Les défis de l'intensification métropolitaine sous l'oeil de la recherche : actes des journées d'étude des 3-4 avril 2025
Auteur moral
Agence d'urbanisme du pays d'Aix
Auteur secondaire
Résumé
"Quelles intensifications désirables et solidaires pour le territoire pluriel d'Aix- Marseille-Provence » ? Quelles conditions pour une intensification de qualité qui tienne l'ensemble des enjeux ? Ces questions se déclinent en 4 axes de recherche, pensés comme autant d'étapes dans l'analyse des processus d'intensification : trajectoires et attendus de l'intensification pour définir, comprendre, objectiver et retracer les trajectoires du territoire en matière d'intensification ; potentialités, marges de manoeuvre, arbitrages : les gisements de l'intensification pour repérer, caractériser et évaluer les potentialités des supports de l'intensification dans toutes ses composantes ; les blocages à la désirabilité de l'intensification pour identifier et analyser la diversité des tensions, freins, obstacles à l'intensification, dans ses arbitrages comme dans sa mise en oeuvre ; nouvelles démarches et nouveaux processus d'intensification pour réfléchir en miroir aux leviers et facteurs de désirabilité, identifier les compromis à construire, imaginer les processus et innovations d'accompagnement de l'intensification urbaine. Depuis le séminaire de lancement en octobre 2023 de la plateforme POPSU AMP, plusieurs opérations de recherche, déclinant ces axes de manière plus ciblée, ont été lancées et mises en discussion chemin faisant dans le cadre de séminaires de recherche et d'échanges acteurs-chercheurs."
Editeur
AUPA
Descripteur Urbamet
Descripteur écoplanete
étude socioéconomique
;étude sociologique
;étude quantitative
;impact sur l'environnement
Thème
Ville - Urbanisme
;Environnement - Paysage
;Ressources - Nuisances
Texte intégral
Les défis
de l?intensification
métropolitaine
sous l?oeil de la recherche
Actes des journées d?étude
des 3-4 avril 2025
Introduction 2
Préambule :
la plateforme, le programme et les journées d?étude
POPSU Aix-Marseille-Provence page 4
Séverine Bonnin-Oliveira, Responsable scientifique de la plateforme POPSU AMP,
Maîtresse de conférences en aménagement et urbanisme, IUAR-LIEU, AMU
Introduction page 6
- La métropole AMP au défi de l?intensification, regards d?un élu et d?un technicien
David Ytier, Vice-président de la Métropole délégué au Logement, à l'Habitat, à la Lutte
contre l'habitat indigne
Vincent Fouchier, Référent technique du POPSU AMP, Directeur Prospective, Partenariats et
Innovations Territoriales (Direction Générale des Services), Métropole Aix-Marseille-Provence
- L?intensification : de quoi parle-t-on ?
Lina Raad, Ingénieure d?études, IUAR-LIEU, AMU
Session 1 :
LE LOGEMENT AU DÉFI DE L'INTENSIFICATION:
Comment produire du logement dense, désirable et abordable? page 14
- Propos introductifs
Vincent Fouchier, Référent technique du POPSU AMP, Directeur Prospective, Partenariats et
Innovations Territoriales (Direction Générale des Services), Métropole Aix-Marseille-Provence
Lina Raad, Ingénieure d?études, IUAR-LIEU, AMU
- A la recherche de la qualité du logement dans un milieu à fortes contraintes :
l?exemple de l?opération Chemin des Fraises à Septèmes-les-Vallons
Mohamed Belmaaziz, Gianluca Cadoni et Ion Maleas, Project[s], ENSA Marseille
- Impulser la densification : des politiques à la déclinaison locale contrastée.
Une lecture des quartiers de gare du Grand Paris Express au prisme des objectifs et
contraintes des collectivités.
Adela Hamcho, Chaire Arpenter, Lab?Urba, Université Gustave Ei!el, Plateforme POPSU Paris
- Logement abordable et sobriété foncière : repenser la fabrique des territoires
Stéphanie Jannin, UMR Art-Dev, ENSA Montpellier
- Concilier l?abordabilité du logement et la limitation de l?artificialisation :
perspectives européennes
Jean Marie Halleux, Ecogeo, Université de Liège
- Réaction du Grand témoin
Thierry Moallic, Directeur ADIL Bouches-du-Rhône, Président d?Acteurs Immo
Sommaire
Introduction 3
Session 2 :
L'ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE AU DÉFI DE L'INTENSIFICATION:
Comment renouveler les modes d?accueil de l?activité économique ? page 28
- Propos introductifs
Sophie Lebault-Philogène, Che!e de service Immobilier d'entreprise et Zones d'activités
économiques, Métropole AMP
Hélène Reigner, Professeur en aménagement et urbanisme, IUAR-LIEU, AMU
- L?intensification des zones d?activités économiques dans la métropole, retour sur 3 ans
d?ateliers de projet en Formation Continue à l?IUAR
Susanne Otto, Agence TDSO, IUAR-LIEU, AMU
- La régénération des zones d'activités à la croisée des chemins. Observations à partir du cas
de la métropole lyonnaise
Rachel Linossier, Laboratoire Triangle, Université de Lyon, Plateforme POPSU Lyon
- Zones d?activités productives et sobriété foncière : émergence d?un nouveau modèle ?
Nicolas Persyn, Agence Concorde, IUAR-LIEU, AMU
- Concilier le développement économique et la limitation de l?artificialisation, perspectives
européennes
Jean Marie Halleux, Ecogeo, Université de Liège
- Réaction du Grand témoin
Sophie Lebault-Philogène, Che!e de service Immobilier d'entreprise et Zones d'activités
économiques, Métropole AMP
Session 3 :
LA NATURE ET LES FONCTIONNALITÉS ÉCOLOGIQUES AU DÉFI
DE L?INTENSIFICATION : Comment intensifier avec la nature? page 40
- Propos introductifs
Vincent Fouchier, Référent technique du POPSU AMP, Directeur Prospective, Partenariats et
Innovations Territoriales, Direction Générale des Services, Métropole Aix-Marseille-Provence
Etienne Ballan, Sociologue-urbaniste, enseignant à l?ENSP
- Espace public à caractère naturel, des lieux structurants de respiration pour l'intensification
urbaine ?
Alexandra Biehler, Remi Junquera et Gabriele Salvia, Project[s], ENSA Marseille
- Des friches urbaines naturelles marseillaises entre volontés de préservation et enjeux
d?urbanisation
Carmen Rafanell, ITEM, AMU
- Quelles transitions vers une production urbaine renaturée ? Transformation des cultures
professionnelles et rééquilibrage des territoires en faveur de la nature
Guillaume Pouyanne, UMR BSE, Université de Bordeaux, Plateforme POPSU Bordeaux
- Comment concilier densité et biodiversité en ville ? Les enseignements du programme
BAUM (Biodiversité, aménagement urbain et morphologie)
Morgane Flégeau, Laboratoire LOTERR, Université de Lorraine
- Réaction du Grand témoin
Marc Del Corso, Chef de service Expertise écologique et paysage, Métropole AMP
Table ronde de clôture : de la recherche à l?action page 54
4
Préambule
La plateforme,
le programme et
les journées d?étude
POPSU-Aix-Marseille-Provence
Séverine Bonnin-Oliveira
Maîtresse de conférences en aménagement et urbanisme
Responsable scientifique de la plateforme POPSU AMP
IUAR-LIEU, AMU
L?objet du nouveau programme de la Plateforme
d?Observation des Projets et des Stratégies
Urbaines, POPSU-Transitions (2023-2026), est
de documenter, mesurer et accompagner les
politiques territoriales de transitions dans 23
systèmes territoriaux, chacun signataire d?une
convention pour trois ans avec l?Etat (GIP EPAU).
Faisant de l?intensification urbaine son fil
conducteur, la plateforme locale réunit la
Métropole AMP, l?agence d?urbanisme de
l?agglomération marseillaise (AGAM), l?agence
d?urbanisme Pays d?Aix-Durance (AUPA),
l?acteur culturel Image de ville et une équipe de
recherche pluridisciplinaire.
Cette dernière est une incarnation de l?Institut
Méditerranéen de la Ville et des Territoires
(IMVT) qui réunit en son sein trois établissements
d?enseignement supérieur (ENSP, ENSAM, IUAR
d?AMU) formant les acteurs de l?aménagement
de la ville et des territoires de demain, à toutes
les échelles et dans toutes ses composantes
(bâtie et non bâtie) pour répondre à la fois
aux besoins des citoyens dans un contexte
d?urgence sociale et climatique.
Cette approche pluridisciplinaire est mise au
service de la recherche POPSU pour envisager
la transformation des modèles d?aménagement,
des modes de penser et faire la ville et la
métropole en interrogeant l?intensification et
ses conditions comme chemin de transition.
Face aux tensions multiples qui traversent ce
changement de modèle «! davantage imposé
que désiré! » (Bourdin, Dubois, Nahrath, 20251),
l?objectif de la recherche est d?observer,
documenter, analyser et comprendre les
tensions, dynamiques et enjeux en matière
d?intensification en vue d?éclairer l?action
publique, sur la base de trois partis pris":
- un parti pris notionnel qui considère
l?intensification dans un sens large, en
l?envisageant de manière systémique, dans la
pluralité de ses composantes, pour accueillir
mieux avec moins (d?espace, de ressources),
dans la lignée de la définition de l?IAU IDF
(«! processus de renforcement de l?o"re
urbaine dans sa globalité (habitat, activités,
services, et éléments d?aménités urbaines,
qualité du cadre de vie), et non simple hausse
quantitative des densités de population et
d?emploi!» (2009).
- un parti pris territorial qui pense des
trajectoires diversifiées et complémentaires
d?intensification dans une métropole marquée
par sa grande superficie, son polycentrisme,
la diversité de ses densités et de ses tissus.
Sans opposer villes centres et périphéries,
grandes villes et petites communes, il
s?agit de rechercher des compromis, des
complémentarités, des rééquilibrages, des
réparations à toutes les échelles, au service
de l?ensemble du territoire et auxquels chaque
territoire peut contribuer à sa mesure.
- un parti pris opérationnel qui met au coeur la
fabrique ordinaire de la ville dans un contexte
où la transformation de l?urbanisation à
l?heure de la sobriété généralisée n?est plus
5
1. Bourdin A., Dubois J., Nahrath S. (dir.), 2025, L'urbanisme de la sobriété foncière, Espaces et Sociétés, n°194
simplement l?apanage de grandes opérations
emblématiques, régulées et maîtrisées. Il
s?agit alors de s?intéresser à des opérations
de taille plus modeste, impliquant une plus
grande diversité d?acteurs et de territoires,
pour l?heure moins encadrées, où la logique
du coup par coup met à mal une approche
systémique de l?intensification et questionne
d'autant plus la question des moyens et de
l'ingénierie pour l?accompagner.
La question qui traverse les travaux est donc la
suivante! : quelles intensifications désirables
et solidaires pour le territoire pluriel d?Aix-
Marseille-Provence" ? Quelles conditions
pour une intensification de qualité qui tienne
l'ensemble des enjeux!? Elle se décline en 4 axes
de recherche, pensés comme autant d?étapes
dans l?analyse des processus d?intensification!:
- Trajectoires et attendus de l?intensification
pour définir, comprendre, objectiver et
retracer les trajectoires du territoire en
matière d?intensification!;
- Potentialités, marges de manoeuvre,
arbitrages": les gisements de l?intensification
pour repérer, caractériser et évaluer les
potentialités des supports de l?intensification
dans toutes ses composantes!;
- Les blocages à la désirabilité de
l?intensification pour identifier et analyser
la diversité des tensions, freins, obstacles à
l?intensification, dans ses arbitrages comme
dans sa mise en oeuvre ;
- Nouvelles démarches et nouveaux processus
d?intensification pour réfléchir en miroir aux
leviers et facteurs de désirabilité, identifier
les compromis à construire, imaginer les
processus et innovations d?accompagnement
de l?intensification urbaine.
Depuis le séminaire de lancement en octobre
2023 de la plateforme POPSU AMP, plusieurs
opérations de recherche, déclinant ces axes de
manière plus ciblée, ont été lancées et mises
en discussion chemin faisant dans le cadre
de séminaires de recherche et d?échanges
acteurs-chercheurs. Ces journées d?études
sont l?occasion de les mettre à l?épreuve d?autres
travaux académiques.
Pour cela, elles ont été organisées en trois
sessions thématiques" : le logement au défi
de l'intensification, l'activité économique
au défi de l'intensification et la nature et
les fonctionnalités écologiques au défi de
l'intensification. Chaque session est structurée
autour de quatre communications permettant
d?engager le dialogue entre les travaux menés
sur le territoire d?AMP et des recherches
conduites ailleurs, en France et en Europe.
Ces dernières relèvent de plusieurs logiques! :
la valorisation de travaux doctoraux ou post-
doctoraux récents ou en cours! ; le dialogue
avec d?autres plateformes POPSU engagées
sur des thématiques proches!; la mise en regard
avec des travaux conduits à l?échelle nationale
ou internationale. Pour engager le dialogue
avec l?action, chaque session a été placée sous
l?oeil d?un grand témoin issu du monde socio-
professionnel. Une table-ronde de clôture a
fait discuter praticiens et chercheurs sur leurs
enseignements réciproques.
Pour en savoir plus sur la plateforme
POPSU AMP
- Carte postale
https://intensification.fr/carte-postale-popsu-intensifications-metropolitaines/
- Note d?orientation de la plateforme locale
https://popsu.archi.fr/ressource/note-dorientation-aix-marseille-provence-metropole
- Actes du séminaire de lancement du 19 octobre 2023
https://intensification.fr/plateforme-dobservation-des-projets-et-strategies-urbaines-popsu/
- Replay du séminaire de lancement du 19 octobre 2023
https://www.youtube.com/watch?v=wVPx9ibnIlU
- Film Aix-Marseille-Provence Métropole.
Habiter une métropole-nature à l'épreuve des transitions
https://www.youtube.com/watch?v=9ESemeCjM9I
https://intensification.fr/carte-postale-popsu-intensifications-metropolitaines/%0D
https://popsu.archi.fr/ressource/note-dorientation-aix-marseille-provence-metropole%20
https://intensification.fr/plateforme-dobservation-des-projets-et-strategies-urbaines-popsu/%20
https://www.youtube.com/watch?v=wVPx9ibnIlU%20
https://www.youtube.com/watch?v=9ESemeCjM9I
Introduction 6
Introduction
La métropole AMP au défi de
l?intensification : regards d?un élu
et d?un technicien
David Ytier
Vice-président de la Métropole délégué au Logement,
à l'Habitat, à la Lutte contre l'habitat indigne
David Ytier ouvre son propos avec un ensemble de
remerciements!: aux organisatrices de ces journées
d?étude, à commencer par Séverine Bonnin-
Oliveira, référente scientifique de la plateforme
POPSU locale, aux chercheurs impliqués dans cette
plateforme, aux équipes de la Métropole, partie
prenante de ces réflexions par l?entremise de Vincent
Fouchier, référent technique de la plateforme dont
il salue l?expertise, aux agences d?urbanisme qui
accompagnent également la démarche.
Il salue ensuite l?intention de ces journées qui créent
des ponts entre le monde de l'université et de la
recherche, et le monde professionnel et politique
pour réfléchir aux enjeux que soulève l?intensification
urbaine. C?est un sujet auquel la Métropole AMP est
extrêmement attentive et qu?elle prend à bras le corps,
sous toutes ses formes, dans tous les outils et toutes
les politiques publiques qu?elle met en oeuvre. Au-delà
de la Métropole, c?est un défi auquel est confronté
l?ensemble des collectivités sur le territoire national
et que la Métropole a choisi de relever en tissant des
ponts avec tous ceux qui peuvent l?accompagner. Ces
journées d?étude s?inscrivent dans cette mobilisation
collective!: du monde de la recherche et de l?université
dans le cadre de cette plateforme POPSU!; des services
de la Métropole! ; du conseil de développement
métropolitain représentant la société civile et le monde
économique qui a formulé en la matière un certain
nombre de propositions! ; des agences d?urbanisme
mobilisées au travers de plusieurs études.
En tant qu?élu de la Métropole en charge du logement
et de la lutte contre l?habitat indigne, David Ytier souhaite
partager deux questions sur ces sujets de densification,
terme préféré dans la parole politique et publique à celui
d?intensification qui effraie peut-être encore davantage.
Première question qu?il pose": faut-il densifier, faut-
il intensifier à tout prix"? La densification doit-elle
devenir l'alpha et l'oméga des politiques publiques
et des dispositifs opérationnels de la Métropole en
matière de logement! ? Deux exemples concrets,
venus de l?action en matière de rénovation urbaine,
autorisent à poser cette question.
Celui des quartiers (une dizaine sur le territoire)
concernés par le nouveau programme de rénovation
urbaine qui conduit à réfléchir au devenir des tours
de 10-15-20 étages, dans lesquelles résident des
milliers de familles qui expriment plutôt le sentiment
de vivre dans des quartiers ultra-densifiés, dans
lesquelles elles se sentent ultra serrées et dans
lesquelles elles manquent de services publics,
d?éléments qui peuvent oxygéner la vie d'un quartier...
Dans ces quartiers, faut-il densifier ou dé-densifier!?
Celui des quartiers centraux de Marseille sur
lesquels travaille la société publique locale
d?aménagement d?intérêt national (SPLA-IN)
qui porte la réhabilitation de l'habitat ancien
dégradé dont celle des immeubles qui jouxtent
les immeubles e"ondrés de la rue d'Aubagne.
Alors que l?idée de départ consistait à envisager
non seulement l?amélioration d?un habitat très
dégradé mais aussi la possibilité de densifier en
centre-ville, la réalité a révélé des problématiques
de sur-densification et de sur-occupation sans doute
parties prenantes de leur dégradation. En lien avec
les bailleurs sociaux, l?intervention va donc conduire à
dédensifier des immeubles trois fenêtres marseillais
de quatre étages initialement de qualité mais divisés à
l?extrême sous l?e"et de logiques de rentabilité. A l?heure
de la densification des centres villes, une telle situation
permet de s?interroger!: faut-il densifier à tout prix!?
Ces deux exemples appellent plutôt à la mesure!: on ne
peut pas densifier à tout prix, il faut trouver des échelles
de densité, d'intensité acceptables et s?autoriser à
dédensifier dans certains secteurs pour éviter des
7Introduction
phénomènes inacceptables. Le Schéma de Cohérence
Territoriale (SCoT) de la Métropole, adopté en juin 2025
par le Conseil métropolitain, porte cet objectif! : il a
identifié des communes «!pôles de développement!»
et «! pôles métropolitains! » importants qui méritaient
d?être densifiées, tout en appelant, au sein de ces
communes, à avoir des raisonnements par quartier, à la
rue, à l'immeuble. S?il est indispensable de densifier pour
sortir de l?étalement urbain et de l?aménagement hérité
de ces 40 dernières années, la densification et l'intensité
ne peuvent pas devenir la boussole unique d?un défi
complexe qui nécessite de trouver des compromis.
Deuxième question" : quelles sont les clés de
la réussite du défi de la densification et de
l'intensification"? Il en propose plusieurs.
D'abord, une stratégie collective de la part
des collectivités publiques, de l'État jusqu?aux
territoires, pour éviter les erreurs d?hier en matière
d?aménagement. C'est le rôle de la métropole
AMP à travers le SCoT, à travers le Programme
Local de l'Habitat (PLH), à travers les plans locaux
d'urbanisme que d?élaborer cette stratégie et d?y
inscrire un objectif de densité pour programmer,
réfléchir, sensibiliser. Cette stratégie est aussi
l?occasion de concilier plusieurs objectifs parfois
contradictoires. La densité ne doit pas faire oublier
la mixité d'usage dans chacun des quartiers, dans
chacun des centres villes. Une densité maximale
en matière de logement qui pousserait à l'extérieur
le commerce, les services publics, etc n?est pas
souhaitable. Or, pour mêler ces objectifs complexes,
il faut une stratégie à l'échelle métropolitaine.
Ensuite, le partage de l'objectif de densification au-
delà des cercles d?initiés. Produire du logement en
intensification soulève des contestations nombreuses.
La réalité, c'est celle des recours de riverains face à
la trop forte densification de leur quartier au moindre
programme de logements, au moindre permis de
construire mettant en oeuvre la densité. Il y a donc un
besoin de sensibilisation, d?explication à l?ensemble de
la chaîne, à commencer par les riverains, les habitants,
les décideurs publics. Les travaux conduits doivent
introduire ce besoin de pédagogie autour de ces
objectifs et de ces stratégies.
Enfin, la preuve par l?exemple. Il ne suffit pas de travailler
de manière décorrélée du réel dans des cercles de
réflexion et de décision convaincus que leurs idées
sont les bonnes. Pour qu?elles soient admises par tous,
il faut des preuves par l'exemple, qui montrent ce qu?est
l'intensification, ce qu?est la densification, comment on
peut densifier, comment ça peut marcher. Sur ce point,
la Métropole a par exemple créé un Fonds d'innovation
de l?habitat qui va permettre de soutenir des projets
innovants pouvant démontrer comment on pourrait
densifier demain les centres-villes ou les communes. On
parle par exemple beaucoup aujourd'hui des espaces
commerciaux qui sont un alignement horizontal de
boîtes commerciales consommatrices de foncier que
l?on pourrait investir pour y développer du logement.
Entre le dire et le développer, il faut passer par la preuve,
il faut des exemples. Ce Fonds d'innovation pour
l?habitat va permettre de soutenir concrètement des
projets qui montreront par des outils innovants, par de la
surélévation notamment, que ça peut marcher.
Ces projets seront accompagnés par la Métropole
pour participer à convaincre qu?il n?est plus possible
d?aménager les territoires comme avant, de manière
extensive. La densification et l?intensification sont
aujourd'hui un impératif dans une stratégie sur
laquelle il faut faire à la fois de la pédagogie et de la
preuve par l?exemple. C?est l?ambition de la Métropole
dont les réflexions sont nourries par exemple par
des travaux comme ceux présentés ici : ils sont
partagés aux décideurs pour alimenter l'écriture des
politiques publiques, corriger les choix du passé et
opérer la transition en matière d'aménagement.
Après avoir remercié David Ytier, dont il souligne le
fort investissement, et les deux co-organisatrices
des journées, Séverine Bonnin-Oliveira et Lina
Raad, Vincent Fouchier replace les travaux de
la plateforme POPSU et de ses 10 chercheurs
dans la communauté apprenante constituée sur
le sujet de l?intensification. Son objectif! : mieux
comprendre cet enjeu longtemps passé sous les
radars mais devenu crucial pour répondre à des
besoins forts tout en limitant la consommation
d'espace. Ce n?est évidemment pas la seule
réponse, il ne s'agit pas de pousser les curseurs
partout et de manière aveugle, mais bien de trouver
les stratégies territoriales les plus adaptées.
Avant de présenter dix messages clés pour partager
l'état des réflexions et des connaissances, Vincent
Fouchier revient d?abord sur des éléments de définition.
Celle de la densité d?abord!: une quantité sur une surface,
que l?on peut mesurer et quantifier de différentes façons.
Celle de la densification ensuite! : augmentation
de la densité, soit par augmentation de la quantité
sur une même surface, soit en diminuant la
surface d?une même quantité.
Celle de l?intensification enfin qui combine deux
dimensions!: la densification physique par ajout de bâti
et la meilleure utilisation du bâti existant.
La communauté apprenante vise à traiter ces deux
aspects de manière complémentaire, puisqu?ils
supposent des enjeux, des réponses opérationnelles,
des incidences vis-à-vis des habitants extrêmement
différents, dans une métropole aux densités très
contrastées. Les coeurs de Marseille et d?Aix-en-
Provence concentrent les densités élevées tandis que
le reste du territoire est globalement peu dense! : les
quartiers les moins denses de la métropole représentent
51% de l'espace urbain pour 25% de ses logements.
Ces ordres de grandeur fixés, Vincent Fouchier
présente dix messages sur l?état des connaissances
en matière d?intensification.
Introduction 8
Vincent Fouchier
Directeur Prospective, Partenariats et Innovations Territoriales,
Direction Générale des Services, Référent technique du
POPSU AMP, Métropole Aix-Marseille-Provence
Message #1 :
L?intensification permet de quitter le
modèle extensif, consommateur d?espace
La densité constitue une réponse à l?enjeu,
scandé par la loi Climat et Résilience, de Zéro
Artificialisation Nette, qui vise à limiter les
extensions urbaines au profit d?un modèle plus
intensif après 30 à 40 ans de forte consommation
des espaces agricoles et naturels de la
métropole (3 600 hectares consommés entre
2009 et 2017, 2/3 agricoles et 1/3 naturels).
Après avoir remercié David Ytier, dont il
souligne le fort investissement, et les deux co-
organisatrices des journées, Séverine Bonnin-
Oliveira et Lina Raad, Vincent Fouchier replace
les travaux de la plateforme POPSU et de ses
10 chercheurs dans la communauté apprenante
constituée sur le sujet de l?intensification.
Son objectif! : mieux comprendre cet enjeu
longtemps passé sous les radars mais devenu
crucial pour répondre à des besoins forts tout
en limitant la consommation d'espace. Ce n?est
évidemment pas la seule réponse, il ne s'agit pas
de pousser les curseurs partout et de manière
aveugle, mais bien de trouver les stratégies
territoriales les plus adaptées.
Avant de présenter dix messages clés
pour partager l'état des réflexions et des
connaissances, Vincent Fouchier revient
d?abord sur des éléments de définition.
Celle de la densité d?abord! : une quantité sur
une surface, que l?on peut mesurer et quantifier
de di"érentes façons.
Celle de la densification ensuite!: augmentation
de la densité, soit par augmentation de la
quantité sur une même surface, soit en
diminuant la surface d?une même quantité.
Celle de l?intensification enfin qui combine deux
dimensions!: la densification physique par ajout
de bâti et la meilleure utilisation du bâti existant.
La communauté apprenante vise à traiter ces
deux aspects de manière complémentaire,
puisqu?ils supposent des enjeux, des réponses
opérationnelles, des incidences vis-à-vis des
habitants extrêmement di"érents, dans une
métropole aux densités très contrastées.
Les coeurs de Marseille et d?Aix-en-Provence
concentrent les densités élevées tandis que le
reste du territoire est globalement peu dense :
les quartiers les moins denses de la métropole
représentent 51 % de l'espace urbain pour 25%
de ses logements.
Ces ordres de grandeur fixés, Vincent
Fouchier présente dix messages sur l?état des
connaissances en matière d?intensification.
Introduction 9
Message #2 :
La densification est un phénomène déjà
ancré
La densification n?est pas nouvelle, elle est
déjà à l?oeuvre dans la métropole. 26% des
îlots urbanisés ont connu une augmentation
significative de leur densité entre 2014 et 2022.
C'est un processus normal, régulier, il ne s?agit
pas de changer radicalement le mode de faire
mais de l?amplifier.
Message #3 :
Les mobilités et les modes de vie sont
di!érents selon les densités
Les modes de vie varient selon les niveaux de
densité! : dans les fortes densités, les habitants
parcourent des distances par jour et par personne
trois fois moins importantes que ceux des faibles
densités. Pourtant, les gens ne passent pas plus
de temps à se déplacer dans les faibles densités.
C?est une conséquence directe de la vitesse de
déplacement. La ville dense est une ville lente, de
la marche, du vélo, des transports en commun
tandis que la ville pas dense est une ville rapide
dans laquelle on se déplace en voiture. C?est une
dimension essentielle quand on parle densification
ou intensification qui permet de traiter la question
de la proximité en lien avec la mobilité.
Message #4 :
Il faut intensifier les secteurs les plus
accessibles (en transports en commun)
En conséquence, il faut intensifier dans les
secteurs les mieux desservis par les transports en
commun, où on peut se passer de la voiture. Or
sur les dix dernières années, c'est majoritairement
dans les espaces les plus éloignés en termes
d'accessibilité à l?emploi en transports en commun
que l'on a construit, dans des proportions plus
fortes que la répartition du stock de logements.
51% de la production de logements 2014-2022
s?est faite dans des territoires situés à plus de
40 minutes des bassins de 50 000 emplois
accessibles en transports en commun. En 2023,
43% de la production de logement s?est poursuivie
dans les tissus lâches et éloignés des secteurs les
mieux desservis. Inversement, les secteurs les plus
denses et les plus accessibles représentent 20 %
du stock de logements en 2023 mais seulement
6% de la construction 2014-2022. L'écart se creuse
entre zones d?emploi et zones de construction.
Il faut donc réfléchir à mieux articuler l'o"re de
transport et les densités! : densifier des secteurs
très accessibles mais peu denses, augmenter
la desserte en transports en commun dans des
secteurs très denses mais mal desservis.
Introduction 10
Message #6 :
L?intensification est aussi un enjeu majeur
des plans climat-air-énergie
Les fortes di"érences liées à la densité en
matière de mobilité ont une conséquence
immédiate sur les émissions de gaz à e"et de
serre! : ces émissions par jour et par habitant
sont 4 fois moins importantes dans les fortes
densités. Ainsi, la localisation de la densification
à venir doit participer aux enjeux du Plan Climat-
Air-Energie Métropolitain (PCAEM)
La question de la sobriété renvoie aussi au sujet
des matériaux!: plus on réutilise, mieux on utilise
le bâti existant, moins on impacte le besoin en
matériaux et là encore en gaz à e"et de serre.
Ce qui incite à développer la réhabilitation, le
réusage, la réparation.
Message #7 :
La densification est souvent mal accueillie
et appelle une nouvelle ingénierie
Cela a été évoqué par David Ytier, la densification
est souvent mal accueillie, génère recours et
protestations pour des raisons très légitimes.
Cela suppose pour les politiques publiques
de développer une ingénierie pour répondre
à ces enjeux non seulement dans la manière
d'échanger avec les habitants mais aussi
dans celle d'y répondre d'un point de vue très
programmatique.
Message #5 :
La ville dense est la seule qui soit
marchable
La mixité de la ville dense en fait une ville
marchable. Une étude de l?AUPA a permis de
cartographier 237 «!centralités marchables!» au
sein de la Métropole permettant aux habitants
d?accéder en moins de 15 minutes à pied aller-
retour à une o"re répondant aux besoins du
quotidien. Si on les retrouve à di"érents niveaux
de l?armature territoriale, 18% des logements
récents y sont localisés. En revanche, 58% de la
population et 52% des emplois sont situés en-
dehors de ces centralités.
Introduction 11
Message #8 :
L?intensification répond aux attentes
montantes, liées au vieillissement
et à la décohabitation
La forte croissance économique et
démographique, l?augmentation du nombre
de familles avec enfants ont marqué l?histoire
du territoire. Mais les besoins à venir n'ont pas
grand-chose à voir avec ceux du passé et il
faut éviter de projeter pour demain la réponse
à des besoins caduques. Les besoins à venir,
c'est ceux dûs vieillissement et à un nombre
de personnes seules dans leur logement en
forte croissance. Cela change radicalement la
demande par rapport à la question de l'o"re
de densité puisque les personnes âgées sont
plutôt désireuses de densité, tout comme les
jeunes même si les raisons en sont di"érentes.
Message #9 :
Les gisements de l?intensification urbaine
sont nombreux
Les possibilités de densifier sont nombreuses
mais il faut savoir où les mobiliser. Certains
quartiers sont déjà trop denses, d?autres
o"rent des capacités à considérer parce que
les transports en commun sont là, parce qu'il
y a des centralités avec tous les équipements
et services. Un travail est en cours, avec Villes
Vivantes et l?OFCE, pour quantifier sur le territoire
de la métropole le potentiel en densification
douce dans les parcelles de maisons
individuelles et en densification plus forte par
restructuration de l'urbain. Ce potentiel va être
croisé avec la capacité physique et la logique
économique de la densification en prenant
en compte les réglementations, les risques,
inondations ? Il s?agit ainsi de mieux définir la
stratégie de localisation et de quantification de
la densification.
Un deuxième levier consiste à intensifier l'usage
du bâti existant, logements, bureaux, équipements
(écoles, bibliothèques?) dont la vacance ou la
sous-occupation o"rent des potentiels pour
maximiser les temps et modes d?occupation.
Message #10 :
Une communauté apprenante partenariale
permet de co-construire le nouveau
modèle intensif
Pour relever tous ces défis, la Métropole anime
une communauté apprenante qui mobilise des
acteurs publics, privés, de la recherche pour
mieux cerner, mieux comprendre et mieux
envisager l'intensification urbaine de demain. Ces
journées d?étude sont une brique supplémentaire
pour se nourrir des travaux de tous.
Introduction 12
L?intensification : de quoi parle-t-on ?
Mise en perspective scientifique
Lina Raad
Ingénieure d?études, IUAR-LIEU, AMU
Pour clore cette introduction aux journées
d?étude, Lina Raad propose une mise
en perspective scientifique de la notion
d?intensification. Cette catégorie de l?action
publique s?est di"usée dans les années 2000
dans les milieux professionnels de l'urbanisme,
opérant une forme de glissement sémantique
de la densification à l'intensification, sans que
les deux termes soient toutefois équivalents.
L?Institut d?Aménagement et d?Urbanisme d?Ile-
de-France a donné une première définition
de l?intensification à la fin des années 2000,
la désignant comme «! un processus de
renforcement de l?o"re urbaine dans sa globalité
(habitat, services, et éléments d?aménités
urbaines, qualité du cadre de vie), et non une
simple hausse quantitative des densités de
population et d?emploi! ». La notion englobe
donc la densification sans s?y limiter. Partant du
constat que les bâtiments ou espaces existants
sont sous-utilisés, l?intensification correspond
également à un meilleur usage de l?existant.
Enfin, l?intensification intègre la notion de
mixité fonctionnelle et la nécessité de produire
de véritables morceaux de villes dotés de
l?ensemble des aménités urbaines.
Les trois composantes de la notion d?intensification, S. Bonnin-Oliveira, L. Raad
Du point de vue de la recherche, il existe
une différence importante entre les notions
de densification et d?intensification! : la
densification fait l'objet d'un véritable champ
de recherche qui s'est structuré à partir
des années 1990, alors que l'intensification
n?est pas théorisée scientifiquement et ne
constitue pas encore un objet de recherche
saisi en tant que tel.
Le champ des recherches sur la densification
est structuré par le «" débat étalement urbain
Introduction 13
versus densification" »2. Les travaux ont mis
en évidence un certain nombre de freins aux
politiques de densification!:
- les politiques de densification se heurtent à
des résistances et des contestations de la
part des habitants et donc représentent une
forme de «! risque politique! » (Fauconnier
et Fonticelli, 2024) pour les élus et les
collectivités qui les mettent les mettent en
oeuvre ;
- la densité coûte cher, donc densifier coûte
plus cher que de construire en extension
urbaine ;
- les échelles de gouvernance seraient
inadaptées à la régulation de la densification,
la planification étant gérée à l'échelon
supracommunal, tandis que le droit des sols
reste dans les mains des communes.
