Prix de thèse sur la ville 2023, 18ème édition.
Auteur moral
France. Plan Urbanisme construction architecture
Auteur secondaire
PERROCHEAU, Christophe (coord.)
Résumé
<span new="" roman="" style="font-size:10.0pt;font-family:" times="">Après un texte introductif de la présidente du jury qui observe que les objets traités par les lauréats se situent en marge des grandes thématiques généralement abordées dans les études urbaines, et commente la répartition des disciplines des thèses (aménagement, géographie, architecture, mais aussi philosophie, droit public, histoire) et la forte présence de l'environnement ou de la transition écologique, cette publication présente tout d'abord les lauréats du Prix de thèse sur la ville (entretien avec les lauréats, large présentation de la thèse). Sont plus précisément présentés le Grand Prix 2023 (thèse en études urbaines : Des métabolismes territoriaux en transformation ? Gouvernance des matériaux de chantier et expérimentations de nouvelles valorisations en Île-de-France et dans la région de Bruxelles), et les deux Prix Spéciaux (une thèse de sociologie : Demain c'est loin, et aujourd'hui c'est déjà trop tard. Vivre et gouverner le délogement dans deux espaces populaires en attente de rénovation urbaine ; et une thèse de géographie : Négocier la ville en escales. Les espaces publics au prisme des expériences trans à Paris, Rennes et Londres). Sont ensuite indiquées les thèses nommées au premier tour. Suit un bref rappel des lauréats des années précédentes.</span>
Editeur
Puca
Descripteur Urbamet
documentation
;gouvernance
;matériau de construction
;expérimentation
;logement
;projet d'aménagement
;projet d'urbanisme
;rénovation
;quartier
;sociologie
;appropriation de l'espace
;relations sociales
Descripteur écoplanete
Thème
Architecture
;Aménagement urbain
;Sciences humaines
Texte intégral
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PRIX DE THÈSE
SUR LA VILLE 2023
18ème édition
Les thèses primées
PRIX DE THÈSE
SUR LA VILLE
2023
18ème édition
Plan Urbanisme Construction Architecture
Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires
Ministère de la Transition énergétique
Arche Sud - 92055 La Défense cedex
Novembre 2023
Directrice de la publication
Hélène Peskine, secrétaire permanente du PUCA
Responsable de l?action
Lionel Martins, chargé de mission
Coordination éditoriale et conception graphique
Christophe Perrocheau, chargé de valorisation
ISBN : 978-2-11-138223-7
Couverture : Karen Lau sur Unsplash
Site internet : www.urbanisme-puca.gouv.fr
Twitter : @puca_gouv
Linkedin : .puca
4 Le mot de la Présidente du jury
10 Grand Prix 2023 : Agnès Bastin
28 Prix Spécial 2023 : Charles Reveillere
50 Prix Spécial 2023 : Milan Bonté
66 Thèses nommées au 1er tour
68 Le Prix de Thèse sur la Ville
84 Les partenaires du Prix
Sommaire
4 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Les éditions se suivent et ne se res-
semblent pas. D?abord, cette année,
la jauge a été nettement réduite : 105
thèses ? un tiers de moins qu?en 2022,
effet d?une plus grande exigence dans le
« recrutement », pour revenir à un for-
mat plus raisonnable. En conséquence,
le jury a compté 30 membres en 2023
alors qu?il était monté à 52 l?année pré-
cédente ! Universitaires et praticien.ne.s,
toujours en parts égales, nous sommes
donc revenus au niveau de 2021. Si le
modus operandi n?a pas changé, chaque
thèse bénéficiant de deux évaluations,
l?une par un.e universitaire, l?autre par
un.e praticien.ne, qui sont ensuite har-
monisées et donnent lieu à une pre-
mière sélection, ce sont les deux tiers
des thèses qui ont été mises « hors-jeu »
avant la session du premier tour du jury,
processus délicat mené par Lionel Mar-
tins avec l?esprit d?équité et le doigté qui
le caractérisent. 36 candidatures sont
restées en lice (contre 49 l?an dernier)
pour être versées aux débats du jury en
session plénière. A l?issue de ce premier
tour, ce sont 15 thèses qui ont été rete-
nues, et confiées à un nouveau duo uni-
versitaire-praticien, chaque thèse nom-
mée pour le second tour faisant donc
l?objet d?une quadruple évaluation. Di-
sons d?emblée qu?elles ont toutes été
présentées comme excellentes par leurs
4 rapporteurs respectifs, et que le choix
fut tout sauf aisé.
C?est donc à l?issue de deux journées de
travail intenses et souvent passionnées
(les 7 et 30 juin) que le jury de la 18ème
édition du Prix de Thèse sur la Ville a ren-
du ses conclusions. Comme l?an dernier
nous avons dû jongler entre présentiel
et distanciel, mais ce fut plus facile dans
le périmètre réduit, qui a certainement
amélioré la qualité des échanges en aug-
mentant le temps dévolu aux débats,
même s?il faut souhaiter progresser en-
core !
Ce qui frappe cette année, c?est que les
objets traités par les lauréats se situent
en marge des grandes thématiques
abordées de manière plus attendue ou
plus classique par les Urban Studies :
migrations et mobilités, justice spatiale
Claire LEVY-VROELANT
Université Paris 8 Saint-Denis
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LA VILLE ET SES MARGES
ÉDIFIANTES
et inégalités, formes de régulations po-
litiques et financières. Comme s?il fallait
démontrer que les villes, objectivables à
travers les populations qui y vivent, les
politiques dont elles sont l?objet, les di-
visions et les flux qui les traversent, sont
aussi espaces de perceptions, de repré-
sentations et de discours pour celles et
ceux qui les pratiquent. Et d?expériences.
Espaces construits, perçus, vécus, ima-
ginés, ces différents niveaux de réalité
définissent la ville sans se recouvrir ni
s?exclure ; mieux, leur prise en compte
permet d?articuler plus finement les dif-
férentes facettes du fait urbain. Car les
questions abordées, notamment par
les thèses primées ou remarquées par
le jury, sont en prise sur l?actualité de
la ville, et ont répondu de façon parti-
culièrement pertinente aux attentes du
comité d?organisation du Prix de Thèse
sur la Ville. Comme indiqué dans l?article
du règlement du Prix, modifié pour cette
édition (et les prochaines) dans ce sens, il
était attendu que les thèses candidates
« révèlent des façons nouvelles ou re-
nouvelées de saisir les enjeux contem-
porains de la ville, du fait urbain, et [en]
appréhendent les transformations, y
compris selon une approche historique;
qu?elles contribuent à éclairer voire in-
terpeller l?action sur la ville et les espaces
urbanisés, les activités de l?ensemble des
opérateurs urbains, que ce soit dans le
cadre de leurs politiques publiques, de
leurs pratiques professionnelles, ou de la
gestion urbaine ».
Cette année, il semble que l?objectif soit
bien atteint. Nous pouvons nous en fé-
liciter car si les sujets et les méthodes
relèvent du monde académique, de ses
orientations et de ses temporalités, il
n?en demeure pas moins que les thèses
reçues s?inscrivent de plus en plus dans
les attendus des promoteurs du Prix.
Comment ?
Tout d?abord, d?un point de vue des dis-
ciplines convoquées pour saisir le fait
urbain, et ses transformations. Certes,
on retrouve dans l?édition 2023 la pré-
dominance des thèses en aménagement
(39, soit plus d?un tiers des candidatures)
puis en géographie (20), en architec-
ture (12). Mais il est remarquable qu?à
l?issue du long processus de sélection
du premier tour, des disciplines moins
représentées, voire représentées par
une seule thèse (comme la philosophie
ou les études littéraires) ou par un petit
nombre (comme le droit public, l?his-
toire ou encore la science politique)
aient été choisies pour concourir au
second tour, non parce qu?elles étaient
uniques en leur genre mais parce qu?elles
faisaient consensus sur leur qualité. Si
la sociologie et l?histoire sont moins
présentes cette année par rapport aux
précédentes éditions, des thèses d?éco-
logie appliquée apparaissent, qu?elles
émargent en urbanisme, en géographie
ou en architecture, voire en science de
l?environnement. Plus largement, près
d?un tiers des thèses candidates inter-
rogent, directement ou indirectement,
la transition écologique, sous toutes
ses formes : la préservation de la biodi-
versité, la rareté de l?eau, la conception
bioclimatique à l?épreuve des vagues de
chaleur à répétition, le partage des sols,
la mobilité douce, pour n?en citer que
quelques-unes.
Par ailleurs, nous constatons avec plaisir
ces deux dernières éditions la montée
en puissance de thèses CIFRE (Conven-
tions Industrielles de Formation par la
Recherche) dont le dispositif permet à
un jeune doctorant de bénéficier d?une
5PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Madrid, Osaka, Hô Chi Minh Ville, Bo-
bo-Dioulassou au Burkina Faso, Santiago
du Chili, Bangkok, Douala, Kigali, Le Cap
ou encore Thessalonique. La liste est très
longue et elle n?est pas exhaustive ! Ce
qui ne saurait nous faire passer sous si-
lence la variété des échelles choisies, les
terrains allant de la ruralité à la mégalo-
pole, selon des approches comparatives
ou monographiques savamment élabo-
rées.
Voici pour les terrains. Qu?en est-il des
problématiques ? Quels sont les sujets
qui ressortent du bouquet final, com-
posé par les trois thèses primées et les
douze thèses nommées ? Sans doute
est-il nécessaire d?évoquer quelques élé-
ments de contexte qui ont pu orienter le
choix des problématiques par les jeunes
doctorant.e.s. Les thèses candidates
sont arrivées à maturité et ont été sou-
tenues en 2022 ? c?est le règlement qui
l?impose. La seconde moitié de la décen-
nie 2010 est donc la période pendant
laquelle elles ont été conçues, initiées
puis développées. Or, ces années sont
marquées par des crises diverses mais
qui ne sont pas sans rapport avec le fait
urbain. C?est la pandémie du Covid qui
vient immédiatement à l?esprit. Si les
sujets ont été choisis antérieurement
au déclenchement de la crise, les bou-
leversements qu?elle a entraînés dans
les modes de vie et les régulations col-
lectives n?ont pas pu ne pas affecter la
trajectoire des recherches. Une prise de
conscience de la finitude des ressources
et de la vulnérabilité des réseaux ur-
bains s?est imposée en temps de crises
combinées : crises énergétiques, crises
démocratiques, émergence de formes
d?expression politiques nouvelles avec
les Gilets Jaunes, pour ne citer que les
plus discutées. La pandémie, ce fut le
aide financière pour être recruté par une
entreprise tout en étant encadré par
un laboratoire public de recherche. Re-
cherche hybridée, donc, entre pratique
réflexive et théorie appliquée, favorisant
des savoirs urbains chers au PUCA et à
l?APERAU, notamment à Franck Scher-
rer, l?un des pères-fondateurs du Prix de
Thèse sur la Ville en 2006 alors qu?il prési-
dait l?APERAU France. Trois de ces thèses
CIFRE (Jules Boileau, Romain Puchaczews-
ki, Tanaïs Rolland) se retrouvent d?ailleurs
dans les thèses finalistes. Et qu?il s?agisse,
pour l?une d?entre elles, d?une thèse en
philosophie confirme que la frontière
entre théorie et pratique, sur les sujets
qui nous intéressent, est plus que jamais
perméable. Notons qu?indépendam-
ment du dispositif CIFRE, bon nombre
de thèses que nous avons eues à exper-
tiser formulent, de façon plus ou moins
explicite, des recommandations à visées
opérationnelles.
Enfin, près du quart des thèses can-
didates relèvent cette année (contre
10-15 % en moyenne les précédentes
éditions) de la catégorie dite internatio-
nale (mais francophones, règlement du
Prix oblige) qu?elles soient soutenues à
l?étranger (principalement en Belgique,
au Québec ou dans l?un des pays du
Maghreb) ou en France en cotutelle in-
ternationale (avec Haïti, le Brésil ou
encore l?Espagne ou l?Italie). Le Prix de
Thèse sur la Ville n?est plus strictement
« franco-français », et c?est une autre
bonne nouvelle. Il a d?ailleurs toujours
été international si l?on considère les
terrains mis à l?honneur, notamment à
travers les thèses primées. Depuis 2006,
année de création du Prix, c?est d?abord
Palerme qui remporte le Prix, si l?on peut
dire, jusqu?à Beyrouth ou Tunis l?année
dernière, en passant par Milan, Moscou,
6 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
rétrécissement du domaine de la vie en
ville, certes, mais peut-être aussi l?appé-
tit pour un « monde d?après » qui soit
meilleur. Meilleur parce que capable de
soigner, réparer, créer ; meilleur aussi
parce que plus conscient des enjeux et
plus apte à les prendre à bras le corps
pour « éclairer l?action ».
Envisageons d?abord le propos des
douze thèses finalistes. Nous avons re-
levé plus haut l?importance des thèses
« internationales ». Il n?est pas indiffé-
rent que quatre d?entre elles (trois en
cotutelle, une soutenue au Québec) fi-
gurent parmi les thèses finalistes. Les dis-
ciplines habituelles sont bien présentes
mais les « minoritaires» sont toujours là :
droit public, philosophie et études litté-
raires. Grâce au doctorat de philosophie
de Tanaïs Rolland, on visite à nouveaux
frais la question de la démocratie mise
en rapport avec le droit à l?oeuvre ur-
baine dans une perspective stimulante
« d?urbanisme profane », de bricolage
urbanistique. La thèse de droit public
de Jeanne-Louise Deschamps ouvre des
perspectives fort intéressantes pour l?in-
tégration, par la sécurisation juridique, de
l?habitat participatif dans les politiques
publiques. Enfin, c?est par les études lit-
téraires que Marie-Eve Sévigny éclaire
de manière remarquable la bipolarité
d?une ville, Québec, à travers l?analyse
de romans québécois publiés depuis les
années 1930 : sa thèse est une invitation,
saluée par le jury, à intégrer la littérature,
mais plus largement des disciplines ar-
tistiques, dans l?éventail des approches
qui participent à éclairer le fait urbain
et ses transformations. On peut citer ici
la thèse également très remarquée de
Damien Petermann sur l?image de Lyon
d?après les guides de voyage aux XIXe et
XXe siècles, qui offre une approche ori-
ginale de la ville désirable sur le temps
long, associant l?histoire d?un genre litté-
raire, l?image plurielle d?une ville, et une
très forte implication dans la traduction
cartographique de l?information. Dans
des disciplines plus classiques, l?enga-
gement pour une ville meilleure, mieux
gouvernée, plus accueillante vis-à-vis
des migrants, des minorités sexuelles, et
même de ses propres habitants, moins
polluante et moins polluée, est au coeur
des choix : ainsi, de la modélisation éco-
logique participative (Jules Boileau) aux
préconisations en matière de santé pu-
blique (Julie Cardi), des urbanités hydrau-
liques (Virginia Laguia) aux villes-refuges
(Louise Hombert), de l?urbanisme de la
petite industrie en contexte rural (Ales-
sandra Marcon) aux politiques cyclables
(Romain Puchaczewski), de l?approche
ethnographique de la pacification d?une
favela (Joana Sisternas Tusell) à l?ap-
proche sociologique de la financiarisa-
tion de l?immobilier en France (Marine
Duros), c?est le souci d?une recherche ur-
baine dont les résultats peuvent contri-
buer à soigner, réparer, inventer, ouvrir
des perspectives. La thèse de Julie Cardi
sur les nouveaux quartiers du moustique
tigre, qui a fait l?objet d?un vif échange au
sein du jury est à cet égard exemplaire :
à travers un « petit » objet de recherche,
le moustique, aux premiers abords ba-
nal, elle pointe les tensions et les contra-
dictions au carrefour des politiques
urbaines, de santé publique et de tran-
sition écologique, pour mieux proposer
une démonstration très convaincante
de ce que pourrait être une démarche
d?écologie politique urbaine.
Mais venons-en aux prix décernés. Là en-
core, la discussion aurait pu se prolonger,
tant les arguments apportés par les un.es
et les autres à l?appui de telle ou telle
7PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
sont rendus explicites. Que cette filière
vertueuse prenne son essor et la ville dé-
sirable se trouve confortée.
Est-ce aller trop loin que d?avancer que
les deux Prix Spéciaux apportent aussi,
chacun à leur manière puissamment ori-
ginale, de l?eau au moulin de la ville non
seulement vivable, mais apaisée et bien-
veillante ? Les analyses de Milan Bonté
font entrer dans « la ville en escales »,
que les personnes trans expérimentent
dans trois villes choisies : Paris, Rennes
et Londres. Elles permettent de com-
prendre comment l?espace public est
façonné par les pratiques, et réciproque-
ment. Là encore, ce sont les marges qui
sont édifiantes. L?ambition est ici d?ap-
porter des enseignements de portée
générale sur les conditions d?usage des
espaces publics dans les grandes villes,
en plaçant au centre de l?analyse la nor-
mativité relative au genre. Hétérosexuel
et patriarcal, le système de normes qui
gouverne l?usage des espaces publics in-
duit des dynamiques de marginalisation
sociale et spatiale des populations mi-
noritaires discriminées, et notamment
les minorités sexuelles et de genre. C?est
donc l?accessibilité postulée des es-
paces publics dans deux villes capitales
(Londres et Paris) et une ville moyenne
marquée par une forte présence étu-
diante (Rennes), qui se trouve question-
née à nouveaux frais : les personnes
trans y inventent des parcours et des
formes d?appropriation susceptibles de
les mettre à l?abri des discriminations
genrées. La démarche, résolument eth-
nographique, est aussi participative : elle
a été co-construite avec les personnes
et a bénéficié du relais de groupes
d?auto-support, ainsi que sur quelques
rares rapports nationaux (surtout bri-
tanniques) traitant de la question. Deux
thèse étaient séduisants. Le Grand Prix
récompense finalement une thèse qui
traite d?une question aussi fondamen-
tale pour l?avenir des villes que celle de
la construction, à savoir la démolition et
le sort réservé aux matériaux de chantier.
L?expérimentation consistant à mettre
en place une filière de retraitement
des matériaux de construction amène
Agnès Bastin à formuler l?hypothèse de
« métabolismes territoriaux en transfor-
mation » dans la région de Bruxelles et
l?Île-de-France. Au-delà des clarifications
et des avancées dans les débats théo-
riques, des résultats originaux pour le
développement de la recherche et pour
l?action sont dégagés, que l?on peut ré-
sumer en quelques enseignements ma-
jeurs : les entreprises du BTP, dans les
deux contextes, développent de nom-
breuses pratiques de valorisation inter-
nalisées, allant du stockage au recyclage
en matériaux secondaires, principale-
ment pour la construction routière et les
aménagements paysagers. Mais des ver-
rous réglementaires sont à l?oeuvre, qui
entravent les dynamiques, de sorte que
le passage des déchets à des ressources,
objectif des enjeux métaboliques, reste
expérimental : il s?agit pour l?heure de
«faire modèle ». « La circularité ne peut
être ni un dogme, ni une soumission à
des impératifs venus du centre, ni un
retour déguisé du localisme », résume
l?un des rapporteurs de la thèse. C?est
que la coordination entre les différentes
échelles de décision et de compétence
territoriale est en butte à la concurrence
qu?elles peuvent se faire entre elles. Ce
sont donc les fondements théoriques et
pratiques des politiques publiques, mais
aussi leurs limites, face aux transitions
métaboliques, aux ambitions de la circu-
larité et de l?acceptabilité citoyenne, qui
8 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
grandes configurations de lieux sont
identifiées : les « lieux à éviter » d?une
par, les lieux considérés comme accueil-
lants et tolérants d?autre part. Les méta-
phores du « placard » et des « escales »
sont mobilisées par l?auteur. Le placard
renvoie aux risques de surexposition, de
stress et de violences transphobes, face
auxquels il est préférable de se cacher,
ou, a minima, de maintenir une face,
pour reprendre le langage goffmanien.
Les escales sont autant d?aménagements
trouvés, grâce à des ressources générées
au fil des parcours biographiques, pour
accéder à la ville malgré les épreuves.
Ainsi, est donnée à lire une ville plus fa-
milière et plus praticable.
La thèse de Charles Reveillere, joliment
intitulée « Demain c?est loin, et au-
jourd?hui c?est déjà trop tard. Vivre et
gouverner le délogement dans deux es-
paces populaires en attente de rénova-
tion urbaine » donne à voir le jeu d?ac-
teurs complexe et inégal révélé par ce
que l?on pourrait appeler une impossible
sociologie de l?attente. L?auteur explicite
brillamment comment se fabrique un
consentement au départ. De façon tra-
gique, le consentement ré-sulte d?une in-
supportable dégradation des conditions
de vie dans des logements qui ne sont
plus entretenus par le bailleur. L?attente,
c?est ce moment qui s?étire à l?infini, pen-
dant le-quel il ne se passe apparemment
rien, mais où de multiples petits faits sur-
viennent, qui con-courent à ce que, usés
et désabusés, les habitants en viennent à
accepter des relogements qu?ils avaient
initialement refusés. Si la thèse ? déjà
forte de 800 pages ? ne va pas jusqu?au
relogement, l?histoire est édifiante : l?ex-
périence du transitoire qui dure n?a rien
d?exceptionnel dans les quartiers tou-
chés par la rénovation. « Elle s?inscrit
dans la continuité d?une action publique
qui gère à répétition les crises qu?elle
produit, et qui s?accompagne d?une in-
jonction : celle de regarder vers l?avenir,
de détourner le regard des oppressions
du présent, et d?oublier celles du pas-
sé», écrit l?auteur de la thèse qui a passé
deux ans et demi sur le terrain, bloqué
par le confinement. Une leçon qui re-
met en cause les processus de rénova-
tion urbaine, une enquête hors normes,
nourrie de rencontres et d?engagements,
appuyée sur une masse documentaire
impressionnante. Où la ville désirable
s?appréhende de loin et se fait attendre.
Le jury a été unanime à considérer que
de telles richesses devaient être mises à
disposition du public. Chacun.e de ses
membres a cité des « pépites » qu?il se-
rait bon de partager, de diffuser au-delà
du monde académique. Aussi, le comi-
té d?organisation du Prix de Thèse sur
la Ville s?est rapproché de la revue Mé-
tropolitiques pour mettre davantage en
lumière la jeune recherche urbaine. Des
articles-recension et des articles-pé-
pites, tant sur les thèses primées que
sur certaines thèses nommées, seront
publiés au cours des prochains mois
par la revue. Nous n?avons sans doute
jamais eu tant besoin de la recherche
pour mieux penser le monde d?après, et
la jeune recherche urbaine est en ce sens
essentielle. A condition de la diffuser, et
de se l?approprier, tant dans le monde
académique que celui de la pratique et
du politique. Gageons alors que cette
nouvelle alliance avec la revue Métropo-
litiques y contribuera !
9PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
S?il fallait retenir une ou deux idées,
résultats de votre thèse, ce serait...
L?idée générale de la thèse est d?étudier
les transformations du métabolisme des
matériaux de chantier dans un contexte
de déstabilisation de son fonctionne-
ment historique. Les matières minérales
de chantier, principalement des terres
et des gravats de béton, constituent la
première matière solide consommée et
rejetée par les systèmes urbains. Elles
sont historiquement gérées par les ac-
teurs du bâtiment et des travaux publics
qui ont organisé des filières de stockage
et de valorisation en sous-couches rou-
tières, en comblements de carrières et
en aménagements paysagers. Seule une
très faible part de ces matières réintègre
le cycle de la construction de bâtiments.
Ce fonctionnement est mis en question
par la conjonction de plusieurs phéno-
mènes : la raréfaction des ressources mi-
nérales locales pour approvisionner les
chantiers, l?augmentation de la produc-
tion de déchets de chantier et la mon-
tée de contestations du stockage d?un
côté et de l?extraction de l?autre.
La thèse s?intéresse ainsi aux recomposi-
tions en cours de ce métabolisme sous
trois angles : les transformations des fi-
lières économiques de gestion des terres
et des gravats, l?émergence de politiques
publiques d?économie circulaire ciblant
les déchets de chantier et le rôle d?expé-
rimentations de pratiques de recyclage
dans la construction. La comparaison
entre les régions francilienne et bruxel-
loise permet de repérer des trajectoires
différentes caractérisées par un déve-
loppement plus précoce du recyclage en
Belgique et une permanence plus mar-
quée des pratiques de stockage en Île-
de-France. La structuration historique de
ces filières et, en particulier, le rôle plus
ou moins grand des acteurs des travaux
publics, dotés de forte capacité d?in-
fluence, contribuent à expliquer des ver-
rouillages normatifs et réglementaires
qui limitent le développement du recy-
Agnès BASTIN
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10 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Des métabolismes territoriaux en
transformation ?
Gouvernance des matériaux de chantier
et expérimentations de nouvelles
valorisations en Île-de-France et dans la
région de Bruxelles
clage et de la sobriété. Les expérimen-
tations de bouclage des flux de matière
participent également de ces recompo-
sitions. La thèse montre une diffusion et
une intégration des pratiques de surcy-
clage dans les régimes sociotechniques
d?approvisionnement et de gestion des
déchets. Cependant, elles ne se font pas
par duplication, en tous cas pas pour
l?instant, mais plutôt par déstabilisation
et transformation de certaines étapes
des filières de valorisation existantes.
Comment celles et ceux qui
gouvernent et/ou font la ville
pourraient se saisir de vos travaux ?
Les bilans de flux de matière ont contri-
bué à mettre le métabolisme des ma-
tériaux de construction à l?agenda des
collectivités parce qu?ils ont montré que
ces matériaux constituent une impor-
tante ressource du stock bâti. D?autres
travaux quantifient et évaluent le stock
bâti pour identifier des freins et des le-
viers à une circularisation des flux de
matière.
À la différence de ces recherches, ma
thèse ne produit pas de connaissances
directement transférables dans les
mondes opérationnels. En revanche,
elle propose une analyse des acteurs des
filières économiques, de leurs percep-
tions de l?économie circulaire et de leurs
stratégies de recyclage. Cela peut aider
les gouvernements urbains à envisager
leurs propres politiques d?économie cir-
culaire dans un paysage plus large. La di-
mension comparative peut aussi contri-
buer à faire circuler les expertises et les
expériences entre les professionnels, pu-
blics et privés, de Paris et Bruxelles.
Enfin, certains résultats de la thèse, s?ils
ne donnent pas des préconisations opé-
rationnelles, incitent à mettre l?accent
sur les politiques d?écoconception en
complément des politiques de recyclage
et de réemploi, qui ne s?accompagnent
pas automatiquement d?une diminution
de l?extraction de matières premières.
Les études de cas montrent également
l?importance de l?accès au foncier pour
implanter des activités de stockage et
de transformation des matières.
Comment en êtes-vous venu à choisir
ce sujet de thèse ?
J?ai commencé mes études d?urbanisme
avec un projet professionnel plutôt tour-
né vers la lutte contre les inégalités so-
cio-spatiales, que je n?articulais pas avec
les enjeux écologiques à l?époque. Au
cours d?un stage à l?Université de Mon-
tréal, j?ai découvert la notion d?écono-
mie circulaire qui m?a interpellée, car
elle mettait l?accent sur la matérialité
du monde et ses limites physiques. Dans
mon master 2, j?ai suivi un cours de Sa-
bine Barles sur le métabolisme et l?éco-
logie territoriale, qui m?a passionné et
a fait écho à ce stage en apportant un
regard critique sur la circularité. Les ana-
lyses de flux de matière présentées dans
ce cours montraient le poids important
des matières minérales pour la construc-
tion dans le métabolisme des villes.
Cela m?a vraiment surprise de n?avoir ja-
mais rencontré ce sujet plus tôt dans mes
cours et dans mes stages. Il s?agit pour-
tant d?un sujet d?urbanisme à plusieurs
titres : comment planifier la gestion des
approvisionnements en matériaux et la
gestion des déchets de chantier ? Mais,
surtout, comment prendre des décisions
urbanistiques plus sobres en ressources
minérales ? Cela m?a conduit à travail-
11PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Quels conseils pourriez-vous
donner aux générations prochaines
qui souhaiteraient se tourner vers la
recherche ?
Je n?ai pas vraiment de conseils parce
qu?il y a plein de manières de faire de
la recherche. Pour celles et ceux qui au-
raient la possibilité de réaliser un doc-
torat dans de bonnes conditions maté-
rielles (avec un contrat, un lieu de travail,
des financements pour le terrain?) alors
je leur dirais de ne pas hésiter à se lan-
cer dans ce travail. Je les avertirais néan-
moins que la carrière académique est
très difficile et incertaine. Il y a plein
d?autres choses dans la vie que la carrière
académique, surtout dans la recherche
urbaine, mais ce n?est pas toujours facile
de s?orienter.
Si je devais malgré tout donner un
conseil, je dirais aux doctorantes et aux
doctorants de discuter le plus possible
de leur travail au sein d?arènes collec-
tives pour ne pas faire du doctorat un
parcours trop solitaire. Il ne faut pas hé-
siter à solliciter des chercheurs et des
chercheuses. pour relire un article, dis-
cuter d?un projet ou d?un cours. C?est
difficile de présenter son travail, qu?on
considère toujours comme non abouti
et non légitime, mais cela permet vrai-
ment d?avancer et d?enrichir ses ques-
tionnements.
Que représente ce prix pour vous ?
Pourquoi avoir candidaté ?
Je suis très honorée de recevoir ce prix
qui représente une reconnaissance des
milieux académiques et professionnels.
De prime abord, le sujet de ma thèse, le
métabolisme des matériaux de construc-
tion et de démolition, peut sembler très
ler sur la politique émergente d?écono-
mie circulaire d?une intercommunali-
té, en l?occurrence Plaine Commune,
pour mon mémoire. Cette première re-
cherche m?a donné envie d?explorer da-
vantage le fonctionnement des filières
économiques qui transforment et font
circuler les matériaux de construction.
J?ai souhaité élargir le questionnement
en comparant la région parisienne à
un autre cas. L?aire urbaine bruxelloise,
caractérisée par un profil métabolique
comparable, m?a semblé intéressante,
car elle développait une politique am-
bitieuse de circularité. Ce cas s?est avé-
ré passionnant, du fait des spécificités
de la gouvernance bruxelloise, à cheval
entre trois régions.
Qu?est-ce-qui vous a motivé pour
vous tourner vers la recherche ?
Racontez-nous votre parcours...
J?ai eu la chance de suivre une forma-
tion de géographie et d?urbanisme qui
donnait une grande place au travail de
terrain : arpenter des quartiers, observer
des usages, recueillir la parole habitante,
politique et technique. C?est cette expé-
rience du terrain qui m?a donné envie de
faire de la recherche. La réalisation des
mémoires en master a confirmé cette
envie.
J?ai ressenti une grande liberté dans ce
travail? et aussi un peu d?angoisse à l?idée
de me tromper dans mes interprétations
ou de passer complètement à côté d?un
élément majeur ! On pouvait poser la
question qui nous intéressait puis se
nourrir de la littérature sur le sujet. Dans
mon cas, quel que soit l?objet d?étude, fi-
nalement, la question qui m?a intéressée
c?est pourquoi ça change et comment
comprendre ces transformations.
12 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
technique voire ennuyeux. Or, c?est un
objet de recherche à travers lequel on
peut explorer les filières économiques
de la construction, leurs relations avec
les gouvernements territoriaux ou retra-
cer l?émergence de collectifs d?acteurs
qui contestent les modes de gestion
existants et expérimentent des pra-
tiques circulaires. Ce prix montre que le
métabolisme et la matérialité urbaine
sont désormais considérés par les pro-
fessionnels de l?aménagement et de l?ur-
banisme comme des objets d?étude et
d?action au coeur de la fabrique urbaine.
Et maintenant quelles perspectives ?
Je suis actuellement post-doctorante
à l?ISIGE-Mines Paris PSL, au sein d?un
projet portant sur l?écologisation des
modèles économiques des aménageurs.
Cette recherche, pilotée par Daniel Flo-
rentin et Magali Castex, porte sur les
entreprises d?aménagement. Je me fami-
liarise donc au fonctionnement de ces
acteurs via des immersions de courte
durée au sein de sociétés d?économie
mixte d?aménagement dans différentes
villes françaises (Lille, Nantes, Montreuil,
Rennes). Les questionnements de ce
projet rejoignent ceux de ma thèse au-
tour des enjeux de transformation éco-
logique de la fabrique urbaine. Ils me
conduisent également à interroger la
transformation de la production urbaine
vers des formes plus sobres en foncier,
en matière et en énergie.
C?est une perspective stimulante et
complémentaire à celle de ma thèse. En
effet, celle-ci se concentrait sur la ges-
tion des matières produites par les chan-
tiers, soit l?aval de la production urbaine.
Ma recherche actuelle m?amène à étu-
dier davantage les décisions d?aména-
gement, soit l?amont de la production.
Quelle que soit la forme future de mon
emploi, j?espère continuer à enseigner et
à réfléchir aux modalités d?écologisation
de la production urbaine !
13PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
L es matières minérales destinées
aux chantiers, comme le sable, les
granulats ou le plâtre, représentent
la deuxième matière consommée par les
villes après l?eau, et le premier déchet so-
lide rejeté. En Île-de-France par exemple,
les chantiers rejettent environ 30 millions
de tonnes de déchets, majoritairement
des terres d?excavation et des gravats de
béton. Ce qui représente une quantité
environ 5 fois supérieure à la production
de déchets ménagers. Les matériaux de
construction et de démolition forment
donc un enjeu de poids dans la transi-
tion socio-écologique des villes (Barles,
2014 ; Augiseau, 2017). La production ur-
baine actuelle est caractérisée par une
forte intensité matérielle, par une exter-
nalisation croissante de son approvision-
nement en ressources et de la gestion
des déchets et par une accumulation
grandissante de matière. D?un côté, elle
génère des tensions sur l?approvisionne-
ment en ressources minérales locales,
qui se raréfient. De l?autre, elle contri-
bue à la transformation des sols via la
mise en décharge des matières issues
des chantiers (Fernandez et al., 2019). Ce
fonctionnement intense et linéaire pose
question : quelles seraient les caractéris-
tiques d?un métabolisme des matériaux
de construction compatible avec les li-
mites planétaires ?
Alors que les matériaux de construction
constituent la matière même avec la-
quelle les urbanistes travaillent, il s?agit
pourtant d?un objet relativement peu
étudié par les études urbaines. Ce point
aveugle de l?aménagement mérite atten-
tion, d?autant plus qu?à l?actualité scien-
tifique de cette question correspond
une actualité politique. En effet, ces ma-
tières sont progressivement saisies par
Mots-clefs : déchets de chantier ; métabolisme territorial ; régimes sociotechniques ;
expérimentation ; économie circulaire ; transition socio-écologique ; terres excavées;
béton.
LA
T
H
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E
LA
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RÉ
AT
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EN
R
ÉS
U
M
É
DES MÉTABOLISMES TERRITORIAUX EN
TRANSFORMATION ?
GOUVERNANCE DES MATÉRIAUX DE
CHANTIER ET EXPÉRIMENTATIONS DE
NOUVELLES VALORISATIONS EN ÎLE-
DE-FRANCE ET DANS LA RÉGION DE
BRUXELLES
Thèse de doctorat en études urbaines,
soutenue à l?Institut d?Études Politiques de Paris,
sous la direction d?Eric VERDEIL
14 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
les politiques publiques européennes,
nationales et locales sous les effets
convergents d?évolutions réglementaires
et de préoccupations sanitaires et envi-
ronnementales, telles que la raréfaction
des ressources minérales locales dispo-
nibles pour alimenter des chantiers ur-
bains fortement consommateurs. Par
exemple, plusieurs métropoles, comme
Paris, Bruxelles, Londres ou Amsterdam,
ont lancé des stratégies d?économie cir-
culaire dans le secteur de la construc-
tion. Le métabolisme des matériaux de
construction constitue donc un objet de
recherche innovant, qui croise un intérêt
scientifique - approfondir la connais-
sance de ce flux du métabolisme ? et un
intérêt contextuel et politique ? analyser
de manière critique les politiques pu-
bliques de circularité à destination de
ces matières, celles-ci mettant l?accent
sur le recyclage, parfois aux dépens de
la limitation de la consommation et de
l?extraction de matières.
UNE ANALYSE POLITISÉE DU
MÉTABOLISME, UNE APPROCHE
TERRITORIALE DE SES
TRANSFORMATIONS
Pour construire son questionnement,
Agnès Bastin s?est appuyée sur trois en-
sembles de travaux afin de développer
une analyse politisée du métabolisme et
une approche territoriale de ses trans-
formations.
Le premier ensemble est constitué des
études de métabolisme et de l?écolo-
gie territoriale. Ce champ de recherche
quantifie les matières mobilisées dans
différents types de territoires (urbains,
insulaires, portuaires, denses, diffus,
etc.) et cartographie les empreintes en-
15PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Installation de stockage des déchets inertes à Moissy-Cramayel, Île-de-France © Agnès Bastin
vironnementales et spatiales associées,
c?est-à-dire les espaces impliqués dans
l?approvisionnement matériel et éner-
gétique des villes et dans la gestion de
leurs déchets. Ces travaux sont progres-
sivement complétés par des approches
aux méthodologies plus qualitatives,
qui donnent à comprendre les détermi-
nants sociopolitiques et économiques
du métabolisme (Heynen et al., 2006).
Ce travail s?inscrit dans ces travaux qua-
litatifs sur le métabolisme, en particulier
ceux inspirés de l?écologie politique ur-
baine qui étudient les rapports de pou-
voir tout au long des circulations et des
transformations de matière au sein des
villes et avec les espaces environnants.
Elle propose d?analyser la gouvernance
des flux de matériaux de construction
et de déconstruction : quelles sont les
ressources matérielles et immatérielles
activées, échangées, mobilisées, et par
quels acteurs, pour faire circuler les
flux et, éventuellement, transformer
ces circulations ? Comprendre les jeux
d?acteurs et les rapports de pouvoir qui
structurent le métabolisme des maté-
riaux de construction représente une
16 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Stockage de matières premières et tri de terres excavées le long du canal de Willebroek, Bruxelles
© Agnès Bastin
première étape dans son analyse des
changements métaboliques, qui consti-
tue le deuxième enjeu de la thèse.
Pour analyser les transformations du mé-
tabolisme, Agnès Bastin mobilise un deu-
xième ensemble de travaux, issu des tran-
sition studies, en particulier le cadre de
l?analyse multi-niveaux (multi-level pers-
pective). Ce champ de recherche s?inté-
resse au développement et à la diffusion
d?innovations techniques. L?analyse mul-
ti-niveaux étudie ces transitions comme
l?interaction entre trois niveaux d?ana-
lyse : le paysage, les régimes, les niches.
Une transition désigne un changement
de régime qui résulte le plus souvent de
la concordance temporelle entre des
perturbations aux différents niveaux de
l?analyse (Geels, Schot, 2004). Cette ap-
proche a de nombreuses limites, notam-
ment sa faible spatialisation, mais elle
a l?intérêt de replacer les changements
sociotechniques dans un ensemble de
transformations sociales, économiques,
politiques et culturelles. Ainsi, elle évite
de les réduire à des problèmes d?optimi-
sation économique ou de levée de freins
techniques et comportementaux. C?est
pourquoi Agnès Bastin s?est inspirée de
ce cadre, en le croisant aux apports de
l?écologie territoriale et de l?écologie
politique urbaine, pour construire une
approche territoriale des transforma-
tions métaboliques. La thèse étudie les
villes comme des espaces dans lesquels
s?enchevêtrent différents régimes socio-
techniques (construction, transports,
déchets, etc.). Ces régimes sont carac-
térisés par des éléments spécifiques
aux secteurs en question, comme les
innovations technologiques ou les stra-
tégies nationales des gestionnaires de
déchets ou des entrepreneurs du BTP.
