 09
1.5. Une communauté des hydromètres active 10
2. Bases théoriques de l?hydrométrie 11
2.1. Régimes d?écoulement 11
2.2. Contrôles hydrauliques 12
2.3. Sensibilité du contrôle hydraulique 15
2.4. Références 15
3. Choix et instrumentation
du site de mesure 16
3.1. Comment choisir et instrumenter un site de mesure ? 16
3.2. Les différents types de stations hydrométriques 20
3.3. Vie de la station 23
3.4. Références 25
4. Jaugeage 26
4.1. Principales méthodes 26
4.2. Opérations préalables à la mesure 26
4.3. Jaugeages par exploration du champ de vitesses 27
4.4. Exploration quasi complète du champ
de vitesses ? Perche et saumon 28
4.5. Exploration quasi complète du champ
de vitesses - profileur acoustique de vitesse (ADCP) 34
4.6. Exploration partielle du champ des vitesses 36
4.7. Dilution d?un traceur 39
4.8. Incertitudes associées aux jaugeages 41
4.9. Récapitulatif des différentes techniques
de jaugeage 43
4.10. L?essentiel 43
4.11. Références 45
5. Courbe de tarage 47
5.1. Acquisition des données physiques 47
5.2. Construction de la courbe de tarage 49
5.3. Gestion des courbes de tarage 52
5.4. Incertitudes des courbes de tarage 52
5.5. L?essentiel 55
5.6. Références 55
6. Traitement des données 56
6.1. Traitement des données de hauteur
et pré-validation des débits 56
6.2. Validation des données 57
6.3. Reconstitution des données manquantes 62
6.4. Traitement des données anciennes 64
6.5. Mise à disposition des données 64
6.6. Incertitudes sur les données produites 65
6.7. Références 66
7. Reconstitution de données
hydrométriques post-crue 67
7.1. Intérêt et objectifs ? Domaine d?application 67
7.2. Choix du site étudié 67
7.3. Réalisation des levés dans les sections retenues 68
7.4. Interviews de témoins 68
7.5. Estimation de la vitesse des écoulements 68
7.6. Critique des résultats 69
7.7. Références 70
8. Prévention des risques
professionnels et formation
en hydrométrie 71
8.1. Enjeux et réglementation 71
8.2. Prévention et responsables de services 71
8.3. Prévention et hydromètres 71
8.4. Quelques situations délicates 74
8.5. Formation en hydrométrie 75
8.6. Références 75
9. Normes en hydrométrie 76
9.1. Qu?est-ce qu?une norme ? 76
9.2. Normalisation en hydrométrie 76
9.3. Fonctionnement de la normalisation 78
9.4. Références 78
Annexe 79
?
so
m
m
air
e
05
Comprendre les enjeux
et identifier les défis
L
es objectifs et enjeux de l?hydrométrie ont évolué
dans le temps sous la poussée démographique et
l'accroissement des activités économiques. Les besoins
de connaissance des phénomènes hydrologiques ont
augmenté et ont suscité une démarche faite d'innovations
qui se poursuit depuis le XIXe siècle, et s?accélère depuis
le début des années 2000 (cf. figure 1.1). Ainsi, les
effets conjugués des évolutions sociétales et des progrès
scientifiques et techniques ont conduit à développer les
réseaux d'observation en améliorant la qualité des mesures.
1.1. Construction des réseaux de mesure
L'hydrométrie moderne en Europe occidentale et en
France en particulier, s'est développée au milieu du XIXe
siècle sous l'effet de trois facteurs. Le premier tient aux
grandes avancées des sciences physiques aux XVIIe et
XVIIIe siècles lorsqu'en posant les bases de la mécanique,
les savants de cette époque ont permis de comprendre
les processus des écoulements. Le second est lié à la
mise au point d'instruments de mesure dans le domaine
de la topographie et à l'invention à la fin du XVIIIe siècle
de deux instruments capables de mesurer la vitesse des
écoulements : le tube de Pitot et le moulinet de Woltmann.
Le troisième facteur est à rechercher du côté des grandes
crues dévastatrices qui ont incité les pouvoirs publics Ã
engager des mesures de protection sur les bassins de la
Seine, de la Loire, de la Garonne, du Rhône, de l'Isère et de
la Durance, pour ne citer que les plus marquantes.
C'est le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées qui
prit les choses en main et amorça le développement
d'un réseau de stations d'observation des débits. Le
premier fut celui de la Seine, mis en place en 1854 sous
la responsabilité de l'ingénieur en chef Belgrand, même si
les premières mesures étaient très antérieures. Si l'objectif
des premiers réseaux était bien de collecter des données
pour comprendre les phénomènes de crue afin de s'en
protéger, dès la fin du XIXe siècle apparut un autre besoin
de quantification des débits pour évaluer la rentabilité
financière d?exploitation de la force hydraulique, nommée
« Houille Blanche ». C'est sous l'égide des « Grandes Forces
Hydrauliques », un service du Ministère de l'Agriculture et
des Travaux Publics, que ces réseaux se développèrent Ã
?
ch
ap
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e
1
Antiquité: Egypte Antiquité: Romains Début XIXe Fin XIXe ? mi XXe Mi à fin XXe XXIe
Besoins
Sciences et
techniques
Dimensionner et exploiter
les installations hydro-électriques.
Automatisation de la mesure
de hauteur, télétransmission.
Développement des mesures
de vitesses par hydro-accoustique.
Réseaux
de mesure
Développement de l?utilisation de la force
hydraulique.
Création Société Hydrotechnique de France.
Observations manuelles puis limnigraphes.
Réforme de l?hydrométrie unifiant les réseaux
d?État. Création du Schapi et des SPC. Partenariat
avec les réseaux non État. Émergence d?une
communauté de praticiens et de chercheurs.
Modélisation numérique exploration scientifique
des procédés de mesure, des incertitudes.
Techniques de mesures plus rapides et
automatiques (velocimétrie radars et vidéo).
Extension des réseaux sous l?égide
des «Grandes Forces Hydrauliques», service
du Ministère de l?Agriculture et des Travaux
Publics.
Annoncer les crues.
Exploiter la ressource en eau:
hydroélectricité et agriculture.
Développement de la mécanique
et de l?hydraulique.
Généralisation de l'emploi
du moulinet de Woltmann.
1832: station du Pont de Mirabeau
sur la Durance.
1854: réseaux sur la Seine, la Loire.
Prévoir les crues. Gérer la ressource en eau.
Connaître et réduire les impacts de l?homme
sur l?environnement et les cours d?eau.
Développement de réseaux dédiés
aux besoins (SHC et SRAE), mise
à disposition des données via une
base de données nationale.
Prévoir la production agricole
liée aux crues du Nil.
Connaître et se protéger des crues
sur les grands cours d?eau.
Construire les aqueducs
d?alimentation des villes.
«Nilomètres»
Le long du Nil
Premiers calculs de débit
FIGURE 1.1 : ÉVOLUTION DES RÉSEAUX DE MESURE
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer06
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
partir de 1903 et jusqu?en 1920 avec la publication des chroniques de
débit sous la forme d'annuaires. La SHF prit le relais de leur publication
entre 1939 et 1958. À la fin de la deuxième guerre mondiale, l?État
confia aux Circonscriptions Électriques la mission de développer et
d'entretenir des réseaux pour développer les sources d?énergie. EDF,
en tant qu'établissement public, prit part à ce travail, principalement sur
les têtes de bassins de montagne. Au début des années soixante, l?État
créa deux structures en charge de gérer les réseaux d'observation :
? les services hydrologiques centralisateurs (SHC) qui dépendaient du
Ministère de l?Équipement, pour la gestion des crues sur les rivières
domaniales (appartenant à l?État) ;
? les services régionaux de l?aménagement des eaux (SRAE) sous la
tutelle du Ministère de l'Agriculture, pour la gestion de l?irrigation sur
les rivières non domaniales.
En 1977 furent créés les services d?annonce de crues (SAC) rattachés
aux SHC pour améliorer la gestion des crises. En 1992, SHC et SRAE
intégrèrent les DIREN, remplacées en 2010 par les DREAL. En 2003,
les SAC sont devenus des SPC, animés par le Schapi, pour traduire
l?évolution fondamentale de leur mission : prévoir et anticiper les crues
grâce à l?exploitation de la prévision météorologique et la mise en place
de modèles hydrologiques (cf. figure 1.2).
La réforme de l?organisation de l?hydrométrie de 20062 a permis de
mettre en place une hydrométrie « unifiée » et modernisée au sein
des services de l?État avec une réorganisation et une harmonisation
des différents réseaux (hydrométrie générale, annonce des crues).
Depuis, sur un territoire donné, un seul service de l?État3 produit toutes
les données hydrométriques répondant aux divers besoins liés à la
mise en oeuvre des missions de l?État. L?ensemble des observations
hydrométriques produites par l?État sont centralisées dans la Banque
Hydro, c?est la banque nationale de données hydrométriques et
hydrologiques. Les données sont mises à disposition gratuitement
sur internet (www.hydro.eaufrance.fr). Le versement des données
produites par les autres gestionnaires4 relève d'une démarche
volontaire. En 2016 en France, le nombre de points de mesure gérés
par les acteurs historiques (État, EDF, CNR, gestionnaires de la ressource
en eau) est estimé entre 3 500 et 4 000 avec un effectif d'environ
500 personnes.
2. Circulaire du 13 avril 2006 relative à l?organisation de l?hydrométrie dans les DIREN
et les SPC. DEVO0650321C
3. Les Unités d?Hydrométrie en DREAL
4. C?est-à -dire les maîtres d?ouvrages de réseaux hydrométriques qui ne sont pas sous
la responsabilité de l?État
Antiquité: Egypte Antiquité: Romains Début XIXe Fin XIXe ? mi XXe Mi à fin XXe XXIe
Besoins
Sciences et
techniques
Dimensionner et exploiter
les installations hydro-électriques.
Automatisation de la mesure
de hauteur, télétransmission.
Développement des mesures
de vitesses par hydro-accoustique.
Réseaux
de mesure
Développement de l?utilisation de la force
hydraulique.
Création Société Hydrotechnique de France.
Observations manuelles puis limnigraphes.
Réforme de l?hydrométrie unifiant les réseaux
d?État. Création du Schapi et des SPC. Partenariat
avec les réseaux non État. Émergence d?une
communauté de praticiens et de chercheurs.
Modélisation numérique exploration scientifique
des procédés de mesure, des incertitudes.
Techniques de mesures plus rapides et
automatiques (velocimétrie radars et vidéo).
Extension des réseaux sous l?égide
des «Grandes Forces Hydrauliques», service
du Ministère de l?Agriculture et des Travaux
Publics.
Annoncer les crues.
Exploiter la ressource en eau:
hydroélectricité et agriculture.
Développement de la mécanique
et de l?hydraulique.
Généralisation de l'emploi
du moulinet de Woltmann.
1832: station du Pont de Mirabeau
sur la Durance.
1854: réseaux sur la Seine, la Loire.
Prévoir les crues. Gérer la ressource en eau.
Connaître et réduire les impacts de l?homme
sur l?environnement et les cours d?eau.
Développement de réseaux dédiés
aux besoins (SHC et SRAE), mise
à disposition des données via une
base de données nationale.
Prévoir la production agricole
liée aux crues du Nil.
Connaître et se protéger des crues
sur les grands cours d?eau.
Construire les aqueducs
d?alimentation des villes.
«Nilomètres»
Le long du Nil
Premiers calculs de débit
07
Chapitre 1 ? Comprendre les enjeux et identifier les défis
1.2. Évolutions techniques
L'évolution technique de l?hydrométrie moderne peut être découpée
en quatre époques. L?époque pionnière, qui couvre globalement
le XIXe siècle, avec une instrumentation encore balbutiante et des
observations manuelles/visuelles des hauteurs d?eau (repères, échelles).
L?époque qui s?étend sur la quasi-totalité du XXe siècle, de la mise en
place d?observations en continu avec la généralisation progressive
des limnigraphes associés à des échelles et le perfectionnement
des techniques de jaugeages. À partir de 1980, apparaît l?époque
de l?automatisation de l?acquisition des données, la généralisation
des transmissions en temps réel des observations et l?émergence
de techniques hydro-acoustiques issues de l?océanographie pour la
réalisation des jaugeages. Depuis les années 2000, s?est ouverte une
quatrième époque plus axée sur la gestion des points de mesure et
les stratégies à mettre en place pour l?établissement des courbes
de tarage ou les procédés de validation et de critique des données
issus des apports méthodologiques des modélisateurs. L?évolution
du contexte sociétal avec d?une part, la prise en compte des enjeux
environnementaux traduite en matière d?exigence par la DCE en 2000
et ses déclinaisons opérationnelles dans les SDAGE et d?autre part, la
répétition d?épisodes de crues intenses avec de graves conséquences
humaines et économiques, a probablement favorisé la prise de
conscience de la nécessité de disposer de données de meilleure qualité
pour aider aux prises de décisions dans les situations de crise (crue ou
étiage). Cela s?est traduit par la promotion de sujets de développement
propres à l?hydrométrie dans les laboratoires de recherche, en particulier
les techniques de mesure sans contact (vélocimétrie vidéo, radar) et
l'analyse des incertitudes. Depuis 2005, une communauté de praticiens
s?est également organisée spontanément : le « Groupe Doppler
Hydrométrie ». Cette structure informelle fédère néanmoins largement
la communauté francophone et génère des forums techniques sur
internet très instructifs. L'ensemble de ce contexte devrait permettre de
faire progresser rapidement la manière de gérer les réseaux de mesure.
LES ACTEURS DU RÉSEAU
(Ã la date du 01/01/2017)
Le Schapi assure la mission
opérationnelle de validation,
de production et de diffusion
de la vigilance crues
(www.vigicrues.gouv.fr).
Le Schapi exerce une mission
de pilotage, d'organisation,
d'animation, de conseil
et de formation auprès
du réseau Vigicrues.
Les 19 services de prévision
des crues (SPC) :
rattachés majoritairement aux DREAL
(directions régionales de l?environnement
de l?aménagement et du logement)
Les prévisionnistes surveillent les cours
d?eau et réalisent des prévisions sur
le territoire couvert par le SPC
conformément à leur règlement
de surveillance, de prévision et
de transmission de l?information sur
les crues. Ils participent également
aux évolutions majeures en termes
de modélisation et d?amélioration des outils
de prévision.
Les hydromètres installent les stations
de mesure en rivière, assurent leur
maintenance et collectent les données
brutes qui sont transmises pour la plupart
en temps réel. Ils réalisent également
des jaugeages pour mesurer le débit
correspondant à un niveau donné (courbe
de tarage). Après un travail de critique
et d?analyse, ils alimentent en données
validées la banque HYDRO.
Le Schapi a aussi pour
mission d?assurer l?administration
et l?évolution de la base nationale
de données hydrométriques,
la Banque HYDRO.
Les 25 unités
d?hydrométries (UH) :
rattachées aux DREAL
(20 en métropole
et 5 outre-mer)
Schapi
(service central d?hydrométéorologie et d?appui à la prévision des inondations) :
service à compétence nationale du Ministère de l?Environnement
FIGURE 1.2 : ORGANISATION DES SERVICES DE L?ÉTAT (À LA DATE DU 01/01/2017)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer08
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
http://www.vigicrues.gouv.fr
1.3. Enjeux d?aujourd?hui et de demain
Les efforts déployés par les pouvoirs publics dès le milieu du XIXe siècle,
puis par les promoteurs de la force hydraulique au début du XXe siècle
permettent à la France de disposer d?un réseau d?observations relativement
dense qui tente de répondre aux enjeux suivants : sûreté des ouvrages
hydrauliques ou industriels, sécurité des personnes et des biens, qualité
environnementale des rivières et partage de la ressource en eau. Loin de
régresser, l'importance de ces enjeux ne fait qu'augmenter.
Les enjeux concernant la sûreté et la sécurité publique ont évolué
avec la démographie. L'exode rural et l'augmentation de la population
ont conduit les collectivités locales urbaines à augmenter les surfaces
construites. Certaines zones agricoles se sont ainsi urbanisées. C'est
souvent au bord des rivières et parfois sur des terrains inondables que
ces extensions se sont faites. Autrefois cantonnée au linéaire aval des
grandes rivières et des fleuves, la surveillance et l?anticipation des
crues doit désormais s'exercer sur l'ensemble du territoire.
La prise de conscience de l'importance des enjeux environnementaux,
en particulier sur le réseau hydrographique, constitue une évolution
sociétale majeure de la fin du XXe siècle. La préservation des milieux
aquatiques est devenue une priorité avec la mise en place d'une
réglementation plus contraignante pour tout ce qui concerne les prises
et rejets d'eau dans les rivières. Les mesures de données de débit
associées aux mesures physico-chimiques, de transport sédimentaire
ou de biologie, permettent le contrôle de la qualité environnementale
des cours d?eau. Les liens entre mesures de la qualité et de la quantité
des eaux sont devenus très forts et il apparaît de plus en plus évident
que la connaissance des flux devient un des enjeux majeurs. Aussi, les
travaux des écologues, des hydromorphologues et des hydromètres
doivent-ils être coordonnés.
Le partage de la ressource en eau constitue un autre enjeu, capital
pour les grands équilibres des territoires. Outre l'eau potable qui reste
prioritaire sur tous les autres usages, l'irrigation des terres agricoles,
les activités industrielles et les activités touristiques représentent des
moteurs économiques capitaux pour toutes les régions de France.
Lorsque des pénuries surviennent, la quantification des ressources
disponibles prend encore plus d'importance pour les prises de décision
des responsables publics.
À ces enjeux s?ajoutent la compréhension et le suivi de l?impact du
changement climatique sur le régime et les valeurs extrêmes de débit
des cours d'eau. Plus que jamais, ils nécessitent la constitution de séries
temporelles longues, continues et homogènes, dont les incertitudes sont
connues, afin de les insérer dans le puzzle des disciplines contribuant
à la connaissance globale de l?environnement et de ses changements.
1.4. Défis à relever
Les enjeux qui viennent d'être inventoriés impliquent une adaptation
des pratiques, des techniques et peut être, des organisations. Ces
évolutions constituent autant de défis à relever qui sont présentés sous
forme de questions dans les paragraphes ci-dessous et auxquelles la
Charte tente de répondre en partie tout au long du document.
1.4.1 Préservation des séries de données patrimoniales
Grâce aux séries chronologiques patiemment constituées depuis des
dizaines d?années, les hydrologues sont en mesure de proposer des
outils de modélisation de plus en plus performants pour la gestion
de la ressource en eau, la prévision des phénomènes de crues et les
études de pré-dimensionnement d?ouvrages. Toutefois, les besoins
en données de débit ne se sont jamais démentis et on déplore plus
souvent leur absence que leur abondance. La dimension patrimoniale
des données produites, la garantie de leur conservation dans le temps
et leur transmission aux générations futures constituent un premier
défi qui peut être formulé ainsi :
? Comment assurer l?archivage des données et en
homogénéiser la diffusion ?
1.4.2 Pérennité des réseaux de mesures et ouverture
à de nouveaux acteurs
L'évolution des enjeux sociétaux tels qu'ils ont été rappelés
précédemment augmente encore les besoins en données de débit.
Aussi, de nouveaux acteurs s'ouvrent aux métiers de l'hydrométrie :
collectivités locales, établissements publics territorial de bassin, syndicats
de rivières, etc., avec quelques questions sous-jacentes :
? Comment implanter des nouveaux points de mesure de
manière complémentaire à ceux déjà existants ?
? Comment assurer la qualité des données produites pour
qu?elles viennent enrichir le patrimoine existant de manière
cohérente avec les outils mis en place par les services de l?État ?
? Dans un contexte de restriction budgétaire, comment
argumenter l'intérêt de préserver, voire de développer les
réseaux hydrométriques et comment assurer la pérennité
de leur exploitation tant en termes de financement que de
compétences ?
1.4.3 Maîtrise des incertitudes
Lors des crises (sécheresses ou crues), les données hydrométriques
rentrent directement dans les processus de décision des gestionnaires pour
la gestion en temps réel mais également dans l'analyse a posteriori pour
le règlement des litiges. Dans tous les cas, la maîtrise (quantification et
réduction) et la communication des incertitudes sur les données produites
apparaît comme un défi important à relever. Plusieurs sujets de recherche
sont en cours en France sur ce thème et l?examen de la bibliographie
mondiale montre que de nombreux points restent encore à défricher.
? Comment quantifier et réduire les incertitudes associées aux
données anciennes et nouvelles ?
1.4.4 Valorisation et sécurisation du métier des hydromètres
Le métier des hydromètres est complexe et varié : gestion des stations
de mesure, jaugeages, élaboration des courbes de tarage, traitement
et stockage des données. Il nécessite de nombreuses connaissances
et comporte un certain nombre de risques qui doivent être limités au
maximum. Il est donc nécessaire d'adapter les sites de mesure de manière
à faciliter et à sécuriser toutes les opérations de maintenance et de mesure.
Sur le plan des techniques de mesure, des efforts ont été déployés pour
promouvoir des systèmes non intrusifs dans l?écoulement que ce soit
pour des observations permanentes, pour des mesures ponctuelles, ou
09
Chapitre 1 ? Comprendre les enjeux et identifier les défis
pour des estimations post-événement. La généralisation de ces dispositifs
constitue un gage de sécurité pour le personnel lors des épisodes de crue
et de fiabilité pour le matériel.
La capacité à relever tous ces défis dépend d'abord de la qualité de la
formation des agents en charge de la discipline. L'enrichissement des
cycles de formation continue doit être poursuivi. Le développement
d'outils performants de traitement des données et l'accès Ã
une documentation technique et scientifique sont également
indispensables.
? Comment maintenir voire développer les compétences des
intervenants tout en renforçant la culture de la sécurité ?
INTERCOMPARAISON DU GROUPE DOPPLER HYDROMÉTRIE, BARRAGE EDF DE CHAUVAN, NOVEMBRE 2016 (USGS)
1.5. Une communauté des hydromètres active
La communauté des hydromètres français rassemble les services
de l?État, les établissements publics, les organismes de recherche et
d'enseignement supérieur, les gestionnaires de la ressource en eau et
les entreprises de production d?énergie. Une animation technique et
scientifique est en place depuis quelques années avec la tenue régulière
de « Journées de l'hydrométrie » sous l'égide du Schapi, l'organisation de
colloques grâce à l'engagement de la SHF et des intercomparaisons de
débit sur un même site sous la houlette du Groupe Doppler Hydrométrie.
Enfin, la participation française à la normalisation internationale, avec la
relance de la commission X10C de l'AFNOR en 2014, devrait permettre
de renforcer la reconnaissance technique de la discipline.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer10
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Bases théoriques
de l?hydrométrie
L
a mesure en continu d?un débit (volumique) d'une rivière
est complexe. Toutes les techniques de mesure directe
du débit sont en effet difficiles à mettre en oeuvre et mal
adaptées aux conditions changeantes des écoulements.
Il faut donc avoir recours à des approches indirectes nécessitant
la mesure d?un ou plusieurs paramètres et la construction
d?une loi d?étalonnage, pour élaborer des chroniques de débit
(hydrogrammes).
Les particularités des conditions d'écoulement à surface libre
et les lois de l?hydraulique qui s'y rattachent sont utilisées pour
mesurer le débit en continu en un point donné. Les sites où
sont implantés les matériels de mesure et de transmission
des informations sont appelés « stations hydrométriques »
(cf. chapitre 3). La technique la plus répandue consiste Ã
enregistrer la hauteur (h) du cours d'eau en un endroit où elle est
reliée au débit de manière univoque. La chronique de hauteur
est nommée limnigramme. Une loi de transformation hauteur-
débit ou « courbe de tarage » (cf. chapitre 5) est alors établie Ã
partir de mesures ponctuelles de débit appelées couramment
« jaugeages » (cf. chapitre 4). Ceux-ci sont effectués pour les
différentes gammes de débit observées sur le cours d'eau.
Dans l?immense majorité des cas, ils sont réalisés selon la
méthode de l?exploration du champ des vitesses (mesures
réparties dans une section droite), avec des matériels tels que :
moulinet d?hydrométrie, vélocimètre électromagnétique,
profileur à effet Doppler, flotteurs, analyse d'images, radars.
La méthode par dilution d'un traceur constitue une
alternative intéressante voire indispensable, notamment
dans les conditions d?écoulement torrentiel. La méthode
volumétrique, la plus directe, reste limitée aux petits, voire
très petits débits.
2.1. Régimes d?écoulement
La relation hauteur-débit dépend des conditions
d?écoulement locales. Un bref rappel sur les régimes
d'écoulements permet de mieux comprendre les propriétés
de l?hydraulique utilisées en hydrométrie. Le lecteur curieux
et souhaitant approfondir le sujet peut se reporter aux
différents ouvrages cités dans la bibliographie.
Afin d?utiliser les propriétés hydrauliques adaptées, il est
1 2
3 4
5
6
Ressaut
Section critique entre
2 et 3 et 5 et 6
FIGURE 2.1 : RÉGIMES D?ÉCOULEMENTS D?APRÈS DEGOUTTE 2006
1 : Régime uniforme fluvial ? Station à contrôle par le tronçon
2 : Régime graduellement décéléré ? Station à contrôle par la
section en bénéficiant du seuil
3 : Régime rapidement accéléré ? Non adapté à l'implantation
d'une station
4 : Régime uniforme fluvial ? Station à contrôle par le tronçon
5 : Régime rapidement accéléré ? Station à contrôle
par la section en bénéficiant du changement de pente
6 : Régime torrentiel ? Non adapté à l'implantation
d'une station?
ch
ap
itr
e
2
5. La formule avec h (hauteur de l'écoulement) n'est valable que pour une section rectangulaire. Sinon, il faut utiliser S/L (hauteur - ou profondeur - moyenne
de l'écoulement)
11
Chapitre 2 ? Bases théoriques de l'hydrométrie
nécessaire de connaître ou reconnaître le régime d?écoulement, fluvial
ou torrentiel, du cours d?eau au point de mesure à partir du nombre
de Froude5 qui exprime le rapport entre la vitesse du courant et la
vitesse des ondes gravitationnelles (célérité). Le nombre de Froude est
adimensionnel.
V : vitesse de l?eau [m/s]
g : accélération de la pesanteur [m/s2]
h : hauteur de l?écoulement [m]
En régime fluvial (Fr <1), l?écoulement est lent et influencé par l'amont
(les volumes d'eau qui arrivent) et par l?aval. En régime torrentiel
(Fr>1), l?écoulement où la gravité domine est rapide et uniquement
influencé par l?amont.
La figure 2.1 proposée par Degoutte (2006), permet de relier les
différents régimes hydrauliques rencontrés dans un cours d?eau aux
types de contrôle qui sont exposés plus loin et d'indiquer la capacité
de chacun d'eux à constituer un contrôle hydraulique.
Ne pas confondre régime fluvial (sub-critique) ou torrentiel
(super-critique) avec régime laminaire ou turbulent.
Un écoulement laminaire est caractérisé par le déplacement
en parallèle des filets d'eau qui le composent sans que ceux-ci
ne se mélangent jamais, à l'inverse de l'écoulement turbulent.
Le calcul du nombre de Reynolds permet de déterminer le caractère
laminaire ou turbulent. Les conditions d'écoulement
dans un cours d'eau ne sont jamais laminaires, il subsiste
toujours une certaine turbulence.
!POINT D?ATTENTION
2.2. Contrôles hydrauliques
La plupart des stations hydrométriques exploitées en France sont implantées
sur des sites où la relation hauteur-débit est réputée univoque du fait de
la présence d'un contrôle hydraulique dans l'écoulement. Ce dernier peut
être formé par une singularité naturelle du profil d?écoulement : rupture
brutale de la pente de la ligne de fond, enrochements formant obstacle,
resserrements naturels, ouvrages d?art, etc. On parle alors de section de
contrôle où l'écoulement passe en régime critique et la relation entre
hauteur et débit s?exprime analytiquement de la manière suivante :
h : hauteur mesurée à partir de l?origine de l?échelle qui correspond
en principe à h0 [m]
h
0
: hauteur de la crête de l'ouvrage par rapport à l'origine
de l'échelle, correspondant au débit nul
V : vitesse d?approche de l?écoulement en amont du contrôle [m/s]
g : accélération de la pesanteur [m/s²]
k et n sont des paramètres qui dépendent de la géométrie
de la section et des conditions amont.
Dans les cas les plus favorables, des ouvrages spécifiques de contrôle ont été
construits : seuils profilés ou lames minces, venturis (cas 2 de la Figure 2.1 et
Figures 2.2 et 2.3). Ces dispositifs lorsqu?ils sont exécutés avec soin et dans les
règles de l?art peuvent parfois être considérés comme des dispositifs de mesure
du débit en continu. Mais en pratique, les caractéristiques de l'écoulement
évoluent dans la partie amont sous l'effet des crues et du charriage résultant,
excluant l'application des formules théoriques de la littérature.
Régime
torrentielh0
Vitesses modérées
0,10 Ã 1 m/s
Seuil ou mieux
retrécissement
Brise
charge
Brise
charge
h
FIGURE 2.2 : SECTION DE CONTRÔLE D?APRÈS AUDINET 1995
Q = k (h - h
0
+ ) n
V 2
2g
Équation 2.2 :
Équation 2.1 :
Fr = V
?gh
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer12
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
FIGURE 2.3 : SEUIL AVEC PASSE BAS DÉBIT DU GAGE À RANC DE PIOUCHE, AFFLUENT DE LA LOIRE, 18 KM2, (EDF-DTG)
SEUIL À ARUE, L?ESTAMPON, LANDES (DREAL NOUVELLE AQUITAINE)
g : accélération de la pesanteur [m/s²]
l : largeur du seuil [m]
h : hauteur mesurée à partir de l'origine de l?échelle qui correspond
en principe à h
0
[m]
h
0
: hauteur de la crête de l'ouvrage par rapport à l'origine
de l'échelle, correspondant au débit nul
m : coefficient d?écoulement (0,3 < m <0,6) qui dépend
de la forme du seuil
L?équation 2.3 est l?expression la plus générale d?une loi de seuil
rectangulaire.
En l'absence de contrôle ou de rupture dans la ligne d'eau, l'écoulement d'un
cours d'eau est régi par les caractéristiques géométriques et morphologiques
du chenal telles que la pente de la ligne de fond, la rugosité du lit, la largeur et
la profondeur (cas 4 de la Figure 2.1 et Figure 2.4). On parle alors d?écoulement
contrôlé par le tronçon. Même si en théorie elle n'est applicable que pour
des conditions bien particulières (régime permanent uniforme), la formule
empirique de Manning Strickler reste une bonne approche pour modéliser
les écoulements contrôlés par le tronçon :
S : surface mouillée [m²]
R : rayon hydraulique de la section mouillée, R = S/P où P est le
périmètre mouillé [m], R dépend de la hauteur d'eau
K : coefficient de Strickler qui traduit la rugosité du chenal
d?écoulement (15< K <80) [m1/3/s]
i : pente du chenal d?écoulement exprimée en rapport de la
hauteur perdue par le cours d'eau en fonction de la distance
parcourue par celui-ci. Par exemple : 0,001 correspond à une
pente de 1 millimètre perdu par mètre [sans dimension].
Équation 2.3 :
Équation 2.4 :
Q = ml ?2g( h - h
0
) 1,5
Q = R2/3 S K ?i
13
Chapitre 2 ? Bases théoriques de l'hydrométrie
Pour généraliser la formulation d'un contrôle hydraulique et faciliter
l'établissement des courbes de tarage, il est commode d'utiliser la
relation suivante :
h : hauteur mesurée en [m]
h
0
: hauteur correspondant au débit nul
a et b : sont des paramètres qui dépendent du type de contrôle et
des conditions d'écoulement
L'équation 2.5 s'applique à tous les types de contrôles hydrauliques,
sections ou tronçons avec deux réserves toutefois :
? dans le cas des contrôles par la section, les vitesses d'approche
doivent être les plus faibles possibles pour que V2/2g soit très faible
devant (h-h
0
) (cf. équation 2.2) ;
? dans le cas des contrôles par le tronçon, il faut que le rapport entre
la largeur du chenal d'écoulement et la profondeur soit élevé pour que
R (rayon hydraulique) puisse être assimilé à (h-h
0
) (cf. équation 2.4).
En pratique, il est rare qu'un contrôle hydraulique ait les mêmes
caractéristiques pour toutes les gammes de débit. En effet, les
conditions d'écoulement peuvent évoluer : aménagement de passes
bas débits sur les seuils profilés, ennoiement d'un seuil par l'aval,
passage de lit mineur au lit majeur avec augmentation de la largeur
FIGURE 2.4 : STATION CONTRÔLÉE PAR LE TRONÇON : LA LOIRE À MONTJEAN, 109 930 KM2 (DREAL PAYS DE LA LOIRE)
et modification des éléments constituant la rugosité (cf. Figure 2.5).
Une forme analytique complète est proposée par Le Coz et al. (2014).
Elle est très complexe et peut être simplifiée selon l?équation 2.6.
n : nombre de types de contrôle
i : contrôle hydraulique applicable entre deux hauteurs Ã
l'échelle. Pour une hauteur donnée, les paramètres d'un seul
contrôle hydraulique sont appliqués
Finalement, les jaugeages permettent de caler les paramètres a
i
,
h
0i
et b
i
.
Ces éléments permettent de comprendre pourquoi les stations de
mesure limnimétrique sont souvent placées en amont de sections
singulières pérennes : seuils fixes, ponts, radier naturel fixe, etc. Les
marées, les confluences et la présence d'obstacles mobiles tels que les
ouvrages hydroélectriques ou de navigation influencent les conditions
d'écoulement et l'univocité de la relation hauteur-débit n?est plus
respectée. Dans ce cas, la mesure de paramètres complémentaires
(vitesse ou pente de l?écoulement) pour estimer le débit de manière
continue est nécessaire. Des dispositifs fixes de mesure des vitesses en
Q = a (h - h
0
) b
Q = ? a
i
(h - h
0 i
) bi
n
i = 1
Équation 2.5 :
Équation 2.6 :
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer14
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
100 L/s
1 m3/s
10 m3/s
100 m3/s
FIGURE 2.5 : ILLUSTRATION SIMPLIFIÉE DES CONTRÔLES HYDRAULIQUES POUR UNE STATION HYDROMÉTRIQUE TYPIQUE. A DROITE, PROFIL EN
LONG DU FOND ET DES LIGNES D'EAU POUR DIFFÉRENTES VALEURS DE DÉBIT ; À GAUCHE, LES NIVEAUX D'EAU SONT REPORTÉS SUR LE PROFIL
EN TRAVERS DE LA SECTION DE LA STATION. (LE COZ ET AL., 2014)
continu peuvent être utilisés : stations « à cordes ultrasonores », Doppler
verticaux ou horizontaux. Les propriétés hydrauliques de répartition des
vitesses dans une section de cours d?eau sont utilisées afin d?extrapoler les
vitesses mesurées en un petit nombre de points de la section. Les jaugeages
ponctuels sont nécessaires afin de caler les paramètres d?extrapolation. Les
ouvrages hydroélectriques eux-mêmes peuvent également être mis à profit
car les éléments qui les composent tels que les groupes turbo-alternateurs
et les organes de décharge disposent en général d'abaques qui permettent
de déterminer le débit en fonction de paramètres qui sont mesurables.
2.3. Sensibilité du contrôle hydraulique
La sensibilité des contrôles hydrauliques peut être définie par
l'accroissement relatif du débit pour une variation de un centimètre de
hauteur d'eau. La sensibilité est donc une fonction décroissante continue.
Par exemple, un accroissement du débit de 20 à 21 m3/s pour une variation
de hauteur de 1 cm permet de conclure à une sensibilité du contrôle
hydraulique de 5 % pour un débit de 20 m3/s. Pour que la sensibilité soit
égale à 1 %, il faudrait que le débit n'augmente que de 0,2 m3/s.
Cet exemple démontre nettement l'intérêt d'implanter les stations
d'hydrométrie sur des sites où la sensibilité de la relation hauteur-débit est
favorable, c'est à dire où l'accroissement de débit est le plus faible possible
pour une élévation de 1 cm de hauteur d'eau. Cette recommandation
est particulièrement vraie pour les stations dédiées au suivi des étiages.
2.4. Références
? Audinet M., Hydrométrie appliquée aux cours d'eau. Édition Eyrolles, 1995.
? Belleudy P., Hydraulique des écoulements en rivière. Note de cours
ENSE3.
? CEREMA (ex CETMEF), Hydraulique des cours d'eau, 2001.
? CEREMA (ex CETMEF) : Notice sur les déversoirs : synthèse des lois
d?écoulement au droit des seuils et déversoirs, 2005.
? Degoutte G., Aide-mémoire d'hydraulique à surface libre.
HydroParisTech, 2006.
? Le Coz J. et al, Analyse Bayésienne des courbes de tarage et de leurs
incertitudes, Méthode BaRatin La Houille Blanche, n°6, 2013, p. 31-41.
? Perret C., Les moyens de contrôle et de mesure des débits ? les
capteurs et les méthodes. La Houille Blanche, n° 3, 2009, p. 97-107.
? Pierrefeu G., La qualification de différents systèmes de mesures de
débit en rivière par les jaugeages : une expérience à partager. La Houille
Blanche, n°3, 2014, p. 5-15.
? Réméniéras G., Annuaire hydrologique de la France, année 1949 :
L'Hydraulique des stations limnimétriques pour la mesure du débit des
cours d'eau. Société hydrotechnique de France, 1949.
? Roche PA., Miquel J., Gaume E., Hydrologie quantitative Processus,
modèles et aide à la décision Édition Springer 2012 , désormais diffusé
par les éditions Lavoisier.
15
Chapitre 2 ? Bases théoriques de l'hydrométrie
http://chamilo1.grenet.fr/ujf/courses/PMEC4218/index.php?id_session=0
http://www.eau-mer-fleuves.cerema.fr/hydraulique-des-cours-d-eau-la-theorie-et-sa-mise-a534.html
http://www.eau-mer-fleuves.cerema.fr/notice-sur-les-deversoirs-synthese-des-lois-d-a527.html
https://tice.agroparistech.fr/coursenligne/courses/COURSDHYDRAULIQUEDYN/document/Texte%20de%20cours/degoutte1.pdf?cidReq=COURSDHYDRAULIQUEDYN
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01122602/document
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2009/03/lhb2009033.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2014/03/lhb2014022.pdf
http://www.shf-hydro.org/annuaires_hydrologiques-73.html
Choix et instrumentation
du site de mesure
P
our commencer, quelques définitions utiles concernant
la terminologie des sites de mesure en rivière :
? Station hydrométrique : emplacement sur lequel est
mesuré en continu la hauteur d?eau et éventuellement
une ou plusieurs vitesses d?écoulement pour calculer un débit.
D?autres mesures complémentaires peuvent être réalisées sur
le site : climatologie (pluie, température de l?air, humidité, vent,
etc.), température de l?eau, voire physico-chimie de l?eau.
? Station hydrométrique à relation hauteur-débit, appelée
usuellement station limnimétrique : emplacement sur lequel
la hauteur d?eau est mesurée en continu et éventuellement
d?autres grandeurs à l?exclusion de la vitesse d?écoulement. Le
débit est estimé en appliquant une courbe de tarage Q=f(h).
? Station hydrométrique à relation vitesse-débit, appelée
usuellement station débitmétrique : terminologie qui désigne
un site où sont mesurées en continu des vitesses d?écoulement
qui permettent d?estimer la vitesse moyenne (V) sur une
section à partir d'un coefficient C(h) calé à partir de jaugeages.
Le débit est estimé par Q = S(h)V (équation 3.1) où S(h) est la
section mouillée, fonction de la hauteur.
Dans tous les cas, la mesure de hauteur est indispensable.
Les notions de site, station et capteur sont également définies par
le SANDRE. Un « site hydrométrique » est un lieu géographique
(tronçon de cours d?eau) sur lequel les mesures de débit sont
réputées homogènes et comparables entre elles. Il a pour
finalité de déterminer un débit sur un tronçon de rivière. Il peut
être composé de plusieurs « stations hydrométriques » assez
proches mais avec un fonctionnement hydraulique différent. Une
« station hydrométrique » est constituée généralement d'une
échelle limnimétrique qui permet l'observation de la hauteur
d'eau et d?un ou plusieurs « capteurs » en lien avec l?échelle et
qui mesurent la hauteur d?eau ou des vitesses d?écoulement.
3.1. Comment choisir et instrumenter un site
de mesure ?
Une station hydrométrique doit satisfaire plusieurs enjeux liés
à la connaissance des débits (cf. § 1.3). L?hydromètre doit
déterminer un linéaire de rivière sur lequel il va rechercher les
emplacements de mesure adaptés aux différents objectifs
de la mesure, en privilégiant les stations « polyvalentes »
qui fournissent des données hydrologiques générales en
complément des besoins spécifiques liés aux crues ou à la
gestion des étiages.
Le site parfait n?existe pas. Le choix du site résulte toujours
d'un compromis entre les objectifs de la station, les
conditions hydrauliques de l'écoulement, la faisabilité
technique et des aspects tels que les conditions d?accès
au site, la facilité d?intervention en toutes circonstances
pour la maintenance et les jaugeages. Si les performances
des différents capteurs et les moyens de transmission
des données permettent de réduire les limites de la
faisabilité technique, les conditions d'accès au site sont
particulièrement importantes pour que les interventions
des agents se fassent en toute sécurité (cf. Figure 3.1). Il est
important d?investir suffisamment dès le départ pour avoir
de bonnes conditions de mesure et de confort/sécurité pour
les techniciens qui interviennent sur site.
3.1.1 Influence des conditions hydrauliques
dans le choix du site
Le choix de l?emplacement de mesure est très lié aux
conditions hydrauliques (cf. chapitre 2) :
? tronçon rectiligne : condition indispensable dès que les
vitesses d?écoulement dépassent 0,5 m/s ;
? lit stable (bathymétrie stationnaire dans le temps) :
permet d?espérer une courbe de tarage stable.
Pour la mesure de hauteur, il est important de choisir une
section avec une vitesse faible où la hauteur d?eau est stable.
Ces conditions se rencontrent souvent à l?amont d?un seuil
ou d?un ouvrage qui permet un changement de régime
hydraulique. Éviter impérativement les mesures dans les
zones de remous ou de batillage. La grandeur mesurée ne
doit pas varier en permanence. Les puits de tranquillisation
offrent de bonnes conditions à la mesure de hauteur, mais il
faut veiller à leur entretien régulier : enlever la vase qui peut
obstruer la communication puits-rivière afin d?assurer une
bonne connexion entre l?écoulement et le puits.
L?observation des contrôles hydrauliques aux différentes
gammes de débit en lien avec les objectifs de la station
Les aménagements hydroélectriques, bien que non répertoriés
comme des stations hydrométriques, permettent d?établir
des bilans qui peuvent être d'excellents intégrateurs des
volumes d'eau qui transitent par les différents organes. Le
débit entrant est constitué par la somme du débit turbiné par
les groupes de production, le débit stocké ou déstocké dans
la retenue et le débit déversé et/ou restitué par le barrage.
Historiquement établis au pas de temps journalier, les débits
« aménagements » peuvent désormais être calculés à des pas
de temps infra-horaires, du fait de la modernisation engagée
sur l?acquisition des données d?exploitation. Pour plus de
détails, se reporter à l'ouvrage de M. Audinet (1995).
!POINT D?ATTENTION
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Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer16
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Chapitre 3 ? Choix et instrumentation du site de mesure
est indispensable. Pour l?étiage, la priorité est donnée au contrôle aval
par un seuil stable, sans herbe et avec une bonne sensibilité en basses
eaux. Pour les crues, un chenal unique relativement étroit et qui ne subit
pas d?influence aval est recherché. L?utilisation d?un seuil artificiel pérenne
pour mesurer les bas débits peut ne pas être compatible avec la continuité
écologique sur certains cours d?eau.
L?évaluation de la sensibilité de la station aux différentes gammes de
débits (cf. § 2.3) est importante, en particulier pour les débits extrêmes.
Une sensibilité comprise entre 5 et 10 % par cm en étiage extrême peut
être considérée comme bonne. Pour les hautes eaux, éviter les lits majeurs
très larges, peu sensibles et très influencés par la végétation.
3.1.2 Composition d?une station hydrométrique
Echelle limnimétrique
Elle est graduée en cm et positionnée sur la même section et à proximité
des capteurs. C?est l?élément de base d?une station hydrométrique, elle
doit donc être opérationnelle en permanence et bien calée. Pour permettre
une lecture de la hauteur d?eau en toutes situations, ces échelles peuvent
être décomposées en plusieurs tronçons, généralement multiples de 1 m
(cf. Figure 3.1). Les matériaux utilisés doivent avoir un faible coefficient de
dilatation. Les échelles peuvent être posées sur des poteaux métalliques
dans le lit mineur et majeur ou bien fixées sur les supports existants tels
que des murs de soutènement ou des palplanches. Les piles de pont sont
à éviter car des remous se forment lorsque les vitesses augmentent. Les
échelles sur support dans le lit peuvent constituer des pièges à embâcles
et être de ce fait vulnérables à l?arrachement. Les échelles inclinées posées
sur des supports qui épousent la forme de la berge ne connaissent pas ce
type de problème mais l?angle d?inclinaison doit être maîtrisé. Les échelles
négatives, sources de nombreuses erreurs de lecture, sont à éviter. Le zéro
de l?échelle doit impérativement être raccordé au système de nivellement
de type NGF, avec un repère en dur à proximité pour vérifier ou recaler
facilement les échelles en cas de déplacement ou de disparition lors d?une
crue. Des échelles déportées permettent une lecture de hauteur en crue.
Un écart de plusieurs dizaines de cm entre la valeur affichée par le capteur
et la lecture échelle est possible en crue, il est dû aux courbes de remous
et aux pertes de charge. Il est important de vérifier la continuité des
éléments d'échelle, car c?est souvent une source d'incertitude importante.
FIGURE 3.1 : À GAUCHE : STATION HYDROMÉTRIQUE À RELATION HAUTEUR-DÉBIT EN SECTION COURANTE, LA MEUSE À STENAY, 3 904 KM²
(DREAL GRAND-EST, UH MEUSE MOSELLE). À DROITE : ÉCHELLE LIMNIMÉTRIQUE SUR L'YERRES À CROSNES (AQUI? BRIE).
À gauche : La potence sert de support à un radar hors d?eau en crue qui mesure aussi la hauteur d?eau en étiage. Un escalier d?accès maçonné dans
les enrochements permet un accès facile et sûr pour les jaugeages et le nettoyage des échelles. Des échelles déportées permettent une lecture en crues.
Le coffret de la station est hors d?eau, à environ 100 m (non visible sur la photo). La transmission est réalisée par câble enterré.
À droite : Échelle fixée à un support rigide très stable (mur maçonné), protégé des embâcles par sa position latérale au chenal d'écoulement et par
la végétation rivulaire à l'amont.
17
Capteurs pour la mesure en continu de hauteur
Différents capteurs peuvent être utilisés en fonction de la configuration
du site :
? Les sondes piezo-résistives mesurent la pression exercée par
la colonne d'eau à l'aide de jauges de contraintes qui captent la
déformation d'un capteur de forces. Ces sondes peuvent soit mesurer
la pression absolue (hauteur d'eau + pression atmosphérique), soit la
pression relative. Dans ce dernier cas, un capillaire permet de mettre
un côté du capteur de force à la pression atmosphérique.
? Les capteurs pneumatiques, appelés couramment bulle à bulle,
mesurent également la pression exercée par la colonne d'eau par
l'intermédiaire d'une ligne pneumatique. Le capteur de pression n'est
donc pas directement en contact avec l'eau et c'est un compresseur qui
permet d'équilibrer la pression hydrostatique avec un très petit débit
d'air. Ce dernier s'échappe lentement en laissant apparaître des bulles
à la surface, d'où le nom courant de ce type de capteur.
? Les capteurs ultrasons détectent quant à eux la surface de la rivière
en mesurant soit un tirant d'air s'ils sont positionnés au-dessus de
l'écoulement, soit le tirant d'eau s'ils sont immergés. Une correction
liée à la température du milieu (air ou eau) est nécessaire.
? Les radars mesurent le tirant d'air qui sépare le capteur de la surface
de l'eau, sans qu'une correction de température soit nécessaire.
? Les puits munis de flotteurs contre-poids sont les systèmes
historiques. Ils sont encore largement utilisés munis de codeur qui
permettent de numériser le déplacement du flotteur. La mesure du
niveau à l'intérieur d?un puits peut être effectuée avec n'importe lequel
des capteurs cités précédemment.
Le choix du capteur est lié à la configuration du site. Un capteur immergé
dans l?écoulement (puits - flotteur, bulle à bulle ou piézo-résistif) peut être
soumis à des efforts importants liés aux vitesses élevées, à des embâcles.
Son fonctionnement peut également être perturbé par l?envasement. A
l?inverse, les capteurs radar sont moins soumis aux agressions externes.
Le coût d?un radar peut être supérieur à celui des autres capteurs, mais
la maintenance est allégée et il y a peu de dérive de la mesure. Pour
les radars fixés sur des ponts ou des passerelles, prévoir une potence
avec un bras relevable pour un accès facile au capteur. Les systèmes de
mesure par ultrasons émergés avec une compensation en température
de l?air sont à éviter, car au soleil la température au niveau de la sonde
peut être différente de celle de l?air sur le trajet de l?onde. Pour le choix
des capteurs bulle à bulle, les dimensions de la ligne pneumatique
(diamètre et longueur du tube) doivent être adaptées aux performances
du compresseur. En pratique, on ne doit pas dépasser une centaine de
mètres. Un système pneumatique mal dimensionné peut ne pas répondre
correctement à des gradients de niveau importants.
La mesure du niveau est forcément entachée d'une incertitude (cf.
§ 6.6). Cette dernière dépend de la précision et de la dérive éventuelle
du capteur mais aussi des conditions d'utilisation et d'installation.
Quelle que soit la méthode de mesure adoptée pour le niveau, la
précision d'un capteur se définit par classe. La classe de précision est
définie relativement à la pleine échelle, ce qui revient à affecter au
capteur une incertitude absolue quelle que soit la valeur mesurée.
Ainsi, pour un capteur de classe 0,1 dont la gamme de mesure vaut
0 à 10 mètres, l'incertitude absolue vaut 1 cm et l'incertitude relative
ne dépend plus que de la valeur mesurée : 0,1 % si le capteur mesure
à un instant donné un niveau de 10 mètres mais 1 % si la mesure
vaut 1 mètre. Compte tenu des tests qui ont pu être effectués par les
utilisateurs et des retours d'expérience, l'incertitude absolue de la
mesure de niveau reste comprise entre 0,5 et 1 cm quel que soit le
type de capteur utilisé. La dérive des capteurs peut être approchée
par retour d'expérience des recalages effectués sur une période
significative.
Système d?acquisition
Il permet d?acquérir de la donnée brute, de la stocker voire de la pré-traiter. La
fréquence d?échantillonnage doit être adaptée à la variabilité de la grandeur
mesurée. Pour les rivières de plaine et de piémont, un pas de temps de 15
à 30 minutes est usuel. Sur des petits bassins versants très réactifs il peut
être utile d?enregistrer à un pas de temps plus court, rarement inférieur Ã
5 minutes cependant. Les dispositifs qui peuvent réaliser un prétraitement
du signal en estimant une moyenne et en éliminant des extrêmes jugés
non significatifs ou les valeurs redondantes sont à privilégier.
Transmission des données
Des chroniques de valeurs enregistrées localement et éventuellement pré-
traitées sont transmises à un concentrateur à un pas de temps déterminé
qui peut être variable en fonction des risques liés à la situation hydrologique.
La transmission peut être réalisée par ligne téléphonique RTC (en voie
d'abandon par les fournisseurs), par réseau GSM ou GPRS, par satellite ou
par radio pour les bassins versants rapides (sécurisation par rapport aux
défaillances du réseau téléphonique assez fréquentes lors des crues). La
transmission de données peut aussi se faire en temps réel pour les stations
utilisant des vecteurs « haut débit » et en connexion permanente telles
que l?ADSL par exemple. Le choix d?un concentrateur se fait en fonction de
sa robustesse, des moyens de communication utilisés, des protocoles des
centrales d?acquisition et de l?usage des mesures.
Alimentation en énergie de la station hydrométrique
Elle doit être envisagée de manière pragmatique (cf. Figure 3.2). Le réseau
électrique est utilisé quand il est disponible à proximité. En complément, une
batterie installée dans le coffret va assurer une sécurité de plusieurs jours en
cas de coupure de courant. D?autres solutions sont possibles, par choix ou par
nécessité. Les panneaux solaires sont une solution « autonome » qui tend
à se développer. Ce choix présente l?avantage de rendre l?installation moins
sensible aux perturbations électromagnétiques, mais a deux inconvénients
principaux : le risque de vol est important et les panneaux situés dans les
fonds de vallées brumeux en hiver ne suffisent pas toujours pour recharger la
batterie. Une autre alternative est l?utilisation de piles à combustible, mais le
méthanol qui constitue la source d'énergie nécessite des précautions d?emploi
avec un suivi des dépôts en déchetterie et un coût pour le retraitement des
bidons vides si l'enlèvement est réalisé par une société spécialisée.
Mesures complémentaires
Des mesures de précipitations peuvent être réalisées lorsque le réseau
mis à disposition par Météo-France n?est pas assez dense (sur les
têtes de bassin pour la prévision des crues par exemple) et si les
conditions de classification environnementale du site sont respectées
pour garantir une mesure de qualité. Les pluviomètres à pesée sont
recommandés (robustesse, maintenance réduite).
La mesure de température de l?air est utile pour les problématiques
de neige qui sont susceptibles d?avoir une incidence sur les crues, lors
de la fonte essentiellement. En complément du réseau de mesure
d'épaisseur de neige mis à disposition par les partenaires, sur les sites
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer18
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
régulièrement exposés, il est utile de mesurer ce paramètre pour modéliser
plus précisément l'équivalent en eau du manteau neigeux. En zone de plaine,
l'accès direct à l?équivalent en eau par pesages ponctuels est suffisant.
Il est aussi envisageable d'héberger des capteurs d'autres maîtres d'ouvrage
pour la mesure des paramètres physico-chimiques (température, oxygène
dissous, conductivité, pH) et parfois des turbidimètres pour l'estimation
des MES, sous réserve d'avoir suffisamment de place et en rédigeant une
convention de partenariat.
Coûts d?installation
Les conditions de site sont un facteur important qui peut multiplier
par 2 ou 3 le prix d?une station. La partie « matériel », avec des
échelles, un capteur, un système d?acquisition, du câble, une armoire
raccordée au réseau et équipée d?une batterie est estimée à 20 000
euros environ (valeur 2015). Une potence support de radar réalisée par
un artisan peut coûter plus de 1 500 euros. Un local technique et ses
aménagements extérieurs (clôture, chemin d?accès) peut coûter plus
de 15 000 euros. Les travaux pour les réseaux peuvent aussi être très
onéreux. La pose des rails pour supporter les échelles limnimétriques
peut coûter plus de 1000 euros.
3.1.3 Contraintes de site
La conception des ouvrages qui constituent une station hydrométrique
résulte d'un compromis entre les différentes contraintes du site dont la
plus importante est la qualité et la stabilité de la relation hauteur-débit
qui permet de construire la courbe de tarage (cf. chapitres 2, 4 et 5)
D'autres contraintes sont cependant à prendre en compte :
? L?implantation de l?armoire ou du local technique doit être compatible avec
un fonctionnement pendant les crues (cf. Figures 3.2 et 3.7) : les dispositifs
techniques doivent être hors d?eau par rapport à une crue centennale ou plus
et, sauf exception, l?accès à la station doit pouvoir se faire en toute sécurité
pendant ces périodes. Les ouvrages peuvent être éloignés de plusieurs
centaines de mètres des capteurs. L?accès avec un véhicule à proximité de la
station est indispensable pour la maintenance et les opérations de jaugeage.
Des escaliers, des échelles ou des rampes doivent sécuriser l?accès au lit
mineur. Il est préférable d?investir dès le début dans ces équipements qui
permettent de gagner du temps lors des interventions et favorisent la sécurité
des agents. Les gestionnaires des réseaux et de la voirie sont consultés en
amont pour connaître la faisabilité des options retenues.
? Les démarches administratives vont permettre de finaliser le projet de
station hydrométrique. Ces démarches concernent tous les propriétaires
de terrains et voies de circulation impactés par les différents composants
de la station (capteurs, échelles, bâtiment ou armoire électrique, câbles,
alimentation en énergie) : la commune, les gestionnaires de la route, du
pont ou des ouvrages (si armoire ou escaliers sur le domaine public routier
ou fluvial), les gestionnaires publics des réseaux. Certaines démarches
sont réglementaires6 et d?autres relèvent d?un accord entre les parties
(convention qui autorise à occuper un terrain). Il est nécessaire d?anticiper
de plusieurs mois par rapport au début des travaux (éviter la période
hivernale ou les hautes eaux).
Chapitre 3 ? Choix et instrumentation du site de mesure
FIGURE 3.2 : COFFRET D?UNE STATION HYDROMÉTRIQUE À RELATION HAUTEUR-DÉBIT À L?AMONT D?UN PONT, LA MOSELLE À FRESSE SUR
MOSELLE, 72 KM² (DREAL GRAND EST, UH MEUSE MOSELLE)
À gauche, la station télétransmise est autonome via un capteur solaire et une batterie. Située sur un pont, elle est hors d'eau en crue et toujours accessible.
À droite, l?intérieur d?une station connectée au réseau Enedis, avec la centrale d?acquisition (CPL), le modem, la batterie de secours et le ré-enclencheur qui permet
d?éviter un déplacement pour un simple problème de surtension ponctuel. La présence de ce dernier doit être obligatoirement signalée sur la porte de l'armoire.
6. Déclaration d'intention de commencement des travaux, permis de construire, déclaration de travaux, procédure anti endommagement, etc.
19
? Le choix du type de station hydrométrique à relation hauteur-débit
ou vitesse-débit est lié au site. La mesure limnimétrique est la règle et
la vélocimétrie reste l?exception, réservée uniquement aux sites qui la
justifient. Une station avec mesure de vitesse en continu est nécessaire
sur une rivière navigable où le niveau d?eau est régulé (hors crues) par un
barrage à l?aval et lorsqu?il y a une influence aval occasionnelle (confluence
par exemple) ou une absence de relation univoque entre hauteur et débit
(zones soumises à l?influence de la marée). La mesure vélocimétrique
est plus complexe, plus onéreuse et l?estimation du débit n?est pas plus
précise qu?avec une simple mesure limnimétrique sur un site adapté.
? L?emplacement de mesure pour une station à relation hauteur-
débit ou vitesse-débit obéit aux mêmes critères principaux de choix.
Le tronçon de mesure doit impérativement être rectiligne avec un
écoulement uniforme, des vitesses pas trop rapides pour une mesure
de hauteur d?eau stable, à l?amont d?un seuil ou sur un tronçon chenalisé
qui évolue peu. Les zones d?envasement chronique, la végétation
aquatique en excès, les secteurs avec des barrages estivants, les sites
avec plusieurs chenaux d?écoulement en crue et les secteurs où les
lits mineurs et majeurs ne sont pas parallèles sont à éviter.
3.2. Les différents types de stations hydrométriques
Les stations hydrométriques à relation hauteur-débit se distinguent de
celles à relation vitesse-débit. Au sein de ces deux familles, il existe
des différences importantes, liées aux emplacements des capteurs
limnimétriques et au type de capteur de mesure en continu de la vitesse.
3.2.1 Station hydrométrique à relation hauteur-débit
et emplacement de capteur unique
C?est le cas le plus fréquent pour les stations hydrométriques
« classiques » avec des enjeux modérés. Le site hydrométrique est
composé d?une seule station. Un seul capteur permet de calculer le
débit à toutes les gammes de hauteur. C?est le cas sur les rivières à lit
unique avec un contrôle par seuil et/ou chenal selon les gammes de
débit. Ces stations peuvent être « sécurisées » avec un second capteur
qui mesure la hauteur au même endroit que le premier. Avoir deux
capteurs présente plusieurs intérêts : valider des données hauteur-temps
avec plus de pertinence, continuer à avoir des données lorsqu?un capteur
est en panne et calculer des débits avec une courbe de tarage unique. Il
est recommandé d?utiliser deux capteurs de technologie différente afin
d?éviter les causes de dysfonctionnement communes. Il est important
de mesurer rigoureusement au même endroit avec les deux capteurs
puisque le débit est calculé avec une courbe de tarage unique, ce qui
n?est pas toujours évident avec des capteurs de technologies différentes.
Dans le cas de deux capteurs immergés, prévoir deux prises de pression
différentes pour une mesure totalement indépendante.
3.2.2 Double station hydrométrique à relation hauteur-débit sur
un même site
Cette démarche est souvent utilisée sur les stations anciennes où la
station « historique » présente des insuffisances pour l?étiage et/ou
les crues. C?est parfois le cas des stations installées sous les ponts :
en étiage, la hauteur n?est pas stable à cause d?un écoulement rapide
0
500
1000
1500
2000
2500
251 252 253 254 255 256
Cote amont en NGF
Niveau aval 250,60 NGF
Niveau aval 251 NGF
Niveau aval 251,50 NGF
Niveau aval 252 NGF
Jaugeages
FIGURE 3.3 : COURBES DE TARAGE D'UNE STATION À DEUX ÉCHELLES ? LE RHÔNE À VALENCE, 66450 KM2 (CNR)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer20
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
sur des cailloux et en crue le capteur est dans le remous du pont.
Dans ce cas, une nouvelle station, avec sa propre échelle et sa propre
courbe de tarage peut être installée à l?amont d?un seuil naturel et
hors de la zone de ressaut hydraulique en crue. La deuxième station
doit permettre d?améliorer la sensibilité de la relation hauteur-débit
dans la gamme où elle est insuffisante. Le plus souvent, la deuxième
station permet très rapidement d?obtenir des mesures justes et avec
une bonne sensibilité en basses eaux. Par contre, il est nécessaire
de conserver l?ancienne station pour la prévision des crues (seuils
réglementaires, jaugeages historiques) et connaître le décalage entre
les deux stations en fonction des hauteurs d?eau.
Sur un nouveau site, un emplacement de mesure unique et optimal est
à privilégier (cf. § 3.2.1). En dépit des précautions prises lors des études
préliminaires, il peut toutefois être nécessaire d?installer un capteur
déporté adapté à certaines gammes de mesure. Dans ce cas, même si les
capteurs sont proches et le système d?acquisition des données commun,
la configuration est alors celle d?un site hydrométrique avec deux stations
disposant chacune d?une échelle limnimétrique et d?une courbe de tarage.
Pour les sites avec plusieurs chenaux d?écoulement en crue, il est
possible d?installer une ou plusieurs stations sur les bras secondaires
si le contrôle hydraulique aval n?est pas le même pour chaque bras.
Dans tous les cas, il est nécessaire de faire fonctionner simultanément
les capteurs sur des emplacements différents. Les technologies de
mesure peuvent être différentes, mais il faut impérativement une
échelle et une courbe de tarage pour chaque station. Ce type de site
en matière de coût et de maintenance est presque égal à celui de
deux stations, même s?il n?y a qu?une seule centrale d?acquisition et
des campagnes de jaugeages communes.
3.2.3 Station hydrométrique à relation Q = f(h1,h2) avec deux
échelles distantes
Ces stations, peu utilisées, permettent de prendre en compte
l?influence aval tout en utilisant la limnimétrie pour calculer un débit.
Elles sont relativement complexes à gérer puisqu?elles nécessitent
une double mesure de hauteur et un faisceau de courbes de tarage.
Elles sont remplacées progressivement par des dispositifs de mesure
en continu des vitesses d?écoulement. Toutefois, ce type de station
reste une option possible dans des zones ou la limnimétrie simple
n?est pas utilisable.
Une station avec une courbe double Q=f(h1,h2) est installée sur le bief
concerné et utilise une deuxième station comme point aval. Pour construire
une courbe double, la pente de ligne d'eau entre les deux stations doit être
suffisante (1 cm pour 1 km) et le débit identique sur ce tronçon.
Exemples sur le Rhône :
? le site de Ternay utilise un point de mesure situé 13,5 km à l'aval
? le site de Valence utilise un point de mesure situé 3,5 km à l'aval
Une courbe double est constituée de plusieurs courbes simples
paramétrées en fonction de la cote aval. La principale difficulté est de
jauger toutes les configurations possibles pour construire le faisceau
de courbes (cf. Figure 3.3).
3.2.4 Station hydrométrique à relation vitesse-débit
La mesure du paramètre vitesse permet de résoudre la question de la
non univocité de la relation hauteur-débit. Il n'est cependant pas possible
d'être exhaustif dans l'exploration du champ des vitesses, comme cela
est fait lors d?un jaugeage. Dans la quasi-totalité des cas, il faut se
contenter d'une mesure partielle. Plusieurs techniques sont disponibles
et sont décrites ci-après.
Mesure de vitesse par ultrasons et temps de transit
La mesure de vitesse par ultrasons correspond à la mesure du temps de
parcours de l'onde dans l'eau. Connaissant l'angle de la corde de mesure
avec l'écoulement, il est possible de déterminer la vitesse du courant Ã
la profondeur de la corde. Pour améliorer la précision de la mesure, une
corde croisée est installée au même niveau pour mieux appréhender l'angle
d'écoulement. En fonction de l'importance des variations du plan d'eau,
il peut être intéressant d'installer plusieurs cordes sur différents niveaux
pour scruter le profil vertical des vitesses. Les vitesses minimales mesurées,
permettant d'obtenir des débits fiables, sont comprises entre 0,05 m/s pour
des sections inférieures à 10 m et 0,20 m/s pour des sections supérieures
à 400 m. Il est également important d'adapter la fréquence des émetteurs
en fonction de l'éloignement des capteurs et des taux de matières en
suspension (MES).
Chapitre 3 ? Choix et instrumentation du site de mesure
Station
Sens d?écoulement Emetteur récepteur
Ligne courte
FIGURE 3.4 : STATION US AVEC CROIX DE MESURE ET LIGNE COURTE
21
Sur la figure 3.4, une ligne courte est représentée, elle permet de prendre le
relais en cas de perte du signal sur la corde principale à cause d?une panne ou
d?un taux de MES trop important (> 5 g/l sur longue distance) et de qualifier
la mesure principale en cas de doute (très faible ou trop forte vitesse).
La solution de base suppose que les capteurs soient tous reliés par
FIGURE 3.5 : STATION HYDROMÉTRIQUE À RELATION VITESSE-DÉBIT ET MESURE PAR ULTRASONS ET TEMPS DE TRANSIT, LA MOSELLE À CORNY,
7 762 KM² (DREAL GRAND EST, UH MEUSE MOSELLE)
câble à la centrale d'acquisition. Le passage de câbles peut se faire via
un pont ou en sous-fluvial, d'où un coût d'installation non négligeable.
Une alternative est l'option « respondeur » qui permet de s'affranchir
de câble d'une rive à l'autre. Dans ce cas, il est nécessaire de disposer
d'une source d'énergie sur chaque rive.
La rivière est navigable. Une échelle déportée est présente en complément de celle posée sur le pieu. Certains détails ne sont pas visibles sur la photo : la
potence du radar de mesure vers l?amont, le boîtier électrique de connexion hors d?eau entre les câbles de transfert vers la station et les sondes, le chariot
pour remonter les sondes, l?échelle qui va permettre de travailler sur le pieu et la sonde piézo-résistive de secours.
Mesure de vitesse par ultrasons à effet Doppler (horizontal ou vertical)
La mesure de vitesse par ADCP (pour acoustic Doppler current profiler)
repose sur le principe du Doppler pulsé : émission d?impulsions
ultrasonores dans l?eau et analyse du décalage fréquentiel de l?écho
rétro-diffusé par les particules en suspension. Deux types d'ADCP
existent :
? H-ADCP pour capteur à visée horizontale, le plus courant en rivière ;
? V-ADCP pour capteur à visée verticale, réservé plutôt pour de petits
écoulements canalisés.
L'avantage de cette solution par rapport aux ultrasons est de n'utiliser
qu'un seul capteur pour obtenir une mesure, ce qui permet de réduire
les coûts de génie civil. En revanche, il existe des limitations à ces
systèmes :
? échos parasites du fond ;
? ratio maxi de 10 pour L/H (avec L : largeur de la rivière, H : hauteur
d?eau moyenne) ;
? configuration de la fréquence en fonction du taux de MES et de la
distance à explorer : forte fréquence pour des eaux peu chargées en
MES ou une distance faible, et inversement basse fréquence pour des
eaux fortement chargées en MES ou une distance plus élevée.
Une autre difficulté des ADCP est de ne pas toujours mesurer la totalité
des vitesses de la section. L'estimation de la vitesse globale se fait
donc à partir d?une vitesse partielle. En outre, le dispositif est peu
adapté aux très faibles vitesses pour des raisons liées à l?hydraulique
de l?écoulement, à de faibles hauteurs d'eau (réverbération de l?onde
en surface avec création de vitesses erronées) et à des taux de MES nuls.
Mesure de vitesse par radar de surface
Le radar de vitesse de surface mesure la vitesse par la technique Doppler
et des ondes radars (cf. Figure 3.6). Un second radar de niveau est souvent
associé à cette mesure pour déduire la surface de la section d'écoulement.
L'avantage de cette solution est de ne pas être intrusive, ce qui permet des
mesures en continu et des opérations de maintenance en crue.
Ce système n'est pas influencé par la luminosité, le brouillard ou la
pluie. En revanche, le vent influence fortement la mesure de vitesse
pour les faibles vitesses de surface. Par exemple, le radar RQ30, installé
par la CNR sur un pont de Lyon au-dessus du Rhône, présente des
anomalies pour des débits inférieurs à 800 m3/s (V < 1 m/s) avec
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer22
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Mesure sur une zone d'eau calme à l'amont d'un seuil (faibles vitesses, pas de vagues) adaptée uniquement aux crues.
un vent de sud modéré à fort. Au-delà de 1500 m3/s (V > 2 m/s),
l'influence du vent est négligeable. Il est donc préconisé d'installer
ces radars dans des secteurs à l'abri du vent, même si ce paramètre
est négligeable en crue.
Mesure de vitesse par imagerie (vidéo)
Cette solution économique et non intrusive, consiste à implanter un
capteur de mesure de niveau d'eau et une caméra pour la mesure des
vitesses de surface. Le niveau est déterminé par traitement d?images
ou directement à l'aide d'un capteur limnimétrique. Le débit est
ensuite calculé à partir des vitesses de surface et du niveau. Lorsque
les conditions (brouillard, nuit) ne permettent plus de calculer le débit
à partir des vitesses de surface, ce dernier est fourni à partir d?une
relation Q(h). La loi hauteur-débit est établie à partir de jaugeages
constitués des hauteurs et des vitesses issues de la base de données
archivant les niveaux et les images issus de la vidéo.
La vidéo présente l'avantage, par rapport au radar ponctuel de type
RQ30, de scruter toute la largeur du cours d'eau, voire un tronçon selon
l'angle de prise de vue. L'inconvénient majeur reste la luminosité avec
les problématiques de contre-jour et de brouillard. La station peut être
équipée d'un projecteur activé uniquement sur sollicitation (la nuit en
cas de crues).
Ces deux types de capteur (radar de surface et vidéo) doivent être
prioritairement utilisés dans la gamme des forts débits. Ils sont
complémentaires des relations Q=f(h) univoques, notamment pour
en faciliter l'extrapolation en crue.
FIGURE 3.6 : À GAUCHE : RADAR RQ30 ? LE RHÔNE À POUGNY, 10320 KM2 (CNR). À DROITE : RADAR HAUTEUR/VITESSE SUR LA CHIERS À MONTIGNY
SUR CHIERS (DREAL GRAND EST, UH MEUSE-MOSELLE).
Les mesures de vitesse réalisées par tous les procédés qui ont été décrits
n'affranchissent pas le gestionnaire de réaliser des jaugeages pour caler
les paramètres des lois de transformation qui restent nécessaires pour la
détermination des débits (C(h) et S(h), cf. équation 3.1).
!POINT D?ATTENTION
3.3. Vie de la station
3.3.1 Importance de la maintenance pour assurer la qualité de la
mesure
Une maintenance et un entretien régulier des équipements présents
sur les stations de mesure permettent de réduire considérablement les
périodes de dysfonctionnement et contribuent à produire des mesures
de qualité. La maintenance préventive représente une part importante
de l?activité : contrôles périodiques, remplacement préventif d?organes,
évolutions technologiques. En complément, la maintenance curative vise
à réduire au minimum la durée de non fonctionnement des capteurs lors
des pannes. Un plan de maintenance programmée précise les périodicités
des opérations pour optimiser la performance du réseau de mesure. Ce
plan de maintenance est évolutif en valorisant le retour d?expérience
accumulé. Toute opération de maintenance doit faire l?objet d?un suivi
via une fiche ou, de préférence à l?aide d?un logiciel dédié qui centralise
toutes les informations. Ce logiciel peut aussi permettre de planifier la
maintenance préventive et suivre dans le temps les recalages successifs
effectués sur un même capteur afin de mettre en évidence une dérive
éventuelle et un dysfonctionnement de celui-ci.
Chapitre 3 ? Choix et instrumentation du site de mesure
23
En premier lieu, la justesse des capteurs de mesure doit être contrôlée.
La correspondance entre la valeur affichée par le capteur et la valeur
lue à l?échelle limnimétrique doit être vérifiée périodiquement,
notamment lors des visites effectuées sur la station et dans certains
cas par des relevés hebdomadaires réalisés par des observateurs
locaux extérieurs au service. En cas d?écart supérieur à une valeur
seuil prédéterminée dans le cadre de la démarche qualité du service
(1 cm pour les stations du SPC Meuse-Moselle par exemple), le capteur
doit être recalé.
Aucun recalage ne doit être effectué en crue : la hauteur d?eau au droit du
capteur et celle lue à l?échelle sont alors souvent différentes, car les deux
dispositifs ne mesurent pas rigoureusement le même phénomène.
!POINT D?ATTENTION
Pour les capteurs immergés, la prise de pression et le cas échéant, le
puits de mesure, doivent être nettoyés et dévasés à une fréquence
adaptée et une purge doit être réalisée sur les capteurs pneumatiques.
Il est particulièrement important de veiller au bon état des contrôles
hydrauliques en nettoyant les seuils des embâcles et dépôts divers qui
ont une influence sur la ligne d?eau et en intervenant sur les arbres
tombés dans le lit mineur qui ont une influence sur la ligne d?eau et
sur l?érosion du lit.
L'horodatage des capteurs et systèmes de collecte doivent être vérifiés.
L?échelle limnimétrique doit être nettoyée à chaque visite pour
permettre une lecture correcte. L?entretien des capteurs limnimétriques
doit être réalisé selon les préconisations du fabricant.
Pour les stations hydrométriques à relation vitesse-débit, les émetteurs,
réflecteurs et récepteurs doivent être régulièrement nettoyés des
dépôts de sédiments et d?algues. De même, l?absence d?obstacle
(végétation, branches) dans le bief de mesure, entre les émetteurs
et les récepteurs, doit être vérifiée.
Les équipements « annexes » à la mesure (alimentation, acquisition,
transmission), mais non moins essentiels au fonctionnement de la
station, doivent être contrôlés : tension de la batterie7, nettoyage
des panneaux solaires, contrôle de l?état des antennes et des câbles
d?antenne, état des protections contre les surtensions électriques, état
des connexions, etc.
Les abords de la station doivent être maintenus dans un bon état, et
conformes à la réglementation : accès, élagage/débroussaillage de
la végétation, vérifications électriques réglementaires, entretien des
éventuelles trailles téléphériques de jaugeage (cf. § 4.4.1).
3.3.2 Dossier station
Le dossier station doit permettre de retracer la vie de la station.
L?utilisation des données anciennes est fréquente en hydrométrie.
Il est nécessaire de disposer d?informations aussi complètes que
7. Mesure de la conductance lorsque des décharges régulières et anormales de la batterie sont suspectées
FIGURE 3.7 : LE BRIONNEAU À AVRILLÉ, FÉVRIER 2013, CRUE VICENNALE (DREAL PAYS DE LA LOIRE)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer24
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
possible sur les mesures, les techniques et les moyens mis en oeuvre
pour élaborer ces données afin d?en assurer une critique pertinente
permettant de produire, in fine, des séries de débit de qualité. Pour
les services de l?État, l?ensemble des données référentielles8 sont
stockées dans la Banque Hydro.
Le dossier station doit contenir les éléments suivants :
? une carte de situation au 1/25000e, accompagnée d?un plan de
situation ;
? la taille du bassin versant contrôlé par la station ;
? la courbe hypsométrique du bassin versant : répartition de la surface
du bassin versant en fonction de l'altitude ;
? les principales caractéristiques géologiques du bassin versant (les
composantes karstiques notamment, pour repérer les transferts
naturels entre bassins) ;
? les influences anthropiques identifiées sur le bassin : retenues d'eau,
transferts d'eau vers l'extérieur du bassin, importation d'eau depuis
un autre bassin, prélèvements (eau potable, industrie, irrigation) ;
? une fiche sécurité recensant les risques présents sur le site, les
différents accès (armoire/local, échelle limnimétrique, section de
jaugeage) en fonction de la gamme de débit, les numéros d?appel
d?urgence et contacts téléphoniques ;
? la cote du zéro de l?échelle limnimétrique rattachée à un repère
de nivellement ;
? les levés topographiques datés (seuil, section, bief) ;
? les renseignements administratifs et techniques relatifs à la station :
département, commune, lieu-dit, références cadastrales, coordonnées
Lambert, tronçon hydrographique ;
? les autorisations administratives, courriers et conventions avec les
propriétaires, gestionnaires des sites et des réseaux, observateurs pour
lecture d?échelle, co-utilisateurs du site ;
? des photographies datées et localisées de l?environnement de
la station, des travaux et des écoulements dans diverses situations
hydrologiques ;
? un inventaire des différents matériels constituant la station ;
? une copie du schéma électrique de l?armoire ou de la grille (un autre
exemplaire devant réglementairement être présent dans la station) ;
? le consuel pour une station raccordée au réseau électrique (certificat
de conformité délivré par le Comité National pour la Sécurité des Usagers
de l'Électricité) ;
? un suivi des opérations de maintenance et de jaugeages réalisées
sur la station ;
? un suivi historique qui mentionne les évolutions majeures du site :
reprise/déplacement d?échelle limnimétrique, changement de capteur,
crues significatives, etc.
La mise à jour de ce dossier peut être considérée comme fastidieuse
par le gestionnaire de la station. Elle s?avère cependant d?une utilité
majeure quand des anomalies anciennes sont détectées et nécessitent
une nouvelle analyse. L?hydromètre doit aussi être archiviste et conserver
dans le dossier station les informations nécessaires qui peuvent
permettre cette nouvelle analyse d?éléments du passé.
!POINT D?ATTENTION
3.3.3 Coûts d'exploitation
Les coûts d'exploitation d'une station sont très variables d'un site
à l'autre. La variabilité de la relation hauteur-débit dont dépend la
stabilité de la courbe de tarage est un facteur important de la charge
financière d'exploitation car elle impacte la fréquence des jaugeages et
donc des déplacements. À cela s?ajoutent la distance entre la base de
l'organisme gestionnaire et le site. L'exposition de ce dernier aux aléas
climatiques tels que la neige et les conditions d'accès particulières
peuvent entraîner parfois d?importants frais d'entretien.
Une étude conduite en 2008 et publiée par CNR et EDF dans le cadre
d'un congrès SHF a estimé le coût moyen d'exploitation d'une station
entre 10 000 et 12 000 euros par an, coûts de main d?oeuvre inclus
(Carré et al. 2008).
3.4. Références
? AFNOR (2005) Mesure des débits des liquides dans les canaux
découverts ? Mesure du débit à l?aide de la méthode ultrasonique
(acoustique) NF EN ISO 6416.
? AFNOR (2014) Hydrométrie ? Sélection, établissement et exploitation
d?une station hydrométrique. Norme NF EN ISO 18365.
? Audinet (1995) Hydrométrie des cours d'eau ? Édition Eyrolles.
? Carré C., Perret C., Khaladi A., Pierrefeu G., Scotti M. (2008) ? Coûts
et stratégie de gestion des réseaux d'hydrométrie ? Congrès SHF 30e
journée de l'hydraulique Paris 1 et 2 avril 2008.
? ISO (2010) Hydrométrie ? Lignes directrices pour l?application des
compteurs de vitesse ultrasoniques utilisant l?effet Doppler et la
corrélation d?échos. ISO 15769 (en cours de révision).
? SANDRE, Processus d?acquisition des données hydrométriques,
2007.
Chapitre 3 ? Choix et instrumentation du site de mesure
8. Coordonnées, zéro d?échelle, jaugeages, courbes de tarage, etc.
25
http://sandre.eaufrance.fr/ftp/documents/fr/ddd/ohy/1.0/sandre_presentation_OHY_1.0.pdf
Jaugeage
L
e jaugeage est une opération de mesure ponctuelle
dans le temps qui doit être représentée par un couple
de valeurs : la hauteur lue à l'échelle représentative
du niveau au moment de l?exécution de la mesure
de débit et la valeur du débit mesuré. Usuellement, la
mesure de débit en rivière est appelée jaugeage.
Les techniques de jaugeage présentées dans ce chapitre
nécessitent le déploiement de matériels et de personnes
sur place ? deux au minimum pour des raisons pratiques
et de sécurité - et ne permettent donc pas des mesures
en continu ou à intervalles rapprochés (quotidien par
exemple). C?est la répétition de jaugeages plusieurs fois
dans l?année, pour différentes gammes de débit et sur un
même site équipé a minima d?une échelle (chapitre 3), qui
permet d?établir la courbe de tarage (chapitre 5) nécessaire
pour la constitution d?une chronique continue de débits.
Pour la détermination du débit d?un cours d?eau dans les
conditions naturelles, la réalisation effective de mesures est
toujours préférable à l?application de formules hydrauliques.
Pour autant, l?art du jaugeage n?est pas simple et il
n?existe pas de matériel ou de protocole universel. Le choix
d?une méthode est conditionné par les particularités du
site où le jaugeage est effectué et par les compétences
mobilisables pour sa mise en oeuvre. Les différentes
méthodes ne sont donc pas exclusives les unes des autres
mais complémentaires. La maîtrise de plusieurs méthodes
constitue la meilleure garantie pour réaliser de bonnes
mesures dans des configurations variées. Utiliser plusieurs
méthodes pour une même gamme de débit permet aussi
de limiter l'influence du biais propre à chaque matériel sur le
tracé de la courbe de tarage.
!POINT D?ATTENTION
4.1. Principales méthodes
Pour mesurer le débit d?un écoulement « à surface libre »
(cours d?eau, canal, dérivation, etc.), il existe quatre grandes
catégories de méthodes :
? Les méthodes « d'exploration du champ de vitesses »
qui consistent à mesurer la géométrie de la section,
à déterminer la vitesse de l'écoulement en différents
points et à en déduire le débit par intégration surfacique.
Historiquement mise en oeuvre à l?aide de flotteurs (surface)
ou de moulinets (profondeur), cette catégorie s?est enrichie
à la fin du XXe et au début du XXIe siècle d?un panel de
nouvelles techniques reposant sur diverses technologies
(acoustique, électromagnétique, méthodes non intrusives
type radar et vidéo).
? Les méthodes « volumétriques » qui permettent de
déterminer directement le débit d?après le volume d?eau
pénétrant dans un récipient durant un temps donné. Pour
des aspects pratiques9 cette méthode n'est pratiquée que
pour des débits très faibles, quelques l/s au plus. Ce principe
est parfois utilisé à plus grande échelle en exploitant les
volumes d?écluse ou de bief.
? La méthode par dilution d'un traceur qui consiste Ã
injecter dans le cours d?eau un traceur en solution et Ã
suivre l?évolution de sa concentration au cours du temps.
Au sens de l'équation aux dimensions du débit [L3T-1],
elle peut être assimilée à une méthode volumétrique
(cf. équation 4.6).
? Les méthodes « hydrauliques » s?appuyant sur
l?application de formules d?hydraulique. La méthode
consiste à implanter dans l'écoulement une section de
contrôle artificielle assurant une relation univoque entre
le débit et la hauteur, qui est alors la grandeur mesurée.
