Les soutiens publics au développement de la géothermie : exercices 2015 à 2024
Auteur moral
France. Cour des comptes
Auteur secondaire
Résumé
"La Cour publie une nouvelle enquête sur les soutiens publics au développement de la géothermie. Elle met en évidence l'écart persistant entre des objectifs ambitieux et un déploiement freiné par des coûts d'investissement élevés, des risques techniques, ainsi que par la complexité et la lenteur des procédures."
Editeur
Cour des comptes
Descripteur Urbamet
Descripteur écoplanete
énergie thermique
;fiscalité environnementale
Thème
Administration publique
;Énergie - Climat
Texte intégral
13, rue Cambon ? 75100 PARIS CEDEX 01 ? T +33 1 42 98 95 00 ? www.ccomptes.fr
DEUXIÈME CHAMBRE
TROISIEME SECTION
OBSERVATIONS DÉFINITIVES
(Article R. 143-11 du code des juridictions financières).
LES SOUTIENS PUBLICS AU
DÉVELOPPEMENT DE LA
GÉOTHERMIE
Exercices 2015 à 2024
Le présent document, qui a fait l?objet d?une contradiction avec les destinataires concernés, a été délibéré par la
Cour des comptes, le 21 novembre 2025
S2025-1803
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
2
TABLE DES MATIÈRES
SYNTHÈSE...................................................................................................................... 5
RECOMMANDATIONS ................................................................................................ 9
INTRODUCTION ......................................................................................................... 10
1 LA GÉOTHERMIE DE SURFACE : ADAPTER LES OBJECTIFS ET LES
DISPOSITIFS AUX MARCHÉS POTENTIELS .................................................. 13
1.1 Des promesses non tenues ................................................................................ 14
1.1.1 Des performances énergétiques, environnementales et d?intégration
dans le bâti difficiles à égaler .................................................................. 14
1.1.2 Des résultats concrets décevants et inégaux ............................................ 15
1.1.2.1 Un nombre d?installations difficile à connaitre avec précision, mais faible ........... 15
1.1.2.2 Un développement limité en France par rapport aux autres pays ........................... 16
1.1.2.3 Une production de chaleur d?origine géothermique de surface très en-deçà
des objectifs ............................................................................................................ 17
1.2 De multiples difficultés économiques, organisationnelles et juridiques .......... 17
1.2.1 Des coûts moyens relativement compétitifs, mais une valorisation
des gains qui apparaît contrariée ............................................................. 17
1.2.1.1 Des coûts complets moyens apparemment comparables ou avantageux par
rapport aux systèmes concurrents ........................................................................... 18
1.2.1.2 Des investissements supplémentaires importants à prendre en compte dans
certains cas ............................................................................................................. 19
1.2.1.3 Une structure des coûts dissymétrique ................................................................... 19
1.2.1.4 Des difficultés à assurer le bénéfice, pour l?investisseur, des économies à
long terme ............................................................................................................... 20
1.2.2 Une maturité industrielle et une notoriété faibles ................................... 21
1.2.3 Certaines limites techniques difficiles à dépasser ................................... 22
1.3 Des freins à lever pour faire moins dépendre le développement de cette
source de chaleur des soutiens budgétaires ...................................................... 23
1.3.1 Un cadre règlementaire pour la construction et la rénovation
immobilières aux implications de long terme ......................................... 23
1.3.1.1 Des avantages comparatifs légèrement renforcés pour les constructions
neuves et la rénovation ........................................................................................... 23
1.3.1.2 Un décret tertiaire également bénéfique ................................................................. 25
1.3.2 Un plan d?action de 2023 qui n?a pas encore montré ses effets .............. 25
1.3.3 Évaluer et simplifier un dispositif complexe d?aides financières ........... 26
1.3.3.1 Un dispositif complexe et évolutif ......................................................................... 26
1.3.3.2 Des règles de cumul complexes et des problèmes d?homogénéisation des
critères d?éligibilité................................................................................................. 26
1.3.3.3 Une efficacité non démontrée ................................................................................. 28
1.3.3.4 Des objectifs de la PPE non soutenables dans le cadre des soutiens
financiers actuels .................................................................................................... 29
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
3
1.3.4 Desserrer certaines contraintes règlementaires sur les forages ............... 31
1.3.4.1 Une discussion sur le niveau du seuil de la géothermie de minime
importance .............................................................................................................. 32
1.3.4.2 La facilité d?accès aux documents portant d?autres restrictions ............................. 33
1.3.5 Une mobilisation insuffisante en faveur du logement social .................. 33
1.3.5.1 Des instruments d?appui existants ou en cours de développement ......................... 33
1.3.5.2 Des formules contractuelles insuffisamment travaillées ........................................ 34
2 LA GÉOTHERMIE PROFONDE CALOGÈNE : DES OBJECTIFS
ATTEIGNABLES SOUS CONDITIONS ............................................................. 37
2.1 Un potentiel sous-exploité, sauf en Île-de-France ............................................ 37
2.2 L?effet des soutiens publics financiers : la relance des projets de
géothermie profonde à partir de 2008 .............................................................. 39
2.2.1 Le fonds de garantie : un levier renforcé en Île-de-France grâce à la
garantie additionnelle apportée par la région .......................................... 40
2.2.2 Le fonds chaleur, un catalyseur de projets .............................................. 42
2.2.3 Un prix de la chaleur compétitif face à la hausse des énergies
fossiles, grâce aux soutiens publics ......................................................... 44
2.3 Les freins au développement à lever ................................................................ 46
2.3.1 Des obstacles économiques persistants, notamment dans les zones
géologiques moins explorées .................................................................. 46
2.3.1.1 Un préalable : une appréhension plus juste du coût actualisé de production
de chaleur sur la durée de vie de l?équipement ....................................................... 47
2.3.1.2 Réexaminer la place respective des différents soutiens financiers ......................... 48
2.3.1.3 Mieux préciser la doctrine de couverture des risques ............................................. 49
2.3.1.4 Une connaissance du sous-sol à améliorer pour réduire les incertitudes liées
à la ressource .......................................................................................................... 50
2.3.1.5 Une filière qui devra s?adapter à la hausse prévisible des besoins ......................... 52
2.3.2 Des lenteurs administratives qui risquent de se renforcer ....................... 53
3 DES INNOVATIONS FAVORABLES AU DÉVELOPPEMENT DES
GÉOTHERMIES .................................................................................................... 56
3.1 Des innovations en géothermie pour répondre à de nouveaux besoins ............ 56
3.1.1 La réponse adaptée de la géothermie aux besoins croissants de
froid ......................................................................................................... 56
3.1.1.1 Un meilleur retour sur investissement de la géothermie avec la prise en
compte des besoins croissants de froid ................................................................... 57
3.1.1.2 Les réseaux de froid et les boucles d?eau tempérée, des innovations
efficientes ............................................................................................................... 58
3.1.2 Un meilleur retour sur investissement espéré des innovations dans
les domaines du stockage d?énergie et de carbone et de l?extraction
du lithium ................................................................................................ 59
3.1.2.1 La géothermie à recharge active intersaisonnière soutenue par EnR?choix ........... 59
3.1.2.2 Le stockage de CO2 issu de l?industrie dans les eaux géothermales ....................... 61
3.1.2.3 Le couplage de la géothermie et du lithium ........................................................... 62
3.2 Une géothermie électrogène innovante et prometteuse outre-mer, mais
incertaine en métropole .................................................................................... 63
3.2.1 En métropole, une géothermie sur roches fracturées à la rentabilité
et à l?acceptabilité incertaines à ce jour .................................................. 63
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
4
3.2.2 Outre-mer, une géothermie profonde électrogène prometteuse sous
réserve d?innover ..................................................................................... 66
3.2.2.1 Des enjeux d?autonomie et de maîtrise des coûts ................................................... 66
3.2.2.2 Un potentiel « dormant » en raison du niveau de risque des forages ..................... 67
3.2.2.3 La centrale de Bouillante, une efficience qui s?est améliorée ................................ 68
3.2.2.4 Un modèle de couverture du risque des forages décourageant plusieurs
projets 69
3.2.2.5 Les autres éléments nécessaires au développement de la géothermie
électrogène outre-mer ............................................................................................. 70
ANNEXES ...................................................................................................................... 75
Annexe n° 1. Les principales caractéristiques et méthodes de géothermie de
surface ............................................................................................ 76
Annexe n° 2. Les soutiens financiers à la géothermie de surface ........................ 80
Annexe n° 3. La méthode EnR?choix .................................................................. 88
Annexe n° 4. Les techniques et les usages de la géothermie profonde
calogène .......................................................................................... 89
Annexe n° 5. Bilan budgétaire du fonds de garantie géothermie ......................... 92
Annexe n° 6. Analyse des besoins financiers associés aux objectifs du
projet de PPE 3 pour la géothermie profonde calogène ................. 94
Annexe n° 7. Évolution des conditions d?allocations du fonds chaleur pour
les projets de géothermie profonde, depuis 2015 ........................... 98
Annexe n° 8. Projets de géothermie profonde soutenus par la Banque des
territoires ...................................................................................... 101
Annexe n° 9. Les réseaux de froid ..................................................................... 104
Annexe n° 10. Les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique ................... 105
Annexe n° 11. Les différentes formes de stockage souterrain intersaisonnier .... 107
Annexe n° 12. Comparaisons internationales ...................................................... 109
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
5
PROCÉDURES ET MÉTHODES
Les rapports de la Cour des comptes sont réalisés par l?une des six chambres
thématiques que comprend la Cour1 ou par une formation associant plusieurs chambres et/ou
plusieurs chambres régionales ou territoriales des comptes.
Trois principes fondamentaux gouvernent l?organisation et l?activité de la Cour ainsi
que des chambres régionales et territoriales des comptes, donc aussi bien l?exécution de leurs
contrôles et enquêtes que l?élaboration des rapports publics : l?indépendance, la contradiction
et la collégialité.
L?indépendance institutionnelle des juridictions financières et l?indépendance
statutaire de leurs membres garantissent que les contrôles effectués et les conclusions tirées
le sont en toute liberté d?appréciation.
La contradiction implique que toutes les constatations et appréciations faites lors d?un
contrôle ou d?une enquête, de même que toutes les observations et recommandations formulées
ensuite, sont systématiquement soumises aux responsables des administrations ou organismes
concernés ; elles ne peuvent être rendues définitives qu?après prise en compte des réponses reçues
et, s?il y a lieu, après audition des responsables concernés.
La collégialité intervient pour conclure les principales étapes des procédures de
contrôle et de publication. Tout contrôle ou enquête est confié à un ou plusieurs rapporteurs.
Le rapport d?instruction, comme les projets ultérieurs d?observations et de recommandations,
provisoires et définitives, sont examinés et délibérés de façon collégiale, par une formation
comprenant au moins trois magistrats. L?un des magistrats assure le rôle de contre-rapporteur
et veille à la qualité des contrôles.
Sauf pour les rapports réalisés à la demande du Parlement ou du Gouvernement, la
publication d?un rapport est nécessairement précédée par la communication du projet de texte
que la Cour se propose de publier, pour exercice de leur droit de réponse, aux ministres,
directeurs d?administration centrale ou chefs de service intéressés (selon les cas) et aux
responsables des organismes concernés, ainsi qu?aux autres personnes morales ou physiques
directement intéressées. Leurs réponses sont présentées en annexe du rapport publié par la
Cour.
?
1 La Cour comprend aussi une chambre contentieuse, dont les arrêts sont rendus publics.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
6
Le présent rapport d?observations définitives est issu d?une enquête conduite sur le
fondement des articles L. 111-3 et L. 133-1 du code des juridictions financières. Il est rendu
public en vertu des dispositions de l?article L. 143-6 du même code.
Le rapport a été préparé par la deuxième chambre qui avait inscrit une enquête portant
sur les soutiens publics au développement de la géothermie à son programme de travail de
l?année 2025. Le contrôle a porté sur les exercices 2015 à 2024, le précédent contrôle de la
Cour ayant traité les exercices 2005 à 2012.
L?instruction a permis de rencontrer les ministères concernés, les opérateurs publics
impliqués, les représentants des parties prenantes, des maîtres d?ouvrage privés et des
financeurs. Elle a donné lieu à plusieurs questionnaires ainsi qu?à deux déplacements afin de
visiter un chantier de géothermie de surface dans le bois de Boulogne et la plateforme de
géothermie du bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) située à Orléans. La
synthèse d?une étude portant sur des comparaisons entre pays européens constitue l?annexe
12 du rapport.
?
Le projet de rapport d?observations définitives a été préparé, puis délibéré le
21/11/2025, par la deuxième chambre, présidée par Mme MERCEREAU, présidente et
composée de MM. ALLAIN, GUÉROULT et RICHARD, conseillers maîtres, ainsi que, en
tant que rapporteurs, MM. DE LA GUÉRONNIÈRE, conseiller maitre, SLAMA, conseiller
référendaire et Mme HOUARD, conseillère référendaire en service extraordinaire, et, en tant
que contre-rapporteur, M. ALLAIN, conseiller maître.
?
Les rapports publics de la Cour des comptes sont accessibles en ligne sur le site internet
de la Cour et des chambres régionales et territoriales des comptes : www.ccomptes.fr.
http://www.ccomptes.fr/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
7
SYNTHÈSE
La géothermie désigne l?ensemble des techniques permettant d?exploiter la chaleur du
sous-sol, soit pour produire du chaud ou du froid, soit pour générer de l?électricité,
éventuellement en cogénération. Cette énergie peut être valorisée par l?usage de pompes à
chaleur individuelles ou par un réseau collectif de chaleur.
Des atouts indéniables, qui peinent à s?exprimer en dépit d?un
soutien financier public significatif
Trois grandes catégories de géothermie se distinguent selon la température de la
ressource et la profondeur d?exploitation. La géothermie de surface, adaptée à l?habitat
individuel, au petit collectif et au tertiaire, repose sur l?installation de forages de faible
profondeur et a permis de produire 4,7 TWh de chaleur et de froid en 2023, d?après les
estimations de l?Association française des professionnels de la géothermie (AFPG). La
géothermie profonde calogène exploite quant à elle des nappes d?eau souterraines (aquifères)
pour alimenter des réseaux de chaleur, la production de chaleur ayant atteint 2,3 TWh la même
année. Enfin, la géothermie profonde électrogène, destinée à la production d?électricité,
concerne principalement les zones volcaniques ou de fractures profondes pour une production
marginale de 0,1 TWh.
Malgré des spécificités techniques, organisationnelles, règlementaires et financières
propres à chacune des trois filières, celles-ci partagent des atouts communs : énergie locale,
renouvelable et décarbonée, production stable, prévisible et largement disponible sur le
territoire. Leur développement reste cependant limité puisque les géothermies ne représentent
que 1 % de la consommation finale de chaleur en France. Il est freiné par des contraintes de
diverse nature malgré des soutiens publics significatifs en 2024, évalués par la Cour à 123 M¤
pour la géothermie profonde et 110 M¤ pour la géothermie de surface.
Des objectifs de développement des géothermies ambitieux
Les objectifs de développement de la géothermie inscrits au projet de PPE 3 sont
particulièrement ambitieux.
La géothermie de surface fait apparaître un fort contraste entre ses atouts, qui n?ont pas
d?équivalent sur le plan des émissions de gaz à effet de serre, de l?efficacité énergétique, de
l?abondance des ressources ou de l?indépendance de approvisionnements, et la faiblesse de sa
diffusion. Le triplement de la production de chaleur à l?horizon 2035 semble irréaliste alors que
le potentiel important du logement collectif est peu exploité. Des perspectives positives
existent. Elles reposent moins sur l?augmentation des subventions que sur leur priorisation, le
desserrement de certaines contraintes règlementaires sur les forages et le développement
d?outils organisationnels et juridiques permettant d?améliorer le fonctionnement du marché et
de rentabiliser plus facilement les investissements.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
8
La géothermie profonde est principalement utilisée pour alimenter des réseaux de
chaleur urbain. Les projets, de dimension collective, sont portés par des maîtres d?ouvrage
institutionnels (collectivités locales et leurs délégataires). Bien que la filière soit considérée
comme mature et compétitive, elle reste exposée à plusieurs types de risque (échec du forage,
ressource calorique insuffisante, incidents d?exploitation) et à des coûts d?investissement
initiaux élevés (entre 11 et 16 M¤ par projet). L?atteinte de l?objectif de 6 TWh de chaleur à
l?horizon 2030 nécessite de surmonter plusieurs obstacles : les freins économiques liés à des
investissements initiaux très élevés et aux incertitudes sur la ressource géologique ; l?adaptation
de la filière à un doublement du rythme des projets ; ainsi que la lenteur des procédures
administratives qui risquent de se renforcer à la suite de décisions récentes du Conseil d?État.
Dans un souci d?efficience, la Cour recommande de réexaminer, en fonction de la compétitivité
de la filière, la place des soutiens financiers (subventions ou avances remboursables du fonds
chaleur ; prêts bonifiés de la Banque des territoires) et de mieux préciser la doctrine de
couverture des risques. Un renforcement de la connaissance du sous-sol est également
indispensable pour permettre un déploiement plus équilibré de la filière sur l?ensemble du
territoire national.
Dans les outre-mer, un potentiel électrogène à valoriser
La géothermie profonde électrogène représente un potentiel limité en métropole. Bien
que technologiquement prometteuse, elle pâtit de réticences suite à trois évènements sismiques
survenus en Alsace. Son déploiement exige une conduite de projet exemplaire.
Dans les territoires ultramarins, la centrale électrogène de Bouillante en Guadeloupe
produit une électricité décarbonée à un coût nettement inférieur à celui de la plupart des autres
modes de production électrique. Pour exploiter le potentiel de la géothermie profonde
électrogène outre-mer, qui est élevé (Antilles, La Réunion) et contribuer ainsi à l?autonomie et
à la décarbonation énergétique de ces territoires, la Cour recommande de réviser le dispositif
de couverture des risques de forage outre-mer.
Des innovations prometteuses pour accélérer le développement des
géothermies et améliorer l?efficience des soutiens publics
Des innovations aujourd?hui matures, telles que les boucles d?eau tempérée à énergie
géothermique ou l?extension des réseaux de chaleur au froid, offrent de réelles perspectives
pour répondre aux besoins croissants de rafraîchissement des bâtiments induits par le
changement climatique. Leur diffusion implique de finaliser le projet de cadastre géothermique.
Parallèlement, la valorisation économique de la géothermie peut être renforcée par la
diversification de ses usages à l?image du stockage thermique souterrain et de l?extraction de
lithium des saumures géothermales. À moyen terme, ces évolutions pourraient contribuer à
améliorer l?efficience des soutiens publics à la filière.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
9
RECOMMANDATIONS
Recommandation n° 1. (DGEC, DGPR, 2026) Réhausser à 2 MW le seuil de la géothermie
de minime importance pour la technique de géothermie sur sonde.
Recommandation n° 2. (Ademe, 2026) Définir la doctrine d?allocation du fonds de garantie
en tenant compte du niveau de risque des projets de géothermie profonde
Recommandation n° 3. (DGEC, 2026) Réviser l?arrêté du 20 septembre 2016 pour
améliorer le dispositif de couverture du risque de forage
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
10
INTRODUCTION
La géothermie rassemble les techniques permettant la récupération de l?énergie
thermique contenue naturellement dans le sous-sol afin de l?exploiter soit directement sous-
forme de chaleur ou de froid, soit comme moyen de production d?électricité et de chaleur ou de
froid par cogénération. Cette énergie peut être valorisée de façon directe, par l?usage de pompes
à chaleur (PAC) individuelles, ou par un réseau collectif de chaleur.
Dans son rapport sur la géothermie publié en 2013, la Cour rappelait l?existence de trois
grandes catégories de géothermie, selon la température de la ressource valorisée et la
profondeur d?exploitation : la géothermie de surface concerne essentiellement l?habitat
individuel, le petit habitat collectif, et le tertiaire, et repose sur l?installation de pompes à chaleur
individuelles et collectives. La géothermie profonde calogène, dite « basse température »,
correspond à l?exploitation par forage d?aquifères profonds principalement pour l?alimentation
de réseaux collectifs de chaleur. Enfin, la géothermie profonde électrogène, dite « haute
température », est orientée vers la production d?électricité et la cogénération et concerne
principalement les zones volcaniques ou de fracture géologique profonde.
Schéma 1 : Les différentes formes de géothermie
Source : AFPG, étude de filière 2023
Reposant sur des technologies anciennes et diffusées partout dans le monde2, la
géothermie dispose de nombreux atouts : cette énergie est en effet locale, renouvelable, non
intermittente, elle constitue un levier de décarbonation du mix énergétique3. En produisant du
chaud et du froid renouvelables, elle contribue par ailleurs à l?adaptation au changement
2 Cf les articles du Monde sur la décarbonation de l?électricité au Kenya par géothermie ou le choix de la
géothermie par l?Indonésie.
3 D?après Carbone 4, la géothermie de surface, à des profondeurs maximales de quelques centaines de
mètres, serait sept fois moins carbonée que le gaz naturel et la géothermie profonde, seize fois moins carbonée.
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/09/03/au-kenya-le-pari-gagnant-de-la-geothermie_6187673_3212.html?search-type=classic&ise_click_rank=3
https://www.lemonde.fr/planete/article/2009/10/24/l-indonesie-mise-sur-l-electricite-geothermique_1258317_3244.html?search-type=classic&ise_click_rank=39
https://www.lemonde.fr/planete/article/2009/10/24/l-indonesie-mise-sur-l-electricite-geothermique_1258317_3244.html?search-type=classic&ise_click_rank=39
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
11
climatique en permettant de faire face à des températures croissantes sans amplifier les îlots de
chaleur urbains puisque la chaleur est rejetée dans le sous-sol.
La géothermie représente une faible part de l?énergie mondiale consommée. Cependant,
des objectifs ambitieux de développement ont été fixés à l?échelle internationale. Créée lors de
la COP 21 en 2015, l?alliance mondiale pour la géothermie s?est donnée pour objectif de
multiplier par trois les capacités de production de chaleur et par six les capacités de production
d?électricité à partir de cette source d?énergie. Dans un rapport publié en 2024, l?agence
internationale de l?énergie portant sur le futur de la géothermie estime que la géothermie
pourrait couvrir 15 % de la croissance de la demande mondiale d?électricité d?ici 2050.
Au niveau européen, le Parlement et le Conseil ont adopté respectivement en 2023 et en
2024 une résolution et des conclusions considérant que l?énergie géothermique est une source
précieuse et locale d?énergie renouvelable capable de fournir de manière rentable de l?électricité
et de la chaleur. Ils invitent la Commission à présenter une stratégie géothermique de l?Union
visant à tripler la part de la demande d?énergie couverte par la géothermie d?ici 2030. Le plan
d?actions de la Commission européenne est annoncé pour 2026.
En France, des objectifs chiffrés en matière de géothermie ont été fixés dès la mise en
oeuvre du Grenelle de l?environnement, notamment à travers la loi du 3 août 2009 et le plan
national d?action en faveur des énergies renouvelables pour la période 2009-2020. Ils
prévoyaient pour la géothermie profonde calogène une production de 2,0 TWh en 2011, portée
à 5,8 TWh en 2020. Pour la géothermie de surface, les cibles étaient fixées à 12,7 TWh en 2011,
et 21,5 TWh en 2020. S?agissant de la géothermie profonde électrogène, la production visée
était de 1,8 TWh en 2011 puis 4,8 TWh en 20204. Ces objectifs n?ont pas été atteints et ont été
revus à la baisse et recentrés sur la production de chaleur dans le cadre de la programmation
pluriannuelle de l?énergie (PPE), définie par le décret du 21 avril 2020.
Dans le contexte de crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, un nouvel élan en
faveur du développement de la géothermie s?est amorcé en France. Depuis décembre 2023, un
plan national d?action pour accélérer le développement de la géothermie est porté par le
ministère de la transition énergétique. Dans son discours de politique générale, ainsi que dans
le cadre du débat au Parlement sur la souveraineté énergétique de la France en juin 2025, le
Premier ministre soulignait le « réservoir inépuisable de calories gratuites sous nos pieds »
dans le cadre d?une politique publique visant à une « énergie décarbonée accessible à tous ».
Au regard de ces ambitions, la ressource reste peu exploitée. En 2023, les solutions
géothermiques ne représentaient que 1 % de la consommation finale de chaleur (environ 6 TWh
de chaleur renouvelable géothermique)5 et 5,5 % de l?énergie entrante des réseaux de chaleur
(environ 2 TWh)6. La géothermie de surface, en particulier, est à la peine. Le nombre de PAC
géothermiques vendues au cours des trois dernières années est six fois inférieur au pic des
années 2005 à 2008. S?agissant de la géothermie profonde calogène, la France se situe au
deuxième rang européen pour la production de chaleur mais les installations restent, pour
l?essentiel, concentrées en Île-de-France, où elles exploitent l?aquifère du Dogger, au sein d?un
vaste bassin sédimentaire principalement constitué de calcaire, située entre 1 600 et 1 800 m de
profondeur sur une surface de 15 000 km²7. Quant à la géothermie profonde électrogène, les
4 Cour des comptes, Contrôle de la politique publique en faveur de la géothermie, 2013, p. 7 et s.
5 SGPE, Mieux produire, La planification écologique dans l?énergie, juin 2023, p. 21.
6 Fedene, Enquête des réseaux de chaleur et de froid, 2024, p. 26.
7 BRGM, Ademe, La géothermie et les réseaux de chaleur, 2010, p. 12.
https://www.iea.org/news/technology-breakthroughs-are-unlocking-geothermal-energys-vast-potential-in-countries-across-the-globe
https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2023-0432_FR.html
https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2024/12/16/geothermal-energy-council-calls-for-faster-deployment/
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000041814432
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/20231222_DP_Plan-action-geothermie.pdf
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/guide%20ademe%20brgm%20r%C3%A9seau%20de%20chaleur.pdf?utm_source=chatgpt.com
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
12
opérations de forage sont aujourd?hui à l?arrêt en Alsace, à la suite de séismes. Dans un récent
rapport, le BRGM reconnaît le potentiel géothermique des Outre-mer, mais le qualifie de
dormant.
C?est ce contraste entre le potentiel de la géothermie, ses avantages théoriques
considérables et sa faible mobilisation que la Cour examine dans ce rapport. Les trois types de
géothermie renvoient à des technologies, des circuits organisationnels et des dispositifs de
soutien distincts à l?exception du fonds chaleur. Alors que la géothermie profonde est
concentrée dans les mains de quelques opérateurs, la géothermie de surface repose sur un
marché éclaté, composé d?une centaine de petites et moyennes entreprises agissant localement.
La géothermie de surface s?adresse aux particuliers et au secteur tertiaire alors que la
géothermie profonde vise des maîtres d?ouvrages institutionnels (collectivités et délégataires).
Les enjeux de développement territorial diffèrent également : les installations de géothermie,
qu?elles soient de surface ou profonde, sont à ce jour majoritairement implantées en métropole,
en particulier en Île-de-France. En revanche, la géothermie électrogène représente un enjeu
pour les territoires d?Outre-mer.
Dans ces conditions, la Cour a analysé chacune de ces trois filières séparément, mais à
partir d?un jeu commun de questions : Pour continuer à accroitre la production sans provoquer
de dérive budgétaire, des réorganisations des soutiens sont-elles envisageables ? Les obstacles
règlementaires et administratifs peuvent-ils être levés ? Des modes d?organisation et de
financement plus performants peuvent-ils être développés ? À l?issue de son instruction, la Cour
observe que la géothermie de surface ne tient pas toutes ses promesses en raison de l?absence
de prise en compte des économies de long terme et d?un dispositif d?aides complexe et peu
centré sur les opérations collectives (Partie 1). Le développement de la géothermie profonde
reste entravé par des obstacles économiques persistants, particulièrement dans les zones
géologiquement moins explorées, ainsi que par la complexité et la lenteur des procédures
administratives (Partie 2). Des innovations peuvent contribuer à améliorer le développement de
la géothermie et rendre plus acceptable la géothermie électrogène sous réserve d?adapter les
soutiens publics (Partie 3).
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/Rapport%20final%20BRGM-RP-72887-FR.pdf
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/Rapport%20final%20BRGM-RP-72887-FR.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
13
1 LA GÉOTHERMIE DE SURFACE : ADAPTER LES
OBJECTIFS ET LES DISPOSITIFS AUX MARCHÉS
POTENTIELS
La première des utilisations de la chaleur du sol est dite « de surface », car elle est fondée
sur la récupération de calories situées à faible profondeur8.
Les caractéristiques principales de la géothermie de surface
Plusieurs techniques peuvent être utilisées. On parle de géothermie sur nappe lorsque de l?eau
souterraine est remontée mécaniquement jusqu?à la surface, où son énergie calorifique est
exploitée, avant que le liquide ne soit rejeté, refroidi, en profondeur, en quantité égale au
prélèvement initial. Lorsque des réserves phréatiques ne sont pas disponibles, on a recours à
des dispositifs de géothermie sur sonde, qui font circuler à l?intérieur d?un circuit fermé un
fluide calogène qui va chercher les calories du sous-sol. Dans certains cas, on peut se contenter
de recourir aux ressources thermiques situées à très faible profondeur (depuis un jusqu?à
quelques mètres, contre plusieurs dizaines, en général, dans les deux solutions précédentes),
soit que l?on installe des échangeurs compacts, dont les corbeilles, sous les maisons ou à leur
proximité immédiate, soit que l?on profite d?un terrain adjacent suffisamment étendu pour y
déployer des échangeurs horizontaux.
Alors que la géothermie profonde, abordée dans la deuxième partie de ce rapport, valorise la
chaleur provenant indirectement du magma terrestre central9, qui a une température très élevée,
la géothermie de surface s?appuie sur l?accumulation du rayonnement solaire dans le sol, qui
permet, à partir de quelques dizaines de mètres de profondeur, de disposer d?énergie calorifique
à une température constante dans l?année, de 12 degrés en moyenne sur le territoire national,
augmentant modérément du nord au sud. En plus du dispositif permettant de faire circuler le
fluide calogène entre le sous-sol et la surface, il est donc indispensable d?adjoindre à
l?installation une pompe à chaleur, machine thermodynamique qui permet, à l?inverse du
processus naturel, de prélever des calories dans une source froide, l?eau ou le fluide calogène
remontant du sous-sol, pour les faire passer dans le circuit de chauffage, où l?eau est à 35-40
degrés ou plus. L?été, il est possible d?exploiter directement la température du sol pour refroidir
le logement.
Les atouts intrinsèques remarquables de cette source de chaleur n?ont cependant produit,
jusqu?à présent, que des résultats très modestes, de sorte que l?on peut parler de promesses
encore non tenues (1.1). Ces réalisations décevantes sont dues à des obstacles économiques,
tenant à la mauvaise répercussion des économies de fonctionnement induites par la géothermie,
organisationnelles et juridiques considérables (1.2), mais également à des freins dus à un
système de soutien complexe et insuffisamment priorisé, à des pesanteurs règlementaires, ainsi
qu?à un manque d?outils adaptés au développement de cette technique dans le secteur collectif,
8 L?annexe n° 1 présente les principales caractéristiques de la géothermie de surface.
9 L?essentiel du flux de chaleur terrestre provient de la désintégration radioactive d?isotopes instables
présents dans les roches terrestres, ainsi que du lent refroidissement du noyau et du manteau. La chaleur
magmatique est une source de chaleur importante dans les régions volcaniquement actives.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
14
contraintes qu?il serait possible, à faible coût mais dans une certaine mesure seulement, de lever
(1.3).
1.1 Des promesses non tenues
1.1.1 Des performances énergétiques, environnementales et d?intégration dans le
bâti difficiles à égaler
Le premier des avantages de la géothermie de surface tient à son efficacité énergétique.
Celle-ci découle d?abord des coefficients de performance élevés, qui se traduisent par une
production de chaleur pouvant équivaloir à quatre fois la quantité d?électricité consommée
(annexe n° 2). Lorsque la production de froid est possible, soit que l?on dote l?installation d?une
thermo-frigo-pompe10 ou d?une pompe à chaleur réversible, soit que l?on se contente de diffuser
dans le bâtiment le froid passif issu du sous-sol par geocooling, ces ratios augmentent encore
sensiblement11. Ces atouts sont renforcés par le fait que la durée de vie des installations est
longue, 50 ans pour les ouvrages en sous-sol, 25 pour ceux qui sont en surface, selon l?ADEME.
Le deuxième facteur positif est l?autonomie énergétique associée à cette production non
dépendante d?importations. Une note du Bureau de recherches géologiques et minières
(BRGM) produite au début de la guerre d?Ukraine montre ainsi que le déploiement à grande
échelle de la géothermie, si elle parvenait à se substituer à la moitié des chaudières à gaz arrivant
en fin de vie au cours des vingt prochaines années dans les maisons individuelles, économiserait
l?équivalent de la moitié des importations de gaz russe de 2021.
Le troisième atout est la réduction des émissions de gaz à effet de serre. En moyenne, la
géothermie produit 17 grammes de gaz carbonique par kilowattheure thermique. C?est, selon le
BRGM, quatre fois moins que l?électricité produite en France, 14 fois moins que le gaz et 19
fois moins que le fioul12. Il convient toutefois de tenir compte, à l?inverse, des émissions
provoquées par les fluides frigorigènes à effet de serre qui font fonctionner les pompes à chaleur
(cf. Annexe n° 1).
Quatrième caractéristique positive, il s?agit d?une énergie renouvelable, puisqu?en
dernier ressort le rayonnement solaire stocké sous forme d?énergie thermique dans le sol est
récupéré. Parmi les contraintes qui imposent dans certains cas une limitation des forages, sont
à relever la puissance de l?installation, qui peut provoquer un abaissement limité et local de la
température du sous-sol, et la capacité des ressources phréatiques à fournir un débit suffisant,
lorsqu?on a eu recours à la géothermie sur nappe.
10 Pompe à chaleur pouvant produire simultanément le chaud et le froid.
11 Thermo-frigo-pompe, coefficient de 7 à 9, pompe à chaleur réversible en mode froid, coefficient de 5
à 7, geocooling, entre 30 et 40. Ce dernier chiffre, élevé, s?explique par le fait que, dans ce cas, le froid est diffusé
sans que la pompe à chaleur ait à fonctionner.
12 BRGM, La géothermie, 2024. La même source précise que les performances, tout en restant élevées,
sont moindres s?agissant d?immeubles collectifs : 45 g CO2/KWh, soit ?, 1/5 et 1/7 par rapport à l?électricité, au
gaz et au fioul.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
15
Enfin, une installation géothermique de surface ne se voit pas et n?a aucun échange avec
le milieu immédiatement environnant. C?est un avantage par rapport aux pompes à chaleur
aérothermiques « air-air » qui, lorsqu?elles sont individuelles (qui diffusent à l?intérieur du
logement un air refroidi l?été et réchauffé l?hiver), apparaissent en façades. C?est également un
atout par rapport aux pompes aérothermiques collectives pour le bâtiment (« air-air » ou « air-
eau », alimentant dans ce dernier cas un système de radiateurs ou de sol chauffant), qui
demandent qu?un espace conséquent leur soit réservé, soit sur le toit, ce qui n?est pas toujours
possible, soit à côté de la maison ou de l?immeuble, mais avec l?inconvénient du bruit des
hélices qui aspirent l?air et des ilots de chaleur que les rejets chauds peuvent occasionner l?été
dans les zones denses. Dans de nombreux cas, l?alternative de l?installation de panneaux
solaires n?est pas possible, faute de place.
1.1.2 Des résultats concrets décevants et inégaux
1.1.2.1 Un nombre d?installations difficile à connaitre avec précision, mais faible
Il n?existe pas de statistique fiable représentative du nombre d?installations
géothermiques (forage et pompe à chaleur associée) créées et en fonctionnement.
Des statistiques d?installations géothermiques sont établies conjointement par l?Ademe,
le BRGM et les fédérations professionnelles à partir de déclarations de forage, qui ne sont pas
nécessairement exhaustives, car certains n?entrent pas dans le cadre du régime légal des mines
ou ne sont pas déclarés. En rythme annuel de création, elles sont passées d?environ 200 en 2015
à plus de 1 850 en 2023, avant de se replier à 1 500 environ en 2024. Cette évolution apparaît
plus dynamique en tendance, mais plus faible en valeur, que celle des ventes de pompes à
chaleur géothermique, étant observé qu?à un forage peuvent être associés plusieurs PAC, mais
que l?inverse est également possible.
Ainsi, sans préjudice d?explications détaillées dans la partie 1.3.3, les ventes de pompes
à chaleur géothermiques, après un pic entre 2006 et 2008, ont nettement décru jusqu?à un niveau
faible, dont elles ne parviennent pas à décoller.
Graphique n° 1 : Ventes de pompes à chaleur géothermiques dans le secteur individuel depuis 2002
Source : Observ?ER
0
5000
10000
15000
20000
25000
2
0
0
2
2
0
0
3
2
0
0
4
2
0
0
5
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0
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6
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0
0
7
2
0
0
8
2
0
0
9
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0
1
0
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0
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1
2
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1
2
2
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3
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0
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0
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0
2
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2
0
2
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2
0
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2
2
0
2
3
2
0
2
4
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
16
Ces volumes sont très inférieurs à ceux de leurs concurrentes aérothermiques : en 2023
et 2024, alors que respectivement 3 970 et 3 005 appareils géothermiques étaient écoulés, se
vendaient respectivement 302 970 et 180 670 pompes à chaleur « air/eau », soit, environ, entre
60 et 100 fois plus. Les modèles « air/air », qui, il est vrai, ne sont pas toujours utilisés pour le
chauffage, sont encore bien davantage vendus : 865 940 en 2023 et 757 850 en 2024.
La somme de l?énergie totale produite par les pompes à chaleur géothermiques montre,
selon les calculs de l?Association française des professionnels de la géothermie (AFPG), une
très nette prédominance du marché des particuliers (82 %) par rapport au tertiaire (11 %), au
collectif (4 %) et au secteur industriel (3 %).
1.1.2.2 Un développement limité en France par rapport aux autres pays
Les statistiques françaises sont supérieures à celles de nombreux pays européens,
notamment du sud, mais très en-dessous de celles de ceux du nord du continent et de ses pays
montagneux.
Tableau n° 1 : Marché de la pompe à chaleur géothermique, en nombre d?unités vendues et, au total,
en proportion par rapport au total aéro- plus géothermique, 202313
Pays
Nombre d?unités de
pompes à chaleur
géothermiques vendues en
2023
Proportion du nombre
total des pompes
géothermiques en
fonctionnement par
rapport au total géo- plus
aérothermique
Suède 35 470 29,7 %
Allemagne 24 979 29,2 %
Autriche 5 911 44,3 %
Pays-Bas 26 563 6,7 %
France 3517 1,6 %
Italie 781 0,1 %
Espagne 531 0,1 %
Source : Eurobserv?ER
Ces résultats très contrastés s?expliquent par des raisons climatiques. Alors que les
pompes à chaleur aérothermiques ont du mal à fonctionner lorsque les températures sont très
basses (cf. Annexe n° 1), elles sont, en revanche, surtout lorsqu?elles sont « air/air »,
particulièrement adaptées à une utilisation prédominante pour la climatisation. Ils n?excluent
cependant pas d?autres facteurs liés aux politiques énergétiques suivies dans ces pays et à la
13 Ces statistiques, plus anciennes que celles du tableau n° 1, diffèrent pour le chiffre des ventes en France
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
17
structure historique du parc d?installations de chauffage individuel (importance relative du
chauffage électrique).
1.1.2.3 Une production de chaleur d?origine géothermique de surface très en-deçà des
objectifs
Alors que le rythme de progression de la production de chaleur géothermique ne cesse
de ralentir, à 4,7 TWh en 2024, les objectifs que fixent la PPE 2, et surtout le projet de PPE 3,
sont très ambitieux. Il faudrait ainsi, à l?échéance 2035, au moins tripler le niveau actuel, pour
arriver entre 15 et 18 TWh. Cela ne semble pas réaliste au vu du graphique ci-dessous, sauf
évolutions rapides et de grande portée dans les toutes prochaines années.
Graphique n° 2 : Production annuelle de chaleur à partir de géothermie de surface et objectifs des
PPE 2 et 3, en TWh/an
Source : AFPG
1.2 De multiples difficultés économiques, organisationnelles et juridiques
1.2.1 Des coûts moyens relativement compétitifs, mais une valorisation des gains
qui apparaît contrariée
Si les données de coûts complets moyens publiées par l?Ademe semblent au premier
abord montrer que ceux de la géothermie de surface se comparent de façon globalement
équilibrée avec ceux des énergies concurrentes (1.2.1.1), une étude plus approfondie fait
ressortir que des dépenses supplémentaires importantes sont à prendre en compte pour la
première dans de nombreux cas (1.2.1.2), que la structure des coûts qui en résulte est marquée
par un investissement initial très élevé (1.2.1.3), et que la préférence naturelle pour le court
terme, mais aussi l?organisation du marché immobilier dans beaucoup de ses segments,
interdisent que l?avantage de dépenses de fonctionnement réduites puisse être pris en compte
au moment de la décision de s?équiper en système de chauffage (1.2.1.4).
5,2
10
15
7
15
18
0
5
10
15
20
2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040
production PPE 2 PPE 3
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
18
1.2.1.1 Des coûts complets moyens apparemment comparables ou avantageux par
rapport aux systèmes concurrents
L?Agence de la transition écologique (Ademe) calcule régulièrement les coûts complets
actualisés hors aides publiques, c?est-à-dire intégrant le prix de l?investissement initial (forage
plus pompe à chaleur pour la géothermie), mais aussi celui du fonctionnement sur une longue
période, d?une large gamme de systèmes de chauffage. Les tableaux ci-dessous reprennent les
derniers résultats comparatifs disponibles de ces LCOE (levelized cost of energy, coût actualisé
de l?énergie) pour le chauffage des bâtiments individuels et collectifs14.
Tableau n° 2 : Comparaison des LCOE des systèmes de chauffage domestiques centralisé en 2022,
en euro 2022 TTC par MWh
Système de chauffage Coût moyen
Géothermie de
surface
PAC15 eau glycolée / eau sur capteurs
horizontaux
130
PAC eau glycolée / eau sur capteurs
compacts
137
PAC eau glycolée sur sonde verticale 142
PAC eau / eau sur eau de nappe 162
Aérothermie PAC air / eau 135
Chaudière à buches 106
Chaudière à granulés 199
Système solaire combiné 164
Chaudière à gaz 125
Tableau n° 3 : Comparaison des LCOE des systèmes de chauffage dans le collectif et tertiaire en
2022, en euro 2022 TTC par MWh
Système de chauffage Coût moyen
Géothermie de
surface
Géothermie sur champ de sondes < 250
kW
127
Géothermie sur aquifères superficiels
(90-500 kW)
97
Chaudière au gaz, de moins de 500 kW et de 500 à 3000 kW 94 et 81
Solaire thermique (15 à 500 m2) 159
Chaudière biomasse < 500kW plaquette, < 500kW granulés, de
500 à 3000kW
188, 159, 103
Source : Ademe, Évolution des coûts des énergies renouvelables et de récupération entre 2021 et 2022, 2025.
14 Hors prise en compte du rafraîchissement ou refroidissement.
15 Pompe à chaleur
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
19
À la lumière de ces données, il apparait que la géothermie de surface, si elle entraine
des coûts nettement plus élevés que les poêles à bûches individuels, n?est, dans certaines de ses
versions, que légèrement plus onéreuse que le gaz et l?aérothermie, et est nettement plus
économique que le solaire, ainsi que la plupart des systèmes faisant appel à la biomasse.
Toutefois, cette comparaison ne porte ici que sur des coûts moyens, alors que l?on a
affaire à une série de données aux caractéristiques étagées. Cet étalement des coûts réels fait à
la fois apparaître des plages de données plus favorables, mais aussi moins avantageuses. Pour
avoir une appréhension plus exacte de la réalité des coûts, il serait donc utile que l?ADEME,
comme elle l?a fait dans le passé, publie, en plus de leur valeur moyenne, les fourchettes dans
lesquelles ils se répartissent.
1.2.1.2 Des investissements supplémentaires importants à prendre en compte dans
certains cas
Les statistiques LCOE de l?Ademe ne couvrent que les coûts directs du système de
production de chaleur, sans prendre en compte les émetteurs (radiateurs ou autres). Or, les
pompes à chaleur, géothermiques comme aérothermiques, fonctionnent à partir de sources
d?énergie de faible intensité, et n?atteignent donc le rendement favorable qui les caractérise que
si la température de l?eau circulant dans le système d?émission de chaleur est modérée, de
l?ordre de 40 à 45 degrés, alors que le chauffage central traditionnel (fioul ou gaz) fonctionne à
des températures pouvant atteindre 70 à 80 degrés (cf. Annexe n° 1).
Cette différence n?emporte que des conséquences modérées dans le cas de constructions
neuves ou de rénovations complètes de bâtiments, où tous les équipements sont changés. Elle
pèse en revanche lourd lorsqu?il s?agit simplement, pour un particulier notamment, de
renouveler une chaudière arrivant en fin de vie. Dans ce cas fréquent, passer à une pompe à
chaleur peut impliquer de démanteler le système d?émetteurs existant et de le remplacer par des
radiateurs à basse température (d?une forme différente et d?une surface plus importante), voire,
ce qui est la solution la plus efficace, par un plancher chauffant. Aux coûts élevés auxquels il
faut faire face s?ajoute le désagrément d?avoir à remodeler tout son intérieur. On annonce,
certes, l?arrivée de pompes à chaleur à haute température qui pourraient pallier ces
inconvénients, mais le recul manque aujourd?hui pour apprécier, à grande échelle, la réalité des
services qu?elles peuvent apporter rapportés à leur coût.
Il en va de même de la production de froid. La prévoir améliore l?efficacité de
l?installation, comme examiné plus en détail dans la partie 3.1.1, mais oblige, soit à se contenter
de geocooling, moins efficace en cas de température extérieure élevée, soit à investir dans des
pompes à chaleur plus dispendieuses, voire à s?équiper d?un circuit de froid dédié s?appuyant,
non sur des radiateurs, mais sur des ventilo-convecteurs.
1.2.1.3 Une structure des coûts dissymétrique
La géothermie de surface se caractérise par des coûts d?investissement initiaux élevés
(surtout les forages, mais également les circuits de distribution des fluides et la pompe à
chaleur), mais des frais de fonctionnement très faibles, grâce à son bon rendement énergétique
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
20
Cette dissymétrie décourage de nombreux investisseurs, compte tenu des incertitudes qui pèsent
toujours sur le futur.
La géothermie est, au stade de l?investissement, beaucoup plus onéreuse que ses
concurrentes16. Les LCOE calculés par l?Ademe sur une période de référence de vingt ans, hors
subventions, donnent, pour les particuliers, les moyennes reprises dans le tableau ci-dessous.
Seuls les panneaux solaires présentent un déséquilibre aussi fort entre CAPEX et OPEX17. Cette
répartition s?observe également, dans une mesure à peu près équivalente selon l?Ademe, pour
les systèmes géothermiques employés dans le collectif, le tertiaire et l?industrie18.
Graphique n° 3 : Montant et part dans les LCOE totaux des CAPEX de quelques systèmes de
chauffage individuels en 2022, en euros 2022 TTC par MWh, en euro TTC courants et en
pourcentage
Système de chauffage
CAPEX en euros
2022 TTC par MWh
CAPEX en euros
2022 TTC
Part des CAPEX par
MWh dans le LCOE
total, en %
Pompe à chaleur
air/eau
56 12 217 41,5
Poêle à bûches 30 4520 27,5
Pompe à chaleur
géothermique19
86 29 080 60,6
Chaudière à gaz
individuelles
15 - 12
Radiateurs électriques 14 - 4,8
Source : Ademe, Évolution des coûts des énergies renouvelables et de récupération, 2024
1.2.1.4 Des difficultés à assurer le bénéfice, pour l?investisseur, des économies à long
terme
Même si les moindres coûts de fonctionnement inscrits sur les abaques des constructeurs
devraient dans certains cas, en partie et progressivement, rattraper le haut niveau des dépenses
initiales, dans la pratique, de nombreux obstacles s?y opposent.
Cela ne peut pas être le cas, sauf exception, des résidences secondaires (9,8 % du parc
résidentiel total20) et cela peut jouer négativement dans les régions les plus chaudes, où l?hiver
est particulièrement clément.
Il faut ensuite que les détenteurs des biens immobiliers pendant les dix à vingt-cinq ans
nécessaires pour rattraper les coûts initiaux (sous réserve de l?« effet rebond » consistant à
utiliser davantage, un système plus efficace) soient les mêmes que ceux qui ont pris, au début,
la décision d?investir dans la géothermie. À défaut, il est nécessaire que les mécanismes du
16 Cf. aussi partie 2.
17 OPerating EXpenditures.
18 Part des CAPEX par MWh dans le LCOE total égale à 60,2 % pour les pompes à chaleur géothermiques
sur aquifère de 90 à 500 kW. Ademe, Évolution des coûts des énergies renouvelables et de récupération, 2024.
19 À eau glycolée sur sonde verticale (7-8 kW)
20 Insee, Le parc de logements au 1er janvier 2024, Insee focus 332.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
21
marché immobilier permettent de transmettre ces signaux de prix. C?est là que se situent les
principales difficultés.
Les promoteurs et aménageurs à l?origine des programmes de constructions destinées à
la vente (logements ou bureaux) cherchent avant tout à contenir les coûts et donc le prix de
commercialisation au mètre carré. Les éventuelles économies promises sur le chauffage seraient
plus difficiles à valoriser, souvent diluées dans des estimations de charges globales.
De même, le marché de la location ne valorise les moindres charges de chauffage que
de façon subsidiaire. Lorsque, comme c?est le cas dans le logement social (15,9 % des
résidences principales21), le propriétaire l?est à très long terme et qu?il serait théoriquement à
même de faire des arbitrages en faveur de la géothermie favorisant en dernier ressort les
bénéficiaires du parc, les règles qui s?imposent à lui l?obligent à ne facturer aux locataires que
le coût de fonctionnement du chauffage, sans pouvoir répercuter le prix de l?investissement22,
ce qui place les organismes concernés, dont les finances sont contraintes, devant des surcoûts
difficilement amortissables23.
La situation la plus favorable est donc celle des particuliers construisant ou rachetant
pour une rénovation complète une maison individuelle de taille modeste24. C?est d?ailleurs là
que se font la majorité des opérations de géothermie de surface25. C?est paradoxal, dans la
mesure où le coût des forages ne peut pas, dans ce cas, être réparti sur plusieurs utilisateurs
comme dans les projets collectifs. Même dans ce cas de figure, cependant, les obstacles
potentiels sont importants, soit, notamment, que le propriétaire n?ait pas l?intention de conserver
son bien à long terme, soit qu?il veuille le louer.
1.2.2 Une maturité industrielle et une notoriété faibles
Il s?agit, selon toutes les analyses du secteur, du deuxième motif de difficulté.
Sont identifiées en premier lieu des difficultés objectives. Ainsi, dans une étude de 2022
sur les pompes à chaleur dans le logement collectif, il est relevé le manque de règles de l?art
claires et partagées pour encadrer les pratiques, tant pour le dimensionnement que pour
l?exploitation des installations, l?insuffisance des retours d?expérience et les capacités limitées
de formation et de recrutement. L?Ademe souligne l?absence fréquente d?offres standardisées
« clefs-en-mains » destinées aux particuliers, tout en attirant l?attention sur la rareté des
21 Statistiques.developpement-durable.gouv.fr
22 L?article L. 442-3 du code de la construction et de l?habitation renvoie au décret n°82-955 du 9
novembre 1982. Seules les charges décrites dans ce décret peuvent être récupérées auprès de l?occupant locataire
par le propriétaire bailleur, dans la mesure où la liste mentionnée au décret revêt un caractère exhaustif et limitatif
(Rép. min, n° 30789, JOAN du 1er janvier 1996, Cass., 3e civ., 10 mars 1999, Cass., 3e civ., 2 mars 2017, 15-
19418).
23 Cela n?empêche pas des projets ponctuels, comme à Dijon (projet Orvitis pour 76 logements), à Rodez
(24 logements) ou à Lens (170 logements), tous rendus possibles grâce à des subventions publiques et qui ont tous
été confrontés à des difficultés. Union sociale pour l?habitat, Repères n° 141, Les géothermies : opportunités et
retours d?expérience pour le parc social, novembre 2024.
24 On peut également citer les collectivités et les entreprises qui investissent sur leurs sites, ainsi que les
bâtiments patrimoniaux.
25 Cf. § 1.1.2.
https://rt-re-batiment.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/etude_sur_les_freins_et_leviers_a_la_diffusion_de_la_pompe_a_chaleur_en_logement_collectif_pouget_consultants-2.pdf
https://rt-re-batiment.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/etude_sur_les_freins_et_leviers_a_la_diffusion_de_la_pompe_a_chaleur_en_logement_collectif_pouget_consultants-2.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
22
foreurs26. Elle met aussi l?accent sur la nécessité de déclencher des « effets de filière », où les
entreprises peuvent développer, par région, des solutions adaptées au contexte géologique. Plus
généralement, comme le relève le Haut-Commissariat au plan dans le rapport qu?il a consacré
en octobre 2022 à la géothermie de surface, le tissu industriel reste caractérisé par une offre
insuffisante, hors d?état de répondre aux objectifs ambitieux de la Programmation pluriannuelle
de l?énergie et en-deçà du seuil qui permettrait de développer partout des solutions éprouvées
et d?enclencher un cycle vertueux de baisse des coûts unitaires.
Non moins importante, même si elle est corrélative à ces difficultés, est, en second lieu,
l?insuffisante connaissance, par le public, mais également par les professionnels concernés, des
solutions existant d?ores et déjà sur le marché. C?est, en outre, la confiance dans leur capacité
à résoudre à coup sûr les problèmes qui fait parfois défaut. L?Ademe, dans sa feuille de route
relative à la géothermie, relève ainsi le manque de visibilité de cette technique, ainsi que le fait,
plus regrettable encore, que les bureaux d?étude, qui prescrivent en général les travaux, sont
peu au fait de ses préconisations d?application. À partir de ce constat, une initiative récente de
cette agence permet de suivre en vie réelle un échantillon de cent pompes à chaleur, dont dix
géothermiques, fonctionnant dans cinq régions, et de tirer ainsi, sur des données réelles, des
enseignements précis, tant sur les efficacités comparées des systèmes de chauffage et de froid
que sur les bonnes et les mauvaises conditions de leur mise en oeuvre. Les tout premiers résultats
de cette étude au long cours, que la Cour a pu consulter dans le cadre de son enquête, confirment
la supériorité, en moyenne, du rendement des pompes géothermiques par rapport aux
aérothermiques, à condition que les systèmes d?émetteurs soient correctement dimensionnés.
Ils mettent en évidence l?importance de la loi d?eau27 pour la performance d?ensemble28. Il serait
néanmoins souhaitable d?étendre l?échantillon, les dix pompes géothermiques réparties dans
cinq régions peinant à refléter la diversité des cas réels. Il conviendra, lorsque les leçons tirées
de ces observations seront pleinement confirmées, de les diffuser largement, notamment auprès
des professionnels.
1.2.3 Certaines limites techniques difficiles à dépasser
Un forage requiert une machine volumineuse, haute (pour positionner les conduites à
introduire dans le sous-sol) et accompagnée d?autres matériels et stocks. La place nécessaire
pour la déployer est évaluée par les professionnels à environ 1 000 m2, comme présenté à
l?annexe 2. Ce n?est pas toujours possible, ni dans les centres urbains très denses ni pour
beaucoup de maisons entourées d?une petite surface de terrain. Des solutions ont été
développées pour pallier ces difficultés, comme l?utilisation des parkings souterrains dans les
villes29, des pieux de fondation pour les immeubles neufs, ou bien le recours, pour des maisons
petites et très bien isolées, à la technique des corbeilles30, qui produisent moins de chaleur mais
26 Ademe, Contribution à la feuille de route nationale géothermie, novembre 2022.
27 Règle de régulation établissant la relation optimale entre la température de l?eau de chauffage envoyée
dans les émetteurs et celle de l?extérieur. Il ressort de ces premiers résultats que l?efficacité diminue quand la
température de l?eau augmente.
28 Ademe, Campagne de mesure sur les pompes à chaleur en résidentiel individuel, 2025.
29 De la géothermie dans un parking parisien, une - Ville de Paris, https://www.parishabitat.fr/a-la-
une/une-premiere-en-france-des-panneaux-geothermiques-sans-forage/ et AFPG, la filière géothermique en 2023.
30 Cf. § 1.1.1. Les corbeilles ne nécessitent pas de machine de forage mais une pelleteuse moins
encombrante.
https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/2025-05/sites_default_files_contenu_piece-jointe_2022_10_hcp_ouverture-n12-geothermiesurface%20%281%29.pdf
https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/2025-05/sites_default_files_contenu_piece-jointe_2022_10_hcp_ouverture-n12-geothermiesurface%20%281%29.pdf
https://www.paris.fr/pages/de-la-geothermie-dans-un-parking-parisien-une-innovation-unique-en-france-30361
https://www.parishabitat.fr/a-la-une/une-premiere-en-france-des-panneaux-geothermiques-sans-forage/
https://www.parishabitat.fr/a-la-une/une-premiere-en-france-des-panneaux-geothermiques-sans-forage/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
23
sont réalisables avec des moyens beaucoup moins exigeants en espace. Leur emploi n?est
cependant pas toujours possible et le recul manque dans certains cas pour en apprécier
l?efficacité. Quoique cette contrainte soit nettement moins pénalisante que la précédente, il faut
également, comme, il est vrai, dans beaucoup de solutions concurrentes, de l?espace dans les
bâtiments pour loger les pompes et la tuyauterie nécessaire. Dans un autre ordre d?idées, il
convient que l?enveloppe de la construction permette une isolation suffisante pour que la
géothermie de surface soit efficace.
1.3 Des freins à lever pour faire moins dépendre le développement de cette
source de chaleur des soutiens budgétaires
1.3.1 Un cadre règlementaire pour la construction et la rénovation immobilières
aux implications de long terme
Les politiques publiques, dans le domaine de la construction et de la rénovation des
bâtiments, ne visent pas à développer particulièrement tel ou tel moyen de chauffage ou de
climatisation, mais à atteindre des résultats généraux en termes d?économies d?énergie et de
réduction d?émissions de gaz à effet de serre. Ce cadre, renforcé au cours des années récentes,
peut en revanche avoir des effets, dans l?ensemble positifs, mais parfois négatifs, sur le
développement de la géothermie, que les développements qui suivent ont pour but d?éclairer,
sans qu?il soit cependant encore possible de tirer des conclusions précises et définitives.
1.3.1.1 Des avantages comparatifs légèrement renforcés pour les constructions neuves et
la rénovation
Alors que la précédente règlementation thermique régissant ce domaine, datant de 2012,
ne visait qu?à diminuer la consommation d?énergie primaire et ne comportait pas, en particulier,
de dispositions sur le carbone, il en va tout autrement de la RE2020, entrée en vigueur au 1er
janvier 2022. Celle-ci31 vise en effet à réduire, en premier lieu, l?impact carbone des bâtiments
neufs, en calculant celui-ci, non seulement sur une estimation des émissions pendant leur cycle
de vie, calculé sur 50 ans, mais également sur celles qui ont été occasionnées par la fabrication
et la mise en place de leur structure et de leurs équipements. Elle s?attache ensuite à la
performance énergétique, en mesurant la consommation totale d?énergie primaire32, mais
également la fraction de celle-ci qui provient des énergies non renouvelables. Elle prend enfin
31 Décret n° 2021-1004 du 29 juillet 2021 relatif aux exigences de performance énergétique et
environnementale des constructions des bâtiments en France métropolitaine, arrêté du 4 août 2021. Les bases
légales sont inscrites dans le code de la construction et de l?habitation aux articles L. 171-1, R. 172-1 à R.172-9.
32 Avec des coefficients de conversion qui défavorisent l?électricité (coefficient de 2,3) par rapport aux
énergies renouvelables comme le bois ou la géothermie (coefficient de 1).
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
24
en compte, fait nouveau également, un besoin de confort minimum en été, en mesurant le
nombre de degré-heures dépassant un seuil de température intérieure33.
Il est clair que ces dispositions vont avoir pour effet de décourager fortement toutes les
énergies non renouvelables. Dans la compétition désormais pour l?essentiel restreinte aux
énergies renouvelables et à l?électricité, le bois souffre du plafonnement de sa ressource, du
moins pour les pellets, tributaires de l?accroissement des capacités de production nationales.
Entre l?aérothermie et la géothermie, il est difficile, en revanche, de porter un diagnostic. Les
deux systèmes bénéficient de performances énergétiques et de CO2 favorables. Ils permettent
de traiter la question du froid. La supériorité du rendement du second, atténué par la prise en
compte des émissions entraînées par le forage, est à confronter à l?avantage de coût du premier,
renforcé par les obligations d?isolation qui vont réduire les besoins de chauffage et donc
l?avantage de long terme des charges de fonctionnement minorées de la géothermie. Les
multiples contraintes croisées examinées dans les parties 1.1 et 1.2 introduisent des incertitudes
supplémentaires. Sur tous ces points, seule la pratique permettra d?établir leur poids respectif.
À cet égard, les premiers résultats disponibles font, certes, encore état d?une diffusion
marginale de la géothermie de surface. Les pompes à chaleur eau/eau, seules ou en association
avec d?autres systèmes, n?équipent en effet que 0,09 % des constructions nouvelles de maisons
individuelles intervenues entre le 1er janvier 2022 et le 1er mai 2025. Cette statistique, quoique
plus élevée, est également très faible pour le logement collectif : 1,07 %34. Pour les maisons,
l?essentiel des constructions fait appel à l?aérothermie (notamment parce que le gaz est, de fait,
interdit depuis le 1er janvier 2022 pour le neuf individuel35) ; pour les logements collectifs, ce
système occupe également le premier rang, mais le gaz, pour quelques temps encore, le bois et
les radiateurs électriques, conservent une part significative (40 %) du total. Il convient toutefois
d?avoir à l?esprit que l?entrée en vigueur des dispositions de la RE2020 n?a été que
progressive36, et que les entreprises, les bureaux d?étude, les cabinets d?architectes, ont de
surcroît besoin de temps pour développer les solutions pratiques les plus adaptées pour s?y
conformer. Il est donc encore difficile d?en tirer un bilan réel définitif.
S?agissant de la rénovation, la principale innovation concerne l?interdiction de
remplacement des chaudières au fioul37, qui est effective depuis 2022 et s?applique tant au neuf
qu?à l?ancien. Sauf dans les zones rurales38, le gaz, quoique non aidé, reste cependant possible.
L?avantage que cette disposition procure à la géothermie est donc plus dilué que dans le cas
précédent.
33 Ministère de la transition écologique, RE2020, éco-construire pour le confort de tous, février 2021, et
Guide RE2020, janvier 2024.
34 Observatoire de la RE2020, juin 2025. Ce site ne présente aucune statistique de ce type pour les
constructions de bureaux.
35 La RE2020 fixe pour ces logements depuis cette date un seuil maximum d?émission de CO2 lié à
l?énergie (« Ic énergie ») de 4 kg CO2/m2/an, qui est incompatible avec une chaudière à gaz seule. Les dérogations,
transitoires et limitées, autorisent au maximum des systèmes mixtes. Pour le collectif, ce chiffre est de 14 kg
CO2/m2/an, mais jusqu?en 2025 seulement.
36 Ainsi, le seuil maximum de l?indicateur carbone « Ic construction » est progressivement abaissé de sa
valeur 2022-2024, 640 kg CO2e/m2, jusqu?à une cible de 415 kg CO2e/m2 après 2031 pour les maisons
individuelles. Ces chiffres sont un peu plus élevés pour les autres types de bâtiments. Par type de bâtiment, la
RE2020 est entré en vigueur entre le 1er janvier 2022 et le 1er janvier 2023.
37 Et au charbon, dès lors que ses émissions dépassent 300 g CO2eq/KWh PCI, seuil dans la pratique
impossible à atteindre. Décret n° 2022-8 du 5 janvier 2022.
38 À moins de disposer d?une citerne de stockage.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
25
1.3.1.2 Un décret tertiaire également bénéfique
Ce texte juridique, pris en 2019, concerne tant les bâtiments existants que la construction
neuve, mais dans ce dernier cas, la RE2020 s?applique désormais aussi. Le périmètre régi par
ces dispositions est très large, puisqu?il touche tant le commerce que l?hôtellerie, la restauration,
les écoles, les hôpitaux, les entrepôts, les installations sportives et les immeubles de bureaux.
Elles fixent essentiellement des objectifs de réduction de consommation d?énergie. Deux
méthodes sont possibles pour les atteindre. La méthode relative calibre l?effort à -40 % en 2030,
-50 % en 2040 et -60 % en 2050 par rapport à 2010. La méthode absolue consiste à atteindre
des niveaux maxima de consommation en KWh/m2/an, fixés par des arrêtés successifs en 2020,
2022, 2023 et 2024. Comme au cas précédent, il est encore difficile d?apprécier les effets de
ces règles sur la géothermie.
En synthèse, si le cadre de règles qui s?applique au bâtiment résidentiel et tertiaire n?est
naturellement pas ciblé sur une énergie renouvelable particulière, il les favorise dans l?ensemble
et va, par la nature des choses, jouer avec le temps de plus en plus en leur faveur, au rythme des
constructions neuves, des nécessités de rénovation ou même de simple renouvellement des
équipements, et plus sûrement encore, en raison du durcissement progressif des obligations
règlementaires.
1.3.2 Un plan d?action de 2023 qui n?a pas encore montré ses effets
Faisant fond sur les avantages de la géothermie, le Gouvernement a arrêté en février
2023 un « plan d?action pour accélérer son développement ». Ce document, actualisé en
décembre 2023, comporte des mesures très diverses visant à répondre aux principaux handicaps
de cette énergie mis en lumière dans les développements précédents de ce rapport et à accroître
son utilisation dans toutes les directions.
Il ambitionne ainsi, dans le domaine de la géothermie de surface, de développer la filière
en augmentant le nombre de foreurs, identifié par les professionnels comme un goulot
d?étranglement potentiel, du moins dans le cas où la géothermie de surface devrait atteindre les
objectifs que lui fixe la PPE (axe 1). Il vise à affiner la règlementation qui s?applique à la
géothermie de minime importance et à améliorer la connaissance du sous-sol, afin de résoudre
autant que faire se peut les difficultés apparues à l?expérience (axes 2 et 4). Il organise une
sensibilisation et une montée en compétence des acteurs locaux, ainsi qu?un meilleur
accompagnement des porteurs de projets, tout en valorisant le rafraîchissement par géothermie
(le geocooling) comme alternative aux climatiseurs et en développant cette énergie dans les
secteurs agroalimentaire et industriel (axe 5). Il veut accroître la visibilité des professionnels de
la filière et augmenter le nombre de projets dans les secteurs résidentiel et tertiaire (axe 3).
Une grande partie de ces actions est conçue pour faire évoluer dans un sens favorable
l?environnement dans lequel évolue le secteur et n?est donc susceptible d?avoir une efficacité
maximale qu?à terme, lorsque l?ensemble des acteurs s?y seront adaptés. Les mesures ne sont,
en outre, pas encore toutes mises en oeuvre. La Cour constate, et déplore, que les résultats en
termes de nombre d?installations géothermiques de surface se font encore attendre, comme en
témoignent les chiffres présentés dans les sous-parties 1.1.2 et 1.3.1. Le rythme et les questions
soulevées par l?application de ce plan, suivis par l?Ademe, sont d?ailleurs préoccupants. Dans
les seuls domaines de la géothermie de surface et des actions transverses, ils montrent que 5
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFARTI000038812270
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/20231222_DP_Plan-action-geothermie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
26
des 20 actions sont en cours de déploiement sans difficulté et que 15 sont lancées, mais en retard
sur le calendrier initial39. Aucune ne fait cependant face à des blocages.
La décision du Premier ministre de diligenter en 2025 une mission spécifique sur la
géothermie, principalement orientée vers ses aspects règlementaires, qui a commencé ses
travaux en avril 2025, montre que le sujet est à nouveau au centre de l?attention des décideurs
publics. Les sept premières mesures préconisées par cette mission dite « commando » ont été
publiées en août 2025, dont plusieurs concernent la géothermie de surface.
Indépendamment du plan géothermie, trois thèmes méritent d?être approfondis, dans la
mesure où ils sont décisifs pour l?avenir de cette filière et appellent à des choix qui ne sont pas
encore tous finalisés. Il s?agit de l?organisation des soutiens financiers, des règles qui entourent
les forages et de l?encouragement aux projets collectifs.
1.3.3 Évaluer et simplifier un dispositif complexe d?aides financières
1.3.3.1 Un dispositif complexe et évolutif
Les soutiens financiers sont constitués de deux grands ensembles regroupant, d?après le
décompte de la Cour, pas moins de 16 dispositifs nationaux, évoluant tous différemment dans
le temps.
Ces aides peuvent être regroupées en deux ensembles (cf. annexe 3) : d?une part, les
soutiens individuels à la rénovation du logement, qui comprennent les diverses versions de
MaPrimeRénov? pour la rénovation, les certificats d?économie d?énergie (CEE) y compris un
« coup de pouce »40 spécifique à la géothermie, les éco-prêts à taux zéro, le taux réduit de TVA,
ainsi que divers dispositifs fiscaux de moindre importance ; d?autre part, les subventions versées
par le fonds chaleur de l?Ademe, auquel s?ajoute un système de garantie Aquapac (qui garantit
les projets contre les risques d?échec du forage, puis d?insuffisance de la ressource, cf. annexe
n° 3), qui visent les projets collectifs dans le résidentiel, l?industrie, les services et l?agriculture.
1.3.3.2 Des règles de cumul complexes et des problèmes d?homogénéisation des critères
d?éligibilité
À l?intérieur du premier groupe, celui des soutiens individuels, la possibilité de cumuler
les aides dépend de chacun des dispositifs. Un tableau matriciel résumé, construit sur la base
des travaux de l?Anah mais couvrant seulement les principaux soutiens, est présenté à l?annexe
n° 3. Il ne fait apparaître que peu de cas d?interdiction de cumul, mais assortit souvent celui-ci
de conditions diverses. Dans le second groupe, celui des aides Ademe, il n?y a aucune exclusion,
toutes sont combinables entre elles. Le problème le plus difficile est posé par la question de la
compatibilité des soutiens des deux groupes. Certes, dans la très grande majorité des
occurrences, les publics destinataires (particuliers ici, entreprises là), et surtout, les bâtiments
39 Ademe, État d?avancement du plan national géothermie, 31 janvier 2025.
40 Dans ces deux derniers cas, des installations collectives peuvent être couvertes.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
27
visés (logements en majorité individuels41 dans un cas et bâtiments collectifs, tertiaires et
industriels dans l?autre) sont différents, ce qui permet aux guides de l?Ademe de poser certains
critères clairs de non-cumul. Mais cette distinction est moins facile à faire s?agissant des
certificats d?économie d?énergie (CEE), qui peuvent bénéficier à la totalité des constructions.
La solution qu?apportaient jusqu?ici les textes en vigueur42 était différente selon qu?il
s?agissait de petits projets du fonds chaleur, au forfait, pour lesquels il n?y avait pas de cumul
possible avec les CEE, et ceux de taille moyenne ou grande, qui faisaient intervenir une analyse
économique. Dans ce dernier cas, la combinaison des deux systèmes de soutien était autorisée,
mais seulement à la condition que le projet soit dédié et que l?impact des CEE soit intégré dans
le dossier soumis à l?analyse économique, et donc pris en compte dans le calcul du taux d?aide.
L?exclusion partielle que les textes organisaient ainsi était toutefois contestée par une partie de
la filière. Depuis le 1er janvier 2026, le cumul entre le fonds chaleur et certaines fiches CEE est
devenu possible, ce qui rend nécessaire un suivi rapproché de ces dossiers, afin de voir si cet
avantage est justifié.
Les aides examinées dans les développements précédents visent pour l?essentiel la
rénovation énergétique des bâtiments, un domaine qui inclut, mais qui est beaucoup plus vaste
que l?objet du présent rapport, la seule géothermie. Les calculs d?ordre de grandeur présentés
dans l?annexe n° 2 évaluent à seulement 1 % au mieux la part de celle-ci dans celui-là Deux de
ses aspects, qui sont, en revanche, plus directement liés à la géothermie, pourraient toutefois
rapidement faire l?objet d?améliorations.
Le premier concerne l?assistance aux demandeurs, pour leur faciliter la compréhension
des règles et les orienter dans leur labyrinthe. De nombreuses initiatives utiles ont déjà été
prises. L?Anah met ainsi régulièrement à jour un « guide des aides financières »
particulièrement clair et pédagogique, déjà mentionné dans les développements précédents.
Mais ce document, qui compte pourtant déjà 70 pages, ne décrit dans certains cas que les
grandes lignes des dispositifs, en renvoyant aux dizaines de textes juridiques qui les organisent
ou en recommandant de consulter d?autres sources en complément, comme sur les « coups de
pouce ». Cet organisme a aussi mis sur pied un système de conseil gratuit aux particuliers,
appuyé sur 600 Espaces Conseil France Rénov? et, dans le cas d?une « rénovation d?ampleur »,
propose même un accompagnateur, dont les prestations sont facturées mais prises en charge par
l?aide correspondante. Il n?existe cependant pas d?approche spécifique à la géothermie dans ces
dispositifs, même si l?Anah a indiqué à la Cour étudier la possibilité d?apporter à ses conseillers
des outils qui lui seraient consacrés et d?organiser des formations à leur profit. L?Ademe publie
aussi sur son site internet des documents détaillés sur les mécanismes dont elle a la charge et
organise des sessions d?information, notamment en direction des collectivités territoriales et
des professionnels. Du fait de la complexité et de l?évolution rapide des soutiens43, la poursuite,
et même l?intensification de ces actions de communication et d?assistance, d?ailleurs prévues
par le plan géothermie, de même que la mise au point d?un document présentant à la fois les
mécanismes relevant de l?Anah et de l?Ademe, et les plaçant dans la perspective des obligations
croissantes de la RE2020, seraient bienvenues.
41 Sauf, notamment, MaPrimeRénov? copropriété.
42 Décret n°2019-1320 du 9 décembre 2019 et son arrêté.
43 À titre d?exemple, pour les seules aides présentées par l?Anah, le « guide des aides financières »
présente, dans son édition 2025, deux pages exclusivement consacrées aux évolutions récentes et en cours, qui
concernent six dispositifs.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
28
Le second domaine où des progrès pourraient être accomplis est celui de
l?harmonisation des critères techniques s?appliquant à la géothermie de surface dans les
dispositifs de soutien. Là aussi, des efforts méritoires ont été entrepris. Ainsi, l?éco-prêt à taux
zéro, en plus d?être cumulable avec MaPrimeRénov?, est expressément ouvert pour tous les
travaux qui sont éligibles à cette prime, dont, par suite et dans les mêmes conditions, la
géothermie44. Cette référence aux conditions de base posées par MaPrimeRénov? est cependant,
d?après le « guide des aides financières », loin d?être la norme. Une identité au moins partielle
des définitions retenues faciliterait la compréhension des aides et augmenterait leur synergie.
1.3.3.3 Une efficacité non démontrée
Le Fonds chaleur a fait l?objet d?une évaluation récente45, qui est certes globale, portant
sur toutes les énergies renouvelables, mais qui permet d?établir des comparaisons entre filières
productrices de chaleur renouvelable. Elle fait apparaître une « efficience » apparente des
soutiens à la géothermie de surface (plus de 30 ¤/MWh/20 ans) nettement moins bonne que
celle de toutes énergies renouvelables concurrentes. La moyenne est en effet à 7,16 ¤/MWh/20
ans. Ces résultats sont cependant à prendre avec précaution et ne peuvent être considérés
représentatifs de l?efficience des aides publiques dans leur ensemble, puisqu?ils ne prennent pas
en compte les autres soutiens que le Fonds chaleur qui interviennent sur les dossiers analysés,
alors même qu?ils sont pourtant dans bien des cas dominants. Ils se sauraient donc représenter
le coût réel du soutien aux filières concernées. Le rapport étudie aussi le risque d?effet
d?aubaine, en soulignant les éléments qui militent pour l?utilité du fonds chaleur, mais sans pour
autant pouvoir trancher sur son absence.
En l?absence d?étude exhaustive, que l?ADEME pourrait utilement conduire, il est
difficile d?établir l?efficacité des soutiens à la géothermie de surface.
S?agissant des aides individuelles à la rénovation énergétique, il n?existe pas d?étude
consacrée à l?évaluation de leurs effets sur la géothermie de surface. Les leçons que l?on peut
tirer de la confrontation des courbes de vente des pompes à chaleur géothermiques avec
l?évolution des systèmes de soutien ne sont pas univoques. Les uns imputent la baisse massive
de leur marché, intervenue à partir de 200946, à la diminution du crédit d?impôt qui les
encourageait à cette époque47. Les autres font valoir que c?est un progrès technique décisif
bénéficiant aux pompes à chaleur aérothermiques, le système « inverter48», qui s?est diffusé
pendant cette période, qui explique le basculement des préférences du public en faveur de ces
dernières. La création du « coup de pouce » spécifique à la géothermie et la suppression de tout
soutien pour les pompes à chaleur aérothermiques air/air49, intervenues récemment50, n?ont en
44 Cela n?empêche pas que d?autres critères soient différents, comme en témoigne le tableau placé à
l?annexe 3.
45 Évaluation du Fonds chaleur entre 2018 et 2023, Rapport final, octobre 2024.
46 Cf. graphique n° 1, § 1.1.2.
47 Le CITE. Son historique est esquissé dans l?annexe n° 2, en note.
48 Il s?agit d?un compresseur à vitesse variable, qui permet d?adapter le fonctionnement de la pompe à
chaleur au besoin de froid ou de chaleur, et donc d?améliorer significativement ses performances globales.
49 Les pompes à chaleur aérothermiques air/eau restent soutenues.
50 Cf. développements précédents.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
29
tout état de cause pas eu l?effet de rééquilibrer en quoi que ce soit les ventes des deux types de
pompes à chaleur.
En outre, le principal mécanisme de soutien aux particuliers, MaPrimeRénov?, est
dégressif avec le revenu et a donc autant le caractère d?un amortisseur des surcoûts occasionnés
pour les plus modestes par l?évolution de la politique énergétique que d?un déclencheur du
passage à tel ou tel système de chauffage. C?est pour accentuer ce second objectif que certains
promoteurs de la géothermie de surface plaident pour que l?on revienne sur l?exclusion du
bénéfice de la prime pour les 9èmes et 10èmes déciles de revenu. Ils font valoir qu?étant donné
le coût de l?investissement initial, les ménages aisés sont les plus susceptibles de franchir le pas
et d?opter pour la géothermie, et que les écarter de MaPrimeRénov? sape l?efficacité du
dispositif. Il s?agit là d?une controverse sur les finalités de cette politique publique.
1.3.3.4 Des objectifs de la PPE non soutenables dans le cadre des soutiens financiers
actuels
La majorité des dispositifs de soutien est conçue pour aider la reconversion énergétique
au sens large, allant très au-delà de la géothermie. Elle ne s?intéresse pas, et donc ne collecte
pas de données concernant les filières de chauffage particulières. Cela interdit de calculer de
façon précise le niveau des soutiens publics à la géothermie. Les chiffrages présentés à
l?annexe n° 2 de ce rapport permettent cependant de donner un ordre de grandeur de coût total
de 110 M¤.
Cette même annexe propose une fourchette d?estimation des dépenses auxquelles il
faudrait consentir si l?on voulait, à système de soutien inchangé, atteindre les objectifs des
Programmations pluriannuelles de l?énergie (PPE) 2 et 3. Il est très important : entre 1,1 et 5,8
milliards d?euros pour la PPE2 et entre 8,1 et 23,9 Md¤ pour la PPE3 en 2035, suivant que l?on
se place dans leurs hypothèses basse ou haute, même s?il s?agit de coûts cumulés jusqu?aux
échéances respectives des deux programmations. L?étude mentionnée dans les développements
précédents propose également un chiffrage, qui n?est pas directement comparable, car il est
établi sur d?autres bases, ne concerne que le fonds chaleur, mais couvre toutes les énergies
renouvelables. Il aboutit cependant aussi à des montants considérables, pouvant atteindre
plusieurs milliards par an, alors que le niveau du fonds est actuellement de 800 M¤51.
La grande complexité des systèmes d?aide à la géothermie de surface, leur coût
potentiellement très élevé et difficilement soutenable, leurs effets incertains, ne plaident pas en
faveur des demandes d?augmentation des crédits émanant de la filière52, sans une réflexion
préalable approfondie sur l?organisation des soutiens. Compte tenu de l?intrication des outils,
cette démarche ne prendrait tout son sens que si elle ne se limitait pas au seul segment de la
51 Entre 1,1 Md¤ et 2,3 Md¤ par an pour les seuls objectifs de la PPE2, très inférieurs à ceux de la PPE3
(cf. § 1.1.2 et annexe n° 3).
52 Augmentation de MaPrimeRénov?, augmentation du fonds chaleur, et plus particulièrement, dans les
contributions envoyées à la mission diligentée par le Premier ministre, autorisation du cumul du Fonds chaleur et
des CEE, bonus pour certaines opérations MaPrimeRénov?, création d?un crédit d?impôt ou d?un éco-prêt à taux
zéro pour les pompes à chaleur géothermiques dans le neuf, mise en place d?un nouveau fond consacré à la
géothermie doté de 200 M¤.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
30
géothermie. Sans attendre cette démarche de fond, certaines actions sont néanmoins
envisageables.
Les premières visent à davantage prioriser les demandes, ce qui permet de sélectionner
les projets qui correspondent le mieux aux objectifs de la politique publique, tout en allégeant
la pression sur les dépenses. L?Ademe a ainsi généralisé en 2024 une démarche, « EnR choix »,
présentée dans l?annexe 3, inaugurée par sa direction régionale Ile-de-France en 2014 et
progressivement adoptée par plusieurs autres. Il s?agit d?un arbre de décision, destiné aux
instructeurs des dossiers de demande d?aide, porté à la connaissance des acteurs, ce qui lui
donne un effet d?orientation démultiplié. Il place en première priorité la réduction des
consommations énergétiques, fait intervenir en deuxième rang la nécessité de mutualiser, classe
ensuite les énergies en fonction de leur existence préalable sur la zone considérée et donne enfin
la préférence, lorsqu?elles sont à créer, à celles qui ne sont pas délocalisables, dont la
géothermie mais aussi le solaire thermique, sur les autres (biomasse par exemple). Il serait utile
de tirer un bilan de l?application de cette procédure afin de voir s?il y a lieu de hiérarchiser
davantage les choix, voire d?étendre la démarche au-delà du fonds chaleur.
D?autres initiatives sont en cours, notamment la création d?une fiche CEE spécifique à
la géothermie de surface. Par ailleurs, la révision de certaines des spécifications techniques de
la garantie Aquapac au vu de l?expérience accumulée mériterait d?être menée à son terme. Si
elle tenait compte de la nécessité d?équilibrer les recettes et les dépenses, elle serait, d?après
plusieurs acteurs de la filière, utile.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
31
Une cartographie détaillée des risques
La réforme de 2015 évoquée au § 1.3.4 a limité le régime déclaratif qu?elle a instauré
dans deux cas dépendant d?une cartographie des risques, qui permet d?apprécier en particulier le
risque de pollution. Si, en effet, dans les « zones vertes », qui couvrent l?essentiel du territoire,
le régime général de télédéclaration s?applique pleinement, il n?en va de même qu?avec une
condition supplémentaire dans les « zones orange », à risques modérés, où l?avis d?un expert
agréé est préalablement requis. Dans les « zones rouges », où les difficultés sont avérées, aucune
télédéclaration n?est possible et le régime minier au sens plein s?applique. Les travaux sont alors
soumis à autorisation environnementale. Ces règles n?interdisent certes pas la géothermie, mais,
en rallongeant significativement la gestion de projet, elles s?avèrent rédhibitoires dans de
nombreux cas.
La cartographie des risques établie par le BRGM à l?occasion de la réforme de 2015 sur
la base des informations fournies par les sondages passés réservait 2 % environ du territoire
national aux « zones rouges ». Aux fins de faciliter le travail des professionnels et de réduire les
risques de forages infructueux, cet organisme a engagé une révision approfondie de ce document,
en mettant à profit la masse considérable des données qui ont été rendues disponibles au cours
des dernières années. Les résultats, accessibles en ligne53, sont d?une beaucoup plus grande
précision que précédemment. Ils distinguent les sondes et les nappes, renseignent trois gammes
de profondeur, de 10 à 50, à 100 et à 200 mètres, apportent des précisions, quand celles-ci sont
disponibles, sur la composition chimique des eaux souterraines. Cette enquête détaillée a aussi
eu pour conséquence que les « zones rouges » se sont significativement étendues, se rapprochant
dans certaines régions, pour certaines techniques et à certaines profondeurs, de pourcentages à
deux chiffres. Les « zones orange » ont progressé encore davantage54. Les professionnels du
secteur, alarmés par cette évolution, font en outre valoir que ces territoires à restrictions sont
souvent les plus peuplés, ce qui a pour conséquence de restreindre encore un peu plus le nombre
de projets qui peuvent être lancés55.
1.3.4 Desserrer certaines contraintes règlementaires sur les forages
Plutôt que de faire dépendre l?avenir de la filière de l?augmentation des dépenses
publiques, il convient d?examiner si la révision de certaines des règles qui la régissent n?est pas
de nature à résoudre des questions importantes.
53 Ceux qui concernent les quelques régions encore manquantes le seront, d?après le ministère de la
transition écologique, avant la fin de l?année 2025.
54 Ainsi, en Normandie, pour les sondes et dans la gamme 10-200 mètres, la « zone rouge » occupe 6 %
de la surface et la « zone orange », 41 %. En Occitanie, pour ces mêmes caractéristiques, les chiffres sont de 9,1 %
et 47,8 %. Dans les Pays de la Loire, toujours pour ces mêmes catégories, les chiffres sont beaucoup plus modestes
(0,11 % et 22,18 %), mais ils ont doublé pour la « zone rouge » et quadruplé pour la « zone orange » depuis 2015.
55 En Normandie, pour les caractéristiques retenues dans la note de pied précédente, la « zone verte » ne
couvre plus que 36 % de la population, alors que la « zone rouge » en atteint 11 %. Au total, l?augmentation des
zones rouges atteindrait 135,7 % en surface et 221,1 % en population couverte. AFPG, Synthèse sur les
cartographies relatives à la géothermie de minime importance, 27 mars 2024. Un des critères du risque est la
présence de nappes polluées proches de la surface, plus fréquente dans les zones densément peuplées.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
32
La géothermie, ressource du sous-sol, relève à titre principal du régime et du code
minier. Celui-ci fixe des règles complexes et une procédure longue et onéreuse pour
l?autorisation des forages, qui sont abordées dans la deuxième partie de ce rapport. Une réforme
décisive est cependant intervenue en 201556 avec la création de la notion de « géothermie de
minime importance » (GMI), qui recouvre en grande partie les techniques de géothermie de
surface. Elle a établi, dans des limites de profondeur, de température, de débit et de puissance
rappelées au début du § 1.1.1, et à condition que le foreur soit qualifié57, un simple régime
déclaratif dans la plupart des cas, et levé ainsi un obstacle considérable au développement de
cette source de chaleur. Certains problèmes n?en demeurent pas moins.
1.3.4.1 Une discussion sur le niveau du seuil de la géothermie de minime importance
La première question tient à la limite de puissance de 500 kW qui s?attache aujourd?hui
à la GMI. Cette valeur ne met pas d?obstacle au développement d?installations individuelles,
ou même destinées à de petits immeubles, mais s?avère souvent trop faible pour que puissent
bénéficier du régime allégé des projets collectifs de moyenne importance, comme des
écoquartiers, des petites Zones d?Aménagement Concerté (Zac), certains centres aqualudiques
ou des ensembles utilisant des boucles d?eau tempérée à énergie géothermique (Beteg58), dont
l?équilibre économique très serré ne peut que rarement s?accommoder des contraintes du régime
minier. Ces initiatives se trouvent par conséquent la plupart du temps bloquées59.
Un projet de rehausser cette limite à 2 MW est donc en cours d?examen. Il s?agit de
vérifier que cette révision ne fasse pas courir de risques environnementaux60, en satisfaisant en
particulier au principe de non régression environnementale, dont la démonstration est vérifiée
par le Conseil d?État. L?Institut français du pétrole-Énergies Nouvelles, chargé de cette étude,
a produit des premiers résultats, positifs pour la technique de la géothermie sur sonde. Les
perspectives sont plus nuancées pour celle de la géothermie sur nappe, puisque les doublets qui
font remonter puis rejettent l?eau du sous-sol peuvent interférer avec le débit de la nappe, qui
circule. Des études complémentaires étaient donc, pour ce qui concerne ce second domaine, en
cours de lancement au moment de la réalisation de l?enquête de la Cour. Le Premier ministre a
annoncé en juin dernier le principe d?un relèvement du plafond, qui reste toutefois à mettre en
oeuvre, et qui reste donc subordonné à la réalisation de travaux complémentaires pour définir le
stockage d?énergie calorifique de minime importance, qui ne sont pas encore menés à bien.
56 Décret n° 2015-15 du 8 janvier 2015 relatif à la géothermie de minime importance et modifiant le code
minier et le code de l?environnement.
57 Cette condition a été récemment remplacée par celle d?une certification, régime en cours de démarrage
au moment de l?enquête de la Cour, avec, malgré une prolongation des délais, des retards et des risques de
suspension transitoire dont s?irrite la profession (décret 2024-230 du 15 mars 2024), mais sans qu?il y ait, selon
l?Administration, de rupture dans la réalisation des chantiers.
58 Infrastructure énergétique collective récupérant de la chaleur du sous-sol, la distribuant dans un quartier
et permettant sa valorisation par des PAC individuelles ou collectives. Les BETEG peuvent produire froid et chaud.
59 Ou dimensionnées pour passer au-dessous du seuil des 500 kW : bâtiments à Moissy-Cramayel,
financés par l?Ademe-Ile-de-France et la région.
60 Parmi ceux-ci, l?existence de cavités dans le sous-sol (zones karstiques, mines), la remontée d?aquifères
artésiens et la mise en contact de nappes proches, mais de compositions chimiques différentes.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
33
Recommandation n° 1. (DGEC, DGPR, 2026) : Réhausser à 2 MW le seuil de la
géothermie de minime importance pour la technique de géothermie sur sonde.
Proche de ces questions, une clarification réglementaire permettant d?étendre la GMI au
stockage, l?été, de chaleur dans le sous-sol, qui a fait l?objet de nombreux avis favorables,
devrait trouver un aboutissement positif. La technique nouvelle des sondes inclinées a, elle, été
autorisée dès 202461.
1.3.4.2 La facilité d?accès aux documents portant d?autres restrictions
Les forages géothermiques sont également soumis au code de l?environnement. Les
Schémas d?aménagement et de gestion des eaux (SAGE), établis par sous-bassins versants,
prévoient dans certains cas des zones d?exclusion62 qui s?ajoutent donc à la cartographie de la
GMI. Cette information est disponible, mais elle n?est pas harmonisée ni centralisée, ce qui peut
représenter une difficulté pour les particuliers ou même certains bureaux d?étude.