Ils sont également influencés par des
caractéristiques territoriales, telles que
les formes du développement urbain,
la capacité d?action des gouvernements
urbains et la géographie des ressources
locales. Agnès Bastin parle donc de ré-
gimes territorialisés. Ces régimes socio-
techniques territorialisés structurent les
métabolismes territoriaux, qui en sont la
résultante matérielle. Ainsi, les transfor-
mations du métabolisme territorial sont
analysées comme des transformations
de régimes sociotechniques territoriali-
sés.
Enfin, ce travail se positionne par rap-
port aux recherches récentes portant
sur les matériaux de construction en
ville. Des travaux en aménagement et
urbanisme documentent les liens entre
formes d?urbanisation et consomma-
tion de matières, souvent de manière
quantitative et cartographique. D?autres
adoptent une visée normative et iden-
tifient des freins et des « bonnes pra-
tiques » de gestion des matériaux de
construction. Des recherches en archi-
tecture et en géographie se concentrent
sur les secondes vies des matières is-
sues des chantiers (Ghyoot et al., 2018).
L?analyse des politiques publiques, de
leur genèse et de leur mise en oeuvre,
occupe une place secondaire dans ces
recherches. Les travaux quantitatifs
développent une approche évaluative
des politiques publiques. Par exemple,
ils modélisent les conséquences maté-
rielles des politiques de densification ou
de rénovation énergétique. De leur côté,
les travaux qualitatifs décryptent le fonc-
tionnement des filières économiques
ou l?action spécifique des architectes
en laissant de côté l?action publique,
c?est-à-dire les régulations et les coordi-
nations d?acteurs impliqués dans la cir-
culation de ces matières ainsi que les en-
17PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
de matériaux de construction et produc-
tion de déchets de chantier. Cette situa-
tion métabolique ouvre des possibilités
de création de boucles matérielles via la
réutilisation des déchets de chantier.
Leur comparaison est également mo-
tivée par l?émergence de politiques lo-
cales d?économie circulaire ciblant spéci-
fiquement le secteur de la construction
et les matériaux et déchets de chantier.
Cependant, ces deux métropoles dif-
fèrent par leur structuration politique et
administrative, par leurs morphologies
urbaines et par les filières économiques
existantes de gestion des matériaux et
déchets de construction. Les filières éco-
nomiques bruxelloises sont depuis plus
longtemps tournées vers le recyclage et
fortement marquées par la régionalisa-
tion de la Belgique alors que les filières
franciliennes composent entre stockage
et différentes formes de valorisation.
Paris et Bruxelles constituent donc des
cas intéressants pour étudier le rôle
des configurations locales dans les tra-
jectoires et les stratégies de circularité
mises en oeuvre par des villes soumises à
des enjeux métaboliques similaires.
La dimension européenne joue égale-
ment un rôle important dans le dispo-
sitif comparatif. Les régulations environ-
nementales et économiques qui cadrent
la gestion des matériaux et des déchets
de construction sont, pour beaucoup,
initiées par l?Union Européenne, comme
la directive-cadre déchets ou la stratégie
européenne pour l?économie circulaire.
La comparaison entre deux métropoles
européennes permet ainsi d?analyser
l?appropriation locale de ces régulations
supra-locales et d?interroger leur contri-
bution à la transformation des métabo-
lismes territoriaux.
jeux politiques et sociaux sous-jacents à
leur transformation. En complément de
ces travaux, Agnès Bastin propose une
analyse davantage tournée vers l?action
collective incluant les acteurs des filières
économiques mais aussi les décideurs
politiques et les administrations impli-
quées dans la conception des politiques
publiques.
L?enjeu de la thèse est de caractériser
la transformation de la gouvernance
des flux de matières issues des activités
de construction et de déconstruction
et les recompositions sociotechniques
induites par les expérimentations de
nouvelles valorisations. Quelles sont les
recompositions en cours des régimes
sociotechniques existants de gestion
des matériaux de construction et dans
quelle mesure les expérimentations de
nouvelles valorisations de matières y
contribuent-elles ?
Pour répondre à cette question, la thèse
développe trois angles d?étude : les fi-
lières économiques de gestion des terres
et des bétons et leur régulation, c?est-à-
dire comprendre le régime sociotech-
nique de gestion de ces matières, la mise
en politique de ces matières dont la
gestion est une compétence des acteurs
privés, l?expérimentation de filières al-
ternatives et de dispositifs de bouclage
des flux de matière.
PARIS, BRUXELLES : UNE APPROCHE
COMPARÉE ET EMBARQUÉE
La thèse compare deux aires métropo-
litaines européennes : Paris et Bruxelles.
Ces deux villes présentent un profil mé-
tabolique comparable, caractérisé par
un fort renouvellement urbain condui-
sant à un équilibre entre consommation
18 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
19PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
rimentations : Cycle terre, un projet de
création d?une fabrique de matériaux
de construction en terre crue à partir
de déblais, et ZIN, un projet de rénova-
tion d?un ensemble de bureau avec re-
cyclage de béton. Ces expérimentations
sont donc hétérogènes. Elles portent sur
des matières et des types de projets dif-
férents : terres de déblais dans un pro-
jet industriel en Île-de-France et gravats
de béton dans un projet immobilier à
Bruxelles. Face à cette hétérogénéité,
le dispositif comparatif mis en oeuvre
ne vise pas à comparer les expérimen-
tations directement entre elles mais
à mettre en regard leurs effets sur les
régimes sociotechniques dans chacun
des deux contextes territoriaux. Les ex-
périmentations sont pensées comme
des scènes d?observation des recom-
positions sociopolitiques et matérielles
Une comparaison à « double focale »
La comparaison déployée articule deux
niveaux : un premier qui est celui des
régimes sociotechniques, analysés à
l?échelle des aires urbaines, et un deu-
xième qui correspond à des expéri-
mentations à l?échelle d?opérations. La
première échelle se concentre sur le
fonctionnement et les transformations
des filières économiques de gestion des
matières, principalement des déchets
de terres et de béton. Quant aux expé-
rimentations analysées, elles portent sur
des politiques locales intercommunales
de circularité et des projets plus opéra-
tionnels de réutilisation à haute valeur
ajoutée de matières issues des chantiers.
La pratique du terrain et les opportuni-
tés qui s?y sont ouvertes ont conduit à
sélectionner principalement deux expé-
Le dispositif méthodologique de comparaison à « double focale »
par les administrations publiques et les
fédérations professionnelles. Cette en-
quête a permis d?étudier l?organisation
des filières économiques et la fabrique
des régulations du secteur.
Elle a été complétée par des périodes
d?observation participante au sein de
l?équipe du projet Cycle terre à Sevran
(Île-de-France) et au sein de Perspective
Brussels, l?administration bruxelloise en
charge de la planification territoriale
et impliquée dans la mise en oeuvre de
stratégies territoriales de circularité.
L?observation au sein du projet Cycle
terre s?est étalée sur les quatre années de
la thèse, tandis que l?observation bruxel-
loise a été concentrée sur quatre mois
et malheureusement interrompue par la
pandémie. Ainsi, plusieurs opportunités
de participation directe aux expérimen-
tations menées par les acteurs locaux
n?ont pas pu être mises à profit alors
qu?elles auraient permis d?analyser plus
finement la manière dont les différents
acteurs associatifs investis dans le quar-
tier Nord de la Région Bruxelles-Capitale
interagissent et conçoivent la question
de la circularité. Néanmoins, les entre-
tiens menés auprès des acteurs des ex-
périmentations, croisés avec la littéra-
ture grise, ont permis de mener à bien
la contextualisation du projet ZIN. L?ob-
servation participante a permis d?accé-
der aux coulisses des expérimentations,
aux visions et aux cultures de chacun des
acteurs impliqués ainsi qu?aux processus
de décision qui permettent de retracer
et d?identifier les facteurs contextuels
et structurels des évolutions des pro-
jets, dans une perspective de montée en
généralité. Cependant cette position a
exigé de la part d?Agnès Bastin une forte
réflexivité sur le rôle du chercheur et a
impliqué une gestion, parfois difficile,
des modes de gestion des matériaux de
chantier à Paris et Bruxelles. La compa-
raison s?appuie sur une grille commune,
qui puisse fonctionner malgré la diver-
sité des espaces, matières, échelles et
acteurs en jeu. Elle se déploie autour
de trois catégories qui désignent diffé-
rentes dimensions des transformations
du métabolisme et des régimes socio-
techniques sous-jacents : rematériali-
sation, territorialisation et bouclage. La
rematérialisation désigne l?intégration
et la réduction de l?empreinte matérielle
de la production urbaine dans les choix
d?aménagement face aux tensions crois-
santes sur les ressources. La territorialisa-
tion désigne l?intégration d?un référent
territorial dans la gouvernance des flux
et stocks de matériaux de construction,
face à des métabolismes largement ex-
ternalisés. Enfin, le bouclage désigne
la réutilisation des matières résiduelles
générées par la production urbaine de
manière à limiter voire à supprimer la
production de déchets.
La thèse combine une enquête par en-
tretiens et une enquête embarquée au
sein de deux expérimentations urbaines
de circularité, au cours de laquelle Agnès
Bastin a adopté une position d?observa-
tion participante.
Une centaine d?entretiens semi-directifs
ont été réalisés, auprès d?acteurs des fi-
lières économiques de gestion des ma-
tériaux et déchets de chantier, d?acteurs
publics et de personnes engagées dans
des expérimentations de valorisation
des matières. Les entretiens ont été in-
tégrés à un « réseau documentaire »
plus vaste comprenant l?analyse de plai-
doyers de groupes professionnels, de
rapports, d?articles de presse et l?obser-
vation de réunions et d?ateliers organisés
20 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
21PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
charge par des entreprises du BTP qui
ont développé cette activité à côté de
leur coeur de métier, c?est-à-dire de leur
activité principale et souvent historique,
comme la démolition et le terrassement,
les travaux publics et le génie civil, l?ex-
traction et la fabrication de matériaux
dans les carrières. Cela consolide les
observations réalisées par Laetitia Mon-
geard dans la région lyonnaise (2018). Les
matières secondaires issues des chan-
tiers alimentent la fondation de routes,
l?aménagement de remblais et le com-
blement de carrières. Ce métabolisme
génère d?importants mouvements de
matière à l?échelle régionale, consomme
du foncier et de l?énergie pour stocker,
trier, broyer, concasser les matières. Il
demeure majoritairement linéaire dans
la mesure où les valorisations existantes
ne conduisent qu?une très faible part
des déchets de chantier à retourner vers
le cycle de la construction de nouveaux
bâtiments. Ces valorisations ne parti-
cipent donc que très marginalement à li-
miter l?extraction de matières minérales
primaires pour la construction.
La comparaison entre Paris et Bruxelles
montre que les filières de valorisation
diffèrent selon les configurations spa-
tiales. D?une part, la géopolitique locale,
notamment la régionalisation du droit
environnemental en Belgique et la mul-
tiplication des échelles de régulation
en Île-de-France, oriente fortement les
flux. D?autre part, la structuration héri-
tée des filières économiques joue forte-
ment sur les trajectoires de valorisation
empruntées : plus précocement tour-
nées vers le recyclage en Belgique qu?en
Île-de-France. Notamment, on observe
une imbrication plus grande, en Île-de-
France qu?en Belgique, entre les diffé-
rents maillons de la chaîne de valeur de
des inconforts suscités par la multiposi-
tionnalité.
UNE ANALYSE COMPARÉE DE
LA GOUVERNANCE DES FLUX
DE MATÉRIAUX ET DÉCHETS DE
CHANTIER À PARIS ET BRUXELLES
Premièrement, la thèse documente le
fonctionnement des filières de gestion
des matériaux de construction et de
déconstruction dans les régions bruxel-
loise et francilienne. Elle montre qu?il
existe de nombreuses pratiques de va-
lorisation, majoritairement prises en
charge par les entreprises du secteur de
la construction et des travaux publics
elles-mêmes. Le recyclage des déchets
de chantier est principalement pris en
Formation de l?équipe du projet Cycle terre par
Amàco à Villefontaine : production de briques
de terre comprimée © Agnès Bastin
22 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
la construction, de l?extraction des ma-
tières à la gestion des déchets. En parti-
culier, les entreprises de travaux publics
semblent jouer un rôle central en Île-de-
France, à la fois dans l?extraction de ma-
tériaux et dans la gestion des déchets.
Ce que l?on ne retrouve pas en Belgique
où la situation diffère entre la Flandre,
où les activités de valorisation des dé-
chets inertes sont dominées par les dé-
molisseurs, et la Wallonie, où des entre-
prises spécialisées dans la valorisation
se sont développées. Ces différences
d?organisation des filières économiques
se cristallisent dans la structuration des
organisations professionnelles et des
groupes d?intérêt du secteur. Le rôle des
entreprises ayant des activités intégrées
de gestion des carrières, de production
de granulats, de gestion des déchets de
chantier et de travaux publics dans les
organisations professionnelles est plus
important en France qu?en Belgique.
Cette forte imbrication entre les diffé-
rents sous-systèmes de la fabrique ma-
térielle du cadre bâti en Île-de-France
pourrait constituer un avantage pour la
mise en place de stratégies de circula-
rité en limitant les enjeux d?articulation
entre les maillons de la chaîne : les dé-
chets des uns devenant plus facilement
les ressources des autres. Des échanges
de matière pour du comblement et des
aménagements ont effectivement lieu
entre entreprises. Cependant, on ob-
serve également un verrouillage autour
des pratiques existantes de stockage et
de remblayage, plutôt qu?un dévelop-
pement du recyclage en produits de
construction. Ces effets de verrouillage
sont illustrés par les trajectoires régle-
mentaires différentes de la Flandre et de
la France concernant le stockage des dé-
chets inertes. Celui-ci a été progressive-
ment interdit en Flandre tandis qu?il est
autorisé en France et exempté de taxe
générale sur les activités polluantes. Les
différences de positionnement des en-
treprises de travaux publics au sein du
secteur de la gestion des déchets inertes
semblent particulièrement explicatives
des différences de trajectoire, d?autant
plus que les entreprises de travaux pu-
blics et leurs groupes d?intérêt ont des
capacités d?influence très structurées.
Plus largement, ces résultats montrent
qu?une lecture territoriale des transi-
tions sociotechniques permet de mettre
en évidence des facteurs explicatifs des
variabilités entre les régimes sociotech-
niques localisés et leurs facteurs de re-
composition.
LES ADAPTATIONS DU RÉGIME
SOCIOTECHNIQUE DOMINANT
FACE À UNE DEMANDE DE
CIRCULARITÉ
Un deuxième ensemble d?apports de la
thèse concerne les changements méta-
boliques et la question du déploiement
des expérimentations. Agnès Bastin
montre que les régimes sociotechniques
se recomposent sous l?effet combiné
de multiples facteurs. Certains facteurs
sont internes au régime, tels que l?ame-
nuisement progressif des débouchés his-
toriques de gestion des déchets inertes
de chantier, à savoir le comblement
des carrières, les grands remblais et les
constructions routières. Le développe-
ment urbain a entretenu un débouché
important pour les déblais et les gravats
en créant des besoins pour les fonda-
tions des infrastructures qui l?accom-
pagnent et, indirectement, en augmen-
tant les capacités de stockage dans les
23PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Les tours du World Trade Center (futur projet ZIN) avant leur rénovation lourde, Bruxelles © Agnès
Bastin
Les tours en cours de rénovation : conservation des noyaux centraux en béton mais dépose des vitrages,
Bruxelles © Agnès Bastin
24 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
carrières dont les matériaux sont extraits
pour l?approvisionnement des chan-
tiers. Ces débouchés historiques sont
remis en question par les évolutions des
formes de l?urbanisation, notamment la
lutte contre l?étalement urbain, et par
les contestations citoyennes que gé-
nèrent ces installations. À ces facteurs
internes, s?ajoute la montée du référen-
tiel de l?économie circulaire et la mise en
oeuvre de stratégies de circularité.
Les processus de transition qui résultent
de ces facteurs de déstabilisation de-
meurent ambivalents et encore incer-
tains, ce qui justifie la formule interroga-
tive du titre de la thèse. D?un côté, les
régimes existants sont consolidés par
l?adaptation des pratiques de sous-cy-
clage et de valorisation volume (rem-
blais, aménagements paysagers, etc.). De
l?autre, on observe des bifurcations du
fait de l?émergence de nouveaux acteurs
qui expérimentent de hauts niveaux de
bouclage des matières. L?analyse dé-
taillée des deux expérimentations, ZIN
et Cycle terre, montre une diffusion et
une intégration des pratiques de surcy-
clage dans les régimes sociotechniques
d?approvisionnement et de gestion des
déchets. Cependant, elles ne se font
pas par duplication, du moins pas en-
core comme on pourrait l?imaginer, mais
plutôt par déstabilisation et transfor-
mation de certaines étapes des filières
existantes de valorisation. Elles s?ap-
puient également sur la participation de
certains acteurs dominants du régime,
qui se diversifient et coopèrent avec les
acteurs émergents. Les processus de bi-
furcation observés fonctionnent donc
plutôt par changements incrémentaux
du fonctionnement des filières que par
substitution des filières par d?autres pra-
tiques.
LES LIMITES DE LA SYMBIOSE
COMME STRATÉGIE DE BOUCLAGE
DES FLUX DE MATIÈRES
L?analyse des deux expérimentations,
croisée avec l?étude d?autres acteurs
innovants repérés à la fois à Paris et à
Bruxelles, conduit à un troisième en-
semble de résultats concernant la flexi-
bilité des dispositifs sociotechniques de
bouclage des flux de matières. La thèse
questionne le recours à la figure de la
symbiose, c?est-à-dire l?échange direct
de matière entre deux sites ou au sein
d?un même site, qui est fréquemment
recherchée par les politiques d?éco-
nomie circulaire et présentée comme
solution à sa mise en oeuvre. En effet,
les expérimentations analysées, initiale-
ment développées à partir de l?idée de
symbiose, se sont en fait appuyées sur
le développement d?étapes intermé-
diaires pour le traitement des matières.
Les symbioses sont rendues incertaines
par la sous-estimation des besoins fon-
ciers des opérations de valorisation,
qui peuvent difficilement être réalisées
directement sur les chantiers dans la
plupart des cas. Alors qu?elles reposent
sur la concordance temporelle entre
les chantiers fournisseurs et récepteurs
de matières, elles sont fragilisées par
les aléas de calendrier. Dans nos cas
d?études, ces éléments ont conduit à un
élargissement spatial des dispositifs étu-
diés qui intègrent des sites plus lointains,
souvent hors des centres-villes, pour le
stockage et la transformation des ma-
tières.
Les configurations sociotechniques de
bouclage des flux de matière qui se déve-
loppent utilisent les symbioses mais aus-
si d?autres configurations caractérisées
par leur flexibilité. Cette flexibilité vise
à s?adapter aux particularités des res-
sources secondaires, à savoir leur varia-
bilité qualitative et géographique. L?en-
quête conduit à distinguer deux types
de dispositifs qui correspondent à deux
stratégies différentes d?opérationnalisa-
tion du bouclage des flux de matières
en ville. Premièrement, la réalisation
d?infrastructures fixes dédiées aux acti-
vités de transformation des matériaux
de chantier. Elles reposent sur un espace
d?approvisionnement variable dans le
temps, ce qui implique une flexibilité de
l?outil de production. La généralisation
de cette stratégie risquerait de limiter la
proximité spatiale des démarches de ré-
utilisation. Deuxièmement, la réalisation
d?infrastructures mobiles et temporaires
installées au sein de grands chantiers
ou de friches, c?est-à-dire dans des in-
terstices spatio-temporels de la ville. La
généralisation de cette stratégie pour-
rait conduire à contenir ces activités
à la marge du régime, sur des fonciers
non pérennes. Ce résultat, à dimension
opérationnelle, interroge les modalités
d?insertion du foncier à destination des
activités du métabolisme dans la planifi-
cation territoriale.
25PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
L?unité de transformation des terres excavées en matériaux de construction en terre crue Cycle terre à
Sevran © Agnès Bastin
26 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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27PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
©
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B
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S?il fallait retenir une ou deux idées,
résultats de votre thèse, ce serait?
La place du temps dans le gouverne-
ment des villes, et plus largement dans
la fabrication du consentement à l?ac-
tion publique. Les déplacements causés
par la rénovation urbaine sont souvent
décrits comme un événement pertur-
bateur, qui déracinerait soudainement
les habitant.e.s des quartiers populaires
d?espaces auxquels iels sont attaché.e.s..
Lorsque je me rends dans des quartiers
populaires ciblés par des projets ur-
bains, je suis donc étonné du premier
constat que je fais. Alors que je m?at-
tendais à rencontrer des institutions qui
cherchent à vider les lieux au plus vite
pour réaliser leurs opérations, je réalise
que c?est l?inverse : je rencontre des ha-
bitant.e.s qui veulent, pour la plupart,
partir de chez elles et de chez eux le
plus rapidement possible. À mesure que
le temps passe, iels sont même de plus
en plus impatient.e.s qu?arrivent, enfin,
les dispositifs de déplacement habituel-
lement qualifiés de « contraints ». Cela
devient l?énigme de départ de la thèse:
pourquoi les habitant.e.s en viennent-ils
à aspirer elles-mêmes et eux-mêmes au
déplacement que ces projets leur im-
posent ? La thèse résout cette énigme,
en investiguant ce qu?il se passe quand
il ne se passe (apparemment) rien : dans
les périodes d?attente qui séparent l?an-
nonce d?un projet urbain futur et le mo-
ment de sa mise en oeuvre. Elle décrit la
rénovation urbaine comme un proces-
sus qui bouleverse le quotidien des ha-
bitant.e.s au long cours. Pendant des an-
nées voire des décennies, au nom de la
promesse d?une opération à venir, la ges-
tion courante des quartiers populaires
est minorée et leur politique de peuple-
ment est mise en suspens. Les lieux et les
biens se dégradent ; les liens sociaux sont
affectés par une transformation sociale
de la population. En imposant une dyna-
mique de la projection permanente aux
habitant.e.s, les projets urbains rendent
le présent inhabité. En dégradant leurs
Charles REVEILLERE
IN
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L
20
23
28 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Demain c?est loin, et aujourd?hui c?est
déjà trop tard.
Vivre et gouverner le délogement dans
deux espaces populaires en attente de
rénovation urbaine
conditions matérielles d?existence, ils
le rendent inhabitable. Cette épreuve
de l?attente est si éprouvante qu?elle
fait consentir les habitant.e.s au départ,
avant même que le moment de la mise
en oeuvre soit arrivé: iels préfèrent partir
au plus vite pour en finir avec tout ça,
quitte à accepter des modalités de dé-
part (offres de relogement, d?indemnisa-
tion?) bien en deçà de leurs espérances.
Comment celles et ceux qui
gouvernent et/ou font la ville
pourraient se saisir de vos travaux ?
La rénovation urbaine tend à détourner
le regard : en orientant les projecteurs
vers l?avenir radieux (mais fictif) promis
aux quartiers populaires ; en laissant
dans l?ombre le quotidien dégradé (mais
bien réel) de ces espaces relégués de la
ville. J?espère que cette thèse jettera la
lumière sur ce que ces opérations pro-
duisent pendant ces années, voire ces
décennies d?attente. J?espère qu?elle sera
saisie, plus largement, comme une invi-
tation à adopter un regard critique sur
le gouvernement des villes par projets. Il
tend à orienter les financements vers les
opérations de démolition-reconstruc-
tion de grande ampleur, plutôt que vers
la gestion du quotidien et de l?existant.
Il se fait au prix d?un bilan écologique
et social désastreux, qui entretient un
cycle sans fin : pourquoi les quartiers
populaires sont-ils si souvent rénovés, en
comparaison à ceux dans lesquels vivent
les classes moyennes et supérieures par
exemple ?
Il n?y a pas là la marque de leur traite-
ment préférentiel mais, à l?inverse, de
leur discrimination dans l?attribution des
ressources : les carences structurelles
de la gestion courante sont telles qu?ils
doivent, cycliquement, être rénovés à
coups de grands projets dévastateurs.
Certain.e.s habitant.e.s s?auto-qualifient
ironiquement comme des « générations
rénovation urbaine », tant iels ont passé
leur vie à se remettre d?une réhabilita-
tion, et à vivre dans l?attente de la pro-
chaine.
Pour garantir une meilleure continuité
dans la gestion des quartiers populaires,
les maîtres d?oeuvre et les porteurs de
projet gagneraient à organiser une ité-
ration plus régulière entre les équipes
chargées de la gestion courante et celles
chargées des projets (dans les organismes
HLM par exemple, au sein des collecti-
vités territoriales ou entre un aména-
geur et les services de ces dernières?).
À l?échelle nationale, et notamment au
sein de l?Agence Nationale pour la Réno-
vation Urbaine, les acteurs gagneraient
à mettre fin à la course à la démolition
et aux grands projets, pour se poser la
question du financement, par l?État, de
la gestion courante des résidences HLM
et du parc résidentiel privé dégradé.
Enfin, la ville est faite, aussi, par les mou-
vements sociaux qui portent la voix des
habitantes et des habitants. Cette thèse
développe des réflexions qui peuvent
être saisies dans le cadre de mobilisa-
tions collectives. Elle plaide pour des
organisations syndicales de quartier qui
défendent les droits des habitant.e.s au
quotidien. Elle argue en faveur de cer-
taines formes de négociations avec les
pouvoirs publics : celles qui explicitent
les lignes de clivage qui traversent le ca-
pitalisme urbain, souvent euphémisées
derrière la rhétorique des « communs »
qui domine dans la participation institu-
tionnelle ; celles qui rappellent les dis-
criminations structurelles subies par les
29PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
ensuite avec celles qui cadrent les pra-
tiques des professionnels. Le terrain m?a
vite amené à comprendre que les habi-
tant.e.s se plaignaient notamment de
leurs conditions actuelles d?existence,
et d?une incertitude radicale vécue au
présent, face un avenir incertain. C?est
ce qui m?a amené à déplacer le regard
et à enquêter non pas sur la projection
urbaine en elle-même, mais plutôt sur le
vécu de son attente, et sur la production
institutionnelle de cette attente : les
classes populaires passent suffisamment
de temps à attendre l?action publique
qu?on leur promet, pour qu?on en fasse
un sujet de thèse.
Qu?est-ce-qui vous a motivé pour
vous tourner vers la recherche ?
Racontez-nous votre parcours?
Je me dois d?être honnête : cette orien-
tation professionnelle a fortement été
facilitée par une socialisation familiale
à la recherche. J?avais d?emblée le pri-
vilège d?en maîtriser certains codes. J?ai
cependant longuement hésité, d?abord
avec les secteurs sociaux de l?action pu-
blique, ensuite avec certaines branches
du droit (au logement, des étrangers et
du travail), puis avec le secteur associa-
tif. En licence, j?ai suivi des études géné-
ralistes en sciences sociales, en parallèle
d?études spécialisées en philosophie. En
master, j?ai continué deux formations en
parallèle, en philosophie des sciences
sociales, et en sociologie.
Le choix de poursuivre en doctorat de
sociologie répondait à deux aspirations:
un intérêt pour la production scienti-
fique des savoirs, l?enquête empirique
et la contribution méthodologique aux
analyses de la société ; une envie d?être
spécialiste d?un sujet, de le maîtriser sur
quartiers populaires, et qui permettent
de souligner que les projets urbains ne
sont pas une « chance » pour les quar-
tiers, mais des politiques de rattrapage.
Comment en êtes-vous venu à choisir
ce sujet de thèse ?
J?ai débuté cette thèse à la fin de l?été
2017, après deux mémoires de master 2.
Le premier était un mémoire de sociolo-
gie, sur la Cour Pénale Internationale. Il a
confirmé mon intérêt pour la sociologie
du droit, mais il m?a aussi frustré : j?avais
envie d?enquêter de près sur la manière
dont le droit cadre la vie quotidienne des
administré.e.s ; j?avais envie de travailler
à une échelle où je pouvais trouver une
utilité sociale à mon travail, et croire en
la possibilité de le diffuser auprès de col-
lectifs mobilisés et à même de transfor-
mer, même en partie, certains rapports
de domination existants. Le second était
un mémoire de philosophie des sciences
sociales. Un travail qui m?a permis de
réfléchir au projet politique de la socio-
logie, et qui m?a amené à conclure en
faveur d?une certaine conception de sa
méthode : celle qui consiste à partir des
critiques formulées par des personnes
à l?égard d?une situation, pour cadrer le
problème posé.
Ces préoccupations se sont croisées
avec des expériences d?engagement
personnel sur la question du déloge-
ment, en Afrique du Sud (éviction des
townships), puis en France (expulsion
des squats, éviction des camps et har-
cèlement policier des personnes en si-
tuation d?exil à la rue). Cela m?a amené
à souhaiter travailler sur le délogement,
en partant des catégorisations faites
par les habitant.e.s du problème qui se
pose à elles et à eux, pour les comparer
30 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
31PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
exige donc de croire à l?utilité de ce mé-
tier particulier, qui consiste à produire
scientifiquement des savoirs. J?y trouve
personnellement beaucoup de sens et
de plaisir, mais je pense que c?est impor-
tant de le savoir avant de se lancer !
Un deuxième conseil touche à l?atten-
tion accordée aux conditions maté-
rielles de travail. Dans ce domaine, il y
a une forte continuité entre études et
vie professionnelle : en témoigne cette
chose hybride qu?est le doctorat, à la
fois diplôme et contrat de travail ? dans
le meilleur des cas ?, bourse ? dans des
situations plus précaires ? ou travail gra-
tuit ? dans la pire des situations. Avant
de s?engager, on se pose beaucoup la
question de la vocation, de la passion,
ou tout simplement de la possibilité
d?être admis en thèse tant il est difficile
de l?être. Mais on n?est parfois, selon moi,
pas assez informé de ce qu?implique ce
choix, en tant que travail ensuite. La
continuité avec les études peut occulter
certaines questions qu?on se pose habi-
tuellement quand on hésite à prendre
un poste (rémunération, temps de tra-
vail hebdomadaire, horaires, lieu de vie,
sécurité d?emploi, vacances?). Je conseil-
lerais de bien s?informer des conditions
matérielles du métier académique au-
jourd?hui, de l?état de ce marché pro-
fessionnel, et de toujours avoir en tête
ensuite, dans la pratique de ce métier,
que la recherche est un travail, et qu?elle
doit être associée, donc, à des droits du
travail et à certaines protections.
Le troisième conseil est d?ordre plus per-
sonnel. Pour moi, cela a été déterminant
de faire une recherche qui offre des op-
portunités, en continu, de restitution
aux acteurs. Ne jamais perdre le contact
avec le terrain, et me servir des savoirs
le bout des doigts et de pouvoir le dif-
fuser de manière utile aux acteurs d?un
domaine. Je vois dans ce choix une ma-
nière de continuer à garder un pied dans
certains secteurs de l?action (publique,
associative et militante), mais de le faire,
armé des outils des sciences sociales.
Quels conseils pourriez-vous
donner aux générations prochaines
qui souhaiteraient se tourner vers la
recherche ?
Le contexte est difficile pour faire de la
recherche aujourd?hui. Les conditions
matérielles sont fortement dégradées ;
le champ professionnel est animé par
des luttes concurrentielles éprouvantes,
du fait de la pénurie des postes et des
réformes récentes. J?ai réalisé mon doc-
torat dans des conditions privilégiées, au
Centre de Sociologie des Organisations
de Sciences Po Paris, sous la co-direction
de deux personnes (Claire Lemercier et
Jérôme Pélisse) qui ont été très soute-
nantes, tout en me laissant beaucoup
d?autonomie. Je préfère commencer par
ces quelques éléments de réflexivité,
car c?est toujours facile de donner des
conseils depuis une telle position !
Un premier conseil touche à la question
à se poser, avant de se lancer. Quand on
hésite à faire de la recherche, on se de-
mande souvent : quel sujet m?intéresse?
Mais je pense qu?il y a une autre ques-
tion, à ne pas oublier, qui est : ai-je envie
de faire de l?analyse scientifique de ce su-
jet mon métier ? On risque sinon d?être
déçu, quand on comprend à quel point
la recherche est un processus lent, qui
exige beaucoup de minutie. On passe
parfois des années à démontrer quelque
chose de finalement assez intuitif, mais à
le faire avec méthode. Y trouver du sens
Ensuite, écrire : j?espère publier plusieurs
articles dans des revues à comité de lec-
ture, et un ouvrage tiré de mon terrain
principal de thèse, sur le gouvernement
des quartiers d?habitat social. Je suis par
ailleurs engagé dans des démarches de
diffusion qui espèrent toucher un pu-
blic (un peu) plus large et (un peu) moins
académique. Je suis en train de rédiger
le synopsis d?un livre d?interpellation, à
mi-chemin entre journal de terrain, récit
d?expérience militante et essai sociolo-
gique, sur les délogements et la gentri-
fication à Marseille. La forme est encore
ouverte, entre bande dessinée et court
essai. Par ailleurs, avec deux collègues,
je projette d?écrire un livre de bilan et
de réflexion stratégique sur les luttes ur-
baines.
Mais aussi, parler : les restitutions orales
touchent souvent un tout autre public.
Avec une collègue à Marseille, nous orga-
nisons un cycle de débats sur les projets
urbains, dans un centre social autogéré.
Grâce notamment au contact engagé
avec des journalistes, nous espérons
nourrir le débat public à l?appui de nos
enquêtes, et interpeller publiquement
les responsables politiques et tech-
niques. En parallèle, j?aimerais trouver
le temps d?organiser des restitutions,
ou des ateliers de formation, auprès
d?agents des collectivités territoriales et
des bailleurs sociaux.
Et enfin, militer ! Depuis 2020, avec des
camarades, nous avons construit un
groupe d?appui aux habitant.e.s délo-
gé.e.s par la rénovation urbaine à Mar-
seille. Les résultats de la thèse sont utilisés
pour animer des ateliers d?auto-défense
face au relogement et accompagner des
collectifs dans la rédaction et dans la
négociation de chartes de relogement,
produits pour défendre les droits des
habitant.e.s, interpeller les pouvoirs pu-
blics et tenter de transformer certains
rapports de force m?a épargné nombre
de questionnements existentiels quant
au sens à donner à mon travail. Il ne
s?agit pas là, du tout, d?une condition
en soi pour trouver du sens dans la re-
cherche. Mais, dans certains cas où des
personnes hésiteraient avec certains
secteurs associatifs ou publics, cela peut
être une manière de concilier la tempo-
ralité longue du travail scientifique et
celle, plus courte, de certaines formes
d?action liées aux enjeux sur lesquels on
travaille.
Que représente ce prix pour vous ?
Pourquoi avoir candidaté ?
Je suis très honoré de ce prix de thèse.
Il représente une occasion unique de
valoriser mon travail. Dans le champ
académique, tout d?abord : il m?accom-
pagnera dans mes candidatures, qu?il
s?agisse de chercher à obtenir un poste
ou de trouver un.e édit.eur.rice pour un
futur ouvrage. Auprès des professionnels
ensuite : il s?agit de leur donner des res-
sources scientifiques d?analyse de leurs
pratiques et de leurs incidences sur le
quotidien des habitant.e.s des quartiers
populaires.
Et maintenant quelles perspectives ?
Tout d?abord, enseigner ! La meilleure
manière de transformer les pratiques des
professionnels de la ville est sûrement
de s?impliquer dans leurs formations :
j?occuperai un poste d?Attaché Tempo-
raire d?Enseignement et de Recherche
l?année prochaine, au sein du BUT Villes
et territoires durables d?Aix-Marseille
Université.
32 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
33PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
ou dans la lutte contre la démolition im-
posée de certains immeubles. Grâce à la
mobilisation dans un quartier, il y a déjà
eu une victoire déterminante : un enga-
gement de la métropole quant à l?instau-
ration de compensations inter-bailleurs
en cas de hausse de loyer causée par le
relogement, à l?échelle métropolitaine.
Cette décision permet d?atténuer les
mécanismes discriminatoires du reloge-
ment ? éviter que les habitant.e.s les plus
précaires ne puissent accéder qu?aux
quartiers les plus relégués. Mais elle n?est
qu?une première étape : la mobilisation
ambitionne d?obtenir la remise en cause
des démolitions, et de s?ancrer dans une
alliance inter-quartiers, puis nationale,
pour modifier l?équilibre du rapport de
force en faveur des habitants des quar-
tiers populaires.
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L a rénovation urbaine est souvent
décrite comme un « événement
perturbateur » (Grafmeyer, 2010),
qui déracine soudainement les habi-
tants des quartiers populaires d?espaces
auxquels ils sont attachés. Lorsque l?on
se rend dans des espaces ciblés par des
politiques urbaines impliquant des dé-
molitions, on s?attend donc à rencontrer
des habitants qui veulent rester, et des
administrations qui veulent les déplacer
« au plus vite » (François, 2014) pour réa-
liser des projets d?aménagement. Autant
dire que l?on est particulièrement éton-
né, quand on comprend que ce sont les
habitants qui veulent, parfois, partir de
chez eux le plus rapidement possible.
La thèse de Charles Reveillere résout
cet étonnement. Elle démontre que les
habitants des quartiers populaires font
l?épreuve d?une expérience difficilement
supportable de l?attente, dans la pé-
riode qui sépare les premières annonces
d?un projet urbain à venir et le moment
de sa mise en oeuvre. Au nom de la pro-
messe d?une opération à venir, la gestion
courante est minorée et la politique de
peuplement mise en suspens. Les lieux
et les biens se dégradent ; les liens so-
ciaux sont affectés par une transforma-
tion sociale de la population. L?épreuve
de l?attente est si éprouvante qu?elle
amène souvent les habitants à consentir
au départ, avant même que quiconque
ait à les y contraindre ou que le projet
entre dans sa phase de mise en oeuvre.
La rénovation urbaine est un proces-
sus dont la brutalité se déploie au long
cours : il impose une dynamique de la
projection épuisante aux habitants ; il
dégrade considérablement leurs condi-
tions matérielles d?existence, au point
de les faire consentir au déplacement
qu?on leur impose.
L?énigme de départ de la thèse de
Charles Reveillere l?a donc amené à dé-
placer le regard, par rapport aux travaux
existants sur les politiques urbaines : il a
Mots-clefs : rénovation urbaine ; quartiers populaires ; délogement ; attente ; gouver-
nement des villes.
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DEMAIN C?EST LOIN, ET AUJOURD?HUI
C?EST DÉJÀ TROP TARD.
VIVRE ET GOUVERNER LE DÉLOGEMENT
DANS DEUX ESPACES POPULAIRES EN
ATTENTE DE RÉNOVATION URBAINE
Thèse de doctorat en sociologie,
soutenue à l?Institut d?Études Politiques de Paris,
sous la direction de Claire LEMERCIER et de Jérôme PELISSE
34 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
cherché à comprendre ce qu?il se passe
quand il ne se passe (apparemment) rien.