Ces seuils peuvent être installés de manière permanente
ou temporaire. La méthode des seuils-jaugeurs portables
peut être utilisée dans les campagnes d'étiage portant sur
des débits inférieurs à 100 l/s.
La suite du chapitre détaille la première et la troisième
catégorie de jaugeages.
4.2. Opérations préalables à la mesure
Quelle que soit la méthode employée, avant d'engager
la mesure, des opérations préliminaires sont nécessaires,
notamment sur un nouveau site.
Tout d?abord, il faut s?assurer que la totalité du débit est bien
mesurée. Une reconnaissance sur carte au 1/25000 et sur
photographies aériennes (via un SIG ou le site http://www.
geoportail.gouv.fr) est indispensable pour tout nouveau point
de mesure. Cette reconnaissance doit permettre d?appréhender
la configuration du site et de prédéterminer l?endroit où
se fera la mesure en tenant compte des accès possibles.
Une fois sur le terrain, l?emplacement de la section de
mesure (ou le bief dans le cas d'une mesure par dilution)
et le matériel à mettre en oeuvre doivent être précisés en
fonction de divers facteurs :
?
ch
ap
itr
e
4
9. Taille du récipient nécessaire, aménagement spécifique éventuel pour concentrer les écoulements
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer26
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? la configuration du site et les conditions d?écoulement : hauteurs,
vitesses, largeur de la section, régularité de l?écoulement, turbulences,
végétation aquatique ;
? le nombre de personnes pouvant participer à la mesure (2 est un
minimum) et le temps disponible ;
? l?accès et les conditions de sécurité dans lesquelles les matériels
peuvent être déployés ;
? le niveau d?incertitude toléré.
Pour trouver la section adaptée à la méthode retenue, il ne faut pas
hésiter à se déplacer en amont et en aval (de plusieurs centaines de
mètres parfois), en estimant ensuite le temps de propagation par
rapport à l?échelle qui est la seule référence. Si des pertes ou des
apports sont observés entre l?endroit à évaluer et la section de mesure,
ils doivent être mesurés ou estimés.
Le développement d'herbiers peut modifier temporairement la section
de rivière utilisée habituellement pour le jaugeage. Dans la mesure du
possible, un autre site de jaugeage doit être trouvé pour effectuer la
mesure. Il est également utile de s'informer auprès des gestionnaires
du cours d'eau pour savoir si un faucardage est envisagé à court
terme. Cette opération, pour avoir un impact positif sur la qualité
d'un jaugeage, nécessite en effet des moyens importants qui ne sont
souvent pas à la portée des équipes de jaugeages.
Lorsqu?il existe plusieurs sections d?écoulement (fréquent en crue), elles
doivent toutes être jaugées. L?oubli d?un bras ou d?un ouvrage de décharge
est une cause d?erreur fréquente. Chaque mesure est alors indépendante
et des méthodes différentes peuvent être appliquées. Le débit total
mesuré est alors la somme des débits partiels mesurés. Sauf réalisation
simultanée des jaugeages dans les différents bras, il faut prendre garde Ã
la variation du niveau d?eau et/ou du débit entre les différents jaugeages
effectués pour pouvoir rattacher ce débit total mesuré à la bonne cote.
Plus généralement, même pour des jaugeages sur une section unique,
le niveau d?eau ne doit pas varier de façon significative pendant la
mesure : le jaugeage total doit être suffisamment rapide pour ne pas
avoir plus de 10 % de variation de débit en crue entre le début et la
fin du jaugeage. Les niveaux doivent être notés au début et à la fin du
jaugeage par rapport à un repère fixe : échelle limnimétrique, margelle
d?un pont, bâton marqué, etc. Lorsque les niveaux varient rapidement,
des relevés intermédiaires sont effectués pendant le jaugeage. La
hauteur de référence du jaugeage est alors déterminée par :
H : cote moyenne de référence du jaugeage
hi : cote à l'échelle correspondant au débit partiel qi
qi : débit partiel, produit du débit calculé sur la ième verticale par
une largeur d'application
Q = ?qi :
i
débit calculé à la cote H
H =
?hi qi
Q
i
Chapitre 4 ? Jaugeage
Équation 4.1 :
« JAUGEAGE AVEC UN COURANTOMÈTRE ACOUSTIQUE SUR L?ARC
EN MAURIENNE (73) » (IRSTEA)
Cette formule préconisée par la norme ISO 748 n'est pas strictement
rigoureuse mais bien adaptée aux conditions de mesure.
En plus des caractéristiques de mesure (vitesses, profondeurs,
géométrie), un jaugeage doit aussi être repéré par une localisation
précise, une date, une heure de début et de fin et des indications de
hauteur aussi précises que possible. Enfin, le matériel de mesure doit
être en très bon état de fonctionnement et utilisé par un personnel
compétent, formé à son utilisation et ayant une pratique suffisante.
Son stockage et son entreposage temporaire (en particulier dans les
véhicules) doivent être assurés dans de bonnes conditions.
4.3. Jaugeages par exploration du champ de vitesses
Le principe de cette méthode est de déterminer le champ de vitesses
dans une section transversale du cours d?eau dont on mesure aussi la
géométrie. Le débit est ensuite calculé par intégration surfacique des
vitesses dans la section.
L?exploration du champ de vitesses peut être faite de façon quasi
27
réduire les zones d?eaux mortes, enlèvement des pierres sur le fond
et les berges, arrachage ponctuel de la végétation aquatique, etc. Ces
aménagements ne doivent cependant, ni influencer les hauteurs de la
section au droit du limnigraphe/capteur, ni perturber le milieu piscicole
(présence de frayères par exemple). La mesure n?est effectuée qu?après
le temps nécessaire à la régularisation de l?écoulement consécutive Ã
ces réaménagements.
Il est important de consacrer suffisamment de temps au choix de la
section de mesure, c?est le paramètre le plus important dans la qualité
d?une mesure. Une section inadaptée ne permettra jamais un jaugeage
de qualité.
!POINT D?ATTENTION
Pour un site donné, le choix de la section de mesure peut varier
dans le temps pour une même gamme de débit mesuré si chaque
section de mesure répond aux critères de bonne qualité définis
précédemment. Alterner les sections de mesures peut en effet
contribuer à une meilleure estimation de l?incertitude des jaugeages
réalisés. Si deux sections sont jugées de bonne qualité, il n?y a pas de
raison de privilégier les jaugeages réalisés sur l?une par rapport à l?autre.
4.4. Exploration quasi complète du champ de vitesses ?
Perche et saumon
4.4.1 Supports du vélocimètre
L'exploration du champ des vitesses peut être effectuée avec l'aide
de différents supports en fonction de l'accessibilité du cours d'eau.
? Perche ou micro perche : lorsque la section de mesure est
entièrement accessible à pied, un support de type perche ronde sur
lequel le vélocimètre est fixé peut être utilisé (cf. Figures 4.4 et 4.5).
Le couple hauteur-vitesse régit la stabilité du jaugeur (cf. chapitre 9
sur les règles de sécurité).
? Potence : c?est un dispositif muni d'un treuil, d'un bras de déport et
d'un câble électro-porteur sur lequel est fixée une masse profilée nommée
couramment saumon (cf. Figure 4.5). Il existe toute une gamme de saumons
allant de 5 à 100 kg. C'est sur le saumon que le vélocimètre est fixé. Ce type
de dispositif est délicat à utiliser voire dangereux si le saumon est très lourd
et les vitesses à mesurer élevées car le risque de basculement est important.
Il doit être réservé à des écoulements lents pour lesquels des saumons plus
légers, inférieurs à 25 kg, peuvent être utilisés.
? Camion jaugeur : la potence est montée sur un véhicule de type fourgon,
ce qui sécurise le fonctionnement de l'ensemble.
? Traille téléphérique : un câble porteur est tendu de manière
permanente en travers d'une section de rivière. Il permet le
déplacement d'un chariot équipé d'un câble électro-porteur sur lequel
est fixé un saumon. Le tout est piloté depuis la berge à l'aide d'un treuil
complète10 ou partielle selon les conditions de sécurité attachées au
type d'écoulement et le matériel utilisé. Le jaugeage peut être fait :
? en profondeur de façon ponctuelle à l?aide d?appareils submersibles
appelés généralement vélocimètres (moulinets, courantomètres,
cf. § 4.4) qui vont permettre de réaliser des mesures de vitesses en
différentes profondeurs sur plusieurs verticales de la section ;
? en profondeur de façon quasi-continue spatialement à l?aide de
profileurs de vitesses (ADCP, cf. § 4.5) qui établissent un maillage fin du
champ de vitesses ;
? en surface seulement lorsque les conditions hydrauliques ne
permettent pas l?intrusion de matériel dans l?écoulement (cf. § 4.6).
Chaque mode d?exploration est décrit dans les paragraphes suivants. Ils
reposent tous sur le choix initial d?une section de mesure, pour lequel
des critères communs peuvent être définis (cf. Figure 4.1).
Les dimensions géométriques de la section de mesure doivent être aisément
mesurables et l?écoulement doit y être contenu. La section de mesure doit
être de préférence perpendiculaire à l?écoulement. Le linéaire de rivière dans
lequel s?inscrit la section de jaugeage doit être le plus rectiligne possible. La
section de mesure doit être éloignée de tout rétrécissement / élargissement
ou obstacle, naturel ou artificiel, engendrant des perturbations hydrauliques.
L?écoulement doit être fluvial et non torrentiel (cf. § 2.1). Visuellement,
l?écoulement doit être uniforme sur une distance suffisamment longue en
amont et en aval. Les zones d?eaux mortes, les écoulements sous-berge et
les courants de retour sont à éviter. Si ce n?est pas possible, la mesure doit
être effectuée rigoureusement en tentant de réduire les erreurs que ces
conditions peu favorables impliquent et en notant les phénomènes observés
qui seront utiles lors du dépouillement.
La section ne doit pas présenter de fortes disproportions horizontales
et verticales. Le meilleur compromis entre profondeurs et vitesses
suffisantes, y compris à l'étiage, est recherché.
Des petits aménagements limités et réversibles peuvent être faits
sur la section : petites digues afin de canaliser les écoulements et/ou
10. Il subsiste toujours des zones où les vitesses ne sont pas mesurées
FIGURE 4.1 : ILLUSTRATION D?UNE BONNE SECTION
DE JAUGEAGE (IRSTEA)
Vz
Vx
Vy
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer28
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
électrique la plupart du temps. Ce type d'équipement renforce encore
la sécurité par rapport à un camion jaugeur. Il est cependant coûteux,
reste attaché à un seul site et il peut y avoir un risque de rupture de
câble lorsque les vitesses sont fortes en présence de corps flottants.
? Solution mixte perche sur potence : certains dispositifs « maison »
permettent de monter une perche profilée (20*40 mm ou 75*35 mm) sur
une potence munie de galets de guidage.
4.4.2 Maillage de la section et choix des verticales
Le principe est de répartir dans la section des verticales successives, dans la
profondeur desquelles des mesures de vitesses sont effectuées (cf. Figure
4.2). La localisation des verticales, le nombre de mesures par verticale,
leur localisation dans la profondeur et le temps de mesure doivent être
déterminés avec soin.
En règle générale, plus le nombre de mesures est élevé, plus la
qualité du jaugeage est bonne, sauf lors de variations rapides du
niveau. Un temps de mesure réduit permet, dans ce cas précis, de
rattacher plus facilement une cote au jaugeage effectué. Pour des
raisons opérationnelles, il s?agit pourtant de trouver un compromis entre
le temps de mesure et sa précision.
Les verticales doivent être choisies en tenant compte des variations
de profondeurs et de vitesses au sein de la section. En effet, les
mesures effectuées sur chaque verticale sont appliquées sur une
largeur à droite et à gauche de cette verticale. Plus l?écartement
entre deux verticales est grand, plus cette zone « d?application » est
importante. Par conséquent, plus la section présente une topographie
et un écoulement réguliers, plus l?espacement des verticales est
envisageable. Inversement, plus le champ de vitesses et/ou le fond
du lit est irrégulier, plus les profils doivent être rapprochés. Plus la
section choisie présente un écoulement régulier, plus le jaugeage est
aisé et rapide.
La figure 4.3 donne des repères utiles sur le nombre de verticales Ã
réaliser en fonction de la largeur du cours d?eau. La connaissance de
la section et des écoulements permet au jaugeur de se positionner
au mieux au sein de cette enveloppe.
Selon la même logique, placer les verticales extrêmes le plus près
possible des bords de la section permet de minimiser l?extrapolation
sur les bords.
Verticale
Rive
droite
Rive
droite
Rive
gauche
Rive
gauche
Position
courantomètre
Position
courantomètre
FIGURE 4.2 : PRINCIPE DU MAILLAGE DE LA SECTION (IRSTEA) - MESURE À 3 POINTS PAR VERTICALE
Chapitre 4 ? Jaugeage
29
Afin de mieux décrire la bathymétrie d?une section sans augmenter la
durée de la mesure, il est intéressant d?intercaler entre les verticales du
jaugeage des verticales où seule la mesure de profondeur est réalisée
(méthode dite d?ajout de lame d?eau décrite en bonus).
Les verticales de mesures peuvent être réalisées soit en mesurant
ponctuellement la vitesse de l?écoulement en quelques endroits bien
choisis de la verticale (méthode « point par point » décrite ci-dessous)
soit en mesurant une vitesse intégrée sur la verticale (méthode « par
intégration » décrite en bonus).
Lorsque le jaugeage est effectué selon la méthode « point par point »,
le nombre de points par verticale doit tenir compte à la fois de la
profondeur, des variations verticales des vitesses et du matériel de
mesure utilisé. Là aussi, il est quasiment impossible de définir une
règle. Les principes suivants peuvent toutefois être suivis :
? répartir les points sur la verticale avec des mesures plus nombreuses
dans la moitié basse ;
? rapprocher les points en cas de fort gradient vertical des vitesses.
Si l?écart entre deux points successifs est trop grand, ne pas hésiter Ã
effectuer une mesure intermédiaire ;
? éviter les verticales avec un unique point de mesure, sauf cas particuliers
(débit à la marge dans les zones d?eau de faibles profondeurs) ou pour
des raisons de sécurité (mesure de la seule vitesse de surface en crue) ;
? rapprocher le plus possible les mesures haute et basse respectivement
de la surface et du fond, afin de minimiser les extrapolations.
Le matériel utilisé a également son importance. Pour le moulinet par
exemple, la distance au fond et à la surface ne peut pas être inférieure
au rayon de l?hélice. De même, l?écart entre deux mesures successives
ne peut pas être inférieur au diamètre du moulinet (superposition des
zones de mesures).
Les règles suivantes, issues de la norme ISO 748, donnent des repères
particulièrement utiles pour les verticales à faibles profondeurs pour
lesquelles se posent le plus de questions quant au positionnement
des mesures :
? verticale à un point : mesure à 40 % du fond ;
? verticale à deux points : mesures à 20 % et 80 % du fond ;
? verticale à trois points : mesures à 20 %, 40 % et 80 % du fond.
Le calcul de la vitesse moyenne à partir de 1, 2 ou 3 points de mesure par
verticale se fait alors par un calcul algébrique, et non par une intégration
des vitesses sur la profondeur.
La durée de la mesure en un point ne doit pas être inférieure à 30
secondes pour prendre correctement en compte la pulsation de
l?écoulement. Lorsque le vélocimètre est utilisé sur un saumon monté
sur potence, camion jaugeur ou traille téléphérique, des corrections
d'angles sont parfois nécessaires :
? angle formé entre la verticale et le câble support lorsque le
saumon est entraîné vers l'aval. La profondeur étant mesurée sur le
déroulement du câble, il faut corriger la mesure de profondeur lue
sur le compteur ;
5 10 15 20 25 30 35 40 45
4
0
8
12
16
20
Largeur de la section (m)
Écoulement hétérogène
Écoulement homogène et régulier
No
m
br
e
de
v
er
tic
ale
s
FIGURE 4.3 : COURBE ENVELOPPE DES PRATIQUES OPTIMALES POUR LE NOMBRE DE VERTICALES À RÉALISER (CHARTE QUALITÉ HYDROMÉTRIE, 1998)
L'écoulement homogène et régulier correspond à des conditions qui s'approchent de celles d'un canal. L'écoulement hétérogène correspond à une situation d'un fond
irrégulier. Pour un chenal d'écoulement homogène et régulier de 20 mètres de large, 9 verticales suffisent à bien définir le débit. Pour la même largeur mais pour un
chenal d'écoulement hétérogène, il faudrait 15 verticales.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer30
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? angle horizontal formé entre l'axe du chenal d'écoulement et l'axe
du saumon. Les vitesses d'écoulement ne sont en effet pas toujours
parallèles à l'axe du chenal.
Enfin, selon les capteurs et les modèles, les mesures de vitesses sont
soit automatiquement enregistrées, soit notées par un opérateur autre
que le jaugeur sur une fiche de jaugeage.
4.4.3 Moulinet
Le principe physique est mécanique : un moulinet muni d'une hélice
est introduit perpendiculairement à la section de mesure (Figure 4.4).
Le courant met l'hélice en rotation. Une impulsion électrique étant
émise à chaque tour de l?hélice et la durée de la mesure étant fixée
par l?opérateur, la vitesse moyenne de rotation ? sur la durée de la
mesure est alors connue. La vitesse de l?écoulement V est déduite
via la loi d?étalonnage du moulinet. Il a été démontré (Rateau 1898)
que cette dernière était de forme hyperbolique. En pratique, les
constructeurs découpent l'hyperbole en 2 ou 3 segments de droite.
Pour un segment, l?équation suivante s?applique :
FIGURE 4.4 : JAUGEAGE À LA PERCHE ? POINT PAR POINT (EDF-DTG)
Le jaugeur est positionné face au courant, légèrement en aval de la section de mesure pour ne pas perturber les vitesses mesurées, la perche est devant lui et orientée
vers l?amont perpendiculairement à la section et non en fonction des lignes de courant préférentielles si elles ne sont pas perpendiculaires au transect.
V : vitesse de l?écoulement [m/s]
? : vitesse de rotation de l?hélice [nb trs/s]
a et b : coefficients d?étalonnage du moulinet
N1 et N2 sont les limites de validité de l'équation du segment
[tours/s]
La loi d?étalonnage est fournie par le constructeur à la livraison. Il a été
constaté que cette dernière variait très peu pour un type de moulinet et un
type d'hélice associée. Elle ne varie pas non plus dans le temps à condition
que le matériel soit entretenu rigoureusement (lubrification, nettoyage
de l?axe, changement des roulements à billes). La vérification de la
libre rotation est indispensable avant chaque utilisation. La vérification
périodique de la courbe de ralentissement dans l'air et le remplacement,
le cas échéant des pièces défectueuses garantit la validité de la loi
d'étalonnage. L?entretien des moulinets est décrit dans un bonus.
L'utilisation d'un moulinet sur un support différent de celui sur lequel il a été
étalonné (perche 20*40 mm au lieu d'un saumon de 80 kg par exemple)
créé un biais de l'ordre de quelques pour cent.
!POINT D?ATTENTION
V = a ?+b N1 < ? < N2
Chapitre 4 ? Jaugeage
Équation 4.2 :
31
Chaque hélice possède une gamme de vitesses pour laquelle la mesure
est optimale selon sa taille et son pas (distance virtuelle d?avancement
de l?hélice en un tour complet). Pour cette raison, il faut disposer d'un
ensemble d?hélices pour couvrir toute la gamme de vitesses à jauger. Tout
un panel d?hélices existe, de taille, pas et matériaux (plastique, métal)
différents. L'emploi d'une hélice lourde implique d'attendre la stabilité de
la rotation avant de déclencher la mesure, puisqu'elle atteint moins vite
sa vitesse nominale et de rallonger le temps d'intégration, car elle est
moins réactive aux variations de vitesse.
Pour que l'incertitude sur la mesure de vitesse reste inférieure à 1 % au
seuil de confiance de 95 %, la vitesse mesurée ne doit pas être inférieure
à la valeur du pas de l'hélice divisé par 2. Par exemple, une hélice au pas
de 0,05 m ne doit pas être utilisée pour une vitesse inférieure à 2,5 cm/s.
Considérant que la résolution des compteurs est de ± 1 tour, l?hélice choisie
et le temps de mesure retenu doivent permettre au moins 100 rotations,
afin que l?incertitude de résolution soit de l?ordre de 1 %.
!POINT D?ATTENTION
Le moulinet peut être déployé sur une perche : l?opérateur jauge alors Ã
pied dans la rivière (cf. Figure 4.4) ou depuis un pont ou une passerelle
(rallonge de perche). Lorsqu?un jaugeage à la perche est impossible Ã
cause de vitesses ou de hauteurs trop élevées, le moulinet est fixé sur un
saumon, lui-même relié à un câble et déployé depuis un camion jaugeur
situé sur un pont ou depuis une traille téléphérique fixe (cf. Figure 4.5).
Avec un vaste panel d?hélices et un système de déploiement par camion
jaugeur, la technique du moulinet permet de jauger une gamme étendue
de vitesses. Il faut habilement jongler avec les différentes hélices pour
s?adapter au mieux aux vitesses à jauger. Dans le cas de fortes vitesses
une hélice qui offre moins de résistance à l?écoulement est à privilégier
et l?inverse pour mesurer des faibles vitesses.
Du fait de son caractère intrusif, il est plus difficile voire dangereux de
déployer un moulinet en crue. C?est parfois impossible lorsque le saumon,
malgré sa masse et son profil hydrodynamique, ne parvient pas à pénétrer
l?écoulement.
!POINT D?ATTENTION
4.4.4 Courantomètre électromagnétique
Dans le capteur immergé, une bobine d?induction crée un champ
magnétique entre deux électrodes fixes. Le déplacement de l?eau,
conductrice, dans ce champ magnétique, produit une tension induite
proportionnelle à sa vitesse (principe de Faraday). Cette tension
induite est traitée par l?électronique du boîtier de mesure qui fournit
à l?opérateur la vitesse moyenne sur la durée de mesure.
Le capteur est fixé sur une perche (cf. Figure 4.6) et déployé à pied
dans la rivière ou depuis un pont. La mesure doit être réalisée comme
pour un moulinet. Le montage sur saumon pour un jaugeage avec de
fortes profondeurs n?est pas possible. La méthode de jaugeage est
celle du « point par point ».
Contrairement au moulinet et comme pour le courantomètre
acoustique, le capteur est le même pour toute la gamme de vitesse
qui varie selon le constructeur. La mesure des faibles vitesses (en
dessous de 5 cm/s par exemple) est en théorie possible. Certains
modèles comportent un capteur de pression qui mesure la profondeur
d?immersion du capteur, permettant ainsi de le positionner. Il est
toutefois nécessaire de contrôler régulièrement cette mesure.
La pratique de l?étalonnage n?est pas systématique. Certains
constructeurs proposent des étalonnages périodiques pour s?assurer
que le capteur ne dérive pas dans le temps.
Le courantomètre ne doit pas être utilisé à proximité de substances
ferreuses (armature de béton) qui perturbent l?appareil. Les
courantomètres électromagnétiques étant sensibles à la température, ils
doivent être immergés quelques minutes avant le début du jaugeage.
!POINT D?ATTENTION
FIGURE 4.5 : MONTAGE D'UN MOULINET SUR PERCHE À GAUCHE ET SUR SAUMON À DROITE (DREAL NORMANDIE, DREAL CENTRE VAL DE LOIRE)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer32
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
4.4.5 Courantomètre acoustique
Le capteur immergé émet une onde acoustique de fréquence f en
direction de deux cellules de mesure dans l?écoulement. Cette onde
est réfléchie par les particules en suspension contenues dans les
cellules. Le capteur reçoit en retour cette onde réfléchie et mesure sa
fréquence f? qui est plus élevée que f car les particules en suspension
se rapprochent du capteur : c?est l?effet Doppler. La différence entre f
et f? est proportionnelle à la vitesse d?écoulement :
FIGURE 4.7 : DEUX MODÈLES DE COURANTOMÈTRES ACOUSTIQUES (FLOWTRACKER DE SONTEK ET ADC DE OTT)
FIGURE 4.6 : UN MODÈLE DE COURANTOMÈTRE ÉLECTROMAGNÉ-
TIQUE (MF PRO DE OTT) : CAPTEUR ET BOÃŽTIER
V : vitesse de l?écoulement [m/s]
? : angle entre la direction de l?écoulement et la direction de la
mesure (cos ? = 1 si l?appareil est bien positionné dans l?axe de
l?écoulement) [°]
C : Célérité des ondes sonores dans l?eau [m/s] (C vaut environ
1500 m/s)
f : fréquence de l?onde émise [Hz]
f? : fréquence de l?onde reçue [Hz]
L?analyse de deux cellules permet la mesure de deux composantes
Vx et Vy de l?écoulement.
À noter que certains appareils sont munis de trois céramiques et
mesurent trois composantes de vitesse.
Le capteur est fixé sur une perche (cf. Figure 4.7) et déployé à pied
dans la rivière ou depuis un pont ou une passerelle. La mesure doit
être réalisée comme pour un moulinet. Le montage sur saumon pour
un jaugeage avec de fortes profondeurs n?est pas possible. La méthode
de jaugeage est celle du « point par point ».
Ce courantomètre nécessite la présence de MES dans l?écoulement. Les retours
d?expérience montrent toutefois que la mesure demeure presque toujours
possible, y compris dans des eaux très faiblement chargées. La présence de
micro-bulles d?air dans l?écoulement (typiquement à proximité d?une chute)
est en revanche une source fréquente de perturbation de la mesure, l?onde
acoustique émise se réfléchissant également sur ces micro-bulles.
Chapitre 4 ? Jaugeage
Les courantomètres acoustiques étant sensibles à la température, ils
doivent être immergés quelques minutes avant le début du jaugeage.
!POINT D?ATTENTION
V cos ? = C (f-f')
f
Équation 4.3 :
33
4.5. Exploration quasi complète du champ de vitesses -
profileur acoustique de vitesse (ADCP)
L?adaptation pour les mesures en rivière du profileur de vitesse à effet
Doppler (ADCP) à la fin du XXe siècle, a constitué un saut technologique
de premier plan pour l?hydrométrie. Ce type de profileur permet une
exploration plus complète du champ des vitesses sans qu'elle puisse
toutefois être qualifiée de complète. En effet, les mesures élémentaires
de vitesse doivent être agrégées en cellules pour tenir compte des
effets pulsés de l'écoulement et les zones proches du fond et de la
surface restent inexplorées.
Le livre « Mesures hydrologiques par profileur Doppler » (Le Coz et al.
2008) constitue l?ouvrage de référence en France sur cette méthode
de jaugeage. Il est vivement conseillé de s?y référer pour compléter
les premières notions exposées ci-dessous.
L?appareil possède plusieurs transducteurs émettant, indépendamment
les uns des autres, des ondes acoustiques. Celles-ci sont émises à une
fréquence élevée sous la forme d?un ensemble de tirs appelé salve
(ping) et verticalement depuis la surface vers le lit de la rivière.
L?analyse du signal réfléchi sur le fond permet de déterminer la
profondeur (via le délai entre l?émission et la réception) et la vitesse de
déplacement de l?ADCP par rapport au fond (effet Doppler, cf. équation
4.3). L?analyse du signal réfléchi sur les MES permet de déduire la
profondeur de ces MES et la vitesse de l?écoulement à cette profondeur
(cf. Figure 4.8).
La traversée de la section par l?ADCP permet la mesure de sa
géométrie et du champ des vitesses. Le tout est alors représenté par
une mosaïque de cellules dans la section (cf. figure 4.9). Le champ
de vitesses mesuré n?est toutefois pas complet. Les mesures ne sont
pas possibles sur deux zones « aveugles », une en surface et une Ã
proximité du fond. Les vitesses dans ces zones non explorées sont
extrapolées par le logiciel de l?ADCP. Dans ces zones non mesurées,
le débit extrapolé ne doit pas excéder 30 % du débit total pour une
mesure convenable. S?il dépasse 50 % il est nécessaire de s?assurer
de la validité des extrapolations et donc du jaugeage. Il est possible
de réduire la zone « aveugle » de surface en déjaugeant de quelques
centimètres le support de l?ADCP, le capteur doit alors rester bien
immergé pendant toute la traversée, en particulier en crue si son
support s?incline sous l?effet des fortes vitesses.
Si les premiers modèles étaient cantonnés aux jaugeages sur les rivières
larges et profondes ou seulement en période de crue, des modèles
permettent depuis de jauger avec des hauteurs d?eau bien plus faibles
(à partir de 50 cm), donc sur davantage de rivières et pendant une plus
grande partie de l?année. Certains modèles proposent en un seul appareil
une gamme d?utilisation étendue.
Les capteurs ADCP étant sensibles à la température, ils doivent être
immergés quelques minutes avant le début du jaugeage.
Les opérateurs ont à disposition un ordinateur équipé d?un logiciel permettant
f0 f0 + df
ADCP
Vitesse d?écoulement
Matières en suspensions
FIGURE 4.8 : SCHÉMA DU PRINCIPE ACOUSTIQUE DE L?ADCP ET DEUX MODÈLES : LE RIO GRANDE (RDI INSTRUMENTS) ET LE M9 (SONTEK)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer34
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Distance parcourue (m)
0 4020 60
4
3
2
1
0
Pr
of
on
de
ur
(m
)
Vitesse cellule (m/s)
0 1 2 3
FIGURE 4.9 : JAUGEAGE À L?ADCP (ORNE À GRIMBOSQ, NORMANDIE, 165 M³/S).
Les zones « aveugles » en surface et au fond sont bien visibles. Elles représentent 25 % du débit sur ce jaugeage. Sur ce site jaugé en crue uniquement depuis un pont,
la concentration des écoulements dans les trois arches du pont et les deux zones de vitesses plus faibles dans le sillage des piles sont bien visibles.
de configurer les modes d?acquisition, d?acquérir et de visualiser les
données brutes collectées11 et de tester le bon fonctionnement de la
chaîne de mesure. Un premier opérateur paramètre et suit l?acquisition
sur l?ordinateur pendant que le second se charge de réaliser les traversées.
L?ADCP est maintenu en surface sur une embarcation12 qui effectue des
traversées de rivière. La vitesse de déplacement de l?embarcation doit
être d?autant plus faible que la mesure attendue est précise et que les
vitesses d?écoulement sont faibles. Une pratique répandue consiste Ã
maintenir une vitesse de déplacement nettement inférieure à celle de
l?écoulement. L?ADCP mesurant sa propre vitesse par rapport au fond
et puisqu'il est doté d'inclinomètres et d'un compas pour corriger la
verticalité, la mesure du débit est totalement indépendante du trajet
suivi. Contrairement aux autres modes de jaugeages présentés jusqu?ici,
un jaugeage réalisé sur une section de mesure non perpendiculaire Ã
l?écoulement ne nécessite pas une reprise du calcul de débit par une
correction trigonométrique.
Il est toutefois conseillé de réaliser les jaugeages sur des sections
perpendiculaires à l?écoulement afin de pouvoir calculer les paramètres
géométriques tels que la section mouillée, le périmètre mouillé, le
rayon hydraulique, la vitesse débitante, etc. Ces paramètres sont ensuite
comparés à ceux provenant de jaugeages effectués avec d?autres
techniques ou des données topographiques connues de la section jaugée.
L?embarcation support de l?ADCP (types de support, attaches, tenue au
courant, systèmes de dérives, etc.) conditionne son bon déploiement.
Elle fait l?objet d?un chapitre spécifique dans l?ouvrage de référence
« Mesures hydrologiques par profileur Doppler ».
Il est impératif de réaliser plusieurs traversées afin de disposer
d?un échantillon conséquent de mesures. La précision finale du
jaugeage vient de la profusion des mesures. La répétabilité du débit
jaugé constitue un bon indice de sa qualité. Le protocole de mesure
couramment admis consiste à retenir6 valeurs dont l'écart à la valeur
moyenne reste inférieur à une valeur qui dépend des conditions de
mesure. En général, on retient plus ou moins 10 %. Si le sens de
réalisation des jaugeages (rive gauche vers rive droite ou inverse) met
en évidence des écarts systématiques dans le débit mesuré, cela peut
être dû à la qualité de certains réglages comme celui du compas, ou au
type d'embarcation utilisé. Dans ce cas, il est très important de réaliser
le même nombre de traversées dans les deux sens. Des procédures
de réglages sont fournies par le constructeur.
Autre précaution préalable au démarrage des mesures : contrôler la
présence éventuelle de transport solide sur le fond de la rivière. L?ADCP
prenant comme référence le fond du lit pour calculer la vitesse de
l?écoulement, il mesure des vitesses plus faibles, en cas de dérive
du fond, ce qui a pour effet de sous-estimer le débit. Une vérification
simple est d?effectuer avec l?ADCP une acquisition sur un aller-retour
en s?attachant à revenir au point de départ. Une trajectoire calculée par
l?ADCP ne revenant pas au point de départ, mais sur un point situé plus
en amont, est révélateur soit de l?existence d?un fond mobile soit d?un
problème de compas. Une vérification complémentaire consiste alors Ã
effectuer une acquisition sur un point fixe et de constater si la trajectoire
de l?ADCP reste elle aussi fixe ou si elle dérive progressivement vers
l?amont.
Le transport solide étant fréquent en crue, voire systématique sur certaines
rivières, ces vérifications sont essentielles pour ne pas rater ces opportunités
de jaugeages en crue rares et donc précieuses.
!POINT D?ATTENTION
En cas de transport solide avéré, la mesure peut être corrigée :
? dans l?idéal, par une mesure simultanée de la position de l?ADCP par
un GPS embarqué. Sur les derniers modèles d?ADCP, l?option GPS est
généralement prévue et son intégration dans la chaîne de calculs est
automatique. Sur les modèles plus anciens, les mesures de l?ADCP sont
corrigées a posteriori avec les données issues du GPS. L?utilisation d?un
GPS ne peut se faire que si le compas de l?ADCP est parfaitement calibré ;
Chapitre 4 ? Jaugeage
11. Profondeurs, vitesses moyennes, importance des zones « aveugles », etc.
12. Bateau motorisé, drisse motorisée ou support flottant guidé manuellement ou téléguidé
35
? en l?absence de GPS, en réalisant une correction de fond mobile,
soit selon la méthode de l?aller-retour sur point fixe, qui donne une
estimation de la dérive moyenne sur l?ensemble de la traversée
(nécessite une calibration du compas), soit selon la méthode de la
position fixe (recommandée en cas de défaillance du compas).
4.6. Exploration partielle du champ des vitesses
Mesurer le débit des rivières en crue avec les méthodes classiques
d'exploration du champ des vitesses est difficile, voire impossible. En effet,
les crues sont des événements non stationnaires dont la cinétique peut
être plus rapide que la durée d?un jaugeage. De plus, les crues impliquent
des conditions d?écoulements extrêmes, avec de très fortes vitesses et de
nombreux débris flottants. Dans ces conditions, il est inconcevable pour un
opérateur d?accéder à la rivière et il est également dangereux de mettre des
appareils de mesure dans l?eau. Il apparaît donc un besoin de mesurer le débit
en crue dans un laps de temps court qui minimise le contact avec la rivière.
Les mesures non intrusives, jaugeages aux flotteurs, par radar de vitesse de
surface ou par analyse d?images, répondent à cette exigence de rapidité et
de sécurité et permettent d?accéder à la vitesse de surface des écoulements Ã
une section donnée. Pour calculer le débit, il faut alors connaître la bathymétrie
de la section et déduire la forme de la distribution verticale des vitesses Ã
partir des mesures effectuées en surface. Des mesures complémentaires
sont nécessaires : relevés topographiques pour la bathymétrie et jaugeages
complémentaires pour la distribution verticale des vitesses. Ces mesures
additionnelles ne peuvent pas être réalisées pendant les crues et il faut donc
faire l?hypothèse de la représentativité des mesures réalisées avant ou après
les événements de crue, avec l?incertitude ou le biais que cela peut engendrer.
Vu les incertitudes associées aux mesures non intrusives (cf.paragraphe
4.8), elles sont réservées aux écoulements en crue et ne peuvent pas
remplacer l?hydrométrie traditionnelle. Elles sont un complément dans la
boite à outils de l?hydromètre lui permettant d?accéder à des jaugeages en
conditions extrêmes.
!POINT D?ATTENTION
4.6.1 Analyse d?images
L'analyse d'images, également appelée LSPIV (Large-Scale Particle
Image Velocimetry), permet de mesurer le champ 2D de vitesses en
surface d'un écoulement à condition que des traceurs visibles, tels que
des particules solides (débris végétaux, petits flottants, etc.), des bulles
ou des figures de turbulence soient advectés avec l'écoulement. La
LSPIV a été utilisée pour estimer des débits de rivières d'échelles très
différentes, des étiages aux fortes crues ainsi que pour améliorer les
courbes de tarage en régimes hydrauliques normaux. La LSPIV ne peut
être mise en oeuvre de nuit, en cas de brouillard, ou si des obstacles
ou salissures gênent le capteur (cf. Figure 4.10). En contrepartie de ces
limitations techniques, le matériel est peu coûteux et facile à déployer.
FIGURE 4.10 : CAMÉRA À JAUGAC SUR LE LIGNON, BASSIN
VERSANT DE L?ARDÈCHE (IRSTEA)
JAUGEAGE À L'ADCP (DREAL AUVERGNE-RHÔNE-ALPES)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer36
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
FIGURE 4.11 : ÉTAPES POUR UNE MESURE DE DÉBIT PAR ANALYSE
D?IMAGES (EDF-DTG)
Enregistrement d?image
Une séquence d?images horodatées de l?écoulement doit être
enregistrée. L?intégralité de la largeur de la rivière, autour de la section
d?intérêt, doit être visible sur les images. Un enregistrement stable
d?au moins 10 secondes doit être réalisé. La localisation, la date et
l?heure de l?enregistrement ainsi que la fréquence d'enregistrement
des images doivent être connues précisément. Un tronçon de rivière
avec un fond dur et stable qui sera peu modifié pendant la crue du
fait de l?érosion ou de la sédimentation est préférable. Les reflets,
scintillations et ombres portées sur la surface de l?eau sont à éviter. La
pluie et la neige ne sont pas un problème, du moment que l?objectif
reste propre.
Ortho-rectification
Une correction géométrique des images (ortho-rectification) est
nécessaire pour s'affranchir des effets de distorsion de perspective.
Afin de réaliser cette correction, des points remarquables doivent être
identifiés tels que du mobilier urbain, des bâtiments, des ponts, des
arbres caractéristiques, des rochers reconnaissables, etc. Ces points
doivent être clairement visibles sur les images, et leur position doit
pouvoir être relevée avec un appareil de topographie au moment de
la prise de vue, ou a posteriori. Cette seconde solution est à privilégier
afin de garantir la sécurité des agents. Il faut alors s?assurer que ces
points n?ont pas bougé entre le moment de la prise de vue et le
moment du relevé topographique.
Calcul du champ de vitesses de surface
Le déplacement des traceurs de l'écoulement sur les images ortho
rectifiées est calculé grâce à une analyse statistique en corrélation des
motifs. Connaissant la bathymétrie d'une section en travers et supposant
un modèle de distribution verticale de vitesses, l'estimation du débit
peut être déduite à partir du champ de vitesses LSPIV.
Les jaugeages par analyse d?images peuvent être conduits de façon
ponctuelle et mobile (caméra ou appareil photo déployé sur un trépied)
ou en station fixe (caméra fixée à demeure, type vidéo surveillance).
4.6.2 Radar de surface
Le radar vélocimétrique (SVR) est équipé d?un capteur qui émet des
impulsions électromagnétiques très courtes, et interprète ensuite le signal
retour pour déterminer une vitesse ponctuelle de surface (cf. Figure 4.12).
Pour que le retour de signal soit bon, la surface de l?écoulement doit
présenter une rugosité suffisante (vaguelettes, débris, turbulences). Les
variations de hauteur d?eau pendant les mesures sont à surveiller. Dans
certaines conditions de pluies fortes, le radar mesure la vitesse des gouttes.
Le vent peut également perturber le champ de vitesses de surface.
Cette technique est pratiquée le plus souvent depuis un pont
perpendiculaire à la rivière, en visant vers l?amont ou l?aval en fonction
de l?écoulement. Le côté qui semble le moins perturbé est à privilégier.
Il peut aussi être réalisé depuis une berge en veillant à bien mesurer
les angles de visée successifs. Pour explorer le champ de vitesses
de surface, le capteur est déplacé le long du pont par verticales
successives. Le capteur est incliné vers l?écoulement (typiquement
à 45°) mais cet angle peut varier suivant la configuration du site.
Dans tous les cas le fonctionnement de l?inclinomètre doit être
contrôlé et validé. L?utilisation d?un trépied de photographe permet
1. EN REGISTREMENT D'UNE SÉQUENCE D'IMAGES HORODATÉES
AVEC DES POINTS REMARQUABLES
2. ORTHORECTIFICATION DES IMAGES
3. MESURES
DES VITESSES
DE SURFACE
Chapitre 4 ? Jaugeage
37
un déploiement aisé de l?instrument. Vu la variabilité des débits de
crue, il est conseillé d?effectuer une première série de mesures dans
un sens puis une seconde en intercalant des verticales entre celles de
la première série.
4.6.3 Calcul du débit
Le champ de vitesses de surface est dépouillé avec un logiciel de jaugeage.
La bathymétrie réalisée avant ou après le jaugeage, et raccordée à la lecture
de l?échelle le jour du jaugeage est exploitée pour connaître la profondeur
au droit de chaque mesure. La vitesse de surface mesurée est pondérée
par un coefficient de vitesse. La valeur de ce coefficient peut être calculée Ã
partir de comparaisons de jaugeages sur le site, ou à partir de la norme ISO
748 qui propose des coefficients de 0,84 à 0,9 en fonction de la rugosité du
fond de la rivière. Le tableau 4.1 donne des indications complémentaires
pour le choix de ce coefficient.
4.6.4 Techniques historiques
L'exploration partielle du champ de vitesse peut être réalisée à partir des
vélocimètres classiques notamment les moulinets à partir d'un camion
jaugeur situé sur un pont ou d'une traille téléphérique. Si le temps
d'exposition des personnels et du matériel aux risques liés à l?entraînement
du matériel immergé par les corps flottants s'en trouve considérablement
réduit lors des crues, il n'en est pas pour autant totalement annulé. Elle n'est
donc plus à privilégier. Le flotteur et le chronomètre restent des instruments
de dernier recours pour mesurer les vitesses de surface. La technique de
jaugeage au flotteur est décrite dans le guide technique - Police de l?eau :
« Contrôle des débits réglementaires » (Le Coz et al. 2011).
FIGURE 4.12 : DEUX TYPES DE RADAR DE SURFACE : LE SVR
STALKER PRO II (EDF) ET LE SVR (DECATUR) (IRSTEA)
TABLEAU 4.1 : INDICATIONS DE COEFFICIENTS DE VITESSE EN
FONCTION DU TYPE D?ÉCOULEMENT
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer38
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Type d'écoulement Coefficient
de vitesse
Valeur par défaut (écoulement uniforme, rugosité
moyenne)
0,86
Valeur extrême basse : écoulement non uniforme,
torrents
0,60
Écoulement rugueux : faibles hauteurs d?eau, fond
rugueux, rivière de piémont
0,80
Valeurs usuelles 0,84 ? 0,88
Écoulement lisse : fortes hauteurs d?eau, fond lisse,
canaux bétons, grands fleuves
0,91
Valeur extrême haute : écoulement non uniforme,
influence d?un ouvrage
1,20
4.7. Dilution d'un traceur
Cette méthode de mesure offre une alternative intéressante aux méthodes
de mesure classiques par exploration du champ des vitesses, lorsque la
section des cours d?eau varie rapidement, lorsque la turbulence est forte, ou
encore lorsqu?il est dangereux de procéder selon les méthodes classiques
notamment lors des crues.
Couramment utilisée en zone de montagne, son utilisation pourrait être
étendue à d?autres secteurs géographiques répondant à ces critères.
La bonne qualité des jaugeages qui en ressort et les conditions de mise
en oeuvre plus sécurisantes que certaines méthodes par exploration en
profondeur du champ des vitesses constituent certains de ses avantages.
!POINT D?ATTENTION
4.7.1 Principe
Cette méthode repose sur un principe universel de la physique : la
conservation de la masse. Il existe deux méthodes de jaugeages par
dilution : par injection à débit constant et par injection instantanée (appelée
également méthode globale). Le principe de base consiste à injecter un
traceur en solution en un point du cours d?eau, et à contrôler l?évolution de la
concentration de ce traceur dans une section située à l?aval. Quelle que soit
la méthode utilisée, les trois conditions suivantes doivent être respectées :
? le régime de la rivière doit être permanent pendant toute la durée
de la mesure ;
« PREMIER JAUGEAGE PAR DILUTION » OEUVRE DE JEAN THIEBAUX (ORSTOM ET EDF-DTG)
? il ne doit y avoir ni perte ni apport de traceur entre les points d?injection
et de prélèvement ;
? la condition de bon mélange doit être vérifiée : la concentration de la
solution injectée doit être uniforme sur la largeur de la rivière au point
de prélèvement.
En cas d?apports intermédiaires entre le point d?injection et le point de
prélèvement, le débit mesuré est représentatif du débit au point de
prélèvement.
4.7.2 Types de traceurs utilisés
Les traceurs utilisés par les hydromètres français sont les traceurs fluorescents
(Rhodamine Water Tracing et l?uranine-fluorescéine) et le NaCl (sel de
cuisine fin permettant une bonne dissolution). Si le principe reste le même
quel que soit le traceur utilisé, le mode opératoire et le matériel mis en
oeuvre diffèrent. Du fait de la simplicité de sa mise en oeuvre, l?utilisation du
NaCl est la plus répandue, mais la gamme de débit mesurable est limitée
(inférieure à 1 m³/s) pour des raisons pratiques (masse de sel à dissoudre
et injecter). Pour les débits moyens et forts, les traceurs fluorescents doivent
être mis en oeuvre.
Lors de l?achat des traceurs, il est indispensable de demander aux
fournisseurs la fiche de sécurité du produit. Celle-ci permet aux agents de
prendre connaissance des précautions à suivre pour eux-mêmes (port des
équipements de protection individuel) et pour le milieu (concentration Ã
respecter).
Chapitre 4 ? Jaugeage
39
4.7.3 Méthode par injection à débit constant
Une solution de concentration C1 d?un traceur est injectée à débit constant q
dans une section située à l?entrée du bief de mesure. Dans une section située
à l?aval de ce bief, la concentration est mesurée pendant un temps suffisant
et en un nombre de points suffisants, pour permettre de vérifier d?une part,
qu?un bon mélange est obtenu, et d?autre part que la concentration C2
atteint une valeur constante. Si tout le traceur injecté passe dans la section
d?échantillonnage, le débit du traceur au point d?injection est égal à celui
qui traverse la section d?échantillonnage :
Comme C1 >> C2, on peut en déduire :
4.7.4 Méthode par injection instantanée (cf. Figure 4.13)
L?injection instantanée en un point A d?une rivière, d?un volume V [m³] d?une
solution contenant un traceur à une concentration C1 permet de connaître le
débit Q [m3/s] de cette rivière en mesurant la concentration C2 du traceur
en un point B durant le temps T [secondes] de passage du nuage :
C?2 : concentration moyenne du traceur au point B pendant le
temps T.
C?2 est déterminée par une mesure en continu de la concentration
instantanée C2, avec une fréquence d?échantillonnage de quelques
secondes, à adapter en fonction de la durée de passage du nuage.
4.7.5 Mise oeuvre sur site
La méthode de mesure par injection à débit constant reste complexe Ã
mettre en oeuvre, notamment du fait de la logistique associée au matériel
d?injection. Le choix est donc fait de ne décrire que le mode opératoire de
la méthode par injection instantanée (traceurs fluorescents et NaCl).
Les appareils de mesure mis en oeuvre avec les traceurs fluorescents et le
NaCl sont respectivement des fluorimètres et des sondes de conductivité.
Comme tout appareil de mesure, ils doivent être manipulés avec précaution
et faire l?objet de vérifications périodiques, notamment concernant la
justesse de la mesure de la température.
Afin de réduire les incertitudes de mesure, les appareils doivent être ajustés
sur site, avec l?eau de rivière, dans la gamme 0-50 µg/l pour les fluorimètres
et 0-100 mg/l pour les sondes de conductivité, en mettant en oeuvre un
protocole par ajouts dosés.
Une fois l?ajustage du ou des appareils réalisé, ceux-ci sont disposés en
différents points de la section par répétition de la mesure avec une sonde
ou avec plusieurs sondes en simultané. La réalisation des deux mesures
en rive gauche et rive droite de la section de mesure, doit se faire dans
l?écoulement, en évitant les zones d?eau morte ou de remous trop
importants. Le choix du point d?injection doit tenir compte de la longueur
de bon mélange. Certaines formules empiriques permettent d?avoir une
estimation de cette longueur. Cependant, il est préférable de la déterminer
par approche expérimentale, en réalisant une injection de fluorescéine.
L?examen visuel de la dispersion du colorant permet de déterminer s?il y a
des zones d?eau morte, et constitue une première indication sur la distance
minimale qui doit séparer les points d?injection et de prélèvement. Après
avoir bien mélangé la solution pour éviter la stratification du produit, celle-ci
peut être versée dans une veine d?eau rapide permettant un bon mélange,
en évitant les zones de ralentissement et de contre-courant. Bien rincer le
contenant afin d?être sûr d?injecter tout le produit. La quantité de traceur
à injecter est déterminée en tenant compte de la concentration moyenne
visée au point de prélèvement : 10 µg/l pour les traceurs fluorescents et
5 g/l/s pour le NaCl. Elle dépend donc du débit, du temps de passage du
0
10
20
30
40
50
Nuage d?injection
Concentration moyenne
Ajustage par
ajouts dosés
Contrôle de
l'ajustage après
la mesure
Bruit de fond
M
es
ur
e
de
fl
uo
re
sc
en
ce
(p
pb
)
Heure de mesure
15:00 15:30 16:00
FIGURE 4.13 : À GAUCHE : INJECTION INSTANTANÉE DU TRACEUR RHODAMINE WT ; À DROITE : ENREGISTREMENT DE LA CONCENTRATION
AU COURS DES DIFFÉRENTES PHASES DE LA MESURE (AJUSTAGE DES FLUORIMÈTRES, MESURE DU BRUIT DE FOND ET PASSAGE DU NUAGE
D?INJECTION), (EDF-DTG)
qC
1
= (Q+q)C
2
Q = q
C
2
C
1
Q = =
VC
1
VC
1
C'
2
T?C
2
.dt
Équation 4.4 :
Équation 4.5 :
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer40
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
nuage et de la teneur naturel en traceur du cours d'eau.
Lors du dépouillement de la mesure, qui doit être réalisé sur site, s?assurer
que les conditions suivantes sont vérifiées :
? l?écart entre les valeurs de débit issues de chacun des deux appareils
doit être inférieur à 10 %. La valeur de débit retenue est alors la moyenne
des deux mesures. Dans le cas contraire, la mesure est considérée comme
non représentative. La raison la plus probable étant que la distance de
bon mélange n?a pas été atteinte. La mesure doit alors être réitérée, en
augmentant la distance entre l?injection et le prélèvement ;
? la fluorescence mesurée doit avoir une valeur maximale comprise entre
10 et 50 µg/l, ou bien la concentration en sel doit atteindre au moins 15
mg/l de plus que la concentration initiale de la rivière. Dans le cas contraire,
réitérer la mesure en adaptant la quantité de produit injectée.
4.8. Incertitudes associées aux jaugeages
Un résultat de mesure doit s?exprimer avec une incertitude et un
intervalle de confiance. L'évaluation de l?incertitude est précieuse à la
fois pour le producteur des données hydrométriques (pour le tracé de
la courbe de tarage par exemple, cf. chapitre 5) mais également pour
l?utilisateur de la donnée pour qu?il puisse prendre des décisions en
tenant compte de ces incertitudes (dimensionnement d?un ouvrage
hydraulique, par exemple). Pour estimer cette incertitude, le jaugeur
doit bien connaître le processus de mesure, être conscient des limites
des conditions de déploiement du matériel et maîtriser les calculs qui
vont lui permettre de fournir un résultat.
L'affichage des incertitudes constitue un point d?amélioration
important pour les équipes d?hydrométrie et doit être une de leurs
priorités. Si les bonnes pratiques décrites dans ce guide sont une base
commune visant à réduire une partie des incertitudes13, elles doivent
s?accompagner d?un suivi rigoureux des équipements : maintenance
des instruments, étalonnage par des laboratoires accrédités, contrôles
internes ou inter-organismes réguliers lors d?intercomparaisons et
traçabilité de la « vie » des instruments.
Pour chaque étape du processus de mesure, le jaugeur doit s'efforcer
de limiter les erreurs systématiques (biais de mesure) pour que ne
s?expriment que des erreurs aléatoires (incertitudes). La combinaison de
ces incertitudes va permettre d?exprimer une incertitude sur le résultat
final, « élargie » pour couvrir un intervalle à un niveau de confiance
donné (généralement 95 %). Cette approche générale décrite par le
guide pour l'expression de l'incertitude de mesure (GUM), est appelée
approche par propagation d?incertitude, et son point de départ est le
modèle (l?équation ou le calcul) qui permet de représenter le processus de
mesure et l?ensemble des corrections apportées aux différentes erreurs.
4.8.1 Exploration quasi complète du champ des vitesses ? Perche
et saumon
Les méthodes proposées par la norme ISO 748, l?USGS (méthode IVE), Irstea
(méthode Q+) et EDF (méthode FLAURE) sont autant de déclinaisons du
GUM pour les jaugeages au courantomètre. La méthode ISO 748 n'était pas
recommandée par la Charte Qualité de l'hydrométrie en 1998 car les auteurs
considéraient, non sans raison, qu'elle donnait trop de poids aux nombres
de verticales et pas suffisamment à la géométrie du chenal d'écoulement.
Les méthodes Q+ et FLAURE se sont attachées à lever cet écueil tout en
reprenant la formulation générale de l'ISO. Une comparaison effectuée sur
plus de 3000 jaugeages est présentée figure 4.14.
4020 8060 100
Flaure
Q+
0
5
10
15
20
25
30
% de la population des jaugeages
In
te
rv
al
le
d
e
co
nfi
an
ce
a
u
se
ui
l d
e
95
%
FIGURE 4.14 : DISTRIBUTION DES INCERTITUDES POUR 3 185 JAUGEAGES AU MOULINET CALCULÉES SELON DEUX MÉTHODES Q+ ET FLAURE
(DESPAX ET AL, 2016)
L'examen de la figure montre que l'assertion formulée par les auteurs de 1998 n'était pas dénuée de fondement puisqu'ils affirmaient que « 80 % des jaugeages
sont réalisés à mieux que 6 % ».
Chapitre 4 ? Jaugeage
13. Choix du site, de la section, de la technique de jaugeage, des points de mesure, etc.
41
L?autre approche d?estimation des incertitudes, de plus en plus courante
en hydrométrie est l?approche expérimentale par essais inter-laboratoires
(Norme ISO 5725), appelés également « intercomparaisons » (cf. Figure
4.15). Elle consiste à comparer les résultats de mesure obtenus par
plusieurs équipes déployant des instruments de même type avec un
protocole identique pour mesurer un même débit, supposé constant
pendant les essais. Une analyse statistique des résultats permet
d?obtenir une incertitude sur la méthode employée dans des conditions
de répétabilité et de reproductibilité données. Le résultat d?incertitude
obtenu peut être transposable aux mesures réalisées dans les mêmes
conditions, selon des critères d?analogie à définir. Le guide pratique
pour la réalisation d?intercomparaisons de mesures de débit en rivière
(Bertrand et Besson, 2016) présente la démarche pour préparer, réaliser
et analyser une campagne.
4.8.2 Exploration quasi complète du champ des vitesses ? ADCP
La figure 4.16 permet de comprendre le principe de la méthode
d?intercomparaisons qui estime l'incertitude des jaugeages pour un
site donné.
L'application de la méthode des intercomparaisons reste attachée
à un site. Une méthode sur sa généralisation par analogie est en
cours d'élaboration. Toutefois, pour un jaugeage avec un appareil
ADCP et quand la mesure est effectuée dans de bonnes conditions
d'écoulement, l'incertitude au seuil de confiance de 95 % peut
être estimée entre 5 et 7 %. Si les conditions sont moins bonnes
(turbulences notamment), cette incertitude peut être largement
supérieure et dépasser les 10 %.
!POINT D?ATTENTION
FIGURE 4.15 : INTERCOMPARAISONS SUR L?OUVÈZE (IRSTEA)
4.8.3 Exploration partielle du champ des vitesses
Vu les hypothèses réalisées sur la stabilité de la bathymétrie des profils
et sur la distribution verticale des vitesses, l?incertitude des jaugeages
par analyse d?images peut difficilement être inférieure à +/-15 % au
seuil de confiance de 95 %.
Le débit final déterminé par la méthode du radar vélocimétrique de
surface est entaché d?une forte incertitude, de l?ordre de 20 %. En effet
l?hypothèse d?une bathymétrie stable et l?estimation du coefficient
de vitesse induisent des incertitudes significatives sur les résultats de
mesure. Cependant ce type de mesure en crue apporte une information
très importante sur les hauts débits et par conséquent sur la qualité de
l?extrapolation des courbes de tarage (cf. chapitre 5).
La technique des flotteurs reste celle qui produit un résultat dont
l'incertitude est la plus forte. Elle est estimée à 30 % au minimum et
peut atteindre 50 % dans les cas les plus défavorables.
4.8.4 Dilution
Dans le cas de la méthode par injection globale, l?incertitude sur le débit est
portée par les incertitudes sur la quantité de traceur injectée puis mesurée
(concentration moyenne C?2 au point de prélèvement) et sur le temps T.
L?incertitude sur la mesure de la concentration moyenne est dépendante
du soin de l?opérateur pour réaliser la solution d?ajustage (dans le cas de la
mesure avec les traceurs fluorescents) et de la linéarité de la réponse des
appareils de mesure. Au seuil de confiance 95 %, l?incertitude finale de la
mesure est de l?ordre de 6 % dans le meilleur des cas (Perret et al., 2012).
Dans le cas de la méthode par injection à débit constant, une analyse
effectuée sur 84 jaugeages a montré que l'incertitude au seuil de confiance
de 95 % peut être comprise entre 4 et 5 % (Morlot, 2014).
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer42
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
0 2 4 6 8 10
2
4
6
In
ce
rti
tu
de
é
lar
gi
e
en
% 8
12
10
Nombre de transects moyennés
1 ADCP Site PY homogène
2 ADCP Site GE hétérogène
1 ADCP Site GE hétérogène
2 ADCP Site PY homogène
FIGURE 4.16 : RÉSULTAT D?INTERCOMPARAISONS POUR 2 SITES DU RHÔNE (LE COZ ET AL, 2016)
Deux sites sont identifiés : GE et PY. Les deux sites sont
différents du point de vue des conditions d'écoulement
mais le même débit y transite. Au point GE, l'écoulement est
hétérogène car situé très près du canal de fuite des turbines
d'une usine hydroélectrique alors qu'au point PY, l'écoulement
est homogène. Si le nombre d'instruments comparés et
les traversées augmentent, les incertitudes sur la mesure
sont réduites. Ainsi, pour le site GE, avec un seul appareil,
l'incertitude estimée au seuil de 95 % pour 6 traversées
vaut 8,5 % environ et un peu plus de 6 % avec 2 appareils.
Pour le site PY et pour un nombre identique de 6 traversées
moyennées, l'incertitude est ramenée à moins de 5 % avec
un appareil utilisé et à 4 % environ avec 2 profileurs. Les
incertitudes estimées pour le site PY sont plus faibles que pour
GE dans des conditions identiques (nombre de capteurs et
nombres de traversées). Ce sont les conditions perturbées de
l'écoulement qui pénalisent les mesures sur le site GE. Ainsi, la
méthode d'intercomparaisons permet d'exprimer des sources
d'incertitudes d'origine hydraulique.
4.9. Récapitulatif des différentes techniques de jaugeage
Le tableau 4.2 synthétise des éléments chiffrés et qualitatifs sur les
différentes techniques de jaugeages présentés dans ce chapitre. Il a
pour objectif de préciser les conditions d'utilisation des différentes
techniques de jaugeage en fonction des situations rencontrées sur
le terrain et à choisir des matériels adaptés lors de l?acquisition ou
du renouvellement des matériels. Les éléments chiffrés donnent des
ordres de grandeur qui ne peuvent prendre en compte l?ensemble des
cas particuliers rencontrés. Les matériels de jaugeage (composants,
précision, gamme/conditions d?utilisation, coût) évoluant rapidement
ces dernières années, il est essentiel de veiller à actualiser ces
informations techniques auprès des constructeurs et de la communauté
des hydromètres.
4.10. L?essentiel
? Pour l'exploration du champ des vitesses, le choix d?une bonne
section de jaugeage est le préalable à une mesure de qualité.
L?utilisation d?une technique de jaugeage, aussi élaborée et/ou
performante soit-elle, sur une section inadaptée ne permet pas la
réalisation d?une mesure satisfaisante.
? Les différentes méthodes de jaugeages décrites ne sont pas
exclusives les unes des autres mais complémentaires. Le recours à telle
ou telle technique doit se faire au regard des conditions hydrauliques
et de l?environnement de la mesure. La maîtrise de plusieurs d?entre
elles constitue donc la meilleure garantie pour réaliser de bonnes
mesures dans des configurations variées.
? Parmi ces méthodes, l?adaptation aux mesures en rivière des ADCP, Ã
la toute fin de XXe siècle, a constitué un tournant majeur pour la pratique
du jaugeage. Son usage s?est étendu en moins d?une vingtaine d?années
à la quasi-totalité des équipes françaises. Au-delà des avantages que
cette nouvelle famille d?appareils procure pour la mesure elle-même,
elle a déjà contribué à améliorer les conditions d?intervention en crue en
évitant l?intrusion de matériel dans la profondeur de l?écoulement et en
réduisant fortement la durée du jaugeage.
? En période de crue, les conditions hydrauliques ne permettent pas toujours
la mise à l?eau d?appareils. Compte-tenu de la rareté de ces événements,
une mesure simplifiée par exploration du champ des vitesses de surface,
facilitée grâce à des nouvelles technologies, représente toujours un meilleur
résultat qu?une absence de mesure. Ce type de mesures non intrusives,
constitue également une alternative de jaugeage préservant la sécurité
des jaugeurs dans des conditions parfois dangereuses.
? La maîtrise de tous ces processus de mesure et de leurs incertitudes
forme un axe de progrès qui reste encore largement à explorer, pour tenter
de les réduire et pour qu'à chaque résultat de mesure soit associée une
incertitude munie d'un intervalle de confiance. L?organisation régulière
d?intercomparaisons regroupant différentes équipes de jaugeurs sur un
même site contribue à cet objectif.
? À l'heure où les échanges et le partage d?expérience à distance sont
facilités, la communauté des jaugeurs constitue une réelle richesse Ã
valoriser dans un domaine technique jonglant en permanence entre les
savoirs-faire traditionnels et de nouveaux outils technologiques. Le groupe
Doppler Hydrométrie, actif depuis 2005, contribue à faire vivre cette
communauté.
Chapitre 4 ? Jaugeage
43
TABLEAU 4.2 : RÉCAPITULATIF DES DIFFÉRENTES TECHNIQUES DE JAUGEAGE
Moulinet Courantomètre
acoustique
Courantomètre
électro-
magnétique
Profileur
acoustique
(ADCP)
Radar
de surface
Caméra
(LSPIV) Dilution
Mesurandes
Mesure
ponctuelle de la
composante de
vitesse Vx
Mesure ponctuelle
des composantes de
vitesse Vx, Vy et Vz
(cf. Figure 4.1)
Mesure ponctuelle
de la composante
de vitesse Vx
(cf. Figure 4.1)
Mesure sur un
profil vertical des
composantes de
vitesse Vx, Vy et Vz
(cf. Figure 4.1)
Mesure ponctuelle
de la composante
de vitesse Vx
en surface (cf.
Figure 4.1)
Mesure
spatialisée des
composantes de
vitesse Vx et Vy
en surface
(cf. Figure 4.1)
Fluorescence ou
conductivité
Gamme
d'utili-
sation
Vitesse
0,5 Ã 5 m/s (Ã
condition de
disposer d'un panel
d'hélices étendu et
de pouvoir monter
les hélices sur un
saumon)
0 - 2 m/s Ã
0 - 4 m/s selon
matériel
0 - 2,5 m/s
à 0 - 6 m/s selon
matériel
0,05 Ã 5 m/s 1 Ã 10 m/s
1 Ã pas
de limite
supérieure
Toutes
Hauteur
Toutes (Ã
condition de
pouvoir monter
les hélices sur
un saumon)
Restreint aux rivières et conditions
jaugeables à pied (cf. Figure 8.1)
De 0,5 m Ã
plusieurs dizaines
de mètres selon
modèles
Toutes Toutes Toutes
Autres conditions
d'utilisation
Écoulements
fluviaux
Écoulements
fluviaux
Écoulements
fluviaux
Écoulements
fluviaux
Nécessité de vaguelettes, de
turbulences, de débris en surface
Écoulements
présentant
suffisamment
de turbulences
pour assurer le
bon mélange
Limites
d'utilisation
Perturbé par
végétation
aquatique
Perturbé par
les micro-bulles
Perturbé par
la présence
de masses
métalliques Ã
proximité
Perturbé par les
micro-bulles
Perturbé par le
vent (ride de
surface) et la
pluie forte
Pas de mesure
de nuit ou en
cas de fort
brouillard
Absorption
des traceurs
fluorescents par
les MES : mesure
pas toujours
possible en crue
Impossibilité
parfois de jauger
par fortes vitesses
même avec un
saumon (rebond
sur la surface)
Impossibilité de jauger des rivières
importantes ou de jauger en crue
Perturbé par
végétation
aquatique
Mesures complémentaires
nécessaires (bathmétrie,
distribution verticale des vitesses)
Nécessité de
disposer d'un
panel élargi
d'hélices
Compas perturbé
par la présence
de masses
métalliques Ã
proximité
Ne prend pas en compte
l'éventuelle modification
temporaire des fonds en crue.
La solubilité du
sel rend difficile
la mesure des
débits important
(> quelques
m3/s) même
si certains
constructeurs
annoncent
50m3/s.
Stockage, transport,
entretien exigeant
des pièces
mécaniques
L?eau doit présenter
des matières en
suspension (ne
fonctionne pas en
eau trop pure). Mais
le signal peut être
atténué par des
eaux très chargées
(mesures pas
toujours possibles
en crue)
Impossibilité
de jauger les
petites rivières en
basses eaux
Sensible au fond
mobile en crue
(avec possibilité
de correction)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer44
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? AFNOR (2009) - Hydrométrie - Mesurage du débit des liquides dans
les canaux découverts au moyen de débitmètres ou de flotteurs. Norme
NF EN ISO 748
? Baumgarten (1847) Notice sur le moulinet de Woltmann, destiné Ã
mesurer les vitesses de l'eau, sur son perfectionnement et les expériences
faites avec cet instrument. Annales des ponts et chaussées (1847 volume 2
p. 326 - 374)
Moulinet Courantomètre
acoustique
Courantomètre
électro-
magnétique
Profileur
acoustique
(ADCP)
Radar
de surface
Caméra
(LSPIV) Dilution
Incertitude
relative
7 Ã 15 % 5 Ã 10 % 15 Ã 20 % 3 Ã 10 %
Dans des conditions bien adaptées : 5 à 10 %
Dans des
conditions bien
adaptées : 5 %
Dans des
conditions bien
adaptées :
3 Ã 5 %
Degré de
technicité requis Moyen Moyen Moyen Fort Fort Fort Fort
Sécurité
Lorsque la vitesse du courant est faible, inférieure Ã
0.5 m/s, la hauteur limite vaut 1 mètre environ. Lorsque la
vitesse est forte, supérieure à 1.5 m/s, la hauteur limite est
inférieure à 0.30 mètre (cf. Figure 8.1)
Depuis un pont
en crue : risque
d'interception de
flottants moindre
qu'au saumon +
moulinet mais
toujours existant
Risques très réduits en crue Risques réduits
en crue
Déploiement par
saumon nécessite
de l'attention et
de la prudence en
crue (interception
de flottants)
Risque lié à la
navigation sur
fleuves en crue
si déploiement
depuis un bateau
(méthodes non intrusives, pas
d'intervention dans l'écoulement,
ni à proximité immédiate)
(méthode non
intrusive, pas
d'intervention
dans
l'écoulement,
seulement Ã
proximité)
Attention Ã
la sécurité
des zones
d'injection et
de prélèvement
Exemple de
modèles (2016)
OTT ADC (OTT)
MFPro, Nautilus
(OTT)
StreamPro,
RioGrande, River
Ray, RiverPro (RDI)
SVR Pro II
(Stalker)
Tous types
de prises de
vue (appareils
photo, caméras)
GUN (Albilia)
SEBA
Flowtracker
(Sontek)
FloMate 2000
(Marsh Mc Birney)
S5, M9 (Sontek) SVR (Decatur)
TQ-Tracer
(Sommer)
BFM801 (Valeport) Qliner (OTT)
Salinomadd et
EasyFlow (Madd)
SensaRC2
(Hoskin)
FlowQuest
(LinkQuest)
EMC4 (Comectec)
Ordre de grandeur
prix HT (Valeur
2016)
2 000 ¤ -
10 000 ¤ selon le
nombre et le type
d'hélices et le
type de support.
Une traille
téléphérique peut
coûter beaucoup
plus cher.
10 000 ¤ 5 000 - 10 000 ¤ 10 000 - 40 000 ¤ 2 000 - 3 000 ¤ 2 000 ¤
5 000 -
10 000 ¤
Chapitre 4 ? Jaugeage
4.11. Références
? AFNOR (1994) - Mesure de débit des liquides dans les canaux
découverts. Méthodes de dilution en régime permanent utilisant des
traceurs. Norme NF ISO 9555 parties 1 Ã 4
? AFNOR (1994) - Exactitude (justesse et fidélité) des résultats et méthodes
de mesure. Norme NF ISO 5725
45
? Bertrand X., Besson D., Guide pratique. Intercomparaions de mesures de
débits en rivière, Cerema, Schapi, 2016.
? Despax A., Perret C., Garçon R., Hauet A., Belleville A., Le Coz J., Favre AC.
Considering sampling strategy and cross-section complexity for estimating
the uncertainty of discharge measurements using the velocity-area method.
[Revue] ? Journal of hydrology 533 (2016) p 128-140.
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? Dramais G., Le Coz J., Le Boursicaud R., Hauet A., Lagouy M. - 2014.
Jaugeage par radar mobile, protocole et résultats. Houille Blanche-Revue
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? Hauet Alexandre [et al.] Méthodes innovantes pour la mesure des
débits fluviaux en continu : profileur Doppler fixe horizontal (H-ADCP) et
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et incertitudes. - Paris : [s.n.], 2008.
? Hauet A., Estimation de débit et mesure de vitesse en rivière par Large-
scale particle image velocimetry [Revue] // La Houille Blanche. - [s.l.] : SHF,
2009. - 1. - DOI 10.1051/lhb:2008085.
? Hauet A., Estimation de débit et mesure de vitesse en rivière par Large-
Scale Particle Image Velocimetry [Livre] - Grenoble : Institut National
Polytechnique de Grenoble, 2006.
? ISO/CEI GUIDE 98-3 : 2008 ? Incertitude de mesure ? Partie 3 : Guide pour
l?expression de l?incertitude de mesure (GUM : 1995).
? ISO/TR (1993) ? Mesure de débit des liquides dans les canaux découverts ?
Longueur de bon mélange d?un traceur ? Rapport Technique ISO/TR 11656.
? Le Coz, J., Pierrefeu, G., Saysset, G., Brochot, J.-F, Marchand, P. (2008)
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? Le Coz J., Camenen, B., Dramais G., Ribot-Bruno J., Ferry, M.,
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de l?article L.214-18 du Code de l?environnement. Guide technique
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of Hydraulic Engineering, 142(7), 04016011, DOI:10.1061/(ASCE)HY.1943-
7900.0001109.
? Morlot T. (2014) La gestion dynamique des relations hauteur-débit
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[Thèse] ? Grenoble: Institut National Polytechnique de Grenoble.
? Perret C., Hauet A., Parrel D., Saysset G., Vignon P., Schnegg P. - 2012.
Le réseau d?observation hydroclimatologique de montagne d?EDF.
État des lieux. Mesures de débit par dilution d?un traceur fluorescent.
Houille Blanche-Revue Internationale de l?eau, n° 3, p.18-25.
? Rateau M., Expérience et théorie sur le tube de Pitot et sur le moulinet
de Woltmann (Hydromètres et anémomètres) Annales des mines (1898
série 9 volume 13 p. 331).
? Welber M., Le Coz J., Laronne J., Zolezzi G., Zamler D., Dramais G.,
Hauet A., Salvaro M., Field assessment of non-contact stream gauging
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(2015, in revision).
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer46
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2014/03/lhb2014025.pdf
http://www.eaufrance.fr/observer-et-evaluer/etat-des-milieux/rivieres-et-lacs/hauteurs-et-debits
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2009/03/lhb2009036.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2009/01/lhb2009009.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2012/03/lhb2012018.pdf
Courbe
de tarage
D
ans le processus d'élaboration de données de
débit qui va de la mesure des hauteurs d?eau
à l'archivage des données de débit, l'étape qui
consiste à construire et à gérer la courbe de tarage
est sans conteste celle où l'interprétation humaine est
maximale. Elle est donc à l'origine d'incertitudes difficiles
à évaluer pesant fortement sur la qualité du débit
annoncé car il ne s'agit plus d'une « simple » mesure,
mais de l'élaboration d'un modèle et de son calage avec
des observations (jaugeages, observations du terrain).
Cette étape, au coeur du travail de l'hydromètre, est celle
où il peut exprimer tout son savoir-faire et toute son
expérience. Il doit donc y consacrer le temps nécessaire
pour une élaboration réfléchie. Construite à partir des
couples hauteur-débit (résultats des jaugeages) et de la
connaissance du comportement hydraulique de la rivière
au point de mesure, la courbe de tarage est la traduction
graphique et mathématique de la relation physique entre
hauteur d'eau et débit, pour un site donné. Si le tracé
dans la gamme courante est parfois complexe à réaliser,
c?est surtout aux extrémités de la courbe que les plus
fortes incertitudes demeurent, car les jaugeages y sont
plus rares, voire inexistants.
La relation physique entre hauteur et débit est variable
dans l'espace (cf. chapitre 2) et dans le temps, ce qui
implique que la courbe de tarage doit être reconsidérée
régulièrement.
La courbe de tarage est le principal élément qui détermine
la qualité d?une station. Une « bonne » courbe de tarage
est une courbe :
? bien échantillonnée (jaugeages bien répartis et
suffisants en nombre), sur une gamme adaptée Ã
l?évolution du site et à la variabilité des débits ;
? précise, présentant une faible dispersion des jaugeages
autour de la courbe de tarage ;
? univoque, associant un débit unique à chaque hauteur
considérée ;
? sensible, une petite variation de débit (en pourcentage)
entraîne une variation notable de la hauteur mesurée
par rapport aux incertitudes de mesure du limnigramme
(cf. § 2.3) ;
? documentée et justifiée avec des arguments physiques
et métrologiques, qui permettent la critique et les révisions
ultérieures particulièrement pour les extrapolations des
débits extrêmes.
La gestion des courbes de tarage comporte trois phases
essentielles :
? l?acquisition de données physiques de terrain
(topographie, conditions d?écoulement, jaugeages) ;
? la construction de la courbe ;
? le suivi des courbes successives (évolutions,
modifications, corrections).
À chacune de ces phases, des erreurs grossières peuvent
se glisser. La cohérence globale, à la fois sur les débits,
les vitesses moyennes et les sections mouillées, doit
être vérifiée. Toute modification (dans le temps ou dans
la relation elle-même) doit être justifiée par une cause
connue, identifiable sur le terrain, et repérée dans le
temps de façon suffisamment précise.
Une courbe de tarage caractérise un site donné, et n'est
pas transposable dans l'espace. Elle est valable pendant
une période donnée, fixée par des limites connues dans
le temps.
5.1. Acquisition des données physiques
Il s?agit des jaugeages et des données topographiques. Les
modalités de jaugeage ont été décrites au chapitre 4. Seules
quelques précisions pratiques sont fournies ci-après.?
ch
ap
itr
e
5
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
47
La fréquence des jaugeages doit permettre de cerner au plus près
la relation hauteur-débit et son évolution, d'avoir à disposition un
nombre de jaugeages représentatif de la plus grande gamme de
hauteurs possibles ainsi que des transitions entre les segments de la
courbe (liés au passage d?un type de contrôle hydraulique à l?autre)
et éventuellement d'autres phénomènes plus transitoires comme
l'hystérésis, l'influence aval variable ou la dynamique végétale par
exemple. Dans ces conditions, il est difficile de donner une règle
universelle pour adapter le nombre de jaugeages annuels. Certaines
stations qui bénéficient de très bonnes conditions, telles qu'un seuil
conçu pour la mesure et de conditions amont et aval peu ou pas
évolutives, ne nécessitent qu?un ou deux jaugeages de contrôle par an.
À l'opposé, les stations implantées sur des contrôles hydrauliques très
évolutifs doivent faire l'objet de plus de 10 jaugeages par an. Au-delà ,
la pertinence de la localisation de la station doit être questionnée. Pour
un réseau de mesure dont les stations sont réparties sur différents
terrains, un nombre moyen de 4 Ã 8 jaugeages par an et par station,
judicieusement répartis dans le temps et sur la gamme des hauteurs,
semble raisonnable.
Il est recommandé de vérifier sur le terrain, dès la fin du jaugeage, sa
position par rapport à la courbe de tarage en cours et les événements
susceptibles de la modifier, afin de décider d'une éventuelle
confirmation immédiatement (nouvelle mesure). Un traitement
approfondi est ensuite réalisé rapidement.
Toutes les remarques sur les conditions d'écoulement doivent
également être consignées et associées au jaugeage, afin de
faciliter le traitement approfondi ou le retraitement ultérieur. C'est
particulièrement indispensable pour les jaugeages de crue, dont les
conditions pourraient ne pas se représenter par la suite. Des photos de
la station et du linéaire amont et aval peuvent être utiles.
Les méthodes et logiciels de construction et de gestion des courbes
de tarage actuels permettent l?utilisation plus aisée d'éléments
théoriques hydrauliques pour l'établissement de la courbe de tarage
mais nécessitent une connaissance approfondie de la station et de
ses alentours. Une reconnaissance visuelle des contrôles hydrauliques
pour différentes hauteurs peut suffire. En cas de doute ou de recours
à la modélisation hydraulique (cf. § 5.2.3), le recours à des mesures
topographiques14 peut être nécessaire. Dans le cas des contrôles
hydrauliques par seuil, les relevés topographiques permettent
d'accéder à la connaissance du h0 (cf. chapitre 2, équation 2.3). Il est
important que ces éléments soient récoltés, consignés dans le dossier
station (cf. § 3.3.2) et vérifiés régulièrement.
Courbe de tarage moyenne
Segment 1 a1 = 14.47 b1 = 2.12 H0 = 0.87
Courbe de tarage moyenne
0
10
20
30
40
0,5
0,2
1
2
5
10
20
50
1 1,5 2 2,5 1 1,5 2 2,5
Q(
m
3 /
s)
Q(
m
3 /
s)
h (m) h (m)
FIGURE 5.1 : EXEMPLE D'UNE COURBE DE TARAGE- LA MORGE À VOIRON, 53 KM2
La figure 5.1 donne un exemple de courbe de tarage élaborée pour une station selon deux représentations : coordonnées naturelles et
logarithmiques. La première permet de visualiser le modèle dans son ensemble sans déformation et la seconde permet de zoomer sur des
points particuliers. Les coefficients du modèle hydraulique selon l'équation 2.5 sont également indiqués. Le contrôle hydraulique unique de cette
station ne nécessite pas la mise en oeuvre de l'équation 2.6.
14. Profils en long pour repérer les sections de contrôle successives, profil en travers des sections de contrôle, éventuellement via un géomètre externe
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer48
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
5.2. Construction de la courbe de tarage
Qu'il s'agisse de la première courbe d'une station nouvellement
installée ou d'un changement de courbe sur une station ancienne,
la méthode de construction de la courbe de tarage reste identique.
Certaines étapes peuvent cependant être moins développées et
approfondies lors du changement de courbe.
Pour une ouverture de station, il est utile de vérifier s?il n'existe pas de
jaugeages anciens, antérieurs à la création de la station qui pourraient
être réutilisés. Il faut alors rendre l?échantillon homogène, ou bien
séparer les deux périodes si les raccordements ne sont pas réalisables
(référence différente pour la mesure des hauteurs, méthode de calcul
différente, autre site de mesure). Une nouvelle courbe se construit au
fur et à mesure des nouveaux jaugeages effectués, notamment pour
les débits extrêmes où des techniques d'extrapolation sont utilisées.
Pour un changement de courbe de tarage, les questions qui doivent
être posées sont :
? quelle est la date de changement de la relation hauteur-débit ?
? quelle gamme de débit le changement concerne-t-il ?
La construction de la courbe repose sur la connaissance des jaugeages
et du comportement hydraulique local de la rivière (contrôles). Dans la
méthode historique, encore la plus répandue, la courbe est construite Ã
partir des jaugeages, et les contrôles hydrauliques sont utilisés comme
vérification (c?est la méthode décrite ci-après). Les approches BaRatin
(Le Coz et al., 2013) et GesDyn (Perret et al., 2013) reposent sur l'étude
du (ou des) contrôle(s) hydraulique(s) qui permet d'induire la forme
du modèle de courbe de tarage, les jaugeages permettant quant Ã
eux de caler les coefficients du modèle.
Les débits « temps réels » pour la prévision des crues ou le suivi des
étiages sont de plus en plus demandés. La méthode historique demande
du temps, et n?est pas très adaptée à la construction ou mise à jour en
temps réel d?une courbe de tarage. Dans ce cas, une courbe temporaire
présentant des incertitudes plus importantes peut être proposée. Elle
est construite à partir du dernier jaugeage et fiabilisée ensuite par une
analyse approfondie. La communication des incertitudes liées à cette
courbe temporaire est encouragée.
5.2.1 Analyse des jaugeages
L?analyse des jaugeages doit porter sur un inventaire exhaustif des données
disponibles et sur une critique des données elles-mêmes.
En premier lieu, et si cela n'a pas déjà été fait, il faut s?assurer de disposer
de tous les jaugeages et observations disponibles au droit du site à tarer.
L?existence d?une fiche « historique de la station » facilite le travail.
Une liste des mesures est alors dressée. Elle doit contenir :
? les dates et heures de début et de fin de chaque mesure ;
? les hauteurs d?eau lues à l?échelle au début et à la fin de chaque mesure ;
? la hauteur enregistrée sur le limnigramme correspondant à la date et Ã
l'heure mentionnées pour la mesure ;
? le résultat de la mesure de débit ;
? les éléments géométriques de la mesure (section mouillée, largeur,
profondeur moyenne, etc.) si la méthode d'exploration du champ des
vitesses a été utilisée ;
? le mode opératoire et le matériel utilisé, ainsi que l?emplacement
précis de la mesure par rapport à la station (ne pas mentionner « section
habituelle ») ;
? les observations qualitatives diverses : mesure en montée ou en descente
de crue, incidents durant la mesure elle-même, changement notable des
conditions d?écoulement, etc. ;
? le nom des opérateurs ;
? éventuellement les vitesses moyennes calculées ;
? éventuellement le contrôle hydraulique actif (seuil, section, tronçon).
La validation des couples hauteur-débit débute par une analyse de
la concordance des hauteurs (lues lors de la mesure et relevées sur le
limnigramme) et la consultation des différents renseignements associés
aux jaugeages. Elle permet notamment de déceler des erreurs de date, de
station, ou plus simplement de transcription. Le choix de la (des) hauteur(s)
retenue(s) pour le jaugeage est important : préférer la hauteur lue à l?échelle
sauf cas particuliers (échelle illisible ou placée dans le ressaut). C?est cette
série de valeurs (hauteurs échelle limnimétrique/débits) qui doit servir à la
construction de la courbe.
De même, une analyse des variations géométriques, des modes opératoires
et des observations qualitatives permet de déceler d?éventuelles anomalies :
erreur de section, vitesses moyennes anormalement élevées ou faibles, etc.
