Anticiper et prévenir les risques liés au changement climatique, pour les infrastructures
GARDINAL Didier ;ANDRE Alain
Auteur moral
France. Conseil économique, social et environnemental
Auteur secondaire
Résumé
"les infrastructures de notre pays sont souvent insuffisamment entretenues, parfois de longue date, et ce retard cumulé d'entretien et de rénovation, notamment en matière de réseau routier, de ponts, de réseaux ferroviaire, fluvial ou d'adduction d'eau, génère une « dette grise » qui les rend vétustes et tend à les fragiliser. Or, comme prévu par le GIEC, le changement climatique, provoqué principalement par les activités humaines, s'accentue et beaucoup d'infrastructures sont de plus en plus vulnérables face à ses effets tels que les vagues de chaleur, les inondations découlant des précipitations extrêmes, le retrait-gonflement des argiles, les glissements de terrain, la submersion marine, qui s'amplifient... Ces phénomènes de plus en plus fréquents et intenses impactent déjà les infrastructures, entraînant des dégradations accélérées et des coûts considérables pour la collectivité."
Editeur
CESE
Descripteur Urbamet
Descripteur écoplanete
changement climatique
;impact sur l'environnement
;infrastructure de transport
;infrastructure
;plan de prévention des risques
;étude et prévention des risques
;fiscalité environnementale
Thème
Construction
;Economie
;Risques
;Énergie - Climat
;Administration publique
;Aménagement du territoire
Texte intégral
Anticiper et
prévenir les risques
liés au changement
climatique, pour
les infrastructures
RAPPORTEURS
Alain André et Didier Gardinal
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AVIS
2026-001
NOR : CESL1100001X
Mardi 13 janvier 2026
JOURNAL OFFICIEL
DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Mandature 2021-2026
Séance du 13 janvier 2026
Anticiper et prévenir
les risques liés au
changement climatique,
pour les infrastructures
Avis du Conseil économique, social
et environnemental sur proposition
de la commission Territoires, agriculture
et alimentation
Rapporteurs :
Alain André et Didier Gardinal
Question dont le Conseil économique,
social et environnemental (CESE) a été
saisi par décision de son bureau en date du
4 mars 2025 en application de l?article 3 de
l?ordonnance no 58-1360 du 29 décembre
1958 modifiée portant loi organique relative
au CESE. Le bureau a confié à la commission
Territoires, agriculture et alimentation la
préparation d?un avis Anticiper et prévenir
les risques liés au changement climatique,
pour les infrastructures. La commission
Territoires, agriculture et alimentation,
présidée par M. Henri Biès-Péré, a désigné
MM. Alain André et Didier Gardinal comme
rapporteurs.
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Synthèse 4
Introduction 12
PARTIE 1 - CONSTATS : LE DÉFI
DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
POUR LES INFRASTRUCTURES 15
I. Un patrimoine d?infrastructures
considérable et diversifié, indispensable
pour les territoires et les populations
mais qui pâtit d?un sous-investissement
chronique 15
A. Les infrastructures, que sont-elles ?
des ouvrages multiples et diversifiés
sur le territoire 15
B. Les infrastructures, à quoi servent-elles ?
Une contribution indispensable au
développement économique des territoires
et à la vie des populations 22
C. Une dégradation partielle liée
à une longue période de sous-investissement :
la « dette grise » 30
II. Des changements climatiques
qui représentent des risques majeurs
pour les infrastructures 41
A. Un changement climatique
aux composantes multiples 41
B. Un phénomène qui impacte déjà
les infrastructures 43
III. Une prise de conscience progressive
bien qu?inégale qui a entraîné la mise
en place de premières mesures
d?adaptation 50
A. Des politiques et mesures mises
en oeuvre jusqu?à présent 50
B. Une adaptation à poursuivre et à amplifier 61
3
IV. Des coûts considérables à prévoir
et une prise en compte insuffisante de
problématiques importantes 65
A. Une augmentation considérable des coûts
à prévoir d?ici à 2050, des options de
financement diverses à envisager,
mais aussi des opportunités économiques 65
B. Une prise en compte insuffisante
de problématiques importantes 72
C. Expansion des risques et des coûts
assurantiels : un dispositif qui a évolué 80
PARTIE 2 - PRÉCONISATIONS 86
Axe 1 - Mieux mesurer et identifier
les risques 86
Axe 2 - Améliorer la gouvernance 91
Axe 3 - Mettre en place une politique
systémique d?investissement
dans les infrastructures 99
Axe 4 - Assurer les financements
nécessaires 113
Axe 5 - Conforter les capacités
du système assurantiel
dans ce nouveau contexte 128
Conclusion 132
Déclarations des groupes 136
Scrutin 152
Annexes 154
sy
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hè
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Les infrastructures sont les équipements
qui permettent le fonctionnement et le
développement d?un territoire, indispensables
à sa cohésion, garantissant les liens
entre citoyennes et citoyens, ainsi qu?à la
dynamique de l?ensemble des activités.