1.3.5 Une mobilisation insuffisante en faveur du logement social
Seules 250 nouvelles pompes à chaleur géothermiques ont été installées pour des
logements collectifs63 et des usines en 2023, contre environ 3 900 pour l?individuel, alors que
les premiers représentent 44 % du parc total64 et qu?ils offrent la possibilité de répartir et d?étaler
dans le temps les investissements initiaux. En outre, même lorsqu?il s?agit de maisons
particulières, des solutions collectives, à l?échelle de lotissements, de rues, de quartiers, seraient
envisageables, alors qu?elles ne sont que très peu pratiquées. Il est donc particulièrement utile
de se pencher sur les instruments de soutien et les règles qui pourraient les porter à un niveau
beaucoup plus élevé65.
1.3.5.1 Des instruments d?appui existants ou en cours de développement
En matière d?urbanisme, ce sont les collectivités qui organisent et décident. Il est
souvent difficile pour des promoteurs ou des investisseurs d?intégrer la géothermie à un projet
en l?absence d?un cadre favorable. Alors que les Plans Climat-Air-Energie Territoriaux
(PCAET) prévus par le code de l?environnement66 sont obligatoires pour les communautés de
61 Décret n° 2024-230 du 15 mars 2024.
62 Par exemple, le SAGE du bassin de l?Arve, en Haute-Savoie, interdit la géothermie dans plusieurs
« zones à enjeux », qui sont en outre évolutives au cours du temps. SAGE Arve, 23 juin 2018, pp. 6 et 12-13.
63 Compte non tenu des réseaux de chaleur qui peuvent être alimentés par la géothermie, le plus souvent
profonde, qui sont abordés dans la deuxième partie du rapport.
64 INSEE-SDES, 2023.
65 Les solutions techniques existent d?ores et déjà : boucles d?eau tempérée à énergie géothermique
(Beteg), les fondations thermoactives, les pieux énergétiques, des groupes de sondes inclinées, qui occupent moins
d?espace65, ou simplement la mise en commun de forages.
66 Article L. 229-26.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
34
communes de plus de 20 000 habitants, plusieurs instruments ont été mis en place ou sont en
cours de développements pour aider au déploiement de projets.
Le Cerema, organisme mixte État-collectivités territoriales, a pour mission d?apporter à
ces dernières des connaissances, des savoirs scientifiques et techniques et des solutions pour
améliorer le cadre de vie. Dans le domaine de la géothermie de surface, il met actuellement au
point une cartographie détaillée, établie en collaboration avec le BRGM. Cet outil, qui est
presque achevé pour la France, identifie au niveau de la parcelle les potentialités de
développement de cette énergie et constitue donc un instrument particulièrement utile au service
des planificateurs urbains (voirannexe n°1).
L?Ademe a fait évoluer dans les années récentes ses conditions financières pour les
adapter aux besoins des collectivités. Le contrat de chaleur renouvelable territorial (CCRT)
permet depuis 2016, et surtout 2020 sur une large échelle, au fonds chaleur de soutenir des
grappes de projets par type d?énergie renouvelable, dont la géothermie de surface, à l?échelle
d?un territoire. Visant à simplifier (aide forfaitaire pluriannuelle) et à alléger les procédures, les
CCRT reposent sur la signature d?un seul contrat pluriannuel avec une collectivité territoriale
pilote. Il en existe aujourd?hui 180, qui couvrent 63 % du territoire. En 2024, environ 1/7ème
des projets du fonds chaleur ont bénéficié de cette formule67. En lançant à la fin 2023, à la suite
du plan géothermie, un appel à projet (« Geoboost ») spécialement consacré aux études sur la
géothermie de surface, l?agence a complété son action en aidant les collectivités, les
associations et les entreprises à identifier le potentiel géothermique de leur territoire et en
favorisant la création de projets concrets68.
1.3.5.2 Des formules contractuelles insuffisamment travaillées
L?examen des obstacles au développement de la géothermie de surface a montré69 que
l?un des principaux d?entre eux tenait au fait que souvent, l?investisseur dans un projet
géothermique n?était pas celui qui, à long terme, en récoltait les fruits sous la forme de frais de
chauffage réduits. Les difficultés sont de deux ordres différents : il faut organiser la
répercussion sur le locataire d?une part, par une formule qui sécurise le financement d?autre
part.
Des solutions juridiques existent pourtant pour surmonter cette coupure et pour résoudre
ces difficultés. Au plan individuel, le leasing70 permet de regrouper dans la durée
l?amortissement de l?équipement et les frais de maintenance, voire l?assistance-dépannage,
ainsi que les frais financiers inhérents à ce montage. Au plan collectif, les formules de tiers-
investisseur, qui organisent le financement et l?exploitation « clés en main », permettent à un
acteur extérieur de prendre en charge l?investissement initial, la gestion et souvent la
maintenance de l?installation, en échange d?un loyer énergétique ou d?un paiement indexé sur
la chaleur produite. Lorsque c?est une collectivité qui est à l?origine du projet, bien que la
relative modestie des investissements de géothermie de surface, par comparaison à la
géothermie profonde étudiée dans la parte 2, ne justifie pas de recourir aux délégations de
67 Source : Ademe.
68 Ademe, Appel à projet Geoboost, études de faisabilité en géothermie de surface, 2023.
69 § 1.2.2.
70 Location avec option d?achat ou longue durée.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
35
service public, les formules de marché global de performance à paiement différé, les contrats
de performance énergétique, tel celui développé par la Fedene, sont disponibles.
Pourtant, force est de constater que ces types de contrats ne se sont que très peu
développés. Les banques hésitent à pratiquer le leasing, car les pompes à chaleur, les sondes et
les doublets sont plus difficiles à saisir qu?une voiture ou un équipement de bureau en cas de
difficulté. L?institut de la finance durable déplore que les formules de tiers-investisseurs ne
soient pas encore mûres, avec une offre bancaire et assurancielle encore pauvre, que mettent en
lumière les documents préparatoires au plan géothermie. La complexité des projets et la durée
élevées sur laquelle ils peuvent être rentabilisés posent une autre difficulté. Le plan national
géothermie, partant de ce constat, a consacré une de ses actions à « faciliter le déploiement de
la géothermie de surface en encourageant de nouvelles modalités de financement » (action 6-
B, qui cite notamment le tiers investisseur), mais avec des conséquences encore limitées, malgré
quelques propositions nouvelles de la part de certains acteurs, comme la réservation d?une part
de MaPrimeRénov? à son sous-ensemble « copro ». En améliorant le fonctionnement du marché
plutôt que de recourir à l?augmentation des subventions, cette voie semble pourtant prometteuse
pour surmonter les obstacles au déploiement de la géothermie. Il conviendrait donc
d?approfondir ces efforts71.
Enfin, dans les cas du logement social, il serait utile de chercher à identifier précisément
les obstacles qui s?opposent à des investissements dans la géothermie de surface qui sont à long
terme, par leurs faibles coûts de fonctionnement, favorables autant aux bailleurs qu?aux
locataires, mais que les règles actuelles de facturation des coûts de chauffage évoquées dans les
développements précédents découragent dans de très nombreux cas.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
Ce qui domine tout le reste lorsqu?il s?agit de la géothermie de surface, c?est l?étonnant
contraste entre les atouts de cette source d?énergie renouvelable, qui n?a pas de rivales sur le
plan des émissions de gaz à effet de serre, de l?efficacité énergétique, de l?abondance des
ressources ou de l?indépendance de approvisionnements, et la faiblesse de sa diffusion dans la
pratique.
La fixation d?objectifs extrêmement élevés pour la production de chaleur reposant sur
cette technique dans les programmations pluriannuelles de l?énergie, qui, sauf évolution
majeure et rapide, semblent irréalistes au vu de son niveau actuel et des tendances de son
évolution, matérialise cette opposition entre les ambitions et la réalité.
De multiples obstacles expliquent cette situation : le coût initial élevé des installations,
souvent, de surcroît, majorés par d?indispensables dépenses annexes, la difficulté, pour
l?investisseur, de récupérer sa mise par le bénéfice de coûts de fonctionnement particulièrement
bas qui profitent souvent à d?autres, le développement encore modeste et, surtout, la faible
notoriété de la filière, ainsi que des contraintes techniques qui restreignent la possibilité de son
usage dans certains cas.
71 Le récent rapport de la Cour des comptes sur le soutien aux logements face aux évolutions
climatiques et au vieillissement de la population (2023) préconise aussi d?aller dans ce sens.
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-soutien-aux-logements-face-aux-evolutions-climatiques-et-au-vieillissement-de-la
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-soutien-aux-logements-face-aux-evolutions-climatiques-et-au-vieillissement-de-la
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
36
Des perspectives positives n?en n?existent pas moins, servies par le durcissement des
règles énergétiques qui s?appliquent au bâtiment, par l?évolution rapide des techniques et par
une mobilisation croissante des acteurs de la filière et de l?État. Elles reposent moins sur
l?augmentation des subventions, qui risque de s?avérer insoutenable si l?on s?approche, même
de loin, des objectifs pluriannuels, que sur leur priorisation, le desserrement de certaines
contraintes règlementaires sur les forages et le développement d?outils organisationnels et
juridiques permettant d?améliorer le fonctionnement du marché et de rentabiliser plus
facilement les investissements.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
37
2 LA GÉOTHERMIE PROFONDE CALOGÈNE : DES
OBJECTIFS ATTEIGNABLES SOUS CONDITIONS
Contrairement à la géothermie de surface, majoritairement utilisée à l?échelle
individuelle, la géothermie profonde calogène s?inscrit dans une logique collective et de long
terme. Portés par des maîtres d?ouvrage bénéficiant d?une stabilité institutionnelle (collectivités
et délégataires), ces projets permettent d?amortir les investissements sur la durée de vie des
installations (une trentaine d?années selon l?Ademe) et bénéficient d?un ensemble de soutiens
publics simple et lisible. Bien que la géothermie profonde présente une rentabilité économique
et un potentiel de développement supérieurs à ceux de la géothermie de surface, elle demeure
confrontée à un certain nombre d?obstacles communs.
Ce chapitre, consacré à la géothermie profonde à vocation calogène (chauffage,
production d?eau chaude), analyse le développement de cette filière en France (2.1), l?effet des
soutiens publics (2.2) et les freins à lever pour atteindre les objectifs du projet de PPE 3 (2.3).
2.1 Un potentiel sous-exploité, sauf en Île-de-France
La géothermie profonde calogène exploite la chaleur de nappes d?eau souterraines
(« aquifères ») situées à des profondeurs comprises entre 200 et 2 000 m, dont la température
est comprise entre 30 et 100 °C. Cette énergie renouvelable est principalement utilisée pour
alimenter les réseaux de chaleur urbains72.
Fondées sur le principe du « doublet géothermique » (un puit de pompage de l?eau
chaude, et un puits de réinjection de l?eau refroidie dans la nappe d?origine), ces installations
valorisent en continu l?énergie locale, sans transport ni combustion, indépendamment des
conditions climatiques extérieures. Le recours à une pompe à chaleur, bien que non
systématique, permet d?optimiser le rendement énergétique de la ressource73.
Après un essor au début des années 1980 puis un ralentissement, la filière a été relancée
à partir de 2009 avec la création du fonds chaleur74, comme l?a montré la Cour dans son rapport
sur la géothermie de 2013.
72 Source : DGEC ; AFPG, Étude de filière 2023, 2024.
73 Annexe n°4 : Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène.
74 Ademe, Évolution des coûts des énergies renouvelables et de récupération en France entre 2012 et
2022, 2024, p. 157.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
38
Graphique n° 4 : Nombre de projets de géothermie profonde, production de chaleur liée (2000-2023)
Source : Ademe, BRGM pour la période (2000-2010) ; Ademe pour la période (2012-2023)
En 2023, 73 installations de géothermie profonde étaient en service. Elles ont produit
2,26 TWh de chaleur, dont 89 % ont été injectés dans les réseaux de chaleur. L?usage industriel
reste limité (8 %), de même que les usages agricoles (chauffage de serres, pisciculture) ou
aqualudiques (piscines, centres nautiques, thermes) encore plus marginaux75.
Schéma n° 1 : Principe d?un réseau de chaleur géothermique
Source : Actee, Guide pour les collectivités, 2024, p. 14.
Pionnière dans les années 1970, la France demeure aujourd?hui le deuxième producteur
de chaleur par géothermie profonde de l?Union européenne, derrière l?Allemagne76. Ce
positionnement masque toutefois une sous-exploitation du potentiel national : selon le BRGM,
près d?un tiers du territoire français disposerait d?une ressource de géothermie profonde
valorisable. En 2023, cette énergie ne représente pourtant que 0,4 % de la consommation de
chaleur en France et 5,5 % de l?énergie entrante des réseaux de chaleur77.
75 Annexe n°4 : Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène
76 BRGM, Ineris, Guide de bonnes pratiques pour la maîtrise de la sismicité induite par les opérations
de géothermie profonde, 2023, p. 20.
77 Fedene, Enquête des réseaux de chaleur et de froid, 2024, p. 26 ; Ademe et al., Panorama de la chaleur
renouvelable et de récupération 2024, 2025, p. 28.
https://programme-cee-actee.fr/wp-content/uploads/2024/05/2024_Guide-Geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
39
Carte n° 1 : Carte de France des ressources géothermiques profondes potentielles et actives
Source : BRGM, Sybase.
Jusqu?ici, le développement de la filière s?est principalement concentré en Île-de-France
(première région européenne au regard du nombre d?installations)78 grâce à l?exploitation de
l?aquifère du Dogger, où la ressource est à la fois abondante, bien connue grâce aux campagnes
de forage pétroliers menés depuis 1976, et adaptée aux besoins de territoires densément
urbanisés propices au développement de réseaux de chaleur79. Selon le BRGM, ces projets
développés à partir d?aquifères sédimentaires, en l?absence de failles connectées au réservoir
géothermique et sans recours à la stimulation hydraulique, font l?objet d?un risque sismique
faible80.
2.2 L?effet des soutiens publics financiers : la relance des projets de
géothermie profonde à partir de 2008
Le financement d?un projet de géothermie profonde combine fonds propres, emprunts
du maître d?ouvrage (public ou délégataire) et subventions. Deux dispositifs publics le
soutiennent : le fonds chaleur et le fonds de garantie. Les CEE ne sont cumulables avec le fonds
chaleur que pour le raccordement aux réseaux de chaleur81. Cette partie examine l?effet de ces
dispositifs sur les investissements, les objectifs de la PPE, et les prix de vente de la chaleur.
78 Convention de subvention entre la DGEC et le BRGM, 30 juillet 2024, p. 5
79 BRGM, Ademe, La géothermie et les réseaux de chaleur, 2010, p, 12.
80 BRGM, Ineris, Guide de bonnes pratiques pour la maîtrise de la sismicité induite dans les opérations
de géothermie profonde, 2023, p. 65.
81 Ademe, Note fonds chaleur CEE, avril 2025, p. 3.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
40
2.2.1 Le fonds de garantie : un levier renforcé en Île-de-France grâce à la garantie
additionnelle apportée par la région
Compte tenu du coût élevé des projets de géothermie profonde et de leur longue durée
d?amortissement, un dispositif de couverture du risque géologique a été instauré dès les années
1980. Géré administrativement par Saf Environnement, une filiale de la Caisse des dépôts et
consignations et d?Ademe développement, celui-ci couvre deux types de risques : court terme
(absence ou insuffisance de la ressource) ; long terme (perte de productivité en cours
d?exploitation)82. Ce mécanisme permet de sécuriser les projets face à l?incertitude liée à la
connaissance du sous-sol. Aucun projet de géothermie profonde n?a été mené sans lui.
L?analyse des indemnisations versées montre que le risque « court terme » est largement
prépondérant et constitue un facteur décisif pour la viabilité des projets83. Sa réorientation vers
d?autres usages en 198784, puis sa suppression en 1996, ont d?ailleurs entrainé un fort recul de
l?activité : selon le bilan du fonds de garantie établi par l?Ademe en 2024, seules trois opérations
ont été réalisées de 1987 à 2007, toutes concentrées dans le bassin aquitain.
L?activité a ensuite été relancée dans le bassin parisien sous l?effet de la création du
fonds chaleur, de la mise en place du fonds de garantie en 2006, et de la garantie additionnelle
de 25 % apportée dès 2008 par la région Île-de-France portant le taux de couverture de 65 à
90 % sur ce territoire. Ce nouveau fonds de garantie, couvrant à la fois les risques court et long
terme, joue un rôle-clé : la cotisation au fonds constitue une condition préalable à l'accès à une
subvention du fonds chaleur.
Entre 2007 et 2023, 93 puits ont été accompagnés par le fonds de garantie pour le volet
court terme et 35 conventions long terme avaient été signées. Sur cette période, seuls deux puits
ont donné lieu à une indemnisation au titre de l?échec total85, et 12 puits ont été indemnisés
pour surcoûts géologiques ou échecs partiels86. Les ressources du fonds de garantie ont atteint
53,0 M¤, dont 28,9 M¤ provenant de dotations de l?Ademe, 19,4 M¤ de cotisations des maîtres
d?ouvrage, et 5,5 M¤ de la région Île-de-France. Les dépenses se sont élevées à 19,4 M¤, portant
le solde du fonds à 33,7 M¤ fin 202387. La Cour, dans son rapport sur la géothermie de 2013,
en soulignait la pertinence, le qualifiant de « condition préalable nécessaire au développement
du secteur ».
Cependant, les projets restent concentrés dans le Dogger francilien. Pour aller plus loin,
le bilan du fonds de garantie de 2024 a donc fixé comme objectif l?émergence de projets en
région parisienne sur d?autres aquifères et dans d?autres zones géographiques encore peu
82 Source : DGEC.
83 Sur la période 2007-2023, les dépenses se sont élevées à 19,4 M¤, portant le montant du fonds à 33,7
M¤ fin 2023. Sur l?ensemble de ces dépenses, les indemnisations liées au risque « court terme » représentent un
montant quatre fois supérieur à celles relatives au risque « long terme » (11,6 M¤ contre 2,9 M¤). Cf.Annexe n°5 :
Bilan financier du fonds de garantie géothermie.
84 En 1987, le volet court terme est redirigé vers d?autres usages, alors même que les opérations
rencontrent d?importantes difficultés économiques liées à la baisse du coût des énergies et au recul de l?inflation.
Les recettes étaient en effet indexées sur le coût des énergies fossiles et les opérations étaient financées sur emprunt
avec les taux très élevés en vigueur au début des années 1980. Cf. Ademe, G²H conseils, Historique et bilan
détaillés du système de garantie mis en place au début des années 1980, 2016, p. 7 et s.
85 Un forage à Meyreuil (région Provence-Alpes-Côte d?Azur) et un à Grigny (en Île-de-France).
86 Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie, Conseil d?administration de mars 2024, p. 7 et s.
87 Annexe n° 5: Bilan financier du fonds de garantie géothermie.
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explorées. À cette fin, le besoin de dotation sur dix ans a été estimé à 193 M¤ (dont 137 M¤ de
l?Ademe) pour atteindre l?objectif bas de la PPE 2, et à 305 M¤ (dont 233 M¤ de l?Ademe) pour
l?objectif haut88. Le scénario validé par l?Ademe, lors du conseil d?administration de juin 2021
vise à atteindre l?objectif bas de la PPE 2 pour 2028.
Le dispositif a été réaménagé en ce sens, à la suite des autorisations accordées par la
Commission européenne en 2023 : une nouvelle enveloppe de 195,6 M¤, dont 140 M¤ apportés
par l'Ademe et 55,6 M¤ de cotisations des maîtres d?ouvrage ; une durée de mise en oeuvre de
dix ans. Une première dotation de 45 M¤, financée sur le fonds chaleur, a été votée par le conseil
d?administration de l?Ademe en juin 2021 (5 M¤ en 2022, 10 en 2023, 15 en 2024 et 2025). La
dotation totale de l?Ademe (140 M¤) requiert une contribution du fonds chaleur de 14 M¤/an
en moyenne sur dix ans.
En vigueur depuis janvier 2025, le fonds réaménagé se distingue par un taux de garantie
porté de 65 à 90 % sur l?ensemble du territoire national (auparavant 65 % par puit, voire 90 %
en Île-de-France grâce au soutien de la région). Cette évolution s?appuie sur un parangonnage
international réalisé en 2021, qui a montré que seuls les dispositifs couvrant plus de 80 à 90 %
favorisent réellement l?essor de la géothermie profonde, comme observé en Île-de-France, mais
aussi en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse ou au Danemark. Le fonds réaménagé se
démarque aussi par la hausse du montant maximum garanti et le financement d?une garantie
« étude préalable » de réduction des risques en cas de résultats défavorables constatés lors de
la réalisation des études portées par les maitres d?ouvrages (dans la limite d?1 M¤ par projet).
Tableau n° 4 : Principales évolutions du fonds de garantie en 2024
2007-2023 2024-2033
Ressources du fonds
53,0 M¤ (28,9 M¤ de dotations
Ademe, 2,8 M¤ de la région Île-de-
France,19,4 M¤ de cotisations des
maîtres d?ouvrage).
195,6 M¤ (140 M¤ apportés par l'Ademe,
55,6 M¤ de cotisations des maîtres
d?ouvrage)
Taux de garantie 65 % (porté à 90 % en Île-de-France) 90 %
Maximum garanti 4,8 M¤ pour un puits 18 M¤ pour un doublet, soit 9 M¤ par puits
Typologie Garantie d'un seul puits Garantie du doublet
Garantie étude
préalable de réduction
des risques
Non Oui dans la limite de 1 M¤ par projet
Cotisation 3,5-5 % 5, 10,15 % selon les 3 niveaux de risque89
Source : Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie, Conseil d?administration du 14 mars 2024, p. 5.
Note : L? « ancien » fonds sera clôturé fin 2043 à l'extinction de la dernière garantie long terme qu'il couvre. Il
continue de couvrir les garanties long terme signées entre 2007 et 2024, cotisation et indemnisation le cas échéant.
88 Cap Gemini, Fonds de garantie géothermie, Adaptation aux objectifs de la PPE 2028, 2021, p. 35.
89 Segment 1 : risque faible, Dogger francilien ; segment 2 : risque moyen, projets réalisés en Ile-de-
France sur d?autres aquifères que le Dogger ou dans d?autres régions (Bassin Aquitain, Hauts-de-France,
Occitanie) à proximité de forages existants ; segment 3 : projets exploratoires réalisés dans des régions mal
connues à ce jour, sans forage géothermique réalisé à proximité.
https://france.representation.ec.europa.eu/informations/aides-detat-la-commission-autorise-un-regime-daides-francais-de-1956-millions-eu-mettant-en-place-un-2023-07-24_fr
https://france.representation.ec.europa.eu/informations/aides-detat-la-commission-autorise-un-regime-daides-francais-de-1956-millions-eu-mettant-en-place-un-2023-07-24_fr
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Outre la couverture du risque géologique au-delà du Dogger francilien, l?essor des
projets de géothermie profonde repose sur le fonds chaleur, qui subventionne les lourds
investissements initiaux.
2.2.2 Le fonds chaleur, un catalyseur de projets
Le fonds chaleur est le principal soutien à l?investissement pour les projets de
géothermie profonde. Créé en 2009, ce fonds subventionne les installations de production de
chaleur, les réseaux de distribution associés, ainsi que les pompes à chaleur destinées à
optimiser la température de l?eau géothermale. Il s?adresse aux collectivités et aux entreprises90.
En complément, certaines collectivités apportent également un soutien financier, notamment la
Métropole du Grand Paris via son fonds énergies instauré en avril 2023.
Les aides du fonds chaleur à la géothermie profonde : opérations éligibles,
conditions d?allocation et modalités d?intervention91
Les projets de géothermie profonde éligibles au fonds chaleur incluent : la création ou l?extension,
de réseaux de chaleur et de froid ; la valorisation thermique de ressources géothermales profondes
(profondeur supérieure à 200 m) ; la réalisation d'un doublet de forages sur un aquifère profond avec
ou sans mise en place d?une pompe à chaleur ; la mise en oeuvre d'une réinjection en aquifère profond
sur une installation existante ; l?ajout d?une pompe à chaleur sur un réseau de chaleur alimenté par
une installation de géothermie profonde existante.
De façon générale, l?aide est accordée au cas par cas, sur la base d?une analyse du coût de revient de
la chaleur renouvelable, comparé à une solution fossile de référence. Elle est attribuée dans la limite
d?une enveloppe budgétaire annuelle, selon les performances techniques, économiques et
environnementales des projets. L?aide n?a pas un caractère automatique : son octroi est conditionné à
une instruction individualisée et au respect de plafonds définis.
Ces aides prennent la forme d?une subvention plafonnée (en euro par MWh de chaleur produite sur
20 ans). Elle a également pris la forme d?une avance remboursable de 2017 à 2019.
Selon l?Ademe, l?aide est intégralement répercutée auprès des abonnés au réseau de chaleur, au
travers d?un terme négatif sur le prix du MWh. Ces modalités sont intégrées dans le cadre des contrats
de délégations de service public.
À ce jour, tous les projets de géothermie profonde ont bénéficié du fonds chaleur. Entre
2015 et 2024, 170,6 M¤ de subventions (hors raccordement au réseau de chaleur) ont soutenu
869,7 M¤ d?investissements pour des projets de géothermie profonde. 92.
Dans son rapport sur le chauffage urbain publié en 2021, la Cour soulignait son rôle
déterminant pour atténuer le principal frein au développement des réseaux de chaleur,
notamment ceux alimentés par géothermie profonde : le poids élevé des investissements
initiaux (cf. infra). Selon l?évaluation du fonds chaleur réalisée par l?Ademe en 2024, le risque
d?effet d?aubaine serait globalement maîtrisé pour l?ensemble des filières, à l?exception de la
géothermie de surface et de la méthanisation. Par ailleurs, pour les réseaux de chaleur, l?absence
de soutien du fonds chaleur entraînerait généralement une dégradation de certains paramètres
90 Source : DGEC.
91 Annexe n°7 : Conditions d?allocation du fond chaleur pour les projets de géothermie profonde.
92 Cour des comptes à partir de données Ademe.
https://www.metropolegrandparis.fr/fr/fonds-energies?utm_source=chatgpt.com
https://ccomptes.fr/fr/publications/le-chauffage-urbain
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du projet, tels qu?une stratégie d?approvisionnement moins décarbonée ou une augmentation
du tarif de vente au détriment des usagers. Toutefois, faute de suivi systématique de la
rentabilité des projets, cette étude repose sur une enquête qualitative (entretiens et sondage
auprès d?un échantillon représentatif de porteurs de projets), sans permettre d?objectiver
pleinement l?effet déclencheur ou d?évaluer de manière précise les éventuels effets d?aubaine,
ni l?impact du soutien sur la rentabilité des projets ou le prix de vente de la chaleur.
La grande majorité des projets soutenus se situe en Île-de-France, qui totalise à elle seule
36 des 43 projets subventionnés par le fonds chaleur depuis 2015. Cette concentration ne résulte
pas d?un biais de sélection par l?Ademe, mais tient au fait que les projets sont majoritairement
développés dans cette région. Pourtant, le BRGM identifie un potentiel géothermique notable
dans d?autres régions, dans le bassin aquitain, ainsi que dans les fossés rhénan, bressan,
rhodanien et en Limagne (cf. supra).
La part du fonds chaleur dédiée à la géothermie profonde demeure relativement limitée.
L?enveloppe actuelle contraint l?Ademe à reporter d?une année sur l?autre l?engagement des
subventions, ralentissant ainsi la mise en oeuvre des projets93. En 2024, sur les 353 M¤ d?aides
attribuées à la production de chaleur (sur un total de 572 M¤ engagés), seulement 64 M¤ ont
été alloués à la géothermie profonde, soit 18 % du total. À titre de comparaison, la biomasse
concentre à elle seule 224 M¤ (63 %), la géothermie de surface 24 M¤ (7 %), et les autres
filières - méthanisation, récupération de chaleur fatale, et solaire thermique - 36 M¤ (12 %)94.
Depuis 2015, la majorité des subventions ont ainsi bénéficié à des projets biomasse (près des
deux tiers en 2024), alors même que cette source d?énergie est délocalisable et que son bilan
carbone demeure nettement moins favorable que celui de la géothermie profonde.
Graphique n° 5 : Montant des aides du fonds chaleur engagées depuis 2015 (en ¤) par type de projet
(distribution et production de chaleur par différentes énergies renouvelables)
Source : Cour des comptes à partir de données Ademe
93 Ademe, Évaluation ex post du fonds chaleur sur la période 2018-2023, 2024, p. 29.
94 Source : Cour des comptes à partir de données Ademe.
https://www.edater.fr/wp-content/uploads/2025/03/eval_fonds_chaleur_-_rapport_synthese.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
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Selon la DGEC et le réseau Amorce, ce déséquilibre s?explique par le choix des
collectivités, qui privilégient des technologies éprouvées, perçues comme moins risquées, et
rapidement déployables. Un forage géothermique, même réussi, entraîne en effet un délai de
réalisation plus élevé que la construction d?une centrale biomasse (près de deux ans pour une
chaufferie bois, contre quatre à six ans pour un projet de géothermie profonde95). Dans ces
conditions, les collectivités privilégient souvent la biomasse au détriment d'autres solutions.
Pour corriger cette tendance, la méthode EnR?choix (cf. annexe n°3), développée dès
2014 en Île-de-France et intégrée aux critères d?éligibilité nationaux au fonds chaleur en 2024,
incite les porteurs de projet à envisager d?autres énergies renouvelables, dont la géothermie
lorsqu?elle est géologiquement accessible. Dans son rapport sur le chauffage urbain publié en
2021, la Cour avait déjà recommandé de conditionner les aides du fonds chaleur à la réalisation
d?un diagnostic multi-énergie pour inciter les élus locaux à intégrer cette approche dans la
planification territoriale des réseaux de chaleur. Dans cette perspective, la mission
d?information de l?Assemblée nationale de 2024 avait préconisé d?inscrire les objectifs en
matière de développement de la géothermie profonde dans les plans climat-air énergie
territoriaux. De même, le réseau Amorce estime nécessaire d?intégrer la géothermie dans les
futurs plans d?actions de chaleur et de froid, rendus obligatoires, par la loi du 30 avril 2025,
pour la métropole de Lyon et les établissements publics de coopération intercommunale à
fiscalité propre comptant au moins une commune de plus de 45 000 habitants. Leur contenu et
les modalités d?application doivent être définis par voie règlementaire.
À budget donné, de telles dispositions devraient contribuer à orienter les aides du fonds
chaleur vers les projets de géothermie. Elles ne sauraient toutefois réduire les risques élevés,
les délais de réalisation plus longs et les coûts d?investissement initiaux importants qui
caractérisent ces projets (cf. infra), en particulier par comparaison avec les chaufferies bois.
2.2.3 Un prix de la chaleur compétitif face à la hausse des énergies fossiles, grâce
aux soutiens publics
Les différentes sources d?énergie susceptibles d?alimenter un réseau de chaleur sont en
concurrence. Afin d?attirer un nombre maximal d?abonnés, l?exploitant privilégiera
généralement celle qui permet de proposer le prix de vente le plus compétitif.
À cet égard, contrairement à l?électricité, les prix de la chaleur distribuée par les réseaux
ne sont pas soumis à des tarifs réglementés96. Ils sont fixés par contrat entre l?exploitant du
réseau et ses clients (bailleurs, copropriétés, entreprises). Le réseau est le plus souvent exploité
dans le cadre d?une délégation de service public : la collectivité locale, propriétaire, en confie
l?exploitation à un opérateur, qui se rémunère directement auprès des abonnés par la vente de
chaleur, selon des tarifs encadrés par le contrat de délégation. Le prix de vente comprend une
part fixe (l?abonnement), couvrant les coûts d?investissements, et une part variable, dépendant
95 Ademe, Énergies renouvelables : le bois énergie, 2023, p. 4 ; Ademe, Énergies renouvelables : la
géothermie profonde, 2023, p. 4.
96 CGDD, Les réseaux de chaleur : quels prix pour le consommateur ? Datalab, 2016, p. 1.
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000051539193
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
45
de la consommation d?énergie de l?abonné et du prix des énergies. L?exploitant du réseau de
chaleur n?est pas nécessairement le porteur du projet de doublet géothermal97.
Les énergies fossiles utilisées pour alimenter les réseaux de chaleur ont vocation à
disparaître. La stratégie nationale bas carbone prévoit en effet de décarboner les consommations
résiduelles de gaz d?ici à 2050. En conséquence, des objectifs ambitieux de livraison de chaleur
renouvelable et récupérable ont été fixés par le projet de PPE 398. Ces énergies fossiles sont
également taxées, soit directement, soit indirectement via le système d?échange de quotas
d?émission. À l?inverse, les réseaux alimentés à plus de 50 % par des énergies renouvelables et
récupérables, dits « vertueux », bénéficient d?une TVA réduite99 et du fonds chaleur qui,
intégralement répercuté auprès des abonnés100, permet une réduction du prix de la chaleur de
plusieurs euros par MWh101. Entre 2015 et 2020, ces réseaux « vertueux » affichaient des prix
de vente supérieurs à ceux alimentés par du gaz en cogénération102. Toutefois, cette tendance
s?est inversée à partir de 2021, dans un contexte de forte hausse des prix du gaz sur les marchés
européens. Bien que les réseaux vertueux aient également enregistré une augmentation
significative de leurs tarifs, l?inflation, avant application des boucliers tarifaires, est restée plus
contenue que pour les réseaux alimentés principalement par du gaz103.
Graphique n° 6 : Évolution du prix de vente moyen (hors taxe et hors bouclier tarifaire) de la
chaleur de 2015 à 2023 en fonction de l'énergie majoritaire utilisée par le réseau (¤/MWh)
Source : Cour des comptes à partir des enquêtes annuelles sur le prix de vente de la chaleur d?Amorce
97 Exemple d?un doublet réalisé en 2018 sur la commune de Cachan, dans le cadre d?une délégation de
service public : Dalkia a réalisé et exploite le doublet. Dalkia exploite également le réseau de chaleur alimenté.
98 Alors que la quantité de chaleur renouvelable et récupérable livrée par les réseaux de chaleur s?élevait
à 17 TWh en 2022, les objectifs fixés par le projet de PPE 3 sont de : 39,5 TWh en 2030 et 54,5 TWh en 2035
(seuil bas), 51 TWh en 2030 et 72 TWh en 2035 (seuil haut).
99 Article 278-0 bis du code général des impôts, modifié par la loi de finances pour 2019.
100 Selon l?Ademe, l?aide du fonds chaleur est intégralement répercutée auprès des abonnés, via un terme
négatif sur le prix du MWh. Cette clause est présente dans les contrats de délégation de service public.
101 Amorce, Enquête annuelle prix de vente de la chaleur et du froid, 2025 p. 17
102 Selon le site d?information Connaissance des énergies, la catégorie « gaz naturel en cogénération »
renvoie à la production et l?utilisation simultanée d?électricité et de chaleur à partir de gaz au sein de la même
installation.
103 Amorce, Enquête annuelle prix de vente de la chaleur et du froid, 2018 à 2025.
https://concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr/sites/default/files/2024-11/241104_Projet%20de%20Programmation%20pluriannuelle%20de%20l%27%C3%A9nergie%203%20VFF.pdf?utm_source=chatgpt.com
https://www.lemondedelenergie.com/dalkia-geothermie/2018/03/06/?utm_source=chatgpt.com
https://www.edf.fr/collectivites/engager-votre-transition-energetique/references-et-realisations/premier-forage-sub-horizontal-pour-le-reseau-de-chaleur-de-cachan?utm_source=chatgpt.com
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041823190/2022-01-01
https://www.connaissancedesenergies.org/questions-et-reponses-energies/quest-ce-que-la-cogeneration
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
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Note : le prix de vente correspond à la facture énergétique (part fixe + part variable) ramenée aux MWh livrés en
sous-station, il n?intègre pas les coûts liés au réseau secondaire.
Dans le cas des réseaux utilisant majoritairement de la géothermie, l?impact des coûts
variables est plus limité que pour l?ensemble des réseaux, en raison d?une part fixe plus élevée
dans le prix de vente (56 % en 2023, contre 40 % en moyenne). Cette spécificité, garantissant
une plus grande stabilité de prix, s?explique par les investissements importants nécessaires à la
valorisation de la ressource104. Si cet avantage semble avoir été atténué en 2021 et 2022 par la
hausse du prix de l?électricité, indispensable au fonctionnement des installations de géothermie,
le coût réel supporté par les abonnés, une fois le bouclier tarifaire sur l?électricité appliqué,
pourrait, selon Amorce, être inférieur de 20 à 25 % au prix de vente hors bouclier tarifaire105,
plaçant ainsi la géothermie à un niveau compétitif par rapport aux autres énergies renouvelables
et récupérables, y compris en 2021 et 2022.
Dans un contexte de forte volatilité des prix des énergies fossiles, les soutiens publics
permettent donc aux réseaux de chaleur majoritairement alimentés par des énergies
renouvelables et de récupération de maintenir des tarifs compétitifs face à ceux reposant
principalement sur le gaz naturel.
Cependant, le rythme de développement des projets de géothermie profonde demeure
inférieur à la trajectoire nationale, en raison de nombreux freins opérationnels.
2.3 Les freins au développement à lever
L?atteinte de l?objectif fixé par le projet de PPE 3 ? 6 TWh de chaleur géothermique
produite par géothermie profonde en 2030 (contre 2,26 TWh en 2023) ? suppose un
changement d?échelle. La montée en puissance de la géothermie profonde reste freinée par des
obstacles économiques, administratifs et environnementaux, conditionnant sa faisabilité et sa
rentabilité.
2.3.1 Des obstacles économiques persistants, notamment dans les zones géologiques
moins explorées
Les projets de géothermie profonde se caractérisent par des investissements initiaux très
élevés, notamment pour les opérations de forage, dont le coût peut atteindre entre 11 et 16 M¤
pour un doublet géothermique (hors réseau de chaleur)106. Ces dépenses, engagées avant toute
mise en production, constituent une contrainte majeure, en particulier pour les porteurs de
projets de taille modeste. À cette contrainte financière s?ajoute l?incertitude liée à la ressource
géologique, qui demeure elle aussi un frein important au développement de la filière.
104 Amorce, Enquête annuelle prix de vente de la chaleur et du froid, 2018 à 2025.
105 Selon Amorce, les boucliers tarifaires ont été appliqués directement sur les factures pour les
consommateurs individuels, alors que, pour les réseaux de chaleur, les régulations s?appliquent encore en 2025,
avec un décalage temporel important entre la consommation d?énergie concernée et l?impact réel sur la facture.
106 Ademe, Énergies renouvelables : la géothermie profonde, juin 2023, p. 1
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
47
Pour dépasser ces obstacles économiques, il apparaît nécessaire d?évaluer précisément
le coût actualisé de production de chaleur sur l?ensemble de la durée de vie des installations
(2.3.1.1.), afin d?identifier les mécanismes de soutien public les plus adaptés (2.3.1.2.). Il
importe également de clarifier la doctrine de couverture des risques (2.3.1.3.) et de renforcer la
connaissance du sous-sol (2.3.1.4.).
2.3.1.1 Un préalable : une appréhension plus juste du coût actualisé de production de
chaleur sur la durée de vie de l?équipement
Le coût actualisé de production de chaleur sur la durée de vie de l?équipement (LCOE
est un indicateur clé pour apprécier dans le temps et comparer la compétitivité des différentes
filières). Il permet en effet de calculer le prix de l?énergie produite par différentes technologies,
en prenant en compte tous les coûts actualisés de production d?énergie sur la durée de vie de
l?équipement : les coûts liés à l?installation et l?exploitation de l?actif sur toute sa durée de vie,
incluant les dépenses d?investissement (CAPEX), les coûts d?exploitation et de maintenance
(OPEX) et, le cas échéant, les éventuels coûts de raccordement et de démantèlement. Ces coûts
sont actualisés pour être exprimés à la date de mise en service de l?installation.
À partir de cet indicateur, l?étude de l?Ademe sur l?évolution des coûts des énergies
renouvelables souligne la très grande compétitivité des projets de géothermie profonde sur le
long terme malgré des coûts d?investissement initiaux élevés :en 2022, le LCOE moyen, calculé
pour une durée de vie de 20 ans, s?élevait à 29 ¤ HT/MWh, contre 76 ¤ HT/MWh pour une
chaudière au gaz et 108 ¤ HT/MWh pour une centrale biomasse raccordée à un réseau de
chaleur, pour une puissance installée équivalente. Selon l?Ademe et la DGEC, le LCOE moyen
de la géothermie présenté dans cette étude est toutefois largement sous-estimé. Sur la base d?une
évaluation actuellement menée avec le laboratoire d?économie d?Orléans, le BRGM estime
d?ailleurs qu?il pourrait plutôt se situer entre 65 et 70 ¤ HT/MWh, hors coûts de raccordement,
pour un projet de 12 MW et une profondeur moyenne de forage de 1 500 m. En tout état de
cause, il convient d?attendre la prochaine édition de l?étude sur l?évolution des coûts des
énergies renouvelables, prévue en 2026, pour mettre à jour cet indicateur et en tirer des
enseignements sur la compétitivité de la géothermie profonde par rapport aux autres filières.
Tableau n° 5 : Évolution des coûts actualisés de production de chaleur pour le collectif et le tertiaire
sur la durée de vie de l?équipement
Source : Ademe
Note : Le LCOE ne prend pas en compte les coûts de réseau, coûts des centrales d?appoint, coûts d?équilibrage.
Il est calculé sur la base des coûts des filières et ne prend pas en compte les aides publiques ou les CEE (exception
faite des filières ayant bénéficiées des boucliers tarifaires sur le gaz et l?électricité à partir de 2021 et 2022). Pour
les centrales géothermiques profondes, il est calculé pour des installations avec pompe à chaleur.
https://www.connaissancedesenergies.org/sites/connaissancedesenergies.org/files/pdf-actualites/evolution-cout-energies-renouvelables-et-recuperation-entre-2012-2022-rapport-final_web.pdf
https://www.connaissancedesenergies.org/sites/connaissancedesenergies.org/files/pdf-actualites/evolution-cout-energies-renouvelables-et-recuperation-entre-2012-2022-rapport-final_web.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
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Plus largement, la méthode de calcul retenue par l?Ademe dans cette étude souffre de
nombreuses imprécisions : pour la géothermie profonde, les CAPEX y sont surestimés
d?environ 50 % et les coûts de raccordement ne sont pas intégrés ; pour l?ensemble des filières,
les hypothèses de calcul des taux d?actualisation ne sont pas explicitement détaillées et la prise
en compte des risques propres à chaque filière n?est pas clairement décrite.
Dans ces conditions, la Cour regrette que l?Ademe publie des données inexactes,
faussant ainsi l?analyse de la rentabilité économique des projets, l?évaluation comparative de la
compétitivité des filières et l?allocation des soutiens publics. Il devient donc urgent de renforcer
la rigueur de cette étude consacrée au coût des EnR et sa méthode de calcul des LCOE, en
intégrant pour toutes les filières les mêmes postes de coûts, notamment les coûts de distribution,
en précisant de façon transparente les hypothèses d?actualisation, en explicitant la manière dont
les risques sont pris en compte (primes de risque, dépenses d?investissement), et en présentant
les LCOE sous forme de fourchettes afin de refléter la dispersion des valeurs. Dans cette
perspective, l?étude conduite par le BRGM et le laboratoire d?économie d?Orléans peut
constituer une source d?inspiration pertinente.
Une estimation plus robuste des LCOE permettra ainsi de comparer le mérite relatif des
différentes filières et d?éclairer la pertinence et la place respective des différents instruments de
soutien financier.
2.3.1.2 Réexaminer la place respective des différents soutiens financiers
Le principal instrument public mobilisé pour soutenir le poids des investissements
initiaux est le fonds chaleur, qui a subventionné entre 3 et 5 projets par an depuis 2015 (cf.
supra). Pour tenir les objectifs du projet de PPE 3, le rythme de réalisation doit être
sensiblement accru, afin de mettre en service entre 6 et 10 doublets géothermiques par an d?ici
2030. Selon les estimations de la Cour, cela supposerait un niveau de subvention annuelle, pour
la production et la distribution de chaleur, compris entre 96 et 200 M¤, en fonction de différents
scénarios d?évolution des montants unitaires de subvention et de productivité des gisements (cf.
annexe 6). De son côté, l'Ademe évalue le besoin à 84 M¤ dès 2025, puis à 192 M¤ par an au-
delà. Ce niveau de soutien contraste avec les engagements du fonds chaleur pour la géothermie
profonde en 2023 (28 M¤ dont 16 M¤ pour la production) et en 2024 (107 M¤ dont 64 M¤ pour
la production)107.
Cependant, la mobilisation du fonds chaleur sous forme de subventions peut être
interrogée au regard de la rentabilité observée des opérations de géothermie profonde, les
subventions se justifiant surtout lorsque les projets présentent un déficit de rentabilité par
rapport aux solutions de référence. D?autres outils financiers pourraient être envisagés. L?aide
du fonds chaleur pourrait par exemple être attribuée sous forme d?avance remboursable, comme
cela a été pratiqué entre 2017 et 2019108. Par ailleurs, les prêts bonifiés ou les prises de
participation de la Banque des territoires pourraient être davantage mobilisés. Le recours à ces
instruments, principalement utilisés en phase de réalisation et rarement en phase de
développement, demeure en effet limité. Sur les cinq dernières années, seuls quatre projets de
107 Calculs de la Cour des comptes à partir de données Ademe.
108 Annexe n°7 : Conditions d?allocation du fonds chaleur pour la géothermie profonde depuis 2015.
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
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géothermie profonde ont été soutenus par des prêts et deux par des fonds propres109. Le syndicat
des énergies renouvelables estime que les conditions de financement proposées par la Banque
des territoires sont à la fois insuffisamment connues et peu attractives. Dans ce contexte,
plusieurs acteurs du secteur (le syndicat des énergies renouvelables, l?AFPG, Idex)
recommandent, dans leur contribution à la mission lancée par le Premier ministre sur la
géothermie en mai 2025, la mise en place de dispositifs plus incitatifs : prêt à taux zéro, bonifié,
ou avance remboursable.
Comme pour la géothermie de surface, il apparaît nécessaire d?identifier les conditions
permettant une meilleure intégration des outils existants dans les stratégies de financement des
projets, voire de les adapter pour répondre plus efficacement aux besoins des porteurs de projet.
Dans cette perspective, il serait utile de réaliser un bilan approfondi des projets soutenus par le
fonds chaleur afin de mesurer leur rentabilité et d?éclairer l?opportunité, selon les cas, de
recourir aux instruments financiers de la Banque des territoires, de verser l?aide du fonds
chaleur sous forme d?avance remboursable, voire d?abaisser en contrepartie le taux de
subvention. Le coût budgétaire serait très limité, voire négatif en cas de substitution, même
partielle, à la subvention du fonds chaleur.
Enfin, une fois ces évolutions mises en oeuvre, la Cour invite à ce que les règles de
soutien soient stabilisées afin d?offrir plus de visibilité aux porteurs de projets. Les incertitudes
liées à la programmation annuelle du fonds, votée en loi de finances, ainsi que les nombreuses
évolutions des barèmes et des conditions d?attribution nuisent en effet à la lisibilité et à la
confiance des investisseurs110. Depuis 2015, les règles de soutien ont évolué chaque année, qu'il
s'agisse des plafonds retenus, de la nature de l'aide (subvention ou avance remboursable) ou des
modalités de calcul111.
2.3.1.3 Mieux préciser la doctrine de couverture des risques
Le fonds de garantie a été réaménagé en 2024 pour favoriser l?émergence de projets en
région parisienne sur d?autres aquifères et dans d?autres zones géographiques encore peu
explorées. La logique retenue a été d?étendre les secteurs couverts par le fonds de garantie, ce
qui a conduit à une hausse des ressources autorisées par la Commission européenne, désormais
fixées à 195,6 M¤ sur 2024-2033, dont une contribution maximale de l?Ademe de 140 millions
d'euros (cf. supra). La part attendue des cotisations des porteurs de projet a toutefois été revue
à la baisse (passant de 19,4 M¤ sur 53 M¤ sur 2007-2023 à 55,6 M¤ sur 195,6 M¤ sur 2024-
2033). La contribution de la région Île-de-France a par ailleurs été supprimée alors que le
développement de la géothermie profonde concerne encore principalement ce territoire.
En outre, la doctrine de couverture des risques entre les différents niveaux de risque
n?est toujours pas établie. Les modalités d?allocation du fonds dans ces segments ne sont ni
109 Annexe n°8 : Projets de géothermie soutenus par la Banque des territoires.
110 Source : Engie, Note de synthèse, juin 2025, p. 10 ; Contributions d?Idex, Arverne Group à la mission
lancée par le Premier ministre, mai 2025 ; Amorce, Enquête géothermie, juin 2025, p. 4
111 Annexe n°7 : Conditions d?allocation du fonds chaleur pour la géotherme profonde, depuis 2015.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
50
stabilisées ni arbitrées par les instances de gouvernance présidées par l?Ademe112. Selon
l?agence, une étude en cours doit éclairer ces choix en analysant plusieurs scénarios et leur
impact budgétaire. Afin d?éviter la concentration du fonds de garantie sur les projets à fort
niveau de risque, certains acteurs préconisent de réserver le fonds de garantie aux projets centrés
sur la production de chaleur et suggèrent d?éviter les conflits d?usage avec les projets combinant
chaleur et autres valorisations. Sur ce point, l?Ademe précise que les projets associant chaleur
et extraction du lithium ne pourront bénéficier du fonds de garantie que pour la part liée à la
production de chaleur, sous réserve que les caractéristiques de débit et de température soient
adaptées à cette finalité. Le débit garanti devrait rester inférieur à celui requis pour maximiser
la récupération de lithium, ce qui limiterait mécaniquement l?exposition au risque pour le fonds.
En tout état de cause, les modalités d?allocation du fonds auront un impact direct sur la
répartition territoriale des projets et sur son équilibre financier. La Cour recommande donc de
définir sans attendre la doctrine d?allocation du fonds de garantie en tenant compte du niveau
de risque des projets. Il conviendra d?assurer une répartition équilibrée entre les différents
segments de risque, sans exclure le cas échéant, le soutien à des projets de co-production lorsque
leur niveau de risque demeure maîtrisé, ni celui à quelques projets stratégiques relevant du
segment 3 (risque fort), dans des zones à fort potentiel de développement de la filière.
Recommandation n° 2. (Ademe, 2026) Définir la doctrine d?allocation du fonds de
garantie en tenant compte du niveau de risque des projets de géothermie profonde
2.3.1.4 Une connaissance du sous-sol à améliorer pour réduire les incertitudes liées à la
ressource
La quantité et la qualité de la ressource géothermique (température, débit, perméabilité
du sous-sol) ne peuvent être pleinement évalués qu?après forage, notamment en dehors du
Dogger où le sous-sol est moins précisément caractérisé. Cette incertitude géologique est
d?autant plus problématique que, pour garantir la rentabilité du projet, les forages doivent être
situés à proximité de besoins en chaleur identifiés en surface. L?amélioration de la connaissance
du sous-sol permet toutefois de réduire ces incertitudes et même d?envisager, dans certains cas,
un déclassement de segment de risque du fonds de garantie (cf. supra).
À cet effet, le plan d?action national pour la géothermie lancé en 2023 prévoit la
réalisation d?un inventaire national de la ressource géothermale, décliné à l?échelle régionale,
par le BRGM, avec le soutien financier de l?Ademe113. Cet inventaire s?appuie sur des données
sismiques existantes, issues notamment d?anciennes campagnes de prospection pétrolière, et
sur de nouvelles acquisitions de données, dans l?ouest et le sud de l?Île-de-France (Géoscan
112 Le fonds est régi par deux instances : le comité décisionnel qui instruit les demandes de garantie et
réunit DGEC, Ademe, SAF Environnement, directions régionales de l?environnement et de l?aménagement,
Fedene, AFPG, Association des maîtres d?ouvrage public en géothermie (Agemo), ainsi que des représentants du
conseil régional d?Île-de-France pour les dossiers franciliens ; le comité stratégique, nouvellement créé, qui fixe
les orientations et rassemble DGEC, Ademe, SAF Environnement, BRGM, Fedene, AFPG, Agemo, SER et
Amorce. La voix du BRGM n?y est que consultative.
113 Convention de subvention entre la DGEC et le BRGM, 30 juillet 2024.
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/20231222_DP_Plan-action-geothermie%20v2.pdf
https://www.geothermies.fr/geoscan-idf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
51
« Île-de-France »114) et sur le département des Bouches du Rhône et la métropole Aix-
Marseille-Provence (Géoscan « Arc »). Selon le comité de suivi du plan d?action national
géothermie du 31 janvier 2025, cette action ne présente pas de difficultés dans la mise en oeuvre.
D'ici décembre 2025, des cartes caractérisant le potentiel de la ressource sur les aquifères du
Centre-Val de Loire et des Hauts-de-France-Picardie devraient être diffusées. En 2026, ces
travaux devraient être présentés aux parties prenantes, notamment avec les collectivités, dans
le cadre d?un séminaire. Selon le BRGM, les campagnes de prospection locales seront
prolongées en 2026 et pourraient être étendues à deux nouvelles régions
Pour aller plus loin, le partage des données géologiques collectées par les porteurs de
projets, à échelles plus fines, est, comme pour la géothermie de surface, déterminant pour
réduire les incertitudes et mutualiser les connaissances. En effet, à chaque étape, de nombreuses
données sont recueillies pour caractériser les paramètres hydrauliques et thermiques de la
ressource115 : en phase d?étude amont, des données dites « géophysiques » sont obtenues sans
forage ; les phases d?exploration et d?exploitation permettent d?affiner cette connaissance grâce
aux mesures directes issues des puits.
Or, à l?exception de certaines données collectées par le BRGM et accessibles en ligne
au bout d?un an au travers de la base de données Sybase116, ces données sont tenues
confidentielles pendant dix ans au titre de l?article L. 413-1 du code minier. Afin d?envisager
un partage plus rapide, des discussions sont en cours avec les acteurs du secteur concernant les
modalités de partage, les délais, et les données concernées : certains expriment des réticences,
craignant un partage trop ouvert de données coûteuses. Certains porteurs de projets privilégient
plutôt un partage encadré, au travers de programmes de recherche à visée scientifique menés à
l?échelle de territoires spécifiques. À l?inverse, d?autres maîtres d?ouvrage plaident pour un
délai réduit à un an pour les données de puits et à trois ans pour les données géophysiques.
Sous réserve que ces données soient effectivement mises à disposition, un abaissement
du délai de confidentialité permettrait d?accélérer la consolidation de la connaissance du sous-
sol grâce à des données complémentaires de celles produites par le BRGM, plus précises et à
l?échelle plus fine du projet, et de réduire ainsi les risques liés à la ressource. Il est d?autant plus
justifié lorsque ces données ont été collectées dans le cadre de travaux financés par des
subventions publiques. L?objectif est de limiter les barrières à l?entrée, de renforcer la
concurrence, et d?encourager de nouveaux projets, notamment portés par des collectivités
locales, dans des zones encore peu explorées. Pour ces raisons, la Cour invite à abaisser le délai
de confidentialité des données du sous-sol.
Les avantages attendus sont tels que le projet de loi « diverses dispositions d?adaptation
au droit de l?Union européenne » (DDADUE), déposé au Sénat en novembre 2025 et présenté
au parlement début 2026, prévoit de réduire ce délai à cinq ans pour les données géophysiques
et à un an pour les données de puits. Il s?inspire d?exemples internationaux comme l?Australie,
où la confidentialité est limitée à deux ans dans un contexte d?exploration et de production
dynamique.
114 Convention passée entre l?Ademe, le BRGM et la région Ile-de-France, novembre 2023.
115 BRGM, Ademe, La géothermie et les réseaux de chaleur. Guide du maître d?ouvrage, 2010, p. 35.
116 L?article L. 211-10 du code de l?environnement prévoit une exception à l?interdiction de publication
prévue par l?article L. 413-1 du code minier concernant les données « intéressant la recherche, la production ou le
régime des eaux souterraines ». Pour bénéficier du Fonds Chaleur, l?Ademe demande aux opérateurs de fournir
les données sur les puits de géothermie profonde, en vue de renseigner Sybase.
https://www.geothermies.fr/geoscan-idf
https://www.geothermies.fr/geoscan-arc
http://sybase.brgm.fr/sybase
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000023505836
https://www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl25-118.html
https://www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl25-118.html
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000023491004
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
52
En complément, à compter de septembre 2025, une clause prévoyant un délai de
confidentialité de trois ans pour les données géophysiques sera intégrée, selon l?Ademe, dans
les conventions passées avec les porteurs de projet pour le fonds de garantie « court terme
études ».
2.3.1.5 Une filière qui devra s?adapter à la hausse prévisible des besoins
Le BRGM qualifie la filière de la géothermie profonde de « mature », un constat déjà
formulé par la PPE en 2016. Celle-ci dispose aujourd?hui d?un socle industriel capable de
soutenir le rythme actuel de développement des projets117 (3 à 5 par an depuis 2015). Selon
Engie, les porteurs de projet parviennent à mobiliser les compétences et les équipements
nécessaires sous réserve d?une bonne anticipation des investissements.
Cette structuration s?appuie notamment sur la création, depuis 2014, d?un comité
technique dédié à la géothermie profonde, piloté par l?Ademe, le BRGM et l?AFPG. Réunissant
régulièrement les principaux acteurs de la chaîne de valeur (bureaux d?études, foreurs,
exploitants, équipementiers, organismes publics), ce groupe de travail, qui se réunit chaque
année, a élaboré des fiches de bonnes pratiques sur le forage, l?entretien et l?abandon des puits.
Il a récemment élargi ses travaux à des projets hors du bassin parisien et du Dogger118. En
complément, des guides de « bonnes pratiques » ont été publiés en 2019 et en 2023 par le
BRGM pour accompagner les porteurs de projets dans la conception et la réalisation
d?installations de géothermie profonde. Selon le BRGM, ces guides sont régulièrement mis à
jour en fonction des évolutions de la filière, des besoins et des sinistres observés.
Pour autant, cette dynamique reste fragile. Selon le syndicat des énergies renouvelables,
l?AFPG, Arverne group (l?une des principales entreprises françaises de forage), la principale
difficulté concerne la disponibilité, mais aussi l?autorisation d?employer une main-d?oeuvre
qualifiée, disposée à travailler en phase de travaux en horaires décalés, au-delà de la limite
légale de 48 heures hebdomadaires. Les opérations de forage nécessitent en effet un
fonctionnement continu des machines de forage, pour garantir le bon déroulement des travaux,
optimiser leur rendement et les délais d?exécution. À ce jour, les entreprises de forage
s?appuient sur des dérogations temporaires de 3 mois pour dépasser la durée maximale de
travail, sans garantie de renouvellement. Dans ces conditions, les acteurs de la filière plaident
pour une adaptation de la réglementation du temps de travail, sur le modèle des régimes
dérogatoires appliqués dans d?autres secteurs. Le dossier de presse lié à l?intervention du
Premier ministre du 19 juin 2025 y faisait référence.
En tout état de cause, les ambitions du projet de PPE 3, correspondant à la réussite de 6
à 10 opérations par an d?ici 2030 (cf. supra), rendent nécessaires un renforcement des capacités
humaines pour le forage et une augmentation de quelques unités du nombre de machines de
forage disponibles119. La mission d?information de l?Assemblée nationale de 2024 confirme ces
besoins et souligne la nécessité « de répondre au manque de foreurs en France » et d?assurer
« la disponibilité des outils et machines de forage en quantité suffisante ». Elle recommande
117 Arverne group, Contribution à la mission géothermie lancée par le Premier ministre, mai 2025, p. 7.
118 AFPG, Étude de filière 2023, 2023, p. 54.
119 Engie Solutions, Note de synthèse, juin 2025, p. 5 ; Arvern Group, Contribution à la mission
commando géothermie lancée par le Premier ministre, mai 2025, p. 7 ; AFPG, Note, juin 2025, p. 5.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000006195764?isSuggest=true&anchor=LEGISCTA000033020420#LEGISCTA000033020420
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000006195764?isSuggest=true&anchor=LEGISCTA000033020420#LEGISCTA000033020420
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2023/10/AFPG_Etude-filiere-2023.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
53
également de « renforcer la montée en compétences des services de l?État responsables de
l?instruction, de l?autorisation et du contrôle des opérations de géothermie profonde ».
2.3.2 Des lenteurs administratives qui risquent de se renforcer
La réalisation d?un projet de géothermie profonde s?inscrit dans un processus long,
encadré par le code minier. Selon l?Ademe, la durée du développement d?un projet, des
premières études à la mise en exploitation, est comprise entre 4 et 6 ans (contre 1 à 3 ans pour
la biomasse ; 1 à 3 ans et demi). Ces délais nuisent à la compétitivité de la filière.
Selon les articles L. 124-1-2 et L. 134-1-1 du code minier, tout porteur de projet (hors
géothermie de minime importance), doit obtenir deux titres miniers distincts : un d?exploration
(autorisation de recherche ou permis exclusif de recherche120), et un d?exploitation (permis
d?exploitation ou concession). Ces titres sont délivrés après mise en concurrence, au terme
d?une procédure incluant une enquête publique préalable (sauf pour le titre d?exploitation
lorsque la demande est déposée avant l?expiration de l?autorisation de recherches, dans
certaines conditions précisées à l?article L. 134-9). Leur obtention ne donne pas droit à réaliser
les travaux : au titre de l?article L. 162-3, les travaux de recherches et d?exploitation sont en
effet soumis à autorisation environnementale, selon une procédure distincte (cf. 3ème étape du
schéma n°2)121.
Schéma n° 2 : Les étapes d?un projet de géothermie profonde
Source : Ademe, Énergies renouvelables : la géothermie profonde, juin 2023, p. 4.
120 Pour l?exploration, le porteur de projet a le choix entre 2 titres : 1) une autorisation de recherches
encadrée par l?article L.124-3 du code minier, qui détermine l?emplacement des forages que le titulaire est habilité
à entreprendre, ou le tracé d?un périmètre à l?intérieur duquel les forages peuvent être exécutés ; elle est accordée
par arrêté préfectoral pour une durée d?au plus 3 ans, non renouvelable ; 2) un permis exclusif de recherches
encadré par l?article L.124-2-1 du code minier, qui confère l?exclusivité du droit d?effectuer tous travaux de
recherches dans un périmètre défini et de disposer librement des substances extraites à l?occasion des recherches
et des essais ; il est accordé par arrêté ministériel pour une durée d?au plus 15 ans.
121 Décret du 28 mars 1978 abrogé et remplacé par le décret du 27 août 2025.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849044
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038839006
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849153
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045577080
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849093
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849063
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000864366/
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000052144974/2025-08-29
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
54
Note : Selon l?AFPG, la durée de 20 ans pour l?exploitation correspond à la durée de délégation de service public.
Mais la durée d?exploitation est plutôt de 30 ans pour le permis d?exploitation et de 50 ans pour une concession.
Ces procédures administratives sont complexes et leurs délais particulièrement longs.
Pour y remédier, plusieurs réformes ont été engagées depuis 2022. L?ordonnance du 13 avril
2022 a porté de 10 à 15 ans la durée maximale d?un PER afin de donner plus de visibilité aux
porteurs de projet122. Elle a également intégré l?autorisation de travaux miniers dans le cadre
plus large de l?autorisation environnementale afin de « faciliter la vie des entreprises sans
régression de la protection de l?environnement »123 en harmonisant les procédures d?instruction
liées aux sites miniers et aux installations classées pour la protection de l?environnement.
Pour réduire les délais, la loi du 23 octobre 2023 relative à l?industrie verte et son décret
d?application du 6 juillet 2024 ont instauré une procédure dite « parallélisée ». Depuis le 22
octobre 2024, celle-ci permet la conduite simultanée de l?examen du dossier d?autorisation
environnementale et de la consultation du public, dans un délai de 3 mois maximum. Toutefois,
cette simplification ne s?applique pas à l?ensemble des démarches d?autorisation liées aux
projets de géothermie : la demande de titre minier demeure exclue du champ de l?autorisation
environnementale et reste donc soumise à enquête publique, sans bénéficier de la consultation
du public parallélisée. En pratique, l?objectif de réduction des délais n?est pas atteint.
Dès lors, les acteurs de la filière continuent d?alerter sur la longueur des démarches
administratives, et proposent d?étendre aux titres miniers la parallélisation des procédures avec
la consultation du public pour viser ainsi une réduction des délais d?instruction à 6-9 mois. Ils
relèvent également un autre frein structurel majeur : la surcharge des services instructeurs, qui
entraîne des retards significatifs, susceptibles de s?accentuer avec les procédures parallélisées.
Pour répondre à ces enjeux, le plan d?action national géothermie de 2023 prévoit que
soient analysées ces procédures afin d?identifier des leviers d?optimisation. Cependant, des
décisions récentes du Conseil d?État conduisent à allonger les délais d?instruction, celui-ci ayant
jugé que le permis exclusif de recherches doit désormais faire l?objet d?une évaluation
environnementale. Par un arrêt du 12 juillet 2024, dit « mine d?or », le Conseil d?État a en effet
considéré que toute décision d?octroi, d?extension ou de prolongation d?une concession minière
relève de la directive 2001/42/CE dite « Plans et programmes », impliquant la réalisation d?une
évaluation environnementale. Selon la DGEC, le Conseil d?État, consulté à l?été 2025 dans le
cadre de la réforme du code minier, a étendu cette interprétation au permis exclusif de
recherches, désormais considéré lui aussi comme un plan ou programme au sens de la directive,
alors que la procédure d?obtention d?un PER ne comportait jusqu?à présent qu?une enquête
publique préalable (cf. supra).
En tout état de cause, la complexité et la durée des démarches administratives peuvent
dissuader les collectivités locales de s?engager dans des projets de géothermie profonde pour la
décarbonation de leur réseau de chaleur.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
La géothermie profonde calogène est une ressource locale, décarbonée, compétitive sur
le long terme. Son développement repose sur des savoir-faire éprouvés et une viabilité
122 Article L. 124-2-3 du code minier modifié par l?article 10 de l'ordonnance du 13 avril 2022.
123 Exposé des motifs de l?ordonnance du 13 avril 2022.
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000045570550
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000045570550
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000048243232?init=true&page=1&query=article+4+de+la+loi+n%C2%B0+2023-973+du+23+octobre+2023+&searchField=ALL&tab_selection=all
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000049893436/?isSuggest=true
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000049893436/?isSuggest=true
https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000050037785
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000706012/
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045589599
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000045572431/2022-04-15
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.2%20Les%20freins%20administratifs/2022-02-17%20Note%20de%20pr%C3%A9sentation%20ordonnance_.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
55
économique, notamment pour l?alimentation des réseaux de chaleur urbains. Pourtant, malgré
un potentiel couvrant près de 30 % du territoire, elle reste concentrée en Île-de-France, qui
compte la plus forte densité d?opérations en Europe grâce à l?exploitation de l?aquifère du
Dogger. Cette implantation résulte d?une conjonction de facteurs favorables : soutiens publics
bonifiés, géologie propice, connaissance approfondie du sous-sol, contrastant avec d?autres
aquifères encore peu, voire pas encore, exploités.
Les soutiens budgétaires (fonds de garantie, fonds chaleur), qui ont atteint près de
123 M¤ en 2024, ont permis de relancer l?activité à partir de 2008, principalement en Île-de-
France où la région apporte une garantie additionnelle : le fonds de garantie a sécurisé la
totalité des projets sans coût excessif et le fonds chaleur a permis d?alléger les investissements
initiaux. Les tarifs de vente de la chaleur sont également restés stables et compétitifs, dans un
contexte de volatilité des prix des énergies fossiles.
Pour autant, la dynamique actuelle reste insuffisante au regard des objectifs du projet
de PPE 3. Produire 6 TWh de chaleur par géothermie profonde d?ici 2030 suppose de lever
plusieurs freins : les obstacles économiques liés au montant élevé des investissements initiaux
et aux incertitudes sur la ressource géologique ; l?adaptation de la filière à un doublement du
rythme des projets, y compris en zone moins explorée ; la connaissance partielle du sous-sol ;
la lenteur des procédures administratives.
Dans un souci d?efficience, la Cour recommande de réexaminer, en fonction de la
compétitivité de la filière, la place des soutiens financiers (subventions ou avances
remboursables du fonds chaleur ; prêts bonifiés de la Banque des territoires) et de mieux
préciser la doctrine de couverture des risques. Enfin, un renforcement de la connaissance du
sous-sol est indispensable pour permettre un déploiement plus équilibré de la filière sur
l?ensemble du territoire national.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
56
3 DES INNOVATIONS FAVORABLES AU DÉVELOPPEMENT
DES GÉOTHERMIES
Le développement de la géothermie de surface et de la géothermie profonde calogène et
électrogène se heurte à des niveaux d?investissement élevés malgré une rentabilité à long terme
établie dans la plupart des cas. Cette troisième partie explore les innovations en géothermie,
sous réserve qu?elles contribuent à accélérer le retour sur investissement de la géothermie et, à
terme, l?efficience des soutiens publics en répondant à de nouveaux besoins (3.1) ou en
favorisant l?acceptabilité de la géothermie électrogène (3.2).
3.1 Des innovations en géothermie pour répondre à de nouveaux besoins
Dans une approche large et à des fins thermiques, la géothermie comprend en plus du
captage de l?énergie de la terre celui des eaux usées, des eaux de surface ou de l?eau de mer en
ayant recours à des pompes à chaleur. Elle contribue aussi au stockage de l?énergie dans la terre
afin de l?utiliser ultérieurement. Des innovations en cours de diffusion favorisent l?exploitation
des différentes ressources géothermales.
3.1.1 La réponse adaptée de la géothermie aux besoins croissants de froid
Accélérer le retour sur investissement des géothermies suppose de mieux utiliser l?une
des qualités intrinsèques de cette énergie qui conserve un rendement énergétique constant toute
l?année en raison de la faible variation de la température de la ressource. C?est notamment le
cas lorsqu?elle répond aux besoins de chauffage, d?eau chaude sanitaire et de climatisation d?un
écoquartier qui requiert toute l?année une puissance horaire appelée de l?ordre de 1 700 KW,
l?appoint nécessaire pour le chauffage pouvant être assuré par une énergie complémentaire.
Graphique n° 7 : Puissance horaire appelée pour un écoquartier
Source/note : AFPG, guide techniques Beteg, page 43
0
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Catégorie 1 Catégorie 2 Catégorie 3 Catégorie 4
Série 1
Série 2
Série 3
Série 4
Série 5
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
57
3.1.1.1 Un meilleur retour sur investissement de la géothermie avec la prise en compte
des besoins croissants de froid
Selon un rapport de l?agence international de l?énergie publié en juin 2018, the future of
cooling, les besoins de froid de confort, évalués à 2 020 TWh en 2016, ont été multipliés par
trois depuis 1990 et devraient connaître la même progression à l?horizon 2050. En France, les
besoins de froid de confort sont estimés à 19 TWh avec une augmentation attendue des besoins
de 34 TWh pour 2050.
Dans un rapport publié en novembre 2021 portant sur la climatisation dans le bâtiment,
l?Ademe mentionne une enquête réalisée à l?été 2020 selon laquelle le taux d?équipement des
ménages en climatiseur serait de 25 % et celui du secteur tertiaire de 40 %. Les émissions de
CO2 générées par ces équipements représenteraient l?équivalent de 4,4 millions de tonnes de
CO2, principalement en raison des fuites de frigorigènes (voir encadré en annexe 1). À l?horizon
2050, selon les scénarios retenus, les taux d?équipement des ménages et du tertiaire seraient
compris entre 80 % et 95 %. La consommation totale associée aux systèmes de climatisation
atteindrait 41 TWh dans le scénario tendanciel, 7,5 TWh dans le scénario frugal et 33 TWh
dans un scénario mobilisant les seuls leviers techniques. Les émissions de CO2 varieraient entre
0,5 et 2 millions de tonnes de CO2 en fonction de l?évolution du mix de gaz frigorigènes des
équipements.
En 2024, l?AFPG a mené une étude sur le rôle de la géothermie dans la climatisation et
le rafraîchissement pour comparer les installations géothermiques avec d?autres solutions dans
le domaine du refroidissement. Il ressort de cette étude, certes commanditée par les
professionnels du secteur que dans le cas d?une maison individuelle, la solution de sondes
géothermiques devient plus rentable que la chaudière à gaz et de deux climatiseurs monoblocs
au bout de 13 ans. Pour un bâtiment collectif, les solutions géothermiques s?imposent après sept
ans pour la géothermie sur nappe et neuf ans pour la géothermie sur sondes. Pour les bureaux,
il faut attendre dix à quinze ans selon le type de solutions géothermiques. La comparaison est
très favorable à la géothermie dans le cas des centres commerciaux (moins de cinq ans) et moins
pour les établissements d?hébergement de personnes âgées dépendantes (dix-huit ans).
Cette étude présente des limites : dans le cas de la maison individuelle, elle ne compare
pas la pompe à chaleur géothermique à la pompe à chaleur réversible, véritable solution
alternative à la géothermie (supra). Elle part d?hypothèses favorables à la géothermie comme
le choix du rafraîchissement par géocooling pour assurer 80 % des besoins en froid pour le
secteur résidentiel et 50 % pour le tertiaire et le choix d?une comparaison sur une période de 25
ans, soit la durée de vie moyenne des pompes à chaleur géothermiques. Malgré tout, cette étude
confirme la compétitivité de la géothermie dans la durée (voir supra). Celle-ci conforte les
résultats de travaux de l?Ademe selon lesquels le LCOE des PAC géothermiques sur champs
de sonde et sur aquifères dans le secteur tertiaire peut être réduit de moitié (de 133 à 62 ¤2022
HT/MWh pour les PAC sur champs de sonde et de 97 à 47¤2022 HT/MWh pour les PAC sur
aquifères) en partant d?une production de froid équivalente à celle de la chaleur et assurée à
40 % par du géocooling et à 60 % par du froid actif en raison de coûts d?investissement
supplémentaires faibles pour le geocooling (21 ¤ HT/kWh).
La géothermie peut répondre aux besoins croissants de froid avec une énergie
décarbonée d?autant plus compétitive qu?elle est utilisée toute l?année.
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2024/08/Etude-climatisation-geothermie_2024_AFPG.pdf
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2024/08/Etude-climatisation-geothermie_2024_AFPG.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
58
3.1.1.2 Les réseaux de froid et les boucles d?eau tempérée, des innovations efficientes
Le troisième plan national d?adaptation au changement climatique considère que les
mesures visant à limiter l?inconfort thermique via des solutions passives ne suffiront pas à
moyen-long terme, notamment pour protéger les populations vulnérables à la chaleur. Pour les
zones peu denses, il privilégie le déploiement de systèmes de rafraichissement efficaces, à
moindre impact pour l?environnement. Dans les zones denses, les réseaux de froid124 présentent
une forte efficacité énergétique en mutualisant la production de froid125 et en mobilisant des
machines industrielles à haut rendement énergétique offrant une meilleure maîtrise des fluides
frigorigènes utilisés. Ils favorisent le report aux heures creuses des consommations électriques
via la fabrication et le stockage de glace. Dans certains cas, ils limitent la consommation
électrique en valorisant des énergies renouvelables et de récupération.
La stratégie française énergie climat prévoit 2 TWh de livraison de froid renouvelable
et de récupération en 2030 et entre 2,5 et 3 TWh en 2035. Depuis 2017, la consommation de
froid stagne autour de 0,9 TWh en raison notamment d?une meilleure isolation des bâtiments et
de la modération des usages de la climatisation. Selon la Fedene, de 2017 à 2023, le nombre de
réseaux de froid est passé de 23 à 43 pour alimenter respectivement 1234 et 1637 bâtiments.
Les pompes à chaleur eau/eau relevant de la géothermie fournissent 72 % de l?énergie des
réseaux de froid et alimentent 22 des 43 réseaux de froid existants.
Similaires dans leur fonctionnement au réseau de chaleur et de froid urbain, les boucles
d?eau tempérée à énergie géothermique (Beteg126) s?en distinguent par une température de l?eau
comprise entre 5°C et 30°C et le recours à des pompes à chaleur géothermiques adaptées à
chaque bâtiment. Elles s?adaptent à tous types de besoin (chaud ou froid, eau chaude sanitaire).
Elles donnent la possibilité d?adapter les lois d?eau au plus près de chaque bâtiment et donc de
limiter les consommations électriques. Elles favorisent le stockage thermique intersaisonnier et
le couplage avec l?énergie solaire ou la chaleur fatale (voir infra). Elles offrent la possibilité de
disposer de plusieurs sources d?énergie sur une même boucle, susceptibles d?être reliées en
plusieurs phases selon l?évolution des besoins à satisfaire et de lisser les investissements dans
le temps. Elles rencontrent certaines limites comme le fait d?être optimisées avec des émetteurs
basse température réversibles.
En 2018, le dispositif du fonds chaleur a été ouvert aux installations permettant la
production de froid renouvelable, en particulier le géocooling et les PAC géothermiques en
montage thermofrigopompe sur les réseaux de froid. Puis en 2019, il a été décidé d?intégrer les
Beteg au fonds chaleur. Dans les deux cas, l?aide est déterminée par une analyse économique.
L?AFPG recense 26 Beteg pour un montant de dépenses éligibles aux aides de l?Ademe de
216,1 M¤ avec un taux d?aide moyen de 31 %, soit 66,7 M¤ pour 51 km de boucles et 166
GWh/an d?énergie renouvelable et de récupération.
124 Les réseaux de froid sont décrits en annexe 10. Même s?il existe quelques réseaux de froid anciens comme celui
de la ville de Paris, leur diffusion en France est récente et limitée comparée aux réseaux de chaleur. Selon Idex,
« Dans le contexte du réchauffement climatique, les réseaux de froid urbains émergent comme une solution
innovante et durable pour répondre aux besoins croissants de rafraîchissement, tout en limitant l'impact
environnemental ».
125 À titre d?exemple, un article récent sur le réseau de froid de la Défense.
126 Les Beteg sont décrits en annexe 11. Selon l?étude 2023 de la filière géothermie de l?AFPG et l?académie des
technologies, elles constituent l?une des innovations en géothermie de surface.
https://www.idex.fr/le-blog/les-reseaux-de-froid-urbains-une-solution-cle-pour-ladaptation-au-changement-climatique
https://www.connaissancedesenergies.org/afp/cette-usine-navait-pas-produit-autant-de-froid-la-defense-depuis-2019-250701?utm_source=newsletter&utm_medium=fil-info-energies&utm_campaign=/newsletter/cde-aujourdhui-2-juillet-2025&sstc=u47286nl170116
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2023/10/AFPG_Etude-filiere-2023.pdf
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/06/potentiels_geothermie_transition_energetique_ST24_06_28022024.pdf
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/06/potentiels_geothermie_transition_energetique_ST24_06_28022024.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
59
La mesure 10 du troisième plan national d?adaptation au changement climatique vise à
déployer à grande échelle les technologies de froid renouvelable. Le niveau des soutiens publics
est d?autant moins un frein à la mise en oeuvre de cette mesure que ces technologies de plus en
plus matures favorisent une meilleure rentabilisation de l?énergie géothermale.
Ce potentiel justifie une meilleure territorialisation des soutiens publics, en fonction des
opportunités identifiées. Cela suppose de finaliser le projet de cadastre géothermique piloté par
le Cerema (cf schéma 5 de l?annexe 1) et d?intégrer ces innovations dans les plans locaux de
chaleur et de froid. Une meilleure visibilité des gisements d?opportunités simplifierait
l?orientation des porteurs de projets et renforcerait l?efficience des aides publiques.
3.1.2 Un meilleur retour sur investissement espéré des innovations dans les
domaines du stockage d?énergie et de carbone et de l?extraction du lithium
3.1.2.1 La géothermie à recharge active intersaisonnière soutenue par EnR?choix
Les stockages thermiques souterrains intersaisonniers permettent de jouer sur la
saisonnalité des besoins. En été, la chaleur excédentaire d?un bâtiment est injectée dans le
stockage souterrain, ce qui permet de refroidir le bâtiment, et en hiver, cette chaleur stockée
peut être restituée au bâtiment pour le chauffer. La géothermie à recharge active stocke aussi la
chaleur de sources complémentaires (panneaux solaires, chaleur fatale industrielle) lorsqu?elle
est disponible, bas-carbone et peu coûteuse, en vue d?une utilisation ultérieure.
Dans son rapport publié en 2023 intitulé « le stockage intersaisonnier de chaleur : un
atout pour la souveraineté et le climat », l?académie des technologies considère ces
technologies matures en citant des exemples en France, en Allemagne, au Canada, aux Pays-
Bas et en Suisse. Selon elle, le stockage actif permet de supprimer la dérive de température du
sol et par conséquent le surdimensionnement des installations de géothermie classique qui en
résulte. Il donne une alternative au stockage de l?excès d?électricité intermittente et favorise la
récupération de la chaleur de diverses sources dans le cadre d?installation de couplage.
Les stockages souterrains intersaisonniers prennent différentes formes127. Le stockage
thermique sur aquifère consiste à prélever de l?eau dans une bulle chaude d?un aquifère puis à
la faire circuler dans un échangeur thermique avec une pompe à chaleur et à la réinjecter dans
une bulle froide. À la saison suivante, l?eau circule en sens inverse. Pour obtenir des bulles qui
ne se mélangent pas, il faut un aquifère où l?eau circule peu et séparer les deux puits d?au moins
50 mètres. Aux Pays-Bas où les conditions géologiques sont favorables, il existe plus de 3 000
installations de ce type dont plusieurs centaines d?installations pour chauffer et refroidir des
serres. À l?issue d?une mission flash réalisée en 2024, l?IGEDD explique le développement de
cette technologie aux Pays-Bas par une géologie plus favorable, par une meilleure connaissance
du sous-sol, par des coûts plus compétitifs et par une politique de subvention mieux adaptée128.
127 Elles sont décrites en annexe 11.
128 Après une phase de subvention massive d?incitation à l?innovation, la subvention a diminué et a été remplacée
par des instruments fiscaux mieux adaptés à un usage devenu mature.
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/02/Rapport-STES.pdf
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/02/Rapport-STES.pdf
https://igedd.documentation.developpement-durable.gouv.fr/documents/Affaires-0013645/015516-01_Rapport_publie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
60
Le stockage thermique en champ de sondes utilise les mêmes techniques qu?en
géothermie de surface tout en nécessitant une pompe à chaleur géothermique réversible et en
intégrant une inversion de sens de circulation pour stocker de la chaleur ou du froid selon la
saison. La chaleur stockée dans la roche est à basse température, inférieure à 40 °C. La
performance dépend de la nature du sol et de sa conductivité thermique. L?un des intérêts du
stockage thermique en champ de sondes réside dans sa capacité de couplage avec des systèmes
de récupération de chaleur fatale ou d?énergie solaire. Une étude du BRGM réalisée en 2018 a
montré la viabilité technico-économique de l?intégration d?un stockage en champ de sondes
géothermiques verticales à un réseau de chaleur alimenté par une source de chaleur fatale129 et
une chaudière gaz en appoint. Si la chaleur est mise à disposition gratuitement, l?intégration du
stockage thermique est viable à partir d?une quantité de chaleur thermique disponible de
5 000 MWh par an. Pour un gisement de 10 000 MWh par an, l?intégration du stockage
thermique réduit le coût de production de la chaleur injectée sur le réseau tant que la chaleur
fatale est achetée à moins de 14 ¤ du MWh.
Le couplage énergie solaire et stockage géothermique utilise une partie de l?excédent de
chaleur que peuvent fournir les systèmes solaires thermiques l?été par rapport à des besoins en
chauffage et en eau sanitaire. Une start-up française productrice de chaleur et de froid
renouvelables et peu carbonés a mis au point le premier stockage d?énergie souterrain à haute
température130 en France en septembre 2022. Ce stockage géothermique alimente via un réseau
de chaleur urbain un écoquartier de 67 logements de la ville de Cadaujac en Gironde, pour ses
besoins de chauffage et d?eau chaude sanitaire. Il est composé de 60 sondes géothermiques
verticales de 32 mètres de profondeur. Elles permettent de stocker la chaleur produite par les
capteurs solaires thermiques (eau à environ 85°C). Cette opération a bénéficié d?un financement
de l?Ademe à hauteur de la moitié des deux millions d?euros investis.
Le projet de stockage haute température de Cadaujac a fait l?objet d?une autorisation au
titre du code minier sur le modèle de la géothermie profonde. Comme vu supra, la
réglementation applicable au stockage souterrain d?énergie calorifique mérite une clarification
en cours d?instruction au ministère de l?énergie dans les cas relevant de la GMI et de la basse
température.
Les projets de stockage géothermiques bénéficient du soutien du fonds chaleur. En
2023, la démarche EnR?choix de l?Ademe a repositionné le solaire thermique dans l?arbre de
décision pour l?attribution de subventions et l?a mis au même niveau que la géothermie eu égard
à la complémentarité de ces deux énergies renouvelables que renforce le stockage
géothermique. Selon l?Ademe, coupler ces deux énergies évite de surdimensionner
l?installation géothermique et limite le coût de l?investissement initial.
129 Selon le BRGM, l?industrie présente un important potentiel de chaleur fatale de 109,5 TWh dont 52,9 TWh
sont perdus à plus de 100 °C.
130 Ce stockage géothermique souterrain correspond aux caractéristiques attendues du programme européen de
recherche et d?innovation Heatstore qui a pour objectif de stimuler l?adoption accélérée des stockages souterrains
d?énergie thermique haute température (supérieure à 40°C) en passant de la phase de démonstration au déploiement
commercial dans un délai de cinq ans et une utilisation à plein potentiel à l?horizon 2050.
https://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-67592-FR.pdf
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/Absolar_2023_Communiqu%C3%A9%20de%20Presse%20ABSOLAR.VF_.pdf
https://geothermie-schweiz.ch/fr/le-premier-rapport-heatstore-a-ete-publie/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
61
3.1.2.2 Le stockage de CO2 issu de l?industrie dans les eaux géothermales
La stratégie nationale bas-carbone intègre le captage et stockage du CO2 dans la
trajectoire de réduction des émissions de gaz effet de serre conformément aux préconisations
du GIEC. À cette fin, les contrats de transition écologique et d?aides publiques incitent les 50
sites industriels les plus émetteurs de CO2 et soumis aux échanges des quotas d?émissions à
mettre en oeuvre des dispositifs de captage et de stockage du CO2. Ils ne répondent pas aux
besoins de 84 % de l?ensemble des sites industriels émettant moins de 150 000 tonnes de CO2
par an et comptant pour 18 % des émissions industrielles totales en France. Le projet CO2
dissolved porté par le BRGM et plusieurs partenaires industriels combine une production
géothermique valorisable sous forme de chaleur et le captage-stockage de CO2 à proximité
immédiate de ces sites industriels.
À la différence du stockage géologique de CO2 dit « conventionnel », qui stocke
massivement le CO2 sous forme gazeuse dense, ce projet prévoit de dissoudre entièrement le
CO2 dans l?eau géothermale afin de le stocker localement sous cette forme dans l'aquifère
profond, évitant ainsi toute apparition de bulles de gaz et donc éliminant le risque de remontées
potentielles vers la surface. Les réservoirs géothermaux visés sont des aquifères salins profonds
(1500 à 2500 m) contenant des eaux dont la température atteint 50 à 80 °C et qui sont impropres
à la consommation. L?énergie géothermique produite est directement utilisable pour alimenter
des réseaux de chaleur ou de froid, distribuant des installations environnantes (logements
individuels ou collectifs, bâtiments tertiaires, serres, centres aqualudiques?) ou pour répondre
aux besoins énergétiques du site émetteur.
Il ressort des travaux du BRGM que 450 sites industriels131 « petits/moyens » émetteurs
sont localisés dans des zones réputées comme ayant un potentiel géothermal profond dont plus
de 300 dans les bassins parisiens et aquitains. Après avoir identifié plusieurs sites intéressés, le
BRGM et et ses partenaires cherchent à bâtir un projet pilote pour valider ce concept en situation
réelle.
L?investissement global des études préliminaires et de la réalisation du pilote est estimé
entre 70 et 130 M¤ en fonction du site choisi, le poste le plus coûteux étant l?unité de captage
du CO2. Pour la production de chaleur, ce projet pourrait bénéficier des soutiens du fonds
chaleur et du fonds de garantie dans les mêmes conditions que les autres projets de géothermie
profonde. Pour la partie captage et injection du CO2, il s?agit d?identifier un appel à projets de
France 2030 dans lequel ce pilote pourrait s?inscrire. À ce jour, selon le BRGM, ce pilote ne
correspond pas aux différents appels à projet émis par le ministère de l?industrie. À terme,
l?évolution du coût de la tonne de CO2 sur le marché du carbone132 pourrait contribuer à la
diffusion de cette technologie.
Ce nouveau cas d?usage des réservoirs géothermiques pourrait renforcer la réplicabilité
de la géothermie profonde notamment dans les bassins parisiens et aquitains. Il s?agit aussi de
mutualiser les coûts d?investissement des doublets géothermiques entre la centrale
131 Ces 450 sites rejettent 14 % des émissions industrielles françaises.
132 Après avoir atteint 100 ¤/t durant la crise et chuté sous 55 ¤/t en 2024, le prix du CO? s?établissait à environ 72
¤/t en juin 2025. RTE anticipe, dans son bilan prévisionnel 2023-2035, une tendance haussière à moyen terme sur
le marché du carbone, avec une projection à 100 ¤/t à l?horizon 2030.
https://www.entreprises.gouv.fr/priorites-et-actions/transition-ecologique/decarboner-lindustrie/contrats-de-transition-ecologique
https://www.brgm.fr/fr/reference-projet-acheve/co2-dissolved-couplage-reussi-stockage-co2-geothermie
https://www.brgm.fr/fr/reference-projet-acheve/co2-dissolved-couplage-reussi-stockage-co2-geothermie
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
62
géothermique et l?installation de stockage du CO2 émis par des sites industriels. A ce jour, la
démonstration de la validité de cette innovation dans un contexte industriel n?est pas acquise.
3.1.2.3 Le couplage de la géothermie et du lithium
Le rapport de la Cour des comptes portant sur la sécurisation des approvisionnements
en minerais et en métaux critiques rappelle que le lithium est un métal critique dans le cadre de
la transition énergétique. Au niveau européen, le règlement européen sur les matières premières
critiques adopté le 11 avril 2024 identifie le lithium comme un métal stratégique pour lequel
l?extraction en Europe doit répondre à au moins 10 % des besoins annuels, la transformation à
hauteur de 40 % et le recyclage à hauteur de 25 % d?ici 2030. Le lithium est principalement
utilisé pour la fabrication des piles et batteries. En France et pour le seul secteur de la mobilité,
sa consommation actuelle est d?après l?Ademe de 950 t/an. Cette agence évalue cependant les
besoins futurs dans un intervalle de quatre à neuf fois cette valeur, selon le scénario de
croissance retenu. La production de lithium est actuellement entre les mains de quelques pays
dans le monde. Pourtant, des ressources existent dans de nombreux pays, dont la France, que
ce soit sous forme solide (minéraux de certaines roches) ou dissoute (saumures).