Ces débats ont été réactivés par la crise
climatique et le paradigme de la sobriété
foncière, qui s?est matérialisé par l'objectif Zéro
Artificialisation Nette (ZAN) depuis 2021! : on
tend vers la fin de l?urbanisation en extension
urbaine et «! le renouvellement urbain devient
progressivement la seule façon d'aménager
et de développer la ville! » (Bourdin et al.,
2025, op. cit.). Si le changement de tendance
a été amorcé dès le milieu des années 2010
marquées par une réduction importante de la
consommation d?espaces naturels, agricoles
et forestiers (ENAF), la discussion du projet
de loi TRACE (Trajectoire de Réduction de
l?Artificialisation Concertée avec les Élus
locaux) montre toutefois que le processus n?est
pas linéaire.
Ces dernières années, on assiste ainsi à
une remise en débat des politiques de
densification et de ses controverses, autour
de l'acceptabilité sociale et du coût de la
densité, et à des discussions nourries autour
de nouvelles controverses" : notamment les
tensions entre politiques de densification/
intensification et préservation des espaces de
nature en ville et autour des villes. On assiste
également à un élargissement des objets
et des «! gisements! » de la densification! : les
discussions, un temps centrées autour des
questions de logement, englobent désormais
les zones d?activités économiques.
L?intensification des usages recouvre un
ensemble d?actions très variées telles que la
mutualisation d?équipements, l?urbanisme
transitoire, le changement d?usage ou encore
la lutte contre la vacance. Certains de ces
objets opérationnels ont été étudiés par des
travaux de recherche anciens (vacance) ou en
cours de structuration (urbanisme transitoire).
Ainsi, la vacance est un objet étudié de longue
date par les chercheurs, d?abord sous l?angle
du recyclage des friches industrielles dans les
années 1960-70, avec un intérêt renouvelé ces
dernières années tout en restant largement
«! sous-exploré! » selon Nadia Arab et Yoan
Miot3. Les travaux restent en effet centrés
sur les territoires en décroissance urbaine,
avec beaucoup d?approches sectorielles
et un manque d?analyse transversale. La
transformation de bureaux en logements a
été remise à l?agenda politique ces derniers
mois, sous l?effet d?une forte vacance dans le
parc de bureaux en Ile-de-France, et suscite
des travaux de recherches émergent4. Enfin,
l?intensification des usages croise aussi la
question du chrono-urbanisme ou de la prise
en compte du temps dans l'aménagement, qui
a été théorisée dès la fin des années 1990 par
François Ascher, et suscite un intérêt renouvelé
des chercheurs ces dernières années.
La dernière composante de l?intensification,
le renforcement de l?offre urbaine, fait écho à
la mixité fonctionnelle qui occupe une place
importante dans les théories d?urbanisme et
de planification depuis les années 1980. Elle
correspond à des entrées de recherche assez
segmentées, tant sur la nature en ville que les
espaces publics ou les activités économiques.
Les recherches s?inscrivant dans le champ de
la coordination urbanisme/transport adoptent
une approche un peu plus transversale.
Pour conclure, il existe actuellement un
consensus sur la nécessité de changer de
modèle d'urbanisation, mais il reste un certain
nombre de freins à dépasser, en particulier
celui du modèle économique pour intervenir
en renouvellement urbain et réutilisation
de l?existant, qui se pose avec d'autant plus
d'acuité quand l'action se porte sur les espaces
en diffus. A l?heure de la crise climatique, les
tensions entre l?intensification et les enjeux de
nature en ville et fonctionnalités écologiques
sont également particulièrement fortes.
Enfin, l?acceptabilité sociale des politiques de
densification/intensification reste au coeur du
problème, comme le souligne François Leclerc!:
«!la ville intensive est désormais contestée et la
ville extensive bientôt interdite!»5.
2. Alain Bourdin, Jérôme Dubois et Stéphane Nahrath, 2025, «!L?urbanisme de la sobriété foncière!», Espaces et Sociétés, n°194, p.9-21.
3. Nadia Arab et Yoan Miot, La ville inoccupée, enjeux et défis des espaces urbains vacants, 2020, Paris, Presses des Ponts, 230 p.
4. Alexandre Coulondre, Anne D?Orazio, Anne-Laure Jourdheuil et Claire Juillard, «!La transformation des locaux d?activités en logements!: le
bureau qui cache la diversité!», 2024, Politiquedulogement.com
5. Préface du livre de Nicolas Binet et Gwenaëlle D?Aboville, 2024, Réparer et construire la ville, Éditions du Moniteur, 192 p.
Session Logement 14
Session 1
LE LOGEMENT AU DÉFI DE
L'INTENSIFICATION:
Comment produire du logement dense,
désirable et abordable ?
Propos introductifs
Vincent Fouchier
Directeur Prospective, Partenariats et Innovations Territoriales,
Direction Générale des Services, Métropole Aix-Marseille-Provence
Pour introduire le sujet du logement au défi de
l'intensification, Vincent Fouchier est revenu sur
quelques éléments de cadrage de la notion et
de ses enjeux pour le territoire métropolitain. Il
a d?abord rappelé deux précautions à prendre
avec la notion de densité et de désirabilité. D?une
part, les formes urbaines les plus denses ne sont
pas forcément celles que l?on croit": les quartiers
haussmanniens sont par exemple les plus
denses que les quartiers de grands ensembles
à qui on prête cette qualité. D?autre part, il existe
un décalage entre les représentations et la
réalité des besoins": l?idée selon laquelle l?habitat
individuel isolé serait le plus désiré (à 56% alors
qu?il ne représente que 20% des logements
existants selon une étude de l?ADEME) est en
fait très corrélée à un segment de population
(celui de la famille avec enfants) qui masque les
attentes d?autres profils. L?enquête citoyenne sur
la densification urbaine portée par le Conseil de
Développement de la Métropole AMP en 2023
montre ainsi une forte adhésion à la limitation
de l?artificialisation des sols notamment chez
les moins de 35 ans et plus de 65 ans qui sont
particulièrement favorables à l?idée de vivre dans
un quartier plus dense, tout en manifestant une
crainte vis-à-vis de la hauteur et du bruit (source!:
sondage CODEV, mon avis citoyen, 2023).
Vincent Fouchier est revenu dans un deuxième
temps sur les dynamiques des marchés
immobiliers du territoire de la métropole Aix-
Marseille-Provence où la chute de la production
neuve va de pair avec des volumes de vente accrus
dans l?ancien. Or sur ce marché, à l?exception de
la ville de Marseille, les secteurs les plus denses
et accessibles, tous modes confondus, sont les
plus chers au mètre carré, révélant ainsi l?attrait
de la densité mais occasionnant par là même
un report vers les marchés moins denses. La
singularité de Marseille, ville la mieux desservie
et la plus dense de la métropole mais a#chant
un faible prix au m2, tient à la dégradation de son
parc de logements qui fait ressortir un autre enjeu
de politique publique majeur! : il ne s?agit là pas
forcément de vouloir densifier plus mais d'utiliser
mieux et de pouvoir valoriser le parc tout en
conservant sa capacité à loger des populations
modestes. Sur le marché de la construction, bien
que la part de la densification dans la production
de logement augmente (de 80 à 87% de la
production entre la période 2009-2016 et 2017-
2022), on constate encore que les logements
ont été majoritairement construits dans les
densités faibles" : les espaces de faible densité
(<15 logements / hectare) qui représentaient
25% du parc de logements existants en 2013 ont
accueilli 54% de la construction neuve (2014-
2022) (Source!: Villes vivantes / OFCE).
Enfin Vincent Fouchier a abordé la question
des usages du bâti existant dans le champ
du logement, en déclinant trois volets. La
problématique de la vacance d?abord, dont
l?importance au sein du territoire a été rappelée
(le stock de logements vacants de plus de deux
15Session Logement
ans équivaut à deux années de construction
neuve). Le sujet beaucoup moins documenté
de la sous-occupation des logements ensuite,
massive dans le parc de logements de la
métropole (plus de 100.000 logements très
sous occupés, maisons individuelles dans 90%
des cas, selon une étude de l?INSEE) et formant
un stock à remobiliser par simple mobilité et
évolution de l'occupation. L?enjeu des meublés
touristiques enfin, qui ont prélevé une part du
parc de logements au profit des touristes et
sur lesquels la législation en cours d?évolution
pourrait faire bouger les lignes.
Lina Raad
Ingénieure d?études, IUAR-LIEU, AMU
En complément de ces éléments de cadrage
métropolitains, Lina Raad a repositionné cette
session dans le débat et l?actualité scientifiques
s?intéressant à la crise du logement, à laquelle
n?échappe pas le territoire local. Dans ce contexte,
la densification et l?intensification sont vues
comme une solution pour résoudre cette crise
tout en atteignant la sobriété foncière et l'objectif
ZAN. C'est une posture récemment défendue
dans un rapport co-écrit par la Fondation pour le
logement des défavorisés et la Fondation pour la
Nature et l?Homme, Réussir le ZAN en réduisant
le mal-logement! : c?est possible! !, qui envisage
tous les leviers de production de logements, y
compris ceux qui n'impliquent pas l'acte de bâtir
(régulation des résidences secondaires?).
Cette idée selon laquelle la densification et
l?intensification seraient une solution à la crise
du logement et plus particulièrement à son
abordabilité reste toutefois très débattue.
D?une part, la densité coûte cher, ce qui pose la
question de la maîtrise des coûts de production
de logements en densification. D?autre part, elle
se heurte à la question de l'acceptabilité, des
résistances et contestations aux politiques de
densification et d'intensification. Deux éléments
qui ont servi de fil rouge à cette session!: il s?agit
d?interroger la production du logement dense,
désirable et abordable, c?est-à-dire qui dépasse
les freins à l'acceptabilité sociale mais aussi
qui rencontre les aspirations des ménages,
et notamment la préférence pour la maison
individuelle évoquée par Vincent Fouchier.
Cette problématique traverse un certain nombre
de recherches en cours, dont quatre ont été
citées en exemple!: le programme de recherche
«!Foncier et logement abordables!» (2022-2025),
l?appel à projets de recherche «! Besoins en
logements à l?heure de la transition écologique!»
(2025-2028) qui questionne les besoins en
logement à l'heure de la transition écologique,
une étude financée par l'IDHEAL et confiée à
une équipe de l?Université d?Avignon (2025) pour
développer une méthodologie de repérage des
logements produits sans construction neuve
sur le territoire, avec un cas d'expérimentation
sur le territoire de la métropole, et bien sûr le
programme POPSU Transition (2024-2026) dont
un certain nombre de plateformes partagent ces
questionnements sur le logement.
Lina Raad termine son exposé en présentant
brièvement l'opération de recherche menée
sur le logement au sein de la plateforme
POPSU AMP, qui interroge la conciliation entre
intensification et besoins en logement à partir
d'une triple approche économique, politique et
opérationnelle. Comment produire du logement
au coeur de l'enveloppe urbaine, voire dans le bâti
existant! ? L'intensification peut-elle constituer
un levier de renouvellement des modalités de
production de logements! ? Comment garantir
la qualité du logement avec des modalités
de production très contraintes, en termes de
montage économique et opérationnel, de
localisation des fonciers ou du bâti existant!? Pour
comprendre la nature des blocages et identifier
les innovations / compromis / équilibres trouvés
pour les dépasser, cette opération à dominante
qualitative procède par entretiens auprès d?une
variété d'acteurs de la production de logements!:
opérateurs (bailleurs comme promoteurs),
services des collectivités, Établissement Public
Foncier (EPF)?
Session Logement 16
À la recherche de la qualité du logement
dans les milieux à fortes contraintes:
l?exemple de l?opération Chemin des
Fraises à Septèmes-les-Vallons
Ion Maleas, Mohamed Belmaaziz, Gianluca Cadoni
ENSA Marseille, Laboratoire Project[s]
Aujourd?hui, le contexte politique est fortement
impacté par les problématiques d?intensification
du périurbain avec l?objectif d?atteindre le
«! zéro artificialisation nette! » des sols. Ces
politiques urbaines sont intrinsèquement liées
au phénomène de la raréfaction progressive
des terrains constructibles. Qu?ils soient
promoteurs privés, bailleurs sociaux, la pénurie
du foncier disponible pour construire du
logement contraint les acteurs de la production
immobilière à engager des projets dans des
contextes de moins en moins favorables,
souvent près des sources de nuisances. Il s?agit
d?une réalité qui impacte particulièrement la
production des logements sociaux dans des
milieux à fortes contraintes. Situé dans la
commune de Septèmes-les-Vallons, au Nord de
Marseille, le projet "Chemin des Fraises", lauréat
de l?Appel à Manifestation d?Intérêt Engagés pour
la Qualité des Logements de Demain (EQLD),
est un exemple caractéristique de montage
d?opération complexe! : 46 logements sociaux à
construire à proximité immédiate de l?autoroute
A7, sur une parcelle de forme complexe qui
n?est constructible qu?en partie, nécessitant
l?expropriation, la préemption et la négociation
des servitudes. Le projet concerne une partie en
réhabilitation / transformation d?une ancienne
clinique des années 1960, d?une bastide et une
partie en construction neuve (tant en individuel
qu?en collectif).
La «!qualité!» est une notion polysémique car elle
est définie di"éremment par les divers acteurs
de la production du logement (Jourdheuil,
2019). Partant du constat que les contraintes
acoustiques sont intrinsèquement liées à la
présence de l?autoroute, le laboratoire Project[s]
de l?École Nationale Supérieure d?Architecture
de Marseille questionne l?impact de la prise en
compte des nuisances sonores6 dans le projet,
condition pour produire des logements de
qualité. En e"et, presque 100 000 habitants de la
Métropole sont exposés à des niveaux de bruit
excessifs et, pour rappel, selon l?OMS le bruit
représente le second facteur environnemental
provoquant le plus de dommages sanitaires en
Europe.7
Aujourd?hui, face aux nuisances sonores, les
solutions proposées sont d?ordre technique
(isolation acoustique, menuiseries performantes,
etc.). Ce type de réponses performancielles
peuvent être en contradiction avec les modes de
vie méditerranéens car elles ne favorisent pas
l?ouverture des fenêtres, la ventilation naturelle
et la vie en extérieur. Cela peut avoir un impact
majeur sur la qualité d?usage des logements
ainsi que leur confort climatique estival. Dans
le cadre spécifique du projet "Chemin des
Fraises", la réflexion s?est portée sur la prise en
compte des contraintes du site impactant la
qualité de vie dans ces bâtiments étant soumis
en permanence aux nuisances de l?autoroute. En
d?autres termes, comment la mise en place d?un
processus de commande et de réalisation de
logements, guidé par des connaissances fines
intrinsèques à un site de projet, peut influencer la
conception architecturale et favoriser la qualité
du logement!?
Pour y répondre, le laboratoire Project[s] a mis en
place une méthodologie inspirée des protocoles
6. Dans une enquête citoyenne sur la densification urbaine, réalisée par le Conseil de Développement de la Métropole AMP 2023, lorsque
les habitants ont été interrogés sur les inconvénients d?une ville plus dense (question ouverte), «!plus de pollution et nuisances, le bruit
en premier!» est la première crainte exprimée spontanément, loin devant les autres thèmes. Source!: https://conseil-developpement.
ampmetropole.fr/wp-content/uploads/2023/07/2023-07-06-Rapport-Enquete-Densification-.pdf
7. Source!: https://ampmetropole.fr/environnement/nuisances-sonores/la-metropole-agit-pour-reduire-les-nuisances-sonores/
Session Logement 17
de la recherche-action.8 Le laboratoire a été
sollicité par la Ville de Septèmes-les-Vallons
dans le cadre d?une collaboration avec le
bailleur social Erilia, avec l?objectif de produire
des connaissances opérantes susceptibles
d?impacter la qualité du projet. Étant sollicité
pour agir sur les di"érentes phases d?un projet
immobilier, le laboratoire a adopté une démarche
cyclique, caractéristique de la recherche-
action (O?Brien 2001, Roy et Prévost 2013). Par
exemple, dans la phase d?appel d?o"re, Project[s]
a insisté sur l?élaboration d?un diagnostic
exhaustif9 [4], en proposant une application de
cette méthodologie au bâti ordinaire, tout en lui
donnant une dimension opératoire qui permettait
de réinterroger le processus de projet. En
collaboration avec les services de la Métropole
AMP et divers bureaux d?études techniques,
l?impact sonore du site de projet a été étudié
de manière précise. Les données contextuelles
révélées visaient à inciter les équipes de maitrise
d?oeuvre à proposer des solutions spatiales
réduisant les nuisances sonores, avant de traiter
l?isolation de l?enveloppe. L?objectif était d?éviter
de traiter la conception du bâti uniquement au
prisme de la performance et de susciter des
solutions architecturales qualitatives.
Comme cela a été mis en évidence de manière
transversale dans le réseau national EQLD,
ainsi que dans le contexte du projet "Chemin
des Fraises", la collaboration entre le monde
de la pratique professionnelle et celui de la
recherche dans le cadre de la recherche-action
n?est pas sans di#cultés (Gonzalez-Laporte
2014). Si les temporalités de la recherche et de
l?action peuvent être incompatibles, les di#cultés
rencontrées concernent, entre autres, l?adoption
d?une définition commune de la «! qualité! » par
l?ensemble des commanditaires dont les priorités
peuvent être parfois divergentes. De même, la
qualité du logement peut être a"ectée par un
budget restreint.
Malgré ces di#cultés, la recherche a eu
également des retombées positives qui ont
permis d?une part, de susciter la prise de
conscience des acteurs et de peser sur le
processus de projet habituel. La majorité des
groupements professionnels qui ont répondu à
l?appel à projet témoignent avoir été influencés
par les données exhaustives qualifiant de
manière précise le site de projet. Cela a eu
pour conséquence d?intégrer les questions
des nuisances sonores et du confort d?été
dans leurs propositions. D?autre part, le travail
commun réalisé avec le laboratoire a permis au
bailleur social Erilia de valoriser la connaissance
produite dans ses futures candidatures. De
même, la ville de Septèmes-les-Vallons a
été davantage sensibilisée aux questions de
la pollution sonore. Elle exprime la volonté
d?intégrer les méthodes expérimentées dans
les futures procédures de commande publique.
En e"et, un des rôles centraux de la recherche-
action est de soutenir les acteurs locaux en
vue de s?approprier de nouvelles méthodes
d?action, ainsi que de contribuer au transfert des
savoirs vers des individus et des collectifs (Liu
1992). C?est pourquoi le laboratoire Project[s], en
collaboration avec les services de la Métropole
AMP, compte étendre l?approfondissement de
ces problématiques à l?occasion des futurs
projets de recherche sur la ville de Septèmes et
d?autres communes touchées par ces enjeux..
8. En e"et, le contexte du réseau EQLD a été propice!: il s?agit d?un «!écosystème partenarial de recherche-action autour de la question de la
qualité du logement!», d?une «!rencontre entre recherche et opérationnel!», avec des «!résultats de recherche visant une visée applicative
et opérationnelle!». Source!: https://engages-pour-la-qualite-du-logement-de-demain.archi.fr/sites/default/files/2025-03/EQLD_LIVRET_
THEMATIQUE_%232_web.pdf
9. L?approche par diagnostic exhaustif pluridisciplinaire (Graf et Marino 2012), considère qu?un projet d?intervention doit être indissociable d?une
approche attentive, reposant sur la constitution de connaissances exhaustives croisées à toutes les échelles de l?objet architectural.
Session Logement 18
Densification autour du Grand Paris
Express : processus similaires,
contextes divers
Adela Hamcho
Chaire Arpenter, Lab?Urba, Université Gustave Ei"el,
Plateforme POPSU Paris
Cette communication propose une lecture des
dynamiques de densification urbaine dans
les quartiers de gare du Grand Paris Express
(GPE), à partir d'enquêtes exploratoires
menées en première année de thèse. La
densification y est abordée via les instruments
réglementaires de la planification, mais aussi
à travers des pratiques moins formalisées des
acteurs publics et privés de l?aménagement.
Dans le cadre du programme POPSU Grand
Paris, ce travail analyse, du point de vue des
systèmes d?action, l'écart entre l?ambition
initiale d?une métropole polarisée autour des
gares et la réalité d?une densification diffuse
et généralisée de la zone dense.
Depuis les années 2010, une série de
politiques publiques françaises encourage
la densification du bâti au sein des zones
déjà urbanisées. Cette exigence de sobriété
apparaît d'autant plus difficile à relever pour
la région-capitale, où la loi du Grand Paris
fixe un objectif annuel de 70 000 logements
à construire. Les pôles de transport en
particulier constituent un élément central
des discours sur la planification urbaine et
l?organisation spatiale des agglomérations.
Elément que l?on retrouve dans la recherche
de coordination entre urbanisme et transport
dans les lois d?aménagement du territoire10
(Gallez & Maksim, 2007) et dans l?approche de
la planification stratégique11 (Douay, 2013) dans
laquelle le projet du Grand Paris s?inscrit. La
Société du Grand Paris12 se voit ainsi doter de
droits de préemption et d?expropriation, dans la
perspective de conduire des opérations
d?aménagement aux abords des gares.
Pourtant, en quinze ans, la production urbaine
s?est aussi largement déployée hors des
grands projets et des secteurs de gare, dans
le tissu urbain diffus, révélant une diversité de
contextes et de dynamiques locales.
Si l?idée d?urbaniser en densifiant fait
consensus parmi les opérationnels, elle se
heurte dans la pratique à des réticences
locales. Depuis une dizaine d'années, les
élus cherchent souvent à limiter la densité,
notamment en période pré-électorale. Cette
tendance contraste avec la période d?essor
des «! maires bâtisseurs! »13, dont le projet
politique bénéficiait d'une forte valorisation
auprès de la société civile. En témoignent les
règles des PLU ne semblant plus traduire
un seuil autorisé mais plutôt un plafond
réglementaire aux constructions14. En outre,
le coût des équipements publics induits par
l?urbanisation nouvelle pèse sur les budgets
communaux. Certaines municipalités
utilisent ce type d?argument pour contenir la
constructibilité, tandis que d'autres, à l?instar
de Bagneux ou Villejuif, assument une forte
densité aux abords du GPE pour financer de
nouveaux équipements publics via des projets
d'aménagement ambitieux.
La capacité à densifier dépend aussi fortement
du contexte urbain hérité! : structure foncière,
configuration bâtie existante, topographie,
protection patrimoniale, etc. Dans des
communes déjà denses ou historiquement
10. Gallez, C., & Maksim, H.-N. (2007). À quoi sert la planification urbaine!? Regards croisés sur la planification urbanisme-transport à Strasbourg
et à Genève. Flux, 69(3), 49-62
11. Approche ayant émergé dans les années 1980, focalisée sur «!la réalisation d?objets aux forts potentiels économiques (infrastructures de
transport, clusters économiques, centres d?a"aires?)!». Douay, N. (2013). La planification urbaine française!: théories, normes juridiques et
défis pour la pratique. L?Information géographique, 77(3), 45-70.
12. Devenue en 2023 la Société des Grands Projets.
13. Et qui rappelle l?adage bien connu « maire bâtisseur, maire battu ».
14. Là où prévalaient autrefois des décisions au cas par cas prises par le maire, avec qui négociaient directement les promoteurs.
Session Logement 19
construites comme Bois-Colombes ou Saint-
Cloud, la marge de manoeuvre est faible,
contrairement aux gares situées sur des
sites de friches industrielles et ferroviaires.
L'histoire récente du développement local joue
également!: certaines municipalités, après une
phase de forte croissance (par exemple dans
le tissu diffus à Châtillon), cherchent à ralentir
le rythme des constructions afin de préserver
leur cadre de vie ou de réexaminer la trajectoire
de la ville.
Les cas de réussite en matière de densification
organisée présentent souvent un triptyque! :
une libération foncière stratégique, une forte
intervention publique et l'arrivée prochaine du
métro. Les ZAC de l?Arsenal (Rueil-Malmaison)
et des Groues (Nanterre) illustrent bien ce
schéma, où l?Etat ? notamment à travers l?action
de ses opérateurs, les Établissements Publics
d?Aménagement et l?Établissement Public
Foncier Ile-de-France ? et les collectivités
locales ont su mobiliser d'importantes
ressources foncières pour développer des
projets urbains autour des nouvelles gares
du GPE. À l?inverse, la densification portée par
des opérateurs privés et négociée avec les
collectivités, sans maîtrise foncière publique,
montre ses limites. Si ces montages négociés
? auquel le recours se fait croissant15 (Bourdin
et al., 2020) ? permettent d?éviter l?endettement
des collectivités, ils exposent ces dernières à
des risques! : calendrier non contrôlé, moindre
qualité urbaine, etc.
Cette étude exploratoire montre ainsi que
la densification autour des gares du Grand
Paris ne répond pas à une logique unique.
Les configurations urbaines préexistantes,
les outils fonciers disponibles et les jeux
d?acteurs locaux produisent une grande
hétérogénéité de situations, ce qui explique
que des contextes similaires puissent
produire des formes urbaines différentes, et
réciproquement.
Vue sur les chantiers de construction de la ZAC Campus Grand Parc depuis le parc départemental des Hautes-
Bruyères, aux abords de la gare Grand Paris Express de Villejuif ? Gustave Roussy. Juin 2023. ©Adela Hamcho
15. Bourdin, A., Casteigts, M., & Idt, J. (2020). L?action publique urbaine face aux mutations sociétales - Tome 1 : Un cadre d?analyse (Editions de
l?Aube, Vol. 1).
Session Logement Session Logement 20
Logement abordable et sobriété
foncière : repenser la fabrique
des territoires
Stéphanie Jannin
UMR Art-Dev, ENSA Montpellier
La notion de «! logement abordable! » s?est
imposée ces dernières années dans le
langage courant des acteurs et observateurs
de la fabrique urbaine. Depuis les années
2010, dans le sillage de la crise financière
de 2008, les injonctions en faveur de sa
production se sont généralisées, des grandes
institutions internationales aux collectivités
locales. Derrière l?emploi du terme, c?est une
crise mondiale de l?accès au logement urbain,
désormais élargie aux classes modestes et
moyennes, qui s?exprime. L?intensification de
la ville, corolaire de l?exigence de sobriété
foncière traduite dans la loi depuis 2021 par le
«" Zéro Artificialisation Nette" », s?inscrit dans
cette tension. Elle ne peut alors éluder l?un
de ses enjeux centraux! : ouvrir un cadre de
référence opérationnel pour la production de
logements abordables.
Traduction littérale du concept anglo-
saxon de affordable housing, le logement
abordable, apparaît toutefois comme un
objet aux contours flous, tantôt englobant
les problématiques du mal-logement et
du logement social, tantôt s?en dissociant,
ne bénéficiant pas d?une définition et d?un
cadre politique ou juridique partagés. Au
fond, de quoi parle-t-on exactement! ? S?agit-
il seulement d?une forme d?accession sociale
ou sécurisée à la propriété pour tous! ? Ou
bien d?une notion plus large qui réinterroge
structurellement la répartition bipartite
usuelle, entre le logement social d?une part,
pris en charge par les pouvoirs publics, et
le logement libre d?autre part, produit par
l?économie de marché! ? Par ailleurs, «! l?écart
détectable entre politique et résultats! »16 est
saillant et semble révéler l?essoufflement
des modèles opérationnels historiques de
production du logement.
Le propos prend appui sur une recherche
doctorale17 menée sur la métropole de
Montpellier, caractérisée par une ressource
foncière limitée et disputée, un marché
immobilier particulièrement tendu et une
population modeste, majoritairement
éligible au logement social. Le dispositif
méthodologique repose sur une trentaine
d?entretiens auprès d?acteurs locaux (élus,
aménageurs, opérateurs immobiliers,
bailleurs sociaux?) menés entre 2022 et 2024,
et l?analyse de neuf opérations d?ensemble
développées entre 2000 et 2020, intégrant
une part de logements abordables. En
considérant le logement abordable à la fois
comme un objet urbain et un objet de l?action
publique, l?objectif est double" : éclairer le
cadre conceptuel du logement abordable,
encore peu documenté en France et en
Europe, et analyser les conditions concrètes
de sa production opérationnelle.
Le logement abordable est considéré dans
cette recherche comme une problématique
distincte mais s?ajoutant à celle du mal-
logement. Le logement social et une part du
logement libre y sont entendues comme deux
sous-catégories du logement abordable. Leur
part dépendra du modèle de logement social18
(Figure 1). Dans un modèle résiduel, la part de
logement abordable libre sera plus importante
que dans un modèle universel. Logement
libre, logement social et logement abordable
constituent donc un cadre référentiel
interdépendant.
Du logement social universel et institutionnalisé
comme outil principal d?accès à un logement
pour tous, vers la notion de logement
16. Wetzstein, S. (2017). The global urban housing a"ordability crisis. Urban Studies, 54(14), 3159 3177.
17. Jannin, S. (2024). La fabrique du logement abordable, l?exemple de la métropole de Montpellier [Thèse de doctorat, UPVD].
18. Ghekhiere, L. (2008). Le développement du logement social dans l?Union européenne. Revue des politiques sociales et familiales, 94(1), 21 34.
Session Logement 21
abordable, le glissement sémantique n?est
pas neutre. Il introduit à la fois la fin de l?idée
du logement social universel comme outil
principal d?accès à un logement pour tous et
l?affirmation des marchés, dont le principe
de libre concurrence ne parvient justement
plus, dans les secteurs tendus à produire ce
logement. Le logement abordable s?inscrit
comme le produit conjugué des logiques
de fabrication de la ville néolibérale d?une
part, et de la tendance à la résidualisation19
du secteur du logement social d?autre part.
A l?articulation de ces deux dynamiques
émerge un «!tiers-secteur hybride!», couvrant
le secteur du logement social et une part
du logement libre! ; un secteur qui mérite
à la fois d?être construit analytiquement et
reconnu par l?action publique.
D?un point de vue opérationnel, la
production montpelliéraine du logement
s?appuie depuis les années 80 sur le
modèle de la ZAC, essentiellement en
développement, lui-même bâti sur la
maîtrise de la valeur foncière et la tenue de
la double péréquation (Figure! 2). Celle-ci
consiste à équilibrer les dépenses liées à la
production de l?équipement et de la mixité
sociale avec les recettes dégagées par celle
du logement libre.
Le principe de la double péréquation apparait
comme un frein essentiel à la structuration
durable du tiers secteur. L?action publique
consistant à maîtriser le prix d?une partie
des logements produits en le maintenant
artificiellement à l?écart des prix du marché,
montre ses limites. D?une part, dans les
secteurs tendus, le creusement de cet écart
progresse mécaniquement au rythme des
logiques de marchés, activant à terme un
point de rupture! : lorsque les logements
libres deviennent difficiles à vendre ou à
louer, le modèle de production global se
trouve mis en échec. D?autre part, le modèle
assujettit structurellement la production
de la mixité sociale et de l?équipement à la
surproduction d?un logement inabordable,
donc inadapté aux besoins.
« Logement abordable non social » ou « logement abor-
dable libre » comme sous-catégorie du logement abordable
Logement social comme
sous-catégorie du logement abordable
Mal
logement
/ Sans-
abrisme
Logement Libre
Modèle Résiduel Logement abordable
1 2
1
2
Loge-
ment
social
Logement Libre
Mal
logement
/ Sans-
abrisme
Modèle Généraliste Logement abordable
1 2
Logement
social
Logement Libre
Mal
logement
/ Sans-
abrisme
Modèle Universel Logement abordable
1 2
« Logement abordable non social » ou « logement abor-
dable libre » comme sous-catégorie du logement abordable
Logement social comme
sous-catégorie du logement abordable
Mal
logement
/ Sans-
abrisme
Logement Libre
Modèle Résiduel Logement abordable
1 2
1
2
Loge-
ment
social
Logement Libre
Mal
logement
/ Sans-
abrisme
Modèle Généraliste Logement abordable
1 2
Logement
social
Logement Libre
Mal
logement
/ Sans-
abrisme
Modèle Universel Logement abordable
1 2
Détermination du logement abordable
au regard du modèle de logement social
(Conception et réalisation!: Stéphanie Jannin)
Session Logement 22
19. Driant, J.-C. (2014a). Enjeux et débats des politiques du logement en France. Revue d?économie financière, 115(3), 189 208. Gimat, M. (2017b).
Produire le logement social. Hausse de la construction, changements institutionnels et mutations de l?intervention publique en faveur des
HLM (2004-2014). Revue de la régulation, 22.
20. Guigou, J-L. (1983). La rente foncière (Vol. 153). Paris : Economica.
21. Le Rouzic, V. (2019). Essais sur la post-propriété?: Les organismes de foncier solidaire face au défi du logement abordable [Thèse de doctorat,
Paris 1].
Le problème de l?abordabilité du logement
pointe ainsi la défaillance des processus
opérationnels historiques. Dans le diffus, les
logiques de marché dominent et les marges
de manoeuvres de l?intervention publique
sont faibles. En ZAC en développement,
malgré une proactivité certaine de la part
des pouvoirs publics locaux, produire du
logement abordable consiste à produire
du logement social ainsi qu?une part de
logement libre dont l?abordabilité s?avère
perdue dès la première revente. La maîtrise
de la valeur foncière et la tenue de la double
péréquation, deux aspects dominants
sur lesquels se fondent ces processus
opérationnels publics historiques, sont
remis en cause. La première car le foncier
se raréfie et qu?il ne fait plus l?objet
d?une maîtrise stratégique offensive par
anticipation. La seconde, d?une part car elle
implique la surproduction d?un logement
inabordable, d?autre part, car son élasticité
ne permet plus d?équilibrer les dépenses
relatives à l?équipement et à la mixité sociale
par les recettes liées au logement libre.
La maîtrise de la valeur foncière et la
double péréquation compromises percutent
aujourd?hui l?exigence de sobriété foncière
qui durcit un contexte foncier de modèle
de production historique déjà à bout de
souffle. Dans ce contexte, la captation
publique et durable de la rente foncière
apparait comme une condition essentielle
au développement du tiers-secteur
hybride dans un contexte d?intensification.
Elle réouvre les débats inachevés sur
la nationalisation et la municipalisation
des sols20, ainsi que sur les régimes de
propriétés21. Elle en fait également naître de
nouveaux sur la capacité des gouvernances
urbaines (dans leurs compétences, leurs
métiers, leurs outils et leurs modes de
financements), à adapter leurs réponses à
l?enjeu conjugué de logement abordable
et de sobriété foncière, qui constitue
très certainement le coeur du défi de
l?intensification de la ville.
Maîtrise de
l?équilibre du bilan de
l?opération
d?ensemble
Dépenses
(essentiellement)
Equipements et espaces
publics
Acquisitions foncières
=
Maîtrise de la
péréquation sociale
Participation finan-
cière de la Collectivité
pour parvenir à l?équi-
libre le cas échéant
Péréquation 1
Equipement/Logement
Péréquation 2
Libre/Social/Abordable
Recettes
(essentiellement)
Cessions foncières pour
la production de
Logements
Maîtrise de la
valeur foncière
Principe de la double péréquation dans le modèle historique opérationnel des ZAC
(Conception et réalisation : Stéphanie Jannin)
Session Logement 23
Concilier l?abordabilité du logement
et la limitation de l?artificialisation:
perspectives européennes
Jean-Marie Halleux
Ecogeo, Université de Liège
L?Union européenne promeut la préservation
des services écosystémiques de ses sols
depuis maintenant plus d?une décennie.