La cohérence des valeurs doit être vérifiée : suite chronologique croissante,
forts débits pour les fortes hauteurs, faibles débits pour les faibles hauteurs,
similitude des conditions hydrauliques, etc. L?amplitude des valeurs
mesurées (en hauteurs et débits) doit être connue.
Une visualisation de l?ensemble des jaugeages peut permettre d?identifier
des jaugeages aberrants, Ã analyser plus finement via la fiche terrain ou
l?interview des opérateurs. Si l?erreur ne peut pas être corrigée, le jaugeage
doit être écarté ; ne pas oublier d?en laisser une trace en qualifiant le
jaugeage de « douteux ».
L?analyse chronologique des couples hauteur-débit doit ensuite être menée,
afin de détecter les anomalies ou particularités de l?échantillon à traiter.
Les observations liées à chaque mesure doivent être prises en compte
quand elles sont mentionnées. Sur une station ancienne, cette analyse
peut permettre de détecter des périodes où la relation hauteur-débit est
homogène voire de réutiliser une courbe ancienne, ou au contraire de
conclure que les jaugeages anciens ne sont plus réutilisables, notamment
les jaugeages réalisés en crue.
Cette analyse doit être complétée par la consultation du dossier station ou
de tout autre document qui est susceptible de mentionner des événements
modifiant profondément la relation hauteur-débit : construction d'ouvrage
(barrage, pont) au niveau de la station ou en aval, modification du champ
d'expansion des crues (digues, occupation du sol), déplacement de l?échelle
limnimétrique, etc.
Il existe des outils informatiques qui effectuent des analyses statistiques
basées sur des tests non paramétriques et qui aident à détecter des périodes
où la relation hauteur-débit est stable et à prendre en compte l'évolution
des conditions d'écoulement (cf. Figure 5.2).
5.2.2 Tracé de la courbe de tarage
Ce prétraitement étant fait, le tracé à proprement parler peut débuter. Il
est souhaitable qu'il soit effectué par (ou avec) la personne qui connaît
le mieux le site et son comportement hydraulique.
L?hydromètre cherche à tracer, dans un repère H-Q avec des axes
arithmétiques (ou semi-logarithmique, ou log-log) une courbe qui
passe « au mieux » par les jaugeages, en se concentrant sur certains
tronçons de courbe (faibles débits par exemple).
Il est courant de considérer une incertitude de l'ordre de 5 % autour de
la valeur des jaugeages, pouvant aller au-delà pour les débits extrêmes
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
49
(très faibles ou très forts). De même, sur les hauteurs, une marge
d'incertitude est admise. D'où l'intérêt de reporter des traits verticaux
et horizontaux représentant les incertitudes en débit et hauteur des
jaugeages.
Même en cas de révision de la courbe de tarage, il est souhaitable
de reporter l?ensemble des jaugeages, a minima ceux réalisés sur
une période significative (vie d'une échelle) ou la période identifiée
comme homogène à l'étape précédente. L'analyse chronologique
permet de décider de la prise en compte de jaugeages anciens et de
définir un intervalle de temps de validité grossière.
Le tracé d'une courbe de tarage avec des jaugeages issus de différentes
techniques peut permettre de découvrir un biais sur une mesure ou
une technique de mesure. Ce biais peut être dû à un appareil de
mesure défectueux ou à une application mal maîtrisée d'une méthode
de mesure.
Toute inflexion dans le tracé de la courbe de tarage doit pouvoir
s?expliquer par une réalité physique connue sur la section de contrôle :
débordement rive droite, rive gauche, seuil noyé, écoulement sous
une arche supplémentaire. C?est là que les relevés topographiques, la
connaissance fine du terrain et des conditions d?écoulement acquise
lors des jaugeages prennent toute leur importance. Il est conseillé
de tracer une courbe par tronçons (cf. équation 2.6), ce qui permet
de faire le lien entre allure (pente) et conditions hydrauliques (cf.
chapitre 2). Lorsqu?une courbe est définie ainsi, sa diffusion est facilitée
par l?utilisation du « barème de tarage », qui présente sous forme de
tableau le débit pour des hauteurs par pas de 1 cm (cf. Tableau 5.1).
Le bordereau des points, décrivant les points pivots, se présente alors sous
la forme :
La superposition sur un même graphe des différentes courbes est pleine
d?enseignements, en particulier pour définir les extrapolations. Sauf
modification majeure du lit, les différentes courbes doivent présenter une
allure générale semblable.
Il existe des outils informatiques d'aide au tracé des courbes de tarage. Ils
permettent d'évaluer visuellement les écarts de la courbe aux jaugeages
sélectionnés, de tenir compte des connaissances hydrauliques ou de terrain
de la station (section d'écoulement, contrôles hydrauliques) et de donner
des poids liés à la confiance et/ou à l'âge des jaugeages considérés. Le
logiciel associé à la méthode BaRatin trace automatiquement une courbe de
tarage à partir des jaugeages, de l'incertitude attribuée à chaque jaugeage
par l'opérateur et de considérations sur le fonctionnement hydraulique du
site (type de contrôle hydraulique par gamme de débit). Il mène à un tracé
par tronçons de courbes, avec des coefficients hydrauliquement réalistes et
permet d'en calculer les incertitudes par une approche bayésienne.
Certaines recherches s'orientent vers des méthodes dites « dynamiques »
du tracé des courbes de tarage. Elles reposent sur le constat que la
relation hauteur-débit est instable par nature. Cela va du très instable au
pratiquement stable en fonction des caractéristiques de l'écoulement et des
contrôles hydrauliques. Une hypothèse forte est alors formulée : chaque
jaugeage représente la meilleure estimation de la relation hauteur-débit
au moment où il a été réalisé, ce qui entraîne la construction d'une nouvelle
courbe après chaque jaugeage. La méthode GesDyn tente ainsi d'appliquer
un principe assez courant dans le monde de la mesure : réalisation d'un
contrôle (le jaugeage) auquel est affecté une incertitude, comparaison
au modèle proposé (la courbe de tarage en vigueur), réduction du biais
constaté par recalage du modèle (nouvelle courbe de tarage) et estimation
d'une nouvelle incertitude du modèle. Tous les jaugeages précédents sont
également pris en compte, avec une pondération qui diminue avec leur
ancienneté. La courbe est tracée à partir des jaugeages réalisés dans des
conditions hydrauliques analogues.
Cette méthode est très utile pour fournir une courbe de tarage « temporaire »
en temps quasi-réel suite à un nouveau jaugeage de crue aux utilisateurs
pressés tels que les prévisionnistes de crue ou gestionnaires d?ouvrages.
Elle peut également faciliter la gestion de changements progressifs ou
dans le cas d'un réexamen complet d'une chronique, aider à la détection
de changements brutaux que l'analyse chronologique n'aurait pas mis en
lumière.
TABLEAU 5.1 : EXEMPLE DE BARÈME DE TARAGE (POUR H = 14 CM, Q = 18,2 M³/S)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer50
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
H (cm) 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
0 1,17 1,24 1,58 2,40 3,34 4,40 5,56 6,83 8,19 9,64
10 11,2 12,8 14,5 16,3 18,2 20,1 22,1 24,2 26,4 28,6
20 30,9 33,2 35,7 38,2 40,7 43,3 46,0 48,7 51,5 54,4
...
TABLEAU 5.2 : EXEMPLE DE BORDEREAU
H Q H0 a b
19,9 0
26,5 0,001 19,9 4721E-08 1,6179
53,5 0,997 26,0 3133E-06 1,7387
116,6 3,99 30,7 3792E-05 1,0455
201,4 18,1 33,2 2974E-07 2,1490
5.2.3 Extrapolations aux extrémités
La relation Q = f (H) doit être définie sur tout l?intervalle de variation possible
des hauteurs, dans l?intervalle exploitable de la station. Cet intervalle doit au
moins couvrir les plus hautes eaux observées pendant la période et, si possible,
les plus hautes eaux historiques. Malheureusement, les hauteurs minimales
et maximales jaugées sont souvent assez éloignées de ces bornes. La courbe
de tarage doit alors être extrapolée à ses extrémités.
Les extrapolations doivent être traitées avec prudence en cas de phénomène
singulier, comme la mise en charge d?un pont, de site à embâcles, car le
changement de contrôle hydraulique induit n?est alors pas confronté à une
mesure. En l?absence de changement de contrôle hydraulique identifié, un
débit doit être considéré comme extrapolé si le débit calculé est 20 % supérieur
(respectivement inférieur) au plus fort (faible) débit jaugé et/ou si la hauteur
atteinte est 20 cm plus haute (respectivement basse) que la plus grande
(petite) hauteur jaugée. Préciser alors que les parties extrapolées sont en
dehors de la « zone de fiabilité » de la courbe de tarage, telle que définie
dans la Banque Hydro.
Plusieurs méthodes d?extrapolation des forts débits existent, et le résultat est
produit par l'application et la comparaison de plusieurs d'entre elles. Certaines
méthodes sont basées sur des considérations hydrologiques pour reconstituer
le débit d?un événement particulier : recoupements avec d?autres stations,
comparaison du rapport entre débit maximal instantané et débit maximal
journalier de crues anciennes ou avec des stations voisines et/ou analogues
disposant de données anciennes, débits spécifiques. D'autres sont plutôt
basées sur des considérations hydrauliques pour connaître directement l'allure
de la courbe de tarage : relations entre vitesse moyenne et hauteur, entre
vitesse moyenne et coefficient de frottement, courbes des débits unitaires
superposés, cohérence de l?exposant hydraulique avec les conditions connues
d'écoulement, notamment champ d'expansion, passage en charge sous un
pont, etc. Elles supposent la connaissance de la géométrie de la section du
(des) contrôle(s) hydraulique(s). L'extrapolation permise par l'application du
logiciel BaRatin fait partie de la deuxième catégorie. Le Chapitre 7 décrit
les différentes méthodes pour reconstituer des données hydrométriques
après une crue et permettre ainsi une extrapolation des courbes de tarage
pour les forts débits. La modélisation hydraulique (calcul des lignes d?eau
en écoulement permanent par exemple) peut apporter une aide utile Ã
l?évaluation des débits extrêmes ; elle nécessite une topographie adaptée et
son emploi dépend des informations disponibles et des conditions du terrain
(végétation). Elle peut donc être mise en oeuvre en analysant son coût par
rapport au besoin de connaissance.
Dans tous les cas, il est nécessaire de vérifier la cohérence des résultats, afin
d?éviter des extrapolations amenant par exemple à des vitesses moyennes
irréalistes (cf. Tableau 5.3) ou à des divergences entre plusieurs courbes
pour les débits de crue. En effet, sauf cas très particuliers de recalibration
complète du chenal d'écoulement, une convergence des courbes à haut
débit doit être respectée.
Sur des cours d?eau ayant des débits d?étiage très faibles, il peut être
intéressant de chercher la hauteur pour laquelle le débit est nul, afin
de conduire la courbe de tarage vers le bas.
5.2.4 Période de validité
Lorsque la construction de la courbe de tarage est terminée, il reste Ã
déterminer la ou les périodes de validité. Une courbe de tarage n?est
en effet valable que pour une période donnée : une courbe est valable
depuis le 9 novembre 2010 Ã 9h30, mais rien ne prouve qu?elle sera
encore valable demain.
La courbe de tarage reflétant les conditions d'écoulement, les changements
de date sont rattachés à un événement particulier, tel que le changement
d'échelle, des travaux sur la section de jaugeage, une crue ayant modifié
le lit, un mouvement de vanne, etc. L'année civile n'est pas un découpage
crédible pour déterminer la limite de validité des courbes de tarage.
Certains changements de conditions d'écoulement dans le temps sont
brutaux tels que les mouvements du lit en crue, les travaux dans le lit,
à l?amont, à l?aval ou au droit du site, et peuvent donc être précisément
datés. D?autres sont plus progressifs, comme les variations induites par le
transport sédimentaire, la pousse de végétaux, etc., il est donc plus difficile
de leur affecter une date précise.
Si le changement de conditions hydrauliques est progressif et pérenne
(érosion ou atterrissement, pousse de végétation pérenne), la vitesse
d'évolution est prise en compte par le rythme de changement de courbe,
en veillant à ce que les courbes successives ne donnent pas un écart de
plus de 10 % de débit pour une même hauteur.
Si le changement des conditions hydrauliques est progressif mais
temporaire, par exemple une influence due à la pousse de végétation
(algues, macrophytes) dans le lit en été, une procédure de correction du
fichier hauteurs-temps peut être utilisée, en veillant à bien archiver les
hauteurs réellement mesurées et la correction appliquée.
Pour vérifier le caractère temporaire de la correction hauteurs-temps
appliquée, la courbe de tarage initiale doit être retrouvée lorsque
l'influence a disparu.
!POINT D?ATTENTION
Cette technique, comme celle qui consiste à établir une série de courbes
intermédiaires, valables sur de courtes périodes, nécessite de multiplier
les jaugeages de contrôle pour connaître précisément l'influence et son
évolution, et donc la correction à appliquer. Les nouvelles méthodes de
gestion dynamique devraient permettre de faciliter la gestion de ces cas
difficiles sans toutefois s'affranchir de la nécessité de réaliser des jaugeages.
Pour affiner la date et l'heure du changement de courbe, il faut s'assurer
que le passage d?une courbe de tarage à une autre ne laisse pas apparaître
de discontinuité dans la chronique des débits concernée par cette évolution.
Le plus souvent, le changement de courbe est opéré en hautes eaux, à un
moment où la hauteur est traduite par le même débit dans les deux courbes,
et ce à n?importe quel moment de la crue respectant cette condition.
Un changement de courbe a toujours lieu a posteriori, et la date de
début de validité peut être de plusieurs années antérieure à la date
de décision du changement.
!POINT D?ATTENTION
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
51
TABLEAU 5.3 : VITESSES MAXIMALES ATTENDUES EN FONCTION
DE LA PENTE
Type de rivière Profondeur Vitesse moyenne
maximale
Plaine, pente faible 2 Ã 3 m 2 Ã 2,5 m/s
Plaine, pente moyenne 2 Ã 4 m 3 Ã 4 m/s
Montagne,
pente forte
4 Ã 8 m/s
5.3. Gestion des courbes de tarage
Une fois la courbe établie, classée et cataloguée, il faut ensuite suivre son
évolution, afin de vérifier sa validité dans le temps. Ce contrôle de la validité
dans le temps et, le cas échéant, les précisions qui sont apportées au tracé,
constituent la base du travail du gestionnaire de stations de jaugeage.
!POINT D?ATTENTION
Les détarages peuvent être détectés ou suspectés par examen de
l?hydrogramme (sauts, niveaux d'étiage), par analyse morphodynamique
(occurrence de crues morphogènes, constat du transport solide) ou par
connaissance des changements de conditions d?écoulement (travaux,
dragages, curages, dynamique de la végétation). La réalisation d'un
jaugeage peut confirmer cette évaluation a priori. L'examen de la
population des jaugeages (nuage 0) sur une station est un excellent
moyen d'évaluer la stabilité de la relation hauteur-débit.
Des mesures réparties au cours de l?année et pour toute la gamme de débits
doivent permettre de suivre la vie de la courbe. Le jaugeur doit s?efforcer de
réduire les extrapolations par des mesures de fort et faible débit.
Pour une station dont la relation hauteur-débit varie peu, une modification
dans le temps ou dans la relation elle-même doit être justifiée par une cause
connue, pour ne pas tracer une autre courbe, basée sur les jaugeages les
plus récents, très peu différente de la courbe « mère ». Sauf si une méthode
de tracé dynamique est appliquée, il n?est pas utile de multiplier le nombre
de courbes pour « affiner » la relation avec un gain de précision illusoire.
Dans le cas où aucune cause connue ne peut expliquer un changement
de courbe, un décalage systématique (toujours « au-dessus » ou
« au-dessous ») entre jaugeages et courbe de tarage doit conduire Ã
l?élaboration d?une nouvelle courbe. En première approche, cet écart doit
correspondre à une hauteur de 2 à 3 cm au moins et/ou 10 % en débit,
mais il faut tenir compte de la variabilité de la station et des incertitudes
associées aux jaugeages dans la gamme de débit où l?écart est observé.
De même, quand le jaugeage le plus récent s?écarte du barème en
vigueur, la réalisation de nouvelles mesures dans un délai rapproché est
conseillée afin de statuer sur la réalité de l?écart et, le cas échéant, de
permettre rapidement la construction d?une nouvelle courbe.
Les jaugeages de contrôle ont aussi pour objet de préciser la courbe
en explorant des intervalles de hauteur peu ou pas jaugés. La portion
haute doit notamment être vérifiée par des mesures, afin de conforter
des segments de courbes basés par exemple sur un ou deux jaugeages
datant de plus de 20 ans, sur une valeur isolée ou une extrapolation.
Un jaugeage « record » en hautes eaux peut permettre de reconsidérer
une partie de courbes précédentes, qu'il faut alors préciser.
Une courbe ancienne n'est jamais définitive et la date de mise à jour est
aussi importante que la période de validité. En cas de changement de
courbe, des débits déjà publiés peuvent être modifiés. Pour une bonne
traçabilité, la courbe retouchée doit être archivée ainsi que la chronique
des débits antérieurs, sous forme de débits moyens journaliers et de débits
instantanés maximaux mensuels. La communication vers les utilisateurs
des données de débits doit insister sur l?association systématique d?une
chronique de débit ou de résultats statistiques à leur date de calcul.
!POINT D?ATTENTION
Comme pour les jaugeages, les courbes de tarage sont stockées sous
forme papier et/ou de fichiers informatisés. Le logiciel de stockage doit
permettre des tris et des analyses multicritères, ainsi que des restitutions
graphiques et numériques de qualité.
5.4. Incertitudes des courbes de tarage
L'incertitude de la courbe de tarage dépend d'abord de la qualité
du contrôle hydraulique, notamment la stabilité des conditions
d'écoulement et la sensibilité de la relation hauteur-débit (ou
variabilité intrinsèque de la station). Elle dépend ensuite de la quantité
de jaugeages, de leur répartition dans les différentes gammes de débit
et de leur incertitude associée.
L?incertitude associée à la courbe de tarage dépend des facteurs
suivants :
? l?incertitude de chaque jaugeage (souvent plus importante aux très
faibles ou très forts débits) ;
? l?incertitude liée au nombre de jaugeages dans une gamme de débit :
de nombreux jaugeages incertains peuvent permettre de déterminer
une courbe fiable (grâce également aux considérations hydrauliques),
tandis que peu de jaugeages fiables amènent à une courbe incertaine ;
? les choix du constructeur de la courbe basés sur des hypothèses,
notamment aux parties extrapolées ;
? la variabilité de la relation hauteur-débit liée à la morphologie
du cours d'eau : transport sédimentaire, charriage, développement
d'herbiers, etc. ;
? la sensibilité du contrôle hydraulique.
La figure 5.3 illustre la complexité du tracé lié à la configuration
hydraulique et montre les sources d'incertitudes.
Les applications GesDyn et BaRatin permettent de traduire
numériquement cette description des incertitudes (cf. § 6.6 et
annexe 1). La figure 5.4 illustre graphiquement le résultat des deux
méthodes.
Enfin, comme la courbe de tarage est déterminée en régime permanent
(débit et géométrie de la section constants dans le temps), elle ne
devrait pas en théorie être appliquée au cours d?une crue. Deux
phénomènes s?ajoutent en outre à l?incertitude des calculs de débit en
crue via la courbe de tarage :
? l?hystérésis de la relation hauteur-débit (ou « courbe en raquette »)
qui peut être observée lors de la propagation d?une crue : en un point
donné de la rivière, le maximum de débit se produit avant le maximum
de hauteur ;
? les phénomènes d?érosion/dépôt qui peuvent modifier de manière
très importante la section d'écoulement lors de la crue.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer52
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Vignette 1 : tous les jaugeages depuis 1964 ;
Vignette 2 : dispersion des jaugeages à une courbe moyenne après analyse automatique de l?homogénéité par période des jaugeages ;
Vignette 3 : construction des 4 courbes par période ;
Vignette 4 : dispersion des jaugeages aux 4 courbes par période.
La figure 5.2 illustre la variabilité intrinsèque de la relation hauteur-débit d?une station. Elle est construite à partir des données de jaugeages réalisés au droit de
la station hydrométrique de la Loire à Montjean (49). La relation évolue de 1960 à 1993 en même temps que le creusement continu du lit, dû aux extractions de
matériaux effectués dans le lit de la Loire et à l'obturation de bras latéraux en aval. Depuis l'arrêt des extractions, une stabilité est observée en moyenne, mais il
subsiste une variabilité due au transport sédimentaire. La figure illustre également le travail d?identification, automatique ou non, de périodes où la relation hauteur-
débit est assez stationnaire.
1. Nuage des jaugeages et courbe moyenne
Ha
ut
eu
r (
m
)
3. Courbes O des différentes populations
2. Ecart en % Ã la courbe moyenne
Identification des populations homogènes
4. Ecart en % de chaque jaugeage à la CT0 associée
Illustration de la variabilité de la relation H/Q
5000
2000
1000
500
200
100
0,5 1 2 5 10
Débit [m3/s]
Ec
ar
t e
n
%
Ã
la
co
ur
be
m
oy
en
ne
(m
)
Dates
Q(
m
3 /
s)
(h) (m)
Éc
ar
t e
n
%
Ã
la
C
T0
a
ss
oc
ié
e
Dates
1970 1980 1990 2000 2010
1970 1980 1990 2000 2010
50
100
0
-50
-100
5000
2000
1000
500
200
100
0,5 1 2 5 10
Population 3 composée de 48 jaugeages
Du 1980?11?27 au 1993?08?17
Population 4 composée de 149 jaugeages
Du 1993?10?14 au 2015?05?21
Population 2 composée
de 26 jaugeages
Du 1974?10?17
au 1980?07?09
Population 1 composée
de 33 jaugeages
Du 1964?08?20
au 1974?08?22
50
100
0
-50
-100
FIGURE 5.2 : COMPORTEMENT DE LA RELATION HAUTEUR-DÉBIT DE LA LOIRE À MONTJEAN, 109 930 KM²
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
53
10
20
30
40
Dé
bi
t e
n
(m
3 /
s)
0,50 1 1,5 2 2,5 3
Hauteur (m)
Zone où les jaugeages ont
une forte incertitude mais
la courbe est fiable par le nombre
de jaugeages et l?invariabilité
intrinsèque de la station
(seuil de contrôle)
Zone où les jaugeages ont une faible
incertitude mais dispersés de par
la variabilité intrinsèque de la station :
la courbe n?est fiable que grâce
aux considérations hydrauliques
Zone où les jaugeages
ont une forte incertitude
et peu nombreux :
la courbe est incertaine
Hauteur (m)
0,2 0,3 0,4 0,5 0,60,1
0,5
1
1,5
2
2,5
FIGURE 5.3 : COURBE DE TARAGE DE LA VIE À LA CHAPELLE PALLUAU, 118 KM² (DREAL PAYS DE LA LOIRE)
10
20
30
40
Dé
bi
t e
n
(m
3 /
s)
0,50 1 1,5 2 2,5 3
Hauteur (m)
Intervalle de prédiction à 95% de la courbe de tarage
FIGURE 5.4 : COURBE DE TARAGE DE LA VIE À LA CHAPELLE PALLUAU AVEC INCERTITUDES ASSOCIEES (DREAL PAYS DE LA LOIRE)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer54
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
5.5. L?essentiel
En matière de courbes de tarage, rien n?est jamais acquis. Jaccon
(1987) concluait son Manuel d?hydrométrie consacré aux courbes de
tarage en comparant la construction d?une courbe de tarage à une
enquête policière. Il précisait que l?hydrologue trouve « toujours » la
solution de l?énigme.
? Une courbe de tarage n?est jamais définitive. Elle peut être remise en
question à tout moment. Toute courbe de tarage doit donc comporter
une période de validité, une date de mise à jour et les bornes de la
zone de fiabilité (ou bornes d'extrapolation).
? La mise au format et l'archivage des courbes de manière fiable et
pérenne doivent être systématiques et inclus dans les logiciels de
stockage/traitement des courbes de tarage.
? Les modifications éventuelles des courbes stockées doivent toujours
être possibles, le fait de stocker les courbes ne doit pas les « figer »
dans le temps.
? Les changements ou mises à jour de courbes doivent pouvoir être
expliqués et ces explications archivées.
? Ce souci de suivi permanent, cette volonté de faire coller la courbe
à la réalité de la vie de la station est un jeu qui nécessite patience,
pugnacité et disponibilité.
? La construction d?une bonne courbe de tarage s?appuie sur des
jaugeages en nombre suffisant, judicieusement répartis sur toute
la gamme de variation de hauteurs et dans le temps et sur une
importante expertise et étude des conditions hydrauliques (voire du
fonctionnement hydrologique du bassin).
? Les approches méthodologiques sont en train d?évoluer et des outils
permettront aussi une quantification des incertitudes des courbes de
tarage.
5.6. Références
? Jaccon G.- Manuel d?hydrométrie Tome 5 ? Tracé de la courbe de
tarage et calcul des débits, IRD-ORSTOM, 1987
? Le Coz J., Chaléon C., Bonnifait L., Le Boursicaud R., Renard B., Branger
F., Diribarne J., Valente M. - Analyse bayésienne des courbes de tarage
et de leurs incertitudes : la méthode BaRatin - Jérôme. - La Houille
Blanche, 6, 31-41, doi : 10.1051/lhb/2013048 - 2013
? Perret C., Morlot T., Favre AC. - La gestion dynamique des relations
hauteur-débit des stations d?hydrométrie et le calcul des incertitudes
associées : un indicateur de qualité et de suivi ? La Houille Blanche, 6,
24-30, doi : 10.1051/lhb/2013047 - 2013
? Poligot-Pitsch S., Geffray G. et Pichon N. - Contribution de l'hydrométrie
au suivi de l'évolution du lit de la Loire aval - , La Houille Blanche, 5,
24-30, doi : 10.1051/lhb/2014046 - 2014
? Norme ISO 18320 « Hydrometry ? Determination of the stage-
discharge relationship » (en cours de validation)
? Roche PA., Miquel J., Gaume E. - Hydrologie quantitative Processus,
modèles et aide à la décision Edition Springer 2012, désormais diffusé
par les éditions Lavoisier.
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
55
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013048.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013047.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2014/05/lhb2014046.pdf
Traitement des données
L
es données de débits peuvent être utilisées à différentes
fins : élaboration des PAPI et PPRI, construction
d?ouvrages de génie civil, instruction d?autorisations
« loi sur l?eau » ou « Installations Classées », élaboration
de contrat de rivière, etc. Elles doivent répondre à de plus
en plus d?usages en temps « quasi-réel », pour alimenter
des modèles numériques afin de recréer des hydrogrammes
de crues notamment. Il est donc primordial de pouvoir
stocker et mettre à disposition des usagers des données
de débit « qualifiées » qui prennent en compte toute la
chaîne d?incertitude depuis la mesure du capteur jusqu?Ã
l?établissement de l?hydrogramme.
Le traitement des données vise à obtenir :
? des données corrigées des erreurs de mesure et
d?interprétation possibles tout au long de la chaîne de
production ;
? des données simplifiées pour ne garder que l?information
signifiante ;
? des données complètes afin de pouvoir calculer des
statistiques fiables.
Pour cela, après leur collecte les données subissent plusieurs
traitements et contrôles et leur statut évolue (cf. Tableau 6.1).
6.1. Traitement des données de hauteur et
pré-validation des débits
Le premier contrôle intervient sur le terrain dans le cadre
de la maintenance préventive décrite au paragraphe
3.3.1. Les contrôles de calage, les anomalies relevées et
les solutions apportées doivent être notés sur un registre
propre à la station qui sert ensuite aux traitements
complets effectués au bureau. La bonne connaissance du
site est essentielle à une pratique judicieuse du traitement des
données. Qu?il soit graphique ou numérique, il est impératif
de conserver sans limitation de temps l?enregistrement brut,
sur un support fiable.
6.1.1 Contrôle visuel du limnigramme
Le contrôle visuel de la chronique de hauteur (limnigramme)
est un moyen simple mais efficace pour déceler des
anomalies grossières, des incohérences et des absences
d?information. L?efficacité de ce contrôle peut être améliorée
en confrontant les données de la chronique avec d?autres
sources disponibles (deuxième capteur, pluviométrie, etc.).
La présence d?un deuxième capteur sur une même station
présente donc un grand intérêt. L?usage d?un zoom mal
adapté peut avoir pour effet de masquer des anomalies ou
au contraire, de révéler des anomalies qui n?en sont pas.
6.1.2 Correction des données de hauteur
Il est souvent possible de corriger les anomalies qui ont été
détectées. La figure 6.1 présente trois cas parmi les plus
courants :
? correction linéaire de la hauteur entre deux recalages du
capteur ou suite au nettoyage d?embâcles sur le seuil ;
? suppression des valeurs isolées ou aléatoires aberrantes puis
reconstitution par interpolation linéaire lorsque le défaut est
de faible durée (quelques heures au plus) et sans épisode
pluvieux ;
? élimination des plages de valeurs erronées enregistrées suite
à un défaut du capteur (période de gel, dysfonctionnement,
etc.).
?
ch
ap
itr
e
6
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer56
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Validée
TABLEAU 6.1 : LA CHAÎNE DE TRAITEMENT DES DONNÉES
Statut des données
Type de données Signal hauteur-temps
enregistré sur le terrain
Hauteurs Hauteurs et débits Hauteurs et débits
Type de traitements
(exemples)
Contrôle visuel pour
supprimer les points
aberrants
Filtrage, lissage,
compactage, recalage
dans le temps ou en
hauteur (cf. § 6.1)
Contrôles et corrélations
sur de longues périodes
(cf. § 6.2)
Fréquence Journalière ou
hebdomadaire
Mensuelle
Annuelle ou
pluri-annuelle
Pré-validéeCorrigéeBrute Validée
6.1.3 Filtrage, lissage et compactage
Le filtrage consiste à éliminer le bruit de fond lié à la précision de la
mesure au regard du batillage du cours d?eau, ou de variations faibles
(1 à quelques mm), aléatoires, non signifiantes, d'une fréquence de
quelques secondes. Le filtrage peut être manuel ou automatique. La
règle utilisée sur chaque site doit être formalisée, documentée et
appliquée de façon constante.
Il est ensuite possible de procéder au lissage, c?est-à -dire à l?élimination
des variations de hauteur faibles et de courtes durées (inférieure à la
demi-heure), représentant un volume modeste, dont le volume en
plus ou en moins s?équilibre. La fréquence source est donc plus longue
et le phénomène physique peut être identifié (par exemple : clapet
à niveau dit constant). Le lissage résulte d?une décision réfléchie. Il
doit être réalisé sur des petites sections de courbes, de façon à ne pas
supprimer d?informations significatives, en particulier lors d?une crue
(modification du maximum de la crue). Il est donc à proscrire sur les
pics de crues. Certains logiciels proposent un « lissage automatique »
transformant automatiquement les données brutes en données
moyennées, à partir d?un code de calcul de filtrage sur une gamme
de variation de hauteur forte. Cette pratique peut conduire à la perte
d?informations significatives notamment en crue et n?est donc pas
recommandée.
Le compactage consiste à discrétiser la courbe du limnigramme
en tronçons de droites. C?est l?équivalent du « cerisage » décrit au
paragraphe 6.4. Le compactage permet de réduire significativement
le nombre de points bancarisés.
6.1.4 Contrôle visuel final
Le report légèrement décalé du limnigramme brut et du limnigramme
obtenu après traitement est indispensable et peut conduire à remettre
en cause certaines simplifications. Que ce soit pour les fichiers
graphiques ou numériques, l?hydromètre doit toujours s?assurer qu?il
travaille bien sur les données de la station désirée ; l?échange de feuille
ou de fichier étant toujours possible.
6.1.5 Contrôle des débits
Une fois ces premiers traitements effectués, des contrôles de cohérence
et de vraisemblance sur les débits produits permettent de détecter
des valeurs aberrantes et d?identifier les valeurs exceptionnelles,
nécessitant une attention soutenue. Les événements (jaugeages,
travaux sur la station, travaux dans la rivière) sont passés en revue et
exploités pour conforter la chronique de débit produite.
Certaines des méthodes décrites dans le paragraphe 6.2 (comparaison
entre stations, modèles simples, analyse des débits spécifiques)
peuvent également permettre de détecter des anomalies, voire de
les corriger, et de compléter une éventuelle lacune de faible durée.
L?ensemble des traitements informatiques possibles aujourd?hui ne
doivent pas se substituer aux contrôles par l?opérateur, mais favoriser
son expertise.
6.2. Validation des données
La validation est faite au pas de temps annuel ou plus. Elle nécessite
une prise de recul dans le temps et dans l'espace. Plusieurs méthodes
0
1 000
2 000
3 000
4 000
Ha
ut
eu
r e
n
m
m
Temps
Défaut ponctuel
d?enregistrement :
correction
Défaut ponctuel
d?enregistrement :
(gel ou panne) :
pas de correction
Signal brut
Signal corrigé
Recalage du capteur
FIGURE 6.1 : CORRECTION DU LIMNIGRAMME
Chapitre 6 ? Traitement des données
57
TABLEAU 6.1 : LA CHAÎNE DE TRAITEMENT DES DONNÉES
peuvent être employées : contrôle visuel, comparaison inter-station,
corrélation linéaire, etc.
L'objectif de cette étape est de détecter des anomalies ou des erreurs
qui auraient échappé à la première phase de validation :
? sur la mesure de hauteur : panne ou dérive capteur, influence de la
végétation, modification du contrôle aval, etc. ;
? évolution ou anomalie de la courbe de tarage : nombre insuffisant
de jaugeages, détarage non pris en compte, gamme de débits non
jaugés entraînant des interpolations ou des extrapolations, date de
changement de courbe de tarage mal choisie, tracé erroné, etc. ;
? non prise en compte des informations « terrain », oubli de déclaration
des absences d?informations, incohérence des valeurs exceptionnelles,
date et durée de l?étiage, dates et importance des crues.
6.2.1 Contrôle visuels
A ce stade, le contrôle visuel reste un excellent moyen de détection
des anomalies. Le contrôle doit se faire à différentes échelles de
temps (mois, trimestre, année), pour s?adapter aux types d?anomalies
recherchées (par exemple : quelques semaines pour les erreurs de
tarissement, quelques jours pour les erreurs de changement de courbe
de tarage). La figure 6.2 compile quatre anomalies le plus souvent
rencontrées : date de changement de courbe de tarage mal choisie,
oubli d?envoi des données de hauteur dans la base de données de
stockage (Banque Hydro par exemple), erreur d?unité ou de codage,
défaut capteur.
6.2.2 Comparaison de stations
Le contrôle visuel ne permet pas de déceler toutes les anomalies
d'un signal. L'analyse spatiale et temporelle de plusieurs stations se
révèle un outil puissant. Elle consiste en un examen minutieux des
graphiques superposés des chroniques de débits de plusieurs stations
au comportement hydrologique comparable (amont-aval, affluent,
rivière du bassin voisin, etc.).
La figure 6.3 met en évidence un écart entre les stations amont et aval après
la crue qui incite à s'interroger sur les courbes de tarage des deux stations.
L?examen du temps de transfert entre les stations étudiées peut mettre
en évidence une éventuelle dérive sur les enregistrements de hauteurs
(panne capteur) ou une dérive sur les débits (courbe de tarage).
!POINT D?ATTENTION
Les paramètres pluie et température peuvent être ajoutés sur le
graphe de manière à vérifier la cohérence des variations de débit :
augmentation du débit suite à des pluies ou à une hausse des
températures sur un bassin enneigé, baisse du débit suite à une
période de gel ou absence de précipitations.
6.2.3 Utilisation de corrélations linéaires
Si la superposition simple ne suffit pas, la confrontation est également
possible avec des hydrogrammes élaborés à partir de corrélations. Ainsi,
les observations d'une station S1 peuvent être modélisées simplement
500
1 000
1 500
2 000
Absence de données
dans la base
Erreur de codage ou
d?unité (limni. papier)
Défaut capteur :
gel, panne?
Date de changement
de courbe de tarrage
mal choisie
Dé
bi
t e
n
m
3 /
s
Temps
FIGURE 6.2 : HYDROGRAMME COMPORTANT DES ANOMALIES
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer58
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Dé
bi
t e
n
m
3 /
s
Pr
éc
ip
ita
tio
ns
e
n
m
m
Temps (heures)
0
200
400
600
800
1 000 0
1 101 201 301 501
5
10
15
20
25
30
Isère au Cheylas 5 250 km2
Isère à Grenoble 5 720 km2
Pluie du bassin
FIGURE 6.3 : COMPARAISON DES HYDROGRAMMES DE DEUX STATIONS
Chapitre 6 ? Traitement des données
5,0 10,0 15,0 20,0
5348 pts Coef corrélation = 0.97
Y = 0.878 x X - 0.124
X = 1.079 x Y + 0.21
5,0
10,0
15,0
20,0
25,0
Dé
bi
t m
oy
en
m
en
su
el
d
e
la
sta
tio
n
Y
(m
3 /
s)
Débit moyen mensuel de la station X (m3/s)
FIGURE 6.4 : CORRÉLATION LINÉAIRE ENTRE DEUX STATIONS
59
par les observations d'une station S2 supposée hydrologiquement
proche. La réciproque est vraie aussi. Une relation linéaire au pas de
temps mensuel est recherchée :
Q
s1modélisé
= a. Q
s2observé
+ b
Les coefficients a et b doivent avoir un sens physique : a doit être
cohérent avec le rapport des bassins versants, b doit être cohérent avec
la « productivité » (ou différence des débits de base) de chaque rivière.
En pratique, b doit être le plus petit possible sauf justification particulière.
Dans le cadre d'un modèle linéaire simple, la relation entre QS1 et QS2 se
représente graphiquement à travers un nuage de points. Le coefficient
de corrélation témoigne de la qualité de la corrélation linéaire entre les
deux séries : plus le coefficient est proche des valeurs extrêmes -1 et 1,
plus la corrélation entre les variables est bonne. Une corrélation égale Ã
0 signifie que les variables ne sont pas corrélées linéairement. Attention
à l'impact des fortes valeurs qui peuvent tendre à faire converger le
coefficient de corrélation à 1 ou -1 sans que la corrélation soit bonne.
La corrélation linéaire permet de mettre en évidence les erreurs
grossières et les problèmes dans le tracé ou les périodes d?application
des courbes de tarage et de reconstituer les données manquantes
(cf. § 6.3). Elle ne permet pas de détecter les dérives légères.
Cette méthode d?analyse ne peut toutefois se faire sans l?existence d?une
station comparable hydrologiquement. Il faut la considérer comme un
moyen supplémentaire de détection d'erreur car en comparant deux
stations, on fait l'hypothèse que la variable d'explication (la station
comparable) est une référence fiable, ce qui n'est jamais certain.
Dé
bi
t e
n
m
3/
s
IC à 80% du Modèle linéaire sur Q
Débits observés de la station S1
avril mai juin juillet
1
2
5
10
20
50
FIGURE 6.5 : COMPARAISON D?UNE CHRONIQUE AU MODÈLE MUNI DE SON INTERVALLE DE CONFIANCE
Les valeurs de l'étiage sont très proches de la borne inférieure de l'intervalle de confiance à 80 %, ce qui doit inciter à vérifier la courbe de tarage pour les bas débits.
Des modèles linéaires sur les logarithmes des débits ou sur les débits
spécifiques (débits divisés par la surface du bassin versant) sont aussi
possibles, notamment si les tailles des bassins versants sont trop
différentes. Plusieurs modèles peuvent être construits selon la gamme
de débit. Des échantillons trop restreints ou trop asymétriques peuvent
fausser les conclusions.
Les écarts entre les valeurs observées et les valeurs modélisées sont
appelés résidus. Si le modèle ainsi défini est de bonne qualité (coefficient
de corrélation proche de 1 ou -1), les valeurs observées qui s'écartent des
valeurs modélisées doivent faire l'objet d'une analyse particulière.
!POINT D?ATTENTION
Deux applications d?un modèle linéaire sont présentées :
? la comparaison directe des valeurs observées aux valeurs modélisées
pour la détection d'anomalies ponctuelles ;
? l'analyse des résidus du modèle pour la détection de non
stationnarité.
Le modèle comme outil de détection d'erreur
Les coefficients du modèle linéaire peuvent être appliqués aux débits
moyens journaliers et le comportement des résidus peut lui-même être
modélisé. On peut en déduire un intervalle de confiance du modèle. Un
exemple de comparaison de la chronique observée d'une année donnée
aux quantiles 10 et 90 du modèle linéaire est présenté en figure 6.5.
Les modèles linéaires doivent être utilisés avec précaution dans la
mesure où ceux-ci représentent un comportement statistique moyen
du bassin versant mais n'intègrent pas les particularités climatiques d'un
Équation 6.1 :
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer60
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Q(m3/s)
janvier 1968 Décembre 2015
0
Graphique des résidus cumulés (ellipses à 80% et 90%)
FIGURE 6.6 : REPRÉSENTATION DU CUMUL DES RÉSIDUS ET ELLIPSE DE BOIS
épisode pluvieux donné. L?utilisation de modèles linéaires fait l?objet
d?un bonus.
Analyse du cumul des résidus du modèle
L'analyse des résidus du modèle est également riche d'enseignements.
Elle permet de détecter certaines anomalies citées précédemment. La
figure 6.6 présente l'analyse du cumul des résidus.
Le cumul des résidus permet de mettre en évidence des « non-
stationnarités » (modifications de relation) entre deux stations et de
repérer les périodes correspondantes (Bois et al., 2007). Il est basé
sur l?étude des cumuls des résidus de la régression de la série à tester
(cumul des différences entre la valeur observée et la valeur calculée
à partir de la régression). Elle peut être effectuée directement à partir
des chroniques de 2 stations, ou à partir d?une chronique et d?un
modèle.
Si la courbe des résidus cumulés sort de l?ellipse délimitant
l?intervalle de confiance (valeur habituellement fixée à 80 et 90 %
en hydrométrie), cela signifie qu?il y a 80 ou 90 % de chance que
ces écarts ne soient pas dus au hasard mais à une non stationnarité
entre les deux stations. Au plan théorique, l'ellipse ne doit être tracée
que sous hypothèse d'indépendance des résidus (c'est à dire lorsque
le résidu à l'instant t est indépendant du résidu à l'instant t-1). Il faut
donc en pratique, travailler à un pas de temps suffisamment grand,
au moins mensuel, pour que cette condition soit vérifiée et que la
position de la courbe du cumul des résidus par rapport aux ellipses
ait un sens. Pour un pas de temps inférieur (journalier par exemple),
il faut se limiter à interpréter les changements importants d'inflexion
de la courbe des résidus.
6.2.4 Modèles pluie-débit
La modélisation pluie-débit s'est largement développée ces dernières
années pour les besoins de la prévision des crues. Nombre de bassins
versants disposent de modèles de ce type, qui constituent des outils de
détection des anomalies très efficaces en confrontant les observations
de débit au modèle proposé. L'avantage de ce type de modèle consiste
dans sa prise en compte des conditions initiales du bassin versant
(capacités hydriques, précipitations et températures observées). Par
rapport au modèle linéaire, les paramètres supplémentaires permettent
de s?affranchir de la nécessité de trouver une station hydrologiquement
proche. Voir l'ouvrage cité en référence (Roche et al. 2012) pour aller
plus loin, ou se rapprocher des services de prévisions des crues qui
disposent de ce type de modèles.
6.2.5 Analyse des écoulements spécifiques
L'écoulement spécifique est défini comme le rapport du débit (journalier,
mensuel, annuel) à la surface du bassin versant contrôlé. L'analyse des
écoulements spécifiques sur un ou plusieurs bassins versants est riche
d'enseignements car ceux-ci suivent en général, une loi de décroissance
au fur et à mesure que la taille du bassin versant augmente. Un point
singulier dans la représentation graphique doit attirer l'attention.
L'exercice reste parfois délicat notamment sur les bassins karstiques
où des pertes dans les écoulements de surface créent des anomalies
graphiques qui ne le sont pas au sens physique. Il faut également
prendre garde aux prélèvements anthropiques qui engendrent des
anomalies qui sont tout à fait explicables. La figure 6.7 montre un
exemple d'analyse au pas de temps annuel.
Chapitre 6 ? Traitement des données
61
Modèle des écoulements corrigés du bassin de l'Isère
Comparaison d'une année particulière
Modèle des écoulements observés sur le linéaire de l'Isère
Comparaison d'une année particulière
10
20
30
40
50
60
Ec
ou
le
m
en
t (
l/s
/k
m
2 )
Surface du bassin versant en km2
50 100 200 500 1000 5000
10
20
30
40
50
60
Ec
ou
le
m
en
t (
l/s
/k
m
2 )
Surface du bassin versant en km2
50 100 200 500 1000 5000
Médiane des écoulements observés
Quantiles 10 et 90
des écoulements observés
Année à étudier
FIGURE 6.7 : ANALYSE DES ÉCOULEMENTS SPÉCIFIQUES ANNUELS
La figure de gauche montre l'évolution statistique (moyenne, quantiles 10 et 90 en pointillés) des écoulements annuels observés du bassin pour des stations
réparties de l'amont vers l'aval. Les écoulements observés pour l'année à analyser en particulier sont reportés et peuvent être comparés au modèle de référence.
L?hydromètre peut s'interroger sur les raisons qui font que l'écoulement spécifique de la troisième station est proche du quantile 10 % alors que la station en
amont est quant à elle, légèrement supérieure à la médiane. La figure de droite présente le même type de modèle pour les écoulements désinfluencés du
bassin, en tenant compte des volumes qui sont dérivés. A l'aval du bassin, le signal observé est quasiment identique au signal désinfluencé.
6.2.6 Analyse spatiale sur certaines valeurs statistiques
Cette méthode d?analyse consiste à représenter de façon cartographique
une valeur statistique en vue de déceler d?éventuelles hétérogénéités
dans les résultats.
Les valeurs statistiques de l?écoulement (telles que les débits moyens
mensuels (moyennes eaux), les débits maxi journaliers mensuels
(hautes eaux), les débits minimums sur x jours consécutifs (VCNx) du
mois, etc.) sont cartographiées et comparées aux valeurs moyennes
inter-annuelles correspondantes. Une analyse cartographique des débits
spécifiques peut compléter l?analyse.
6.3. Reconstitution des données manquantes
La plupart des traitements statistiques requièrent de disposer de
données continues dans le temps et sont pénalisés en cas d'absences
d'informations. C'est pourquoi, lorsque l?enregistrement des hauteurs
d?eau est très douteux ou manquant pendant une certaine durée, le
service gestionnaire doit s?efforcer de combler l?absence de données dans
la chronique des débits, voire des hauteurs d?eau. L?action qui consiste
à pallier cette absence d?information est appelée « reconstitution ».
Les modalités, les difficultés et les possibilités de reconstitution sont
très variables et doivent être appréhendées au regard de quatre
principaux critères :
? la durée de l'absence d'information, d'autant plus pénalisante
qu'elle est longue ;
? l'hydrologie du moment, dont le cas le plus favorable correspond Ã
une période stable, sans précipitation ;
? la présence de stations hydrologiquement comparables qui permet
de limiter l'incertitude sur la reconstitution des débits manquants ;
? le caractère ordinaire (débits observés couramment) ou plus rare
(étiage sévère ou forte crue) des débits à reconstituer. Dans ce dernier
cas, il faut évaluer l'incidence sur les traitements statistiques qui pourront
être faits : est-il plus pénalisant de ne pas prendre en compte un débit
remarquable (parce-qu'il n'est pas reconstitué), ou de prendre en compte
un débit remarquable entaché d'une forte incertitude ?
Dans tous les cas, il est primordial de tracer et de conserver les éléments et
la méthode utilisés pour reconstituer l?information manquante, quels que
soient les moyens mis en oeuvre. Cela permet une critique ou une révision
ultérieure. La Banque Hydro permet de repérer les données reconstituées
grâce à la précision de leur « méthode d?obtention » (cf. § 6.5).
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer62
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Absence
courte
Stations
Proches
Période
calme
Hauteurs
reconstituées
Cas 1
Très bonne
corrélation
Basses
Eaux
Hautes
eaux
Lacune
O
O
O
Débits puis
hauteurs
reconstituées
Cas 2
Pas de
reconstitution
Cas 4
O N
N N O
N O
Débits QMJ
reconstituées
Cas 3
QMJ et QIXM
inconnus
faibles
QMJ et QIXM
inconnus forts
N
N
QMJ et QIXM
inconnus
neutres
QMJ : débit moyen journalier
QIXM : débit instantané maximal mensuel.
FIGURE 6.8 : ARBRE DE DÉCISION POUR LA RECONSTITUTION (CAS 1 À 3) OU L?UTILISATION DES « INCONNUS » DE LA BANQUE HYDRO (CAS 4)
6.3.1 Les cas les plus faciles
Sur des rivières non influencées, sur des durées courtes (de 3 à 8 jours
au plus), durant une période sans pluie et hors situation de crue, il est
possible de retracer la courbe de variation des hauteurs en fonction
du temps à partir des données à notre disposition. Dans la plupart des
cas, il est toutefois préférable de reconstituer les données par l'étude
des débits (comparaisons, corrélations, etc.). Les hauteurs sont ensuite
calculées à partir des débits reconstitués et de la courbe de tarage.
La reconstitution des débits en période d?étiage est devenue plus difficile
du fait du développement des prélèvements (irrigation, etc.).
!POINT D?ATTENTION
6.3.2 Les cas les plus difficiles
La reconstitution est plus difficile dès qu?il y a une influence (apports liés
à la pluviométrie, etc.) ou sur une période de longue durée (plusieurs
semaines par exemple) sans information. Les moyens mis en oeuvre
pour la reconstitution sont alors plus importants. La reconstitution est
encore plus complexe, suite à de fortes pluies, quand le régime du cours
d?eau réagit aux précipitations et est moins régulé par des nappes.
6.3.3 Comment reconstituer ?
La première étape est de rechercher les éléments de base de la reconstitution :
les débits des stations de jaugeage proches, les informations disponibles sur
les pluies tombées, les niveaux éventuellement observés à proximité, etc.
Les méthodes décrites au paragraphe 6.2 pour le traitement des données
(modèles linéaires et pluie-débit, écoulements spécifiques) peuvent aussi
être utilisées pour la reconstitution des données. La corrélation linéaire peut
notamment être utilisée pour reconstituer un débit caractéristique d?étiage Ã
partir de jaugeages ponctuels (cette méthode est décrite en bonus).
Les données manquantes peuvent être reconstituées au pas de temps
journalier et mensuel. Une valeur ponctuelle infra-journalière peut
éventuellement être interpolée dans les cas les plus évidents.
La reconstitution du débit d?un pic de crue, surtout s?il s?agit de la plus forte
crue de l?année doit être tentée mais avec les plus grandes précautions.
Une méthodologie particulière peut être mise en oeuvre dans ce cas. Elle
est décrite de manière spécifique au chapitre 7.
La chronique de débits corrigés grâce aux reconstitutions doit ensuite être
critiquée de manière à détecter d'éventuelles incohérences.
6.3.4 Que faire si les données ne peuvent pas être reconstituées ?
Les calculs statistiques automatiques de la Banque Hydro (débits minimum
ou maximum mensuels par exemple) sont effectués en constituant un
échantillon rassemblant une valeur par année (civile ou hydrologique).
L'absence d'une seule donnée sur une année empêche l'identification de la
valeur à introduire dans l'échantillon pour cette année donnée (la Banque
Hydro ne pouvant déterminer si la valeur absente ne serait pas justement
la valeur à choisir). En qualifiant de manière judicieuse certaines variables
(hauteur et débits et/ou QMJ) en « inconnue faible », « inconnue forte » ou
« inconnue neutre » cela permet d?indiquer dans quelle gamme de débit se
situe la donnée inconnue et d?utiliser malgré tout l?année où se situe cette
Chapitre 6 ? Traitement des données
63
entre la droite définie par deux points « cerise » successifs et la courbe
réelle ne doit pas être supérieure à 5 mm réels, ni générer une erreur
de débit supérieure à 5 %. En cas de forte variation de hauteur, la
multiplication des points « cerises » est recommandée.
Les retournements (cf. Figure 6.9) doivent être analysés avec précision
et correctement saisis. Les contrôles sur les hauteurs de début et de fin
sont indispensables. La continuité de l?enregistrement d?une feuille Ã
l?autre doit être vérifiée pour éviter les marches d?escalier aux limites.
Des outils informatiques existent pour faciliter le travail de digitalisation
des données anciennes.
6.5. Mise à disposition des données
Les données acquises et validées par les services de l?État sont
stockées dans la Banque Hydro et accessibles gratuitement sur www.
hydro.eaufrance.fr. La bancarisation des données respecte le scénario
d?échange préconisé par le Sandre, pour répondre à un objectif
d?harmonisation et d'échange de données entre les différents acteurs
lacune dans les procédures statistiques où l?inconnue n?est pas indispensable.
L?arbre de décision de la figure 6.8 précise l?utilisation des statuts
« inconnue faible », « inconnue forte » et « inconnue neutre » dans
la Banque Hydro (cas 4).
6.4. Traitement des données anciennes
Lors des opérations de numérisation des données anciennes
enregistrées sur papier il est préconisé de procéder à un examen
minutieux des limnigraphes de façon à identifier les anomalies
d?enregistrement (dérive brusque ou progressive du capteur ou de
l?horodateur). Après analyse, les anomalies font l?objet d?une correction
soit ponctuelle, soit durant la période incertaine entre deux contrôles.
Le calage de base des limnigraphes est vérifié en rapprochant les
hauteurs début et fin et les valeurs portées sur les enregistrements.
Le « cerisage » est l?étape intermédiaire de traitement du limnigraphe.
Le tracé est codé de façon à ce que l?enregistrement entre deux points
« cerises » puisse être raisonnablement assimilé à une droite. La flèche
Plafonnement du flotteur
Écriture de la double
valeur sur axe pour
suivre le retournement
Partie du limnigramme
échelle originelle
Partie du limnigramme
échelle 1er retournement
Partie du limnigramme
échelle 2e retournement
1er retournement
2e retournement
30/12/2013 Ã 12h30
H = 225
Tracé décalé pour cause
de mauvaise remise
en place des câbles
Échelle de temps
Éc
he
lle
d
e
ha
ut
eu
r
150
125/175
100/200
75/225/325
50/250/300
275
FIGURE 6.9 : EXEMPLE DE LIMNIGRAPHE ISSU D?UN CAPTEUR À FLOTTEUR ET CODEUR AVEC DOUBLE RETOURNEMENT
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer64
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Les autres gestionnaires de stations hydrométriques sont fortement
incités à renseigner également cette base de données, dans un souci
d?archivage commun des données produites. La bancarisation de
données qualifiées dans la Banque Hydro est souvent une condition
d?éligibilité aux aides des différents financeurs de nouveaux réseaux
de mesure (agences de l?eau, départements).
6.6. Incertitudes sur les données produites
Les données de débit publiées sont le résultat d'un processus dont
chacune des phases est affectée par des incertitudes qui sont rappelées
ici brièvement :
? incertitudes liées à la mesure de hauteur : précision du capteur,
dérive et calage du capteur dans le temps (cf. chapitre 3) ;
? incertitudes des jaugeages (cf. chapitre 4) ;
? incertitudes liées à la courbe de tarage : sensibilité de la relation
hauteur-débit, a priori sur le tracé, extrapolations aux extrémités,
variabilité dans le temps de la relation hauteur-débit (cf. chapitre 5).
0 20 40 60 80 100
Station très instable
Station instable
Station moyennement stable
Station stable
0
20
40
60
80
100
Pourcentage de la gamme des débits observés
In
ce
rti
tu
de
a
u
se
ui
l d
e
95
%
FIGURE 6.10 : INCERTITUDE ATTENDUE POUR QUATRE STATIONS AU COMPORTEMENT TRÈS CONTRASTÉ
Les incertitudes les plus faibles calculées sont très rarement inférieures à 5 % au seuil de confiance de 95 %. Elles sont obtenues pour des stations très bien suivies
sur des rivières de plaine où les modifications géométriques du lit restent faibles pour les débits faibles à modérés. Cet ordre de grandeur exclut les extrêmes
pour lesquels les conditions et la fréquence des jaugeages sont moins bonnes. Lorsque le contrôle hydraulique est constitué par un tronçon à pente significative
où le charriage est plus marqué, les incertitudes attendues sont plus conséquentes. Elles sont comprises entre 10 et 20 % pour les débits courants et peuvent
largement dépasser les 20 % pour les débits faibles. L'exemple de la station « très instable » est une situation extrême qui reste exceptionnelle. Il est présenté
pour attirer l'attention des gestionnaires sur certaines situations très particulières rencontrées en montagne, en l'absence de section de contrôle marquée et
lorsque le charriage est très important. Dans ces conditions, les incertitudes attendues ne sont pas inférieures à 30 % dans les situations d'écoulement les plus
favorables et peuvent atteindre les 100 % pour les étiages et les crues. Le maintien du point de mesure ne peut alors s'envisager qu'après la prise de conscience
et l'acceptation de ces niveaux d'incertitude par l'ensemble des utilisateurs.
Chapitre 6 ? Traitement des données
impliqués dans l'hydrométrie, en temps réel aussi bien qu'en temps
différé. La modernisation de la Banque Hydro (opération HYDRO 3)
permet d?archiver tous les statuts de la donnée (du statut brut au
statut validé) pour une meilleure traçabilité des traitements effectués.
La Banque Hydro permet aussi d?affecter aux données une méthode
d?obtention, une qualification et un code de continuité (cf. Tableau 6.2).
65
TABLEAU 6.2 : DIFFÉRENTES POSSIBILITÉS DE QUALIFICATION DES
DONNÉES DANS LA BANQUE HYDRO
Statut de la donnée Brute, corrigée, pré-validée, validée
Qualification de la donnée Douteuse, bonne, non qualifiée
Méthode d?obtention
de la donnée
Mesurée, calculée, reconstituée, expertisée
Continuité de la donnée
Indique si la donnée est jugée continue
vis-à -vis de la précédente d'un point de vue
temporel. S?il n?y a pas de continuité, il est
possible de qualifier la plage de discontinuité
en inconnue faible, forte ou neutre.
Les incertitudes des débits produits à partir des stations d'hydrométrie
varient très fortement en fonction du type de cours d'eau, des
possibilités d'aménagement du contrôle hydraulique, de la fréquence
des jaugeages et de la gamme de débit.
Pour proposer une incertitude sur la donnée de débit, il faut donc
composer l'ensemble des sources d'incertitude. Les méthodes GesDyn
et BaRatin permettent de calculer l'incertitude d'un hydrogramme (cf.
annexe 1 et bibliographie).
La figure 6.10 présente l'incertitude attendue (méthode GesDyn) en
fonction de la gamme de débit suivant le module (rapport du débit
et de la moyenne inter annuelle des débits) pour quatre stations
contrastées représentatives de situations qui peuvent se rencontrer
sur le territoire français.
6.7. Références
? Bois P., Obled C. Zin I. - Introduction au traitement des données en
hydrologie, ENSE3 2007.
? Irstea, Onema : Guide technique pour l?exploitation des jaugeages
en hydrologie pour la prédétermination des débits caractéristique
d?étiage, 2016.
? Le Coz J., Chaléon C., Bonnifait L., Le Boursicaud R., Renard B.,
Branger F., Diribarne J., Valente M. - Analyse bayésienne des courbes
de tarage et de leurs incertitudes : la méthode BaRatin - La Houille
Blanche, 6, 31-41, doi:10.1051/lhb/2013048.
? Musy A - Hydrologie Générale. EPFL Section SIE et GC 4e semestre
2005.
? Perret C., Morlot T., Favre AC. - La gestion dynamique des relations
hauteur-débit des stations d?hydrométrie et le calcul des incertitudes
associées : un indicateur de qualité et de suivi ? La Houille Blanche,
6, 24-30, doi : 10.1051/lhb/2013047.
? Pons F., Hydrometry data rescue, a stake for the future, Floodrisk
2016.
? Roche PA., Miquel J., Gaume E. - Hydrologie quantitative Processus,
modèles et aide à la décision Edition Springer 2012.
? SANDRE, Scénario d?échanges des données hydrométriques.
L'incertitude n'est pas honteuse. Toute mesure est incertaine,
aucun domaine n'y échappe. L?analyse d'incertitude des données
hydrométriques n'est pas un outil pour juger de la qualité
professionnelle du producteur. Elle n'est que le reflet des conditions
qui ont prévalu à la production des données. Un bon service peut
produire une donnée à forte incertitude, et néanmoins utile,
dans des conditions particulières (par exemple un jaugeage aux
flotteurs en crue violente). Les services qui oeuvrent sur les rivières
de montagne produisent des données entachées d'incertitudes
plus fortes que ceux qui travaillent en plaine. La réduction des
incertitudes passent parfois par des efforts très conséquents à la
charge des services, et l'intérêt de les engager est à évaluer à l'aune
des enjeux associés.
L'incertitude doit permettre à l'utilisateur de données de prendre
des décisions éclairées. Toutefois il reste encore un important travail
de recherche et d?accompagnement pour aider les décisionnaires
à maîtriser le concept d'incertitude en regard des enjeux associés Ã
leurs besoins.
L'incertitude est utile au producteur de données. Avec des outils
adaptés, l'analyse d'incertitude ne complique pas le travail de
l'hydromètre, mais au contraire lui permet d'optimiser son processus
de mesure (comme la fréquence des jaugeages) et de justifier les
ressources demandées.
Il ne faut pas confondre assurance qualité (qui démontre la
conformité du processus de mesure à des procédures écrites) et
analyse d'incertitude (qui ne peut s'effectuer qu'après la première).
Des données conformes à une procédure, avec un code qualité "bon"
ou "douteux" par exemple, peuvent ensuite être assorties d'une
incertitude, petite ou grande.
!POINT D?ATTENTION
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer66
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
http://www.pseau.org/outils/biblio/resume.php?d=4476
http://www.onema.fr/sites/default/files/pdf/Guide_Jaugeage.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013048.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013047.pdf
http://www.sandre.eaufrance.fr/notice-doc/donn%C3%A9es-hydrom%C3%A9triques-0
http://www.mediterranee.cerema.fr/logiciel-de-numerisation-des-enregistrements-r57.html
Reconstitution de données
hydrométriques post-crue
7.1. Intérêt et objectifs ? Domaine d?application
E
n cas de lacune dans les enregistrements de hauteurs
lors d?une crue, ou bien en cas d?absence de jaugeages
permettant de préciser les débits atteints, il peut
être intéressant d?évaluer ces débits a posteriori,
notamment le débit de pointe. Cette information peut par
exemple servir à reconstituer une chronique de données
continue (débits maxima annuels, ou hydrogramme de la
crue), et aider si nécessaire à revoir l?extrapolation de la
courbe de tarage de la station.
Ce travail de reconstitution nécessite généralement
d?effectuer des relevés sur le terrain pour confirmer les
hauteurs d?eau et la section d?écoulement en crue, et
collecter les informations nécessaires à l?estimation des
vitesses. Ce dernier point s?avère le plus délicat et peut être
traité soit par interprétation du fonctionnement hydraulique
de la section considérée, soit par l?exploitation d?informations
plus factuelles sur les vitesses d?écoulements lorsqu?elles
existent (vidéos en crue, ou bien photographies).
7.2. Choix du site étudié
Si l?objectif est bien de reconstituer une valeur de débit au
niveau d?une station (la plupart du temps le débit de pointe
de la crue), il est parfois préférable de réaliser l?analyse sur
un site différent dont les caractéristiques répondent mieux
à l?objectif visé. Les conditions d?écoulement au niveau de la
station considérée ne sont en effet pas toujours adaptées à une
reconstitution des débits pour des crues majeures.
La première étape est donc de choisir un site d?estimation
adapté. Cette recherche nécessite un travail de reconnaissance
qui peut être important (pouvant porter sur plusieurs kilomètres
de rivière), mais elle peut être anticipée par les hydromètres
sur certaines stations à fort enjeu en crue. Le site retenu doit
être suffisamment proche du site de la station pour pouvoir
garantir une valeur similaire du débit (pas d?apports significatifs
entre le site retenu et la station). Il est également nécessaire de
pouvoir relier le débit estimé à un niveau d?eau correspondant
à la station, qui doit éventuellement être relevé en cas de
lacune. Les autres critères à prendre en compte pour le choix
du site sont les suivants :
? largeur d?écoulement en crue limitée : larges débordements
en lit majeur à éviter ;
? section stable lors de la crue : pas de phénomènes
significatifs d?érosion/comblement du lit, pas d?embâcles
susceptibles d'avoir modifié de façon significative la section
d'écoulement ;
? section présentant des conditions hydrauliques simples
permettant l?application d?une formule d?hydraulique
déterminée : choisir par exemple des tronçons rectilignes, de
pente et section d'écoulement uniformes pour l'application de
la formule de Manning-Strickler (équation 2.4). À défaut d'une
section parfaitement uniforme, l'application de la méthode
de la pente de la ligne d'eau est possible (cf. NF ISO 1070,
AFNOR, 1992) : dans ce cas un tronçon progressivement
convergent (se rétrécissant) est préférable à un tronçon
divergent (s'élargissant). Pour l'application d'une formule
de seuil, rechercher un seuil de géométrie simple, avec une
chute suffisante pour assurer le fonctionnement dénoyé, et
des vitesses d'approche les plus faibles possibles ;
? pas d?influence aval marquée : attention notamment aux
sections situées à l?amont des ouvrages ou des confluences ;
? section présentant des laisses de crue nombreuses et
redondantes (pour fiabiliser l?information sur les niveaux et
la forme de la ligne d?eau) et persistance des laisses de crue
(qui peuvent être effacées rapidement en secteur urbain
notamment) ;
? présence de témoins potentiels de la crue à proximité,
permettant de disposer de descriptions des écoulements en
crue.
Certains aspects pratiques doivent également être pris en
considération pour permettre les levés de terrain : végétation
peu dense, visibilité amont/aval suffisante pour relever les
pentes du lit et de la ligne d?eau, possibilité de traverser le
cours d?eau, etc.
Les sections sous ouvrages peuvent s?avérer intéressantes car
généralement peu larges et stables, surtout si des éléments
pour préciser les vitesses d?écoulement y sont disponibles :
différence de niveau liée au choc sur piles amont, différence
de niveau amont-aval, séquence vidéo.
?
ch
ap
itr
e
7
Il est toujours préférable d?exploiter plusieurs sites et
de recouper les estimations obtenues. La redondance
d?information est un élément clé permettant la critique et
l?évaluation des incertitudes.
!POINT D?ATTENTION
Chapitre 7 ? Reconstitution de données hydrométriques post-crue
67
7.3. Réalisation des levés dans les sections retenues
Les principales informations à regrouper lors des levés sont listées ci-
dessous. Elles varient sensiblement en fonction des modalités d?exploitation
prévues pour l?estimation du débit (exploitation d?une vidéo ou formule
hydraulique à utiliser) et peuvent inclure :
? un ou plusieurs profils en travers (suivant les besoins), incluant
le niveau des laisses de crues associées, ainsi que la bathymétrie si
nécessaire, de façon à aboutir à la section d?écoulement complète ;
? position XY et photos des sections levées ;
? suivant le mode d?exploitation visé, le profil en long du lit et de la
ligne d?eau d?après les laisses de crue (pour application de la formule
de Manning-Strickler ou de la méthode de la pente de la ligne d?eau) ;
? le cas échéant, position de repères pour exploitation de vidéos et/
ou photos ;
? un schéma (ou carte) du site, avec le cours d?eau, les singularités,
l?occupation du sol, les traces d?écoulements à fortes vitesses
(végétation couchée, érosion), et les emplacements des mesures
s?avère également très utile.
Des erreurs importantes sont possibles sur le niveau des laisses de
crue, qui doivent par conséquent être sélectionnées avec précaution.
Voici quelques exemples de pièges à éviter :
? la végétation arbustive peut avoir plié sous l?effet de l?écoulement
puis se redresser après la crue, amenant à surestimer le niveau des
laisses ;
? les laisses situées sur des obstacles en milieu de l?écoulement sont
souvent plus représentatives de la charge que de la hauteur d?eau
(différence de niveau de l?ordre de V²/2g) ; sur les rives, la présence
ponctuelle de vagues, ou l'arrivée brutale de fronts d'onde, peuvent
également générer des laisses plus hautes que le niveau moyen dans
la section ;
? les traces d?humidité sur les murs peuvent être liées à des
remontées capillaires, et ne sont donc pas nécessairement
représentatives du niveau d?eau maxi (contrairement aux dépôts
limoneux).
!POINT D?ATTENTION
De façon à fiabiliser les levés, il est préférable de lever un nombre
important de laisses de crue sur les deux rives, leur redondance
permettant une critique ultérieure par comparaison graphique (cf.
Figure 7.1). L?idéal est que l?hydromètre visite le site dès que possible
après l?événement pour sélectionner et matérialiser (peinture, clous,
étiquettes, photos) les marques de crue fraîches, sans attendre le
levé topographique si celui-ci ne peut pas être réalisé rapidement.
Les laisses potentiellement douteuses ou supposées représentatives
de la charge sont à identifier. Enfin, les profils en long des laisses de
crue et du fond du lit doivent être levés sur une longueur suffisante
pour permettre une bonne estimation des pentes, avec des laisses
suffisamment nombreuses pour permettre l?analyse de la forme de la
ligne d?eau (hypothèse de régime uniforme). Une bonne estimation
de la pente s?avère difficile lorsque celle-ci est inférieure à 0,5 %.
7.4. Interviews de témoins
En parallèle aux levés, des informations complémentaires particulièrement
utiles peuvent parfois être collectées auprès des témoins habitant Ã
proximité de la section considérée :
? confirmation du niveau maximum dans la section ;
? horaire du pic de crue (importance si simulations pluie-débit ultérieures) ;
? dynamique de montée/décrue (horaires et niveaux associés) ;
? autres éléments descriptifs du déroulement : embâcles, évolution du
fond et des berges, chemins d?écoulement lors de la crue (éventuels
contournements) ;
? photos ou vidéos en crue.
Il est capital de croiser et recouper ces informations auprès de différentes
sources (lorsqu?elles existent).
7.5. Estimation de la vitesse des écoulements
L?estimation de la vitesse moyenne des écoulements dans la section
considérée constitue la principale difficulté (et probablement la
principale source d?erreurs). Celle-ci peut être réalisée de deux façons :
soit par l?analyse du fonctionnement hydraulique de la section, soit par
reconstitution directe d?informations sur les champs de vitesse en crue
à partir de vidéos ou photos.
7.5.1 Interprétation du fonctionnement hydraulique de la section
Différentes méthodes sont regroupées dans cette catégorie, elles
présentent néanmoins toutes des limites liées aux hypothèses sous-
jacentes effectuées et/ou au choix des paramètres les plus adaptés :
? formule de Manning Strickler, applicable sous hypothèse d?écoulement
uniforme, hypothèse qui peut être vérifiée en comparant la pente et la
forme de la ligne d?eau (cf. Figure 7.1) Ã celle du lit. Dans ce cas le choix
du paramètre de rugosité (coefficient de Strickler K) s?avère déterminant ;
? méthode de la pente de la ligne d?eau en cas d?écoulement
graduellement varié. Dans ce cas, le coefficient de Strickler K n?est plus
le seul paramètre à déterminer (coefficients de charge dynamique et
de perte de charge à évaluer), ce qui rend l?application plus complexe ;
? construction d?un modèle hydraulique 1D local permettant de traiter
des cas pour lesquels la ligne d?eau est plus chahutée, mais toujours avec
la nécessité d?une estimation de la rugosité du lit ;
? formule de seuil (dénoyé). L?application de cette formule nécessite
l'estimation d'un coefficient de débit qui dépend des caractéristiques du
seuil : le choix de ce coefficient est déterminant et doit être réalisé avec
précaution (Cerema, 2005). La formule nécessite également de connaître
la charge à l'amont du seuil, donc le terme V²/2g où V est la vitesse
d'écoulement à l'approche du seuil (vitesse qui ne peut pas toujours
être négligée en crue). À défaut de connaître cette vitesse, celle-ci peut
être estimée par itération : application de la formule de seuil avec une
vitesse d'approche nulle, estimation de la vitesse à l'amont du seuil Ã
partir du débit obtenu et de la section, utilisation de la valeur de vitesse
estimée pour ré-appliquer la formule de seuil, etc. ;
? formules de pertes de charge au passage sous un ouvrage, avec ici
aussi un choix de paramètre à effectuer (coefficient de contraction), ainsi
qu?une hypothèse sur la vitesse d?approche.
D?une façon générale, il est donc important d?appliquer les formules
hydrauliques avec précaution et en étant conscient des hypothèses et des
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer68
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? présence de repères fixes sur les deux rives dont la position peut être
relevée (cf. Figure 4.11).
Ces méthodes ne fournissent qu?une indication partielle sur le champ
de vitesses (vitesses ponctuelles ou champ de vitesses en surface),
qu?il faut donc extrapoler à la vitesse moyenne dans la section par
application d?un coefficient généralement situé dans une gamme de
0,8 Ã 0,9 (cf. Tableau 4.1).
7.6. Critique des résultats
Un premier niveau de critique peut porter sur l?ordre de grandeur des vitesses
d?écoulement estimées. Pour cela il peut être notamment intéressant
d?estimer le nombre de Froude, en étant conscient que les écoulements
super-critiques à l?échelle d?un tronçon en crue restent rares et ne sont
généralement rencontrés que localement, ou dans des configurations très
particulières : pentes très fortes, écoulements chenalisés et sans obstacle.
Un deuxième niveau de critique consiste à exploiter la redondance
d?information dès que possible : cohérence amont/aval des estimations
effectuées, ordre de grandeur des débits spécifiques. Ceci permet d?éliminer
les estimations les plus incohérentes. Si la redondance est insuffisante, une
simulation pluie-débit peut permettre de vérifier que les débits de pointe
estimés sont compatibles avec des rendements d?écoulements raisonnables
et dans tous les cas inférieurs à 100 %.
fond du lit
Ligne d?eau
-100 -50-150 0 50 100 150
Distance (m)
Profil en long
-20-30-40 -10 0 10 20 30 40
Ligne d?eau
Rive droiteRive droite
Distance (m)
Ha
ut
eu
r (
m
)
Rive gaucheRive gauche
Profil en travers
Limites du lit mineur
Plan de la section
Laisses de crue
Ha
ut
eu
r (
m
)
-4
0
4
8
12
0
4
8
FIGURE 7.1 : EXEMPLE DE PROFIL EN LONG ET PROFIL EN TRAVERS AVEC INDICATION DES LAISSES DE CRUE RELEVÉES
La redondance des laisses permet de fiabiliser l?information sur la ligne d?eau. L'hypothèse d'un régime uniforme est validée lorsque la pente de la ligne d'eau
est voisine de celle du fond du lit.
limites inhérentes à chaque cas. Il peut également être utile de consolider
l?analyse à partir d?éléments factuels qui, bien que restant assez subjectifs,
peuvent confirmer ou infirmer la présence d?écoulements à vitesses
élevées : description des témoins, végétation couchée ou intacte, érosion
des berges, etc.
7.5.2 Analyse de vidéos et/ou photos
La méthode la plus simple consiste à se servir des photos ou vidéos
disponibles pour évaluer la vitesse d?objets flottants, ou bien la
différence entre ligne d?eau et ligne de charge dans la section (donnant
une indication du terme V²/2g) à partir de la surélévation observée au
niveau du choc sur un obstacle (cf. Figure 7.2).
Une méthode plus élaborée consiste à reconstituer le champ de vitesses
de surface sur toute la section à l?aide d?un logiciel d?analyse d?images de
type LSPIV (cf. chapitre 4, Figure 4.11). Pour cela il est nécessaire de disposer
de vidéos présentant les caractéristiques nécessaires à une telle analyse :
? champ fixe sur au moins 1s ;
? prise de vue permettant de visualiser l'ensemble de la section sur
l'image (par exemple depuis un pont, ou depuis la berge) ;
? profil en travers pouvant être levé a posteriori, où le niveau d?eau
peut être évalué ;
? surface libre la plus plane possible (la pente peut être prise en
considération), avec un écoulement le plus uniforme possible (pour
l?estimation du coefficient de surface) ;
Chapitre 7 ? Reconstitution de données hydrométriques post-crue
69
7.7. Références
? AFNOR (1992) ? Mesure de débit des liquides dans les canaux
découverts ? Méthode de la pente de la ligne d?eau ? Norme NF ISO
1070
? CEREMA DTec EMF, Notice sur les déversoirs. Synthèse des lois
d'écoulements au droit des seuils et déversoirs, Février 2005, 87p.
? CEREMA, guide méthodologique, Protocole de collecte d?informations par
reconnaissances de terrain suite à une inondation, 2015
? Degoutte G., Aide-mémoire d'hydraulique à surface libre, cours
agroparistech, 32p.
? Gaume E. et al., Post Flash-flood Investigations - Methodological
note, report T23-06-02 of the EU FloodSite project, 2006, 54 p.
? Gaume E., and Borga M., Post-flood field investigations in upland
catchments after major flash floods : proposal of a methodology and
illustrations, Journal of Flood Risk Management, 2008, 1, pp 175-189
? Payrastre O., Bonnifait L., Le Boursicaud R., Gaume E., Gasset R.,
Busseuil G., Estimation des débits des crues de juin 2013 dans les
Pyrénées, rapport de la convention DGPR/Ifsttar 2013 n°2101140317,
2014, 15p.
? Payrastre O., Gaume E., Javelle P., Janet B., Fourmigué P., Lefort P.,
Martin A., Boudevillain B., Brunet P., Delrieu G., Marchi L., Aubert Y.,
Dautrey E., Durand L., Lang M., Boissier L., Douvinet J., Martin C., Ruin I.
et l?équipe TTO2D d?HYMEX. Analyse hydrologique de la catastrophe du
15 juin 2010 dans la région de Draguignan (Var, France). Congrès SHF :
« Evènements extrêmes fluviaux et maritimes », Paris, 1-2 février 2012
? Payrastre O., Naulin J.P., N?Guyen C.C., Gaume E., Analyse hydrologique
des crues de juin 2010 dans le Var, rapport de la convention DGPR/
Ifsttar 2011 n°21.00.46.03.2, 2012, 32p.
? Exploitation de vidéos pour détermination des vitesses :
> https://floodscale.irstea.fr/donnees/videos-amateurs-de-rivieres-
en-crue/videos-amateurs-de-rivieres-en-crue
> Guide méthodologique Collecte et préparation de film amateur en
vue d?une exploitation par analyse d?image
> Fudaa-LSPIV 1.3.2, Guide d'utilisation, version v04 du 17-09-2013,
Magali Jodeau, Alexandre Hauet, Jérôme Le Coz
FIGURE 7.2 : EXEMPLES D?ESTIMATIONS PONCTUELLES DE VITESSE D?ÉCOULEMENT DE SURFACE RÉALISÉES À PARTIR DE VIDÉOS (IFSTTAR)
À gauche : parcours d?un objet flottant ; à droite : surélévation fournissant une évaluation du terme V²/2g (1.25 < V²/2g < 1.75 m, soit 5 < V < 5.9 m/s)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer70
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
http://www.eau-mer-fleuves.cerema.fr/IMG/pdf/GF_06-01_cle52db85.pdf
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/guide-reconnaissance-terrain-inondation-a1314.html
https://tice.agroparistech.fr/coursenligne/courses/COURSDHYDRAULIQUEDYN/document/Texte%20de%20cours/degoutte1.pdf?cidReq=COURSDHYDRAULIQUEDYN
http://www.floodsite.net/html/partner_area/project_docs/T23_06_02_Post_Flashflood_Investigations_D23_2_V1_0_P01.pdf
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00379252
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/fichier/pdf/PAYRASTRE_GAUME_texte_SHF_Evtsextremes_def.pdf?arg=3498&cle=357a79b7108c8e439f18fbb4eb792aa84970d8fd&file=pdf%2FPAYRASTRE_GAUME_texte_SHF_Evtsextremes_def.pdf
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/fichier/pdf/Rapport_Crue_Var_2010_analyse_hydrologique_def.pdf?arg=3496&cle=19718b956d3764ee25d794013756eff7be9f7881&file=pdf%2FRapport_Crue_Var_2010_analyse_hydrologique_def.pdf
https://floodscale.irstea.fr/donnees/videos-amateurs-de-rivieres-en-crue/videos-amateurs-de-rivieres-en-crue
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/fichier/pdf/B5_a_Guide_methodo_film_amateur_cle6de565-1.pdf?arg=5596&cle=0f6253f12384b2ddd1deefc40a163d587865c609&file=pdf%2FB5_a_Guide_methodo_film_amateur_cle6de565-1.pdf
https://forge.irstea.fr/projects/fudaa-lspiv
Prévention des risques
professionnels et formation
en hydrométrie
8.1. Enjeux et réglementation
L
'exercice du métier d'hydromètre comporte un certain
nombre de risques à maîtriser. La gravité de certains
de ces risques étant extrême, il est du devoir de
chacun de tout mettre en oeuvre pour réduire les
risques à un niveau résiduel acceptable. Ainsi, la prévention
des risques ne doit pas être considérée comme un frein Ã
l?activité car les moyens (la connaissance, les formations,
les équipements) ont évolué ces dernières années.
L?adaptation des mesures de prévention aux réalités de
terrain conditionne l?acceptation de celles-ci par les agents.
Le code du travail (art L 4121-1 du code du travail) oblige
tout employeur à prendre les mesures nécessaires
pour assurer la sécurité et protéger la santé physique
et mentale des travailleurs. La prévention des risques
passe par l?évaluation des risques qui doit être traduite
dans le DUERP (document unique d?évaluation des risques
professionnels). Ce dernier permet l?identification, le
classement et le choix de traitement préventif des risques.
La prévention repose sur l?ensemble de la communauté
de travail : les chefs de services, le médecin de prévention,
les agents chargés de la sécurité et de la prévention (ASP),
le Comité Hygiène, Sécurité et condition de travail (CHSCT),
les assistantes sociales et surtout sur les travailleurs.
8.2. Prévention et responsables de services
8.2.1 Méthode d?analyse
La prévention doit prendre une part importante dans le
management. Elle doit être conduite en s?appuyant sur la
méthode d'analyse de risque utilisée pour la rédaction du
DUERP . Cette analyse de risque doit faire l?objet d?adaptations
aux réalités locales. Un regard d?expert métier combiné avec
un regard extérieur permettent une meilleure analyse des
situations d?exposition à un danger. Le tableau 8.1 inspiré
d'un DUERP présente une synthèse des principaux risques
rencontrés en hydrométrie ainsi que leur classement et moyen
de prévention. Celui-ci peut être complété par des fiches de
risques, de recommandations et de « sécurité- station ». Ces
fiches permettent de détailler les risques, leur définition, les
dommages causés, leurs moyens de prévention ainsi que
la transmission de consignes particulières. Elles peuvent se
trouver dans les véhicules, dans les boîtiers « stations » en
support papier ou informatique. Le classement entre les
risques s?effectue après avoir quantifié leur importance en
combinant plusieurs facteurs : gravité des conséquences x
fréquence d?exposition.
Des actions collectives (suppression ou réduction de
l'exposition, protections collectives) sont toujours à mettre
en place avant des mesures individuelles (formations,
équipements de protection individuelle = EPI).
!POINT D?ATTENTION
8.2.2 Moyens de prévention
Le choix de moyens adaptés doit permettre aux agents de
travailler avec le minimum de contrainte, ce qui changera
leur regard face à la prévention. Il existe un large choix d?EPI
qui sont de plus en plus adaptés au travail en extérieur dont
l?hydrométrie.
Des formations très concrètes permettent une bonne
sensibilisation des agents (ex : simulation chute en rivière )
et des visites de terrain avec des responsables hiérarchiques
peuvent renforcer la prise de conscience.
8.3. Prévention et hydromètres
8.3.1 Fondamentaux
Les agents de services d?hydrométrie (hydromètres, agents de
maintenance) sont exposés à de nombreux risques liés aux
activités de bureau, d?atelier, de travaux en extérieur avec des
déplacements fréquents à pied, en véhicule terrestre, en bateau.?
ch
ap
itr
e
8
Chapitre 8 ? Prévention des risques professionnels et formation en hydrométrie
71
Quelques principes fondamentaux méritent d'être particulièrement
mis en avant. Ils contribuent à la réduction des risques dans l'exercice
du métier d'hydromètre :
? Aucun jaugeage ne vaut la vie d?un jaugeur. Un jaugeur ne doit pas
risquer sa vie pour tenter le « jaugeage du siècle ».
