Municipales : l'écologie à l'épreuve des territoires
BRISTIELLE Antoine
Auteur moral
Auteur secondaire
Résumé
"Six ans après les élections municipales de 2020, l'écologie locale apparaît à la fois solidement ancrée dans les attentes citoyennes et profondément reconfigurée dans ses modalités. Loin d'un reflux oud'un désintérêt, l'étude met en évidence un soutien à l'action environnementale des communes, combiné à une exigence accrue de résultats concrets, adaptés aux réalités territoriales et compatibles avec lescontraintes économiques et budgétaires. L'enjeu n'est plus tant l'affirmation d'une ambition écologique que sa crédibilité opérationnelle à l'échelle locale."
Editeur
Institut TERRAM
Descripteur Urbamet
Descripteur écoplanete
attitude du public
Thème
Administration publique
;Environnement - Nature
;Environnement - Paysage
Texte intégral
Antoine Bristielle
Février 2026
Municipales :
l?écologie
à l?épreuve
des territoires
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L?Institut Terram est un groupe de
réflexion collégial et multidisciplinaire
dédié à l?étude des territoires. Il fait
de la dynamique territoriale un pilier
central de l?innovation économique, industrielle et
numérique, de la préservation de l?environnement
et de la décarbonation, de l?accès aux services
publics, de la valorisation du patrimoine culturel
et de la cohésion sociale.
L?Institut Terram publie des rapports à caractère
scientifique, réalise des enquêtes inédites à
l?échelle des territoires, produit des podcasts et
organise des débats, des séminaires et des ateliers
dans toute la France. Par ses travaux, il contribue
à revitaliser le débat public, facilite les échanges
d?idées et est à l?initiative de recommandations
concrètes au service de l?intérêt général. L?institut
est un espace de discussion unique pour tous ceux
qui s?intéressent au devenir des territoires.
Son expertise repose sur la diversité des
acteurs et la synergie de compétences. Il réunit
des chercheurs, des experts, des représentants
d?entreprises, des fonctionnaires et des acteurs
de la société civile.
L?Institut Terram est une association 1901 à but
non lucratif. Il agit en toute indépendance et n?est
affilié à aucun groupement de nature politique. Le
soutien des entreprises et des particuliers permet
le déploiement de ses activités.
Project Tempo est une orga-
nisation à but non lucratif
travaillant spécifiquement
sur les questions environnementales. Née au
Royaume-Uni, l?organisation est désormais im-
plantée dans plusieurs pays européens (France,
Italie, Pologne) et n?est liée à aucun parti politique.
Pour Project Tempo, la transition environ-
nementale ne pourra réussir que si elle est
pragmatique, en prenant ainsi en compte les
réalités économiques de chaque pays et les
attentes spécifiques des populations. Pour ce
faire, l?organisation a recours à de nombreuses
analyses, tant quantitatives que qualitatives,
permettant d?affiner la compréhension du rapport
qu?entretient chaque citoyen avec les politiques
environnementales.
Project Tempo travaille étroitement avec les
pouvoirs publics, les acteurs économiques et
la société civile afin de leur proposer la feuille
de route la plus viable économiquement et
acceptable socialement en matière de transition
environnementale.
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Municipales :
l?écologie
à l?épreuve
des territoires
Antoine Bristielle
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Groupe
de relecture*
Jean Burkard
Directeur du plaidoyer de WWF.
Ferréol Delmas
Directeur général du think tank
Écologie responsable.
Aurélien Lecaille
Responsable adjoint du pôle Stratégie de NaTran.
Clément Tonon
Rapporteur général du Haut-Commissariat
à la stratégie et au plan.
* Les opinions exprimées dans cette étude n?engagent ni les membres du Comité de relecture ni les institutions qu?ils représentent.
Auteur
Antoine Bristielle
Antoine Bristielle est docteur en science politique,
directeur France de l?ONG Project Tempo et
président de la société d?études et de conseil
Vasco. Il est spécialiste des questions d?opinion et
de communication, en particulier sur les enjeux
environnementaux. Il a publié pour l?Institut Terram
les études Eau sous tension : les Français face aux défis
hydriques de leurs territoires (mars 2025) et Saisir les
enjeux environnementaux par les territoires (juin 2025).
Table des matières
I
II
III
IV
V
Introduction
Les élections municipales face
aux recompositions de l?écologie politique ................................................................................9
2020-2026 : une écologie municipale globalement approuvée,
mais confrontée à ses propres limites .................................................................................................12
1. Une action environnementale locale largement reconnue? .........................................................12
2. ? mais le sentiment persistant d?un retard
face à l?ampleur des défis écologiques .................................................................................................................13
Les priorités pour le nouveau mandat municipal (2026-2032) ............15
1. La sécurité comme priorité centrale,
au-delà de la seule question de l?ordre public .................................................................................................15
2. L?environnement dans les arbitrages municipaux :
marginalisation sectorielle ou intégration transversale ? ..................................................................17
Le changement climatique comme expérience territoriale :
de l?abstraction globale au vécu local ...............................................................................................20
1. L?irruption du changement climatique dans le quotidien des communes ...................20
2. Des vulnérabilités différenciées :
la territorialisation des préoccupations écologiques ..............................................................................22
Ce que les Français attendent du prochain mandat :
ambitions écologiques, conditions d?acceptabilité
et cohérence de l?action publique .............................................................................................................24
1. Un large consensus en faveur d?actions environnementales concrètes ............................24
2. Financer l?action environnementale locale
dans un contexte de tensions économiques et budgétaires ........................................................25
3. Faire de la politique environnementale
un levier du développement économique local .........................................................................................27
Construire une écologie municipale durable :
cinq leviers stratégiques ..........................................................................................................................................30
1. Sortir d?une écologie sectorielle pour refonder
l?action municipale autour de la transversalité .............................................................................................30
2. Territorialiser l?écologie : adapter les réponses aux réalités locales .........................................30
3. Articuler écologie, sécurité et protection du quotidien ........................................................................31
4. Financer la transition locale sans rompre le pacte de confiance ..............................................31
5. Dépasser les lectures électorales réductrices de l?écologie politique ....................................31
Conclusion
L?écologie municipale comme
condition de crédibilité de l?action publique locale ...................................................32
Bibliographie ...............................................................................................................................................................................33
Synthèse
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
Six ans après les élections municipales de 2020,
l?écologie locale apparaît à la fois solidement ancrée
dans les attentes citoyennes et profondément
reconfigurée dans ses modalités. Loin d?un reflux ou
d?un désintérêt, l?étude met en évidence un soutien à
l?action environnementale des communes, combiné
à une exigence accrue de résultats concrets, adaptés
aux réalités territoriales et compatibles avec les
contraintes économiques et budgétaires. L?enjeu n?est
plus tant l?affirmation d?une ambition écologique que
sa crédibilité opérationnelle à l?échelle locale.
Une action municipale reconnue,
mais jugée insuffisante face à l?ampleur
des défis
Premier enseignement central : l?action environne-
mentale des municipalités sortantes bénéficie d?un
niveau élevé de satisfaction. Plus de sept Français
sur dix (71?%) se déclarent satisfaits de l?action de
leur maire en matière d?écologie, dont 10?% se disent
« tout à fait satisfaits » et 61?% « plutôt satisfaits ».
Ce jugement positif traverse largement les clivages
politiques, générationnels et sociaux, confirmant la
commune comme un échelon d?action publique jugé
concret et efficace.
Toutefois, seul un tiers des Français (32?%) estiment
que leur commune est aujourd?hui en avance en
matière de protection de l?environnement. Ce chiffre
tombe à 27?% concernant la réduction des pollutions
et à 24?% pour l?adaptation aux risques climatiques,
comme les inondations ou les canicules. Même
sur des politiques historiquement investies par les
collectivités, la perception d?une commune « en
avance » reste minoritaire : 37?% pour les transports
durables, 41?% pour la préservation des espaces
naturels.
Ce décalage souligne une distinction nette opérée
par les citoyens entre l?évaluation relative de l?action
municipale, jugée globalement satisfaisante au regard
des moyens disponibles, et l?évaluation absolue des
résultats obtenus face à des défis perçus comme
structurels et croissants.
Une écologie locale
profondément territorialisée
L?étude met en évidence une forte différenciation
territoriale des préoccupations environnementales.
Deux tiers des Français (66?%) déclarent avoir déjà
ressenti dans leur commune les effets du changement
climatique, mais cette proportion varie fortement
selon la taille des communes : 55?% dans les communes
rurales, contre 70?% dans les villes de plus de 100 000
habitants et 68?% dans l?agglomération parisienne.
Cette expérience différenciée structure la hiérarchie
des inquiétudes locales. À l?échelle nationale, les
principales préoccupations environnementales
citées relèvent d?abord des pollutions : gestion des
déchets (43?%), pollution de l?air (38?%) et pollution
sonore (32?%). La qualité de l?eau constitue également
un motif d?inquiétude majeur pour un tiers des
Français (33?%), devant l?urbanisation excessive (32?%)
et les risques d?inondation (22?%).
Mais cette hiérarchie varie fortement selon les
territoires. Dans les communes rurales, la qualité de
l?eau arrive en tête des préoccupations (43?%), loin
devant la pollution de l?air (28?%) ou la pollution
sonore (20?%). La quantité d?eau disponible y inquiète
également près d?un quart des habitants (24?%).
À l?inverse, dans les grandes agglomérations, les
inquiétudes se concentrent sur la pollution de
l?air (44?%), la pollution sonore (35?%), l?urbanisation
excessive (35?%) et la chaleur excessive (29?%).
Ces écarts confirment que l?écologie municipale ne
peut être pensée de manière uniforme. Elle s?ancre
dans des expériences locales du risque, façonnées par
le degré d?urbanisation, la densité des infrastructures
et la dépendance aux ressources naturelles.
La sécurité, pivot central des attentes
municipales
À l?approche du scrutin municipal de 2026, la sécurité
s?impose comme la première priorité assignée à
l?action municipale. Elle est citée par plus de quatre
Français sur dix (41?%) parmi les enjeux prioritaires
du prochain mandat, loin devant la circulation et
le stationnement (29?%), le logement (28?%), les
commerces et le dynamisme économique local (28?%)
ou encore la réduction des pollutions (27?%).