En restreignant les possibilités d?extension
urbaine et en augmentant la pression sur
le foncier déjà artificialisé, cette ambition
environnementale représente une menace
pour l?accessibilité financière au logement.
Dans le cadre de la Présidence belge 2024
du Conseil de l?Union européenne, les
possibilités de concilier parcimonie foncière
et abordabilité du logement ont été étudiées
et la communication présente une synthèse
de ces réflexions.
Ces travaux ont conclu que concilier
parcimonie foncière et abordabilité du
logement sera possible par l?adaptation
des politiques publiques. Néanmoins, les
réformes nécessaires devront être d?autant
plus importantes que nous traversons déjà
une crise majeure quant à l'accessibilité
financière du logement. Selon Eurostat,
la part des dépenses des ménages
pour le logement a fortement augmenté
dans l?Union européenne, passant de
22% en 1999 à 32% en 2020 (moyenne
non pondérée pour 25 États membres).
Ce renchérissement impacte surtout
les ménages modestes, de plus en plus
exposés à des dépenses disproportionnées
pour se loger décemment. Il faut analyser
la crise de l?abordabilité du logement sous
un angle social, mais également sous un
angle territorial. En effet, la métropolisation
concentre la demande dans les grandes
villes, tandis que le tourisme, notamment à
travers les plateformes numériques, accentue
la pression sur certaines zones de marché.
La hausse des valeurs immobilières
résidentielles est observée depuis les
années 1950. La crise de l'abordabilité
du logement s?inscrit donc dans une
temporalité longue. Depuis plus de sept
décennies, cette hausse a été alimentée
par la croissance continue de la demande
et par une insuffisante réactivité ? ou
élasticité ? du secteur de la construction.
À cela s?ajoutent les phénomènes de
financiarisation et de marchandisation
du logement. La hausse des valeurs
immobilières cache en réalité une hausse
des valeurs foncières. Cette observation,
bien documentée scientifiquement, va à
l?encontre du discours dominant auprès des
acteurs de la construction et de l?immobilier,
qui insistent plutôt sur l?inflation des coûts
de construction. Pourtant, c?est moins
l?augmentation des coûts techniques que la
hausse des rentes foncières qui constitue
le phénomène structurel de long terme.
Face à ces défis, plusieurs leviers politiques
émergent.
- Il s?agit d?abord d?augmenter la réactivité
du secteur de la construction tout en
limitant le recours à l?artificialisation.
Cela suppose une politique foncière active
visant à mobiliser tous les types d?offre! :
reconversion des friches industrielles,
réutilisation des logements et bureaux
vacants, densification des tissus
urbains existants (par des opérations de
surélévation, de constructions intercalaires
ou de valorisation des jardins).
- Pensons aussi aux logements sous-
occupés. Avec le vieillissement de la
population, ce phénomène devient massif
dans de nombreux territoires. En la matière,
promouvoir des campagnes d?information
sur les alternatives résidentielles pour
les seniors pourrait conduire une part
significative des occupants âgés à
déménager plus rapidement, ce qui
libérerait une partie substantielle du stock
sous-occupé.
Session Logement 24
- Sur le plan social, tirer profit du
potentiel représenté par la hausse de
la rente foncière dans l'économie de
la construction pourrait permettre de
renforcer les mécanismes de solidarité.
Nous pensons ici à l?instrument du
zonage inclusif, qui consiste à imposer
aux promoteurs d?inclure des logements à
prix maîtrisé dans leurs opérations. C?est
ce qui est appliqué en France au travers
des servitudes de mixité sociale. Grâce à
la collectivisation de la rente foncière, le
zonage inclusif renforce la mixité sociale
des opérations et limite les ségrégations
socio-spatiales.
- L?usage d?autres instruments
complémentaires devrait aussi être
stimulé!: les plus classiques aides sociales
au logement, l?encadrement des loyers, ou
encore la création de droits réels comme
le droit de superficie, qui permet de limiter
les coûts d?acquisition et d?occupation
en dissociant la propriété du bâti de la
propriété du terrain.
- En matière d?aménagement du territoire,
un meilleur soutien aux villes moyennes
délaissées par les dynamiques de
métropolisation contribuerait à limiter la
concentration spatiale de la demande
et les difficultés sur les marchés les plus
tendus. Parallèlement, une régulation plus
stricte des effets de la mise en tourisme
apparaît souhaitable, par exemple en
restreignant les locations de courte durée
dans les zones sous pression.
Au final, concilier la dimension sociale ?
offrir des logements abordables ? et la
dimension environnementale ? limiter
l?artificialisation des sols ? suppose des
actions coordonnées, territorialisées et
soutenues. Cela passe par l?activation de
toutes les formes d?offre foncière, une
régulation rigoureuse des marchés et
une mobilisation accrue des collectivités
locales. Le niveau européen, via ses leviers
législatifs et financiers, a également un
rôle à jouer dans cette transition vers un
aménagement plus juste et plus durable.
Session Logement 25
Réaction du grand témoin
Thierry Moallic
Directeur de l'ADIL des Bouches-du-rhône et président du Think
Tank Acteurs Immo.
En réaction et conclusion de ces
présentations, Thierry Moallic est intervenu
d?un double point de vue! : celui de Directeur
de l'agence départementale d'information
pour le logement (ADIL) qui accompagne et
conseille les particuliers dans leur projet de
logement, et celui de Président du Think Tank
Acteurs Immo créé depuis 4 ans pour réunir
des acteurs privés et publics responsables de
l'acte de bâtir dans le cadre de conférences
sur les enjeux de l?immobilier.
Après être revenu sur l?importance de ces
échanges qui permettent de prendre le
temps de réfléchir aux politiques publiques
souvent menées tête baissée, Thierry Moallic
a commencé par partager des éléments
d?observation du marché local, convergents
avec les interventions de la matinée.
D?abord du côté de l'offre et de la production
de logements, il a remis en perspective la
question de la maison individuelle, produit de
politiques de l'habitat et d'urbanisme qui ont
très fortement favorisé son essor, notamment
sous l?effet du décret du 27 novembre 1991
relatif au contrat de construction d'une
maison individuelle. Pour autant, la période
actuelle est marquée sur le territoire d?AMP
par une baisse considérable de la production
pavillonnaire liée notamment à l'augmentation
des prix des maisons (prix moyen en 2025
dans la métropole! : 400! 000! %) elle-même
consécutive à l'augmentation du prix du
foncier. On peut donc considérer que la quasi
totalité du parc de maisons de 2050 est déjà
existant.
Du côté de la demande, si le rêve de la
maison individuelle est toujours présent, les
choses évoluent également, sans doute sous
l?effet de la contrainte. Il observe une prise
de conscience, lente mais certaine chez les
particuliers qui ont un projet d'acquisition,
de la nécessité de densifier et de favoriser
l'habitat collectif, l'accessibilité des
quartiers devenant un critère de recherche
croissant pour les futurs acheteurs.
L?argument de la mobilité et de son coût y
est pour beaucoup, désormais intégré par
les ménages comme par les banques qui
le prennent en considération dans l'octroi
d?un prêt immobilier. Pour autant, si les
habitants sont prêts à jouer le jeu de l?habitat
collectif, cela ne va pas sans attente de
contreparties que la puissance publique
va devoir entendre et apporter. L?offre de
logements doit se faire plus qualitative,
loin de l?offre stéréotypée et déconnectée
des attentes produite ces dernières
années, par un travail sur une architecture
plus élaborée, des terrasses, des jardins
collectifs, de la végétation, une pièce qui
permet le télétravail? Pour mener une
politique du logement, il ne va plus falloir
s'intéresser qu?à la cellule logement, mais
au cadre de vie et à des espaces publics
de meilleure qualité. C?est la contrepartie
obligatoire pour atteindre un bon degré de
densification et d'acceptabilité.
Quelles sont les solutions pour faciliter
ce mouvement d'intensification urbaine,
de densité et de sobriété foncière"?
Thierry Moallic en évoque plusieurs.
- celle de la concertation généralisée et
élargie": en amont des projets pour travailler
avec les futurs utilisateurs et riverains de
ces logements, mais aussi pourquoi pas par
une sensibilisation des enfants dès leur plus
jeune âge aux questions de densité.
- en termes plus opérationnel, celle de
la remise sur le marché des logements
vacants, tout en restant modeste, car s?il y
a bien un gisement à récupérer, il n?est pas
à la hauteur de ce que les statistiques en
disent. L?outil Lovac constitue en la matière
une avancée, en permettant d?aller vers les
propriétaires de bien vacant avec un panel
de solutions telles que l?intermédiation
locative.
Session Logement 26
- celle de la réhabilitation du parc existant
qu?il faut appuyer sur des outils incitatifs et
coercitifs à inscrire dans les documents de
programmation et à porter politiquement
pour les mettre en oeuvre. Sur ce sujet,
le recours à la puissance publique est
nécessaire! : pour initier l?intervention
sur l?habitat très dégradé qui n?a pas de
modèle économique mais aussi au-delà,
sur des espaces et équipements publics à
requalifier, pour y développer du logement
social, pour donner envie à des opérateurs
privés de prendre le relais. Le renforcement
de ce partenariat public-privé encore
insuffisamment mobilisé est une condition
sine qua none de la réhabilitation de ces
secteurs.
Ces solutions dans l?existant ne doivent
pas empêcher de s?intéresser aussi à la
construction neuve qu?il faut réinventer
pour moins consommer d?espace. Certains
concepts innovants sont à considérer en
ce sens. C?est le cas de l?habitat évolutif
qui va permettre à court terme d'ajuster
l'aménagement intérieur, à moyen terme
d'ajouter des pièces, à long terme de
transformer par exemple des bureaux en
logement. Penser l?organisation flexible du bâti
en vue de son adaptabilité à l?évolution des
besoins suppose des solutions techniques
renouvelées qui commencent à être
expérimentées (opération de 54 logements à
la Cabucelle par exemple).
En synthèse, les pistes existent dans plusieurs
directions, de la mobilisation renouvelée
du foncier non bâti en zone constructive à
l?intensification des usages des bâtiments
existants. Le tout doit être réfléchi en lien
avec un accroissement de la qualité de vie,
de l?attractivité et de la mixité fonctionnelle du
territoire. Certaines de ces pistes sont déjà à
l'oeuvre, il faut aller plus loin, parce que l'avenir
n'est plus dans le modèle extensif (maison,
jardin, voiture) mais dans un modèle plus
intensif à inventer ensemble.
Session Logement 27
Session Activité économique 28
Session 2
L'ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE
AU DÉFI DE L'INTENSIFICATION:
Comment renouveler
les modes d?accueil
de l?activité économique?
Propos introductifs
Sophie Lebault-Philogène
Che"e de service Immobilier d'entreprise et Zones
d'activités économiques, Métropole AMP
En introduction de cette deuxième session
consacrée aux enjeux d?intensification pour
accueillir l?activité économique, Sophie
Lebault-Philogène a dressé un rapide
état des lieux de la situation et des enjeux
métropolitains en la matière.
Elle est d?abord revenue sur l?importance, en
nombre et en surface, des espaces d?activités
économiques" : 400 sites économiques
représentant 20 000 ha. Un chiffre qui cache
une diversité de configurations (20 zones
d?activités économiques (ZAE) > 100 ha / 110
espaces économiques < 10 ha) et suppose
une réflexion différenciée en matière
d?intensification.
Elle a ensuite présenté la stratégie de
développement économique, initiée en
2017 suite à la création de la Métropole, puis
réactualisée en 2022 dans le cadre de l'Agenda
de Développement Économique. Ce dernier
est structuré en cinq grandes orientations,
dont l?une concerne directement le sujet de
l?intensification!: «!une métropole offrant des
capacités d'accueil et de développement
performantes et responsables pour favoriser
un développement équilibré du territoire!».
Cette stratégie s?incarne dans le Dispositif
de Production de l?Offre Foncière et
Immobilière pour les Entreprises (DOFIE)
qui vient répondre, d?une part, à la difficulté,
renforcée par l?objectif ZAN à horizon 2025,
de mobiliser du foncier économique, d?autre
part au besoin de construire une vision
stratégique globale suite à la disparition des
six territoires constitutifs de la Métropole.
Pour établir ce document, le chiffrage des
besoins en foncier économique du territoire
a été actualisé" : estimés à 10 millions
de" m2, dont 7 millions pour de l?économie
productive, ils reflètent la trajectoire
productive souhaitée par la Métropole
(dynamique de réindustrialisation, politique
sur les filières d'excellence, développement
équilibré du territoire et de l?emploi). Sur cette
base, l'identification de l?offre mobilisable
pour faire atterrir ces besoins dans un
territoire contraint a fait émerger!:
- un enjeu territorial de rééquilibrage entre
l?ouest (où se concentre la disponibilité
foncière) et l?est (où se concentrent les
besoins) qui pourrait passer par la création
d?un pôle de croissance technopolitain
à l?ouest et de corridors permettant de
mieux mailler l'ensemble du territoire
économique!;
- un enjeu économique de préservation du
développement de l'activité productive
des zones d'activité économique face à la
progression du commerce";
29Session Activité économique
- un enjeu d?articulation de la politique
de développement économique avec
l'ensemble des politiques publiques
du territoire pour penser l?accueil des
populations (habitat) et la desserte des
espaces (mobilités) en parallèle de l?accueil
économique";
- un enjeu d?optimisation du foncier dans
les zones existantes en réfléchissant à
de nouveaux modes de produire la ZAE
sur la ZAE (densification, intensification,
requalification)! : le DOFIE prévoit une
production de 50% du foncier économique
en requalification, soit 3,5 millions de m2,
en visant un Coefficient d?Occupation du
Sol de 0,6. C?est un vrai challenge et une
réflexion nouvelle, bien plus récente qu?en
matière d?habitat.
Pour la mener à bien, un travail a été engagé
par les agences d?urbanisme, AGAM et
AUPA, dont une première phase s'est achevée
pour caractériser les espaces d?activités et
leur potentiel d'intensification, identifier
l?ensemble des outils mobilisables, repérer
des démarches inspirantes menées ailleurs.
La seconde phase va permettre d?identifier
des zones test, une en centre urbain
dense (probablement la zone d'activités
des Arnavants à Marseille) et une autre en
secteur moins dense, pour véritablement
réfléchir à la mise en oeuvre de l'ensemble
des outils existants pour les adapter au
contexte de la métropole.
Sans attendre cette étude, des projets
s?inscrivent déjà dans cette tendance.
Certaines ZAE sont en cours de
requalification (à l?image du projet Cap
Horizon à Vitrolles, croisé avec une approche
intermodalité). Un travail d'identification de
gisements fonciers mobilisables dans les
ZAE, mené avec les agences d?urbanisme,
a permis de recenser 400 hectares de
foncier non mobilisés, qu?il faut caractériser
pour imaginer les leviers de sa mobilisation.
En matière de mobilisation, un outil dédié
à la production de foncier économique
a été créé (Société d?Économie Mixte
Patrimoniale Immobilier Développement
AMP) et de nouveaux montages sont en
réflexion (dissociation foncier / bâti, baux à
construction) avec l?idée de les appliquer à
une opération test.
En conclusion, Sophie Lebault-Philogène
a insisté sur l?enjeu pour les collectivités
de s?outiller sur ces sujets, en matière de
connaissance (à travers des observatoires),
de stratégie et de management, de
règlementation, d?acquisition foncière, de
fiscalité, de financement, de mise en oeuvre?
Le temps du géomètre qui faisait la ZAE en lien
avec un bureau d?études voirie et réseaux divers
(VRD) pour tracer les voies est révolu et laisse
place à un métier de plus en plus complexe,
qui appelle une expertise, une ingénierie et des
moyens financiers importants.
Session Activité économique 30
Hélène Reigner
Professeure des Universités, IUAR-LIEU, AMU
Pour compléter ces éléments d?introduction
du point de vue scientifique, Hélène Reigner
a repositionné le changement de modèle
économique au regard des caractéristiques
historiques du modèle de production
fordiste des espaces économiques! : une
production en extension urbaine, en quête
de connexion aux infrastructures routières
de déplacements, monofonctionnelle par
effet de mise à distance pour des questions
de sécurité (normes Seveso) et d?évitement
de conflits d?usage.
Ce modèle est percuté par trois chocs à
différentes échelles":
- le choc de la décarbonation économique,
posé au niveau européen, et incarné
localement par le territoire de l'étang de
Berre!;
- le choc, plus récent, de la réindustrialisation
au service d'une souveraineté nationale
qui cherche à désintensifier les flux
internationaux avec un effet attendu sur
les bilans internationaux d'émissions de
gaz à effet de serre, mais qui pose aussi la
question de la relocalisation de certaines
filières productives sur le territoire national!;
- le choc de la sobriété foncière lui aussi très
éloigné de l?ADN du modèle de production
du foncier économique. Si l?inflexion de
la production de logements en extension
urbaine est nette, ce n?est que peu voire
pas le cas pour les zones d?activités
économiques.
La mise à l?agenda du mot d?ordre de
l?intensification est donc là pour obliger à
penser des inflexions, des ruptures, des
bifurcations de modèles.
Du point de vue de la recherche également,
et à la différence des enjeux en matière
de logement ou de renaturation, cette
question de la production des espaces
économiques est restée le parent pauvre
des agendas scientifiques jusqu?à ce que
des programmes de recherche nationaux
récents s?en saisissent, sur la question de la
ville productive, du maintien de l?activité en
ville, du renouvellement urbain des espaces
économiques. Sur cette base, Hélène Reigner
formule quelques hypothèses de travail en
guise d?ouverture :
- l?intérêt d?aller chercher ces territoires de
l'intensification du côté des localisations
discrètes de l'économie métropolitaine
ordinaire, dans des espaces plus épars,
plus péri-métropolitains. Au-delà des
grandes opérations économiques de type
requalification de waterfront portée par
l?EPA Euroméditerranée, il faut considérer
en stock, en volume et en flux potentiel
de renouvellement cette économie
métropolitaine plus discrète!: à cheval entre
industrie et services, faite de fonctions
d?interface, de sous-traitance, de back-
office au service de l?industrie occupées
par des salariés nomades dans leur mobilité
domicile-travail comme pour leur travail!;
- la réflexion sur les objets de cette
intensification, au-delà de l?action sur la
forme urbaine": quels services apporter aux
entreprises et à ces salariés nomades dans
ce contexte de sous-traitance généralisée!?
Les enjeux renvoient notamment à
des questions de mobilité (plans de
déplacement d?entreprise, facilitation du
covoiturage, réseaux verts) et d?économie
circulaire et de sobriété (espaces de
stockage, approvisionnement, gestion des
déchets?)!;
- la prise en compte dans ces espaces
de l?impératif de gestion des sols plus
écologique en envisageant aussi la
désimperméabilisation.
Session Activité économique 31
L?intensification des zones d?activités
économiques dans la métropole,
retour sur 3 ans d?ateliers de projet
en Formation Continue à l?IUAR
Susanne Otto
Agence TDSO, IUAR-LIEU, AMU
Parmi les ateliers de projet des trois
institutions d?enseignement et de recherche
de l?IMVT qui enrichissent les réflexions du
POPSU Transitions, la Formation Continue
de l?IUAR se concentre depuis trois ans sur
la question du potentiel d?intensification des
zones d?activités métropolitaines. Ce rôle
d?exploration des travaux d?étudiants est
encadré par un réseau d?acteurs associés,
dont notamment le commanditaire, l?Agence
d?Urbanisme du Pays d?Aix -Durance (AUPA).
Le manque de foncier productif de la
métropole a été pointé comme enjeu
depuis la constitution du premier DOFIE
(Dispositif de Production de l?Offre Foncière
et Immobilière pour les Entreprises) en 2013,
en fixant un objectif de 1450!ha de foncier à
mobiliser pour répondre aux demandes des
entreprises et rééquilibrer l?offre d?emploi.
La deuxième version de ce document de
planification datant de 2024 a réévalué
l?objectif à l?horizon 2040 pour la création de
135! 900 emplois, en se basant sur un calcul
en surface bâtie manquante de 10 Millions
m& et non plus l?équivalent en surface de
foncier intégrant ainsi l?hypothèse de formes
urbaines densifiées. Le gisement de foncier
dans les zones d?activités vieillissantes y
est clairement pointé, mais l?application
concrète de ce principe largement partagé
pose encore de multiples questions, dont la
mise en oeuvre opérationnelle ou encore la
concurrence entre besoins économiques et
résidentiels.
Le cycle d?ateliers de travaux d?étudiants a
permis d?approfondir les connaissances de
différentes typologies de zones d?activités!: la
zone d?activité à rayonnement métropolitain
d?Aix-les-Milles, la zone d?activité et
commerciale mixte en interface avec des
territoires limitrophes de Pertuis et enfin les
zones d?activités de proximité avec l?exemple
de trois villages, la Fare-les-Oliviers,
Mallemort et Meyrargues.
Situé au coeur de la métropole, la zone
d?activité des Milles constitue une des
polarités économiques métropolitaines
majeures, mais souffre d?un ensemble de
dysfonctionnements dont un tissu urbain
vieillissant peu dense et une accessibilité
en transport public défaillante. Parmi les
propositions de réhabilitation de la zone
faite par les étudiants, une approche cible le
potentiel d?optimisation de l?offre logistique
par un regroupement densifié autour de la
desserte ferroviaire pour ainsi libérer du
foncier diffus et décarboner la logistique.
Une autre traite le dysfonctionnement de la
desserte par la mise en place de multiples
polarités organisées autour d?une double offre,
parking en silos et TCSP, pour limiter l?impact
du stationnement sur le foncier disponible
tout en proposant une offre de services
augmentée. Enfin, un troisième groupe
complète le renouvellement des Milles par la
renaturation comme outil de l?intensification,
proposant un saut qualitatif pour tendre vers
une mixité fonctionnelle incluant de l?habitat.
La deuxième zone d?activité étudiée à Pertuis
est pointée dans le DOFIE 2 comme une
polarité excentrée de la métropole, équilibrant
l?offre économique «!vers le Nord et les grandes
agglomérations environnantes!». Son étendue
dépasse largement les besoins propres de
la commune et reflète un développement
volontariste dont la dernière étape constitue
une extension urbaine de 40!ha sur du foncier
agricole et anciennement inondable, qui a fait
Session Activité économique 32
l?objet d?une contestation importante par des
associations de protection de l?environnement
et de l?agriculture. Pointant le potentiel de
densification au sein de la zone d?activité
vieillissante, les étudiants se sont penchés sur
le défi d?une traduction opérationnelle réaliste.
Les propositions ont décliné des approches
de projet du plus interventionniste au plus
partenariale! : implication du public à travers
l?outil de la ZAC, montage d?une Foncière pour
préserver le statut public du foncier à long
terme et assurer la pérennité des objectifs
portés, mais également remembrement
foncier porté par une Association Foncière
Urbaine (AFU) ou encore des outils innovatifs
à l?instar d?un ?comité de rue? qui accompagne
comme une association de quartier la
mutation d?un micro-secteur.
Les travaux de l?année en cours réfléchissent
à la place des zones d?activités de proximité
dans le réseau d?offre de l?économie
métropolitaine (La Fare-les-Oliviers,
Mallemort, Meyrargues). Leur gisement est
réel et leur rôle en tant que lieu d?atterrissage
de l?«! économie métropolitaine ordinaire! »
(Talandier, 2023) largement confirmé par les
diagnostics effectués.
Trois conclusions peuvent être tirées de
ces trois années d?études.
- La nécessité de former les acteurs de
l?aménagement au contexte spécifique
des zones d?activité et de l?immobilier
économique dans son ensemble. Le fait
que cette «! France Moche! » (V. Remy, X.
de Jarcy) a pu se développer est à imputer
entre autres au manque de connaissance
voire de l?intérêt des urbanistes.
- La difficulté d?associer les acteurs privés.
Particulièrement ressenti dans un cadre
universitaire, cet échange avec les acteurs
clés s?impose aussi trop lentement dans
l?animation d?études pré-opérationnelles en
cours sur le territoire de la Métropole AMP.
- La nécessité «" d?une preuve par
l?exemple" », comme David Ytier l?a rappelé
en introduction du séminaire. Tant que ce
type d?intervention innovatrice souffre d?un
manque de retours d?expérience, convaincre
tous acteurs associés représentera le
défi principal. Les différentes démarches
universitaires et d?études professionnelles
doivent ainsi s?inscrire dans une dynamique
de montée en connaissance du réseau
d?acteurs métropolitains.
Source : Projet Permapolis, atelier étudiants IUAR, 2023 (L. CROONENBERG, C. PERIN, H. ROQUES)
Session Activité économique 33
La régénération des zones d'activités
à la croisée des chemins.
Observations à partir du cas
de la métropole lyonnaise
Rachel Linossier
Laboratoire Triangle, Université de Lyon, Plateforme POPSU Lyon
L?axe 1 de la plateforme lyonnaise
d?observation des stratégies et projets
urbains en transitions s?intéresse à la
régénération des zones d?activités (ZA)
et plus particulièrement au(x) modèle(s)
économique(s) et urbain(s) de transitions
des zones d?activités.
L?approche distingue les ZA à dominante
productive (ZAE ou ZA productives) et
les ZA à dominante commerciale (ZA
commerciales), faisant l?hypothèse que les
représentations, usages et stratégies des
acteurs (collectivités, État, entreprises,
usagers?) sont différentes selon le type
de ZA. Une attention particulière est portée
aux acteurs privés (entreprises, foncières,
bureaux d?études?), à leurs intérêts
économiques et à leurs logiques d?action.
Cette distinction permet d?envisager
des modèles économiques et urbains de
transitions propres à chaque type de ZA. Les
termes utilisés pour désigner ces modèles
renseignent sur les objectifs et modalités
qui sous-tendent la logique de régénération
(action de renouveler, changer, améliorer,
reconstituer un espace pour lui redonner
force et vie) et sa propension à favoriser les
transitions (passages d?un état ? écologique,
énergétique, etc. ? à un autre).
- La requalification modifie les qualités
physiques et fonctionnelles d?un espace
afin de lui attribuer une nouvelle vocation
et permet d?offrir de nouveaux usages
(travaux publics). Elle rend possible le
changement des fonctions mais ne répond
pas spécifiquement à des enjeux de
transition.
- Le rétrofit est l?adaptation d?un équipement
par l?ajout de nouvelles technologies ou
composants (automobile, producteurs
d?énergie). Le rétrofitting est l?ensemble des
actions de modernisation, de rénovation
et d?amélioration des performances
d?ouvrages existants, pour lesquels
l?aménagement ou le respect des normes
risquent d?être obsolètes (opérateurs
immobiliers). La fonction et les usages ne
changent pas, l?intervention répondant
principalement à des enjeux de transition
écologique et/ou énergétique.
- La (re)conversion est la transformation
d?un objet dans sa nature et/ou sa fonction.
Notamment associée aux changements de
modèles productifs territoriaux impactant
d?abord les fonctions économiques, elle
porte peu sur les enjeux de transitions.
Plusieurs éléments de contexte et de constat
sont communs aux deux types de ZA":
- la crise écologique induisant des impératifs
de lutte contre le dérèglement climatique et
de préservation de l?environnement!;
- le manque de qualité urbaine et
environnementale des ZA (formes urbaines,
typologies bâties, espaces publics,
équipements, végétation, etc.) résultant de
leurs localisation et modes de production.
Les opérations de requalification privilégient
l?enjeu d?attractivité au détriment des
préoccupations environnementales!;
- la «"crise de disponibilité"» foncière (objectif
ZAN) fait des ZA des gisements potentiels
pour le (re)déploiement des fonctions
urbaines (optimisation /intensification) et la
renaturation des espaces urbanisés!;
- la structure foncière et les statuts de
propriété des ZA contraignent les projets":
la domanialité publique se limite souvent
à la voirie, alors que les espaces publics
Session Activité économique 34
constituent le premier levier d?intervention
de la collectivité! ; le rôle des propriétaires
et opérateurs privés est prépondérant dans
la production, la gestion et la régénération
des ZA, mais la fragmentation des intérêts
et des stratégies freine l?émergence des
projets.
Les collectivités (et l?État) occupent donc une
position d?impulsion et d?accompagnement
des projets, rendant nécessaires le consensus
sur les objectifs de régénération, les
dynamiques collectives et les coopérations
avec (et entre) les acteurs privés. Des bureaux
d?études (BE) spécialisés occupent une
position d?assistance à maîtrise d?ouvrage et
d?interface.
Un modèle de rétrofit des ZA productives
se profile, à la faveur du consensus
politique et économique autour de l?enjeu
industriel au service des transitions et de la
sanctuarisation de la destination économique
(non commerciale) de ces zones dans le droit
des sols. Des leviers amont sont activables
par les collectivités pour initier les projets" :
inventaires fonciers des ZAE, requalification
des espaces publics ou communs (voiries,
places, parkings?).
De nouveaux modèles de développement et
de montage opérationnel s?affirment :
- l?écologie industrielle territoriale (EIT) pour
organiser la transition économique dans
l?espace!;
- la dissociation foncier ? bâti pour garantir
la rentabilité des opérations et motiver les
acteurs privés à agir!;
- l?apport d?expertise sur les transitions
et les nouveaux montages fonciers aux
opérateurs, entreprises et collectivités par
des bureaux d?études spécialisés.
Dans la Métropole de Lyon, plusieurs
opérations de régénération / intensification
économique dédiées au maintien et au
développement de fonctions productives
adaptées aux transitions préfigurent, à
l?échelle d?unités foncières (USIN Lyon Parilly,
Renault Trucks, Delsatys à Vénissieux), un
modèle potentiellement duplicable. Mais le
passage à l?échelle des ZA productives est
menacé par l?absence de maîtrise foncière
publique et les coûts d?opérations.
Un modèle de (re)conversion se profile
pour les ZA commerciales. La stratégie
de diversification des fonctions au profit
du logement et des services, portée par le
Programme de transformation des zones
commerciales périphériques de l?État, est
alignée sur celles des acteurs privés mais
elle ne croise pas toujours la volonté des
collectivités comme la Métropole de Lyon,
qui privilégie le maintien d?une destination
économique voire productive. La crise du
modèle de la grande distribution nourrit cette
tendance à considérer ces zones comme
des gisements fonciers mobilisables pour
accueillir d?autres fonctions économiques
et urbaines. Les exigences de valorisation
foncière et de rentabilité opérationnelle
motivent l?intégration de compétences
d?aménagement par les foncières
commerciales ou leur alliance avec des
promoteurs immobiliers. Des BE spécialisés
accompagnent ces stratégies, contribuant
à l?émergence de programmations urbaines
qui s?avèrent plus ambitieuses en termes
de mixité que de prise en compte des
enjeux de transitions. Hormis des projets de
requalification ? extension intégrant un volet
environnemental (désimperméabilisation
/ végétalisation, énergies renouvelables),
les réalisations effectives restent rares.
L?absence d?inventaires fonciers et le faible
potentiel d?espaces publics limitent la
capacité d?impulsion des collectivités.
Session Activité économique 35
Les zones d?activités économiques
sous pression foncière : quel modèle
de sobriété ?
Nicolas Persyn
Agence Concorde, IUAR-LIEU, AMU
Les zones d?activités productives ont
été qualifiées d?«" objets urbanistiques
invisibles" »22 pour être longtemps restées
loin de l?intérêt des chercheurs comme
des concepteurs. Cette situation évolue
aujourd?hui, l?objectif de zéro artificialisation
nette et plus largement de sobriété foncière
entraînant un regain d?intérêt pour cette
typologie d?espaces urbains.
Le travail présenté ici porte sur la manière
dont la sobriété foncière bouscule le
modèle extensif de production des zones
d?activités productives. Il s?agit également de
confronter la transformation de ce modèle de
production aux dynamiques identifiées par
les travaux portant plus généralement sur
la production urbaine (qui se sont dans leur
très grande majorité intéressés uniquement
aux opérations résidentielles et tertiaires23).
Ces travaux mettent en avant trois grandes
dynamiques ces dernières décennies":
- un élargissement du cercle des parties
prenantes, intégrant de manière plus
importante les acteurs privés (logiques de
projet urbain, d?urbanisme négocié)!;
- une privatisation croissante de la
production urbaine et des profits qu?elle
génère!;
- une recomposition de la chaîne de
production, avec notamment une logique
d?intégration des opérateurs tout au long de
cette chaîne vers l?amont comme l?aval24!;
Un des objectifs de ce travail est ainsi de
confronter les évolutions du modèle de
production des ZAE à ces conclusions via
une méthode d?observation participante,
portant sur deux ZAE dans le Loiret et en
Haute-Savoie.
Le modèle extensif de production des ZAE,
qui a dominé toute la seconde moitié du
20e siècle, visait à attirer des entreprises
sur un territoire en leur proposant du foncier
aménagé à faible coût. Ce modèle, sous
impulsion et conduite publique, consiste
à acquérir et aménager à bas coût des
terrains agricoles en extension urbaine,
et à les commercialiser sous forme de
lots individuels, souvent directement aux
entreprises. Il s?agit ainsi d?une chaîne
de production très courte (collectivité! >
22. Lejoux Patricia, «!Quelle place pour la zone d?activités économiques dans la fabrique de la ville contemporaine!?!», Les nouvelles fabriques
de la ville. Objets, référentiels et méthodes, Presses universitaires de Rennes., Rennes, 2018, p. 2.
23. Adisson Félix et Guironnet Antoine, «!Production urbaine!: Les approches d?économie politique!», Urbanisme et aménagement, Armand
Colin, Paris, 2020, p. 165 179, [https//doi.org/10.3917/arco.bogno.2020.01.0165].
24. Idt Joël, Llorente Marie, Miot Yoan et Vilmin Thierry, L?économie de l?aménagement en pratiques, Éditions «!Le Moniteur!», Antony, 2023.
Densification de la zone d'activité de la Saussaye (Orléans
Métropole). En bleu, les possibilités de densification.
Source : Concorde
Session Activité économique 36
aménageur (pas toujours présent)! >
investisseur) qui fabrique un foncier très
morcelé et un urbanisme très générique!: des
aménagements uniquement fonctionnels,
une faible densité, et une démultiplication
des équipements fonctionnels (chaque
parcelle possède ses accès, ses circulations,
ses aires de manoeuvre, etc.).
L?impératif de sobriété vient bousculer
ce modèle extensif, parce qu?il exclut son
élément de base, le recours à l?acquisition
de fonciers à bas coût en extension urbaine.
Dans les deux cas étudiés, cela implique des
évolutions majeures dans la manière dont
les collectivités produisent des espaces
à vocation productive et aménagent leur
territoire pour accueillir des entreprises.