? La réduction ou la suppression du risque repose pour une grande
partie sur le travail en binôme. Il permet une surveillance mutuelle,
un partage des connaissances du terrain et de la prise de décision.
? Tous les risques des zones de travail doivent être identifiés que ce soit
aux abords immédiats mais aussi en AVAL et en AMONT (par exemple :
présence d?aménagements qui font varier rapidement le débit).
? La maîtrise de plusieurs techniques de jaugeages permet de réduire
voire d'annuler le risque lors de la réalisation d'une mesure (par
exemple : les techniques non intrusives dans l'écoulement).
? Une bonne préparation et l?organisation des journées de travail
limitent la précipitation et l?effet de surprise. Avant le départ : connaître
les prévisions météo et débits, choisir les matériels de travail et EPI
adaptés aux conditions météo et en vérifier l?état.
? Avoir un téléphone portable et connaître les zones de bonne
réception du réseau téléphonique.
? La routine bien qu?attirante est l?ennemie de la sécurité. Les hydromètres
doivent rester vigilants, attentifs et appliquer les consignes de sécurité.
!POINT D?ATTENTION
8.3.2 Zoom sur le risque de chute à l?eau
Le risque de chute à l?eau est un des risques critiques pour les hydromètres.
Les agents doivent avoir une attention permanente pour limiter le risque
d?accident, qu?ils soient aux abords, dans ou sur le cours d?eau.
Un cours d'eau en aval d'un ouvrage hydroélectrique (barrage, usine)
présente toujours un risque potentiel supplémentaire. Les lâchers d'eau
nécessaires à la production électrique ou le maintien du débit peuvent
à tout instant entraîner une montée rapide des eaux. Même par beau
temps, il faut rester très prudent. Avant de partir, les intervenants doivent
se mettre en rapport avec les gestionnaires des ouvrages du secteur,
qui dans certains cas leur font signer une « Convention d?informations
réciproques relative aux travaux dans le cours d?eau » qui permet de
les tenir informés des manoeuvres éventuelles. Le compagnonnage en
matière de sécurité comme dans les autres domaines de l'hydrométrie
est primordial car les risques d'un site ne sont pas tous visibles et évidents.
8.3.3 Quelques recommandations pour le travail en rivière
Les consignes suivantes peuvent tout à fait figurer dans une fiche
« recommandations » :
? avant le départ, prendre le bulletin météo du jour ;
? vérifier l?état des EPI (gilet de sauvetage, etc.) ;
? choisir les vêtements en fonction des conditions météo (chaud,
humide, froid) et du type de jaugeage (cuissarde, waders, etc.) ;
? repérer les zones de dangers (remous, trous, obstacles, ponts,
barrage, etc.) ;
? sur place, choisir la technique de jaugeage (perche, ADCP, bateau) en
fonction des conditions d?écoulement ;
? en cas d?orage quittez le cours d?eau et rejoignez votre véhicule.
Si le jaugeage est réalisé avec un agent dans l?eau : bien connaître ses
capacités de déplacement dans l?eau en fonction du couple vitesse-hauteur
d?eau et évaluer le besoin de porter un gilet de sauvetage. Le ressenti dépend
du poids, de la taille de chaque agent et de la nature du fond de la rivière.
43 jaugeages à la micro?perche
Station : la Mure Argens ? Cours d'eau : VERDON
0,5
0
1
1,5
Ha
ut
eu
r d
'e
au
(m
)
Vitesse de l'eau (m/s)
0
Débit mesuré (m3/s)
0,5 1 1,5 2 2,5
Faible
Modéré
Fort
Très fort
Evaluation du risque
Faible
Fr
éq
ue
nc
e
d'
ob
se
rv
at
io
n
(%
) 50
25
0
Modéré Fort Très fort Inconsidéré
Evaluation du risque en fonction du débit
Faible
Modéré
Fort
Très fort
Inconsidéré
Faible
0 2,54 5,08 7,62 10,16 12,70
Niveau de risque observé
sur 42 jaugeages
FIGURE 8.1 : ANALYSE HAUTEUR-VITESSE PERMETTANT DE DÉTERMINER LES CONDITIONS D?INTERVENTION (EDF ? DTG)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer72
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Si le travail est embarqué : port du gilet de sauvetage obligatoire. Se
référer au chef de bord qui doit être titulaire du permis adéquat et doit
veiller à la présence de l'armement obligatoire et au bon état du bateau.
C?est le chef de bord et lui seul qui décide de la possibilité ou pas de
naviguer en fonction des conditions météo ou de débit. Surveiller la
profondeur, les corps flottants et les autres embarcations.
À titre d?illustration, l?analyse-type réalisée par EDF-DTG sur son réseau
de stations est présentée figure 8.1. L?utilisation des courbes de stabilité
permet de définir, à partir de l?historique des jaugeages réalisés sur un
site donné au courantomètre sur perche, le niveau de risque par gamme
de débit. Une fiche spécifique est confectionnée pour chaque station.
Utilisée lors de la préparation de l?intervention, elle permet d?anticiper le
choix du moyen de mesure qui sera mis en oeuvre en détaillant la nature
du risque, les dommages, les actions de prévention et les formations.
Chapitre 8 ? Prévention des risques professionnels et formation en hydrométrie
73
TABLEAU 8.1 : SYNTHÈSE DES PRINCIPAUX RISQUES RENCONTRÉS
Nature
du risque
Situation de travail Niveau
de risque
Actions de prévention Suivi des actions de
prévention
Chute à l'eau Toutes activités dans l?eau,
en bateau, sur les rives, du
pont.
Formation gestion chute à l?eau,
Formation pilotage bateau en condition difficile. Port EPI gilet de
sauvetage. Travail en binôme. Corde de sauvetage
Recyclage tous les 2 ans
Vérification gilet 1 fois / an
Chute de
hauteur
Descente des camions, bord de
rives, pont, travaux sur cordes
Formation travaux sur cordes
Port EPI (harnais antichute)
Recyclage tous les 3 ans
Vérification annuelle du matériel
Routier Stationnement bord de
route,
Jaugeage sur ou bords de
route
Stationnement en zone protégée
Signalisation véhicule
Formation Balisage chantier mobile
Port EPI haute visibilité
Routier Trajet mission Respect code de la route
Stage conduite en situation difficile
Rotation des conducteurs.
Temps de conduite limité pause régulière toutes les 2 h max
Chute
de plein pied
Accès à la station, à la rivière Vigilance si surface humide,
Aménagement des accès (escalier, garde-corps, etc.).
Fiche sécurité par station
Revue des accès tous les 5 ans
Charge
physique
Manipulation charge lourde
(batterie, appareil de
mesure, etc.)
Réduction du poids des équipements. Utilisation engin de
levage (brouette pour catamaran, etc.)
Formation geste et posture
Port EPI (chaussure sécurité, etc.)
Suivi annuel médecin de
prévention
Outils et
équipements
de travail
Découpe métal,
Installation station,
Élagage
Sous traitance des gros chantiers.
Formation élagage,
Port des EPI (visière, manchette, gant, pantalon forestier, etc.)
Vérification annuelle des éléments
de sécurité des appareils.
Contrôle des EPI avant chaque
utilisation
Incendie
explosion
Utilisation et stockage de
produit explosif
Charge des batteries dans un local dédié et ventilé.
Stockage produits inflammables et explosifs dans armoire
de sécurité
Extincteur à disposition
Vérification annuelle
des extincteurs
Armoire
thermique/
climatique
Travail par forte chaleur ou
froid
Adapter les horaires de travail. Véhicule climatisé. Pneus hiver.
Hydratation. Port EPI (chapeau, lunette soleil, vêtement chaud, pluie)
Consigne de protection : s'abriter, différer la mission, etc.
Attaque animal,
insecte, reptiles
Traversée de champ, hautes
herbes, zone d'habitat
Se détourner des zones à risques.
Formation premiers secours. Bombes anti-guêpes.
Agents
biologiques
(virus, bactéries)
Contact avec l'eau des
rivières
Éviter contact avec l'eau si blessure.
Nettoyage régulier des mains.
Vaccination et trousse premiers secours dans chaque véhicule.
Électrique Installation station,
intervention sur circuit
électrique
Respect norme installation électrique
Protection des éléments nus sous tension
Formation et habilitation électrique
Port des EPI
Consuel à l?installation en 220V.
Recyclage habilitation électrique
tous les trois ans.
Manutention
mécanique
Manipulation engin de
levage (poutre saumon)
Respect des consignes d?utilisation
Port des EPI (chaussures sécurité, gants, etc.)
Vérification annuelle des
éléments de levage
Absence de
possibilité de
secours
Travail isolé
ou en zone inaccessible
Fiche sécurité avec coordonnées pour chaque station.
Relation avec service de secours départementaux.
Dispositif d?alerte pour travailleurs isolés
8.4. Quelques situations délicates
L'agent ne porte pas
de gilet de sauvetage.
L'agent évolue sur une surface
glissante sans être assuré et
sans gilet de sauvetage.
La berge est train de s'effondrer
sous l'effet du courant.
Moyen de mesure inadapté compte
tenu du couple hauteur-vitesse.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer74
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Chapitre 8 ? Prévention des risques professionnels et formation en hydrométrie
8.5. Formation en hydrométrie
Divers organismes proposent des formations continue en hydrométrie
dont l?Ifore et l?OIEau.
La figure 8.2 montre un parcours type de formation en hydrométrie
pour acquérir la majorité des compétences nécessaires à l?exercice du
métier d?hydromètre.
8.6. Références
? Fiche travail & sécurité : les travaux au contact de l?eau
? Fiche INRS (Institut national de recherche et de sécurité) sur les
Équipements individuels de flottaison
? Fiche spécifique sur la Leptospirose
? Information INRS sur les Zoonoses
? Informations sur la maladie de lyme
Hydrométrie
principes généraux
Modules de niveaux avancé
JaugeageMesure
et transmissions
des données
limnimétriques
Configuration,
exploitation
et diagnostic
des modems
Critique
et validation
des données
hydrométriques
Statistiques
avancées pour
le calcul
d?incertitude
en hydrologie
Prise en main
des centrales
d?acquisition
Traitement
de la donnée
hauteur
Courbes
de tarage
Bancarisation
des données
Prérequis
Hydrologie
statistique
Jaugeage
par ADCP
FIGURE 8.2 : EXEMPLE DE PARCOURS DE FORMATION CONTINUE POUR UN HYDROMÈTRE
75
http://www.travail-et-securite.fr/ts/dossier/Les%20travaux%20au%20contact%20de%20l'eau.html
http://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%20119
http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/documents/pdf/leptospiroses_200905net.pdf
http://www.inrs.fr/risques/zoonoses/exemples-expositions.html
http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/article/maladie-de-lyme
Normes en hydrométrie
9.1. Qu?est-ce qu?une norme ?
U
ne norme est un document de référence approuvé
par un institut de normalisation reconnu tel
que l?Association Française de NORmalisation
(AFNOR).
Une norme définit des caractéristiques et des règles
volontaires applicables aux activités de son champ
d?application (ici l?hydrométrie). Il s?agit d?un langage
commun entre acteurs d?un même champ d?activité. Une
loi ou un règlement (qui relèvent tout deux des pouvoirs
publics) ont une application imposée. Certaines normes
peuvent soutenir la réglementation en étant citées
comme documents de référence. Seul 1 % des normes
sont d?application obligatoire.
La norme est issue d?un consensus, c?est-Ã -dire d?un
accord général caractérisé par l?absence d?opposition
ferme lors du processus de prise en considération des
vues des parties concernées. Une norme traduit un
engagement à satisfaire un niveau de qualité et de
sécurité reconnu et approuvé. La conformité aux normes
peut faire l?objet d?une déclaration du fournisseur sous sa
seule responsabilité. Il s?engage par-là sur la qualité de
sa production, de ses prestations ou de son organisation.
Le fournisseur ou le client peut aussi demander que
cette conformité soit attestée par un tiers (laboratoire,
organisme d?inspection, organisme de certification, etc.),
qui se charge de vérifier que le produit, le service ou le
système concerné répond aux exigences de la norme.
L?AFNOR est le représentant français de la normalisation
au niveau du CEN (Comité Européen de Normalisation)
et de l?ISO (Organisation internationale de normalisation)
auprès desquels elle défend les positions françaises (cf.
Figure 9.1).
Les normes sont utiles aux différents acteurs du métier.
Elles peuvent aider à :
? homogénéiser les méthodes et les pratiques et Ã
mettre en place des procédures identifiées et conformes
aux pratiques attendues ;
? minimiser des conflits juridiques ou réglementaires et
faciliter le contrôle et la résolution de ces conflits ;
? définir des référencements techniques nationaux
(prescriptions, cahiers des charges, etc.) ;
? apporter une visibilité nationale, européenne ou
internationale ;
? bâtir des réglementations ;
? disposer d?arguments de vente ou de conformité pour
les industriels ;
? bénéficier d?accréditations ou de qualifications par des
organismes de contrôle reconnus pour les prestataires.
Les normes (comme les guides, procédures et référentiels
divers) nécessitent des mises à jour. Elles se doivent d?être
pertinentes, réactives et suivre les évolutions du métier.
Lorsqu?elles ne le sont plus (ou pas encore), un autre
document peut anticiper les évolutions, en rappelant la
norme existante en cours et les écarts par rapport à celle-ci.
C?est dans cet objectif que les travaux de la commission de
normalisation en hydrométrie ont été relancés en 2014.
9.2. Normalisation en hydrométrie
La commission de normalisation nationale X10C
« Hydrométrie » de l?AFNOR intervient pour la normalisation
« des méthodes, procédures, instruments et équipements
se rapportant aux techniques pour la détermination
hydrométrique du niveau, de la vitesse et des écoulements
de l'eau, des transports solides dans les canaux découverts,
de la précipitation et de l'évapotranspiration, et de
l'existence et du mouvement de la nappe superficielle, y
compris :
? la terminologie et les symboles ;
? la recherche, l'évaluation, l'analyse, l'interprétation et la
présentation des données ;
? l'évaluation des incertitudes. »
?
ch
ap
itr
e
9
Dans le domaine de l?hydrométrie, aucune norme n?a de caractère
obligatoire contrairement aux méthodes applicables à la surveillance
DCE, qui sont prescrites par un arrêté ministériel.
Les normes en hydrométrie ne couvrent que certains aspects de la
charte qualité. De même, la charte qualité n'aborde pas tous les
détails que des procédures internes sont susceptibles de contenir.
Alors que les procédures internes et la Charte qualité peuvent se
référer aux normes, les normes ne peuvent pas se référer aux
chartes ni aux procédures internes.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer76
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Normes
Charte
qualité
hydrométrie
Procédures et
guides internes
EXPERTS :
entreprises, consommateurs, ONG, laboratoires, pouvoirs publics,
centres de recherche, syndicats ouvriers, organismes de prévention,
acheteurs publics, collectivités territoriales, enseignants, etc
L?ORGANISATION DE LA NORMALISATION
Organisme
de Normalisation
ISO
Niveau International
CEN
Niveau Européen
(Autres organismes
de normalisation
nationaux)
90 % des activités
de normalisation relèvent
de l?international
DIN
Allemagne
ANSI
États-Unis
BSI
Grande-Bretagne
AFNOR
France
Délégations nationales
FIGURE 9.1 : L'ORGANISATION DE LA NORMALISATION (AFNOR)
Chapitre 9 ? Normes en hydrométrie
La charte de qualité en hydrométrie est, comme les normes, le fruit
d?un travail commun entre professionnels du même sujet. Cependant
elle n?est pas validée par une instance de normalisation et son sujet
est plus vaste que le périmètre d?une seule norme. Elle est moins
prescriptive que les normes, l?objectif de la charte étant de dresser
les bonnes pratiques. Il est toutefois important que les référentiels
existants (guides, procédures, chartes, normes, etc.) ne soient pas en
contradiction les uns par rapport aux autres.
Chaque intervenant en hydrométrie devrait connaître les normes
applicables pour s?en inspirer lors de la mise au point de ses procédures
internes, voire participer à l?amélioration des normes par son retour
d?expérience sur ses pratiques. Ainsi, ces différents documents peuvent
s?enrichir par ces allers-retours, voire susciter les progrès scientifiques
ou techniques du domaine. Cela est d?autant plus important que
les processus amenant à l?actualisation des normes sont plus longs
que pour l?actualisation de la charte, eux-mêmes plus longs que les
évolutions des procédures internes.
77
9.3. Fonctionnement de la normalisation
Les NF sont des textes nationaux français, les NF EN sont des textes
européens repris dans la collection nationale, les NF EN ISO sont des
normes internationales reprises en normes européennes et transcrites en
textes français. Les normes sont accessibles sur les sites des organismes
de normalisation via paiement (entre 50 et 150 euros selon les normes).
La commission AFNOR X10C donne son avis sur les normes ISO
lorsqu?elles sont en consultation. La reprise d?une norme internationale
ISO dans la collection française fait l?objet d?un vote au sein de la
commission X10C, alors que la reprise d?une norme européenne EN
ou EN-ISO dans la collection française est automatique. Les normes
nationales doivent, soit reprendre les textes normatifs européens s?ils
existent, soit être compatibles avec ces textes européens. Les normes
nationales en contradiction ou portant sur le même sujet et le même
contenu qu?une norme européenne sont supprimées de la collection.
Une norme homologuée (NF, NF EN ou NF EN ISO) reprise en collection
française fait obligatoirement l?objet d?une consultation nationale via
une enquête publique. Tout un chacun peut alors donner son avis sur le
contenu technique du texte.
9.4. Références
? ISO : pour l?hydrométrie se rendre sur Élaboration des normes>Comités
techniques> ISO/TC 113
? CEN : pour l?hydrométrie se rendre sur : standards.cen.eu > technical
bodies > CEN/TC 318
? AFNOR : permet d?accéder aux normes et aux enquêtes publiques.
Pour l?hydrométrie se rendre sur : Grand cycle de l?eau>Hydrométrie
TR : Technical Report
TS : Technical Specification
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer78
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
TABLEAU 9.1 : LISTE DES NORMES À CONNAÎTRE EN HYDROMÉTRIE
NF-EN-ISO (Fr) 748:2009 Hydrométrie
Hydrométrie - Mesurage du débit des liquides dans les canaux découverts au moyen
de moulinets ou de flotteurs
NF-EN-ISO (Fr) 18365:2014 Hydrométrie Hydrométrie - sélection, établissement et exploitation d'une station hydrométrique
ISO 18320-en cours de validation Hydrométrie Hydrométrie - Détermination de la relation hauteur-débit
NF-ISO (Fr) 1070:1992 Hydrométrie
Mesure de débit des liquides dans les canaux découverts - Méthode de la pente de la
ligne d?eau.
NF-EN-ISO (Fr) 9555:1994 Parties 1 à 4 Hydrométrie
Mesure de débit des liquides dans les canaux découverts Méthodes de dilution en
régime permanent utilisant des traceurs
NF-EN-ISO 6416:2005 ADCP/ultrason Hydrométrie - Mesure du débit à l?aide de la méthode ultrasonique
ISO 15769:2010 ADCP/ultrason
Hydrométrie - Lignes directrices pour l'application des compteurs de vitesse
ultrasoniques fixes utilisant l'effet Doppler et la corrélation d'échos
ISO/TR 24578:2012 ADCP/ultrason
Hydrométrie - Profils Doppler acoustiques - Méthode et application pour le mesurage
du débit en conduites ouverte
ISO/TR 1088:2007 Incertitudes
Hydrométrie - Méthodes d'exploration du champ des vitesses à l'aide de moulinets
Recueil et traitement des données pour la détermination des incertitudes de
mesurage du débit
ISO 5168:2005 Incertitudes Mesure de débit des fluides - Procédures pour le calcul de l'incertitude
ISO/TS 25377:2007 Incertitudes Lignes directrices relatives à l'incertitude en hydrométrie
ISO 3455:2007 Autres Hydrométrie - Étalonnage des moulinets en bassins découverts rectilignes
NF-EN-ISO (Fr) 4373:2009 Autres Hydrométrie - Appareils de mesure du niveau de l'eau
http://www.iso.org/iso/fr/
https://www.cen.eu/
http://norminfo.afnor.org
Annexe 1 ? Méthode pour estimer l'incertitude de la mesure
Méthode pour estimer
l?incertitude de la donnée
Approche statistique classique de l'incertitude :
GesDyn
La formulation de l'incertitude proposée par GesDyn est directement
inspirée de l'approche GUM. Les sources d'incertitudes sont identifiées et
composées de manière quadratique. La formulation est donc classique
et sans surprise. On suppose que la variable aléatoire modélisant le débit
Q(h,t) suit une loi normale de moyenne ?(h) et de variance ?2(h,t).
?
a
nn
ex
e
1
?2 (h,t)
A est la variance modélisant la variabilité de la relation hauteur-débit. Elle est estimée à partir de l'étude de
la variabilité en fonction du temps des jaugeages autour d'un modèle de courbe de tarage moyen. L'homogénéité
de la population des jaugeages doit être vérifiée au préalable. Une relation peut être très variable dans le temps tout
en étant homogène : oscillations autour d'une position d'équilibre.
Se2(h) est la variance modélisant l'incertitude sur le tracé de la courbe de tarage. Elle prend en compte
l'incertitude de chaque jaugeage. En pratique, elle est estimée en prenant les quantiles 15 et 85 % des N courbes
de tarage calculées à partir des simulations de Monte Carlo dans le modèle d'incertitude des jaugeages de la
population.
Ir2(h) est la variance modélisant l'incertitude sur la mesure de la hauteur. Elle prend en compte la sensibilité S de
la relation hauteur-débit, l'incertitude P du capteur, l'incertitude de la dérive C de ce dernier et donc à la possibilité de
recalage.
Q(h,t)~N[?(h),?2(h,t)] où ?2 (h,t) = Ir2(h)+Se2(h)+?2 (h,t)
Usuellement, on retient : P = C = 1 cm au seuil de confiance de 95 %.
Équation A1.1 :
Équation A1.2 :
Ir2(h) = S(h)?P2+C2
A
79
chaque jaugeage, même si des incertitudes forfaitaires par type de
jaugeage peuvent être définies. Les incertitudes exprimées par l'utilisateur
sur sa connaissance a priori des contrôles hydrauliques sont également
prises en compte. Cette connaissance a priori, même très incertaine,
permet de définir le nombre et la nature des contrôles (et donc l'équation
de la courbe de tarage) ainsi que les distributions a priori des paramètres
de cette équation.
Une courbe de tarage issue de BaRatin est issue d?un faisceau de courbes
de tarage, chacune correspondant à un jeu de paramètres possible. Les
paramètres sont ceux de l?équation de la courbe de tarage, ?1, ainsi que ?1
et ?2 qui permettent de définir l?écart-type de la loi normale selon laquelle
l?erreur restante est échantillonnée. L?échantillonnage du i-ème hydrogramme
calculé avec la i-ème courbe de tarage se fait selon l?équation suivante :
Approche bayésienne de l'incertitude : BaRatin
Le logiciel BaRatin, compatible avec le logiciel BAREME15, permet la
construction de courbes de tarage avec estimation des incertitudes associées,
en combinant une information a priori sur les contrôles hydrauliques et
l?information contenue dans les jaugeages. Les résultats sont exprimés sous
forme d'un grand échantillon de courbes de tarage possibles, permettant
de calculer l'enveloppe d'incertitude au niveau de confiance souhaité (en
général 95 %). Cette technique permet de propager les incertitudes sur les
hydrogrammes à différents pas de temps, les indicateurs hydrologiques
statistiques qui en sont tirés, et toute autre utilisation (modélisation
hydrologique en particulier).
Les incertitudes des jaugeages sont considérées individuellement pour
h
i
(t) : i-ème limnigramme échantillonné
h(t) : limnigramme mesuré
?
i
(t) : erreur non-systématique associée à la mesure de hauteur d?eau, échantillonnée à chaque pas de temps selon
la loi normale où ??h est l'écart type de l'erreur non-systématique
?
i
: erreur systématique associée à la mesure de hauteur d?eau, échantillonnée selon la loi normale
et constante entre deux recalages du limnigraphe où ??h ?est l'écart type de l'erreur systématique
?
i
: vecteur du i-ème jeu de paramètres de la courbe de tarage d?équation f
Q
i
(t) : hydrogramme calculé avec la i-ème courbe de tarage et le i-ème limnigramme
?
i
(t) : erreur restante associée à la courbe de tarage, échantillonnée selon la loi normale
h
f
h
~
N (O,?
1,i + ?
2,i
Q
i
(t))
L'incertitude totale sur la courbe de tarage ainsi obtenue comporte deux
composantes :
? l'incertitude « paramétrique », liée au calage des paramètres de l'équation
de la courbe de tarage ;
? l'incertitude « restante » (ou « structurelle »), liée aux imperfections de
l'équation utilisée pour représenter la réalité de la relation hauteur-débit sur
le site de la station hydrométrique.
En plus de ces deux composantes d'incertitude liées à la courbe de tarage,
l'incertitude totale sur l'hydrogramme (et les calculs hydrologiques dérivés)
comporte deux composantes supplémentaires liées au limnigramme :
? l'incertitude liée aux erreurs non systématiques du limnigramme, ou
erreurs indépendantes d'un pas de temps à l'autre (batillage, erreurs
aléatoires du capteur) ; cette composante diminue rapidement avec
l'agrégation temporelle .
? l'incertitude liée aux erreurs systématiques du limnigramme, ou erreurs
constantes ou fortement corrélées par période entre deux recalages du
limnigraphe sur l'échelle (écart entre capteur et échelle, écart entre niveau
à l'échelle et niveau moyen dans la section) ; cette composante diminue
lentement avec l'agrégation temporelle ;
La propagation de ces erreurs du limnigramme impacte plus ou moins
fortement l'incertitude de l'hydrogramme et des calculs hydrologiques selon
la sensibilité des contrôles hydrauliques de la station.
15. Logiciel utilisé par les services de l?Etat pour l?analyse des jaugeages et le tracé des courbes de tarage
Équation A1.3 :
N(0, ??h ) A
N(0, ??h )B
Q
i
(t) = f (h(t) + ?
i
(t) + ?
i
l ?
i
)+ ?
i
(t)h h f~
Q?
i
(t)
h
i
(t)
A
B
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer80
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
N (O,?
1,i + ?
2,i
Q
i
(t))
Annexe 1 ? Méthode pour estimer l'incertitude de la mesure
81
?
co
nt
rib
ut
eu
rs
La rédaction de cette nouvelle édition de la Charte qualité Hydrométrie
a été commanditée par le Schapi sous l?égide du CODOST (Conseil
d?orientation scientifique et technique du réseau Vigicrues).
Rachel Puechberty (Schapi) en a assuré la maîtrise d'ouvrage.
Le comité de rédaction a été piloté par Christian Perret, (Groupe Doppler
Hydrométrie) et Stéphanie Poligot-Pitsch (DREAL Pays de la Loire). Il était
composé de : Philippe Battaglia (DREAL Grand Est, UH Meuse Moselle),
Arnaud Belleville (EDF-DTG), Pierre Bompart (CNR), Guillaume Chauvel
(DREAL Auvergne-Rhône-Alpes), Jocelyn Cousseau (DREAL Pays de la
Loire), Guillaume Dramais (Irstea), Gwen Glaziou, (DREAL Normandie),
Alexandre Hauet (EDF-DTG), Stéphane Hélouin (DREAL Normandie),
Michel Lang (Irstea), Frédérique Larrarte (Ifsttar), Jérôme Le Coz, (Irstea),
Pierre Marchand (IRD), Pascal Moquet (DREAL Grand Est, UH Champagne-
Ardenne), Olivier Payrastre (Ifsttar), Gilles Pierrefeu (CNR) et Gérard Rauzy
(DREAL Occitanie, UH Midi-Pyrénées).
Le comité de rédaction remercie tous les relecteurs du document, membres
d'organismes institutionnels (Onema, DREAL, Schapi, Agences de l'eau, etc.)
ou privés (CACG, CNR, EDF, etc.), en activité ou retraités, qui à travers leurs
remarques, ont permis d'en améliorer la pertinence et la qualité.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer82
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Document consultable et téléchargeable sur le site www.eaufrance.fr.
Ce document ne peut être vendu. La reproduction totale du document est libre de droits.
En cas de reproduction partielle, l?accord préalable du Schapi doit être demandé.
83
Date de parution : Janvier 2017
Rédaction : Groupe Doppler Hydrométrie
Création graphique : Citizen Press
Photos : Irstea, CNR, EDF, DREAL, AQUI'BRIE, USGS, OHMCV
Illustration : Antoine Levesque
Impression : Delort Imprimerie
Cet ouvrage a été imprimé avec des encres végétales, sur papier PEFC issu de forêts
gérées durablement, imprimeur certifié ISO 14001 et 26000.
Ministère de l'environnement de l?énergie et de la mer
Direction générale de la prévention des risques
Service des risques naturels et hydrauliques
Service central d'hydrométéorologie et d'appui à la prévision des inondations
42 avenue Gaspard Coriolis 31057 Toulouse cedex 01
Tél. 33 (0)5 34 63 85 50
schapi@developpement-durable.gouv.fr
www.developpement-durable.gouv.fr
(ATTENTION: OPTION © pour effectuer la
mesure. Il est également utile de s'informer auprès des gestionnaires
du cours d'eau pour savoir si un faucardage est envisagé à court
terme. Cette opération, pour avoir un impact positif sur la qualité
d'un jaugeage, nécessite en effet des moyens importants qui ne sont
souvent pas à la portée des équipes de jaugeages.
Lorsqu?il existe plusieurs sections d?écoulement (fréquent en crue), elles
doivent toutes être jaugées. L?oubli d?un bras ou d?un ouvrage de décharge
est une cause d?erreur fréquente. Chaque mesure est alors indépendante
et des méthodes différentes peuvent être appliquées. Le débit total
mesuré est alors la somme des débits partiels mesurés. Sauf réalisation
simultanée des jaugeages dans les différents bras, il faut prendre garde Ã
la variation du niveau d?eau et/ou du débit entre les différents jaugeages
effectués pour pouvoir rattacher ce débit total mesuré à la bonne cote.
Plus généralement, même pour des jaugeages sur une section unique,
le niveau d?eau ne doit pas varier de façon significative pendant la
mesure : le jaugeage total doit être suffisamment rapide pour ne pas
avoir plus de 10 % de variation de débit en crue entre le début et la
fin du jaugeage. Les niveaux doivent être notés au début et à la fin du
jaugeage par rapport à un repère fixe : échelle limnimétrique, margelle
d?un pont, bâton marqué, etc. Lorsque les niveaux varient rapidement,
des relevés intermédiaires sont effectués pendant le jaugeage. La
hauteur de référence du jaugeage est alors déterminée par :
H : cote moyenne de référence du jaugeage
hi : cote à l'échelle correspondant au débit partiel qi
qi : débit partiel, produit du débit calculé sur la ième verticale par
une largeur d'application
Q = ?qi :
i
débit calculé à la cote H
H =
?hi qi
Q
i
Chapitre 4 ? Jaugeage
Équation 4.1 :
« JAUGEAGE AVEC UN COURANTOMÈTRE ACOUSTIQUE SUR L?ARC
EN MAURIENNE (73) » (IRSTEA)
Cette formule préconisée par la norme ISO 748 n'est pas strictement
rigoureuse mais bien adaptée aux conditions de mesure.
En plus des caractéristiques de mesure (vitesses, profondeurs,
géométrie), un jaugeage doit aussi être repéré par une localisation
précise, une date, une heure de début et de fin et des indications de
hauteur aussi précises que possible. Enfin, le matériel de mesure doit
être en très bon état de fonctionnement et utilisé par un personnel
compétent, formé à son utilisation et ayant une pratique suffisante.
Son stockage et son entreposage temporaire (en particulier dans les
véhicules) doivent être assurés dans de bonnes conditions.
4.3. Jaugeages par exploration du champ de vitesses
Le principe de cette méthode est de déterminer le champ de vitesses
dans une section transversale du cours d?eau dont on mesure aussi la
géométrie. Le débit est ensuite calculé par intégration surfacique des
vitesses dans la section.
L?exploration du champ de vitesses peut être faite de façon quasi
27
réduire les zones d?eaux mortes, enlèvement des pierres sur le fond
et les berges, arrachage ponctuel de la végétation aquatique, etc. Ces
aménagements ne doivent cependant, ni influencer les hauteurs de la
section au droit du limnigraphe/capteur, ni perturber le milieu piscicole
(présence de frayères par exemple). La mesure n?est effectuée qu?après
le temps nécessaire à la régularisation de l?écoulement consécutive Ã
ces réaménagements.
Il est important de consacrer suffisamment de temps au choix de la
section de mesure, c?est le paramètre le plus important dans la qualité
d?une mesure. Une section inadaptée ne permettra jamais un jaugeage
de qualité.
!POINT D?ATTENTION
Pour un site donné, le choix de la section de mesure peut varier
dans le temps pour une même gamme de débit mesuré si chaque
section de mesure répond aux critères de bonne qualité définis
précédemment. Alterner les sections de mesures peut en effet
contribuer à une meilleure estimation de l?incertitude des jaugeages
réalisés. Si deux sections sont jugées de bonne qualité, il n?y a pas de
raison de privilégier les jaugeages réalisés sur l?une par rapport à l?autre.
4.4. Exploration quasi complète du champ de vitesses ?
Perche et saumon
4.4.1 Supports du vélocimètre
L'exploration du champ des vitesses peut être effectuée avec l'aide
de différents supports en fonction de l'accessibilité du cours d'eau.
? Perche ou micro perche : lorsque la section de mesure est
entièrement accessible à pied, un support de type perche ronde sur
lequel le vélocimètre est fixé peut être utilisé (cf. Figures 4.4 et 4.5).
Le couple hauteur-vitesse régit la stabilité du jaugeur (cf. chapitre 9
sur les règles de sécurité).
? Potence : c?est un dispositif muni d'un treuil, d'un bras de déport et
d'un câble électro-porteur sur lequel est fixée une masse profilée nommée
couramment saumon (cf. Figure 4.5). Il existe toute une gamme de saumons
allant de 5 à 100 kg. C'est sur le saumon que le vélocimètre est fixé. Ce type
de dispositif est délicat à utiliser voire dangereux si le saumon est très lourd
et les vitesses à mesurer élevées car le risque de basculement est important.
Il doit être réservé à des écoulements lents pour lesquels des saumons plus
légers, inférieurs à 25 kg, peuvent être utilisés.
? Camion jaugeur : la potence est montée sur un véhicule de type fourgon,
ce qui sécurise le fonctionnement de l'ensemble.
? Traille téléphérique : un câble porteur est tendu de manière
permanente en travers d'une section de rivière. Il permet le
déplacement d'un chariot équipé d'un câble électro-porteur sur lequel
est fixé un saumon. Le tout est piloté depuis la berge à l'aide d'un treuil
complète10 ou partielle selon les conditions de sécurité attachées au
type d'écoulement et le matériel utilisé. Le jaugeage peut être fait :
? en profondeur de façon ponctuelle à l?aide d?appareils submersibles
appelés généralement vélocimètres (moulinets, courantomètres,
cf. § 4.4) qui vont permettre de réaliser des mesures de vitesses en
différentes profondeurs sur plusieurs verticales de la section ;
? en profondeur de façon quasi-continue spatialement à l?aide de
profileurs de vitesses (ADCP, cf. § 4.5) qui établissent un maillage fin du
champ de vitesses ;
? en surface seulement lorsque les conditions hydrauliques ne
permettent pas l?intrusion de matériel dans l?écoulement (cf. § 4.6).
Chaque mode d?exploration est décrit dans les paragraphes suivants. Ils
reposent tous sur le choix initial d?une section de mesure, pour lequel
des critères communs peuvent être définis (cf. Figure 4.1).
Les dimensions géométriques de la section de mesure doivent être aisément
mesurables et l?écoulement doit y être contenu. La section de mesure doit
être de préférence perpendiculaire à l?écoulement. Le linéaire de rivière dans
lequel s?inscrit la section de jaugeage doit être le plus rectiligne possible. La
section de mesure doit être éloignée de tout rétrécissement / élargissement
ou obstacle, naturel ou artificiel, engendrant des perturbations hydrauliques.
L?écoulement doit être fluvial et non torrentiel (cf. § 2.1). Visuellement,
l?écoulement doit être uniforme sur une distance suffisamment longue en
amont et en aval. Les zones d?eaux mortes, les écoulements sous-berge et
les courants de retour sont à éviter. Si ce n?est pas possible, la mesure doit
être effectuée rigoureusement en tentant de réduire les erreurs que ces
conditions peu favorables impliquent et en notant les phénomènes observés
qui seront utiles lors du dépouillement.
La section ne doit pas présenter de fortes disproportions horizontales
et verticales. Le meilleur compromis entre profondeurs et vitesses
suffisantes, y compris à l'étiage, est recherché.
Des petits aménagements limités et réversibles peuvent être faits
sur la section : petites digues afin de canaliser les écoulements et/ou
10. Il subsiste toujours des zones où les vitesses ne sont pas mesurées
FIGURE 4.1 : ILLUSTRATION D?UNE BONNE SECTION
DE JAUGEAGE (IRSTEA)
Vz
Vx
Vy
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer28
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
électrique la plupart du temps. Ce type d'équipement renforce encore
la sécurité par rapport à un camion jaugeur. Il est cependant coûteux,
reste attaché à un seul site et il peut y avoir un risque de rupture de
câble lorsque les vitesses sont fortes en présence de corps flottants.
? Solution mixte perche sur potence : certains dispositifs « maison »
permettent de monter une perche profilée (20*40 mm ou 75*35 mm) sur
une potence munie de galets de guidage.
4.4.2 Maillage de la section et choix des verticales
Le principe est de répartir dans la section des verticales successives, dans la
profondeur desquelles des mesures de vitesses sont effectuées (cf. Figure
4.2). La localisation des verticales, le nombre de mesures par verticale,
leur localisation dans la profondeur et le temps de mesure doivent être
déterminés avec soin.
En règle générale, plus le nombre de mesures est élevé, plus la
qualité du jaugeage est bonne, sauf lors de variations rapides du
niveau. Un temps de mesure réduit permet, dans ce cas précis, de
rattacher plus facilement une cote au jaugeage effectué. Pour des
raisons opérationnelles, il s?agit pourtant de trouver un compromis entre
le temps de mesure et sa précision.
Les verticales doivent être choisies en tenant compte des variations
de profondeurs et de vitesses au sein de la section. En effet, les
mesures effectuées sur chaque verticale sont appliquées sur une
largeur à droite et à gauche de cette verticale. Plus l?écartement
entre deux verticales est grand, plus cette zone « d?application » est
importante. Par conséquent, plus la section présente une topographie
et un écoulement réguliers, plus l?espacement des verticales est
envisageable. Inversement, plus le champ de vitesses et/ou le fond
du lit est irrégulier, plus les profils doivent être rapprochés. Plus la
section choisie présente un écoulement régulier, plus le jaugeage est
aisé et rapide.
La figure 4.3 donne des repères utiles sur le nombre de verticales Ã
réaliser en fonction de la largeur du cours d?eau. La connaissance de
la section et des écoulements permet au jaugeur de se positionner
au mieux au sein de cette enveloppe.
Selon la même logique, placer les verticales extrêmes le plus près
possible des bords de la section permet de minimiser l?extrapolation
sur les bords.
Verticale
Rive
droite
Rive
droite
Rive
gauche
Rive
gauche
Position
courantomètre
Position
courantomètre
FIGURE 4.2 : PRINCIPE DU MAILLAGE DE LA SECTION (IRSTEA) - MESURE À 3 POINTS PAR VERTICALE
Chapitre 4 ? Jaugeage
29
Afin de mieux décrire la bathymétrie d?une section sans augmenter la
durée de la mesure, il est intéressant d?intercaler entre les verticales du
jaugeage des verticales où seule la mesure de profondeur est réalisée
(méthode dite d?ajout de lame d?eau décrite en bonus).
Les verticales de mesures peuvent être réalisées soit en mesurant
ponctuellement la vitesse de l?écoulement en quelques endroits bien
choisis de la verticale (méthode « point par point » décrite ci-dessous)
soit en mesurant une vitesse intégrée sur la verticale (méthode « par
intégration » décrite en bonus).
Lorsque le jaugeage est effectué selon la méthode « point par point »,
le nombre de points par verticale doit tenir compte à la fois de la
profondeur, des variations verticales des vitesses et du matériel de
mesure utilisé. Là aussi, il est quasiment impossible de définir une
règle. Les principes suivants peuvent toutefois être suivis :
? répartir les points sur la verticale avec des mesures plus nombreuses
dans la moitié basse ;
? rapprocher les points en cas de fort gradient vertical des vitesses.
Si l?écart entre deux points successifs est trop grand, ne pas hésiter Ã
effectuer une mesure intermédiaire ;
? éviter les verticales avec un unique point de mesure, sauf cas particuliers
(débit à la marge dans les zones d?eau de faibles profondeurs) ou pour
des raisons de sécurité (mesure de la seule vitesse de surface en crue) ;
? rapprocher le plus possible les mesures haute et basse respectivement
de la surface et du fond, afin de minimiser les extrapolations.
Le matériel utilisé a également son importance. Pour le moulinet par
exemple, la distance au fond et à la surface ne peut pas être inférieure
au rayon de l?hélice. De même, l?écart entre deux mesures successives
ne peut pas être inférieur au diamètre du moulinet (superposition des
zones de mesures).
Les règles suivantes, issues de la norme ISO 748, donnent des repères
particulièrement utiles pour les verticales à faibles profondeurs pour
lesquelles se posent le plus de questions quant au positionnement
des mesures :
? verticale à un point : mesure à 40 % du fond ;
? verticale à deux points : mesures à 20 % et 80 % du fond ;
? verticale à trois points : mesures à 20 %, 40 % et 80 % du fond.
Le calcul de la vitesse moyenne à partir de 1, 2 ou 3 points de mesure par
verticale se fait alors par un calcul algébrique, et non par une intégration
des vitesses sur la profondeur.
La durée de la mesure en un point ne doit pas être inférieure à 30
secondes pour prendre correctement en compte la pulsation de
l?écoulement. Lorsque le vélocimètre est utilisé sur un saumon monté
sur potence, camion jaugeur ou traille téléphérique, des corrections
d'angles sont parfois nécessaires :
? angle formé entre la verticale et le câble support lorsque le
saumon est entraîné vers l'aval. La profondeur étant mesurée sur le
déroulement du câble, il faut corriger la mesure de profondeur lue
sur le compteur ;
5 10 15 20 25 30 35 40 45
4
0
8
12
16
20
Largeur de la section (m)
Écoulement hétérogène
Écoulement homogène et régulier
No
m
br
e
de
v
er
tic
ale
s
FIGURE 4.3 : COURBE ENVELOPPE DES PRATIQUES OPTIMALES POUR LE NOMBRE DE VERTICALES À RÉALISER (CHARTE QUALITÉ HYDROMÉTRIE, 1998)
L'écoulement homogène et régulier correspond à des conditions qui s'approchent de celles d'un canal. L'écoulement hétérogène correspond à une situation d'un fond
irrégulier. Pour un chenal d'écoulement homogène et régulier de 20 mètres de large, 9 verticales suffisent à bien définir le débit. Pour la même largeur mais pour un
chenal d'écoulement hétérogène, il faudrait 15 verticales.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer30
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? angle horizontal formé entre l'axe du chenal d'écoulement et l'axe
du saumon. Les vitesses d'écoulement ne sont en effet pas toujours
parallèles à l'axe du chenal.
Enfin, selon les capteurs et les modèles, les mesures de vitesses sont
soit automatiquement enregistrées, soit notées par un opérateur autre
que le jaugeur sur une fiche de jaugeage.
4.4.3 Moulinet
Le principe physique est mécanique : un moulinet muni d'une hélice
est introduit perpendiculairement à la section de mesure (Figure 4.4).
Le courant met l'hélice en rotation. Une impulsion électrique étant
émise à chaque tour de l?hélice et la durée de la mesure étant fixée
par l?opérateur, la vitesse moyenne de rotation ? sur la durée de la
mesure est alors connue. La vitesse de l?écoulement V est déduite
via la loi d?étalonnage du moulinet. Il a été démontré (Rateau 1898)
que cette dernière était de forme hyperbolique. En pratique, les
constructeurs découpent l'hyperbole en 2 ou 3 segments de droite.
Pour un segment, l?équation suivante s?applique :
FIGURE 4.4 : JAUGEAGE À LA PERCHE ? POINT PAR POINT (EDF-DTG)
Le jaugeur est positionné face au courant, légèrement en aval de la section de mesure pour ne pas perturber les vitesses mesurées, la perche est devant lui et orientée
vers l?amont perpendiculairement à la section et non en fonction des lignes de courant préférentielles si elles ne sont pas perpendiculaires au transect.
V : vitesse de l?écoulement [m/s]
? : vitesse de rotation de l?hélice [nb trs/s]
a et b : coefficients d?étalonnage du moulinet
N1 et N2 sont les limites de validité de l'équation du segment
[tours/s]
La loi d?étalonnage est fournie par le constructeur à la livraison. Il a été
constaté que cette dernière variait très peu pour un type de moulinet et un
type d'hélice associée. Elle ne varie pas non plus dans le temps à condition
que le matériel soit entretenu rigoureusement (lubrification, nettoyage
de l?axe, changement des roulements à billes). La vérification de la
libre rotation est indispensable avant chaque utilisation. La vérification
périodique de la courbe de ralentissement dans l'air et le remplacement,
le cas échéant des pièces défectueuses garantit la validité de la loi
d'étalonnage. L?entretien des moulinets est décrit dans un bonus.
L'utilisation d'un moulinet sur un support différent de celui sur lequel il a été
étalonné (perche 20*40 mm au lieu d'un saumon de 80 kg par exemple)
créé un biais de l'ordre de quelques pour cent.
!POINT D?ATTENTION
V = a ?+b N1 < ? < N2
Chapitre 4 ? Jaugeage
Équation 4.2 :
31
Chaque hélice possède une gamme de vitesses pour laquelle la mesure
est optimale selon sa taille et son pas (distance virtuelle d?avancement
de l?hélice en un tour complet). Pour cette raison, il faut disposer d'un
ensemble d?hélices pour couvrir toute la gamme de vitesses à jauger. Tout
un panel d?hélices existe, de taille, pas et matériaux (plastique, métal)
différents. L'emploi d'une hélice lourde implique d'attendre la stabilité de
la rotation avant de déclencher la mesure, puisqu'elle atteint moins vite
sa vitesse nominale et de rallonger le temps d'intégration, car elle est
moins réactive aux variations de vitesse.
Pour que l'incertitude sur la mesure de vitesse reste inférieure à 1 % au
seuil de confiance de 95 %, la vitesse mesurée ne doit pas être inférieure
à la valeur du pas de l'hélice divisé par 2. Par exemple, une hélice au pas
de 0,05 m ne doit pas être utilisée pour une vitesse inférieure à 2,5 cm/s.
Considérant que la résolution des compteurs est de ± 1 tour, l?hélice choisie
et le temps de mesure retenu doivent permettre au moins 100 rotations,
afin que l?incertitude de résolution soit de l?ordre de 1 %.
!POINT D?ATTENTION
Le moulinet peut être déployé sur une perche : l?opérateur jauge alors Ã
pied dans la rivière (cf. Figure 4.4) ou depuis un pont ou une passerelle
(rallonge de perche). Lorsqu?un jaugeage à la perche est impossible Ã
cause de vitesses ou de hauteurs trop élevées, le moulinet est fixé sur un
saumon, lui-même relié à un câble et déployé depuis un camion jaugeur
situé sur un pont ou depuis une traille téléphérique fixe (cf. Figure 4.5).
Avec un vaste panel d?hélices et un système de déploiement par camion
jaugeur, la technique du moulinet permet de jauger une gamme étendue
de vitesses. Il faut habilement jongler avec les différentes hélices pour
s?adapter au mieux aux vitesses à jauger. Dans le cas de fortes vitesses
une hélice qui offre moins de résistance à l?écoulement est à privilégier
et l?inverse pour mesurer des faibles vitesses.
Du fait de son caractère intrusif, il est plus difficile voire dangereux de
déployer un moulinet en crue. C?est parfois impossible lorsque le saumon,
malgré sa masse et son profil hydrodynamique, ne parvient pas à pénétrer
l?écoulement.
!POINT D?ATTENTION
4.4.4 Courantomètre électromagnétique
Dans le capteur immergé, une bobine d?induction crée un champ
magnétique entre deux électrodes fixes. Le déplacement de l?eau,
conductrice, dans ce champ magnétique, produit une tension induite
proportionnelle à sa vitesse (principe de Faraday). Cette tension
induite est traitée par l?électronique du boîtier de mesure qui fournit
à l?opérateur la vitesse moyenne sur la durée de mesure.
Le capteur est fixé sur une perche (cf. Figure 4.6) et déployé à pied
dans la rivière ou depuis un pont. La mesure doit être réalisée comme
pour un moulinet. Le montage sur saumon pour un jaugeage avec de
fortes profondeurs n?est pas possible. La méthode de jaugeage est
celle du « point par point ».
Contrairement au moulinet et comme pour le courantomètre
acoustique, le capteur est le même pour toute la gamme de vitesse
qui varie selon le constructeur. La mesure des faibles vitesses (en
dessous de 5 cm/s par exemple) est en théorie possible. Certains
modèles comportent un capteur de pression qui mesure la profondeur
d?immersion du capteur, permettant ainsi de le positionner. Il est
toutefois nécessaire de contrôler régulièrement cette mesure.
La pratique de l?étalonnage n?est pas systématique. Certains
constructeurs proposent des étalonnages périodiques pour s?assurer
que le capteur ne dérive pas dans le temps.
Le courantomètre ne doit pas être utilisé à proximité de substances
ferreuses (armature de béton) qui perturbent l?appareil. Les
courantomètres électromagnétiques étant sensibles à la température, ils
doivent être immergés quelques minutes avant le début du jaugeage.
!POINT D?ATTENTION
FIGURE 4.5 : MONTAGE D'UN MOULINET SUR PERCHE À GAUCHE ET SUR SAUMON À DROITE (DREAL NORMANDIE, DREAL CENTRE VAL DE LOIRE)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer32
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
4.4.5 Courantomètre acoustique
Le capteur immergé émet une onde acoustique de fréquence f en
direction de deux cellules de mesure dans l?écoulement. Cette onde
est réfléchie par les particules en suspension contenues dans les
cellules. Le capteur reçoit en retour cette onde réfléchie et mesure sa
fréquence f? qui est plus élevée que f car les particules en suspension
se rapprochent du capteur : c?est l?effet Doppler. La différence entre f
et f? est proportionnelle à la vitesse d?écoulement :
FIGURE 4.7 : DEUX MODÈLES DE COURANTOMÈTRES ACOUSTIQUES (FLOWTRACKER DE SONTEK ET ADC DE OTT)
FIGURE 4.6 : UN MODÈLE DE COURANTOMÈTRE ÉLECTROMAGNÉ-
TIQUE (MF PRO DE OTT) : CAPTEUR ET BOÃŽTIER
V : vitesse de l?écoulement [m/s]
? : angle entre la direction de l?écoulement et la direction de la
mesure (cos ? = 1 si l?appareil est bien positionné dans l?axe de
l?écoulement) [°]
C : Célérité des ondes sonores dans l?eau [m/s] (C vaut environ
1500 m/s)
f : fréquence de l?onde émise [Hz]
f? : fréquence de l?onde reçue [Hz]
L?analyse de deux cellules permet la mesure de deux composantes
Vx et Vy de l?écoulement.
À noter que certains appareils sont munis de trois céramiques et
mesurent trois composantes de vitesse.
Le capteur est fixé sur une perche (cf. Figure 4.7) et déployé à pied
dans la rivière ou depuis un pont ou une passerelle. La mesure doit
être réalisée comme pour un moulinet. Le montage sur saumon pour
un jaugeage avec de fortes profondeurs n?est pas possible. La méthode
de jaugeage est celle du « point par point ».
Ce courantomètre nécessite la présence de MES dans l?écoulement. Les retours
d?expérience montrent toutefois que la mesure demeure presque toujours
possible, y compris dans des eaux très faiblement chargées. La présence de
micro-bulles d?air dans l?écoulement (typiquement à proximité d?une chute)
est en revanche une source fréquente de perturbation de la mesure, l?onde
acoustique émise se réfléchissant également sur ces micro-bulles.
Chapitre 4 ? Jaugeage
Les courantomètres acoustiques étant sensibles à la température, ils
doivent être immergés quelques minutes avant le début du jaugeage.
!POINT D?ATTENTION
V cos ? = C (f-f')
f
Équation 4.3 :
33
4.5. Exploration quasi complète du champ de vitesses -
profileur acoustique de vitesse (ADCP)
L?adaptation pour les mesures en rivière du profileur de vitesse à effet
Doppler (ADCP) à la fin du XXe siècle, a constitué un saut technologique
de premier plan pour l?hydrométrie. Ce type de profileur permet une
exploration plus complète du champ des vitesses sans qu'elle puisse
toutefois être qualifiée de complète. En effet, les mesures élémentaires
de vitesse doivent être agrégées en cellules pour tenir compte des
effets pulsés de l'écoulement et les zones proches du fond et de la
surface restent inexplorées.
Le livre « Mesures hydrologiques par profileur Doppler » (Le Coz et al.
2008) constitue l?ouvrage de référence en France sur cette méthode
de jaugeage. Il est vivement conseillé de s?y référer pour compléter
les premières notions exposées ci-dessous.
L?appareil possède plusieurs transducteurs émettant, indépendamment
les uns des autres, des ondes acoustiques. Celles-ci sont émises à une
fréquence élevée sous la forme d?un ensemble de tirs appelé salve
(ping) et verticalement depuis la surface vers le lit de la rivière.
L?analyse du signal réfléchi sur le fond permet de déterminer la
profondeur (via le délai entre l?émission et la réception) et la vitesse de
déplacement de l?ADCP par rapport au fond (effet Doppler, cf. équation
4.3). L?analyse du signal réfléchi sur les MES permet de déduire la
profondeur de ces MES et la vitesse de l?écoulement à cette profondeur
(cf. Figure 4.8).
La traversée de la section par l?ADCP permet la mesure de sa
géométrie et du champ des vitesses. Le tout est alors représenté par
une mosaïque de cellules dans la section (cf. figure 4.9). Le champ
de vitesses mesuré n?est toutefois pas complet. Les mesures ne sont
pas possibles sur deux zones « aveugles », une en surface et une Ã
proximité du fond. Les vitesses dans ces zones non explorées sont
extrapolées par le logiciel de l?ADCP. Dans ces zones non mesurées,
le débit extrapolé ne doit pas excéder 30 % du débit total pour une
mesure convenable. S?il dépasse 50 % il est nécessaire de s?assurer
de la validité des extrapolations et donc du jaugeage. Il est possible
de réduire la zone « aveugle » de surface en déjaugeant de quelques
centimètres le support de l?ADCP, le capteur doit alors rester bien
immergé pendant toute la traversée, en particulier en crue si son
support s?incline sous l?effet des fortes vitesses.
Si les premiers modèles étaient cantonnés aux jaugeages sur les rivières
larges et profondes ou seulement en période de crue, des modèles
permettent depuis de jauger avec des hauteurs d?eau bien plus faibles
(à partir de 50 cm), donc sur davantage de rivières et pendant une plus
grande partie de l?année. Certains modèles proposent en un seul appareil
une gamme d?utilisation étendue.
Les capteurs ADCP étant sensibles à la température, ils doivent être
immergés quelques minutes avant le début du jaugeage.
Les opérateurs ont à disposition un ordinateur équipé d?un logiciel permettant
f0 f0 + df
ADCP
Vitesse d?écoulement
Matières en suspensions
FIGURE 4.8 : SCHÉMA DU PRINCIPE ACOUSTIQUE DE L?ADCP ET DEUX MODÈLES : LE RIO GRANDE (RDI INSTRUMENTS) ET LE M9 (SONTEK)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer34
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Distance parcourue (m)
0 4020 60
4
3
2
1
0
Pr
of
on
de
ur
(m
)
Vitesse cellule (m/s)
0 1 2 3
FIGURE 4.9 : JAUGEAGE À L?ADCP (ORNE À GRIMBOSQ, NORMANDIE, 165 M³/S).
Les zones « aveugles » en surface et au fond sont bien visibles. Elles représentent 25 % du débit sur ce jaugeage. Sur ce site jaugé en crue uniquement depuis un pont,
la concentration des écoulements dans les trois arches du pont et les deux zones de vitesses plus faibles dans le sillage des piles sont bien visibles.
de configurer les modes d?acquisition, d?acquérir et de visualiser les
données brutes collectées11 et de tester le bon fonctionnement de la
chaîne de mesure. Un premier opérateur paramètre et suit l?acquisition
sur l?ordinateur pendant que le second se charge de réaliser les traversées.
L?ADCP est maintenu en surface sur une embarcation12 qui effectue des
traversées de rivière. La vitesse de déplacement de l?embarcation doit
être d?autant plus faible que la mesure attendue est précise et que les
vitesses d?écoulement sont faibles. Une pratique répandue consiste Ã
maintenir une vitesse de déplacement nettement inférieure à celle de
l?écoulement. L?ADCP mesurant sa propre vitesse par rapport au fond
et puisqu'il est doté d'inclinomètres et d'un compas pour corriger la
verticalité, la mesure du débit est totalement indépendante du trajet
suivi. Contrairement aux autres modes de jaugeages présentés jusqu?ici,
un jaugeage réalisé sur une section de mesure non perpendiculaire Ã
l?écoulement ne nécessite pas une reprise du calcul de débit par une
correction trigonométrique.
Il est toutefois conseillé de réaliser les jaugeages sur des sections
perpendiculaires à l?écoulement afin de pouvoir calculer les paramètres
géométriques tels que la section mouillée, le périmètre mouillé, le
rayon hydraulique, la vitesse débitante, etc. Ces paramètres sont ensuite
comparés à ceux provenant de jaugeages effectués avec d?autres
techniques ou des données topographiques connues de la section jaugée.
L?embarcation support de l?ADCP (types de support, attaches, tenue au
courant, systèmes de dérives, etc.) conditionne son bon déploiement.
Elle fait l?objet d?un chapitre spécifique dans l?ouvrage de référence
« Mesures hydrologiques par profileur Doppler ».
Il est impératif de réaliser plusieurs traversées afin de disposer
d?un échantillon conséquent de mesures. La précision finale du
jaugeage vient de la profusion des mesures. La répétabilité du débit
jaugé constitue un bon indice de sa qualité. Le protocole de mesure
couramment admis consiste à retenir6 valeurs dont l'écart à la valeur
moyenne reste inférieur à une valeur qui dépend des conditions de
mesure. En général, on retient plus ou moins 10 %. Si le sens de
réalisation des jaugeages (rive gauche vers rive droite ou inverse) met
en évidence des écarts systématiques dans le débit mesuré, cela peut
être dû à la qualité de certains réglages comme celui du compas, ou au
type d'embarcation utilisé. Dans ce cas, il est très important de réaliser
le même nombre de traversées dans les deux sens. Des procédures
de réglages sont fournies par le constructeur.
Autre précaution préalable au démarrage des mesures : contrôler la
présence éventuelle de transport solide sur le fond de la rivière. L?ADCP
prenant comme référence le fond du lit pour calculer la vitesse de
l?écoulement, il mesure des vitesses plus faibles, en cas de dérive
du fond, ce qui a pour effet de sous-estimer le débit. Une vérification
simple est d?effectuer avec l?ADCP une acquisition sur un aller-retour
en s?attachant à revenir au point de départ. Une trajectoire calculée par
l?ADCP ne revenant pas au point de départ, mais sur un point situé plus
en amont, est révélateur soit de l?existence d?un fond mobile soit d?un
problème de compas. Une vérification complémentaire consiste alors Ã
effectuer une acquisition sur un point fixe et de constater si la trajectoire
de l?ADCP reste elle aussi fixe ou si elle dérive progressivement vers
l?amont.
Le transport solide étant fréquent en crue, voire systématique sur certaines
rivières, ces vérifications sont essentielles pour ne pas rater ces opportunités
de jaugeages en crue rares et donc précieuses.
!POINT D?ATTENTION
En cas de transport solide avéré, la mesure peut être corrigée :
? dans l?idéal, par une mesure simultanée de la position de l?ADCP par
un GPS embarqué. Sur les derniers modèles d?ADCP, l?option GPS est
généralement prévue et son intégration dans la chaîne de calculs est
automatique. Sur les modèles plus anciens, les mesures de l?ADCP sont
corrigées a posteriori avec les données issues du GPS. L?utilisation d?un
GPS ne peut se faire que si le compas de l?ADCP est parfaitement calibré ;
Chapitre 4 ? Jaugeage
11. Profondeurs, vitesses moyennes, importance des zones « aveugles », etc.
12. Bateau motorisé, drisse motorisée ou support flottant guidé manuellement ou téléguidé
35
? en l?absence de GPS, en réalisant une correction de fond mobile,
soit selon la méthode de l?aller-retour sur point fixe, qui donne une
estimation de la dérive moyenne sur l?ensemble de la traversée
(nécessite une calibration du compas), soit selon la méthode de la
position fixe (recommandée en cas de défaillance du compas).
4.6. Exploration partielle du champ des vitesses
Mesurer le débit des rivières en crue avec les méthodes classiques
d'exploration du champ des vitesses est difficile, voire impossible. En effet,
les crues sont des événements non stationnaires dont la cinétique peut
être plus rapide que la durée d?un jaugeage. De plus, les crues impliquent
des conditions d?écoulements extrêmes, avec de très fortes vitesses et de
nombreux débris flottants. Dans ces conditions, il est inconcevable pour un
opérateur d?accéder à la rivière et il est également dangereux de mettre des
appareils de mesure dans l?eau. Il apparaît donc un besoin de mesurer le débit
en crue dans un laps de temps court qui minimise le contact avec la rivière.
Les mesures non intrusives, jaugeages aux flotteurs, par radar de vitesse de
surface ou par analyse d?images, répondent à cette exigence de rapidité et
de sécurité et permettent d?accéder à la vitesse de surface des écoulements Ã
une section donnée. Pour calculer le débit, il faut alors connaître la bathymétrie
de la section et déduire la forme de la distribution verticale des vitesses Ã
partir des mesures effectuées en surface. Des mesures complémentaires
sont nécessaires : relevés topographiques pour la bathymétrie et jaugeages
complémentaires pour la distribution verticale des vitesses. Ces mesures
additionnelles ne peuvent pas être réalisées pendant les crues et il faut donc
faire l?hypothèse de la représentativité des mesures réalisées avant ou après
les événements de crue, avec l?incertitude ou le biais que cela peut engendrer.
Vu les incertitudes associées aux mesures non intrusives (cf.paragraphe
4.8), elles sont réservées aux écoulements en crue et ne peuvent pas
remplacer l?hydrométrie traditionnelle. Elles sont un complément dans la
boite à outils de l?hydromètre lui permettant d?accéder à des jaugeages en
conditions extrêmes.
!POINT D?ATTENTION
4.6.1 Analyse d?images
L'analyse d'images, également appelée LSPIV (Large-Scale Particle
Image Velocimetry), permet de mesurer le champ 2D de vitesses en
surface d'un écoulement à condition que des traceurs visibles, tels que
des particules solides (débris végétaux, petits flottants, etc.), des bulles
ou des figures de turbulence soient advectés avec l'écoulement. La
LSPIV a été utilisée pour estimer des débits de rivières d'échelles très
différentes, des étiages aux fortes crues ainsi que pour améliorer les
courbes de tarage en régimes hydrauliques normaux. La LSPIV ne peut
être mise en oeuvre de nuit, en cas de brouillard, ou si des obstacles
ou salissures gênent le capteur (cf. Figure 4.10). En contrepartie de ces
limitations techniques, le matériel est peu coûteux et facile à déployer.
FIGURE 4.10 : CAMÉRA À JAUGAC SUR LE LIGNON, BASSIN
VERSANT DE L?ARDÈCHE (IRSTEA)
JAUGEAGE À L'ADCP (DREAL AUVERGNE-RHÔNE-ALPES)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer36
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
FIGURE 4.11 : ÉTAPES POUR UNE MESURE DE DÉBIT PAR ANALYSE
D?IMAGES (EDF-DTG)
Enregistrement d?image
Une séquence d?images horodatées de l?écoulement doit être
enregistrée. L?intégralité de la largeur de la rivière, autour de la section
d?intérêt, doit être visible sur les images. Un enregistrement stable
d?au moins 10 secondes doit être réalisé. La localisation, la date et
l?heure de l?enregistrement ainsi que la fréquence d'enregistrement
des images doivent être connues précisément. Un tronçon de rivière
avec un fond dur et stable qui sera peu modifié pendant la crue du
fait de l?érosion ou de la sédimentation est préférable. Les reflets,
scintillations et ombres portées sur la surface de l?eau sont à éviter. La
pluie et la neige ne sont pas un problème, du moment que l?objectif
reste propre.
Ortho-rectification
Une correction géométrique des images (ortho-rectification) est
nécessaire pour s'affranchir des effets de distorsion de perspective.
Afin de réaliser cette correction, des points remarquables doivent être
identifiés tels que du mobilier urbain, des bâtiments, des ponts, des
arbres caractéristiques, des rochers reconnaissables, etc. Ces points
doivent être clairement visibles sur les images, et leur position doit
pouvoir être relevée avec un appareil de topographie au moment de
la prise de vue, ou a posteriori. Cette seconde solution est à privilégier
afin de garantir la sécurité des agents. Il faut alors s?assurer que ces
points n?ont pas bougé entre le moment de la prise de vue et le
moment du relevé topographique.
Calcul du champ de vitesses de surface
Le déplacement des traceurs de l'écoulement sur les images ortho
rectifiées est calculé grâce à une analyse statistique en corrélation des
motifs. Connaissant la bathymétrie d'une section en travers et supposant
un modèle de distribution verticale de vitesses, l'estimation du débit
peut être déduite à partir du champ de vitesses LSPIV.
Les jaugeages par analyse d?images peuvent être conduits de façon
ponctuelle et mobile (caméra ou appareil photo déployé sur un trépied)
ou en station fixe (caméra fixée à demeure, type vidéo surveillance).
4.6.2 Radar de surface
Le radar vélocimétrique (SVR) est équipé d?un capteur qui émet des
impulsions électromagnétiques très courtes, et interprète ensuite le signal
retour pour déterminer une vitesse ponctuelle de surface (cf. Figure 4.12).
Pour que le retour de signal soit bon, la surface de l?écoulement doit
présenter une rugosité suffisante (vaguelettes, débris, turbulences). Les
variations de hauteur d?eau pendant les mesures sont à surveiller. Dans
certaines conditions de pluies fortes, le radar mesure la vitesse des gouttes.
Le vent peut également perturber le champ de vitesses de surface.
Cette technique est pratiquée le plus souvent depuis un pont
perpendiculaire à la rivière, en visant vers l?amont ou l?aval en fonction
de l?écoulement. Le côté qui semble le moins perturbé est à privilégier.
Il peut aussi être réalisé depuis une berge en veillant à bien mesurer
les angles de visée successifs. Pour explorer le champ de vitesses
de surface, le capteur est déplacé le long du pont par verticales
successives. Le capteur est incliné vers l?écoulement (typiquement
à 45°) mais cet angle peut varier suivant la configuration du site.
Dans tous les cas le fonctionnement de l?inclinomètre doit être
contrôlé et validé. L?utilisation d?un trépied de photographe permet
1. EN REGISTREMENT D'UNE SÉQUENCE D'IMAGES HORODATÉES
AVEC DES POINTS REMARQUABLES
2. ORTHORECTIFICATION DES IMAGES
3. MESURES
DES VITESSES
DE SURFACE
Chapitre 4 ? Jaugeage
37
un déploiement aisé de l?instrument. Vu la variabilité des débits de
crue, il est conseillé d?effectuer une première série de mesures dans
un sens puis une seconde en intercalant des verticales entre celles de
la première série.
4.6.3 Calcul du débit
Le champ de vitesses de surface est dépouillé avec un logiciel de jaugeage.
La bathymétrie réalisée avant ou après le jaugeage, et raccordée à la lecture
de l?échelle le jour du jaugeage est exploitée pour connaître la profondeur
au droit de chaque mesure. La vitesse de surface mesurée est pondérée
par un coefficient de vitesse. La valeur de ce coefficient peut être calculée Ã
partir de comparaisons de jaugeages sur le site, ou à partir de la norme ISO
748 qui propose des coefficients de 0,84 à 0,9 en fonction de la rugosité du
fond de la rivière. Le tableau 4.1 donne des indications complémentaires
pour le choix de ce coefficient.
4.6.4 Techniques historiques
L'exploration partielle du champ de vitesse peut être réalisée à partir des
vélocimètres classiques notamment les moulinets à partir d'un camion
jaugeur situé sur un pont ou d'une traille téléphérique. Si le temps
d'exposition des personnels et du matériel aux risques liés à l?entraînement
du matériel immergé par les corps flottants s'en trouve considérablement
réduit lors des crues, il n'en est pas pour autant totalement annulé. Elle n'est
donc plus à privilégier. Le flotteur et le chronomètre restent des instruments
de dernier recours pour mesurer les vitesses de surface. La technique de
jaugeage au flotteur est décrite dans le guide technique - Police de l?eau :
« Contrôle des débits réglementaires » (Le Coz et al. 2011).
FIGURE 4.12 : DEUX TYPES DE RADAR DE SURFACE : LE SVR
STALKER PRO II (EDF) ET LE SVR (DECATUR) (IRSTEA)
TABLEAU 4.1 : INDICATIONS DE COEFFICIENTS DE VITESSE EN
FONCTION DU TYPE D?ÉCOULEMENT
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer38
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Type d'écoulement Coefficient
de vitesse
Valeur par défaut (écoulement uniforme, rugosité
moyenne)
0,86
Valeur extrême basse : écoulement non uniforme,
torrents
0,60
Écoulement rugueux : faibles hauteurs d?eau, fond
rugueux, rivière de piémont
0,80
Valeurs usuelles 0,84 ? 0,88
Écoulement lisse : fortes hauteurs d?eau, fond lisse,
canaux bétons, grands fleuves
0,91
Valeur extrême haute : écoulement non uniforme,
influence d?un ouvrage
1,20
4.7. Dilution d'un traceur
Cette méthode de mesure offre une alternative intéressante aux méthodes
de mesure classiques par exploration du champ des vitesses, lorsque la
section des cours d?eau varie rapidement, lorsque la turbulence est forte, ou
encore lorsqu?il est dangereux de procéder selon les méthodes classiques
notamment lors des crues.
Couramment utilisée en zone de montagne, son utilisation pourrait être
étendue à d?autres secteurs géographiques répondant à ces critères.
La bonne qualité des jaugeages qui en ressort et les conditions de mise
en oeuvre plus sécurisantes que certaines méthodes par exploration en
profondeur du champ des vitesses constituent certains de ses avantages.
!POINT D?ATTENTION
4.7.1 Principe
Cette méthode repose sur un principe universel de la physique : la
conservation de la masse. Il existe deux méthodes de jaugeages par
dilution : par injection à débit constant et par injection instantanée (appelée
également méthode globale). Le principe de base consiste à injecter un
traceur en solution en un point du cours d?eau, et à contrôler l?évolution de la
concentration de ce traceur dans une section située à l?aval. Quelle que soit
la méthode utilisée, les trois conditions suivantes doivent être respectées :
? le régime de la rivière doit être permanent pendant toute la durée
de la mesure ;
« PREMIER JAUGEAGE PAR DILUTION » OEUVRE DE JEAN THIEBAUX (ORSTOM ET EDF-DTG)
? il ne doit y avoir ni perte ni apport de traceur entre les points d?injection
et de prélèvement ;
? la condition de bon mélange doit être vérifiée : la concentration de la
solution injectée doit être uniforme sur la largeur de la rivière au point
de prélèvement.
En cas d?apports intermédiaires entre le point d?injection et le point de
prélèvement, le débit mesuré est représentatif du débit au point de
prélèvement.
4.7.2 Types de traceurs utilisés
Les traceurs utilisés par les hydromètres français sont les traceurs fluorescents
(Rhodamine Water Tracing et l?uranine-fluorescéine) et le NaCl (sel de
cuisine fin permettant une bonne dissolution). Si le principe reste le même
quel que soit le traceur utilisé, le mode opératoire et le matériel mis en
oeuvre diffèrent. Du fait de la simplicité de sa mise en oeuvre, l?utilisation du
NaCl est la plus répandue, mais la gamme de débit mesurable est limitée
(inférieure à 1 m³/s) pour des raisons pratiques (masse de sel à dissoudre
et injecter). Pour les débits moyens et forts, les traceurs fluorescents doivent
être mis en oeuvre.
Lors de l?achat des traceurs, il est indispensable de demander aux
fournisseurs la fiche de sécurité du produit. Celle-ci permet aux agents de
prendre connaissance des précautions à suivre pour eux-mêmes (port des
équipements de protection individuel) et pour le milieu (concentration Ã
respecter).
Chapitre 4 ? Jaugeage
39
4.7.3 Méthode par injection à débit constant
Une solution de concentration C1 d?un traceur est injectée à débit constant q
dans une section située à l?entrée du bief de mesure. Dans une section située
à l?aval de ce bief, la concentration est mesurée pendant un temps suffisant
et en un nombre de points suffisants, pour permettre de vérifier d?une part,
qu?un bon mélange est obtenu, et d?autre part que la concentration C2
atteint une valeur constante. Si tout le traceur injecté passe dans la section
d?échantillonnage, le débit du traceur au point d?injection est égal à celui
qui traverse la section d?échantillonnage :
Comme C1 >> C2, on peut en déduire :
4.7.4 Méthode par injection instantanée (cf. Figure 4.13)
L?injection instantanée en un point A d?une rivière, d?un volume V [m³] d?une
solution contenant un traceur à une concentration C1 permet de connaître le
débit Q [m3/s] de cette rivière en mesurant la concentration C2 du traceur
en un point B durant le temps T [secondes] de passage du nuage :
C?2 : concentration moyenne du traceur au point B pendant le
temps T.
C?2 est déterminée par une mesure en continu de la concentration
instantanée C2, avec une fréquence d?échantillonnage de quelques
secondes, à adapter en fonction de la durée de passage du nuage.
4.7.5 Mise oeuvre sur site
La méthode de mesure par injection à débit constant reste complexe Ã
mettre en oeuvre, notamment du fait de la logistique associée au matériel
d?injection. Le choix est donc fait de ne décrire que le mode opératoire de
la méthode par injection instantanée (traceurs fluorescents et NaCl).
Les appareils de mesure mis en oeuvre avec les traceurs fluorescents et le
NaCl sont respectivement des fluorimètres et des sondes de conductivité.
Comme tout appareil de mesure, ils doivent être manipulés avec précaution
et faire l?objet de vérifications périodiques, notamment concernant la
justesse de la mesure de la température.
Afin de réduire les incertitudes de mesure, les appareils doivent être ajustés
sur site, avec l?eau de rivière, dans la gamme 0-50 µg/l pour les fluorimètres
et 0-100 mg/l pour les sondes de conductivité, en mettant en oeuvre un
protocole par ajouts dosés.
Une fois l?ajustage du ou des appareils réalisé, ceux-ci sont disposés en
différents points de la section par répétition de la mesure avec une sonde
ou avec plusieurs sondes en simultané. La réalisation des deux mesures
en rive gauche et rive droite de la section de mesure, doit se faire dans
l?écoulement, en évitant les zones d?eau morte ou de remous trop
importants. Le choix du point d?injection doit tenir compte de la longueur
de bon mélange. Certaines formules empiriques permettent d?avoir une
estimation de cette longueur. Cependant, il est préférable de la déterminer
par approche expérimentale, en réalisant une injection de fluorescéine.
L?examen visuel de la dispersion du colorant permet de déterminer s?il y a
des zones d?eau morte, et constitue une première indication sur la distance
minimale qui doit séparer les points d?injection et de prélèvement. Après
avoir bien mélangé la solution pour éviter la stratification du produit, celle-ci
peut être versée dans une veine d?eau rapide permettant un bon mélange,
en évitant les zones de ralentissement et de contre-courant. Bien rincer le
contenant afin d?être sûr d?injecter tout le produit. La quantité de traceur
à injecter est déterminée en tenant compte de la concentration moyenne
visée au point de prélèvement : 10 µg/l pour les traceurs fluorescents et
5 g/l/s pour le NaCl. Elle dépend donc du débit, du temps de passage du
0
10
20
30
40
50
Nuage d?injection
Concentration moyenne
Ajustage par
ajouts dosés
Contrôle de
l'ajustage après
la mesure
Bruit de fond
M
es
ur
e
de
fl
uo
re
sc
en
ce
(p
pb
)
Heure de mesure
15:00 15:30 16:00
FIGURE 4.13 : À GAUCHE : INJECTION INSTANTANÉE DU TRACEUR RHODAMINE WT ; À DROITE : ENREGISTREMENT DE LA CONCENTRATION
AU COURS DES DIFFÉRENTES PHASES DE LA MESURE (AJUSTAGE DES FLUORIMÈTRES, MESURE DU BRUIT DE FOND ET PASSAGE DU NUAGE
D?INJECTION), (EDF-DTG)
qC
1
= (Q+q)C
2
Q = q
C
2
C
1
Q = =
VC
1
VC
1
C'
2
T?C
2
.dt
Équation 4.4 :
Équation 4.5 :
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer40
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
nuage et de la teneur naturel en traceur du cours d'eau.
Lors du dépouillement de la mesure, qui doit être réalisé sur site, s?assurer
que les conditions suivantes sont vérifiées :
? l?écart entre les valeurs de débit issues de chacun des deux appareils
doit être inférieur à 10 %. La valeur de débit retenue est alors la moyenne
des deux mesures. Dans le cas contraire, la mesure est considérée comme
non représentative. La raison la plus probable étant que la distance de
bon mélange n?a pas été atteinte. La mesure doit alors être réitérée, en
augmentant la distance entre l?injection et le prélèvement ;
? la fluorescence mesurée doit avoir une valeur maximale comprise entre
10 et 50 µg/l, ou bien la concentration en sel doit atteindre au moins 15
mg/l de plus que la concentration initiale de la rivière. Dans le cas contraire,
réitérer la mesure en adaptant la quantité de produit injectée.
4.8. Incertitudes associées aux jaugeages
Un résultat de mesure doit s?exprimer avec une incertitude et un
intervalle de confiance. L'évaluation de l?incertitude est précieuse à la
fois pour le producteur des données hydrométriques (pour le tracé de
la courbe de tarage par exemple, cf. chapitre 5) mais également pour
l?utilisateur de la donnée pour qu?il puisse prendre des décisions en
tenant compte de ces incertitudes (dimensionnement d?un ouvrage
hydraulique, par exemple). Pour estimer cette incertitude, le jaugeur
doit bien connaître le processus de mesure, être conscient des limites
des conditions de déploiement du matériel et maîtriser les calculs qui
vont lui permettre de fournir un résultat.
L'affichage des incertitudes constitue un point d?amélioration
important pour les équipes d?hydrométrie et doit être une de leurs
priorités. Si les bonnes pratiques décrites dans ce guide sont une base
commune visant à réduire une partie des incertitudes13, elles doivent
s?accompagner d?un suivi rigoureux des équipements : maintenance
des instruments, étalonnage par des laboratoires accrédités, contrôles
internes ou inter-organismes réguliers lors d?intercomparaisons et
traçabilité de la « vie » des instruments.
Pour chaque étape du processus de mesure, le jaugeur doit s'efforcer
de limiter les erreurs systématiques (biais de mesure) pour que ne
s?expriment que des erreurs aléatoires (incertitudes). La combinaison de
ces incertitudes va permettre d?exprimer une incertitude sur le résultat
final, « élargie » pour couvrir un intervalle à un niveau de confiance
donné (généralement 95 %). Cette approche générale décrite par le
guide pour l'expression de l'incertitude de mesure (GUM), est appelée
approche par propagation d?incertitude, et son point de départ est le
modèle (l?équation ou le calcul) qui permet de représenter le processus de
mesure et l?ensemble des corrections apportées aux différentes erreurs.
4.8.1 Exploration quasi complète du champ des vitesses ? Perche
et saumon
Les méthodes proposées par la norme ISO 748, l?USGS (méthode IVE), Irstea
(méthode Q+) et EDF (méthode FLAURE) sont autant de déclinaisons du
GUM pour les jaugeages au courantomètre. La méthode ISO 748 n'était pas
recommandée par la Charte Qualité de l'hydrométrie en 1998 car les auteurs
considéraient, non sans raison, qu'elle donnait trop de poids aux nombres
de verticales et pas suffisamment à la géométrie du chenal d'écoulement.
Les méthodes Q+ et FLAURE se sont attachées à lever cet écueil tout en
reprenant la formulation générale de l'ISO. Une comparaison effectuée sur
plus de 3000 jaugeages est présentée figure 4.14.
4020 8060 100
Flaure
Q+
0
5
10
15
20
25
30
% de la population des jaugeages
In
te
rv
al
le
d
e
co
nfi
an
ce
a
u
se
ui
l d
e
95
%
FIGURE 4.14 : DISTRIBUTION DES INCERTITUDES POUR 3 185 JAUGEAGES AU MOULINET CALCULÉES SELON DEUX MÉTHODES Q+ ET FLAURE
(DESPAX ET AL, 2016)
L'examen de la figure montre que l'assertion formulée par les auteurs de 1998 n'était pas dénuée de fondement puisqu'ils affirmaient que « 80 % des jaugeages
sont réalisés à mieux que 6 % ».
Chapitre 4 ? Jaugeage
13. Choix du site, de la section, de la technique de jaugeage, des points de mesure, etc.
41
L?autre approche d?estimation des incertitudes, de plus en plus courante
en hydrométrie est l?approche expérimentale par essais inter-laboratoires
(Norme ISO 5725), appelés également « intercomparaisons » (cf. Figure
4.15). Elle consiste à comparer les résultats de mesure obtenus par
plusieurs équipes déployant des instruments de même type avec un
protocole identique pour mesurer un même débit, supposé constant
pendant les essais. Une analyse statistique des résultats permet
d?obtenir une incertitude sur la méthode employée dans des conditions
de répétabilité et de reproductibilité données. Le résultat d?incertitude
obtenu peut être transposable aux mesures réalisées dans les mêmes
conditions, selon des critères d?analogie à définir. Le guide pratique
pour la réalisation d?intercomparaisons de mesures de débit en rivière
(Bertrand et Besson, 2016) présente la démarche pour préparer, réaliser
et analyser une campagne.
4.8.2 Exploration quasi complète du champ des vitesses ? ADCP
La figure 4.16 permet de comprendre le principe de la méthode
d?intercomparaisons qui estime l'incertitude des jaugeages pour un
site donné.
L'application de la méthode des intercomparaisons reste attachée
à un site. Une méthode sur sa généralisation par analogie est en
cours d'élaboration. Toutefois, pour un jaugeage avec un appareil
ADCP et quand la mesure est effectuée dans de bonnes conditions
d'écoulement, l'incertitude au seuil de confiance de 95 % peut
être estimée entre 5 et 7 %. Si les conditions sont moins bonnes
(turbulences notamment), cette incertitude peut être largement
supérieure et dépasser les 10 %.
!POINT D?ATTENTION
FIGURE 4.15 : INTERCOMPARAISONS SUR L?OUVÈZE (IRSTEA)
4.8.3 Exploration partielle du champ des vitesses
Vu les hypothèses réalisées sur la stabilité de la bathymétrie des profils
et sur la distribution verticale des vitesses, l?incertitude des jaugeages
par analyse d?images peut difficilement être inférieure à +/-15 % au
seuil de confiance de 95 %.
Le débit final déterminé par la méthode du radar vélocimétrique de
surface est entaché d?une forte incertitude, de l?ordre de 20 %. En effet
l?hypothèse d?une bathymétrie stable et l?estimation du coefficient
de vitesse induisent des incertitudes significatives sur les résultats de
mesure. Cependant ce type de mesure en crue apporte une information
très importante sur les hauts débits et par conséquent sur la qualité de
l?extrapolation des courbes de tarage (cf. chapitre 5).