6
Mais cette centralité ne se réduit pas à une
conception strictement policière. Si la sécurité liée à la
délinquance et aux incivilités reste dominante (64?%),
elle coexiste avec d?autres dimensions tout aussi
structurantes : sécurité routière (54?%), sécurité
économique et sociale (50?%) et, fait notable, sécurité
environnementale et sanitaire (45?%). Plus d?un tiers
des répondants (34?%) associent également la sécurité
à l?état des bâtiments et des infrastructures.
Cette conception élargie de la sécurité constitue
un point de bascule. Elle permet de reformuler les
enjeux écologiques dans un registre de protection
du quotidien, articulant prévention des risques
climatiques, qualité de l?environnement, santé
publique et continuité des services essentiels. Loin
d?entrer en concurrence avec la sécurité, l?écologie en
devient l?un des ressorts centraux.
L?environnement, un déterminant
électoral transversal
Contrairement à l?idée d?une marginalisation
électorale de l?écologie, près de trois quarts (74?%) des
Français déclarant vouloir participer aux municipales
affirment que les propositions environnementales
des candidats auront une place importante dans leur
choix de vote. Cette attention concerne aussi bien les
jeunes (76?% des 18-24 ans) que les seniors (67?% des
65 ans et plus).
Loin de se limiter aux grandes villes (78?%),
cette attente est majoritaire dans les territoires
ruraux (62?%) et les villes moyennes (74?%). Point
clé, elle traverse les clivages sociaux et partisans :
les catégories socioprofessionnelles modestes se
montrent même légèrement plus attentives aux
enjeux environnementaux (78?%) que les catégories
favorisées (76?%). De même, à droite comme à gauche,
l?écologie s?impose comme un enjeu structurant du
débat municipal.
Un consensus large sur les actions,
mais sous conditions de financement
L?étude met en évidence un soutien massif aux
principales politiques environnementales locales.
Encourager la rénovation thermique des bâtiments
recueille l?adhésion de 88?% des Français ;
le développement du tri et de la réduction des
déchets, 87?% ; la plantation d?arbres, 87?% ; et le
développement des transports en commun, 85?%.
Même des mesures plus contraignantes restent
majoritairement soutenues, comme la limitation de
la circulation automobile (57?%) ou la transformation
de places de stationnement en espaces verts (52?%).
À noter que la seule mesure ne recueillant pas
l?adhésion d?une majorité absolue de répondants est
l?installation de nouvelles éoliennes sur le territoire
communal (49?%). Ce résultat ne saurait toutefois être
interprété comme un rejet massif : il traduit plutôt une
division de l?opinion, près d?un Français sur deux se
déclarant favorable à cette option.
La question du financement constitue toutefois
un point de tension. Un tiers des Français (35?%)
seulement se déclarent favorables à une hausse
modérée des impôts locaux pour financer la transition
écologique. En revanche, près des deux tiers (65?%)
soutiennent des politiques environnementales
financées par la réorientation des dépenses
municipales existantes. L?acceptabilité de l?écologie
municipale apparaît ainsi moins dépendante de son
contenu que de la lisibilité et de la justice perçue de
son financement.
Vers une écologie municipale intégrée
Enfin, près de sept Français sur dix (69?%) estiment
que la politique environnementale doit être pensée
comme une politique transversale, intégrée à
l?ensemble des décisions publiques locales, et
non comme un secteur autonome. L?écologie est
désormais attendue comme un principe structurant
de l?action municipale, capable d?articuler sécurité,
développement économique, justice sociale et
protection du cadre de vie.
À l?approche des élections municipales de 2026,
l?écologie municipale ne se joue donc ni sur le terrain
de la symbolique, ni sur celui de l?affichage partisan.
Elle se mesure à sa capacité à protéger, à durer et à
s?adapter aux territoires. Une écologie du « tenir »,
plus que du « montrer », appelée à devenir l?un des
critères centraux de crédibilité de l?action publique
locale.
7
Le village de Chignin et son école communale, nichée au coeur des vignes. Vignerons,
habitants et écoliers se sont unis pour planter 1 500 arbres sur les coteaux environnants
afin de mieux préparer la petite commune savoyarde au changement climatique.
Source : © Antoine Boureau (2025)
« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence
d?une vie authentiquement humaine sur terre.* »
Hans Jonas
Introduction
Les élections municipales
face aux recompositions
de l?écologie politique
L es élections municipales de 2020
ont marqué un moment singulier
dans l?histoire politique récente
de l?écologie en France. La
conquête de plusieurs grandes
villes par des listes écologistes
? au premier rang desquelles
Besançon, Bordeaux, Grenoble,
Lyon, Poitiers, Strasbourg et Tours ? ainsi que leur
participation à des majorités municipales dans
des métropoles comme Paris ou Marseille ont été
largement interprétées comme les signes d?une
« vague verte?1 ».
L?analyse doit toutefois être nuancée. Des travaux
ont en effet souligné le caractère relatif de la
dynamique observée en 2020?2, en mettant en évidence
l?effet déterminant d?une abstention historiquement
élevée, ainsi que le rôle central des configurations
1. Voir Abel Mestre, « Municipales 2020 : avec EELV, une vague verte historique déferle sur les grandes villes françaises », Le Monde, 29 juin 2020.
2. Voir Dominique Reynié (dir.), Tsunami dans un verre d?eau, Fondation pour l?innovation politique, juillet 2020 ; « Municipales 2020 : ?une
vague verte dans une mer morte?. Trois questions à Alain Duhamel », Paris, Institut Montaigne, 29 juin 2020.
3. Pour une approche de la perception de l?écologie dans les zones rurales, voir Association des maires de France (AMRF), Observatoire de la
ruralité. Enquête auprès des Français résidant en zone rurale, sondage réalisé par Ipsos-BVA, novembre 2025, p. 20-21 et chap. 4 (« Le rapport à
l?environnement »), p. 26-38.
4. Claire Legros, « Le ?backlash écologique? ou l?accélération brutale d?un mouvement réactionnaire profond », Le Monde, 12 novembre 2025.
de coalition dans nombre de victoires écologistes.
Par ailleurs, cette dynamique s?est principalement
concentrée dans les grandes villes et les centres
urbains, confirmant les difficultés persistantes de
l?écologie politique à s?implanter durablement dans
les territoires ruraux?3 et les petites et moyennes
villes. Enfin, six ans plus tard, le contexte politique,
économique et social dans lequel s?inscrivent
les prochaines élections municipales apparaît
sensiblement différent : montée des préoccupations
liées à la sécurité, tensions sur le pouvoir d?achat,
fragilisation budgétaire des collectivités locales, mais
aussi diffusion croissante de discours évoquant un
supposé « backlash environnemental?4 ». L?ensemble
de ces évolutions invite à s?interroger sur la place
que l?écologie politique pourrait occuper dans
les arbitrages électoraux et programmatiques du
prochain cycle municipal.
* Hans Jonas, Le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique [1979], trad. Jean Greisch, Flammarion, coll. « Champs essais »,
p. 40.
9
Pour autant, réduire la séquence actuelle à un simple
reflux de l?écologie politique relèverait d?une lecture
à la fois réductrice et potentiellement erronée. Si les
configurations partisanes sont en recomposition, les
attentes des citoyens à l?égard de l?action publique
locale demeurent élevées et tendent même, à certains
égards, à se renforcer. L?échelon municipal continue en
effet d?être perçu comme un niveau d?action central?5,
concret et crédible pour l?amélioration du cadre de vie,
la prise en charge des préoccupations du quotidien et
l?adaptation aux transformations environnementales
déjà à l?oeuvre. Dès lors, l?enjeu n?est sans doute pas
tant de déterminer si l?écologie a encore sa place dans
les élections municipales que d?interroger les formes
sous lesquelles elle peut s?y inscrire : à travers quels
récits, quels leviers d?action et avec quelle capacité à
s?ancrer durablement dans les réalités territoriales.
C?est précisément à ces interrogations que se
propose de répondre la présente étude. S?appuyant
sur une enquête nationale?6, elle analyse la manière
dont les Français évaluent l?action environnementale
de leur municipalité sortante, les attentes qu?ils
formulent pour le prochain mandat, ainsi que les
priorités qu?ils souhaitent voir portées par les équipes
municipales à venir. Loin de toute approche abstraite
ou idéologique, ce travail adopte une démarche
résolument empirique, attentive aux perceptions,
aux expériences locales et aux arbitrages concrets
exprimés par les citoyens.
Un premier enseignement majeur se dégage
nettement : l'action environnementale des
municipalités est globalement bien perçue par les
Français. Une large majorité d'entre eux se déclarent
satisfaits des initiatives engagées par leur maire
en matière d'écologie au cours de la mandature
écoulée. Ce constat traverse les générations, les
sensibilités politiques et les trajectoires résidentielles,
traduisant un attachement marqué à l'échelon local
et à sa capacité perçue d'agir concrètement. Cette
satisfaction ne saurait toutefois être assimilée à
un sentiment d'achèvement. Les Français font
également preuve d'une conscience aiguë des
insuffisances persistantes. Nombreux sont ceux qui
5. Voir Antoine Bristielle, Saisir les enjeux environnementaux par les territoires, Institut Terram-Project Tempo, juin 2025.
6. Le sondage a été réalisé du 22 décembre 2025 au 3 janvier 2026, en partenariat avec l?institut Dynata, auprès d?un échantillon de
2 000 Français représentatif de la population nationale selon les critères d?âge, de sexe, de catégorie socioprofessionnelle et de région de
résidence.
estiment que leur commune n'est pas « en avance »
sur des enjeux structurants tels que la réduction des
pollutions, l'adaptation aux risques climatiques ou
la protection de l'environnement. Cette ambivalence,
entre reconnaissance des efforts accomplis et lucidité
quant au chemin restant à parcourir, constitue un
trait central du rapport des citoyens à l'écologie
municipale. Elle exprime une attente désormais
exigeante, peu réceptive aux mesures symboliques ou
ponctuelles, et tournée vers des politiques durables,
visibles et adaptées aux réalités locales.
Or ces réalités apparaissent profondément
différenciées. L'étude met en évidence une forte
hétérogénéité des préoccupations environnementales
selon la taille des communes, les contextes territoriaux
et les expériences vécues des habitants : enjeux liés à
la gestion de l'eau et à l'accès aux services dans les
territoires ruraux, problématiques de pollution et
d'urbanisation dans les grandes agglomérations,
exposition différenciée aux risques climatiques selon
les espaces. L'écologie municipale se révèle ainsi
fondamentalement située et ne peut être appréhendée
de manière uniforme à l'échelle nationale.