Cela conduit également à l?émergence d?un
modèle intensif, qui se structure autour de
plusieurs dynamiques":
- l?absence de modèle alternatif à l?étalement
pour les espaces à vocation productive,
ce qui laisse un champ des possibles très
ouvert pour ce nouveau modèle!;
- l?évolution de la localisation, en direction
des tissus existants, qui nécessite de mener
des reconfigurations foncières complexes,
et donc de développer un rôle d?ensemblier
pour organiser ces interventions!;
- l?organisation d?une densité plus élevée en
convoquant des figures morphologiques de
l?urbain dense (mutualisations, verticalité,
mitoyenneté), qui demande là aussi un rôle
d?ensemblier!;
- les nouveaux équilibres économiques à
construire, où il s?agit à la fois d?enrayer les
spirales spéculatives autour des fonciers
aménagés par le public et de compenser
la hausse des coûts de production des
fonciers dans les bilans. Les collectivités
étudiées recourent ainsi au mécanisme
de dissociation du foncier et du bâti qui
leur permet d?externaliser le bilan foncier,
de maîtriser les prix des mutations sur le
long terme et de capter la valeur foncière
générée par l?opération.
Ces nouvelles modalités se traduisent ainsi
par une complexification de la chaîne de
production du foncier à vocation productive,
avec l?apparition de nouveaux rôles" : le
portage de foncier de long terme, l?opérateur
ensemblier en charge de la mise en oeuvre
de la densité.
Par contre, cela ne s?accompagne pas de
logique d?intégration de la chaîne pour le
moment, mais aboutit plutôt une séparation
plus nette des chaines de valeur entre
foncier, immobilier et exploitation. Dans
ce nouveau modèle, si le poids du privé se
renforce en amont de la chaîne (ensemblier,
investisseurs, promoteurs), la collectivité
garde la main sur l?amont (programmation,
définition du projet) et reprend le contrôle du
foncier à long terme.
Ainsi, par rapport aux analyses portant sur
les opérations résidentielles et tertiaires,
on peut noter une différence dans la nature
des changements. Surtout nos travaux
révèlent une différence dans le sens du
changement! : alors que divers travaux ont
montré comment l?évolution des modalités
de production induit des transformations
morphologiques25, c?est l?inverse dans le
cas présent, où la fabrication de tissus plus
denses entraîne une évolution des modalités
de production.
25. Lucan Jacques, Où va la ville aujourd?hui ?: Formes urbaines et mixités, Éditions de la Villette, Paris, 2012
Session Activité économique 37
26. Vandermeer M.-C., 2016.- La disponibilité et le prix du foncier à vocation économique!: quel impact sur le développement économique de la
Wallonie!?, Dissertation présentée par en vue de l?obtention du grade de Docteur en Sciences, Université de Liège, inédit.
27. Vandermeer M.-C. et Halleux J.-M., 2017.- Evaluation of the spatial and economic e"ectiveness of industrial land policies in northwest Europe,
European Planning Studies, Vol. 25, n°8, pp. 1454-1475.
28. La nomenclature des unités territoriales statistiques est un découpage territorial destiné à faciliter les comparaisons entre pays, ou entre
régions, d'un même ensemble. Le niveau NUTS 3 correspond aux unités territoriales comptant de 150 000 à 800 000 habitants.
Concilier le développement économique
et la limitation de l?artificialisation,
perspectives européennes
Jean Marie Halleux
Ecogeo, Université de Liège
L?ambition environnementale visant à limiter
l?artificialisation des sols pose question vis-
à-vis de l?abordabilité du logement, mais
également vis-à-vis du développement
économique. Cette problématique est
particulièrement d?actualité, alors que
l?Union européenne promeut simultanément
la réindustrialisation du continent et la
préservation des services écosystémiques
de ses sols.
Les résultats d?une recherche doctorale
fondée sur une analyse comparée à l?échelle
européenne (M.-C. Vandermeer, 201626!; M.-C.
Vandermeer et J.-M. Halleux, 201727) éclairent
cette tension. Cette recherche a testé
l?hypothèse selon laquelle la disponibilité
en terrains constitue un facteur significatif
de la compétitivité des territoires. Ces
réflexions prennent leur source dans le
décalage entre cet argument souvent
mobilisé par les décideurs économiques
et politiques et la littérature scientifique
consacrée au développement régional.
En effet, contrairement aux décideurs,
les chercheurs en sciences régionales
mentionnent rarement l?influence des
marchés fonciers sur les niveaux de
développement. Ils privilégient plutôt les
facteurs immatériels tels que l?innovation,
l?intégration dans les réseaux ou encore la
qualité du capital humain.
La recherche a couvert sept pays européens
(Belgique, France, Luxembourg, Allemagne,
Pays-Bas, Royaume-Uni, Irlande), avec des
traitements menés à l?échelle de 751 régions
NUTS! 328. Deux grandes thématiques ont
structuré la réflexion. L?efficacité spatiale
d?abord renvoie à la politique d?aménagement
et s?intéresse à la question suivante! : est-ce
que le développement économique engendre
de l?artificialisation par les parcs d?activités
économiques!? En corollaire, la thématique de
l?efficacité économique renvoie à la politique
du développement économique régional et à
la question suivante! : est-ce qu?artificialiser
sous la forme de parcs d?activités renforce le
développement économique!?
Concernant l?efficacité spatiale, les résultats
mettent en lumière l?étalement économique
qui caractérise la France et la Belgique,
confirmant les constats de la littérature et
interrogeant la pertinence des politiques
d?aménagement menées dans ces deux pays.
Sur le plan de l?efficacité économique, la
recherche a examiné les corrélations entre
les surfaces économiques par habitant, les
niveaux d?emploi et de PIB par habitant.
À l?échelle globale de la zone d?étude,
aucune relation statistique significative
n?est observée. Toutefois, des relations
significatives apparaissent à des niveaux
plus fins, en fonction des spécificités
nationales et des contextes régionaux.
L?analyse permet d?identifier trois profils
territoriaux.
- Les régions métropolitaines pour lesquelles
aucune relation significative n?est établie
entre la consommation d?espace à vocation
économique et le niveau de développement.
La disponibilité foncière y joue
vraisemblablement un rôle marginal, du fait
de la prédominance d?activités à haute valeur
ajoutée peu consommatrices d?espace.
Session Activité économique 38 Session Activité économique
- Les régions intermédiaires pour lesquelles
une relation statistiquement significative est
observée entre la consommation d?espace
à vocation économique et le niveau de
développement. Pour autant, les effets
mesurés demeurent modestes. Par exemple,
l?artificialisation d?un hectare supplémentaire
serait associée à la création de 6,6 emplois.
Ce résultat semble refléter l?orientation des
parcs d?activités de ces régions dans des
activités peu intensives en emploi et en valeur
ajoutée, comme la logistique.
- Les régions rurales pour lesquelles les
relations entre consommation d?espace à
vocation économique, PIB et emploi sont
à la fois significatives et négatives. Une
hausse de l?artificialisation s?accompagne,
statistiquement parlant, d?une baisse du PIB
et de l?emploi. Une hypothèse explicative de
ce résultat contre-intuitif serait que, dans
ce type de régions, les opérateurs fonciers
et économiques proposent d?autant plus de
terrains que les dynamiques économiques
sont faibles.
La situation des régions rurales indique
que la disponibilité en terrains n?est pas,
à elle seule, une condition suffisante à la
croissance économique. Pour autant, le
cas de l?Allemagne (plus précisément l?ex-
Allemagne de l?Ouest) suggère que, dans
un environnement économique bénéficiant
d?un secteur industriel dynamique, la
disponibilité en terrains demeure une
condition nécessaire à la croissance des
entreprises. Pour l?Allemagne, nos résultats
indiquent que l?artificialisation d?un hectare
supplémentaire s?accompagne de 38,4
emplois supplémentaires.
En conclusion, cette recherche plaide en
faveur d?une approche différenciée des
politiques menées en matière de foncier
à vocation économique. Elle souligne les
limites des politiques uniformes et invite à
repenser la planification des parcs d?activités
en tenant compte de leur véritable efficacité
économique.
Réaction du grand témoin
Sophie Lebault-Philogène
Che"e de service Immobilier d'entreprise et
Zones d'activités économiques, Métropole AMP
Issue du monde de l?aménagement
opérationnel et travaillant depuis un an sur le
sujet de la production foncière économique,
Sophie Lebault Philogène met en perspective
les travaux présentés au regard de son
sentiment d?absence d?outils et de réflexion
sur ce sujet. Cette demi-journée donne à
comprendre que tout est à construire de
façon partenariale, en réduisant le décalage
entre les acteurs du terrain et ceux de la
recherche, en croisant leurs approches. Il
y a des liens à construire, au-delà du travail
partenarial qui existe aujourd?hui entre la
Métropole et les agences d?urbanisme,
avec les universitaires, avec les autres
acteurs du territoire, en intégrant les acteurs
privés. C?est un vrai sujet dans le processus
de reconstruction de la ZAE sur la ZAE! :
comment travailler avec ces acteurs qu?on ne
connaît pas aussi bien qu?on le pense et dont
les besoins sont particuliers! ? En matière
d?habitat, on a tous les mêmes besoins! :
chambre, salle de bain, salle à manger,
accessoirement jardin? C?est beaucoup plus
complexe dans la zone d?activités, or, le sujet
numéro un, c'est de comprendre les besoins,
de comprendre les fonctionnements, de
comprendre l'écosystème. Prenons un
exemple! : c?est parce qu?on a besoin de faire
fonctionner cet écosystème pour qu?il reste
attractif qu?on a aussi besoin de plateformes
logistiques, même si elles ne créent pas
d'emploi. Cette approche plurielle dans
les regards, on doit aussi l?avoir dans les
thématiques" : l?approche économique est
nécessaire, mais il faut aussi une approche
Session Activité économique 39
urbaine du sujet. Tout est à construire pour
que l?on cite à l?avenir plutôt l?exemple de
la métropole AMP que celui de la ville de
Rennes! ! Tous les services de la métropole,
que ce soit le développement économique, la
planification, la prospective, sont à disposition
pour travailler dans ce sens, construire
des solutions qui répondent aux objectifs
de sobriété, d?intensification et surtout de
maintien du développement économique et
d?attractivité de notre métropole.
Session Nature 40
Session 3
LA NATURE ET LES FONCTIONNALITÉS
ÉCOLOGIQUES AU DÉFI DE
L?INTENSIFICATION : Comment
intensifier avec la nature ?
Propos introductifs
Vincent Fouchier
Directeur Prospective, Partenariats et Innovations
Territoriales, Direction Générale des Services, Métropole
Aix-Marseille-Provence
Vincent Fouchier a présenté quelques
données et résultats issus d?une étude
menée par Villes Vivantes et l?OFCE pour le
compte de la Métropole AMP, qui aborde
notamment le lien entre nature, présence
de végétation et densité/intensité. Ce travail
s?est notamment intéressé aux 21 713 ha
de couverture végétale présente sur les
parcelles privées du territoire métropolitain,
décomposés en trois strates : strate
herbacée (32%), strate arbustive (26%)
et strate arborée (42%). Selon lui, cette
étude ainsi qu?une récente étude de l?APUR
déconstruisent l?idée selon laquelle plus un
jardin est grand, plus il serait efficace d?un
point de vue écologique et montrent que la
densification dans le tissu urbain existant
n?entraîne pas systématiquement une
diminution de la végétation et des espaces
naturels" : certaines parcelles se densifient
et maintiennent leur niveau de végétation
tandis que d?autres parcelles sont marquées
par une diminution du niveau de végétation
sans construction.
La présence de nature (eau, végétation)
dans les tissus urbains est présentée
comme nécessaire pour atténuer les îlots
de chaleur urbains (ICU), particulièrement
dans les territoires méditerranéens. Vincent
Fouchier précise toutefois que le lien entre
densité/nature/îlots de chaleur urbain est
assez complexe, les tissus urbains très
denses de type latin et romain (exemple
d?Arles) pouvant atténuer les ICU dans les
coeurs des villes. En croisant la répartition
des strates végétales dans la métropole avec
la densité et son évolution, Villes vivantes a
montré sans surprise que les espaces les
moins couverts par le végétal se situent
dans les centres-villes les plus construits.
Autre enseignement, la corrélation entre
couverture végétale et densité est très
faible! : à COS équivalent, on peut avoir
des couvertures végétales extrêmement
hétérogènes, renvoyant au choix du privé de
végétaliser ou pas.
Vincent Fouchier est également revenu sur
le lien entre formes urbaines et densité" :
une même densité pouvant correspondre à
des organisations du bâti et architecturales
très variées, il n?y a donc pas de lien direct
entre forme urbaine, voire architecturale, et
présence végétale par rapport à la densité.
Des densités équivalentes correspondent
à une très grande variété de niveaux de
couverture arbustive et arborée. Il n?en
demeure pas moins que la couverture
végétale reste faible dans les fortes densités
(6%) et bien plus élevée dans les faibles
densités (36%). En intégrant dans l?analyse
l?évolution des densités entre 2013 et 2023,
on constate que les parcelles qui se sont le
plus densifiées ont une couverture végétale
Session Nature 41
moyenne de 9%, tandis que les parcelles qui
n?ont pas connu d?évolution de la densité ont
une couverture végétale moyenne de 28%.
Enfin, Villes vivantes a modélisé l?écart
entre la situation actuelle dans les parcelles
privées et un scenario de végétalisation
très poussée, sur la base des parcelles les
plus végétalisées (9ème décile de chaque
catégorie de densité) afin d?estimer le
potentiel d?augmentation maximale de la
végétation dans les quartiers! : la mesure de
cet écart montre qu?indépendamment de
toute politique d'espace public, en fonction
du comportement des acteurs privés, on
pourrait revégétaliser presque du simple au
double la plupart des parcelles privées du
territoire, quelle que soit la densité.
Dans quelle intensité végétale
vit-on dans la métropole ?
Parcelles résidentielles
Source : Fichiers fonciers retraités du Cerema 2023, LiDAR HD IGN 2021,
BD ORTHO IRC IGN
< 2%
de couverture
arborée et
arbustive
Logements
933 376 logts dans
les îlots
75%
50%
25%
100%
2 à 18%
de couverture
arborée et
arbustive
18 à 33%
de couverture
arborée et
arbustive
> 33%
de couverture
arborée et
arbustive
< 5%
de couverture
arborée et
arbustive
5 à 24%
de couverture
arborée et
arbustive
24 à 41%
de couverture
arborée et
arbustive
> 41%
de couverture
arborée et
arbustive
Unités
foncières
270 164 UF
dans les îlots
2
Source: Villes Vivantes / OFCE pour AMP
Session Nature 42
Étienne Ballan
enseignant, ENSP
Étienne Ballan est revenu sur quelques enjeux
posés par l?intensification avec la nature sur
le territoire métropolitain, en commençant
par deux remarques de vocabulaire.
Il souligne d?abord l?évolution terminologique
des rapports entre intensification et nature":
les journées d?étude ayant formulé la question
«! comment intensifier avec la nature! ?! »
plutôt que contre la nature, il appelle à une
prochaine étape qui répondrait à la question
«!comment intensifier par la nature!?!».
Ensuite, il revient sur le terme d?«"espaces de
nature" » qui a supplanté dans les pratiques
des enseignants celui d?«! espaces verts! »
mais aussi d?«! espaces naturels! ». Ce terme
d?«! espaces de nature! » vient souligner la
finalité de l'usage de cet espace qui peut
être non humaine, écologique, et considère
avant tout ce que recherchent les usagers.
Le terme de nature reste alors nécessaire
pour qualifier ces espaces, même si en
réalité, l'espace est parfaitement artificiel,
anthropisé.
Etienne Ballan est ensuite revenu sur
quelques spécificités de la métropole AMP.
- Cette métropole est marquée par une
géographie particulière! : les massifs y
jouent un rôle structurant, à tel point qu?on
les désigne comme des équipements depuis
quelques années. L?eau joue également
un rôle fondamental dans le système
d?espaces de nature métropolitain, du fait
du risque inondation ancré historiquement
dans le territoire, mais aussi de la
raréfaction de la ressource en eau et des
irrégularités des régimes hydrographiques
en lien avec le changement climatique! :
les espaces de nature tendent donc à la
fois à être très secs longtemps et puis tout
d'un coup inondés. Ce territoire présente
également des qualités particulières liées à
la domestication ancienne de l?eau du canal,
qui permet l?irrigation pour l?agriculture. Le
système d?irrigation gravitaire présente
toutefois des fragilités! : en recul dans les
secteurs les plus urbanisés, marqués par la
fermeture de rigoles d?irrigation secondaire,
il ne permet plus à l'eau de déborder sur
ces territoires.
- La métropole se distingue également par
un patrimoine culturel méditerranéen
caractérisé par la «"double résidence"» qui
trouve ses origines à l?époque romaine! : la
vie urbaine est toujours liée à la possibilité
de s?en échapper, autrefois dans la villa
romaine et aujourd?hui vers le cabanon, la
bastide, ou le studio dans les Alpes. Dans
la métropole AMP, on tend à considérer
que l?espace de nature est par définition
à proximité de la résidence alors qu?en
réalité, ces espaces sont aussi à large
distance de la résidence! : le métropolitain
va aussi chercher ces qualités de nature
loin et c'est d?ailleurs une des conditions
de l'acceptation d'une vie urbaine dense,
parfois très minérale, d'avoir cette
perspective de pouvoir partir.
Etienne Ballan a ensuite évoqué les
dynamiques de protection de l?agriculture
dans la métropole, qui présentent des
évolutions assez intéressantes au niveau
communal. En effet, les élus peuvent se saisir
de l?outil des zones agricoles protégées pour
préserver ou reconstituer des pratiques
agricoles afin de maintenir durablement des
espaces dédiés à l?agriculture. Le modèle
économique des exploitations agricoles
présente toutefois de nombreuses difficultés.
L?objet de la nature en ville et de l?agriculture
urbaine a émergé il y a une vingtaine d?années
dans la métropole AMP dans la dernière
phase d?urbanisation du territoire, marquée
par un remplissage des vides, qui lance le
débat sur l?urbanisation des dents creuses
versus leur préservation pour ménager des
espaces de nature en ville. Émerge alors
la conscience que les espaces dédiés à la
nature sont aussi des espaces intermédiaires,
des espaces privés, et qu?ils permettent
d?assurer les continuités écologiques en
ville. Ces espaces de nature ne se limitent
pas à la nature domestiquée, et les friches
en font partie. Beaucoup d?espaces de
nature dans la métropole n?entrent pas dans
la catégorisation duale classique opposant
Session Nature 43
nature domestiquée et nature sauvage, mais
sont souvent dans un entre-deux (bord de
rivière régulièrement inondé). Finalement, les
espaces de nature et espaces urbanisés sont
extrêmement intriqués dans la métropole,
mêlant tant logements/espaces de nature
qu?agriculture/logements, agriculture/
activité artisanale, espaces industriels/
espaces de nature.
Session Nature 44
Espace public à caractère naturel,
des lieux structurants de respiration
pour l'intensification urbaine ?
Alexandra Biehler
Remi Junquera et Gabriele Salvia,
Laboratoire Project[s], ENSA Marseille
Dans le contexte de la transition écologique
et sociale, les années à venir privilégieront la
densification de la ville autour des équipements
existants, ainsi que la préservation des
sols perméables. Les travaux présentés ici
interrogent, dans cette perspective, le rôle des
espaces publics et des espaces à caractère
naturel, ainsi que l?intensification des usages
qui peuvent y émerger.
La recherche conduite!:
- porte une attention particulière aux
espaces périurbains, dont la faible densité,
la présence d?équipements majeurs et
d?espaces naturels, ainsi que les projets
de transformation en cours, les placent au
coeur des mutations de la ville-territoire de
demain!;
- fait l?hypothèse qu?une densification
urbaine vivable passe par le
développement et l?intensification de
ces espaces. Il s?agit de recréer des lieux
capables d?accueillir des usages sous-
représentés en milieu périurbain, tout en
renforçant la biodiversité ? ou, à défaut, la
présence de la nature ? en lien avec les
trames écologiques du territoire!;
- s?inscrit dans une filiation théorique
qui met en évidence le rôle structurant
des espaces à caractère naturel dans la
fabrique de la ville. Elle trouve ses origines
dans les travaux de Frederick Law Olmsted
sur les systèmes de parcs urbains aux
États-Unis au XIXe siècle, prolongés à
l?époque contemporaine par les paysagistes
européens, tels que Michel Desvigne, et
par le courant du Landscape Urbanism aux
États-Unis. Les parcs y sont conçus comme
des réseaux interconnectés favorisant à la
fois la santé publique, la cohésion sociale
et l?amélioration du cadre de vie.
Pour tester cette hypothèse, une étude de
cas a été menée dans la Métropole Aix-
Marseille-Provence" : les équipements à
caractère naturel recouvrant partiellement
la rocade L2-Est à Marseille. Ce secteur
s?inscrit dans un tissu relevant de la «" ville
intermédiaire"» (Masboungi, 2015), développé
à partir des années 1960 en lien étroit avec les
infrastructures routières, qui ont fortement
influencé la morphologie et les usages de
l?espace public.
D?un point de vue méthodologique,
l?enquête a porté sur les formes et
les usages des espaces de la L2, afin
d?identifier les qualités et les limites de ces
équipements structurants. Pensée dès les
années 1930 pour contourner le centre de
Marseille, la L2 fait aujourd?hui l?objet d?un
important traitement paysager dans un tissu
essentiellement résidentiel. L?étude de cas
concerne une suite de trois projets de parcs
urbains sur près de 3!km, dont le Parc de la
Moline et le Parc dit «!de la L2!».
Situés au coeur d?un tissu urbain sans grande
qualité spatiale ni véritablement d?espace
public de représentation, ces lieux offrent,
par leur position géographique, un fort
ancrage territorial. Ils présentent des qualités
d?ambiances recherchées, parfois aussi
regrettées, par les habitants des quartiers
proches comme plus éloignés. Ont été
interrogés des usagers, des gestionnaires
et des concepteurs dans les deux parcs
et observé plus d?une trentaine d?usages
différents! : détente, activités physiques,
formes de sociabilité, mais aussi activités
économiques, pédagogiques et actions en
faveur de la nature. Leur spatialisation a permis
d?en analyser les articulations, la répartition et
leur ancrage dans les différents espaces.
Session Nature 45
De cette analyse émergent plusieurs pistes
de réflexion :
? Tout d?abord, la nature est de plus en plus
valorisée dans les parcs urbains. Longtemps
perçue comme décorative ou propice au
repos, elle devient un vecteur de biodiversité.
? Cette évolution s?accompagne d?un
changement dans les modes de gestion, en
réponse à la diversité croissante des usages
dans un même espace.
? Cela met en évidence des conflits d?usages,
mais aussi des synergies intéressantes entre
des usages existants et/ou à venir.
? Enfin, l?accessibilité à ces espaces demeure
problématique. Dans un tissu où les
transports publics sont présents mais peu
denses, les parcs jouent un rôle essentiel
dans les réseaux de mobilités douces et
compensent le manque d?espace public
pour les déplacements et les activités
quotidiennes.
Dans ce contexte de multiplication des
usages, certaines limites apparaissent :
? Il existe un déficit d?espaces différenciés
au sein des parcs, ce qui entraine des
conflits d?usage et des dégradations des
aménagements.
? Les parcs présentent trop peu de
perméabilités urbaines pour assurer des
continuités de déplacement et l?accessibilité
aux équipements environnants.
? Les espaces présentant une bonne qualité
environnementale sont trop peu nombreux,
souvent fragmentés, donc peu favorables à
la biodiversité.
? Enfin, un mode de gestion reste à
inventer pour accueillir et accompagner
la multiplication des usages de loisirs et
de sociabilités, dont ceux à dimension
économique.
En définitive, l?enjeu ne réside pas uniquement
dans l?intensification des usages, mais dans
la capacité des espaces publics et des
équipements à caractère naturel à répondre
à une pluralité de fonctions" : structuration
du tissu «! par le vide! », mobilités, qualité
environnementale, loisirs, sociabilités et
dimension pédagogique. Cela constitue un
véritable défi de projet dans un contexte de
densification des territoires suburbains et
périurbains.
Les usages diversifiés du parc de la Moline. Sources : enquêtes et observations, 2025. Conception : A. Biehler, R. Junquera.
Session Nature 46
Des friches urbaines naturelles
marseillaises entre volontés
de préservation et enjeux d?urbanisation
Carmen Rafanell
ITEM, AMU
À partir des années 1980, la densification est
progressivement devenue une question clé
des réflexions sur la ville dans plusieurs pays
d?Europe de l?Ouest. Face aux problématiques
socio-environnementales provoquées par
l?étalement urbain (consommation d?espaces
agricoles, artificialisation des sols et pollution
engendrée par l?allongement des temps de
transports) et dans la lignée de la publication du
rapport de Brundtland de 1987, de nombreuses
municipalités ont fait le choix d?opter pour des
politiques de densification.
À l?échelle européenne, cette orientation
est véritablement actée en 2011, avec la
recommandation de «" zero land net take" »,
visant à lutter contre l?artificialisation des sols.
Cet objectif est ensuite repris par plusieurs États
membres dans une perspective de limitation de
leur étalement urbain et de préservation de leurs
ressources, à l?image du «! zéro artificialisation
nette! » adopté par la France en 2021. Or, ces
politiques ont paradoxalement engendré
une pression grandissante sur les espaces
non-bâtis intra-urbains que sont les friches
urbaines végétalisées. Ces espaces délaissés,
provenant en grande partie du mitage de
terrains agricoles ou de reliquats industriels, ont
dans ce cadre été vus comme des dents creuses
devant permettre de soutenir un processus de
densification du bâti et d?intensification des
usages au sein du tissu existant29.
Toutefois, la promotion de la densification
comme politique clé du développement
durable n?a pas été sans susciter des
débats, les discussions portant notamment
sur les bénéfices réels ou supposés d?un
tel processus, en matière sociale autant
qu?environnementale. C?est dans ce contexte
que s?est développé un intérêt pour les friches
végétalisées, dont la ville de Marseille a fait
figure de précurseur30. Porté entre autres
par des acteurs du monde universitaire et
associatif, cet intérêt a permis de remettre
en question une vision de ces espaces en
tant que «! vides! » à combler, et de souligner
la manière dont ils pouvaient se faire le
support d?usages et présenter des fonctions
écologiques importantes pour la ville à l?heure
du dérèglement climatique. Témoin de cet
intérêt, les services de la ville chargés de leur
gestion leur ont attribué un nom ? les «"FUN"»,
pour friches urbaines naturelles.
Néanmoins, si les friches constituent
aujourd?hui des espaces clés de la transition
écologique de Marseille, elles cristallisent
des visions contradictoires de la manière
dont celle-ci doit être mise en oeuvre":
- Pour certains acteurs, les friches représentent
un gisement foncier permettant de
limiter l?étalement urbain et d?optimiser les
ressources.
- Pour d?autres, elles constituent des espaces
de nature essentiels pour préserver des
trames écologiques, maintenir la biodiversité
en ville et réduire les îlots de chaleur.
- Enfin, elles sont également vues comme
les supports potentiels d?un urbanisme
transitoire ? les projets éphémères permettant
à la fois de fournir des espaces verts à moindre
coût, de conserver du foncier mobilisable
et de contrôler les usages informels qui s?y
déroulent31.
Di#cile de ne pas voir dans ces di"érentes
visions du devenir des friches la manifestation
d?une «" schizophrénie du vert" » décrite
par Jean-Noël Consalès et ses co-auteurs.
Toutefois, ces visions sont-elles réellement
opposées, alors même qu?elles coexistent sans
générer de véritables conflits!?
Une autre manière de considérer ces di"érentes
perspectives serait dès lors de les voir comme
des modalités distinctes d'intégration des friches
à une dynamique d'urbanisation, entendue
Session Nature 47
au sens d?une opérationnalisation de l?espace
devant permettre de soutenir les besoins de la
vie urbaine et la perpétuation de l?économie de
marché32. Dans cette perspective, l?émergence
de réflexions autour de la préservation des
friches témoignerait d?une inflexion dans les
modes de production urbains à l?heure du
dérèglement climatique, sans pour autant que
les principes en soient fondamentalement remis
en question. En e"et, le devenir des friches
reste aujourd?hui encore subordonné à un
impératif de développement économique à
court ou moyen terme. Leur préservation est
dans ce cadre bien souvent transitoire ou
limitée à des espaces inconstructibles et de
petite taille.
Ces espaces présentent toutefois l?intérêt
de rendre compte des transformations de
la gouvernance urbaine, et en particulier la
reconfiguration du rôle de la nature dans la
fabrique de la ville, à l?heure du dérèglement
climatique. Comme le rappelle Stéphanie
Wakefield, alors que la pensée moderniste
avait traité la nature comme un en-dehors par
rapport à la ville, les modes de gouvernance
contemporains la conçoivent désormais
comme une composante essentielle du
métabolisme urbain33. Dans le contexte des
objectifs liés au développement durable et
face aux injonctions à la résilience urbaine, les
friches tendent ainsi à être perçues comme des
éléments devant être intégrés à des continuités
écologiques ? lesquelles apparaissent comme
des infrastructures qui, couplées à d?autres
systèmes infrastructurels, ont pour but
d?atténuer les e"ets du dérèglement climatique
et de maintenir les conditions de possibilités du
processus d?urbanisation.
Aussi, alors que les friches posent une
question opérationnelle forte pour les
acteurs de la gouvernance urbaine, les
enjeux qui entourent ces espaces à l?heure du
développement durable et les contradictions
qu?ils font surgir entraînent à leur tour des
interrogations méthodologiques et théoriques
majeures pour le chercheur ? ces dernières
portant notamment sur la manière dont, de
«" blancs" » de la carte, les friches deviennent
des espaces clés du développement urbain
contemporain.
29. Collectif Inter-Friches, 2021, «!Bye-bye les friches!! Densifier la ville sur les friches, une panacée ?!», Métropolitiques.
30. Jean-Noël Consales et al., 2015, «!La friche comme révélateur de la « schizophrénie du vert » à Marseille : pour une approche icarienne et
paysagère de la trame verte urbaine en ville!», Ordonner les lieux et les hommes. Actes du 135e Congrès national des sociétés historiques et
scientifiques, p. 43-56.
31. Kaduna-Ève Demailly, Jardiner les vacants : fabrique, gouvernance et dynamiques sociales des vacants urbains jardinés du nord-est de l?Île-
de-France, Thèse de doctorat, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris, 2014, 513 p
32. Neil Brenner et Christian Schmid, «!Towards a new epistemology of the urban?!», City, 4 mai 2015, vol. 19, no 2-3, p. 151-182.
33. Stephanie Wakefield, Miami in the Anthropocene: Rising Seas and Urban Resilience, s.l., Univ Of Minnesota Press, 2025, p. 129-131..
Session Nature 48
Quelles transitions vers une production
urbaine renaturée ?
Transformation des cultures
professionnelles et rééquilibrage
des territoires en faveur de la nature
Guillaume Pouyanne
UMR BSE, Université de Bordeaux, Plateforme POPSU Bordeaux
Fabien Reix
PAVE, ENSAP Bordeaux
Cette recherche s?inscrit dans le cadre du
passage du paradigme du «! développement
durable!» à celui de la «!transition écologique!»
comme cadre normatif des politiques
urbaines. Elle pose l?hypothèse d?une
évolution qui dépasse le simple cadre de la
sémantique, une véritable bifurcation dans
la façon de penser le processus de fabrique
de la ville, axée sur une interrogation
centrale" : celle de la place de la nature
dans le développement urbain et les projets
d?aménagement.
Jusqu?ici, les dimensions sociale et
écologique du développement durable
restaient encore souvent subordonnées à
la dimension économique! ; le concept de
transition écologique tend à prioriser la
dimension écologique dans la définition et
la mise en place des politiques publiques.
En témoigne une réorientation plus ou moins
accentuée des politiques métropolitaines
depuis le début des années 2020, l?objectif
général passant de «! l?attractivité! » à
«!l?habitabilité!».
La métropole bordelaise offre une bonne
illustration de ce changement de trajectoire.
La mandature écologiste, en place depuis
2020, a mis en oeuvre un plan ambitieux
de renaturation de l?espace urbain («! Une
métropole à vivre! », «! Bordeaux Grandeur
Nature! »,...), et proposé de renouveler les
pratiques de construction à travers son label
du «"Bâtiment frugal bordelais"». Le principal
témoin de cette évolution est le passage du
slogan du «! million d?habitants! », dans les
années 2010, censé refléter le dynamisme de
l?agglomération et sa volonté de faire partie du
«!club!» des grandes métropoles européennes,
à celui du «!million d?arbres!», dans les années
2020, qui résume les ambitions renaturatrices
de la nouvelle mandature.
Le projet POPSU 4 ? Plateforme Bordelaise
s?intéresse à un double défi":
- Comment concilier développement urbain
et préservation des espaces naturels, alors
que la Métropole accueille environ 10 000
habitants par an"?
- Comment faire évoluer les représentations
sociales, les pratiques professionnelles et les
compétences techniques pour «" écologiser
l?urbanisme" »" ? Le risque est ici celui d?un
«! délaissement de l?acte d?urbanisme! » qui
déboucherait sur un blocage de la capacité
à agir.
Il s?agit donc de sortir de l?opposition trop binaire
et stérile entre urbanisation et écologisation et
de chercher les voies d?une réconciliation entre
les logiques d?aménagement et de ménagement
de nos milieux de vie (Rode, 2023).
Le questionnement principal porte donc sur
la mise en action de la transition écologique":
comment les acteurs de la fabrique urbaine
modifient-ils leurs pratiques, leur culture
professionnelle pour se conformer aux
impératifs de la transition écologique! ?
Les aménageurs, promoteurs, décideurs,
élus, architectes, urbanistes, paysagistes?
dialoguent dans le cadre du projet urbain, qui
est censé les faire converger vers une vision ?
Session Nature 49
et donc une pratique ? commune. Bien sûr, les
chemins de cette convergence sont complexes,
les intérêts divergents et les injonctions parfois
contradictoires. C?est pourquoi une meilleure
connaissance des pratiques et de leur évolution
récente (ou projetée) parait indispensable au
déploiement d?un projet urbain conforme aux
défis de la transition écologique.
L?approche méthodologique est
essentiellement qualitative, basée d?abord
sur une analyse approfondie de certains
projets emblématiques dit «"démonstrateurs"».
Les terrains d?étude présentent une grande
diversité de situations":
- Mérignac Soleil, requalification d?une zone
d?activité commerciale très largement
artificialisée en zone d?usages mixtes!;
- Le campus Pessac/Talence, «! poumon vert
de l?agglomération! », en pleine réflexion sur
son réaménagement!;
- La ZAC Biganos, et ses nouvelles techniques
constructives basées sur les filières bas
carbone!;
- La Vallée de la Jallère, dont la préservation du
riche écosystème naturel est un enjeu central
de son aménagement!;
- Le parc habité des Sécheries à Bègles qui
cherche à dépasser les ambitions déçues
des éco-quartiers!;
- Le quartier dit «!Brazza!» fondé sur d?anciennes
friches industrielles, mêlant densités élevées
et ambitions paysagères.
