Impact du changement climatique et transition(s) dans les Alpes du Sud : cahier thématique du groupe travail "montagne"
Auteur moral
Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (France). Délégation régionale (Provence-Alpes-Côte d'Azur)
;Préfet de la région Provence Alpes Côte d'Azur
;Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Conseil régional
Auteur secondaire
Résumé
Cette synthèse scientifique aborde les enjeux et les effets du changement climatique dans les Alpes du Sud, et propose des pistes concrètes d'adaptation au changement climatique et d'atténuation des émissions des gaz à effet de serre.
Editeur
GREC Sud
Descripteur Urbamet
Descripteur écoplanete
impact sur l'environnement
;biodiversité
;risque naturel
;écosystème terrestre
Thème
Aménagement rural
;Risques
;Santé
;Énergie - Climat
Texte intégral
Impacts du changement climatique et
transition(s) dans les Alpes du Sud
Octobre 2018
Cahier thématique du groupe de travail « Montagne »
Ce cahier thématique a été réalisé par le Groupe régional d?experts sur le climat en région Provence-Alpes-Côte d?Azur (GREC-SUD). Il a
été coordonné par l?association A.I.R. Climat (Philippe ROSSELLO) qui a pour mission d?animer le GREC-SUD. Ce cahier approfondit les
notions abordées dans les publications du GREC-SUD suivantes : panorama général, climat, agriculture et forêt, mer et littoral, ressources
en eau.
Le projet bénéficie d?un financement au titre de la convention État - Région Provence-Alpes-Côte d?Azur - ADEME.
Réalisation : GeographR.
Date de publication : octobre 2018.
Crédit photos :
Photo 1 : ©Xavier Bodin Photo 12 : ©Mireille Coulon, Parc national des Écrins
Photo 2 : ©ONF-RTM 05 Photo 13 : ©Laurent Cavalli
Photo 3 : ©Romain Gaucher Photo 14 : ©Office de tourisme, Le Sauze
Photo 4 : ©ComCom Guillestrois et Queyras Photo 15 : ©Mireille Coulon, Parc national des Écrins
Photo 5 : ©Pierre-Allain Duvillard Photo 16 : ©Studio Berthier, Office du tourisme des Orres
Photo 6 : ©Grégory Loucougaray Photo 17 : ©Corail Marc, Parc national des Écrins
Photo 7 : ©GeographR Photo 18 : ©Jérémy Nahmiyaz
Photo 8 : ©Thierry Gauquelin Photo 19 : ©Rémy Masséglia, Léz?art création
Photo 9 : ©J.-P. Telmon, Parc national des Écrins Photo 20 : ©Paul Wagner
Photo 10 : ©Albert Christophe, PN des Écrins Photo 21 : ©Jérémy Nahmiyaz
Photo 11 : ©Chevalier Robert, Parc national des Écrins
Photos d?illustration : ©Parc national des Écrins (1ère couverture, avant-propos, introduction, §1.5, §2.4, 4ème de couverture), ©Parc naturel
régional du Queyras (édito, §4.4), ©Jean-Pierre Nicollet (§3.3), ©Grégory Loucougaray (§5.1), ©Rodolphe Papet (conclusion)
Crédit dessins : ©Freepik (§2.4, §3.1, §4.2)
2
Édito
Cet été 2018 a encore été marqué par des températures particulièrement élevées, couplées
à des événements d?ampleur exceptionnelle : je pense notamment à celui du Pas de l?Ours
(§Zoom 2) ayant touché le territoire du Queyras, qui illustre un changement climatique majeur
accéléré par les activités anthropiques.
Ce changement est particulièrement visible dans nos montagnes : les glaciers, par exemple,
sont des marqueurs incontestables du changement climatique. Or nos espaces se caractérisent
par des enjeux de vie majeurs : réservoirs de biodiversité soumis à des contraintes environ-
nementales et climatiques fortes (écarts de températures, gel-dégel), poumons verts de nos
forêts, systèmes aquatiques avec leur rôle d?autoépuration et de régulation de la ressource
en eau? Ces milieux restent toutefois fragiles et vulnérables, et leurs processus complexes
sont encore à explorer. Collecter les données, partager les connaissances, croiser les regards,
les interpréter et agir pour préserver la montagne et sa biodiversité est donc essentiel. Mieux
comprendre le fonctionnement de ces milieux et leurs interactions permettra d?identifier les perturbations liées au changement cli-
matique et d?adopter des mesures de gestion appropriées pour réduire l?empreinte carbone de l?homme et favoriser l?adaptation au
changement climatique. De tout temps, la vie a su se frayer un chemin malgré les bouleversements, mais la rapidité du changement
climatique soulève de légitimes inquiétudes. Il est urgent de transformer nos modes de vie pour limiter les impacts de l?évolution du
climat et redevenir humble face à la nature et ses ressources dont nous dépendons.
L?adaptation au changement climatique et l?atténuation des gaz à effet de serre sont incontournables pour éviter les effets irréver-
sibles de nos sociétés sur notre patrimoine naturel : n?est-ce pas une fabuleuse opportunité pour rendre notre modèle socio-écono-
mique plus respectueux de l?environnement ? Celle-ci nous offre la possibilité de repenser nos modes de fonctionnement dans tous
les domaines : transport, agriculture, urbanisme, tourisme, environnement, énergie? Cette nouvelle ère ouvre une perspective de
diversification à l?agriculture, mais aussi au tourisme afin d?évoluer vers d?autres modèles pensés collectivement.
Cette mutation doit encourager le dialogue, les échanges et la solidarité, contribuer à un rapprochement entre l?homme et son milieu,
et privilégier de nouvelles relations humaines : mise en partage des solutions de mobilité et des outils de production, ressourcerie,
mixité des usages, services économiques combinés? L?économie circulaire se présente comme un système économique résilient
et ouvre un nouveau champ d?innovation. L?un des atouts des Alpes du Sud est aussi son fort potentiel énergétique (torrents, enso-
leillement?). Les acteurs alpins doivent en profiter.
Ce cahier qui a mobilisé une soixantaine d?experts met en lumière l?état de la connaissance sur le changement climatique, souligne la
vulnérabilité de nos territoires de montagne et constitue un véritable outil pour mettre en place des actions efficaces, car nous avons
tous, habitants, entités publiques, privées et politiques, un rôle à jouer. Il faudra compter sur la créativité et l?inventivité des acteurs
qu?il sera nécessaire de stimuler en mobilisant l?intelligence collective.
Nous avons déjà des démarches structurantes dans nos territoires qui ouvrent le dialogue et incitent l?écriture de projets de territoire
ambitieux : charte des parcs naturels régionaux et des parcs nationaux, plan de gestion des réserves nationales et régionales,
sites Natura 2000 et réserves de biosphère. Le chemin est d?ores et déjà engagé au travers de nombreuses initiatives individuelles,
publiques et privées qu?il est nécessaire de consolider et multiplier dans une dimension stratégique coordonnée à haut niveau d?am-
bition.
Rassembler nos territoires autour d?une stratégie de transition écologique est un défi majeur !
Valérie Rivat,
directrice du parc naturel régional du Queyras.
3
Avant-propos
Pour approfondir les connaissances diffusées dans la publication générale1 du Groupe régional d?experts sur le climat en région
Sud Provence-Alpes-Côte d?Azur (GREC-SUD), animé par A.I.R. Climat, et apporter des réponses spécifiques, le comité régional
d?orientations (CRO) a constitué des groupes de travail thématiques (GTT). Ces derniers sont composés de chercheurs de toutes les
disciplines et de spécialistes du climat qui contribuent à la rédaction de cahiers thématiques2 destinés aux décideurs et gestionnaires
des territoires de la région Provence-Alpes-Côte d?Azur : élus, ingénieurs et techniciens des collectivités locales ou des espaces
protégés ou encore des grands équipements, mais aussi responsables d?associations et entreprises.
L?objectif est de décrypter les résultats scientifiques et les enjeux du changement climatique pour informer et sensibiliser le public
visé à l?échelle régionale et locale. Par thème, une synthèse de travaux scientifiques est proposée afin d?évaluer les impacts du chan-
gement climatique sur le territoire et de proposer des pistes d?adaptation et d?atténuation concrètes. Ce nouveau cahier se focalise
sur les effets du changement climatique sur les territoires des Alpes du Sud.
De nombreux chercheurs et spécialistes issus d?organismes publics et privés se sont mobilisés pour aider les décideurs et ges-
tionnaires à mieux anticiper les impacts du changement climatique et mettre en oeuvre des actions susceptibles de favoriser les
politiques d?adaptation et d?atténuation des gaz à effet de serre (GES). Ce cahier, comme les précédents, invite le lecteur à prendre
conscience des enjeux et des risques tout en délivrant des pistes et recommandations.
Pour aller plus loin, les décideurs et gestionnaires ont la possibilité de se rapprocher de la communauté scientifique pour réduire la
vulnérabilité de leur territoire à court, moyen et long terme. Le dialogue permanent et les échanges d?expériences enrichissent les
débats et favorisent l?émergence de solutions innovantes adaptées au contexte régional et/ou local.
Ce document se base sur les travaux des chercheurs qui ont accepté d?apporter leur contribution, et de manière plus large sur les
résultats obtenus par la communauté scientifique. Tout lecteur peut demander la liste complète des références bibliographiques.
1 Provence-Alpes-Côte d?Azur, une région face au changement climatique, juin 2015 :
http://www.grec-sud.fr/wp-content/uploads/2018/09/GREC-PACA_Cahier_Enjeux_CC_panorama_ref.pdf
2 Climat et changement climatique, effets du changement climatique sur l?agriculture et la forêt, ressources en eau, ville?
4
Table des matières
Édito.........................................................................................................................................................3
Avant-propos..........................................................................................................................................4
Introduction générale.............................................................................................................................6
1. Le Climat des Alpes du Sud...............................................................................................................7
1.1. Climat du dernier millénaire dans les Alpes.........................................................................................................................................7
1.2. Évolution du climat des Alpes du Sud depuis le début de l?ère industrielle.........................................................................................8
1.3. Entre +1,5 et +4°C, quels effets sur l?enneigement des Alpes du Sud ?.............................................................................................9
1.4. L?avenir des glaciers des Alpes du Sud ...........................................................................................................................................10
1.5. Le permafrost et les glaciers rocheux des Alpes du Sud...................................................................................................................11
2. Les risques naturels dans les Alpes du Sud..................................................................................14
2.1. Les avalanches ont-elles un avenir ?................................................................................................................................................14
2.2. Le changement climatique, un facteur aggravant des mouvements de terrain et des laves torrentielles ?......................................15
2.3. Les feux de forêt vont-ils progresser en montagne ?........................................................................................................................16
2.4. L?adaptation de la gestion des risques naturels aux impacts du changement climatique..................................................................19
3. Les impacts du changement climatique sur l?agriculture de montagne......................................21
3.1. Le changement climatique, une opportunité pour l?agriculture de montagne ?.................................................................................21
3.2. Quelle influence du changement climatique sur les pratiques agricoles en moyenne montagne ?..................................................22
3.3. Regard inter-massifs : quelle situation dans le Massif central ?........................................................................................................23
4. Quels effets du changement climatique sur les forêts alpines....................................................25
4.1. Les cycles phénologiques des arbres vont-ils bouleverser les paysages forestiers montagnards ?................................................25
4.2. Quelles nouvelles gestions forestières ?...........................................................................................................................................26
4.3. Le développement de la filière bois dans les Alpes du Sud...............................................................................................................27
4.4. Le chauffage au bois et la qualité de l?air dans les vallées alpines ..................................................................................................28
5. La biodiversité en montagne menacée ?........................................................................................31
5.1. La biodiversité rend-t-elle des services écosystémiques ?...............................................................................................................31
5.2. Vers une perte de la biodiversité alpine ?.........................................................................................................................................32
5.3. Les effets du bouleversement climatique sur les zones humides et les lacs de montagne..............................................................34
6. Des espaces habités face au changement climatique, une nécessité d?atténuation et
d?adaptation.........................................................................................................................35
6.1. L?or blanc s?écrit-il en pointillé dans les Alpes du Sud ?....................................................................................................................35
6.2. Les stations de montagne du futur, un visage polymorphe ?............................................................................................................37
6.3. La loi Montagne 2 : une intégration des changements climatiques dans la législation.....................................................................38
6.4. Économie circulaire et numérique dans les Alpes du Sud, des modèles d?atténuation ?..................................................................39
6.5. Stratégies territoriales de transition(s) et leur reconnaissance, catalyseur d?une mise en mouvement collective et coopérative ?...40
6.6. La mobilité, le parent pauvre des territoires alpins ?.........................................................................................................................41
6.7. Quel urbanisme demain en montagne ?...........................................................................................................................................42
Conclusion............................................................................................................................................45
Pour aller plus loin...............................................................................................................................46
5
Introduction générale
La montagne évoque à chacun de nous des images, des expériences, des sensations et des sentiments teintés de nuances et
de couleurs : beauté, sommets, neige, ski, glaciers, froid, torrents, nature, espaces vierges, liberté, alpages, forêt, faune, flore,
isolement, solitude, rudesse, dépassement de soi, risques, randonnée, air pur, ressourcement, contemplation, traditions, au-
thenticité, ruralité, élevage? Nos découvertes, nos souvenirs, celles et ceux de nos proches, des conteurs et des aven-
turiers, mais aussi les vecteurs de communication, renforcent son caractère unique, son pouvoir d?attraction et de fascination.
Ces clichés qui traduisent une certaine réalité sont surtout partagés par la population urbaine des basses terres. Les monta-
gnards savent que leur territoire est plus complexe, et qu?il est en grande partie façonné, abîmé ou protégé par les hommes.
La montagne est avant tout en mouvement. Les Alpes ne font pas exception. Les migrations, les passages et les convoitises ont ponc-
tué l?histoire du massif alpin qui abrite une population qui vient en grande majorité d?ailleurs. Cette mixité fait la force de ce territoire
et construit son identité au fil du temps au gré
des rencontres, des ambitions, de la volonté
de survivre, des désirs partagés, des conver-
gences, mais aussi des divergences. Ainsi,
contrairement aux idées reçues, la montagne
bouge et se transforme en permanence.
Elle est un concentré d?activités (industrie,
tourisme, agriculture, transport, sport, arti-
sanat?), de projets et réalisations, d?inno-
vations? Elle est un concentré de vie et fait
partie de notre monde bouillonnant et actif.
Comme tous les territoires habités, la mon-
tagne contribue aux émissions de gaz à ef-
fet (GES) et donc au réchauffement clima-
tique, mais à sa mesure. Cette dernière est
modeste par rapport aux espaces urbains
denses et surpeuplés des grandes métro-
poles réparties dans les différents pays du
monde. Malgré cette faible contribution, elle
subit un changement climatique plus rapide
et marqué qu?en plaine. La température de l?air a d?ores et déjà augmenté de près de 2°C dans les Alpes du Sud par rapport à l?ère
préindustrielle, alors que la hausse est d?environ 1°C à l?échelle mondiale. Les effets du changement climatique sont perçus et/ou
visibles depuis des décennies avec le recul (symbolique) des glaciers, un enneigement en basse et moyenne altitude moins abon-
dant, même si certains hivers sont encore généreux, une période estivale plus marquée, le dépérissement du sapin, une phénologie
des végétaux capricieuse? La montagne est témoin de ce bouleversement, et ce dernier pourrait avoir des effets irréversibles s?il se
renforce encore. Hors causes naturelles, avec la croissance de la population mondiale, le climat des Alpes dépendra des émissions
de GES des activités anthropiques qui tendront immanquablement à croître si de fortes actions d?atténuation ne sont pas entreprises
de l?échelle globale à locale.
Pour mieux évaluer les impacts du changement climatique dans les Alpes du Sud, ce cahier thématique du Groupe régional d?experts
du climat en région Provence-Alpes-Côte d?Azur (GREC-SUD) propose un état des connaissances scientifiques récentes sur l?évo-
lution du climat, les risques naturels, l?agriculture, la forêt, la biodiversité, l?économie et l?aménagement. L?objectif est d?informer et
d?alerter les acteurs publics (décideurs, gestionnaires, collectivités?) et privés, et de les accompagner en proposant des premières
pistes d?adaptation au changement climatique et d?atténuation des GES susceptibles d?être mises en place pour basculer définitive-
ment dans la transition verte. Les Alpes du Sud, grâce au dynamisme et à la volonté de tous, est en mesure de devenir un territoire
exemplaire et donc de prendre de l?avance sur son temps.
6
Chapitre 1. Le climat des Alpes du sud
Le climat des Alpes a toujours connu des fluctuations naturelles au cours de son histoire, mais les concentrations de gaz à effet de
serre dans l?atmosphère bouleversent son évolution depuis le début de l?ère industrielle. En moins de 150 ans, la température de l?air
à l?échelle mondiale a augmenté d?environ 1°C. Ce chiffre masque de fortes inégalités spatiales. Dans les régions montagneuses de
tous les continents, l?augmentation est beaucoup plus significative. Dans les Alpes du Sud, la hausse est proche de 2°C. Ce réchauf-
fement qui se renforcera inéluctablement ces prochaines décennies, si les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas, joue un
rôle fondamental sur la nature et l?homme. Pour mieux appréhender l?ampleur du changement climatique dans les Alpes du Sud, des
réponses sur l?évolution du climat et ses effets sont apportées dans ce premier chapitre. Ces connaissances scientifiques complètent
celles publiées dans le cahier thématique Climat et changement climatique en région Provence-Alpes-Côte d?Azur en mai 2016.
1.1. Climat du dernier millénaire dans les Alpes
Il est aujourd?hui établi que le changement climatique en cours est
lié aux émissions anthropiques de gaz à effet de serre. L?attribution
au forçage anthropique a nécessité au préalable un important tra-
vail pour reconstituer et comprendre la variabilité dite « naturelle »
du climat, c?est-à-dire la variabilité climatique préexistante à l?ère
industrielle qui répondait alors aux seuls forçages naturels tels
que l?activité solaire et les éruptions volcaniques (principaux for-
çages de la variabilité climatique au cours du dernier millénaire).
Afin de reconstituer la variabilité naturelle du climat, des obser-
vations sur le long terme de paramètres météorologiques ou
phénologiques (comme l?évolution des dates de vendanges qui
dépendent étroitement de la température estivale) ont été retrou-
vées dans des corpus de documents historiques. Ces derniers,
dans leur grande diversité (délibérations municipales, textes ins-
titutionnels, archives religieuses, littérature grise, etc.), donnent
également des précisions sur la variabilité des événements ex-
trêmes (sécheresses, inondations, incendies, tempêtes, etc.)
face auxquels les populations ont été confrontées. Par ailleurs,
de nombreux indicateurs naturels (cernes d?arbres, sédiments
lacustres ou les formations géomorphologiques par exemple)
ont été également étudiés pour évaluer la variabilité alpine de
la température, des précipitations, des fluctuations glaciaires ou
encore des crues au cours des derniers siècles et millénaires.
De cet ensemble de reconstitutions, deux périodes climatiques
très contrastées ont été identifiées au cours du dernier millé-
naire (Figure 1). La première, l?optimum médiéval (OM, 950-
1250 après J.C.), aussi appelée « anomalie climatique médié-
vale », est caractérisée dans les Alpes par un climat plutôt doux
et sec qui a favorisé le retrait des glaciers alpins (§1.4, 1.5) et
une diminution de la fréquence des crues aussi bien fluviales
que torrentielles. À l?opposé, la période plus connue du Pe-
tit Âge glaciaire (PAG, 1300-1860 après J.C.) est une période
globalement froide et (très) humide, favorisant des avancées
glaciaires majeures et de fréquentes crues fluviales et torren-
tielles sur l?ensemble des Alpes. Dans le détail, des variations
marquées à l?échelle séculaire peuvent être observées au sein
de ces deux périodes (Figure 1). Vers 1050-1100, l?OM semble
par exemple ponctuée par une période nettement plus humide,
suite à laquelle les glaciers d?Aletsch et de la Mer de Glace
connaissent une avancée remarquable. Quant à la période du
PAG, elle a été initialement décrite du XVIème au XIXème siècle
seulement, période à laquelle les glaciers alpins ont connu leurs
« crues ». Si cette période est également caractérisée comme
la plus froide du millénaire, elle était pourtant relativement sèche
et la fréquence des crues était plutôt modérée. L?intensité des
crues des grandes rivières alpines qui alimentent le Rhône
paraît par contre particulièrement forte durant cette période.
Figure 1. Le dernier mil-
lénaire comprend deux
périodes climatiques très
contrastées : l?optimum
médiéval et le Petit Âge gla-
ciaire, comme le révèlent
les reconstitutions de la
température d?été dans les
Alpes, des fluctuations des
glaciers d?Aletsch et de la
Mer de Glace, du niveau
du lac de Joux, des crues
du Rhône et d?un torrent
au-dessus de Chamonix
7
1.2. Évolution du climat dans les Alpes du Sud depuis le début de l?ère
industrielle
Les Alpes du Sud n?échappent pas au réchauffement global
mesuré depuis le début du XXème siècle. Ainsi, sur la période
1959-2009, une augmentation des températures moyennes
annuelles d?environ 0,3°C par décennie est constatée. Cette
hausse est inégalement répartie selon la saison. Le réchauf-
fement est plus marqué en été avec une hausse de 0,4 à
0,5°C par décennie. L?augmentation du nombre de journées
où la température dépasse 30°C en vallée est également im-
portante (Figure 2). À Embrun, sur la période 1960-1980, la
moyenne annuelle de jours où la température maximale dé-
passait ce seuil était bien inférieure à 10 jours, alors qu?à par-
tir des années 2000, les 20 jours sont dépassés, avec 5 an-
nées excédant les 30 jours (année record 2003 : 53 jours).
Cette tendance à la hausse est plus modérée en hiver (0,1°C par
décennie) et en automne (0,2°C par décennie). C?est pour cette
raison que la diminution du nombre de jours de gel, nettement
détectable en altitude, est moins spectaculaire dans les vallées :
vers 1500 mètres d?altitude, on passe d?environ 150 jours par an
dans les années 60 à un peu moins de 130 jours actuellement.
Figure 3. Tendances de la hauteur de neige au 15 décembre à Isola entre 1972 et 2017.
La moyenne est en bleu, la courbe d?ajustement en rouge
Figure 2. Évolution du nombre de jours dépassant les 30°C
à Embrun entre 1959 et 2015 (Météo-France)
+300 m d?altitude
Évolution de l?isotherme 0°C au printemps à l?horizon 2050,
massif du Parpaillon, Hautes-Alpes
8
Concernant les précipitations observées, une très grande varia-
bilité interannuelle est observée, ce qui explique pourquoi les
tendances statistiques calculées ne sont pas très robustes. Sur
la période 1959-2015, les pluies annuelles sont en très légère
baisse, mais les pluies de printemps sont en faible augmenta-
tion. Ainsi, le signal du changement climatique reste encore in-
certain.
Comme les précipitations, l?enneigement est un paramètre très
variable d?une année sur l?autre. De plus, le nombre de postes
relevant les hauteurs de neige est réduit et les séries sont en gé-
néral moins longues et incomplètes, ce qui rend la détection de
tendances plus difficile. En utilisant les séries disponibles les plus
complètes, un signal à la baisse est toutefois mis en évidence.
À la station d?Isola dans les Alpes-Maritimes, par exemple, sur
une série complète depuis 1972, le signal à la baisse est signifi-
catif sur les paramètres de hauteur maximale de neige annuelle
et de hauteur de neige au 1er avril. Par contre, les hauteurs de
neige au 15 décembre (Figure 3) et au 1er mars ne sont pas en
baisse de manière significative au sens statistique, même si la
droite de tendance d?ajustement présente une pente légèrement
descendante.
1.3. Entre +1,5 et +4°C, quels effets sur l?enneigement des Alpes du Sud ?
L?enneigement dans les montagnes d?Europe dépend directe-
ment des variations du climat. En effet, le manteau neigeux est
fortement influencé par plusieurs variables météorologiques
dont la température et les précipitations. Le manteau neigeux
réagit doublement aux fluctuations de la température : cette der-
nière gouverne la phase des précipitations, c?est-à-dire la part
relative de pluie et de neige, et est fortement liée à la vitesse de
fonte du manteau neigeux. Comme ces deux effets vont dans le
même sens, le manteau neigeux est très sensible aux variations
de la température, notamment à la limite altitudinale pluie-neige
qui correspond peu ou prou au niveau de l?isotherme 0°C en
moyenne hivernale.
Les simulations des modèles climatiques doivent être ajustées
aux zones de montagne avant d?être utilisées comme données
d?entrée des modèles d?impact (modèles de manteau neigeux
par exemple). Le projet GICC ADAMONT a récemment permis
une mise à jour des projections climatiques relatives à la tem-
pérature, aux précipitations et à l?enneigement dans les Alpes. Il
est complété dans les Pyrénées par le projet POCTEFA OPCC2
et son entrée thématique CLIM?PY. La méthodologie mise en
oeuvre lie directement les indicateurs locaux d?enneigement
(hauteur moyenne ou nombre de jours au dessus d?un seuil
d?épaisseur donné par exemple) aux variations de la tempéra-
ture à l?échelle mondiale, en moyenne sur 30 ans.
-16 cm
neige au sol, en moyenne, ces 30 dernières années
par rapport à la période 1961-1990, Les Orres
Figure 4. Variation de l?épaisseur moyenne du manteau neigeux en hiver (décembre à avril) dans le Mercantour
en fonction du réchauffement à l?échelle planétaire : 1200 m à gauche, 2700m à droite
(BOC : début de siècle 2010-2040, MOC : milieu de siècle 2040-2070, EOC : 2070-2100)
À titre d?illustration, la Figure 4 représente la variation en pour-
centage de l?épaisseur moyenne de la neige en hiver (décembre
à avril) dans le massif du Mercantour à 1200 m et 2700 m d?al-
titude, en fonction de l?incrément de la température mondiale
depuis l?époque préindustrielle (1850-1880).
La Figure 4 montre que l?évolution du manteau neigeux est re-
lativement linéaire en fonction de l?accroissement de la tempé-
rature mondiale, et dépend peu, pour un réchauffement donné,
de la période temporelle (début, milieu ou fin de siècle) ou du
scénario de concentrations de gaz à effet de serre (RCP 2.6,
RCP 4.5 et RCP 8.5 : de l?optimiste au pessimiste). Néanmoins,
cette réponse varie en fonction de l?altitude, du fait des condi-
tions météorologiques et notamment des températures : à plus
haute altitude, le froid étant plus marqué, un même niveau de
réchauffement n?aura pas le même effet, car il se traduira par un
impact plus limité sur les variations de phase des précipitations.
Le Tableau 1 représente une synthèse de la réponse des caracté-
ristiques du manteau neigeux dans les massifs du Mercantour et
du Champsaur en fonction de l?augmentation de la température
moyenne mondiale, par rapport à la période de référence 1986-
2005. Ces tendances de fond, qui diffèrent selon l?altitude et le
massif, se superposeront à l?avenir à la forte variabilité interan-
nuelle des conditions d?enneigement qui continuera à prévaloir.
9
Tableau 1. Évolution du manteau neigeux (en %) dans le Mercantour et le Champsaur en fonction de
l?altitude et de l?augmentation de la température moyenne mondiale
1.4. L?avenir des glaciers des Alpes du Sud
Les glaciers de montagne constituent l?un des plus sensibles
marqueurs naturels de l?évolution du climat. Actuellement, les
glaciers, quasiment tous en phase de récession dans le monde,
sont même parfois décrits comme des icônes du changement
climatique. L?évolution des glaciers est conditionnée par celle
des conditions climatiques locales, régionales et globales. Le
volume du glacier dépend de l?accumulation de neige à sa
surface qui contribue à apporter de la masse, et la perte de
neige et de glace, principalement par fusion, qui contribue à
soustraire de la masse. Le bilan de masse annuel, représen-
tant la somme de ces deux termes pour une année, dépend
donc directement des conditions météorologiques au cours
d?une année. De ces variables météorologiques annuelles en-
registrées par le glacier dépendra sa dynamique, c?est-à-dire
un ajustement de sa vitesse, sa longueur et son épaisseur.
Prévoir le futur des glaciers nécessite de disposer de longues
séries d?observations qui permettent notamment de déterminer
leur sensibilité au climat. Dans les Alpes du Sud, ces séries d?ob-
servations de long terme du bilan de masse concernent le glacier
Blanc (Figure 5), situé dans les Écrins et suivi depuis 1999. Les
observations montrent que, sur la période 1999-2016, le glacier
Blanc présente une perte de masse cumulée de -11,53 m d?équi-
valent en eau, ce qui correspond à retrancher près de 13 m de
glace en moyenne sur l?ensemble de sa surface (4,8 km² en 2014).
Naturellement, cette perte est plus importante à basse altitude.
Figure 5. Variations d?épaisseur (dégradé de couleurs) et de surface (contours rouge et noir) du glacier Blanc
entre 2002 et 2014 (source : Parc national des Écrins, Irstea-ETNA)
Plus généralement, dans les Alpes françaises, les mesures
de bilan de masse (Figure 6) couvrant plusieurs décennies
montrent des bilans particulièrement négatifs depuis l?année
2003 : sur les 40 ans de mesures (voire davantage) réalisées,
9 des 10 années les plus déficitaires se situent après 2003.
Ce constat, généralisé à l?échelle des Alpes européennes, est
principalement lié à une augmentation de la période de fonte
estivale, avec une intensification de la fonte au coeur de l?été.
Les glaciers alpins n?ayant actuellement pas de zones d?accumu-
lation au-delà de 3500 m d?altitude seront amenés à disparaitre
d?ici la fin du XXIème siècle. Dans le massif des Écrins, sur les
256 glaciers ou fragments de glaciers (fragmentation favorisée
par le retrait glaciaire contemporain), seuls 25 d?entre eux ont
une altitude dépassant ce seuil altitudinal. Il est donc hautement
probable que seuls ces derniers seront encore présents à la fin
du siècle. Durant la période d?extension maximale du Petit Âge
glaciaire (vers 1850), la superficie des glaciers dans les Écrins
atteignait 170 km². En 2015, date du dernier inventaire réalisé
à partir d?images prises par le satellite européen Sentinel-2, la
superficie des glaciers des Écrins couvrait 59 km². La perte de
surface des glaciers dans le massif des Écrins, comme dans
tous les massifs alpins, tend à s?accélérer depuis les années
2000. Elle a quasiment triplé entre 1980-2000 et 2000-2015.
Figure 6. Bilans de masse cumulés des glaciers des Alpes
françaises faisant l?objet d?un suivi de terrain
(sources : GLACIOCLIM-IGE, Parc national des Écrins,
Irstea-ETNA)
10
« Bilan de masse des glaciers : sur 40
ans de mesures, 9 des 10 années les
plus déficitaires se situent après
2003 »
1.5. Le permafrost et les glaciers rocheux des Alpes du Sud
Le climat froid des hautes montagnes de l?arc alpin,
y compris jusqu?à ses contreforts les plus méridio-
naux, permet un gel profond, parfois permanent,
des sols. Dans les paysages, deux indices tra-
hissent la présence du permafrost (ou pergélisol)
de montagne : la présence de glaciers rocheux
(Photo 1), ces langues de débris rocheux, rayées
par des bourrelets en ogive et cernées de talus
raides, et les glaciers suspendus, masses de glace
littéralement collées à leur paroi.