Dans ce contexte, la prochaine séquence municipale
apparaît comme un moment charnière. Si les Français
expriment des priorités multiples susceptibles, à
première vue, de reléguer l'environnement au second
plan, l'analyse détaillée des données révèle une réalité
plus complexe. Loin d'être marginalisée, la dimension
environnementale irrigue en profondeur ces différents
enjeux. Sécurité, santé, qualité de vie, attractivité
économique ou résilience territoriale intègrent
désormais, explicitement ou implicitement, une
composante écologique dans les représentations des
citoyens. Cette évolution ouvre un espace stratégique
considérable pour l'action publique locale, à condition
de rompre avec une approche strictement sectorielle
de l'écologie.
Institut?Terram
10
C'est là l'un des autres enseignements centraux de
cette étude : une majorité nette de Français considère
aujourd'hui que la politique environnementale doit
être pensée comme une politique transversale,
intégrée à l'ensemble des décisions municipales,
plutôt que comme un champ d'intervention
autonome. Cette attente traduit un changement de
paradigme profond. L'environnement n'est plus perçu
comme une contrainte externe aux autres politiques
publiques, mais comme un levier susceptible de
produire des bénéfices croisés, en matière de pouvoir
d'achat, de développement économique local, de
création d'emplois, de santé, de protection face
aux risques ou encore de cohésion sociale. Dès lors,
politiquement, l'enjeu ne réside pas uniquement dans
le niveau d'ambition écologique affiché, mais dans la
capacité des projets locaux à articuler écologie, justice
sociale et développement territorial, en tenant compte
des spécificités des territoires et des attentes concrètes
des habitants. C'est cette écologie transversale, ancrée
et pragmatique que la présente étude se propose
d'éclairer, afin de nourrir le débat public et de fournir
aux décideurs locaux des clés de compréhension
essentielles à l'approche du prochain mandat.
Il convient enfin de s'affranchir d'une lecture
réductrice, encore largement dominante dans
le débat public, qui tend à évaluer le soutien à
l'écologie à l'aune des seuls résultats électoraux
des partis qui s'en revendiquent explicitement.
Assimiler l'état de l'opinion environnementale
aux performances électorales des formations
écologistes revient à confondre adhésion partisane
et adhésion aux politiques publiques, et à occulter
une réalité désormais bien établie : les préoccupations
environnementales débordent largement les clivages
partisans traditionnels. Les fluctuations électorales
des partis identifiés à l'écologie renseignent avant
tout sur des dynamiques internes, des stratégies
d'alliance ou des contextes politiques conjoncturels,
mais elles disent relativement peu de la place effective
qu?occupent les enjeux environnementaux dans les
attentes des citoyens. C'est précisément à cet endroit
que se situe l'apport central de cette recherche.
En se plaçant résolument à distance des logiques
d'identification partisane ou idéologique, elle permet
de mesurer le soutien concret des Français à l'action
environnementale, tant dans ses principes généraux
? comme l'intégration de l'écologie à l'ensemble des
politiques publiques ? que dans ses déclinaisons
opérationnelles à l'échelle municipale. Cette approche
par les politiques publiques plutôt que par les
étiquettes partisanes offre une lecture plus fine et plus
fidèle de l'état de l'opinion. Elle met en lumière non
seulement l'importance accordée à l'environnement,
mais aussi les conditions de son acceptabilité, ses
modalités de financement et ses articulations avec des
enjeux centraux tels que la sécurité, le pouvoir d'achat
ou le développement économique local.
En ce sens, la présente étude permet de dépasser
une opposition devenue largement stérile entre une
écologie perçue comme électoralement marginale
et une société supposément indifférente aux enjeux
environnementaux. Elle montre au contraire
que le soutien à l'écologie est largement diffus,
majoritairement pragmatique et qu'il s'exprime
prioritairement à travers l'adhésion à des politiques
concrètes et utiles au quotidien. Autrement dit,
l'absence d'un vote systématique en faveur de partis
écologistes ne saurait être interprétée comme un
désintérêt pour l'environnement. Cette distinction est
essentielle pour comprendre les dynamiques à l'oevre
à l'approche des prochaines élections municipales
et pour éviter les contresens stratégiques dans
l'élaboration des projets locaux.
Le soutien à l?écologie est
partagé et pragmatique,
s?exprimant surtout par
l?adhésion à des mesures
concrètes. Ne pas voter
écolo ne signifie donc
pas un désintérêt pour
l?environnement.
?
?
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
11
1. Une action environnementale
locale largement reconnue?
Avant d?examiner les perspectives ouvertes par les
prochaines élections municipales, il convient de
revenir sur la manière dont les Français évaluent
l?action environnementale conduite par leur
municipalité au cours de la mandature 2020-2026.
Cette analyse constitue un préalable essentiel, dans
la mesure où les perceptions rétrospectives de l?action
publique locale structurent fortement les attentes
électorales et les jugements portés sur les projets à
venir.
L?enquête fait d?abord apparaître un constat net :
loin d?une vision alarmiste ou d?un rejet généralisé,
l?action environnementale des municipalités bénéficie
d?un niveau de satisfaction élevé. Plus de sept Français
sur dix (71?%) se déclarent satisfaits de l?action de
leur maire en matière d?écologie, dont 61?% « plutôt
satisfaits » et 10?% « tout à fait satisfaits ». Ce niveau
de satisfaction témoigne d?une reconnaissance
tangible des efforts engagés à l?échelle locale et
confirme la centralité de la commune comme espace
privilégié d?intervention environnementale.
I. 2020-2026 :
une écologie municipale
globalement approuvée,
mais confrontée
à ses propres limites
Graphique 1. Des Français majoritairement satisfaits de l?action de leur maire en matière
environnementale (en?%)
Question : « Globalement, êtes-vous satisfait de l?action de votre maire actuel en matière d?écologie ? »
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
Tout à fait satisfait Plutôt satisfait Plutôt pas satisfait Pas du tout satisfait
10
21
61
8
Institut?Terram
12
Ce jugement positif apparaît remarquablement
transversal. Il varie peu selon l?âge, la proximité
politique ou encore la durée de résidence dans
la commune, suggérant l?existence d?un socle
relativement consensuel autour de l?action
environnementale municipale. Des différences
apparaissent principalement en fonction de la
taille des communes : les habitants des communes
rurales se montrent globalement les plus
satisfaits (78?%), tandis que ceux des communes de
20 000 à 100 000 habitants expriment un niveau de
satisfaction légèrement inférieur (65?%). Ces écarts
demeurent toutefois contenus, de l?ordre d?une
dizaine de points, et ne remettent pas en cause la
tendance générale.
Ce relatif consensus observé à l?échelle municipale
contraste avec le climat politique bien plus
conflictuel qui caractérise le niveau national. Si
certaines thématiques, au premier rang desquelles la
transition écologique et la lutte contre le changement
climatique, continuent de faire l?objet d?un large
soutien dans l?opinion, ce consensus se double d?un
jugement sévère porté sur l?action de l?État. Ainsi,
selon un sondage Ipsos réalisé pour le Réseau Action
Climat à l?automne 2025?7, près de sept Français sur
dix estiment que l?action gouvernementale en matière
de transition écologique demeure insuffisante, tandis
qu?une majorité se prononce en faveur de politiques
de planification écologique plus ambitieuses. Cette
dissociation entre l?adhésion aux objectifs et la
défiance à l?égard de leur mise en oeuvre contribue à
nourrir un sentiment d?impuissance ou de blocage au
niveau national, là où, à l?inverse, l?action municipale
bénéficie d?une appréciation plus positive.
7. Federico Vacas, Pierre Latrille, Diane Lamotte, La perception par les Français des enjeux et des mesures écologiques, Ipsos pour le Réseau Action
Climat, octobre 2025.
8. Voir Alistair Cole, Stuart Fox, Romain Pasquier et Ian Stafford, « Political trust in France?s multi-level government », Journal of Trust
Research, vol. 8, n° 1, 2018, p. 45-67 ; Jilke, Sebastian et Martin Baekgaard, « The political psychology of citizen satisfaction: does functional
responsibility matter? », Journal of Public Administration Research and Theory: J-PART, vol. 30, n° 1, janvier 2020, p. 130-43.
2. ? mais le sentiment persistant
d?un retard face à l?ampleur
des défis écologiques
Ce premier résultat peut être éclairé par les travaux
sur la gouvernance locale et l?effet de proximité,
qui montrent que la satisfaction à l?égard de
l?action municipale repose souvent moins sur une
évaluation exhaustive des politiques publiques que
sur la visibilité des actions menées, la relation directe
avec les élus et la capacité perçue de la commune à
répondre à des enjeux concrets du quotidien?8. Pour
autant, cette satisfaction ne saurait être interprétée
comme un blanc-seing accordé aux politiques
environnementales locales. Lorsqu?on interroge
les Français non plus sur l?action passée mais sur
la dynamique de la transition écologique dans leur
commune, le diagnostic devient nettement plus
nuancé.
Seul un tiers des Français (32?%) estiment que
leur commune est aujourd?hui en avance en matière
de protection de l?environnement. Ce sentiment
est encore plus minoritaire lorsqu?il s?agit de la
réduction des pollutions (27?%) ou de l?adaptation
aux risques climatiques, tels que les inondations
ou les canicules (24?%). Même sur des politiques
plus visibles ou plus anciennement investies par
les collectivités locales, comme le développement
des transports durables (37?%) ou la préservation
des espaces naturels (41?%), la perception d?une
commune « en avance » reste minoritaire. Ce décalage
entre un niveau élevé de satisfaction globale et une
évaluation plus critique du rythme de la transition
écologique est particulièrement éclairant. Il suggère
que les citoyens distinguent clairement l?appréciation
de l?action municipale, jugée globalement positive,
de l?ampleur des défis environnementaux à relever,
perçus comme encore largement insuffisamment pris
en charge. Autrement dit, la satisfaction n?efface pas
la conscience des limites.
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
13
L?analyse fait apparaître trois variables explicatives
majeures de ces perceptions. La première est l?âge.
Contrairement à une idée reçue, les jeunes générations
se montrent plus optimistes quant au positionnement
environnemental de leur commune. Ainsi, 43?% des
18-24 ans et 41?% des 25-34 ans considèrent leur
commune comme « en avance » en matière de
protection de l?environnement, contre seulement
31?% des 35-49 ans, 25?% des 50-64 ans et 30?% des
65 ans et plus. Cette différence peut s?expliquer par
des horizons d?attente distincts, mais aussi par des
rapports différenciés à l?action publique locale. Une
socialisation environnementale plus précoce chez les
plus jeunes peut ainsi coexister avec une connaissance
encore partielle des politiques municipales, tandis
que l?expérience plus longue de l?action locale tend à
nourrir, chez les générations plus âgées, des attentes
plus élevées et des jugements plus exigeants.
