L'évolution démographique récente de la France : une évolution démographique contrastée entre espaces ruraux et espaces urbains
Auteur moral
Institut national d'études démographiques (France)
Auteur secondaire
Résumé
"Une évolution démographique contrastée entre espaces ruraux et espaces urbains ; une croissance démographique naturelle nulle pour la première fois depuis un siècle dans l'Hexagone ; La répartition spatiale de la population française ; décomposition des flux d'immigration ; entre départements urbains et ruraux ; la nuptialité se maintient en France, toujours plus tardive ; fécondité et infécondité en France :tendances, fluctuations et disparités territoriales ; avorter en centres urbains, en petites villes, en ruralité, une offre et une accessibilité différenciées ; faibles progrès de l'espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements"
Editeur
INED
Descripteur Urbamet
Descripteur écoplanete
étude socioéconomique
;étude sociologique
Thème
Économie - Société
Texte intégral
L?évolution démographique récente
de la France :
Une évolution démographique contrastée
entre espaces ruraux et espaces urbains
2 0 2 5
? ?Article de POPULATION 4-2025, revue publiée par l?Institut national d?études démographiques
La conjoncture démographique de la France
POPULATION
Édit ion française
Institut national d?études démographiques
Campus Condorcet - 9, cours des Humanités - CS 50004
93322 Aubervilliers Cedex - France
Tél. : 33 (0)1 56 06 20 00 ? http://www.ined.fr
ISBN 978-2-7332-8081-2 ISSN 0032-4663
??
POPULATION
Édit ion française
2 0 2 5
Vo l u m e 8 0
N u m é r o 4
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? EconLit (http://www.aeaweb.org/econlit/)
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Population 2025, no 4 ? 380elivraison
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Allemagne
4
Table des maTières
NoTe de coNjoNcTure 2025
Une évolution démographique contrastée
entre espaces ruraux et espaces urbains ................................................. 5
Une croissance démographique naturelle nulle
pour la première fois depuis un siècle dans l?Hexagone ................. 13
La répartition spatiale de la population française ............................. 23
Décomposition des flux d?immigration
entre départements urbains et ruraux ................................................... 33
La nuptialité se maintient en France, toujours plus tardive .......... 43
Fécondité et infécondité en France :
tendances, fluctuations et disparités territoriales .............................. 63
Avorter en centres urbains, en petites villes, en ruralité,
une offre et une accessibilité différenciées .......................................... 85
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués
entre types de départements .................................................................. 103
La base de données qui constitue les annexes à la conjoncture
démographique de la France est disponible à l?adresse :
http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
* Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
Courriel : barbieri@ined.fr
Note de conjoncture2025
Une évolution démographique contrastée
entre espaces ruraux et espaces urbains
Magali Barbieri*
Le 1er janvier 2025, la France comptait 68,6 millions d?habitants, soit 169 000
de plus qu?un an auparavant. L?augmentation de la population n?a jamais été
aussi faible depuis la seconde guerre mondiale, notamment du fait d?un solde
naturel (0,2 naissance en plus que de décès pour mille habitants) qui a atteint
en 2024 un minimum historique depuis quatre-vingts ans. La croissance
démographique française tient donc presque essentiellement à un solde migra-
toire positif, estimé à 152 000 personnes en 2024. Cette évolution est particu-
lièrement marquée dans les espaces ruraux, qui se caractérisent par un solde
naturel négatif depuis 2015 et dont la faible croissance démographique est
uniquement attribuable à l?arrivée de nouveaux habitants. En revanche, les
espaces urbains, qui concentrent les deux tiers de la population française,
bénéficient encore d?un solde naturel positif grâce à l?excès du nombre de
naissances par rapport au nombre de décès et à l?arrivée de nouveaux immigrés
(personnes nées à l?étranger de nationalité étrangère). L?attractivité des espaces
urbains diminue cependant et les flux migratoires infranationaux mettent en
évidence une mobilité croissante depuis les grandes villes vers les petites et
les communes rurales périurbaines, une évolution qui concerne en premier
lieu les jeunes familles et les retraités.
En ce qui concerne les immigrés, il convient de distinguer deux types de
populations selon qu?elles apparaissent ou non dans les statistiques relatives
aux titres de séjour. Dans le premier cas, des statistiques précises sont publiées
par le ministère de l?Intérieur. C?est sur cette population que portent les ana-
lyses présentées dans ce dossier. Ainsi, en 2024, 343 000 premiers titres de
séjour ont été délivrés par le ministère de l?Intérieur. Parmi les personnes
??
Population-F, 80(4), 2025, 005-000
DOI : 10.3917/popu.2504.0001
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Commons Attribution ? Pas d'utilisation
commerciale ? Pas de modification 4.0
International (CC BY-NC-ND).
concernées, plus de la moitié (55 %) s?est installée dans les départements
urbains densément peuplés, contre 30 % dans les départements urbains de
type intermédiaire et 15 % dans les départements ruraux(1). Il s?agit principa-
lement d?étudiants (32 %) et de familles (26 %, une proportion en forte baisse
par rapport à il y a dix ans, lorsqu?elle s?établissait à 50 %). Les titres de séjour
délivrés pour motifs humanitaires (essentiellement pour les réfugiés, dont les
Ukrainiens ont été les plus importants récipiendaires en 2024) ont bénéficié
à 54 514individus. Ils ont retrouvé leur niveau de 2019 après une baisse en
2020-2022. Au total, les titres de séjour délivrés pour motifs humanitaires
représentent 15 % du total des premiers titres de séjour délivrés en 2024. Les
immigrés issus d?un pays membre de l?Union européenne n?apparaissent pas
dans les statistiques relatives aux titres de séjour car ils ne sont pas soumis
à l?obligation de détention d?un titre de séjour. Leur nombre, plus difficile à
évaluer, est encore inconnu pour 2024, de même que celui des étrangers en
situation irrégulière. Par conséquent, le solde migratoire total est estimé
indirectement par l?Insee qui calcule la différence entre le flux d?entrées et le
flux de sorties à partir des données de recensement. Toutefois, les données
demeurent très incertaines et, là encore, on ne dispose pas de chiffres mis à
jour pour 2024.
Après l?épidémie de Covid-19, qui avait engendré une baisse importante
tant du nombre de mariages que du nombre de pactes civils de solidarité (pacs),
on observe un rebond des officialisations d?unions en 2024. Déjà en 2023, les
mariages étaient au plus haut depuis le début des années 2010, sans doute par
effet de rattrapage. Le nombre de pacs, préférés au mariage par les couples de
même sexe ainsi que par les personnes veuves ou divorcées, a légèrement fléchi
après le record enregistré en 2022. Selon l?enquête de recensement de 2022
(dernière année disponible), le mariage demeure la situation conjugale la plus
courante chez les personnes de 18-64 ans, surtout pour les femmes. Néanmoins,
la proportion de personnes mariées diminue d?année en année, quoique plus
lentement dans les communes rurales, où la nuptialité est à la fois plus forte
et plus tardive. En revanche, la part des personnes célibataires ou pacsées
augmente régulièrement et celle des personnes en union libre ou divorcées
reste stable.
Le nombre annuel de naissances n?a cessé de diminuer depuis 2010, lorsqu?il
était de 833 000. Il est provisoirement estimé par l?Insee à 661 000 en 2024,
même s?il faut noter que le recul par rapport à l?année antérieure (?2,8 %) est
moins important qu?en 2023 (?6,7 %). L?indice conjoncturel de fécondité est
de 1,62 enfant par femme en 2024, soit ?0,04 par rapport à 2023. Cette baisse
est attribuable à celle de la fécondité, qui affecte particulièrement les âges où
elle est traditionnellement le plus élevée (entre 25 et 34 ans). Si la fécondité
demeure plus soutenue en zone rurale qu?en zone urbaine, avec toutefois de
fortes variations au sein de chacune de ces zones, la diminution du nombre de
(1) Pour les questions de définition des espaces urbains et espaces ruraux, voir l?encadré.
M.BarBieri
6
naissances a concerné tous les types de territoires et il est vraisemblable qu?elle
se poursuive dans les années à venir. En effet, si la population féminine en âge
de procréer est en légère augmentation depuis 2020, elle devrait diminuer avec
l?arrivée aux âges de fécondité maximale (30-34 ans) des générations moins
nombreuses nées dans les années 1990. Ces évolutions laissent supposer que
la France perdra bientôt son statut, unique en Europe, de pays où la descen-
dance finale (nombre définitif d?enfants mis au monde par l?ensemble des
femmes nées une année donnée) assure encore le remplacement des générations,
avec un peu plus de deux enfants par femme pour les générations nées au
milieu des années 1980.
En 2024, 252 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été
pratiquées en France, soit 8 000 de plus qu?en 2023. Quatre IVG sur cinq sont
médicamenteuses, une proportion qui ne cesse de croître. La part des IVG
réalisées en cabinet médical plutôt qu?en établissement hospitalier est en aug-
mentation, une tendance plus marquée en milieu urbain qu?en milieu rural.
En effet, les hôpitaux publics jouent un rôle essentiel dans les zones rurales,
où l?offre de soins est moins diversifiée. Dans les communes rurales les plus
isolées, où il est plus difficile de trouver un cabinet médical dans lequel des
généralistes ou des gynécologues sont habilités à pratiquer les IVG, les sages-
femmes jouent un rôle plus important que les médecins car elles y sont plus
fréquemment implantées. De manière générale, pour la première fois en 2024
en cabinet libéral, les sages-femmes ont réalisé davantage d'IVG que les méde-
cins libéraux, généralistes et gynécologues réunis.
La reprise des progrès de l?espérance de vie à la naissance s?est confirmée
en 2024 avec des durées de vie moyennes atteignant 80,0 ans pour les hommes
et 85,6 ans pour les femmes, mais les gains sont faibles par rapport à 2023
(+ 0,1 an pour chaque sexe). L?espérance de vie est inférieure de 2ans dans les
départements d?outre-mer par rapport à ceux de la France hexagonale dans
leur ensemble mais, au sein de cette dernière, l?écart est important (également
de 2ans) entre les départements urbains, plus favorisés, et les départements
ruraux. La position défavorable de ces derniers est relativement récente car
ceux-ci ont bénéficié d?une espérance de vie plus élevée que les autres types
de départements jusqu?au milieu des années 1990. Le taux brut de mortalité
est par ailleurs plus élevé en zone rurale, du fait d?une proportion plus forte
de personnes âgées. Si les cancers et les maladies cardiovasculaires représentent
de loin les deux premières causes de décès en France, leur poids diminue, mais
progressivement car la mortalité pour ces deux grandes catégories recule plus
lentement que pour les autres types de pathologies. C?est toutefois le taux
comparatif de mortalité due aux causes externes qui enregistre l?écart le plus
grand entre départements urbains et ruraux (notamment le suicide) même si
toutes les causes de décès contribuent à la position plus favorable des premiers
en matière d?espérance de vie à la naissance.
Une évolUtion démographiqUe contrastée entre espaces Urbains et rUraUx
7
M.BarBieri
8
Encadré. Définir la limite entre le rural et l?urbain : un défi
Si de nombreuses recherches scientifiques se sont intéressées à la caractérisation du « rural » et de
l?« urbain », les définitions le plus couramment utilisées en France émanent d?un cadre institutionnel,
en particulier de l?Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui a produit
de multiples zonages d?études. Certains zonages statistiques sont mobilisés depuis plusieurs décen-
nies et fréquemment actualisés. Il s?agit tout d?abord du zonage en unités urbaines, créé en 1954
et fondé sur des critères morphologique (continuité du bâti) et démographique (seuil à 2 000habi-
tants), pour identifier les agglomérations urbaines et dont la dernière actualisation date de 2020
(Costemalle etal., 2022). D?autres zonages sont fondés sur des critères fonctionnels (nombre
d?emplois et flux domicile-travail en particulier), comme le zonage en aires urbaines, remplacé en
2020 par le zonage en aires d?attraction des villes (De Bellefon etal., 2019) ; celui-ci permet d?iden-
tifier l?étendue de l?aire d?attraction d?un pôle de population et d?emploi sur les communes environ-
nantes. Si l?Insee a pu rappeler les précautions à prendre dans le sens et les usages potentiels de
ces zonages en tant qu?objets « à visée purement statistique » (pour le zonage en unités urbaines,
Costemalle etal., 2022, p. i) ou comme « identifiant les degrés d?influence des villes sur [leur]
environnement et non comme une partition ?urbain/rural? » (pour le zonage en aires urbaines par
exemple, Aliaga, 2015, p. 28), ils constituent des cadres de référence pour les politiques publiques,
mais aussi dans l?enseignement, dans la recherche ou dans la sphère médiatique, pour désigner les
espaces ruraux, urbains et périurbains (Pistre et Richard, 2018). À ce titre, ils ont fait l?objet de
nombreux débats scientifiques, en particulier en ce qui concerne la manière d?appréhender les
espaces ruraux à partir de ces zonages (Bouba-Olga, 2021 ; Cailly etal., 2020).
Dans cette perspective, l?Insee a récemment développé un nouveau zonage s?appuyant sur un
critère de densité de population : la grille communale de densité (Eurostat, 2021). Ce zonage prend
en compte la population communale et sa répartition au sein de chaque commune grâce à un
découpage du territoire national en carreaux de 1 km². Cette grille de densité ne repose donc pas
sur la densité communale globale, mais bien sur la concentration de la population interne aux
communes : plus la population est concentrée et nombreuse, plus la commune est considérée comme
dense. La production de cette grille s?inscrit dans un contexte de construction d?une définition
harmonisée des espaces ruraux et urbains au niveau européen, en même temps qu?elle permet
d?avoir une approche moins urbano-centrée du peuplement en France. Le critère de densité est en
effet mobilisé de longue date et fait consensus dans la caractérisation des espaces ruraux (Duboscq
et Mathieu, 1985). La grille communale de densité constitue aujourd?hui le référentiel officiel pour
distinguer l?urbain du rural en France (D?Alessandro etal., 2021).
Généralement présentée en trois niveaux, elle distingue les communes densément peuplées, les
communes de densité intermédiaire et les communes rurales, ces deux premières catégories formant
ce que l?on nomme plus généralement l?« urbain ». Une grille plus détaillée, à sept niveaux (Beck
etal., 2022, p. 26), a également été proposée suivant une méthode harmonisée au niveau européen
(Eurostat, 2021), qui distingue :
? les communes densément peuplées, inchangées et simplement renommées dans le cadre de
cette grille « grands centres urbains » (ou « cities » dans la nomenclature européenne) ;
? les communes de densité intermédiaire, qui se subdivisent en
? « centres urbains intermédiaires » ;
? « ceintures urbaines » ;
? « petites villes » ;
? les communes peu denses, ou rurales, distinguant
? les « bourgs ruraux » ;
? le « rural à habitat dispersé » ;
? le « rural à habitat très dispersé ».
Cette approche par la grille de densité, subdivisée en trois ou en sept niveaux, est celle qui est
privilégiée dans l?ensemble des notes de conjoncture de ce dossier. Elle est parfois complétée par
le recours à d?autres zonages (comme le zonage en aires d?attraction des villes dans la note relative
Une évolUtion démographiqUe contrastée entre espaces Urbains et rUraUx
9
à la fécondité, Thierry, 2025), ou par des méthodes d?agrégation ad hoc(a) (par exemple au niveau
des départements dans la note relative à la mortalité par Barbieri, 2025, ainsi que celle de D?Albis
et Boubtane, 2025, sur l?immigration). Enfin, si ce zonage permet de différencier finement des
communes selon leur niveau de densité, il ne dit rien des différenciations sociales, démo graphiques
ou économiques internes à ces types de territoires. C?est dans cette perspective qu?a été produite
la typologie structurelle des espaces ruraux en 2023 par le cabinet Acadie et Magali Talandier pour
l?Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT). Celle-ci repose justement sur la grille
communale de densité de 2020 pour la différenciation initiale entre communes rurales et urbaines
(Acadie et Talandier, 2023)(b). Cette typologie est présentée et mobilisée dans la note de Cayouette-
Remblière etal. (2025) pour affiner la caractérisation des dynamiques démographiques et sociales
des espaces ruraux français. Enfin, l?ensemble de ces zonages et typologies donne à voir, que ce
soit dans leur utilisation séparée ou croisée (Dubuc etal. 2025), différentes facettes de la répartition
de la population sur le territoire français.
Fromentin J., Le Roux G. et Cayouette-Remblière J.
(a) Si la grille de densité est construite au niveau communal, il existe des méthodes d?agrégation permettant
de caractériser, suivant ces trois niveaux, des entités spatiales supracommunales, comme des départements.
Cette méthode d?agrégation a néanmoins été discutée, en particulier car elle conduit à définir de façon
binaire ? urbain versus rural ? des territoires supracommunaux qui peuvent être composés d?un ensemble des
deux types d?espaces (Bouba-Olga, 2021). D?autres voies d?agrégation sont possibles, celle adoptée par Thierry
(2025), par exemple, qui appréhende les « cantons ruraux » comme des cantons composés uniquement de
communes rurales.
(b) La grille communale de densité existe depuis 2019 et a déjà connu plusieurs actualisations. La version de
2022 repose par exemple sur des données de population issues du fichier Fideli 2018, tandis que la version de
2025 s?appuie sur les données carroyées du recensement de la population de 2021. Selon les données mobilisées,
les notes de conjoncture incluses dans ce volume peuvent se référer à différentes versions de ce zonage.
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M.BarBieri
10
??
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espaces-ruraux-periurbains/articles-scientifiques/definition-espace-rural -france
Thierryx. 2025. Note de conjoncture2025: Fécondité et infécondité en France:
tendances, fluctuations et disparités territoriales. Population, 80(4).
https://doi.org/10.3917/popu.2504.006
Une évolUtion démographiqUe contrastée entre espaces Urbains et rUraUx
11
https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-manuals-and-guidelines/-/ks-02-20-499
https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/france-espaces-ruraux-periurbains/articles-scientifiques/definition-espace-rural-france
https://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/france-espaces-ruraux-periurbains/articles-scientifiques/definition-espace-rural-france
Note de conjoncture2025
Une croissance démographique naturelle nulle
pour la première fois depuis un siècle
dans l?Hexagone
Magali Barbieri*
Résumé
Au 1erjanvier 2025, la France comptait 68,6 millions d?habitants, dont 2,3 millions
dans les départements d?outre-mer (Dom). La population continue de croître mais
à un rythme qui se ralentit à cause, d?une part, de la baisse de la natalité, due à la
fois à une diminution du nombre de femmes en âge de procréer et au recul de la
fécondité et, d?autre part, de la hausse du nombre de décès, entraînée par le
vieillissement de la population. À l?exception des Dom, où la croissance naturelle
reste positive, l?Hexagone ne doit sa croissance démographique qu?aux migrations.
C?est dans les départements ruraux que la croissance est la plus faible (0,1%
d?habitants en plus entre le 1erjanvier 2024 et le 1erjanvier 2025) et dans les Dom
qu?elle est la plus élevée (0,4% en plus au cours de la même année). Tous les
départements sont affectés par un vieillissement de leur population mais celui-ci
est particulièrement rapide dans les Dom, qui continuent toutefois à se caractériser
par une structure par âge plus jeune qu?ailleurs.
Mots-clés
conjoncture démographique, population, structure par âge, natalité, mortalité,
migrations, espaces urbains, espaces ruraux
Selon les chiffres provisoires de l?Insee, la population de la France comptait,
au 1erjanvier 2025, 68,6 millions d?habitants dont 2,3 millions dans les dépar-
tements d?outre-mer (Dom) (figure1). Au cours de l?année 2024, la population
a augmenté de 169000 habitants (159000 pour la France hexagonale), contre
un peu plus de 190000 en2023. Cette augmentation correspond à un taux
d?accroissement de 2,5pour mille, en décroissance progressive depuis 2018,
lorsqu?il atteignait 5,2pour mille. En 2024, la croissance a été majoritairement
attribuable au solde migratoire (avec un flux positif estimé à un peu plus de
* Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
Courriel : barbieri@ined.fr
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0002
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution ? Pas d'utilisation
commerciale ? Pas de modification 4.0
International (CC BY-NC-ND).
mailto:barbieri@ined.fr
150000 personnes par l?Insee), le nombre de naissances (663000) ayant été à
peine supérieur au nombre de décès (646000). La croissance naturelle, c?est-
à-dire attribuable uniquement à la différence entre le nombre de naissances et
le nombre de décès, est légèrement positive (0,2 pour mille), mais seulement
grâce à la contribution des Dom. Pour la première fois depuis plus d?un siècle
hors périodes de guerre, la croissance naturelle a donc été nulle (et même très
légèrement négative) dans l?Hexagone, avec 629 000naissances pour 630 000décès.
Cette évolution s?inscrit dans une tendance longue à la baisse du dynamisme
démographique français. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, en
1946, l?excédent naturel atteignait 298024, soit la différence entre 843904
naissances et 545880 décès (tableau1). La population a cru régulièrement
pendant la période suivante, lorsque le nombre de naissances s?est stabilisé à
un niveau élevé du fait du rattrapage de la guerre, puis du baby-boom, tandis
que le nombre de décès restait relativement stable. L?excédent a atteint un pic
à 386898 en 1964, avec 916087 naissances et 529189 décès (figure2). Lenombre
de décès a commencé à croître au milieu des années 2000, en raison du vieil-
lissement de la population. Malgré une forte baisse dans la seconde moitié des
années 1970, la natalité a continué à soutenir la croissance démographique
jusqu?en 2010, lorsque le nombre de naissances a atteint 832799 et le nombre
de décès n?était encore que de 551218, soit un taux de croissance naturel de
M.BarBieri
14
Figure 1. Évolution de la population de 1985 à 2025,
France entière et France hexagonale
Population au 1er janvier (en millions)
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Année
2020 20251990 201020001985
France entière
France hexagonale
Champ : France entière et France hexagonale.
Source : Insee, 2025b.
Une croissance démographiqUe natUrelle nUlle en 2024 dans l?hexagone
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https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/8560651/1_Pop_annu_compo_evol.xlsx
4,4 pour mille. Depuis, le nombre annuel de naissances a fortement diminué
tandis que le nombre de décès a continué à croître. Si l?évolution future de la
fécondité demeure incertaine, le nombre de décès ne pourra qu?augmenter dans
les années à venir du fait de l?arrivée aux âges de forte mortalité des générations
nombreuses du baby-boom (figures 3a et 3b).
I. Un rapport de dépendance de plus en plus déséquilibré
Tous les phénomènes démographiques cités plus haut (baisse de la fécondité,
allongement de la durée de vie, arrivée aux âges élevés des générations nom-
breuses nées pendant le baby-boom) engendrent par leurs effets combinés un
vieillissement accéléré de la population. En 2025, la proportion d?enfants et de
jeunes de moins de 20ans (22,9%) est à peine supérieure à celle des 65ans et
plus (21,8%). L?écart entre les deux groupes ne cesse de se resserrer car la part
des personnes de moins de 20ans diminue progressivement (26,4% en 1995,
24,8% en 2010) tandis que celle des 65ans et plus croît de manière continue
(14,9% en 1995, 16,6% en 2010). Ce changement progressif de la structure par
âge de la population se traduit par un épaississement du sommet de la pyramide
des âges et un rétrécissement de sa base, comme le montre la comparaison
entre les pyramides des âges de 1995 et de 2025 ci-dessous (figures3a et3b).
Le rapport de dépendance ?c?est-à-dire le rapport entre la population
considérée comme économiquement dépendante (les moins de 20ans et les
M.BarBieri
16
Figure2. Évolution du nombre de naissances et de décès de 1985 à 2025,
France hexagonale et France entière
Année
2020 20251980 200019601940
Nombre d?évènements
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France
hexagonale
France
hexagonale
Naissances
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France entière
France entière
Note: Les données pour la France entière ne sont disponibles que depuis 1982.
Champ: France hexagonale et France entière.
Source: Insee, 2025b.
Une croissance démographiqUe natUrelle nUlle en 2024 dans l?hexagone
17
Figure 3a. Pyramide des âges au 1erjanvier1995
Année
de naissance
Effectifs en milliers
500 400 300 200 100 0
Effectifs en milliers
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Année
de naissance
1894
1904
1914
1924
1934
1944
1954
1964
1974
1984
1994
Âges
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
HOMMES FEMMES
Figure 3b. Pyramide des âges au 1erjanvier2025
Année
de naissance
Effectifs en milliers
500 400 300 200 100 0
Effectifs en milliers
5004003002001000
1923
1933
1943
1953
1963
1973
1983
1993
2003
2013
2023
1923
1933
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1963
1973
1983
1993
2003
2013
2023
Année
de naissanceÂges
100
90
80
70
60
50
40
30
20
10
0
HOMMES FEMMES
Champ: France entière.
Source: Insee, pyramides des âges aux 1erjanvier 1995 et 2025, études et enquêtes démographiques,
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7746192.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7746192
plus de 65ans) et la population active (âgée de 20à 64ans)? est souvent utilisé
pour mesurer, de manière un peu schématique mais simple à calculer et à
comprendre, la pression démographique sur les systèmes de protection sociale,
de santé et de retraite. Ce rapport est passé de 70personnes considérées comme
dépendantes économiquement pour 100adultes d?âge actif en 1995, à80 en2025,
soit une augmentation de près de 15%. De plus, selon le scénario central des
projections de population de l?Insee(1), ce rapport continuera de croître pour
atteindre plus de 90 en 2040 et 97 en 2070. À cette date, la part des personnes
de 65ans et plus dans la population totale atteindrait 30% tandis que celle
des jeunes de moins de 20ans n?en représenterait plus que 20%.
II. Une répartition relativement stable de la population
par type de départements
La répartition de la population entre départements ruraux, départements de
densité intermédiaire, départements urbains et Dom est relativement stable
depuis trente ans(2). Elle est aussi plutôt équilibrée à l?exclusion des Dom
(tableau2). La population des départements ruraux représente un peu plus du
quart de la population totale du pays (28% en 1994, 27% en 2024), celle des
départements de type intermédiaire (35% en 1994, 36% en 2024) et celle des
départements urbains (34% en 1994 comme en 2024), chacune environ le
tiers. En revanche, la population des Dom ne représente que 3% du total, tant
en 1994 qu?en 2024.
Toutefois, l?évolution de ces proportions ne rend pas bien compte de
l?accrois sement démographique différencié dans chacun de ces groupes de
départements. En effet, la population des départements ruraux n?a augmenté
que de 9% entre1994 et2024 tandis que celle des départements de type inter-
médiaire a crû de 17%, celle des départements urbains de 18% et, surtout,
celle des Dom de près de 50%, passant ainsi de 1,50 à 2,24millions au cours
des trente dernières années. Les composantes de l?accroissement démographique
sont aussi très différentes d?un type de département à l?autre. Alors qu?en 1994,
le nombre des naissances était partout supérieur au nombre des décès (bien
que très faiblement déjà dans les départements ruraux), en 2024 le solde naturel
est devenu négatif dans les départements aussi bien ruraux que de type inter-
médiaire. La population continue néanmoins d?augmenter partout grâce à un
solde migratoire positif qui compense le déficit des naissances par rapport aux
décès. Ces conclusions sont à nuancer par une analyse géographique plus fine,
comme le démontre un article plus détaillé de cette chronique de conjoncture
(1) https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/5894083/00_central.xlsx.
(2) La typologie de densité des départements (ruraux, intermédiaires, urbains) utilisée dans cet
article est celle proposée par Eurostat (2025), à l?exception des Dom que nous avons classés à part.
M.BarBieri
18
https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/5894083/00_central.xlsx
sur la répartition spatiale de la population entre différentes catégories de
communes, plutôt que de départements (Cayouette-Remblière etal., 2025).
III. Un vieillissement particulièrement rapide
dans les Dom
Le vieillissement de la population affecte tous les types de départements mais
il est particulièrement marqué dans les départements ruraux. Dans ces der-
niers, la proportion de personnes de 60ans et plus a atteint, en 2024, 31%
pour les hommes et 35% pour les femmes, contre 26 et 30%, respectivement,
dans les départements de type intermédiaire, 22 et 26% dans les départements
urbains et 21 et 22% dans les Dom. Dans ces derniers, la part des moins de
Une croissance démographiqUe natUrelle nUlle en 2024 dans l?hexagone
19
Tableau2. Indicateurs de l?évolution de la population
par type de départements
en 1994*
Groupes de
départments
Population
Naissances
vivantes
en 1994
(en
milliers)
Décès
en 1994
(en
milliers)
Solde
naturel
en 1994
(en
milliers)
Variation
annuelle
(en
milliers)
Taux de
variation
naturelle
(pour mille
habitants)
Variation
totale
(en %)
au 1er
janvier
1994 (en
milliers)
au 1er
janvier
1995 (en
milliers)
moyenne
en 1994
(en
milliers)
% de la
pop.
totale au
1er janvier
1994
Dép.
ruraux 16 754 16 777 16 765 28,36 179 177 1 22 0,1 0,1
Dép.
interm. 20 924 21 031 20 978 35,42 256 181 75 107 3,6 0,5
Dép.
urbains 19 887 19 945 19 916 33,67 275 159 116 58 5,8 0,3
Total
France hex. 57 565 57 753 57 659 97,45 710 518 192 188 3,3 0,3
Dom 1 505 1 528 1 517 2,55 30 8 22 23 14,2 1,5
France
entière 59 070 59 281 59 175 100,00 739 526 214 211 3,6 0,4
en 2024*
Dép.
ruraux 17 631 17 636 17 634 25,76 137 214 -78 5 -4,2 0,1
Dép.
interm. 24 848 24 929 24 889 36,31 228 234 -6 81 -0,3 0,3
Dép.
urbains 22 589 22 656 22 623 33,01 253 167 87 68 3,6 0,3
Total
France hex. 65 068 65 222 65 145 95,08 618 615 3 154 0,0 0,2
Dom 2 244 2 254 2 249 3,28 34 16 18 10 7,9 0,4
France
entière 68 437 68 606 68 521 100,00 662 643 18 169 0,3 0,2
* Calculs réalisés par l?autrice à partir des données départementales provisoires de l?Insee.
Champ: France entière.
Source: Calculs de l?autrice à partir de données de l?Insee, statistiques et estimations d?état civil, recensements
et estimations de population (https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/8560704/1_Pop_annu_compo_evol_depreg.
xlsx).
https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/8560704/1_Pop_annu_compo_evol_depreg.xlsx
https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/8560704/1_Pop_annu_compo_evol_depreg.xlsx
20ans représente le tiers de la population contre le quart au maximum dans
les autres types de départements. C?est toutefois dans les Dom que le vieillis-
sement a été le plus rapide avec un doublement de la proportion des 60ans
et plus entre1994 et2024 (tableau3). La baisse généralisée de la fécondité,
l?accroissement de l?espérance de vie et les mouvements migratoires (notam-
ment du fait des départs de jeunes adultes qui quittent les départements ruraux
comme les Dom) présagent une accélération de ces évolutions au cours des
années à venir.
M.BarBieri
20
Tableau3. Répartition par âge de la population
selon le type de départements en1994 et2024, hommes et femmes (en%)
Type de départements
Hommes Femmes
0-19 ans 20-59 ans
60 ans
et plus
Total 0-19 ans 20-59 ans
60 ans
et plus
Total
En 1994
Départements ruraux 26,5 52,9 20,6 100,0 24,0 49,4 26,6 100,0
Départements interm. 28,6 55,0 16,4 100,0 26,0 52,3 21,7 100,0
Départements urbains 27,9 57,4 14,7 100,0 25,0 54,9 20,1 100,0
Total France hex. 27,7 55,2 17,1 100,0 25,1 52,3 22,6 100,0
Dom 38,9 51,8 9,3 100,0 36,2 52,0 11,8 100,0
France entière 28,0 55,1 16,9 100,0 25,4 52,3 22,3 100,0
En 2024
Départements ruraux 22,7 46,8 30,5 100,0 20,2 44,4 35,4 100,0
Départements interm. 24,4 49,9 25,7 100,0 21,9 47,9 30,2 100,0
Départements urbains 25,2 53,3 21,5 100,0 22,5 51,8 25,7 100,0
Total France hex. 24,2 50,3 25,5 100,0 21,6 48,3 30,1 100,0
Dom 33,6 45,8 20,6 100,0 29,4 48,7 21,9 100,0
France entière 24,5 50,1 25,4 100,0 21,9 48,3 29,8 100,0
Champ: France entière.
Sources: Calculs de l?autrice à partir de données de l?Insee, statistiques et estimations d?état civil, recensements
et estimations de population (https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/8560704/2_Pop1janv_grages_depreg.
xlsx).
https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/8560704/2_Pop1janv_grages_depreg.xlsx
https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/8560704/2_Pop1janv_grages_depreg.xlsx
référeNces
cAyoueTTe-reMBlièreJ, froMenTinJ et lerouxG. 2025. Note de conjoncture2025:
La répartition spatiale de la population française. Population (80)4.
https://doi.org/10.3917/popu.2504.0003
euroSTAT. 2025. Glossary: Nomenclature of territorial units for statistics (NUTS). Eurostat.
h t t p s : / / e c . e u r o p a . e u / e u r o s t a t / s t a t i s t i c s - e x p l a i n e d / i n d e x .
php?title=Glossary:Nomenclature_of_territorial_units_for_statistics_(NUTS)
inSee. 2025a. Conseils pour l?utilisation des résultats statistiques. Insee Méthodes.
https://www.insee.fr/fr/information/2383177.
inSee. 2025b. La situation démographique en 2024 et en séries longues. État civil et
estimations de population. Insee Résultats. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8560708
inSee. 2025c. Pyramides des âges. Insee Études et enquêtes démographiques.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7746192
Une croissance démographiqUe natUrelle nUlle en 2024 dans l?hexagone
21
??
https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Glossary:Nomenclature_of_territorial_units_for_statistics_(NUTS)
https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Glossary:Nomenclature_of_territorial_units_for_statistics_(NUTS)
https://www.insee.fr/fr/information/2383177
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8560708
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7746192
* Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
Courriel : joanie.cayouette-rembliere@ined.fr
Note de conjoncture 2025
La répartition spatiale
de la population française
Joanie Cayouette-remblière*, Julie Fromentin*,
Guillaume leroux*
Résumé
Les évolutions de la répartition spatiale de la population entre espaces ruraux et
urbains en France restent marquées par une forte inertie. En 2021, deux tiers de la
population française (43,7millions) vivent en zones urbaines, une proportion stable
depuis dix ans. La croissance démographique ralentit partout mais demeure positive,
selon des dynamiques différentes dans les deux types d?espace: dans les espaces
urbains, elle est portée par un solde naturel positif tandis que la croissance des
espaces ruraux provient essentiellement d?un solde migratoire élevé. En réalité, les
espaces ruraux comme urbains présentent une grande hétérogénéité interne.
Àpartir de la typologie structurelle des espaces ruraux élaborée par Acadie et
Talandier en 2023, l?analyse montre que chaque type de commune rurale (petite
polarité, productive, résidentielle, touristique) connaît des dynamiques propres.
Les flux migratoires différenciés selon l?âge et la position sociale recomposent
progressivement la structure sociale et démographique de ces territoires. Ainsi,
campagnes résidentielles et touristiques présentent une forte attractivité, notamment
pour les familles en ce qui concerne les premières, et pour les retraités en ce qui
concerne les secondes. Par ailleurs, si les cadres restent une population peu présente
dans les espaces ruraux, leur solde migratoire très positif dans les communes rurales
productives et touristiques contribue à accroître leur présence par rapport aux
autres catégories sociales.
Mots-clés
conjoncture démographique, espaces ruraux, espaces urbains, migration interne,
mobilité résidentielle, répartition de la population
Les évolutions, en cours ou à venir, de la répartition spatiale de la population
entre espaces ruraux et urbains sont (re)devenues des sujets d?une grande
actualité, non seulement à la suite de la pandémie de Covid-19, mais aussi en
raison de l?urgence climatique et environnementale ou encore de la crise du
logement dans les grandes métropoles. Denouvelles questions ont alors émergé,
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0003
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution ? Pas d'utilisation
commerciale ? Pas de modification 4.0
International (CC BY-NC-ND).
comme celle d?un «exode urbain» (Milet etal., 2023) dû au départ d?habitants
des grandes villes vers une diversité d?espaces ruraux.
Enréalité, la répartition spatiale de la population en France est marquée
par une très forte inertie, avec une tendance historique à l?urbanisation ?la
date de 1931 étant généralement retenue pour décrire le basculement d?une
population majoritairement rurale à une population majoritairement urbaine
(Reghezza-Zitt, 2017).
En 2021, ce sont les deux tiers de la population française, soit 43,7millions
d?habitants, qui vivent dans les espaces urbains, entendus comme les communes
densément peuplées ou de densité intermédiaire suivant la grille communale
de densité produite par Eurostat (voir encadré dans la vue d?ensemble de cette
conjoncture par Barbieri, 2025). Cette proportion est stable dans les dix der-
nières années (tableau1). La tendance générale au ralentissement de la crois-
sance démographique observée au cours de la dernière décennie en France est
visible dans les deux types d?espaces, même si les taux de croissance annuels
restent positifs (0,42% par an dans les espaces urbains et 0,32% par an pour
les espaces ruraux). Cependant, la croissance démographique ne résulte pas
des mêmes dynamiques dans les espaces urbains et ruraux. Dans les premiers,
le solde naturel, entendu comme la différence entre le nombre de naissances
et le nombre de décès, contribue à l?augmentation de la population au rythme
J.Cayouette-RemblièRe etal.
24
Tableau 1. Évolution de la population selon la densité des communes,
entre 2010 et 2021
Communes urbaines
Ensemble des
communes
urbaines
Communes
rurales
Communes de
densité
intermédiaire
Communes
densément
peuplées
Population (en
milliers
d?habitants)
2010 17 655 21 069 41 725 20 968
2015 18 061 24 663 42 724 21 501
2021 18 480 25 221 43 701 21 728
Taux de croissance
(en % par an)
2010-2015 0,46 0,49 0,47 0,50
2015-2021 0,38 0,37 0,38 0,17
2010-2021 0,42 0,43 0,42 0,32
Solde naturel
(en % par an)
2010-2015 0,22 0,73 0,51 0,12
2015-2021 0,01 0,59 0,35 ?0,11
2010-2021 0,11 0,65 0,42 0,00
Solde migratoire*
(en % par an)
2010-2015 0,24 ?0,24 ?0,04 0,38
2015-2021 0,37 ?0,22 0,03 0,28
2010-2021 0,31 ?0,22 0,00 0,32
Part de la
population en
France hexagonale,
dont Corse (en %)
2010 28,16 38,39 66,55 33,45
2015 28,12 38,40 66,52 33,48
2021 28,24 38,55 66,79 33,21
* Le solde migratoire est un solde migratoire apparent, c?est-à-dire qu?il est mesuré par différence entre le solde
de population et le solde naturel. Il correspond à la différence entre le nombre de nouveaux habitants et le nombre
de départs, intégrant à la fois les flux infranationaux et internationaux.
Source : Insee, Séries historiques en 2021, recensement de la population, état civil, chiffres détaillés.
de 0,42% par an entre2010 et2021. Àl?inverse, le solde naturel est en moyenne
nul sur cette période dans les espaces ruraux, et apparaît même négatif depuis
2015 (?0,11% par an). Dans la continuité de dynamiques observées depuis
plusieurs décennies (Pistre, 2016), ces derniers profitent surtout de l?arrivée
de nouveaux habitants: le solde migratoire apparent, entendu comme la dif-
férence entre le nombre de nouveaux habitants et le nombre de départs, s?élève
à 0,32% par an entre2010 et2021 dans les espaces ruraux, alors qu?il est nul
dans les espaces urbains sur la même période.
I. Une diversité d?espaces urbains et ruraux
Les espaces urbains forment un ensemble varié, assemblant villes-centres et
banlieues, grandes et moyennes agglomérations. La distinction entre espaces
urbains de densité intermédiaire et densément peuplés laisse apparaître une
hétérogénéité des comportements démographiques. Les communes densément
peuplées accentuent les traits caractéristiques de l?urbain: leur croissance est
particulièrement portée par le solde naturel (+0,65% par an entre2010 et2021),
venant ainsi compenser un solde migratoire négatif (?0,22% par an sur la
même période). Les espaces à densité intermédiaire sont de ce point de vue
plus proches des espaces ruraux: leur solde naturel est faible, voire quasi nul
sur la période 2015-2021, et leur solde migratoire est positif, dépassant même
celui des espaces ruraux sur la dernière période étudiée.
Regroupés ici du fait de leur faible densité, les territoires ruraux sont en
réalité aussi variés que peuvent l?être les territoires urbains, même si cette
hétérogénéité est rarement commentée. Une nouvelle typologie structurelle
des espaces ruraux produite en 2023 par le cabinet Acadie et M.Talandier
permet de documenter de manière inédite la diversité des dynamiques démo-
graphiques des espaces ruraux français (tableau2), et de les comparer aux
espaces urbains. Dans cette typologie, les espaces ruraux se décomposent
entre des communes rurales résidentielles, regroupant 13% de l?ensemble de
la population française en 2021 et gravitant autour des moyennes ou grandes
agglomérations dont elles forment les premières ou secondes couronnes
périurbaines; des petites polarités (11%) qui, en tant que bourgs au sein des
campagnes, forment l?armature des espaces ruraux par leur concentration
d?emplois, d?équipements et de services; des communes rurales productives,
à concentration ouvrière et/ou agricole, davantage marquées par l?enclavement
géographique (6%); enfin, des communes rurales touristiques situées en
montagne ou sur le littoral, où ne résident de manière permanente que 3%
de la population française mais dont presque la moitié du parc de logement
est composée de résidences secondaires (Acadie et Talandier, 2023).
Ces espaces ruraux se distinguent fortement, entre les communes rurales
résidentielles marquées par une forte croissance démographique (+0,84% par
an entre2010 et2021) et les communes rurales productives qui sont en
La répartition spatiaLe de La popuLation française
25
décroissance démographique (?0,21% par an). Outre leur croissance démo-
graphique soutenue, les communes rurales résidentielles se distinguent par la
combinaison sur la même période d?un solde naturel positif (+0,45% par an)
et d?un solde migratoire également positif (+0,39% par an). Les autres espaces
ruraux qui sont en légère croissance démographique (les petites polarités et
les communes rurales touristiques) s?appuient uniquement sur un solde migra-
toire positif, leur solde naturel étant négatif. Pour les communes rurales tou-
ristiques, le contraste est particulièrement prononcé entre le solde naturel
négatif (?0,43% par an) et le solde migratoire positif (+0,64% par an) au
cours de la dernière décennie.
II. Les flux de population au sein de la France hexagonale
Dans l?année précédant le recensement de 2022(1), 4,1millions de personnes
ont changé de commune de résidence au sein de la France hexagonale. Ces
flux, qui excluent les arrivées depuis l?étranger et l?outre-mer et les départs vers
ces destinations, rendent compte des mécanismes à l?origine des soldes migra-
toires et de la redistribution des populations entre les différents types d?espaces
(figure1). Parmi ces changements de commune, la majorité (52%) se concentre
(1) Les données dites du recensement de 2022 rassemblent les enquêtes annuelles du recensement
de 2020 à 2024. Sont ici commentés les flux entre l?année précédant les enquêtes de recensement et
l?année de l?enquête, c?est-à-dire au plus tôt les flux 2019-2020 et au plus tard, les flux 2023-2024.
Il n?est donc pas possible de distinguer les flux précédant la crise sanitaire de ceux qui la suivent.
Tableau2. Évolution de la population dans une diversité d?espaces ruraux,
entre2010 et2021
Communes rurales Ensemble
des
communes
rurales
Communes
urbainesPetites
polarités
Productives Résidentielles Touristiques
Population
(en milliers
d?habitants)
2010 7 128 4 107 7 512 2 221 20 968 41 725
2015 7 210 4 092 7 950 2 249 21 501 42 724
2021 7 206 4 012 8 238 2 273 21 728 43 701
Taux de
croissance
(en % par an)
2010-2015 0,23 ?0,07 1,14 0,26 0,50 0,47
2015-2021 ?0,01 ?0,33 0,59 0,18 0,17 0,38
2010-2021 0,10 ?0,21 0,84 0,21 0,32 0,42
Solde naturel
(en % par an)
2010-2015 ?0,13 ?0,03 0,56 ?0,30 0,12 0,51
2015-2021 ?0,41 ?0,25 0,35 ?0,52 ?0,11 0,35
2010-2021 ?0,29 ?0,15 0,45 ?0,43 0,00 0,42
Solde
migratoire*
(en % par an)
2010-2015 0,36 ? 0,04 0,58 0,56 0,38 0,04
2015-2021 0,40 ? 0,08 0,24 0,70 0,28 0,03
2010-2021 0,39 ? 0,06 0,39 0,64 0,32 0,00
Part de
la population
en France
hexagonale,
dont Corse
(en %)
2010 11,37 6,55 11,98 3,54 33,45 66,55
2015 11,23 6,37 12,37 3,50 33,48 66,52
2021 11,01 6,13 12,59 3,47 33,21 66,79
Source: Insee, Séries historiques en 2021, recensement de la population, état civil, chiffres détaillés.
J.Cayouette-RemblièRe etal.
26
au sein des espaces urbains. De manière cohérente avec les soldes migratoires,
17% des déplacements ont eu lieu d?un espace urbain vers un espace rural et
13% ont suivi le chemin inverse. Enfin, 11% des déplacements ont consisté
en un changement de types de communes rurales (et 7% restent dans le même
type de communes rurales).
L?étude de ces flux permet de comprendre les dynamiques propres à chaque
type d?espace rural. Les communes rurales résidentielles et, dans une moindre
La répartition spatiaLe de La popuLation française
27
Figure1. Les changements de commune au sein de la France hexagonale
dans l?année précédant le recensement, suivant les types de territoire
Urbain Petites polarités Ruralités productives Ruralités résidentielles Ruralités touristiques
Types de communes
Effectifs (en million d'individus)
0
1
2
3
4
Avant migration Après migration
Champ: France hexagonale et Corse.
Source: Insee, recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.
mesure, touristiques sont particulièrement marquées par les arrivées depuis
les espaces urbains. Ainsi, près de 300000 personnes ont quitté ces deux espaces
pour une commune rurale résidentielle dans l?année précédant le recensement
de 2022, ce qui représente 56% des flux de personnes versce type d?espace(2).
Ces flux suivent les dynamiques connues de périurbanisation qui s?étendent à
des communes de plus en plus éloignées des agglomérations. Dans le même
temps, 116000 personnes sont arrivées d?autres types d?espaces ruraux pour
s?installer dans ces campagnes situées à proximité des villes. À l?inverse,
360000personnes ont quitté les communes rurales résidentielles: si la majorité
d?entre elles (229000) se sont installées dans un espace urbain, ce flux est
néanmoins plus faible que son inverse. L?urbain a également un poids important
dans les lieux d?origine des flux vers les communes rurales touristiques, puisqu?il
représente plus de 50% des flux vers ce type d?espace, pourtant généralement
plus éloigné des villes. Les communes rurales productives sont comparativement
moins marquées par des mobilités depuis l?urbain, qui ne représentent que 38%
des flux vers ce type d?espace (95000 personnes). Elles sont davantage liées
aux petites polarités, tant du point de vue des mobilités entrantes que sortantes
(24% des flux entrants vers les communes rurales productives, soit 62000per-
sonnes et 34% des flux sortants, soit 60000 personnes), ce qui souligne le rôle
structurant de ces petites polarités dans le fonctionnement global des espaces
ruraux, notamment pour les personnes âgées.
Ces flux différenciés selon les espaces ruraux s?inscrivent en effet dans les
dynamiques de cycle de vie des individus (figure2). Les 15-24 ans tendent
généralement à quitter l?ensemble des types d?espaces ruraux et à s?installer
dans les espaces urbains, au moment des études ou de l?accès aux premiers
emplois. À l?inverse, les jeunes adultes (25-39 ans), et les enfants (0-9 ans) qui
les accompagnent, forment les classes d?âges qui s?installent le plus souvent
dans les communes rurales, et qui quittent le plus massivement les espaces
urbains. Ces dynamiques sont particulièrement prononcées au sein des com-
munes rurales résidentielles, particulièrement attractives pour les familles avec
enfants car l?accession à la propriété y est plus aisée que dans les espaces
urbains. Les communes rurales productives et les petites polarités sont mar-
quées par les mêmes dynamiques, mais avec une moindre intensité. Ces der-
nières se distinguent néanmoins par des soldes migratoires positifs aux âges
les plus élevés (75 ans et plus); ceci montre l?importance que peuvent revêtir
ces bourgs ruraux pour certaines populations qui, en se déplaçant depuis
d?autres types d?espaces ruraux vers les petites polarités, cherchent à bénéficier
d?un meilleur accès aux commerces et services, notamment de santé (Aouici
et Nowik, 2021; Paumelle, 2022). Enfin, les ruralités touristiques, qui concernent
surtout les littoraux, les massifs montagneux et leurs périphéries, bénéficient
principalement de nouveaux arrivants aux âges de la retraite (60-69 ans),
(2) On appréhende ici l?ensemble des changements de communes ce qui inclut donc les mobilités
résidentielles au sein d?un même type d?espace rural.
J.Cayouette-RemblièRe etal.
28
La répartition spatiaLe de La popuLation française
29
Figure2. Distribution par âge des migrations infranationales de population
suivant les types de territoire
Solde migratoire
Nombre d'entrées (positif)
Nombre de sorties (négatif)
Solde migratoire
100 000
-100 000
50 000
-50 000
0
Classe d?âges
Communes urbaines
Petites polarités
Communes rurales
résidentielles
Communes rurales
productives
Communes rurales
touristiques
90
-
94
1
-
4
10
-
14
20
-
24
30
-
34
40
-
44
50
-
54
60
-
64
70
-
74
80
-
84
90
-
94
1
-
4
10
-
14
20
-
24
30
-
34
40
-
44
50
-
54
60
-
64
70
-
74
80
-
84
90
-
94
1
-
4
10
-
14
20
-
24
30
-
34
40
-
44
50
-
54
60
-
64
70
-
74
80
-
84
100 000
-100 000
50 000
-50 000
0
Classe d?âges
100 000
-100 000
50 000
-50 000
0
Classe d?âges
90
-
94
1
-
4
10
-
14
20
-
24
30
-
34
40
-
44
50
-
54
60
-
64
70
-
74
80
-
84
90
-
94
1
-
4
10
-
14
20
-
24
30
-
34
40
-
44
50
-
54
60
-
64
70
-
74
80
-
84
100 000
-100 000
50 000
-50 000
0
Classe d?âges
100 000
-100 000
50 000
-50 000
0
Classe d?âges
Solde migratoire Solde migratoire
Solde migratoire Solde migratoire
Source: Insee, recensement de la population 2022, exploitation complémentaire.
motivés par la recherche d?un nouveau cadre de vie une fois libérés des
contraintes de l?emploi (Caradec, 2010).
Enfin, ces flux signalent une recomposition du paysage social des espaces
(tableau3). Si tous les groupes socioprofessionnels, actifs ou retraités, tendent
à quitter davantage les espaces urbains qu?à s?y installer, l?exode urbain les
touche inégalement. Proportionnellement à ce qu?ils représentent dans l?en-
semble des espaces urbains, ce sont les petits indépendants (catégorie ras-
semblant les agriculteurs, artisans et commerçants) ainsi que les professions
intermédiaires qui quittent le plus ce type d?espace. À l?inverse, les employés
forment le groupe le moins concerné par le départ des villes. Ainsi, en un an,
ce sont 0,63% des petits indépendants, et 0,60% des professions intermé-
diaires habitant l?urbain qui se sont installés dans le rural, soit respectivement
12000et 46000 personnes environ.
Ces groupes ne se dirigent pas vers les mêmes types d?espaces ruraux. Les
petits indépendants ainsi que les ouvriers présentent des soldes migratoires
beaucoup plus élevés dans les petites polarités que dans les autres types
d?espaces ruraux. Quant aux professions intermédiaires, ainsi que cadres et
J.Cayouette-RemblièRe etal.
30
Tableau3. Poids des flux, par catégorie socioprofessionnelle
(actifs et retraités)
Petits
indépendants
Cadres et chefs
d?entreprise
Professions
intermédiaires
Employés Ouvriers
Espaces urbains
Solde migratoire ?11 746 ?29 859 ?46 085 ?34 714 ?28 737
Solde, rapporté au poids
de la population en 2021 ?0,63 % ?0,49 % ?0,60 % ?0,36 % ?0,46 %
Petites polarités
Solde migratoire 4 602 6 781 13 850 14 932 12 560
Solde, rapporté au poids
de la population en 2021 0,76 % 1,37 % 1,21 % 0,91 % 0,81 %
Communes rurales productives
Solde migratoire 1 877 4 369 6 917 4 256 5 781
Solde, rapporté au poids
de la population en 2021 0,36 % 1,78 % 1,15 % 0,50 % 0,65 %
Communes rurales résidentielles
Solde migratoire 2 361 12 650 19 264 11 182 8 330
Solde, rapporté au poids
de la population en 2021 0,37 % 1,61 % 1,25 % 0,67 % 0,58 %
Communes rurales touristiques
Solde migratoire 2 906 6 058 6 054 4 344 2 066
Solde, rapporté au poids
de la population en 2021 1,01 % 2,88 % 1,48 % 0,82 % 0,55 %
Sources: I nsee, recensement de la population 2022, exploitation complémentaire; champ des actifs et retraités
(population hors étudiants et autres inactifs).
Notes: (1) Les retraités sont ici réintégrés au groupe socioprofessionnel associé à leur dernière profession.
(2) Les étudiants et autres inactifs n?apparaissent pas dans le tableau, ce qui explique que l?ensemble des soldes
migratoires vers les espaces urbains soient négatifs.
(3) Les petits indépendants rassemblent les agriculteurs, artisans et commerçants.
chefs d?entreprise, leurs soldes sont particulièrement élevés au sein des com-
munes rurales résidentielles. Par rapport aux autres groupes, les cadres (et
particulièrement les retraités cadres) se distinguent également par un solde
migratoire élevé au sein des communes rurales touristiques.
Alors que les flux des petits indépendants et ouvriers ont peu de poids sur
le changement de composition sociale des espaces d?arrivée, ceux des profes-
sions intermédiaires et, afortiori des cadres, viennent davantage les transformer.
En effet, si ces derniers sont dans l?ensemble moins nombreux à vivre dans les
espaces ruraux et particulièrement peu présents dans les communes rurales
productives et touristiques, leur solde migratoire très positif dans ces espaces
fait croître leur part de manière beaucoup plus rapide que les autres catégories
sociales: le solde des arrivées annuelles de cadres et chefs d?entreprise repré-
sente ainsi 1,78% du poids de leur catégorie au sein des communes rurales
productives et même 2,88% au sein des communes rurales touristiques.
Si une attention particulière a été portée au cours des dernières années à
l?apparition d?un nouvel «exode urbain», il convient de rappeler que l?attrac-
tivité résidentielle des espaces ruraux est une dynamique engagée depuis
plusieurs décennies, même si la répartition de la population entre espaces
urbains et ruraux reste soumise à une assez forte inertie. Néanmoins, les
dynamiques de croissance démographique observées au sein des espaces ruraux
se révèlent très diverses et les flux préférentiels vers certains types d?espaces
ruraux à certains âges ou pour certaines catégories sociales sont susceptibles,
à moyen terme, d?en modifier la composition démographique et sociale.
La répartition spatiaLe de La popuLation française
31
référeNces
AcAdie, TAlAndierM. 2023. Étude sur la diversité des ruralités: «Typologies et
trajectoires des territoires» [rapport]. Agence nationale de la cohésion des territoires
(ANCT).
https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/sites/default/files/2023-02/rapport_
final_etude_anct_ruralites_-_acadie_-_magali_talandier_-_16_fevrier_2023.pdf
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et contre le pire. Retraite et société, 86(2), 21-45. https://doi.org/10.3917/rs1.086.0022
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entre espaces ruraux et espaces urbains. Population, 80(4).
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https://portail.documentation.developpement-durable.gouv.fr/exl-php/document-
affiche/mte_recherche_avancee/OUVRE_DOC/27?fic=pcaouv00261310.pdf
reghezzA-ziTTM. 2017. La France dans ses territoires. Armand Colin.
J.Cayouette-RemblièRe etal.
32
??
https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/sites/default/files/2023-02/rapport_final_etude_anct_ruralites_-_acadie_-_magali_talandier_-_16_fevrier_2023.pdf
https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/sites/default/files/2023-02/rapport_final_etude_anct_ruralites_-_acadie_-_magali_talandier_-_16_fevrier_2023.pdf
https://doi.org/10.4000/eps.3897
https://doi.org/10.3917/eg.511.0022
https://doi.org/10.3406/estat.2016.10677
https://portail.documentation.developpement-durable.gouv.fr/exl-php/document-affiche/mte_recherche_avancee/OUVRE_DOC/27?fic=pcaouv00261310.pdf
https://portail.documentation.developpement-durable.gouv.fr/exl-php/document-affiche/mte_recherche_avancee/OUVRE_DOC/27?fic=pcaouv00261310.pdf
* ESSEC Business School et THEMA.
** École d?économie de Paris.
Courriel : dalbis@essec.edu
Note de conjoncture2025
Décomposition des flux d?immigration
entre départements urbains et ruraux
Hippolyte d?Albis* et Ekrame Boubtane**
Résumé
La note analyse les flux d?immigration de ressortissants de pays tiers en France
entre 2000 et 2022, à partir des premiers titres de séjour d?au moins un an. Ces flux
mesurent l?accès initial à une autorisation durable de résidence, qu?elle résulte
d?une arrivée récente, d?un changement de statut ou d?une régularisation. Ils ne
correspondent pas aux entrées physiques sur le territoire, qui ne sont pas observées.
En 2022, le flux national atteint 282 957 entrées, un niveau record sur l?ensemble
de la période. Après la baisse de 2020 liée aux restrictions sanitaires, la tendance
croissante des années 2010 reprend nettement. La quasi-totalité des titres délivrés
ont une durée inférieure à dix ans, et les femmes représentent 47,6 % des nouveaux
bénéficiaires. Les données révèlent également d?importantes disparités territoriales.
La part des entrées dans les départements urbains diminue progressivement, passant
de près de 60 % avant 2016 à 55 % en 2022, tandis que les départements ruraux
voient leur part progresser jusqu?à près de 15 %. Les motifs d?entrée varient selon
le degré d?urbanisation : les motifs familiaux, dominants partout, reculent au fil
du temps, tandis que les motifs professionnels, humanitaires et surtout d?études
augmentent, notamment dans les zones rurales et intermédiaires. Les départements
urbains accueillent proportionnellement davantage d?étudiants, tandis que les
zones rurales enregistrent une montée plus forte des motifs professionnels et
humanitaires depuis la fin des années 2010.
Mots-clés
conjoncture démographique, immigration, titres de séjour, flux migratoires,
espaces urbains et ruraux, motifs d?entrée
Une personne immigrée est une personne née à l?étranger de parents n?ayant
pas la nationalité française, qu?elle ait ou non acquis la nationalité française
par la suite. Cette note de conjoncture décrit l?évolution des flux d?immigration
à destination des départements urbains et ruraux à l?aide de statistiques rela-
tives à la délivrance de titres de séjour. Elle porte donc sur les ressortissants
des pays dits tiers, qui sont soumis à l?obligation de détention d?un titre admi-
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0004
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution ? Pas d'utilisation
commerciale ? Pas de modification 4.0
International (CC BY-NC-ND).
nistratif pour résider en France. Par conséquent, l?immigration des ressortissants
des pays membres de l?Espace économique européen(1) et de la Suisse n?est pas
prise en compte. Par ailleurs, du fait de son retrait de l?Union européenne, le
Royaume-Uni est considéré comme pays tiers depuis le 1er janvier 2021. Le
principe de comptabilisation des flux repose sur la nécessaire cohérence des
comparaisons dans le temps, donc les statistiques sont établies à périmètre
géographique constant. Ceci implique que : (i) les flux de ressortissants des
pays pour lesquels la détention d?un titre fut obligatoire, mais n?est aujourd?hui
plus nécessaire, ne sont pas comptabilisés ; (ii) les flux de ressortissants en
provenance du Royaume-Uni (et des territoires britanniques d?outre-mer) ne
sont pas intégrés au flux d?immigration.
Pour évaluer les flux d?entrées de ressortissants de pays tiers s?établissant
légalement en France, on comptabilise les titres de séjour ainsi que les visas
de long séjour valant titres de séjour délivrés par les préfectures en France(2)
et les ambassades ou consulats à l?étranger. Les statistiques sont construites à
partir d?extractions de l?Application de gestion des dossiers des ressortissants
étrangers en France (Agdref) du ministère de l?Intérieur, transmises annuel-
lement à l?Ined. La construction de ces flux repose sur la méthodologie déve-
loppée par d?Albis et Boubtane (2015). Le principe fondamental est le suivant :
les personnes sont comptabilisées dans le flux de l?année où elles reçoivent
pour la première fois un titre de séjour permettant de résider au moins un an
en France(3). Dans la plupart des cas, cette année est la même que l?année
d?entrée, mais elle peut lui être parfois postérieure ; c?est notamment le cas
lorsque la personne : (i) a résidé légalement en se voyant attribuer un ou plu-
sieurs titres de moins d?un an ; (ii) a résidé illégalement et bénéficié ensuite
d?une régularisation ; (iii) est entrée avant sa majorité (la détention d?un titre
n?est en effet pas obligatoire pour les mineurs). Par conséquent, ce que l?on
nomme ici « flux d?entrées » est précisément le flux de personnes ayant obtenu
une autorisation administrative de résider légalement au moins un an sur le
territoire français. Ce « flux d?entrées » n?est donc pas une évaluation des
entrées physiques sur le territoire français, qui d?ailleurs ne sont ni observées
ni enregistrées en France. En outre, les flux de sortie ne sont pas mesurés ici.
Enfin, du fait des délais d?enregistrement de certains titres de séjour, les flux
migratoires ne peuvent être évalués de façon définitive que jusqu?en 2022(4).
(1) Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande,
Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Norvège,
Pays-Bas, Pologne, Portugal, Tchéquie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et Suède.
(2) À l?exception de la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie et Wallis-et-Futuna.
(3) De façon complémentaire, le ministère de l?Intérieur publie une série statistique de flux migra-
toires qui repose sur la comptabilisation de tous les premiers titres de séjour délivrés aux personnes
majeures. Le périmètre n?est donc pas le même car il inclut des titres de moins d?un an qui, pour
certains, ne seront pas renouvelés par un titre d?un an et plus.
(4) L?extraction n?ayant pas été transmise en 2025, l?évaluation du flux d?immigration pour l?année
2023 n?a pas pu être réalisée ; la comptabilisation des flux s?arrête en 2022. Rappelons que cette série
est établie à partir de fichiers extraits en année n + 2 pour le calcul du flux de l?année n.
H.d?Albis et e.boubtAne
34
I. En 2022, le flux d?entrées a atteint
un niveau historiquement élevé
Le tableau 1 présente les flux d?entrées tels que définis précédemment pour les
années 2017 à 2022. Le flux représente 282 957 personnes en 2022, soit son
plus haut niveau depuis 2000 (date du début de la série statistique ; annexe 3(5)).
Après la forte baisse en 2020 à la suite des mesures de restriction de la mobilité
internationale mises en oeuvre dans le cadre de la lutte contre la pandémie de
Covid-19, le flux d?entrées retrouve la tendance croissante entamée au début
des années 2010. Par ailleurs, 8 413 titres ont été délivrés en 2022 aux ressor-
tissants du Royaume-Uni et des territoires britanniques d?outre-mer, soit une
forte diminution par rapport à l?année précédente qui avait été marquée par
une importante régularisation de ressortissants britanniques déjà installés en
France. La part des bénéficiaires d?un premier titre dont la durée de validité
est supérieure ou égale à dix ans (12,1 % en 2022) reste faible. Le titre de séjour
de dix ans ou plus (typiquement la carte de résident) est en effet rarement un
premier titre et est généralement obtenu après un ou plusieurs titres d?une
durée plus courte. Depuis 2017, la proportion de femmes est inférieure à celle
des hommes parmi les bénéficiaires d?un nouveau titre de séjour. En 2022, les
femmes représentaient 47,6 % du flux d?entrées.
II. Autres mesures du flux d?entrées
La question des étudiants dans le calcul des flux migratoires est complexe.
Certaines conventions statistiques considèrent qu?il faut les comptabiliser à
partir du moment où ils résident au moins un an dans le pays d?accueil ; c?est
l?approche qui est retenue ici. D?autres conventions, qui reposent sur les règles
du Système de comptabilité nationale, estiment qu?il faut au contraire ne les
(5) Les annexes sont disponibles sur:http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
Décomposition Des flux D?immigration entre Départements urbains et ruraux
35
Tableau 1. Nombre de premiers titres de séjour de plus d?un an,
selon l?année de début de validité et la durée de validité
Durée de validité du titre 2017 2018 2019 2020 2021 2022
Titres de moins de dix ans 208 772 222 155 227 409 186 242 220 798 248 705
Titres de dix ans ou plus 28 969 27 319 29 728 25 013 30 861 34 252
Total 237 741 249 474 257 137 211 255 251 650 282 957
Part du total des titres
délivrés à des femmes
(en %)
48,9 49,2 48,0 47,3 46,8 47,6
Champ : Titres délivrés en France et dans les ambassades ou consulats à l?étranger aux ressortissants des pays
étrangers, à l?exception des pays membres de l?Espace économique européen, de la Suisse et du Royaume-Uni
(périmètre constant de 2017 à 2022). Titres délivrés l?année n et enregistrés dans l?extraction de la base Agdref
réalisée en juillet de l?année n + 2. Les titres de moins de dix ans ont une durée de validité comprise entre 364 et
3 649 jours ; les titres de dix ans et plus ont une durée de validité de plus de 3 649 jours.
Source : Calculs des auteurs à partir des extractions de la base Agdref transmises à l?Ined par le ministère de
l?Intérieur.
comptabiliser que s?ils prévoient de rester dans le pays d?accueil après la fin de
leurs études. C?est en particulier ce qui est appliqué par l?Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE). L?estimation du flux
selon cette dernière convention peut être réalisée à partir de la méthode pro-
posée par d?Albis et Boubtane (2021). Elle consiste à appliquer la règle du
premier titre de plus d?un an pour tous les titres à l?exception de ceux délivrés
pour motif d?études. Ainsi, une personne n?ayant reçu que des titres étudiants
lors de son séjour en France n?est pas comptabilisée (même si elle est restée
plus d?un an) ; en revanche, une personne ayant obtenu un titre pour un autre
motif après avoir reçu un titre étudiant, est comptabilisée l?année de son pre-
mier changement de statut. La figure 1 représente les flux d?entrées depuis
2000, selon ces deux méthodes. Lorsque l?on ignore les premiers titres de
séjours délivrés pour motif d?études, le flux annuel est afortiori moins impor-
tant (il s?établit à 253 191 personnes en 2022), mais l?évolution depuis vingt ans
est similaire.
Les flux d?entrées d?étrangers peuvent également être estimés à partir
d?autres sources statistiques. L?Insee utilise les enquêtes annuelles de recense-
ment de la population, et notamment une question sur le lieu de résidence de
l?année précédant l?enquête. L?Insee a récemment rénové sa méthode (Barrau
et Tanneau, 2025) et estime à 375 000 le nombre d?immigrés entrés en France
en 2022 (Pariset, 2025) soit 44 000 personnes de plus que lors de sa précédente
estimation (Tanneau, 2024). Cette estimation inclut 68 000 ressortissants des
pays de l?UE-27 qui ne sont pas soumis à l?obligation de détenir un titre de
séjour. Bien que l?estimation de l?Insee du nombre d?immigrés entrés en France
H.d?Albis et e.boubtAne
36
Figure 1. Flux annuels d?entrées selon le mode de comptabilisation
des titres de séjour, incluant ou non ceux pour motif d?études
Premiers titres de séjour
Premiers titres
excluant ceux délivrés
pour motif d?études
2000 2005 2010 2015 2020
50 000
100 000
150 000
200 000
250 000
300 000
Flux annuel (effectifs)
Année
Champ : Titres délivrés en France et dans les ambassades ou consulats à l?étranger aux ressortissants des
pays étrangers, à l?exception des pays membres de l?Espace économique européen, de la Suisse et du
Royaume-Uni (périmètre constant de 2017 à 2022). Titres délivrés l?année n et enregistrés dans l?extraction
de la base Agdref réalisée en juillet de l?année n + 2.
Source : Calculs des auteurs à partir des extractions de la base Agdref transmises à l?Ined par le ministère
de l?Intérieur.
en 2022 ne soit pas directement comparable aux flux d?immigration obtenus
avec les titres de séjour (tableau 1), elle dépasse désormais cette dernière. La
différence peut s?expliquer par les choix méthodologiques, leur évolution, ainsi
que par la nature des données utilisées(6).
III. Une grande majorité d?entrées concerne de jeunes adultes
Les flux d?entrées présentés plus haut concernent l?ensemble du territoire
français. Il existe néanmoins de très fortes disparités spatiales (d?Albis et
Boubtane, 2018 ; Breton et al., 2022). La figure 2 décompose les flux migratoires
annuels en fonction du département d?accueil, défini comme le département
de délivrance du titre de séjour qui correspond généralement au département
de résidence. Cette figure permet de distinguer trois catégories géographiques :
les départements à prédominance rurale, les départements urbains et les
départements de densité intermédiaire, selon la classification d?Eurostat. La
part du flux à destination des départements urbains a légèrement diminué,
passant de près de 60 % jusqu?en 2016 à 55 % en 2022. Les départements ruraux
ont eu une évolution inverse passant de 10 % il y a vingt ans à près de 15 %
(6) Les données relatives aux titres de séjour excluent non seulement les ressortissants des États
membres de l?UE-27, mais également ceux d?Islande, du Liechtenstein, de Norvège, de Suisse et du
Royaume-Uni.
Décomposition Des flux D?immigration entre Départements urbains et ruraux
37
Figure 2. Flux annuels d?entrées selon la catégorie géographique
Départements à prédominance urbaine
Départements à prédominance rurale
Départements intermédiares
2000 2005 2010 2015 2020
0
50 000
100 000
150 000
200 000
250 000
300 000
Flux annuel (effectifs)
Champ : Titres délivrés en France et dans les ambassades ou consulats à l?étranger aux ressortissants des
pays étrangers, à l?exception des pays membres de l?Espace économique européen, de la Suisse et du
Royaume-Uni (périmètre constant de 2017 à 2022). Titres délivrés l?année n et enregistrés dans l?extraction
de la base Agdref réalisée en juillet de l?année n + 2.