La rénovation urbaine fait partie de ces
formes d?action publique qui induisent
des formes d?inaction publique, dans
l?attente de leur mise en oeuvre. Ces
«mises en attente » (Aguilera, 2018) sont
parfois mentionnées, mais elles sont ra-
rement érigées en objet d?étude pleine-
ment légitime : un prisme événementiel
prévaut dans l?analyse de la rénovation
urbaine. Or tout l?enjeu de cette thèse
consiste à adopter une approche pro-
cessuelle, qui fait de ces espaces-temps
de transition des objets de recherche à
part entière, et non seulement transi-
toires, pour contribuer à la compréhen-
sion de la transformation des villes. Une
démarche qui démontre que l?évaluation
des politiques urbaines change radicale-
ment, lorsque l?on intègre à l?analyse de
leurs effets ceux produits par la mise en
attente qu?elles induisent, avant même
le moment de leur mise en oeuvre.
Quelles sont ces formes d?action pu-
blique qui produisent une inaction pu-
blique sur les territoires qu?elles ciblent?
Qu?est-ce que les projets urbains font
aux territoires et aux populations qu?ils
ciblent, dans l?attente de leur mise en
oeuvre ? Ces interrogations sont indis-
sociables d?un questionnement général
sur le lien entre temps, pouvoir et gou-
vernement des villes. Dans l?attente de
la mise en oeuvre des projets urbains, ha-
35PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Démolition d?un bâtiment de logements en vue d?une rénovation urbaine © Laurent Mignaux | Terra
UNE ENQUÊTE COMPARATIVE EN
IMMERSION
Pour y répondre, Charles Reveillere a
comparé deux processus de rénovation
urbaine. L?un cible un quartier populaire
du parc privé. Il est piloté par un aména-
geur (établissement public), tenu par des
contrats passés avec des promoteurs
immobiliers (principaux maîtres d?oeuvre
des constructions de logement et de
bureaux) et des collectivités territoriales
(maîtres d?oeuvre des aménagements et
des équipements publics). L?autre cible
un quartier d?habitat social. Il est pilo-
té à distance par une agence nationale
(Agence Nationale pour la Rénovation
Urbaine), dans le cadre de conventions
bitants et organisations de la rénovation
urbaine tentent chacun d?anticiper les
actions des autres : pour sécuriser leurs
projections résidentielles, les habitants
tentent de visualiser, de transformer et
de stabiliser le calendrier du déplace-
ment à venir ; pour sécuriser leurs pro-
jets d?aménagement, les rénovateurs
tentent de garantir que les habitants
partiront suffisamment rapidement
pour ne pas retarder le calendrier parte-
narial du gouvernement urbain. Si bien
qu?une question se pose : qui maîtrise le
temps des transformations de la ville ?
Qu?est-ce que la maîtrise inégale du
temps fait aux rapports de pouvoir qui
structurent les négociations autour de la
production de la ville et des conditions
de relogement des habitants ?
36 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Porte d?entrée d?une habitante, qui voisine avec des bâtiments murés © Charles Reveillere
passées avec un bailleur social public
(propriétaire des résidences et maître
d?oeuvre du projet) et avec différentes
collectivités territoriales.
Le prisme événementiel, qui prévaut
habituellement dans la sociologie de la
rénovation urbaine, a une incidence mé-
thodologique : pour l?enquêteur, l?enjeu
est d?arriver pendant l?intervention d?un
dispositif de relogement, après la mise
en oeuvre d?un projet (Gilbert, 2014),
ou suffisamment avant mais pas trop
non plus pour comparer l?avant à l?après
(Habouzit, 2017). Les sociologues de la
rénovation urbaine se mettent souvent
en « veille » en attendant que « quelque
chose se pass[e] » (Borja 2013, p. 81). Le
risque d?une telle focalisation sur le mo-
ment des déplacements, ou sur ce qui le
devance et le suit de peu, est cependant
de passer « sous silence » le long « dé-
logement qui les précède » (Deboulet,
Lafaye, 2018).
Un élément a donc été déterminant
dans la méthode d?enquête : qu?il arrive
sur les terrains avant la mise en oeuvre et
les dispositifs officiels de déplacement,
pour observer ce qu?il se passe quand il
ne se passe (apparemment) rien. Il a donc
engagé des ethnographies de long cours,
qui lui ont permis de réaliser un suivi lon-
gitudinal des trajectoires de délogement
des habitants : avant, et pendant la prise
en charge par des dispositifs de déplace-
ment. Entre le début de l?année 2018 et
le milieu de l?année 2020, il a réalisé 95
37PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Quartier ANRU © Manuel Bouquet | Terra
de leurs processus biographiques et ré-
sidentiels.
Enfin, la démarche a consisté de partir
de l?attente telle qu?elle est vécue par
les habitants, pour investiguer ensuite
les politiques urbaines qui la produisent.
Des travaux suggèrent parfois que l?at-
tente est le fait d?une « désorganisation
objective » de l?État (Auyero, 2012), ou
que l?inaction publique est causée par
une simple absence d?action publique.
La démarche de cette thèse a cherché, à
l?inverse, à investiguer les formes de gou-
vernement des villes qui produisent les
phénomènes d?attente dans les espaces
urbains, et les dynamiques organisation-
nelles sur lesquelles elles reposent.
L?observation des pratiques des orga-
nisations de la rénovation urbaine a re-
posé sur 148 entretiens réalisés avec 102
enquêtés, membres des collectivités ter-
ritoriales, de l?État local et de différentes
organisations partenaires des projets.
Grâce à des relations d?alliance tissées
avec des représentants d?organisations
rencontrés régulièrement sur la durée
de l?ethnographie, Charles Reveillere a
pu suivre en parallèle le processus de dé-
logement depuis plusieurs scènes : rési-
dentielles (habitants), du guichet (agents
de relogement et de terrain), organisa-
tionnelles et inter-organisationnelles
(agents des bailleurs sociaux, des collec-
tivités territoriales, de l?État?).
Dans l?un des terrains, il a notamment
suivi le processus de maîtrise foncière
piloté par un aménageur et un établis-
sement public depuis la fin des années
2000. Les relations tissées avec des alliés
de l?enquête lui ont permis d?obtenir des
sources écrites déterminantes : notam-
ment l?intégralité du « dossier acquisi-
tions » et les tableaux de suivi du reloge-
séances d?ethnographie dans un quartier
d?habitat social, 63 dans un quartier du
parc résidentiel privé. L?immersion a été
pratiquée depuis des places variées (ob-
servation participante dans des collec-
tifs et associations, insertion dans diffé-
rents groupes de sociabilité de voisinage,
relations de conseil et d?appui juridique
avec des habitants isolés, etc.). L?ethno-
graphie a permis de produire une base
de données longitudinales sur 70 habi-
tants. Ces données ont été complétées
par des entretiens biographiques avec
58 d?entre eux, locataires (des parcs rési-
dentiels social et privé) et propriétaires,
pour inscrire l?analyse du vécu de la ré-
novation urbaine dans celle, plus longue,
38 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Montée d?escalier d?un immeuble en attente de
rénovation © Daniel Coutelier | Terra
ment des locataires à différentes dates.
Il a produit une base de données mixte
liant les transformations urbaines de
l?espace ciblé et les pratiques des orga-
nisations les ayant causées, à l?échelle de
chaque numéro de rue, depuis le milieu
des années 2000.
Dans le second terrain, il a retracé de
manière détaillée les processus de né-
gociation du projet urbain et de gestion
courante du quartier depuis le début
des années 2000. Ici aussi, les relations
d?alliance ont été déterminantes pour
obtenir des sources écrites : notamment
les traces écrites laissées par les négocia-
tions autour du conventionnement du
projet, ou des décisions d?intervention
ou de non-intervention dans l?attente
de sa mise en oeuvre. Il a également
consulté les archives du bailleur social
et revisité les travaux de sociologues
passés avant lui sur ce terrain, pour en-
gager une comparaison avec différentes
séquences de rénovation du quartier de-
puis sa création, en 1972.
GOUVERNER LA VILLE PAR LE
TEMPS: LA MISE EN ATTENTE
La thèse produit un premier résultat
déterminant pour l?évaluation des po-
litiques urbaines, qui nourrit la discus-
sion critique autour du gouvernement
des villes par projet (Pinson, 2009). Inté-
grer les séquences d?attente à l?analyse
permet de comprendre que certaines
formes d?action publique induisent des
formes, temporaires, d?inaction pu-
blique. Au point de produire une situa-
tion conforme à leur diagnostic, si bien
qu?elles se justifient elles-mêmes dans
le cadre de prophéties autoréalisatrices.
Concrètement, la thèse démontre com-
ment, dans certaines situations, la réno-
vation urbaine produit le « mal » (Tissot,
2007) des quartiers qu?elle prétend sau-
ver.
Dans un quartier du parc résidentiel
privé, l?entrée par l?attente permet de
comprendre comment un projet de ré-
novation se justifie en promettant de
remédier à un « déclin » qu?il a lui-même
produit. Une politique de « veille »
foncière est engagée plus de dix ans
avant la déclaration d?utilité publique
du projet et la phase dite « active » de
mise en oeuvre. La stratégie d?anticipa-
tion, qui vise notamment à stabiliser
les prix du marché foncier et à rassu-
rer les investisseurs privés partenaires
du projet, consiste à mener une poli-
tique de préemption systématique sur
le périmètre et à négocier de manière
« proactive » avec les propriétaires des
plus grosses parcelles ? principalement
des concessionnaires automobiles. Les
portes murées et les friches se multi-
plient progressivement, dans le cadre
d?un déclin qui s?auto-alimente : après le
départ des principaux foyers d?emploi,
nombre de propriétaires de petits com-
merces ouvriers qui y trouvaient leur
clientèle vendent d?eux-mêmes à l?amé-
nageur, anticipant une baisse du chiffre
d?affaires à venir. Enfin, dans cette pé-
riode de « veille », les collectivités terri-
toriales prennent un ensemble de déci-
sions de non-intervention, au nom de la
mise en oeuvre future du projet (non-ré-
novation d?écoles et d?espaces publics,
non-reconstruction d?un centre social
après un incendie?). Le « déclin » des ac-
tivités économiques et « l?exode » de la
population, brandis pour justifier le pro-
jet dix ans après ses premières actions
de « veille », sont donc produits dans
l?attente de la mise en oeuvre.
39PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
logements laissés vacants, produisant
une situation d?« urgence » (risques in-
cendie et sanitaire). La situation se dé-
grade au point de justifier, finalement,
l?opportunité de l?opération pourtant
jusque-là contestée.
La mobilisation d?archives et la revisite
de travaux sociologiques antérieurs sur
ce terrain permet d?opérer une montée
en généralité, et d?apporter une contri-
bution à l?histoire de la gestion des quar-
tiers grands ensembles. Une structure se
dégage, relativement stable dans la ges-
tion du quartier depuis le début des an-
nées 1970 : celle d?une action publique
caractérisée par une carence structu-
relle des moyens, qui gère à retardement
les situations de crise qu?elle produit, au
Dans un quartier d?habitat social, la
thèse décrit une autre forme de prophé-
tie auto-réalisatrice. Elle démontre com-
ment un projet de rénovation urbaine se
justifie au nom d?une « urgence » qu?il a
lui-même produit. Depuis le début des
années 2000, soit plus de quinze ans
avant la mise en oeuvre du projet, l?an-
nonce d?une opération future a eu une
incidence déterminante sur la gestion
des bâtiments : cessation des attribu-
tions de logement et augmentation du
squat, mise en suspens des travaux d?en-
tretien et de réhabilitation, abandon des
projets de gestion urbaine de proximi-
té, etc. Des trafics de drogue, de traite
sexuelle et des marchands de sommeil
s?implantent progressivement dans les
40 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Intérieur d?un appartement en attente de rénovation © Daniel Coutelier | Terra
nom d?une « urgence » brandie à répéti-
tion. Au-delà des ambitieuses réformes
de « démolition-reconstruction » de
l?État de la rénovation urbaine au début
des années 2000 (Epstein, 2013), ou en-
core du passage d?une « démarche » à
une autre pour gouverner la ville depuis
les années 1980 (Pinson, 2009), la thèse
démontre donc une continuité de la
gestion urbaine dans certains quartiers
d?habitat social, lorsqu?on la saisit au
regard de sa temporalité d?intervention
dans ces espaces relégués de la ville.
La comparaison permet de dégager un
résultat transversal, quant à ce que le
gouvernement par projets fait à la ville,
dans l?attente de la mise en oeuvre : une
dégradation des espaces ciblés, dont la
gestion courante est minorée au nom de
la projection d?une intervention à venir.
Que la principale source de financement
des politiques urbaines soit publique
(ANRU par ex.) ou privée (promoteurs
immobiliers par ex.), le gouvernement
par projet tend à détourner les res-
sources de la gestion courante, pour les
cibler vers la projection future. Lorsqu?il
n?est pas articulé à une prise en compte
des enjeux de la gestion courante, il s?ex-
pose au risque d?un gouvernement des
villes par à-coups, où se succèdent des
périodes de fort investissement et des
périodes de fort désinvestissement, lais-
sant les espaces urbains se dégrader cy-
cliquement au gré de l?inattention mé-
diatique et politique qu?on leur accorde.
VIVRE ET CONTESTER L?ATTENTE
URBAINE
Charles Reveillere investigue dans sa
thèse non seulement sur les conditions
de production institutionnelle de l?at-
tente, mais enquête également sur la
manière dont elle est vécue et contes-
tée par les habitants qui en font l?expé-
rience.
En cherchant à comprendre comment
les habitants essayent d?habiter l?at-
tente, il identifie un ensemble de phé-
nomènes déjà documentés, mais avec
une différence notable : ils ont lieu avant
la cause qu?on leur attribue habituelle-
ment. La rénovation urbaine bouleverse
l?ordre du quotidien avant l?arrivée des
dispositifs MOUS1 ; elle perturbe les
trois « avoirs familiaux » des « mondes
privés » des classes populaires (Gilbert,
2014) avant même que le déménage-
ment ait lieu. Le rapport aux « biens »
est perturbé par les difficultés de pro-
jection qui empêchent d?investir le
chez-soi (entretien, travaux, etc.). Celui
aux « lieux » de l?environnement immé-
diat est perturbé par la dégradation que
cause l?inaction publique induite par la
promesse d?une action publique à venir.
Enfin, les « liens » de la sociabilité locale
sont bouleversés. Privées de leur droit au
logement, nombre de personnes exilées
récemment arrivées en France se logent
dans les friches et les squats qui font le
paysage des territoires en attente de
rénovation urbaine. L?élargissement des
distances sociales qui cohabitent à proxi-
mité fragmente considérablement les
sociabilités locales, et tend à exacerber
les conflits de voisinage. La rénovation
urbaine reproduit ainsi un mécanisme
central de la fabrication capitaliste du
consentement (Burawoy, 1982), qui fait
primer la concurrence horizontale entre
dominés sur la divergence verticale des
intérêts. L?ennemi premier devient le
« migrant » qui habite le squat, plutôt
que l?aménageur ; le concurrent devient
le locataire populaire qui aura un accès ?
41PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
publiques. Les premières expropriations
ont cependant lieu plus de cinq ans
plus tard, après que les habitants mo-
bilisés aient fait l?objet d?un fort discré-
dit dans le voisinage : plusieurs voisins
leur reprochent d?avoir « crié au loup »
pendant plusieurs années. Lorsque la
mise en oeuvre devient imminente, il est
pourtant déjà trop tard pour construire
une mobilisation : la plupart des habi-
tants se sont faits à l?idée du départ,
voire le souhaitent au plus vite.
La thèse discute cependant une repré-
sentation trop mécanique qui voudrait
que « l?attente implique la soumis-
sion » (Bourdieu, 1997, p. 328-332). Elle
démontre que dans certaines condi-
tions, les espaces et les temps d?attente
peuvent être propices au déploiement
de résistances. Certaines dynamiques
collectives prennent d?autant plus de
centralité qu?elles comblent le manque
de communication des organisations de
la rénovation urbaine et l?absence des
guichets du relogement, dans ce que
les agents appellent parfois les « temps
creux » de l?aménagement. La thèse suit
par exemple un groupe de femmes ma-
joritairement racisées et sans emploi,
qui se saisissent de l?attente comme
d?une fenêtre d?opportunité : elles anti-
cipent et négocient des conditions favo-
rables pour leurs futurs relogements, qui
s?imposent ensuite en grande partie aux
professionnels du relogement accusés
d?arriver « trop tard ».
DEUX MODES DE GOUVERNEMENT
DES QUARTIERS POPULAIRES
Enfin, la comparaison spatiale engagée
dans la thèse permet d?identifier deux
modes de gouvernement des quartiers
supposé ? aux nouvelles résidences, plu-
tôt que le bourgeois à qui le projet est
pourtant prioritairement adressé.
L?épreuve de l?attente est donc celle
d?un déclassement résidentiel immobile,
qui amène les habitants à qualifier né-
gativement l?évolution de leur environ-
nement résidentiel et à manifester de
moins en moins d?attachement aux res-
sources de l?ancrage. Chez nombre de
personnes immigrées et descendantes
de l?immigration, le sentiment du tran-
sitoire réactive une expérience du provi-
soire structurante dans leurs trajectoires
résidentielles (Sayad, 2006), qu?elles
aient vécu en cité de transit ou qu?elles
aient déjà longuement attendu dans les
filières d?accès à l?hébergement ou au
logement social. Un phénomène d?usure
agit sur le temps long, qui amène les ha-
bitants à finir par « craquer » et accepter
les propositions qui leur sont faites, pour
en finir en plus vite avec cette mise en
suspens de leurs quotidiens.
Par ailleurs, la thèse montre que la mise
en attente fabrique non seulement le
consentement individuel, mais aussi
le consentement collectif. La « disper-
sion spatiale des classes populaires » et
l?adage du « diviser pour mieux régner»
font partie des facteurs explicatifs du
bâillonnement des quartiers populaires
(Talpin, 2020, p. 153). La thèse creuse
l?hypothèse selon laquelle la disper-
sion temporelle tend également à pro-
duire de la démobilisation. Elle montre
à quel point les dynamiques collectives
peinent à se structurer face à des pro-
jets particulièrement étalés dans le
temps. Dans un quartier par exemple,
un collectif se forme au tournant des
années 2010, lorsque les premières an-
nonces d?un projet à venir sont rendues
42 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
populaires, situés aux deux extrêmes
d?un spectre qui pourra fournir une
grille d?analyse utile pour des travaux
ultérieurs. Le raisonnement repose sur
la comparaison entre un cas positif et
un cas négatif de gouvernement par
les intermédiaires. L?un des objectifs de
la comparaison est notamment de ré-
pondre à la question suivante : qu?est-
ce qui amène les acteurs des politiques
urbaines à négocier avec les populations
qui habitent les territoires concernés ?
Plus largement, qu?est-ce qui amène une
administration à négocier avec ses admi-
nistrés, ou avec leurs représentants ?
En complément de facteurs déjà pointés
par la littérature existante, l?approche
temporelle permet d?identifier deux fac-
teurs explicatifs originaux.
Le premier est celui de l?horizon tem-
porel de projection de la relation qui lie
gouvernés et gouvernants. Dans la réno-
vation urbaine qui cherche à gentrifier le
parc résidentiel privé populaire, le rap-
port entre un aménageur et les habitants
qu?il déplace se déroule parfois dans un
horizon one shot. Politiques de peuple-
ment et pratiques du délogement sont
découplées, si bien que les agents de
l?aménageur anticipent qu?ils n?auront
plus de relation avec les habitants une
fois le déplacement mis en oeuvre. Le
gouvernement des déplacements passe,
en grande partie, par un usage, au moins
43PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
« Y a pas un appart? ? Ils se
foutent de ma gueule ! Ils ont
construit une ville, c?est New
York ! Y a pas un appart? de
disponible ? »
Premières réalisations du projet Smartsud (au fond), friche (au milieu), angle d?un bâtiment habité par 15
ménages et prévu à la démolition (à droite). La citation est de Walid, agent d?entretien de profession qui
est délogé du bâtiment prévu à la démolition (à droite sur la photo). Il réagit à l?annonce d?une chargée
de relogement qui vient de lui dire qu?il n?y avait « aucun logement disponible » pour le reloger dans la
résidence Smartsud, qu?il voit depuis sa fenêtre. Il dénonce un projet « pour les riches », alors qu?on lui
propose à lui un relogement dans les « pires quartiers » © Charles Reveillere
Charles Reveillere, où le territoire relève
d?enjeux stratégiques du capitalisme
urbain, les stratégies anticipées d?un
aménageur lui permettent de désyn-
chroniser les calendriers du délogement,
pour éviter une éventuelle mobilisation
collective et garantir le respect du ca-
lendrier de rénovation promis aux pro-
moteurs qui apportent les principaux fi-
nancements. Les tactiques des quelques
habitants qui résistent en pensant jouer
la montre sont en fait intégrées dans un
outil de prévision, appelé rétroplanning.
Sur l?autre terrain d?enquête, qui se dé-
roule dans un quartier d?habitat social
relégué, les carences de financement
expliquent les retards à répétition dans
la conduite du projet. Les habitants et
invocatoire, de la contrainte juridique.
À l?inverse, dans la rénovation urbaine
qui cherche à dédensifier les quartiers
d?habitat social, les locataires déplacés
par les projets restent souvent locataires
d?un seul et même bailleur après le re-
logement. La projection d?une relation
future explique en grande partie que les
agents s?efforcent de négocier les condi-
tions de relogement avec ceux qui reste-
ront leurs administrés à l?avenir, notam-
ment en vue d?identifier certains « bons
locataires » sélectionnés pour peupler
les futures résidences.
Le deuxième facteur renvoie à la distri-
bution asymétrique de la maîtrise du
temps. Sur l?un des terrains d?enquête de
44 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Habitantes d?un quartier en renouvellement urbain © Damien Carles | Terra
leurs intermédiaires se saisissent alors
de l?attente comme d?une fenêtre d?op-
portunité. Elle leur permet d?élargir leurs
marges de manoeuvre, et de se doter
d?un pouvoir de négociation.
La thèse montre donc que pour com-
prendre ce qui amène une adminis-
tration à négocier ou non, il faut com-
prendre comment se distribue la maîtrise
du temps. On pourrait résumer le résul-
tat comparatif par une formule simple :
qui n?anticipe pas assez, est obligé de se
confronter à ses administrés. Temporali-
té et spatialité des modes de gouverne-
ment sont indissociables. Si bien qu?en
comparant des formes plus ou moins
anticipées d?action publique, la thèse
compare des formes plus ou moins né-
gociées de gouvernement, et plus ou
moins rapprochées de domination ins-
titutionnelle. Dans un cas, les acteurs
du gouvernement urbain détiennent le
pouvoir de prévoir, notamment grâce
à la maîtrise des temporalités du droit,
et se passent de négociation véritable.
Dans l?autre, il sont contraints de négo-
cier, mais ils détiennent le pouvoir du
proche, notamment via le recours à des
intermédiaires clientélaires. Ce mode
de gouvernement passe par un usage
récurrent de la négociation, via une in-
termédiation personnalisée, qui donne
un accès privilégié aux biens publics (lo-
gements sociaux) aux personnes qui se
montrent fidèles à une notable, et qui
font ainsi partie d?une « communauté
gagnante » de ce mode de distribution
(Mattina, 2016). L?analyse de ce mode de
gouvernement clientélaire produit trois
sous-résultats importants.
Premièrement, la thèse montre ce que
le clientélisme fait aux rapports de do-
mination (distribution des biens symbo-
liques et matériels dans l?ordre social).
Une première question se pose d?em-
blée : pourquoi parler de clientélisme,
alors que la littérature parle du déclin
de ce système de distribution des lo-
gements sociaux à Marseille depuis les
années 1980 ? L?enquête y répond en
ré-inscrivant la question du clientélisme
dans une perspective de sociologie plus
générale. Le clientélisme est un système
de croyances qui cadre les rapports po-
pulaires aux administrations et les rap-
ports sociaux localisés. Ce cadre peut
fonctionner en partie indépendamment
de sa capacité distributive effective.
Les espaces-temps d?attente sont donc
une entrée déterminante pour le saisir,
parce qu?il opère en grande partie par
voie de promesse. Il reste que la thèse
démontre, aussi, que le clientélisme
continue de distribuer effectivement
certains biens publics : dans les espaces
relégués par la ségrégation socio-spa-
tiale. Un résultat qui a amené l?auteur à
déplacer doublement les frontières de la
littérature française sur le clientélisme.
Dans l?espace des rapports sociaux tout
d?abord : l?enquête invite à passer de
l?analyse d?une forme d?intermédiation
d?hommes de classe moyenne blanche,
à celle d?une intermédiation incarnée
par des femmes issues des strates les
plus précaires des classes populaires.
Dans le champ organisationnel ensuite:
cette thèse montre que l?intermédia-
tion clientélaire se joue au street-level
des organisations du logement social.
Ce qui s?y échange relève moins d?une
monnaie électorale, que gestionnaire.
À ce niveau, le clientélisme est à la fois
moins reproducteur de discriminations
macro-sociales que les guichets statu-
taires, mais plus reproducteur de hiérar-
chisations locales. La thèse décrit en ef-
45PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
qu?ils sont une ressource pour les gou-
vernants. Leur accès d?insider au « texte
caché » (Scott, 2009) des subalternes
leur permet de déjouer les ruses des
administrés, ou encore de réprimer des
mobilisations contestataires par l?arme
des rumeurs. Mais c?est aussi ce qui fait
la précarité irréductible de leur place : ils
doivent, constamment, prouver des allé-
geances contradictoires. Ce résultat per-
met de discuter les travaux qui analysent
l?encadrement des classes populaires en
termes d?institutionnalisation, de coop-
tation ou d?incorporation de membres
des classes populaires au groupe des
gouvernants.
Enfin, la thèse s?intéresse à la non-régula-
tion de certaines pratiques clientélaires
par l?État. Le clientélisme est souvent
décrit comme un système micro-local
et informel de domination rapprochée.
Charles Reveillere amène à discuter cette
représentation. Tout d?abord, il montre
les conditions de production nationales
d?un monopole clientélaire local. Celles-
ci sont à chercher dans les transforma-
tions du gouvernement des mondes as-
sociatifs (par les labels notamment), et
dans la construction d?alliances larges,
qui s?étendent parfois d?une association
de quartier à des ministères, en passant
par différents services de l?État local et
des collectivités territoriales. De plus, la
thèse montre que le clientélisme est loin
d?être un système informel. L?intermé-
diation clientélaire produit des règles,
et l?analyse processuelle permet de voir
ce qu?il se passe quand ces règles en ren-
contrent d?autres, produites à d?autres
niveaux. L?analyse du clientélisme fournit
ainsi une entrée privilégiée dans l?analyse
des rapports entre droit, État et (non-)ré-
gulation. Elle permet d?observer ce qu?il
se passe, lorsque l?idéal d?une action pu-
fet un système où un groupe de femmes
majoritairement racisées et sans emploi
bénéficient de la promesse d?un accès
privilégié à des biens, alors qu?elles sont
habituellement triplement discriminées
aux guichets du logement social. Leurs
pratiques définissent les frontières d?un
entre-soi, et leur permettent de choisir
collectivement leurs futures voisines en
sélectionnant parmi les actuelles : elles
se distinguent en tant que locataires
«respectables » ou « tranquilles », vis-à-
vis d?autres locataires tenus à distance
de ce mode de distribution. Cette thèse
montre ainsi comment certaines formes
localisées de production des droits dé-
placent les inégalités d?accès et de trai-
tement des usagers. L?atténuation des
discriminations macro-sociales et de la
violence symbolique souvent observées
au guichet se fait au prix d?une repro-
duction de certaines formes de hiérar-
chisation locales et d?un renforcement
des clivages dans le voisinage, au point
de produire des controverses dans les-
quelles s?expriment les conceptions de
ce à quoi chacune devrait « avoir droit ».
Par ailleurs, la thèse investigue le lien
entre intermédiation clientélaire et rap-
ports de pouvoir (maintien de la paix
sociale). Le clientélisme a certes cer-
taines vertus redistributives. Mais cela
n?empêche pas qu?il soit un levier déter-
minant de maintien de la paix sociale :
les intermédiaires clientélaires suggèrent
aux habitants que leur déférence sera
rétribuée. Autrement dit, les biens s?é-
changent contre de la discipline. Doit-
on en conclure que les notables clien-
télaires sont du côté des gouvernants?
La thèse propose une réponse plus com-
plexe. Elle montre que c?est parce que
les notables clientélaires continuent à
faire partie du groupe des gouvernés,
46 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
blique territorialisée est mis à l?épreuve
par l?appropriation clientélaire d?un dis-
positif de distribution d?un bien public
(relogements dans le parc social). L?iden-
tité professionnelle des intervenants so-
ciaux est tiraillée, entre les deux pôles
de la controverse qui travaille l?État so-
cial depuis les années 1980 : d?un côté
l?idéal d?intervention sociale qui cherche
à « faire avec » les acteurs locaux, de
l?autre celui d?un État providence univer-
saliste. Malgré les dénonciations en illé-
galité formulées par un ensemble d?entre
eux à l?égard des règles de relogement
en vigueur dans un quartier, celles-ci ne
sont cependant pas remises en cause
par les institutions publiques partenaires
du projet. L?analyse de ces mécanismes
produit un résultat déterminant pour
comprendre les mécanismes explicatifs
de la non-régulation, par l?État, de pra-
tiques discriminatoires en vigueur au
sein d?organisations publiques. La thèse
montre que les interprétation des règle-
ments nationaux peuvent faire l?objet de
négociations entre institutions, quitte à
ce que les agents de l?État accordent un
laissez-passer diplomatique à certaines
organisations, dans le cadre d?un jeu de
concessions et d?obligations mutuelles.
À Marseille, les agents de l?État décident
de ne pas sanctionner les pratiques d?un
organisme HLM, parce qu?il est rattaché
à une collectivité territoriale de tutelle
avec laquelle ils négocient en vue de la
construction future d?une gouvernance
47PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Habitants d?un quartier en attente de rénovation urbaine © Laurent Mignaux| Terra
48 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
métropolitaine de la rénovation urbaine.
L?ambigüité du droit, ici de la notion de
« mixité sociale », est alors mobilisée
comme une ressource dans les négo-
ciations diplomatiques entre État et
territoires. Elle permet au premier d?af-
ficher des objectifs ambitieux, sans pour
autant contraindre trop rigoureusement
les seconds, dont l?État souhaite obtenir
l?engagement dans ses politiques, et avec
qui ses agents négocient discrètement
des laissez-passer. Ce résultat prolonge
des travaux américains sur la (non-)régu-
lation des pratiques discriminatoires des
entreprises par les autorités publiques
(Edelman, 2016). La thèse propose non
seulement d?importer cette littérature
contemporaine pour mieux comprendre
la perpétuation de pratiques discrimina-
toires en France, mais elle permet aus-
si de la renouveler en investiguant une
forme souvent suspectée, mais rare-
ment documentée, de contournement
des obligations juridiques : celle qui
passe par des formes discrètes de négo-
ciation, observées grâce à l?immersion
de long cours dans le tissu relationnel
des acteurs institutionnels.
Au final, la thèse de Charles Reveillere
contribue notamment au débat public
sur la rénovation urbaine, en mettant en
lumière des effets du gouvernement par
projet, souvent passés sous les radars.
Qu?il s?agisse des rapports d?évaluation
ou des articles de presse, les projets sont
souvent jugés à l?aune d?une comparai-
son entre l?avant et l?après rénovation
urbaine. Ce prisme tend à occulter que
l?avant était souvent déjà, en grande
partie, dégradé par la mise en attente
de la gestion courante induite par la
projection d?une rénovation à venir.
Cette thèse interroge donc un mode de
gouvernement par projet des villes qui
tend à orienter les financements vers les
opérations de démolition-reconstruc-
tion de grande ampleur, plutôt que vers
la gestion du quotidien et de l?existant.
Elle fournit des ressources non seule-
ment pour analyser de manière critique
la production de la « dégradation », du
«déclin » et de « l?urgence » qui justifient
parfois les opérations de rénovation ur-
baine, mais aussi pour nourrir la discus-
sion critique autour du bilan écologique
de ce mode de gouvernement des villes.
NOTE
1 Les Maîtrises d?OEuvre Urbaine et Sociale (MOUS)
sont des dispositifs départementaux ayant pour
objectif de promouvoir l?accès au logement des
personnes et familles défavorisées, dans des si-
tuations très diverses (MOUS relogement, MOUS
projets, MOUS insalubrité, etc).
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49PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
S?il fallait retenir une ou deux idées,
résultats de votre thèse, ce serait...
J?ai cherché, dans cette thèse, à com-
prendre comment les personnes trans ?
qui changent de genre au cours de leur
vie ? se fraient un accès aux villes et à
leurs ressources, c?est-à-dire à des terri-
toires dont les pratiques et représenta-
tions sont fortement genrées.
Un premier résultat mis en lumière par
ma thèse est celui qui lui a donné son
titre. Les discriminations rencontrées
par les personnes trans sont caractéri-
sées par leurs dimensions géographiques
complexes voire contradictoires. Une
transition de genre est parfois visible,
parfois non, selon les personnes auprès
de qui l?on se présente : dans son quartier
d?origine, fréquenté par d?ancien.ne.s ca-
marades de classe ou par des connais-
sances de longue date, il est par exemple
difficile de cacher une transition, tandis
qu?il peut être facile de se présenter
auprès de personnes inconnues dans
le genre de destination du parcours de
transition. Auprès d?une administration,
une transition peut être également ren-
due plus ou moins visible selon les actes
de transition administrative, sociale et
médicale engagés par la personne? qui
dépendent bien entendu de l?accessi-
bilité des parcours de transition. Dans
ce cadre, le « placard trans » est parti-
culièrement complexe : il peut exclure
de quartiers connus et fréquentés de-
puis longtemps, de certains services ou
de certains commerces, ou au contraire
enfermer, cantonner, dans l?espace do-
mestique ou d?autres lieux rassurants et
appropriés. C?est afin de naviguer dans
les dimensions territoriales complexes
du placard trans que les personnes
trans s?approprient des escales au sein
des villes. Ces lieux accueillants et pour-
voyeurs de ressources ? commerces,
parcs, lieux d?étude, domiciles d?amis,
etc. ? sont le support de leurs mobilités
et permettent une appropriation pro-
gressive des espaces publics urbains.
Milan BONTÉ
IN
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23
50 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Négocier la ville en escales.
Les espaces publics au prisme des
expériences trans à Paris, Rennes et
Londres
Un second résultat vient parler de ce que
les vécus trans disent sur la ville et ses es-
paces publics. Une idée reçue largement
répandue par la culture LGBTI est celle
que les villes sont accueillantes et éman-
cipatrices pour les minorités sexuelles
et de genre. Grâce à l?exploitation sta-
tistique de bases de questionnaires pas-
sés en France et au Royaume-Uni, cette
thèse montre qu?au contraire de ce que
l?on pourrait penser, les personnes trans
sont plus exposées aux violences phy-
siques et sexuelles en ville que dans les
espaces ruraux ou périurbains. Pourtant,
les participant.e.s à cette recherche, qui
ont en majorité vécu une migration rési-
dentielle d?un espace rural ou peu dense
vers une métropole, déclarent que ce
déplacement vers la ville enquêtée a été
libérateur dans leur parcours personnel.
En me questionnant sur les aspects ma-
tériels et immatériels de ces trajectoires
d?émancipation, j?ai pu montrer ce qui
rend réellement la migration vers une
ville intéressante pour les personnes
trans. L?importance des ressources col-
lectives, médicales ou associatives dans
les premières années de transition est
ainsi mis en valeur. Toutefois, cette re-
cherche tend à minorer le rôle joué par
la ville en elle-même dans ces possibili-
tés d?émancipation, pour mettre davan-
tage en lumière celui, plus simple, de la
migration résidentielle : pour une per-
sonne trans, quitter le domicile familial
et le cercle social dans lequel on a gran-
di, représente en soi un bol d?air frais, car
changer de genre est rarement discret.
Il reste à présent à se questionner sur
la proximité des vécus trans à ceux des
autres personnes LGBTI : les villes sont-
elles rendues attractives aux personnes
gays et lesbiennes pour les mêmes rai-
sons ?
Comment celles et ceux qui
gouvernent et/ou font la ville
pourraient se saisir de vos travaux ?
Je n?ai pas pensé cette thèse en fonction
des besoins du secteur opérationnel.
Deux éléments peuvent toutefois inté-
resser celles et ceux qui font et gèrent la
ville.
D?abord, ce travail éclaire la manière
dont des populations minoritaires « font
avec » la normativité de l?aménagement
et de la gestion des villes. L?enquête
montre que, bien que les personnes
trans soient plus exposées aux violences
physiques et sexuelles en ville que dans
des espaces ruraux ou périurbains, la mi-
gration résidentielle vers une métropole
représente une possibilité d?émancipa-
tion. En effet, les villes offrent un certain
nombre de ressources essentielles aux
personnes trans, en particulier médi-
cales et associatives. Ces territoires sont
toutefois fortement normés, à la fois
par leurs usages et par l?action des poli-
tiques locales. Ce savoir peut permettre
aux gestionnaires des villes une meilleure
prise en compte des besoins des minori-
tés dans l?aménagement, à la fois dans le
cadre de la prise en compte de besoins
spécifiques et dans celui de la gestion
des normativités de classe, genre et race.
Ensuite, ce travail porte à plusieurs re-
prises sur les interactions entre associa-
tions trans et pouvoirs publics locaux.
A ce titre, il éclaire les enjeux des né-
gociations pour l?accès à certains équi-
pements publics comme les piscines
municipales, à propos desquelles les
mécanismes de l?obtention de créneaux
réservés aux personnes trans fait l?ob-
jet d?une étude de cas comparée entre
Rennes, Paris et Londres. La comparai-
son entre trois traditions de gestion des
51PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
normés et gérés pour une majorité. Je
me suis ensuite concentré sur les vécus
trans, d?abord, car il s?agissait à l?époque
d?un sujet nouveau dans la géographie
francophone, qui méritait d?être défri-
ché, ensuite, car la transition de genre
offre une importante portée heuris-
tique aux recherches : il s?agit d?étudier
les interactions entre une population
qui change au cours de sa vie, et des
normes spatiales, sociales, politiques,
qui ne prennent pas en compte le chan-
gement. Je trouve cela passionnant.
Qu?est-ce-qui vous a motivé pour
vous tourner vers la recherche ?
Racontez-nous votre parcours...
Je ne me suis pas tourné initialement vers
la recherche, bien au contraire. Lorsque
j?ai candidaté au magistère d?urbanisme
de l?université Paris 1, à la fin de ma L2
de géographie, j?ai affirmé avec aplomb
au jury de recrutement que je souhaitais
rejoindre une formation professionnali-
sante le plus rapidement possible, avec
pour objectif d?exercer en tant qu?urba-
niste dans une collectivité territoriale.
Mais après avoir travaillé deux années de
suite sur la prévention du risque d?inon-
dation, d?abord dans le cadre d?un stage
de L3 à la Métropole de Montpellier, puis
d?un mémoire de M1 sur les liens entre
classe sociale et vulnérabilité aux risques,
j?ai compris qu?il était possible de faire
de la recherche au sujet des politiques
locales et en lien étroit avec le secteur
opérationnel. Je me suis tourné plus tard
vers la question des minorités, mais ces
premières expériences épanouissantes
m?avaient déjà permis de développer
mon intérêt pour la recherche.
discriminations par les politiques locales
peut permettre aux acteurs et actrices
de l?aménagement une prise de recul
pour alimenter les processus décision-
nels. Cette étude de cas permet égale-
ment de comprendre qu?outre l?accès
effectif aux piscines, la prise en compte
d?une difficulté par les gestionnaires
politiques et techniques des villes re-
présente un fort enjeu symbolique pour
les minorités. Prendre en compte les
besoins d?une population minoritaire,
c?est, à toutes les échelles politiques, lui
accorder le statut d?être humain.