La deuxième variable déterminante est la durée
de résidence dans la commune. Plus les répondants
y habitent depuis longtemps, plus leur jugement
est sévère. En effet, 40?% des Français interrogés qui
résident dans leur commune depuis moins de deux
ans considèrent que leur commune est en avance
en matière de protection de l?environnement, un
chiffre qui tombe à 30?% chez ceux qui résident
dans leur commune depuis plus de dix ans.
Cette relation suggère que la familiarité avec le
territoire et l?observation de ses évolutions sur le
temps long renforcent la capacité critique à l?égard
de l?action publique locale.
Enfin, troisième variable, une fois encore la taille
de la commune joue un rôle central. Cette différence
peut refléter à la fois des écarts objectifs de capacités
d?action (ingénierie, moyens financiers, compétences
techniques) et des écarts de visibilité des politiques
mises en oeuvre.
Ce dernier point est particulièrement révélateur
lorsqu?il est mis en regard du niveau de satisfaction
exprimé à l?égard de l?action municipale. De manière
apparemment contre-intuitive, les habitants des
communes rurales sont à la fois les plus satisfaits de
l?action de leur maire en matière environnementale
et ceux qui estiment le plus fréquemment que
leur commune n?est pas en avance sur ces enjeux.
Cette combinaison souligne une distinction essentielle
entre l?évaluation relative de l?action locale, jugée
adaptée aux moyens et au contexte, et l?évaluation
absolue des résultats obtenus face à l?ampleur
des défis environnementaux. Elle confirme que la
satisfaction citoyenne repose moins sur une logique
de performance mesurée que sur une appréciation
contextualisée de l?action publique.
25
30
26
38
36
Moins de
2 000 habitants
2 000 à
20 000 habitants
20 000 à
100 000 habitants
Plus de
100 000 habitants
Agglomération
parisienne
Graphique 2. Les habitants des communes rurales et des petites villes, plus critiques concernant
le rythme de la transition écologique locale (en %)
Question : « Pensez-vous que votre commune est aujourd?hui en avance sur la protection
de l?environnement ? »
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
Total des répondants « oui, en avance »
Institut?Terram
14
1. La sécurité comme priorité
centrale, au-delà de la seule
question de l?ordre public
L?action politique, et plus encore l?action municipale,
se construit largement à partir d?arbitrages et de
hiérarchisations. Afin de saisir les attentes des
citoyens à l?approche du prochain mandat municipal,
l?enquête a interrogé les répondants sur les trois
enjeux qui devraient, selon eux, constituer des
priorités pour l?action de leur commune dans les
années à venir.
II. Les priorités pour le nouveau
mandat municipal (2026-2032)
41
29
28
28
27
25
23
23
20
19
14
12
Graphique 3. La sécurité, enjeu prioritaire du nouveau mandat (en?%)
Question : « Parmi les enjeux suivants, lesquels devraient selon vous être prioritaires dans l?action
de votre commune dans les années à venir ? » (total des trois réponses possibles)
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
La sécurité
L'accès aux services de proximité
(santé, petite enfance, écoles,
services publics ...)
La circulation et le stationnement
Le développement
des transports en commun
Le logement
L'adaptation au changement
climatique (canicules,
inondations...)
Les commerces et le dynamisme
économique local
Le développement
de l'attractivité économique
La préservation et la mise en valeur
du patrimoine local
La réduction des pollutions
(eau, air, déchets...)
Le développement
des espaces verts
Le développement associatif,
culturel et sportif
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
15
Une première lecture fait apparaître une hiérarchie
très nette. La sécurité s?impose, loin devant l?ensemble
des autres thématiques, comme la première
priorité des Français pour le prochain mandat
municipal (41?%). Elle devance largement d?autres
enjeux centraux de l?action locale, tels que la circulation
et le stationnement (29?%), le logement (28?%), les
commerces et le dynamisme économique local (28?%)
ou encore la réduction des différentes formes de
pollution (27?%). Viennent ensuite l?accès aux services
de proximité (25?%), le développement des transports
en commun (23?%) et l?adaptation au changement
climatique (23?%). En bas de classement figurent
des thématiques traditionnellement associées à
l?attractivité territoriale et à la qualité de vie, comme
le développement économique au sens large (20?%),
les espaces verts (19?%), la préservation du patrimoine
local (14?%) ou encore le développement associatif,
culturel et sportif (12?%).
Pris isolément, ces résultats pourraient conduire à
une conclusion rapide : les enjeux environnementaux
seraient appelés à occuper une place secondaire, voire
marginale, dans l?agenda municipal des années à venir.
Une telle lecture serait toutefois réductrice et passerait
à côté de plusieurs enseignements essentiels. Deux
éléments majeurs invitent en effet à nuancer cette
interprétation. D?une part, nombre de thématiques
identifiées comme prioritaires comportent une
dimension environnementale implicite ou explicite.
Le développement des transports en commun et la
réduction des pollutions relèvent directement des
politiques environnementales. D?autres enjeux, a
priori moins identifiés comme tels, peuvent également
produire des effets environnementaux significatifs.
Le logement renvoie notamment à la rénovation
thermique du parc existant, à la lutte contre la précarité
énergétique ou à la construction de bâtiments moins
énergivores. De même, le dynamisme économique
local peut favoriser des logiques de relocalisation,
de circuits courts et de modes de production plus
soutenables. Ces éléments soulignent la nécessité de
penser l?écologie non comme un secteur autonome
de l?action publique, mais comme une politique
transversale, irriguant l?ensemble des compétences
municipales.
D?autre part, si la sécurité apparaît comme la
priorité absolue des Français, encore faut-il en préciser
le contenu. Dans le débat public et médiatique,
la sécurité est souvent réduite à sa dimension
strictement policière, associée à la délinquance,
aux incivilités ou aux trafics. Or, lorsqu?on interroge
directement les citoyens sur ce qu?ils entendent par
« sécurité », les réponses révèlent une conception
beaucoup plus large et complexe.
64
54
50
45
34
26
Policière
(délinquance,
incivilités, trafics)
Routière
(dangerosité des
déplacements,
accidents, vitesse)
Économique et
sociale
(pouvoir d'achat,
stabilité des impôts,
emploi...)
Environnementale
et sanitaire
(inondations, canicules,
qualité de l'air,
pollution, déchets...)
Des bâtiments
et infrastructures
(état des écoles,
des réseaux, des
équipements)
Numérique
(fraudes,
cybersécurité)
Graphique 4. Une conception multidimensionnelle de la sécurité (en %)
Question : « Quand vous pensez à la sécurité dans votre commune, à quoi pensez-vous en priorité ? »
(total des trois réponses possibles)
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
Institut?Terram
16
Les données montrent que si la sécurité policière
demeure centrale (64?%), elle coexiste avec d?autres
dimensions tout aussi structurantes. La sécurité
routière est citée par 54?% des répondants, la sécurité
économique et sociale par 50?%, et la sécurité
environnementale et sanitaire par 45?%. Viennent
ensuite la sécurité des bâtiments et des infrastructures
(34?%)?9 et la sécurité numérique (26?%). L?analyse fait
apparaître une conception élargie de la sécurité, qui
dépasse largement la seule question de l?ordre public.
Il convient d?insister sur un point : près d?un Français
sur deux associe donc explicitement la sécurité à
la protection face aux risques environnementaux
et sanitaires. Derrière cette notion se cristallisent
ainsi des préoccupations liées aux inondations, aux
canicules, à la qualité de l?air, de l?eau ou encore
aux pollutions industrielles et urbaines. La sécurité
apparaît dès lors comme un registre central de
reformulation des enjeux écologiques, permettant de
les articuler à des attentes immédiates de protection,
de stabilité et de continuité de la vie quotidienne.
D?un point de vue théorique, cette dynamique
peut être appréhendée à la lumière des travaux
sur le policy framing et la légitimation de l?action
publique?10. En inscrivant l?écologie dans le registre de
la sécurité ? registre historiquement central dans la
hiérarchie des priorités politiques ?, les acteurs publics
renforcent à la fois son acceptabilité sociale et sa
capacité à s?imposer dans les arbitrages budgétaires et
programmatiques. L?écologie cesse alors d?être perçue
comme une contrainte ou un supplément d?âme, pour
devenir une composante constitutive des missions
fondamentales de la puissance publique locale.
Cette évolution n?est pas seulement observable
dans les représentations citoyennes ; elle commence
également à structurer les discours d?un nombre
croissant d?acteurs publics et économiques. Le registre
de la « sécurité environnementale » est ainsi mobilisé
pour penser l?action écologique, en l?inscrivant
dans une logique de protection des populations
et de résilience des territoires. Cette approche
9. Sur le sujet, voir Victor Delage, Infrastructures invisibles : ce que les Français disent de leurs réseaux du quotidien, Institut Terram, novembre 2025.
10. Voir notamment David A. Snow et Robert D. Benford, « Ideology, frame resonance, and participant mobilization », International Social
Movement Research, vol. 1, janvier 1988, p. 197-218 ; Frank Fischer, Reframing Public Policy. Discursive Politics and Deliberative Practices, Oxford
University Press, 2003. Ces travaux montrent comment le cadrage des politiques publiques influe sur leur légitimité, leur acceptabilité sociale
et leur capacité à s?imposer dans les priorités de l?action publique.
11. Voir Claire Legros, art. cit., et Irène Inchauspé, « Pourquoi la transition écologique est KO debout », L?Opinion, 7 mars 2024.
est notamment portée par Estelle Brachlianoff,
directrice générale de Veolia, ou par Alexandre
Florentin, conseiller de Paris, qui plaident pour une
intégration explicite des enjeux environnementaux
dans une conception élargie de la sécurité. Ces prises
de position illustrent la diffusion progressive d?un
nouveau cadrage de l?écologie, pensé moins comme
une politique spécialisée que comme une réponse
transversale aux besoins fondamentaux de protection.