Photo 1. Vue d?un glacier rocheux en
automne : la neige et l?ombrage soulignent les
contours de la forme, ainsi que les bourrelets
et les sillons typiques de la déformation lente
(1 mètre par an en moyenne) du mélange de
glace et de débris rocheux
Figure 7. Carte de la distribution pro-
bable du permafrost d?après un mo-
dèle statistique basé sur l?inventaire des
glaciers rocheux des Alpes française :
a) massif des Écrins ; b) Haute-Ubaye
(source : Marcer et al., 2017)
11
D?après des modèles récents (Figure 7), le permafrost occu-
perait entre 180 et 250 km² dans les Alpes du Sud (Alpes-de-
Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes), affectant es-
sentiellement des glaciers rocheux, des éboulis et des moraines
situés au-dessus de 2500 m d?altitude en ubac, 2800 m en adret.
Les parois rocheuses contiendraient du permafrost à partir de
3000-3500 m, altitude à laquelle se rencontrent les glaciers sus-
pendus. Au total, dans les Alpes du Sud, 1500 glaciers rocheux
environ sont recensés, dont 200 dans les massifs de l?Oisans et
des Écrins.
Les mesures de températures effectuées depuis 2009 dans le
forage profond (100 m) des Deux-Alpes (Isère, 45° Nord), à plus
de 3000 m d?altitude, révèlent une température de l?ordre de
-1,3°C à 30 m de profondeur. Ainsi, la majorité du permafrost des
Alpes du Sud est probablement en cours de dégradation, avec
une fonte plus ou moins avancée de la glace. Dès lors, quels
sont les impacts de cette dégradation du permafrost dans les
Alpes du Sud sur les différents versants ? Tout d?abord, concer-
nant le permafrost de paroi rocheuse essentiellement restreint
au massif des Écrins, le dégel des parois rocheuses lors des
épisodes de canicule, comme dans le massif du Mont-Blanc,
favorise le déclenchement des éboulements, en provoquant la
fonte de la glace qui jouait le rôle de ciment. Pour les glaciers
rocheux, les mesures réalisées depuis le début des années 80
dans la combe de Laurichard mettent en évidence une augmen-
tation des vitesses d?écoulement du glacier rocheux, 2016-2017
étant l?année record. Ce constat est le même dans l?ensemble
des Alpes.
Les glaciers rocheux sous surveillance
Outre l?intérêt paysager, les glaciers
rocheux intriguent par leur instabilité
constatée ces dernières années (Figure
8). Ainsi, sous l?influence du réchauffe-
ment climatique, la vitesse des glaciers
rocheux a tendance à augmenter, parfois
jusqu?à la rupture, et est à l?origine de
risques émergents. La problématique de
l?eau relâchée par la fonte des glaciers
rocheux est aussi très débattue, surtout
dans les montagnes arides, comme les
Andes centrales, où elle s?avère cruciale.
Figure 8. Évolution du glacier rocheux déstabilisé de Pierre Brune (Vanoise) depuis 2000
Les scientifiques s?accordent sur la nais-
sance des glaciers rocheux après le
retrait des grands glaciers de l?ère Qua-
ternaire (il y a environ 10 à 15 000 ans),
mais les avis sont plus partagés sur leur
origine. La formation de la glace décou-
lerait soit de processus dits « périgla-
ciaires », c?est-à-dire au sein même du
sol gelé, soit de l?enfouissement d?un gla-
cier « normal » sous les débris rocheux.
Situé dans le massif du Combeynot
proche du col du Lautaret, le glacier ro-
cheux de Laurichard (Figure 9) est l?un
des mieux documentés au monde. En
effet, les variations annuelles de ses vi-
tesses d?écoulement sont enregistrées
depuis 1984. Les mesures, historique-
ment réalisées à partir de relevés topo-
graphiques sur une trentaine de blocs
marqués, sont désormais affinées grâce
aux nouvelles technologies (laser scan-
ner, lidar, drone...).
Figure 9. Accélération des vitesses de surface du glacier rocheux de Laurichard depuis 2005,
mesurées à partir de levés lidar et par photogrammétrie
12
Zoom 1. Effondrement du glacier rocheux du Bérard
La question de la stabilité des versants gelés (permafrost) s?est posée dès 2006, en Ubaye, avec l?effondrement du glacier rocheux
du Bérard (Photo 2). Sans conséquence humaine, ce phénomène a toutefois attiré l?attention des gestionnaires et des scientifiques
sur les risques que représentent les glaciers rocheux qui sont déstabilisés par le réchauffement climatique. Entamé en 2009, les
services de Restauration des terrains en montagne (RTM) alpins ont récemment finalisé un inventaire exhaustif des glaciers ro-
cheux : sur les quelques 3000 formes recensées dans les Alpes françaises, 56 % sont situés dans les Alpes du Sud. Parmi ces
glaciers rocheux méridionaux, 22 présentent des signes de déstabilisation : crevasses, fractures, arrachement et ravinement?
Photo 2. Le site du vallon du Bérard (Alpes-
de-Haute-Provence) avec le glacier rocheux
en cours d?effondrement au centre : photo
prise le 9 août 2006, quelques jours après une
première phase de forts mouvements et avant
la rupture complète
13
Chapitre 2. Les risques naturels dans les Alpes du Sud
Les milieux naturels engendrent des risques à court, moyen et long terme. En montagne, les risques sont spécifiques et souvent exa-
cerbés par les facteurs physico-environnementaux avec la présence d?avalanches, d?éboulements, de glissements de terrain, de crues
et laves torrentielles? Certains d?entre eux dépendent directement ou indirectement de la météorologie et du climat. Le changement
climatique aura-t-il tendance à limiter ou renforcer les impacts des risques naturels sur les territoires montagnards où les enjeux sont
à la fois humains, environnementaux, sociaux, économiques et politiques ? La communauté scientifique analyse la survenue poten-
tielle des aléas caractérisés par leur imprévisibilité, la probabilité d?occurrence des événements, la vulnérabilité des territoires qui
diffèrent selon l?organisation des sociétés? Un état partiel des connaissances est ici proposé pour mieux évaluer les enjeux futurs.
2.1. Les avalanches ont-elles un avenir ?
Les analyses systématiques menées dans les Alpes françaises
sur les dernières décennies mettent en évidence des évolu-
tions cohérentes de l?activité avalancheuse naturelle avec le
réchauffement et les modifications de l?enneigement. Celles-ci
excluent l?activité avalancheuse liée à la fréquentation hiver-
nale à des fins récréatives qui est avant tout une affaire de
pratiques sociales. En région Provence-Alpes-Côte d?Azur, la
forte variabilité interannuelle du nombre d?avalanches, la ten-
dance à la remontée des altitudes d?arrêt et la diminution de la
proportion d?avalanches avec aérosol sont nettes (Figure 10).
Figure 10. Évolutions récentes de l?activité avalancheuse en région Provence-Alpes-Côte d?Azur (Hautes-Alpes,
Alpes-Maritimes et Alpes-de-Haute-Provence), enregistrée par l?enquête permanente sur les avalanches (EPA) :
A) nombre moyen d?avalanches par couloir et par hiver ; B) altitude d?arrêt moyenne ;
C) proportion d?avalanches avec aérosol (incluant les écoulements mixtes)
Ce schéma global masque en réalité des évolutions diffé-
rentes fortement contrôlées par l?altitude. À basse altitude, la
réduction d?activité depuis 1980 a été drastique, due à la forte
réduction de l?enneigement provoquée par le réchauffement
du climat. Au contraire, à plus haute altitude, l?activité a aug-
menté depuis les années 70, peut-être sous l?effet de l?accrois-
sement de la variabilité climatique hivernale. Sur des échelles
de temps plus longues, les données paléo-environnementales,
telles que l?analyse des cernes de croissance de mélèzes plu-
ricentenaires du Queyras, ainsi que les archives historiques
pluriséculaires suggèrent une diminution marquée de l?activité
avalancheuse à la sortie du Petit Âge glaciaire. Les projec-
tions climatiques prédisent quant à elles une réduction globale
de l?activité au cours du XXIème siècle, sauf à haute altitude
durant l?hiver où l?activité augmenterait temporairement, et
ce à l?échelle de l?ensemble des Alpes françaises (Figure 11).
Les changements attendus sont déjà importants en 2050 et la
période 2050-2100 sera caractérisée par la poursuite des évolu-
tions déjà engagées. En matière d?avalanches, ces projections
ne sont que légèrement modifiées selon l?hypothèse du scéna-
rio d?évolution des gaz à effet de serre considérée. Toutefois, il
s?avère nécessaire d?affiner ces résultats avec la dernière gé-
nération de projections climatiques. Observations passées et
projections futures s?accordent en tout cas sur l?augmentation
de la part des avalanches de neige humide dans l?activité totale.
14
Figure 11. Projections futures de l?activité avalancheuse établies à partir des projections climatiques utilisées dans le 4ème
rapport de synthèse du GIEC (2007) : distribution interannuelle (30 ans, centrée sur 2050 et 2100) d?un indice d?activité
avalancheuse totale standardisé par rapport à la période de référence 1960-1990 : A) année entière (décembre-mai) pour la région
Provence-Ales-Côte d?Azur sous hypothèse d?un scénario d?émission de gaz à effets de serre « moyen » (scénario SRES A1B) ;
B) effet du scénario à l?échelle des Alpes françaises entières) ; C-D) par saison
2.2. Le changement climatique, un facteur aggravant des mouvements de
terrain et des laves torrentielles ?
Un mouvement de terrain (éboulement, glissement, coulée,
effondrement, etc.) se définit comme le déplacement d?un
volume de roche ou de sol sous l?effet de la gravité. De nom-
breux paramètres influencent le déclenchement et l?activité
des mouvements de terrain : les précipitations, la fonte des
neiges, les variations de température, les séismes ou encore
l?action de l?homme par exemple. Toutefois, il est important
de signaler qu?étant donné les incertitudes des simulations
climatiques selon les scénarios socio-économiques et la di-
versité des phénomènes considérés, seules des hypothèses
sur l?évolution de cet aléa peuvent être émises, toutes pro-
jections ou prédictions quantitatives restant très incertaines.
Photo 3. Coulée de boue sur pente enneigée
15
A) Région Provence-Alpes-Côte d?Azur, scénario A1B, année entière
La diversité des paysages en montagne, de la géologie et des
régimes climatiques font de la région Provence-Alpes-Côte
d?Azur un territoire singulier face à l?aléa « mouvements de
terrain ». On y recense toutes les typologies de mouvements1.
Par exemple, l?aléa « éboulements-chutes de blocs » est parti-
culièrement présent dans les Préalpes du Sud et le coeur des
zones montagneuses. Ces phénomènes sont notamment sen-
sibles aux variations de températures et à l?intensité des préci-
pitations. L?augmentation des températures et des précipitations
extrêmes accroitrait ainsi leur fréquence. L?aléa « glissements »
est également présent partout dans la région. Il convient de dif-
férencier, selon le volume et la profondeur de rupture, les glis-
sements superficiels (< 5 m) des glissements profonds (> 5 m).
Le déclenchement des glissements est favorisé par la satura-
tion et l?augmentation des pressions d?eau dans les sols et les
roches. Il existe en particulier un effet « seuil », propre à chaque
site, au-delà duquel la vitesse de déplacement peut augmenter
brutalement et de manière non linéaire. Ainsi, des épisodes de
pluie hivernale plus intenses, associés à de fortes amplitudes
de variations de températures (générant des fontes de neige
précoces), induiraient de nombreux glissements superficiels et
1 www.georisques.gouv.fr/
leur propagation en coulée de boue (Photo 3). À l?inverse, l?aug-
mentation des températures estivales, favorisant l?évapotranspi-
ration, conduirait à une diminution des mouvements en été. Les
glissements profonds affectant des versants entiers, comme
celui de la Clapière (Alpes-Maritimes), répondent aux précipita-
tions sur des pas de temps plus longs, c?est-à-dire saisonniers
à pluriannuels. Leur évolution dépendra davantage des totaux
pluviométriques et de leur répartition saisonnière, et reste par-
ticulièrement incertaine. La surveillance en temps réel de ces
phénomènes permet de comprendre leur dynamique et leur ré-
ponse aux variations climatiques.
Les laves torrentielles, affectant principalement les hautes val-
lées, sont causées par des épisodes de précipitations intenses.
L?augmentation probable de la tendance orageuse, de l?intensité
des averses et des retours d?est provoquerait une augmentation
de la fréquence et du volume des évènements. Dans le cas spé-
cifique des bassins versants de haute altitude, des crues dues
à la fusion de la glace ou du permafrost pourraient se produire,
même sur des cours d?eau où aucune lave torrentielle n?a été
rapportée à ce jour.
« Des événements remarquables parfois dramatiques, liés aux forçages météo-climatiques, ont récemment illustré l?intensifica-
tion des risques naturels dans les Alpes : avalanche rocheuse causée par la dégradation du permafrost à l?origine de la dis-
parition de 8 randonneurs et d?une crue torrentielle destructrice au village de Bondo dans les Alpes suisses, en août 2017 ; épisode
de crues et d?instabilités de versant généralisées provoquées par la fonte des neiges suite à la réactivation de la tempête Eleanor
dans les Alpes françaises du Nord en janvier 2018 (5 décès) ; enclavement des vallées alpines par la réactivation des glissements
de terrain du Chambon et du Pas de l?Ours? », Benjamin Einhorn, directeur du Pôle Alpin d?études et de recherche pour la pré-
vention des Risques Naturels (PARN)
2.3. Les feux de forêt vont-ils progresser en montagne ?
Les incendies de forêts et de milieux naturels sont présents qua-
siment partout, des milieux boréaux aux zones tropicales, en
montagne comme en plaine. Par comparaison avec les zones
méditerranéennes, les territoires montagnards sont caractérisés
par une moindre activité des incendies de forêts : en effet, leur
climat humide et frais limite l?extension spatiale des incendies,
et la densité relativement faible des activités humaines limite le
nombre de départs de feux. Pourtant, les incendies sont présents
depuis l?Holocène (10 000 dernières années) en montagne,
avec une activité localement forte. L?analyse des cicatrices de
feux passés sur les troncs ou des charbons de bois dans les
sols montrent par exemple que le feu est passé environ tous les
100 ans dans certaines forêts de mélèzes ou de manière rappro-
chée (quelques années) dans des pelouses pâturées et brûlées
par l?homme. Les feux d?origine humaine destinés à la culture
sur brûlis ou à l?écobuage, ou plus rarement les feux déclen-
chés par la foudre, ont ainsi profondément modifié la végéta-
tion alpine en diminuant la présence d?espèces sensibles au feu
(sapin, frêne, tilleul) et en favorisant des espèces résistantes.
Au cours des dernières décennies, environ 130 incendies ont été
recensés par an dans les Alpes du Sud en France, et environ 35
dans les Alpes du Nord. Le régime d?incendie est caractérisé par
des feux de petite surface (< 10 ha), d?intensité faible à moyenne,
se déplaçant principalement dans les litières, la végétation her-
bacée et ligneuse basse, avec deux pics d?activité annuelle : en
été et en hiver (principalement en mars). Du fait de ces carac-
téristiques, les impacts humains et économiques des incendies
restent limités, mais les impacts écologiques peuvent être forts.
Les incendies de forêts sont gouvernés par trois facteurs
clefs : le climat qui contrôle l?état hydrique de la végétation,
la végétation qui sert de combustible et les activités anthro-
piques qui génèrent l?essentiel des départs de feux. L?activité
incendie a évolué durant la période récente du fait des chan-
gements climatiques, de l?évolution de l?occupation du sol et
des activités humaines. Dans les Alpes françaises, les change-
ments climatiques en cours ont déjà conduit à une nette aug-
mentation de l?indice forêt météo (IFM) qui estime le niveau
d?humidité de la végétation et d?intensité potentielle du feu.
Cette évolution est marquée partout dans les Alpes du Sud et,
à basse altitude, dans les Alpes du Nord. La saison propice
aux incendies s?est allongée de 3 semaines au sud (légère-
ment plus en altitude) et 1 semaine au nord (essentiellement en
16
dessous de 800 m d?altitude) durant les 60 dernières années. La
zone géographique propice aux feux s?est aussi étendue en alti-
tude et vers le Nord. La période de retour d?IFM élevé a diminué
partout. Enfin, la fenêtre météo d?opportunité pour les incendies
(nombre de jours consécutifs avec un IFM > 10) a nettement
augmenté. L?ensemble de ces évolutions est plus marqué dans
les Alpes du Sud à basse altitude (< 800 mètres). La forêt mé-
diterranéenne est donc clairement la plus exposée au risque
d?incendie croissant.
Ces changements climatiques ne sont pas partout traduits par
une augmentation parallèle des incendies car environ 90 % des
incendies sont allumés par l?homme. Mais les conditions sont
réunies pour une évolution rapide : un climat plus favorable,
une végétation forestière en expansion, un recul des activités
agricoles et pastorales qui entretiennent la végétation et main-
tiennent les paysages ouverts, et une multiplication des activités
humaines (accroissement de la population, habitat, infrastruc-
tures, industries, tourisme). Les évolutions seront probablement
différentes suivant les conditions climatiques, environnemen-
tales et socio-économiques régionales. Les scénarios futurs
penchent vers une augmentation de l?aléa et du risque lié à
l?évolution des enjeux humains, écologiques et économiques
dans la zone alpine. Une stratégie de mitigation et d?adaptation
est donc nécessaire sur le moyen terme pour limiter les départs
de feux et leurs impacts sur les espaces naturels et les activités
humaines : débroussaillement à proximité des espaces habités,
gestion forestière plus active, meilleure information de la popu-
lation sur le risque croissant.
Bien connaître les zones à risque d?incendie et l?impact des
feux sur les forêts est particulièrement important dans les
Alpes : en effet, une grande partie des forêts alpines ont
un rôle de protection. Elles limitent l?érosion et les chutes
de blocs en aval. En 2003, le passage d?un grand incen-
die au-dessus de Grenoble (massif du Néron) a déclenché
des chutes de blocs sur les maisons et les infrastructures si-
tuées dans les vallées en aval, par un effet « cascade ».
Pour contribuer à la gestion durable de ces territoires, Irstea a
récemment développé une cartographie (Figure 12) et une typo-
logie des peuplements les plus vulnérables au passage du feu.
Des simulations numériques permettent aussi d?évaluer l?effet
du passage d?un feu en termes d?augmentation de la probabilité
de chutes de blocs dans les différents types de peuplements.
Figure 12. Évaluation numérique de la teneur en eau de la litière et d?autres combustibles légers, grâce à la carte de
l?indice d?humidité des combustibles fins (FFMC : Fine Fuel Moisture Code). Les fortes valeurs de FFMC correspondent aux
conditions les plus sèches. Concernant la tendance linéaire observée sur la période 1959-2015, plus la pente est élevée, plus
l?augmentation de l?aléa incendie est élevée (source : Dupire et al., 2017)
17
« La saison propice aux incendies
s?est allongée de 3 semaines au sud
(légèrement plus en altitude) et 1 semaine au nord
(essentiellement en dessous de 800 m d?altitude)
durant les 60 dernières années. La zone géogra-
phique propice aux feux s?est aussi étendue en
altitude et vers le Nord »
18
Zoom 2. Les effets des mouvements de terrain sur les équipements routiers
et touristiques
Comme l?ont démontré les récents évènements du Chambon et du Pas de l?Ours, les populations montagnardes vivent en perma-
nence sous une menace d?enclavement au gré des aléas naturels susceptibles de couper les accès aux vallées. L?enjeu routier est
une composante primordiale pour la pérennité et le développement des territoires de montagne. Or, si les zones urbanisées se sont
majoritairement développées dans des secteurs sécurisés, les axes de communication traversent des zones à risques parfois impor-
tants. Ce faisant, l?enclavement temporaire de certains villages est habituel sur des durées variables selon l?événement :
? si l?événement (avalanche, coulée de boue, chute de pierres?) a peu d?impacts sur les ouvrages routiers, la durée d?isolement est
courte (quelques jours). En amont, il est possible de limiter les dégâts en mettant en place des parades de protection qui s?avèrent
toutefois coûteuses et qui nécessitent un entretien permanent pour optimiser leur efficacité ;
? si l?événement est plus significatif (glissement de terrain ou effondrement par exemple), avec des dommages substantiels au
niveau du patrimoine routier, il est nécessaire de mettre en oeuvre des stratégies de résilience, afin d?assurer la pérennité des
activités humaines. Comme il est parfois impossible de se protéger d?un événement majeur, il est primordial d?anticiper le risque
d?enclavement en créant de nouveaux accès et en chiffrant le coût des conséquences socio-économiques sur les populations
locales. Un riche panel d?acteurs locaux doit être impliqué dans la réflexion menant à la résilience.
Dans le cas du glissement de terrain du Pas de l?Ours, situé sur la rive droite du Guil (commune d?Aiguilles), une route provisoire
(Photo 4) a été construite, les réseaux ont été déplacés, un plan de secours a été élaboré pour assurer le passage à la population lo-
cale. Par ailleurs, une stratégie de développement durable est en cours d?élaboration avec comme objectif de maintenir une attracti-
vité du territoire : la création d?un sentier pédagogique, par exemple, est envisagée en face du glissement. Les évolutions climatiques
semblent toutefois favorables à l?augmentation de l?occurrence des évènements extrêmes et par conséquent, un accroissement du
risque d?enclavement des vallées de montagne est à craindre ces prochaines décennies.
Les dommages sur les constructions et les équipements touristiques sont
aussi problématiques. Le pylône de la gare supérieure du télésiège de
Bellecombes (Les Deux-Alpes, 2711 m d?altitude), construit sur un glacier
rocheux, est par exemple affecté par les mouvements du terrain sous-
jacents causés par la dégradation du permafrost (Photo 5). Durant l?été
2013, sa réimplantation a été nécessaire pour des raisons de sécurité.
Photo 5. Pylône de la gare supérieure du télésiège de
Bellecombes affecté par les mouvements du terrain
Photo 4. Glisse-
ment de terrain
au Pas de l?Ours
(photo prise
depuis la route
provisoire)
2.4. L?adaptation de la gestion des risques naturels aux impacts du chan-
gement climatique
Les Alpes font partie des régions européennes les plus vulné-
rables face au changement climatique. Les changements obser-
vés et potentiels dans l?occurrence spatiale et temporelle des
aléas naturels (fréquence, intensité, saisonnalité ou localisation)
se surimposent à l?augmentation continue des vulnérabilités
socio-économiques (matérielle, structurelle, organisationnelle)
dans les vallées alpines comme en haute montagne (urbani-
sation, mobilités, aménagements touristiques). Il en résulte un
potentiel de dommages accru et, depuis plusieurs années, une
multiplication des pertes causées par les catastrophes natu-
relles dans l?arc alpin.
L?adaptation de la gestion des risques en montagne est donc
une priorité aujourd?hui pour faire face aux évolutions et anticiper
les changements futurs en prenant des mesures appropriées
permettant d?éviter ou de minimiser les répercussions. Les poli-
tiques publiques en vigueur dans les pays alpins et de nombreux
projets de recherche et de coopération territoriale sont consa-
crés à cet objectif.
Dans cette perspective, la Gestion Intégrée des Risques Natu-
rels (GIRN) dans les Alpes est préconisée depuis 15 ans par
les gestionnaires et soutenue par les instances européennes,
nationales et régionales pour développer des modes de gestion
adaptés aux spécificités alpines et locales. La GIRN privilégie
une approche globale et territorialisée co-construite par les ac-
teurs locaux pour améliorer la cohérence et l?efficacité des sys-
tèmes de gestion. Le but est de relier l?ensemble des temps de
gestion des risques sur un territoire, de la prévention à la ges-
tion de la crise (Figure 13). Les risques sont ainsi appréhendés
comme un des enjeux de développement du territoire et non plus
seulement comme une contrainte physique ou réglementaire.
Figure 13. Éventail d?actions concourant à la gestion intégrée des risques naturels (projet ClimChAlp)
19
Dans les Alpes françaises, le programme interrégional de Ges-
tion Intégrée des Risques Naturels sur le massif alpin (GIRN-
Alpes), cofinancé par la Région Provence-Alpes-Côte d?Azur
et la Région Auvergne-Rhône-Alpes, l?État (CGET) et les fonds
européens FEDER, permet de développer un ensemble de com-
pétences et de « bonnes pratiques » à même de favoriser la
capacité d?adaptation, la résilience et le développement durable
de ces territoires. Cette opération interrégionale, coordonnée
par le Pôle Alpin d?études et de recherche pour la prévention
des Risques Naturels (PARN) depuis 2009, mobilise des finan-
cements spécifiques dédiés aux territoires de montagne avec le
concours de la communauté scientifique et de structures d?in-
terface science-société. Elle contribue au développement de
nouveaux cadres d?analyse et d?outils innovants scientifiques et
territoriaux pour parvenir à des trajectoires vertueuses, notam-
ment :
? le développement de la connaissance, de l?expertise, d?outils
d?observation (in situ ou télédétection) et de modélisation des
aléas et des vulnérabilités intégrant les effets du changement
climatique pour affiner la connaissance, le suivi, la surveil-
lance, le diagnostic et les capacités locales d?anticipation et
de gestion des phénomènes et des situations de crise1 ;
? l?amélioration de la gouvernance multi-niveaux à travers la
mise en cohérence et en synergie des politiques de prévention
des risques naturels et d?adaptation aux différents échelons
de décision2 ;
? le développement d?approches multirisques intégrant de ma-
nière plus efficace les possibilités de risques « couplés » ou en
1 Projets Espace Alpin ClimChAlp, AdaptAlp, CLISP, PARAmount...
2 Groupe d?action 8 de la Stratégie de l?Union européenne pour la région alpine (SUERA) ; projets Espace Alpin AlpGov et GoApply
3 Projets Alcotra : ADAPT-Mont-Blanc, ARTACLIM et CClimat
4 Projet Alcotra Interreg Forêts de protection - IFP ; projets Espace Alpin MANFRED, RockTheAlps, GreenRisk4Alps, etc.
cascade d?origine naturelle et anthropique ;
? une meilleure prise en compte du risque résiduel en cas de
dépassement des dispositifs de prévention existants ;
? une planification territoriale incluant des mesures d?adaptation
et une meilleure gestion des risques à travers la production
d?indicateurs adaptés aux nouveaux enjeux et aux différents
acteurs impliqués, en vue de considérer les interactions inter-
sectorielles (ressources en eau, agriculture, forêt, risques na-
turels, énergie, etc.) dans les stratégies et plans d?adaptation,
via un accompagnement spécialisé et la formation des agents
territoriaux3 ;
? l?évaluation et l?intégration des services écosystémiques dans
les systèmes de gestion des risques et le développement des
« infrastructures vertes »4 ;
? la notion de risque acceptable, à travers un dialogue territorial
accru, en particulier par la création d?instances de concerta-
tion locales et régionales, telles que le Comité régional de
concertation sur les risques (C2R2) et sa commission multi-
risque en montagne ;
? le développement d?approches objectivées (analyse coût-bé-
néfice, analyse multicritère) pour l?aide à la décision et la prio-
risation des interventions ;
? une clarification des responsabilités collectives et individuelles
des différents acteurs (élus, techniciens, population et scien-
tifiques).
20
Chapitre 3. Les impacts du changement climatique sur
l?agriculture de montagne
L?agriculture de montagne subit aussi les effets du changement climatique dans les Alpes du Sud. Comme en plaine, les contraintes
liées au climat se multiplient (stades phénologiques avancés, gel précoce et tardif, saison estivale plus longue, apparition de ma-
ladies sur les cultures, gestion de l?eau?). Pour éviter de subir les impacts des changements ou du moins les limiter, la commu-
nauté scientifique propose des pistes d?adaptation et d?atténuation pour accompagner toute la profession agricole (agriculteurs,
techniciens, collectivités?) qui commence à s?organiser pour partager les expériences, mettre en oeuvre de nouvelles pratiques
culturales, mutualiser les outils et les moyens, saisir les opportunités? Le dialogue entre les acteurs de terrain et les chercheurs
prend d?ailleurs des formes originales et contribue à une meilleure compréhension des enjeux à court, moyen et long terme.
3.1. Le changement climatique, une opportunité pour l?agriculture de mon-
tagne ?
Le changement climatique constitue un défi pour l?agricul-
ture de montagne qui doit notamment composer avec des
extrêmes climatiques plus intenses et fréquents. Toutefois,
les enjeux autour de l?adaptation au changement climatique
peuvent représenter autant d?opportunités à saisir pour une
agriculture en cohérence avec son territoire, plus intégrée,
plus diversifiée, plus résiliente face aux aléas, et ainsi en ca-
pacité de maintenir production et autonomie fourragère.
L?augmentation moyenne des températures a potentielle-
ment des effets directs positifs sur la production agricole : un
allongement de la durée de végétation est déjà observé en
montagne (démarrage plus précoce de la végétation), par
exemple. Il peut se traduire par des rendements supérieurs,
une durée d?exploitation plus longue de la ressource four-
ragère, une avancée des dates de semis et plus de flexibilité
d?exploitation, le développement d?espèces à plus forte va-
leur fourragère et économique. Mais de fortes incertitudes
persistent sur la pérennité de tels effets sur le long terme.
De façon plus indirecte, les adaptations possibles pourraient
s?appuyer sur des modes de production qui valorisent plus for-
tement les propriétés intrinsèques des espèces et des écosys-
tèmes, avec l?objectif de renforcer la souplesse et la résilience
de la production agricole. À l?échelle des parcelles, cela peut
se traduire par un travail sur la diversification et l?adéquation
des mélanges semés pour les prairies temporaires, voire la
réutilisation de variétés plus rustiques et résistantes, la reva-
lorisation des prairies permanentes riches en espèces souvent
plus souples d?exploitation où la variété des graminées peut
sécuriser la production face aux aléas ou encore un ajuste-
ment fin des dates de mise à l?herbe, de semis et de récolte.
À une échelle plus globale, l?adaptation au changement clima-
tique est aussi l?occasion de repenser une gestion du système
agricole intégrée dans le temps et dans l?espace. Celle-ci per-
met d?ouvrir des perspectives pour la diversification des modes
de production, des types de culture : optimiser la diversité des
types de prairies dans les exploitations (exemple : ratio prairies
permanentes/prairies temporaires), combiner agriculture tra-
ditionnelle de montagne et maraîchage. C?est aussi l?occasion
de repenser l?usage de certains espaces dans les systèmes,
comme les alpages qui fournissent une ressource fourragère
complémentaire face au changement climatique, et les landes et
espaces boisés de lisière, dont la valorisation contribuerait aussi
à l?entretien de la qualité paysagère des zones de montagne.