La technique des flotteurs reste celle qui produit un résultat dont
l'incertitude est la plus forte. Elle est estimée à 30 % au minimum et
peut atteindre 50 % dans les cas les plus défavorables.
4.8.4 Dilution
Dans le cas de la méthode par injection globale, l?incertitude sur le débit est
portée par les incertitudes sur la quantité de traceur injectée puis mesurée
(concentration moyenne C?2 au point de prélèvement) et sur le temps T.
L?incertitude sur la mesure de la concentration moyenne est dépendante
du soin de l?opérateur pour réaliser la solution d?ajustage (dans le cas de la
mesure avec les traceurs fluorescents) et de la linéarité de la réponse des
appareils de mesure. Au seuil de confiance 95 %, l?incertitude finale de la
mesure est de l?ordre de 6 % dans le meilleur des cas (Perret et al., 2012).
Dans le cas de la méthode par injection à débit constant, une analyse
effectuée sur 84 jaugeages a montré que l'incertitude au seuil de confiance
de 95 % peut être comprise entre 4 et 5 % (Morlot, 2014).
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer42
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
0 2 4 6 8 10
2
4
6
In
ce
rti
tu
de
é
lar
gi
e
en
% 8
12
10
Nombre de transects moyennés
1 ADCP Site PY homogène
2 ADCP Site GE hétérogène
1 ADCP Site GE hétérogène
2 ADCP Site PY homogène
FIGURE 4.16 : RÉSULTAT D?INTERCOMPARAISONS POUR 2 SITES DU RHÔNE (LE COZ ET AL, 2016)
Deux sites sont identifiés : GE et PY. Les deux sites sont
différents du point de vue des conditions d'écoulement
mais le même débit y transite. Au point GE, l'écoulement est
hétérogène car situé très près du canal de fuite des turbines
d'une usine hydroélectrique alors qu'au point PY, l'écoulement
est homogène. Si le nombre d'instruments comparés et
les traversées augmentent, les incertitudes sur la mesure
sont réduites. Ainsi, pour le site GE, avec un seul appareil,
l'incertitude estimée au seuil de 95 % pour 6 traversées
vaut 8,5 % environ et un peu plus de 6 % avec 2 appareils.
Pour le site PY et pour un nombre identique de 6 traversées
moyennées, l'incertitude est ramenée à moins de 5 % avec
un appareil utilisé et à 4 % environ avec 2 profileurs. Les
incertitudes estimées pour le site PY sont plus faibles que pour
GE dans des conditions identiques (nombre de capteurs et
nombres de traversées). Ce sont les conditions perturbées de
l'écoulement qui pénalisent les mesures sur le site GE. Ainsi, la
méthode d'intercomparaisons permet d'exprimer des sources
d'incertitudes d'origine hydraulique.
4.9. Récapitulatif des différentes techniques de jaugeage
Le tableau 4.2 synthétise des éléments chiffrés et qualitatifs sur les
différentes techniques de jaugeages présentés dans ce chapitre. Il a
pour objectif de préciser les conditions d'utilisation des différentes
techniques de jaugeage en fonction des situations rencontrées sur
le terrain et à choisir des matériels adaptés lors de l?acquisition ou
du renouvellement des matériels. Les éléments chiffrés donnent des
ordres de grandeur qui ne peuvent prendre en compte l?ensemble des
cas particuliers rencontrés. Les matériels de jaugeage (composants,
précision, gamme/conditions d?utilisation, coût) évoluant rapidement
ces dernières années, il est essentiel de veiller à actualiser ces
informations techniques auprès des constructeurs et de la communauté
des hydromètres.
4.10. L?essentiel
? Pour l'exploration du champ des vitesses, le choix d?une bonne
section de jaugeage est le préalable à une mesure de qualité.
L?utilisation d?une technique de jaugeage, aussi élaborée et/ou
performante soit-elle, sur une section inadaptée ne permet pas la
réalisation d?une mesure satisfaisante.
? Les différentes méthodes de jaugeages décrites ne sont pas
exclusives les unes des autres mais complémentaires. Le recours à telle
ou telle technique doit se faire au regard des conditions hydrauliques
et de l?environnement de la mesure. La maîtrise de plusieurs d?entre
elles constitue donc la meilleure garantie pour réaliser de bonnes
mesures dans des configurations variées.
? Parmi ces méthodes, l?adaptation aux mesures en rivière des ADCP, Ã
la toute fin de XXe siècle, a constitué un tournant majeur pour la pratique
du jaugeage. Son usage s?est étendu en moins d?une vingtaine d?années
à la quasi-totalité des équipes françaises. Au-delà des avantages que
cette nouvelle famille d?appareils procure pour la mesure elle-même,
elle a déjà contribué à améliorer les conditions d?intervention en crue en
évitant l?intrusion de matériel dans la profondeur de l?écoulement et en
réduisant fortement la durée du jaugeage.
? En période de crue, les conditions hydrauliques ne permettent pas toujours
la mise à l?eau d?appareils. Compte-tenu de la rareté de ces événements,
une mesure simplifiée par exploration du champ des vitesses de surface,
facilitée grâce à des nouvelles technologies, représente toujours un meilleur
résultat qu?une absence de mesure. Ce type de mesures non intrusives,
constitue également une alternative de jaugeage préservant la sécurité
des jaugeurs dans des conditions parfois dangereuses.
? La maîtrise de tous ces processus de mesure et de leurs incertitudes
forme un axe de progrès qui reste encore largement à explorer, pour tenter
de les réduire et pour qu'à chaque résultat de mesure soit associée une
incertitude munie d'un intervalle de confiance. L?organisation régulière
d?intercomparaisons regroupant différentes équipes de jaugeurs sur un
même site contribue à cet objectif.
? À l'heure où les échanges et le partage d?expérience à distance sont
facilités, la communauté des jaugeurs constitue une réelle richesse Ã
valoriser dans un domaine technique jonglant en permanence entre les
savoirs-faire traditionnels et de nouveaux outils technologiques. Le groupe
Doppler Hydrométrie, actif depuis 2005, contribue à faire vivre cette
communauté.
Chapitre 4 ? Jaugeage
43
TABLEAU 4.2 : RÉCAPITULATIF DES DIFFÉRENTES TECHNIQUES DE JAUGEAGE
Moulinet Courantomètre
acoustique
Courantomètre
électro-
magnétique
Profileur
acoustique
(ADCP)
Radar
de surface
Caméra
(LSPIV) Dilution
Mesurandes
Mesure
ponctuelle de la
composante de
vitesse Vx
Mesure ponctuelle
des composantes de
vitesse Vx, Vy et Vz
(cf. Figure 4.1)
Mesure ponctuelle
de la composante
de vitesse Vx
(cf. Figure 4.1)
Mesure sur un
profil vertical des
composantes de
vitesse Vx, Vy et Vz
(cf. Figure 4.1)
Mesure ponctuelle
de la composante
de vitesse Vx
en surface (cf.
Figure 4.1)
Mesure
spatialisée des
composantes de
vitesse Vx et Vy
en surface
(cf. Figure 4.1)
Fluorescence ou
conductivité
Gamme
d'utili-
sation
Vitesse
0,5 Ã 5 m/s (Ã
condition de
disposer d'un panel
d'hélices étendu et
de pouvoir monter
les hélices sur un
saumon)
0 - 2 m/s Ã
0 - 4 m/s selon
matériel
0 - 2,5 m/s
à 0 - 6 m/s selon
matériel
0,05 Ã 5 m/s 1 Ã 10 m/s
1 Ã pas
de limite
supérieure
Toutes
Hauteur
Toutes (Ã
condition de
pouvoir monter
les hélices sur
un saumon)
Restreint aux rivières et conditions
jaugeables à pied (cf. Figure 8.1)
De 0,5 m Ã
plusieurs dizaines
de mètres selon
modèles
Toutes Toutes Toutes
Autres conditions
d'utilisation
Écoulements
fluviaux
Écoulements
fluviaux
Écoulements
fluviaux
Écoulements
fluviaux
Nécessité de vaguelettes, de
turbulences, de débris en surface
Écoulements
présentant
suffisamment
de turbulences
pour assurer le
bon mélange
Limites
d'utilisation
Perturbé par
végétation
aquatique
Perturbé par
les micro-bulles
Perturbé par
la présence
de masses
métalliques Ã
proximité
Perturbé par les
micro-bulles
Perturbé par le
vent (ride de
surface) et la
pluie forte
Pas de mesure
de nuit ou en
cas de fort
brouillard
Absorption
des traceurs
fluorescents par
les MES : mesure
pas toujours
possible en crue
Impossibilité
parfois de jauger
par fortes vitesses
même avec un
saumon (rebond
sur la surface)
Impossibilité de jauger des rivières
importantes ou de jauger en crue
Perturbé par
végétation
aquatique
Mesures complémentaires
nécessaires (bathmétrie,
distribution verticale des vitesses)
Nécessité de
disposer d'un
panel élargi
d'hélices
Compas perturbé
par la présence
de masses
métalliques Ã
proximité
Ne prend pas en compte
l'éventuelle modification
temporaire des fonds en crue.
La solubilité du
sel rend difficile
la mesure des
débits important
(> quelques
m3/s) même
si certains
constructeurs
annoncent
50m3/s.
Stockage, transport,
entretien exigeant
des pièces
mécaniques
L?eau doit présenter
des matières en
suspension (ne
fonctionne pas en
eau trop pure). Mais
le signal peut être
atténué par des
eaux très chargées
(mesures pas
toujours possibles
en crue)
Impossibilité
de jauger les
petites rivières en
basses eaux
Sensible au fond
mobile en crue
(avec possibilité
de correction)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer44
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? AFNOR (2009) - Hydrométrie - Mesurage du débit des liquides dans
les canaux découverts au moyen de débitmètres ou de flotteurs. Norme
NF EN ISO 748
? Baumgarten (1847) Notice sur le moulinet de Woltmann, destiné Ã
mesurer les vitesses de l'eau, sur son perfectionnement et les expériences
faites avec cet instrument. Annales des ponts et chaussées (1847 volume 2
p. 326 - 374)
Moulinet Courantomètre
acoustique
Courantomètre
électro-
magnétique
Profileur
acoustique
(ADCP)
Radar
de surface
Caméra
(LSPIV) Dilution
Incertitude
relative
7 Ã 15 % 5 Ã 10 % 15 Ã 20 % 3 Ã 10 %
Dans des conditions bien adaptées : 5 à 10 %
Dans des
conditions bien
adaptées : 5 %
Dans des
conditions bien
adaptées :
3 Ã 5 %
Degré de
technicité requis Moyen Moyen Moyen Fort Fort Fort Fort
Sécurité
Lorsque la vitesse du courant est faible, inférieure Ã
0.5 m/s, la hauteur limite vaut 1 mètre environ. Lorsque la
vitesse est forte, supérieure à 1.5 m/s, la hauteur limite est
inférieure à 0.30 mètre (cf. Figure 8.1)
Depuis un pont
en crue : risque
d'interception de
flottants moindre
qu'au saumon +
moulinet mais
toujours existant
Risques très réduits en crue Risques réduits
en crue
Déploiement par
saumon nécessite
de l'attention et
de la prudence en
crue (interception
de flottants)
Risque lié à la
navigation sur
fleuves en crue
si déploiement
depuis un bateau
(méthodes non intrusives, pas
d'intervention dans l'écoulement,
ni à proximité immédiate)
(méthode non
intrusive, pas
d'intervention
dans
l'écoulement,
seulement Ã
proximité)
Attention Ã
la sécurité
des zones
d'injection et
de prélèvement
Exemple de
modèles (2016)
OTT ADC (OTT)
MFPro, Nautilus
(OTT)
StreamPro,
RioGrande, River
Ray, RiverPro (RDI)
SVR Pro II
(Stalker)
Tous types
de prises de
vue (appareils
photo, caméras)
GUN (Albilia)
SEBA
Flowtracker
(Sontek)
FloMate 2000
(Marsh Mc Birney)
S5, M9 (Sontek) SVR (Decatur)
TQ-Tracer
(Sommer)
BFM801 (Valeport) Qliner (OTT)
Salinomadd et
EasyFlow (Madd)
SensaRC2
(Hoskin)
FlowQuest
(LinkQuest)
EMC4 (Comectec)
Ordre de grandeur
prix HT (Valeur
2016)
2 000 ¤ -
10 000 ¤ selon le
nombre et le type
d'hélices et le
type de support.
Une traille
téléphérique peut
coûter beaucoup
plus cher.
10 000 ¤ 5 000 - 10 000 ¤ 10 000 - 40 000 ¤ 2 000 - 3 000 ¤ 2 000 ¤
5 000 -
10 000 ¤
Chapitre 4 ? Jaugeage
4.11. Références
? AFNOR (1994) - Mesure de débit des liquides dans les canaux
découverts. Méthodes de dilution en régime permanent utilisant des
traceurs. Norme NF ISO 9555 parties 1 Ã 4
? AFNOR (1994) - Exactitude (justesse et fidélité) des résultats et méthodes
de mesure. Norme NF ISO 5725
45
? Bertrand X., Besson D., Guide pratique. Intercomparaions de mesures de
débits en rivière, Cerema, Schapi, 2016.
? Despax A., Perret C., Garçon R., Hauet A., Belleville A., Le Coz J., Favre AC.
Considering sampling strategy and cross-section complexity for estimating
the uncertainty of discharge measurements using the velocity-area method.
[Revue] ? Journal of hydrology 533 (2016) p 128-140.
? Despax A. (2016) Incertitude des mesures de débit des cours d?eau
au courantomètre. Amélioration des méthodes analytiques et apports
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Transferts en Hydrologie et Environnement et EDF-DTG.
? Dramais G., Le Coz J., Le Boursicaud R., Hauet A., Lagouy M. - 2014.
Jaugeage par radar mobile, protocole et résultats. Houille Blanche-Revue
Internationale de l eau, vol. 3, p. 23-29.
? Hauet Alexandre [et al.] Méthodes innovantes pour la mesure des
débits fluviaux en continu : profileur Doppler fixe horizontal (H-ADCP) et
analyse d?images (LSPIV) [Conférence] // SHF Mesures hydrologiques
et incertitudes. - Paris : [s.n.], 2008.
? Hauet A., Estimation de débit et mesure de vitesse en rivière par Large-
scale particle image velocimetry [Revue] // La Houille Blanche. - [s.l.] : SHF,
2009. - 1. - DOI 10.1051/lhb:2008085.
? Hauet A., Estimation de débit et mesure de vitesse en rivière par Large-
Scale Particle Image Velocimetry [Livre] - Grenoble : Institut National
Polytechnique de Grenoble, 2006.
? ISO/CEI GUIDE 98-3 : 2008 ? Incertitude de mesure ? Partie 3 : Guide pour
l?expression de l?incertitude de mesure (GUM : 1995).
? ISO/TR (1993) ? Mesure de débit des liquides dans les canaux découverts ?
Longueur de bon mélange d?un traceur ? Rapport Technique ISO/TR 11656.
? Le Coz, J., Pierrefeu, G., Saysset, G., Brochot, J.-F, Marchand, P. (2008)
Mesures hydrologiques par profileur Doppler. Éditions QUAE.
? Le Coz J., Camenen, B., Dramais G., Ribot-Bruno J., Ferry, M.,
Rosique J.-L. (2011) Contrôle des débits réglementaires. Application
de l?article L.214-18 du Code de l?environnement. Guide technique
Police de l?eau Onema.
? Le Coz J. , Blanquart B., Pobanz K., Dramais G., Pierrefeu G., Hauet
A., Despax A., (2016) Estimating the uncertainty of streamgauging
techniques using in situ collaborative interlaboratory experiments, Journal
of Hydraulic Engineering, 142(7), 04016011, DOI:10.1061/(ASCE)HY.1943-
7900.0001109.
? Morlot T. (2014) La gestion dynamique des relations hauteur-débit
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[Thèse] ? Grenoble: Institut National Polytechnique de Grenoble.
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Le réseau d?observation hydroclimatologique de montagne d?EDF.
État des lieux. Mesures de débit par dilution d?un traceur fluorescent.
Houille Blanche-Revue Internationale de l?eau, n° 3, p.18-25.
? Rateau M., Expérience et théorie sur le tube de Pitot et sur le moulinet
de Woltmann (Hydromètres et anémomètres) Annales des mines (1898
série 9 volume 13 p. 331).
? Welber M., Le Coz J., Laronne J., Zolezzi G., Zamler D., Dramais G.,
Hauet A., Salvaro M., Field assessment of non-contact stream gauging
using portable surface velocity radars (SVR), Water Resources Research
(2015, in revision).
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer46
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2014/03/lhb2014025.pdf
http://www.eaufrance.fr/observer-et-evaluer/etat-des-milieux/rivieres-et-lacs/hauteurs-et-debits
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2009/03/lhb2009036.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2009/01/lhb2009009.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2012/03/lhb2012018.pdf
Courbe
de tarage
D
ans le processus d'élaboration de données de
débit qui va de la mesure des hauteurs d?eau
à l'archivage des données de débit, l'étape qui
consiste à construire et à gérer la courbe de tarage
est sans conteste celle où l'interprétation humaine est
maximale. Elle est donc à l'origine d'incertitudes difficiles
à évaluer pesant fortement sur la qualité du débit
annoncé car il ne s'agit plus d'une « simple » mesure,
mais de l'élaboration d'un modèle et de son calage avec
des observations (jaugeages, observations du terrain).
Cette étape, au coeur du travail de l'hydromètre, est celle
où il peut exprimer tout son savoir-faire et toute son
expérience. Il doit donc y consacrer le temps nécessaire
pour une élaboration réfléchie. Construite à partir des
couples hauteur-débit (résultats des jaugeages) et de la
connaissance du comportement hydraulique de la rivière
au point de mesure, la courbe de tarage est la traduction
graphique et mathématique de la relation physique entre
hauteur d'eau et débit, pour un site donné. Si le tracé
dans la gamme courante est parfois complexe à réaliser,
c?est surtout aux extrémités de la courbe que les plus
fortes incertitudes demeurent, car les jaugeages y sont
plus rares, voire inexistants.
La relation physique entre hauteur et débit est variable
dans l'espace (cf. chapitre 2) et dans le temps, ce qui
implique que la courbe de tarage doit être reconsidérée
régulièrement.
La courbe de tarage est le principal élément qui détermine
la qualité d?une station. Une « bonne » courbe de tarage
est une courbe :
? bien échantillonnée (jaugeages bien répartis et
suffisants en nombre), sur une gamme adaptée Ã
l?évolution du site et à la variabilité des débits ;
? précise, présentant une faible dispersion des jaugeages
autour de la courbe de tarage ;
? univoque, associant un débit unique à chaque hauteur
considérée ;
? sensible, une petite variation de débit (en pourcentage)
entraîne une variation notable de la hauteur mesurée
par rapport aux incertitudes de mesure du limnigramme
(cf. § 2.3) ;
? documentée et justifiée avec des arguments physiques
et métrologiques, qui permettent la critique et les révisions
ultérieures particulièrement pour les extrapolations des
débits extrêmes.
La gestion des courbes de tarage comporte trois phases
essentielles :
? l?acquisition de données physiques de terrain
(topographie, conditions d?écoulement, jaugeages) ;
? la construction de la courbe ;
? le suivi des courbes successives (évolutions,
modifications, corrections).
À chacune de ces phases, des erreurs grossières peuvent
se glisser. La cohérence globale, à la fois sur les débits,
les vitesses moyennes et les sections mouillées, doit
être vérifiée. Toute modification (dans le temps ou dans
la relation elle-même) doit être justifiée par une cause
connue, identifiable sur le terrain, et repérée dans le
temps de façon suffisamment précise.
Une courbe de tarage caractérise un site donné, et n'est
pas transposable dans l'espace. Elle est valable pendant
une période donnée, fixée par des limites connues dans
le temps.
5.1. Acquisition des données physiques
Il s?agit des jaugeages et des données topographiques. Les
modalités de jaugeage ont été décrites au chapitre 4. Seules
quelques précisions pratiques sont fournies ci-après.?
ch
ap
itr
e
5
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
47
La fréquence des jaugeages doit permettre de cerner au plus près
la relation hauteur-débit et son évolution, d'avoir à disposition un
nombre de jaugeages représentatif de la plus grande gamme de
hauteurs possibles ainsi que des transitions entre les segments de la
courbe (liés au passage d?un type de contrôle hydraulique à l?autre)
et éventuellement d'autres phénomènes plus transitoires comme
l'hystérésis, l'influence aval variable ou la dynamique végétale par
exemple. Dans ces conditions, il est difficile de donner une règle
universelle pour adapter le nombre de jaugeages annuels. Certaines
stations qui bénéficient de très bonnes conditions, telles qu'un seuil
conçu pour la mesure et de conditions amont et aval peu ou pas
évolutives, ne nécessitent qu?un ou deux jaugeages de contrôle par an.
À l'opposé, les stations implantées sur des contrôles hydrauliques très
évolutifs doivent faire l'objet de plus de 10 jaugeages par an. Au-delà ,
la pertinence de la localisation de la station doit être questionnée. Pour
un réseau de mesure dont les stations sont réparties sur différents
terrains, un nombre moyen de 4 Ã 8 jaugeages par an et par station,
judicieusement répartis dans le temps et sur la gamme des hauteurs,
semble raisonnable.
Il est recommandé de vérifier sur le terrain, dès la fin du jaugeage, sa
position par rapport à la courbe de tarage en cours et les événements
susceptibles de la modifier, afin de décider d'une éventuelle
confirmation immédiatement (nouvelle mesure). Un traitement
approfondi est ensuite réalisé rapidement.
Toutes les remarques sur les conditions d'écoulement doivent
également être consignées et associées au jaugeage, afin de
faciliter le traitement approfondi ou le retraitement ultérieur. C'est
particulièrement indispensable pour les jaugeages de crue, dont les
conditions pourraient ne pas se représenter par la suite. Des photos de
la station et du linéaire amont et aval peuvent être utiles.
Les méthodes et logiciels de construction et de gestion des courbes
de tarage actuels permettent l?utilisation plus aisée d'éléments
théoriques hydrauliques pour l'établissement de la courbe de tarage
mais nécessitent une connaissance approfondie de la station et de
ses alentours. Une reconnaissance visuelle des contrôles hydrauliques
pour différentes hauteurs peut suffire. En cas de doute ou de recours
à la modélisation hydraulique (cf. § 5.2.3), le recours à des mesures
topographiques14 peut être nécessaire. Dans le cas des contrôles
hydrauliques par seuil, les relevés topographiques permettent
d'accéder à la connaissance du h0 (cf. chapitre 2, équation 2.3). Il est
important que ces éléments soient récoltés, consignés dans le dossier
station (cf. § 3.3.2) et vérifiés régulièrement.
Courbe de tarage moyenne
Segment 1 a1 = 14.47 b1 = 2.12 H0 = 0.87
Courbe de tarage moyenne
0
10
20
30
40
0,5
0,2
1
2
5
10
20
50
1 1,5 2 2,5 1 1,5 2 2,5
Q(
m
3 /
s)
Q(
m
3 /
s)
h (m) h (m)
FIGURE 5.1 : EXEMPLE D'UNE COURBE DE TARAGE- LA MORGE À VOIRON, 53 KM2
La figure 5.1 donne un exemple de courbe de tarage élaborée pour une station selon deux représentations : coordonnées naturelles et
logarithmiques. La première permet de visualiser le modèle dans son ensemble sans déformation et la seconde permet de zoomer sur des
points particuliers. Les coefficients du modèle hydraulique selon l'équation 2.5 sont également indiqués. Le contrôle hydraulique unique de cette
station ne nécessite pas la mise en oeuvre de l'équation 2.6.
14. Profils en long pour repérer les sections de contrôle successives, profil en travers des sections de contrôle, éventuellement via un géomètre externe
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer48
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
5.2. Construction de la courbe de tarage
Qu'il s'agisse de la première courbe d'une station nouvellement
installée ou d'un changement de courbe sur une station ancienne,
la méthode de construction de la courbe de tarage reste identique.
Certaines étapes peuvent cependant être moins développées et
approfondies lors du changement de courbe.
Pour une ouverture de station, il est utile de vérifier s?il n'existe pas de
jaugeages anciens, antérieurs à la création de la station qui pourraient
être réutilisés. Il faut alors rendre l?échantillon homogène, ou bien
séparer les deux périodes si les raccordements ne sont pas réalisables
(référence différente pour la mesure des hauteurs, méthode de calcul
différente, autre site de mesure). Une nouvelle courbe se construit au
fur et à mesure des nouveaux jaugeages effectués, notamment pour
les débits extrêmes où des techniques d'extrapolation sont utilisées.
Pour un changement de courbe de tarage, les questions qui doivent
être posées sont :
? quelle est la date de changement de la relation hauteur-débit ?
? quelle gamme de débit le changement concerne-t-il ?
La construction de la courbe repose sur la connaissance des jaugeages
et du comportement hydraulique local de la rivière (contrôles). Dans la
méthode historique, encore la plus répandue, la courbe est construite Ã
partir des jaugeages, et les contrôles hydrauliques sont utilisés comme
vérification (c?est la méthode décrite ci-après). Les approches BaRatin
(Le Coz et al., 2013) et GesDyn (Perret et al., 2013) reposent sur l'étude
du (ou des) contrôle(s) hydraulique(s) qui permet d'induire la forme
du modèle de courbe de tarage, les jaugeages permettant quant Ã
eux de caler les coefficients du modèle.
Les débits « temps réels » pour la prévision des crues ou le suivi des
étiages sont de plus en plus demandés. La méthode historique demande
du temps, et n?est pas très adaptée à la construction ou mise à jour en
temps réel d?une courbe de tarage. Dans ce cas, une courbe temporaire
présentant des incertitudes plus importantes peut être proposée. Elle
est construite à partir du dernier jaugeage et fiabilisée ensuite par une
analyse approfondie. La communication des incertitudes liées à cette
courbe temporaire est encouragée.
5.2.1 Analyse des jaugeages
L?analyse des jaugeages doit porter sur un inventaire exhaustif des données
disponibles et sur une critique des données elles-mêmes.
En premier lieu, et si cela n'a pas déjà été fait, il faut s?assurer de disposer
de tous les jaugeages et observations disponibles au droit du site à tarer.
L?existence d?une fiche « historique de la station » facilite le travail.
Une liste des mesures est alors dressée. Elle doit contenir :
? les dates et heures de début et de fin de chaque mesure ;
? les hauteurs d?eau lues à l?échelle au début et à la fin de chaque mesure ;
? la hauteur enregistrée sur le limnigramme correspondant à la date et Ã
l'heure mentionnées pour la mesure ;
? le résultat de la mesure de débit ;
? les éléments géométriques de la mesure (section mouillée, largeur,
profondeur moyenne, etc.) si la méthode d'exploration du champ des
vitesses a été utilisée ;
? le mode opératoire et le matériel utilisé, ainsi que l?emplacement
précis de la mesure par rapport à la station (ne pas mentionner « section
habituelle ») ;
? les observations qualitatives diverses : mesure en montée ou en descente
de crue, incidents durant la mesure elle-même, changement notable des
conditions d?écoulement, etc. ;
? le nom des opérateurs ;
? éventuellement les vitesses moyennes calculées ;
? éventuellement le contrôle hydraulique actif (seuil, section, tronçon).
La validation des couples hauteur-débit débute par une analyse de
la concordance des hauteurs (lues lors de la mesure et relevées sur le
limnigramme) et la consultation des différents renseignements associés
aux jaugeages. Elle permet notamment de déceler des erreurs de date, de
station, ou plus simplement de transcription. Le choix de la (des) hauteur(s)
retenue(s) pour le jaugeage est important : préférer la hauteur lue à l?échelle
sauf cas particuliers (échelle illisible ou placée dans le ressaut). C?est cette
série de valeurs (hauteurs échelle limnimétrique/débits) qui doit servir à la
construction de la courbe.
De même, une analyse des variations géométriques, des modes opératoires
et des observations qualitatives permet de déceler d?éventuelles anomalies :
erreur de section, vitesses moyennes anormalement élevées ou faibles, etc.
La cohérence des valeurs doit être vérifiée : suite chronologique croissante,
forts débits pour les fortes hauteurs, faibles débits pour les faibles hauteurs,
similitude des conditions hydrauliques, etc. L?amplitude des valeurs
mesurées (en hauteurs et débits) doit être connue.
Une visualisation de l?ensemble des jaugeages peut permettre d?identifier
des jaugeages aberrants, Ã analyser plus finement via la fiche terrain ou
l?interview des opérateurs. Si l?erreur ne peut pas être corrigée, le jaugeage
doit être écarté ; ne pas oublier d?en laisser une trace en qualifiant le
jaugeage de « douteux ».
L?analyse chronologique des couples hauteur-débit doit ensuite être menée,
afin de détecter les anomalies ou particularités de l?échantillon à traiter.
Les observations liées à chaque mesure doivent être prises en compte
quand elles sont mentionnées. Sur une station ancienne, cette analyse
peut permettre de détecter des périodes où la relation hauteur-débit est
homogène voire de réutiliser une courbe ancienne, ou au contraire de
conclure que les jaugeages anciens ne sont plus réutilisables, notamment
les jaugeages réalisés en crue.
Cette analyse doit être complétée par la consultation du dossier station ou
de tout autre document qui est susceptible de mentionner des événements
modifiant profondément la relation hauteur-débit : construction d'ouvrage
(barrage, pont) au niveau de la station ou en aval, modification du champ
d'expansion des crues (digues, occupation du sol), déplacement de l?échelle
limnimétrique, etc.
Il existe des outils informatiques qui effectuent des analyses statistiques
basées sur des tests non paramétriques et qui aident à détecter des périodes
où la relation hauteur-débit est stable et à prendre en compte l'évolution
des conditions d'écoulement (cf. Figure 5.2).
5.2.2 Tracé de la courbe de tarage
Ce prétraitement étant fait, le tracé à proprement parler peut débuter. Il
est souhaitable qu'il soit effectué par (ou avec) la personne qui connaît
le mieux le site et son comportement hydraulique.
L?hydromètre cherche à tracer, dans un repère H-Q avec des axes
arithmétiques (ou semi-logarithmique, ou log-log) une courbe qui
passe « au mieux » par les jaugeages, en se concentrant sur certains
tronçons de courbe (faibles débits par exemple).
Il est courant de considérer une incertitude de l'ordre de 5 % autour de
la valeur des jaugeages, pouvant aller au-delà pour les débits extrêmes
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
49
(très faibles ou très forts). De même, sur les hauteurs, une marge
d'incertitude est admise. D'où l'intérêt de reporter des traits verticaux
et horizontaux représentant les incertitudes en débit et hauteur des
jaugeages.
Même en cas de révision de la courbe de tarage, il est souhaitable
de reporter l?ensemble des jaugeages, a minima ceux réalisés sur
une période significative (vie d'une échelle) ou la période identifiée
comme homogène à l'étape précédente. L'analyse chronologique
permet de décider de la prise en compte de jaugeages anciens et de
définir un intervalle de temps de validité grossière.
Le tracé d'une courbe de tarage avec des jaugeages issus de différentes
techniques peut permettre de découvrir un biais sur une mesure ou
une technique de mesure. Ce biais peut être dû à un appareil de
mesure défectueux ou à une application mal maîtrisée d'une méthode
de mesure.
Toute inflexion dans le tracé de la courbe de tarage doit pouvoir
s?expliquer par une réalité physique connue sur la section de contrôle :
débordement rive droite, rive gauche, seuil noyé, écoulement sous
une arche supplémentaire. C?est là que les relevés topographiques, la
connaissance fine du terrain et des conditions d?écoulement acquise
lors des jaugeages prennent toute leur importance. Il est conseillé
de tracer une courbe par tronçons (cf. équation 2.6), ce qui permet
de faire le lien entre allure (pente) et conditions hydrauliques (cf.
chapitre 2). Lorsqu?une courbe est définie ainsi, sa diffusion est facilitée
par l?utilisation du « barème de tarage », qui présente sous forme de
tableau le débit pour des hauteurs par pas de 1 cm (cf. Tableau 5.1).
Le bordereau des points, décrivant les points pivots, se présente alors sous
la forme :
La superposition sur un même graphe des différentes courbes est pleine
d?enseignements, en particulier pour définir les extrapolations. Sauf
modification majeure du lit, les différentes courbes doivent présenter une
allure générale semblable.
Il existe des outils informatiques d'aide au tracé des courbes de tarage. Ils
permettent d'évaluer visuellement les écarts de la courbe aux jaugeages
sélectionnés, de tenir compte des connaissances hydrauliques ou de terrain
de la station (section d'écoulement, contrôles hydrauliques) et de donner
des poids liés à la confiance et/ou à l'âge des jaugeages considérés. Le
logiciel associé à la méthode BaRatin trace automatiquement une courbe de
tarage à partir des jaugeages, de l'incertitude attribuée à chaque jaugeage
par l'opérateur et de considérations sur le fonctionnement hydraulique du
site (type de contrôle hydraulique par gamme de débit). Il mène à un tracé
par tronçons de courbes, avec des coefficients hydrauliquement réalistes et
permet d'en calculer les incertitudes par une approche bayésienne.
Certaines recherches s'orientent vers des méthodes dites « dynamiques »
du tracé des courbes de tarage. Elles reposent sur le constat que la
relation hauteur-débit est instable par nature. Cela va du très instable au
pratiquement stable en fonction des caractéristiques de l'écoulement et des
contrôles hydrauliques. Une hypothèse forte est alors formulée : chaque
jaugeage représente la meilleure estimation de la relation hauteur-débit
au moment où il a été réalisé, ce qui entraîne la construction d'une nouvelle
courbe après chaque jaugeage. La méthode GesDyn tente ainsi d'appliquer
un principe assez courant dans le monde de la mesure : réalisation d'un
contrôle (le jaugeage) auquel est affecté une incertitude, comparaison
au modèle proposé (la courbe de tarage en vigueur), réduction du biais
constaté par recalage du modèle (nouvelle courbe de tarage) et estimation
d'une nouvelle incertitude du modèle. Tous les jaugeages précédents sont
également pris en compte, avec une pondération qui diminue avec leur
ancienneté. La courbe est tracée à partir des jaugeages réalisés dans des
conditions hydrauliques analogues.
Cette méthode est très utile pour fournir une courbe de tarage « temporaire »
en temps quasi-réel suite à un nouveau jaugeage de crue aux utilisateurs
pressés tels que les prévisionnistes de crue ou gestionnaires d?ouvrages.
Elle peut également faciliter la gestion de changements progressifs ou
dans le cas d'un réexamen complet d'une chronique, aider à la détection
de changements brutaux que l'analyse chronologique n'aurait pas mis en
lumière.
TABLEAU 5.1 : EXEMPLE DE BARÈME DE TARAGE (POUR H = 14 CM, Q = 18,2 M³/S)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer50
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
H (cm) 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
0 1,17 1,24 1,58 2,40 3,34 4,40 5,56 6,83 8,19 9,64
10 11,2 12,8 14,5 16,3 18,2 20,1 22,1 24,2 26,4 28,6
20 30,9 33,2 35,7 38,2 40,7 43,3 46,0 48,7 51,5 54,4
...
TABLEAU 5.2 : EXEMPLE DE BORDEREAU
H Q H0 a b
19,9 0
26,5 0,001 19,9 4721E-08 1,6179
53,5 0,997 26,0 3133E-06 1,7387
116,6 3,99 30,7 3792E-05 1,0455
201,4 18,1 33,2 2974E-07 2,1490
5.2.3 Extrapolations aux extrémités
La relation Q = f (H) doit être définie sur tout l?intervalle de variation possible
des hauteurs, dans l?intervalle exploitable de la station. Cet intervalle doit au
moins couvrir les plus hautes eaux observées pendant la période et, si possible,
les plus hautes eaux historiques. Malheureusement, les hauteurs minimales
et maximales jaugées sont souvent assez éloignées de ces bornes. La courbe
de tarage doit alors être extrapolée à ses extrémités.
Les extrapolations doivent être traitées avec prudence en cas de phénomène
singulier, comme la mise en charge d?un pont, de site à embâcles, car le
changement de contrôle hydraulique induit n?est alors pas confronté à une
mesure. En l?absence de changement de contrôle hydraulique identifié, un
débit doit être considéré comme extrapolé si le débit calculé est 20 % supérieur
(respectivement inférieur) au plus fort (faible) débit jaugé et/ou si la hauteur
atteinte est 20 cm plus haute (respectivement basse) que la plus grande
(petite) hauteur jaugée. Préciser alors que les parties extrapolées sont en
dehors de la « zone de fiabilité » de la courbe de tarage, telle que définie
dans la Banque Hydro.
Plusieurs méthodes d?extrapolation des forts débits existent, et le résultat est
produit par l'application et la comparaison de plusieurs d'entre elles. Certaines
méthodes sont basées sur des considérations hydrologiques pour reconstituer
le débit d?un événement particulier : recoupements avec d?autres stations,
comparaison du rapport entre débit maximal instantané et débit maximal
journalier de crues anciennes ou avec des stations voisines et/ou analogues
disposant de données anciennes, débits spécifiques. D'autres sont plutôt
basées sur des considérations hydrauliques pour connaître directement l'allure
de la courbe de tarage : relations entre vitesse moyenne et hauteur, entre
vitesse moyenne et coefficient de frottement, courbes des débits unitaires
superposés, cohérence de l?exposant hydraulique avec les conditions connues
d'écoulement, notamment champ d'expansion, passage en charge sous un
pont, etc. Elles supposent la connaissance de la géométrie de la section du
(des) contrôle(s) hydraulique(s). L'extrapolation permise par l'application du
logiciel BaRatin fait partie de la deuxième catégorie. Le Chapitre 7 décrit
les différentes méthodes pour reconstituer des données hydrométriques
après une crue et permettre ainsi une extrapolation des courbes de tarage
pour les forts débits. La modélisation hydraulique (calcul des lignes d?eau
en écoulement permanent par exemple) peut apporter une aide utile Ã
l?évaluation des débits extrêmes ; elle nécessite une topographie adaptée et
son emploi dépend des informations disponibles et des conditions du terrain
(végétation). Elle peut donc être mise en oeuvre en analysant son coût par
rapport au besoin de connaissance.
Dans tous les cas, il est nécessaire de vérifier la cohérence des résultats, afin
d?éviter des extrapolations amenant par exemple à des vitesses moyennes
irréalistes (cf. Tableau 5.3) ou à des divergences entre plusieurs courbes
pour les débits de crue. En effet, sauf cas très particuliers de recalibration
complète du chenal d'écoulement, une convergence des courbes à haut
débit doit être respectée.
Sur des cours d?eau ayant des débits d?étiage très faibles, il peut être
intéressant de chercher la hauteur pour laquelle le débit est nul, afin
de conduire la courbe de tarage vers le bas.
5.2.4 Période de validité
Lorsque la construction de la courbe de tarage est terminée, il reste Ã
déterminer la ou les périodes de validité. Une courbe de tarage n?est
en effet valable que pour une période donnée : une courbe est valable
depuis le 9 novembre 2010 Ã 9h30, mais rien ne prouve qu?elle sera
encore valable demain.
La courbe de tarage reflétant les conditions d'écoulement, les changements
de date sont rattachés à un événement particulier, tel que le changement
d'échelle, des travaux sur la section de jaugeage, une crue ayant modifié
le lit, un mouvement de vanne, etc. L'année civile n'est pas un découpage
crédible pour déterminer la limite de validité des courbes de tarage.
Certains changements de conditions d'écoulement dans le temps sont
brutaux tels que les mouvements du lit en crue, les travaux dans le lit,
à l?amont, à l?aval ou au droit du site, et peuvent donc être précisément
datés. D?autres sont plus progressifs, comme les variations induites par le
transport sédimentaire, la pousse de végétaux, etc., il est donc plus difficile
de leur affecter une date précise.
Si le changement de conditions hydrauliques est progressif et pérenne
(érosion ou atterrissement, pousse de végétation pérenne), la vitesse
d'évolution est prise en compte par le rythme de changement de courbe,
en veillant à ce que les courbes successives ne donnent pas un écart de
plus de 10 % de débit pour une même hauteur.
Si le changement des conditions hydrauliques est progressif mais
temporaire, par exemple une influence due à la pousse de végétation
(algues, macrophytes) dans le lit en été, une procédure de correction du
fichier hauteurs-temps peut être utilisée, en veillant à bien archiver les
hauteurs réellement mesurées et la correction appliquée.
Pour vérifier le caractère temporaire de la correction hauteurs-temps
appliquée, la courbe de tarage initiale doit être retrouvée lorsque
l'influence a disparu.
!POINT D?ATTENTION
Cette technique, comme celle qui consiste à établir une série de courbes
intermédiaires, valables sur de courtes périodes, nécessite de multiplier
les jaugeages de contrôle pour connaître précisément l'influence et son
évolution, et donc la correction à appliquer. Les nouvelles méthodes de
gestion dynamique devraient permettre de faciliter la gestion de ces cas
difficiles sans toutefois s'affranchir de la nécessité de réaliser des jaugeages.
Pour affiner la date et l'heure du changement de courbe, il faut s'assurer
que le passage d?une courbe de tarage à une autre ne laisse pas apparaître
de discontinuité dans la chronique des débits concernée par cette évolution.
Le plus souvent, le changement de courbe est opéré en hautes eaux, à un
moment où la hauteur est traduite par le même débit dans les deux courbes,
et ce à n?importe quel moment de la crue respectant cette condition.
Un changement de courbe a toujours lieu a posteriori, et la date de
début de validité peut être de plusieurs années antérieure à la date
de décision du changement.
!POINT D?ATTENTION
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
51
TABLEAU 5.3 : VITESSES MAXIMALES ATTENDUES EN FONCTION
DE LA PENTE
Type de rivière Profondeur Vitesse moyenne
maximale
Plaine, pente faible 2 Ã 3 m 2 Ã 2,5 m/s
Plaine, pente moyenne 2 Ã 4 m 3 Ã 4 m/s
Montagne,
pente forte
4 Ã 8 m/s
5.3. Gestion des courbes de tarage
Une fois la courbe établie, classée et cataloguée, il faut ensuite suivre son
évolution, afin de vérifier sa validité dans le temps. Ce contrôle de la validité
dans le temps et, le cas échéant, les précisions qui sont apportées au tracé,
constituent la base du travail du gestionnaire de stations de jaugeage.
!POINT D?ATTENTION
Les détarages peuvent être détectés ou suspectés par examen de
l?hydrogramme (sauts, niveaux d'étiage), par analyse morphodynamique
(occurrence de crues morphogènes, constat du transport solide) ou par
connaissance des changements de conditions d?écoulement (travaux,
dragages, curages, dynamique de la végétation). La réalisation d'un
jaugeage peut confirmer cette évaluation a priori. L'examen de la
population des jaugeages (nuage 0) sur une station est un excellent
moyen d'évaluer la stabilité de la relation hauteur-débit.
Des mesures réparties au cours de l?année et pour toute la gamme de débits
doivent permettre de suivre la vie de la courbe. Le jaugeur doit s?efforcer de
réduire les extrapolations par des mesures de fort et faible débit.
Pour une station dont la relation hauteur-débit varie peu, une modification
dans le temps ou dans la relation elle-même doit être justifiée par une cause
connue, pour ne pas tracer une autre courbe, basée sur les jaugeages les
plus récents, très peu différente de la courbe « mère ». Sauf si une méthode
de tracé dynamique est appliquée, il n?est pas utile de multiplier le nombre
de courbes pour « affiner » la relation avec un gain de précision illusoire.
Dans le cas où aucune cause connue ne peut expliquer un changement
de courbe, un décalage systématique (toujours « au-dessus » ou
« au-dessous ») entre jaugeages et courbe de tarage doit conduire Ã
l?élaboration d?une nouvelle courbe. En première approche, cet écart doit
correspondre à une hauteur de 2 à 3 cm au moins et/ou 10 % en débit,
mais il faut tenir compte de la variabilité de la station et des incertitudes
associées aux jaugeages dans la gamme de débit où l?écart est observé.
De même, quand le jaugeage le plus récent s?écarte du barème en
vigueur, la réalisation de nouvelles mesures dans un délai rapproché est
conseillée afin de statuer sur la réalité de l?écart et, le cas échéant, de
permettre rapidement la construction d?une nouvelle courbe.
Les jaugeages de contrôle ont aussi pour objet de préciser la courbe
en explorant des intervalles de hauteur peu ou pas jaugés. La portion
haute doit notamment être vérifiée par des mesures, afin de conforter
des segments de courbes basés par exemple sur un ou deux jaugeages
datant de plus de 20 ans, sur une valeur isolée ou une extrapolation.
Un jaugeage « record » en hautes eaux peut permettre de reconsidérer
une partie de courbes précédentes, qu'il faut alors préciser.
Une courbe ancienne n'est jamais définitive et la date de mise à jour est
aussi importante que la période de validité. En cas de changement de
courbe, des débits déjà publiés peuvent être modifiés. Pour une bonne
traçabilité, la courbe retouchée doit être archivée ainsi que la chronique
des débits antérieurs, sous forme de débits moyens journaliers et de débits
instantanés maximaux mensuels. La communication vers les utilisateurs
des données de débits doit insister sur l?association systématique d?une
chronique de débit ou de résultats statistiques à leur date de calcul.
!POINT D?ATTENTION
Comme pour les jaugeages, les courbes de tarage sont stockées sous
forme papier et/ou de fichiers informatisés. Le logiciel de stockage doit
permettre des tris et des analyses multicritères, ainsi que des restitutions
graphiques et numériques de qualité.
5.4. Incertitudes des courbes de tarage
L'incertitude de la courbe de tarage dépend d'abord de la qualité
du contrôle hydraulique, notamment la stabilité des conditions
d'écoulement et la sensibilité de la relation hauteur-débit (ou
variabilité intrinsèque de la station). Elle dépend ensuite de la quantité
de jaugeages, de leur répartition dans les différentes gammes de débit
et de leur incertitude associée.
L?incertitude associée à la courbe de tarage dépend des facteurs
suivants :
? l?incertitude de chaque jaugeage (souvent plus importante aux très
faibles ou très forts débits) ;
? l?incertitude liée au nombre de jaugeages dans une gamme de débit :
de nombreux jaugeages incertains peuvent permettre de déterminer
une courbe fiable (grâce également aux considérations hydrauliques),
tandis que peu de jaugeages fiables amènent à une courbe incertaine ;
? les choix du constructeur de la courbe basés sur des hypothèses,
notamment aux parties extrapolées ;
? la variabilité de la relation hauteur-débit liée à la morphologie
du cours d'eau : transport sédimentaire, charriage, développement
d'herbiers, etc. ;
? la sensibilité du contrôle hydraulique.
La figure 5.3 illustre la complexité du tracé lié à la configuration
hydraulique et montre les sources d'incertitudes.
Les applications GesDyn et BaRatin permettent de traduire
numériquement cette description des incertitudes (cf. § 6.6 et
annexe 1). La figure 5.4 illustre graphiquement le résultat des deux
méthodes.
Enfin, comme la courbe de tarage est déterminée en régime permanent
(débit et géométrie de la section constants dans le temps), elle ne
devrait pas en théorie être appliquée au cours d?une crue. Deux
phénomènes s?ajoutent en outre à l?incertitude des calculs de débit en
crue via la courbe de tarage :
? l?hystérésis de la relation hauteur-débit (ou « courbe en raquette »)
qui peut être observée lors de la propagation d?une crue : en un point
donné de la rivière, le maximum de débit se produit avant le maximum
de hauteur ;
? les phénomènes d?érosion/dépôt qui peuvent modifier de manière
très importante la section d'écoulement lors de la crue.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer52
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Vignette 1 : tous les jaugeages depuis 1964 ;
Vignette 2 : dispersion des jaugeages à une courbe moyenne après analyse automatique de l?homogénéité par période des jaugeages ;
Vignette 3 : construction des 4 courbes par période ;
Vignette 4 : dispersion des jaugeages aux 4 courbes par période.
La figure 5.2 illustre la variabilité intrinsèque de la relation hauteur-débit d?une station. Elle est construite à partir des données de jaugeages réalisés au droit de
la station hydrométrique de la Loire à Montjean (49). La relation évolue de 1960 à 1993 en même temps que le creusement continu du lit, dû aux extractions de
matériaux effectués dans le lit de la Loire et à l'obturation de bras latéraux en aval. Depuis l'arrêt des extractions, une stabilité est observée en moyenne, mais il
subsiste une variabilité due au transport sédimentaire. La figure illustre également le travail d?identification, automatique ou non, de périodes où la relation hauteur-
débit est assez stationnaire.
1. Nuage des jaugeages et courbe moyenne
Ha
ut
eu
r (
m
)
3. Courbes O des différentes populations
2. Ecart en % Ã la courbe moyenne
Identification des populations homogènes
4. Ecart en % de chaque jaugeage à la CT0 associée
Illustration de la variabilité de la relation H/Q
5000
2000
1000
500
200
100
0,5 1 2 5 10
Débit [m3/s]
Ec
ar
t e
n
%
Ã
la
co
ur
be
m
oy
en
ne
(m
)
Dates
Q(
m
3 /
s)
(h) (m)
Éc
ar
t e
n
%
Ã
la
C
T0
a
ss
oc
ié
e
Dates
1970 1980 1990 2000 2010
1970 1980 1990 2000 2010
50
100
0
-50
-100
5000
2000
1000
500
200
100
0,5 1 2 5 10
Population 3 composée de 48 jaugeages
Du 1980?11?27 au 1993?08?17
Population 4 composée de 149 jaugeages
Du 1993?10?14 au 2015?05?21
Population 2 composée
de 26 jaugeages
Du 1974?10?17
au 1980?07?09
Population 1 composée
de 33 jaugeages
Du 1964?08?20
au 1974?08?22
50
100
0
-50
-100
FIGURE 5.2 : COMPORTEMENT DE LA RELATION HAUTEUR-DÉBIT DE LA LOIRE À MONTJEAN, 109 930 KM²
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
53
10
20
30
40
Dé
bi
t e
n
(m
3 /
s)
0,50 1 1,5 2 2,5 3
Hauteur (m)
Zone où les jaugeages ont
une forte incertitude mais
la courbe est fiable par le nombre
de jaugeages et l?invariabilité
intrinsèque de la station
(seuil de contrôle)
Zone où les jaugeages ont une faible
incertitude mais dispersés de par
la variabilité intrinsèque de la station :
la courbe n?est fiable que grâce
aux considérations hydrauliques
Zone où les jaugeages
ont une forte incertitude
et peu nombreux :
la courbe est incertaine
Hauteur (m)
0,2 0,3 0,4 0,5 0,60,1
0,5
1
1,5
2
2,5
FIGURE 5.3 : COURBE DE TARAGE DE LA VIE À LA CHAPELLE PALLUAU, 118 KM² (DREAL PAYS DE LA LOIRE)
10
20
30
40
Dé
bi
t e
n
(m
3 /
s)
0,50 1 1,5 2 2,5 3
Hauteur (m)
Intervalle de prédiction à 95% de la courbe de tarage
FIGURE 5.4 : COURBE DE TARAGE DE LA VIE À LA CHAPELLE PALLUAU AVEC INCERTITUDES ASSOCIEES (DREAL PAYS DE LA LOIRE)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer54
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
5.5. L?essentiel
En matière de courbes de tarage, rien n?est jamais acquis. Jaccon
(1987) concluait son Manuel d?hydrométrie consacré aux courbes de
tarage en comparant la construction d?une courbe de tarage à une
enquête policière. Il précisait que l?hydrologue trouve « toujours » la
solution de l?énigme.
? Une courbe de tarage n?est jamais définitive. Elle peut être remise en
question à tout moment. Toute courbe de tarage doit donc comporter
une période de validité, une date de mise à jour et les bornes de la
zone de fiabilité (ou bornes d'extrapolation).
? La mise au format et l'archivage des courbes de manière fiable et
pérenne doivent être systématiques et inclus dans les logiciels de
stockage/traitement des courbes de tarage.
? Les modifications éventuelles des courbes stockées doivent toujours
être possibles, le fait de stocker les courbes ne doit pas les « figer »
dans le temps.
? Les changements ou mises à jour de courbes doivent pouvoir être
expliqués et ces explications archivées.
? Ce souci de suivi permanent, cette volonté de faire coller la courbe
à la réalité de la vie de la station est un jeu qui nécessite patience,
pugnacité et disponibilité.
? La construction d?une bonne courbe de tarage s?appuie sur des
jaugeages en nombre suffisant, judicieusement répartis sur toute
la gamme de variation de hauteurs et dans le temps et sur une
importante expertise et étude des conditions hydrauliques (voire du
fonctionnement hydrologique du bassin).
? Les approches méthodologiques sont en train d?évoluer et des outils
permettront aussi une quantification des incertitudes des courbes de
tarage.
5.6. Références
? Jaccon G.- Manuel d?hydrométrie Tome 5 ? Tracé de la courbe de
tarage et calcul des débits, IRD-ORSTOM, 1987
? Le Coz J., Chaléon C., Bonnifait L., Le Boursicaud R., Renard B., Branger
F., Diribarne J., Valente M. - Analyse bayésienne des courbes de tarage
et de leurs incertitudes : la méthode BaRatin - Jérôme. - La Houille
Blanche, 6, 31-41, doi : 10.1051/lhb/2013048 - 2013
? Perret C., Morlot T., Favre AC. - La gestion dynamique des relations
hauteur-débit des stations d?hydrométrie et le calcul des incertitudes
associées : un indicateur de qualité et de suivi ? La Houille Blanche, 6,
24-30, doi : 10.1051/lhb/2013047 - 2013
? Poligot-Pitsch S., Geffray G. et Pichon N. - Contribution de l'hydrométrie
au suivi de l'évolution du lit de la Loire aval - , La Houille Blanche, 5,
24-30, doi : 10.1051/lhb/2014046 - 2014
? Norme ISO 18320 « Hydrometry ? Determination of the stage-
discharge relationship » (en cours de validation)
? Roche PA., Miquel J., Gaume E. - Hydrologie quantitative Processus,
modèles et aide à la décision Edition Springer 2012, désormais diffusé
par les éditions Lavoisier.
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
55
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013048.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013047.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2014/05/lhb2014046.pdf
Traitement des données
L
es données de débits peuvent être utilisées à différentes
fins : élaboration des PAPI et PPRI, construction
d?ouvrages de génie civil, instruction d?autorisations
« loi sur l?eau » ou « Installations Classées », élaboration
de contrat de rivière, etc. Elles doivent répondre à de plus
en plus d?usages en temps « quasi-réel », pour alimenter
des modèles numériques afin de recréer des hydrogrammes
de crues notamment. Il est donc primordial de pouvoir
stocker et mettre à disposition des usagers des données
de débit « qualifiées » qui prennent en compte toute la
chaîne d?incertitude depuis la mesure du capteur jusqu?Ã
l?établissement de l?hydrogramme.
Le traitement des données vise à obtenir :
? des données corrigées des erreurs de mesure et
d?interprétation possibles tout au long de la chaîne de
production ;
? des données simplifiées pour ne garder que l?information
signifiante ;
? des données complètes afin de pouvoir calculer des
statistiques fiables.
Pour cela, après leur collecte les données subissent plusieurs
traitements et contrôles et leur statut évolue (cf. Tableau 6.1).
6.1. Traitement des données de hauteur et
pré-validation des débits
Le premier contrôle intervient sur le terrain dans le cadre
de la maintenance préventive décrite au paragraphe
3.3.1. Les contrôles de calage, les anomalies relevées et
les solutions apportées doivent être notés sur un registre
propre à la station qui sert ensuite aux traitements
complets effectués au bureau. La bonne connaissance du
site est essentielle à une pratique judicieuse du traitement des
données. Qu?il soit graphique ou numérique, il est impératif
de conserver sans limitation de temps l?enregistrement brut,
sur un support fiable.
6.1.1 Contrôle visuel du limnigramme
Le contrôle visuel de la chronique de hauteur (limnigramme)
est un moyen simple mais efficace pour déceler des
anomalies grossières, des incohérences et des absences
d?information. L?efficacité de ce contrôle peut être améliorée
en confrontant les données de la chronique avec d?autres
sources disponibles (deuxième capteur, pluviométrie, etc.).
La présence d?un deuxième capteur sur une même station
présente donc un grand intérêt. L?usage d?un zoom mal
adapté peut avoir pour effet de masquer des anomalies ou
au contraire, de révéler des anomalies qui n?en sont pas.
6.1.2 Correction des données de hauteur
Il est souvent possible de corriger les anomalies qui ont été
détectées. La figure 6.1 présente trois cas parmi les plus
courants :
? correction linéaire de la hauteur entre deux recalages du
capteur ou suite au nettoyage d?embâcles sur le seuil ;
? suppression des valeurs isolées ou aléatoires aberrantes puis
reconstitution par interpolation linéaire lorsque le défaut est
de faible durée (quelques heures au plus) et sans épisode
pluvieux ;
? élimination des plages de valeurs erronées enregistrées suite
à un défaut du capteur (période de gel, dysfonctionnement,
etc.).
?
ch
ap
itr
e
6
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer56
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Validée
TABLEAU 6.1 : LA CHAÎNE DE TRAITEMENT DES DONNÉES
Statut des données
Type de données Signal hauteur-temps
enregistré sur le terrain
Hauteurs Hauteurs et débits Hauteurs et débits
Type de traitements
(exemples)
Contrôle visuel pour
supprimer les points
aberrants
Filtrage, lissage,
compactage, recalage
dans le temps ou en
hauteur (cf. § 6.1)
Contrôles et corrélations
sur de longues périodes
(cf. § 6.2)
Fréquence Journalière ou
hebdomadaire
Mensuelle
Annuelle ou
pluri-annuelle
Pré-validéeCorrigéeBrute Validée
6.1.3 Filtrage, lissage et compactage
Le filtrage consiste à éliminer le bruit de fond lié à la précision de la
mesure au regard du batillage du cours d?eau, ou de variations faibles
(1 à quelques mm), aléatoires, non signifiantes, d'une fréquence de
quelques secondes. Le filtrage peut être manuel ou automatique. La
règle utilisée sur chaque site doit être formalisée, documentée et
appliquée de façon constante.
Il est ensuite possible de procéder au lissage, c?est-à -dire à l?élimination
des variations de hauteur faibles et de courtes durées (inférieure à la
demi-heure), représentant un volume modeste, dont le volume en
plus ou en moins s?équilibre. La fréquence source est donc plus longue
et le phénomène physique peut être identifié (par exemple : clapet
à niveau dit constant). Le lissage résulte d?une décision réfléchie. Il
doit être réalisé sur des petites sections de courbes, de façon à ne pas
supprimer d?informations significatives, en particulier lors d?une crue
(modification du maximum de la crue). Il est donc à proscrire sur les
pics de crues. Certains logiciels proposent un « lissage automatique »
transformant automatiquement les données brutes en données
moyennées, à partir d?un code de calcul de filtrage sur une gamme
de variation de hauteur forte. Cette pratique peut conduire à la perte
d?informations significatives notamment en crue et n?est donc pas
recommandée.
Le compactage consiste à discrétiser la courbe du limnigramme
en tronçons de droites. C?est l?équivalent du « cerisage » décrit au
paragraphe 6.4. Le compactage permet de réduire significativement
le nombre de points bancarisés.
6.1.4 Contrôle visuel final
Le report légèrement décalé du limnigramme brut et du limnigramme
obtenu après traitement est indispensable et peut conduire à remettre
en cause certaines simplifications. Que ce soit pour les fichiers
graphiques ou numériques, l?hydromètre doit toujours s?assurer qu?il
travaille bien sur les données de la station désirée ; l?échange de feuille
ou de fichier étant toujours possible.
6.1.5 Contrôle des débits
Une fois ces premiers traitements effectués, des contrôles de cohérence
et de vraisemblance sur les débits produits permettent de détecter
des valeurs aberrantes et d?identifier les valeurs exceptionnelles,
nécessitant une attention soutenue. Les événements (jaugeages,
travaux sur la station, travaux dans la rivière) sont passés en revue et
exploités pour conforter la chronique de débit produite.
Certaines des méthodes décrites dans le paragraphe 6.2 (comparaison
entre stations, modèles simples, analyse des débits spécifiques)
peuvent également permettre de détecter des anomalies, voire de
les corriger, et de compléter une éventuelle lacune de faible durée.
L?ensemble des traitements informatiques possibles aujourd?hui ne
doivent pas se substituer aux contrôles par l?opérateur, mais favoriser
son expertise.
6.2. Validation des données
La validation est faite au pas de temps annuel ou plus. Elle nécessite
une prise de recul dans le temps et dans l'espace. Plusieurs méthodes
0
1 000
2 000
3 000
4 000
Ha
ut
eu
r e
n
m
m
Temps
Défaut ponctuel
d?enregistrement :
correction
Défaut ponctuel
d?enregistrement :
(gel ou panne) :
pas de correction
Signal brut
Signal corrigé
Recalage du capteur
FIGURE 6.1 : CORRECTION DU LIMNIGRAMME
Chapitre 6 ? Traitement des données
57
TABLEAU 6.1 : LA CHAÎNE DE TRAITEMENT DES DONNÉES
peuvent être employées : contrôle visuel, comparaison inter-station,
corrélation linéaire, etc.
L'objectif de cette étape est de détecter des anomalies ou des erreurs
qui auraient échappé à la première phase de validation :
? sur la mesure de hauteur : panne ou dérive capteur, influence de la
végétation, modification du contrôle aval, etc. ;
? évolution ou anomalie de la courbe de tarage : nombre insuffisant
de jaugeages, détarage non pris en compte, gamme de débits non
jaugés entraînant des interpolations ou des extrapolations, date de
changement de courbe de tarage mal choisie, tracé erroné, etc. ;
? non prise en compte des informations « terrain », oubli de déclaration
des absences d?informations, incohérence des valeurs exceptionnelles,
date et durée de l?étiage, dates et importance des crues.
6.2.1 Contrôle visuels
A ce stade, le contrôle visuel reste un excellent moyen de détection
des anomalies. Le contrôle doit se faire à différentes échelles de
temps (mois, trimestre, année), pour s?adapter aux types d?anomalies
recherchées (par exemple : quelques semaines pour les erreurs de
tarissement, quelques jours pour les erreurs de changement de courbe
de tarage). La figure 6.2 compile quatre anomalies le plus souvent
rencontrées : date de changement de courbe de tarage mal choisie,
oubli d?envoi des données de hauteur dans la base de données de
stockage (Banque Hydro par exemple), erreur d?unité ou de codage,
défaut capteur.
6.2.2 Comparaison de stations
Le contrôle visuel ne permet pas de déceler toutes les anomalies
d'un signal. L'analyse spatiale et temporelle de plusieurs stations se
révèle un outil puissant. Elle consiste en un examen minutieux des
graphiques superposés des chroniques de débits de plusieurs stations
au comportement hydrologique comparable (amont-aval, affluent,
rivière du bassin voisin, etc.).
La figure 6.3 met en évidence un écart entre les stations amont et aval après
la crue qui incite à s'interroger sur les courbes de tarage des deux stations.
L?examen du temps de transfert entre les stations étudiées peut mettre
en évidence une éventuelle dérive sur les enregistrements de hauteurs
(panne capteur) ou une dérive sur les débits (courbe de tarage).
!POINT D?ATTENTION
Les paramètres pluie et température peuvent être ajoutés sur le
graphe de manière à vérifier la cohérence des variations de débit :
augmentation du débit suite à des pluies ou à une hausse des
températures sur un bassin enneigé, baisse du débit suite à une
période de gel ou absence de précipitations.
6.2.3 Utilisation de corrélations linéaires
Si la superposition simple ne suffit pas, la confrontation est également
possible avec des hydrogrammes élaborés à partir de corrélations. Ainsi,
les observations d'une station S1 peuvent être modélisées simplement
500
1 000
1 500
2 000
Absence de données
dans la base
Erreur de codage ou
d?unité (limni. papier)
Défaut capteur :
gel, panne?
Date de changement
de courbe de tarrage
mal choisie
Dé
bi
t e
n
m
3 /
s
Temps
FIGURE 6.2 : HYDROGRAMME COMPORTANT DES ANOMALIES
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer58
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Dé
bi
t e
n
m
3 /
s
Pr
éc
ip
ita
tio
ns
e
n
m
m
Temps (heures)
0
200
400
600
800
1 000 0
1 101 201 301 501
5
10
15
20
25
30
Isère au Cheylas 5 250 km2
Isère à Grenoble 5 720 km2
Pluie du bassin
FIGURE 6.3 : COMPARAISON DES HYDROGRAMMES DE DEUX STATIONS
Chapitre 6 ? Traitement des données
5,0 10,0 15,0 20,0
5348 pts Coef corrélation = 0.97
Y = 0.878 x X - 0.124
X = 1.079 x Y + 0.21
5,0
10,0
15,0
20,0
25,0
Dé
bi
t m
oy
en
m
en
su
el
d
e
la
sta
tio
n
Y
(m
3 /
s)
Débit moyen mensuel de la station X (m3/s)
FIGURE 6.4 : CORRÉLATION LINÉAIRE ENTRE DEUX STATIONS
59
par les observations d'une station S2 supposée hydrologiquement
proche. La réciproque est vraie aussi. Une relation linéaire au pas de
temps mensuel est recherchée :
Q
s1modélisé
= a. Q
s2observé
+ b
Les coefficients a et b doivent avoir un sens physique : a doit être
cohérent avec le rapport des bassins versants, b doit être cohérent avec
la « productivité » (ou différence des débits de base) de chaque rivière.
En pratique, b doit être le plus petit possible sauf justification particulière.
Dans le cadre d'un modèle linéaire simple, la relation entre QS1 et QS2 se
représente graphiquement à travers un nuage de points. Le coefficient
de corrélation témoigne de la qualité de la corrélation linéaire entre les
deux séries : plus le coefficient est proche des valeurs extrêmes -1 et 1,
plus la corrélation entre les variables est bonne. Une corrélation égale Ã
0 signifie que les variables ne sont pas corrélées linéairement. Attention
à l'impact des fortes valeurs qui peuvent tendre à faire converger le
coefficient de corrélation à 1 ou -1 sans que la corrélation soit bonne.
La corrélation linéaire permet de mettre en évidence les erreurs
grossières et les problèmes dans le tracé ou les périodes d?application
des courbes de tarage et de reconstituer les données manquantes
(cf. § 6.3). Elle ne permet pas de détecter les dérives légères.
Cette méthode d?analyse ne peut toutefois se faire sans l?existence d?une
station comparable hydrologiquement. Il faut la considérer comme un
moyen supplémentaire de détection d'erreur car en comparant deux
stations, on fait l'hypothèse que la variable d'explication (la station
comparable) est une référence fiable, ce qui n'est jamais certain.
Dé
bi
t e
n
m
3/
s
IC à 80% du Modèle linéaire sur Q
Débits observés de la station S1
avril mai juin juillet
1
2
5
10
20
50
FIGURE 6.5 : COMPARAISON D?UNE CHRONIQUE AU MODÈLE MUNI DE SON INTERVALLE DE CONFIANCE
Les valeurs de l'étiage sont très proches de la borne inférieure de l'intervalle de confiance à 80 %, ce qui doit inciter à vérifier la courbe de tarage pour les bas débits.
Des modèles linéaires sur les logarithmes des débits ou sur les débits
spécifiques (débits divisés par la surface du bassin versant) sont aussi
possibles, notamment si les tailles des bassins versants sont trop
différentes. Plusieurs modèles peuvent être construits selon la gamme
de débit. Des échantillons trop restreints ou trop asymétriques peuvent
fausser les conclusions.
Les écarts entre les valeurs observées et les valeurs modélisées sont
appelés résidus. Si le modèle ainsi défini est de bonne qualité (coefficient
de corrélation proche de 1 ou -1), les valeurs observées qui s'écartent des
valeurs modélisées doivent faire l'objet d'une analyse particulière.
!POINT D?ATTENTION
Deux applications d?un modèle linéaire sont présentées :
? la comparaison directe des valeurs observées aux valeurs modélisées
pour la détection d'anomalies ponctuelles ;
? l'analyse des résidus du modèle pour la détection de non
stationnarité.
Le modèle comme outil de détection d'erreur
Les coefficients du modèle linéaire peuvent être appliqués aux débits
moyens journaliers et le comportement des résidus peut lui-même être
modélisé. On peut en déduire un intervalle de confiance du modèle. Un
exemple de comparaison de la chronique observée d'une année donnée
aux quantiles 10 et 90 du modèle linéaire est présenté en figure 6.5.
Les modèles linéaires doivent être utilisés avec précaution dans la
mesure où ceux-ci représentent un comportement statistique moyen
du bassin versant mais n'intègrent pas les particularités climatiques d'un
Équation 6.1 :
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer60
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Q(m3/s)
janvier 1968 Décembre 2015
0
Graphique des résidus cumulés (ellipses à 80% et 90%)
FIGURE 6.6 : REPRÉSENTATION DU CUMUL DES RÉSIDUS ET ELLIPSE DE BOIS
épisode pluvieux donné. L?utilisation de modèles linéaires fait l?objet
d?un bonus.
Analyse du cumul des résidus du modèle
L'analyse des résidus du modèle est également riche d'enseignements.
Elle permet de détecter certaines anomalies citées précédemment. La
figure 6.6 présente l'analyse du cumul des résidus.
Le cumul des résidus permet de mettre en évidence des « non-
stationnarités » (modifications de relation) entre deux stations et de
repérer les périodes correspondantes (Bois et al., 2007). Il est basé
sur l?étude des cumuls des résidus de la régression de la série à tester
(cumul des différences entre la valeur observée et la valeur calculée
à partir de la régression). Elle peut être effectuée directement à partir
des chroniques de 2 stations, ou à partir d?une chronique et d?un
modèle.
Si la courbe des résidus cumulés sort de l?ellipse délimitant
l?intervalle de confiance (valeur habituellement fixée à 80 et 90 %
en hydrométrie), cela signifie qu?il y a 80 ou 90 % de chance que
ces écarts ne soient pas dus au hasard mais à une non stationnarité
entre les deux stations. Au plan théorique, l'ellipse ne doit être tracée
que sous hypothèse d'indépendance des résidus (c'est à dire lorsque
le résidu à l'instant t est indépendant du résidu à l'instant t-1). Il faut
donc en pratique, travailler à un pas de temps suffisamment grand,
au moins mensuel, pour que cette condition soit vérifiée et que la
position de la courbe du cumul des résidus par rapport aux ellipses
ait un sens. Pour un pas de temps inférieur (journalier par exemple),
il faut se limiter à interpréter les changements importants d'inflexion
de la courbe des résidus.
6.2.4 Modèles pluie-débit
La modélisation pluie-débit s'est largement développée ces dernières
années pour les besoins de la prévision des crues. Nombre de bassins
versants disposent de modèles de ce type, qui constituent des outils de
détection des anomalies très efficaces en confrontant les observations
de débit au modèle proposé. L'avantage de ce type de modèle consiste
dans sa prise en compte des conditions initiales du bassin versant
(capacités hydriques, précipitations et températures observées). Par
rapport au modèle linéaire, les paramètres supplémentaires permettent
de s?affranchir de la nécessité de trouver une station hydrologiquement
proche. Voir l'ouvrage cité en référence (Roche et al. 2012) pour aller
plus loin, ou se rapprocher des services de prévisions des crues qui
disposent de ce type de modèles.
6.2.5 Analyse des écoulements spécifiques
L'écoulement spécifique est défini comme le rapport du débit (journalier,
mensuel, annuel) à la surface du bassin versant contrôlé. L'analyse des
écoulements spécifiques sur un ou plusieurs bassins versants est riche
d'enseignements car ceux-ci suivent en général, une loi de décroissance
au fur et à mesure que la taille du bassin versant augmente. Un point
singulier dans la représentation graphique doit attirer l'attention.
L'exercice reste parfois délicat notamment sur les bassins karstiques
où des pertes dans les écoulements de surface créent des anomalies
graphiques qui ne le sont pas au sens physique. Il faut également
prendre garde aux prélèvements anthropiques qui engendrent des
anomalies qui sont tout à fait explicables. La figure 6.7 montre un
exemple d'analyse au pas de temps annuel.
Chapitre 6 ? Traitement des données
61
Modèle des écoulements corrigés du bassin de l'Isère
Comparaison d'une année particulière
Modèle des écoulements observés sur le linéaire de l'Isère
Comparaison d'une année particulière
10
20
30
40
50
60
Ec
ou
le
m
en
t (
l/s
/k
m
2 )
Surface du bassin versant en km2
50 100 200 500 1000 5000
10
20
30
40
50
60
Ec
ou
le
m
en
t (
l/s
/k
m
2 )
Surface du bassin versant en km2
50 100 200 500 1000 5000
Médiane des écoulements observés
Quantiles 10 et 90
des écoulements observés
Année à étudier
FIGURE 6.7 : ANALYSE DES ÉCOULEMENTS SPÉCIFIQUES ANNUELS
La figure de gauche montre l'évolution statistique (moyenne, quantiles 10 et 90 en pointillés) des écoulements annuels observés du bassin pour des stations
réparties de l'amont vers l'aval. Les écoulements observés pour l'année à analyser en particulier sont reportés et peuvent être comparés au modèle de référence.
L?hydromètre peut s'interroger sur les raisons qui font que l'écoulement spécifique de la troisième station est proche du quantile 10 % alors que la station en
amont est quant à elle, légèrement supérieure à la médiane. La figure de droite présente le même type de modèle pour les écoulements désinfluencés du
bassin, en tenant compte des volumes qui sont dérivés. A l'aval du bassin, le signal observé est quasiment identique au signal désinfluencé.
6.2.6 Analyse spatiale sur certaines valeurs statistiques
Cette méthode d?analyse consiste à représenter de façon cartographique
une valeur statistique en vue de déceler d?éventuelles hétérogénéités
dans les résultats.
Les valeurs statistiques de l?écoulement (telles que les débits moyens
mensuels (moyennes eaux), les débits maxi journaliers mensuels
(hautes eaux), les débits minimums sur x jours consécutifs (VCNx) du
mois, etc.) sont cartographiées et comparées aux valeurs moyennes
inter-annuelles correspondantes. Une analyse cartographique des débits
spécifiques peut compléter l?analyse.
6.3. Reconstitution des données manquantes
La plupart des traitements statistiques requièrent de disposer de
données continues dans le temps et sont pénalisés en cas d'absences
d'informations. C'est pourquoi, lorsque l?enregistrement des hauteurs
d?eau est très douteux ou manquant pendant une certaine durée, le
service gestionnaire doit s?efforcer de combler l?absence de données dans
la chronique des débits, voire des hauteurs d?eau. L?action qui consiste
à pallier cette absence d?information est appelée « reconstitution ».
Les modalités, les difficultés et les possibilités de reconstitution sont
très variables et doivent être appréhendées au regard de quatre
principaux critères :
? la durée de l'absence d'information, d'autant plus pénalisante
qu'elle est longue ;
? l'hydrologie du moment, dont le cas le plus favorable correspond Ã
une période stable, sans précipitation ;
? la présence de stations hydrologiquement comparables qui permet
de limiter l'incertitude sur la reconstitution des débits manquants ;
? le caractère ordinaire (débits observés couramment) ou plus rare
(étiage sévère ou forte crue) des débits à reconstituer. Dans ce dernier
cas, il faut évaluer l'incidence sur les traitements statistiques qui pourront
être faits : est-il plus pénalisant de ne pas prendre en compte un débit
remarquable (parce-qu'il n'est pas reconstitué), ou de prendre en compte
un débit remarquable entaché d'une forte incertitude ?
Dans tous les cas, il est primordial de tracer et de conserver les éléments et
la méthode utilisés pour reconstituer l?information manquante, quels que
soient les moyens mis en oeuvre. Cela permet une critique ou une révision
ultérieure. La Banque Hydro permet de repérer les données reconstituées
grâce à la précision de leur « méthode d?obtention » (cf. § 6.5).
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer62
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Absence
courte
Stations
Proches
Période
calme
Hauteurs
reconstituées
Cas 1
Très bonne
corrélation
Basses
Eaux
Hautes
eaux
Lacune
O
O
O
Débits puis
hauteurs
reconstituées
Cas 2
Pas de
reconstitution
Cas 4
O N
N N O
N O
Débits QMJ
reconstituées
Cas 3
QMJ et QIXM
inconnus
faibles
QMJ et QIXM
inconnus forts
N
N
QMJ et QIXM
inconnus
neutres
QMJ : débit moyen journalier
QIXM : débit instantané maximal mensuel.
FIGURE 6.8 : ARBRE DE DÉCISION POUR LA RECONSTITUTION (CAS 1 À 3) OU L?UTILISATION DES « INCONNUS » DE LA BANQUE HYDRO (CAS 4)
6.3.1 Les cas les plus faciles
Sur des rivières non influencées, sur des durées courtes (de 3 à 8 jours
au plus), durant une période sans pluie et hors situation de crue, il est
possible de retracer la courbe de variation des hauteurs en fonction
du temps à partir des données à notre disposition. Dans la plupart des
cas, il est toutefois préférable de reconstituer les données par l'étude
des débits (comparaisons, corrélations, etc.). Les hauteurs sont ensuite
calculées à partir des débits reconstitués et de la courbe de tarage.
La reconstitution des débits en période d?étiage est devenue plus difficile
du fait du développement des prélèvements (irrigation, etc.).
!POINT D?ATTENTION
6.3.2 Les cas les plus difficiles
La reconstitution est plus difficile dès qu?il y a une influence (apports liés
à la pluviométrie, etc.) ou sur une période de longue durée (plusieurs
semaines par exemple) sans information. Les moyens mis en oeuvre
pour la reconstitution sont alors plus importants. La reconstitution est
encore plus complexe, suite à de fortes pluies, quand le régime du cours
d?eau réagit aux précipitations et est moins régulé par des nappes.
6.3.3 Comment reconstituer ?
La première étape est de rechercher les éléments de base de la reconstitution :
les débits des stations de jaugeage proches, les informations disponibles sur
les pluies tombées, les niveaux éventuellement observés à proximité, etc.
Les méthodes décrites au paragraphe 6.2 pour le traitement des données
(modèles linéaires et pluie-débit, écoulements spécifiques) peuvent aussi
être utilisées pour la reconstitution des données. La corrélation linéaire peut
notamment être utilisée pour reconstituer un débit caractéristique d?étiage Ã
partir de jaugeages ponctuels (cette méthode est décrite en bonus).
Les données manquantes peuvent être reconstituées au pas de temps
journalier et mensuel. Une valeur ponctuelle infra-journalière peut
éventuellement être interpolée dans les cas les plus évidents.
La reconstitution du débit d?un pic de crue, surtout s?il s?agit de la plus forte
crue de l?année doit être tentée mais avec les plus grandes précautions.
Une méthodologie particulière peut être mise en oeuvre dans ce cas. Elle
est décrite de manière spécifique au chapitre 7.
La chronique de débits corrigés grâce aux reconstitutions doit ensuite être
critiquée de manière à détecter d'éventuelles incohérences.
6.3.4 Que faire si les données ne peuvent pas être reconstituées ?
Les calculs statistiques automatiques de la Banque Hydro (débits minimum
ou maximum mensuels par exemple) sont effectués en constituant un
échantillon rassemblant une valeur par année (civile ou hydrologique).
L'absence d'une seule donnée sur une année empêche l'identification de la
valeur à introduire dans l'échantillon pour cette année donnée (la Banque
Hydro ne pouvant déterminer si la valeur absente ne serait pas justement
la valeur à choisir). En qualifiant de manière judicieuse certaines variables
(hauteur et débits et/ou QMJ) en « inconnue faible », « inconnue forte » ou
« inconnue neutre » cela permet d?indiquer dans quelle gamme de débit se
situe la donnée inconnue et d?utiliser malgré tout l?année où se situe cette
Chapitre 6 ? Traitement des données
63
entre la droite définie par deux points « cerise » successifs et la courbe
réelle ne doit pas être supérieure à 5 mm réels, ni générer une erreur
de débit supérieure à 5 %. En cas de forte variation de hauteur, la
multiplication des points « cerises » est recommandée.
Les retournements (cf. Figure 6.9) doivent être analysés avec précision
et correctement saisis. Les contrôles sur les hauteurs de début et de fin
sont indispensables. La continuité de l?enregistrement d?une feuille Ã
l?autre doit être vérifiée pour éviter les marches d?escalier aux limites.
Des outils informatiques existent pour faciliter le travail de digitalisation
des données anciennes.
6.5. Mise à disposition des données
Les données acquises et validées par les services de l?État sont
stockées dans la Banque Hydro et accessibles gratuitement sur www.
hydro.eaufrance.fr. La bancarisation des données respecte le scénario
d?échange préconisé par le Sandre, pour répondre à un objectif
d?harmonisation et d'échange de données entre les différents acteurs
lacune dans les procédures statistiques où l?inconnue n?est pas indispensable.
L?arbre de décision de la figure 6.8 précise l?utilisation des statuts
« inconnue faible », « inconnue forte » et « inconnue neutre » dans
la Banque Hydro (cas 4).
6.4. Traitement des données anciennes
Lors des opérations de numérisation des données anciennes
enregistrées sur papier il est préconisé de procéder à un examen
minutieux des limnigraphes de façon à identifier les anomalies
d?enregistrement (dérive brusque ou progressive du capteur ou de
l?horodateur). Après analyse, les anomalies font l?objet d?une correction
soit ponctuelle, soit durant la période incertaine entre deux contrôles.
Le calage de base des limnigraphes est vérifié en rapprochant les
hauteurs début et fin et les valeurs portées sur les enregistrements.
Le « cerisage » est l?étape intermédiaire de traitement du limnigraphe.
Le tracé est codé de façon à ce que l?enregistrement entre deux points
« cerises » puisse être raisonnablement assimilé à une droite. La flèche
Plafonnement du flotteur
Écriture de la double
valeur sur axe pour
suivre le retournement
Partie du limnigramme
échelle originelle
Partie du limnigramme
échelle 1er retournement
Partie du limnigramme
échelle 2e retournement
1er retournement
2e retournement
30/12/2013 Ã 12h30
H = 225
Tracé décalé pour cause
de mauvaise remise
en place des câbles
Échelle de temps
Éc
he
lle
d
e
ha
ut
eu
r
150
125/175
100/200
75/225/325
50/250/300
275
FIGURE 6.9 : EXEMPLE DE LIMNIGRAPHE ISSU D?UN CAPTEUR À FLOTTEUR ET CODEUR AVEC DOUBLE RETOURNEMENT
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer64
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Les autres gestionnaires de stations hydrométriques sont fortement
incités à renseigner également cette base de données, dans un souci
d?archivage commun des données produites. La bancarisation de
données qualifiées dans la Banque Hydro est souvent une condition
d?éligibilité aux aides des différents financeurs de nouveaux réseaux
de mesure (agences de l?eau, départements).
6.6. Incertitudes sur les données produites
Les données de débit publiées sont le résultat d'un processus dont
chacune des phases est affectée par des incertitudes qui sont rappelées
ici brièvement :
? incertitudes liées à la mesure de hauteur : précision du capteur,
dérive et calage du capteur dans le temps (cf. chapitre 3) ;
? incertitudes des jaugeages (cf. chapitre 4) ;
? incertitudes liées à la courbe de tarage : sensibilité de la relation
hauteur-débit, a priori sur le tracé, extrapolations aux extrémités,
variabilité dans le temps de la relation hauteur-débit (cf. chapitre 5).
0 20 40 60 80 100
Station très instable
Station instable
Station moyennement stable
Station stable
0
20
40
60
80
100
Pourcentage de la gamme des débits observés
In
ce
rti
tu
de
a
u
se
ui
l d
e
95
%
FIGURE 6.10 : INCERTITUDE ATTENDUE POUR QUATRE STATIONS AU COMPORTEMENT TRÈS CONTRASTÉ
Les incertitudes les plus faibles calculées sont très rarement inférieures à 5 % au seuil de confiance de 95 %. Elles sont obtenues pour des stations très bien suivies
sur des rivières de plaine où les modifications géométriques du lit restent faibles pour les débits faibles à modérés. Cet ordre de grandeur exclut les extrêmes
pour lesquels les conditions et la fréquence des jaugeages sont moins bonnes. Lorsque le contrôle hydraulique est constitué par un tronçon à pente significative
où le charriage est plus marqué, les incertitudes attendues sont plus conséquentes. Elles sont comprises entre 10 et 20 % pour les débits courants et peuvent
largement dépasser les 20 % pour les débits faibles. L'exemple de la station « très instable » est une situation extrême qui reste exceptionnelle. Il est présenté
pour attirer l'attention des gestionnaires sur certaines situations très particulières rencontrées en montagne, en l'absence de section de contrôle marquée et
lorsque le charriage est très important. Dans ces conditions, les incertitudes attendues ne sont pas inférieures à 30 % dans les situations d'écoulement les plus
favorables et peuvent atteindre les 100 % pour les étiages et les crues. Le maintien du point de mesure ne peut alors s'envisager qu'après la prise de conscience
et l'acceptation de ces niveaux d'incertitude par l'ensemble des utilisateurs.