Ainsi, loin de constituer un obstacle à l?écologie
municipale, la centralité de la sécurité dans les
priorités électorales pourrait au contraire en devenir
l?un des vecteurs majeurs, à condition d?en saisir toute
la profondeur et la pluralité de significations. Encore
faut-il que ce déplacement du regard soit pleinement
investi par les acteurs politiques locaux. Dans un
contexte où la sécurité constitue la première attente
exprimée par les électeurs, la capacité des maires
à articuler explicitement protection du quotidien,
prévention des risques, résilience territoriale et action
écologique apparaît comme un enjeu structurant du
débat à venir. Ce travail de mise en cohérence ne relève
pas seulement de l?ingénierie des politiques publiques,
mais aussi du registre du discours politique, appelé à
rendre lisible le lien entre écologie et sécurité, et à en
assumer les implications concrètes dans les projets
municipaux.
2. L?environnement dans
les arbitrages municipaux :
marginalisation sectorielle
ou intégration transversale ?
Ces derniers temps, la notion de backlash
environnemental s?est imposée dans le débat
public comme une grille de lecture apparemment
évidente des évolutions de l?opinion?11. Selon cette
interprétation, les préoccupations écologiques
reculeraient au profit d?enjeux jugés plus immédiats
ou plus concrets. L?environnement serait ainsi relégué
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
17
Plusieurs enseignements complémentaires
méritent d?être soulignés. D?abord, contrairement
à une représentation encore largement répandue?12,
l?attention portée aux enjeux environnementaux
ne se limite pas aux seules jeunes générations. Les
données montrent au contraire une forte mobilisation
des classes d?âge plus élevées : 74?% des 50-64 ans
et 67?% des 65 ans et plus déclarent accorder une
importance particulière aux positions des candidats
sur ces sujets, un chiffre pratiquement identique à ce
que l?on constate chez les générations les plus jeunes
(76?% chez les 18-24 ans). L?écologie apparaît ainsi
comme une préoccupation intergénérationnelle.
12. Voir Nicolas Truong, « Dérèglement climatique, rapport au travail ou à la sexualité : un nouveau conflit de générations flotte dans l?air »,
Le Monde, 17 février 2023.
Ensuite, l?intérêt pour les enjeux environnementaux
ne se concentre pas exclusivement dans les grands
centres urbains. Certes, c?est dans les communes
de plus de 100 000 habitants que l?attention portée
aux propositions environnementales est la plus
élevée (78?%), mais les niveaux observés demeurent
également très importants aussi bien dans les villes
moyennes de 2 000 à 20 000 habitants (74?%) que
dans les communes rurales (62?%). L?ensemble des
réponses converge vers le constat que l?environnement
constitue un enjeu structurant de l?élection
municipale, quel que soit le contexte territorial.
au second plan des priorités électorales, en particulier
à l?échelle locale. Les résultats de l?enquête invitent
toutefois à remettre nettement en cause cette analyse.
Ainsi, près de trois quarts des Français déclarant
envisager de participer aux prochaines élections
municipales (74?%) indiquent que les propositions
des candidats en matière environnementale
occuperont une place importante dans leur choix de
vote. Loin d?un désintérêt ou d?un rejet, les enjeux
environnementaux apparaissent comme un réel
déterminant de la décision électorale municipale.
Graphique 5. Les enjeux environnementaux, déterminants majeurs du vote
aux municipales de mars 2026 (en?%)
Question : « Lors des prochaines élections municipales, les propositions des différents candidats sur les
questions environnementales vont-elles avoir une place importante dans votre choix de vote ? »
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
Oui, tout à fait Oui plutôt Non plutôt pas Non pas du tout
20
19
54
7
Institut?Terram
18
Par ailleurs, l?analyse par catégorie socio-
professionnelle révèle des résultats là encore
contre-intuitifs. Les catégories socioprofessionnelles
modestes (CSP?) se déclarent légèrement plus
attentives aux positions environnementales des
candidats (78?%) que les catégories favorisées
(CSP+), qui sont 76?% à exprimer cette attente. Loin
de constituer un marqueur de distinction sociale,
la préoccupation environnementale semble ainsi
largement partagée, y compris parmi les publics
souvent décrits comme plus directement préoccupés
par les enjeux économiques et matériels.
Enfin, et de manière particulièrement significative,
les préoccupations environnementales ne se limitent
nullement à un camp politique spécifique. Si
l?attention portée à l?écologie est très élevée parmi
les électeurs se déclarant proches de formations de
gauche, elle demeure également majoritaire parmi les
électeurs de formations situées au centre et à droite
de l?échiquier politique.
Cette transversalité partisane constitue un
point central de l?étude. Elle montre que les enjeux
environnementaux ont désormais largement
dépassé les frontières traditionnelles de l?écologie
politique organisée et qu?ils structurent, au moins au
niveau local, les attentes d?électorats aux orientations
idéologiques diverses.
Ce constat invite à une double mise en garde.
D?une part, les performances électorales fluctuantes
des partis historiquement associés à l?écologie
ne sauraient être interprétées comme le signe
d?un désintérêt des citoyens pour les enjeux
environnementaux. D?autre part, céder à la rhétorique
du backlash écologique en minorant, voire en évacuant,
les propositions environnementales des programmes
municipaux relèverait d?une lecture erronée des
attentes électorales. Une telle stratégie, fondée sur
une logique strictement électoraliste, risquerait au
contraire de se heurter aux aspirations profondes d?un
électorat qui, loin de rejeter l?écologie, attend qu?elle
soit intégrée de manière crédible, concrète et adaptée
aux réalités locales.
83
71
80
70
88
82
74
Graphique 6. L?environnement comme enjeu partagé au-delà des clivages partisans (en?%)
Question : « Lors des prochaines élections municipales, les propositions des différents candidats sur les
questions environnementales vont-elles avoir une place importante dans votre choix de vote ? »
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
La France insoumise
Les Républicains
Parti socialiste
Rassemblement national
Les Écologistes
Renaissance
Horizons
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
19
1. L?irruption du changement
climatique dans le quotidien
des communes
Pour une large majorité de Français, le changement
climatique ne relève plus d?une abstraction lointaine
ou d?un horizon théorique : il s?inscrit désormais
dans un vécu concret, quotidien et local. Ainsi, les
deux tiers des répondants (66?%) déclarent avoir
déjà ressenti, dans leur commune, les effets du
changement climatique. Ce chiffre élevé confirme
que les transformations environnementales ne sont
plus seulement appréhendées à travers des discours
scientifiques ou médiatiques, mais qu?elles font
désormais l?objet d?une expérience directe à l?échelle
des territoires.
III. Le changement climatique
comme expérience territoriale :
de l?abstraction globale
au vécu local
55
67 66
70 68
Moins de
2 000 habitants
2 000 à
20 000 habitants
20 000 à
100 000 habitants
Plus de
100 000 habitants
Agglomération
parisienne
Graphique 7. Une perception du changement climatique plus marquée dans les villes (en?%)
Question : « Avez-vous personnellement ressenti des effets du changement climatique dans votre
commune ? »
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
Deux tiers des Français déclarent avoir déjà ressenti,
dans leur commune, les effets concrets du changement
climatique au cours des dernières années.
?
?
Institut?Terram
20
Comme le montre le graphique 7, les habitants des
communes rurales déclarent moins fréquemment
avoir ressenti les effets du changement climatique
dans leur environnement immédiat que ceux
résidant dans des communes de taille plus
importante. Cette différence peut s?expliquer par une
exposition différenciée à certains phénomènes ? îlots
de chaleur urbains, pollution de l?air, densité du
bâti? ? mais aussi par une visibilité accrue des
impacts environnementaux dans les espaces
fortement urbanisés.
Ces écarts de perception se retrouvent
également dans la hiérarchie des préoccupations
environnementales exprimées par les Français à
l?échelle municipale.
Parmi les principales sources d?inquiétude citées
par les répondants, les formes de pollution occupent
une place centrale. Trois des quatre premiers enjeux
évoqués relèvent en effet de cette catégorie : la
pollution liée aux déchets (43?%), la pollution de l?air
(38?%) et la pollution sonore (32?%). La qualité de
l?eau constitue également un motif de préoccupation
13. Voir Antoine Bristielle, Eau sous tension : les Français face aux défis hydriques de leurs territoires, Institut Terram, mars 2025.
majeur pour un tiers des Français (33?%), confirmant
des enseignements déjà observés dans des travaux
antérieurs?13. Viennent ensuite l?urbanisation excessive
(32?%), le manque d?ombre et la chaleur excessive
(23?%), les risques d?inondation (22?%), le manque
d?espaces verts (22?%) et la quantité d?eau disponible
(16?%).
43
38
33
32
32
23
22
22
16
8
Graphique 8. Identification des pollutions comme manifestations premières de la crise
environnementale locale (en?%)
Question : « Quels problèmes environnementaux vous préoccupent le plus dans votre commune ? »
(total des trois réponses possibles)
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
La gestion des déchets
et la propreté
Le manque d'ombre
et la chaleur excessive
La pollution de l'air
Les risques d'inondation
La qualité de l'eau
Le manque d'espaces verts
La pollution sonore
La quantité d'eau disponible
L'urbanisation excessive
Aucun
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
21
2. Des vulnérabilités
différenciées :
la territorialisation des
préoccupations écologiques
Ces préoccupations ne se distribuent pas de
manière homogène sur le territoire. L?analyse
détaillée par taille de commune met en évidence des
configurations environnementales très contrastées.
Les habitants des communes rurales apparaissent
ainsi moins préoccupés que la moyenne nationale par
la pollution de l?air (28?% contre 38?%), la pollution
sonore (20?% contre 32?%), l?urbanisation excessive
(18?% contre 32?%), le manque d?ombre et la chaleur
excessive (18?% contre 24?%) ou encore le déficit
d?espaces verts (15?% contre 22?%). En revanche, ils se
montrent sensiblement plus inquiets que la moyenne
en ce qui concerne la qualité de l?eau (43?% contre 33?%)
et la quantité d?eau disponible (24?% contre 16?%).
14. Ibid.
Cette configuration particulière est cohérente
avec une perception globalement plus faible des
effets directs du changement climatique dans les
territoires ruraux, mais aussi avec une dépendance
plus forte aux ressources naturelles locales. Ces
constats rejoignent des travaux montrant que la
perception du risque environnemental est largement
structurée par l?expérience vécue?14 : plus un individu
a été directement confronté aux conséquences du
changement climatique, plus il tend à exprimer une
inquiétude élevée quant à leur récurrence future. À
l?inverse, une moindre exposition perçue conduit
souvent à une hiérarchisation différente des priorités.