Enfin, de façon plus générale, le défi du changement climatique
est aussi une opportunité pour développer et élargir le tissu col-
lectif agricole en montagne, par l?arrivée de nouveaux actifs (ma-
raîchers, arboriculteurs, viticulteurs) et par le déploiement d?une
gouvernance commune, notamment autour de la gestion de l?eau
(en privilégiant un usage partagé et raisonné entre les besoins
des troupeaux et l?irrigation des autres activités du territoire), des
équipements, mais aussi de l?utilisation par l?agriculture de nou-
velles ressources comme les résidus d?exploitation forestière (en
remplacement de la paille) ou les déchets verts des collectivités.
21
Zoom 3. Alpages Sentinelles, un projet collectif d?adaptation
Né dans les Écrins suite à une série de sécheresses à partir de 2003, le programme Alpages Sentinelles rassemble les acteurs
concernés par la gestion des alpages (gestionnaires d?espaces naturels, techniciens agricoles et pastoraux, agriculteurs, bergers,
chercheurs) afin d?évaluer l?ampleur des changements en cours, comprendre leurs effets sur les alpages et partager les diagnostics.
Ce programme est un observatoire original du climat, des milieux, des pratiques et de leurs interactions : il comporte une col-
lecte de données régulière sur le long terme, selon des protocoles co-construits avec tous les acteurs, mais il représente aussi
un espace pour se forger une culture commune et apprendre ensemble. Le collectif, animé par l?Irstea, implique de nombreuses
parties prenantes, notamment les éleveurs et bergers, avec pour principe que chacun est légitime et reconnu dans son rôle, et
s?exprime librement. La diffusion des résultats prend différentes formes pour que tous les acteurs s?approprient le projet. C?est donc
un dispositif de gestion concertée qui vise, dans un contexte de grande incertitude et de profondes mutations, à gérer collective-
ment la question des aléas climatiques sur les alpages, grâce à un partage des enjeux, des informations et des responsabilités.
L?initiative a essaimé : le réseau rassemble aujourd?hui plusieurs territoires (Vanoise, Vercors, Chartreuse, Mercantour, Lu-
beron, Ventoux) et une trentaine d?alpages sont suivis dans les Alpes françaises (Photo 6). Récemment, le réseau a produit
des documents d?information, structuré les données sur l?ensemble du massif alpin et élaboré une méthode d?analyse pour
diagnostiquer la vulnérabilité des alpages face au changement climatique, qui sera mise en oeuvre sur des cas concrets. Ce-
pendant, se pose à terme la question de la consolidation de son fonctionnement, particulièrement en termes de financement.
Lire aussi le cahier thématique du GREC-SUD intitulé Les effets du changement climatique sur l?agriculture et la forêt en Provence-Alpes-Côte
d?Azur, édité en 2016 : www.grec-sud.fr
3.2. Quelle influence du changement climatique sur les pratiques agricoles
en moyenne montagne ?
Pour mettre en évidence les impacts du changement clima-
tique sur l?agriculture méditerranéenne en moyenne montagne,
une enquête expérimentale a été menée par le département
« Génie Biologique » de l?Institut universitaire de technologie
de Dignes-les-Bains, en partenariat avec le GREC-SUD et la
Maison de la météo et du climat des Orres (MMCO). Pour il-
lustrer les changements potentiels à l?avenir, une série d?in-
dicateurs climatiques et agronomiques a été sélectionnée.
Aux horizons 2030 et 2050, d?après les projections clima-
tiques du modèle climatique Aladin-Climat et le scénario so-
cio-économique RCP 4.5 (intermédiaire), dans la vallée de la
Blanche, l?orge, le blé tendre et le triticale ne subiraient pas de
fortes contraintes climatiques entre 900 et 1400 m d?altitude.
22
Photo 6.
Parc national de la
Vanoise
Pour éviter les contraintes d?irrigation et donc les problèmes
d?accès à l?eau lors des périodes sèches, le sorgho pour-
rait remplacer le maïs. Les conditions resteraient favorables
au développement des prairies jusqu?à 1400-1500 m d?alti-
tude. Il serait toutefois possible de remplacer le ray-grass an-
glais par le ray-grass italien ou hybride (anglais/italien) plus
adapté aux températures plus élevées. Il serait également in-
téressant de tester la chicorée fourragère qui résiste au froid
et à la sécheresse. Jusqu?en 2050, les zones d?estives na-
turelles s?étendraient jusqu?à 1600, voire 1800 m d?altitude.
Avec la hausse des températures, des maladies se dévelop-
peront probablement sur les cultures avec une remontée de
la rhynchosporiose qui affecte l?orge, le triticale, mais aus-
si d?autres graminées (prévoir jusqu?à 20 à 30 % de perte).
La principale activité agricole dans la vallée est l?élevage (Pho-
to 7), notamment l?élevage de vaches allaitantes. La majorité
des éleveurs ont un cheptel de moins de 100 têtes : exploitations
extensives avec un chargement faible, soit un nombre d?animaux
limité par surface agricole utile. D?après les vétérinaires ruraux,
le réchauffement climatique encourage l?apparition d?insectes
dans la vallée de la Blanche, susceptibles de transmettre des
maladies, dont dès à présent la besnoitiose. Le vecteur est la
mouche stomoxe qui pique la nuit et se nourrit de sang de bovins
et d?équidés. Cette maladie peut engendrer une baisse de ren-
dement conséquente qui se traduit par une perte économique
pour l?éleveur. Les mouches gênent aussi l?animal pour se nour-
rir, induisant une perte de gain moyen quotidien. La besnoitiose
recolonise la France depuis l?Espagne, alors qu?elle était en voie
de disparition.
Photo 7. Élevage de bovins, vallée de la Blanche
3.3. Regard inter-massifs : quelle situation dans le Massif central ?
Le changement climatique a des effets sur l?ensemble de l?arc
alpin, mais aussi à l?échelle de tous les massifs français. Pour
illustrer la situation dans le Massif central, encourager le dia-
logue et la coopération inter-massifs, des résultats du projet
AP3C sont présentés ici. Ce dernier a été lancé en 2015 avec
pour ambition de produire des informations localisées pour une
analyse fine des impacts du changement climatique sur le ter-
ritoire, en vue d?adapter les systèmes de production du Massif
central et de sensibiliser l?ensemble des acteurs. Il est animé par
le Service InterDépartemental pour l?Animation du Massif central
(SIDAM) avec les compétences de onze chambres départemen-
tales d?agriculture et de l?Institut de l?élevage.
Cette initiative est née de la volonté des acteurs du monde agri-
cole d?anticiper les évolutions du climat. Elle combine une triple
expertise climatique, agronomique et systémique.
Sur le volet climatique, des projections de paramètres clima-
tiques à l?horizon 2050 ont été produites pour mieux évaluer les
changements :
? hausse de la température comprise entre 0,35 et 0,40°C sur
10 ans en moyenne annuelle, plus marquée au printemps
avec 0,55°C sur 10 ans ;
? augmentation de la variabilité des températures avec maintien
du risque de gels tardifs de printemps ;
? diminution sensible du nombre de jours de gel hivernal ;
? maintien du cumul de pluviométrie annuel, mais modification
de la distribution des pluies, avec un cumul en baisse au prin-
temps et en hausse à l?automne ;
? bilan hydrique dégradé, notamment sur les mois de printemps
et d?été.
23
Sur le volet agronomique, l?objectif est de proposer de nouvelles
pratiques à l?échelle parcellaire. Des indicateurs agroclimatiques
sont fournis pour traduire l?information climatique en une infor-
mation agronomique : date de dernière gelée de printemps, date
de première gelée d?automne, échaudage, date de fauche? Ces
indicateurs montrent par exemple que la cinétique de pousse de
l?herbe sera marquée par un cycle de végétation plus précoce
avec une avancée plus marquée en altitude, un cycle de vé-
gétation plus court en plaine, des gels de printemps, des fortes
chaleurs qui stopperont la pousse de l?herbe en été, des tempé-
ratures automnales favorables au développement des prairies?
De nouvelles pratiques culturales s?opéreront. Les premiers ap-
ports d?azote, la date de mise à l?herbe et les dates de récolte
seront plus précoces. Les fortes températures de l?été induiront
un besoin d?affouragement. Le développement des mélanges
variétaux est à prévoir, tout comme l?implantation de prairies
sous couvert pour limiter l?évapotranspiration. Les agriculteurs
opteront pour des variétés de prairies à fort enracinement ou
optimisant la pousse printanière. Une modification de la diver-
sité floristique dans les prairies naturelles est aussi à attendre.
La pousse des céréales sera marquée par une reprise de végé-
tation plus précoce, un risque de gel au printemps et un échau-
dage en été. Les récoltes seront plus précoces qu?aujourd?hui.
Pour limiter le risque de gel de printemps, les agriculteurs au-
ront la possibilité de semer plus tard, d?opter pour des variétés
à montaison tardive. En plaine, les choix s?orienteront vers des
variétés plus précoces afin d?éviter les périodes d?échaudage.
Des pistes ont aussi été identifiées pour le maïs. Des indica-
teurs agroclimatiques hydriques permettront d?affiner l?analyse.
Sur le volet systémique, c?est le fonctionnement du sys-
tème d?exploitation dans son ensemble qui évoluera : aug-
mentation du ratio stock/pâture, développement du pâtu-
rage tournant, déplacement des dates de vêlage, évolution
des assolements, hausse des capacités de stockage?
Ainsi, l?adaptation au changement climatique fait appel à une
grande diversité de leviers et nécessite l?implication de l?ensemble
des acteurs qui composent et entourent le monde agricole.
Chapitre 4. Quels effets du changement climatique sur
les forêts alpines
Comme les cultures, les forêts subissent les changements climatiques en plaine comme en montagne. L?avancée des stades phéno-
logiques perturbe par exemple le cycle végétatif et rend les arbres plus vulnérables au risque de gel. Sous l?effet de l?élévation de la
température, la répartition des espèces et des aires forestières change, mais les processus en jeu sont complexes et irréversibles en
cas d?inaction. Les scientifiques tentent de les comprendre pour définir des stratégies d?adaptation et d?atténuation en vue de préser-
ver la santé de la forêt méditerranéenne montagnarde. De leur côté, les pouvoirs publics et les acteurs alpins se mobilisent pour assu-
rer une gestion durable des forêts, préserver les espèces et les paysages, développer la filière bois? Les interactions commencent à
naître et des initiatives communes émergent, mais le dialogue devra se renforcer pour envisager des pistes communes et partagées.
4.1. Les cycles phénologiques des arbres vont-ils bouleverser les paysages
forestiers montagnards ?
Les stades phénologiques d?un arbre jouent sur sa croissance
et sa reproduction, notamment les dates de débourrement (Pho-
to 8) et de sénescence foliaire qui contrôlent la durée de la pé-
riode de végétation, et les dates de floraison et de maturation
dont dépend le succès de sa reproduction. La phénologie est
ainsi un bon marqueur des changements environnementaux.
Quelle que soit l?altitude, les dates de débourrement, floraison,
maturation et sénescence des arbres ont subi d?importants dé-
calages lors des dernières décennies. En montagne surtout, le
réchauffement climatique se traduit par un allongement notable
de la saison de croissance des arbres (avance significative des
dates de débourrement et retard de la sénescence). Cependant,
ces décalages ne sont pas sans danger :
? une avance de la date de débourrement expose les jeunes
feuilles aux gels tardifs et augmente le risque de dommages.
Et même si les épisodes de gel seront probablement moins
fréquents et moins sévères, leurs occurrences resteront aléa-
toires ;
? en réponse à la hausse des températures hivernales, les
essences dont la levée de dormance nécessitent de grands
froids, comme l?épicéa, pourraient subir une perte de crois-
sance du fait des dates de débourrement tardives. Le début
plus tardif de l?entrée en dormance, à l?automne, risque aussi
de rendre les arbres vulnérables aux gels précoces.
Photo 8. Débourrage de chêne pubescent
Les décalages phénologiques des arbres vont aussi affecter les
interactions entre espèces et leur valeur sélective. Une floraison
plus précoce entraînerait une désynchronisation avec la période
d?activité des pollinisateurs et une baisse du taux de reproduc-
tion. Et quelle sera la conséquence de l?apparition précoce des
aiguilles de mélèzes désynchronisée des stades larvaires de la
tordeuse ? L?incertitude demeure quant à l?expression des ca-
pacités adaptatives des arbres, comme leur diversité génétique,
intra et inter-populationnelle, et leur plasticité phénotypique qui
dépend de l?expression de leurs gènes et de l?environnement.
25
Aux altitudes élevées, les modèles prévoient une extension des
espèces par colonisation des milieux devenus plus favorables.
Une étude basée sur 171 espèces forestières montre une re-
montée de ces dernières dans les massifs d?Europe de l?Ouest
d?environ 29 mètres par décennie au cours du XXème siècle. En
revanche, la limite supérieure des arbres est restée stable au
cours des dernières décennies, malgré l?augmentation de den-
sité des populations dans ces zones. Les remontées observées
sont principalement dues à la déprise pastorale. Les paysages
montagnards étant largement issus des pratiques humaines,
l?impact réel du changement climatique demeure donc encore
méconnu.
4.2. Quelles nouvelles gestions forestières ?
Les forêts de montagne de la région Provence-Alpes-Côte
d?Azur, dans leur composition et leurs structures actuelles, sont
en partie menacées. Plusieurs espèces parmi les plus impor-
tantes sont en souffrance. Des dépérissements sont observés
pour le sapin sur les versants chauds et au-dessous de 1400 m
d?altitude. Le chêne blanc montre de façon générale une mor-
talité forte des branches et de fortes pertes de croissance. En
2017, une étude sur le pin sylvestre donne un taux moyen de
défoliation proche de 50 % et un effondrement de la croissance
moyenne sur les 15 dernières années. Pour toutes ces espèces,
la mortalité d?arbres est deux à quatre fois supérieure à la nor-
male jusqu?à 1400 m. L?étude de l?architecture des houppiers
et la lecture des cernes de croissance montrent que l?état de
santé de ces forêts s?est significativement dégradé dès la fin
des années 90. Ce dernier avait auparavant subi deux crises
récentes, suite aux sécheresses de 1989 et 1990, et entre celles
de 1979 et 1982, mais les arbres avaient rapidement retrouvé
leur croissance habituelle. Les crises plus anciennes, même
violentes, n?avaient pas empêché la productivité de ces forêts
qui ont significativement progressé au XXème siècle, tout parti-
culièrement entre 1950 et 1980. Nous observons actuellement
un retournement complet de tendance, indiquant un danger im-
minent. Le pin noir, qui avait résisté jusqu?à 2010 environ, com-
mence aussi à montrer des signes inquiétants d?affaiblissement.
Pour chaque espèce, ces résultats peuvent être modulés par
la topographie, l?exposition des versants, l?altitude et la qualité
du sol, mais aucun de ces facteurs, contrairement aux décen-
nies précédentes, n?est suffisant pour compenser totalement la
dérive climatique et ses extrêmes. À ces contraintes propres à
chaque espèce s?ajoute une pression croissante généralisée des
maladies et parasites comme le gui, la chenille processionnaire
ou certains insectes xylophages et champignons pathogènes.
Thermophiles1 notoires, ils gagnent chaque année de nouveaux
territoires et se développement en altitude. Leurs attaques de-
viennent plus virulentes et leurs populations plus nombreuses.
Les recherches en France, corroborées par la littérature scienti-
fique et technique internationale, indique que le bilan en eau est
le facteur clé. Les éclaircies qui diminuent la concurrence entre
les arbres, et entre les arbres et le sous-bois, sont le moyen
le plus efficace pour limiter la souffrance et la mortalité des
arbres lors des épisodes de sécheresse, préserver leur crois-
sance et favoriser leur résilience après les crises. Par ailleurs,
les arbres âgés sont plus sensibles : moins résistants et moins
résilients. Rajeunir les forêts est donc aussi un élément impor-
tant pour préserver les espèces actuellement en place. Éclaircir
1 Micro-organismes capables de résister à une température élevée
et rajeunir les forêts a l?avantage de combiner plusieurs atouts :
? limiter les dépérissements et donc préserver la ressource
et la productivité à moyen ou long terme de ces forêts ;
? limiter le risque d?incendie qui augmente avec la production
massive de biomasse morte lors de ces dépérissements ;
? accompagner la demande croissante en produits dérivés
du bois et en biomasse-énergie. En préservant la fonc-
tion « puits de carbone » de la forêt, on contribue à limiter
le réchauffement climatique et le cercle vicieux dépérisse-
ments/incendies/réchauffement. Cette politique générale
doit s?accompagner de la préservation de forêts anciennes,
de réserves intégrales, de la protection de biotopes et es-
pèces rares, en gardant à l?esprit que l?avenir de ces milieux
est très menacé. Ne rien changer serait la pire solution !
26
« Le chêne blanc montre de façon gé-
nérale une mortalité forte des branches
et de fortes pertes de croissance. En
2017, une étude sur le pin sylvestre
donne un taux moyen de défoliation
proche de 50 % et un effondrement de
la croissance moyenne sur les 15 der-
nières années »
4.3. Le développement de la filière bois dans les Alpes du Sud
En 2016, le volume de bois exploité en région Pro-
vence-Alpes-Côte d?Azur est estimé à 825 000 m³, en
nette hausse par rapport aux années précédentes (+14,5 % par
rapport à 2015). La récolte de bois en provenance des Alpes
du Sud (au sens « massif alpin », incluant les départements
des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes, la majeure
partie du département des Alpes-Maritimes et les parties est
du Vaucluse et nord du Var) est pour sa part estimée à près
de 620 000 m³, représentant ainsi les trois quarts de la récolte
régionale et se répartissant comme suit : 21 % destinés au bois
d?oeuvre, 33 % à la trituration et 46 % au bois énergie. En 2016,
le volume de sciages reste quant à lui à un niveau très bas,
s?inscrivant dans une décennie de baisse continue. Les 39 scie-
ries régionales ont produit quelque 36 500 m³ de sciages, is-
sus en quasi-totalité de conifères (sapin, épicéa, pin sylvestre,
mélèze, pin noir). La concentration de l?activité de sciage dans
les départements alpins des Hautes-Alpes et des Alpes-Ma-
ritimes reste une constante avec 73 % des sciages produits.
Ces quelques chiffres illustrent l?importance des forêts des
Alpes du Sud pour la filière bois régionale (Photo 9). Si diffé-
rentes menaces pèsent sur ces forêts de montagne du fait,
notamment, des évolutions climatiques et si la valorisation des
bois régionaux reste encore à ce jour relativement faible, dif-
férentes politiques et démarches en cours de développement
aux niveaux national, régional et local sont porteuses d?avenir
pour la filière bois des Alpes du Sud et, plus généralement, de
la région Provence-Alpes-Côte d?Azur. De nouvelles gestions
forestières sont tout d?abord envisageables pour améliorer les
peuplements, en assurer le renouvellement ou encore favoriser
des essences plus adaptées (§4.2). Les efforts consentis par
les acteurs de la filière, les territoires forestiers et les pouvoirs
publics pour mobiliser davantage la ressource en bois, tout en
restant dans le cadre d?une gestion durable des forêts et en
promouvant le tri des bois et la hiérarchisation des usages du
bois, favorisent le développement de nouveaux marchés, no-
tamment pour le bois d?oeuvre. La démarche de certification
« Bois des Alpes » visant à fédérer les acteurs à l?échelle du
massif alpin constitue, quant à elle, une réelle opportunité pour
une meilleure valorisation des bois en circuits courts. Enfin, la
création récente d?une interprofession régionale forêt-bois pour-
suivant l?objectif de contribuer au développement économique
régional par la création et le soutien d?emplois et d?entreprises
devrait insuffler une nouvelle dynamique à la filière régionale.
« À la limite inférieure de l?aire des espèces en souffrance, il faut envisager leur remplacement et favoriser les espèces
les plus méditerranéennes dans la régénération naturelle. En complément de cette dernière, semer ou planter des espèces plus
résistantes à la sécheresse serait un début. La liste des candidats est variée : cèdre, cormier, érable de Montpellier, aulne de Corse
en altitude, chêne vert, pin d?Alep? Privilégier les peuplements mélangés et de structures diversifiées évitera de tout perdre
en cas de grave crise climatique ou sanitaire », Michel Vennetier, Irstea
Évolution des volumes de bois exploités :
Hautes-Alpes : 39 780 m3 en 2011, 134 990 m3 en 2016
Alpes-de-Haute-Provence : 219 850 m3 en 2011, 259 200 m3 en 2016
Alpes-Maritimes : 33 540 m3 en 2011, 72 230 m3 en 2016
(source : Observatoire régional de la forêt méditerranéenne)
Photo 9. La filière bois dans les Alpes du Sud
27
4.4. Le chauffage au bois et la qualité de l?air dans les vallées alpines
Certaines vallées alpines sont caractérisées par une forte
pollution atmosphérique du fait de la concentration spa-
tiale des activités humaines et de conditions atmosphé-
riques spécifiques favorisant l?accumulation des polluants.
Avec un bilan carbone considéré comme faible, le chauffage au
bois (Photo 10) a cependant un impact négatif sur la qualité de
l?air. Comme tout type de combustion, cette source d?énergie
émet de nombreux polluants gazeux dans l?atmosphère (com-
posés organiques volatils, monoxyde de carbone, etc.), mais
également des particules constituées de composés toxiques tels
que les hydrocarbures aromatiques polycycliques dont certains
sont classés comme probables ou possibles cancérogènes.
Photo 10. Chauffage au bois, village d?Entraigues
Les vallées encaissées des Alpes du Nord sont particulière-
ment exposées à cette source de pollution et notamment la
vallée de l?Arve où un plan de protection de l?atmosphère a
été mis en place en 2012. Grâce au projet DÉconvolution de
la contribution de la COMbustion de la BIOmasse aux PM10
(DECOMBIO) dans la vallée de l?Arve, l?impact majoritaire
du chauffage au bois résidentiel a été quantifié avec préci-
sion suite à une année complète de mesures de la composi-
tion chimique fine des particules (PM10) sur trois sites de
cette vallée (Marnaz, Passy et Chamonix) et à l?utilisation du
modèle Positive Matrix Factorization. En période hivernale, la
contribution moyenne du chauffage au bois a atteint 73 % de
la masse des PM10 sur le site de Passy, tandis que la fraction
des émissions véhiculaires ne dépassait pas 10 % (Figure 14).
28
« L?utilisation d?un bois propre et sec et le renouvellement des dispositifs de chauffage au
bois les moins performants permettent de limiter significativement les émissions de polluants.
Le remplacement des vieilles installations de combustion offre de bien meilleurs ren-
dements en limitant significativement les émissions de polluants »
Figure 14. Contributions relatives en moyennes hivernales des sources de PM10 au niveau
des trois sites de la vallée de l?Arve (Chevrier, 2016)
Dans les Alpes du Sud, peu d?études et d?actions menées pour
améliorer la qualité de l?air ont été réalisées en raison d?une pro-
blématique moins importante (vallées moins encaissées et peu
de dépassements des seuils réglementaires), mais réelle. Entre
2010 et 2012, une étude a été menée à Gap par Air PACA. Suite
à la spéciation chimique des PM10, une approche mono-traceur
a été utilisée pour estimer la contribution de plusieurs sources de
particules dont la combustion de la biomasse qui représente en-
viron 50 % des PM10 en moyenne hivernale à Gap (Figure 15).
Figure 15. Estimation des contributions de différentes sources d?émissions dans la composition
des PM10 mesurées à Gap (Air PACA, 2012)
Des programmes peuvent être mis en place afin de réduire
les émissions des PM10 liées à l?utilisation de la biomasse
comme source d?énergie. C?est notamment le cas du Fonds
Air Bois, dans la vallée de l?Arve, qui vise à inciter l?utilisation
d?un bois propre et sec et, par une aide financière, le renou-
vellement des dispositifs de chauffage au bois les moins per-
formants. En effet, le remplacement des vieilles installations
de combustion offre de bien meilleurs rendements en limi-
tant significativement les émissions de polluants (Tableau 2).
Tableau 2. Émissions moyennes de
différents appareils de chauffage au
bois (sources : ADEME, Flamme
Verte, Prioriterre)
29
Hiver (novembre 2013 - février 2014)
Chapitre 5. La biodiversité en montagne menacée ?
À l?échelle globale, les activités anthropiques qui engendrent une modification de l?occupation de surface, une mutation des pay-
sages et une forte pollution (eau, air, sols?) et le changement climatique érodent gravement la biodiversité. Sous les effets directs
et indirects de l?évolution de la température, des événements extrêmes et des aléas climatiques, la faune et la flore ont tendance à
souffrir. Des espèces terrestres et marines ont la capacité de s?adapter aux nouvelles contraintes climatiques qui vont se renforcer
ces prochaines décennies, d?autres profitent de l?évolution du climat pour étendre leur aire d?extension, mais la plupart d?entre elles
voient leur santé s?altérer ou disparaissent. En montagne, la problématique est la même. Si l?augmentation de la température de l?air,
par exemple, peut s?avérer être une opportunité pour une fraction de la faune et de la flore, qu?en sera-t-il demain ? Quelle sera la
qualité et la durabilité des services écosystémiques rendus par la biodiversité si le climat s?emballe ?
5.1. La biodiversité rend-t-elle des services écosystémiques ?
Au-delà des aspects éthiques et patrimoniaux qui peuvent
justifier l?importance donnée à la préservation de la biodiver-
sité, il est aujourd?hui bien établi que la biodiversité joue un
rôle primordial pour une large gamme de fonctions et proprié-
tés des écosystèmes qui rendent des services à l?humanité.
La diversité des plantes par exemple assure des fonctions
aussi variées que la production d?oxygène, la stabilisation
des sols ou encore la protection contre les avalanches, fonc-
tions qui contribuent à la régulation du climat, au contrôle
de l?érosion ou encore à la protection des infrastructures.
La notion de services écosystémiques a émergé suite à l?éva-
luation des écosystèmes pour le millénaire en 2005. Si, depuis,
le concept a évolué, il continue d?exprimer le fait que la nature
contribue au bien-être de l?humanité (Figure 16) au travers de
trois grandes catégories de services dits « d?approvisionne-
ment » (exemple : production), de régulation (ex. : du climat) et
socioculturels (ex. : valeur esthétique).
31
Figure 16. Schéma des relations entre la nature et l?Homme (source : Diaz et al. 2015)
En montagne, la variabilité des conditions environnementales
(sol, altitude, exposition, pente?) et l?action de l?homme ont
favorisé une biodiversité riche et typée qui contribue fortement
aux services écosystémiques assurés par les écosystèmes
d?altitude. Si une seule espèce peut jouer un rôle majeur, c?est
souvent la biodiversité dans son ensemble qui est fondamen-
tale pour les services écosystémiques. Ce rôle de la biodiver-
sité provient notamment de la complémentarité entre espèces,
c?est-à-dire, la capacité des espèces à mieux remplir ensemble
une fonction de l?écosystème plutôt que seules. Les exemples
sont nombreux pour illustrer le rôle fondamental de la biodi-
versité : la diversité des systèmes racinaires permet d?assurer
un meilleur contrôle de l?érosion des sols sur les fortes pentes
et une meilleure régulation de l?infiltration de l?eau ; la diversi-
té des arbres contribue significativement à l?effet barrière des
forêts face à la chute de blocs ; la diversité des plantes her-
bacées en alpage joue un rôle majeur pour la qualité du four-
rage pour les troupeaux? En montagne, le changement
climatique, avec la hausse de la température moyenne, la fré-
quence et l?intensité des sécheresses, de l?exposition au gel,
est susceptible de conduire à des changements importants au
sein de la biodiversité : augmentation de la mortalité des indi-
vidus, disparition ou remplacement d?espèces par exemple.
Ces impacts constituent autant d?effets indirects sur la qualité
des services écosystémiques : les sécheresses peuvent en-
traîner des dépérissements d?arbres (§4.2) et ainsi fortement
déprécier le rôle de protection des forêts ou encore favoriser
des espèces avec une moindre qualité fourragère et réduire
le service de production fourragère pour l?agriculture. Toute-
fois, préserver la biodiversité déjà présente est un atout pour
mieux résister aux effets du changement climatique et main-
tenir la qualité des services écosystémiques. Une riche bio-
diversité peut souvent mieux résister, grâce à la complémen-
tarité entre espèces, aux aléas climatiques et donc assurer
le bon maintien des services écosystémiques. La biodiversité
en montagne est un moyen pour assurer à la fois la qualité et
la durabilité de ces derniers face au changement climatique.
32
5.2 Vers une perte de la biodiversité alpine ?
Dans les Alpes, le changement climatique peut se résumer à
deux principaux facteurs : le printemps et l?été sont plus chauds
et secs ; la période d?enneigement hivernal tend à se raccour-
cir. De nombreuses conséquences sont déjà observables dans
les territoires alpins. L?activité biologique des plantes s?est par
exemple accrue ces 30 dernières années provoquant un « ver-
dissement » des montagnes. La végétation a gagné du terrain
sur les surfaces minérales telles que les éboulis, parois, allu-
vions, espaces libérés par la fonte des névés et glaciers. Les
espèces végétales sont donc actuellement en phase d?exten-
sion, et non de retrait ou de perte. Ce mécanisme est toute-
fois à considérer à l?échelle d?une période courte, soit à peine
quelques décennies. Sur le plus long terme, les espèces alpines
adaptées à des conditions écologiques spécifiques sont claire-
ment menacées. Le changement climatique, en bouleversant
les équilibres écologiques alpins, favorise la colonisation d?es-
pèces qui fuyaient jusqu?ici le climat montagnard. Ainsi, une
nouvelle compétition pour accéder aux ressources émerge.
La banalisation des différentes espèces d?altitude qui présentent
une biodiversité singulière est un risque majeur : la faune et la
flore des écosystèmes alpins disparaissent au profit d?espèces
plus « communes », issues de tranches altitudinales inférieures,
qui gagnent du terrain et renforcent la concurrence au sein de
la biodiversité alpine. Le lièvre commun supplante désormais
par exemple le lièvre variable (photo 11) et les plantes spéci-
fiques des combes à neige disparaissent au profit d?une vé-
gétation qui se développait à basse altitude. Après une phase
d?extension, les espèces d?altitude risquent donc de connaître
une très forte régression, dont l?ampleur est encore mal évaluée.
Les espèces alpines se caractérisent par des adaptations à des
conditions écologiques drastiques. Elles ont la capacité d?absor-
ber les effets du changement climatique sur leurs habitats ou
de résister jusqu?à un certain seuil. Ce dernier est une ques-
tion centrale, mais il est encore méconnu, voire inconnu. Des
effets de seuil ont toutefois déjà ponctué l?histoire du vivant :
passé un stade de pertes de biodiversité, c?est l?effondrement en
chaîne des communautés du vivant interagissant les unes avec
les autres. Pour éviter une rupture irréversible, il est essentiel
de collecter des données, de les interpréter, de parfaire et par-
tager les connaissances techniques et scientifiques, de croiser
les regards et mobiliser l?ensemble des acteurs publics et pri-
vés qui oeuvrent pour préserver la montagne et sa biodiversité.