Source : Calculs des auteurs à partir des extractions de la base Agdref transmises à l?Ined par le ministère
de l?Intérieur.
aujourd?hui. Ainsi, Fromentin (2024) souligne l?augmentation du nombre
d?immigrés dans les espaces ruraux.
La figure 3 indique la part des femmes dans le flux annuel à destination
des trois catégories géographiques précitées. La proportion de femmes a aug-
menté jusqu?en 2013 et a diminué depuis. La baisse est particulièrement marquée
pour les départements ruraux, où cette proportion atteint 42 % en 2022.
La figure 4 représente l?évolution de la décomposition du flux annuel à
destination des départements ruraux selon cinq grandes familles de motifs de
délivrance du premier titre de séjour d?un an ou plus : professionnels, familiaux,
études, humanitaires ou divers. Les motifs familiaux sont les plus importants
dans ces départements, mais ont connu une forte baisse en passant d?environ
60 % dans les années 2000-2006 à 41 % en 2022. À l?inverse, les motifs pro-
fessionnels, d?études et humanitaires ont fortement augmenté pour représenter
respectivement 20 %, 15 % et 15 % du flux total de 2022.
Pour le flux à destination des départements de densité intermédiaire
(figure 5), la part des motifs familiaux a également diminué. En 2022, elle
représente 41 % du flux. La part des motifs professionnels a augmenté signi-
ficativement depuis 2020 pour atteindre 15 % en 2022 tandis que la part pour
motif d?études se maintient au-dessus d?un quart du flux.
H.d?Albis et e.boubtAne
38
Figure 3. Part des femmes dans le flux annuel
de chacune des catégories géographiques
Départements à prédominance urbaine
Départements à prédominance rurale
Départements intermédiares
2000 2005 2010 2015 2020
40
42
44
46
48
50
54
52
Part des femmes en %
Année
Champ : Titres délivrés en France et dans les ambassades ou consulats à l?étranger aux ressortissants des
pays étrangers, à l?exception des pays membres de l?Espace économique européen, de la Suisse et du
Royaume-Uni (périmètre constant de 2017 à 2022). Titres délivrés l?année n et enregistrés dans l?extraction
de la base Agdref réalisée en juillet de l?année n + 2.
Source : Calculs des auteurs à partir des extractions de la base Agdref transmises à l?Ined par le ministère
de l?Intérieur.
Décomposition Des flux D?immigration entre Départements urbains et ruraux
39
Figure 4. Décomposition du flux annuel à destination
des départements ruraux selon le motif de délivrance du titre de séjour
Professionnels Familiaux Humanitaires DiversÉtudes
0
10
20
30
40
50
60
70
80
90
100
En % du flux annuel
2000 2005 2010 2015 2020 Année
Champ : Titres délivrés en France et dans les ambassades ou consulats à l?étranger aux ressortissants des
pays étrangers, à l?exception des pays membres de l?Espace économique européen, de la Suisse et du
Royaume-Uni (périmètre constant de 2017 à 2022). Titres délivrés l?année n et enregistrés dans l?extraction
de la base Agdref réalisée en juillet de l?année n + 2.
Source : Calculs des auteurs à partir des extractions de la base Agdref transmises à l?Ined par le ministère
de l?Intérieur.
Figure 5. Décomposition du flux annuel à destination des départements
de densité intermédiaire selon le motif de délivrance du titre de séjour
Professionnels Familiaux Humanitaires DiversÉtudes
0
10
20
30
40
50
60
70
80
90
100
En % du flux annuel
2000 2005 2010 2015 2020 Année
Champ : Titres délivrés en France et dans les ambassades ou consulats à l?étranger aux ressortissants des
pays étrangers, à l?exception des pays membres de l?Espace économique européen, de la Suisse et du
Royaume-Uni (périmètre constant de 2017 à 2022). Titres délivrés l?année n et enregistrés dans l?extraction
de la base Agdref réalisée en juillet de l?année n + 2.
Source : Calculs des auteurs à partir des extractions de la base Agdref transmises à l?Ined par le ministère
de l?Intérieur.
Pour le flux à destination des départements urbains (figure 6), la part des
motifs familiaux a également diminué et représente aujourd?hui 49 % du flux.
À l?inverse, les motifs professionnels et d?études ont augmenté et représentent
en 2022 respectivement 16 % et 29 % du flux.
Au total, le flux d?entrée à destination des départements de densité inter-
médiaire et urbains est légèrement moins composé de personnes arrivant pour
motifs familiaux que dans les départements ruraux. Par ailleurs, plus le dépar-
tement est urbanisé, plus la proportion de motifs d?études est grande. La part
des motifs humanitaires a augmenté à partir de 2014, particulièrement dans
les départements de densité intermédiaire et ruraux. Depuis 2018, une dimi-
nution progressive est observée. Plus précisément, cette part a augmenté dans
les départements de densité intermédiaire, de 9 % en 2014 à 16 % en 2018,
pour ensuite descendre à 12 % en 2022. Dans les départements ruraux, la
progression a été plus marquée, passant de 10 % en 2014 à 20 % en 2018, avant
de revenir à 15 % en 2022. Les territoires à prédominance urbaine se distinguent
par des niveaux plus faibles et une évolution plus stable sur l?ensemble de la
période. Les motifs professionnels sont proportionnellement plus importants
dans les départements urbains. Néanmoins, on observe une progression notable
de leur part dans les départements ruraux, en particulier à partir de 2019.
H.d?Albis et e.boubtAne
40
Figure 6. Décomposition du flux annuel à destination des départements
urbains selon le motif de délivrance du titre de séjour
Professionnels Familiaux Humanitaires DiversÉtudes
0
10
20
30
40
50
60
70
80
90
100
En % du flux annuel
2000 2005 2010 2015 2020 Année
Champ : Titres délivrés en France et dans les ambassades ou consulats à l?étranger aux ressortissants des
pays étrangers, à l?exception des pays membres de l?Espace économique européen, de la Suisse et du
Royaume-Uni (périmètre constant de 2017 à 2022). Titres délivrés l?année n et enregistrés dans l?extraction
de la base Agdref réalisée en juillet de l?année n + 2.
Source : Calculs des auteurs à partir des extractions de la base Agdref transmises à l?Ined par le ministère
de l?Intérieur.
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BArrAu A., TAnneAu P. 2025. Rénovation de la méthodologie d?estimation des entrées
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démographique récente de la France: En région comme au niveau national, des
comportements démographiques encore marqués par la Covid-19. Population, 77(4),
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DSED.
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-chiffres-de-l-immigration-en-France/Archives/Les-chiffres-cles-de-l-immigration
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https://www.insee.fr/fr/statistiques/8570316
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de normalisation sanitaire et de guerre en Ukraine. Insee Première, 1991.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8066271
Décomposition Des flux D?immigration entre Départements urbains et ruraux
41
??
https://doi.org/10.3917/popu.1503.0487
https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.7115
https://laviedesidees.fr/Les-etudiants-internationaux-des-immigres-comme-les-autres
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8569565
https://doi.org/10.3917/popu.2204.0535
https://doi.org/10.3917/popu.2402.0271
https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Info-ressources/Etudes-et-statistiques/Les-chiffres-de-l-immigration-en-France/Archives/Les-chiffres-cles-de-l-immigration-2022
https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Info-ressources/Etudes-et-statistiques/Les-chiffres-de-l-immigration-en-France/Archives/Les-chiffres-cles-de-l-immigration-2022
https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Info-ressources/Etudes-et-statistiques/Les-chiffres-de-l-immigration-en-France/Archives/Les-chiffres-cles-de-l-immigration-2022
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8570316
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8066271
* Université de Bordeaux, Comptrasec UMR5114.
Courriel : nicolas.belliot@u-bordeaux.fr
Note de conjoncture 2025
La nuptialité se maintient en France,
toujours plus tardive
Nicolas Belliot*
Résumé
Après la baisse consécutive à la pandémie de Covid-19, la nuptialité se maintient à
un niveau élevé avec 241 000 mariages en 2023 et une estimation de 247 000 pour
2024. Il en est de même pour les pacs avec 204 000 contrats en 2023, en légère
baisse après le record de 2022. Près d?un mariage sur quatre unit un couple déjà
pacsé, et l?âge moyen au mariage poursuit sa hausse, atteignant 36,6 ans pour les
femmes et 39,1 ans pour les hommes en 2023. Depuis 2017, les couples de même
sexe privilégient quant à eux le pacs, avec un record en 2023 (10 600) tandis que
les mariages stagnent (7 000). En l?absence de données depuis 2017, le recours à
des méthodes d?estimation indirectes indique une baisse probable des divorces et
une hausse marquée des dissolutions de pacs ces dernières années. Les habitant·es
des communes rurales vivent plus souvent en couple que celles et ceux des aires
urbaines, et privilégient le pacs ou l?union libre aux jeunes âges tandis que le
mariage y est plus tardif. Enfin, comme sur le bulletin de recensement depuis 2015,
sur le bulletin de mariage désormais, la situation conjugale des marié·es remplace
l?état matrimonial, ce qui rend impossible l?estimation de la primo-nuptialité.
Mots-clés
unions, couple, mariages, pacs, divorces, conjoncture démographique, espaces
urbains, espaces ruraux
Cette note fait le point sur l?évolution de la nuptialité et des pactes civils de
solidarité (pacs) en France en 2023, soulignant la place d?un parcours conjugal
désormais très répandu, celui du mariage après un pacs. Une attention parti-
culière est portée cette année aux différences de comportements conjugaux
entre les habitant·es des communes rurales et celles et ceux des communes
des aires urbaines. Enfin, l?absence de nouvelles données sur l?évolution des
dissolutions d?unions (divorces, ruptures de pacs) est compensée par des esti-
mations indirectes.
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0005
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution ? Pas d'utilisation
commerciale ? Pas de modification 4.0
International (CC BY-NC-ND).
mailto:nicolas.belliot@u-bordeaux.fr
I. Depuis 2022, les nouvelles unions se maintiennent au plus haut
En 2023, 241 080 mariages ont été enregistrés pour la France entière, tandis
que les dernières estimations disponibles au moment de la rédaction de cette
note en annoncent 247 000 pour l?année 2024 (Thélot, 2025). Après une baisse
de 2019 à 2021, vraisemblablement en raison de la pandémie de Covid-19, les
mariages retrouvent depuis 2022 le niveau observé depuis le début des années
2010, avec un niveau relativement stable en 2023 (?0,3 % par rapport à 2022)
et à la hausse en 2024 (figure 1). Comme mentionné dans la précédente note
de conjoncture (Breton etal., 2024), cette recrudescence des mariages par
rapport à la fin des années 2010 ? qui semble se poursuivre en 2024 ? corres-
pond sans doute au rattrapage de mariages empêchés pendant la pandémie.
Toutefois, les niveaux atteints récemment restent encore loin des 300 000mariages
annuels observés au début des années 2000.
À l?instar des mariages, les pacs se maintiennent également à un niveau
élevé en 2023, avec 204 061 enregistrés pour la France entière, malgré une
légère baisse (de 2,7 %) après un nombre record en 2022 (près de 210 000pacs).
II. Les couples de même sexe privilégient le pacs
Avec 10 627 contrats enregistrés en 2023, les pacs de couples de même sexe
n?ont jamais été aussi nombreux depuis leur instauration en 1999 (tableau 1).
Les mariages, moins nombreux, restent relativement stables, avec un nombre
de 6 614 en 2023, en deçà de l?estimation initiale de 7 000 (Papon, 2023), de
N. Belliot
44
Figure 1. Nombre de mariages et de pacs annuels de 2000 à 2024
Mariages
PACS
50 000
0
100 000
150 000
200 000
250 000
300 000
350 000
Mariages et pacs (en nombre)
Année
2000 2005 2010 2015 2020 2025
* Données provisoires pour les mariages 2024 et les pacs de 2018 à 2023.
Champ : France entière (y compris Mayotte depuis 2014).
Sources : Insee, état civil ; ministère de la Justice.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
45
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sorte que l?excédent des pacs par rapport aux mariages pour les couples de
même sexe atteint en 2023 son plus haut niveau depuis 2014 (+4 013). Lenombre
des mariages a dépassé celui des pacs durant les trois années consécutives à
la loi de 2013 qui autorise le mariage pour les couples de même sexe et, depuis
2016, les pacs sont très majoritaires pour les couples de même sexe. En
revanche, pour les couples de sexe différent, l?écart entre les mariages et les
pacs n?a jamais été aussi élevé depuis 2016 (+ 41 000 en 2023) et, à l?exception
de l?année 2020(1), le nombre de mariages est chaque année supérieur à celui
des pacs. La part des couples de même sexe parmi les pacsé·es remonte donc
depuis 2013 pour atteindre 5,2 % des contrats enregistrés en 2023. Après un
engouement certain pour le mariage dès lors que cela a été possible, le pacs
apparaît aujourd?hui comme la forme d?union privilégiée par les couples de
même sexe.
III. Des mariages toujours plus tardifs
Si l?on élimine l?effet de la structure par âge de la population(2), les comporte-
ments d?union observés à tous les âges en 2023 correspondent à 578 mariages
pour 1 000 hommes (562 avec une femme et 16 avec un autre homme) et 570
pour 1 000 femmes (555 avec un homme et 15 avec une autre femme) tout au
long de leur vie (tableau 2). Ces estimations sont en très légère baisse par
rapport à 2022. Le même cumul en 2023 pour les seuls mariages de célibataires
n?est plus comparable à celui des années précédentes à la suite de la modifica-
tion du bulletin statistique rempli lors du mariage (voir encadré). En effet, une
partie des personnes se mariant pour la première fois en 2023 ont pu se déclarer
comme concubin·es ou pacsé·es lors du mariage, et non plus comme célibataires
comme c?était le cas pour les années antérieures. Le cumul de la somme des
mariages réduits des célibataires et ceux des personnes pacsées en 2023 n?est
pas non plus comparable à la somme des mariages réduits des célibataires de
l?année 2022 car certaines personnes pacsées ont pu être mariées antérieure-
ment. C?est la raison pour laquelle une baisse sensible des mariages réduits
des personnes divorcées et veuves se produit également entre 2022 et 2023
(tableau 7b, annexe en ligne(3)). Parmi les personnes pacsées, beaucoup d?entre
elles ont déjà été mariées lors d?une précédente union, ce qu?aucun dispositif
de collecte n?était en mesure de saisir jusqu?à maintenant(4).
(1) Année où les restrictions sanitaires liées à l?épidémie de Covid-19 ont empêché la célébration de
certains mariages et, dans une moindre mesure, des pacs.
(2) Il s?agit du calcul des mariages réduits à tous les âges, le nombre des mariages à chaque âge étant
rapporté à la population moyenne de cet âge présente au cours de l?année. Le cumul à tous les âges de
ces taux donne la somme des mariages réduits, ou nombre moyen de mariages pour 1 000 personnes.
(3) Les annexes sont disponibles sur : http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
(4) Le bulletin de pacs qui doit être rempli lors de l?enregistrement des pacs en mairie depuis 2017
renseigne l?état matrimonial des partenaires (célibataire, divorcé·e ou veuf·ve) et la date de dissolu-
tion de l?union précédente, mais ces informations n?ont pour le moment pas été diffusées par l?Insee.
N. Belliot
46
L?augmentation de l?âge au mariage se poursuit en 2023 : l?âge moyen au
mariage augmente, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, de 0,2an
par rapport à 2022, avec un mariage en moyenne à 36,6ans pour les femmes
et 39,1ans pour les hommes. Sur les dix dernières années, l?âge moyen au
mariage a ainsi augmenté de 2,3ans pour les hommes et de 2,6ans pour les
femmes. Le mariage demeure plus tardif pour les couples de même sexe et le
recul est particulièrement marqué en 2023 : les hommes se marient en moyenne
à 43,6ans (+ 0,5an par rapport à 2022) et les femmes à 38,2ans (+ 0,8an).
En 2023, les hommes pacsés se marient en moyenne à 38,7ans et les femmes
pacsées à 36,8ans, soit 2,7ans plus tard que les célibataires jamais mariés. La
contractualisation préalable de l?union par un pacs avant le mariage conduit
donc à retarder ce dernier, même s?il peut aussi s?agir d?un remariage (donc
plus tardif) pour les personnes pacsées au moment du mariage.
L?âge au mariage augmente, d?une part parce que le premier mariage sur-
vient de plus en plus tard, et, d?autre part parce que les remariages sont éga-
lement plus tardifs. En moyenne, les hommes divorcés se remarient à 51,7ans
(2,6ans plus tard qu?en 2013) et les veufs à 60,6ans (+ 2,1ans). Pour les femmes,
ces âges sont, respectivement, 48,3ans (+ 3,1ans par rapport à 2023) et 54,6ans
(+ 2,5ans).
IV. Plus d?une union par personne en moyenne
au cours de la vie
Le cumul des événements réduits (mariages, pacs) neutralise l?effet de la
structure par âge de la population et permet d?estimer le nombre d?événements
que l?on observerait dans une génération tout au long de sa vie, compte tenu
des comportements d?union observés au cours d?une année donnée. Ainsi,
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
47
Tableau 2. Nombre de mariages pour 1 000 personnes* et âge moyen**
au mariage en 2023 selon le sexe des époux et la situation conjugale
au moment du mariage
Sexe
Tous
types de
mariages
Mariages entre personnes de sexe différent Mariages entre personnes de même sexe
Ensem ble
Situation conjugale antérieure
Ensem ble
Situation conjugale antérieure
Céliba-
taire
Veuf/
veuve
Divor cé·e Pacsé·e
Céliba-
taire
Veuf/
veuve
Divorcé·e Pacsé·e
Nombre de mariages pour 1 000 personnes
Hommes 578 562 379 3,8 78 102 16 11 0,1 1,1 3,6
Femmes 570 555 379 4,1 73 99 15 10 0,0 1,5 3,0
Âge moyen** au mariage
Hommes 39,1 38,9 36,1 60,6 51,7 38,7 43,6 42,4 53,3 52,2 44,4
Femmes 36,6 36,6 34,1 54,6 48,3 36,8 38,2 36,4 54,9 47,2 40,1
* Ou somme des mariages réduits (cumul des taux de nuptialité par âge).
** Âge moyen au mariage calculé à partir des taux de nuptialité à tous les âges.
Champ : France entière.
Sources : Insee, état civil ; calculs de l?auteur.
en cumulant l?ensemble des mariages et pacs réduits(5) une même année, on
obtient, avec les comportements observés en 2023, un nombre de 1,079 union
(mariage ou pacs) par individu au cours de la vie pour les hommes et 1,06
pour les femmes (tableau 3). Cela signifie que les hommes et les femmes
connaîtraient en moyenne plus d?une contractualisation d?union au cours de
leur vie dans les conditions de l?année 2023. Bien sûr, cela reflète des situa-
tions différentes, de l?absence d?union légalisée à une ou plusieurs unions
légalisées successivement au cours de la vie (par le pacs ou par le mariage).
La conclusion d?un pacs puis d?un mariage est aujourd?hui une trajectoire de
couple assez répandue.
(5) L?absence de données détaillées sur les pacs contractés chaque année depuis 2017 ne permet pas
de calculer la somme annuelle des pacs réduits, mais on peut en donner une estimation indirecte en
appliquant la méthode de la génération moyenne (Calot, 1984). On applique pour cela un calendrier
supposé de pacs selon les âges aux effectifs de la population par âge.
N. Belliot
48
Encadré. Le statut conjugal remplace l?état matrimonial
dans le recensement depuis 2015, et désormais
sur les bulletins d?état civil depuis 2023
À partir de 2015, le statut conjugal incluant les modalités « pacsé·e » et « concubin·e ou en union
libre » a remplacé l?ancienne question sur l?état matrimonial (célibataire, marié·e, divorcé·e ou
veuf·ve) sur le bulletin de recensement, ce qui permet de mieux saisir la situation légale des couples
(Buisson, 2017), et en particulier la situation actuelle des personnes en couple non mariées qui ne
pouvaient jusque-là se déclarer comme telles lors du recensement. Cette même modification vient
d?être apportée (depuis 2023) sur le bulletin de mariage lors de son enregistrement à l?état civil. La
« situation conjugale » de chaque conjoint·e avant le mariage remplace désormais « l?état matri-
monial » en y intégrant également la modalité « pacsé·e ».
Si ces modifications permettent de mieux connaître la situation actuelle des couples, la modifi-
cation de la question sur le bulletin de recensement ne donne plus la possibilité de dénombrer
directement la population des personnes célibataires (au sens légal, c?est-à-dire des personnes
jamais mariées), divorcées ou veuves(a) ; ces personnes peuvent se déclarer pacsées ou en union
libre si elles sont en couple, indépendamment de leur état matrimonial légal. Depuis 2020, le calcul
des quotients de primo-nuptialité par âge et la construction de tables de primo-nuptialité sont
désormais impossibles. On ne peut donc plus estimer l?intensité de la primo-nuptialité (la part
d?hommes et de femmes qui connaissent un premier mariage au cours de leur vie), ni mesurer son
calendrier dans les générations (l?âge moyen au premier mariage) comme on avait coutume de le
faire depuis de longues années.
De même, l?ajout sur le bulletin de mariage en 2023 de la mention « pacsé·e » parmi les
modalités de la situation conjugale des conjoint·es au moment du mariage ne permet plus de
déterminer s?il s?agit du premier mariage ou du remariage de l?un et l?autre des conjoint·es. En
effet, une personne se déclarant pacsée au moment du mariage peut avoir été précédemment
mariée avant de contracter ce pacs, mais cette information n?apparaîtra pas ; on ne peut donc
plus identifier s?il s?agit du premier mariage ou d?un remariage. L?année 2023 marque donc une
rupture dans la série sur les mariages des célibataires, aussi bien pour la somme des mariages
réduits que pour l?âge moyen au mariage.
(a) L?Insee diffuse des estimations de la population selon l?état matrimonial (uniquement pour les personnes
de moins de 90ans) à partir de différents ajustements statistiques.
V. « Le pacs d?abord, le mariage ensuite »,
un parcours conjugal très répandu
Au sein des 234 466 couples de sexe différent s?étant mariés en 2023, 42 125
hommes et 42 078 femmes, soit 18 % d?entre elles et eux, étaient pacsé·es(6).
Cette part a peu progressé, elle était déjà de 17 % pour les mariages de 2016
mais cette stabilité masque néanmoins des évolutions différentes selon l?âge
au mariage : celles et ceux qui se marient avant 30ans sont moins souvent
pacsé·es au moment du mariage tandis que c?est sensiblement plus fréquent
pour les personnes de plus de 30ans (figure 2). C?est aussi aux âges où l?on se
marie le plus fréquemment (autour de 35ans) que les marié·es sont le plus
souvent déjà pacsé·es, avec 25 % de pacsé·es parmi les nouvelles et nouveaux
marié·es à cet âge. Il est probable que les jeunes couples qui contractualisent
leur union par un pacs retardent leur mariage futur, à la différence de ceux
? de moins en moins nombreux ? qui optent pour le mariage sans conclusion
préalable d?un pacs.
Ces évolutions contrastent avec celles observées parmi les couples de même
sexe où être déjà pacsé lors du mariage est une configuration plus fréquente
que pour les couples de sexe différent, mais en baisse en 2023 par rapport à
2016(7) : cette fréquence est passée de 37 % à 23 % pour les couples d?hommes
et de 35 % à 21 % pour les couples de femmes entre 2016 et 2023. Cette baisse
s?observe quel que soit l?âge au mariage (figure 2), celui-ci ayant peu d?influence
sur le fait d?être pacsé·e ou pas avant le mariage. Parmi les couples de même
(6) La différence entre le nombre d?hommes et de femmes pacsé·es au moment du mariage traduit,
pour certaines personnes qui se marient, l?absence de dissolution préalable d?un pacs conclu précé-
demment par l?un des époux avant le mariage. Par défaut, le mariage rompt automatiquement le pacs
précédemment contracté par l?un des époux.
(7) En 2016, le rapprochement entre les données sur les mariages selon l?âge et celles sur les ruptures
de pacs selon le motif de la dissolution et l?âge à la dissolution permettent de calculer ces proportions.
Cela n?a pas été possible pour les années suivantes, aucune donnée détaillée sur les dissolutions de
pacs n?ayant été diffusée jusqu?à maintenant.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
49
Tableau 3. Somme des unions réduites* pour une personne en 2023,
selon le sexe et le type d?union
Hommes Femmes
Avec une
femme
Avec un
homme
Total
Avec un
homme
Avec une
femme
Total
Somme des mariages
réduits 0,562 0,016 0,578 0,555 0,015 0,570
Somme des pacs réduits 0,473 0,028 0,501 0,467 0,023 0,490
Somme des unions
réduites 1,035 0,043 1,079 1,023 0,038 1,060
* Mariage (respectivement pacs) pour une personne au cours de sa vie compte tenu des comportements à tous
les âges en 2023.
Champ : France entière.
Sources : Insee ; calculs de l?auteur.
sexe mariés en 2016 se trouvait encore une part importante de couples qui
s?étaient pacsés avant 2013, le mariage étant inaccessible à ce moment-là. Cette
situation est moins fréquente parmi ceux mariés en 2023, de sorte que l?on
constate une convergence avec les couples de sexe différent, notamment pour
les plus jeunes lors du mariage.
Les divorcé·es sont aussi moins nombreux parmi les marié·es en 2023 : il
faut remonter au milieu des années 1980 pour compter aussi peu de divorcé·es
parmi celles et ceux qui se marient, aussi bien en nombre qu?en proportion
(15 % des hommes et 14,3 % des femmes marié·es en 2023 sont divorcé·es).
Cela ne vient pas nécessairement d?une moindre propension des personnes
divorcées à se remarier en 2023 mais plutôt du fait qu?une partie d?entre elles
ont contracté un pacs depuis leur divorce et déclarent donc cette situation
conjugale au moment de leur mariage, ce qui est possible depuis 2023. Cela
n?est pas surprenant mais apporte pour la première fois des informations sta-
tistiques sur la situation de personnes divorcées qui choisissent de légaliser
une nouvelle union par un pacs. De même, pour la première fois, moins de
1 % des personnes mariées au cours d?une année sont veuves. Cette part diminue
continuellement avec l?augmentation de l?âge au veuvage depuis de nombreuses
décennies.
VI. Une nuptialité plus forte et plus tardive en milieu rural,
sauf pour les couples de même sexe
Les comportements conjugaux diffèrent-ils selon le type d?espace de résidence ?
L?analyse spatiale de la nuptialité est ici abordée à travers les comportements
N. Belliot
50
Figure 2. Part des personnes pacsées au moment du mariage
en 2016 et 2023, selon l?âge et le sexe des époux
Hommes (2023)
Femmes (2023)
Hommes (2016)
Femmes (2016)
Hommes (2023)
Femmes (2023)
Hommes (2016)
Femmes (2016)
20 4025 3530 45 50 55 60 65 70
5
0
10
15
25
20
35
40
45
50
30
Mariages de couples de sexe différent (en %)
Âge
20 4025 3530 45 50 55 60 65 70
5
0
10
15
25
20
35
40
45
50
30
Mariages de couples de même (en %)
Âge
Champ : France entière.
Source : Insee, état civil.
différentiels entre les ruraux et les non-ruraux en 2021-2022(8) ; celle-ci laisse
apparaître des différences marquées, notamment en termes de fréquence des
mariages. Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, la somme des mariages
réduits est plus forte dans les communes rurales (tableau 4), où elle s?élève à
0,60mariage par personne pour les hommes (0,57 pour ceux des aires urbaines)
et 0,64 pour les femmes (0,54 pour celles des aires urbaines). Même si la nuptialité
de cette période a été perturbée par les conséquences de la pandémie de Covid-19
(et les mariages empêchés en 2020), les habitant·es des communes rurales, notam-
ment les femmes, sont donc plus enclin·es à se marier. Cette nuptialité plus forte
provient pour les femmes aussi bien des premiers mariages que des remariages,
alors qu?il s?agit surtout pour les hommes de remariages plus fréquents. On peut
également noter une nuptialité des couples de même sexe significativement plus
forte en milieu rural pour les femmes (0,021 contre 0,017) alors que c?est le contraire
pour les hommes (0,014 contre 0,016), sans doute liée à une présence différentielle
des couples de même sexe masculins et féminins sur le territoire, les couples
homosexuels vivant plus souvent dans les grandes villes que les couples lesbiens,
mieux répartis sur le territoire (Rault, 2023).
S?agissant du calendrier, que ce soit pour le premier ou l?ensemble des
mariages, les hommes comme les femmes dans les couples de sexe différent
(8) Les dernières données de recensement disponibles sont celles de 2022 et la distinction est possible
entre les habitant·es des communes dites rurales et des communes des aires urbaines. De même,
pour les années 2021 et 2022, le fichier détail des mariages mentionne la taille de l?aire urbaine ou
l?appartenance à une commune rurale de la commune de résidence des marié·es.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
51
Tableau 4. Somme des mariages réduits (pour une personne) et âge moyen
au mariage en 2021-2022, selon le rang et le lieu de résidence
Lieu de
résidence
Hommes Femmes
Mariage avec
une femme
Mariage avec
un homme
Ensemble
des mariages
Mariage avec
un homme
Mariage avec
une femme
Ensemble
des mariages
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Somme des mariages réduits
Communes
rurales
0,59 0,44 0,014 0,011 0,60 0,45 0,62 0,47 0,021 0,018 0,64 0,48
Communes
d?une aire
urbaine
0,55 0,43 0,016 0,014 0,57 0,44 0,52 0,42 0,017 0,015 0,54 0,43
Ensemble 0,56 0,43 0,015 0,013 0,57 0,44 0,54 0,43 0,017 0,016 0,56 0,44
Âge moyen au mariage (en années)
Communes
rurales
40,2 36,8 43,8 43,0 40,2 37,0 37,3 34,5 36,5 34,3 37,2 34,5
Communes
d?une aire
urbaine
39,6 35,8 45,2 44,0 39,7 36,0 36,4 33,6 38,1 36,5 36,5 33,7
Ensemble 39,7 36,0 44,9 43,8 39,8 36,2 36,6 33,8 37,9 36,1 36,7 33,9
Champ : Mariages à tous les âges, France entière.
Sources : Insee, état civil, recensement 2022 ; calculs de l?auteur.
se marient plus tard dans les communes rurales. En revanche, pour les couples
de même sexe, les mariages ont lieu plus tôt, en moyenne d?un an et demi, que
dans les communes des aires urbaines.
Le choix de la date du mariage correspond à certaines logiques, notamment
pratiques et météorologiques. L?usage pour une majorité de couples est de
célébrer son mariage pendant la période estivale et le plus souvent un samedi.
Il est plus aisé de se libérer et de réunir ses proches à ces moments-là de l?année
et les mariages de 2022-2023 n?échappent pas à ce principe : deux mariages
sur trois ont eu lieu entre les mois de mai et septembre(9), et quatre mariages
sur cinq le samedi. Cette coutume est toutefois un peu moins vérifiée pour les
mariages de couples de même sexe, principalement du fait d?un âge plus élevé
et d?une plus grande distance vis-à-vis des normes sociales.
Au contraire, ces pratiques sont davantage suivies pour les mariages de
personnes vivant dans les communes rurales(10), aussi bien pour les couples
de même sexe que pour ceux de sexe différent : plus de 75 % des mariages ont
lieu l?été et plus de 87 % d?entre eux le samedi (tableau 5).
Au moment du mariage, les couples de sexe différent des communes
rurales ont aussi des enfants en commun beaucoup plus souvent que ceux
des autres territoires (41 % contre 27 % parmi l?ensemble des mariages). Cet
écart s?observe quel que soit l?âge au mariage des femmes, mais particulière-
ment lorsque celles-ci sont jeunes et aux âges où elles se marient le plus :
plus de la moitié des femmes qui se sont mariées entre 30 et 45ans dans les
communes rurales en 2023 avaient déjà des enfants avec leur conjoint (figure 3).
C?est autour de ces âges que les taux de migration nette vers les espaces
ruraux sont positifs et les plus élevés (D?Alessandro etal., 2021). Il s?agit
surtout de familles quittant les zones urbaines à la recherche de logements
(9) Les mois de mai à septembre sont les cinq mois où le nombre de mariages est le plus élevé (au
moins 11 % des mariages annuels chaque mois).
(10) Il pourrait aussi être plus difficile en période estivale d?obtenir des créneaux disponibles pour
se marier le samedi en milieu urbain.
N. Belliot
52
Tableau 5. Répartition des mariages selon le mois, le jour de la semaine,
le sexe et le lieu de résidence des marié·es
Lieu de résidence
des marié·es
Mariage estival (de mai à septembre) Mariage un samedi
Couples
de sexe
différent
Couples
de même
sexe
Ensemble
des couples
Couples
de sexe
différent
Couples
de même
sexe
Ensemble
des couples
Communes rurales 75,7 71,6 75,6 87,3 84,4 87,2
Communes d?une
aire urbain 65,4 63,8 65,3 78,1 75,0 78,0
Ensemble 67,7 65,5 67,6 80,2 77,1 80,1
Champ : Mariages en 2022 et 2023, France entière.
Source : Insee, état civil.
plus grands et plus accessibles. Beaucoup de couples anciennement formés
et déjà parents se marient à ce moment-là pour s?assurer une protection et
une solidarité entre conjoint·es, notamment lors de l?accession à la propriété.
Cesmigrations favorisent ainsi la nuptialité des communes rurales, spécifi-
quement après 30ans.
VII. Les ruraux vivent plus souvent en couple
Selon les données de recensement de 2022, 76,6 % des femmes et 70,3 % des
hommes de 20 à 64ans résidant dans une commune rurale déclarent vivre
en couple. La vie de couple est nettement plus répandue que dans les terri-
toires urbains où elle concerne seulement 60 % des hommes et femmes du
même âge. Avant 65ans, les femmes sont aussi plus souvent en couple que
les hommes dans les communes rurales, ce qui n?est le cas que jusqu?à 40ans
pour les femmes vivant dans les communes des aires urbaines (figure4).
Cela s?explique notamment par une mise en couple plus précoce des femmes
et par l?écart d?âge entre conjoint·es dans les couples de sexe différent. À tous
les âges, les hommes et les femmes urbain·es vivent moins souvent en couple
que celles et ceux des communes rurales. Une mise en couple plus précoce
des jeunes hommes et femmes en milieu rural peut vraisemblablement expli-
quer ces différences. D?autres facteurs, comme la mobilité des plus jeunes
vers les centres urbains pour les études ou l?accès à un premier emploi,
peuvent aussi rendre plus difficile d?entretenir une vie de couple durable aux
jeunes âges.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
53
Figure 3. Part de couples ayant des enfants en commun
au moment du mariage selon le lieu de résidence et l?âge de l?épouse
Femmes
d?une commune rurale
Femmes
hors commune rurale
10
0
20
30
40
50
60
Part de couples ayant des enfants en commun
au moment du mariage (en %)
Âge
Moins
de 25 ans
25-29 ans 30-34 ans 35-39 ans 40-44 ans 45-49 ans 50-59 ans 60 ans
et plus
Champ : France entière, mariages de couples de sexe différent en 2023.
Sources : Insee, état civil ; calculs de l?auteur.
VIII. De moins en moins de personnes mariées,
mais davantage de pacsé·es et de célibataires
L?évolution des comportements et des parcours matrimoniaux au cours des
dernières années, qu?il s?agisse de la fréquence des mariages ou des pacs, des
ruptures d?unions (divorces et dissolutions de pacs) ou encore des veuvages,
se traduit par des changements observables dans la distribution de la popula-
tion selon la situation conjugale lors des recensements (voir encadré, p.48).
Attardons-nous ici sur ces évolutions entre les recensements de 2017 et 2022
(tableau 6 et figure 5).
En 2022, les personnes mariées sont majoritaires parmi la population
française de 18 à 64ans et représentent 15,2 millions de personnes (tableau 6).
Toutefois, pour chacun des deux sexes, leur nombre se réduit d?un demi-million
entre 2017 et 2022 (une baisse de 6 %). Acontrario, le nombre de célibataires
et de pacsé·es augmente significativement au cours de la même période, d?envi-
ron 0,4 million pour chaque sexe et chacune des deux situations conjugales.
La France compte ainsi 7 % de célibataires et 32 % de pacsé·es de plus en 2022
qu?en 2017. Leur proportion atteint respectivement 34,1 % et 8,1 % chez les
hommes et 29,0 % et 7,8 % chez les femmes, la part de chaque catégorie aug-
mentant d?environ 2 % entre 2017 et 2022. Enfin, les nombres de personnes
vivant en union libre ou divorcées sont stables mais leurs proportions diminuent
très légèrement.
N. Belliot
54
Figure 4. Part de personnes vivant en couple en 2022 selon l?âge et le sexe
Femmes d?une aire urbaine
Hommes d?une aire urbaine
Femmes d?une commune rurale
Hommes d?une commune rurale
10
0
20
30
40
50
60
70
80
90
Part (en %)
Âge
15-19
ans
20-24
ans
25-29
ans
30-34
ans
35-39
ans
40-44
ans
45-49
ans
55-59
ans
50-54
ans
60-64
ans
Champ : France entière.
Source : Insee, recensement 2022.
Être marié demeure la situation conjugale la plus courante à partir de
30ans (et il s?agit de la situation majoritaire après 40ans). Néanmoins, l?aug-
mentation de l?âge au mariage et la réduction de sa fréquence conduisent à une
baisse, entre 2017 et 2022, de la proportion de personnes mariées entre 30 et
70ans (figure6). De même, l?union libre connaît une légère baisse parmi les
plus jeunes. Parallèlement, un nombre croissant de personnes est célibataire,
mais le changement le plus notable concerne la hausse de la proportion de
personnes pacsées. C?est entre 30 et 35ans que cette proportion de pacsé·es
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
55
Figure 5. Population selon le sexe et la situation conjugale en 2017 et 2022
2022
2017
Veuf-veuve Divorcé·e Célibataire Marié·e Pacsé·e Concubinage
ou union libre
Veuf-veuve Divorcé·e Célibataire Marié·e Pacsé·e Concubinage
ou union libre
15 20 4025 3530 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
15 20 4025 3530 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
HOMMES FEMMES
Champ : Population des plus de 18ans, France entière.
Source : Insee, recensements 2017 et 2022.
Tableau 6. Répartition des 18-64 ans selon le sexe
et la situation conjugale en 2017 et 2022
Année
Marié·es Pacsé·es
En
concubinage ou
union libre
Veufs ou
veuves
Divorcé·es Célibataires
Total
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Hommes
2017 7,8 40,5 1,2 6,2 3,0 15,4 0,1 0,7 1,0 5,0 6,2 32,2 19,2
2022 7,3 37,6 1,6 8,1 2,9 14,8 0,1 0,6 0,9 4,8 6,6 34,1 19,4
Femmes
2017 8,4 42,3 1,2 5,9 2,9 14,8 0,4 2,3 1,5 7,7 5,4 27,0 19,9
2022 7,9 39,6 1,6 7,8 2,9 14,4 0,4 1,9 1,5 7,4 5,8 29,0 20,0
Champ : France entière.
Source : Insee, recensements 2017 et 2022.
est la plus élevée (17 %), en progression de 3 % par rapport à 2017. Au-delà de
50ans, les pacsé·es sont beaucoup moins nombreuses et nombreux (moins de
3 %), ce qui s?explique notamment par la moindre contractualisation de pacs
dans les générations plus anciennes et la fréquence élevée des dissolutions de
pacs (par rupture ou par mariage du couple) après plusieurs années de pacs.
Enfin, la proportion de divorcé·es diminue chez les plus jeunes, mais augmente
chez les plus de 60ans, principalement les femmes. Elle atteint 10 % chez les
hommes autour de 60ans et 15 % chez les femmes autour de 65ans, la diffé-
rence étant due à un remariage des femmes moins fréquent après un divorce.
IX. Les jeunes ruraux en couple plus souvent pacsés
ou en union libre, un effet de génération ?
Analysons maintenant la répartition de la population par situation conjugale
en 2022 selon le lieu de résidence, c?est-à-dire ici entre les populations des
communes rurales et celles des communes appartenant à une aire urbaine
(figure 6). Vivre en couple étant plus fréquent en milieu rural, on retrouve une
proportion significativement plus faible de célibataires dans ces territoires, et
particulièrement chez les personnes âgées de 25 à 35ans, âges où l?installation
dans la vie de couple est la plus fréquente.
Une différence majeure entre les situations conjugales des habitant·es des
espaces ruraux et urbains réside dans la fréquence nettement plus élevée des
personnes se déclarant en union libre et pacsées en milieu rural, surtout parmi
les plus jeunes adultes. Près d?un homme et d?une femme sur quatre est pacsé·e
parmi les 30-34ans en milieu rural alors que cette proportion ne dépasse guère
15 % en milieu urbain. De même, à 25-29ans, âge où cette situation est la plus
fréquente, 34 % des femmes rurales vivent en union libre contre 26 % des
urbaines. De ce fait, parmi les personnes en couple, les rurales et ruraux sont
beaucoup moins souvent marié·es que les urbain·es aux jeunes âges (33 % des
hommes ruraux de 30-34ans en couple sont mariés contre 42 % des hommes
urbains). Sans que l?on puisse y déceler des effets d?âge ou de génération, les
rurales et ruraux sont autant marié·es que les urbain·es aux âges plus élevés
(plus de 80 % des 55-59ans en couple sont marié·es).
Dans les espaces ruraux, le mariage apparaît donc moins comme un impé-
ratif pour les jeunes couples. L?union libre et le pacs se sont imposés comme
des alternatives durables. Toutefois, bien que le mariage soit de plus en plus
tardif, souvent après la naissance éventuelle des enfants du couple, rien n?indique
que les jeunes générations, aujourd?hui éloignées du mariage, y recourront à
un âge avancé, contrairement aux générations qui atteignent aujourd?hui 50ans
et plus, dont une large majorité s?est mariée au moins une fois.
Enfin, parmi les femmes de plus de 40ans vivant dans des communes des
aires urbaines, on retrouve aussi davantage de divorcées et moins de mariées,
N. Belliot
56
une probable conséquence de divorces plus fréquents dans les centres urbains
(notamment en Île-de-France) et d?une moindre propension au remariage des
femmes après un divorce.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
57
Figure 6. Population en 2022 selon le sexe,
la situation conjugale et le lieu de résidence
Veuf
Habitant une commune rurale
Veuf
Habitant une aire urbaine
Divorcé
Divorcé
Célibataire Marié
Marié
Pacsé
Pacsé
Union
Célibataire Union
Veuve
Habitant une commune rurale
Veuve
Habitant une aire urbaine
Divorcée
Divorcée
Célibataire Mariée
Mariée
Pacsée
Pacsée
Union libre
Célibataire Union libre
15-19
ans
20-24
ans
40-44
ans
25-29
ans
35-39
ans
30-34
ans
45-49
ans
50-54
ans
55-59
ans
60-64
ans
65-69
ans
70-74
ans
75 ans
et +
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
HOMMES
15-19
ans
20-24
ans
40-44
ans
25-29
ans
35-39
ans
30-34
ans
45-49
ans
50-54
ans
55-59
ans
60-64
ans
65-69
ans
70-74
ans
75 ans
et +
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
FEMMES
Champ : Population des plus de 15 ans, France entière.
Source : Insee, recensement 2022.
X. À défaut de données depuis 2017,
des estimations indirectes des dissolutions d?unions
Comme déjà mentionné dans une chronique de conjoncture précédente (Breton
etal., 2020), à la suite de la possibilité de divorce sans recours au juge depuis
2017 et de la lente remontée des chiffres au ministère de la Justice, les statis-
tiques de divorces sont toujours incomplètes entre 2017 et 2020 et inexistantes
depuis lors. Les derniers chiffres sont ceux de l?année 2016 avec 128 000
divorces, ce qui correspond à une fréquence de 46,7 divorces pour 100 mariages
(annexe 8). De même, aucune statistique des dissolutions de pacs n?a été dif-
fusée depuis 2017. Cette année-là, 82 000 pacs ont été rompus.
L?étude des remariages après un divorce au cours de ces dernières années
permet toutefois d?obtenir une estimation de manière indirecte de l?évolution
des divorces depuis 2016. Les remariages observés ces dernières années dans
les cohortes de divorcé·es dépendent de l?effectif initial de ces cohortes, c?est-
à-dire du nombre d?hommes et de femmes ayant divorcé chaque année. Or
l?observation du nombre cumulé des remariages dans les cohortes de divorcé·es
formées depuis 2012 laisse apparaître une baisse significative de ces remariages
dans les cohortes d?hommes et de femmes ayant divorcé à partir de 2018
(figure 7). De même, les remariages sont significativement plus faibles dans la
cohorte 2020, non seulement parce que les divorces ont vraisemblablement été
moins nombreux en 2020 (du fait de la Covid-19), mais aussi de par la moindre
propension à se marier (et donc à se remarier) cette année-là en raison des
restrictions sanitaires dues à la pandémie. La baisse des remariages à la durée
0, c?est-à-dire l?année du divorce, atteint ainsi 30 % dans les cohortes 2023 pour
les hommes divorcés et près de 50 % pour les femmes divorcées par rapport
aux cohortes formées en 2012-2013. Deux ans après le divorce, cette baisse
atteint environ 25 % dans les cohortes 2019 à 2021. Par conséquent, en admet-
tant une possible baisse de la fréquence des remariages pour celles et ceux qui
ont divorcé ces dernières années, la forte réduction des remariages observée
ici atteste vraisemblablement d?une baisse du nombre des divorces depuis la
réforme de 2017.
De même, il est possible d?estimer indirectement le nombre des dissolu-
tions de pacs depuis 2017. En effet, d?après les données de recensement, la
croissance du nombre de personnes pacsées en France, d?environ 800 000
entre 2017 et 2022 (hausse de 32 %), provient du maintien d?un nombre élevé
de pacs enregistrés chaque année (près de 200 000 de 2017 à 2021), notamment
parmi les plus jeunes générations. Au total, environ un million de pacs a été
enregistré au cours de cette période par les mairies et les notaires. En dédui-
sant le nombre de personnes pacsées au cours de la période (environ 2 millions)
de l?excédent des personnes pacsées en 2022 par rapport à 2017 (800 000),
nous pouvons estimer à environ 600 000 le nombre de pacs rompus pendant
cette période, soit une moyenne d?environ 120 000 dissolutions annuelles.
N. Belliot
58
Cette estimation dépasse assez largement les 82 000 dissolutions de pacs
survenues en 2017(11) mais paraît réaliste. En effet, l?augmentation des pacs
enregistrés depuis le début des années 2010 devrait avoir pour conséquence
une augmentation des dissolutions attendues chaque année, suivant l?hypo-
thèse de maintien d?une fréquence élevée des dissolutions de pacs en début
d?union(12) (Breton etal., 2019).
***
Perturbé à partir de 2020 par la pandémie de Covid-19, le nombre de mariages
et de pacs se maintient à un niveau élevé en 2023, proche de celui du début
des années 2010. Dans les conditions de 2023, les hommes et les femmes
connaissent en moyenne un peu plus d?une union (pacs et/ou mariage) au
cours de leur vie, mais à des âges toujours plus élevés pour ce qui concerne
les mariages (36,6ans pour les femmes, 39,1ans pour les hommes en moyenne).
Le choix assez répandu pour de nombreux couples, de sexe différent ou de
même sexe, de se pacser avant de se marier contribue également à retarder
le mariage.
(11) 2017 est à ce jour la dernière année pour laquelle le nombre des dissolutions de pacs est connu.
La modification du lieu d?enregistrement et de dissolution des pacs fin 2017, désormais en mairie
(ainsi que chez les notaires depuis 2011), a entraîné un changement de la procédure de recueil des
données et empêché la publication de données depuis lors.
(12) L?application des taux de dissolution des pacs calculés en 2016 aux pacs exposés au risque de
rupture chaque année conduit à une estimation croissante du nombre de dissolutions annuelles, avec
environ 108 000 dissolutions en 2021 et 116 000 en 2023.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
59
Figure 7. Variations des remariages cumulés dans les cohortes de divorcé·es
selon la durée écoulée depuis le divorce (par rapport aux cohortes 2012-2013)
Hommes FemmesDurée 0
Hommes FemmesDurée 2
Hommes FemmesDurée 4
20152014 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
? 50
? 60
? 40
? 30
? 10
? 20
10
20
0
Variations (en %)
Année du divorce
Lecture : En 2020, les remariages de femmes ayant divorcé la même année (c?est-à-dire à la durée0
depuis le divorce) ont baissé de 52% par rapport à ceux de 2012-2013.
Champ : France entière, mariages de sexe différent.
Sources : Insee, état civil ; calculs de l?auteur.
Les habitant·es des communes rurales, vivant plus souvent en couple que
celles et ceux des communes des aires urbaines, ne se marient pas davantage
pour autant. Le pacs et l?union libre sont largement plébiscités parmi eux et le
mariage y est plus tardif.
Enfin, si les modifications des questions posées sur les bulletins de recen-
sement et d?état civil permettent de mieux saisir la situation conjugale actuelle
des personnes, elles ne permettent malheureusement plus de mesurer la primo-
nuptialité dans les générations, comme il avait jusque-là été possible de le faire.
En l?absence de données récentes sur les dissolutions d?unions, des estimations
indirectes permettent d?évaluer la baisse des divorces et la hausse des ruptures
de pacs depuis 2016.
N. Belliot
60
référeNces
BreTond., BArBieriM., BellioTn., d?AlBiSh., MAzuyM. 2019. L?évolution
démographique récente de la France : une singularité en Europe ? Population, 74(4),
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BreTond., BArBieriM., BellioTn., d?AlBiSh., MAzuyM. 2020. L?évolution
démographique récente de la France : situations et comportements des mineurs.
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démographique récente de la France : une position singulière dans l?Union européenne.
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au risque. I. Présentation méthodologique. Population, 39(6), 947-976.
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mieux rendre compte des réalités des territoires et de leurs transformations. In La
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PAPonS. 2023. Bilan démographique 2023. En 2023, la fécondité chute, l?espérance
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et plus nombreux. Population et sociétés, 607(1).
https://doi.org/10.3917/popsoc.607.0001.
ThéloTh. 2025. Bilan démographique 2024. En 2024, la fécondité continue de diminuer,
l?espérance de vie se stabilise. Insee Première, 2033.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8327319
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
61
??
https://doi.org/10.3917/popu.1904.0409
https://doi.org/10.3917/popsoc.607.0001
*Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
Courriel: thierry@ined.fr
Note de conjoncture2025
Fécondité et infécondité en France:
tendances, fluctuations et disparités territoriales
Xavier thierry*
Résumé
En France, la fécondité diminue depuis 2011, et plus rapidement depuis 2019.
Labaisse a néanmoins été moins forte en 2024 qu?en 2023. L?indice conjoncturel
de fécondité (1,62 enfant par femme en 2024) y est plus élevé qu?ailleurs en Europe.
La proportion de femmes sans enfant a sensiblement augmenté, mais la propension
à avoir un deuxième ou un troisième enfant est assez stable depuis une quinzaine
d?années. Si les femmes nées entre 1975 et 1985 sont susceptibles d'avoir un peu
plus de deux enfants en moyenne, ce ne sera pas le cas des générations nées au
début des années 1990. Le renouvellement des générations ne sera alors plus assuré.
Le niveau de fécondité, en recul sur tout le territoire, n?est pas uniforme. En règle
générale, il est un peu plus élevé dans les espaces ruraux à habitat dispersé que
dans les petites villes, et dans les couronnes urbaines que dans les centres très
denses. Toutefois, ces contrastes généraux sont moins marqués que les différences
de niveau de fécondité entre cantons ruraux ou aires urbaines nommément désignés.
Mots-clés
conjoncture démographique, indicateurs démographiques, naissances, fécondité,
rang de naissance, migration interne, espaces urbains, espaces ruraux
À quelques exceptions sous-régionales près, l?ensemble du monde est
concerné par une baisse historique de la fécondité. Plus de deux tiers de la
population mondiale vivent dans un pays où la fécondité se situe sous le
seuil de renouvellement des générations (Nations unies, 2025). La fécondité
en France suit le même mouvement depuis une dizaine d?années, bien qu?elle
reste à un niveau élevé, par rapport aux autres pays occidentaux. Quelles
évolutions se dessinent dans l?avenir? Le cadre résidentiel des futurs parents
est-il prégnant?
??
Population-F, 80(4), 2025 000-000
DOI : 10.3917/popu.2504.006
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution - Pas d'Utilisation
Commerciale - Pas de Modification 4.0
International (CC BY-NC-ND)
mailto:thierry@ined.fr
I. Des naissances toujours en baisse,
mais à un rythme moindre
En 2024, 661000enfants sont nés en France, dont 627000 en France hexa-
gonale. Pour la deuxième année consécutive, le nombre de naissances est
inférieur à 700000, le palier de 800000 ayant été franchi en 2014 (figure 1).
L?année2024 s?illustre par un recul des naissances (?2,8%), certes moins fort
qu?en 2023 (?6,7%), mais c?est la deuxième chute la plus importante depuis
qu?a commencé, en 2011, une baisse ininterrompue de la natalité. La baisse
enregistrée dépasse même légèrement celle de 2020, lors de la pandémie de
Covid-19 (?2,7%).
Au premier semestre 2025(1), le nombre de naissances est encore en repli
(?2,8% par rapport au premier semestre 2024), avec exactement la même
intensité qu?en 2024. L?engouement populaire pour les jeux Olympiques de
Paris pendant l?été2024 ne s?est pas traduit par une augmentation nette des
naissances en avril2025, comme cela a pu être observé pour d?autres grands
événements sportifs (Masukume etal., 2024).
(1) Au moment de la rédaction de cette note, seules les naissances de janvier à juillet sont connues.
X. Thierry
64
Figure1. Nombre de naissances et de femmes d?âge fécond
(avec hypothèse de solde migratoire nul), 2010-2034
Naissances
Effectif observé de femmes
Effectif projeté
sans migration
Effectif projeté
avec migration
2010 2012 2014 2016 2018 20282020 2022 2024 2026 2030 2032 2034
900 000
850 000
800 000
750 000
700 000
650 000
600 000
Nombre de naissances
410 000
400 000
390 000
380 000
420 000
Effectif de femmes
Note: L?effectif des femmes d?âge fécond correspond à la taille de la génération moyenne (somme
des effectifs à chaque âge, pondérés par les taux de fécondité par âge). L?effectif entre 2026 et 2034
résulte d?une projection s?appuyant sur les probabilités de survie et les soldes migratoires par âges.
Champ: France entière (hors Mayotte).
Sources: Insee, état civil et recensement de la population ; calculs de l?auteur.
II.La baisse de la fécondité ralentit
aux âges où elle est le plus élevée
Le nombre de naissances devrait encore se réduire dans les années à venir. Le
nombre de naissances sur une année dépend du nombre de femmes d?âge fécond
(15-49ans) et de leur propension à avoir des enfants (fécondité). D?une part,
les jeunes de moins de 30ans, quel que soit leur groupe social, veulent moins
d?enfants: le nombre total d?enfants souhaités par les femmes a diminué de
0,6enfant en moyenne en 20ans (il est passé de 2,5 à 1,9 enfant) (Bouchet-
Vallat et Toulemon, 2025). D?autre part, la taille de la «génération moyenne»(2)
devrait légèrement fléchir dans les prochaines années, notamment à cause de
l?arrivée aux âges de fécondité maximale (30-34ans) des générations moins
nombreuses nées entre 1993 et 1997. En 2025, elle s?établit à environ 410000
femmes et elle ne serait que de 400000 en 2034 (?2,5%), si l?on intègre un
solde migratoire positif. Toutefois, l?arrivée aux âges de pleine fécondité des
générations nées lors du rebond de la natalité au passage de l?an 2000 ralentit
cette diminution dans les prochaines années. D?autre part, le niveau du solde
migratoire fixé dans les projections de l?Insee (2021) ne relève pas substantiel-
lement le nombre total de femmes susceptibles d?avoir des enfants(3) (figure 1).
La population féminine a légèrement augmenté depuis 2020. La baisse de
la natalité en 2024 est donc avant tout liée à une diminution de la fécondité du
moment, mesurée par l?indice conjoncturel de fécondité (ICF)(4). En 2024, l?ICF
est de 1,62enfant par femme pour la France entière et de1,59 en France hexa-
gonale (Thélot, 2025). Il s?agit d?un minimum depuis que les chiffres existent
(première guerre mondiale mise à part) puisqu?inférieur au point le plus bas
de 1993 (1,66 en France hexagonale). La fécondité du moment a diminué de
0,41 enfant par femme depuis 2010 (l?ICF était alors de 2,03 enfants par femme).
Depuis 2019, la baisse est plus forte (?13 %) qu?elle ne l?a été entre 2010 et 2019
(?8 %). L?année2024, et probablement 2025, s?inscrit donc dans ce rythme de
baisse accentuée.
Sur les cinq dernières années (à l?exception de 2021, année post-Covid-19),
la baisse de la fécondité a concerné tous les âges jusqu?à 40ans. Mais, alors
qu?entre2021 et2023, le recul était plus prononcé à 30-34ans qu?à 25-29ans,
c?est l?inverse qui s?est produit en 2024: la fécondité a moins baissé à 30-34ans
(?12?) qu?à 25-29ans (?17?) (tableau 1).
La fécondité est quasi stable après 40ans (103 pour 1000 en 2019 et 2024,
soit 1 naissance annuelle pour 10 femmes). Les courbes de fécondité 2023 et
(2) Il s?agit de l?effectif moyen des générations féminines d?âge fécond (Calot, 1984), soit la moyenne
pondérée des effectifs de femmes de 15-49ans, les coefficients de pondération étant les taux de
fécondité par âge.
(3) Les effectifs de cette «génération moyenne» entre 2026 et 2034 résultent d?une projection appli-
quant à la population féminine en 2025 les probabilités de survie et les soldes migratoires par âges.
(4) C?est le nombre d?enfants qu?aurait une femme qui, à chaque âge de sa vie, présenterait la fécondité
des femmes de 15à 49ans pour l?année en cours.
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
65
X. Thierry
66
Tableau1. Évolution de la fécondité féminine par groupe d?âges
de 2019 à 2024
Âge atteint
Somme des taux par groupes d?âges
(pour 1 000 femmes)
Variation absolue
2019 2020 2021 2022 (p) 2023 (p) 2024 (p)
2019-
2020
2020-
2021
2021-
2022
(p)
2022-
2023
(p)
2023-
2024
(p)
Moins de
20 ans 28 26 24 24 23 21 ?2 ?2 0 ?1 ?2
20-24 ans 212 201 188 185 176 170 ?11 ?13 ?3 ?9 ?6
25-29 ans 537 520 510 496 454 437 ?17 ?10 ?14 ?42 ?17
30-34 ans 632 621 638 614 568 556 ?11 17 ?24 ?46 ?12
35-39 ans 350 347 361 355 337 335 ?3 14 ?6 ?18 ?2
40-44 ans 96 95 96 98 93 94 ?1 1 2 ?5 1
45 ans et
plus 7 7 7 8 8 9 0 0 1 0 1
Total
(ICF*) 1,86 1,82 1,82 1,78 1,66 1,62 ?0,05 0,01 ?0,04 ?0,12 ?0,04
Âge
moyen 30,7 30,8 30,9 31 31 31,1 0,1 0,2 0 0 0,1
(p): Données provisoires.
*ICF: Indicateur conjoncturel de fécondité (somme des taux de fécondité par groupe d?âges) exprimé en nombre
moyen d?enfants pour une femme.
Champ: France entière.
Sources: Insee, état civil et recensement ; calculs de l?auteur.
Figure2. Taux de fécondité féminine par âge en 2014, 2019, 2023, 2024
2014
2019
2023 (p)
2024 (p)
15 17 19 21 23 25 27 29 31 33 35 37 39 41 43 45 47 49
Âge
160
140
120
100
80
60
40
20
0
Nombre d?enfants pour 1 000 femmes
(p): Données provisoires.
Champ: France entière.
Source: Insee, état civil et recensement.
2024 ne sont décalées que légèrement à ces âges (figure 2). L?âge moyen des
mères continue ainsi d?augmenter avec +0,1 an en 2024, s?établissant à 31,1ans
(celui des pères est de 34ans).
III. La France, seul pays de l?Union européenne
dont la fécondité actuelle assure le renouvellement
des générations, mais plus pour longtemps
Depuis une quarantaine d?années, la France est dans le peloton de tête des pays
de l?Union européenne (UE) en matière de fécondité. Au milieu des années
1980, elle était devancée par l?Irlande seulement (2,49enfants par femme,
contre1,82 en France en 1985), à laquelle se sont joints, au début des années
1990, le Royaume-Uni et le Danemark. Avec la remontée de l?ICF entre 1993
et 2010, la France s?est détachée du groupe constitué par la majorité des pays
européens et a repris la deuxième position derrière l?Irlande. Depuis de nom-
breuses années, la fécondité baisse en Europe, cette diminution ayant débuté
au début des années 2010 dans les pays nordiques. La France n?a rejoint ce
mouvement de baisse qu?au milieu de la décennie 2010, prenant la première
place au classement jusqu?en 2022 (à égalité avec la Bulgarie et loin devant
l?Irlande et les autres pays nordiques). Les pays où la fécondité était déjà basse
(en Europe de l?Est, Allemagne, Autriche, Grèce) n?ont pas connu de fléchis-
sements aussi prononcés (pour un approfondissement des comparaisons
européennes, voir Breton etal., 2024) (figure 3).
Le calendrier (l?âge moyen au premier enfant) de la fécondité française est
plus précoce que dans la majorité des pays européens. C?est principalement à
l?Est de l?Europe qu?il est le plus précoce (environ 27ans en Bulgarie, Roumanie
et Slovaquie) et au Sud qu?il est le plus tardif (entre31 et 32ans en Espagne,
Italie et Grèce).
Les femmes nées en 1974, ayant atteint 50ans en 2024, ont eu 2,02enfants
en moyenne. C?est légèrement moins que le seuil de strict renouvellement des
générations (2,06). La génération 1963 est la dernière à avoir dépassé ce seuil.
La descendance finale des femmes nées en 1985 est facile à estimer car les
naissances après 40ans sont peu nombreuses (elles en ont déjà1,95). Si l?on
suppose que dans les dix années à venir, elles aient la même fécondité à
40-49ans que les femmes de ces âges en 2024, leur descendance finale sera
égale à 2,05enfants. La fécondité des générations 1960-1987 a donc été stable
(entre2,0 et2,1). Ce niveau n?est pas historiquement bassi on le compare à
celui des femmes nées à la fin du xixe siècle (figure 4).
La mesure longitudinale (descendance des femmes nées une année donnée)
varie de façon moins ample que la mesure transversale (indice conjoncturel
pour une année de calendrier): le niveau de cette dernière, et donc sa tendance,
dépendent à la fois de l?évolution de la descendance finale des générations (DF)
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
67
X. Thierry
68
Figure3. Indice conjoncturel de fécondité dans une sélection de pays
de l?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
Union européenne
Hongrie
Belgique
Portugal
Pays-Bas
Allemagne
Irlande
Pologne
Espagne
États-Unis
Japon
France2,1
2,0
2,2
1,9
1,8
1,7
1,6
1,5
1,4
1,3
1,2
1,1
Nombre moyen d?enfants par femme
2000 2005 2010 2015 2020 Années
Sources: Eurostat et Nations unies (World Population Prospects).
Figure4. Descendance finale des générations
et indice conjoncturel de fécondité
Indice conjoncturel de fécondité
Descendance finale par génération
3
2
1900 1925 1950 1975 2000 2025
1
Nombre moyen d?enfants par femme
Générations
1894-1898
Générations
1926-1930
Générations
1960-1963 Générations
1985
Années
Note: Afin d?appréhender l?évolution concomitante de la mesure transversale (naissances observées une année
donnée) et de la mesure longitudinale (naissances issues d?une génération donnée), on décale le placement de
la descendance finale sur l?échelle des abscisses du nombre d?années de l?âge moyen à la maternité.
Champ: France hexagonale.
Source: Calculs de l?auteur et estimation pour les générations 1985-1995 (Bouchet-Vallat et Toulemon, 2025).
et de l?âge à la fécondité. En 1990-2024, l?ICF a varié de +/?0,40 enfant entre
son point le plus haut et son point le plus bas, mais la descendance des géné-
rations correspondantes a oscillé de seulement +/?0,08(5). Depuis un demi-siècle,
l?ICF demeure inférieur à la DF du fait d?un constant recul du calendrier de la
fécondité depuis les générations des années 1950, le report des naissances à des
âges plus élevés entraînant mécaniquement une sous-estimation de cet indice.
La première moitié du xxesiècle se caractérisait plutôt par la situation inverse
avec un ICF supérieur à la DF. La raison en est qu?à cette époque, les femmes
avaient leurs enfants à des âges plus jeunes. L?ICF a aussi été perturbé par les
guerres, empêchant la formation et l?agrandissement des familles: en 1915-1918,
il a plongé à un niveau très inférieur (1,6) à celui de la descendance finale des
générations correspondantes (2,1). La paix revenue, il s?est ensuivi un vif rat-
trapage de la natalité, le nombre moyen d?enfants s?élevant à 2,7 en 1920 et à 3,0
en 1947. Porté par le baby-boom, il est resté supérieur à 2,5 jusqu?en 1971.
Quel sera le comportement des générationspostérieures à 1985 dans les
dix prochaines années? Une projection récente de divers scénarios d?évolution
de la fécondité par âge conclut à une baisse de la DF dans tous les scénarios
(Bouchet-Vallat et Toulemon, 2025). Pour la génération 1995, la DF pourrait
être comprise entre 1,60 et 1,94, contre plus de 2 actuellement.
Avec une DF légèrement supérieure à deux enfants par femme, la France
est le seul pays de l?UE dont le renouvellement est assuré jusqu?aux générations
du milieu des années 1980 (Breton etal., 2024). Dans plus de la moitié des pays
(16 sur 27), la DF de la génération1979 sera inférieure à 1,7enfant. La situation
actuelle est le prolongement d?une lente érosion de la fécondité, amorcée avec
les générations 1940 et 1950. Aucun pays n?a enregistré de remontée signifi-
cative dans les générations suivantes.
IV. Une forte poussée d?infécondité conjuguée à une stabilité
de la probabilité d?avoir un deuxième enfant
Une autre particularité historique de la fécondité française est la faible pro-
portion de femmes sans enfant. Si la fécondité en France reste proche du niveau
de remplacement des générations, c?est aussi dû à des naissances de rang3 et
plus, plus fréquentes qu?ailleurs. La décomposition de l?indice conjoncturel en
fonction du rang des naissances est donc instructive sur la possible persistance
de ce modèle français(6) (figure 5).
(5) On représente ces deux indices sur une même figure en décalant la valeur de la DF du nombre
d?années correspondant à l?âge moyen à la maternité. Ainsi le niveau de la DF de la génération 1885
ayant eu ses enfants en moyenne à 28ans, est placé à l?endroit de l?ICF de l?année1913.
(6) Les statistiques d?état civil selon le rang de naissance des enfants n?étant pas fiables, la décompo-
sition par rang est effectuée selon la méthode dite du décompte des enfants au foyer, âgés de moins
de 1an lors des recensements. Grâce aux estimations ainsi faites par l?Insee et mises à disposition
sur le site d?Eurostat, nous avons prolongé jusqu?à l?année2023 les résultats antérieurs produits par
divers auteurs (récapitulés dans Breton etal., 2019).
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
69
Ces statistiques permettent de calculer une probabilité annuelle théorique
de n?avoir aucun enfant suivant l?hypothèse selon laquelle les femmes auraient,
tout au long de leur vie féconde, les mêmes comportements que ceux observés
l?année donnée dans trente-cinq générations d?âges féconds successifs(7). Dans
la génération fictive de 2023, 73% des femmes de 15 à 50ans ont au moins un
enfant (a0), ce qui signifie que 27% de femmes n?auraient pas d?enfant (tableau2a).
L?infécondité «du moment» a doublé puisque cette proportion n?atteignait que
14% en 2012. Une fois le premier enfant né, la fréquence d?un deuxième enfant
(de rang2, a1) est assez stable comparée à la probabilité d?avoir un tout premier
enfant (a0): environ huit mères d?un premier enfant sur dix, auraient un deu-
xième enfant (79% en 1998, 82% en 2012, 78% en 2023). Le passage à une
famille encore plus grande a également bien résisté: l?arrivée d?un troisième
enfant (a2) est plus fréquente en 2023 (41%) qu?en 2004 (37%). Un autre élé-
ment à prendre en compte est la quasi-stabilité, entre 2013 et 2023, des
(7) Cependant, cette probabilité est particulièrement sensible aux «effets de calendrier» (arrivée
plus tardive du premier enfant) et pronostique donc mal l?infécondité des générations futures. En
effet, les femmes devenues mères pour la première fois en 2023 appartiennent à une trentaine de
générations, chacune ayant avancé différemment dans son parcours fécond. Les plus âgées ont eu
leurs enfants tôt, elles ont donc déjà eu leur premier enfant et sont peu nombreuses à en mettre un
au monde désormais. Les plus jeunes, au contraire, retardent davantage leur entrée en maternité. Il
en résulte un déficit de naissances de rang1.
X. Thierry
70
Figure5. Décomposition de l?indice conjoncturel selon le rang de naissance
France hexagonale
France entière
Années
1,4
1,2
1,0
0,8
0,6
0,4
0,2
1998 20052000 2015 20232010 2020
Nombre moyen d?enfants d?un rang donné
2,2
2,0
1,8
1,6
1,4
1,2
1,0
Nombre moyen d?enfants par femme
Indice conjoncturel
de fécondité
Rang 1
Rang 2
Rang 3 et +
Sources: 1998 à 2010 (Davie et Niel, 2012), 2012-2016 (Breton, 2019), 2014 à 2023 (calculs de l?auteur).
intervalles intergénésiques (délai entre naissances), alors que l?âge au premier
enfant a glissé de +0,8an (Pointet, 2025). C?est donc plutôt vers la fécondité
de rang1 qu?il faut se tourner pour comprendre les ressorts de la baisse
générale.