Comment en êtes-vous venu à choisir
ce sujet de thèse ?
Dès ma licence de géographie, j?ai porté
un fort intérêt aux approches sociales
de l?aménagement. J?aimais me saisir
de tous les sujets que nous étions ame-
né.e.s à étudier pour les réexaminer sous
l?angle des inégalités : j?ai ainsi travaillé
à de nombreuses occasions sur la ques-
tion des inégalités socio-spatiales face à
la vulnérabilité aux risques naturels.
En master 1, alors que je préparais un
mémoire sur la classe sociale et la vulné-
rabilité au risque d?inondation à Mont-
pellier (Hérault) et à Leeds (Yorkshire),
notre enseignante de sociologie urbaine
nous a demandé de réaliser un état de
l?art sur le sujet de notre choix. Pour me
changer les idées et par curiosité person-
nelle, j?ai lu sur les géographies du genre
et des sexualités. Au fil de mes lectures,
j?ai réalisé que les vécus trans étaient
très peu étudiés en géographie, ou plus
largement, en rapport avec l?espace :
c?est ainsi que j?ai investi de nouvelles
questions de recherches, comme celle
de la marginalisation, des altérités et des
vécus minoritaires au sein de territoires
52 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
53PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Quels conseils pourriez-vous
donner aux générations prochaines
qui souhaiteraient se tourner vers la
recherche ?
La recherche peut être un travail aussi
stimulant que solitaire et éreintant. Il
existe beaucoup de manières de vivre
heureux et la recherche n?est pas une
voie plus fiable qu?une autre. Mais ef-
fectuée dans de bonnes conditions ma-
térielles, il s?agit d?une perspective épa-
nouissante. Je conseillerais aux futur.e.s
chercheurs.ses de ne se tourner vers la
recherche que lorsque cela ne repré-
sente pas de sacrifice dans leur parcours
professionnel ou personnel : un contrat
de travail, une équipe de recherche po-
sitive et vivante, des encadrant.e.s et
collègues prêt.e.s à vous accompagner
dans vos premiers pas ainsi qu?un labo-
ratoire support sur le plan matériel sont
autant d?éléments indispensables à ces
perspectives heureuses.
Que représente ce prix pour vous ?
Pourquoi avoir candidaté ?
Ce prix de thèse représente une recon-
naissance institutionnelle, à la fois dans
le champ de la recherche et aux côtés
de l?opérationnel, de l?importance de
l?approche sociale des villes et de leur
gestion par les politiques locales. Les re-
cherches sur les minorités, par exemple
les populations LGBTI, sont souvent
reléguées et séparées des objets de re-
cherche classiques en urbanisme ou
en géographie : on reproche aux cher-
cheurs.ses qui portent ces objets de ne
pas s?intéresser à la « population géné-
rale », ou bien on les cantonne à ces
questions minoritaires, sans chercher
à savoir ce qu?ils et elles apportent aux
connaissances sur nos objets d?intérêt
collectif comme les villes, l?aménage-
ment du territoire ou les politiques lo-
cales. Pour moi, ce prix de thèse est une
reconnaissance du fait que mon travail
de thèse, mené par le prisme des vécus
trans, porte aussi sur la ville. J?ai candi-
daté à ce prix en espérant contribuer à
réconcilier les recherches sur la ville et sa
gestion, avec celles sur les populations
minoritaires.
Et maintenant quelles perspectives ?
Au risque de décevoir les membres du
jury, je m?écarte actuellement de la
question des villes pour enquêter sur
les territoires ruraux, périphérisés, mar-
ginalisés ou en décroissance. Je suis ac-
tuellement postdoctorant à l?université
de Reims ? Champagne Ardennes, où je
travaille sur les trajectoires résidentielles
des personnes LGBTI originaires des es-
paces périphérisés de la région Grand-
Est. Au sein de l?équipe, nous cherchons
à comparer les dimensions matérielles
et immatérielles de ces trajectoires,
entre celles des personnes qui restent
vivre dans ces espaces marginalisés, et
celles des personnes qui migrent vers
une métropole. Ce projet prend place,
de manière plus large, dans une réflexion
collective menée au sein de la commis-
sion de géographie féministe du CNFG
sur les liens entre marginalisations so-
ciales et marginalisations spatiales.
M ilan Bonté étudie dans sa thèse
les logiques de construction
des normes de genre dans les
espaces publics de villes d?Europe de
l?Ouest au prisme des parcours de tran-
sition de genre. Les espaces publics sont
des lieux de renforcement des rapports
sociaux de genre, classe et race. En
ce sens, ils sont normés et normatifs.
Cette recherche étudie l?évolution des
pratiques, représentations et stratégies
d?accès ou d?appropriation des espaces
publics par les personnes trans au cours
de leur trajectoire de changement de
genre. Elle interroge autant les processus
de socialisation genrée et minoritaire aux
espaces publics métropolitains, que les
espaces publics en tant qu?objet d?étude
en géographie ou comme espace pensé
et travaillé par les politiques locales.
ÉTUDIER LES ESPACES PUBLICS
DU QUOTIDIEN: ENTRE
APPROPRIATION ET RAPPORTS DE
POUVOIR
Dans cette thèse, les espaces publics
sont considérés selon trois dimensions.
D?abord, en tant qu?objet géographique
et échelle d?interprétation, les espaces
publics sont les lieux de la vie quoti-
dienne (Pecqueux, 2018). Milan Bonté
s?intéresse dans sa thèse aux méca-
nismes de reproduction des rapports de
domination les plus ordinaires et bana-
lisés. Ensuite, comme lieux gérés, imagi-
nés, fréquentés, appropriés, ils sont alors
le support et l?outil du renforcement des
rapports de pouvoir (Clerval et al., 2019 ;
Mitchell, 2003). Milan Bonté propose de
Mots-clefs : espaces publics ; genre ; sexualités ; personnes trans ; politiques locales ;
rapports de domination ; méthodes participatives.
LA
T
H
ÈS
E
PR
IM
ÉE
E
N
R
ÉS
U
M
É
NÉGOCIER LA VILLE EN ESCALES.
LES ESPACES PUBLICS AU PRISME DES
EXPÉRIENCES TRANS À PARIS, RENNES
ET LONDRES
Thèse de doctorat en géographie,
soutenue à l?Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
sous la direction de Nadine CATTAN
54 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
mettre en lumière les mécanismes qui
poussent les pouvoirs publics locaux à
créer et entretenir la subalternité d?un
groupe social marginalisé. Enfin, les es-
paces publics sont considérés dans ce
travail pour ce qu?ils sont, c?est-à-dire
les lieux de la reproduction des rap-
ports de domination, en fonction de
ce qu?ils devraient être, c?est-à-dire des
lieux librement accessibles au public. La
confrontation entre cet idéal-type et la
réalité observée sur le terrain permet de
mettre en lumière les mécanismes qui
sous-tendent les dimensions spatiales
des rapports sociaux (Flyvbjerg, 1998 ;
Fraser, 1990).
Dans ce cadre, la comparaison des villes
de Paris, Rennes et Londres et de leurs
périphéries permet de porter le regard
sur une grande variété d?espaces publics
qui font partie des lieux ordinaires, du
quotidien des participant.e.s à cette
thèse. Des espaces publics londoniens
caractéristiques du capitalisme urbain
et des dynamiques contemporaines de
privatisation, à la mise en tourisme des
espaces publics et des commerces des
quartiers centraux parisiens, jusqu?à la
saisonnalité des migrations étudiantes
caractérisant les lieux publics du centre
de la ville moyenne de Rennes, ces trois
terrains et leurs périphéries offrent une
grande variété d?éclairages sur les spatia-
lités de la vie quotidienne.
C?est également par les politiques lo-
cales que se distinguent ces terrains, en
particulier du point de vue de la lutte
contre les discriminations et le traite-
ment de l?accès aux espaces publics.
La comparaison de l?universalisme à la
française, entre sa déclinaison dans une
ville universitaire moyenne et dans une
capitale qui se raconte « ville phare de
l?inclusion et de la diversité », avec le
particularisme britannique pris dans le
contexte londonien dont les représen-
tant.e.s politiques promeuvent « l?unité
dans la diversité », permet l?analyse des
mécanismes politiques qui mènent à la
marginalisation des populations minori-
taires et à la reproduction de l?ordre so-
cial dominant dans les espaces publics
métropolitains. Les expériences des per-
sonnes trans dans ces trois villes mettent
en lumière les normativités des espaces
publics dans leur diversité.
PENSER LA NORMATIVITÉ DES
ESPACES PUBLICS ET DES MOBILITÉS
GRÂCE AU CHANGEMENT DE
GENRE
Les recherches sur le genre, les sexualités
et les espaces publics ont montré que
les pratiques, représentations et straté-
gies d?accès ? ou d?appropriation ? des
espaces publics sont fortement genrées.
Les pratiques et représentations fémi-
nines des espaces publics sont marquées
par les peurs (Lieber, 2008) et l?assigna-
tion au travail domestique (Chabaud-Ry-
chter et al., 1985 ; Coutras, 1996). À l?in-
verse, les hommes semblent jouir d?un
accès généralisé et non contraint aux es-
paces publics (Calogirou, Touché, 2000 ;
Day, 2001). Ces pratiques et représenta-
tions différenciées sont en outre enca-
drées et encouragées par des politiques
publiques de construction, gestion et
animation des espaces publics insidieu-
sement genrées (Biarrotte, 2021 ; Doan,
2011).
Cette thèse propose de mobiliser la
transition des personnes trans comme
une forme de mobilité sociale de genre
(Beaubatie, 2019), pour mieux com-
55PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Toutefois, si ce protocole d?enquête
ambitieux a permis la récolte de maté-
riaux précieux et inédits, il a également
été l?objet d?une réitération des vio-
lences vécues au quotidien sur les par-
ticipant.e.s qui en sont victimes. Cette
thèse propose ainsi une réflexion pous-
sée sur les conditions de production de
la recherche en terrain sensible et mino-
ritaire.
Les résultats soulevés par cette re-
cherche sont lisibles à trois échelles
d?appréhension des espaces publics
et de leurs normes. Un premier volet
de résultats porte sur les mécanismes
de socialisation aux normes de genre
dans les espaces publics : il décrit des
formes d?incorporation de pratiques et
représentations qui se jouent à l?échelle
individuelle, bien qu?elles soient gui-
dées par la position des individus dans
les rapports sociaux de genre, classe et
race. Un second volet porte sur la né-
gociation de l?accès à la ville et ses res-
sources à l?échelle des communautés
trans : l?attractivité des métropoles oc-
cidentales pour les personnes trans est
questionnée à la lumière des ressources
mises à disposition par les associations,
et les processus de négociation entre
ces dernières et les représentant.e.s des
politiques locales sont analysés. Un troi-
sième volet porte enfin sur les stratégies
d?accès à la ville et ses ressources, cette
fois-ci à l?échelle d?espaces publics pen-
sés en réseau les uns avec les autres. En
explorant les métaphores spatiales du
placard et des escales, ce volet permet
de conceptualiser des stratégies de mise
en accessibilité des espaces publics mal-
gré les contraintes spatialement contra-
dictoires de la transphobie. Enfin, en
filigrane de l?ensemble de cette thèse,
la démarche de recherche est question-
prendre les mécanismes qui mènent à la
construction des normes de genre dans
les espaces publics. Il s?agit d?interroger
les pratiques, représentations et stra-
tégies des personnes trans dans les es-
paces publics à la lumière des transitions
de genre, en questionnant à la fois leurs
évolutions au cours des changements de
genre et les processus de négociations
de ces pratiques, en tant que population
minoritaire.
DES MÉTHODES MIXTES AU SERVICE
D?UN TERRAIN SENSIBLE
Milan Bonté mobilise trois méthodes
pour sa recherche, mixtes et com-
plémentaires. Le corpus principal est
composé d?une enquête ethnogra-
phique participative menée à Londres
(Royaume-Uni), Paris et Rennes (France).
Il est composé d?entretiens biogra-
phiques et de journaux de bord des
pratiques des espaces publics tenus
par une trentaine de participant.e.s. Le
second corpus est tiré d?une investiga-
tion des politiques publiques locales et
des négociations entre communautés
trans, pouvoirs publics et gestionnaires
d?équipements sportifs et médicaux.
Il se compose d?une série d?entretiens
menés avec des représentant.e.s asso-
ciatifs.ves et des agent.e.s et élu.e.s des
collectivités locales, et est complété
par une observation participante des
interactions entre associations trans et
pouvoirs publics locaux. Enfin, ces maté-
riaux qualitatifs sont analysés au regard
de l?exploitation de deux enquêtes par
questionnaire, le « National LGBT Sur-
vey » commandé par le gouvernement
du Royaume-Uni et l?enquête « Trans et
transports » menée par l?association pa-
risienne FéminiCités (figure 1).
56 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
57PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 1. Planche récapitulative des méthodes utilisées dans la thèse, 2022 © Milan Bonté
l?exposition au harcèlement de rue, des
pratiques féminines ou masculines des
espaces publics ainsi que les représen-
tations qui y sont associées. Cette thèse
les interroge et met ainsi en lumière les
mécanismes par lesquels se construisent
les normes, en particulier de genre, dans
les espaces publics occidentaux.
En particulier, Milan Bonté montre le rôle
des violences masculines dans la sociali-
sation de genre aux espaces publics. Les
femmes trans, dès le début de leur tran-
sition, sont exposées à un fort niveau
de violence, notamment par le biais du
harcèlement de rue. A titre d?exemple,
la carte présentée en figure 2, réalisée
après une promenade d?une dizaine de
minutes en compagnie de l?une des par-
ticipantes à l?enquête, illustre bien ce
fort degré d?exposition à la violence.
Cette exposition soudaine aux violences
masculines pousse les femmes trans à in-
térioriser de nouvelles peurs ? que l?on
née, en particulier le recours aux mé-
thodes participatives dans le contexte
financier et temporel de la thèse de
doctorat.
COMPRENDRE LA SOCIALISATION
GENRÉE AUX ESPACES PUBLICS
GRÂCE AU VÉCU DES PERSONNES
TRANS
D?abord, la mobilité sociale de genre qui
caractérise les parcours trans est mobi-
lisée pour comprendre les mécanismes
de socialisation genrée aux espaces pu-
blics. L?évolution des personnes trans
au sein des catégories de genre se tra-
duit par un ensemble de processus de
resocialisation, à l?âge adulte, à de nou-
velles pratiques des espaces publics. Les
hommes et femmes trans, au fur et à
mesure de l?avancée de leur transition,
réincorporent, notamment par le biais
d?une baisse ou d?une augmentation de
58 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 2. Carte des interactions indésirables reçues lors d?une promenade commentée, 2019 © Milan
Bonté
peut qualifier de féminines ? et ainsi, des
pratiques d?évitement, de contourne-
ment ou des stratégies d?autodéfense.
Ce niveau de violence ne s?estompe
que lorsque la personne adopte une
position, des pratiques et des représen-
tations féminines des espaces publics?
c?est-à-dire subordonnées aux hommes.
Aussi, si les hommes trans vivent une
masculinisation de leurs pratiques et re-
présentations suite à une baisse progres-
sive de l?exposition aux violences mascu-
lines, une certaine persistance des peurs
est observée : cela informe sur le pouvoir
socialisateur des violences masculines
sur le long terme. Enfin, l?étude des tra-
jectoires des hommes trans non-blancs,
précaires ou en situation de handicap
pousse à envisager, plutôt qu?une socia-
lisation féminine et une autre masculine,
une socialisation dominante face à un
ensemble de socialisations minoritaires.
En ce sens, les espaces publics sont les
lieux de la production et de la reproduc-
tion de l?ordre social, genré, mais aussi
de classe et de race.
NÉGOCIER SA PLACE EN TANT QUE
COMMUNAUTÉ : DES RESSOURCES
INÉGALEMENT ACCESSIBLES DANS
DES VILLES-REFUGES, IDÉALISÉES
Milan Bonté interroge plus largement
dans sa thèse le rapport d?une popula-
tion minoritaire aux villes occidentales
et à leurs espaces publics, dans la dimen-
sion matérielle de l?accès aux ressources,
comme idéelle des représentations.
D?abord, en questionnant la relation des
individus aux ressources administratives,
médicales et sociales qui sont mises à
leur disposition par la présence com-
munautaire dans les trois villes étudiées,
la thèse montre que si ces ressources
rendent les villes attractives, elles sont en
réalité saisies de manière très disparate
parmi les personnes trans, voire totale-
ment ignorées. Ce rapport ambigu à l?at-
tractivité des villes pour cette minorité
est confirmé par les statistiques. Dans les
deux enquêtes exploitées, les violences
transphobes physiques et sexuelles sont
surreprésentées dans les villes, en parti-
culier les métropoles. Ces violences sont
d?ailleurs l?objet d?une communication
importante de la part des associations
(voir par exemple figure 3). Pourtant, les
personnes enquêtées, pour la plupart
originaires d?espaces ruraux, périurbains
ou encore de petites villes, témoignent
toutes avoir été attirées par la métro-
pole dans laquelle elles vivent pour ses
ressources, et s?y sentir particulièrement
mieux que dans leur territoire d?origine.
C?est pour mieux comprendre les enjeux
de ce décalage entre des représenta-
tions presque idéalisées des métropoles
et une réalité davantage marquée par
les violences et l?inaccessibilité des res-
sources communautaires que le rapport
aux différents espaces de vie ? quartier,
lieu de travail, ville de naissance, ville de
résidence ? et aux lieux de différentes
densités ? espaces ruraux, urbains, pé-
riurbains ? est étudié. À la lumière de
la rupture biographique provoquée par
le changement de genre, la migration
des personnes trans vers les villes prend
tout son sens : il ne s?agit pas seulement
d?aller vers la ville et ses ressources, mais
aussi et surtout, de quitter un cadre fa-
milial et scolaire contraignant. Cela per-
met de mieux comprendre l?attractivité
supposée des métropoles pour les mino-
rités sexuelles et de genre : en plus d?être
des lieux pourvoyeurs de ressources,
notamment communautaires et mé-
dicales, elles sont aussi souvent la pre-
59PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
time des espaces publics. Elle met ainsi
en lumière la manière dont se profile
un ensemble d?usager.es illégitimes des
espaces publics des métropoles occi-
dentales. Pour les représentant.e.s des
communautés trans, revendiquer le
droit d?accéder librement aux espaces
publics est une manière de faire valoir
leur statut d?être humain. Les acteurs.
rices, élu.e.s et gestionnaires des équi-
pements publics mobilisent quant à
elles-eux alternativement la notion
d?«espace public» pour justifier l?inclu-
sion ou l?exclusion des personnes trans.
Certain.e.s soutiennent l?aménagement
de l?accès des piscines aux associations
trans au nom d?un idéal d?accessibilité
mière étape d?une trajectoire migratoire
émancipatrice. En quittant le domicile
familial pour étudier ou travailler en ville,
les personnes trans s?en émancipent.
Ensuite, la position subalterne de cette
population est interrogée pour com-
prendre son exclusion dans les discours
et prises de décision politiques, natio-
naux et locaux. En se fondant sur une
étude de cas comparative entre Paris,
Rennes et Londres des négociations
entre associations trans et pouvoirs
publics locaux pour l?ouverture de cré-
neaux réservés aux personnes trans dans
les piscines municipales, cette recherche
apporte des éléments de compréhen-
sion pour saisir le profil de l?usager légi-
60 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 3. Pancarte brandie lors de la marche des fiertés de Rennes, par un.e membre de l?association
Iskis, centre LGBTI d?Ille-et-Vilaine, 2019 © Milan Bonté
61PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 4. Marques de visibilité renforçant un sentiment d?acceptation, des pouvoirs publics locaux aux
associations, 2022 © Milan Bonté
par le prisme du parcours biographique
est pour le moment absente de la litté-
rature scientifique.
Afin de comprendre en finesse ces
mécanismes d?exclusion, cette thèse
s?approprie deux métaphores géogra-
phiques ? celle du placard et celle des
escales ? et utilise leur portée allégorique
pour les illustrer, malgré les difficultés à
conceptualiser des phénomènes spa-
tiaux complexes. On observe alors que
les dimensions excluante et enfermante
spécifiques au placard trans poussent
les personnes trans à développer des
stratégies d?appropriation des espaces
publics inhabituelles.
La figure 5 montre l?influence de la com-
binaison de l?exclusion et de l?enferme-
ment du placard trans sur les pratiques
quotidiennes des espaces publics de
Ruth, étudiante londonienne. Tandis que
la transphobie contribue, de manière gé-
nérale et principalement par le biais du
harcèlement de rue, à cantonner Ruth
à une sphère domestique élargie à son
domicile et aux espaces publics de son
immédiate proximité (par exemple, la
bibliothèque municipale), elle l?exclut
aussi de certains quartiers et lieux dans
lesquels Ruth est connue : son univer-
sité, où elle peut être scrutée, et son
quartier de naissance (Hackney), où elle
risque d?être reconnue, par exemple par
d?ancien.ne.s camarades de classe. Les
spatialités de la transphobie imprègnent
de cette manière l?expérience que les
personnes trans font des métropoles et
de leurs espaces publics : tantôt exclues
et repoussées, tantôt incluses, mais can-
tonnées, elles doivent composer avec
ces contraintes pour accéder à la ville, à
ses espaces publics et à leurs ressources.
Afin de naviguer dans les espaces pu-
des espaces publics, qui doivent être se-
lon eux ouverts et accessibles à toutes
et tous. Dans le même temps, d?autres,
au nom de ce même idéal d?accessibi-
lité généralisée, refusent de passer par
ce qu?ils et elles considèrent comme
un traitement de faveur à l?égard d?une
communauté discriminée. Ainsi, un dé-
bat moral sur le sens des espaces publics
dans les sociétés occidentales remplace
progressivement la recherche de solu-
tions concrètes aux problèmes d?acces-
sibilité rencontrés au quotidien par les
personnes trans. Les mécanismes struc-
turels de mise à l?écart des populations
minoritaires des espaces publics sont
ainsi étudiés et expliqués.
UNE APPROPRIATION DE LA VILLE
PAR ESCALES POUR COMPOSER
AVEC LES SPATIALITÉS COMPLEXES
D?UN PLACARD TRANS
Envisagée dans ses dimensions spatiales,
l?exclusion des espaces publics ordinaires
que subissent individuellement et col-
lectivement les personnes trans apparaît
doublement complexe. Cette recherche
adresse cette complexité spatiale. La
transphobie, dans les espaces publics
de la vie quotidienne, comporte à la fois
des dimensions enfermantes ? elle can-
tonne à la sphère domestique ? et ex-
cluantes ? elle éloigne des lieux familiers,
scolaires ou fréquentés par le passé : ces
forces d?enfermement et d?exclusion ont
des effets contradictoires et peuvent
pourtant s?exercer dans les mêmes lieux.
Cela s?inscrit en fait dans une complexi-
té temporelle due à la trajectoire biogra-
phique de transition de genre : changer
de genre ne peut pas passer inaperçu
dans les lieux où l?on est connu.e. Cette
appréhension spatiale des LGBT-phobies
62 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
blics métropolitains malgré les pro-
cessus d?enfermement et d?exclusion
propres au placard trans, les personnes
trans s?approprient des lieux qui s?appa-
rentent à des escales dans leurs mobili-
tés quotidiennes (voir figures 6 et 7).
Rassurantes, pourvoyeuses de ressources
urbaines ou communautaires, ces escales
sont le support d?une appropriation des
espaces publics métropolitains au-delà
de la dichotomie entre ancrage et mobi-
lités. En fournissant ponctuellement des
ressources (communautaires, médicales
ou ordinaires) et en y assurant l?accès,
elles deviennent des points « sûrs » et
sont le support d?un accès aux espaces
publics à proximité. Elles sont également
les lieux de l?investissement d?une forme
de proximité sociale, qui vient rempla-
cer la proximité sociospatiale caractéris-
tique des processus habituels d?ancrage
local. Leur appropriation progressive
dans des espaces publics métropolitains
marqués par une transphobie complexe
et omniprésente en fait les supports
d?un « habiter polytopique » (Le Bigot,
2017 ; Stock, 2006), qui est autant le
support des mobilités quotidiennes des
personnes trans qu?une stratégie d?accès
à la ville et ses ressources. En multipliant
l?appropriation d?escales au sein des mé-
tropoles, les personnes trans s?assurent
un droit à la ville malgré les multiples
contraintes de la transphobie.
En ce sens, cette thèse propose une re-
lecture des dynamiques de marginali-
sation sociale et spatiale des minorités
sexuelles et de genre à la lumière de leurs
parcours biographiques. Elle offre ainsi
un éclairage original sur les mécanismes
63PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 5. Influence des différentes dimensions du placard dans les espaces du quotidien de Ruth, 21 ans,
étudiante, serveuse et travailleuse du sexe (Londres), 2019 © Milan Bonté
de socialisation genrée aux espaces pu-
blics des métropoles occidentales et aux
processus d?exclusion qui en découlent,
de l?échelle de la confrontation des in-
dividus aux normes sociales à celle de la
fabrique administrative et politique des
espaces publics urbains.
64 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 6. Rôle joué par les escales progressive-
ment appropriées par Ella, comme support de
ses mobilités quotidiennes, 2022 © Milan Bonté
Figure 7. Carte mentale des mobilités quotidiennes de Justine, 21 ans, ingénieure d?études, Rennes, 2019
© Milan Bonté
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biter poly-topique. Pratiquer les lieux
géographiques dans les sociétés à indivi-
dus mobiles », EspacesTemps.net.
65PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Jules BOILEAU pour sa thèse de doc-
torat en aménagement ?Planification
de l?aménagement des territoires et
intégration des enjeux écologiques :
améliorer l?application de la séquence
Éviter-Réduire-Compenser par la modé-
lisation écologique participative?, soute-
nue à l?Université Paul Valéry Montpellier
III, sous la direction de Sylvain PIOCH et
de Coralie CALVET.
Julie CARDI pour sa thèse de docto-
rat en aménagement ?Les nouveaux
quartiers du moustique tigre. Concep-
tion des espaces bâtis et prolifération
d?Aedes albopictus dans trois villes des
Bouches-du-Rhône : diagnostic et pré-
conisations?, soutenue à l?Université
Aix-Marseille, sous la direction de Jérôme
DUBOIS et de Cécilia CLAEYS.
Jeanne-Louise DESCHAMPS pour sa
thèse de doctorat en droit public
?Contribution juridique à l?intégration
de l?habitat participatif dans les poli-
tiques publiques?, soutenue à l?Universi-
té de Limoges, sous la direction de Jessi-
ca MAKOWIAK et de Séverine NADAUD.
Marine DUROS pour sa thèse de doc-
torat en sociologie ?L?édifice de la va-
leur. Sociologie de la financiarisation
de l?immobilier en France, de la fin des
années 1980 à 2019?, soutenue à l?École
des Hautes Études en Sciences Sociales,
sous la direction de Florence WEBER.
Louise HOMBERT pour sa thèse de doc-
torat en sciences sociales ?Des ?villes
refuges? ? Émergence et institutionnali-
sation de politiques municipales de ré-
ception des exilé.es. Les cas de Paris et
Barcelone?, soutenue à l?Université Pa-
ris-Dauphine, sous la direction d?Emma-
nuel HENRY.
Virginia LAGUIA pour sa thèse de doc-
torat en aménagement ?L?eau anthro-
pique. Urbanités hydrauliques. Cordoue,
La Havanne?, soutenue à l?Université
Paris 1 Panthéon-Sorbonne en cotutelle
avec l?Universidad de Sevilla, sous la di-
rection de Christian PEDELAHORE de
LODDIS et de Francisco GOMEZ DIAZ.
Alessandra MARCON pour sa thèse de
doctorat en urbanisme ?Déconstruire
les paradigmes des territoires productifs
contemporains. L?urbanisme de la petite
industrie et la petite agriculture dans
les cas du Bocage vendéen et du Val-de
Marne?, soutenue à l?Université Gustave
Eiffel en cotutelle avec l?Universita IUAV
di Venezia, sous la direction de Sébas-
tien MAROT et de Mara Chiara TOSI
Damien PETERMANN pour sa thèse
de doctorat en géographie ?L?image de
Lyon d?après les guides de voyage aux
XIXe et XXe siècles, une étonnante per-
manence?, soutenue à l?Université Jean
Moulin Lyon III, sous la direction de Ber-
nard GAUTHIEZ.
Robin PUCHACZEWSKI pour sa thèse
de doctorat en urbanisme et aména-
gement ?Observation, évaluation et fa-
brique des politiques cyclables à l?heure
du retour du vélo : le cas de l?aggloméra-
tion toulousaine?, soutenue à l?Universi-
té Toulouse II Jean Jaurès, sous la direc-
tion de Jean-Pierre WOLFF.
Tanaïs ROLLAND pour sa thèse de doc-
torat en philosophie ?Démocratie et
droit à l?oeuvre urbaine : perspectives
de philosophie politique pour un urba-
nisme profane?, soutenue à l?Université
Jean Moulin Lyon II, sous la direction de
Jean-Philippe PIERRON et de Sandra FIO-
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66 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
67PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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Marie-Eve SEVIGNY pour sa thèse de
doctorat en études littéraires ?Bipolari-
té d?une ville-récit : Québec dans le ro-
man québécois (1934-2008)?, soutenue à
l?Université du Québec à Montréal, sous
la direction de Lucie ROBERT et de Lucie
K. MORISSET.
Joana SISTERNAS TUSELL pour sa thèse
de doctorat en sociologie ?Chapéu Man-
gueira et ses mondes imbriqués : ethno-
graphie d?une favela ?pacifiée? ?, soutenue
à l?École des Hautes Études en Sciences
Sociales en cotutelle avec l?Universidade
Estadual do Rio de Janeiro, sous la direc-
tion de Daniel CEFAI et de Neiva VIEIRA
da CUNHA.
Pour lire les résumés
des thèses nommées,
flashez ce QR code
le Prix de Thèse sur la Ville a pour objet de récompenser les
meilleures thèses de doctorat soutenues en France ou à l?étran-
ger, rédigées en langue française, et traitant de la ville avec une
réflexion sur l?action et (ou) tournée vers l?action opération-
nelle.
COMITÉ D?ORGANISATION
Lionel MARTINS, PUCA
Christophe PERROCHEAU, PUCA
Marc DUMONT, APERAU
Juliette MAULAT, APERAU
Laurent COUDROY DE LILLE, APERAU
LE
P
RI
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D
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SU
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LA
V
IL
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68 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
ORGANISÉ PAR LE PLAN URBANISME CONSTRUCTION
ARCHITECTURE (PUCA) ET L?ASSOCIATION POUR
LA PROMOTION DE L?ENSEIGNEMENT ET DE LA
RECHERCHE EN AMÉNAGEMENT ET URBANISME
(APERAU INTERNATIONALE),
Les disciplines candidates
2023 105
2022 146
2021 109
2020 83
2019 59
2018 58
2017 36
2016 64
2015 66
2014 66
2013 45
2012 50
2011 63
2010 38
2009 42
2008 45
2007 28
2006 45
Origine des thèses candidates
Établissements Île-de-France 52
dont cotutelle internationale 12
Établissements Province 44
dont cotutelle internationale 4
Établissements hors France 9
Le Prix de Thèse sur la Ville 2023 en chiffres
69PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Nombre de thèses
candidates
Terrains de thèses
France 59
Hors France 31
Comparaison France / hors France 15
Thèses Cifre
2023 15,24%
2022 15,17%
2021 11,93%
JOUBERT Michel, Université Paris 8
LACOUR Claude, Université de
Bordeaux
LE GOFF William, Fédération des
Offices Publics de l?Habitat
LEROUSSEAU Nicole, Université de
Tours
LORCERIE Françoise, Université
Aix-Marseille
MAILLERE Claude, Agence
d?urbanisme de Saint-Nazaire
MAISETTI Nicolas, GIP EPAU
MÉNARD François, PUCA
MICHEAU Michel, Sciences Po Paris
NOVARINA Gilles, ENSA Grenoble
SELIM Monique, CESSMA
SILLY Delphine, Ville de Lille
THIBAULT Serge, Université de Tours
TOBIN Lara, EPF Île-de-France
VOLKWEIN Magali, Devillers &
Associés
Présidente
LEVY-VROELANT Claire, Université
Paris 8
Membres
ALTABER Cécile, Auxilia Conseil
AUBERTEL Patrice, retraité PUCA
BACCAÏNI Brigitte, Inspection Géné-
rale de l?Environnement et du Déve-
loppement Durable
BERLAND-BERTHON Agnès, Université
de Bordeaux
BURGEL Guy, Université Paris Nanterre
DORMOIS Rémi, Saint Etienne Métro-
pole
DUBOIS-MAURY Jocelyne, Université
Paris Est Créteil
ESTEBE Philippe, Acadie
FOURCAUT Annie, Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne
GAY Georges, Université Saint-Etienne
GILLI Fréderic, Métropolitiques
GODILLON Sylvanie, Agence d?urba-
nisme de Lyon
GUIGOU Brigitte, Institut Paris Région
HAUMONT Bernard, ENSA Paris-Val de
Seine
JAILLET Marie-Christine, Université
Toulouse Jean Jaurès
Jury du Prix de Thèse sur la Ville 2023
70 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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Lauréats du Prix de Thèse sur la Ville
(2006-2023)
72 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Le Prix de Thèse sur la Ville (PTV) a été créé en 2006 par
l?APERAU, le Conseil Français des Urbanistes, le Centre
d?Études sur les Réseaux, les Transports, l?Urbanisme et les
constructions publiques et le Plan Urbanisme Construction
Architecture.
Ce Prix aspire à être une vitrine de la jeune recherche ur-
baine. Mais pas n?importe quelle recherche urbaine. Une
recherche urbaine si ce n?est opérationnelle, du moins
tournée vers l?action, utile à l?action, avec une réflexivité
sur/pour l?action. Car c?est bien là l?essence même de ce
concours, qui en fait son originalité, sa singularité. C?est
bien là l?esprit qui anime les débats passionnants au sein du
jury, qui le guide dans ses choix, d?abord des thèses nom-
mées, ensuite de thèses primées combinant excellence
scientifique et pertinence pour l?action.
Chaque année, le jury trouve, au fil des lectures des thèses
candidates, qui plus est des thèses sélectionnées, des pé-
pites pour l?action, des nouvelles façons de saisir les trans-
formations urbaines en cours, de nouvelles manières de
concevoir la ville, de faire société en ville. Plus d?un millier
de jeunes docteur.e.s ont candidaté au Prix de Thèse sur
la Ville depuis sa création ; 48 thèses ont été honorées :
18 ont reçu un Grand Prix et 30 un Prix Spécial. Qu?ils en
soient toutes et tous remerciés !
Lionel Martins,
Pour le comité d?organisation
Pour retrouver toutes les
éditions du Prix de thèse sur la
ville, flashez ce QR code
GRAND PRIX
Paul LECAT,
pour sa thèse de doctorat en histoire
?La fabrique d?un quartier ordinaire.
Le quartier de la Réunion entre Cha-
ronne et Paris des années 1830 aux
années 1930?, soutenue à l?Université
Gustave Eiffel, sous la direction de Fré-
deric MORET et de Charlotte VORMS
PRIX SPÉCIAUX
Marion CHAPOUTON,
pour sa thèse de doctorat en droit
public ?La ville durable au prisme du
droit?, soutenue à l?Université Paris II
Panthéon Assas, sous la direction de
Jacques CHEVALLIER
Mazen HAIDAR,
pour sa thèse de doctorat en archi-
tecture ?La réception et les pratiques
d?appropriation de l?immeuble rési-
dentiel ?moderne? à Beyrouth entre
1946 et 1990?, soutenue à l?Université
Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la di-
rection de Valérie NEGRE
Sarra KASRI,
pour sa thèse de doctorat en architec-
ture ?L?architecture comme marqueur
de risque, au risque des temporalités
urbaines?, soutenue à l?Université Pa-
ris Est, sous la direction de Jean-Pierre
LEVY et d?Abdallah FARHI
73PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
2022 2021
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GRAND PRIX
Julien MIGOZZI,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Une ville à vendre. Numérisation et fi-
nanciarisation du marché du logement
au Cap : stratification et ségrégation
de la métropole émergente?, soutenue
à l?Université Grenoble Alpes, sous la
direction de Renaud LE GOIX et de My-
riam HOUSSAY?HOLZSCHUCH
PRIX SPÉCIAUX
Pierre-Antoine CHAUVIN,
pour sa thèse de doctorat en sociologie
?L?administration de l?attente. Politiques
et trajectoires de relogement des fa-
milles sans domicile à Paris?, soutenue à
l?Université Paris Nanterre, sous la direc-
tion de Catherine BONVALET
Camilo LEON-QUIJANO,
pour sa thèse de doctorat en sociolo-
gie ?Fabriquer la communauté imagée.
Une ethnographie visuelle à Sarcelles?,
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction d?An-
ne MONJARET et de Juliette RENNES
Pe
xe
ls
GRAND PRIX
Julien DARIO,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Géographie d?une ville fragmentée.