Photo 11. Lièvre variable
Zoom 4. Les marmottes vont-elles s?adapter au changement climatique ?
Le climat des Alpes a évolué à un rythme sans précédent depuis la fin du XIXéme siècle : augmentation de la température de plus 2°C,
diminution des précipitations en été et augmentation au printemps et en hiver. Ces modifications impactent fortement les chutes de
neige et le manteau neigeux. La marmotte alpine (Photo 12), espèce emblématique des Alpes, subit ces changements climatiques.
Les marmottes hibernent dans leur terrier de mi-octobre à début d?avril, puis passent la saison active à accumuler suffi-
samment de graisse pour survivre à l?hibernation. Elles vivent en groupes familiaux, composés d?un couple de dominants
qui se reproduit une fois par an, d?un ou plusieurs subordonnés et de marmottons. Ce mode d?élevage coopératif est ca-
ractérisé par la présence d?auxiliaires, qui bien que sexuellement matures, acceptent de ne pas se reproduire. Chez les mar-
mottes, ce sont les mâles subordonnés qui jouent ce rôle d?auxiliaire. Pendant l?hibernation, ils contribuent à augmenter la sur-
vie des marmottons en participant activement à la thermorégulation sociale. Durant l?hibernation, les marmottes sortent de
leur torpeur une quinzaine de fois. Ces réveils sont extrêmement coûteux en énergie. Les auxiliaires, en se réveillant avant
les marmottons, réchauffent certainement le terrier et permettent aux marmottons de limiter leur consommation d?énergie.
Photo 12. Marmottes à l?entrée de leur terrier
Grâce à un suivi initié en 1990 sur la population de la réserve de la Grande Sassière (Savoie), il a été mis en évidence que la taille des
portées décline constamment et ce à cause de l?amincissement de la couverture neigeuse hivernale qui accentue le froid dans les ter-
riers. Les femelles sortent désormais d?hibernation amaigries. Trop maigres, elles produisent un marmotton de moins par portée par
rapport aux années 90. La survie de ces marmottons a également diminué. Cette baisse du nombre de marmottons et de leur survie
a pour conséquence immédiate une réduction du nombre d?auxiliaires présents dans les familles les années suivantes, diminuant
d?autant les chances de survivre à l?hiver des marmottons nés récemment. Cette boucle de rétroaction entre contexte écologique et
social peut avoir un fort impact sur le système social si particulier de la marmotte. Depuis 1990, la baisse de la survie moyenne des
marmottons est observée essentiellement dans les groupes familiaux avec auxiliaires, ce qui suggère que les bénéfices de ce mode
d?élevage diminuent avec le changement climatique. La croissance de la population ralentit. Si cet impact négatif est partiellement
contrebalancé par un accès plus important à la reproduction pour les subordonnées de nos jours, le changement climatique pour-
rait perturber les pressions de sélection qui ont jusqu?à présent favorisé l?élevage coopératif chez la marmotte alpine. Cet exemple
montre qu?au delà des conséquences désormais reconnues sur la survie et la reproduction des animaux, les changements clima-
tiques auraient également des répercussions importantes sur les organisations sociales et sur la propension des individus à coopérer.
5.3. Les effets du bouleversement climatique sur les zones humides et les
lacs de montagne
Les écosystèmes aquatiques de montagne ont un rôle ma-
jeur dans l?autoépuration et la régulation de la ressource
en eau. Ils constituent des réservoirs de biodiversité em-
preints d?une image forte de naturalité (Photo 13). Ils portent
l?image de milieux exempts de toute perturbation, car loin de
toute activité anthropique directe. Au contraire, ces écosys-
tèmes constituent des milieux fragiles, sensibles aux chan-
gements climatiques, dont le fonctionnement a été influen-
cé par les activités humaines depuis plusieurs millénaires.
Soumis à des contraintes environnementales fortes (gel et
obscurité pouvant durer jusqu?à 10 mois), les lacs abritent des
réseaux trophiques simplifiés, sensibles aux changements en-
vironnementaux. Ils sont qualifiés de milieux « sentinelles ».
Leur fonctionnement dépend directement de la température, de
l?hydrologie, des retombées atmosphériques et des interactions
avec le bassin versant. En agissant sur ces facteurs, les change-
ments climatiques peuvent entraîner des modifications rapides
du fonctionnement lacustre et des communautés phytoplancto-
niques comme observé par le passé.
Le climat a une influence directe sur la température, la période
d?englacement, le pH et les niveaux lacustres, et indirecte sur
le bassin versant, la densité du couvert végétal, et l?intensité de
l?érosion des sols, des facteurs modulant le transfert des nutri-
ments jusqu?au lac. Ce transfert de nutriments dépend du ré-
gime hydrologique et se fait essentiellement lors de la fonte des
neiges et des épisodes de pluie. La température agit sur la com-
position des communautés planctoniques, mais également sur
la stabilité de la stratification thermique estivale, les processus
de dégradation de la matière organique et donc la concentration
en oxygène au fond.
Photo 13.
Lac de Fenestre, Parc
national du Mercantour
Sous l?influence des changements globaux, une augmentation
du niveau de trophie des lacs, une modification de la composi-
tion des communautés à une diminution de la transparence ou
encore des phénomènes d?anoxie au fond des lacs profonds sont
attendus. Les modifications induites par les changements clima-
tiques (Figure 17) vont se superposer aux usages déjà présents
sur ces écosystèmes (randonnée, pêche, etc.) et aux effets de la
déprise agropastorale à l?origine d?une reprise de la forêt alpine.
Il convient donc de mieux comprendre le fonctionnement de ces
milieux et leur évolution à long terme afin d?identifier les pertur-
bations liées au changement climatique récent et d?adopter des
mesures de gestion permettant de limiter leurs effets délétères.
Figure 17. Évolutions probables sous l?influence des changements climatiques :
+ augmentation ; - diminution (source : schéma modifié, L.N. De Senerpont Domis et al., 2013)
34
Chapitre 6. Des espaces habités face au changement cli-
matique, une nécessité d?atténuation et d?adaptation
Les impacts du changement climatique pèsent sur l?économie et l?aménagement des territoires montagnards. Le tourisme blanc est
l?une des activités qui suscite le plus d?interrogations, car sa remise en cause bouleverse tout un pan de la vie économique et sociale
des acteurs alpins, les orientations politiques aux niveaux local, régional et national? Mais la mise en oeuvre d?actions susceptibles
de limiter les effets de l?évolution du climat ne doit pas être seulement perçue comme une contrainte dans la mesure où elle peut
ouvrir le champ à des pistes d?adaptation et d?atténuation porteuses d?espoir, malgré les difficultés.
6.1. L?or blanc s?écrit-il en pointillé dans les Alpes du Sud ?
Skier dans de bonnes conditions dans les Alpes du Sud dans
30 ans sera-t-il encore possible ? La neige naturelle sera-t-elle
toujours au rendez-vous à l?avenir ? Avec le changement clima-
tique, les professionnels du tourisme s?interrogent sur la fiabilité
de l?enneigement naturel dans les stations alpines.
Sous l?effet de l?augmentation de la température de l?air, la fiabi-
lité de l?enneigement naturel, basée sur les domaines skiables
susceptibles d?ouvrir 100 jours avec au moins 30 cm de neige
au sol, varie selon les massifs alpins. La limite altitudinale a en
effet tendance à s?élever ces dernières décennies (§1.2, §1.3).
Dans les Alpes du Sud, la fiabilité de l?enneigement se situerait
au-dessus de 1600-1700, voire 1800 mètres d?altitude en 2050.
D?après une approche prospective, avec une augmentation de
la température de l?air de 2°C par rapport à la période préin-
dustrielle (proche de la situation actuelle), 80 % des domaines
skiables dans les Hautes-Alpes seraient encore opérationnels.
Néanmoins, les écarts se creusent entre les massifs avec une
augmentation possible de +4°C si de sévères mesures d?atté-
nuation de gaz à effet de serre à l?échelle mondiale ne sont ra-
pidement pas mises en oeuvre, puisque le taux d?enneigement
fiable serait proche de 70 % en Savoie, seulement 30 % dans les
Hautes-Alpes et 10 % dans les Alpes-de-Haute-Provence (Pho-
to 14). Les domaines skiables des Alpes du Sud seraient donc
particulièrement vulnérables : seules quelques stations, comme
Montgenèvre, Risoul ou Les Orres, grâce à leur altitude et/ou
l?orientation de leurs pistes, seraient en mesure de maintenir
une offre touristique durable principalement axée sur la pratique
du ski alpin, avec toutefois des années de pénurie et un ennei-
gement capricieux selon les années et les périodes hivernales.
En effet, cet indicateur ne doit pas masquer la forte variabilité
interannuelle de l?enneigement dans les Alpes du Sud (typique
du climat montagnard méditerranéen), l?influence des microcli-
mats selon l?orientation des versants par exemple, mais aussi
les moyens techniques des stations de ski, comme le travail des
pistes ou la neige de culture. Cette dernière a le mérite de pal-
lier temporairement le manque de neige naturel et d?apporter si
besoin plus de confort aux amateurs de glisse, mais elle exige
en contrepartie des investissements lourds qui demandent en
amont une analyse du contexte local en raison des impacts sur
l?environnement (perturbation des hydrosystèmes, construction
de bassins de rétention, consommation d?énergie?) et de l?évo-
lution des températures de l?air, surtout en basse et moyenne
altitude.
La fragilité des stations dans les Alpes du Sud dépendra des
choix socio-économiques qui conditionneront les émissions des
gaz à effet de serre à l?échelle mondiale, régionale et locale, et
des mesures d?adaptation au changement climatique, mais les
stations situées en basse et moyenne altitude devront s?orienter
vers un tourisme 4 saisons pour ne plus dépendre de l?or blanc.
Les nouvelles simulations climatiques, basées sur les scénarios
du dernier rapport du GIEC, affineront ces tendances.
Photo 14. Le Sauze, Alpes-de-Haute-Provence
35
Zoom 5. Guides et gardiens de refuge, pionniers de l?adaptation !
Les guides et gardiens de refuge portent un regard particulier sur l?évolution du climat en montagne. Comme le changement cli-
matique est plus marqué en haute montagne qu?en plaine, ils sont les premiers témoins du bouleversement amorcé depuis des
décennies. Ainsi, l?adaptation est déjà au coeur de leur culture professionnelle, et guides et gardiens font figure de pionniers dans
l?expérimentation de nouvelles ressources et savoir-faire.
Si l?effet du changement climatique sur les sports d?hiver polarise l?attention, son impact sur le tourisme estival en montagne est
largement sous-estimé. Dans le cas de l?alpinisme, le retrait glaciaire et la disparition des névés bouleversent les conditions de pra-
tique : décalage des ascensions de l?été vers le printemps, délaissement ou disparition d?itinéraires, déclin de la randonnée glaciaire,
élévation des niveaux de difficulté, augmentation des risques de chutes de pierre et d?éboulements? Pour les guides de haute mon-
tagne, ces contraintes impliquent de multiples adaptations à partager avec leurs clients : impératif de réactivité face à la variabilité
Photo 15. Le refuge des Écrins, Pelvoux
des conditions, mobilité accrue vers d?autres massifs, report d?activité sur le ski de randonnée, les voies rocheuses, la via ferrata et
le canyoning, gestion des risques accentuée.
Pour la majorité des gardiens de refuge, l?adaptation s?opère au prix d?une réorientation radicale basée sur l?accueil d?un public élargi
et le développement de compétences en médiation et animation. Pour y parvenir, les gardiens jouent sur l?ensemble des ressources
à leur disposition en matière d?accessibilité pédestre, d?environnement paysager (lac, panorama?), mais aussi d?expériences de
la nature. Les refuges deviennent progressivement des destinations à part entière (Photo 15) et des lieux d?initiation à la montagne
où se vivent expositions, résidences d?artistes, concerts, bals, classes vertes, stages et séjours? Cette mutation et l?extension des
périodes de gardiennage au printemps et en hiver, grâce au ski de randonnée et à l?alpinisme, multiplient les exigences liées à l?ac-
cès aux refuges (ouverture des routes, installation des passerelles) et la mise à niveau de leur équipement (eau, énergie, chauffage,
toilettes). La nouvelle donne climatique implique aussi le renforcement de démarches d?information et de formation destinées aux
pratiquants.
36
6.2. Les stations de montagne du futur, un visage polymorphe ?
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les sports d?hiver ont été
perçus comme le moyen de moderniser et développer les terri-
toires de montagne. Cette politique étatique a permis à la France
de faire partie du top 3 des destinations mondiales de sports
d?hiver avec les États-Unis et l?Autriche. Cette réussite cache ce-
pendant une grande disparité entre les territoires puisque deux
départements (Savoie et Haute-Savoie) représentent 63 % des
journées-skieurs consommées en France (Indicateurs et ana-
lyses 2017, Domaines Skiables de France). Quant aux Alpes du
Sud, elles pèsent pour 14 % de la fréquentation nationale. Cette
logique de concentration est visible également à travers le type
de station. Les très grandes et grandes stations regroupent à
elles seules 78 % des journées-skieurs. Concernant les Alpes du
Sud, le marché des sports d?hiver est porté par les grandes sta-
tions telles que Serre-Chevalier, Vars et Les Orres (Photo 16).
Le modèle économique de sports d?hiver demande des inves-
tissements lourds aux collectivités territoriales pour le maintien
des remontées mécaniques (remplacement, maintenance). À
ces engagements financiers viennent s?ajouter des technologies
et des techniques coûteuses pour faire face aux aléas clima-
tiques (neige de culture, travaux de pistes, damage?). Dans les
Alpes du Sud, cette course à l?investissement fait peser un poids
supplémentaire sur les finances des collectivités locales déjà en
difficulté.
À cette problématique financière s?additionne, dans les Alpes
du Sud, une variabilité interannuelle du climat entraînant un en-
1 https://www.insee.fr/fr/statistiques/2128988
neigement aléatoire, notamment en fin de saison. La rentabilité
d?une station de sports d?hiver est assurée si son ouverture est
supérieure à 100 jours par an. Aujourd?hui, cette durée n?est pas
toujours garantie dans les Alpes du Sud (§6.1). La pression est
donc très forte sur l?enneigement, mais également sur la res-
source en eau.
Le marché des sports d?hiver est extrêmement concurrentiel du
fait de la stagnation de la fréquentation. Les stations des Alpes
du Sud sont éloignées des grandes voies de communication, ce
qui décourage grandement les clientèles européennes, même si
certaines stations renforcent leur publicité et leur communication
à l?étranger.
Malgré ce contexte, les acteurs des stations de sports d?hiver
des Alpes du Sud continuent de centrer leur activité autour de
la neige. Le modèle souhaité est celui des Alpes du Nord et non
un positionnement spécifique à leur territoire. En termes d?amé-
nagement, la construction de lits neufs continue à se poursuivre
dans plusieurs stations. La diversification de l?offre touristique
reste à la marge, même si des efforts sont manifestes, et perçue
comme un simple complément à l?activité ski.
La mise en place des espaces valléens1 dans les Alpes du Sud
va permettre de repenser en profondeur l?offre touristique des
territoires. Le nouveau visage des stations de sports d?hiver se
dessinera et leur capacité à diversifier leur offre touristique en
valorisant les ressources locales sera renforcée.
Photo 16. Front de neige de la station des Orres 1600
37
6.3. La loi Montagne 2 : une intégration des changements climatiques dans
la législation ?
Le droit serait-il en avance sur les élus et les acteurs locaux du
tourisme pour penser l?adaptation aux changements climatiques
des territoires de montagne ? Les chercheurs en droit qui ont
analyse le volet 2 de la loi Montagne (Joye, 2017) mettent en
avant une vision anthropocentrée du développement durable :
la montagne resterait un espace de conquête et non un espace
à protéger. Néanmoins, le législateur reconnaît le besoin d?un
changement de modèle, mais celui-ci reste au stade théorique.
Photo 17. Prapic enneigé
Deux points sont essentiels dans l?évolution juridique du déve-
loppement durable des territoires de montagne (Photo 17) :
? de par sa réforme récente des unités touristiques nouvelles
(UTN), l?État renforce le pouvoir des collectivités locales et le
rôle de la planification territoriale. C?est également la première
apparition du concept de vulnérabilité au changement clima-
tique dans le code de l?urbanisme appliqué à une procédure
administrative. En effet, le développement touristique et en
particulier la création des UTN « prennent en compte la vulné-
rabilité de l?espace montagnard au changement climatique ».
De ce point de vue, c?est un progrès car il sera, par exemple,
possible de traiter un « projet restreignant la ressource en eau,
le territoire agricole, l?artificialisation du sol, etc. ». Certes,
cette inscription dans la loi n?interdit pas les projets d?aména-
gement, mais elle revient à imposer un « principe de prudence
aux investisseurs » ;
? avec la loi du 28 décembre 2016, la législation « tente de
prendre en compte la réversibilité des équipements, la remise
en état des sites et leur reconversion ». L?autorisation de ré-
alisation de travaux dédiés aux remontées mécaniques est
dorénavant assujettie au démontage de celles-ci et de leurs
constructions annexes, et à la remise en état des sites dans
un délai de trois ans après l?arrêt définitif des remontées mé-
caniques. Actuellement, un certain nombre de questions juri-
diques restent toutefois en suspens : il n?existe pas d?obligation
pour l?exploitant de constituer une provision financière. Sur qui
pèsera cette mesure ? Et quelle autorité viendra constater la
mise en arrêt d?un équipement de remontées mécaniques, et
à l?aide de quel acte juridique ? Néanmoins, ces avancées dé-
montrent une prise de conscience par le législateur du risque
de créer des friches par des investissements anachroniques
au regard des aspirations des touristes ou du changement
climatique.
Il est encore difficile de savoir comment la loi va évoluer et de
quelle manière le législateur prendra en considération la problé-
matique du changement climatique, mais le droit en montagne
tend vers une meilleure gestion des territoires.
38
« L?autorisation de réalisation de
travaux dédiés aux remontées mé-
caniques est dorénavant assujettie
au démontage de celles-ci et de
leurs constructions annexes »
Zoom 6. Changement climatique et adaptation, comment sensibiliser et for-
mer les acteurs alpins ?
Pour l?éducation citoyenne, le changement climatique est l?un des enjeux les plus difficiles à
appréhender : le thème est scientifiquement complexe ; les connaissances comportent de nom-
breuses incertitudes ; le phénomène est difficilement perceptible par les sens ; les effets sont
considérés comme lointains à la fois dans l?espace et dans le temps ; les risques parfois oubliés.
À cela s?ajoute un traitement médiatique qui alimente parfois le scepticisme et la remise en
cause de nos modes de vie, ce qui rend difficile la mise en mouvement individuelle et collective.
Face à ces freins, les acteurs du pôle Éduc?alpes Climat expérimentent depuis 2010 diverses
méthodes pour sensibiliser les publics alpins (jeunes, citoyens, professionnels, élus?) aux im-
pacts du changement climatique, et font ressortir plusieurs points clés :
? l?importance de l?apport de connaissances locales développant la vision systémique du chan-
gement climatique. Les efforts sont à poursuivre sur le massif alpin pour rendre ces informations
accessibles ;
? l?intérêt de s?appuyer sur le terrain physique et humain : la montagne permet de montrer les impacts du changement climatique.
On pense à la fonte des glaciers ou à la migration d?espèces, mais faire témoigner des professionnels (agriculteurs, gestionnaires
de stations, guides?) sur les changements qu?ils observent dans le milieu et leurs pratiques peut aussi être un puissant levier de
prise de conscience ;
? l?utilisation de pédagogies actives et méthodes participatives qui développent l?esprit critique, les échanges, les débats, redonne
du pouvoir d?action aux groupes et individus sur un sujet face auquel ils se sentent souvent impuissants ;
? enfin, aborder le changement climatique par un versant plus personnel (approches émotionnelles, sensorielles, artistiques, vécu?)
est essentiel pour que chacun se sente concerné par ce sujet. Les dimensions psychologiques et sociales du changement clima-
tique ont été encore peu investies dans les Alpes et les recherches gagneraient à être développées pour renouveler l?approche
du sujet.
39
6.4. Économie circulaire et numérique dans les Alpes du Sud, des modèles
d?atténuation ?
L?économie circulaire se présente comme un système écono-
mique résilient au modèle actuel de production et d?usage, dit
« linéaire », qui, dans le cycle de vie d?un bien ou service, de
l?extraction des matières premières à son élimination, engendre
des nuisances et des résidus non valorisables. La circularité
apporte de nouveaux bénéfices socio-économiques à chaque
phase du cycle de production par la réduction du gaspillage de
ressources et des incidences socio-environnementales. Cela
se traduit concrètement par un approvisionnement respon-
sable, une réutilisation des déchets et ressources énergétiques
fatales, une extension de la durée de vie et un usage partagé
et renouvelé. L?ensemble du processus de conception-produc-
tion-usage-élimination intègre le triptyque sobriété-efficacité-va-
lorisation. Cela implique de positionner la conception du produit
dans une stratégie de service et non de propriété, et ouvre un
champ nouveau d?innovation à toute échelle.
Les Alpes du Sud accueillent une activité économique plurielle
rythmée par une forte saisonnalité. Cela implique une variation
de flux complexes à gérer : déchets, énergies, eau, ressources
humaines, foncier-bâti? Les territoires ruraux de montagne
sont riches de ressources naturelles, de savoir-faire et d?un tissu
d?acteurs dynamiques qui, dans un processus de synergie cir-
culaire, représentent un fort potentiel de valorisation socio-éco-
nomique de gisements considérés jusque-là comme de la perte
sèche. Une fois pleinement mobilisée, cette valorisation limitera
l?empreinte et la vulnérabilité des territoires. Cela passe à la fois
par le développement de l?économie de la fonctionnalité et de
l?écologie industrielle et territoriale. La solidarité montagnarde
et rurale a déjà permis d?intégrer partiellement ces notions au
travers de coopératives agricoles ou encore dans une gestion
exemplaire des déchets à l?image des territoires zéro déchet de
Serre-Ponçon et du Briançonnais.
Photo 18. Filière bois-énergie
Engager les Alpes du Sud dans un modèle territorial circulaire
peut se traduire par les actions suivantes :
? mise en partage des solutions de mobilité et des outils de
production : autopartage, covoiturage, atelier bois collaboratif,
coopérative de transformation alimentaire? ;
? valorisation et réemploi des déchets ménagers et profession-
nels : ressourcerie, plateforme de compostage, déchetterie
dédiée au BTP, unité de valorisation de biogaz ;
? mixité d?usage du foncier non bâti (surface urbanisée/agricole
et production d?énergies locales, digues de protection et pistes
cyclables?) ;
? mutation des affectations du bâti délaissé (habitat groupé, es-
pace de coworking, centre culturel et artistique?) ;
? combinaison de services économiques touristiques et endo-
gènes (services à la personne et de conciergerie par exemple).
Les champs d?application ne sont limités que par la quantité de
flux disponibles et la créativité des acteurs à les valoriser, in-
ventivité qu?il sera nécessaire de stimuler dans une approche
faisant appel à l?intelligence collective. Le chemin est d?ores et
déjà engagé par l?intermédiaire de nombreuses initiatives indivi-
duelles, publiques et privées (Photo 18) qu?il reste à consolider
de manière stratégique, coordonnée et hautement ambitieuse.
Renforcer l?intensité d?usage des matières premières dans une
boucle itérative à forte valeur ajoutée contribuera à la résilience
climatique des territoires de montagne et la consolidation de leur
viabilité socio-économique.
6.5. Stratégies territoriales de transition(s) et leur reconnaissance, cataly-
seur d?une mise en mouvement collective et coopérative ?
Rassembler les acteurs du territoire autour d?une stratégie de
transition écologique est un défi majeur auquel les collectivités
sont aujourd?hui confrontées pour plusieurs raisons : cisellement
des compétences dans les différentes instances territoriales,
manque de moyens financiers et humains pour animer une dé-
marche collective, faible culture de la concertation, conscience
relative de l?urgence climatique et de ses impacts pour le terri-
toire?
Malgré les difficultés, s?engager sur une stratégie de transition
est essentielle car porteuse de nombreuses retombées positives
sécurisant la capacité d?habiter le territoire :
? amélioration de l?attractivité territoriale sur le volet économique
et touristique ;
? impulsion d?une dynamique locale grâce à l?engagement des
acteurs économiques, notamment socioprofessionnels ;
? anticipation de la réglementation ;
? augmentation de l?efficience des investissements publics ;
? amélioration du bien-être des habitants et des visiteurs ;
? innovation sociale et économique frugale et coopérative, fac-
teur de mobilisation locale?
40
« S?engager sur une stratégie de tran-
sition est essentielle car porteuse de
nombreuses retombées positives sécu-
risant la capacité d?habiter le territoire »
Aujourd?hui, des collectivités privilégient des démarches concer-
tées de vision rêvée de leur territoire sur 15 ou 20 ans. Ces
initiatives prospectives sont le point de départ d?une stratégie
de transition : par exemple, Superdévoluy et sa vision Dévoluy
2030, Les Rousses et sa stratégie territoriale durable ou en-
core Valberg qui, après avoir signé la charte du développement
durable de l?Association nationale des maires des stations de
montagne (ANMSM), se lance dans la labellisation Flocon Vert
(Figure 18). Ces premières collectivités cherchent à rassembler
afin de co-construire et engager les parties prenantes dans un
territoire à haute valeur ajoutée. L?outil choisi par Valberg est le
label Flocon Vert, porté par l?association Mountain Riders. Ce
dernier est transverse et questionne de nombreuses théma-
tiques allant de la gestion des ressources naturelles à l?accueil
des saisonniers, en passant par la mobilité. La labellisation est
en ce sens un processus intéressant, car elle rassemble les ac-
teurs et valorise leurs actions, et donc favorise leur engagement
dans une dynamique d?amélioration continue.
Plusieurs éléments sont à retenir pour lancer une dynamique
autour d?une stratégie de transition :
? mettre en lumière les bonnes pratiques déjà existantes sur le
territoire ;
? rassembler les acteurs pour co-construire une vision rêvée ;
? désigner des « animateurs » de la démarche et travailler avec
les parcs nationaux et les parcs naturels régionaux, nombreux
en région Provence-Alpes-Côte d?Azur ;
? valoriser cette stratégie auprès du grand public, à l?aide de
labels tels que le Flocon Vert, la certification iso (qualité, envi-
ronnement, énergie?), Cit?ergie, etc. ;
? engagement sur la durée des décideurs locaux dans le por-
tage de la démarche.
6.6. La mobilité, le parent pauvre des territoires alpins ?
Les émissions de gaz à effet de serre de la France sont reparties
à la hausse en 2015 et 2016 après une baisse quasi ininterrom-
pue depuis la fin des années 90. Les déplacements automo-
biles, premières sources d?émission en France avec 29 % des
rejets (25 % en moyenne dans les pays alpins), constituent un
enjeu majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique.
La Convention alpine a très tôt dressé une feuille de route avec
son protocole « transport ». Ce dernier pose comme enjeu prin-
cipal la diminution du transport routier au profit des transports
publics, du transport par rail, principalement à travers trois le-
viers :
? la gestion rationnelle et sûre des transports, notamment dans
les réseaux transfrontaliers ;
? la coordination des différents modes et moyens de transport
(interopérabilité) ;
? l?instauration de mesures incitatives pour parvenir à des condi-
tions de concurrence équitable entre les transports et rendre
les modes de transport alternatifs à la route plus compétitifs.
Force est de constater que la voiture individuelle et la route de-
meurent le mode de déplacement privilégié, notamment dans
les territoires ruraux alpins. La réforme en cours de la SNCF
laisse peser de nombreuses incertitudes sur les lignes régio-
nales (lignes depuis l?étoile ferroviaire de Veynes, train de Nice
à Tende/Photo 19, etc.). De leur côté, les lignes de bus et les
services de transport à la demande sont régulièrement remis en
cause pour des raisons financières.
Des éléments pourraient guider l?évolution des modes de trans-
port dans les Alpes ces prochaines années :
? le développement des véhicules électriques marquera sans
conteste les prochaines décennies ;
? l?amélioration de la coordination des acteurs du secteur est
envisageable à travers les nouvelles technologies ;
? le développement de nouvelles formes de mobilité associées
à un tourisme doux : tourisme itinérant, réflexion autour du
transport par câble entre la montagne et la plaine, usage des
transports collectifs comme le Train des Pignes.
Figure 18. Le label Flocon vert (www.flocon-vert.org/le-label/)
41
Photo 19. Train des Merveilles
Enfin, il faut rappeler que l?enjeu est d?assurer une bonne ac-
cessibilité, la plus indépendante possible de l?automobile. Les
réponses se trouvent dans le redéploiement de l?activité et des
services dans les territoires à travers notamment le numérique,
ainsi qu?à une meilleure intégration des enjeux d?aménagement
du territoire (conservation des coeurs de village, limitation de
l?étalement urbain?).
6.7. Quel urbanisme demain en montagne ?
La montagne est un territoire disposant de grandes richesses,
mais un territoire contraint où la quasi-totalité des problèmes
d?aménagement est présente. Ce qui fonctionnera ici servira ail-
leurs. En ce sens, lors de leur création, les zones périphériques
des parcs nationaux (zones d?adhésion) étaient considérées
comme des laboratoires vivants de ce qui était encore appelé
« développement durable ».
L?urbanisme qui se contente de prolonger les tendances est ir-
responsable et révolu. Nous avons aujourd?hui les outils pour
anticiper les conséquences du changement climatique et inflé-
chir la dégradation de la biodiversité, si nous le décidons. Mais
il sera nécessaire de réhabiliter la pensée à long terme et de
rendre tous leurs moyens aux équipes d?urbanistes pluridisci-
plinaires.
Pour l?urbanisme de demain, les grands axes à privilégier sont
les suivants :
? gérer le foncier : la spéculation et la rétention des terrains sont
des obstacles majeurs à l?organisation rationnelle du sol, pour
tous ses usages. Depuis la loi d?orientation foncière (1967)
et les idées développées par son auteur, Edgar Pisani, les
moyens sont connus, mais personne n?a voulu se lancer dans
une réforme ô combien sensible, même si des avancées signi-
ficatives ont vu le jour (offices fonciers, par exemple) ;
? penser « local » : les textes législatifs sont le plus souvent
conçus en dehors des réalités de la montagne. Trop de lois
(lois Solidarité et renouvellement urbain, Montagne, etc.),
clairvoyantes et adaptées à l?origine, ont été dévoyées par des
préoccupations politiciennes de court terme ;
? développer les mobilités, en s?attaquant aux causes et non
aux effets : les déplacements visent le travail, les courses, les
loisirs, l?accès aux services publics? Se poser la question de
l?équilibre habitat/emploi sur un territoire donné serait un mini-
mum. Pour les services publics et les courses du quotidien, les
habitants pourraient jouer un rôle de relais. Les volontaires ne
manquent pas et se déclarent d?ores et déjà partants ;
? encourager le sens de la collectivité : les montagnards se
maintiennent sur leur territoire (Photo 20), grâce à une organi-
sation collective très élaborée, mais aussi indispensable. L?ur-
banisme de demain sera d?autant plus réussi et adapté, si les
valeurs communes et partagées renaissent ;
? et privilégier la culture ! Ce sens de la collectivité montagnarde,
qui n?était absolument pas une contrainte totalitaire, mais un
désir de tous, a généré une riche culture montagnarde, mais
dans un système agro-pastoral dominant. L?enjeu sera de re-
trouver cette culture commune avec les acteurs multiples d?au-
jourd?hui et les nouveaux habitants de demain sur un territoire
qui a toujours été un lieu d?accueil et ouvert aux migrations.