Tableau 1. Une hiérarchisation variable des enjeux environnementaux selon les territoires (en?%)
Question : « Quels problèmes environnementaux vous préoccupent le plus dans votre commune ? »
(total des trois réponses possibles)
Moins
de 2 000
habitants
2 000 à
20 000
habitants
20 000 à
100 000
habitants
Plus de
100 000
habitants
Agglomération
parisienne
La gestion des déchets
et la propreté 44 37 43 43 44
La pollution de l?air 28 25 36 44 50
La qualité de l?eau 43 39 30 30 23
La pollution sonore 20 27 26 35 46
L?urbanisation excessive 18 34 33 35 34
Le manque d?ombre
et la chaleur excessive 18 20 23 29 21
Les risques d?inondation 24 30 26 19 15
Le manque d?espaces verts 15 19 27 23 24
La quantité d?eau
disponible 24 20 18 12 12
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
Institut?Terram
22
Les habitants des communes de 2 000 à
20 000 habitants présentent un profil intermédiaire.
Ils se déclarent moins préoccupés que la moyenne par
la gestion des déchets et la pollution de l?air, mais
davantage concernés par la qualité de l?eau (39?% contre
33?%) et les risques d?inondation (30?% contre 22?%).
Ceux des communes de 20 000 à 100 000 habitants
se distinguent par une inquiétude relativement
plus forte concernant le manque d?espaces verts
(27?% contre 22?%) et les risques d?inondation (26?%
contre 22?%), tout en se montrant moins sensibles à la
pollution sonore. Enfin, les habitants des communes
de plus de 100 000 habitants cumulent un ensemble
de préoccupations typiquement urbaines : pollution
de l?air (44?% contre 38?%), pollution sonore (35?%
contre 32?%), urbanisation excessive (35?% contre
32?%) et manque d?ombre ou chaleur excessive (29?%
contre 24?%). Ils se déclarent en revanche moins
inquiets que la moyenne par les enjeux liés à l?eau, qu?il
s?agisse des risques d?inondation (19?% contre 22?%)
ou de la quantité d?eau disponible (12?% contre 16?%).
L?ensemble de ces résultats met en lumière un
enseignement central : les enjeux environnementaux
sont profondément territorialisés. Les préoccupations
écologiques ne relèvent pas d?un agenda uniforme
mais s?ancrent dans des contextes locaux spécifiques,
façonnés par les caractéristiques physiques des
territoires, leur degré d?urbanisation et l?expérience
quotidienne de leurs habitants. Les communes
rurales et les petites villes concentrent ainsi des
inquiétudes liées à l?eau ? qualité, disponibilité,
risques d?inondation? ? tandis que les grandes
agglomérations sont davantage confrontées aux
pollutions et aux effets du changement climatique
urbain.
Cette différenciation appelle des conséquences
importantes pour l?action publique locale. Elle invite
à dépasser une approche uniforme de la politique
environnementale et à reconnaître que les solutions
pertinentes, telles les régulations mises en oeuvre,
ne peuvent être identiques partout. Une écologie
municipale efficace suppose dès lors une adaptation
aux réalités territoriales, aux risques effectivement
perçus et aux attentes spécifiques des habitants.
Autrement dit, à des risques différenciés doivent
correspondre des réponses différenciées, condition
indispensable pour renforcer à la fois l?efficacité et
la légitimité de l?action environnementale locale.
Cette exigence d?adaptation se heurte toutefois à des
contraintes structurelles. Les municipalités rurales,
en particulier, disposent souvent de moyens humains,
financiers et techniques limités, alors même qu?elles
sont confrontées à des enjeux environnementaux
spécifiques et parfois particulièrement aigus,
liés notamment à la gestion de l?eau, aux risques
d?inondation ou à la disponibilité de la ressource. Ce
décalage entre la nécessité d?une écologie finement
territorialisée et la faiblesse des capacités locales
constitue un défi central pour la mise en oeuvre
effective des politiques environnementales au niveau
communal.
Une écologie municipale
efficace suppose dès lors
une adaptation aux
réalités territoriales,
aux risques effectivement
perçus et aux attentes
spécifiques des habitants.
Autrement dit,
à des risques différenciés
doivent correspondre
des réponses différenciées,
condition indispensable
pour renforcer à la fois
l?efficacité et la
légitimité de l?action
environnementale locale.
?
?
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
23
1. Un large consensus
en faveur d?actions
environnementales concrètes
Les analyses développées jusqu?ici indiquent que
les attentes à l?égard de l?action environnementale
des municipalités pour le mandat à venir sont
particulièrement fortes et, surtout, largement
transpartisanes. Toutefois, derrière cette notion
générique d?« action environnementale » se déploient
des réalités très diverses, recouvrant un large éventail
de politiques publiques locales. Afin de mieux
saisir la nature concrète de ces attentes, l?enquête a
interrogé les répondants sur leur degré d?adhésion à
différentes mesures susceptibles d?être mises en oeuvre
ou renforcées par leur municipalité au cours des six
prochaines années.
IV. Ce que les Français attendent
du prochain mandat : ambitions
écologiques, conditions
d?acceptabilité et cohérence
de l?action publique
88
87
87
85
79
75
70
57
52
49
Graphique 9. Un large consensus autour des actions environnementales municipales (en?%)
Question : « Êtes-vous favorable ou défavorable à ce que votre commune mette en place ou amplifie ces
différentes mesures dans les années à venir ? »
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
Encourager la rénovation
thermique des bâtiments
Imposer des normes environnementales
plus strictes aux nouvelles constructions
Développer le tri, la réduction des
déchets et les composteurs de quartier
Réduire la vitesse en centre-ville
Planter massivement des arbres en ville
Limiter la circulation automobile
Développer le réseau
de transports en commun
Transformer des places de parking
en espaces verts
Installer davantage de panneaux solaires
sur le territoire de votre commune
Installer davantage d'éoliennes sur
le territoire de votre commune
Total des répondants « favorables »
Institut?Terram
24
Un premier enseignement se dégage avec netteté :
un très large consensus se forme autour de la majorité
des politiques environnementales testées. Sur les dix
mesures proposées, neuf recueillent l?adhésion d?une
majorité de Français, souvent dans des proportions
très élevées. Ainsi, 88?% des répondants se déclarent
favorables à ce que leur commune encourage la
rénovation thermique des bâtiments, 87?% au
développement du tri et de la réduction des déchets,
et 85?% au renforcement du réseau de transports en
commun. La plantation d?arbres, notamment le long
des axes de transport, recueille également un niveau
de soutien particulièrement élevé (87?%).
D?autres mesures, bien que légèrement moins
consensuelles, bénéficient elles aussi d?un large
assentiment. L?installation de panneaux solaires sur
le territoire communal est soutenue par 79?% des
Français, l?imposition de normes environnementales
plus strictes pour les nouvelles constructions par 75?%,
et la réduction de la vitesse en centre-ville par une
large majorité (70?%). Enfin, certaines mesures plus
directement contraignantes en matière d?usages de
l?espace public, telles que la limitation de la circulation
automobile (57?%) ou la transformation de places de
stationnement en espaces verts (52?%), restent, de
manière plus mesurée, majoritairement soutenues.
La voiture apparaît ainsi comme un objet à part dans
l?imaginaire collectif : à la fois reconnue comme un fort
enjeu environnemental et protégée par un ensemble
d?usages, de contraintes et de représentations qui en
font un sujet politiquement sensible, voire tabou.
À noter que la seule mesure ne recueillant pas
l?adhésion d?une majorité absolue de répondants est
l?installation de nouvelles éoliennes sur le territoire
communal (49?%). Ce résultat ne saurait toutefois être
interprété comme un rejet massif : il traduit plutôt une
division de l?opinion, près d?un Français sur deux se
déclarant favorable à cette option.
Ces résultats sont essentiels, dans la mesure où ils
viennent une nouvelle fois contredire frontalement
le discours d?un supposé backlash environnemental.
Celui-ci repose généralement sur deux arguments
principaux. Le premier postule que si les Français
peuvent se déclarer favorables à l?environnement de
manière générale, leur soutien s?effriterait dès lors
que les politiques écologiques prennent une forme
concrète et opérationnelle. Le second invoque une
logique de type NIMBY (« Not In My Back Yard »), selon
laquelle l?adhésion aux mesures environnementales
disparaîtrait dès lors que celles-ci concernent
directement le cadre de vie des individus. Or, dans un
cas comme dans l?autre, ces éléments ne se constatent
pas empiriquement dans notre étude.
2. Financer l?action
environnementale locale
dans un contexte de tensions
économiques et budgétaires
Si les Français expriment très majoritairement le
souhait que le prochain mandat municipal soit marqué
par une politique environnementale ambitieuse, la
question de son financement apparaît en revanche
comme un point de tension. Dans un contexte
budgétaire contraint, tant pour les ménages que pour
l?État et les collectivités territoriales, la soutenabilité
financière de l?action environnementale constitue
un enjeu décisif. L?étude a exploré les préférences
des répondants en matière de soutien aux initiatives
écologiques, en faisant varier les mécanismes de
financement proposés. À titre exploratoire, deux
modalités principales ont été testées : le financement
de politiques environnementales par une hausse des
impôts locaux, d?une part, et par la réorientation de
certaines dépenses municipales existantes, d?autre
part.
Les données mettent en évidence un contraste
marqué entre ces deux options. Ainsi, 35?% des Français
déclarent soutenir des projets environnementaux
si ceux-ci impliquent une hausse, même modérée,
des impôts locaux. Si ce niveau d?adhésion demeure
minoritaire, il ne saurait pour autant être qualifié de
marginal dans le contexte actuel, marqué par de fortes
tensions sur le pouvoir d?achat et une défiance accrue
à l?égard de la fiscalité. Il témoigne de l?existence d?un
socle non négligeable de soutien à un financement
contributif de la transition écologique, dès lors que
celui-ci est perçu comme légitime et ciblé.
L?analyse détaillée fait apparaître des clivages nets.
Le premier est générationnel et suggère des arbitrages
différenciés selon les cycles de vie, les contraintes
économiques perçues et les horizons temporels de
projection.
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
25
Le second clivage est socio-économique. Parmi
les Français percevant moins de 1 250 euros net
par mois, seuls 26?% se déclarent favorables à une
hausse des impôts locaux pour financer la transition
écologique. Cette proportion augmente à mesure
que le niveau de revenu s?élève, atteignant 44?%
chez les personnes gagnant plus de 5 000 euros net
par mois. Ce gradient confirme l?existence d?un lien
entre capacité contributive et acceptabilité fiscale.