Morphogenèse, gouvernance des voies
et impacts de la fermeture résidentielle
à Marseille?, thèse soutenue à l?Universi-
té Aix-Marseille, sous la direction d?Eliza-
beth DORIER et de Sébastien BRIDIER
PRIX SPÉCIAUX
Louis BALDASSERONI,
pour sa thèse de doctorat en histoire ?Du
macadam au patrimoine : modernisation
de la voirie et conflits d?usage. L?exemple
de Lyon, fin XIXe-fin XXe siècle?, thèse
soutenue à l?Université Paris-Est Marne-
la-Vallée, sous la direction de Loïc VADE-
LORGE
Vincent Le ROUZIC,
pour sa thèse de doctorat en urbanisme
?Essais sur la post-propriété. Les orga-
nismes de foncier solidaire face au défi
du logement abordable?, thèse soute-
nue à l?Université Paris 1 Panthéon-Sor-
bonne, sous la direction de Natacha
AVELINE-DUBACH
2020 2019
Te
rr
a
GRAND PRIX
Gaspard LION,
pour sa thèse de doctorat en sociologie
?Habiter en camping. Trajectoires de
membres des classes populaires dans le
logement non ordinaire?, thèse soutenue
à l?École des Hautes Études en Sciences
Sociales, sous la direction d?Isabelle
BACKOUCHE et d?Olivier SCHWARTZ
PRIX SPÉCIAUX
Annarita LAPENNA,
pour sa thèse de doctorat en architec-
ture ?Le dispositif intermilieux : mode de
culture du projet urbain ouvert. Enquête
sur des espaces végétalisés à Milan (1953-
2016)?, thèse soutenue à l?Université Pa-
ris 8 et au Politecnico di Milano, sous la
direction de Chris YOUNÈS et d?Alessan-
dro BALDUCCI
Pierre MAURER,
pour sa thèse de doctorat en histoire
de l?architecture ?Architectures et amé-
nagement urbain à Metz (1947-1970). Ac-
tion municipale : la modernisation d?une
ville?, thèse soutenue à l?Université de
Lorraine, sous la direction d?Hélène VA-
CHER et d?Anne-Marie CHÂTELET
74 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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75PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Matthieu GIMAT,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Produire le logement social. Hausse de
la construction, changements institu-
tionnels et mutations de l?intervention
publique en faveur des HLM (2004-
2014)?, thèse soutenue à l?Université Paris
1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction
de Sylvie FOL
PRIX SPÉCIAUX
Zhipeng LI,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?La diaspora Wenzhou en France et ses
relations avec la Chine?, thèse soutenue
à l?Université de Poitiers, sous la direc-
tion d?Emmanuel MA MUNG
Julie VASLIN,
pour sa thèse de doctorat en science
politique ?Esthétique propre. La mise
en administration des graffitis à Paris de
1977 à 2017?, thèse soutenue à l?Univer-
sité de Lyon 2, sous la direction de Gilles
POLLET
2018 2017
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GRAND PRIX
Perrine POUPIN,
pour sa thèse de doctorat en sociologie
?Action de rue et expérience politique
à Moscou. Une enquête filmique?, thèse
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction de
Daniel CEFAI et d?Yves COHEN
PRIX SPÉCIAUX
Paul CITRON,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Les promoteurs immobiliers dans les
projets urbains. Enjeux, mécanismes et
conséquences d?une production urbaine
intégrée en zone dense?, thèse soutenue
à l?Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
sous la direction de Sylvie FOL
Antoine COURMONT,
pour sa thèse de doctorat en science
politique ?Politique des données ur-
baines. Ce que l?open data fait au gou-
vernement urbain?, thèse soutenue à
Sciences Po, sous la direction de Domi-
nique BOULLIER
GRAND PRIX
Sophie BUHNIK,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Métropole de l?endroit et métropole de
l?envers, décroissance urbaine, vieillisse-
ment et mobilité dans les périphéries
de l?aire métropolitaine d?Osaka, Japon?,
thèse soutenue à l?Université Paris 1 Pan-
théon-Sorbonne, sous la direction de
Natacha AVELINE et de Sylvie FOL
PRIX SPÉCIAUX
Thomas AGUILERA,
pour sa thèse de doctorat en science
politique ?Gouverner les illégalismes ur-
bains, les politiques publiques face aux
squats et aux bidonvilles dans les régions
de Paris et Madrid?, thèse soutenue à
l?Institut d?Études Politiques de Paris,
sous la direction de Patrick LE GALÈS
Claire LAGESSE,
pour sa thèse de doctorat en physique
?Lire les Lignes de la Ville. Méthodolo-
gie de caractérisation des graphes spa-
tiaux?, thèse soutenue à l?Université Paris
Diderot, sous la direction de Stéphane
DOUADY et de Patricia BORDIN
2016 2015
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76 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Marie GIBERT,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Les ruelles de Hô Chi Minh Ville, Viet-
nam. Trame viaire et recomposition des
espaces publics?, thèse soutenue à l?Uni-
versité Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous
la direction de Thierry SANJUAN
PRIX SPÉCIAL
Kristel MAZY,
pour sa thèse de doctorat en aména-
gement et urbanisme ?Villes et ports
fluviaux: le projet comme dispositifs
de reconnexion ? Regards croisés sur
Bruxelles et Lille?, thèse soutenue à l?Uni-
versité Libre de Bruxelles et à l?Universi-
té Lille 1, sous la direction de Jean-Luc
QUOISTIAUX, de Philippe MENERAULT
et d?Yves RAMMER
Te
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GRAND PRIX
Ophélie ROBINEAU,
pour sa thèse en géographie et aména-
gement de l?espace ?Vivre de l?agricultu-
re africaine. Une géographie des arrange-
ments entre acteurs à Bobo-Dioulasso,
Burkina Faso?, thèse soutenue à l?Univer-
sité Paul Valéry Montpellier, sous la direc-
tion de Lucette LAURENS
PRIX SPÉCIAL
Marion BONHOMME,
pour sa thèse en génie civil ?Contribu-
tion à la génération de données multis-
calaires et évolutives pour une approche
pluridisciplinaire de l?énergie urbaine?,
thèse soutenue à l?INSA Toulouse, sous
la direction de Luc ADOLPHE
2014 2013
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77PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Rodrigo Andres CATTANEO PINEDA,
pour sa thèse en géographie ?La fabrique
de la ville : promoteurs immobiliers et fi-
nanciarisation de la filière du logement
à Santiago du Chili?, thèse soutenue à
l?Université Paris 8, sous la direction de
Marie-France PRÉVÔT-SCHAPIRA
PRIX SPÉCIAL
Fanny GERBEAUD,
pour sa thèse en sociologie ?L?habitat
spontané : une architecture adaptée
pour le développement des métropoles.
Le cas de Bangkok (Thaïlande)?, thèse
soutenue à l?Université Bordeaux 2, sous
la direction de Guy TAPIE
GRAND PRIX
Max ROUSSEAU,
pour sa thèse en science politique
?Vendre la ville (post)industrielle. Capi-
talisme, pouvoir et politiques d?image à
Roubaix et Sheffield, (1945-2010)?, thèse
soutenue à l?Université de Lyon, sous la
direction de Joseph FONTAINE et de
Gilles PINSON
PRIX SPÉCIAL
Benjamin MICHELON,
pour sa thèse en sciences de la ville ?Pla-
nification urbaine et usages des quar-
tiers précaires en Afrique, études de
cas à Douala et Kigali?, thèse soutenue
à l?École Polytechnique Fédérale de Lau-
sanne, sous la direction de Jean-Claude
Biolay
2012 2011
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78 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Athina VITOPOULOU,
pour sa thèse en histoire ?Mutations fon-
cières et urbaines pour la production
des espaces et équipements publics
dans la ville grecque moderne. Les pro-
priétés de l?armée et de l?université et la
formation de l?espace public de Thessa-
lonique de 1912 jusqu?à nos jours?, thèse
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction de
Yannis TSIOMIS
PRIX SPÉCIAUX
Fanny LOPEZ,
pour sa thèse en histoire de l?architec-
ture ?Déterritorialisation énergétique
1970-1980 : de la maison autonome à la
cité auto-énergétique, le rêve d?une dé-
connexion?, thèse soutenue à l?Universi-
té Paris 1, sous la direction de Dominique
ROUILLARD
Élise ROCHE,
pour sa thèse en géographie ?Territoires
institutionnels et vécus de la participa-
tion en Europe. La démocratie en ques-
tions à travers trois expériences (Berlin,
Reggio Emilia et Saint-Denis)?, thèse
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction de
Marie-Vic OZOUF-MARIGNIER
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79PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Amélie LE RENARD,
pour sa thèse en science politique
?Styles de vie citadins, réinvention des
féminités. Une sociologie politique d?ac-
cès aux espaces publics des jeunes Saou-
diennes à Ryad?, thèse soutenue à l?Ins-
titut d?Études Politiques de Paris, sous la
direction de Ghassan SALAME
PRIX SPÉCIAL
Sandrine GUEYMARD,
pour sa thèse en urbanisme et aména-
gement ?Inégalités environnementales
en IIe de France : répartition socio-spa-
tiale des ressources, des handicaps et
satisfaction environnementale des ha-
bitants?, thèse soutenue à l?Université
Paris-Est, Créteil-Val de Marne, sous la
direction de Jean-Pierre ORFEUIL et Guil-
laume FABUREL
2010 2009
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GRAND PRIX
Stéphanie VINCENT-GESLIN,
pour sa thèse en sociologie ?Les ?alter-
mobilités?: analyse sociologique d?usages
de déplacements alternatifs à la voiture
individuelle. Des pratiques en émer-
gence ??, thèse soutenue à l?Université
Paris 5, sous la direction de Dominique
DESJEUX
PRIX SPÉCIAL
Marcel MORITZ,
pour sa thèse en droit public ?Les com-
munes et la publicité commerciale ex-
térieure. Pour une valorisation environ-
nementale et économique de l?espace
public?, thèse soutenue à l?Université
Aix-Marseille, sous la direction de Jean
FRAYSSINET
GRAND PRIX
Bénédicte GROSJEAN,
pour sa thèse en sciences appliquées et
architecture ??La ville diffuse? à l?épreuve
de l?Histoire. Urbanisme et urbanisation
dans le Brabant belge?, thèse soutenue
à l?Université catholique de Louvain et à
l?Université Paris 8, sous la direction de
Christian GILOT et de Yannis TSIOMIS
PRIX SPÉCIAL
Laurent SABY,
pour sa thèse en génie civil ?Vers une
amélioration de l?accessibilité urbaine
pour les sourds et les malentendants :
quelles situations de handicap résoudre
et sur quelles spécificités s?appuyer?,
thèse soutenue à l?INSA Lyon, sous la
direction de Gérard GUARRACINO et
d?Eric PREMAT
2008 2007
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GRAND PRIX
William LE GOFF,
pour sa thèse en géographie ?Divisions
sociales et questions du logement en
Grande Bretagne, entre technicisation
et privatisation, les cas de Leicester et
Bradford?, thèse soutenue à l?Université
Paris 1, sous la direction de Pétros PET-
SIMERIS
PRIX SPÉCIAUX
David CAUBEL,
pour sa thèse en sciences économiques
?Politiques de transport et accès à la
ville pour tous, une méthode d?évalua-
tion appliquée à l?agglomération lyon-
naise?, thèse soutenue à l?Université
Lyon 2, sous la direction de Dominique
MIGNOT
Elisabeth ESSAÏAN,
pour sa thèse en architecture ?Le plan
général de reconstruction de Moscou de
1935. La ville, l?architecte et le politique.
Héritages culturels et pragmatisme éco-
nomique?, thèse soutenue à l?Université
Paris8, sous la direction de Jean-Louis
COHEN
80 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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81PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Agnès BERLAND-BERTHON,
pour sa thèse en aménagement et urba-
nisme ?La démolition des ensembles de
logements sociaux. L?urbanisme, entre
scènes et coulisses?, thèse soutenue à
l?Université Bordeaux 3, sous la direction
de Jean DUMAS
2006
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PRIX SPÉCIAUX
Claude NAPOLÉONE,
pour sa thèse en sciences économiques
?Prix fonciers et immobiliers et localisa-
tion des ménages au sein d?une agglo-
mération urbaine?, thèse soutenue à
l?Université catholique de Louvain, sous
la direction d?Hubert JAYET
Fabrizio MACCAGLIA
pour sa thèse en géographie ?Gouver-
ner la ville. Approche géographique de
l?action publique à Palerme?, thèse sou-
tenue à l?Université Paris 10, sous la direc-
tion de Colette VALLAT
© Arnaud Bouissou | Terra
Le Plan Urbanisme Construction Architecture
(PUCA) est un Plan interministériel de recherche
et d?expérimentation placé sous la tutelle des
ministères de la Cohésion des territoires, de la
Transition écologique et solidaire, de la Culture,
et de la Recherche.
Le PUCA développe des programmes de
recherche incitative, de recherche-action et
d?expérimentation. Il apporte son soutien à
l?innovation et à la valorisation scientifique et
technique dans les domaines de l?aménagement
des territoires, de l?habitat, de la construction et
de la conception architecturale et urbaine.
www.urbanisme-puca.gouv.fr
L'Aperau Internationale, l?Association pour la
Promotion de l?Enseignement et de la Recherche
en Aménagement et Urbanisme, regroupe
des institutions d?enseignement supérieur du
monde francophone qui s?engagent à appliquer
les principes d?une charte de qualité dans les
formations et diplômes en aménagement et
urbanisme qu?elles délivrent.
L?Aperau Internationale promeut également
la recherche scientifique dans le champ
de l?aménagement et de l?urbanisme,
sous toutes ses formes.
www.aperau.org
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84 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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PRIX DE THÈSE
SUR LA VILLE 2023
18ème édition
Les thèses primées
Page vierge
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(ATTENTION: OPTION étalés dans le
temps. Dans un quartier par exemple,
un collectif se forme au tournant des
années 2010, lorsque les premières an-
nonces d?un projet à venir sont rendues
42 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
populaires, situés aux deux extrêmes
d?un spectre qui pourra fournir une
grille d?analyse utile pour des travaux
ultérieurs. Le raisonnement repose sur
la comparaison entre un cas positif et
un cas négatif de gouvernement par
les intermédiaires. L?un des objectifs de
la comparaison est notamment de ré-
pondre à la question suivante : qu?est-
ce qui amène les acteurs des politiques
urbaines à négocier avec les populations
qui habitent les territoires concernés ?
Plus largement, qu?est-ce qui amène une
administration à négocier avec ses admi-
nistrés, ou avec leurs représentants ?
En complément de facteurs déjà pointés
par la littérature existante, l?approche
temporelle permet d?identifier deux fac-
teurs explicatifs originaux.
Le premier est celui de l?horizon tem-
porel de projection de la relation qui lie
gouvernés et gouvernants. Dans la réno-
vation urbaine qui cherche à gentrifier le
parc résidentiel privé populaire, le rap-
port entre un aménageur et les habitants
qu?il déplace se déroule parfois dans un
horizon one shot. Politiques de peuple-
ment et pratiques du délogement sont
découplées, si bien que les agents de
l?aménageur anticipent qu?ils n?auront
plus de relation avec les habitants une
fois le déplacement mis en oeuvre. Le
gouvernement des déplacements passe,
en grande partie, par un usage, au moins
43PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
« Y a pas un appart? ? Ils se
foutent de ma gueule ! Ils ont
construit une ville, c?est New
York ! Y a pas un appart? de
disponible ? »
Premières réalisations du projet Smartsud (au fond), friche (au milieu), angle d?un bâtiment habité par 15
ménages et prévu à la démolition (à droite). La citation est de Walid, agent d?entretien de profession qui
est délogé du bâtiment prévu à la démolition (à droite sur la photo). Il réagit à l?annonce d?une chargée
de relogement qui vient de lui dire qu?il n?y avait « aucun logement disponible » pour le reloger dans la
résidence Smartsud, qu?il voit depuis sa fenêtre. Il dénonce un projet « pour les riches », alors qu?on lui
propose à lui un relogement dans les « pires quartiers » © Charles Reveillere
Charles Reveillere, où le territoire relève
d?enjeux stratégiques du capitalisme
urbain, les stratégies anticipées d?un
aménageur lui permettent de désyn-
chroniser les calendriers du délogement,
pour éviter une éventuelle mobilisation
collective et garantir le respect du ca-
lendrier de rénovation promis aux pro-
moteurs qui apportent les principaux fi-
nancements. Les tactiques des quelques
habitants qui résistent en pensant jouer
la montre sont en fait intégrées dans un
outil de prévision, appelé rétroplanning.
Sur l?autre terrain d?enquête, qui se dé-
roule dans un quartier d?habitat social
relégué, les carences de financement
expliquent les retards à répétition dans
la conduite du projet. Les habitants et
invocatoire, de la contrainte juridique.
À l?inverse, dans la rénovation urbaine
qui cherche à dédensifier les quartiers
d?habitat social, les locataires déplacés
par les projets restent souvent locataires
d?un seul et même bailleur après le re-
logement. La projection d?une relation
future explique en grande partie que les
agents s?efforcent de négocier les condi-
tions de relogement avec ceux qui reste-
ront leurs administrés à l?avenir, notam-
ment en vue d?identifier certains « bons
locataires » sélectionnés pour peupler
les futures résidences.
Le deuxième facteur renvoie à la distri-
bution asymétrique de la maîtrise du
temps. Sur l?un des terrains d?enquête de
44 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Habitantes d?un quartier en renouvellement urbain © Damien Carles | Terra
leurs intermédiaires se saisissent alors
de l?attente comme d?une fenêtre d?op-
portunité. Elle leur permet d?élargir leurs
marges de manoeuvre, et de se doter
d?un pouvoir de négociation.
La thèse montre donc que pour com-
prendre ce qui amène une adminis-
tration à négocier ou non, il faut com-
prendre comment se distribue la maîtrise
du temps. On pourrait résumer le résul-
tat comparatif par une formule simple :
qui n?anticipe pas assez, est obligé de se
confronter à ses administrés. Temporali-
té et spatialité des modes de gouverne-
ment sont indissociables. Si bien qu?en
comparant des formes plus ou moins
anticipées d?action publique, la thèse
compare des formes plus ou moins né-
gociées de gouvernement, et plus ou
moins rapprochées de domination ins-
titutionnelle. Dans un cas, les acteurs
du gouvernement urbain détiennent le
pouvoir de prévoir, notamment grâce
à la maîtrise des temporalités du droit,
et se passent de négociation véritable.
Dans l?autre, il sont contraints de négo-
cier, mais ils détiennent le pouvoir du
proche, notamment via le recours à des
intermédiaires clientélaires. Ce mode
de gouvernement passe par un usage
récurrent de la négociation, via une in-
termédiation personnalisée, qui donne
un accès privilégié aux biens publics (lo-
gements sociaux) aux personnes qui se
montrent fidèles à une notable, et qui
font ainsi partie d?une « communauté
gagnante » de ce mode de distribution
(Mattina, 2016). L?analyse de ce mode de
gouvernement clientélaire produit trois
sous-résultats importants.
Premièrement, la thèse montre ce que
le clientélisme fait aux rapports de do-
mination (distribution des biens symbo-
liques et matériels dans l?ordre social).
Une première question se pose d?em-
blée : pourquoi parler de clientélisme,
alors que la littérature parle du déclin
de ce système de distribution des lo-
gements sociaux à Marseille depuis les
années 1980 ? L?enquête y répond en
ré-inscrivant la question du clientélisme
dans une perspective de sociologie plus
générale. Le clientélisme est un système
de croyances qui cadre les rapports po-
pulaires aux administrations et les rap-
ports sociaux localisés. Ce cadre peut
fonctionner en partie indépendamment
de sa capacité distributive effective.
Les espaces-temps d?attente sont donc
une entrée déterminante pour le saisir,
parce qu?il opère en grande partie par
voie de promesse. Il reste que la thèse
démontre, aussi, que le clientélisme
continue de distribuer effectivement
certains biens publics : dans les espaces
relégués par la ségrégation socio-spa-
tiale. Un résultat qui a amené l?auteur à
déplacer doublement les frontières de la
littérature française sur le clientélisme.
Dans l?espace des rapports sociaux tout
d?abord : l?enquête invite à passer de
l?analyse d?une forme d?intermédiation
d?hommes de classe moyenne blanche,
à celle d?une intermédiation incarnée
par des femmes issues des strates les
plus précaires des classes populaires.
Dans le champ organisationnel ensuite:
cette thèse montre que l?intermédia-
tion clientélaire se joue au street-level
des organisations du logement social.
Ce qui s?y échange relève moins d?une
monnaie électorale, que gestionnaire.
À ce niveau, le clientélisme est à la fois
moins reproducteur de discriminations
macro-sociales que les guichets statu-
taires, mais plus reproducteur de hiérar-
chisations locales. La thèse décrit en ef-
45PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
qu?ils sont une ressource pour les gou-
vernants. Leur accès d?insider au « texte
caché » (Scott, 2009) des subalternes
leur permet de déjouer les ruses des
administrés, ou encore de réprimer des
mobilisations contestataires par l?arme
des rumeurs. Mais c?est aussi ce qui fait
la précarité irréductible de leur place : ils
doivent, constamment, prouver des allé-
geances contradictoires. Ce résultat per-
met de discuter les travaux qui analysent
l?encadrement des classes populaires en
termes d?institutionnalisation, de coop-
tation ou d?incorporation de membres
des classes populaires au groupe des
gouvernants.
Enfin, la thèse s?intéresse à la non-régula-
tion de certaines pratiques clientélaires
par l?État. Le clientélisme est souvent
décrit comme un système micro-local
et informel de domination rapprochée.
Charles Reveillere amène à discuter cette
représentation. Tout d?abord, il montre
les conditions de production nationales
d?un monopole clientélaire local. Celles-
ci sont à chercher dans les transforma-
tions du gouvernement des mondes as-
sociatifs (par les labels notamment), et
dans la construction d?alliances larges,
qui s?étendent parfois d?une association
de quartier à des ministères, en passant
par différents services de l?État local et
des collectivités territoriales. De plus, la
thèse montre que le clientélisme est loin
d?être un système informel. L?intermé-
diation clientélaire produit des règles,
et l?analyse processuelle permet de voir
ce qu?il se passe quand ces règles en ren-
contrent d?autres, produites à d?autres
niveaux. L?analyse du clientélisme fournit
ainsi une entrée privilégiée dans l?analyse
des rapports entre droit, État et (non-)ré-
gulation. Elle permet d?observer ce qu?il
se passe, lorsque l?idéal d?une action pu-
fet un système où un groupe de femmes
majoritairement racisées et sans emploi
bénéficient de la promesse d?un accès
privilégié à des biens, alors qu?elles sont
habituellement triplement discriminées
aux guichets du logement social. Leurs
pratiques définissent les frontières d?un
entre-soi, et leur permettent de choisir
collectivement leurs futures voisines en
sélectionnant parmi les actuelles : elles
se distinguent en tant que locataires
«respectables » ou « tranquilles », vis-à-
vis d?autres locataires tenus à distance
de ce mode de distribution. Cette thèse
montre ainsi comment certaines formes
localisées de production des droits dé-
placent les inégalités d?accès et de trai-
tement des usagers. L?atténuation des
discriminations macro-sociales et de la
violence symbolique souvent observées
au guichet se fait au prix d?une repro-
duction de certaines formes de hiérar-
chisation locales et d?un renforcement
des clivages dans le voisinage, au point
de produire des controverses dans les-
quelles s?expriment les conceptions de
ce à quoi chacune devrait « avoir droit ».
Par ailleurs, la thèse investigue le lien
entre intermédiation clientélaire et rap-
ports de pouvoir (maintien de la paix
sociale). Le clientélisme a certes cer-
taines vertus redistributives. Mais cela
n?empêche pas qu?il soit un levier déter-
minant de maintien de la paix sociale :
les intermédiaires clientélaires suggèrent
aux habitants que leur déférence sera
rétribuée. Autrement dit, les biens s?é-
changent contre de la discipline. Doit-
on en conclure que les notables clien-
télaires sont du côté des gouvernants?
La thèse propose une réponse plus com-
plexe. Elle montre que c?est parce que
les notables clientélaires continuent à
faire partie du groupe des gouvernés,
46 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
blique territorialisée est mis à l?épreuve
par l?appropriation clientélaire d?un dis-
positif de distribution d?un bien public
(relogements dans le parc social). L?iden-
tité professionnelle des intervenants so-
ciaux est tiraillée, entre les deux pôles
de la controverse qui travaille l?État so-
cial depuis les années 1980 : d?un côté
l?idéal d?intervention sociale qui cherche
à « faire avec » les acteurs locaux, de
l?autre celui d?un État providence univer-
saliste. Malgré les dénonciations en illé-
galité formulées par un ensemble d?entre
eux à l?égard des règles de relogement
en vigueur dans un quartier, celles-ci ne
sont cependant pas remises en cause
par les institutions publiques partenaires
du projet. L?analyse de ces mécanismes
produit un résultat déterminant pour
comprendre les mécanismes explicatifs
de la non-régulation, par l?État, de pra-
tiques discriminatoires en vigueur au
sein d?organisations publiques. La thèse
montre que les interprétation des règle-
ments nationaux peuvent faire l?objet de
négociations entre institutions, quitte à
ce que les agents de l?État accordent un
laissez-passer diplomatique à certaines
organisations, dans le cadre d?un jeu de
concessions et d?obligations mutuelles.
À Marseille, les agents de l?État décident
de ne pas sanctionner les pratiques d?un
organisme HLM, parce qu?il est rattaché
à une collectivité territoriale de tutelle
avec laquelle ils négocient en vue de la
construction future d?une gouvernance
47PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Habitants d?un quartier en attente de rénovation urbaine © Laurent Mignaux| Terra
48 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
métropolitaine de la rénovation urbaine.
L?ambigüité du droit, ici de la notion de
« mixité sociale », est alors mobilisée
comme une ressource dans les négo-
ciations diplomatiques entre État et
territoires. Elle permet au premier d?af-
ficher des objectifs ambitieux, sans pour
autant contraindre trop rigoureusement
les seconds, dont l?État souhaite obtenir
l?engagement dans ses politiques, et avec
qui ses agents négocient discrètement
des laissez-passer. Ce résultat prolonge
des travaux américains sur la (non-)régu-
lation des pratiques discriminatoires des
entreprises par les autorités publiques
(Edelman, 2016). La thèse propose non
seulement d?importer cette littérature
contemporaine pour mieux comprendre
la perpétuation de pratiques discrimina-
toires en France, mais elle permet aus-
si de la renouveler en investiguant une
forme souvent suspectée, mais rare-
ment documentée, de contournement
des obligations juridiques : celle qui
passe par des formes discrètes de négo-
ciation, observées grâce à l?immersion
de long cours dans le tissu relationnel
des acteurs institutionnels.
Au final, la thèse de Charles Reveillere
contribue notamment au débat public
sur la rénovation urbaine, en mettant en
lumière des effets du gouvernement par
projet, souvent passés sous les radars.
Qu?il s?agisse des rapports d?évaluation
ou des articles de presse, les projets sont
souvent jugés à l?aune d?une comparai-
son entre l?avant et l?après rénovation
urbaine. Ce prisme tend à occulter que
l?avant était souvent déjà, en grande
partie, dégradé par la mise en attente
de la gestion courante induite par la
projection d?une rénovation à venir.
Cette thèse interroge donc un mode de
gouvernement par projet des villes qui
tend à orienter les financements vers les
opérations de démolition-reconstruc-
tion de grande ampleur, plutôt que vers
la gestion du quotidien et de l?existant.
Elle fournit des ressources non seule-
ment pour analyser de manière critique
la production de la « dégradation », du
«déclin » et de « l?urgence » qui justifient
parfois les opérations de rénovation ur-
baine, mais aussi pour nourrir la discus-
sion critique autour du bilan écologique
de ce mode de gouvernement des villes.
NOTE
1 Les Maîtrises d?OEuvre Urbaine et Sociale (MOUS)
sont des dispositifs départementaux ayant pour
objectif de promouvoir l?accès au logement des
personnes et familles défavorisées, dans des si-
tuations très diverses (MOUS relogement, MOUS
projets, MOUS insalubrité, etc).
GILBERT P. (2014), Les classes populaires
à l?épreuve de la rénovation urbaine.
Transformations spatiales et changement
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49PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
S?il fallait retenir une ou deux idées,
résultats de votre thèse, ce serait...
J?ai cherché, dans cette thèse, à com-
prendre comment les personnes trans ?
qui changent de genre au cours de leur
vie ? se fraient un accès aux villes et à
leurs ressources, c?est-à-dire à des terri-
toires dont les pratiques et représenta-
tions sont fortement genrées.
Un premier résultat mis en lumière par
ma thèse est celui qui lui a donné son
titre. Les discriminations rencontrées
par les personnes trans sont caractéri-
sées par leurs dimensions géographiques
complexes voire contradictoires. Une
transition de genre est parfois visible,
parfois non, selon les personnes auprès
de qui l?on se présente : dans son quartier
d?origine, fréquenté par d?ancien.ne.s ca-
marades de classe ou par des connais-
sances de longue date, il est par exemple
difficile de cacher une transition, tandis
qu?il peut être facile de se présenter
auprès de personnes inconnues dans
le genre de destination du parcours de
transition. Auprès d?une administration,
une transition peut être également ren-
due plus ou moins visible selon les actes
de transition administrative, sociale et
médicale engagés par la personne? qui
dépendent bien entendu de l?accessi-
bilité des parcours de transition. Dans
ce cadre, le « placard trans » est parti-
culièrement complexe : il peut exclure
de quartiers connus et fréquentés de-
puis longtemps, de certains services ou
de certains commerces, ou au contraire
enfermer, cantonner, dans l?espace do-
mestique ou d?autres lieux rassurants et
appropriés. C?est afin de naviguer dans
les dimensions territoriales complexes
du placard trans que les personnes
trans s?approprient des escales au sein
des villes. Ces lieux accueillants et pour-
voyeurs de ressources ? commerces,
parcs, lieux d?étude, domiciles d?amis,
etc. ? sont le support de leurs mobilités
et permettent une appropriation pro-
gressive des espaces publics urbains.
Milan BONTÉ
IN
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L
20
23
50 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Négocier la ville en escales.
Les espaces publics au prisme des
expériences trans à Paris, Rennes et
Londres
Un second résultat vient parler de ce que
les vécus trans disent sur la ville et ses es-
paces publics. Une idée reçue largement
répandue par la culture LGBTI est celle
que les villes sont accueillantes et éman-
cipatrices pour les minorités sexuelles
et de genre. Grâce à l?exploitation sta-
tistique de bases de questionnaires pas-
sés en France et au Royaume-Uni, cette
thèse montre qu?au contraire de ce que
l?on pourrait penser, les personnes trans
sont plus exposées aux violences phy-
siques et sexuelles en ville que dans les
espaces ruraux ou périurbains. Pourtant,
les participant.e.s à cette recherche, qui
ont en majorité vécu une migration rési-
dentielle d?un espace rural ou peu dense
vers une métropole, déclarent que ce
déplacement vers la ville enquêtée a été
libérateur dans leur parcours personnel.
En me questionnant sur les aspects ma-
tériels et immatériels de ces trajectoires
d?émancipation, j?ai pu montrer ce qui
rend réellement la migration vers une
ville intéressante pour les personnes
trans. L?importance des ressources col-
lectives, médicales ou associatives dans
les premières années de transition est
ainsi mis en valeur. Toutefois, cette re-
cherche tend à minorer le rôle joué par
la ville en elle-même dans ces possibili-
tés d?émancipation, pour mettre davan-
tage en lumière celui, plus simple, de la
migration résidentielle : pour une per-
sonne trans, quitter le domicile familial
et le cercle social dans lequel on a gran-
di, représente en soi un bol d?air frais, car
changer de genre est rarement discret.
Il reste à présent à se questionner sur
la proximité des vécus trans à ceux des
autres personnes LGBTI : les villes sont-
elles rendues attractives aux personnes
gays et lesbiennes pour les mêmes rai-
sons ?
Comment celles et ceux qui
gouvernent et/ou font la ville
pourraient se saisir de vos travaux ?
Je n?ai pas pensé cette thèse en fonction
des besoins du secteur opérationnel.
Deux éléments peuvent toutefois inté-
resser celles et ceux qui font et gèrent la
ville.
D?abord, ce travail éclaire la manière
dont des populations minoritaires « font
avec » la normativité de l?aménagement
et de la gestion des villes. L?enquête
montre que, bien que les personnes
trans soient plus exposées aux violences
physiques et sexuelles en ville que dans
des espaces ruraux ou périurbains, la mi-
gration résidentielle vers une métropole
représente une possibilité d?émancipa-
tion. En effet, les villes offrent un certain
nombre de ressources essentielles aux
personnes trans, en particulier médi-
cales et associatives. Ces territoires sont
toutefois fortement normés, à la fois
par leurs usages et par l?action des poli-
tiques locales. Ce savoir peut permettre
aux gestionnaires des villes une meilleure
prise en compte des besoins des minori-
tés dans l?aménagement, à la fois dans le
cadre de la prise en compte de besoins
spécifiques et dans celui de la gestion
des normativités de classe, genre et race.
Ensuite, ce travail porte à plusieurs re-
prises sur les interactions entre associa-
tions trans et pouvoirs publics locaux.
A ce titre, il éclaire les enjeux des né-
gociations pour l?accès à certains équi-
pements publics comme les piscines
municipales, à propos desquelles les
mécanismes de l?obtention de créneaux
réservés aux personnes trans fait l?ob-
jet d?une étude de cas comparée entre
Rennes, Paris et Londres. La comparai-
son entre trois traditions de gestion des
51PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
normés et gérés pour une majorité. Je
me suis ensuite concentré sur les vécus
trans, d?abord, car il s?agissait à l?époque
d?un sujet nouveau dans la géographie
francophone, qui méritait d?être défri-
ché, ensuite, car la transition de genre
offre une importante portée heuris-
tique aux recherches : il s?agit d?étudier
les interactions entre une population
qui change au cours de sa vie, et des
normes spatiales, sociales, politiques,
qui ne prennent pas en compte le chan-
gement. Je trouve cela passionnant.
Qu?est-ce-qui vous a motivé pour
vous tourner vers la recherche ?
Racontez-nous votre parcours...
Je ne me suis pas tourné initialement vers
la recherche, bien au contraire. Lorsque
j?ai candidaté au magistère d?urbanisme
de l?université Paris 1, à la fin de ma L2
de géographie, j?ai affirmé avec aplomb
au jury de recrutement que je souhaitais
rejoindre une formation professionnali-
sante le plus rapidement possible, avec
pour objectif d?exercer en tant qu?urba-
niste dans une collectivité territoriale.
Mais après avoir travaillé deux années de
suite sur la prévention du risque d?inon-
dation, d?abord dans le cadre d?un stage
de L3 à la Métropole de Montpellier, puis
d?un mémoire de M1 sur les liens entre
classe sociale et vulnérabilité aux risques,
j?ai compris qu?il était possible de faire
de la recherche au sujet des politiques
locales et en lien étroit avec le secteur
opérationnel. Je me suis tourné plus tard
vers la question des minorités, mais ces
premières expériences épanouissantes
m?avaient déjà permis de développer
mon intérêt pour la recherche.
discriminations par les politiques locales
peut permettre aux acteurs et actrices
de l?aménagement une prise de recul
pour alimenter les processus décision-
nels. Cette étude de cas permet égale-
ment de comprendre qu?outre l?accès
effectif aux piscines, la prise en compte
d?une difficulté par les gestionnaires
politiques et techniques des villes re-
présente un fort enjeu symbolique pour
les minorités. Prendre en compte les
besoins d?une population minoritaire,
c?est, à toutes les échelles politiques, lui
accorder le statut d?être humain.
Comment en êtes-vous venu à choisir
ce sujet de thèse ?
Dès ma licence de géographie, j?ai porté
un fort intérêt aux approches sociales
de l?aménagement. J?aimais me saisir
de tous les sujets que nous étions ame-
né.e.s à étudier pour les réexaminer sous
l?angle des inégalités : j?ai ainsi travaillé
à de nombreuses occasions sur la ques-
tion des inégalités socio-spatiales face à
la vulnérabilité aux risques naturels.
En master 1, alors que je préparais un
mémoire sur la classe sociale et la vulné-
rabilité au risque d?inondation à Mont-
pellier (Hérault) et à Leeds (Yorkshire),
notre enseignante de sociologie urbaine
nous a demandé de réaliser un état de
l?art sur le sujet de notre choix. Pour me
changer les idées et par curiosité person-
nelle, j?ai lu sur les géographies du genre
et des sexualités. Au fil de mes lectures,
j?ai réalisé que les vécus trans étaient
très peu étudiés en géographie, ou plus
largement, en rapport avec l?espace :
c?est ainsi que j?ai investi de nouvelles
questions de recherches, comme celle
de la marginalisation, des altérités et des
vécus minoritaires au sein de territoires
52 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
53PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Quels conseils pourriez-vous
donner aux générations prochaines
qui souhaiteraient se tourner vers la
recherche ?
La recherche peut être un travail aussi
stimulant que solitaire et éreintant. Il
existe beaucoup de manières de vivre
heureux et la recherche n?est pas une
voie plus fiable qu?une autre. Mais ef-
fectuée dans de bonnes conditions ma-
térielles, il s?agit d?une perspective épa-
nouissante. Je conseillerais aux futur.e.s
chercheurs.ses de ne se tourner vers la
recherche que lorsque cela ne repré-
sente pas de sacrifice dans leur parcours
professionnel ou personnel : un contrat
de travail, une équipe de recherche po-
sitive et vivante, des encadrant.e.s et
collègues prêt.e.s à vous accompagner
dans vos premiers pas ainsi qu?un labo-
ratoire support sur le plan matériel sont
autant d?éléments indispensables à ces
perspectives heureuses.
Que représente ce prix pour vous ?
Pourquoi avoir candidaté ?
Ce prix de thèse représente une recon-
naissance institutionnelle, à la fois dans
le champ de la recherche et aux côtés
de l?opérationnel, de l?importance de
l?approche sociale des villes et de leur
gestion par les politiques locales. Les re-
cherches sur les minorités, par exemple
les populations LGBTI, sont souvent
reléguées et séparées des objets de re-
cherche classiques en urbanisme ou
en géographie : on reproche aux cher-
cheurs.ses qui portent ces objets de ne
pas s?intéresser à la « population géné-
rale », ou bien on les cantonne à ces
questions minoritaires, sans chercher
à savoir ce qu?ils et elles apportent aux
connaissances sur nos objets d?intérêt
collectif comme les villes, l?aménage-
ment du territoire ou les politiques lo-
cales. Pour moi, ce prix de thèse est une
reconnaissance du fait que mon travail
de thèse, mené par le prisme des vécus
trans, porte aussi sur la ville. J?ai candi-
daté à ce prix en espérant contribuer à
réconcilier les recherches sur la ville et sa
gestion, avec celles sur les populations
minoritaires.
Et maintenant quelles perspectives ?
Au risque de décevoir les membres du
jury, je m?écarte actuellement de la
question des villes pour enquêter sur
les territoires ruraux, périphérisés, mar-
ginalisés ou en décroissance. Je suis ac-
tuellement postdoctorant à l?université
de Reims ? Champagne Ardennes, où je
travaille sur les trajectoires résidentielles
des personnes LGBTI originaires des es-
paces périphérisés de la région Grand-
Est. Au sein de l?équipe, nous cherchons
à comparer les dimensions matérielles
et immatérielles de ces trajectoires,
entre celles des personnes qui restent
vivre dans ces espaces marginalisés, et
celles des personnes qui migrent vers
une métropole. Ce projet prend place,
de manière plus large, dans une réflexion
collective menée au sein de la commis-
sion de géographie féministe du CNFG
sur les liens entre marginalisations so-
ciales et marginalisations spatiales.
M ilan Bonté étudie dans sa thèse
les logiques de construction
des normes de genre dans les
espaces publics de villes d?Europe de
l?Ouest au prisme des parcours de tran-
sition de genre. Les espaces publics sont
des lieux de renforcement des rapports
sociaux de genre, classe et race. En
ce sens, ils sont normés et normatifs.
Cette recherche étudie l?évolution des
pratiques, représentations et stratégies
d?accès ou d?appropriation des espaces
publics par les personnes trans au cours
de leur trajectoire de changement de
genre. Elle interroge autant les processus
de socialisation genrée et minoritaire aux
espaces publics métropolitains, que les
espaces publics en tant qu?objet d?étude
en géographie ou comme espace pensé
et travaillé par les politiques locales.
ÉTUDIER LES ESPACES PUBLICS
DU QUOTIDIEN: ENTRE
APPROPRIATION ET RAPPORTS DE
POUVOIR
Dans cette thèse, les espaces publics
sont considérés selon trois dimensions.
D?abord, en tant qu?objet géographique
et échelle d?interprétation, les espaces
publics sont les lieux de la vie quoti-
dienne (Pecqueux, 2018). Milan Bonté
s?intéresse dans sa thèse aux méca-
nismes de reproduction des rapports de
domination les plus ordinaires et bana-
lisés. Ensuite, comme lieux gérés, imagi-
nés, fréquentés, appropriés, ils sont alors
le support et l?outil du renforcement des
rapports de pouvoir (Clerval et al., 2019 ;
Mitchell, 2003). Milan Bonté propose de
Mots-clefs : espaces publics ; genre ; sexualités ; personnes trans ; politiques locales ;
rapports de domination ; méthodes participatives.
LA
T
H
ÈS
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PR
IM
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R
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U
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É
NÉGOCIER LA VILLE EN ESCALES.