L?urbanisme montagnard doit anticiper toutes les mutations dont
nous ignorons encore pleinement la nature, qu?elles soient en-
vironnementales, économiques (nouvelles formes de tourisme
et d?agriculture, innovation?), sociales (immigrations?), et qui
formeront plus largement à terme une culture partagée.
42
Photo 20. Hameaux de Pierregrosse et Le Coin, Molines-en-Queyras
43
Culture partargée
Gérer le foncier
Développer les mobilités
Anticiper les mutations
Sens de la collectivité montagnarde
Penser local
Nouvelles formes d?urbanisme
Désir de tous
Acteurs multiples
Zoom 7. La transition énergétique des territoires alpins est-elle un tremplin ?
La crise climatique trouve sa source dans une consommation effrénée des ressources énergétiques fossiles. La nécessité de
s?adapter doit s?accompagner de mesures fortes d?atténuation par la mise en place d?une stratégie de transition énergétique. Cette
démarche représente une magnifique opportunité de mutation positive des modèles socio-économiques existants.
Les alpins ont toujours su tirer profit des ressources locales pour répondre à leurs besoins : énergies, matériaux, alimentation?
Depuis le XIXème siècle, les Alpes sont devenues fournisseurs d?eau, d?électricité, de bois et charbon, de main-d?oeuvre, pour le dé-
veloppement des territoires ruraux et urbains situés en aval. À partir des années 50, les Alpes du Sud accueillent massivement les
urbains en quête de loisirs, de nature et d?authenticité préservée. Le tourisme est ainsi devenu la colonne vertébrale économique.
Cela a introduit des paradoxes socio-énergétiques complexes à appréhender : station de montagne énergivore, parc résidentiel se-
condaire et touristique majoritaire, infrastructures surdimensionnées, barrage d?utilité nationale?. À titre d?exemple, sur le territoire
Ubaye-Serre-Ponçon qui totalise 20 000 habitants, 65 % des résidences sont secondaires, 80 000 lits touristiques sont recensés, et
dans le même temps, le taux de précarité énergétique atteint 30 %.
Les acteurs alpins ont très tôt mobilisé élus et territoires dans le défi de la transition énergétique. Aujourd?hui, la contrainte devient
opportunité socio-économique : richesse endogène, emploi, qualification, image de marque? La destination « Territoire à Énergie
POSitive » (TEPOS) est le moteur d?un développement local responsable. Cela se traduit par des mesures concrètes : construction
et rénovation éco-énergétique, efficacité énergétique, productions d?énergies renouvelables (réseau de chaleur biomasse, centrale
solaire, microcentrale hydroélectrique, géothermie, méthanisation, etc.).
Cependant, aujourd?hui, les objectifs sectoriels d?autosuffisance énergétique sont encore loin d?être atteints. Sur le territoire Ubaye-
Serre-Ponçon, pourtant mobilisé depuis 10 ans, atteindre l?équilibre production/consommation signifie rénover un tiers du parc bâti
en basse consommation, multiplier par trois la production d?énergies renouvelables, diviser par deux la part de mobilité? Les étapes
à franchir sont ainsi encore nombreuses. L?enjeu est bien la viabilité des territoires de montagne et la consolidation de leurs modèles
socio-économiques. L?engagement de tous est indispensable : population locale, collectivités, entreprises, touristes, acteurs de la
culture et de l?éducation? Ces derniers ont une mission essentielle : sensibiliser et mobiliser le public sur les défis de demain (Photo
21).
Photo 21. Visite d?une centrale villageoise
44
Conclusion
Aborder le changement climatique oblige à penser la multiplicité : celle des impacts, des transformations, des non-retours, et ce dans
les domaines socio-économiques comme environnementaux. Les Alpes n?échappent pas à cette règle dans la mesure où elles sont
elles-mêmes un espace de multiplicité qui caractérise sa richesse biologique et ses nombreuses espèces endémiques, ses écosys-
tèmes singuliers, ses fortes dynamiques paysagères, son économie touristique marquée par les saisons, mais aussi les aventures
multiples qu?un tel territoire continuent de nourrir. Ici, les températures augmentent plus fortement qu?ailleurs et les conséquences
sont déjà prégnantes à qui veut bien ouvrir les yeux. Ici, des initiatives germent à toutes les échelles, planifiées ou spontanées et
contribuent à repenser toute notre économie.
Le tourisme va connaître une évolution significative, parfois douloureuse au vu des changements d?enneigement : à l?avenir, « l?or
blanc » sera en effet une richesse moins partagée et accessible. La fonte spectaculaire des glaciers a de son côté déjà pleinement
transformé l?alpinisme estival. L?avenir du tourisme en montagne est ainsi encore à définir. Les risques sont objectifs, ne rien faire
n?est pas une option.
L?érosion grandissante, s?exerçant à des
échelles géographiques encore inconnues de
mémoire d?homme, fragilise la sécurité des
infrastructures comme des pratiquants de la
montagne. Quels investissements notre société
moderne et très urbaine consentira-t-elle dans
ces territoires peu peuplés ?
Les espaces naturels d?altitude, qui repré-
sentent un capital exceptionnel dans les Alpes,
sont entrés dans une phase de transformation dont la portée et l?ampleur sont encore incertaines. Aussi résilients soient-ils, un effet
de seuil pourrait avoir des conséquences en chaîne et entraîner des pertes de grande ampleur. Or cette biodiversité exceptionnelle
qu?hébergent nos montagnes fait partie intégrante des solutions à mobiliser. S?inspirer des stratégies d?adaptations naturelles, appe-
lées aussi « solutions d?adaptation fondées sur la nature », est de ce point de vue une nécessité.
Enfin, l?agriculture de montagne et le pastoralisme ont depuis plusieurs années pris acte du besoin d?évolution des pratiques. Cette
dernière est autant vécue comme une contrainte qu?une étape essentielle d?adaptation à la nouvelle donne climatique qui permettra
l?installation de nouveaux actifs (maraîchers, viticulteurs?).
Mobiliser le public pour vivre cette transition énergétique et écologique est un impératif. Sensibiliser n?est qu?une première étape,
indispensable, mais la mobilisation doit dépasser cet acte fondateur. Elle passe notamment par l?engagement. Il faut donner l?envie
d?agir. En ce sens, les actions exemplaires sont importantes, car elles sont des porte-drapeaux. Il faut aussi prendre le risque d?inno-
ver. C?est le sens de l?engagement d?acteurs publics, mais aussi privés, qui se traduit par la création d?emplois dédiés à l?émergence
et l?animation de nouvelles démarches territoriales dans les Alpes du Sud. À travers ces actions, les opérateurs du tourisme sont
invités à repenser leurs offres, des ateliers paysages sont organisés pour que l?urbanisme de demain soit pensé avec la nouvelle
donne climatique, la promotion de l?économie circulaire qui combine nos déchets, nos délaissés et notre mobilité, est encouragée?
Mobiliser tout un territoire est une affaire de longue haleine, parfois difficile et sinueuse, mais les résultats s?avèrent en grande ma-
jorité positifs et constructifs. Rendre, par exemple, un territoire autonome en énergie est une épreuve, mais les acteurs franchissent
des étapes pas à pas. La résignation, comme l?inaction évoquée en amont, n?est pas envisageable.
Enfin, comme le démontre ce cahier, la communauté scientifique est très largement mobilisée sur ces multiples questions et, plus
que jamais, la tour d?ivoire du chercheur a laissé place à une construction collective avec la diversité des acteurs du territoire. Mais
si la science a le pouvoir de réduire les incertitudes, elle ne prédit pas l?avenir à l?instar d?une Cassandre moderne. Elle donne des
outils et des réponses pour que nous choisissions collectivement des moyens d?action et un avenir commun. En ce sens, les pistes
d?adaptation au changement climatique et d?atténuation des gaz à effet de serre ne manquent pas dans tous les secteurs : agricultu-
re, foresterie, tourisme, habitat, énergie, transport... Elles différent selon les territoires et le contexte local, mais elles visent le même
objectif : protéger les populations et la nature tout en développant l?économie.
45
Ce cahier thématique portant sur la montagne est destiné aux décideurs et gestionnaires de territoires. Il constitue une première
approche pour mieux appréhender les conséquences du changement climatique en Provence-Alpes-Côte d?Azur.
Nous encourageons vivement les lecteurs, désireux d?en savoir davantage, à se rapprocher du GREC-SUD qui les orientera dans
leurs démarches et recherches (contacts@air-climat.org). Ils ont également la possibilité de s?adresser directement aux contribu-
teurs de cette publication :
? Christophe ADON (focus §1.3), animateur-prévisionniste-météo, Maison de la météo et du climat des Orres - Alpes du Sud (MMCO). Contact :
contact@mmco.fr
? Yves BIDET (§1.2), ingénieur (retraité), ex-chef de la division Études et Climatologie de Météo-France Sud-Est, Aix-en-Provence. Contact :
youenn.bidet@orange.fr
? Xavier BODIN (§1.4, §1.5, zooms 1 et 2), chargé de recherche, laboratoire EDYTEM, UMR 5204 / CNRS, Université Savoie-Mont-Blanc
(USMB). Contact : xavier.bodin@univ-smb.fr
? Mylène BONNEFOY-DEMONGEOT (§1.4), ingénieure, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et
l?agriculture (IRSTEA) - Érosion torrentielle, neige et avalanches (ETNA), Grenoble. Contact : mylene.bonnefoy@irstea.fr
? Anouk BONNEMAINS (§6.1, §6.2), docteure, équipe Territoires de montagne, laboratoire EDYTEM, UMR 5204 / CNRS, Université Savoie-
Mont-Blanc (USMB). Contact : anouk.bonnemains@univ-smb.fr
? Philippe BOURDEAU (Zoom 5), professeur, laboratoire PACTE, Institut de Géographie Alpine de l?Université Grenoble-Alpes (IGA), Grenoble.
Contact : philippe.bourdeau@univ-grenoble-alpes.fr
? Bernard BROT (§6.7), architecte, R+4 Architectes. Contact : bernard.brot@rplus4.com
? Rosine CARTIER (§5.3), post-doctorante, Lund University, Suède. Contact : rosine.cartier@geol.lu.se
? Laurent CAVALLI (§5.3), hydrobiologiste, maître de conférence, équipe Vulnérabilité écologique et conservation, Institut méditerranéen de
biodiversité et d?écologie Marine et Continentale (IMBE), Aix-Marseille Université. Contact : laurent.cavalli@imbe.fr
? Florie CHEVRIER (§4.4), ingénieure d?études, AtmoSud, Marseille. Contact : florie.chevrier@atmosud.org
? Aurélie COHAS (Zoom 4), maître de conférences, UMR CNRS 5558, Laboratoire Biométrie et Biologie Évolutive (LBBE), Université Claude
Bernard Lyon I, Villeurbanne. Contact : acohas@gmail.com
? Pierre COMMENVILLE (conclusion), directeur, Parc national des Écrins. Contact : pierre.commenville@ecrins-parcnational.fr
? Cédric CONTEAU (§4.3), développeur territorial et animateur de réseaux au Commissariat du massif des Alpes, Commissariat général à l?éga-
lité des territoires (CGET). Contact : cedric.conteau@cget.gouv.fr
? Christophe CORONA (§2.1), chargé de recherche, Laboratoire de géographie physique et environnementale (GEOLAB), CNRS, Cler-
mont-Ferrand. Contact : christophe.corona@uca.fr
? Thomas CURT (§2.3), directeur de recherche, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture
(IRSTEA), Aix-en-Provence. Contact : thomas.curt@irstea.fr
? Cédric DENTANT (§5.2), botaniste, Parc national des Écrins. Contact : cedric.dentant@ecrins-parcnational.fr
? Olivia DI VALENTIN (§3.2), technicienne-stagiaire, département « Génie biologique », Institut universitaire de technologie (IUT) d?Aix-Marseille,
Digne-les-Bains. Contact : olidival@orange.fr
? Sylvain DUPIRE (§2.3), post-doctorant, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture (IRS-
TEA), Grenoble. Contact : sylvain.dupire@irstea.fr
? Pierre-Allain DUVILLARD (§1.5, zooms 1 et 2), doctorant, Université Grenoble Alpes - Université-Savoie-Mont- Blanc, CNRS, EDYTEM, Le
Bourget-du-Lac. Contact : pierre-allain.duvillard@univ-smb.fr
? Nicolas ECKERT (§1.2, §2.1), ingénieur en chef, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture
(IRSTEA), UR ETNA / Université Grenoble Alpes. Contact : nicolas.eckert@irstea.fr
? Benjamin EINHORN (§2.4, zoom 1), directeur, Pôle Alpin d?études et de recherche pour la prévention des Risques Naturels (PARN). Contact :
benjamin.einhorn@univ-grenoble-alpes.fr
? Romain GAUCHER (zoom 2), chargé de mission risques naturels, Service ressources naturelles et risques, Conseil départemental des Hautes-
Alpes. Contact : romain.gaucher@hautes-alpes.fr
? Thierry GAUQUELIN (§4.1), professeur, Aix-Marseille Université / Université Avignon / CNRS / IRD / IMBE. Contact : thierry.gauquelin@imbe.fr
? Florie GIACONA (§2.1), post-doctorante, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture (IRSTEA),
UR ETNA / Université Grenoble Alpes, et Institut des Sciences de l?Environnement (ISE) / Université de Genève. Contact : florie.giacona@unige.ch
? Marc-Jérôme HASSID (§6.6), directeur, CIPRA France. Contact : marc-jerome.hassid@cipra.org
? Dominique LÉTANG (§2.1), directeur, Association nationale pour l?étude de la neige et des avalanches (ANENA), Grenoble. Contact :
dominique.letang@anena.org
? Jérôme LOPEZ-SAEZ (§2.1), post-doctorant, Institut des Sciences de l?Environnement (ISE) / Université de Genève. Contact :
jerome.lopez-saez@unige.ch
? Grégory LOUCOUGARAY (§3.1), chargé de recherche, Université Grenoble Alpes, IRSTEA, UR LESSEM, Centre de Grenoble, Saint-Martin-
d?Hères. Contact : gregory.loucougaray@irstea.fr
? Marco MARCER (§1.5, zooms 1 et 2), doctorant, laboratoire Environnements, DYnamiques et TErritoires de la Montagne (EDYTEM), UMR5204/
PACTE, Le Bourget-du-Lac. Contact : marco.marcer@univ-grenoble-alpes.fr
46
Pour aller plus loin
? Gwladys MATHIEU (zoom 6), coordinatrice du pôle Educ?alpes Climat, Educ?alpes, Gap. Contact : gwladys.mathieu@educalpes.fr
? Loanne MICHAUD (§3.2), technicienne-stagiaire, département « Génie biologique », Institut universitaire de technologie (IUT) d?Aix-Marseille,
Digne-les-Bains. Contact : loanne1375@gmail.com
? Samuel MORIN (§1.2, §1.3, §2.1), chercheur, Météo-France - CNRS, CNRM UMR3589, directeur du Centre d?études de la neige (CNRM/
CEN). Contact : samuel.morin@meteo.fr
? Mohamed NAAIM (§2.1), directeur du département scientifique « Eaux », Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?en-
vironnement et l?agriculture (IRSTEA), UR ETNA / Université Grenoble Alpes. Contact : mohamed.naaim@irstea.fr
? Jérémy NAHMIYAZ (§6.4, §6.5, §6.7, zoom 7), ingénieur-urbaniste, Énergies et Territoire Conseil. Contact : j.nahmiyaz@energies-territoire.com
? Élodie PASSINI (§3.2), technicienne-stagiaire, département « Génie biologique », Institut universitaire de technologie (IUT) d?Aix-Marseille,
Digne-les-Bains. Contact : elodiepassini@gmail.com
? Delphine PIAZZA-MOREL (§3.1), chargée de recherche, Université Grenoble Alpes, IRSTEA, UR LESSEM, Centre de Grenoble, Saint-Martin-
d?Hères. Contact : delphine.piazza-morel@irstea.fr
? Antoine RABATEL (§1.4, §1.5), chercheur, Institut des géosciences de l?environnement (IGE), CNRS/UGA/IRD/G-INP, Grenoble. Contact :
antoine.rabatel@univ-grenoble-alpes.fr
? Mélanie RAMUSOVIC (§1.5, zooms 1 et 2), Master 2 Géosphères, Institut d?urbanisme et de géographie alpine (IUGA), laboratoire Environne-
ments, DYnamiques et TErritoires de la Montagne (EDYTEM) - UMR5204, Le Bourget-du-Lac. Contact : melanie.ramusovic@yahoo.fr
? Valérie RIVAT (édito), directrice, Parc naturel régional du Queyras. Contact : v.rivat@pnr-queyras.fr
? Philippe ROSSELLO (ligne éditoriale, coordination générale, avant-propos, introduction, focus §1.2, §3.2, maquette), ingénieur en analyse
spatiale et prospective, GeographR / GREC-PACA / pôle métier Climat & Air du CRIGE-PACA. Contact : philippe.rossello@geographr.fr
? Olivier ROULLE (§1.2), responsable Études et Climatologie, Direction interrégionale Sud-Est, Météo-France, Aix-en-Provence. Contact :
olivier.roulle@meteo.fr
? Clotilde SAGOT (zoom 3), chargée de mission « mesures physiques », Parc national des Écrins. Contact : clotilde.sagot@ecrins-parcnational.fr
? Philippe SCHOENEICH (§1.5, §2.2, zooms 1 et 2), professeur, laboratoire PACTE, Institut de Géographie Alpine, Université Grenoble-Alpes,
Grenoble. Contact : philippe.schoeneich@univ-grenoble-alpes.fr
? Emmanuelle SÉGURET (§6.4, §6.5), directrice, Blue InK. Contact : eseguret@blueink.eu
? Delphine SIX (§1.4), glaciologue, Institut des géosciences de l?environnement (IGE), CNRS / UGA / IRD / G-INP, Grenoble. Contact :
delphine.six@univ-grenoble-alpes.fr
? Thomas SPIEGELBERGER (§5.1), directeur de recherche, Université Grenoble Alpes, IRSTEA, UR LESSEM, Centre de Grenoble, Saint-
Martin-d?Hères. Contact : thomas.spiegelberger@irstea.fr
? Brigitte TALON (§4.1), maitre de conférences, Institut méditerranéen de biodiversité et d?écologie Marine et Continentale (IMBE), Aix-Marseille
Université. Contact : brigitte.talon@imbe.fr
? Emmanuel THIBERT (§1.4), ingénieur de recherche, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agri-
culture (IRSTEA) - Érosion torrentielle, neige et avalanches (ETNA), Grenoble. Contact : emmanuel.thibert@irstea.fr
? Gaëlle THIVET (§4.3), chef de pôle forêt bois, Service régional de l?économie et du développement durable des territoires (SREDDT), Direction ré-
gionale de l?alimentation, de l?agriculture et de la forêt de Provence-Alpes-Côte d?Azur (DRAAF PACA). Contact : gaelle.thivet@agriculture.gouv.fr
? Marie TISSOT (§3.3), chargée de mission coordination AP3C, Service InterDépartemental pour l?Animation du Massif central, Aubière. Contact :
marie.tissot.sidam@aura.chambagri.fr
? Michel VENNETIER (§4.2), ingénieur-chercheur, IRSTEA, UR RECOVER : michel.vennetier@irstea.fr
? Anne-Lise VICTOIRE (§4.3), géomaticienne, chargée de mission de l?Observatoire régional, Communes forestières Provence-Alpes-Côte
d?Azur. Contact : annelise.victoire@communesforestieres.org
? Philippe VIEL (§4.3), chargé de mission Politiques territoriales et animateur du Réseau Alpin de la Forêt de Montagne, Communes forestières
Provence-Alpes-Côte d?Azur. Contact : philippe.viel@communesforestieres.org
? Simon VIEUX (zoom 3), technicien pastoral, CERPAM. Contact : svieux@cerpam.fr
? Xavier VILLETARD (§4.4), directeur opérationnel, AtmoSud. Contact : xavier.villetard@atmosud.org
? Christian VINCENT (§1.4), ingénieur de recherche, Institut des géosciences de l?environnement (IGE), CNRS / UGA / IRD / G-INP, Grenoble.
Contact : christian.vincent@univ-grenoble-alpes.fr
? Christophe VIRET (conclusion), directeur, Parc national du Mercantour. Contact : christophe.viret@mercantour-parcnational.fr
? Paul WAGNER (§6.7), architecte-urbaniste, Atelier 4. Contact : paulwagner@atelier4architectes.fr
? Bruno WILHELM (§1.1), maître de conférences, Université Grenoble Alpes, Institut des Géosciences de l?Environnement (UMR 5001/UR 252).
Contact : bruno.wilhelm@univ-grenoble-alpes.fr
Suzanne de Cheveigné (directrice de recherche, Centre Norbert Elias, EHESS/CNRS/UAPV/AMU), Joël Guiot (directeur de recherche, CNRS,
CEREGE, co-président du GREC-SUD) et Bernard Seguin (directeur de recherche, retraité, Inra, co-président du GREC-SUD), membres du
Comité régional d?orientations (CRO) du GREC-SUD, ont également apporté leur expertise.
Pour obtenir la liste des références bibliographiques sur lesquelles s?appuie cette synthèse des connaissances, prenez contact avec le GREC-
SUD : contacts@air-climat.org
Comment citer cette publication du GREC-SUD ?
Impacts du changement climatique et transition(s) dans les Alpes du Sud, Les cahiers du GREC-SUD édités par l?Association pour l?innovation et
la recherche au service du climat (AIR), octobre 2018, 48 pages. ISBN : 9782956006060
47
L?association pour l?innovation et la recherche au service du climat (A.I.R Climat), qui entend
contribuer à la prise de conscience des enjeux du changement climatique, mais aussi aider à la
recherche de solutions innovantes, encourage la transition verte, en coordonnant notamment le
GREC-SUD.
contacts@air-climat.org
www.air-climat.org - www.grec-sud.fr
(ATTENTION: OPTION ce de la population ralentit. Si cet impact négatif est partiellement
contrebalancé par un accès plus important à la reproduction pour les subordonnées de nos jours, le changement climatique pour-
rait perturber les pressions de sélection qui ont jusqu?à présent favorisé l?élevage coopératif chez la marmotte alpine. Cet exemple
montre qu?au delà des conséquences désormais reconnues sur la survie et la reproduction des animaux, les changements clima-
tiques auraient également des répercussions importantes sur les organisations sociales et sur la propension des individus à coopérer.
5.3. Les effets du bouleversement climatique sur les zones humides et les
lacs de montagne
Les écosystèmes aquatiques de montagne ont un rôle ma-
jeur dans l?autoépuration et la régulation de la ressource
en eau. Ils constituent des réservoirs de biodiversité em-
preints d?une image forte de naturalité (Photo 13). Ils portent
l?image de milieux exempts de toute perturbation, car loin de
toute activité anthropique directe. Au contraire, ces écosys-
tèmes constituent des milieux fragiles, sensibles aux chan-
gements climatiques, dont le fonctionnement a été influen-
cé par les activités humaines depuis plusieurs millénaires.
Soumis à des contraintes environnementales fortes (gel et
obscurité pouvant durer jusqu?à 10 mois), les lacs abritent des
réseaux trophiques simplifiés, sensibles aux changements en-
vironnementaux. Ils sont qualifiés de milieux « sentinelles ».
Leur fonctionnement dépend directement de la température, de
l?hydrologie, des retombées atmosphériques et des interactions
avec le bassin versant. En agissant sur ces facteurs, les change-
ments climatiques peuvent entraîner des modifications rapides
du fonctionnement lacustre et des communautés phytoplancto-
niques comme observé par le passé.
Le climat a une influence directe sur la température, la période
d?englacement, le pH et les niveaux lacustres, et indirecte sur
le bassin versant, la densité du couvert végétal, et l?intensité de
l?érosion des sols, des facteurs modulant le transfert des nutri-
ments jusqu?au lac. Ce transfert de nutriments dépend du ré-
gime hydrologique et se fait essentiellement lors de la fonte des
neiges et des épisodes de pluie. La température agit sur la com-
position des communautés planctoniques, mais également sur
la stabilité de la stratification thermique estivale, les processus
de dégradation de la matière organique et donc la concentration
en oxygène au fond.
Photo 13.
Lac de Fenestre, Parc
national du Mercantour
Sous l?influence des changements globaux, une augmentation
du niveau de trophie des lacs, une modification de la composi-
tion des communautés à une diminution de la transparence ou
encore des phénomènes d?anoxie au fond des lacs profonds sont
attendus. Les modifications induites par les changements clima-
tiques (Figure 17) vont se superposer aux usages déjà présents
sur ces écosystèmes (randonnée, pêche, etc.) et aux effets de la
déprise agropastorale à l?origine d?une reprise de la forêt alpine.
Il convient donc de mieux comprendre le fonctionnement de ces
milieux et leur évolution à long terme afin d?identifier les pertur-
bations liées au changement climatique récent et d?adopter des
mesures de gestion permettant de limiter leurs effets délétères.
Figure 17. Évolutions probables sous l?influence des changements climatiques :
+ augmentation ; - diminution (source : schéma modifié, L.N. De Senerpont Domis et al., 2013)
34
Chapitre 6. Des espaces habités face au changement cli-
matique, une nécessité d?atténuation et d?adaptation
Les impacts du changement climatique pèsent sur l?économie et l?aménagement des territoires montagnards. Le tourisme blanc est
l?une des activités qui suscite le plus d?interrogations, car sa remise en cause bouleverse tout un pan de la vie économique et sociale
des acteurs alpins, les orientations politiques aux niveaux local, régional et national? Mais la mise en oeuvre d?actions susceptibles
de limiter les effets de l?évolution du climat ne doit pas être seulement perçue comme une contrainte dans la mesure où elle peut
ouvrir le champ à des pistes d?adaptation et d?atténuation porteuses d?espoir, malgré les difficultés.
6.1. L?or blanc s?écrit-il en pointillé dans les Alpes du Sud ?
Skier dans de bonnes conditions dans les Alpes du Sud dans
30 ans sera-t-il encore possible ? La neige naturelle sera-t-elle
toujours au rendez-vous à l?avenir ? Avec le changement clima-
tique, les professionnels du tourisme s?interrogent sur la fiabilité
de l?enneigement naturel dans les stations alpines.
Sous l?effet de l?augmentation de la température de l?air, la fiabi-
lité de l?enneigement naturel, basée sur les domaines skiables
susceptibles d?ouvrir 100 jours avec au moins 30 cm de neige
au sol, varie selon les massifs alpins. La limite altitudinale a en
effet tendance à s?élever ces dernières décennies (§1.2, §1.3).
Dans les Alpes du Sud, la fiabilité de l?enneigement se situerait
au-dessus de 1600-1700, voire 1800 mètres d?altitude en 2050.
D?après une approche prospective, avec une augmentation de
la température de l?air de 2°C par rapport à la période préin-
dustrielle (proche de la situation actuelle), 80 % des domaines
skiables dans les Hautes-Alpes seraient encore opérationnels.
Néanmoins, les écarts se creusent entre les massifs avec une
augmentation possible de +4°C si de sévères mesures d?atté-
nuation de gaz à effet de serre à l?échelle mondiale ne sont ra-
pidement pas mises en oeuvre, puisque le taux d?enneigement
fiable serait proche de 70 % en Savoie, seulement 30 % dans les
Hautes-Alpes et 10 % dans les Alpes-de-Haute-Provence (Pho-
to 14). Les domaines skiables des Alpes du Sud seraient donc
particulièrement vulnérables : seules quelques stations, comme
Montgenèvre, Risoul ou Les Orres, grâce à leur altitude et/ou
l?orientation de leurs pistes, seraient en mesure de maintenir
une offre touristique durable principalement axée sur la pratique
du ski alpin, avec toutefois des années de pénurie et un ennei-
gement capricieux selon les années et les périodes hivernales.
En effet, cet indicateur ne doit pas masquer la forte variabilité
interannuelle de l?enneigement dans les Alpes du Sud (typique
du climat montagnard méditerranéen), l?influence des microcli-
mats selon l?orientation des versants par exemple, mais aussi
les moyens techniques des stations de ski, comme le travail des
pistes ou la neige de culture. Cette dernière a le mérite de pal-
lier temporairement le manque de neige naturel et d?apporter si
besoin plus de confort aux amateurs de glisse, mais elle exige
en contrepartie des investissements lourds qui demandent en
amont une analyse du contexte local en raison des impacts sur
l?environnement (perturbation des hydrosystèmes, construction
de bassins de rétention, consommation d?énergie?) et de l?évo-
lution des températures de l?air, surtout en basse et moyenne
altitude.
La fragilité des stations dans les Alpes du Sud dépendra des
choix socio-économiques qui conditionneront les émissions des
gaz à effet de serre à l?échelle mondiale, régionale et locale, et
des mesures d?adaptation au changement climatique, mais les
stations situées en basse et moyenne altitude devront s?orienter
vers un tourisme 4 saisons pour ne plus dépendre de l?or blanc.
Les nouvelles simulations climatiques, basées sur les scénarios
du dernier rapport du GIEC, affineront ces tendances.
Photo 14. Le Sauze, Alpes-de-Haute-Provence
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Zoom 5. Guides et gardiens de refuge, pionniers de l?adaptation !
Les guides et gardiens de refuge portent un regard particulier sur l?évolution du climat en montagne. Comme le changement cli-
matique est plus marqué en haute montagne qu?en plaine, ils sont les premiers témoins du bouleversement amorcé depuis des
décennies. Ainsi, l?adaptation est déjà au coeur de leur culture professionnelle, et guides et gardiens font figure de pionniers dans
l?expérimentation de nouvelles ressources et savoir-faire.
Si l?effet du changement climatique sur les sports d?hiver polarise l?attention, son impact sur le tourisme estival en montagne est
largement sous-estimé. Dans le cas de l?alpinisme, le retrait glaciaire et la disparition des névés bouleversent les conditions de pra-
tique : décalage des ascensions de l?été vers le printemps, délaissement ou disparition d?itinéraires, déclin de la randonnée glaciaire,
élévation des niveaux de difficulté, augmentation des risques de chutes de pierre et d?éboulements? Pour les guides de haute mon-
tagne, ces contraintes impliquent de multiples adaptations à partager avec leurs clients : impératif de réactivité face à la variabilité
Photo 15. Le refuge des Écrins, Pelvoux
des conditions, mobilité accrue vers d?autres massifs, report d?activité sur le ski de randonnée, les voies rocheuses, la via ferrata et
le canyoning, gestion des risques accentuée.