La stabilité de la probabilité d?avoir un deuxième enfant a pour corollaire
une proportion constante de femmes mères d?un enfant unique (17% en 1998,
16% en 2012 et 2023) (tableau2b). Avoir deux enfants est la situation la plus
fréquente (33% des femmes en 2023) mais cette proportion a baissé (43% des
femmes en 2012). En 2023, les femmes sont, pour près d?un quart d?entre elles
(23%), mères d?au moins trois enfants. Elles sont certes désormais moins
nombreuses que les femmes sans enfant (27%), mais leur part baisse relative-
ment peu (25 % en 2004).
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
71
Tableau2a. Probabilité d?avoir un premier enfant
ou un enfant supplémentaire (pour 100 femmes)
Année 1998 2004 2012 2014 2017 2020 2023
Premier enfant (a0) 77 85 86 86 82 78 73
Deuxième enfant (a1) 79 79 82 82 81 81 78
Troisième enfant (a2) 42 37 39 41 41 42 41
Quatrième enfant (a3) ? ? ? 48 49 50 57
Notes: Les indices présentés ici découlent des composantes de la fécondité par rang (figure 5). Ainsi la proba-
bilitéa0 est la division de la composante de rang1 par la composante de rang0; la probabilitéa1 est la division
de la composante de rang2 par la composante de rang1.
Champ: France hexagonale jusqu?en 2012, France entière à partir de 2014.
Sources: Insee, état civil et recensement ; calculs de l?auteur.
Tableau 2b. Répartition des femmes selon le nombre d?enfants (en %)
Année 1998 2004 2012 2014 2017 2020 2023
Sans enfant 23 15 14 14 18 22 27
Un enfant 17 18 16 15 16 15 16
Deux enfants 35 42 43 42 39 36 33
Trois enfants ou plus 26 25 28 29 27 27 23
Total 100 100 100 100 100 100 100
Lecture: En 2023, 73% des femmes de 15-49ans auraient un premier enfant si elles se conformaient tout au
long de leur vie aux comportements du moment; 78% des mères d?un premier enfant en auraient un deuxième
(a1), 41% des mères de deux enfants en auraient un troisième (a2).
Notes: La répartition des femmes selon le nombre d?enfants est la combinaison de ces probabilités. Ainsi, on
obtient la part des femmes ayant deux enfants exactement en multipliant la probabilité d?avoir un premier enfant
par celle d?en avoir un deuxième, ainsi que par la probabilité de ne pas avoir un troisième enfant (ne pas avoir de
troisième enfant) : a0 ×a1 ×(1?a2).
Champ: France hexagonale jusqu?en 2012, France entière à partir de 2014.
Sources: 1998 à 2004 (Davie et Niel, 2012) ; 2012 (Breton 2019) ; 2014 à 2023 (calculs de l?auteur d?après des
données Eurostat).
V.Les couples vivant ou déménageant
en zones moins densément peuplées ont plus d?enfants
Les écarts de fécondité entre départements se sont accrus durant les quinze
dernières années, alors qu?ils convergeaient depuis la fin du baby-boom (Aerts,
2013)(8). Les départements à plus faible fécondité en 2024 sont la Corse du Sud
(1,13enfant par femme) et Paris (1,26), ceux où elle est le plus élevée (hors
outre-mer) sont la Seine-Saint-Denis et le Val-d?Oise (2,02enfants par femme).
Aux deux extrêmes se trouvent donc des départements urbains.
En réalité, il faut dépasser cet échelon administratif pour constater que la
fécondité en milieu rural est toujours supérieure à celle des espaces urbains(9).
Plus qu?elle ne révèle une franche opposition ville/campagne, la fécondité varie
graduellement selon l?éloignement du centre des pôles urbains importants
(Daguet, 2021). Il en va ainsi pour trois raisons(10):
1. Des différences dans la composition sociodémographique (les jeunes
adultes, étudiants ou en début de vie active sont proportionnellement
surreprésentés en ville) (Kulu et Washbrook, 2014).
2. Des effets de contextes (les conditions de vie urbaine sont moins
favorables à la réalisation des intentions de fécondité, notamment en
raison de plus grandes aspirations et opportunités professionnelles
des femmes) (Riederer et Buber-Ennser, 2019).
3. Des mécanismes de sélection (les couples avec enfant vivant dans les
zones très denses tendent à déménager pour un logement plus grand
et moins coûteux dans les couronnes)(11).
Sur la base des données millésimées 2021, les femmes des communes les
plus rurales ont 0,23enfant de plus que celles des grands centres urbains (et
trois ans plus tôt), mais seulement 0,13 de plus que celles des ceintures ou
centres urbains intermédiaires (deux ans plus tôt)(12).
(8) Le coefficient de variation des cent indices départementaux est passé de 10,1 % en 2010 à 13,3 %
en 2024.
(9) Je remercie Charline Maltat (université de Strasbourg) qui a réalisé l?ensemble des traitements
statistiques dont les résultats sont exposés ci-après.
(10) Pour plus de détails sur ces trois hypothèses, lire Riederer et Beaujouan, 2024; Kulu et Boyle,
2009; ainsi que Lutz etal., 2006.
(11) Afin de limiter en partie ce biais, on calcule les indices de fécondité correspondant au lieu de
résidence des femmes au 1erjanvier de l?année précédente (par exemple au 01/01/2022 pour l?enquête
annuelle de mars2023), de manière à prendre en compte un éventuel déménagement dans la période
qui entoure l?arrivée de l?enfant, puisque la méthode d?estimation indirecte de la fécondité ici mise
en oeuvre («décompte des enfants au foyer») comptabilise les enfants jusqu?à 12mois (nés entre le
01/03/n-1 et le 01/03/n).
(12) La distinction entre rural et urbain repose sur la grille communale de densité (https://www.
insee.fr/fr/information/8571524) qui, partant d?un découpage territorial à l?échelle de carreaux de
1km2, caractérise en sept modalités le degré de densité de chaque commune (D?Alessandro etal.,
2021) (voir encadré dans la vue d?ensemble de cette conjoncture par Barbieri, 2025).
X. Thierry
72
https://www.insee.fr/fr/information/8571524
https://www.insee.fr/fr/information/8571524
Le recul de la fécondité ces dernières années a-t-il eu lieu au même rythme
dans tous les territoires? Entre 2014 et 2021, la baisse a été un peu plus forte
dans les petites villes (?13%), les centres de densité intermédiaire et les grands
centres urbains (?11%), que dans les ceintures urbaines (?8%) et en milieu
rural (?8%) (figure 6). Partout, le calendrier de la fécondité est reporté à des
âges plus avancés (hausse de 8mois de l?âge moyen à la maternité dans les
grands centres urbains, hausse de 5mois dans les communes rurales).
Les niveaux de fécondité sont associés à la mobilité résidentielle des parents
au cours des douze derniers mois (figure 7). Pour ceux qui ont quitté un grand
centre urbain au profit d?un espace un peu moins dense (urbain intermédiaire
ou rural périurbain), la fécondité a augmenté d?un peu plus de 30%. Il en va
de même pour ceux qui habitaient initialement un centre urbain intermédiaire
et sont partis vivre dans un espace rural non périurbain (+31%). À l?inverse,
la fécondité des femmes rurales ayant effectué une mobilité vers un espace plus
dense est moindre que celles qui y vivent toujours (?49% pour une transition
du rural périurbain vers l?urbain dense). Ce fort lien entre ces deux phénomènes
pourrait s?être renforcé durant les années post-Covid-19, les migrations rési-
dentielles des adultes en âge de procréer vers les aires périurbaines moins
peuplées étant plus fréquentes en 2021 qu?en 2019 (Brutel, 2023).
Ces résultats épousent une approche dite «catégorielle» qui distingue
des types d?espaces (plus ou moins ruraux/urbains), quelle que soit leur loca-
lisation géographique. Pour une meilleure compréhension de la réalité des
territoires, il est possible d?adopter une autre approche, dite «nominale», afin
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
73
Figure6. Fécondité (ICF) selon le degré de densité en2014 et2021
2014 20212,00
2,10
1,50
1,60
1,70
1,80
1,90
29 30 31 32 33
Nombre d'enfants par femme (ICF)
Âge moyen à la maternité
Petites villes
Grands centres urbains
Ceintures urbaines
Centres urbains intermédiaires
Rural à habitat
très dispersé
Rural à
habitat
dispersé Bourgs
ruraux
Notes: L?ICF est mesuré sur le lieu de résidence au 1erjanvier de l?année précédant celle du recensement
et avec la méthode de décompte des enfants au foyer (Tomkinson et Breton, 2016; Breton etal., 2020).
Lemillésime 2014 inclut les cinq enquêtes de recensement 2012-2016;
le millésime 2021 inclut les enquêtes 2018-2020, 2022 et 2023.
Champ: France (hors Mayotte).
Source: Insee, recensement de la population 2021.
de décrire les variations locales de fécondité ciblant des lieux nommément
désignés, en ville (sélection des grandes agglomérations) et à la campagne
(cantons ruraux).
VI.La fécondité des cantons ruraux
et des grandes agglomérations: des réalités plurielles
La fécondité rurale est examinée à l?échelon cantonal(13). Un canton est consi-
déré comme rural si l?ensemble de ses communes constitutives le sont(14). Les
indices de fécondité des cantons ruraux sont plus contrastés que les indices
des cantons plus urbains. Il n?existe donc pas un mode de vie rural qui inspi-
rerait un type de fécondité uniforme sur le territoire. La cartographie révèle
une mosaïque désordonnée, sans cohérence régionale, de basse et haute fécon-
dité entre cantons proches. À cheval sur plusieurs départements, six amas
d?une dizaine de cantons contigus où la fécondité est d?au moins 2enfants par
femme, sont néanmoins repérables. Ils sont situés en Champagne, en Lorraine,
(13) À la différence du canton, le «canton-ou-ville» (ou pseudo-canton) est un regroupement d?une
ou plusieurs communes entières. La taille moyenne est de 25000habitants.
(14) Parmi les 2028 cantons du territoire national, 623 sont ruraux.
X. Thierry
74
Figure7. Indice relatif de fécondité selon le type de mobilité
au cours des douze derniers mois (2021)
1,60
1,40
1,00
0,80
0,20
0,40
0,60
Indice relatif de fécondité
OrigineUrbain intermédiaireUrbain dense Rural périurbain Rural non-périurbain
Des
tin
at
ion
Urb
ain
d
en
se
(r
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Urb
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éd
iai
re
Ru
ra
l p
ér
iur
ba
in
Ru
ra
l n
on
-p
ér
iur
ba
in
(ré
f.)
Lecture: La fécondité différentielle des femmes qui vivaient en centre urbain dense au 1erjanvier de l?année
précédant le recensement et qui ont déménagé en centre urbain de densité intermédiaire, est supérieure de
+35% à celle des sédentaires (habitant le même type d?espace au cours des 12derniers mois). La fécondité
de ces dernières (groupe de référence) est indiquée par un point rouge correspondant à une valeur égale à1.
Champ: France (hors Mayotte).
Source: Insee, recensement de la population 2021.
au sud de la Normandie, au sud du Bassin parisien, et au nord et au sud de
l?Auvergne. Ces petits territoires sont localisés sur la carte par les villes moyennes
alentours (figure 8). Ils se superposent à la «diagonale du vide» (espaces peu
peuplés) traversant la France du sud-ouest au nord-est (Oliveau et Doignon,
2016). Des études monographiques seraient nécessaires pour comprendre ce
qui se joue dans ces territoires singuliers.
La fécondité urbaine est examinée pour chaque agglomération d?au moins
200000habitants (aire d?attraction des villes, voir encadré dans la vue d?en-
semble de cette conjoncture par Barbieri, 2025). Les disparités de fécondité
entre les cinquante-huit agglomérations de cette taille sont très grandes mais
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
75
Figure8. Fécondité dans les cantons ruraux (2021)
Départements : Cher,
Loir-et-Cher, Nièvre, Yonne
Villes environnantes : Blois,
Vierzon, Nevers, Auxerre
ICF = 2,30
Départements : Allier,
Creuse, Indre, Loire,
Puy-de-Dôme
Villes environnantes :
Montluçon, Moulins, Vichy,
Châteauroux, Mâcon
ICF = 2,27
Départements : Haute-Loire,
Lozère
Villes environnantes : Saint-Flour,
Mende, Puy-en-Velay,
ICF = 2,36
Départements :
Haute-Marne, Haute-Saône
Villes environnantes :
Chaumont, Vesoul
ICF = 2,46
Aisne, Ardennes, Marne, Meuse
Villes environnantes : Soissons,
Reims, Charleville-Mézières,Verdun
ICF = 2,29
Départements : Manche, Calvados, Orne
Villes environnantes : Saint-Lô, Vire,
Flers, Argentan, Alençon
ICF = 2,27
ICF rural
3,7
2,0
1,6
0,3
Discrétisation en quantiles
*Un canton rural est un canton dont toutes les communes sont rurales. Les cantons blancs ne sont pas ruraux.
Note : Les espaces entourés en rouge correspondent à des groupes d?une dizaine cantons contigus où la
fécondité excède deux enfants par femme. Les points rouges indiquent les villes moyennes voisines de ces
cantons, de manière à situer ces petits territoires ruraux (sans dénomination officielle).
Source : Insee, recensement de la population 2021.
elles ne sont pas corrélées à la proportion d?immigrés. Les cinq agglomérations
les moins fécondes sont Bayonne (1,40 enfant par femme), au dernier rang,
précédée de Metz, Dijon, Nancy (1,42) et Poitiers (1,43). Les cinq agglomérations
les plus fécondes sont Saint-Pierre de la Réunion (1,99) au premier rang, suivie
du Mans (1,96), Saint-Denis de la Réunion (1,89), Dunkerque (1,86) et Le Havre
(1,82). Comme pour la fécondité rurale, la fécondité urbaine ne se résume pas
en une valeur moyenne (tableau3).
Outre cet indice général, deux mesures ont été calculées dans des sous-
groupes, d?une part chez les femmes nées dans le reste de l?espace français et
venues vivre dans l?agglomération considérée («entrantes»), d?autre part chez
les femmes nées dans l?agglomération, puis parties vivre ailleurs en France
X. Thierry
76
Tableau3. Fécondité dans les grandes aires urbaines
et degré d?attractivité familiale (2021)
Rang(1) Commune-centre
Indice général de
fécondité(2)
Écart de fécondité
(entrantes ? sortantes)
Groupe A1 : aires attractives
28 Annecy 1,68 0,21
11 Avignon 1,74 0,38
4 Dunkerque 1,86 0,33
51 Lausanne* 1,47 0,27
2 Le Mans 1,96 0,34
7 Lens ? Liévin 1,81 0,26
22 Luxembourg* 1,70 0,29
6 Nîmes 1,81 0,22
21 Pau 1,70 0,29
31 Troyes 1,67 0,21
9 Valenciennes* 1,77 0,33
Groupe A2 : aires plutôt attractives
13 Annemasse* 1,73 0,14
30 Brest 1,68 0,03
38 Caen 1,63 0,08
16 Chambéry 1,71 0,07
20 Clermont-Ferrand 1,70 0,09
43 La Rochelle 1,55 0,16
25 Lorient 1,69 0,09
23 Mulhouse 1,70 0,15
17 Nantes 1,71 0,04
10 Orléans 1,76 0,02
32 Perpignan 1,67 0,10
34 Reims 1,66 0,02
12 Saint-Nazaire 1,73 0,14
39 Toulon 1,61 0,05
27 Valence 1,69 0,05
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
77
Tableau3 (suite). Fécondité des grandes aires urbaines
et degré d?attractivité familiale (2021)
Rang(1) Commune-centre
Indice général de
fécondité(2)
Écart de fécondité
(entrantes ?sortantes)
Groupe B1 : aires non attractives
36 Angers 1,65 ?0,20
53 Besançon 1,44 ?0,23
49 Fort-de-France 1,49 ?0,22
5 Le Havre 1,82 ?0,39
35 Limoges 1,65 ?0,23
48 Montpellier 1,50 ?0,30
55 Nancy 1,42 ?0,20
54 Poitiers 1,43 ?0,29
3 Saint-Denis (La Réunion) 1,89 ?0,21
26 Saint-Louis (Bâle)* 1,69 ?0,31
Groupe B2 : aires plutôt non attractives
33 Aix-Marseille 1,67 ?0,03
19 Amiens 1,71 ?0,07
58 Bayonne* 1,40 ?0,05
52 Bordeaux 1,45 ?0,15
40 Cannes ? Antibes 1,60 ?0,06
56 Dijon 1,42 ?0,06
37 Grenoble 1,64 ?0,18
44 Les Abymes 1,53 ?0,18
14 Lille 1,72 ?0,14
24 Lyon 1,69 ?0,11
57 Metz 1,42 ?0,04
41 Nice 1,57 ?0,18
29 Paris 1,68 ?0,04
50 Quimper 1,48 ?0,16
42 Rennes 1,56 ?0,11
18 Rouen 1,71 ?0,07
15 Saint-Brieuc 1,72 ?0,12
8 Saint-Étienne 1,80 ?0,01
1 Saint-Pierre (La Réunion) 1,99 ?0,06
46 Strasbourg* 1,50 ?0,11
47 Toulouse 1,50 ?0,09
45 Tours 1,52 ?0,03
(1) Classement décroissant du nombre moyen d?enfants par femme dans les cinquante-huit grandes aires. Engras:
agglomérations les plus ou les moins fécondes du classement.
(2) La fécondité est exprimée en nombre moyen d?enfants par femme, le lieu de résidence retenu étant celui au
1erjanvier de l?année précédant celle du recensement.
* Aire à cheval sur une frontière avec un pays limitrophe.
Notes: Le degré d?attractivité est déduit de l?écart (en valeur absolue) de fécondité entre les femmes «entrantes»
et les femmes «sortantes»: une aire est considérée comme attractive si la fécondité des entrantes est supérieure
à celle des sortantes, et comme non attractive dans le cas inverse.
Entrantes: femmes nées ailleurs (en France) que dans l?agglomération et y vivant l?année précédant le recensement.
Sortantes : femmes nées dans l?agglomération et vivant ailleurs en France.
Champ: France (hors Mayotte), aires d?au moins 200000habitants.
Source: Insee, recensement de la population 2021.
(«sortantes»)(15). L?écart de fécondité entre ces deux sous-groupes permet de
catégoriser les agglomérations comme suit:
? lorsque les «entrantes» ont une fécondité (significativement) supérieure
aux «sortantes», l?aire est considérée comme «familialement attractive»
(au seuil d?un écart d?au moins 0,2enfant) (groupe A1);
? lorsque les «sortantes» ont une fécondité supérieure à celles des
«entrantes», l?aire est considérée comme non attractive (également au
seuil de 0,2) (groupeB1);
? lorsque l?écart de fécondité entre les deux groupes est faible, l?aire est
considérée comme plutôt attractive (intervalle compris entre 0 et +0,2
enfant en faveur des entrantes) (groupeA2), ou plutôt pas attractive
(entre ?0,2 et 0) (groupeB2).
Cette classification des parcours individuels de mobilité résidentielle entre
la naissance de la femme et la mise au monde d?un enfant n?indique pas un
lien strict de causalité de la mobilité sur les comportements féconds, la femme
ayant pu entrer dans l?agglomération ou en sortir bien avant l?âge fécond (sans
qu?il soit possible de dater l?année de la mobilité). De plus, les raisons de l?ins-
tallation dans l?agglomération ou de départ à l?âge adulte sont inconnues et
peuvent être sans rapport avec des logiques familiales. Enfin, la méthode
d?estimation de la fécondité à partir du recensement souffre de biais (sous-
déclaration des très jeunes enfants) qui peuvent varier d?une zone à l?autre
(Davie et Mazuy, 2010). Cette comparaison des niveaux de fécondité des
entrantes et des sortantes fait apparaître des situations socio-économiques
locales contrastées entre les groupesA1 etB1 qui mériteraient d?être dévelop-
pées dans des études ultérieures.
Les agglomérations les plus typiques (des groupesA1 etB1, signalées en
rouge foncé sur la carte) sont situées dans diverses régions de France et sont de
toutes dimensions (figure 9). Il n?y a donc ni logique régionale, ni effet de seuil.
Dans les onze agglomérations du groupeA1 («attractif») (1,74enfant par
femme en moyenne), la fécondité des entrantes est de 1,82enfant, tandis que
les sortantes en ont 1,54 (écart de 0,28). Deux agglomérations sont situées à
proximité du Luxembourg et de la Suisse. La «sur-fécondité» des entrantes
peut être recherchée du côté des couples de travailleurs frontaliers. Dans ce
groupe, se trouvent aussi Le Mans et Dunkerque, respectivement aux 2eet
4erangs du classement général des agglomérations.
Dans les dix agglomérations du groupeB1 («non attractif») (1,60enfant/
femme en moyenne), les entrantes ont une fécondité plus faible (1,43) que les
sortantes (1,69), soit un écart de ?0,26. Ces agglomérations sont de taille un
peu plus importante que celles du groupeA1. Deux sont en outre-mer
(15) Les femmes nées et vivant toujours dans l?agglomération considérée, ainsi que les immigrées
(nées à l?étranger) venues y vivre, constituent les deux sous-groupes complémentaires. Leur fécondité
propre n?entre pas en ligne de compte dans l?analyse.
X. Thierry
78
(Fort-de-France et Saint-Denis), ce qui est révélateur de la sélectivité des
migrations depuis et vers l?Hexagone (les femmes quittant l?outre-mer et celles
venant y vivre n?ont pas les mêmes caractéristiques), quoique dans un sens
inattendu(16). Dans ce groupe se trouvent aussi Poitiers et Nancy, respectivement
(16) On observe une fécondité accrue des natives ayant quitté l?île, alors que ce sont généralement
les natives les plus diplômées ?donc apriori les moins fécondes? qui émigrent relativement plus
souvent (Lottin etal., 2023).
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
79
Figure9. Fécondité dans les grandes aires urbaines (2021)
Groupe A1 : aire attractive
Groupe A2 : aire plutôt attractive
Groupe B1 : aire non attractive
Groupe B2 : aire plutôt pas attractive
4
22
31
97
51
6 11
21
2
28
38
30
25
10
12 17
43
23
13
16
39
32
27
34
20
5
36
54
35
48
53
26
55
14
19
18
45
29
50
15
42
52
58
3347 40
41
37
8
56
46
57
24
Paris
Rennes
Lyon
Perpignan
Orléans
Lorient
Brest
Chambéry
Annecy
Avignon
Lausanne
Valenciennes
Poitiers
Bayonne
Bordeaux
Dijon
Metz
Le Havre
Montpellier
La Rochelle
Saint-Nazaire
Annemasse
Lens ? Liévin
Nîmes
Pau Aix ? Marseille Cannes?
Antibes
Lille
Grenoble
Strasbourg
Amiens
Tours
Saint-Brieuc
Quimper
Toulouse
Rouen Luxembourg
Besançon
Saint-Louis
(Bâle)
Mulhouse
Saint-Étienne
Angers
Limoges
Toulon
Nantes
Caen
Valence
Le Mans
Nancy
Nice
Reims
Clermont-Ferrand
Dunkerque
Troyes
Lecture : Les chiffres correspondent au classement décroissant de l?indicateur conjoncturel de fécondité (ICF)
dans les 58 plus grandes aires d?attraction des villes. Ainsi la fécondité générale dans l?aire du Mans est parmi
les plus élevées en France (2erang) et peut être considérée comme une aire attractive. À l?opposé, l?aire de
Nancy présente une fécondité parmi les plus faibles (55e rang) et semble non attractive. Les valeurs de l?ICF
figurent dans le tableau3 (1,96enfant par femme dans l?aire du Mans et 1,42dans l?aire de Nancy).
Champ : Aires d?au moins 200 000 habitants.
Source : Insee, recensement de la population 2021.
aux 54eet 55erangs du classement général, ainsi que Le Havre malgré un
niveau de fécondité relative élevé (5erang).
La distinction entre agglomérations des groupes A2 («plutôt attractives»)
et B2 («plutôt non attractives») doit être nuancée car l?écart moyen de fécondité
entre «entrantes» et «sortantes» est proche de zéro (+0,06 enfant dans le
premier groupe et ?0,09 dans le second). La fécondité totale est logiquement
un peu plus élevée dans les agglomérations du groupeA2 (1,68) que dans celles
du groupeB2 (1,60). Au sein des agglomérations nettement classées comme
«plutôt attractives» (groupeA2), les plus fécondes sont Annemasse et Saint-
Nazaire (1,73) et Mulhouse (1,70). Sont classées comme «plutôt non attractives»
(groupeB2), les agglomérations de plus d?un million d?habitants (Aix-Marseille,
Bordeaux, Lille, Lyon, Paris, Toulouse), qui ont un faible niveau d?attractivité
(néanmoins, l?écart de fécondité entrantes/sortantes à Aix-Marseille et Paris
est peu marqué). Toujours dans ce groupeB2, les agglomérations de plus petite
taille et nettement peu attractives, telles que Toulouse et Bordeaux, enregistrent
de très faibles taux de fécondité (respectivement classées aux 47eet 52erangs
avec 1,50 et 1,45enfant par femme).
Au total, les taux de fécondité observés en 2021 dans les grandes agglo-
mérations de l?Hexagone se situent dans un intervalle compris entre 1,40 et
1,96 enfant par femme (soit un écart de 0,56). En comparaison, l?écart moyen
de fécondité entre les communes les plus rurales et les centres urbains les plus
denses est de seulement 0,23enfant par femme.
Dans l?ensemble, cette analyse territoriale fait ressortir deux choses: d?une
part, les niveaux de fécondité des grandes agglomérations urbaines varient
d?un endroit à l?autre, sans logique géographique hexagonale du Nord au Sud
ou d?Est en Ouest (certaines agglomérations étant manifestement plus attrac-
tives que d?autres pour des couples voulant avoir plusieurs enfants); d?autre
part, certains cantons ruraux se démarquent par rapport à leurs voisins (les
raisons de l?existence de ces «poches de surfécondité» n?ayant pu être inter-
prétées par cette recherche). La mise à jour de ces contextes localisés met à
mal la dichotomie entre rural et urbain. Les déterminants classiques de la
fécondité (âge, période, cohorte; éducation, emploi; situation de couple,
monoparentale?) nécessitent l?examen d?autres facteurs (politiques locales de
logement et d?accueil de la petite enfance; normes parentales localisées;
ambiances résidentielles; arbitrages relatifs au logement, à l?emploi, à la qualité
de vie; trajectoires résidentielles familiales?). Élucider les raisons pour les-
quelles certains territoires, même petits et isolés, demeurent plus féconds, peut
aider à identifier des leviers d?action, enjeux pour les politiques publiques.
X. Thierry
80
Conclusion
Le passage de la fécondité française en dessous du seuil de renouvellement des
générations est inexorable. Ses implications démographiques sont cruciales
(quoique moindres qu?ailleurs) mais les choix procréatifs des individus ne sont
pas contestables et doivent être respectés (Sbaihi, 2024 ; Zerzan, 2025). Ces
évolutions sont liées à des changements de comportements (nouvelles façons
de faire couple, rejet des normes procréatives imposées aux femmes), combinés
à des transformations sociales (proportion accrue de diplômés du supérieur,
crises du logement et de l?emploi) (Damon, 2024). La baisse de la fécondité
traverse indifféremment l?ensemble des couches de la société: elle s?est effectuée
avec la même force dans les familles à revenus intermédiaires (les moins
fécondes) comme dans les plus modestes ou les plus fortunées (les plus fécondes)
(Reynaud, 2002). L?écart de fécondité entre villes et campagnes est de même
ordre de grandeur que le gradient social, et aucun niveau géographique n?est
épargné. Ces contrastes internes à la société française sont, au fond, aussi
marqués que ceux qui distinguent les pays européens entre eux. Les politiques
publiques et les aides des entreprises pour aider les couples à avoir le nombre
d?enfants souhaités, et seulement ceux-ci, doivent donc s?inscrire dans une
réflexion de la société tout entière.
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
81
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Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
83
http://hdl.handle.net/20.500.12204/FZMFgIsBhU4QGwadmTBn
https://doi.org/10.1007/s11111-007-0037-6
https://doi.org/10.7717/peerj.16993
https://doi.org/10.4000/cybergeo.27439
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8608134
https://doi.org/10.1002/psp.2720
https://doi.org/10.1080/00343404.2019.1599843
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8327319
https://doi.org/10.7202/1040398ar
https://www.unfpa.org/fr/swp2025
Note de conjoncture2025
Avorter en centres urbains,
en petites villes, en ruralité:
une offre et une accessibilité différenciées
Clémence braCq*?, Élodie baril* et Magali mazuy*
Résumé
En 2024, 260 000 avortements (interruptions médicales ?IMG? et volontaires ?IVG ?
de grossesse) ont été pratiqués en France, soit 8 000IVG de plus qu?en 2023 et 700IMG
de moins. Les IVG sont de plus en plus réalisées par méthode médicamenteuse (80 %)
et en cabinet libéral (44 %). Pour la première fois, la majorité des IVG en cabinet
libéral ont été effectuées par une sage-femme. Dans les grands centres urbains,
l?offre de prise en charge en termes de méthode, lieu et professionnel est relativement
diversifiée. Ce n?est pas le cas dans toutes les autres communes, notamment rurales.
L?augmentation des effectifs de sages-femmes habilitées permet toutefois un accès
grandissant à l?IVG médicamenteuse dans les zones rurales : elles y sont plus présentes
en libéral que les médecins et leur lieu d?exercice est plus proche du domicile des
femmes. Les établissements de santé restent toutefois des maillons essentiels de
l?offre de soins : les IVG après neuf semaines d?aménorrhée y sont réalisées. Cependant,
la répartition sur le territoire des établissements réalisant des IVG chirurgicales,
afortiori en fin de délai légal ou sous anesthésie locale, est inégale et, par conséquent,
les durées de trajet pour ces IVG sont plus longues. Sil?avortement est réalisable
partout, le champ des possibles en termes de méthodes, professionnels et lieux est
toutefois assez hétérogène selon la commune concernée.
Mots-clés
avortement, accès aux soins, espaces ruraux, espaces urbains, méthodes d?IVG,
sages-femmes, santé sexuelle, conjoncture démographique
I. 260 000 avortements, IVG et IMG, en France en 2024
En 2024, près de 252 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été
pratiquées en France, soit 8 000 de plus que l?année précédente, dont 233 000en
* Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
? Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Courriel: clemence.bracq@ined.fr
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0007
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution - Pas d'Utilisation
Commerciale - Pas de Modification 4.0
International (CC BY-NC-ND)
France hexagonale (tableau annexe A.6(1)). Le taux de recours était de 17,3IVG
pour 1 000 femmes de 15 à 49ans, contre 16,8? en 2023. Les naissances
étant toujours en baisse, le ratio IVG/naissances augmente également: en 2024,
on décomptait près de 38IVG pour 100naissances contre 36 en 2023(2).
Pour ce qui est des interruptions médicales de grossesse (IMG(3)), la baisse
observée depuis 2021 perdure: 7 700IMG ont été pratiquées en 2024 contre8 400
l?année précédente, soit un taux de recours passant de 5,8 à 5,3? et un ratio
IMG/naissance passant de 12,4 à 11,3?.
Ainsi, les évolutions constatées ces trois dernières années, à la hausse pour
les IVG et à la baisse pour les IMG, se prolongent (Breton etal., 2024), venant
rompre une tendance de long terme à la stabilité.
II. Prédominance de la méthode médicamenteuse,
progression de l?IVG en cabinet libéral
1. Quatre IVG sur cinq sont médicamenteuses
L?augmentation des IVG médicamenteuses persiste. Cette méthode a concerné
plus de quatre IVG sur cinq en 2024 (80,1%). En établissement de santé, 63,4%
des IVG ont été réalisées par médicament. Les IVG réalisées en établissement
le sont en quasi-totalité dans le secteur public, les établissements privés en
réalisant de moins en moins: 3,8% en 2024 contre 4,6% en 2023 (la part est
double pour les IMG, avec près de 8%). Parmi les IVG chirurgicales, la pro-
portion d?anesthésie locale diminue elle aussi, passant de 17,2% en 2023 à
16,3% en 2024.
Ainsi, les méthodes de prise en charge de l?IVG tendent à perdre en diver-
sité, ce qui contraint les possibilités de choix pour les personnes concernées.
2. Les sages-femmes pratiquent davantage d?IVG que les médecins
Si les établissements de santé restent le lieu principal de prise en charge, les
IVG sont de plus en plus réalisées en cabinet libéral: 44,3% en 2024 contre
41,1% en 2023.
Au sein de ces espaces, les sages-femmes en réalisent de plus en plus:
56 000 en 2024 contre 46 000 en 2023. Pour la première fois en 2024, les sages-
femmes ont réalisé davantage d?IVG que les médecins libéraux, généralistes et
gynécologues confondus. Cette profession (re)devient ainsi un acteur central
du travail abortif (Borel, 2023), neuf ans après leur autorisation de pratiquer
(1) Les annexes sont disponibles sur : http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
(2) Cette année, une modification dans le calcul des reprises d?IVG a été mise en place (voir annexeA1).
(3) Avortement thérapeutique réalisé sans condition de délai sur avis médical relatif au danger que
représente la grossesse pour la santé de la femme ou s?il existe une forte probabilité que l?enfant à
naître soit atteint d?une affection grave.
C. BraCq et al.
86
des IVG en cabinet libéral(4). Dans la mesure où la division du travail entre
médecins et sages-femmes est marquée par l?opposition entre pathologie et
physiologie, notamment pour les accouchements(5), le fait que la plupart des
IVG soient réalisées par des sages-femmes transforme sans doute la manière
de considérer et d?accompagner l?IVG.
3. Des IVG en établissement public en milieu rural,
en cabinet libéral en milieu urbain
La prise en charge varie cependant grandement selon les types de communes.
Les grands centres urbains se caractérisent par une diversité de lieux, de pra-
ticiens et de méthodes de prise en charge: les IVG y sont le plus fréquemment
réalisées par méthode médicamenteuse en établissement public, puis en cabinet
libéral par des médecins, et enfin par des sages-femmes. La méthode chirur-
gicale concerne plus d?une IVG sur cinq en 2024 (tableau1). C?est dans les
grands centres urbains que le recours à l?anesthésie locale est le plus fréquent:
22% des IVG chirurgicales y sont réalisées sous anesthésie locale, contre 11%
dans les deux autres catégories urbaines de communes.
(4) Depuis la loi no2016-41 du 26janvier 2016 de modernisation du système de santé, les sages-
femmes peuvent réaliser des IVG médicamenteuses en cabinet libéral, douze ans après l?autorisation
pour les généralistes (2004) et quinze ans après celle pour les gynécologues (2001).
(5) La prise en charge des grossesses et des accouchements est réalisée le plus souvent par des sages-
femmes tant qu?ils ne sont pas considérés comme pathologiques (grossesse à risque, césarienne?),
auquel cas le suivi est réservé aux médecins gynécologues obstétriciens.
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
87
Tableau 1. Répartition des méthodes et des lieux de prise en charge
pour chaque catégorie de commune de résidence en 2024 (%)
Catégorie de
commune
Établissement public Établissement privé Cabinet libéral
Ensemble
Chirurgic. Médicam. Chirurgic. Médicam. Sage-femme
Gynécologue/
Généraliste
Grands centres
urbains 21,6 28,6 0,8 1,5 20,9 26,7 100*
Centres urbains
intermédiaires 14,5 31,7 0,8 1,6 27,4 24,1 100*
Ceintures
urbaines 19,1 37,8 1,0 2,0 22,5 17,7 100*
Petites villes 14,6 31,1 0,6 0,9 31,1 21,7 100
Bourgs ruraux 17,8 38,2 0,7 1,6 25,6 16,2 100*
Rural à habitat
dispersé 22,0 52,2 0,7 1,4 14,2 9,5 100
Rural à habitat
très dispersé 23,6 58,3 0,7 1,3 11,1 5,0 100
France entière 19,9 35,3 0,8 1,5 21,5 21,0 100
*La somme des arrondis est légèrement supérieure à 100,0.
Champ: France entière, hors NIR (numéro d?inscription au répertoire) fictifs (voir annexeA1: lorsque l?anonymat
est demandé, un NIR fictif est attribué), et un seul acte est inclus en cas de reprise d?IVG (deuxième IVG pour la
même femme dans les 64jours). Pour la grille de densité des catégories de communes, voir annexeA2.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices.
Les communes urbaines intermédiaires sont caractérisées par une part
importante d?IVG pratiquées en cabinet. Ces IVG, souvent appelées «IVG de
ville», sont effectivement plus fréquentes dans les communes urbaines. Dans
les petites villes, les IVG sont pratiquées en particulier par les sages-femmes,
qui y réalisent 31% du total des IVG, soit une quantité et une part équivalentes
à celles réalisées par méthode médicamenteuse dans les établissements publics
de ces petites villes (tableau1).
Dans les zones rurales, en particulier lorsque l?habitat est (très) dispersé,
la prise en charge s?effectue plus souvent en établissement, en particulier public.
Ainsi en 2024, 70,6% des IVG dans les zones rurales ont été effectuées en
établissement, dont 98% dans le public. L?importance des établissements est
encore plus marquée dans les zones rurales à habitat très dispersé: 83,9% des
IVG y sont réalisées, dont 98% dans le public (tableau1). Les hôpitaux publics
sont donc des acteurs majeurs des IVG dans les zones rurales, où l?offre de
soins est moins diversifiée.
Les téléconsultations continuent d?augmenter mais restent marginales:
moins de 1% du total. Elles sont, pour tous les types de communes, peu
fréquentes.
La pratique de l?anesthésie locale en cas d?IVG chirurgicale est très hété-
rogène: dans les centres réalisant un grand nombre d?IVG chirurgicales,
l?anesthésie locale est plus présente. Ces centres sont souvent concentrés dans
les grandes villes.
On observe également des disparités selon les départements: les établis-
sements réalisant des IVG sous anesthésie locale sont plus nombreux dans les
pays de la Loire, dans le département du Nord ou encore sur la côte méditer-
ranéenne, dans l?Est, en Guadeloupe (Basse-Terre), à la Réunion et à Mayotte
(figure1).
III. Disparités dans l?offre de soins et la distance d?accès
Les modes de prise en charge varient sur le territoire national et sont en partie
déterminés par l?offre de soins qui y est présente.
1. IVG en cabinet libéral: les sages-femmes plus présentes
que les médecins dans les zones rurales
Les 3 228 professionnels de santé pratiquant des IVG sont, pour plus de la
moitié (56%), des médecins. Cependant, ces derniers pratiquent moins d?IVG
que les sages-femmes. Pour restreindre l?analyse aux praticiens avec une activité
d?IVG régulière, le seuil de 12IVG par an, soit au moins une par mois en
moyenne, a été retenu (un praticien qui n?a pas d?activité d?IVG peut en réaliser
de manière occasionnelle). Ainsi, parmi les professionnels qui pratiquent
12IVG par an ou plus, les médecins sont minoritaires: 795 médecins contre
C. BraCq et al.
88
965 sages-femmes, soit 45 %. Ainsi, les communes comptant des médecins qui
effectuent des IVG deviennent plus éparses lorsqu?on fixe un seuil à 12IVG
par an (figure2), ce qui n?est pas le cas pour les sages-femmes (cartes2c et2d).
Les médecins sont majoritaires dans les communes appartenant à l?urbain
dense: 482 médecins y pratiquent au moins 12IVG par an contre 370sages-
femmes. À l?inverse, les sages-femmes sont trois fois plus nombreuses à réaliser
régulièrement des IVG dans les zones rurales (190 contre 58) en 2024.
Ces différences ne sont pas réductibles à des différences de démographie
médicale. En effet, les zones sans médecins ou sages-femmes réalisant des IVG
peuvent être à la fois des zones surdotées (en gris foncé) ou sous-dotées (en
gris clair) en professionnels de santé.
2. Une offre de soins à géométrie variable en établissement
Parmi l?ensemble des établissements de santé, seul 1 sur 5 réalise des IVG, soit
554 établissements. Ces derniers sont situés en majorité dans des grands centres
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
89
Figure1. Nombre d?IVG chirurgicales réalisées
et pratique de l?anesthésie locale dans les établissements en 2024
Au moins une IVG
dans l'année
sous anesthésie locale
Non
Oui
Nombre d?IVG chirurgicales
réalisées
250
500
750
1 000
1 250
Note: Établissements ayant réalisé au moins une IVG chirurgicale en 2024, que cette IVG soit considérée
ou non comme une reprise (deuxième IVG pour la même femme dans les 64jours),
ensemble des NIR (fictifs ou non).
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices; fond de carte Cartelette.
C. BraCq et al.
90
Figure2. Professionnels de santé réalisant des IVG en 2024
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
91
Figure2 (suite). Professionnels de santé réalisant des IVG en 2024
Note: professionnels de santé ayant réalisé au moins une IVG chirurgicale en 2024, que cette IVG soit
considérée ou non comme une reprise (deuxième IVG pour la même femme dans les 64 jours),
ensemble des NIR (fictifs ou non).
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices ; fond de carte Cartelette.
urbains ou dans des centres urbains intermédiaires: respectivement 227 et
213 (tableau 2). Seuls 8 établissements sont situés dans une commune rurale
à habitat dispersé, aucun dans une commune rurale à habitat très dispersé.
Parmi les 554 établissements, seuls 469 effectuent 12 IVG ou plus dans
l?année (soit plus d?une par mois). Parmi ces derniers, on compte 51 établisse-
ments (plus de 10%) n?ayant effectué aucune IVG chirurgicale. Les centres
d?IVG effectuant seulement des IVG médicamenteuses sont principalement
situés dans des petites villes (22), dans des centres urbains intermédiaires (15)
et des bourgs ruraux (7).
Parmi les 353 établissements effectuant plus de 12IVG chirurgicales par
an, 86% sont situés en grand centre urbain (157) ou en centre urbain inter-
médiaire (148). Enfin, seuls 127 de ces établissements n?effectuent aucune
IVG sous anesthésie locale. Parmi les 8 établissements réalisant 12 IVG
chirurgicales ou plus en zone rurale, seuls 3 en ont effectué au moins une
sous anesthésie locale (tableau3). Pour ce qui est des IVG dites tardives,
après 14 semaines d?aménorrhée (SA), 68 établissements n?en n?ont réalisé
aucune, soit près d?un tiers d?entre eux.
L?offre d?IVG en établissement est donc présente sur l?ensemble du territoire
de manière inégale, afortiori pour des types d?IVG spécifiques, comme les IVG
approchant du délai légal ou celles réalisées sous anesthésie locale. Certains
départements sont ainsi moins bien couverts (figure3).
Au-delà de la distinction entre rural et urbain, l?offre de soins d?IVG est
aussi façonnée par des habitudes et cultures locales des praticiens. Ce constat
est particulièrement prégnant pour l?anesthésie locale.
C. BraCq et al.
92
Tableau 2. Établissements ayant réalisé des IVG selon leur activité en 2024
Nombre
d?établissements
12IVG par an
ou plus (%)
IVG
chirurgicale
(%)
12IVG
chirurgicales
par an ou plus
(%)
Grands centres urbains 227 78,0 91,6 69,2
Centres urbains intermédiaires 213 88,7 88,3 69,5
Ceintures urbaines 16 93,8 87,5 62,5
Petites villes 72 94,4 63,9 41,7
Bourgs ruraux 18 77,8 44,4 16,7
Rural à habitat dispersé 8 75,0 75,0 62,5
Rural à habitat très dispersé 0 0 0 0
France entière (effectifs) 554 469 470 353
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices.
IV. Des durées de trajet parfois longues
1. Un accès plus difficile dans les communes rurales
Ces disparités d?offre de soins se traduisent par des difficultés d?accès, étudiées
ici via les durées de trajet pour accéder à l?IVG (voir annexeA4). Dans plus de
8% des IVG (18 000), la distance entre le lieu de résidence et de réalisation est
évaluée à plus de 45minutes de trajet, et dans plus de 5% (11 000), à plus d?une
heure. Moins la commune de résidence est dense, plus la durée de trajet aug-
mente. Dans les communes rurales, les distances longues sont deux fois plus
fréquentes. Ainsi, on compte plus de 45minutes de trajet pour 16% des prises
en charge, plus d?une heure de trajet pour près de 8% d?entre elles.
2. Dans les communes rurales, des trajets plus courts
quand les IVG sont réalisées par des sages-femmes
En ce qui concerne les IVG en cabinet, dans les communes rurales, les durées
de trajet sont plus faibles lorsqu?elles sont réalisées par des sages-femmes plutôt
que par des médecins (généralistes et gynécologues confondus). Dans le rural
à habitat très dispersé, la durée de trajet est estimée à plus de 45minutes pour
38,4 % des IVG réalisées par un médecin, contre 28% pour celles réalisées par
une sage-femme (figure4). Ce résultat est cohérent avec la partie précédente,
qui montre qu?il y a plus de sages-femmes que de médecins réalisant les IVG
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
93
Tableau 3. Établissements ayant réalisé 12IVG chirurgicales ou plus en 2024
selon leur activité (IVG entre 12et 16SA, IVG sous anesthésie locale)
Parmi les établissements réalisant 12 IVG chirurgicales ou plus par an
Au moins
12 IVG chirurg.
par an
(effectifs)
Une IVG
ou plus entre
12-16 SA*
(%)
Une IVG
ou plus entre
14-16 SA
(%)
Une IVG
ou plus sous
anesthésie
locale (%)
Trois
anesthésies
locales ou plus
par an (%)
Grands centres urbains 157 26,8 22,4 46,5 29,3
Centres urbains
intermédiaires 148 15,5 9,5 26,4 14,2
Ceintures urbaines 10 15,4 0 30,0 0,0
Petites villes 30 12,5 5,0 30,0 16,7
Bourgs ruraux 3 42,9 28,6 0,0 0,0
Rural à habitat dispersé 5 0 0 60,0 40,0
Rural à habitat très
dispersé 0 0 0 0 0
France entière (effectifs) 353 86 62 127 74
*SA: Semaine d?aménorrhée.
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices.
C. BraCq et al.
94
Figure3. Cartographie des établissements selon le type d?IVG
réalisées en 2024
Densité
de la commune
Urbain dense
Urbain
intermédiaire
Rural
3c. Établissements réalisant des IVG
après 12 SA*
3d. Établissements réalisant des IVG
après 14 SA
3f. Établissements réalisant des IVG
après 14 SA et des
anesthésies locales
3e. Établissements réalisant des IVG
sous anesthésie
locale
3a. Établissements réalisant des IVG 3b. Établissements réalisant des IVG
chirurgicales
*SA: Semaine d?aménorrhée.
Note: Établissements ayant réalisé au moins une IVG en 2024, que cette IVG soit considérée ou non comme
une reprise (deuxième IVG pour la même femme dans les 64 jours), et que la femme corresponde ou non
à un NIR fictif.
Champ: France entière.
Source: Système national des données de santé (SNDS) ; fond de carte Cartelette.
dans les zones rurales. La possibilité pour les sages-femmes de réaliser des
IVG médicamenteuses a pour effet de permettre une plus grande accessibilité
à l?avortement, particulièrement dans les communes rurales.
3. Une accessibilité plus faible pour certaines IVG à l?hôpital
Pour ce qui est des IVG réalisées en établissement, les durées de trajet élevées
sont plus fréquentes lorsque l?offre de soins est plus éparse, c?est-à-dire les IVG
chirurgicales, afortiori les IVG dites tardives ou pratiquées sous anesthésie
locale (figure5). Dans les communes rurales à habitat très dispersé, la durée
de trajet est supérieure à 45minutes pour plus de la moitié des IVG chirurgi-
cales sous anesthésie locale.
***
Pour comparer les territoires ruraux et urbains, nous avons ici mis en
regard les différences de recours, d?offre de soins et de durée de trajet pour
accéder à l?IVG. Les données donnent à voir un maillage fin du territoire en
termes d?offre d?IVG, mais inégal pour les territoires ruraux et pour certaines
IVG, en particulier chirurgicales, sous anesthésie locale, et/ou après 12semaines
d?aménorrhée. Ces disparités se traduisent par une durée de trajet plus impor-
tante pour accéder à l?IVG. Si l?avortement est réalisable partout, le champ des
possibles en termes de méthodes, de professionnels et de lieux est toutefois
assez hétérogène selon la commune concernée.
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
95
Figure4. Part des IVG réalisées en cabinet pour lesquelles le temps de trajet
est évalué à plus de 45minutes, selon le praticien et le type de commune
IVG par un médecin
IVG par une sage-femme
Ensemble des IVG en cabinet
0 5 10 15 20 25 30 35 40
%
Grands centres urbains
Centres urbains intermédiaires
Ceintures urbaines
Petites villes
Bourgs ruraux
Rural à habitat dispersé
Rural à habitat très dispersé
Note: IVG en cabinet de 2024, sans reprises d?IVG et en excluant les NIR fictifs.
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices ; distancier Metric-OSRM.
C. BraCq et al.
96
Figure5. Part des IVG réalisées en établissement pour lesquelles le temps
de trajet est évalué à plus de 45minutes, selon le type d?IVG et de commune
IVG entre 12 et 16 SA*
IVG sous anesthésie locale
IVG chirurgicales
Ensemble des IVG en établissement
0 10 20 30 50 60
%
40
Grands centres urbains
Centres urbains intermédiaires
Ceintures urbaines
Petites villes
Bourgs ruraux
Rural à habitat dispersé
Rural à habitat très dispersé
* SA : semaine d?aménorrhée.
Note: IVG en établissement, sans reprises d?IVG et en excluant les NIR fictifs.
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; distancier Metric-OSRM.
aNNexes méThodologiques
??
A1. Changement de méthode de calcul des IVG:
anonymisation et correction des doublons
Depuis 2023, l?Ined (Breton etal., 2023), comme la Direction de la recherche,
des études, de l?évaluation et des statistiques (Drees ; Vilain et Fresson, 2023),
prennent en compte dans leurs calculs les reprises d?IVG. Il s?agit des cas où
les médicaments ou l?opération échouent et pour lesquels il est nécessaire de
pratiquer un deuxième acte pour une même grossesse. Dans nos décomptes,
si deux actes sont pratiqués dans un délai de 64jours pour un même identifiant,
une seule IVG est comptabilisée.
Par ailleurs, dans le système national des données de santé (SNDS), cer-
taines personnes, en particulier mineures, demandent à conserver l?anonymat(6).
Dans ce cas, plusieurs femmes peuvent correspondre à un seul identifiant
(appelé alors un NIR «fictif»(7)). Les personnes immigrées non couvertes par
la sécurité sociale ou bénéficiaires de l?aide médicale d?État (AME) peuvent
également correspondre à un NIR fictif pour des raisons administratives.
Cette année, l?Ined a modifié sa méthode de calcul des IVG: les reprises
d?IVG qui pourraient concerner des NIR anonymes pour lesquels il est impos-
sible de différencier un acte de reprise d?IVG pour une même personne, d?une
IVG réalisée par une autre personne, sont conservées. Les résultats présentés
dans cette partie pour l?année 2023 sont donc légèrement supérieurs (595, soit
0,2% de plus) à ceux publiés en 2024 (Breton etal., 2024).
A2. Les communes dans le SNDS et leur classement
dans la grille de densité à sept niveaux
1. Commune de résidence et de réalisation des soins dans le SNDS
Pour affiner l?analyse au niveau communal, il faut accéder au sein du SNDS
aux codes communes de résidence des femmes et de réalisation de l?IVG. Ce
travail comporte plusieurs difficultés: lorsque l?anonymat est demandé ou
qu?un NIR fictif est attribué pour des raisons administratives, le code commune
de résidence indiqué est erroné ou manquant. Les analyses présentées ici
excluent ces IVG. En outre, les codes communaux indiqués ne sont pas toujours
utilisables tels quels. Le seul code qui identifie chaque commune sans ambiguïté
est le code Insee. Or, dans le SNDS, les codes indiqués sont souvent des codes
postaux ou des codes géographiques relevant du programme de médicalisation
des systèmes d?information (PMSI), qui peuvent correspondre à plusieurs
communes voisines, notamment lorsqu?elles sont de petite taille (ATIH, 2024;
(6) Initialement, l?anonymat concernait plus spécifiquement les mineures. Le droit au secret pour les
majeures a été renforcé par l?article63 de la loi no2020?1576 du 14décembre 2020 de financement
de la sécurité sociale pour 2021 (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042665307).
(7) NIR: numéro d?inscription au répertoire, qui correspond au numéro de sécurité sociale.
C. BraCq et al.
98
https://portail-acces-securise.atih.sante.fr/wp-content/uploads/Construction_codes_geos_PMSI.pdf
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042665307
Insee, 2025). Dans ce cas, pour pouvoir les analyser, nous sélectionnons une
des communes correspondantes.
L?échelle communale permet d?affiner les analyses des disparités territoriales
qui ont déjà été analysées à plusieurs reprises au niveau départemental (Chaput
etal., 2024; Chaput etal., 2022; Vilain et Fresson, 2025).
2. Grille de densité
La grille communale de densité s?appuie sur une méthodologie d?Eurostat
(Eurostat, 2021) pour catégoriser les communes en fonction du nombre d?habi-
tants et de leur concentration ou dispersion sur le territoire communal. Pour
prendre en compte la répartition des habitants, l?Insee analyse des carreaux
de 1 km².
La grille de densité à sept niveaux (Beck etal., 2023) est plus fine que celle
à trois niveaux pour décrire les communes de densité intermédiaire et rurales.
La première catégorie de la grille à trois niveaux, les communes denses, ici
appelées grands centres urbains, reste inchangée. Elle correspond en 2018 à
2% des communes pour 38% de la population, et comprend des villes-centres
et leur périphérie(8). Par conséquent, la quasi-totalité de la population en Île-
de-France vit dans un grand centre urbain. Les grands centres urbains englobent
non seulement les villes les plus densément peuplées et leur périphérie, mais
également des villes comme Poitiers, Chartres ou Lens (voir la carte représen-
tant la grille communale de densité(9)).
Parmi les communes de densité intermédiaire, sont différenciés les centres
urbains de densité intermédiaire, les communes de ceintures urbaines et les
petites villes. Les centres urbains de densité intermédiaire sont de plus petite
taille que les grands centres urbains comme Saint-Nazaire, Montauban, Bastia
ou Charleville-Mézières. Les communes de ceintures urbaines et les petites
villes sont moins peuplées et se différencient par leur proximité d?un centre
urbain. Contrairement aux catégories précédentes, dans ces villes, les ménages
habitent en majorité en maison et non en appartement (pour les deux tiers
dans les petites villes et les trois quarts dans les ceintures urbaines).
Au sein de l?espace rural, les bourgs ruraux sont les plus densément peuplés
et structurent l?espace, notamment en termes de services. Les communes rurales
à habitat dispersé sont moins densément peuplées que les bourgs ruraux, mais
plus que les communes rurales à habitat très dispersé (228habitants en
moyenne), dont plus de 30% sont situées en zone de montagne.
(8) Dans la grille de densité à trois niveaux, les catégories ont des poids relativement proches en
termes de population, avec 29% de la population vivant dans des communes de densité intermédiaire
et 33% dans des communes rurales en 2018.
(9) https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/grille-communale-de-densite-en-7-niveaux
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
99
https://www.le-recensement-et-moi.fr/reponses/?question=pourquoi-le-code-de-ma-commune-ne-correspond-pas-a-mon-code-postal
https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/l-avortement-50-ans-apres-la-loi-veil-un-recours-et-des-methodes-qui-varient-sur-le-territoire/
https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/l-avortement-50-ans-apres-la-loi-veil-un-recours-et-des-methodes-qui-varient-sur-le-territoire/
https://aoc.media/analyse/2022/07/12/inegalites-territoriales-dacces-a-livg-quen-est-il-en-france/
https://www.insee.fr/fr/statistiques/6686472
https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/grille-communale-de-densite-en-7-niveaux
https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/grille-communale-de-densite-en-7-niveaux
A3. Zonage de (sous-)densité médicale
Le zonage étudié concerne les généralistes qui bénéficient de subventions pour
s?installer dans les zones d?intervention prioritaire (ZIP) et dans une moindre
mesure les zones d?action complémentaire (ZAC) en fonction d?indicateurs
comme l?accessibilité potentielle localisée (APL).
De la même manière, pour les sages-femmes, en cas d?installation dans
une zone «très sous-dotée» ou «sous-dotée», «le contrat incitatif sages-
femmes permet de percevoir une aide forfaitaire annuelle et de bénéficier d?une
prise en charge des cotisations sociales dues au titre des allocations familiales»
(Ameli, 2025). Ce dispositif s?appuie sur un zonage conventionnel produit par
les agences régionales de santé (ARS) et la caisse nationale de l?assurance
maladie des travailleurs salariés (CNAMTS).
Globalement, plus une commune est classée comme rurale dans la grille
de densité, plus il est probable qu?elle soit sous-dotée en sages-femmes et classée
parmi les ZIP. Il y a deux limites à cette comparaison: tout d?abord, cela ne
signifie pas que tous les territoires concernés sont sous-dotés. Par exemple,
parmi les communes rurales à habitat très dispersé, 27,4% sont considérées
comme très sous-dotées en sages-femmes, soit 2 fois plus que parmi les com-
munes rurales à habitat dispersé (13,7%), qui est la catégorie de densité avec
le deuxième plus fort taux de communes très sous-dotées. Cependant, 46%
des communes rurales à habitat très dispersé sont considérées comme inter-
médiaires en termes d?accessibilité aux sages-femmes exerçant sur le territoire.
Ensuite, les grands centres urbains ont des taux de sous-dotation supérieurs
aux centres urbains intermédiaires et aux ceintures urbaines. 30,2% des grands
centres urbains sont classés parmi les ZIP, contre 22,8% des centres urbains
intermédiaires.
A4. Calcul des durées de trajet: le distancier Metric-OSRM
L?outil Metric-OSRM (open source routing machine) s?appuie sur un serveur de
routage open source qui permet d?effectuer des calculs de distance et de temps
de trajet en voiture ou en ferry, de point à point, en exploitant des données
récentes de réseau routier issues d?OpenStreetMap. Il s?agit d?une refonte de
Metric (Mesure des trajets inter-communes), distancier développé par
l?Insee.
Ici, la durée calculée correspond, pour les IVG en cabinet, à la distance
entre le chef-lieu de la commune de résidence et le chef-lieu de la commune
de réalisation; pour les IVG en établissement, à la distance entre le chef-lieu
de la commune de résidence et l?emplacement exact de l?établissement. Elle est
ramenée à 0 si la commune de résidence coïncide avec la commune de
l?établissement.
C. BraCq et al.
100
https://www.ameli.fr/sage-femme/textes-reference/convention/contrat-incitatif
Ce mode de calcul permet donc de prendre en compte toute l?information
spatiale disponible dans le SNDS. Il faut cependant souligner plusieurs limites,
outre celles liées au codage des communes décrites plus haut: l?utilisation du
chef-lieu de la commune: une personne qui recourt à une IVG ne réside pas
nécessairement dans la commune déclarée dans le SNDS, notamment si elle
est étudiante et qu?elle déclare le domicile de ses parents, si elle est en dépla-
cement ou en vacances, etc.
Pour cette raison, nous avons évité les indicateurs sensibles aux valeurs
extrêmes (comme la moyenne) et préféré l?utilisation de seuils, à la manière
des publications de la Drees sur des sujets similaires (Bergonzoni et Simon,
2021).
Sont exclues des analyses sur les durées de trajet les téléconsultations
(1 417IVG), pour des raisons théoriques et parce que l?adresse de réalisation
est alors l?adresse de la pharmacie où les médicaments sont délivrés; les per-
sonnes ayant un NIR fictif (14 636IVG), c?est-à-dire anonymisées pour des
raisons de confidentialité ou, par exemple, des «migrants provisoires»; les
personnes pour lesquelles le calcul des distances n?a pas été possible (17 484IVG):
les personnes résidant à l?étranger (1 991), les codes postaux erronés, ou des
distances non supportées par le distancier. Ces personnes ont plus souvent
réalisé leur IVG en cabinet (12 911contre 4 573 en établissement). Au total,
l?analyse porte sur près de 217 000personnes sur les 252 000IVG de 2024.
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
101
référeNces
AMeli. 2025. Les contrats incitatifs sage-femme.
https://www.ameli.fr/sage-femme/textes-reference/convention/contrat-incitatif.
ATih. 2024. Les codes géographiques PMSI.
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BeckS., deBellefon M.-P., foreSTJ., gerArdinM., levyd. 2023. La grille
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de 45minutes d?une maternité augmente entre 2000 et 2017. Études & Résultats, 1201.
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Besançon, université de Bourgogne ? Franche-Comté].
BreTond., BellioTn., BArBieriM., chAPuTJ., d?AlBiSh. 2023. L?évolution
démographique récente de la France: les comportements des femmes et des hommes
sont-ils si différents? Population, 78(3), 363-430. https://doi.org/10.3917/popu.2303.0363
BreTond., BellioTn., BArBieriM., chAPuTJ., d?AlBiSh. 2024. L?évolution
démographique récente de la France: une position singulière dans l?Union européenne.
Population, 79(4), 427-505. https://doi.org10.3917/popu.2404.0427
chAPuTJ., BrAcqc., MAzuyM. 2022 (13juillet). Inégalités territoriales d?accès à
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https://aoc.media/analyse/2022/07/12/inegalites-territoriales-dacces-a-livg-
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chAPuTJ., BArile., MAzuyM. 2024. L?avortement 50ans après la loi Veil. Un recours
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towns and rural areas for international comparisons. 2021 Edition. Manuals and Guidelines.
https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-manuals-and-guidelines/-/ks-02-20-499
inSee. 2025. Pourquoi le code de ma commune ne correspond pas à mon code postal?
https://www.le-recensement-et-moi.fr/reponses/?question=pourquoi-le-code-
de-ma-commune-ne-correspond-pas-a-mon-code-postal
vilAinA., freSSonJ. 2023. Le nombre des interruptions volontaires de grossesse augmente
en 2022. Études & Résultats, 1281. Drees.
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-
et-resultats/le-nombre-des-interruptions-volontaires-de
vilAinA., freSSonJ. 2025. En 2024, 251270 IVG ont eu lieu en France, dont 80% sont
médicamenteuses. Études & Résultats, 1350. Drees.
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/
etudes-et-resultats/250925-ER-ivg-en-france-en-2024
??
C. BraCq et al.
102
https://www.ameli.fr/sage-femme/textes-reference/convention/contrat-incitatif
https://portail-acces-securise.atih.sante.fr/wp-content/uploads/Construction_codes_geos_PMSI.pdf
https://portail-acces-securise.atih.sante.fr/wp-content/uploads/Construction_codes_geos_PMSI.pdf
https://www.insee.fr/fr/statistiques/6686472
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications/etudes-et-resultats/la-part-des-femmes-en-age-de-procreer-residant-plus-de-45-minutes
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications/etudes-et-resultats/la-part-des-femmes-en-age-de-procreer-residant-plus-de-45-minutes
https://doi.org/10.3917/popu.2303.0363
https://doi.org10.3917/popu.2404.0427
https://aoc.media/analyse/2022/07/12/inegalites-territoriales-dacces-a-livg-quen-est-il-en-france/
https://aoc.media/analyse/2022/07/12/inegalites-territoriales-dacces-a-livg-quen-est-il-en-france/
https://doi.org/10.3917/popsoc.627.0001
https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-manuals-and-guidelines/-/ks-02-20-499
https://www.le-recensement-et-moi.fr/reponses/?question=pourquoi-le-code-de-ma-commune-ne-correspond-pas-a-mon-code-postal
https://www.le-recensement-et-moi.fr/reponses/?question=pourquoi-le-code-de-ma-commune-ne-correspond-pas-a-mon-code-postal
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/le-nombre-des-interruptions-volontaires-de
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/le-nombre-des-interruptions-volontaires-de
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/250925-ER-ivg-en-france-en-2024
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/250925-ER-ivg-en-france-en-2024
Note de conjoncture 2025
Faibles progrès de l?espérance de vie
et contrastes marqués
entre types de départements
Magali Barbieri*
Résumé
Le nombre de décès en 2024 s?établit à 646 000, soit une augmentation de 7 000décès
par rapport à 2023. Cette évolution n?est pas due à une dégradation de l?état de
santé de la population, puisque l?espérance de vie à la naissance a continué à
progresser en 2024 pour atteindre 80,0 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les
femmes, mais au vieillissement de la population. Les contrastes entre types de
départements sont importants, avec une différence de durée de vie qui atteint
2,5 ans entre les départements d?outre-mer (Dom) et les départements urbains, les
plus favorisés et qui bénéficient d?un avantage pour toutes les grandes catégories
de causes de décès. Partout, cependant, les progrès de l?espérance de vie marquent
un ralentissement depuis la fin du xxe siècle. La baisse de la mortalité par maladie
cardiovasculaire continue à jouer un rôle déterminant dans la progression de
l?espérance de vie tandis que la mortalité par cancer, première cause de décès en
France depuis les années 1990, diminue plus lentement. L?évolution des morts
violentes est plus préoccupante, de même que celle de la mortalité par maladie
respiratoire pour les personnes âgées, avec une stabilisation à un niveau relativement
élevé des taux de mortalité correspondants. En revanche, les tendances sont
favorables pour les autres catégories de causes (maladies infectieuses non respiratoires
et maladies du système digestif notamment).
Mots-clés
mortalité, espérance de vie, causes de décès, conjoncture démographique, espaces
urbains, espaces ruraux
Après la crise sanitaire associée à la pandémie de Covid-19 qui a directement
engendré près de 170 000 décès au total, la mortalité a repris son déclin en
France mais les progrès n?ont pas été également répartis sur le territoire natio-
nal. En 2024, environ 646 000 décès ont été enregistrés dans l?ensemble du
pays selon les chiffres provisoires de l?Insee, soit 16 000 dans les départements
d?outre-mer (Dom) et, pour la France hexagonale, 630 000 ?220 000 dans les
* Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
Courriel : barbieri@ined.fr
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0008
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution ? Pas d'utilisation
commerciale ? Pas de modification 4.0
International (CC BY-NC-ND).
départements ruraux, 232 000 dans les départements de type intermédiaire et
176 000 dans les départements urbains(1). Ces chiffres représentent presque
7 000 décès de plus qu?en 2023 pour la France entière. Le taux brut de mortalité
correspondant s?établit à 9,4 pour 1 000habitants pour l?ensemble du pays.
L?augmentation du nombre total de décès en 2024 n?est pas due à une dété-
rioration de l?état de santé de la population dans la mesure où l?espérance de vie
à la naissance a continué à progresser, bien que très faiblement, par rapport à
2023 pour atteindre 80,0 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les femmes (80,1
et 85,7 ans en France hexagonale ? tableau annexe A.12(2)), soit 0,1an de vie en
plus pour chaque sexe. La hausse du nombre de décès est plutôt le résultat du
vieillissement de la population et de l?arrivée aux âges de forte mortalité des
générations nombreuses du baby-boom. Les différences observées dans la répar-
tition par âge de la population expliquent en grande partie les écarts considérables
du taux brut de mortalité selon le type de départements. Ainsi, le contraste entre
un taux particulièrement faible dans les Dom (7,4décès pour 1 000habitants)
et celui beaucoup plus élevé des départements ruraux (12,1 ?) reflète unique-
ment le fait que la population des zones rurales est en moyenne beaucoup plus
âgée que celle des Dom. Tandis que près d?un habitant sur trois est âgé de 60 ans
et plus dans les départements ruraux, cette proportion n?atteint qu?un sur cinq
dans les Dom en 2024 (voir la note introductive de ce même dossier, Barbieri,
2025). L?espérance de vie à la naissance, un indicateur qui n?est pas influencé par
la structure par âge de la population, est de fait beaucoup plus favorable dans
les départements ruraux de l?Hexagone que dans les Dom. En 2023 (derniers
chiffres disponibles pour les départements), elle s?établissait à 79,2 ans pour les
hommes et 85,1 ans pour les femmes dans les départements ruraux contre 77,6
et 83,4 ans dans les Dom. Ce sont toutefois les départements urbains qui enre-
gistrent le niveau d?espérance de vie le plus élevé : 81,1 et 86,1 ans, les départe-
ments d?habitat intermédiaire se situant juste derrière (79,9 et 85,3 ans de durée
de vie moyenne pour les hommes et pour les femmes) (tableau 1).
L?avantage des départements urbains sur les autres types de départements
en matière d?espérance de vie à la naissance n?est pas nouveau (figure 1). En
ce qui concerne les hommes, la durée de vie moyenne y est supérieure à celle
des autres types de départements depuis au moins 1968 mais, jusqu?à la fin
des années 1980, ce sont les départements de type intermédiaire qui présen-
taient l?indicateur le plus faible, les départements ruraux se situant entre ces
deux autres types de départements de l?Hexagone. La hiérarchie actuelle a
émergé à partir du milieu des années 1990 et les différences entre les trois
types de départements de l?Hexagone se sont ensuite progressivement accrues
(1) Faute de données sur la mortalité disponibles à un niveau plus fin, la typologie de densité
en trois postes des départements (ruraux, intermédiaires, urbains) utilisée dans cet article est
celle proposée par Eurostat pour 2025 (https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.
php?title=Glossary:Nomenclature_of_territorial_units_for_statistics_(NUTS)), à l?exception des
Dom que nous avons classés à part.
(2) Les annexes sont disponibles sur: http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
M. BarBieri
104
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
105
Tableau 1. Évolution de l?espérance de vie à la naissance
selon le sexe et le type de départements depuis 1993
Année
Types de départements
France entière
Ruraux Intermédiaires Urbains
Total France
hexagonale
Dom*
Hommes
1993 73,27 73,25 73,55 73,30 nd nd
1998 74,43 74,60 75,38 74,80 nd 74,70
2003 75,49 75,77 76,43 75,90 74,00 75,80
2008 77,07 77,53 78,35 77,60 75,50 77,60
2013 78,16 78,75 79,56 78,80 77,30 78,70
2018 78,86 79,46 80,53 79,60 77,60 79,50
2023** 79,19 79,91 81,08 80,00 77,60 79,90
Femmes
1993 81,55 81,29 81,46 81,40 nd nd
1998 82,34 82,21 82,51 82,40 nd 82,40
2003 82,95 82,82 82,94 83,00 81,50 82,90
2008 84,04 84,13 84,56 84,40 82,60 84,30
2013 84,70 84,76 85,30 85,00 84,10 85,00
2018 85,00 85,22 85,76 85,50 84,00 85,40
2023** 85,05 85,34 86,10 85,60 83,40 85,60
nd : Données non disponibles.