Le deuxième volet de la méthode consiste
à mieux cerner l?évolution des pratiques
à dire d?experts. D?abord, une quarantaine
d?entretiens a été menée avec des décideurs du
domaine public et parapublic. Ces entretiens
approfondis laissent voir des inquiétudes,
mais aussi des opportunités.
- Au rang des inquiétudes sur l?intégration
des objectifs de transition écologique
dans le projet urbain, figurent notamment
la question de la raréfaction du foncier
disponible, mais aussi la crise immobilière
(qui recentre les acteurs privés sur la
dimension «! rentabilité! »), les difficultés de
coordination dans la chaîne de production de
l?urbain? Plus largement, l?implémentation
des principes de la transition écologique se
heurte à la production d?un «!récit!» capable
de trouver un sens commun à la pratique.
- Au chapitre des opportunités, le
développement de filières de matériaux
décarbonés (comme la terre crue à Biganos),
mais aussi la baisse de la demande
d?immobilier tertiaire post-confinement, qui
fait émerger des possibilités intéressantes
de reconversion de certains espaces. Le
changement dans les mentalités constitue
finalement un préalable nécessaire (mais
non suffisant) au changement des pratiques.
Ensuite, une deuxième vague d?entretiens,
menés auprès de professionnels du secteur
(promoteurs, constructeurs?), révèle le
conflit entre les dimensions économique
et écologique de l?acte d?urbaniser, conflit
exacerbé par l?augmentation des coûts de
construction! ; ainsi, l?industrialisation des
filières de matériaux biosourcés apparait
comme une condition nécessaire (mais non
suffisante) à l?écologisation des pratiques.
Les métiers de l?urbain sont particulièrement
concernés par l?enjeu de l?adaptation
au changement climatique. La prise de
conscience du début des années 2020, sensible
dans le domaine des idées, parviendra-t-elle à
se concrétiser dans la pratique!? Les résultats
de ce projet de recherche en cours, qui se base
sur le point de vue des acteurs, apporteront
des éléments de réponse.
Le quartier Brazza, © JB Menges - Bordeaux Métropole
Session Nature 50 Session Nature
Comment concilier densité et
biodiversité en ville ?
Les enseignements du programme
BAUM (Biodiversité, aménagement
urbain et morphologie)
Morgane Flégeau
Laboratoire LOTERR, Université de Lorraine
Face à l?extension de l?urbanisation à l?échelle
planétaire, la communauté scientifique
considère aujourd?hui que les villes doivent
contribuer à la conservation de la biodiversité.
Les espaces urbains peuvent en effet
constituer des habitats favorables à la faune
et la flore. La biodiversité est rarement
considérée à l?échelle du quartier, aussi bien
dans ses mouvements que dans la diversité
des espèces qu?elle abrite. Les actions se
concentrent soit à l?échelle régionale (Trames
vertes et bleues), soit à celle du bâtiment
(toitures végétalisées, nichoirs). Pourtant,
au gradient d?urbanisation étudié par les
écologues et biologistes se surimposent des
formes urbaines distinctes, caractérisées par
une grande complexité et diversité spatiale,
architecturale, etc. À l?échelle du quartier, elles
correspondent à des types d?organisation
de l?espace, des configurations spatiales
du bâti et des agencements spécifiques
des espaces publics (voiries, places,
espaces verts, etc.). Depuis les années
2000, le débat sur les formes urbaines
intègre la notion de densité, notamment
à la faveur de l?ampleur grandissante des
préoccupations environnementales. Or, pour
une même densité peuvent correspondre
plusieurs formes urbaines. Notion phare des
politiques publiques, la densité, l?injonction
de densification des espaces urbains et
aujourd?hui la mise en avant de la notion
d?intensification urbaine ont pour objectif
de permettre une utilisation plus rationnelle
des terres, de favoriser des distances de
déplacement plus courtes pour les habitants
voire d?améliorer les liens sociaux. La
densification implique pourtant a priori une
plus faible part d?espaces végétalisés en ville,
ce qui peut avoir des conséquences négatives
en particulier pour la biodiversité. Il apparaît
aujourd?hui essentiel que les chercheurs
s?intéressent à un niveau plus fin d?analyse,
impliquant les différentes formes de l?urbain, et
évaluent comment ces morphologies urbaines
permettent l?installation spontanée et le
maintien d?espèces animales et végétales. En
2020, le PUCA (Plan Urbanisme Construction
Aménagement)34 lance le programme de
recherche BAUM pour éclairer cette question.
Une revue systématique35 a été réalisée,
avec l?appui scientifique du MNHN et de la
FRB afin d?établir un état des connaissances
scientifiques sur les liens entre formes urbaines
et biodiversité36.
Dans le corpus constitué grâce à la méthode
de la revue systématique, deux principales
formes urbaines très schématiques ont
été identifiées" : l?urbain de forte densité et
l?urbain de faible densité. Elles se distinguent
l?une de l?autre du fait de leur organisation
spatiale et de leur compacité.
Les zones urbaines denses présentent une
faible performance écologique. Le climat,
l?occupation du sol et les perturbations
humaines y limitent l?installation d?espèces
animales et végétales. Les espaces
végétalisés (parcs, rues arborées, toitures
vertes, jardinières?) y jouent un rôle de refuge
pour la biodiversité. La surface des espaces
végétalisés constitue un facteur clé de la
richesse spécifique dans l?urbain dense. De
plus, une faible distance entre ces espaces ?
même de petite taille - y favorise la richesse
spécifique. Des oiseaux peuvent nicher
dans un parc et utiliser les rues végétalisées
Session Nature 51
adjacentes comme habitat complémentaire si
ces espaces sont situés à distance réduite. La
structure des bâtiments, les façades, les toits
ou même les trottoirs accueillent aussi une
faune et une flore variées. Certaines espèces,
comme les faucons pèlerins, profitent de la
hauteur des immeubles, alors que d?autres,
comme les moineaux, y sont défavorisés.
Les formes urbaines intermédiaires ou
de faible densité, composées de zones
pavillonnaires, possèdent une biodiversité
plus importante qu?ailleurs en ville grâce à
l?hétérogénéité du sol et au rôle structurant
des jardins privés. La diversité et l?abondance
des espèces y sont liées à la taille des jardins,
à leur gestion et à la diversité du couvert
végétal, notamment la proportion et les
caractéristiques des arbres, qui influencent les
possibilités de nidification et de butinage des
insectes. Les quartiers résidentiels composés
de maisons individuelles avec jardins jouent
un rôle essentiel dans la préservation de
la biodiversité urbaine. Néanmoins, les
politiques publiques de densification, de
la loi Solidarité et Renouvellement Urbain
(2000) jusqu?à la loi Trajectoire de Réduction
de l?Artificialisation Concertée avec les Élus
locaux (2025), prennent peu en compte cette
dimension. Par ailleurs, la conception urbaine
intègre encore de façon limitée les enjeux
écologiques en amont des projets, même dans
les écoquartiers. Pourtant, les recherches
recensées montrent l?importance de prendre
en compte la configuration spatiale à
différentes échelles" : à celle de la parcelle
(implantation des bâtiments, présence de
jardins) et à celle du quartier (connectivités
écologiques favorisées par les espaces publics
végétalisés). Une urbanisation modérément
compacte, avec bâtiments en front de rue
et jardins en coeur d? îlot, pourrait d?ailleurs
être la plus favorable à la biodiversité. De
nombreuses pistes restent à explorer pour
orienter l?aménagement vers une ville plus
accueillante pour le vivant.
34. Le Plan Urbanisme Construction Architecture est un service interministériel français, rattaché au ministère de l'Écologie et au ministère de la
Cohésion des territoires, rattaché à la Direction Générale de l'Aménagement du Logement et de la Nature.
35. La revue systématique est une méthode d?expertise visant à collecter un maximum de résultats scientifiques en réponse à une question
de recherche structurée, en suivant des étapes rigoureuses et prédéfinies. Elle permet de faire un état des lieux des connaissances sur un
thème donné, d'en mettre en lumière des lacunes et manques et de mettre en évidence les di"érences de résultats et de méthodes, au
travers de critères explicites et généralisables.
36. Pour ce travail, il a été décidé de se concentrer sur les espaces animales et végétales terrestres (à l?exception de la biodiversité aquatique et
des microorganismes).
L'espace urbain au prime des
continuités écologiques :
schéma d'ensemble
(conception et réalisation :
Morgane Flégeau)
Session Nature 52
Réaction du grand témoin
Marc Del Corso
Chef de service Expertise écologique et paysage,
Métropole AMP
Marc Del Corso expose sa mission qui
consiste en la conservation du patrimoine
scientifique, technique et naturel à la
métropole. De formation naturaliste, il
travaille depuis une quinzaine d?années
avec les services de l'aménagement sur la
planification de programmations et mise
en place des stratégies «! éviter, réduire,
compenser!». Il souligne la pertinence d?avoir
consacré une session de ces journées
d?étude aux enjeux de nature en ville et la
nécessité que la ville même densifiée soit
toujours vivante avec d'autres espèces que
l'homme, mais aussi viable ? donc résistante
et résiliente ? et enfin vivable/habitable. Les
interventions ont montré à juste titre que
l?approche de cette nature en ville ne se
limite pas à de la biodiversité. Il revient sur
les spécificités de la métropole marseillaise,
qui a la chance de compter 50% d?espaces
naturels et 25% d?espaces agricoles.
Ces espaces naturels représentent des
grands supports de biodiversité pour la
faune et la flore méditerranéennes. Dans
le tissu urbain, les enjeux relèvent de
ce qu?on peut qualifier de «" biodiversité
ordinaire"»!: la nature doit être fonctionnelle
et rendre des services écosystémiques à
l?homme, notamment via le support des
sols. Il souligne la nécessité d?engager un
travail de fond sur la réglementation des
sols pour protéger en particulier les sols
naturels, qui constituent un patrimoine
irremplaçable (un centimètre de sol formé
tous les 200/250 ans). Il signale également
la richesse de la nature en Méditerranée,
dont la diversité empêche de simplement
mettre sous cloche les grands ensembles
naturels. Ainsi, les espaces agricoles, les
espaces périurbains, les jardins font partie
à part entière de cette mosaïque qui assure
la stabilité de la biodiversité. Au même titre
que les espaces méditerranéens, cette
métropole est marquée par une présence
ancienne des activités humaines et il faut
donc considérer que les espèces aujourd?hui
présentes sur ce territoire ont coévolué
à côté de l?espèce humaine, elles se sont
adaptées, elles ont même été sélectionnées
par les activités humaines. La gestion des
espaces naturels, le maintien de pratiques
pastorales et les aménagements agricoles
comme l?irrigation constituent autant
d?éléments indispensables au maintien de
ce patrimoine naturel.
Il souligne l?intérêt d?avoir sur le territoire
de la métropole l?Institut Méditerranéen
de la Ville et des Territoires, qui réunit
de nombreux experts en architecture,
urbanisme et paysage. Selon lui, un cran de
plus pourrait être franchi en envisageant un
rapprochement avec l?Institut Méditerranéen
de la Biodiversité, dont l?ancien directeur
développe un dispositif de partenariat en
écologie et environnement notamment avec
les collectivités.
Marc Del Corso revient sur la question
de la mise en oeuvre et de la formation
soulignée par Guillaume Pouyanne dans
son intervention! : les techniciens des
collectivités qui travaillent tant dans les
services d?aménagement, que d?élaboration
des documents de planification, ou
d?instruction des permis de construire sont
très qualifiés et animés d?une volonté de
bien faire, mais ils sont peu aidés par les
réglementations des dispositifs de défense
des sols. Ils doivent également faire face à
des équipes qui portent des projets souvent
soutenus par la collectivité et les élus. Il
invite à concevoir et porter des dispositifs
et règlements de PLU suffisamment forts,
clairs et explicites, pour qu?ils puissent être
réellement appliqués par les techniciens en
charge de leur mise en oeuvre, et permettre
par exemple de modifier ou refuser des
permis de construire.
Session Nature 53
Table ronde de clôture :
de la recherche à l?action
Pour conclure ces journées d?étude en lien
avec l?ADN du programme de recherche-
action POPSU, chercheurs et acteurs ont été
invités à échanger au sein d?une table-ronde
intitulée «!De la recherche à l?action!» construite
en deux temps! : un premier sous forme de
rapport d?étonnement, un second sous forme
de perspectives pour l?action. Animée par
Guillaume Lacroix, directeur du Programme
POPSU-Transitions, elle a fait dialoguer,
côté chercheurs, Séverine Bonnin-Oliveira
et Hélène Reigner (Aix-Marseille Université)
et Jean-Marie Halleux (Université de Liège),
côté acteurs Vincent Fouchier (Métropole Aix-
Marseille-Provence) et Ludovic Verre (Agence
d?Urbanisme du Pays d?Aix Durance).
Parmi les éléments saillants mis en évidence
par les différents interlocuteurs, retenons
d?abord l?intérêt et l?importance du dialogue
pluridisciplinaire, du croisement des
regards (entre recherche, action, formation
et culture) et du décloisonnement des
approches sectorielles. C?est un impératif
pour appréhender les réalités complexes
auxquelles les territoires et les acteurs sont
confrontés, pour réussir l?imbrication des
sujets à traiter et pour éviter les solutions
simples voire simplistes qui ne répondent qu?à
une partie des enjeux. Mais c?est un challenge
que d?y parvenir au-delà du cercle des initiés,
notamment du côté des élus et des citoyens,
sur un sujet sensible que chacun perçoit à
l?aune de son propre vécu et de sa propre
subjectivité au risque parfois de biais et de
raccourcis.
Un deuxième élément sur lequel sont revenus
les participants à la table-ronde, c?est
l?intérêt d?aborder le sujet de l?intensification
par le prisme de l?urbanisme ordinaire.
L?évolution de la ville s?y joue en grande partie,
indépendamment des grandes opérations
d?urbanisme, indépendamment même parfois
de la collectivité publique, générant une
intensification par renouvellement urbain
orchestré par la promotion immobilière
maximisant les droits à construire qui
interroge l?habitabilité produite.
Un ensemble de points de tension / de
vigilance ont ainsi été mis en évidence par les
différents interlocuteurs":
- celui d?abord de la mixité sociale et de
l?abordabilité pour que la ville intense soit
accessible à tous, à l?encontre de ce que
produisent aujourd?hui les marchés fonciers
et immobiliers!;
- celui ensuite de l?insertion urbaine et
de la qualité des opérations pour que la
ville intense soit désirable et acceptée,
loin des résistances qu?elle occasionne
actuellement!:
- celui encore de la place de la nature et du
vivant pour que la ville intense soit vivable
et confortable pour tous dans une approche
écosystémique qui n?oppose pas espaces
urbanisés d?un côté, protégés de l?autre!;
- celui aussi de la mixité fonctionnelle qu?il
faut renforcer pour rapprocher logements et
emplois en interrogeant toutefois l?urbanité
ainsi créée!;
- celui enfin de la traduction de ce nouvel
horizon de la fabrique urbaine dans une
diversité de réponses à imaginer en
fonction des contextes territoriaux. Plus ou
moins favorables à l?intensification, ceux-ci
appellent un travail dans la dentelle, loin des
solutions préconçues, a fortiori dans une
métropole aussi singulière que celle d?Aix-
Marseille Provence.
Autant d?éléments qui confirment d?une part
le défi à relever pour concilier ces injonctions
contradictoires, d?autre part le rôle du monde
de la recherche et de l?enseignement en
amont, en matière de connaissance et
d?expertise.
Du côté des perspectives pour l?action,
chercheurs et acteurs ont successivement
mis l?accent sur différentes dimensions.
Après être revenues sur le rôle de la recherche
pour mettre à jour des controverses et des
éléments de dispute scientifique, Séverine
Bonnin-Oliveira et Hélène Reigner ont relevé
trois chantiers principaux":
- celui de l?observation et des données d?abord
puisque l?important ne semble pas tant de
54
quantifier des gisements dans l?absolu (les
logements vacants par exemple) mais de
mieux caractériser, connaître les usages et
les potentialités de ces gisements (quels
logements vacants à quelles conditions) en
vue de définir une stratégie d'intervention,
ce qui suppose de changer les choses à
observer et les manières de les observer!;
- celui de la traduction dans les instruments
de l'action publique à différentes échelles
ensuite puisque cette fabrique de la ville
renouvelée questionne l?outillage de l?action
publique pour mettre en oeuvre la stratégie,
de la planification à la maîtrise foncière
en passant par le subventionnement ou la
fiscalité!;
- celui enfin de l?ingénierie de projet dans le
contexte de ces nouveaux modes de faire
qui font émerger des besoins en matière
de participation / concertation, d?opérateurs
ensembliers d?échelle intermédiaire
(lotissement, zones d?activités?), de
facilitateurs en matière d?usages et de gestion.
Du côté des acteurs, Vincent Fouchier et
Ludovic Verre ont d?abord relevé des champs
qui restent à interroger par l?ensemble de
la communauté apprenante, notamment
celui de l?intensité d?usage des bâtiments
(logements comme équipements publics)
qui reste un angle mort de l?architecte une
fois qu?il a livré le bâtiment, de l?urbaniste
qui ne travaille pas à cette échelle? Au-
delà, c?est à une vision prospective qu?ils
ont appelé, pour envisager les mutations
sociétales fortes à l?oeuvre sur de nombreux
sujets (télétravail, ville à domicile, démobilité,
stratégies résidentielles, vieillissement?) et
leurs implications sur la manière de projeter
l?intensification et notamment d?apporter une
réponse adaptée à chaque profil d?habitant.
Un troisième chantier qui s?ouvre réside dans
la transformation en politiques publiques
des éléments capitalisés dans le cadre des
différents travaux, notamment en matière de
traduction réglementaire. Enfin, l?enjeu de la
pédagogie est fondamental pour partager
l?ensemble du matériau constitué à un
public de non-spécialistes et permettre son
appropriation.
Pour conclure cette table ronde sur le
dialogue entre recherche et action, Jean-
Marie Halleux a décalé le regard du contexte
franco-français en présentant l?expérience
wallonne de la conférence permanente du
développement territorial qui confirme que la
recherche a effectivement un impact sur les
pratiques et les systèmes de l'aménagement.
Proche de l?idée de communauté apprenante,
il s?agit d?une plateforme multidisciplinaire
de recherches, de formations et d?échanges
créée par le Gouvernement wallon en 1998
pour interagir avec les autorités wallonnes,
tant du côté politique qu?administratif, et
contribuer notamment à la formation continue
des agents en place face à la complexité des
enjeux à l?heure des transitions.
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l?enjeu d?attractivité au détriment des
préoccupations environnementales!;
- la «"crise de disponibilité"» foncière (objectif
ZAN) fait des ZA des gisements potentiels
pour le (re)déploiement des fonctions
urbaines (optimisation /intensification) et la
renaturation des espaces urbanisés!;
- la structure foncière et les statuts de
propriété des ZA contraignent les projets":
la domanialité publique se limite souvent
à la voirie, alors que les espaces publics
Session Activité économique 34
constituent le premier levier d?intervention
de la collectivité! ; le rôle des propriétaires
et opérateurs privés est prépondérant dans
la production, la gestion et la régénération
des ZA, mais la fragmentation des intérêts
et des stratégies freine l?émergence des
projets.
Les collectivités (et l?État) occupent donc une
position d?impulsion et d?accompagnement
des projets, rendant nécessaires le consensus
sur les objectifs de régénération, les
dynamiques collectives et les coopérations
avec (et entre) les acteurs privés. Des bureaux
d?études (BE) spécialisés occupent une
position d?assistance à maîtrise d?ouvrage et
d?interface.
Un modèle de rétrofit des ZA productives
se profile, à la faveur du consensus
politique et économique autour de l?enjeu
industriel au service des transitions et de la
sanctuarisation de la destination économique
(non commerciale) de ces zones dans le droit
des sols. Des leviers amont sont activables
par les collectivités pour initier les projets" :
inventaires fonciers des ZAE, requalification
des espaces publics ou communs (voiries,
places, parkings?).
De nouveaux modèles de développement et
de montage opérationnel s?affirment :
- l?écologie industrielle territoriale (EIT) pour
organiser la transition économique dans
l?espace!;
- la dissociation foncier ? bâti pour garantir
la rentabilité des opérations et motiver les
acteurs privés à agir!;
- l?apport d?expertise sur les transitions
et les nouveaux montages fonciers aux
opérateurs, entreprises et collectivités par
des bureaux d?études spécialisés.
Dans la Métropole de Lyon, plusieurs
opérations de régénération / intensification
économique dédiées au maintien et au
développement de fonctions productives
adaptées aux transitions préfigurent, à
l?échelle d?unités foncières (USIN Lyon Parilly,
Renault Trucks, Delsatys à Vénissieux), un
modèle potentiellement duplicable. Mais le
passage à l?échelle des ZA productives est
menacé par l?absence de maîtrise foncière
publique et les coûts d?opérations.
Un modèle de (re)conversion se profile
pour les ZA commerciales. La stratégie
de diversification des fonctions au profit
du logement et des services, portée par le
Programme de transformation des zones
commerciales périphériques de l?État, est
alignée sur celles des acteurs privés mais
elle ne croise pas toujours la volonté des
collectivités comme la Métropole de Lyon,
qui privilégie le maintien d?une destination
économique voire productive. La crise du
modèle de la grande distribution nourrit cette
tendance à considérer ces zones comme
des gisements fonciers mobilisables pour
accueillir d?autres fonctions économiques
et urbaines. Les exigences de valorisation
foncière et de rentabilité opérationnelle
motivent l?intégration de compétences
d?aménagement par les foncières
commerciales ou leur alliance avec des
promoteurs immobiliers. Des BE spécialisés
accompagnent ces stratégies, contribuant
à l?émergence de programmations urbaines
qui s?avèrent plus ambitieuses en termes
de mixité que de prise en compte des
enjeux de transitions. Hormis des projets de
requalification ? extension intégrant un volet
environnemental (désimperméabilisation
/ végétalisation, énergies renouvelables),
les réalisations effectives restent rares.
L?absence d?inventaires fonciers et le faible
potentiel d?espaces publics limitent la
capacité d?impulsion des collectivités.
Session Activité économique 35
Les zones d?activités économiques
sous pression foncière : quel modèle
de sobriété ?
Nicolas Persyn
Agence Concorde, IUAR-LIEU, AMU
Les zones d?activités productives ont
été qualifiées d?«" objets urbanistiques
invisibles" »22 pour être longtemps restées
loin de l?intérêt des chercheurs comme
des concepteurs. Cette situation évolue
aujourd?hui, l?objectif de zéro artificialisation
nette et plus largement de sobriété foncière
entraînant un regain d?intérêt pour cette
typologie d?espaces urbains.
Le travail présenté ici porte sur la manière
dont la sobriété foncière bouscule le
modèle extensif de production des zones
d?activités productives. Il s?agit également de
confronter la transformation de ce modèle de
production aux dynamiques identifiées par
les travaux portant plus généralement sur
la production urbaine (qui se sont dans leur
très grande majorité intéressés uniquement
aux opérations résidentielles et tertiaires23).
Ces travaux mettent en avant trois grandes
dynamiques ces dernières décennies":
- un élargissement du cercle des parties
prenantes, intégrant de manière plus
importante les acteurs privés (logiques de
projet urbain, d?urbanisme négocié)!;
- une privatisation croissante de la
production urbaine et des profits qu?elle
génère!;
- une recomposition de la chaîne de
production, avec notamment une logique
d?intégration des opérateurs tout au long de
cette chaîne vers l?amont comme l?aval24!;
Un des objectifs de ce travail est ainsi de
confronter les évolutions du modèle de
production des ZAE à ces conclusions via
une méthode d?observation participante,
portant sur deux ZAE dans le Loiret et en
Haute-Savoie.
Le modèle extensif de production des ZAE,
qui a dominé toute la seconde moitié du
20e siècle, visait à attirer des entreprises
sur un territoire en leur proposant du foncier
aménagé à faible coût. Ce modèle, sous
impulsion et conduite publique, consiste
à acquérir et aménager à bas coût des
terrains agricoles en extension urbaine,
et à les commercialiser sous forme de
lots individuels, souvent directement aux
entreprises. Il s?agit ainsi d?une chaîne
de production très courte (collectivité! >
22. Lejoux Patricia, «!Quelle place pour la zone d?activités économiques dans la fabrique de la ville contemporaine!?!», Les nouvelles fabriques
de la ville. Objets, référentiels et méthodes, Presses universitaires de Rennes., Rennes, 2018, p. 2.
23. Adisson Félix et Guironnet Antoine, «!Production urbaine!: Les approches d?économie politique!», Urbanisme et aménagement, Armand
Colin, Paris, 2020, p. 165 179, [https//doi.org/10.3917/arco.bogno.2020.01.0165].
24. Idt Joël, Llorente Marie, Miot Yoan et Vilmin Thierry, L?économie de l?aménagement en pratiques, Éditions «!Le Moniteur!», Antony, 2023.
Densification de la zone d'activité de la Saussaye (Orléans
Métropole). En bleu, les possibilités de densification.
Source : Concorde
Session Activité économique 36
aménageur (pas toujours présent)! >
investisseur) qui fabrique un foncier très
morcelé et un urbanisme très générique!: des
aménagements uniquement fonctionnels,
une faible densité, et une démultiplication
des équipements fonctionnels (chaque
parcelle possède ses accès, ses circulations,
ses aires de manoeuvre, etc.).
L?impératif de sobriété vient bousculer
ce modèle extensif, parce qu?il exclut son
élément de base, le recours à l?acquisition
de fonciers à bas coût en extension urbaine.
Dans les deux cas étudiés, cela implique des
évolutions majeures dans la manière dont
les collectivités produisent des espaces
à vocation productive et aménagent leur
territoire pour accueillir des entreprises.
Cela conduit également à l?émergence d?un
modèle intensif, qui se structure autour de
plusieurs dynamiques":
- l?absence de modèle alternatif à l?étalement
pour les espaces à vocation productive,
ce qui laisse un champ des possibles très
ouvert pour ce nouveau modèle!;
- l?évolution de la localisation, en direction
des tissus existants, qui nécessite de mener
des reconfigurations foncières complexes,
et donc de développer un rôle d?ensemblier
pour organiser ces interventions!;
- l?organisation d?une densité plus élevée en
convoquant des figures morphologiques de
l?urbain dense (mutualisations, verticalité,
mitoyenneté), qui demande là aussi un rôle
d?ensemblier!;
- les nouveaux équilibres économiques à
construire, où il s?agit à la fois d?enrayer les
spirales spéculatives autour des fonciers
aménagés par le public et de compenser
la hausse des coûts de production des
fonciers dans les bilans. Les collectivités
étudiées recourent ainsi au mécanisme
de dissociation du foncier et du bâti qui
leur permet d?externaliser le bilan foncier,
de maîtriser les prix des mutations sur le
long terme et de capter la valeur foncière
générée par l?opération.
Ces nouvelles modalités se traduisent ainsi
par une complexification de la chaîne de
production du foncier à vocation productive,
avec l?apparition de nouveaux rôles" : le
portage de foncier de long terme, l?opérateur
ensemblier en charge de la mise en oeuvre
de la densité.
Par contre, cela ne s?accompagne pas de
logique d?intégration de la chaîne pour le
moment, mais aboutit plutôt une séparation
plus nette des chaines de valeur entre
foncier, immobilier et exploitation. Dans
ce nouveau modèle, si le poids du privé se
renforce en amont de la chaîne (ensemblier,
investisseurs, promoteurs), la collectivité
garde la main sur l?amont (programmation,
définition du projet) et reprend le contrôle du
foncier à long terme.
Ainsi, par rapport aux analyses portant sur
les opérations résidentielles et tertiaires,
on peut noter une différence dans la nature
des changements. Surtout nos travaux
révèlent une différence dans le sens du
changement! : alors que divers travaux ont
montré comment l?évolution des modalités
de production induit des transformations
morphologiques25, c?est l?inverse dans le
cas présent, où la fabrication de tissus plus
denses entraîne une évolution des modalités
de production.
25. Lucan Jacques, Où va la ville aujourd?hui ?: Formes urbaines et mixités, Éditions de la Villette, Paris, 2012
Session Activité économique 37
26. Vandermeer M.-C., 2016.- La disponibilité et le prix du foncier à vocation économique!: quel impact sur le développement économique de la
Wallonie!?, Dissertation présentée par en vue de l?obtention du grade de Docteur en Sciences, Université de Liège, inédit.
27. Vandermeer M.-C. et Halleux J.-M., 2017.- Evaluation of the spatial and economic e"ectiveness of industrial land policies in northwest Europe,
European Planning Studies, Vol. 25, n°8, pp. 1454-1475.
28. La nomenclature des unités territoriales statistiques est un découpage territorial destiné à faciliter les comparaisons entre pays, ou entre
régions, d'un même ensemble. Le niveau NUTS 3 correspond aux unités territoriales comptant de 150 000 à 800 000 habitants.
Concilier le développement économique
et la limitation de l?artificialisation,
perspectives européennes
Jean Marie Halleux
Ecogeo, Université de Liège
L?ambition environnementale visant à limiter
l?artificialisation des sols pose question vis-
à-vis de l?abordabilité du logement, mais
également vis-à-vis du développement
économique. Cette problématique est
particulièrement d?actualité, alors que
l?Union européenne promeut simultanément
la réindustrialisation du continent et la
préservation des services écosystémiques
de ses sols.
Les résultats d?une recherche doctorale
fondée sur une analyse comparée à l?échelle
européenne (M.-C. Vandermeer, 201626!; M.-C.
Vandermeer et J.-M. Halleux, 201727) éclairent
cette tension. Cette recherche a testé
l?hypothèse selon laquelle la disponibilité
en terrains constitue un facteur significatif
de la compétitivité des territoires. Ces
réflexions prennent leur source dans le
décalage entre cet argument souvent
mobilisé par les décideurs économiques
et politiques et la littérature scientifique
consacrée au développement régional.
En effet, contrairement aux décideurs,
les chercheurs en sciences régionales
mentionnent rarement l?influence des
marchés fonciers sur les niveaux de
développement. Ils privilégient plutôt les
facteurs immatériels tels que l?innovation,
l?intégration dans les réseaux ou encore la
qualité du capital humain.
La recherche a couvert sept pays européens
(Belgique, France, Luxembourg, Allemagne,
Pays-Bas, Royaume-Uni, Irlande), avec des
traitements menés à l?échelle de 751 régions
NUTS! 328. Deux grandes thématiques ont
structuré la réflexion. L?efficacité spatiale
d?abord renvoie à la politique d?aménagement
et s?intéresse à la question suivante! : est-ce
que le développement économique engendre
de l?artificialisation par les parcs d?activités
économiques!? En corollaire, la thématique de
l?efficacité économique renvoie à la politique
du développement économique régional et à
la question suivante! : est-ce qu?artificialiser
sous la forme de parcs d?activités renforce le
développement économique!?
Concernant l?efficacité spatiale, les résultats
mettent en lumière l?étalement économique
qui caractérise la France et la Belgique,
confirmant les constats de la littérature et
interrogeant la pertinence des politiques
d?aménagement menées dans ces deux pays.
Sur le plan de l?efficacité économique, la
recherche a examiné les corrélations entre
les surfaces économiques par habitant, les
niveaux d?emploi et de PIB par habitant.
À l?échelle globale de la zone d?étude,
aucune relation statistique significative
n?est observée. Toutefois, des relations
significatives apparaissent à des niveaux
plus fins, en fonction des spécificités
nationales et des contextes régionaux.
L?analyse permet d?identifier trois profils
territoriaux.
- Les régions métropolitaines pour lesquelles
aucune relation significative n?est établie
entre la consommation d?espace à vocation
économique et le niveau de développement.
La disponibilité foncière y joue
vraisemblablement un rôle marginal, du fait
de la prédominance d?activités à haute valeur
ajoutée peu consommatrices d?espace.
Session Activité économique 38 Session Activité économique
- Les régions intermédiaires pour lesquelles
une relation statistiquement significative est
observée entre la consommation d?espace
à vocation économique et le niveau de
développement. Pour autant, les effets
mesurés demeurent modestes. Par exemple,
l?artificialisation d?un hectare supplémentaire
serait associée à la création de 6,6 emplois.
Ce résultat semble refléter l?orientation des
parcs d?activités de ces régions dans des
activités peu intensives en emploi et en valeur
ajoutée, comme la logistique.
- Les régions rurales pour lesquelles les
relations entre consommation d?espace à
vocation économique, PIB et emploi sont
à la fois significatives et négatives. Une
hausse de l?artificialisation s?accompagne,
statistiquement parlant, d?une baisse du PIB
et de l?emploi. Une hypothèse explicative de
ce résultat contre-intuitif serait que, dans
ce type de régions, les opérateurs fonciers
et économiques proposent d?autant plus de
terrains que les dynamiques économiques
sont faibles.
La situation des régions rurales indique
que la disponibilité en terrains n?est pas,
à elle seule, une condition suffisante à la
croissance économique. Pour autant, le
cas de l?Allemagne (plus précisément l?ex-
Allemagne de l?Ouest) suggère que, dans
un environnement économique bénéficiant
d?un secteur industriel dynamique, la
disponibilité en terrains demeure une
condition nécessaire à la croissance des
entreprises. Pour l?Allemagne, nos résultats
indiquent que l?artificialisation d?un hectare
supplémentaire s?accompagne de 38,4
emplois supplémentaires.
En conclusion, cette recherche plaide en
faveur d?une approche différenciée des
politiques menées en matière de foncier
à vocation économique. Elle souligne les
limites des politiques uniformes et invite à
repenser la planification des parcs d?activités
en tenant compte de leur véritable efficacité
économique.
Réaction du grand témoin
Sophie Lebault-Philogène
Che"e de service Immobilier d'entreprise et
Zones d'activités économiques, Métropole AMP
Issue du monde de l?aménagement
opérationnel et travaillant depuis un an sur le
sujet de la production foncière économique,
Sophie Lebault Philogène met en perspective
les travaux présentés au regard de son
sentiment d?absence d?outils et de réflexion
sur ce sujet. Cette demi-journée donne à
comprendre que tout est à construire de
façon partenariale, en réduisant le décalage
entre les acteurs du terrain et ceux de la
recherche, en croisant leurs approches. Il
y a des liens à construire, au-delà du travail
partenarial qui existe aujourd?hui entre la
Métropole et les agences d?urbanisme,
avec les universitaires, avec les autres
acteurs du territoire, en intégrant les acteurs
privés. C?est un vrai sujet dans le processus
de reconstruction de la ZAE sur la ZAE! :
comment travailler avec ces acteurs qu?on ne
connaît pas aussi bien qu?on le pense et dont
les besoins sont particuliers! ? En matière
d?habitat, on a tous les mêmes besoins! :
chambre, salle de bain, salle à manger,
accessoirement jardin? C?est beaucoup plus
complexe dans la zone d?activités, or, le sujet
numéro un, c'est de comprendre les besoins,
de comprendre les fonctionnements, de
comprendre l'écosystème. Prenons un
exemple! : c?est parce qu?on a besoin de faire
fonctionner cet écosystème pour qu?il reste
attractif qu?on a aussi besoin de plateformes
logistiques, même si elles ne créent pas
d'emploi. Cette approche plurielle dans
les regards, on doit aussi l?avoir dans les
thématiques" : l?approche économique est
nécessaire, mais il faut aussi une approche
Session Activité économique 39
urbaine du sujet. Tout est à construire pour
que l?on cite à l?avenir plutôt l?exemple de
la métropole AMP que celui de la ville de
Rennes! ! Tous les services de la métropole,
que ce soit le développement économique, la
planification, la prospective, sont à disposition
pour travailler dans ce sens, construire
des solutions qui répondent aux objectifs
de sobriété, d?intensification et surtout de
maintien du développement économique et
d?attractivité de notre métropole.