Pour la majorité des gardiens de refuge, l?adaptation s?opère au prix d?une réorientation radicale basée sur l?accueil d?un public élargi
et le développement de compétences en médiation et animation. Pour y parvenir, les gardiens jouent sur l?ensemble des ressources
à leur disposition en matière d?accessibilité pédestre, d?environnement paysager (lac, panorama?), mais aussi d?expériences de
la nature. Les refuges deviennent progressivement des destinations à part entière (Photo 15) et des lieux d?initiation à la montagne
où se vivent expositions, résidences d?artistes, concerts, bals, classes vertes, stages et séjours? Cette mutation et l?extension des
périodes de gardiennage au printemps et en hiver, grâce au ski de randonnée et à l?alpinisme, multiplient les exigences liées à l?ac-
cès aux refuges (ouverture des routes, installation des passerelles) et la mise à niveau de leur équipement (eau, énergie, chauffage,
toilettes). La nouvelle donne climatique implique aussi le renforcement de démarches d?information et de formation destinées aux
pratiquants.
36
6.2. Les stations de montagne du futur, un visage polymorphe ?
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les sports d?hiver ont été
perçus comme le moyen de moderniser et développer les terri-
toires de montagne. Cette politique étatique a permis à la France
de faire partie du top 3 des destinations mondiales de sports
d?hiver avec les États-Unis et l?Autriche. Cette réussite cache ce-
pendant une grande disparité entre les territoires puisque deux
départements (Savoie et Haute-Savoie) représentent 63 % des
journées-skieurs consommées en France (Indicateurs et ana-
lyses 2017, Domaines Skiables de France). Quant aux Alpes du
Sud, elles pèsent pour 14 % de la fréquentation nationale. Cette
logique de concentration est visible également à travers le type
de station. Les très grandes et grandes stations regroupent à
elles seules 78 % des journées-skieurs. Concernant les Alpes du
Sud, le marché des sports d?hiver est porté par les grandes sta-
tions telles que Serre-Chevalier, Vars et Les Orres (Photo 16).
Le modèle économique de sports d?hiver demande des inves-
tissements lourds aux collectivités territoriales pour le maintien
des remontées mécaniques (remplacement, maintenance). À
ces engagements financiers viennent s?ajouter des technologies
et des techniques coûteuses pour faire face aux aléas clima-
tiques (neige de culture, travaux de pistes, damage?). Dans les
Alpes du Sud, cette course à l?investissement fait peser un poids
supplémentaire sur les finances des collectivités locales déjà en
difficulté.
À cette problématique financière s?additionne, dans les Alpes
du Sud, une variabilité interannuelle du climat entraînant un en-
1 https://www.insee.fr/fr/statistiques/2128988
neigement aléatoire, notamment en fin de saison. La rentabilité
d?une station de sports d?hiver est assurée si son ouverture est
supérieure à 100 jours par an. Aujourd?hui, cette durée n?est pas
toujours garantie dans les Alpes du Sud (§6.1). La pression est
donc très forte sur l?enneigement, mais également sur la res-
source en eau.
Le marché des sports d?hiver est extrêmement concurrentiel du
fait de la stagnation de la fréquentation. Les stations des Alpes
du Sud sont éloignées des grandes voies de communication, ce
qui décourage grandement les clientèles européennes, même si
certaines stations renforcent leur publicité et leur communication
à l?étranger.
Malgré ce contexte, les acteurs des stations de sports d?hiver
des Alpes du Sud continuent de centrer leur activité autour de
la neige. Le modèle souhaité est celui des Alpes du Nord et non
un positionnement spécifique à leur territoire. En termes d?amé-
nagement, la construction de lits neufs continue à se poursuivre
dans plusieurs stations. La diversification de l?offre touristique
reste à la marge, même si des efforts sont manifestes, et perçue
comme un simple complément à l?activité ski.
La mise en place des espaces valléens1 dans les Alpes du Sud
va permettre de repenser en profondeur l?offre touristique des
territoires. Le nouveau visage des stations de sports d?hiver se
dessinera et leur capacité à diversifier leur offre touristique en
valorisant les ressources locales sera renforcée.
Photo 16. Front de neige de la station des Orres 1600
37
6.3. La loi Montagne 2 : une intégration des changements climatiques dans
la législation ?
Le droit serait-il en avance sur les élus et les acteurs locaux du
tourisme pour penser l?adaptation aux changements climatiques
des territoires de montagne ? Les chercheurs en droit qui ont
analyse le volet 2 de la loi Montagne (Joye, 2017) mettent en
avant une vision anthropocentrée du développement durable :
la montagne resterait un espace de conquête et non un espace
à protéger. Néanmoins, le législateur reconnaît le besoin d?un
changement de modèle, mais celui-ci reste au stade théorique.
Photo 17. Prapic enneigé
Deux points sont essentiels dans l?évolution juridique du déve-
loppement durable des territoires de montagne (Photo 17) :
? de par sa réforme récente des unités touristiques nouvelles
(UTN), l?État renforce le pouvoir des collectivités locales et le
rôle de la planification territoriale. C?est également la première
apparition du concept de vulnérabilité au changement clima-
tique dans le code de l?urbanisme appliqué à une procédure
administrative. En effet, le développement touristique et en
particulier la création des UTN « prennent en compte la vulné-
rabilité de l?espace montagnard au changement climatique ».
De ce point de vue, c?est un progrès car il sera, par exemple,
possible de traiter un « projet restreignant la ressource en eau,
le territoire agricole, l?artificialisation du sol, etc. ». Certes,
cette inscription dans la loi n?interdit pas les projets d?aména-
gement, mais elle revient à imposer un « principe de prudence
aux investisseurs » ;
? avec la loi du 28 décembre 2016, la législation « tente de
prendre en compte la réversibilité des équipements, la remise
en état des sites et leur reconversion ». L?autorisation de ré-
alisation de travaux dédiés aux remontées mécaniques est
dorénavant assujettie au démontage de celles-ci et de leurs
constructions annexes, et à la remise en état des sites dans
un délai de trois ans après l?arrêt définitif des remontées mé-
caniques. Actuellement, un certain nombre de questions juri-
diques restent toutefois en suspens : il n?existe pas d?obligation
pour l?exploitant de constituer une provision financière. Sur qui
pèsera cette mesure ? Et quelle autorité viendra constater la
mise en arrêt d?un équipement de remontées mécaniques, et
à l?aide de quel acte juridique ? Néanmoins, ces avancées dé-
montrent une prise de conscience par le législateur du risque
de créer des friches par des investissements anachroniques
au regard des aspirations des touristes ou du changement
climatique.
Il est encore difficile de savoir comment la loi va évoluer et de
quelle manière le législateur prendra en considération la problé-
matique du changement climatique, mais le droit en montagne
tend vers une meilleure gestion des territoires.
38
« L?autorisation de réalisation de
travaux dédiés aux remontées mé-
caniques est dorénavant assujettie
au démontage de celles-ci et de
leurs constructions annexes »
Zoom 6. Changement climatique et adaptation, comment sensibiliser et for-
mer les acteurs alpins ?
Pour l?éducation citoyenne, le changement climatique est l?un des enjeux les plus difficiles à
appréhender : le thème est scientifiquement complexe ; les connaissances comportent de nom-
breuses incertitudes ; le phénomène est difficilement perceptible par les sens ; les effets sont
considérés comme lointains à la fois dans l?espace et dans le temps ; les risques parfois oubliés.
À cela s?ajoute un traitement médiatique qui alimente parfois le scepticisme et la remise en
cause de nos modes de vie, ce qui rend difficile la mise en mouvement individuelle et collective.
Face à ces freins, les acteurs du pôle Éduc?alpes Climat expérimentent depuis 2010 diverses
méthodes pour sensibiliser les publics alpins (jeunes, citoyens, professionnels, élus?) aux im-
pacts du changement climatique, et font ressortir plusieurs points clés :
? l?importance de l?apport de connaissances locales développant la vision systémique du chan-
gement climatique. Les efforts sont à poursuivre sur le massif alpin pour rendre ces informations
accessibles ;
? l?intérêt de s?appuyer sur le terrain physique et humain : la montagne permet de montrer les impacts du changement climatique.
On pense à la fonte des glaciers ou à la migration d?espèces, mais faire témoigner des professionnels (agriculteurs, gestionnaires
de stations, guides?) sur les changements qu?ils observent dans le milieu et leurs pratiques peut aussi être un puissant levier de
prise de conscience ;
? l?utilisation de pédagogies actives et méthodes participatives qui développent l?esprit critique, les échanges, les débats, redonne
du pouvoir d?action aux groupes et individus sur un sujet face auquel ils se sentent souvent impuissants ;
? enfin, aborder le changement climatique par un versant plus personnel (approches émotionnelles, sensorielles, artistiques, vécu?)
est essentiel pour que chacun se sente concerné par ce sujet. Les dimensions psychologiques et sociales du changement clima-
tique ont été encore peu investies dans les Alpes et les recherches gagneraient à être développées pour renouveler l?approche
du sujet.
39
6.4. Économie circulaire et numérique dans les Alpes du Sud, des modèles
d?atténuation ?
L?économie circulaire se présente comme un système écono-
mique résilient au modèle actuel de production et d?usage, dit
« linéaire », qui, dans le cycle de vie d?un bien ou service, de
l?extraction des matières premières à son élimination, engendre
des nuisances et des résidus non valorisables. La circularité
apporte de nouveaux bénéfices socio-économiques à chaque
phase du cycle de production par la réduction du gaspillage de
ressources et des incidences socio-environnementales. Cela
se traduit concrètement par un approvisionnement respon-
sable, une réutilisation des déchets et ressources énergétiques
fatales, une extension de la durée de vie et un usage partagé
et renouvelé. L?ensemble du processus de conception-produc-
tion-usage-élimination intègre le triptyque sobriété-efficacité-va-
lorisation. Cela implique de positionner la conception du produit
dans une stratégie de service et non de propriété, et ouvre un
champ nouveau d?innovation à toute échelle.
Les Alpes du Sud accueillent une activité économique plurielle
rythmée par une forte saisonnalité. Cela implique une variation
de flux complexes à gérer : déchets, énergies, eau, ressources
humaines, foncier-bâti? Les territoires ruraux de montagne
sont riches de ressources naturelles, de savoir-faire et d?un tissu
d?acteurs dynamiques qui, dans un processus de synergie cir-
culaire, représentent un fort potentiel de valorisation socio-éco-
nomique de gisements considérés jusque-là comme de la perte
sèche. Une fois pleinement mobilisée, cette valorisation limitera
l?empreinte et la vulnérabilité des territoires. Cela passe à la fois
par le développement de l?économie de la fonctionnalité et de
l?écologie industrielle et territoriale. La solidarité montagnarde
et rurale a déjà permis d?intégrer partiellement ces notions au
travers de coopératives agricoles ou encore dans une gestion
exemplaire des déchets à l?image des territoires zéro déchet de
Serre-Ponçon et du Briançonnais.
Photo 18. Filière bois-énergie
Engager les Alpes du Sud dans un modèle territorial circulaire
peut se traduire par les actions suivantes :
? mise en partage des solutions de mobilité et des outils de
production : autopartage, covoiturage, atelier bois collaboratif,
coopérative de transformation alimentaire? ;
? valorisation et réemploi des déchets ménagers et profession-
nels : ressourcerie, plateforme de compostage, déchetterie
dédiée au BTP, unité de valorisation de biogaz ;
? mixité d?usage du foncier non bâti (surface urbanisée/agricole
et production d?énergies locales, digues de protection et pistes
cyclables?) ;
? mutation des affectations du bâti délaissé (habitat groupé, es-
pace de coworking, centre culturel et artistique?) ;
? combinaison de services économiques touristiques et endo-
gènes (services à la personne et de conciergerie par exemple).
Les champs d?application ne sont limités que par la quantité de
flux disponibles et la créativité des acteurs à les valoriser, in-
ventivité qu?il sera nécessaire de stimuler dans une approche
faisant appel à l?intelligence collective. Le chemin est d?ores et
déjà engagé par l?intermédiaire de nombreuses initiatives indivi-
duelles, publiques et privées (Photo 18) qu?il reste à consolider
de manière stratégique, coordonnée et hautement ambitieuse.
Renforcer l?intensité d?usage des matières premières dans une
boucle itérative à forte valeur ajoutée contribuera à la résilience
climatique des territoires de montagne et la consolidation de leur
viabilité socio-économique.
6.5. Stratégies territoriales de transition(s) et leur reconnaissance, cataly-
seur d?une mise en mouvement collective et coopérative ?
Rassembler les acteurs du territoire autour d?une stratégie de
transition écologique est un défi majeur auquel les collectivités
sont aujourd?hui confrontées pour plusieurs raisons : cisellement
des compétences dans les différentes instances territoriales,
manque de moyens financiers et humains pour animer une dé-
marche collective, faible culture de la concertation, conscience
relative de l?urgence climatique et de ses impacts pour le terri-
toire?
Malgré les difficultés, s?engager sur une stratégie de transition
est essentielle car porteuse de nombreuses retombées positives
sécurisant la capacité d?habiter le territoire :
? amélioration de l?attractivité territoriale sur le volet économique
et touristique ;
? impulsion d?une dynamique locale grâce à l?engagement des
acteurs économiques, notamment socioprofessionnels ;
? anticipation de la réglementation ;
? augmentation de l?efficience des investissements publics ;
? amélioration du bien-être des habitants et des visiteurs ;
? innovation sociale et économique frugale et coopérative, fac-
teur de mobilisation locale?
40
« S?engager sur une stratégie de tran-
sition est essentielle car porteuse de
nombreuses retombées positives sécu-
risant la capacité d?habiter le territoire »
Aujourd?hui, des collectivités privilégient des démarches concer-
tées de vision rêvée de leur territoire sur 15 ou 20 ans. Ces
initiatives prospectives sont le point de départ d?une stratégie
de transition : par exemple, Superdévoluy et sa vision Dévoluy
2030, Les Rousses et sa stratégie territoriale durable ou en-
core Valberg qui, après avoir signé la charte du développement
durable de l?Association nationale des maires des stations de
montagne (ANMSM), se lance dans la labellisation Flocon Vert
(Figure 18). Ces premières collectivités cherchent à rassembler
afin de co-construire et engager les parties prenantes dans un
territoire à haute valeur ajoutée. L?outil choisi par Valberg est le
label Flocon Vert, porté par l?association Mountain Riders. Ce
dernier est transverse et questionne de nombreuses théma-
tiques allant de la gestion des ressources naturelles à l?accueil
des saisonniers, en passant par la mobilité. La labellisation est
en ce sens un processus intéressant, car elle rassemble les ac-
teurs et valorise leurs actions, et donc favorise leur engagement
dans une dynamique d?amélioration continue.
Plusieurs éléments sont à retenir pour lancer une dynamique
autour d?une stratégie de transition :
? mettre en lumière les bonnes pratiques déjà existantes sur le
territoire ;
? rassembler les acteurs pour co-construire une vision rêvée ;
? désigner des « animateurs » de la démarche et travailler avec
les parcs nationaux et les parcs naturels régionaux, nombreux
en région Provence-Alpes-Côte d?Azur ;
? valoriser cette stratégie auprès du grand public, à l?aide de
labels tels que le Flocon Vert, la certification iso (qualité, envi-
ronnement, énergie?), Cit?ergie, etc. ;
? engagement sur la durée des décideurs locaux dans le por-
tage de la démarche.
6.6. La mobilité, le parent pauvre des territoires alpins ?
Les émissions de gaz à effet de serre de la France sont reparties
à la hausse en 2015 et 2016 après une baisse quasi ininterrom-
pue depuis la fin des années 90. Les déplacements automo-
biles, premières sources d?émission en France avec 29 % des
rejets (25 % en moyenne dans les pays alpins), constituent un
enjeu majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique.
La Convention alpine a très tôt dressé une feuille de route avec
son protocole « transport ». Ce dernier pose comme enjeu prin-
cipal la diminution du transport routier au profit des transports
publics, du transport par rail, principalement à travers trois le-
viers :
? la gestion rationnelle et sûre des transports, notamment dans
les réseaux transfrontaliers ;
? la coordination des différents modes et moyens de transport
(interopérabilité) ;
? l?instauration de mesures incitatives pour parvenir à des condi-
tions de concurrence équitable entre les transports et rendre
les modes de transport alternatifs à la route plus compétitifs.
Force est de constater que la voiture individuelle et la route de-
meurent le mode de déplacement privilégié, notamment dans
les territoires ruraux alpins. La réforme en cours de la SNCF
laisse peser de nombreuses incertitudes sur les lignes régio-
nales (lignes depuis l?étoile ferroviaire de Veynes, train de Nice
à Tende/Photo 19, etc.). De leur côté, les lignes de bus et les
services de transport à la demande sont régulièrement remis en
cause pour des raisons financières.
Des éléments pourraient guider l?évolution des modes de trans-
port dans les Alpes ces prochaines années :
? le développement des véhicules électriques marquera sans
conteste les prochaines décennies ;
? l?amélioration de la coordination des acteurs du secteur est
envisageable à travers les nouvelles technologies ;
? le développement de nouvelles formes de mobilité associées
à un tourisme doux : tourisme itinérant, réflexion autour du
transport par câble entre la montagne et la plaine, usage des
transports collectifs comme le Train des Pignes.
Figure 18. Le label Flocon vert (www.flocon-vert.org/le-label/)
41
Photo 19. Train des Merveilles
Enfin, il faut rappeler que l?enjeu est d?assurer une bonne ac-
cessibilité, la plus indépendante possible de l?automobile. Les
réponses se trouvent dans le redéploiement de l?activité et des
services dans les territoires à travers notamment le numérique,
ainsi qu?à une meilleure intégration des enjeux d?aménagement
du territoire (conservation des coeurs de village, limitation de
l?étalement urbain?).
6.7. Quel urbanisme demain en montagne ?
La montagne est un territoire disposant de grandes richesses,
mais un territoire contraint où la quasi-totalité des problèmes
d?aménagement est présente. Ce qui fonctionnera ici servira ail-
leurs. En ce sens, lors de leur création, les zones périphériques
des parcs nationaux (zones d?adhésion) étaient considérées
comme des laboratoires vivants de ce qui était encore appelé
« développement durable ».
L?urbanisme qui se contente de prolonger les tendances est ir-
responsable et révolu. Nous avons aujourd?hui les outils pour
anticiper les conséquences du changement climatique et inflé-
chir la dégradation de la biodiversité, si nous le décidons. Mais
il sera nécessaire de réhabiliter la pensée à long terme et de
rendre tous leurs moyens aux équipes d?urbanistes pluridisci-
plinaires.
Pour l?urbanisme de demain, les grands axes à privilégier sont
les suivants :
? gérer le foncier : la spéculation et la rétention des terrains sont
des obstacles majeurs à l?organisation rationnelle du sol, pour
tous ses usages. Depuis la loi d?orientation foncière (1967)
et les idées développées par son auteur, Edgar Pisani, les
moyens sont connus, mais personne n?a voulu se lancer dans
une réforme ô combien sensible, même si des avancées signi-
ficatives ont vu le jour (offices fonciers, par exemple) ;
? penser « local » : les textes législatifs sont le plus souvent
conçus en dehors des réalités de la montagne. Trop de lois
(lois Solidarité et renouvellement urbain, Montagne, etc.),
clairvoyantes et adaptées à l?origine, ont été dévoyées par des
préoccupations politiciennes de court terme ;
? développer les mobilités, en s?attaquant aux causes et non
aux effets : les déplacements visent le travail, les courses, les
loisirs, l?accès aux services publics? Se poser la question de
l?équilibre habitat/emploi sur un territoire donné serait un mini-
mum. Pour les services publics et les courses du quotidien, les
habitants pourraient jouer un rôle de relais. Les volontaires ne
manquent pas et se déclarent d?ores et déjà partants ;
? encourager le sens de la collectivité : les montagnards se
maintiennent sur leur territoire (Photo 20), grâce à une organi-
sation collective très élaborée, mais aussi indispensable. L?ur-
banisme de demain sera d?autant plus réussi et adapté, si les
valeurs communes et partagées renaissent ;
? et privilégier la culture ! Ce sens de la collectivité montagnarde,
qui n?était absolument pas une contrainte totalitaire, mais un
désir de tous, a généré une riche culture montagnarde, mais
dans un système agro-pastoral dominant. L?enjeu sera de re-
trouver cette culture commune avec les acteurs multiples d?au-
jourd?hui et les nouveaux habitants de demain sur un territoire
qui a toujours été un lieu d?accueil et ouvert aux migrations.
L?urbanisme montagnard doit anticiper toutes les mutations dont
nous ignorons encore pleinement la nature, qu?elles soient en-
vironnementales, économiques (nouvelles formes de tourisme
et d?agriculture, innovation?), sociales (immigrations?), et qui
formeront plus largement à terme une culture partagée.
42
Photo 20. Hameaux de Pierregrosse et Le Coin, Molines-en-Queyras
43
Culture partargée
Gérer le foncier
Développer les mobilités
Anticiper les mutations
Sens de la collectivité montagnarde
Penser local
Nouvelles formes d?urbanisme
Désir de tous
Acteurs multiples
Zoom 7. La transition énergétique des territoires alpins est-elle un tremplin ?
La crise climatique trouve sa source dans une consommation effrénée des ressources énergétiques fossiles. La nécessité de
s?adapter doit s?accompagner de mesures fortes d?atténuation par la mise en place d?une stratégie de transition énergétique. Cette
démarche représente une magnifique opportunité de mutation positive des modèles socio-économiques existants.
Les alpins ont toujours su tirer profit des ressources locales pour répondre à leurs besoins : énergies, matériaux, alimentation?
Depuis le XIXème siècle, les Alpes sont devenues fournisseurs d?eau, d?électricité, de bois et charbon, de main-d?oeuvre, pour le dé-
veloppement des territoires ruraux et urbains situés en aval. À partir des années 50, les Alpes du Sud accueillent massivement les
urbains en quête de loisirs, de nature et d?authenticité préservée. Le tourisme est ainsi devenu la colonne vertébrale économique.
Cela a introduit des paradoxes socio-énergétiques complexes à appréhender : station de montagne énergivore, parc résidentiel se-
condaire et touristique majoritaire, infrastructures surdimensionnées, barrage d?utilité nationale?. À titre d?exemple, sur le territoire
Ubaye-Serre-Ponçon qui totalise 20 000 habitants, 65 % des résidences sont secondaires, 80 000 lits touristiques sont recensés, et
dans le même temps, le taux de précarité énergétique atteint 30 %.
Les acteurs alpins ont très tôt mobilisé élus et territoires dans le défi de la transition énergétique. Aujourd?hui, la contrainte devient
opportunité socio-économique : richesse endogène, emploi, qualification, image de marque? La destination « Territoire à Énergie
POSitive » (TEPOS) est le moteur d?un développement local responsable. Cela se traduit par des mesures concrètes : construction
et rénovation éco-énergétique, efficacité énergétique, productions d?énergies renouvelables (réseau de chaleur biomasse, centrale
solaire, microcentrale hydroélectrique, géothermie, méthanisation, etc.).
Cependant, aujourd?hui, les objectifs sectoriels d?autosuffisance énergétique sont encore loin d?être atteints. Sur le territoire Ubaye-
Serre-Ponçon, pourtant mobilisé depuis 10 ans, atteindre l?équilibre production/consommation signifie rénover un tiers du parc bâti
en basse consommation, multiplier par trois la production d?énergies renouvelables, diviser par deux la part de mobilité? Les étapes
à franchir sont ainsi encore nombreuses. L?enjeu est bien la viabilité des territoires de montagne et la consolidation de leurs modèles
socio-économiques. L?engagement de tous est indispensable : population locale, collectivités, entreprises, touristes, acteurs de la
culture et de l?éducation? Ces derniers ont une mission essentielle : sensibiliser et mobiliser le public sur les défis de demain (Photo
21).
Photo 21. Visite d?une centrale villageoise
44
Conclusion
Aborder le changement climatique oblige à penser la multiplicité : celle des impacts, des transformations, des non-retours, et ce dans
les domaines socio-économiques comme environnementaux. Les Alpes n?échappent pas à cette règle dans la mesure où elles sont
elles-mêmes un espace de multiplicité qui caractérise sa richesse biologique et ses nombreuses espèces endémiques, ses écosys-
tèmes singuliers, ses fortes dynamiques paysagères, son économie touristique marquée par les saisons, mais aussi les aventures
multiples qu?un tel territoire continuent de nourrir. Ici, les températures augmentent plus fortement qu?ailleurs et les conséquences
sont déjà prégnantes à qui veut bien ouvrir les yeux. Ici, des initiatives germent à toutes les échelles, planifiées ou spontanées et
contribuent à repenser toute notre économie.
Le tourisme va connaître une évolution significative, parfois douloureuse au vu des changements d?enneigement : à l?avenir, « l?or
blanc » sera en effet une richesse moins partagée et accessible. La fonte spectaculaire des glaciers a de son côté déjà pleinement
transformé l?alpinisme estival. L?avenir du tourisme en montagne est ainsi encore à définir. Les risques sont objectifs, ne rien faire
n?est pas une option.
L?érosion grandissante, s?exerçant à des
échelles géographiques encore inconnues de
mémoire d?homme, fragilise la sécurité des
infrastructures comme des pratiquants de la
montagne. Quels investissements notre société
moderne et très urbaine consentira-t-elle dans
ces territoires peu peuplés ?
Les espaces naturels d?altitude, qui repré-
sentent un capital exceptionnel dans les Alpes,
sont entrés dans une phase de transformation dont la portée et l?ampleur sont encore incertaines. Aussi résilients soient-ils, un effet
de seuil pourrait avoir des conséquences en chaîne et entraîner des pertes de grande ampleur. Or cette biodiversité exceptionnelle
qu?hébergent nos montagnes fait partie intégrante des solutions à mobiliser. S?inspirer des stratégies d?adaptations naturelles, appe-
lées aussi « solutions d?adaptation fondées sur la nature », est de ce point de vue une nécessité.
Enfin, l?agriculture de montagne et le pastoralisme ont depuis plusieurs années pris acte du besoin d?évolution des pratiques. Cette
dernière est autant vécue comme une contrainte qu?une étape essentielle d?adaptation à la nouvelle donne climatique qui permettra
l?installation de nouveaux actifs (maraîchers, viticulteurs?).
Mobiliser le public pour vivre cette transition énergétique et écologique est un impératif. Sensibiliser n?est qu?une première étape,
indispensable, mais la mobilisation doit dépasser cet acte fondateur. Elle passe notamment par l?engagement. Il faut donner l?envie
d?agir. En ce sens, les actions exemplaires sont importantes, car elles sont des porte-drapeaux. Il faut aussi prendre le risque d?inno-
ver. C?est le sens de l?engagement d?acteurs publics, mais aussi privés, qui se traduit par la création d?emplois dédiés à l?émergence
et l?animation de nouvelles démarches territoriales dans les Alpes du Sud. À travers ces actions, les opérateurs du tourisme sont
invités à repenser leurs offres, des ateliers paysages sont organisés pour que l?urbanisme de demain soit pensé avec la nouvelle
donne climatique, la promotion de l?économie circulaire qui combine nos déchets, nos délaissés et notre mobilité, est encouragée?
Mobiliser tout un territoire est une affaire de longue haleine, parfois difficile et sinueuse, mais les résultats s?avèrent en grande ma-
jorité positifs et constructifs. Rendre, par exemple, un territoire autonome en énergie est une épreuve, mais les acteurs franchissent
des étapes pas à pas. La résignation, comme l?inaction évoquée en amont, n?est pas envisageable.
Enfin, comme le démontre ce cahier, la communauté scientifique est très largement mobilisée sur ces multiples questions et, plus
que jamais, la tour d?ivoire du chercheur a laissé place à une construction collective avec la diversité des acteurs du territoire. Mais
si la science a le pouvoir de réduire les incertitudes, elle ne prédit pas l?avenir à l?instar d?une Cassandre moderne. Elle donne des
outils et des réponses pour que nous choisissions collectivement des moyens d?action et un avenir commun. En ce sens, les pistes
d?adaptation au changement climatique et d?atténuation des gaz à effet de serre ne manquent pas dans tous les secteurs : agricultu-
re, foresterie, tourisme, habitat, énergie, transport... Elles différent selon les territoires et le contexte local, mais elles visent le même
objectif : protéger les populations et la nature tout en développant l?économie.
45
Ce cahier thématique portant sur la montagne est destiné aux décideurs et gestionnaires de territoires. Il constitue une première
approche pour mieux appréhender les conséquences du changement climatique en Provence-Alpes-Côte d?Azur.
Nous encourageons vivement les lecteurs, désireux d?en savoir davantage, à se rapprocher du GREC-SUD qui les orientera dans
leurs démarches et recherches (contacts@air-climat.org). Ils ont également la possibilité de s?adresser directement aux contribu-
teurs de cette publication :
? Christophe ADON (focus §1.3), animateur-prévisionniste-météo, Maison de la météo et du climat des Orres - Alpes du Sud (MMCO). Contact :
contact@mmco.fr
? Yves BIDET (§1.2), ingénieur (retraité), ex-chef de la division Études et Climatologie de Météo-France Sud-Est, Aix-en-Provence. Contact :
youenn.bidet@orange.fr
? Xavier BODIN (§1.4, §1.5, zooms 1 et 2), chargé de recherche, laboratoire EDYTEM, UMR 5204 / CNRS, Université Savoie-Mont-Blanc
(USMB). Contact : xavier.bodin@univ-smb.fr
? Mylène BONNEFOY-DEMONGEOT (§1.4), ingénieure, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et
l?agriculture (IRSTEA) - Érosion torrentielle, neige et avalanches (ETNA), Grenoble. Contact : mylene.bonnefoy@irstea.fr
? Anouk BONNEMAINS (§6.1, §6.2), docteure, équipe Territoires de montagne, laboratoire EDYTEM, UMR 5204 / CNRS, Université Savoie-
Mont-Blanc (USMB). Contact : anouk.bonnemains@univ-smb.fr
? Philippe BOURDEAU (Zoom 5), professeur, laboratoire PACTE, Institut de Géographie Alpine de l?Université Grenoble-Alpes (IGA), Grenoble.