* Le département de Mayotte n?est inclus par l?Insee dans ces statistiques que depuis 2018.
** Derniers chiffres disponibles.
Champ : France entière.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données départementales de la Situation démographique en 2024, Insee.
Figure 1. Évolution de l?espérance de vie à la naissance
selon le sexe et le type de départements de l?Hexagone depuis 1968*
Urbains
Intermédiaires
Ruraux
Urbains
Intermédiaires
Ruraux
1970 19901980 2000 2010 2020
65
70
85
87
75
80
Espérance de vie à la naissance
65
70
85
87
75
80
Espérance de vie à la naissance
Année
1970 19901980 2000 2010 2020
Année
HOMMES FEMMES
* Données non disponibles pour les Dom.
Champ : France hexagonale.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données de la French Human Mortality Database.
jusqu?à la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, qui a plus particuliè-
rement affecté les départements urbains (Roussel, 2021). L?évolution des dis-
parités a été un peu différente pour les femmes dans la mesure où les niveaux
d?espérance de vie étaient très similaires dans les trois types de départements
de l?Hexagone jusqu?au milieu des années 2000. Par la suite, les départements
urbains ont progressivement devancé les départements de type intermédiaire
et, plus encore, les départements ruraux. En 2023, l?écart avec les départements
urbains atteignait 1,89 an pour les hommes et 1,05 an pour les femmes pour
les départements ruraux contre 0,27 et - 0,09 an en 1993 ; 1,17 et 0,76 ans pour
les départements de type intermédiaire ; et 3,48 et 2,70 pour les Dom. Cette
opposition entre monde rural et monde urbain se reproduit à une échelle géo-
graphique plus fine, au sein même des départements, comme le suggère une
étude fondée sur l?analyse de la mortalité au niveau des 1 666 bassins de vie
du territoire national. Cette étude montre en effet que la durée de vie diminue
au fur et à mesure que l?on s?éloigne des grandes villes dans chaque département
(Vigneron, 2023). Cette situation pourrait être due à la fois à des différences
dans le cadre de vie (environnement naturel, par exemple) et les habitudes de
vie (comportements à risque notamment), ainsi qu?à des difficultés croissantes
d?accès aux soins en zones rurales (Vigneron, 2022 ; DeFontgalland, 2023).
I. Un ralentissement des progrès
de l?espérance de vie observé partout
Le très faible progrès de l?espérance de vie à la naissance entre 2023 et 2024
s?inscrit dans une tendance à long terme de ralentissement avec des gains de
plus en plus réduits par rapport aux décennies précédant le tournant du
xxiesiècle. La pandémie de Covid-19 explique en partie ce ralentissement.
Ainsi, par rapport à 2019, l?espérance de vie à la naissance a seulement progressé
de 0,34an pour les hommes et de 0,05 an pour les femmes sur une période de
cinq ans, soit à peu près l?équivalent des progrès enregistrés sur deux ans
seulement entre 2017 et 2019. Entre 2004 et 2024, la durée de vie moyenne
s?est allongée de 3,4 ans pour les hommes et 1,8 an pour les femmes contre 5,5
et 4,6 ans au cours des deux décennies précédentes (entre 1984 et 2004).
Leralentissement des progrès de l?espérance de vie au cours des premières
décennies du xxesiècle a toutefois précédé l?épidémie.
Notons que ce ralentissement affecte la grande majorité des pays européens
(Dowd etal., 2025 ; Goldstein et Lee, 2024), si bien que le classement de la
France parmi ses voisins s?est peu modifié. La France continue à se situer dans
la moyenne en ce qui concerne l?espérance de vie des hommes et au sommet
du classement, derrière l?Italie, la Suisse et surtout l?Espagne pour les femmes
(où les durées de vie moyennes s?établissent à 85,8, 85,9 et 86,7 ans, respecti-
vement). La position française est toutefois nettement moins favorable en ce
qui concerne la mortalité infantile, dont le taux remonte depuis une dizaine
M. BarBieri
106
d?années : en 2024, 4,1naissances sur 1 000 (4,0en 2023) ont conduit à un
décès dans la première année contre 3,5 ? en 2011 pour la France entière, et
alors que cette proportion est inférieure à 2,5 dans de nombreux pays euro-
péens. Cette évolution préoccupante concerne tous les types de départements
pour lesquels cet indicateur peut être calculé à partir des données de l?Insee
depuis le début des années 1990 (c?est-à-dire les départements de l?Hexagone).
Ainsi, le taux de mortalité infantile a augmenté de 3,1 à 3,5 ? entre 2013
et 2023 dans les départements ruraux, de 3,4 à 3,7 ? dans les départements
de type intermédiaire, de 3,7 à 3,8 ? dans les départements urbains et de 7,3
à 8,3 ? dans les Dom (tableau 2).
Par ailleurs, comme c?est le cas dans tous les pays de l?Union européenne,
les écarts de durée de vie entre les deux sexes ont diminué, parce que la baisse
de la mortalité a été plus rapide pour les hommes que pour les femmes. Cette
évolution a toutefois été particulièrement prononcée en France. Contrairement
à ce que l?on observait dans les années 1990, la France, qui se distinguait alors
par une surmortalité masculine parmi les plus élevées d?Europe occidentale,
se situe désormais dans la moyenne de la distribution avec un écart de 5,7 ans
en 2023, très inférieur à celui observé dans les pays d?Europe de l?Est, le record
étant détenu par la Lettonie (10 ans), mais tout de même encore distant du
minimum (2,9 ans, aux Pays-Bas) (tableau annexe A.12).
Le rattrapage des hommes sur les femmes en matière d?espérance de vie à
la naissance a eu lieu dans tous les types de départements (tableau 3). Entre 1993
et 2023, l?écart s?est réduit de 8,3 ans à 5,9 ans dans les départements ruraux,
où il est le plus élevé de tous les types de départements, de 8,0 ans à 5,4 ans
dans les départements de type intermédiaire, de 7,9 ans à 5,0 ans dans les
départements urbains, et entre 2003 et 2023, de 7,5 ans à 5,8 ans dans les Dom.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
107
Tableau 2. Évolution du taux de mortalité infantile
(décès avant le premier anniversaire pour 1 000 naissances vivantes)
selon le type de départements depuis 1993
Types de départements
Année
1993 1998 2003 2008 2013 2018 2023
Départements ruraux 6,45 4,70 3,65 3,23 3,14 3,34 3,47
Départements intermédiaires 6,34 4,54 3,98 3,63 3,40 3,59 3,67
Départements urbains 6,40 4,50 4,15 3,69 3,67 3,74 3,84
Total France hexagonale 6,40 4,60 4,00 3,60 3,40 3,60 3,70
Dom nd 9,20 8,10 8,80 7,30 7,80 8,30
France entière nd 4,70 4,10 3,80 3,60 3,80 4,00
nd : Données non disponibles.
* Le département de Mayotte n?est inclus par l?Insee dans ces statistiques que depuis 2018.
Champ : France entière et France hexagonale.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données départementales de la Situation démographique en 2024, Insee.
II. Le poids croissant de la mortalité à 65 ans et plus
dans l?allongement de la durée de vie
Tous les âges n?ont pas contribué de la même manière à l?augmentation de la
durée de vie moyenne. Un bilan des progrès réalisés pour chaque groupe d?âges
au cours des soixante dernières années peut être établi à partir des tables de
mortalité détaillées de l?Insee(3).
La figure 2 montre comment ont évolué les quotients de mortalité par
âge (la probabilité de décéder entre deux âges) entre les tables de mortalité
publiées par l?Insee pour chaque sexe en 1982, 2002 et 2022 par rapport à
1962 (années choisies pour faciliter la comparaison avec l?évolution des
causes de décès pour lesquelles les données les plus récentes sont celles de
2022). L?évolution générale a été très similaire pour les hommes et pour les
femmes. En règle générale, au cours des soixante dernières années, les pro-
grès ont été de moins en moins importants au fur et à mesure que l?on
progresse en âge. La baisse a été considérable pour les enfants : tandis que
l?on enregistrait 30 décès d?enfants de moins de 5 ans pour 1 000 naissances
en 1962, ce chiffre atteint seulement 4 en 2022. La baisse des taux de mor-
talité infantile (avant 1 an) et juvénile (entre 1 et 5 ans) s?est essentiellement
produite entre 1962 et 1982. Elle s?est poursuivie dans une moindre mesure
entre 1982 et 2002 mais les progrès ont fortement ralenti. Ils se sont même
(3) Les indicateurs de mortalité calculés par l?Insee pour les départements sont disponibles dans
les séries longues de la Situation démographique en 2024 (https://www.insee.fr/fr/statistiques/
fichier/8560704/irsocsd2024_depreg.zip).
M. BarBieri
108
Tableau 3. Écarts d?espérance de vie à la naissance entre les sexes
selon le type de départements depuis 1993 (en années)
Année
Types de départements
France
entièreRuraux Interm. Urbains
Total France
hexagonale
Dom*
1993 8,28 8,04 7,92 8,10 nd nd
1998 7,91 7,61 7,13 7,60 nd 7,70
2003 7,46 7,05 6,51 7,10 7,50 7,10
2008 6,97 6,60 6,21 6,80 7,10 6,70
2013 6,55 6,02 5,74 6,20 6,80 6,30
2018 6,14 5,76 5,23 5,90 6,40 5,90
2023 5,86 5,44 5,02 5,60 5,80 5,70
nd : Données non disponibles.
* Le département de Mayotte n?est inclus par l?Insee dans ces statistiques que depuis 2018.
Champ : France entière et France hexagonale.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données départementales de la Situation démographique en 2024, Insee.
interrompus en ce qui concerne la mortalité infantile après cette date.
L?évolution a également été importante pour les enfants au-delà de 5 ans et
pour les adolescents (entre 5 et 19 ans), avec des probabilités de décéder
d?un anniversaire à l?autre qui représentent en 2022 20 à 30 % de leur niveau
en 1962. Là encore, une grande partie des progrès a eu lieu entre 1962
et 1982, mais la baisse de la mortalité entre 1982 et 2022 a été également
importante à ces âges. Le phénomène le plus frappant concerne la hausse
considérable de la mortalité des jeunes hommes autour de 20 ans entre 1962
et 1982, essentiellement due aux morts violentes (accidents de la circulation
en particulier) comme l?indiquent nos propres analyses conduites à partir
des données sur les causes de décès du Centre d?épidémiologie sur les causes
médicales de décès (CépiDc) de l?Inserm. Pour ce groupe d?âges, la baisse
de la mortalité a été plus marquée au cours de la période la plus récente
(2002-2022). Entre 25 et 40 ans environ, elle a été similaire pour chacune
des périodes de vingt ans examinées ici (entre 1962 et 1982, entre 1982
et 2002, et entre 2002 et 2022). Pour le groupe d?âges suivant (40 à 60 ans),
c?est à nouveau au cours de la période la plus récente (2002 à 2022) que les
progrès ont été les plus importants. Ils ont été relativement réduits pendant
cette période pour la mortalité entre 60 et 80 ans (nuls pour les femmes
autour de 60 ans) et un peu moins faibles, mais quand même moindres
qu?entre 1962 et 1982 et, surtout, entre 1982 et 2002, au-delà de 80 ans.
À partir d?une méthode de décomposition des différences d?espérance de
vie proposée par Andreev etal. (2002), nous avons calculé la contribution en
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
109
Figure 2. Rapport des quotients de mortalité lissés sur trois années d?âge
et par sexe en 1982, 2002 et 2022 aux quotients de 1962
1982
2002
2022
0 40 50 70 9020 3010 60 80 100
Âges Âges
0 40 50 70 9020 3010 60 80 100
0
0,1
0,2
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
1,5
0,8
0,9
1,1
1,2
1,3
1,4
1,0
Rapport des quotients à 1962 Rapport des quotients à 1962
HOMMES
0
0,1
0,2
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
1,5
0,8
0,9
1,1
1,2
1,3
1,4
1,0
FEMMES
Lecture : En 1982, la probabilité de décéder des hommes âgés de 21ans était supérieure de 50%
à celle observée en 1962.
Champ : France entière.
Source : C alculs de l?autrice à partir des tables de mortalité de l?Insee, Situation démographique 2024, Insee.
années de chaque groupe d?âges aux gains d?espérance de vie entre 1962 et 1982,
entre 1982 et 2002, et entre 2002 et 2022, pour chacun des deux sexes (figure 3).
Cette analyse produit des résultats différents de l?examen de l?évolution des
probabilités de décéder. En effet, un décès évité à la naissance produit un gain
d?espérance de vie plus important qu?un décès évité à un âge élevé. Toutefois,
une baisse similaire (en proportion) de la probabilité de décéder lorsque le
taux initial est faible (pour les enfants par exemple) permet la survie d?un
nombre beaucoup moins important d?individus que lorsque le taux initial est
élevé (pour les adultes à l?âge de la retraite). Ces deux phénomènes se combinent
donc pour produire des résultats qui ne sont pas nécessairement intuitifs.
La décomposition des gains d?espérance de vie par période et par groupe
d?âges rend très visible le ralentissement des progrès mentionné précédem-
ment et qui a concerné la plupart des groupes d?âges entre 2002 et 2022 par
rapport aux deux décennies précédentes. Le gain en années de vie a été
toutefois plus important à 25-44 ans d?une part, et à 85 ans et plus d?autre
part, pour les hommes entre 2002 et 2022 par rapport à la période précédente
et il est resté à peu près stable pour les femmes aux âges les plus élevés. La
moindre contribution aux progrès de l?espérance de vie est particulièrement
marquée pour les enfants (à 0-14 ans), qui avaient fait gagner 1,6 an pour les
garçons et 1,3 an pour les filles à l?espérance de vie à la naissance entre 1962
et 1982 mais 0,1 an seulement pour les deux sexes entre 2002 et 2022.
Soulignons toutefois que la mortalité infantile, même si elle ne baisse plus
M. BarBieri
110
Figure 3. Contribution des groupes d?âges aux progrès de l?espérance de vie
à la naissance entre 1962 et 1982, 1982 et 2002, 2002 et 2022, par sexe
0-14 ans 15-24 ans 25-44 ans 45-64 ans 65-84 ans 85 ans et plus
1962-1982 2002-20221982-2002
0
6
2
3
4
5
1
1962-1982 2002-20221982-2002
Gains en années
0
6
2
3
4
5
1
Gains en années
HOMMES FEMMES
Champ : France entière.
Source : Calculs de l?autrice à partir des tables de mortalité de l?Insee, Situation démographique 2024, Insee.
depuis une douzaine d?années, a atteint un niveau trop faible pour influencer
significativement le niveau d?espérance de vie. L?augmentation de la durée de
vie est, de ce fait, de plus en plus portée par la baisse de la mortalité au-delà
de 65 ans. La contribution de ce groupe d?âges aux gains d?espérance de vie
n?a cessé de croître, passant, pour les hommes, de 32 % des gains entre 1962
et 1982 à 48 % entre 2002 et 2022 et, pour les femmes, de 48 à 68 %. L?examen
de la mortalité par cause médicale de décès permet de mieux comprendre
ces évolutions selon le sexe et l?âge.
III. L?évolution de la mortalité par cause
Il est possible d?analyser la répartition des décès par cause grâce aux statistiques
établies à partir des informations figurant sur le volet médical des certificats
de décès par le CépiDc jusqu?en 2022, année la plus récente pour laquelle les
données sont disponibles. Pour comparer les données, on se réfère à la situation
depuis 1962 en se limitant à la France hexagonale, dans la mesure où les don-
nées sur les causes de décès ne sont pas aussi fiables dans les Dom sur cette
période. Le taux comparatif de mortalité (qui n?est pas influencé par les chan-
gements de la structure par âge de la population) a diminué tant pour les
hommes que pour les femmes jusqu?en 2019 pour la plupart des groupes de
causes de décès qui correspondent aux principaux chapitres de la Classification
internationale des maladies établie par l?Organisation mondiale de la santé(4) :
tumeurs, maladies cardiovasculaires, maladies de l?appareil digestif, infections
et causes externes (figure 4). Les deux groupes de causes pour lesquelles la
mortalité ne diminue plus pour aucun des deux sexes, sont les maladies res-
piratoires ? leur taux a progressivement augmenté à partir de 2010 environ,
avant d?exploser en 2020 du fait de la pandémie de Covid-19 ? et la catégorie
résiduelle des « autres » maladies (notamment les maladies du système nerveux
qui incluent les maladies d?Alzheimer et de Parkinson). Le taux comparatif de
mortalité pour ces « autres » maladies ne baisse plus depuis la fin des années
1990 et demeure à un niveau suffisamment élevé pour qu?elles constituent la
troisième cause de décès derrière les cancers et les maladies cardiovasculaires
(à égalité avec ces dernières en ce qui concerne les femmes). Toutefois, des
variations importantes apparaissent lorsque l?on examine la situation par sexe,
par groupe d?âges et pour des catégories plus fines de causes de décès que celles
qui viennent d?être mentionnées.
(4) Pour faciliter les comparaisons, on a redistribué proportionnellement les décès de causes incon-
nues ou mal définies (codes R00-R99 de la classification internationale des maladies, voir figure4)
pour chaque sexe et dans chaque groupe d?âges préalablement à ces analyses. Les chiffres présentés
ne sont donc pas directement comparables à ceux du tableau annexe A.13.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
111
IV. Le rôle déterminant des maladies cardiovasculaires
dans la baisse de la mortalité
C?est la mortalité par maladie cardiovasculaire qui a baissé le plus rapidement
parmi tous les grands groupes de causes de décès. Pour ces maladies, le taux
comparatif a reculé de manière relativement régulière depuis 1962, de 31 %
pour les hommes et 37 % pour les femmes entre 1962 et 1982, de 45 % et 50 %
entre 1982 et 2002, et de 41 % et 43 % entre 2002 et 2022. Cette baisse impor-
tante est attribuable à tous les types de maladies du système circulatoire. Ainsi,
au cours des vingt dernières années, le taux comparatif de mortalité a diminué
de 48 % pour les maladies ischémiques du coeur, de 34 % pour les autres mala-
dies du coeur, de 42 % pour les maladies cérébro-vasculaires et de 51 % pour
les autres maladies cardiovasculaires. En ce qui concerne cette dernière caté-
gorie, le taux est devenu trop faible (6 pour 100 000 en 2022 contre24 pour
les maladies ischémiques du coeur, 42pour les autres maladies du coeur et
21pour les maladies cérébro-vasculaires) pour véritablement influencer l?évo-
lution de la mortalité générale. Le contrôle des maladies de l?appareil circulatoire
M. BarBieri
112
Figure 4. Taux comparatif de mortalité*
par sexe et par grand groupe de causes de décès(a), 1962-2022
1960 20001980 19901970 2010 2020
100
500
5000
1000
Taux pour 100 000
(échelle logarithmique)
Taux pour 100 000
(échelle logarithmique)
Année
1960 20001980 19901970 2010 2020
100
500
5000
1000
Année
HOMMES FEMMES
Maladies digestives
InfectionsMaladies respiratoires
CancersMaladies cardiovasculaires
Morts violentes
Autres maladies
* Le taux comparatif de mortalité permet de comparer le niveau de la mortalité entre populations en
éliminant l?effet des différences dans leurs structures par âge. La structure type utilisée pour le calcul des taux
comparatifs correspond au standard européen de 1976 (Pace et al., 2013).
Notes : Les catégories des causes de décès utilisées ici correspondent aux codes suivants de la dixième révision
de la classification internationale des maladies (CIM-10) : infections A00-B99 ; cancers C00-D48 ; maladies
cardiovasculaires I00-I99 ; maladies de l?appareil respiratoire J00-J99 ; maladies de l?appareil digestif K00-K93 ;
autres maladies D50-H95 et L00-Q99 ; morts violentes V01-Y98.
Champ : France hexagonale.
Source : calculs de l?autrice à partir des données sur les causes de décès du CépiDc (Inserm).
a particulièrement bénéficié aux adultes de 65 ans et plus, avec une baisse de
47 et 40 % du taux comparatif à 65-79 ans et 80 ans et plus, respectivement,
contre 33 % à 45-64 ans.
La baisse de la mortalité par maladie cardiovasculaire a été similaire pour
les hommes et les femmes, mais avec un niveau de départ beaucoup plus faible
pour ces dernières. Le taux comparatif de mortalité par maladie cardiovascu-
laire s?établit aujourd?hui à 112 pour 100 000hommes et 62 pour 100 000femmes
(tableau annexe A.13) contre 211 et 119 pour 100 000, respectivement, vingt ans
plus tôt. Comme la mortalité générale des femmes est également plus faible
que celle des hommes, la part de la mortalité par maladie cardiovasculaire
dans la mortalité toutes causes confondues est identique d?un sexe à l?autre,
soit 18 %. Première cause de décès en France depuis le début du xxesiècle pour
les deux sexes, les maladies cardiovasculaires ont été devancées par les cancers
en 1987 pour les hommes et en 1999 pour les femmes.
V. Une amélioration plus tardive et plus lente
de la mortalité par cancer
La mortalité par tumeur maligne a augmenté tout au long de la première moitié
du xxesiècle pour atteindre son maximum à 185 décès pour 100 000femmes
en 1951 et 330 décès pour 100 000hommes en 1987. La mortalité par cancer
décline régulièrement mais très lentement depuis. Un décès sur trois (34 %)
était attribuable au cancer en 2022 contre seulement un sur cinq pour les
maladies cardiovasculaires. Le cancer est la seule grande cause de décès pour
laquelle la baisse a été beaucoup plus faible pour les femmes que pour les
hommes, puisqu?elle a atteint 7 % de réduction seulement pour les premières
contre 27 % pour ces derniers sur la période 2002-2022 (figure 3). Cette évo-
lution touche particulièrement les plus de 45 ans.
La principale raison de l?évolution différentielle de la mortalité par cancer
selon le sexe tient à des divergences en matière de comportements tabagiques.
Les hommes ont commencé à fumer plus tôt que les femmes et le tabagisme
masculin a atteint des niveaux beaucoup plus élevés que pour celles-ci.
Cependant, tandis que la proportion de fumeurs réguliers a diminué pro-
gressivement parmi les hommes depuis la seconde guerre mondiale, elle a
continué à croître parmi les femmes jusqu?en 1990 environ. À cette époque,
le pourcentage de fumeurs dans la population adulte atteignait environ 38 %
chez les hommes (contre plus de 70 % au milieu des années 1950) et 20 %
chez les femmes (Hill et Laplanche, 2005). L?évolution du tabagisme dans la
population adulte correspond parfaitement à celle de la mortalité par cancer
du poumon avec un décalage d?environ 30 ans, la durée nécessaire pour que
les effets néfastes de la cigarette se traduisent par la survenue d?un cancer :
chez les hommes, le taux comparatif de mortalité par cancer du poumon a
atteint un maximum au début des années 1990 (à 70décès pour 100 000
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
113
contre 42 en 2022), tandis que chez les femmes ce taux ne s?est stabilisé qu?au
début des années 2010 (stagnant à 18 décès pour 100 000 depuis 2014) (tableau
annexeA.13). La mortalité par cancer du larynx, du poumon et des bronches,
principale cause de décès due au tabac, a ainsi augmenté de 50 % en vingt ans
pour les femmes (le taux comparatif a été multiplié par trois depuis 1982),
tandis qu?il a reculé de 35 % chez les hommes entre 2002 et 2022. Pour la
même raison, les autres cancers liés à la consommation de tabac ont égale-
ment évolué moins favorablement pour les femmes que pour les hommes. La
mortalité par cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS) et de
l?oesophage est ainsi restée stable pour les femmes depuis 2002 (à un niveau
tout de même très bas) tandis que le taux comparatif pour ces cancers a été
divisé par presque deux pour les hommes.
Ces évolutions défavorables pour les femmes ont toutefois été compensées
par la baisse de la mortalité pour d?autres types de cancers, y compris pour les
plus meurtriers traditionnellement, c?est-à-dire les cancers du sein et de l?intes-
tin, le taux de mortalité par cancer de l?utérus ayant aujourd?hui atteint un
niveau très bas (6 pour 100 000). Le recul de la mortalité par cancer de l?intestin
a également été très prononcé pour les hommes (avec une baisse du taux com-
paratif de 25 à 16 pour 100 000 en vingt ans). Il en va de même pour le cancer
de la prostate (avec une baisse du taux comparatif de 26 à 14 pour 100 000).
VI. Les autres maladies
Enfin, en ce qui concerne les maladies de l?appareil digestif, les maladies infec-
tieuses et, jusqu?en 2010 seulement, les maladies respiratoires, la baisse de
leurs taux observée depuis la seconde guerre mondiale s?est poursuivie. Notons
toutefois des fluctuations occasionnelles, liées aux épidémies, du taux de
mortalité par maladie infectieuse (comme la grippe ou le VIH/sida), dont la
pandémie de Covid-19 représente un exemple extrême. L?absence de progrès
en matière de maladies respiratoires indépendamment du Covid-19 est parti-
culièrement attribuable aux maladies respiratoires aiguës, à l?exception de la
grippe ainsi que de l?emphysème pour les personnes âgées de 80 ans et plus.
Avant ces âges, et surtout avant 65 ans, cette mortalité est négligeable.
Globalement, la mortalité attribuable à chacune de ces trois catégories de causes
pèse d?un faible poids sur la mortalité totale en 2022, soit moins de 2 % pour
les maladies infectieuses, 5 % pour les maladies de l?appareil digestif et 13 %
pour les maladies respiratoires (mais 17 % en 2020). Ces dernières jouent
toutefois un rôle considérable aux âges les plus élevés, et représentent 20 % du
taux comparatif toutes causes confondues à 80 ans et plus avant même la
pandémie de Covid-19.
M. BarBieri
114
VII. Une évolution préoccupante
de la mortalité par cause externe
Tandis que la mortalité par mort violente avait connu une tendance régulière
et prononcée à la baisse après avoir atteint un pic des taux comparatifs à 136
et 60 pour 100 000, respectivement pour les hommes et pour les femmes au
début des années 1960, le taux comparatif semble s?être stabilisé à un niveau
relativement élevé depuis 2010 environ, atteignant encore 58 et 23 décès
pour 100 000 en 2022. La baisse importante de la mortalité par accident de
la circulation, responsable d?un quart des morts violentes en 2002, avec un
taux qui a reculé de 70 % pour les hommes et pour les femmes, et une chute
de 25 % de la mortalité par suicide contrastent en effet avec un accroissement
de 20 % du taux de mortalité par chute accidentelle (essentiellement à 80 ans
et plus), une absence de progrès pour la catégorie résiduelle des autres causes
accidentelles et, chez les hommes uniquement, de la mortalité due aux homi-
cides (+ 25 % pour cette même période de vingt ans, contre moins de 45 %
pour les femmes).
VIII. Un avantage comparatif des départements urbains
pour la plupart des causes de décès
Nous ne disposons pas des données qui nous permettraient d?examiner les
changements dans la structure par cause des décès entre les différents types
de départements sur le long terme. Les informations mises à notre disposition
par le CépiDc (Inserm) et les tables de mortalité disponibles dans la Base de
données sur la mortalité française(5) nous ont toutefois permis de calculer les
indicateurs de mortalité par cause pour la période 2017-2019, d?une part, et
2020-2021, d?autre part. Nous présentons dans le tableau 4 les taux comparatifs
pour sept grands groupes de causes entre chaque type de départements et
l?ensemble de la France hexagonale après redistribution proportionnelle des
décès de causes inconnues ou mal définies pour faciliter les comparaisons.
Pendant la période précédant la pandémie de Covid-19 (2017-2019), on
observe un gradient très clair avec un niveau de mortalité plus élevé dans les
départements ruraux que dans les départements urbains pour tous les grands
groupes de causes de décès sans exception (tableau 4). L?écart entre départe-
ments urbains et ruraux était particulièrement prononcé en ce qui concerne
les causes externes, avec un taux comparatif de mortalité dans les départements
urbains qui atteignait 49 pour 100 000 contre 75 dans les départements ruraux
pour les hommes et 21 contre 27 pour 100 000 pour les femmes. La mortalité
par suicide était notamment beaucoup plus élevée pour les hommes dans les
départements ruraux, avec un taux supérieur d?un tiers à la France hexagonale
(5) French Human Mortality Database : https://frdata.org/fr/french-human-mortality-database/.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
115
https://frdata.org/fr/french-human-mortality-database/
dans son ensemble (27 pour 100 000 contre 14 pour 100 000 dans les dépar-
tements urbains), mais l?écart était également significatif pour les accidents de
la circulation et pour les autres catégories de morts violentes.
Les maladies cardiovasculaires étaient aussi responsables d?écarts impor-
tants entre les trois types de départements avec 141 décès pour 100 000 pour
les hommes et 78 pour les femmes dans les départements ruraux contre 121
et 67 pour 100 000, respectivement, dans les départements urbains. Toutes
les causes de décès de cette catégorie étaient concernées : maladies isché-
miques du coeur, autres maladies du coeur, maladies cérébro-vasculaires et
autres maladies de l?appareil circulatoire. Pour tous les autres grands groupes
de causes à l?exception des maladies infectieuses et des maladies respiratoires
pour lesquelles les valeurs sont similaires, les écarts de mortalité étaient
beaucoup plus faibles, mais toujours systématiquement à l?avantage des
départements urbains.
M. BarBieri
116
Tableau 4. Taux comparatifs de mortalité pour 100 000 habitants par sexe,
par grand groupe de causes de décès et par type de départements
en 2017-2019 et 2020-2021
Catégories
de causes de décès
Hommes Femmes
Ruraux Interm. Urbains Tous Ruraux Interm. Urbains Tous
2017-2019
Cancers 226 220 206 220 130 128 124 128
Maladies cardiovasculaires 141 133 121 135 78 74 67 75
Maladies infectieuses 11 10 10 11 6 7 6 7
Maladies respiratoires 45 45 43 45 23 23 22 23
Mal. du système digestif 33 32 29 32 15 15 14 15
Autres maladies 102 99 92 100 71 71 66 71
Causes externes 75 63 49 62 27 24 21 24
Toutes causes 632 603 549 604 351 343 321 342
2020-2021
Cancers 216 205 189 206 127 122 117 123
Maladies cardiovasculaires 131 122 114 125 70 67 61 68
Maladies infectieuses 10 10 10 10 6 6 6 6
Maladies respiratoires 82 100 115 100 41 51 55 50
Mal. du système digestif 33 31 27 31 15 15 14 15
Autres maladies 100 93 86 95 69 66 62 67
Causes externes 72 60 49 60 26 23 21 23
Toutes causes 644 621 591 627 355 349 335 352
Champ : France hexagonale.
Sources : Calculs de l?autrice à partir des données du CépiDc (Inserm) et de la French Human Mortality Database
(https://frdata.org/fr/french-human-mortality-database/).
On retrouve une situation comparable pendant la période suivante (2020-
2021), à une exception près : le gradient s?est inversé en ce qui concerne la
mortalité par maladies respiratoires, avec un taux comparatif qui a atteint 115
pour 100 000 pour les hommes et 55 pour les femmes dans les départements
urbains contre 82 et 41, respectivement, dans les départements ruraux, alors
que les taux n?étaient que légèrement supérieurs dans ces derniers pour cette
catégorie de causes de décès en 2017-2019. Si l?on fait l?hypothèse, certes non
démontrée dans la littérature scientifique mais logique, d?une diffusion plus
rapide des épidémies dans les zones plus densément peuplées, cette conséquence
de la pandémie de Covid-19 n?est pas surprenante et il est probable que la
situation des années 2017-2019 redevienne la norme dans les années à venir.
Faute d?analyses approfondies, les raisons de la surmortalité rurale pour
toutes les causes de décès demeurent mal connues. Il conviendrait toutefois
d?identifier les facteurs à l?origine des différences observées pour mieux orienter
les politiques locales et développer une véritable approche territoriale en santé
publique. Un rattrapage des départements ruraux et Dom sur les départements
urbains en matière de mortalité contribuerait à une reprise plus vigoureuse
des progrès de l?espérance de vie à la naissance en France.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
117
référeNces
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118
??
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_Hlk210843022
_Hlk215318481
_Hlk215317739
_Hlk215317548
_Hlk215318591
_Hlk208914460
_Hlk215318678
_Hlk215319255
_Hlk215319218
_Hlk215324008
_Hlk215324132
_Hlk215324182
_Hlk215324298
_Hlk215324366
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J
us
tic
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sorte que l?excédent des pacs par rapport aux mariages pour les couples de
même sexe atteint en 2023 son plus haut niveau depuis 2014 (+4 013). Lenombre
des mariages a dépassé celui des pacs durant les trois années consécutives à
la loi de 2013 qui autorise le mariage pour les couples de même sexe et, depuis
2016, les pacs sont très majoritaires pour les couples de même sexe. En
revanche, pour les couples de sexe différent, l?écart entre les mariages et les
pacs n?a jamais été aussi élevé depuis 2016 (+ 41 000 en 2023) et, à l?exception
de l?année 2020(1), le nombre de mariages est chaque année supérieur à celui
des pacs. La part des couples de même sexe parmi les pacsé·es remonte donc
depuis 2013 pour atteindre 5,2 % des contrats enregistrés en 2023. Après un
engouement certain pour le mariage dès lors que cela a été possible, le pacs
apparaît aujourd?hui comme la forme d?union privilégiée par les couples de
même sexe.
III. Des mariages toujours plus tardifs
Si l?on élimine l?effet de la structure par âge de la population(2), les comporte-
ments d?union observés à tous les âges en 2023 correspondent à 578 mariages
pour 1 000 hommes (562 avec une femme et 16 avec un autre homme) et 570
pour 1 000 femmes (555 avec un homme et 15 avec une autre femme) tout au
long de leur vie (tableau 2). Ces estimations sont en très légère baisse par
rapport à 2022. Le même cumul en 2023 pour les seuls mariages de célibataires
n?est plus comparable à celui des années précédentes à la suite de la modifica-
tion du bulletin statistique rempli lors du mariage (voir encadré). En effet, une
partie des personnes se mariant pour la première fois en 2023 ont pu se déclarer
comme concubin·es ou pacsé·es lors du mariage, et non plus comme célibataires
comme c?était le cas pour les années antérieures. Le cumul de la somme des
mariages réduits des célibataires et ceux des personnes pacsées en 2023 n?est
pas non plus comparable à la somme des mariages réduits des célibataires de
l?année 2022 car certaines personnes pacsées ont pu être mariées antérieure-
ment. C?est la raison pour laquelle une baisse sensible des mariages réduits
des personnes divorcées et veuves se produit également entre 2022 et 2023
(tableau 7b, annexe en ligne(3)). Parmi les personnes pacsées, beaucoup d?entre
elles ont déjà été mariées lors d?une précédente union, ce qu?aucun dispositif
de collecte n?était en mesure de saisir jusqu?à maintenant(4).
(1) Année où les restrictions sanitaires liées à l?épidémie de Covid-19 ont empêché la célébration de
certains mariages et, dans une moindre mesure, des pacs.
(2) Il s?agit du calcul des mariages réduits à tous les âges, le nombre des mariages à chaque âge étant
rapporté à la population moyenne de cet âge présente au cours de l?année. Le cumul à tous les âges de
ces taux donne la somme des mariages réduits, ou nombre moyen de mariages pour 1 000 personnes.
(3) Les annexes sont disponibles sur : http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
(4) Le bulletin de pacs qui doit être rempli lors de l?enregistrement des pacs en mairie depuis 2017
renseigne l?état matrimonial des partenaires (célibataire, divorcé·e ou veuf·ve) et la date de dissolu-
tion de l?union précédente, mais ces informations n?ont pour le moment pas été diffusées par l?Insee.
N. Belliot
46
L?augmentation de l?âge au mariage se poursuit en 2023 : l?âge moyen au
mariage augmente, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, de 0,2an
par rapport à 2022, avec un mariage en moyenne à 36,6ans pour les femmes
et 39,1ans pour les hommes. Sur les dix dernières années, l?âge moyen au
mariage a ainsi augmenté de 2,3ans pour les hommes et de 2,6ans pour les
femmes. Le mariage demeure plus tardif pour les couples de même sexe et le
recul est particulièrement marqué en 2023 : les hommes se marient en moyenne
à 43,6ans (+ 0,5an par rapport à 2022) et les femmes à 38,2ans (+ 0,8an).
En 2023, les hommes pacsés se marient en moyenne à 38,7ans et les femmes
pacsées à 36,8ans, soit 2,7ans plus tard que les célibataires jamais mariés. La
contractualisation préalable de l?union par un pacs avant le mariage conduit
donc à retarder ce dernier, même s?il peut aussi s?agir d?un remariage (donc
plus tardif) pour les personnes pacsées au moment du mariage.
L?âge au mariage augmente, d?une part parce que le premier mariage sur-
vient de plus en plus tard, et, d?autre part parce que les remariages sont éga-
lement plus tardifs. En moyenne, les hommes divorcés se remarient à 51,7ans
(2,6ans plus tard qu?en 2013) et les veufs à 60,6ans (+ 2,1ans). Pour les femmes,
ces âges sont, respectivement, 48,3ans (+ 3,1ans par rapport à 2023) et 54,6ans
(+ 2,5ans).
IV. Plus d?une union par personne en moyenne
au cours de la vie
Le cumul des événements réduits (mariages, pacs) neutralise l?effet de la
structure par âge de la population et permet d?estimer le nombre d?événements
que l?on observerait dans une génération tout au long de sa vie, compte tenu
des comportements d?union observés au cours d?une année donnée. Ainsi,
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
47
Tableau 2. Nombre de mariages pour 1 000 personnes* et âge moyen**
au mariage en 2023 selon le sexe des époux et la situation conjugale
au moment du mariage
Sexe
Tous
types de
mariages
Mariages entre personnes de sexe différent Mariages entre personnes de même sexe
Ensem ble
Situation conjugale antérieure
Ensem ble
Situation conjugale antérieure
Céliba-
taire
Veuf/
veuve
Divor cé·e Pacsé·e
Céliba-
taire
Veuf/
veuve
Divorcé·e Pacsé·e
Nombre de mariages pour 1 000 personnes
Hommes 578 562 379 3,8 78 102 16 11 0,1 1,1 3,6
Femmes 570 555 379 4,1 73 99 15 10 0,0 1,5 3,0
Âge moyen** au mariage
Hommes 39,1 38,9 36,1 60,6 51,7 38,7 43,6 42,4 53,3 52,2 44,4
Femmes 36,6 36,6 34,1 54,6 48,3 36,8 38,2 36,4 54,9 47,2 40,1
* Ou somme des mariages réduits (cumul des taux de nuptialité par âge).
** Âge moyen au mariage calculé à partir des taux de nuptialité à tous les âges.
Champ : France entière.
Sources : Insee, état civil ; calculs de l?auteur.
en cumulant l?ensemble des mariages et pacs réduits(5) une même année, on
obtient, avec les comportements observés en 2023, un nombre de 1,079 union
(mariage ou pacs) par individu au cours de la vie pour les hommes et 1,06
pour les femmes (tableau 3). Cela signifie que les hommes et les femmes
connaîtraient en moyenne plus d?une contractualisation d?union au cours de
leur vie dans les conditions de l?année 2023. Bien sûr, cela reflète des situa-
tions différentes, de l?absence d?union légalisée à une ou plusieurs unions
légalisées successivement au cours de la vie (par le pacs ou par le mariage).
La conclusion d?un pacs puis d?un mariage est aujourd?hui une trajectoire de
couple assez répandue.
(5) L?absence de données détaillées sur les pacs contractés chaque année depuis 2017 ne permet pas
de calculer la somme annuelle des pacs réduits, mais on peut en donner une estimation indirecte en
appliquant la méthode de la génération moyenne (Calot, 1984). On applique pour cela un calendrier
supposé de pacs selon les âges aux effectifs de la population par âge.
N. Belliot
48
Encadré. Le statut conjugal remplace l?état matrimonial
dans le recensement depuis 2015, et désormais
sur les bulletins d?état civil depuis 2023
À partir de 2015, le statut conjugal incluant les modalités « pacsé·e » et « concubin·e ou en union
libre » a remplacé l?ancienne question sur l?état matrimonial (célibataire, marié·e, divorcé·e ou
veuf·ve) sur le bulletin de recensement, ce qui permet de mieux saisir la situation légale des couples
(Buisson, 2017), et en particulier la situation actuelle des personnes en couple non mariées qui ne
pouvaient jusque-là se déclarer comme telles lors du recensement. Cette même modification vient
d?être apportée (depuis 2023) sur le bulletin de mariage lors de son enregistrement à l?état civil. La
« situation conjugale » de chaque conjoint·e avant le mariage remplace désormais « l?état matri-
monial » en y intégrant également la modalité « pacsé·e ».
Si ces modifications permettent de mieux connaître la situation actuelle des couples, la modifi-
cation de la question sur le bulletin de recensement ne donne plus la possibilité de dénombrer
directement la population des personnes célibataires (au sens légal, c?est-à-dire des personnes
jamais mariées), divorcées ou veuves(a) ; ces personnes peuvent se déclarer pacsées ou en union
libre si elles sont en couple, indépendamment de leur état matrimonial légal. Depuis 2020, le calcul
des quotients de primo-nuptialité par âge et la construction de tables de primo-nuptialité sont
désormais impossibles. On ne peut donc plus estimer l?intensité de la primo-nuptialité (la part
d?hommes et de femmes qui connaissent un premier mariage au cours de leur vie), ni mesurer son
calendrier dans les générations (l?âge moyen au premier mariage) comme on avait coutume de le
faire depuis de longues années.
De même, l?ajout sur le bulletin de mariage en 2023 de la mention « pacsé·e » parmi les
modalités de la situation conjugale des conjoint·es au moment du mariage ne permet plus de
déterminer s?il s?agit du premier mariage ou du remariage de l?un et l?autre des conjoint·es. En
effet, une personne se déclarant pacsée au moment du mariage peut avoir été précédemment
mariée avant de contracter ce pacs, mais cette information n?apparaîtra pas ; on ne peut donc
plus identifier s?il s?agit du premier mariage ou d?un remariage. L?année 2023 marque donc une
rupture dans la série sur les mariages des célibataires, aussi bien pour la somme des mariages
réduits que pour l?âge moyen au mariage.
(a) L?Insee diffuse des estimations de la population selon l?état matrimonial (uniquement pour les personnes
de moins de 90ans) à partir de différents ajustements statistiques.
V. « Le pacs d?abord, le mariage ensuite »,
un parcours conjugal très répandu
Au sein des 234 466 couples de sexe différent s?étant mariés en 2023, 42 125
hommes et 42 078 femmes, soit 18 % d?entre elles et eux, étaient pacsé·es(6).
Cette part a peu progressé, elle était déjà de 17 % pour les mariages de 2016
mais cette stabilité masque néanmoins des évolutions différentes selon l?âge
au mariage : celles et ceux qui se marient avant 30ans sont moins souvent
pacsé·es au moment du mariage tandis que c?est sensiblement plus fréquent
pour les personnes de plus de 30ans (figure 2). C?est aussi aux âges où l?on se
marie le plus fréquemment (autour de 35ans) que les marié·es sont le plus
souvent déjà pacsé·es, avec 25 % de pacsé·es parmi les nouvelles et nouveaux
marié·es à cet âge. Il est probable que les jeunes couples qui contractualisent
leur union par un pacs retardent leur mariage futur, à la différence de ceux
? de moins en moins nombreux ? qui optent pour le mariage sans conclusion
préalable d?un pacs.
Ces évolutions contrastent avec celles observées parmi les couples de même
sexe où être déjà pacsé lors du mariage est une configuration plus fréquente
que pour les couples de sexe différent, mais en baisse en 2023 par rapport à
2016(7) : cette fréquence est passée de 37 % à 23 % pour les couples d?hommes
et de 35 % à 21 % pour les couples de femmes entre 2016 et 2023. Cette baisse
s?observe quel que soit l?âge au mariage (figure 2), celui-ci ayant peu d?influence
sur le fait d?être pacsé·e ou pas avant le mariage. Parmi les couples de même
(6) La différence entre le nombre d?hommes et de femmes pacsé·es au moment du mariage traduit,
pour certaines personnes qui se marient, l?absence de dissolution préalable d?un pacs conclu précé-
demment par l?un des époux avant le mariage. Par défaut, le mariage rompt automatiquement le pacs
précédemment contracté par l?un des époux.
(7) En 2016, le rapprochement entre les données sur les mariages selon l?âge et celles sur les ruptures
de pacs selon le motif de la dissolution et l?âge à la dissolution permettent de calculer ces proportions.
Cela n?a pas été possible pour les années suivantes, aucune donnée détaillée sur les dissolutions de
pacs n?ayant été diffusée jusqu?à maintenant.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
49
Tableau 3. Somme des unions réduites* pour une personne en 2023,
selon le sexe et le type d?union
Hommes Femmes
Avec une
femme
Avec un
homme
Total
Avec un
homme
Avec une
femme
Total
Somme des mariages
réduits 0,562 0,016 0,578 0,555 0,015 0,570
Somme des pacs réduits 0,473 0,028 0,501 0,467 0,023 0,490
Somme des unions
réduites 1,035 0,043 1,079 1,023 0,038 1,060
* Mariage (respectivement pacs) pour une personne au cours de sa vie compte tenu des comportements à tous
les âges en 2023.
Champ : France entière.
Sources : Insee ; calculs de l?auteur.
sexe mariés en 2016 se trouvait encore une part importante de couples qui
s?étaient pacsés avant 2013, le mariage étant inaccessible à ce moment-là. Cette
situation est moins fréquente parmi ceux mariés en 2023, de sorte que l?on
constate une convergence avec les couples de sexe différent, notamment pour
les plus jeunes lors du mariage.
Les divorcé·es sont aussi moins nombreux parmi les marié·es en 2023 : il
faut remonter au milieu des années 1980 pour compter aussi peu de divorcé·es
parmi celles et ceux qui se marient, aussi bien en nombre qu?en proportion
(15 % des hommes et 14,3 % des femmes marié·es en 2023 sont divorcé·es).
Cela ne vient pas nécessairement d?une moindre propension des personnes
divorcées à se remarier en 2023 mais plutôt du fait qu?une partie d?entre elles
ont contracté un pacs depuis leur divorce et déclarent donc cette situation
conjugale au moment de leur mariage, ce qui est possible depuis 2023. Cela
n?est pas surprenant mais apporte pour la première fois des informations sta-
tistiques sur la situation de personnes divorcées qui choisissent de légaliser
une nouvelle union par un pacs. De même, pour la première fois, moins de
1 % des personnes mariées au cours d?une année sont veuves. Cette part diminue
continuellement avec l?augmentation de l?âge au veuvage depuis de nombreuses
décennies.
VI. Une nuptialité plus forte et plus tardive en milieu rural,
sauf pour les couples de même sexe
Les comportements conjugaux diffèrent-ils selon le type d?espace de résidence ?
L?analyse spatiale de la nuptialité est ici abordée à travers les comportements
N. Belliot
50
Figure 2. Part des personnes pacsées au moment du mariage
en 2016 et 2023, selon l?âge et le sexe des époux
Hommes (2023)
Femmes (2023)
Hommes (2016)
Femmes (2016)
Hommes (2023)
Femmes (2023)
Hommes (2016)
Femmes (2016)
20 4025 3530 45 50 55 60 65 70
5
0
10
15
25
20
35
40
45
50
30
Mariages de couples de sexe différent (en %)
Âge
20 4025 3530 45 50 55 60 65 70
5
0
10
15
25
20
35
40
45
50
30
Mariages de couples de même (en %)
Âge
Champ : France entière.
Source : Insee, état civil.
différentiels entre les ruraux et les non-ruraux en 2021-2022(8) ; celle-ci laisse
apparaître des différences marquées, notamment en termes de fréquence des
mariages. Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, la somme des mariages
réduits est plus forte dans les communes rurales (tableau 4), où elle s?élève à
0,60mariage par personne pour les hommes (0,57 pour ceux des aires urbaines)
et 0,64 pour les femmes (0,54 pour celles des aires urbaines). Même si la nuptialité
de cette période a été perturbée par les conséquences de la pandémie de Covid-19
(et les mariages empêchés en 2020), les habitant·es des communes rurales, notam-
ment les femmes, sont donc plus enclin·es à se marier. Cette nuptialité plus forte
provient pour les femmes aussi bien des premiers mariages que des remariages,
alors qu?il s?agit surtout pour les hommes de remariages plus fréquents. On peut
également noter une nuptialité des couples de même sexe significativement plus
forte en milieu rural pour les femmes (0,021 contre 0,017) alors que c?est le contraire
pour les hommes (0,014 contre 0,016), sans doute liée à une présence différentielle
des couples de même sexe masculins et féminins sur le territoire, les couples
homosexuels vivant plus souvent dans les grandes villes que les couples lesbiens,
mieux répartis sur le territoire (Rault, 2023).
S?agissant du calendrier, que ce soit pour le premier ou l?ensemble des
mariages, les hommes comme les femmes dans les couples de sexe différent
(8) Les dernières données de recensement disponibles sont celles de 2022 et la distinction est possible
entre les habitant·es des communes dites rurales et des communes des aires urbaines. De même,
pour les années 2021 et 2022, le fichier détail des mariages mentionne la taille de l?aire urbaine ou
l?appartenance à une commune rurale de la commune de résidence des marié·es.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
51
Tableau 4. Somme des mariages réduits (pour une personne) et âge moyen
au mariage en 2021-2022, selon le rang et le lieu de résidence
Lieu de
résidence
Hommes Femmes
Mariage avec
une femme
Mariage avec
un homme
Ensemble
des mariages
Mariage avec
un homme
Mariage avec
une femme
Ensemble
des mariages
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Somme des mariages réduits
Communes
rurales
0,59 0,44 0,014 0,011 0,60 0,45 0,62 0,47 0,021 0,018 0,64 0,48
Communes
d?une aire
urbaine
0,55 0,43 0,016 0,014 0,57 0,44 0,52 0,42 0,017 0,015 0,54 0,43
Ensemble 0,56 0,43 0,015 0,013 0,57 0,44 0,54 0,43 0,017 0,016 0,56 0,44
Âge moyen au mariage (en années)
Communes
rurales
40,2 36,8 43,8 43,0 40,2 37,0 37,3 34,5 36,5 34,3 37,2 34,5
Communes
d?une aire
urbaine
39,6 35,8 45,2 44,0 39,7 36,0 36,4 33,6 38,1 36,5 36,5 33,7
Ensemble 39,7 36,0 44,9 43,8 39,8 36,2 36,6 33,8 37,9 36,1 36,7 33,9
Champ : Mariages à tous les âges, France entière.
Sources : Insee, état civil, recensement 2022 ; calculs de l?auteur.
se marient plus tard dans les communes rurales. En revanche, pour les couples
de même sexe, les mariages ont lieu plus tôt, en moyenne d?un an et demi, que
dans les communes des aires urbaines.
Le choix de la date du mariage correspond à certaines logiques, notamment
pratiques et météorologiques. L?usage pour une majorité de couples est de
célébrer son mariage pendant la période estivale et le plus souvent un samedi.
Il est plus aisé de se libérer et de réunir ses proches à ces moments-là de l?année
et les mariages de 2022-2023 n?échappent pas à ce principe : deux mariages
sur trois ont eu lieu entre les mois de mai et septembre(9), et quatre mariages
sur cinq le samedi. Cette coutume est toutefois un peu moins vérifiée pour les
mariages de couples de même sexe, principalement du fait d?un âge plus élevé
et d?une plus grande distance vis-à-vis des normes sociales.
Au contraire, ces pratiques sont davantage suivies pour les mariages de
personnes vivant dans les communes rurales(10), aussi bien pour les couples
de même sexe que pour ceux de sexe différent : plus de 75 % des mariages ont
lieu l?été et plus de 87 % d?entre eux le samedi (tableau 5).
Au moment du mariage, les couples de sexe différent des communes
rurales ont aussi des enfants en commun beaucoup plus souvent que ceux
des autres territoires (41 % contre 27 % parmi l?ensemble des mariages). Cet
écart s?observe quel que soit l?âge au mariage des femmes, mais particulière-
ment lorsque celles-ci sont jeunes et aux âges où elles se marient le plus :
plus de la moitié des femmes qui se sont mariées entre 30 et 45ans dans les
communes rurales en 2023 avaient déjà des enfants avec leur conjoint (figure 3).
C?est autour de ces âges que les taux de migration nette vers les espaces
ruraux sont positifs et les plus élevés (D?Alessandro etal., 2021). Il s?agit
surtout de familles quittant les zones urbaines à la recherche de logements
(9) Les mois de mai à septembre sont les cinq mois où le nombre de mariages est le plus élevé (au
moins 11 % des mariages annuels chaque mois).
(10) Il pourrait aussi être plus difficile en période estivale d?obtenir des créneaux disponibles pour
se marier le samedi en milieu urbain.
N. Belliot
52
Tableau 5. Répartition des mariages selon le mois, le jour de la semaine,
le sexe et le lieu de résidence des marié·es
Lieu de résidence
des marié·es
Mariage estival (de mai à septembre) Mariage un samedi
Couples
de sexe
différent
Couples
de même
sexe
Ensemble
des couples
Couples
de sexe
différent
Couples
de même
sexe
Ensemble
des couples
Communes rurales 75,7 71,6 75,6 87,3 84,4 87,2
Communes d?une
aire urbain 65,4 63,8 65,3 78,1 75,0 78,0
Ensemble 67,7 65,5 67,6 80,2 77,1 80,1
Champ : Mariages en 2022 et 2023, France entière.
Source : Insee, état civil.
plus grands et plus accessibles. Beaucoup de couples anciennement formés
et déjà parents se marient à ce moment-là pour s?assurer une protection et
une solidarité entre conjoint·es, notamment lors de l?accession à la propriété.
Cesmigrations favorisent ainsi la nuptialité des communes rurales, spécifi-
quement après 30ans.
VII. Les ruraux vivent plus souvent en couple
Selon les données de recensement de 2022, 76,6 % des femmes et 70,3 % des
hommes de 20 à 64ans résidant dans une commune rurale déclarent vivre
en couple. La vie de couple est nettement plus répandue que dans les terri-
toires urbains où elle concerne seulement 60 % des hommes et femmes du
même âge. Avant 65ans, les femmes sont aussi plus souvent en couple que
les hommes dans les communes rurales, ce qui n?est le cas que jusqu?à 40ans
pour les femmes vivant dans les communes des aires urbaines (figure4).
Cela s?explique notamment par une mise en couple plus précoce des femmes
et par l?écart d?âge entre conjoint·es dans les couples de sexe différent. À tous
les âges, les hommes et les femmes urbain·es vivent moins souvent en couple
que celles et ceux des communes rurales. Une mise en couple plus précoce
des jeunes hommes et femmes en milieu rural peut vraisemblablement expli-
quer ces différences. D?autres facteurs, comme la mobilité des plus jeunes
vers les centres urbains pour les études ou l?accès à un premier emploi,
peuvent aussi rendre plus difficile d?entretenir une vie de couple durable aux
jeunes âges.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
53
Figure 3. Part de couples ayant des enfants en commun
au moment du mariage selon le lieu de résidence et l?âge de l?épouse
Femmes
d?une commune rurale
Femmes
hors commune rurale
10
0
20
30
40
50
60
Part de couples ayant des enfants en commun
au moment du mariage (en %)
Âge
Moins
de 25 ans
25-29 ans 30-34 ans 35-39 ans 40-44 ans 45-49 ans 50-59 ans 60 ans
et plus
Champ : France entière, mariages de couples de sexe différent en 2023.
Sources : Insee, état civil ; calculs de l?auteur.
VIII. De moins en moins de personnes mariées,
mais davantage de pacsé·es et de célibataires
L?évolution des comportements et des parcours matrimoniaux au cours des
dernières années, qu?il s?agisse de la fréquence des mariages ou des pacs, des
ruptures d?unions (divorces et dissolutions de pacs) ou encore des veuvages,
se traduit par des changements observables dans la distribution de la popula-
tion selon la situation conjugale lors des recensements (voir encadré, p.48).
Attardons-nous ici sur ces évolutions entre les recensements de 2017 et 2022
(tableau 6 et figure 5).
En 2022, les personnes mariées sont majoritaires parmi la population
française de 18 à 64ans et représentent 15,2 millions de personnes (tableau 6).
Toutefois, pour chacun des deux sexes, leur nombre se réduit d?un demi-million
entre 2017 et 2022 (une baisse de 6 %). Acontrario, le nombre de célibataires
et de pacsé·es augmente significativement au cours de la même période, d?envi-
ron 0,4 million pour chaque sexe et chacune des deux situations conjugales.
La France compte ainsi 7 % de célibataires et 32 % de pacsé·es de plus en 2022
qu?en 2017. Leur proportion atteint respectivement 34,1 % et 8,1 % chez les
hommes et 29,0 % et 7,8 % chez les femmes, la part de chaque catégorie aug-
mentant d?environ 2 % entre 2017 et 2022. Enfin, les nombres de personnes
vivant en union libre ou divorcées sont stables mais leurs proportions diminuent
très légèrement.
N. Belliot
54
Figure 4. Part de personnes vivant en couple en 2022 selon l?âge et le sexe
Femmes d?une aire urbaine
Hommes d?une aire urbaine
Femmes d?une commune rurale
Hommes d?une commune rurale
10
0
20
30
40
50
60
70
80
90
Part (en %)
Âge
15-19
ans
20-24
ans
25-29
ans
30-34
ans
35-39
ans
40-44
ans
45-49
ans
55-59
ans
50-54
ans
60-64
ans
Champ : France entière.
Source : Insee, recensement 2022.
Être marié demeure la situation conjugale la plus courante à partir de
30ans (et il s?agit de la situation majoritaire après 40ans). Néanmoins, l?aug-
mentation de l?âge au mariage et la réduction de sa fréquence conduisent à une
baisse, entre 2017 et 2022, de la proportion de personnes mariées entre 30 et
70ans (figure6). De même, l?union libre connaît une légère baisse parmi les
plus jeunes. Parallèlement, un nombre croissant de personnes est célibataire,
mais le changement le plus notable concerne la hausse de la proportion de
personnes pacsées. C?est entre 30 et 35ans que cette proportion de pacsé·es
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
55
Figure 5. Population selon le sexe et la situation conjugale en 2017 et 2022
2022
2017
Veuf-veuve Divorcé·e Célibataire Marié·e Pacsé·e Concubinage
ou union libre
Veuf-veuve Divorcé·e Célibataire Marié·e Pacsé·e Concubinage
ou union libre
15 20 4025 3530 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
15 20 4025 3530 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
HOMMES FEMMES
Champ : Population des plus de 18ans, France entière.
Source : Insee, recensements 2017 et 2022.
Tableau 6. Répartition des 18-64 ans selon le sexe
et la situation conjugale en 2017 et 2022
Année
Marié·es Pacsé·es
En
concubinage ou
union libre
Veufs ou
veuves
Divorcé·es Célibataires
Total
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Hommes
2017 7,8 40,5 1,2 6,2 3,0 15,4 0,1 0,7 1,0 5,0 6,2 32,2 19,2
2022 7,3 37,6 1,6 8,1 2,9 14,8 0,1 0,6 0,9 4,8 6,6 34,1 19,4
Femmes
2017 8,4 42,3 1,2 5,9 2,9 14,8 0,4 2,3 1,5 7,7 5,4 27,0 19,9
2022 7,9 39,6 1,6 7,8 2,9 14,4 0,4 1,9 1,5 7,4 5,8 29,0 20,0
Champ : France entière.
Source : Insee, recensements 2017 et 2022.
est la plus élevée (17 %), en progression de 3 % par rapport à 2017. Au-delà de
50ans, les pacsé·es sont beaucoup moins nombreuses et nombreux (moins de
3 %), ce qui s?explique notamment par la moindre contractualisation de pacs
dans les générations plus anciennes et la fréquence élevée des dissolutions de
pacs (par rupture ou par mariage du couple) après plusieurs années de pacs.
Enfin, la proportion de divorcé·es diminue chez les plus jeunes, mais augmente
chez les plus de 60ans, principalement les femmes. Elle atteint 10 % chez les
hommes autour de 60ans et 15 % chez les femmes autour de 65ans, la diffé-
rence étant due à un remariage des femmes moins fréquent après un divorce.
IX. Les jeunes ruraux en couple plus souvent pacsés
ou en union libre, un effet de génération ?
Analysons maintenant la répartition de la population par situation conjugale
en 2022 selon le lieu de résidence, c?est-à-dire ici entre les populations des
communes rurales et celles des communes appartenant à une aire urbaine
(figure 6). Vivre en couple étant plus fréquent en milieu rural, on retrouve une
proportion significativement plus faible de célibataires dans ces territoires, et
particulièrement chez les personnes âgées de 25 à 35ans, âges où l?installation
dans la vie de couple est la plus fréquente.
Une différence majeure entre les situations conjugales des habitant·es des
espaces ruraux et urbains réside dans la fréquence nettement plus élevée des
personnes se déclarant en union libre et pacsées en milieu rural, surtout parmi
les plus jeunes adultes. Près d?un homme et d?une femme sur quatre est pacsé·e
parmi les 30-34ans en milieu rural alors que cette proportion ne dépasse guère
15 % en milieu urbain. De même, à 25-29ans, âge où cette situation est la plus
fréquente, 34 % des femmes rurales vivent en union libre contre 26 % des
urbaines. De ce fait, parmi les personnes en couple, les rurales et ruraux sont
beaucoup moins souvent marié·es que les urbain·es aux jeunes âges (33 % des
hommes ruraux de 30-34ans en couple sont mariés contre 42 % des hommes
urbains). Sans que l?on puisse y déceler des effets d?âge ou de génération, les
rurales et ruraux sont autant marié·es que les urbain·es aux âges plus élevés
(plus de 80 % des 55-59ans en couple sont marié·es).
Dans les espaces ruraux, le mariage apparaît donc moins comme un impé-
ratif pour les jeunes couples. L?union libre et le pacs se sont imposés comme
des alternatives durables. Toutefois, bien que le mariage soit de plus en plus
tardif, souvent après la naissance éventuelle des enfants du couple, rien n?indique
que les jeunes générations, aujourd?hui éloignées du mariage, y recourront à
un âge avancé, contrairement aux générations qui atteignent aujourd?hui 50ans
et plus, dont une large majorité s?est mariée au moins une fois.
Enfin, parmi les femmes de plus de 40ans vivant dans des communes des
aires urbaines, on retrouve aussi davantage de divorcées et moins de mariées,
N. Belliot
56
une probable conséquence de divorces plus fréquents dans les centres urbains
(notamment en Île-de-France) et d?une moindre propension au remariage des
femmes après un divorce.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
57
Figure 6. Population en 2022 selon le sexe,
la situation conjugale et le lieu de résidence
Veuf
Habitant une commune rurale
Veuf
Habitant une aire urbaine
Divorcé
Divorcé
Célibataire Marié
Marié
Pacsé
Pacsé
Union
Célibataire Union
Veuve
Habitant une commune rurale
Veuve
Habitant une aire urbaine
Divorcée
Divorcée
Célibataire Mariée
Mariée
Pacsée
Pacsée
Union libre
Célibataire Union libre
15-19
ans
20-24
ans
40-44
ans
25-29
ans
35-39
ans
30-34
ans
45-49
ans
50-54
ans
55-59
ans
60-64
ans
65-69
ans
70-74
ans
75 ans
et +
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
HOMMES
15-19
ans
20-24
ans
40-44
ans
25-29
ans
35-39
ans
30-34
ans
45-49
ans
50-54
ans
55-59
ans
60-64
ans
65-69
ans
70-74
ans
75 ans
et +
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
FEMMES
Champ : Population des plus de 15 ans, France entière.
Source : Insee, recensement 2022.
X. À défaut de données depuis 2017,
des estimations indirectes des dissolutions d?unions
Comme déjà mentionné dans une chronique de conjoncture précédente (Breton
etal., 2020), à la suite de la possibilité de divorce sans recours au juge depuis
2017 et de la lente remontée des chiffres au ministère de la Justice, les statis-
tiques de divorces sont toujours incomplètes entre 2017 et 2020 et inexistantes
depuis lors. Les derniers chiffres sont ceux de l?année 2016 avec 128 000
divorces, ce qui correspond à une fréquence de 46,7 divorces pour 100 mariages
(annexe 8). De même, aucune statistique des dissolutions de pacs n?a été dif-
fusée depuis 2017. Cette année-là, 82 000 pacs ont été rompus.
L?étude des remariages après un divorce au cours de ces dernières années
permet toutefois d?obtenir une estimation de manière indirecte de l?évolution
des divorces depuis 2016. Les remariages observés ces dernières années dans
les cohortes de divorcé·es dépendent de l?effectif initial de ces cohortes, c?est-
à-dire du nombre d?hommes et de femmes ayant divorcé chaque année. Or
l?observation du nombre cumulé des remariages dans les cohortes de divorcé·es
formées depuis 2012 laisse apparaître une baisse significative de ces remariages
dans les cohortes d?hommes et de femmes ayant divorcé à partir de 2018
(figure 7). De même, les remariages sont significativement plus faibles dans la
cohorte 2020, non seulement parce que les divorces ont vraisemblablement été
moins nombreux en 2020 (du fait de la Covid-19), mais aussi de par la moindre
propension à se marier (et donc à se remarier) cette année-là en raison des
restrictions sanitaires dues à la pandémie. La baisse des remariages à la durée
0, c?est-à-dire l?année du divorce, atteint ainsi 30 % dans les cohortes 2023 pour
les hommes divorcés et près de 50 % pour les femmes divorcées par rapport
aux cohortes formées en 2012-2013. Deux ans après le divorce, cette baisse
atteint environ 25 % dans les cohortes 2019 à 2021. Par conséquent, en admet-
tant une possible baisse de la fréquence des remariages pour celles et ceux qui
ont divorcé ces dernières années, la forte réduction des remariages observée
ici atteste vraisemblablement d?une baisse du nombre des divorces depuis la
réforme de 2017.
De même, il est possible d?estimer indirectement le nombre des dissolu-
tions de pacs depuis 2017. En effet, d?après les données de recensement, la
croissance du nombre de personnes pacsées en France, d?environ 800 000
entre 2017 et 2022 (hausse de 32 %), provient du maintien d?un nombre élevé
de pacs enregistrés chaque année (près de 200 000 de 2017 à 2021), notamment
parmi les plus jeunes générations. Au total, environ un million de pacs a été
enregistré au cours de cette période par les mairies et les notaires. En dédui-
sant le nombre de personnes pacsées au cours de la période (environ 2 millions)
de l?excédent des personnes pacsées en 2022 par rapport à 2017 (800 000),
nous pouvons estimer à environ 600 000 le nombre de pacs rompus pendant
cette période, soit une moyenne d?environ 120 000 dissolutions annuelles.
N. Belliot
58
Cette estimation dépasse assez largement les 82 000 dissolutions de pacs
survenues en 2017(11) mais paraît réaliste. En effet, l?augmentation des pacs
enregistrés depuis le début des années 2010 devrait avoir pour conséquence
une augmentation des dissolutions attendues chaque année, suivant l?hypo-
thèse de maintien d?une fréquence élevée des dissolutions de pacs en début
d?union(12) (Breton etal., 2019).
***
Perturbé à partir de 2020 par la pandémie de Covid-19, le nombre de mariages
et de pacs se maintient à un niveau élevé en 2023, proche de celui du début
des années 2010. Dans les conditions de 2023, les hommes et les femmes
connaissent en moyenne un peu plus d?une union (pacs et/ou mariage) au
cours de leur vie, mais à des âges toujours plus élevés pour ce qui concerne
les mariages (36,6ans pour les femmes, 39,1ans pour les hommes en moyenne).
Le choix assez répandu pour de nombreux couples, de sexe différent ou de
même sexe, de se pacser avant de se marier contribue également à retarder
le mariage.
(11) 2017 est à ce jour la dernière année pour laquelle le nombre des dissolutions de pacs est connu.
La modification du lieu d?enregistrement et de dissolution des pacs fin 2017, désormais en mairie
(ainsi que chez les notaires depuis 2011), a entraîné un changement de la procédure de recueil des
données et empêché la publication de données depuis lors.
(12) L?application des taux de dissolution des pacs calculés en 2016 aux pacs exposés au risque de
rupture chaque année conduit à une estimation croissante du nombre de dissolutions annuelles, avec
environ 108 000 dissolutions en 2021 et 116 000 en 2023.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
59
Figure 7. Variations des remariages cumulés dans les cohortes de divorcé·es
selon la durée écoulée depuis le divorce (par rapport aux cohortes 2012-2013)
Hommes FemmesDurée 0
Hommes FemmesDurée 2
Hommes FemmesDurée 4
20152014 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
? 50
? 60
? 40
? 30
? 10
? 20
10
20
0
Variations (en %)
Année du divorce
Lecture : En 2020, les remariages de femmes ayant divorcé la même année (c?est-à-dire à la durée0
depuis le divorce) ont baissé de 52% par rapport à ceux de 2012-2013.
Champ : France entière, mariages de sexe différent.
Sources : Insee, état civil ; calculs de l?auteur.
Les habitant·es des communes rurales, vivant plus souvent en couple que
celles et ceux des communes des aires urbaines, ne se marient pas davantage
pour autant. Le pacs et l?union libre sont largement plébiscités parmi eux et le
mariage y est plus tardif.
Enfin, si les modifications des questions posées sur les bulletins de recen-
sement et d?état civil permettent de mieux saisir la situation conjugale actuelle
des personnes, elles ne permettent malheureusement plus de mesurer la primo-
nuptialité dans les générations, comme il avait jusque-là été possible de le faire.
En l?absence de données récentes sur les dissolutions d?unions, des estimations
indirectes permettent d?évaluer la baisse des divorces et la hausse des ruptures
de pacs depuis 2016.
N. Belliot
60
référeNces
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La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
61
??
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https://doi.org/10.3917/popsoc.607.0001
*Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
Courriel: thierry@ined.fr
Note de conjoncture2025
Fécondité et infécondité en France:
tendances, fluctuations et disparités territoriales
Xavier thierry*
Résumé
En France, la fécondité diminue depuis 2011, et plus rapidement depuis 2019.
Labaisse a néanmoins été moins forte en 2024 qu?en 2023. L?indice conjoncturel
de fécondité (1,62 enfant par femme en 2024) y est plus élevé qu?ailleurs en Europe.