Toutefois, il convient de souligner que même au sein
des catégories de revenus les plus élevées, l?adhésion
demeure minoritaire. Autrement dit, l?augmentation
des impôts locaux ne constitue pas aux yeux des
Français un levier de financement consensuel de la
transition écologique.
Le recours à la réorientation de certaines dépenses
municipales suscite un soutien nettement plus large.
Près de deux tiers des Français (65?%) se déclarent
favorables à des politiques environnementales
financées par un redéploiement des budgets
existants. Fait notable, ce niveau d?adhésion apparaît
remarquablement stable, quels que soient le niveau
de revenu des répondants ou la taille de la commune
dans laquelle ils résident.
Ces éléments livrent un enseignement clair
pour les décideurs locaux : s'ils disposent d?une
légitimité sociale forte pour engager des politiques
environnementales ambitieuses, leur marge de
manoeuvre est étroitement conditionnée par
la manière dont ces politiques sont financées.
L?acceptabilité de l?action écologique municipale
semble ainsi moins dépendre de son contenu que de
son mode de financement. Dans cette perspective,
les stratégies fondées sur la réallocation des
dépenses, la priorisation budgétaire ou la recherche
de cofinancements apparaissent nettement plus
susceptibles de recueillir l?adhésion citoyenne que
celles reposant sur une hausse des impôts locaux.
44
47
38
28
26
18-24 ans 25-34 ans 35-49 ans 50-64 ans 65 ans et plus
Graphique 10. Un clivage générationnel marqué face à l?augmentation des impôts locaux
pour financer la transition écologique (en?%)
Question : « Seriez-vous prêt(e) à accepter des projets écologiques qui impliquent une légère hausse
des impôts locaux pour financer la transition ? »
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
Dans un contexte budgétaire contraint pour les ménages,
l?État et les collectivités, la soutenabilité financière
de l?action environnementale devient un enjeu décisif.
?
?
Institut?Terram
26
3. Faire de la politique
environnementale un
levier du développement
économique local
Comme souligné précédemment, le dynamisme
économique local figure parmi les priorités assignées
aux futures équipes municipales, cité par 28?% des
personnes interrogées, un niveau comparable à celui
du logement ou de la réduction des pollutions. À ce
chiffre s?ajoute la volonté de renforcer l?attractivité
économique du territoire, mentionnée par 20?%
des répondants. Loin d?être marginale, la question
économique occupe donc une place centrale dans les
attentes adressées aux municipalités.
15. Voir Florent Gougou et Simon Persico, « The Ecologism/Productivism cleavage: reassessing the transformation of cleavage politics in
Western Europe », West European Politics, article en ligne, 12 janvier 2026.
Dans de nombreuses analyses, économie et écologie
sont encore fréquemment présentées comme des
objectifs antagonistes : le développement économique
serait nécessairement obtenu au détriment de la
protection de l?environnement?15. L?enquête montre
que cette opposition est largement rejetée par
l?opinion publique.
À un niveau général, qui dépasse le seul cadre
municipal, près des trois quarts des Français (72?%)
considèrent que la transition écologique peut s?opérer
sans ralentir la croissance économique, tandis que
28?% estiment qu?elle implique nécessairement un
tel ralentissement. Ce premier résultat est d?autant
plus significatif que cette absence d?opposition
entre économie et écologie est majoritaire au sein de
l?ensemble des familles politiques.
72
67
76
58
81
80
75
28
33
24
42
19
20
25
Graphique 11. Une articulation perçue entre transition écologique et croissance économique (en?%)
Question : « Voici deux affirmations : laquelle se rapproche le plus de votre opinion ? »
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
Ensemble des Français
Les Républicains
France insoumise
Rassemblement national
Parti socialiste
Les Écologistes
Renaissance
« La transition écologique exige nécessairement de ralentir la croissance économique »
« La transition écologique peut se faire sans ralentir la croissance économique »
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
27
De la même manière, si les 18-24 ans apparaissent
légèrement plus réservés (63?% contre 76?% chez les
50-64 ans), ils demeurent néanmoins largement
majoritaires à ne pas opposer transition écologique
et croissance économique. Enfin, le lieu de résidence
n?exerce pas d?influence significative sur cette
perception, ce qui souligne le caractère transversal
de cette représentation.
Cette lecture se retrouve également à l?échelle
locale : seuls 19?% des Français considèrent que, dans
leur commune, la transition écologique constitue
avant tout une contrainte susceptible de freiner
l?activité économique, et ce indépendamment de
la taille de la commune. À l?inverse, une majorité
implicite perçoit l?écologie comme un levier potentiel
du développement local. Cette perception trouve un
écho concret dans la manière dont les politiques
environnementales municipales peuvent être
articulées à des objectifs économiques. Lorsqu?une
commune engage un programme ambitieux de
rénovation énergétique des logements et des
équipements publics, elle soutient directement
l?activité des artisans, des PME du bâtiment et des
bureaux d?ingénierie locaux, tout en réduisant à
terme les charges énergétiques des ménages et de
la collectivité. De même, les investissements dans
les mobilités durables ? qu?il s?agisse des transports
collectifs, des infrastructures cyclables ou de la
logistique urbaine décarbonée ? peuvent favoriser
l?émergence de nouveaux services, peuvent renforcer
la fréquentation des centres-villes et améliorer
l?attractivité résidentielle des territoires. Le soutien
aux circuits courts agricoles, à la restauration collective
locale ou aux projets d?économie circulaire contribue
quant à lui à sécuriser des débouchés économiques,
à créer des emplois non délocalisables et à relocaliser
la valeur ajoutée. Enfin, le développement d?énergies
renouvelables locales permet de stabiliser les coûts
énergétiques et de générer des retombées financières
pour les territoires.
Dans cette perspective, la transition écologique
apparaît moins comme une contrainte que comme
un enchaînement cohérent de politiques publiques
locales susceptibles de renforcer simultanément
l?activité économique, la cohésion sociale et la
résilience territoriale. Cette lecture rejoint une attente
très largement exprimée par les Français : celle de
sortir d?une approche cloisonnée de l?action publique.
Graphique 12. L?aspiration des Français à une politique environnementale
intégrée et transversale (en?%)
Question : « Pour vous, la politique environnementale devrait être? ? »
© Institut Terram-Project Tempo ? février 2026
« Une politique sectorielle, définie indépendamment des autres domaines »
« Une politique systémique, intégrée à l'ensemble des décisions publiques (transports, logement, développement
économique...) »
31
69
Institut?Terram
28
Près de sept Français sur dix (69?%) estiment que
la politique environnementale doit être pensée de
manière transversale, intégrée à l'ensemble des
politiques publiques, et non comme un domaine
d'intervention isolé. Cette perception traduit une
évolution profonde du rapport à l'écologie. Les
enjeux environnementaux (émissions de gaz à effet
de serre, pollution de l'air, artificialisation des sols?)
sont désormais perçus comme indissociables des
choix opérés en matière de transports, de logement,
d'aménagement du territoire ou de développement
économique.
Cette vision systémique renvoie également à une
exigence accrue de cohérence de l'action publique.
Pour une majorité de citoyens, l'affichage d'objectifs
environnementaux ne suffit plus : ceux-ci doivent
se traduire concrètement dans l'ensemble des
arbitrages municipaux. À défaut, les politiques
écologiques risquent d'apparaître symboliques, voire
contradictoires avec d'autres orientations publiques.
Cette attente s'explique enfin par une transformation
du regard porté sur l'écologie elle-même. Loin d'être
perçue comme un frein aux autres priorités, elle est
désormais envisagée comme un levier de bénéfices
multiples. Les politiques de mobilité durable sont
associées à des gains en matière de santé publique
et de pouvoir d'achat, la rénovation énergétique à
l'amélioration du confort de vie et à la réduction des
dépenses contraintes, et la transition écologique de
l'économie à des opportunités en termes d'emplois,
d?innovation et de souveraineté territoriale. Cette
lecture gagnant-gagnant contribue à légitimer l'idée
que l'environnement ne doit plus être traité comme
un champ à part, mais comme un principe structurant
de l'action publique locale.
À l'inverse, près d'un tiers des personnes
interrogées (31?%) qui privilégient une approche
sectorielle de la politique environnementale expriment
une vision plus cloisonnée, souvent associée à la crainte
que l'intégration de l'écologie n'entrave excessivement
d'autres priorités, notamment économiques ou
sociales. Cette position souligne l'existence de lignes
de tension persistantes, mais minoritaires, dans la
manière de concevoir la transition.
L'écart entre ces deux visions met en lumière un
enjeu clé pour les décideurs municipaux : la transition
écologique est désormais perçue par une majorité
nette de citoyens comme une transformation globale
des modes de gouvernance et de décision publique.
Cette attente ouvre une opportunité de légitimer des
politiques transversales ambitieuses tout en créant
une responsabilité accrue : démontrer, dans les faits,
la capacité de l'action publique locale à articuler
environnement, justice sociale et performance
économique dans un cadre cohérent, lisible et crédible.
La transition écologique est aujourd?hui perçue par une
majorité de citoyens comme une refonte de la gouvernance
et de la décision publique. Cette attente légitime des
politiques transversales ambitieuses, mais impose une
exigence forte : démontrer que l?action publique locale peut
concilier environnement, justice sociale et performance
économique dans un cadre cohérent.
?
?
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
29
1. Sortir d?une écologie
sectorielle pour refonder
l?action municipale autour
de la transversalité
Le premier levier consiste à rompre avec une
conception strictement sectorielle de l?écologie
municipale, cantonnée à un programme spécifique
ou à une délégation isolée. Les attentes exprimées
par les citoyens indiquent clairement une demande
d?intégration explicite des enjeux environnementaux
dans l?ensemble des politiques locales. Mobilités,
logement, sécurité, aménagement de l?espace public,
attractivité économique ou encore politiques sociales
doivent être pensés conjointement à l?aune de leurs
impacts environnementaux.
Cette approche transversale répond à une
double exigence. D?une part, elle reflète la nature
intrinsèquement systémique des enjeux écologiques,
qui ne peuvent être traités efficacement par des
politiques cloisonnées. D?autre part, elle renforce la
cohérence et la lisibilité de l?action publique locale. Une
politique environnementale intégrée permet d?éviter
les contradictions entre objectifs affichés et décisions
concrètes, souvent sources de défiance citoyenne. En
ce sens, l?écologie ne doit plus être pensée comme
une politique « en plus », mais comme un principe
structurant de l?ensemble des arbitrages municipaux.