En Alsace, plusieurs projets sont en cours, dans la perspective d?extraire
commercialement le lithium et dont la valorisation pourrait contribuer à l?élaboration d?un
nouveau modèle économique pour l?exploitation de certains sites de géothermie. Plus
précisément, il s?agit de coupler une unité d?extraction de lithium à la centrale géothermique
qui, après extraction des calories de l?eau via un échangeur de chaleur, pourrait extraire le
lithium dissous dans la saumure géothermale via un système de filtration. Le lithium est ensuite
dirigé vers une autre unité pour y être purifié. La saumure est ensuite réinjectée dans le sous-
sol, avec une concentration en lithium moindre. Les forages géothermiques réalisés ont montré
que les eaux géothermales y étaient riches en lithium avec des concentrations de 150 à 200 mg/l
même si l?évolution de sa concentration dans le réservoir géothermique profond reste à étudier,
site par site, en cas d?extraction du lithium des fluides produits et de leur réinjection dans le
réservoir.
Plusieurs projets lithium ont bénéficié de permis exclusifs de recherche en Alsace. Loin
d?être concurrents, ces projets, mis en oeuvre, ne satureraient pas les besoins en lithium de
l?industrie française selon le délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et
métaux stratégiques (Diamss). Le délégué interministériel est aussi favorable à une
mutualisation des capacités de raffinage de lithium.
Le délégué interministériel souligne que les projets d?extraction de lithium des saumures
géothermales ne peuvent se concevoir en dehors d?un couplage avec un projet de géothermie
calogène notamment pour des raisons de modèle économique, le cours du lithium étant très
variable133. Le même modèle de couplage de la géothermie avec le lithium se développe en
Allemagne où la recherche de débouchés pour la vente de chaleur est favorisée par la densité
urbaine.
133 Après avoir connu un pic à 80 000 ¤ la tonne en novembre 2022, le cours se stabilise autour de 15 000¤ la tonne
en 2025. Il était de 6 000 ¤ la tonne en 2020.
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-securisation-des-approvisionnements-en-minerais-et-metaux-critiques
https://www.ofremi.fr/fr/actualite/actualite/publication-dun-nouvel-avis-strategique-de-lademe-anticiper-besoins-materiaux
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
63
Selon l?Ademe, seuls trois ou quatre projets pourraient être éligibles au fonds de garantie
et au fonds chaleur dans les conditions fixées par les règlements de ces fonds. Une bonne
connaissance locale de la géologie est un facteur clef de succès, ce qui devrait faciliter le
démarrage des projets situés à proximité des installations existantes de Soultz et Ritterschoffen.
Ces projets sont au stade du développement d?un pilote industriel à un horizon de cinq
ans. À ce jour, de nombreuses incertitudes demeurent sur les données techniques et
économiques des projets d?exploitation du lithium à partir des saumures géothermales.
3.2 Une géothermie électrogène innovante et prometteuse outre-mer, mais
incertaine en métropole
Les ressources géothermiques pour la production d?électricité se rencontrent
principalement dans des réservoirs naturellement et fortement fracturés, offrant des débits
d?exploitation importants, et présents, dans des zones de volcanisme actif ou récent, entre 500
et 1 500 m de profondeur. En France, ces ressources sont potentiellement présentes en
Guadeloupe, à la Martinique, à la Réunion et à Mayotte. Avec un gradient géothermique moyen
de l?ordre de 3 à 4°C par 100 mètres, l?exploitation de la chaleur de la terre se limite à des
usages thermiques en métropole, à l?exception du Bassin Rhénan où, pour des raisons
géologiques, les températures atteintes par des ressources géothermiques présentes dans des
roches fracturées sont de l?ordre de 150 à 200°C, pour des profondeurs comprises entre 2 500
et 5 000 m.
3.2.1 En métropole, une géothermie sur roches fracturées à la rentabilité et à
l?acceptabilité incertaines à ce jour
Les avantages potentiels de la géothermie profonde sur roches fracturées ont fait l?objet
d?un site d?expérimentation scientifique d?une unité de production d?électricité de type ORC134
d?une puissance électrique de 1,5 MW utilisant la technologie EGS135 à Soultz-sous-Forêts .
Cette première production d?électricité au monde issue de tels systèmes géothermaux raccordée
au réseau électrique s?inscrit dans un partenariat européen de recherche ayant mobilisé plus de
80 M¤ avec l?implication de 15 laboratoires de recherche et de plusieurs entreprises.
À la suite du Grenelle de l?environnement, des objectifs de production d?électricité en
géothermie profonde calogène ont été fixés à 1,8 TWh en 2011 et à 4,8 TWh à l?horizon 2020.
Un tarif d?achat de l?électricité très incitatif a été fixé par l?arrêté du 23 juillet 2010 à 246
¤/MWh produit pendant 20 ans. Ce tarif a suscité le dépôt de plusieurs demandes de permis
exclusif de recherche en Alsace ainsi que dans de nombreuses régions plus risquées en raison
134 Les centrales binaires ou ORC utilisent les fluides géothermiques pour vaporiser un fluide secondaire, différent
de l?eau, qui a une température d?ébullition plus basse et qui circule en circuit fermé afin d?augmenter la portion
d?énergie récupérée sur des ressources de températures faible à moyenne.
135 La technologie EGS (Enhanced Geothermal Systems) diffère de la géothermie classique en ce sens qu?elle
nécessite la création ou l?amélioration d?un réservoir par stimulation mécanique, thermique ou chimique de la
roche afin qu?un fluide caloporteur circule dans le réservoir pour produire de l?électricité.
https://www.afpg.asso.fr/la-geothermie-egs/
https://www.geothermies.fr/outils/operations/la-centrale-geothermique-de-soultz-sous-foret-bas-rhin
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000022511606/2021-07-04/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
64
de la moindre connaissance du potentiel géologique (Massif Central136, Couloir rhodanien,
région paloise).
En 2016, le site de Soultz est transformé en site industriel dédié à la production
d?électricité. Au même moment, la centrale ECOGI, inaugurée en juin 2016 à Rittershoffen est
la première centrale de géothermie profonde à vocation de chaleur industrielle au monde
exploitant un réservoir de type EGS. Ce projet a bénéficié d?un niveau très élevé de subvention
à hauteur de 55,5 % de l'investissement (soit 25 M¤ sur un total de 45 M¤), les forages
bénéficiant d'une garantie court terme de 4,7 M¤ par le fonds géothermie, à laquelle s'ajoute
une garantie supplémentaire de la région Alsace de 2 M¤, également pour le risque géologique.
Suite à cette réussite, des projets ambitieux ont été lancés notamment sur les sites de Illkirch,
avec comme opérateur Electricité de Strasbourg, et de Vendenheim, avec comme opérateur
Fonroche Géothermie, en vue d?une cogénération chaleur/électricité.
En 2019, la politique de soutien à la production d?électricité par géothermie a été
modifiée. La nouvelle PPE dispose : « compte-tenu du coût de la production d?électricité par
géothermie, afin d?optimiser le coût global d?atteinte des objectifs EnR, le soutien à la
géothermie se concentre sur la production de chaleur. Il sera mis fin au dispositif de soutien
via le complément de rémunération en métropole pour la production d?électricité. Les projets
ayant déjà fait l?objet d?une demande de complément de rémunération recevable seront
soutenus. [De plus], des projets innovants pourront être soutenus dans le cadre de dispositifs
de soutien à la recherche ».
Dans un rapport récent, le BRGM a tiré un bilan des technologies actuelles issues du
concept EGS, leurs bénéfices et leurs limites. Il recense 47 sites dans le monde ayant eu recours
à ces techniques, notamment celui de Soultz-sous-Forêts. 29 de ces sites continuent à produire
de l?électricité à un niveau plus élevé grâce à des opérations de stimulation. 18 ont été
confrontés à des difficultés techniques relatives aux réservoirs. Plusieurs projets ont rencontré
des problèmes de financement. Six sites ont cessé temporairement leurs activités ou les ont
arrêtées en raison de préoccupations liées à la sismicité.
Comme l?a souligné la mission d'information de l?Assemblée nationale de 2024, toute
intervention en profondeur dans le sous-sol, par forage, soulève des inquiétudes dans la
population. En France, seuls trois projets de géothermie profonde ont été marqués par des
incidents sismiques, à Soultz-sous-Forêts (2003), Vendenheim (2021), Rittershoffen (2024),
situés dans le fossé rhénan et visant la co-génération de chaleur et d?électricité.
Par un arrêté du 8 décembre 2020, la préfète du Bas-Rhin a ordonné l?arrêt définitif du
site de Vendenheim et la suspension des autres projets. Le rapport du comité d?experts est sans
ambiguïté sur l?origine humaine de ces séismes et plus précisément sur l?attribution aux
opérations réalisées par la société Fonroche Géothermie137. Le rachat de cette société par le
groupe Arvene, l?annulation de l?arrêté de la préfète par un jugement du tribunal du 22 juin
2022 et l?avis favorable de la DREAL n?ont pas convaincu la préfète du Bas-Rhin de donner
un avis favorable à la demande de prolongation du permis exclusif de recherche de gîtes
136 Selon le BRGM, le Massif central demeure un candidat possible au développement de la géothermie électrogène
même si la recherche nécessaire pas été effectuée à ce jour.
137 Selon le rapport d?expert, « La connaissance initiale de la géologie du site de Vendenheim n?était pas suffisante
pour bien appréhender et évaluer les risques à la fois géologique (identifier et atteindre la ressource de chaleur
attendue) et sismique (prévenir voire éviter l?occurrence de séismes ressentis et ceux générant des dégâts) ».
https://www.geothermies.fr/outils/operations/la-centrale-geothermique-de-rittershoffen-bas-rhin
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%203%20-%20innovations/3.2.1%20G%C3%A9othermie%20sur%20roches%20fractur%C3%A9es/DP_1er_forage_Illkirch.pdf
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
65
géothermiques à haute température, dit « permis de Strasbourg » en raison du « manque
d?acceptabilité locale tant du côté des élus que des populations ».
Ce moratoire de la géothermie profonde électrogène affecte plusieurs opérateurs et
notamment Electricité de Strasbourg qui a dû déprécier ses actifs à hauteur de 33,4 M¤ à la
suite de ces incidents auxquels se sont ajoutées des difficultés d?exploitation de la centrale
électrique de Soultz. Ce contexte pourrait aussi compromettre le couplage de l?exploitation
géothermique et du lithium. Dès lors, la reprise des forages ne peut s?envisager que dans le
respect scrupuleux du guide de bonnes pratiques pour la maîtrise de la sismicité induite par les
opérations de géothermie profonde. L?ordonnance du 13 avril 2022 impose désormais que toute
demande d?autorisation d?ouverture de travaux soit accompagnée d?un mémoire technique «
précisant les mesures mises en oeuvre et celles envisagées pour connaître la géologie du sous-
sol impacté par les travaux et comprendre les phénomènes naturels, notamment sismiques,
susceptibles d?être activés par les travaux, afin de minimiser leur probabilité138 ». A partir de
ces éléments, la préfecture a autorisé le 15 mai 2025 la société Electricité de Strasbourg à lancer
les travaux miniers, pour la future réalisation d?un doublet géothermique à Soultz après sa mise
aux normes environnementales. De son côté, la société Lithium de France a obtenu une
autorisation environnementale par arrêté préfectoral du 16 mai 2025 afin de lancer les travaux
de préparation du site de Schwabwiller.
L?expérience alsacienne illustreles constats de l?AIE sur les difficultés que rencontrent
la géothermie profonde sous l?angle de la maîtrise des couts d?investissements et de
l?acceptabilité sociale. Dans son rapport « The Future of Geothermal Energy », l?AIE relève la
nécessité d'une conception spécifique à chaque site de production qui rend difficile la réalisation
d'économies d'échelle et la standardisation des équipements. Dans ce contexte, elle souligne
l?apport des techniques mises au point par l?industrie pétrolière et gazière et de la gestion de
projets à grande échelle pour réduire les coûts. C?est notamment le cas du projet Red (infra)
porté par la société Fervo energy. Cependant, elle note qu?un certain nombre de défis doivent
être relevés, notamment les risques liés au développement de projets, les processus de permis
et d?autorisations, les préoccupations environnementales et l?acceptation sociale.
Le projet RED
La société Fervo energy explore une approche focalisée sur trois points pour revitaliser la
production géothermique de type EGS139 avec le forage horizontal, la mise en oeuvre de la
fracturation multizone et la détection distribuée par fibre optique de la température de la
ressource. Un premier pilote de ce type est en cours de démonstration à Winnemucca, au Nevada,
où les deux premiers puits géothermiques horizontaux de l'histoire ont été forés en février 2023.
L'énergie générée par ces forages contribuera à alimenter les centres de données de Google dans
le Nevada. L'essai de puits de 30 jours, une norme pour la géothermie, a atteint un débit de 63
litres par seconde à haute température qui permet une production électrique de 3,5 MW
établissant de nouveaux records pour le débit et la production d'énergie d'un système
géothermique amélioré (EGS).
138 Article L.164-1-2 du code minier modifié par l?article 2 de l?ordonnance du 13 avril 2022.
139 La technologie EGS (Enhanced Geothermal Systems) diffère de la géothermie classique en ce sens qu?elle
nécessite la création ou l?amélioration d?un réservoir par stimulation mécanique, thermique ou chimique de la
roche afin qu?un fluide caloporteur circule dans le réservoir pour produire de l?électricité.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://lithiumdefrance.com/lancement-travaux-schwabwiller/
https://lithiumdefrance.com/lancement-travaux-schwabwiller/
https://www.iea.org/reports/the-future-of-geothermal-energy
https://geothermie-schweiz.ch/fr/une-centrale-geothermique-produit-de-lelectricite-pour-google/
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045577056/
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000045572287/2023-01-01/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
66
Le BRGM a initié un projet exploratoire afin de prendre en compte et d?adapter au
contexte français les nouveaux concepts de géothermie profonde, appelés « advanced
geothermal systems », issus de l?industrie pétrolière et gazière visant à rendre la géothermie
profonde moins dépendante du contexte géologique et à limiter les risques de sismicité tout en
réduisant les coûts d?investissement.
3.2.2 Outre-mer, une géothermie profonde électrogène prometteuse sous réserve
d?innover
3.2.2.1 Des enjeux d?autonomie et de maîtrise des coûts
Dans le cadre de la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV),
les départements d?outre-mer, qui sont tous des Zones Non Interconnectées (ZNI)140 visent leur
autonomie énergétique à l?horizon 2030 et le développement les énergies renouvelables. À cette
fin, une PPE a été mise en place dans chacun de ces territoires.
Aucune PPE fixant de nouveaux objectifs sur la période 2023-2028 n?a encore été
publiée, à l?exception de la PPE relative à La Réunion rendue publique en avril 2022. Dans un
rapport publié en 2023 concernant les soutiens publics aux zones non interconnectées (ZNI), la
Cour des comptes observait un défaut de vision à moyen terme et de gouvernance quant à
l?élaboration des PPE. La Cour relevait aussi les surcoûts liés à la décarbonation des moyens
de production électrique pesant sur les charges de service public a minima de 600 M¤.
Selon la CRE, le coût moyen de production du MWh électrique injecté sur le réseau
pour l?ensemble de ces territoires s?élevait à 271 ¤ en 2021, 326 ¤ en 2022 et 347 ¤ en 2023,
alors qu?il n?était que d?une soixantaine d?euros en métropole. Le prix moyen exporté au réseau
d?un MWh produit par la centrale géothermique de Bouillante est de l?ordre de 170 ¤ depuis
2017.
En 2015, la capacité installée en Guadeloupe s?élevait à 14,7 MW pour la production
d?électricité géothermique. La PPE pour la Guadeloupe adoptée en 2017 prévoyait une
augmentation de 30 MW entre 2018 et 2023. Le projet de révision de la PPE Guadeloupe 2023-
2033 adopté par le conseil régional de Guadeloupe en 2023 mentionne une capacité de 25 MW
d?ici 2028, puis 75 MW d?ici 2033. La PPE 2023-2028 de La Réunion arrête un objectif de
5 MW pour la géothermie électrogène. Les PPE de Mayotte et de la Martinique en vigueur ne
fixent pas d?objectif de développement de la géothermie mais proposent le financement
d?études visant une qualification fine et industrielle de gisement géothermique.
D?après un rapport publié en 2024 par le Conseil économique, social et environnemental
(CESE), la transition énergétique outre-mer connaît une première étape de conversion des
centrales thermiques (fioul, charbon) aux sources d?énergies renouvelables en recourant à des
importations massives de biomasse et de biocarburant. À titre d?exemple, la Réunion est sortie
du charbon et du fioul pour sa production d?électricité en convertissant ses centrales thermiques
à la biomasse, mais les résidus de canne à sucre produits localement ne couvrent qu?une partie
140 En France, la loi désigne comme zones non-interconnectées (ci-après ZNI), les territoires qui ne sont pas reliés
au réseau électrique métropolitain continental et qui bénéficient du dispositif de péréquation tarifaire nationale.
https://www.cre.fr/electricite/transition-energetique-dans-les-zni.html
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-soutiens-publics-aux-zones-non-interconnectees-zni
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-soutiens-publics-aux-zones-non-interconnectees-zni
https://www.cre.fr/electricite/transition-energetique-dans-les-zni.html
https://www.lecese.fr/travaux-publies/quelles-transitions-energetiques-pour-les-outre-mer
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
67
des besoins obligeant à l?importation de pellets de bois en provenance principalement d?Asie
du sud-est et d?Australie (et dans une moindre mesure d?Europe et d?Amérique du Nord), et de
biodiesel en provenance d?Europe. Cette conversion est coûteuse. La conversion au bioliquide
de la centrale de EDF PEI Port-Est à La Réunion induit une hausse des charges de service public
de 74 M¤ courants par an sur la base d?un prix de 90 ¤ la tonne de CO?. Celle de la conversion
à la biomasse solide de l?installation Albioma le Gol génère un surcoût de 21,8 M¤ courants
par an en considérant un coût des émissions de CO? évitées égal au prix de marché constaté en
2021 de 54 ¤ la tonne.
La géothermie fournit de l?électricité en base produite localement. C?est une énergie
disponible 24h/24, indépendante des conditions climatiques. Elle peut donc être valorisée dans
des centrales de production d?électricité avec un taux de charge annuel particulièrement élevé,
c?est-à-dire avec un fonctionnement à pleine puissance, de l?ordre de 90 à 95 % du temps.
D?après EDF SEI, les centrales géothermiques ne sont pas suffisamment pilotables pour
sécuriser un réseau électrique insulaire non interconnecté et ne peuvent pas remplacer
complètement toutes les centrales thermiques existantes.
Les départements d?outre-mer assurent l?essentiel de leur fourniture d?électricité avec
des énergies fossiles importées, ce qui conduit à des coûts de production bien plus élevés qu?en
métropole en raison de la petite taille des installations. Énergie décarbonée, locale et de base,
la géothermie a vocation à occuper une place croissante dans le mix électrique de plusieurs
départements d?outre-mer tout en contribuant à la maîtrise des charges associées à cette
production.
3.2.2.2 Un potentiel « dormant » en raison du niveau de risque des forages
Missionné par la DGEC à la demande du Parlement pour estimer les potentialités
relatives à la géothermie de quatre départements outre-mer (Guadeloupe, la Martinique, la
Réunion et Mayotte), le BRGM qualifie de « dormant » ce potentiel dans un récent rapport. En
Guadeloupe où neuf forages profonds ont été réalisés, la géothermie représente 6 % des besoins
annuels d?électricité et pourrait atteindre plus de 30 % à l?horizon 2035, d?après les résultats
des travaux d?exploration menés par le BRGM. Pour ce qui est des autres îles, il n?existe aucune
production d?électricité d?origine géothermique. Si les travaux d?exploration géothermique de
surface ont été nombreux, les six forages profonds d?exploration réalisés en dehors de la
Guadeloupe sont insuffisants pour estimer leur potentiel géothermique.
Actuellement, huit permis miniers de géothermie ont été attribués à la Guadeloupe, à la
Martinique et à La Réunion. Selon le BRGM, des industriels devraient être en mesure de réaliser
des forages d?exploration en Martinique et à Mayotte dans les prochaines années. L?île de la
Réunion dispose d?un potentiel considérable, lié à l?un des volcans les plus actifs au monde, le
Piton de la Fournaise, comparable au massif volcanique de Kilauea à Hawaï, qui dispose d?une
centrale géothermique de 30 MW. Cependant, le forage profond réalisé à Salazie en 1985 n?a
pas permis une exploitation géothermique en raison du faible débit. Celui prévu dans le secteur
de la plaine des sables a été écarté suite au classement du parc national au patrimoine mondial
de l?Unesco. D?autres sites font actuellement l?objet d?études.
Dans son rapport de 2013 sur la géothermie, la Cour des comptes mentionnait un projet
particulièrement ambitieux de l?Ademe et de l?AFD visant à créer une capacité de production
géothermique de 100 MW à la Dominique pour couvrir les besoins du pays et exporter le solde
à la Martinique et la Guadeloupe via une interconnexion pour un investissement de 350 M¤. Le
https://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-72887-FR.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
68
financement des études concernant l?exportation d?électricité d?origine géothermique depuis la
Dominique est prévu par la PPE de la Martinique. Ce projet a été abandonné pour des raisons
économiques141 .
Le développement des projets de géothermie profonde électrogène en outre-mer se
heurte à des obstacles encore plus contraignants que ceux identifiés supra pour la géothermie
profonde calogène : huit à dix années sont nécessaires pour réaliser un projet notamment en
raison des délais d?instruction réglementaire ; le risque « ressources » est d?autant plus coûteux
qu?il ne peut pas être couvert par le fonds de garantie. D?après Albioma, les projets
n?aboutissent pas en raison de l?inadéquation du dispositif dit des coûts échoués (infra) à la
spécificité des investissements. Dans un projet classique, 15 à 20 % des coûts d?un projet sont
à risque. Dans le cas de la géothermie électrogène, 15 % des investissements sont consommés
par les études et 50 % des investissements sont concentrés sur la phase risquée de forage comme
l?illustre le graphique n°10.
Graphique n° 8 : Concentration des investissements de géothermie profonde sur la phase risquée
Source/note : Albioma
3.2.2.3 La centrale de Bouillante, une efficience qui s?est améliorée
Sur la base de travaux exploratoires du BRGM à Bouillante, EDF a exploité de 1986 à
1992 une centrale géothermique de production d?électricité d?une puissance de 4,2 MW. En
1999, Géothermie Bouillante lance la réalisation d?une nouvelle centrale de 11 MW. La centrale
de Bouillante a été gérée par une filiale du BRGM jusqu?en 2016. Dans un rapport publié en
2016, la Cour des comptes observait que la géothermie à Bouillante n?avait jamais vraiment
réuni les conditions propices à un équilibre financier durable et dépendait de soutiens publics.
Détenue à 65 % par la société américaine Ormat depuis 2016, Géothermie Bouillante a
Une centrale de 10 MW est en cours de construction pour répondre uniquement aux besoins de la Dominique.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
69
bénéficié d?investissements importants afin de porter la capacité de cette centrale à 25 MW.
Elle présente aujourd?hui des résultats financiers positifs.
Le principal soutien public à la géothermie électrogène prend la forme d?un tarif d?achat
de l?électricité garanti sur une longue durée dans le cadre d?un contrat de gré à gré et faisant
l?objet d?une compensation au titre des charges de service public évaluée par la CRE à partir
d?une analyse du coût de production normal et complet pour le type d?installation considérée
dans cette zone. D?après une délibération de la CRE du 7 décembre 2023, le surcoût engendré
par le contrat d?achat d?électricité de Bouillante 1bis devrait représenter un montant total de
32,2 M¤ courants sur la durée du contrat de 30 ans, soit en moyenne 1,1 M¤ par an pour une
hypothèse de fonctionnement annuel de la centrale estimé à 76,2 GWh. Pour un GWh produit,
ce montant est plusieurs fois moins important que ceux de la centrale biomasse Albioma le Gol
à La Réunion et de la centrale bioliquide de la centrale EDF PEI Port Est.
3.2.2.4 Un modèle de couverture du risque des forages décourageant plusieurs projets
En application de la loi de transition énergétique pour la croissance verte, le dispositif
« Coûts échoués » permet à des producteurs d?électricité renouvelable intervenant dans les ZNI
de bénéficier d?un financement dès lors que ces projets sont inscrits dans les objectifs fixés
localement par la PPE et qu?ils aboutissent ou non. Le montant des coûts à compenser ne peut
excéder un certain plafond fixé par un arrêté du 20 septembre 2016 : « [?] - pour les projets
de géothermie électrique, le plafond est égal à la plus petite valeur entre 300 000 euros par
mégawatt de puissance installée et 15 millions d'euros ».
L?action 7B du plan d?action ministériel pour accélérer le développement de la
géothermie prévoit la refonte de cet arrêté. Selon l?Ademe, « la rédaction de l?arrêté du 20
septembre 2016 n?est pas adaptée avec la mention d?un plafond par mégawatt installé qui n?a
pas de sens lors de la phase exploratoire en géothermie. Tant qu?une campagne de forages
d?exploration n?a pas été réalisée, il est impossible d?apprécier la puissance d?un futur projet.
En l?état actuel de la rédaction de l?arrêté, en cas d?échec, selon la taille du projet, le reste à
charge pour le porteur du projet représenterait près de 50 % des coûts engagés ».
L?Ademe a réalisé une étude d?impact d?un dispositif de couverture du risque ressource
tel que proposé142 dans un projet de rapport de présentation au conseil supérieur de l?énergie. Il
en ressort une économie annuelle sur les charges de service public de 11 M¤ avec des
hypothèses réalistes143. Selon cette étude, huit projets d?une puissance moyenne de 10 MW sont
envisageables dans les dix ans à venir, pour un coût total des campagnes d?exploration de
200 M¤. Sur une durée de vie économique de vingt ans, une seule centrale géothermique
électrogène de 10 MW génère une économie de ce montant sur les charges de service public.
142 Dans cette nouvelle version, l?article 1er de l?arrêté du 20 septembre 2016 modifié serait rédigé ainsi : « A partir
d?une étude des coûts du projet de géothermie électrique, la commission de régulation de l?énergie détermine le
montant des coûts à compenser suivant le nombre de forages dans la limite de 3 et dont le plafond n?excède pas
20 millions d?euros. »
143 Ces hypothèses sont : un facteur de charge de 85 %, un coût de production du MWh de 150 ¤ comparable à
celui de la nouvelle unité de 10 MW de Bouillante, un coût moyen de production du MWh dans les départements
d?outre-mer de 300 ¤ et un coût d?une campagne de forages d?exploration compris entre 20 et 25 M¤.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
70
La révision de ce dispositif de coûts échoués pour les campagnes d?exploration
géothermiques coûterait environ 60 M¤ afin de garantir les trois premières opérations144. A
minima, un budget de 20 M¤ est nécessaire pour initier une première opération. La géothermie
électrogène étant une énergie décarbonée compétitive dans les zones non interconnectées, il
s?agit d?un investissement de long terme rentable pour l?État si au moins un projet de
géothermie électrogène finit par voir le jour dans les territoires ultramarins.
Recommandation n° 3. (DGEC, 2026) Réviser l?arrêté du 20 septembre 2016 pour
améliorer le dispositif de couverture du risque de forage
3.2.2.5 Les autres éléments nécessaires au développement de la géothermie électrogène
outre-mer
Les projets de centrale électrogène outre-mer se heurtent à de nombreuses contraintes
qui rendent les opérateurs prudents. Les contraintes liées à l?insularité sont nombreuses. Les
machines de forage et parfois la main d?oeuvre qualifiée sont coûteuses à acheminer. La
répartition inégale de la population et la forte densité du bord de mer où les disponibilités
foncières sont limitées se combinent à une localisation des ressources géothermales dans des
zones parfois difficiles d?accès pour générer des coûts élevés de connexion des centrales
géothermiques au réseau électrique dans certains projets. Les contraintes liées à
l?environnement fragile de ces îles sont les plus marquantes et ont notamment abouti à
l?abandon du projet géothermique de la plaine des sables à La Réunion afin de ne pas obérer
l?inscription du parc national de La Réunion au patrimoine mondial de l?Unesco.
Dans un avis de mars 2024 relatif aux transitions énergétiques pour les outre-mer, le
CESE préconise de développer la géothermie dans le respect strict des espaces naturels et de la
biodiversité. Il demande aussi la réalisation d?études indépendantes concernant l?évaluation de
tous les risques environnementaux potentiels liés à la géothermie.
Pour aboutir, des projets sur mesure doivent donc être adaptés aux spécificités de ces
territoires. À cette fin, l?Ademe a diffusé en 2023 un guide méthodologique pour l?intégration
socio-environnementale des projets de production d?électricité géothermique en contexte
insulaire. La durée des projets de géothermie et leurs impacts suscitent logiquement des
interrogations de la part des populations et des préoccupations qui peuvent rendre difficile son
implantation. Pour les industriels, il est nécessaire de mettre en place en toute transparence une
démarche adaptée avec le choix des solutions techniques les moins impactantes possibles, la
mise en oeuvre de pratiques remarquables en matière d?environnement et le recours à des
procédures de suivi et de contrôle rigoureuses en phase d?exploitation.
En complément, le plan d?action ministériel susmentionné prévoit la création d?une
instance stratégique de concertation sur la géothermie outre-mer afin de lever les verrous
réglementaires, politiques et administratifs. Il s?agit de mettre en place la stratégie nationale de
développement de la filière géothermique outre-mer prévu par l?article 215 de la loi relative à
la transition énergétique et la croissance verte en créant une instance de concertation pour lever
144 Ce chiffrage est issu du rapport de présentation d?un projet d?arrêté préparé par l?Ademe et destiné au Conseil
supérieur de l?énergie.
https://librairie.ademe.fr/energies/7920-9566-guide-geothermie-production-d-electricite.html
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
71
les principaux freins identifiés et préciser les principales actions à mener en matière
d?information.
L?action 7C consiste à opérationnaliser et structurer le centre d?excellence caribéen sur
la géothermie. Basé à la Guadeloupe, ce centre jouerait un rôle d?interface avec l?ensemble des
acteurs sur l?arc caraïbe et de centre de ressources. Le projet transition énergétique dans la
Caraïbe (TEC) initié par la Région Guadeloupe en partenariat avec l?Organisation des Etats de
la Caraïbe Orientale (OECO), l?ADEME et le BRGM, a permis de conduire des études
complémentaires visant à proposer une feuille de route pour la mise en oeuvre de ce centre dont
la réalisation devrait s?inscrire dans le cadre du projet européen Interreg VI.
L?enjeu de ces deux actions est d?ancrer la géothermie électrogène dans ces territoires
en créant un environnement favorable à la diffusion de pratiques innovantes qu?elles soient
techniques ou organisationnelles.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
En s?appuyant sur des technologies aujourd?hui matures comme l?extension des réseaux
de chaleur au froid ou les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique, les géothermies
sont bien positionnées pour répondre aux besoins croissants de froid liés à l?adaptation au
changement climatique tout en baissant le coût complet moyen de production d?un MWh
d?énergie (LCOE) géothermique notamment dans le secteur tertiaire.
En termes de soutiens publics, l?enjeu principal est de mieux identifier les zones
propices à la diffusion de ces innovations et de les faire connaître aux porteurs de projet en les
intégrant dans les plans locaux de chaleur et de froid et en finalisant le projet de cadastre
géothermique.
Le stockage thermique souterrain permet de jouer sur la saisonnalité des besoins et de
stocker la chaleur de sources complémentaires (panneaux solaires, chaleur fatale industrielle
ou d?eaux usées) lorsqu?elle est disponible, bas-carbone et peu coûteuse, en vue d?une
utilisation ultérieure. Depuis peu, des entreprises innovantes ambitionnent de stocker du
carbone dans les eaux géothermales ou d?en extraire le lithium dissous dans la saumure
géothermale en complément de l?extraction des calories.
Si certaines innovations relèvent de soutiens publics au titre de la recherche ou d?appels
à projets, d?autres pourraient se déployer dans le cadre du fonds chaleur sous réserve de
quelques ajustements réglementaires. À terme, ces innovations devraient améliorer l?efficience
des soutiens publics à la géothermie.
Souffrant d?un défaut d?acceptabilité locale à la suite de deux tremblements de terre, la
géothermie électrogène nécessite en métropole une conduite de projet exemplaire et une
maitrise des innovations pour tenir toutes ses promesses notamment dans le domaine de la
cogénération et de l?extraction du lithium.
Aujourd?hui performante, la centrale de Bouillante augmente régulièrement ses
capacités de production et produit une énergie électrique décarbonée à un coût moindre pour
les charges de service public que la plupart des autres énergies. Réveiller « le potentiel
dormant » (BRGM) de la géothermie profonde outre-mer suppose d?innover dans la
démarche d?intégration environnementale et sociétale des projets de géothermie en contexte
insulaire. Au préalable, il est indispensable de refondre le dispositif « coûts échoués » qui à ce
https://tec-interreg.com/
https://tec-interreg.com/
https://tec-interreg.com/geothermie/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
72
jour n?incite pas les opérateurs qui détiennent de permis exclusifs de recherche à prendre le
risque de forer.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
73
Liste des abréviations
ADEME ... Agence de la transition écologique
AIE .......... Agence internationale de l?énergie
Afpac ....... Association française des pompes à chaleur
AFD ......... Agence française de développement
AFPG ....... Association française des professionnels de la géothermie
Beteg ........ Boucles d?eau tempérée à énergie géothermique
BRGM ..... Bureau de recherches géologiques et minières
CAPEX .... Capital expenditure (coût d?investissement)
CCRT ...... Contrat de chaleur renouvelable territorial
CECG ...... Centre d'excellence caribéen sur la géothermie
CESE ....... Conseil économique, social et environnemental
CGCT ...... Code général des collectivités territoriales
CGE ......... Conseil général de l?économie
CGEDD ... Conseil général de l?environnement et du développement durable
CGDD ...... Commissariat général au développement durable
CEE ......... Certificats d?économie d?énergie
CESE ....... Conseil économique, social et environnemental
CHU ........ Centre hospitalier universitaire
CITE ........ Crédit d'impôt pour la transition énergétique
CO2 .......... Dioxyde de carbone
CRE ......... Commission de régulation de l?énergie
DB ........... Direction du budget
DGALN ... Direction Générale de l'Aménagement, du Logement et de la Nature
DGE ......... Direction générale des entreprises
DGEC ...... Direction générale de l?énergie et du climat
DGOM ..... Direction générale des outre-mer
DGPR ...... Direction générale de la prévention des risques
DROM ..... Départements et régions d?outre-mer
EnR .......... Energie renouvelable
GES ......... Gaz à effet de serre
GMI ......... Géothermie de minime importance
GWh ........ Gigawattheure (1 GWh = 1 million de kWh)
HT ............ Hors taxe
Ifpai ......... Ingénierie de formations professionnelles et d?offres d?accompagnement innovantes
IGEDD .... Inspection générale de l?environnement et du développement durable
INSEE ...... Institut national des statistiques et des études économiques
KWh ........ Kilowattheure
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
74
LCOE ...... Levelized cost of energy (coût actualisé de l?énergie)
LTECV .... Loi relative à la transition énergétique pour une croissance verte
MPR ........ MaPrimeRénov?
MW .......... Mégawatt
MWh ........ Mégawattheure (1 MWh = 1 millier de KWh)
OPEX ...... Operational expenditure (coût d?exploitation)
OECO ...... Organisation des États de la Caraïbe Orientale
PAC ......... Pompe à chaleur
PACA ...... Provence-Alpes-Côte d'Azur
PCAET .... Plans Climat-Air-Energie Territoriaux
PER .......... Permis exclusif de recherche
PNACC .... Plan national d?adaptation au changement climatique
PPE .......... Programmation pluriannuelle de l?énergie
RGE ......... Reconnu garant de l?environnement
RE ............ Règlementation environnementale
RT ............ Règlementation thermique
SER .......... Syndicat des énergies renouvelables
SFEC ....... Stratégie française énergie climat
SFEG ....... Syndicat des foreurs d?eau et de géothermie
SLB .......... Schlumberger
SNBC ...... Stratégie nationale bas carbone
STEP ........ Station d?épuration des eaux usées
SWAC ..... Sea water air conditioning
TRF .......... Tous risques forages
TTC ......... Toutes taxes comprises
TVA ......... Taxe sur la valeur ajoutée
TWh ......... Térawattheure (1 TWh = 1 milliard de kWh)
UE ............ Union européenne
USH ......... Union sociale pour l?habitat
ZAC ......... Zones d?aménagement concerté
ZNI .......... Zones non interconnectées
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
75
ANNEXES
Annexe n° 1. Les principales caractéristiques et méthodes de géothermie de
surface ................................................................................................... 76
Annexe n° 2. Les soutiens financiers à la géothermie de surface ............................... 80
Annexe n° 3. La méthode EnR?choix .......................................................................... 88
Annexe n° 4. Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène ........ 89
Annexe n° 5. Bilan budgétaire du fonds de garantie géothermie ................................ 92
Annexe n° 6. Analyse des besoins financiers associés aux objectifs du projet de
PPE 3 pour la géothermie profonde calogène ....................................... 94
Annexe n° 7. Évolution des conditions d?allocations du fonds chaleur pour les
projets de géothermie profonde, depuis 2015 ....................................... 98
Annexe n° 8. Projets de géothermie profonde soutenus par la Banque des
territoires ............................................................................................. 101
Annexe n° 9. Les réseaux de froid ............................................................................ 104
Annexe n° 10. Les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique .......................... 105
Annexe n° 11. Les différentes formes de stockage souterrain intersaisonnier ............ 107
Annexe n° 12. Comparaisons internationales ............................................................. 109
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
76
Annexe n° 1. Les principales caractéristiques et méthodes de géothermie de
surface
Les explications (section 1) et les illustrations (sections 2 et 3) de cette annexe viennent
en complément des données présentées dans la première partie du rapport sur les
caractéristiques principales de cette technique. La section 4 présente un extrait de la carte du
Cerema permettant de déterminer de façon très fine les potentiels géothermiques pour les
collectivités.
1. Les principes de fonctionnement
En vertu de l?article 112-3 du code minier, la géothermie de minime importance, dite
aussi de surface145, désigne l?exploitation de la chaleur du sous-sol jusqu?à une profondeur de
200 mètres, pour laquelle la température des fluides concernés n?excède pas 30 degrés et qui ne
font pas l?objet d?un prélèvement de plus de 80 m3/heure. La puissance thermique extraite est,
en outre, limitée à 500 kW.
Ces caractéristiques générales de la géothermie de surface permettent de comprendre
ceux de ses avantages et de ses limites qui découlent directement de sa nature. Au titre de ces
dernières, il y a, en premier lieu, conséquence directe de la faible température de la ressource,
la puissance limitée que l?on peut en retirer, qui l?oriente plutôt vers les maisons individuelles,
les immeubles collectifs ou de bureau de taille modeste, voire, à condition de multiplier les
forages, les petits réseaux de chaleur. Pour fonctionner, la pompe à chaleur et les systèmes
permettant de faire circuler les fluides calogènes consomment de l?électricité, et il faut surtout
procéder à des forages onéreux et parfois infructueux, qui peuvent, en outre, comporter certains
risques pour l?environnement, dans la mesure où ils sont susceptibles, notamment, de mettre en
contact les nappes phréatiques de surface, parfois polluées, avec les plus profondes, le plus
souvent intactes.
Les avantages de cette formule n?en sont pas moins manifestes. L?électricité nécessaire
à son fonctionnement est en France largement décarbonée et le rendement global de l?opération,
exprimé par le rapport entre la puissance produite en chaleur et celle qui est consommée sous
forme d?électricité, est excellent, souvent de l?ordre de quatre, c?est-à-dire beaucoup plus,
naturellement, que les chaudières à énergie fossile, fioul ou gaz146, mais également davantage,
d?un tiers en moyenne, que les pompes à chaleur aérothermiques, qui, au lieu de tirer la chaleur
d?un circuit d?eau froide remontant du sol, prélèvent directement celle de l?air entourant le
bâtiment. La stabilité de la température de la source froide à quoi recourent les pompes à chaleur
géothermiques leur confère de meilleures performances qu?à leur concurrentes aérothermiques,
confrontées à des températures extérieures variables qui, lorsqu?elles sont très froides,
conduisent, en vertu des lois de la thermodynamique, à une dégradation du rendement et
obligent à des systèmes de dégivrage électrique des grilles d?alimentation d?air qui l?obèrent
encore davantage. À certaines conditions, les pompes géothermiques peuvent également
produire du froid.
145 Voir également les illustrations à l?annexe n° 2
146 Dont le coefficient se situe entre 1 et 1,1 (Les géothermies, ministère de la transition écologique,
Ademe, BRGM, 2024).
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
77
Les émissions de gaz à effet de serre des fluides frigogènes
Pour fonctionner, les pompes à chaleur ont besoin de fluides aux propriétés
physiques particulières, dits frigogènes. Ils doivent être capables, sous l?effet d?un
changement de la pression à laquelle ils sont soumis, obtenu grâce à un compresseur et un
détendeur électriques, d?emmagasiner, en passant de l?état liquide à l?état gazeux, de la
chaleur à basse température, et de réaliser l?opération inverse à haute température.
Or, les fluides couramment utilisés, dans le passé mais encore aujourd?hui, ont un
fort effet de serre. La famille des hexafluorocarbones (HFC) se caractérise ainsi par des
« potentiels de réchauffement global » (PRG) qui peuvent atteindre plusieurs milliers de
fois celui du CO2. Leur fonctionnement en circuit fermé n?empêche pas les fuites, minimes
mais qui s?accumulent avec le temps, et pose le problème de leur récupération à la fin de la
vie de l?appareil.
Un règlement européen147, dit F-Gaz, introduit des obligations de contrôle et prévoit
l?interdiction progressive des substances les plus nocives, notamment les HFC. Un fluide
couramment utilisé en France, le R32, plus respectueux de l?environnement, qui a
néanmoins un PRG de 632, sera interdit en 2030. Les alternatives existent, mais restent à
développer. Le propane, au très faible PRG (3 seulement), est autorisé dans certains pays,
mais ne l?est pas dans le nôtre à cause de son fort pouvoir inflammable148. D?autres fluides
(ammoniac, CO2, isobutane, par exemple) sont envisagés, mais il reste à évaluer la
détérioration des performances des équipements qu?ils peuvent occasionner, ainsi que leur
impact sur l?environnement et sur la sécurité149.
2. Deux méthodes à faible profondeur
La géothermie sur nappe superficielle
- Forages de profondeur de 10 à 200 mètres ;
- Doublet (2 forages) dans la nappe phréatique par
pompage et réinjection ;
- Un circuit ouvert sans contact entre l?eau de nappe
avec les fluides extérieurs ;
- Un échange thermique avec l?eau de la nappe.
147 Règlement (UE) 2024/573, publié initialement en 2006 et révisé en 2014, puis 2024.
148 Ministère de la transition écologique, note d?information sur les nouvelles obligations règlementaires
introduites par le règlement « F-Gaz », décembre 2024 et Pic bleu, Fluides frigorigènes, HCFC, HFC supergaz
effet de serre environnement, avril 2025.
149 Inspection générale de l?environnement et du développement durable, Évaluation de l?adéquation et
de l?efficacité des outils au service de la rénovation énergétique des bâtiments du secteur tertiaire marchand,
2023.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
78
La géothermie sur sonde géothermique verticale
(SGV)
-Forages de profondeur de 10 à 200 mètres ;
- Sondes géothermiques verticales avec fluide
calorifique ;
- Un échange thermique avec le sol ;
- Une PAC géothermique.
? Des machines encombrantes :
Source : AFPG
3. Plusieurs dispositifs de très faible profondeur
À quelques mètres de profondeur, les échangeurs compacts peuvent être mis en place sans
forage. Il en existe de plusieurs sortes, dont les « murs géothermiques » ou encore les
« corbeilles géothermiques » :
Source : AFPG
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
79
4. Les cartes de potentiel du Cerema
La carte présentée ci-dessous, établie par le Cerema sur la base des données du BRGM,
permet de déterminer les implantations possibles en géothermie sur sonde, en comparant le
potentiel de chaleur extractible aux besoins de la parcelle. Les points verts désignent les endroits
où les besoins sont potentiellement couverts, les points orange, ceux où ce n?est pas le cas.
Schéma n° 3 : Extrait de la carte du Cerema
Source : Cerema
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
80
Annexe n° 2. Les soutiens financiers à la géothermie de surface
Cette annexe constitue un complément et un approfondissement de certaines des
questions examinées dans la partie 1.3.3 du rapport. Cinq sujets sont abordés, le recensement
des aides existantes, les règles de cumul des aides financières individuelles à la rénovation des
logements, les conditions d?accès comparées à MaPrimeRénov? et aux éco-prêts à taux zéro,
l?estimation d?un ordre de grandeur du niveau des soutiens actuels à la géothermie et de celui
qui pourrait être nécessaire si les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE)
étaient atteints.
1. Recensement des aides existantes
Un premier groupe de mesures concerne les soutiens individuels à la rénovation des
logements, sous la forme de guichets ou d?avantages fiscaux. On comptait à ce titre, en mars
2025, 12 systèmes d?aides pouvant bénéficier à la géothermie de surface, auxquels étaient
susceptibles de s?ajouter des subventions individuelles des collectivités locales150.
Il s?agit, en premier lieu, des aides (1) « MaPrimeRénov? » par geste (les montants ont
varié, mais vont aujourd?hui de 11 000 ¤ à 6 000 ¤ pour une pompe à chaleur géothermique, en
fonction des revenus du ménage, les 9èmes et 10èmes déciles étant exclus de leur bénéfice151),
(2) « MaPrimeRénov? » rénovation d?ampleur (de 40 000 ¤ à 70 000 ¤ de dépenses éligibles
selon le gain de classe d?isolation du logement gagnées, pour un ensemble de plusieurs gestes,
dont au moins deux portant sur l?isolation, mais pouvant comporter une pompe à chaleur
géothermique, qui sont pris en charge globalement à entre 80 % et 45 % suivant le niveau de
revenu -revenus supérieurs exclus comme dans le cas précédent- et le nombre de classes
gagnées152), et (3) « MaPrimeRénov? » copropriété, réservée aux travaux dans les parties
communes. Ces primes sont toutes distribuées par l?Agence nationale de l?habitat (Anah).
(4) Le dispositif Loc?Avantages permet aux propriétaires bailleurs de bénéficier d?une
réduction d?impôt jusqu?au 31 décembre 2027 à condition de louer à loyer plafonné à des
locataires aux ressources modestes. Il ouvre doit à des subventions pour les travaux de
rénovation (25 % de leur montant, dans une limite de 15 000 ¤ par logement, à condition que
l?efficacité énergétique augmente d?au moins 35 %). Ces quatre dispositifs ont remplacé un
système de crédit d?impôt s?appliquant aux travaux d?amélioration de l?efficacité énergétique,
dénommé CITE153, qui couvrait notamment la géothermie, dont les taux ont évolué154.
S?ajoute le mécanisme des (5) certificats d?économie d?énergie (CEE), système extra-
budgétaire et extra-fiscal mis en place en 2005 pour obliger les fournisseurs d?énergie à
promouvoir des actions d?efficacité énergétique155. En pratique, une grande majorité du soutien
passe par des « fiches standardisées » représentatives d?actions favorables aux économies
d?énergie, qui donnent droit à une aide. Plusieurs d?entre elles concernent les pompes à chaleur,
150 Agence nationale de l?habitat (Anah), Les aides financières en 2025, édition mars 2025.
151 D?autres aides sont possibles pour des chauffe-eaux thermodynamiques, qui fonctionnent avec une
pompe à chaleur, qu?elle soit aéro- ou géothermique.
152 Des bonifications et un écrêtement sont prévus dans certaines conditions.
153 Crédit d?impôt pour la transition énergétique.
154 Jusqu?à 50 % entre 2005 et 2011, 26 % en 2012, 30 % entre 2014 et 1018, assorti de seuils de revenu
en 2019, disparaissant progressivement à partir de 2020.
155 Cour des comptes, Les certificats d?économie d?énergie, septembre 2024.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
81
et couvrent donc, mais pas exclusivement, celles qui sont géothermiques156. A ces soutiens CEE
de base, s?ajoutent des (6) « coups de pouce » pour certains travaux, dont un est, depuis 2018,
notamment lié à l?installation d?une pompe à chaleur eau/eau ou sol/eau157 (5 000 ¤ depuis
2023, sans condition de ressource). Il y a également depuis 2024 un « coup de pouce » pour les
rénovations d?ampleur concernant notamment des fiches standardisées couvrant la géothermie.
Viennent ensuite les prêts bonifiés. (7) L?éco-prêt à taux zéro, dit « éco-PTZ », permet
notamment de prendre en charge des travaux qui relèvent de « MaPrimeRénov? » par geste ou
d?ampleur, ou qui ont pour effet d?améliorer de 35 % au moins la performance énergétique du
logement. Il porte sur des montants allant de 15 000 ¤ à 30 000 ¤ suivant qu?une, deux ou trois
actions sont entreprises, et peut être remboursé en 15, voire en 20 ans dans certains cas. (8) Le
prêt avance rénovation, hypothécaire sans intérêt, est accordé depuis 2022 au moment de la
vente du logement ou lors d?une succession. Il finance des travaux de rénovation énergétique158.
Les avantages fiscaux sont nombreux. Le principal d?entre eux est, de loin, (9) la TVA
à taux réduit. Un taux de 5,5 % (au lieu de 20 % pour une chaudière à gaz, par exemple)
s?applique pour la pose, l?installation ou l?entretien de matériaux, équipements, appareils et
systèmes ayant pour objet d?économiser l?énergie ou de recourir à une source renouvelable. Il
couvre donc la géothermie. (10) L?exonération de taxe foncière pendant trois ans au maximum
s?y ajoute, quand elle a été votée par la commune. (11) Le dispositif Denormandie est une
réduction de l?impôt sur le revenu accessible à ceux qui font l?achat d?un bien immobilier pour
le rénover, à condition que ces travaux représentent au moins 25 % du coût total de l?opération
ou que l?efficacité énergétique augmente de plus de 30 %. (12) Le déficit foncier peut être
pratiqué en cas de travaux de rénovation dans des locaux destinés à la location non meublée.
Lorsque ces dépenses interviennent dans le domaine énergétique, leur plafond imputable est
doublé jusqu?en 2025.
Un deuxième groupe de quatre soutiens, qui concerne principalement les projets
collectifs dans les domaines du logement, du tertiaire, de l?agricole et de l?industriel, est géré
par l?Ademe, qui pilote essentiellement, dans le domaine de la géothermie de surface, deux
dispositifs. Le premier, (13) le fonds chaleur, prend en charge, sur une base forfaitaire, les
investissements relatifs à des projets de taille modeste159 à des taux qui se montent en 2025,
dans la plupart des cas, à 25 ¤/MWh pour les forages sur nappe et à 50 ¤/MWh pour ceux sur
sonde, quand ils ont pour but la production de chaleur160. Pour le froid, c?est 20 ¤/MWh dans
les deux techniques, pour la métropole tout au moins. S?agissant des projets plus importants
(plus de 2000 MWh par an), plus complexes, voire de grande envergure, la subvention est
calculée en fonction d?une analyse économique, qui tient également compte des règles
d?encadrement des aides communautaires. Les taux d?aide par rapport aux dépenses éligibles
156 Principalement BAT-TH-113 (pompe à chaleur de type air/eau ou eau/eau), AGRI-TH-108 (idem,
pour les serres horticoles et maraîchères), BAR-TH-166 (pompes à chaleur collective de type air/eau ou eau/eau,
à compter du 31 juillet 2021), et, jusqu?en 2024 (source : DGEC), plus, dans le secteur résidentiel, BAR-TH-104
(pompes à chaleur dans le bâti résidentiel) jusqu?en 2024, puis BAR-TH-172.
157 C?est-à-dire solarothermique, fonctionnant à l?énergie solaire.
158 Également possibles : le prêt sur le livret Développement durable, le prêt d?accession sociale, le prêt à
l?amélioration de l?habitat.
159 Moins de 2 000 mais plus de 25 MWh d?énergie renouvelable par an.
160 La nette différence entre ces deux taux vient de la capacité différente des deux techniques à capter la
chaleur du sous-sol, moins forte pour les sondes.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
82
peuvent varier fortement, de 20 % à 60 %161. À partir de 2028, en accord avec le règlement
européen F-Gaz162, un critère supplémentaire concernant le pouvoir de réchauffement global
(PRG) des fluides frigogènes utilisés sera introduit163. Le fonds chaleur finance aussi des (14)
études en faveur de la transition écologique et énergétique, qui peuvent concerner la
géothermie. Les prises en charge partielles concernent aussi bien l?assistance à maîtrise
d?ouvrage que les études de faisabilité164. Toutes les aides du fonds chaleur peuvent être
complétées, dans certaines conditions, par des crédits régionaux ou des fonds européens du
FEDER.
La garantie Aquapac organise depuis 1983 la couverture des aléas dans la géothermie
de surface sur nappe165. Elle a été mise en place par l?Ademe, en collaboration avec EDF et le
BRGM. Sa partie (15) « recherche » couvre le risque d?échec des forages pour accéder à de
l?eau en quantité suffisante. Sa branche (16) « pérennité » assure que, pendant dix ans,
l?exploitation continuera à bénéficier d?une ressource phréatique adéquate. Aquapac est
financée par le fonds chaleur et par les cotisations des entreprises porteuses des projets. Les
indemnisations remboursent tous les coûts, moyennant un taux d?amortissement de 5 % par an
pour la pérennité, mais la garantie est plafonnée à 140 000 ¤ au total166.
2. Cumul des aides financières individuelles à la rénovation des logements
Le schéma ci-dessous est extrait du document « Les aides financières en 2025 » de
l?Anah.
161 Des dispositifs sont également prévus pour les échangeurs compacts, les eaux de mer et les eaux usées,
ainsi que le rafraîchissement par geocooling.
162 Cf. § 1.1.1.
163 Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement : Géothermie de surface / thalassothermie /
cloacothermie et aérothermie 2025.
164 Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement : études en faveur de la transition écologique et
énergétique, 2025
165 C?est la seule technique où l?incertitude sur la nature du sous-sol peut faire courir un risque d?échec
au projet. Les nappes doivent en général avoir moins de 200 mètres de profondeur.
166 Plaquette Aquapac. Garantie sur la ressource en eau souterraine pour la géothermie de proche
surface, septembre 2020.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
83
Schéma n° 4 : Conditions de cumul pour certaines des aides à la rénovation des logements
Source : Anah
3. Conditions d?accès comparées à MaPrimeRénov? et aux éco-prêts à taux
zéro
Tableau n° 6 : Conditions attachées à MaPrimeRénov? et aux éco-prêts à taux zéro
Éco-prêt à taux zéro MaPrimeRénov?
Type d?aide Prêt sans intérêt à rembourser Prime versée, non remboursable
Conditions de revenus Aucune condition de revenu
Conditionnée aux revenus (barèmes
bleus, jaunes, violets, roses)
Logements éligibles
Résidence principale achevée depuis
plus de 2 ans (anciennement 15 ans)
Résidence principale achevée depuis
plus de 15 ans (ou 2 ans si changement
de chaudière au fioul)
Bénéficiaires Propriétaire occupant ou bailleur
Propriétaire occupant, bailleur, ou
syndic pour copropriétés
Travaux éligibles
Travaux d?amélioration énergétique :
isolation, PAC, VMC, etc. réalisées par
une entreprise RGE
Travaux similaires, mais avec
conditions d?efficacité énergétique
précises (et souvent une évaluation
énergétique préalable)
Sources : documents liés à ces aides
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
84
4. Estimation d?un ordre de grandeur du niveau des soutiens actuels à la
géothermie
Pour chiffrer le montant des soutiens financiers bénéficiant à la géothermie de surface,
une des difficultés provient certes du nombre élevé de dispositifs en cause. Mais l?obstacle
principal est dû à l?absence presque totale de données détaillées permettant de déterminer, dans
ces aides qui sont la plupart du temps à vocation large, couvrant une gamme étendue d?actions
de rénovation énergétique des logements ou des bâtiments, la part qui correspond
spécifiquement à des installations géothermiques.
Dans quatre cas seulement, le fonds chaleur, la garantie Aquapac, le coup de pouce CEE
chauffage et MaPrimeRénov? par geste (pompes à chaleur géothermiques et
solarothermiques167), le point d?application circonscrit des mécanismes en cause permet de
déterminer les sommes qui sont consacrées à notre sujet. Pour tous les autres, les
administrations et organismes qui sont chargés de les mettre en oeuvre n?enregistrent pas, au-
delà du fait que les demandes qui leurs sont présentées correspondent bien aux critères exigés
par les dispositifs concernés, la destination précise des dépenses, et, en en particulier, ne
distinguent pas celles qui concernent la géothermie168.
Il n?y a donc pas d?autre solution que de procéder à des estimations à partir de données
extérieures aux dispositifs d?aide. Pour la TVA à taux réduit, il est fait appel au montant moyen
des travaux d?investissement géothermiques tels qu?estimés par l?Ademe, qui est ensuite
multiplié par le différentiel de taux de taxation. Pour les certificats d?économie d?énergie
(CEE), le calcul se fonde sur la détermination, à partir de la part de marché des pompes à chaleur
eau/eau par rapport au total eau/eau et air/eau, de la proportion des « fiches standardisées »
couvrant notamment la géothermie qui lui est particulièrement consacrée. Les données publiées
sur les volumes d?utilisation de ces fiches et la répartition des ventes de PAC individuelles entre
PAC air/eau et PAC géothermiques permettent ensuite d?aboutir à un montant. Ce raisonnement
vaut aussi pour MaPrimeRénov? d?ampleur.
Cette façon de procéder ne peut prétendre fournir davantage qu?un ordre de grandeur
très approximatif. Il est en particulier impossible d?établir une correspondance stricte entre les
données de marché ou les moyennes utilisées et les équipements qui font effectivement l?objet
d?une demande d?aide. Pour les mécanismes les plus petits, encore plus complexes, il n?est
malheureusement pas possible de proposer d?estimations, même si l?on peut penser que celles-
ci seraient, de toutes façons, faibles. Sous toutes ces réserves, le tableau ci-dessous synthétise
le résultat de ces calculs.
167 Ce geste est un peu plus large que notre cible, mais l?Anah a bien voulu en analyser pour la Cour un
échantillon de quarante dossiers, dont il ressort que 80 % concernent la géothermie, 10 % la solarothermie et 10 %
des erreurs d?aiguillage.
168 Dans les maisons individuelles existantes, les fiches d?opérations standardisées CEE BAR-Th-172
« Pompe à chaleur de type eau/eau ou sol/eau » et BAR-Th-171 « Pompes à chaleur de type air/eau » ont remplacé
l?ancienne fiche BAR-Th-104 « Pompe à chaleur de type air/eau ou eau/eau » pour les opérations engagées à
compter du 1er janvier 2024. Cette différenciation permet désormais de suivre la dynamique de mobilisation du
Coup de pouce « Chauffage » pour les pompes à chaleur eau/eau individuelles.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
85
Tableau n° 7 : Estimation du coût annuel des principaux soutiens à la géothermie de surface, hors
aides à la distribution, en millions d?euros
Dispositif d?aide 2022 2023 2024
Fonds chaleur, y compris CCR169 23,8 67,4 49,5
Aquapac170 - - -
MaPrimeRénov? par geste171 17,0 18,0 18,6
MaPrimeRénov? rénovation d?ampleur172 nd 1,1 2,3
Taux réduit de TVA173 14,2 14,7 11,5
CEE, y compris coup de pouce174 Non calculé 7,9 nd
Eco-prêt-taux zéro175 - - -
Total nd 109,1 nd
Estimations Cour des comptes, hypothèses de calcul et sources précisées en note
169 Aide à la production et aide à la distribution, y compris installations de pompes à chaleur sur eau de mer et eaux
usées, (y compris contrats chaleur renouvelable patrimoniaux ou territoriaux traités en gestion déléguée, guichet
Tremplin pour la transition écologique des PME et fonds Tourisme durable). Source : Ademe.
170 Le fonds Aquapac a reçu des dotations initiales, puis des dotations complémentaires du Fonds chaleur en 2010,
2011, 2012 et 2013 et fonctionne depuis avec les cotisations des bénéficiaires et les produits financiers (Source :
SAF-environnement, Ademe).
171 Estimation Anah pour la Cour.
172 Calcul Cour à partir de l?estimation par l?Anah du nombre de dossiers contenant de la géothermie : 125 en 2022,
122 en 2023, 225 en 2024, soit 0,2 % environ du nombre de dossiers total (71 613 en 2023 et 91 374 en 2024,
Anah). Le montant total d?aides versées par ce dispositif est de 1,08 Md¤ en 2023 et 2,236 Md¤ en 2024. Si l?on
estime que la géothermie consomme la moitié de l?enveloppe des projets où elle figure, on a les résultats reportés
dans le tableau.
173 En estimant que toutes les pompes à chaleur géothermiques individuelles ont bénéficié de cet avantage fiscal,
soit 3970 en 2023 et 3005 en 2024, que les montants unitaires (coûts de forage et d?installation de la pompe à
chaleur géothermique) sont de 30 000 ¤ (cf. § 1.1.2) et que l?avantage fiscal est de 14,5 % (20 % -5,5 %), on a
17,3 M¤ en 2023 et 13,1 M¤ en 2024. Relèvent de la TVA 5,5% prévue à l?article 278-0 bis A du CGI les
prestations de rénovation énergétique effectuées dans des locaux à usage d?habitation achevés depuis au moins
deux ans. Il convient donc de déduire du nombre de pompes à chaleur vendues (2023, 2024) le nombre
d?installations dans l?habitat neuf (15% des ventes 2023 et 12% des ventes 2024 d?après les études Observ?ER).
174 Calcul pour 2023 : La principale fiche à prendre en compte pour cette année-là est la BAR-TH-104 (bâtiments
individuels), qui couvre les pompes à chaleur aérothermiques et géothermiques, ainsi que les BAR-TH-166 et
BAT-TH-113. À partir des statistiques des opérations engagées, elles portent un volume de CEE de 92 794 873
326 KWhcumac, valorisés à 7,5 ¤/MWhcumac (Ademe). Si l?on compte que la proportion de la géothermie est la
même dans les CEE que sur le marché, soit 1,27 %, on trouve un total de 8,838 M¤.
175 D?après les documents budgétaires, les éco-ptz ont représenté une dépense fiscale de 45 M¤ en 2023 et 102 M¤
en 2024 (prévision). La part de ces prêts qui a bénéficié à la géothermie est inconnue, mais très faible, car les
critères d?éligibilité des éco-ptz sont plus larges que ceux de MaPrimeRénov?, et la part de la géothermie dans
celle-ci n?est que de 0,7 % (Anah). On peut donc supposer que le coût associé aux éco-ptz pour la géothermie est
très faible, inférieur en tout cas à la marge de précision des chiffrages présentés dans ce tableau.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
86
L?ordre de grandeur du coût annuel des soutiens publics distribués par l?État, hors
collectivités territoriales, est donc un de l?ordre de 110 M¤.
5. Ordre de grandeur du coût des soutiens en cas d?atteinte des objectifs de
la PPE
Pour comparer la production de chaleur renouvelable issue des pompes à chaleur
géothermiques de 2017 à celle de 2022-2023 et aux objectifs PPE3 2030-2035, il convient de
retenir la valeur de référence calculée par le SDES, soit 3,5 TWh en 2022 de chaleur
renouvelable issue de pompes à chaleur géothermiques en données corrigées des variations
climatiques (cette valeur correspond à la valeur de 3,2 TWh en données réelles non corrigées
des variations climatiques publiée dans le projet de PPE3 soumis à consultation en mars
2024176). De 2017 à 2023, l?accroissement de la production de chaleur renouvelable issue de
pompes à chaleur géothermiques a été de 0,4 TWh177, soit environ 0,07 TWh/an. Cette méthode
n'intègre cependant aucune hypothèse de renouvellement en fin de vie des pompes à chaleur
déjà installées. Cela donne, sous ces réserves, un coût de 1,65 Md¤/TWh.an. Il est possible que
cette valeur soit surestimée, les soutiens publics annuels (Fonds Chaleur notamment) ayant
fortement augmenté en 2023 par rapport aux années précédentes).
Une autre solution est d?utiliser les ratios « aide financière / MWh de chaleur produite »
associé aux installations de géothermie de surface individuelles (aide moyenne MPR+CEE
d?environ 600 ¤/MWh.an pour un ménage aux revenus « intermédiaires » et une production
annuelle de chaleur EnR moyenne de 18 MWh par logement) et aux installations de géothermie
de surface collectives (aide Fonds Chaleur de 26 ¤/MWh/20 ans en 2024 soit 526 ¤/MWh.an)178,
en y ajoutant le coût de la réduction du taux de TVA, soit au total environ 0,7 Md¤/TWh.an.
Si l?on fait l?hypothèse que le coût marginal en soutiens publics sera le même à l?avenir
qu?en 2023, on a le tableau suivant, en appliquant les estimations de coût calculées ci-dessus à
la marche à franchir pour atteindre les objectifs PPE 2 et ceux du projet de PPE 3.
Tableau n° 8 : coût des soutiens en cas d?atteinte des objectifs de la PPE, en milliards d?euros
2023
Objectif PPE
2
Objectif
PPE 3 2030
Objectif
PPE 3 2035
bas haut bas haut bas haut
Niveau de production de chaleur renouvelable issue
de pompes à chaleur géothermiques, en TWh
3,5 5,0 7 10 15 15 18
Accroissement de production de chaleur depuis 2023 0 1,5 3,5 6,5 11,5 11,5 14,5
Supplément de coût, en Md¤179 (hypothèse haute180) 0 2,5
5,8
10,7
19,0
19,0
23,9
Supplément de coût, en Md¤ (hypothèse basse181) 0 1,1
2,5 4,6
8,1
8,1
10,2
Calculs Cour des comptes
176 Source : DGEC.
177 AFPG, Etude de filière 2024.
178 Source : DGEC.
179 Supplément de coût = (objectif ? production 2023) x coût par GWh. Ce résultat exprime théoriquement
le coût cumulé nécessaire pour passer du niveau de production de 2023 à celui des objectifs de la PPE. Il doit donc
être étalé sur le nombre d?années correspondant.
180 1,65 Md¤/TWh.
181 0,7 Md¤/TWh.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
87
Ces coûts sont considérables, même s?ils sont, dans les hypothèses de calcul retenues,
étalés sur la période qui sépare la cible de 2023. Ils restent naturellement très théoriques. D?un
côté, ils risquent d?être sous-estimés, car le rapport (§ 1.1.2) montre que les dispositifs de
soutien actuels ne sont pas susceptibles de permettre l?atteinte des objectifs de la PPE. D?un
autre côté, on peut supputer que le changement de dimension de la filière que supposerait
l?arrivée au niveau des objectifs les plus élevés des PPE permettrait d?enclencher un cycle
vertueux d?efficacité et de baisse des coûts qui pourrait réduire le besoin en soutiens publics.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
88
Annexe n° 3. La méthode EnR?choix
La démarche EnR'Choix a été formalisée dès 2012 dans le cadre du schéma régional
climat air énergie d'Île-de-France, approuvé par le Conseil régional le 23 novembre 2012 et
arrêté par le Préfet de région le 14 décembre 2012.
Il s?agit d?un outil d?aide à la décision conçu pour accompagner les porteurs de projets,
notamment les collectivités locales, dans le choix de leur solution de production de chaleur et
de froid renouvelables. Cette démarche repose sur une approche stratégique intégrée, tenant
compte des besoins spécifiques des territoires, des ressources locales disponibles et des
infrastructures existantes, afin de favoriser une planification énergétique cohérente et durable.
L?objectif est de maximiser l?efficacité énergétique des projets tout en optimisant
l?usage des ressources renouvelables locales. En Île-de-France, l?Ademe utilise cette grille
d?analyse depuis 2014 pour prioriser les projets soumis au financement.
Depuis 2024, la démarche EnR'Choix figure également parmi les conditions d?éligibilité
au fonds chaleur pour l?ensemble des projets182. Son intégration vise à interroger la pertinence
du recours à la biomasse, notamment les projets utilisant des plaquettes forestières dont la
disponibilité est limitée, au regard des alternatives disponibles.
L?Ademe justifie cette exigence en soulignant que, bien que la biomasse présente de
nombreux atouts (valorisation des ressources locales, création d?emplois non délocalisables,
contribution aux objectifs environnementaux, stabilité des coûts énergétiques à long terme),
elle demeure une ressource limitée. Son utilisation doit donc s?inscrire dans une stratégie
énergétique globale, en complémentarité avec les autres filières d?énergies renouvelables.
Graphique n° 9 : Description de la méthode EnR? choix
Source : Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement, Installation biomasse énergie, 2025.
182 Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement, Installation biomasse énergie, 2024.
https://www.enrchoix.idf.ademe.fr/ressources/enrr-actions-prioritaires/srcae-ile-de-france-version-decembre-2012vdefinitive-avec-couverture-v20-12-2012-cle0b1cdf.pdf?utm_source=chatgpt.com
https://www.enrchoix.idf.ademe.fr/ressources/enrr-actions-prioritaires/srcae-ile-de-france-version-decembre-2012vdefinitive-avec-couverture-v20-12-2012-cle0b1cdf.pdf?utm_source=chatgpt.com
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/ADEME/Eligibilit%C3%A9%20aux%20aides/2025-FC-Installation%20biomasse%20%C3%A9nergie%20-%20Conditions%20d%27%C3%A9ligibilit%C3%A9%20et%20de%20financement%20-%202025.pdf
https://agir.ademe.fr/sites/default/files/Conditions%20d%27%C3%A9ligibilit%C3%A9%20et%20de%20financement%20des%20installations%20biomasse%20%C3%A9nergie%20-%202024.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
89
Annexe n° 4. Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène
Définition
La géothermie profonde consiste à exploiter la chaleur stockée naturellement dans le
sous-sol à plusieurs centaines de mètres de profondeur, la température augmentant avec la
profondeur. La géothermie profonde calogène, dite de basse température, exploite des nappes
d?eau souterraines (« aquifères ») de température comprise entre 30°C et 100°C à des
profondeurs généralement comprises entre 200 mètres et 2 000 mètres.
Elle repose sur le principe du « doublet géothermique » : un puits de pompage extrait
de l?eau chaude, tandis qu?un second puits réinjecte l?eau refroidie dans la nappe. Cette
technologie est décarbonée, mature, et non polluante, décarbonée, sans besoin de transport en
phase d?exploitation183.
Graphique n° 10 : Principe du doublet géothermal
Source : BRGM
183 Ademe, Feuille de route nationale géothermie, 2022, p. 8 ; Convention de subvention passée entre la
DGEC et le BRGM, 2024, p. 5.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-BRGM-communique-geoscan-lancement-cp.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2022-Ademe-Dossier%20-%20Feuille%20de%20route%20v13012023.docx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-Convention_subvention_DGEC_signeBRGM_vis%C3%A9e%20DCB.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-Convention_subvention_DGEC_signeBRGM_vis%C3%A9e%20DCB.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
90
Contexte géologique propice
Les aquifères profonds (propices à la géothermie profonde) se situent dans des bassins
sédimentaires (sable, grès, calcaire, craie) comme les bassins parisien et aquitain, le fossé
rhénan, le couloir rhodanien, la Limagne. Les caractéristiques des aquifères profonds
permettent un échange direct de chaleur sans pompe à chaleur184. Le recours à la pompe à
chaleur, bien que non systématique, permet d?optimiser le rendement énergétique de la
ressource.
Les usages
Les usages de la géothermie profonde calogène dépendent à la fois de la composition
géologique du sous-sol et des besoins des consommateurs en surface. En 2023, le chauffage
urbain reste l?usage dominant. Dans une moindre mesure, la géothermie profonde peut
également être utilisée pour des applications industrielles (procédés utilisant la vapeur, l?air
chaud ou l?eau chaude), agricoles (chauffage de serres, pisciculture, séchage) ou aqualudiques
(piscines, centres nautiques, thermes)185.
Graphique n° 11 : Production de chaleur renouvelable de la géothermie profonde par usage à fin
2023 (en TWh)
Source : Ademe et al., Panorama de la chaleur renouvelable et de récupération, 2025, p. 28
L?usage dominant : l?alimentation des réseaux de chaleur
La géothermie profonde calogène est particulièrement adaptée à l?alimentation des
réseaux de chaleur, qui nécessite une température de l?eau géothermale comprise entre 30 °C
et 90 °C, avec l?aide d?une pompe à chaleur dans certains cas186.
184 Source : DGEC ; Convention de subvention passée entre la DGEC et le BRGM, 2024, p. 5.
185 Ademe et al., Panorama de la chaleur renouvelable et de récupération, 2025, p. 28
186 Selon les données de l?Ademe, des PAC ont été installées sur une dizaine de doublets géothermiques
depuis 2015, surtout entre 2020 et 2024. L?objectif est de réhausser la température de l?eau lorsque celle-ci est trop
basse. Le LCOE calculé par l?Ademe pour les centrales géothermiques profondes, de 29 euros HT / MWh, est
calculé pour des installations avec pompe à chaleur.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2025_02_06_Ademe%20et%20al-PanoramaChaleur2024_W%20(1).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/202505-DGEC-R%C3%A9ponse%20Q01-T05-01-Q5.1%20(1).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-Convention_subvention_DGEC_signeBRGM_vis%C3%A9e%20DCB.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2025_02_06_Ademe%20et%20al-PanoramaChaleur2024_W%20(1).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.2.2%20Le%20fonds%20chaleur_un%20catalyseur/Liste%20op%C3%A9rations%20FC%20-%20aides%20investissement%20EnRR%202015-2024__.xlsx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.1.1.%20Des%20dispositifs%20financiers%20%C3%A0%20adapter/2024-Ademe-evolution-cout-energies-renouvelables-et-recuperation-entre-2012-2022.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
91
Un réseau de chaleur permet d?acheminer la chaleur géothermique jusqu?aux
consommateurs. Il comprend :
- Une unité de production, alimentée ici par géothermie profonde ;
- Un réseau primaire, composé de canalisations, isolées et enterrées, qui transporte la
chaleur de la zone de production vers les bâtiments consommateurs via un fluide
caloporteur (eau chaude, eau surchauffée voire même vapeur pour certains process)
- Un réseau secondaire qui distribue la chaleur à l?intérieur du bâtiment
(jusqu?à 90 °C maximum pour le chauffage et jusqu?à 60 °C pour l?eau chaude
sanitaire) ;
- Des « sous-stations » ou « échangeurs de chaleur », situés à proximité des
immeubles chauffés, qui permettent l?échange de chaleur entre le réseau primaire et
le réseau secondaire. La sous-station permet de déconnecter les deux types de
réseaux (primaire et secondaire), mais aussi de réaliser le comptage de la chaleur
réellement livrée à chaque bâtiment (pour facturer la chaleur notamment)187.
Schéma n° 5 : Principe d?un réseau de chaleur géothermique
Source : Actee, Guide pour les collectivités, 2024, p. 14.
Les réseaux de chaleur sont particulièrement adaptés à l?exploitation d?une ressource
locale, difficile d?accès ou à mobiliser, comme la géothermie, en zone urbaine dense188.
187 Ademe, Fonds chaleur, Guide pour les collectivités, 2024, p. 4 ; SER, Questions réponses
Géothermies, 2024, p. 62.
188 CGDD, Les réseaux de chaleur : quels prix pour le consommateur, 2016, p. 1.
https://programme-cee-actee.fr/wp-content/uploads/2024/05/2024_Guide-Geothermie.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Ademe,%20Fonds%20chaleur,%20Guide%20pour%20les%20collectivit%C3%A9s,%202024.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-SER-web_brochure_A5_qr_geothermie_ser.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-SER-web_brochure_A5_qr_geothermie_ser.pdf
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2018-10/datalab-essentiel-33-les-reseaux-de-chaleur_-quels-prix-pour-le-consommateur-septembre2016.pdf?utm_source=chatgpt.com
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
92
Annexe n° 5. Bilan budgétaire du fonds de garantie géothermie
Le fonds de garantie géothermie a permis d?accompagner la relance de la géothermie
avec des premiers projets aidés dès 2007. Fin 2023, 93 puits avaient été accompagnés par le
fonds de garantie pour le volet court terme et 35 conventions long terme avaient été signées189.
Sur la période 2007-2023 :
- Deux puits avaient fait l?objet d?indemnisation au titre de l?échec total : un forage à
Meyreuil (région Provence-Alpes-Côte d?Azur) et un à Grigny (en Île-de-France),
c?est-à-dire que le couple débit / température obtenu était inférieur à 60 % de la
puissance garantie. Le montant total indemnisé a été de 5,1 M¤.
- Douze puits ont fait l?objet d?indemnisations au titre de surcoûts géologiques ou
d?échecs partiels. Le montant total indemnisé a été de 6,5 M¤.
Graphique n° 12 : Puits garantis de 2007 à 2023
Source : Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie géothermie, Conseil d?administration du 14 mars 2024,
p. 6.
Le bilan financier établi par l?Ademe indique que, sur la période 2007-2023, les
ressources du fonds de garantie ont atteint 53,0 M¤, dont 28,9 M¤ provenant des dotations de
l?Ademe. Les dépenses se sont élevées à 19,4 M¤, portant le montant du fonds à 33,7 M¤ fin
2023. Sur l?ensemble de ces dépenses, les indemnisations liées au risque « court terme » sont
largement majoritaires : elles représentent un montant quatre fois supérieur à celles relatives au
risque « long terme » (11,6 M¤ contre 2,9 M¤).
Ce fonds sera clôturé fin 2043 à l'extinction de la dernière garantie long terme qu'il
couvre. Il continue de couvrir les garanties long terme signées entre 2007 et 2024, cotisation et
indemnisation le cas échéant.
189 Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie géothermie, Conseil d?administration du 14 mars
2024, 5 et s.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/fonds%20de%20garantie/Q01-T05-03-note_CA_202403_Point_15_-_bilan_Fonds__bTpTkKq.docx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/fonds%20de%20garantie/Q01-T05-03-note_CA_202403_Point_15_-_bilan_Fonds__bTpTkKq.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
93
État du fonds de garantie géothermie au 31.12.2023
A - RESSOURCES
1- DOTATIONS ADEME 28 913 117 ¤
2- DOTATION Région Ile de France*) 5 545 000 ¤
3- Clôture Convention Ile de France du 07/07/2008 -1 653 091 ¤
3- COTISATIONS DES MAITRES D'OUVRAGE COURT Terme 13 642 973 ¤
4- COTISATIONS DES MAITRES D'OUVRAGE LONG Terme 5 822 344 ¤
5- PARTICIPATIONS AU FINANCEMENT ETUDE FONDS
"GEODEEP" (en HT)
125 050 ¤
6- PRODUITS FINANCIERS 639 879 ¤
A -TOTAL DES RESSOURCES : 53 035 272 ¤
B - DEPENSES
1 - INDEMNISATIONS DES SINISTRES COURT Terme 11 621 615 ¤
2 - INDEMNISATIONS DES SINISTRES LONG Terme 2 919 522 ¤
3 - CHARGES DE FONCTIONNEMENT 4 828 721 ¤
B -TOTAL DES DEPENSES : 19 369 858 ¤
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
94
Annexe n° 6. Analyse des besoins financiers associés aux objectifs du projet de
PPE 3 pour la géothermie profonde calogène
Les projets de géothermie profonde calogène se caractérisent par des investissements
initiaux très élevés, notamment pour les opérations de forage, dont le coût peut atteindre entre
11 et 16 M¤ pour un doublet géothermique (hors réseau de chaleur)190. Pour sécuriser leur plan
de financement, les maîtres d?ouvrage combinent fonds propres, emprunts du maître d?ouvrage
(public ou délégataire) et subventions.
Deux dispositifs budgétaires soutiennent ces projets : le fonds chaleur et le fonds de
garantie « géothermie ». Le cumul du fonds chaleur avec le mécanisme extra-budgétaire des
CEE n?est possible que pour le raccordement aux réseaux de chaleur, les CEE ne financent pas
la production de chaleur191.
En matière de dépenses fiscales, la fourniture d'énergie par les réseaux de chaleur
alimentés à plus de 50?% par des énergies renouvelables ou de récupération bénéficie d?un taux
réduit de TVA (5,5?%), au titre de l?article 278-0 bis du code général des impôts.
Les soutiens publics mobilisés en 2024 pour la géothermie profonde calogène : 4,8 M¤
de dépenses fiscales192 et 122,7 M¤ de dépenses budgétaires
En 2024, ces soutiens publics ont représenté, selon les estimations de la Cour, 4,8 M¤
de dépenses fiscales193 et 122,7 M¤ de dépenses budgétaires pour la géothermie profonde
calogène194, dont :
- 107,6 M¤ d?aides du fonds chaleur (réparties entre 63,9 M¤ pour la production de
chaleur et 43,8 M¤ pour la distribution (raccordement au réseau de chaleur)) ;
- 15 M¤ de dotation de l?Ademe au fonds de garantie, financé sur le fonds chaleur.
190 Ademe, Énergies renouvelables : la géothermie profonde - Réussir la transition écologique de mon
territoire, juin 2023, p. 1
191 Ademe, Note fonds chaleur CEE, avril 2025, p. 3.
192 Estimation de la Cour fondée sur les hypothèses suivantes : 1) la dépense fiscale prévisionnelle pour
2024 liée à la TVA à 5,5% sur la fourniture d?énergie dont bénéficient les réseaux de chaleurs alimentés à plus de
50% par des EnR&R est de 62 M¤ selon l?annexe au PLF 2025, Voies et moyens, Tome 2, p. 166 ; 2) Les réseaux
de chaleur « vertueux » sont alimentés à hauteur de 7,7 % par la géothermie selon l?enquête des réseaux de chaleur
et de froid réalisée par la Fedene en 2024. Par extrapolation, on peut estimer que la part de la dépense fiscale
prévisionnelle pour 2024 liée à la TVA à 5,5% pour la fourniture par réseaux d?énergie calorifique d?origine
renouvelable a bénéficié à la géothermie à hauteur de 7,7%*62, soit 4,8 M¤.
193 Estimation de la Cour fondée sur les hypothèses suivantes : 1) la dépense fiscale prévisionnelle pour
2024 liée à la TVA à 5,5% sur la fourniture d?énergie dont bénéficient les réseaux de chaleurs alimentés à plus de
50% par des EnR&R est de 62 M¤ selon l?annexe au PLF 2025, Voies et moyens, Tome 2, p. 166 ; 2) Les réseaux
de chaleur « vertueux » sont alimentés à hauteur de 7,7 % par la géothermie selon l?enquête des réseaux de chaleur
et de froid réalisée par la Fedene en 2024. Par extrapolation, on peut estimer que la part de la dépense fiscale
prévisionnelle pour 2024 liée à la TVA à 5,5% pour la fourniture par réseaux d?énergie calorifique d?origine
renouvelable a bénéficié à la géothermie à hauteur de 7,7%*62, soit 4,8 M¤.
194 Source : Cour des comptes à partir de données Ademe.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041823190/2022-01-01
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/ADEME/202306-Ademe_GeothermieProfonde-collectivit%C3%A9s_2_lOQGFH5.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/ADEME/202306-Ademe_GeothermieProfonde-collectivit%C3%A9s_2_lOQGFH5.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/fond%20chaleur%20et%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur/Eligibilit%C3%A9%20aux%20aides/Q01-T02-02-Note_Fonds_Chaleur_CEE_avril2025.pdf
file:///C:/Users/noemie.houard@ccomptes.fr/Downloads/PLF%202025%20-%20Voies_et_moyens_Tome_2_Depenses%20fiscales%20(9).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
file:///C:/Users/noemie.houard@ccomptes.fr/Downloads/PLF%202025%20-%20Voies_et_moyens_Tome_2_Depenses%20fiscales%20(9).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Ademe-Liste%20op%C3%A9rations%20FC%20-%20aides%20investissement%20EnRR%202015-2024.xlsx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
95
Ces aides ont soutenu 8 projets, dont 5 projets typiques de doublets géothermiques195.
Pour ces derniers, le montant moyen d?aides du fonds chaleur correspondant s?élève à
8 M¤/projet au titre de la seule « production » et à 16 M¤/projet en intégrant l?aide « réseau de
distribution » associée.
Un rythme de développement à accélérer pour tenir les objectifs du projet de PPE 3
Le projet de PPE 3 fixe un objectif de 6 TWh de chaleur géothermique produite par
géothermie profonde en 2030 (contre 2,26 TWh en 2023). Or, entre 2015 et 2024, le fonds
chaleur n?a financé que 3 à 5 doublets / an.
Pour atteindre les objectifs de la PPE 3, le rythme de réalisation doit donc être
sensiblement accru, pour réussir entre 6 et 10 doublets géothermiques par an d?ici 2030 : 6
doublets, pour une production de chaleur stable de 0,087 TWh/an ; 10 doublets, pour une
production de chaleur de 0,055 TWh/an.
Graphique n° 13 : Production de chaleur par géothermie profonde depuis 2015 et projections d?ici
2030 en fonction de différents scénarios (TWh)
Source : pour la production de chaleur réalisée et les prévisions des foreurs : AFPG ; pour les scénarios 1 à 3 :
calculs Cour des comptes à partir de données Ademe.
Besoins de fonds chaleur estimés pour tenir les objectifs de la PPE 3 : de l?ordre de 96
à 200 M¤/an d?ici 2030 (hors dotation Ademe au fonds de garantie)
Pour réussir entre 6 et 10 doublets géothermiques par an d?ici 2030, la Cour estime la
subvention annuelle du fonds chaleur requise entre 96 et 200 M¤/an d?ici 2030 selon les
scénarios retenus. Les estimations de l?Ademe correspondent à ces ordres de grandeur : 84 M¤
en 2025 et 192 M¤ les années suivantes.
195 Les 3 autres correspondent à : 1) Un projet d?investissement dans un réseau de chaleur alimenté par
de la géothermie profonde sur le site de Renault Douai (59) en substitution au gaz, finalement abandonné par
Renault, mais pour lequel Engie conserve cependant une autorisation de recherche et pourrait relancer l?initiative
si un nouveau partenaire acceptait les risques associés ; 2) la construction d'un SWAC (Sea Water Air
Conditionning) pour un centre hospitalier universitaire au sud de La Réunion ; 3) Mise en place de pompes à
chaleur sur la géothermie profonde existante pour un projet porté par Géoval à Lognes.
0
2
4
6
8
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
Production de chaleur réalisée
Prévision des foreurs
Scénario 1 (6 doublets, production de chaleur stable de 0,087 TWh/an)
Scénario 2 (10 doublets, production de chaleur de 0,055 TWh/an)
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/AFPG/2024_AFPG_Synthese-Etude-de-filiere-2024-%20geothermie.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.1.1.%20Des%20dispositifs%20financiers%20%C3%A0%20adapter/G%C3%A9othermie%20-%20retour%20Ademe%20pr%C3%A9contradiction-efficience_.doc
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
96
Tableau n° 9 : Subvention annuelle du fonds chaleur requise pour tenir les objectifs de la PPE 3 en
fonction de 4 scénarios
Hypothèses
Producti
on de
chaleur
par
doublet
Nombre de
doublets
engagés
chaque
année
Montant de l'aide
moyen par
doublet
(production et
distribution)
Subvention
annuelle
totale
correspon-
dante
Scénario 1 (productivité du
gisement et montant de subvention
comparables aux niveaux de
2024)
0,087
TWh/an
6 16 M¤ 96 M¤
Scénario 2 (productivité du
gisement comparable et montant
de subvention augmenté par
rapport aux niveaux de 2024)
0,087
TWh/an
6 20 M¤ 120 M¤
Scénario 3 (productivité du
gisement moindre et montant de
subvention équivalent aux niveaux
de 2024)
0,055
TWh/an
10 16 M¤ 160 M¤
Scénario 4 (productivité du
gisement moindre et montant de
subvention augmenté par rapport
aux niveaux de 2024)
0,055
TWh/an
10 20 M¤ 200 M¤
Source : Cour des comptes à partir de données Ademe.
Un besoin de 14 M¤/an d?ici 2030 au titre du fonds de garantie
À ces montants s?ajoutent les moyens alloués au fonds de garantie. Pour financer
l?enveloppe du fonds de garantie validée par la commission européenne en juillet 2023
(195,6 M¤, dont 140 M¤ apportés par l'Ademe), le fonds chaleur doit en effet contribuer à
hauteur de 14 M¤/an en moyenne sur dix ans.
Une dépense fiscale croissante, estimée à 4,8 M¤ en 2024, augmentant progressivement
à 8,5 M¤ en 2030
Le projet de PPE?3 fixe pour ambition que les réseaux de chaleur et de froid livrent, d?ici
2030, 39,5 TWh de chaleur renouvelable et de récupération (contre 19,4 TWh en 2023), avec
un objectif de 6 TWh de chaleur géothermique produite par géothermie profonde (contre 2,26
TWh en 2023).
Grâce au verdissement progressif des réseaux de chaleur existants, la part de la livraison
de chaleur des réseaux « vertueux » par rapport à la livraison totale de chaleur est passée de
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.1.1.%20Des%20dispositifs%20financiers%20%C3%A0%20adapter/Liste%20op%C3%A9rations%20FC%20-%20aides%20investissement%20EnRR%202015-2024_.xlsx
https://france.representation.ec.europa.eu/informations/aides-detat-la-commission-autorise-un-regime-daides-francais-de-1956-millions-eu-mettant-en-place-un-2023-07-24_fr?utm_source=chatgpt.com
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/projet-decret-ppe3.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
97
85% en 2019, à 87 % en 2020, 87 % en 2021, 92 % en 2022 et 93 % en 2023196. Si cette
tendance se poursuit, cette part atteindra 100 % d?ici 2030, ce qui signifie que la totalité de la
chaleur livrée par les réseaux le serait alors par des réseaux vertueux. Dans cette hypothèse, les
39,5 TWh de chaleur renouvelable et de récupération livrés en 2030, selon la PPE 3, seraient
intégralement distribués par ces réseaux.
En considérant que 90% de la chaleur géothermique profonde continue d?être destinée
au chauffage urbain (part globalement observée depuis 2019197), 5,4 TWh sur les 6 TWh
projetés en 2030 seraient acheminés via les réseaux de chaleur vertueux. La géothermie
représenterait alors 13,7 % de leur mix énergétique.
En retenant l?hypothèse d?une stabilité du coût global de la dépense fiscale liée à la TVA
à 5,5% pour la fourniture par réseaux d?énergie calorifique d?origine renouvelable, soit 62 M¤
(niveau constaté en 2023 et prévu pour 2024), la part de cette dépense bénéficiant à la
géothermie pourrait être estimée par extrapolation à près de 8,5 M¤ en 2030, contre 4,8 M¤ en
2024.
Cette progression serait cohérente avec la montée en puissance attendue de la
géothermie profonde telle que définie dans le projet de PPE 3.