La proportion de femmes sans enfant a sensiblement augmenté, mais la propension
à avoir un deuxième ou un troisième enfant est assez stable depuis une quinzaine
d?années. Si les femmes nées entre 1975 et 1985 sont susceptibles d'avoir un peu
plus de deux enfants en moyenne, ce ne sera pas le cas des générations nées au
début des années 1990. Le renouvellement des générations ne sera alors plus assuré.
Le niveau de fécondité, en recul sur tout le territoire, n?est pas uniforme. En règle
générale, il est un peu plus élevé dans les espaces ruraux à habitat dispersé que
dans les petites villes, et dans les couronnes urbaines que dans les centres très
denses. Toutefois, ces contrastes généraux sont moins marqués que les différences
de niveau de fécondité entre cantons ruraux ou aires urbaines nommément désignés.
Mots-clés
conjoncture démographique, indicateurs démographiques, naissances, fécondité,
rang de naissance, migration interne, espaces urbains, espaces ruraux
À quelques exceptions sous-régionales près, l?ensemble du monde est
concerné par une baisse historique de la fécondité. Plus de deux tiers de la
population mondiale vivent dans un pays où la fécondité se situe sous le
seuil de renouvellement des générations (Nations unies, 2025). La fécondité
en France suit le même mouvement depuis une dizaine d?années, bien qu?elle
reste à un niveau élevé, par rapport aux autres pays occidentaux. Quelles
évolutions se dessinent dans l?avenir? Le cadre résidentiel des futurs parents
est-il prégnant?
??
Population-F, 80(4), 2025 000-000
DOI : 10.3917/popu.2504.006
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution - Pas d'Utilisation
Commerciale - Pas de Modification 4.0
International (CC BY-NC-ND)
mailto:thierry@ined.fr
I. Des naissances toujours en baisse,
mais à un rythme moindre
En 2024, 661000enfants sont nés en France, dont 627000 en France hexa-
gonale. Pour la deuxième année consécutive, le nombre de naissances est
inférieur à 700000, le palier de 800000 ayant été franchi en 2014 (figure 1).
L?année2024 s?illustre par un recul des naissances (?2,8%), certes moins fort
qu?en 2023 (?6,7%), mais c?est la deuxième chute la plus importante depuis
qu?a commencé, en 2011, une baisse ininterrompue de la natalité. La baisse
enregistrée dépasse même légèrement celle de 2020, lors de la pandémie de
Covid-19 (?2,7%).
Au premier semestre 2025(1), le nombre de naissances est encore en repli
(?2,8% par rapport au premier semestre 2024), avec exactement la même
intensité qu?en 2024. L?engouement populaire pour les jeux Olympiques de
Paris pendant l?été2024 ne s?est pas traduit par une augmentation nette des
naissances en avril2025, comme cela a pu être observé pour d?autres grands
événements sportifs (Masukume etal., 2024).
(1) Au moment de la rédaction de cette note, seules les naissances de janvier à juillet sont connues.
X. Thierry
64
Figure1. Nombre de naissances et de femmes d?âge fécond
(avec hypothèse de solde migratoire nul), 2010-2034
Naissances
Effectif observé de femmes
Effectif projeté
sans migration
Effectif projeté
avec migration
2010 2012 2014 2016 2018 20282020 2022 2024 2026 2030 2032 2034
900 000
850 000
800 000
750 000
700 000
650 000
600 000
Nombre de naissances
410 000
400 000
390 000
380 000
420 000
Effectif de femmes
Note: L?effectif des femmes d?âge fécond correspond à la taille de la génération moyenne (somme
des effectifs à chaque âge, pondérés par les taux de fécondité par âge). L?effectif entre 2026 et 2034
résulte d?une projection s?appuyant sur les probabilités de survie et les soldes migratoires par âges.
Champ: France entière (hors Mayotte).
Sources: Insee, état civil et recensement de la population ; calculs de l?auteur.
II.La baisse de la fécondité ralentit
aux âges où elle est le plus élevée
Le nombre de naissances devrait encore se réduire dans les années à venir. Le
nombre de naissances sur une année dépend du nombre de femmes d?âge fécond
(15-49ans) et de leur propension à avoir des enfants (fécondité). D?une part,
les jeunes de moins de 30ans, quel que soit leur groupe social, veulent moins
d?enfants: le nombre total d?enfants souhaités par les femmes a diminué de
0,6enfant en moyenne en 20ans (il est passé de 2,5 à 1,9 enfant) (Bouchet-
Vallat et Toulemon, 2025). D?autre part, la taille de la «génération moyenne»(2)
devrait légèrement fléchir dans les prochaines années, notamment à cause de
l?arrivée aux âges de fécondité maximale (30-34ans) des générations moins
nombreuses nées entre 1993 et 1997. En 2025, elle s?établit à environ 410000
femmes et elle ne serait que de 400000 en 2034 (?2,5%), si l?on intègre un
solde migratoire positif. Toutefois, l?arrivée aux âges de pleine fécondité des
générations nées lors du rebond de la natalité au passage de l?an 2000 ralentit
cette diminution dans les prochaines années. D?autre part, le niveau du solde
migratoire fixé dans les projections de l?Insee (2021) ne relève pas substantiel-
lement le nombre total de femmes susceptibles d?avoir des enfants(3) (figure 1).
La population féminine a légèrement augmenté depuis 2020. La baisse de
la natalité en 2024 est donc avant tout liée à une diminution de la fécondité du
moment, mesurée par l?indice conjoncturel de fécondité (ICF)(4). En 2024, l?ICF
est de 1,62enfant par femme pour la France entière et de1,59 en France hexa-
gonale (Thélot, 2025). Il s?agit d?un minimum depuis que les chiffres existent
(première guerre mondiale mise à part) puisqu?inférieur au point le plus bas
de 1993 (1,66 en France hexagonale). La fécondité du moment a diminué de
0,41 enfant par femme depuis 2010 (l?ICF était alors de 2,03 enfants par femme).
Depuis 2019, la baisse est plus forte (?13 %) qu?elle ne l?a été entre 2010 et 2019
(?8 %). L?année2024, et probablement 2025, s?inscrit donc dans ce rythme de
baisse accentuée.
Sur les cinq dernières années (à l?exception de 2021, année post-Covid-19),
la baisse de la fécondité a concerné tous les âges jusqu?à 40ans. Mais, alors
qu?entre2021 et2023, le recul était plus prononcé à 30-34ans qu?à 25-29ans,
c?est l?inverse qui s?est produit en 2024: la fécondité a moins baissé à 30-34ans
(?12?) qu?à 25-29ans (?17?) (tableau 1).
La fécondité est quasi stable après 40ans (103 pour 1000 en 2019 et 2024,
soit 1 naissance annuelle pour 10 femmes). Les courbes de fécondité 2023 et
(2) Il s?agit de l?effectif moyen des générations féminines d?âge fécond (Calot, 1984), soit la moyenne
pondérée des effectifs de femmes de 15-49ans, les coefficients de pondération étant les taux de
fécondité par âge.
(3) Les effectifs de cette «génération moyenne» entre 2026 et 2034 résultent d?une projection appli-
quant à la population féminine en 2025 les probabilités de survie et les soldes migratoires par âges.
(4) C?est le nombre d?enfants qu?aurait une femme qui, à chaque âge de sa vie, présenterait la fécondité
des femmes de 15à 49ans pour l?année en cours.
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
65
X. Thierry
66
Tableau1. Évolution de la fécondité féminine par groupe d?âges
de 2019 à 2024
Âge atteint
Somme des taux par groupes d?âges
(pour 1 000 femmes)
Variation absolue
2019 2020 2021 2022 (p) 2023 (p) 2024 (p)
2019-
2020
2020-
2021
2021-
2022
(p)
2022-
2023
(p)
2023-
2024
(p)
Moins de
20 ans 28 26 24 24 23 21 ?2 ?2 0 ?1 ?2
20-24 ans 212 201 188 185 176 170 ?11 ?13 ?3 ?9 ?6
25-29 ans 537 520 510 496 454 437 ?17 ?10 ?14 ?42 ?17
30-34 ans 632 621 638 614 568 556 ?11 17 ?24 ?46 ?12
35-39 ans 350 347 361 355 337 335 ?3 14 ?6 ?18 ?2
40-44 ans 96 95 96 98 93 94 ?1 1 2 ?5 1
45 ans et
plus 7 7 7 8 8 9 0 0 1 0 1
Total
(ICF*) 1,86 1,82 1,82 1,78 1,66 1,62 ?0,05 0,01 ?0,04 ?0,12 ?0,04
Âge
moyen 30,7 30,8 30,9 31 31 31,1 0,1 0,2 0 0 0,1
(p): Données provisoires.
*ICF: Indicateur conjoncturel de fécondité (somme des taux de fécondité par groupe d?âges) exprimé en nombre
moyen d?enfants pour une femme.
Champ: France entière.
Sources: Insee, état civil et recensement ; calculs de l?auteur.
Figure2. Taux de fécondité féminine par âge en 2014, 2019, 2023, 2024
2014
2019
2023 (p)
2024 (p)
15 17 19 21 23 25 27 29 31 33 35 37 39 41 43 45 47 49
Âge
160
140
120
100
80
60
40
20
0
Nombre d?enfants pour 1 000 femmes
(p): Données provisoires.
Champ: France entière.
Source: Insee, état civil et recensement.
2024 ne sont décalées que légèrement à ces âges (figure 2). L?âge moyen des
mères continue ainsi d?augmenter avec +0,1 an en 2024, s?établissant à 31,1ans
(celui des pères est de 34ans).
III. La France, seul pays de l?Union européenne
dont la fécondité actuelle assure le renouvellement
des générations, mais plus pour longtemps
Depuis une quarantaine d?années, la France est dans le peloton de tête des pays
de l?Union européenne (UE) en matière de fécondité. Au milieu des années
1980, elle était devancée par l?Irlande seulement (2,49enfants par femme,
contre1,82 en France en 1985), à laquelle se sont joints, au début des années
1990, le Royaume-Uni et le Danemark. Avec la remontée de l?ICF entre 1993
et 2010, la France s?est détachée du groupe constitué par la majorité des pays
européens et a repris la deuxième position derrière l?Irlande. Depuis de nom-
breuses années, la fécondité baisse en Europe, cette diminution ayant débuté
au début des années 2010 dans les pays nordiques. La France n?a rejoint ce
mouvement de baisse qu?au milieu de la décennie 2010, prenant la première
place au classement jusqu?en 2022 (à égalité avec la Bulgarie et loin devant
l?Irlande et les autres pays nordiques). Les pays où la fécondité était déjà basse
(en Europe de l?Est, Allemagne, Autriche, Grèce) n?ont pas connu de fléchis-
sements aussi prononcés (pour un approfondissement des comparaisons
européennes, voir Breton etal., 2024) (figure 3).
Le calendrier (l?âge moyen au premier enfant) de la fécondité française est
plus précoce que dans la majorité des pays européens. C?est principalement à
l?Est de l?Europe qu?il est le plus précoce (environ 27ans en Bulgarie, Roumanie
et Slovaquie) et au Sud qu?il est le plus tardif (entre31 et 32ans en Espagne,
Italie et Grèce).
Les femmes nées en 1974, ayant atteint 50ans en 2024, ont eu 2,02enfants
en moyenne. C?est légèrement moins que le seuil de strict renouvellement des
générations (2,06). La génération 1963 est la dernière à avoir dépassé ce seuil.
La descendance finale des femmes nées en 1985 est facile à estimer car les
naissances après 40ans sont peu nombreuses (elles en ont déjà1,95). Si l?on
suppose que dans les dix années à venir, elles aient la même fécondité à
40-49ans que les femmes de ces âges en 2024, leur descendance finale sera
égale à 2,05enfants. La fécondité des générations 1960-1987 a donc été stable
(entre2,0 et2,1). Ce niveau n?est pas historiquement bassi on le compare à
celui des femmes nées à la fin du xixe siècle (figure 4).
La mesure longitudinale (descendance des femmes nées une année donnée)
varie de façon moins ample que la mesure transversale (indice conjoncturel
pour une année de calendrier): le niveau de cette dernière, et donc sa tendance,
dépendent à la fois de l?évolution de la descendance finale des générations (DF)
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
67
X. Thierry
68
Figure3. Indice conjoncturel de fécondité dans une sélection de pays
de l?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
Union européenne
Hongrie
Belgique
Portugal
Pays-Bas
Allemagne
Irlande
Pologne
Espagne
États-Unis
Japon
France2,1
2,0
2,2
1,9
1,8
1,7
1,6
1,5
1,4
1,3
1,2
1,1
Nombre moyen d?enfants par femme
2000 2005 2010 2015 2020 Années
Sources: Eurostat et Nations unies (World Population Prospects).
Figure4. Descendance finale des générations
et indice conjoncturel de fécondité
Indice conjoncturel de fécondité
Descendance finale par génération
3
2
1900 1925 1950 1975 2000 2025
1
Nombre moyen d?enfants par femme
Générations
1894-1898
Générations
1926-1930
Générations
1960-1963 Générations
1985
Années
Note: Afin d?appréhender l?évolution concomitante de la mesure transversale (naissances observées une année
donnée) et de la mesure longitudinale (naissances issues d?une génération donnée), on décale le placement de
la descendance finale sur l?échelle des abscisses du nombre d?années de l?âge moyen à la maternité.
Champ: France hexagonale.
Source: Calculs de l?auteur et estimation pour les générations 1985-1995 (Bouchet-Vallat et Toulemon, 2025).
et de l?âge à la fécondité. En 1990-2024, l?ICF a varié de +/?0,40 enfant entre
son point le plus haut et son point le plus bas, mais la descendance des géné-
rations correspondantes a oscillé de seulement +/?0,08(5). Depuis un demi-siècle,
l?ICF demeure inférieur à la DF du fait d?un constant recul du calendrier de la
fécondité depuis les générations des années 1950, le report des naissances à des
âges plus élevés entraînant mécaniquement une sous-estimation de cet indice.
La première moitié du xxesiècle se caractérisait plutôt par la situation inverse
avec un ICF supérieur à la DF. La raison en est qu?à cette époque, les femmes
avaient leurs enfants à des âges plus jeunes. L?ICF a aussi été perturbé par les
guerres, empêchant la formation et l?agrandissement des familles: en 1915-1918,
il a plongé à un niveau très inférieur (1,6) à celui de la descendance finale des
générations correspondantes (2,1). La paix revenue, il s?est ensuivi un vif rat-
trapage de la natalité, le nombre moyen d?enfants s?élevant à 2,7 en 1920 et à 3,0
en 1947. Porté par le baby-boom, il est resté supérieur à 2,5 jusqu?en 1971.
Quel sera le comportement des générationspostérieures à 1985 dans les
dix prochaines années? Une projection récente de divers scénarios d?évolution
de la fécondité par âge conclut à une baisse de la DF dans tous les scénarios
(Bouchet-Vallat et Toulemon, 2025). Pour la génération 1995, la DF pourrait
être comprise entre 1,60 et 1,94, contre plus de 2 actuellement.
Avec une DF légèrement supérieure à deux enfants par femme, la France
est le seul pays de l?UE dont le renouvellement est assuré jusqu?aux générations
du milieu des années 1980 (Breton etal., 2024). Dans plus de la moitié des pays
(16 sur 27), la DF de la génération1979 sera inférieure à 1,7enfant. La situation
actuelle est le prolongement d?une lente érosion de la fécondité, amorcée avec
les générations 1940 et 1950. Aucun pays n?a enregistré de remontée signifi-
cative dans les générations suivantes.
IV. Une forte poussée d?infécondité conjuguée à une stabilité
de la probabilité d?avoir un deuxième enfant
Une autre particularité historique de la fécondité française est la faible pro-
portion de femmes sans enfant. Si la fécondité en France reste proche du niveau
de remplacement des générations, c?est aussi dû à des naissances de rang3 et
plus, plus fréquentes qu?ailleurs. La décomposition de l?indice conjoncturel en
fonction du rang des naissances est donc instructive sur la possible persistance
de ce modèle français(6) (figure 5).
(5) On représente ces deux indices sur une même figure en décalant la valeur de la DF du nombre
d?années correspondant à l?âge moyen à la maternité. Ainsi le niveau de la DF de la génération 1885
ayant eu ses enfants en moyenne à 28ans, est placé à l?endroit de l?ICF de l?année1913.
(6) Les statistiques d?état civil selon le rang de naissance des enfants n?étant pas fiables, la décompo-
sition par rang est effectuée selon la méthode dite du décompte des enfants au foyer, âgés de moins
de 1an lors des recensements. Grâce aux estimations ainsi faites par l?Insee et mises à disposition
sur le site d?Eurostat, nous avons prolongé jusqu?à l?année2023 les résultats antérieurs produits par
divers auteurs (récapitulés dans Breton etal., 2019).
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
69
Ces statistiques permettent de calculer une probabilité annuelle théorique
de n?avoir aucun enfant suivant l?hypothèse selon laquelle les femmes auraient,
tout au long de leur vie féconde, les mêmes comportements que ceux observés
l?année donnée dans trente-cinq générations d?âges féconds successifs(7). Dans
la génération fictive de 2023, 73% des femmes de 15 à 50ans ont au moins un
enfant (a0), ce qui signifie que 27% de femmes n?auraient pas d?enfant (tableau2a).
L?infécondité «du moment» a doublé puisque cette proportion n?atteignait que
14% en 2012. Une fois le premier enfant né, la fréquence d?un deuxième enfant
(de rang2, a1) est assez stable comparée à la probabilité d?avoir un tout premier
enfant (a0): environ huit mères d?un premier enfant sur dix, auraient un deu-
xième enfant (79% en 1998, 82% en 2012, 78% en 2023). Le passage à une
famille encore plus grande a également bien résisté: l?arrivée d?un troisième
enfant (a2) est plus fréquente en 2023 (41%) qu?en 2004 (37%). Un autre élé-
ment à prendre en compte est la quasi-stabilité, entre 2013 et 2023, des
(7) Cependant, cette probabilité est particulièrement sensible aux «effets de calendrier» (arrivée
plus tardive du premier enfant) et pronostique donc mal l?infécondité des générations futures. En
effet, les femmes devenues mères pour la première fois en 2023 appartiennent à une trentaine de
générations, chacune ayant avancé différemment dans son parcours fécond. Les plus âgées ont eu
leurs enfants tôt, elles ont donc déjà eu leur premier enfant et sont peu nombreuses à en mettre un
au monde désormais. Les plus jeunes, au contraire, retardent davantage leur entrée en maternité. Il
en résulte un déficit de naissances de rang1.
X. Thierry
70
Figure5. Décomposition de l?indice conjoncturel selon le rang de naissance
France hexagonale
France entière
Années
1,4
1,2
1,0
0,8
0,6
0,4
0,2
1998 20052000 2015 20232010 2020
Nombre moyen d?enfants d?un rang donné
2,2
2,0
1,8
1,6
1,4
1,2
1,0
Nombre moyen d?enfants par femme
Indice conjoncturel
de fécondité
Rang 1
Rang 2
Rang 3 et +
Sources: 1998 à 2010 (Davie et Niel, 2012), 2012-2016 (Breton, 2019), 2014 à 2023 (calculs de l?auteur).
intervalles intergénésiques (délai entre naissances), alors que l?âge au premier
enfant a glissé de +0,8an (Pointet, 2025). C?est donc plutôt vers la fécondité
de rang1 qu?il faut se tourner pour comprendre les ressorts de la baisse
générale.
La stabilité de la probabilité d?avoir un deuxième enfant a pour corollaire
une proportion constante de femmes mères d?un enfant unique (17% en 1998,
16% en 2012 et 2023) (tableau2b). Avoir deux enfants est la situation la plus
fréquente (33% des femmes en 2023) mais cette proportion a baissé (43% des
femmes en 2012). En 2023, les femmes sont, pour près d?un quart d?entre elles
(23%), mères d?au moins trois enfants. Elles sont certes désormais moins
nombreuses que les femmes sans enfant (27%), mais leur part baisse relative-
ment peu (25 % en 2004).
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
71
Tableau2a. Probabilité d?avoir un premier enfant
ou un enfant supplémentaire (pour 100 femmes)
Année 1998 2004 2012 2014 2017 2020 2023
Premier enfant (a0) 77 85 86 86 82 78 73
Deuxième enfant (a1) 79 79 82 82 81 81 78
Troisième enfant (a2) 42 37 39 41 41 42 41
Quatrième enfant (a3) ? ? ? 48 49 50 57
Notes: Les indices présentés ici découlent des composantes de la fécondité par rang (figure 5). Ainsi la proba-
bilitéa0 est la division de la composante de rang1 par la composante de rang0; la probabilitéa1 est la division
de la composante de rang2 par la composante de rang1.
Champ: France hexagonale jusqu?en 2012, France entière à partir de 2014.
Sources: Insee, état civil et recensement ; calculs de l?auteur.
Tableau 2b. Répartition des femmes selon le nombre d?enfants (en %)
Année 1998 2004 2012 2014 2017 2020 2023
Sans enfant 23 15 14 14 18 22 27
Un enfant 17 18 16 15 16 15 16
Deux enfants 35 42 43 42 39 36 33
Trois enfants ou plus 26 25 28 29 27 27 23
Total 100 100 100 100 100 100 100
Lecture: En 2023, 73% des femmes de 15-49ans auraient un premier enfant si elles se conformaient tout au
long de leur vie aux comportements du moment; 78% des mères d?un premier enfant en auraient un deuxième
(a1), 41% des mères de deux enfants en auraient un troisième (a2).
Notes: La répartition des femmes selon le nombre d?enfants est la combinaison de ces probabilités. Ainsi, on
obtient la part des femmes ayant deux enfants exactement en multipliant la probabilité d?avoir un premier enfant
par celle d?en avoir un deuxième, ainsi que par la probabilité de ne pas avoir un troisième enfant (ne pas avoir de
troisième enfant) : a0 ×a1 ×(1?a2).
Champ: France hexagonale jusqu?en 2012, France entière à partir de 2014.
Sources: 1998 à 2004 (Davie et Niel, 2012) ; 2012 (Breton 2019) ; 2014 à 2023 (calculs de l?auteur d?après des
données Eurostat).
V.Les couples vivant ou déménageant
en zones moins densément peuplées ont plus d?enfants
Les écarts de fécondité entre départements se sont accrus durant les quinze
dernières années, alors qu?ils convergeaient depuis la fin du baby-boom (Aerts,
2013)(8). Les départements à plus faible fécondité en 2024 sont la Corse du Sud
(1,13enfant par femme) et Paris (1,26), ceux où elle est le plus élevée (hors
outre-mer) sont la Seine-Saint-Denis et le Val-d?Oise (2,02enfants par femme).
Aux deux extrêmes se trouvent donc des départements urbains.
En réalité, il faut dépasser cet échelon administratif pour constater que la
fécondité en milieu rural est toujours supérieure à celle des espaces urbains(9).
Plus qu?elle ne révèle une franche opposition ville/campagne, la fécondité varie
graduellement selon l?éloignement du centre des pôles urbains importants
(Daguet, 2021). Il en va ainsi pour trois raisons(10):
1. Des différences dans la composition sociodémographique (les jeunes
adultes, étudiants ou en début de vie active sont proportionnellement
surreprésentés en ville) (Kulu et Washbrook, 2014).
2. Des effets de contextes (les conditions de vie urbaine sont moins
favorables à la réalisation des intentions de fécondité, notamment en
raison de plus grandes aspirations et opportunités professionnelles
des femmes) (Riederer et Buber-Ennser, 2019).
3. Des mécanismes de sélection (les couples avec enfant vivant dans les
zones très denses tendent à déménager pour un logement plus grand
et moins coûteux dans les couronnes)(11).
Sur la base des données millésimées 2021, les femmes des communes les
plus rurales ont 0,23enfant de plus que celles des grands centres urbains (et
trois ans plus tôt), mais seulement 0,13 de plus que celles des ceintures ou
centres urbains intermédiaires (deux ans plus tôt)(12).
(8) Le coefficient de variation des cent indices départementaux est passé de 10,1 % en 2010 à 13,3 %
en 2024.
(9) Je remercie Charline Maltat (université de Strasbourg) qui a réalisé l?ensemble des traitements
statistiques dont les résultats sont exposés ci-après.
(10) Pour plus de détails sur ces trois hypothèses, lire Riederer et Beaujouan, 2024; Kulu et Boyle,
2009; ainsi que Lutz etal., 2006.
(11) Afin de limiter en partie ce biais, on calcule les indices de fécondité correspondant au lieu de
résidence des femmes au 1erjanvier de l?année précédente (par exemple au 01/01/2022 pour l?enquête
annuelle de mars2023), de manière à prendre en compte un éventuel déménagement dans la période
qui entoure l?arrivée de l?enfant, puisque la méthode d?estimation indirecte de la fécondité ici mise
en oeuvre («décompte des enfants au foyer») comptabilise les enfants jusqu?à 12mois (nés entre le
01/03/n-1 et le 01/03/n).
(12) La distinction entre rural et urbain repose sur la grille communale de densité (https://www.
insee.fr/fr/information/8571524) qui, partant d?un découpage territorial à l?échelle de carreaux de
1km2, caractérise en sept modalités le degré de densité de chaque commune (D?Alessandro etal.,
2021) (voir encadré dans la vue d?ensemble de cette conjoncture par Barbieri, 2025).
X. Thierry
72
https://www.insee.fr/fr/information/8571524
https://www.insee.fr/fr/information/8571524
Le recul de la fécondité ces dernières années a-t-il eu lieu au même rythme
dans tous les territoires? Entre 2014 et 2021, la baisse a été un peu plus forte
dans les petites villes (?13%), les centres de densité intermédiaire et les grands
centres urbains (?11%), que dans les ceintures urbaines (?8%) et en milieu
rural (?8%) (figure 6). Partout, le calendrier de la fécondité est reporté à des
âges plus avancés (hausse de 8mois de l?âge moyen à la maternité dans les
grands centres urbains, hausse de 5mois dans les communes rurales).
Les niveaux de fécondité sont associés à la mobilité résidentielle des parents
au cours des douze derniers mois (figure 7). Pour ceux qui ont quitté un grand
centre urbain au profit d?un espace un peu moins dense (urbain intermédiaire
ou rural périurbain), la fécondité a augmenté d?un peu plus de 30%. Il en va
de même pour ceux qui habitaient initialement un centre urbain intermédiaire
et sont partis vivre dans un espace rural non périurbain (+31%). À l?inverse,
la fécondité des femmes rurales ayant effectué une mobilité vers un espace plus
dense est moindre que celles qui y vivent toujours (?49% pour une transition
du rural périurbain vers l?urbain dense). Ce fort lien entre ces deux phénomènes
pourrait s?être renforcé durant les années post-Covid-19, les migrations rési-
dentielles des adultes en âge de procréer vers les aires périurbaines moins
peuplées étant plus fréquentes en 2021 qu?en 2019 (Brutel, 2023).
Ces résultats épousent une approche dite «catégorielle» qui distingue
des types d?espaces (plus ou moins ruraux/urbains), quelle que soit leur loca-
lisation géographique. Pour une meilleure compréhension de la réalité des
territoires, il est possible d?adopter une autre approche, dite «nominale», afin
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
73
Figure6. Fécondité (ICF) selon le degré de densité en2014 et2021
2014 20212,00
2,10
1,50
1,60
1,70
1,80
1,90
29 30 31 32 33
Nombre d'enfants par femme (ICF)
Âge moyen à la maternité
Petites villes
Grands centres urbains
Ceintures urbaines
Centres urbains intermédiaires
Rural à habitat
très dispersé
Rural à
habitat
dispersé Bourgs
ruraux
Notes: L?ICF est mesuré sur le lieu de résidence au 1erjanvier de l?année précédant celle du recensement
et avec la méthode de décompte des enfants au foyer (Tomkinson et Breton, 2016; Breton etal., 2020).
Lemillésime 2014 inclut les cinq enquêtes de recensement 2012-2016;
le millésime 2021 inclut les enquêtes 2018-2020, 2022 et 2023.
Champ: France (hors Mayotte).
Source: Insee, recensement de la population 2021.
de décrire les variations locales de fécondité ciblant des lieux nommément
désignés, en ville (sélection des grandes agglomérations) et à la campagne
(cantons ruraux).
VI.La fécondité des cantons ruraux
et des grandes agglomérations: des réalités plurielles
La fécondité rurale est examinée à l?échelon cantonal(13). Un canton est consi-
déré comme rural si l?ensemble de ses communes constitutives le sont(14). Les
indices de fécondité des cantons ruraux sont plus contrastés que les indices
des cantons plus urbains. Il n?existe donc pas un mode de vie rural qui inspi-
rerait un type de fécondité uniforme sur le territoire. La cartographie révèle
une mosaïque désordonnée, sans cohérence régionale, de basse et haute fécon-
dité entre cantons proches. À cheval sur plusieurs départements, six amas
d?une dizaine de cantons contigus où la fécondité est d?au moins 2enfants par
femme, sont néanmoins repérables. Ils sont situés en Champagne, en Lorraine,
(13) À la différence du canton, le «canton-ou-ville» (ou pseudo-canton) est un regroupement d?une
ou plusieurs communes entières. La taille moyenne est de 25000habitants.
(14) Parmi les 2028 cantons du territoire national, 623 sont ruraux.
X. Thierry
74
Figure7. Indice relatif de fécondité selon le type de mobilité
au cours des douze derniers mois (2021)
1,60
1,40
1,00
0,80
0,20
0,40
0,60
Indice relatif de fécondité
OrigineUrbain intermédiaireUrbain dense Rural périurbain Rural non-périurbain
Des
tin
at
ion
Urb
ain
d
en
se
(r
éf
.)
Urb
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ba
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(ré
f.)
Ru
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on
-p
ér
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ba
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Urb
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d
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se
Urb
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te
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éd
iai
re
Ru
ra
l p
ér
iur
ba
in
Ru
ra
l n
on
-p
ér
iur
ba
in
(ré
f.)
Lecture: La fécondité différentielle des femmes qui vivaient en centre urbain dense au 1erjanvier de l?année
précédant le recensement et qui ont déménagé en centre urbain de densité intermédiaire, est supérieure de
+35% à celle des sédentaires (habitant le même type d?espace au cours des 12derniers mois). La fécondité
de ces dernières (groupe de référence) est indiquée par un point rouge correspondant à une valeur égale à1.
Champ: France (hors Mayotte).
Source: Insee, recensement de la population 2021.
au sud de la Normandie, au sud du Bassin parisien, et au nord et au sud de
l?Auvergne. Ces petits territoires sont localisés sur la carte par les villes moyennes
alentours (figure 8). Ils se superposent à la «diagonale du vide» (espaces peu
peuplés) traversant la France du sud-ouest au nord-est (Oliveau et Doignon,
2016). Des études monographiques seraient nécessaires pour comprendre ce
qui se joue dans ces territoires singuliers.
La fécondité urbaine est examinée pour chaque agglomération d?au moins
200000habitants (aire d?attraction des villes, voir encadré dans la vue d?en-
semble de cette conjoncture par Barbieri, 2025). Les disparités de fécondité
entre les cinquante-huit agglomérations de cette taille sont très grandes mais
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
75
Figure8. Fécondité dans les cantons ruraux (2021)
Départements : Cher,
Loir-et-Cher, Nièvre, Yonne
Villes environnantes : Blois,
Vierzon, Nevers, Auxerre
ICF = 2,30
Départements : Allier,
Creuse, Indre, Loire,
Puy-de-Dôme
Villes environnantes :
Montluçon, Moulins, Vichy,
Châteauroux, Mâcon
ICF = 2,27
Départements : Haute-Loire,
Lozère
Villes environnantes : Saint-Flour,
Mende, Puy-en-Velay,
ICF = 2,36
Départements :
Haute-Marne, Haute-Saône
Villes environnantes :
Chaumont, Vesoul
ICF = 2,46
Aisne, Ardennes, Marne, Meuse
Villes environnantes : Soissons,
Reims, Charleville-Mézières,Verdun
ICF = 2,29
Départements : Manche, Calvados, Orne
Villes environnantes : Saint-Lô, Vire,
Flers, Argentan, Alençon
ICF = 2,27
ICF rural
3,7
2,0
1,6
0,3
Discrétisation en quantiles
*Un canton rural est un canton dont toutes les communes sont rurales. Les cantons blancs ne sont pas ruraux.
Note : Les espaces entourés en rouge correspondent à des groupes d?une dizaine cantons contigus où la
fécondité excède deux enfants par femme. Les points rouges indiquent les villes moyennes voisines de ces
cantons, de manière à situer ces petits territoires ruraux (sans dénomination officielle).
Source : Insee, recensement de la population 2021.
elles ne sont pas corrélées à la proportion d?immigrés. Les cinq agglomérations
les moins fécondes sont Bayonne (1,40 enfant par femme), au dernier rang,
précédée de Metz, Dijon, Nancy (1,42) et Poitiers (1,43). Les cinq agglomérations
les plus fécondes sont Saint-Pierre de la Réunion (1,99) au premier rang, suivie
du Mans (1,96), Saint-Denis de la Réunion (1,89), Dunkerque (1,86) et Le Havre
(1,82). Comme pour la fécondité rurale, la fécondité urbaine ne se résume pas
en une valeur moyenne (tableau3).
Outre cet indice général, deux mesures ont été calculées dans des sous-
groupes, d?une part chez les femmes nées dans le reste de l?espace français et
venues vivre dans l?agglomération considérée («entrantes»), d?autre part chez
les femmes nées dans l?agglomération, puis parties vivre ailleurs en France
X. Thierry
76
Tableau3. Fécondité dans les grandes aires urbaines
et degré d?attractivité familiale (2021)
Rang(1) Commune-centre
Indice général de
fécondité(2)
Écart de fécondité
(entrantes ? sortantes)
Groupe A1 : aires attractives
28 Annecy 1,68 0,21
11 Avignon 1,74 0,38
4 Dunkerque 1,86 0,33
51 Lausanne* 1,47 0,27
2 Le Mans 1,96 0,34
7 Lens ? Liévin 1,81 0,26
22 Luxembourg* 1,70 0,29
6 Nîmes 1,81 0,22
21 Pau 1,70 0,29
31 Troyes 1,67 0,21
9 Valenciennes* 1,77 0,33
Groupe A2 : aires plutôt attractives
13 Annemasse* 1,73 0,14
30 Brest 1,68 0,03
38 Caen 1,63 0,08
16 Chambéry 1,71 0,07
20 Clermont-Ferrand 1,70 0,09
43 La Rochelle 1,55 0,16
25 Lorient 1,69 0,09
23 Mulhouse 1,70 0,15
17 Nantes 1,71 0,04
10 Orléans 1,76 0,02
32 Perpignan 1,67 0,10
34 Reims 1,66 0,02
12 Saint-Nazaire 1,73 0,14
39 Toulon 1,61 0,05
27 Valence 1,69 0,05
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
77
Tableau3 (suite). Fécondité des grandes aires urbaines
et degré d?attractivité familiale (2021)
Rang(1) Commune-centre
Indice général de
fécondité(2)
Écart de fécondité
(entrantes ?sortantes)
Groupe B1 : aires non attractives
36 Angers 1,65 ?0,20
53 Besançon 1,44 ?0,23
49 Fort-de-France 1,49 ?0,22
5 Le Havre 1,82 ?0,39
35 Limoges 1,65 ?0,23
48 Montpellier 1,50 ?0,30
55 Nancy 1,42 ?0,20
54 Poitiers 1,43 ?0,29
3 Saint-Denis (La Réunion) 1,89 ?0,21
26 Saint-Louis (Bâle)* 1,69 ?0,31
Groupe B2 : aires plutôt non attractives
33 Aix-Marseille 1,67 ?0,03
19 Amiens 1,71 ?0,07
58 Bayonne* 1,40 ?0,05
52 Bordeaux 1,45 ?0,15
40 Cannes ? Antibes 1,60 ?0,06
56 Dijon 1,42 ?0,06
37 Grenoble 1,64 ?0,18
44 Les Abymes 1,53 ?0,18
14 Lille 1,72 ?0,14
24 Lyon 1,69 ?0,11
57 Metz 1,42 ?0,04
41 Nice 1,57 ?0,18
29 Paris 1,68 ?0,04
50 Quimper 1,48 ?0,16
42 Rennes 1,56 ?0,11
18 Rouen 1,71 ?0,07
15 Saint-Brieuc 1,72 ?0,12
8 Saint-Étienne 1,80 ?0,01
1 Saint-Pierre (La Réunion) 1,99 ?0,06
46 Strasbourg* 1,50 ?0,11
47 Toulouse 1,50 ?0,09
45 Tours 1,52 ?0,03
(1) Classement décroissant du nombre moyen d?enfants par femme dans les cinquante-huit grandes aires. Engras:
agglomérations les plus ou les moins fécondes du classement.
(2) La fécondité est exprimée en nombre moyen d?enfants par femme, le lieu de résidence retenu étant celui au
1erjanvier de l?année précédant celle du recensement.
* Aire à cheval sur une frontière avec un pays limitrophe.
Notes: Le degré d?attractivité est déduit de l?écart (en valeur absolue) de fécondité entre les femmes «entrantes»
et les femmes «sortantes»: une aire est considérée comme attractive si la fécondité des entrantes est supérieure
à celle des sortantes, et comme non attractive dans le cas inverse.
Entrantes: femmes nées ailleurs (en France) que dans l?agglomération et y vivant l?année précédant le recensement.
Sortantes : femmes nées dans l?agglomération et vivant ailleurs en France.
Champ: France (hors Mayotte), aires d?au moins 200000habitants.
Source: Insee, recensement de la population 2021.
(«sortantes»)(15). L?écart de fécondité entre ces deux sous-groupes permet de
catégoriser les agglomérations comme suit:
? lorsque les «entrantes» ont une fécondité (significativement) supérieure
aux «sortantes», l?aire est considérée comme «familialement attractive»
(au seuil d?un écart d?au moins 0,2enfant) (groupe A1);
? lorsque les «sortantes» ont une fécondité supérieure à celles des
«entrantes», l?aire est considérée comme non attractive (également au
seuil de 0,2) (groupeB1);
? lorsque l?écart de fécondité entre les deux groupes est faible, l?aire est
considérée comme plutôt attractive (intervalle compris entre 0 et +0,2
enfant en faveur des entrantes) (groupeA2), ou plutôt pas attractive
(entre ?0,2 et 0) (groupeB2).
Cette classification des parcours individuels de mobilité résidentielle entre
la naissance de la femme et la mise au monde d?un enfant n?indique pas un
lien strict de causalité de la mobilité sur les comportements féconds, la femme
ayant pu entrer dans l?agglomération ou en sortir bien avant l?âge fécond (sans
qu?il soit possible de dater l?année de la mobilité). De plus, les raisons de l?ins-
tallation dans l?agglomération ou de départ à l?âge adulte sont inconnues et
peuvent être sans rapport avec des logiques familiales. Enfin, la méthode
d?estimation de la fécondité à partir du recensement souffre de biais (sous-
déclaration des très jeunes enfants) qui peuvent varier d?une zone à l?autre
(Davie et Mazuy, 2010). Cette comparaison des niveaux de fécondité des
entrantes et des sortantes fait apparaître des situations socio-économiques
locales contrastées entre les groupesA1 etB1 qui mériteraient d?être dévelop-
pées dans des études ultérieures.
Les agglomérations les plus typiques (des groupesA1 etB1, signalées en
rouge foncé sur la carte) sont situées dans diverses régions de France et sont de
toutes dimensions (figure 9). Il n?y a donc ni logique régionale, ni effet de seuil.
Dans les onze agglomérations du groupeA1 («attractif») (1,74enfant par
femme en moyenne), la fécondité des entrantes est de 1,82enfant, tandis que
les sortantes en ont 1,54 (écart de 0,28). Deux agglomérations sont situées à
proximité du Luxembourg et de la Suisse. La «sur-fécondité» des entrantes
peut être recherchée du côté des couples de travailleurs frontaliers. Dans ce
groupe, se trouvent aussi Le Mans et Dunkerque, respectivement aux 2eet
4erangs du classement général des agglomérations.
Dans les dix agglomérations du groupeB1 («non attractif») (1,60enfant/
femme en moyenne), les entrantes ont une fécondité plus faible (1,43) que les
sortantes (1,69), soit un écart de ?0,26. Ces agglomérations sont de taille un
peu plus importante que celles du groupeA1. Deux sont en outre-mer
(15) Les femmes nées et vivant toujours dans l?agglomération considérée, ainsi que les immigrées
(nées à l?étranger) venues y vivre, constituent les deux sous-groupes complémentaires. Leur fécondité
propre n?entre pas en ligne de compte dans l?analyse.
X. Thierry
78
(Fort-de-France et Saint-Denis), ce qui est révélateur de la sélectivité des
migrations depuis et vers l?Hexagone (les femmes quittant l?outre-mer et celles
venant y vivre n?ont pas les mêmes caractéristiques), quoique dans un sens
inattendu(16). Dans ce groupe se trouvent aussi Poitiers et Nancy, respectivement
(16) On observe une fécondité accrue des natives ayant quitté l?île, alors que ce sont généralement
les natives les plus diplômées ?donc apriori les moins fécondes? qui émigrent relativement plus
souvent (Lottin etal., 2023).
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
79
Figure9. Fécondité dans les grandes aires urbaines (2021)
Groupe A1 : aire attractive
Groupe A2 : aire plutôt attractive
Groupe B1 : aire non attractive
Groupe B2 : aire plutôt pas attractive
4
22
31
97
51
6 11
21
2
28
38
30
25
10
12 17
43
23
13
16
39
32
27
34
20
5
36
54
35
48
53
26
55
14
19
18
45
29
50
15
42
52
58
3347 40
41
37
8
56
46
57
24
Paris
Rennes
Lyon
Perpignan
Orléans
Lorient
Brest
Chambéry
Annecy
Avignon
Lausanne
Valenciennes
Poitiers
Bayonne
Bordeaux
Dijon
Metz
Le Havre
Montpellier
La Rochelle
Saint-Nazaire
Annemasse
Lens ? Liévin
Nîmes
Pau Aix ? Marseille Cannes?
Antibes
Lille
Grenoble
Strasbourg
Amiens
Tours
Saint-Brieuc
Quimper
Toulouse
Rouen Luxembourg
Besançon
Saint-Louis
(Bâle)
Mulhouse
Saint-Étienne
Angers
Limoges
Toulon
Nantes
Caen
Valence
Le Mans
Nancy
Nice
Reims
Clermont-Ferrand
Dunkerque
Troyes
Lecture : Les chiffres correspondent au classement décroissant de l?indicateur conjoncturel de fécondité (ICF)
dans les 58 plus grandes aires d?attraction des villes. Ainsi la fécondité générale dans l?aire du Mans est parmi
les plus élevées en France (2erang) et peut être considérée comme une aire attractive. À l?opposé, l?aire de
Nancy présente une fécondité parmi les plus faibles (55e rang) et semble non attractive. Les valeurs de l?ICF
figurent dans le tableau3 (1,96enfant par femme dans l?aire du Mans et 1,42dans l?aire de Nancy).
Champ : Aires d?au moins 200 000 habitants.
Source : Insee, recensement de la population 2021.
aux 54eet 55erangs du classement général, ainsi que Le Havre malgré un
niveau de fécondité relative élevé (5erang).
La distinction entre agglomérations des groupes A2 («plutôt attractives»)
et B2 («plutôt non attractives») doit être nuancée car l?écart moyen de fécondité
entre «entrantes» et «sortantes» est proche de zéro (+0,06 enfant dans le
premier groupe et ?0,09 dans le second). La fécondité totale est logiquement
un peu plus élevée dans les agglomérations du groupeA2 (1,68) que dans celles
du groupeB2 (1,60). Au sein des agglomérations nettement classées comme
«plutôt attractives» (groupeA2), les plus fécondes sont Annemasse et Saint-
Nazaire (1,73) et Mulhouse (1,70). Sont classées comme «plutôt non attractives»
(groupeB2), les agglomérations de plus d?un million d?habitants (Aix-Marseille,
Bordeaux, Lille, Lyon, Paris, Toulouse), qui ont un faible niveau d?attractivité
(néanmoins, l?écart de fécondité entrantes/sortantes à Aix-Marseille et Paris
est peu marqué). Toujours dans ce groupeB2, les agglomérations de plus petite
taille et nettement peu attractives, telles que Toulouse et Bordeaux, enregistrent
de très faibles taux de fécondité (respectivement classées aux 47eet 52erangs
avec 1,50 et 1,45enfant par femme).
Au total, les taux de fécondité observés en 2021 dans les grandes agglo-
mérations de l?Hexagone se situent dans un intervalle compris entre 1,40 et
1,96 enfant par femme (soit un écart de 0,56). En comparaison, l?écart moyen
de fécondité entre les communes les plus rurales et les centres urbains les plus
denses est de seulement 0,23enfant par femme.
Dans l?ensemble, cette analyse territoriale fait ressortir deux choses: d?une
part, les niveaux de fécondité des grandes agglomérations urbaines varient
d?un endroit à l?autre, sans logique géographique hexagonale du Nord au Sud
ou d?Est en Ouest (certaines agglomérations étant manifestement plus attrac-
tives que d?autres pour des couples voulant avoir plusieurs enfants); d?autre
part, certains cantons ruraux se démarquent par rapport à leurs voisins (les
raisons de l?existence de ces «poches de surfécondité» n?ayant pu être inter-
prétées par cette recherche). La mise à jour de ces contextes localisés met à
mal la dichotomie entre rural et urbain. Les déterminants classiques de la
fécondité (âge, période, cohorte; éducation, emploi; situation de couple,
monoparentale?) nécessitent l?examen d?autres facteurs (politiques locales de
logement et d?accueil de la petite enfance; normes parentales localisées;
ambiances résidentielles; arbitrages relatifs au logement, à l?emploi, à la qualité
de vie; trajectoires résidentielles familiales?). Élucider les raisons pour les-
quelles certains territoires, même petits et isolés, demeurent plus féconds, peut
aider à identifier des leviers d?action, enjeux pour les politiques publiques.
X. Thierry
80
Conclusion
Le passage de la fécondité française en dessous du seuil de renouvellement des
générations est inexorable. Ses implications démographiques sont cruciales
(quoique moindres qu?ailleurs) mais les choix procréatifs des individus ne sont
pas contestables et doivent être respectés (Sbaihi, 2024 ; Zerzan, 2025). Ces
évolutions sont liées à des changements de comportements (nouvelles façons
de faire couple, rejet des normes procréatives imposées aux femmes), combinés
à des transformations sociales (proportion accrue de diplômés du supérieur,
crises du logement et de l?emploi) (Damon, 2024). La baisse de la fécondité
traverse indifféremment l?ensemble des couches de la société: elle s?est effectuée
avec la même force dans les familles à revenus intermédiaires (les moins
fécondes) comme dans les plus modestes ou les plus fortunées (les plus fécondes)
(Reynaud, 2002). L?écart de fécondité entre villes et campagnes est de même
ordre de grandeur que le gradient social, et aucun niveau géographique n?est
épargné. Ces contrastes internes à la société française sont, au fond, aussi
marqués que ceux qui distinguent les pays européens entre eux. Les politiques
publiques et les aides des entreprises pour aider les couples à avoir le nombre
d?enfants souhaités, et seulement ceux-ci, doivent donc s?inscrire dans une
réflexion de la société tout entière.
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
81
référeNces
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Note de conjoncture2025
Avorter en centres urbains,
en petites villes, en ruralité:
une offre et une accessibilité différenciées
Clémence braCq*?, Élodie baril* et Magali mazuy*
Résumé
En 2024, 260 000 avortements (interruptions médicales ?IMG? et volontaires ?IVG ?
de grossesse) ont été pratiqués en France, soit 8 000IVG de plus qu?en 2023 et 700IMG
de moins. Les IVG sont de plus en plus réalisées par méthode médicamenteuse (80 %)
et en cabinet libéral (44 %). Pour la première fois, la majorité des IVG en cabinet
libéral ont été effectuées par une sage-femme. Dans les grands centres urbains,
l?offre de prise en charge en termes de méthode, lieu et professionnel est relativement
diversifiée. Ce n?est pas le cas dans toutes les autres communes, notamment rurales.
L?augmentation des effectifs de sages-femmes habilitées permet toutefois un accès
grandissant à l?IVG médicamenteuse dans les zones rurales : elles y sont plus présentes
en libéral que les médecins et leur lieu d?exercice est plus proche du domicile des
femmes. Les établissements de santé restent toutefois des maillons essentiels de
l?offre de soins : les IVG après neuf semaines d?aménorrhée y sont réalisées. Cependant,
la répartition sur le territoire des établissements réalisant des IVG chirurgicales,
afortiori en fin de délai légal ou sous anesthésie locale, est inégale et, par conséquent,
les durées de trajet pour ces IVG sont plus longues. Sil?avortement est réalisable
partout, le champ des possibles en termes de méthodes, professionnels et lieux est
toutefois assez hétérogène selon la commune concernée.
Mots-clés
avortement, accès aux soins, espaces ruraux, espaces urbains, méthodes d?IVG,
sages-femmes, santé sexuelle, conjoncture démographique
I. 260 000 avortements, IVG et IMG, en France en 2024
En 2024, près de 252 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été
pratiquées en France, soit 8 000 de plus que l?année précédente, dont 233 000en
* Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
? Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Courriel: clemence.bracq@ined.fr
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0007
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution - Pas d'Utilisation
Commerciale - Pas de Modification 4.0
International (CC BY-NC-ND)
France hexagonale (tableau annexe A.6(1)). Le taux de recours était de 17,3IVG
pour 1 000 femmes de 15 à 49ans, contre 16,8? en 2023. Les naissances
étant toujours en baisse, le ratio IVG/naissances augmente également: en 2024,
on décomptait près de 38IVG pour 100naissances contre 36 en 2023(2).
Pour ce qui est des interruptions médicales de grossesse (IMG(3)), la baisse
observée depuis 2021 perdure: 7 700IMG ont été pratiquées en 2024 contre8 400
l?année précédente, soit un taux de recours passant de 5,8 à 5,3? et un ratio
IMG/naissance passant de 12,4 à 11,3?.
Ainsi, les évolutions constatées ces trois dernières années, à la hausse pour
les IVG et à la baisse pour les IMG, se prolongent (Breton etal., 2024), venant
rompre une tendance de long terme à la stabilité.
II. Prédominance de la méthode médicamenteuse,
progression de l?IVG en cabinet libéral
1. Quatre IVG sur cinq sont médicamenteuses
L?augmentation des IVG médicamenteuses persiste. Cette méthode a concerné
plus de quatre IVG sur cinq en 2024 (80,1%). En établissement de santé, 63,4%
des IVG ont été réalisées par médicament. Les IVG réalisées en établissement
le sont en quasi-totalité dans le secteur public, les établissements privés en
réalisant de moins en moins: 3,8% en 2024 contre 4,6% en 2023 (la part est
double pour les IMG, avec près de 8%). Parmi les IVG chirurgicales, la pro-
portion d?anesthésie locale diminue elle aussi, passant de 17,2% en 2023 à
16,3% en 2024.
Ainsi, les méthodes de prise en charge de l?IVG tendent à perdre en diver-
sité, ce qui contraint les possibilités de choix pour les personnes concernées.
2. Les sages-femmes pratiquent davantage d?IVG que les médecins
Si les établissements de santé restent le lieu principal de prise en charge, les
IVG sont de plus en plus réalisées en cabinet libéral: 44,3% en 2024 contre
41,1% en 2023.
Au sein de ces espaces, les sages-femmes en réalisent de plus en plus:
56 000 en 2024 contre 46 000 en 2023. Pour la première fois en 2024, les sages-
femmes ont réalisé davantage d?IVG que les médecins libéraux, généralistes et
gynécologues confondus. Cette profession (re)devient ainsi un acteur central
du travail abortif (Borel, 2023), neuf ans après leur autorisation de pratiquer
(1) Les annexes sont disponibles sur : http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
(2) Cette année, une modification dans le calcul des reprises d?IVG a été mise en place (voir annexeA1).
(3) Avortement thérapeutique réalisé sans condition de délai sur avis médical relatif au danger que
représente la grossesse pour la santé de la femme ou s?il existe une forte probabilité que l?enfant à
naître soit atteint d?une affection grave.
C. BraCq et al.
86
des IVG en cabinet libéral(4). Dans la mesure où la division du travail entre
médecins et sages-femmes est marquée par l?opposition entre pathologie et
physiologie, notamment pour les accouchements(5), le fait que la plupart des
IVG soient réalisées par des sages-femmes transforme sans doute la manière
de considérer et d?accompagner l?IVG.
3. Des IVG en établissement public en milieu rural,
en cabinet libéral en milieu urbain
La prise en charge varie cependant grandement selon les types de communes.
Les grands centres urbains se caractérisent par une diversité de lieux, de pra-
ticiens et de méthodes de prise en charge: les IVG y sont le plus fréquemment
réalisées par méthode médicamenteuse en établissement public, puis en cabinet
libéral par des médecins, et enfin par des sages-femmes. La méthode chirur-
gicale concerne plus d?une IVG sur cinq en 2024 (tableau1). C?est dans les
grands centres urbains que le recours à l?anesthésie locale est le plus fréquent:
22% des IVG chirurgicales y sont réalisées sous anesthésie locale, contre 11%
dans les deux autres catégories urbaines de communes.
(4) Depuis la loi no2016-41 du 26janvier 2016 de modernisation du système de santé, les sages-
femmes peuvent réaliser des IVG médicamenteuses en cabinet libéral, douze ans après l?autorisation
pour les généralistes (2004) et quinze ans après celle pour les gynécologues (2001).
(5) La prise en charge des grossesses et des accouchements est réalisée le plus souvent par des sages-
femmes tant qu?ils ne sont pas considérés comme pathologiques (grossesse à risque, césarienne?),
auquel cas le suivi est réservé aux médecins gynécologues obstétriciens.
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
87
Tableau 1. Répartition des méthodes et des lieux de prise en charge
pour chaque catégorie de commune de résidence en 2024 (%)
Catégorie de
commune
Établissement public Établissement privé Cabinet libéral
Ensemble
Chirurgic. Médicam. Chirurgic. Médicam. Sage-femme
Gynécologue/
Généraliste
Grands centres
urbains 21,6 28,6 0,8 1,5 20,9 26,7 100*
Centres urbains
intermédiaires 14,5 31,7 0,8 1,6 27,4 24,1 100*
Ceintures
urbaines 19,1 37,8 1,0 2,0 22,5 17,7 100*
Petites villes 14,6 31,1 0,6 0,9 31,1 21,7 100
Bourgs ruraux 17,8 38,2 0,7 1,6 25,6 16,2 100*
Rural à habitat
dispersé 22,0 52,2 0,7 1,4 14,2 9,5 100
Rural à habitat
très dispersé 23,6 58,3 0,7 1,3 11,1 5,0 100
France entière 19,9 35,3 0,8 1,5 21,5 21,0 100
*La somme des arrondis est légèrement supérieure à 100,0.
Champ: France entière, hors NIR (numéro d?inscription au répertoire) fictifs (voir annexeA1: lorsque l?anonymat
est demandé, un NIR fictif est attribué), et un seul acte est inclus en cas de reprise d?IVG (deuxième IVG pour la
même femme dans les 64jours). Pour la grille de densité des catégories de communes, voir annexeA2.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices.
Les communes urbaines intermédiaires sont caractérisées par une part
importante d?IVG pratiquées en cabinet. Ces IVG, souvent appelées «IVG de
ville», sont effectivement plus fréquentes dans les communes urbaines. Dans
les petites villes, les IVG sont pratiquées en particulier par les sages-femmes,
qui y réalisent 31% du total des IVG, soit une quantité et une part équivalentes
à celles réalisées par méthode médicamenteuse dans les établissements publics
de ces petites villes (tableau1).
Dans les zones rurales, en particulier lorsque l?habitat est (très) dispersé,
la prise en charge s?effectue plus souvent en établissement, en particulier public.
Ainsi en 2024, 70,6% des IVG dans les zones rurales ont été effectuées en
établissement, dont 98% dans le public. L?importance des établissements est
encore plus marquée dans les zones rurales à habitat très dispersé: 83,9% des
IVG y sont réalisées, dont 98% dans le public (tableau1). Les hôpitaux publics
sont donc des acteurs majeurs des IVG dans les zones rurales, où l?offre de
soins est moins diversifiée.
Les téléconsultations continuent d?augmenter mais restent marginales:
moins de 1% du total. Elles sont, pour tous les types de communes, peu
fréquentes.
La pratique de l?anesthésie locale en cas d?IVG chirurgicale est très hété-
rogène: dans les centres réalisant un grand nombre d?IVG chirurgicales,
l?anesthésie locale est plus présente. Ces centres sont souvent concentrés dans
les grandes villes.
On observe également des disparités selon les départements: les établis-
sements réalisant des IVG sous anesthésie locale sont plus nombreux dans les
pays de la Loire, dans le département du Nord ou encore sur la côte méditer-
ranéenne, dans l?Est, en Guadeloupe (Basse-Terre), à la Réunion et à Mayotte
(figure1).
III. Disparités dans l?offre de soins et la distance d?accès
Les modes de prise en charge varient sur le territoire national et sont en partie
déterminés par l?offre de soins qui y est présente.
1. IVG en cabinet libéral: les sages-femmes plus présentes
que les médecins dans les zones rurales
Les 3 228 professionnels de santé pratiquant des IVG sont, pour plus de la
moitié (56%), des médecins. Cependant, ces derniers pratiquent moins d?IVG
que les sages-femmes. Pour restreindre l?analyse aux praticiens avec une activité
d?IVG régulière, le seuil de 12IVG par an, soit au moins une par mois en
moyenne, a été retenu (un praticien qui n?a pas d?activité d?IVG peut en réaliser
de manière occasionnelle). Ainsi, parmi les professionnels qui pratiquent
12IVG par an ou plus, les médecins sont minoritaires: 795 médecins contre
C. BraCq et al.
88
965 sages-femmes, soit 45 %. Ainsi, les communes comptant des médecins qui
effectuent des IVG deviennent plus éparses lorsqu?on fixe un seuil à 12IVG
par an (figure2), ce qui n?est pas le cas pour les sages-femmes (cartes2c et2d).
Les médecins sont majoritaires dans les communes appartenant à l?urbain
dense: 482 médecins y pratiquent au moins 12IVG par an contre 370sages-
femmes. À l?inverse, les sages-femmes sont trois fois plus nombreuses à réaliser
régulièrement des IVG dans les zones rurales (190 contre 58) en 2024.
Ces différences ne sont pas réductibles à des différences de démographie
médicale. En effet, les zones sans médecins ou sages-femmes réalisant des IVG
peuvent être à la fois des zones surdotées (en gris foncé) ou sous-dotées (en
gris clair) en professionnels de santé.
2. Une offre de soins à géométrie variable en établissement
Parmi l?ensemble des établissements de santé, seul 1 sur 5 réalise des IVG, soit
554 établissements. Ces derniers sont situés en majorité dans des grands centres
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
89
Figure1. Nombre d?IVG chirurgicales réalisées
et pratique de l?anesthésie locale dans les établissements en 2024
Au moins une IVG
dans l'année
sous anesthésie locale
Non
Oui
Nombre d?IVG chirurgicales
réalisées
250
500
750
1 000
1 250
Note: Établissements ayant réalisé au moins une IVG chirurgicale en 2024, que cette IVG soit considérée
ou non comme une reprise (deuxième IVG pour la même femme dans les 64jours),
ensemble des NIR (fictifs ou non).
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices; fond de carte Cartelette.
C. BraCq et al.
90
Figure2. Professionnels de santé réalisant des IVG en 2024
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
91
Figure2 (suite). Professionnels de santé réalisant des IVG en 2024
Note: professionnels de santé ayant réalisé au moins une IVG chirurgicale en 2024, que cette IVG soit
considérée ou non comme une reprise (deuxième IVG pour la même femme dans les 64 jours),
ensemble des NIR (fictifs ou non).
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices ; fond de carte Cartelette.
urbains ou dans des centres urbains intermédiaires: respectivement 227 et
213 (tableau 2). Seuls 8 établissements sont situés dans une commune rurale
à habitat dispersé, aucun dans une commune rurale à habitat très dispersé.
Parmi les 554 établissements, seuls 469 effectuent 12 IVG ou plus dans
l?année (soit plus d?une par mois). Parmi ces derniers, on compte 51 établisse-
ments (plus de 10%) n?ayant effectué aucune IVG chirurgicale. Les centres
d?IVG effectuant seulement des IVG médicamenteuses sont principalement
situés dans des petites villes (22), dans des centres urbains intermédiaires (15)
et des bourgs ruraux (7).
Parmi les 353 établissements effectuant plus de 12IVG chirurgicales par
an, 86% sont situés en grand centre urbain (157) ou en centre urbain inter-
médiaire (148). Enfin, seuls 127 de ces établissements n?effectuent aucune
IVG sous anesthésie locale. Parmi les 8 établissements réalisant 12 IVG
chirurgicales ou plus en zone rurale, seuls 3 en ont effectué au moins une
sous anesthésie locale (tableau3). Pour ce qui est des IVG dites tardives,
après 14 semaines d?aménorrhée (SA), 68 établissements n?en n?ont réalisé
aucune, soit près d?un tiers d?entre eux.
L?offre d?IVG en établissement est donc présente sur l?ensemble du territoire
de manière inégale, afortiori pour des types d?IVG spécifiques, comme les IVG
approchant du délai légal ou celles réalisées sous anesthésie locale. Certains
départements sont ainsi moins bien couverts (figure3).
Au-delà de la distinction entre rural et urbain, l?offre de soins d?IVG est
aussi façonnée par des habitudes et cultures locales des praticiens. Ce constat
est particulièrement prégnant pour l?anesthésie locale.
C. BraCq et al.
92
Tableau 2. Établissements ayant réalisé des IVG selon leur activité en 2024
Nombre
d?établissements
12IVG par an
ou plus (%)
IVG
chirurgicale
(%)
12IVG
chirurgicales
par an ou plus
(%)
Grands centres urbains 227 78,0 91,6 69,2
Centres urbains intermédiaires 213 88,7 88,3 69,5
Ceintures urbaines 16 93,8 87,5 62,5
Petites villes 72 94,4 63,9 41,7
Bourgs ruraux 18 77,8 44,4 16,7
Rural à habitat dispersé 8 75,0 75,0 62,5
Rural à habitat très dispersé 0 0 0 0
France entière (effectifs) 554 469 470 353
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices.
IV. Des durées de trajet parfois longues
1. Un accès plus difficile dans les communes rurales
Ces disparités d?offre de soins se traduisent par des difficultés d?accès, étudiées
ici via les durées de trajet pour accéder à l?IVG (voir annexeA4). Dans plus de
8% des IVG (18 000), la distance entre le lieu de résidence et de réalisation est
évaluée à plus de 45minutes de trajet, et dans plus de 5% (11 000), à plus d?une
heure. Moins la commune de résidence est dense, plus la durée de trajet aug-
mente. Dans les communes rurales, les distances longues sont deux fois plus
fréquentes. Ainsi, on compte plus de 45minutes de trajet pour 16% des prises
en charge, plus d?une heure de trajet pour près de 8% d?entre elles.
2. Dans les communes rurales, des trajets plus courts
quand les IVG sont réalisées par des sages-femmes
En ce qui concerne les IVG en cabinet, dans les communes rurales, les durées
de trajet sont plus faibles lorsqu?elles sont réalisées par des sages-femmes plutôt
que par des médecins (généralistes et gynécologues confondus). Dans le rural
à habitat très dispersé, la durée de trajet est estimée à plus de 45minutes pour
38,4 % des IVG réalisées par un médecin, contre 28% pour celles réalisées par
une sage-femme (figure4). Ce résultat est cohérent avec la partie précédente,
qui montre qu?il y a plus de sages-femmes que de médecins réalisant les IVG
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
93
Tableau 3. Établissements ayant réalisé 12IVG chirurgicales ou plus en 2024
selon leur activité (IVG entre 12et 16SA, IVG sous anesthésie locale)
Parmi les établissements réalisant 12 IVG chirurgicales ou plus par an
Au moins
12 IVG chirurg.
par an
(effectifs)
Une IVG
ou plus entre
12-16 SA*
(%)
Une IVG
ou plus entre
14-16 SA
(%)
Une IVG
ou plus sous
anesthésie
locale (%)
Trois
anesthésies
locales ou plus
par an (%)
Grands centres urbains 157 26,8 22,4 46,5 29,3
Centres urbains
intermédiaires 148 15,5 9,5 26,4 14,2
Ceintures urbaines 10 15,4 0 30,0 0,0
Petites villes 30 12,5 5,0 30,0 16,7
Bourgs ruraux 3 42,9 28,6 0,0 0,0
Rural à habitat dispersé 5 0 0 60,0 40,0
Rural à habitat très
dispersé 0 0 0 0 0
France entière (effectifs) 353 86 62 127 74
*SA: Semaine d?aménorrhée.
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices.
C. BraCq et al.
94
Figure3. Cartographie des établissements selon le type d?IVG
réalisées en 2024
Densité
de la commune
Urbain dense
Urbain
intermédiaire
Rural
3c. Établissements réalisant des IVG
après 12 SA*
3d. Établissements réalisant des IVG
après 14 SA
3f. Établissements réalisant des IVG
après 14 SA et des
anesthésies locales
3e. Établissements réalisant des IVG
sous anesthésie
locale
3a. Établissements réalisant des IVG 3b. Établissements réalisant des IVG
chirurgicales
*SA: Semaine d?aménorrhée.
Note: Établissements ayant réalisé au moins une IVG en 2024, que cette IVG soit considérée ou non comme
une reprise (deuxième IVG pour la même femme dans les 64 jours), et que la femme corresponde ou non
à un NIR fictif.
Champ: France entière.
Source: Système national des données de santé (SNDS) ; fond de carte Cartelette.
dans les zones rurales. La possibilité pour les sages-femmes de réaliser des
IVG médicamenteuses a pour effet de permettre une plus grande accessibilité
à l?avortement, particulièrement dans les communes rurales.
3. Une accessibilité plus faible pour certaines IVG à l?hôpital
Pour ce qui est des IVG réalisées en établissement, les durées de trajet élevées
sont plus fréquentes lorsque l?offre de soins est plus éparse, c?est-à-dire les IVG
chirurgicales, afortiori les IVG dites tardives ou pratiquées sous anesthésie
locale (figure5). Dans les communes rurales à habitat très dispersé, la durée
de trajet est supérieure à 45minutes pour plus de la moitié des IVG chirurgi-
cales sous anesthésie locale.
***
Pour comparer les territoires ruraux et urbains, nous avons ici mis en
regard les différences de recours, d?offre de soins et de durée de trajet pour
accéder à l?IVG. Les données donnent à voir un maillage fin du territoire en
termes d?offre d?IVG, mais inégal pour les territoires ruraux et pour certaines
IVG, en particulier chirurgicales, sous anesthésie locale, et/ou après 12semaines
d?aménorrhée. Ces disparités se traduisent par une durée de trajet plus impor-
tante pour accéder à l?IVG. Si l?avortement est réalisable partout, le champ des
possibles en termes de méthodes, de professionnels et de lieux est toutefois
assez hétérogène selon la commune concernée.
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
95
Figure4. Part des IVG réalisées en cabinet pour lesquelles le temps de trajet
est évalué à plus de 45minutes, selon le praticien et le type de commune
IVG par un médecin
IVG par une sage-femme
Ensemble des IVG en cabinet
0 5 10 15 20 25 30 35 40
%
Grands centres urbains
Centres urbains intermédiaires
Ceintures urbaines
Petites villes
Bourgs ruraux
Rural à habitat dispersé
Rural à habitat très dispersé
Note: IVG en cabinet de 2024, sans reprises d?IVG et en excluant les NIR fictifs.
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices ; distancier Metric-OSRM.
C. BraCq et al.
96
Figure5. Part des IVG réalisées en établissement pour lesquelles le temps
de trajet est évalué à plus de 45minutes, selon le type d?IVG et de commune
IVG entre 12 et 16 SA*
IVG sous anesthésie locale
IVG chirurgicales
Ensemble des IVG en établissement
0 10 20 30 50 60
%
40
Grands centres urbains
Centres urbains intermédiaires
Ceintures urbaines
Petites villes
Bourgs ruraux
Rural à habitat dispersé
Rural à habitat très dispersé
* SA : semaine d?aménorrhée.
Note: IVG en établissement, sans reprises d?IVG et en excluant les NIR fictifs.
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; distancier Metric-OSRM.
aNNexes méThodologiques
??
A1. Changement de méthode de calcul des IVG:
anonymisation et correction des doublons
Depuis 2023, l?Ined (Breton etal., 2023), comme la Direction de la recherche,
des études, de l?évaluation et des statistiques (Drees ; Vilain et Fresson, 2023),
prennent en compte dans leurs calculs les reprises d?IVG. Il s?agit des cas où
les médicaments ou l?opération échouent et pour lesquels il est nécessaire de
pratiquer un deuxième acte pour une même grossesse. Dans nos décomptes,
si deux actes sont pratiqués dans un délai de 64jours pour un même identifiant,
une seule IVG est comptabilisée.
Par ailleurs, dans le système national des données de santé (SNDS), cer-
taines personnes, en particulier mineures, demandent à conserver l?anonymat(6).
Dans ce cas, plusieurs femmes peuvent correspondre à un seul identifiant
(appelé alors un NIR «fictif»(7)). Les personnes immigrées non couvertes par
la sécurité sociale ou bénéficiaires de l?aide médicale d?État (AME) peuvent
également correspondre à un NIR fictif pour des raisons administratives.
Cette année, l?Ined a modifié sa méthode de calcul des IVG: les reprises
d?IVG qui pourraient concerner des NIR anonymes pour lesquels il est impos-
sible de différencier un acte de reprise d?IVG pour une même personne, d?une
IVG réalisée par une autre personne, sont conservées. Les résultats présentés
dans cette partie pour l?année 2023 sont donc légèrement supérieurs (595, soit
0,2% de plus) à ceux publiés en 2024 (Breton etal., 2024).