Session Nature 40
Session 3
LA NATURE ET LES FONCTIONNALITÉS
ÉCOLOGIQUES AU DÉFI DE
L?INTENSIFICATION : Comment
intensifier avec la nature ?
Propos introductifs
Vincent Fouchier
Directeur Prospective, Partenariats et Innovations
Territoriales, Direction Générale des Services, Métropole
Aix-Marseille-Provence
Vincent Fouchier a présenté quelques
données et résultats issus d?une étude
menée par Villes Vivantes et l?OFCE pour le
compte de la Métropole AMP, qui aborde
notamment le lien entre nature, présence
de végétation et densité/intensité. Ce travail
s?est notamment intéressé aux 21 713 ha
de couverture végétale présente sur les
parcelles privées du territoire métropolitain,
décomposés en trois strates : strate
herbacée (32%), strate arbustive (26%)
et strate arborée (42%). Selon lui, cette
étude ainsi qu?une récente étude de l?APUR
déconstruisent l?idée selon laquelle plus un
jardin est grand, plus il serait efficace d?un
point de vue écologique et montrent que la
densification dans le tissu urbain existant
n?entraîne pas systématiquement une
diminution de la végétation et des espaces
naturels" : certaines parcelles se densifient
et maintiennent leur niveau de végétation
tandis que d?autres parcelles sont marquées
par une diminution du niveau de végétation
sans construction.
La présence de nature (eau, végétation)
dans les tissus urbains est présentée
comme nécessaire pour atténuer les îlots
de chaleur urbains (ICU), particulièrement
dans les territoires méditerranéens. Vincent
Fouchier précise toutefois que le lien entre
densité/nature/îlots de chaleur urbain est
assez complexe, les tissus urbains très
denses de type latin et romain (exemple
d?Arles) pouvant atténuer les ICU dans les
coeurs des villes. En croisant la répartition
des strates végétales dans la métropole avec
la densité et son évolution, Villes vivantes a
montré sans surprise que les espaces les
moins couverts par le végétal se situent
dans les centres-villes les plus construits.
Autre enseignement, la corrélation entre
couverture végétale et densité est très
faible! : à COS équivalent, on peut avoir
des couvertures végétales extrêmement
hétérogènes, renvoyant au choix du privé de
végétaliser ou pas.
Vincent Fouchier est également revenu sur
le lien entre formes urbaines et densité" :
une même densité pouvant correspondre à
des organisations du bâti et architecturales
très variées, il n?y a donc pas de lien direct
entre forme urbaine, voire architecturale, et
présence végétale par rapport à la densité.
Des densités équivalentes correspondent
à une très grande variété de niveaux de
couverture arbustive et arborée. Il n?en
demeure pas moins que la couverture
végétale reste faible dans les fortes densités
(6%) et bien plus élevée dans les faibles
densités (36%). En intégrant dans l?analyse
l?évolution des densités entre 2013 et 2023,
on constate que les parcelles qui se sont le
plus densifiées ont une couverture végétale
Session Nature 41
moyenne de 9%, tandis que les parcelles qui
n?ont pas connu d?évolution de la densité ont
une couverture végétale moyenne de 28%.
Enfin, Villes vivantes a modélisé l?écart
entre la situation actuelle dans les parcelles
privées et un scenario de végétalisation
très poussée, sur la base des parcelles les
plus végétalisées (9ème décile de chaque
catégorie de densité) afin d?estimer le
potentiel d?augmentation maximale de la
végétation dans les quartiers! : la mesure de
cet écart montre qu?indépendamment de
toute politique d'espace public, en fonction
du comportement des acteurs privés, on
pourrait revégétaliser presque du simple au
double la plupart des parcelles privées du
territoire, quelle que soit la densité.
Dans quelle intensité végétale
vit-on dans la métropole ?
Parcelles résidentielles
Source : Fichiers fonciers retraités du Cerema 2023, LiDAR HD IGN 2021,
BD ORTHO IRC IGN
< 2%
de couverture
arborée et
arbustive
Logements
933 376 logts dans
les îlots
75%
50%
25%
100%
2 à 18%
de couverture
arborée et
arbustive
18 à 33%
de couverture
arborée et
arbustive
> 33%
de couverture
arborée et
arbustive
< 5%
de couverture
arborée et
arbustive
5 à 24%
de couverture
arborée et
arbustive
24 à 41%
de couverture
arborée et
arbustive
> 41%
de couverture
arborée et
arbustive
Unités
foncières
270 164 UF
dans les îlots
2
Source: Villes Vivantes / OFCE pour AMP
Session Nature 42
Étienne Ballan
enseignant, ENSP
Étienne Ballan est revenu sur quelques enjeux
posés par l?intensification avec la nature sur
le territoire métropolitain, en commençant
par deux remarques de vocabulaire.
Il souligne d?abord l?évolution terminologique
des rapports entre intensification et nature":
les journées d?étude ayant formulé la question
«! comment intensifier avec la nature! ?! »
plutôt que contre la nature, il appelle à une
prochaine étape qui répondrait à la question
«!comment intensifier par la nature!?!».
Ensuite, il revient sur le terme d?«"espaces de
nature" » qui a supplanté dans les pratiques
des enseignants celui d?«! espaces verts! »
mais aussi d?«! espaces naturels! ». Ce terme
d?«! espaces de nature! » vient souligner la
finalité de l'usage de cet espace qui peut
être non humaine, écologique, et considère
avant tout ce que recherchent les usagers.
Le terme de nature reste alors nécessaire
pour qualifier ces espaces, même si en
réalité, l'espace est parfaitement artificiel,
anthropisé.
Etienne Ballan est ensuite revenu sur
quelques spécificités de la métropole AMP.
- Cette métropole est marquée par une
géographie particulière! : les massifs y
jouent un rôle structurant, à tel point qu?on
les désigne comme des équipements depuis
quelques années. L?eau joue également
un rôle fondamental dans le système
d?espaces de nature métropolitain, du fait
du risque inondation ancré historiquement
dans le territoire, mais aussi de la
raréfaction de la ressource en eau et des
irrégularités des régimes hydrographiques
en lien avec le changement climatique! :
les espaces de nature tendent donc à la
fois à être très secs longtemps et puis tout
d'un coup inondés. Ce territoire présente
également des qualités particulières liées à
la domestication ancienne de l?eau du canal,
qui permet l?irrigation pour l?agriculture. Le
système d?irrigation gravitaire présente
toutefois des fragilités! : en recul dans les
secteurs les plus urbanisés, marqués par la
fermeture de rigoles d?irrigation secondaire,
il ne permet plus à l'eau de déborder sur
ces territoires.
- La métropole se distingue également par
un patrimoine culturel méditerranéen
caractérisé par la «"double résidence"» qui
trouve ses origines à l?époque romaine! : la
vie urbaine est toujours liée à la possibilité
de s?en échapper, autrefois dans la villa
romaine et aujourd?hui vers le cabanon, la
bastide, ou le studio dans les Alpes. Dans
la métropole AMP, on tend à considérer
que l?espace de nature est par définition
à proximité de la résidence alors qu?en
réalité, ces espaces sont aussi à large
distance de la résidence! : le métropolitain
va aussi chercher ces qualités de nature
loin et c'est d?ailleurs une des conditions
de l'acceptation d'une vie urbaine dense,
parfois très minérale, d'avoir cette
perspective de pouvoir partir.
Etienne Ballan a ensuite évoqué les
dynamiques de protection de l?agriculture
dans la métropole, qui présentent des
évolutions assez intéressantes au niveau
communal. En effet, les élus peuvent se saisir
de l?outil des zones agricoles protégées pour
préserver ou reconstituer des pratiques
agricoles afin de maintenir durablement des
espaces dédiés à l?agriculture. Le modèle
économique des exploitations agricoles
présente toutefois de nombreuses difficultés.
L?objet de la nature en ville et de l?agriculture
urbaine a émergé il y a une vingtaine d?années
dans la métropole AMP dans la dernière
phase d?urbanisation du territoire, marquée
par un remplissage des vides, qui lance le
débat sur l?urbanisation des dents creuses
versus leur préservation pour ménager des
espaces de nature en ville. Émerge alors
la conscience que les espaces dédiés à la
nature sont aussi des espaces intermédiaires,
des espaces privés, et qu?ils permettent
d?assurer les continuités écologiques en
ville. Ces espaces de nature ne se limitent
pas à la nature domestiquée, et les friches
en font partie. Beaucoup d?espaces de
nature dans la métropole n?entrent pas dans
la catégorisation duale classique opposant
Session Nature 43
nature domestiquée et nature sauvage, mais
sont souvent dans un entre-deux (bord de
rivière régulièrement inondé). Finalement, les
espaces de nature et espaces urbanisés sont
extrêmement intriqués dans la métropole,
mêlant tant logements/espaces de nature
qu?agriculture/logements, agriculture/
activité artisanale, espaces industriels/
espaces de nature.
Session Nature 44
Espace public à caractère naturel,
des lieux structurants de respiration
pour l'intensification urbaine ?
Alexandra Biehler
Remi Junquera et Gabriele Salvia,
Laboratoire Project[s], ENSA Marseille
Dans le contexte de la transition écologique
et sociale, les années à venir privilégieront la
densification de la ville autour des équipements
existants, ainsi que la préservation des
sols perméables. Les travaux présentés ici
interrogent, dans cette perspective, le rôle des
espaces publics et des espaces à caractère
naturel, ainsi que l?intensification des usages
qui peuvent y émerger.
La recherche conduite!:
- porte une attention particulière aux
espaces périurbains, dont la faible densité,
la présence d?équipements majeurs et
d?espaces naturels, ainsi que les projets
de transformation en cours, les placent au
coeur des mutations de la ville-territoire de
demain!;
- fait l?hypothèse qu?une densification
urbaine vivable passe par le
développement et l?intensification de
ces espaces. Il s?agit de recréer des lieux
capables d?accueillir des usages sous-
représentés en milieu périurbain, tout en
renforçant la biodiversité ? ou, à défaut, la
présence de la nature ? en lien avec les
trames écologiques du territoire!;
- s?inscrit dans une filiation théorique
qui met en évidence le rôle structurant
des espaces à caractère naturel dans la
fabrique de la ville. Elle trouve ses origines
dans les travaux de Frederick Law Olmsted
sur les systèmes de parcs urbains aux
États-Unis au XIXe siècle, prolongés à
l?époque contemporaine par les paysagistes
européens, tels que Michel Desvigne, et
par le courant du Landscape Urbanism aux
États-Unis. Les parcs y sont conçus comme
des réseaux interconnectés favorisant à la
fois la santé publique, la cohésion sociale
et l?amélioration du cadre de vie.
Pour tester cette hypothèse, une étude de
cas a été menée dans la Métropole Aix-
Marseille-Provence" : les équipements à
caractère naturel recouvrant partiellement
la rocade L2-Est à Marseille. Ce secteur
s?inscrit dans un tissu relevant de la «" ville
intermédiaire"» (Masboungi, 2015), développé
à partir des années 1960 en lien étroit avec les
infrastructures routières, qui ont fortement
influencé la morphologie et les usages de
l?espace public.
D?un point de vue méthodologique,
l?enquête a porté sur les formes et
les usages des espaces de la L2, afin
d?identifier les qualités et les limites de ces
équipements structurants. Pensée dès les
années 1930 pour contourner le centre de
Marseille, la L2 fait aujourd?hui l?objet d?un
important traitement paysager dans un tissu
essentiellement résidentiel. L?étude de cas
concerne une suite de trois projets de parcs
urbains sur près de 3!km, dont le Parc de la
Moline et le Parc dit «!de la L2!».
Situés au coeur d?un tissu urbain sans grande
qualité spatiale ni véritablement d?espace
public de représentation, ces lieux offrent,
par leur position géographique, un fort
ancrage territorial. Ils présentent des qualités
d?ambiances recherchées, parfois aussi
regrettées, par les habitants des quartiers
proches comme plus éloignés. Ont été
interrogés des usagers, des gestionnaires
et des concepteurs dans les deux parcs
et observé plus d?une trentaine d?usages
différents! : détente, activités physiques,
formes de sociabilité, mais aussi activités
économiques, pédagogiques et actions en
faveur de la nature. Leur spatialisation a permis
d?en analyser les articulations, la répartition et
leur ancrage dans les différents espaces.
Session Nature 45
De cette analyse émergent plusieurs pistes
de réflexion :
? Tout d?abord, la nature est de plus en plus
valorisée dans les parcs urbains. Longtemps
perçue comme décorative ou propice au
repos, elle devient un vecteur de biodiversité.
? Cette évolution s?accompagne d?un
changement dans les modes de gestion, en
réponse à la diversité croissante des usages
dans un même espace.
? Cela met en évidence des conflits d?usages,
mais aussi des synergies intéressantes entre
des usages existants et/ou à venir.
? Enfin, l?accessibilité à ces espaces demeure
problématique. Dans un tissu où les
transports publics sont présents mais peu
denses, les parcs jouent un rôle essentiel
dans les réseaux de mobilités douces et
compensent le manque d?espace public
pour les déplacements et les activités
quotidiennes.
Dans ce contexte de multiplication des
usages, certaines limites apparaissent :
? Il existe un déficit d?espaces différenciés
au sein des parcs, ce qui entraine des
conflits d?usage et des dégradations des
aménagements.
? Les parcs présentent trop peu de
perméabilités urbaines pour assurer des
continuités de déplacement et l?accessibilité
aux équipements environnants.
? Les espaces présentant une bonne qualité
environnementale sont trop peu nombreux,
souvent fragmentés, donc peu favorables à
la biodiversité.
? Enfin, un mode de gestion reste à
inventer pour accueillir et accompagner
la multiplication des usages de loisirs et
de sociabilités, dont ceux à dimension
économique.
En définitive, l?enjeu ne réside pas uniquement
dans l?intensification des usages, mais dans
la capacité des espaces publics et des
équipements à caractère naturel à répondre
à une pluralité de fonctions" : structuration
du tissu «! par le vide! », mobilités, qualité
environnementale, loisirs, sociabilités et
dimension pédagogique. Cela constitue un
véritable défi de projet dans un contexte de
densification des territoires suburbains et
périurbains.
Les usages diversifiés du parc de la Moline. Sources : enquêtes et observations, 2025. Conception : A. Biehler, R. Junquera.
Session Nature 46
Des friches urbaines naturelles
marseillaises entre volontés
de préservation et enjeux d?urbanisation
Carmen Rafanell
ITEM, AMU
À partir des années 1980, la densification est
progressivement devenue une question clé
des réflexions sur la ville dans plusieurs pays
d?Europe de l?Ouest. Face aux problématiques
socio-environnementales provoquées par
l?étalement urbain (consommation d?espaces
agricoles, artificialisation des sols et pollution
engendrée par l?allongement des temps de
transports) et dans la lignée de la publication du
rapport de Brundtland de 1987, de nombreuses
municipalités ont fait le choix d?opter pour des
politiques de densification.
À l?échelle européenne, cette orientation
est véritablement actée en 2011, avec la
recommandation de «" zero land net take" »,
visant à lutter contre l?artificialisation des sols.
Cet objectif est ensuite repris par plusieurs États
membres dans une perspective de limitation de
leur étalement urbain et de préservation de leurs
ressources, à l?image du «! zéro artificialisation
nette! » adopté par la France en 2021. Or, ces
politiques ont paradoxalement engendré
une pression grandissante sur les espaces
non-bâtis intra-urbains que sont les friches
urbaines végétalisées. Ces espaces délaissés,
provenant en grande partie du mitage de
terrains agricoles ou de reliquats industriels, ont
dans ce cadre été vus comme des dents creuses
devant permettre de soutenir un processus de
densification du bâti et d?intensification des
usages au sein du tissu existant29.
Toutefois, la promotion de la densification
comme politique clé du développement
durable n?a pas été sans susciter des
débats, les discussions portant notamment
sur les bénéfices réels ou supposés d?un
tel processus, en matière sociale autant
qu?environnementale. C?est dans ce contexte
que s?est développé un intérêt pour les friches
végétalisées, dont la ville de Marseille a fait
figure de précurseur30. Porté entre autres
par des acteurs du monde universitaire et
associatif, cet intérêt a permis de remettre
en question une vision de ces espaces en
tant que «! vides! » à combler, et de souligner
la manière dont ils pouvaient se faire le
support d?usages et présenter des fonctions
écologiques importantes pour la ville à l?heure
du dérèglement climatique. Témoin de cet
intérêt, les services de la ville chargés de leur
gestion leur ont attribué un nom ? les «"FUN"»,
pour friches urbaines naturelles.
Néanmoins, si les friches constituent
aujourd?hui des espaces clés de la transition
écologique de Marseille, elles cristallisent
des visions contradictoires de la manière
dont celle-ci doit être mise en oeuvre":
- Pour certains acteurs, les friches représentent
un gisement foncier permettant de
limiter l?étalement urbain et d?optimiser les
ressources.
- Pour d?autres, elles constituent des espaces
de nature essentiels pour préserver des
trames écologiques, maintenir la biodiversité
en ville et réduire les îlots de chaleur.
- Enfin, elles sont également vues comme
les supports potentiels d?un urbanisme
transitoire ? les projets éphémères permettant
à la fois de fournir des espaces verts à moindre
coût, de conserver du foncier mobilisable
et de contrôler les usages informels qui s?y
déroulent31.
Di#cile de ne pas voir dans ces di"érentes
visions du devenir des friches la manifestation
d?une «" schizophrénie du vert" » décrite
par Jean-Noël Consalès et ses co-auteurs.
Toutefois, ces visions sont-elles réellement
opposées, alors même qu?elles coexistent sans
générer de véritables conflits!?
Une autre manière de considérer ces di"érentes
perspectives serait dès lors de les voir comme
des modalités distinctes d'intégration des friches
à une dynamique d'urbanisation, entendue
Session Nature 47
au sens d?une opérationnalisation de l?espace
devant permettre de soutenir les besoins de la
vie urbaine et la perpétuation de l?économie de
marché32. Dans cette perspective, l?émergence
de réflexions autour de la préservation des
friches témoignerait d?une inflexion dans les
modes de production urbains à l?heure du
dérèglement climatique, sans pour autant que
les principes en soient fondamentalement remis
en question. En e"et, le devenir des friches
reste aujourd?hui encore subordonné à un
impératif de développement économique à
court ou moyen terme. Leur préservation est
dans ce cadre bien souvent transitoire ou
limitée à des espaces inconstructibles et de
petite taille.
Ces espaces présentent toutefois l?intérêt
de rendre compte des transformations de
la gouvernance urbaine, et en particulier la
reconfiguration du rôle de la nature dans la
fabrique de la ville, à l?heure du dérèglement
climatique. Comme le rappelle Stéphanie
Wakefield, alors que la pensée moderniste
avait traité la nature comme un en-dehors par
rapport à la ville, les modes de gouvernance
contemporains la conçoivent désormais
comme une composante essentielle du
métabolisme urbain33. Dans le contexte des
objectifs liés au développement durable et
face aux injonctions à la résilience urbaine, les
friches tendent ainsi à être perçues comme des
éléments devant être intégrés à des continuités
écologiques ? lesquelles apparaissent comme
des infrastructures qui, couplées à d?autres
systèmes infrastructurels, ont pour but
d?atténuer les e"ets du dérèglement climatique
et de maintenir les conditions de possibilités du
processus d?urbanisation.
Aussi, alors que les friches posent une
question opérationnelle forte pour les
acteurs de la gouvernance urbaine, les
enjeux qui entourent ces espaces à l?heure du
développement durable et les contradictions
qu?ils font surgir entraînent à leur tour des
interrogations méthodologiques et théoriques
majeures pour le chercheur ? ces dernières
portant notamment sur la manière dont, de
«" blancs" » de la carte, les friches deviennent
des espaces clés du développement urbain
contemporain.
29. Collectif Inter-Friches, 2021, «!Bye-bye les friches!! Densifier la ville sur les friches, une panacée ?!», Métropolitiques.
30. Jean-Noël Consales et al., 2015, «!La friche comme révélateur de la « schizophrénie du vert » à Marseille : pour une approche icarienne et
paysagère de la trame verte urbaine en ville!», Ordonner les lieux et les hommes. Actes du 135e Congrès national des sociétés historiques et
scientifiques, p. 43-56.
31. Kaduna-Ève Demailly, Jardiner les vacants : fabrique, gouvernance et dynamiques sociales des vacants urbains jardinés du nord-est de l?Île-
de-France, Thèse de doctorat, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris, 2014, 513 p
32. Neil Brenner et Christian Schmid, «!Towards a new epistemology of the urban?!», City, 4 mai 2015, vol. 19, no 2-3, p. 151-182.
33. Stephanie Wakefield, Miami in the Anthropocene: Rising Seas and Urban Resilience, s.l., Univ Of Minnesota Press, 2025, p. 129-131..
Session Nature 48
Quelles transitions vers une production
urbaine renaturée ?
Transformation des cultures
professionnelles et rééquilibrage
des territoires en faveur de la nature
Guillaume Pouyanne
UMR BSE, Université de Bordeaux, Plateforme POPSU Bordeaux
Fabien Reix
PAVE, ENSAP Bordeaux
Cette recherche s?inscrit dans le cadre du
passage du paradigme du «! développement
durable!» à celui de la «!transition écologique!»
comme cadre normatif des politiques
urbaines. Elle pose l?hypothèse d?une
évolution qui dépasse le simple cadre de la
sémantique, une véritable bifurcation dans
la façon de penser le processus de fabrique
de la ville, axée sur une interrogation
centrale" : celle de la place de la nature
dans le développement urbain et les projets
d?aménagement.
Jusqu?ici, les dimensions sociale et
écologique du développement durable
restaient encore souvent subordonnées à
la dimension économique! ; le concept de
transition écologique tend à prioriser la
dimension écologique dans la définition et
la mise en place des politiques publiques.
En témoigne une réorientation plus ou moins
accentuée des politiques métropolitaines
depuis le début des années 2020, l?objectif
général passant de «! l?attractivité! » à
«!l?habitabilité!».
La métropole bordelaise offre une bonne
illustration de ce changement de trajectoire.
La mandature écologiste, en place depuis
2020, a mis en oeuvre un plan ambitieux
de renaturation de l?espace urbain («! Une
métropole à vivre! », «! Bordeaux Grandeur
Nature! »,...), et proposé de renouveler les
pratiques de construction à travers son label
du «"Bâtiment frugal bordelais"». Le principal
témoin de cette évolution est le passage du
slogan du «! million d?habitants! », dans les
années 2010, censé refléter le dynamisme de
l?agglomération et sa volonté de faire partie du
«!club!» des grandes métropoles européennes,
à celui du «!million d?arbres!», dans les années
2020, qui résume les ambitions renaturatrices
de la nouvelle mandature.
Le projet POPSU 4 ? Plateforme Bordelaise
s?intéresse à un double défi":
- Comment concilier développement urbain
et préservation des espaces naturels, alors
que la Métropole accueille environ 10 000
habitants par an"?
- Comment faire évoluer les représentations
sociales, les pratiques professionnelles et les
compétences techniques pour «" écologiser
l?urbanisme" »" ? Le risque est ici celui d?un
«! délaissement de l?acte d?urbanisme! » qui
déboucherait sur un blocage de la capacité
à agir.
Il s?agit donc de sortir de l?opposition trop binaire
et stérile entre urbanisation et écologisation et
de chercher les voies d?une réconciliation entre
les logiques d?aménagement et de ménagement
de nos milieux de vie (Rode, 2023).
Le questionnement principal porte donc sur
la mise en action de la transition écologique":
comment les acteurs de la fabrique urbaine
modifient-ils leurs pratiques, leur culture
professionnelle pour se conformer aux
impératifs de la transition écologique! ?
Les aménageurs, promoteurs, décideurs,
élus, architectes, urbanistes, paysagistes?
dialoguent dans le cadre du projet urbain, qui
est censé les faire converger vers une vision ?
Session Nature 49
et donc une pratique ? commune. Bien sûr, les
chemins de cette convergence sont complexes,
les intérêts divergents et les injonctions parfois
contradictoires. C?est pourquoi une meilleure
connaissance des pratiques et de leur évolution
récente (ou projetée) parait indispensable au
déploiement d?un projet urbain conforme aux
défis de la transition écologique.
L?approche méthodologique est
essentiellement qualitative, basée d?abord
sur une analyse approfondie de certains
projets emblématiques dit «"démonstrateurs"».
Les terrains d?étude présentent une grande
diversité de situations":
- Mérignac Soleil, requalification d?une zone
d?activité commerciale très largement
artificialisée en zone d?usages mixtes!;
- Le campus Pessac/Talence, «! poumon vert
de l?agglomération! », en pleine réflexion sur
son réaménagement!;
- La ZAC Biganos, et ses nouvelles techniques
constructives basées sur les filières bas
carbone!;
- La Vallée de la Jallère, dont la préservation du
riche écosystème naturel est un enjeu central
de son aménagement!;
- Le parc habité des Sécheries à Bègles qui
cherche à dépasser les ambitions déçues
des éco-quartiers!;
- Le quartier dit «!Brazza!» fondé sur d?anciennes
friches industrielles, mêlant densités élevées
et ambitions paysagères.
Le deuxième volet de la méthode consiste
à mieux cerner l?évolution des pratiques
à dire d?experts. D?abord, une quarantaine
d?entretiens a été menée avec des décideurs du
domaine public et parapublic. Ces entretiens
approfondis laissent voir des inquiétudes,
mais aussi des opportunités.
- Au rang des inquiétudes sur l?intégration
des objectifs de transition écologique
dans le projet urbain, figurent notamment
la question de la raréfaction du foncier
disponible, mais aussi la crise immobilière
(qui recentre les acteurs privés sur la
dimension «! rentabilité! »), les difficultés de
coordination dans la chaîne de production de
l?urbain? Plus largement, l?implémentation
des principes de la transition écologique se
heurte à la production d?un «!récit!» capable
de trouver un sens commun à la pratique.
- Au chapitre des opportunités, le
développement de filières de matériaux
décarbonés (comme la terre crue à Biganos),
mais aussi la baisse de la demande
d?immobilier tertiaire post-confinement, qui
fait émerger des possibilités intéressantes
de reconversion de certains espaces. Le
changement dans les mentalités constitue
finalement un préalable nécessaire (mais
non suffisant) au changement des pratiques.
Ensuite, une deuxième vague d?entretiens,
menés auprès de professionnels du secteur
(promoteurs, constructeurs?), révèle le
conflit entre les dimensions économique
et écologique de l?acte d?urbaniser, conflit
exacerbé par l?augmentation des coûts de
construction! ; ainsi, l?industrialisation des
filières de matériaux biosourcés apparait
comme une condition nécessaire (mais non
suffisante) à l?écologisation des pratiques.
Les métiers de l?urbain sont particulièrement
concernés par l?enjeu de l?adaptation
au changement climatique. La prise de
conscience du début des années 2020, sensible
dans le domaine des idées, parviendra-t-elle à
se concrétiser dans la pratique!? Les résultats
de ce projet de recherche en cours, qui se base
sur le point de vue des acteurs, apporteront
des éléments de réponse.
Le quartier Brazza, © JB Menges - Bordeaux Métropole
Session Nature 50 Session Nature
Comment concilier densité et
biodiversité en ville ?
Les enseignements du programme
BAUM (Biodiversité, aménagement
urbain et morphologie)
Morgane Flégeau
Laboratoire LOTERR, Université de Lorraine
Face à l?extension de l?urbanisation à l?échelle
planétaire, la communauté scientifique
considère aujourd?hui que les villes doivent
contribuer à la conservation de la biodiversité.
Les espaces urbains peuvent en effet
constituer des habitats favorables à la faune
et la flore. La biodiversité est rarement
considérée à l?échelle du quartier, aussi bien
dans ses mouvements que dans la diversité
des espèces qu?elle abrite. Les actions se
concentrent soit à l?échelle régionale (Trames
vertes et bleues), soit à celle du bâtiment
(toitures végétalisées, nichoirs). Pourtant,
au gradient d?urbanisation étudié par les
écologues et biologistes se surimposent des
formes urbaines distinctes, caractérisées par
une grande complexité et diversité spatiale,
architecturale, etc. À l?échelle du quartier, elles
correspondent à des types d?organisation
de l?espace, des configurations spatiales
du bâti et des agencements spécifiques
des espaces publics (voiries, places,
espaces verts, etc.). Depuis les années
2000, le débat sur les formes urbaines
intègre la notion de densité, notamment
à la faveur de l?ampleur grandissante des
préoccupations environnementales. Or, pour
une même densité peuvent correspondre
plusieurs formes urbaines. Notion phare des
politiques publiques, la densité, l?injonction
de densification des espaces urbains et
aujourd?hui la mise en avant de la notion
d?intensification urbaine ont pour objectif
de permettre une utilisation plus rationnelle
des terres, de favoriser des distances de
déplacement plus courtes pour les habitants
voire d?améliorer les liens sociaux. La
densification implique pourtant a priori une
plus faible part d?espaces végétalisés en ville,
ce qui peut avoir des conséquences négatives
en particulier pour la biodiversité. Il apparaît
aujourd?hui essentiel que les chercheurs
s?intéressent à un niveau plus fin d?analyse,
impliquant les différentes formes de l?urbain, et
évaluent comment ces morphologies urbaines
permettent l?installation spontanée et le
maintien d?espèces animales et végétales. En
2020, le PUCA (Plan Urbanisme Construction
Aménagement)34 lance le programme de
recherche BAUM pour éclairer cette question.
Une revue systématique35 a été réalisée,
avec l?appui scientifique du MNHN et de la
FRB afin d?établir un état des connaissances
scientifiques sur les liens entre formes urbaines
et biodiversité36.
Dans le corpus constitué grâce à la méthode
de la revue systématique, deux principales
formes urbaines très schématiques ont
été identifiées" : l?urbain de forte densité et
l?urbain de faible densité. Elles se distinguent
l?une de l?autre du fait de leur organisation
spatiale et de leur compacité.
Les zones urbaines denses présentent une
faible performance écologique. Le climat,
l?occupation du sol et les perturbations
humaines y limitent l?installation d?espèces
animales et végétales. Les espaces
végétalisés (parcs, rues arborées, toitures
vertes, jardinières?) y jouent un rôle de refuge
pour la biodiversité. La surface des espaces
végétalisés constitue un facteur clé de la
richesse spécifique dans l?urbain dense. De
plus, une faible distance entre ces espaces ?
même de petite taille - y favorise la richesse
spécifique. Des oiseaux peuvent nicher
dans un parc et utiliser les rues végétalisées
Session Nature 51
adjacentes comme habitat complémentaire si
ces espaces sont situés à distance réduite. La
structure des bâtiments, les façades, les toits
ou même les trottoirs accueillent aussi une
faune et une flore variées. Certaines espèces,
comme les faucons pèlerins, profitent de la
hauteur des immeubles, alors que d?autres,
comme les moineaux, y sont défavorisés.
Les formes urbaines intermédiaires ou
de faible densité, composées de zones
pavillonnaires, possèdent une biodiversité
plus importante qu?ailleurs en ville grâce à
l?hétérogénéité du sol et au rôle structurant
des jardins privés. La diversité et l?abondance
des espèces y sont liées à la taille des jardins,
à leur gestion et à la diversité du couvert
végétal, notamment la proportion et les
caractéristiques des arbres, qui influencent les
possibilités de nidification et de butinage des
insectes. Les quartiers résidentiels composés
de maisons individuelles avec jardins jouent
un rôle essentiel dans la préservation de
la biodiversité urbaine. Néanmoins, les
politiques publiques de densification, de
la loi Solidarité et Renouvellement Urbain
(2000) jusqu?à la loi Trajectoire de Réduction
de l?Artificialisation Concertée avec les Élus
locaux (2025), prennent peu en compte cette
dimension. Par ailleurs, la conception urbaine
intègre encore de façon limitée les enjeux
écologiques en amont des projets, même dans
les écoquartiers. Pourtant, les recherches
recensées montrent l?importance de prendre
en compte la configuration spatiale à
différentes échelles" : à celle de la parcelle
(implantation des bâtiments, présence de
jardins) et à celle du quartier (connectivités
écologiques favorisées par les espaces publics
végétalisés). Une urbanisation modérément
compacte, avec bâtiments en front de rue
et jardins en coeur d? îlot, pourrait d?ailleurs
être la plus favorable à la biodiversité. De
nombreuses pistes restent à explorer pour
orienter l?aménagement vers une ville plus
accueillante pour le vivant.
34. Le Plan Urbanisme Construction Architecture est un service interministériel français, rattaché au ministère de l'Écologie et au ministère de la
Cohésion des territoires, rattaché à la Direction Générale de l'Aménagement du Logement et de la Nature.
35. La revue systématique est une méthode d?expertise visant à collecter un maximum de résultats scientifiques en réponse à une question
de recherche structurée, en suivant des étapes rigoureuses et prédéfinies. Elle permet de faire un état des lieux des connaissances sur un
thème donné, d'en mettre en lumière des lacunes et manques et de mettre en évidence les di"érences de résultats et de méthodes, au
travers de critères explicites et généralisables.
36. Pour ce travail, il a été décidé de se concentrer sur les espaces animales et végétales terrestres (à l?exception de la biodiversité aquatique et
des microorganismes).
L'espace urbain au prime des
continuités écologiques :
schéma d'ensemble
(conception et réalisation :
Morgane Flégeau)
Session Nature 52
Réaction du grand témoin
Marc Del Corso
Chef de service Expertise écologique et paysage,
Métropole AMP
Marc Del Corso expose sa mission qui
consiste en la conservation du patrimoine
scientifique, technique et naturel à la
métropole. De formation naturaliste, il
travaille depuis une quinzaine d?années
avec les services de l'aménagement sur la
planification de programmations et mise
en place des stratégies «! éviter, réduire,
compenser!». Il souligne la pertinence d?avoir
consacré une session de ces journées
d?étude aux enjeux de nature en ville et la
nécessité que la ville même densifiée soit
toujours vivante avec d'autres espèces que
l'homme, mais aussi viable ? donc résistante
et résiliente ? et enfin vivable/habitable. Les
interventions ont montré à juste titre que
l?approche de cette nature en ville ne se
limite pas à de la biodiversité. Il revient sur
les spécificités de la métropole marseillaise,
qui a la chance de compter 50% d?espaces
naturels et 25% d?espaces agricoles.