Dans ces conditions, le total des soutiens publics nécessaires pour atteindre les objectifs
du projet de PPE 3 en matière de géothermie profonde est estimé à l?horizon 2030 : entre 110
et 214 M¤/an pour les dépenses budgétaires (fonds chaleur + fonds de garantie) ; entre 4,8 et
8,5 M¤/an pour les dépenses fiscales.
196 Fedene, Enquête des réseaux de chaleur et froid de 2019 à 2024.
197 Ademe et Al., Panorama de la chaleur renouvelable depuis 2019.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Enqu%C3%AAtes%20FEDENE
https://cibe.fr/documents/panorama-chaleur-renouvelable/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
98
Annexe n° 7. Évolution des conditions d?allocations du fonds chaleur pour les
projets de géothermie profonde, depuis 2015
Créé en 2009, le fonds chaleur géré par l?Ademe accompagne le financement des
installations de production de chaleur par géothermie profonde ainsi que des réseaux de
distribution de chaleur liés à ces installations. Il s?adresse aux collectivités et aux entreprises.
Les opérations éligibles incluent :
- La création ou l?extension, de réseaux de chaleur et de froid ;
- La valorisation thermique de ressources géothermales profondes (profondeur supérieure à
200 mètres) ;
- La réalisation d'un doublet de forages (ou d?une autre configuration spécifique) sur un
aquifère profond avec ou sans mise en place d?une pompe à chaleur ;
- La mise en oeuvre d'une réinjection en aquifère profond sur une installation existante ;
- L?ajout d?une pompe à chaleur (PAC) sur un réseau de chaleur alimenté par une installation
de géothermie profonde existante.
De façon générale, l?aide est accordée au cas par cas, sur la base d?une analyse du coût
de revient de la chaleur renouvelable, comparé à une solution fossile de référence. Elle est
attribuée dans la limite d?une enveloppe budgétaire annuelle, selon les performances
techniques, économiques et environnementales des projets. L?aide n?a pas un caractère
automatique : son octroi est conditionné à une instruction individualisée et au respect de
plafonds définis. Ces aides prennent la forme d?une subvention plafonnée (en euro par MWh
de chaleur produite sur 20 ans). Elle a également pris la forme d?une avance remboursable de
2017 à 2019. L?aide a donc toujours pris la forme d?une subvention et, sur une courte période,
d?une avance remboursable.
Évolutions des aides du fonds chaleur aux projets de géothermie profonde depuis 2015
Les conditions d?éligibilité à ces aides et les plafonds retenus ont beaucoup évolué
depuis 2015198 :
a) De 2015 à 2016 : l?aide à la production de chaleur correspond à une subvention,
plafonnée à 7 ¤/MWh (sans PAC), et 14 ¤/MWh (avec PAC).
b) De 2017 à 2019 : le plafond de l?aide (subvention + avance remboursable) reste
inchangé, fixé à 7 ¤/MWh (sans PAC), et à 14 ¤/MWh (avec PAC), mais elle prend
également la forme d?une avance remboursable. L?aide est décomposée en deux
parties (une subvention et une avance remboursable), l?équilibre entre les deux, ainsi
que les critères et le calendrier de déclenchement du remboursement de l?avance
remboursable étant déterminés par l?évaluation économique du projet conduite par
l?Ademe.
198 Source : Ademe.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%203%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/2025-Ademe-Evolutions_des_modalit%C3%A9s_Fonds_Chaleur_8mmv65U.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
99
c) Depuis 2020 : les avances remboursables n?apparaissent plus dans les critères
d?éligibilité au fonds chaleur, cet abandon a été acté lors du conseil d?administration de
l?Ademe en décembre 2018 (pour les forages géothermiques mais également les réseaux
de chaleur, les chaufferies biomasse collectives et industriels, les centrales solaires
thermique), peu après avoir été annoncé par l?État dans le cadre de la programmation
pluriannuelle de l?énergie (PPE)199. Depuis 2020, l?aide à la production de chaleur prend
donc uniquement la forme d?une subvention, dont le plafond a changé quasiment chaque
année :
- En 2020 : 7 ¤/MWh (sans PAC), et 14 ¤/MWh (avec PAC).
- En 2021 et 2022 : 7 ¤/MWh (sans PAC), et 10 ¤/MWh (avec PAC).
- En 2023 : 9 ¤/MWh (sans PAC), et 13 ¤/MWh (avec PAC).
De 2021 à 2023, les plafonds d?aide sont définis pour les projets de géothermie
exploitant le réservoir du Dogger, et, pour ceux exploitant d?autres aquifères, sont revus au cas
par cas par l?Ademe à partir de l?évaluation économique du projet.
d) En 2024 et 2025, l?aide du fonds chaleur est calculée de façon globale, en intégrant la
production et la distribution de chaleur. Celle-ci correspond au minimum entre :
- Une aide de 20 ¤/MWh pour les projets de création de réseau de chaleur et de 14 ¤/MWh
pour les projets d?extension (sans PAC) (24 ¤/MWh pour les projets de création de réseau
de chaleur et de 18 ¤/MWh pour les projets d?extension (avec PAC)) ;
- Un plafond de taux d?aide de 45 % sur les dépenses éligibles.
En 2025, les conditions d?éligibilité au fonds chaleur ont beaucoup évolué afin de tenir
compte du prix de vente de la chaleur, l?aide étant limitée à l?atteinte d?un tarif « plancher », de
90 ¤/MWh TTC à l?échelle du réseau.
Focus sur les avances remboursables versées de 2017 à 2019
Selon l?Ademe, les avances remboursables, mises en place en 2017, l?ont été dans le
cadre d?une hausse progressive de de la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel
(TICGN) qui devait conduire à terme à une baisse unitaire des aides du fonds chaleur.
Cette avance remboursable a été rapidement abandonnée pour plusieurs raisons : d?une
part, suite au mouvement des « gilets jaunes » en 2018, la TICGN fut rapidement bloquée à son
niveau de 2018, soit 8,45 ¤/MWh qui correspond encore à son niveau actuel ; d?autre part, la
mise en place de ces avances remboursables a fait l?objet de nombreuses oppositions de la
filière.
Sur cette période (2017-2019), les aides du fonds chaleur à la géothermie profonde se
sont donc réparties entre subventions et avances remboursables, selon la ventilation détaillée
dans le tableau qui suit.
199 Sur l?ensemble des dossiers du fonds chaleur, au-delà de la seule géothermie, 15 ont été contractualisés
pour un montant de 26,5 M¤ d?aides remboursables.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%203%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/2019-Ademe_Rapport-de-performance-ADEME-2018.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%203%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/2019-Ademe_Rapport-de-performance-ADEME-2018.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/202507-Ademe-Avances%20remboursables-Q02-T01-01-Q1.1%20(1).docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
100
Tableau n° 10 : Répartition des aides du fonds chaleur entre subventions et avances remboursables,
entre 2017 et 2019
Année de
l?engagement
Montant de la
subvention (¤)
Montant de l?avance
remboursable (¤)
Montant total de
l?aide du fonds
chaleur (¤)
2017 3 048 351 4 900 000 7 948 351
2018 2 014 862 5 510 581 7 525 443
2019 8 243 000 8 243 000
Source : Ademe
Sur cette période, l?Ademe identifie trois projets s ayant perçu tout ou partie de l?aide
sous forme d?avance remboursable :
- le projet d?une centrale de géothermie profonde de 20 MW sur le site du Parc de l'Innovation
d'Illkirch ayant eu 4,9 M¤ d?aide en 2017 intégralement sous forme d?avance remboursable
n?est pas encore terminé. Le versement du solde de l?aide est programmé pour 2026 ;
- Le projet de centrale géothermique de Vendenheim qui avait été aidé également à hauteur
de 4,9 M¤ d?aide intégralement sous forme d?avance remboursable en 2018 et intégralement
payé en 2019 a fait l?objet dès 2020 d?un arrêté préfectoral pour l?arrêt de l?installation face
à un risque sismique trop élevé. Le remboursement de l?avance remboursable en était par
conséquent impossible ;
- Le troisième projet était le renouvellement d'un doublet de géothermie au Dogger avec
extension de 6 795 ml du réseau de chaleur de Vigneux-sur-Seine a été aidé en 2018 à
hauteur de 3,34 M¤ (dont 1 M¤ d?avance remboursable) avec 2,04 M¤ d?aide pour la
géothermie profonde (0,61 d?avance remboursable). Ce projet a été mis en service en 2024.
Le versement du solde conditionné à la production de chaleur réelle sera payé en 2025-2026
et les premières échéances de remboursement pourront être calculé à partir de 2027
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/202507-Ademe-Liste%20des%20proejts%20avec%20avances%20rembourbables%202017-2019-Q02-T01-02-Q1.2.docx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/202507-Ademe-D%C3%A9tail%20des%20projets%20concern%C3%A9s%20par%20avancements%20remboursables-Q02-T01-03-Q1.3.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
101
Annexe n° 8. Projets de géothermie profonde soutenus par la Banque des
territoires
La Banque des territoires finance les projets de géothermie profonde (production de
chaleur et réseaux de chaleur) portés par les collectivités locales, entreprises publiques locales,
organismes de logement social, au travers de mécanismes financiers, tels que les prêts bonifiés
et les prises de participation, qui visent la transformation écologique et énergétique au sens
large :
- au travers du prêt « transformation écologique », elle accompagne les acteurs du secteur
public local, en France métropolitaine et territoires d?Outre-Mer, dans le financement de
leurs projets. Elle leur permet d?emprunter jusqu?à 100 % de leur besoin, à taux bonifié
(taux du livret A + 0,40 %) ou à taux fixe, la durée d?amortissement pouvant aller jusqu?à
60 ans ;
- au travers d?une prise de participation minoritaire en fonds propres et quasi-fonds propres
dans les sociétés de portage des projets, elle finance, dans des conditions de marché, des
projets réalisés notamment dans le cadre de délégation de service public, aux côtés d?un ou
plusieurs partenaires. Le financement peut également porter sur la capitalisation (fonds
propres et quasi-fonds propres) d?un opérateur territorial dédié aux énergies (SEM par
exemple), ayant des projets de valorisation énergétique de ressources. La Banque des
territoires intervient rarement lors de la phase de développement et principalement lorsque
les autorisations administratives nécessaires sont purgées de tout recours, lorsque le projet
est prêt à être réalisé. Elle intervient également dans des sociétés qui délèguent le risque de
développement à un partenaire industriel200.
200 Banque des territoires, Note, juin 2025.
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Pr%C3%A9contradiction-Liste%20des%20projets%20de%20g%C3%A9othermie%20soutenus%20par%20la%20Banque%20des%20territoires-CDC_CAm.doc
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
102
Schéma n° 6 : Modalités de financement des projets de géothermie profonde par la Banque des
territoires
Source : Banque des territoires
Le nombre de dossiers reste limité. Au total, la Banque des territoires a financé :
- 18 projets de géothermie en prêt, dont 9 sur les 5 dernières années
- 5 projets par des prises de participation.
Tableau n° 11 : Liste des projets de géothermie financés par un prêt bonifié de la Banque des
territoires
Nom de
l'opération
Date
engagement
Sites Type
Production
de chaleur
(GWh/an)
Coût de
l'investissement
Total de
l?opération (M¤)
Part du prêt
de la
Banque des
Territoires
(M¤)
Subvention
fonds
chaleur
pour la
production
(M¤)
Smirec 2019
Aubervilliers
(93)
Géothermie
profonde
calogène
37,3 18,1 2,5 4,2
Smirec 2023
Épinay-sur-
Seine,
Villetaneuse,
Pierrefitte-
sur-Seine (93)
Géothermie
profonde
calogène
54,8 27,6 15,2 9,3
SPL
Geomalak
2024 Malakoff (92)
Géothermie
profonde
calogène
54,4 28 16,15 7,1
Genyo
porté par
le Siperrec
2024
Bobigny,
Pantin,
Drancy (93)
Géothermie
profonde
calogène
119 41,8 16 5,8
Source : Banque des territoires pour le montant des prêts ; Ademe pour la date d'engagement, la production de
chaleur attendue, le coût de l'investissement total, la subvention du fonds chaleur
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Banque%20des%20territoires-Pr%C3%A9sentation%20g%C3%A9othermie.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Pr%C3%A9contradiction-Liste%20des%20projets%20de%20g%C3%A9othermie%20soutenus%20par%20la%20Banque%20des%20territoires-CDC_CAm.doc
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Pr%C3%A9contradiction-Liste%20des%20projets%20de%20g%C3%A9othermie%20soutenus%20par%20la%20Banque%20des%20territoires-CDC_CAm.doc
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
103
Tableau n° 12 : Liste des projets de géothermie financés par une prise de participation, en fonds
propres et quasi-fonds propres, de la Banque des territoires
Nom de
l'opération
Date
de
mise
en
service
Sites Type
Production
de chaleur
(GWh/an)
Coût de
l'investissement
Total de
l?opération
(M¤)
Part des
Fonds
Propres
Banque
des
Territoires
(M¤)
Subvention
fonds
chaleur
pour la
production
(M¤)
Géothermie
Élysée
2024 Paris (75)
Géothermie
de surface
non connu 3,2 0,51 0
SAS
Géométropole
géothermie
Paris Nord
Est
2009
Paris (75) -
paris nord est
Aire urbaine
Géothermie
profonde
calogène
52 23,57 1,65 5,5
SAS Géorueil 2022
Ville de
Rueil-
Malmaison
(92)
Géothermie
profonde
calogène
66 19,26 0,89 4,9
Géothermie
Beinheim
(projet
Roquette)
2017
Rittershoffen
(67)
Géothermie
profonde à
haute
température
190 57,75 9,35 24,9
Bouillante
Géothermie
1986
Bouillante
(971)
Géothermie
profonde à
haute
température
entre 96 et
150
90 13,5 0
Source : Banque des territoires
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/Banque%20des%20territoires/banque%20des%20territoires%20-%20enqu%C3%AAte%20sur%20les%20soutiens%20publics%20au%20d%C3%A9veloppement%20de%20la%20g%C3%A9othermie.msg
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
104
Annexe n° 9. Les réseaux de froid
Selon la Fedene, les réseaux de froid jouent un rôle essentiel dans la fourniture de froid
pour répondre aux besoins de climatisation, principalement dans des secteurs commerciaux et
tertiaires. Ils desservent des bâtiments tels que des bureaux, des hôtels, des musées, des
aéroports, des universités, des hôpitaux, ainsi que des installations industrielles, notamment les
data centers et d'autres secteurs nécessitant un refroidissement continu. L'utilisation croissante
d'équipements électroniques, l'architecture des bâtiments (baies vitrées, construction en verre),
et d'autres facteurs ont entraîné une demande constante de climatisation tout au long de l'année.
Un réseau de froid est constitué d?une ou plusieurs centrales de production de froid,
d?un réseau de canalisations permettant le transport de la chaleur extraite des bâtiments par un
fluide caloporteur (en général de l?eau) dont la température se situe entre 1 et 12°C à l?aller, et
entre 10 et 20°C au retour et de points de livraisons, appelés sous-stations, assurant la collecte
de la chaleur dans les immeubles à rafraîchir.
Un exemple de réseau de chaleur et de froid alimenté par géothermie
La ville de Nice (Alpes-Maritimes) a fait le choix de développer un réseau de chaleur et de froid alimenté
par une géothermie sur nappe à partir d?une source primaire à 15 °C et un débit constant afin de chauffer,
rafraîchir et fournir l'eau chaude sanitaire à l'écoquartier Nice Méridia, qui s'inscrit dans le Plan Climat Air
Energie Territorial (PCAET) de la métropole.
Inaugurée en 2021, l'installation alimente l'écoquartier, qui représentera à terme 550 000 m² de bâtiments
dont 3 500 logements et 250 000 m² de bâtiments tertiaires. Elle évite ainsi l'émission de 5 000 tonnes de
CO2 chaque année.
Le coût global du projet est de 18,8 M¤ HT. L'opération a bénéficié d'un financement de l'ADEME (3,69
millions d'euros du Fonds Chaleur) et de la région PACA (1,5 millions d'euros).
L'installation est composée d'un réseau de 6 km alimenté en eau chaude ou froide grâce notamment à 4
thermofrigopompes de 1,57 MW qui exploitent l'énergie de la nappe du Var, pompée à 34 m de profondeur
à travers 4 puits, et réinjectée à 43 m de profondeur à travers 8 autres puits.
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/REX_PACA_Nice_r%C3%A9seau%20Nice-Meridia.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
105
Annexe n° 10. Les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique
Selon l?AFPG, la boucle d?eau tempérée à énergie géothermique dite « Beteg » est un
dispositif innovant basé sur une distribution de l?énergie thermique via un réseau d?eau
tempérée unique (température de distribution de l?eau qui y circule comprise généralement entre
5 et 30°C), ce qui permet à la fois de répondre facilement à des besoins de chaud comme de
froid et d?avoir une autre approche des « pertes énergétiques » du réseau, qui peuvent se
transformer en « gains énergétiques ».
Elle est constituée d?un dispositif de captage (ressource géothermique), d?un dispositif
de mutualisation (boucle d?eau tempérée), d?un dispositif de production (Thermopompes ou
PAC Géothermiques eau/eau) et d?un dispositif de régulation.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
106
L?exemple du lac d?Annecy
Une boucle d?eau de 2,5 Km permet d?alimenter en chaleur et en froid 570 logements du quartier
des Trésums situé à proximité du lac.
L?eau du lac est prélevée dans le trou de Boubioz qui plonge à 83 m sous la surface, profitant d?une
eau à 7°C, été comme hiver.
Grâce à ses pompes à chaleur et échangeurs thermiques, la boucle d?eau permet de couvrir 95 %
des besoins de chauffage et d?eau chaude sanitaire, à hauteur de 13 GWh/an. L?appoint est réalisé
par du gaz.
Un système d?aqua-cooling assure 500 MWh/an de froid pour les besoins en climatisation d?un
hôtel et d?une future résidence service sénior.
Ce projet représente un investissement de 10 M¤ dont 1,7 M¤ de subvention de l?Ademe. Il permet
d?éviter 2 600 tonnes de CO2 par an.
À partir des données du fond chaleur, l?AFPG recense huit opérations sur eaux usées,
sept sur aquifère, six sur champ de sondes, cinq sur eau de mer et une opération sur puits de
mine.
En Outre-mer, des technologies adaptées au climat tropical comme la SWAC (sea water
air conditioning) sont en cours d?expérimentation à la Réunion et en Polynésie.
Le SWAC du CHU Saint-Pierre de la Réunion
La PPE de la Réunion identifie deux projets de SWAC, concept innovant de climatisation à base
d?eau de mer visant à substituer une grande partie de l?énergie électrique nécessaire à la
climatisation par l?énergie thermique des mers, soit une source froide renouvelable.
Le SWAC du CHU Saint Pierre dont les études ont été financées par l?Ademe et EDF prévoit un
pompage de l?eau fraîche à 1000 m de profondeur et sa circulation dans des échangeurs thermiques
de surface avant son rejet à 50 m de profondeur.
L?objectif est d?obtenir 6,6 MW de froid en substitution de consommations électriques associées
à la climatisation de l?hôpital Saint-Pierre, représentant un gain net pour le système électrique
réunionnais d?environ 9 GWh électriques par an.
Le montage contractuel retenu permet à une entreprise privée d?investir dans ce réseau. En
contrepartie, le CHU s?engage à acheter le froid produit pendant vingt ans, à des conditions
prédéfinies dans le contrat issu du dialogue compétitif.
L?un des intérêts de ce projet est de réduire les charges de service public par une baisse
significative de la consommation électrique.
Ce projet représente un investissement de 66 M¤. Il a bénéficié d?un soutien du fonds chaleur de
23,6 M¤, de la région Réunion et du FEDER.
https://swac-sudreunion.re/le-projet-de-chu-sud-reunion/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
107
Annexe n° 11. Les différentes formes de stockage souterrain intersaisonnier
Le stockage d?énergie souterrain regroupe plusieurs typologies de dispositif.
Le stockage d?énergie souterrain sur aquifère puise et réinjecte l?eau dans une nappe
après circulation dans un échangeur thermique. Il est très répandu aux Pays-Bas où il existe de
l?ordre de 3000 installations, parfois de taille très importante comme pour l?université
d?Eindhoven, où 250 000 m² de bâtiment sont alimentés par une boucle d?eau tempérée
connectée à 32 puits (16 de captage, 16 de réinjection), pour une puissance maximum de 17
MW et une énergie fournie de 15 à 30 GWh par an.
Schéma n° 7 : Stockage d?énergie souterrain sur aquifère
Source/note : Heatstore et BRGM
Le stockage thermique en champ de sondes est constitué par un ensemble de sondes
verticales. L?échange de chaleur entre le milieu rocheux et la sonde se fait par conduction. Un
champ de sondes va permettre d?extraire la chaleur du sous-sol pendant l?hiver ou le froid
pendant l?été. L?inversion du sens de circulation permet de constituer un stock de chaleur (ou
de froid), en mobilisant les mêmes sondes.
Schéma n° 8 : Stockage d?énergie souterrain sur sondes verticales
Source/note : undergroung energy, académie des technologies
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
108
Le principe de fonctionnement d?un stockage de chaleur en réservoir enterré est le
même qu?un ballon d?eau chaude dans une maison individuelle : posséder une réserve d?eau
chauffé à une certaine température pour pouvoir subvenir rapidement au besoin de chauffage
ou d?eau chaude sanitaire, lisser la production primaire de chaleur et éviter les à coup de
production énergivores. Cette solution permet le stockage de très grands volumes, jusqu?à
203000 m3 à Vojens au Danemark, et donc des économies d?échelle appréciables.
Schéma n° 9 : Le stockage d?énergie souterrain sur réservoir enterré
Source/note : Aalto university et BRGM
Le stockage thermique en cavité utilise des cavités creusées pour la circonstance ou
qui ont perdu leur usage initial, telles des mines ou des réservoirs abandonnés. Une fois remplies
d?eau, ces cavités peuvent être exploitées pour constituer un stock de chaud ou de froid, en
fonction de la saison.
Un système de géothermie sur eaux de mine à Gardanne
Un système de géothermie sur eaux de mine permet de chauffer et rafraîchir les 80 000 m² d?un
nouvel écoquartier situé au droit du puits minier. Cette installation profite notamment aux 560 m²
de bureaux de l?unité territoriale Après-mine sud du BRGM.
L'eau de mine pompée à plus de 300 m de profondeur transite en surface par un échangeur en titane
permettant de récupérer les frigories ou les calories selon la saison, alimentant une boucle
secondaire d'eau tempérée stockée dans deux ballons en acier de 50 m3 unitaire. Après passage
dans une pompe à chaleur située sur la parcelle occupée par l'UTAM-Sud, cette eau permet de
délivrer dans les bâtiments un fluide à 40°C ou à 10°C selon les besoins afin de procurer du
chauffage ou du rafraichissement.
Grâce à la géothermie issue des eaux de mine, épaulée par un réseau de panneaux solaires (2 200
m²), tout l'écoquartier de Gardanne, soit près de 14 hectares, bénéficie d'énergies renouvelables et
décarbonnées pour plus de 80 % de ses besoins.
A terme, ce réseau disposera d'une puissance en chaud de 1 000 KW et en froid de 1 700 KW.
Le projet bénéficie de subventions, notamment de l?Ademe et de la région Sud, pour un montant
total de 2,1 millions d?euros sur un coût global de 6 millions d?euros.
https://www.geothermies.fr/outils/operations/lecoquartier-yvon-morandat-de-gardanne-bouches-du-rhone
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
109
Annexe n° 12. Comparaisons internationales
En résumé, la géothermie, même dans les pays dans laquelle elle est le plus développée
reste une énergie utilisée de manière marginale. La France, si elle n?est pas le premier pays en
matière de production d?énergie géothermique, reste bien placée dans l?ensemble des secteurs
(top 6 des pays du continent européen).
Tableau n° 13 : Nombre total de pompes à chaleur géothermique dans sept pays européens
Source : Cour des comptes depuis la base de données EurObserv'ER online database - EurObserv'ER
Tableau n° 14 : Capacité installée en termes de production de chaleur et de froid
Pays Capacité installée 2023 MW
Suède 7 280
Allemagne 5 381
France 2 868
Islande 2 823
Suisse 2 390
Finlande 2 300
Pays-Bas 1 830
Source : Cour des comptes depuis geothermal Energy Database | International Geothermal Association
Pays 2018 2019 2020 2021
Suède 537 878 551 776 561 033 560 333
Allemagne 376 902 392 784 411 198 431 134
France 157 950 161 250 173 000 172 000
Finlande 118 976 127 964 136608 146 124
Autriche 106 843 109 695 112 143 114 919
Pays-Bas 60 379 71 065 87 919 106 265
Danemark 65 149 68 997 72 459 77 796
https://www.eurobserv-er.org/online-database/
https://worldgeothermal.org/geothermal-data/geothermal-energy-database
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
110
Tableau n° 15 : Sept premiers pays européens producteurs de géothermie électrogène en 2023
Source : Geothermal Energy Database | International Geothermal Association
L?analyse des mesures financières et réglementaires est complexe en raison de leur
caractère éparse et de l?absence de documents reprenant clairement la réglementation et les
incitations allouées à la géothermie dans les différents pays observés (notamment en raison des
compétences partagées entre les Etats et les échelons intermédiaires). Néanmoins, les facteurs
financiers et réglementaires ne semblent pas les déterminants principaux des différences de
croissance de l?exploitation de la géothermie profonde entre les pays. La principale différence
en matière de réglementation entre la France et les pays analysés semble être la définition de la
géothermie de surface et de la réglementation associée. En effet, la France utilise des paramètres
de profondeur et de débit, tandis que l?Allemagne, la Suisse et la Lombardie n?utilisent que le
débit ou la profondeur.
Les étapes réglementaires afin de procéder à cette exploitation sont similaires dans les
pays examinés, et l?enchevêtrement des compétences entre les autorités délivrant les différentes
attestations et permis également. Le fait que la quasi-totalité ait publié très récemment (entre
2019 et 2024) des planifications ou des législations visant à réduire les délais d?autorisation et
les étapes à accomplir illustre ce constat.
Un rapport de comparaison du cadre réglementaire de la géothermie de surface mené
2013 dans le cadre d?un programme de géothermie cofinancé par l?union Européenne montre
que le cadre réglementaire constitue souvent un obstacle pour le développement de la
géothermie de surface. En cause sont cités l?absence de réglementation, les procédures
complexes, les retards de procédures, les procédures coûteuses, la répartition complexe entre
les différentes autorités et les procédures hétérogènes d'une région à une autre.
Les facteurs discriminants sont à rechercher du côté socio-politique. L?étude des pays
ci-dessous fait ressortir plusieurs points qui ont semblé participer au développement de la
géothermie : la stabilité dans la volonté politique (Suisse, Italie), l?exploration systématique ou
régulière du sous-sol pour en améliorer la connaissance et le potentiel géothermique (Suisse,
Italie, Pays-Bas), la prévisibilité de la décision et la clarté et la disponibilité des informations
(Suisse) et une priorité gouvernementale sur un des usages de la géothermie (Allemagne, Italie,
Suisse).
Pays Total d?électricité générée (GWh)
Turquie 10 840
Italie 5 917
Islande 5 788
Allemagne 208
Portugal 159
France 127
Croatie 75
https://worldgeothermal.org/geothermal-data/geothermal-energy-database
http://ubeg.de/Regeocities/D2.2-FR%20overview%20shallow%20geothermal%20regulation%20Europe.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
111
Tableau n° 16 : Comparaison de la géothermie profonde dans trois pays européens
Allemagne Autriche Italie
Densité de population 240 hab./km2 110 hab. /km2 200 hab./km2
Taux d?urbanisation 78% 59% 72%
Intérêt pour la
géothermie
Années 80 Années 70 1913
Potentiel estimé de
géothermie
700 TWh 200 TWh
Electricité générée
GWh en 2023
207,7 0,5 5 917
Chaleur générée TJ/an
en 2023 32 183 9 038 9 668
Blocages constatés
Prix faible des énergies
fossiles
Manque de connaissance
des chauffagistes et des
autorités
Barrières économiques :
coût des installations et
des PAC géothermiques
Coûts administratifs pour
les installations
individuelles, clarté de la
norme et des
compétences entre les
échelons
Faible concurrence des
acteurs dans le monde des
PAC géothermiques
Normes / temps
Méconnaissance
Complexité de la norme
Rentabilité économique
(incertitude, débouchés)
Normes / temps
Méconnaissance
Enchevêtrement
Coût des PAC
Solutions
Fonds de garantie par
assureur allemand et
banque publique
d?investissement depuis
2025
Loi sur la planification
thermique élabore un
plan de décarbonisation
par les municipalités de
l'approvisionnement en
chaleur d'ici 2045.
Loi sur l?accélération des
procédures pour les projets
importants
Obligation de
planification municipales
Programme d?exploration
des sols (initiative privée)
Rapport du
gouvernement sur le
potentiel
géothermique des
territoires tous les ans
Apparition d?aides
spécifiques sur la
géothermie
Elaboration d?une
stratégie relative à la
géothermie avec
objectifs chiffrés
Source/note : Banque mondiale 2022, eurobserver et ECG
file:///C:/Users/nolwenn.perrinlacoustene@crtc.ccomptes.fr/Documents/2e%20chambre/BMWK%20Newsletter%20Energiewende%20-%20The%20Heat%20Planning%20Act:%20momentum%20for%20the%20local%20heat%20transition
file:///C:/Users/nolwenn.perrinlacoustene@crtc.ccomptes.fr/Documents/2e%20chambre/BMWK%20Newsletter%20Energiewende%20-%20The%20Heat%20Planning%20Act:%20momentum%20for%20the%20local%20heat%20transition
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
112
Tableau n° 17 : Comparaison de la géothermie de surface dans quatre pays européens
Suède Suisse Pays-Bas France
Densité de
population
26 hab. / km2 222 hab. / km2 526 hab./km2 240 hab./km2
Taux
d?urbanisation
88% 74% 93% 81,2%
Intérêt pour la
géothermie
Années 70 Années 70 Années 80 Années 70
Nombre de PAC
géothermique en
fonction
561 033 110 247 87 919 173 000
Blocages constatés
Méconnaissance du
public
Priorité politique au
chauffage urbain et non
pas à la géothermie de
surface individuelle
Méconnaissance
de la géothermie
profonde
Hétérogénéité
des procédures
en fonction des
cantons
Incertitudes du
rendement en cas
de forage
notamment
géothermie
profonde
Connaissance du
sous-sol et
données relatives
à la géothermie
Légal/
réglementaire :
Les procédures de
permis sont trop
longues et non
homogènes en
matière de
géothermie de
surface
Surface :
concurrence du gaz
naturel et RT 2012
qui privilégiait
toujours le gaz dans
les bâtiments neufs
Durée des
procédures
PACG : pas de
développement en
habitat collectif en
raison notamment
du coût du forage
exploratoire
Solutions
Taxation du carbone
Prix des PACG et
subventions
Qualité des
portails
utilisateurs
Production
d?études
comparatives
avec pays de
l?UE
Procédures
allégées pour la
géothermie de
surface
Fonds de
garantie
Fonds de garantie
Taxation du
carbone
RE-2020 en
remplacement de la
RT 2012
Assouplissement
des procédures pour
la géothermie de
surface
Ma prime rénov?
Fonds chaleur et
garantie aquapac
Source/note : Données banque mondiale et eurobserver 2020 à l?exception de la Suisse, données ECG
(ATTENTION: OPTION 2023.
65 Les solutions techniques existent d?ores et déjà : boucles d?eau tempérée à énergie géothermique
(Beteg), les fondations thermoactives, les pieux énergétiques, des groupes de sondes inclinées, qui occupent moins
d?espace65, ou simplement la mise en commun de forages.
66 Article L. 229-26.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
34
communes de plus de 20 000 habitants, plusieurs instruments ont été mis en place ou sont en
cours de développements pour aider au déploiement de projets.
Le Cerema, organisme mixte État-collectivités territoriales, a pour mission d?apporter à
ces dernières des connaissances, des savoirs scientifiques et techniques et des solutions pour
améliorer le cadre de vie. Dans le domaine de la géothermie de surface, il met actuellement au
point une cartographie détaillée, établie en collaboration avec le BRGM. Cet outil, qui est
presque achevé pour la France, identifie au niveau de la parcelle les potentialités de
développement de cette énergie et constitue donc un instrument particulièrement utile au service
des planificateurs urbains (voirannexe n°1).
L?Ademe a fait évoluer dans les années récentes ses conditions financières pour les
adapter aux besoins des collectivités. Le contrat de chaleur renouvelable territorial (CCRT)
permet depuis 2016, et surtout 2020 sur une large échelle, au fonds chaleur de soutenir des
grappes de projets par type d?énergie renouvelable, dont la géothermie de surface, à l?échelle
d?un territoire. Visant à simplifier (aide forfaitaire pluriannuelle) et à alléger les procédures, les
CCRT reposent sur la signature d?un seul contrat pluriannuel avec une collectivité territoriale
pilote. Il en existe aujourd?hui 180, qui couvrent 63 % du territoire. En 2024, environ 1/7ème
des projets du fonds chaleur ont bénéficié de cette formule67. En lançant à la fin 2023, à la suite
du plan géothermie, un appel à projet (« Geoboost ») spécialement consacré aux études sur la
géothermie de surface, l?agence a complété son action en aidant les collectivités, les
associations et les entreprises à identifier le potentiel géothermique de leur territoire et en
favorisant la création de projets concrets68.
1.3.5.2 Des formules contractuelles insuffisamment travaillées
L?examen des obstacles au développement de la géothermie de surface a montré69 que
l?un des principaux d?entre eux tenait au fait que souvent, l?investisseur dans un projet
géothermique n?était pas celui qui, à long terme, en récoltait les fruits sous la forme de frais de
chauffage réduits. Les difficultés sont de deux ordres différents : il faut organiser la
répercussion sur le locataire d?une part, par une formule qui sécurise le financement d?autre
part.
Des solutions juridiques existent pourtant pour surmonter cette coupure et pour résoudre
ces difficultés. Au plan individuel, le leasing70 permet de regrouper dans la durée
l?amortissement de l?équipement et les frais de maintenance, voire l?assistance-dépannage,
ainsi que les frais financiers inhérents à ce montage. Au plan collectif, les formules de tiers-
investisseur, qui organisent le financement et l?exploitation « clés en main », permettent à un
acteur extérieur de prendre en charge l?investissement initial, la gestion et souvent la
maintenance de l?installation, en échange d?un loyer énergétique ou d?un paiement indexé sur
la chaleur produite. Lorsque c?est une collectivité qui est à l?origine du projet, bien que la
relative modestie des investissements de géothermie de surface, par comparaison à la
géothermie profonde étudiée dans la parte 2, ne justifie pas de recourir aux délégations de
67 Source : Ademe.
68 Ademe, Appel à projet Geoboost, études de faisabilité en géothermie de surface, 2023.
69 § 1.2.2.
70 Location avec option d?achat ou longue durée.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
35
service public, les formules de marché global de performance à paiement différé, les contrats
de performance énergétique, tel celui développé par la Fedene, sont disponibles.
Pourtant, force est de constater que ces types de contrats ne se sont que très peu
développés. Les banques hésitent à pratiquer le leasing, car les pompes à chaleur, les sondes et
les doublets sont plus difficiles à saisir qu?une voiture ou un équipement de bureau en cas de
difficulté. L?institut de la finance durable déplore que les formules de tiers-investisseurs ne
soient pas encore mûres, avec une offre bancaire et assurancielle encore pauvre, que mettent en
lumière les documents préparatoires au plan géothermie. La complexité des projets et la durée
élevées sur laquelle ils peuvent être rentabilisés posent une autre difficulté. Le plan national
géothermie, partant de ce constat, a consacré une de ses actions à « faciliter le déploiement de
la géothermie de surface en encourageant de nouvelles modalités de financement » (action 6-
B, qui cite notamment le tiers investisseur), mais avec des conséquences encore limitées, malgré
quelques propositions nouvelles de la part de certains acteurs, comme la réservation d?une part
de MaPrimeRénov? à son sous-ensemble « copro ». En améliorant le fonctionnement du marché
plutôt que de recourir à l?augmentation des subventions, cette voie semble pourtant prometteuse
pour surmonter les obstacles au déploiement de la géothermie. Il conviendrait donc
d?approfondir ces efforts71.
Enfin, dans les cas du logement social, il serait utile de chercher à identifier précisément
les obstacles qui s?opposent à des investissements dans la géothermie de surface qui sont à long
terme, par leurs faibles coûts de fonctionnement, favorables autant aux bailleurs qu?aux
locataires, mais que les règles actuelles de facturation des coûts de chauffage évoquées dans les
développements précédents découragent dans de très nombreux cas.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
Ce qui domine tout le reste lorsqu?il s?agit de la géothermie de surface, c?est l?étonnant
contraste entre les atouts de cette source d?énergie renouvelable, qui n?a pas de rivales sur le
plan des émissions de gaz à effet de serre, de l?efficacité énergétique, de l?abondance des
ressources ou de l?indépendance de approvisionnements, et la faiblesse de sa diffusion dans la
pratique.
La fixation d?objectifs extrêmement élevés pour la production de chaleur reposant sur
cette technique dans les programmations pluriannuelles de l?énergie, qui, sauf évolution
majeure et rapide, semblent irréalistes au vu de son niveau actuel et des tendances de son
évolution, matérialise cette opposition entre les ambitions et la réalité.
De multiples obstacles expliquent cette situation : le coût initial élevé des installations,
souvent, de surcroît, majorés par d?indispensables dépenses annexes, la difficulté, pour
l?investisseur, de récupérer sa mise par le bénéfice de coûts de fonctionnement particulièrement
bas qui profitent souvent à d?autres, le développement encore modeste et, surtout, la faible
notoriété de la filière, ainsi que des contraintes techniques qui restreignent la possibilité de son
usage dans certains cas.
71 Le récent rapport de la Cour des comptes sur le soutien aux logements face aux évolutions
climatiques et au vieillissement de la population (2023) préconise aussi d?aller dans ce sens.
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-soutien-aux-logements-face-aux-evolutions-climatiques-et-au-vieillissement-de-la
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-soutien-aux-logements-face-aux-evolutions-climatiques-et-au-vieillissement-de-la
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
36
Des perspectives positives n?en n?existent pas moins, servies par le durcissement des
règles énergétiques qui s?appliquent au bâtiment, par l?évolution rapide des techniques et par
une mobilisation croissante des acteurs de la filière et de l?État. Elles reposent moins sur
l?augmentation des subventions, qui risque de s?avérer insoutenable si l?on s?approche, même
de loin, des objectifs pluriannuels, que sur leur priorisation, le desserrement de certaines
contraintes règlementaires sur les forages et le développement d?outils organisationnels et
juridiques permettant d?améliorer le fonctionnement du marché et de rentabiliser plus
facilement les investissements.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
37
2 LA GÉOTHERMIE PROFONDE CALOGÈNE : DES
OBJECTIFS ATTEIGNABLES SOUS CONDITIONS
Contrairement à la géothermie de surface, majoritairement utilisée à l?échelle
individuelle, la géothermie profonde calogène s?inscrit dans une logique collective et de long
terme. Portés par des maîtres d?ouvrage bénéficiant d?une stabilité institutionnelle (collectivités
et délégataires), ces projets permettent d?amortir les investissements sur la durée de vie des
installations (une trentaine d?années selon l?Ademe) et bénéficient d?un ensemble de soutiens
publics simple et lisible. Bien que la géothermie profonde présente une rentabilité économique
et un potentiel de développement supérieurs à ceux de la géothermie de surface, elle demeure
confrontée à un certain nombre d?obstacles communs.
Ce chapitre, consacré à la géothermie profonde à vocation calogène (chauffage,
production d?eau chaude), analyse le développement de cette filière en France (2.1), l?effet des
soutiens publics (2.2) et les freins à lever pour atteindre les objectifs du projet de PPE 3 (2.3).
2.1 Un potentiel sous-exploité, sauf en Île-de-France
La géothermie profonde calogène exploite la chaleur de nappes d?eau souterraines
(« aquifères ») situées à des profondeurs comprises entre 200 et 2 000 m, dont la température
est comprise entre 30 et 100 °C. Cette énergie renouvelable est principalement utilisée pour
alimenter les réseaux de chaleur urbains72.
Fondées sur le principe du « doublet géothermique » (un puit de pompage de l?eau
chaude, et un puits de réinjection de l?eau refroidie dans la nappe d?origine), ces installations
valorisent en continu l?énergie locale, sans transport ni combustion, indépendamment des
conditions climatiques extérieures. Le recours à une pompe à chaleur, bien que non
systématique, permet d?optimiser le rendement énergétique de la ressource73.
Après un essor au début des années 1980 puis un ralentissement, la filière a été relancée
à partir de 2009 avec la création du fonds chaleur74, comme l?a montré la Cour dans son rapport
sur la géothermie de 2013.
72 Source : DGEC ; AFPG, Étude de filière 2023, 2024.
73 Annexe n°4 : Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène.
74 Ademe, Évolution des coûts des énergies renouvelables et de récupération en France entre 2012 et
2022, 2024, p. 157.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
38
Graphique n° 4 : Nombre de projets de géothermie profonde, production de chaleur liée (2000-2023)
Source : Ademe, BRGM pour la période (2000-2010) ; Ademe pour la période (2012-2023)
En 2023, 73 installations de géothermie profonde étaient en service. Elles ont produit
2,26 TWh de chaleur, dont 89 % ont été injectés dans les réseaux de chaleur. L?usage industriel
reste limité (8 %), de même que les usages agricoles (chauffage de serres, pisciculture) ou
aqualudiques (piscines, centres nautiques, thermes) encore plus marginaux75.
Schéma n° 1 : Principe d?un réseau de chaleur géothermique
Source : Actee, Guide pour les collectivités, 2024, p. 14.
Pionnière dans les années 1970, la France demeure aujourd?hui le deuxième producteur
de chaleur par géothermie profonde de l?Union européenne, derrière l?Allemagne76. Ce
positionnement masque toutefois une sous-exploitation du potentiel national : selon le BRGM,
près d?un tiers du territoire français disposerait d?une ressource de géothermie profonde
valorisable. En 2023, cette énergie ne représente pourtant que 0,4 % de la consommation de
chaleur en France et 5,5 % de l?énergie entrante des réseaux de chaleur77.
75 Annexe n°4 : Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène
76 BRGM, Ineris, Guide de bonnes pratiques pour la maîtrise de la sismicité induite par les opérations
de géothermie profonde, 2023, p. 20.
77 Fedene, Enquête des réseaux de chaleur et de froid, 2024, p. 26 ; Ademe et al., Panorama de la chaleur
renouvelable et de récupération 2024, 2025, p. 28.
https://programme-cee-actee.fr/wp-content/uploads/2024/05/2024_Guide-Geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
39
Carte n° 1 : Carte de France des ressources géothermiques profondes potentielles et actives
Source : BRGM, Sybase.
Jusqu?ici, le développement de la filière s?est principalement concentré en Île-de-France
(première région européenne au regard du nombre d?installations)78 grâce à l?exploitation de
l?aquifère du Dogger, où la ressource est à la fois abondante, bien connue grâce aux campagnes
de forage pétroliers menés depuis 1976, et adaptée aux besoins de territoires densément
urbanisés propices au développement de réseaux de chaleur79. Selon le BRGM, ces projets
développés à partir d?aquifères sédimentaires, en l?absence de failles connectées au réservoir
géothermique et sans recours à la stimulation hydraulique, font l?objet d?un risque sismique
faible80.
2.2 L?effet des soutiens publics financiers : la relance des projets de
géothermie profonde à partir de 2008
Le financement d?un projet de géothermie profonde combine fonds propres, emprunts
du maître d?ouvrage (public ou délégataire) et subventions. Deux dispositifs publics le
soutiennent : le fonds chaleur et le fonds de garantie. Les CEE ne sont cumulables avec le fonds
chaleur que pour le raccordement aux réseaux de chaleur81. Cette partie examine l?effet de ces
dispositifs sur les investissements, les objectifs de la PPE, et les prix de vente de la chaleur.
78 Convention de subvention entre la DGEC et le BRGM, 30 juillet 2024, p. 5
79 BRGM, Ademe, La géothermie et les réseaux de chaleur, 2010, p, 12.
80 BRGM, Ineris, Guide de bonnes pratiques pour la maîtrise de la sismicité induite dans les opérations
de géothermie profonde, 2023, p. 65.
81 Ademe, Note fonds chaleur CEE, avril 2025, p. 3.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
40
2.2.1 Le fonds de garantie : un levier renforcé en Île-de-France grâce à la garantie
additionnelle apportée par la région
Compte tenu du coût élevé des projets de géothermie profonde et de leur longue durée
d?amortissement, un dispositif de couverture du risque géologique a été instauré dès les années
1980. Géré administrativement par Saf Environnement, une filiale de la Caisse des dépôts et
consignations et d?Ademe développement, celui-ci couvre deux types de risques : court terme
(absence ou insuffisance de la ressource) ; long terme (perte de productivité en cours
d?exploitation)82. Ce mécanisme permet de sécuriser les projets face à l?incertitude liée à la
connaissance du sous-sol. Aucun projet de géothermie profonde n?a été mené sans lui.
L?analyse des indemnisations versées montre que le risque « court terme » est largement
prépondérant et constitue un facteur décisif pour la viabilité des projets83. Sa réorientation vers
d?autres usages en 198784, puis sa suppression en 1996, ont d?ailleurs entrainé un fort recul de
l?activité : selon le bilan du fonds de garantie établi par l?Ademe en 2024, seules trois opérations
ont été réalisées de 1987 à 2007, toutes concentrées dans le bassin aquitain.
L?activité a ensuite été relancée dans le bassin parisien sous l?effet de la création du
fonds chaleur, de la mise en place du fonds de garantie en 2006, et de la garantie additionnelle
de 25 % apportée dès 2008 par la région Île-de-France portant le taux de couverture de 65 à
90 % sur ce territoire. Ce nouveau fonds de garantie, couvrant à la fois les risques court et long
terme, joue un rôle-clé : la cotisation au fonds constitue une condition préalable à l'accès à une
subvention du fonds chaleur.
Entre 2007 et 2023, 93 puits ont été accompagnés par le fonds de garantie pour le volet
court terme et 35 conventions long terme avaient été signées. Sur cette période, seuls deux puits
ont donné lieu à une indemnisation au titre de l?échec total85, et 12 puits ont été indemnisés
pour surcoûts géologiques ou échecs partiels86. Les ressources du fonds de garantie ont atteint
53,0 M¤, dont 28,9 M¤ provenant de dotations de l?Ademe, 19,4 M¤ de cotisations des maîtres
d?ouvrage, et 5,5 M¤ de la région Île-de-France. Les dépenses se sont élevées à 19,4 M¤, portant
le solde du fonds à 33,7 M¤ fin 202387. La Cour, dans son rapport sur la géothermie de 2013,
en soulignait la pertinence, le qualifiant de « condition préalable nécessaire au développement
du secteur ».
Cependant, les projets restent concentrés dans le Dogger francilien. Pour aller plus loin,
le bilan du fonds de garantie de 2024 a donc fixé comme objectif l?émergence de projets en
région parisienne sur d?autres aquifères et dans d?autres zones géographiques encore peu
82 Source : DGEC.
83 Sur la période 2007-2023, les dépenses se sont élevées à 19,4 M¤, portant le montant du fonds à 33,7
M¤ fin 2023. Sur l?ensemble de ces dépenses, les indemnisations liées au risque « court terme » représentent un
montant quatre fois supérieur à celles relatives au risque « long terme » (11,6 M¤ contre 2,9 M¤). Cf.Annexe n°5 :
Bilan financier du fonds de garantie géothermie.
84 En 1987, le volet court terme est redirigé vers d?autres usages, alors même que les opérations
rencontrent d?importantes difficultés économiques liées à la baisse du coût des énergies et au recul de l?inflation.
Les recettes étaient en effet indexées sur le coût des énergies fossiles et les opérations étaient financées sur emprunt
avec les taux très élevés en vigueur au début des années 1980. Cf. Ademe, G²H conseils, Historique et bilan
détaillés du système de garantie mis en place au début des années 1980, 2016, p. 7 et s.
85 Un forage à Meyreuil (région Provence-Alpes-Côte d?Azur) et un à Grigny (en Île-de-France).
86 Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie, Conseil d?administration de mars 2024, p. 7 et s.
87 Annexe n° 5: Bilan financier du fonds de garantie géothermie.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
41
explorées. À cette fin, le besoin de dotation sur dix ans a été estimé à 193 M¤ (dont 137 M¤ de
l?Ademe) pour atteindre l?objectif bas de la PPE 2, et à 305 M¤ (dont 233 M¤ de l?Ademe) pour
l?objectif haut88. Le scénario validé par l?Ademe, lors du conseil d?administration de juin 2021
vise à atteindre l?objectif bas de la PPE 2 pour 2028.
Le dispositif a été réaménagé en ce sens, à la suite des autorisations accordées par la
Commission européenne en 2023 : une nouvelle enveloppe de 195,6 M¤, dont 140 M¤ apportés
par l'Ademe et 55,6 M¤ de cotisations des maîtres d?ouvrage ; une durée de mise en oeuvre de
dix ans. Une première dotation de 45 M¤, financée sur le fonds chaleur, a été votée par le conseil
d?administration de l?Ademe en juin 2021 (5 M¤ en 2022, 10 en 2023, 15 en 2024 et 2025). La
dotation totale de l?Ademe (140 M¤) requiert une contribution du fonds chaleur de 14 M¤/an
en moyenne sur dix ans.
En vigueur depuis janvier 2025, le fonds réaménagé se distingue par un taux de garantie
porté de 65 à 90 % sur l?ensemble du territoire national (auparavant 65 % par puit, voire 90 %
en Île-de-France grâce au soutien de la région). Cette évolution s?appuie sur un parangonnage
international réalisé en 2021, qui a montré que seuls les dispositifs couvrant plus de 80 à 90 %
favorisent réellement l?essor de la géothermie profonde, comme observé en Île-de-France, mais
aussi en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse ou au Danemark. Le fonds réaménagé se
démarque aussi par la hausse du montant maximum garanti et le financement d?une garantie
« étude préalable » de réduction des risques en cas de résultats défavorables constatés lors de
la réalisation des études portées par les maitres d?ouvrages (dans la limite d?1 M¤ par projet).
Tableau n° 4 : Principales évolutions du fonds de garantie en 2024
2007-2023 2024-2033
Ressources du fonds
53,0 M¤ (28,9 M¤ de dotations
Ademe, 2,8 M¤ de la région Île-de-
France,19,4 M¤ de cotisations des
maîtres d?ouvrage).
195,6 M¤ (140 M¤ apportés par l'Ademe,
55,6 M¤ de cotisations des maîtres
d?ouvrage)
Taux de garantie 65 % (porté à 90 % en Île-de-France) 90 %
Maximum garanti 4,8 M¤ pour un puits 18 M¤ pour un doublet, soit 9 M¤ par puits
Typologie Garantie d'un seul puits Garantie du doublet
Garantie étude
préalable de réduction
des risques
Non Oui dans la limite de 1 M¤ par projet
Cotisation 3,5-5 % 5, 10,15 % selon les 3 niveaux de risque89
Source : Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie, Conseil d?administration du 14 mars 2024, p. 5.
Note : L? « ancien » fonds sera clôturé fin 2043 à l'extinction de la dernière garantie long terme qu'il couvre. Il
continue de couvrir les garanties long terme signées entre 2007 et 2024, cotisation et indemnisation le cas échéant.
88 Cap Gemini, Fonds de garantie géothermie, Adaptation aux objectifs de la PPE 2028, 2021, p. 35.
89 Segment 1 : risque faible, Dogger francilien ; segment 2 : risque moyen, projets réalisés en Ile-de-
France sur d?autres aquifères que le Dogger ou dans d?autres régions (Bassin Aquitain, Hauts-de-France,
Occitanie) à proximité de forages existants ; segment 3 : projets exploratoires réalisés dans des régions mal
connues à ce jour, sans forage géothermique réalisé à proximité.
https://france.representation.ec.europa.eu/informations/aides-detat-la-commission-autorise-un-regime-daides-francais-de-1956-millions-eu-mettant-en-place-un-2023-07-24_fr
https://france.representation.ec.europa.eu/informations/aides-detat-la-commission-autorise-un-regime-daides-francais-de-1956-millions-eu-mettant-en-place-un-2023-07-24_fr
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
42
Outre la couverture du risque géologique au-delà du Dogger francilien, l?essor des
projets de géothermie profonde repose sur le fonds chaleur, qui subventionne les lourds
investissements initiaux.
2.2.2 Le fonds chaleur, un catalyseur de projets
Le fonds chaleur est le principal soutien à l?investissement pour les projets de
géothermie profonde. Créé en 2009, ce fonds subventionne les installations de production de
chaleur, les réseaux de distribution associés, ainsi que les pompes à chaleur destinées à
optimiser la température de l?eau géothermale. Il s?adresse aux collectivités et aux entreprises90.
En complément, certaines collectivités apportent également un soutien financier, notamment la
Métropole du Grand Paris via son fonds énergies instauré en avril 2023.
Les aides du fonds chaleur à la géothermie profonde : opérations éligibles,
conditions d?allocation et modalités d?intervention91
Les projets de géothermie profonde éligibles au fonds chaleur incluent : la création ou l?extension,
de réseaux de chaleur et de froid ; la valorisation thermique de ressources géothermales profondes
(profondeur supérieure à 200 m) ; la réalisation d'un doublet de forages sur un aquifère profond avec
ou sans mise en place d?une pompe à chaleur ; la mise en oeuvre d'une réinjection en aquifère profond
sur une installation existante ; l?ajout d?une pompe à chaleur sur un réseau de chaleur alimenté par
une installation de géothermie profonde existante.
De façon générale, l?aide est accordée au cas par cas, sur la base d?une analyse du coût de revient de
la chaleur renouvelable, comparé à une solution fossile de référence. Elle est attribuée dans la limite
d?une enveloppe budgétaire annuelle, selon les performances techniques, économiques et
environnementales des projets. L?aide n?a pas un caractère automatique : son octroi est conditionné à
une instruction individualisée et au respect de plafonds définis.
Ces aides prennent la forme d?une subvention plafonnée (en euro par MWh de chaleur produite sur
20 ans). Elle a également pris la forme d?une avance remboursable de 2017 à 2019.
Selon l?Ademe, l?aide est intégralement répercutée auprès des abonnés au réseau de chaleur, au
travers d?un terme négatif sur le prix du MWh. Ces modalités sont intégrées dans le cadre des contrats
de délégations de service public.
À ce jour, tous les projets de géothermie profonde ont bénéficié du fonds chaleur. Entre
2015 et 2024, 170,6 M¤ de subventions (hors raccordement au réseau de chaleur) ont soutenu
869,7 M¤ d?investissements pour des projets de géothermie profonde. 92.
Dans son rapport sur le chauffage urbain publié en 2021, la Cour soulignait son rôle
déterminant pour atténuer le principal frein au développement des réseaux de chaleur,
notamment ceux alimentés par géothermie profonde : le poids élevé des investissements
initiaux (cf. infra). Selon l?évaluation du fonds chaleur réalisée par l?Ademe en 2024, le risque
d?effet d?aubaine serait globalement maîtrisé pour l?ensemble des filières, à l?exception de la
géothermie de surface et de la méthanisation. Par ailleurs, pour les réseaux de chaleur, l?absence
de soutien du fonds chaleur entraînerait généralement une dégradation de certains paramètres
90 Source : DGEC.
91 Annexe n°7 : Conditions d?allocation du fond chaleur pour les projets de géothermie profonde.
92 Cour des comptes à partir de données Ademe.
https://www.metropolegrandparis.fr/fr/fonds-energies?utm_source=chatgpt.com
https://ccomptes.fr/fr/publications/le-chauffage-urbain
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
43
du projet, tels qu?une stratégie d?approvisionnement moins décarbonée ou une augmentation
du tarif de vente au détriment des usagers. Toutefois, faute de suivi systématique de la
rentabilité des projets, cette étude repose sur une enquête qualitative (entretiens et sondage
auprès d?un échantillon représentatif de porteurs de projets), sans permettre d?objectiver
pleinement l?effet déclencheur ou d?évaluer de manière précise les éventuels effets d?aubaine,
ni l?impact du soutien sur la rentabilité des projets ou le prix de vente de la chaleur.
La grande majorité des projets soutenus se situe en Île-de-France, qui totalise à elle seule
36 des 43 projets subventionnés par le fonds chaleur depuis 2015. Cette concentration ne résulte
pas d?un biais de sélection par l?Ademe, mais tient au fait que les projets sont majoritairement
développés dans cette région. Pourtant, le BRGM identifie un potentiel géothermique notable
dans d?autres régions, dans le bassin aquitain, ainsi que dans les fossés rhénan, bressan,
rhodanien et en Limagne (cf. supra).
La part du fonds chaleur dédiée à la géothermie profonde demeure relativement limitée.
L?enveloppe actuelle contraint l?Ademe à reporter d?une année sur l?autre l?engagement des
subventions, ralentissant ainsi la mise en oeuvre des projets93. En 2024, sur les 353 M¤ d?aides
attribuées à la production de chaleur (sur un total de 572 M¤ engagés), seulement 64 M¤ ont
été alloués à la géothermie profonde, soit 18 % du total. À titre de comparaison, la biomasse
concentre à elle seule 224 M¤ (63 %), la géothermie de surface 24 M¤ (7 %), et les autres
filières - méthanisation, récupération de chaleur fatale, et solaire thermique - 36 M¤ (12 %)94.
Depuis 2015, la majorité des subventions ont ainsi bénéficié à des projets biomasse (près des
deux tiers en 2024), alors même que cette source d?énergie est délocalisable et que son bilan
carbone demeure nettement moins favorable que celui de la géothermie profonde.
Graphique n° 5 : Montant des aides du fonds chaleur engagées depuis 2015 (en ¤) par type de projet
(distribution et production de chaleur par différentes énergies renouvelables)
Source : Cour des comptes à partir de données Ademe
93 Ademe, Évaluation ex post du fonds chaleur sur la période 2018-2023, 2024, p. 29.
94 Source : Cour des comptes à partir de données Ademe.
https://www.edater.fr/wp-content/uploads/2025/03/eval_fonds_chaleur_-_rapport_synthese.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
44
Selon la DGEC et le réseau Amorce, ce déséquilibre s?explique par le choix des
collectivités, qui privilégient des technologies éprouvées, perçues comme moins risquées, et
rapidement déployables. Un forage géothermique, même réussi, entraîne en effet un délai de
réalisation plus élevé que la construction d?une centrale biomasse (près de deux ans pour une
chaufferie bois, contre quatre à six ans pour un projet de géothermie profonde95). Dans ces
conditions, les collectivités privilégient souvent la biomasse au détriment d'autres solutions.
Pour corriger cette tendance, la méthode EnR?choix (cf. annexe n°3), développée dès
2014 en Île-de-France et intégrée aux critères d?éligibilité nationaux au fonds chaleur en 2024,
incite les porteurs de projet à envisager d?autres énergies renouvelables, dont la géothermie
lorsqu?elle est géologiquement accessible. Dans son rapport sur le chauffage urbain publié en
2021, la Cour avait déjà recommandé de conditionner les aides du fonds chaleur à la réalisation
d?un diagnostic multi-énergie pour inciter les élus locaux à intégrer cette approche dans la
planification territoriale des réseaux de chaleur. Dans cette perspective, la mission
d?information de l?Assemblée nationale de 2024 avait préconisé d?inscrire les objectifs en
matière de développement de la géothermie profonde dans les plans climat-air énergie
territoriaux. De même, le réseau Amorce estime nécessaire d?intégrer la géothermie dans les
futurs plans d?actions de chaleur et de froid, rendus obligatoires, par la loi du 30 avril 2025,
pour la métropole de Lyon et les établissements publics de coopération intercommunale à
fiscalité propre comptant au moins une commune de plus de 45 000 habitants. Leur contenu et
les modalités d?application doivent être définis par voie règlementaire.
À budget donné, de telles dispositions devraient contribuer à orienter les aides du fonds
chaleur vers les projets de géothermie. Elles ne sauraient toutefois réduire les risques élevés,
les délais de réalisation plus longs et les coûts d?investissement initiaux importants qui
caractérisent ces projets (cf. infra), en particulier par comparaison avec les chaufferies bois.
2.2.3 Un prix de la chaleur compétitif face à la hausse des énergies fossiles, grâce
aux soutiens publics
Les différentes sources d?énergie susceptibles d?alimenter un réseau de chaleur sont en
concurrence. Afin d?attirer un nombre maximal d?abonnés, l?exploitant privilégiera
généralement celle qui permet de proposer le prix de vente le plus compétitif.
À cet égard, contrairement à l?électricité, les prix de la chaleur distribuée par les réseaux
ne sont pas soumis à des tarifs réglementés96. Ils sont fixés par contrat entre l?exploitant du
réseau et ses clients (bailleurs, copropriétés, entreprises). Le réseau est le plus souvent exploité
dans le cadre d?une délégation de service public : la collectivité locale, propriétaire, en confie
l?exploitation à un opérateur, qui se rémunère directement auprès des abonnés par la vente de
chaleur, selon des tarifs encadrés par le contrat de délégation. Le prix de vente comprend une
part fixe (l?abonnement), couvrant les coûts d?investissements, et une part variable, dépendant
95 Ademe, Énergies renouvelables : le bois énergie, 2023, p. 4 ; Ademe, Énergies renouvelables : la
géothermie profonde, 2023, p. 4.
96 CGDD, Les réseaux de chaleur : quels prix pour le consommateur ? Datalab, 2016, p. 1.
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000051539193
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
45
de la consommation d?énergie de l?abonné et du prix des énergies. L?exploitant du réseau de
chaleur n?est pas nécessairement le porteur du projet de doublet géothermal97.
Les énergies fossiles utilisées pour alimenter les réseaux de chaleur ont vocation à
disparaître. La stratégie nationale bas carbone prévoit en effet de décarboner les consommations
résiduelles de gaz d?ici à 2050. En conséquence, des objectifs ambitieux de livraison de chaleur
renouvelable et récupérable ont été fixés par le projet de PPE 398. Ces énergies fossiles sont
également taxées, soit directement, soit indirectement via le système d?échange de quotas
d?émission. À l?inverse, les réseaux alimentés à plus de 50 % par des énergies renouvelables et
récupérables, dits « vertueux », bénéficient d?une TVA réduite99 et du fonds chaleur qui,
intégralement répercuté auprès des abonnés100, permet une réduction du prix de la chaleur de
plusieurs euros par MWh101. Entre 2015 et 2020, ces réseaux « vertueux » affichaient des prix
de vente supérieurs à ceux alimentés par du gaz en cogénération102. Toutefois, cette tendance
s?est inversée à partir de 2021, dans un contexte de forte hausse des prix du gaz sur les marchés
européens. Bien que les réseaux vertueux aient également enregistré une augmentation
significative de leurs tarifs, l?inflation, avant application des boucliers tarifaires, est restée plus
contenue que pour les réseaux alimentés principalement par du gaz103.
Graphique n° 6 : Évolution du prix de vente moyen (hors taxe et hors bouclier tarifaire) de la
chaleur de 2015 à 2023 en fonction de l'énergie majoritaire utilisée par le réseau (¤/MWh)
Source : Cour des comptes à partir des enquêtes annuelles sur le prix de vente de la chaleur d?Amorce
97 Exemple d?un doublet réalisé en 2018 sur la commune de Cachan, dans le cadre d?une délégation de
service public : Dalkia a réalisé et exploite le doublet. Dalkia exploite également le réseau de chaleur alimenté.
98 Alors que la quantité de chaleur renouvelable et récupérable livrée par les réseaux de chaleur s?élevait
à 17 TWh en 2022, les objectifs fixés par le projet de PPE 3 sont de : 39,5 TWh en 2030 et 54,5 TWh en 2035
(seuil bas), 51 TWh en 2030 et 72 TWh en 2035 (seuil haut).
99 Article 278-0 bis du code général des impôts, modifié par la loi de finances pour 2019.
100 Selon l?Ademe, l?aide du fonds chaleur est intégralement répercutée auprès des abonnés, via un terme
négatif sur le prix du MWh. Cette clause est présente dans les contrats de délégation de service public.
101 Amorce, Enquête annuelle prix de vente de la chaleur et du froid, 2025 p. 17
102 Selon le site d?information Connaissance des énergies, la catégorie « gaz naturel en cogénération »
renvoie à la production et l?utilisation simultanée d?électricité et de chaleur à partir de gaz au sein de la même
installation.
103 Amorce, Enquête annuelle prix de vente de la chaleur et du froid, 2018 à 2025.
https://concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr/sites/default/files/2024-11/241104_Projet%20de%20Programmation%20pluriannuelle%20de%20l%27%C3%A9nergie%203%20VFF.pdf?utm_source=chatgpt.com
https://www.lemondedelenergie.com/dalkia-geothermie/2018/03/06/?utm_source=chatgpt.com
https://www.edf.fr/collectivites/engager-votre-transition-energetique/references-et-realisations/premier-forage-sub-horizontal-pour-le-reseau-de-chaleur-de-cachan?utm_source=chatgpt.com
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041823190/2022-01-01
https://www.connaissancedesenergies.org/questions-et-reponses-energies/quest-ce-que-la-cogeneration
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
46
Note : le prix de vente correspond à la facture énergétique (part fixe + part variable) ramenée aux MWh livrés en
sous-station, il n?intègre pas les coûts liés au réseau secondaire.
Dans le cas des réseaux utilisant majoritairement de la géothermie, l?impact des coûts
variables est plus limité que pour l?ensemble des réseaux, en raison d?une part fixe plus élevée
dans le prix de vente (56 % en 2023, contre 40 % en moyenne). Cette spécificité, garantissant
une plus grande stabilité de prix, s?explique par les investissements importants nécessaires à la
valorisation de la ressource104. Si cet avantage semble avoir été atténué en 2021 et 2022 par la
hausse du prix de l?électricité, indispensable au fonctionnement des installations de géothermie,
le coût réel supporté par les abonnés, une fois le bouclier tarifaire sur l?électricité appliqué,
pourrait, selon Amorce, être inférieur de 20 à 25 % au prix de vente hors bouclier tarifaire105,
plaçant ainsi la géothermie à un niveau compétitif par rapport aux autres énergies renouvelables
et récupérables, y compris en 2021 et 2022.
Dans un contexte de forte volatilité des prix des énergies fossiles, les soutiens publics
permettent donc aux réseaux de chaleur majoritairement alimentés par des énergies
renouvelables et de récupération de maintenir des tarifs compétitifs face à ceux reposant
principalement sur le gaz naturel.
Cependant, le rythme de développement des projets de géothermie profonde demeure
inférieur à la trajectoire nationale, en raison de nombreux freins opérationnels.
2.3 Les freins au développement à lever
L?atteinte de l?objectif fixé par le projet de PPE 3 ? 6 TWh de chaleur géothermique
produite par géothermie profonde en 2030 (contre 2,26 TWh en 2023) ? suppose un
changement d?échelle. La montée en puissance de la géothermie profonde reste freinée par des
obstacles économiques, administratifs et environnementaux, conditionnant sa faisabilité et sa
rentabilité.
2.3.1 Des obstacles économiques persistants, notamment dans les zones géologiques
moins explorées
Les projets de géothermie profonde se caractérisent par des investissements initiaux très
élevés, notamment pour les opérations de forage, dont le coût peut atteindre entre 11 et 16 M¤
pour un doublet géothermique (hors réseau de chaleur)106. Ces dépenses, engagées avant toute
mise en production, constituent une contrainte majeure, en particulier pour les porteurs de
projets de taille modeste. À cette contrainte financière s?ajoute l?incertitude liée à la ressource
géologique, qui demeure elle aussi un frein important au développement de la filière.
104 Amorce, Enquête annuelle prix de vente de la chaleur et du froid, 2018 à 2025.
105 Selon Amorce, les boucliers tarifaires ont été appliqués directement sur les factures pour les
consommateurs individuels, alors que, pour les réseaux de chaleur, les régulations s?appliquent encore en 2025,
avec un décalage temporel important entre la consommation d?énergie concernée et l?impact réel sur la facture.
106 Ademe, Énergies renouvelables : la géothermie profonde, juin 2023, p. 1
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
47
Pour dépasser ces obstacles économiques, il apparaît nécessaire d?évaluer précisément
le coût actualisé de production de chaleur sur l?ensemble de la durée de vie des installations
(2.3.1.1.), afin d?identifier les mécanismes de soutien public les plus adaptés (2.3.1.2.). Il
importe également de clarifier la doctrine de couverture des risques (2.3.1.3.) et de renforcer la
connaissance du sous-sol (2.3.1.4.).
2.3.1.1 Un préalable : une appréhension plus juste du coût actualisé de production de
chaleur sur la durée de vie de l?équipement
Le coût actualisé de production de chaleur sur la durée de vie de l?équipement (LCOE
est un indicateur clé pour apprécier dans le temps et comparer la compétitivité des différentes
filières). Il permet en effet de calculer le prix de l?énergie produite par différentes technologies,
en prenant en compte tous les coûts actualisés de production d?énergie sur la durée de vie de
l?équipement : les coûts liés à l?installation et l?exploitation de l?actif sur toute sa durée de vie,
incluant les dépenses d?investissement (CAPEX), les coûts d?exploitation et de maintenance
(OPEX) et, le cas échéant, les éventuels coûts de raccordement et de démantèlement. Ces coûts
sont actualisés pour être exprimés à la date de mise en service de l?installation.
À partir de cet indicateur, l?étude de l?Ademe sur l?évolution des coûts des énergies
renouvelables souligne la très grande compétitivité des projets de géothermie profonde sur le
long terme malgré des coûts d?investissement initiaux élevés :en 2022, le LCOE moyen, calculé
pour une durée de vie de 20 ans, s?élevait à 29 ¤ HT/MWh, contre 76 ¤ HT/MWh pour une
chaudière au gaz et 108 ¤ HT/MWh pour une centrale biomasse raccordée à un réseau de
chaleur, pour une puissance installée équivalente. Selon l?Ademe et la DGEC, le LCOE moyen
de la géothermie présenté dans cette étude est toutefois largement sous-estimé. Sur la base d?une
évaluation actuellement menée avec le laboratoire d?économie d?Orléans, le BRGM estime
d?ailleurs qu?il pourrait plutôt se situer entre 65 et 70 ¤ HT/MWh, hors coûts de raccordement,
pour un projet de 12 MW et une profondeur moyenne de forage de 1 500 m. En tout état de
cause, il convient d?attendre la prochaine édition de l?étude sur l?évolution des coûts des
énergies renouvelables, prévue en 2026, pour mettre à jour cet indicateur et en tirer des
enseignements sur la compétitivité de la géothermie profonde par rapport aux autres filières.
Tableau n° 5 : Évolution des coûts actualisés de production de chaleur pour le collectif et le tertiaire
sur la durée de vie de l?équipement
Source : Ademe
Note : Le LCOE ne prend pas en compte les coûts de réseau, coûts des centrales d?appoint, coûts d?équilibrage.
Il est calculé sur la base des coûts des filières et ne prend pas en compte les aides publiques ou les CEE (exception
faite des filières ayant bénéficiées des boucliers tarifaires sur le gaz et l?électricité à partir de 2021 et 2022). Pour
les centrales géothermiques profondes, il est calculé pour des installations avec pompe à chaleur.
https://www.connaissancedesenergies.org/sites/connaissancedesenergies.org/files/pdf-actualites/evolution-cout-energies-renouvelables-et-recuperation-entre-2012-2022-rapport-final_web.pdf
https://www.connaissancedesenergies.org/sites/connaissancedesenergies.org/files/pdf-actualites/evolution-cout-energies-renouvelables-et-recuperation-entre-2012-2022-rapport-final_web.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
48
Plus largement, la méthode de calcul retenue par l?Ademe dans cette étude souffre de
nombreuses imprécisions : pour la géothermie profonde, les CAPEX y sont surestimés
d?environ 50 % et les coûts de raccordement ne sont pas intégrés ; pour l?ensemble des filières,
les hypothèses de calcul des taux d?actualisation ne sont pas explicitement détaillées et la prise
en compte des risques propres à chaque filière n?est pas clairement décrite.
Dans ces conditions, la Cour regrette que l?Ademe publie des données inexactes,
faussant ainsi l?analyse de la rentabilité économique des projets, l?évaluation comparative de la
compétitivité des filières et l?allocation des soutiens publics. Il devient donc urgent de renforcer
la rigueur de cette étude consacrée au coût des EnR et sa méthode de calcul des LCOE, en
intégrant pour toutes les filières les mêmes postes de coûts, notamment les coûts de distribution,
en précisant de façon transparente les hypothèses d?actualisation, en explicitant la manière dont
les risques sont pris en compte (primes de risque, dépenses d?investissement), et en présentant
les LCOE sous forme de fourchettes afin de refléter la dispersion des valeurs. Dans cette
perspective, l?étude conduite par le BRGM et le laboratoire d?économie d?Orléans peut
constituer une source d?inspiration pertinente.
Une estimation plus robuste des LCOE permettra ainsi de comparer le mérite relatif des
différentes filières et d?éclairer la pertinence et la place respective des différents instruments de
soutien financier.
2.3.1.2 Réexaminer la place respective des différents soutiens financiers
Le principal instrument public mobilisé pour soutenir le poids des investissements
initiaux est le fonds chaleur, qui a subventionné entre 3 et 5 projets par an depuis 2015 (cf.
supra). Pour tenir les objectifs du projet de PPE 3, le rythme de réalisation doit être
sensiblement accru, afin de mettre en service entre 6 et 10 doublets géothermiques par an d?ici
2030. Selon les estimations de la Cour, cela supposerait un niveau de subvention annuelle, pour
la production et la distribution de chaleur, compris entre 96 et 200 M¤, en fonction de différents
scénarios d?évolution des montants unitaires de subvention et de productivité des gisements (cf.
annexe 6). De son côté, l'Ademe évalue le besoin à 84 M¤ dès 2025, puis à 192 M¤ par an au-
delà. Ce niveau de soutien contraste avec les engagements du fonds chaleur pour la géothermie
profonde en 2023 (28 M¤ dont 16 M¤ pour la production) et en 2024 (107 M¤ dont 64 M¤ pour
la production)107.
Cependant, la mobilisation du fonds chaleur sous forme de subventions peut être
interrogée au regard de la rentabilité observée des opérations de géothermie profonde, les
subventions se justifiant surtout lorsque les projets présentent un déficit de rentabilité par
rapport aux solutions de référence. D?autres outils financiers pourraient être envisagés. L?aide
du fonds chaleur pourrait par exemple être attribuée sous forme d?avance remboursable, comme
cela a été pratiqué entre 2017 et 2019108. Par ailleurs, les prêts bonifiés ou les prises de
participation de la Banque des territoires pourraient être davantage mobilisés. Le recours à ces
instruments, principalement utilisés en phase de réalisation et rarement en phase de
développement, demeure en effet limité. Sur les cinq dernières années, seuls quatre projets de
107 Calculs de la Cour des comptes à partir de données Ademe.
108 Annexe n°7 : Conditions d?allocation du fonds chaleur pour la géothermie profonde depuis 2015.
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
49
géothermie profonde ont été soutenus par des prêts et deux par des fonds propres109. Le syndicat
des énergies renouvelables estime que les conditions de financement proposées par la Banque
des territoires sont à la fois insuffisamment connues et peu attractives. Dans ce contexte,
plusieurs acteurs du secteur (le syndicat des énergies renouvelables, l?AFPG, Idex)
recommandent, dans leur contribution à la mission lancée par le Premier ministre sur la
géothermie en mai 2025, la mise en place de dispositifs plus incitatifs : prêt à taux zéro, bonifié,
ou avance remboursable.
Comme pour la géothermie de surface, il apparaît nécessaire d?identifier les conditions
permettant une meilleure intégration des outils existants dans les stratégies de financement des
projets, voire de les adapter pour répondre plus efficacement aux besoins des porteurs de projet.
Dans cette perspective, il serait utile de réaliser un bilan approfondi des projets soutenus par le
fonds chaleur afin de mesurer leur rentabilité et d?éclairer l?opportunité, selon les cas, de
recourir aux instruments financiers de la Banque des territoires, de verser l?aide du fonds
chaleur sous forme d?avance remboursable, voire d?abaisser en contrepartie le taux de
subvention. Le coût budgétaire serait très limité, voire négatif en cas de substitution, même
partielle, à la subvention du fonds chaleur.
Enfin, une fois ces évolutions mises en oeuvre, la Cour invite à ce que les règles de
soutien soient stabilisées afin d?offrir plus de visibilité aux porteurs de projets. Les incertitudes
liées à la programmation annuelle du fonds, votée en loi de finances, ainsi que les nombreuses
évolutions des barèmes et des conditions d?attribution nuisent en effet à la lisibilité et à la
confiance des investisseurs110. Depuis 2015, les règles de soutien ont évolué chaque année, qu'il
s'agisse des plafonds retenus, de la nature de l'aide (subvention ou avance remboursable) ou des
modalités de calcul111.
2.3.1.3 Mieux préciser la doctrine de couverture des risques
Le fonds de garantie a été réaménagé en 2024 pour favoriser l?émergence de projets en
région parisienne sur d?autres aquifères et dans d?autres zones géographiques encore peu
explorées. La logique retenue a été d?étendre les secteurs couverts par le fonds de garantie, ce
qui a conduit à une hausse des ressources autorisées par la Commission européenne, désormais
fixées à 195,6 M¤ sur 2024-2033, dont une contribution maximale de l?Ademe de 140 millions
d'euros (cf. supra). La part attendue des cotisations des porteurs de projet a toutefois été revue
à la baisse (passant de 19,4 M¤ sur 53 M¤ sur 2007-2023 à 55,6 M¤ sur 195,6 M¤ sur 2024-
2033). La contribution de la région Île-de-France a par ailleurs été supprimée alors que le
développement de la géothermie profonde concerne encore principalement ce territoire.
En outre, la doctrine de couverture des risques entre les différents niveaux de risque
n?est toujours pas établie. Les modalités d?allocation du fonds dans ces segments ne sont ni
109 Annexe n°8 : Projets de géothermie soutenus par la Banque des territoires.
110 Source : Engie, Note de synthèse, juin 2025, p. 10 ; Contributions d?Idex, Arverne Group à la mission
lancée par le Premier ministre, mai 2025 ; Amorce, Enquête géothermie, juin 2025, p. 4
111 Annexe n°7 : Conditions d?allocation du fonds chaleur pour la géotherme profonde, depuis 2015.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
50
stabilisées ni arbitrées par les instances de gouvernance présidées par l?Ademe112. Selon
l?agence, une étude en cours doit éclairer ces choix en analysant plusieurs scénarios et leur
impact budgétaire. Afin d?éviter la concentration du fonds de garantie sur les projets à fort
niveau de risque, certains acteurs préconisent de réserver le fonds de garantie aux projets centrés
sur la production de chaleur et suggèrent d?éviter les conflits d?usage avec les projets combinant
chaleur et autres valorisations. Sur ce point, l?Ademe précise que les projets associant chaleur
et extraction du lithium ne pourront bénéficier du fonds de garantie que pour la part liée à la
production de chaleur, sous réserve que les caractéristiques de débit et de température soient
adaptées à cette finalité. Le débit garanti devrait rester inférieur à celui requis pour maximiser
la récupération de lithium, ce qui limiterait mécaniquement l?exposition au risque pour le fonds.
En tout état de cause, les modalités d?allocation du fonds auront un impact direct sur la
répartition territoriale des projets et sur son équilibre financier. La Cour recommande donc de
définir sans attendre la doctrine d?allocation du fonds de garantie en tenant compte du niveau
de risque des projets. Il conviendra d?assurer une répartition équilibrée entre les différents
segments de risque, sans exclure le cas échéant, le soutien à des projets de co-production lorsque
leur niveau de risque demeure maîtrisé, ni celui à quelques projets stratégiques relevant du
segment 3 (risque fort), dans des zones à fort potentiel de développement de la filière.
Recommandation n° 2. (Ademe, 2026) Définir la doctrine d?allocation du fonds de
garantie en tenant compte du niveau de risque des projets de géothermie profonde
2.3.1.4 Une connaissance du sous-sol à améliorer pour réduire les incertitudes liées à la
ressource
La quantité et la qualité de la ressource géothermique (température, débit, perméabilité
du sous-sol) ne peuvent être pleinement évalués qu?après forage, notamment en dehors du
Dogger où le sous-sol est moins précisément caractérisé. Cette incertitude géologique est
d?autant plus problématique que, pour garantir la rentabilité du projet, les forages doivent être
situés à proximité de besoins en chaleur identifiés en surface. L?amélioration de la connaissance
du sous-sol permet toutefois de réduire ces incertitudes et même d?envisager, dans certains cas,
un déclassement de segment de risque du fonds de garantie (cf. supra).
À cet effet, le plan d?action national pour la géothermie lancé en 2023 prévoit la
réalisation d?un inventaire national de la ressource géothermale, décliné à l?échelle régionale,
par le BRGM, avec le soutien financier de l?Ademe113. Cet inventaire s?appuie sur des données
sismiques existantes, issues notamment d?anciennes campagnes de prospection pétrolière, et
sur de nouvelles acquisitions de données, dans l?ouest et le sud de l?Île-de-France (Géoscan
112 Le fonds est régi par deux instances : le comité décisionnel qui instruit les demandes de garantie et
réunit DGEC, Ademe, SAF Environnement, directions régionales de l?environnement et de l?aménagement,
Fedene, AFPG, Association des maîtres d?ouvrage public en géothermie (Agemo), ainsi que des représentants du
conseil régional d?Île-de-France pour les dossiers franciliens ; le comité stratégique, nouvellement créé, qui fixe
les orientations et rassemble DGEC, Ademe, SAF Environnement, BRGM, Fedene, AFPG, Agemo, SER et
Amorce. La voix du BRGM n?y est que consultative.
113 Convention de subvention entre la DGEC et le BRGM, 30 juillet 2024.
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/20231222_DP_Plan-action-geothermie%20v2.pdf
https://www.geothermies.fr/geoscan-idf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
51
« Île-de-France »114) et sur le département des Bouches du Rhône et la métropole Aix-
Marseille-Provence (Géoscan « Arc »). Selon le comité de suivi du plan d?action national
géothermie du 31 janvier 2025, cette action ne présente pas de difficultés dans la mise en oeuvre.
D'ici décembre 2025, des cartes caractérisant le potentiel de la ressource sur les aquifères du
Centre-Val de Loire et des Hauts-de-France-Picardie devraient être diffusées. En 2026, ces
travaux devraient être présentés aux parties prenantes, notamment avec les collectivités, dans
le cadre d?un séminaire. Selon le BRGM, les campagnes de prospection locales seront
prolongées en 2026 et pourraient être étendues à deux nouvelles régions
Pour aller plus loin, le partage des données géologiques collectées par les porteurs de
projets, à échelles plus fines, est, comme pour la géothermie de surface, déterminant pour
réduire les incertitudes et mutualiser les connaissances. En effet, à chaque étape, de nombreuses
données sont recueillies pour caractériser les paramètres hydrauliques et thermiques de la
ressource115 : en phase d?étude amont, des données dites « géophysiques » sont obtenues sans
forage ; les phases d?exploration et d?exploitation permettent d?affiner cette connaissance grâce
aux mesures directes issues des puits.
Or, à l?exception de certaines données collectées par le BRGM et accessibles en ligne
au bout d?un an au travers de la base de données Sybase116, ces données sont tenues
confidentielles pendant dix ans au titre de l?article L. 413-1 du code minier. Afin d?envisager
un partage plus rapide, des discussions sont en cours avec les acteurs du secteur concernant les
modalités de partage, les délais, et les données concernées : certains expriment des réticences,
craignant un partage trop ouvert de données coûteuses. Certains porteurs de projets privilégient
plutôt un partage encadré, au travers de programmes de recherche à visée scientifique menés à
l?échelle de territoires spécifiques. À l?inverse, d?autres maîtres d?ouvrage plaident pour un
délai réduit à un an pour les données de puits et à trois ans pour les données géophysiques.
Sous réserve que ces données soient effectivement mises à disposition, un abaissement
du délai de confidentialité permettrait d?accélérer la consolidation de la connaissance du sous-
sol grâce à des données complémentaires de celles produites par le BRGM, plus précises et à
l?échelle plus fine du projet, et de réduire ainsi les risques liés à la ressource. Il est d?autant plus
justifié lorsque ces données ont été collectées dans le cadre de travaux financés par des
subventions publiques. L?objectif est de limiter les barrières à l?entrée, de renforcer la
concurrence, et d?encourager de nouveaux projets, notamment portés par des collectivités
locales, dans des zones encore peu explorées. Pour ces raisons, la Cour invite à abaisser le délai
de confidentialité des données du sous-sol.
Les avantages attendus sont tels que le projet de loi « diverses dispositions d?adaptation
au droit de l?Union européenne » (DDADUE), déposé au Sénat en novembre 2025 et présenté
au parlement début 2026, prévoit de réduire ce délai à cinq ans pour les données géophysiques
et à un an pour les données de puits. Il s?inspire d?exemples internationaux comme l?Australie,
où la confidentialité est limitée à deux ans dans un contexte d?exploration et de production
dynamique.
114 Convention passée entre l?Ademe, le BRGM et la région Ile-de-France, novembre 2023.
115 BRGM, Ademe, La géothermie et les réseaux de chaleur. Guide du maître d?ouvrage, 2010, p. 35.
116 L?article L. 211-10 du code de l?environnement prévoit une exception à l?interdiction de publication
prévue par l?article L. 413-1 du code minier concernant les données « intéressant la recherche, la production ou le
régime des eaux souterraines ». Pour bénéficier du Fonds Chaleur, l?Ademe demande aux opérateurs de fournir
les données sur les puits de géothermie profonde, en vue de renseigner Sybase.
https://www.geothermies.fr/geoscan-idf
https://www.geothermies.fr/geoscan-arc
http://sybase.brgm.fr/sybase
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000023505836
https://www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl25-118.html
https://www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl25-118.html
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000023491004
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
52
En complément, à compter de septembre 2025, une clause prévoyant un délai de
confidentialité de trois ans pour les données géophysiques sera intégrée, selon l?Ademe, dans
les conventions passées avec les porteurs de projet pour le fonds de garantie « court terme
études ».
2.3.1.5 Une filière qui devra s?adapter à la hausse prévisible des besoins
Le BRGM qualifie la filière de la géothermie profonde de « mature », un constat déjà
formulé par la PPE en 2016. Celle-ci dispose aujourd?hui d?un socle industriel capable de
soutenir le rythme actuel de développement des projets117 (3 à 5 par an depuis 2015). Selon
Engie, les porteurs de projet parviennent à mobiliser les compétences et les équipements
nécessaires sous réserve d?une bonne anticipation des investissements.
Cette structuration s?appuie notamment sur la création, depuis 2014, d?un comité
technique dédié à la géothermie profonde, piloté par l?Ademe, le BRGM et l?AFPG. Réunissant
régulièrement les principaux acteurs de la chaîne de valeur (bureaux d?études, foreurs,
exploitants, équipementiers, organismes publics), ce groupe de travail, qui se réunit chaque
année, a élaboré des fiches de bonnes pratiques sur le forage, l?entretien et l?abandon des puits.
Il a récemment élargi ses travaux à des projets hors du bassin parisien et du Dogger118. En
complément, des guides de « bonnes pratiques » ont été publiés en 2019 et en 2023 par le
BRGM pour accompagner les porteurs de projets dans la conception et la réalisation
d?installations de géothermie profonde. Selon le BRGM, ces guides sont régulièrement mis à
jour en fonction des évolutions de la filière, des besoins et des sinistres observés.
Pour autant, cette dynamique reste fragile. Selon le syndicat des énergies renouvelables,
l?AFPG, Arverne group (l?une des principales entreprises françaises de forage), la principale
difficulté concerne la disponibilité, mais aussi l?autorisation d?employer une main-d?oeuvre
qualifiée, disposée à travailler en phase de travaux en horaires décalés, au-delà de la limite
légale de 48 heures hebdomadaires. Les opérations de forage nécessitent en effet un
fonctionnement continu des machines de forage, pour garantir le bon déroulement des travaux,
optimiser leur rendement et les délais d?exécution. À ce jour, les entreprises de forage
s?appuient sur des dérogations temporaires de 3 mois pour dépasser la durée maximale de
travail, sans garantie de renouvellement. Dans ces conditions, les acteurs de la filière plaident
pour une adaptation de la réglementation du temps de travail, sur le modèle des régimes
dérogatoires appliqués dans d?autres secteurs. Le dossier de presse lié à l?intervention du
Premier ministre du 19 juin 2025 y faisait référence.
En tout état de cause, les ambitions du projet de PPE 3, correspondant à la réussite de 6
à 10 opérations par an d?ici 2030 (cf. supra), rendent nécessaires un renforcement des capacités
humaines pour le forage et une augmentation de quelques unités du nombre de machines de
forage disponibles119. La mission d?information de l?Assemblée nationale de 2024 confirme ces
besoins et souligne la nécessité « de répondre au manque de foreurs en France » et d?assurer
« la disponibilité des outils et machines de forage en quantité suffisante ». Elle recommande
117 Arverne group, Contribution à la mission géothermie lancée par le Premier ministre, mai 2025, p. 7.
118 AFPG, Étude de filière 2023, 2023, p. 54.
119 Engie Solutions, Note de synthèse, juin 2025, p. 5 ; Arvern Group, Contribution à la mission
commando géothermie lancée par le Premier ministre, mai 2025, p. 7 ; AFPG, Note, juin 2025, p. 5.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000006195764?isSuggest=true&anchor=LEGISCTA000033020420#LEGISCTA000033020420
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000006195764?isSuggest=true&anchor=LEGISCTA000033020420#LEGISCTA000033020420
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2023/10/AFPG_Etude-filiere-2023.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
53
également de « renforcer la montée en compétences des services de l?État responsables de
l?instruction, de l?autorisation et du contrôle des opérations de géothermie profonde ».
2.3.2 Des lenteurs administratives qui risquent de se renforcer
La réalisation d?un projet de géothermie profonde s?inscrit dans un processus long,
encadré par le code minier. Selon l?Ademe, la durée du développement d?un projet, des
premières études à la mise en exploitation, est comprise entre 4 et 6 ans (contre 1 à 3 ans pour
la biomasse ; 1 à 3 ans et demi). Ces délais nuisent à la compétitivité de la filière.
Selon les articles L. 124-1-2 et L. 134-1-1 du code minier, tout porteur de projet (hors
géothermie de minime importance), doit obtenir deux titres miniers distincts : un d?exploration
(autorisation de recherche ou permis exclusif de recherche120), et un d?exploitation (permis
d?exploitation ou concession). Ces titres sont délivrés après mise en concurrence, au terme
d?une procédure incluant une enquête publique préalable (sauf pour le titre d?exploitation
lorsque la demande est déposée avant l?expiration de l?autorisation de recherches, dans
certaines conditions précisées à l?article L. 134-9). Leur obtention ne donne pas droit à réaliser
les travaux : au titre de l?article L. 162-3, les travaux de recherches et d?exploitation sont en
effet soumis à autorisation environnementale, selon une procédure distincte (cf. 3ème étape du
schéma n°2)121.
Schéma n° 2 : Les étapes d?un projet de géothermie profonde
Source : Ademe, Énergies renouvelables : la géothermie profonde, juin 2023, p. 4.