Cette transversalité s?illustre de manière
particulièrement claire dans la question énergétique,
encore trop peu explicitée alors qu?elle constitue un
déterminant majeur de l?empreinte environnementale
des territoires. Transversale par nature, l?énergie
traverse l?ensemble des politiques publiques locales
(mobilités, logement, activités économiques,
agriculture, gestion des déchets ou fonctionnement
des services municipaux) et représente l?une des
principales sources d?émissions de gaz à effet de serre.
Son intégration explicite permet de relier concrètement
transition écologique, action municipale et bénéfices
attendus par les citoyens. Le développement de filières
énergétiques renouvelables et territorialisées en offre
une illustration opérationnelle. Certaines solutions,
comme le biométhane, illustrent la capacité de
politiques énergétiques locales à articuler plusieurs
objectifs publics (gestion des déchets, transition
énergétique et dynamiques agricoles) tout en générant
des effets positifs à l?échelle des territoires. Elles
témoignent du potentiel d?une écologie pensée comme
un cadre transversal de l?action municipale.
2. Territorialiser l?écologie :
adapter les réponses aux
réalités locales
Le deuxième levier repose sur la territorialisation
fine de l?action environnementale. Les données
montrent que les préoccupations écologiques varient
fortement selon la taille des communes, les contextes
géographiques et les expériences vécues par les
habitants. Les enjeux liés à l?eau, aux pollutions, à
la chaleur urbaine ou aux risques d?inondation ne se
posent ni avec la même intensité, ni sous les mêmes
formes selon les territoires.
Dans ce contexte, les communes ont tout intérêt
à s?appuyer sur des diagnostics environnementaux
territorialisés, combinant données objectives et
perceptions citoyennes. Une écologie municipale
crédible ne saurait se contenter de solutions
standardisées ou de référentiels uniformes. Elle
suppose au contraire des réponses ciblées, adaptées
aux vulnérabilités locales et clairement identifiables
par les habitants. Cette inscription territoriale renforce
à la fois l?efficacité des politiques mises en oeuvre et
leur légitimité sociale.
V. Construire une écologie
municipale durable :
cinq leviers stratégiques
Institut?Terram
30
3. Articuler écologie, sécurité
et protection du quotidien
Le troisième levier consiste à repenser les récits de
la transition écologique à l?échelle municipale. La
sécurité constitue aujourd?hui la première priorité
exprimée par les Français, mais les résultats montrent
que cette notion recouvre des dimensions bien plus
larges que la seule question de l?ordre public. Sécurité
sanitaire, sécurité environnementale, protection
face aux risques climatiques ou industriels occupent
désormais une place centrale dans les représentations
citoyennes.
Dans cette perspective, les politiques
environnementales doivent être présentées comme
des politiques de protection du quotidien. Cette
articulation permet de dépasser une vision abstraite
ou moralisante de l?écologie, pour l?inscrire dans un
registre immédiatement intelligible et socialement
mobilisateur. Elle ouvre également la voie à une
reconfiguration des priorités municipales, où
l?écologie devient un levier de sécurité et de résilience
territoriale.
4. Financer la transition locale
sans rompre le pacte
de confiance
Le quatrième levier concerne les modalités de
financement de la transition écologique locale. Si
les Français soutiennent massivement le principe
d?une action environnementale ambitieuse, leur
adhésion dépend étroitement de la manière dont
celle-ci est financée. Les résultats montrent une
préférence nette pour les stratégies reposant sur la
réorientation des dépenses existantes, la mobilisation
de financements externes ou la démonstration des
retombées économiques locales des investissements
écologiques.
Cela ne signifie pas qu?un financement contributif
soit rejeté par principe, mais qu?il doit être justifié,
ciblé et perçu comme équitable. Dans tous les cas, la
transparence sur les arbitrages budgétaires apparaît
comme un levier central de confiance. Une écologie
municipale crédible suppose ainsi de rendre visibles
les choix opérés, d?expliciter les priorités retenues et
de démontrer les bénéfices économiques, sociaux et
environnementaux des investissements engagés.
5. Dépasser les lectures
électorales réductrices
de l?écologie politique
Enfin, le cinquième levier invite les acteurs
politiques locaux à dépasser une lecture strictement
électorale et partisane de l?écologie. Les données
montrent clairement que le soutien aux politiques
environnementales ne se confond pas avec les
performances électorales des partis qui s?en
revendiquent explicitement. Il s?exprime aujourd?hui
de manière diffuse, pragmatique et largement
transpartisane.
Construire une écologie municipale majoritaire
suppose donc de s?adresser à cette réalité sociale, en
mettant l?accent sur l?utilité concrète des mesures
proposées, leur inscription dans le quotidien
des habitants et leur capacité à répondre à des
préoccupations partagées. Plutôt que de céder à la
tentation d?un retrait stratégique fondé sur le mythe
d?un backlash écologique, les équipes municipales
gagneraient à investir pleinement ce champ, en
construisant des coalitions locales larges autour de
projets environnementaux crédibles, lisibles et ancrés
dans les réalités territoriales.
Municipales : l?écologie à l?épreuve des territoires
31
Contrairement à l?idée désormais répandue
d?un prétendu reflux des préoccupations
environnementales, l?écologie demeure un repère
central et structurant du rapport des Français à
l?action publique locale. L?échelon municipal s?impose
comme un niveau d?intervention décisif à l?heure où
les effets du changement climatique s?inscrivent déjà
dans le quotidien. Non par défaut, mais en raison
de sa capacité singulière à produire des réponses
concrètes, visibles et immédiatement intelligibles
pour les citoyens.
La satisfaction majoritairement exprimée à l?égard
de l?action des municipalités sortantes ne saurait pour
autant valoir quitus. Elle s?accompagne d?une lucidité
marquée quant à l?ampleur des transformations encore
attendues. Ce double mouvement ? reconnaissance
des efforts accomplis et élévation des exigences à
l?égard de l?action publique ? traduit une rupture
nette avec une écologie perçue comme incantatoire
ou strictement symbolique. Les Français n?attendent
plus des intentions, mais ils veulent des résultats ; ils
souhaitent non pas des mesures ponctuelles, mais des
politiques cohérentes, inscrites dans la durée.
À l?approche du prochain cycle municipal, une
conclusion s?impose : l?écologie n?est plus un
supplément d?âme, ni une option parmi d?autres.
Elle constitue désormais une condition essentielle de
la crédibilité de l?action publique locale. Lorsqu?elle
est transversale, territorialisée et étroitement liée
aux préoccupations du quotidien, elle offre l?un des
rares cadres capables de produire à la fois protection,
cohérence et consentement collectif, dans un contexte
de tensions économiques, sociales et climatiques
croissantes. Les équipes municipales qui feraient
l?impasse sur cette réalité s?exposeraient moins à un
rejet de l?écologie qu?à une perte de lisibilité et, in fine,
de légitimité politique.
Au-delà du seul cadre municipal, ces enseignements
constituent un signal clair pour les acteurs nationaux.
À mesure que les effets du changement climatique
s?ancrent dans les territoires et les expériences vécues,
la crédibilité des politiques environnementales
ne peut plus reposer sur des discours généraux ou
désincarnés. Les enjeux écologiques gagnent à être
présentés comme des réalités locales, enracinées dans
des paysages, des usages et des modes de vie concrets,
plutôt que comme des abstractions technocratiques
ou des injonctions descendantes. À défaut, le risque
n?est pas tant un rejet de l?écologie que son décrochage
du réel. L?expérience municipale montre au contraire
que c?est en partant du proche, du familier et du
quotidien que l?action écologique devient intelligible,
acceptable et politiquement mobilisatrice. Ce
déplacement du discours constitue sans doute l?un
des principaux défis à relever pour les responsables
nationaux dans les séquences politiques à venir.
Conclusion
L?écologie municipale
comme condition de crédibilité
de l?action publique locale
Institut?Terram
32
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Dernières parutions (2024-2026)
34
35
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ou 0,5?% du chiffre d?affaires hors taxe si ce dernier montant est plus élevé ? au-delà de ce plafond,
l?excédent est reporté sur les cinq exercices suivants et ouvre droit à la réduction d?impôt dans les
mêmes conditions (article 238 bis du Code général des impôts).
Pour toutes questions relatives aux modalités d?adhésion
ou aux dons, contactez-nous directement :
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Antoine Bristielle
Municipales :
l?écologie à l?épreuve des territoires
L?écologie occupe une place paradoxale dans le débat municipal. Si ses objectifs font
l?objet d?un large soutien dans l?opinion, sa traduction politique et programmatique
demeure incertaine et souvent perçue comme délicate à porter localement. Cette étude
montre que, loin d?un recul des préoccupations écologiques, les Français portent un
regard globalement positif sur l?action environnementale de leurs municipalités,
tout en estimant que cette action n?est pas encore à la hauteur des défis liés à la
réduction des pollutions, à l?adaptation au changement climatique et à la protection
des ressources.
Dans les attentes exprimées par les citoyens, les enjeux environnementaux traversent
désormais les principaux champs de l?action municipale. Sécurité, santé, pouvoir
d?achat, attractivité économique ou qualité de vie sont de plus en plus pensés en lien
avec les questions écologiques. Se dessine ainsi une demande forte pour une écologie
pragmatique et transversale, envisagée non pas comme une politique sectorielle, mais
comme un levier de protection du quotidien, de développement économique local et
de cohésion sociale. Ces attentes demeurent toutefois profondément territorialisées :
priorités et sources de préoccupation varient fortement selon la taille des communes,
les contextes locaux et l?exposition différenciée aux risques environnementaux.
Dans cette perspective, l?étude identifie plusieurs pistes stratégiques pour construire
une écologie municipale à la fois crédible, acceptable et durable. Elle insiste notamment
sur l?importance des conditions de financement et de cohérence de l?action publique,
déterminantes pour l?adhésion citoyenne, et invite à dépasser les lectures strictement
électorales de l?écologie afin d?en faire un socle partagé de l?action municipale.
Cette étude repose sur une enquête réalisée en partenariat avec l?institut Dynata,
auprès d?un échantillon de 2 000 Français représentatif de la population nationale
selon les critères d?âge, de sexe, de catégorie socioprofessionnelle et de région de
résidence. Elle adopte une démarche empirique et territorialisée, attentive aux
perceptions, aux expériences vécues et aux conditions concrètes d?acceptabilité de
l?action environnementale locale.
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