Ces espaces naturels représentent des
grands supports de biodiversité pour la
faune et la flore méditerranéennes. Dans
le tissu urbain, les enjeux relèvent de
ce qu?on peut qualifier de «" biodiversité
ordinaire"»!: la nature doit être fonctionnelle
et rendre des services écosystémiques à
l?homme, notamment via le support des
sols. Il souligne la nécessité d?engager un
travail de fond sur la réglementation des
sols pour protéger en particulier les sols
naturels, qui constituent un patrimoine
irremplaçable (un centimètre de sol formé
tous les 200/250 ans). Il signale également
la richesse de la nature en Méditerranée,
dont la diversité empêche de simplement
mettre sous cloche les grands ensembles
naturels. Ainsi, les espaces agricoles, les
espaces périurbains, les jardins font partie
à part entière de cette mosaïque qui assure
la stabilité de la biodiversité. Au même titre
que les espaces méditerranéens, cette
métropole est marquée par une présence
ancienne des activités humaines et il faut
donc considérer que les espèces aujourd?hui
présentes sur ce territoire ont coévolué
à côté de l?espèce humaine, elles se sont
adaptées, elles ont même été sélectionnées
par les activités humaines. La gestion des
espaces naturels, le maintien de pratiques
pastorales et les aménagements agricoles
comme l?irrigation constituent autant
d?éléments indispensables au maintien de
ce patrimoine naturel.
Il souligne l?intérêt d?avoir sur le territoire
de la métropole l?Institut Méditerranéen
de la Ville et des Territoires, qui réunit
de nombreux experts en architecture,
urbanisme et paysage. Selon lui, un cran de
plus pourrait être franchi en envisageant un
rapprochement avec l?Institut Méditerranéen
de la Biodiversité, dont l?ancien directeur
développe un dispositif de partenariat en
écologie et environnement notamment avec
les collectivités.
Marc Del Corso revient sur la question
de la mise en oeuvre et de la formation
soulignée par Guillaume Pouyanne dans
son intervention! : les techniciens des
collectivités qui travaillent tant dans les
services d?aménagement, que d?élaboration
des documents de planification, ou
d?instruction des permis de construire sont
très qualifiés et animés d?une volonté de
bien faire, mais ils sont peu aidés par les
réglementations des dispositifs de défense
des sols. Ils doivent également faire face à
des équipes qui portent des projets souvent
soutenus par la collectivité et les élus. Il
invite à concevoir et porter des dispositifs
et règlements de PLU suffisamment forts,
clairs et explicites, pour qu?ils puissent être
réellement appliqués par les techniciens en
charge de leur mise en oeuvre, et permettre
par exemple de modifier ou refuser des
permis de construire.
Session Nature 53
Table ronde de clôture :
de la recherche à l?action
Pour conclure ces journées d?étude en lien
avec l?ADN du programme de recherche-
action POPSU, chercheurs et acteurs ont été
invités à échanger au sein d?une table-ronde
intitulée «!De la recherche à l?action!» construite
en deux temps! : un premier sous forme de
rapport d?étonnement, un second sous forme
de perspectives pour l?action. Animée par
Guillaume Lacroix, directeur du Programme
POPSU-Transitions, elle a fait dialoguer,
côté chercheurs, Séverine Bonnin-Oliveira
et Hélène Reigner (Aix-Marseille Université)
et Jean-Marie Halleux (Université de Liège),
côté acteurs Vincent Fouchier (Métropole Aix-
Marseille-Provence) et Ludovic Verre (Agence
d?Urbanisme du Pays d?Aix Durance).
Parmi les éléments saillants mis en évidence
par les différents interlocuteurs, retenons
d?abord l?intérêt et l?importance du dialogue
pluridisciplinaire, du croisement des
regards (entre recherche, action, formation
et culture) et du décloisonnement des
approches sectorielles. C?est un impératif
pour appréhender les réalités complexes
auxquelles les territoires et les acteurs sont
confrontés, pour réussir l?imbrication des
sujets à traiter et pour éviter les solutions
simples voire simplistes qui ne répondent qu?à
une partie des enjeux. Mais c?est un challenge
que d?y parvenir au-delà du cercle des initiés,
notamment du côté des élus et des citoyens,
sur un sujet sensible que chacun perçoit à
l?aune de son propre vécu et de sa propre
subjectivité au risque parfois de biais et de
raccourcis.
Un deuxième élément sur lequel sont revenus
les participants à la table-ronde, c?est
l?intérêt d?aborder le sujet de l?intensification
par le prisme de l?urbanisme ordinaire.
L?évolution de la ville s?y joue en grande partie,
indépendamment des grandes opérations
d?urbanisme, indépendamment même parfois
de la collectivité publique, générant une
intensification par renouvellement urbain
orchestré par la promotion immobilière
maximisant les droits à construire qui
interroge l?habitabilité produite.
Un ensemble de points de tension / de
vigilance ont ainsi été mis en évidence par les
différents interlocuteurs":
- celui d?abord de la mixité sociale et de
l?abordabilité pour que la ville intense soit
accessible à tous, à l?encontre de ce que
produisent aujourd?hui les marchés fonciers
et immobiliers!;
- celui ensuite de l?insertion urbaine et
de la qualité des opérations pour que la
ville intense soit désirable et acceptée,
loin des résistances qu?elle occasionne
actuellement!:
- celui encore de la place de la nature et du
vivant pour que la ville intense soit vivable
et confortable pour tous dans une approche
écosystémique qui n?oppose pas espaces
urbanisés d?un côté, protégés de l?autre!;
- celui aussi de la mixité fonctionnelle qu?il
faut renforcer pour rapprocher logements et
emplois en interrogeant toutefois l?urbanité
ainsi créée!;
- celui enfin de la traduction de ce nouvel
horizon de la fabrique urbaine dans une
diversité de réponses à imaginer en
fonction des contextes territoriaux. Plus ou
moins favorables à l?intensification, ceux-ci
appellent un travail dans la dentelle, loin des
solutions préconçues, a fortiori dans une
métropole aussi singulière que celle d?Aix-
Marseille Provence.
Autant d?éléments qui confirment d?une part
le défi à relever pour concilier ces injonctions
contradictoires, d?autre part le rôle du monde
de la recherche et de l?enseignement en
amont, en matière de connaissance et
d?expertise.
Du côté des perspectives pour l?action,
chercheurs et acteurs ont successivement
mis l?accent sur différentes dimensions.
Après être revenues sur le rôle de la recherche
pour mettre à jour des controverses et des
éléments de dispute scientifique, Séverine
Bonnin-Oliveira et Hélène Reigner ont relevé
trois chantiers principaux":
- celui de l?observation et des données d?abord
puisque l?important ne semble pas tant de
54
quantifier des gisements dans l?absolu (les
logements vacants par exemple) mais de
mieux caractériser, connaître les usages et
les potentialités de ces gisements (quels
logements vacants à quelles conditions) en
vue de définir une stratégie d'intervention,
ce qui suppose de changer les choses à
observer et les manières de les observer!;
- celui de la traduction dans les instruments
de l'action publique à différentes échelles
ensuite puisque cette fabrique de la ville
renouvelée questionne l?outillage de l?action
publique pour mettre en oeuvre la stratégie,
de la planification à la maîtrise foncière
en passant par le subventionnement ou la
fiscalité!;
- celui enfin de l?ingénierie de projet dans le
contexte de ces nouveaux modes de faire
qui font émerger des besoins en matière
de participation / concertation, d?opérateurs
ensembliers d?échelle intermédiaire
(lotissement, zones d?activités?), de
facilitateurs en matière d?usages et de gestion.
Du côté des acteurs, Vincent Fouchier et
Ludovic Verre ont d?abord relevé des champs
qui restent à interroger par l?ensemble de
la communauté apprenante, notamment
celui de l?intensité d?usage des bâtiments
(logements comme équipements publics)
qui reste un angle mort de l?architecte une
fois qu?il a livré le bâtiment, de l?urbaniste
qui ne travaille pas à cette échelle? Au-
delà, c?est à une vision prospective qu?ils
ont appelé, pour envisager les mutations
sociétales fortes à l?oeuvre sur de nombreux
sujets (télétravail, ville à domicile, démobilité,
stratégies résidentielles, vieillissement?) et
leurs implications sur la manière de projeter
l?intensification et notamment d?apporter une
réponse adaptée à chaque profil d?habitant.
Un troisième chantier qui s?ouvre réside dans
la transformation en politiques publiques
des éléments capitalisés dans le cadre des
différents travaux, notamment en matière de
traduction réglementaire. Enfin, l?enjeu de la
pédagogie est fondamental pour partager
l?ensemble du matériau constitué à un
public de non-spécialistes et permettre son
appropriation.
Pour conclure cette table ronde sur le
dialogue entre recherche et action, Jean-
Marie Halleux a décalé le regard du contexte
franco-français en présentant l?expérience
wallonne de la conférence permanente du
développement territorial qui confirme que la
recherche a effectivement un impact sur les
pratiques et les systèmes de l'aménagement.
Proche de l?idée de communauté apprenante,
il s?agit d?une plateforme multidisciplinaire
de recherches, de formations et d?échanges
créée par le Gouvernement wallon en 1998
pour interagir avec les autorités wallonnes,
tant du côté politique qu?administratif, et
contribuer notamment à la formation continue
des agents en place face à la complexité des
enjeux à l?heure des transitions.
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Décembre 2025
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION le (re)déploiement des fonctions
urbaines (optimisation /intensification) et la
renaturation des espaces urbanisés!;
- la structure foncière et les statuts de
propriété des ZA contraignent les projets":
la domanialité publique se limite souvent
à la voirie, alors que les espaces publics
Session Activité économique 34
constituent le premier levier d?intervention
de la collectivité! ; le rôle des propriétaires
et opérateurs privés est prépondérant dans
la production, la gestion et la régénération
des ZA, mais la fragmentation des intérêts
et des stratégies freine l?émergence des
projets.
Les collectivités (et l?État) occupent donc une
position d?impulsion et d?accompagnement
des projets, rendant nécessaires le consensus
sur les objectifs de régénération, les
dynamiques collectives et les coopérations
avec (et entre) les acteurs privés. Des bureaux
d?études (BE) spécialisés occupent une
position d?assistance à maîtrise d?ouvrage et
d?interface.
Un modèle de rétrofit des ZA productives
se profile, à la faveur du consensus
politique et économique autour de l?enjeu
industriel au service des transitions et de la
sanctuarisation de la destination économique
(non commerciale) de ces zones dans le droit
des sols. Des leviers amont sont activables
par les collectivités pour initier les projets" :
inventaires fonciers des ZAE, requalification
des espaces publics ou communs (voiries,
places, parkings?).
De nouveaux modèles de développement et
de montage opérationnel s?affirment :
- l?écologie industrielle territoriale (EIT) pour
organiser la transition économique dans
l?espace!;
- la dissociation foncier ? bâti pour garantir
la rentabilité des opérations et motiver les
acteurs privés à agir!;
- l?apport d?expertise sur les transitions
et les nouveaux montages fonciers aux
opérateurs, entreprises et collectivités par
des bureaux d?études spécialisés.
Dans la Métropole de Lyon, plusieurs
opérations de régénération / intensification
économique dédiées au maintien et au
développement de fonctions productives
adaptées aux transitions préfigurent, à
l?échelle d?unités foncières (USIN Lyon Parilly,
Renault Trucks, Delsatys à Vénissieux), un
modèle potentiellement duplicable. Mais le
passage à l?échelle des ZA productives est
menacé par l?absence de maîtrise foncière
publique et les coûts d?opérations.
Un modèle de (re)conversion se profile
pour les ZA commerciales. La stratégie
de diversification des fonctions au profit
du logement et des services, portée par le
Programme de transformation des zones
commerciales périphériques de l?État, est
alignée sur celles des acteurs privés mais
elle ne croise pas toujours la volonté des
collectivités comme la Métropole de Lyon,
qui privilégie le maintien d?une destination
économique voire productive. La crise du
modèle de la grande distribution nourrit cette
tendance à considérer ces zones comme
des gisements fonciers mobilisables pour
accueillir d?autres fonctions économiques
et urbaines. Les exigences de valorisation
foncière et de rentabilité opérationnelle
motivent l?intégration de compétences
d?aménagement par les foncières
commerciales ou leur alliance avec des
promoteurs immobiliers. Des BE spécialisés
accompagnent ces stratégies, contribuant
à l?émergence de programmations urbaines
qui s?avèrent plus ambitieuses en termes
de mixité que de prise en compte des
enjeux de transitions. Hormis des projets de
requalification ? extension intégrant un volet
environnemental (désimperméabilisation
/ végétalisation, énergies renouvelables),
les réalisations effectives restent rares.
L?absence d?inventaires fonciers et le faible
potentiel d?espaces publics limitent la
capacité d?impulsion des collectivités.
Session Activité économique 35
Les zones d?activités économiques
sous pression foncière : quel modèle
de sobriété ?
Nicolas Persyn
Agence Concorde, IUAR-LIEU, AMU
Les zones d?activités productives ont
été qualifiées d?«" objets urbanistiques
invisibles" »22 pour être longtemps restées
loin de l?intérêt des chercheurs comme
des concepteurs. Cette situation évolue
aujourd?hui, l?objectif de zéro artificialisation
nette et plus largement de sobriété foncière
entraînant un regain d?intérêt pour cette
typologie d?espaces urbains.
Le travail présenté ici porte sur la manière
dont la sobriété foncière bouscule le
modèle extensif de production des zones
d?activités productives. Il s?agit également de
confronter la transformation de ce modèle de
production aux dynamiques identifiées par
les travaux portant plus généralement sur
la production urbaine (qui se sont dans leur
très grande majorité intéressés uniquement
aux opérations résidentielles et tertiaires23).
Ces travaux mettent en avant trois grandes
dynamiques ces dernières décennies":
- un élargissement du cercle des parties
prenantes, intégrant de manière plus
importante les acteurs privés (logiques de
projet urbain, d?urbanisme négocié)!;
- une privatisation croissante de la
production urbaine et des profits qu?elle
génère!;
- une recomposition de la chaîne de
production, avec notamment une logique
d?intégration des opérateurs tout au long de
cette chaîne vers l?amont comme l?aval24!;
Un des objectifs de ce travail est ainsi de
confronter les évolutions du modèle de
production des ZAE à ces conclusions via
une méthode d?observation participante,
portant sur deux ZAE dans le Loiret et en
Haute-Savoie.
Le modèle extensif de production des ZAE,
qui a dominé toute la seconde moitié du
20e siècle, visait à attirer des entreprises
sur un territoire en leur proposant du foncier
aménagé à faible coût. Ce modèle, sous
impulsion et conduite publique, consiste
à acquérir et aménager à bas coût des
terrains agricoles en extension urbaine,
et à les commercialiser sous forme de
lots individuels, souvent directement aux
entreprises. Il s?agit ainsi d?une chaîne
de production très courte (collectivité! >
22. Lejoux Patricia, «!Quelle place pour la zone d?activités économiques dans la fabrique de la ville contemporaine!?!», Les nouvelles fabriques
de la ville. Objets, référentiels et méthodes, Presses universitaires de Rennes., Rennes, 2018, p. 2.
23. Adisson Félix et Guironnet Antoine, «!Production urbaine!: Les approches d?économie politique!», Urbanisme et aménagement, Armand
Colin, Paris, 2020, p. 165 179, [https//doi.org/10.3917/arco.bogno.2020.01.0165].
24. Idt Joël, Llorente Marie, Miot Yoan et Vilmin Thierry, L?économie de l?aménagement en pratiques, Éditions «!Le Moniteur!», Antony, 2023.
Densification de la zone d'activité de la Saussaye (Orléans
Métropole). En bleu, les possibilités de densification.
Source : Concorde
Session Activité économique 36
aménageur (pas toujours présent)! >
investisseur) qui fabrique un foncier très
morcelé et un urbanisme très générique!: des
aménagements uniquement fonctionnels,
une faible densité, et une démultiplication
des équipements fonctionnels (chaque
parcelle possède ses accès, ses circulations,
ses aires de manoeuvre, etc.).
L?impératif de sobriété vient bousculer
ce modèle extensif, parce qu?il exclut son
élément de base, le recours à l?acquisition
de fonciers à bas coût en extension urbaine.
Dans les deux cas étudiés, cela implique des
évolutions majeures dans la manière dont
les collectivités produisent des espaces
à vocation productive et aménagent leur
territoire pour accueillir des entreprises.
Cela conduit également à l?émergence d?un
modèle intensif, qui se structure autour de
plusieurs dynamiques":
- l?absence de modèle alternatif à l?étalement
pour les espaces à vocation productive,
ce qui laisse un champ des possibles très
ouvert pour ce nouveau modèle!;
- l?évolution de la localisation, en direction
des tissus existants, qui nécessite de mener
des reconfigurations foncières complexes,
et donc de développer un rôle d?ensemblier
pour organiser ces interventions!;
- l?organisation d?une densité plus élevée en
convoquant des figures morphologiques de
l?urbain dense (mutualisations, verticalité,
mitoyenneté), qui demande là aussi un rôle
d?ensemblier!;
- les nouveaux équilibres économiques à
construire, où il s?agit à la fois d?enrayer les
spirales spéculatives autour des fonciers
aménagés par le public et de compenser
la hausse des coûts de production des
fonciers dans les bilans. Les collectivités
étudiées recourent ainsi au mécanisme
de dissociation du foncier et du bâti qui
leur permet d?externaliser le bilan foncier,
de maîtriser les prix des mutations sur le
long terme et de capter la valeur foncière
générée par l?opération.
Ces nouvelles modalités se traduisent ainsi
par une complexification de la chaîne de
production du foncier à vocation productive,
avec l?apparition de nouveaux rôles" : le
portage de foncier de long terme, l?opérateur
ensemblier en charge de la mise en oeuvre
de la densité.
Par contre, cela ne s?accompagne pas de
logique d?intégration de la chaîne pour le
moment, mais aboutit plutôt une séparation
plus nette des chaines de valeur entre
foncier, immobilier et exploitation. Dans
ce nouveau modèle, si le poids du privé se
renforce en amont de la chaîne (ensemblier,
investisseurs, promoteurs), la collectivité
garde la main sur l?amont (programmation,
définition du projet) et reprend le contrôle du
foncier à long terme.
Ainsi, par rapport aux analyses portant sur
les opérations résidentielles et tertiaires,
on peut noter une différence dans la nature
des changements. Surtout nos travaux
révèlent une différence dans le sens du
changement! : alors que divers travaux ont
montré comment l?évolution des modalités
de production induit des transformations
morphologiques25, c?est l?inverse dans le
cas présent, où la fabrication de tissus plus
denses entraîne une évolution des modalités
de production.
25. Lucan Jacques, Où va la ville aujourd?hui ?: Formes urbaines et mixités, Éditions de la Villette, Paris, 2012
Session Activité économique 37
26. Vandermeer M.-C., 2016.- La disponibilité et le prix du foncier à vocation économique!: quel impact sur le développement économique de la
Wallonie!?, Dissertation présentée par en vue de l?obtention du grade de Docteur en Sciences, Université de Liège, inédit.
27. Vandermeer M.-C. et Halleux J.-M., 2017.- Evaluation of the spatial and economic e"ectiveness of industrial land policies in northwest Europe,
European Planning Studies, Vol. 25, n°8, pp. 1454-1475.
28. La nomenclature des unités territoriales statistiques est un découpage territorial destiné à faciliter les comparaisons entre pays, ou entre
régions, d'un même ensemble. Le niveau NUTS 3 correspond aux unités territoriales comptant de 150 000 à 800 000 habitants.
Concilier le développement économique
et la limitation de l?artificialisation,
perspectives européennes
Jean Marie Halleux
Ecogeo, Université de Liège
L?ambition environnementale visant à limiter
l?artificialisation des sols pose question vis-
à-vis de l?abordabilité du logement, mais
également vis-à-vis du développement
économique. Cette problématique est
particulièrement d?actualité, alors que
l?Union européenne promeut simultanément
la réindustrialisation du continent et la
préservation des services écosystémiques
de ses sols.
Les résultats d?une recherche doctorale
fondée sur une analyse comparée à l?échelle
européenne (M.-C. Vandermeer, 201626!; M.-C.
Vandermeer et J.-M. Halleux, 201727) éclairent
cette tension. Cette recherche a testé
l?hypothèse selon laquelle la disponibilité
en terrains constitue un facteur significatif
de la compétitivité des territoires. Ces
réflexions prennent leur source dans le
décalage entre cet argument souvent
mobilisé par les décideurs économiques
et politiques et la littérature scientifique
consacrée au développement régional.
En effet, contrairement aux décideurs,
les chercheurs en sciences régionales
mentionnent rarement l?influence des
marchés fonciers sur les niveaux de
développement. Ils privilégient plutôt les
facteurs immatériels tels que l?innovation,
l?intégration dans les réseaux ou encore la
qualité du capital humain.
La recherche a couvert sept pays européens
(Belgique, France, Luxembourg, Allemagne,
Pays-Bas, Royaume-Uni, Irlande), avec des
traitements menés à l?échelle de 751 régions
NUTS! 328. Deux grandes thématiques ont
structuré la réflexion. L?efficacité spatiale
d?abord renvoie à la politique d?aménagement
et s?intéresse à la question suivante! : est-ce
que le développement économique engendre
de l?artificialisation par les parcs d?activités
économiques!? En corollaire, la thématique de
l?efficacité économique renvoie à la politique
du développement économique régional et à
la question suivante! : est-ce qu?artificialiser
sous la forme de parcs d?activités renforce le
développement économique!?
Concernant l?efficacité spatiale, les résultats
mettent en lumière l?étalement économique
qui caractérise la France et la Belgique,
confirmant les constats de la littérature et
interrogeant la pertinence des politiques
d?aménagement menées dans ces deux pays.
Sur le plan de l?efficacité économique, la
recherche a examiné les corrélations entre
les surfaces économiques par habitant, les
niveaux d?emploi et de PIB par habitant.
À l?échelle globale de la zone d?étude,
aucune relation statistique significative
n?est observée. Toutefois, des relations
significatives apparaissent à des niveaux
plus fins, en fonction des spécificités
nationales et des contextes régionaux.
L?analyse permet d?identifier trois profils
territoriaux.
- Les régions métropolitaines pour lesquelles
aucune relation significative n?est établie
entre la consommation d?espace à vocation
économique et le niveau de développement.
La disponibilité foncière y joue
vraisemblablement un rôle marginal, du fait
de la prédominance d?activités à haute valeur
ajoutée peu consommatrices d?espace.
Session Activité économique 38 Session Activité économique
- Les régions intermédiaires pour lesquelles
une relation statistiquement significative est
observée entre la consommation d?espace
à vocation économique et le niveau de
développement. Pour autant, les effets
mesurés demeurent modestes. Par exemple,
l?artificialisation d?un hectare supplémentaire
serait associée à la création de 6,6 emplois.
Ce résultat semble refléter l?orientation des
parcs d?activités de ces régions dans des
activités peu intensives en emploi et en valeur
ajoutée, comme la logistique.
- Les régions rurales pour lesquelles les
relations entre consommation d?espace à
vocation économique, PIB et emploi sont
à la fois significatives et négatives. Une
hausse de l?artificialisation s?accompagne,
statistiquement parlant, d?une baisse du PIB
et de l?emploi. Une hypothèse explicative de
ce résultat contre-intuitif serait que, dans
ce type de régions, les opérateurs fonciers
et économiques proposent d?autant plus de
terrains que les dynamiques économiques
sont faibles.
La situation des régions rurales indique
que la disponibilité en terrains n?est pas,
à elle seule, une condition suffisante à la
croissance économique. Pour autant, le
cas de l?Allemagne (plus précisément l?ex-
Allemagne de l?Ouest) suggère que, dans
un environnement économique bénéficiant
d?un secteur industriel dynamique, la
disponibilité en terrains demeure une
condition nécessaire à la croissance des
entreprises. Pour l?Allemagne, nos résultats
indiquent que l?artificialisation d?un hectare
supplémentaire s?accompagne de 38,4
emplois supplémentaires.
En conclusion, cette recherche plaide en
faveur d?une approche différenciée des
politiques menées en matière de foncier
à vocation économique. Elle souligne les
limites des politiques uniformes et invite à
repenser la planification des parcs d?activités
en tenant compte de leur véritable efficacité
économique.
Réaction du grand témoin
Sophie Lebault-Philogène
Che"e de service Immobilier d'entreprise et
Zones d'activités économiques, Métropole AMP
Issue du monde de l?aménagement
opérationnel et travaillant depuis un an sur le
sujet de la production foncière économique,
Sophie Lebault Philogène met en perspective
les travaux présentés au regard de son
sentiment d?absence d?outils et de réflexion
sur ce sujet. Cette demi-journée donne à
comprendre que tout est à construire de
façon partenariale, en réduisant le décalage
entre les acteurs du terrain et ceux de la
recherche, en croisant leurs approches. Il
y a des liens à construire, au-delà du travail
partenarial qui existe aujourd?hui entre la
Métropole et les agences d?urbanisme,
avec les universitaires, avec les autres
acteurs du territoire, en intégrant les acteurs
privés. C?est un vrai sujet dans le processus
de reconstruction de la ZAE sur la ZAE! :
comment travailler avec ces acteurs qu?on ne
connaît pas aussi bien qu?on le pense et dont
les besoins sont particuliers! ? En matière
d?habitat, on a tous les mêmes besoins! :
chambre, salle de bain, salle à manger,
accessoirement jardin? C?est beaucoup plus
complexe dans la zone d?activités, or, le sujet
numéro un, c'est de comprendre les besoins,
de comprendre les fonctionnements, de
comprendre l'écosystème. Prenons un
exemple! : c?est parce qu?on a besoin de faire
fonctionner cet écosystème pour qu?il reste
attractif qu?on a aussi besoin de plateformes
logistiques, même si elles ne créent pas
d'emploi. Cette approche plurielle dans
les regards, on doit aussi l?avoir dans les
thématiques" : l?approche économique est
nécessaire, mais il faut aussi une approche
Session Activité économique 39
urbaine du sujet. Tout est à construire pour
que l?on cite à l?avenir plutôt l?exemple de
la métropole AMP que celui de la ville de
Rennes! ! Tous les services de la métropole,
que ce soit le développement économique, la
planification, la prospective, sont à disposition
pour travailler dans ce sens, construire
des solutions qui répondent aux objectifs
de sobriété, d?intensification et surtout de
maintien du développement économique et
d?attractivité de notre métropole.
Session Nature 40
Session 3
LA NATURE ET LES FONCTIONNALITÉS
ÉCOLOGIQUES AU DÉFI DE
L?INTENSIFICATION : Comment
intensifier avec la nature ?
Propos introductifs
Vincent Fouchier
Directeur Prospective, Partenariats et Innovations
Territoriales, Direction Générale des Services, Métropole
Aix-Marseille-Provence
Vincent Fouchier a présenté quelques
données et résultats issus d?une étude
menée par Villes Vivantes et l?OFCE pour le
compte de la Métropole AMP, qui aborde
notamment le lien entre nature, présence
de végétation et densité/intensité. Ce travail
s?est notamment intéressé aux 21 713 ha
de couverture végétale présente sur les
parcelles privées du territoire métropolitain,
décomposés en trois strates : strate
herbacée (32%), strate arbustive (26%)
et strate arborée (42%). Selon lui, cette
étude ainsi qu?une récente étude de l?APUR
déconstruisent l?idée selon laquelle plus un
jardin est grand, plus il serait efficace d?un
point de vue écologique et montrent que la
densification dans le tissu urbain existant
n?entraîne pas systématiquement une
diminution de la végétation et des espaces
naturels" : certaines parcelles se densifient
et maintiennent leur niveau de végétation
tandis que d?autres parcelles sont marquées
par une diminution du niveau de végétation
sans construction.
La présence de nature (eau, végétation)
dans les tissus urbains est présentée
comme nécessaire pour atténuer les îlots
de chaleur urbains (ICU), particulièrement
dans les territoires méditerranéens. Vincent
Fouchier précise toutefois que le lien entre
densité/nature/îlots de chaleur urbain est
assez complexe, les tissus urbains très
denses de type latin et romain (exemple
d?Arles) pouvant atténuer les ICU dans les
coeurs des villes. En croisant la répartition
des strates végétales dans la métropole avec
la densité et son évolution, Villes vivantes a
montré sans surprise que les espaces les
moins couverts par le végétal se situent
dans les centres-villes les plus construits.
Autre enseignement, la corrélation entre
couverture végétale et densité est très
faible! : à COS équivalent, on peut avoir
des couvertures végétales extrêmement
hétérogènes, renvoyant au choix du privé de
végétaliser ou pas.
Vincent Fouchier est également revenu sur
le lien entre formes urbaines et densité" :
une même densité pouvant correspondre à
des organisations du bâti et architecturales
très variées, il n?y a donc pas de lien direct
entre forme urbaine, voire architecturale, et
présence végétale par rapport à la densité.
Des densités équivalentes correspondent
à une très grande variété de niveaux de
couverture arbustive et arborée. Il n?en
demeure pas moins que la couverture
végétale reste faible dans les fortes densités
(6%) et bien plus élevée dans les faibles
densités (36%). En intégrant dans l?analyse
l?évolution des densités entre 2013 et 2023,
on constate que les parcelles qui se sont le
plus densifiées ont une couverture végétale
Session Nature 41
moyenne de 9%, tandis que les parcelles qui
n?ont pas connu d?évolution de la densité ont
une couverture végétale moyenne de 28%.
Enfin, Villes vivantes a modélisé l?écart
entre la situation actuelle dans les parcelles
privées et un scenario de végétalisation
très poussée, sur la base des parcelles les
plus végétalisées (9ème décile de chaque
catégorie de densité) afin d?estimer le
potentiel d?augmentation maximale de la
végétation dans les quartiers! : la mesure de
cet écart montre qu?indépendamment de
toute politique d'espace public, en fonction
du comportement des acteurs privés, on
pourrait revégétaliser presque du simple au
double la plupart des parcelles privées du
territoire, quelle que soit la densité.
Dans quelle intensité végétale
vit-on dans la métropole ?
Parcelles résidentielles
Source : Fichiers fonciers retraités du Cerema 2023, LiDAR HD IGN 2021,
BD ORTHO IRC IGN
< 2%
de couverture
arborée et
arbustive
Logements
933 376 logts dans
les îlots
75%
50%
25%
100%
2 à 18%
de couverture
arborée et
arbustive
18 à 33%
de couverture
arborée et
arbustive
> 33%
de couverture
arborée et
arbustive
< 5%
de couverture
arborée et
arbustive
5 à 24%
de couverture
arborée et
arbustive
24 à 41%
de couverture
arborée et
arbustive
> 41%
de couverture
arborée et
arbustive
Unités
foncières
270 164 UF
dans les îlots
2
Source: Villes Vivantes / OFCE pour AMP
Session Nature 42
Étienne Ballan
enseignant, ENSP
Étienne Ballan est revenu sur quelques enjeux
posés par l?intensification avec la nature sur
le territoire métropolitain, en commençant
par deux remarques de vocabulaire.
Il souligne d?abord l?évolution terminologique
des rapports entre intensification et nature":
les journées d?étude ayant formulé la question
«! comment intensifier avec la nature! ?! »
plutôt que contre la nature, il appelle à une
prochaine étape qui répondrait à la question
«!comment intensifier par la nature!?!».
Ensuite, il revient sur le terme d?«"espaces de
nature" » qui a supplanté dans les pratiques
des enseignants celui d?«! espaces verts! »
mais aussi d?«! espaces naturels! ». Ce terme
d?«! espaces de nature! » vient souligner la
finalité de l'usage de cet espace qui peut
être non humaine, écologique, et considère
avant tout ce que recherchent les usagers.
Le terme de nature reste alors nécessaire
pour qualifier ces espaces, même si en
réalité, l'espace est parfaitement artificiel,
anthropisé.
Etienne Ballan est ensuite revenu sur
quelques spécificités de la métropole AMP.
- Cette métropole est marquée par une
géographie particulière! : les massifs y
jouent un rôle structurant, à tel point qu?on
les désigne comme des équipements depuis
quelques années. L?eau joue également
un rôle fondamental dans le système
d?espaces de nature métropolitain, du fait
du risque inondation ancré historiquement
dans le territoire, mais aussi de la
raréfaction de la ressource en eau et des
irrégularités des régimes hydrographiques
en lien avec le changement climatique! :
les espaces de nature tendent donc à la
fois à être très secs longtemps et puis tout
d'un coup inondés. Ce territoire présente
également des qualités particulières liées à
la domestication ancienne de l?eau du canal,
qui permet l?irrigation pour l?agriculture. Le
système d?irrigation gravitaire présente
toutefois des fragilités! : en recul dans les
secteurs les plus urbanisés, marqués par la
fermeture de rigoles d?irrigation secondaire,
il ne permet plus à l'eau de déborder sur
ces territoires.
- La métropole se distingue également par
un patrimoine culturel méditerranéen
caractérisé par la «"double résidence"» qui
trouve ses origines à l?époque romaine! : la
vie urbaine est toujours liée à la possibilité
de s?en échapper, autrefois dans la villa
romaine et aujourd?hui vers le cabanon, la
bastide, ou le studio dans les Alpes. Dans
la métropole AMP, on tend à considérer
que l?espace de nature est par définition
à proximité de la résidence alors qu?en
réalité, ces espaces sont aussi à large
distance de la résidence! : le métropolitain
va aussi chercher ces qualités de nature
loin et c'est d?ailleurs une des conditions
de l'acceptation d'une vie urbaine dense,
parfois très minérale, d'avoir cette
perspective de pouvoir partir.
Etienne Ballan a ensuite évoqué les
dynamiques de protection de l?agriculture
dans la métropole, qui présentent des
évolutions assez intéressantes au niveau
communal. En effet, les élus peuvent se saisir
de l?outil des zones agricoles protégées pour
préserver ou reconstituer des pratiques
agricoles afin de maintenir durablement des
espaces dédiés à l?agriculture. Le modèle
économique des exploitations agricoles
présente toutefois de nombreuses difficultés.
L?objet de la nature en ville et de l?agriculture
urbaine a émergé il y a une vingtaine d?années
dans la métropole AMP dans la dernière
phase d?urbanisation du territoire, marquée
par un remplissage des vides, qui lance le
débat sur l?urbanisation des dents creuses
versus leur préservation pour ménager des
espaces de nature en ville. Émerge alors
la conscience que les espaces dédiés à la
nature sont aussi des espaces intermédiaires,
des espaces privés, et qu?ils permettent
d?assurer les continuités écologiques en
ville. Ces espaces de nature ne se limitent
pas à la nature domestiquée, et les friches
en font partie. Beaucoup d?espaces de
nature dans la métropole n?entrent pas dans
la catégorisation duale classique opposant
Session Nature 43
nature domestiquée et nature sauvage, mais
sont souvent dans un entre-deux (bord de
rivière régulièrement inondé). Finalement, les
espaces de nature et espaces urbanisés sont
extrêmement intriqués dans la métropole,
mêlant tant logements/espaces de nature
qu?agriculture/logements, agriculture/
activité artisanale, espaces industriels/
espaces de nature.