120 Pour l?exploration, le porteur de projet a le choix entre 2 titres : 1) une autorisation de recherches
encadrée par l?article L.124-3 du code minier, qui détermine l?emplacement des forages que le titulaire est habilité
à entreprendre, ou le tracé d?un périmètre à l?intérieur duquel les forages peuvent être exécutés ; elle est accordée
par arrêté préfectoral pour une durée d?au plus 3 ans, non renouvelable ; 2) un permis exclusif de recherches
encadré par l?article L.124-2-1 du code minier, qui confère l?exclusivité du droit d?effectuer tous travaux de
recherches dans un périmètre défini et de disposer librement des substances extraites à l?occasion des recherches
et des essais ; il est accordé par arrêté ministériel pour une durée d?au plus 15 ans.
121 Décret du 28 mars 1978 abrogé et remplacé par le décret du 27 août 2025.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849044
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038839006
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849153
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045577080
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849093
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849063
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000864366/
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000052144974/2025-08-29
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
54
Note : Selon l?AFPG, la durée de 20 ans pour l?exploitation correspond à la durée de délégation de service public.
Mais la durée d?exploitation est plutôt de 30 ans pour le permis d?exploitation et de 50 ans pour une concession.
Ces procédures administratives sont complexes et leurs délais particulièrement longs.
Pour y remédier, plusieurs réformes ont été engagées depuis 2022. L?ordonnance du 13 avril
2022 a porté de 10 à 15 ans la durée maximale d?un PER afin de donner plus de visibilité aux
porteurs de projet122. Elle a également intégré l?autorisation de travaux miniers dans le cadre
plus large de l?autorisation environnementale afin de « faciliter la vie des entreprises sans
régression de la protection de l?environnement »123 en harmonisant les procédures d?instruction
liées aux sites miniers et aux installations classées pour la protection de l?environnement.
Pour réduire les délais, la loi du 23 octobre 2023 relative à l?industrie verte et son décret
d?application du 6 juillet 2024 ont instauré une procédure dite « parallélisée ». Depuis le 22
octobre 2024, celle-ci permet la conduite simultanée de l?examen du dossier d?autorisation
environnementale et de la consultation du public, dans un délai de 3 mois maximum. Toutefois,
cette simplification ne s?applique pas à l?ensemble des démarches d?autorisation liées aux
projets de géothermie : la demande de titre minier demeure exclue du champ de l?autorisation
environnementale et reste donc soumise à enquête publique, sans bénéficier de la consultation
du public parallélisée. En pratique, l?objectif de réduction des délais n?est pas atteint.
Dès lors, les acteurs de la filière continuent d?alerter sur la longueur des démarches
administratives, et proposent d?étendre aux titres miniers la parallélisation des procédures avec
la consultation du public pour viser ainsi une réduction des délais d?instruction à 6-9 mois. Ils
relèvent également un autre frein structurel majeur : la surcharge des services instructeurs, qui
entraîne des retards significatifs, susceptibles de s?accentuer avec les procédures parallélisées.
Pour répondre à ces enjeux, le plan d?action national géothermie de 2023 prévoit que
soient analysées ces procédures afin d?identifier des leviers d?optimisation. Cependant, des
décisions récentes du Conseil d?État conduisent à allonger les délais d?instruction, celui-ci ayant
jugé que le permis exclusif de recherches doit désormais faire l?objet d?une évaluation
environnementale. Par un arrêt du 12 juillet 2024, dit « mine d?or », le Conseil d?État a en effet
considéré que toute décision d?octroi, d?extension ou de prolongation d?une concession minière
relève de la directive 2001/42/CE dite « Plans et programmes », impliquant la réalisation d?une
évaluation environnementale. Selon la DGEC, le Conseil d?État, consulté à l?été 2025 dans le
cadre de la réforme du code minier, a étendu cette interprétation au permis exclusif de
recherches, désormais considéré lui aussi comme un plan ou programme au sens de la directive,
alors que la procédure d?obtention d?un PER ne comportait jusqu?à présent qu?une enquête
publique préalable (cf. supra).
En tout état de cause, la complexité et la durée des démarches administratives peuvent
dissuader les collectivités locales de s?engager dans des projets de géothermie profonde pour la
décarbonation de leur réseau de chaleur.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
La géothermie profonde calogène est une ressource locale, décarbonée, compétitive sur
le long terme. Son développement repose sur des savoir-faire éprouvés et une viabilité
122 Article L. 124-2-3 du code minier modifié par l?article 10 de l'ordonnance du 13 avril 2022.
123 Exposé des motifs de l?ordonnance du 13 avril 2022.
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000045570550
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000045570550
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000048243232?init=true&page=1&query=article+4+de+la+loi+n%C2%B0+2023-973+du+23+octobre+2023+&searchField=ALL&tab_selection=all
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000049893436/?isSuggest=true
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000049893436/?isSuggest=true
https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000050037785
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000706012/
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045589599
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000045572431/2022-04-15
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.2%20Les%20freins%20administratifs/2022-02-17%20Note%20de%20pr%C3%A9sentation%20ordonnance_.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
55
économique, notamment pour l?alimentation des réseaux de chaleur urbains. Pourtant, malgré
un potentiel couvrant près de 30 % du territoire, elle reste concentrée en Île-de-France, qui
compte la plus forte densité d?opérations en Europe grâce à l?exploitation de l?aquifère du
Dogger. Cette implantation résulte d?une conjonction de facteurs favorables : soutiens publics
bonifiés, géologie propice, connaissance approfondie du sous-sol, contrastant avec d?autres
aquifères encore peu, voire pas encore, exploités.
Les soutiens budgétaires (fonds de garantie, fonds chaleur), qui ont atteint près de
123 M¤ en 2024, ont permis de relancer l?activité à partir de 2008, principalement en Île-de-
France où la région apporte une garantie additionnelle : le fonds de garantie a sécurisé la
totalité des projets sans coût excessif et le fonds chaleur a permis d?alléger les investissements
initiaux. Les tarifs de vente de la chaleur sont également restés stables et compétitifs, dans un
contexte de volatilité des prix des énergies fossiles.
Pour autant, la dynamique actuelle reste insuffisante au regard des objectifs du projet
de PPE 3. Produire 6 TWh de chaleur par géothermie profonde d?ici 2030 suppose de lever
plusieurs freins : les obstacles économiques liés au montant élevé des investissements initiaux
et aux incertitudes sur la ressource géologique ; l?adaptation de la filière à un doublement du
rythme des projets, y compris en zone moins explorée ; la connaissance partielle du sous-sol ;
la lenteur des procédures administratives.
Dans un souci d?efficience, la Cour recommande de réexaminer, en fonction de la
compétitivité de la filière, la place des soutiens financiers (subventions ou avances
remboursables du fonds chaleur ; prêts bonifiés de la Banque des territoires) et de mieux
préciser la doctrine de couverture des risques. Enfin, un renforcement de la connaissance du
sous-sol est indispensable pour permettre un déploiement plus équilibré de la filière sur
l?ensemble du territoire national.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
56
3 DES INNOVATIONS FAVORABLES AU DÉVELOPPEMENT
DES GÉOTHERMIES
Le développement de la géothermie de surface et de la géothermie profonde calogène et
électrogène se heurte à des niveaux d?investissement élevés malgré une rentabilité à long terme
établie dans la plupart des cas. Cette troisième partie explore les innovations en géothermie,
sous réserve qu?elles contribuent à accélérer le retour sur investissement de la géothermie et, à
terme, l?efficience des soutiens publics en répondant à de nouveaux besoins (3.1) ou en
favorisant l?acceptabilité de la géothermie électrogène (3.2).
3.1 Des innovations en géothermie pour répondre à de nouveaux besoins
Dans une approche large et à des fins thermiques, la géothermie comprend en plus du
captage de l?énergie de la terre celui des eaux usées, des eaux de surface ou de l?eau de mer en
ayant recours à des pompes à chaleur. Elle contribue aussi au stockage de l?énergie dans la terre
afin de l?utiliser ultérieurement. Des innovations en cours de diffusion favorisent l?exploitation
des différentes ressources géothermales.
3.1.1 La réponse adaptée de la géothermie aux besoins croissants de froid
Accélérer le retour sur investissement des géothermies suppose de mieux utiliser l?une
des qualités intrinsèques de cette énergie qui conserve un rendement énergétique constant toute
l?année en raison de la faible variation de la température de la ressource. C?est notamment le
cas lorsqu?elle répond aux besoins de chauffage, d?eau chaude sanitaire et de climatisation d?un
écoquartier qui requiert toute l?année une puissance horaire appelée de l?ordre de 1 700 KW,
l?appoint nécessaire pour le chauffage pouvant être assuré par une énergie complémentaire.
Graphique n° 7 : Puissance horaire appelée pour un écoquartier
Source/note : AFPG, guide techniques Beteg, page 43
0
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Catégorie 1 Catégorie 2 Catégorie 3 Catégorie 4
Série 1
Série 2
Série 3
Série 4
Série 5
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
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3.1.1.1 Un meilleur retour sur investissement de la géothermie avec la prise en compte
des besoins croissants de froid
Selon un rapport de l?agence international de l?énergie publié en juin 2018, the future of
cooling, les besoins de froid de confort, évalués à 2 020 TWh en 2016, ont été multipliés par
trois depuis 1990 et devraient connaître la même progression à l?horizon 2050. En France, les
besoins de froid de confort sont estimés à 19 TWh avec une augmentation attendue des besoins
de 34 TWh pour 2050.
Dans un rapport publié en novembre 2021 portant sur la climatisation dans le bâtiment,
l?Ademe mentionne une enquête réalisée à l?été 2020 selon laquelle le taux d?équipement des
ménages en climatiseur serait de 25 % et celui du secteur tertiaire de 40 %. Les émissions de
CO2 générées par ces équipements représenteraient l?équivalent de 4,4 millions de tonnes de
CO2, principalement en raison des fuites de frigorigènes (voir encadré en annexe 1). À l?horizon
2050, selon les scénarios retenus, les taux d?équipement des ménages et du tertiaire seraient
compris entre 80 % et 95 %. La consommation totale associée aux systèmes de climatisation
atteindrait 41 TWh dans le scénario tendanciel, 7,5 TWh dans le scénario frugal et 33 TWh
dans un scénario mobilisant les seuls leviers techniques. Les émissions de CO2 varieraient entre
0,5 et 2 millions de tonnes de CO2 en fonction de l?évolution du mix de gaz frigorigènes des
équipements.
En 2024, l?AFPG a mené une étude sur le rôle de la géothermie dans la climatisation et
le rafraîchissement pour comparer les installations géothermiques avec d?autres solutions dans
le domaine du refroidissement. Il ressort de cette étude, certes commanditée par les
professionnels du secteur que dans le cas d?une maison individuelle, la solution de sondes
géothermiques devient plus rentable que la chaudière à gaz et de deux climatiseurs monoblocs
au bout de 13 ans. Pour un bâtiment collectif, les solutions géothermiques s?imposent après sept
ans pour la géothermie sur nappe et neuf ans pour la géothermie sur sondes. Pour les bureaux,
il faut attendre dix à quinze ans selon le type de solutions géothermiques. La comparaison est
très favorable à la géothermie dans le cas des centres commerciaux (moins de cinq ans) et moins
pour les établissements d?hébergement de personnes âgées dépendantes (dix-huit ans).
Cette étude présente des limites : dans le cas de la maison individuelle, elle ne compare
pas la pompe à chaleur géothermique à la pompe à chaleur réversible, véritable solution
alternative à la géothermie (supra). Elle part d?hypothèses favorables à la géothermie comme
le choix du rafraîchissement par géocooling pour assurer 80 % des besoins en froid pour le
secteur résidentiel et 50 % pour le tertiaire et le choix d?une comparaison sur une période de 25
ans, soit la durée de vie moyenne des pompes à chaleur géothermiques. Malgré tout, cette étude
confirme la compétitivité de la géothermie dans la durée (voir supra). Celle-ci conforte les
résultats de travaux de l?Ademe selon lesquels le LCOE des PAC géothermiques sur champs
de sonde et sur aquifères dans le secteur tertiaire peut être réduit de moitié (de 133 à 62 ¤2022
HT/MWh pour les PAC sur champs de sonde et de 97 à 47¤2022 HT/MWh pour les PAC sur
aquifères) en partant d?une production de froid équivalente à celle de la chaleur et assurée à
40 % par du géocooling et à 60 % par du froid actif en raison de coûts d?investissement
supplémentaires faibles pour le geocooling (21 ¤ HT/kWh).
La géothermie peut répondre aux besoins croissants de froid avec une énergie
décarbonée d?autant plus compétitive qu?elle est utilisée toute l?année.
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2024/08/Etude-climatisation-geothermie_2024_AFPG.pdf
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2024/08/Etude-climatisation-geothermie_2024_AFPG.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
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3.1.1.2 Les réseaux de froid et les boucles d?eau tempérée, des innovations efficientes
Le troisième plan national d?adaptation au changement climatique considère que les
mesures visant à limiter l?inconfort thermique via des solutions passives ne suffiront pas à
moyen-long terme, notamment pour protéger les populations vulnérables à la chaleur. Pour les
zones peu denses, il privilégie le déploiement de systèmes de rafraichissement efficaces, à
moindre impact pour l?environnement. Dans les zones denses, les réseaux de froid124 présentent
une forte efficacité énergétique en mutualisant la production de froid125 et en mobilisant des
machines industrielles à haut rendement énergétique offrant une meilleure maîtrise des fluides
frigorigènes utilisés. Ils favorisent le report aux heures creuses des consommations électriques
via la fabrication et le stockage de glace. Dans certains cas, ils limitent la consommation
électrique en valorisant des énergies renouvelables et de récupération.
La stratégie française énergie climat prévoit 2 TWh de livraison de froid renouvelable
et de récupération en 2030 et entre 2,5 et 3 TWh en 2035. Depuis 2017, la consommation de
froid stagne autour de 0,9 TWh en raison notamment d?une meilleure isolation des bâtiments et
de la modération des usages de la climatisation. Selon la Fedene, de 2017 à 2023, le nombre de
réseaux de froid est passé de 23 à 43 pour alimenter respectivement 1234 et 1637 bâtiments.
Les pompes à chaleur eau/eau relevant de la géothermie fournissent 72 % de l?énergie des
réseaux de froid et alimentent 22 des 43 réseaux de froid existants.
Similaires dans leur fonctionnement au réseau de chaleur et de froid urbain, les boucles
d?eau tempérée à énergie géothermique (Beteg126) s?en distinguent par une température de l?eau
comprise entre 5°C et 30°C et le recours à des pompes à chaleur géothermiques adaptées à
chaque bâtiment. Elles s?adaptent à tous types de besoin (chaud ou froid, eau chaude sanitaire).
Elles donnent la possibilité d?adapter les lois d?eau au plus près de chaque bâtiment et donc de
limiter les consommations électriques. Elles favorisent le stockage thermique intersaisonnier et
le couplage avec l?énergie solaire ou la chaleur fatale (voir infra). Elles offrent la possibilité de
disposer de plusieurs sources d?énergie sur une même boucle, susceptibles d?être reliées en
plusieurs phases selon l?évolution des besoins à satisfaire et de lisser les investissements dans
le temps. Elles rencontrent certaines limites comme le fait d?être optimisées avec des émetteurs
basse température réversibles.
En 2018, le dispositif du fonds chaleur a été ouvert aux installations permettant la
production de froid renouvelable, en particulier le géocooling et les PAC géothermiques en
montage thermofrigopompe sur les réseaux de froid. Puis en 2019, il a été décidé d?intégrer les
Beteg au fonds chaleur. Dans les deux cas, l?aide est déterminée par une analyse économique.
L?AFPG recense 26 Beteg pour un montant de dépenses éligibles aux aides de l?Ademe de
216,1 M¤ avec un taux d?aide moyen de 31 %, soit 66,7 M¤ pour 51 km de boucles et 166
GWh/an d?énergie renouvelable et de récupération.
124 Les réseaux de froid sont décrits en annexe 10. Même s?il existe quelques réseaux de froid anciens comme celui
de la ville de Paris, leur diffusion en France est récente et limitée comparée aux réseaux de chaleur. Selon Idex,
« Dans le contexte du réchauffement climatique, les réseaux de froid urbains émergent comme une solution
innovante et durable pour répondre aux besoins croissants de rafraîchissement, tout en limitant l'impact
environnemental ».
125 À titre d?exemple, un article récent sur le réseau de froid de la Défense.
126 Les Beteg sont décrits en annexe 11. Selon l?étude 2023 de la filière géothermie de l?AFPG et l?académie des
technologies, elles constituent l?une des innovations en géothermie de surface.
https://www.idex.fr/le-blog/les-reseaux-de-froid-urbains-une-solution-cle-pour-ladaptation-au-changement-climatique
https://www.connaissancedesenergies.org/afp/cette-usine-navait-pas-produit-autant-de-froid-la-defense-depuis-2019-250701?utm_source=newsletter&utm_medium=fil-info-energies&utm_campaign=/newsletter/cde-aujourdhui-2-juillet-2025&sstc=u47286nl170116
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2023/10/AFPG_Etude-filiere-2023.pdf
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/06/potentiels_geothermie_transition_energetique_ST24_06_28022024.pdf
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/06/potentiels_geothermie_transition_energetique_ST24_06_28022024.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
59
La mesure 10 du troisième plan national d?adaptation au changement climatique vise à
déployer à grande échelle les technologies de froid renouvelable. Le niveau des soutiens publics
est d?autant moins un frein à la mise en oeuvre de cette mesure que ces technologies de plus en
plus matures favorisent une meilleure rentabilisation de l?énergie géothermale.
Ce potentiel justifie une meilleure territorialisation des soutiens publics, en fonction des
opportunités identifiées. Cela suppose de finaliser le projet de cadastre géothermique piloté par
le Cerema (cf schéma 5 de l?annexe 1) et d?intégrer ces innovations dans les plans locaux de
chaleur et de froid. Une meilleure visibilité des gisements d?opportunités simplifierait
l?orientation des porteurs de projets et renforcerait l?efficience des aides publiques.
3.1.2 Un meilleur retour sur investissement espéré des innovations dans les
domaines du stockage d?énergie et de carbone et de l?extraction du lithium
3.1.2.1 La géothermie à recharge active intersaisonnière soutenue par EnR?choix
Les stockages thermiques souterrains intersaisonniers permettent de jouer sur la
saisonnalité des besoins. En été, la chaleur excédentaire d?un bâtiment est injectée dans le
stockage souterrain, ce qui permet de refroidir le bâtiment, et en hiver, cette chaleur stockée
peut être restituée au bâtiment pour le chauffer. La géothermie à recharge active stocke aussi la
chaleur de sources complémentaires (panneaux solaires, chaleur fatale industrielle) lorsqu?elle
est disponible, bas-carbone et peu coûteuse, en vue d?une utilisation ultérieure.
Dans son rapport publié en 2023 intitulé « le stockage intersaisonnier de chaleur : un
atout pour la souveraineté et le climat », l?académie des technologies considère ces
technologies matures en citant des exemples en France, en Allemagne, au Canada, aux Pays-
Bas et en Suisse. Selon elle, le stockage actif permet de supprimer la dérive de température du
sol et par conséquent le surdimensionnement des installations de géothermie classique qui en
résulte. Il donne une alternative au stockage de l?excès d?électricité intermittente et favorise la
récupération de la chaleur de diverses sources dans le cadre d?installation de couplage.
Les stockages souterrains intersaisonniers prennent différentes formes127. Le stockage
thermique sur aquifère consiste à prélever de l?eau dans une bulle chaude d?un aquifère puis à
la faire circuler dans un échangeur thermique avec une pompe à chaleur et à la réinjecter dans
une bulle froide. À la saison suivante, l?eau circule en sens inverse. Pour obtenir des bulles qui
ne se mélangent pas, il faut un aquifère où l?eau circule peu et séparer les deux puits d?au moins
50 mètres. Aux Pays-Bas où les conditions géologiques sont favorables, il existe plus de 3 000
installations de ce type dont plusieurs centaines d?installations pour chauffer et refroidir des
serres. À l?issue d?une mission flash réalisée en 2024, l?IGEDD explique le développement de
cette technologie aux Pays-Bas par une géologie plus favorable, par une meilleure connaissance
du sous-sol, par des coûts plus compétitifs et par une politique de subvention mieux adaptée128.
127 Elles sont décrites en annexe 11.
128 Après une phase de subvention massive d?incitation à l?innovation, la subvention a diminué et a été remplacée
par des instruments fiscaux mieux adaptés à un usage devenu mature.
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/02/Rapport-STES.pdf
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/02/Rapport-STES.pdf
https://igedd.documentation.developpement-durable.gouv.fr/documents/Affaires-0013645/015516-01_Rapport_publie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
60
Le stockage thermique en champ de sondes utilise les mêmes techniques qu?en
géothermie de surface tout en nécessitant une pompe à chaleur géothermique réversible et en
intégrant une inversion de sens de circulation pour stocker de la chaleur ou du froid selon la
saison. La chaleur stockée dans la roche est à basse température, inférieure à 40 °C. La
performance dépend de la nature du sol et de sa conductivité thermique. L?un des intérêts du
stockage thermique en champ de sondes réside dans sa capacité de couplage avec des systèmes
de récupération de chaleur fatale ou d?énergie solaire. Une étude du BRGM réalisée en 2018 a
montré la viabilité technico-économique de l?intégration d?un stockage en champ de sondes
géothermiques verticales à un réseau de chaleur alimenté par une source de chaleur fatale129 et
une chaudière gaz en appoint. Si la chaleur est mise à disposition gratuitement, l?intégration du
stockage thermique est viable à partir d?une quantité de chaleur thermique disponible de
5 000 MWh par an. Pour un gisement de 10 000 MWh par an, l?intégration du stockage
thermique réduit le coût de production de la chaleur injectée sur le réseau tant que la chaleur
fatale est achetée à moins de 14 ¤ du MWh.
Le couplage énergie solaire et stockage géothermique utilise une partie de l?excédent de
chaleur que peuvent fournir les systèmes solaires thermiques l?été par rapport à des besoins en
chauffage et en eau sanitaire. Une start-up française productrice de chaleur et de froid
renouvelables et peu carbonés a mis au point le premier stockage d?énergie souterrain à haute
température130 en France en septembre 2022. Ce stockage géothermique alimente via un réseau
de chaleur urbain un écoquartier de 67 logements de la ville de Cadaujac en Gironde, pour ses
besoins de chauffage et d?eau chaude sanitaire. Il est composé de 60 sondes géothermiques
verticales de 32 mètres de profondeur. Elles permettent de stocker la chaleur produite par les
capteurs solaires thermiques (eau à environ 85°C). Cette opération a bénéficié d?un financement
de l?Ademe à hauteur de la moitié des deux millions d?euros investis.
Le projet de stockage haute température de Cadaujac a fait l?objet d?une autorisation au
titre du code minier sur le modèle de la géothermie profonde. Comme vu supra, la
réglementation applicable au stockage souterrain d?énergie calorifique mérite une clarification
en cours d?instruction au ministère de l?énergie dans les cas relevant de la GMI et de la basse
température.
Les projets de stockage géothermiques bénéficient du soutien du fonds chaleur. En
2023, la démarche EnR?choix de l?Ademe a repositionné le solaire thermique dans l?arbre de
décision pour l?attribution de subventions et l?a mis au même niveau que la géothermie eu égard
à la complémentarité de ces deux énergies renouvelables que renforce le stockage
géothermique. Selon l?Ademe, coupler ces deux énergies évite de surdimensionner
l?installation géothermique et limite le coût de l?investissement initial.
129 Selon le BRGM, l?industrie présente un important potentiel de chaleur fatale de 109,5 TWh dont 52,9 TWh
sont perdus à plus de 100 °C.
130 Ce stockage géothermique souterrain correspond aux caractéristiques attendues du programme européen de
recherche et d?innovation Heatstore qui a pour objectif de stimuler l?adoption accélérée des stockages souterrains
d?énergie thermique haute température (supérieure à 40°C) en passant de la phase de démonstration au déploiement
commercial dans un délai de cinq ans et une utilisation à plein potentiel à l?horizon 2050.
https://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-67592-FR.pdf
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/Absolar_2023_Communiqu%C3%A9%20de%20Presse%20ABSOLAR.VF_.pdf
https://geothermie-schweiz.ch/fr/le-premier-rapport-heatstore-a-ete-publie/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
61
3.1.2.2 Le stockage de CO2 issu de l?industrie dans les eaux géothermales
La stratégie nationale bas-carbone intègre le captage et stockage du CO2 dans la
trajectoire de réduction des émissions de gaz effet de serre conformément aux préconisations
du GIEC. À cette fin, les contrats de transition écologique et d?aides publiques incitent les 50
sites industriels les plus émetteurs de CO2 et soumis aux échanges des quotas d?émissions à
mettre en oeuvre des dispositifs de captage et de stockage du CO2. Ils ne répondent pas aux
besoins de 84 % de l?ensemble des sites industriels émettant moins de 150 000 tonnes de CO2
par an et comptant pour 18 % des émissions industrielles totales en France. Le projet CO2
dissolved porté par le BRGM et plusieurs partenaires industriels combine une production
géothermique valorisable sous forme de chaleur et le captage-stockage de CO2 à proximité
immédiate de ces sites industriels.
À la différence du stockage géologique de CO2 dit « conventionnel », qui stocke
massivement le CO2 sous forme gazeuse dense, ce projet prévoit de dissoudre entièrement le
CO2 dans l?eau géothermale afin de le stocker localement sous cette forme dans l'aquifère
profond, évitant ainsi toute apparition de bulles de gaz et donc éliminant le risque de remontées
potentielles vers la surface. Les réservoirs géothermaux visés sont des aquifères salins profonds
(1500 à 2500 m) contenant des eaux dont la température atteint 50 à 80 °C et qui sont impropres
à la consommation. L?énergie géothermique produite est directement utilisable pour alimenter
des réseaux de chaleur ou de froid, distribuant des installations environnantes (logements
individuels ou collectifs, bâtiments tertiaires, serres, centres aqualudiques?) ou pour répondre
aux besoins énergétiques du site émetteur.
Il ressort des travaux du BRGM que 450 sites industriels131 « petits/moyens » émetteurs
sont localisés dans des zones réputées comme ayant un potentiel géothermal profond dont plus
de 300 dans les bassins parisiens et aquitains. Après avoir identifié plusieurs sites intéressés, le
BRGM et et ses partenaires cherchent à bâtir un projet pilote pour valider ce concept en situation
réelle.
L?investissement global des études préliminaires et de la réalisation du pilote est estimé
entre 70 et 130 M¤ en fonction du site choisi, le poste le plus coûteux étant l?unité de captage
du CO2. Pour la production de chaleur, ce projet pourrait bénéficier des soutiens du fonds
chaleur et du fonds de garantie dans les mêmes conditions que les autres projets de géothermie
profonde. Pour la partie captage et injection du CO2, il s?agit d?identifier un appel à projets de
France 2030 dans lequel ce pilote pourrait s?inscrire. À ce jour, selon le BRGM, ce pilote ne
correspond pas aux différents appels à projet émis par le ministère de l?industrie. À terme,
l?évolution du coût de la tonne de CO2 sur le marché du carbone132 pourrait contribuer à la
diffusion de cette technologie.
Ce nouveau cas d?usage des réservoirs géothermiques pourrait renforcer la réplicabilité
de la géothermie profonde notamment dans les bassins parisiens et aquitains. Il s?agit aussi de
mutualiser les coûts d?investissement des doublets géothermiques entre la centrale
131 Ces 450 sites rejettent 14 % des émissions industrielles françaises.
132 Après avoir atteint 100 ¤/t durant la crise et chuté sous 55 ¤/t en 2024, le prix du CO? s?établissait à environ 72
¤/t en juin 2025. RTE anticipe, dans son bilan prévisionnel 2023-2035, une tendance haussière à moyen terme sur
le marché du carbone, avec une projection à 100 ¤/t à l?horizon 2030.
https://www.entreprises.gouv.fr/priorites-et-actions/transition-ecologique/decarboner-lindustrie/contrats-de-transition-ecologique
https://www.brgm.fr/fr/reference-projet-acheve/co2-dissolved-couplage-reussi-stockage-co2-geothermie
https://www.brgm.fr/fr/reference-projet-acheve/co2-dissolved-couplage-reussi-stockage-co2-geothermie
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
62
géothermique et l?installation de stockage du CO2 émis par des sites industriels. A ce jour, la
démonstration de la validité de cette innovation dans un contexte industriel n?est pas acquise.
3.1.2.3 Le couplage de la géothermie et du lithium
Le rapport de la Cour des comptes portant sur la sécurisation des approvisionnements
en minerais et en métaux critiques rappelle que le lithium est un métal critique dans le cadre de
la transition énergétique. Au niveau européen, le règlement européen sur les matières premières
critiques adopté le 11 avril 2024 identifie le lithium comme un métal stratégique pour lequel
l?extraction en Europe doit répondre à au moins 10 % des besoins annuels, la transformation à
hauteur de 40 % et le recyclage à hauteur de 25 % d?ici 2030. Le lithium est principalement
utilisé pour la fabrication des piles et batteries. En France et pour le seul secteur de la mobilité,
sa consommation actuelle est d?après l?Ademe de 950 t/an. Cette agence évalue cependant les
besoins futurs dans un intervalle de quatre à neuf fois cette valeur, selon le scénario de
croissance retenu. La production de lithium est actuellement entre les mains de quelques pays
dans le monde. Pourtant, des ressources existent dans de nombreux pays, dont la France, que
ce soit sous forme solide (minéraux de certaines roches) ou dissoute (saumures).
En Alsace, plusieurs projets sont en cours, dans la perspective d?extraire
commercialement le lithium et dont la valorisation pourrait contribuer à l?élaboration d?un
nouveau modèle économique pour l?exploitation de certains sites de géothermie. Plus
précisément, il s?agit de coupler une unité d?extraction de lithium à la centrale géothermique
qui, après extraction des calories de l?eau via un échangeur de chaleur, pourrait extraire le
lithium dissous dans la saumure géothermale via un système de filtration. Le lithium est ensuite
dirigé vers une autre unité pour y être purifié. La saumure est ensuite réinjectée dans le sous-
sol, avec une concentration en lithium moindre. Les forages géothermiques réalisés ont montré
que les eaux géothermales y étaient riches en lithium avec des concentrations de 150 à 200 mg/l
même si l?évolution de sa concentration dans le réservoir géothermique profond reste à étudier,
site par site, en cas d?extraction du lithium des fluides produits et de leur réinjection dans le
réservoir.
Plusieurs projets lithium ont bénéficié de permis exclusifs de recherche en Alsace. Loin
d?être concurrents, ces projets, mis en oeuvre, ne satureraient pas les besoins en lithium de
l?industrie française selon le délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et
métaux stratégiques (Diamss). Le délégué interministériel est aussi favorable à une
mutualisation des capacités de raffinage de lithium.
Le délégué interministériel souligne que les projets d?extraction de lithium des saumures
géothermales ne peuvent se concevoir en dehors d?un couplage avec un projet de géothermie
calogène notamment pour des raisons de modèle économique, le cours du lithium étant très
variable133. Le même modèle de couplage de la géothermie avec le lithium se développe en
Allemagne où la recherche de débouchés pour la vente de chaleur est favorisée par la densité
urbaine.
133 Après avoir connu un pic à 80 000 ¤ la tonne en novembre 2022, le cours se stabilise autour de 15 000¤ la tonne
en 2025. Il était de 6 000 ¤ la tonne en 2020.
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-securisation-des-approvisionnements-en-minerais-et-metaux-critiques
https://www.ofremi.fr/fr/actualite/actualite/publication-dun-nouvel-avis-strategique-de-lademe-anticiper-besoins-materiaux
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
63
Selon l?Ademe, seuls trois ou quatre projets pourraient être éligibles au fonds de garantie
et au fonds chaleur dans les conditions fixées par les règlements de ces fonds. Une bonne
connaissance locale de la géologie est un facteur clef de succès, ce qui devrait faciliter le
démarrage des projets situés à proximité des installations existantes de Soultz et Ritterschoffen.
Ces projets sont au stade du développement d?un pilote industriel à un horizon de cinq
ans. À ce jour, de nombreuses incertitudes demeurent sur les données techniques et
économiques des projets d?exploitation du lithium à partir des saumures géothermales.
3.2 Une géothermie électrogène innovante et prometteuse outre-mer, mais
incertaine en métropole
Les ressources géothermiques pour la production d?électricité se rencontrent
principalement dans des réservoirs naturellement et fortement fracturés, offrant des débits
d?exploitation importants, et présents, dans des zones de volcanisme actif ou récent, entre 500
et 1 500 m de profondeur. En France, ces ressources sont potentiellement présentes en
Guadeloupe, à la Martinique, à la Réunion et à Mayotte. Avec un gradient géothermique moyen
de l?ordre de 3 à 4°C par 100 mètres, l?exploitation de la chaleur de la terre se limite à des
usages thermiques en métropole, à l?exception du Bassin Rhénan où, pour des raisons
géologiques, les températures atteintes par des ressources géothermiques présentes dans des
roches fracturées sont de l?ordre de 150 à 200°C, pour des profondeurs comprises entre 2 500
et 5 000 m.
3.2.1 En métropole, une géothermie sur roches fracturées à la rentabilité et à
l?acceptabilité incertaines à ce jour
Les avantages potentiels de la géothermie profonde sur roches fracturées ont fait l?objet
d?un site d?expérimentation scientifique d?une unité de production d?électricité de type ORC134
d?une puissance électrique de 1,5 MW utilisant la technologie EGS135 à Soultz-sous-Forêts .
Cette première production d?électricité au monde issue de tels systèmes géothermaux raccordée
au réseau électrique s?inscrit dans un partenariat européen de recherche ayant mobilisé plus de
80 M¤ avec l?implication de 15 laboratoires de recherche et de plusieurs entreprises.
À la suite du Grenelle de l?environnement, des objectifs de production d?électricité en
géothermie profonde calogène ont été fixés à 1,8 TWh en 2011 et à 4,8 TWh à l?horizon 2020.
Un tarif d?achat de l?électricité très incitatif a été fixé par l?arrêté du 23 juillet 2010 à 246
¤/MWh produit pendant 20 ans. Ce tarif a suscité le dépôt de plusieurs demandes de permis
exclusif de recherche en Alsace ainsi que dans de nombreuses régions plus risquées en raison
134 Les centrales binaires ou ORC utilisent les fluides géothermiques pour vaporiser un fluide secondaire, différent
de l?eau, qui a une température d?ébullition plus basse et qui circule en circuit fermé afin d?augmenter la portion
d?énergie récupérée sur des ressources de températures faible à moyenne.
135 La technologie EGS (Enhanced Geothermal Systems) diffère de la géothermie classique en ce sens qu?elle
nécessite la création ou l?amélioration d?un réservoir par stimulation mécanique, thermique ou chimique de la
roche afin qu?un fluide caloporteur circule dans le réservoir pour produire de l?électricité.
https://www.afpg.asso.fr/la-geothermie-egs/
https://www.geothermies.fr/outils/operations/la-centrale-geothermique-de-soultz-sous-foret-bas-rhin
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000022511606/2021-07-04/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
64
de la moindre connaissance du potentiel géologique (Massif Central136, Couloir rhodanien,
région paloise).
En 2016, le site de Soultz est transformé en site industriel dédié à la production
d?électricité. Au même moment, la centrale ECOGI, inaugurée en juin 2016 à Rittershoffen est
la première centrale de géothermie profonde à vocation de chaleur industrielle au monde
exploitant un réservoir de type EGS. Ce projet a bénéficié d?un niveau très élevé de subvention
à hauteur de 55,5 % de l'investissement (soit 25 M¤ sur un total de 45 M¤), les forages
bénéficiant d'une garantie court terme de 4,7 M¤ par le fonds géothermie, à laquelle s'ajoute
une garantie supplémentaire de la région Alsace de 2 M¤, également pour le risque géologique.
Suite à cette réussite, des projets ambitieux ont été lancés notamment sur les sites de Illkirch,
avec comme opérateur Electricité de Strasbourg, et de Vendenheim, avec comme opérateur
Fonroche Géothermie, en vue d?une cogénération chaleur/électricité.
En 2019, la politique de soutien à la production d?électricité par géothermie a été
modifiée. La nouvelle PPE dispose : « compte-tenu du coût de la production d?électricité par
géothermie, afin d?optimiser le coût global d?atteinte des objectifs EnR, le soutien à la
géothermie se concentre sur la production de chaleur. Il sera mis fin au dispositif de soutien
via le complément de rémunération en métropole pour la production d?électricité. Les projets
ayant déjà fait l?objet d?une demande de complément de rémunération recevable seront
soutenus. [De plus], des projets innovants pourront être soutenus dans le cadre de dispositifs
de soutien à la recherche ».
Dans un rapport récent, le BRGM a tiré un bilan des technologies actuelles issues du
concept EGS, leurs bénéfices et leurs limites. Il recense 47 sites dans le monde ayant eu recours
à ces techniques, notamment celui de Soultz-sous-Forêts. 29 de ces sites continuent à produire
de l?électricité à un niveau plus élevé grâce à des opérations de stimulation. 18 ont été
confrontés à des difficultés techniques relatives aux réservoirs. Plusieurs projets ont rencontré
des problèmes de financement. Six sites ont cessé temporairement leurs activités ou les ont
arrêtées en raison de préoccupations liées à la sismicité.
Comme l?a souligné la mission d'information de l?Assemblée nationale de 2024, toute
intervention en profondeur dans le sous-sol, par forage, soulève des inquiétudes dans la
population. En France, seuls trois projets de géothermie profonde ont été marqués par des
incidents sismiques, à Soultz-sous-Forêts (2003), Vendenheim (2021), Rittershoffen (2024),
situés dans le fossé rhénan et visant la co-génération de chaleur et d?électricité.
Par un arrêté du 8 décembre 2020, la préfète du Bas-Rhin a ordonné l?arrêt définitif du
site de Vendenheim et la suspension des autres projets. Le rapport du comité d?experts est sans
ambiguïté sur l?origine humaine de ces séismes et plus précisément sur l?attribution aux
opérations réalisées par la société Fonroche Géothermie137. Le rachat de cette société par le
groupe Arvene, l?annulation de l?arrêté de la préfète par un jugement du tribunal du 22 juin
2022 et l?avis favorable de la DREAL n?ont pas convaincu la préfète du Bas-Rhin de donner
un avis favorable à la demande de prolongation du permis exclusif de recherche de gîtes
136 Selon le BRGM, le Massif central demeure un candidat possible au développement de la géothermie électrogène
même si la recherche nécessaire pas été effectuée à ce jour.
137 Selon le rapport d?expert, « La connaissance initiale de la géologie du site de Vendenheim n?était pas suffisante
pour bien appréhender et évaluer les risques à la fois géologique (identifier et atteindre la ressource de chaleur
attendue) et sismique (prévenir voire éviter l?occurrence de séismes ressentis et ceux générant des dégâts) ».
https://www.geothermies.fr/outils/operations/la-centrale-geothermique-de-rittershoffen-bas-rhin
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%203%20-%20innovations/3.2.1%20G%C3%A9othermie%20sur%20roches%20fractur%C3%A9es/DP_1er_forage_Illkirch.pdf
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
65
géothermiques à haute température, dit « permis de Strasbourg » en raison du « manque
d?acceptabilité locale tant du côté des élus que des populations ».
Ce moratoire de la géothermie profonde électrogène affecte plusieurs opérateurs et
notamment Electricité de Strasbourg qui a dû déprécier ses actifs à hauteur de 33,4 M¤ à la
suite de ces incidents auxquels se sont ajoutées des difficultés d?exploitation de la centrale
électrique de Soultz. Ce contexte pourrait aussi compromettre le couplage de l?exploitation
géothermique et du lithium. Dès lors, la reprise des forages ne peut s?envisager que dans le
respect scrupuleux du guide de bonnes pratiques pour la maîtrise de la sismicité induite par les
opérations de géothermie profonde. L?ordonnance du 13 avril 2022 impose désormais que toute
demande d?autorisation d?ouverture de travaux soit accompagnée d?un mémoire technique «
précisant les mesures mises en oeuvre et celles envisagées pour connaître la géologie du sous-
sol impacté par les travaux et comprendre les phénomènes naturels, notamment sismiques,
susceptibles d?être activés par les travaux, afin de minimiser leur probabilité138 ». A partir de
ces éléments, la préfecture a autorisé le 15 mai 2025 la société Electricité de Strasbourg à lancer
les travaux miniers, pour la future réalisation d?un doublet géothermique à Soultz après sa mise
aux normes environnementales. De son côté, la société Lithium de France a obtenu une
autorisation environnementale par arrêté préfectoral du 16 mai 2025 afin de lancer les travaux
de préparation du site de Schwabwiller.
L?expérience alsacienne illustreles constats de l?AIE sur les difficultés que rencontrent
la géothermie profonde sous l?angle de la maîtrise des couts d?investissements et de
l?acceptabilité sociale. Dans son rapport « The Future of Geothermal Energy », l?AIE relève la
nécessité d'une conception spécifique à chaque site de production qui rend difficile la réalisation
d'économies d'échelle et la standardisation des équipements. Dans ce contexte, elle souligne
l?apport des techniques mises au point par l?industrie pétrolière et gazière et de la gestion de
projets à grande échelle pour réduire les coûts. C?est notamment le cas du projet Red (infra)
porté par la société Fervo energy. Cependant, elle note qu?un certain nombre de défis doivent
être relevés, notamment les risques liés au développement de projets, les processus de permis
et d?autorisations, les préoccupations environnementales et l?acceptation sociale.
Le projet RED
La société Fervo energy explore une approche focalisée sur trois points pour revitaliser la
production géothermique de type EGS139 avec le forage horizontal, la mise en oeuvre de la
fracturation multizone et la détection distribuée par fibre optique de la température de la
ressource. Un premier pilote de ce type est en cours de démonstration à Winnemucca, au Nevada,
où les deux premiers puits géothermiques horizontaux de l'histoire ont été forés en février 2023.
L'énergie générée par ces forages contribuera à alimenter les centres de données de Google dans
le Nevada. L'essai de puits de 30 jours, une norme pour la géothermie, a atteint un débit de 63
litres par seconde à haute température qui permet une production électrique de 3,5 MW
établissant de nouveaux records pour le débit et la production d'énergie d'un système
géothermique amélioré (EGS).
138 Article L.164-1-2 du code minier modifié par l?article 2 de l?ordonnance du 13 avril 2022.
139 La technologie EGS (Enhanced Geothermal Systems) diffère de la géothermie classique en ce sens qu?elle
nécessite la création ou l?amélioration d?un réservoir par stimulation mécanique, thermique ou chimique de la
roche afin qu?un fluide caloporteur circule dans le réservoir pour produire de l?électricité.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://lithiumdefrance.com/lancement-travaux-schwabwiller/
https://lithiumdefrance.com/lancement-travaux-schwabwiller/
https://www.iea.org/reports/the-future-of-geothermal-energy
https://geothermie-schweiz.ch/fr/une-centrale-geothermique-produit-de-lelectricite-pour-google/
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045577056/
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000045572287/2023-01-01/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
66
Le BRGM a initié un projet exploratoire afin de prendre en compte et d?adapter au
contexte français les nouveaux concepts de géothermie profonde, appelés « advanced
geothermal systems », issus de l?industrie pétrolière et gazière visant à rendre la géothermie
profonde moins dépendante du contexte géologique et à limiter les risques de sismicité tout en
réduisant les coûts d?investissement.
3.2.2 Outre-mer, une géothermie profonde électrogène prometteuse sous réserve
d?innover
3.2.2.1 Des enjeux d?autonomie et de maîtrise des coûts
Dans le cadre de la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV),
les départements d?outre-mer, qui sont tous des Zones Non Interconnectées (ZNI)140 visent leur
autonomie énergétique à l?horizon 2030 et le développement les énergies renouvelables. À cette
fin, une PPE a été mise en place dans chacun de ces territoires.
Aucune PPE fixant de nouveaux objectifs sur la période 2023-2028 n?a encore été
publiée, à l?exception de la PPE relative à La Réunion rendue publique en avril 2022. Dans un
rapport publié en 2023 concernant les soutiens publics aux zones non interconnectées (ZNI), la
Cour des comptes observait un défaut de vision à moyen terme et de gouvernance quant à
l?élaboration des PPE. La Cour relevait aussi les surcoûts liés à la décarbonation des moyens
de production électrique pesant sur les charges de service public a minima de 600 M¤.
Selon la CRE, le coût moyen de production du MWh électrique injecté sur le réseau
pour l?ensemble de ces territoires s?élevait à 271 ¤ en 2021, 326 ¤ en 2022 et 347 ¤ en 2023,
alors qu?il n?était que d?une soixantaine d?euros en métropole. Le prix moyen exporté au réseau
d?un MWh produit par la centrale géothermique de Bouillante est de l?ordre de 170 ¤ depuis
2017.
En 2015, la capacité installée en Guadeloupe s?élevait à 14,7 MW pour la production
d?électricité géothermique. La PPE pour la Guadeloupe adoptée en 2017 prévoyait une
augmentation de 30 MW entre 2018 et 2023. Le projet de révision de la PPE Guadeloupe 2023-
2033 adopté par le conseil régional de Guadeloupe en 2023 mentionne une capacité de 25 MW
d?ici 2028, puis 75 MW d?ici 2033. La PPE 2023-2028 de La Réunion arrête un objectif de
5 MW pour la géothermie électrogène. Les PPE de Mayotte et de la Martinique en vigueur ne
fixent pas d?objectif de développement de la géothermie mais proposent le financement
d?études visant une qualification fine et industrielle de gisement géothermique.
D?après un rapport publié en 2024 par le Conseil économique, social et environnemental
(CESE), la transition énergétique outre-mer connaît une première étape de conversion des
centrales thermiques (fioul, charbon) aux sources d?énergies renouvelables en recourant à des
importations massives de biomasse et de biocarburant. À titre d?exemple, la Réunion est sortie
du charbon et du fioul pour sa production d?électricité en convertissant ses centrales thermiques
à la biomasse, mais les résidus de canne à sucre produits localement ne couvrent qu?une partie
140 En France, la loi désigne comme zones non-interconnectées (ci-après ZNI), les territoires qui ne sont pas reliés
au réseau électrique métropolitain continental et qui bénéficient du dispositif de péréquation tarifaire nationale.
https://www.cre.fr/electricite/transition-energetique-dans-les-zni.html
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-soutiens-publics-aux-zones-non-interconnectees-zni
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-soutiens-publics-aux-zones-non-interconnectees-zni
https://www.cre.fr/electricite/transition-energetique-dans-les-zni.html
https://www.lecese.fr/travaux-publies/quelles-transitions-energetiques-pour-les-outre-mer
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
67
des besoins obligeant à l?importation de pellets de bois en provenance principalement d?Asie
du sud-est et d?Australie (et dans une moindre mesure d?Europe et d?Amérique du Nord), et de
biodiesel en provenance d?Europe. Cette conversion est coûteuse. La conversion au bioliquide
de la centrale de EDF PEI Port-Est à La Réunion induit une hausse des charges de service public
de 74 M¤ courants par an sur la base d?un prix de 90 ¤ la tonne de CO?. Celle de la conversion
à la biomasse solide de l?installation Albioma le Gol génère un surcoût de 21,8 M¤ courants
par an en considérant un coût des émissions de CO? évitées égal au prix de marché constaté en
2021 de 54 ¤ la tonne.
La géothermie fournit de l?électricité en base produite localement. C?est une énergie
disponible 24h/24, indépendante des conditions climatiques. Elle peut donc être valorisée dans
des centrales de production d?électricité avec un taux de charge annuel particulièrement élevé,
c?est-à-dire avec un fonctionnement à pleine puissance, de l?ordre de 90 à 95 % du temps.
D?après EDF SEI, les centrales géothermiques ne sont pas suffisamment pilotables pour
sécuriser un réseau électrique insulaire non interconnecté et ne peuvent pas remplacer
complètement toutes les centrales thermiques existantes.
Les départements d?outre-mer assurent l?essentiel de leur fourniture d?électricité avec
des énergies fossiles importées, ce qui conduit à des coûts de production bien plus élevés qu?en
métropole en raison de la petite taille des installations. Énergie décarbonée, locale et de base,
la géothermie a vocation à occuper une place croissante dans le mix électrique de plusieurs
départements d?outre-mer tout en contribuant à la maîtrise des charges associées à cette
production.
3.2.2.2 Un potentiel « dormant » en raison du niveau de risque des forages
Missionné par la DGEC à la demande du Parlement pour estimer les potentialités
relatives à la géothermie de quatre départements outre-mer (Guadeloupe, la Martinique, la
Réunion et Mayotte), le BRGM qualifie de « dormant » ce potentiel dans un récent rapport. En
Guadeloupe où neuf forages profonds ont été réalisés, la géothermie représente 6 % des besoins
annuels d?électricité et pourrait atteindre plus de 30 % à l?horizon 2035, d?après les résultats
des travaux d?exploration menés par le BRGM. Pour ce qui est des autres îles, il n?existe aucune
production d?électricité d?origine géothermique. Si les travaux d?exploration géothermique de
surface ont été nombreux, les six forages profonds d?exploration réalisés en dehors de la
Guadeloupe sont insuffisants pour estimer leur potentiel géothermique.
Actuellement, huit permis miniers de géothermie ont été attribués à la Guadeloupe, à la
Martinique et à La Réunion. Selon le BRGM, des industriels devraient être en mesure de réaliser
des forages d?exploration en Martinique et à Mayotte dans les prochaines années. L?île de la
Réunion dispose d?un potentiel considérable, lié à l?un des volcans les plus actifs au monde, le
Piton de la Fournaise, comparable au massif volcanique de Kilauea à Hawaï, qui dispose d?une
centrale géothermique de 30 MW. Cependant, le forage profond réalisé à Salazie en 1985 n?a
pas permis une exploitation géothermique en raison du faible débit. Celui prévu dans le secteur
de la plaine des sables a été écarté suite au classement du parc national au patrimoine mondial
de l?Unesco. D?autres sites font actuellement l?objet d?études.
Dans son rapport de 2013 sur la géothermie, la Cour des comptes mentionnait un projet
particulièrement ambitieux de l?Ademe et de l?AFD visant à créer une capacité de production
géothermique de 100 MW à la Dominique pour couvrir les besoins du pays et exporter le solde
à la Martinique et la Guadeloupe via une interconnexion pour un investissement de 350 M¤. Le
https://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-72887-FR.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
68
financement des études concernant l?exportation d?électricité d?origine géothermique depuis la
Dominique est prévu par la PPE de la Martinique. Ce projet a été abandonné pour des raisons
économiques141 .
Le développement des projets de géothermie profonde électrogène en outre-mer se
heurte à des obstacles encore plus contraignants que ceux identifiés supra pour la géothermie
profonde calogène : huit à dix années sont nécessaires pour réaliser un projet notamment en
raison des délais d?instruction réglementaire ; le risque « ressources » est d?autant plus coûteux
qu?il ne peut pas être couvert par le fonds de garantie. D?après Albioma, les projets
n?aboutissent pas en raison de l?inadéquation du dispositif dit des coûts échoués (infra) à la
spécificité des investissements. Dans un projet classique, 15 à 20 % des coûts d?un projet sont
à risque. Dans le cas de la géothermie électrogène, 15 % des investissements sont consommés
par les études et 50 % des investissements sont concentrés sur la phase risquée de forage comme
l?illustre le graphique n°10.
Graphique n° 8 : Concentration des investissements de géothermie profonde sur la phase risquée
Source/note : Albioma
3.2.2.3 La centrale de Bouillante, une efficience qui s?est améliorée
Sur la base de travaux exploratoires du BRGM à Bouillante, EDF a exploité de 1986 à
1992 une centrale géothermique de production d?électricité d?une puissance de 4,2 MW. En
1999, Géothermie Bouillante lance la réalisation d?une nouvelle centrale de 11 MW. La centrale
de Bouillante a été gérée par une filiale du BRGM jusqu?en 2016. Dans un rapport publié en
2016, la Cour des comptes observait que la géothermie à Bouillante n?avait jamais vraiment
réuni les conditions propices à un équilibre financier durable et dépendait de soutiens publics.
Détenue à 65 % par la société américaine Ormat depuis 2016, Géothermie Bouillante a
Une centrale de 10 MW est en cours de construction pour répondre uniquement aux besoins de la Dominique.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
69
bénéficié d?investissements importants afin de porter la capacité de cette centrale à 25 MW.
Elle présente aujourd?hui des résultats financiers positifs.
Le principal soutien public à la géothermie électrogène prend la forme d?un tarif d?achat
de l?électricité garanti sur une longue durée dans le cadre d?un contrat de gré à gré et faisant
l?objet d?une compensation au titre des charges de service public évaluée par la CRE à partir
d?une analyse du coût de production normal et complet pour le type d?installation considérée
dans cette zone. D?après une délibération de la CRE du 7 décembre 2023, le surcoût engendré
par le contrat d?achat d?électricité de Bouillante 1bis devrait représenter un montant total de
32,2 M¤ courants sur la durée du contrat de 30 ans, soit en moyenne 1,1 M¤ par an pour une
hypothèse de fonctionnement annuel de la centrale estimé à 76,2 GWh. Pour un GWh produit,
ce montant est plusieurs fois moins important que ceux de la centrale biomasse Albioma le Gol
à La Réunion et de la centrale bioliquide de la centrale EDF PEI Port Est.
3.2.2.4 Un modèle de couverture du risque des forages décourageant plusieurs projets
En application de la loi de transition énergétique pour la croissance verte, le dispositif
« Coûts échoués » permet à des producteurs d?électricité renouvelable intervenant dans les ZNI
de bénéficier d?un financement dès lors que ces projets sont inscrits dans les objectifs fixés
localement par la PPE et qu?ils aboutissent ou non. Le montant des coûts à compenser ne peut
excéder un certain plafond fixé par un arrêté du 20 septembre 2016 : « [?] - pour les projets
de géothermie électrique, le plafond est égal à la plus petite valeur entre 300 000 euros par
mégawatt de puissance installée et 15 millions d'euros ».
L?action 7B du plan d?action ministériel pour accélérer le développement de la
géothermie prévoit la refonte de cet arrêté. Selon l?Ademe, « la rédaction de l?arrêté du 20
septembre 2016 n?est pas adaptée avec la mention d?un plafond par mégawatt installé qui n?a
pas de sens lors de la phase exploratoire en géothermie. Tant qu?une campagne de forages
d?exploration n?a pas été réalisée, il est impossible d?apprécier la puissance d?un futur projet.
En l?état actuel de la rédaction de l?arrêté, en cas d?échec, selon la taille du projet, le reste à
charge pour le porteur du projet représenterait près de 50 % des coûts engagés ».
L?Ademe a réalisé une étude d?impact d?un dispositif de couverture du risque ressource
tel que proposé142 dans un projet de rapport de présentation au conseil supérieur de l?énergie. Il
en ressort une économie annuelle sur les charges de service public de 11 M¤ avec des
hypothèses réalistes143. Selon cette étude, huit projets d?une puissance moyenne de 10 MW sont
envisageables dans les dix ans à venir, pour un coût total des campagnes d?exploration de
200 M¤. Sur une durée de vie économique de vingt ans, une seule centrale géothermique
électrogène de 10 MW génère une économie de ce montant sur les charges de service public.
142 Dans cette nouvelle version, l?article 1er de l?arrêté du 20 septembre 2016 modifié serait rédigé ainsi : « A partir
d?une étude des coûts du projet de géothermie électrique, la commission de régulation de l?énergie détermine le
montant des coûts à compenser suivant le nombre de forages dans la limite de 3 et dont le plafond n?excède pas
20 millions d?euros. »
143 Ces hypothèses sont : un facteur de charge de 85 %, un coût de production du MWh de 150 ¤ comparable à
celui de la nouvelle unité de 10 MW de Bouillante, un coût moyen de production du MWh dans les départements
d?outre-mer de 300 ¤ et un coût d?une campagne de forages d?exploration compris entre 20 et 25 M¤.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
70
La révision de ce dispositif de coûts échoués pour les campagnes d?exploration
géothermiques coûterait environ 60 M¤ afin de garantir les trois premières opérations144. A
minima, un budget de 20 M¤ est nécessaire pour initier une première opération. La géothermie
électrogène étant une énergie décarbonée compétitive dans les zones non interconnectées, il
s?agit d?un investissement de long terme rentable pour l?État si au moins un projet de
géothermie électrogène finit par voir le jour dans les territoires ultramarins.
Recommandation n° 3. (DGEC, 2026) Réviser l?arrêté du 20 septembre 2016 pour
améliorer le dispositif de couverture du risque de forage
3.2.2.5 Les autres éléments nécessaires au développement de la géothermie électrogène
outre-mer
Les projets de centrale électrogène outre-mer se heurtent à de nombreuses contraintes
qui rendent les opérateurs prudents. Les contraintes liées à l?insularité sont nombreuses. Les
machines de forage et parfois la main d?oeuvre qualifiée sont coûteuses à acheminer. La
répartition inégale de la population et la forte densité du bord de mer où les disponibilités
foncières sont limitées se combinent à une localisation des ressources géothermales dans des
zones parfois difficiles d?accès pour générer des coûts élevés de connexion des centrales
géothermiques au réseau électrique dans certains projets. Les contraintes liées à
l?environnement fragile de ces îles sont les plus marquantes et ont notamment abouti à
l?abandon du projet géothermique de la plaine des sables à La Réunion afin de ne pas obérer
l?inscription du parc national de La Réunion au patrimoine mondial de l?Unesco.
Dans un avis de mars 2024 relatif aux transitions énergétiques pour les outre-mer, le
CESE préconise de développer la géothermie dans le respect strict des espaces naturels et de la
biodiversité. Il demande aussi la réalisation d?études indépendantes concernant l?évaluation de
tous les risques environnementaux potentiels liés à la géothermie.
Pour aboutir, des projets sur mesure doivent donc être adaptés aux spécificités de ces
territoires. À cette fin, l?Ademe a diffusé en 2023 un guide méthodologique pour l?intégration
socio-environnementale des projets de production d?électricité géothermique en contexte
insulaire. La durée des projets de géothermie et leurs impacts suscitent logiquement des
interrogations de la part des populations et des préoccupations qui peuvent rendre difficile son
implantation. Pour les industriels, il est nécessaire de mettre en place en toute transparence une
démarche adaptée avec le choix des solutions techniques les moins impactantes possibles, la
mise en oeuvre de pratiques remarquables en matière d?environnement et le recours à des
procédures de suivi et de contrôle rigoureuses en phase d?exploitation.
En complément, le plan d?action ministériel susmentionné prévoit la création d?une
instance stratégique de concertation sur la géothermie outre-mer afin de lever les verrous
réglementaires, politiques et administratifs. Il s?agit de mettre en place la stratégie nationale de
développement de la filière géothermique outre-mer prévu par l?article 215 de la loi relative à
la transition énergétique et la croissance verte en créant une instance de concertation pour lever
144 Ce chiffrage est issu du rapport de présentation d?un projet d?arrêté préparé par l?Ademe et destiné au Conseil
supérieur de l?énergie.
https://librairie.ademe.fr/energies/7920-9566-guide-geothermie-production-d-electricite.html
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
71
les principaux freins identifiés et préciser les principales actions à mener en matière
d?information.
L?action 7C consiste à opérationnaliser et structurer le centre d?excellence caribéen sur
la géothermie. Basé à la Guadeloupe, ce centre jouerait un rôle d?interface avec l?ensemble des
acteurs sur l?arc caraïbe et de centre de ressources. Le projet transition énergétique dans la
Caraïbe (TEC) initié par la Région Guadeloupe en partenariat avec l?Organisation des Etats de
la Caraïbe Orientale (OECO), l?ADEME et le BRGM, a permis de conduire des études
complémentaires visant à proposer une feuille de route pour la mise en oeuvre de ce centre dont
la réalisation devrait s?inscrire dans le cadre du projet européen Interreg VI.
L?enjeu de ces deux actions est d?ancrer la géothermie électrogène dans ces territoires
en créant un environnement favorable à la diffusion de pratiques innovantes qu?elles soient
techniques ou organisationnelles.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
En s?appuyant sur des technologies aujourd?hui matures comme l?extension des réseaux
de chaleur au froid ou les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique, les géothermies
sont bien positionnées pour répondre aux besoins croissants de froid liés à l?adaptation au
changement climatique tout en baissant le coût complet moyen de production d?un MWh
d?énergie (LCOE) géothermique notamment dans le secteur tertiaire.
En termes de soutiens publics, l?enjeu principal est de mieux identifier les zones
propices à la diffusion de ces innovations et de les faire connaître aux porteurs de projet en les
intégrant dans les plans locaux de chaleur et de froid et en finalisant le projet de cadastre
géothermique.
Le stockage thermique souterrain permet de jouer sur la saisonnalité des besoins et de
stocker la chaleur de sources complémentaires (panneaux solaires, chaleur fatale industrielle
ou d?eaux usées) lorsqu?elle est disponible, bas-carbone et peu coûteuse, en vue d?une
utilisation ultérieure. Depuis peu, des entreprises innovantes ambitionnent de stocker du
carbone dans les eaux géothermales ou d?en extraire le lithium dissous dans la saumure
géothermale en complément de l?extraction des calories.
Si certaines innovations relèvent de soutiens publics au titre de la recherche ou d?appels
à projets, d?autres pourraient se déployer dans le cadre du fonds chaleur sous réserve de
quelques ajustements réglementaires. À terme, ces innovations devraient améliorer l?efficience
des soutiens publics à la géothermie.
Souffrant d?un défaut d?acceptabilité locale à la suite de deux tremblements de terre, la
géothermie électrogène nécessite en métropole une conduite de projet exemplaire et une
maitrise des innovations pour tenir toutes ses promesses notamment dans le domaine de la
cogénération et de l?extraction du lithium.
Aujourd?hui performante, la centrale de Bouillante augmente régulièrement ses
capacités de production et produit une énergie électrique décarbonée à un coût moindre pour
les charges de service public que la plupart des autres énergies. Réveiller « le potentiel
dormant » (BRGM) de la géothermie profonde outre-mer suppose d?innover dans la
démarche d?intégration environnementale et sociétale des projets de géothermie en contexte
insulaire. Au préalable, il est indispensable de refondre le dispositif « coûts échoués » qui à ce
https://tec-interreg.com/
https://tec-interreg.com/
https://tec-interreg.com/geothermie/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
72
jour n?incite pas les opérateurs qui détiennent de permis exclusifs de recherche à prendre le
risque de forer.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
73
Liste des abréviations
ADEME ... Agence de la transition écologique
AIE .......... Agence internationale de l?énergie
Afpac ....... Association française des pompes à chaleur
AFD ......... Agence française de développement
AFPG ....... Association française des professionnels de la géothermie
Beteg ........ Boucles d?eau tempérée à énergie géothermique
BRGM ..... Bureau de recherches géologiques et minières
CAPEX .... Capital expenditure (coût d?investissement)
CCRT ...... Contrat de chaleur renouvelable territorial
CECG ...... Centre d'excellence caribéen sur la géothermie
CESE ....... Conseil économique, social et environnemental
CGCT ...... Code général des collectivités territoriales
CGE ......... Conseil général de l?économie
CGEDD ... Conseil général de l?environnement et du développement durable
CGDD ...... Commissariat général au développement durable
CEE ......... Certificats d?économie d?énergie
CESE ....... Conseil économique, social et environnemental
CHU ........ Centre hospitalier universitaire
CITE ........ Crédit d'impôt pour la transition énergétique
CO2 .......... Dioxyde de carbone
CRE ......... Commission de régulation de l?énergie
DB ........... Direction du budget
DGALN ... Direction Générale de l'Aménagement, du Logement et de la Nature
DGE ......... Direction générale des entreprises
DGEC ...... Direction générale de l?énergie et du climat
DGOM ..... Direction générale des outre-mer
DGPR ...... Direction générale de la prévention des risques
DROM ..... Départements et régions d?outre-mer
EnR .......... Energie renouvelable
GES ......... Gaz à effet de serre
GMI ......... Géothermie de minime importance
GWh ........ Gigawattheure (1 GWh = 1 million de kWh)
HT ............ Hors taxe
Ifpai ......... Ingénierie de formations professionnelles et d?offres d?accompagnement innovantes
IGEDD .... Inspection générale de l?environnement et du développement durable
INSEE ...... Institut national des statistiques et des études économiques
KWh ........ Kilowattheure
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
74
LCOE ...... Levelized cost of energy (coût actualisé de l?énergie)
LTECV .... Loi relative à la transition énergétique pour une croissance verte
MPR ........ MaPrimeRénov?
MW .......... Mégawatt
MWh ........ Mégawattheure (1 MWh = 1 millier de KWh)
OPEX ...... Operational expenditure (coût d?exploitation)
OECO ...... Organisation des États de la Caraïbe Orientale
PAC ......... Pompe à chaleur
PACA ...... Provence-Alpes-Côte d'Azur
PCAET .... Plans Climat-Air-Energie Territoriaux
PER .......... Permis exclusif de recherche
PNACC .... Plan national d?adaptation au changement climatique
PPE .......... Programmation pluriannuelle de l?énergie
RGE ......... Reconnu garant de l?environnement
RE ............ Règlementation environnementale
RT ............ Règlementation thermique
SER .......... Syndicat des énergies renouvelables
SFEC ....... Stratégie française énergie climat
SFEG ....... Syndicat des foreurs d?eau et de géothermie
SLB .......... Schlumberger
SNBC ...... Stratégie nationale bas carbone
STEP ........ Station d?épuration des eaux usées
SWAC ..... Sea water air conditioning
TRF .......... Tous risques forages
TTC ......... Toutes taxes comprises
TVA ......... Taxe sur la valeur ajoutée
TWh ......... Térawattheure (1 TWh = 1 milliard de kWh)
UE ............ Union européenne
USH ......... Union sociale pour l?habitat
ZAC ......... Zones d?aménagement concerté
ZNI .......... Zones non interconnectées
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
75
ANNEXES
Annexe n° 1. Les principales caractéristiques et méthodes de géothermie de
surface ................................................................................................... 76
Annexe n° 2. Les soutiens financiers à la géothermie de surface ............................... 80
Annexe n° 3. La méthode EnR?choix .......................................................................... 88
Annexe n° 4. Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène ........ 89
Annexe n° 5. Bilan budgétaire du fonds de garantie géothermie ................................ 92
Annexe n° 6. Analyse des besoins financiers associés aux objectifs du projet de
PPE 3 pour la géothermie profonde calogène ....................................... 94
Annexe n° 7. Évolution des conditions d?allocations du fonds chaleur pour les
projets de géothermie profonde, depuis 2015 ....................................... 98
Annexe n° 8. Projets de géothermie profonde soutenus par la Banque des
territoires ............................................................................................. 101
Annexe n° 9. Les réseaux de froid ............................................................................ 104
Annexe n° 10. Les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique .......................... 105
Annexe n° 11. Les différentes formes de stockage souterrain intersaisonnier ............ 107
Annexe n° 12. Comparaisons internationales ............................................................. 109
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
76
Annexe n° 1. Les principales caractéristiques et méthodes de géothermie de
surface
Les explications (section 1) et les illustrations (sections 2 et 3) de cette annexe viennent
en complément des données présentées dans la première partie du rapport sur les
caractéristiques principales de cette technique. La section 4 présente un extrait de la carte du
Cerema permettant de déterminer de façon très fine les potentiels géothermiques pour les
collectivités.
1. Les principes de fonctionnement
En vertu de l?article 112-3 du code minier, la géothermie de minime importance, dite
aussi de surface145, désigne l?exploitation de la chaleur du sous-sol jusqu?à une profondeur de
200 mètres, pour laquelle la température des fluides concernés n?excède pas 30 degrés et qui ne
font pas l?objet d?un prélèvement de plus de 80 m3/heure. La puissance thermique extraite est,
en outre, limitée à 500 kW.
Ces caractéristiques générales de la géothermie de surface permettent de comprendre
ceux de ses avantages et de ses limites qui découlent directement de sa nature. Au titre de ces
dernières, il y a, en premier lieu, conséquence directe de la faible température de la ressource,
la puissance limitée que l?on peut en retirer, qui l?oriente plutôt vers les maisons individuelles,
les immeubles collectifs ou de bureau de taille modeste, voire, à condition de multiplier les
forages, les petits réseaux de chaleur. Pour fonctionner, la pompe à chaleur et les systèmes
permettant de faire circuler les fluides calogènes consomment de l?électricité, et il faut surtout
procéder à des forages onéreux et parfois infructueux, qui peuvent, en outre, comporter certains
risques pour l?environnement, dans la mesure où ils sont susceptibles, notamment, de mettre en
contact les nappes phréatiques de surface, parfois polluées, avec les plus profondes, le plus
souvent intactes.
Les avantages de cette formule n?en sont pas moins manifestes. L?électricité nécessaire
à son fonctionnement est en France largement décarbonée et le rendement global de l?opération,
exprimé par le rapport entre la puissance produite en chaleur et celle qui est consommée sous
forme d?électricité, est excellent, souvent de l?ordre de quatre, c?est-à-dire beaucoup plus,
naturellement, que les chaudières à énergie fossile, fioul ou gaz146, mais également davantage,
d?un tiers en moyenne, que les pompes à chaleur aérothermiques, qui, au lieu de tirer la chaleur
d?un circuit d?eau froide remontant du sol, prélèvent directement celle de l?air entourant le
bâtiment. La stabilité de la température de la source froide à quoi recourent les pompes à chaleur
géothermiques leur confère de meilleures performances qu?à leur concurrentes aérothermiques,
confrontées à des températures extérieures variables qui, lorsqu?elles sont très froides,
conduisent, en vertu des lois de la thermodynamique, à une dégradation du rendement et
obligent à des systèmes de dégivrage électrique des grilles d?alimentation d?air qui l?obèrent
encore davantage. À certaines conditions, les pompes géothermiques peuvent également
produire du froid.
145 Voir également les illustrations à l?annexe n° 2
146 Dont le coefficient se situe entre 1 et 1,1 (Les géothermies, ministère de la transition écologique,
Ademe, BRGM, 2024).
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
77
Les émissions de gaz à effet de serre des fluides frigogènes
Pour fonctionner, les pompes à chaleur ont besoin de fluides aux propriétés
physiques particulières, dits frigogènes. Ils doivent être capables, sous l?effet d?un
changement de la pression à laquelle ils sont soumis, obtenu grâce à un compresseur et un
détendeur électriques, d?emmagasiner, en passant de l?état liquide à l?état gazeux, de la
chaleur à basse température, et de réaliser l?opération inverse à haute température.
Or, les fluides couramment utilisés, dans le passé mais encore aujourd?hui, ont un
fort effet de serre. La famille des hexafluorocarbones (HFC) se caractérise ainsi par des
« potentiels de réchauffement global » (PRG) qui peuvent atteindre plusieurs milliers de
fois celui du CO2. Leur fonctionnement en circuit fermé n?empêche pas les fuites, minimes
mais qui s?accumulent avec le temps, et pose le problème de leur récupération à la fin de la
vie de l?appareil.
Un règlement européen147, dit F-Gaz, introduit des obligations de contrôle et prévoit
l?interdiction progressive des substances les plus nocives, notamment les HFC. Un fluide
couramment utilisé en France, le R32, plus respectueux de l?environnement, qui a
néanmoins un PRG de 632, sera interdit en 2030. Les alternatives existent, mais restent à
développer. Le propane, au très faible PRG (3 seulement), est autorisé dans certains pays,
mais ne l?est pas dans le nôtre à cause de son fort pouvoir inflammable148. D?autres fluides
(ammoniac, CO2, isobutane, par exemple) sont envisagés, mais il reste à évaluer la
détérioration des performances des équipements qu?ils peuvent occasionner, ainsi que leur
impact sur l?environnement et sur la sécurité149.
2. Deux méthodes à faible profondeur
La géothermie sur nappe superficielle
- Forages de profondeur de 10 à 200 mètres ;
- Doublet (2 forages) dans la nappe phréatique par
pompage et réinjection ;
- Un circuit ouvert sans contact entre l?eau de nappe
avec les fluides extérieurs ;
- Un échange thermique avec l?eau de la nappe.
147 Règlement (UE) 2024/573, publié initialement en 2006 et révisé en 2014, puis 2024.
148 Ministère de la transition écologique, note d?information sur les nouvelles obligations règlementaires
introduites par le règlement « F-Gaz », décembre 2024 et Pic bleu, Fluides frigorigènes, HCFC, HFC supergaz
effet de serre environnement, avril 2025.
149 Inspection générale de l?environnement et du développement durable, Évaluation de l?adéquation et
de l?efficacité des outils au service de la rénovation énergétique des bâtiments du secteur tertiaire marchand,
2023.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
78
La géothermie sur sonde géothermique verticale
(SGV)
-Forages de profondeur de 10 à 200 mètres ;
- Sondes géothermiques verticales avec fluide
calorifique ;
- Un échange thermique avec le sol ;
- Une PAC géothermique.
? Des machines encombrantes :
Source : AFPG
3. Plusieurs dispositifs de très faible profondeur
À quelques mètres de profondeur, les échangeurs compacts peuvent être mis en place sans
forage. Il en existe de plusieurs sortes, dont les « murs géothermiques » ou encore les
« corbeilles géothermiques » :
Source : AFPG
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
79
4. Les cartes de potentiel du Cerema
La carte présentée ci-dessous, établie par le Cerema sur la base des données du BRGM,
permet de déterminer les implantations possibles en géothermie sur sonde, en comparant le
potentiel de chaleur extractible aux besoins de la parcelle. Les points verts désignent les endroits
où les besoins sont potentiellement couverts, les points orange, ceux où ce n?est pas le cas.
Schéma n° 3 : Extrait de la carte du Cerema
Source : Cerema
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
80
Annexe n° 2. Les soutiens financiers à la géothermie de surface
Cette annexe constitue un complément et un approfondissement de certaines des
questions examinées dans la partie 1.3.3 du rapport. Cinq sujets sont abordés, le recensement
des aides existantes, les règles de cumul des aides financières individuelles à la rénovation des
logements, les conditions d?accès comparées à MaPrimeRénov? et aux éco-prêts à taux zéro,
l?estimation d?un ordre de grandeur du niveau des soutiens actuels à la géothermie et de celui
qui pourrait être nécessaire si les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE)
étaient atteints.
1. Recensement des aides existantes
Un premier groupe de mesures concerne les soutiens individuels à la rénovation des
logements, sous la forme de guichets ou d?avantages fiscaux. On comptait à ce titre, en mars
2025, 12 systèmes d?aides pouvant bénéficier à la géothermie de surface, auxquels étaient
susceptibles de s?ajouter des subventions individuelles des collectivités locales150.
Il s?agit, en premier lieu, des aides (1) « MaPrimeRénov? » par geste (les montants ont
varié, mais vont aujourd?hui de 11 000 ¤ à 6 000 ¤ pour une pompe à chaleur géothermique, en
fonction des revenus du ménage, les 9èmes et 10èmes déciles étant exclus de leur bénéfice151),
(2) « MaPrimeRénov? » rénovation d?ampleur (de 40 000 ¤ à 70 000 ¤ de dépenses éligibles
selon le gain de classe d?isolation du logement gagnées, pour un ensemble de plusieurs gestes,
dont au moins deux portant sur l?isolation, mais pouvant comporter une pompe à chaleur
géothermique, qui sont pris en charge globalement à entre 80 % et 45 % suivant le niveau de
revenu -revenus supérieurs exclus comme dans le cas précédent- et le nombre de classes
gagnées152), et (3) « MaPrimeRénov? » copropriété, réservée aux travaux dans les parties
communes. Ces primes sont toutes distribuées par l?Agence nationale de l?habitat (Anah).
(4) Le dispositif Loc?Avantages permet aux propriétaires bailleurs de bénéficier d?une
réduction d?impôt jusqu?au 31 décembre 2027 à condition de louer à loyer plafonné à des
locataires aux ressources modestes. Il ouvre doit à des subventions pour les travaux de
rénovation (25 % de leur montant, dans une limite de 15 000 ¤ par logement, à condition que
l?efficacité énergétique augmente d?au moins 35 %). Ces quatre dispositifs ont remplacé un
système de crédit d?impôt s?appliquant aux travaux d?amélioration de l?efficacité énergétique,
dénommé CITE153, qui couvrait notamment la géothermie, dont les taux ont évolué154.
S?ajoute le mécanisme des (5) certificats d?économie d?énergie (CEE), système extra-
budgétaire et extra-fiscal mis en place en 2005 pour obliger les fournisseurs d?énergie à
promouvoir des actions d?efficacité énergétique155. En pratique, une grande majorité du soutien
passe par des « fiches standardisées » représentatives d?actions favorables aux économies
d?énergie, qui donnent droit à une aide. Plusieurs d?entre elles concernent les pompes à chaleur,
150 Agence nationale de l?habitat (Anah), Les aides financières en 2025, édition mars 2025.
151 D?autres aides sont possibles pour des chauffe-eaux thermodynamiques, qui fonctionnent avec une
pompe à chaleur, qu?elle soit aéro- ou géothermique.
152 Des bonifications et un écrêtement sont prévus dans certaines conditions.
153 Crédit d?impôt pour la transition énergétique.
154 Jusqu?à 50 % entre 2005 et 2011, 26 % en 2012, 30 % entre 2014 et 1018, assorti de seuils de revenu
en 2019, disparaissant progressivement à partir de 2020.
155 Cour des comptes, Les certificats d?économie d?énergie, septembre 2024.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
81
et couvrent donc, mais pas exclusivement, celles qui sont géothermiques156. A ces soutiens CEE
de base, s?ajoutent des (6) « coups de pouce » pour certains travaux, dont un est, depuis 2018,
notamment lié à l?installation d?une pompe à chaleur eau/eau ou sol/eau157 (5 000 ¤ depuis
2023, sans condition de ressource). Il y a également depuis 2024 un « coup de pouce » pour les
rénovations d?ampleur concernant notamment des fiches standardisées couvrant la géothermie.
Viennent ensuite les prêts bonifiés. (7) L?éco-prêt à taux zéro, dit « éco-PTZ », permet
notamment de prendre en charge des travaux qui relèvent de « MaPrimeRénov? » par geste ou
d?ampleur, ou qui ont pour effet d?améliorer de 35 % au moins la performance énergétique du
logement. Il porte sur des montants allant de 15 000 ¤ à 30 000 ¤ suivant qu?une, deux ou trois
actions sont entreprises, et peut être remboursé en 15, voire en 20 ans dans certains cas. (8) Le
prêt avance rénovation, hypothécaire sans intérêt, est accordé depuis 2022 au moment de la
vente du logement ou lors d?une succession. Il finance des travaux de rénovation énergétique158.
Les avantages fiscaux sont nombreux. Le principal d?entre eux est, de loin, (9) la TVA
à taux réduit. Un taux de 5,5 % (au lieu de 20 % pour une chaudière à gaz, par exemple)
s?applique pour la pose, l?installation ou l?entretien de matériaux, équipements, appareils et
systèmes ayant pour objet d?économiser l?énergie ou de recourir à une source renouvelable. Il
couvre donc la géothermie. (10) L?exonération de taxe foncière pendant trois ans au maximum
s?y ajoute, quand elle a été votée par la commune. (11) Le dispositif Denormandie est une
réduction de l?impôt sur le revenu accessible à ceux qui font l?achat d?un bien immobilier pour
le rénover, à condition que ces travaux représentent au moins 25 % du coût total de l?opération
ou que l?efficacité énergétique augmente de plus de 30 %. (12) Le déficit foncier peut être
pratiqué en cas de travaux de rénovation dans des locaux destinés à la location non meublée.
Lorsque ces dépenses interviennent dans le domaine énergétique, leur plafond imputable est
doublé jusqu?en 2025.
Un deuxième groupe de quatre soutiens, qui concerne principalement les projets
collectifs dans les domaines du logement, du tertiaire, de l?agricole et de l?industriel, est géré
par l?Ademe, qui pilote essentiellement, dans le domaine de la géothermie de surface, deux
dispositifs. Le premier, (13) le fonds chaleur, prend en charge, sur une base forfaitaire, les
investissements relatifs à des projets de taille modeste159 à des taux qui se montent en 2025,
dans la plupart des cas, à 25 ¤/MWh pour les forages sur nappe et à 50 ¤/MWh pour ceux sur
sonde, quand ils ont pour but la production de chaleur160. Pour le froid, c?est 20 ¤/MWh dans
les deux techniques, pour la métropole tout au moins. S?agissant des projets plus importants
(plus de 2000 MWh par an), plus complexes, voire de grande envergure, la subvention est
calculée en fonction d?une analyse économique, qui tient également compte des règles
d?encadrement des aides communautaires. Les taux d?aide par rapport aux dépenses éligibles
156 Principalement BAT-TH-113 (pompe à chaleur de type air/eau ou eau/eau), AGRI-TH-108 (idem,
pour les serres horticoles et maraîchères), BAR-TH-166 (pompes à chaleur collective de type air/eau ou eau/eau,
à compter du 31 juillet 2021), et, jusqu?en 2024 (source : DGEC), plus, dans le secteur résidentiel, BAR-TH-104
(pompes à chaleur dans le bâti résidentiel) jusqu?en 2024, puis BAR-TH-172.
157 C?est-à-dire solarothermique, fonctionnant à l?énergie solaire.
158 Également possibles : le prêt sur le livret Développement durable, le prêt d?accession sociale, le prêt à
l?amélioration de l?habitat.
159 Moins de 2 000 mais plus de 25 MWh d?énergie renouvelable par an.
160 La nette différence entre ces deux taux vient de la capacité différente des deux techniques à capter la
chaleur du sous-sol, moins forte pour les sondes.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
82
peuvent varier fortement, de 20 % à 60 %161. À partir de 2028, en accord avec le règlement
européen F-Gaz162, un critère supplémentaire concernant le pouvoir de réchauffement global
(PRG) des fluides frigogènes utilisés sera introduit163. Le fonds chaleur finance aussi des (14)
études en faveur de la transition écologique et énergétique, qui peuvent concerner la
géothermie. Les prises en charge partielles concernent aussi bien l?assistance à maîtrise
d?ouvrage que les études de faisabilité164. Toutes les aides du fonds chaleur peuvent être
complétées, dans certaines conditions, par des crédits régionaux ou des fonds européens du
FEDER.
La garantie Aquapac organise depuis 1983 la couverture des aléas dans la géothermie
de surface sur nappe165. Elle a été mise en place par l?Ademe, en collaboration avec EDF et le
BRGM. Sa partie (15) « recherche » couvre le risque d?échec des forages pour accéder à de
l?eau en quantité suffisante. Sa branche (16) « pérennité » assure que, pendant dix ans,
l?exploitation continuera à bénéficier d?une ressource phréatique adéquate. Aquapac est
financée par le fonds chaleur et par les cotisations des entreprises porteuses des projets. Les
indemnisations remboursent tous les coûts, moyennant un taux d?amortissement de 5 % par an
pour la pérennité, mais la garantie est plafonnée à 140 000 ¤ au total166.
2. Cumul des aides financières individuelles à la rénovation des logements
Le schéma ci-dessous est extrait du document « Les aides financières en 2025 » de
l?Anah.
161 Des dispositifs sont également prévus pour les échangeurs compacts, les eaux de mer et les eaux usées,
ainsi que le rafraîchissement par geocooling.
162 Cf. § 1.1.1.
163 Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement : Géothermie de surface / thalassothermie /
cloacothermie et aérothermie 2025.
164 Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement : études en faveur de la transition écologique et
énergétique, 2025
165 C?est la seule technique où l?incertitude sur la nature du sous-sol peut faire courir un risque d?échec
au projet. Les nappes doivent en général avoir moins de 200 mètres de profondeur.
166 Plaquette Aquapac. Garantie sur la ressource en eau souterraine pour la géothermie de proche
surface, septembre 2020.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
83
Schéma n° 4 : Conditions de cumul pour certaines des aides à la rénovation des logements
Source : Anah
3. Conditions d?accès comparées à MaPrimeRénov? et aux éco-prêts à taux
zéro
Tableau n° 6 : Conditions attachées à MaPrimeRénov? et aux éco-prêts à taux zéro
Éco-prêt à taux zéro MaPrimeRénov?
Type d?aide Prêt sans intérêt à rembourser Prime versée, non remboursable
Conditions de revenus Aucune condition de revenu
Conditionnée aux revenus (barèmes
bleus, jaunes, violets, roses)
Logements éligibles
Résidence principale achevée depuis
plus de 2 ans (anciennement 15 ans)
Résidence principale achevée depuis
plus de 15 ans (ou 2 ans si changement
de chaudière au fioul)
Bénéficiaires Propriétaire occupant ou bailleur
Propriétaire occupant, bailleur, ou
syndic pour copropriétés
Travaux éligibles
Travaux d?amélioration énergétique :
isolation, PAC, VMC, etc. réalisées par
une entreprise RGE
Travaux similaires, mais avec
conditions d?efficacité énergétique
précises (et souvent une évaluation
énergétique préalable)
Sources : documents liés à ces aides
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
84
4. Estimation d?un ordre de grandeur du niveau des soutiens actuels à la
géothermie
Pour chiffrer le montant des soutiens financiers bénéficiant à la géothermie de surface,
une des difficultés provient certes du nombre élevé de dispositifs en cause. Mais l?obstacle
principal est dû à l?absence presque totale de données détaillées permettant de déterminer, dans
ces aides qui sont la plupart du temps à vocation large, couvrant une gamme étendue d?actions
de rénovation énergétique des logements ou des bâtiments, la part qui correspond
spécifiquement à des installations géothermiques.
Dans quatre cas seulement, le fonds chaleur, la garantie Aquapac, le coup de pouce CEE
chauffage et MaPrimeRénov? par geste (pompes à chaleur géothermiques et
solarothermiques167), le point d?application circonscrit des mécanismes en cause permet de
déterminer les sommes qui sont consacrées à notre sujet. Pour tous les autres, les
administrations et organismes qui sont chargés de les mettre en oeuvre n?enregistrent pas, au-
delà du fait que les demandes qui leurs sont présentées correspondent bien aux critères exigés
par les dispositifs concernés, la destination précise des dépenses, et, en en particulier, ne
distinguent pas celles qui concernent la géothermie168.
Il n?y a donc pas d?autre solution que de procéder à des estimations à partir de données
extérieures aux dispositifs d?aide. Pour la TVA à taux réduit, il est fait appel au montant moyen
des travaux d?investissement géothermiques tels qu?estimés par l?Ademe, qui est ensuite
multiplié par le différentiel de taux de taxation. Pour les certificats d?économie d?énergie
(CEE), le calcul se fonde sur la détermination, à partir de la part de marché des pompes à chaleur
eau/eau par rapport au total eau/eau et air/eau, de la proportion des « fiches standardisées »
couvrant notamment la géothermie qui lui est particulièrement consacrée. Les données publiées
sur les volumes d?utilisation de ces fiches et la répartition des ventes de PAC individuelles entre
PAC air/eau et PAC géothermiques permettent ensuite d?aboutir à un montant. Ce raisonnement
vaut aussi pour MaPrimeRénov? d?ampleur.
Cette façon de procéder ne peut prétendre fournir davantage qu?un ordre de grandeur
très approximatif. Il est en particulier impossible d?établir une correspondance stricte entre les
données de marché ou les moyennes utilisées et les équipements qui font effectivement l?objet
d?une demande d?aide. Pour les mécanismes les plus petits, encore plus complexes, il n?est
malheureusement pas possible de proposer d?estimations, même si l?on peut penser que celles-
ci seraient, de toutes façons, faibles. Sous toutes ces réserves, le tableau ci-dessous synthétise
le résultat de ces calculs.
167 Ce geste est un peu plus large que notre cible, mais l?Anah a bien voulu en analyser pour la Cour un
échantillon de quarante dossiers, dont il ressort que 80 % concernent la géothermie, 10 % la solarothermie et 10 %
des erreurs d?aiguillage.
168 Dans les maisons individuelles existantes, les fiches d?opérations standardisées CEE BAR-Th-172
« Pompe à chaleur de type eau/eau ou sol/eau » et BAR-Th-171 « Pompes à chaleur de type air/eau » ont remplacé
l?ancienne fiche BAR-Th-104 « Pompe à chaleur de type air/eau ou eau/eau » pour les opérations engagées à
compter du 1er janvier 2024. Cette différenciation permet désormais de suivre la dynamique de mobilisation du
Coup de pouce « Chauffage » pour les pompes à chaleur eau/eau individuelles.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
85
Tableau n° 7 : Estimation du coût annuel des principaux soutiens à la géothermie de surface, hors
aides à la distribution, en millions d?euros
Dispositif d?aide 2022 2023 2024
Fonds chaleur, y compris CCR169 23,8 67,4 49,5
Aquapac170 - - -
MaPrimeRénov? par geste171 17,0 18,0 18,6
MaPrimeRénov? rénovation d?ampleur172 nd 1,1 2,3
Taux réduit de TVA173 14,2 14,7 11,5
CEE, y compris coup de pouce174 Non calculé 7,9 nd
Eco-prêt-taux zéro175 - - -
Total nd 109,1 nd
Estimations Cour des comptes, hypothèses de calcul et sources précisées en note
169 Aide à la production et aide à la distribution, y compris installations de pompes à chaleur sur eau de mer et eaux
usées, (y compris contrats chaleur renouvelable patrimoniaux ou territoriaux traités en gestion déléguée, guichet
Tremplin pour la transition écologique des PME et fonds Tourisme durable). Source : Ademe.
170 Le fonds Aquapac a reçu des dotations initiales, puis des dotations complémentaires du Fonds chaleur en 2010,
2011, 2012 et 2013 et fonctionne depuis avec les cotisations des bénéficiaires et les produits financiers (Source :
SAF-environnement, Ademe).
171 Estimation Anah pour la Cour.
172 Calcul Cour à partir de l?estimation par l?Anah du nombre de dossiers contenant de la géothermie : 125 en 2022,
122 en 2023, 225 en 2024, soit 0,2 % environ du nombre de dossiers total (71 613 en 2023 et 91 374 en 2024,
Anah). Le montant total d?aides versées par ce dispositif est de 1,08 Md¤ en 2023 et 2,236 Md¤ en 2024. Si l?on
estime que la géothermie consomme la moitié de l?enveloppe des projets où elle figure, on a les résultats reportés
dans le tableau.
173 En estimant que toutes les pompes à chaleur géothermiques individuelles ont bénéficié de cet avantage fiscal,
soit 3970 en 2023 et 3005 en 2024, que les montants unitaires (coûts de forage et d?installation de la pompe à
chaleur géothermique) sont de 30 000 ¤ (cf. § 1.1.2) et que l?avantage fiscal est de 14,5 % (20 % -5,5 %), on a
17,3 M¤ en 2023 et 13,1 M¤ en 2024. Relèvent de la TVA 5,5% prévue à l?article 278-0 bis A du CGI les
prestations de rénovation énergétique effectuées dans des locaux à usage d?habitation achevés depuis au moins
deux ans. Il convient donc de déduire du nombre de pompes à chaleur vendues (2023, 2024) le nombre
d?installations dans l?habitat neuf (15% des ventes 2023 et 12% des ventes 2024 d?après les études Observ?ER).