A2. Les communes dans le SNDS et leur classement
dans la grille de densité à sept niveaux
1. Commune de résidence et de réalisation des soins dans le SNDS
Pour affiner l?analyse au niveau communal, il faut accéder au sein du SNDS
aux codes communes de résidence des femmes et de réalisation de l?IVG. Ce
travail comporte plusieurs difficultés: lorsque l?anonymat est demandé ou
qu?un NIR fictif est attribué pour des raisons administratives, le code commune
de résidence indiqué est erroné ou manquant. Les analyses présentées ici
excluent ces IVG. En outre, les codes communaux indiqués ne sont pas toujours
utilisables tels quels. Le seul code qui identifie chaque commune sans ambiguïté
est le code Insee. Or, dans le SNDS, les codes indiqués sont souvent des codes
postaux ou des codes géographiques relevant du programme de médicalisation
des systèmes d?information (PMSI), qui peuvent correspondre à plusieurs
communes voisines, notamment lorsqu?elles sont de petite taille (ATIH, 2024;
(6) Initialement, l?anonymat concernait plus spécifiquement les mineures. Le droit au secret pour les
majeures a été renforcé par l?article63 de la loi no2020?1576 du 14décembre 2020 de financement
de la sécurité sociale pour 2021 (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042665307).
(7) NIR: numéro d?inscription au répertoire, qui correspond au numéro de sécurité sociale.
C. BraCq et al.
98
https://portail-acces-securise.atih.sante.fr/wp-content/uploads/Construction_codes_geos_PMSI.pdf
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042665307
Insee, 2025). Dans ce cas, pour pouvoir les analyser, nous sélectionnons une
des communes correspondantes.
L?échelle communale permet d?affiner les analyses des disparités territoriales
qui ont déjà été analysées à plusieurs reprises au niveau départemental (Chaput
etal., 2024; Chaput etal., 2022; Vilain et Fresson, 2025).
2. Grille de densité
La grille communale de densité s?appuie sur une méthodologie d?Eurostat
(Eurostat, 2021) pour catégoriser les communes en fonction du nombre d?habi-
tants et de leur concentration ou dispersion sur le territoire communal. Pour
prendre en compte la répartition des habitants, l?Insee analyse des carreaux
de 1 km².
La grille de densité à sept niveaux (Beck etal., 2023) est plus fine que celle
à trois niveaux pour décrire les communes de densité intermédiaire et rurales.
La première catégorie de la grille à trois niveaux, les communes denses, ici
appelées grands centres urbains, reste inchangée. Elle correspond en 2018 à
2% des communes pour 38% de la population, et comprend des villes-centres
et leur périphérie(8). Par conséquent, la quasi-totalité de la population en Île-
de-France vit dans un grand centre urbain. Les grands centres urbains englobent
non seulement les villes les plus densément peuplées et leur périphérie, mais
également des villes comme Poitiers, Chartres ou Lens (voir la carte représen-
tant la grille communale de densité(9)).
Parmi les communes de densité intermédiaire, sont différenciés les centres
urbains de densité intermédiaire, les communes de ceintures urbaines et les
petites villes. Les centres urbains de densité intermédiaire sont de plus petite
taille que les grands centres urbains comme Saint-Nazaire, Montauban, Bastia
ou Charleville-Mézières. Les communes de ceintures urbaines et les petites
villes sont moins peuplées et se différencient par leur proximité d?un centre
urbain. Contrairement aux catégories précédentes, dans ces villes, les ménages
habitent en majorité en maison et non en appartement (pour les deux tiers
dans les petites villes et les trois quarts dans les ceintures urbaines).
Au sein de l?espace rural, les bourgs ruraux sont les plus densément peuplés
et structurent l?espace, notamment en termes de services. Les communes rurales
à habitat dispersé sont moins densément peuplées que les bourgs ruraux, mais
plus que les communes rurales à habitat très dispersé (228habitants en
moyenne), dont plus de 30% sont situées en zone de montagne.
(8) Dans la grille de densité à trois niveaux, les catégories ont des poids relativement proches en
termes de population, avec 29% de la population vivant dans des communes de densité intermédiaire
et 33% dans des communes rurales en 2018.
(9) https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/grille-communale-de-densite-en-7-niveaux
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
99
https://www.le-recensement-et-moi.fr/reponses/?question=pourquoi-le-code-de-ma-commune-ne-correspond-pas-a-mon-code-postal
https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/l-avortement-50-ans-apres-la-loi-veil-un-recours-et-des-methodes-qui-varient-sur-le-territoire/
https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/l-avortement-50-ans-apres-la-loi-veil-un-recours-et-des-methodes-qui-varient-sur-le-territoire/
https://aoc.media/analyse/2022/07/12/inegalites-territoriales-dacces-a-livg-quen-est-il-en-france/
https://www.insee.fr/fr/statistiques/6686472
https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/grille-communale-de-densite-en-7-niveaux
https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/grille-communale-de-densite-en-7-niveaux
A3. Zonage de (sous-)densité médicale
Le zonage étudié concerne les généralistes qui bénéficient de subventions pour
s?installer dans les zones d?intervention prioritaire (ZIP) et dans une moindre
mesure les zones d?action complémentaire (ZAC) en fonction d?indicateurs
comme l?accessibilité potentielle localisée (APL).
De la même manière, pour les sages-femmes, en cas d?installation dans
une zone «très sous-dotée» ou «sous-dotée», «le contrat incitatif sages-
femmes permet de percevoir une aide forfaitaire annuelle et de bénéficier d?une
prise en charge des cotisations sociales dues au titre des allocations familiales»
(Ameli, 2025). Ce dispositif s?appuie sur un zonage conventionnel produit par
les agences régionales de santé (ARS) et la caisse nationale de l?assurance
maladie des travailleurs salariés (CNAMTS).
Globalement, plus une commune est classée comme rurale dans la grille
de densité, plus il est probable qu?elle soit sous-dotée en sages-femmes et classée
parmi les ZIP. Il y a deux limites à cette comparaison: tout d?abord, cela ne
signifie pas que tous les territoires concernés sont sous-dotés. Par exemple,
parmi les communes rurales à habitat très dispersé, 27,4% sont considérées
comme très sous-dotées en sages-femmes, soit 2 fois plus que parmi les com-
munes rurales à habitat dispersé (13,7%), qui est la catégorie de densité avec
le deuxième plus fort taux de communes très sous-dotées. Cependant, 46%
des communes rurales à habitat très dispersé sont considérées comme inter-
médiaires en termes d?accessibilité aux sages-femmes exerçant sur le territoire.
Ensuite, les grands centres urbains ont des taux de sous-dotation supérieurs
aux centres urbains intermédiaires et aux ceintures urbaines. 30,2% des grands
centres urbains sont classés parmi les ZIP, contre 22,8% des centres urbains
intermédiaires.
A4. Calcul des durées de trajet: le distancier Metric-OSRM
L?outil Metric-OSRM (open source routing machine) s?appuie sur un serveur de
routage open source qui permet d?effectuer des calculs de distance et de temps
de trajet en voiture ou en ferry, de point à point, en exploitant des données
récentes de réseau routier issues d?OpenStreetMap. Il s?agit d?une refonte de
Metric (Mesure des trajets inter-communes), distancier développé par
l?Insee.
Ici, la durée calculée correspond, pour les IVG en cabinet, à la distance
entre le chef-lieu de la commune de résidence et le chef-lieu de la commune
de réalisation; pour les IVG en établissement, à la distance entre le chef-lieu
de la commune de résidence et l?emplacement exact de l?établissement. Elle est
ramenée à 0 si la commune de résidence coïncide avec la commune de
l?établissement.
C. BraCq et al.
100
https://www.ameli.fr/sage-femme/textes-reference/convention/contrat-incitatif
Ce mode de calcul permet donc de prendre en compte toute l?information
spatiale disponible dans le SNDS. Il faut cependant souligner plusieurs limites,
outre celles liées au codage des communes décrites plus haut: l?utilisation du
chef-lieu de la commune: une personne qui recourt à une IVG ne réside pas
nécessairement dans la commune déclarée dans le SNDS, notamment si elle
est étudiante et qu?elle déclare le domicile de ses parents, si elle est en dépla-
cement ou en vacances, etc.
Pour cette raison, nous avons évité les indicateurs sensibles aux valeurs
extrêmes (comme la moyenne) et préféré l?utilisation de seuils, à la manière
des publications de la Drees sur des sujets similaires (Bergonzoni et Simon,
2021).
Sont exclues des analyses sur les durées de trajet les téléconsultations
(1 417IVG), pour des raisons théoriques et parce que l?adresse de réalisation
est alors l?adresse de la pharmacie où les médicaments sont délivrés; les per-
sonnes ayant un NIR fictif (14 636IVG), c?est-à-dire anonymisées pour des
raisons de confidentialité ou, par exemple, des «migrants provisoires»; les
personnes pour lesquelles le calcul des distances n?a pas été possible (17 484IVG):
les personnes résidant à l?étranger (1 991), les codes postaux erronés, ou des
distances non supportées par le distancier. Ces personnes ont plus souvent
réalisé leur IVG en cabinet (12 911contre 4 573 en établissement). Au total,
l?analyse porte sur près de 217 000personnes sur les 252 000IVG de 2024.
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
101
référeNces
AMeli. 2025. Les contrats incitatifs sage-femme.
https://www.ameli.fr/sage-femme/textes-reference/convention/contrat-incitatif.
ATih. 2024. Les codes géographiques PMSI.
https://portail-acces-securise.atih.sante.fr/wp-content/uploads/Construction_codes_
geos_PMSI.pdf.
BeckS., deBellefon M.-P., foreSTJ., gerArdinM., levyd. 2023. La grille
communale de densité à 7 niveaux (document no2022-18). Insee, Documents de travail.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/6686472
BergonzoniA., SiMonM. 2021. La part des femmes en âge de procréer résidant à plus
de 45minutes d?une maternité augmente entre 2000 et 2017. Études & Résultats, 1201.
Drees. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications/etudes-et-resultats/
la-part-des-femmes-en-age-de-procreer-residant-plus-de-45-minutes
BorelM. 2023. Le renouveau des luttes définitionnelles de la juridiction des sages-femmes
au prisme des recompositions des politiques de prise en charge de l?IVG [Thèse de doctorat,
Besançon, université de Bourgogne ? Franche-Comté].
BreTond., BellioTn., BArBieriM., chAPuTJ., d?AlBiSh. 2023. L?évolution
démographique récente de la France: les comportements des femmes et des hommes
sont-ils si différents? Population, 78(3), 363-430. https://doi.org/10.3917/popu.2303.0363
BreTond., BellioTn., BArBieriM., chAPuTJ., d?AlBiSh. 2024. L?évolution
démographique récente de la France: une position singulière dans l?Union européenne.
Population, 79(4), 427-505. https://doi.org10.3917/popu.2404.0427
chAPuTJ., BrAcqc., MAzuyM. 2022 (13juillet). Inégalités territoriales d?accès à
l?IVG: qu?en est-il en France? AOC.
https://aoc.media/analyse/2022/07/12/inegalites-territoriales-dacces-a-livg-
quen-est-il-en-france/
chAPuTJ., BArile., MAzuyM. 2024. L?avortement 50ans après la loi Veil. Un recours
et des méthodes qui varient sur le territoire. Population et sociétés, 627.
https://doi:10.3917/popsoc.627.0001
euroSTAT. 2021. Applying the degree of urbanisation. A methodological manual to define cities,
towns and rural areas for international comparisons. 2021 Edition. Manuals and Guidelines.
https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-manuals-and-guidelines/-/ks-02-20-499
inSee. 2025. Pourquoi le code de ma commune ne correspond pas à mon code postal?
https://www.le-recensement-et-moi.fr/reponses/?question=pourquoi-le-code-
de-ma-commune-ne-correspond-pas-a-mon-code-postal
vilAinA., freSSonJ. 2023. Le nombre des interruptions volontaires de grossesse augmente
en 2022. Études & Résultats, 1281. Drees.
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-
et-resultats/le-nombre-des-interruptions-volontaires-de
vilAinA., freSSonJ. 2025. En 2024, 251270 IVG ont eu lieu en France, dont 80% sont
médicamenteuses. Études & Résultats, 1350. Drees.
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/
etudes-et-resultats/250925-ER-ivg-en-france-en-2024
??
C. BraCq et al.
102
https://www.ameli.fr/sage-femme/textes-reference/convention/contrat-incitatif
https://portail-acces-securise.atih.sante.fr/wp-content/uploads/Construction_codes_geos_PMSI.pdf
https://portail-acces-securise.atih.sante.fr/wp-content/uploads/Construction_codes_geos_PMSI.pdf
https://www.insee.fr/fr/statistiques/6686472
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications/etudes-et-resultats/la-part-des-femmes-en-age-de-procreer-residant-plus-de-45-minutes
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications/etudes-et-resultats/la-part-des-femmes-en-age-de-procreer-residant-plus-de-45-minutes
https://doi.org/10.3917/popu.2303.0363
https://doi.org10.3917/popu.2404.0427
https://aoc.media/analyse/2022/07/12/inegalites-territoriales-dacces-a-livg-quen-est-il-en-france/
https://aoc.media/analyse/2022/07/12/inegalites-territoriales-dacces-a-livg-quen-est-il-en-france/
https://doi.org/10.3917/popsoc.627.0001
https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-manuals-and-guidelines/-/ks-02-20-499
https://www.le-recensement-et-moi.fr/reponses/?question=pourquoi-le-code-de-ma-commune-ne-correspond-pas-a-mon-code-postal
https://www.le-recensement-et-moi.fr/reponses/?question=pourquoi-le-code-de-ma-commune-ne-correspond-pas-a-mon-code-postal
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/le-nombre-des-interruptions-volontaires-de
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/le-nombre-des-interruptions-volontaires-de
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/250925-ER-ivg-en-france-en-2024
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/250925-ER-ivg-en-france-en-2024
Note de conjoncture 2025
Faibles progrès de l?espérance de vie
et contrastes marqués
entre types de départements
Magali Barbieri*
Résumé
Le nombre de décès en 2024 s?établit à 646 000, soit une augmentation de 7 000décès
par rapport à 2023. Cette évolution n?est pas due à une dégradation de l?état de
santé de la population, puisque l?espérance de vie à la naissance a continué à
progresser en 2024 pour atteindre 80,0 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les
femmes, mais au vieillissement de la population. Les contrastes entre types de
départements sont importants, avec une différence de durée de vie qui atteint
2,5 ans entre les départements d?outre-mer (Dom) et les départements urbains, les
plus favorisés et qui bénéficient d?un avantage pour toutes les grandes catégories
de causes de décès. Partout, cependant, les progrès de l?espérance de vie marquent
un ralentissement depuis la fin du xxe siècle. La baisse de la mortalité par maladie
cardiovasculaire continue à jouer un rôle déterminant dans la progression de
l?espérance de vie tandis que la mortalité par cancer, première cause de décès en
France depuis les années 1990, diminue plus lentement. L?évolution des morts
violentes est plus préoccupante, de même que celle de la mortalité par maladie
respiratoire pour les personnes âgées, avec une stabilisation à un niveau relativement
élevé des taux de mortalité correspondants. En revanche, les tendances sont
favorables pour les autres catégories de causes (maladies infectieuses non respiratoires
et maladies du système digestif notamment).
Mots-clés
mortalité, espérance de vie, causes de décès, conjoncture démographique, espaces
urbains, espaces ruraux
Après la crise sanitaire associée à la pandémie de Covid-19 qui a directement
engendré près de 170 000 décès au total, la mortalité a repris son déclin en
France mais les progrès n?ont pas été également répartis sur le territoire natio-
nal. En 2024, environ 646 000 décès ont été enregistrés dans l?ensemble du
pays selon les chiffres provisoires de l?Insee, soit 16 000 dans les départements
d?outre-mer (Dom) et, pour la France hexagonale, 630 000 ?220 000 dans les
* Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
Courriel : barbieri@ined.fr
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0008
Cet article est publié sous licence Creative
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commerciale ? Pas de modification 4.0
International (CC BY-NC-ND).
départements ruraux, 232 000 dans les départements de type intermédiaire et
176 000 dans les départements urbains(1). Ces chiffres représentent presque
7 000 décès de plus qu?en 2023 pour la France entière. Le taux brut de mortalité
correspondant s?établit à 9,4 pour 1 000habitants pour l?ensemble du pays.
L?augmentation du nombre total de décès en 2024 n?est pas due à une dété-
rioration de l?état de santé de la population dans la mesure où l?espérance de vie
à la naissance a continué à progresser, bien que très faiblement, par rapport à
2023 pour atteindre 80,0 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les femmes (80,1
et 85,7 ans en France hexagonale ? tableau annexe A.12(2)), soit 0,1an de vie en
plus pour chaque sexe. La hausse du nombre de décès est plutôt le résultat du
vieillissement de la population et de l?arrivée aux âges de forte mortalité des
générations nombreuses du baby-boom. Les différences observées dans la répar-
tition par âge de la population expliquent en grande partie les écarts considérables
du taux brut de mortalité selon le type de départements. Ainsi, le contraste entre
un taux particulièrement faible dans les Dom (7,4décès pour 1 000habitants)
et celui beaucoup plus élevé des départements ruraux (12,1 ?) reflète unique-
ment le fait que la population des zones rurales est en moyenne beaucoup plus
âgée que celle des Dom. Tandis que près d?un habitant sur trois est âgé de 60 ans
et plus dans les départements ruraux, cette proportion n?atteint qu?un sur cinq
dans les Dom en 2024 (voir la note introductive de ce même dossier, Barbieri,
2025). L?espérance de vie à la naissance, un indicateur qui n?est pas influencé par
la structure par âge de la population, est de fait beaucoup plus favorable dans
les départements ruraux de l?Hexagone que dans les Dom. En 2023 (derniers
chiffres disponibles pour les départements), elle s?établissait à 79,2 ans pour les
hommes et 85,1 ans pour les femmes dans les départements ruraux contre 77,6
et 83,4 ans dans les Dom. Ce sont toutefois les départements urbains qui enre-
gistrent le niveau d?espérance de vie le plus élevé : 81,1 et 86,1 ans, les départe-
ments d?habitat intermédiaire se situant juste derrière (79,9 et 85,3 ans de durée
de vie moyenne pour les hommes et pour les femmes) (tableau 1).
L?avantage des départements urbains sur les autres types de départements
en matière d?espérance de vie à la naissance n?est pas nouveau (figure 1). En
ce qui concerne les hommes, la durée de vie moyenne y est supérieure à celle
des autres types de départements depuis au moins 1968 mais, jusqu?à la fin
des années 1980, ce sont les départements de type intermédiaire qui présen-
taient l?indicateur le plus faible, les départements ruraux se situant entre ces
deux autres types de départements de l?Hexagone. La hiérarchie actuelle a
émergé à partir du milieu des années 1990 et les différences entre les trois
types de départements de l?Hexagone se sont ensuite progressivement accrues
(1) Faute de données sur la mortalité disponibles à un niveau plus fin, la typologie de densité
en trois postes des départements (ruraux, intermédiaires, urbains) utilisée dans cet article est
celle proposée par Eurostat pour 2025 (https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.
php?title=Glossary:Nomenclature_of_territorial_units_for_statistics_(NUTS)), à l?exception des
Dom que nous avons classés à part.
(2) Les annexes sont disponibles sur: http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
M. BarBieri
104
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
105
Tableau 1. Évolution de l?espérance de vie à la naissance
selon le sexe et le type de départements depuis 1993
Année
Types de départements
France entière
Ruraux Intermédiaires Urbains
Total France
hexagonale
Dom*
Hommes
1993 73,27 73,25 73,55 73,30 nd nd
1998 74,43 74,60 75,38 74,80 nd 74,70
2003 75,49 75,77 76,43 75,90 74,00 75,80
2008 77,07 77,53 78,35 77,60 75,50 77,60
2013 78,16 78,75 79,56 78,80 77,30 78,70
2018 78,86 79,46 80,53 79,60 77,60 79,50
2023** 79,19 79,91 81,08 80,00 77,60 79,90
Femmes
1993 81,55 81,29 81,46 81,40 nd nd
1998 82,34 82,21 82,51 82,40 nd 82,40
2003 82,95 82,82 82,94 83,00 81,50 82,90
2008 84,04 84,13 84,56 84,40 82,60 84,30
2013 84,70 84,76 85,30 85,00 84,10 85,00
2018 85,00 85,22 85,76 85,50 84,00 85,40
2023** 85,05 85,34 86,10 85,60 83,40 85,60
nd : Données non disponibles.
* Le département de Mayotte n?est inclus par l?Insee dans ces statistiques que depuis 2018.
** Derniers chiffres disponibles.
Champ : France entière.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données départementales de la Situation démographique en 2024, Insee.
Figure 1. Évolution de l?espérance de vie à la naissance
selon le sexe et le type de départements de l?Hexagone depuis 1968*
Urbains
Intermédiaires
Ruraux
Urbains
Intermédiaires
Ruraux
1970 19901980 2000 2010 2020
65
70
85
87
75
80
Espérance de vie à la naissance
65
70
85
87
75
80
Espérance de vie à la naissance
Année
1970 19901980 2000 2010 2020
Année
HOMMES FEMMES
* Données non disponibles pour les Dom.
Champ : France hexagonale.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données de la French Human Mortality Database.
jusqu?à la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, qui a plus particuliè-
rement affecté les départements urbains (Roussel, 2021). L?évolution des dis-
parités a été un peu différente pour les femmes dans la mesure où les niveaux
d?espérance de vie étaient très similaires dans les trois types de départements
de l?Hexagone jusqu?au milieu des années 2000. Par la suite, les départements
urbains ont progressivement devancé les départements de type intermédiaire
et, plus encore, les départements ruraux. En 2023, l?écart avec les départements
urbains atteignait 1,89 an pour les hommes et 1,05 an pour les femmes pour
les départements ruraux contre 0,27 et - 0,09 an en 1993 ; 1,17 et 0,76 ans pour
les départements de type intermédiaire ; et 3,48 et 2,70 pour les Dom. Cette
opposition entre monde rural et monde urbain se reproduit à une échelle géo-
graphique plus fine, au sein même des départements, comme le suggère une
étude fondée sur l?analyse de la mortalité au niveau des 1 666 bassins de vie
du territoire national. Cette étude montre en effet que la durée de vie diminue
au fur et à mesure que l?on s?éloigne des grandes villes dans chaque département
(Vigneron, 2023). Cette situation pourrait être due à la fois à des différences
dans le cadre de vie (environnement naturel, par exemple) et les habitudes de
vie (comportements à risque notamment), ainsi qu?à des difficultés croissantes
d?accès aux soins en zones rurales (Vigneron, 2022 ; DeFontgalland, 2023).
I. Un ralentissement des progrès
de l?espérance de vie observé partout
Le très faible progrès de l?espérance de vie à la naissance entre 2023 et 2024
s?inscrit dans une tendance à long terme de ralentissement avec des gains de
plus en plus réduits par rapport aux décennies précédant le tournant du
xxiesiècle. La pandémie de Covid-19 explique en partie ce ralentissement.
Ainsi, par rapport à 2019, l?espérance de vie à la naissance a seulement progressé
de 0,34an pour les hommes et de 0,05 an pour les femmes sur une période de
cinq ans, soit à peu près l?équivalent des progrès enregistrés sur deux ans
seulement entre 2017 et 2019. Entre 2004 et 2024, la durée de vie moyenne
s?est allongée de 3,4 ans pour les hommes et 1,8 an pour les femmes contre 5,5
et 4,6 ans au cours des deux décennies précédentes (entre 1984 et 2004).
Leralentissement des progrès de l?espérance de vie au cours des premières
décennies du xxesiècle a toutefois précédé l?épidémie.
Notons que ce ralentissement affecte la grande majorité des pays européens
(Dowd etal., 2025 ; Goldstein et Lee, 2024), si bien que le classement de la
France parmi ses voisins s?est peu modifié. La France continue à se situer dans
la moyenne en ce qui concerne l?espérance de vie des hommes et au sommet
du classement, derrière l?Italie, la Suisse et surtout l?Espagne pour les femmes
(où les durées de vie moyennes s?établissent à 85,8, 85,9 et 86,7 ans, respecti-
vement). La position française est toutefois nettement moins favorable en ce
qui concerne la mortalité infantile, dont le taux remonte depuis une dizaine
M. BarBieri
106
d?années : en 2024, 4,1naissances sur 1 000 (4,0en 2023) ont conduit à un
décès dans la première année contre 3,5 ? en 2011 pour la France entière, et
alors que cette proportion est inférieure à 2,5 dans de nombreux pays euro-
péens. Cette évolution préoccupante concerne tous les types de départements
pour lesquels cet indicateur peut être calculé à partir des données de l?Insee
depuis le début des années 1990 (c?est-à-dire les départements de l?Hexagone).
Ainsi, le taux de mortalité infantile a augmenté de 3,1 à 3,5 ? entre 2013
et 2023 dans les départements ruraux, de 3,4 à 3,7 ? dans les départements
de type intermédiaire, de 3,7 à 3,8 ? dans les départements urbains et de 7,3
à 8,3 ? dans les Dom (tableau 2).
Par ailleurs, comme c?est le cas dans tous les pays de l?Union européenne,
les écarts de durée de vie entre les deux sexes ont diminué, parce que la baisse
de la mortalité a été plus rapide pour les hommes que pour les femmes. Cette
évolution a toutefois été particulièrement prononcée en France. Contrairement
à ce que l?on observait dans les années 1990, la France, qui se distinguait alors
par une surmortalité masculine parmi les plus élevées d?Europe occidentale,
se situe désormais dans la moyenne de la distribution avec un écart de 5,7 ans
en 2023, très inférieur à celui observé dans les pays d?Europe de l?Est, le record
étant détenu par la Lettonie (10 ans), mais tout de même encore distant du
minimum (2,9 ans, aux Pays-Bas) (tableau annexe A.12).
Le rattrapage des hommes sur les femmes en matière d?espérance de vie à
la naissance a eu lieu dans tous les types de départements (tableau 3). Entre 1993
et 2023, l?écart s?est réduit de 8,3 ans à 5,9 ans dans les départements ruraux,
où il est le plus élevé de tous les types de départements, de 8,0 ans à 5,4 ans
dans les départements de type intermédiaire, de 7,9 ans à 5,0 ans dans les
départements urbains, et entre 2003 et 2023, de 7,5 ans à 5,8 ans dans les Dom.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
107
Tableau 2. Évolution du taux de mortalité infantile
(décès avant le premier anniversaire pour 1 000 naissances vivantes)
selon le type de départements depuis 1993
Types de départements
Année
1993 1998 2003 2008 2013 2018 2023
Départements ruraux 6,45 4,70 3,65 3,23 3,14 3,34 3,47
Départements intermédiaires 6,34 4,54 3,98 3,63 3,40 3,59 3,67
Départements urbains 6,40 4,50 4,15 3,69 3,67 3,74 3,84
Total France hexagonale 6,40 4,60 4,00 3,60 3,40 3,60 3,70
Dom nd 9,20 8,10 8,80 7,30 7,80 8,30
France entière nd 4,70 4,10 3,80 3,60 3,80 4,00
nd : Données non disponibles.
* Le département de Mayotte n?est inclus par l?Insee dans ces statistiques que depuis 2018.
Champ : France entière et France hexagonale.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données départementales de la Situation démographique en 2024, Insee.
II. Le poids croissant de la mortalité à 65 ans et plus
dans l?allongement de la durée de vie
Tous les âges n?ont pas contribué de la même manière à l?augmentation de la
durée de vie moyenne. Un bilan des progrès réalisés pour chaque groupe d?âges
au cours des soixante dernières années peut être établi à partir des tables de
mortalité détaillées de l?Insee(3).
La figure 2 montre comment ont évolué les quotients de mortalité par
âge (la probabilité de décéder entre deux âges) entre les tables de mortalité
publiées par l?Insee pour chaque sexe en 1982, 2002 et 2022 par rapport à
1962 (années choisies pour faciliter la comparaison avec l?évolution des
causes de décès pour lesquelles les données les plus récentes sont celles de
2022). L?évolution générale a été très similaire pour les hommes et pour les
femmes. En règle générale, au cours des soixante dernières années, les pro-
grès ont été de moins en moins importants au fur et à mesure que l?on
progresse en âge. La baisse a été considérable pour les enfants : tandis que
l?on enregistrait 30 décès d?enfants de moins de 5 ans pour 1 000 naissances
en 1962, ce chiffre atteint seulement 4 en 2022. La baisse des taux de mor-
talité infantile (avant 1 an) et juvénile (entre 1 et 5 ans) s?est essentiellement
produite entre 1962 et 1982. Elle s?est poursuivie dans une moindre mesure
entre 1982 et 2002 mais les progrès ont fortement ralenti. Ils se sont même
(3) Les indicateurs de mortalité calculés par l?Insee pour les départements sont disponibles dans
les séries longues de la Situation démographique en 2024 (https://www.insee.fr/fr/statistiques/
fichier/8560704/irsocsd2024_depreg.zip).
M. BarBieri
108
Tableau 3. Écarts d?espérance de vie à la naissance entre les sexes
selon le type de départements depuis 1993 (en années)
Année
Types de départements
France
entièreRuraux Interm. Urbains
Total France
hexagonale
Dom*
1993 8,28 8,04 7,92 8,10 nd nd
1998 7,91 7,61 7,13 7,60 nd 7,70
2003 7,46 7,05 6,51 7,10 7,50 7,10
2008 6,97 6,60 6,21 6,80 7,10 6,70
2013 6,55 6,02 5,74 6,20 6,80 6,30
2018 6,14 5,76 5,23 5,90 6,40 5,90
2023 5,86 5,44 5,02 5,60 5,80 5,70
nd : Données non disponibles.
* Le département de Mayotte n?est inclus par l?Insee dans ces statistiques que depuis 2018.
Champ : France entière et France hexagonale.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données départementales de la Situation démographique en 2024, Insee.
interrompus en ce qui concerne la mortalité infantile après cette date.
L?évolution a également été importante pour les enfants au-delà de 5 ans et
pour les adolescents (entre 5 et 19 ans), avec des probabilités de décéder
d?un anniversaire à l?autre qui représentent en 2022 20 à 30 % de leur niveau
en 1962. Là encore, une grande partie des progrès a eu lieu entre 1962
et 1982, mais la baisse de la mortalité entre 1982 et 2022 a été également
importante à ces âges. Le phénomène le plus frappant concerne la hausse
considérable de la mortalité des jeunes hommes autour de 20 ans entre 1962
et 1982, essentiellement due aux morts violentes (accidents de la circulation
en particulier) comme l?indiquent nos propres analyses conduites à partir
des données sur les causes de décès du Centre d?épidémiologie sur les causes
médicales de décès (CépiDc) de l?Inserm. Pour ce groupe d?âges, la baisse
de la mortalité a été plus marquée au cours de la période la plus récente
(2002-2022). Entre 25 et 40 ans environ, elle a été similaire pour chacune
des périodes de vingt ans examinées ici (entre 1962 et 1982, entre 1982
et 2002, et entre 2002 et 2022). Pour le groupe d?âges suivant (40 à 60 ans),
c?est à nouveau au cours de la période la plus récente (2002 à 2022) que les
progrès ont été les plus importants. Ils ont été relativement réduits pendant
cette période pour la mortalité entre 60 et 80 ans (nuls pour les femmes
autour de 60 ans) et un peu moins faibles, mais quand même moindres
qu?entre 1962 et 1982 et, surtout, entre 1982 et 2002, au-delà de 80 ans.
À partir d?une méthode de décomposition des différences d?espérance de
vie proposée par Andreev etal. (2002), nous avons calculé la contribution en
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
109
Figure 2. Rapport des quotients de mortalité lissés sur trois années d?âge
et par sexe en 1982, 2002 et 2022 aux quotients de 1962
1982
2002
2022
0 40 50 70 9020 3010 60 80 100
Âges Âges
0 40 50 70 9020 3010 60 80 100
0
0,1
0,2
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
1,5
0,8
0,9
1,1
1,2
1,3
1,4
1,0
Rapport des quotients à 1962 Rapport des quotients à 1962
HOMMES
0
0,1
0,2
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
1,5
0,8
0,9
1,1
1,2
1,3
1,4
1,0
FEMMES
Lecture : En 1982, la probabilité de décéder des hommes âgés de 21ans était supérieure de 50%
à celle observée en 1962.
Champ : France entière.
Source : C alculs de l?autrice à partir des tables de mortalité de l?Insee, Situation démographique 2024, Insee.
années de chaque groupe d?âges aux gains d?espérance de vie entre 1962 et 1982,
entre 1982 et 2002, et entre 2002 et 2022, pour chacun des deux sexes (figure 3).
Cette analyse produit des résultats différents de l?examen de l?évolution des
probabilités de décéder. En effet, un décès évité à la naissance produit un gain
d?espérance de vie plus important qu?un décès évité à un âge élevé. Toutefois,
une baisse similaire (en proportion) de la probabilité de décéder lorsque le
taux initial est faible (pour les enfants par exemple) permet la survie d?un
nombre beaucoup moins important d?individus que lorsque le taux initial est
élevé (pour les adultes à l?âge de la retraite). Ces deux phénomènes se combinent
donc pour produire des résultats qui ne sont pas nécessairement intuitifs.
La décomposition des gains d?espérance de vie par période et par groupe
d?âges rend très visible le ralentissement des progrès mentionné précédem-
ment et qui a concerné la plupart des groupes d?âges entre 2002 et 2022 par
rapport aux deux décennies précédentes. Le gain en années de vie a été
toutefois plus important à 25-44 ans d?une part, et à 85 ans et plus d?autre
part, pour les hommes entre 2002 et 2022 par rapport à la période précédente
et il est resté à peu près stable pour les femmes aux âges les plus élevés. La
moindre contribution aux progrès de l?espérance de vie est particulièrement
marquée pour les enfants (à 0-14 ans), qui avaient fait gagner 1,6 an pour les
garçons et 1,3 an pour les filles à l?espérance de vie à la naissance entre 1962
et 1982 mais 0,1 an seulement pour les deux sexes entre 2002 et 2022.
Soulignons toutefois que la mortalité infantile, même si elle ne baisse plus
M. BarBieri
110
Figure 3. Contribution des groupes d?âges aux progrès de l?espérance de vie
à la naissance entre 1962 et 1982, 1982 et 2002, 2002 et 2022, par sexe
0-14 ans 15-24 ans 25-44 ans 45-64 ans 65-84 ans 85 ans et plus
1962-1982 2002-20221982-2002
0
6
2
3
4
5
1
1962-1982 2002-20221982-2002
Gains en années
0
6
2
3
4
5
1
Gains en années
HOMMES FEMMES
Champ : France entière.
Source : Calculs de l?autrice à partir des tables de mortalité de l?Insee, Situation démographique 2024, Insee.
depuis une douzaine d?années, a atteint un niveau trop faible pour influencer
significativement le niveau d?espérance de vie. L?augmentation de la durée de
vie est, de ce fait, de plus en plus portée par la baisse de la mortalité au-delà
de 65 ans. La contribution de ce groupe d?âges aux gains d?espérance de vie
n?a cessé de croître, passant, pour les hommes, de 32 % des gains entre 1962
et 1982 à 48 % entre 2002 et 2022 et, pour les femmes, de 48 à 68 %. L?examen
de la mortalité par cause médicale de décès permet de mieux comprendre
ces évolutions selon le sexe et l?âge.
III. L?évolution de la mortalité par cause
Il est possible d?analyser la répartition des décès par cause grâce aux statistiques
établies à partir des informations figurant sur le volet médical des certificats
de décès par le CépiDc jusqu?en 2022, année la plus récente pour laquelle les
données sont disponibles. Pour comparer les données, on se réfère à la situation
depuis 1962 en se limitant à la France hexagonale, dans la mesure où les don-
nées sur les causes de décès ne sont pas aussi fiables dans les Dom sur cette
période. Le taux comparatif de mortalité (qui n?est pas influencé par les chan-
gements de la structure par âge de la population) a diminué tant pour les
hommes que pour les femmes jusqu?en 2019 pour la plupart des groupes de
causes de décès qui correspondent aux principaux chapitres de la Classification
internationale des maladies établie par l?Organisation mondiale de la santé(4) :
tumeurs, maladies cardiovasculaires, maladies de l?appareil digestif, infections
et causes externes (figure 4). Les deux groupes de causes pour lesquelles la
mortalité ne diminue plus pour aucun des deux sexes, sont les maladies res-
piratoires ? leur taux a progressivement augmenté à partir de 2010 environ,
avant d?exploser en 2020 du fait de la pandémie de Covid-19 ? et la catégorie
résiduelle des « autres » maladies (notamment les maladies du système nerveux
qui incluent les maladies d?Alzheimer et de Parkinson). Le taux comparatif de
mortalité pour ces « autres » maladies ne baisse plus depuis la fin des années
1990 et demeure à un niveau suffisamment élevé pour qu?elles constituent la
troisième cause de décès derrière les cancers et les maladies cardiovasculaires
(à égalité avec ces dernières en ce qui concerne les femmes). Toutefois, des
variations importantes apparaissent lorsque l?on examine la situation par sexe,
par groupe d?âges et pour des catégories plus fines de causes de décès que celles
qui viennent d?être mentionnées.
(4) Pour faciliter les comparaisons, on a redistribué proportionnellement les décès de causes incon-
nues ou mal définies (codes R00-R99 de la classification internationale des maladies, voir figure4)
pour chaque sexe et dans chaque groupe d?âges préalablement à ces analyses. Les chiffres présentés
ne sont donc pas directement comparables à ceux du tableau annexe A.13.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
111
IV. Le rôle déterminant des maladies cardiovasculaires
dans la baisse de la mortalité
C?est la mortalité par maladie cardiovasculaire qui a baissé le plus rapidement
parmi tous les grands groupes de causes de décès. Pour ces maladies, le taux
comparatif a reculé de manière relativement régulière depuis 1962, de 31 %
pour les hommes et 37 % pour les femmes entre 1962 et 1982, de 45 % et 50 %
entre 1982 et 2002, et de 41 % et 43 % entre 2002 et 2022. Cette baisse impor-
tante est attribuable à tous les types de maladies du système circulatoire. Ainsi,
au cours des vingt dernières années, le taux comparatif de mortalité a diminué
de 48 % pour les maladies ischémiques du coeur, de 34 % pour les autres mala-
dies du coeur, de 42 % pour les maladies cérébro-vasculaires et de 51 % pour
les autres maladies cardiovasculaires. En ce qui concerne cette dernière caté-
gorie, le taux est devenu trop faible (6 pour 100 000 en 2022 contre24 pour
les maladies ischémiques du coeur, 42pour les autres maladies du coeur et
21pour les maladies cérébro-vasculaires) pour véritablement influencer l?évo-
lution de la mortalité générale. Le contrôle des maladies de l?appareil circulatoire
M. BarBieri
112
Figure 4. Taux comparatif de mortalité*
par sexe et par grand groupe de causes de décès(a), 1962-2022
1960 20001980 19901970 2010 2020
100
500
5000
1000
Taux pour 100 000
(échelle logarithmique)
Taux pour 100 000
(échelle logarithmique)
Année
1960 20001980 19901970 2010 2020
100
500
5000
1000
Année
HOMMES FEMMES
Maladies digestives
InfectionsMaladies respiratoires
CancersMaladies cardiovasculaires
Morts violentes
Autres maladies
* Le taux comparatif de mortalité permet de comparer le niveau de la mortalité entre populations en
éliminant l?effet des différences dans leurs structures par âge. La structure type utilisée pour le calcul des taux
comparatifs correspond au standard européen de 1976 (Pace et al., 2013).
Notes : Les catégories des causes de décès utilisées ici correspondent aux codes suivants de la dixième révision
de la classification internationale des maladies (CIM-10) : infections A00-B99 ; cancers C00-D48 ; maladies
cardiovasculaires I00-I99 ; maladies de l?appareil respiratoire J00-J99 ; maladies de l?appareil digestif K00-K93 ;
autres maladies D50-H95 et L00-Q99 ; morts violentes V01-Y98.
Champ : France hexagonale.
Source : calculs de l?autrice à partir des données sur les causes de décès du CépiDc (Inserm).
a particulièrement bénéficié aux adultes de 65 ans et plus, avec une baisse de
47 et 40 % du taux comparatif à 65-79 ans et 80 ans et plus, respectivement,
contre 33 % à 45-64 ans.
La baisse de la mortalité par maladie cardiovasculaire a été similaire pour
les hommes et les femmes, mais avec un niveau de départ beaucoup plus faible
pour ces dernières. Le taux comparatif de mortalité par maladie cardiovascu-
laire s?établit aujourd?hui à 112 pour 100 000hommes et 62 pour 100 000femmes
(tableau annexe A.13) contre 211 et 119 pour 100 000, respectivement, vingt ans
plus tôt. Comme la mortalité générale des femmes est également plus faible
que celle des hommes, la part de la mortalité par maladie cardiovasculaire
dans la mortalité toutes causes confondues est identique d?un sexe à l?autre,
soit 18 %. Première cause de décès en France depuis le début du xxesiècle pour
les deux sexes, les maladies cardiovasculaires ont été devancées par les cancers
en 1987 pour les hommes et en 1999 pour les femmes.
V. Une amélioration plus tardive et plus lente
de la mortalité par cancer
La mortalité par tumeur maligne a augmenté tout au long de la première moitié
du xxesiècle pour atteindre son maximum à 185 décès pour 100 000femmes
en 1951 et 330 décès pour 100 000hommes en 1987. La mortalité par cancer
décline régulièrement mais très lentement depuis. Un décès sur trois (34 %)
était attribuable au cancer en 2022 contre seulement un sur cinq pour les
maladies cardiovasculaires. Le cancer est la seule grande cause de décès pour
laquelle la baisse a été beaucoup plus faible pour les femmes que pour les
hommes, puisqu?elle a atteint 7 % de réduction seulement pour les premières
contre 27 % pour ces derniers sur la période 2002-2022 (figure 3). Cette évo-
lution touche particulièrement les plus de 45 ans.
La principale raison de l?évolution différentielle de la mortalité par cancer
selon le sexe tient à des divergences en matière de comportements tabagiques.
Les hommes ont commencé à fumer plus tôt que les femmes et le tabagisme
masculin a atteint des niveaux beaucoup plus élevés que pour celles-ci.
Cependant, tandis que la proportion de fumeurs réguliers a diminué pro-
gressivement parmi les hommes depuis la seconde guerre mondiale, elle a
continué à croître parmi les femmes jusqu?en 1990 environ. À cette époque,
le pourcentage de fumeurs dans la population adulte atteignait environ 38 %
chez les hommes (contre plus de 70 % au milieu des années 1950) et 20 %
chez les femmes (Hill et Laplanche, 2005). L?évolution du tabagisme dans la
population adulte correspond parfaitement à celle de la mortalité par cancer
du poumon avec un décalage d?environ 30 ans, la durée nécessaire pour que
les effets néfastes de la cigarette se traduisent par la survenue d?un cancer :
chez les hommes, le taux comparatif de mortalité par cancer du poumon a
atteint un maximum au début des années 1990 (à 70décès pour 100 000
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
113
contre 42 en 2022), tandis que chez les femmes ce taux ne s?est stabilisé qu?au
début des années 2010 (stagnant à 18 décès pour 100 000 depuis 2014) (tableau
annexeA.13). La mortalité par cancer du larynx, du poumon et des bronches,
principale cause de décès due au tabac, a ainsi augmenté de 50 % en vingt ans
pour les femmes (le taux comparatif a été multiplié par trois depuis 1982),
tandis qu?il a reculé de 35 % chez les hommes entre 2002 et 2022. Pour la
même raison, les autres cancers liés à la consommation de tabac ont égale-
ment évolué moins favorablement pour les femmes que pour les hommes. La
mortalité par cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS) et de
l?oesophage est ainsi restée stable pour les femmes depuis 2002 (à un niveau
tout de même très bas) tandis que le taux comparatif pour ces cancers a été
divisé par presque deux pour les hommes.
Ces évolutions défavorables pour les femmes ont toutefois été compensées
par la baisse de la mortalité pour d?autres types de cancers, y compris pour les
plus meurtriers traditionnellement, c?est-à-dire les cancers du sein et de l?intes-
tin, le taux de mortalité par cancer de l?utérus ayant aujourd?hui atteint un
niveau très bas (6 pour 100 000). Le recul de la mortalité par cancer de l?intestin
a également été très prononcé pour les hommes (avec une baisse du taux com-
paratif de 25 à 16 pour 100 000 en vingt ans). Il en va de même pour le cancer
de la prostate (avec une baisse du taux comparatif de 26 à 14 pour 100 000).
VI. Les autres maladies
Enfin, en ce qui concerne les maladies de l?appareil digestif, les maladies infec-
tieuses et, jusqu?en 2010 seulement, les maladies respiratoires, la baisse de
leurs taux observée depuis la seconde guerre mondiale s?est poursuivie. Notons
toutefois des fluctuations occasionnelles, liées aux épidémies, du taux de
mortalité par maladie infectieuse (comme la grippe ou le VIH/sida), dont la
pandémie de Covid-19 représente un exemple extrême. L?absence de progrès
en matière de maladies respiratoires indépendamment du Covid-19 est parti-
culièrement attribuable aux maladies respiratoires aiguës, à l?exception de la
grippe ainsi que de l?emphysème pour les personnes âgées de 80 ans et plus.
Avant ces âges, et surtout avant 65 ans, cette mortalité est négligeable.
Globalement, la mortalité attribuable à chacune de ces trois catégories de causes
pèse d?un faible poids sur la mortalité totale en 2022, soit moins de 2 % pour
les maladies infectieuses, 5 % pour les maladies de l?appareil digestif et 13 %
pour les maladies respiratoires (mais 17 % en 2020). Ces dernières jouent
toutefois un rôle considérable aux âges les plus élevés, et représentent 20 % du
taux comparatif toutes causes confondues à 80 ans et plus avant même la
pandémie de Covid-19.
M. BarBieri
114
VII. Une évolution préoccupante
de la mortalité par cause externe
Tandis que la mortalité par mort violente avait connu une tendance régulière
et prononcée à la baisse après avoir atteint un pic des taux comparatifs à 136
et 60 pour 100 000, respectivement pour les hommes et pour les femmes au
début des années 1960, le taux comparatif semble s?être stabilisé à un niveau
relativement élevé depuis 2010 environ, atteignant encore 58 et 23 décès
pour 100 000 en 2022. La baisse importante de la mortalité par accident de
la circulation, responsable d?un quart des morts violentes en 2002, avec un
taux qui a reculé de 70 % pour les hommes et pour les femmes, et une chute
de 25 % de la mortalité par suicide contrastent en effet avec un accroissement
de 20 % du taux de mortalité par chute accidentelle (essentiellement à 80 ans
et plus), une absence de progrès pour la catégorie résiduelle des autres causes
accidentelles et, chez les hommes uniquement, de la mortalité due aux homi-
cides (+ 25 % pour cette même période de vingt ans, contre moins de 45 %
pour les femmes).
VIII. Un avantage comparatif des départements urbains
pour la plupart des causes de décès
Nous ne disposons pas des données qui nous permettraient d?examiner les
changements dans la structure par cause des décès entre les différents types
de départements sur le long terme. Les informations mises à notre disposition
par le CépiDc (Inserm) et les tables de mortalité disponibles dans la Base de
données sur la mortalité française(5) nous ont toutefois permis de calculer les
indicateurs de mortalité par cause pour la période 2017-2019, d?une part, et
2020-2021, d?autre part. Nous présentons dans le tableau 4 les taux comparatifs
pour sept grands groupes de causes entre chaque type de départements et
l?ensemble de la France hexagonale après redistribution proportionnelle des
décès de causes inconnues ou mal définies pour faciliter les comparaisons.
Pendant la période précédant la pandémie de Covid-19 (2017-2019), on
observe un gradient très clair avec un niveau de mortalité plus élevé dans les
départements ruraux que dans les départements urbains pour tous les grands
groupes de causes de décès sans exception (tableau 4). L?écart entre départe-
ments urbains et ruraux était particulièrement prononcé en ce qui concerne
les causes externes, avec un taux comparatif de mortalité dans les départements
urbains qui atteignait 49 pour 100 000 contre 75 dans les départements ruraux
pour les hommes et 21 contre 27 pour 100 000 pour les femmes. La mortalité
par suicide était notamment beaucoup plus élevée pour les hommes dans les
départements ruraux, avec un taux supérieur d?un tiers à la France hexagonale
(5) French Human Mortality Database : https://frdata.org/fr/french-human-mortality-database/.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
115
https://frdata.org/fr/french-human-mortality-database/
dans son ensemble (27 pour 100 000 contre 14 pour 100 000 dans les dépar-
tements urbains), mais l?écart était également significatif pour les accidents de
la circulation et pour les autres catégories de morts violentes.
Les maladies cardiovasculaires étaient aussi responsables d?écarts impor-
tants entre les trois types de départements avec 141 décès pour 100 000 pour
les hommes et 78 pour les femmes dans les départements ruraux contre 121
et 67 pour 100 000, respectivement, dans les départements urbains. Toutes
les causes de décès de cette catégorie étaient concernées : maladies isché-
miques du coeur, autres maladies du coeur, maladies cérébro-vasculaires et
autres maladies de l?appareil circulatoire. Pour tous les autres grands groupes
de causes à l?exception des maladies infectieuses et des maladies respiratoires
pour lesquelles les valeurs sont similaires, les écarts de mortalité étaient
beaucoup plus faibles, mais toujours systématiquement à l?avantage des
départements urbains.
M. BarBieri
116
Tableau 4. Taux comparatifs de mortalité pour 100 000 habitants par sexe,
par grand groupe de causes de décès et par type de départements
en 2017-2019 et 2020-2021
Catégories
de causes de décès
Hommes Femmes
Ruraux Interm. Urbains Tous Ruraux Interm. Urbains Tous
2017-2019
Cancers 226 220 206 220 130 128 124 128
Maladies cardiovasculaires 141 133 121 135 78 74 67 75
Maladies infectieuses 11 10 10 11 6 7 6 7
Maladies respiratoires 45 45 43 45 23 23 22 23
Mal. du système digestif 33 32 29 32 15 15 14 15
Autres maladies 102 99 92 100 71 71 66 71
Causes externes 75 63 49 62 27 24 21 24
Toutes causes 632 603 549 604 351 343 321 342
2020-2021
Cancers 216 205 189 206 127 122 117 123
Maladies cardiovasculaires 131 122 114 125 70 67 61 68
Maladies infectieuses 10 10 10 10 6 6 6 6
Maladies respiratoires 82 100 115 100 41 51 55 50
Mal. du système digestif 33 31 27 31 15 15 14 15
Autres maladies 100 93 86 95 69 66 62 67
Causes externes 72 60 49 60 26 23 21 23
Toutes causes 644 621 591 627 355 349 335 352
Champ : France hexagonale.
Sources : Calculs de l?autrice à partir des données du CépiDc (Inserm) et de la French Human Mortality Database
(https://frdata.org/fr/french-human-mortality-database/).
On retrouve une situation comparable pendant la période suivante (2020-
2021), à une exception près : le gradient s?est inversé en ce qui concerne la
mortalité par maladies respiratoires, avec un taux comparatif qui a atteint 115
pour 100 000 pour les hommes et 55 pour les femmes dans les départements
urbains contre 82 et 41, respectivement, dans les départements ruraux, alors
que les taux n?étaient que légèrement supérieurs dans ces derniers pour cette
catégorie de causes de décès en 2017-2019. Si l?on fait l?hypothèse, certes non
démontrée dans la littérature scientifique mais logique, d?une diffusion plus
rapide des épidémies dans les zones plus densément peuplées, cette conséquence
de la pandémie de Covid-19 n?est pas surprenante et il est probable que la
situation des années 2017-2019 redevienne la norme dans les années à venir.
Faute d?analyses approfondies, les raisons de la surmortalité rurale pour
toutes les causes de décès demeurent mal connues. Il conviendrait toutefois
d?identifier les facteurs à l?origine des différences observées pour mieux orienter
les politiques locales et développer une véritable approche territoriale en santé
publique. Un rattrapage des départements ruraux et Dom sur les départements
urbains en matière de mortalité contribuerait à une reprise plus vigoureuse
des progrès de l?espérance de vie à la naissance en France.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
117
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M. BarBieri
118
??
https://doi.org/10.1111/padr.12687
_Hlk210843022
_Hlk215318481
_Hlk215317739
_Hlk215317548
_Hlk215318591
_Hlk208914460
_Hlk215318678
_Hlk215319255
_Hlk215319218
_Hlk215324008
_Hlk215324132
_Hlk215324182
_Hlk215324298
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r e
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J
us
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sorte que l?excédent des pacs par rapport aux mariages pour les couples de
même sexe atteint en 2023 son plus haut niveau depuis 2014 (+4 013). Lenombre
des mariages a dépassé celui des pacs durant les trois années consécutives à
la loi de 2013 qui autorise le mariage pour les couples de même sexe et, depuis
2016, les pacs sont très majoritaires pour les couples de même sexe. En
revanche, pour les couples de sexe différent, l?écart entre les mariages et les
pacs n?a jamais été aussi élevé depuis 2016 (+ 41 000 en 2023) et, à l?exception
de l?année 2020(1), le nombre de mariages est chaque année supérieur à celui
des pacs. La part des couples de même sexe parmi les pacsé·es remonte donc
depuis 2013 pour atteindre 5,2 % des contrats enregistrés en 2023. Après un
engouement certain pour le mariage dès lors que cela a été possible, le pacs
apparaît aujourd?hui comme la forme d?union privilégiée par les couples de
même sexe.
III. Des mariages toujours plus tardifs
Si l?on élimine l?effet de la structure par âge de la population(2), les comporte-
ments d?union observés à tous les âges en 2023 correspondent à 578 mariages
pour 1 000 hommes (562 avec une femme et 16 avec un autre homme) et 570
pour 1 000 femmes (555 avec un homme et 15 avec une autre femme) tout au
long de leur vie (tableau 2). Ces estimations sont en très légère baisse par
rapport à 2022. Le même cumul en 2023 pour les seuls mariages de célibataires
n?est plus comparable à celui des années précédentes à la suite de la modifica-
tion du bulletin statistique rempli lors du mariage (voir encadré). En effet, une
partie des personnes se mariant pour la première fois en 2023 ont pu se déclarer
comme concubin·es ou pacsé·es lors du mariage, et non plus comme célibataires
comme c?était le cas pour les années antérieures. Le cumul de la somme des
mariages réduits des célibataires et ceux des personnes pacsées en 2023 n?est
pas non plus comparable à la somme des mariages réduits des célibataires de
l?année 2022 car certaines personnes pacsées ont pu être mariées antérieure-
ment. C?est la raison pour laquelle une baisse sensible des mariages réduits
des personnes divorcées et veuves se produit également entre 2022 et 2023
(tableau 7b, annexe en ligne(3)). Parmi les personnes pacsées, beaucoup d?entre
elles ont déjà été mariées lors d?une précédente union, ce qu?aucun dispositif
de collecte n?était en mesure de saisir jusqu?à maintenant(4).
(1) Année où les restrictions sanitaires liées à l?épidémie de Covid-19 ont empêché la célébration de
certains mariages et, dans une moindre mesure, des pacs.
(2) Il s?agit du calcul des mariages réduits à tous les âges, le nombre des mariages à chaque âge étant
rapporté à la population moyenne de cet âge présente au cours de l?année. Le cumul à tous les âges de
ces taux donne la somme des mariages réduits, ou nombre moyen de mariages pour 1 000 personnes.
(3) Les annexes sont disponibles sur : http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
(4) Le bulletin de pacs qui doit être rempli lors de l?enregistrement des pacs en mairie depuis 2017
renseigne l?état matrimonial des partenaires (célibataire, divorcé·e ou veuf·ve) et la date de dissolu-
tion de l?union précédente, mais ces informations n?ont pour le moment pas été diffusées par l?Insee.
N. Belliot
46
L?augmentation de l?âge au mariage se poursuit en 2023 : l?âge moyen au
mariage augmente, aussi bien pour les hommes que pour les femmes, de 0,2an
par rapport à 2022, avec un mariage en moyenne à 36,6ans pour les femmes
et 39,1ans pour les hommes. Sur les dix dernières années, l?âge moyen au
mariage a ainsi augmenté de 2,3ans pour les hommes et de 2,6ans pour les
femmes. Le mariage demeure plus tardif pour les couples de même sexe et le
recul est particulièrement marqué en 2023 : les hommes se marient en moyenne
à 43,6ans (+ 0,5an par rapport à 2022) et les femmes à 38,2ans (+ 0,8an).
En 2023, les hommes pacsés se marient en moyenne à 38,7ans et les femmes
pacsées à 36,8ans, soit 2,7ans plus tard que les célibataires jamais mariés. La
contractualisation préalable de l?union par un pacs avant le mariage conduit
donc à retarder ce dernier, même s?il peut aussi s?agir d?un remariage (donc
plus tardif) pour les personnes pacsées au moment du mariage.
L?âge au mariage augmente, d?une part parce que le premier mariage sur-
vient de plus en plus tard, et, d?autre part parce que les remariages sont éga-
lement plus tardifs. En moyenne, les hommes divorcés se remarient à 51,7ans
(2,6ans plus tard qu?en 2013) et les veufs à 60,6ans (+ 2,1ans). Pour les femmes,
ces âges sont, respectivement, 48,3ans (+ 3,1ans par rapport à 2023) et 54,6ans
(+ 2,5ans).
IV. Plus d?une union par personne en moyenne
au cours de la vie
Le cumul des événements réduits (mariages, pacs) neutralise l?effet de la
structure par âge de la population et permet d?estimer le nombre d?événements
que l?on observerait dans une génération tout au long de sa vie, compte tenu
des comportements d?union observés au cours d?une année donnée. Ainsi,
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
47
Tableau 2. Nombre de mariages pour 1 000 personnes* et âge moyen**
au mariage en 2023 selon le sexe des époux et la situation conjugale
au moment du mariage
Sexe
Tous
types de
mariages
Mariages entre personnes de sexe différent Mariages entre personnes de même sexe
Ensem ble
Situation conjugale antérieure
Ensem ble
Situation conjugale antérieure
Céliba-
taire
Veuf/
veuve
Divor cé·e Pacsé·e
Céliba-
taire
Veuf/
veuve
Divorcé·e Pacsé·e
Nombre de mariages pour 1 000 personnes
Hommes 578 562 379 3,8 78 102 16 11 0,1 1,1 3,6
Femmes 570 555 379 4,1 73 99 15 10 0,0 1,5 3,0
Âge moyen** au mariage
Hommes 39,1 38,9 36,1 60,6 51,7 38,7 43,6 42,4 53,3 52,2 44,4
Femmes 36,6 36,6 34,1 54,6 48,3 36,8 38,2 36,4 54,9 47,2 40,1
* Ou somme des mariages réduits (cumul des taux de nuptialité par âge).
** Âge moyen au mariage calculé à partir des taux de nuptialité à tous les âges.
Champ : France entière.
Sources : Insee, état civil ; calculs de l?auteur.
en cumulant l?ensemble des mariages et pacs réduits(5) une même année, on
obtient, avec les comportements observés en 2023, un nombre de 1,079 union
(mariage ou pacs) par individu au cours de la vie pour les hommes et 1,06
pour les femmes (tableau 3). Cela signifie que les hommes et les femmes
connaîtraient en moyenne plus d?une contractualisation d?union au cours de
leur vie dans les conditions de l?année 2023. Bien sûr, cela reflète des situa-
tions différentes, de l?absence d?union légalisée à une ou plusieurs unions
légalisées successivement au cours de la vie (par le pacs ou par le mariage).
La conclusion d?un pacs puis d?un mariage est aujourd?hui une trajectoire de
couple assez répandue.
(5) L?absence de données détaillées sur les pacs contractés chaque année depuis 2017 ne permet pas
de calculer la somme annuelle des pacs réduits, mais on peut en donner une estimation indirecte en
appliquant la méthode de la génération moyenne (Calot, 1984). On applique pour cela un calendrier
supposé de pacs selon les âges aux effectifs de la population par âge.
N. Belliot
48
Encadré. Le statut conjugal remplace l?état matrimonial
dans le recensement depuis 2015, et désormais
sur les bulletins d?état civil depuis 2023
À partir de 2015, le statut conjugal incluant les modalités « pacsé·e » et « concubin·e ou en union
libre » a remplacé l?ancienne question sur l?état matrimonial (célibataire, marié·e, divorcé·e ou
veuf·ve) sur le bulletin de recensement, ce qui permet de mieux saisir la situation légale des couples
(Buisson, 2017), et en particulier la situation actuelle des personnes en couple non mariées qui ne
pouvaient jusque-là se déclarer comme telles lors du recensement. Cette même modification vient
d?être apportée (depuis 2023) sur le bulletin de mariage lors de son enregistrement à l?état civil. La
« situation conjugale » de chaque conjoint·e avant le mariage remplace désormais « l?état matri-
monial » en y intégrant également la modalité « pacsé·e ».
Si ces modifications permettent de mieux connaître la situation actuelle des couples, la modifi-
cation de la question sur le bulletin de recensement ne donne plus la possibilité de dénombrer
directement la population des personnes célibataires (au sens légal, c?est-à-dire des personnes
jamais mariées), divorcées ou veuves(a) ; ces personnes peuvent se déclarer pacsées ou en union
libre si elles sont en couple, indépendamment de leur état matrimonial légal. Depuis 2020, le calcul
des quotients de primo-nuptialité par âge et la construction de tables de primo-nuptialité sont
désormais impossibles. On ne peut donc plus estimer l?intensité de la primo-nuptialité (la part
d?hommes et de femmes qui connaissent un premier mariage au cours de leur vie), ni mesurer son
calendrier dans les générations (l?âge moyen au premier mariage) comme on avait coutume de le
faire depuis de longues années.
De même, l?ajout sur le bulletin de mariage en 2023 de la mention « pacsé·e » parmi les
modalités de la situation conjugale des conjoint·es au moment du mariage ne permet plus de
déterminer s?il s?agit du premier mariage ou du remariage de l?un et l?autre des conjoint·es. En
effet, une personne se déclarant pacsée au moment du mariage peut avoir été précédemment
mariée avant de contracter ce pacs, mais cette information n?apparaîtra pas ; on ne peut donc
plus identifier s?il s?agit du premier mariage ou d?un remariage. L?année 2023 marque donc une
rupture dans la série sur les mariages des célibataires, aussi bien pour la somme des mariages
réduits que pour l?âge moyen au mariage.
(a) L?Insee diffuse des estimations de la population selon l?état matrimonial (uniquement pour les personnes
de moins de 90ans) à partir de différents ajustements statistiques.
V. « Le pacs d?abord, le mariage ensuite »,
un parcours conjugal très répandu
Au sein des 234 466 couples de sexe différent s?étant mariés en 2023, 42 125
hommes et 42 078 femmes, soit 18 % d?entre elles et eux, étaient pacsé·es(6).
Cette part a peu progressé, elle était déjà de 17 % pour les mariages de 2016
mais cette stabilité masque néanmoins des évolutions différentes selon l?âge
au mariage : celles et ceux qui se marient avant 30ans sont moins souvent
pacsé·es au moment du mariage tandis que c?est sensiblement plus fréquent
pour les personnes de plus de 30ans (figure 2). C?est aussi aux âges où l?on se
marie le plus fréquemment (autour de 35ans) que les marié·es sont le plus
souvent déjà pacsé·es, avec 25 % de pacsé·es parmi les nouvelles et nouveaux
marié·es à cet âge. Il est probable que les jeunes couples qui contractualisent
leur union par un pacs retardent leur mariage futur, à la différence de ceux
? de moins en moins nombreux ? qui optent pour le mariage sans conclusion
préalable d?un pacs.
Ces évolutions contrastent avec celles observées parmi les couples de même
sexe où être déjà pacsé lors du mariage est une configuration plus fréquente
que pour les couples de sexe différent, mais en baisse en 2023 par rapport à
2016(7) : cette fréquence est passée de 37 % à 23 % pour les couples d?hommes
et de 35 % à 21 % pour les couples de femmes entre 2016 et 2023. Cette baisse
s?observe quel que soit l?âge au mariage (figure 2), celui-ci ayant peu d?influence
sur le fait d?être pacsé·e ou pas avant le mariage. Parmi les couples de même
(6) La différence entre le nombre d?hommes et de femmes pacsé·es au moment du mariage traduit,
pour certaines personnes qui se marient, l?absence de dissolution préalable d?un pacs conclu précé-
demment par l?un des époux avant le mariage. Par défaut, le mariage rompt automatiquement le pacs
précédemment contracté par l?un des époux.
(7) En 2016, le rapprochement entre les données sur les mariages selon l?âge et celles sur les ruptures
de pacs selon le motif de la dissolution et l?âge à la dissolution permettent de calculer ces proportions.
Cela n?a pas été possible pour les années suivantes, aucune donnée détaillée sur les dissolutions de
pacs n?ayant été diffusée jusqu?à maintenant.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
49
Tableau 3. Somme des unions réduites* pour une personne en 2023,
selon le sexe et le type d?union
Hommes Femmes
Avec une
femme
Avec un
homme
Total
Avec un
homme
Avec une
femme
Total
Somme des mariages
réduits 0,562 0,016 0,578 0,555 0,015 0,570
Somme des pacs réduits 0,473 0,028 0,501 0,467 0,023 0,490
Somme des unions
réduites 1,035 0,043 1,079 1,023 0,038 1,060
* Mariage (respectivement pacs) pour une personne au cours de sa vie compte tenu des comportements à tous
les âges en 2023.
Champ : France entière.
Sources : Insee ; calculs de l?auteur.
sexe mariés en 2016 se trouvait encore une part importante de couples qui
s?étaient pacsés avant 2013, le mariage étant inaccessible à ce moment-là. Cette
situation est moins fréquente parmi ceux mariés en 2023, de sorte que l?on
constate une convergence avec les couples de sexe différent, notamment pour
les plus jeunes lors du mariage.
Les divorcé·es sont aussi moins nombreux parmi les marié·es en 2023 : il
faut remonter au milieu des années 1980 pour compter aussi peu de divorcé·es
parmi celles et ceux qui se marient, aussi bien en nombre qu?en proportion
(15 % des hommes et 14,3 % des femmes marié·es en 2023 sont divorcé·es).
Cela ne vient pas nécessairement d?une moindre propension des personnes
divorcées à se remarier en 2023 mais plutôt du fait qu?une partie d?entre elles
ont contracté un pacs depuis leur divorce et déclarent donc cette situation
conjugale au moment de leur mariage, ce qui est possible depuis 2023. Cela
n?est pas surprenant mais apporte pour la première fois des informations sta-
tistiques sur la situation de personnes divorcées qui choisissent de légaliser
une nouvelle union par un pacs. De même, pour la première fois, moins de
1 % des personnes mariées au cours d?une année sont veuves. Cette part diminue
continuellement avec l?augmentation de l?âge au veuvage depuis de nombreuses
décennies.
VI. Une nuptialité plus forte et plus tardive en milieu rural,
sauf pour les couples de même sexe
Les comportements conjugaux diffèrent-ils selon le type d?espace de résidence ?
L?analyse spatiale de la nuptialité est ici abordée à travers les comportements
N. Belliot
50
Figure 2. Part des personnes pacsées au moment du mariage
en 2016 et 2023, selon l?âge et le sexe des époux
Hommes (2023)
Femmes (2023)
Hommes (2016)
Femmes (2016)
Hommes (2023)
Femmes (2023)
Hommes (2016)
Femmes (2016)
20 4025 3530 45 50 55 60 65 70
5
0
10
15
25
20
35
40
45
50
30
Mariages de couples de sexe différent (en %)
Âge
20 4025 3530 45 50 55 60 65 70
5
0
10
15
25
20
35
40
45
50
30
Mariages de couples de même (en %)
Âge
Champ : France entière.
Source : Insee, état civil.
différentiels entre les ruraux et les non-ruraux en 2021-2022(8) ; celle-ci laisse
apparaître des différences marquées, notamment en termes de fréquence des
mariages. Que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, la somme des mariages
réduits est plus forte dans les communes rurales (tableau 4), où elle s?élève à
0,60mariage par personne pour les hommes (0,57 pour ceux des aires urbaines)
et 0,64 pour les femmes (0,54 pour celles des aires urbaines). Même si la nuptialité
de cette période a été perturbée par les conséquences de la pandémie de Covid-19
(et les mariages empêchés en 2020), les habitant·es des communes rurales, notam-
ment les femmes, sont donc plus enclin·es à se marier. Cette nuptialité plus forte
provient pour les femmes aussi bien des premiers mariages que des remariages,
alors qu?il s?agit surtout pour les hommes de remariages plus fréquents. On peut
également noter une nuptialité des couples de même sexe significativement plus
forte en milieu rural pour les femmes (0,021 contre 0,017) alors que c?est le contraire
pour les hommes (0,014 contre 0,016), sans doute liée à une présence différentielle
des couples de même sexe masculins et féminins sur le territoire, les couples
homosexuels vivant plus souvent dans les grandes villes que les couples lesbiens,
mieux répartis sur le territoire (Rault, 2023).
S?agissant du calendrier, que ce soit pour le premier ou l?ensemble des
mariages, les hommes comme les femmes dans les couples de sexe différent
(8) Les dernières données de recensement disponibles sont celles de 2022 et la distinction est possible
entre les habitant·es des communes dites rurales et des communes des aires urbaines. De même,
pour les années 2021 et 2022, le fichier détail des mariages mentionne la taille de l?aire urbaine ou
l?appartenance à une commune rurale de la commune de résidence des marié·es.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
51
Tableau 4. Somme des mariages réduits (pour une personne) et âge moyen
au mariage en 2021-2022, selon le rang et le lieu de résidence
Lieu de
résidence
Hommes Femmes
Mariage avec
une femme
Mariage avec
un homme
Ensemble
des mariages
Mariage avec
un homme
Mariage avec
une femme
Ensemble
des mariages
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Tous
rangs
Premier
mariage
Somme des mariages réduits
Communes
rurales
0,59 0,44 0,014 0,011 0,60 0,45 0,62 0,47 0,021 0,018 0,64 0,48
Communes
d?une aire
urbaine
0,55 0,43 0,016 0,014 0,57 0,44 0,52 0,42 0,017 0,015 0,54 0,43
Ensemble 0,56 0,43 0,015 0,013 0,57 0,44 0,54 0,43 0,017 0,016 0,56 0,44
Âge moyen au mariage (en années)
Communes
rurales
40,2 36,8 43,8 43,0 40,2 37,0 37,3 34,5 36,5 34,3 37,2 34,5
Communes
d?une aire
urbaine
39,6 35,8 45,2 44,0 39,7 36,0 36,4 33,6 38,1 36,5 36,5 33,7
Ensemble 39,7 36,0 44,9 43,8 39,8 36,2 36,6 33,8 37,9 36,1 36,7 33,9
Champ : Mariages à tous les âges, France entière.