Chapitre 6 ? Traitement des données
impliqués dans l'hydrométrie, en temps réel aussi bien qu'en temps
différé. La modernisation de la Banque Hydro (opération HYDRO 3)
permet d?archiver tous les statuts de la donnée (du statut brut au
statut validé) pour une meilleure traçabilité des traitements effectués.
La Banque Hydro permet aussi d?affecter aux données une méthode
d?obtention, une qualification et un code de continuité (cf. Tableau 6.2).
65
TABLEAU 6.2 : DIFFÉRENTES POSSIBILITÉS DE QUALIFICATION DES
DONNÉES DANS LA BANQUE HYDRO
Statut de la donnée Brute, corrigée, pré-validée, validée
Qualification de la donnée Douteuse, bonne, non qualifiée
Méthode d?obtention
de la donnée
Mesurée, calculée, reconstituée, expertisée
Continuité de la donnée
Indique si la donnée est jugée continue
vis-à -vis de la précédente d'un point de vue
temporel. S?il n?y a pas de continuité, il est
possible de qualifier la plage de discontinuité
en inconnue faible, forte ou neutre.
Les incertitudes des débits produits à partir des stations d'hydrométrie
varient très fortement en fonction du type de cours d'eau, des
possibilités d'aménagement du contrôle hydraulique, de la fréquence
des jaugeages et de la gamme de débit.
Pour proposer une incertitude sur la donnée de débit, il faut donc
composer l'ensemble des sources d'incertitude. Les méthodes GesDyn
et BaRatin permettent de calculer l'incertitude d'un hydrogramme (cf.
annexe 1 et bibliographie).
La figure 6.10 présente l'incertitude attendue (méthode GesDyn) en
fonction de la gamme de débit suivant le module (rapport du débit
et de la moyenne inter annuelle des débits) pour quatre stations
contrastées représentatives de situations qui peuvent se rencontrer
sur le territoire français.
6.7. Références
? Bois P., Obled C. Zin I. - Introduction au traitement des données en
hydrologie, ENSE3 2007.
? Irstea, Onema : Guide technique pour l?exploitation des jaugeages
en hydrologie pour la prédétermination des débits caractéristique
d?étiage, 2016.
? Le Coz J., Chaléon C., Bonnifait L., Le Boursicaud R., Renard B.,
Branger F., Diribarne J., Valente M. - Analyse bayésienne des courbes
de tarage et de leurs incertitudes : la méthode BaRatin - La Houille
Blanche, 6, 31-41, doi:10.1051/lhb/2013048.
? Musy A - Hydrologie Générale. EPFL Section SIE et GC 4e semestre
2005.
? Perret C., Morlot T., Favre AC. - La gestion dynamique des relations
hauteur-débit des stations d?hydrométrie et le calcul des incertitudes
associées : un indicateur de qualité et de suivi ? La Houille Blanche,
6, 24-30, doi : 10.1051/lhb/2013047.
? Pons F., Hydrometry data rescue, a stake for the future, Floodrisk
2016.
? Roche PA., Miquel J., Gaume E. - Hydrologie quantitative Processus,
modèles et aide à la décision Edition Springer 2012.
? SANDRE, Scénario d?échanges des données hydrométriques.
L'incertitude n'est pas honteuse. Toute mesure est incertaine,
aucun domaine n'y échappe. L?analyse d'incertitude des données
hydrométriques n'est pas un outil pour juger de la qualité
professionnelle du producteur. Elle n'est que le reflet des conditions
qui ont prévalu à la production des données. Un bon service peut
produire une donnée à forte incertitude, et néanmoins utile,
dans des conditions particulières (par exemple un jaugeage aux
flotteurs en crue violente). Les services qui oeuvrent sur les rivières
de montagne produisent des données entachées d'incertitudes
plus fortes que ceux qui travaillent en plaine. La réduction des
incertitudes passent parfois par des efforts très conséquents à la
charge des services, et l'intérêt de les engager est à évaluer à l'aune
des enjeux associés.
L'incertitude doit permettre à l'utilisateur de données de prendre
des décisions éclairées. Toutefois il reste encore un important travail
de recherche et d?accompagnement pour aider les décisionnaires
à maîtriser le concept d'incertitude en regard des enjeux associés Ã
leurs besoins.
L'incertitude est utile au producteur de données. Avec des outils
adaptés, l'analyse d'incertitude ne complique pas le travail de
l'hydromètre, mais au contraire lui permet d'optimiser son processus
de mesure (comme la fréquence des jaugeages) et de justifier les
ressources demandées.
Il ne faut pas confondre assurance qualité (qui démontre la
conformité du processus de mesure à des procédures écrites) et
analyse d'incertitude (qui ne peut s'effectuer qu'après la première).
Des données conformes à une procédure, avec un code qualité "bon"
ou "douteux" par exemple, peuvent ensuite être assorties d'une
incertitude, petite ou grande.
!POINT D?ATTENTION
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer66
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
http://www.pseau.org/outils/biblio/resume.php?d=4476
http://www.onema.fr/sites/default/files/pdf/Guide_Jaugeage.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013048.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013047.pdf
http://www.sandre.eaufrance.fr/notice-doc/donn%C3%A9es-hydrom%C3%A9triques-0
http://www.mediterranee.cerema.fr/logiciel-de-numerisation-des-enregistrements-r57.html
Reconstitution de données
hydrométriques post-crue
7.1. Intérêt et objectifs ? Domaine d?application
E
n cas de lacune dans les enregistrements de hauteurs
lors d?une crue, ou bien en cas d?absence de jaugeages
permettant de préciser les débits atteints, il peut
être intéressant d?évaluer ces débits a posteriori,
notamment le débit de pointe. Cette information peut par
exemple servir à reconstituer une chronique de données
continue (débits maxima annuels, ou hydrogramme de la
crue), et aider si nécessaire à revoir l?extrapolation de la
courbe de tarage de la station.
Ce travail de reconstitution nécessite généralement
d?effectuer des relevés sur le terrain pour confirmer les
hauteurs d?eau et la section d?écoulement en crue, et
collecter les informations nécessaires à l?estimation des
vitesses. Ce dernier point s?avère le plus délicat et peut être
traité soit par interprétation du fonctionnement hydraulique
de la section considérée, soit par l?exploitation d?informations
plus factuelles sur les vitesses d?écoulements lorsqu?elles
existent (vidéos en crue, ou bien photographies).
7.2. Choix du site étudié
Si l?objectif est bien de reconstituer une valeur de débit au
niveau d?une station (la plupart du temps le débit de pointe
de la crue), il est parfois préférable de réaliser l?analyse sur
un site différent dont les caractéristiques répondent mieux
à l?objectif visé. Les conditions d?écoulement au niveau de la
station considérée ne sont en effet pas toujours adaptées à une
reconstitution des débits pour des crues majeures.
La première étape est donc de choisir un site d?estimation
adapté. Cette recherche nécessite un travail de reconnaissance
qui peut être important (pouvant porter sur plusieurs kilomètres
de rivière), mais elle peut être anticipée par les hydromètres
sur certaines stations à fort enjeu en crue. Le site retenu doit
être suffisamment proche du site de la station pour pouvoir
garantir une valeur similaire du débit (pas d?apports significatifs
entre le site retenu et la station). Il est également nécessaire de
pouvoir relier le débit estimé à un niveau d?eau correspondant
à la station, qui doit éventuellement être relevé en cas de
lacune. Les autres critères à prendre en compte pour le choix
du site sont les suivants :
? largeur d?écoulement en crue limitée : larges débordements
en lit majeur à éviter ;
? section stable lors de la crue : pas de phénomènes
significatifs d?érosion/comblement du lit, pas d?embâcles
susceptibles d'avoir modifié de façon significative la section
d'écoulement ;
? section présentant des conditions hydrauliques simples
permettant l?application d?une formule d?hydraulique
déterminée : choisir par exemple des tronçons rectilignes, de
pente et section d'écoulement uniformes pour l'application de
la formule de Manning-Strickler (équation 2.4). À défaut d'une
section parfaitement uniforme, l'application de la méthode
de la pente de la ligne d'eau est possible (cf. NF ISO 1070,
AFNOR, 1992) : dans ce cas un tronçon progressivement
convergent (se rétrécissant) est préférable à un tronçon
divergent (s'élargissant). Pour l'application d'une formule
de seuil, rechercher un seuil de géométrie simple, avec une
chute suffisante pour assurer le fonctionnement dénoyé, et
des vitesses d'approche les plus faibles possibles ;
? pas d?influence aval marquée : attention notamment aux
sections situées à l?amont des ouvrages ou des confluences ;
? section présentant des laisses de crue nombreuses et
redondantes (pour fiabiliser l?information sur les niveaux et
la forme de la ligne d?eau) et persistance des laisses de crue
(qui peuvent être effacées rapidement en secteur urbain
notamment) ;
? présence de témoins potentiels de la crue à proximité,
permettant de disposer de descriptions des écoulements en
crue.
Certains aspects pratiques doivent également être pris en
considération pour permettre les levés de terrain : végétation
peu dense, visibilité amont/aval suffisante pour relever les
pentes du lit et de la ligne d?eau, possibilité de traverser le
cours d?eau, etc.
Les sections sous ouvrages peuvent s?avérer intéressantes car
généralement peu larges et stables, surtout si des éléments
pour préciser les vitesses d?écoulement y sont disponibles :
différence de niveau liée au choc sur piles amont, différence
de niveau amont-aval, séquence vidéo.
?
ch
ap
itr
e
7
Il est toujours préférable d?exploiter plusieurs sites et
de recouper les estimations obtenues. La redondance
d?information est un élément clé permettant la critique et
l?évaluation des incertitudes.
!POINT D?ATTENTION
Chapitre 7 ? Reconstitution de données hydrométriques post-crue
67
7.3. Réalisation des levés dans les sections retenues
Les principales informations à regrouper lors des levés sont listées ci-
dessous. Elles varient sensiblement en fonction des modalités d?exploitation
prévues pour l?estimation du débit (exploitation d?une vidéo ou formule
hydraulique à utiliser) et peuvent inclure :
? un ou plusieurs profils en travers (suivant les besoins), incluant
le niveau des laisses de crues associées, ainsi que la bathymétrie si
nécessaire, de façon à aboutir à la section d?écoulement complète ;
? position XY et photos des sections levées ;
? suivant le mode d?exploitation visé, le profil en long du lit et de la
ligne d?eau d?après les laisses de crue (pour application de la formule
de Manning-Strickler ou de la méthode de la pente de la ligne d?eau) ;
? le cas échéant, position de repères pour exploitation de vidéos et/
ou photos ;
? un schéma (ou carte) du site, avec le cours d?eau, les singularités,
l?occupation du sol, les traces d?écoulements à fortes vitesses
(végétation couchée, érosion), et les emplacements des mesures
s?avère également très utile.
Des erreurs importantes sont possibles sur le niveau des laisses de
crue, qui doivent par conséquent être sélectionnées avec précaution.
Voici quelques exemples de pièges à éviter :
? la végétation arbustive peut avoir plié sous l?effet de l?écoulement
puis se redresser après la crue, amenant à surestimer le niveau des
laisses ;
? les laisses situées sur des obstacles en milieu de l?écoulement sont
souvent plus représentatives de la charge que de la hauteur d?eau
(différence de niveau de l?ordre de V²/2g) ; sur les rives, la présence
ponctuelle de vagues, ou l'arrivée brutale de fronts d'onde, peuvent
également générer des laisses plus hautes que le niveau moyen dans
la section ;
? les traces d?humidité sur les murs peuvent être liées à des
remontées capillaires, et ne sont donc pas nécessairement
représentatives du niveau d?eau maxi (contrairement aux dépôts
limoneux).
!POINT D?ATTENTION
De façon à fiabiliser les levés, il est préférable de lever un nombre
important de laisses de crue sur les deux rives, leur redondance
permettant une critique ultérieure par comparaison graphique (cf.
Figure 7.1). L?idéal est que l?hydromètre visite le site dès que possible
après l?événement pour sélectionner et matérialiser (peinture, clous,
étiquettes, photos) les marques de crue fraîches, sans attendre le
levé topographique si celui-ci ne peut pas être réalisé rapidement.
Les laisses potentiellement douteuses ou supposées représentatives
de la charge sont à identifier. Enfin, les profils en long des laisses de
crue et du fond du lit doivent être levés sur une longueur suffisante
pour permettre une bonne estimation des pentes, avec des laisses
suffisamment nombreuses pour permettre l?analyse de la forme de la
ligne d?eau (hypothèse de régime uniforme). Une bonne estimation
de la pente s?avère difficile lorsque celle-ci est inférieure à 0,5 %.
7.4. Interviews de témoins
En parallèle aux levés, des informations complémentaires particulièrement
utiles peuvent parfois être collectées auprès des témoins habitant Ã
proximité de la section considérée :
? confirmation du niveau maximum dans la section ;
? horaire du pic de crue (importance si simulations pluie-débit ultérieures) ;
? dynamique de montée/décrue (horaires et niveaux associés) ;
? autres éléments descriptifs du déroulement : embâcles, évolution du
fond et des berges, chemins d?écoulement lors de la crue (éventuels
contournements) ;
? photos ou vidéos en crue.
Il est capital de croiser et recouper ces informations auprès de différentes
sources (lorsqu?elles existent).
7.5. Estimation de la vitesse des écoulements
L?estimation de la vitesse moyenne des écoulements dans la section
considérée constitue la principale difficulté (et probablement la
principale source d?erreurs). Celle-ci peut être réalisée de deux façons :
soit par l?analyse du fonctionnement hydraulique de la section, soit par
reconstitution directe d?informations sur les champs de vitesse en crue
à partir de vidéos ou photos.
7.5.1 Interprétation du fonctionnement hydraulique de la section
Différentes méthodes sont regroupées dans cette catégorie, elles
présentent néanmoins toutes des limites liées aux hypothèses sous-
jacentes effectuées et/ou au choix des paramètres les plus adaptés :
? formule de Manning Strickler, applicable sous hypothèse d?écoulement
uniforme, hypothèse qui peut être vérifiée en comparant la pente et la
forme de la ligne d?eau (cf. Figure 7.1) Ã celle du lit. Dans ce cas le choix
du paramètre de rugosité (coefficient de Strickler K) s?avère déterminant ;
? méthode de la pente de la ligne d?eau en cas d?écoulement
graduellement varié. Dans ce cas, le coefficient de Strickler K n?est plus
le seul paramètre à déterminer (coefficients de charge dynamique et
de perte de charge à évaluer), ce qui rend l?application plus complexe ;
? construction d?un modèle hydraulique 1D local permettant de traiter
des cas pour lesquels la ligne d?eau est plus chahutée, mais toujours avec
la nécessité d?une estimation de la rugosité du lit ;
? formule de seuil (dénoyé). L?application de cette formule nécessite
l'estimation d'un coefficient de débit qui dépend des caractéristiques du
seuil : le choix de ce coefficient est déterminant et doit être réalisé avec
précaution (Cerema, 2005). La formule nécessite également de connaître
la charge à l'amont du seuil, donc le terme V²/2g où V est la vitesse
d'écoulement à l'approche du seuil (vitesse qui ne peut pas toujours
être négligée en crue). À défaut de connaître cette vitesse, celle-ci peut
être estimée par itération : application de la formule de seuil avec une
vitesse d'approche nulle, estimation de la vitesse à l'amont du seuil Ã
partir du débit obtenu et de la section, utilisation de la valeur de vitesse
estimée pour ré-appliquer la formule de seuil, etc. ;
? formules de pertes de charge au passage sous un ouvrage, avec ici
aussi un choix de paramètre à effectuer (coefficient de contraction), ainsi
qu?une hypothèse sur la vitesse d?approche.
D?une façon générale, il est donc important d?appliquer les formules
hydrauliques avec précaution et en étant conscient des hypothèses et des
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer68
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? présence de repères fixes sur les deux rives dont la position peut être
relevée (cf. Figure 4.11).
Ces méthodes ne fournissent qu?une indication partielle sur le champ
de vitesses (vitesses ponctuelles ou champ de vitesses en surface),
qu?il faut donc extrapoler à la vitesse moyenne dans la section par
application d?un coefficient généralement situé dans une gamme de
0,8 Ã 0,9 (cf. Tableau 4.1).
7.6. Critique des résultats
Un premier niveau de critique peut porter sur l?ordre de grandeur des vitesses
d?écoulement estimées. Pour cela il peut être notamment intéressant
d?estimer le nombre de Froude, en étant conscient que les écoulements
super-critiques à l?échelle d?un tronçon en crue restent rares et ne sont
généralement rencontrés que localement, ou dans des configurations très
particulières : pentes très fortes, écoulements chenalisés et sans obstacle.
Un deuxième niveau de critique consiste à exploiter la redondance
d?information dès que possible : cohérence amont/aval des estimations
effectuées, ordre de grandeur des débits spécifiques. Ceci permet d?éliminer
les estimations les plus incohérentes. Si la redondance est insuffisante, une
simulation pluie-débit peut permettre de vérifier que les débits de pointe
estimés sont compatibles avec des rendements d?écoulements raisonnables
et dans tous les cas inférieurs à 100 %.
fond du lit
Ligne d?eau
-100 -50-150 0 50 100 150
Distance (m)
Profil en long
-20-30-40 -10 0 10 20 30 40
Ligne d?eau
Rive droiteRive droite
Distance (m)
Ha
ut
eu
r (
m
)
Rive gaucheRive gauche
Profil en travers
Limites du lit mineur
Plan de la section
Laisses de crue
Ha
ut
eu
r (
m
)
-4
0
4
8
12
0
4
8
FIGURE 7.1 : EXEMPLE DE PROFIL EN LONG ET PROFIL EN TRAVERS AVEC INDICATION DES LAISSES DE CRUE RELEVÉES
La redondance des laisses permet de fiabiliser l?information sur la ligne d?eau. L'hypothèse d'un régime uniforme est validée lorsque la pente de la ligne d'eau
est voisine de celle du fond du lit.
limites inhérentes à chaque cas. Il peut également être utile de consolider
l?analyse à partir d?éléments factuels qui, bien que restant assez subjectifs,
peuvent confirmer ou infirmer la présence d?écoulements à vitesses
élevées : description des témoins, végétation couchée ou intacte, érosion
des berges, etc.
7.5.2 Analyse de vidéos et/ou photos
La méthode la plus simple consiste à se servir des photos ou vidéos
disponibles pour évaluer la vitesse d?objets flottants, ou bien la
différence entre ligne d?eau et ligne de charge dans la section (donnant
une indication du terme V²/2g) à partir de la surélévation observée au
niveau du choc sur un obstacle (cf. Figure 7.2).
Une méthode plus élaborée consiste à reconstituer le champ de vitesses
de surface sur toute la section à l?aide d?un logiciel d?analyse d?images de
type LSPIV (cf. chapitre 4, Figure 4.11). Pour cela il est nécessaire de disposer
de vidéos présentant les caractéristiques nécessaires à une telle analyse :
? champ fixe sur au moins 1s ;
? prise de vue permettant de visualiser l'ensemble de la section sur
l'image (par exemple depuis un pont, ou depuis la berge) ;
? profil en travers pouvant être levé a posteriori, où le niveau d?eau
peut être évalué ;
? surface libre la plus plane possible (la pente peut être prise en
considération), avec un écoulement le plus uniforme possible (pour
l?estimation du coefficient de surface) ;
Chapitre 7 ? Reconstitution de données hydrométriques post-crue
69
7.7. Références
? AFNOR (1992) ? Mesure de débit des liquides dans les canaux
découverts ? Méthode de la pente de la ligne d?eau ? Norme NF ISO
1070
? CEREMA DTec EMF, Notice sur les déversoirs. Synthèse des lois
d'écoulements au droit des seuils et déversoirs, Février 2005, 87p.
? CEREMA, guide méthodologique, Protocole de collecte d?informations par
reconnaissances de terrain suite à une inondation, 2015
? Degoutte G., Aide-mémoire d'hydraulique à surface libre, cours
agroparistech, 32p.
? Gaume E. et al., Post Flash-flood Investigations - Methodological
note, report T23-06-02 of the EU FloodSite project, 2006, 54 p.
? Gaume E., and Borga M., Post-flood field investigations in upland
catchments after major flash floods : proposal of a methodology and
illustrations, Journal of Flood Risk Management, 2008, 1, pp 175-189
? Payrastre O., Bonnifait L., Le Boursicaud R., Gaume E., Gasset R.,
Busseuil G., Estimation des débits des crues de juin 2013 dans les
Pyrénées, rapport de la convention DGPR/Ifsttar 2013 n°2101140317,
2014, 15p.
? Payrastre O., Gaume E., Javelle P., Janet B., Fourmigué P., Lefort P.,
Martin A., Boudevillain B., Brunet P., Delrieu G., Marchi L., Aubert Y.,
Dautrey E., Durand L., Lang M., Boissier L., Douvinet J., Martin C., Ruin I.
et l?équipe TTO2D d?HYMEX. Analyse hydrologique de la catastrophe du
15 juin 2010 dans la région de Draguignan (Var, France). Congrès SHF :
« Evènements extrêmes fluviaux et maritimes », Paris, 1-2 février 2012
? Payrastre O., Naulin J.P., N?Guyen C.C., Gaume E., Analyse hydrologique
des crues de juin 2010 dans le Var, rapport de la convention DGPR/
Ifsttar 2011 n°21.00.46.03.2, 2012, 32p.
? Exploitation de vidéos pour détermination des vitesses :
> https://floodscale.irstea.fr/donnees/videos-amateurs-de-rivieres-
en-crue/videos-amateurs-de-rivieres-en-crue
> Guide méthodologique Collecte et préparation de film amateur en
vue d?une exploitation par analyse d?image
> Fudaa-LSPIV 1.3.2, Guide d'utilisation, version v04 du 17-09-2013,
Magali Jodeau, Alexandre Hauet, Jérôme Le Coz
FIGURE 7.2 : EXEMPLES D?ESTIMATIONS PONCTUELLES DE VITESSE D?ÉCOULEMENT DE SURFACE RÉALISÉES À PARTIR DE VIDÉOS (IFSTTAR)
À gauche : parcours d?un objet flottant ; à droite : surélévation fournissant une évaluation du terme V²/2g (1.25 < V²/2g < 1.75 m, soit 5 < V < 5.9 m/s)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer70
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
http://www.eau-mer-fleuves.cerema.fr/IMG/pdf/GF_06-01_cle52db85.pdf
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/guide-reconnaissance-terrain-inondation-a1314.html
https://tice.agroparistech.fr/coursenligne/courses/COURSDHYDRAULIQUEDYN/document/Texte%20de%20cours/degoutte1.pdf?cidReq=COURSDHYDRAULIQUEDYN
http://www.floodsite.net/html/partner_area/project_docs/T23_06_02_Post_Flashflood_Investigations_D23_2_V1_0_P01.pdf
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00379252
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/fichier/pdf/PAYRASTRE_GAUME_texte_SHF_Evtsextremes_def.pdf?arg=3498&cle=357a79b7108c8e439f18fbb4eb792aa84970d8fd&file=pdf%2FPAYRASTRE_GAUME_texte_SHF_Evtsextremes_def.pdf
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/fichier/pdf/Rapport_Crue_Var_2010_analyse_hydrologique_def.pdf?arg=3496&cle=19718b956d3764ee25d794013756eff7be9f7881&file=pdf%2FRapport_Crue_Var_2010_analyse_hydrologique_def.pdf
https://floodscale.irstea.fr/donnees/videos-amateurs-de-rivieres-en-crue/videos-amateurs-de-rivieres-en-crue
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/fichier/pdf/B5_a_Guide_methodo_film_amateur_cle6de565-1.pdf?arg=5596&cle=0f6253f12384b2ddd1deefc40a163d587865c609&file=pdf%2FB5_a_Guide_methodo_film_amateur_cle6de565-1.pdf
https://forge.irstea.fr/projects/fudaa-lspiv
Prévention des risques
professionnels et formation
en hydrométrie
8.1. Enjeux et réglementation
L
'exercice du métier d'hydromètre comporte un certain
nombre de risques à maîtriser. La gravité de certains
de ces risques étant extrême, il est du devoir de
chacun de tout mettre en oeuvre pour réduire les
risques à un niveau résiduel acceptable. Ainsi, la prévention
des risques ne doit pas être considérée comme un frein Ã
l?activité car les moyens (la connaissance, les formations,
les équipements) ont évolué ces dernières années.
L?adaptation des mesures de prévention aux réalités de
terrain conditionne l?acceptation de celles-ci par les agents.
Le code du travail (art L 4121-1 du code du travail) oblige
tout employeur à prendre les mesures nécessaires
pour assurer la sécurité et protéger la santé physique
et mentale des travailleurs. La prévention des risques
passe par l?évaluation des risques qui doit être traduite
dans le DUERP (document unique d?évaluation des risques
professionnels). Ce dernier permet l?identification, le
classement et le choix de traitement préventif des risques.
La prévention repose sur l?ensemble de la communauté
de travail : les chefs de services, le médecin de prévention,
les agents chargés de la sécurité et de la prévention (ASP),
le Comité Hygiène, Sécurité et condition de travail (CHSCT),
les assistantes sociales et surtout sur les travailleurs.
8.2. Prévention et responsables de services
8.2.1 Méthode d?analyse
La prévention doit prendre une part importante dans le
management. Elle doit être conduite en s?appuyant sur la
méthode d'analyse de risque utilisée pour la rédaction du
DUERP . Cette analyse de risque doit faire l?objet d?adaptations
aux réalités locales. Un regard d?expert métier combiné avec
un regard extérieur permettent une meilleure analyse des
situations d?exposition à un danger. Le tableau 8.1 inspiré
d'un DUERP présente une synthèse des principaux risques
rencontrés en hydrométrie ainsi que leur classement et moyen
de prévention. Celui-ci peut être complété par des fiches de
risques, de recommandations et de « sécurité- station ». Ces
fiches permettent de détailler les risques, leur définition, les
dommages causés, leurs moyens de prévention ainsi que
la transmission de consignes particulières. Elles peuvent se
trouver dans les véhicules, dans les boîtiers « stations » en
support papier ou informatique. Le classement entre les
risques s?effectue après avoir quantifié leur importance en
combinant plusieurs facteurs : gravité des conséquences x
fréquence d?exposition.
Des actions collectives (suppression ou réduction de
l'exposition, protections collectives) sont toujours à mettre
en place avant des mesures individuelles (formations,
équipements de protection individuelle = EPI).
!POINT D?ATTENTION
8.2.2 Moyens de prévention
Le choix de moyens adaptés doit permettre aux agents de
travailler avec le minimum de contrainte, ce qui changera
leur regard face à la prévention. Il existe un large choix d?EPI
qui sont de plus en plus adaptés au travail en extérieur dont
l?hydrométrie.
Des formations très concrètes permettent une bonne
sensibilisation des agents (ex : simulation chute en rivière )
et des visites de terrain avec des responsables hiérarchiques
peuvent renforcer la prise de conscience.
8.3. Prévention et hydromètres
8.3.1 Fondamentaux
Les agents de services d?hydrométrie (hydromètres, agents de
maintenance) sont exposés à de nombreux risques liés aux
activités de bureau, d?atelier, de travaux en extérieur avec des
déplacements fréquents à pied, en véhicule terrestre, en bateau.?
ch
ap
itr
e
8
Chapitre 8 ? Prévention des risques professionnels et formation en hydrométrie
71
Quelques principes fondamentaux méritent d'être particulièrement
mis en avant. Ils contribuent à la réduction des risques dans l'exercice
du métier d'hydromètre :
? Aucun jaugeage ne vaut la vie d?un jaugeur. Un jaugeur ne doit pas
risquer sa vie pour tenter le « jaugeage du siècle ».
? La réduction ou la suppression du risque repose pour une grande
partie sur le travail en binôme. Il permet une surveillance mutuelle,
un partage des connaissances du terrain et de la prise de décision.
? Tous les risques des zones de travail doivent être identifiés que ce soit
aux abords immédiats mais aussi en AVAL et en AMONT (par exemple :
présence d?aménagements qui font varier rapidement le débit).
? La maîtrise de plusieurs techniques de jaugeages permet de réduire
voire d'annuler le risque lors de la réalisation d'une mesure (par
exemple : les techniques non intrusives dans l'écoulement).
? Une bonne préparation et l?organisation des journées de travail
limitent la précipitation et l?effet de surprise. Avant le départ : connaître
les prévisions météo et débits, choisir les matériels de travail et EPI
adaptés aux conditions météo et en vérifier l?état.
? Avoir un téléphone portable et connaître les zones de bonne
réception du réseau téléphonique.
? La routine bien qu?attirante est l?ennemie de la sécurité. Les hydromètres
doivent rester vigilants, attentifs et appliquer les consignes de sécurité.
!POINT D?ATTENTION
8.3.2 Zoom sur le risque de chute à l?eau
Le risque de chute à l?eau est un des risques critiques pour les hydromètres.
Les agents doivent avoir une attention permanente pour limiter le risque
d?accident, qu?ils soient aux abords, dans ou sur le cours d?eau.
Un cours d'eau en aval d'un ouvrage hydroélectrique (barrage, usine)
présente toujours un risque potentiel supplémentaire. Les lâchers d'eau
nécessaires à la production électrique ou le maintien du débit peuvent
à tout instant entraîner une montée rapide des eaux. Même par beau
temps, il faut rester très prudent. Avant de partir, les intervenants doivent
se mettre en rapport avec les gestionnaires des ouvrages du secteur,
qui dans certains cas leur font signer une « Convention d?informations
réciproques relative aux travaux dans le cours d?eau » qui permet de
les tenir informés des manoeuvres éventuelles. Le compagnonnage en
matière de sécurité comme dans les autres domaines de l'hydrométrie
est primordial car les risques d'un site ne sont pas tous visibles et évidents.
8.3.3 Quelques recommandations pour le travail en rivière
Les consignes suivantes peuvent tout à fait figurer dans une fiche
« recommandations » :
? avant le départ, prendre le bulletin météo du jour ;
? vérifier l?état des EPI (gilet de sauvetage, etc.) ;
? choisir les vêtements en fonction des conditions météo (chaud,
humide, froid) et du type de jaugeage (cuissarde, waders, etc.) ;
? repérer les zones de dangers (remous, trous, obstacles, ponts,
barrage, etc.) ;
? sur place, choisir la technique de jaugeage (perche, ADCP, bateau) en
fonction des conditions d?écoulement ;
? en cas d?orage quittez le cours d?eau et rejoignez votre véhicule.
Si le jaugeage est réalisé avec un agent dans l?eau : bien connaître ses
capacités de déplacement dans l?eau en fonction du couple vitesse-hauteur
d?eau et évaluer le besoin de porter un gilet de sauvetage. Le ressenti dépend
du poids, de la taille de chaque agent et de la nature du fond de la rivière.
43 jaugeages à la micro?perche
Station : la Mure Argens ? Cours d'eau : VERDON
0,5
0
1
1,5
Ha
ut
eu
r d
'e
au
(m
)
Vitesse de l'eau (m/s)
0
Débit mesuré (m3/s)
0,5 1 1,5 2 2,5
Faible
Modéré
Fort
Très fort
Evaluation du risque
Faible
Fr
éq
ue
nc
e
d'
ob
se
rv
at
io
n
(%
) 50
25
0
Modéré Fort Très fort Inconsidéré
Evaluation du risque en fonction du débit
Faible
Modéré
Fort
Très fort
Inconsidéré
Faible
0 2,54 5,08 7,62 10,16 12,70
Niveau de risque observé
sur 42 jaugeages
FIGURE 8.1 : ANALYSE HAUTEUR-VITESSE PERMETTANT DE DÉTERMINER LES CONDITIONS D?INTERVENTION (EDF ? DTG)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer72
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Si le travail est embarqué : port du gilet de sauvetage obligatoire. Se
référer au chef de bord qui doit être titulaire du permis adéquat et doit
veiller à la présence de l'armement obligatoire et au bon état du bateau.
C?est le chef de bord et lui seul qui décide de la possibilité ou pas de
naviguer en fonction des conditions météo ou de débit. Surveiller la
profondeur, les corps flottants et les autres embarcations.
À titre d?illustration, l?analyse-type réalisée par EDF-DTG sur son réseau
de stations est présentée figure 8.1. L?utilisation des courbes de stabilité
permet de définir, à partir de l?historique des jaugeages réalisés sur un
site donné au courantomètre sur perche, le niveau de risque par gamme
de débit. Une fiche spécifique est confectionnée pour chaque station.
Utilisée lors de la préparation de l?intervention, elle permet d?anticiper le
choix du moyen de mesure qui sera mis en oeuvre en détaillant la nature
du risque, les dommages, les actions de prévention et les formations.
Chapitre 8 ? Prévention des risques professionnels et formation en hydrométrie
73
TABLEAU 8.1 : SYNTHÈSE DES PRINCIPAUX RISQUES RENCONTRÉS
Nature
du risque
Situation de travail Niveau
de risque
Actions de prévention Suivi des actions de
prévention
Chute à l'eau Toutes activités dans l?eau,
en bateau, sur les rives, du
pont.
Formation gestion chute à l?eau,
Formation pilotage bateau en condition difficile. Port EPI gilet de
sauvetage. Travail en binôme. Corde de sauvetage
Recyclage tous les 2 ans
Vérification gilet 1 fois / an
Chute de
hauteur
Descente des camions, bord de
rives, pont, travaux sur cordes
Formation travaux sur cordes
Port EPI (harnais antichute)
Recyclage tous les 3 ans
Vérification annuelle du matériel
Routier Stationnement bord de
route,
Jaugeage sur ou bords de
route
Stationnement en zone protégée
Signalisation véhicule
Formation Balisage chantier mobile
Port EPI haute visibilité
Routier Trajet mission Respect code de la route
Stage conduite en situation difficile
Rotation des conducteurs.
Temps de conduite limité pause régulière toutes les 2 h max
Chute
de plein pied
Accès à la station, à la rivière Vigilance si surface humide,
Aménagement des accès (escalier, garde-corps, etc.).
Fiche sécurité par station
Revue des accès tous les 5 ans
Charge
physique
Manipulation charge lourde
(batterie, appareil de
mesure, etc.)
Réduction du poids des équipements. Utilisation engin de
levage (brouette pour catamaran, etc.)
Formation geste et posture
Port EPI (chaussure sécurité, etc.)
Suivi annuel médecin de
prévention
Outils et
équipements
de travail
Découpe métal,
Installation station,
Élagage
Sous traitance des gros chantiers.
Formation élagage,
Port des EPI (visière, manchette, gant, pantalon forestier, etc.)
Vérification annuelle des éléments
de sécurité des appareils.
Contrôle des EPI avant chaque
utilisation
Incendie
explosion
Utilisation et stockage de
produit explosif
Charge des batteries dans un local dédié et ventilé.
Stockage produits inflammables et explosifs dans armoire
de sécurité
Extincteur à disposition
Vérification annuelle
des extincteurs
Armoire
thermique/
climatique
Travail par forte chaleur ou
froid
Adapter les horaires de travail. Véhicule climatisé. Pneus hiver.
Hydratation. Port EPI (chapeau, lunette soleil, vêtement chaud, pluie)
Consigne de protection : s'abriter, différer la mission, etc.
Attaque animal,
insecte, reptiles
Traversée de champ, hautes
herbes, zone d'habitat
Se détourner des zones à risques.
Formation premiers secours. Bombes anti-guêpes.
Agents
biologiques
(virus, bactéries)
Contact avec l'eau des
rivières
Éviter contact avec l'eau si blessure.
Nettoyage régulier des mains.
Vaccination et trousse premiers secours dans chaque véhicule.
Électrique Installation station,
intervention sur circuit
électrique
Respect norme installation électrique
Protection des éléments nus sous tension
Formation et habilitation électrique
Port des EPI
Consuel à l?installation en 220V.
Recyclage habilitation électrique
tous les trois ans.
Manutention
mécanique
Manipulation engin de
levage (poutre saumon)
Respect des consignes d?utilisation
Port des EPI (chaussures sécurité, gants, etc.)
Vérification annuelle des
éléments de levage
Absence de
possibilité de
secours
Travail isolé
ou en zone inaccessible
Fiche sécurité avec coordonnées pour chaque station.
Relation avec service de secours départementaux.
Dispositif d?alerte pour travailleurs isolés
8.4. Quelques situations délicates
L'agent ne porte pas
de gilet de sauvetage.
L'agent évolue sur une surface
glissante sans être assuré et
sans gilet de sauvetage.
La berge est train de s'effondrer
sous l'effet du courant.
Moyen de mesure inadapté compte
tenu du couple hauteur-vitesse.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer74
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Chapitre 8 ? Prévention des risques professionnels et formation en hydrométrie
8.5. Formation en hydrométrie
Divers organismes proposent des formations continue en hydrométrie
dont l?Ifore et l?OIEau.
La figure 8.2 montre un parcours type de formation en hydrométrie
pour acquérir la majorité des compétences nécessaires à l?exercice du
métier d?hydromètre.
8.6. Références
? Fiche travail & sécurité : les travaux au contact de l?eau
? Fiche INRS (Institut national de recherche et de sécurité) sur les
Équipements individuels de flottaison
? Fiche spécifique sur la Leptospirose
? Information INRS sur les Zoonoses
? Informations sur la maladie de lyme
Hydrométrie
principes généraux
Modules de niveaux avancé
JaugeageMesure
et transmissions
des données
limnimétriques
Configuration,
exploitation
et diagnostic
des modems
Critique
et validation
des données
hydrométriques
Statistiques
avancées pour
le calcul
d?incertitude
en hydrologie
Prise en main
des centrales
d?acquisition
Traitement
de la donnée
hauteur
Courbes
de tarage
Bancarisation
des données
Prérequis
Hydrologie
statistique
Jaugeage
par ADCP
FIGURE 8.2 : EXEMPLE DE PARCOURS DE FORMATION CONTINUE POUR UN HYDROMÈTRE
75
http://www.travail-et-securite.fr/ts/dossier/Les%20travaux%20au%20contact%20de%20l'eau.html
http://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%20119
http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/documents/pdf/leptospiroses_200905net.pdf
http://www.inrs.fr/risques/zoonoses/exemples-expositions.html
http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/article/maladie-de-lyme
Normes en hydrométrie
9.1. Qu?est-ce qu?une norme ?
U
ne norme est un document de référence approuvé
par un institut de normalisation reconnu tel
que l?Association Française de NORmalisation
(AFNOR).
Une norme définit des caractéristiques et des règles
volontaires applicables aux activités de son champ
d?application (ici l?hydrométrie). Il s?agit d?un langage
commun entre acteurs d?un même champ d?activité. Une
loi ou un règlement (qui relèvent tout deux des pouvoirs
publics) ont une application imposée. Certaines normes
peuvent soutenir la réglementation en étant citées
comme documents de référence. Seul 1 % des normes
sont d?application obligatoire.
La norme est issue d?un consensus, c?est-Ã -dire d?un
accord général caractérisé par l?absence d?opposition
ferme lors du processus de prise en considération des
vues des parties concernées. Une norme traduit un
engagement à satisfaire un niveau de qualité et de
sécurité reconnu et approuvé. La conformité aux normes
peut faire l?objet d?une déclaration du fournisseur sous sa
seule responsabilité. Il s?engage par-là sur la qualité de
sa production, de ses prestations ou de son organisation.
Le fournisseur ou le client peut aussi demander que
cette conformité soit attestée par un tiers (laboratoire,
organisme d?inspection, organisme de certification, etc.),
qui se charge de vérifier que le produit, le service ou le
système concerné répond aux exigences de la norme.
L?AFNOR est le représentant français de la normalisation
au niveau du CEN (Comité Européen de Normalisation)
et de l?ISO (Organisation internationale de normalisation)
auprès desquels elle défend les positions françaises (cf.
Figure 9.1).
Les normes sont utiles aux différents acteurs du métier.
Elles peuvent aider à :
? homogénéiser les méthodes et les pratiques et Ã
mettre en place des procédures identifiées et conformes
aux pratiques attendues ;
? minimiser des conflits juridiques ou réglementaires et
faciliter le contrôle et la résolution de ces conflits ;
? définir des référencements techniques nationaux
(prescriptions, cahiers des charges, etc.) ;
? apporter une visibilité nationale, européenne ou
internationale ;
? bâtir des réglementations ;
? disposer d?arguments de vente ou de conformité pour
les industriels ;
? bénéficier d?accréditations ou de qualifications par des
organismes de contrôle reconnus pour les prestataires.
Les normes (comme les guides, procédures et référentiels
divers) nécessitent des mises à jour. Elles se doivent d?être
pertinentes, réactives et suivre les évolutions du métier.
Lorsqu?elles ne le sont plus (ou pas encore), un autre
document peut anticiper les évolutions, en rappelant la
norme existante en cours et les écarts par rapport à celle-ci.
C?est dans cet objectif que les travaux de la commission de
normalisation en hydrométrie ont été relancés en 2014.
9.2. Normalisation en hydrométrie
La commission de normalisation nationale X10C
« Hydrométrie » de l?AFNOR intervient pour la normalisation
« des méthodes, procédures, instruments et équipements
se rapportant aux techniques pour la détermination
hydrométrique du niveau, de la vitesse et des écoulements
de l'eau, des transports solides dans les canaux découverts,
de la précipitation et de l'évapotranspiration, et de
l'existence et du mouvement de la nappe superficielle, y
compris :
? la terminologie et les symboles ;
? la recherche, l'évaluation, l'analyse, l'interprétation et la
présentation des données ;
? l'évaluation des incertitudes. »
?
ch
ap
itr
e
9
Dans le domaine de l?hydrométrie, aucune norme n?a de caractère
obligatoire contrairement aux méthodes applicables à la surveillance
DCE, qui sont prescrites par un arrêté ministériel.
Les normes en hydrométrie ne couvrent que certains aspects de la
charte qualité. De même, la charte qualité n'aborde pas tous les
détails que des procédures internes sont susceptibles de contenir.
Alors que les procédures internes et la Charte qualité peuvent se
référer aux normes, les normes ne peuvent pas se référer aux
chartes ni aux procédures internes.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer76
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Normes
Charte
qualité
hydrométrie
Procédures et
guides internes
EXPERTS :
entreprises, consommateurs, ONG, laboratoires, pouvoirs publics,
centres de recherche, syndicats ouvriers, organismes de prévention,
acheteurs publics, collectivités territoriales, enseignants, etc
L?ORGANISATION DE LA NORMALISATION
Organisme
de Normalisation
ISO
Niveau International
CEN
Niveau Européen
(Autres organismes
de normalisation
nationaux)
90 % des activités
de normalisation relèvent
de l?international
DIN
Allemagne
ANSI
États-Unis
BSI
Grande-Bretagne
AFNOR
France
Délégations nationales
FIGURE 9.1 : L'ORGANISATION DE LA NORMALISATION (AFNOR)
Chapitre 9 ? Normes en hydrométrie
La charte de qualité en hydrométrie est, comme les normes, le fruit
d?un travail commun entre professionnels du même sujet. Cependant
elle n?est pas validée par une instance de normalisation et son sujet
est plus vaste que le périmètre d?une seule norme. Elle est moins
prescriptive que les normes, l?objectif de la charte étant de dresser
les bonnes pratiques. Il est toutefois important que les référentiels
existants (guides, procédures, chartes, normes, etc.) ne soient pas en
contradiction les uns par rapport aux autres.
Chaque intervenant en hydrométrie devrait connaître les normes
applicables pour s?en inspirer lors de la mise au point de ses procédures
internes, voire participer à l?amélioration des normes par son retour
d?expérience sur ses pratiques. Ainsi, ces différents documents peuvent
s?enrichir par ces allers-retours, voire susciter les progrès scientifiques
ou techniques du domaine. Cela est d?autant plus important que
les processus amenant à l?actualisation des normes sont plus longs
que pour l?actualisation de la charte, eux-mêmes plus longs que les
évolutions des procédures internes.
77
9.3. Fonctionnement de la normalisation
Les NF sont des textes nationaux français, les NF EN sont des textes
européens repris dans la collection nationale, les NF EN ISO sont des
normes internationales reprises en normes européennes et transcrites en
textes français. Les normes sont accessibles sur les sites des organismes
de normalisation via paiement (entre 50 et 150 euros selon les normes).
La commission AFNOR X10C donne son avis sur les normes ISO
lorsqu?elles sont en consultation. La reprise d?une norme internationale
ISO dans la collection française fait l?objet d?un vote au sein de la
commission X10C, alors que la reprise d?une norme européenne EN
ou EN-ISO dans la collection française est automatique. Les normes
nationales doivent, soit reprendre les textes normatifs européens s?ils
existent, soit être compatibles avec ces textes européens. Les normes
nationales en contradiction ou portant sur le même sujet et le même
contenu qu?une norme européenne sont supprimées de la collection.
Une norme homologuée (NF, NF EN ou NF EN ISO) reprise en collection
française fait obligatoirement l?objet d?une consultation nationale via
une enquête publique. Tout un chacun peut alors donner son avis sur le
contenu technique du texte.
9.4. Références
? ISO : pour l?hydrométrie se rendre sur Élaboration des normes>Comités
techniques> ISO/TC 113
? CEN : pour l?hydrométrie se rendre sur : standards.cen.eu > technical
bodies > CEN/TC 318
? AFNOR : permet d?accéder aux normes et aux enquêtes publiques.
Pour l?hydrométrie se rendre sur : Grand cycle de l?eau>Hydrométrie
TR : Technical Report
TS : Technical Specification
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer78
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
TABLEAU 9.1 : LISTE DES NORMES À CONNAÎTRE EN HYDROMÉTRIE
NF-EN-ISO (Fr) 748:2009 Hydrométrie
Hydrométrie - Mesurage du débit des liquides dans les canaux découverts au moyen
de moulinets ou de flotteurs
NF-EN-ISO (Fr) 18365:2014 Hydrométrie Hydrométrie - sélection, établissement et exploitation d'une station hydrométrique
ISO 18320-en cours de validation Hydrométrie Hydrométrie - Détermination de la relation hauteur-débit
NF-ISO (Fr) 1070:1992 Hydrométrie
Mesure de débit des liquides dans les canaux découverts - Méthode de la pente de la
ligne d?eau.
NF-EN-ISO (Fr) 9555:1994 Parties 1 à 4 Hydrométrie
Mesure de débit des liquides dans les canaux découverts Méthodes de dilution en
régime permanent utilisant des traceurs
NF-EN-ISO 6416:2005 ADCP/ultrason Hydrométrie - Mesure du débit à l?aide de la méthode ultrasonique
ISO 15769:2010 ADCP/ultrason
Hydrométrie - Lignes directrices pour l'application des compteurs de vitesse
ultrasoniques fixes utilisant l'effet Doppler et la corrélation d'échos
ISO/TR 24578:2012 ADCP/ultrason
Hydrométrie - Profils Doppler acoustiques - Méthode et application pour le mesurage
du débit en conduites ouverte
ISO/TR 1088:2007 Incertitudes
Hydrométrie - Méthodes d'exploration du champ des vitesses à l'aide de moulinets
Recueil et traitement des données pour la détermination des incertitudes de
mesurage du débit
ISO 5168:2005 Incertitudes Mesure de débit des fluides - Procédures pour le calcul de l'incertitude
ISO/TS 25377:2007 Incertitudes Lignes directrices relatives à l'incertitude en hydrométrie
ISO 3455:2007 Autres Hydrométrie - Étalonnage des moulinets en bassins découverts rectilignes
NF-EN-ISO (Fr) 4373:2009 Autres Hydrométrie - Appareils de mesure du niveau de l'eau
http://www.iso.org/iso/fr/
https://www.cen.eu/
http://norminfo.afnor.org
Annexe 1 ? Méthode pour estimer l'incertitude de la mesure
Méthode pour estimer
l?incertitude de la donnée
Approche statistique classique de l'incertitude :
GesDyn
La formulation de l'incertitude proposée par GesDyn est directement
inspirée de l'approche GUM. Les sources d'incertitudes sont identifiées et
composées de manière quadratique. La formulation est donc classique
et sans surprise. On suppose que la variable aléatoire modélisant le débit
Q(h,t) suit une loi normale de moyenne ?(h) et de variance ?2(h,t).
?
a
nn
ex
e
1
?2 (h,t)
A est la variance modélisant la variabilité de la relation hauteur-débit. Elle est estimée à partir de l'étude de
la variabilité en fonction du temps des jaugeages autour d'un modèle de courbe de tarage moyen. L'homogénéité
de la population des jaugeages doit être vérifiée au préalable. Une relation peut être très variable dans le temps tout
en étant homogène : oscillations autour d'une position d'équilibre.
Se2(h) est la variance modélisant l'incertitude sur le tracé de la courbe de tarage. Elle prend en compte
l'incertitude de chaque jaugeage. En pratique, elle est estimée en prenant les quantiles 15 et 85 % des N courbes
de tarage calculées à partir des simulations de Monte Carlo dans le modèle d'incertitude des jaugeages de la
population.
Ir2(h) est la variance modélisant l'incertitude sur la mesure de la hauteur. Elle prend en compte la sensibilité S de
la relation hauteur-débit, l'incertitude P du capteur, l'incertitude de la dérive C de ce dernier et donc à la possibilité de
recalage.
Q(h,t)~N[?(h),?2(h,t)] où ?2 (h,t) = Ir2(h)+Se2(h)+?2 (h,t)
Usuellement, on retient : P = C = 1 cm au seuil de confiance de 95 %.
Équation A1.1 :
Équation A1.2 :
Ir2(h) = S(h)?P2+C2
A
79
chaque jaugeage, même si des incertitudes forfaitaires par type de
jaugeage peuvent être définies. Les incertitudes exprimées par l'utilisateur
sur sa connaissance a priori des contrôles hydrauliques sont également
prises en compte. Cette connaissance a priori, même très incertaine,
permet de définir le nombre et la nature des contrôles (et donc l'équation
de la courbe de tarage) ainsi que les distributions a priori des paramètres
de cette équation.
Une courbe de tarage issue de BaRatin est issue d?un faisceau de courbes
de tarage, chacune correspondant à un jeu de paramètres possible. Les
paramètres sont ceux de l?équation de la courbe de tarage, ?1, ainsi que ?1
et ?2 qui permettent de définir l?écart-type de la loi normale selon laquelle
l?erreur restante est échantillonnée. L?échantillonnage du i-ème hydrogramme
calculé avec la i-ème courbe de tarage se fait selon l?équation suivante :
Approche bayésienne de l'incertitude : BaRatin
Le logiciel BaRatin, compatible avec le logiciel BAREME15, permet la
construction de courbes de tarage avec estimation des incertitudes associées,
en combinant une information a priori sur les contrôles hydrauliques et
l?information contenue dans les jaugeages. Les résultats sont exprimés sous
forme d'un grand échantillon de courbes de tarage possibles, permettant
de calculer l'enveloppe d'incertitude au niveau de confiance souhaité (en
général 95 %). Cette technique permet de propager les incertitudes sur les
hydrogrammes à différents pas de temps, les indicateurs hydrologiques
statistiques qui en sont tirés, et toute autre utilisation (modélisation
hydrologique en particulier).
Les incertitudes des jaugeages sont considérées individuellement pour
h
i
(t) : i-ème limnigramme échantillonné
h(t) : limnigramme mesuré
?
i
(t) : erreur non-systématique associée à la mesure de hauteur d?eau, échantillonnée à chaque pas de temps selon
la loi normale où ??h est l'écart type de l'erreur non-systématique
?
i
: erreur systématique associée à la mesure de hauteur d?eau, échantillonnée selon la loi normale
et constante entre deux recalages du limnigraphe où ??h ?est l'écart type de l'erreur systématique
?
i
: vecteur du i-ème jeu de paramètres de la courbe de tarage d?équation f
Q
i
(t) : hydrogramme calculé avec la i-ème courbe de tarage et le i-ème limnigramme
?
i
(t) : erreur restante associée à la courbe de tarage, échantillonnée selon la loi normale
h
f
h
~
N (O,?
1,i + ?
2,i
Q
i
(t))
L'incertitude totale sur la courbe de tarage ainsi obtenue comporte deux
composantes :
? l'incertitude « paramétrique », liée au calage des paramètres de l'équation
de la courbe de tarage ;
? l'incertitude « restante » (ou « structurelle »), liée aux imperfections de
l'équation utilisée pour représenter la réalité de la relation hauteur-débit sur
le site de la station hydrométrique.
En plus de ces deux composantes d'incertitude liées à la courbe de tarage,
l'incertitude totale sur l'hydrogramme (et les calculs hydrologiques dérivés)
comporte deux composantes supplémentaires liées au limnigramme :
? l'incertitude liée aux erreurs non systématiques du limnigramme, ou
erreurs indépendantes d'un pas de temps à l'autre (batillage, erreurs
aléatoires du capteur) ; cette composante diminue rapidement avec
l'agrégation temporelle .
? l'incertitude liée aux erreurs systématiques du limnigramme, ou erreurs
constantes ou fortement corrélées par période entre deux recalages du
limnigraphe sur l'échelle (écart entre capteur et échelle, écart entre niveau
à l'échelle et niveau moyen dans la section) ; cette composante diminue
lentement avec l'agrégation temporelle ;
La propagation de ces erreurs du limnigramme impacte plus ou moins
fortement l'incertitude de l'hydrogramme et des calculs hydrologiques selon
la sensibilité des contrôles hydrauliques de la station.
15. Logiciel utilisé par les services de l?Etat pour l?analyse des jaugeages et le tracé des courbes de tarage
Équation A1.3 :
N(0, ??h ) A
N(0, ??h )B
Q
i
(t) = f (h(t) + ?
i
(t) + ?
i
l ?
i
)+ ?
i
(t)h h f~
Q?
i
(t)
h
i
(t)
A
B
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer80
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
N (O,?
1,i + ?
2,i
Q
i
(t))
Annexe 1 ? Méthode pour estimer l'incertitude de la mesure
81
?
co
nt
rib
ut
eu
rs
La rédaction de cette nouvelle édition de la Charte qualité Hydrométrie
a été commanditée par le Schapi sous l?égide du CODOST (Conseil
d?orientation scientifique et technique du réseau Vigicrues).
Rachel Puechberty (Schapi) en a assuré la maîtrise d'ouvrage.
Le comité de rédaction a été piloté par Christian Perret, (Groupe Doppler
Hydrométrie) et Stéphanie Poligot-Pitsch (DREAL Pays de la Loire). Il était
composé de : Philippe Battaglia (DREAL Grand Est, UH Meuse Moselle),
Arnaud Belleville (EDF-DTG), Pierre Bompart (CNR), Guillaume Chauvel
(DREAL Auvergne-Rhône-Alpes), Jocelyn Cousseau (DREAL Pays de la
Loire), Guillaume Dramais (Irstea), Gwen Glaziou, (DREAL Normandie),
Alexandre Hauet (EDF-DTG), Stéphane Hélouin (DREAL Normandie),
Michel Lang (Irstea), Frédérique Larrarte (Ifsttar), Jérôme Le Coz, (Irstea),
Pierre Marchand (IRD), Pascal Moquet (DREAL Grand Est, UH Champagne-
Ardenne), Olivier Payrastre (Ifsttar), Gilles Pierrefeu (CNR) et Gérard Rauzy
(DREAL Occitanie, UH Midi-Pyrénées).
Le comité de rédaction remercie tous les relecteurs du document, membres
d'organismes institutionnels (Onema, DREAL, Schapi, Agences de l'eau, etc.)
ou privés (CACG, CNR, EDF, etc.), en activité ou retraités, qui à travers leurs
remarques, ont permis d'en améliorer la pertinence et la qualité.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer82
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Document consultable et téléchargeable sur le site www.eaufrance.fr.
Ce document ne peut être vendu. La reproduction totale du document est libre de droits.
En cas de reproduction partielle, l?accord préalable du Schapi doit être demandé.
83
Date de parution : Janvier 2017
Rédaction : Groupe Doppler Hydrométrie
Création graphique : Citizen Press
Photos : Irstea, CNR, EDF, DREAL, AQUI'BRIE, USGS, OHMCV
Illustration : Antoine Levesque
Impression : Delort Imprimerie
Cet ouvrage a été imprimé avec des encres végétales, sur papier PEFC issu de forêts
gérées durablement, imprimeur certifié ISO 14001 et 26000.
Ministère de l'environnement de l?énergie et de la mer
Direction générale de la prévention des risques
Service des risques naturels et hydrauliques
Service central d'hydrométéorologie et d'appui à la prévision des inondations
42 avenue Gaspard Coriolis 31057 Toulouse cedex 01
Tél. 33 (0)5 34 63 85 50
schapi@developpement-durable.gouv.fr
www.developpement-durable.gouv.fr
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION impact positif sur la qualité
d'un jaugeage, nécessite en effet des moyens importants qui ne sont
souvent pas à la portée des équipes de jaugeages.
Lorsqu?il existe plusieurs sections d?écoulement (fréquent en crue), elles
doivent toutes être jaugées. L?oubli d?un bras ou d?un ouvrage de décharge
est une cause d?erreur fréquente. Chaque mesure est alors indépendante
et des méthodes différentes peuvent être appliquées. Le débit total
mesuré est alors la somme des débits partiels mesurés. Sauf réalisation
simultanée des jaugeages dans les différents bras, il faut prendre garde Ã
la variation du niveau d?eau et/ou du débit entre les différents jaugeages
effectués pour pouvoir rattacher ce débit total mesuré à la bonne cote.
Plus généralement, même pour des jaugeages sur une section unique,
le niveau d?eau ne doit pas varier de façon significative pendant la
mesure : le jaugeage total doit être suffisamment rapide pour ne pas
avoir plus de 10 % de variation de débit en crue entre le début et la
fin du jaugeage. Les niveaux doivent être notés au début et à la fin du
jaugeage par rapport à un repère fixe : échelle limnimétrique, margelle
d?un pont, bâton marqué, etc. Lorsque les niveaux varient rapidement,
des relevés intermédiaires sont effectués pendant le jaugeage. La
hauteur de référence du jaugeage est alors déterminée par :
H : cote moyenne de référence du jaugeage
hi : cote à l'échelle correspondant au débit partiel qi
qi : débit partiel, produit du débit calculé sur la ième verticale par
une largeur d'application
Q = ?qi :
i
débit calculé à la cote H
H =
?hi qi
Q
i
Chapitre 4 ? Jaugeage
Équation 4.1 :
« JAUGEAGE AVEC UN COURANTOMÈTRE ACOUSTIQUE SUR L?ARC
EN MAURIENNE (73) » (IRSTEA)
Cette formule préconisée par la norme ISO 748 n'est pas strictement
rigoureuse mais bien adaptée aux conditions de mesure.
En plus des caractéristiques de mesure (vitesses, profondeurs,
géométrie), un jaugeage doit aussi être repéré par une localisation
précise, une date, une heure de début et de fin et des indications de
hauteur aussi précises que possible. Enfin, le matériel de mesure doit
être en très bon état de fonctionnement et utilisé par un personnel
compétent, formé à son utilisation et ayant une pratique suffisante.
Son stockage et son entreposage temporaire (en particulier dans les
véhicules) doivent être assurés dans de bonnes conditions.
4.3. Jaugeages par exploration du champ de vitesses
Le principe de cette méthode est de déterminer le champ de vitesses
dans une section transversale du cours d?eau dont on mesure aussi la
géométrie. Le débit est ensuite calculé par intégration surfacique des
vitesses dans la section.
L?exploration du champ de vitesses peut être faite de façon quasi
27
réduire les zones d?eaux mortes, enlèvement des pierres sur le fond
et les berges, arrachage ponctuel de la végétation aquatique, etc. Ces
aménagements ne doivent cependant, ni influencer les hauteurs de la
section au droit du limnigraphe/capteur, ni perturber le milieu piscicole
(présence de frayères par exemple). La mesure n?est effectuée qu?après
le temps nécessaire à la régularisation de l?écoulement consécutive Ã
ces réaménagements.
Il est important de consacrer suffisamment de temps au choix de la
section de mesure, c?est le paramètre le plus important dans la qualité
d?une mesure. Une section inadaptée ne permettra jamais un jaugeage
de qualité.
!POINT D?ATTENTION
Pour un site donné, le choix de la section de mesure peut varier
dans le temps pour une même gamme de débit mesuré si chaque
section de mesure répond aux critères de bonne qualité définis
précédemment. Alterner les sections de mesures peut en effet
contribuer à une meilleure estimation de l?incertitude des jaugeages
réalisés. Si deux sections sont jugées de bonne qualité, il n?y a pas de
raison de privilégier les jaugeages réalisés sur l?une par rapport à l?autre.
4.4. Exploration quasi complète du champ de vitesses ?
Perche et saumon
4.4.1 Supports du vélocimètre
L'exploration du champ des vitesses peut être effectuée avec l'aide
de différents supports en fonction de l'accessibilité du cours d'eau.
? Perche ou micro perche : lorsque la section de mesure est
entièrement accessible à pied, un support de type perche ronde sur
lequel le vélocimètre est fixé peut être utilisé (cf. Figures 4.4 et 4.5).
Le couple hauteur-vitesse régit la stabilité du jaugeur (cf. chapitre 9
sur les règles de sécurité).
? Potence : c?est un dispositif muni d'un treuil, d'un bras de déport et
d'un câble électro-porteur sur lequel est fixée une masse profilée nommée
couramment saumon (cf. Figure 4.5). Il existe toute une gamme de saumons
allant de 5 à 100 kg. C'est sur le saumon que le vélocimètre est fixé. Ce type
de dispositif est délicat à utiliser voire dangereux si le saumon est très lourd
et les vitesses à mesurer élevées car le risque de basculement est important.
Il doit être réservé à des écoulements lents pour lesquels des saumons plus
légers, inférieurs à 25 kg, peuvent être utilisés.
? Camion jaugeur : la potence est montée sur un véhicule de type fourgon,
ce qui sécurise le fonctionnement de l'ensemble.
? Traille téléphérique : un câble porteur est tendu de manière
permanente en travers d'une section de rivière. Il permet le
déplacement d'un chariot équipé d'un câble électro-porteur sur lequel
est fixé un saumon. Le tout est piloté depuis la berge à l'aide d'un treuil
complète10 ou partielle selon les conditions de sécurité attachées au
type d'écoulement et le matériel utilisé. Le jaugeage peut être fait :
? en profondeur de façon ponctuelle à l?aide d?appareils submersibles
appelés généralement vélocimètres (moulinets, courantomètres,
cf. § 4.4) qui vont permettre de réaliser des mesures de vitesses en
différentes profondeurs sur plusieurs verticales de la section ;
? en profondeur de façon quasi-continue spatialement à l?aide de
profileurs de vitesses (ADCP, cf. § 4.5) qui établissent un maillage fin du
champ de vitesses ;
? en surface seulement lorsque les conditions hydrauliques ne
permettent pas l?intrusion de matériel dans l?écoulement (cf. § 4.6).
Chaque mode d?exploration est décrit dans les paragraphes suivants. Ils
reposent tous sur le choix initial d?une section de mesure, pour lequel
des critères communs peuvent être définis (cf. Figure 4.1).
Les dimensions géométriques de la section de mesure doivent être aisément
mesurables et l?écoulement doit y être contenu. La section de mesure doit
être de préférence perpendiculaire à l?écoulement. Le linéaire de rivière dans
lequel s?inscrit la section de jaugeage doit être le plus rectiligne possible. La
section de mesure doit être éloignée de tout rétrécissement / élargissement
ou obstacle, naturel ou artificiel, engendrant des perturbations hydrauliques.
L?écoulement doit être fluvial et non torrentiel (cf. § 2.1). Visuellement,
l?écoulement doit être uniforme sur une distance suffisamment longue en
amont et en aval. Les zones d?eaux mortes, les écoulements sous-berge et
les courants de retour sont à éviter. Si ce n?est pas possible, la mesure doit
être effectuée rigoureusement en tentant de réduire les erreurs que ces
conditions peu favorables impliquent et en notant les phénomènes observés
qui seront utiles lors du dépouillement.
La section ne doit pas présenter de fortes disproportions horizontales
et verticales. Le meilleur compromis entre profondeurs et vitesses
suffisantes, y compris à l'étiage, est recherché.
Des petits aménagements limités et réversibles peuvent être faits
sur la section : petites digues afin de canaliser les écoulements et/ou
10. Il subsiste toujours des zones où les vitesses ne sont pas mesurées
FIGURE 4.1 : ILLUSTRATION D?UNE BONNE SECTION
DE JAUGEAGE (IRSTEA)
Vz
Vx
Vy
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer28
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
électrique la plupart du temps. Ce type d'équipement renforce encore
la sécurité par rapport à un camion jaugeur. Il est cependant coûteux,
reste attaché à un seul site et il peut y avoir un risque de rupture de
câble lorsque les vitesses sont fortes en présence de corps flottants.
? Solution mixte perche sur potence : certains dispositifs « maison »
permettent de monter une perche profilée (20*40 mm ou 75*35 mm) sur
une potence munie de galets de guidage.
4.4.2 Maillage de la section et choix des verticales
Le principe est de répartir dans la section des verticales successives, dans la
profondeur desquelles des mesures de vitesses sont effectuées (cf. Figure
4.2). La localisation des verticales, le nombre de mesures par verticale,
leur localisation dans la profondeur et le temps de mesure doivent être
déterminés avec soin.
En règle générale, plus le nombre de mesures est élevé, plus la
qualité du jaugeage est bonne, sauf lors de variations rapides du
niveau. Un temps de mesure réduit permet, dans ce cas précis, de
rattacher plus facilement une cote au jaugeage effectué. Pour des
raisons opérationnelles, il s?agit pourtant de trouver un compromis entre
le temps de mesure et sa précision.
Les verticales doivent être choisies en tenant compte des variations
de profondeurs et de vitesses au sein de la section. En effet, les
mesures effectuées sur chaque verticale sont appliquées sur une
largeur à droite et à gauche de cette verticale. Plus l?écartement
entre deux verticales est grand, plus cette zone « d?application » est
importante. Par conséquent, plus la section présente une topographie
et un écoulement réguliers, plus l?espacement des verticales est
envisageable. Inversement, plus le champ de vitesses et/ou le fond
du lit est irrégulier, plus les profils doivent être rapprochés. Plus la
section choisie présente un écoulement régulier, plus le jaugeage est
aisé et rapide.
La figure 4.3 donne des repères utiles sur le nombre de verticales Ã
réaliser en fonction de la largeur du cours d?eau. La connaissance de
la section et des écoulements permet au jaugeur de se positionner
au mieux au sein de cette enveloppe.
Selon la même logique, placer les verticales extrêmes le plus près
possible des bords de la section permet de minimiser l?extrapolation
sur les bords.
Verticale
Rive
droite
Rive
droite
Rive
gauche
Rive
gauche
Position
courantomètre
Position
courantomètre
FIGURE 4.2 : PRINCIPE DU MAILLAGE DE LA SECTION (IRSTEA) - MESURE À 3 POINTS PAR VERTICALE
Chapitre 4 ? Jaugeage
29
Afin de mieux décrire la bathymétrie d?une section sans augmenter la
durée de la mesure, il est intéressant d?intercaler entre les verticales du
jaugeage des verticales où seule la mesure de profondeur est réalisée
(méthode dite d?ajout de lame d?eau décrite en bonus).
Les verticales de mesures peuvent être réalisées soit en mesurant
ponctuellement la vitesse de l?écoulement en quelques endroits bien
choisis de la verticale (méthode « point par point » décrite ci-dessous)
soit en mesurant une vitesse intégrée sur la verticale (méthode « par
intégration » décrite en bonus).
Lorsque le jaugeage est effectué selon la méthode « point par point »,
le nombre de points par verticale doit tenir compte à la fois de la
profondeur, des variations verticales des vitesses et du matériel de
mesure utilisé. Là aussi, il est quasiment impossible de définir une
règle. Les principes suivants peuvent toutefois être suivis :
? répartir les points sur la verticale avec des mesures plus nombreuses
dans la moitié basse ;
? rapprocher les points en cas de fort gradient vertical des vitesses.
Si l?écart entre deux points successifs est trop grand, ne pas hésiter Ã
effectuer une mesure intermédiaire ;
? éviter les verticales avec un unique point de mesure, sauf cas particuliers
(débit à la marge dans les zones d?eau de faibles profondeurs) ou pour
des raisons de sécurité (mesure de la seule vitesse de surface en crue) ;
? rapprocher le plus possible les mesures haute et basse respectivement
de la surface et du fond, afin de minimiser les extrapolations.
Le matériel utilisé a également son importance. Pour le moulinet par
exemple, la distance au fond et à la surface ne peut pas être inférieure
au rayon de l?hélice. De même, l?écart entre deux mesures successives
ne peut pas être inférieur au diamètre du moulinet (superposition des
zones de mesures).
Les règles suivantes, issues de la norme ISO 748, donnent des repères
particulièrement utiles pour les verticales à faibles profondeurs pour
lesquelles se posent le plus de questions quant au positionnement
des mesures :
? verticale à un point : mesure à 40 % du fond ;
? verticale à deux points : mesures à 20 % et 80 % du fond ;
? verticale à trois points : mesures à 20 %, 40 % et 80 % du fond.
Le calcul de la vitesse moyenne à partir de 1, 2 ou 3 points de mesure par
verticale se fait alors par un calcul algébrique, et non par une intégration
des vitesses sur la profondeur.
La durée de la mesure en un point ne doit pas être inférieure à 30
secondes pour prendre correctement en compte la pulsation de
l?écoulement. Lorsque le vélocimètre est utilisé sur un saumon monté
sur potence, camion jaugeur ou traille téléphérique, des corrections
d'angles sont parfois nécessaires :
? angle formé entre la verticale et le câble support lorsque le
saumon est entraîné vers l'aval. La profondeur étant mesurée sur le
déroulement du câble, il faut corriger la mesure de profondeur lue
sur le compteur ;
5 10 15 20 25 30 35 40 45
4
0
8
12
16
20
Largeur de la section (m)
Écoulement hétérogène
Écoulement homogène et régulier
No
m
br
e
de
v
er
tic
ale
s
FIGURE 4.3 : COURBE ENVELOPPE DES PRATIQUES OPTIMALES POUR LE NOMBRE DE VERTICALES À RÉALISER (CHARTE QUALITÉ HYDROMÉTRIE, 1998)
L'écoulement homogène et régulier correspond à des conditions qui s'approchent de celles d'un canal. L'écoulement hétérogène correspond à une situation d'un fond
irrégulier. Pour un chenal d'écoulement homogène et régulier de 20 mètres de large, 9 verticales suffisent à bien définir le débit. Pour la même largeur mais pour un
chenal d'écoulement hétérogène, il faudrait 15 verticales.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer30
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? angle horizontal formé entre l'axe du chenal d'écoulement et l'axe
du saumon. Les vitesses d'écoulement ne sont en effet pas toujours
parallèles à l'axe du chenal.
Enfin, selon les capteurs et les modèles, les mesures de vitesses sont
soit automatiquement enregistrées, soit notées par un opérateur autre
que le jaugeur sur une fiche de jaugeage.
4.4.3 Moulinet
Le principe physique est mécanique : un moulinet muni d'une hélice
est introduit perpendiculairement à la section de mesure (Figure 4.4).
Le courant met l'hélice en rotation. Une impulsion électrique étant
émise à chaque tour de l?hélice et la durée de la mesure étant fixée
par l?opérateur, la vitesse moyenne de rotation ? sur la durée de la
mesure est alors connue. La vitesse de l?écoulement V est déduite
via la loi d?étalonnage du moulinet. Il a été démontré (Rateau 1898)
que cette dernière était de forme hyperbolique. En pratique, les
constructeurs découpent l'hyperbole en 2 ou 3 segments de droite.
Pour un segment, l?équation suivante s?applique :
FIGURE 4.4 : JAUGEAGE À LA PERCHE ? POINT PAR POINT (EDF-DTG)
Le jaugeur est positionné face au courant, légèrement en aval de la section de mesure pour ne pas perturber les vitesses mesurées, la perche est devant lui et orientée
vers l?amont perpendiculairement à la section et non en fonction des lignes de courant préférentielles si elles ne sont pas perpendiculaires au transect.
V : vitesse de l?écoulement [m/s]
? : vitesse de rotation de l?hélice [nb trs/s]
a et b : coefficients d?étalonnage du moulinet
N1 et N2 sont les limites de validité de l'équation du segment
[tours/s]
La loi d?étalonnage est fournie par le constructeur à la livraison. Il a été
constaté que cette dernière variait très peu pour un type de moulinet et un
type d'hélice associée. Elle ne varie pas non plus dans le temps à condition
que le matériel soit entretenu rigoureusement (lubrification, nettoyage
de l?axe, changement des roulements à billes). La vérification de la
libre rotation est indispensable avant chaque utilisation. La vérification
périodique de la courbe de ralentissement dans l'air et le remplacement,
le cas échéant des pièces défectueuses garantit la validité de la loi
d'étalonnage. L?entretien des moulinets est décrit dans un bonus.
L'utilisation d'un moulinet sur un support différent de celui sur lequel il a été
étalonné (perche 20*40 mm au lieu d'un saumon de 80 kg par exemple)
créé un biais de l'ordre de quelques pour cent.
!POINT D?ATTENTION
V = a ?+b N1 < ? < N2
Chapitre 4 ? Jaugeage
Équation 4.2 :
31
Chaque hélice possède une gamme de vitesses pour laquelle la mesure
est optimale selon sa taille et son pas (distance virtuelle d?avancement
de l?hélice en un tour complet). Pour cette raison, il faut disposer d'un
ensemble d?hélices pour couvrir toute la gamme de vitesses à jauger. Tout
un panel d?hélices existe, de taille, pas et matériaux (plastique, métal)
différents. L'emploi d'une hélice lourde implique d'attendre la stabilité de
la rotation avant de déclencher la mesure, puisqu'elle atteint moins vite
sa vitesse nominale et de rallonger le temps d'intégration, car elle est
moins réactive aux variations de vitesse.
Pour que l'incertitude sur la mesure de vitesse reste inférieure à 1 % au
seuil de confiance de 95 %, la vitesse mesurée ne doit pas être inférieure
à la valeur du pas de l'hélice divisé par 2. Par exemple, une hélice au pas
de 0,05 m ne doit pas être utilisée pour une vitesse inférieure à 2,5 cm/s.
Considérant que la résolution des compteurs est de ± 1 tour, l?hélice choisie
et le temps de mesure retenu doivent permettre au moins 100 rotations,
afin que l?incertitude de résolution soit de l?ordre de 1 %.
!POINT D?ATTENTION
Le moulinet peut être déployé sur une perche : l?opérateur jauge alors Ã
pied dans la rivière (cf. Figure 4.4) ou depuis un pont ou une passerelle
(rallonge de perche). Lorsqu?un jaugeage à la perche est impossible Ã
cause de vitesses ou de hauteurs trop élevées, le moulinet est fixé sur un
saumon, lui-même relié à un câble et déployé depuis un camion jaugeur
situé sur un pont ou depuis une traille téléphérique fixe (cf. Figure 4.5).
Avec un vaste panel d?hélices et un système de déploiement par camion
jaugeur, la technique du moulinet permet de jauger une gamme étendue
de vitesses. Il faut habilement jongler avec les différentes hélices pour
s?adapter au mieux aux vitesses à jauger. Dans le cas de fortes vitesses
une hélice qui offre moins de résistance à l?écoulement est à privilégier
et l?inverse pour mesurer des faibles vitesses.
Du fait de son caractère intrusif, il est plus difficile voire dangereux de
déployer un moulinet en crue. C?est parfois impossible lorsque le saumon,
malgré sa masse et son profil hydrodynamique, ne parvient pas à pénétrer
l?écoulement.
!POINT D?ATTENTION
4.4.4 Courantomètre électromagnétique
Dans le capteur immergé, une bobine d?induction crée un champ
magnétique entre deux électrodes fixes. Le déplacement de l?eau,
conductrice, dans ce champ magnétique, produit une tension induite
proportionnelle à sa vitesse (principe de Faraday). Cette tension
induite est traitée par l?électronique du boîtier de mesure qui fournit
à l?opérateur la vitesse moyenne sur la durée de mesure.
Le capteur est fixé sur une perche (cf. Figure 4.6) et déployé à pied
dans la rivière ou depuis un pont. La mesure doit être réalisée comme
pour un moulinet. Le montage sur saumon pour un jaugeage avec de
fortes profondeurs n?est pas possible. La méthode de jaugeage est
celle du « point par point ».
Contrairement au moulinet et comme pour le courantomètre
acoustique, le capteur est le même pour toute la gamme de vitesse
qui varie selon le constructeur. La mesure des faibles vitesses (en
dessous de 5 cm/s par exemple) est en théorie possible. Certains
modèles comportent un capteur de pression qui mesure la profondeur
d?immersion du capteur, permettant ainsi de le positionner. Il est
toutefois nécessaire de contrôler régulièrement cette mesure.
La pratique de l?étalonnage n?est pas systématique. Certains
constructeurs proposent des étalonnages périodiques pour s?assurer
que le capteur ne dérive pas dans le temps.
Le courantomètre ne doit pas être utilisé à proximité de substances
ferreuses (armature de béton) qui perturbent l?appareil. Les
courantomètres électromagnétiques étant sensibles à la température, ils
doivent être immergés quelques minutes avant le début du jaugeage.
!POINT D?ATTENTION
FIGURE 4.5 : MONTAGE D'UN MOULINET SUR PERCHE À GAUCHE ET SUR SAUMON À DROITE (DREAL NORMANDIE, DREAL CENTRE VAL DE LOIRE)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer32
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
4.4.5 Courantomètre acoustique
Le capteur immergé émet une onde acoustique de fréquence f en
direction de deux cellules de mesure dans l?écoulement. Cette onde
est réfléchie par les particules en suspension contenues dans les
cellules. Le capteur reçoit en retour cette onde réfléchie et mesure sa
fréquence f? qui est plus élevée que f car les particules en suspension
se rapprochent du capteur : c?est l?effet Doppler. La différence entre f
et f? est proportionnelle à la vitesse d?écoulement :
FIGURE 4.7 : DEUX MODÈLES DE COURANTOMÈTRES ACOUSTIQUES (FLOWTRACKER DE SONTEK ET ADC DE OTT)
FIGURE 4.6 : UN MODÈLE DE COURANTOMÈTRE ÉLECTROMAGNÉ-
TIQUE (MF PRO DE OTT) : CAPTEUR ET BOÃŽTIER
V : vitesse de l?écoulement [m/s]
? : angle entre la direction de l?écoulement et la direction de la
mesure (cos ? = 1 si l?appareil est bien positionné dans l?axe de
l?écoulement) [°]
C : Célérité des ondes sonores dans l?eau [m/s] (C vaut environ
1500 m/s)
f : fréquence de l?onde émise [Hz]
f? : fréquence de l?onde reçue [Hz]
L?analyse de deux cellules permet la mesure de deux composantes
Vx et Vy de l?écoulement.
À noter que certains appareils sont munis de trois céramiques et
mesurent trois composantes de vitesse.
Le capteur est fixé sur une perche (cf. Figure 4.7) et déployé à pied
dans la rivière ou depuis un pont ou une passerelle. La mesure doit
être réalisée comme pour un moulinet. Le montage sur saumon pour
un jaugeage avec de fortes profondeurs n?est pas possible. La méthode
de jaugeage est celle du « point par point ».
Ce courantomètre nécessite la présence de MES dans l?écoulement. Les retours
d?expérience montrent toutefois que la mesure demeure presque toujours
possible, y compris dans des eaux très faiblement chargées. La présence de
micro-bulles d?air dans l?écoulement (typiquement à proximité d?une chute)
est en revanche une source fréquente de perturbation de la mesure, l?onde
acoustique émise se réfléchissant également sur ces micro-bulles.
Chapitre 4 ? Jaugeage
Les courantomètres acoustiques étant sensibles à la température, ils
doivent être immergés quelques minutes avant le début du jaugeage.
!POINT D?ATTENTION
V cos ? = C (f-f')
f
Équation 4.3 :
33
4.5. Exploration quasi complète du champ de vitesses -
profileur acoustique de vitesse (ADCP)
L?adaptation pour les mesures en rivière du profileur de vitesse à effet
Doppler (ADCP) à la fin du XXe siècle, a constitué un saut technologique
de premier plan pour l?hydrométrie. Ce type de profileur permet une
exploration plus complète du champ des vitesses sans qu'elle puisse
toutefois être qualifiée de complète. En effet, les mesures élémentaires
de vitesse doivent être agrégées en cellules pour tenir compte des
effets pulsés de l'écoulement et les zones proches du fond et de la
surface restent inexplorées.
Le livre « Mesures hydrologiques par profileur Doppler » (Le Coz et al.
2008) constitue l?ouvrage de référence en France sur cette méthode
de jaugeage. Il est vivement conseillé de s?y référer pour compléter
les premières notions exposées ci-dessous.
L?appareil possède plusieurs transducteurs émettant, indépendamment
les uns des autres, des ondes acoustiques. Celles-ci sont émises à une
fréquence élevée sous la forme d?un ensemble de tirs appelé salve
(ping) et verticalement depuis la surface vers le lit de la rivière.
L?analyse du signal réfléchi sur le fond permet de déterminer la
profondeur (via le délai entre l?émission et la réception) et la vitesse de
déplacement de l?ADCP par rapport au fond (effet Doppler, cf. équation
4.3). L?analyse du signal réfléchi sur les MES permet de déduire la
profondeur de ces MES et la vitesse de l?écoulement à cette profondeur
(cf. Figure 4.8).
La traversée de la section par l?ADCP permet la mesure de sa
géométrie et du champ des vitesses. Le tout est alors représenté par
une mosaïque de cellules dans la section (cf. figure 4.9). Le champ
de vitesses mesuré n?est toutefois pas complet. Les mesures ne sont
pas possibles sur deux zones « aveugles », une en surface et une Ã
proximité du fond. Les vitesses dans ces zones non explorées sont
extrapolées par le logiciel de l?ADCP. Dans ces zones non mesurées,
le débit extrapolé ne doit pas excéder 30 % du débit total pour une
mesure convenable. S?il dépasse 50 % il est nécessaire de s?assurer
de la validité des extrapolations et donc du jaugeage. Il est possible
de réduire la zone « aveugle » de surface en déjaugeant de quelques
centimètres le support de l?ADCP, le capteur doit alors rester bien
immergé pendant toute la traversée, en particulier en crue si son
support s?incline sous l?effet des fortes vitesses.
Si les premiers modèles étaient cantonnés aux jaugeages sur les rivières
larges et profondes ou seulement en période de crue, des modèles
permettent depuis de jauger avec des hauteurs d?eau bien plus faibles
(à partir de 50 cm), donc sur davantage de rivières et pendant une plus
grande partie de l?année. Certains modèles proposent en un seul appareil
une gamme d?utilisation étendue.
Les capteurs ADCP étant sensibles à la température, ils doivent être
immergés quelques minutes avant le début du jaugeage.
Les opérateurs ont à disposition un ordinateur équipé d?un logiciel permettant
f0 f0 + df
ADCP
Vitesse d?écoulement
Matières en suspensions
FIGURE 4.8 : SCHÉMA DU PRINCIPE ACOUSTIQUE DE L?ADCP ET DEUX MODÈLES : LE RIO GRANDE (RDI INSTRUMENTS) ET LE M9 (SONTEK)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer34
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Distance parcourue (m)
0 4020 60
4
3
2
1
0
Pr
of
on
de
ur
(m
)
Vitesse cellule (m/s)
0 1 2 3
FIGURE 4.9 : JAUGEAGE À L?ADCP (ORNE À GRIMBOSQ, NORMANDIE, 165 M³/S).
Les zones « aveugles » en surface et au fond sont bien visibles. Elles représentent 25 % du débit sur ce jaugeage. Sur ce site jaugé en crue uniquement depuis un pont,
la concentration des écoulements dans les trois arches du pont et les deux zones de vitesses plus faibles dans le sillage des piles sont bien visibles.
de configurer les modes d?acquisition, d?acquérir et de visualiser les
données brutes collectées11 et de tester le bon fonctionnement de la
chaîne de mesure. Un premier opérateur paramètre et suit l?acquisition
sur l?ordinateur pendant que le second se charge de réaliser les traversées.