174 Calcul pour 2023 : La principale fiche à prendre en compte pour cette année-là est la BAR-TH-104 (bâtiments
individuels), qui couvre les pompes à chaleur aérothermiques et géothermiques, ainsi que les BAR-TH-166 et
BAT-TH-113. À partir des statistiques des opérations engagées, elles portent un volume de CEE de 92 794 873
326 KWhcumac, valorisés à 7,5 ¤/MWhcumac (Ademe). Si l?on compte que la proportion de la géothermie est la
même dans les CEE que sur le marché, soit 1,27 %, on trouve un total de 8,838 M¤.
175 D?après les documents budgétaires, les éco-ptz ont représenté une dépense fiscale de 45 M¤ en 2023 et 102 M¤
en 2024 (prévision). La part de ces prêts qui a bénéficié à la géothermie est inconnue, mais très faible, car les
critères d?éligibilité des éco-ptz sont plus larges que ceux de MaPrimeRénov?, et la part de la géothermie dans
celle-ci n?est que de 0,7 % (Anah). On peut donc supposer que le coût associé aux éco-ptz pour la géothermie est
très faible, inférieur en tout cas à la marge de précision des chiffrages présentés dans ce tableau.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
86
L?ordre de grandeur du coût annuel des soutiens publics distribués par l?État, hors
collectivités territoriales, est donc un de l?ordre de 110 M¤.
5. Ordre de grandeur du coût des soutiens en cas d?atteinte des objectifs de
la PPE
Pour comparer la production de chaleur renouvelable issue des pompes à chaleur
géothermiques de 2017 à celle de 2022-2023 et aux objectifs PPE3 2030-2035, il convient de
retenir la valeur de référence calculée par le SDES, soit 3,5 TWh en 2022 de chaleur
renouvelable issue de pompes à chaleur géothermiques en données corrigées des variations
climatiques (cette valeur correspond à la valeur de 3,2 TWh en données réelles non corrigées
des variations climatiques publiée dans le projet de PPE3 soumis à consultation en mars
2024176). De 2017 à 2023, l?accroissement de la production de chaleur renouvelable issue de
pompes à chaleur géothermiques a été de 0,4 TWh177, soit environ 0,07 TWh/an. Cette méthode
n'intègre cependant aucune hypothèse de renouvellement en fin de vie des pompes à chaleur
déjà installées. Cela donne, sous ces réserves, un coût de 1,65 Md¤/TWh.an. Il est possible que
cette valeur soit surestimée, les soutiens publics annuels (Fonds Chaleur notamment) ayant
fortement augmenté en 2023 par rapport aux années précédentes).
Une autre solution est d?utiliser les ratios « aide financière / MWh de chaleur produite »
associé aux installations de géothermie de surface individuelles (aide moyenne MPR+CEE
d?environ 600 ¤/MWh.an pour un ménage aux revenus « intermédiaires » et une production
annuelle de chaleur EnR moyenne de 18 MWh par logement) et aux installations de géothermie
de surface collectives (aide Fonds Chaleur de 26 ¤/MWh/20 ans en 2024 soit 526 ¤/MWh.an)178,
en y ajoutant le coût de la réduction du taux de TVA, soit au total environ 0,7 Md¤/TWh.an.
Si l?on fait l?hypothèse que le coût marginal en soutiens publics sera le même à l?avenir
qu?en 2023, on a le tableau suivant, en appliquant les estimations de coût calculées ci-dessus à
la marche à franchir pour atteindre les objectifs PPE 2 et ceux du projet de PPE 3.
Tableau n° 8 : coût des soutiens en cas d?atteinte des objectifs de la PPE, en milliards d?euros
2023
Objectif PPE
2
Objectif
PPE 3 2030
Objectif
PPE 3 2035
bas haut bas haut bas haut
Niveau de production de chaleur renouvelable issue
de pompes à chaleur géothermiques, en TWh
3,5 5,0 7 10 15 15 18
Accroissement de production de chaleur depuis 2023 0 1,5 3,5 6,5 11,5 11,5 14,5
Supplément de coût, en Md¤179 (hypothèse haute180) 0 2,5
5,8
10,7
19,0
19,0
23,9
Supplément de coût, en Md¤ (hypothèse basse181) 0 1,1
2,5 4,6
8,1
8,1
10,2
Calculs Cour des comptes
176 Source : DGEC.
177 AFPG, Etude de filière 2024.
178 Source : DGEC.
179 Supplément de coût = (objectif ? production 2023) x coût par GWh. Ce résultat exprime théoriquement
le coût cumulé nécessaire pour passer du niveau de production de 2023 à celui des objectifs de la PPE. Il doit donc
être étalé sur le nombre d?années correspondant.
180 1,65 Md¤/TWh.
181 0,7 Md¤/TWh.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
87
Ces coûts sont considérables, même s?ils sont, dans les hypothèses de calcul retenues,
étalés sur la période qui sépare la cible de 2023. Ils restent naturellement très théoriques. D?un
côté, ils risquent d?être sous-estimés, car le rapport (§ 1.1.2) montre que les dispositifs de
soutien actuels ne sont pas susceptibles de permettre l?atteinte des objectifs de la PPE. D?un
autre côté, on peut supputer que le changement de dimension de la filière que supposerait
l?arrivée au niveau des objectifs les plus élevés des PPE permettrait d?enclencher un cycle
vertueux d?efficacité et de baisse des coûts qui pourrait réduire le besoin en soutiens publics.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
88
Annexe n° 3. La méthode EnR?choix
La démarche EnR'Choix a été formalisée dès 2012 dans le cadre du schéma régional
climat air énergie d'Île-de-France, approuvé par le Conseil régional le 23 novembre 2012 et
arrêté par le Préfet de région le 14 décembre 2012.
Il s?agit d?un outil d?aide à la décision conçu pour accompagner les porteurs de projets,
notamment les collectivités locales, dans le choix de leur solution de production de chaleur et
de froid renouvelables. Cette démarche repose sur une approche stratégique intégrée, tenant
compte des besoins spécifiques des territoires, des ressources locales disponibles et des
infrastructures existantes, afin de favoriser une planification énergétique cohérente et durable.
L?objectif est de maximiser l?efficacité énergétique des projets tout en optimisant
l?usage des ressources renouvelables locales. En Île-de-France, l?Ademe utilise cette grille
d?analyse depuis 2014 pour prioriser les projets soumis au financement.
Depuis 2024, la démarche EnR'Choix figure également parmi les conditions d?éligibilité
au fonds chaleur pour l?ensemble des projets182. Son intégration vise à interroger la pertinence
du recours à la biomasse, notamment les projets utilisant des plaquettes forestières dont la
disponibilité est limitée, au regard des alternatives disponibles.
L?Ademe justifie cette exigence en soulignant que, bien que la biomasse présente de
nombreux atouts (valorisation des ressources locales, création d?emplois non délocalisables,
contribution aux objectifs environnementaux, stabilité des coûts énergétiques à long terme),
elle demeure une ressource limitée. Son utilisation doit donc s?inscrire dans une stratégie
énergétique globale, en complémentarité avec les autres filières d?énergies renouvelables.
Graphique n° 9 : Description de la méthode EnR? choix
Source : Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement, Installation biomasse énergie, 2025.
182 Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement, Installation biomasse énergie, 2024.
https://www.enrchoix.idf.ademe.fr/ressources/enrr-actions-prioritaires/srcae-ile-de-france-version-decembre-2012vdefinitive-avec-couverture-v20-12-2012-cle0b1cdf.pdf?utm_source=chatgpt.com
https://www.enrchoix.idf.ademe.fr/ressources/enrr-actions-prioritaires/srcae-ile-de-france-version-decembre-2012vdefinitive-avec-couverture-v20-12-2012-cle0b1cdf.pdf?utm_source=chatgpt.com
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/ADEME/Eligibilit%C3%A9%20aux%20aides/2025-FC-Installation%20biomasse%20%C3%A9nergie%20-%20Conditions%20d%27%C3%A9ligibilit%C3%A9%20et%20de%20financement%20-%202025.pdf
https://agir.ademe.fr/sites/default/files/Conditions%20d%27%C3%A9ligibilit%C3%A9%20et%20de%20financement%20des%20installations%20biomasse%20%C3%A9nergie%20-%202024.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
89
Annexe n° 4. Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène
Définition
La géothermie profonde consiste à exploiter la chaleur stockée naturellement dans le
sous-sol à plusieurs centaines de mètres de profondeur, la température augmentant avec la
profondeur. La géothermie profonde calogène, dite de basse température, exploite des nappes
d?eau souterraines (« aquifères ») de température comprise entre 30°C et 100°C à des
profondeurs généralement comprises entre 200 mètres et 2 000 mètres.
Elle repose sur le principe du « doublet géothermique » : un puits de pompage extrait
de l?eau chaude, tandis qu?un second puits réinjecte l?eau refroidie dans la nappe. Cette
technologie est décarbonée, mature, et non polluante, décarbonée, sans besoin de transport en
phase d?exploitation183.
Graphique n° 10 : Principe du doublet géothermal
Source : BRGM
183 Ademe, Feuille de route nationale géothermie, 2022, p. 8 ; Convention de subvention passée entre la
DGEC et le BRGM, 2024, p. 5.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-BRGM-communique-geoscan-lancement-cp.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2022-Ademe-Dossier%20-%20Feuille%20de%20route%20v13012023.docx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-Convention_subvention_DGEC_signeBRGM_vis%C3%A9e%20DCB.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-Convention_subvention_DGEC_signeBRGM_vis%C3%A9e%20DCB.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
90
Contexte géologique propice
Les aquifères profonds (propices à la géothermie profonde) se situent dans des bassins
sédimentaires (sable, grès, calcaire, craie) comme les bassins parisien et aquitain, le fossé
rhénan, le couloir rhodanien, la Limagne. Les caractéristiques des aquifères profonds
permettent un échange direct de chaleur sans pompe à chaleur184. Le recours à la pompe à
chaleur, bien que non systématique, permet d?optimiser le rendement énergétique de la
ressource.
Les usages
Les usages de la géothermie profonde calogène dépendent à la fois de la composition
géologique du sous-sol et des besoins des consommateurs en surface. En 2023, le chauffage
urbain reste l?usage dominant. Dans une moindre mesure, la géothermie profonde peut
également être utilisée pour des applications industrielles (procédés utilisant la vapeur, l?air
chaud ou l?eau chaude), agricoles (chauffage de serres, pisciculture, séchage) ou aqualudiques
(piscines, centres nautiques, thermes)185.
Graphique n° 11 : Production de chaleur renouvelable de la géothermie profonde par usage à fin
2023 (en TWh)
Source : Ademe et al., Panorama de la chaleur renouvelable et de récupération, 2025, p. 28
L?usage dominant : l?alimentation des réseaux de chaleur
La géothermie profonde calogène est particulièrement adaptée à l?alimentation des
réseaux de chaleur, qui nécessite une température de l?eau géothermale comprise entre 30 °C
et 90 °C, avec l?aide d?une pompe à chaleur dans certains cas186.
184 Source : DGEC ; Convention de subvention passée entre la DGEC et le BRGM, 2024, p. 5.
185 Ademe et al., Panorama de la chaleur renouvelable et de récupération, 2025, p. 28
186 Selon les données de l?Ademe, des PAC ont été installées sur une dizaine de doublets géothermiques
depuis 2015, surtout entre 2020 et 2024. L?objectif est de réhausser la température de l?eau lorsque celle-ci est trop
basse. Le LCOE calculé par l?Ademe pour les centrales géothermiques profondes, de 29 euros HT / MWh, est
calculé pour des installations avec pompe à chaleur.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2025_02_06_Ademe%20et%20al-PanoramaChaleur2024_W%20(1).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/202505-DGEC-R%C3%A9ponse%20Q01-T05-01-Q5.1%20(1).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-Convention_subvention_DGEC_signeBRGM_vis%C3%A9e%20DCB.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2025_02_06_Ademe%20et%20al-PanoramaChaleur2024_W%20(1).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.2.2%20Le%20fonds%20chaleur_un%20catalyseur/Liste%20op%C3%A9rations%20FC%20-%20aides%20investissement%20EnRR%202015-2024__.xlsx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.1.1.%20Des%20dispositifs%20financiers%20%C3%A0%20adapter/2024-Ademe-evolution-cout-energies-renouvelables-et-recuperation-entre-2012-2022.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
91
Un réseau de chaleur permet d?acheminer la chaleur géothermique jusqu?aux
consommateurs. Il comprend :
- Une unité de production, alimentée ici par géothermie profonde ;
- Un réseau primaire, composé de canalisations, isolées et enterrées, qui transporte la
chaleur de la zone de production vers les bâtiments consommateurs via un fluide
caloporteur (eau chaude, eau surchauffée voire même vapeur pour certains process)
- Un réseau secondaire qui distribue la chaleur à l?intérieur du bâtiment
(jusqu?à 90 °C maximum pour le chauffage et jusqu?à 60 °C pour l?eau chaude
sanitaire) ;
- Des « sous-stations » ou « échangeurs de chaleur », situés à proximité des
immeubles chauffés, qui permettent l?échange de chaleur entre le réseau primaire et
le réseau secondaire. La sous-station permet de déconnecter les deux types de
réseaux (primaire et secondaire), mais aussi de réaliser le comptage de la chaleur
réellement livrée à chaque bâtiment (pour facturer la chaleur notamment)187.
Schéma n° 5 : Principe d?un réseau de chaleur géothermique
Source : Actee, Guide pour les collectivités, 2024, p. 14.
Les réseaux de chaleur sont particulièrement adaptés à l?exploitation d?une ressource
locale, difficile d?accès ou à mobiliser, comme la géothermie, en zone urbaine dense188.
187 Ademe, Fonds chaleur, Guide pour les collectivités, 2024, p. 4 ; SER, Questions réponses
Géothermies, 2024, p. 62.
188 CGDD, Les réseaux de chaleur : quels prix pour le consommateur, 2016, p. 1.
https://programme-cee-actee.fr/wp-content/uploads/2024/05/2024_Guide-Geothermie.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Ademe,%20Fonds%20chaleur,%20Guide%20pour%20les%20collectivit%C3%A9s,%202024.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-SER-web_brochure_A5_qr_geothermie_ser.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-SER-web_brochure_A5_qr_geothermie_ser.pdf
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2018-10/datalab-essentiel-33-les-reseaux-de-chaleur_-quels-prix-pour-le-consommateur-septembre2016.pdf?utm_source=chatgpt.com
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
92
Annexe n° 5. Bilan budgétaire du fonds de garantie géothermie
Le fonds de garantie géothermie a permis d?accompagner la relance de la géothermie
avec des premiers projets aidés dès 2007. Fin 2023, 93 puits avaient été accompagnés par le
fonds de garantie pour le volet court terme et 35 conventions long terme avaient été signées189.
Sur la période 2007-2023 :
- Deux puits avaient fait l?objet d?indemnisation au titre de l?échec total : un forage à
Meyreuil (région Provence-Alpes-Côte d?Azur) et un à Grigny (en Île-de-France),
c?est-à-dire que le couple débit / température obtenu était inférieur à 60 % de la
puissance garantie. Le montant total indemnisé a été de 5,1 M¤.
- Douze puits ont fait l?objet d?indemnisations au titre de surcoûts géologiques ou
d?échecs partiels. Le montant total indemnisé a été de 6,5 M¤.
Graphique n° 12 : Puits garantis de 2007 à 2023
Source : Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie géothermie, Conseil d?administration du 14 mars 2024,
p. 6.
Le bilan financier établi par l?Ademe indique que, sur la période 2007-2023, les
ressources du fonds de garantie ont atteint 53,0 M¤, dont 28,9 M¤ provenant des dotations de
l?Ademe. Les dépenses se sont élevées à 19,4 M¤, portant le montant du fonds à 33,7 M¤ fin
2023. Sur l?ensemble de ces dépenses, les indemnisations liées au risque « court terme » sont
largement majoritaires : elles représentent un montant quatre fois supérieur à celles relatives au
risque « long terme » (11,6 M¤ contre 2,9 M¤).
Ce fonds sera clôturé fin 2043 à l'extinction de la dernière garantie long terme qu'il
couvre. Il continue de couvrir les garanties long terme signées entre 2007 et 2024, cotisation et
indemnisation le cas échéant.
189 Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie géothermie, Conseil d?administration du 14 mars
2024, 5 et s.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/fonds%20de%20garantie/Q01-T05-03-note_CA_202403_Point_15_-_bilan_Fonds__bTpTkKq.docx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/fonds%20de%20garantie/Q01-T05-03-note_CA_202403_Point_15_-_bilan_Fonds__bTpTkKq.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
93
État du fonds de garantie géothermie au 31.12.2023
A - RESSOURCES
1- DOTATIONS ADEME 28 913 117 ¤
2- DOTATION Région Ile de France*) 5 545 000 ¤
3- Clôture Convention Ile de France du 07/07/2008 -1 653 091 ¤
3- COTISATIONS DES MAITRES D'OUVRAGE COURT Terme 13 642 973 ¤
4- COTISATIONS DES MAITRES D'OUVRAGE LONG Terme 5 822 344 ¤
5- PARTICIPATIONS AU FINANCEMENT ETUDE FONDS
"GEODEEP" (en HT)
125 050 ¤
6- PRODUITS FINANCIERS 639 879 ¤
A -TOTAL DES RESSOURCES : 53 035 272 ¤
B - DEPENSES
1 - INDEMNISATIONS DES SINISTRES COURT Terme 11 621 615 ¤
2 - INDEMNISATIONS DES SINISTRES LONG Terme 2 919 522 ¤
3 - CHARGES DE FONCTIONNEMENT 4 828 721 ¤
B -TOTAL DES DEPENSES : 19 369 858 ¤
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
94
Annexe n° 6. Analyse des besoins financiers associés aux objectifs du projet de
PPE 3 pour la géothermie profonde calogène
Les projets de géothermie profonde calogène se caractérisent par des investissements
initiaux très élevés, notamment pour les opérations de forage, dont le coût peut atteindre entre
11 et 16 M¤ pour un doublet géothermique (hors réseau de chaleur)190. Pour sécuriser leur plan
de financement, les maîtres d?ouvrage combinent fonds propres, emprunts du maître d?ouvrage
(public ou délégataire) et subventions.
Deux dispositifs budgétaires soutiennent ces projets : le fonds chaleur et le fonds de
garantie « géothermie ». Le cumul du fonds chaleur avec le mécanisme extra-budgétaire des
CEE n?est possible que pour le raccordement aux réseaux de chaleur, les CEE ne financent pas
la production de chaleur191.
En matière de dépenses fiscales, la fourniture d'énergie par les réseaux de chaleur
alimentés à plus de 50?% par des énergies renouvelables ou de récupération bénéficie d?un taux
réduit de TVA (5,5?%), au titre de l?article 278-0 bis du code général des impôts.
Les soutiens publics mobilisés en 2024 pour la géothermie profonde calogène : 4,8 M¤
de dépenses fiscales192 et 122,7 M¤ de dépenses budgétaires
En 2024, ces soutiens publics ont représenté, selon les estimations de la Cour, 4,8 M¤
de dépenses fiscales193 et 122,7 M¤ de dépenses budgétaires pour la géothermie profonde
calogène194, dont :
- 107,6 M¤ d?aides du fonds chaleur (réparties entre 63,9 M¤ pour la production de
chaleur et 43,8 M¤ pour la distribution (raccordement au réseau de chaleur)) ;
- 15 M¤ de dotation de l?Ademe au fonds de garantie, financé sur le fonds chaleur.
190 Ademe, Énergies renouvelables : la géothermie profonde - Réussir la transition écologique de mon
territoire, juin 2023, p. 1
191 Ademe, Note fonds chaleur CEE, avril 2025, p. 3.
192 Estimation de la Cour fondée sur les hypothèses suivantes : 1) la dépense fiscale prévisionnelle pour
2024 liée à la TVA à 5,5% sur la fourniture d?énergie dont bénéficient les réseaux de chaleurs alimentés à plus de
50% par des EnR&R est de 62 M¤ selon l?annexe au PLF 2025, Voies et moyens, Tome 2, p. 166 ; 2) Les réseaux
de chaleur « vertueux » sont alimentés à hauteur de 7,7 % par la géothermie selon l?enquête des réseaux de chaleur
et de froid réalisée par la Fedene en 2024. Par extrapolation, on peut estimer que la part de la dépense fiscale
prévisionnelle pour 2024 liée à la TVA à 5,5% pour la fourniture par réseaux d?énergie calorifique d?origine
renouvelable a bénéficié à la géothermie à hauteur de 7,7%*62, soit 4,8 M¤.
193 Estimation de la Cour fondée sur les hypothèses suivantes : 1) la dépense fiscale prévisionnelle pour
2024 liée à la TVA à 5,5% sur la fourniture d?énergie dont bénéficient les réseaux de chaleurs alimentés à plus de
50% par des EnR&R est de 62 M¤ selon l?annexe au PLF 2025, Voies et moyens, Tome 2, p. 166 ; 2) Les réseaux
de chaleur « vertueux » sont alimentés à hauteur de 7,7 % par la géothermie selon l?enquête des réseaux de chaleur
et de froid réalisée par la Fedene en 2024. Par extrapolation, on peut estimer que la part de la dépense fiscale
prévisionnelle pour 2024 liée à la TVA à 5,5% pour la fourniture par réseaux d?énergie calorifique d?origine
renouvelable a bénéficié à la géothermie à hauteur de 7,7%*62, soit 4,8 M¤.
194 Source : Cour des comptes à partir de données Ademe.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041823190/2022-01-01
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/ADEME/202306-Ademe_GeothermieProfonde-collectivit%C3%A9s_2_lOQGFH5.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/ADEME/202306-Ademe_GeothermieProfonde-collectivit%C3%A9s_2_lOQGFH5.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/fond%20chaleur%20et%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur/Eligibilit%C3%A9%20aux%20aides/Q01-T02-02-Note_Fonds_Chaleur_CEE_avril2025.pdf
file:///C:/Users/noemie.houard@ccomptes.fr/Downloads/PLF%202025%20-%20Voies_et_moyens_Tome_2_Depenses%20fiscales%20(9).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
file:///C:/Users/noemie.houard@ccomptes.fr/Downloads/PLF%202025%20-%20Voies_et_moyens_Tome_2_Depenses%20fiscales%20(9).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Ademe-Liste%20op%C3%A9rations%20FC%20-%20aides%20investissement%20EnRR%202015-2024.xlsx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
95
Ces aides ont soutenu 8 projets, dont 5 projets typiques de doublets géothermiques195.
Pour ces derniers, le montant moyen d?aides du fonds chaleur correspondant s?élève à
8 M¤/projet au titre de la seule « production » et à 16 M¤/projet en intégrant l?aide « réseau de
distribution » associée.
Un rythme de développement à accélérer pour tenir les objectifs du projet de PPE 3
Le projet de PPE 3 fixe un objectif de 6 TWh de chaleur géothermique produite par
géothermie profonde en 2030 (contre 2,26 TWh en 2023). Or, entre 2015 et 2024, le fonds
chaleur n?a financé que 3 à 5 doublets / an.
Pour atteindre les objectifs de la PPE 3, le rythme de réalisation doit donc être
sensiblement accru, pour réussir entre 6 et 10 doublets géothermiques par an d?ici 2030 : 6
doublets, pour une production de chaleur stable de 0,087 TWh/an ; 10 doublets, pour une
production de chaleur de 0,055 TWh/an.
Graphique n° 13 : Production de chaleur par géothermie profonde depuis 2015 et projections d?ici
2030 en fonction de différents scénarios (TWh)
Source : pour la production de chaleur réalisée et les prévisions des foreurs : AFPG ; pour les scénarios 1 à 3 :
calculs Cour des comptes à partir de données Ademe.
Besoins de fonds chaleur estimés pour tenir les objectifs de la PPE 3 : de l?ordre de 96
à 200 M¤/an d?ici 2030 (hors dotation Ademe au fonds de garantie)
Pour réussir entre 6 et 10 doublets géothermiques par an d?ici 2030, la Cour estime la
subvention annuelle du fonds chaleur requise entre 96 et 200 M¤/an d?ici 2030 selon les
scénarios retenus. Les estimations de l?Ademe correspondent à ces ordres de grandeur : 84 M¤
en 2025 et 192 M¤ les années suivantes.
195 Les 3 autres correspondent à : 1) Un projet d?investissement dans un réseau de chaleur alimenté par
de la géothermie profonde sur le site de Renault Douai (59) en substitution au gaz, finalement abandonné par
Renault, mais pour lequel Engie conserve cependant une autorisation de recherche et pourrait relancer l?initiative
si un nouveau partenaire acceptait les risques associés ; 2) la construction d'un SWAC (Sea Water Air
Conditionning) pour un centre hospitalier universitaire au sud de La Réunion ; 3) Mise en place de pompes à
chaleur sur la géothermie profonde existante pour un projet porté par Géoval à Lognes.
0
2
4
6
8
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
Production de chaleur réalisée
Prévision des foreurs
Scénario 1 (6 doublets, production de chaleur stable de 0,087 TWh/an)
Scénario 2 (10 doublets, production de chaleur de 0,055 TWh/an)
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/AFPG/2024_AFPG_Synthese-Etude-de-filiere-2024-%20geothermie.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.1.1.%20Des%20dispositifs%20financiers%20%C3%A0%20adapter/G%C3%A9othermie%20-%20retour%20Ademe%20pr%C3%A9contradiction-efficience_.doc
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
96
Tableau n° 9 : Subvention annuelle du fonds chaleur requise pour tenir les objectifs de la PPE 3 en
fonction de 4 scénarios
Hypothèses
Producti
on de
chaleur
par
doublet
Nombre de
doublets
engagés
chaque
année
Montant de l'aide
moyen par
doublet
(production et
distribution)
Subvention
annuelle
totale
correspon-
dante
Scénario 1 (productivité du
gisement et montant de subvention
comparables aux niveaux de
2024)
0,087
TWh/an
6 16 M¤ 96 M¤
Scénario 2 (productivité du
gisement comparable et montant
de subvention augmenté par
rapport aux niveaux de 2024)
0,087
TWh/an
6 20 M¤ 120 M¤
Scénario 3 (productivité du
gisement moindre et montant de
subvention équivalent aux niveaux
de 2024)
0,055
TWh/an
10 16 M¤ 160 M¤
Scénario 4 (productivité du
gisement moindre et montant de
subvention augmenté par rapport
aux niveaux de 2024)
0,055
TWh/an
10 20 M¤ 200 M¤
Source : Cour des comptes à partir de données Ademe.
Un besoin de 14 M¤/an d?ici 2030 au titre du fonds de garantie
À ces montants s?ajoutent les moyens alloués au fonds de garantie. Pour financer
l?enveloppe du fonds de garantie validée par la commission européenne en juillet 2023
(195,6 M¤, dont 140 M¤ apportés par l'Ademe), le fonds chaleur doit en effet contribuer à
hauteur de 14 M¤/an en moyenne sur dix ans.
Une dépense fiscale croissante, estimée à 4,8 M¤ en 2024, augmentant progressivement
à 8,5 M¤ en 2030
Le projet de PPE?3 fixe pour ambition que les réseaux de chaleur et de froid livrent, d?ici
2030, 39,5 TWh de chaleur renouvelable et de récupération (contre 19,4 TWh en 2023), avec
un objectif de 6 TWh de chaleur géothermique produite par géothermie profonde (contre 2,26
TWh en 2023).
Grâce au verdissement progressif des réseaux de chaleur existants, la part de la livraison
de chaleur des réseaux « vertueux » par rapport à la livraison totale de chaleur est passée de
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.1.1.%20Des%20dispositifs%20financiers%20%C3%A0%20adapter/Liste%20op%C3%A9rations%20FC%20-%20aides%20investissement%20EnRR%202015-2024_.xlsx
https://france.representation.ec.europa.eu/informations/aides-detat-la-commission-autorise-un-regime-daides-francais-de-1956-millions-eu-mettant-en-place-un-2023-07-24_fr?utm_source=chatgpt.com
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/projet-decret-ppe3.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
97
85% en 2019, à 87 % en 2020, 87 % en 2021, 92 % en 2022 et 93 % en 2023196. Si cette
tendance se poursuit, cette part atteindra 100 % d?ici 2030, ce qui signifie que la totalité de la
chaleur livrée par les réseaux le serait alors par des réseaux vertueux. Dans cette hypothèse, les
39,5 TWh de chaleur renouvelable et de récupération livrés en 2030, selon la PPE 3, seraient
intégralement distribués par ces réseaux.
En considérant que 90% de la chaleur géothermique profonde continue d?être destinée
au chauffage urbain (part globalement observée depuis 2019197), 5,4 TWh sur les 6 TWh
projetés en 2030 seraient acheminés via les réseaux de chaleur vertueux. La géothermie
représenterait alors 13,7 % de leur mix énergétique.
En retenant l?hypothèse d?une stabilité du coût global de la dépense fiscale liée à la TVA
à 5,5% pour la fourniture par réseaux d?énergie calorifique d?origine renouvelable, soit 62 M¤
(niveau constaté en 2023 et prévu pour 2024), la part de cette dépense bénéficiant à la
géothermie pourrait être estimée par extrapolation à près de 8,5 M¤ en 2030, contre 4,8 M¤ en
2024.
Cette progression serait cohérente avec la montée en puissance attendue de la
géothermie profonde telle que définie dans le projet de PPE 3.
Dans ces conditions, le total des soutiens publics nécessaires pour atteindre les objectifs
du projet de PPE 3 en matière de géothermie profonde est estimé à l?horizon 2030 : entre 110
et 214 M¤/an pour les dépenses budgétaires (fonds chaleur + fonds de garantie) ; entre 4,8 et
8,5 M¤/an pour les dépenses fiscales.
196 Fedene, Enquête des réseaux de chaleur et froid de 2019 à 2024.
197 Ademe et Al., Panorama de la chaleur renouvelable depuis 2019.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Enqu%C3%AAtes%20FEDENE
https://cibe.fr/documents/panorama-chaleur-renouvelable/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
98
Annexe n° 7. Évolution des conditions d?allocations du fonds chaleur pour les
projets de géothermie profonde, depuis 2015
Créé en 2009, le fonds chaleur géré par l?Ademe accompagne le financement des
installations de production de chaleur par géothermie profonde ainsi que des réseaux de
distribution de chaleur liés à ces installations. Il s?adresse aux collectivités et aux entreprises.
Les opérations éligibles incluent :
- La création ou l?extension, de réseaux de chaleur et de froid ;
- La valorisation thermique de ressources géothermales profondes (profondeur supérieure à
200 mètres) ;
- La réalisation d'un doublet de forages (ou d?une autre configuration spécifique) sur un
aquifère profond avec ou sans mise en place d?une pompe à chaleur ;
- La mise en oeuvre d'une réinjection en aquifère profond sur une installation existante ;
- L?ajout d?une pompe à chaleur (PAC) sur un réseau de chaleur alimenté par une installation
de géothermie profonde existante.
De façon générale, l?aide est accordée au cas par cas, sur la base d?une analyse du coût
de revient de la chaleur renouvelable, comparé à une solution fossile de référence. Elle est
attribuée dans la limite d?une enveloppe budgétaire annuelle, selon les performances
techniques, économiques et environnementales des projets. L?aide n?a pas un caractère
automatique : son octroi est conditionné à une instruction individualisée et au respect de
plafonds définis. Ces aides prennent la forme d?une subvention plafonnée (en euro par MWh
de chaleur produite sur 20 ans). Elle a également pris la forme d?une avance remboursable de
2017 à 2019. L?aide a donc toujours pris la forme d?une subvention et, sur une courte période,
d?une avance remboursable.
Évolutions des aides du fonds chaleur aux projets de géothermie profonde depuis 2015
Les conditions d?éligibilité à ces aides et les plafonds retenus ont beaucoup évolué
depuis 2015198 :
a) De 2015 à 2016 : l?aide à la production de chaleur correspond à une subvention,
plafonnée à 7 ¤/MWh (sans PAC), et 14 ¤/MWh (avec PAC).
b) De 2017 à 2019 : le plafond de l?aide (subvention + avance remboursable) reste
inchangé, fixé à 7 ¤/MWh (sans PAC), et à 14 ¤/MWh (avec PAC), mais elle prend
également la forme d?une avance remboursable. L?aide est décomposée en deux
parties (une subvention et une avance remboursable), l?équilibre entre les deux, ainsi
que les critères et le calendrier de déclenchement du remboursement de l?avance
remboursable étant déterminés par l?évaluation économique du projet conduite par
l?Ademe.
198 Source : Ademe.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%203%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/2025-Ademe-Evolutions_des_modalit%C3%A9s_Fonds_Chaleur_8mmv65U.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
99
c) Depuis 2020 : les avances remboursables n?apparaissent plus dans les critères
d?éligibilité au fonds chaleur, cet abandon a été acté lors du conseil d?administration de
l?Ademe en décembre 2018 (pour les forages géothermiques mais également les réseaux
de chaleur, les chaufferies biomasse collectives et industriels, les centrales solaires
thermique), peu après avoir été annoncé par l?État dans le cadre de la programmation
pluriannuelle de l?énergie (PPE)199. Depuis 2020, l?aide à la production de chaleur prend
donc uniquement la forme d?une subvention, dont le plafond a changé quasiment chaque
année :
- En 2020 : 7 ¤/MWh (sans PAC), et 14 ¤/MWh (avec PAC).
- En 2021 et 2022 : 7 ¤/MWh (sans PAC), et 10 ¤/MWh (avec PAC).
- En 2023 : 9 ¤/MWh (sans PAC), et 13 ¤/MWh (avec PAC).
De 2021 à 2023, les plafonds d?aide sont définis pour les projets de géothermie
exploitant le réservoir du Dogger, et, pour ceux exploitant d?autres aquifères, sont revus au cas
par cas par l?Ademe à partir de l?évaluation économique du projet.
d) En 2024 et 2025, l?aide du fonds chaleur est calculée de façon globale, en intégrant la
production et la distribution de chaleur. Celle-ci correspond au minimum entre :
- Une aide de 20 ¤/MWh pour les projets de création de réseau de chaleur et de 14 ¤/MWh
pour les projets d?extension (sans PAC) (24 ¤/MWh pour les projets de création de réseau
de chaleur et de 18 ¤/MWh pour les projets d?extension (avec PAC)) ;
- Un plafond de taux d?aide de 45 % sur les dépenses éligibles.
En 2025, les conditions d?éligibilité au fonds chaleur ont beaucoup évolué afin de tenir
compte du prix de vente de la chaleur, l?aide étant limitée à l?atteinte d?un tarif « plancher », de
90 ¤/MWh TTC à l?échelle du réseau.
Focus sur les avances remboursables versées de 2017 à 2019
Selon l?Ademe, les avances remboursables, mises en place en 2017, l?ont été dans le
cadre d?une hausse progressive de de la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel
(TICGN) qui devait conduire à terme à une baisse unitaire des aides du fonds chaleur.
Cette avance remboursable a été rapidement abandonnée pour plusieurs raisons : d?une
part, suite au mouvement des « gilets jaunes » en 2018, la TICGN fut rapidement bloquée à son
niveau de 2018, soit 8,45 ¤/MWh qui correspond encore à son niveau actuel ; d?autre part, la
mise en place de ces avances remboursables a fait l?objet de nombreuses oppositions de la
filière.
Sur cette période (2017-2019), les aides du fonds chaleur à la géothermie profonde se
sont donc réparties entre subventions et avances remboursables, selon la ventilation détaillée
dans le tableau qui suit.
199 Sur l?ensemble des dossiers du fonds chaleur, au-delà de la seule géothermie, 15 ont été contractualisés
pour un montant de 26,5 M¤ d?aides remboursables.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%203%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/2019-Ademe_Rapport-de-performance-ADEME-2018.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%203%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/2019-Ademe_Rapport-de-performance-ADEME-2018.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/202507-Ademe-Avances%20remboursables-Q02-T01-01-Q1.1%20(1).docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
100
Tableau n° 10 : Répartition des aides du fonds chaleur entre subventions et avances remboursables,
entre 2017 et 2019
Année de
l?engagement
Montant de la
subvention (¤)
Montant de l?avance
remboursable (¤)
Montant total de
l?aide du fonds
chaleur (¤)
2017 3 048 351 4 900 000 7 948 351
2018 2 014 862 5 510 581 7 525 443
2019 8 243 000 8 243 000
Source : Ademe
Sur cette période, l?Ademe identifie trois projets s ayant perçu tout ou partie de l?aide
sous forme d?avance remboursable :
- le projet d?une centrale de géothermie profonde de 20 MW sur le site du Parc de l'Innovation
d'Illkirch ayant eu 4,9 M¤ d?aide en 2017 intégralement sous forme d?avance remboursable
n?est pas encore terminé. Le versement du solde de l?aide est programmé pour 2026 ;
- Le projet de centrale géothermique de Vendenheim qui avait été aidé également à hauteur
de 4,9 M¤ d?aide intégralement sous forme d?avance remboursable en 2018 et intégralement
payé en 2019 a fait l?objet dès 2020 d?un arrêté préfectoral pour l?arrêt de l?installation face
à un risque sismique trop élevé. Le remboursement de l?avance remboursable en était par
conséquent impossible ;
- Le troisième projet était le renouvellement d'un doublet de géothermie au Dogger avec
extension de 6 795 ml du réseau de chaleur de Vigneux-sur-Seine a été aidé en 2018 à
hauteur de 3,34 M¤ (dont 1 M¤ d?avance remboursable) avec 2,04 M¤ d?aide pour la
géothermie profonde (0,61 d?avance remboursable). Ce projet a été mis en service en 2024.
Le versement du solde conditionné à la production de chaleur réelle sera payé en 2025-2026
et les premières échéances de remboursement pourront être calculé à partir de 2027
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/202507-Ademe-Liste%20des%20proejts%20avec%20avances%20rembourbables%202017-2019-Q02-T01-02-Q1.2.docx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/202507-Ademe-D%C3%A9tail%20des%20projets%20concern%C3%A9s%20par%20avancements%20remboursables-Q02-T01-03-Q1.3.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
101
Annexe n° 8. Projets de géothermie profonde soutenus par la Banque des
territoires
La Banque des territoires finance les projets de géothermie profonde (production de
chaleur et réseaux de chaleur) portés par les collectivités locales, entreprises publiques locales,
organismes de logement social, au travers de mécanismes financiers, tels que les prêts bonifiés
et les prises de participation, qui visent la transformation écologique et énergétique au sens
large :
- au travers du prêt « transformation écologique », elle accompagne les acteurs du secteur
public local, en France métropolitaine et territoires d?Outre-Mer, dans le financement de
leurs projets. Elle leur permet d?emprunter jusqu?à 100 % de leur besoin, à taux bonifié
(taux du livret A + 0,40 %) ou à taux fixe, la durée d?amortissement pouvant aller jusqu?à
60 ans ;
- au travers d?une prise de participation minoritaire en fonds propres et quasi-fonds propres
dans les sociétés de portage des projets, elle finance, dans des conditions de marché, des
projets réalisés notamment dans le cadre de délégation de service public, aux côtés d?un ou
plusieurs partenaires. Le financement peut également porter sur la capitalisation (fonds
propres et quasi-fonds propres) d?un opérateur territorial dédié aux énergies (SEM par
exemple), ayant des projets de valorisation énergétique de ressources. La Banque des
territoires intervient rarement lors de la phase de développement et principalement lorsque
les autorisations administratives nécessaires sont purgées de tout recours, lorsque le projet
est prêt à être réalisé. Elle intervient également dans des sociétés qui délèguent le risque de
développement à un partenaire industriel200.
200 Banque des territoires, Note, juin 2025.
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Pr%C3%A9contradiction-Liste%20des%20projets%20de%20g%C3%A9othermie%20soutenus%20par%20la%20Banque%20des%20territoires-CDC_CAm.doc
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
102
Schéma n° 6 : Modalités de financement des projets de géothermie profonde par la Banque des
territoires
Source : Banque des territoires
Le nombre de dossiers reste limité. Au total, la Banque des territoires a financé :
- 18 projets de géothermie en prêt, dont 9 sur les 5 dernières années
- 5 projets par des prises de participation.
Tableau n° 11 : Liste des projets de géothermie financés par un prêt bonifié de la Banque des
territoires
Nom de
l'opération
Date
engagement
Sites Type
Production
de chaleur
(GWh/an)
Coût de
l'investissement
Total de
l?opération (M¤)
Part du prêt
de la
Banque des
Territoires
(M¤)
Subvention
fonds
chaleur
pour la
production
(M¤)
Smirec 2019
Aubervilliers
(93)
Géothermie
profonde
calogène
37,3 18,1 2,5 4,2
Smirec 2023
Épinay-sur-
Seine,
Villetaneuse,
Pierrefitte-
sur-Seine (93)
Géothermie
profonde
calogène
54,8 27,6 15,2 9,3
SPL
Geomalak
2024 Malakoff (92)
Géothermie
profonde
calogène
54,4 28 16,15 7,1
Genyo
porté par
le Siperrec
2024
Bobigny,
Pantin,
Drancy (93)
Géothermie
profonde
calogène
119 41,8 16 5,8
Source : Banque des territoires pour le montant des prêts ; Ademe pour la date d'engagement, la production de
chaleur attendue, le coût de l'investissement total, la subvention du fonds chaleur
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Banque%20des%20territoires-Pr%C3%A9sentation%20g%C3%A9othermie.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Pr%C3%A9contradiction-Liste%20des%20projets%20de%20g%C3%A9othermie%20soutenus%20par%20la%20Banque%20des%20territoires-CDC_CAm.doc
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Pr%C3%A9contradiction-Liste%20des%20projets%20de%20g%C3%A9othermie%20soutenus%20par%20la%20Banque%20des%20territoires-CDC_CAm.doc
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
103
Tableau n° 12 : Liste des projets de géothermie financés par une prise de participation, en fonds
propres et quasi-fonds propres, de la Banque des territoires
Nom de
l'opération
Date
de
mise
en
service
Sites Type
Production
de chaleur
(GWh/an)
Coût de
l'investissement
Total de
l?opération
(M¤)
Part des
Fonds
Propres
Banque
des
Territoires
(M¤)
Subvention
fonds
chaleur
pour la
production
(M¤)
Géothermie
Élysée
2024 Paris (75)
Géothermie
de surface
non connu 3,2 0,51 0
SAS
Géométropole
géothermie
Paris Nord
Est
2009
Paris (75) -
paris nord est
Aire urbaine
Géothermie
profonde
calogène
52 23,57 1,65 5,5
SAS Géorueil 2022
Ville de
Rueil-
Malmaison
(92)
Géothermie
profonde
calogène
66 19,26 0,89 4,9
Géothermie
Beinheim
(projet
Roquette)
2017
Rittershoffen
(67)
Géothermie
profonde à
haute
température
190 57,75 9,35 24,9
Bouillante
Géothermie
1986
Bouillante
(971)
Géothermie
profonde à
haute
température
entre 96 et
150
90 13,5 0
Source : Banque des territoires
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/Banque%20des%20territoires/banque%20des%20territoires%20-%20enqu%C3%AAte%20sur%20les%20soutiens%20publics%20au%20d%C3%A9veloppement%20de%20la%20g%C3%A9othermie.msg
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
104
Annexe n° 9. Les réseaux de froid
Selon la Fedene, les réseaux de froid jouent un rôle essentiel dans la fourniture de froid
pour répondre aux besoins de climatisation, principalement dans des secteurs commerciaux et
tertiaires. Ils desservent des bâtiments tels que des bureaux, des hôtels, des musées, des
aéroports, des universités, des hôpitaux, ainsi que des installations industrielles, notamment les
data centers et d'autres secteurs nécessitant un refroidissement continu. L'utilisation croissante
d'équipements électroniques, l'architecture des bâtiments (baies vitrées, construction en verre),
et d'autres facteurs ont entraîné une demande constante de climatisation tout au long de l'année.
Un réseau de froid est constitué d?une ou plusieurs centrales de production de froid,
d?un réseau de canalisations permettant le transport de la chaleur extraite des bâtiments par un
fluide caloporteur (en général de l?eau) dont la température se situe entre 1 et 12°C à l?aller, et
entre 10 et 20°C au retour et de points de livraisons, appelés sous-stations, assurant la collecte
de la chaleur dans les immeubles à rafraîchir.
Un exemple de réseau de chaleur et de froid alimenté par géothermie
La ville de Nice (Alpes-Maritimes) a fait le choix de développer un réseau de chaleur et de froid alimenté
par une géothermie sur nappe à partir d?une source primaire à 15 °C et un débit constant afin de chauffer,
rafraîchir et fournir l'eau chaude sanitaire à l'écoquartier Nice Méridia, qui s'inscrit dans le Plan Climat Air
Energie Territorial (PCAET) de la métropole.
Inaugurée en 2021, l'installation alimente l'écoquartier, qui représentera à terme 550 000 m² de bâtiments
dont 3 500 logements et 250 000 m² de bâtiments tertiaires. Elle évite ainsi l'émission de 5 000 tonnes de
CO2 chaque année.
Le coût global du projet est de 18,8 M¤ HT. L'opération a bénéficié d'un financement de l'ADEME (3,69
millions d'euros du Fonds Chaleur) et de la région PACA (1,5 millions d'euros).
L'installation est composée d'un réseau de 6 km alimenté en eau chaude ou froide grâce notamment à 4
thermofrigopompes de 1,57 MW qui exploitent l'énergie de la nappe du Var, pompée à 34 m de profondeur
à travers 4 puits, et réinjectée à 43 m de profondeur à travers 8 autres puits.
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/REX_PACA_Nice_r%C3%A9seau%20Nice-Meridia.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
105
Annexe n° 10. Les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique
Selon l?AFPG, la boucle d?eau tempérée à énergie géothermique dite « Beteg » est un
dispositif innovant basé sur une distribution de l?énergie thermique via un réseau d?eau
tempérée unique (température de distribution de l?eau qui y circule comprise généralement entre
5 et 30°C), ce qui permet à la fois de répondre facilement à des besoins de chaud comme de
froid et d?avoir une autre approche des « pertes énergétiques » du réseau, qui peuvent se
transformer en « gains énergétiques ».
Elle est constituée d?un dispositif de captage (ressource géothermique), d?un dispositif
de mutualisation (boucle d?eau tempérée), d?un dispositif de production (Thermopompes ou
PAC Géothermiques eau/eau) et d?un dispositif de régulation.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
106
L?exemple du lac d?Annecy
Une boucle d?eau de 2,5 Km permet d?alimenter en chaleur et en froid 570 logements du quartier
des Trésums situé à proximité du lac.
L?eau du lac est prélevée dans le trou de Boubioz qui plonge à 83 m sous la surface, profitant d?une
eau à 7°C, été comme hiver.
Grâce à ses pompes à chaleur et échangeurs thermiques, la boucle d?eau permet de couvrir 95 %
des besoins de chauffage et d?eau chaude sanitaire, à hauteur de 13 GWh/an. L?appoint est réalisé
par du gaz.
Un système d?aqua-cooling assure 500 MWh/an de froid pour les besoins en climatisation d?un
hôtel et d?une future résidence service sénior.
Ce projet représente un investissement de 10 M¤ dont 1,7 M¤ de subvention de l?Ademe. Il permet
d?éviter 2 600 tonnes de CO2 par an.
À partir des données du fond chaleur, l?AFPG recense huit opérations sur eaux usées,
sept sur aquifère, six sur champ de sondes, cinq sur eau de mer et une opération sur puits de
mine.
En Outre-mer, des technologies adaptées au climat tropical comme la SWAC (sea water
air conditioning) sont en cours d?expérimentation à la Réunion et en Polynésie.
Le SWAC du CHU Saint-Pierre de la Réunion
La PPE de la Réunion identifie deux projets de SWAC, concept innovant de climatisation à base
d?eau de mer visant à substituer une grande partie de l?énergie électrique nécessaire à la
climatisation par l?énergie thermique des mers, soit une source froide renouvelable.
Le SWAC du CHU Saint Pierre dont les études ont été financées par l?Ademe et EDF prévoit un
pompage de l?eau fraîche à 1000 m de profondeur et sa circulation dans des échangeurs thermiques
de surface avant son rejet à 50 m de profondeur.
L?objectif est d?obtenir 6,6 MW de froid en substitution de consommations électriques associées
à la climatisation de l?hôpital Saint-Pierre, représentant un gain net pour le système électrique
réunionnais d?environ 9 GWh électriques par an.
Le montage contractuel retenu permet à une entreprise privée d?investir dans ce réseau. En
contrepartie, le CHU s?engage à acheter le froid produit pendant vingt ans, à des conditions
prédéfinies dans le contrat issu du dialogue compétitif.
L?un des intérêts de ce projet est de réduire les charges de service public par une baisse
significative de la consommation électrique.
Ce projet représente un investissement de 66 M¤. Il a bénéficié d?un soutien du fonds chaleur de
23,6 M¤, de la région Réunion et du FEDER.
https://swac-sudreunion.re/le-projet-de-chu-sud-reunion/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
107
Annexe n° 11. Les différentes formes de stockage souterrain intersaisonnier
Le stockage d?énergie souterrain regroupe plusieurs typologies de dispositif.
Le stockage d?énergie souterrain sur aquifère puise et réinjecte l?eau dans une nappe
après circulation dans un échangeur thermique. Il est très répandu aux Pays-Bas où il existe de
l?ordre de 3000 installations, parfois de taille très importante comme pour l?université
d?Eindhoven, où 250 000 m² de bâtiment sont alimentés par une boucle d?eau tempérée
connectée à 32 puits (16 de captage, 16 de réinjection), pour une puissance maximum de 17
MW et une énergie fournie de 15 à 30 GWh par an.
Schéma n° 7 : Stockage d?énergie souterrain sur aquifère
Source/note : Heatstore et BRGM
Le stockage thermique en champ de sondes est constitué par un ensemble de sondes
verticales. L?échange de chaleur entre le milieu rocheux et la sonde se fait par conduction. Un
champ de sondes va permettre d?extraire la chaleur du sous-sol pendant l?hiver ou le froid
pendant l?été. L?inversion du sens de circulation permet de constituer un stock de chaleur (ou
de froid), en mobilisant les mêmes sondes.
Schéma n° 8 : Stockage d?énergie souterrain sur sondes verticales
Source/note : undergroung energy, académie des technologies
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
108
Le principe de fonctionnement d?un stockage de chaleur en réservoir enterré est le
même qu?un ballon d?eau chaude dans une maison individuelle : posséder une réserve d?eau
chauffé à une certaine température pour pouvoir subvenir rapidement au besoin de chauffage
ou d?eau chaude sanitaire, lisser la production primaire de chaleur et éviter les à coup de
production énergivores. Cette solution permet le stockage de très grands volumes, jusqu?à
203000 m3 à Vojens au Danemark, et donc des économies d?échelle appréciables.
Schéma n° 9 : Le stockage d?énergie souterrain sur réservoir enterré
Source/note : Aalto university et BRGM
Le stockage thermique en cavité utilise des cavités creusées pour la circonstance ou
qui ont perdu leur usage initial, telles des mines ou des réservoirs abandonnés. Une fois remplies
d?eau, ces cavités peuvent être exploitées pour constituer un stock de chaud ou de froid, en
fonction de la saison.
Un système de géothermie sur eaux de mine à Gardanne
Un système de géothermie sur eaux de mine permet de chauffer et rafraîchir les 80 000 m² d?un
nouvel écoquartier situé au droit du puits minier. Cette installation profite notamment aux 560 m²
de bureaux de l?unité territoriale Après-mine sud du BRGM.
L'eau de mine pompée à plus de 300 m de profondeur transite en surface par un échangeur en titane
permettant de récupérer les frigories ou les calories selon la saison, alimentant une boucle
secondaire d'eau tempérée stockée dans deux ballons en acier de 50 m3 unitaire. Après passage
dans une pompe à chaleur située sur la parcelle occupée par l'UTAM-Sud, cette eau permet de
délivrer dans les bâtiments un fluide à 40°C ou à 10°C selon les besoins afin de procurer du
chauffage ou du rafraichissement.
Grâce à la géothermie issue des eaux de mine, épaulée par un réseau de panneaux solaires (2 200
m²), tout l'écoquartier de Gardanne, soit près de 14 hectares, bénéficie d'énergies renouvelables et
décarbonnées pour plus de 80 % de ses besoins.
A terme, ce réseau disposera d'une puissance en chaud de 1 000 KW et en froid de 1 700 KW.
Le projet bénéficie de subventions, notamment de l?Ademe et de la région Sud, pour un montant
total de 2,1 millions d?euros sur un coût global de 6 millions d?euros.
https://www.geothermies.fr/outils/operations/lecoquartier-yvon-morandat-de-gardanne-bouches-du-rhone
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
109
Annexe n° 12. Comparaisons internationales
En résumé, la géothermie, même dans les pays dans laquelle elle est le plus développée
reste une énergie utilisée de manière marginale. La France, si elle n?est pas le premier pays en
matière de production d?énergie géothermique, reste bien placée dans l?ensemble des secteurs
(top 6 des pays du continent européen).
Tableau n° 13 : Nombre total de pompes à chaleur géothermique dans sept pays européens
Source : Cour des comptes depuis la base de données EurObserv'ER online database - EurObserv'ER
Tableau n° 14 : Capacité installée en termes de production de chaleur et de froid
Pays Capacité installée 2023 MW
Suède 7 280
Allemagne 5 381
France 2 868
Islande 2 823
Suisse 2 390
Finlande 2 300
Pays-Bas 1 830
Source : Cour des comptes depuis geothermal Energy Database | International Geothermal Association
Pays 2018 2019 2020 2021
Suède 537 878 551 776 561 033 560 333
Allemagne 376 902 392 784 411 198 431 134
France 157 950 161 250 173 000 172 000
Finlande 118 976 127 964 136608 146 124
Autriche 106 843 109 695 112 143 114 919
Pays-Bas 60 379 71 065 87 919 106 265
Danemark 65 149 68 997 72 459 77 796
https://www.eurobserv-er.org/online-database/
https://worldgeothermal.org/geothermal-data/geothermal-energy-database
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
110
Tableau n° 15 : Sept premiers pays européens producteurs de géothermie électrogène en 2023
Source : Geothermal Energy Database | International Geothermal Association
L?analyse des mesures financières et réglementaires est complexe en raison de leur
caractère éparse et de l?absence de documents reprenant clairement la réglementation et les
incitations allouées à la géothermie dans les différents pays observés (notamment en raison des
compétences partagées entre les Etats et les échelons intermédiaires). Néanmoins, les facteurs
financiers et réglementaires ne semblent pas les déterminants principaux des différences de
croissance de l?exploitation de la géothermie profonde entre les pays. La principale différence
en matière de réglementation entre la France et les pays analysés semble être la définition de la
géothermie de surface et de la réglementation associée. En effet, la France utilise des paramètres
de profondeur et de débit, tandis que l?Allemagne, la Suisse et la Lombardie n?utilisent que le
débit ou la profondeur.
Les étapes réglementaires afin de procéder à cette exploitation sont similaires dans les
pays examinés, et l?enchevêtrement des compétences entre les autorités délivrant les différentes
attestations et permis également. Le fait que la quasi-totalité ait publié très récemment (entre
2019 et 2024) des planifications ou des législations visant à réduire les délais d?autorisation et
les étapes à accomplir illustre ce constat.
Un rapport de comparaison du cadre réglementaire de la géothermie de surface mené
2013 dans le cadre d?un programme de géothermie cofinancé par l?union Européenne montre
que le cadre réglementaire constitue souvent un obstacle pour le développement de la
géothermie de surface. En cause sont cités l?absence de réglementation, les procédures
complexes, les retards de procédures, les procédures coûteuses, la répartition complexe entre
les différentes autorités et les procédures hétérogènes d'une région à une autre.
Les facteurs discriminants sont à rechercher du côté socio-politique. L?étude des pays
ci-dessous fait ressortir plusieurs points qui ont semblé participer au développement de la
géothermie : la stabilité dans la volonté politique (Suisse, Italie), l?exploration systématique ou
régulière du sous-sol pour en améliorer la connaissance et le potentiel géothermique (Suisse,
Italie, Pays-Bas), la prévisibilité de la décision et la clarté et la disponibilité des informations
(Suisse) et une priorité gouvernementale sur un des usages de la géothermie (Allemagne, Italie,
Suisse).
Pays Total d?électricité générée (GWh)
Turquie 10 840
Italie 5 917
Islande 5 788
Allemagne 208
Portugal 159
France 127
Croatie 75
https://worldgeothermal.org/geothermal-data/geothermal-energy-database
http://ubeg.de/Regeocities/D2.2-FR%20overview%20shallow%20geothermal%20regulation%20Europe.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
111
Tableau n° 16 : Comparaison de la géothermie profonde dans trois pays européens
Allemagne Autriche Italie
Densité de population 240 hab./km2 110 hab. /km2 200 hab./km2
Taux d?urbanisation 78% 59% 72%
Intérêt pour la
géothermie
Années 80 Années 70 1913
Potentiel estimé de
géothermie
700 TWh 200 TWh
Electricité générée
GWh en 2023
207,7 0,5 5 917
Chaleur générée TJ/an
en 2023 32 183 9 038 9 668
Blocages constatés
Prix faible des énergies
fossiles
Manque de connaissance
des chauffagistes et des
autorités
Barrières économiques :
coût des installations et
des PAC géothermiques
Coûts administratifs pour
les installations
individuelles, clarté de la
norme et des
compétences entre les
échelons
Faible concurrence des
acteurs dans le monde des
PAC géothermiques
Normes / temps
Méconnaissance
Complexité de la norme
Rentabilité économique
(incertitude, débouchés)
Normes / temps
Méconnaissance
Enchevêtrement
Coût des PAC
Solutions
Fonds de garantie par
assureur allemand et
banque publique
d?investissement depuis
2025
Loi sur la planification
thermique élabore un
plan de décarbonisation
par les municipalités de
l'approvisionnement en
chaleur d'ici 2045.
Loi sur l?accélération des
procédures pour les projets
importants
Obligation de
planification municipales
Programme d?exploration
des sols (initiative privée)
Rapport du
gouvernement sur le
potentiel
géothermique des
territoires tous les ans
Apparition d?aides
spécifiques sur la
géothermie
Elaboration d?une
stratégie relative à la
géothermie avec
objectifs chiffrés
Source/note : Banque mondiale 2022, eurobserver et ECG
file:///C:/Users/nolwenn.perrinlacoustene@crtc.ccomptes.fr/Documents/2e%20chambre/BMWK%20Newsletter%20Energiewende%20-%20The%20Heat%20Planning%20Act:%20momentum%20for%20the%20local%20heat%20transition
file:///C:/Users/nolwenn.perrinlacoustene@crtc.ccomptes.fr/Documents/2e%20chambre/BMWK%20Newsletter%20Energiewende%20-%20The%20Heat%20Planning%20Act:%20momentum%20for%20the%20local%20heat%20transition
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
112
Tableau n° 17 : Comparaison de la géothermie de surface dans quatre pays européens
Suède Suisse Pays-Bas France
Densité de
population
26 hab. / km2 222 hab. / km2 526 hab./km2 240 hab./km2
Taux
d?urbanisation
88% 74% 93% 81,2%
Intérêt pour la
géothermie
Années 70 Années 70 Années 80 Années 70
Nombre de PAC
géothermique en
fonction
561 033 110 247 87 919 173 000
Blocages constatés
Méconnaissance du
public
Priorité politique au
chauffage urbain et non
pas à la géothermie de
surface individuelle
Méconnaissance
de la géothermie
profonde
Hétérogénéité
des procédures
en fonction des
cantons
Incertitudes du
rendement en cas
de forage
notamment
géothermie
profonde
Connaissance du
sous-sol et
données relatives
à la géothermie
Légal/
réglementaire :
Les procédures de
permis sont trop
longues et non
homogènes en
matière de
géothermie de
surface
Surface :
concurrence du gaz
naturel et RT 2012
qui privilégiait
toujours le gaz dans
les bâtiments neufs
Durée des
procédures
PACG : pas de
développement en
habitat collectif en
raison notamment
du coût du forage
exploratoire
Solutions
Taxation du carbone
Prix des PACG et
subventions
Qualité des
portails
utilisateurs
Production
d?études
comparatives
avec pays de
l?UE
Procédures
allégées pour la
géothermie de
surface
Fonds de
garantie
Fonds de garantie
Taxation du
carbone
RE-2020 en
remplacement de la
RT 2012
Assouplissement
des procédures pour
la géothermie de
surface
Ma prime rénov?
Fonds chaleur et
garantie aquapac
Source/note : Données banque mondiale et eurobserver 2020 à l?exception de la Suisse, données ECG
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION s inclinées, qui occupent moins
d?espace65, ou simplement la mise en commun de forages.
66 Article L. 229-26.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
34
communes de plus de 20 000 habitants, plusieurs instruments ont été mis en place ou sont en
cours de développements pour aider au déploiement de projets.
Le Cerema, organisme mixte État-collectivités territoriales, a pour mission d?apporter à
ces dernières des connaissances, des savoirs scientifiques et techniques et des solutions pour
améliorer le cadre de vie. Dans le domaine de la géothermie de surface, il met actuellement au
point une cartographie détaillée, établie en collaboration avec le BRGM. Cet outil, qui est
presque achevé pour la France, identifie au niveau de la parcelle les potentialités de
développement de cette énergie et constitue donc un instrument particulièrement utile au service
des planificateurs urbains (voirannexe n°1).
L?Ademe a fait évoluer dans les années récentes ses conditions financières pour les
adapter aux besoins des collectivités. Le contrat de chaleur renouvelable territorial (CCRT)
permet depuis 2016, et surtout 2020 sur une large échelle, au fonds chaleur de soutenir des
grappes de projets par type d?énergie renouvelable, dont la géothermie de surface, à l?échelle
d?un territoire. Visant à simplifier (aide forfaitaire pluriannuelle) et à alléger les procédures, les
CCRT reposent sur la signature d?un seul contrat pluriannuel avec une collectivité territoriale
pilote. Il en existe aujourd?hui 180, qui couvrent 63 % du territoire. En 2024, environ 1/7ème
des projets du fonds chaleur ont bénéficié de cette formule67. En lançant à la fin 2023, à la suite
du plan géothermie, un appel à projet (« Geoboost ») spécialement consacré aux études sur la
géothermie de surface, l?agence a complété son action en aidant les collectivités, les
associations et les entreprises à identifier le potentiel géothermique de leur territoire et en
favorisant la création de projets concrets68.
1.3.5.2 Des formules contractuelles insuffisamment travaillées
L?examen des obstacles au développement de la géothermie de surface a montré69 que
l?un des principaux d?entre eux tenait au fait que souvent, l?investisseur dans un projet
géothermique n?était pas celui qui, à long terme, en récoltait les fruits sous la forme de frais de
chauffage réduits. Les difficultés sont de deux ordres différents : il faut organiser la
répercussion sur le locataire d?une part, par une formule qui sécurise le financement d?autre
part.
Des solutions juridiques existent pourtant pour surmonter cette coupure et pour résoudre
ces difficultés. Au plan individuel, le leasing70 permet de regrouper dans la durée
l?amortissement de l?équipement et les frais de maintenance, voire l?assistance-dépannage,
ainsi que les frais financiers inhérents à ce montage. Au plan collectif, les formules de tiers-
investisseur, qui organisent le financement et l?exploitation « clés en main », permettent à un
acteur extérieur de prendre en charge l?investissement initial, la gestion et souvent la
maintenance de l?installation, en échange d?un loyer énergétique ou d?un paiement indexé sur
la chaleur produite. Lorsque c?est une collectivité qui est à l?origine du projet, bien que la
relative modestie des investissements de géothermie de surface, par comparaison à la
géothermie profonde étudiée dans la parte 2, ne justifie pas de recourir aux délégations de
67 Source : Ademe.
68 Ademe, Appel à projet Geoboost, études de faisabilité en géothermie de surface, 2023.
69 § 1.2.2.
70 Location avec option d?achat ou longue durée.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
35
service public, les formules de marché global de performance à paiement différé, les contrats
de performance énergétique, tel celui développé par la Fedene, sont disponibles.
Pourtant, force est de constater que ces types de contrats ne se sont que très peu
développés. Les banques hésitent à pratiquer le leasing, car les pompes à chaleur, les sondes et
les doublets sont plus difficiles à saisir qu?une voiture ou un équipement de bureau en cas de
difficulté. L?institut de la finance durable déplore que les formules de tiers-investisseurs ne
soient pas encore mûres, avec une offre bancaire et assurancielle encore pauvre, que mettent en
lumière les documents préparatoires au plan géothermie. La complexité des projets et la durée
élevées sur laquelle ils peuvent être rentabilisés posent une autre difficulté. Le plan national
géothermie, partant de ce constat, a consacré une de ses actions à « faciliter le déploiement de
la géothermie de surface en encourageant de nouvelles modalités de financement » (action 6-
B, qui cite notamment le tiers investisseur), mais avec des conséquences encore limitées, malgré
quelques propositions nouvelles de la part de certains acteurs, comme la réservation d?une part
de MaPrimeRénov? à son sous-ensemble « copro ». En améliorant le fonctionnement du marché
plutôt que de recourir à l?augmentation des subventions, cette voie semble pourtant prometteuse
pour surmonter les obstacles au déploiement de la géothermie. Il conviendrait donc
d?approfondir ces efforts71.
Enfin, dans les cas du logement social, il serait utile de chercher à identifier précisément
les obstacles qui s?opposent à des investissements dans la géothermie de surface qui sont à long
terme, par leurs faibles coûts de fonctionnement, favorables autant aux bailleurs qu?aux
locataires, mais que les règles actuelles de facturation des coûts de chauffage évoquées dans les
développements précédents découragent dans de très nombreux cas.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
Ce qui domine tout le reste lorsqu?il s?agit de la géothermie de surface, c?est l?étonnant
contraste entre les atouts de cette source d?énergie renouvelable, qui n?a pas de rivales sur le
plan des émissions de gaz à effet de serre, de l?efficacité énergétique, de l?abondance des
ressources ou de l?indépendance de approvisionnements, et la faiblesse de sa diffusion dans la
pratique.
La fixation d?objectifs extrêmement élevés pour la production de chaleur reposant sur
cette technique dans les programmations pluriannuelles de l?énergie, qui, sauf évolution
majeure et rapide, semblent irréalistes au vu de son niveau actuel et des tendances de son
évolution, matérialise cette opposition entre les ambitions et la réalité.
De multiples obstacles expliquent cette situation : le coût initial élevé des installations,
souvent, de surcroît, majorés par d?indispensables dépenses annexes, la difficulté, pour
l?investisseur, de récupérer sa mise par le bénéfice de coûts de fonctionnement particulièrement
bas qui profitent souvent à d?autres, le développement encore modeste et, surtout, la faible
notoriété de la filière, ainsi que des contraintes techniques qui restreignent la possibilité de son
usage dans certains cas.
71 Le récent rapport de la Cour des comptes sur le soutien aux logements face aux évolutions
climatiques et au vieillissement de la population (2023) préconise aussi d?aller dans ce sens.
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-soutien-aux-logements-face-aux-evolutions-climatiques-et-au-vieillissement-de-la
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-soutien-aux-logements-face-aux-evolutions-climatiques-et-au-vieillissement-de-la
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
36
Des perspectives positives n?en n?existent pas moins, servies par le durcissement des
règles énergétiques qui s?appliquent au bâtiment, par l?évolution rapide des techniques et par
une mobilisation croissante des acteurs de la filière et de l?État. Elles reposent moins sur
l?augmentation des subventions, qui risque de s?avérer insoutenable si l?on s?approche, même
de loin, des objectifs pluriannuels, que sur leur priorisation, le desserrement de certaines
contraintes règlementaires sur les forages et le développement d?outils organisationnels et
juridiques permettant d?améliorer le fonctionnement du marché et de rentabiliser plus
facilement les investissements.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
37
2 LA GÉOTHERMIE PROFONDE CALOGÈNE : DES
OBJECTIFS ATTEIGNABLES SOUS CONDITIONS
Contrairement à la géothermie de surface, majoritairement utilisée à l?échelle
individuelle, la géothermie profonde calogène s?inscrit dans une logique collective et de long
terme. Portés par des maîtres d?ouvrage bénéficiant d?une stabilité institutionnelle (collectivités
et délégataires), ces projets permettent d?amortir les investissements sur la durée de vie des
installations (une trentaine d?années selon l?Ademe) et bénéficient d?un ensemble de soutiens
publics simple et lisible. Bien que la géothermie profonde présente une rentabilité économique
et un potentiel de développement supérieurs à ceux de la géothermie de surface, elle demeure
confrontée à un certain nombre d?obstacles communs.
Ce chapitre, consacré à la géothermie profonde à vocation calogène (chauffage,
production d?eau chaude), analyse le développement de cette filière en France (2.1), l?effet des
soutiens publics (2.2) et les freins à lever pour atteindre les objectifs du projet de PPE 3 (2.3).
2.1 Un potentiel sous-exploité, sauf en Île-de-France
La géothermie profonde calogène exploite la chaleur de nappes d?eau souterraines
(« aquifères ») situées à des profondeurs comprises entre 200 et 2 000 m, dont la température
est comprise entre 30 et 100 °C. Cette énergie renouvelable est principalement utilisée pour
alimenter les réseaux de chaleur urbains72.
Fondées sur le principe du « doublet géothermique » (un puit de pompage de l?eau
chaude, et un puits de réinjection de l?eau refroidie dans la nappe d?origine), ces installations
valorisent en continu l?énergie locale, sans transport ni combustion, indépendamment des
conditions climatiques extérieures. Le recours à une pompe à chaleur, bien que non
systématique, permet d?optimiser le rendement énergétique de la ressource73.
Après un essor au début des années 1980 puis un ralentissement, la filière a été relancée
à partir de 2009 avec la création du fonds chaleur74, comme l?a montré la Cour dans son rapport
sur la géothermie de 2013.
72 Source : DGEC ; AFPG, Étude de filière 2023, 2024.
73 Annexe n°4 : Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène.
74 Ademe, Évolution des coûts des énergies renouvelables et de récupération en France entre 2012 et
2022, 2024, p. 157.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
38
Graphique n° 4 : Nombre de projets de géothermie profonde, production de chaleur liée (2000-2023)
Source : Ademe, BRGM pour la période (2000-2010) ; Ademe pour la période (2012-2023)
En 2023, 73 installations de géothermie profonde étaient en service. Elles ont produit
2,26 TWh de chaleur, dont 89 % ont été injectés dans les réseaux de chaleur. L?usage industriel
reste limité (8 %), de même que les usages agricoles (chauffage de serres, pisciculture) ou
aqualudiques (piscines, centres nautiques, thermes) encore plus marginaux75.
Schéma n° 1 : Principe d?un réseau de chaleur géothermique
Source : Actee, Guide pour les collectivités, 2024, p. 14.
Pionnière dans les années 1970, la France demeure aujourd?hui le deuxième producteur
de chaleur par géothermie profonde de l?Union européenne, derrière l?Allemagne76. Ce
positionnement masque toutefois une sous-exploitation du potentiel national : selon le BRGM,
près d?un tiers du territoire français disposerait d?une ressource de géothermie profonde
valorisable. En 2023, cette énergie ne représente pourtant que 0,4 % de la consommation de
chaleur en France et 5,5 % de l?énergie entrante des réseaux de chaleur77.
75 Annexe n°4 : Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène
76 BRGM, Ineris, Guide de bonnes pratiques pour la maîtrise de la sismicité induite par les opérations
de géothermie profonde, 2023, p. 20.
77 Fedene, Enquête des réseaux de chaleur et de froid, 2024, p. 26 ; Ademe et al., Panorama de la chaleur
renouvelable et de récupération 2024, 2025, p. 28.
https://programme-cee-actee.fr/wp-content/uploads/2024/05/2024_Guide-Geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
39
Carte n° 1 : Carte de France des ressources géothermiques profondes potentielles et actives
Source : BRGM, Sybase.
Jusqu?ici, le développement de la filière s?est principalement concentré en Île-de-France
(première région européenne au regard du nombre d?installations)78 grâce à l?exploitation de
l?aquifère du Dogger, où la ressource est à la fois abondante, bien connue grâce aux campagnes
de forage pétroliers menés depuis 1976, et adaptée aux besoins de territoires densément
urbanisés propices au développement de réseaux de chaleur79. Selon le BRGM, ces projets
développés à partir d?aquifères sédimentaires, en l?absence de failles connectées au réservoir
géothermique et sans recours à la stimulation hydraulique, font l?objet d?un risque sismique
faible80.
2.2 L?effet des soutiens publics financiers : la relance des projets de
géothermie profonde à partir de 2008
Le financement d?un projet de géothermie profonde combine fonds propres, emprunts
du maître d?ouvrage (public ou délégataire) et subventions. Deux dispositifs publics le
soutiennent : le fonds chaleur et le fonds de garantie. Les CEE ne sont cumulables avec le fonds
chaleur que pour le raccordement aux réseaux de chaleur81. Cette partie examine l?effet de ces
dispositifs sur les investissements, les objectifs de la PPE, et les prix de vente de la chaleur.
78 Convention de subvention entre la DGEC et le BRGM, 30 juillet 2024, p. 5
79 BRGM, Ademe, La géothermie et les réseaux de chaleur, 2010, p, 12.
80 BRGM, Ineris, Guide de bonnes pratiques pour la maîtrise de la sismicité induite dans les opérations
de géothermie profonde, 2023, p. 65.
81 Ademe, Note fonds chaleur CEE, avril 2025, p. 3.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
40
2.2.1 Le fonds de garantie : un levier renforcé en Île-de-France grâce à la garantie
additionnelle apportée par la région
Compte tenu du coût élevé des projets de géothermie profonde et de leur longue durée
d?amortissement, un dispositif de couverture du risque géologique a été instauré dès les années
1980. Géré administrativement par Saf Environnement, une filiale de la Caisse des dépôts et
consignations et d?Ademe développement, celui-ci couvre deux types de risques : court terme
(absence ou insuffisance de la ressource) ; long terme (perte de productivité en cours
d?exploitation)82. Ce mécanisme permet de sécuriser les projets face à l?incertitude liée à la
connaissance du sous-sol. Aucun projet de géothermie profonde n?a été mené sans lui.
L?analyse des indemnisations versées montre que le risque « court terme » est largement
prépondérant et constitue un facteur décisif pour la viabilité des projets83. Sa réorientation vers
d?autres usages en 198784, puis sa suppression en 1996, ont d?ailleurs entrainé un fort recul de
l?activité : selon le bilan du fonds de garantie établi par l?Ademe en 2024, seules trois opérations
ont été réalisées de 1987 à 2007, toutes concentrées dans le bassin aquitain.
L?activité a ensuite été relancée dans le bassin parisien sous l?effet de la création du
fonds chaleur, de la mise en place du fonds de garantie en 2006, et de la garantie additionnelle
de 25 % apportée dès 2008 par la région Île-de-France portant le taux de couverture de 65 à
90 % sur ce territoire. Ce nouveau fonds de garantie, couvrant à la fois les risques court et long
terme, joue un rôle-clé : la cotisation au fonds constitue une condition préalable à l'accès à une
subvention du fonds chaleur.
Entre 2007 et 2023, 93 puits ont été accompagnés par le fonds de garantie pour le volet
court terme et 35 conventions long terme avaient été signées. Sur cette période, seuls deux puits
ont donné lieu à une indemnisation au titre de l?échec total85, et 12 puits ont été indemnisés
pour surcoûts géologiques ou échecs partiels86. Les ressources du fonds de garantie ont atteint
53,0 M¤, dont 28,9 M¤ provenant de dotations de l?Ademe, 19,4 M¤ de cotisations des maîtres
d?ouvrage, et 5,5 M¤ de la région Île-de-France. Les dépenses se sont élevées à 19,4 M¤, portant
le solde du fonds à 33,7 M¤ fin 202387. La Cour, dans son rapport sur la géothermie de 2013,
en soulignait la pertinence, le qualifiant de « condition préalable nécessaire au développement
du secteur ».
Cependant, les projets restent concentrés dans le Dogger francilien. Pour aller plus loin,
le bilan du fonds de garantie de 2024 a donc fixé comme objectif l?émergence de projets en
région parisienne sur d?autres aquifères et dans d?autres zones géographiques encore peu
82 Source : DGEC.
83 Sur la période 2007-2023, les dépenses se sont élevées à 19,4 M¤, portant le montant du fonds à 33,7
M¤ fin 2023. Sur l?ensemble de ces dépenses, les indemnisations liées au risque « court terme » représentent un
montant quatre fois supérieur à celles relatives au risque « long terme » (11,6 M¤ contre 2,9 M¤). Cf.Annexe n°5 :
Bilan financier du fonds de garantie géothermie.
84 En 1987, le volet court terme est redirigé vers d?autres usages, alors même que les opérations
rencontrent d?importantes difficultés économiques liées à la baisse du coût des énergies et au recul de l?inflation.
Les recettes étaient en effet indexées sur le coût des énergies fossiles et les opérations étaient financées sur emprunt
avec les taux très élevés en vigueur au début des années 1980. Cf. Ademe, G²H conseils, Historique et bilan
détaillés du système de garantie mis en place au début des années 1980, 2016, p. 7 et s.
85 Un forage à Meyreuil (région Provence-Alpes-Côte d?Azur) et un à Grigny (en Île-de-France).
86 Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie, Conseil d?administration de mars 2024, p. 7 et s.
87 Annexe n° 5: Bilan financier du fonds de garantie géothermie.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
41
explorées. À cette fin, le besoin de dotation sur dix ans a été estimé à 193 M¤ (dont 137 M¤ de
l?Ademe) pour atteindre l?objectif bas de la PPE 2, et à 305 M¤ (dont 233 M¤ de l?Ademe) pour
l?objectif haut88. Le scénario validé par l?Ademe, lors du conseil d?administration de juin 2021
vise à atteindre l?objectif bas de la PPE 2 pour 2028.
Le dispositif a été réaménagé en ce sens, à la suite des autorisations accordées par la
Commission européenne en 2023 : une nouvelle enveloppe de 195,6 M¤, dont 140 M¤ apportés
par l'Ademe et 55,6 M¤ de cotisations des maîtres d?ouvrage ; une durée de mise en oeuvre de
dix ans. Une première dotation de 45 M¤, financée sur le fonds chaleur, a été votée par le conseil
d?administration de l?Ademe en juin 2021 (5 M¤ en 2022, 10 en 2023, 15 en 2024 et 2025). La
dotation totale de l?Ademe (140 M¤) requiert une contribution du fonds chaleur de 14 M¤/an
en moyenne sur dix ans.
En vigueur depuis janvier 2025, le fonds réaménagé se distingue par un taux de garantie
porté de 65 à 90 % sur l?ensemble du territoire national (auparavant 65 % par puit, voire 90 %
en Île-de-France grâce au soutien de la région). Cette évolution s?appuie sur un parangonnage
international réalisé en 2021, qui a montré que seuls les dispositifs couvrant plus de 80 à 90 %
favorisent réellement l?essor de la géothermie profonde, comme observé en Île-de-France, mais
aussi en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse ou au Danemark. Le fonds réaménagé se
démarque aussi par la hausse du montant maximum garanti et le financement d?une garantie
« étude préalable » de réduction des risques en cas de résultats défavorables constatés lors de
la réalisation des études portées par les maitres d?ouvrages (dans la limite d?1 M¤ par projet).
Tableau n° 4 : Principales évolutions du fonds de garantie en 2024
2007-2023 2024-2033
Ressources du fonds
53,0 M¤ (28,9 M¤ de dotations
Ademe, 2,8 M¤ de la région Île-de-
France,19,4 M¤ de cotisations des
maîtres d?ouvrage).
195,6 M¤ (140 M¤ apportés par l'Ademe,
55,6 M¤ de cotisations des maîtres
d?ouvrage)
Taux de garantie 65 % (porté à 90 % en Île-de-France) 90 %
Maximum garanti 4,8 M¤ pour un puits 18 M¤ pour un doublet, soit 9 M¤ par puits
Typologie Garantie d'un seul puits Garantie du doublet
Garantie étude
préalable de réduction
des risques
Non Oui dans la limite de 1 M¤ par projet
Cotisation 3,5-5 % 5, 10,15 % selon les 3 niveaux de risque89
Source : Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie, Conseil d?administration du 14 mars 2024, p. 5.
Note : L? « ancien » fonds sera clôturé fin 2043 à l'extinction de la dernière garantie long terme qu'il couvre. Il
continue de couvrir les garanties long terme signées entre 2007 et 2024, cotisation et indemnisation le cas échéant.
88 Cap Gemini, Fonds de garantie géothermie, Adaptation aux objectifs de la PPE 2028, 2021, p. 35.
89 Segment 1 : risque faible, Dogger francilien ; segment 2 : risque moyen, projets réalisés en Ile-de-
France sur d?autres aquifères que le Dogger ou dans d?autres régions (Bassin Aquitain, Hauts-de-France,
Occitanie) à proximité de forages existants ; segment 3 : projets exploratoires réalisés dans des régions mal
connues à ce jour, sans forage géothermique réalisé à proximité.
https://france.representation.ec.europa.eu/informations/aides-detat-la-commission-autorise-un-regime-daides-francais-de-1956-millions-eu-mettant-en-place-un-2023-07-24_fr
https://france.representation.ec.europa.eu/informations/aides-detat-la-commission-autorise-un-regime-daides-francais-de-1956-millions-eu-mettant-en-place-un-2023-07-24_fr
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
42
Outre la couverture du risque géologique au-delà du Dogger francilien, l?essor des
projets de géothermie profonde repose sur le fonds chaleur, qui subventionne les lourds
investissements initiaux.
2.2.2 Le fonds chaleur, un catalyseur de projets
Le fonds chaleur est le principal soutien à l?investissement pour les projets de
géothermie profonde. Créé en 2009, ce fonds subventionne les installations de production de
chaleur, les réseaux de distribution associés, ainsi que les pompes à chaleur destinées à
optimiser la température de l?eau géothermale. Il s?adresse aux collectivités et aux entreprises90.
En complément, certaines collectivités apportent également un soutien financier, notamment la
Métropole du Grand Paris via son fonds énergies instauré en avril 2023.
Les aides du fonds chaleur à la géothermie profonde : opérations éligibles,
conditions d?allocation et modalités d?intervention91
Les projets de géothermie profonde éligibles au fonds chaleur incluent : la création ou l?extension,
de réseaux de chaleur et de froid ; la valorisation thermique de ressources géothermales profondes
(profondeur supérieure à 200 m) ; la réalisation d'un doublet de forages sur un aquifère profond avec
ou sans mise en place d?une pompe à chaleur ; la mise en oeuvre d'une réinjection en aquifère profond
sur une installation existante ; l?ajout d?une pompe à chaleur sur un réseau de chaleur alimenté par
une installation de géothermie profonde existante.
De façon générale, l?aide est accordée au cas par cas, sur la base d?une analyse du coût de revient de
la chaleur renouvelable, comparé à une solution fossile de référence. Elle est attribuée dans la limite
d?une enveloppe budgétaire annuelle, selon les performances techniques, économiques et
environnementales des projets. L?aide n?a pas un caractère automatique : son octroi est conditionné à
une instruction individualisée et au respect de plafonds définis.
Ces aides prennent la forme d?une subvention plafonnée (en euro par MWh de chaleur produite sur
20 ans). Elle a également pris la forme d?une avance remboursable de 2017 à 2019.
Selon l?Ademe, l?aide est intégralement répercutée auprès des abonnés au réseau de chaleur, au
travers d?un terme négatif sur le prix du MWh. Ces modalités sont intégrées dans le cadre des contrats
de délégations de service public.
À ce jour, tous les projets de géothermie profonde ont bénéficié du fonds chaleur. Entre
2015 et 2024, 170,6 M¤ de subventions (hors raccordement au réseau de chaleur) ont soutenu
869,7 M¤ d?investissements pour des projets de géothermie profonde. 92.
Dans son rapport sur le chauffage urbain publié en 2021, la Cour soulignait son rôle
déterminant pour atténuer le principal frein au développement des réseaux de chaleur,
notamment ceux alimentés par géothermie profonde : le poids élevé des investissements
initiaux (cf. infra). Selon l?évaluation du fonds chaleur réalisée par l?Ademe en 2024, le risque
d?effet d?aubaine serait globalement maîtrisé pour l?ensemble des filières, à l?exception de la
géothermie de surface et de la méthanisation. Par ailleurs, pour les réseaux de chaleur, l?absence
de soutien du fonds chaleur entraînerait généralement une dégradation de certains paramètres
90 Source : DGEC.
91 Annexe n°7 : Conditions d?allocation du fond chaleur pour les projets de géothermie profonde.
92 Cour des comptes à partir de données Ademe.
https://www.metropolegrandparis.fr/fr/fonds-energies?utm_source=chatgpt.com
https://ccomptes.fr/fr/publications/le-chauffage-urbain
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
43
du projet, tels qu?une stratégie d?approvisionnement moins décarbonée ou une augmentation
du tarif de vente au détriment des usagers. Toutefois, faute de suivi systématique de la
rentabilité des projets, cette étude repose sur une enquête qualitative (entretiens et sondage
auprès d?un échantillon représentatif de porteurs de projets), sans permettre d?objectiver
pleinement l?effet déclencheur ou d?évaluer de manière précise les éventuels effets d?aubaine,
ni l?impact du soutien sur la rentabilité des projets ou le prix de vente de la chaleur.
La grande majorité des projets soutenus se situe en Île-de-France, qui totalise à elle seule
36 des 43 projets subventionnés par le fonds chaleur depuis 2015. Cette concentration ne résulte
pas d?un biais de sélection par l?Ademe, mais tient au fait que les projets sont majoritairement
développés dans cette région. Pourtant, le BRGM identifie un potentiel géothermique notable
dans d?autres régions, dans le bassin aquitain, ainsi que dans les fossés rhénan, bressan,
rhodanien et en Limagne (cf. supra).
La part du fonds chaleur dédiée à la géothermie profonde demeure relativement limitée.
L?enveloppe actuelle contraint l?Ademe à reporter d?une année sur l?autre l?engagement des
subventions, ralentissant ainsi la mise en oeuvre des projets93. En 2024, sur les 353 M¤ d?aides
attribuées à la production de chaleur (sur un total de 572 M¤ engagés), seulement 64 M¤ ont
été alloués à la géothermie profonde, soit 18 % du total. À titre de comparaison, la biomasse
concentre à elle seule 224 M¤ (63 %), la géothermie de surface 24 M¤ (7 %), et les autres
filières - méthanisation, récupération de chaleur fatale, et solaire thermique - 36 M¤ (12 %)94.
Depuis 2015, la majorité des subventions ont ainsi bénéficié à des projets biomasse (près des
deux tiers en 2024), alors même que cette source d?énergie est délocalisable et que son bilan
carbone demeure nettement moins favorable que celui de la géothermie profonde.
Graphique n° 5 : Montant des aides du fonds chaleur engagées depuis 2015 (en ¤) par type de projet
(distribution et production de chaleur par différentes énergies renouvelables)
Source : Cour des comptes à partir de données Ademe
93 Ademe, Évaluation ex post du fonds chaleur sur la période 2018-2023, 2024, p. 29.
94 Source : Cour des comptes à partir de données Ademe.
https://www.edater.fr/wp-content/uploads/2025/03/eval_fonds_chaleur_-_rapport_synthese.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
44
Selon la DGEC et le réseau Amorce, ce déséquilibre s?explique par le choix des
collectivités, qui privilégient des technologies éprouvées, perçues comme moins risquées, et
rapidement déployables. Un forage géothermique, même réussi, entraîne en effet un délai de
réalisation plus élevé que la construction d?une centrale biomasse (près de deux ans pour une
chaufferie bois, contre quatre à six ans pour un projet de géothermie profonde95). Dans ces
conditions, les collectivités privilégient souvent la biomasse au détriment d'autres solutions.
Pour corriger cette tendance, la méthode EnR?choix (cf. annexe n°3), développée dès
2014 en Île-de-France et intégrée aux critères d?éligibilité nationaux au fonds chaleur en 2024,
incite les porteurs de projet à envisager d?autres énergies renouvelables, dont la géothermie
lorsqu?elle est géologiquement accessible. Dans son rapport sur le chauffage urbain publié en
2021, la Cour avait déjà recommandé de conditionner les aides du fonds chaleur à la réalisation
d?un diagnostic multi-énergie pour inciter les élus locaux à intégrer cette approche dans la
planification territoriale des réseaux de chaleur. Dans cette perspective, la mission
d?information de l?Assemblée nationale de 2024 avait préconisé d?inscrire les objectifs en
matière de développement de la géothermie profonde dans les plans climat-air énergie
territoriaux. De même, le réseau Amorce estime nécessaire d?intégrer la géothermie dans les
futurs plans d?actions de chaleur et de froid, rendus obligatoires, par la loi du 30 avril 2025,
pour la métropole de Lyon et les établissements publics de coopération intercommunale à
fiscalité propre comptant au moins une commune de plus de 45 000 habitants. Leur contenu et
les modalités d?application doivent être définis par voie règlementaire.
À budget donné, de telles dispositions devraient contribuer à orienter les aides du fonds
chaleur vers les projets de géothermie. Elles ne sauraient toutefois réduire les risques élevés,
les délais de réalisation plus longs et les coûts d?investissement initiaux importants qui
caractérisent ces projets (cf. infra), en particulier par comparaison avec les chaufferies bois.
2.2.3 Un prix de la chaleur compétitif face à la hausse des énergies fossiles, grâce
aux soutiens publics
Les différentes sources d?énergie susceptibles d?alimenter un réseau de chaleur sont en
concurrence. Afin d?attirer un nombre maximal d?abonnés, l?exploitant privilégiera
généralement celle qui permet de proposer le prix de vente le plus compétitif.
À cet égard, contrairement à l?électricité, les prix de la chaleur distribuée par les réseaux
ne sont pas soumis à des tarifs réglementés96. Ils sont fixés par contrat entre l?exploitant du
réseau et ses clients (bailleurs, copropriétés, entreprises). Le réseau est le plus souvent exploité
dans le cadre d?une délégation de service public : la collectivité locale, propriétaire, en confie
l?exploitation à un opérateur, qui se rémunère directement auprès des abonnés par la vente de
chaleur, selon des tarifs encadrés par le contrat de délégation. Le prix de vente comprend une
part fixe (l?abonnement), couvrant les coûts d?investissements, et une part variable, dépendant
95 Ademe, Énergies renouvelables : le bois énergie, 2023, p. 4 ; Ademe, Énergies renouvelables : la
géothermie profonde, 2023, p. 4.
96 CGDD, Les réseaux de chaleur : quels prix pour le consommateur ? Datalab, 2016, p. 1.
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000051539193
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
45
de la consommation d?énergie de l?abonné et du prix des énergies. L?exploitant du réseau de
chaleur n?est pas nécessairement le porteur du projet de doublet géothermal97.