LES ESPACES PUBLICS AU PRISME DES
EXPÉRIENCES TRANS À PARIS, RENNES
ET LONDRES
Thèse de doctorat en géographie,
soutenue à l?Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
sous la direction de Nadine CATTAN
54 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
mettre en lumière les mécanismes qui
poussent les pouvoirs publics locaux à
créer et entretenir la subalternité d?un
groupe social marginalisé. Enfin, les es-
paces publics sont considérés dans ce
travail pour ce qu?ils sont, c?est-à-dire
les lieux de la reproduction des rap-
ports de domination, en fonction de
ce qu?ils devraient être, c?est-à-dire des
lieux librement accessibles au public. La
confrontation entre cet idéal-type et la
réalité observée sur le terrain permet de
mettre en lumière les mécanismes qui
sous-tendent les dimensions spatiales
des rapports sociaux (Flyvbjerg, 1998 ;
Fraser, 1990).
Dans ce cadre, la comparaison des villes
de Paris, Rennes et Londres et de leurs
périphéries permet de porter le regard
sur une grande variété d?espaces publics
qui font partie des lieux ordinaires, du
quotidien des participant.e.s à cette
thèse. Des espaces publics londoniens
caractéristiques du capitalisme urbain
et des dynamiques contemporaines de
privatisation, à la mise en tourisme des
espaces publics et des commerces des
quartiers centraux parisiens, jusqu?à la
saisonnalité des migrations étudiantes
caractérisant les lieux publics du centre
de la ville moyenne de Rennes, ces trois
terrains et leurs périphéries offrent une
grande variété d?éclairages sur les spatia-
lités de la vie quotidienne.
C?est également par les politiques lo-
cales que se distinguent ces terrains, en
particulier du point de vue de la lutte
contre les discriminations et le traite-
ment de l?accès aux espaces publics.
La comparaison de l?universalisme à la
française, entre sa déclinaison dans une
ville universitaire moyenne et dans une
capitale qui se raconte « ville phare de
l?inclusion et de la diversité », avec le
particularisme britannique pris dans le
contexte londonien dont les représen-
tant.e.s politiques promeuvent « l?unité
dans la diversité », permet l?analyse des
mécanismes politiques qui mènent à la
marginalisation des populations minori-
taires et à la reproduction de l?ordre so-
cial dominant dans les espaces publics
métropolitains. Les expériences des per-
sonnes trans dans ces trois villes mettent
en lumière les normativités des espaces
publics dans leur diversité.
PENSER LA NORMATIVITÉ DES
ESPACES PUBLICS ET DES MOBILITÉS
GRÂCE AU CHANGEMENT DE
GENRE
Les recherches sur le genre, les sexualités
et les espaces publics ont montré que
les pratiques, représentations et straté-
gies d?accès ? ou d?appropriation ? des
espaces publics sont fortement genrées.
Les pratiques et représentations fémi-
nines des espaces publics sont marquées
par les peurs (Lieber, 2008) et l?assigna-
tion au travail domestique (Chabaud-Ry-
chter et al., 1985 ; Coutras, 1996). À l?in-
verse, les hommes semblent jouir d?un
accès généralisé et non contraint aux es-
paces publics (Calogirou, Touché, 2000 ;
Day, 2001). Ces pratiques et représenta-
tions différenciées sont en outre enca-
drées et encouragées par des politiques
publiques de construction, gestion et
animation des espaces publics insidieu-
sement genrées (Biarrotte, 2021 ; Doan,
2011).
Cette thèse propose de mobiliser la
transition des personnes trans comme
une forme de mobilité sociale de genre
(Beaubatie, 2019), pour mieux com-
55PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Toutefois, si ce protocole d?enquête
ambitieux a permis la récolte de maté-
riaux précieux et inédits, il a également
été l?objet d?une réitération des vio-
lences vécues au quotidien sur les par-
ticipant.e.s qui en sont victimes. Cette
thèse propose ainsi une réflexion pous-
sée sur les conditions de production de
la recherche en terrain sensible et mino-
ritaire.
Les résultats soulevés par cette re-
cherche sont lisibles à trois échelles
d?appréhension des espaces publics
et de leurs normes. Un premier volet
de résultats porte sur les mécanismes
de socialisation aux normes de genre
dans les espaces publics : il décrit des
formes d?incorporation de pratiques et
représentations qui se jouent à l?échelle
individuelle, bien qu?elles soient gui-
dées par la position des individus dans
les rapports sociaux de genre, classe et
race. Un second volet porte sur la né-
gociation de l?accès à la ville et ses res-
sources à l?échelle des communautés
trans : l?attractivité des métropoles oc-
cidentales pour les personnes trans est
questionnée à la lumière des ressources
mises à disposition par les associations,
et les processus de négociation entre
ces dernières et les représentant.e.s des
politiques locales sont analysés. Un troi-
sième volet porte enfin sur les stratégies
d?accès à la ville et ses ressources, cette
fois-ci à l?échelle d?espaces publics pen-
sés en réseau les uns avec les autres. En
explorant les métaphores spatiales du
placard et des escales, ce volet permet
de conceptualiser des stratégies de mise
en accessibilité des espaces publics mal-
gré les contraintes spatialement contra-
dictoires de la transphobie. Enfin, en
filigrane de l?ensemble de cette thèse,
la démarche de recherche est question-
prendre les mécanismes qui mènent à la
construction des normes de genre dans
les espaces publics. Il s?agit d?interroger
les pratiques, représentations et stra-
tégies des personnes trans dans les es-
paces publics à la lumière des transitions
de genre, en questionnant à la fois leurs
évolutions au cours des changements de
genre et les processus de négociations
de ces pratiques, en tant que population
minoritaire.
DES MÉTHODES MIXTES AU SERVICE
D?UN TERRAIN SENSIBLE
Milan Bonté mobilise trois méthodes
pour sa recherche, mixtes et com-
plémentaires. Le corpus principal est
composé d?une enquête ethnogra-
phique participative menée à Londres
(Royaume-Uni), Paris et Rennes (France).
Il est composé d?entretiens biogra-
phiques et de journaux de bord des
pratiques des espaces publics tenus
par une trentaine de participant.e.s. Le
second corpus est tiré d?une investiga-
tion des politiques publiques locales et
des négociations entre communautés
trans, pouvoirs publics et gestionnaires
d?équipements sportifs et médicaux.
Il se compose d?une série d?entretiens
menés avec des représentant.e.s asso-
ciatifs.ves et des agent.e.s et élu.e.s des
collectivités locales, et est complété
par une observation participante des
interactions entre associations trans et
pouvoirs publics locaux. Enfin, ces maté-
riaux qualitatifs sont analysés au regard
de l?exploitation de deux enquêtes par
questionnaire, le « National LGBT Sur-
vey » commandé par le gouvernement
du Royaume-Uni et l?enquête « Trans et
transports » menée par l?association pa-
risienne FéminiCités (figure 1).
56 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
57PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 1. Planche récapitulative des méthodes utilisées dans la thèse, 2022 © Milan Bonté
l?exposition au harcèlement de rue, des
pratiques féminines ou masculines des
espaces publics ainsi que les représen-
tations qui y sont associées. Cette thèse
les interroge et met ainsi en lumière les
mécanismes par lesquels se construisent
les normes, en particulier de genre, dans
les espaces publics occidentaux.
En particulier, Milan Bonté montre le rôle
des violences masculines dans la sociali-
sation de genre aux espaces publics. Les
femmes trans, dès le début de leur tran-
sition, sont exposées à un fort niveau
de violence, notamment par le biais du
harcèlement de rue. A titre d?exemple,
la carte présentée en figure 2, réalisée
après une promenade d?une dizaine de
minutes en compagnie de l?une des par-
ticipantes à l?enquête, illustre bien ce
fort degré d?exposition à la violence.
Cette exposition soudaine aux violences
masculines pousse les femmes trans à in-
térioriser de nouvelles peurs ? que l?on
née, en particulier le recours aux mé-
thodes participatives dans le contexte
financier et temporel de la thèse de
doctorat.
COMPRENDRE LA SOCIALISATION
GENRÉE AUX ESPACES PUBLICS
GRÂCE AU VÉCU DES PERSONNES
TRANS
D?abord, la mobilité sociale de genre qui
caractérise les parcours trans est mobi-
lisée pour comprendre les mécanismes
de socialisation genrée aux espaces pu-
blics. L?évolution des personnes trans
au sein des catégories de genre se tra-
duit par un ensemble de processus de
resocialisation, à l?âge adulte, à de nou-
velles pratiques des espaces publics. Les
hommes et femmes trans, au fur et à
mesure de l?avancée de leur transition,
réincorporent, notamment par le biais
d?une baisse ou d?une augmentation de
58 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 2. Carte des interactions indésirables reçues lors d?une promenade commentée, 2019 © Milan
Bonté
peut qualifier de féminines ? et ainsi, des
pratiques d?évitement, de contourne-
ment ou des stratégies d?autodéfense.
Ce niveau de violence ne s?estompe
que lorsque la personne adopte une
position, des pratiques et des représen-
tations féminines des espaces publics?
c?est-à-dire subordonnées aux hommes.
Aussi, si les hommes trans vivent une
masculinisation de leurs pratiques et re-
présentations suite à une baisse progres-
sive de l?exposition aux violences mascu-
lines, une certaine persistance des peurs
est observée : cela informe sur le pouvoir
socialisateur des violences masculines
sur le long terme. Enfin, l?étude des tra-
jectoires des hommes trans non-blancs,
précaires ou en situation de handicap
pousse à envisager, plutôt qu?une socia-
lisation féminine et une autre masculine,
une socialisation dominante face à un
ensemble de socialisations minoritaires.
En ce sens, les espaces publics sont les
lieux de la production et de la reproduc-
tion de l?ordre social, genré, mais aussi
de classe et de race.
NÉGOCIER SA PLACE EN TANT QUE
COMMUNAUTÉ : DES RESSOURCES
INÉGALEMENT ACCESSIBLES DANS
DES VILLES-REFUGES, IDÉALISÉES
Milan Bonté interroge plus largement
dans sa thèse le rapport d?une popula-
tion minoritaire aux villes occidentales
et à leurs espaces publics, dans la dimen-
sion matérielle de l?accès aux ressources,
comme idéelle des représentations.
D?abord, en questionnant la relation des
individus aux ressources administratives,
médicales et sociales qui sont mises à
leur disposition par la présence com-
munautaire dans les trois villes étudiées,
la thèse montre que si ces ressources
rendent les villes attractives, elles sont en
réalité saisies de manière très disparate
parmi les personnes trans, voire totale-
ment ignorées. Ce rapport ambigu à l?at-
tractivité des villes pour cette minorité
est confirmé par les statistiques. Dans les
deux enquêtes exploitées, les violences
transphobes physiques et sexuelles sont
surreprésentées dans les villes, en parti-
culier les métropoles. Ces violences sont
d?ailleurs l?objet d?une communication
importante de la part des associations
(voir par exemple figure 3). Pourtant, les
personnes enquêtées, pour la plupart
originaires d?espaces ruraux, périurbains
ou encore de petites villes, témoignent
toutes avoir été attirées par la métro-
pole dans laquelle elles vivent pour ses
ressources, et s?y sentir particulièrement
mieux que dans leur territoire d?origine.
C?est pour mieux comprendre les enjeux
de ce décalage entre des représenta-
tions presque idéalisées des métropoles
et une réalité davantage marquée par
les violences et l?inaccessibilité des res-
sources communautaires que le rapport
aux différents espaces de vie ? quartier,
lieu de travail, ville de naissance, ville de
résidence ? et aux lieux de différentes
densités ? espaces ruraux, urbains, pé-
riurbains ? est étudié. À la lumière de
la rupture biographique provoquée par
le changement de genre, la migration
des personnes trans vers les villes prend
tout son sens : il ne s?agit pas seulement
d?aller vers la ville et ses ressources, mais
aussi et surtout, de quitter un cadre fa-
milial et scolaire contraignant. Cela per-
met de mieux comprendre l?attractivité
supposée des métropoles pour les mino-
rités sexuelles et de genre : en plus d?être
des lieux pourvoyeurs de ressources,
notamment communautaires et mé-
dicales, elles sont aussi souvent la pre-
59PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
time des espaces publics. Elle met ainsi
en lumière la manière dont se profile
un ensemble d?usager.es illégitimes des
espaces publics des métropoles occi-
dentales. Pour les représentant.e.s des
communautés trans, revendiquer le
droit d?accéder librement aux espaces
publics est une manière de faire valoir
leur statut d?être humain. Les acteurs.
rices, élu.e.s et gestionnaires des équi-
pements publics mobilisent quant à
elles-eux alternativement la notion
d?«espace public» pour justifier l?inclu-
sion ou l?exclusion des personnes trans.
Certain.e.s soutiennent l?aménagement
de l?accès des piscines aux associations
trans au nom d?un idéal d?accessibilité
mière étape d?une trajectoire migratoire
émancipatrice. En quittant le domicile
familial pour étudier ou travailler en ville,
les personnes trans s?en émancipent.
Ensuite, la position subalterne de cette
population est interrogée pour com-
prendre son exclusion dans les discours
et prises de décision politiques, natio-
naux et locaux. En se fondant sur une
étude de cas comparative entre Paris,
Rennes et Londres des négociations
entre associations trans et pouvoirs
publics locaux pour l?ouverture de cré-
neaux réservés aux personnes trans dans
les piscines municipales, cette recherche
apporte des éléments de compréhen-
sion pour saisir le profil de l?usager légi-
60 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 3. Pancarte brandie lors de la marche des fiertés de Rennes, par un.e membre de l?association
Iskis, centre LGBTI d?Ille-et-Vilaine, 2019 © Milan Bonté
61PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 4. Marques de visibilité renforçant un sentiment d?acceptation, des pouvoirs publics locaux aux
associations, 2022 © Milan Bonté
par le prisme du parcours biographique
est pour le moment absente de la litté-
rature scientifique.
Afin de comprendre en finesse ces
mécanismes d?exclusion, cette thèse
s?approprie deux métaphores géogra-
phiques ? celle du placard et celle des
escales ? et utilise leur portée allégorique
pour les illustrer, malgré les difficultés à
conceptualiser des phénomènes spa-
tiaux complexes. On observe alors que
les dimensions excluante et enfermante
spécifiques au placard trans poussent
les personnes trans à développer des
stratégies d?appropriation des espaces
publics inhabituelles.
La figure 5 montre l?influence de la com-
binaison de l?exclusion et de l?enferme-
ment du placard trans sur les pratiques
quotidiennes des espaces publics de
Ruth, étudiante londonienne. Tandis que
la transphobie contribue, de manière gé-
nérale et principalement par le biais du
harcèlement de rue, à cantonner Ruth
à une sphère domestique élargie à son
domicile et aux espaces publics de son
immédiate proximité (par exemple, la
bibliothèque municipale), elle l?exclut
aussi de certains quartiers et lieux dans
lesquels Ruth est connue : son univer-
sité, où elle peut être scrutée, et son
quartier de naissance (Hackney), où elle
risque d?être reconnue, par exemple par
d?ancien.ne.s camarades de classe. Les
spatialités de la transphobie imprègnent
de cette manière l?expérience que les
personnes trans font des métropoles et
de leurs espaces publics : tantôt exclues
et repoussées, tantôt incluses, mais can-
tonnées, elles doivent composer avec
ces contraintes pour accéder à la ville, à
ses espaces publics et à leurs ressources.
Afin de naviguer dans les espaces pu-
des espaces publics, qui doivent être se-
lon eux ouverts et accessibles à toutes
et tous. Dans le même temps, d?autres,
au nom de ce même idéal d?accessibi-
lité généralisée, refusent de passer par
ce qu?ils et elles considèrent comme
un traitement de faveur à l?égard d?une
communauté discriminée. Ainsi, un dé-
bat moral sur le sens des espaces publics
dans les sociétés occidentales remplace
progressivement la recherche de solu-
tions concrètes aux problèmes d?acces-
sibilité rencontrés au quotidien par les
personnes trans. Les mécanismes struc-
turels de mise à l?écart des populations
minoritaires des espaces publics sont
ainsi étudiés et expliqués.
UNE APPROPRIATION DE LA VILLE
PAR ESCALES POUR COMPOSER
AVEC LES SPATIALITÉS COMPLEXES
D?UN PLACARD TRANS
Envisagée dans ses dimensions spatiales,
l?exclusion des espaces publics ordinaires
que subissent individuellement et col-
lectivement les personnes trans apparaît
doublement complexe. Cette recherche
adresse cette complexité spatiale. La
transphobie, dans les espaces publics
de la vie quotidienne, comporte à la fois
des dimensions enfermantes ? elle can-
tonne à la sphère domestique ? et ex-
cluantes ? elle éloigne des lieux familiers,
scolaires ou fréquentés par le passé : ces
forces d?enfermement et d?exclusion ont
des effets contradictoires et peuvent
pourtant s?exercer dans les mêmes lieux.
Cela s?inscrit en fait dans une complexi-
té temporelle due à la trajectoire biogra-
phique de transition de genre : changer
de genre ne peut pas passer inaperçu
dans les lieux où l?on est connu.e. Cette
appréhension spatiale des LGBT-phobies
62 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
blics métropolitains malgré les pro-
cessus d?enfermement et d?exclusion
propres au placard trans, les personnes
trans s?approprient des lieux qui s?appa-
rentent à des escales dans leurs mobili-
tés quotidiennes (voir figures 6 et 7).
Rassurantes, pourvoyeuses de ressources
urbaines ou communautaires, ces escales
sont le support d?une appropriation des
espaces publics métropolitains au-delà
de la dichotomie entre ancrage et mobi-
lités. En fournissant ponctuellement des
ressources (communautaires, médicales
ou ordinaires) et en y assurant l?accès,
elles deviennent des points « sûrs » et
sont le support d?un accès aux espaces
publics à proximité. Elles sont également
les lieux de l?investissement d?une forme
de proximité sociale, qui vient rempla-
cer la proximité sociospatiale caractéris-
tique des processus habituels d?ancrage
local. Leur appropriation progressive
dans des espaces publics métropolitains
marqués par une transphobie complexe
et omniprésente en fait les supports
d?un « habiter polytopique » (Le Bigot,
2017 ; Stock, 2006), qui est autant le
support des mobilités quotidiennes des
personnes trans qu?une stratégie d?accès
à la ville et ses ressources. En multipliant
l?appropriation d?escales au sein des mé-
tropoles, les personnes trans s?assurent
un droit à la ville malgré les multiples
contraintes de la transphobie.
En ce sens, cette thèse propose une re-
lecture des dynamiques de marginali-
sation sociale et spatiale des minorités
sexuelles et de genre à la lumière de leurs
parcours biographiques. Elle offre ainsi
un éclairage original sur les mécanismes
63PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 5. Influence des différentes dimensions du placard dans les espaces du quotidien de Ruth, 21 ans,
étudiante, serveuse et travailleuse du sexe (Londres), 2019 © Milan Bonté
de socialisation genrée aux espaces pu-
blics des métropoles occidentales et aux
processus d?exclusion qui en découlent,
de l?échelle de la confrontation des in-
dividus aux normes sociales à celle de la
fabrique administrative et politique des
espaces publics urbains.
64 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 6. Rôle joué par les escales progressive-
ment appropriées par Ella, comme support de
ses mobilités quotidiennes, 2022 © Milan Bonté
Figure 7. Carte mentale des mobilités quotidiennes de Justine, 21 ans, ingénieure d?études, Rennes, 2019
© Milan Bonté
BIBLIOGRAPHIE
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skateboard : une pratique urbaine spor-
tive, ludique et de liberté », Hommes &
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lande et des hivernants au Maroc, Thèse
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biter poly-topique. Pratiquer les lieux
géographiques dans les sociétés à indivi-
dus mobiles », EspacesTemps.net.
65PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Jules BOILEAU pour sa thèse de doc-
torat en aménagement ?Planification
de l?aménagement des territoires et
intégration des enjeux écologiques :
améliorer l?application de la séquence
Éviter-Réduire-Compenser par la modé-
lisation écologique participative?, soute-
nue à l?Université Paul Valéry Montpellier
III, sous la direction de Sylvain PIOCH et
de Coralie CALVET.
Julie CARDI pour sa thèse de docto-
rat en aménagement ?Les nouveaux
quartiers du moustique tigre. Concep-
tion des espaces bâtis et prolifération
d?Aedes albopictus dans trois villes des
Bouches-du-Rhône : diagnostic et pré-
conisations?, soutenue à l?Université
Aix-Marseille, sous la direction de Jérôme
DUBOIS et de Cécilia CLAEYS.
Jeanne-Louise DESCHAMPS pour sa
thèse de doctorat en droit public
?Contribution juridique à l?intégration
de l?habitat participatif dans les poli-
tiques publiques?, soutenue à l?Universi-
té de Limoges, sous la direction de Jessi-
ca MAKOWIAK et de Séverine NADAUD.
Marine DUROS pour sa thèse de doc-
torat en sociologie ?L?édifice de la va-
leur. Sociologie de la financiarisation
de l?immobilier en France, de la fin des
années 1980 à 2019?, soutenue à l?École
des Hautes Études en Sciences Sociales,
sous la direction de Florence WEBER.
Louise HOMBERT pour sa thèse de doc-
torat en sciences sociales ?Des ?villes
refuges? ? Émergence et institutionnali-
sation de politiques municipales de ré-
ception des exilé.es. Les cas de Paris et
Barcelone?, soutenue à l?Université Pa-
ris-Dauphine, sous la direction d?Emma-
nuel HENRY.
Virginia LAGUIA pour sa thèse de doc-
torat en aménagement ?L?eau anthro-
pique. Urbanités hydrauliques. Cordoue,
La Havanne?, soutenue à l?Université
Paris 1 Panthéon-Sorbonne en cotutelle
avec l?Universidad de Sevilla, sous la di-
rection de Christian PEDELAHORE de
LODDIS et de Francisco GOMEZ DIAZ.
Alessandra MARCON pour sa thèse de
doctorat en urbanisme ?Déconstruire
les paradigmes des territoires productifs
contemporains. L?urbanisme de la petite
industrie et la petite agriculture dans
les cas du Bocage vendéen et du Val-de
Marne?, soutenue à l?Université Gustave
Eiffel en cotutelle avec l?Universita IUAV
di Venezia, sous la direction de Sébas-
tien MAROT et de Mara Chiara TOSI
Damien PETERMANN pour sa thèse
de doctorat en géographie ?L?image de
Lyon d?après les guides de voyage aux
XIXe et XXe siècles, une étonnante per-
manence?, soutenue à l?Université Jean
Moulin Lyon III, sous la direction de Ber-
nard GAUTHIEZ.
Robin PUCHACZEWSKI pour sa thèse
de doctorat en urbanisme et aména-
gement ?Observation, évaluation et fa-
brique des politiques cyclables à l?heure
du retour du vélo : le cas de l?aggloméra-
tion toulousaine?, soutenue à l?Universi-
té Toulouse II Jean Jaurès, sous la direc-
tion de Jean-Pierre WOLFF.
Tanaïs ROLLAND pour sa thèse de doc-
torat en philosophie ?Démocratie et
droit à l?oeuvre urbaine : perspectives
de philosophie politique pour un urba-
nisme profane?, soutenue à l?Université
Jean Moulin Lyon II, sous la direction de
Jean-Philippe PIERRON et de Sandra FIO-
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66 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
67PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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Marie-Eve SEVIGNY pour sa thèse de
doctorat en études littéraires ?Bipolari-
té d?une ville-récit : Québec dans le ro-
man québécois (1934-2008)?, soutenue à
l?Université du Québec à Montréal, sous
la direction de Lucie ROBERT et de Lucie
K. MORISSET.
Joana SISTERNAS TUSELL pour sa thèse
de doctorat en sociologie ?Chapéu Man-
gueira et ses mondes imbriqués : ethno-
graphie d?une favela ?pacifiée? ?, soutenue
à l?École des Hautes Études en Sciences
Sociales en cotutelle avec l?Universidade
Estadual do Rio de Janeiro, sous la direc-
tion de Daniel CEFAI et de Neiva VIEIRA
da CUNHA.
Pour lire les résumés
des thèses nommées,
flashez ce QR code
le Prix de Thèse sur la Ville a pour objet de récompenser les
meilleures thèses de doctorat soutenues en France ou à l?étran-
ger, rédigées en langue française, et traitant de la ville avec une
réflexion sur l?action et (ou) tournée vers l?action opération-
nelle.
COMITÉ D?ORGANISATION
Lionel MARTINS, PUCA
Christophe PERROCHEAU, PUCA
Marc DUMONT, APERAU
Juliette MAULAT, APERAU
Laurent COUDROY DE LILLE, APERAU
LE
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LA
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68 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
ORGANISÉ PAR LE PLAN URBANISME CONSTRUCTION
ARCHITECTURE (PUCA) ET L?ASSOCIATION POUR
LA PROMOTION DE L?ENSEIGNEMENT ET DE LA
RECHERCHE EN AMÉNAGEMENT ET URBANISME
(APERAU INTERNATIONALE),
Les disciplines candidates
2023 105
2022 146
2021 109
2020 83
2019 59
2018 58
2017 36
2016 64
2015 66
2014 66
2013 45
2012 50
2011 63
2010 38
2009 42
2008 45
2007 28
2006 45
Origine des thèses candidates
Établissements Île-de-France 52
dont cotutelle internationale 12
Établissements Province 44
dont cotutelle internationale 4
Établissements hors France 9
Le Prix de Thèse sur la Ville 2023 en chiffres
69PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Nombre de thèses
candidates
Terrains de thèses
France 59
Hors France 31
Comparaison France / hors France 15
Thèses Cifre
2023 15,24%
2022 15,17%
2021 11,93%
JOUBERT Michel, Université Paris 8
LACOUR Claude, Université de
Bordeaux
LE GOFF William, Fédération des
Offices Publics de l?Habitat
LEROUSSEAU Nicole, Université de
Tours
LORCERIE Françoise, Université
Aix-Marseille
MAILLERE Claude, Agence
d?urbanisme de Saint-Nazaire
MAISETTI Nicolas, GIP EPAU
MÉNARD François, PUCA
MICHEAU Michel, Sciences Po Paris
NOVARINA Gilles, ENSA Grenoble
SELIM Monique, CESSMA
SILLY Delphine, Ville de Lille
THIBAULT Serge, Université de Tours
TOBIN Lara, EPF Île-de-France
VOLKWEIN Magali, Devillers &
Associés
Présidente
LEVY-VROELANT Claire, Université
Paris 8
Membres
ALTABER Cécile, Auxilia Conseil
AUBERTEL Patrice, retraité PUCA
BACCAÏNI Brigitte, Inspection Géné-
rale de l?Environnement et du Déve-
loppement Durable
BERLAND-BERTHON Agnès, Université
de Bordeaux
BURGEL Guy, Université Paris Nanterre
DORMOIS Rémi, Saint Etienne Métro-
pole
DUBOIS-MAURY Jocelyne, Université
Paris Est Créteil
ESTEBE Philippe, Acadie
FOURCAUT Annie, Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne
GAY Georges, Université Saint-Etienne
GILLI Fréderic, Métropolitiques
GODILLON Sylvanie, Agence d?urba-
nisme de Lyon
GUIGOU Brigitte, Institut Paris Région
HAUMONT Bernard, ENSA Paris-Val de
Seine
JAILLET Marie-Christine, Université
Toulouse Jean Jaurès
Jury du Prix de Thèse sur la Ville 2023
70 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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Lauréats du Prix de Thèse sur la Ville
(2006-2023)
72 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Le Prix de Thèse sur la Ville (PTV) a été créé en 2006 par
l?APERAU, le Conseil Français des Urbanistes, le Centre
d?Études sur les Réseaux, les Transports, l?Urbanisme et les
constructions publiques et le Plan Urbanisme Construction
Architecture.
Ce Prix aspire à être une vitrine de la jeune recherche ur-
baine. Mais pas n?importe quelle recherche urbaine. Une
recherche urbaine si ce n?est opérationnelle, du moins
tournée vers l?action, utile à l?action, avec une réflexivité
sur/pour l?action. Car c?est bien là l?essence même de ce
concours, qui en fait son originalité, sa singularité. C?est
bien là l?esprit qui anime les débats passionnants au sein du
jury, qui le guide dans ses choix, d?abord des thèses nom-
mées, ensuite de thèses primées combinant excellence
scientifique et pertinence pour l?action.
Chaque année, le jury trouve, au fil des lectures des thèses
candidates, qui plus est des thèses sélectionnées, des pé-
pites pour l?action, des nouvelles façons de saisir les trans-
formations urbaines en cours, de nouvelles manières de
concevoir la ville, de faire société en ville. Plus d?un millier
de jeunes docteur.e.s ont candidaté au Prix de Thèse sur
la Ville depuis sa création ; 48 thèses ont été honorées :
18 ont reçu un Grand Prix et 30 un Prix Spécial. Qu?ils en
soient toutes et tous remerciés !
Lionel Martins,
Pour le comité d?organisation
Pour retrouver toutes les
éditions du Prix de thèse sur la
ville, flashez ce QR code
GRAND PRIX
Paul LECAT,
pour sa thèse de doctorat en histoire
?La fabrique d?un quartier ordinaire.
Le quartier de la Réunion entre Cha-
ronne et Paris des années 1830 aux
années 1930?, soutenue à l?Université
Gustave Eiffel, sous la direction de Fré-
deric MORET et de Charlotte VORMS
PRIX SPÉCIAUX
Marion CHAPOUTON,
pour sa thèse de doctorat en droit
public ?La ville durable au prisme du
droit?, soutenue à l?Université Paris II
Panthéon Assas, sous la direction de
Jacques CHEVALLIER
Mazen HAIDAR,
pour sa thèse de doctorat en archi-
tecture ?La réception et les pratiques
d?appropriation de l?immeuble rési-
dentiel ?moderne? à Beyrouth entre
1946 et 1990?, soutenue à l?Université
Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la di-
rection de Valérie NEGRE
Sarra KASRI,
pour sa thèse de doctorat en architec-
ture ?L?architecture comme marqueur
de risque, au risque des temporalités
urbaines?, soutenue à l?Université Pa-
ris Est, sous la direction de Jean-Pierre
LEVY et d?Abdallah FARHI
73PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
2022 2021
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GRAND PRIX
Julien MIGOZZI,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Une ville à vendre. Numérisation et fi-
nanciarisation du marché du logement
au Cap : stratification et ségrégation
de la métropole émergente?, soutenue
à l?Université Grenoble Alpes, sous la
direction de Renaud LE GOIX et de My-
riam HOUSSAY?HOLZSCHUCH
PRIX SPÉCIAUX
Pierre-Antoine CHAUVIN,
pour sa thèse de doctorat en sociologie
?L?administration de l?attente. Politiques
et trajectoires de relogement des fa-
milles sans domicile à Paris?, soutenue à
l?Université Paris Nanterre, sous la direc-
tion de Catherine BONVALET
Camilo LEON-QUIJANO,
pour sa thèse de doctorat en sociolo-
gie ?Fabriquer la communauté imagée.
Une ethnographie visuelle à Sarcelles?,
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction d?An-
ne MONJARET et de Juliette RENNES
Pe
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GRAND PRIX
Julien DARIO,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Géographie d?une ville fragmentée.
Morphogenèse, gouvernance des voies
et impacts de la fermeture résidentielle
à Marseille?, thèse soutenue à l?Universi-
té Aix-Marseille, sous la direction d?Eliza-
beth DORIER et de Sébastien BRIDIER
PRIX SPÉCIAUX
Louis BALDASSERONI,
pour sa thèse de doctorat en histoire ?Du
macadam au patrimoine : modernisation
de la voirie et conflits d?usage. L?exemple
de Lyon, fin XIXe-fin XXe siècle?, thèse
soutenue à l?Université Paris-Est Marne-
la-Vallée, sous la direction de Loïc VADE-
LORGE
Vincent Le ROUZIC,
pour sa thèse de doctorat en urbanisme
?Essais sur la post-propriété. Les orga-
nismes de foncier solidaire face au défi
du logement abordable?, thèse soute-
nue à l?Université Paris 1 Panthéon-Sor-
bonne, sous la direction de Natacha
AVELINE-DUBACH
2020 2019
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GRAND PRIX
Gaspard LION,
pour sa thèse de doctorat en sociologie
?Habiter en camping. Trajectoires de
membres des classes populaires dans le
logement non ordinaire?, thèse soutenue
à l?École des Hautes Études en Sciences
Sociales, sous la direction d?Isabelle
BACKOUCHE et d?Olivier SCHWARTZ
PRIX SPÉCIAUX
Annarita LAPENNA,
pour sa thèse de doctorat en architec-
ture ?Le dispositif intermilieux : mode de
culture du projet urbain ouvert. Enquête
sur des espaces végétalisés à Milan (1953-
2016)?, thèse soutenue à l?Université Pa-
ris 8 et au Politecnico di Milano, sous la
direction de Chris YOUNÈS et d?Alessan-
dro BALDUCCI
Pierre MAURER,
pour sa thèse de doctorat en histoire
de l?architecture ?Architectures et amé-
nagement urbain à Metz (1947-1970). Ac-
tion municipale : la modernisation d?une
ville?, thèse soutenue à l?Université de
Lorraine, sous la direction d?Hélène VA-
CHER et d?Anne-Marie CHÂTELET
74 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Er
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75PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Matthieu GIMAT,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Produire le logement social. Hausse de
la construction, changements institu-
tionnels et mutations de l?intervention
publique en faveur des HLM (2004-
2014)?, thèse soutenue à l?Université Paris
1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction
de Sylvie FOL
PRIX SPÉCIAUX
Zhipeng LI,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?La diaspora Wenzhou en France et ses
relations avec la Chine?, thèse soutenue
à l?Université de Poitiers, sous la direc-
tion d?Emmanuel MA MUNG
Julie VASLIN,
pour sa thèse de doctorat en science
politique ?Esthétique propre. La mise
en administration des graffitis à Paris de
1977 à 2017?, thèse soutenue à l?Univer-
sité de Lyon 2, sous la direction de Gilles
POLLET
2018 2017
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G
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GRAND PRIX
Perrine POUPIN,
pour sa thèse de doctorat en sociologie
?Action de rue et expérience politique
à Moscou. Une enquête filmique?, thèse
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction de
Daniel CEFAI et d?Yves COHEN
PRIX SPÉCIAUX
Paul CITRON,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Les promoteurs immobiliers dans les
projets urbains. Enjeux, mécanismes et
conséquences d?une production urbaine
intégrée en zone dense?, thèse soutenue
à l?Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
sous la direction de Sylvie FOL
Antoine COURMONT,
pour sa thèse de doctorat en science
politique ?Politique des données ur-
baines. Ce que l?open data fait au gou-
vernement urbain?, thèse soutenue à
Sciences Po, sous la direction de Domi-
nique BOULLIER
GRAND PRIX
Sophie BUHNIK,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Métropole de l?endroit et métropole de
l?envers, décroissance urbaine, vieillisse-
ment et mobilité dans les périphéries
de l?aire métropolitaine d?Osaka, Japon?,
thèse soutenue à l?Université Paris 1 Pan-
théon-Sorbonne, sous la direction de
Natacha AVELINE et de Sylvie FOL
PRIX SPÉCIAUX
Thomas AGUILERA,
pour sa thèse de doctorat en science
politique ?Gouverner les illégalismes ur-
bains, les politiques publiques face aux
squats et aux bidonvilles dans les régions
de Paris et Madrid?, thèse soutenue à
l?Institut d?Études Politiques de Paris,
sous la direction de Patrick LE GALÈS
Claire LAGESSE,
pour sa thèse de doctorat en physique
?Lire les Lignes de la Ville. Méthodolo-
gie de caractérisation des graphes spa-
tiaux?, thèse soutenue à l?Université Paris
Diderot, sous la direction de Stéphane
DOUADY et de Patricia BORDIN
2016 2015
U
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pl
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h
76 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Marie GIBERT,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Les ruelles de Hô Chi Minh Ville, Viet-
nam. Trame viaire et recomposition des
espaces publics?, thèse soutenue à l?Uni-
versité Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous
la direction de Thierry SANJUAN
PRIX SPÉCIAL
Kristel MAZY,
pour sa thèse de doctorat en aména-
gement et urbanisme ?Villes et ports
fluviaux: le projet comme dispositifs
de reconnexion ? Regards croisés sur
Bruxelles et Lille?, thèse soutenue à l?Uni-
versité Libre de Bruxelles et à l?Universi-
té Lille 1, sous la direction de Jean-Luc
QUOISTIAUX, de Philippe MENERAULT
et d?Yves RAMMER
Te
rr
a
GRAND PRIX
Ophélie ROBINEAU,
pour sa thèse en géographie et aména-
gement de l?espace ?Vivre de l?agricultu-
re africaine. Une géographie des arrange-
ments entre acteurs à Bobo-Dioulasso,
Burkina Faso?, thèse soutenue à l?Univer-
sité Paul Valéry Montpellier, sous la direc-
tion de Lucette LAURENS
PRIX SPÉCIAL
Marion BONHOMME,
pour sa thèse en génie civil ?Contribu-
tion à la génération de données multis-
calaires et évolutives pour une approche
pluridisciplinaire de l?énergie urbaine?,
thèse soutenue à l?INSA Toulouse, sous
la direction de Luc ADOLPHE
2014 2013
Te
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U
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77PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Rodrigo Andres CATTANEO PINEDA,
pour sa thèse en géographie ?La fabrique
de la ville : promoteurs immobiliers et fi-
nanciarisation de la filière du logement
à Santiago du Chili?, thèse soutenue à
l?Université Paris 8, sous la direction de
Marie-France PRÉVÔT-SCHAPIRA
PRIX SPÉCIAL
Fanny GERBEAUD,
pour sa thèse en sociologie ?L?habitat
spontané : une architecture adaptée
pour le développement des métropoles.