Sources : Insee, état civil, recensement 2022 ; calculs de l?auteur.
se marient plus tard dans les communes rurales. En revanche, pour les couples
de même sexe, les mariages ont lieu plus tôt, en moyenne d?un an et demi, que
dans les communes des aires urbaines.
Le choix de la date du mariage correspond à certaines logiques, notamment
pratiques et météorologiques. L?usage pour une majorité de couples est de
célébrer son mariage pendant la période estivale et le plus souvent un samedi.
Il est plus aisé de se libérer et de réunir ses proches à ces moments-là de l?année
et les mariages de 2022-2023 n?échappent pas à ce principe : deux mariages
sur trois ont eu lieu entre les mois de mai et septembre(9), et quatre mariages
sur cinq le samedi. Cette coutume est toutefois un peu moins vérifiée pour les
mariages de couples de même sexe, principalement du fait d?un âge plus élevé
et d?une plus grande distance vis-à-vis des normes sociales.
Au contraire, ces pratiques sont davantage suivies pour les mariages de
personnes vivant dans les communes rurales(10), aussi bien pour les couples
de même sexe que pour ceux de sexe différent : plus de 75 % des mariages ont
lieu l?été et plus de 87 % d?entre eux le samedi (tableau 5).
Au moment du mariage, les couples de sexe différent des communes
rurales ont aussi des enfants en commun beaucoup plus souvent que ceux
des autres territoires (41 % contre 27 % parmi l?ensemble des mariages). Cet
écart s?observe quel que soit l?âge au mariage des femmes, mais particulière-
ment lorsque celles-ci sont jeunes et aux âges où elles se marient le plus :
plus de la moitié des femmes qui se sont mariées entre 30 et 45ans dans les
communes rurales en 2023 avaient déjà des enfants avec leur conjoint (figure 3).
C?est autour de ces âges que les taux de migration nette vers les espaces
ruraux sont positifs et les plus élevés (D?Alessandro etal., 2021). Il s?agit
surtout de familles quittant les zones urbaines à la recherche de logements
(9) Les mois de mai à septembre sont les cinq mois où le nombre de mariages est le plus élevé (au
moins 11 % des mariages annuels chaque mois).
(10) Il pourrait aussi être plus difficile en période estivale d?obtenir des créneaux disponibles pour
se marier le samedi en milieu urbain.
N. Belliot
52
Tableau 5. Répartition des mariages selon le mois, le jour de la semaine,
le sexe et le lieu de résidence des marié·es
Lieu de résidence
des marié·es
Mariage estival (de mai à septembre) Mariage un samedi
Couples
de sexe
différent
Couples
de même
sexe
Ensemble
des couples
Couples
de sexe
différent
Couples
de même
sexe
Ensemble
des couples
Communes rurales 75,7 71,6 75,6 87,3 84,4 87,2
Communes d?une
aire urbain 65,4 63,8 65,3 78,1 75,0 78,0
Ensemble 67,7 65,5 67,6 80,2 77,1 80,1
Champ : Mariages en 2022 et 2023, France entière.
Source : Insee, état civil.
plus grands et plus accessibles. Beaucoup de couples anciennement formés
et déjà parents se marient à ce moment-là pour s?assurer une protection et
une solidarité entre conjoint·es, notamment lors de l?accession à la propriété.
Cesmigrations favorisent ainsi la nuptialité des communes rurales, spécifi-
quement après 30ans.
VII. Les ruraux vivent plus souvent en couple
Selon les données de recensement de 2022, 76,6 % des femmes et 70,3 % des
hommes de 20 à 64ans résidant dans une commune rurale déclarent vivre
en couple. La vie de couple est nettement plus répandue que dans les terri-
toires urbains où elle concerne seulement 60 % des hommes et femmes du
même âge. Avant 65ans, les femmes sont aussi plus souvent en couple que
les hommes dans les communes rurales, ce qui n?est le cas que jusqu?à 40ans
pour les femmes vivant dans les communes des aires urbaines (figure4).
Cela s?explique notamment par une mise en couple plus précoce des femmes
et par l?écart d?âge entre conjoint·es dans les couples de sexe différent. À tous
les âges, les hommes et les femmes urbain·es vivent moins souvent en couple
que celles et ceux des communes rurales. Une mise en couple plus précoce
des jeunes hommes et femmes en milieu rural peut vraisemblablement expli-
quer ces différences. D?autres facteurs, comme la mobilité des plus jeunes
vers les centres urbains pour les études ou l?accès à un premier emploi,
peuvent aussi rendre plus difficile d?entretenir une vie de couple durable aux
jeunes âges.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
53
Figure 3. Part de couples ayant des enfants en commun
au moment du mariage selon le lieu de résidence et l?âge de l?épouse
Femmes
d?une commune rurale
Femmes
hors commune rurale
10
0
20
30
40
50
60
Part de couples ayant des enfants en commun
au moment du mariage (en %)
Âge
Moins
de 25 ans
25-29 ans 30-34 ans 35-39 ans 40-44 ans 45-49 ans 50-59 ans 60 ans
et plus
Champ : France entière, mariages de couples de sexe différent en 2023.
Sources : Insee, état civil ; calculs de l?auteur.
VIII. De moins en moins de personnes mariées,
mais davantage de pacsé·es et de célibataires
L?évolution des comportements et des parcours matrimoniaux au cours des
dernières années, qu?il s?agisse de la fréquence des mariages ou des pacs, des
ruptures d?unions (divorces et dissolutions de pacs) ou encore des veuvages,
se traduit par des changements observables dans la distribution de la popula-
tion selon la situation conjugale lors des recensements (voir encadré, p.48).
Attardons-nous ici sur ces évolutions entre les recensements de 2017 et 2022
(tableau 6 et figure 5).
En 2022, les personnes mariées sont majoritaires parmi la population
française de 18 à 64ans et représentent 15,2 millions de personnes (tableau 6).
Toutefois, pour chacun des deux sexes, leur nombre se réduit d?un demi-million
entre 2017 et 2022 (une baisse de 6 %). Acontrario, le nombre de célibataires
et de pacsé·es augmente significativement au cours de la même période, d?envi-
ron 0,4 million pour chaque sexe et chacune des deux situations conjugales.
La France compte ainsi 7 % de célibataires et 32 % de pacsé·es de plus en 2022
qu?en 2017. Leur proportion atteint respectivement 34,1 % et 8,1 % chez les
hommes et 29,0 % et 7,8 % chez les femmes, la part de chaque catégorie aug-
mentant d?environ 2 % entre 2017 et 2022. Enfin, les nombres de personnes
vivant en union libre ou divorcées sont stables mais leurs proportions diminuent
très légèrement.
N. Belliot
54
Figure 4. Part de personnes vivant en couple en 2022 selon l?âge et le sexe
Femmes d?une aire urbaine
Hommes d?une aire urbaine
Femmes d?une commune rurale
Hommes d?une commune rurale
10
0
20
30
40
50
60
70
80
90
Part (en %)
Âge
15-19
ans
20-24
ans
25-29
ans
30-34
ans
35-39
ans
40-44
ans
45-49
ans
55-59
ans
50-54
ans
60-64
ans
Champ : France entière.
Source : Insee, recensement 2022.
Être marié demeure la situation conjugale la plus courante à partir de
30ans (et il s?agit de la situation majoritaire après 40ans). Néanmoins, l?aug-
mentation de l?âge au mariage et la réduction de sa fréquence conduisent à une
baisse, entre 2017 et 2022, de la proportion de personnes mariées entre 30 et
70ans (figure6). De même, l?union libre connaît une légère baisse parmi les
plus jeunes. Parallèlement, un nombre croissant de personnes est célibataire,
mais le changement le plus notable concerne la hausse de la proportion de
personnes pacsées. C?est entre 30 et 35ans que cette proportion de pacsé·es
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
55
Figure 5. Population selon le sexe et la situation conjugale en 2017 et 2022
2022
2017
Veuf-veuve Divorcé·e Célibataire Marié·e Pacsé·e Concubinage
ou union libre
Veuf-veuve Divorcé·e Célibataire Marié·e Pacsé·e Concubinage
ou union libre
15 20 4025 3530 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
15 20 4025 3530 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
HOMMES FEMMES
Champ : Population des plus de 18ans, France entière.
Source : Insee, recensements 2017 et 2022.
Tableau 6. Répartition des 18-64 ans selon le sexe
et la situation conjugale en 2017 et 2022
Année
Marié·es Pacsé·es
En
concubinage ou
union libre
Veufs ou
veuves
Divorcé·es Célibataires
Total
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Effectif
(en
millions)
En %
Hommes
2017 7,8 40,5 1,2 6,2 3,0 15,4 0,1 0,7 1,0 5,0 6,2 32,2 19,2
2022 7,3 37,6 1,6 8,1 2,9 14,8 0,1 0,6 0,9 4,8 6,6 34,1 19,4
Femmes
2017 8,4 42,3 1,2 5,9 2,9 14,8 0,4 2,3 1,5 7,7 5,4 27,0 19,9
2022 7,9 39,6 1,6 7,8 2,9 14,4 0,4 1,9 1,5 7,4 5,8 29,0 20,0
Champ : France entière.
Source : Insee, recensements 2017 et 2022.
est la plus élevée (17 %), en progression de 3 % par rapport à 2017. Au-delà de
50ans, les pacsé·es sont beaucoup moins nombreuses et nombreux (moins de
3 %), ce qui s?explique notamment par la moindre contractualisation de pacs
dans les générations plus anciennes et la fréquence élevée des dissolutions de
pacs (par rupture ou par mariage du couple) après plusieurs années de pacs.
Enfin, la proportion de divorcé·es diminue chez les plus jeunes, mais augmente
chez les plus de 60ans, principalement les femmes. Elle atteint 10 % chez les
hommes autour de 60ans et 15 % chez les femmes autour de 65ans, la diffé-
rence étant due à un remariage des femmes moins fréquent après un divorce.
IX. Les jeunes ruraux en couple plus souvent pacsés
ou en union libre, un effet de génération ?
Analysons maintenant la répartition de la population par situation conjugale
en 2022 selon le lieu de résidence, c?est-à-dire ici entre les populations des
communes rurales et celles des communes appartenant à une aire urbaine
(figure 6). Vivre en couple étant plus fréquent en milieu rural, on retrouve une
proportion significativement plus faible de célibataires dans ces territoires, et
particulièrement chez les personnes âgées de 25 à 35ans, âges où l?installation
dans la vie de couple est la plus fréquente.
Une différence majeure entre les situations conjugales des habitant·es des
espaces ruraux et urbains réside dans la fréquence nettement plus élevée des
personnes se déclarant en union libre et pacsées en milieu rural, surtout parmi
les plus jeunes adultes. Près d?un homme et d?une femme sur quatre est pacsé·e
parmi les 30-34ans en milieu rural alors que cette proportion ne dépasse guère
15 % en milieu urbain. De même, à 25-29ans, âge où cette situation est la plus
fréquente, 34 % des femmes rurales vivent en union libre contre 26 % des
urbaines. De ce fait, parmi les personnes en couple, les rurales et ruraux sont
beaucoup moins souvent marié·es que les urbain·es aux jeunes âges (33 % des
hommes ruraux de 30-34ans en couple sont mariés contre 42 % des hommes
urbains). Sans que l?on puisse y déceler des effets d?âge ou de génération, les
rurales et ruraux sont autant marié·es que les urbain·es aux âges plus élevés
(plus de 80 % des 55-59ans en couple sont marié·es).
Dans les espaces ruraux, le mariage apparaît donc moins comme un impé-
ratif pour les jeunes couples. L?union libre et le pacs se sont imposés comme
des alternatives durables. Toutefois, bien que le mariage soit de plus en plus
tardif, souvent après la naissance éventuelle des enfants du couple, rien n?indique
que les jeunes générations, aujourd?hui éloignées du mariage, y recourront à
un âge avancé, contrairement aux générations qui atteignent aujourd?hui 50ans
et plus, dont une large majorité s?est mariée au moins une fois.
Enfin, parmi les femmes de plus de 40ans vivant dans des communes des
aires urbaines, on retrouve aussi davantage de divorcées et moins de mariées,
N. Belliot
56
une probable conséquence de divorces plus fréquents dans les centres urbains
(notamment en Île-de-France) et d?une moindre propension au remariage des
femmes après un divorce.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
57
Figure 6. Population en 2022 selon le sexe,
la situation conjugale et le lieu de résidence
Veuf
Habitant une commune rurale
Veuf
Habitant une aire urbaine
Divorcé
Divorcé
Célibataire Marié
Marié
Pacsé
Pacsé
Union
Célibataire Union
Veuve
Habitant une commune rurale
Veuve
Habitant une aire urbaine
Divorcée
Divorcée
Célibataire Mariée
Mariée
Pacsée
Pacsée
Union libre
Célibataire Union libre
15-19
ans
20-24
ans
40-44
ans
25-29
ans
35-39
ans
30-34
ans
45-49
ans
50-54
ans
55-59
ans
60-64
ans
65-69
ans
70-74
ans
75 ans
et +
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
HOMMES
15-19
ans
20-24
ans
40-44
ans
25-29
ans
35-39
ans
30-34
ans
45-49
ans
50-54
ans
55-59
ans
60-64
ans
65-69
ans
70-74
ans
75 ans
et +
10
0
20
30
50
40
70
80
90
100
60
Population (en %)
Âge
FEMMES
Champ : Population des plus de 15 ans, France entière.
Source : Insee, recensement 2022.
X. À défaut de données depuis 2017,
des estimations indirectes des dissolutions d?unions
Comme déjà mentionné dans une chronique de conjoncture précédente (Breton
etal., 2020), à la suite de la possibilité de divorce sans recours au juge depuis
2017 et de la lente remontée des chiffres au ministère de la Justice, les statis-
tiques de divorces sont toujours incomplètes entre 2017 et 2020 et inexistantes
depuis lors. Les derniers chiffres sont ceux de l?année 2016 avec 128 000
divorces, ce qui correspond à une fréquence de 46,7 divorces pour 100 mariages
(annexe 8). De même, aucune statistique des dissolutions de pacs n?a été dif-
fusée depuis 2017. Cette année-là, 82 000 pacs ont été rompus.
L?étude des remariages après un divorce au cours de ces dernières années
permet toutefois d?obtenir une estimation de manière indirecte de l?évolution
des divorces depuis 2016. Les remariages observés ces dernières années dans
les cohortes de divorcé·es dépendent de l?effectif initial de ces cohortes, c?est-
à-dire du nombre d?hommes et de femmes ayant divorcé chaque année. Or
l?observation du nombre cumulé des remariages dans les cohortes de divorcé·es
formées depuis 2012 laisse apparaître une baisse significative de ces remariages
dans les cohortes d?hommes et de femmes ayant divorcé à partir de 2018
(figure 7). De même, les remariages sont significativement plus faibles dans la
cohorte 2020, non seulement parce que les divorces ont vraisemblablement été
moins nombreux en 2020 (du fait de la Covid-19), mais aussi de par la moindre
propension à se marier (et donc à se remarier) cette année-là en raison des
restrictions sanitaires dues à la pandémie. La baisse des remariages à la durée
0, c?est-à-dire l?année du divorce, atteint ainsi 30 % dans les cohortes 2023 pour
les hommes divorcés et près de 50 % pour les femmes divorcées par rapport
aux cohortes formées en 2012-2013. Deux ans après le divorce, cette baisse
atteint environ 25 % dans les cohortes 2019 à 2021. Par conséquent, en admet-
tant une possible baisse de la fréquence des remariages pour celles et ceux qui
ont divorcé ces dernières années, la forte réduction des remariages observée
ici atteste vraisemblablement d?une baisse du nombre des divorces depuis la
réforme de 2017.
De même, il est possible d?estimer indirectement le nombre des dissolu-
tions de pacs depuis 2017. En effet, d?après les données de recensement, la
croissance du nombre de personnes pacsées en France, d?environ 800 000
entre 2017 et 2022 (hausse de 32 %), provient du maintien d?un nombre élevé
de pacs enregistrés chaque année (près de 200 000 de 2017 à 2021), notamment
parmi les plus jeunes générations. Au total, environ un million de pacs a été
enregistré au cours de cette période par les mairies et les notaires. En dédui-
sant le nombre de personnes pacsées au cours de la période (environ 2 millions)
de l?excédent des personnes pacsées en 2022 par rapport à 2017 (800 000),
nous pouvons estimer à environ 600 000 le nombre de pacs rompus pendant
cette période, soit une moyenne d?environ 120 000 dissolutions annuelles.
N. Belliot
58
Cette estimation dépasse assez largement les 82 000 dissolutions de pacs
survenues en 2017(11) mais paraît réaliste. En effet, l?augmentation des pacs
enregistrés depuis le début des années 2010 devrait avoir pour conséquence
une augmentation des dissolutions attendues chaque année, suivant l?hypo-
thèse de maintien d?une fréquence élevée des dissolutions de pacs en début
d?union(12) (Breton etal., 2019).
***
Perturbé à partir de 2020 par la pandémie de Covid-19, le nombre de mariages
et de pacs se maintient à un niveau élevé en 2023, proche de celui du début
des années 2010. Dans les conditions de 2023, les hommes et les femmes
connaissent en moyenne un peu plus d?une union (pacs et/ou mariage) au
cours de leur vie, mais à des âges toujours plus élevés pour ce qui concerne
les mariages (36,6ans pour les femmes, 39,1ans pour les hommes en moyenne).
Le choix assez répandu pour de nombreux couples, de sexe différent ou de
même sexe, de se pacser avant de se marier contribue également à retarder
le mariage.
(11) 2017 est à ce jour la dernière année pour laquelle le nombre des dissolutions de pacs est connu.
La modification du lieu d?enregistrement et de dissolution des pacs fin 2017, désormais en mairie
(ainsi que chez les notaires depuis 2011), a entraîné un changement de la procédure de recueil des
données et empêché la publication de données depuis lors.
(12) L?application des taux de dissolution des pacs calculés en 2016 aux pacs exposés au risque de
rupture chaque année conduit à une estimation croissante du nombre de dissolutions annuelles, avec
environ 108 000 dissolutions en 2021 et 116 000 en 2023.
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
59
Figure 7. Variations des remariages cumulés dans les cohortes de divorcé·es
selon la durée écoulée depuis le divorce (par rapport aux cohortes 2012-2013)
Hommes FemmesDurée 0
Hommes FemmesDurée 2
Hommes FemmesDurée 4
20152014 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
? 50
? 60
? 40
? 30
? 10
? 20
10
20
0
Variations (en %)
Année du divorce
Lecture : En 2020, les remariages de femmes ayant divorcé la même année (c?est-à-dire à la durée0
depuis le divorce) ont baissé de 52% par rapport à ceux de 2012-2013.
Champ : France entière, mariages de sexe différent.
Sources : Insee, état civil ; calculs de l?auteur.
Les habitant·es des communes rurales, vivant plus souvent en couple que
celles et ceux des communes des aires urbaines, ne se marient pas davantage
pour autant. Le pacs et l?union libre sont largement plébiscités parmi eux et le
mariage y est plus tardif.
Enfin, si les modifications des questions posées sur les bulletins de recen-
sement et d?état civil permettent de mieux saisir la situation conjugale actuelle
des personnes, elles ne permettent malheureusement plus de mesurer la primo-
nuptialité dans les générations, comme il avait jusque-là été possible de le faire.
En l?absence de données récentes sur les dissolutions d?unions, des estimations
indirectes permettent d?évaluer la baisse des divorces et la hausse des ruptures
de pacs depuis 2016.
N. Belliot
60
référeNces
BreTond., BArBieriM., BellioTn., d?AlBiSh., MAzuyM. 2019. L?évolution
démographique récente de la France : une singularité en Europe ? Population, 74(4),
409-497. https://doi.org/10.3917/popu.1904.0409
BreTond., BArBieriM., BellioTn., d?AlBiSh., MAzuyM. 2020. L?évolution
démographique récente de la France : situations et comportements des mineurs.
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BreTond., BArBieriM., BellioTn., d?AlBiSh., MAzuyM. 2024. L?évolution
démographique récente de la France : une position singulière dans l?Union européenne.
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BuiSSong. 2017. Le recensement de la population évolue : de l?état matrimonial légal
à la situation conjugale de fait. Insee Analyses, 35.
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cAloTg. 1984. Une notion intéressante : l?effectif moyen des générations soumises
au risque. I. Présentation méthodologique. Population, 39(6), 947-976.
d?AleSSAndroc., levyd., regnierT. 2021. Une nouvelle définition du rural pour
mieux rendre compte des réalités des territoires et de leurs transformations. In La
France et ses territoires, 61-72. Insee. https://www.insee.fr/fr/statistiques/5039991
PAPonS. 2023. Bilan démographique 2023. En 2023, la fécondité chute, l?espérance
de vie se redresse. Insee Première, 1978. https://www.insee.fr/fr/statistiques/7750004
rAulTW. 2023. Les couples de même sexe dans les pays occidentaux : mieux reconnus
et plus nombreux. Population et sociétés, 607(1).
https://doi.org/10.3917/popsoc.607.0001.
ThéloTh. 2025. Bilan démographique 2024. En 2024, la fécondité continue de diminuer,
l?espérance de vie se stabilise. Insee Première, 2033.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8327319
La nuptiaLité se maintient en France, toujours pLus tardive
61
??
https://doi.org/10.3917/popu.1904.0409
https://doi.org/10.3917/popsoc.607.0001
*Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
Courriel: thierry@ined.fr
Note de conjoncture2025
Fécondité et infécondité en France:
tendances, fluctuations et disparités territoriales
Xavier thierry*
Résumé
En France, la fécondité diminue depuis 2011, et plus rapidement depuis 2019.
Labaisse a néanmoins été moins forte en 2024 qu?en 2023. L?indice conjoncturel
de fécondité (1,62 enfant par femme en 2024) y est plus élevé qu?ailleurs en Europe.
La proportion de femmes sans enfant a sensiblement augmenté, mais la propension
à avoir un deuxième ou un troisième enfant est assez stable depuis une quinzaine
d?années. Si les femmes nées entre 1975 et 1985 sont susceptibles d'avoir un peu
plus de deux enfants en moyenne, ce ne sera pas le cas des générations nées au
début des années 1990. Le renouvellement des générations ne sera alors plus assuré.
Le niveau de fécondité, en recul sur tout le territoire, n?est pas uniforme. En règle
générale, il est un peu plus élevé dans les espaces ruraux à habitat dispersé que
dans les petites villes, et dans les couronnes urbaines que dans les centres très
denses. Toutefois, ces contrastes généraux sont moins marqués que les différences
de niveau de fécondité entre cantons ruraux ou aires urbaines nommément désignés.
Mots-clés
conjoncture démographique, indicateurs démographiques, naissances, fécondité,
rang de naissance, migration interne, espaces urbains, espaces ruraux
À quelques exceptions sous-régionales près, l?ensemble du monde est
concerné par une baisse historique de la fécondité. Plus de deux tiers de la
population mondiale vivent dans un pays où la fécondité se situe sous le
seuil de renouvellement des générations (Nations unies, 2025). La fécondité
en France suit le même mouvement depuis une dizaine d?années, bien qu?elle
reste à un niveau élevé, par rapport aux autres pays occidentaux. Quelles
évolutions se dessinent dans l?avenir? Le cadre résidentiel des futurs parents
est-il prégnant?
??
Population-F, 80(4), 2025 000-000
DOI : 10.3917/popu.2504.006
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution - Pas d'Utilisation
Commerciale - Pas de Modification 4.0
International (CC BY-NC-ND)
mailto:thierry@ined.fr
I. Des naissances toujours en baisse,
mais à un rythme moindre
En 2024, 661000enfants sont nés en France, dont 627000 en France hexa-
gonale. Pour la deuxième année consécutive, le nombre de naissances est
inférieur à 700000, le palier de 800000 ayant été franchi en 2014 (figure 1).
L?année2024 s?illustre par un recul des naissances (?2,8%), certes moins fort
qu?en 2023 (?6,7%), mais c?est la deuxième chute la plus importante depuis
qu?a commencé, en 2011, une baisse ininterrompue de la natalité. La baisse
enregistrée dépasse même légèrement celle de 2020, lors de la pandémie de
Covid-19 (?2,7%).
Au premier semestre 2025(1), le nombre de naissances est encore en repli
(?2,8% par rapport au premier semestre 2024), avec exactement la même
intensité qu?en 2024. L?engouement populaire pour les jeux Olympiques de
Paris pendant l?été2024 ne s?est pas traduit par une augmentation nette des
naissances en avril2025, comme cela a pu être observé pour d?autres grands
événements sportifs (Masukume etal., 2024).
(1) Au moment de la rédaction de cette note, seules les naissances de janvier à juillet sont connues.
X. Thierry
64
Figure1. Nombre de naissances et de femmes d?âge fécond
(avec hypothèse de solde migratoire nul), 2010-2034
Naissances
Effectif observé de femmes
Effectif projeté
sans migration
Effectif projeté
avec migration
2010 2012 2014 2016 2018 20282020 2022 2024 2026 2030 2032 2034
900 000
850 000
800 000
750 000
700 000
650 000
600 000
Nombre de naissances
410 000
400 000
390 000
380 000
420 000
Effectif de femmes
Note: L?effectif des femmes d?âge fécond correspond à la taille de la génération moyenne (somme
des effectifs à chaque âge, pondérés par les taux de fécondité par âge). L?effectif entre 2026 et 2034
résulte d?une projection s?appuyant sur les probabilités de survie et les soldes migratoires par âges.
Champ: France entière (hors Mayotte).
Sources: Insee, état civil et recensement de la population ; calculs de l?auteur.
II.La baisse de la fécondité ralentit
aux âges où elle est le plus élevée
Le nombre de naissances devrait encore se réduire dans les années à venir. Le
nombre de naissances sur une année dépend du nombre de femmes d?âge fécond
(15-49ans) et de leur propension à avoir des enfants (fécondité). D?une part,
les jeunes de moins de 30ans, quel que soit leur groupe social, veulent moins
d?enfants: le nombre total d?enfants souhaités par les femmes a diminué de
0,6enfant en moyenne en 20ans (il est passé de 2,5 à 1,9 enfant) (Bouchet-
Vallat et Toulemon, 2025). D?autre part, la taille de la «génération moyenne»(2)
devrait légèrement fléchir dans les prochaines années, notamment à cause de
l?arrivée aux âges de fécondité maximale (30-34ans) des générations moins
nombreuses nées entre 1993 et 1997. En 2025, elle s?établit à environ 410000
femmes et elle ne serait que de 400000 en 2034 (?2,5%), si l?on intègre un
solde migratoire positif. Toutefois, l?arrivée aux âges de pleine fécondité des
générations nées lors du rebond de la natalité au passage de l?an 2000 ralentit
cette diminution dans les prochaines années. D?autre part, le niveau du solde
migratoire fixé dans les projections de l?Insee (2021) ne relève pas substantiel-
lement le nombre total de femmes susceptibles d?avoir des enfants(3) (figure 1).
La population féminine a légèrement augmenté depuis 2020. La baisse de
la natalité en 2024 est donc avant tout liée à une diminution de la fécondité du
moment, mesurée par l?indice conjoncturel de fécondité (ICF)(4). En 2024, l?ICF
est de 1,62enfant par femme pour la France entière et de1,59 en France hexa-
gonale (Thélot, 2025). Il s?agit d?un minimum depuis que les chiffres existent
(première guerre mondiale mise à part) puisqu?inférieur au point le plus bas
de 1993 (1,66 en France hexagonale). La fécondité du moment a diminué de
0,41 enfant par femme depuis 2010 (l?ICF était alors de 2,03 enfants par femme).
Depuis 2019, la baisse est plus forte (?13 %) qu?elle ne l?a été entre 2010 et 2019
(?8 %). L?année2024, et probablement 2025, s?inscrit donc dans ce rythme de
baisse accentuée.
Sur les cinq dernières années (à l?exception de 2021, année post-Covid-19),
la baisse de la fécondité a concerné tous les âges jusqu?à 40ans. Mais, alors
qu?entre2021 et2023, le recul était plus prononcé à 30-34ans qu?à 25-29ans,
c?est l?inverse qui s?est produit en 2024: la fécondité a moins baissé à 30-34ans
(?12?) qu?à 25-29ans (?17?) (tableau 1).
La fécondité est quasi stable après 40ans (103 pour 1000 en 2019 et 2024,
soit 1 naissance annuelle pour 10 femmes). Les courbes de fécondité 2023 et
(2) Il s?agit de l?effectif moyen des générations féminines d?âge fécond (Calot, 1984), soit la moyenne
pondérée des effectifs de femmes de 15-49ans, les coefficients de pondération étant les taux de
fécondité par âge.
(3) Les effectifs de cette «génération moyenne» entre 2026 et 2034 résultent d?une projection appli-
quant à la population féminine en 2025 les probabilités de survie et les soldes migratoires par âges.
(4) C?est le nombre d?enfants qu?aurait une femme qui, à chaque âge de sa vie, présenterait la fécondité
des femmes de 15à 49ans pour l?année en cours.
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
65
X. Thierry
66
Tableau1. Évolution de la fécondité féminine par groupe d?âges
de 2019 à 2024
Âge atteint
Somme des taux par groupes d?âges
(pour 1 000 femmes)
Variation absolue
2019 2020 2021 2022 (p) 2023 (p) 2024 (p)
2019-
2020
2020-
2021
2021-
2022
(p)
2022-
2023
(p)
2023-
2024
(p)
Moins de
20 ans 28 26 24 24 23 21 ?2 ?2 0 ?1 ?2
20-24 ans 212 201 188 185 176 170 ?11 ?13 ?3 ?9 ?6
25-29 ans 537 520 510 496 454 437 ?17 ?10 ?14 ?42 ?17
30-34 ans 632 621 638 614 568 556 ?11 17 ?24 ?46 ?12
35-39 ans 350 347 361 355 337 335 ?3 14 ?6 ?18 ?2
40-44 ans 96 95 96 98 93 94 ?1 1 2 ?5 1
45 ans et
plus 7 7 7 8 8 9 0 0 1 0 1
Total
(ICF*) 1,86 1,82 1,82 1,78 1,66 1,62 ?0,05 0,01 ?0,04 ?0,12 ?0,04
Âge
moyen 30,7 30,8 30,9 31 31 31,1 0,1 0,2 0 0 0,1
(p): Données provisoires.
*ICF: Indicateur conjoncturel de fécondité (somme des taux de fécondité par groupe d?âges) exprimé en nombre
moyen d?enfants pour une femme.
Champ: France entière.
Sources: Insee, état civil et recensement ; calculs de l?auteur.
Figure2. Taux de fécondité féminine par âge en 2014, 2019, 2023, 2024
2014
2019
2023 (p)
2024 (p)
15 17 19 21 23 25 27 29 31 33 35 37 39 41 43 45 47 49
Âge
160
140
120
100
80
60
40
20
0
Nombre d?enfants pour 1 000 femmes
(p): Données provisoires.
Champ: France entière.
Source: Insee, état civil et recensement.
2024 ne sont décalées que légèrement à ces âges (figure 2). L?âge moyen des
mères continue ainsi d?augmenter avec +0,1 an en 2024, s?établissant à 31,1ans
(celui des pères est de 34ans).
III. La France, seul pays de l?Union européenne
dont la fécondité actuelle assure le renouvellement
des générations, mais plus pour longtemps
Depuis une quarantaine d?années, la France est dans le peloton de tête des pays
de l?Union européenne (UE) en matière de fécondité. Au milieu des années
1980, elle était devancée par l?Irlande seulement (2,49enfants par femme,
contre1,82 en France en 1985), à laquelle se sont joints, au début des années
1990, le Royaume-Uni et le Danemark. Avec la remontée de l?ICF entre 1993
et 2010, la France s?est détachée du groupe constitué par la majorité des pays
européens et a repris la deuxième position derrière l?Irlande. Depuis de nom-
breuses années, la fécondité baisse en Europe, cette diminution ayant débuté
au début des années 2010 dans les pays nordiques. La France n?a rejoint ce
mouvement de baisse qu?au milieu de la décennie 2010, prenant la première
place au classement jusqu?en 2022 (à égalité avec la Bulgarie et loin devant
l?Irlande et les autres pays nordiques). Les pays où la fécondité était déjà basse
(en Europe de l?Est, Allemagne, Autriche, Grèce) n?ont pas connu de fléchis-
sements aussi prononcés (pour un approfondissement des comparaisons
européennes, voir Breton etal., 2024) (figure 3).
Le calendrier (l?âge moyen au premier enfant) de la fécondité française est
plus précoce que dans la majorité des pays européens. C?est principalement à
l?Est de l?Europe qu?il est le plus précoce (environ 27ans en Bulgarie, Roumanie
et Slovaquie) et au Sud qu?il est le plus tardif (entre31 et 32ans en Espagne,
Italie et Grèce).
Les femmes nées en 1974, ayant atteint 50ans en 2024, ont eu 2,02enfants
en moyenne. C?est légèrement moins que le seuil de strict renouvellement des
générations (2,06). La génération 1963 est la dernière à avoir dépassé ce seuil.
La descendance finale des femmes nées en 1985 est facile à estimer car les
naissances après 40ans sont peu nombreuses (elles en ont déjà1,95). Si l?on
suppose que dans les dix années à venir, elles aient la même fécondité à
40-49ans que les femmes de ces âges en 2024, leur descendance finale sera
égale à 2,05enfants. La fécondité des générations 1960-1987 a donc été stable
(entre2,0 et2,1). Ce niveau n?est pas historiquement bassi on le compare à
celui des femmes nées à la fin du xixe siècle (figure 4).
La mesure longitudinale (descendance des femmes nées une année donnée)
varie de façon moins ample que la mesure transversale (indice conjoncturel
pour une année de calendrier): le niveau de cette dernière, et donc sa tendance,
dépendent à la fois de l?évolution de la descendance finale des générations (DF)
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
67
X. Thierry
68
Figure3. Indice conjoncturel de fécondité dans une sélection de pays
de l?Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
Union européenne
Hongrie
Belgique
Portugal
Pays-Bas
Allemagne
Irlande
Pologne
Espagne
États-Unis
Japon
France2,1
2,0
2,2
1,9
1,8
1,7
1,6
1,5
1,4
1,3
1,2
1,1
Nombre moyen d?enfants par femme
2000 2005 2010 2015 2020 Années
Sources: Eurostat et Nations unies (World Population Prospects).
Figure4. Descendance finale des générations
et indice conjoncturel de fécondité
Indice conjoncturel de fécondité
Descendance finale par génération
3
2
1900 1925 1950 1975 2000 2025
1
Nombre moyen d?enfants par femme
Générations
1894-1898
Générations
1926-1930
Générations
1960-1963 Générations
1985
Années
Note: Afin d?appréhender l?évolution concomitante de la mesure transversale (naissances observées une année
donnée) et de la mesure longitudinale (naissances issues d?une génération donnée), on décale le placement de
la descendance finale sur l?échelle des abscisses du nombre d?années de l?âge moyen à la maternité.
Champ: France hexagonale.
Source: Calculs de l?auteur et estimation pour les générations 1985-1995 (Bouchet-Vallat et Toulemon, 2025).
et de l?âge à la fécondité. En 1990-2024, l?ICF a varié de +/?0,40 enfant entre
son point le plus haut et son point le plus bas, mais la descendance des géné-
rations correspondantes a oscillé de seulement +/?0,08(5). Depuis un demi-siècle,
l?ICF demeure inférieur à la DF du fait d?un constant recul du calendrier de la
fécondité depuis les générations des années 1950, le report des naissances à des
âges plus élevés entraînant mécaniquement une sous-estimation de cet indice.
La première moitié du xxesiècle se caractérisait plutôt par la situation inverse
avec un ICF supérieur à la DF. La raison en est qu?à cette époque, les femmes
avaient leurs enfants à des âges plus jeunes. L?ICF a aussi été perturbé par les
guerres, empêchant la formation et l?agrandissement des familles: en 1915-1918,
il a plongé à un niveau très inférieur (1,6) à celui de la descendance finale des
générations correspondantes (2,1). La paix revenue, il s?est ensuivi un vif rat-
trapage de la natalité, le nombre moyen d?enfants s?élevant à 2,7 en 1920 et à 3,0
en 1947. Porté par le baby-boom, il est resté supérieur à 2,5 jusqu?en 1971.
Quel sera le comportement des générationspostérieures à 1985 dans les
dix prochaines années? Une projection récente de divers scénarios d?évolution
de la fécondité par âge conclut à une baisse de la DF dans tous les scénarios
(Bouchet-Vallat et Toulemon, 2025). Pour la génération 1995, la DF pourrait
être comprise entre 1,60 et 1,94, contre plus de 2 actuellement.
Avec une DF légèrement supérieure à deux enfants par femme, la France
est le seul pays de l?UE dont le renouvellement est assuré jusqu?aux générations
du milieu des années 1980 (Breton etal., 2024). Dans plus de la moitié des pays
(16 sur 27), la DF de la génération1979 sera inférieure à 1,7enfant. La situation
actuelle est le prolongement d?une lente érosion de la fécondité, amorcée avec
les générations 1940 et 1950. Aucun pays n?a enregistré de remontée signifi-
cative dans les générations suivantes.
IV. Une forte poussée d?infécondité conjuguée à une stabilité
de la probabilité d?avoir un deuxième enfant
Une autre particularité historique de la fécondité française est la faible pro-
portion de femmes sans enfant. Si la fécondité en France reste proche du niveau
de remplacement des générations, c?est aussi dû à des naissances de rang3 et
plus, plus fréquentes qu?ailleurs. La décomposition de l?indice conjoncturel en
fonction du rang des naissances est donc instructive sur la possible persistance
de ce modèle français(6) (figure 5).
(5) On représente ces deux indices sur une même figure en décalant la valeur de la DF du nombre
d?années correspondant à l?âge moyen à la maternité. Ainsi le niveau de la DF de la génération 1885
ayant eu ses enfants en moyenne à 28ans, est placé à l?endroit de l?ICF de l?année1913.
(6) Les statistiques d?état civil selon le rang de naissance des enfants n?étant pas fiables, la décompo-
sition par rang est effectuée selon la méthode dite du décompte des enfants au foyer, âgés de moins
de 1an lors des recensements. Grâce aux estimations ainsi faites par l?Insee et mises à disposition
sur le site d?Eurostat, nous avons prolongé jusqu?à l?année2023 les résultats antérieurs produits par
divers auteurs (récapitulés dans Breton etal., 2019).
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
69
Ces statistiques permettent de calculer une probabilité annuelle théorique
de n?avoir aucun enfant suivant l?hypothèse selon laquelle les femmes auraient,
tout au long de leur vie féconde, les mêmes comportements que ceux observés
l?année donnée dans trente-cinq générations d?âges féconds successifs(7). Dans
la génération fictive de 2023, 73% des femmes de 15 à 50ans ont au moins un
enfant (a0), ce qui signifie que 27% de femmes n?auraient pas d?enfant (tableau2a).
L?infécondité «du moment» a doublé puisque cette proportion n?atteignait que
14% en 2012. Une fois le premier enfant né, la fréquence d?un deuxième enfant
(de rang2, a1) est assez stable comparée à la probabilité d?avoir un tout premier
enfant (a0): environ huit mères d?un premier enfant sur dix, auraient un deu-
xième enfant (79% en 1998, 82% en 2012, 78% en 2023). Le passage à une
famille encore plus grande a également bien résisté: l?arrivée d?un troisième
enfant (a2) est plus fréquente en 2023 (41%) qu?en 2004 (37%). Un autre élé-
ment à prendre en compte est la quasi-stabilité, entre 2013 et 2023, des
(7) Cependant, cette probabilité est particulièrement sensible aux «effets de calendrier» (arrivée
plus tardive du premier enfant) et pronostique donc mal l?infécondité des générations futures. En
effet, les femmes devenues mères pour la première fois en 2023 appartiennent à une trentaine de
générations, chacune ayant avancé différemment dans son parcours fécond. Les plus âgées ont eu
leurs enfants tôt, elles ont donc déjà eu leur premier enfant et sont peu nombreuses à en mettre un
au monde désormais. Les plus jeunes, au contraire, retardent davantage leur entrée en maternité. Il
en résulte un déficit de naissances de rang1.
X. Thierry
70
Figure5. Décomposition de l?indice conjoncturel selon le rang de naissance
France hexagonale
France entière
Années
1,4
1,2
1,0
0,8
0,6
0,4
0,2
1998 20052000 2015 20232010 2020
Nombre moyen d?enfants d?un rang donné
2,2
2,0
1,8
1,6
1,4
1,2
1,0
Nombre moyen d?enfants par femme
Indice conjoncturel
de fécondité
Rang 1
Rang 2
Rang 3 et +
Sources: 1998 à 2010 (Davie et Niel, 2012), 2012-2016 (Breton, 2019), 2014 à 2023 (calculs de l?auteur).
intervalles intergénésiques (délai entre naissances), alors que l?âge au premier
enfant a glissé de +0,8an (Pointet, 2025). C?est donc plutôt vers la fécondité
de rang1 qu?il faut se tourner pour comprendre les ressorts de la baisse
générale.
La stabilité de la probabilité d?avoir un deuxième enfant a pour corollaire
une proportion constante de femmes mères d?un enfant unique (17% en 1998,
16% en 2012 et 2023) (tableau2b). Avoir deux enfants est la situation la plus
fréquente (33% des femmes en 2023) mais cette proportion a baissé (43% des
femmes en 2012). En 2023, les femmes sont, pour près d?un quart d?entre elles
(23%), mères d?au moins trois enfants. Elles sont certes désormais moins
nombreuses que les femmes sans enfant (27%), mais leur part baisse relative-
ment peu (25 % en 2004).
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
71
Tableau2a. Probabilité d?avoir un premier enfant
ou un enfant supplémentaire (pour 100 femmes)
Année 1998 2004 2012 2014 2017 2020 2023
Premier enfant (a0) 77 85 86 86 82 78 73
Deuxième enfant (a1) 79 79 82 82 81 81 78
Troisième enfant (a2) 42 37 39 41 41 42 41
Quatrième enfant (a3) ? ? ? 48 49 50 57
Notes: Les indices présentés ici découlent des composantes de la fécondité par rang (figure 5). Ainsi la proba-
bilitéa0 est la division de la composante de rang1 par la composante de rang0; la probabilitéa1 est la division
de la composante de rang2 par la composante de rang1.
Champ: France hexagonale jusqu?en 2012, France entière à partir de 2014.
Sources: Insee, état civil et recensement ; calculs de l?auteur.
Tableau 2b. Répartition des femmes selon le nombre d?enfants (en %)
Année 1998 2004 2012 2014 2017 2020 2023
Sans enfant 23 15 14 14 18 22 27
Un enfant 17 18 16 15 16 15 16
Deux enfants 35 42 43 42 39 36 33
Trois enfants ou plus 26 25 28 29 27 27 23
Total 100 100 100 100 100 100 100
Lecture: En 2023, 73% des femmes de 15-49ans auraient un premier enfant si elles se conformaient tout au
long de leur vie aux comportements du moment; 78% des mères d?un premier enfant en auraient un deuxième
(a1), 41% des mères de deux enfants en auraient un troisième (a2).
Notes: La répartition des femmes selon le nombre d?enfants est la combinaison de ces probabilités. Ainsi, on
obtient la part des femmes ayant deux enfants exactement en multipliant la probabilité d?avoir un premier enfant
par celle d?en avoir un deuxième, ainsi que par la probabilité de ne pas avoir un troisième enfant (ne pas avoir de
troisième enfant) : a0 ×a1 ×(1?a2).
Champ: France hexagonale jusqu?en 2012, France entière à partir de 2014.
Sources: 1998 à 2004 (Davie et Niel, 2012) ; 2012 (Breton 2019) ; 2014 à 2023 (calculs de l?auteur d?après des
données Eurostat).
V.Les couples vivant ou déménageant
en zones moins densément peuplées ont plus d?enfants
Les écarts de fécondité entre départements se sont accrus durant les quinze
dernières années, alors qu?ils convergeaient depuis la fin du baby-boom (Aerts,
2013)(8). Les départements à plus faible fécondité en 2024 sont la Corse du Sud
(1,13enfant par femme) et Paris (1,26), ceux où elle est le plus élevée (hors
outre-mer) sont la Seine-Saint-Denis et le Val-d?Oise (2,02enfants par femme).
Aux deux extrêmes se trouvent donc des départements urbains.
En réalité, il faut dépasser cet échelon administratif pour constater que la
fécondité en milieu rural est toujours supérieure à celle des espaces urbains(9).
Plus qu?elle ne révèle une franche opposition ville/campagne, la fécondité varie
graduellement selon l?éloignement du centre des pôles urbains importants
(Daguet, 2021). Il en va ainsi pour trois raisons(10):
1. Des différences dans la composition sociodémographique (les jeunes
adultes, étudiants ou en début de vie active sont proportionnellement
surreprésentés en ville) (Kulu et Washbrook, 2014).
2. Des effets de contextes (les conditions de vie urbaine sont moins
favorables à la réalisation des intentions de fécondité, notamment en
raison de plus grandes aspirations et opportunités professionnelles
des femmes) (Riederer et Buber-Ennser, 2019).
3. Des mécanismes de sélection (les couples avec enfant vivant dans les
zones très denses tendent à déménager pour un logement plus grand
et moins coûteux dans les couronnes)(11).
Sur la base des données millésimées 2021, les femmes des communes les
plus rurales ont 0,23enfant de plus que celles des grands centres urbains (et
trois ans plus tôt), mais seulement 0,13 de plus que celles des ceintures ou
centres urbains intermédiaires (deux ans plus tôt)(12).
(8) Le coefficient de variation des cent indices départementaux est passé de 10,1 % en 2010 à 13,3 %
en 2024.
(9) Je remercie Charline Maltat (université de Strasbourg) qui a réalisé l?ensemble des traitements
statistiques dont les résultats sont exposés ci-après.
(10) Pour plus de détails sur ces trois hypothèses, lire Riederer et Beaujouan, 2024; Kulu et Boyle,
2009; ainsi que Lutz etal., 2006.
(11) Afin de limiter en partie ce biais, on calcule les indices de fécondité correspondant au lieu de
résidence des femmes au 1erjanvier de l?année précédente (par exemple au 01/01/2022 pour l?enquête
annuelle de mars2023), de manière à prendre en compte un éventuel déménagement dans la période
qui entoure l?arrivée de l?enfant, puisque la méthode d?estimation indirecte de la fécondité ici mise
en oeuvre («décompte des enfants au foyer») comptabilise les enfants jusqu?à 12mois (nés entre le
01/03/n-1 et le 01/03/n).
(12) La distinction entre rural et urbain repose sur la grille communale de densité (https://www.
insee.fr/fr/information/8571524) qui, partant d?un découpage territorial à l?échelle de carreaux de
1km2, caractérise en sept modalités le degré de densité de chaque commune (D?Alessandro etal.,
2021) (voir encadré dans la vue d?ensemble de cette conjoncture par Barbieri, 2025).
X. Thierry
72
https://www.insee.fr/fr/information/8571524
https://www.insee.fr/fr/information/8571524
Le recul de la fécondité ces dernières années a-t-il eu lieu au même rythme
dans tous les territoires? Entre 2014 et 2021, la baisse a été un peu plus forte
dans les petites villes (?13%), les centres de densité intermédiaire et les grands
centres urbains (?11%), que dans les ceintures urbaines (?8%) et en milieu
rural (?8%) (figure 6). Partout, le calendrier de la fécondité est reporté à des
âges plus avancés (hausse de 8mois de l?âge moyen à la maternité dans les
grands centres urbains, hausse de 5mois dans les communes rurales).
Les niveaux de fécondité sont associés à la mobilité résidentielle des parents
au cours des douze derniers mois (figure 7). Pour ceux qui ont quitté un grand
centre urbain au profit d?un espace un peu moins dense (urbain intermédiaire
ou rural périurbain), la fécondité a augmenté d?un peu plus de 30%. Il en va
de même pour ceux qui habitaient initialement un centre urbain intermédiaire
et sont partis vivre dans un espace rural non périurbain (+31%). À l?inverse,
la fécondité des femmes rurales ayant effectué une mobilité vers un espace plus
dense est moindre que celles qui y vivent toujours (?49% pour une transition
du rural périurbain vers l?urbain dense). Ce fort lien entre ces deux phénomènes
pourrait s?être renforcé durant les années post-Covid-19, les migrations rési-
dentielles des adultes en âge de procréer vers les aires périurbaines moins
peuplées étant plus fréquentes en 2021 qu?en 2019 (Brutel, 2023).
Ces résultats épousent une approche dite «catégorielle» qui distingue
des types d?espaces (plus ou moins ruraux/urbains), quelle que soit leur loca-
lisation géographique. Pour une meilleure compréhension de la réalité des
territoires, il est possible d?adopter une autre approche, dite «nominale», afin
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
73
Figure6. Fécondité (ICF) selon le degré de densité en2014 et2021
2014 20212,00
2,10
1,50
1,60
1,70
1,80
1,90
29 30 31 32 33
Nombre d'enfants par femme (ICF)
Âge moyen à la maternité
Petites villes
Grands centres urbains
Ceintures urbaines
Centres urbains intermédiaires
Rural à habitat
très dispersé
Rural à
habitat
dispersé Bourgs
ruraux
Notes: L?ICF est mesuré sur le lieu de résidence au 1erjanvier de l?année précédant celle du recensement
et avec la méthode de décompte des enfants au foyer (Tomkinson et Breton, 2016; Breton etal., 2020).
Lemillésime 2014 inclut les cinq enquêtes de recensement 2012-2016;
le millésime 2021 inclut les enquêtes 2018-2020, 2022 et 2023.
Champ: France (hors Mayotte).
Source: Insee, recensement de la population 2021.
de décrire les variations locales de fécondité ciblant des lieux nommément
désignés, en ville (sélection des grandes agglomérations) et à la campagne
(cantons ruraux).
VI.La fécondité des cantons ruraux
et des grandes agglomérations: des réalités plurielles
La fécondité rurale est examinée à l?échelon cantonal(13). Un canton est consi-
déré comme rural si l?ensemble de ses communes constitutives le sont(14). Les
indices de fécondité des cantons ruraux sont plus contrastés que les indices
des cantons plus urbains. Il n?existe donc pas un mode de vie rural qui inspi-
rerait un type de fécondité uniforme sur le territoire. La cartographie révèle
une mosaïque désordonnée, sans cohérence régionale, de basse et haute fécon-
dité entre cantons proches. À cheval sur plusieurs départements, six amas
d?une dizaine de cantons contigus où la fécondité est d?au moins 2enfants par
femme, sont néanmoins repérables. Ils sont situés en Champagne, en Lorraine,
(13) À la différence du canton, le «canton-ou-ville» (ou pseudo-canton) est un regroupement d?une
ou plusieurs communes entières. La taille moyenne est de 25000habitants.
(14) Parmi les 2028 cantons du territoire national, 623 sont ruraux.
X. Thierry
74
Figure7. Indice relatif de fécondité selon le type de mobilité
au cours des douze derniers mois (2021)
1,60
1,40
1,00
0,80
0,20
0,40
0,60
Indice relatif de fécondité
OrigineUrbain intermédiaireUrbain dense Rural périurbain Rural non-périurbain
Des
tin
at
ion
Urb
ain
d
en
se
(r
éf
.)
Urb
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ba
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(ré
f.)
Ru
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on
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ér
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se
Urb
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iai
re
Ru
ra
l p
ér
iur
ba
in
Ru
ra
l n
on
-p
ér
iur
ba
in
(ré
f.)
Lecture: La fécondité différentielle des femmes qui vivaient en centre urbain dense au 1erjanvier de l?année
précédant le recensement et qui ont déménagé en centre urbain de densité intermédiaire, est supérieure de
+35% à celle des sédentaires (habitant le même type d?espace au cours des 12derniers mois). La fécondité
de ces dernières (groupe de référence) est indiquée par un point rouge correspondant à une valeur égale à1.
Champ: France (hors Mayotte).
Source: Insee, recensement de la population 2021.
au sud de la Normandie, au sud du Bassin parisien, et au nord et au sud de
l?Auvergne. Ces petits territoires sont localisés sur la carte par les villes moyennes
alentours (figure 8). Ils se superposent à la «diagonale du vide» (espaces peu
peuplés) traversant la France du sud-ouest au nord-est (Oliveau et Doignon,
2016). Des études monographiques seraient nécessaires pour comprendre ce
qui se joue dans ces territoires singuliers.
La fécondité urbaine est examinée pour chaque agglomération d?au moins
200000habitants (aire d?attraction des villes, voir encadré dans la vue d?en-
semble de cette conjoncture par Barbieri, 2025). Les disparités de fécondité
entre les cinquante-huit agglomérations de cette taille sont très grandes mais
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
75
Figure8. Fécondité dans les cantons ruraux (2021)
Départements : Cher,
Loir-et-Cher, Nièvre, Yonne
Villes environnantes : Blois,
Vierzon, Nevers, Auxerre
ICF = 2,30
Départements : Allier,
Creuse, Indre, Loire,
Puy-de-Dôme
Villes environnantes :
Montluçon, Moulins, Vichy,
Châteauroux, Mâcon
ICF = 2,27
Départements : Haute-Loire,
Lozère
Villes environnantes : Saint-Flour,
Mende, Puy-en-Velay,
ICF = 2,36
Départements :
Haute-Marne, Haute-Saône
Villes environnantes :
Chaumont, Vesoul
ICF = 2,46
Aisne, Ardennes, Marne, Meuse
Villes environnantes : Soissons,
Reims, Charleville-Mézières,Verdun
ICF = 2,29
Départements : Manche, Calvados, Orne
Villes environnantes : Saint-Lô, Vire,
Flers, Argentan, Alençon
ICF = 2,27
ICF rural
3,7
2,0
1,6
0,3
Discrétisation en quantiles
*Un canton rural est un canton dont toutes les communes sont rurales. Les cantons blancs ne sont pas ruraux.
Note : Les espaces entourés en rouge correspondent à des groupes d?une dizaine cantons contigus où la
fécondité excède deux enfants par femme. Les points rouges indiquent les villes moyennes voisines de ces
cantons, de manière à situer ces petits territoires ruraux (sans dénomination officielle).
Source : Insee, recensement de la population 2021.
elles ne sont pas corrélées à la proportion d?immigrés. Les cinq agglomérations
les moins fécondes sont Bayonne (1,40 enfant par femme), au dernier rang,
précédée de Metz, Dijon, Nancy (1,42) et Poitiers (1,43). Les cinq agglomérations
les plus fécondes sont Saint-Pierre de la Réunion (1,99) au premier rang, suivie
du Mans (1,96), Saint-Denis de la Réunion (1,89), Dunkerque (1,86) et Le Havre
(1,82). Comme pour la fécondité rurale, la fécondité urbaine ne se résume pas
en une valeur moyenne (tableau3).
Outre cet indice général, deux mesures ont été calculées dans des sous-
groupes, d?une part chez les femmes nées dans le reste de l?espace français et
venues vivre dans l?agglomération considérée («entrantes»), d?autre part chez
les femmes nées dans l?agglomération, puis parties vivre ailleurs en France
X. Thierry
76
Tableau3. Fécondité dans les grandes aires urbaines
et degré d?attractivité familiale (2021)
Rang(1) Commune-centre
Indice général de
fécondité(2)
Écart de fécondité
(entrantes ? sortantes)
Groupe A1 : aires attractives
28 Annecy 1,68 0,21
11 Avignon 1,74 0,38
4 Dunkerque 1,86 0,33
51 Lausanne* 1,47 0,27
2 Le Mans 1,96 0,34
7 Lens ? Liévin 1,81 0,26
22 Luxembourg* 1,70 0,29
6 Nîmes 1,81 0,22
21 Pau 1,70 0,29
31 Troyes 1,67 0,21
9 Valenciennes* 1,77 0,33
Groupe A2 : aires plutôt attractives
13 Annemasse* 1,73 0,14
30 Brest 1,68 0,03
38 Caen 1,63 0,08
16 Chambéry 1,71 0,07
20 Clermont-Ferrand 1,70 0,09
43 La Rochelle 1,55 0,16
25 Lorient 1,69 0,09
23 Mulhouse 1,70 0,15
17 Nantes 1,71 0,04
10 Orléans 1,76 0,02
32 Perpignan 1,67 0,10
34 Reims 1,66 0,02
12 Saint-Nazaire 1,73 0,14
39 Toulon 1,61 0,05
27 Valence 1,69 0,05
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
77
Tableau3 (suite). Fécondité des grandes aires urbaines
et degré d?attractivité familiale (2021)
Rang(1) Commune-centre
Indice général de
fécondité(2)
Écart de fécondité
(entrantes ?sortantes)
Groupe B1 : aires non attractives
36 Angers 1,65 ?0,20
53 Besançon 1,44 ?0,23
49 Fort-de-France 1,49 ?0,22
5 Le Havre 1,82 ?0,39
35 Limoges 1,65 ?0,23
48 Montpellier 1,50 ?0,30
55 Nancy 1,42 ?0,20
54 Poitiers 1,43 ?0,29
3 Saint-Denis (La Réunion) 1,89 ?0,21
26 Saint-Louis (Bâle)* 1,69 ?0,31
Groupe B2 : aires plutôt non attractives
33 Aix-Marseille 1,67 ?0,03
19 Amiens 1,71 ?0,07
58 Bayonne* 1,40 ?0,05
52 Bordeaux 1,45 ?0,15
40 Cannes ? Antibes 1,60 ?0,06
56 Dijon 1,42 ?0,06
37 Grenoble 1,64 ?0,18
44 Les Abymes 1,53 ?0,18
14 Lille 1,72 ?0,14
24 Lyon 1,69 ?0,11
57 Metz 1,42 ?0,04
41 Nice 1,57 ?0,18
29 Paris 1,68 ?0,04
50 Quimper 1,48 ?0,16
42 Rennes 1,56 ?0,11
18 Rouen 1,71 ?0,07
15 Saint-Brieuc 1,72 ?0,12
8 Saint-Étienne 1,80 ?0,01
1 Saint-Pierre (La Réunion) 1,99 ?0,06
46 Strasbourg* 1,50 ?0,11
47 Toulouse 1,50 ?0,09
45 Tours 1,52 ?0,03
(1) Classement décroissant du nombre moyen d?enfants par femme dans les cinquante-huit grandes aires. Engras:
agglomérations les plus ou les moins fécondes du classement.
(2) La fécondité est exprimée en nombre moyen d?enfants par femme, le lieu de résidence retenu étant celui au
1erjanvier de l?année précédant celle du recensement.
* Aire à cheval sur une frontière avec un pays limitrophe.
Notes: Le degré d?attractivité est déduit de l?écart (en valeur absolue) de fécondité entre les femmes «entrantes»
et les femmes «sortantes»: une aire est considérée comme attractive si la fécondité des entrantes est supérieure
à celle des sortantes, et comme non attractive dans le cas inverse.
Entrantes: femmes nées ailleurs (en France) que dans l?agglomération et y vivant l?année précédant le recensement.
Sortantes : femmes nées dans l?agglomération et vivant ailleurs en France.
Champ: France (hors Mayotte), aires d?au moins 200000habitants.
Source: Insee, recensement de la population 2021.
(«sortantes»)(15). L?écart de fécondité entre ces deux sous-groupes permet de
catégoriser les agglomérations comme suit:
? lorsque les «entrantes» ont une fécondité (significativement) supérieure
aux «sortantes», l?aire est considérée comme «familialement attractive»
(au seuil d?un écart d?au moins 0,2enfant) (groupe A1);
? lorsque les «sortantes» ont une fécondité supérieure à celles des
«entrantes», l?aire est considérée comme non attractive (également au
seuil de 0,2) (groupeB1);
? lorsque l?écart de fécondité entre les deux groupes est faible, l?aire est
considérée comme plutôt attractive (intervalle compris entre 0 et +0,2
enfant en faveur des entrantes) (groupeA2), ou plutôt pas attractive
(entre ?0,2 et 0) (groupeB2).
Cette classification des parcours individuels de mobilité résidentielle entre
la naissance de la femme et la mise au monde d?un enfant n?indique pas un
lien strict de causalité de la mobilité sur les comportements féconds, la femme
ayant pu entrer dans l?agglomération ou en sortir bien avant l?âge fécond (sans
qu?il soit possible de dater l?année de la mobilité). De plus, les raisons de l?ins-
tallation dans l?agglomération ou de départ à l?âge adulte sont inconnues et
peuvent être sans rapport avec des logiques familiales. Enfin, la méthode
d?estimation de la fécondité à partir du recensement souffre de biais (sous-
déclaration des très jeunes enfants) qui peuvent varier d?une zone à l?autre
(Davie et Mazuy, 2010). Cette comparaison des niveaux de fécondité des
entrantes et des sortantes fait apparaître des situations socio-économiques
locales contrastées entre les groupesA1 etB1 qui mériteraient d?être dévelop-
pées dans des études ultérieures.
Les agglomérations les plus typiques (des groupesA1 etB1, signalées en
rouge foncé sur la carte) sont situées dans diverses régions de France et sont de
toutes dimensions (figure 9). Il n?y a donc ni logique régionale, ni effet de seuil.
Dans les onze agglomérations du groupeA1 («attractif») (1,74enfant par
femme en moyenne), la fécondité des entrantes est de 1,82enfant, tandis que
les sortantes en ont 1,54 (écart de 0,28). Deux agglomérations sont situées à
proximité du Luxembourg et de la Suisse. La «sur-fécondité» des entrantes
peut être recherchée du côté des couples de travailleurs frontaliers. Dans ce
groupe, se trouvent aussi Le Mans et Dunkerque, respectivement aux 2eet
4erangs du classement général des agglomérations.
Dans les dix agglomérations du groupeB1 («non attractif») (1,60enfant/
femme en moyenne), les entrantes ont une fécondité plus faible (1,43) que les
sortantes (1,69), soit un écart de ?0,26. Ces agglomérations sont de taille un
peu plus importante que celles du groupeA1. Deux sont en outre-mer
(15) Les femmes nées et vivant toujours dans l?agglomération considérée, ainsi que les immigrées
(nées à l?étranger) venues y vivre, constituent les deux sous-groupes complémentaires. Leur fécondité
propre n?entre pas en ligne de compte dans l?analyse.
X. Thierry
78
(Fort-de-France et Saint-Denis), ce qui est révélateur de la sélectivité des
migrations depuis et vers l?Hexagone (les femmes quittant l?outre-mer et celles
venant y vivre n?ont pas les mêmes caractéristiques), quoique dans un sens
inattendu(16). Dans ce groupe se trouvent aussi Poitiers et Nancy, respectivement
(16) On observe une fécondité accrue des natives ayant quitté l?île, alors que ce sont généralement
les natives les plus diplômées ?donc apriori les moins fécondes? qui émigrent relativement plus
souvent (Lottin etal., 2023).
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
79
Figure9. Fécondité dans les grandes aires urbaines (2021)
Groupe A1 : aire attractive
Groupe A2 : aire plutôt attractive
Groupe B1 : aire non attractive
Groupe B2 : aire plutôt pas attractive
4
22
31
97
51
6 11
21
2
28
38
30
25
10
12 17
43
23
13
16
39
32
27
34
20
5
36
54
35
48
53
26
55
14
19
18
45
29
50
15
42
52
58
3347 40
41
37
8
56
46
57
24
Paris
Rennes
Lyon
Perpignan
Orléans
Lorient
Brest
Chambéry
Annecy
Avignon
Lausanne
Valenciennes
Poitiers
Bayonne
Bordeaux
Dijon
Metz
Le Havre
Montpellier
La Rochelle
Saint-Nazaire
Annemasse
Lens ? Liévin
Nîmes
Pau Aix ? Marseille Cannes?
Antibes
Lille
Grenoble
Strasbourg
Amiens
Tours
Saint-Brieuc
Quimper
Toulouse
Rouen Luxembourg
Besançon
Saint-Louis
(Bâle)
Mulhouse
Saint-Étienne
Angers
Limoges
Toulon
Nantes
Caen
Valence
Le Mans
Nancy
Nice
Reims
Clermont-Ferrand
Dunkerque
Troyes
Lecture : Les chiffres correspondent au classement décroissant de l?indicateur conjoncturel de fécondité (ICF)
dans les 58 plus grandes aires d?attraction des villes. Ainsi la fécondité générale dans l?aire du Mans est parmi
les plus élevées en France (2erang) et peut être considérée comme une aire attractive. À l?opposé, l?aire de
Nancy présente une fécondité parmi les plus faibles (55e rang) et semble non attractive. Les valeurs de l?ICF
figurent dans le tableau3 (1,96enfant par femme dans l?aire du Mans et 1,42dans l?aire de Nancy).
Champ : Aires d?au moins 200 000 habitants.
Source : Insee, recensement de la population 2021.
aux 54eet 55erangs du classement général, ainsi que Le Havre malgré un
niveau de fécondité relative élevé (5erang).
La distinction entre agglomérations des groupes A2 («plutôt attractives»)
et B2 («plutôt non attractives») doit être nuancée car l?écart moyen de fécondité
entre «entrantes» et «sortantes» est proche de zéro (+0,06 enfant dans le
premier groupe et ?0,09 dans le second). La fécondité totale est logiquement
un peu plus élevée dans les agglomérations du groupeA2 (1,68) que dans celles
du groupeB2 (1,60). Au sein des agglomérations nettement classées comme
«plutôt attractives» (groupeA2), les plus fécondes sont Annemasse et Saint-
Nazaire (1,73) et Mulhouse (1,70). Sont classées comme «plutôt non attractives»
(groupeB2), les agglomérations de plus d?un million d?habitants (Aix-Marseille,
Bordeaux, Lille, Lyon, Paris, Toulouse), qui ont un faible niveau d?attractivité
(néanmoins, l?écart de fécondité entrantes/sortantes à Aix-Marseille et Paris
est peu marqué). Toujours dans ce groupeB2, les agglomérations de plus petite
taille et nettement peu attractives, telles que Toulouse et Bordeaux, enregistrent
de très faibles taux de fécondité (respectivement classées aux 47eet 52erangs
avec 1,50 et 1,45enfant par femme).
Au total, les taux de fécondité observés en 2021 dans les grandes agglo-
mérations de l?Hexagone se situent dans un intervalle compris entre 1,40 et
1,96 enfant par femme (soit un écart de 0,56). En comparaison, l?écart moyen
de fécondité entre les communes les plus rurales et les centres urbains les plus
denses est de seulement 0,23enfant par femme.
Dans l?ensemble, cette analyse territoriale fait ressortir deux choses: d?une
part, les niveaux de fécondité des grandes agglomérations urbaines varient
d?un endroit à l?autre, sans logique géographique hexagonale du Nord au Sud
ou d?Est en Ouest (certaines agglomérations étant manifestement plus attrac-
tives que d?autres pour des couples voulant avoir plusieurs enfants); d?autre
part, certains cantons ruraux se démarquent par rapport à leurs voisins (les
raisons de l?existence de ces «poches de surfécondité» n?ayant pu être inter-
prétées par cette recherche). La mise à jour de ces contextes localisés met à
mal la dichotomie entre rural et urbain. Les déterminants classiques de la
fécondité (âge, période, cohorte; éducation, emploi; situation de couple,
monoparentale?) nécessitent l?examen d?autres facteurs (politiques locales de
logement et d?accueil de la petite enfance; normes parentales localisées;
ambiances résidentielles; arbitrages relatifs au logement, à l?emploi, à la qualité
de vie; trajectoires résidentielles familiales?). Élucider les raisons pour les-
quelles certains territoires, même petits et isolés, demeurent plus féconds, peut
aider à identifier des leviers d?action, enjeux pour les politiques publiques.
X. Thierry
80
Conclusion
Le passage de la fécondité française en dessous du seuil de renouvellement des
générations est inexorable. Ses implications démographiques sont cruciales
(quoique moindres qu?ailleurs) mais les choix procréatifs des individus ne sont
pas contestables et doivent être respectés (Sbaihi, 2024 ; Zerzan, 2025). Ces
évolutions sont liées à des changements de comportements (nouvelles façons
de faire couple, rejet des normes procréatives imposées aux femmes), combinés
à des transformations sociales (proportion accrue de diplômés du supérieur,
crises du logement et de l?emploi) (Damon, 2024). La baisse de la fécondité
traverse indifféremment l?ensemble des couches de la société: elle s?est effectuée
avec la même force dans les familles à revenus intermédiaires (les moins
fécondes) comme dans les plus modestes ou les plus fortunées (les plus fécondes)
(Reynaud, 2002). L?écart de fécondité entre villes et campagnes est de même
ordre de grandeur que le gradient social, et aucun niveau géographique n?est
épargné. Ces contrastes internes à la société française sont, au fond, aussi
marqués que ceux qui distinguent les pays européens entre eux. Les politiques
publiques et les aides des entreprises pour aider les couples à avoir le nombre
d?enfants souhaités, et seulement ceux-ci, doivent donc s?inscrire dans une
réflexion de la société tout entière.
Fécondité et inFécondité en France: tendances, Fluctuations et disparités territoriales
81
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Note de conjoncture2025
Avorter en centres urbains,
en petites villes, en ruralité:
une offre et une accessibilité différenciées
Clémence braCq*?, Élodie baril* et Magali mazuy*
Résumé
En 2024, 260 000 avortements (interruptions médicales ?IMG? et volontaires ?IVG ?
de grossesse) ont été pratiqués en France, soit 8 000IVG de plus qu?en 2023 et 700IMG
de moins. Les IVG sont de plus en plus réalisées par méthode médicamenteuse (80 %)
et en cabinet libéral (44 %). Pour la première fois, la majorité des IVG en cabinet
libéral ont été effectuées par une sage-femme. Dans les grands centres urbains,
l?offre de prise en charge en termes de méthode, lieu et professionnel est relativement
diversifiée. Ce n?est pas le cas dans toutes les autres communes, notamment rurales.
L?augmentation des effectifs de sages-femmes habilitées permet toutefois un accès
grandissant à l?IVG médicamenteuse dans les zones rurales : elles y sont plus présentes
en libéral que les médecins et leur lieu d?exercice est plus proche du domicile des
femmes. Les établissements de santé restent toutefois des maillons essentiels de
l?offre de soins : les IVG après neuf semaines d?aménorrhée y sont réalisées. Cependant,
la répartition sur le territoire des établissements réalisant des IVG chirurgicales,
afortiori en fin de délai légal ou sous anesthésie locale, est inégale et, par conséquent,
les durées de trajet pour ces IVG sont plus longues. Sil?avortement est réalisable
partout, le champ des possibles en termes de méthodes, professionnels et lieux est
toutefois assez hétérogène selon la commune concernée.