Les énergies fossiles utilisées pour alimenter les réseaux de chaleur ont vocation à
disparaître. La stratégie nationale bas carbone prévoit en effet de décarboner les consommations
résiduelles de gaz d?ici à 2050. En conséquence, des objectifs ambitieux de livraison de chaleur
renouvelable et récupérable ont été fixés par le projet de PPE 398. Ces énergies fossiles sont
également taxées, soit directement, soit indirectement via le système d?échange de quotas
d?émission. À l?inverse, les réseaux alimentés à plus de 50 % par des énergies renouvelables et
récupérables, dits « vertueux », bénéficient d?une TVA réduite99 et du fonds chaleur qui,
intégralement répercuté auprès des abonnés100, permet une réduction du prix de la chaleur de
plusieurs euros par MWh101. Entre 2015 et 2020, ces réseaux « vertueux » affichaient des prix
de vente supérieurs à ceux alimentés par du gaz en cogénération102. Toutefois, cette tendance
s?est inversée à partir de 2021, dans un contexte de forte hausse des prix du gaz sur les marchés
européens. Bien que les réseaux vertueux aient également enregistré une augmentation
significative de leurs tarifs, l?inflation, avant application des boucliers tarifaires, est restée plus
contenue que pour les réseaux alimentés principalement par du gaz103.
Graphique n° 6 : Évolution du prix de vente moyen (hors taxe et hors bouclier tarifaire) de la
chaleur de 2015 à 2023 en fonction de l'énergie majoritaire utilisée par le réseau (¤/MWh)
Source : Cour des comptes à partir des enquêtes annuelles sur le prix de vente de la chaleur d?Amorce
97 Exemple d?un doublet réalisé en 2018 sur la commune de Cachan, dans le cadre d?une délégation de
service public : Dalkia a réalisé et exploite le doublet. Dalkia exploite également le réseau de chaleur alimenté.
98 Alors que la quantité de chaleur renouvelable et récupérable livrée par les réseaux de chaleur s?élevait
à 17 TWh en 2022, les objectifs fixés par le projet de PPE 3 sont de : 39,5 TWh en 2030 et 54,5 TWh en 2035
(seuil bas), 51 TWh en 2030 et 72 TWh en 2035 (seuil haut).
99 Article 278-0 bis du code général des impôts, modifié par la loi de finances pour 2019.
100 Selon l?Ademe, l?aide du fonds chaleur est intégralement répercutée auprès des abonnés, via un terme
négatif sur le prix du MWh. Cette clause est présente dans les contrats de délégation de service public.
101 Amorce, Enquête annuelle prix de vente de la chaleur et du froid, 2025 p. 17
102 Selon le site d?information Connaissance des énergies, la catégorie « gaz naturel en cogénération »
renvoie à la production et l?utilisation simultanée d?électricité et de chaleur à partir de gaz au sein de la même
installation.
103 Amorce, Enquête annuelle prix de vente de la chaleur et du froid, 2018 à 2025.
https://concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr/sites/default/files/2024-11/241104_Projet%20de%20Programmation%20pluriannuelle%20de%20l%27%C3%A9nergie%203%20VFF.pdf?utm_source=chatgpt.com
https://www.lemondedelenergie.com/dalkia-geothermie/2018/03/06/?utm_source=chatgpt.com
https://www.edf.fr/collectivites/engager-votre-transition-energetique/references-et-realisations/premier-forage-sub-horizontal-pour-le-reseau-de-chaleur-de-cachan?utm_source=chatgpt.com
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041823190/2022-01-01
https://www.connaissancedesenergies.org/questions-et-reponses-energies/quest-ce-que-la-cogeneration
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
46
Note : le prix de vente correspond à la facture énergétique (part fixe + part variable) ramenée aux MWh livrés en
sous-station, il n?intègre pas les coûts liés au réseau secondaire.
Dans le cas des réseaux utilisant majoritairement de la géothermie, l?impact des coûts
variables est plus limité que pour l?ensemble des réseaux, en raison d?une part fixe plus élevée
dans le prix de vente (56 % en 2023, contre 40 % en moyenne). Cette spécificité, garantissant
une plus grande stabilité de prix, s?explique par les investissements importants nécessaires à la
valorisation de la ressource104. Si cet avantage semble avoir été atténué en 2021 et 2022 par la
hausse du prix de l?électricité, indispensable au fonctionnement des installations de géothermie,
le coût réel supporté par les abonnés, une fois le bouclier tarifaire sur l?électricité appliqué,
pourrait, selon Amorce, être inférieur de 20 à 25 % au prix de vente hors bouclier tarifaire105,
plaçant ainsi la géothermie à un niveau compétitif par rapport aux autres énergies renouvelables
et récupérables, y compris en 2021 et 2022.
Dans un contexte de forte volatilité des prix des énergies fossiles, les soutiens publics
permettent donc aux réseaux de chaleur majoritairement alimentés par des énergies
renouvelables et de récupération de maintenir des tarifs compétitifs face à ceux reposant
principalement sur le gaz naturel.
Cependant, le rythme de développement des projets de géothermie profonde demeure
inférieur à la trajectoire nationale, en raison de nombreux freins opérationnels.
2.3 Les freins au développement à lever
L?atteinte de l?objectif fixé par le projet de PPE 3 ? 6 TWh de chaleur géothermique
produite par géothermie profonde en 2030 (contre 2,26 TWh en 2023) ? suppose un
changement d?échelle. La montée en puissance de la géothermie profonde reste freinée par des
obstacles économiques, administratifs et environnementaux, conditionnant sa faisabilité et sa
rentabilité.
2.3.1 Des obstacles économiques persistants, notamment dans les zones géologiques
moins explorées
Les projets de géothermie profonde se caractérisent par des investissements initiaux très
élevés, notamment pour les opérations de forage, dont le coût peut atteindre entre 11 et 16 M¤
pour un doublet géothermique (hors réseau de chaleur)106. Ces dépenses, engagées avant toute
mise en production, constituent une contrainte majeure, en particulier pour les porteurs de
projets de taille modeste. À cette contrainte financière s?ajoute l?incertitude liée à la ressource
géologique, qui demeure elle aussi un frein important au développement de la filière.
104 Amorce, Enquête annuelle prix de vente de la chaleur et du froid, 2018 à 2025.
105 Selon Amorce, les boucliers tarifaires ont été appliqués directement sur les factures pour les
consommateurs individuels, alors que, pour les réseaux de chaleur, les régulations s?appliquent encore en 2025,
avec un décalage temporel important entre la consommation d?énergie concernée et l?impact réel sur la facture.
106 Ademe, Énergies renouvelables : la géothermie profonde, juin 2023, p. 1
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
47
Pour dépasser ces obstacles économiques, il apparaît nécessaire d?évaluer précisément
le coût actualisé de production de chaleur sur l?ensemble de la durée de vie des installations
(2.3.1.1.), afin d?identifier les mécanismes de soutien public les plus adaptés (2.3.1.2.). Il
importe également de clarifier la doctrine de couverture des risques (2.3.1.3.) et de renforcer la
connaissance du sous-sol (2.3.1.4.).
2.3.1.1 Un préalable : une appréhension plus juste du coût actualisé de production de
chaleur sur la durée de vie de l?équipement
Le coût actualisé de production de chaleur sur la durée de vie de l?équipement (LCOE
est un indicateur clé pour apprécier dans le temps et comparer la compétitivité des différentes
filières). Il permet en effet de calculer le prix de l?énergie produite par différentes technologies,
en prenant en compte tous les coûts actualisés de production d?énergie sur la durée de vie de
l?équipement : les coûts liés à l?installation et l?exploitation de l?actif sur toute sa durée de vie,
incluant les dépenses d?investissement (CAPEX), les coûts d?exploitation et de maintenance
(OPEX) et, le cas échéant, les éventuels coûts de raccordement et de démantèlement. Ces coûts
sont actualisés pour être exprimés à la date de mise en service de l?installation.
À partir de cet indicateur, l?étude de l?Ademe sur l?évolution des coûts des énergies
renouvelables souligne la très grande compétitivité des projets de géothermie profonde sur le
long terme malgré des coûts d?investissement initiaux élevés :en 2022, le LCOE moyen, calculé
pour une durée de vie de 20 ans, s?élevait à 29 ¤ HT/MWh, contre 76 ¤ HT/MWh pour une
chaudière au gaz et 108 ¤ HT/MWh pour une centrale biomasse raccordée à un réseau de
chaleur, pour une puissance installée équivalente. Selon l?Ademe et la DGEC, le LCOE moyen
de la géothermie présenté dans cette étude est toutefois largement sous-estimé. Sur la base d?une
évaluation actuellement menée avec le laboratoire d?économie d?Orléans, le BRGM estime
d?ailleurs qu?il pourrait plutôt se situer entre 65 et 70 ¤ HT/MWh, hors coûts de raccordement,
pour un projet de 12 MW et une profondeur moyenne de forage de 1 500 m. En tout état de
cause, il convient d?attendre la prochaine édition de l?étude sur l?évolution des coûts des
énergies renouvelables, prévue en 2026, pour mettre à jour cet indicateur et en tirer des
enseignements sur la compétitivité de la géothermie profonde par rapport aux autres filières.
Tableau n° 5 : Évolution des coûts actualisés de production de chaleur pour le collectif et le tertiaire
sur la durée de vie de l?équipement
Source : Ademe
Note : Le LCOE ne prend pas en compte les coûts de réseau, coûts des centrales d?appoint, coûts d?équilibrage.
Il est calculé sur la base des coûts des filières et ne prend pas en compte les aides publiques ou les CEE (exception
faite des filières ayant bénéficiées des boucliers tarifaires sur le gaz et l?électricité à partir de 2021 et 2022). Pour
les centrales géothermiques profondes, il est calculé pour des installations avec pompe à chaleur.
https://www.connaissancedesenergies.org/sites/connaissancedesenergies.org/files/pdf-actualites/evolution-cout-energies-renouvelables-et-recuperation-entre-2012-2022-rapport-final_web.pdf
https://www.connaissancedesenergies.org/sites/connaissancedesenergies.org/files/pdf-actualites/evolution-cout-energies-renouvelables-et-recuperation-entre-2012-2022-rapport-final_web.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
48
Plus largement, la méthode de calcul retenue par l?Ademe dans cette étude souffre de
nombreuses imprécisions : pour la géothermie profonde, les CAPEX y sont surestimés
d?environ 50 % et les coûts de raccordement ne sont pas intégrés ; pour l?ensemble des filières,
les hypothèses de calcul des taux d?actualisation ne sont pas explicitement détaillées et la prise
en compte des risques propres à chaque filière n?est pas clairement décrite.
Dans ces conditions, la Cour regrette que l?Ademe publie des données inexactes,
faussant ainsi l?analyse de la rentabilité économique des projets, l?évaluation comparative de la
compétitivité des filières et l?allocation des soutiens publics. Il devient donc urgent de renforcer
la rigueur de cette étude consacrée au coût des EnR et sa méthode de calcul des LCOE, en
intégrant pour toutes les filières les mêmes postes de coûts, notamment les coûts de distribution,
en précisant de façon transparente les hypothèses d?actualisation, en explicitant la manière dont
les risques sont pris en compte (primes de risque, dépenses d?investissement), et en présentant
les LCOE sous forme de fourchettes afin de refléter la dispersion des valeurs. Dans cette
perspective, l?étude conduite par le BRGM et le laboratoire d?économie d?Orléans peut
constituer une source d?inspiration pertinente.
Une estimation plus robuste des LCOE permettra ainsi de comparer le mérite relatif des
différentes filières et d?éclairer la pertinence et la place respective des différents instruments de
soutien financier.
2.3.1.2 Réexaminer la place respective des différents soutiens financiers
Le principal instrument public mobilisé pour soutenir le poids des investissements
initiaux est le fonds chaleur, qui a subventionné entre 3 et 5 projets par an depuis 2015 (cf.
supra). Pour tenir les objectifs du projet de PPE 3, le rythme de réalisation doit être
sensiblement accru, afin de mettre en service entre 6 et 10 doublets géothermiques par an d?ici
2030. Selon les estimations de la Cour, cela supposerait un niveau de subvention annuelle, pour
la production et la distribution de chaleur, compris entre 96 et 200 M¤, en fonction de différents
scénarios d?évolution des montants unitaires de subvention et de productivité des gisements (cf.
annexe 6). De son côté, l'Ademe évalue le besoin à 84 M¤ dès 2025, puis à 192 M¤ par an au-
delà. Ce niveau de soutien contraste avec les engagements du fonds chaleur pour la géothermie
profonde en 2023 (28 M¤ dont 16 M¤ pour la production) et en 2024 (107 M¤ dont 64 M¤ pour
la production)107.
Cependant, la mobilisation du fonds chaleur sous forme de subventions peut être
interrogée au regard de la rentabilité observée des opérations de géothermie profonde, les
subventions se justifiant surtout lorsque les projets présentent un déficit de rentabilité par
rapport aux solutions de référence. D?autres outils financiers pourraient être envisagés. L?aide
du fonds chaleur pourrait par exemple être attribuée sous forme d?avance remboursable, comme
cela a été pratiqué entre 2017 et 2019108. Par ailleurs, les prêts bonifiés ou les prises de
participation de la Banque des territoires pourraient être davantage mobilisés. Le recours à ces
instruments, principalement utilisés en phase de réalisation et rarement en phase de
développement, demeure en effet limité. Sur les cinq dernières années, seuls quatre projets de
107 Calculs de la Cour des comptes à partir de données Ademe.
108 Annexe n°7 : Conditions d?allocation du fonds chaleur pour la géothermie profonde depuis 2015.
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
49
géothermie profonde ont été soutenus par des prêts et deux par des fonds propres109. Le syndicat
des énergies renouvelables estime que les conditions de financement proposées par la Banque
des territoires sont à la fois insuffisamment connues et peu attractives. Dans ce contexte,
plusieurs acteurs du secteur (le syndicat des énergies renouvelables, l?AFPG, Idex)
recommandent, dans leur contribution à la mission lancée par le Premier ministre sur la
géothermie en mai 2025, la mise en place de dispositifs plus incitatifs : prêt à taux zéro, bonifié,
ou avance remboursable.
Comme pour la géothermie de surface, il apparaît nécessaire d?identifier les conditions
permettant une meilleure intégration des outils existants dans les stratégies de financement des
projets, voire de les adapter pour répondre plus efficacement aux besoins des porteurs de projet.
Dans cette perspective, il serait utile de réaliser un bilan approfondi des projets soutenus par le
fonds chaleur afin de mesurer leur rentabilité et d?éclairer l?opportunité, selon les cas, de
recourir aux instruments financiers de la Banque des territoires, de verser l?aide du fonds
chaleur sous forme d?avance remboursable, voire d?abaisser en contrepartie le taux de
subvention. Le coût budgétaire serait très limité, voire négatif en cas de substitution, même
partielle, à la subvention du fonds chaleur.
Enfin, une fois ces évolutions mises en oeuvre, la Cour invite à ce que les règles de
soutien soient stabilisées afin d?offrir plus de visibilité aux porteurs de projets. Les incertitudes
liées à la programmation annuelle du fonds, votée en loi de finances, ainsi que les nombreuses
évolutions des barèmes et des conditions d?attribution nuisent en effet à la lisibilité et à la
confiance des investisseurs110. Depuis 2015, les règles de soutien ont évolué chaque année, qu'il
s'agisse des plafonds retenus, de la nature de l'aide (subvention ou avance remboursable) ou des
modalités de calcul111.
2.3.1.3 Mieux préciser la doctrine de couverture des risques
Le fonds de garantie a été réaménagé en 2024 pour favoriser l?émergence de projets en
région parisienne sur d?autres aquifères et dans d?autres zones géographiques encore peu
explorées. La logique retenue a été d?étendre les secteurs couverts par le fonds de garantie, ce
qui a conduit à une hausse des ressources autorisées par la Commission européenne, désormais
fixées à 195,6 M¤ sur 2024-2033, dont une contribution maximale de l?Ademe de 140 millions
d'euros (cf. supra). La part attendue des cotisations des porteurs de projet a toutefois été revue
à la baisse (passant de 19,4 M¤ sur 53 M¤ sur 2007-2023 à 55,6 M¤ sur 195,6 M¤ sur 2024-
2033). La contribution de la région Île-de-France a par ailleurs été supprimée alors que le
développement de la géothermie profonde concerne encore principalement ce territoire.
En outre, la doctrine de couverture des risques entre les différents niveaux de risque
n?est toujours pas établie. Les modalités d?allocation du fonds dans ces segments ne sont ni
109 Annexe n°8 : Projets de géothermie soutenus par la Banque des territoires.
110 Source : Engie, Note de synthèse, juin 2025, p. 10 ; Contributions d?Idex, Arverne Group à la mission
lancée par le Premier ministre, mai 2025 ; Amorce, Enquête géothermie, juin 2025, p. 4
111 Annexe n°7 : Conditions d?allocation du fonds chaleur pour la géotherme profonde, depuis 2015.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
50
stabilisées ni arbitrées par les instances de gouvernance présidées par l?Ademe112. Selon
l?agence, une étude en cours doit éclairer ces choix en analysant plusieurs scénarios et leur
impact budgétaire. Afin d?éviter la concentration du fonds de garantie sur les projets à fort
niveau de risque, certains acteurs préconisent de réserver le fonds de garantie aux projets centrés
sur la production de chaleur et suggèrent d?éviter les conflits d?usage avec les projets combinant
chaleur et autres valorisations. Sur ce point, l?Ademe précise que les projets associant chaleur
et extraction du lithium ne pourront bénéficier du fonds de garantie que pour la part liée à la
production de chaleur, sous réserve que les caractéristiques de débit et de température soient
adaptées à cette finalité. Le débit garanti devrait rester inférieur à celui requis pour maximiser
la récupération de lithium, ce qui limiterait mécaniquement l?exposition au risque pour le fonds.
En tout état de cause, les modalités d?allocation du fonds auront un impact direct sur la
répartition territoriale des projets et sur son équilibre financier. La Cour recommande donc de
définir sans attendre la doctrine d?allocation du fonds de garantie en tenant compte du niveau
de risque des projets. Il conviendra d?assurer une répartition équilibrée entre les différents
segments de risque, sans exclure le cas échéant, le soutien à des projets de co-production lorsque
leur niveau de risque demeure maîtrisé, ni celui à quelques projets stratégiques relevant du
segment 3 (risque fort), dans des zones à fort potentiel de développement de la filière.
Recommandation n° 2. (Ademe, 2026) Définir la doctrine d?allocation du fonds de
garantie en tenant compte du niveau de risque des projets de géothermie profonde
2.3.1.4 Une connaissance du sous-sol à améliorer pour réduire les incertitudes liées à la
ressource
La quantité et la qualité de la ressource géothermique (température, débit, perméabilité
du sous-sol) ne peuvent être pleinement évalués qu?après forage, notamment en dehors du
Dogger où le sous-sol est moins précisément caractérisé. Cette incertitude géologique est
d?autant plus problématique que, pour garantir la rentabilité du projet, les forages doivent être
situés à proximité de besoins en chaleur identifiés en surface. L?amélioration de la connaissance
du sous-sol permet toutefois de réduire ces incertitudes et même d?envisager, dans certains cas,
un déclassement de segment de risque du fonds de garantie (cf. supra).
À cet effet, le plan d?action national pour la géothermie lancé en 2023 prévoit la
réalisation d?un inventaire national de la ressource géothermale, décliné à l?échelle régionale,
par le BRGM, avec le soutien financier de l?Ademe113. Cet inventaire s?appuie sur des données
sismiques existantes, issues notamment d?anciennes campagnes de prospection pétrolière, et
sur de nouvelles acquisitions de données, dans l?ouest et le sud de l?Île-de-France (Géoscan
112 Le fonds est régi par deux instances : le comité décisionnel qui instruit les demandes de garantie et
réunit DGEC, Ademe, SAF Environnement, directions régionales de l?environnement et de l?aménagement,
Fedene, AFPG, Association des maîtres d?ouvrage public en géothermie (Agemo), ainsi que des représentants du
conseil régional d?Île-de-France pour les dossiers franciliens ; le comité stratégique, nouvellement créé, qui fixe
les orientations et rassemble DGEC, Ademe, SAF Environnement, BRGM, Fedene, AFPG, Agemo, SER et
Amorce. La voix du BRGM n?y est que consultative.
113 Convention de subvention entre la DGEC et le BRGM, 30 juillet 2024.
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/20231222_DP_Plan-action-geothermie%20v2.pdf
https://www.geothermies.fr/geoscan-idf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
51
« Île-de-France »114) et sur le département des Bouches du Rhône et la métropole Aix-
Marseille-Provence (Géoscan « Arc »). Selon le comité de suivi du plan d?action national
géothermie du 31 janvier 2025, cette action ne présente pas de difficultés dans la mise en oeuvre.
D'ici décembre 2025, des cartes caractérisant le potentiel de la ressource sur les aquifères du
Centre-Val de Loire et des Hauts-de-France-Picardie devraient être diffusées. En 2026, ces
travaux devraient être présentés aux parties prenantes, notamment avec les collectivités, dans
le cadre d?un séminaire. Selon le BRGM, les campagnes de prospection locales seront
prolongées en 2026 et pourraient être étendues à deux nouvelles régions
Pour aller plus loin, le partage des données géologiques collectées par les porteurs de
projets, à échelles plus fines, est, comme pour la géothermie de surface, déterminant pour
réduire les incertitudes et mutualiser les connaissances. En effet, à chaque étape, de nombreuses
données sont recueillies pour caractériser les paramètres hydrauliques et thermiques de la
ressource115 : en phase d?étude amont, des données dites « géophysiques » sont obtenues sans
forage ; les phases d?exploration et d?exploitation permettent d?affiner cette connaissance grâce
aux mesures directes issues des puits.
Or, à l?exception de certaines données collectées par le BRGM et accessibles en ligne
au bout d?un an au travers de la base de données Sybase116, ces données sont tenues
confidentielles pendant dix ans au titre de l?article L. 413-1 du code minier. Afin d?envisager
un partage plus rapide, des discussions sont en cours avec les acteurs du secteur concernant les
modalités de partage, les délais, et les données concernées : certains expriment des réticences,
craignant un partage trop ouvert de données coûteuses. Certains porteurs de projets privilégient
plutôt un partage encadré, au travers de programmes de recherche à visée scientifique menés à
l?échelle de territoires spécifiques. À l?inverse, d?autres maîtres d?ouvrage plaident pour un
délai réduit à un an pour les données de puits et à trois ans pour les données géophysiques.
Sous réserve que ces données soient effectivement mises à disposition, un abaissement
du délai de confidentialité permettrait d?accélérer la consolidation de la connaissance du sous-
sol grâce à des données complémentaires de celles produites par le BRGM, plus précises et à
l?échelle plus fine du projet, et de réduire ainsi les risques liés à la ressource. Il est d?autant plus
justifié lorsque ces données ont été collectées dans le cadre de travaux financés par des
subventions publiques. L?objectif est de limiter les barrières à l?entrée, de renforcer la
concurrence, et d?encourager de nouveaux projets, notamment portés par des collectivités
locales, dans des zones encore peu explorées. Pour ces raisons, la Cour invite à abaisser le délai
de confidentialité des données du sous-sol.
Les avantages attendus sont tels que le projet de loi « diverses dispositions d?adaptation
au droit de l?Union européenne » (DDADUE), déposé au Sénat en novembre 2025 et présenté
au parlement début 2026, prévoit de réduire ce délai à cinq ans pour les données géophysiques
et à un an pour les données de puits. Il s?inspire d?exemples internationaux comme l?Australie,
où la confidentialité est limitée à deux ans dans un contexte d?exploration et de production
dynamique.
114 Convention passée entre l?Ademe, le BRGM et la région Ile-de-France, novembre 2023.
115 BRGM, Ademe, La géothermie et les réseaux de chaleur. Guide du maître d?ouvrage, 2010, p. 35.
116 L?article L. 211-10 du code de l?environnement prévoit une exception à l?interdiction de publication
prévue par l?article L. 413-1 du code minier concernant les données « intéressant la recherche, la production ou le
régime des eaux souterraines ». Pour bénéficier du Fonds Chaleur, l?Ademe demande aux opérateurs de fournir
les données sur les puits de géothermie profonde, en vue de renseigner Sybase.
https://www.geothermies.fr/geoscan-idf
https://www.geothermies.fr/geoscan-arc
http://sybase.brgm.fr/sybase
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000023505836
https://www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl25-118.html
https://www.senat.fr/dossier-legislatif/pjl25-118.html
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000023491004
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
52
En complément, à compter de septembre 2025, une clause prévoyant un délai de
confidentialité de trois ans pour les données géophysiques sera intégrée, selon l?Ademe, dans
les conventions passées avec les porteurs de projet pour le fonds de garantie « court terme
études ».
2.3.1.5 Une filière qui devra s?adapter à la hausse prévisible des besoins
Le BRGM qualifie la filière de la géothermie profonde de « mature », un constat déjà
formulé par la PPE en 2016. Celle-ci dispose aujourd?hui d?un socle industriel capable de
soutenir le rythme actuel de développement des projets117 (3 à 5 par an depuis 2015). Selon
Engie, les porteurs de projet parviennent à mobiliser les compétences et les équipements
nécessaires sous réserve d?une bonne anticipation des investissements.
Cette structuration s?appuie notamment sur la création, depuis 2014, d?un comité
technique dédié à la géothermie profonde, piloté par l?Ademe, le BRGM et l?AFPG. Réunissant
régulièrement les principaux acteurs de la chaîne de valeur (bureaux d?études, foreurs,
exploitants, équipementiers, organismes publics), ce groupe de travail, qui se réunit chaque
année, a élaboré des fiches de bonnes pratiques sur le forage, l?entretien et l?abandon des puits.
Il a récemment élargi ses travaux à des projets hors du bassin parisien et du Dogger118. En
complément, des guides de « bonnes pratiques » ont été publiés en 2019 et en 2023 par le
BRGM pour accompagner les porteurs de projets dans la conception et la réalisation
d?installations de géothermie profonde. Selon le BRGM, ces guides sont régulièrement mis à
jour en fonction des évolutions de la filière, des besoins et des sinistres observés.
Pour autant, cette dynamique reste fragile. Selon le syndicat des énergies renouvelables,
l?AFPG, Arverne group (l?une des principales entreprises françaises de forage), la principale
difficulté concerne la disponibilité, mais aussi l?autorisation d?employer une main-d?oeuvre
qualifiée, disposée à travailler en phase de travaux en horaires décalés, au-delà de la limite
légale de 48 heures hebdomadaires. Les opérations de forage nécessitent en effet un
fonctionnement continu des machines de forage, pour garantir le bon déroulement des travaux,
optimiser leur rendement et les délais d?exécution. À ce jour, les entreprises de forage
s?appuient sur des dérogations temporaires de 3 mois pour dépasser la durée maximale de
travail, sans garantie de renouvellement. Dans ces conditions, les acteurs de la filière plaident
pour une adaptation de la réglementation du temps de travail, sur le modèle des régimes
dérogatoires appliqués dans d?autres secteurs. Le dossier de presse lié à l?intervention du
Premier ministre du 19 juin 2025 y faisait référence.
En tout état de cause, les ambitions du projet de PPE 3, correspondant à la réussite de 6
à 10 opérations par an d?ici 2030 (cf. supra), rendent nécessaires un renforcement des capacités
humaines pour le forage et une augmentation de quelques unités du nombre de machines de
forage disponibles119. La mission d?information de l?Assemblée nationale de 2024 confirme ces
besoins et souligne la nécessité « de répondre au manque de foreurs en France » et d?assurer
« la disponibilité des outils et machines de forage en quantité suffisante ». Elle recommande
117 Arverne group, Contribution à la mission géothermie lancée par le Premier ministre, mai 2025, p. 7.
118 AFPG, Étude de filière 2023, 2023, p. 54.
119 Engie Solutions, Note de synthèse, juin 2025, p. 5 ; Arvern Group, Contribution à la mission
commando géothermie lancée par le Premier ministre, mai 2025, p. 7 ; AFPG, Note, juin 2025, p. 5.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000006195764?isSuggest=true&anchor=LEGISCTA000033020420#LEGISCTA000033020420
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000006195764?isSuggest=true&anchor=LEGISCTA000033020420#LEGISCTA000033020420
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2023/10/AFPG_Etude-filiere-2023.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
53
également de « renforcer la montée en compétences des services de l?État responsables de
l?instruction, de l?autorisation et du contrôle des opérations de géothermie profonde ».
2.3.2 Des lenteurs administratives qui risquent de se renforcer
La réalisation d?un projet de géothermie profonde s?inscrit dans un processus long,
encadré par le code minier. Selon l?Ademe, la durée du développement d?un projet, des
premières études à la mise en exploitation, est comprise entre 4 et 6 ans (contre 1 à 3 ans pour
la biomasse ; 1 à 3 ans et demi). Ces délais nuisent à la compétitivité de la filière.
Selon les articles L. 124-1-2 et L. 134-1-1 du code minier, tout porteur de projet (hors
géothermie de minime importance), doit obtenir deux titres miniers distincts : un d?exploration
(autorisation de recherche ou permis exclusif de recherche120), et un d?exploitation (permis
d?exploitation ou concession). Ces titres sont délivrés après mise en concurrence, au terme
d?une procédure incluant une enquête publique préalable (sauf pour le titre d?exploitation
lorsque la demande est déposée avant l?expiration de l?autorisation de recherches, dans
certaines conditions précisées à l?article L. 134-9). Leur obtention ne donne pas droit à réaliser
les travaux : au titre de l?article L. 162-3, les travaux de recherches et d?exploitation sont en
effet soumis à autorisation environnementale, selon une procédure distincte (cf. 3ème étape du
schéma n°2)121.
Schéma n° 2 : Les étapes d?un projet de géothermie profonde
Source : Ademe, Énergies renouvelables : la géothermie profonde, juin 2023, p. 4.
120 Pour l?exploration, le porteur de projet a le choix entre 2 titres : 1) une autorisation de recherches
encadrée par l?article L.124-3 du code minier, qui détermine l?emplacement des forages que le titulaire est habilité
à entreprendre, ou le tracé d?un périmètre à l?intérieur duquel les forages peuvent être exécutés ; elle est accordée
par arrêté préfectoral pour une durée d?au plus 3 ans, non renouvelable ; 2) un permis exclusif de recherches
encadré par l?article L.124-2-1 du code minier, qui confère l?exclusivité du droit d?effectuer tous travaux de
recherches dans un périmètre défini et de disposer librement des substances extraites à l?occasion des recherches
et des essais ; il est accordé par arrêté ministériel pour une durée d?au plus 15 ans.
121 Décret du 28 mars 1978 abrogé et remplacé par le décret du 27 août 2025.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849044
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038839006
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849153
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045577080
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849093
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038849063
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000864366/
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000052144974/2025-08-29
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
54
Note : Selon l?AFPG, la durée de 20 ans pour l?exploitation correspond à la durée de délégation de service public.
Mais la durée d?exploitation est plutôt de 30 ans pour le permis d?exploitation et de 50 ans pour une concession.
Ces procédures administratives sont complexes et leurs délais particulièrement longs.
Pour y remédier, plusieurs réformes ont été engagées depuis 2022. L?ordonnance du 13 avril
2022 a porté de 10 à 15 ans la durée maximale d?un PER afin de donner plus de visibilité aux
porteurs de projet122. Elle a également intégré l?autorisation de travaux miniers dans le cadre
plus large de l?autorisation environnementale afin de « faciliter la vie des entreprises sans
régression de la protection de l?environnement »123 en harmonisant les procédures d?instruction
liées aux sites miniers et aux installations classées pour la protection de l?environnement.
Pour réduire les délais, la loi du 23 octobre 2023 relative à l?industrie verte et son décret
d?application du 6 juillet 2024 ont instauré une procédure dite « parallélisée ». Depuis le 22
octobre 2024, celle-ci permet la conduite simultanée de l?examen du dossier d?autorisation
environnementale et de la consultation du public, dans un délai de 3 mois maximum. Toutefois,
cette simplification ne s?applique pas à l?ensemble des démarches d?autorisation liées aux
projets de géothermie : la demande de titre minier demeure exclue du champ de l?autorisation
environnementale et reste donc soumise à enquête publique, sans bénéficier de la consultation
du public parallélisée. En pratique, l?objectif de réduction des délais n?est pas atteint.
Dès lors, les acteurs de la filière continuent d?alerter sur la longueur des démarches
administratives, et proposent d?étendre aux titres miniers la parallélisation des procédures avec
la consultation du public pour viser ainsi une réduction des délais d?instruction à 6-9 mois. Ils
relèvent également un autre frein structurel majeur : la surcharge des services instructeurs, qui
entraîne des retards significatifs, susceptibles de s?accentuer avec les procédures parallélisées.
Pour répondre à ces enjeux, le plan d?action national géothermie de 2023 prévoit que
soient analysées ces procédures afin d?identifier des leviers d?optimisation. Cependant, des
décisions récentes du Conseil d?État conduisent à allonger les délais d?instruction, celui-ci ayant
jugé que le permis exclusif de recherches doit désormais faire l?objet d?une évaluation
environnementale. Par un arrêt du 12 juillet 2024, dit « mine d?or », le Conseil d?État a en effet
considéré que toute décision d?octroi, d?extension ou de prolongation d?une concession minière
relève de la directive 2001/42/CE dite « Plans et programmes », impliquant la réalisation d?une
évaluation environnementale. Selon la DGEC, le Conseil d?État, consulté à l?été 2025 dans le
cadre de la réforme du code minier, a étendu cette interprétation au permis exclusif de
recherches, désormais considéré lui aussi comme un plan ou programme au sens de la directive,
alors que la procédure d?obtention d?un PER ne comportait jusqu?à présent qu?une enquête
publique préalable (cf. supra).
En tout état de cause, la complexité et la durée des démarches administratives peuvent
dissuader les collectivités locales de s?engager dans des projets de géothermie profonde pour la
décarbonation de leur réseau de chaleur.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
La géothermie profonde calogène est une ressource locale, décarbonée, compétitive sur
le long terme. Son développement repose sur des savoir-faire éprouvés et une viabilité
122 Article L. 124-2-3 du code minier modifié par l?article 10 de l'ordonnance du 13 avril 2022.
123 Exposé des motifs de l?ordonnance du 13 avril 2022.
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000045570550
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000045570550
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000048243232?init=true&page=1&query=article+4+de+la+loi+n%C2%B0+2023-973+du+23+octobre+2023+&searchField=ALL&tab_selection=all
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000049893436/?isSuggest=true
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000049893436/?isSuggest=true
https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/CETATEXT000050037785
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000706012/
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045589599
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000045572431/2022-04-15
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.2%20Les%20freins%20administratifs/2022-02-17%20Note%20de%20pr%C3%A9sentation%20ordonnance_.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
55
économique, notamment pour l?alimentation des réseaux de chaleur urbains. Pourtant, malgré
un potentiel couvrant près de 30 % du territoire, elle reste concentrée en Île-de-France, qui
compte la plus forte densité d?opérations en Europe grâce à l?exploitation de l?aquifère du
Dogger. Cette implantation résulte d?une conjonction de facteurs favorables : soutiens publics
bonifiés, géologie propice, connaissance approfondie du sous-sol, contrastant avec d?autres
aquifères encore peu, voire pas encore, exploités.
Les soutiens budgétaires (fonds de garantie, fonds chaleur), qui ont atteint près de
123 M¤ en 2024, ont permis de relancer l?activité à partir de 2008, principalement en Île-de-
France où la région apporte une garantie additionnelle : le fonds de garantie a sécurisé la
totalité des projets sans coût excessif et le fonds chaleur a permis d?alléger les investissements
initiaux. Les tarifs de vente de la chaleur sont également restés stables et compétitifs, dans un
contexte de volatilité des prix des énergies fossiles.
Pour autant, la dynamique actuelle reste insuffisante au regard des objectifs du projet
de PPE 3. Produire 6 TWh de chaleur par géothermie profonde d?ici 2030 suppose de lever
plusieurs freins : les obstacles économiques liés au montant élevé des investissements initiaux
et aux incertitudes sur la ressource géologique ; l?adaptation de la filière à un doublement du
rythme des projets, y compris en zone moins explorée ; la connaissance partielle du sous-sol ;
la lenteur des procédures administratives.
Dans un souci d?efficience, la Cour recommande de réexaminer, en fonction de la
compétitivité de la filière, la place des soutiens financiers (subventions ou avances
remboursables du fonds chaleur ; prêts bonifiés de la Banque des territoires) et de mieux
préciser la doctrine de couverture des risques. Enfin, un renforcement de la connaissance du
sous-sol est indispensable pour permettre un déploiement plus équilibré de la filière sur
l?ensemble du territoire national.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
56
3 DES INNOVATIONS FAVORABLES AU DÉVELOPPEMENT
DES GÉOTHERMIES
Le développement de la géothermie de surface et de la géothermie profonde calogène et
électrogène se heurte à des niveaux d?investissement élevés malgré une rentabilité à long terme
établie dans la plupart des cas. Cette troisième partie explore les innovations en géothermie,
sous réserve qu?elles contribuent à accélérer le retour sur investissement de la géothermie et, à
terme, l?efficience des soutiens publics en répondant à de nouveaux besoins (3.1) ou en
favorisant l?acceptabilité de la géothermie électrogène (3.2).
3.1 Des innovations en géothermie pour répondre à de nouveaux besoins
Dans une approche large et à des fins thermiques, la géothermie comprend en plus du
captage de l?énergie de la terre celui des eaux usées, des eaux de surface ou de l?eau de mer en
ayant recours à des pompes à chaleur. Elle contribue aussi au stockage de l?énergie dans la terre
afin de l?utiliser ultérieurement. Des innovations en cours de diffusion favorisent l?exploitation
des différentes ressources géothermales.
3.1.1 La réponse adaptée de la géothermie aux besoins croissants de froid
Accélérer le retour sur investissement des géothermies suppose de mieux utiliser l?une
des qualités intrinsèques de cette énergie qui conserve un rendement énergétique constant toute
l?année en raison de la faible variation de la température de la ressource. C?est notamment le
cas lorsqu?elle répond aux besoins de chauffage, d?eau chaude sanitaire et de climatisation d?un
écoquartier qui requiert toute l?année une puissance horaire appelée de l?ordre de 1 700 KW,
l?appoint nécessaire pour le chauffage pouvant être assuré par une énergie complémentaire.
Graphique n° 7 : Puissance horaire appelée pour un écoquartier
Source/note : AFPG, guide techniques Beteg, page 43
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Catégorie 1 Catégorie 2 Catégorie 3 Catégorie 4
Série 1
Série 2
Série 3
Série 4
Série 5
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
57
3.1.1.1 Un meilleur retour sur investissement de la géothermie avec la prise en compte
des besoins croissants de froid
Selon un rapport de l?agence international de l?énergie publié en juin 2018, the future of
cooling, les besoins de froid de confort, évalués à 2 020 TWh en 2016, ont été multipliés par
trois depuis 1990 et devraient connaître la même progression à l?horizon 2050. En France, les
besoins de froid de confort sont estimés à 19 TWh avec une augmentation attendue des besoins
de 34 TWh pour 2050.
Dans un rapport publié en novembre 2021 portant sur la climatisation dans le bâtiment,
l?Ademe mentionne une enquête réalisée à l?été 2020 selon laquelle le taux d?équipement des
ménages en climatiseur serait de 25 % et celui du secteur tertiaire de 40 %. Les émissions de
CO2 générées par ces équipements représenteraient l?équivalent de 4,4 millions de tonnes de
CO2, principalement en raison des fuites de frigorigènes (voir encadré en annexe 1). À l?horizon
2050, selon les scénarios retenus, les taux d?équipement des ménages et du tertiaire seraient
compris entre 80 % et 95 %. La consommation totale associée aux systèmes de climatisation
atteindrait 41 TWh dans le scénario tendanciel, 7,5 TWh dans le scénario frugal et 33 TWh
dans un scénario mobilisant les seuls leviers techniques. Les émissions de CO2 varieraient entre
0,5 et 2 millions de tonnes de CO2 en fonction de l?évolution du mix de gaz frigorigènes des
équipements.
En 2024, l?AFPG a mené une étude sur le rôle de la géothermie dans la climatisation et
le rafraîchissement pour comparer les installations géothermiques avec d?autres solutions dans
le domaine du refroidissement. Il ressort de cette étude, certes commanditée par les
professionnels du secteur que dans le cas d?une maison individuelle, la solution de sondes
géothermiques devient plus rentable que la chaudière à gaz et de deux climatiseurs monoblocs
au bout de 13 ans. Pour un bâtiment collectif, les solutions géothermiques s?imposent après sept
ans pour la géothermie sur nappe et neuf ans pour la géothermie sur sondes. Pour les bureaux,
il faut attendre dix à quinze ans selon le type de solutions géothermiques. La comparaison est
très favorable à la géothermie dans le cas des centres commerciaux (moins de cinq ans) et moins
pour les établissements d?hébergement de personnes âgées dépendantes (dix-huit ans).
Cette étude présente des limites : dans le cas de la maison individuelle, elle ne compare
pas la pompe à chaleur géothermique à la pompe à chaleur réversible, véritable solution
alternative à la géothermie (supra). Elle part d?hypothèses favorables à la géothermie comme
le choix du rafraîchissement par géocooling pour assurer 80 % des besoins en froid pour le
secteur résidentiel et 50 % pour le tertiaire et le choix d?une comparaison sur une période de 25
ans, soit la durée de vie moyenne des pompes à chaleur géothermiques. Malgré tout, cette étude
confirme la compétitivité de la géothermie dans la durée (voir supra). Celle-ci conforte les
résultats de travaux de l?Ademe selon lesquels le LCOE des PAC géothermiques sur champs
de sonde et sur aquifères dans le secteur tertiaire peut être réduit de moitié (de 133 à 62 ¤2022
HT/MWh pour les PAC sur champs de sonde et de 97 à 47¤2022 HT/MWh pour les PAC sur
aquifères) en partant d?une production de froid équivalente à celle de la chaleur et assurée à
40 % par du géocooling et à 60 % par du froid actif en raison de coûts d?investissement
supplémentaires faibles pour le geocooling (21 ¤ HT/kWh).
La géothermie peut répondre aux besoins croissants de froid avec une énergie
décarbonée d?autant plus compétitive qu?elle est utilisée toute l?année.
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2024/08/Etude-climatisation-geothermie_2024_AFPG.pdf
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2024/08/Etude-climatisation-geothermie_2024_AFPG.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
58
3.1.1.2 Les réseaux de froid et les boucles d?eau tempérée, des innovations efficientes
Le troisième plan national d?adaptation au changement climatique considère que les
mesures visant à limiter l?inconfort thermique via des solutions passives ne suffiront pas à
moyen-long terme, notamment pour protéger les populations vulnérables à la chaleur. Pour les
zones peu denses, il privilégie le déploiement de systèmes de rafraichissement efficaces, à
moindre impact pour l?environnement. Dans les zones denses, les réseaux de froid124 présentent
une forte efficacité énergétique en mutualisant la production de froid125 et en mobilisant des
machines industrielles à haut rendement énergétique offrant une meilleure maîtrise des fluides
frigorigènes utilisés. Ils favorisent le report aux heures creuses des consommations électriques
via la fabrication et le stockage de glace. Dans certains cas, ils limitent la consommation
électrique en valorisant des énergies renouvelables et de récupération.
La stratégie française énergie climat prévoit 2 TWh de livraison de froid renouvelable
et de récupération en 2030 et entre 2,5 et 3 TWh en 2035. Depuis 2017, la consommation de
froid stagne autour de 0,9 TWh en raison notamment d?une meilleure isolation des bâtiments et
de la modération des usages de la climatisation. Selon la Fedene, de 2017 à 2023, le nombre de
réseaux de froid est passé de 23 à 43 pour alimenter respectivement 1234 et 1637 bâtiments.
Les pompes à chaleur eau/eau relevant de la géothermie fournissent 72 % de l?énergie des
réseaux de froid et alimentent 22 des 43 réseaux de froid existants.
Similaires dans leur fonctionnement au réseau de chaleur et de froid urbain, les boucles
d?eau tempérée à énergie géothermique (Beteg126) s?en distinguent par une température de l?eau
comprise entre 5°C et 30°C et le recours à des pompes à chaleur géothermiques adaptées à
chaque bâtiment. Elles s?adaptent à tous types de besoin (chaud ou froid, eau chaude sanitaire).
Elles donnent la possibilité d?adapter les lois d?eau au plus près de chaque bâtiment et donc de
limiter les consommations électriques. Elles favorisent le stockage thermique intersaisonnier et
le couplage avec l?énergie solaire ou la chaleur fatale (voir infra). Elles offrent la possibilité de
disposer de plusieurs sources d?énergie sur une même boucle, susceptibles d?être reliées en
plusieurs phases selon l?évolution des besoins à satisfaire et de lisser les investissements dans
le temps. Elles rencontrent certaines limites comme le fait d?être optimisées avec des émetteurs
basse température réversibles.
En 2018, le dispositif du fonds chaleur a été ouvert aux installations permettant la
production de froid renouvelable, en particulier le géocooling et les PAC géothermiques en
montage thermofrigopompe sur les réseaux de froid. Puis en 2019, il a été décidé d?intégrer les
Beteg au fonds chaleur. Dans les deux cas, l?aide est déterminée par une analyse économique.
L?AFPG recense 26 Beteg pour un montant de dépenses éligibles aux aides de l?Ademe de
216,1 M¤ avec un taux d?aide moyen de 31 %, soit 66,7 M¤ pour 51 km de boucles et 166
GWh/an d?énergie renouvelable et de récupération.
124 Les réseaux de froid sont décrits en annexe 10. Même s?il existe quelques réseaux de froid anciens comme celui
de la ville de Paris, leur diffusion en France est récente et limitée comparée aux réseaux de chaleur. Selon Idex,
« Dans le contexte du réchauffement climatique, les réseaux de froid urbains émergent comme une solution
innovante et durable pour répondre aux besoins croissants de rafraîchissement, tout en limitant l'impact
environnemental ».
125 À titre d?exemple, un article récent sur le réseau de froid de la Défense.
126 Les Beteg sont décrits en annexe 11. Selon l?étude 2023 de la filière géothermie de l?AFPG et l?académie des
technologies, elles constituent l?une des innovations en géothermie de surface.
https://www.idex.fr/le-blog/les-reseaux-de-froid-urbains-une-solution-cle-pour-ladaptation-au-changement-climatique
https://www.connaissancedesenergies.org/afp/cette-usine-navait-pas-produit-autant-de-froid-la-defense-depuis-2019-250701?utm_source=newsletter&utm_medium=fil-info-energies&utm_campaign=/newsletter/cde-aujourdhui-2-juillet-2025&sstc=u47286nl170116
https://www.afpg.asso.fr/wp-content/uploads/2023/10/AFPG_Etude-filiere-2023.pdf
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/06/potentiels_geothermie_transition_energetique_ST24_06_28022024.pdf
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/06/potentiels_geothermie_transition_energetique_ST24_06_28022024.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
59
La mesure 10 du troisième plan national d?adaptation au changement climatique vise à
déployer à grande échelle les technologies de froid renouvelable. Le niveau des soutiens publics
est d?autant moins un frein à la mise en oeuvre de cette mesure que ces technologies de plus en
plus matures favorisent une meilleure rentabilisation de l?énergie géothermale.
Ce potentiel justifie une meilleure territorialisation des soutiens publics, en fonction des
opportunités identifiées. Cela suppose de finaliser le projet de cadastre géothermique piloté par
le Cerema (cf schéma 5 de l?annexe 1) et d?intégrer ces innovations dans les plans locaux de
chaleur et de froid. Une meilleure visibilité des gisements d?opportunités simplifierait
l?orientation des porteurs de projets et renforcerait l?efficience des aides publiques.
3.1.2 Un meilleur retour sur investissement espéré des innovations dans les
domaines du stockage d?énergie et de carbone et de l?extraction du lithium
3.1.2.1 La géothermie à recharge active intersaisonnière soutenue par EnR?choix
Les stockages thermiques souterrains intersaisonniers permettent de jouer sur la
saisonnalité des besoins. En été, la chaleur excédentaire d?un bâtiment est injectée dans le
stockage souterrain, ce qui permet de refroidir le bâtiment, et en hiver, cette chaleur stockée
peut être restituée au bâtiment pour le chauffer. La géothermie à recharge active stocke aussi la
chaleur de sources complémentaires (panneaux solaires, chaleur fatale industrielle) lorsqu?elle
est disponible, bas-carbone et peu coûteuse, en vue d?une utilisation ultérieure.
Dans son rapport publié en 2023 intitulé « le stockage intersaisonnier de chaleur : un
atout pour la souveraineté et le climat », l?académie des technologies considère ces
technologies matures en citant des exemples en France, en Allemagne, au Canada, aux Pays-
Bas et en Suisse. Selon elle, le stockage actif permet de supprimer la dérive de température du
sol et par conséquent le surdimensionnement des installations de géothermie classique qui en
résulte. Il donne une alternative au stockage de l?excès d?électricité intermittente et favorise la
récupération de la chaleur de diverses sources dans le cadre d?installation de couplage.
Les stockages souterrains intersaisonniers prennent différentes formes127. Le stockage
thermique sur aquifère consiste à prélever de l?eau dans une bulle chaude d?un aquifère puis à
la faire circuler dans un échangeur thermique avec une pompe à chaleur et à la réinjecter dans
une bulle froide. À la saison suivante, l?eau circule en sens inverse. Pour obtenir des bulles qui
ne se mélangent pas, il faut un aquifère où l?eau circule peu et séparer les deux puits d?au moins
50 mètres. Aux Pays-Bas où les conditions géologiques sont favorables, il existe plus de 3 000
installations de ce type dont plusieurs centaines d?installations pour chauffer et refroidir des
serres. À l?issue d?une mission flash réalisée en 2024, l?IGEDD explique le développement de
cette technologie aux Pays-Bas par une géologie plus favorable, par une meilleure connaissance
du sous-sol, par des coûts plus compétitifs et par une politique de subvention mieux adaptée128.
127 Elles sont décrites en annexe 11.
128 Après une phase de subvention massive d?incitation à l?innovation, la subvention a diminué et a été remplacée
par des instruments fiscaux mieux adaptés à un usage devenu mature.
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/02/Rapport-STES.pdf
https://www.academie-technologies.fr/wp-content/uploads/2024/02/Rapport-STES.pdf
https://igedd.documentation.developpement-durable.gouv.fr/documents/Affaires-0013645/015516-01_Rapport_publie.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
60
Le stockage thermique en champ de sondes utilise les mêmes techniques qu?en
géothermie de surface tout en nécessitant une pompe à chaleur géothermique réversible et en
intégrant une inversion de sens de circulation pour stocker de la chaleur ou du froid selon la
saison. La chaleur stockée dans la roche est à basse température, inférieure à 40 °C. La
performance dépend de la nature du sol et de sa conductivité thermique. L?un des intérêts du
stockage thermique en champ de sondes réside dans sa capacité de couplage avec des systèmes
de récupération de chaleur fatale ou d?énergie solaire. Une étude du BRGM réalisée en 2018 a
montré la viabilité technico-économique de l?intégration d?un stockage en champ de sondes
géothermiques verticales à un réseau de chaleur alimenté par une source de chaleur fatale129 et
une chaudière gaz en appoint. Si la chaleur est mise à disposition gratuitement, l?intégration du
stockage thermique est viable à partir d?une quantité de chaleur thermique disponible de
5 000 MWh par an. Pour un gisement de 10 000 MWh par an, l?intégration du stockage
thermique réduit le coût de production de la chaleur injectée sur le réseau tant que la chaleur
fatale est achetée à moins de 14 ¤ du MWh.
Le couplage énergie solaire et stockage géothermique utilise une partie de l?excédent de
chaleur que peuvent fournir les systèmes solaires thermiques l?été par rapport à des besoins en
chauffage et en eau sanitaire. Une start-up française productrice de chaleur et de froid
renouvelables et peu carbonés a mis au point le premier stockage d?énergie souterrain à haute
température130 en France en septembre 2022. Ce stockage géothermique alimente via un réseau
de chaleur urbain un écoquartier de 67 logements de la ville de Cadaujac en Gironde, pour ses
besoins de chauffage et d?eau chaude sanitaire. Il est composé de 60 sondes géothermiques
verticales de 32 mètres de profondeur. Elles permettent de stocker la chaleur produite par les
capteurs solaires thermiques (eau à environ 85°C). Cette opération a bénéficié d?un financement
de l?Ademe à hauteur de la moitié des deux millions d?euros investis.
Le projet de stockage haute température de Cadaujac a fait l?objet d?une autorisation au
titre du code minier sur le modèle de la géothermie profonde. Comme vu supra, la
réglementation applicable au stockage souterrain d?énergie calorifique mérite une clarification
en cours d?instruction au ministère de l?énergie dans les cas relevant de la GMI et de la basse
température.
Les projets de stockage géothermiques bénéficient du soutien du fonds chaleur. En
2023, la démarche EnR?choix de l?Ademe a repositionné le solaire thermique dans l?arbre de
décision pour l?attribution de subventions et l?a mis au même niveau que la géothermie eu égard
à la complémentarité de ces deux énergies renouvelables que renforce le stockage
géothermique. Selon l?Ademe, coupler ces deux énergies évite de surdimensionner
l?installation géothermique et limite le coût de l?investissement initial.
129 Selon le BRGM, l?industrie présente un important potentiel de chaleur fatale de 109,5 TWh dont 52,9 TWh
sont perdus à plus de 100 °C.
130 Ce stockage géothermique souterrain correspond aux caractéristiques attendues du programme européen de
recherche et d?innovation Heatstore qui a pour objectif de stimuler l?adoption accélérée des stockages souterrains
d?énergie thermique haute température (supérieure à 40°C) en passant de la phase de démonstration au déploiement
commercial dans un délai de cinq ans et une utilisation à plein potentiel à l?horizon 2050.
https://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-67592-FR.pdf
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/Absolar_2023_Communiqu%C3%A9%20de%20Presse%20ABSOLAR.VF_.pdf
https://geothermie-schweiz.ch/fr/le-premier-rapport-heatstore-a-ete-publie/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
61
3.1.2.2 Le stockage de CO2 issu de l?industrie dans les eaux géothermales
La stratégie nationale bas-carbone intègre le captage et stockage du CO2 dans la
trajectoire de réduction des émissions de gaz effet de serre conformément aux préconisations
du GIEC. À cette fin, les contrats de transition écologique et d?aides publiques incitent les 50
sites industriels les plus émetteurs de CO2 et soumis aux échanges des quotas d?émissions à
mettre en oeuvre des dispositifs de captage et de stockage du CO2. Ils ne répondent pas aux
besoins de 84 % de l?ensemble des sites industriels émettant moins de 150 000 tonnes de CO2
par an et comptant pour 18 % des émissions industrielles totales en France. Le projet CO2
dissolved porté par le BRGM et plusieurs partenaires industriels combine une production
géothermique valorisable sous forme de chaleur et le captage-stockage de CO2 à proximité
immédiate de ces sites industriels.
À la différence du stockage géologique de CO2 dit « conventionnel », qui stocke
massivement le CO2 sous forme gazeuse dense, ce projet prévoit de dissoudre entièrement le
CO2 dans l?eau géothermale afin de le stocker localement sous cette forme dans l'aquifère
profond, évitant ainsi toute apparition de bulles de gaz et donc éliminant le risque de remontées
potentielles vers la surface. Les réservoirs géothermaux visés sont des aquifères salins profonds
(1500 à 2500 m) contenant des eaux dont la température atteint 50 à 80 °C et qui sont impropres
à la consommation. L?énergie géothermique produite est directement utilisable pour alimenter
des réseaux de chaleur ou de froid, distribuant des installations environnantes (logements
individuels ou collectifs, bâtiments tertiaires, serres, centres aqualudiques?) ou pour répondre
aux besoins énergétiques du site émetteur.
Il ressort des travaux du BRGM que 450 sites industriels131 « petits/moyens » émetteurs
sont localisés dans des zones réputées comme ayant un potentiel géothermal profond dont plus
de 300 dans les bassins parisiens et aquitains. Après avoir identifié plusieurs sites intéressés, le
BRGM et et ses partenaires cherchent à bâtir un projet pilote pour valider ce concept en situation
réelle.
L?investissement global des études préliminaires et de la réalisation du pilote est estimé
entre 70 et 130 M¤ en fonction du site choisi, le poste le plus coûteux étant l?unité de captage
du CO2. Pour la production de chaleur, ce projet pourrait bénéficier des soutiens du fonds
chaleur et du fonds de garantie dans les mêmes conditions que les autres projets de géothermie
profonde. Pour la partie captage et injection du CO2, il s?agit d?identifier un appel à projets de
France 2030 dans lequel ce pilote pourrait s?inscrire. À ce jour, selon le BRGM, ce pilote ne
correspond pas aux différents appels à projet émis par le ministère de l?industrie. À terme,
l?évolution du coût de la tonne de CO2 sur le marché du carbone132 pourrait contribuer à la
diffusion de cette technologie.
Ce nouveau cas d?usage des réservoirs géothermiques pourrait renforcer la réplicabilité
de la géothermie profonde notamment dans les bassins parisiens et aquitains. Il s?agit aussi de
mutualiser les coûts d?investissement des doublets géothermiques entre la centrale
131 Ces 450 sites rejettent 14 % des émissions industrielles françaises.
132 Après avoir atteint 100 ¤/t durant la crise et chuté sous 55 ¤/t en 2024, le prix du CO? s?établissait à environ 72
¤/t en juin 2025. RTE anticipe, dans son bilan prévisionnel 2023-2035, une tendance haussière à moyen terme sur
le marché du carbone, avec une projection à 100 ¤/t à l?horizon 2030.
https://www.entreprises.gouv.fr/priorites-et-actions/transition-ecologique/decarboner-lindustrie/contrats-de-transition-ecologique
https://www.brgm.fr/fr/reference-projet-acheve/co2-dissolved-couplage-reussi-stockage-co2-geothermie
https://www.brgm.fr/fr/reference-projet-acheve/co2-dissolved-couplage-reussi-stockage-co2-geothermie
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
62
géothermique et l?installation de stockage du CO2 émis par des sites industriels. A ce jour, la
démonstration de la validité de cette innovation dans un contexte industriel n?est pas acquise.
3.1.2.3 Le couplage de la géothermie et du lithium
Le rapport de la Cour des comptes portant sur la sécurisation des approvisionnements
en minerais et en métaux critiques rappelle que le lithium est un métal critique dans le cadre de
la transition énergétique. Au niveau européen, le règlement européen sur les matières premières
critiques adopté le 11 avril 2024 identifie le lithium comme un métal stratégique pour lequel
l?extraction en Europe doit répondre à au moins 10 % des besoins annuels, la transformation à
hauteur de 40 % et le recyclage à hauteur de 25 % d?ici 2030. Le lithium est principalement
utilisé pour la fabrication des piles et batteries. En France et pour le seul secteur de la mobilité,
sa consommation actuelle est d?après l?Ademe de 950 t/an. Cette agence évalue cependant les
besoins futurs dans un intervalle de quatre à neuf fois cette valeur, selon le scénario de
croissance retenu. La production de lithium est actuellement entre les mains de quelques pays
dans le monde. Pourtant, des ressources existent dans de nombreux pays, dont la France, que
ce soit sous forme solide (minéraux de certaines roches) ou dissoute (saumures).
En Alsace, plusieurs projets sont en cours, dans la perspective d?extraire
commercialement le lithium et dont la valorisation pourrait contribuer à l?élaboration d?un
nouveau modèle économique pour l?exploitation de certains sites de géothermie. Plus
précisément, il s?agit de coupler une unité d?extraction de lithium à la centrale géothermique
qui, après extraction des calories de l?eau via un échangeur de chaleur, pourrait extraire le
lithium dissous dans la saumure géothermale via un système de filtration. Le lithium est ensuite
dirigé vers une autre unité pour y être purifié. La saumure est ensuite réinjectée dans le sous-
sol, avec une concentration en lithium moindre. Les forages géothermiques réalisés ont montré
que les eaux géothermales y étaient riches en lithium avec des concentrations de 150 à 200 mg/l
même si l?évolution de sa concentration dans le réservoir géothermique profond reste à étudier,
site par site, en cas d?extraction du lithium des fluides produits et de leur réinjection dans le
réservoir.
Plusieurs projets lithium ont bénéficié de permis exclusifs de recherche en Alsace. Loin
d?être concurrents, ces projets, mis en oeuvre, ne satureraient pas les besoins en lithium de
l?industrie française selon le délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et
métaux stratégiques (Diamss). Le délégué interministériel est aussi favorable à une
mutualisation des capacités de raffinage de lithium.
Le délégué interministériel souligne que les projets d?extraction de lithium des saumures
géothermales ne peuvent se concevoir en dehors d?un couplage avec un projet de géothermie
calogène notamment pour des raisons de modèle économique, le cours du lithium étant très
variable133. Le même modèle de couplage de la géothermie avec le lithium se développe en
Allemagne où la recherche de débouchés pour la vente de chaleur est favorisée par la densité
urbaine.
133 Après avoir connu un pic à 80 000 ¤ la tonne en novembre 2022, le cours se stabilise autour de 15 000¤ la tonne
en 2025. Il était de 6 000 ¤ la tonne en 2020.
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-securisation-des-approvisionnements-en-minerais-et-metaux-critiques
https://www.ofremi.fr/fr/actualite/actualite/publication-dun-nouvel-avis-strategique-de-lademe-anticiper-besoins-materiaux
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
63
Selon l?Ademe, seuls trois ou quatre projets pourraient être éligibles au fonds de garantie
et au fonds chaleur dans les conditions fixées par les règlements de ces fonds. Une bonne
connaissance locale de la géologie est un facteur clef de succès, ce qui devrait faciliter le
démarrage des projets situés à proximité des installations existantes de Soultz et Ritterschoffen.
Ces projets sont au stade du développement d?un pilote industriel à un horizon de cinq
ans. À ce jour, de nombreuses incertitudes demeurent sur les données techniques et
économiques des projets d?exploitation du lithium à partir des saumures géothermales.
3.2 Une géothermie électrogène innovante et prometteuse outre-mer, mais
incertaine en métropole
Les ressources géothermiques pour la production d?électricité se rencontrent
principalement dans des réservoirs naturellement et fortement fracturés, offrant des débits
d?exploitation importants, et présents, dans des zones de volcanisme actif ou récent, entre 500
et 1 500 m de profondeur. En France, ces ressources sont potentiellement présentes en
Guadeloupe, à la Martinique, à la Réunion et à Mayotte. Avec un gradient géothermique moyen
de l?ordre de 3 à 4°C par 100 mètres, l?exploitation de la chaleur de la terre se limite à des
usages thermiques en métropole, à l?exception du Bassin Rhénan où, pour des raisons
géologiques, les températures atteintes par des ressources géothermiques présentes dans des
roches fracturées sont de l?ordre de 150 à 200°C, pour des profondeurs comprises entre 2 500
et 5 000 m.
3.2.1 En métropole, une géothermie sur roches fracturées à la rentabilité et à
l?acceptabilité incertaines à ce jour
Les avantages potentiels de la géothermie profonde sur roches fracturées ont fait l?objet
d?un site d?expérimentation scientifique d?une unité de production d?électricité de type ORC134
d?une puissance électrique de 1,5 MW utilisant la technologie EGS135 à Soultz-sous-Forêts .
Cette première production d?électricité au monde issue de tels systèmes géothermaux raccordée
au réseau électrique s?inscrit dans un partenariat européen de recherche ayant mobilisé plus de
80 M¤ avec l?implication de 15 laboratoires de recherche et de plusieurs entreprises.
À la suite du Grenelle de l?environnement, des objectifs de production d?électricité en
géothermie profonde calogène ont été fixés à 1,8 TWh en 2011 et à 4,8 TWh à l?horizon 2020.
Un tarif d?achat de l?électricité très incitatif a été fixé par l?arrêté du 23 juillet 2010 à 246
¤/MWh produit pendant 20 ans. Ce tarif a suscité le dépôt de plusieurs demandes de permis
exclusif de recherche en Alsace ainsi que dans de nombreuses régions plus risquées en raison
134 Les centrales binaires ou ORC utilisent les fluides géothermiques pour vaporiser un fluide secondaire, différent
de l?eau, qui a une température d?ébullition plus basse et qui circule en circuit fermé afin d?augmenter la portion
d?énergie récupérée sur des ressources de températures faible à moyenne.
135 La technologie EGS (Enhanced Geothermal Systems) diffère de la géothermie classique en ce sens qu?elle
nécessite la création ou l?amélioration d?un réservoir par stimulation mécanique, thermique ou chimique de la
roche afin qu?un fluide caloporteur circule dans le réservoir pour produire de l?électricité.
https://www.afpg.asso.fr/la-geothermie-egs/
https://www.geothermies.fr/outils/operations/la-centrale-geothermique-de-soultz-sous-foret-bas-rhin
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000022511606/2021-07-04/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
64
de la moindre connaissance du potentiel géologique (Massif Central136, Couloir rhodanien,
région paloise).
En 2016, le site de Soultz est transformé en site industriel dédié à la production
d?électricité. Au même moment, la centrale ECOGI, inaugurée en juin 2016 à Rittershoffen est
la première centrale de géothermie profonde à vocation de chaleur industrielle au monde
exploitant un réservoir de type EGS. Ce projet a bénéficié d?un niveau très élevé de subvention
à hauteur de 55,5 % de l'investissement (soit 25 M¤ sur un total de 45 M¤), les forages
bénéficiant d'une garantie court terme de 4,7 M¤ par le fonds géothermie, à laquelle s'ajoute
une garantie supplémentaire de la région Alsace de 2 M¤, également pour le risque géologique.
Suite à cette réussite, des projets ambitieux ont été lancés notamment sur les sites de Illkirch,
avec comme opérateur Electricité de Strasbourg, et de Vendenheim, avec comme opérateur
Fonroche Géothermie, en vue d?une cogénération chaleur/électricité.
En 2019, la politique de soutien à la production d?électricité par géothermie a été
modifiée. La nouvelle PPE dispose : « compte-tenu du coût de la production d?électricité par
géothermie, afin d?optimiser le coût global d?atteinte des objectifs EnR, le soutien à la
géothermie se concentre sur la production de chaleur. Il sera mis fin au dispositif de soutien
via le complément de rémunération en métropole pour la production d?électricité. Les projets
ayant déjà fait l?objet d?une demande de complément de rémunération recevable seront
soutenus. [De plus], des projets innovants pourront être soutenus dans le cadre de dispositifs
de soutien à la recherche ».
Dans un rapport récent, le BRGM a tiré un bilan des technologies actuelles issues du
concept EGS, leurs bénéfices et leurs limites. Il recense 47 sites dans le monde ayant eu recours
à ces techniques, notamment celui de Soultz-sous-Forêts. 29 de ces sites continuent à produire
de l?électricité à un niveau plus élevé grâce à des opérations de stimulation. 18 ont été
confrontés à des difficultés techniques relatives aux réservoirs. Plusieurs projets ont rencontré
des problèmes de financement. Six sites ont cessé temporairement leurs activités ou les ont
arrêtées en raison de préoccupations liées à la sismicité.
Comme l?a souligné la mission d'information de l?Assemblée nationale de 2024, toute
intervention en profondeur dans le sous-sol, par forage, soulève des inquiétudes dans la
population. En France, seuls trois projets de géothermie profonde ont été marqués par des
incidents sismiques, à Soultz-sous-Forêts (2003), Vendenheim (2021), Rittershoffen (2024),
situés dans le fossé rhénan et visant la co-génération de chaleur et d?électricité.
Par un arrêté du 8 décembre 2020, la préfète du Bas-Rhin a ordonné l?arrêt définitif du
site de Vendenheim et la suspension des autres projets. Le rapport du comité d?experts est sans
ambiguïté sur l?origine humaine de ces séismes et plus précisément sur l?attribution aux
opérations réalisées par la société Fonroche Géothermie137. Le rachat de cette société par le
groupe Arvene, l?annulation de l?arrêté de la préfète par un jugement du tribunal du 22 juin
2022 et l?avis favorable de la DREAL n?ont pas convaincu la préfète du Bas-Rhin de donner
un avis favorable à la demande de prolongation du permis exclusif de recherche de gîtes
136 Selon le BRGM, le Massif central demeure un candidat possible au développement de la géothermie électrogène
même si la recherche nécessaire pas été effectuée à ce jour.
137 Selon le rapport d?expert, « La connaissance initiale de la géologie du site de Vendenheim n?était pas suffisante
pour bien appréhender et évaluer les risques à la fois géologique (identifier et atteindre la ressource de chaleur
attendue) et sismique (prévenir voire éviter l?occurrence de séismes ressentis et ceux générant des dégâts) ».
https://www.geothermies.fr/outils/operations/la-centrale-geothermique-de-rittershoffen-bas-rhin
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%203%20-%20innovations/3.2.1%20G%C3%A9othermie%20sur%20roches%20fractur%C3%A9es/DP_1er_forage_Illkirch.pdf
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/organes/commissions-permanentes/developpement-durable/missions-de-la-commission/mi-flash-geothermie-profonde
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
65
géothermiques à haute température, dit « permis de Strasbourg » en raison du « manque
d?acceptabilité locale tant du côté des élus que des populations ».
Ce moratoire de la géothermie profonde électrogène affecte plusieurs opérateurs et
notamment Electricité de Strasbourg qui a dû déprécier ses actifs à hauteur de 33,4 M¤ à la
suite de ces incidents auxquels se sont ajoutées des difficultés d?exploitation de la centrale
électrique de Soultz. Ce contexte pourrait aussi compromettre le couplage de l?exploitation
géothermique et du lithium. Dès lors, la reprise des forages ne peut s?envisager que dans le
respect scrupuleux du guide de bonnes pratiques pour la maîtrise de la sismicité induite par les
opérations de géothermie profonde. L?ordonnance du 13 avril 2022 impose désormais que toute
demande d?autorisation d?ouverture de travaux soit accompagnée d?un mémoire technique «
précisant les mesures mises en oeuvre et celles envisagées pour connaître la géologie du sous-
sol impacté par les travaux et comprendre les phénomènes naturels, notamment sismiques,
susceptibles d?être activés par les travaux, afin de minimiser leur probabilité138 ». A partir de
ces éléments, la préfecture a autorisé le 15 mai 2025 la société Electricité de Strasbourg à lancer
les travaux miniers, pour la future réalisation d?un doublet géothermique à Soultz après sa mise
aux normes environnementales. De son côté, la société Lithium de France a obtenu une
autorisation environnementale par arrêté préfectoral du 16 mai 2025 afin de lancer les travaux
de préparation du site de Schwabwiller.
L?expérience alsacienne illustreles constats de l?AIE sur les difficultés que rencontrent
la géothermie profonde sous l?angle de la maîtrise des couts d?investissements et de
l?acceptabilité sociale. Dans son rapport « The Future of Geothermal Energy », l?AIE relève la
nécessité d'une conception spécifique à chaque site de production qui rend difficile la réalisation
d'économies d'échelle et la standardisation des équipements. Dans ce contexte, elle souligne
l?apport des techniques mises au point par l?industrie pétrolière et gazière et de la gestion de
projets à grande échelle pour réduire les coûts. C?est notamment le cas du projet Red (infra)
porté par la société Fervo energy. Cependant, elle note qu?un certain nombre de défis doivent
être relevés, notamment les risques liés au développement de projets, les processus de permis
et d?autorisations, les préoccupations environnementales et l?acceptation sociale.
Le projet RED
La société Fervo energy explore une approche focalisée sur trois points pour revitaliser la
production géothermique de type EGS139 avec le forage horizontal, la mise en oeuvre de la
fracturation multizone et la détection distribuée par fibre optique de la température de la
ressource. Un premier pilote de ce type est en cours de démonstration à Winnemucca, au Nevada,
où les deux premiers puits géothermiques horizontaux de l'histoire ont été forés en février 2023.
L'énergie générée par ces forages contribuera à alimenter les centres de données de Google dans
le Nevada. L'essai de puits de 30 jours, une norme pour la géothermie, a atteint un débit de 63
litres par seconde à haute température qui permet une production électrique de 3,5 MW
établissant de nouveaux records pour le débit et la production d'énergie d'un système
géothermique amélioré (EGS).
138 Article L.164-1-2 du code minier modifié par l?article 2 de l?ordonnance du 13 avril 2022.
139 La technologie EGS (Enhanced Geothermal Systems) diffère de la géothermie classique en ce sens qu?elle
nécessite la création ou l?amélioration d?un réservoir par stimulation mécanique, thermique ou chimique de la
roche afin qu?un fluide caloporteur circule dans le réservoir pour produire de l?électricité.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Guide_geothermie.pdf
https://lithiumdefrance.com/lancement-travaux-schwabwiller/
https://lithiumdefrance.com/lancement-travaux-schwabwiller/
https://www.iea.org/reports/the-future-of-geothermal-energy
https://geothermie-schweiz.ch/fr/une-centrale-geothermique-produit-de-lelectricite-pour-google/
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045577056/
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000045572287/2023-01-01/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
66
Le BRGM a initié un projet exploratoire afin de prendre en compte et d?adapter au
contexte français les nouveaux concepts de géothermie profonde, appelés « advanced
geothermal systems », issus de l?industrie pétrolière et gazière visant à rendre la géothermie
profonde moins dépendante du contexte géologique et à limiter les risques de sismicité tout en
réduisant les coûts d?investissement.
3.2.2 Outre-mer, une géothermie profonde électrogène prometteuse sous réserve
d?innover
3.2.2.1 Des enjeux d?autonomie et de maîtrise des coûts
Dans le cadre de la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV),
les départements d?outre-mer, qui sont tous des Zones Non Interconnectées (ZNI)140 visent leur
autonomie énergétique à l?horizon 2030 et le développement les énergies renouvelables. À cette
fin, une PPE a été mise en place dans chacun de ces territoires.
Aucune PPE fixant de nouveaux objectifs sur la période 2023-2028 n?a encore été
publiée, à l?exception de la PPE relative à La Réunion rendue publique en avril 2022. Dans un
rapport publié en 2023 concernant les soutiens publics aux zones non interconnectées (ZNI), la
Cour des comptes observait un défaut de vision à moyen terme et de gouvernance quant à
l?élaboration des PPE. La Cour relevait aussi les surcoûts liés à la décarbonation des moyens
de production électrique pesant sur les charges de service public a minima de 600 M¤.
Selon la CRE, le coût moyen de production du MWh électrique injecté sur le réseau
pour l?ensemble de ces territoires s?élevait à 271 ¤ en 2021, 326 ¤ en 2022 et 347 ¤ en 2023,
alors qu?il n?était que d?une soixantaine d?euros en métropole. Le prix moyen exporté au réseau
d?un MWh produit par la centrale géothermique de Bouillante est de l?ordre de 170 ¤ depuis
2017.
En 2015, la capacité installée en Guadeloupe s?élevait à 14,7 MW pour la production
d?électricité géothermique. La PPE pour la Guadeloupe adoptée en 2017 prévoyait une
augmentation de 30 MW entre 2018 et 2023. Le projet de révision de la PPE Guadeloupe 2023-
2033 adopté par le conseil régional de Guadeloupe en 2023 mentionne une capacité de 25 MW
d?ici 2028, puis 75 MW d?ici 2033. La PPE 2023-2028 de La Réunion arrête un objectif de
5 MW pour la géothermie électrogène. Les PPE de Mayotte et de la Martinique en vigueur ne
fixent pas d?objectif de développement de la géothermie mais proposent le financement
d?études visant une qualification fine et industrielle de gisement géothermique.
D?après un rapport publié en 2024 par le Conseil économique, social et environnemental
(CESE), la transition énergétique outre-mer connaît une première étape de conversion des
centrales thermiques (fioul, charbon) aux sources d?énergies renouvelables en recourant à des
importations massives de biomasse et de biocarburant. À titre d?exemple, la Réunion est sortie
du charbon et du fioul pour sa production d?électricité en convertissant ses centrales thermiques
à la biomasse, mais les résidus de canne à sucre produits localement ne couvrent qu?une partie
140 En France, la loi désigne comme zones non-interconnectées (ci-après ZNI), les territoires qui ne sont pas reliés
au réseau électrique métropolitain continental et qui bénéficient du dispositif de péréquation tarifaire nationale.
https://www.cre.fr/electricite/transition-energetique-dans-les-zni.html
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-soutiens-publics-aux-zones-non-interconnectees-zni
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-soutiens-publics-aux-zones-non-interconnectees-zni
https://www.cre.fr/electricite/transition-energetique-dans-les-zni.html
https://www.lecese.fr/travaux-publies/quelles-transitions-energetiques-pour-les-outre-mer
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
67
des besoins obligeant à l?importation de pellets de bois en provenance principalement d?Asie
du sud-est et d?Australie (et dans une moindre mesure d?Europe et d?Amérique du Nord), et de
biodiesel en provenance d?Europe. Cette conversion est coûteuse. La conversion au bioliquide
de la centrale de EDF PEI Port-Est à La Réunion induit une hausse des charges de service public
de 74 M¤ courants par an sur la base d?un prix de 90 ¤ la tonne de CO?. Celle de la conversion
à la biomasse solide de l?installation Albioma le Gol génère un surcoût de 21,8 M¤ courants
par an en considérant un coût des émissions de CO? évitées égal au prix de marché constaté en
2021 de 54 ¤ la tonne.
La géothermie fournit de l?électricité en base produite localement. C?est une énergie
disponible 24h/24, indépendante des conditions climatiques. Elle peut donc être valorisée dans
des centrales de production d?électricité avec un taux de charge annuel particulièrement élevé,
c?est-à-dire avec un fonctionnement à pleine puissance, de l?ordre de 90 à 95 % du temps.
D?après EDF SEI, les centrales géothermiques ne sont pas suffisamment pilotables pour
sécuriser un réseau électrique insulaire non interconnecté et ne peuvent pas remplacer
complètement toutes les centrales thermiques existantes.
Les départements d?outre-mer assurent l?essentiel de leur fourniture d?électricité avec
des énergies fossiles importées, ce qui conduit à des coûts de production bien plus élevés qu?en
métropole en raison de la petite taille des installations. Énergie décarbonée, locale et de base,
la géothermie a vocation à occuper une place croissante dans le mix électrique de plusieurs
départements d?outre-mer tout en contribuant à la maîtrise des charges associées à cette
production.
3.2.2.2 Un potentiel « dormant » en raison du niveau de risque des forages
Missionné par la DGEC à la demande du Parlement pour estimer les potentialités
relatives à la géothermie de quatre départements outre-mer (Guadeloupe, la Martinique, la
Réunion et Mayotte), le BRGM qualifie de « dormant » ce potentiel dans un récent rapport. En
Guadeloupe où neuf forages profonds ont été réalisés, la géothermie représente 6 % des besoins
annuels d?électricité et pourrait atteindre plus de 30 % à l?horizon 2035, d?après les résultats
des travaux d?exploration menés par le BRGM. Pour ce qui est des autres îles, il n?existe aucune
production d?électricité d?origine géothermique. Si les travaux d?exploration géothermique de
surface ont été nombreux, les six forages profonds d?exploration réalisés en dehors de la
Guadeloupe sont insuffisants pour estimer leur potentiel géothermique.
Actuellement, huit permis miniers de géothermie ont été attribués à la Guadeloupe, à la
Martinique et à La Réunion. Selon le BRGM, des industriels devraient être en mesure de réaliser
des forages d?exploration en Martinique et à Mayotte dans les prochaines années. L?île de la
Réunion dispose d?un potentiel considérable, lié à l?un des volcans les plus actifs au monde, le
Piton de la Fournaise, comparable au massif volcanique de Kilauea à Hawaï, qui dispose d?une
centrale géothermique de 30 MW. Cependant, le forage profond réalisé à Salazie en 1985 n?a
pas permis une exploitation géothermique en raison du faible débit. Celui prévu dans le secteur
de la plaine des sables a été écarté suite au classement du parc national au patrimoine mondial
de l?Unesco. D?autres sites font actuellement l?objet d?études.
Dans son rapport de 2013 sur la géothermie, la Cour des comptes mentionnait un projet
particulièrement ambitieux de l?Ademe et de l?AFD visant à créer une capacité de production
géothermique de 100 MW à la Dominique pour couvrir les besoins du pays et exporter le solde
à la Martinique et la Guadeloupe via une interconnexion pour un investissement de 350 M¤. Le
https://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-72887-FR.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
68
financement des études concernant l?exportation d?électricité d?origine géothermique depuis la
Dominique est prévu par la PPE de la Martinique. Ce projet a été abandonné pour des raisons
économiques141 .
Le développement des projets de géothermie profonde électrogène en outre-mer se
heurte à des obstacles encore plus contraignants que ceux identifiés supra pour la géothermie
profonde calogène : huit à dix années sont nécessaires pour réaliser un projet notamment en
raison des délais d?instruction réglementaire ; le risque « ressources » est d?autant plus coûteux
qu?il ne peut pas être couvert par le fonds de garantie. D?après Albioma, les projets
n?aboutissent pas en raison de l?inadéquation du dispositif dit des coûts échoués (infra) à la
spécificité des investissements. Dans un projet classique, 15 à 20 % des coûts d?un projet sont
à risque. Dans le cas de la géothermie électrogène, 15 % des investissements sont consommés
par les études et 50 % des investissements sont concentrés sur la phase risquée de forage comme
l?illustre le graphique n°10.
Graphique n° 8 : Concentration des investissements de géothermie profonde sur la phase risquée
Source/note : Albioma
3.2.2.3 La centrale de Bouillante, une efficience qui s?est améliorée
Sur la base de travaux exploratoires du BRGM à Bouillante, EDF a exploité de 1986 à
1992 une centrale géothermique de production d?électricité d?une puissance de 4,2 MW. En
1999, Géothermie Bouillante lance la réalisation d?une nouvelle centrale de 11 MW. La centrale
de Bouillante a été gérée par une filiale du BRGM jusqu?en 2016. Dans un rapport publié en
2016, la Cour des comptes observait que la géothermie à Bouillante n?avait jamais vraiment
réuni les conditions propices à un équilibre financier durable et dépendait de soutiens publics.
Détenue à 65 % par la société américaine Ormat depuis 2016, Géothermie Bouillante a
Une centrale de 10 MW est en cours de construction pour répondre uniquement aux besoins de la Dominique.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
69
bénéficié d?investissements importants afin de porter la capacité de cette centrale à 25 MW.
Elle présente aujourd?hui des résultats financiers positifs.
Le principal soutien public à la géothermie électrogène prend la forme d?un tarif d?achat
de l?électricité garanti sur une longue durée dans le cadre d?un contrat de gré à gré et faisant
l?objet d?une compensation au titre des charges de service public évaluée par la CRE à partir
d?une analyse du coût de production normal et complet pour le type d?installation considérée
dans cette zone. D?après une délibération de la CRE du 7 décembre 2023, le surcoût engendré
par le contrat d?achat d?électricité de Bouillante 1bis devrait représenter un montant total de
32,2 M¤ courants sur la durée du contrat de 30 ans, soit en moyenne 1,1 M¤ par an pour une
hypothèse de fonctionnement annuel de la centrale estimé à 76,2 GWh. Pour un GWh produit,
ce montant est plusieurs fois moins important que ceux de la centrale biomasse Albioma le Gol
à La Réunion et de la centrale bioliquide de la centrale EDF PEI Port Est.
3.2.2.4 Un modèle de couverture du risque des forages décourageant plusieurs projets
En application de la loi de transition énergétique pour la croissance verte, le dispositif
« Coûts échoués » permet à des producteurs d?électricité renouvelable intervenant dans les ZNI
de bénéficier d?un financement dès lors que ces projets sont inscrits dans les objectifs fixés
localement par la PPE et qu?ils aboutissent ou non. Le montant des coûts à compenser ne peut
excéder un certain plafond fixé par un arrêté du 20 septembre 2016 : « [?] - pour les projets
de géothermie électrique, le plafond est égal à la plus petite valeur entre 300 000 euros par
mégawatt de puissance installée et 15 millions d'euros ».
L?action 7B du plan d?action ministériel pour accélérer le développement de la
géothermie prévoit la refonte de cet arrêté. Selon l?Ademe, « la rédaction de l?arrêté du 20
septembre 2016 n?est pas adaptée avec la mention d?un plafond par mégawatt installé qui n?a
pas de sens lors de la phase exploratoire en géothermie. Tant qu?une campagne de forages
d?exploration n?a pas été réalisée, il est impossible d?apprécier la puissance d?un futur projet.
En l?état actuel de la rédaction de l?arrêté, en cas d?échec, selon la taille du projet, le reste à
charge pour le porteur du projet représenterait près de 50 % des coûts engagés ».
L?Ademe a réalisé une étude d?impact d?un dispositif de couverture du risque ressource
tel que proposé142 dans un projet de rapport de présentation au conseil supérieur de l?énergie. Il
en ressort une économie annuelle sur les charges de service public de 11 M¤ avec des
hypothèses réalistes143. Selon cette étude, huit projets d?une puissance moyenne de 10 MW sont
envisageables dans les dix ans à venir, pour un coût total des campagnes d?exploration de
200 M¤. Sur une durée de vie économique de vingt ans, une seule centrale géothermique
électrogène de 10 MW génère une économie de ce montant sur les charges de service public.
142 Dans cette nouvelle version, l?article 1er de l?arrêté du 20 septembre 2016 modifié serait rédigé ainsi : « A partir
d?une étude des coûts du projet de géothermie électrique, la commission de régulation de l?énergie détermine le
montant des coûts à compenser suivant le nombre de forages dans la limite de 3 et dont le plafond n?excède pas
20 millions d?euros. »
143 Ces hypothèses sont : un facteur de charge de 85 %, un coût de production du MWh de 150 ¤ comparable à
celui de la nouvelle unité de 10 MW de Bouillante, un coût moyen de production du MWh dans les départements
d?outre-mer de 300 ¤ et un coût d?une campagne de forages d?exploration compris entre 20 et 25 M¤.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
70
La révision de ce dispositif de coûts échoués pour les campagnes d?exploration
géothermiques coûterait environ 60 M¤ afin de garantir les trois premières opérations144. A
minima, un budget de 20 M¤ est nécessaire pour initier une première opération. La géothermie
électrogène étant une énergie décarbonée compétitive dans les zones non interconnectées, il
s?agit d?un investissement de long terme rentable pour l?État si au moins un projet de
géothermie électrogène finit par voir le jour dans les territoires ultramarins.
Recommandation n° 3. (DGEC, 2026) Réviser l?arrêté du 20 septembre 2016 pour
améliorer le dispositif de couverture du risque de forage
3.2.2.5 Les autres éléments nécessaires au développement de la géothermie électrogène
outre-mer
Les projets de centrale électrogène outre-mer se heurtent à de nombreuses contraintes
qui rendent les opérateurs prudents. Les contraintes liées à l?insularité sont nombreuses. Les
machines de forage et parfois la main d?oeuvre qualifiée sont coûteuses à acheminer. La
répartition inégale de la population et la forte densité du bord de mer où les disponibilités
foncières sont limitées se combinent à une localisation des ressources géothermales dans des
zones parfois difficiles d?accès pour générer des coûts élevés de connexion des centrales
géothermiques au réseau électrique dans certains projets. Les contraintes liées à
l?environnement fragile de ces îles sont les plus marquantes et ont notamment abouti à
l?abandon du projet géothermique de la plaine des sables à La Réunion afin de ne pas obérer
l?inscription du parc national de La Réunion au patrimoine mondial de l?Unesco.
Dans un avis de mars 2024 relatif aux transitions énergétiques pour les outre-mer, le
CESE préconise de développer la géothermie dans le respect strict des espaces naturels et de la
biodiversité. Il demande aussi la réalisation d?études indépendantes concernant l?évaluation de
tous les risques environnementaux potentiels liés à la géothermie.
Pour aboutir, des projets sur mesure doivent donc être adaptés aux spécificités de ces
territoires. À cette fin, l?Ademe a diffusé en 2023 un guide méthodologique pour l?intégration
socio-environnementale des projets de production d?électricité géothermique en contexte
insulaire. La durée des projets de géothermie et leurs impacts suscitent logiquement des
interrogations de la part des populations et des préoccupations qui peuvent rendre difficile son
implantation. Pour les industriels, il est nécessaire de mettre en place en toute transparence une
démarche adaptée avec le choix des solutions techniques les moins impactantes possibles, la
mise en oeuvre de pratiques remarquables en matière d?environnement et le recours à des
procédures de suivi et de contrôle rigoureuses en phase d?exploitation.
En complément, le plan d?action ministériel susmentionné prévoit la création d?une
instance stratégique de concertation sur la géothermie outre-mer afin de lever les verrous
réglementaires, politiques et administratifs. Il s?agit de mettre en place la stratégie nationale de
développement de la filière géothermique outre-mer prévu par l?article 215 de la loi relative à
la transition énergétique et la croissance verte en créant une instance de concertation pour lever
144 Ce chiffrage est issu du rapport de présentation d?un projet d?arrêté préparé par l?Ademe et destiné au Conseil
supérieur de l?énergie.
https://librairie.ademe.fr/energies/7920-9566-guide-geothermie-production-d-electricite.html
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
71
les principaux freins identifiés et préciser les principales actions à mener en matière
d?information.
L?action 7C consiste à opérationnaliser et structurer le centre d?excellence caribéen sur
la géothermie. Basé à la Guadeloupe, ce centre jouerait un rôle d?interface avec l?ensemble des
acteurs sur l?arc caraïbe et de centre de ressources. Le projet transition énergétique dans la
Caraïbe (TEC) initié par la Région Guadeloupe en partenariat avec l?Organisation des Etats de
la Caraïbe Orientale (OECO), l?ADEME et le BRGM, a permis de conduire des études
complémentaires visant à proposer une feuille de route pour la mise en oeuvre de ce centre dont
la réalisation devrait s?inscrire dans le cadre du projet européen Interreg VI.
L?enjeu de ces deux actions est d?ancrer la géothermie électrogène dans ces territoires
en créant un environnement favorable à la diffusion de pratiques innovantes qu?elles soient
techniques ou organisationnelles.
______________________ CONCLUSION INTERMÉDIAIRE ______________________
En s?appuyant sur des technologies aujourd?hui matures comme l?extension des réseaux
de chaleur au froid ou les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique, les géothermies
sont bien positionnées pour répondre aux besoins croissants de froid liés à l?adaptation au
changement climatique tout en baissant le coût complet moyen de production d?un MWh
d?énergie (LCOE) géothermique notamment dans le secteur tertiaire.
En termes de soutiens publics, l?enjeu principal est de mieux identifier les zones
propices à la diffusion de ces innovations et de les faire connaître aux porteurs de projet en les
intégrant dans les plans locaux de chaleur et de froid et en finalisant le projet de cadastre
géothermique.
Le stockage thermique souterrain permet de jouer sur la saisonnalité des besoins et de
stocker la chaleur de sources complémentaires (panneaux solaires, chaleur fatale industrielle
ou d?eaux usées) lorsqu?elle est disponible, bas-carbone et peu coûteuse, en vue d?une
utilisation ultérieure. Depuis peu, des entreprises innovantes ambitionnent de stocker du
carbone dans les eaux géothermales ou d?en extraire le lithium dissous dans la saumure
géothermale en complément de l?extraction des calories.
Si certaines innovations relèvent de soutiens publics au titre de la recherche ou d?appels
à projets, d?autres pourraient se déployer dans le cadre du fonds chaleur sous réserve de
quelques ajustements réglementaires. À terme, ces innovations devraient améliorer l?efficience
des soutiens publics à la géothermie.
Souffrant d?un défaut d?acceptabilité locale à la suite de deux tremblements de terre, la
géothermie électrogène nécessite en métropole une conduite de projet exemplaire et une
maitrise des innovations pour tenir toutes ses promesses notamment dans le domaine de la
cogénération et de l?extraction du lithium.