Contact : philippe.bourdeau@univ-grenoble-alpes.fr
? Bernard BROT (§6.7), architecte, R+4 Architectes. Contact : bernard.brot@rplus4.com
? Rosine CARTIER (§5.3), post-doctorante, Lund University, Suède. Contact : rosine.cartier@geol.lu.se
? Laurent CAVALLI (§5.3), hydrobiologiste, maître de conférence, équipe Vulnérabilité écologique et conservation, Institut méditerranéen de
biodiversité et d?écologie Marine et Continentale (IMBE), Aix-Marseille Université. Contact : laurent.cavalli@imbe.fr
? Florie CHEVRIER (§4.4), ingénieure d?études, AtmoSud, Marseille. Contact : florie.chevrier@atmosud.org
? Aurélie COHAS (Zoom 4), maître de conférences, UMR CNRS 5558, Laboratoire Biométrie et Biologie Évolutive (LBBE), Université Claude
Bernard Lyon I, Villeurbanne. Contact : acohas@gmail.com
? Pierre COMMENVILLE (conclusion), directeur, Parc national des Écrins. Contact : pierre.commenville@ecrins-parcnational.fr
? Cédric CONTEAU (§4.3), développeur territorial et animateur de réseaux au Commissariat du massif des Alpes, Commissariat général à l?éga-
lité des territoires (CGET). Contact : cedric.conteau@cget.gouv.fr
? Christophe CORONA (§2.1), chargé de recherche, Laboratoire de géographie physique et environnementale (GEOLAB), CNRS, Cler-
mont-Ferrand. Contact : christophe.corona@uca.fr
? Thomas CURT (§2.3), directeur de recherche, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture
(IRSTEA), Aix-en-Provence. Contact : thomas.curt@irstea.fr
? Cédric DENTANT (§5.2), botaniste, Parc national des Écrins. Contact : cedric.dentant@ecrins-parcnational.fr
? Olivia DI VALENTIN (§3.2), technicienne-stagiaire, département « Génie biologique », Institut universitaire de technologie (IUT) d?Aix-Marseille,
Digne-les-Bains. Contact : olidival@orange.fr
? Sylvain DUPIRE (§2.3), post-doctorant, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture (IRS-
TEA), Grenoble. Contact : sylvain.dupire@irstea.fr
? Pierre-Allain DUVILLARD (§1.5, zooms 1 et 2), doctorant, Université Grenoble Alpes - Université-Savoie-Mont- Blanc, CNRS, EDYTEM, Le
Bourget-du-Lac. Contact : pierre-allain.duvillard@univ-smb.fr
? Nicolas ECKERT (§1.2, §2.1), ingénieur en chef, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture
(IRSTEA), UR ETNA / Université Grenoble Alpes. Contact : nicolas.eckert@irstea.fr
? Benjamin EINHORN (§2.4, zoom 1), directeur, Pôle Alpin d?études et de recherche pour la prévention des Risques Naturels (PARN). Contact :
benjamin.einhorn@univ-grenoble-alpes.fr
? Romain GAUCHER (zoom 2), chargé de mission risques naturels, Service ressources naturelles et risques, Conseil départemental des Hautes-
Alpes. Contact : romain.gaucher@hautes-alpes.fr
? Thierry GAUQUELIN (§4.1), professeur, Aix-Marseille Université / Université Avignon / CNRS / IRD / IMBE. Contact : thierry.gauquelin@imbe.fr
? Florie GIACONA (§2.1), post-doctorante, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture (IRSTEA),
UR ETNA / Université Grenoble Alpes, et Institut des Sciences de l?Environnement (ISE) / Université de Genève. Contact : florie.giacona@unige.ch
? Marc-Jérôme HASSID (§6.6), directeur, CIPRA France. Contact : marc-jerome.hassid@cipra.org
? Dominique LÉTANG (§2.1), directeur, Association nationale pour l?étude de la neige et des avalanches (ANENA), Grenoble. Contact :
dominique.letang@anena.org
? Jérôme LOPEZ-SAEZ (§2.1), post-doctorant, Institut des Sciences de l?Environnement (ISE) / Université de Genève. Contact :
jerome.lopez-saez@unige.ch
? Grégory LOUCOUGARAY (§3.1), chargé de recherche, Université Grenoble Alpes, IRSTEA, UR LESSEM, Centre de Grenoble, Saint-Martin-
d?Hères. Contact : gregory.loucougaray@irstea.fr
? Marco MARCER (§1.5, zooms 1 et 2), doctorant, laboratoire Environnements, DYnamiques et TErritoires de la Montagne (EDYTEM), UMR5204/
PACTE, Le Bourget-du-Lac. Contact : marco.marcer@univ-grenoble-alpes.fr
46
Pour aller plus loin
? Gwladys MATHIEU (zoom 6), coordinatrice du pôle Educ?alpes Climat, Educ?alpes, Gap. Contact : gwladys.mathieu@educalpes.fr
? Loanne MICHAUD (§3.2), technicienne-stagiaire, département « Génie biologique », Institut universitaire de technologie (IUT) d?Aix-Marseille,
Digne-les-Bains. Contact : loanne1375@gmail.com
? Samuel MORIN (§1.2, §1.3, §2.1), chercheur, Météo-France - CNRS, CNRM UMR3589, directeur du Centre d?études de la neige (CNRM/
CEN). Contact : samuel.morin@meteo.fr
? Mohamed NAAIM (§2.1), directeur du département scientifique « Eaux », Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?en-
vironnement et l?agriculture (IRSTEA), UR ETNA / Université Grenoble Alpes. Contact : mohamed.naaim@irstea.fr
? Jérémy NAHMIYAZ (§6.4, §6.5, §6.7, zoom 7), ingénieur-urbaniste, Énergies et Territoire Conseil. Contact : j.nahmiyaz@energies-territoire.com
? Élodie PASSINI (§3.2), technicienne-stagiaire, département « Génie biologique », Institut universitaire de technologie (IUT) d?Aix-Marseille,
Digne-les-Bains. Contact : elodiepassini@gmail.com
? Delphine PIAZZA-MOREL (§3.1), chargée de recherche, Université Grenoble Alpes, IRSTEA, UR LESSEM, Centre de Grenoble, Saint-Martin-
d?Hères. Contact : delphine.piazza-morel@irstea.fr
? Antoine RABATEL (§1.4, §1.5), chercheur, Institut des géosciences de l?environnement (IGE), CNRS/UGA/IRD/G-INP, Grenoble. Contact :
antoine.rabatel@univ-grenoble-alpes.fr
? Mélanie RAMUSOVIC (§1.5, zooms 1 et 2), Master 2 Géosphères, Institut d?urbanisme et de géographie alpine (IUGA), laboratoire Environne-
ments, DYnamiques et TErritoires de la Montagne (EDYTEM) - UMR5204, Le Bourget-du-Lac. Contact : melanie.ramusovic@yahoo.fr
? Valérie RIVAT (édito), directrice, Parc naturel régional du Queyras. Contact : v.rivat@pnr-queyras.fr
? Philippe ROSSELLO (ligne éditoriale, coordination générale, avant-propos, introduction, focus §1.2, §3.2, maquette), ingénieur en analyse
spatiale et prospective, GeographR / GREC-PACA / pôle métier Climat & Air du CRIGE-PACA. Contact : philippe.rossello@geographr.fr
? Olivier ROULLE (§1.2), responsable Études et Climatologie, Direction interrégionale Sud-Est, Météo-France, Aix-en-Provence. Contact :
olivier.roulle@meteo.fr
? Clotilde SAGOT (zoom 3), chargée de mission « mesures physiques », Parc national des Écrins. Contact : clotilde.sagot@ecrins-parcnational.fr
? Philippe SCHOENEICH (§1.5, §2.2, zooms 1 et 2), professeur, laboratoire PACTE, Institut de Géographie Alpine, Université Grenoble-Alpes,
Grenoble. Contact : philippe.schoeneich@univ-grenoble-alpes.fr
? Emmanuelle SÉGURET (§6.4, §6.5), directrice, Blue InK. Contact : eseguret@blueink.eu
? Delphine SIX (§1.4), glaciologue, Institut des géosciences de l?environnement (IGE), CNRS / UGA / IRD / G-INP, Grenoble. Contact :
delphine.six@univ-grenoble-alpes.fr
? Thomas SPIEGELBERGER (§5.1), directeur de recherche, Université Grenoble Alpes, IRSTEA, UR LESSEM, Centre de Grenoble, Saint-
Martin-d?Hères. Contact : thomas.spiegelberger@irstea.fr
? Brigitte TALON (§4.1), maitre de conférences, Institut méditerranéen de biodiversité et d?écologie Marine et Continentale (IMBE), Aix-Marseille
Université. Contact : brigitte.talon@imbe.fr
? Emmanuel THIBERT (§1.4), ingénieur de recherche, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agri-
culture (IRSTEA) - Érosion torrentielle, neige et avalanches (ETNA), Grenoble. Contact : emmanuel.thibert@irstea.fr
? Gaëlle THIVET (§4.3), chef de pôle forêt bois, Service régional de l?économie et du développement durable des territoires (SREDDT), Direction ré-
gionale de l?alimentation, de l?agriculture et de la forêt de Provence-Alpes-Côte d?Azur (DRAAF PACA). Contact : gaelle.thivet@agriculture.gouv.fr
? Marie TISSOT (§3.3), chargée de mission coordination AP3C, Service InterDépartemental pour l?Animation du Massif central, Aubière. Contact :
marie.tissot.sidam@aura.chambagri.fr
? Michel VENNETIER (§4.2), ingénieur-chercheur, IRSTEA, UR RECOVER : michel.vennetier@irstea.fr
? Anne-Lise VICTOIRE (§4.3), géomaticienne, chargée de mission de l?Observatoire régional, Communes forestières Provence-Alpes-Côte
d?Azur. Contact : annelise.victoire@communesforestieres.org
? Philippe VIEL (§4.3), chargé de mission Politiques territoriales et animateur du Réseau Alpin de la Forêt de Montagne, Communes forestières
Provence-Alpes-Côte d?Azur. Contact : philippe.viel@communesforestieres.org
? Simon VIEUX (zoom 3), technicien pastoral, CERPAM. Contact : svieux@cerpam.fr
? Xavier VILLETARD (§4.4), directeur opérationnel, AtmoSud. Contact : xavier.villetard@atmosud.org
? Christian VINCENT (§1.4), ingénieur de recherche, Institut des géosciences de l?environnement (IGE), CNRS / UGA / IRD / G-INP, Grenoble.
Contact : christian.vincent@univ-grenoble-alpes.fr
? Christophe VIRET (conclusion), directeur, Parc national du Mercantour. Contact : christophe.viret@mercantour-parcnational.fr
? Paul WAGNER (§6.7), architecte-urbaniste, Atelier 4. Contact : paulwagner@atelier4architectes.fr
? Bruno WILHELM (§1.1), maître de conférences, Université Grenoble Alpes, Institut des Géosciences de l?Environnement (UMR 5001/UR 252).
Contact : bruno.wilhelm@univ-grenoble-alpes.fr
Suzanne de Cheveigné (directrice de recherche, Centre Norbert Elias, EHESS/CNRS/UAPV/AMU), Joël Guiot (directeur de recherche, CNRS,
CEREGE, co-président du GREC-SUD) et Bernard Seguin (directeur de recherche, retraité, Inra, co-président du GREC-SUD), membres du
Comité régional d?orientations (CRO) du GREC-SUD, ont également apporté leur expertise.
Pour obtenir la liste des références bibliographiques sur lesquelles s?appuie cette synthèse des connaissances, prenez contact avec le GREC-
SUD : contacts@air-climat.org
Comment citer cette publication du GREC-SUD ?
Impacts du changement climatique et transition(s) dans les Alpes du Sud, Les cahiers du GREC-SUD édités par l?Association pour l?innovation et
la recherche au service du climat (AIR), octobre 2018, 48 pages. ISBN : 9782956006060
47
L?association pour l?innovation et la recherche au service du climat (A.I.R Climat), qui entend
contribuer à la prise de conscience des enjeux du changement climatique, mais aussi aider à la
recherche de solutions innovantes, encourage la transition verte, en coordonnant notamment le
GREC-SUD.
contacts@air-climat.org
www.air-climat.org - www.grec-sud.fr
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION r-
rait perturber les pressions de sélection qui ont jusqu?à présent favorisé l?élevage coopératif chez la marmotte alpine. Cet exemple
montre qu?au delà des conséquences désormais reconnues sur la survie et la reproduction des animaux, les changements clima-
tiques auraient également des répercussions importantes sur les organisations sociales et sur la propension des individus à coopérer.
5.3. Les effets du bouleversement climatique sur les zones humides et les
lacs de montagne
Les écosystèmes aquatiques de montagne ont un rôle ma-
jeur dans l?autoépuration et la régulation de la ressource
en eau. Ils constituent des réservoirs de biodiversité em-
preints d?une image forte de naturalité (Photo 13). Ils portent
l?image de milieux exempts de toute perturbation, car loin de
toute activité anthropique directe. Au contraire, ces écosys-
tèmes constituent des milieux fragiles, sensibles aux chan-
gements climatiques, dont le fonctionnement a été influen-
cé par les activités humaines depuis plusieurs millénaires.
Soumis à des contraintes environnementales fortes (gel et
obscurité pouvant durer jusqu?à 10 mois), les lacs abritent des
réseaux trophiques simplifiés, sensibles aux changements en-
vironnementaux. Ils sont qualifiés de milieux « sentinelles ».
Leur fonctionnement dépend directement de la température, de
l?hydrologie, des retombées atmosphériques et des interactions
avec le bassin versant. En agissant sur ces facteurs, les change-
ments climatiques peuvent entraîner des modifications rapides
du fonctionnement lacustre et des communautés phytoplancto-
niques comme observé par le passé.
Le climat a une influence directe sur la température, la période
d?englacement, le pH et les niveaux lacustres, et indirecte sur
le bassin versant, la densité du couvert végétal, et l?intensité de
l?érosion des sols, des facteurs modulant le transfert des nutri-
ments jusqu?au lac. Ce transfert de nutriments dépend du ré-
gime hydrologique et se fait essentiellement lors de la fonte des
neiges et des épisodes de pluie. La température agit sur la com-
position des communautés planctoniques, mais également sur
la stabilité de la stratification thermique estivale, les processus
de dégradation de la matière organique et donc la concentration
en oxygène au fond.
Photo 13.
Lac de Fenestre, Parc
national du Mercantour
Sous l?influence des changements globaux, une augmentation
du niveau de trophie des lacs, une modification de la composi-
tion des communautés à une diminution de la transparence ou
encore des phénomènes d?anoxie au fond des lacs profonds sont
attendus. Les modifications induites par les changements clima-
tiques (Figure 17) vont se superposer aux usages déjà présents
sur ces écosystèmes (randonnée, pêche, etc.) et aux effets de la
déprise agropastorale à l?origine d?une reprise de la forêt alpine.
Il convient donc de mieux comprendre le fonctionnement de ces
milieux et leur évolution à long terme afin d?identifier les pertur-
bations liées au changement climatique récent et d?adopter des
mesures de gestion permettant de limiter leurs effets délétères.
Figure 17. Évolutions probables sous l?influence des changements climatiques :
+ augmentation ; - diminution (source : schéma modifié, L.N. De Senerpont Domis et al., 2013)
34
Chapitre 6. Des espaces habités face au changement cli-
matique, une nécessité d?atténuation et d?adaptation
Les impacts du changement climatique pèsent sur l?économie et l?aménagement des territoires montagnards. Le tourisme blanc est
l?une des activités qui suscite le plus d?interrogations, car sa remise en cause bouleverse tout un pan de la vie économique et sociale
des acteurs alpins, les orientations politiques aux niveaux local, régional et national? Mais la mise en oeuvre d?actions susceptibles
de limiter les effets de l?évolution du climat ne doit pas être seulement perçue comme une contrainte dans la mesure où elle peut
ouvrir le champ à des pistes d?adaptation et d?atténuation porteuses d?espoir, malgré les difficultés.
6.1. L?or blanc s?écrit-il en pointillé dans les Alpes du Sud ?
Skier dans de bonnes conditions dans les Alpes du Sud dans
30 ans sera-t-il encore possible ? La neige naturelle sera-t-elle
toujours au rendez-vous à l?avenir ? Avec le changement clima-
tique, les professionnels du tourisme s?interrogent sur la fiabilité
de l?enneigement naturel dans les stations alpines.
Sous l?effet de l?augmentation de la température de l?air, la fiabi-
lité de l?enneigement naturel, basée sur les domaines skiables
susceptibles d?ouvrir 100 jours avec au moins 30 cm de neige
au sol, varie selon les massifs alpins. La limite altitudinale a en
effet tendance à s?élever ces dernières décennies (§1.2, §1.3).
Dans les Alpes du Sud, la fiabilité de l?enneigement se situerait
au-dessus de 1600-1700, voire 1800 mètres d?altitude en 2050.
D?après une approche prospective, avec une augmentation de
la température de l?air de 2°C par rapport à la période préin-
dustrielle (proche de la situation actuelle), 80 % des domaines
skiables dans les Hautes-Alpes seraient encore opérationnels.
Néanmoins, les écarts se creusent entre les massifs avec une
augmentation possible de +4°C si de sévères mesures d?atté-
nuation de gaz à effet de serre à l?échelle mondiale ne sont ra-
pidement pas mises en oeuvre, puisque le taux d?enneigement
fiable serait proche de 70 % en Savoie, seulement 30 % dans les
Hautes-Alpes et 10 % dans les Alpes-de-Haute-Provence (Pho-
to 14). Les domaines skiables des Alpes du Sud seraient donc
particulièrement vulnérables : seules quelques stations, comme
Montgenèvre, Risoul ou Les Orres, grâce à leur altitude et/ou
l?orientation de leurs pistes, seraient en mesure de maintenir
une offre touristique durable principalement axée sur la pratique
du ski alpin, avec toutefois des années de pénurie et un ennei-
gement capricieux selon les années et les périodes hivernales.
En effet, cet indicateur ne doit pas masquer la forte variabilité
interannuelle de l?enneigement dans les Alpes du Sud (typique
du climat montagnard méditerranéen), l?influence des microcli-
mats selon l?orientation des versants par exemple, mais aussi
les moyens techniques des stations de ski, comme le travail des
pistes ou la neige de culture. Cette dernière a le mérite de pal-
lier temporairement le manque de neige naturel et d?apporter si
besoin plus de confort aux amateurs de glisse, mais elle exige
en contrepartie des investissements lourds qui demandent en
amont une analyse du contexte local en raison des impacts sur
l?environnement (perturbation des hydrosystèmes, construction
de bassins de rétention, consommation d?énergie?) et de l?évo-
lution des températures de l?air, surtout en basse et moyenne
altitude.
La fragilité des stations dans les Alpes du Sud dépendra des
choix socio-économiques qui conditionneront les émissions des
gaz à effet de serre à l?échelle mondiale, régionale et locale, et
des mesures d?adaptation au changement climatique, mais les
stations situées en basse et moyenne altitude devront s?orienter
vers un tourisme 4 saisons pour ne plus dépendre de l?or blanc.
Les nouvelles simulations climatiques, basées sur les scénarios
du dernier rapport du GIEC, affineront ces tendances.
Photo 14. Le Sauze, Alpes-de-Haute-Provence
35
Zoom 5. Guides et gardiens de refuge, pionniers de l?adaptation !
Les guides et gardiens de refuge portent un regard particulier sur l?évolution du climat en montagne. Comme le changement cli-
matique est plus marqué en haute montagne qu?en plaine, ils sont les premiers témoins du bouleversement amorcé depuis des
décennies. Ainsi, l?adaptation est déjà au coeur de leur culture professionnelle, et guides et gardiens font figure de pionniers dans
l?expérimentation de nouvelles ressources et savoir-faire.
Si l?effet du changement climatique sur les sports d?hiver polarise l?attention, son impact sur le tourisme estival en montagne est
largement sous-estimé. Dans le cas de l?alpinisme, le retrait glaciaire et la disparition des névés bouleversent les conditions de pra-
tique : décalage des ascensions de l?été vers le printemps, délaissement ou disparition d?itinéraires, déclin de la randonnée glaciaire,
élévation des niveaux de difficulté, augmentation des risques de chutes de pierre et d?éboulements? Pour les guides de haute mon-
tagne, ces contraintes impliquent de multiples adaptations à partager avec leurs clients : impératif de réactivité face à la variabilité
Photo 15. Le refuge des Écrins, Pelvoux
des conditions, mobilité accrue vers d?autres massifs, report d?activité sur le ski de randonnée, les voies rocheuses, la via ferrata et
le canyoning, gestion des risques accentuée.
Pour la majorité des gardiens de refuge, l?adaptation s?opère au prix d?une réorientation radicale basée sur l?accueil d?un public élargi
et le développement de compétences en médiation et animation. Pour y parvenir, les gardiens jouent sur l?ensemble des ressources
à leur disposition en matière d?accessibilité pédestre, d?environnement paysager (lac, panorama?), mais aussi d?expériences de
la nature. Les refuges deviennent progressivement des destinations à part entière (Photo 15) et des lieux d?initiation à la montagne
où se vivent expositions, résidences d?artistes, concerts, bals, classes vertes, stages et séjours? Cette mutation et l?extension des
périodes de gardiennage au printemps et en hiver, grâce au ski de randonnée et à l?alpinisme, multiplient les exigences liées à l?ac-
cès aux refuges (ouverture des routes, installation des passerelles) et la mise à niveau de leur équipement (eau, énergie, chauffage,
toilettes). La nouvelle donne climatique implique aussi le renforcement de démarches d?information et de formation destinées aux
pratiquants.
36
6.2. Les stations de montagne du futur, un visage polymorphe ?
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les sports d?hiver ont été
perçus comme le moyen de moderniser et développer les terri-
toires de montagne. Cette politique étatique a permis à la France
de faire partie du top 3 des destinations mondiales de sports
d?hiver avec les États-Unis et l?Autriche. Cette réussite cache ce-
pendant une grande disparité entre les territoires puisque deux
départements (Savoie et Haute-Savoie) représentent 63 % des
journées-skieurs consommées en France (Indicateurs et ana-
lyses 2017, Domaines Skiables de France). Quant aux Alpes du
Sud, elles pèsent pour 14 % de la fréquentation nationale. Cette
logique de concentration est visible également à travers le type
de station. Les très grandes et grandes stations regroupent à
elles seules 78 % des journées-skieurs. Concernant les Alpes du
Sud, le marché des sports d?hiver est porté par les grandes sta-
tions telles que Serre-Chevalier, Vars et Les Orres (Photo 16).
Le modèle économique de sports d?hiver demande des inves-
tissements lourds aux collectivités territoriales pour le maintien
des remontées mécaniques (remplacement, maintenance). À
ces engagements financiers viennent s?ajouter des technologies
et des techniques coûteuses pour faire face aux aléas clima-
tiques (neige de culture, travaux de pistes, damage?). Dans les
Alpes du Sud, cette course à l?investissement fait peser un poids
supplémentaire sur les finances des collectivités locales déjà en
difficulté.
À cette problématique financière s?additionne, dans les Alpes
du Sud, une variabilité interannuelle du climat entraînant un en-
1 https://www.insee.fr/fr/statistiques/2128988
neigement aléatoire, notamment en fin de saison. La rentabilité
d?une station de sports d?hiver est assurée si son ouverture est
supérieure à 100 jours par an. Aujourd?hui, cette durée n?est pas
toujours garantie dans les Alpes du Sud (§6.1). La pression est
donc très forte sur l?enneigement, mais également sur la res-
source en eau.
Le marché des sports d?hiver est extrêmement concurrentiel du
fait de la stagnation de la fréquentation. Les stations des Alpes
du Sud sont éloignées des grandes voies de communication, ce
qui décourage grandement les clientèles européennes, même si
certaines stations renforcent leur publicité et leur communication
à l?étranger.
Malgré ce contexte, les acteurs des stations de sports d?hiver
des Alpes du Sud continuent de centrer leur activité autour de
la neige. Le modèle souhaité est celui des Alpes du Nord et non
un positionnement spécifique à leur territoire. En termes d?amé-
nagement, la construction de lits neufs continue à se poursuivre
dans plusieurs stations. La diversification de l?offre touristique
reste à la marge, même si des efforts sont manifestes, et perçue
comme un simple complément à l?activité ski.
La mise en place des espaces valléens1 dans les Alpes du Sud
va permettre de repenser en profondeur l?offre touristique des
territoires. Le nouveau visage des stations de sports d?hiver se
dessinera et leur capacité à diversifier leur offre touristique en
valorisant les ressources locales sera renforcée.
Photo 16. Front de neige de la station des Orres 1600
37
6.3. La loi Montagne 2 : une intégration des changements climatiques dans
la législation ?
Le droit serait-il en avance sur les élus et les acteurs locaux du
tourisme pour penser l?adaptation aux changements climatiques
des territoires de montagne ? Les chercheurs en droit qui ont
analyse le volet 2 de la loi Montagne (Joye, 2017) mettent en
avant une vision anthropocentrée du développement durable :
la montagne resterait un espace de conquête et non un espace
à protéger. Néanmoins, le législateur reconnaît le besoin d?un
changement de modèle, mais celui-ci reste au stade théorique.
Photo 17. Prapic enneigé
Deux points sont essentiels dans l?évolution juridique du déve-
loppement durable des territoires de montagne (Photo 17) :
? de par sa réforme récente des unités touristiques nouvelles
(UTN), l?État renforce le pouvoir des collectivités locales et le
rôle de la planification territoriale. C?est également la première
apparition du concept de vulnérabilité au changement clima-
tique dans le code de l?urbanisme appliqué à une procédure
administrative. En effet, le développement touristique et en
particulier la création des UTN « prennent en compte la vulné-
rabilité de l?espace montagnard au changement climatique ».
De ce point de vue, c?est un progrès car il sera, par exemple,
possible de traiter un « projet restreignant la ressource en eau,
le territoire agricole, l?artificialisation du sol, etc. ». Certes,
cette inscription dans la loi n?interdit pas les projets d?aména-
gement, mais elle revient à imposer un « principe de prudence
aux investisseurs » ;
? avec la loi du 28 décembre 2016, la législation « tente de
prendre en compte la réversibilité des équipements, la remise
en état des sites et leur reconversion ». L?autorisation de ré-
alisation de travaux dédiés aux remontées mécaniques est
dorénavant assujettie au démontage de celles-ci et de leurs
constructions annexes, et à la remise en état des sites dans
un délai de trois ans après l?arrêt définitif des remontées mé-
caniques. Actuellement, un certain nombre de questions juri-
diques restent toutefois en suspens : il n?existe pas d?obligation
pour l?exploitant de constituer une provision financière. Sur qui
pèsera cette mesure ? Et quelle autorité viendra constater la
mise en arrêt d?un équipement de remontées mécaniques, et
à l?aide de quel acte juridique ? Néanmoins, ces avancées dé-
montrent une prise de conscience par le législateur du risque
de créer des friches par des investissements anachroniques
au regard des aspirations des touristes ou du changement
climatique.
Il est encore difficile de savoir comment la loi va évoluer et de
quelle manière le législateur prendra en considération la problé-
matique du changement climatique, mais le droit en montagne
tend vers une meilleure gestion des territoires.
38
« L?autorisation de réalisation de
travaux dédiés aux remontées mé-
caniques est dorénavant assujettie
au démontage de celles-ci et de
leurs constructions annexes »
Zoom 6. Changement climatique et adaptation, comment sensibiliser et for-
mer les acteurs alpins ?
Pour l?éducation citoyenne, le changement climatique est l?un des enjeux les plus difficiles à
appréhender : le thème est scientifiquement complexe ; les connaissances comportent de nom-
breuses incertitudes ; le phénomène est difficilement perceptible par les sens ; les effets sont
considérés comme lointains à la fois dans l?espace et dans le temps ; les risques parfois oubliés.
À cela s?ajoute un traitement médiatique qui alimente parfois le scepticisme et la remise en
cause de nos modes de vie, ce qui rend difficile la mise en mouvement individuelle et collective.
Face à ces freins, les acteurs du pôle Éduc?alpes Climat expérimentent depuis 2010 diverses
méthodes pour sensibiliser les publics alpins (jeunes, citoyens, professionnels, élus?) aux im-
pacts du changement climatique, et font ressortir plusieurs points clés :
? l?importance de l?apport de connaissances locales développant la vision systémique du chan-
gement climatique. Les efforts sont à poursuivre sur le massif alpin pour rendre ces informations
accessibles ;
? l?intérêt de s?appuyer sur le terrain physique et humain : la montagne permet de montrer les impacts du changement climatique.
On pense à la fonte des glaciers ou à la migration d?espèces, mais faire témoigner des professionnels (agriculteurs, gestionnaires
de stations, guides?) sur les changements qu?ils observent dans le milieu et leurs pratiques peut aussi être un puissant levier de
prise de conscience ;
? l?utilisation de pédagogies actives et méthodes participatives qui développent l?esprit critique, les échanges, les débats, redonne
du pouvoir d?action aux groupes et individus sur un sujet face auquel ils se sentent souvent impuissants ;
? enfin, aborder le changement climatique par un versant plus personnel (approches émotionnelles, sensorielles, artistiques, vécu?)
est essentiel pour que chacun se sente concerné par ce sujet. Les dimensions psychologiques et sociales du changement clima-
tique ont été encore peu investies dans les Alpes et les recherches gagneraient à être développées pour renouveler l?approche
du sujet.
39
6.4. Économie circulaire et numérique dans les Alpes du Sud, des modèles
d?atténuation ?
L?économie circulaire se présente comme un système écono-
mique résilient au modèle actuel de production et d?usage, dit
« linéaire », qui, dans le cycle de vie d?un bien ou service, de
l?extraction des matières premières à son élimination, engendre
des nuisances et des résidus non valorisables. La circularité
apporte de nouveaux bénéfices socio-économiques à chaque
phase du cycle de production par la réduction du gaspillage de
ressources et des incidences socio-environnementales. Cela
se traduit concrètement par un approvisionnement respon-
sable, une réutilisation des déchets et ressources énergétiques
fatales, une extension de la durée de vie et un usage partagé
et renouvelé. L?ensemble du processus de conception-produc-
tion-usage-élimination intègre le triptyque sobriété-efficacité-va-
lorisation. Cela implique de positionner la conception du produit
dans une stratégie de service et non de propriété, et ouvre un
champ nouveau d?innovation à toute échelle.
Les Alpes du Sud accueillent une activité économique plurielle
rythmée par une forte saisonnalité. Cela implique une variation
de flux complexes à gérer : déchets, énergies, eau, ressources
humaines, foncier-bâti? Les territoires ruraux de montagne
sont riches de ressources naturelles, de savoir-faire et d?un tissu
d?acteurs dynamiques qui, dans un processus de synergie cir-
culaire, représentent un fort potentiel de valorisation socio-éco-
nomique de gisements considérés jusque-là comme de la perte
sèche. Une fois pleinement mobilisée, cette valorisation limitera
l?empreinte et la vulnérabilité des territoires. Cela passe à la fois
par le développement de l?économie de la fonctionnalité et de
l?écologie industrielle et territoriale. La solidarité montagnarde
et rurale a déjà permis d?intégrer partiellement ces notions au
travers de coopératives agricoles ou encore dans une gestion
exemplaire des déchets à l?image des territoires zéro déchet de
Serre-Ponçon et du Briançonnais.
Photo 18. Filière bois-énergie
Engager les Alpes du Sud dans un modèle territorial circulaire
peut se traduire par les actions suivantes :
? mise en partage des solutions de mobilité et des outils de
production : autopartage, covoiturage, atelier bois collaboratif,
coopérative de transformation alimentaire? ;
? valorisation et réemploi des déchets ménagers et profession-
nels : ressourcerie, plateforme de compostage, déchetterie
dédiée au BTP, unité de valorisation de biogaz ;
? mixité d?usage du foncier non bâti (surface urbanisée/agricole
et production d?énergies locales, digues de protection et pistes
cyclables?) ;
? mutation des affectations du bâti délaissé (habitat groupé, es-
pace de coworking, centre culturel et artistique?) ;
? combinaison de services économiques touristiques et endo-
gènes (services à la personne et de conciergerie par exemple).