Le cas de Bangkok (Thaïlande)?, thèse
soutenue à l?Université Bordeaux 2, sous
la direction de Guy TAPIE
GRAND PRIX
Max ROUSSEAU,
pour sa thèse en science politique
?Vendre la ville (post)industrielle. Capi-
talisme, pouvoir et politiques d?image à
Roubaix et Sheffield, (1945-2010)?, thèse
soutenue à l?Université de Lyon, sous la
direction de Joseph FONTAINE et de
Gilles PINSON
PRIX SPÉCIAL
Benjamin MICHELON,
pour sa thèse en sciences de la ville ?Pla-
nification urbaine et usages des quar-
tiers précaires en Afrique, études de
cas à Douala et Kigali?, thèse soutenue
à l?École Polytechnique Fédérale de Lau-
sanne, sous la direction de Jean-Claude
Biolay
2012 2011
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78 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Athina VITOPOULOU,
pour sa thèse en histoire ?Mutations fon-
cières et urbaines pour la production
des espaces et équipements publics
dans la ville grecque moderne. Les pro-
priétés de l?armée et de l?université et la
formation de l?espace public de Thessa-
lonique de 1912 jusqu?à nos jours?, thèse
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction de
Yannis TSIOMIS
PRIX SPÉCIAUX
Fanny LOPEZ,
pour sa thèse en histoire de l?architec-
ture ?Déterritorialisation énergétique
1970-1980 : de la maison autonome à la
cité auto-énergétique, le rêve d?une dé-
connexion?, thèse soutenue à l?Universi-
té Paris 1, sous la direction de Dominique
ROUILLARD
Élise ROCHE,
pour sa thèse en géographie ?Territoires
institutionnels et vécus de la participa-
tion en Europe. La démocratie en ques-
tions à travers trois expériences (Berlin,
Reggio Emilia et Saint-Denis)?, thèse
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction de
Marie-Vic OZOUF-MARIGNIER
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79PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Amélie LE RENARD,
pour sa thèse en science politique
?Styles de vie citadins, réinvention des
féminités. Une sociologie politique d?ac-
cès aux espaces publics des jeunes Saou-
diennes à Ryad?, thèse soutenue à l?Ins-
titut d?Études Politiques de Paris, sous la
direction de Ghassan SALAME
PRIX SPÉCIAL
Sandrine GUEYMARD,
pour sa thèse en urbanisme et aména-
gement ?Inégalités environnementales
en IIe de France : répartition socio-spa-
tiale des ressources, des handicaps et
satisfaction environnementale des ha-
bitants?, thèse soutenue à l?Université
Paris-Est, Créteil-Val de Marne, sous la
direction de Jean-Pierre ORFEUIL et Guil-
laume FABUREL
2010 2009
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GRAND PRIX
Stéphanie VINCENT-GESLIN,
pour sa thèse en sociologie ?Les ?alter-
mobilités?: analyse sociologique d?usages
de déplacements alternatifs à la voiture
individuelle. Des pratiques en émer-
gence ??, thèse soutenue à l?Université
Paris 5, sous la direction de Dominique
DESJEUX
PRIX SPÉCIAL
Marcel MORITZ,
pour sa thèse en droit public ?Les com-
munes et la publicité commerciale ex-
térieure. Pour une valorisation environ-
nementale et économique de l?espace
public?, thèse soutenue à l?Université
Aix-Marseille, sous la direction de Jean
FRAYSSINET
GRAND PRIX
Bénédicte GROSJEAN,
pour sa thèse en sciences appliquées et
architecture ??La ville diffuse? à l?épreuve
de l?Histoire. Urbanisme et urbanisation
dans le Brabant belge?, thèse soutenue
à l?Université catholique de Louvain et à
l?Université Paris 8, sous la direction de
Christian GILOT et de Yannis TSIOMIS
PRIX SPÉCIAL
Laurent SABY,
pour sa thèse en génie civil ?Vers une
amélioration de l?accessibilité urbaine
pour les sourds et les malentendants :
quelles situations de handicap résoudre
et sur quelles spécificités s?appuyer?,
thèse soutenue à l?INSA Lyon, sous la
direction de Gérard GUARRACINO et
d?Eric PREMAT
2008 2007
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GRAND PRIX
William LE GOFF,
pour sa thèse en géographie ?Divisions
sociales et questions du logement en
Grande Bretagne, entre technicisation
et privatisation, les cas de Leicester et
Bradford?, thèse soutenue à l?Université
Paris 1, sous la direction de Pétros PET-
SIMERIS
PRIX SPÉCIAUX
David CAUBEL,
pour sa thèse en sciences économiques
?Politiques de transport et accès à la
ville pour tous, une méthode d?évalua-
tion appliquée à l?agglomération lyon-
naise?, thèse soutenue à l?Université
Lyon 2, sous la direction de Dominique
MIGNOT
Elisabeth ESSAÏAN,
pour sa thèse en architecture ?Le plan
général de reconstruction de Moscou de
1935. La ville, l?architecte et le politique.
Héritages culturels et pragmatisme éco-
nomique?, thèse soutenue à l?Université
Paris8, sous la direction de Jean-Louis
COHEN
80 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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81PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Agnès BERLAND-BERTHON,
pour sa thèse en aménagement et urba-
nisme ?La démolition des ensembles de
logements sociaux. L?urbanisme, entre
scènes et coulisses?, thèse soutenue à
l?Université Bordeaux 3, sous la direction
de Jean DUMAS
2006
Te
rr
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PRIX SPÉCIAUX
Claude NAPOLÉONE,
pour sa thèse en sciences économiques
?Prix fonciers et immobiliers et localisa-
tion des ménages au sein d?une agglo-
mération urbaine?, thèse soutenue à
l?Université catholique de Louvain, sous
la direction d?Hubert JAYET
Fabrizio MACCAGLIA
pour sa thèse en géographie ?Gouver-
ner la ville. Approche géographique de
l?action publique à Palerme?, thèse sou-
tenue à l?Université Paris 10, sous la direc-
tion de Colette VALLAT
© Arnaud Bouissou | Terra
Le Plan Urbanisme Construction Architecture
(PUCA) est un Plan interministériel de recherche
et d?expérimentation placé sous la tutelle des
ministères de la Cohésion des territoires, de la
Transition écologique et solidaire, de la Culture,
et de la Recherche.
Le PUCA développe des programmes de
recherche incitative, de recherche-action et
d?expérimentation. Il apporte son soutien à
l?innovation et à la valorisation scientifique et
technique dans les domaines de l?aménagement
des territoires, de l?habitat, de la construction et
de la conception architecturale et urbaine.
www.urbanisme-puca.gouv.fr
L'Aperau Internationale, l?Association pour la
Promotion de l?Enseignement et de la Recherche
en Aménagement et Urbanisme, regroupe
des institutions d?enseignement supérieur du
monde francophone qui s?engagent à appliquer
les principes d?une charte de qualité dans les
formations et diplômes en aménagement et
urbanisme qu?elles délivrent.
L?Aperau Internationale promeut également
la recherche scientifique dans le champ
de l?aménagement et de l?urbanisme,
sous toutes ses formes.
www.aperau.org
LE
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84 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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PRIX DE THÈSE
SUR LA VILLE 2023
18ème édition
Les thèses primées
Page vierge
Page vierge
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION LA VILLE 2023
populaires, situés aux deux extrêmes
d?un spectre qui pourra fournir une
grille d?analyse utile pour des travaux
ultérieurs. Le raisonnement repose sur
la comparaison entre un cas positif et
un cas négatif de gouvernement par
les intermédiaires. L?un des objectifs de
la comparaison est notamment de ré-
pondre à la question suivante : qu?est-
ce qui amène les acteurs des politiques
urbaines à négocier avec les populations
qui habitent les territoires concernés ?
Plus largement, qu?est-ce qui amène une
administration à négocier avec ses admi-
nistrés, ou avec leurs représentants ?
En complément de facteurs déjà pointés
par la littérature existante, l?approche
temporelle permet d?identifier deux fac-
teurs explicatifs originaux.
Le premier est celui de l?horizon tem-
porel de projection de la relation qui lie
gouvernés et gouvernants. Dans la réno-
vation urbaine qui cherche à gentrifier le
parc résidentiel privé populaire, le rap-
port entre un aménageur et les habitants
qu?il déplace se déroule parfois dans un
horizon one shot. Politiques de peuple-
ment et pratiques du délogement sont
découplées, si bien que les agents de
l?aménageur anticipent qu?ils n?auront
plus de relation avec les habitants une
fois le déplacement mis en oeuvre. Le
gouvernement des déplacements passe,
en grande partie, par un usage, au moins
43PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
« Y a pas un appart? ? Ils se
foutent de ma gueule ! Ils ont
construit une ville, c?est New
York ! Y a pas un appart? de
disponible ? »
Premières réalisations du projet Smartsud (au fond), friche (au milieu), angle d?un bâtiment habité par 15
ménages et prévu à la démolition (à droite). La citation est de Walid, agent d?entretien de profession qui
est délogé du bâtiment prévu à la démolition (à droite sur la photo). Il réagit à l?annonce d?une chargée
de relogement qui vient de lui dire qu?il n?y avait « aucun logement disponible » pour le reloger dans la
résidence Smartsud, qu?il voit depuis sa fenêtre. Il dénonce un projet « pour les riches », alors qu?on lui
propose à lui un relogement dans les « pires quartiers » © Charles Reveillere
Charles Reveillere, où le territoire relève
d?enjeux stratégiques du capitalisme
urbain, les stratégies anticipées d?un
aménageur lui permettent de désyn-
chroniser les calendriers du délogement,
pour éviter une éventuelle mobilisation
collective et garantir le respect du ca-
lendrier de rénovation promis aux pro-
moteurs qui apportent les principaux fi-
nancements. Les tactiques des quelques
habitants qui résistent en pensant jouer
la montre sont en fait intégrées dans un
outil de prévision, appelé rétroplanning.
Sur l?autre terrain d?enquête, qui se dé-
roule dans un quartier d?habitat social
relégué, les carences de financement
expliquent les retards à répétition dans
la conduite du projet. Les habitants et
invocatoire, de la contrainte juridique.
À l?inverse, dans la rénovation urbaine
qui cherche à dédensifier les quartiers
d?habitat social, les locataires déplacés
par les projets restent souvent locataires
d?un seul et même bailleur après le re-
logement. La projection d?une relation
future explique en grande partie que les
agents s?efforcent de négocier les condi-
tions de relogement avec ceux qui reste-
ront leurs administrés à l?avenir, notam-
ment en vue d?identifier certains « bons
locataires » sélectionnés pour peupler
les futures résidences.
Le deuxième facteur renvoie à la distri-
bution asymétrique de la maîtrise du
temps. Sur l?un des terrains d?enquête de
44 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Habitantes d?un quartier en renouvellement urbain © Damien Carles | Terra
leurs intermédiaires se saisissent alors
de l?attente comme d?une fenêtre d?op-
portunité. Elle leur permet d?élargir leurs
marges de manoeuvre, et de se doter
d?un pouvoir de négociation.
La thèse montre donc que pour com-
prendre ce qui amène une adminis-
tration à négocier ou non, il faut com-
prendre comment se distribue la maîtrise
du temps. On pourrait résumer le résul-
tat comparatif par une formule simple :
qui n?anticipe pas assez, est obligé de se
confronter à ses administrés. Temporali-
té et spatialité des modes de gouverne-
ment sont indissociables. Si bien qu?en
comparant des formes plus ou moins
anticipées d?action publique, la thèse
compare des formes plus ou moins né-
gociées de gouvernement, et plus ou
moins rapprochées de domination ins-
titutionnelle. Dans un cas, les acteurs
du gouvernement urbain détiennent le
pouvoir de prévoir, notamment grâce
à la maîtrise des temporalités du droit,
et se passent de négociation véritable.
Dans l?autre, il sont contraints de négo-
cier, mais ils détiennent le pouvoir du
proche, notamment via le recours à des
intermédiaires clientélaires. Ce mode
de gouvernement passe par un usage
récurrent de la négociation, via une in-
termédiation personnalisée, qui donne
un accès privilégié aux biens publics (lo-
gements sociaux) aux personnes qui se
montrent fidèles à une notable, et qui
font ainsi partie d?une « communauté
gagnante » de ce mode de distribution
(Mattina, 2016). L?analyse de ce mode de
gouvernement clientélaire produit trois
sous-résultats importants.
Premièrement, la thèse montre ce que
le clientélisme fait aux rapports de do-
mination (distribution des biens symbo-
liques et matériels dans l?ordre social).
Une première question se pose d?em-
blée : pourquoi parler de clientélisme,
alors que la littérature parle du déclin
de ce système de distribution des lo-
gements sociaux à Marseille depuis les
années 1980 ? L?enquête y répond en
ré-inscrivant la question du clientélisme
dans une perspective de sociologie plus
générale. Le clientélisme est un système
de croyances qui cadre les rapports po-
pulaires aux administrations et les rap-
ports sociaux localisés. Ce cadre peut
fonctionner en partie indépendamment
de sa capacité distributive effective.
Les espaces-temps d?attente sont donc
une entrée déterminante pour le saisir,
parce qu?il opère en grande partie par
voie de promesse. Il reste que la thèse
démontre, aussi, que le clientélisme
continue de distribuer effectivement
certains biens publics : dans les espaces
relégués par la ségrégation socio-spa-
tiale. Un résultat qui a amené l?auteur à
déplacer doublement les frontières de la
littérature française sur le clientélisme.
Dans l?espace des rapports sociaux tout
d?abord : l?enquête invite à passer de
l?analyse d?une forme d?intermédiation
d?hommes de classe moyenne blanche,
à celle d?une intermédiation incarnée
par des femmes issues des strates les
plus précaires des classes populaires.
Dans le champ organisationnel ensuite:
cette thèse montre que l?intermédia-
tion clientélaire se joue au street-level
des organisations du logement social.
Ce qui s?y échange relève moins d?une
monnaie électorale, que gestionnaire.
À ce niveau, le clientélisme est à la fois
moins reproducteur de discriminations
macro-sociales que les guichets statu-
taires, mais plus reproducteur de hiérar-
chisations locales. La thèse décrit en ef-
45PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
qu?ils sont une ressource pour les gou-
vernants. Leur accès d?insider au « texte
caché » (Scott, 2009) des subalternes
leur permet de déjouer les ruses des
administrés, ou encore de réprimer des
mobilisations contestataires par l?arme
des rumeurs. Mais c?est aussi ce qui fait
la précarité irréductible de leur place : ils
doivent, constamment, prouver des allé-
geances contradictoires. Ce résultat per-
met de discuter les travaux qui analysent
l?encadrement des classes populaires en
termes d?institutionnalisation, de coop-
tation ou d?incorporation de membres
des classes populaires au groupe des
gouvernants.
Enfin, la thèse s?intéresse à la non-régula-
tion de certaines pratiques clientélaires
par l?État. Le clientélisme est souvent
décrit comme un système micro-local
et informel de domination rapprochée.
Charles Reveillere amène à discuter cette
représentation. Tout d?abord, il montre
les conditions de production nationales
d?un monopole clientélaire local. Celles-
ci sont à chercher dans les transforma-
tions du gouvernement des mondes as-
sociatifs (par les labels notamment), et
dans la construction d?alliances larges,
qui s?étendent parfois d?une association
de quartier à des ministères, en passant
par différents services de l?État local et
des collectivités territoriales. De plus, la
thèse montre que le clientélisme est loin
d?être un système informel. L?intermé-
diation clientélaire produit des règles,
et l?analyse processuelle permet de voir
ce qu?il se passe quand ces règles en ren-
contrent d?autres, produites à d?autres
niveaux. L?analyse du clientélisme fournit
ainsi une entrée privilégiée dans l?analyse
des rapports entre droit, État et (non-)ré-
gulation. Elle permet d?observer ce qu?il
se passe, lorsque l?idéal d?une action pu-
fet un système où un groupe de femmes
majoritairement racisées et sans emploi
bénéficient de la promesse d?un accès
privilégié à des biens, alors qu?elles sont
habituellement triplement discriminées
aux guichets du logement social. Leurs
pratiques définissent les frontières d?un
entre-soi, et leur permettent de choisir
collectivement leurs futures voisines en
sélectionnant parmi les actuelles : elles
se distinguent en tant que locataires
«respectables » ou « tranquilles », vis-à-
vis d?autres locataires tenus à distance
de ce mode de distribution. Cette thèse
montre ainsi comment certaines formes
localisées de production des droits dé-
placent les inégalités d?accès et de trai-
tement des usagers. L?atténuation des
discriminations macro-sociales et de la
violence symbolique souvent observées
au guichet se fait au prix d?une repro-
duction de certaines formes de hiérar-
chisation locales et d?un renforcement
des clivages dans le voisinage, au point
de produire des controverses dans les-
quelles s?expriment les conceptions de
ce à quoi chacune devrait « avoir droit ».
Par ailleurs, la thèse investigue le lien
entre intermédiation clientélaire et rap-
ports de pouvoir (maintien de la paix
sociale). Le clientélisme a certes cer-
taines vertus redistributives. Mais cela
n?empêche pas qu?il soit un levier déter-
minant de maintien de la paix sociale :
les intermédiaires clientélaires suggèrent
aux habitants que leur déférence sera
rétribuée. Autrement dit, les biens s?é-
changent contre de la discipline. Doit-
on en conclure que les notables clien-
télaires sont du côté des gouvernants?
La thèse propose une réponse plus com-
plexe. Elle montre que c?est parce que
les notables clientélaires continuent à
faire partie du groupe des gouvernés,
46 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
blique territorialisée est mis à l?épreuve
par l?appropriation clientélaire d?un dis-
positif de distribution d?un bien public
(relogements dans le parc social). L?iden-
tité professionnelle des intervenants so-
ciaux est tiraillée, entre les deux pôles
de la controverse qui travaille l?État so-
cial depuis les années 1980 : d?un côté
l?idéal d?intervention sociale qui cherche
à « faire avec » les acteurs locaux, de
l?autre celui d?un État providence univer-
saliste. Malgré les dénonciations en illé-
galité formulées par un ensemble d?entre
eux à l?égard des règles de relogement
en vigueur dans un quartier, celles-ci ne
sont cependant pas remises en cause
par les institutions publiques partenaires
du projet. L?analyse de ces mécanismes
produit un résultat déterminant pour
comprendre les mécanismes explicatifs
de la non-régulation, par l?État, de pra-
tiques discriminatoires en vigueur au
sein d?organisations publiques. La thèse
montre que les interprétation des règle-
ments nationaux peuvent faire l?objet de
négociations entre institutions, quitte à
ce que les agents de l?État accordent un
laissez-passer diplomatique à certaines
organisations, dans le cadre d?un jeu de
concessions et d?obligations mutuelles.
À Marseille, les agents de l?État décident
de ne pas sanctionner les pratiques d?un
organisme HLM, parce qu?il est rattaché
à une collectivité territoriale de tutelle
avec laquelle ils négocient en vue de la
construction future d?une gouvernance
47PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Habitants d?un quartier en attente de rénovation urbaine © Laurent Mignaux| Terra
48 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
métropolitaine de la rénovation urbaine.
L?ambigüité du droit, ici de la notion de
« mixité sociale », est alors mobilisée
comme une ressource dans les négo-
ciations diplomatiques entre État et
territoires. Elle permet au premier d?af-
ficher des objectifs ambitieux, sans pour
autant contraindre trop rigoureusement
les seconds, dont l?État souhaite obtenir
l?engagement dans ses politiques, et avec
qui ses agents négocient discrètement
des laissez-passer. Ce résultat prolonge
des travaux américains sur la (non-)régu-
lation des pratiques discriminatoires des
entreprises par les autorités publiques
(Edelman, 2016). La thèse propose non
seulement d?importer cette littérature
contemporaine pour mieux comprendre
la perpétuation de pratiques discrimina-
toires en France, mais elle permet aus-
si de la renouveler en investiguant une
forme souvent suspectée, mais rare-
ment documentée, de contournement
des obligations juridiques : celle qui
passe par des formes discrètes de négo-
ciation, observées grâce à l?immersion
de long cours dans le tissu relationnel
des acteurs institutionnels.
Au final, la thèse de Charles Reveillere
contribue notamment au débat public
sur la rénovation urbaine, en mettant en
lumière des effets du gouvernement par
projet, souvent passés sous les radars.
Qu?il s?agisse des rapports d?évaluation
ou des articles de presse, les projets sont
souvent jugés à l?aune d?une comparai-
son entre l?avant et l?après rénovation
urbaine. Ce prisme tend à occulter que
l?avant était souvent déjà, en grande
partie, dégradé par la mise en attente
de la gestion courante induite par la
projection d?une rénovation à venir.
Cette thèse interroge donc un mode de
gouvernement par projet des villes qui
tend à orienter les financements vers les
opérations de démolition-reconstruc-
tion de grande ampleur, plutôt que vers
la gestion du quotidien et de l?existant.
Elle fournit des ressources non seule-
ment pour analyser de manière critique
la production de la « dégradation », du
«déclin » et de « l?urgence » qui justifient
parfois les opérations de rénovation ur-
baine, mais aussi pour nourrir la discus-
sion critique autour du bilan écologique
de ce mode de gouvernement des villes.
NOTE
1 Les Maîtrises d?OEuvre Urbaine et Sociale (MOUS)
sont des dispositifs départementaux ayant pour
objectif de promouvoir l?accès au logement des
personnes et familles défavorisées, dans des si-
tuations très diverses (MOUS relogement, MOUS
projets, MOUS insalubrité, etc).
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à l?épreuve de la démolition d?un grand
ensemble », Actes de la recherche en
sciences sociales, n°204 (4), pp. 102-117.
49PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
S?il fallait retenir une ou deux idées,
résultats de votre thèse, ce serait...
J?ai cherché, dans cette thèse, à com-
prendre comment les personnes trans ?
qui changent de genre au cours de leur
vie ? se fraient un accès aux villes et à
leurs ressources, c?est-à-dire à des terri-
toires dont les pratiques et représenta-
tions sont fortement genrées.
Un premier résultat mis en lumière par
ma thèse est celui qui lui a donné son
titre. Les discriminations rencontrées
par les personnes trans sont caractéri-
sées par leurs dimensions géographiques
complexes voire contradictoires. Une
transition de genre est parfois visible,
parfois non, selon les personnes auprès
de qui l?on se présente : dans son quartier
d?origine, fréquenté par d?ancien.ne.s ca-
marades de classe ou par des connais-
sances de longue date, il est par exemple
difficile de cacher une transition, tandis
qu?il peut être facile de se présenter
auprès de personnes inconnues dans
le genre de destination du parcours de
transition. Auprès d?une administration,
une transition peut être également ren-
due plus ou moins visible selon les actes
de transition administrative, sociale et
médicale engagés par la personne? qui
dépendent bien entendu de l?accessi-
bilité des parcours de transition. Dans
ce cadre, le « placard trans » est parti-
culièrement complexe : il peut exclure
de quartiers connus et fréquentés de-
puis longtemps, de certains services ou
de certains commerces, ou au contraire
enfermer, cantonner, dans l?espace do-
mestique ou d?autres lieux rassurants et
appropriés. C?est afin de naviguer dans
les dimensions territoriales complexes
du placard trans que les personnes
trans s?approprient des escales au sein
des villes. Ces lieux accueillants et pour-
voyeurs de ressources ? commerces,
parcs, lieux d?étude, domiciles d?amis,
etc. ? sont le support de leurs mobilités
et permettent une appropriation pro-
gressive des espaces publics urbains.
Milan BONTÉ
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23
50 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Négocier la ville en escales.
Les espaces publics au prisme des
expériences trans à Paris, Rennes et
Londres
Un second résultat vient parler de ce que
les vécus trans disent sur la ville et ses es-
paces publics. Une idée reçue largement
répandue par la culture LGBTI est celle
que les villes sont accueillantes et éman-
cipatrices pour les minorités sexuelles
et de genre. Grâce à l?exploitation sta-
tistique de bases de questionnaires pas-
sés en France et au Royaume-Uni, cette
thèse montre qu?au contraire de ce que
l?on pourrait penser, les personnes trans
sont plus exposées aux violences phy-
siques et sexuelles en ville que dans les
espaces ruraux ou périurbains. Pourtant,
les participant.e.s à cette recherche, qui
ont en majorité vécu une migration rési-
dentielle d?un espace rural ou peu dense
vers une métropole, déclarent que ce
déplacement vers la ville enquêtée a été
libérateur dans leur parcours personnel.
En me questionnant sur les aspects ma-
tériels et immatériels de ces trajectoires
d?émancipation, j?ai pu montrer ce qui
rend réellement la migration vers une
ville intéressante pour les personnes
trans. L?importance des ressources col-
lectives, médicales ou associatives dans
les premières années de transition est
ainsi mis en valeur. Toutefois, cette re-
cherche tend à minorer le rôle joué par
la ville en elle-même dans ces possibili-
tés d?émancipation, pour mettre davan-
tage en lumière celui, plus simple, de la
migration résidentielle : pour une per-
sonne trans, quitter le domicile familial
et le cercle social dans lequel on a gran-
di, représente en soi un bol d?air frais, car
changer de genre est rarement discret.
Il reste à présent à se questionner sur
la proximité des vécus trans à ceux des
autres personnes LGBTI : les villes sont-
elles rendues attractives aux personnes
gays et lesbiennes pour les mêmes rai-
sons ?
Comment celles et ceux qui
gouvernent et/ou font la ville
pourraient se saisir de vos travaux ?
Je n?ai pas pensé cette thèse en fonction
des besoins du secteur opérationnel.
Deux éléments peuvent toutefois inté-
resser celles et ceux qui font et gèrent la
ville.
D?abord, ce travail éclaire la manière
dont des populations minoritaires « font
avec » la normativité de l?aménagement
et de la gestion des villes. L?enquête
montre que, bien que les personnes
trans soient plus exposées aux violences
physiques et sexuelles en ville que dans
des espaces ruraux ou périurbains, la mi-
gration résidentielle vers une métropole
représente une possibilité d?émancipa-
tion. En effet, les villes offrent un certain
nombre de ressources essentielles aux
personnes trans, en particulier médi-
cales et associatives. Ces territoires sont
toutefois fortement normés, à la fois
par leurs usages et par l?action des poli-
tiques locales. Ce savoir peut permettre
aux gestionnaires des villes une meilleure
prise en compte des besoins des minori-
tés dans l?aménagement, à la fois dans le
cadre de la prise en compte de besoins
spécifiques et dans celui de la gestion
des normativités de classe, genre et race.
Ensuite, ce travail porte à plusieurs re-
prises sur les interactions entre associa-
tions trans et pouvoirs publics locaux.
A ce titre, il éclaire les enjeux des né-
gociations pour l?accès à certains équi-
pements publics comme les piscines
municipales, à propos desquelles les
mécanismes de l?obtention de créneaux
réservés aux personnes trans fait l?ob-
jet d?une étude de cas comparée entre
Rennes, Paris et Londres. La comparai-
son entre trois traditions de gestion des
51PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
normés et gérés pour une majorité. Je
me suis ensuite concentré sur les vécus
trans, d?abord, car il s?agissait à l?époque
d?un sujet nouveau dans la géographie
francophone, qui méritait d?être défri-
ché, ensuite, car la transition de genre
offre une importante portée heuris-
tique aux recherches : il s?agit d?étudier
les interactions entre une population
qui change au cours de sa vie, et des
normes spatiales, sociales, politiques,
qui ne prennent pas en compte le chan-
gement. Je trouve cela passionnant.
Qu?est-ce-qui vous a motivé pour
vous tourner vers la recherche ?
Racontez-nous votre parcours...
Je ne me suis pas tourné initialement vers
la recherche, bien au contraire. Lorsque
j?ai candidaté au magistère d?urbanisme
de l?université Paris 1, à la fin de ma L2
de géographie, j?ai affirmé avec aplomb
au jury de recrutement que je souhaitais
rejoindre une formation professionnali-
sante le plus rapidement possible, avec
pour objectif d?exercer en tant qu?urba-
niste dans une collectivité territoriale.
Mais après avoir travaillé deux années de
suite sur la prévention du risque d?inon-
dation, d?abord dans le cadre d?un stage
de L3 à la Métropole de Montpellier, puis
d?un mémoire de M1 sur les liens entre
classe sociale et vulnérabilité aux risques,
j?ai compris qu?il était possible de faire
de la recherche au sujet des politiques
locales et en lien étroit avec le secteur
opérationnel. Je me suis tourné plus tard
vers la question des minorités, mais ces
premières expériences épanouissantes
m?avaient déjà permis de développer
mon intérêt pour la recherche.
discriminations par les politiques locales
peut permettre aux acteurs et actrices
de l?aménagement une prise de recul
pour alimenter les processus décision-
nels. Cette étude de cas permet égale-
ment de comprendre qu?outre l?accès
effectif aux piscines, la prise en compte
d?une difficulté par les gestionnaires
politiques et techniques des villes re-
présente un fort enjeu symbolique pour
les minorités. Prendre en compte les
besoins d?une population minoritaire,
c?est, à toutes les échelles politiques, lui
accorder le statut d?être humain.
Comment en êtes-vous venu à choisir
ce sujet de thèse ?
Dès ma licence de géographie, j?ai porté
un fort intérêt aux approches sociales
de l?aménagement. J?aimais me saisir
de tous les sujets que nous étions ame-
né.e.s à étudier pour les réexaminer sous
l?angle des inégalités : j?ai ainsi travaillé
à de nombreuses occasions sur la ques-
tion des inégalités socio-spatiales face à
la vulnérabilité aux risques naturels.
En master 1, alors que je préparais un
mémoire sur la classe sociale et la vulné-
rabilité au risque d?inondation à Mont-
pellier (Hérault) et à Leeds (Yorkshire),
notre enseignante de sociologie urbaine
nous a demandé de réaliser un état de
l?art sur le sujet de notre choix. Pour me
changer les idées et par curiosité person-
nelle, j?ai lu sur les géographies du genre
et des sexualités. Au fil de mes lectures,
j?ai réalisé que les vécus trans étaient
très peu étudiés en géographie, ou plus
largement, en rapport avec l?espace :
c?est ainsi que j?ai investi de nouvelles
questions de recherches, comme celle
de la marginalisation, des altérités et des
vécus minoritaires au sein de territoires
52 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
53PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Quels conseils pourriez-vous
donner aux générations prochaines
qui souhaiteraient se tourner vers la
recherche ?
La recherche peut être un travail aussi
stimulant que solitaire et éreintant. Il
existe beaucoup de manières de vivre
heureux et la recherche n?est pas une
voie plus fiable qu?une autre. Mais ef-
fectuée dans de bonnes conditions ma-
térielles, il s?agit d?une perspective épa-
nouissante. Je conseillerais aux futur.e.s
chercheurs.ses de ne se tourner vers la
recherche que lorsque cela ne repré-
sente pas de sacrifice dans leur parcours
professionnel ou personnel : un contrat
de travail, une équipe de recherche po-
sitive et vivante, des encadrant.e.s et
collègues prêt.e.s à vous accompagner
dans vos premiers pas ainsi qu?un labo-
ratoire support sur le plan matériel sont
autant d?éléments indispensables à ces
perspectives heureuses.
Que représente ce prix pour vous ?
Pourquoi avoir candidaté ?
Ce prix de thèse représente une recon-
naissance institutionnelle, à la fois dans
le champ de la recherche et aux côtés
de l?opérationnel, de l?importance de
l?approche sociale des villes et de leur
gestion par les politiques locales. Les re-
cherches sur les minorités, par exemple
les populations LGBTI, sont souvent
reléguées et séparées des objets de re-
cherche classiques en urbanisme ou
en géographie : on reproche aux cher-
cheurs.ses qui portent ces objets de ne
pas s?intéresser à la « population géné-
rale », ou bien on les cantonne à ces
questions minoritaires, sans chercher
à savoir ce qu?ils et elles apportent aux
connaissances sur nos objets d?intérêt
collectif comme les villes, l?aménage-
ment du territoire ou les politiques lo-
cales. Pour moi, ce prix de thèse est une
reconnaissance du fait que mon travail
de thèse, mené par le prisme des vécus
trans, porte aussi sur la ville. J?ai candi-
daté à ce prix en espérant contribuer à
réconcilier les recherches sur la ville et sa
gestion, avec celles sur les populations
minoritaires.
Et maintenant quelles perspectives ?
Au risque de décevoir les membres du
jury, je m?écarte actuellement de la
question des villes pour enquêter sur
les territoires ruraux, périphérisés, mar-
ginalisés ou en décroissance. Je suis ac-
tuellement postdoctorant à l?université
de Reims ? Champagne Ardennes, où je
travaille sur les trajectoires résidentielles
des personnes LGBTI originaires des es-
paces périphérisés de la région Grand-
Est. Au sein de l?équipe, nous cherchons
à comparer les dimensions matérielles
et immatérielles de ces trajectoires,
entre celles des personnes qui restent
vivre dans ces espaces marginalisés, et
celles des personnes qui migrent vers
une métropole. Ce projet prend place,
de manière plus large, dans une réflexion
collective menée au sein de la commis-
sion de géographie féministe du CNFG
sur les liens entre marginalisations so-
ciales et marginalisations spatiales.
M ilan Bonté étudie dans sa thèse
les logiques de construction
des normes de genre dans les
espaces publics de villes d?Europe de
l?Ouest au prisme des parcours de tran-
sition de genre. Les espaces publics sont
des lieux de renforcement des rapports
sociaux de genre, classe et race. En
ce sens, ils sont normés et normatifs.
Cette recherche étudie l?évolution des
pratiques, représentations et stratégies
d?accès ou d?appropriation des espaces
publics par les personnes trans au cours
de leur trajectoire de changement de
genre. Elle interroge autant les processus
de socialisation genrée et minoritaire aux
espaces publics métropolitains, que les
espaces publics en tant qu?objet d?étude
en géographie ou comme espace pensé
et travaillé par les politiques locales.
ÉTUDIER LES ESPACES PUBLICS
DU QUOTIDIEN: ENTRE
APPROPRIATION ET RAPPORTS DE
POUVOIR
Dans cette thèse, les espaces publics
sont considérés selon trois dimensions.
D?abord, en tant qu?objet géographique
et échelle d?interprétation, les espaces
publics sont les lieux de la vie quoti-
dienne (Pecqueux, 2018). Milan Bonté
s?intéresse dans sa thèse aux méca-
nismes de reproduction des rapports de
domination les plus ordinaires et bana-
lisés. Ensuite, comme lieux gérés, imagi-
nés, fréquentés, appropriés, ils sont alors
le support et l?outil du renforcement des
rapports de pouvoir (Clerval et al., 2019 ;
Mitchell, 2003). Milan Bonté propose de
Mots-clefs : espaces publics ; genre ; sexualités ; personnes trans ; politiques locales ;
rapports de domination ; méthodes participatives.
LA
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NÉGOCIER LA VILLE EN ESCALES.
LES ESPACES PUBLICS AU PRISME DES
EXPÉRIENCES TRANS À PARIS, RENNES
ET LONDRES
Thèse de doctorat en géographie,
soutenue à l?Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
sous la direction de Nadine CATTAN
54 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
mettre en lumière les mécanismes qui
poussent les pouvoirs publics locaux à
créer et entretenir la subalternité d?un
groupe social marginalisé. Enfin, les es-
paces publics sont considérés dans ce
travail pour ce qu?ils sont, c?est-à-dire
les lieux de la reproduction des rap-
ports de domination, en fonction de
ce qu?ils devraient être, c?est-à-dire des
lieux librement accessibles au public. La
confrontation entre cet idéal-type et la
réalité observée sur le terrain permet de
mettre en lumière les mécanismes qui
sous-tendent les dimensions spatiales
des rapports sociaux (Flyvbjerg, 1998 ;
Fraser, 1990).
Dans ce cadre, la comparaison des villes
de Paris, Rennes et Londres et de leurs
périphéries permet de porter le regard
sur une grande variété d?espaces publics
qui font partie des lieux ordinaires, du
quotidien des participant.e.s à cette
thèse. Des espaces publics londoniens
caractéristiques du capitalisme urbain
et des dynamiques contemporaines de
privatisation, à la mise en tourisme des
espaces publics et des commerces des
quartiers centraux parisiens, jusqu?à la
saisonnalité des migrations étudiantes
caractérisant les lieux publics du centre
de la ville moyenne de Rennes, ces trois
terrains et leurs périphéries offrent une
grande variété d?éclairages sur les spatia-
lités de la vie quotidienne.
C?est également par les politiques lo-
cales que se distinguent ces terrains, en
particulier du point de vue de la lutte
contre les discriminations et le traite-
ment de l?accès aux espaces publics.
La comparaison de l?universalisme à la
française, entre sa déclinaison dans une
ville universitaire moyenne et dans une
capitale qui se raconte « ville phare de
l?inclusion et de la diversité », avec le
particularisme britannique pris dans le
contexte londonien dont les représen-
tant.e.s politiques promeuvent « l?unité
dans la diversité », permet l?analyse des
mécanismes politiques qui mènent à la
marginalisation des populations minori-
taires et à la reproduction de l?ordre so-
cial dominant dans les espaces publics
métropolitains. Les expériences des per-
sonnes trans dans ces trois villes mettent
en lumière les normativités des espaces
publics dans leur diversité.
PENSER LA NORMATIVITÉ DES
ESPACES PUBLICS ET DES MOBILITÉS
GRÂCE AU CHANGEMENT DE
GENRE
Les recherches sur le genre, les sexualités
et les espaces publics ont montré que
les pratiques, représentations et straté-
gies d?accès ? ou d?appropriation ? des
espaces publics sont fortement genrées.
Les pratiques et représentations fémi-
nines des espaces publics sont marquées
par les peurs (Lieber, 2008) et l?assigna-
tion au travail domestique (Chabaud-Ry-
chter et al., 1985 ; Coutras, 1996). À l?in-
verse, les hommes semblent jouir d?un
accès généralisé et non contraint aux es-
paces publics (Calogirou, Touché, 2000 ;
Day, 2001). Ces pratiques et représenta-
tions différenciées sont en outre enca-
drées et encouragées par des politiques
publiques de construction, gestion et
animation des espaces publics insidieu-
sement genrées (Biarrotte, 2021 ; Doan,
2011).
Cette thèse propose de mobiliser la
transition des personnes trans comme
une forme de mobilité sociale de genre
(Beaubatie, 2019), pour mieux com-
55PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Toutefois, si ce protocole d?enquête
ambitieux a permis la récolte de maté-
riaux précieux et inédits, il a également
été l?objet d?une réitération des vio-
lences vécues au quotidien sur les par-
ticipant.e.s qui en sont victimes. Cette
thèse propose ainsi une réflexion pous-
sée sur les conditions de production de
la recherche en terrain sensible et mino-
ritaire.
Les résultats soulevés par cette re-
cherche sont lisibles à trois échelles
d?appréhension des espaces publics
et de leurs normes. Un premier volet
de résultats porte sur les mécanismes
de socialisation aux normes de genre
dans les espaces publics : il décrit des
formes d?incorporation de pratiques et
représentations qui se jouent à l?échelle
individuelle, bien qu?elles soient gui-
dées par la position des individus dans
les rapports sociaux de genre, classe et
race. Un second volet porte sur la né-
gociation de l?accès à la ville et ses res-
sources à l?échelle des communautés
trans : l?attractivité des métropoles oc-
cidentales pour les personnes trans est
questionnée à la lumière des ressources
mises à disposition par les associations,
et les processus de négociation entre
ces dernières et les représentant.e.s des
politiques locales sont analysés. Un troi-
sième volet porte enfin sur les stratégies
d?accès à la ville et ses ressources, cette
fois-ci à l?échelle d?espaces publics pen-
sés en réseau les uns avec les autres. En
explorant les métaphores spatiales du
placard et des escales, ce volet permet
de conceptualiser des stratégies de mise
en accessibilité des espaces publics mal-
gré les contraintes spatialement contra-
dictoires de la transphobie. Enfin, en
filigrane de l?ensemble de cette thèse,
la démarche de recherche est question-
prendre les mécanismes qui mènent à la
construction des normes de genre dans
les espaces publics. Il s?agit d?interroger
les pratiques, représentations et stra-
tégies des personnes trans dans les es-
paces publics à la lumière des transitions
de genre, en questionnant à la fois leurs
évolutions au cours des changements de
genre et les processus de négociations
de ces pratiques, en tant que population
minoritaire.
DES MÉTHODES MIXTES AU SERVICE
D?UN TERRAIN SENSIBLE
Milan Bonté mobilise trois méthodes
pour sa recherche, mixtes et com-
plémentaires. Le corpus principal est
composé d?une enquête ethnogra-
phique participative menée à Londres
(Royaume-Uni), Paris et Rennes (France).
Il est composé d?entretiens biogra-
phiques et de journaux de bord des
pratiques des espaces publics tenus
par une trentaine de participant.e.s. Le
second corpus est tiré d?une investiga-
tion des politiques publiques locales et
des négociations entre communautés
trans, pouvoirs publics et gestionnaires
d?équipements sportifs et médicaux.
Il se compose d?une série d?entretiens
menés avec des représentant.e.s asso-
ciatifs.ves et des agent.e.s et élu.e.s des
collectivités locales, et est complété
par une observation participante des
interactions entre associations trans et
pouvoirs publics locaux. Enfin, ces maté-
riaux qualitatifs sont analysés au regard
de l?exploitation de deux enquêtes par
questionnaire, le « National LGBT Sur-
vey » commandé par le gouvernement
du Royaume-Uni et l?enquête « Trans et
transports » menée par l?association pa-
risienne FéminiCités (figure 1).