Session Nature 44
Espace public à caractère naturel,
des lieux structurants de respiration
pour l'intensification urbaine ?
Alexandra Biehler
Remi Junquera et Gabriele Salvia,
Laboratoire Project[s], ENSA Marseille
Dans le contexte de la transition écologique
et sociale, les années à venir privilégieront la
densification de la ville autour des équipements
existants, ainsi que la préservation des
sols perméables. Les travaux présentés ici
interrogent, dans cette perspective, le rôle des
espaces publics et des espaces à caractère
naturel, ainsi que l?intensification des usages
qui peuvent y émerger.
La recherche conduite!:
- porte une attention particulière aux
espaces périurbains, dont la faible densité,
la présence d?équipements majeurs et
d?espaces naturels, ainsi que les projets
de transformation en cours, les placent au
coeur des mutations de la ville-territoire de
demain!;
- fait l?hypothèse qu?une densification
urbaine vivable passe par le
développement et l?intensification de
ces espaces. Il s?agit de recréer des lieux
capables d?accueillir des usages sous-
représentés en milieu périurbain, tout en
renforçant la biodiversité ? ou, à défaut, la
présence de la nature ? en lien avec les
trames écologiques du territoire!;
- s?inscrit dans une filiation théorique
qui met en évidence le rôle structurant
des espaces à caractère naturel dans la
fabrique de la ville. Elle trouve ses origines
dans les travaux de Frederick Law Olmsted
sur les systèmes de parcs urbains aux
États-Unis au XIXe siècle, prolongés à
l?époque contemporaine par les paysagistes
européens, tels que Michel Desvigne, et
par le courant du Landscape Urbanism aux
États-Unis. Les parcs y sont conçus comme
des réseaux interconnectés favorisant à la
fois la santé publique, la cohésion sociale
et l?amélioration du cadre de vie.
Pour tester cette hypothèse, une étude de
cas a été menée dans la Métropole Aix-
Marseille-Provence" : les équipements à
caractère naturel recouvrant partiellement
la rocade L2-Est à Marseille. Ce secteur
s?inscrit dans un tissu relevant de la «" ville
intermédiaire"» (Masboungi, 2015), développé
à partir des années 1960 en lien étroit avec les
infrastructures routières, qui ont fortement
influencé la morphologie et les usages de
l?espace public.
D?un point de vue méthodologique,
l?enquête a porté sur les formes et
les usages des espaces de la L2, afin
d?identifier les qualités et les limites de ces
équipements structurants. Pensée dès les
années 1930 pour contourner le centre de
Marseille, la L2 fait aujourd?hui l?objet d?un
important traitement paysager dans un tissu
essentiellement résidentiel. L?étude de cas
concerne une suite de trois projets de parcs
urbains sur près de 3!km, dont le Parc de la
Moline et le Parc dit «!de la L2!».
Situés au coeur d?un tissu urbain sans grande
qualité spatiale ni véritablement d?espace
public de représentation, ces lieux offrent,
par leur position géographique, un fort
ancrage territorial. Ils présentent des qualités
d?ambiances recherchées, parfois aussi
regrettées, par les habitants des quartiers
proches comme plus éloignés. Ont été
interrogés des usagers, des gestionnaires
et des concepteurs dans les deux parcs
et observé plus d?une trentaine d?usages
différents! : détente, activités physiques,
formes de sociabilité, mais aussi activités
économiques, pédagogiques et actions en
faveur de la nature. Leur spatialisation a permis
d?en analyser les articulations, la répartition et
leur ancrage dans les différents espaces.
Session Nature 45
De cette analyse émergent plusieurs pistes
de réflexion :
? Tout d?abord, la nature est de plus en plus
valorisée dans les parcs urbains. Longtemps
perçue comme décorative ou propice au
repos, elle devient un vecteur de biodiversité.
? Cette évolution s?accompagne d?un
changement dans les modes de gestion, en
réponse à la diversité croissante des usages
dans un même espace.
? Cela met en évidence des conflits d?usages,
mais aussi des synergies intéressantes entre
des usages existants et/ou à venir.
? Enfin, l?accessibilité à ces espaces demeure
problématique. Dans un tissu où les
transports publics sont présents mais peu
denses, les parcs jouent un rôle essentiel
dans les réseaux de mobilités douces et
compensent le manque d?espace public
pour les déplacements et les activités
quotidiennes.
Dans ce contexte de multiplication des
usages, certaines limites apparaissent :
? Il existe un déficit d?espaces différenciés
au sein des parcs, ce qui entraine des
conflits d?usage et des dégradations des
aménagements.
? Les parcs présentent trop peu de
perméabilités urbaines pour assurer des
continuités de déplacement et l?accessibilité
aux équipements environnants.
? Les espaces présentant une bonne qualité
environnementale sont trop peu nombreux,
souvent fragmentés, donc peu favorables à
la biodiversité.
? Enfin, un mode de gestion reste à
inventer pour accueillir et accompagner
la multiplication des usages de loisirs et
de sociabilités, dont ceux à dimension
économique.
En définitive, l?enjeu ne réside pas uniquement
dans l?intensification des usages, mais dans
la capacité des espaces publics et des
équipements à caractère naturel à répondre
à une pluralité de fonctions" : structuration
du tissu «! par le vide! », mobilités, qualité
environnementale, loisirs, sociabilités et
dimension pédagogique. Cela constitue un
véritable défi de projet dans un contexte de
densification des territoires suburbains et
périurbains.
Les usages diversifiés du parc de la Moline. Sources : enquêtes et observations, 2025. Conception : A. Biehler, R. Junquera.
Session Nature 46
Des friches urbaines naturelles
marseillaises entre volontés
de préservation et enjeux d?urbanisation
Carmen Rafanell
ITEM, AMU
À partir des années 1980, la densification est
progressivement devenue une question clé
des réflexions sur la ville dans plusieurs pays
d?Europe de l?Ouest. Face aux problématiques
socio-environnementales provoquées par
l?étalement urbain (consommation d?espaces
agricoles, artificialisation des sols et pollution
engendrée par l?allongement des temps de
transports) et dans la lignée de la publication du
rapport de Brundtland de 1987, de nombreuses
municipalités ont fait le choix d?opter pour des
politiques de densification.
À l?échelle européenne, cette orientation
est véritablement actée en 2011, avec la
recommandation de «" zero land net take" »,
visant à lutter contre l?artificialisation des sols.
Cet objectif est ensuite repris par plusieurs États
membres dans une perspective de limitation de
leur étalement urbain et de préservation de leurs
ressources, à l?image du «! zéro artificialisation
nette! » adopté par la France en 2021. Or, ces
politiques ont paradoxalement engendré
une pression grandissante sur les espaces
non-bâtis intra-urbains que sont les friches
urbaines végétalisées. Ces espaces délaissés,
provenant en grande partie du mitage de
terrains agricoles ou de reliquats industriels, ont
dans ce cadre été vus comme des dents creuses
devant permettre de soutenir un processus de
densification du bâti et d?intensification des
usages au sein du tissu existant29.
Toutefois, la promotion de la densification
comme politique clé du développement
durable n?a pas été sans susciter des
débats, les discussions portant notamment
sur les bénéfices réels ou supposés d?un
tel processus, en matière sociale autant
qu?environnementale. C?est dans ce contexte
que s?est développé un intérêt pour les friches
végétalisées, dont la ville de Marseille a fait
figure de précurseur30. Porté entre autres
par des acteurs du monde universitaire et
associatif, cet intérêt a permis de remettre
en question une vision de ces espaces en
tant que «! vides! » à combler, et de souligner
la manière dont ils pouvaient se faire le
support d?usages et présenter des fonctions
écologiques importantes pour la ville à l?heure
du dérèglement climatique. Témoin de cet
intérêt, les services de la ville chargés de leur
gestion leur ont attribué un nom ? les «"FUN"»,
pour friches urbaines naturelles.
Néanmoins, si les friches constituent
aujourd?hui des espaces clés de la transition
écologique de Marseille, elles cristallisent
des visions contradictoires de la manière
dont celle-ci doit être mise en oeuvre":
- Pour certains acteurs, les friches représentent
un gisement foncier permettant de
limiter l?étalement urbain et d?optimiser les
ressources.
- Pour d?autres, elles constituent des espaces
de nature essentiels pour préserver des
trames écologiques, maintenir la biodiversité
en ville et réduire les îlots de chaleur.
- Enfin, elles sont également vues comme
les supports potentiels d?un urbanisme
transitoire ? les projets éphémères permettant
à la fois de fournir des espaces verts à moindre
coût, de conserver du foncier mobilisable
et de contrôler les usages informels qui s?y
déroulent31.
Di#cile de ne pas voir dans ces di"érentes
visions du devenir des friches la manifestation
d?une «" schizophrénie du vert" » décrite
par Jean-Noël Consalès et ses co-auteurs.
Toutefois, ces visions sont-elles réellement
opposées, alors même qu?elles coexistent sans
générer de véritables conflits!?
Une autre manière de considérer ces di"érentes
perspectives serait dès lors de les voir comme
des modalités distinctes d'intégration des friches
à une dynamique d'urbanisation, entendue
Session Nature 47
au sens d?une opérationnalisation de l?espace
devant permettre de soutenir les besoins de la
vie urbaine et la perpétuation de l?économie de
marché32. Dans cette perspective, l?émergence
de réflexions autour de la préservation des
friches témoignerait d?une inflexion dans les
modes de production urbains à l?heure du
dérèglement climatique, sans pour autant que
les principes en soient fondamentalement remis
en question. En e"et, le devenir des friches
reste aujourd?hui encore subordonné à un
impératif de développement économique à
court ou moyen terme. Leur préservation est
dans ce cadre bien souvent transitoire ou
limitée à des espaces inconstructibles et de
petite taille.
Ces espaces présentent toutefois l?intérêt
de rendre compte des transformations de
la gouvernance urbaine, et en particulier la
reconfiguration du rôle de la nature dans la
fabrique de la ville, à l?heure du dérèglement
climatique. Comme le rappelle Stéphanie
Wakefield, alors que la pensée moderniste
avait traité la nature comme un en-dehors par
rapport à la ville, les modes de gouvernance
contemporains la conçoivent désormais
comme une composante essentielle du
métabolisme urbain33. Dans le contexte des
objectifs liés au développement durable et
face aux injonctions à la résilience urbaine, les
friches tendent ainsi à être perçues comme des
éléments devant être intégrés à des continuités
écologiques ? lesquelles apparaissent comme
des infrastructures qui, couplées à d?autres
systèmes infrastructurels, ont pour but
d?atténuer les e"ets du dérèglement climatique
et de maintenir les conditions de possibilités du
processus d?urbanisation.
Aussi, alors que les friches posent une
question opérationnelle forte pour les
acteurs de la gouvernance urbaine, les
enjeux qui entourent ces espaces à l?heure du
développement durable et les contradictions
qu?ils font surgir entraînent à leur tour des
interrogations méthodologiques et théoriques
majeures pour le chercheur ? ces dernières
portant notamment sur la manière dont, de
«" blancs" » de la carte, les friches deviennent
des espaces clés du développement urbain
contemporain.
29. Collectif Inter-Friches, 2021, «!Bye-bye les friches!! Densifier la ville sur les friches, une panacée ?!», Métropolitiques.
30. Jean-Noël Consales et al., 2015, «!La friche comme révélateur de la « schizophrénie du vert » à Marseille : pour une approche icarienne et
paysagère de la trame verte urbaine en ville!», Ordonner les lieux et les hommes. Actes du 135e Congrès national des sociétés historiques et
scientifiques, p. 43-56.
31. Kaduna-Ève Demailly, Jardiner les vacants : fabrique, gouvernance et dynamiques sociales des vacants urbains jardinés du nord-est de l?Île-
de-France, Thèse de doctorat, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris, 2014, 513 p
32. Neil Brenner et Christian Schmid, «!Towards a new epistemology of the urban?!», City, 4 mai 2015, vol. 19, no 2-3, p. 151-182.
33. Stephanie Wakefield, Miami in the Anthropocene: Rising Seas and Urban Resilience, s.l., Univ Of Minnesota Press, 2025, p. 129-131..
Session Nature 48
Quelles transitions vers une production
urbaine renaturée ?
Transformation des cultures
professionnelles et rééquilibrage
des territoires en faveur de la nature
Guillaume Pouyanne
UMR BSE, Université de Bordeaux, Plateforme POPSU Bordeaux
Fabien Reix
PAVE, ENSAP Bordeaux
Cette recherche s?inscrit dans le cadre du
passage du paradigme du «! développement
durable!» à celui de la «!transition écologique!»
comme cadre normatif des politiques
urbaines. Elle pose l?hypothèse d?une
évolution qui dépasse le simple cadre de la
sémantique, une véritable bifurcation dans
la façon de penser le processus de fabrique
de la ville, axée sur une interrogation
centrale" : celle de la place de la nature
dans le développement urbain et les projets
d?aménagement.
Jusqu?ici, les dimensions sociale et
écologique du développement durable
restaient encore souvent subordonnées à
la dimension économique! ; le concept de
transition écologique tend à prioriser la
dimension écologique dans la définition et
la mise en place des politiques publiques.
En témoigne une réorientation plus ou moins
accentuée des politiques métropolitaines
depuis le début des années 2020, l?objectif
général passant de «! l?attractivité! » à
«!l?habitabilité!».
La métropole bordelaise offre une bonne
illustration de ce changement de trajectoire.
La mandature écologiste, en place depuis
2020, a mis en oeuvre un plan ambitieux
de renaturation de l?espace urbain («! Une
métropole à vivre! », «! Bordeaux Grandeur
Nature! »,...), et proposé de renouveler les
pratiques de construction à travers son label
du «"Bâtiment frugal bordelais"». Le principal
témoin de cette évolution est le passage du
slogan du «! million d?habitants! », dans les
années 2010, censé refléter le dynamisme de
l?agglomération et sa volonté de faire partie du
«!club!» des grandes métropoles européennes,
à celui du «!million d?arbres!», dans les années
2020, qui résume les ambitions renaturatrices
de la nouvelle mandature.
Le projet POPSU 4 ? Plateforme Bordelaise
s?intéresse à un double défi":
- Comment concilier développement urbain
et préservation des espaces naturels, alors
que la Métropole accueille environ 10 000
habitants par an"?
- Comment faire évoluer les représentations
sociales, les pratiques professionnelles et les
compétences techniques pour «" écologiser
l?urbanisme" »" ? Le risque est ici celui d?un
«! délaissement de l?acte d?urbanisme! » qui
déboucherait sur un blocage de la capacité
à agir.
Il s?agit donc de sortir de l?opposition trop binaire
et stérile entre urbanisation et écologisation et
de chercher les voies d?une réconciliation entre
les logiques d?aménagement et de ménagement
de nos milieux de vie (Rode, 2023).
Le questionnement principal porte donc sur
la mise en action de la transition écologique":
comment les acteurs de la fabrique urbaine
modifient-ils leurs pratiques, leur culture
professionnelle pour se conformer aux
impératifs de la transition écologique! ?
Les aménageurs, promoteurs, décideurs,
élus, architectes, urbanistes, paysagistes?
dialoguent dans le cadre du projet urbain, qui
est censé les faire converger vers une vision ?
Session Nature 49
et donc une pratique ? commune. Bien sûr, les
chemins de cette convergence sont complexes,
les intérêts divergents et les injonctions parfois
contradictoires. C?est pourquoi une meilleure
connaissance des pratiques et de leur évolution
récente (ou projetée) parait indispensable au
déploiement d?un projet urbain conforme aux
défis de la transition écologique.
L?approche méthodologique est
essentiellement qualitative, basée d?abord
sur une analyse approfondie de certains
projets emblématiques dit «"démonstrateurs"».
Les terrains d?étude présentent une grande
diversité de situations":
- Mérignac Soleil, requalification d?une zone
d?activité commerciale très largement
artificialisée en zone d?usages mixtes!;
- Le campus Pessac/Talence, «! poumon vert
de l?agglomération! », en pleine réflexion sur
son réaménagement!;
- La ZAC Biganos, et ses nouvelles techniques
constructives basées sur les filières bas
carbone!;
- La Vallée de la Jallère, dont la préservation du
riche écosystème naturel est un enjeu central
de son aménagement!;
- Le parc habité des Sécheries à Bègles qui
cherche à dépasser les ambitions déçues
des éco-quartiers!;
- Le quartier dit «!Brazza!» fondé sur d?anciennes
friches industrielles, mêlant densités élevées
et ambitions paysagères.
Le deuxième volet de la méthode consiste
à mieux cerner l?évolution des pratiques
à dire d?experts. D?abord, une quarantaine
d?entretiens a été menée avec des décideurs du
domaine public et parapublic. Ces entretiens
approfondis laissent voir des inquiétudes,
mais aussi des opportunités.
- Au rang des inquiétudes sur l?intégration
des objectifs de transition écologique
dans le projet urbain, figurent notamment
la question de la raréfaction du foncier
disponible, mais aussi la crise immobilière
(qui recentre les acteurs privés sur la
dimension «! rentabilité! »), les difficultés de
coordination dans la chaîne de production de
l?urbain? Plus largement, l?implémentation
des principes de la transition écologique se
heurte à la production d?un «!récit!» capable
de trouver un sens commun à la pratique.
- Au chapitre des opportunités, le
développement de filières de matériaux
décarbonés (comme la terre crue à Biganos),
mais aussi la baisse de la demande
d?immobilier tertiaire post-confinement, qui
fait émerger des possibilités intéressantes
de reconversion de certains espaces. Le
changement dans les mentalités constitue
finalement un préalable nécessaire (mais
non suffisant) au changement des pratiques.
Ensuite, une deuxième vague d?entretiens,
menés auprès de professionnels du secteur
(promoteurs, constructeurs?), révèle le
conflit entre les dimensions économique
et écologique de l?acte d?urbaniser, conflit
exacerbé par l?augmentation des coûts de
construction! ; ainsi, l?industrialisation des
filières de matériaux biosourcés apparait
comme une condition nécessaire (mais non
suffisante) à l?écologisation des pratiques.
Les métiers de l?urbain sont particulièrement
concernés par l?enjeu de l?adaptation
au changement climatique. La prise de
conscience du début des années 2020, sensible
dans le domaine des idées, parviendra-t-elle à
se concrétiser dans la pratique!? Les résultats
de ce projet de recherche en cours, qui se base
sur le point de vue des acteurs, apporteront
des éléments de réponse.
Le quartier Brazza, © JB Menges - Bordeaux Métropole
Session Nature 50 Session Nature
Comment concilier densité et
biodiversité en ville ?
Les enseignements du programme
BAUM (Biodiversité, aménagement
urbain et morphologie)
Morgane Flégeau
Laboratoire LOTERR, Université de Lorraine
Face à l?extension de l?urbanisation à l?échelle
planétaire, la communauté scientifique
considère aujourd?hui que les villes doivent
contribuer à la conservation de la biodiversité.
Les espaces urbains peuvent en effet
constituer des habitats favorables à la faune
et la flore. La biodiversité est rarement
considérée à l?échelle du quartier, aussi bien
dans ses mouvements que dans la diversité
des espèces qu?elle abrite. Les actions se
concentrent soit à l?échelle régionale (Trames
vertes et bleues), soit à celle du bâtiment
(toitures végétalisées, nichoirs). Pourtant,
au gradient d?urbanisation étudié par les
écologues et biologistes se surimposent des
formes urbaines distinctes, caractérisées par
une grande complexité et diversité spatiale,
architecturale, etc. À l?échelle du quartier, elles
correspondent à des types d?organisation
de l?espace, des configurations spatiales
du bâti et des agencements spécifiques
des espaces publics (voiries, places,
espaces verts, etc.). Depuis les années
2000, le débat sur les formes urbaines
intègre la notion de densité, notamment
à la faveur de l?ampleur grandissante des
préoccupations environnementales. Or, pour
une même densité peuvent correspondre
plusieurs formes urbaines. Notion phare des
politiques publiques, la densité, l?injonction
de densification des espaces urbains et
aujourd?hui la mise en avant de la notion
d?intensification urbaine ont pour objectif
de permettre une utilisation plus rationnelle
des terres, de favoriser des distances de
déplacement plus courtes pour les habitants
voire d?améliorer les liens sociaux. La
densification implique pourtant a priori une
plus faible part d?espaces végétalisés en ville,
ce qui peut avoir des conséquences négatives
en particulier pour la biodiversité. Il apparaît
aujourd?hui essentiel que les chercheurs
s?intéressent à un niveau plus fin d?analyse,
impliquant les différentes formes de l?urbain, et
évaluent comment ces morphologies urbaines
permettent l?installation spontanée et le
maintien d?espèces animales et végétales. En
2020, le PUCA (Plan Urbanisme Construction
Aménagement)34 lance le programme de
recherche BAUM pour éclairer cette question.
Une revue systématique35 a été réalisée,
avec l?appui scientifique du MNHN et de la
FRB afin d?établir un état des connaissances
scientifiques sur les liens entre formes urbaines
et biodiversité36.
Dans le corpus constitué grâce à la méthode
de la revue systématique, deux principales
formes urbaines très schématiques ont
été identifiées" : l?urbain de forte densité et
l?urbain de faible densité. Elles se distinguent
l?une de l?autre du fait de leur organisation
spatiale et de leur compacité.
Les zones urbaines denses présentent une
faible performance écologique. Le climat,
l?occupation du sol et les perturbations
humaines y limitent l?installation d?espèces
animales et végétales. Les espaces
végétalisés (parcs, rues arborées, toitures
vertes, jardinières?) y jouent un rôle de refuge
pour la biodiversité. La surface des espaces
végétalisés constitue un facteur clé de la
richesse spécifique dans l?urbain dense. De
plus, une faible distance entre ces espaces ?
même de petite taille - y favorise la richesse
spécifique. Des oiseaux peuvent nicher
dans un parc et utiliser les rues végétalisées
Session Nature 51
adjacentes comme habitat complémentaire si
ces espaces sont situés à distance réduite. La
structure des bâtiments, les façades, les toits
ou même les trottoirs accueillent aussi une
faune et une flore variées. Certaines espèces,
comme les faucons pèlerins, profitent de la
hauteur des immeubles, alors que d?autres,
comme les moineaux, y sont défavorisés.
Les formes urbaines intermédiaires ou
de faible densité, composées de zones
pavillonnaires, possèdent une biodiversité
plus importante qu?ailleurs en ville grâce à
l?hétérogénéité du sol et au rôle structurant
des jardins privés. La diversité et l?abondance
des espèces y sont liées à la taille des jardins,
à leur gestion et à la diversité du couvert
végétal, notamment la proportion et les
caractéristiques des arbres, qui influencent les
possibilités de nidification et de butinage des
insectes. Les quartiers résidentiels composés
de maisons individuelles avec jardins jouent
un rôle essentiel dans la préservation de
la biodiversité urbaine. Néanmoins, les
politiques publiques de densification, de
la loi Solidarité et Renouvellement Urbain
(2000) jusqu?à la loi Trajectoire de Réduction
de l?Artificialisation Concertée avec les Élus
locaux (2025), prennent peu en compte cette
dimension. Par ailleurs, la conception urbaine
intègre encore de façon limitée les enjeux
écologiques en amont des projets, même dans
les écoquartiers. Pourtant, les recherches
recensées montrent l?importance de prendre
en compte la configuration spatiale à
différentes échelles" : à celle de la parcelle
(implantation des bâtiments, présence de
jardins) et à celle du quartier (connectivités
écologiques favorisées par les espaces publics
végétalisés). Une urbanisation modérément
compacte, avec bâtiments en front de rue
et jardins en coeur d? îlot, pourrait d?ailleurs
être la plus favorable à la biodiversité. De
nombreuses pistes restent à explorer pour
orienter l?aménagement vers une ville plus
accueillante pour le vivant.
34. Le Plan Urbanisme Construction Architecture est un service interministériel français, rattaché au ministère de l'Écologie et au ministère de la
Cohésion des territoires, rattaché à la Direction Générale de l'Aménagement du Logement et de la Nature.
35. La revue systématique est une méthode d?expertise visant à collecter un maximum de résultats scientifiques en réponse à une question
de recherche structurée, en suivant des étapes rigoureuses et prédéfinies. Elle permet de faire un état des lieux des connaissances sur un
thème donné, d'en mettre en lumière des lacunes et manques et de mettre en évidence les di"érences de résultats et de méthodes, au
travers de critères explicites et généralisables.
36. Pour ce travail, il a été décidé de se concentrer sur les espaces animales et végétales terrestres (à l?exception de la biodiversité aquatique et
des microorganismes).
L'espace urbain au prime des
continuités écologiques :
schéma d'ensemble
(conception et réalisation :
Morgane Flégeau)
Session Nature 52
Réaction du grand témoin
Marc Del Corso
Chef de service Expertise écologique et paysage,
Métropole AMP
Marc Del Corso expose sa mission qui
consiste en la conservation du patrimoine
scientifique, technique et naturel à la
métropole. De formation naturaliste, il
travaille depuis une quinzaine d?années
avec les services de l'aménagement sur la
planification de programmations et mise
en place des stratégies «! éviter, réduire,
compenser!». Il souligne la pertinence d?avoir
consacré une session de ces journées
d?étude aux enjeux de nature en ville et la
nécessité que la ville même densifiée soit
toujours vivante avec d'autres espèces que
l'homme, mais aussi viable ? donc résistante
et résiliente ? et enfin vivable/habitable. Les
interventions ont montré à juste titre que
l?approche de cette nature en ville ne se
limite pas à de la biodiversité. Il revient sur
les spécificités de la métropole marseillaise,
qui a la chance de compter 50% d?espaces
naturels et 25% d?espaces agricoles.
Ces espaces naturels représentent des
grands supports de biodiversité pour la
faune et la flore méditerranéennes. Dans
le tissu urbain, les enjeux relèvent de
ce qu?on peut qualifier de «" biodiversité
ordinaire"»!: la nature doit être fonctionnelle
et rendre des services écosystémiques à
l?homme, notamment via le support des
sols. Il souligne la nécessité d?engager un
travail de fond sur la réglementation des
sols pour protéger en particulier les sols
naturels, qui constituent un patrimoine
irremplaçable (un centimètre de sol formé
tous les 200/250 ans). Il signale également
la richesse de la nature en Méditerranée,
dont la diversité empêche de simplement
mettre sous cloche les grands ensembles
naturels. Ainsi, les espaces agricoles, les
espaces périurbains, les jardins font partie
à part entière de cette mosaïque qui assure
la stabilité de la biodiversité. Au même titre
que les espaces méditerranéens, cette
métropole est marquée par une présence
ancienne des activités humaines et il faut
donc considérer que les espèces aujourd?hui
présentes sur ce territoire ont coévolué
à côté de l?espèce humaine, elles se sont
adaptées, elles ont même été sélectionnées
par les activités humaines. La gestion des
espaces naturels, le maintien de pratiques
pastorales et les aménagements agricoles
comme l?irrigation constituent autant
d?éléments indispensables au maintien de
ce patrimoine naturel.
Il souligne l?intérêt d?avoir sur le territoire
de la métropole l?Institut Méditerranéen
de la Ville et des Territoires, qui réunit
de nombreux experts en architecture,
urbanisme et paysage. Selon lui, un cran de
plus pourrait être franchi en envisageant un
rapprochement avec l?Institut Méditerranéen
de la Biodiversité, dont l?ancien directeur
développe un dispositif de partenariat en
écologie et environnement notamment avec
les collectivités.
Marc Del Corso revient sur la question
de la mise en oeuvre et de la formation
soulignée par Guillaume Pouyanne dans
son intervention! : les techniciens des
collectivités qui travaillent tant dans les
services d?aménagement, que d?élaboration
des documents de planification, ou
d?instruction des permis de construire sont
très qualifiés et animés d?une volonté de
bien faire, mais ils sont peu aidés par les
réglementations des dispositifs de défense
des sols. Ils doivent également faire face à
des équipes qui portent des projets souvent
soutenus par la collectivité et les élus. Il
invite à concevoir et porter des dispositifs
et règlements de PLU suffisamment forts,
clairs et explicites, pour qu?ils puissent être
réellement appliqués par les techniciens en
charge de leur mise en oeuvre, et permettre
par exemple de modifier ou refuser des
permis de construire.
Session Nature 53
Table ronde de clôture :
de la recherche à l?action
Pour conclure ces journées d?étude en lien
avec l?ADN du programme de recherche-
action POPSU, chercheurs et acteurs ont été
invités à échanger au sein d?une table-ronde
intitulée «!De la recherche à l?action!» construite
en deux temps! : un premier sous forme de
rapport d?étonnement, un second sous forme
de perspectives pour l?action. Animée par
Guillaume Lacroix, directeur du Programme
POPSU-Transitions, elle a fait dialoguer,
côté chercheurs, Séverine Bonnin-Oliveira
et Hélène Reigner (Aix-Marseille Université)
et Jean-Marie Halleux (Université de Liège),
côté acteurs Vincent Fouchier (Métropole Aix-
Marseille-Provence) et Ludovic Verre (Agence
d?Urbanisme du Pays d?Aix Durance).
Parmi les éléments saillants mis en évidence
par les différents interlocuteurs, retenons
d?abord l?intérêt et l?importance du dialogue
pluridisciplinaire, du croisement des
regards (entre recherche, action, formation
et culture) et du décloisonnement des
approches sectorielles. C?est un impératif
pour appréhender les réalités complexes
auxquelles les territoires et les acteurs sont
confrontés, pour réussir l?imbrication des
sujets à traiter et pour éviter les solutions
simples voire simplistes qui ne répondent qu?à
une partie des enjeux. Mais c?est un challenge
que d?y parvenir au-delà du cercle des initiés,
notamment du côté des élus et des citoyens,
sur un sujet sensible que chacun perçoit à
l?aune de son propre vécu et de sa propre
subjectivité au risque parfois de biais et de
raccourcis.
Un deuxième élément sur lequel sont revenus
les participants à la table-ronde, c?est
l?intérêt d?aborder le sujet de l?intensification
par le prisme de l?urbanisme ordinaire.
L?évolution de la ville s?y joue en grande partie,
indépendamment des grandes opérations
d?urbanisme, indépendamment même parfois
de la collectivité publique, générant une
intensification par renouvellement urbain
orchestré par la promotion immobilière
maximisant les droits à construire qui
interroge l?habitabilité produite.
Un ensemble de points de tension / de
vigilance ont ainsi été mis en évidence par les
différents interlocuteurs":
- celui d?abord de la mixité sociale et de
l?abordabilité pour que la ville intense soit
accessible à tous, à l?encontre de ce que
produisent aujourd?hui les marchés fonciers
et immobiliers!;
- celui ensuite de l?insertion urbaine et
de la qualité des opérations pour que la
ville intense soit désirable et acceptée,
loin des résistances qu?elle occasionne
actuellement!:
- celui encore de la place de la nature et du
vivant pour que la ville intense soit vivable
et confortable pour tous dans une approche
écosystémique qui n?oppose pas espaces
urbanisés d?un côté, protégés de l?autre!;
- celui aussi de la mixité fonctionnelle qu?il
faut renforcer pour rapprocher logements et
emplois en interrogeant toutefois l?urbanité
ainsi créée!;
- celui enfin de la traduction de ce nouvel
horizon de la fabrique urbaine dans une
diversité de réponses à imaginer en
fonction des contextes territoriaux. Plus ou
moins favorables à l?intensification, ceux-ci
appellent un travail dans la dentelle, loin des
solutions préconçues, a fortiori dans une
métropole aussi singulière que celle d?Aix-
Marseille Provence.
Autant d?éléments qui confirment d?une part
le défi à relever pour concilier ces injonctions
contradictoires, d?autre part le rôle du monde
de la recherche et de l?enseignement en
amont, en matière de connaissance et
d?expertise.
Du côté des perspectives pour l?action,
chercheurs et acteurs ont successivement
mis l?accent sur différentes dimensions.
Après être revenues sur le rôle de la recherche
pour mettre à jour des controverses et des
éléments de dispute scientifique, Séverine
Bonnin-Oliveira et Hélène Reigner ont relevé
trois chantiers principaux":
- celui de l?observation et des données d?abord
puisque l?important ne semble pas tant de
54
quantifier des gisements dans l?absolu (les
logements vacants par exemple) mais de
mieux caractériser, connaître les usages et
les potentialités de ces gisements (quels
logements vacants à quelles conditions) en
vue de définir une stratégie d'intervention,
ce qui suppose de changer les choses à
observer et les manières de les observer!;
- celui de la traduction dans les instruments
de l'action publique à différentes échelles
ensuite puisque cette fabrique de la ville
renouvelée questionne l?outillage de l?action
publique pour mettre en oeuvre la stratégie,
de la planification à la maîtrise foncière
en passant par le subventionnement ou la
fiscalité!;
- celui enfin de l?ingénierie de projet dans le
contexte de ces nouveaux modes de faire
qui font émerger des besoins en matière
de participation / concertation, d?opérateurs
ensembliers d?échelle intermédiaire
(lotissement, zones d?activités?), de
facilitateurs en matière d?usages et de gestion.
Du côté des acteurs, Vincent Fouchier et
Ludovic Verre ont d?abord relevé des champs
qui restent à interroger par l?ensemble de
la communauté apprenante, notamment
celui de l?intensité d?usage des bâtiments
(logements comme équipements publics)
qui reste un angle mort de l?architecte une
fois qu?il a livré le bâtiment, de l?urbaniste
qui ne travaille pas à cette échelle? Au-
delà, c?est à une vision prospective qu?ils
ont appelé, pour envisager les mutations
sociétales fortes à l?oeuvre sur de nombreux
sujets (télétravail, ville à domicile, démobilité,
stratégies résidentielles, vieillissement?) et
leurs implications sur la manière de projeter
l?intensification et notamment d?apporter une
réponse adaptée à chaque profil d?habitant.
Un troisième chantier qui s?ouvre réside dans
la transformation en politiques publiques
des éléments capitalisés dans le cadre des
différents travaux, notamment en matière de
traduction réglementaire. Enfin, l?enjeu de la
pédagogie est fondamental pour partager
l?ensemble du matériau constitué à un
public de non-spécialistes et permettre son
appropriation.
Pour conclure cette table ronde sur le
dialogue entre recherche et action, Jean-
Marie Halleux a décalé le regard du contexte
franco-français en présentant l?expérience
wallonne de la conférence permanente du
développement territorial qui confirme que la
recherche a effectivement un impact sur les
pratiques et les systèmes de l'aménagement.
Proche de l?idée de communauté apprenante,
il s?agit d?une plateforme multidisciplinaire
de recherches, de formations et d?échanges
créée par le Gouvernement wallon en 1998
pour interagir avec les autorités wallonnes,
tant du côté politique qu?administratif, et
contribuer notamment à la formation continue
des agents en place face à la complexité des
enjeux à l?heure des transitions.
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