Les champs d?application ne sont limités que par la quantité de
flux disponibles et la créativité des acteurs à les valoriser, in-
ventivité qu?il sera nécessaire de stimuler dans une approche
faisant appel à l?intelligence collective. Le chemin est d?ores et
déjà engagé par l?intermédiaire de nombreuses initiatives indivi-
duelles, publiques et privées (Photo 18) qu?il reste à consolider
de manière stratégique, coordonnée et hautement ambitieuse.
Renforcer l?intensité d?usage des matières premières dans une
boucle itérative à forte valeur ajoutée contribuera à la résilience
climatique des territoires de montagne et la consolidation de leur
viabilité socio-économique.
6.5. Stratégies territoriales de transition(s) et leur reconnaissance, cataly-
seur d?une mise en mouvement collective et coopérative ?
Rassembler les acteurs du territoire autour d?une stratégie de
transition écologique est un défi majeur auquel les collectivités
sont aujourd?hui confrontées pour plusieurs raisons : cisellement
des compétences dans les différentes instances territoriales,
manque de moyens financiers et humains pour animer une dé-
marche collective, faible culture de la concertation, conscience
relative de l?urgence climatique et de ses impacts pour le terri-
toire?
Malgré les difficultés, s?engager sur une stratégie de transition
est essentielle car porteuse de nombreuses retombées positives
sécurisant la capacité d?habiter le territoire :
? amélioration de l?attractivité territoriale sur le volet économique
et touristique ;
? impulsion d?une dynamique locale grâce à l?engagement des
acteurs économiques, notamment socioprofessionnels ;
? anticipation de la réglementation ;
? augmentation de l?efficience des investissements publics ;
? amélioration du bien-être des habitants et des visiteurs ;
? innovation sociale et économique frugale et coopérative, fac-
teur de mobilisation locale?
40
« S?engager sur une stratégie de tran-
sition est essentielle car porteuse de
nombreuses retombées positives sécu-
risant la capacité d?habiter le territoire »
Aujourd?hui, des collectivités privilégient des démarches concer-
tées de vision rêvée de leur territoire sur 15 ou 20 ans. Ces
initiatives prospectives sont le point de départ d?une stratégie
de transition : par exemple, Superdévoluy et sa vision Dévoluy
2030, Les Rousses et sa stratégie territoriale durable ou en-
core Valberg qui, après avoir signé la charte du développement
durable de l?Association nationale des maires des stations de
montagne (ANMSM), se lance dans la labellisation Flocon Vert
(Figure 18). Ces premières collectivités cherchent à rassembler
afin de co-construire et engager les parties prenantes dans un
territoire à haute valeur ajoutée. L?outil choisi par Valberg est le
label Flocon Vert, porté par l?association Mountain Riders. Ce
dernier est transverse et questionne de nombreuses théma-
tiques allant de la gestion des ressources naturelles à l?accueil
des saisonniers, en passant par la mobilité. La labellisation est
en ce sens un processus intéressant, car elle rassemble les ac-
teurs et valorise leurs actions, et donc favorise leur engagement
dans une dynamique d?amélioration continue.
Plusieurs éléments sont à retenir pour lancer une dynamique
autour d?une stratégie de transition :
? mettre en lumière les bonnes pratiques déjà existantes sur le
territoire ;
? rassembler les acteurs pour co-construire une vision rêvée ;
? désigner des « animateurs » de la démarche et travailler avec
les parcs nationaux et les parcs naturels régionaux, nombreux
en région Provence-Alpes-Côte d?Azur ;
? valoriser cette stratégie auprès du grand public, à l?aide de
labels tels que le Flocon Vert, la certification iso (qualité, envi-
ronnement, énergie?), Cit?ergie, etc. ;
? engagement sur la durée des décideurs locaux dans le por-
tage de la démarche.
6.6. La mobilité, le parent pauvre des territoires alpins ?
Les émissions de gaz à effet de serre de la France sont reparties
à la hausse en 2015 et 2016 après une baisse quasi ininterrom-
pue depuis la fin des années 90. Les déplacements automo-
biles, premières sources d?émission en France avec 29 % des
rejets (25 % en moyenne dans les pays alpins), constituent un
enjeu majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique.
La Convention alpine a très tôt dressé une feuille de route avec
son protocole « transport ». Ce dernier pose comme enjeu prin-
cipal la diminution du transport routier au profit des transports
publics, du transport par rail, principalement à travers trois le-
viers :
? la gestion rationnelle et sûre des transports, notamment dans
les réseaux transfrontaliers ;
? la coordination des différents modes et moyens de transport
(interopérabilité) ;
? l?instauration de mesures incitatives pour parvenir à des condi-
tions de concurrence équitable entre les transports et rendre
les modes de transport alternatifs à la route plus compétitifs.
Force est de constater que la voiture individuelle et la route de-
meurent le mode de déplacement privilégié, notamment dans
les territoires ruraux alpins. La réforme en cours de la SNCF
laisse peser de nombreuses incertitudes sur les lignes régio-
nales (lignes depuis l?étoile ferroviaire de Veynes, train de Nice
à Tende/Photo 19, etc.). De leur côté, les lignes de bus et les
services de transport à la demande sont régulièrement remis en
cause pour des raisons financières.
Des éléments pourraient guider l?évolution des modes de trans-
port dans les Alpes ces prochaines années :
? le développement des véhicules électriques marquera sans
conteste les prochaines décennies ;
? l?amélioration de la coordination des acteurs du secteur est
envisageable à travers les nouvelles technologies ;
? le développement de nouvelles formes de mobilité associées
à un tourisme doux : tourisme itinérant, réflexion autour du
transport par câble entre la montagne et la plaine, usage des
transports collectifs comme le Train des Pignes.
Figure 18. Le label Flocon vert (www.flocon-vert.org/le-label/)
41
Photo 19. Train des Merveilles
Enfin, il faut rappeler que l?enjeu est d?assurer une bonne ac-
cessibilité, la plus indépendante possible de l?automobile. Les
réponses se trouvent dans le redéploiement de l?activité et des
services dans les territoires à travers notamment le numérique,
ainsi qu?à une meilleure intégration des enjeux d?aménagement
du territoire (conservation des coeurs de village, limitation de
l?étalement urbain?).
6.7. Quel urbanisme demain en montagne ?
La montagne est un territoire disposant de grandes richesses,
mais un territoire contraint où la quasi-totalité des problèmes
d?aménagement est présente. Ce qui fonctionnera ici servira ail-
leurs. En ce sens, lors de leur création, les zones périphériques
des parcs nationaux (zones d?adhésion) étaient considérées
comme des laboratoires vivants de ce qui était encore appelé
« développement durable ».
L?urbanisme qui se contente de prolonger les tendances est ir-
responsable et révolu. Nous avons aujourd?hui les outils pour
anticiper les conséquences du changement climatique et inflé-
chir la dégradation de la biodiversité, si nous le décidons. Mais
il sera nécessaire de réhabiliter la pensée à long terme et de
rendre tous leurs moyens aux équipes d?urbanistes pluridisci-
plinaires.
Pour l?urbanisme de demain, les grands axes à privilégier sont
les suivants :
? gérer le foncier : la spéculation et la rétention des terrains sont
des obstacles majeurs à l?organisation rationnelle du sol, pour
tous ses usages. Depuis la loi d?orientation foncière (1967)
et les idées développées par son auteur, Edgar Pisani, les
moyens sont connus, mais personne n?a voulu se lancer dans
une réforme ô combien sensible, même si des avancées signi-
ficatives ont vu le jour (offices fonciers, par exemple) ;
? penser « local » : les textes législatifs sont le plus souvent
conçus en dehors des réalités de la montagne. Trop de lois
(lois Solidarité et renouvellement urbain, Montagne, etc.),
clairvoyantes et adaptées à l?origine, ont été dévoyées par des
préoccupations politiciennes de court terme ;
? développer les mobilités, en s?attaquant aux causes et non
aux effets : les déplacements visent le travail, les courses, les
loisirs, l?accès aux services publics? Se poser la question de
l?équilibre habitat/emploi sur un territoire donné serait un mini-
mum. Pour les services publics et les courses du quotidien, les
habitants pourraient jouer un rôle de relais. Les volontaires ne
manquent pas et se déclarent d?ores et déjà partants ;
? encourager le sens de la collectivité : les montagnards se
maintiennent sur leur territoire (Photo 20), grâce à une organi-
sation collective très élaborée, mais aussi indispensable. L?ur-
banisme de demain sera d?autant plus réussi et adapté, si les
valeurs communes et partagées renaissent ;
? et privilégier la culture ! Ce sens de la collectivité montagnarde,
qui n?était absolument pas une contrainte totalitaire, mais un
désir de tous, a généré une riche culture montagnarde, mais
dans un système agro-pastoral dominant. L?enjeu sera de re-
trouver cette culture commune avec les acteurs multiples d?au-
jourd?hui et les nouveaux habitants de demain sur un territoire
qui a toujours été un lieu d?accueil et ouvert aux migrations.
L?urbanisme montagnard doit anticiper toutes les mutations dont
nous ignorons encore pleinement la nature, qu?elles soient en-
vironnementales, économiques (nouvelles formes de tourisme
et d?agriculture, innovation?), sociales (immigrations?), et qui
formeront plus largement à terme une culture partagée.
42
Photo 20. Hameaux de Pierregrosse et Le Coin, Molines-en-Queyras
43
Culture partargée
Gérer le foncier
Développer les mobilités
Anticiper les mutations
Sens de la collectivité montagnarde
Penser local
Nouvelles formes d?urbanisme
Désir de tous
Acteurs multiples
Zoom 7. La transition énergétique des territoires alpins est-elle un tremplin ?
La crise climatique trouve sa source dans une consommation effrénée des ressources énergétiques fossiles. La nécessité de
s?adapter doit s?accompagner de mesures fortes d?atténuation par la mise en place d?une stratégie de transition énergétique. Cette
démarche représente une magnifique opportunité de mutation positive des modèles socio-économiques existants.
Les alpins ont toujours su tirer profit des ressources locales pour répondre à leurs besoins : énergies, matériaux, alimentation?
Depuis le XIXème siècle, les Alpes sont devenues fournisseurs d?eau, d?électricité, de bois et charbon, de main-d?oeuvre, pour le dé-
veloppement des territoires ruraux et urbains situés en aval. À partir des années 50, les Alpes du Sud accueillent massivement les
urbains en quête de loisirs, de nature et d?authenticité préservée. Le tourisme est ainsi devenu la colonne vertébrale économique.
Cela a introduit des paradoxes socio-énergétiques complexes à appréhender : station de montagne énergivore, parc résidentiel se-
condaire et touristique majoritaire, infrastructures surdimensionnées, barrage d?utilité nationale?. À titre d?exemple, sur le territoire
Ubaye-Serre-Ponçon qui totalise 20 000 habitants, 65 % des résidences sont secondaires, 80 000 lits touristiques sont recensés, et
dans le même temps, le taux de précarité énergétique atteint 30 %.
Les acteurs alpins ont très tôt mobilisé élus et territoires dans le défi de la transition énergétique. Aujourd?hui, la contrainte devient
opportunité socio-économique : richesse endogène, emploi, qualification, image de marque? La destination « Territoire à Énergie
POSitive » (TEPOS) est le moteur d?un développement local responsable. Cela se traduit par des mesures concrètes : construction
et rénovation éco-énergétique, efficacité énergétique, productions d?énergies renouvelables (réseau de chaleur biomasse, centrale
solaire, microcentrale hydroélectrique, géothermie, méthanisation, etc.).
Cependant, aujourd?hui, les objectifs sectoriels d?autosuffisance énergétique sont encore loin d?être atteints. Sur le territoire Ubaye-
Serre-Ponçon, pourtant mobilisé depuis 10 ans, atteindre l?équilibre production/consommation signifie rénover un tiers du parc bâti
en basse consommation, multiplier par trois la production d?énergies renouvelables, diviser par deux la part de mobilité? Les étapes
à franchir sont ainsi encore nombreuses. L?enjeu est bien la viabilité des territoires de montagne et la consolidation de leurs modèles
socio-économiques. L?engagement de tous est indispensable : population locale, collectivités, entreprises, touristes, acteurs de la
culture et de l?éducation? Ces derniers ont une mission essentielle : sensibiliser et mobiliser le public sur les défis de demain (Photo
21).
Photo 21. Visite d?une centrale villageoise
44
Conclusion
Aborder le changement climatique oblige à penser la multiplicité : celle des impacts, des transformations, des non-retours, et ce dans
les domaines socio-économiques comme environnementaux. Les Alpes n?échappent pas à cette règle dans la mesure où elles sont
elles-mêmes un espace de multiplicité qui caractérise sa richesse biologique et ses nombreuses espèces endémiques, ses écosys-
tèmes singuliers, ses fortes dynamiques paysagères, son économie touristique marquée par les saisons, mais aussi les aventures
multiples qu?un tel territoire continuent de nourrir. Ici, les températures augmentent plus fortement qu?ailleurs et les conséquences
sont déjà prégnantes à qui veut bien ouvrir les yeux. Ici, des initiatives germent à toutes les échelles, planifiées ou spontanées et
contribuent à repenser toute notre économie.
Le tourisme va connaître une évolution significative, parfois douloureuse au vu des changements d?enneigement : à l?avenir, « l?or
blanc » sera en effet une richesse moins partagée et accessible. La fonte spectaculaire des glaciers a de son côté déjà pleinement
transformé l?alpinisme estival. L?avenir du tourisme en montagne est ainsi encore à définir. Les risques sont objectifs, ne rien faire
n?est pas une option.
L?érosion grandissante, s?exerçant à des
échelles géographiques encore inconnues de
mémoire d?homme, fragilise la sécurité des
infrastructures comme des pratiquants de la
montagne. Quels investissements notre société
moderne et très urbaine consentira-t-elle dans
ces territoires peu peuplés ?
Les espaces naturels d?altitude, qui repré-
sentent un capital exceptionnel dans les Alpes,
sont entrés dans une phase de transformation dont la portée et l?ampleur sont encore incertaines. Aussi résilients soient-ils, un effet
de seuil pourrait avoir des conséquences en chaîne et entraîner des pertes de grande ampleur. Or cette biodiversité exceptionnelle
qu?hébergent nos montagnes fait partie intégrante des solutions à mobiliser. S?inspirer des stratégies d?adaptations naturelles, appe-
lées aussi « solutions d?adaptation fondées sur la nature », est de ce point de vue une nécessité.
Enfin, l?agriculture de montagne et le pastoralisme ont depuis plusieurs années pris acte du besoin d?évolution des pratiques. Cette
dernière est autant vécue comme une contrainte qu?une étape essentielle d?adaptation à la nouvelle donne climatique qui permettra
l?installation de nouveaux actifs (maraîchers, viticulteurs?).
Mobiliser le public pour vivre cette transition énergétique et écologique est un impératif. Sensibiliser n?est qu?une première étape,
indispensable, mais la mobilisation doit dépasser cet acte fondateur. Elle passe notamment par l?engagement. Il faut donner l?envie
d?agir. En ce sens, les actions exemplaires sont importantes, car elles sont des porte-drapeaux. Il faut aussi prendre le risque d?inno-
ver. C?est le sens de l?engagement d?acteurs publics, mais aussi privés, qui se traduit par la création d?emplois dédiés à l?émergence
et l?animation de nouvelles démarches territoriales dans les Alpes du Sud. À travers ces actions, les opérateurs du tourisme sont
invités à repenser leurs offres, des ateliers paysages sont organisés pour que l?urbanisme de demain soit pensé avec la nouvelle
donne climatique, la promotion de l?économie circulaire qui combine nos déchets, nos délaissés et notre mobilité, est encouragée?
Mobiliser tout un territoire est une affaire de longue haleine, parfois difficile et sinueuse, mais les résultats s?avèrent en grande ma-
jorité positifs et constructifs. Rendre, par exemple, un territoire autonome en énergie est une épreuve, mais les acteurs franchissent
des étapes pas à pas. La résignation, comme l?inaction évoquée en amont, n?est pas envisageable.
Enfin, comme le démontre ce cahier, la communauté scientifique est très largement mobilisée sur ces multiples questions et, plus
que jamais, la tour d?ivoire du chercheur a laissé place à une construction collective avec la diversité des acteurs du territoire. Mais
si la science a le pouvoir de réduire les incertitudes, elle ne prédit pas l?avenir à l?instar d?une Cassandre moderne. Elle donne des
outils et des réponses pour que nous choisissions collectivement des moyens d?action et un avenir commun. En ce sens, les pistes
d?adaptation au changement climatique et d?atténuation des gaz à effet de serre ne manquent pas dans tous les secteurs : agricultu-
re, foresterie, tourisme, habitat, énergie, transport... Elles différent selon les territoires et le contexte local, mais elles visent le même
objectif : protéger les populations et la nature tout en développant l?économie.
45
Ce cahier thématique portant sur la montagne est destiné aux décideurs et gestionnaires de territoires. Il constitue une première
approche pour mieux appréhender les conséquences du changement climatique en Provence-Alpes-Côte d?Azur.
Nous encourageons vivement les lecteurs, désireux d?en savoir davantage, à se rapprocher du GREC-SUD qui les orientera dans
leurs démarches et recherches (contacts@air-climat.org). Ils ont également la possibilité de s?adresser directement aux contribu-
teurs de cette publication :
? Christophe ADON (focus §1.3), animateur-prévisionniste-météo, Maison de la météo et du climat des Orres - Alpes du Sud (MMCO). Contact :
contact@mmco.fr
? Yves BIDET (§1.2), ingénieur (retraité), ex-chef de la division Études et Climatologie de Météo-France Sud-Est, Aix-en-Provence. Contact :
youenn.bidet@orange.fr
? Xavier BODIN (§1.4, §1.5, zooms 1 et 2), chargé de recherche, laboratoire EDYTEM, UMR 5204 / CNRS, Université Savoie-Mont-Blanc
(USMB). Contact : xavier.bodin@univ-smb.fr
? Mylène BONNEFOY-DEMONGEOT (§1.4), ingénieure, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et
l?agriculture (IRSTEA) - Érosion torrentielle, neige et avalanches (ETNA), Grenoble. Contact : mylene.bonnefoy@irstea.fr
? Anouk BONNEMAINS (§6.1, §6.2), docteure, équipe Territoires de montagne, laboratoire EDYTEM, UMR 5204 / CNRS, Université Savoie-
Mont-Blanc (USMB). Contact : anouk.bonnemains@univ-smb.fr
? Philippe BOURDEAU (Zoom 5), professeur, laboratoire PACTE, Institut de Géographie Alpine de l?Université Grenoble-Alpes (IGA), Grenoble.
Contact : philippe.bourdeau@univ-grenoble-alpes.fr
? Bernard BROT (§6.7), architecte, R+4 Architectes. Contact : bernard.brot@rplus4.com
? Rosine CARTIER (§5.3), post-doctorante, Lund University, Suède. Contact : rosine.cartier@geol.lu.se
? Laurent CAVALLI (§5.3), hydrobiologiste, maître de conférence, équipe Vulnérabilité écologique et conservation, Institut méditerranéen de
biodiversité et d?écologie Marine et Continentale (IMBE), Aix-Marseille Université. Contact : laurent.cavalli@imbe.fr
? Florie CHEVRIER (§4.4), ingénieure d?études, AtmoSud, Marseille. Contact : florie.chevrier@atmosud.org
? Aurélie COHAS (Zoom 4), maître de conférences, UMR CNRS 5558, Laboratoire Biométrie et Biologie Évolutive (LBBE), Université Claude
Bernard Lyon I, Villeurbanne. Contact : acohas@gmail.com
? Pierre COMMENVILLE (conclusion), directeur, Parc national des Écrins. Contact : pierre.commenville@ecrins-parcnational.fr
? Cédric CONTEAU (§4.3), développeur territorial et animateur de réseaux au Commissariat du massif des Alpes, Commissariat général à l?éga-
lité des territoires (CGET). Contact : cedric.conteau@cget.gouv.fr
? Christophe CORONA (§2.1), chargé de recherche, Laboratoire de géographie physique et environnementale (GEOLAB), CNRS, Cler-
mont-Ferrand. Contact : christophe.corona@uca.fr
? Thomas CURT (§2.3), directeur de recherche, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture
(IRSTEA), Aix-en-Provence. Contact : thomas.curt@irstea.fr
? Cédric DENTANT (§5.2), botaniste, Parc national des Écrins. Contact : cedric.dentant@ecrins-parcnational.fr
? Olivia DI VALENTIN (§3.2), technicienne-stagiaire, département « Génie biologique », Institut universitaire de technologie (IUT) d?Aix-Marseille,
Digne-les-Bains. Contact : olidival@orange.fr
? Sylvain DUPIRE (§2.3), post-doctorant, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture (IRS-
TEA), Grenoble. Contact : sylvain.dupire@irstea.fr
? Pierre-Allain DUVILLARD (§1.5, zooms 1 et 2), doctorant, Université Grenoble Alpes - Université-Savoie-Mont- Blanc, CNRS, EDYTEM, Le
Bourget-du-Lac. Contact : pierre-allain.duvillard@univ-smb.fr
? Nicolas ECKERT (§1.2, §2.1), ingénieur en chef, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture
(IRSTEA), UR ETNA / Université Grenoble Alpes. Contact : nicolas.eckert@irstea.fr
? Benjamin EINHORN (§2.4, zoom 1), directeur, Pôle Alpin d?études et de recherche pour la prévention des Risques Naturels (PARN). Contact :
benjamin.einhorn@univ-grenoble-alpes.fr
? Romain GAUCHER (zoom 2), chargé de mission risques naturels, Service ressources naturelles et risques, Conseil départemental des Hautes-
Alpes. Contact : romain.gaucher@hautes-alpes.fr
? Thierry GAUQUELIN (§4.1), professeur, Aix-Marseille Université / Université Avignon / CNRS / IRD / IMBE. Contact : thierry.gauquelin@imbe.fr
? Florie GIACONA (§2.1), post-doctorante, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agriculture (IRSTEA),
UR ETNA / Université Grenoble Alpes, et Institut des Sciences de l?Environnement (ISE) / Université de Genève. Contact : florie.giacona@unige.ch
? Marc-Jérôme HASSID (§6.6), directeur, CIPRA France. Contact : marc-jerome.hassid@cipra.org
? Dominique LÉTANG (§2.1), directeur, Association nationale pour l?étude de la neige et des avalanches (ANENA), Grenoble. Contact :
dominique.letang@anena.org
? Jérôme LOPEZ-SAEZ (§2.1), post-doctorant, Institut des Sciences de l?Environnement (ISE) / Université de Genève. Contact :
jerome.lopez-saez@unige.ch
? Grégory LOUCOUGARAY (§3.1), chargé de recherche, Université Grenoble Alpes, IRSTEA, UR LESSEM, Centre de Grenoble, Saint-Martin-
d?Hères. Contact : gregory.loucougaray@irstea.fr
? Marco MARCER (§1.5, zooms 1 et 2), doctorant, laboratoire Environnements, DYnamiques et TErritoires de la Montagne (EDYTEM), UMR5204/
PACTE, Le Bourget-du-Lac. Contact : marco.marcer@univ-grenoble-alpes.fr
46
Pour aller plus loin
? Gwladys MATHIEU (zoom 6), coordinatrice du pôle Educ?alpes Climat, Educ?alpes, Gap. Contact : gwladys.mathieu@educalpes.fr
? Loanne MICHAUD (§3.2), technicienne-stagiaire, département « Génie biologique », Institut universitaire de technologie (IUT) d?Aix-Marseille,
Digne-les-Bains. Contact : loanne1375@gmail.com
? Samuel MORIN (§1.2, §1.3, §2.1), chercheur, Météo-France - CNRS, CNRM UMR3589, directeur du Centre d?études de la neige (CNRM/
CEN). Contact : samuel.morin@meteo.fr
? Mohamed NAAIM (§2.1), directeur du département scientifique « Eaux », Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?en-
vironnement et l?agriculture (IRSTEA), UR ETNA / Université Grenoble Alpes. Contact : mohamed.naaim@irstea.fr
? Jérémy NAHMIYAZ (§6.4, §6.5, §6.7, zoom 7), ingénieur-urbaniste, Énergies et Territoire Conseil. Contact : j.nahmiyaz@energies-territoire.com
? Élodie PASSINI (§3.2), technicienne-stagiaire, département « Génie biologique », Institut universitaire de technologie (IUT) d?Aix-Marseille,
Digne-les-Bains. Contact : elodiepassini@gmail.com
? Delphine PIAZZA-MOREL (§3.1), chargée de recherche, Université Grenoble Alpes, IRSTEA, UR LESSEM, Centre de Grenoble, Saint-Martin-
d?Hères. Contact : delphine.piazza-morel@irstea.fr
? Antoine RABATEL (§1.4, §1.5), chercheur, Institut des géosciences de l?environnement (IGE), CNRS/UGA/IRD/G-INP, Grenoble. Contact :
antoine.rabatel@univ-grenoble-alpes.fr
? Mélanie RAMUSOVIC (§1.5, zooms 1 et 2), Master 2 Géosphères, Institut d?urbanisme et de géographie alpine (IUGA), laboratoire Environne-
ments, DYnamiques et TErritoires de la Montagne (EDYTEM) - UMR5204, Le Bourget-du-Lac. Contact : melanie.ramusovic@yahoo.fr
? Valérie RIVAT (édito), directrice, Parc naturel régional du Queyras. Contact : v.rivat@pnr-queyras.fr
? Philippe ROSSELLO (ligne éditoriale, coordination générale, avant-propos, introduction, focus §1.2, §3.2, maquette), ingénieur en analyse
spatiale et prospective, GeographR / GREC-PACA / pôle métier Climat & Air du CRIGE-PACA. Contact : philippe.rossello@geographr.fr
? Olivier ROULLE (§1.2), responsable Études et Climatologie, Direction interrégionale Sud-Est, Météo-France, Aix-en-Provence. Contact :
olivier.roulle@meteo.fr
? Clotilde SAGOT (zoom 3), chargée de mission « mesures physiques », Parc national des Écrins. Contact : clotilde.sagot@ecrins-parcnational.fr
? Philippe SCHOENEICH (§1.5, §2.2, zooms 1 et 2), professeur, laboratoire PACTE, Institut de Géographie Alpine, Université Grenoble-Alpes,
Grenoble. Contact : philippe.schoeneich@univ-grenoble-alpes.fr
? Emmanuelle SÉGURET (§6.4, §6.5), directrice, Blue InK. Contact : eseguret@blueink.eu
? Delphine SIX (§1.4), glaciologue, Institut des géosciences de l?environnement (IGE), CNRS / UGA / IRD / G-INP, Grenoble. Contact :
delphine.six@univ-grenoble-alpes.fr
? Thomas SPIEGELBERGER (§5.1), directeur de recherche, Université Grenoble Alpes, IRSTEA, UR LESSEM, Centre de Grenoble, Saint-
Martin-d?Hères. Contact : thomas.spiegelberger@irstea.fr
? Brigitte TALON (§4.1), maitre de conférences, Institut méditerranéen de biodiversité et d?écologie Marine et Continentale (IMBE), Aix-Marseille
Université. Contact : brigitte.talon@imbe.fr
? Emmanuel THIBERT (§1.4), ingénieur de recherche, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l?environnement et l?agri-
culture (IRSTEA) - Érosion torrentielle, neige et avalanches (ETNA), Grenoble. Contact : emmanuel.thibert@irstea.fr
? Gaëlle THIVET (§4.3), chef de pôle forêt bois, Service régional de l?économie et du développement durable des territoires (SREDDT), Direction ré-
gionale de l?alimentation, de l?agriculture et de la forêt de Provence-Alpes-Côte d?Azur (DRAAF PACA). Contact : gaelle.thivet@agriculture.gouv.fr
? Marie TISSOT (§3.3), chargée de mission coordination AP3C, Service InterDépartemental pour l?Animation du Massif central, Aubière. Contact :
marie.tissot.sidam@aura.chambagri.fr
? Michel VENNETIER (§4.2), ingénieur-chercheur, IRSTEA, UR RECOVER : michel.vennetier@irstea.fr
? Anne-Lise VICTOIRE (§4.3), géomaticienne, chargée de mission de l?Observatoire régional, Communes forestières Provence-Alpes-Côte
d?Azur. Contact : annelise.victoire@communesforestieres.org
? Philippe VIEL (§4.3), chargé de mission Politiques territoriales et animateur du Réseau Alpin de la Forêt de Montagne, Communes forestières
Provence-Alpes-Côte d?Azur. Contact : philippe.viel@communesforestieres.org
? Simon VIEUX (zoom 3), technicien pastoral, CERPAM. Contact : svieux@cerpam.fr
? Xavier VILLETARD (§4.4), directeur opérationnel, AtmoSud. Contact : xavier.villetard@atmosud.org
? Christian VINCENT (§1.4), ingénieur de recherche, Institut des géosciences de l?environnement (IGE), CNRS / UGA / IRD / G-INP, Grenoble.
Contact : christian.vincent@univ-grenoble-alpes.fr
? Christophe VIRET (conclusion), directeur, Parc national du Mercantour. Contact : christophe.viret@mercantour-parcnational.fr
? Paul WAGNER (§6.7), architecte-urbaniste, Atelier 4. Contact : paulwagner@atelier4architectes.fr
? Bruno WILHELM (§1.1), maître de conférences, Université Grenoble Alpes, Institut des Géosciences de l?Environnement (UMR 5001/UR 252).
Contact : bruno.wilhelm@univ-grenoble-alpes.fr
Suzanne de Cheveigné (directrice de recherche, Centre Norbert Elias, EHESS/CNRS/UAPV/AMU), Joël Guiot (directeur de recherche, CNRS,
CEREGE, co-président du GREC-SUD) et Bernard Seguin (directeur de recherche, retraité, Inra, co-président du GREC-SUD), membres du
Comité régional d?orientations (CRO) du GREC-SUD, ont également apporté leur expertise.
Pour obtenir la liste des références bibliographiques sur lesquelles s?appuie cette synthèse des connaissances, prenez contact avec le GREC-
SUD : contacts@air-climat.org
Comment citer cette publication du GREC-SUD ?
Impacts du changement climatique et transition(s) dans les Alpes du Sud, Les cahiers du GREC-SUD édités par l?Association pour l?innovation et
la recherche au service du climat (AIR), octobre 2018, 48 pages. ISBN : 9782956006060
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L?association pour l?innovation et la recherche au service du climat (A.I.R Climat), qui entend
contribuer à la prise de conscience des enjeux du changement climatique, mais aussi aider à la
recherche de solutions innovantes, encourage la transition verte, en coordonnant notamment le
GREC-SUD.
contacts@air-climat.org
www.air-climat.org - www.grec-sud.fr
INVALIDE)