56 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
57PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 1. Planche récapitulative des méthodes utilisées dans la thèse, 2022 © Milan Bonté
l?exposition au harcèlement de rue, des
pratiques féminines ou masculines des
espaces publics ainsi que les représen-
tations qui y sont associées. Cette thèse
les interroge et met ainsi en lumière les
mécanismes par lesquels se construisent
les normes, en particulier de genre, dans
les espaces publics occidentaux.
En particulier, Milan Bonté montre le rôle
des violences masculines dans la sociali-
sation de genre aux espaces publics. Les
femmes trans, dès le début de leur tran-
sition, sont exposées à un fort niveau
de violence, notamment par le biais du
harcèlement de rue. A titre d?exemple,
la carte présentée en figure 2, réalisée
après une promenade d?une dizaine de
minutes en compagnie de l?une des par-
ticipantes à l?enquête, illustre bien ce
fort degré d?exposition à la violence.
Cette exposition soudaine aux violences
masculines pousse les femmes trans à in-
térioriser de nouvelles peurs ? que l?on
née, en particulier le recours aux mé-
thodes participatives dans le contexte
financier et temporel de la thèse de
doctorat.
COMPRENDRE LA SOCIALISATION
GENRÉE AUX ESPACES PUBLICS
GRÂCE AU VÉCU DES PERSONNES
TRANS
D?abord, la mobilité sociale de genre qui
caractérise les parcours trans est mobi-
lisée pour comprendre les mécanismes
de socialisation genrée aux espaces pu-
blics. L?évolution des personnes trans
au sein des catégories de genre se tra-
duit par un ensemble de processus de
resocialisation, à l?âge adulte, à de nou-
velles pratiques des espaces publics. Les
hommes et femmes trans, au fur et à
mesure de l?avancée de leur transition,
réincorporent, notamment par le biais
d?une baisse ou d?une augmentation de
58 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 2. Carte des interactions indésirables reçues lors d?une promenade commentée, 2019 © Milan
Bonté
peut qualifier de féminines ? et ainsi, des
pratiques d?évitement, de contourne-
ment ou des stratégies d?autodéfense.
Ce niveau de violence ne s?estompe
que lorsque la personne adopte une
position, des pratiques et des représen-
tations féminines des espaces publics?
c?est-à-dire subordonnées aux hommes.
Aussi, si les hommes trans vivent une
masculinisation de leurs pratiques et re-
présentations suite à une baisse progres-
sive de l?exposition aux violences mascu-
lines, une certaine persistance des peurs
est observée : cela informe sur le pouvoir
socialisateur des violences masculines
sur le long terme. Enfin, l?étude des tra-
jectoires des hommes trans non-blancs,
précaires ou en situation de handicap
pousse à envisager, plutôt qu?une socia-
lisation féminine et une autre masculine,
une socialisation dominante face à un
ensemble de socialisations minoritaires.
En ce sens, les espaces publics sont les
lieux de la production et de la reproduc-
tion de l?ordre social, genré, mais aussi
de classe et de race.
NÉGOCIER SA PLACE EN TANT QUE
COMMUNAUTÉ : DES RESSOURCES
INÉGALEMENT ACCESSIBLES DANS
DES VILLES-REFUGES, IDÉALISÉES
Milan Bonté interroge plus largement
dans sa thèse le rapport d?une popula-
tion minoritaire aux villes occidentales
et à leurs espaces publics, dans la dimen-
sion matérielle de l?accès aux ressources,
comme idéelle des représentations.
D?abord, en questionnant la relation des
individus aux ressources administratives,
médicales et sociales qui sont mises à
leur disposition par la présence com-
munautaire dans les trois villes étudiées,
la thèse montre que si ces ressources
rendent les villes attractives, elles sont en
réalité saisies de manière très disparate
parmi les personnes trans, voire totale-
ment ignorées. Ce rapport ambigu à l?at-
tractivité des villes pour cette minorité
est confirmé par les statistiques. Dans les
deux enquêtes exploitées, les violences
transphobes physiques et sexuelles sont
surreprésentées dans les villes, en parti-
culier les métropoles. Ces violences sont
d?ailleurs l?objet d?une communication
importante de la part des associations
(voir par exemple figure 3). Pourtant, les
personnes enquêtées, pour la plupart
originaires d?espaces ruraux, périurbains
ou encore de petites villes, témoignent
toutes avoir été attirées par la métro-
pole dans laquelle elles vivent pour ses
ressources, et s?y sentir particulièrement
mieux que dans leur territoire d?origine.
C?est pour mieux comprendre les enjeux
de ce décalage entre des représenta-
tions presque idéalisées des métropoles
et une réalité davantage marquée par
les violences et l?inaccessibilité des res-
sources communautaires que le rapport
aux différents espaces de vie ? quartier,
lieu de travail, ville de naissance, ville de
résidence ? et aux lieux de différentes
densités ? espaces ruraux, urbains, pé-
riurbains ? est étudié. À la lumière de
la rupture biographique provoquée par
le changement de genre, la migration
des personnes trans vers les villes prend
tout son sens : il ne s?agit pas seulement
d?aller vers la ville et ses ressources, mais
aussi et surtout, de quitter un cadre fa-
milial et scolaire contraignant. Cela per-
met de mieux comprendre l?attractivité
supposée des métropoles pour les mino-
rités sexuelles et de genre : en plus d?être
des lieux pourvoyeurs de ressources,
notamment communautaires et mé-
dicales, elles sont aussi souvent la pre-
59PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
time des espaces publics. Elle met ainsi
en lumière la manière dont se profile
un ensemble d?usager.es illégitimes des
espaces publics des métropoles occi-
dentales. Pour les représentant.e.s des
communautés trans, revendiquer le
droit d?accéder librement aux espaces
publics est une manière de faire valoir
leur statut d?être humain. Les acteurs.
rices, élu.e.s et gestionnaires des équi-
pements publics mobilisent quant à
elles-eux alternativement la notion
d?«espace public» pour justifier l?inclu-
sion ou l?exclusion des personnes trans.
Certain.e.s soutiennent l?aménagement
de l?accès des piscines aux associations
trans au nom d?un idéal d?accessibilité
mière étape d?une trajectoire migratoire
émancipatrice. En quittant le domicile
familial pour étudier ou travailler en ville,
les personnes trans s?en émancipent.
Ensuite, la position subalterne de cette
population est interrogée pour com-
prendre son exclusion dans les discours
et prises de décision politiques, natio-
naux et locaux. En se fondant sur une
étude de cas comparative entre Paris,
Rennes et Londres des négociations
entre associations trans et pouvoirs
publics locaux pour l?ouverture de cré-
neaux réservés aux personnes trans dans
les piscines municipales, cette recherche
apporte des éléments de compréhen-
sion pour saisir le profil de l?usager légi-
60 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 3. Pancarte brandie lors de la marche des fiertés de Rennes, par un.e membre de l?association
Iskis, centre LGBTI d?Ille-et-Vilaine, 2019 © Milan Bonté
61PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 4. Marques de visibilité renforçant un sentiment d?acceptation, des pouvoirs publics locaux aux
associations, 2022 © Milan Bonté
par le prisme du parcours biographique
est pour le moment absente de la litté-
rature scientifique.
Afin de comprendre en finesse ces
mécanismes d?exclusion, cette thèse
s?approprie deux métaphores géogra-
phiques ? celle du placard et celle des
escales ? et utilise leur portée allégorique
pour les illustrer, malgré les difficultés à
conceptualiser des phénomènes spa-
tiaux complexes. On observe alors que
les dimensions excluante et enfermante
spécifiques au placard trans poussent
les personnes trans à développer des
stratégies d?appropriation des espaces
publics inhabituelles.
La figure 5 montre l?influence de la com-
binaison de l?exclusion et de l?enferme-
ment du placard trans sur les pratiques
quotidiennes des espaces publics de
Ruth, étudiante londonienne. Tandis que
la transphobie contribue, de manière gé-
nérale et principalement par le biais du
harcèlement de rue, à cantonner Ruth
à une sphère domestique élargie à son
domicile et aux espaces publics de son
immédiate proximité (par exemple, la
bibliothèque municipale), elle l?exclut
aussi de certains quartiers et lieux dans
lesquels Ruth est connue : son univer-
sité, où elle peut être scrutée, et son
quartier de naissance (Hackney), où elle
risque d?être reconnue, par exemple par
d?ancien.ne.s camarades de classe. Les
spatialités de la transphobie imprègnent
de cette manière l?expérience que les
personnes trans font des métropoles et
de leurs espaces publics : tantôt exclues
et repoussées, tantôt incluses, mais can-
tonnées, elles doivent composer avec
ces contraintes pour accéder à la ville, à
ses espaces publics et à leurs ressources.
Afin de naviguer dans les espaces pu-
des espaces publics, qui doivent être se-
lon eux ouverts et accessibles à toutes
et tous. Dans le même temps, d?autres,
au nom de ce même idéal d?accessibi-
lité généralisée, refusent de passer par
ce qu?ils et elles considèrent comme
un traitement de faveur à l?égard d?une
communauté discriminée. Ainsi, un dé-
bat moral sur le sens des espaces publics
dans les sociétés occidentales remplace
progressivement la recherche de solu-
tions concrètes aux problèmes d?acces-
sibilité rencontrés au quotidien par les
personnes trans. Les mécanismes struc-
turels de mise à l?écart des populations
minoritaires des espaces publics sont
ainsi étudiés et expliqués.
UNE APPROPRIATION DE LA VILLE
PAR ESCALES POUR COMPOSER
AVEC LES SPATIALITÉS COMPLEXES
D?UN PLACARD TRANS
Envisagée dans ses dimensions spatiales,
l?exclusion des espaces publics ordinaires
que subissent individuellement et col-
lectivement les personnes trans apparaît
doublement complexe. Cette recherche
adresse cette complexité spatiale. La
transphobie, dans les espaces publics
de la vie quotidienne, comporte à la fois
des dimensions enfermantes ? elle can-
tonne à la sphère domestique ? et ex-
cluantes ? elle éloigne des lieux familiers,
scolaires ou fréquentés par le passé : ces
forces d?enfermement et d?exclusion ont
des effets contradictoires et peuvent
pourtant s?exercer dans les mêmes lieux.
Cela s?inscrit en fait dans une complexi-
té temporelle due à la trajectoire biogra-
phique de transition de genre : changer
de genre ne peut pas passer inaperçu
dans les lieux où l?on est connu.e. Cette
appréhension spatiale des LGBT-phobies
62 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
blics métropolitains malgré les pro-
cessus d?enfermement et d?exclusion
propres au placard trans, les personnes
trans s?approprient des lieux qui s?appa-
rentent à des escales dans leurs mobili-
tés quotidiennes (voir figures 6 et 7).
Rassurantes, pourvoyeuses de ressources
urbaines ou communautaires, ces escales
sont le support d?une appropriation des
espaces publics métropolitains au-delà
de la dichotomie entre ancrage et mobi-
lités. En fournissant ponctuellement des
ressources (communautaires, médicales
ou ordinaires) et en y assurant l?accès,
elles deviennent des points « sûrs » et
sont le support d?un accès aux espaces
publics à proximité. Elles sont également
les lieux de l?investissement d?une forme
de proximité sociale, qui vient rempla-
cer la proximité sociospatiale caractéris-
tique des processus habituels d?ancrage
local. Leur appropriation progressive
dans des espaces publics métropolitains
marqués par une transphobie complexe
et omniprésente en fait les supports
d?un « habiter polytopique » (Le Bigot,
2017 ; Stock, 2006), qui est autant le
support des mobilités quotidiennes des
personnes trans qu?une stratégie d?accès
à la ville et ses ressources. En multipliant
l?appropriation d?escales au sein des mé-
tropoles, les personnes trans s?assurent
un droit à la ville malgré les multiples
contraintes de la transphobie.
En ce sens, cette thèse propose une re-
lecture des dynamiques de marginali-
sation sociale et spatiale des minorités
sexuelles et de genre à la lumière de leurs
parcours biographiques. Elle offre ainsi
un éclairage original sur les mécanismes
63PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 5. Influence des différentes dimensions du placard dans les espaces du quotidien de Ruth, 21 ans,
étudiante, serveuse et travailleuse du sexe (Londres), 2019 © Milan Bonté
de socialisation genrée aux espaces pu-
blics des métropoles occidentales et aux
processus d?exclusion qui en découlent,
de l?échelle de la confrontation des in-
dividus aux normes sociales à celle de la
fabrique administrative et politique des
espaces publics urbains.
64 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Figure 6. Rôle joué par les escales progressive-
ment appropriées par Ella, comme support de
ses mobilités quotidiennes, 2022 © Milan Bonté
Figure 7. Carte mentale des mobilités quotidiennes de Justine, 21 ans, ingénieure d?études, Rennes, 2019
© Milan Bonté
BIBLIOGRAPHIE
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genre. Diversité des registres d?action et
d?identification dans la population trans?
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genre des pensées, normes & pratiques
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géographie, Université Paris-Est.
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skateboard : une pratique urbaine spor-
tive, ludique et de liberté », Hommes &
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LAS-SCHWEBEL D., SONTHONNAX F.
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in Irvine, California », Gender, Place and
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ning : Challenging heteronormative as-
sumptions and reframing planning prac-
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Foucault : Thinkers for Civil Society ? »,
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blic Sphere : A Contribution to the Cri-
tique of Actually Existing Democracy »,
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LE BIGOT B. (2017), Penser les rapports
aux lieux dans les mobilités privilégiées.
Étude croisée des backpackers en Thaï-
lande et des hivernants au Maroc, Thèse
de doctorat en géographie, Université
Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
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espaces publics. La vulnérabilité des
femmes en question, Paris : Presses de
Sciences Po.
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forme spectacle, Éditions de l?École des
Hautes Etudes en Sciences Sociales, pp.
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STOCK M. (2006), « L?hypothèse de l?ha-
biter poly-topique. Pratiquer les lieux
géographiques dans les sociétés à indivi-
dus mobiles », EspacesTemps.net.
65PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Jules BOILEAU pour sa thèse de doc-
torat en aménagement ?Planification
de l?aménagement des territoires et
intégration des enjeux écologiques :
améliorer l?application de la séquence
Éviter-Réduire-Compenser par la modé-
lisation écologique participative?, soute-
nue à l?Université Paul Valéry Montpellier
III, sous la direction de Sylvain PIOCH et
de Coralie CALVET.
Julie CARDI pour sa thèse de docto-
rat en aménagement ?Les nouveaux
quartiers du moustique tigre. Concep-
tion des espaces bâtis et prolifération
d?Aedes albopictus dans trois villes des
Bouches-du-Rhône : diagnostic et pré-
conisations?, soutenue à l?Université
Aix-Marseille, sous la direction de Jérôme
DUBOIS et de Cécilia CLAEYS.
Jeanne-Louise DESCHAMPS pour sa
thèse de doctorat en droit public
?Contribution juridique à l?intégration
de l?habitat participatif dans les poli-
tiques publiques?, soutenue à l?Universi-
té de Limoges, sous la direction de Jessi-
ca MAKOWIAK et de Séverine NADAUD.
Marine DUROS pour sa thèse de doc-
torat en sociologie ?L?édifice de la va-
leur. Sociologie de la financiarisation
de l?immobilier en France, de la fin des
années 1980 à 2019?, soutenue à l?École
des Hautes Études en Sciences Sociales,
sous la direction de Florence WEBER.
Louise HOMBERT pour sa thèse de doc-
torat en sciences sociales ?Des ?villes
refuges? ? Émergence et institutionnali-
sation de politiques municipales de ré-
ception des exilé.es. Les cas de Paris et
Barcelone?, soutenue à l?Université Pa-
ris-Dauphine, sous la direction d?Emma-
nuel HENRY.
Virginia LAGUIA pour sa thèse de doc-
torat en aménagement ?L?eau anthro-
pique. Urbanités hydrauliques. Cordoue,
La Havanne?, soutenue à l?Université
Paris 1 Panthéon-Sorbonne en cotutelle
avec l?Universidad de Sevilla, sous la di-
rection de Christian PEDELAHORE de
LODDIS et de Francisco GOMEZ DIAZ.
Alessandra MARCON pour sa thèse de
doctorat en urbanisme ?Déconstruire
les paradigmes des territoires productifs
contemporains. L?urbanisme de la petite
industrie et la petite agriculture dans
les cas du Bocage vendéen et du Val-de
Marne?, soutenue à l?Université Gustave
Eiffel en cotutelle avec l?Universita IUAV
di Venezia, sous la direction de Sébas-
tien MAROT et de Mara Chiara TOSI
Damien PETERMANN pour sa thèse
de doctorat en géographie ?L?image de
Lyon d?après les guides de voyage aux
XIXe et XXe siècles, une étonnante per-
manence?, soutenue à l?Université Jean
Moulin Lyon III, sous la direction de Ber-
nard GAUTHIEZ.
Robin PUCHACZEWSKI pour sa thèse
de doctorat en urbanisme et aména-
gement ?Observation, évaluation et fa-
brique des politiques cyclables à l?heure
du retour du vélo : le cas de l?aggloméra-
tion toulousaine?, soutenue à l?Universi-
té Toulouse II Jean Jaurès, sous la direc-
tion de Jean-Pierre WOLFF.
Tanaïs ROLLAND pour sa thèse de doc-
torat en philosophie ?Démocratie et
droit à l?oeuvre urbaine : perspectives
de philosophie politique pour un urba-
nisme profane?, soutenue à l?Université
Jean Moulin Lyon II, sous la direction de
Jean-Philippe PIERRON et de Sandra FIO-
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66 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
67PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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Marie-Eve SEVIGNY pour sa thèse de
doctorat en études littéraires ?Bipolari-
té d?une ville-récit : Québec dans le ro-
man québécois (1934-2008)?, soutenue à
l?Université du Québec à Montréal, sous
la direction de Lucie ROBERT et de Lucie
K. MORISSET.
Joana SISTERNAS TUSELL pour sa thèse
de doctorat en sociologie ?Chapéu Man-
gueira et ses mondes imbriqués : ethno-
graphie d?une favela ?pacifiée? ?, soutenue
à l?École des Hautes Études en Sciences
Sociales en cotutelle avec l?Universidade
Estadual do Rio de Janeiro, sous la direc-
tion de Daniel CEFAI et de Neiva VIEIRA
da CUNHA.
Pour lire les résumés
des thèses nommées,
flashez ce QR code
le Prix de Thèse sur la Ville a pour objet de récompenser les
meilleures thèses de doctorat soutenues en France ou à l?étran-
ger, rédigées en langue française, et traitant de la ville avec une
réflexion sur l?action et (ou) tournée vers l?action opération-
nelle.
COMITÉ D?ORGANISATION
Lionel MARTINS, PUCA
Christophe PERROCHEAU, PUCA
Marc DUMONT, APERAU
Juliette MAULAT, APERAU
Laurent COUDROY DE LILLE, APERAU
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68 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
ORGANISÉ PAR LE PLAN URBANISME CONSTRUCTION
ARCHITECTURE (PUCA) ET L?ASSOCIATION POUR
LA PROMOTION DE L?ENSEIGNEMENT ET DE LA
RECHERCHE EN AMÉNAGEMENT ET URBANISME
(APERAU INTERNATIONALE),
Les disciplines candidates
2023 105
2022 146
2021 109
2020 83
2019 59
2018 58
2017 36
2016 64
2015 66
2014 66
2013 45
2012 50
2011 63
2010 38
2009 42
2008 45
2007 28
2006 45
Origine des thèses candidates
Établissements Île-de-France 52
dont cotutelle internationale 12
Établissements Province 44
dont cotutelle internationale 4
Établissements hors France 9
Le Prix de Thèse sur la Ville 2023 en chiffres
69PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Nombre de thèses
candidates
Terrains de thèses
France 59
Hors France 31
Comparaison France / hors France 15
Thèses Cifre
2023 15,24%
2022 15,17%
2021 11,93%
JOUBERT Michel, Université Paris 8
LACOUR Claude, Université de
Bordeaux
LE GOFF William, Fédération des
Offices Publics de l?Habitat
LEROUSSEAU Nicole, Université de
Tours
LORCERIE Françoise, Université
Aix-Marseille
MAILLERE Claude, Agence
d?urbanisme de Saint-Nazaire
MAISETTI Nicolas, GIP EPAU
MÉNARD François, PUCA
MICHEAU Michel, Sciences Po Paris
NOVARINA Gilles, ENSA Grenoble
SELIM Monique, CESSMA
SILLY Delphine, Ville de Lille
THIBAULT Serge, Université de Tours
TOBIN Lara, EPF Île-de-France
VOLKWEIN Magali, Devillers &
Associés
Présidente
LEVY-VROELANT Claire, Université
Paris 8
Membres
ALTABER Cécile, Auxilia Conseil
AUBERTEL Patrice, retraité PUCA
BACCAÏNI Brigitte, Inspection Géné-
rale de l?Environnement et du Déve-
loppement Durable
BERLAND-BERTHON Agnès, Université
de Bordeaux
BURGEL Guy, Université Paris Nanterre
DORMOIS Rémi, Saint Etienne Métro-
pole
DUBOIS-MAURY Jocelyne, Université
Paris Est Créteil
ESTEBE Philippe, Acadie
FOURCAUT Annie, Université Paris 1
Panthéon-Sorbonne
GAY Georges, Université Saint-Etienne
GILLI Fréderic, Métropolitiques
GODILLON Sylvanie, Agence d?urba-
nisme de Lyon
GUIGOU Brigitte, Institut Paris Région
HAUMONT Bernard, ENSA Paris-Val de
Seine
JAILLET Marie-Christine, Université
Toulouse Jean Jaurès
Jury du Prix de Thèse sur la Ville 2023
70 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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Lauréats du Prix de Thèse sur la Ville
(2006-2023)
72 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
Le Prix de Thèse sur la Ville (PTV) a été créé en 2006 par
l?APERAU, le Conseil Français des Urbanistes, le Centre
d?Études sur les Réseaux, les Transports, l?Urbanisme et les
constructions publiques et le Plan Urbanisme Construction
Architecture.
Ce Prix aspire à être une vitrine de la jeune recherche ur-
baine. Mais pas n?importe quelle recherche urbaine. Une
recherche urbaine si ce n?est opérationnelle, du moins
tournée vers l?action, utile à l?action, avec une réflexivité
sur/pour l?action. Car c?est bien là l?essence même de ce
concours, qui en fait son originalité, sa singularité. C?est
bien là l?esprit qui anime les débats passionnants au sein du
jury, qui le guide dans ses choix, d?abord des thèses nom-
mées, ensuite de thèses primées combinant excellence
scientifique et pertinence pour l?action.
Chaque année, le jury trouve, au fil des lectures des thèses
candidates, qui plus est des thèses sélectionnées, des pé-
pites pour l?action, des nouvelles façons de saisir les trans-
formations urbaines en cours, de nouvelles manières de
concevoir la ville, de faire société en ville. Plus d?un millier
de jeunes docteur.e.s ont candidaté au Prix de Thèse sur
la Ville depuis sa création ; 48 thèses ont été honorées :
18 ont reçu un Grand Prix et 30 un Prix Spécial. Qu?ils en
soient toutes et tous remerciés !
Lionel Martins,
Pour le comité d?organisation
Pour retrouver toutes les
éditions du Prix de thèse sur la
ville, flashez ce QR code
GRAND PRIX
Paul LECAT,
pour sa thèse de doctorat en histoire
?La fabrique d?un quartier ordinaire.
Le quartier de la Réunion entre Cha-
ronne et Paris des années 1830 aux
années 1930?, soutenue à l?Université
Gustave Eiffel, sous la direction de Fré-
deric MORET et de Charlotte VORMS
PRIX SPÉCIAUX
Marion CHAPOUTON,
pour sa thèse de doctorat en droit
public ?La ville durable au prisme du
droit?, soutenue à l?Université Paris II
Panthéon Assas, sous la direction de
Jacques CHEVALLIER
Mazen HAIDAR,
pour sa thèse de doctorat en archi-
tecture ?La réception et les pratiques
d?appropriation de l?immeuble rési-
dentiel ?moderne? à Beyrouth entre
1946 et 1990?, soutenue à l?Université
Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la di-
rection de Valérie NEGRE
Sarra KASRI,
pour sa thèse de doctorat en architec-
ture ?L?architecture comme marqueur
de risque, au risque des temporalités
urbaines?, soutenue à l?Université Pa-
ris Est, sous la direction de Jean-Pierre
LEVY et d?Abdallah FARHI
73PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
2022 2021
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GRAND PRIX
Julien MIGOZZI,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Une ville à vendre. Numérisation et fi-
nanciarisation du marché du logement
au Cap : stratification et ségrégation
de la métropole émergente?, soutenue
à l?Université Grenoble Alpes, sous la
direction de Renaud LE GOIX et de My-
riam HOUSSAY?HOLZSCHUCH
PRIX SPÉCIAUX
Pierre-Antoine CHAUVIN,
pour sa thèse de doctorat en sociologie
?L?administration de l?attente. Politiques
et trajectoires de relogement des fa-
milles sans domicile à Paris?, soutenue à
l?Université Paris Nanterre, sous la direc-
tion de Catherine BONVALET
Camilo LEON-QUIJANO,
pour sa thèse de doctorat en sociolo-
gie ?Fabriquer la communauté imagée.
Une ethnographie visuelle à Sarcelles?,
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction d?An-
ne MONJARET et de Juliette RENNES
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GRAND PRIX
Julien DARIO,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Géographie d?une ville fragmentée.
Morphogenèse, gouvernance des voies
et impacts de la fermeture résidentielle
à Marseille?, thèse soutenue à l?Universi-
té Aix-Marseille, sous la direction d?Eliza-
beth DORIER et de Sébastien BRIDIER
PRIX SPÉCIAUX
Louis BALDASSERONI,
pour sa thèse de doctorat en histoire ?Du
macadam au patrimoine : modernisation
de la voirie et conflits d?usage. L?exemple
de Lyon, fin XIXe-fin XXe siècle?, thèse
soutenue à l?Université Paris-Est Marne-
la-Vallée, sous la direction de Loïc VADE-
LORGE
Vincent Le ROUZIC,
pour sa thèse de doctorat en urbanisme
?Essais sur la post-propriété. Les orga-
nismes de foncier solidaire face au défi
du logement abordable?, thèse soute-
nue à l?Université Paris 1 Panthéon-Sor-
bonne, sous la direction de Natacha
AVELINE-DUBACH
2020 2019
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GRAND PRIX
Gaspard LION,
pour sa thèse de doctorat en sociologie
?Habiter en camping. Trajectoires de
membres des classes populaires dans le
logement non ordinaire?, thèse soutenue
à l?École des Hautes Études en Sciences
Sociales, sous la direction d?Isabelle
BACKOUCHE et d?Olivier SCHWARTZ
PRIX SPÉCIAUX
Annarita LAPENNA,
pour sa thèse de doctorat en architec-
ture ?Le dispositif intermilieux : mode de
culture du projet urbain ouvert. Enquête
sur des espaces végétalisés à Milan (1953-
2016)?, thèse soutenue à l?Université Pa-
ris 8 et au Politecnico di Milano, sous la
direction de Chris YOUNÈS et d?Alessan-
dro BALDUCCI
Pierre MAURER,
pour sa thèse de doctorat en histoire
de l?architecture ?Architectures et amé-
nagement urbain à Metz (1947-1970). Ac-
tion municipale : la modernisation d?une
ville?, thèse soutenue à l?Université de
Lorraine, sous la direction d?Hélène VA-
CHER et d?Anne-Marie CHÂTELET
74 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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75PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Matthieu GIMAT,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Produire le logement social. Hausse de
la construction, changements institu-
tionnels et mutations de l?intervention
publique en faveur des HLM (2004-
2014)?, thèse soutenue à l?Université Paris
1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction
de Sylvie FOL
PRIX SPÉCIAUX
Zhipeng LI,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?La diaspora Wenzhou en France et ses
relations avec la Chine?, thèse soutenue
à l?Université de Poitiers, sous la direc-
tion d?Emmanuel MA MUNG
Julie VASLIN,
pour sa thèse de doctorat en science
politique ?Esthétique propre. La mise
en administration des graffitis à Paris de
1977 à 2017?, thèse soutenue à l?Univer-
sité de Lyon 2, sous la direction de Gilles
POLLET
2018 2017
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GRAND PRIX
Perrine POUPIN,
pour sa thèse de doctorat en sociologie
?Action de rue et expérience politique
à Moscou. Une enquête filmique?, thèse
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction de
Daniel CEFAI et d?Yves COHEN
PRIX SPÉCIAUX
Paul CITRON,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Les promoteurs immobiliers dans les
projets urbains. Enjeux, mécanismes et
conséquences d?une production urbaine
intégrée en zone dense?, thèse soutenue
à l?Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
sous la direction de Sylvie FOL
Antoine COURMONT,
pour sa thèse de doctorat en science
politique ?Politique des données ur-
baines. Ce que l?open data fait au gou-
vernement urbain?, thèse soutenue à
Sciences Po, sous la direction de Domi-
nique BOULLIER
GRAND PRIX
Sophie BUHNIK,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Métropole de l?endroit et métropole de
l?envers, décroissance urbaine, vieillisse-
ment et mobilité dans les périphéries
de l?aire métropolitaine d?Osaka, Japon?,
thèse soutenue à l?Université Paris 1 Pan-
théon-Sorbonne, sous la direction de
Natacha AVELINE et de Sylvie FOL
PRIX SPÉCIAUX
Thomas AGUILERA,
pour sa thèse de doctorat en science
politique ?Gouverner les illégalismes ur-
bains, les politiques publiques face aux
squats et aux bidonvilles dans les régions
de Paris et Madrid?, thèse soutenue à
l?Institut d?Études Politiques de Paris,
sous la direction de Patrick LE GALÈS
Claire LAGESSE,
pour sa thèse de doctorat en physique
?Lire les Lignes de la Ville. Méthodolo-
gie de caractérisation des graphes spa-
tiaux?, thèse soutenue à l?Université Paris
Diderot, sous la direction de Stéphane
DOUADY et de Patricia BORDIN
2016 2015
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76 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Marie GIBERT,
pour sa thèse de doctorat en géographie
?Les ruelles de Hô Chi Minh Ville, Viet-
nam. Trame viaire et recomposition des
espaces publics?, thèse soutenue à l?Uni-
versité Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous
la direction de Thierry SANJUAN
PRIX SPÉCIAL
Kristel MAZY,
pour sa thèse de doctorat en aména-
gement et urbanisme ?Villes et ports
fluviaux: le projet comme dispositifs
de reconnexion ? Regards croisés sur
Bruxelles et Lille?, thèse soutenue à l?Uni-
versité Libre de Bruxelles et à l?Universi-
té Lille 1, sous la direction de Jean-Luc
QUOISTIAUX, de Philippe MENERAULT
et d?Yves RAMMER
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GRAND PRIX
Ophélie ROBINEAU,
pour sa thèse en géographie et aména-
gement de l?espace ?Vivre de l?agricultu-
re africaine. Une géographie des arrange-
ments entre acteurs à Bobo-Dioulasso,
Burkina Faso?, thèse soutenue à l?Univer-
sité Paul Valéry Montpellier, sous la direc-
tion de Lucette LAURENS
PRIX SPÉCIAL
Marion BONHOMME,
pour sa thèse en génie civil ?Contribu-
tion à la génération de données multis-
calaires et évolutives pour une approche
pluridisciplinaire de l?énergie urbaine?,
thèse soutenue à l?INSA Toulouse, sous
la direction de Luc ADOLPHE
2014 2013
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77PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Rodrigo Andres CATTANEO PINEDA,
pour sa thèse en géographie ?La fabrique
de la ville : promoteurs immobiliers et fi-
nanciarisation de la filière du logement
à Santiago du Chili?, thèse soutenue à
l?Université Paris 8, sous la direction de
Marie-France PRÉVÔT-SCHAPIRA
PRIX SPÉCIAL
Fanny GERBEAUD,
pour sa thèse en sociologie ?L?habitat
spontané : une architecture adaptée
pour le développement des métropoles.
Le cas de Bangkok (Thaïlande)?, thèse
soutenue à l?Université Bordeaux 2, sous
la direction de Guy TAPIE
GRAND PRIX
Max ROUSSEAU,
pour sa thèse en science politique
?Vendre la ville (post)industrielle. Capi-
talisme, pouvoir et politiques d?image à
Roubaix et Sheffield, (1945-2010)?, thèse
soutenue à l?Université de Lyon, sous la
direction de Joseph FONTAINE et de
Gilles PINSON
PRIX SPÉCIAL
Benjamin MICHELON,
pour sa thèse en sciences de la ville ?Pla-
nification urbaine et usages des quar-
tiers précaires en Afrique, études de
cas à Douala et Kigali?, thèse soutenue
à l?École Polytechnique Fédérale de Lau-
sanne, sous la direction de Jean-Claude
Biolay
2012 2011
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78 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Athina VITOPOULOU,
pour sa thèse en histoire ?Mutations fon-
cières et urbaines pour la production
des espaces et équipements publics
dans la ville grecque moderne. Les pro-
priétés de l?armée et de l?université et la
formation de l?espace public de Thessa-
lonique de 1912 jusqu?à nos jours?, thèse
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction de
Yannis TSIOMIS
PRIX SPÉCIAUX
Fanny LOPEZ,
pour sa thèse en histoire de l?architec-
ture ?Déterritorialisation énergétique
1970-1980 : de la maison autonome à la
cité auto-énergétique, le rêve d?une dé-
connexion?, thèse soutenue à l?Universi-
té Paris 1, sous la direction de Dominique
ROUILLARD
Élise ROCHE,
pour sa thèse en géographie ?Territoires
institutionnels et vécus de la participa-
tion en Europe. La démocratie en ques-
tions à travers trois expériences (Berlin,
Reggio Emilia et Saint-Denis)?, thèse
soutenue à l?École des Hautes Études en
Sciences Sociales, sous la direction de
Marie-Vic OZOUF-MARIGNIER
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79PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Amélie LE RENARD,
pour sa thèse en science politique
?Styles de vie citadins, réinvention des
féminités. Une sociologie politique d?ac-
cès aux espaces publics des jeunes Saou-
diennes à Ryad?, thèse soutenue à l?Ins-
titut d?Études Politiques de Paris, sous la
direction de Ghassan SALAME
PRIX SPÉCIAL
Sandrine GUEYMARD,
pour sa thèse en urbanisme et aména-
gement ?Inégalités environnementales
en IIe de France : répartition socio-spa-
tiale des ressources, des handicaps et
satisfaction environnementale des ha-
bitants?, thèse soutenue à l?Université
Paris-Est, Créteil-Val de Marne, sous la
direction de Jean-Pierre ORFEUIL et Guil-
laume FABUREL
2010 2009
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GRAND PRIX
Stéphanie VINCENT-GESLIN,
pour sa thèse en sociologie ?Les ?alter-
mobilités?: analyse sociologique d?usages
de déplacements alternatifs à la voiture
individuelle. Des pratiques en émer-
gence ??, thèse soutenue à l?Université
Paris 5, sous la direction de Dominique
DESJEUX
PRIX SPÉCIAL
Marcel MORITZ,
pour sa thèse en droit public ?Les com-
munes et la publicité commerciale ex-
térieure. Pour une valorisation environ-
nementale et économique de l?espace
public?, thèse soutenue à l?Université
Aix-Marseille, sous la direction de Jean
FRAYSSINET
GRAND PRIX
Bénédicte GROSJEAN,
pour sa thèse en sciences appliquées et
architecture ??La ville diffuse? à l?épreuve
de l?Histoire. Urbanisme et urbanisation
dans le Brabant belge?, thèse soutenue
à l?Université catholique de Louvain et à
l?Université Paris 8, sous la direction de
Christian GILOT et de Yannis TSIOMIS
PRIX SPÉCIAL
Laurent SABY,
pour sa thèse en génie civil ?Vers une
amélioration de l?accessibilité urbaine
pour les sourds et les malentendants :
quelles situations de handicap résoudre
et sur quelles spécificités s?appuyer?,
thèse soutenue à l?INSA Lyon, sous la
direction de Gérard GUARRACINO et
d?Eric PREMAT
2008 2007
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GRAND PRIX
William LE GOFF,
pour sa thèse en géographie ?Divisions
sociales et questions du logement en
Grande Bretagne, entre technicisation
et privatisation, les cas de Leicester et
Bradford?, thèse soutenue à l?Université
Paris 1, sous la direction de Pétros PET-
SIMERIS
PRIX SPÉCIAUX
David CAUBEL,
pour sa thèse en sciences économiques
?Politiques de transport et accès à la
ville pour tous, une méthode d?évalua-
tion appliquée à l?agglomération lyon-
naise?, thèse soutenue à l?Université
Lyon 2, sous la direction de Dominique
MIGNOT
Elisabeth ESSAÏAN,
pour sa thèse en architecture ?Le plan
général de reconstruction de Moscou de
1935. La ville, l?architecte et le politique.
Héritages culturels et pragmatisme éco-
nomique?, thèse soutenue à l?Université
Paris8, sous la direction de Jean-Louis
COHEN
80 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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81PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
GRAND PRIX
Agnès BERLAND-BERTHON,
pour sa thèse en aménagement et urba-
nisme ?La démolition des ensembles de
logements sociaux. L?urbanisme, entre
scènes et coulisses?, thèse soutenue à
l?Université Bordeaux 3, sous la direction
de Jean DUMAS
2006
Te
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PRIX SPÉCIAUX
Claude NAPOLÉONE,
pour sa thèse en sciences économiques
?Prix fonciers et immobiliers et localisa-
tion des ménages au sein d?une agglo-
mération urbaine?, thèse soutenue à
l?Université catholique de Louvain, sous
la direction d?Hubert JAYET
Fabrizio MACCAGLIA
pour sa thèse en géographie ?Gouver-
ner la ville. Approche géographique de
l?action publique à Palerme?, thèse sou-
tenue à l?Université Paris 10, sous la direc-
tion de Colette VALLAT
© Arnaud Bouissou | Terra
Le Plan Urbanisme Construction Architecture
(PUCA) est un Plan interministériel de recherche
et d?expérimentation placé sous la tutelle des
ministères de la Cohésion des territoires, de la
Transition écologique et solidaire, de la Culture,
et de la Recherche.
Le PUCA développe des programmes de
recherche incitative, de recherche-action et
d?expérimentation. Il apporte son soutien à
l?innovation et à la valorisation scientifique et
technique dans les domaines de l?aménagement
des territoires, de l?habitat, de la construction et
de la conception architecturale et urbaine.
www.urbanisme-puca.gouv.fr
L'Aperau Internationale, l?Association pour la
Promotion de l?Enseignement et de la Recherche
en Aménagement et Urbanisme, regroupe
des institutions d?enseignement supérieur du
monde francophone qui s?engagent à appliquer
les principes d?une charte de qualité dans les
formations et diplômes en aménagement et
urbanisme qu?elles délivrent.
L?Aperau Internationale promeut également
la recherche scientifique dans le champ
de l?aménagement et de l?urbanisme,
sous toutes ses formes.
www.aperau.org
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84 PRIX DE THÈSE SUR LA VILLE 2023
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PRIX DE THÈSE
SUR LA VILLE 2023
18ème édition
Les thèses primées
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