Aujourd?hui performante, la centrale de Bouillante augmente régulièrement ses
capacités de production et produit une énergie électrique décarbonée à un coût moindre pour
les charges de service public que la plupart des autres énergies. Réveiller « le potentiel
dormant » (BRGM) de la géothermie profonde outre-mer suppose d?innover dans la
démarche d?intégration environnementale et sociétale des projets de géothermie en contexte
insulaire. Au préalable, il est indispensable de refondre le dispositif « coûts échoués » qui à ce
https://tec-interreg.com/
https://tec-interreg.com/
https://tec-interreg.com/geothermie/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
72
jour n?incite pas les opérateurs qui détiennent de permis exclusifs de recherche à prendre le
risque de forer.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
73
Liste des abréviations
ADEME ... Agence de la transition écologique
AIE .......... Agence internationale de l?énergie
Afpac ....... Association française des pompes à chaleur
AFD ......... Agence française de développement
AFPG ....... Association française des professionnels de la géothermie
Beteg ........ Boucles d?eau tempérée à énergie géothermique
BRGM ..... Bureau de recherches géologiques et minières
CAPEX .... Capital expenditure (coût d?investissement)
CCRT ...... Contrat de chaleur renouvelable territorial
CECG ...... Centre d'excellence caribéen sur la géothermie
CESE ....... Conseil économique, social et environnemental
CGCT ...... Code général des collectivités territoriales
CGE ......... Conseil général de l?économie
CGEDD ... Conseil général de l?environnement et du développement durable
CGDD ...... Commissariat général au développement durable
CEE ......... Certificats d?économie d?énergie
CESE ....... Conseil économique, social et environnemental
CHU ........ Centre hospitalier universitaire
CITE ........ Crédit d'impôt pour la transition énergétique
CO2 .......... Dioxyde de carbone
CRE ......... Commission de régulation de l?énergie
DB ........... Direction du budget
DGALN ... Direction Générale de l'Aménagement, du Logement et de la Nature
DGE ......... Direction générale des entreprises
DGEC ...... Direction générale de l?énergie et du climat
DGOM ..... Direction générale des outre-mer
DGPR ...... Direction générale de la prévention des risques
DROM ..... Départements et régions d?outre-mer
EnR .......... Energie renouvelable
GES ......... Gaz à effet de serre
GMI ......... Géothermie de minime importance
GWh ........ Gigawattheure (1 GWh = 1 million de kWh)
HT ............ Hors taxe
Ifpai ......... Ingénierie de formations professionnelles et d?offres d?accompagnement innovantes
IGEDD .... Inspection générale de l?environnement et du développement durable
INSEE ...... Institut national des statistiques et des études économiques
KWh ........ Kilowattheure
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
74
LCOE ...... Levelized cost of energy (coût actualisé de l?énergie)
LTECV .... Loi relative à la transition énergétique pour une croissance verte
MPR ........ MaPrimeRénov?
MW .......... Mégawatt
MWh ........ Mégawattheure (1 MWh = 1 millier de KWh)
OPEX ...... Operational expenditure (coût d?exploitation)
OECO ...... Organisation des États de la Caraïbe Orientale
PAC ......... Pompe à chaleur
PACA ...... Provence-Alpes-Côte d'Azur
PCAET .... Plans Climat-Air-Energie Territoriaux
PER .......... Permis exclusif de recherche
PNACC .... Plan national d?adaptation au changement climatique
PPE .......... Programmation pluriannuelle de l?énergie
RGE ......... Reconnu garant de l?environnement
RE ............ Règlementation environnementale
RT ............ Règlementation thermique
SER .......... Syndicat des énergies renouvelables
SFEC ....... Stratégie française énergie climat
SFEG ....... Syndicat des foreurs d?eau et de géothermie
SLB .......... Schlumberger
SNBC ...... Stratégie nationale bas carbone
STEP ........ Station d?épuration des eaux usées
SWAC ..... Sea water air conditioning
TRF .......... Tous risques forages
TTC ......... Toutes taxes comprises
TVA ......... Taxe sur la valeur ajoutée
TWh ......... Térawattheure (1 TWh = 1 milliard de kWh)
UE ............ Union européenne
USH ......... Union sociale pour l?habitat
ZAC ......... Zones d?aménagement concerté
ZNI .......... Zones non interconnectées
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
75
ANNEXES
Annexe n° 1. Les principales caractéristiques et méthodes de géothermie de
surface ................................................................................................... 76
Annexe n° 2. Les soutiens financiers à la géothermie de surface ............................... 80
Annexe n° 3. La méthode EnR?choix .......................................................................... 88
Annexe n° 4. Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène ........ 89
Annexe n° 5. Bilan budgétaire du fonds de garantie géothermie ................................ 92
Annexe n° 6. Analyse des besoins financiers associés aux objectifs du projet de
PPE 3 pour la géothermie profonde calogène ....................................... 94
Annexe n° 7. Évolution des conditions d?allocations du fonds chaleur pour les
projets de géothermie profonde, depuis 2015 ....................................... 98
Annexe n° 8. Projets de géothermie profonde soutenus par la Banque des
territoires ............................................................................................. 101
Annexe n° 9. Les réseaux de froid ............................................................................ 104
Annexe n° 10. Les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique .......................... 105
Annexe n° 11. Les différentes formes de stockage souterrain intersaisonnier ............ 107
Annexe n° 12. Comparaisons internationales ............................................................. 109
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
76
Annexe n° 1. Les principales caractéristiques et méthodes de géothermie de
surface
Les explications (section 1) et les illustrations (sections 2 et 3) de cette annexe viennent
en complément des données présentées dans la première partie du rapport sur les
caractéristiques principales de cette technique. La section 4 présente un extrait de la carte du
Cerema permettant de déterminer de façon très fine les potentiels géothermiques pour les
collectivités.
1. Les principes de fonctionnement
En vertu de l?article 112-3 du code minier, la géothermie de minime importance, dite
aussi de surface145, désigne l?exploitation de la chaleur du sous-sol jusqu?à une profondeur de
200 mètres, pour laquelle la température des fluides concernés n?excède pas 30 degrés et qui ne
font pas l?objet d?un prélèvement de plus de 80 m3/heure. La puissance thermique extraite est,
en outre, limitée à 500 kW.
Ces caractéristiques générales de la géothermie de surface permettent de comprendre
ceux de ses avantages et de ses limites qui découlent directement de sa nature. Au titre de ces
dernières, il y a, en premier lieu, conséquence directe de la faible température de la ressource,
la puissance limitée que l?on peut en retirer, qui l?oriente plutôt vers les maisons individuelles,
les immeubles collectifs ou de bureau de taille modeste, voire, à condition de multiplier les
forages, les petits réseaux de chaleur. Pour fonctionner, la pompe à chaleur et les systèmes
permettant de faire circuler les fluides calogènes consomment de l?électricité, et il faut surtout
procéder à des forages onéreux et parfois infructueux, qui peuvent, en outre, comporter certains
risques pour l?environnement, dans la mesure où ils sont susceptibles, notamment, de mettre en
contact les nappes phréatiques de surface, parfois polluées, avec les plus profondes, le plus
souvent intactes.
Les avantages de cette formule n?en sont pas moins manifestes. L?électricité nécessaire
à son fonctionnement est en France largement décarbonée et le rendement global de l?opération,
exprimé par le rapport entre la puissance produite en chaleur et celle qui est consommée sous
forme d?électricité, est excellent, souvent de l?ordre de quatre, c?est-à-dire beaucoup plus,
naturellement, que les chaudières à énergie fossile, fioul ou gaz146, mais également davantage,
d?un tiers en moyenne, que les pompes à chaleur aérothermiques, qui, au lieu de tirer la chaleur
d?un circuit d?eau froide remontant du sol, prélèvent directement celle de l?air entourant le
bâtiment. La stabilité de la température de la source froide à quoi recourent les pompes à chaleur
géothermiques leur confère de meilleures performances qu?à leur concurrentes aérothermiques,
confrontées à des températures extérieures variables qui, lorsqu?elles sont très froides,
conduisent, en vertu des lois de la thermodynamique, à une dégradation du rendement et
obligent à des systèmes de dégivrage électrique des grilles d?alimentation d?air qui l?obèrent
encore davantage. À certaines conditions, les pompes géothermiques peuvent également
produire du froid.
145 Voir également les illustrations à l?annexe n° 2
146 Dont le coefficient se situe entre 1 et 1,1 (Les géothermies, ministère de la transition écologique,
Ademe, BRGM, 2024).
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
77
Les émissions de gaz à effet de serre des fluides frigogènes
Pour fonctionner, les pompes à chaleur ont besoin de fluides aux propriétés
physiques particulières, dits frigogènes. Ils doivent être capables, sous l?effet d?un
changement de la pression à laquelle ils sont soumis, obtenu grâce à un compresseur et un
détendeur électriques, d?emmagasiner, en passant de l?état liquide à l?état gazeux, de la
chaleur à basse température, et de réaliser l?opération inverse à haute température.
Or, les fluides couramment utilisés, dans le passé mais encore aujourd?hui, ont un
fort effet de serre. La famille des hexafluorocarbones (HFC) se caractérise ainsi par des
« potentiels de réchauffement global » (PRG) qui peuvent atteindre plusieurs milliers de
fois celui du CO2. Leur fonctionnement en circuit fermé n?empêche pas les fuites, minimes
mais qui s?accumulent avec le temps, et pose le problème de leur récupération à la fin de la
vie de l?appareil.
Un règlement européen147, dit F-Gaz, introduit des obligations de contrôle et prévoit
l?interdiction progressive des substances les plus nocives, notamment les HFC. Un fluide
couramment utilisé en France, le R32, plus respectueux de l?environnement, qui a
néanmoins un PRG de 632, sera interdit en 2030. Les alternatives existent, mais restent à
développer. Le propane, au très faible PRG (3 seulement), est autorisé dans certains pays,
mais ne l?est pas dans le nôtre à cause de son fort pouvoir inflammable148. D?autres fluides
(ammoniac, CO2, isobutane, par exemple) sont envisagés, mais il reste à évaluer la
détérioration des performances des équipements qu?ils peuvent occasionner, ainsi que leur
impact sur l?environnement et sur la sécurité149.
2. Deux méthodes à faible profondeur
La géothermie sur nappe superficielle
- Forages de profondeur de 10 à 200 mètres ;
- Doublet (2 forages) dans la nappe phréatique par
pompage et réinjection ;
- Un circuit ouvert sans contact entre l?eau de nappe
avec les fluides extérieurs ;
- Un échange thermique avec l?eau de la nappe.
147 Règlement (UE) 2024/573, publié initialement en 2006 et révisé en 2014, puis 2024.
148 Ministère de la transition écologique, note d?information sur les nouvelles obligations règlementaires
introduites par le règlement « F-Gaz », décembre 2024 et Pic bleu, Fluides frigorigènes, HCFC, HFC supergaz
effet de serre environnement, avril 2025.
149 Inspection générale de l?environnement et du développement durable, Évaluation de l?adéquation et
de l?efficacité des outils au service de la rénovation énergétique des bâtiments du secteur tertiaire marchand,
2023.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
78
La géothermie sur sonde géothermique verticale
(SGV)
-Forages de profondeur de 10 à 200 mètres ;
- Sondes géothermiques verticales avec fluide
calorifique ;
- Un échange thermique avec le sol ;
- Une PAC géothermique.
? Des machines encombrantes :
Source : AFPG
3. Plusieurs dispositifs de très faible profondeur
À quelques mètres de profondeur, les échangeurs compacts peuvent être mis en place sans
forage. Il en existe de plusieurs sortes, dont les « murs géothermiques » ou encore les
« corbeilles géothermiques » :
Source : AFPG
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
79
4. Les cartes de potentiel du Cerema
La carte présentée ci-dessous, établie par le Cerema sur la base des données du BRGM,
permet de déterminer les implantations possibles en géothermie sur sonde, en comparant le
potentiel de chaleur extractible aux besoins de la parcelle. Les points verts désignent les endroits
où les besoins sont potentiellement couverts, les points orange, ceux où ce n?est pas le cas.
Schéma n° 3 : Extrait de la carte du Cerema
Source : Cerema
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
80
Annexe n° 2. Les soutiens financiers à la géothermie de surface
Cette annexe constitue un complément et un approfondissement de certaines des
questions examinées dans la partie 1.3.3 du rapport. Cinq sujets sont abordés, le recensement
des aides existantes, les règles de cumul des aides financières individuelles à la rénovation des
logements, les conditions d?accès comparées à MaPrimeRénov? et aux éco-prêts à taux zéro,
l?estimation d?un ordre de grandeur du niveau des soutiens actuels à la géothermie et de celui
qui pourrait être nécessaire si les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE)
étaient atteints.
1. Recensement des aides existantes
Un premier groupe de mesures concerne les soutiens individuels à la rénovation des
logements, sous la forme de guichets ou d?avantages fiscaux. On comptait à ce titre, en mars
2025, 12 systèmes d?aides pouvant bénéficier à la géothermie de surface, auxquels étaient
susceptibles de s?ajouter des subventions individuelles des collectivités locales150.
Il s?agit, en premier lieu, des aides (1) « MaPrimeRénov? » par geste (les montants ont
varié, mais vont aujourd?hui de 11 000 ¤ à 6 000 ¤ pour une pompe à chaleur géothermique, en
fonction des revenus du ménage, les 9èmes et 10èmes déciles étant exclus de leur bénéfice151),
(2) « MaPrimeRénov? » rénovation d?ampleur (de 40 000 ¤ à 70 000 ¤ de dépenses éligibles
selon le gain de classe d?isolation du logement gagnées, pour un ensemble de plusieurs gestes,
dont au moins deux portant sur l?isolation, mais pouvant comporter une pompe à chaleur
géothermique, qui sont pris en charge globalement à entre 80 % et 45 % suivant le niveau de
revenu -revenus supérieurs exclus comme dans le cas précédent- et le nombre de classes
gagnées152), et (3) « MaPrimeRénov? » copropriété, réservée aux travaux dans les parties
communes. Ces primes sont toutes distribuées par l?Agence nationale de l?habitat (Anah).
(4) Le dispositif Loc?Avantages permet aux propriétaires bailleurs de bénéficier d?une
réduction d?impôt jusqu?au 31 décembre 2027 à condition de louer à loyer plafonné à des
locataires aux ressources modestes. Il ouvre doit à des subventions pour les travaux de
rénovation (25 % de leur montant, dans une limite de 15 000 ¤ par logement, à condition que
l?efficacité énergétique augmente d?au moins 35 %). Ces quatre dispositifs ont remplacé un
système de crédit d?impôt s?appliquant aux travaux d?amélioration de l?efficacité énergétique,
dénommé CITE153, qui couvrait notamment la géothermie, dont les taux ont évolué154.
S?ajoute le mécanisme des (5) certificats d?économie d?énergie (CEE), système extra-
budgétaire et extra-fiscal mis en place en 2005 pour obliger les fournisseurs d?énergie à
promouvoir des actions d?efficacité énergétique155. En pratique, une grande majorité du soutien
passe par des « fiches standardisées » représentatives d?actions favorables aux économies
d?énergie, qui donnent droit à une aide. Plusieurs d?entre elles concernent les pompes à chaleur,
150 Agence nationale de l?habitat (Anah), Les aides financières en 2025, édition mars 2025.
151 D?autres aides sont possibles pour des chauffe-eaux thermodynamiques, qui fonctionnent avec une
pompe à chaleur, qu?elle soit aéro- ou géothermique.
152 Des bonifications et un écrêtement sont prévus dans certaines conditions.
153 Crédit d?impôt pour la transition énergétique.
154 Jusqu?à 50 % entre 2005 et 2011, 26 % en 2012, 30 % entre 2014 et 1018, assorti de seuils de revenu
en 2019, disparaissant progressivement à partir de 2020.
155 Cour des comptes, Les certificats d?économie d?énergie, septembre 2024.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
81
et couvrent donc, mais pas exclusivement, celles qui sont géothermiques156. A ces soutiens CEE
de base, s?ajoutent des (6) « coups de pouce » pour certains travaux, dont un est, depuis 2018,
notamment lié à l?installation d?une pompe à chaleur eau/eau ou sol/eau157 (5 000 ¤ depuis
2023, sans condition de ressource). Il y a également depuis 2024 un « coup de pouce » pour les
rénovations d?ampleur concernant notamment des fiches standardisées couvrant la géothermie.
Viennent ensuite les prêts bonifiés. (7) L?éco-prêt à taux zéro, dit « éco-PTZ », permet
notamment de prendre en charge des travaux qui relèvent de « MaPrimeRénov? » par geste ou
d?ampleur, ou qui ont pour effet d?améliorer de 35 % au moins la performance énergétique du
logement. Il porte sur des montants allant de 15 000 ¤ à 30 000 ¤ suivant qu?une, deux ou trois
actions sont entreprises, et peut être remboursé en 15, voire en 20 ans dans certains cas. (8) Le
prêt avance rénovation, hypothécaire sans intérêt, est accordé depuis 2022 au moment de la
vente du logement ou lors d?une succession. Il finance des travaux de rénovation énergétique158.
Les avantages fiscaux sont nombreux. Le principal d?entre eux est, de loin, (9) la TVA
à taux réduit. Un taux de 5,5 % (au lieu de 20 % pour une chaudière à gaz, par exemple)
s?applique pour la pose, l?installation ou l?entretien de matériaux, équipements, appareils et
systèmes ayant pour objet d?économiser l?énergie ou de recourir à une source renouvelable. Il
couvre donc la géothermie. (10) L?exonération de taxe foncière pendant trois ans au maximum
s?y ajoute, quand elle a été votée par la commune. (11) Le dispositif Denormandie est une
réduction de l?impôt sur le revenu accessible à ceux qui font l?achat d?un bien immobilier pour
le rénover, à condition que ces travaux représentent au moins 25 % du coût total de l?opération
ou que l?efficacité énergétique augmente de plus de 30 %. (12) Le déficit foncier peut être
pratiqué en cas de travaux de rénovation dans des locaux destinés à la location non meublée.
Lorsque ces dépenses interviennent dans le domaine énergétique, leur plafond imputable est
doublé jusqu?en 2025.
Un deuxième groupe de quatre soutiens, qui concerne principalement les projets
collectifs dans les domaines du logement, du tertiaire, de l?agricole et de l?industriel, est géré
par l?Ademe, qui pilote essentiellement, dans le domaine de la géothermie de surface, deux
dispositifs. Le premier, (13) le fonds chaleur, prend en charge, sur une base forfaitaire, les
investissements relatifs à des projets de taille modeste159 à des taux qui se montent en 2025,
dans la plupart des cas, à 25 ¤/MWh pour les forages sur nappe et à 50 ¤/MWh pour ceux sur
sonde, quand ils ont pour but la production de chaleur160. Pour le froid, c?est 20 ¤/MWh dans
les deux techniques, pour la métropole tout au moins. S?agissant des projets plus importants
(plus de 2000 MWh par an), plus complexes, voire de grande envergure, la subvention est
calculée en fonction d?une analyse économique, qui tient également compte des règles
d?encadrement des aides communautaires. Les taux d?aide par rapport aux dépenses éligibles
156 Principalement BAT-TH-113 (pompe à chaleur de type air/eau ou eau/eau), AGRI-TH-108 (idem,
pour les serres horticoles et maraîchères), BAR-TH-166 (pompes à chaleur collective de type air/eau ou eau/eau,
à compter du 31 juillet 2021), et, jusqu?en 2024 (source : DGEC), plus, dans le secteur résidentiel, BAR-TH-104
(pompes à chaleur dans le bâti résidentiel) jusqu?en 2024, puis BAR-TH-172.
157 C?est-à-dire solarothermique, fonctionnant à l?énergie solaire.
158 Également possibles : le prêt sur le livret Développement durable, le prêt d?accession sociale, le prêt à
l?amélioration de l?habitat.
159 Moins de 2 000 mais plus de 25 MWh d?énergie renouvelable par an.
160 La nette différence entre ces deux taux vient de la capacité différente des deux techniques à capter la
chaleur du sous-sol, moins forte pour les sondes.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
82
peuvent varier fortement, de 20 % à 60 %161. À partir de 2028, en accord avec le règlement
européen F-Gaz162, un critère supplémentaire concernant le pouvoir de réchauffement global
(PRG) des fluides frigogènes utilisés sera introduit163. Le fonds chaleur finance aussi des (14)
études en faveur de la transition écologique et énergétique, qui peuvent concerner la
géothermie. Les prises en charge partielles concernent aussi bien l?assistance à maîtrise
d?ouvrage que les études de faisabilité164. Toutes les aides du fonds chaleur peuvent être
complétées, dans certaines conditions, par des crédits régionaux ou des fonds européens du
FEDER.
La garantie Aquapac organise depuis 1983 la couverture des aléas dans la géothermie
de surface sur nappe165. Elle a été mise en place par l?Ademe, en collaboration avec EDF et le
BRGM. Sa partie (15) « recherche » couvre le risque d?échec des forages pour accéder à de
l?eau en quantité suffisante. Sa branche (16) « pérennité » assure que, pendant dix ans,
l?exploitation continuera à bénéficier d?une ressource phréatique adéquate. Aquapac est
financée par le fonds chaleur et par les cotisations des entreprises porteuses des projets. Les
indemnisations remboursent tous les coûts, moyennant un taux d?amortissement de 5 % par an
pour la pérennité, mais la garantie est plafonnée à 140 000 ¤ au total166.
2. Cumul des aides financières individuelles à la rénovation des logements
Le schéma ci-dessous est extrait du document « Les aides financières en 2025 » de
l?Anah.
161 Des dispositifs sont également prévus pour les échangeurs compacts, les eaux de mer et les eaux usées,
ainsi que le rafraîchissement par geocooling.
162 Cf. § 1.1.1.
163 Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement : Géothermie de surface / thalassothermie /
cloacothermie et aérothermie 2025.
164 Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement : études en faveur de la transition écologique et
énergétique, 2025
165 C?est la seule technique où l?incertitude sur la nature du sous-sol peut faire courir un risque d?échec
au projet. Les nappes doivent en général avoir moins de 200 mètres de profondeur.
166 Plaquette Aquapac. Garantie sur la ressource en eau souterraine pour la géothermie de proche
surface, septembre 2020.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
83
Schéma n° 4 : Conditions de cumul pour certaines des aides à la rénovation des logements
Source : Anah
3. Conditions d?accès comparées à MaPrimeRénov? et aux éco-prêts à taux
zéro
Tableau n° 6 : Conditions attachées à MaPrimeRénov? et aux éco-prêts à taux zéro
Éco-prêt à taux zéro MaPrimeRénov?
Type d?aide Prêt sans intérêt à rembourser Prime versée, non remboursable
Conditions de revenus Aucune condition de revenu
Conditionnée aux revenus (barèmes
bleus, jaunes, violets, roses)
Logements éligibles
Résidence principale achevée depuis
plus de 2 ans (anciennement 15 ans)
Résidence principale achevée depuis
plus de 15 ans (ou 2 ans si changement
de chaudière au fioul)
Bénéficiaires Propriétaire occupant ou bailleur
Propriétaire occupant, bailleur, ou
syndic pour copropriétés
Travaux éligibles
Travaux d?amélioration énergétique :
isolation, PAC, VMC, etc. réalisées par
une entreprise RGE
Travaux similaires, mais avec
conditions d?efficacité énergétique
précises (et souvent une évaluation
énergétique préalable)
Sources : documents liés à ces aides
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
84
4. Estimation d?un ordre de grandeur du niveau des soutiens actuels à la
géothermie
Pour chiffrer le montant des soutiens financiers bénéficiant à la géothermie de surface,
une des difficultés provient certes du nombre élevé de dispositifs en cause. Mais l?obstacle
principal est dû à l?absence presque totale de données détaillées permettant de déterminer, dans
ces aides qui sont la plupart du temps à vocation large, couvrant une gamme étendue d?actions
de rénovation énergétique des logements ou des bâtiments, la part qui correspond
spécifiquement à des installations géothermiques.
Dans quatre cas seulement, le fonds chaleur, la garantie Aquapac, le coup de pouce CEE
chauffage et MaPrimeRénov? par geste (pompes à chaleur géothermiques et
solarothermiques167), le point d?application circonscrit des mécanismes en cause permet de
déterminer les sommes qui sont consacrées à notre sujet. Pour tous les autres, les
administrations et organismes qui sont chargés de les mettre en oeuvre n?enregistrent pas, au-
delà du fait que les demandes qui leurs sont présentées correspondent bien aux critères exigés
par les dispositifs concernés, la destination précise des dépenses, et, en en particulier, ne
distinguent pas celles qui concernent la géothermie168.
Il n?y a donc pas d?autre solution que de procéder à des estimations à partir de données
extérieures aux dispositifs d?aide. Pour la TVA à taux réduit, il est fait appel au montant moyen
des travaux d?investissement géothermiques tels qu?estimés par l?Ademe, qui est ensuite
multiplié par le différentiel de taux de taxation. Pour les certificats d?économie d?énergie
(CEE), le calcul se fonde sur la détermination, à partir de la part de marché des pompes à chaleur
eau/eau par rapport au total eau/eau et air/eau, de la proportion des « fiches standardisées »
couvrant notamment la géothermie qui lui est particulièrement consacrée. Les données publiées
sur les volumes d?utilisation de ces fiches et la répartition des ventes de PAC individuelles entre
PAC air/eau et PAC géothermiques permettent ensuite d?aboutir à un montant. Ce raisonnement
vaut aussi pour MaPrimeRénov? d?ampleur.
Cette façon de procéder ne peut prétendre fournir davantage qu?un ordre de grandeur
très approximatif. Il est en particulier impossible d?établir une correspondance stricte entre les
données de marché ou les moyennes utilisées et les équipements qui font effectivement l?objet
d?une demande d?aide. Pour les mécanismes les plus petits, encore plus complexes, il n?est
malheureusement pas possible de proposer d?estimations, même si l?on peut penser que celles-
ci seraient, de toutes façons, faibles. Sous toutes ces réserves, le tableau ci-dessous synthétise
le résultat de ces calculs.
167 Ce geste est un peu plus large que notre cible, mais l?Anah a bien voulu en analyser pour la Cour un
échantillon de quarante dossiers, dont il ressort que 80 % concernent la géothermie, 10 % la solarothermie et 10 %
des erreurs d?aiguillage.
168 Dans les maisons individuelles existantes, les fiches d?opérations standardisées CEE BAR-Th-172
« Pompe à chaleur de type eau/eau ou sol/eau » et BAR-Th-171 « Pompes à chaleur de type air/eau » ont remplacé
l?ancienne fiche BAR-Th-104 « Pompe à chaleur de type air/eau ou eau/eau » pour les opérations engagées à
compter du 1er janvier 2024. Cette différenciation permet désormais de suivre la dynamique de mobilisation du
Coup de pouce « Chauffage » pour les pompes à chaleur eau/eau individuelles.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
85
Tableau n° 7 : Estimation du coût annuel des principaux soutiens à la géothermie de surface, hors
aides à la distribution, en millions d?euros
Dispositif d?aide 2022 2023 2024
Fonds chaleur, y compris CCR169 23,8 67,4 49,5
Aquapac170 - - -
MaPrimeRénov? par geste171 17,0 18,0 18,6
MaPrimeRénov? rénovation d?ampleur172 nd 1,1 2,3
Taux réduit de TVA173 14,2 14,7 11,5
CEE, y compris coup de pouce174 Non calculé 7,9 nd
Eco-prêt-taux zéro175 - - -
Total nd 109,1 nd
Estimations Cour des comptes, hypothèses de calcul et sources précisées en note
169 Aide à la production et aide à la distribution, y compris installations de pompes à chaleur sur eau de mer et eaux
usées, (y compris contrats chaleur renouvelable patrimoniaux ou territoriaux traités en gestion déléguée, guichet
Tremplin pour la transition écologique des PME et fonds Tourisme durable). Source : Ademe.
170 Le fonds Aquapac a reçu des dotations initiales, puis des dotations complémentaires du Fonds chaleur en 2010,
2011, 2012 et 2013 et fonctionne depuis avec les cotisations des bénéficiaires et les produits financiers (Source :
SAF-environnement, Ademe).
171 Estimation Anah pour la Cour.
172 Calcul Cour à partir de l?estimation par l?Anah du nombre de dossiers contenant de la géothermie : 125 en 2022,
122 en 2023, 225 en 2024, soit 0,2 % environ du nombre de dossiers total (71 613 en 2023 et 91 374 en 2024,
Anah). Le montant total d?aides versées par ce dispositif est de 1,08 Md¤ en 2023 et 2,236 Md¤ en 2024. Si l?on
estime que la géothermie consomme la moitié de l?enveloppe des projets où elle figure, on a les résultats reportés
dans le tableau.
173 En estimant que toutes les pompes à chaleur géothermiques individuelles ont bénéficié de cet avantage fiscal,
soit 3970 en 2023 et 3005 en 2024, que les montants unitaires (coûts de forage et d?installation de la pompe à
chaleur géothermique) sont de 30 000 ¤ (cf. § 1.1.2) et que l?avantage fiscal est de 14,5 % (20 % -5,5 %), on a
17,3 M¤ en 2023 et 13,1 M¤ en 2024. Relèvent de la TVA 5,5% prévue à l?article 278-0 bis A du CGI les
prestations de rénovation énergétique effectuées dans des locaux à usage d?habitation achevés depuis au moins
deux ans. Il convient donc de déduire du nombre de pompes à chaleur vendues (2023, 2024) le nombre
d?installations dans l?habitat neuf (15% des ventes 2023 et 12% des ventes 2024 d?après les études Observ?ER).
174 Calcul pour 2023 : La principale fiche à prendre en compte pour cette année-là est la BAR-TH-104 (bâtiments
individuels), qui couvre les pompes à chaleur aérothermiques et géothermiques, ainsi que les BAR-TH-166 et
BAT-TH-113. À partir des statistiques des opérations engagées, elles portent un volume de CEE de 92 794 873
326 KWhcumac, valorisés à 7,5 ¤/MWhcumac (Ademe). Si l?on compte que la proportion de la géothermie est la
même dans les CEE que sur le marché, soit 1,27 %, on trouve un total de 8,838 M¤.
175 D?après les documents budgétaires, les éco-ptz ont représenté une dépense fiscale de 45 M¤ en 2023 et 102 M¤
en 2024 (prévision). La part de ces prêts qui a bénéficié à la géothermie est inconnue, mais très faible, car les
critères d?éligibilité des éco-ptz sont plus larges que ceux de MaPrimeRénov?, et la part de la géothermie dans
celle-ci n?est que de 0,7 % (Anah). On peut donc supposer que le coût associé aux éco-ptz pour la géothermie est
très faible, inférieur en tout cas à la marge de précision des chiffrages présentés dans ce tableau.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
86
L?ordre de grandeur du coût annuel des soutiens publics distribués par l?État, hors
collectivités territoriales, est donc un de l?ordre de 110 M¤.
5. Ordre de grandeur du coût des soutiens en cas d?atteinte des objectifs de
la PPE
Pour comparer la production de chaleur renouvelable issue des pompes à chaleur
géothermiques de 2017 à celle de 2022-2023 et aux objectifs PPE3 2030-2035, il convient de
retenir la valeur de référence calculée par le SDES, soit 3,5 TWh en 2022 de chaleur
renouvelable issue de pompes à chaleur géothermiques en données corrigées des variations
climatiques (cette valeur correspond à la valeur de 3,2 TWh en données réelles non corrigées
des variations climatiques publiée dans le projet de PPE3 soumis à consultation en mars
2024176). De 2017 à 2023, l?accroissement de la production de chaleur renouvelable issue de
pompes à chaleur géothermiques a été de 0,4 TWh177, soit environ 0,07 TWh/an. Cette méthode
n'intègre cependant aucune hypothèse de renouvellement en fin de vie des pompes à chaleur
déjà installées. Cela donne, sous ces réserves, un coût de 1,65 Md¤/TWh.an. Il est possible que
cette valeur soit surestimée, les soutiens publics annuels (Fonds Chaleur notamment) ayant
fortement augmenté en 2023 par rapport aux années précédentes).
Une autre solution est d?utiliser les ratios « aide financière / MWh de chaleur produite »
associé aux installations de géothermie de surface individuelles (aide moyenne MPR+CEE
d?environ 600 ¤/MWh.an pour un ménage aux revenus « intermédiaires » et une production
annuelle de chaleur EnR moyenne de 18 MWh par logement) et aux installations de géothermie
de surface collectives (aide Fonds Chaleur de 26 ¤/MWh/20 ans en 2024 soit 526 ¤/MWh.an)178,
en y ajoutant le coût de la réduction du taux de TVA, soit au total environ 0,7 Md¤/TWh.an.
Si l?on fait l?hypothèse que le coût marginal en soutiens publics sera le même à l?avenir
qu?en 2023, on a le tableau suivant, en appliquant les estimations de coût calculées ci-dessus à
la marche à franchir pour atteindre les objectifs PPE 2 et ceux du projet de PPE 3.
Tableau n° 8 : coût des soutiens en cas d?atteinte des objectifs de la PPE, en milliards d?euros
2023
Objectif PPE
2
Objectif
PPE 3 2030
Objectif
PPE 3 2035
bas haut bas haut bas haut
Niveau de production de chaleur renouvelable issue
de pompes à chaleur géothermiques, en TWh
3,5 5,0 7 10 15 15 18
Accroissement de production de chaleur depuis 2023 0 1,5 3,5 6,5 11,5 11,5 14,5
Supplément de coût, en Md¤179 (hypothèse haute180) 0 2,5
5,8
10,7
19,0
19,0
23,9
Supplément de coût, en Md¤ (hypothèse basse181) 0 1,1
2,5 4,6
8,1
8,1
10,2
Calculs Cour des comptes
176 Source : DGEC.
177 AFPG, Etude de filière 2024.
178 Source : DGEC.
179 Supplément de coût = (objectif ? production 2023) x coût par GWh. Ce résultat exprime théoriquement
le coût cumulé nécessaire pour passer du niveau de production de 2023 à celui des objectifs de la PPE. Il doit donc
être étalé sur le nombre d?années correspondant.
180 1,65 Md¤/TWh.
181 0,7 Md¤/TWh.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
87
Ces coûts sont considérables, même s?ils sont, dans les hypothèses de calcul retenues,
étalés sur la période qui sépare la cible de 2023. Ils restent naturellement très théoriques. D?un
côté, ils risquent d?être sous-estimés, car le rapport (§ 1.1.2) montre que les dispositifs de
soutien actuels ne sont pas susceptibles de permettre l?atteinte des objectifs de la PPE. D?un
autre côté, on peut supputer que le changement de dimension de la filière que supposerait
l?arrivée au niveau des objectifs les plus élevés des PPE permettrait d?enclencher un cycle
vertueux d?efficacité et de baisse des coûts qui pourrait réduire le besoin en soutiens publics.
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
88
Annexe n° 3. La méthode EnR?choix
La démarche EnR'Choix a été formalisée dès 2012 dans le cadre du schéma régional
climat air énergie d'Île-de-France, approuvé par le Conseil régional le 23 novembre 2012 et
arrêté par le Préfet de région le 14 décembre 2012.
Il s?agit d?un outil d?aide à la décision conçu pour accompagner les porteurs de projets,
notamment les collectivités locales, dans le choix de leur solution de production de chaleur et
de froid renouvelables. Cette démarche repose sur une approche stratégique intégrée, tenant
compte des besoins spécifiques des territoires, des ressources locales disponibles et des
infrastructures existantes, afin de favoriser une planification énergétique cohérente et durable.
L?objectif est de maximiser l?efficacité énergétique des projets tout en optimisant
l?usage des ressources renouvelables locales. En Île-de-France, l?Ademe utilise cette grille
d?analyse depuis 2014 pour prioriser les projets soumis au financement.
Depuis 2024, la démarche EnR'Choix figure également parmi les conditions d?éligibilité
au fonds chaleur pour l?ensemble des projets182. Son intégration vise à interroger la pertinence
du recours à la biomasse, notamment les projets utilisant des plaquettes forestières dont la
disponibilité est limitée, au regard des alternatives disponibles.
L?Ademe justifie cette exigence en soulignant que, bien que la biomasse présente de
nombreux atouts (valorisation des ressources locales, création d?emplois non délocalisables,
contribution aux objectifs environnementaux, stabilité des coûts énergétiques à long terme),
elle demeure une ressource limitée. Son utilisation doit donc s?inscrire dans une stratégie
énergétique globale, en complémentarité avec les autres filières d?énergies renouvelables.
Graphique n° 9 : Description de la méthode EnR? choix
Source : Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement, Installation biomasse énergie, 2025.
182 Ademe, Conditions d?éligibilité et de financement, Installation biomasse énergie, 2024.
https://www.enrchoix.idf.ademe.fr/ressources/enrr-actions-prioritaires/srcae-ile-de-france-version-decembre-2012vdefinitive-avec-couverture-v20-12-2012-cle0b1cdf.pdf?utm_source=chatgpt.com
https://www.enrchoix.idf.ademe.fr/ressources/enrr-actions-prioritaires/srcae-ile-de-france-version-decembre-2012vdefinitive-avec-couverture-v20-12-2012-cle0b1cdf.pdf?utm_source=chatgpt.com
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/ADEME/Eligibilit%C3%A9%20aux%20aides/2025-FC-Installation%20biomasse%20%C3%A9nergie%20-%20Conditions%20d%27%C3%A9ligibilit%C3%A9%20et%20de%20financement%20-%202025.pdf
https://agir.ademe.fr/sites/default/files/Conditions%20d%27%C3%A9ligibilit%C3%A9%20et%20de%20financement%20des%20installations%20biomasse%20%C3%A9nergie%20-%202024.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
89
Annexe n° 4. Les techniques et les usages de la géothermie profonde calogène
Définition
La géothermie profonde consiste à exploiter la chaleur stockée naturellement dans le
sous-sol à plusieurs centaines de mètres de profondeur, la température augmentant avec la
profondeur. La géothermie profonde calogène, dite de basse température, exploite des nappes
d?eau souterraines (« aquifères ») de température comprise entre 30°C et 100°C à des
profondeurs généralement comprises entre 200 mètres et 2 000 mètres.
Elle repose sur le principe du « doublet géothermique » : un puits de pompage extrait
de l?eau chaude, tandis qu?un second puits réinjecte l?eau refroidie dans la nappe. Cette
technologie est décarbonée, mature, et non polluante, décarbonée, sans besoin de transport en
phase d?exploitation183.
Graphique n° 10 : Principe du doublet géothermal
Source : BRGM
183 Ademe, Feuille de route nationale géothermie, 2022, p. 8 ; Convention de subvention passée entre la
DGEC et le BRGM, 2024, p. 5.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-BRGM-communique-geoscan-lancement-cp.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2022-Ademe-Dossier%20-%20Feuille%20de%20route%20v13012023.docx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-Convention_subvention_DGEC_signeBRGM_vis%C3%A9e%20DCB.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-Convention_subvention_DGEC_signeBRGM_vis%C3%A9e%20DCB.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
90
Contexte géologique propice
Les aquifères profonds (propices à la géothermie profonde) se situent dans des bassins
sédimentaires (sable, grès, calcaire, craie) comme les bassins parisien et aquitain, le fossé
rhénan, le couloir rhodanien, la Limagne. Les caractéristiques des aquifères profonds
permettent un échange direct de chaleur sans pompe à chaleur184. Le recours à la pompe à
chaleur, bien que non systématique, permet d?optimiser le rendement énergétique de la
ressource.
Les usages
Les usages de la géothermie profonde calogène dépendent à la fois de la composition
géologique du sous-sol et des besoins des consommateurs en surface. En 2023, le chauffage
urbain reste l?usage dominant. Dans une moindre mesure, la géothermie profonde peut
également être utilisée pour des applications industrielles (procédés utilisant la vapeur, l?air
chaud ou l?eau chaude), agricoles (chauffage de serres, pisciculture, séchage) ou aqualudiques
(piscines, centres nautiques, thermes)185.
Graphique n° 11 : Production de chaleur renouvelable de la géothermie profonde par usage à fin
2023 (en TWh)
Source : Ademe et al., Panorama de la chaleur renouvelable et de récupération, 2025, p. 28
L?usage dominant : l?alimentation des réseaux de chaleur
La géothermie profonde calogène est particulièrement adaptée à l?alimentation des
réseaux de chaleur, qui nécessite une température de l?eau géothermale comprise entre 30 °C
et 90 °C, avec l?aide d?une pompe à chaleur dans certains cas186.
184 Source : DGEC ; Convention de subvention passée entre la DGEC et le BRGM, 2024, p. 5.
185 Ademe et al., Panorama de la chaleur renouvelable et de récupération, 2025, p. 28
186 Selon les données de l?Ademe, des PAC ont été installées sur une dizaine de doublets géothermiques
depuis 2015, surtout entre 2020 et 2024. L?objectif est de réhausser la température de l?eau lorsque celle-ci est trop
basse. Le LCOE calculé par l?Ademe pour les centrales géothermiques profondes, de 29 euros HT / MWh, est
calculé pour des installations avec pompe à chaleur.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2025_02_06_Ademe%20et%20al-PanoramaChaleur2024_W%20(1).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/202505-DGEC-R%C3%A9ponse%20Q01-T05-01-Q5.1%20(1).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-Convention_subvention_DGEC_signeBRGM_vis%C3%A9e%20DCB.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2025_02_06_Ademe%20et%20al-PanoramaChaleur2024_W%20(1).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.2.2%20Le%20fonds%20chaleur_un%20catalyseur/Liste%20op%C3%A9rations%20FC%20-%20aides%20investissement%20EnRR%202015-2024__.xlsx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.1.1.%20Des%20dispositifs%20financiers%20%C3%A0%20adapter/2024-Ademe-evolution-cout-energies-renouvelables-et-recuperation-entre-2012-2022.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
91
Un réseau de chaleur permet d?acheminer la chaleur géothermique jusqu?aux
consommateurs. Il comprend :
- Une unité de production, alimentée ici par géothermie profonde ;
- Un réseau primaire, composé de canalisations, isolées et enterrées, qui transporte la
chaleur de la zone de production vers les bâtiments consommateurs via un fluide
caloporteur (eau chaude, eau surchauffée voire même vapeur pour certains process)
- Un réseau secondaire qui distribue la chaleur à l?intérieur du bâtiment
(jusqu?à 90 °C maximum pour le chauffage et jusqu?à 60 °C pour l?eau chaude
sanitaire) ;
- Des « sous-stations » ou « échangeurs de chaleur », situés à proximité des
immeubles chauffés, qui permettent l?échange de chaleur entre le réseau primaire et
le réseau secondaire. La sous-station permet de déconnecter les deux types de
réseaux (primaire et secondaire), mais aussi de réaliser le comptage de la chaleur
réellement livrée à chaque bâtiment (pour facturer la chaleur notamment)187.
Schéma n° 5 : Principe d?un réseau de chaleur géothermique
Source : Actee, Guide pour les collectivités, 2024, p. 14.
Les réseaux de chaleur sont particulièrement adaptés à l?exploitation d?une ressource
locale, difficile d?accès ou à mobiliser, comme la géothermie, en zone urbaine dense188.
187 Ademe, Fonds chaleur, Guide pour les collectivités, 2024, p. 4 ; SER, Questions réponses
Géothermies, 2024, p. 62.
188 CGDD, Les réseaux de chaleur : quels prix pour le consommateur, 2016, p. 1.
https://programme-cee-actee.fr/wp-content/uploads/2024/05/2024_Guide-Geothermie.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Ademe,%20Fonds%20chaleur,%20Guide%20pour%20les%20collectivit%C3%A9s,%202024.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-SER-web_brochure_A5_qr_geothermie_ser.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Les%20m%C3%A9thodes%20de%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/2024-SER-web_brochure_A5_qr_geothermie_ser.pdf
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2018-10/datalab-essentiel-33-les-reseaux-de-chaleur_-quels-prix-pour-le-consommateur-septembre2016.pdf?utm_source=chatgpt.com
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
92
Annexe n° 5. Bilan budgétaire du fonds de garantie géothermie
Le fonds de garantie géothermie a permis d?accompagner la relance de la géothermie
avec des premiers projets aidés dès 2007. Fin 2023, 93 puits avaient été accompagnés par le
fonds de garantie pour le volet court terme et 35 conventions long terme avaient été signées189.
Sur la période 2007-2023 :
- Deux puits avaient fait l?objet d?indemnisation au titre de l?échec total : un forage à
Meyreuil (région Provence-Alpes-Côte d?Azur) et un à Grigny (en Île-de-France),
c?est-à-dire que le couple débit / température obtenu était inférieur à 60 % de la
puissance garantie. Le montant total indemnisé a été de 5,1 M¤.
- Douze puits ont fait l?objet d?indemnisations au titre de surcoûts géologiques ou
d?échecs partiels. Le montant total indemnisé a été de 6,5 M¤.
Graphique n° 12 : Puits garantis de 2007 à 2023
Source : Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie géothermie, Conseil d?administration du 14 mars 2024,
p. 6.
Le bilan financier établi par l?Ademe indique que, sur la période 2007-2023, les
ressources du fonds de garantie ont atteint 53,0 M¤, dont 28,9 M¤ provenant des dotations de
l?Ademe. Les dépenses se sont élevées à 19,4 M¤, portant le montant du fonds à 33,7 M¤ fin
2023. Sur l?ensemble de ces dépenses, les indemnisations liées au risque « court terme » sont
largement majoritaires : elles représentent un montant quatre fois supérieur à celles relatives au
risque « long terme » (11,6 M¤ contre 2,9 M¤).
Ce fonds sera clôturé fin 2043 à l'extinction de la dernière garantie long terme qu'il
couvre. Il continue de couvrir les garanties long terme signées entre 2007 et 2024, cotisation et
indemnisation le cas échéant.
189 Ademe, Bilan et perspectives du fonds de garantie géothermie, Conseil d?administration du 14 mars
2024, 5 et s.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/fonds%20de%20garantie/Q01-T05-03-note_CA_202403_Point_15_-_bilan_Fonds__bTpTkKq.docx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/fonds%20de%20garantie/Q01-T05-03-note_CA_202403_Point_15_-_bilan_Fonds__bTpTkKq.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
93
État du fonds de garantie géothermie au 31.12.2023
A - RESSOURCES
1- DOTATIONS ADEME 28 913 117 ¤
2- DOTATION Région Ile de France*) 5 545 000 ¤
3- Clôture Convention Ile de France du 07/07/2008 -1 653 091 ¤
3- COTISATIONS DES MAITRES D'OUVRAGE COURT Terme 13 642 973 ¤
4- COTISATIONS DES MAITRES D'OUVRAGE LONG Terme 5 822 344 ¤
5- PARTICIPATIONS AU FINANCEMENT ETUDE FONDS
"GEODEEP" (en HT)
125 050 ¤
6- PRODUITS FINANCIERS 639 879 ¤
A -TOTAL DES RESSOURCES : 53 035 272 ¤
B - DEPENSES
1 - INDEMNISATIONS DES SINISTRES COURT Terme 11 621 615 ¤
2 - INDEMNISATIONS DES SINISTRES LONG Terme 2 919 522 ¤
3 - CHARGES DE FONCTIONNEMENT 4 828 721 ¤
B -TOTAL DES DEPENSES : 19 369 858 ¤
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
94
Annexe n° 6. Analyse des besoins financiers associés aux objectifs du projet de
PPE 3 pour la géothermie profonde calogène
Les projets de géothermie profonde calogène se caractérisent par des investissements
initiaux très élevés, notamment pour les opérations de forage, dont le coût peut atteindre entre
11 et 16 M¤ pour un doublet géothermique (hors réseau de chaleur)190. Pour sécuriser leur plan
de financement, les maîtres d?ouvrage combinent fonds propres, emprunts du maître d?ouvrage
(public ou délégataire) et subventions.
Deux dispositifs budgétaires soutiennent ces projets : le fonds chaleur et le fonds de
garantie « géothermie ». Le cumul du fonds chaleur avec le mécanisme extra-budgétaire des
CEE n?est possible que pour le raccordement aux réseaux de chaleur, les CEE ne financent pas
la production de chaleur191.
En matière de dépenses fiscales, la fourniture d'énergie par les réseaux de chaleur
alimentés à plus de 50?% par des énergies renouvelables ou de récupération bénéficie d?un taux
réduit de TVA (5,5?%), au titre de l?article 278-0 bis du code général des impôts.
Les soutiens publics mobilisés en 2024 pour la géothermie profonde calogène : 4,8 M¤
de dépenses fiscales192 et 122,7 M¤ de dépenses budgétaires
En 2024, ces soutiens publics ont représenté, selon les estimations de la Cour, 4,8 M¤
de dépenses fiscales193 et 122,7 M¤ de dépenses budgétaires pour la géothermie profonde
calogène194, dont :
- 107,6 M¤ d?aides du fonds chaleur (réparties entre 63,9 M¤ pour la production de
chaleur et 43,8 M¤ pour la distribution (raccordement au réseau de chaleur)) ;
- 15 M¤ de dotation de l?Ademe au fonds de garantie, financé sur le fonds chaleur.
190 Ademe, Énergies renouvelables : la géothermie profonde - Réussir la transition écologique de mon
territoire, juin 2023, p. 1
191 Ademe, Note fonds chaleur CEE, avril 2025, p. 3.
192 Estimation de la Cour fondée sur les hypothèses suivantes : 1) la dépense fiscale prévisionnelle pour
2024 liée à la TVA à 5,5% sur la fourniture d?énergie dont bénéficient les réseaux de chaleurs alimentés à plus de
50% par des EnR&R est de 62 M¤ selon l?annexe au PLF 2025, Voies et moyens, Tome 2, p. 166 ; 2) Les réseaux
de chaleur « vertueux » sont alimentés à hauteur de 7,7 % par la géothermie selon l?enquête des réseaux de chaleur
et de froid réalisée par la Fedene en 2024. Par extrapolation, on peut estimer que la part de la dépense fiscale
prévisionnelle pour 2024 liée à la TVA à 5,5% pour la fourniture par réseaux d?énergie calorifique d?origine
renouvelable a bénéficié à la géothermie à hauteur de 7,7%*62, soit 4,8 M¤.
193 Estimation de la Cour fondée sur les hypothèses suivantes : 1) la dépense fiscale prévisionnelle pour
2024 liée à la TVA à 5,5% sur la fourniture d?énergie dont bénéficient les réseaux de chaleurs alimentés à plus de
50% par des EnR&R est de 62 M¤ selon l?annexe au PLF 2025, Voies et moyens, Tome 2, p. 166 ; 2) Les réseaux
de chaleur « vertueux » sont alimentés à hauteur de 7,7 % par la géothermie selon l?enquête des réseaux de chaleur
et de froid réalisée par la Fedene en 2024. Par extrapolation, on peut estimer que la part de la dépense fiscale
prévisionnelle pour 2024 liée à la TVA à 5,5% pour la fourniture par réseaux d?énergie calorifique d?origine
renouvelable a bénéficié à la géothermie à hauteur de 7,7%*62, soit 4,8 M¤.
194 Source : Cour des comptes à partir de données Ademe.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041823190/2022-01-01
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/ADEME/202306-Ademe_GeothermieProfonde-collectivit%C3%A9s_2_lOQGFH5.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/ADEME/202306-Ademe_GeothermieProfonde-collectivit%C3%A9s_2_lOQGFH5.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/fond%20chaleur%20et%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur/Eligibilit%C3%A9%20aux%20aides/Q01-T02-02-Note_Fonds_Chaleur_CEE_avril2025.pdf
file:///C:/Users/noemie.houard@ccomptes.fr/Downloads/PLF%202025%20-%20Voies_et_moyens_Tome_2_Depenses%20fiscales%20(9).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
file:///C:/Users/noemie.houard@ccomptes.fr/Downloads/PLF%202025%20-%20Voies_et_moyens_Tome_2_Depenses%20fiscales%20(9).pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Fedene_Enqu%C3%AAte%20r%C3%A9seaux%20de%20chaleur%20et%20de%20froid-%20241119_Rapport%202024%20vf.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Ademe-Liste%20op%C3%A9rations%20FC%20-%20aides%20investissement%20EnRR%202015-2024.xlsx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
95
Ces aides ont soutenu 8 projets, dont 5 projets typiques de doublets géothermiques195.
Pour ces derniers, le montant moyen d?aides du fonds chaleur correspondant s?élève à
8 M¤/projet au titre de la seule « production » et à 16 M¤/projet en intégrant l?aide « réseau de
distribution » associée.
Un rythme de développement à accélérer pour tenir les objectifs du projet de PPE 3
Le projet de PPE 3 fixe un objectif de 6 TWh de chaleur géothermique produite par
géothermie profonde en 2030 (contre 2,26 TWh en 2023). Or, entre 2015 et 2024, le fonds
chaleur n?a financé que 3 à 5 doublets / an.
Pour atteindre les objectifs de la PPE 3, le rythme de réalisation doit donc être
sensiblement accru, pour réussir entre 6 et 10 doublets géothermiques par an d?ici 2030 : 6
doublets, pour une production de chaleur stable de 0,087 TWh/an ; 10 doublets, pour une
production de chaleur de 0,055 TWh/an.
Graphique n° 13 : Production de chaleur par géothermie profonde depuis 2015 et projections d?ici
2030 en fonction de différents scénarios (TWh)
Source : pour la production de chaleur réalisée et les prévisions des foreurs : AFPG ; pour les scénarios 1 à 3 :
calculs Cour des comptes à partir de données Ademe.
Besoins de fonds chaleur estimés pour tenir les objectifs de la PPE 3 : de l?ordre de 96
à 200 M¤/an d?ici 2030 (hors dotation Ademe au fonds de garantie)
Pour réussir entre 6 et 10 doublets géothermiques par an d?ici 2030, la Cour estime la
subvention annuelle du fonds chaleur requise entre 96 et 200 M¤/an d?ici 2030 selon les
scénarios retenus. Les estimations de l?Ademe correspondent à ces ordres de grandeur : 84 M¤
en 2025 et 192 M¤ les années suivantes.
195 Les 3 autres correspondent à : 1) Un projet d?investissement dans un réseau de chaleur alimenté par
de la géothermie profonde sur le site de Renault Douai (59) en substitution au gaz, finalement abandonné par
Renault, mais pour lequel Engie conserve cependant une autorisation de recherche et pourrait relancer l?initiative
si un nouveau partenaire acceptait les risques associés ; 2) la construction d'un SWAC (Sea Water Air
Conditionning) pour un centre hospitalier universitaire au sud de La Réunion ; 3) Mise en place de pompes à
chaleur sur la géothermie profonde existante pour un projet porté par Géoval à Lognes.
0
2
4
6
8
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
Production de chaleur réalisée
Prévision des foreurs
Scénario 1 (6 doublets, production de chaleur stable de 0,087 TWh/an)
Scénario 2 (10 doublets, production de chaleur de 0,055 TWh/an)
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/AFPG/2024_AFPG_Synthese-Etude-de-filiere-2024-%20geothermie.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.1.1.%20Des%20dispositifs%20financiers%20%C3%A0%20adapter/G%C3%A9othermie%20-%20retour%20Ademe%20pr%C3%A9contradiction-efficience_.doc
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
96
Tableau n° 9 : Subvention annuelle du fonds chaleur requise pour tenir les objectifs de la PPE 3 en
fonction de 4 scénarios
Hypothèses
Producti
on de
chaleur
par
doublet
Nombre de
doublets
engagés
chaque
année
Montant de l'aide
moyen par
doublet
(production et
distribution)
Subvention
annuelle
totale
correspon-
dante
Scénario 1 (productivité du
gisement et montant de subvention
comparables aux niveaux de
2024)
0,087
TWh/an
6 16 M¤ 96 M¤
Scénario 2 (productivité du
gisement comparable et montant
de subvention augmenté par
rapport aux niveaux de 2024)
0,087
TWh/an
6 20 M¤ 120 M¤
Scénario 3 (productivité du
gisement moindre et montant de
subvention équivalent aux niveaux
de 2024)
0,055
TWh/an
10 16 M¤ 160 M¤
Scénario 4 (productivité du
gisement moindre et montant de
subvention augmenté par rapport
aux niveaux de 2024)
0,055
TWh/an
10 20 M¤ 200 M¤
Source : Cour des comptes à partir de données Ademe.
Un besoin de 14 M¤/an d?ici 2030 au titre du fonds de garantie
À ces montants s?ajoutent les moyens alloués au fonds de garantie. Pour financer
l?enveloppe du fonds de garantie validée par la commission européenne en juillet 2023
(195,6 M¤, dont 140 M¤ apportés par l'Ademe), le fonds chaleur doit en effet contribuer à
hauteur de 14 M¤/an en moyenne sur dix ans.
Une dépense fiscale croissante, estimée à 4,8 M¤ en 2024, augmentant progressivement
à 8,5 M¤ en 2030
Le projet de PPE?3 fixe pour ambition que les réseaux de chaleur et de froid livrent, d?ici
2030, 39,5 TWh de chaleur renouvelable et de récupération (contre 19,4 TWh en 2023), avec
un objectif de 6 TWh de chaleur géothermique produite par géothermie profonde (contre 2,26
TWh en 2023).
Grâce au verdissement progressif des réseaux de chaleur existants, la part de la livraison
de chaleur des réseaux « vertueux » par rapport à la livraison totale de chaleur est passée de
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Partie%202%20-%20G%C3%A9othermie%20profonde%20calog%C3%A8ne/2.3.1.1.%20Des%20dispositifs%20financiers%20%C3%A0%20adapter/Liste%20op%C3%A9rations%20FC%20-%20aides%20investissement%20EnRR%202015-2024_.xlsx
https://france.representation.ec.europa.eu/informations/aides-detat-la-commission-autorise-un-regime-daides-francais-de-1956-millions-eu-mettant-en-place-un-2023-07-24_fr?utm_source=chatgpt.com
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/projet-decret-ppe3.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
97
85% en 2019, à 87 % en 2020, 87 % en 2021, 92 % en 2022 et 93 % en 2023196. Si cette
tendance se poursuit, cette part atteindra 100 % d?ici 2030, ce qui signifie que la totalité de la
chaleur livrée par les réseaux le serait alors par des réseaux vertueux. Dans cette hypothèse, les
39,5 TWh de chaleur renouvelable et de récupération livrés en 2030, selon la PPE 3, seraient
intégralement distribués par ces réseaux.
En considérant que 90% de la chaleur géothermique profonde continue d?être destinée
au chauffage urbain (part globalement observée depuis 2019197), 5,4 TWh sur les 6 TWh
projetés en 2030 seraient acheminés via les réseaux de chaleur vertueux. La géothermie
représenterait alors 13,7 % de leur mix énergétique.
En retenant l?hypothèse d?une stabilité du coût global de la dépense fiscale liée à la TVA
à 5,5% pour la fourniture par réseaux d?énergie calorifique d?origine renouvelable, soit 62 M¤
(niveau constaté en 2023 et prévu pour 2024), la part de cette dépense bénéficiant à la
géothermie pourrait être estimée par extrapolation à près de 8,5 M¤ en 2030, contre 4,8 M¤ en
2024.
Cette progression serait cohérente avec la montée en puissance attendue de la
géothermie profonde telle que définie dans le projet de PPE 3.
Dans ces conditions, le total des soutiens publics nécessaires pour atteindre les objectifs
du projet de PPE 3 en matière de géothermie profonde est estimé à l?horizon 2030 : entre 110
et 214 M¤/an pour les dépenses budgétaires (fonds chaleur + fonds de garantie) ; entre 4,8 et
8,5 M¤/an pour les dépenses fiscales.
196 Fedene, Enquête des réseaux de chaleur et froid de 2019 à 2024.
197 Ademe et Al., Panorama de la chaleur renouvelable depuis 2019.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Soutiens%20publics%20%C3%A0%20la%20g%C3%A9othermie%20profonde/Enqu%C3%AAtes%20FEDENE
https://cibe.fr/documents/panorama-chaleur-renouvelable/
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
98
Annexe n° 7. Évolution des conditions d?allocations du fonds chaleur pour les
projets de géothermie profonde, depuis 2015
Créé en 2009, le fonds chaleur géré par l?Ademe accompagne le financement des
installations de production de chaleur par géothermie profonde ainsi que des réseaux de
distribution de chaleur liés à ces installations. Il s?adresse aux collectivités et aux entreprises.
Les opérations éligibles incluent :
- La création ou l?extension, de réseaux de chaleur et de froid ;
- La valorisation thermique de ressources géothermales profondes (profondeur supérieure à
200 mètres) ;
- La réalisation d'un doublet de forages (ou d?une autre configuration spécifique) sur un
aquifère profond avec ou sans mise en place d?une pompe à chaleur ;
- La mise en oeuvre d'une réinjection en aquifère profond sur une installation existante ;
- L?ajout d?une pompe à chaleur (PAC) sur un réseau de chaleur alimenté par une installation
de géothermie profonde existante.
De façon générale, l?aide est accordée au cas par cas, sur la base d?une analyse du coût
de revient de la chaleur renouvelable, comparé à une solution fossile de référence. Elle est
attribuée dans la limite d?une enveloppe budgétaire annuelle, selon les performances
techniques, économiques et environnementales des projets. L?aide n?a pas un caractère
automatique : son octroi est conditionné à une instruction individualisée et au respect de
plafonds définis. Ces aides prennent la forme d?une subvention plafonnée (en euro par MWh
de chaleur produite sur 20 ans). Elle a également pris la forme d?une avance remboursable de
2017 à 2019. L?aide a donc toujours pris la forme d?une subvention et, sur une courte période,
d?une avance remboursable.
Évolutions des aides du fonds chaleur aux projets de géothermie profonde depuis 2015
Les conditions d?éligibilité à ces aides et les plafonds retenus ont beaucoup évolué
depuis 2015198 :
a) De 2015 à 2016 : l?aide à la production de chaleur correspond à une subvention,
plafonnée à 7 ¤/MWh (sans PAC), et 14 ¤/MWh (avec PAC).
b) De 2017 à 2019 : le plafond de l?aide (subvention + avance remboursable) reste
inchangé, fixé à 7 ¤/MWh (sans PAC), et à 14 ¤/MWh (avec PAC), mais elle prend
également la forme d?une avance remboursable. L?aide est décomposée en deux
parties (une subvention et une avance remboursable), l?équilibre entre les deux, ainsi
que les critères et le calendrier de déclenchement du remboursement de l?avance
remboursable étant déterminés par l?évaluation économique du projet conduite par
l?Ademe.
198 Source : Ademe.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%203%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/2025-Ademe-Evolutions_des_modalit%C3%A9s_Fonds_Chaleur_8mmv65U.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
99
c) Depuis 2020 : les avances remboursables n?apparaissent plus dans les critères
d?éligibilité au fonds chaleur, cet abandon a été acté lors du conseil d?administration de
l?Ademe en décembre 2018 (pour les forages géothermiques mais également les réseaux
de chaleur, les chaufferies biomasse collectives et industriels, les centrales solaires
thermique), peu après avoir été annoncé par l?État dans le cadre de la programmation
pluriannuelle de l?énergie (PPE)199. Depuis 2020, l?aide à la production de chaleur prend
donc uniquement la forme d?une subvention, dont le plafond a changé quasiment chaque
année :
- En 2020 : 7 ¤/MWh (sans PAC), et 14 ¤/MWh (avec PAC).
- En 2021 et 2022 : 7 ¤/MWh (sans PAC), et 10 ¤/MWh (avec PAC).
- En 2023 : 9 ¤/MWh (sans PAC), et 13 ¤/MWh (avec PAC).
De 2021 à 2023, les plafonds d?aide sont définis pour les projets de géothermie
exploitant le réservoir du Dogger, et, pour ceux exploitant d?autres aquifères, sont revus au cas
par cas par l?Ademe à partir de l?évaluation économique du projet.
d) En 2024 et 2025, l?aide du fonds chaleur est calculée de façon globale, en intégrant la
production et la distribution de chaleur. Celle-ci correspond au minimum entre :
- Une aide de 20 ¤/MWh pour les projets de création de réseau de chaleur et de 14 ¤/MWh
pour les projets d?extension (sans PAC) (24 ¤/MWh pour les projets de création de réseau
de chaleur et de 18 ¤/MWh pour les projets d?extension (avec PAC)) ;
- Un plafond de taux d?aide de 45 % sur les dépenses éligibles.
En 2025, les conditions d?éligibilité au fonds chaleur ont beaucoup évolué afin de tenir
compte du prix de vente de la chaleur, l?aide étant limitée à l?atteinte d?un tarif « plancher », de
90 ¤/MWh TTC à l?échelle du réseau.
Focus sur les avances remboursables versées de 2017 à 2019
Selon l?Ademe, les avances remboursables, mises en place en 2017, l?ont été dans le
cadre d?une hausse progressive de de la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel
(TICGN) qui devait conduire à terme à une baisse unitaire des aides du fonds chaleur.
Cette avance remboursable a été rapidement abandonnée pour plusieurs raisons : d?une
part, suite au mouvement des « gilets jaunes » en 2018, la TICGN fut rapidement bloquée à son
niveau de 2018, soit 8,45 ¤/MWh qui correspond encore à son niveau actuel ; d?autre part, la
mise en place de ces avances remboursables a fait l?objet de nombreuses oppositions de la
filière.
Sur cette période (2017-2019), les aides du fonds chaleur à la géothermie profonde se
sont donc réparties entre subventions et avances remboursables, selon la ventilation détaillée
dans le tableau qui suit.
199 Sur l?ensemble des dossiers du fonds chaleur, au-delà de la seule géothermie, 15 ont été contractualisés
pour un montant de 26,5 M¤ d?aides remboursables.
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%203%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/2019-Ademe_Rapport-de-performance-ADEME-2018.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%203%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/2019-Ademe_Rapport-de-performance-ADEME-2018.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/202507-Ademe-Avances%20remboursables-Q02-T01-01-Q1.1%20(1).docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
100
Tableau n° 10 : Répartition des aides du fonds chaleur entre subventions et avances remboursables,
entre 2017 et 2019
Année de
l?engagement
Montant de la
subvention (¤)
Montant de l?avance
remboursable (¤)
Montant total de
l?aide du fonds
chaleur (¤)
2017 3 048 351 4 900 000 7 948 351
2018 2 014 862 5 510 581 7 525 443
2019 8 243 000 8 243 000
Source : Ademe
Sur cette période, l?Ademe identifie trois projets s ayant perçu tout ou partie de l?aide
sous forme d?avance remboursable :
- le projet d?une centrale de géothermie profonde de 20 MW sur le site du Parc de l'Innovation
d'Illkirch ayant eu 4,9 M¤ d?aide en 2017 intégralement sous forme d?avance remboursable
n?est pas encore terminé. Le versement du solde de l?aide est programmé pour 2026 ;
- Le projet de centrale géothermique de Vendenheim qui avait été aidé également à hauteur
de 4,9 M¤ d?aide intégralement sous forme d?avance remboursable en 2018 et intégralement
payé en 2019 a fait l?objet dès 2020 d?un arrêté préfectoral pour l?arrêt de l?installation face
à un risque sismique trop élevé. Le remboursement de l?avance remboursable en était par
conséquent impossible ;
- Le troisième projet était le renouvellement d'un doublet de géothermie au Dogger avec
extension de 6 795 ml du réseau de chaleur de Vigneux-sur-Seine a été aidé en 2018 à
hauteur de 3,34 M¤ (dont 1 M¤ d?avance remboursable) avec 2,04 M¤ d?aide pour la
géothermie profonde (0,61 d?avance remboursable). Ce projet a été mis en service en 2024.
Le versement du solde conditionné à la production de chaleur réelle sera payé en 2025-2026
et les premières échéances de remboursement pourront être calculé à partir de 2027
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/202507-Ademe-Liste%20des%20proejts%20avec%20avances%20rembourbables%202017-2019-Q02-T01-02-Q1.2.docx
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe%20-%20Evolution%20du%20fonds%20chaleur/202507-Ademe-D%C3%A9tail%20des%20projets%20concern%C3%A9s%20par%20avancements%20remboursables-Q02-T01-03-Q1.3.docx
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
101
Annexe n° 8. Projets de géothermie profonde soutenus par la Banque des
territoires
La Banque des territoires finance les projets de géothermie profonde (production de
chaleur et réseaux de chaleur) portés par les collectivités locales, entreprises publiques locales,
organismes de logement social, au travers de mécanismes financiers, tels que les prêts bonifiés
et les prises de participation, qui visent la transformation écologique et énergétique au sens
large :
- au travers du prêt « transformation écologique », elle accompagne les acteurs du secteur
public local, en France métropolitaine et territoires d?Outre-Mer, dans le financement de
leurs projets. Elle leur permet d?emprunter jusqu?à 100 % de leur besoin, à taux bonifié
(taux du livret A + 0,40 %) ou à taux fixe, la durée d?amortissement pouvant aller jusqu?à
60 ans ;
- au travers d?une prise de participation minoritaire en fonds propres et quasi-fonds propres
dans les sociétés de portage des projets, elle finance, dans des conditions de marché, des
projets réalisés notamment dans le cadre de délégation de service public, aux côtés d?un ou
plusieurs partenaires. Le financement peut également porter sur la capitalisation (fonds
propres et quasi-fonds propres) d?un opérateur territorial dédié aux énergies (SEM par
exemple), ayant des projets de valorisation énergétique de ressources. La Banque des
territoires intervient rarement lors de la phase de développement et principalement lorsque
les autorisations administratives nécessaires sont purgées de tout recours, lorsque le projet
est prêt à être réalisé. Elle intervient également dans des sociétés qui délèguent le risque de
développement à un partenaire industriel200.
200 Banque des territoires, Note, juin 2025.
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/prets-long-terme/pret-transformation-ecologique
https://www.banquedesterritoires.fr/produits-services/investissement/financement-valorisation-energetique
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Pr%C3%A9contradiction-Liste%20des%20projets%20de%20g%C3%A9othermie%20soutenus%20par%20la%20Banque%20des%20territoires-CDC_CAm.doc
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
102
Schéma n° 6 : Modalités de financement des projets de géothermie profonde par la Banque des
territoires
Source : Banque des territoires
Le nombre de dossiers reste limité. Au total, la Banque des territoires a financé :
- 18 projets de géothermie en prêt, dont 9 sur les 5 dernières années
- 5 projets par des prises de participation.
Tableau n° 11 : Liste des projets de géothermie financés par un prêt bonifié de la Banque des
territoires
Nom de
l'opération
Date
engagement
Sites Type
Production
de chaleur
(GWh/an)
Coût de
l'investissement
Total de
l?opération (M¤)
Part du prêt
de la
Banque des
Territoires
(M¤)
Subvention
fonds
chaleur
pour la
production
(M¤)
Smirec 2019
Aubervilliers
(93)
Géothermie
profonde
calogène
37,3 18,1 2,5 4,2
Smirec 2023
Épinay-sur-
Seine,
Villetaneuse,
Pierrefitte-
sur-Seine (93)
Géothermie
profonde
calogène
54,8 27,6 15,2 9,3
SPL
Geomalak
2024 Malakoff (92)
Géothermie
profonde
calogène
54,4 28 16,15 7,1
Genyo
porté par
le Siperrec
2024
Bobigny,
Pantin,
Drancy (93)
Géothermie
profonde
calogène
119 41,8 16 5,8
Source : Banque des territoires pour le montant des prêts ; Ademe pour la date d'engagement, la production de
chaleur attendue, le coût de l'investissement total, la subvention du fonds chaleur
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Banque%20des%20territoires-Pr%C3%A9sentation%20g%C3%A9othermie.pdf
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Pr%C3%A9contradiction-Liste%20des%20projets%20de%20g%C3%A9othermie%20soutenus%20par%20la%20Banque%20des%20territoires-CDC_CAm.doc
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/1-Rapports/4._DLR/Annexe-Projets%20de%20g%C3%A9othermie%20accompagn%C3%A9s%20par%20la%20BdT/Pr%C3%A9contradiction-Liste%20des%20projets%20de%20g%C3%A9othermie%20soutenus%20par%20la%20Banque%20des%20territoires-CDC_CAm.doc
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103
Tableau n° 12 : Liste des projets de géothermie financés par une prise de participation, en fonds
propres et quasi-fonds propres, de la Banque des territoires
Nom de
l'opération
Date
de
mise
en
service
Sites Type
Production
de chaleur
(GWh/an)
Coût de
l'investissement
Total de
l?opération
(M¤)
Part des
Fonds
Propres
Banque
des
Territoires
(M¤)
Subvention
fonds
chaleur
pour la
production
(M¤)
Géothermie
Élysée
2024 Paris (75)
Géothermie
de surface
non connu 3,2 0,51 0
SAS
Géométropole
géothermie
Paris Nord
Est
2009
Paris (75) -
paris nord est
Aire urbaine
Géothermie
profonde
calogène
52 23,57 1,65 5,5
SAS Géorueil 2022
Ville de
Rueil-
Malmaison
(92)
Géothermie
profonde
calogène
66 19,26 0,89 4,9
Géothermie
Beinheim
(projet
Roquette)
2017
Rittershoffen
(67)
Géothermie
profonde à
haute
température
190 57,75 9,35 24,9
Bouillante
Géothermie
1986
Bouillante
(971)
Géothermie
profonde à
haute
température
entre 96 et
150
90 13,5 0
Source : Banque des territoires
https://controlejf.ccomptes.fr/sites/ch2sect3/EQ_2025_geothermie/Documents%20partages/2-Travail/1._Documentation/Banque%20des%20territoires/banque%20des%20territoires%20-%20enqu%C3%AAte%20sur%20les%20soutiens%20publics%20au%20d%C3%A9veloppement%20de%20la%20g%C3%A9othermie.msg
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104
Annexe n° 9. Les réseaux de froid
Selon la Fedene, les réseaux de froid jouent un rôle essentiel dans la fourniture de froid
pour répondre aux besoins de climatisation, principalement dans des secteurs commerciaux et
tertiaires. Ils desservent des bâtiments tels que des bureaux, des hôtels, des musées, des
aéroports, des universités, des hôpitaux, ainsi que des installations industrielles, notamment les
data centers et d'autres secteurs nécessitant un refroidissement continu. L'utilisation croissante
d'équipements électroniques, l'architecture des bâtiments (baies vitrées, construction en verre),
et d'autres facteurs ont entraîné une demande constante de climatisation tout au long de l'année.
Un réseau de froid est constitué d?une ou plusieurs centrales de production de froid,
d?un réseau de canalisations permettant le transport de la chaleur extraite des bâtiments par un
fluide caloporteur (en général de l?eau) dont la température se situe entre 1 et 12°C à l?aller, et
entre 10 et 20°C au retour et de points de livraisons, appelés sous-stations, assurant la collecte
de la chaleur dans les immeubles à rafraîchir.
Un exemple de réseau de chaleur et de froid alimenté par géothermie
La ville de Nice (Alpes-Maritimes) a fait le choix de développer un réseau de chaleur et de froid alimenté
par une géothermie sur nappe à partir d?une source primaire à 15 °C et un débit constant afin de chauffer,
rafraîchir et fournir l'eau chaude sanitaire à l'écoquartier Nice Méridia, qui s'inscrit dans le Plan Climat Air
Energie Territorial (PCAET) de la métropole.
Inaugurée en 2021, l'installation alimente l'écoquartier, qui représentera à terme 550 000 m² de bâtiments
dont 3 500 logements et 250 000 m² de bâtiments tertiaires. Elle évite ainsi l'émission de 5 000 tonnes de
CO2 chaque année.
Le coût global du projet est de 18,8 M¤ HT. L'opération a bénéficié d'un financement de l'ADEME (3,69
millions d'euros du Fonds Chaleur) et de la région PACA (1,5 millions d'euros).
L'installation est composée d'un réseau de 6 km alimenté en eau chaude ou froide grâce notamment à 4
thermofrigopompes de 1,57 MW qui exploitent l'énergie de la nappe du Var, pompée à 34 m de profondeur
à travers 4 puits, et réinjectée à 43 m de profondeur à travers 8 autres puits.
https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/REX_PACA_Nice_r%C3%A9seau%20Nice-Meridia.pdf
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105
Annexe n° 10. Les boucles d?eau tempérée à énergie géothermique
Selon l?AFPG, la boucle d?eau tempérée à énergie géothermique dite « Beteg » est un
dispositif innovant basé sur une distribution de l?énergie thermique via un réseau d?eau
tempérée unique (température de distribution de l?eau qui y circule comprise généralement entre
5 et 30°C), ce qui permet à la fois de répondre facilement à des besoins de chaud comme de
froid et d?avoir une autre approche des « pertes énergétiques » du réseau, qui peuvent se
transformer en « gains énergétiques ».
Elle est constituée d?un dispositif de captage (ressource géothermique), d?un dispositif
de mutualisation (boucle d?eau tempérée), d?un dispositif de production (Thermopompes ou
PAC Géothermiques eau/eau) et d?un dispositif de régulation.
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106
L?exemple du lac d?Annecy
Une boucle d?eau de 2,5 Km permet d?alimenter en chaleur et en froid 570 logements du quartier
des Trésums situé à proximité du lac.
L?eau du lac est prélevée dans le trou de Boubioz qui plonge à 83 m sous la surface, profitant d?une
eau à 7°C, été comme hiver.
Grâce à ses pompes à chaleur et échangeurs thermiques, la boucle d?eau permet de couvrir 95 %
des besoins de chauffage et d?eau chaude sanitaire, à hauteur de 13 GWh/an. L?appoint est réalisé
par du gaz.
Un système d?aqua-cooling assure 500 MWh/an de froid pour les besoins en climatisation d?un
hôtel et d?une future résidence service sénior.
Ce projet représente un investissement de 10 M¤ dont 1,7 M¤ de subvention de l?Ademe. Il permet
d?éviter 2 600 tonnes de CO2 par an.
À partir des données du fond chaleur, l?AFPG recense huit opérations sur eaux usées,
sept sur aquifère, six sur champ de sondes, cinq sur eau de mer et une opération sur puits de
mine.
En Outre-mer, des technologies adaptées au climat tropical comme la SWAC (sea water
air conditioning) sont en cours d?expérimentation à la Réunion et en Polynésie.
Le SWAC du CHU Saint-Pierre de la Réunion
La PPE de la Réunion identifie deux projets de SWAC, concept innovant de climatisation à base
d?eau de mer visant à substituer une grande partie de l?énergie électrique nécessaire à la
climatisation par l?énergie thermique des mers, soit une source froide renouvelable.
Le SWAC du CHU Saint Pierre dont les études ont été financées par l?Ademe et EDF prévoit un
pompage de l?eau fraîche à 1000 m de profondeur et sa circulation dans des échangeurs thermiques
de surface avant son rejet à 50 m de profondeur.
L?objectif est d?obtenir 6,6 MW de froid en substitution de consommations électriques associées
à la climatisation de l?hôpital Saint-Pierre, représentant un gain net pour le système électrique
réunionnais d?environ 9 GWh électriques par an.
Le montage contractuel retenu permet à une entreprise privée d?investir dans ce réseau. En
contrepartie, le CHU s?engage à acheter le froid produit pendant vingt ans, à des conditions
prédéfinies dans le contrat issu du dialogue compétitif.
L?un des intérêts de ce projet est de réduire les charges de service public par une baisse
significative de la consommation électrique.
Ce projet représente un investissement de 66 M¤. Il a bénéficié d?un soutien du fonds chaleur de
23,6 M¤, de la région Réunion et du FEDER.
https://swac-sudreunion.re/le-projet-de-chu-sud-reunion/
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107
Annexe n° 11. Les différentes formes de stockage souterrain intersaisonnier
Le stockage d?énergie souterrain regroupe plusieurs typologies de dispositif.
Le stockage d?énergie souterrain sur aquifère puise et réinjecte l?eau dans une nappe
après circulation dans un échangeur thermique. Il est très répandu aux Pays-Bas où il existe de
l?ordre de 3000 installations, parfois de taille très importante comme pour l?université
d?Eindhoven, où 250 000 m² de bâtiment sont alimentés par une boucle d?eau tempérée
connectée à 32 puits (16 de captage, 16 de réinjection), pour une puissance maximum de 17
MW et une énergie fournie de 15 à 30 GWh par an.
Schéma n° 7 : Stockage d?énergie souterrain sur aquifère
Source/note : Heatstore et BRGM
Le stockage thermique en champ de sondes est constitué par un ensemble de sondes
verticales. L?échange de chaleur entre le milieu rocheux et la sonde se fait par conduction. Un
champ de sondes va permettre d?extraire la chaleur du sous-sol pendant l?hiver ou le froid
pendant l?été. L?inversion du sens de circulation permet de constituer un stock de chaleur (ou
de froid), en mobilisant les mêmes sondes.
Schéma n° 8 : Stockage d?énergie souterrain sur sondes verticales
Source/note : undergroung energy, académie des technologies
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108
Le principe de fonctionnement d?un stockage de chaleur en réservoir enterré est le
même qu?un ballon d?eau chaude dans une maison individuelle : posséder une réserve d?eau
chauffé à une certaine température pour pouvoir subvenir rapidement au besoin de chauffage
ou d?eau chaude sanitaire, lisser la production primaire de chaleur et éviter les à coup de
production énergivores. Cette solution permet le stockage de très grands volumes, jusqu?à
203000 m3 à Vojens au Danemark, et donc des économies d?échelle appréciables.
Schéma n° 9 : Le stockage d?énergie souterrain sur réservoir enterré
Source/note : Aalto university et BRGM
Le stockage thermique en cavité utilise des cavités creusées pour la circonstance ou
qui ont perdu leur usage initial, telles des mines ou des réservoirs abandonnés. Une fois remplies
d?eau, ces cavités peuvent être exploitées pour constituer un stock de chaud ou de froid, en
fonction de la saison.
Un système de géothermie sur eaux de mine à Gardanne
Un système de géothermie sur eaux de mine permet de chauffer et rafraîchir les 80 000 m² d?un
nouvel écoquartier situé au droit du puits minier. Cette installation profite notamment aux 560 m²
de bureaux de l?unité territoriale Après-mine sud du BRGM.
L'eau de mine pompée à plus de 300 m de profondeur transite en surface par un échangeur en titane
permettant de récupérer les frigories ou les calories selon la saison, alimentant une boucle
secondaire d'eau tempérée stockée dans deux ballons en acier de 50 m3 unitaire. Après passage
dans une pompe à chaleur située sur la parcelle occupée par l'UTAM-Sud, cette eau permet de
délivrer dans les bâtiments un fluide à 40°C ou à 10°C selon les besoins afin de procurer du
chauffage ou du rafraichissement.
Grâce à la géothermie issue des eaux de mine, épaulée par un réseau de panneaux solaires (2 200
m²), tout l'écoquartier de Gardanne, soit près de 14 hectares, bénéficie d'énergies renouvelables et
décarbonnées pour plus de 80 % de ses besoins.
A terme, ce réseau disposera d'une puissance en chaud de 1 000 KW et en froid de 1 700 KW.
Le projet bénéficie de subventions, notamment de l?Ademe et de la région Sud, pour un montant
total de 2,1 millions d?euros sur un coût global de 6 millions d?euros.
https://www.geothermies.fr/outils/operations/lecoquartier-yvon-morandat-de-gardanne-bouches-du-rhone
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109
Annexe n° 12. Comparaisons internationales
En résumé, la géothermie, même dans les pays dans laquelle elle est le plus développée
reste une énergie utilisée de manière marginale. La France, si elle n?est pas le premier pays en
matière de production d?énergie géothermique, reste bien placée dans l?ensemble des secteurs
(top 6 des pays du continent européen).
Tableau n° 13 : Nombre total de pompes à chaleur géothermique dans sept pays européens
Source : Cour des comptes depuis la base de données EurObserv'ER online database - EurObserv'ER
Tableau n° 14 : Capacité installée en termes de production de chaleur et de froid
Pays Capacité installée 2023 MW
Suède 7 280
Allemagne 5 381
France 2 868
Islande 2 823
Suisse 2 390
Finlande 2 300
Pays-Bas 1 830
Source : Cour des comptes depuis geothermal Energy Database | International Geothermal Association
Pays 2018 2019 2020 2021
Suède 537 878 551 776 561 033 560 333
Allemagne 376 902 392 784 411 198 431 134
France 157 950 161 250 173 000 172 000
Finlande 118 976 127 964 136608 146 124
Autriche 106 843 109 695 112 143 114 919
Pays-Bas 60 379 71 065 87 919 106 265
Danemark 65 149 68 997 72 459 77 796
https://www.eurobserv-er.org/online-database/
https://worldgeothermal.org/geothermal-data/geothermal-energy-database
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
110
Tableau n° 15 : Sept premiers pays européens producteurs de géothermie électrogène en 2023
Source : Geothermal Energy Database | International Geothermal Association
L?analyse des mesures financières et réglementaires est complexe en raison de leur
caractère éparse et de l?absence de documents reprenant clairement la réglementation et les
incitations allouées à la géothermie dans les différents pays observés (notamment en raison des
compétences partagées entre les Etats et les échelons intermédiaires). Néanmoins, les facteurs
financiers et réglementaires ne semblent pas les déterminants principaux des différences de
croissance de l?exploitation de la géothermie profonde entre les pays. La principale différence
en matière de réglementation entre la France et les pays analysés semble être la définition de la
géothermie de surface et de la réglementation associée. En effet, la France utilise des paramètres
de profondeur et de débit, tandis que l?Allemagne, la Suisse et la Lombardie n?utilisent que le
débit ou la profondeur.
Les étapes réglementaires afin de procéder à cette exploitation sont similaires dans les
pays examinés, et l?enchevêtrement des compétences entre les autorités délivrant les différentes
attestations et permis également. Le fait que la quasi-totalité ait publié très récemment (entre
2019 et 2024) des planifications ou des législations visant à réduire les délais d?autorisation et
les étapes à accomplir illustre ce constat.
Un rapport de comparaison du cadre réglementaire de la géothermie de surface mené
2013 dans le cadre d?un programme de géothermie cofinancé par l?union Européenne montre
que le cadre réglementaire constitue souvent un obstacle pour le développement de la
géothermie de surface. En cause sont cités l?absence de réglementation, les procédures
complexes, les retards de procédures, les procédures coûteuses, la répartition complexe entre
les différentes autorités et les procédures hétérogènes d'une région à une autre.
Les facteurs discriminants sont à rechercher du côté socio-politique. L?étude des pays
ci-dessous fait ressortir plusieurs points qui ont semblé participer au développement de la
géothermie : la stabilité dans la volonté politique (Suisse, Italie), l?exploration systématique ou
régulière du sous-sol pour en améliorer la connaissance et le potentiel géothermique (Suisse,
Italie, Pays-Bas), la prévisibilité de la décision et la clarté et la disponibilité des informations
(Suisse) et une priorité gouvernementale sur un des usages de la géothermie (Allemagne, Italie,
Suisse).
Pays Total d?électricité générée (GWh)
Turquie 10 840
Italie 5 917
Islande 5 788
Allemagne 208
Portugal 159
France 127
Croatie 75
https://worldgeothermal.org/geothermal-data/geothermal-energy-database
http://ubeg.de/Regeocities/D2.2-FR%20overview%20shallow%20geothermal%20regulation%20Europe.pdf
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
111
Tableau n° 16 : Comparaison de la géothermie profonde dans trois pays européens
Allemagne Autriche Italie
Densité de population 240 hab./km2 110 hab. /km2 200 hab./km2
Taux d?urbanisation 78% 59% 72%
Intérêt pour la
géothermie
Années 80 Années 70 1913
Potentiel estimé de
géothermie
700 TWh 200 TWh
Electricité générée
GWh en 2023
207,7 0,5 5 917
Chaleur générée TJ/an
en 2023 32 183 9 038 9 668
Blocages constatés
Prix faible des énergies
fossiles
Manque de connaissance
des chauffagistes et des
autorités
Barrières économiques :
coût des installations et
des PAC géothermiques
Coûts administratifs pour
les installations
individuelles, clarté de la
norme et des
compétences entre les
échelons
Faible concurrence des
acteurs dans le monde des
PAC géothermiques
Normes / temps
Méconnaissance
Complexité de la norme
Rentabilité économique
(incertitude, débouchés)
Normes / temps
Méconnaissance
Enchevêtrement
Coût des PAC
Solutions
Fonds de garantie par
assureur allemand et
banque publique
d?investissement depuis
2025
Loi sur la planification
thermique élabore un
plan de décarbonisation
par les municipalités de
l'approvisionnement en
chaleur d'ici 2045.
Loi sur l?accélération des
procédures pour les projets
importants
Obligation de
planification municipales
Programme d?exploration
des sols (initiative privée)
Rapport du
gouvernement sur le
potentiel
géothermique des
territoires tous les ans
Apparition d?aides
spécifiques sur la
géothermie
Elaboration d?une
stratégie relative à la
géothermie avec
objectifs chiffrés
Source/note : Banque mondiale 2022, eurobserver et ECG
file:///C:/Users/nolwenn.perrinlacoustene@crtc.ccomptes.fr/Documents/2e%20chambre/BMWK%20Newsletter%20Energiewende%20-%20The%20Heat%20Planning%20Act:%20momentum%20for%20the%20local%20heat%20transition
file:///C:/Users/nolwenn.perrinlacoustene@crtc.ccomptes.fr/Documents/2e%20chambre/BMWK%20Newsletter%20Energiewende%20-%20The%20Heat%20Planning%20Act:%20momentum%20for%20the%20local%20heat%20transition
LES SOUTIENS PUBLICS AU DEVELOPPEMENT DE LA GEOTHERMIE
112
Tableau n° 17 : Comparaison de la géothermie de surface dans quatre pays européens
Suède Suisse Pays-Bas France
Densité de
population
26 hab. / km2 222 hab. / km2 526 hab./km2 240 hab./km2
Taux
d?urbanisation
88% 74% 93% 81,2%
Intérêt pour la
géothermie
Années 70 Années 70 Années 80 Années 70
Nombre de PAC
géothermique en
fonction
561 033 110 247 87 919 173 000
Blocages constatés
Méconnaissance du
public
Priorité politique au
chauffage urbain et non
pas à la géothermie de
surface individuelle
Méconnaissance
de la géothermie
profonde
Hétérogénéité
des procédures
en fonction des
cantons
Incertitudes du
rendement en cas
de forage
notamment
géothermie
profonde
Connaissance du
sous-sol et
données relatives
à la géothermie
Légal/
réglementaire :
Les procédures de
permis sont trop
longues et non
homogènes en
matière de
géothermie de
surface
Surface :
concurrence du gaz
naturel et RT 2012
qui privilégiait
toujours le gaz dans
les bâtiments neufs
Durée des
procédures
PACG : pas de
développement en
habitat collectif en
raison notamment
du coût du forage
exploratoire
Solutions
Taxation du carbone
Prix des PACG et
subventions
Qualité des
portails
utilisateurs
Production
d?études
comparatives
avec pays de
l?UE
Procédures
allégées pour la
géothermie de
surface
Fonds de
garantie
Fonds de garantie
Taxation du
carbone
RE-2020 en
remplacement de la
RT 2012
Assouplissement
des procédures pour
la géothermie de
surface
Ma prime rénov?
Fonds chaleur et
garantie aquapac
Source/note : Données banque mondiale et eurobserver 2020 à l?exception de la Suisse, données ECG
INVALIDE)