Mots-clés
avortement, accès aux soins, espaces ruraux, espaces urbains, méthodes d?IVG,
sages-femmes, santé sexuelle, conjoncture démographique
I. 260 000 avortements, IVG et IMG, en France en 2024
En 2024, près de 252 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été
pratiquées en France, soit 8 000 de plus que l?année précédente, dont 233 000en
* Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
? Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).
Courriel: clemence.bracq@ined.fr
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0007
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution - Pas d'Utilisation
Commerciale - Pas de Modification 4.0
International (CC BY-NC-ND)
France hexagonale (tableau annexe A.6(1)). Le taux de recours était de 17,3IVG
pour 1 000 femmes de 15 à 49ans, contre 16,8? en 2023. Les naissances
étant toujours en baisse, le ratio IVG/naissances augmente également: en 2024,
on décomptait près de 38IVG pour 100naissances contre 36 en 2023(2).
Pour ce qui est des interruptions médicales de grossesse (IMG(3)), la baisse
observée depuis 2021 perdure: 7 700IMG ont été pratiquées en 2024 contre8 400
l?année précédente, soit un taux de recours passant de 5,8 à 5,3? et un ratio
IMG/naissance passant de 12,4 à 11,3?.
Ainsi, les évolutions constatées ces trois dernières années, à la hausse pour
les IVG et à la baisse pour les IMG, se prolongent (Breton etal., 2024), venant
rompre une tendance de long terme à la stabilité.
II. Prédominance de la méthode médicamenteuse,
progression de l?IVG en cabinet libéral
1. Quatre IVG sur cinq sont médicamenteuses
L?augmentation des IVG médicamenteuses persiste. Cette méthode a concerné
plus de quatre IVG sur cinq en 2024 (80,1%). En établissement de santé, 63,4%
des IVG ont été réalisées par médicament. Les IVG réalisées en établissement
le sont en quasi-totalité dans le secteur public, les établissements privés en
réalisant de moins en moins: 3,8% en 2024 contre 4,6% en 2023 (la part est
double pour les IMG, avec près de 8%). Parmi les IVG chirurgicales, la pro-
portion d?anesthésie locale diminue elle aussi, passant de 17,2% en 2023 à
16,3% en 2024.
Ainsi, les méthodes de prise en charge de l?IVG tendent à perdre en diver-
sité, ce qui contraint les possibilités de choix pour les personnes concernées.
2. Les sages-femmes pratiquent davantage d?IVG que les médecins
Si les établissements de santé restent le lieu principal de prise en charge, les
IVG sont de plus en plus réalisées en cabinet libéral: 44,3% en 2024 contre
41,1% en 2023.
Au sein de ces espaces, les sages-femmes en réalisent de plus en plus:
56 000 en 2024 contre 46 000 en 2023. Pour la première fois en 2024, les sages-
femmes ont réalisé davantage d?IVG que les médecins libéraux, généralistes et
gynécologues confondus. Cette profession (re)devient ainsi un acteur central
du travail abortif (Borel, 2023), neuf ans après leur autorisation de pratiquer
(1) Les annexes sont disponibles sur : http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
(2) Cette année, une modification dans le calcul des reprises d?IVG a été mise en place (voir annexeA1).
(3) Avortement thérapeutique réalisé sans condition de délai sur avis médical relatif au danger que
représente la grossesse pour la santé de la femme ou s?il existe une forte probabilité que l?enfant à
naître soit atteint d?une affection grave.
C. BraCq et al.
86
des IVG en cabinet libéral(4). Dans la mesure où la division du travail entre
médecins et sages-femmes est marquée par l?opposition entre pathologie et
physiologie, notamment pour les accouchements(5), le fait que la plupart des
IVG soient réalisées par des sages-femmes transforme sans doute la manière
de considérer et d?accompagner l?IVG.
3. Des IVG en établissement public en milieu rural,
en cabinet libéral en milieu urbain
La prise en charge varie cependant grandement selon les types de communes.
Les grands centres urbains se caractérisent par une diversité de lieux, de pra-
ticiens et de méthodes de prise en charge: les IVG y sont le plus fréquemment
réalisées par méthode médicamenteuse en établissement public, puis en cabinet
libéral par des médecins, et enfin par des sages-femmes. La méthode chirur-
gicale concerne plus d?une IVG sur cinq en 2024 (tableau1). C?est dans les
grands centres urbains que le recours à l?anesthésie locale est le plus fréquent:
22% des IVG chirurgicales y sont réalisées sous anesthésie locale, contre 11%
dans les deux autres catégories urbaines de communes.
(4) Depuis la loi no2016-41 du 26janvier 2016 de modernisation du système de santé, les sages-
femmes peuvent réaliser des IVG médicamenteuses en cabinet libéral, douze ans après l?autorisation
pour les généralistes (2004) et quinze ans après celle pour les gynécologues (2001).
(5) La prise en charge des grossesses et des accouchements est réalisée le plus souvent par des sages-
femmes tant qu?ils ne sont pas considérés comme pathologiques (grossesse à risque, césarienne?),
auquel cas le suivi est réservé aux médecins gynécologues obstétriciens.
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
87
Tableau 1. Répartition des méthodes et des lieux de prise en charge
pour chaque catégorie de commune de résidence en 2024 (%)
Catégorie de
commune
Établissement public Établissement privé Cabinet libéral
Ensemble
Chirurgic. Médicam. Chirurgic. Médicam. Sage-femme
Gynécologue/
Généraliste
Grands centres
urbains 21,6 28,6 0,8 1,5 20,9 26,7 100*
Centres urbains
intermédiaires 14,5 31,7 0,8 1,6 27,4 24,1 100*
Ceintures
urbaines 19,1 37,8 1,0 2,0 22,5 17,7 100*
Petites villes 14,6 31,1 0,6 0,9 31,1 21,7 100
Bourgs ruraux 17,8 38,2 0,7 1,6 25,6 16,2 100*
Rural à habitat
dispersé 22,0 52,2 0,7 1,4 14,2 9,5 100
Rural à habitat
très dispersé 23,6 58,3 0,7 1,3 11,1 5,0 100
France entière 19,9 35,3 0,8 1,5 21,5 21,0 100
*La somme des arrondis est légèrement supérieure à 100,0.
Champ: France entière, hors NIR (numéro d?inscription au répertoire) fictifs (voir annexeA1: lorsque l?anonymat
est demandé, un NIR fictif est attribué), et un seul acte est inclus en cas de reprise d?IVG (deuxième IVG pour la
même femme dans les 64jours). Pour la grille de densité des catégories de communes, voir annexeA2.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices.
Les communes urbaines intermédiaires sont caractérisées par une part
importante d?IVG pratiquées en cabinet. Ces IVG, souvent appelées «IVG de
ville», sont effectivement plus fréquentes dans les communes urbaines. Dans
les petites villes, les IVG sont pratiquées en particulier par les sages-femmes,
qui y réalisent 31% du total des IVG, soit une quantité et une part équivalentes
à celles réalisées par méthode médicamenteuse dans les établissements publics
de ces petites villes (tableau1).
Dans les zones rurales, en particulier lorsque l?habitat est (très) dispersé,
la prise en charge s?effectue plus souvent en établissement, en particulier public.
Ainsi en 2024, 70,6% des IVG dans les zones rurales ont été effectuées en
établissement, dont 98% dans le public. L?importance des établissements est
encore plus marquée dans les zones rurales à habitat très dispersé: 83,9% des
IVG y sont réalisées, dont 98% dans le public (tableau1). Les hôpitaux publics
sont donc des acteurs majeurs des IVG dans les zones rurales, où l?offre de
soins est moins diversifiée.
Les téléconsultations continuent d?augmenter mais restent marginales:
moins de 1% du total. Elles sont, pour tous les types de communes, peu
fréquentes.
La pratique de l?anesthésie locale en cas d?IVG chirurgicale est très hété-
rogène: dans les centres réalisant un grand nombre d?IVG chirurgicales,
l?anesthésie locale est plus présente. Ces centres sont souvent concentrés dans
les grandes villes.
On observe également des disparités selon les départements: les établis-
sements réalisant des IVG sous anesthésie locale sont plus nombreux dans les
pays de la Loire, dans le département du Nord ou encore sur la côte méditer-
ranéenne, dans l?Est, en Guadeloupe (Basse-Terre), à la Réunion et à Mayotte
(figure1).
III. Disparités dans l?offre de soins et la distance d?accès
Les modes de prise en charge varient sur le territoire national et sont en partie
déterminés par l?offre de soins qui y est présente.
1. IVG en cabinet libéral: les sages-femmes plus présentes
que les médecins dans les zones rurales
Les 3 228 professionnels de santé pratiquant des IVG sont, pour plus de la
moitié (56%), des médecins. Cependant, ces derniers pratiquent moins d?IVG
que les sages-femmes. Pour restreindre l?analyse aux praticiens avec une activité
d?IVG régulière, le seuil de 12IVG par an, soit au moins une par mois en
moyenne, a été retenu (un praticien qui n?a pas d?activité d?IVG peut en réaliser
de manière occasionnelle). Ainsi, parmi les professionnels qui pratiquent
12IVG par an ou plus, les médecins sont minoritaires: 795 médecins contre
C. BraCq et al.
88
965 sages-femmes, soit 45 %. Ainsi, les communes comptant des médecins qui
effectuent des IVG deviennent plus éparses lorsqu?on fixe un seuil à 12IVG
par an (figure2), ce qui n?est pas le cas pour les sages-femmes (cartes2c et2d).
Les médecins sont majoritaires dans les communes appartenant à l?urbain
dense: 482 médecins y pratiquent au moins 12IVG par an contre 370sages-
femmes. À l?inverse, les sages-femmes sont trois fois plus nombreuses à réaliser
régulièrement des IVG dans les zones rurales (190 contre 58) en 2024.
Ces différences ne sont pas réductibles à des différences de démographie
médicale. En effet, les zones sans médecins ou sages-femmes réalisant des IVG
peuvent être à la fois des zones surdotées (en gris foncé) ou sous-dotées (en
gris clair) en professionnels de santé.
2. Une offre de soins à géométrie variable en établissement
Parmi l?ensemble des établissements de santé, seul 1 sur 5 réalise des IVG, soit
554 établissements. Ces derniers sont situés en majorité dans des grands centres
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
89
Figure1. Nombre d?IVG chirurgicales réalisées
et pratique de l?anesthésie locale dans les établissements en 2024
Au moins une IVG
dans l'année
sous anesthésie locale
Non
Oui
Nombre d?IVG chirurgicales
réalisées
250
500
750
1 000
1 250
Note: Établissements ayant réalisé au moins une IVG chirurgicale en 2024, que cette IVG soit considérée
ou non comme une reprise (deuxième IVG pour la même femme dans les 64jours),
ensemble des NIR (fictifs ou non).
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices; fond de carte Cartelette.
C. BraCq et al.
90
Figure2. Professionnels de santé réalisant des IVG en 2024
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
91
Figure2 (suite). Professionnels de santé réalisant des IVG en 2024
Note: professionnels de santé ayant réalisé au moins une IVG chirurgicale en 2024, que cette IVG soit
considérée ou non comme une reprise (deuxième IVG pour la même femme dans les 64 jours),
ensemble des NIR (fictifs ou non).
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices ; fond de carte Cartelette.
urbains ou dans des centres urbains intermédiaires: respectivement 227 et
213 (tableau 2). Seuls 8 établissements sont situés dans une commune rurale
à habitat dispersé, aucun dans une commune rurale à habitat très dispersé.
Parmi les 554 établissements, seuls 469 effectuent 12 IVG ou plus dans
l?année (soit plus d?une par mois). Parmi ces derniers, on compte 51 établisse-
ments (plus de 10%) n?ayant effectué aucune IVG chirurgicale. Les centres
d?IVG effectuant seulement des IVG médicamenteuses sont principalement
situés dans des petites villes (22), dans des centres urbains intermédiaires (15)
et des bourgs ruraux (7).
Parmi les 353 établissements effectuant plus de 12IVG chirurgicales par
an, 86% sont situés en grand centre urbain (157) ou en centre urbain inter-
médiaire (148). Enfin, seuls 127 de ces établissements n?effectuent aucune
IVG sous anesthésie locale. Parmi les 8 établissements réalisant 12 IVG
chirurgicales ou plus en zone rurale, seuls 3 en ont effectué au moins une
sous anesthésie locale (tableau3). Pour ce qui est des IVG dites tardives,
après 14 semaines d?aménorrhée (SA), 68 établissements n?en n?ont réalisé
aucune, soit près d?un tiers d?entre eux.
L?offre d?IVG en établissement est donc présente sur l?ensemble du territoire
de manière inégale, afortiori pour des types d?IVG spécifiques, comme les IVG
approchant du délai légal ou celles réalisées sous anesthésie locale. Certains
départements sont ainsi moins bien couverts (figure3).
Au-delà de la distinction entre rural et urbain, l?offre de soins d?IVG est
aussi façonnée par des habitudes et cultures locales des praticiens. Ce constat
est particulièrement prégnant pour l?anesthésie locale.
C. BraCq et al.
92
Tableau 2. Établissements ayant réalisé des IVG selon leur activité en 2024
Nombre
d?établissements
12IVG par an
ou plus (%)
IVG
chirurgicale
(%)
12IVG
chirurgicales
par an ou plus
(%)
Grands centres urbains 227 78,0 91,6 69,2
Centres urbains intermédiaires 213 88,7 88,3 69,5
Ceintures urbaines 16 93,8 87,5 62,5
Petites villes 72 94,4 63,9 41,7
Bourgs ruraux 18 77,8 44,4 16,7
Rural à habitat dispersé 8 75,0 75,0 62,5
Rural à habitat très dispersé 0 0 0 0
France entière (effectifs) 554 469 470 353
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices.
IV. Des durées de trajet parfois longues
1. Un accès plus difficile dans les communes rurales
Ces disparités d?offre de soins se traduisent par des difficultés d?accès, étudiées
ici via les durées de trajet pour accéder à l?IVG (voir annexeA4). Dans plus de
8% des IVG (18 000), la distance entre le lieu de résidence et de réalisation est
évaluée à plus de 45minutes de trajet, et dans plus de 5% (11 000), à plus d?une
heure. Moins la commune de résidence est dense, plus la durée de trajet aug-
mente. Dans les communes rurales, les distances longues sont deux fois plus
fréquentes. Ainsi, on compte plus de 45minutes de trajet pour 16% des prises
en charge, plus d?une heure de trajet pour près de 8% d?entre elles.
2. Dans les communes rurales, des trajets plus courts
quand les IVG sont réalisées par des sages-femmes
En ce qui concerne les IVG en cabinet, dans les communes rurales, les durées
de trajet sont plus faibles lorsqu?elles sont réalisées par des sages-femmes plutôt
que par des médecins (généralistes et gynécologues confondus). Dans le rural
à habitat très dispersé, la durée de trajet est estimée à plus de 45minutes pour
38,4 % des IVG réalisées par un médecin, contre 28% pour celles réalisées par
une sage-femme (figure4). Ce résultat est cohérent avec la partie précédente,
qui montre qu?il y a plus de sages-femmes que de médecins réalisant les IVG
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
93
Tableau 3. Établissements ayant réalisé 12IVG chirurgicales ou plus en 2024
selon leur activité (IVG entre 12et 16SA, IVG sous anesthésie locale)
Parmi les établissements réalisant 12 IVG chirurgicales ou plus par an
Au moins
12 IVG chirurg.
par an
(effectifs)
Une IVG
ou plus entre
12-16 SA*
(%)
Une IVG
ou plus entre
14-16 SA
(%)
Une IVG
ou plus sous
anesthésie
locale (%)
Trois
anesthésies
locales ou plus
par an (%)
Grands centres urbains 157 26,8 22,4 46,5 29,3
Centres urbains
intermédiaires 148 15,5 9,5 26,4 14,2
Ceintures urbaines 10 15,4 0 30,0 0,0
Petites villes 30 12,5 5,0 30,0 16,7
Bourgs ruraux 3 42,9 28,6 0,0 0,0
Rural à habitat dispersé 5 0 0 60,0 40,0
Rural à habitat très
dispersé 0 0 0 0 0
France entière (effectifs) 353 86 62 127 74
*SA: Semaine d?aménorrhée.
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices.
C. BraCq et al.
94
Figure3. Cartographie des établissements selon le type d?IVG
réalisées en 2024
Densité
de la commune
Urbain dense
Urbain
intermédiaire
Rural
3c. Établissements réalisant des IVG
après 12 SA*
3d. Établissements réalisant des IVG
après 14 SA
3f. Établissements réalisant des IVG
après 14 SA et des
anesthésies locales
3e. Établissements réalisant des IVG
sous anesthésie
locale
3a. Établissements réalisant des IVG 3b. Établissements réalisant des IVG
chirurgicales
*SA: Semaine d?aménorrhée.
Note: Établissements ayant réalisé au moins une IVG en 2024, que cette IVG soit considérée ou non comme
une reprise (deuxième IVG pour la même femme dans les 64 jours), et que la femme corresponde ou non
à un NIR fictif.
Champ: France entière.
Source: Système national des données de santé (SNDS) ; fond de carte Cartelette.
dans les zones rurales. La possibilité pour les sages-femmes de réaliser des
IVG médicamenteuses a pour effet de permettre une plus grande accessibilité
à l?avortement, particulièrement dans les communes rurales.
3. Une accessibilité plus faible pour certaines IVG à l?hôpital
Pour ce qui est des IVG réalisées en établissement, les durées de trajet élevées
sont plus fréquentes lorsque l?offre de soins est plus éparse, c?est-à-dire les IVG
chirurgicales, afortiori les IVG dites tardives ou pratiquées sous anesthésie
locale (figure5). Dans les communes rurales à habitat très dispersé, la durée
de trajet est supérieure à 45minutes pour plus de la moitié des IVG chirurgi-
cales sous anesthésie locale.
***
Pour comparer les territoires ruraux et urbains, nous avons ici mis en
regard les différences de recours, d?offre de soins et de durée de trajet pour
accéder à l?IVG. Les données donnent à voir un maillage fin du territoire en
termes d?offre d?IVG, mais inégal pour les territoires ruraux et pour certaines
IVG, en particulier chirurgicales, sous anesthésie locale, et/ou après 12semaines
d?aménorrhée. Ces disparités se traduisent par une durée de trajet plus impor-
tante pour accéder à l?IVG. Si l?avortement est réalisable partout, le champ des
possibles en termes de méthodes, de professionnels et de lieux est toutefois
assez hétérogène selon la commune concernée.
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
95
Figure4. Part des IVG réalisées en cabinet pour lesquelles le temps de trajet
est évalué à plus de 45minutes, selon le praticien et le type de commune
IVG par un médecin
IVG par une sage-femme
Ensemble des IVG en cabinet
0 5 10 15 20 25 30 35 40
%
Grands centres urbains
Centres urbains intermédiaires
Ceintures urbaines
Petites villes
Bourgs ruraux
Rural à habitat dispersé
Rural à habitat très dispersé
Note: IVG en cabinet de 2024, sans reprises d?IVG et en excluant les NIR fictifs.
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; calculs des autrices ; distancier Metric-OSRM.
C. BraCq et al.
96
Figure5. Part des IVG réalisées en établissement pour lesquelles le temps
de trajet est évalué à plus de 45minutes, selon le type d?IVG et de commune
IVG entre 12 et 16 SA*
IVG sous anesthésie locale
IVG chirurgicales
Ensemble des IVG en établissement
0 10 20 30 50 60
%
40
Grands centres urbains
Centres urbains intermédiaires
Ceintures urbaines
Petites villes
Bourgs ruraux
Rural à habitat dispersé
Rural à habitat très dispersé
* SA : semaine d?aménorrhée.
Note: IVG en établissement, sans reprises d?IVG et en excluant les NIR fictifs.
Champ: France entière.
Sources: Système national des données de santé (SNDS) ; distancier Metric-OSRM.
aNNexes méThodologiques
??
A1. Changement de méthode de calcul des IVG:
anonymisation et correction des doublons
Depuis 2023, l?Ined (Breton etal., 2023), comme la Direction de la recherche,
des études, de l?évaluation et des statistiques (Drees ; Vilain et Fresson, 2023),
prennent en compte dans leurs calculs les reprises d?IVG. Il s?agit des cas où
les médicaments ou l?opération échouent et pour lesquels il est nécessaire de
pratiquer un deuxième acte pour une même grossesse. Dans nos décomptes,
si deux actes sont pratiqués dans un délai de 64jours pour un même identifiant,
une seule IVG est comptabilisée.
Par ailleurs, dans le système national des données de santé (SNDS), cer-
taines personnes, en particulier mineures, demandent à conserver l?anonymat(6).
Dans ce cas, plusieurs femmes peuvent correspondre à un seul identifiant
(appelé alors un NIR «fictif»(7)). Les personnes immigrées non couvertes par
la sécurité sociale ou bénéficiaires de l?aide médicale d?État (AME) peuvent
également correspondre à un NIR fictif pour des raisons administratives.
Cette année, l?Ined a modifié sa méthode de calcul des IVG: les reprises
d?IVG qui pourraient concerner des NIR anonymes pour lesquels il est impos-
sible de différencier un acte de reprise d?IVG pour une même personne, d?une
IVG réalisée par une autre personne, sont conservées. Les résultats présentés
dans cette partie pour l?année 2023 sont donc légèrement supérieurs (595, soit
0,2% de plus) à ceux publiés en 2024 (Breton etal., 2024).
A2. Les communes dans le SNDS et leur classement
dans la grille de densité à sept niveaux
1. Commune de résidence et de réalisation des soins dans le SNDS
Pour affiner l?analyse au niveau communal, il faut accéder au sein du SNDS
aux codes communes de résidence des femmes et de réalisation de l?IVG. Ce
travail comporte plusieurs difficultés: lorsque l?anonymat est demandé ou
qu?un NIR fictif est attribué pour des raisons administratives, le code commune
de résidence indiqué est erroné ou manquant. Les analyses présentées ici
excluent ces IVG. En outre, les codes communaux indiqués ne sont pas toujours
utilisables tels quels. Le seul code qui identifie chaque commune sans ambiguïté
est le code Insee. Or, dans le SNDS, les codes indiqués sont souvent des codes
postaux ou des codes géographiques relevant du programme de médicalisation
des systèmes d?information (PMSI), qui peuvent correspondre à plusieurs
communes voisines, notamment lorsqu?elles sont de petite taille (ATIH, 2024;
(6) Initialement, l?anonymat concernait plus spécifiquement les mineures. Le droit au secret pour les
majeures a été renforcé par l?article63 de la loi no2020?1576 du 14décembre 2020 de financement
de la sécurité sociale pour 2021 (https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042665307).
(7) NIR: numéro d?inscription au répertoire, qui correspond au numéro de sécurité sociale.
C. BraCq et al.
98
https://portail-acces-securise.atih.sante.fr/wp-content/uploads/Construction_codes_geos_PMSI.pdf
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042665307
Insee, 2025). Dans ce cas, pour pouvoir les analyser, nous sélectionnons une
des communes correspondantes.
L?échelle communale permet d?affiner les analyses des disparités territoriales
qui ont déjà été analysées à plusieurs reprises au niveau départemental (Chaput
etal., 2024; Chaput etal., 2022; Vilain et Fresson, 2025).
2. Grille de densité
La grille communale de densité s?appuie sur une méthodologie d?Eurostat
(Eurostat, 2021) pour catégoriser les communes en fonction du nombre d?habi-
tants et de leur concentration ou dispersion sur le territoire communal. Pour
prendre en compte la répartition des habitants, l?Insee analyse des carreaux
de 1 km².
La grille de densité à sept niveaux (Beck etal., 2023) est plus fine que celle
à trois niveaux pour décrire les communes de densité intermédiaire et rurales.
La première catégorie de la grille à trois niveaux, les communes denses, ici
appelées grands centres urbains, reste inchangée. Elle correspond en 2018 à
2% des communes pour 38% de la population, et comprend des villes-centres
et leur périphérie(8). Par conséquent, la quasi-totalité de la population en Île-
de-France vit dans un grand centre urbain. Les grands centres urbains englobent
non seulement les villes les plus densément peuplées et leur périphérie, mais
également des villes comme Poitiers, Chartres ou Lens (voir la carte représen-
tant la grille communale de densité(9)).
Parmi les communes de densité intermédiaire, sont différenciés les centres
urbains de densité intermédiaire, les communes de ceintures urbaines et les
petites villes. Les centres urbains de densité intermédiaire sont de plus petite
taille que les grands centres urbains comme Saint-Nazaire, Montauban, Bastia
ou Charleville-Mézières. Les communes de ceintures urbaines et les petites
villes sont moins peuplées et se différencient par leur proximité d?un centre
urbain. Contrairement aux catégories précédentes, dans ces villes, les ménages
habitent en majorité en maison et non en appartement (pour les deux tiers
dans les petites villes et les trois quarts dans les ceintures urbaines).
Au sein de l?espace rural, les bourgs ruraux sont les plus densément peuplés
et structurent l?espace, notamment en termes de services. Les communes rurales
à habitat dispersé sont moins densément peuplées que les bourgs ruraux, mais
plus que les communes rurales à habitat très dispersé (228habitants en
moyenne), dont plus de 30% sont situées en zone de montagne.
(8) Dans la grille de densité à trois niveaux, les catégories ont des poids relativement proches en
termes de population, avec 29% de la population vivant dans des communes de densité intermédiaire
et 33% dans des communes rurales en 2018.
(9) https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/grille-communale-de-densite-en-7-niveaux
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
99
https://www.le-recensement-et-moi.fr/reponses/?question=pourquoi-le-code-de-ma-commune-ne-correspond-pas-a-mon-code-postal
https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/l-avortement-50-ans-apres-la-loi-veil-un-recours-et-des-methodes-qui-varient-sur-le-territoire/
https://www.ined.fr/fr/publications/editions/population-et-societes/l-avortement-50-ans-apres-la-loi-veil-un-recours-et-des-methodes-qui-varient-sur-le-territoire/
https://aoc.media/analyse/2022/07/12/inegalites-territoriales-dacces-a-livg-quen-est-il-en-france/
https://www.insee.fr/fr/statistiques/6686472
https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/grille-communale-de-densite-en-7-niveaux
https://www.observatoire-des-territoires.gouv.fr/grille-communale-de-densite-en-7-niveaux
A3. Zonage de (sous-)densité médicale
Le zonage étudié concerne les généralistes qui bénéficient de subventions pour
s?installer dans les zones d?intervention prioritaire (ZIP) et dans une moindre
mesure les zones d?action complémentaire (ZAC) en fonction d?indicateurs
comme l?accessibilité potentielle localisée (APL).
De la même manière, pour les sages-femmes, en cas d?installation dans
une zone «très sous-dotée» ou «sous-dotée», «le contrat incitatif sages-
femmes permet de percevoir une aide forfaitaire annuelle et de bénéficier d?une
prise en charge des cotisations sociales dues au titre des allocations familiales»
(Ameli, 2025). Ce dispositif s?appuie sur un zonage conventionnel produit par
les agences régionales de santé (ARS) et la caisse nationale de l?assurance
maladie des travailleurs salariés (CNAMTS).
Globalement, plus une commune est classée comme rurale dans la grille
de densité, plus il est probable qu?elle soit sous-dotée en sages-femmes et classée
parmi les ZIP. Il y a deux limites à cette comparaison: tout d?abord, cela ne
signifie pas que tous les territoires concernés sont sous-dotés. Par exemple,
parmi les communes rurales à habitat très dispersé, 27,4% sont considérées
comme très sous-dotées en sages-femmes, soit 2 fois plus que parmi les com-
munes rurales à habitat dispersé (13,7%), qui est la catégorie de densité avec
le deuxième plus fort taux de communes très sous-dotées. Cependant, 46%
des communes rurales à habitat très dispersé sont considérées comme inter-
médiaires en termes d?accessibilité aux sages-femmes exerçant sur le territoire.
Ensuite, les grands centres urbains ont des taux de sous-dotation supérieurs
aux centres urbains intermédiaires et aux ceintures urbaines. 30,2% des grands
centres urbains sont classés parmi les ZIP, contre 22,8% des centres urbains
intermédiaires.
A4. Calcul des durées de trajet: le distancier Metric-OSRM
L?outil Metric-OSRM (open source routing machine) s?appuie sur un serveur de
routage open source qui permet d?effectuer des calculs de distance et de temps
de trajet en voiture ou en ferry, de point à point, en exploitant des données
récentes de réseau routier issues d?OpenStreetMap. Il s?agit d?une refonte de
Metric (Mesure des trajets inter-communes), distancier développé par
l?Insee.
Ici, la durée calculée correspond, pour les IVG en cabinet, à la distance
entre le chef-lieu de la commune de résidence et le chef-lieu de la commune
de réalisation; pour les IVG en établissement, à la distance entre le chef-lieu
de la commune de résidence et l?emplacement exact de l?établissement. Elle est
ramenée à 0 si la commune de résidence coïncide avec la commune de
l?établissement.
C. BraCq et al.
100
https://www.ameli.fr/sage-femme/textes-reference/convention/contrat-incitatif
Ce mode de calcul permet donc de prendre en compte toute l?information
spatiale disponible dans le SNDS. Il faut cependant souligner plusieurs limites,
outre celles liées au codage des communes décrites plus haut: l?utilisation du
chef-lieu de la commune: une personne qui recourt à une IVG ne réside pas
nécessairement dans la commune déclarée dans le SNDS, notamment si elle
est étudiante et qu?elle déclare le domicile de ses parents, si elle est en dépla-
cement ou en vacances, etc.
Pour cette raison, nous avons évité les indicateurs sensibles aux valeurs
extrêmes (comme la moyenne) et préféré l?utilisation de seuils, à la manière
des publications de la Drees sur des sujets similaires (Bergonzoni et Simon,
2021).
Sont exclues des analyses sur les durées de trajet les téléconsultations
(1 417IVG), pour des raisons théoriques et parce que l?adresse de réalisation
est alors l?adresse de la pharmacie où les médicaments sont délivrés; les per-
sonnes ayant un NIR fictif (14 636IVG), c?est-à-dire anonymisées pour des
raisons de confidentialité ou, par exemple, des «migrants provisoires»; les
personnes pour lesquelles le calcul des distances n?a pas été possible (17 484IVG):
les personnes résidant à l?étranger (1 991), les codes postaux erronés, ou des
distances non supportées par le distancier. Ces personnes ont plus souvent
réalisé leur IVG en cabinet (12 911contre 4 573 en établissement). Au total,
l?analyse porte sur près de 217 000personnes sur les 252 000IVG de 2024.
Avorter en centres urbAins, en petites villes, en rurAlité
101
référeNces
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vilAinA., freSSonJ. 2025. En 2024, 251270 IVG ont eu lieu en France, dont 80% sont
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??
C. BraCq et al.
102
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https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/le-nombre-des-interruptions-volontaires-de
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/250925-ER-ivg-en-france-en-2024
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/250925-ER-ivg-en-france-en-2024
Note de conjoncture 2025
Faibles progrès de l?espérance de vie
et contrastes marqués
entre types de départements
Magali Barbieri*
Résumé
Le nombre de décès en 2024 s?établit à 646 000, soit une augmentation de 7 000décès
par rapport à 2023. Cette évolution n?est pas due à une dégradation de l?état de
santé de la population, puisque l?espérance de vie à la naissance a continué à
progresser en 2024 pour atteindre 80,0 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les
femmes, mais au vieillissement de la population. Les contrastes entre types de
départements sont importants, avec une différence de durée de vie qui atteint
2,5 ans entre les départements d?outre-mer (Dom) et les départements urbains, les
plus favorisés et qui bénéficient d?un avantage pour toutes les grandes catégories
de causes de décès. Partout, cependant, les progrès de l?espérance de vie marquent
un ralentissement depuis la fin du xxe siècle. La baisse de la mortalité par maladie
cardiovasculaire continue à jouer un rôle déterminant dans la progression de
l?espérance de vie tandis que la mortalité par cancer, première cause de décès en
France depuis les années 1990, diminue plus lentement. L?évolution des morts
violentes est plus préoccupante, de même que celle de la mortalité par maladie
respiratoire pour les personnes âgées, avec une stabilisation à un niveau relativement
élevé des taux de mortalité correspondants. En revanche, les tendances sont
favorables pour les autres catégories de causes (maladies infectieuses non respiratoires
et maladies du système digestif notamment).
Mots-clés
mortalité, espérance de vie, causes de décès, conjoncture démographique, espaces
urbains, espaces ruraux
Après la crise sanitaire associée à la pandémie de Covid-19 qui a directement
engendré près de 170 000 décès au total, la mortalité a repris son déclin en
France mais les progrès n?ont pas été également répartis sur le territoire natio-
nal. En 2024, environ 646 000 décès ont été enregistrés dans l?ensemble du
pays selon les chiffres provisoires de l?Insee, soit 16 000 dans les départements
d?outre-mer (Dom) et, pour la France hexagonale, 630 000 ?220 000 dans les
* Institut national d?études démographiques (Ined), F-93300 Aubervilliers, France.
Courriel : barbieri@ined.fr
??
Population-F, 80(4), 2025
DOI : 10.3917/popu.2504.0008
Cet article est publié sous licence Creative
Commons Attribution ? Pas d'utilisation
commerciale ? Pas de modification 4.0
International (CC BY-NC-ND).
départements ruraux, 232 000 dans les départements de type intermédiaire et
176 000 dans les départements urbains(1). Ces chiffres représentent presque
7 000 décès de plus qu?en 2023 pour la France entière. Le taux brut de mortalité
correspondant s?établit à 9,4 pour 1 000habitants pour l?ensemble du pays.
L?augmentation du nombre total de décès en 2024 n?est pas due à une dété-
rioration de l?état de santé de la population dans la mesure où l?espérance de vie
à la naissance a continué à progresser, bien que très faiblement, par rapport à
2023 pour atteindre 80,0 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les femmes (80,1
et 85,7 ans en France hexagonale ? tableau annexe A.12(2)), soit 0,1an de vie en
plus pour chaque sexe. La hausse du nombre de décès est plutôt le résultat du
vieillissement de la population et de l?arrivée aux âges de forte mortalité des
générations nombreuses du baby-boom. Les différences observées dans la répar-
tition par âge de la population expliquent en grande partie les écarts considérables
du taux brut de mortalité selon le type de départements. Ainsi, le contraste entre
un taux particulièrement faible dans les Dom (7,4décès pour 1 000habitants)
et celui beaucoup plus élevé des départements ruraux (12,1 ?) reflète unique-
ment le fait que la population des zones rurales est en moyenne beaucoup plus
âgée que celle des Dom. Tandis que près d?un habitant sur trois est âgé de 60 ans
et plus dans les départements ruraux, cette proportion n?atteint qu?un sur cinq
dans les Dom en 2024 (voir la note introductive de ce même dossier, Barbieri,
2025). L?espérance de vie à la naissance, un indicateur qui n?est pas influencé par
la structure par âge de la population, est de fait beaucoup plus favorable dans
les départements ruraux de l?Hexagone que dans les Dom. En 2023 (derniers
chiffres disponibles pour les départements), elle s?établissait à 79,2 ans pour les
hommes et 85,1 ans pour les femmes dans les départements ruraux contre 77,6
et 83,4 ans dans les Dom. Ce sont toutefois les départements urbains qui enre-
gistrent le niveau d?espérance de vie le plus élevé : 81,1 et 86,1 ans, les départe-
ments d?habitat intermédiaire se situant juste derrière (79,9 et 85,3 ans de durée
de vie moyenne pour les hommes et pour les femmes) (tableau 1).
L?avantage des départements urbains sur les autres types de départements
en matière d?espérance de vie à la naissance n?est pas nouveau (figure 1). En
ce qui concerne les hommes, la durée de vie moyenne y est supérieure à celle
des autres types de départements depuis au moins 1968 mais, jusqu?à la fin
des années 1980, ce sont les départements de type intermédiaire qui présen-
taient l?indicateur le plus faible, les départements ruraux se situant entre ces
deux autres types de départements de l?Hexagone. La hiérarchie actuelle a
émergé à partir du milieu des années 1990 et les différences entre les trois
types de départements de l?Hexagone se sont ensuite progressivement accrues
(1) Faute de données sur la mortalité disponibles à un niveau plus fin, la typologie de densité
en trois postes des départements (ruraux, intermédiaires, urbains) utilisée dans cet article est
celle proposée par Eurostat pour 2025 (https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.
php?title=Glossary:Nomenclature_of_territorial_units_for_statistics_(NUTS)), à l?exception des
Dom que nous avons classés à part.
(2) Les annexes sont disponibles sur: http://hdl.handle.net/20.500.12204/CCFXA5sBfUR17eYR3cy-
M. BarBieri
104
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
105
Tableau 1. Évolution de l?espérance de vie à la naissance
selon le sexe et le type de départements depuis 1993
Année
Types de départements
France entière
Ruraux Intermédiaires Urbains
Total France
hexagonale
Dom*
Hommes
1993 73,27 73,25 73,55 73,30 nd nd
1998 74,43 74,60 75,38 74,80 nd 74,70
2003 75,49 75,77 76,43 75,90 74,00 75,80
2008 77,07 77,53 78,35 77,60 75,50 77,60
2013 78,16 78,75 79,56 78,80 77,30 78,70
2018 78,86 79,46 80,53 79,60 77,60 79,50
2023** 79,19 79,91 81,08 80,00 77,60 79,90
Femmes
1993 81,55 81,29 81,46 81,40 nd nd
1998 82,34 82,21 82,51 82,40 nd 82,40
2003 82,95 82,82 82,94 83,00 81,50 82,90
2008 84,04 84,13 84,56 84,40 82,60 84,30
2013 84,70 84,76 85,30 85,00 84,10 85,00
2018 85,00 85,22 85,76 85,50 84,00 85,40
2023** 85,05 85,34 86,10 85,60 83,40 85,60
nd : Données non disponibles.
* Le département de Mayotte n?est inclus par l?Insee dans ces statistiques que depuis 2018.
** Derniers chiffres disponibles.
Champ : France entière.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données départementales de la Situation démographique en 2024, Insee.
Figure 1. Évolution de l?espérance de vie à la naissance
selon le sexe et le type de départements de l?Hexagone depuis 1968*
Urbains
Intermédiaires
Ruraux
Urbains
Intermédiaires
Ruraux
1970 19901980 2000 2010 2020
65
70
85
87
75
80
Espérance de vie à la naissance
65
70
85
87
75
80
Espérance de vie à la naissance
Année
1970 19901980 2000 2010 2020
Année
HOMMES FEMMES
* Données non disponibles pour les Dom.
Champ : France hexagonale.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données de la French Human Mortality Database.
jusqu?à la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, qui a plus particuliè-
rement affecté les départements urbains (Roussel, 2021). L?évolution des dis-
parités a été un peu différente pour les femmes dans la mesure où les niveaux
d?espérance de vie étaient très similaires dans les trois types de départements
de l?Hexagone jusqu?au milieu des années 2000. Par la suite, les départements
urbains ont progressivement devancé les départements de type intermédiaire
et, plus encore, les départements ruraux. En 2023, l?écart avec les départements
urbains atteignait 1,89 an pour les hommes et 1,05 an pour les femmes pour
les départements ruraux contre 0,27 et - 0,09 an en 1993 ; 1,17 et 0,76 ans pour
les départements de type intermédiaire ; et 3,48 et 2,70 pour les Dom. Cette
opposition entre monde rural et monde urbain se reproduit à une échelle géo-
graphique plus fine, au sein même des départements, comme le suggère une
étude fondée sur l?analyse de la mortalité au niveau des 1 666 bassins de vie
du territoire national. Cette étude montre en effet que la durée de vie diminue
au fur et à mesure que l?on s?éloigne des grandes villes dans chaque département
(Vigneron, 2023). Cette situation pourrait être due à la fois à des différences
dans le cadre de vie (environnement naturel, par exemple) et les habitudes de
vie (comportements à risque notamment), ainsi qu?à des difficultés croissantes
d?accès aux soins en zones rurales (Vigneron, 2022 ; DeFontgalland, 2023).
I. Un ralentissement des progrès
de l?espérance de vie observé partout
Le très faible progrès de l?espérance de vie à la naissance entre 2023 et 2024
s?inscrit dans une tendance à long terme de ralentissement avec des gains de
plus en plus réduits par rapport aux décennies précédant le tournant du
xxiesiècle. La pandémie de Covid-19 explique en partie ce ralentissement.
Ainsi, par rapport à 2019, l?espérance de vie à la naissance a seulement progressé
de 0,34an pour les hommes et de 0,05 an pour les femmes sur une période de
cinq ans, soit à peu près l?équivalent des progrès enregistrés sur deux ans
seulement entre 2017 et 2019. Entre 2004 et 2024, la durée de vie moyenne
s?est allongée de 3,4 ans pour les hommes et 1,8 an pour les femmes contre 5,5
et 4,6 ans au cours des deux décennies précédentes (entre 1984 et 2004).
Leralentissement des progrès de l?espérance de vie au cours des premières
décennies du xxesiècle a toutefois précédé l?épidémie.
Notons que ce ralentissement affecte la grande majorité des pays européens
(Dowd etal., 2025 ; Goldstein et Lee, 2024), si bien que le classement de la
France parmi ses voisins s?est peu modifié. La France continue à se situer dans
la moyenne en ce qui concerne l?espérance de vie des hommes et au sommet
du classement, derrière l?Italie, la Suisse et surtout l?Espagne pour les femmes
(où les durées de vie moyennes s?établissent à 85,8, 85,9 et 86,7 ans, respecti-
vement). La position française est toutefois nettement moins favorable en ce
qui concerne la mortalité infantile, dont le taux remonte depuis une dizaine
M. BarBieri
106
d?années : en 2024, 4,1naissances sur 1 000 (4,0en 2023) ont conduit à un
décès dans la première année contre 3,5 ? en 2011 pour la France entière, et
alors que cette proportion est inférieure à 2,5 dans de nombreux pays euro-
péens. Cette évolution préoccupante concerne tous les types de départements
pour lesquels cet indicateur peut être calculé à partir des données de l?Insee
depuis le début des années 1990 (c?est-à-dire les départements de l?Hexagone).
Ainsi, le taux de mortalité infantile a augmenté de 3,1 à 3,5 ? entre 2013
et 2023 dans les départements ruraux, de 3,4 à 3,7 ? dans les départements
de type intermédiaire, de 3,7 à 3,8 ? dans les départements urbains et de 7,3
à 8,3 ? dans les Dom (tableau 2).
Par ailleurs, comme c?est le cas dans tous les pays de l?Union européenne,
les écarts de durée de vie entre les deux sexes ont diminué, parce que la baisse
de la mortalité a été plus rapide pour les hommes que pour les femmes. Cette
évolution a toutefois été particulièrement prononcée en France. Contrairement
à ce que l?on observait dans les années 1990, la France, qui se distinguait alors
par une surmortalité masculine parmi les plus élevées d?Europe occidentale,
se situe désormais dans la moyenne de la distribution avec un écart de 5,7 ans
en 2023, très inférieur à celui observé dans les pays d?Europe de l?Est, le record
étant détenu par la Lettonie (10 ans), mais tout de même encore distant du
minimum (2,9 ans, aux Pays-Bas) (tableau annexe A.12).
Le rattrapage des hommes sur les femmes en matière d?espérance de vie à
la naissance a eu lieu dans tous les types de départements (tableau 3). Entre 1993
et 2023, l?écart s?est réduit de 8,3 ans à 5,9 ans dans les départements ruraux,
où il est le plus élevé de tous les types de départements, de 8,0 ans à 5,4 ans
dans les départements de type intermédiaire, de 7,9 ans à 5,0 ans dans les
départements urbains, et entre 2003 et 2023, de 7,5 ans à 5,8 ans dans les Dom.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
107
Tableau 2. Évolution du taux de mortalité infantile
(décès avant le premier anniversaire pour 1 000 naissances vivantes)
selon le type de départements depuis 1993
Types de départements
Année
1993 1998 2003 2008 2013 2018 2023
Départements ruraux 6,45 4,70 3,65 3,23 3,14 3,34 3,47
Départements intermédiaires 6,34 4,54 3,98 3,63 3,40 3,59 3,67
Départements urbains 6,40 4,50 4,15 3,69 3,67 3,74 3,84
Total France hexagonale 6,40 4,60 4,00 3,60 3,40 3,60 3,70
Dom nd 9,20 8,10 8,80 7,30 7,80 8,30
France entière nd 4,70 4,10 3,80 3,60 3,80 4,00
nd : Données non disponibles.
* Le département de Mayotte n?est inclus par l?Insee dans ces statistiques que depuis 2018.
Champ : France entière et France hexagonale.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données départementales de la Situation démographique en 2024, Insee.
II. Le poids croissant de la mortalité à 65 ans et plus
dans l?allongement de la durée de vie
Tous les âges n?ont pas contribué de la même manière à l?augmentation de la
durée de vie moyenne. Un bilan des progrès réalisés pour chaque groupe d?âges
au cours des soixante dernières années peut être établi à partir des tables de
mortalité détaillées de l?Insee(3).
La figure 2 montre comment ont évolué les quotients de mortalité par
âge (la probabilité de décéder entre deux âges) entre les tables de mortalité
publiées par l?Insee pour chaque sexe en 1982, 2002 et 2022 par rapport à
1962 (années choisies pour faciliter la comparaison avec l?évolution des
causes de décès pour lesquelles les données les plus récentes sont celles de
2022). L?évolution générale a été très similaire pour les hommes et pour les
femmes. En règle générale, au cours des soixante dernières années, les pro-
grès ont été de moins en moins importants au fur et à mesure que l?on
progresse en âge. La baisse a été considérable pour les enfants : tandis que
l?on enregistrait 30 décès d?enfants de moins de 5 ans pour 1 000 naissances
en 1962, ce chiffre atteint seulement 4 en 2022. La baisse des taux de mor-
talité infantile (avant 1 an) et juvénile (entre 1 et 5 ans) s?est essentiellement
produite entre 1962 et 1982. Elle s?est poursuivie dans une moindre mesure
entre 1982 et 2002 mais les progrès ont fortement ralenti. Ils se sont même
(3) Les indicateurs de mortalité calculés par l?Insee pour les départements sont disponibles dans
les séries longues de la Situation démographique en 2024 (https://www.insee.fr/fr/statistiques/
fichier/8560704/irsocsd2024_depreg.zip).
M. BarBieri
108
Tableau 3. Écarts d?espérance de vie à la naissance entre les sexes
selon le type de départements depuis 1993 (en années)
Année
Types de départements
France
entièreRuraux Interm. Urbains
Total France
hexagonale
Dom*
1993 8,28 8,04 7,92 8,10 nd nd
1998 7,91 7,61 7,13 7,60 nd 7,70
2003 7,46 7,05 6,51 7,10 7,50 7,10
2008 6,97 6,60 6,21 6,80 7,10 6,70
2013 6,55 6,02 5,74 6,20 6,80 6,30
2018 6,14 5,76 5,23 5,90 6,40 5,90
2023 5,86 5,44 5,02 5,60 5,80 5,70
nd : Données non disponibles.
* Le département de Mayotte n?est inclus par l?Insee dans ces statistiques que depuis 2018.
Champ : France entière et France hexagonale.
Source : Calculs de l?autrice à partir des données départementales de la Situation démographique en 2024, Insee.
interrompus en ce qui concerne la mortalité infantile après cette date.
L?évolution a également été importante pour les enfants au-delà de 5 ans et
pour les adolescents (entre 5 et 19 ans), avec des probabilités de décéder
d?un anniversaire à l?autre qui représentent en 2022 20 à 30 % de leur niveau
en 1962. Là encore, une grande partie des progrès a eu lieu entre 1962
et 1982, mais la baisse de la mortalité entre 1982 et 2022 a été également
importante à ces âges. Le phénomène le plus frappant concerne la hausse
considérable de la mortalité des jeunes hommes autour de 20 ans entre 1962
et 1982, essentiellement due aux morts violentes (accidents de la circulation
en particulier) comme l?indiquent nos propres analyses conduites à partir
des données sur les causes de décès du Centre d?épidémiologie sur les causes
médicales de décès (CépiDc) de l?Inserm. Pour ce groupe d?âges, la baisse
de la mortalité a été plus marquée au cours de la période la plus récente
(2002-2022). Entre 25 et 40 ans environ, elle a été similaire pour chacune
des périodes de vingt ans examinées ici (entre 1962 et 1982, entre 1982
et 2002, et entre 2002 et 2022). Pour le groupe d?âges suivant (40 à 60 ans),
c?est à nouveau au cours de la période la plus récente (2002 à 2022) que les
progrès ont été les plus importants. Ils ont été relativement réduits pendant
cette période pour la mortalité entre 60 et 80 ans (nuls pour les femmes
autour de 60 ans) et un peu moins faibles, mais quand même moindres
qu?entre 1962 et 1982 et, surtout, entre 1982 et 2002, au-delà de 80 ans.
À partir d?une méthode de décomposition des différences d?espérance de
vie proposée par Andreev etal. (2002), nous avons calculé la contribution en
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
109
Figure 2. Rapport des quotients de mortalité lissés sur trois années d?âge
et par sexe en 1982, 2002 et 2022 aux quotients de 1962
1982
2002
2022
0 40 50 70 9020 3010 60 80 100
Âges Âges
0 40 50 70 9020 3010 60 80 100
0
0,1
0,2
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
1,5
0,8
0,9
1,1
1,2
1,3
1,4
1,0
Rapport des quotients à 1962 Rapport des quotients à 1962
HOMMES
0
0,1
0,2
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
1,5
0,8
0,9
1,1
1,2
1,3
1,4
1,0
FEMMES
Lecture : En 1982, la probabilité de décéder des hommes âgés de 21ans était supérieure de 50%
à celle observée en 1962.
Champ : France entière.
Source : C alculs de l?autrice à partir des tables de mortalité de l?Insee, Situation démographique 2024, Insee.
années de chaque groupe d?âges aux gains d?espérance de vie entre 1962 et 1982,
entre 1982 et 2002, et entre 2002 et 2022, pour chacun des deux sexes (figure 3).
Cette analyse produit des résultats différents de l?examen de l?évolution des
probabilités de décéder. En effet, un décès évité à la naissance produit un gain
d?espérance de vie plus important qu?un décès évité à un âge élevé. Toutefois,
une baisse similaire (en proportion) de la probabilité de décéder lorsque le
taux initial est faible (pour les enfants par exemple) permet la survie d?un
nombre beaucoup moins important d?individus que lorsque le taux initial est
élevé (pour les adultes à l?âge de la retraite). Ces deux phénomènes se combinent
donc pour produire des résultats qui ne sont pas nécessairement intuitifs.
La décomposition des gains d?espérance de vie par période et par groupe
d?âges rend très visible le ralentissement des progrès mentionné précédem-
ment et qui a concerné la plupart des groupes d?âges entre 2002 et 2022 par
rapport aux deux décennies précédentes. Le gain en années de vie a été
toutefois plus important à 25-44 ans d?une part, et à 85 ans et plus d?autre
part, pour les hommes entre 2002 et 2022 par rapport à la période précédente
et il est resté à peu près stable pour les femmes aux âges les plus élevés. La
moindre contribution aux progrès de l?espérance de vie est particulièrement
marquée pour les enfants (à 0-14 ans), qui avaient fait gagner 1,6 an pour les
garçons et 1,3 an pour les filles à l?espérance de vie à la naissance entre 1962
et 1982 mais 0,1 an seulement pour les deux sexes entre 2002 et 2022.
Soulignons toutefois que la mortalité infantile, même si elle ne baisse plus
M. BarBieri
110
Figure 3. Contribution des groupes d?âges aux progrès de l?espérance de vie
à la naissance entre 1962 et 1982, 1982 et 2002, 2002 et 2022, par sexe
0-14 ans 15-24 ans 25-44 ans 45-64 ans 65-84 ans 85 ans et plus
1962-1982 2002-20221982-2002
0
6
2
3
4
5
1
1962-1982 2002-20221982-2002
Gains en années
0
6
2
3
4
5
1
Gains en années
HOMMES FEMMES
Champ : France entière.
Source : Calculs de l?autrice à partir des tables de mortalité de l?Insee, Situation démographique 2024, Insee.
depuis une douzaine d?années, a atteint un niveau trop faible pour influencer
significativement le niveau d?espérance de vie. L?augmentation de la durée de
vie est, de ce fait, de plus en plus portée par la baisse de la mortalité au-delà
de 65 ans. La contribution de ce groupe d?âges aux gains d?espérance de vie
n?a cessé de croître, passant, pour les hommes, de 32 % des gains entre 1962
et 1982 à 48 % entre 2002 et 2022 et, pour les femmes, de 48 à 68 %. L?examen
de la mortalité par cause médicale de décès permet de mieux comprendre
ces évolutions selon le sexe et l?âge.
III. L?évolution de la mortalité par cause
Il est possible d?analyser la répartition des décès par cause grâce aux statistiques
établies à partir des informations figurant sur le volet médical des certificats
de décès par le CépiDc jusqu?en 2022, année la plus récente pour laquelle les
données sont disponibles. Pour comparer les données, on se réfère à la situation
depuis 1962 en se limitant à la France hexagonale, dans la mesure où les don-
nées sur les causes de décès ne sont pas aussi fiables dans les Dom sur cette
période. Le taux comparatif de mortalité (qui n?est pas influencé par les chan-
gements de la structure par âge de la population) a diminué tant pour les
hommes que pour les femmes jusqu?en 2019 pour la plupart des groupes de
causes de décès qui correspondent aux principaux chapitres de la Classification
internationale des maladies établie par l?Organisation mondiale de la santé(4) :
tumeurs, maladies cardiovasculaires, maladies de l?appareil digestif, infections
et causes externes (figure 4). Les deux groupes de causes pour lesquelles la
mortalité ne diminue plus pour aucun des deux sexes, sont les maladies res-
piratoires ? leur taux a progressivement augmenté à partir de 2010 environ,
avant d?exploser en 2020 du fait de la pandémie de Covid-19 ? et la catégorie
résiduelle des « autres » maladies (notamment les maladies du système nerveux
qui incluent les maladies d?Alzheimer et de Parkinson). Le taux comparatif de
mortalité pour ces « autres » maladies ne baisse plus depuis la fin des années
1990 et demeure à un niveau suffisamment élevé pour qu?elles constituent la
troisième cause de décès derrière les cancers et les maladies cardiovasculaires
(à égalité avec ces dernières en ce qui concerne les femmes). Toutefois, des
variations importantes apparaissent lorsque l?on examine la situation par sexe,
par groupe d?âges et pour des catégories plus fines de causes de décès que celles
qui viennent d?être mentionnées.
(4) Pour faciliter les comparaisons, on a redistribué proportionnellement les décès de causes incon-
nues ou mal définies (codes R00-R99 de la classification internationale des maladies, voir figure4)
pour chaque sexe et dans chaque groupe d?âges préalablement à ces analyses. Les chiffres présentés
ne sont donc pas directement comparables à ceux du tableau annexe A.13.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
111
IV. Le rôle déterminant des maladies cardiovasculaires
dans la baisse de la mortalité
C?est la mortalité par maladie cardiovasculaire qui a baissé le plus rapidement
parmi tous les grands groupes de causes de décès. Pour ces maladies, le taux
comparatif a reculé de manière relativement régulière depuis 1962, de 31 %
pour les hommes et 37 % pour les femmes entre 1962 et 1982, de 45 % et 50 %
entre 1982 et 2002, et de 41 % et 43 % entre 2002 et 2022. Cette baisse impor-
tante est attribuable à tous les types de maladies du système circulatoire. Ainsi,
au cours des vingt dernières années, le taux comparatif de mortalité a diminué
de 48 % pour les maladies ischémiques du coeur, de 34 % pour les autres mala-
dies du coeur, de 42 % pour les maladies cérébro-vasculaires et de 51 % pour
les autres maladies cardiovasculaires. En ce qui concerne cette dernière caté-
gorie, le taux est devenu trop faible (6 pour 100 000 en 2022 contre24 pour
les maladies ischémiques du coeur, 42pour les autres maladies du coeur et
21pour les maladies cérébro-vasculaires) pour véritablement influencer l?évo-
lution de la mortalité générale. Le contrôle des maladies de l?appareil circulatoire
M. BarBieri
112
Figure 4. Taux comparatif de mortalité*
par sexe et par grand groupe de causes de décès(a), 1962-2022
1960 20001980 19901970 2010 2020
100
500
5000
1000
Taux pour 100 000
(échelle logarithmique)
Taux pour 100 000
(échelle logarithmique)
Année
1960 20001980 19901970 2010 2020
100
500
5000
1000
Année
HOMMES FEMMES
Maladies digestives
InfectionsMaladies respiratoires
CancersMaladies cardiovasculaires
Morts violentes
Autres maladies
* Le taux comparatif de mortalité permet de comparer le niveau de la mortalité entre populations en
éliminant l?effet des différences dans leurs structures par âge. La structure type utilisée pour le calcul des taux
comparatifs correspond au standard européen de 1976 (Pace et al., 2013).
Notes : Les catégories des causes de décès utilisées ici correspondent aux codes suivants de la dixième révision
de la classification internationale des maladies (CIM-10) : infections A00-B99 ; cancers C00-D48 ; maladies
cardiovasculaires I00-I99 ; maladies de l?appareil respiratoire J00-J99 ; maladies de l?appareil digestif K00-K93 ;
autres maladies D50-H95 et L00-Q99 ; morts violentes V01-Y98.
Champ : France hexagonale.
Source : calculs de l?autrice à partir des données sur les causes de décès du CépiDc (Inserm).
a particulièrement bénéficié aux adultes de 65 ans et plus, avec une baisse de
47 et 40 % du taux comparatif à 65-79 ans et 80 ans et plus, respectivement,
contre 33 % à 45-64 ans.
La baisse de la mortalité par maladie cardiovasculaire a été similaire pour
les hommes et les femmes, mais avec un niveau de départ beaucoup plus faible
pour ces dernières. Le taux comparatif de mortalité par maladie cardiovascu-
laire s?établit aujourd?hui à 112 pour 100 000hommes et 62 pour 100 000femmes
(tableau annexe A.13) contre 211 et 119 pour 100 000, respectivement, vingt ans
plus tôt. Comme la mortalité générale des femmes est également plus faible
que celle des hommes, la part de la mortalité par maladie cardiovasculaire
dans la mortalité toutes causes confondues est identique d?un sexe à l?autre,
soit 18 %. Première cause de décès en France depuis le début du xxesiècle pour
les deux sexes, les maladies cardiovasculaires ont été devancées par les cancers
en 1987 pour les hommes et en 1999 pour les femmes.
V. Une amélioration plus tardive et plus lente
de la mortalité par cancer
La mortalité par tumeur maligne a augmenté tout au long de la première moitié
du xxesiècle pour atteindre son maximum à 185 décès pour 100 000femmes
en 1951 et 330 décès pour 100 000hommes en 1987. La mortalité par cancer
décline régulièrement mais très lentement depuis. Un décès sur trois (34 %)
était attribuable au cancer en 2022 contre seulement un sur cinq pour les
maladies cardiovasculaires. Le cancer est la seule grande cause de décès pour
laquelle la baisse a été beaucoup plus faible pour les femmes que pour les
hommes, puisqu?elle a atteint 7 % de réduction seulement pour les premières
contre 27 % pour ces derniers sur la période 2002-2022 (figure 3). Cette évo-
lution touche particulièrement les plus de 45 ans.
La principale raison de l?évolution différentielle de la mortalité par cancer
selon le sexe tient à des divergences en matière de comportements tabagiques.
Les hommes ont commencé à fumer plus tôt que les femmes et le tabagisme
masculin a atteint des niveaux beaucoup plus élevés que pour celles-ci.
Cependant, tandis que la proportion de fumeurs réguliers a diminué pro-
gressivement parmi les hommes depuis la seconde guerre mondiale, elle a
continué à croître parmi les femmes jusqu?en 1990 environ. À cette époque,
le pourcentage de fumeurs dans la population adulte atteignait environ 38 %
chez les hommes (contre plus de 70 % au milieu des années 1950) et 20 %
chez les femmes (Hill et Laplanche, 2005). L?évolution du tabagisme dans la
population adulte correspond parfaitement à celle de la mortalité par cancer
du poumon avec un décalage d?environ 30 ans, la durée nécessaire pour que
les effets néfastes de la cigarette se traduisent par la survenue d?un cancer :
chez les hommes, le taux comparatif de mortalité par cancer du poumon a
atteint un maximum au début des années 1990 (à 70décès pour 100 000
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
113
contre 42 en 2022), tandis que chez les femmes ce taux ne s?est stabilisé qu?au
début des années 2010 (stagnant à 18 décès pour 100 000 depuis 2014) (tableau
annexeA.13). La mortalité par cancer du larynx, du poumon et des bronches,
principale cause de décès due au tabac, a ainsi augmenté de 50 % en vingt ans
pour les femmes (le taux comparatif a été multiplié par trois depuis 1982),
tandis qu?il a reculé de 35 % chez les hommes entre 2002 et 2022. Pour la
même raison, les autres cancers liés à la consommation de tabac ont égale-
ment évolué moins favorablement pour les femmes que pour les hommes. La
mortalité par cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS) et de
l?oesophage est ainsi restée stable pour les femmes depuis 2002 (à un niveau
tout de même très bas) tandis que le taux comparatif pour ces cancers a été
divisé par presque deux pour les hommes.
Ces évolutions défavorables pour les femmes ont toutefois été compensées
par la baisse de la mortalité pour d?autres types de cancers, y compris pour les
plus meurtriers traditionnellement, c?est-à-dire les cancers du sein et de l?intes-
tin, le taux de mortalité par cancer de l?utérus ayant aujourd?hui atteint un
niveau très bas (6 pour 100 000). Le recul de la mortalité par cancer de l?intestin
a également été très prononcé pour les hommes (avec une baisse du taux com-
paratif de 25 à 16 pour 100 000 en vingt ans). Il en va de même pour le cancer
de la prostate (avec une baisse du taux comparatif de 26 à 14 pour 100 000).
VI. Les autres maladies
Enfin, en ce qui concerne les maladies de l?appareil digestif, les maladies infec-
tieuses et, jusqu?en 2010 seulement, les maladies respiratoires, la baisse de
leurs taux observée depuis la seconde guerre mondiale s?est poursuivie. Notons
toutefois des fluctuations occasionnelles, liées aux épidémies, du taux de
mortalité par maladie infectieuse (comme la grippe ou le VIH/sida), dont la
pandémie de Covid-19 représente un exemple extrême. L?absence de progrès
en matière de maladies respiratoires indépendamment du Covid-19 est parti-
culièrement attribuable aux maladies respiratoires aiguës, à l?exception de la
grippe ainsi que de l?emphysème pour les personnes âgées de 80 ans et plus.
Avant ces âges, et surtout avant 65 ans, cette mortalité est négligeable.
Globalement, la mortalité attribuable à chacune de ces trois catégories de causes
pèse d?un faible poids sur la mortalité totale en 2022, soit moins de 2 % pour
les maladies infectieuses, 5 % pour les maladies de l?appareil digestif et 13 %
pour les maladies respiratoires (mais 17 % en 2020). Ces dernières jouent
toutefois un rôle considérable aux âges les plus élevés, et représentent 20 % du
taux comparatif toutes causes confondues à 80 ans et plus avant même la
pandémie de Covid-19.
M. BarBieri
114
VII. Une évolution préoccupante
de la mortalité par cause externe
Tandis que la mortalité par mort violente avait connu une tendance régulière
et prononcée à la baisse après avoir atteint un pic des taux comparatifs à 136
et 60 pour 100 000, respectivement pour les hommes et pour les femmes au
début des années 1960, le taux comparatif semble s?être stabilisé à un niveau
relativement élevé depuis 2010 environ, atteignant encore 58 et 23 décès
pour 100 000 en 2022. La baisse importante de la mortalité par accident de
la circulation, responsable d?un quart des morts violentes en 2002, avec un
taux qui a reculé de 70 % pour les hommes et pour les femmes, et une chute
de 25 % de la mortalité par suicide contrastent en effet avec un accroissement
de 20 % du taux de mortalité par chute accidentelle (essentiellement à 80 ans
et plus), une absence de progrès pour la catégorie résiduelle des autres causes
accidentelles et, chez les hommes uniquement, de la mortalité due aux homi-
cides (+ 25 % pour cette même période de vingt ans, contre moins de 45 %
pour les femmes).
VIII. Un avantage comparatif des départements urbains
pour la plupart des causes de décès
Nous ne disposons pas des données qui nous permettraient d?examiner les
changements dans la structure par cause des décès entre les différents types
de départements sur le long terme. Les informations mises à notre disposition
par le CépiDc (Inserm) et les tables de mortalité disponibles dans la Base de
données sur la mortalité française(5) nous ont toutefois permis de calculer les
indicateurs de mortalité par cause pour la période 2017-2019, d?une part, et
2020-2021, d?autre part. Nous présentons dans le tableau 4 les taux comparatifs
pour sept grands groupes de causes entre chaque type de départements et
l?ensemble de la France hexagonale après redistribution proportionnelle des
décès de causes inconnues ou mal définies pour faciliter les comparaisons.
Pendant la période précédant la pandémie de Covid-19 (2017-2019), on
observe un gradient très clair avec un niveau de mortalité plus élevé dans les
départements ruraux que dans les départements urbains pour tous les grands
groupes de causes de décès sans exception (tableau 4). L?écart entre départe-
ments urbains et ruraux était particulièrement prononcé en ce qui concerne
les causes externes, avec un taux comparatif de mortalité dans les départements
urbains qui atteignait 49 pour 100 000 contre 75 dans les départements ruraux
pour les hommes et 21 contre 27 pour 100 000 pour les femmes. La mortalité
par suicide était notamment beaucoup plus élevée pour les hommes dans les
départements ruraux, avec un taux supérieur d?un tiers à la France hexagonale
(5) French Human Mortality Database : https://frdata.org/fr/french-human-mortality-database/.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
115
https://frdata.org/fr/french-human-mortality-database/
dans son ensemble (27 pour 100 000 contre 14 pour 100 000 dans les dépar-
tements urbains), mais l?écart était également significatif pour les accidents de
la circulation et pour les autres catégories de morts violentes.
Les maladies cardiovasculaires étaient aussi responsables d?écarts impor-
tants entre les trois types de départements avec 141 décès pour 100 000 pour
les hommes et 78 pour les femmes dans les départements ruraux contre 121
et 67 pour 100 000, respectivement, dans les départements urbains. Toutes
les causes de décès de cette catégorie étaient concernées : maladies isché-
miques du coeur, autres maladies du coeur, maladies cérébro-vasculaires et
autres maladies de l?appareil circulatoire. Pour tous les autres grands groupes
de causes à l?exception des maladies infectieuses et des maladies respiratoires
pour lesquelles les valeurs sont similaires, les écarts de mortalité étaient
beaucoup plus faibles, mais toujours systématiquement à l?avantage des
départements urbains.
M. BarBieri
116
Tableau 4. Taux comparatifs de mortalité pour 100 000 habitants par sexe,
par grand groupe de causes de décès et par type de départements
en 2017-2019 et 2020-2021
Catégories
de causes de décès
Hommes Femmes
Ruraux Interm. Urbains Tous Ruraux Interm. Urbains Tous
2017-2019
Cancers 226 220 206 220 130 128 124 128
Maladies cardiovasculaires 141 133 121 135 78 74 67 75
Maladies infectieuses 11 10 10 11 6 7 6 7
Maladies respiratoires 45 45 43 45 23 23 22 23
Mal. du système digestif 33 32 29 32 15 15 14 15
Autres maladies 102 99 92 100 71 71 66 71
Causes externes 75 63 49 62 27 24 21 24
Toutes causes 632 603 549 604 351 343 321 342
2020-2021
Cancers 216 205 189 206 127 122 117 123
Maladies cardiovasculaires 131 122 114 125 70 67 61 68
Maladies infectieuses 10 10 10 10 6 6 6 6
Maladies respiratoires 82 100 115 100 41 51 55 50
Mal. du système digestif 33 31 27 31 15 15 14 15
Autres maladies 100 93 86 95 69 66 62 67
Causes externes 72 60 49 60 26 23 21 23
Toutes causes 644 621 591 627 355 349 335 352
Champ : France hexagonale.
Sources : Calculs de l?autrice à partir des données du CépiDc (Inserm) et de la French Human Mortality Database
(https://frdata.org/fr/french-human-mortality-database/).
On retrouve une situation comparable pendant la période suivante (2020-
2021), à une exception près : le gradient s?est inversé en ce qui concerne la
mortalité par maladies respiratoires, avec un taux comparatif qui a atteint 115
pour 100 000 pour les hommes et 55 pour les femmes dans les départements
urbains contre 82 et 41, respectivement, dans les départements ruraux, alors
que les taux n?étaient que légèrement supérieurs dans ces derniers pour cette
catégorie de causes de décès en 2017-2019. Si l?on fait l?hypothèse, certes non
démontrée dans la littérature scientifique mais logique, d?une diffusion plus
rapide des épidémies dans les zones plus densément peuplées, cette conséquence
de la pandémie de Covid-19 n?est pas surprenante et il est probable que la
situation des années 2017-2019 redevienne la norme dans les années à venir.
Faute d?analyses approfondies, les raisons de la surmortalité rurale pour
toutes les causes de décès demeurent mal connues. Il conviendrait toutefois
d?identifier les facteurs à l?origine des différences observées pour mieux orienter
les politiques locales et développer une véritable approche territoriale en santé
publique. Un rattrapage des départements ruraux et Dom sur les départements
urbains en matière de mortalité contribuerait à une reprise plus vigoureuse
des progrès de l?espérance de vie à la naissance en France.
Faibles progrès de l?espérance de vie et contrastes marqués entre types de départements
117
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118
??
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_Hlk210843022
_Hlk215318481
_Hlk215317739
_Hlk215317548
_Hlk215318591
_Hlk208914460
_Hlk215318678
_Hlk215319255
_Hlk215319218
_Hlk215324008
_Hlk215324132
_Hlk215324182
_Hlk215324298
_Hlk215324366
_Hlk215324465
_Hlk215324564
_Hlk215324641
INVALIDE)