L?ADCP est maintenu en surface sur une embarcation12 qui effectue des
traversées de rivière. La vitesse de déplacement de l?embarcation doit
être d?autant plus faible que la mesure attendue est précise et que les
vitesses d?écoulement sont faibles. Une pratique répandue consiste Ã
maintenir une vitesse de déplacement nettement inférieure à celle de
l?écoulement. L?ADCP mesurant sa propre vitesse par rapport au fond
et puisqu'il est doté d'inclinomètres et d'un compas pour corriger la
verticalité, la mesure du débit est totalement indépendante du trajet
suivi. Contrairement aux autres modes de jaugeages présentés jusqu?ici,
un jaugeage réalisé sur une section de mesure non perpendiculaire Ã
l?écoulement ne nécessite pas une reprise du calcul de débit par une
correction trigonométrique.
Il est toutefois conseillé de réaliser les jaugeages sur des sections
perpendiculaires à l?écoulement afin de pouvoir calculer les paramètres
géométriques tels que la section mouillée, le périmètre mouillé, le
rayon hydraulique, la vitesse débitante, etc. Ces paramètres sont ensuite
comparés à ceux provenant de jaugeages effectués avec d?autres
techniques ou des données topographiques connues de la section jaugée.
L?embarcation support de l?ADCP (types de support, attaches, tenue au
courant, systèmes de dérives, etc.) conditionne son bon déploiement.
Elle fait l?objet d?un chapitre spécifique dans l?ouvrage de référence
« Mesures hydrologiques par profileur Doppler ».
Il est impératif de réaliser plusieurs traversées afin de disposer
d?un échantillon conséquent de mesures. La précision finale du
jaugeage vient de la profusion des mesures. La répétabilité du débit
jaugé constitue un bon indice de sa qualité. Le protocole de mesure
couramment admis consiste à retenir6 valeurs dont l'écart à la valeur
moyenne reste inférieur à une valeur qui dépend des conditions de
mesure. En général, on retient plus ou moins 10 %. Si le sens de
réalisation des jaugeages (rive gauche vers rive droite ou inverse) met
en évidence des écarts systématiques dans le débit mesuré, cela peut
être dû à la qualité de certains réglages comme celui du compas, ou au
type d'embarcation utilisé. Dans ce cas, il est très important de réaliser
le même nombre de traversées dans les deux sens. Des procédures
de réglages sont fournies par le constructeur.
Autre précaution préalable au démarrage des mesures : contrôler la
présence éventuelle de transport solide sur le fond de la rivière. L?ADCP
prenant comme référence le fond du lit pour calculer la vitesse de
l?écoulement, il mesure des vitesses plus faibles, en cas de dérive
du fond, ce qui a pour effet de sous-estimer le débit. Une vérification
simple est d?effectuer avec l?ADCP une acquisition sur un aller-retour
en s?attachant à revenir au point de départ. Une trajectoire calculée par
l?ADCP ne revenant pas au point de départ, mais sur un point situé plus
en amont, est révélateur soit de l?existence d?un fond mobile soit d?un
problème de compas. Une vérification complémentaire consiste alors Ã
effectuer une acquisition sur un point fixe et de constater si la trajectoire
de l?ADCP reste elle aussi fixe ou si elle dérive progressivement vers
l?amont.
Le transport solide étant fréquent en crue, voire systématique sur certaines
rivières, ces vérifications sont essentielles pour ne pas rater ces opportunités
de jaugeages en crue rares et donc précieuses.
!POINT D?ATTENTION
En cas de transport solide avéré, la mesure peut être corrigée :
? dans l?idéal, par une mesure simultanée de la position de l?ADCP par
un GPS embarqué. Sur les derniers modèles d?ADCP, l?option GPS est
généralement prévue et son intégration dans la chaîne de calculs est
automatique. Sur les modèles plus anciens, les mesures de l?ADCP sont
corrigées a posteriori avec les données issues du GPS. L?utilisation d?un
GPS ne peut se faire que si le compas de l?ADCP est parfaitement calibré ;
Chapitre 4 ? Jaugeage
11. Profondeurs, vitesses moyennes, importance des zones « aveugles », etc.
12. Bateau motorisé, drisse motorisée ou support flottant guidé manuellement ou téléguidé
35
? en l?absence de GPS, en réalisant une correction de fond mobile,
soit selon la méthode de l?aller-retour sur point fixe, qui donne une
estimation de la dérive moyenne sur l?ensemble de la traversée
(nécessite une calibration du compas), soit selon la méthode de la
position fixe (recommandée en cas de défaillance du compas).
4.6. Exploration partielle du champ des vitesses
Mesurer le débit des rivières en crue avec les méthodes classiques
d'exploration du champ des vitesses est difficile, voire impossible. En effet,
les crues sont des événements non stationnaires dont la cinétique peut
être plus rapide que la durée d?un jaugeage. De plus, les crues impliquent
des conditions d?écoulements extrêmes, avec de très fortes vitesses et de
nombreux débris flottants. Dans ces conditions, il est inconcevable pour un
opérateur d?accéder à la rivière et il est également dangereux de mettre des
appareils de mesure dans l?eau. Il apparaît donc un besoin de mesurer le débit
en crue dans un laps de temps court qui minimise le contact avec la rivière.
Les mesures non intrusives, jaugeages aux flotteurs, par radar de vitesse de
surface ou par analyse d?images, répondent à cette exigence de rapidité et
de sécurité et permettent d?accéder à la vitesse de surface des écoulements Ã
une section donnée. Pour calculer le débit, il faut alors connaître la bathymétrie
de la section et déduire la forme de la distribution verticale des vitesses Ã
partir des mesures effectuées en surface. Des mesures complémentaires
sont nécessaires : relevés topographiques pour la bathymétrie et jaugeages
complémentaires pour la distribution verticale des vitesses. Ces mesures
additionnelles ne peuvent pas être réalisées pendant les crues et il faut donc
faire l?hypothèse de la représentativité des mesures réalisées avant ou après
les événements de crue, avec l?incertitude ou le biais que cela peut engendrer.
Vu les incertitudes associées aux mesures non intrusives (cf.paragraphe
4.8), elles sont réservées aux écoulements en crue et ne peuvent pas
remplacer l?hydrométrie traditionnelle. Elles sont un complément dans la
boite à outils de l?hydromètre lui permettant d?accéder à des jaugeages en
conditions extrêmes.
!POINT D?ATTENTION
4.6.1 Analyse d?images
L'analyse d'images, également appelée LSPIV (Large-Scale Particle
Image Velocimetry), permet de mesurer le champ 2D de vitesses en
surface d'un écoulement à condition que des traceurs visibles, tels que
des particules solides (débris végétaux, petits flottants, etc.), des bulles
ou des figures de turbulence soient advectés avec l'écoulement. La
LSPIV a été utilisée pour estimer des débits de rivières d'échelles très
différentes, des étiages aux fortes crues ainsi que pour améliorer les
courbes de tarage en régimes hydrauliques normaux. La LSPIV ne peut
être mise en oeuvre de nuit, en cas de brouillard, ou si des obstacles
ou salissures gênent le capteur (cf. Figure 4.10). En contrepartie de ces
limitations techniques, le matériel est peu coûteux et facile à déployer.
FIGURE 4.10 : CAMÉRA À JAUGAC SUR LE LIGNON, BASSIN
VERSANT DE L?ARDÈCHE (IRSTEA)
JAUGEAGE À L'ADCP (DREAL AUVERGNE-RHÔNE-ALPES)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer36
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
FIGURE 4.11 : ÉTAPES POUR UNE MESURE DE DÉBIT PAR ANALYSE
D?IMAGES (EDF-DTG)
Enregistrement d?image
Une séquence d?images horodatées de l?écoulement doit être
enregistrée. L?intégralité de la largeur de la rivière, autour de la section
d?intérêt, doit être visible sur les images. Un enregistrement stable
d?au moins 10 secondes doit être réalisé. La localisation, la date et
l?heure de l?enregistrement ainsi que la fréquence d'enregistrement
des images doivent être connues précisément. Un tronçon de rivière
avec un fond dur et stable qui sera peu modifié pendant la crue du
fait de l?érosion ou de la sédimentation est préférable. Les reflets,
scintillations et ombres portées sur la surface de l?eau sont à éviter. La
pluie et la neige ne sont pas un problème, du moment que l?objectif
reste propre.
Ortho-rectification
Une correction géométrique des images (ortho-rectification) est
nécessaire pour s'affranchir des effets de distorsion de perspective.
Afin de réaliser cette correction, des points remarquables doivent être
identifiés tels que du mobilier urbain, des bâtiments, des ponts, des
arbres caractéristiques, des rochers reconnaissables, etc. Ces points
doivent être clairement visibles sur les images, et leur position doit
pouvoir être relevée avec un appareil de topographie au moment de
la prise de vue, ou a posteriori. Cette seconde solution est à privilégier
afin de garantir la sécurité des agents. Il faut alors s?assurer que ces
points n?ont pas bougé entre le moment de la prise de vue et le
moment du relevé topographique.
Calcul du champ de vitesses de surface
Le déplacement des traceurs de l'écoulement sur les images ortho
rectifiées est calculé grâce à une analyse statistique en corrélation des
motifs. Connaissant la bathymétrie d'une section en travers et supposant
un modèle de distribution verticale de vitesses, l'estimation du débit
peut être déduite à partir du champ de vitesses LSPIV.
Les jaugeages par analyse d?images peuvent être conduits de façon
ponctuelle et mobile (caméra ou appareil photo déployé sur un trépied)
ou en station fixe (caméra fixée à demeure, type vidéo surveillance).
4.6.2 Radar de surface
Le radar vélocimétrique (SVR) est équipé d?un capteur qui émet des
impulsions électromagnétiques très courtes, et interprète ensuite le signal
retour pour déterminer une vitesse ponctuelle de surface (cf. Figure 4.12).
Pour que le retour de signal soit bon, la surface de l?écoulement doit
présenter une rugosité suffisante (vaguelettes, débris, turbulences). Les
variations de hauteur d?eau pendant les mesures sont à surveiller. Dans
certaines conditions de pluies fortes, le radar mesure la vitesse des gouttes.
Le vent peut également perturber le champ de vitesses de surface.
Cette technique est pratiquée le plus souvent depuis un pont
perpendiculaire à la rivière, en visant vers l?amont ou l?aval en fonction
de l?écoulement. Le côté qui semble le moins perturbé est à privilégier.
Il peut aussi être réalisé depuis une berge en veillant à bien mesurer
les angles de visée successifs. Pour explorer le champ de vitesses
de surface, le capteur est déplacé le long du pont par verticales
successives. Le capteur est incliné vers l?écoulement (typiquement
à 45°) mais cet angle peut varier suivant la configuration du site.
Dans tous les cas le fonctionnement de l?inclinomètre doit être
contrôlé et validé. L?utilisation d?un trépied de photographe permet
1. EN REGISTREMENT D'UNE SÉQUENCE D'IMAGES HORODATÉES
AVEC DES POINTS REMARQUABLES
2. ORTHORECTIFICATION DES IMAGES
3. MESURES
DES VITESSES
DE SURFACE
Chapitre 4 ? Jaugeage
37
un déploiement aisé de l?instrument. Vu la variabilité des débits de
crue, il est conseillé d?effectuer une première série de mesures dans
un sens puis une seconde en intercalant des verticales entre celles de
la première série.
4.6.3 Calcul du débit
Le champ de vitesses de surface est dépouillé avec un logiciel de jaugeage.
La bathymétrie réalisée avant ou après le jaugeage, et raccordée à la lecture
de l?échelle le jour du jaugeage est exploitée pour connaître la profondeur
au droit de chaque mesure. La vitesse de surface mesurée est pondérée
par un coefficient de vitesse. La valeur de ce coefficient peut être calculée Ã
partir de comparaisons de jaugeages sur le site, ou à partir de la norme ISO
748 qui propose des coefficients de 0,84 à 0,9 en fonction de la rugosité du
fond de la rivière. Le tableau 4.1 donne des indications complémentaires
pour le choix de ce coefficient.
4.6.4 Techniques historiques
L'exploration partielle du champ de vitesse peut être réalisée à partir des
vélocimètres classiques notamment les moulinets à partir d'un camion
jaugeur situé sur un pont ou d'une traille téléphérique. Si le temps
d'exposition des personnels et du matériel aux risques liés à l?entraînement
du matériel immergé par les corps flottants s'en trouve considérablement
réduit lors des crues, il n'en est pas pour autant totalement annulé. Elle n'est
donc plus à privilégier. Le flotteur et le chronomètre restent des instruments
de dernier recours pour mesurer les vitesses de surface. La technique de
jaugeage au flotteur est décrite dans le guide technique - Police de l?eau :
« Contrôle des débits réglementaires » (Le Coz et al. 2011).
FIGURE 4.12 : DEUX TYPES DE RADAR DE SURFACE : LE SVR
STALKER PRO II (EDF) ET LE SVR (DECATUR) (IRSTEA)
TABLEAU 4.1 : INDICATIONS DE COEFFICIENTS DE VITESSE EN
FONCTION DU TYPE D?ÉCOULEMENT
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer38
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Type d'écoulement Coefficient
de vitesse
Valeur par défaut (écoulement uniforme, rugosité
moyenne)
0,86
Valeur extrême basse : écoulement non uniforme,
torrents
0,60
Écoulement rugueux : faibles hauteurs d?eau, fond
rugueux, rivière de piémont
0,80
Valeurs usuelles 0,84 ? 0,88
Écoulement lisse : fortes hauteurs d?eau, fond lisse,
canaux bétons, grands fleuves
0,91
Valeur extrême haute : écoulement non uniforme,
influence d?un ouvrage
1,20
4.7. Dilution d'un traceur
Cette méthode de mesure offre une alternative intéressante aux méthodes
de mesure classiques par exploration du champ des vitesses, lorsque la
section des cours d?eau varie rapidement, lorsque la turbulence est forte, ou
encore lorsqu?il est dangereux de procéder selon les méthodes classiques
notamment lors des crues.
Couramment utilisée en zone de montagne, son utilisation pourrait être
étendue à d?autres secteurs géographiques répondant à ces critères.
La bonne qualité des jaugeages qui en ressort et les conditions de mise
en oeuvre plus sécurisantes que certaines méthodes par exploration en
profondeur du champ des vitesses constituent certains de ses avantages.
!POINT D?ATTENTION
4.7.1 Principe
Cette méthode repose sur un principe universel de la physique : la
conservation de la masse. Il existe deux méthodes de jaugeages par
dilution : par injection à débit constant et par injection instantanée (appelée
également méthode globale). Le principe de base consiste à injecter un
traceur en solution en un point du cours d?eau, et à contrôler l?évolution de la
concentration de ce traceur dans une section située à l?aval. Quelle que soit
la méthode utilisée, les trois conditions suivantes doivent être respectées :
? le régime de la rivière doit être permanent pendant toute la durée
de la mesure ;
« PREMIER JAUGEAGE PAR DILUTION » OEUVRE DE JEAN THIEBAUX (ORSTOM ET EDF-DTG)
? il ne doit y avoir ni perte ni apport de traceur entre les points d?injection
et de prélèvement ;
? la condition de bon mélange doit être vérifiée : la concentration de la
solution injectée doit être uniforme sur la largeur de la rivière au point
de prélèvement.
En cas d?apports intermédiaires entre le point d?injection et le point de
prélèvement, le débit mesuré est représentatif du débit au point de
prélèvement.
4.7.2 Types de traceurs utilisés
Les traceurs utilisés par les hydromètres français sont les traceurs fluorescents
(Rhodamine Water Tracing et l?uranine-fluorescéine) et le NaCl (sel de
cuisine fin permettant une bonne dissolution). Si le principe reste le même
quel que soit le traceur utilisé, le mode opératoire et le matériel mis en
oeuvre diffèrent. Du fait de la simplicité de sa mise en oeuvre, l?utilisation du
NaCl est la plus répandue, mais la gamme de débit mesurable est limitée
(inférieure à 1 m³/s) pour des raisons pratiques (masse de sel à dissoudre
et injecter). Pour les débits moyens et forts, les traceurs fluorescents doivent
être mis en oeuvre.
Lors de l?achat des traceurs, il est indispensable de demander aux
fournisseurs la fiche de sécurité du produit. Celle-ci permet aux agents de
prendre connaissance des précautions à suivre pour eux-mêmes (port des
équipements de protection individuel) et pour le milieu (concentration Ã
respecter).
Chapitre 4 ? Jaugeage
39
4.7.3 Méthode par injection à débit constant
Une solution de concentration C1 d?un traceur est injectée à débit constant q
dans une section située à l?entrée du bief de mesure. Dans une section située
à l?aval de ce bief, la concentration est mesurée pendant un temps suffisant
et en un nombre de points suffisants, pour permettre de vérifier d?une part,
qu?un bon mélange est obtenu, et d?autre part que la concentration C2
atteint une valeur constante. Si tout le traceur injecté passe dans la section
d?échantillonnage, le débit du traceur au point d?injection est égal à celui
qui traverse la section d?échantillonnage :
Comme C1 >> C2, on peut en déduire :
4.7.4 Méthode par injection instantanée (cf. Figure 4.13)
L?injection instantanée en un point A d?une rivière, d?un volume V [m³] d?une
solution contenant un traceur à une concentration C1 permet de connaître le
débit Q [m3/s] de cette rivière en mesurant la concentration C2 du traceur
en un point B durant le temps T [secondes] de passage du nuage :
C?2 : concentration moyenne du traceur au point B pendant le
temps T.
C?2 est déterminée par une mesure en continu de la concentration
instantanée C2, avec une fréquence d?échantillonnage de quelques
secondes, à adapter en fonction de la durée de passage du nuage.
4.7.5 Mise oeuvre sur site
La méthode de mesure par injection à débit constant reste complexe Ã
mettre en oeuvre, notamment du fait de la logistique associée au matériel
d?injection. Le choix est donc fait de ne décrire que le mode opératoire de
la méthode par injection instantanée (traceurs fluorescents et NaCl).
Les appareils de mesure mis en oeuvre avec les traceurs fluorescents et le
NaCl sont respectivement des fluorimètres et des sondes de conductivité.
Comme tout appareil de mesure, ils doivent être manipulés avec précaution
et faire l?objet de vérifications périodiques, notamment concernant la
justesse de la mesure de la température.
Afin de réduire les incertitudes de mesure, les appareils doivent être ajustés
sur site, avec l?eau de rivière, dans la gamme 0-50 µg/l pour les fluorimètres
et 0-100 mg/l pour les sondes de conductivité, en mettant en oeuvre un
protocole par ajouts dosés.
Une fois l?ajustage du ou des appareils réalisé, ceux-ci sont disposés en
différents points de la section par répétition de la mesure avec une sonde
ou avec plusieurs sondes en simultané. La réalisation des deux mesures
en rive gauche et rive droite de la section de mesure, doit se faire dans
l?écoulement, en évitant les zones d?eau morte ou de remous trop
importants. Le choix du point d?injection doit tenir compte de la longueur
de bon mélange. Certaines formules empiriques permettent d?avoir une
estimation de cette longueur. Cependant, il est préférable de la déterminer
par approche expérimentale, en réalisant une injection de fluorescéine.
L?examen visuel de la dispersion du colorant permet de déterminer s?il y a
des zones d?eau morte, et constitue une première indication sur la distance
minimale qui doit séparer les points d?injection et de prélèvement. Après
avoir bien mélangé la solution pour éviter la stratification du produit, celle-ci
peut être versée dans une veine d?eau rapide permettant un bon mélange,
en évitant les zones de ralentissement et de contre-courant. Bien rincer le
contenant afin d?être sûr d?injecter tout le produit. La quantité de traceur
à injecter est déterminée en tenant compte de la concentration moyenne
visée au point de prélèvement : 10 µg/l pour les traceurs fluorescents et
5 g/l/s pour le NaCl. Elle dépend donc du débit, du temps de passage du
0
10
20
30
40
50
Nuage d?injection
Concentration moyenne
Ajustage par
ajouts dosés
Contrôle de
l'ajustage après
la mesure
Bruit de fond
M
es
ur
e
de
fl
uo
re
sc
en
ce
(p
pb
)
Heure de mesure
15:00 15:30 16:00
FIGURE 4.13 : À GAUCHE : INJECTION INSTANTANÉE DU TRACEUR RHODAMINE WT ; À DROITE : ENREGISTREMENT DE LA CONCENTRATION
AU COURS DES DIFFÉRENTES PHASES DE LA MESURE (AJUSTAGE DES FLUORIMÈTRES, MESURE DU BRUIT DE FOND ET PASSAGE DU NUAGE
D?INJECTION), (EDF-DTG)
qC
1
= (Q+q)C
2
Q = q
C
2
C
1
Q = =
VC
1
VC
1
C'
2
T?C
2
.dt
Équation 4.4 :
Équation 4.5 :
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer40
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
nuage et de la teneur naturel en traceur du cours d'eau.
Lors du dépouillement de la mesure, qui doit être réalisé sur site, s?assurer
que les conditions suivantes sont vérifiées :
? l?écart entre les valeurs de débit issues de chacun des deux appareils
doit être inférieur à 10 %. La valeur de débit retenue est alors la moyenne
des deux mesures. Dans le cas contraire, la mesure est considérée comme
non représentative. La raison la plus probable étant que la distance de
bon mélange n?a pas été atteinte. La mesure doit alors être réitérée, en
augmentant la distance entre l?injection et le prélèvement ;
? la fluorescence mesurée doit avoir une valeur maximale comprise entre
10 et 50 µg/l, ou bien la concentration en sel doit atteindre au moins 15
mg/l de plus que la concentration initiale de la rivière. Dans le cas contraire,
réitérer la mesure en adaptant la quantité de produit injectée.
4.8. Incertitudes associées aux jaugeages
Un résultat de mesure doit s?exprimer avec une incertitude et un
intervalle de confiance. L'évaluation de l?incertitude est précieuse à la
fois pour le producteur des données hydrométriques (pour le tracé de
la courbe de tarage par exemple, cf. chapitre 5) mais également pour
l?utilisateur de la donnée pour qu?il puisse prendre des décisions en
tenant compte de ces incertitudes (dimensionnement d?un ouvrage
hydraulique, par exemple). Pour estimer cette incertitude, le jaugeur
doit bien connaître le processus de mesure, être conscient des limites
des conditions de déploiement du matériel et maîtriser les calculs qui
vont lui permettre de fournir un résultat.
L'affichage des incertitudes constitue un point d?amélioration
important pour les équipes d?hydrométrie et doit être une de leurs
priorités. Si les bonnes pratiques décrites dans ce guide sont une base
commune visant à réduire une partie des incertitudes13, elles doivent
s?accompagner d?un suivi rigoureux des équipements : maintenance
des instruments, étalonnage par des laboratoires accrédités, contrôles
internes ou inter-organismes réguliers lors d?intercomparaisons et
traçabilité de la « vie » des instruments.
Pour chaque étape du processus de mesure, le jaugeur doit s'efforcer
de limiter les erreurs systématiques (biais de mesure) pour que ne
s?expriment que des erreurs aléatoires (incertitudes). La combinaison de
ces incertitudes va permettre d?exprimer une incertitude sur le résultat
final, « élargie » pour couvrir un intervalle à un niveau de confiance
donné (généralement 95 %). Cette approche générale décrite par le
guide pour l'expression de l'incertitude de mesure (GUM), est appelée
approche par propagation d?incertitude, et son point de départ est le
modèle (l?équation ou le calcul) qui permet de représenter le processus de
mesure et l?ensemble des corrections apportées aux différentes erreurs.
4.8.1 Exploration quasi complète du champ des vitesses ? Perche
et saumon
Les méthodes proposées par la norme ISO 748, l?USGS (méthode IVE), Irstea
(méthode Q+) et EDF (méthode FLAURE) sont autant de déclinaisons du
GUM pour les jaugeages au courantomètre. La méthode ISO 748 n'était pas
recommandée par la Charte Qualité de l'hydrométrie en 1998 car les auteurs
considéraient, non sans raison, qu'elle donnait trop de poids aux nombres
de verticales et pas suffisamment à la géométrie du chenal d'écoulement.
Les méthodes Q+ et FLAURE se sont attachées à lever cet écueil tout en
reprenant la formulation générale de l'ISO. Une comparaison effectuée sur
plus de 3000 jaugeages est présentée figure 4.14.
4020 8060 100
Flaure
Q+
0
5
10
15
20
25
30
% de la population des jaugeages
In
te
rv
al
le
d
e
co
nfi
an
ce
a
u
se
ui
l d
e
95
%
FIGURE 4.14 : DISTRIBUTION DES INCERTITUDES POUR 3 185 JAUGEAGES AU MOULINET CALCULÉES SELON DEUX MÉTHODES Q+ ET FLAURE
(DESPAX ET AL, 2016)
L'examen de la figure montre que l'assertion formulée par les auteurs de 1998 n'était pas dénuée de fondement puisqu'ils affirmaient que « 80 % des jaugeages
sont réalisés à mieux que 6 % ».
Chapitre 4 ? Jaugeage
13. Choix du site, de la section, de la technique de jaugeage, des points de mesure, etc.
41
L?autre approche d?estimation des incertitudes, de plus en plus courante
en hydrométrie est l?approche expérimentale par essais inter-laboratoires
(Norme ISO 5725), appelés également « intercomparaisons » (cf. Figure
4.15). Elle consiste à comparer les résultats de mesure obtenus par
plusieurs équipes déployant des instruments de même type avec un
protocole identique pour mesurer un même débit, supposé constant
pendant les essais. Une analyse statistique des résultats permet
d?obtenir une incertitude sur la méthode employée dans des conditions
de répétabilité et de reproductibilité données. Le résultat d?incertitude
obtenu peut être transposable aux mesures réalisées dans les mêmes
conditions, selon des critères d?analogie à définir. Le guide pratique
pour la réalisation d?intercomparaisons de mesures de débit en rivière
(Bertrand et Besson, 2016) présente la démarche pour préparer, réaliser
et analyser une campagne.
4.8.2 Exploration quasi complète du champ des vitesses ? ADCP
La figure 4.16 permet de comprendre le principe de la méthode
d?intercomparaisons qui estime l'incertitude des jaugeages pour un
site donné.
L'application de la méthode des intercomparaisons reste attachée
à un site. Une méthode sur sa généralisation par analogie est en
cours d'élaboration. Toutefois, pour un jaugeage avec un appareil
ADCP et quand la mesure est effectuée dans de bonnes conditions
d'écoulement, l'incertitude au seuil de confiance de 95 % peut
être estimée entre 5 et 7 %. Si les conditions sont moins bonnes
(turbulences notamment), cette incertitude peut être largement
supérieure et dépasser les 10 %.
!POINT D?ATTENTION
FIGURE 4.15 : INTERCOMPARAISONS SUR L?OUVÈZE (IRSTEA)
4.8.3 Exploration partielle du champ des vitesses
Vu les hypothèses réalisées sur la stabilité de la bathymétrie des profils
et sur la distribution verticale des vitesses, l?incertitude des jaugeages
par analyse d?images peut difficilement être inférieure à +/-15 % au
seuil de confiance de 95 %.
Le débit final déterminé par la méthode du radar vélocimétrique de
surface est entaché d?une forte incertitude, de l?ordre de 20 %. En effet
l?hypothèse d?une bathymétrie stable et l?estimation du coefficient
de vitesse induisent des incertitudes significatives sur les résultats de
mesure. Cependant ce type de mesure en crue apporte une information
très importante sur les hauts débits et par conséquent sur la qualité de
l?extrapolation des courbes de tarage (cf. chapitre 5).
La technique des flotteurs reste celle qui produit un résultat dont
l'incertitude est la plus forte. Elle est estimée à 30 % au minimum et
peut atteindre 50 % dans les cas les plus défavorables.
4.8.4 Dilution
Dans le cas de la méthode par injection globale, l?incertitude sur le débit est
portée par les incertitudes sur la quantité de traceur injectée puis mesurée
(concentration moyenne C?2 au point de prélèvement) et sur le temps T.
L?incertitude sur la mesure de la concentration moyenne est dépendante
du soin de l?opérateur pour réaliser la solution d?ajustage (dans le cas de la
mesure avec les traceurs fluorescents) et de la linéarité de la réponse des
appareils de mesure. Au seuil de confiance 95 %, l?incertitude finale de la
mesure est de l?ordre de 6 % dans le meilleur des cas (Perret et al., 2012).
Dans le cas de la méthode par injection à débit constant, une analyse
effectuée sur 84 jaugeages a montré que l'incertitude au seuil de confiance
de 95 % peut être comprise entre 4 et 5 % (Morlot, 2014).
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer42
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
0 2 4 6 8 10
2
4
6
In
ce
rti
tu
de
é
lar
gi
e
en
% 8
12
10
Nombre de transects moyennés
1 ADCP Site PY homogène
2 ADCP Site GE hétérogène
1 ADCP Site GE hétérogène
2 ADCP Site PY homogène
FIGURE 4.16 : RÉSULTAT D?INTERCOMPARAISONS POUR 2 SITES DU RHÔNE (LE COZ ET AL, 2016)
Deux sites sont identifiés : GE et PY. Les deux sites sont
différents du point de vue des conditions d'écoulement
mais le même débit y transite. Au point GE, l'écoulement est
hétérogène car situé très près du canal de fuite des turbines
d'une usine hydroélectrique alors qu'au point PY, l'écoulement
est homogène. Si le nombre d'instruments comparés et
les traversées augmentent, les incertitudes sur la mesure
sont réduites. Ainsi, pour le site GE, avec un seul appareil,
l'incertitude estimée au seuil de 95 % pour 6 traversées
vaut 8,5 % environ et un peu plus de 6 % avec 2 appareils.
Pour le site PY et pour un nombre identique de 6 traversées
moyennées, l'incertitude est ramenée à moins de 5 % avec
un appareil utilisé et à 4 % environ avec 2 profileurs. Les
incertitudes estimées pour le site PY sont plus faibles que pour
GE dans des conditions identiques (nombre de capteurs et
nombres de traversées). Ce sont les conditions perturbées de
l'écoulement qui pénalisent les mesures sur le site GE. Ainsi, la
méthode d'intercomparaisons permet d'exprimer des sources
d'incertitudes d'origine hydraulique.
4.9. Récapitulatif des différentes techniques de jaugeage
Le tableau 4.2 synthétise des éléments chiffrés et qualitatifs sur les
différentes techniques de jaugeages présentés dans ce chapitre. Il a
pour objectif de préciser les conditions d'utilisation des différentes
techniques de jaugeage en fonction des situations rencontrées sur
le terrain et à choisir des matériels adaptés lors de l?acquisition ou
du renouvellement des matériels. Les éléments chiffrés donnent des
ordres de grandeur qui ne peuvent prendre en compte l?ensemble des
cas particuliers rencontrés. Les matériels de jaugeage (composants,
précision, gamme/conditions d?utilisation, coût) évoluant rapidement
ces dernières années, il est essentiel de veiller à actualiser ces
informations techniques auprès des constructeurs et de la communauté
des hydromètres.
4.10. L?essentiel
? Pour l'exploration du champ des vitesses, le choix d?une bonne
section de jaugeage est le préalable à une mesure de qualité.
L?utilisation d?une technique de jaugeage, aussi élaborée et/ou
performante soit-elle, sur une section inadaptée ne permet pas la
réalisation d?une mesure satisfaisante.
? Les différentes méthodes de jaugeages décrites ne sont pas
exclusives les unes des autres mais complémentaires. Le recours à telle
ou telle technique doit se faire au regard des conditions hydrauliques
et de l?environnement de la mesure. La maîtrise de plusieurs d?entre
elles constitue donc la meilleure garantie pour réaliser de bonnes
mesures dans des configurations variées.
? Parmi ces méthodes, l?adaptation aux mesures en rivière des ADCP, Ã
la toute fin de XXe siècle, a constitué un tournant majeur pour la pratique
du jaugeage. Son usage s?est étendu en moins d?une vingtaine d?années
à la quasi-totalité des équipes françaises. Au-delà des avantages que
cette nouvelle famille d?appareils procure pour la mesure elle-même,
elle a déjà contribué à améliorer les conditions d?intervention en crue en
évitant l?intrusion de matériel dans la profondeur de l?écoulement et en
réduisant fortement la durée du jaugeage.
? En période de crue, les conditions hydrauliques ne permettent pas toujours
la mise à l?eau d?appareils. Compte-tenu de la rareté de ces événements,
une mesure simplifiée par exploration du champ des vitesses de surface,
facilitée grâce à des nouvelles technologies, représente toujours un meilleur
résultat qu?une absence de mesure. Ce type de mesures non intrusives,
constitue également une alternative de jaugeage préservant la sécurité
des jaugeurs dans des conditions parfois dangereuses.
? La maîtrise de tous ces processus de mesure et de leurs incertitudes
forme un axe de progrès qui reste encore largement à explorer, pour tenter
de les réduire et pour qu'à chaque résultat de mesure soit associée une
incertitude munie d'un intervalle de confiance. L?organisation régulière
d?intercomparaisons regroupant différentes équipes de jaugeurs sur un
même site contribue à cet objectif.
? À l'heure où les échanges et le partage d?expérience à distance sont
facilités, la communauté des jaugeurs constitue une réelle richesse Ã
valoriser dans un domaine technique jonglant en permanence entre les
savoirs-faire traditionnels et de nouveaux outils technologiques. Le groupe
Doppler Hydrométrie, actif depuis 2005, contribue à faire vivre cette
communauté.
Chapitre 4 ? Jaugeage
43
TABLEAU 4.2 : RÉCAPITULATIF DES DIFFÉRENTES TECHNIQUES DE JAUGEAGE
Moulinet Courantomètre
acoustique
Courantomètre
électro-
magnétique
Profileur
acoustique
(ADCP)
Radar
de surface
Caméra
(LSPIV) Dilution
Mesurandes
Mesure
ponctuelle de la
composante de
vitesse Vx
Mesure ponctuelle
des composantes de
vitesse Vx, Vy et Vz
(cf. Figure 4.1)
Mesure ponctuelle
de la composante
de vitesse Vx
(cf. Figure 4.1)
Mesure sur un
profil vertical des
composantes de
vitesse Vx, Vy et Vz
(cf. Figure 4.1)
Mesure ponctuelle
de la composante
de vitesse Vx
en surface (cf.
Figure 4.1)
Mesure
spatialisée des
composantes de
vitesse Vx et Vy
en surface
(cf. Figure 4.1)
Fluorescence ou
conductivité
Gamme
d'utili-
sation
Vitesse
0,5 Ã 5 m/s (Ã
condition de
disposer d'un panel
d'hélices étendu et
de pouvoir monter
les hélices sur un
saumon)
0 - 2 m/s Ã
0 - 4 m/s selon
matériel
0 - 2,5 m/s
à 0 - 6 m/s selon
matériel
0,05 Ã 5 m/s 1 Ã 10 m/s
1 Ã pas
de limite
supérieure
Toutes
Hauteur
Toutes (Ã
condition de
pouvoir monter
les hélices sur
un saumon)
Restreint aux rivières et conditions
jaugeables à pied (cf. Figure 8.1)
De 0,5 m Ã
plusieurs dizaines
de mètres selon
modèles
Toutes Toutes Toutes
Autres conditions
d'utilisation
Écoulements
fluviaux
Écoulements
fluviaux
Écoulements
fluviaux
Écoulements
fluviaux
Nécessité de vaguelettes, de
turbulences, de débris en surface
Écoulements
présentant
suffisamment
de turbulences
pour assurer le
bon mélange
Limites
d'utilisation
Perturbé par
végétation
aquatique
Perturbé par
les micro-bulles
Perturbé par
la présence
de masses
métalliques Ã
proximité
Perturbé par les
micro-bulles
Perturbé par le
vent (ride de
surface) et la
pluie forte
Pas de mesure
de nuit ou en
cas de fort
brouillard
Absorption
des traceurs
fluorescents par
les MES : mesure
pas toujours
possible en crue
Impossibilité
parfois de jauger
par fortes vitesses
même avec un
saumon (rebond
sur la surface)
Impossibilité de jauger des rivières
importantes ou de jauger en crue
Perturbé par
végétation
aquatique
Mesures complémentaires
nécessaires (bathmétrie,
distribution verticale des vitesses)
Nécessité de
disposer d'un
panel élargi
d'hélices
Compas perturbé
par la présence
de masses
métalliques Ã
proximité
Ne prend pas en compte
l'éventuelle modification
temporaire des fonds en crue.
La solubilité du
sel rend difficile
la mesure des
débits important
(> quelques
m3/s) même
si certains
constructeurs
annoncent
50m3/s.
Stockage, transport,
entretien exigeant
des pièces
mécaniques
L?eau doit présenter
des matières en
suspension (ne
fonctionne pas en
eau trop pure). Mais
le signal peut être
atténué par des
eaux très chargées
(mesures pas
toujours possibles
en crue)
Impossibilité
de jauger les
petites rivières en
basses eaux
Sensible au fond
mobile en crue
(avec possibilité
de correction)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer44
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? AFNOR (2009) - Hydrométrie - Mesurage du débit des liquides dans
les canaux découverts au moyen de débitmètres ou de flotteurs. Norme
NF EN ISO 748
? Baumgarten (1847) Notice sur le moulinet de Woltmann, destiné Ã
mesurer les vitesses de l'eau, sur son perfectionnement et les expériences
faites avec cet instrument. Annales des ponts et chaussées (1847 volume 2
p. 326 - 374)
Moulinet Courantomètre
acoustique
Courantomètre
électro-
magnétique
Profileur
acoustique
(ADCP)
Radar
de surface
Caméra
(LSPIV) Dilution
Incertitude
relative
7 Ã 15 % 5 Ã 10 % 15 Ã 20 % 3 Ã 10 %
Dans des conditions bien adaptées : 5 à 10 %
Dans des
conditions bien
adaptées : 5 %
Dans des
conditions bien
adaptées :
3 Ã 5 %
Degré de
technicité requis Moyen Moyen Moyen Fort Fort Fort Fort
Sécurité
Lorsque la vitesse du courant est faible, inférieure Ã
0.5 m/s, la hauteur limite vaut 1 mètre environ. Lorsque la
vitesse est forte, supérieure à 1.5 m/s, la hauteur limite est
inférieure à 0.30 mètre (cf. Figure 8.1)
Depuis un pont
en crue : risque
d'interception de
flottants moindre
qu'au saumon +
moulinet mais
toujours existant
Risques très réduits en crue Risques réduits
en crue
Déploiement par
saumon nécessite
de l'attention et
de la prudence en
crue (interception
de flottants)
Risque lié à la
navigation sur
fleuves en crue
si déploiement
depuis un bateau
(méthodes non intrusives, pas
d'intervention dans l'écoulement,
ni à proximité immédiate)
(méthode non
intrusive, pas
d'intervention
dans
l'écoulement,
seulement Ã
proximité)
Attention Ã
la sécurité
des zones
d'injection et
de prélèvement
Exemple de
modèles (2016)
OTT ADC (OTT)
MFPro, Nautilus
(OTT)
StreamPro,
RioGrande, River
Ray, RiverPro (RDI)
SVR Pro II
(Stalker)
Tous types
de prises de
vue (appareils
photo, caméras)
GUN (Albilia)
SEBA
Flowtracker
(Sontek)
FloMate 2000
(Marsh Mc Birney)
S5, M9 (Sontek) SVR (Decatur)
TQ-Tracer
(Sommer)
BFM801 (Valeport) Qliner (OTT)
Salinomadd et
EasyFlow (Madd)
SensaRC2
(Hoskin)
FlowQuest
(LinkQuest)
EMC4 (Comectec)
Ordre de grandeur
prix HT (Valeur
2016)
2 000 ¤ -
10 000 ¤ selon le
nombre et le type
d'hélices et le
type de support.
Une traille
téléphérique peut
coûter beaucoup
plus cher.
10 000 ¤ 5 000 - 10 000 ¤ 10 000 - 40 000 ¤ 2 000 - 3 000 ¤ 2 000 ¤
5 000 -
10 000 ¤
Chapitre 4 ? Jaugeage
4.11. Références
? AFNOR (1994) - Mesure de débit des liquides dans les canaux
découverts. Méthodes de dilution en régime permanent utilisant des
traceurs. Norme NF ISO 9555 parties 1 Ã 4
? AFNOR (1994) - Exactitude (justesse et fidélité) des résultats et méthodes
de mesure. Norme NF ISO 5725
45
? Bertrand X., Besson D., Guide pratique. Intercomparaions de mesures de
débits en rivière, Cerema, Schapi, 2016.
? Despax A., Perret C., Garçon R., Hauet A., Belleville A., Le Coz J., Favre AC.
Considering sampling strategy and cross-section complexity for estimating
the uncertainty of discharge measurements using the velocity-area method.
[Revue] ? Journal of hydrology 533 (2016) p 128-140.
? Despax A. (2016) Incertitude des mesures de débit des cours d?eau
au courantomètre. Amélioration des méthodes analytiques et apports
des essais interlaboratoires. [Thèse] ? Grenoble : Laboratoire d'Etude des
Transferts en Hydrologie et Environnement et EDF-DTG.
? Dramais G., Le Coz J., Le Boursicaud R., Hauet A., Lagouy M. - 2014.
Jaugeage par radar mobile, protocole et résultats. Houille Blanche-Revue
Internationale de l eau, vol. 3, p. 23-29.
? Hauet Alexandre [et al.] Méthodes innovantes pour la mesure des
débits fluviaux en continu : profileur Doppler fixe horizontal (H-ADCP) et
analyse d?images (LSPIV) [Conférence] // SHF Mesures hydrologiques
et incertitudes. - Paris : [s.n.], 2008.
? Hauet A., Estimation de débit et mesure de vitesse en rivière par Large-
scale particle image velocimetry [Revue] // La Houille Blanche. - [s.l.] : SHF,
2009. - 1. - DOI 10.1051/lhb:2008085.
? Hauet A., Estimation de débit et mesure de vitesse en rivière par Large-
Scale Particle Image Velocimetry [Livre] - Grenoble : Institut National
Polytechnique de Grenoble, 2006.
? ISO/CEI GUIDE 98-3 : 2008 ? Incertitude de mesure ? Partie 3 : Guide pour
l?expression de l?incertitude de mesure (GUM : 1995).
? ISO/TR (1993) ? Mesure de débit des liquides dans les canaux découverts ?
Longueur de bon mélange d?un traceur ? Rapport Technique ISO/TR 11656.
? Le Coz, J., Pierrefeu, G., Saysset, G., Brochot, J.-F, Marchand, P. (2008)
Mesures hydrologiques par profileur Doppler. Éditions QUAE.
? Le Coz J., Camenen, B., Dramais G., Ribot-Bruno J., Ferry, M.,
Rosique J.-L. (2011) Contrôle des débits réglementaires. Application
de l?article L.214-18 du Code de l?environnement. Guide technique
Police de l?eau Onema.
? Le Coz J. , Blanquart B., Pobanz K., Dramais G., Pierrefeu G., Hauet
A., Despax A., (2016) Estimating the uncertainty of streamgauging
techniques using in situ collaborative interlaboratory experiments, Journal
of Hydraulic Engineering, 142(7), 04016011, DOI:10.1061/(ASCE)HY.1943-
7900.0001109.
? Morlot T. (2014) La gestion dynamique des relations hauteur-débit
des stations d'hydrométrie et le calcul des incertitudes asscociées
[Thèse] ? Grenoble: Institut National Polytechnique de Grenoble.
? Perret C., Hauet A., Parrel D., Saysset G., Vignon P., Schnegg P. - 2012.
Le réseau d?observation hydroclimatologique de montagne d?EDF.
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http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2012/03/lhb2012018.pdf
Courbe
de tarage
D
ans le processus d'élaboration de données de
débit qui va de la mesure des hauteurs d?eau
à l'archivage des données de débit, l'étape qui
consiste à construire et à gérer la courbe de tarage
est sans conteste celle où l'interprétation humaine est
maximale. Elle est donc à l'origine d'incertitudes difficiles
à évaluer pesant fortement sur la qualité du débit
annoncé car il ne s'agit plus d'une « simple » mesure,
mais de l'élaboration d'un modèle et de son calage avec
des observations (jaugeages, observations du terrain).
Cette étape, au coeur du travail de l'hydromètre, est celle
où il peut exprimer tout son savoir-faire et toute son
expérience. Il doit donc y consacrer le temps nécessaire
pour une élaboration réfléchie. Construite à partir des
couples hauteur-débit (résultats des jaugeages) et de la
connaissance du comportement hydraulique de la rivière
au point de mesure, la courbe de tarage est la traduction
graphique et mathématique de la relation physique entre
hauteur d'eau et débit, pour un site donné. Si le tracé
dans la gamme courante est parfois complexe à réaliser,
c?est surtout aux extrémités de la courbe que les plus
fortes incertitudes demeurent, car les jaugeages y sont
plus rares, voire inexistants.
La relation physique entre hauteur et débit est variable
dans l'espace (cf. chapitre 2) et dans le temps, ce qui
implique que la courbe de tarage doit être reconsidérée
régulièrement.
La courbe de tarage est le principal élément qui détermine
la qualité d?une station. Une « bonne » courbe de tarage
est une courbe :
? bien échantillonnée (jaugeages bien répartis et
suffisants en nombre), sur une gamme adaptée Ã
l?évolution du site et à la variabilité des débits ;
? précise, présentant une faible dispersion des jaugeages
autour de la courbe de tarage ;
? univoque, associant un débit unique à chaque hauteur
considérée ;
? sensible, une petite variation de débit (en pourcentage)
entraîne une variation notable de la hauteur mesurée
par rapport aux incertitudes de mesure du limnigramme
(cf. § 2.3) ;
? documentée et justifiée avec des arguments physiques
et métrologiques, qui permettent la critique et les révisions
ultérieures particulièrement pour les extrapolations des
débits extrêmes.
La gestion des courbes de tarage comporte trois phases
essentielles :
? l?acquisition de données physiques de terrain
(topographie, conditions d?écoulement, jaugeages) ;
? la construction de la courbe ;
? le suivi des courbes successives (évolutions,
modifications, corrections).
À chacune de ces phases, des erreurs grossières peuvent
se glisser. La cohérence globale, à la fois sur les débits,
les vitesses moyennes et les sections mouillées, doit
être vérifiée. Toute modification (dans le temps ou dans
la relation elle-même) doit être justifiée par une cause
connue, identifiable sur le terrain, et repérée dans le
temps de façon suffisamment précise.
Une courbe de tarage caractérise un site donné, et n'est
pas transposable dans l'espace. Elle est valable pendant
une période donnée, fixée par des limites connues dans
le temps.
5.1. Acquisition des données physiques
Il s?agit des jaugeages et des données topographiques. Les
modalités de jaugeage ont été décrites au chapitre 4. Seules
quelques précisions pratiques sont fournies ci-après.?
ch
ap
itr
e
5
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
47
La fréquence des jaugeages doit permettre de cerner au plus près
la relation hauteur-débit et son évolution, d'avoir à disposition un
nombre de jaugeages représentatif de la plus grande gamme de
hauteurs possibles ainsi que des transitions entre les segments de la
courbe (liés au passage d?un type de contrôle hydraulique à l?autre)
et éventuellement d'autres phénomènes plus transitoires comme
l'hystérésis, l'influence aval variable ou la dynamique végétale par
exemple. Dans ces conditions, il est difficile de donner une règle
universelle pour adapter le nombre de jaugeages annuels. Certaines
stations qui bénéficient de très bonnes conditions, telles qu'un seuil
conçu pour la mesure et de conditions amont et aval peu ou pas
évolutives, ne nécessitent qu?un ou deux jaugeages de contrôle par an.
À l'opposé, les stations implantées sur des contrôles hydrauliques très
évolutifs doivent faire l'objet de plus de 10 jaugeages par an. Au-delà ,
la pertinence de la localisation de la station doit être questionnée. Pour
un réseau de mesure dont les stations sont réparties sur différents
terrains, un nombre moyen de 4 Ã 8 jaugeages par an et par station,
judicieusement répartis dans le temps et sur la gamme des hauteurs,
semble raisonnable.
Il est recommandé de vérifier sur le terrain, dès la fin du jaugeage, sa
position par rapport à la courbe de tarage en cours et les événements
susceptibles de la modifier, afin de décider d'une éventuelle
confirmation immédiatement (nouvelle mesure). Un traitement
approfondi est ensuite réalisé rapidement.
Toutes les remarques sur les conditions d'écoulement doivent
également être consignées et associées au jaugeage, afin de
faciliter le traitement approfondi ou le retraitement ultérieur. C'est
particulièrement indispensable pour les jaugeages de crue, dont les
conditions pourraient ne pas se représenter par la suite. Des photos de
la station et du linéaire amont et aval peuvent être utiles.
Les méthodes et logiciels de construction et de gestion des courbes
de tarage actuels permettent l?utilisation plus aisée d'éléments
théoriques hydrauliques pour l'établissement de la courbe de tarage
mais nécessitent une connaissance approfondie de la station et de
ses alentours. Une reconnaissance visuelle des contrôles hydrauliques
pour différentes hauteurs peut suffire. En cas de doute ou de recours
à la modélisation hydraulique (cf. § 5.2.3), le recours à des mesures
topographiques14 peut être nécessaire. Dans le cas des contrôles
hydrauliques par seuil, les relevés topographiques permettent
d'accéder à la connaissance du h0 (cf. chapitre 2, équation 2.3). Il est
important que ces éléments soient récoltés, consignés dans le dossier
station (cf. § 3.3.2) et vérifiés régulièrement.
Courbe de tarage moyenne
Segment 1 a1 = 14.47 b1 = 2.12 H0 = 0.87
Courbe de tarage moyenne
0
10
20
30
40
0,5
0,2
1
2
5
10
20
50
1 1,5 2 2,5 1 1,5 2 2,5
Q(
m
3 /
s)
Q(
m
3 /
s)
h (m) h (m)
FIGURE 5.1 : EXEMPLE D'UNE COURBE DE TARAGE- LA MORGE À VOIRON, 53 KM2
La figure 5.1 donne un exemple de courbe de tarage élaborée pour une station selon deux représentations : coordonnées naturelles et
logarithmiques. La première permet de visualiser le modèle dans son ensemble sans déformation et la seconde permet de zoomer sur des
points particuliers. Les coefficients du modèle hydraulique selon l'équation 2.5 sont également indiqués. Le contrôle hydraulique unique de cette
station ne nécessite pas la mise en oeuvre de l'équation 2.6.
14. Profils en long pour repérer les sections de contrôle successives, profil en travers des sections de contrôle, éventuellement via un géomètre externe
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer48
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
5.2. Construction de la courbe de tarage
Qu'il s'agisse de la première courbe d'une station nouvellement
installée ou d'un changement de courbe sur une station ancienne,
la méthode de construction de la courbe de tarage reste identique.
Certaines étapes peuvent cependant être moins développées et
approfondies lors du changement de courbe.
Pour une ouverture de station, il est utile de vérifier s?il n'existe pas de
jaugeages anciens, antérieurs à la création de la station qui pourraient
être réutilisés. Il faut alors rendre l?échantillon homogène, ou bien
séparer les deux périodes si les raccordements ne sont pas réalisables
(référence différente pour la mesure des hauteurs, méthode de calcul
différente, autre site de mesure). Une nouvelle courbe se construit au
fur et à mesure des nouveaux jaugeages effectués, notamment pour
les débits extrêmes où des techniques d'extrapolation sont utilisées.
Pour un changement de courbe de tarage, les questions qui doivent
être posées sont :
? quelle est la date de changement de la relation hauteur-débit ?
? quelle gamme de débit le changement concerne-t-il ?
La construction de la courbe repose sur la connaissance des jaugeages
et du comportement hydraulique local de la rivière (contrôles). Dans la
méthode historique, encore la plus répandue, la courbe est construite Ã
partir des jaugeages, et les contrôles hydrauliques sont utilisés comme
vérification (c?est la méthode décrite ci-après). Les approches BaRatin
(Le Coz et al., 2013) et GesDyn (Perret et al., 2013) reposent sur l'étude
du (ou des) contrôle(s) hydraulique(s) qui permet d'induire la forme
du modèle de courbe de tarage, les jaugeages permettant quant Ã
eux de caler les coefficients du modèle.
Les débits « temps réels » pour la prévision des crues ou le suivi des
étiages sont de plus en plus demandés. La méthode historique demande
du temps, et n?est pas très adaptée à la construction ou mise à jour en
temps réel d?une courbe de tarage. Dans ce cas, une courbe temporaire
présentant des incertitudes plus importantes peut être proposée. Elle
est construite à partir du dernier jaugeage et fiabilisée ensuite par une
analyse approfondie. La communication des incertitudes liées à cette
courbe temporaire est encouragée.
5.2.1 Analyse des jaugeages
L?analyse des jaugeages doit porter sur un inventaire exhaustif des données
disponibles et sur une critique des données elles-mêmes.
En premier lieu, et si cela n'a pas déjà été fait, il faut s?assurer de disposer
de tous les jaugeages et observations disponibles au droit du site à tarer.
L?existence d?une fiche « historique de la station » facilite le travail.
Une liste des mesures est alors dressée. Elle doit contenir :
? les dates et heures de début et de fin de chaque mesure ;
? les hauteurs d?eau lues à l?échelle au début et à la fin de chaque mesure ;
? la hauteur enregistrée sur le limnigramme correspondant à la date et Ã
l'heure mentionnées pour la mesure ;
? le résultat de la mesure de débit ;
? les éléments géométriques de la mesure (section mouillée, largeur,
profondeur moyenne, etc.) si la méthode d'exploration du champ des
vitesses a été utilisée ;
? le mode opératoire et le matériel utilisé, ainsi que l?emplacement
précis de la mesure par rapport à la station (ne pas mentionner « section
habituelle ») ;
? les observations qualitatives diverses : mesure en montée ou en descente
de crue, incidents durant la mesure elle-même, changement notable des
conditions d?écoulement, etc. ;
? le nom des opérateurs ;
? éventuellement les vitesses moyennes calculées ;
? éventuellement le contrôle hydraulique actif (seuil, section, tronçon).
La validation des couples hauteur-débit débute par une analyse de
la concordance des hauteurs (lues lors de la mesure et relevées sur le
limnigramme) et la consultation des différents renseignements associés
aux jaugeages. Elle permet notamment de déceler des erreurs de date, de
station, ou plus simplement de transcription. Le choix de la (des) hauteur(s)
retenue(s) pour le jaugeage est important : préférer la hauteur lue à l?échelle
sauf cas particuliers (échelle illisible ou placée dans le ressaut). C?est cette
série de valeurs (hauteurs échelle limnimétrique/débits) qui doit servir à la
construction de la courbe.
De même, une analyse des variations géométriques, des modes opératoires
et des observations qualitatives permet de déceler d?éventuelles anomalies :
erreur de section, vitesses moyennes anormalement élevées ou faibles, etc.
La cohérence des valeurs doit être vérifiée : suite chronologique croissante,
forts débits pour les fortes hauteurs, faibles débits pour les faibles hauteurs,
similitude des conditions hydrauliques, etc. L?amplitude des valeurs
mesurées (en hauteurs et débits) doit être connue.
Une visualisation de l?ensemble des jaugeages peut permettre d?identifier
des jaugeages aberrants, Ã analyser plus finement via la fiche terrain ou
l?interview des opérateurs. Si l?erreur ne peut pas être corrigée, le jaugeage
doit être écarté ; ne pas oublier d?en laisser une trace en qualifiant le
jaugeage de « douteux ».
L?analyse chronologique des couples hauteur-débit doit ensuite être menée,
afin de détecter les anomalies ou particularités de l?échantillon à traiter.
Les observations liées à chaque mesure doivent être prises en compte
quand elles sont mentionnées. Sur une station ancienne, cette analyse
peut permettre de détecter des périodes où la relation hauteur-débit est
homogène voire de réutiliser une courbe ancienne, ou au contraire de
conclure que les jaugeages anciens ne sont plus réutilisables, notamment
les jaugeages réalisés en crue.
Cette analyse doit être complétée par la consultation du dossier station ou
de tout autre document qui est susceptible de mentionner des événements
modifiant profondément la relation hauteur-débit : construction d'ouvrage
(barrage, pont) au niveau de la station ou en aval, modification du champ
d'expansion des crues (digues, occupation du sol), déplacement de l?échelle
limnimétrique, etc.
Il existe des outils informatiques qui effectuent des analyses statistiques
basées sur des tests non paramétriques et qui aident à détecter des périodes
où la relation hauteur-débit est stable et à prendre en compte l'évolution
des conditions d'écoulement (cf. Figure 5.2).
5.2.2 Tracé de la courbe de tarage
Ce prétraitement étant fait, le tracé à proprement parler peut débuter. Il
est souhaitable qu'il soit effectué par (ou avec) la personne qui connaît
le mieux le site et son comportement hydraulique.
L?hydromètre cherche à tracer, dans un repère H-Q avec des axes
arithmétiques (ou semi-logarithmique, ou log-log) une courbe qui
passe « au mieux » par les jaugeages, en se concentrant sur certains
tronçons de courbe (faibles débits par exemple).
Il est courant de considérer une incertitude de l'ordre de 5 % autour de
la valeur des jaugeages, pouvant aller au-delà pour les débits extrêmes
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
49
(très faibles ou très forts). De même, sur les hauteurs, une marge
d'incertitude est admise. D'où l'intérêt de reporter des traits verticaux
et horizontaux représentant les incertitudes en débit et hauteur des
jaugeages.
Même en cas de révision de la courbe de tarage, il est souhaitable
de reporter l?ensemble des jaugeages, a minima ceux réalisés sur
une période significative (vie d'une échelle) ou la période identifiée
comme homogène à l'étape précédente. L'analyse chronologique
permet de décider de la prise en compte de jaugeages anciens et de
définir un intervalle de temps de validité grossière.
Le tracé d'une courbe de tarage avec des jaugeages issus de différentes
techniques peut permettre de découvrir un biais sur une mesure ou
une technique de mesure. Ce biais peut être dû à un appareil de
mesure défectueux ou à une application mal maîtrisée d'une méthode
de mesure.
Toute inflexion dans le tracé de la courbe de tarage doit pouvoir
s?expliquer par une réalité physique connue sur la section de contrôle :
débordement rive droite, rive gauche, seuil noyé, écoulement sous
une arche supplémentaire. C?est là que les relevés topographiques, la
connaissance fine du terrain et des conditions d?écoulement acquise
lors des jaugeages prennent toute leur importance. Il est conseillé
de tracer une courbe par tronçons (cf. équation 2.6), ce qui permet
de faire le lien entre allure (pente) et conditions hydrauliques (cf.
chapitre 2). Lorsqu?une courbe est définie ainsi, sa diffusion est facilitée
par l?utilisation du « barème de tarage », qui présente sous forme de
tableau le débit pour des hauteurs par pas de 1 cm (cf. Tableau 5.1).
Le bordereau des points, décrivant les points pivots, se présente alors sous
la forme :
La superposition sur un même graphe des différentes courbes est pleine
d?enseignements, en particulier pour définir les extrapolations. Sauf
modification majeure du lit, les différentes courbes doivent présenter une
allure générale semblable.
Il existe des outils informatiques d'aide au tracé des courbes de tarage. Ils
permettent d'évaluer visuellement les écarts de la courbe aux jaugeages
sélectionnés, de tenir compte des connaissances hydrauliques ou de terrain
de la station (section d'écoulement, contrôles hydrauliques) et de donner
des poids liés à la confiance et/ou à l'âge des jaugeages considérés. Le
logiciel associé à la méthode BaRatin trace automatiquement une courbe de
tarage à partir des jaugeages, de l'incertitude attribuée à chaque jaugeage
par l'opérateur et de considérations sur le fonctionnement hydraulique du
site (type de contrôle hydraulique par gamme de débit). Il mène à un tracé
par tronçons de courbes, avec des coefficients hydrauliquement réalistes et
permet d'en calculer les incertitudes par une approche bayésienne.
Certaines recherches s'orientent vers des méthodes dites « dynamiques »
du tracé des courbes de tarage. Elles reposent sur le constat que la
relation hauteur-débit est instable par nature. Cela va du très instable au
pratiquement stable en fonction des caractéristiques de l'écoulement et des
contrôles hydrauliques. Une hypothèse forte est alors formulée : chaque
jaugeage représente la meilleure estimation de la relation hauteur-débit
au moment où il a été réalisé, ce qui entraîne la construction d'une nouvelle
courbe après chaque jaugeage. La méthode GesDyn tente ainsi d'appliquer
un principe assez courant dans le monde de la mesure : réalisation d'un
contrôle (le jaugeage) auquel est affecté une incertitude, comparaison
au modèle proposé (la courbe de tarage en vigueur), réduction du biais
constaté par recalage du modèle (nouvelle courbe de tarage) et estimation
d'une nouvelle incertitude du modèle. Tous les jaugeages précédents sont
également pris en compte, avec une pondération qui diminue avec leur
ancienneté. La courbe est tracée à partir des jaugeages réalisés dans des
conditions hydrauliques analogues.
Cette méthode est très utile pour fournir une courbe de tarage « temporaire »
en temps quasi-réel suite à un nouveau jaugeage de crue aux utilisateurs
pressés tels que les prévisionnistes de crue ou gestionnaires d?ouvrages.
Elle peut également faciliter la gestion de changements progressifs ou
dans le cas d'un réexamen complet d'une chronique, aider à la détection
de changements brutaux que l'analyse chronologique n'aurait pas mis en
lumière.
TABLEAU 5.1 : EXEMPLE DE BARÈME DE TARAGE (POUR H = 14 CM, Q = 18,2 M³/S)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer50
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
H (cm) 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
0 1,17 1,24 1,58 2,40 3,34 4,40 5,56 6,83 8,19 9,64
10 11,2 12,8 14,5 16,3 18,2 20,1 22,1 24,2 26,4 28,6
20 30,9 33,2 35,7 38,2 40,7 43,3 46,0 48,7 51,5 54,4
...
TABLEAU 5.2 : EXEMPLE DE BORDEREAU
H Q H0 a b
19,9 0
26,5 0,001 19,9 4721E-08 1,6179
53,5 0,997 26,0 3133E-06 1,7387
116,6 3,99 30,7 3792E-05 1,0455
201,4 18,1 33,2 2974E-07 2,1490
5.2.3 Extrapolations aux extrémités
La relation Q = f (H) doit être définie sur tout l?intervalle de variation possible
des hauteurs, dans l?intervalle exploitable de la station. Cet intervalle doit au
moins couvrir les plus hautes eaux observées pendant la période et, si possible,
les plus hautes eaux historiques. Malheureusement, les hauteurs minimales
et maximales jaugées sont souvent assez éloignées de ces bornes. La courbe
de tarage doit alors être extrapolée à ses extrémités.
Les extrapolations doivent être traitées avec prudence en cas de phénomène
singulier, comme la mise en charge d?un pont, de site à embâcles, car le
changement de contrôle hydraulique induit n?est alors pas confronté à une
mesure. En l?absence de changement de contrôle hydraulique identifié, un
débit doit être considéré comme extrapolé si le débit calculé est 20 % supérieur
(respectivement inférieur) au plus fort (faible) débit jaugé et/ou si la hauteur
atteinte est 20 cm plus haute (respectivement basse) que la plus grande
(petite) hauteur jaugée. Préciser alors que les parties extrapolées sont en
dehors de la « zone de fiabilité » de la courbe de tarage, telle que définie
dans la Banque Hydro.
Plusieurs méthodes d?extrapolation des forts débits existent, et le résultat est
produit par l'application et la comparaison de plusieurs d'entre elles. Certaines
méthodes sont basées sur des considérations hydrologiques pour reconstituer
le débit d?un événement particulier : recoupements avec d?autres stations,
comparaison du rapport entre débit maximal instantané et débit maximal
journalier de crues anciennes ou avec des stations voisines et/ou analogues
disposant de données anciennes, débits spécifiques. D'autres sont plutôt
basées sur des considérations hydrauliques pour connaître directement l'allure
de la courbe de tarage : relations entre vitesse moyenne et hauteur, entre
vitesse moyenne et coefficient de frottement, courbes des débits unitaires
superposés, cohérence de l?exposant hydraulique avec les conditions connues
d'écoulement, notamment champ d'expansion, passage en charge sous un
pont, etc. Elles supposent la connaissance de la géométrie de la section du
(des) contrôle(s) hydraulique(s). L'extrapolation permise par l'application du
logiciel BaRatin fait partie de la deuxième catégorie. Le Chapitre 7 décrit
les différentes méthodes pour reconstituer des données hydrométriques
après une crue et permettre ainsi une extrapolation des courbes de tarage
pour les forts débits. La modélisation hydraulique (calcul des lignes d?eau
en écoulement permanent par exemple) peut apporter une aide utile Ã
l?évaluation des débits extrêmes ; elle nécessite une topographie adaptée et
son emploi dépend des informations disponibles et des conditions du terrain
(végétation). Elle peut donc être mise en oeuvre en analysant son coût par
rapport au besoin de connaissance.
Dans tous les cas, il est nécessaire de vérifier la cohérence des résultats, afin
d?éviter des extrapolations amenant par exemple à des vitesses moyennes
irréalistes (cf. Tableau 5.3) ou à des divergences entre plusieurs courbes
pour les débits de crue. En effet, sauf cas très particuliers de recalibration
complète du chenal d'écoulement, une convergence des courbes à haut
débit doit être respectée.
Sur des cours d?eau ayant des débits d?étiage très faibles, il peut être
intéressant de chercher la hauteur pour laquelle le débit est nul, afin
de conduire la courbe de tarage vers le bas.
5.2.4 Période de validité
Lorsque la construction de la courbe de tarage est terminée, il reste Ã
déterminer la ou les périodes de validité. Une courbe de tarage n?est
en effet valable que pour une période donnée : une courbe est valable
depuis le 9 novembre 2010 Ã 9h30, mais rien ne prouve qu?elle sera
encore valable demain.
La courbe de tarage reflétant les conditions d'écoulement, les changements
de date sont rattachés à un événement particulier, tel que le changement
d'échelle, des travaux sur la section de jaugeage, une crue ayant modifié
le lit, un mouvement de vanne, etc. L'année civile n'est pas un découpage
crédible pour déterminer la limite de validité des courbes de tarage.
Certains changements de conditions d'écoulement dans le temps sont
brutaux tels que les mouvements du lit en crue, les travaux dans le lit,
à l?amont, à l?aval ou au droit du site, et peuvent donc être précisément
datés. D?autres sont plus progressifs, comme les variations induites par le
transport sédimentaire, la pousse de végétaux, etc., il est donc plus difficile
de leur affecter une date précise.
Si le changement de conditions hydrauliques est progressif et pérenne
(érosion ou atterrissement, pousse de végétation pérenne), la vitesse
d'évolution est prise en compte par le rythme de changement de courbe,
en veillant à ce que les courbes successives ne donnent pas un écart de
plus de 10 % de débit pour une même hauteur.
Si le changement des conditions hydrauliques est progressif mais
temporaire, par exemple une influence due à la pousse de végétation
(algues, macrophytes) dans le lit en été, une procédure de correction du
fichier hauteurs-temps peut être utilisée, en veillant à bien archiver les
hauteurs réellement mesurées et la correction appliquée.
Pour vérifier le caractère temporaire de la correction hauteurs-temps
appliquée, la courbe de tarage initiale doit être retrouvée lorsque
l'influence a disparu.
!POINT D?ATTENTION
Cette technique, comme celle qui consiste à établir une série de courbes
intermédiaires, valables sur de courtes périodes, nécessite de multiplier
les jaugeages de contrôle pour connaître précisément l'influence et son
évolution, et donc la correction à appliquer. Les nouvelles méthodes de
gestion dynamique devraient permettre de faciliter la gestion de ces cas
difficiles sans toutefois s'affranchir de la nécessité de réaliser des jaugeages.
Pour affiner la date et l'heure du changement de courbe, il faut s'assurer
que le passage d?une courbe de tarage à une autre ne laisse pas apparaître
de discontinuité dans la chronique des débits concernée par cette évolution.
Le plus souvent, le changement de courbe est opéré en hautes eaux, à un
moment où la hauteur est traduite par le même débit dans les deux courbes,
et ce à n?importe quel moment de la crue respectant cette condition.
Un changement de courbe a toujours lieu a posteriori, et la date de
début de validité peut être de plusieurs années antérieure à la date
de décision du changement.
!POINT D?ATTENTION
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
51
TABLEAU 5.3 : VITESSES MAXIMALES ATTENDUES EN FONCTION
DE LA PENTE
Type de rivière Profondeur Vitesse moyenne
maximale
Plaine, pente faible 2 Ã 3 m 2 Ã 2,5 m/s
Plaine, pente moyenne 2 Ã 4 m 3 Ã 4 m/s
Montagne,
pente forte
4 Ã 8 m/s
5.3. Gestion des courbes de tarage
Une fois la courbe établie, classée et cataloguée, il faut ensuite suivre son
évolution, afin de vérifier sa validité dans le temps. Ce contrôle de la validité
dans le temps et, le cas échéant, les précisions qui sont apportées au tracé,
constituent la base du travail du gestionnaire de stations de jaugeage.
!POINT D?ATTENTION
Les détarages peuvent être détectés ou suspectés par examen de
l?hydrogramme (sauts, niveaux d'étiage), par analyse morphodynamique
(occurrence de crues morphogènes, constat du transport solide) ou par
connaissance des changements de conditions d?écoulement (travaux,
dragages, curages, dynamique de la végétation). La réalisation d'un
jaugeage peut confirmer cette évaluation a priori. L'examen de la
population des jaugeages (nuage 0) sur une station est un excellent
moyen d'évaluer la stabilité de la relation hauteur-débit.
Des mesures réparties au cours de l?année et pour toute la gamme de débits
doivent permettre de suivre la vie de la courbe. Le jaugeur doit s?efforcer de
réduire les extrapolations par des mesures de fort et faible débit.
Pour une station dont la relation hauteur-débit varie peu, une modification
dans le temps ou dans la relation elle-même doit être justifiée par une cause
connue, pour ne pas tracer une autre courbe, basée sur les jaugeages les
plus récents, très peu différente de la courbe « mère ». Sauf si une méthode
de tracé dynamique est appliquée, il n?est pas utile de multiplier le nombre
de courbes pour « affiner » la relation avec un gain de précision illusoire.
Dans le cas où aucune cause connue ne peut expliquer un changement
de courbe, un décalage systématique (toujours « au-dessus » ou
« au-dessous ») entre jaugeages et courbe de tarage doit conduire Ã
l?élaboration d?une nouvelle courbe. En première approche, cet écart doit
correspondre à une hauteur de 2 à 3 cm au moins et/ou 10 % en débit,
mais il faut tenir compte de la variabilité de la station et des incertitudes
associées aux jaugeages dans la gamme de débit où l?écart est observé.
De même, quand le jaugeage le plus récent s?écarte du barème en
vigueur, la réalisation de nouvelles mesures dans un délai rapproché est
conseillée afin de statuer sur la réalité de l?écart et, le cas échéant, de
permettre rapidement la construction d?une nouvelle courbe.
Les jaugeages de contrôle ont aussi pour objet de préciser la courbe
en explorant des intervalles de hauteur peu ou pas jaugés. La portion
haute doit notamment être vérifiée par des mesures, afin de conforter
des segments de courbes basés par exemple sur un ou deux jaugeages
datant de plus de 20 ans, sur une valeur isolée ou une extrapolation.
Un jaugeage « record » en hautes eaux peut permettre de reconsidérer
une partie de courbes précédentes, qu'il faut alors préciser.
Une courbe ancienne n'est jamais définitive et la date de mise à jour est
aussi importante que la période de validité. En cas de changement de
courbe, des débits déjà publiés peuvent être modifiés. Pour une bonne
traçabilité, la courbe retouchée doit être archivée ainsi que la chronique
des débits antérieurs, sous forme de débits moyens journaliers et de débits
instantanés maximaux mensuels. La communication vers les utilisateurs
des données de débits doit insister sur l?association systématique d?une
chronique de débit ou de résultats statistiques à leur date de calcul.
!POINT D?ATTENTION
Comme pour les jaugeages, les courbes de tarage sont stockées sous
forme papier et/ou de fichiers informatisés. Le logiciel de stockage doit
permettre des tris et des analyses multicritères, ainsi que des restitutions
graphiques et numériques de qualité.
5.4. Incertitudes des courbes de tarage
L'incertitude de la courbe de tarage dépend d'abord de la qualité
du contrôle hydraulique, notamment la stabilité des conditions
d'écoulement et la sensibilité de la relation hauteur-débit (ou
variabilité intrinsèque de la station). Elle dépend ensuite de la quantité
de jaugeages, de leur répartition dans les différentes gammes de débit
et de leur incertitude associée.
L?incertitude associée à la courbe de tarage dépend des facteurs
suivants :
? l?incertitude de chaque jaugeage (souvent plus importante aux très
faibles ou très forts débits) ;
? l?incertitude liée au nombre de jaugeages dans une gamme de débit :
de nombreux jaugeages incertains peuvent permettre de déterminer
une courbe fiable (grâce également aux considérations hydrauliques),
tandis que peu de jaugeages fiables amènent à une courbe incertaine ;
? les choix du constructeur de la courbe basés sur des hypothèses,
notamment aux parties extrapolées ;
? la variabilité de la relation hauteur-débit liée à la morphologie
du cours d'eau : transport sédimentaire, charriage, développement
d'herbiers, etc. ;
? la sensibilité du contrôle hydraulique.
La figure 5.3 illustre la complexité du tracé lié à la configuration
hydraulique et montre les sources d'incertitudes.
Les applications GesDyn et BaRatin permettent de traduire
numériquement cette description des incertitudes (cf. § 6.6 et
annexe 1). La figure 5.4 illustre graphiquement le résultat des deux
méthodes.
Enfin, comme la courbe de tarage est déterminée en régime permanent
(débit et géométrie de la section constants dans le temps), elle ne
devrait pas en théorie être appliquée au cours d?une crue. Deux
phénomènes s?ajoutent en outre à l?incertitude des calculs de débit en
crue via la courbe de tarage :
? l?hystérésis de la relation hauteur-débit (ou « courbe en raquette »)
qui peut être observée lors de la propagation d?une crue : en un point
donné de la rivière, le maximum de débit se produit avant le maximum
de hauteur ;
? les phénomènes d?érosion/dépôt qui peuvent modifier de manière
très importante la section d'écoulement lors de la crue.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer52
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Vignette 1 : tous les jaugeages depuis 1964 ;
Vignette 2 : dispersion des jaugeages à une courbe moyenne après analyse automatique de l?homogénéité par période des jaugeages ;
Vignette 3 : construction des 4 courbes par période ;
Vignette 4 : dispersion des jaugeages aux 4 courbes par période.
La figure 5.2 illustre la variabilité intrinsèque de la relation hauteur-débit d?une station. Elle est construite à partir des données de jaugeages réalisés au droit de
la station hydrométrique de la Loire à Montjean (49). La relation évolue de 1960 à 1993 en même temps que le creusement continu du lit, dû aux extractions de
matériaux effectués dans le lit de la Loire et à l'obturation de bras latéraux en aval. Depuis l'arrêt des extractions, une stabilité est observée en moyenne, mais il
subsiste une variabilité due au transport sédimentaire. La figure illustre également le travail d?identification, automatique ou non, de périodes où la relation hauteur-
débit est assez stationnaire.
1. Nuage des jaugeages et courbe moyenne
Ha
ut
eu
r (
m
)
3. Courbes O des différentes populations
2. Ecart en % Ã la courbe moyenne
Identification des populations homogènes
4. Ecart en % de chaque jaugeage à la CT0 associée
Illustration de la variabilité de la relation H/Q
5000
2000
1000
500
200
100
0,5 1 2 5 10
Débit [m3/s]
Ec
ar
t e
n
%
Ã
la
co
ur
be
m
oy
en
ne
(m
)
Dates
Q(
m
3 /
s)
(h) (m)
Éc
ar
t e
n
%
Ã
la
C
T0
a
ss
oc
ié
e
Dates
1970 1980 1990 2000 2010
1970 1980 1990 2000 2010
50
100
0
-50
-100
5000
2000
1000
500
200
100
0,5 1 2 5 10
Population 3 composée de 48 jaugeages
Du 1980?11?27 au 1993?08?17
Population 4 composée de 149 jaugeages
Du 1993?10?14 au 2015?05?21
Population 2 composée
de 26 jaugeages
Du 1974?10?17
au 1980?07?09
Population 1 composée
de 33 jaugeages
Du 1964?08?20
au 1974?08?22
50
100
0
-50
-100
FIGURE 5.2 : COMPORTEMENT DE LA RELATION HAUTEUR-DÉBIT DE LA LOIRE À MONTJEAN, 109 930 KM²
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
53
10
20
30
40
Dé
bi
t e
n
(m
3 /
s)
0,50 1 1,5 2 2,5 3
Hauteur (m)
Zone où les jaugeages ont
une forte incertitude mais
la courbe est fiable par le nombre
de jaugeages et l?invariabilité
intrinsèque de la station
(seuil de contrôle)
Zone où les jaugeages ont une faible
incertitude mais dispersés de par
la variabilité intrinsèque de la station :
la courbe n?est fiable que grâce
aux considérations hydrauliques
Zone où les jaugeages
ont une forte incertitude
et peu nombreux :
la courbe est incertaine
Hauteur (m)
0,2 0,3 0,4 0,5 0,60,1
0,5
1
1,5
2
2,5
FIGURE 5.3 : COURBE DE TARAGE DE LA VIE À LA CHAPELLE PALLUAU, 118 KM² (DREAL PAYS DE LA LOIRE)
10
20
30
40
Dé
bi
t e
n
(m
3 /
s)
0,50 1 1,5 2 2,5 3
Hauteur (m)
Intervalle de prédiction à 95% de la courbe de tarage
FIGURE 5.4 : COURBE DE TARAGE DE LA VIE À LA CHAPELLE PALLUAU AVEC INCERTITUDES ASSOCIEES (DREAL PAYS DE LA LOIRE)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer54
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
5.5. L?essentiel
En matière de courbes de tarage, rien n?est jamais acquis. Jaccon
(1987) concluait son Manuel d?hydrométrie consacré aux courbes de
tarage en comparant la construction d?une courbe de tarage à une
enquête policière. Il précisait que l?hydrologue trouve « toujours » la
solution de l?énigme.
? Une courbe de tarage n?est jamais définitive. Elle peut être remise en
question à tout moment. Toute courbe de tarage doit donc comporter
une période de validité, une date de mise à jour et les bornes de la
zone de fiabilité (ou bornes d'extrapolation).
? La mise au format et l'archivage des courbes de manière fiable et
pérenne doivent être systématiques et inclus dans les logiciels de
stockage/traitement des courbes de tarage.
? Les modifications éventuelles des courbes stockées doivent toujours
être possibles, le fait de stocker les courbes ne doit pas les « figer »
dans le temps.
? Les changements ou mises à jour de courbes doivent pouvoir être
expliqués et ces explications archivées.
? Ce souci de suivi permanent, cette volonté de faire coller la courbe
à la réalité de la vie de la station est un jeu qui nécessite patience,
pugnacité et disponibilité.
? La construction d?une bonne courbe de tarage s?appuie sur des
jaugeages en nombre suffisant, judicieusement répartis sur toute
la gamme de variation de hauteurs et dans le temps et sur une
importante expertise et étude des conditions hydrauliques (voire du
fonctionnement hydrologique du bassin).
? Les approches méthodologiques sont en train d?évoluer et des outils
permettront aussi une quantification des incertitudes des courbes de
tarage.
5.6. Références
? Jaccon G.- Manuel d?hydrométrie Tome 5 ? Tracé de la courbe de
tarage et calcul des débits, IRD-ORSTOM, 1987
? Le Coz J., Chaléon C., Bonnifait L., Le Boursicaud R., Renard B., Branger
F., Diribarne J., Valente M. - Analyse bayésienne des courbes de tarage
et de leurs incertitudes : la méthode BaRatin - Jérôme. - La Houille
Blanche, 6, 31-41, doi : 10.1051/lhb/2013048 - 2013
? Perret C., Morlot T., Favre AC. - La gestion dynamique des relations
hauteur-débit des stations d?hydrométrie et le calcul des incertitudes
associées : un indicateur de qualité et de suivi ? La Houille Blanche, 6,
24-30, doi : 10.1051/lhb/2013047 - 2013
? Poligot-Pitsch S., Geffray G. et Pichon N. - Contribution de l'hydrométrie
au suivi de l'évolution du lit de la Loire aval - , La Houille Blanche, 5,
24-30, doi : 10.1051/lhb/2014046 - 2014
? Norme ISO 18320 « Hydrometry ? Determination of the stage-
discharge relationship » (en cours de validation)
? Roche PA., Miquel J., Gaume E. - Hydrologie quantitative Processus,
modèles et aide à la décision Edition Springer 2012, désormais diffusé
par les éditions Lavoisier.
Chapitre 5 ? Courbe de tarage
55
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013048.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013047.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2014/05/lhb2014046.pdf
Traitement des données
L
es données de débits peuvent être utilisées à différentes
fins : élaboration des PAPI et PPRI, construction
d?ouvrages de génie civil, instruction d?autorisations
« loi sur l?eau » ou « Installations Classées », élaboration
de contrat de rivière, etc. Elles doivent répondre à de plus
en plus d?usages en temps « quasi-réel », pour alimenter
des modèles numériques afin de recréer des hydrogrammes
de crues notamment. Il est donc primordial de pouvoir
stocker et mettre à disposition des usagers des données
de débit « qualifiées » qui prennent en compte toute la
chaîne d?incertitude depuis la mesure du capteur jusqu?Ã
l?établissement de l?hydrogramme.
Le traitement des données vise à obtenir :
? des données corrigées des erreurs de mesure et
d?interprétation possibles tout au long de la chaîne de
production ;
? des données simplifiées pour ne garder que l?information
signifiante ;
? des données complètes afin de pouvoir calculer des
statistiques fiables.
Pour cela, après leur collecte les données subissent plusieurs
traitements et contrôles et leur statut évolue (cf. Tableau 6.1).
6.1. Traitement des données de hauteur et
pré-validation des débits
Le premier contrôle intervient sur le terrain dans le cadre
de la maintenance préventive décrite au paragraphe
3.3.1. Les contrôles de calage, les anomalies relevées et
les solutions apportées doivent être notés sur un registre
propre à la station qui sert ensuite aux traitements
complets effectués au bureau. La bonne connaissance du
site est essentielle à une pratique judicieuse du traitement des
données. Qu?il soit graphique ou numérique, il est impératif
de conserver sans limitation de temps l?enregistrement brut,
sur un support fiable.
6.1.1 Contrôle visuel du limnigramme
Le contrôle visuel de la chronique de hauteur (limnigramme)
est un moyen simple mais efficace pour déceler des
anomalies grossières, des incohérences et des absences
d?information. L?efficacité de ce contrôle peut être améliorée
en confrontant les données de la chronique avec d?autres
sources disponibles (deuxième capteur, pluviométrie, etc.).
La présence d?un deuxième capteur sur une même station
présente donc un grand intérêt. L?usage d?un zoom mal
adapté peut avoir pour effet de masquer des anomalies ou
au contraire, de révéler des anomalies qui n?en sont pas.
6.1.2 Correction des données de hauteur
Il est souvent possible de corriger les anomalies qui ont été
détectées. La figure 6.1 présente trois cas parmi les plus
courants :
? correction linéaire de la hauteur entre deux recalages du
capteur ou suite au nettoyage d?embâcles sur le seuil ;
? suppression des valeurs isolées ou aléatoires aberrantes puis
reconstitution par interpolation linéaire lorsque le défaut est
de faible durée (quelques heures au plus) et sans épisode
pluvieux ;
? élimination des plages de valeurs erronées enregistrées suite
à un défaut du capteur (période de gel, dysfonctionnement,
etc.).
?
ch
ap
itr
e
6
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer56
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Validée
TABLEAU 6.1 : LA CHAÎNE DE TRAITEMENT DES DONNÉES
Statut des données
Type de données Signal hauteur-temps
enregistré sur le terrain
Hauteurs Hauteurs et débits Hauteurs et débits
Type de traitements
(exemples)
Contrôle visuel pour
supprimer les points
aberrants
Filtrage, lissage,
compactage, recalage
dans le temps ou en
hauteur (cf. § 6.1)
Contrôles et corrélations
sur de longues périodes
(cf. § 6.2)
Fréquence Journalière ou
hebdomadaire
Mensuelle
Annuelle ou
pluri-annuelle
Pré-validéeCorrigéeBrute Validée
6.1.3 Filtrage, lissage et compactage
Le filtrage consiste à éliminer le bruit de fond lié à la précision de la
mesure au regard du batillage du cours d?eau, ou de variations faibles
(1 à quelques mm), aléatoires, non signifiantes, d'une fréquence de
quelques secondes. Le filtrage peut être manuel ou automatique. La
règle utilisée sur chaque site doit être formalisée, documentée et
appliquée de façon constante.
Il est ensuite possible de procéder au lissage, c?est-à -dire à l?élimination
des variations de hauteur faibles et de courtes durées (inférieure à la
demi-heure), représentant un volume modeste, dont le volume en
plus ou en moins s?équilibre. La fréquence source est donc plus longue
et le phénomène physique peut être identifié (par exemple : clapet
à niveau dit constant). Le lissage résulte d?une décision réfléchie. Il
doit être réalisé sur des petites sections de courbes, de façon à ne pas
supprimer d?informations significatives, en particulier lors d?une crue
(modification du maximum de la crue). Il est donc à proscrire sur les
pics de crues. Certains logiciels proposent un « lissage automatique »
transformant automatiquement les données brutes en données
moyennées, à partir d?un code de calcul de filtrage sur une gamme
de variation de hauteur forte. Cette pratique peut conduire à la perte
d?informations significatives notamment en crue et n?est donc pas
recommandée.
Le compactage consiste à discrétiser la courbe du limnigramme
en tronçons de droites. C?est l?équivalent du « cerisage » décrit au
paragraphe 6.4. Le compactage permet de réduire significativement
le nombre de points bancarisés.
6.1.4 Contrôle visuel final
Le report légèrement décalé du limnigramme brut et du limnigramme
obtenu après traitement est indispensable et peut conduire à remettre
en cause certaines simplifications. Que ce soit pour les fichiers
graphiques ou numériques, l?hydromètre doit toujours s?assurer qu?il
travaille bien sur les données de la station désirée ; l?échange de feuille
ou de fichier étant toujours possible.
6.1.5 Contrôle des débits
Une fois ces premiers traitements effectués, des contrôles de cohérence
et de vraisemblance sur les débits produits permettent de détecter
des valeurs aberrantes et d?identifier les valeurs exceptionnelles,
nécessitant une attention soutenue. Les événements (jaugeages,
travaux sur la station, travaux dans la rivière) sont passés en revue et
exploités pour conforter la chronique de débit produite.
Certaines des méthodes décrites dans le paragraphe 6.2 (comparaison
entre stations, modèles simples, analyse des débits spécifiques)
peuvent également permettre de détecter des anomalies, voire de
les corriger, et de compléter une éventuelle lacune de faible durée.
L?ensemble des traitements informatiques possibles aujourd?hui ne
doivent pas se substituer aux contrôles par l?opérateur, mais favoriser
son expertise.
6.2. Validation des données
La validation est faite au pas de temps annuel ou plus. Elle nécessite
une prise de recul dans le temps et dans l'espace. Plusieurs méthodes
0
1 000
2 000
3 000
4 000
Ha
ut
eu
r e
n
m
m
Temps
Défaut ponctuel
d?enregistrement :
correction
Défaut ponctuel
d?enregistrement :
(gel ou panne) :
pas de correction
Signal brut
Signal corrigé
Recalage du capteur
FIGURE 6.1 : CORRECTION DU LIMNIGRAMME
Chapitre 6 ? Traitement des données
57
TABLEAU 6.1 : LA CHAÎNE DE TRAITEMENT DES DONNÉES
peuvent être employées : contrôle visuel, comparaison inter-station,
corrélation linéaire, etc.
L'objectif de cette étape est de détecter des anomalies ou des erreurs
qui auraient échappé à la première phase de validation :
? sur la mesure de hauteur : panne ou dérive capteur, influence de la
végétation, modification du contrôle aval, etc. ;
? évolution ou anomalie de la courbe de tarage : nombre insuffisant
de jaugeages, détarage non pris en compte, gamme de débits non
jaugés entraînant des interpolations ou des extrapolations, date de
changement de courbe de tarage mal choisie, tracé erroné, etc. ;
? non prise en compte des informations « terrain », oubli de déclaration
des absences d?informations, incohérence des valeurs exceptionnelles,
date et durée de l?étiage, dates et importance des crues.
6.2.1 Contrôle visuels
A ce stade, le contrôle visuel reste un excellent moyen de détection
des anomalies. Le contrôle doit se faire à différentes échelles de
temps (mois, trimestre, année), pour s?adapter aux types d?anomalies
recherchées (par exemple : quelques semaines pour les erreurs de
tarissement, quelques jours pour les erreurs de changement de courbe
de tarage). La figure 6.2 compile quatre anomalies le plus souvent
rencontrées : date de changement de courbe de tarage mal choisie,
oubli d?envoi des données de hauteur dans la base de données de
stockage (Banque Hydro par exemple), erreur d?unité ou de codage,
défaut capteur.
6.2.2 Comparaison de stations
Le contrôle visuel ne permet pas de déceler toutes les anomalies
d'un signal. L'analyse spatiale et temporelle de plusieurs stations se
révèle un outil puissant. Elle consiste en un examen minutieux des
graphiques superposés des chroniques de débits de plusieurs stations
au comportement hydrologique comparable (amont-aval, affluent,
rivière du bassin voisin, etc.).
La figure 6.3 met en évidence un écart entre les stations amont et aval après
la crue qui incite à s'interroger sur les courbes de tarage des deux stations.
L?examen du temps de transfert entre les stations étudiées peut mettre
en évidence une éventuelle dérive sur les enregistrements de hauteurs
(panne capteur) ou une dérive sur les débits (courbe de tarage).
!POINT D?ATTENTION
Les paramètres pluie et température peuvent être ajoutés sur le
graphe de manière à vérifier la cohérence des variations de débit :
augmentation du débit suite à des pluies ou à une hausse des
températures sur un bassin enneigé, baisse du débit suite à une
période de gel ou absence de précipitations.
6.2.3 Utilisation de corrélations linéaires
Si la superposition simple ne suffit pas, la confrontation est également
possible avec des hydrogrammes élaborés à partir de corrélations. Ainsi,
les observations d'une station S1 peuvent être modélisées simplement
500
1 000
1 500
2 000
Absence de données
dans la base
Erreur de codage ou
d?unité (limni. papier)
Défaut capteur :
gel, panne?
Date de changement
de courbe de tarrage
mal choisie
Dé
bi
t e
n
m
3 /
s
Temps
FIGURE 6.2 : HYDROGRAMME COMPORTANT DES ANOMALIES
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer58
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Dé
bi
t e
n
m
3 /
s
Pr
éc
ip
ita
tio
ns
e
n
m
m
Temps (heures)
0
200
400
600
800
1 000 0
1 101 201 301 501
5
10
15
20
25
30
Isère au Cheylas 5 250 km2
Isère à Grenoble 5 720 km2
Pluie du bassin
FIGURE 6.3 : COMPARAISON DES HYDROGRAMMES DE DEUX STATIONS
Chapitre 6 ? Traitement des données
5,0 10,0 15,0 20,0
5348 pts Coef corrélation = 0.97
Y = 0.878 x X - 0.124
X = 1.079 x Y + 0.21
5,0
10,0
15,0
20,0
25,0
Dé
bi
t m
oy
en
m
en
su
el
d
e
la
sta
tio
n
Y
(m
3 /
s)
Débit moyen mensuel de la station X (m3/s)
FIGURE 6.4 : CORRÉLATION LINÉAIRE ENTRE DEUX STATIONS
59
par les observations d'une station S2 supposée hydrologiquement
proche. La réciproque est vraie aussi. Une relation linéaire au pas de
temps mensuel est recherchée :
Q
s1modélisé
= a. Q
s2observé
+ b
Les coefficients a et b doivent avoir un sens physique : a doit être
cohérent avec le rapport des bassins versants, b doit être cohérent avec
la « productivité » (ou différence des débits de base) de chaque rivière.
En pratique, b doit être le plus petit possible sauf justification particulière.
Dans le cadre d'un modèle linéaire simple, la relation entre QS1 et QS2 se
représente graphiquement à travers un nuage de points. Le coefficient
de corrélation témoigne de la qualité de la corrélation linéaire entre les
deux séries : plus le coefficient est proche des valeurs extrêmes -1 et 1,
plus la corrélation entre les variables est bonne. Une corrélation égale Ã
0 signifie que les variables ne sont pas corrélées linéairement. Attention
à l'impact des fortes valeurs qui peuvent tendre à faire converger le
coefficient de corrélation à 1 ou -1 sans que la corrélation soit bonne.
La corrélation linéaire permet de mettre en évidence les erreurs
grossières et les problèmes dans le tracé ou les périodes d?application
des courbes de tarage et de reconstituer les données manquantes
(cf. § 6.3). Elle ne permet pas de détecter les dérives légères.
Cette méthode d?analyse ne peut toutefois se faire sans l?existence d?une
station comparable hydrologiquement. Il faut la considérer comme un
moyen supplémentaire de détection d'erreur car en comparant deux
stations, on fait l'hypothèse que la variable d'explication (la station
comparable) est une référence fiable, ce qui n'est jamais certain.
Dé
bi
t e
n
m
3/
s
IC à 80% du Modèle linéaire sur Q
Débits observés de la station S1
avril mai juin juillet
1
2
5
10
20
50
FIGURE 6.5 : COMPARAISON D?UNE CHRONIQUE AU MODÈLE MUNI DE SON INTERVALLE DE CONFIANCE
Les valeurs de l'étiage sont très proches de la borne inférieure de l'intervalle de confiance à 80 %, ce qui doit inciter à vérifier la courbe de tarage pour les bas débits.
Des modèles linéaires sur les logarithmes des débits ou sur les débits
spécifiques (débits divisés par la surface du bassin versant) sont aussi
possibles, notamment si les tailles des bassins versants sont trop
différentes. Plusieurs modèles peuvent être construits selon la gamme
de débit. Des échantillons trop restreints ou trop asymétriques peuvent
fausser les conclusions.
Les écarts entre les valeurs observées et les valeurs modélisées sont
appelés résidus. Si le modèle ainsi défini est de bonne qualité (coefficient
de corrélation proche de 1 ou -1), les valeurs observées qui s'écartent des
valeurs modélisées doivent faire l'objet d'une analyse particulière.
!POINT D?ATTENTION
Deux applications d?un modèle linéaire sont présentées :
? la comparaison directe des valeurs observées aux valeurs modélisées
pour la détection d'anomalies ponctuelles ;
? l'analyse des résidus du modèle pour la détection de non
stationnarité.
Le modèle comme outil de détection d'erreur
Les coefficients du modèle linéaire peuvent être appliqués aux débits
moyens journaliers et le comportement des résidus peut lui-même être
modélisé. On peut en déduire un intervalle de confiance du modèle. Un
exemple de comparaison de la chronique observée d'une année donnée
aux quantiles 10 et 90 du modèle linéaire est présenté en figure 6.5.
Les modèles linéaires doivent être utilisés avec précaution dans la
mesure où ceux-ci représentent un comportement statistique moyen
du bassin versant mais n'intègrent pas les particularités climatiques d'un
Équation 6.1 :
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer60
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Q(m3/s)
janvier 1968 Décembre 2015
0
Graphique des résidus cumulés (ellipses à 80% et 90%)
FIGURE 6.6 : REPRÉSENTATION DU CUMUL DES RÉSIDUS ET ELLIPSE DE BOIS
épisode pluvieux donné. L?utilisation de modèles linéaires fait l?objet
d?un bonus.
Analyse du cumul des résidus du modèle
L'analyse des résidus du modèle est également riche d'enseignements.
Elle permet de détecter certaines anomalies citées précédemment. La
figure 6.6 présente l'analyse du cumul des résidus.
Le cumul des résidus permet de mettre en évidence des « non-
stationnarités » (modifications de relation) entre deux stations et de
repérer les périodes correspondantes (Bois et al., 2007). Il est basé
sur l?étude des cumuls des résidus de la régression de la série à tester
(cumul des différences entre la valeur observée et la valeur calculée
à partir de la régression). Elle peut être effectuée directement à partir
des chroniques de 2 stations, ou à partir d?une chronique et d?un
modèle.
Si la courbe des résidus cumulés sort de l?ellipse délimitant
l?intervalle de confiance (valeur habituellement fixée à 80 et 90 %
en hydrométrie), cela signifie qu?il y a 80 ou 90 % de chance que
ces écarts ne soient pas dus au hasard mais à une non stationnarité
entre les deux stations. Au plan théorique, l'ellipse ne doit être tracée
que sous hypothèse d'indépendance des résidus (c'est à dire lorsque
le résidu à l'instant t est indépendant du résidu à l'instant t-1). Il faut
donc en pratique, travailler à un pas de temps suffisamment grand,
au moins mensuel, pour que cette condition soit vérifiée et que la
position de la courbe du cumul des résidus par rapport aux ellipses
ait un sens. Pour un pas de temps inférieur (journalier par exemple),
il faut se limiter à interpréter les changements importants d'inflexion
de la courbe des résidus.
6.2.4 Modèles pluie-débit
La modélisation pluie-débit s'est largement développée ces dernières
années pour les besoins de la prévision des crues. Nombre de bassins
versants disposent de modèles de ce type, qui constituent des outils de
détection des anomalies très efficaces en confrontant les observations
de débit au modèle proposé. L'avantage de ce type de modèle consiste
dans sa prise en compte des conditions initiales du bassin versant
(capacités hydriques, précipitations et températures observées). Par
rapport au modèle linéaire, les paramètres supplémentaires permettent
de s?affranchir de la nécessité de trouver une station hydrologiquement
proche. Voir l'ouvrage cité en référence (Roche et al. 2012) pour aller
plus loin, ou se rapprocher des services de prévisions des crues qui
disposent de ce type de modèles.
6.2.5 Analyse des écoulements spécifiques
L'écoulement spécifique est défini comme le rapport du débit (journalier,
mensuel, annuel) à la surface du bassin versant contrôlé. L'analyse des
écoulements spécifiques sur un ou plusieurs bassins versants est riche
d'enseignements car ceux-ci suivent en général, une loi de décroissance
au fur et à mesure que la taille du bassin versant augmente. Un point
singulier dans la représentation graphique doit attirer l'attention.
L'exercice reste parfois délicat notamment sur les bassins karstiques
où des pertes dans les écoulements de surface créent des anomalies
graphiques qui ne le sont pas au sens physique. Il faut également
prendre garde aux prélèvements anthropiques qui engendrent des
anomalies qui sont tout à fait explicables. La figure 6.7 montre un
exemple d'analyse au pas de temps annuel.
Chapitre 6 ? Traitement des données
61
Modèle des écoulements corrigés du bassin de l'Isère
Comparaison d'une année particulière
Modèle des écoulements observés sur le linéaire de l'Isère
Comparaison d'une année particulière
10
20
30
40
50
60
Ec
ou
le
m
en
t (
l/s
/k
m
2 )
Surface du bassin versant en km2
50 100 200 500 1000 5000
10
20
30
40
50
60
Ec
ou
le
m
en
t (
l/s
/k
m
2 )
Surface du bassin versant en km2
50 100 200 500 1000 5000
Médiane des écoulements observés
Quantiles 10 et 90
des écoulements observés
Année à étudier
FIGURE 6.7 : ANALYSE DES ÉCOULEMENTS SPÉCIFIQUES ANNUELS
La figure de gauche montre l'évolution statistique (moyenne, quantiles 10 et 90 en pointillés) des écoulements annuels observés du bassin pour des stations
réparties de l'amont vers l'aval. Les écoulements observés pour l'année à analyser en particulier sont reportés et peuvent être comparés au modèle de référence.
L?hydromètre peut s'interroger sur les raisons qui font que l'écoulement spécifique de la troisième station est proche du quantile 10 % alors que la station en
amont est quant à elle, légèrement supérieure à la médiane. La figure de droite présente le même type de modèle pour les écoulements désinfluencés du
bassin, en tenant compte des volumes qui sont dérivés. A l'aval du bassin, le signal observé est quasiment identique au signal désinfluencé.
6.2.6 Analyse spatiale sur certaines valeurs statistiques
Cette méthode d?analyse consiste à représenter de façon cartographique
une valeur statistique en vue de déceler d?éventuelles hétérogénéités
dans les résultats.
Les valeurs statistiques de l?écoulement (telles que les débits moyens
mensuels (moyennes eaux), les débits maxi journaliers mensuels
(hautes eaux), les débits minimums sur x jours consécutifs (VCNx) du
mois, etc.) sont cartographiées et comparées aux valeurs moyennes
inter-annuelles correspondantes. Une analyse cartographique des débits
spécifiques peut compléter l?analyse.
6.3. Reconstitution des données manquantes
La plupart des traitements statistiques requièrent de disposer de
données continues dans le temps et sont pénalisés en cas d'absences
d'informations. C'est pourquoi, lorsque l?enregistrement des hauteurs
d?eau est très douteux ou manquant pendant une certaine durée, le
service gestionnaire doit s?efforcer de combler l?absence de données dans
la chronique des débits, voire des hauteurs d?eau. L?action qui consiste
à pallier cette absence d?information est appelée « reconstitution ».
Les modalités, les difficultés et les possibilités de reconstitution sont
très variables et doivent être appréhendées au regard de quatre
principaux critères :
? la durée de l'absence d'information, d'autant plus pénalisante
qu'elle est longue ;
? l'hydrologie du moment, dont le cas le plus favorable correspond Ã
une période stable, sans précipitation ;
? la présence de stations hydrologiquement comparables qui permet
de limiter l'incertitude sur la reconstitution des débits manquants ;
? le caractère ordinaire (débits observés couramment) ou plus rare
(étiage sévère ou forte crue) des débits à reconstituer. Dans ce dernier
cas, il faut évaluer l'incidence sur les traitements statistiques qui pourront
être faits : est-il plus pénalisant de ne pas prendre en compte un débit
remarquable (parce-qu'il n'est pas reconstitué), ou de prendre en compte
un débit remarquable entaché d'une forte incertitude ?
Dans tous les cas, il est primordial de tracer et de conserver les éléments et
la méthode utilisés pour reconstituer l?information manquante, quels que
soient les moyens mis en oeuvre. Cela permet une critique ou une révision
ultérieure. La Banque Hydro permet de repérer les données reconstituées
grâce à la précision de leur « méthode d?obtention » (cf. § 6.5).
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer62
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Absence
courte
Stations
Proches
Période
calme
Hauteurs
reconstituées
Cas 1
Très bonne
corrélation
Basses
Eaux
Hautes
eaux
Lacune
O
O
O
Débits puis
hauteurs
reconstituées
Cas 2
Pas de
reconstitution
Cas 4
O N
N N O
N O
Débits QMJ
reconstituées
Cas 3
QMJ et QIXM
inconnus
faibles
QMJ et QIXM
inconnus forts
N
N
QMJ et QIXM
inconnus
neutres
QMJ : débit moyen journalier
QIXM : débit instantané maximal mensuel.
FIGURE 6.8 : ARBRE DE DÉCISION POUR LA RECONSTITUTION (CAS 1 À 3) OU L?UTILISATION DES « INCONNUS » DE LA BANQUE HYDRO (CAS 4)
6.3.1 Les cas les plus faciles
Sur des rivières non influencées, sur des durées courtes (de 3 à 8 jours
au plus), durant une période sans pluie et hors situation de crue, il est
possible de retracer la courbe de variation des hauteurs en fonction
du temps à partir des données à notre disposition. Dans la plupart des
cas, il est toutefois préférable de reconstituer les données par l'étude
des débits (comparaisons, corrélations, etc.). Les hauteurs sont ensuite
calculées à partir des débits reconstitués et de la courbe de tarage.
La reconstitution des débits en période d?étiage est devenue plus difficile
du fait du développement des prélèvements (irrigation, etc.).
!POINT D?ATTENTION
6.3.2 Les cas les plus difficiles
La reconstitution est plus difficile dès qu?il y a une influence (apports liés
à la pluviométrie, etc.) ou sur une période de longue durée (plusieurs
semaines par exemple) sans information. Les moyens mis en oeuvre
pour la reconstitution sont alors plus importants. La reconstitution est
encore plus complexe, suite à de fortes pluies, quand le régime du cours
d?eau réagit aux précipitations et est moins régulé par des nappes.
6.3.3 Comment reconstituer ?
La première étape est de rechercher les éléments de base de la reconstitution :
les débits des stations de jaugeage proches, les informations disponibles sur
les pluies tombées, les niveaux éventuellement observés à proximité, etc.
Les méthodes décrites au paragraphe 6.2 pour le traitement des données
(modèles linéaires et pluie-débit, écoulements spécifiques) peuvent aussi
être utilisées pour la reconstitution des données. La corrélation linéaire peut
notamment être utilisée pour reconstituer un débit caractéristique d?étiage Ã
partir de jaugeages ponctuels (cette méthode est décrite en bonus).
Les données manquantes peuvent être reconstituées au pas de temps
journalier et mensuel. Une valeur ponctuelle infra-journalière peut
éventuellement être interpolée dans les cas les plus évidents.
La reconstitution du débit d?un pic de crue, surtout s?il s?agit de la plus forte
crue de l?année doit être tentée mais avec les plus grandes précautions.
Une méthodologie particulière peut être mise en oeuvre dans ce cas. Elle
est décrite de manière spécifique au chapitre 7.
La chronique de débits corrigés grâce aux reconstitutions doit ensuite être
critiquée de manière à détecter d'éventuelles incohérences.
6.3.4 Que faire si les données ne peuvent pas être reconstituées ?
Les calculs statistiques automatiques de la Banque Hydro (débits minimum
ou maximum mensuels par exemple) sont effectués en constituant un
échantillon rassemblant une valeur par année (civile ou hydrologique).
L'absence d'une seule donnée sur une année empêche l'identification de la
valeur à introduire dans l'échantillon pour cette année donnée (la Banque
Hydro ne pouvant déterminer si la valeur absente ne serait pas justement
la valeur à choisir). En qualifiant de manière judicieuse certaines variables
(hauteur et débits et/ou QMJ) en « inconnue faible », « inconnue forte » ou
« inconnue neutre » cela permet d?indiquer dans quelle gamme de débit se
situe la donnée inconnue et d?utiliser malgré tout l?année où se situe cette
Chapitre 6 ? Traitement des données
63
entre la droite définie par deux points « cerise » successifs et la courbe
réelle ne doit pas être supérieure à 5 mm réels, ni générer une erreur
de débit supérieure à 5 %. En cas de forte variation de hauteur, la
multiplication des points « cerises » est recommandée.
Les retournements (cf. Figure 6.9) doivent être analysés avec précision
et correctement saisis. Les contrôles sur les hauteurs de début et de fin
sont indispensables. La continuité de l?enregistrement d?une feuille Ã
l?autre doit être vérifiée pour éviter les marches d?escalier aux limites.
Des outils informatiques existent pour faciliter le travail de digitalisation
des données anciennes.
6.5. Mise à disposition des données
Les données acquises et validées par les services de l?État sont
stockées dans la Banque Hydro et accessibles gratuitement sur www.
hydro.eaufrance.fr. La bancarisation des données respecte le scénario
d?échange préconisé par le Sandre, pour répondre à un objectif
d?harmonisation et d'échange de données entre les différents acteurs
lacune dans les procédures statistiques où l?inconnue n?est pas indispensable.
L?arbre de décision de la figure 6.8 précise l?utilisation des statuts
« inconnue faible », « inconnue forte » et « inconnue neutre » dans
la Banque Hydro (cas 4).
6.4. Traitement des données anciennes
Lors des opérations de numérisation des données anciennes
enregistrées sur papier il est préconisé de procéder à un examen
minutieux des limnigraphes de façon à identifier les anomalies
d?enregistrement (dérive brusque ou progressive du capteur ou de
l?horodateur). Après analyse, les anomalies font l?objet d?une correction
soit ponctuelle, soit durant la période incertaine entre deux contrôles.
Le calage de base des limnigraphes est vérifié en rapprochant les
hauteurs début et fin et les valeurs portées sur les enregistrements.
Le « cerisage » est l?étape intermédiaire de traitement du limnigraphe.
Le tracé est codé de façon à ce que l?enregistrement entre deux points
« cerises » puisse être raisonnablement assimilé à une droite. La flèche
Plafonnement du flotteur
Écriture de la double
valeur sur axe pour
suivre le retournement
Partie du limnigramme
échelle originelle
Partie du limnigramme
échelle 1er retournement
Partie du limnigramme
échelle 2e retournement
1er retournement
2e retournement
30/12/2013 Ã 12h30
H = 225
Tracé décalé pour cause
de mauvaise remise
en place des câbles
Échelle de temps
Éc
he
lle
d
e
ha
ut
eu
r
150
125/175
100/200
75/225/325
50/250/300
275
FIGURE 6.9 : EXEMPLE DE LIMNIGRAPHE ISSU D?UN CAPTEUR À FLOTTEUR ET CODEUR AVEC DOUBLE RETOURNEMENT
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer64
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Les autres gestionnaires de stations hydrométriques sont fortement
incités à renseigner également cette base de données, dans un souci
d?archivage commun des données produites. La bancarisation de
données qualifiées dans la Banque Hydro est souvent une condition
d?éligibilité aux aides des différents financeurs de nouveaux réseaux
de mesure (agences de l?eau, départements).
6.6. Incertitudes sur les données produites
Les données de débit publiées sont le résultat d'un processus dont
chacune des phases est affectée par des incertitudes qui sont rappelées
ici brièvement :
? incertitudes liées à la mesure de hauteur : précision du capteur,
dérive et calage du capteur dans le temps (cf. chapitre 3) ;
? incertitudes des jaugeages (cf. chapitre 4) ;
? incertitudes liées à la courbe de tarage : sensibilité de la relation
hauteur-débit, a priori sur le tracé, extrapolations aux extrémités,
variabilité dans le temps de la relation hauteur-débit (cf. chapitre 5).
0 20 40 60 80 100
Station très instable
Station instable
Station moyennement stable
Station stable
0
20
40
60
80
100
Pourcentage de la gamme des débits observés
In
ce
rti
tu
de
a
u
se
ui
l d
e
95
%
FIGURE 6.10 : INCERTITUDE ATTENDUE POUR QUATRE STATIONS AU COMPORTEMENT TRÈS CONTRASTÉ
Les incertitudes les plus faibles calculées sont très rarement inférieures à 5 % au seuil de confiance de 95 %. Elles sont obtenues pour des stations très bien suivies
sur des rivières de plaine où les modifications géométriques du lit restent faibles pour les débits faibles à modérés. Cet ordre de grandeur exclut les extrêmes
pour lesquels les conditions et la fréquence des jaugeages sont moins bonnes. Lorsque le contrôle hydraulique est constitué par un tronçon à pente significative
où le charriage est plus marqué, les incertitudes attendues sont plus conséquentes. Elles sont comprises entre 10 et 20 % pour les débits courants et peuvent
largement dépasser les 20 % pour les débits faibles. L'exemple de la station « très instable » est une situation extrême qui reste exceptionnelle. Il est présenté
pour attirer l'attention des gestionnaires sur certaines situations très particulières rencontrées en montagne, en l'absence de section de contrôle marquée et
lorsque le charriage est très important. Dans ces conditions, les incertitudes attendues ne sont pas inférieures à 30 % dans les situations d'écoulement les plus
favorables et peuvent atteindre les 100 % pour les étiages et les crues. Le maintien du point de mesure ne peut alors s'envisager qu'après la prise de conscience
et l'acceptation de ces niveaux d'incertitude par l'ensemble des utilisateurs.
Chapitre 6 ? Traitement des données
impliqués dans l'hydrométrie, en temps réel aussi bien qu'en temps
différé. La modernisation de la Banque Hydro (opération HYDRO 3)
permet d?archiver tous les statuts de la donnée (du statut brut au
statut validé) pour une meilleure traçabilité des traitements effectués.
La Banque Hydro permet aussi d?affecter aux données une méthode
d?obtention, une qualification et un code de continuité (cf. Tableau 6.2).
65
TABLEAU 6.2 : DIFFÉRENTES POSSIBILITÉS DE QUALIFICATION DES
DONNÉES DANS LA BANQUE HYDRO
Statut de la donnée Brute, corrigée, pré-validée, validée
Qualification de la donnée Douteuse, bonne, non qualifiée
Méthode d?obtention
de la donnée
Mesurée, calculée, reconstituée, expertisée
Continuité de la donnée
Indique si la donnée est jugée continue
vis-à -vis de la précédente d'un point de vue
temporel. S?il n?y a pas de continuité, il est
possible de qualifier la plage de discontinuité
en inconnue faible, forte ou neutre.
Les incertitudes des débits produits à partir des stations d'hydrométrie
varient très fortement en fonction du type de cours d'eau, des
possibilités d'aménagement du contrôle hydraulique, de la fréquence
des jaugeages et de la gamme de débit.
Pour proposer une incertitude sur la donnée de débit, il faut donc
composer l'ensemble des sources d'incertitude. Les méthodes GesDyn
et BaRatin permettent de calculer l'incertitude d'un hydrogramme (cf.
annexe 1 et bibliographie).
La figure 6.10 présente l'incertitude attendue (méthode GesDyn) en
fonction de la gamme de débit suivant le module (rapport du débit
et de la moyenne inter annuelle des débits) pour quatre stations
contrastées représentatives de situations qui peuvent se rencontrer
sur le territoire français.
6.7. Références
? Bois P., Obled C. Zin I. - Introduction au traitement des données en
hydrologie, ENSE3 2007.
? Irstea, Onema : Guide technique pour l?exploitation des jaugeages
en hydrologie pour la prédétermination des débits caractéristique
d?étiage, 2016.
? Le Coz J., Chaléon C., Bonnifait L., Le Boursicaud R., Renard B.,
Branger F., Diribarne J., Valente M. - Analyse bayésienne des courbes
de tarage et de leurs incertitudes : la méthode BaRatin - La Houille
Blanche, 6, 31-41, doi:10.1051/lhb/2013048.
? Musy A - Hydrologie Générale. EPFL Section SIE et GC 4e semestre
2005.
? Perret C., Morlot T., Favre AC. - La gestion dynamique des relations
hauteur-débit des stations d?hydrométrie et le calcul des incertitudes
associées : un indicateur de qualité et de suivi ? La Houille Blanche,
6, 24-30, doi : 10.1051/lhb/2013047.
? Pons F., Hydrometry data rescue, a stake for the future, Floodrisk
2016.
? Roche PA., Miquel J., Gaume E. - Hydrologie quantitative Processus,
modèles et aide à la décision Edition Springer 2012.
? SANDRE, Scénario d?échanges des données hydrométriques.
L'incertitude n'est pas honteuse. Toute mesure est incertaine,
aucun domaine n'y échappe. L?analyse d'incertitude des données
hydrométriques n'est pas un outil pour juger de la qualité
professionnelle du producteur. Elle n'est que le reflet des conditions
qui ont prévalu à la production des données. Un bon service peut
produire une donnée à forte incertitude, et néanmoins utile,
dans des conditions particulières (par exemple un jaugeage aux
flotteurs en crue violente). Les services qui oeuvrent sur les rivières
de montagne produisent des données entachées d'incertitudes
plus fortes que ceux qui travaillent en plaine. La réduction des
incertitudes passent parfois par des efforts très conséquents à la
charge des services, et l'intérêt de les engager est à évaluer à l'aune
des enjeux associés.
L'incertitude doit permettre à l'utilisateur de données de prendre
des décisions éclairées. Toutefois il reste encore un important travail
de recherche et d?accompagnement pour aider les décisionnaires
à maîtriser le concept d'incertitude en regard des enjeux associés Ã
leurs besoins.
L'incertitude est utile au producteur de données. Avec des outils
adaptés, l'analyse d'incertitude ne complique pas le travail de
l'hydromètre, mais au contraire lui permet d'optimiser son processus
de mesure (comme la fréquence des jaugeages) et de justifier les
ressources demandées.
Il ne faut pas confondre assurance qualité (qui démontre la
conformité du processus de mesure à des procédures écrites) et
analyse d'incertitude (qui ne peut s'effectuer qu'après la première).
Des données conformes à une procédure, avec un code qualité "bon"
ou "douteux" par exemple, peuvent ensuite être assorties d'une
incertitude, petite ou grande.
!POINT D?ATTENTION
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer66
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
http://www.pseau.org/outils/biblio/resume.php?d=4476
http://www.onema.fr/sites/default/files/pdf/Guide_Jaugeage.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013048.pdf
http://www.shf-lhb.org/articles/lhb/pdf/2013/06/lhb2013047.pdf
http://www.sandre.eaufrance.fr/notice-doc/donn%C3%A9es-hydrom%C3%A9triques-0
http://www.mediterranee.cerema.fr/logiciel-de-numerisation-des-enregistrements-r57.html
Reconstitution de données
hydrométriques post-crue
7.1. Intérêt et objectifs ? Domaine d?application
E
n cas de lacune dans les enregistrements de hauteurs
lors d?une crue, ou bien en cas d?absence de jaugeages
permettant de préciser les débits atteints, il peut
être intéressant d?évaluer ces débits a posteriori,
notamment le débit de pointe. Cette information peut par
exemple servir à reconstituer une chronique de données
continue (débits maxima annuels, ou hydrogramme de la
crue), et aider si nécessaire à revoir l?extrapolation de la
courbe de tarage de la station.
Ce travail de reconstitution nécessite généralement
d?effectuer des relevés sur le terrain pour confirmer les
hauteurs d?eau et la section d?écoulement en crue, et
collecter les informations nécessaires à l?estimation des
vitesses. Ce dernier point s?avère le plus délicat et peut être
traité soit par interprétation du fonctionnement hydraulique
de la section considérée, soit par l?exploitation d?informations
plus factuelles sur les vitesses d?écoulements lorsqu?elles
existent (vidéos en crue, ou bien photographies).
7.2. Choix du site étudié
Si l?objectif est bien de reconstituer une valeur de débit au
niveau d?une station (la plupart du temps le débit de pointe
de la crue), il est parfois préférable de réaliser l?analyse sur
un site différent dont les caractéristiques répondent mieux
à l?objectif visé. Les conditions d?écoulement au niveau de la
station considérée ne sont en effet pas toujours adaptées à une
reconstitution des débits pour des crues majeures.
La première étape est donc de choisir un site d?estimation
adapté. Cette recherche nécessite un travail de reconnaissance
qui peut être important (pouvant porter sur plusieurs kilomètres
de rivière), mais elle peut être anticipée par les hydromètres
sur certaines stations à fort enjeu en crue. Le site retenu doit
être suffisamment proche du site de la station pour pouvoir
garantir une valeur similaire du débit (pas d?apports significatifs
entre le site retenu et la station). Il est également nécessaire de
pouvoir relier le débit estimé à un niveau d?eau correspondant
à la station, qui doit éventuellement être relevé en cas de
lacune. Les autres critères à prendre en compte pour le choix
du site sont les suivants :
? largeur d?écoulement en crue limitée : larges débordements
en lit majeur à éviter ;
? section stable lors de la crue : pas de phénomènes
significatifs d?érosion/comblement du lit, pas d?embâcles
susceptibles d'avoir modifié de façon significative la section
d'écoulement ;
? section présentant des conditions hydrauliques simples
permettant l?application d?une formule d?hydraulique
déterminée : choisir par exemple des tronçons rectilignes, de
pente et section d'écoulement uniformes pour l'application de
la formule de Manning-Strickler (équation 2.4). À défaut d'une
section parfaitement uniforme, l'application de la méthode
de la pente de la ligne d'eau est possible (cf. NF ISO 1070,
AFNOR, 1992) : dans ce cas un tronçon progressivement
convergent (se rétrécissant) est préférable à un tronçon
divergent (s'élargissant). Pour l'application d'une formule
de seuil, rechercher un seuil de géométrie simple, avec une
chute suffisante pour assurer le fonctionnement dénoyé, et
des vitesses d'approche les plus faibles possibles ;
? pas d?influence aval marquée : attention notamment aux
sections situées à l?amont des ouvrages ou des confluences ;
? section présentant des laisses de crue nombreuses et
redondantes (pour fiabiliser l?information sur les niveaux et
la forme de la ligne d?eau) et persistance des laisses de crue
(qui peuvent être effacées rapidement en secteur urbain
notamment) ;
? présence de témoins potentiels de la crue à proximité,
permettant de disposer de descriptions des écoulements en
crue.
Certains aspects pratiques doivent également être pris en
considération pour permettre les levés de terrain : végétation
peu dense, visibilité amont/aval suffisante pour relever les
pentes du lit et de la ligne d?eau, possibilité de traverser le
cours d?eau, etc.
Les sections sous ouvrages peuvent s?avérer intéressantes car
généralement peu larges et stables, surtout si des éléments
pour préciser les vitesses d?écoulement y sont disponibles :
différence de niveau liée au choc sur piles amont, différence
de niveau amont-aval, séquence vidéo.
?
ch
ap
itr
e
7
Il est toujours préférable d?exploiter plusieurs sites et
de recouper les estimations obtenues. La redondance
d?information est un élément clé permettant la critique et
l?évaluation des incertitudes.
!POINT D?ATTENTION
Chapitre 7 ? Reconstitution de données hydrométriques post-crue
67
7.3. Réalisation des levés dans les sections retenues
Les principales informations à regrouper lors des levés sont listées ci-
dessous. Elles varient sensiblement en fonction des modalités d?exploitation
prévues pour l?estimation du débit (exploitation d?une vidéo ou formule
hydraulique à utiliser) et peuvent inclure :
? un ou plusieurs profils en travers (suivant les besoins), incluant
le niveau des laisses de crues associées, ainsi que la bathymétrie si
nécessaire, de façon à aboutir à la section d?écoulement complète ;
? position XY et photos des sections levées ;
? suivant le mode d?exploitation visé, le profil en long du lit et de la
ligne d?eau d?après les laisses de crue (pour application de la formule
de Manning-Strickler ou de la méthode de la pente de la ligne d?eau) ;
? le cas échéant, position de repères pour exploitation de vidéos et/
ou photos ;
? un schéma (ou carte) du site, avec le cours d?eau, les singularités,
l?occupation du sol, les traces d?écoulements à fortes vitesses
(végétation couchée, érosion), et les emplacements des mesures
s?avère également très utile.
Des erreurs importantes sont possibles sur le niveau des laisses de
crue, qui doivent par conséquent être sélectionnées avec précaution.
Voici quelques exemples de pièges à éviter :
? la végétation arbustive peut avoir plié sous l?effet de l?écoulement
puis se redresser après la crue, amenant à surestimer le niveau des
laisses ;
? les laisses situées sur des obstacles en milieu de l?écoulement sont
souvent plus représentatives de la charge que de la hauteur d?eau
(différence de niveau de l?ordre de V²/2g) ; sur les rives, la présence
ponctuelle de vagues, ou l'arrivée brutale de fronts d'onde, peuvent
également générer des laisses plus hautes que le niveau moyen dans
la section ;
? les traces d?humidité sur les murs peuvent être liées à des
remontées capillaires, et ne sont donc pas nécessairement
représentatives du niveau d?eau maxi (contrairement aux dépôts
limoneux).
!POINT D?ATTENTION
De façon à fiabiliser les levés, il est préférable de lever un nombre
important de laisses de crue sur les deux rives, leur redondance
permettant une critique ultérieure par comparaison graphique (cf.
Figure 7.1). L?idéal est que l?hydromètre visite le site dès que possible
après l?événement pour sélectionner et matérialiser (peinture, clous,
étiquettes, photos) les marques de crue fraîches, sans attendre le
levé topographique si celui-ci ne peut pas être réalisé rapidement.
Les laisses potentiellement douteuses ou supposées représentatives
de la charge sont à identifier. Enfin, les profils en long des laisses de
crue et du fond du lit doivent être levés sur une longueur suffisante
pour permettre une bonne estimation des pentes, avec des laisses
suffisamment nombreuses pour permettre l?analyse de la forme de la
ligne d?eau (hypothèse de régime uniforme). Une bonne estimation
de la pente s?avère difficile lorsque celle-ci est inférieure à 0,5 %.
7.4. Interviews de témoins
En parallèle aux levés, des informations complémentaires particulièrement
utiles peuvent parfois être collectées auprès des témoins habitant Ã
proximité de la section considérée :
? confirmation du niveau maximum dans la section ;
? horaire du pic de crue (importance si simulations pluie-débit ultérieures) ;
? dynamique de montée/décrue (horaires et niveaux associés) ;
? autres éléments descriptifs du déroulement : embâcles, évolution du
fond et des berges, chemins d?écoulement lors de la crue (éventuels
contournements) ;
? photos ou vidéos en crue.
Il est capital de croiser et recouper ces informations auprès de différentes
sources (lorsqu?elles existent).
7.5. Estimation de la vitesse des écoulements
L?estimation de la vitesse moyenne des écoulements dans la section
considérée constitue la principale difficulté (et probablement la
principale source d?erreurs). Celle-ci peut être réalisée de deux façons :
soit par l?analyse du fonctionnement hydraulique de la section, soit par
reconstitution directe d?informations sur les champs de vitesse en crue
à partir de vidéos ou photos.
7.5.1 Interprétation du fonctionnement hydraulique de la section
Différentes méthodes sont regroupées dans cette catégorie, elles
présentent néanmoins toutes des limites liées aux hypothèses sous-
jacentes effectuées et/ou au choix des paramètres les plus adaptés :
? formule de Manning Strickler, applicable sous hypothèse d?écoulement
uniforme, hypothèse qui peut être vérifiée en comparant la pente et la
forme de la ligne d?eau (cf. Figure 7.1) Ã celle du lit. Dans ce cas le choix
du paramètre de rugosité (coefficient de Strickler K) s?avère déterminant ;
? méthode de la pente de la ligne d?eau en cas d?écoulement
graduellement varié. Dans ce cas, le coefficient de Strickler K n?est plus
le seul paramètre à déterminer (coefficients de charge dynamique et
de perte de charge à évaluer), ce qui rend l?application plus complexe ;
? construction d?un modèle hydraulique 1D local permettant de traiter
des cas pour lesquels la ligne d?eau est plus chahutée, mais toujours avec
la nécessité d?une estimation de la rugosité du lit ;
? formule de seuil (dénoyé). L?application de cette formule nécessite
l'estimation d'un coefficient de débit qui dépend des caractéristiques du
seuil : le choix de ce coefficient est déterminant et doit être réalisé avec
précaution (Cerema, 2005). La formule nécessite également de connaître
la charge à l'amont du seuil, donc le terme V²/2g où V est la vitesse
d'écoulement à l'approche du seuil (vitesse qui ne peut pas toujours
être négligée en crue). À défaut de connaître cette vitesse, celle-ci peut
être estimée par itération : application de la formule de seuil avec une
vitesse d'approche nulle, estimation de la vitesse à l'amont du seuil Ã
partir du débit obtenu et de la section, utilisation de la valeur de vitesse
estimée pour ré-appliquer la formule de seuil, etc. ;
? formules de pertes de charge au passage sous un ouvrage, avec ici
aussi un choix de paramètre à effectuer (coefficient de contraction), ainsi
qu?une hypothèse sur la vitesse d?approche.
D?une façon générale, il est donc important d?appliquer les formules
hydrauliques avec précaution et en étant conscient des hypothèses et des
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer68
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
? présence de repères fixes sur les deux rives dont la position peut être
relevée (cf. Figure 4.11).
Ces méthodes ne fournissent qu?une indication partielle sur le champ
de vitesses (vitesses ponctuelles ou champ de vitesses en surface),
qu?il faut donc extrapoler à la vitesse moyenne dans la section par
application d?un coefficient généralement situé dans une gamme de
0,8 Ã 0,9 (cf. Tableau 4.1).
7.6. Critique des résultats
Un premier niveau de critique peut porter sur l?ordre de grandeur des vitesses
d?écoulement estimées. Pour cela il peut être notamment intéressant
d?estimer le nombre de Froude, en étant conscient que les écoulements
super-critiques à l?échelle d?un tronçon en crue restent rares et ne sont
généralement rencontrés que localement, ou dans des configurations très
particulières : pentes très fortes, écoulements chenalisés et sans obstacle.
Un deuxième niveau de critique consiste à exploiter la redondance
d?information dès que possible : cohérence amont/aval des estimations
effectuées, ordre de grandeur des débits spécifiques. Ceci permet d?éliminer
les estimations les plus incohérentes. Si la redondance est insuffisante, une
simulation pluie-débit peut permettre de vérifier que les débits de pointe
estimés sont compatibles avec des rendements d?écoulements raisonnables
et dans tous les cas inférieurs à 100 %.
fond du lit
Ligne d?eau
-100 -50-150 0 50 100 150
Distance (m)
Profil en long
-20-30-40 -10 0 10 20 30 40
Ligne d?eau
Rive droiteRive droite
Distance (m)
Ha
ut
eu
r (
m
)
Rive gaucheRive gauche
Profil en travers
Limites du lit mineur
Plan de la section
Laisses de crue
Ha
ut
eu
r (
m
)
-4
0
4
8
12
0
4
8
FIGURE 7.1 : EXEMPLE DE PROFIL EN LONG ET PROFIL EN TRAVERS AVEC INDICATION DES LAISSES DE CRUE RELEVÉES
La redondance des laisses permet de fiabiliser l?information sur la ligne d?eau. L'hypothèse d'un régime uniforme est validée lorsque la pente de la ligne d'eau
est voisine de celle du fond du lit.
limites inhérentes à chaque cas. Il peut également être utile de consolider
l?analyse à partir d?éléments factuels qui, bien que restant assez subjectifs,
peuvent confirmer ou infirmer la présence d?écoulements à vitesses
élevées : description des témoins, végétation couchée ou intacte, érosion
des berges, etc.
7.5.2 Analyse de vidéos et/ou photos
La méthode la plus simple consiste à se servir des photos ou vidéos
disponibles pour évaluer la vitesse d?objets flottants, ou bien la
différence entre ligne d?eau et ligne de charge dans la section (donnant
une indication du terme V²/2g) à partir de la surélévation observée au
niveau du choc sur un obstacle (cf. Figure 7.2).
Une méthode plus élaborée consiste à reconstituer le champ de vitesses
de surface sur toute la section à l?aide d?un logiciel d?analyse d?images de
type LSPIV (cf. chapitre 4, Figure 4.11). Pour cela il est nécessaire de disposer
de vidéos présentant les caractéristiques nécessaires à une telle analyse :
? champ fixe sur au moins 1s ;
? prise de vue permettant de visualiser l'ensemble de la section sur
l'image (par exemple depuis un pont, ou depuis la berge) ;
? profil en travers pouvant être levé a posteriori, où le niveau d?eau
peut être évalué ;
? surface libre la plus plane possible (la pente peut être prise en
considération), avec un écoulement le plus uniforme possible (pour
l?estimation du coefficient de surface) ;
Chapitre 7 ? Reconstitution de données hydrométriques post-crue
69
7.7. Références
? AFNOR (1992) ? Mesure de débit des liquides dans les canaux
découverts ? Méthode de la pente de la ligne d?eau ? Norme NF ISO
1070
? CEREMA DTec EMF, Notice sur les déversoirs. Synthèse des lois
d'écoulements au droit des seuils et déversoirs, Février 2005, 87p.
? CEREMA, guide méthodologique, Protocole de collecte d?informations par
reconnaissances de terrain suite à une inondation, 2015
? Degoutte G., Aide-mémoire d'hydraulique à surface libre, cours
agroparistech, 32p.
? Gaume E. et al., Post Flash-flood Investigations - Methodological
note, report T23-06-02 of the EU FloodSite project, 2006, 54 p.
? Gaume E., and Borga M., Post-flood field investigations in upland
catchments after major flash floods : proposal of a methodology and
illustrations, Journal of Flood Risk Management, 2008, 1, pp 175-189
? Payrastre O., Bonnifait L., Le Boursicaud R., Gaume E., Gasset R.,
Busseuil G., Estimation des débits des crues de juin 2013 dans les
Pyrénées, rapport de la convention DGPR/Ifsttar 2013 n°2101140317,
2014, 15p.
? Payrastre O., Gaume E., Javelle P., Janet B., Fourmigué P., Lefort P.,
Martin A., Boudevillain B., Brunet P., Delrieu G., Marchi L., Aubert Y.,
Dautrey E., Durand L., Lang M., Boissier L., Douvinet J., Martin C., Ruin I.
et l?équipe TTO2D d?HYMEX. Analyse hydrologique de la catastrophe du
15 juin 2010 dans la région de Draguignan (Var, France). Congrès SHF :
« Evènements extrêmes fluviaux et maritimes », Paris, 1-2 février 2012
? Payrastre O., Naulin J.P., N?Guyen C.C., Gaume E., Analyse hydrologique
des crues de juin 2010 dans le Var, rapport de la convention DGPR/
Ifsttar 2011 n°21.00.46.03.2, 2012, 32p.
? Exploitation de vidéos pour détermination des vitesses :
> https://floodscale.irstea.fr/donnees/videos-amateurs-de-rivieres-
en-crue/videos-amateurs-de-rivieres-en-crue
> Guide méthodologique Collecte et préparation de film amateur en
vue d?une exploitation par analyse d?image
> Fudaa-LSPIV 1.3.2, Guide d'utilisation, version v04 du 17-09-2013,
Magali Jodeau, Alexandre Hauet, Jérôme Le Coz
FIGURE 7.2 : EXEMPLES D?ESTIMATIONS PONCTUELLES DE VITESSE D?ÉCOULEMENT DE SURFACE RÉALISÉES À PARTIR DE VIDÉOS (IFSTTAR)
À gauche : parcours d?un objet flottant ; à droite : surélévation fournissant une évaluation du terme V²/2g (1.25 < V²/2g < 1.75 m, soit 5 < V < 5.9 m/s)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer70
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
http://www.eau-mer-fleuves.cerema.fr/IMG/pdf/GF_06-01_cle52db85.pdf
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/guide-reconnaissance-terrain-inondation-a1314.html
https://tice.agroparistech.fr/coursenligne/courses/COURSDHYDRAULIQUEDYN/document/Texte%20de%20cours/degoutte1.pdf?cidReq=COURSDHYDRAULIQUEDYN
http://www.floodsite.net/html/partner_area/project_docs/T23_06_02_Post_Flashflood_Investigations_D23_2_V1_0_P01.pdf
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00379252
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/fichier/pdf/PAYRASTRE_GAUME_texte_SHF_Evtsextremes_def.pdf?arg=3498&cle=357a79b7108c8e439f18fbb4eb792aa84970d8fd&file=pdf%2FPAYRASTRE_GAUME_texte_SHF_Evtsextremes_def.pdf
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/fichier/pdf/Rapport_Crue_Var_2010_analyse_hydrologique_def.pdf?arg=3496&cle=19718b956d3764ee25d794013756eff7be9f7881&file=pdf%2FRapport_Crue_Var_2010_analyse_hydrologique_def.pdf
https://floodscale.irstea.fr/donnees/videos-amateurs-de-rivieres-en-crue/videos-amateurs-de-rivieres-en-crue
http://pch.metier.e2.rie.gouv.fr/fichier/pdf/B5_a_Guide_methodo_film_amateur_cle6de565-1.pdf?arg=5596&cle=0f6253f12384b2ddd1deefc40a163d587865c609&file=pdf%2FB5_a_Guide_methodo_film_amateur_cle6de565-1.pdf
https://forge.irstea.fr/projects/fudaa-lspiv
Prévention des risques
professionnels et formation
en hydrométrie
8.1. Enjeux et réglementation
L
'exercice du métier d'hydromètre comporte un certain
nombre de risques à maîtriser. La gravité de certains
de ces risques étant extrême, il est du devoir de
chacun de tout mettre en oeuvre pour réduire les
risques à un niveau résiduel acceptable. Ainsi, la prévention
des risques ne doit pas être considérée comme un frein Ã
l?activité car les moyens (la connaissance, les formations,
les équipements) ont évolué ces dernières années.
L?adaptation des mesures de prévention aux réalités de
terrain conditionne l?acceptation de celles-ci par les agents.
Le code du travail (art L 4121-1 du code du travail) oblige
tout employeur à prendre les mesures nécessaires
pour assurer la sécurité et protéger la santé physique
et mentale des travailleurs. La prévention des risques
passe par l?évaluation des risques qui doit être traduite
dans le DUERP (document unique d?évaluation des risques
professionnels). Ce dernier permet l?identification, le
classement et le choix de traitement préventif des risques.
La prévention repose sur l?ensemble de la communauté
de travail : les chefs de services, le médecin de prévention,
les agents chargés de la sécurité et de la prévention (ASP),
le Comité Hygiène, Sécurité et condition de travail (CHSCT),
les assistantes sociales et surtout sur les travailleurs.
8.2. Prévention et responsables de services
8.2.1 Méthode d?analyse
La prévention doit prendre une part importante dans le
management. Elle doit être conduite en s?appuyant sur la
méthode d'analyse de risque utilisée pour la rédaction du
DUERP . Cette analyse de risque doit faire l?objet d?adaptations
aux réalités locales. Un regard d?expert métier combiné avec
un regard extérieur permettent une meilleure analyse des
situations d?exposition à un danger. Le tableau 8.1 inspiré
d'un DUERP présente une synthèse des principaux risques
rencontrés en hydrométrie ainsi que leur classement et moyen
de prévention. Celui-ci peut être complété par des fiches de
risques, de recommandations et de « sécurité- station ». Ces
fiches permettent de détailler les risques, leur définition, les
dommages causés, leurs moyens de prévention ainsi que
la transmission de consignes particulières. Elles peuvent se
trouver dans les véhicules, dans les boîtiers « stations » en
support papier ou informatique. Le classement entre les
risques s?effectue après avoir quantifié leur importance en
combinant plusieurs facteurs : gravité des conséquences x
fréquence d?exposition.
Des actions collectives (suppression ou réduction de
l'exposition, protections collectives) sont toujours à mettre
en place avant des mesures individuelles (formations,
équipements de protection individuelle = EPI).
!POINT D?ATTENTION
8.2.2 Moyens de prévention
Le choix de moyens adaptés doit permettre aux agents de
travailler avec le minimum de contrainte, ce qui changera
leur regard face à la prévention. Il existe un large choix d?EPI
qui sont de plus en plus adaptés au travail en extérieur dont
l?hydrométrie.
Des formations très concrètes permettent une bonne
sensibilisation des agents (ex : simulation chute en rivière )
et des visites de terrain avec des responsables hiérarchiques
peuvent renforcer la prise de conscience.
8.3. Prévention et hydromètres
8.3.1 Fondamentaux
Les agents de services d?hydrométrie (hydromètres, agents de
maintenance) sont exposés à de nombreux risques liés aux
activités de bureau, d?atelier, de travaux en extérieur avec des
déplacements fréquents à pied, en véhicule terrestre, en bateau.?
ch
ap
itr
e
8
Chapitre 8 ? Prévention des risques professionnels et formation en hydrométrie
71
Quelques principes fondamentaux méritent d'être particulièrement
mis en avant. Ils contribuent à la réduction des risques dans l'exercice
du métier d'hydromètre :
? Aucun jaugeage ne vaut la vie d?un jaugeur. Un jaugeur ne doit pas
risquer sa vie pour tenter le « jaugeage du siècle ».
? La réduction ou la suppression du risque repose pour une grande
partie sur le travail en binôme. Il permet une surveillance mutuelle,
un partage des connaissances du terrain et de la prise de décision.
? Tous les risques des zones de travail doivent être identifiés que ce soit
aux abords immédiats mais aussi en AVAL et en AMONT (par exemple :
présence d?aménagements qui font varier rapidement le débit).
? La maîtrise de plusieurs techniques de jaugeages permet de réduire
voire d'annuler le risque lors de la réalisation d'une mesure (par
exemple : les techniques non intrusives dans l'écoulement).
? Une bonne préparation et l?organisation des journées de travail
limitent la précipitation et l?effet de surprise. Avant le départ : connaître
les prévisions météo et débits, choisir les matériels de travail et EPI
adaptés aux conditions météo et en vérifier l?état.
? Avoir un téléphone portable et connaître les zones de bonne
réception du réseau téléphonique.
? La routine bien qu?attirante est l?ennemie de la sécurité. Les hydromètres
doivent rester vigilants, attentifs et appliquer les consignes de sécurité.
!POINT D?ATTENTION
8.3.2 Zoom sur le risque de chute à l?eau
Le risque de chute à l?eau est un des risques critiques pour les hydromètres.
Les agents doivent avoir une attention permanente pour limiter le risque
d?accident, qu?ils soient aux abords, dans ou sur le cours d?eau.
Un cours d'eau en aval d'un ouvrage hydroélectrique (barrage, usine)
présente toujours un risque potentiel supplémentaire. Les lâchers d'eau
nécessaires à la production électrique ou le maintien du débit peuvent
à tout instant entraîner une montée rapide des eaux. Même par beau
temps, il faut rester très prudent. Avant de partir, les intervenants doivent
se mettre en rapport avec les gestionnaires des ouvrages du secteur,
qui dans certains cas leur font signer une « Convention d?informations
réciproques relative aux travaux dans le cours d?eau » qui permet de
les tenir informés des manoeuvres éventuelles. Le compagnonnage en
matière de sécurité comme dans les autres domaines de l'hydrométrie
est primordial car les risques d'un site ne sont pas tous visibles et évidents.
8.3.3 Quelques recommandations pour le travail en rivière
Les consignes suivantes peuvent tout à fait figurer dans une fiche
« recommandations » :
? avant le départ, prendre le bulletin météo du jour ;
? vérifier l?état des EPI (gilet de sauvetage, etc.) ;
? choisir les vêtements en fonction des conditions météo (chaud,
humide, froid) et du type de jaugeage (cuissarde, waders, etc.) ;
? repérer les zones de dangers (remous, trous, obstacles, ponts,
barrage, etc.) ;
? sur place, choisir la technique de jaugeage (perche, ADCP, bateau) en
fonction des conditions d?écoulement ;
? en cas d?orage quittez le cours d?eau et rejoignez votre véhicule.
Si le jaugeage est réalisé avec un agent dans l?eau : bien connaître ses
capacités de déplacement dans l?eau en fonction du couple vitesse-hauteur
d?eau et évaluer le besoin de porter un gilet de sauvetage. Le ressenti dépend
du poids, de la taille de chaque agent et de la nature du fond de la rivière.
43 jaugeages à la micro?perche
Station : la Mure Argens ? Cours d'eau : VERDON
0,5
0
1
1,5
Ha
ut
eu
r d
'e
au
(m
)
Vitesse de l'eau (m/s)
0
Débit mesuré (m3/s)
0,5 1 1,5 2 2,5
Faible
Modéré
Fort
Très fort
Evaluation du risque
Faible
Fr
éq
ue
nc
e
d'
ob
se
rv
at
io
n
(%
) 50
25
0
Modéré Fort Très fort Inconsidéré
Evaluation du risque en fonction du débit
Faible
Modéré
Fort
Très fort
Inconsidéré
Faible
0 2,54 5,08 7,62 10,16 12,70
Niveau de risque observé
sur 42 jaugeages
FIGURE 8.1 : ANALYSE HAUTEUR-VITESSE PERMETTANT DE DÉTERMINER LES CONDITIONS D?INTERVENTION (EDF ? DTG)
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer72
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Si le travail est embarqué : port du gilet de sauvetage obligatoire. Se
référer au chef de bord qui doit être titulaire du permis adéquat et doit
veiller à la présence de l'armement obligatoire et au bon état du bateau.
C?est le chef de bord et lui seul qui décide de la possibilité ou pas de
naviguer en fonction des conditions météo ou de débit. Surveiller la
profondeur, les corps flottants et les autres embarcations.
À titre d?illustration, l?analyse-type réalisée par EDF-DTG sur son réseau
de stations est présentée figure 8.1. L?utilisation des courbes de stabilité
permet de définir, à partir de l?historique des jaugeages réalisés sur un
site donné au courantomètre sur perche, le niveau de risque par gamme
de débit. Une fiche spécifique est confectionnée pour chaque station.
Utilisée lors de la préparation de l?intervention, elle permet d?anticiper le
choix du moyen de mesure qui sera mis en oeuvre en détaillant la nature
du risque, les dommages, les actions de prévention et les formations.
Chapitre 8 ? Prévention des risques professionnels et formation en hydrométrie
73
TABLEAU 8.1 : SYNTHÈSE DES PRINCIPAUX RISQUES RENCONTRÉS
Nature
du risque
Situation de travail Niveau
de risque
Actions de prévention Suivi des actions de
prévention
Chute à l'eau Toutes activités dans l?eau,
en bateau, sur les rives, du
pont.
Formation gestion chute à l?eau,
Formation pilotage bateau en condition difficile. Port EPI gilet de
sauvetage. Travail en binôme. Corde de sauvetage
Recyclage tous les 2 ans
Vérification gilet 1 fois / an
Chute de
hauteur
Descente des camions, bord de
rives, pont, travaux sur cordes
Formation travaux sur cordes
Port EPI (harnais antichute)
Recyclage tous les 3 ans
Vérification annuelle du matériel
Routier Stationnement bord de
route,
Jaugeage sur ou bords de
route
Stationnement en zone protégée
Signalisation véhicule
Formation Balisage chantier mobile
Port EPI haute visibilité
Routier Trajet mission Respect code de la route
Stage conduite en situation difficile
Rotation des conducteurs.
Temps de conduite limité pause régulière toutes les 2 h max
Chute
de plein pied
Accès à la station, à la rivière Vigilance si surface humide,
Aménagement des accès (escalier, garde-corps, etc.).
Fiche sécurité par station
Revue des accès tous les 5 ans
Charge
physique
Manipulation charge lourde
(batterie, appareil de
mesure, etc.)
Réduction du poids des équipements. Utilisation engin de
levage (brouette pour catamaran, etc.)
Formation geste et posture
Port EPI (chaussure sécurité, etc.)
Suivi annuel médecin de
prévention
Outils et
équipements
de travail
Découpe métal,
Installation station,
Élagage
Sous traitance des gros chantiers.
Formation élagage,
Port des EPI (visière, manchette, gant, pantalon forestier, etc.)
Vérification annuelle des éléments
de sécurité des appareils.
Contrôle des EPI avant chaque
utilisation
Incendie
explosion
Utilisation et stockage de
produit explosif
Charge des batteries dans un local dédié et ventilé.
Stockage produits inflammables et explosifs dans armoire
de sécurité
Extincteur à disposition
Vérification annuelle
des extincteurs
Armoire
thermique/
climatique
Travail par forte chaleur ou
froid
Adapter les horaires de travail. Véhicule climatisé. Pneus hiver.
Hydratation. Port EPI (chapeau, lunette soleil, vêtement chaud, pluie)
Consigne de protection : s'abriter, différer la mission, etc.
Attaque animal,
insecte, reptiles
Traversée de champ, hautes
herbes, zone d'habitat
Se détourner des zones à risques.
Formation premiers secours. Bombes anti-guêpes.
Agents
biologiques
(virus, bactéries)
Contact avec l'eau des
rivières
Éviter contact avec l'eau si blessure.
Nettoyage régulier des mains.
Vaccination et trousse premiers secours dans chaque véhicule.
Électrique Installation station,
intervention sur circuit
électrique
Respect norme installation électrique
Protection des éléments nus sous tension
Formation et habilitation électrique
Port des EPI
Consuel à l?installation en 220V.
Recyclage habilitation électrique
tous les trois ans.
Manutention
mécanique
Manipulation engin de
levage (poutre saumon)
Respect des consignes d?utilisation
Port des EPI (chaussures sécurité, gants, etc.)
Vérification annuelle des
éléments de levage
Absence de
possibilité de
secours
Travail isolé
ou en zone inaccessible
Fiche sécurité avec coordonnées pour chaque station.
Relation avec service de secours départementaux.
Dispositif d?alerte pour travailleurs isolés
8.4. Quelques situations délicates
L'agent ne porte pas
de gilet de sauvetage.
L'agent évolue sur une surface
glissante sans être assuré et
sans gilet de sauvetage.
La berge est train de s'effondrer
sous l'effet du courant.
Moyen de mesure inadapté compte
tenu du couple hauteur-vitesse.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer74
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Chapitre 8 ? Prévention des risques professionnels et formation en hydrométrie
8.5. Formation en hydrométrie
Divers organismes proposent des formations continue en hydrométrie
dont l?Ifore et l?OIEau.
La figure 8.2 montre un parcours type de formation en hydrométrie
pour acquérir la majorité des compétences nécessaires à l?exercice du
métier d?hydromètre.
8.6. Références
? Fiche travail & sécurité : les travaux au contact de l?eau
? Fiche INRS (Institut national de recherche et de sécurité) sur les
Équipements individuels de flottaison
? Fiche spécifique sur la Leptospirose
? Information INRS sur les Zoonoses
? Informations sur la maladie de lyme
Hydrométrie
principes généraux
Modules de niveaux avancé
JaugeageMesure
et transmissions
des données
limnimétriques
Configuration,
exploitation
et diagnostic
des modems
Critique
et validation
des données
hydrométriques
Statistiques
avancées pour
le calcul
d?incertitude
en hydrologie
Prise en main
des centrales
d?acquisition
Traitement
de la donnée
hauteur
Courbes
de tarage
Bancarisation
des données
Prérequis
Hydrologie
statistique
Jaugeage
par ADCP
FIGURE 8.2 : EXEMPLE DE PARCOURS DE FORMATION CONTINUE POUR UN HYDROMÈTRE
75
http://www.travail-et-securite.fr/ts/dossier/Les%20travaux%20au%20contact%20de%20l'eau.html
http://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED%20119
http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/documents/pdf/leptospiroses_200905net.pdf
http://www.inrs.fr/risques/zoonoses/exemples-expositions.html
http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/article/maladie-de-lyme
Normes en hydrométrie
9.1. Qu?est-ce qu?une norme ?
U
ne norme est un document de référence approuvé
par un institut de normalisation reconnu tel
que l?Association Française de NORmalisation
(AFNOR).
Une norme définit des caractéristiques et des règles
volontaires applicables aux activités de son champ
d?application (ici l?hydrométrie). Il s?agit d?un langage
commun entre acteurs d?un même champ d?activité. Une
loi ou un règlement (qui relèvent tout deux des pouvoirs
publics) ont une application imposée. Certaines normes
peuvent soutenir la réglementation en étant citées
comme documents de référence. Seul 1 % des normes
sont d?application obligatoire.
La norme est issue d?un consensus, c?est-Ã -dire d?un
accord général caractérisé par l?absence d?opposition
ferme lors du processus de prise en considération des
vues des parties concernées. Une norme traduit un
engagement à satisfaire un niveau de qualité et de
sécurité reconnu et approuvé. La conformité aux normes
peut faire l?objet d?une déclaration du fournisseur sous sa
seule responsabilité. Il s?engage par-là sur la qualité de
sa production, de ses prestations ou de son organisation.
Le fournisseur ou le client peut aussi demander que
cette conformité soit attestée par un tiers (laboratoire,
organisme d?inspection, organisme de certification, etc.),
qui se charge de vérifier que le produit, le service ou le
système concerné répond aux exigences de la norme.
L?AFNOR est le représentant français de la normalisation
au niveau du CEN (Comité Européen de Normalisation)
et de l?ISO (Organisation internationale de normalisation)
auprès desquels elle défend les positions françaises (cf.
Figure 9.1).
Les normes sont utiles aux différents acteurs du métier.
Elles peuvent aider à :
? homogénéiser les méthodes et les pratiques et Ã
mettre en place des procédures identifiées et conformes
aux pratiques attendues ;
? minimiser des conflits juridiques ou réglementaires et
faciliter le contrôle et la résolution de ces conflits ;
? définir des référencements techniques nationaux
(prescriptions, cahiers des charges, etc.) ;
? apporter une visibilité nationale, européenne ou
internationale ;
? bâtir des réglementations ;
? disposer d?arguments de vente ou de conformité pour
les industriels ;
? bénéficier d?accréditations ou de qualifications par des
organismes de contrôle reconnus pour les prestataires.
Les normes (comme les guides, procédures et référentiels
divers) nécessitent des mises à jour. Elles se doivent d?être
pertinentes, réactives et suivre les évolutions du métier.
Lorsqu?elles ne le sont plus (ou pas encore), un autre
document peut anticiper les évolutions, en rappelant la
norme existante en cours et les écarts par rapport à celle-ci.
C?est dans cet objectif que les travaux de la commission de
normalisation en hydrométrie ont été relancés en 2014.
9.2. Normalisation en hydrométrie
La commission de normalisation nationale X10C
« Hydrométrie » de l?AFNOR intervient pour la normalisation
« des méthodes, procédures, instruments et équipements
se rapportant aux techniques pour la détermination
hydrométrique du niveau, de la vitesse et des écoulements
de l'eau, des transports solides dans les canaux découverts,
de la précipitation et de l'évapotranspiration, et de
l'existence et du mouvement de la nappe superficielle, y
compris :
? la terminologie et les symboles ;
? la recherche, l'évaluation, l'analyse, l'interprétation et la
présentation des données ;
? l'évaluation des incertitudes. »
?
ch
ap
itr
e
9
Dans le domaine de l?hydrométrie, aucune norme n?a de caractère
obligatoire contrairement aux méthodes applicables à la surveillance
DCE, qui sont prescrites par un arrêté ministériel.
Les normes en hydrométrie ne couvrent que certains aspects de la
charte qualité. De même, la charte qualité n'aborde pas tous les
détails que des procédures internes sont susceptibles de contenir.
Alors que les procédures internes et la Charte qualité peuvent se
référer aux normes, les normes ne peuvent pas se référer aux
chartes ni aux procédures internes.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer76
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Normes
Charte
qualité
hydrométrie
Procédures et
guides internes
EXPERTS :
entreprises, consommateurs, ONG, laboratoires, pouvoirs publics,
centres de recherche, syndicats ouvriers, organismes de prévention,
acheteurs publics, collectivités territoriales, enseignants, etc
L?ORGANISATION DE LA NORMALISATION
Organisme
de Normalisation
ISO
Niveau International
CEN
Niveau Européen
(Autres organismes
de normalisation
nationaux)
90 % des activités
de normalisation relèvent
de l?international
DIN
Allemagne
ANSI
États-Unis
BSI
Grande-Bretagne
AFNOR
France
Délégations nationales
FIGURE 9.1 : L'ORGANISATION DE LA NORMALISATION (AFNOR)
Chapitre 9 ? Normes en hydrométrie
La charte de qualité en hydrométrie est, comme les normes, le fruit
d?un travail commun entre professionnels du même sujet. Cependant
elle n?est pas validée par une instance de normalisation et son sujet
est plus vaste que le périmètre d?une seule norme. Elle est moins
prescriptive que les normes, l?objectif de la charte étant de dresser
les bonnes pratiques. Il est toutefois important que les référentiels
existants (guides, procédures, chartes, normes, etc.) ne soient pas en
contradiction les uns par rapport aux autres.
Chaque intervenant en hydrométrie devrait connaître les normes
applicables pour s?en inspirer lors de la mise au point de ses procédures
internes, voire participer à l?amélioration des normes par son retour
d?expérience sur ses pratiques. Ainsi, ces différents documents peuvent
s?enrichir par ces allers-retours, voire susciter les progrès scientifiques
ou techniques du domaine. Cela est d?autant plus important que
les processus amenant à l?actualisation des normes sont plus longs
que pour l?actualisation de la charte, eux-mêmes plus longs que les
évolutions des procédures internes.
77
9.3. Fonctionnement de la normalisation
Les NF sont des textes nationaux français, les NF EN sont des textes
européens repris dans la collection nationale, les NF EN ISO sont des
normes internationales reprises en normes européennes et transcrites en
textes français. Les normes sont accessibles sur les sites des organismes
de normalisation via paiement (entre 50 et 150 euros selon les normes).
La commission AFNOR X10C donne son avis sur les normes ISO
lorsqu?elles sont en consultation. La reprise d?une norme internationale
ISO dans la collection française fait l?objet d?un vote au sein de la
commission X10C, alors que la reprise d?une norme européenne EN
ou EN-ISO dans la collection française est automatique. Les normes
nationales doivent, soit reprendre les textes normatifs européens s?ils
existent, soit être compatibles avec ces textes européens. Les normes
nationales en contradiction ou portant sur le même sujet et le même
contenu qu?une norme européenne sont supprimées de la collection.
Une norme homologuée (NF, NF EN ou NF EN ISO) reprise en collection
française fait obligatoirement l?objet d?une consultation nationale via
une enquête publique. Tout un chacun peut alors donner son avis sur le
contenu technique du texte.
9.4. Références
? ISO : pour l?hydrométrie se rendre sur Élaboration des normes>Comités
techniques> ISO/TC 113
? CEN : pour l?hydrométrie se rendre sur : standards.cen.eu > technical
bodies > CEN/TC 318
? AFNOR : permet d?accéder aux normes et aux enquêtes publiques.
Pour l?hydrométrie se rendre sur : Grand cycle de l?eau>Hydrométrie
TR : Technical Report
TS : Technical Specification
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer78
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
TABLEAU 9.1 : LISTE DES NORMES À CONNAÎTRE EN HYDROMÉTRIE
NF-EN-ISO (Fr) 748:2009 Hydrométrie
Hydrométrie - Mesurage du débit des liquides dans les canaux découverts au moyen
de moulinets ou de flotteurs
NF-EN-ISO (Fr) 18365:2014 Hydrométrie Hydrométrie - sélection, établissement et exploitation d'une station hydrométrique
ISO 18320-en cours de validation Hydrométrie Hydrométrie - Détermination de la relation hauteur-débit
NF-ISO (Fr) 1070:1992 Hydrométrie
Mesure de débit des liquides dans les canaux découverts - Méthode de la pente de la
ligne d?eau.
NF-EN-ISO (Fr) 9555:1994 Parties 1 à 4 Hydrométrie
Mesure de débit des liquides dans les canaux découverts Méthodes de dilution en
régime permanent utilisant des traceurs
NF-EN-ISO 6416:2005 ADCP/ultrason Hydrométrie - Mesure du débit à l?aide de la méthode ultrasonique
ISO 15769:2010 ADCP/ultrason
Hydrométrie - Lignes directrices pour l'application des compteurs de vitesse
ultrasoniques fixes utilisant l'effet Doppler et la corrélation d'échos
ISO/TR 24578:2012 ADCP/ultrason
Hydrométrie - Profils Doppler acoustiques - Méthode et application pour le mesurage
du débit en conduites ouverte
ISO/TR 1088:2007 Incertitudes
Hydrométrie - Méthodes d'exploration du champ des vitesses à l'aide de moulinets
Recueil et traitement des données pour la détermination des incertitudes de
mesurage du débit
ISO 5168:2005 Incertitudes Mesure de débit des fluides - Procédures pour le calcul de l'incertitude
ISO/TS 25377:2007 Incertitudes Lignes directrices relatives à l'incertitude en hydrométrie
ISO 3455:2007 Autres Hydrométrie - Étalonnage des moulinets en bassins découverts rectilignes
NF-EN-ISO (Fr) 4373:2009 Autres Hydrométrie - Appareils de mesure du niveau de l'eau
http://www.iso.org/iso/fr/
https://www.cen.eu/
http://norminfo.afnor.org
Annexe 1 ? Méthode pour estimer l'incertitude de la mesure
Méthode pour estimer
l?incertitude de la donnée
Approche statistique classique de l'incertitude :
GesDyn
La formulation de l'incertitude proposée par GesDyn est directement
inspirée de l'approche GUM. Les sources d'incertitudes sont identifiées et
composées de manière quadratique. La formulation est donc classique
et sans surprise. On suppose que la variable aléatoire modélisant le débit
Q(h,t) suit une loi normale de moyenne ?(h) et de variance ?2(h,t).
?
a
nn
ex
e
1
?2 (h,t)
A est la variance modélisant la variabilité de la relation hauteur-débit. Elle est estimée à partir de l'étude de
la variabilité en fonction du temps des jaugeages autour d'un modèle de courbe de tarage moyen. L'homogénéité
de la population des jaugeages doit être vérifiée au préalable. Une relation peut être très variable dans le temps tout
en étant homogène : oscillations autour d'une position d'équilibre.
Se2(h) est la variance modélisant l'incertitude sur le tracé de la courbe de tarage. Elle prend en compte
l'incertitude de chaque jaugeage. En pratique, elle est estimée en prenant les quantiles 15 et 85 % des N courbes
de tarage calculées à partir des simulations de Monte Carlo dans le modèle d'incertitude des jaugeages de la
population.
Ir2(h) est la variance modélisant l'incertitude sur la mesure de la hauteur. Elle prend en compte la sensibilité S de
la relation hauteur-débit, l'incertitude P du capteur, l'incertitude de la dérive C de ce dernier et donc à la possibilité de
recalage.
Q(h,t)~N[?(h),?2(h,t)] où ?2 (h,t) = Ir2(h)+Se2(h)+?2 (h,t)
Usuellement, on retient : P = C = 1 cm au seuil de confiance de 95 %.
Équation A1.1 :
Équation A1.2 :
Ir2(h) = S(h)?P2+C2
A
79
chaque jaugeage, même si des incertitudes forfaitaires par type de
jaugeage peuvent être définies. Les incertitudes exprimées par l'utilisateur
sur sa connaissance a priori des contrôles hydrauliques sont également
prises en compte. Cette connaissance a priori, même très incertaine,
permet de définir le nombre et la nature des contrôles (et donc l'équation
de la courbe de tarage) ainsi que les distributions a priori des paramètres
de cette équation.
Une courbe de tarage issue de BaRatin est issue d?un faisceau de courbes
de tarage, chacune correspondant à un jeu de paramètres possible. Les
paramètres sont ceux de l?équation de la courbe de tarage, ?1, ainsi que ?1
et ?2 qui permettent de définir l?écart-type de la loi normale selon laquelle
l?erreur restante est échantillonnée. L?échantillonnage du i-ème hydrogramme
calculé avec la i-ème courbe de tarage se fait selon l?équation suivante :
Approche bayésienne de l'incertitude : BaRatin
Le logiciel BaRatin, compatible avec le logiciel BAREME15, permet la
construction de courbes de tarage avec estimation des incertitudes associées,
en combinant une information a priori sur les contrôles hydrauliques et
l?information contenue dans les jaugeages. Les résultats sont exprimés sous
forme d'un grand échantillon de courbes de tarage possibles, permettant
de calculer l'enveloppe d'incertitude au niveau de confiance souhaité (en
général 95 %). Cette technique permet de propager les incertitudes sur les
hydrogrammes à différents pas de temps, les indicateurs hydrologiques
statistiques qui en sont tirés, et toute autre utilisation (modélisation
hydrologique en particulier).
Les incertitudes des jaugeages sont considérées individuellement pour
h
i
(t) : i-ème limnigramme échantillonné
h(t) : limnigramme mesuré
?
i
(t) : erreur non-systématique associée à la mesure de hauteur d?eau, échantillonnée à chaque pas de temps selon
la loi normale où ??h est l'écart type de l'erreur non-systématique
?
i
: erreur systématique associée à la mesure de hauteur d?eau, échantillonnée selon la loi normale
et constante entre deux recalages du limnigraphe où ??h ?est l'écart type de l'erreur systématique
?
i
: vecteur du i-ème jeu de paramètres de la courbe de tarage d?équation f
Q
i
(t) : hydrogramme calculé avec la i-ème courbe de tarage et le i-ème limnigramme
?
i
(t) : erreur restante associée à la courbe de tarage, échantillonnée selon la loi normale
h
f
h
~
N (O,?
1,i + ?
2,i
Q
i
(t))
L'incertitude totale sur la courbe de tarage ainsi obtenue comporte deux
composantes :
? l'incertitude « paramétrique », liée au calage des paramètres de l'équation
de la courbe de tarage ;
? l'incertitude « restante » (ou « structurelle »), liée aux imperfections de
l'équation utilisée pour représenter la réalité de la relation hauteur-débit sur
le site de la station hydrométrique.
En plus de ces deux composantes d'incertitude liées à la courbe de tarage,
l'incertitude totale sur l'hydrogramme (et les calculs hydrologiques dérivés)
comporte deux composantes supplémentaires liées au limnigramme :
? l'incertitude liée aux erreurs non systématiques du limnigramme, ou
erreurs indépendantes d'un pas de temps à l'autre (batillage, erreurs
aléatoires du capteur) ; cette composante diminue rapidement avec
l'agrégation temporelle .
? l'incertitude liée aux erreurs systématiques du limnigramme, ou erreurs
constantes ou fortement corrélées par période entre deux recalages du
limnigraphe sur l'échelle (écart entre capteur et échelle, écart entre niveau
à l'échelle et niveau moyen dans la section) ; cette composante diminue
lentement avec l'agrégation temporelle ;
La propagation de ces erreurs du limnigramme impacte plus ou moins
fortement l'incertitude de l'hydrogramme et des calculs hydrologiques selon
la sensibilité des contrôles hydrauliques de la station.
15. Logiciel utilisé par les services de l?Etat pour l?analyse des jaugeages et le tracé des courbes de tarage
Équation A1.3 :
N(0, ??h ) A
N(0, ??h )B
Q
i
(t) = f (h(t) + ?
i
(t) + ?
i
l ?
i
)+ ?
i
(t)h h f~
Q?
i
(t)
h
i
(t)
A
B
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer80
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
N (O,?
1,i + ?
2,i
Q
i
(t))
Annexe 1 ? Méthode pour estimer l'incertitude de la mesure
81
?
co
nt
rib
ut
eu
rs
La rédaction de cette nouvelle édition de la Charte qualité Hydrométrie
a été commanditée par le Schapi sous l?égide du CODOST (Conseil
d?orientation scientifique et technique du réseau Vigicrues).
Rachel Puechberty (Schapi) en a assuré la maîtrise d'ouvrage.
Le comité de rédaction a été piloté par Christian Perret, (Groupe Doppler
Hydrométrie) et Stéphanie Poligot-Pitsch (DREAL Pays de la Loire). Il était
composé de : Philippe Battaglia (DREAL Grand Est, UH Meuse Moselle),
Arnaud Belleville (EDF-DTG), Pierre Bompart (CNR), Guillaume Chauvel
(DREAL Auvergne-Rhône-Alpes), Jocelyn Cousseau (DREAL Pays de la
Loire), Guillaume Dramais (Irstea), Gwen Glaziou, (DREAL Normandie),
Alexandre Hauet (EDF-DTG), Stéphane Hélouin (DREAL Normandie),
Michel Lang (Irstea), Frédérique Larrarte (Ifsttar), Jérôme Le Coz, (Irstea),
Pierre Marchand (IRD), Pascal Moquet (DREAL Grand Est, UH Champagne-
Ardenne), Olivier Payrastre (Ifsttar), Gilles Pierrefeu (CNR) et Gérard Rauzy
(DREAL Occitanie, UH Midi-Pyrénées).
Le comité de rédaction remercie tous les relecteurs du document, membres
d'organismes institutionnels (Onema, DREAL, Schapi, Agences de l'eau, etc.)
ou privés (CACG, CNR, EDF, etc.), en activité ou retraités, qui à travers leurs
remarques, ont permis d'en améliorer la pertinence et la qualité.
Ministère de l?Environnement, de l?Énergie et de la Mer82
Charte Qualité de l'Hydrométrie - Guide de bonnes pratiques
Document consultable et téléchargeable sur le site www.eaufrance.fr.
Ce document ne peut être vendu. La reproduction totale du document est libre de droits.
En cas de reproduction partielle, l?accord préalable du Schapi doit être demandé.
83
Date de parution : Janvier 2017
Rédaction : Groupe Doppler Hydrométrie
Création graphique : Citizen Press
Photos : Irstea, CNR, EDF, DREAL, AQUI'BRIE, USGS, OHMCV
Illustration : Antoine Levesque
Impression : Delort Imprimerie
Cet ouvrage a été imprimé avec des encres végétales, sur papier PEFC issu de forêts
gérées durablement, imprimeur certifié ISO 14001 et 26000.
Ministère de l'environnement de l?énergie et de la mer
Direction générale de la prévention des risques
Service des risques naturels et hydrauliques
Service central d'hydrométéorologie et d'appui à la prévision des inondations
42 avenue Gaspard Coriolis 31057 Toulouse cedex 01
Tél. 33 (0)5 34 63 85 50
schapi@developpement-durable.gouv.fr
www.developpement-durable.gouv.fr
INVALIDE)