Elles comprennent, au sens de cet avis, les
installations, ouvrages et voies dont l?objet
est d?assurer les transports de personnes
et de marchandises (routes, voies, canaux,
aéroports, gares, ports maritimes et
fluviaux?) et les réseaux (distribution
d?énergie, d?eau, d?assainissement?), à
l?exclusion des bâtiments à usage notamment
de logement et des infrastructures
numériques ou de télécommunication.
Structurant, irriguant l?espace, elles
constituent pour la France un patrimoine
essentiel, indispensable au quotidien pour
l?accès aux services et activités.
Cependant, les infrastructures de notre pays
sont souvent insuffisamment entretenues,
parfois de longue date, et ce retard cumulé
d?entretien et de rénovation, notamment
en matière de réseau routier, de ponts, de
réseaux ferroviaire, fluvial ou d?adduction
d?eau, génère une « dette grise » qui les
rend vétustes et tend à les fragiliser. Or,
comme prévu par le GIEC, le changement
climatique, provoqué principalement
par les activités humaines, s?accentue et
beaucoup d?infrastructures sont de plus
en plus vulnérables face à ses effets tels
que les vagues de chaleur, les inondations
découlant des précipitations extrêmes, le
retrait-gonflement des argiles, les glissements
de terrain, la submersion marine, qui
s?amplifient? Ces phénomènes de plus en
plus fréquents et intenses impactent déjà les
infrastructures, entraînant des dégradations
accélérées et des coûts considérables pour
la collectivité.
5
Une prise de conscience a commencé,
avec la mise en oeuvre de mesures
d?adaptation1 comme le Plan National
d?Adaptation au changement climatique
(PNACC) et la trajectoire de référence
du réchauffement climatique (TRACC)
à + 4 °C pour la France d?ici à 2100,
mais celles-ci doivent être poursuivies et
amplifiées. Des gestionnaires de réseaux,
notamment d?électricité et de transports,
ainsi que des collectivités, en particulier
dans les territoires aux risques les plus
élevés, ont mis en place progressivement
des stratégies et/ou mesures. Les onze
territoires ultra-marins sont les parties
de notre pays les plus exposées au
changement climatique, notamment
à la montée des eaux, qui impacte
ces territoires à un horizon temporel
plus rapproché que dans l?Hexagone.
S?y ajoute pour nombre d?entre eux
une exposition élevée aux cyclones et
ouragans. Il y a donc urgence à limiter
les effets du changement climatique
et à s?y préparer, dans l?Hexagone
comme dans les territoires ultra-marins,
avec une attention particulière pour
les vulnérabilités spécifiques de ces
derniers2. Mais, selon l?avis du Haut
Conseil pour le climat sur le PNACC 3,
le déficit d?adaptation se creuse dans
notre pays : « alors que le climat se
réchauffe vite, les financements et la
gouvernance tardent à se mettre en
place ». Il convient aussi de prévenir la
maladaptation, réponse d?adaptation
mise en oeuvre sans penser ses effets
potentiels sur le changement climatique ni
le risque de report des vulnérabilités.
Le CESE souligne l?enjeu d?investir
dans l?adaptation des infrastructures
pour diminuer leurs contributions aux
émissions de gaz à effet de serre (GES
1? Un glossaire définissant ces termes et utilisant notamment les travaux du HCC et/ou du GIEC
figure en annexe.
2? V. notamment CESE, avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
? objectif d?atténuation) et améliorer leur
résistance et résilience au réchauffement
et aux aléas (objectif d?adaptation). Cette
démarche doit intervenir dans un double
souci de sobriété et de prévention des
risques liés au changement climatique.
Selon Carbone 4, « un ordre de grandeur
de 1,5 à 2Md¤ par an de besoin
d?investissement est à garder en tête
pour anticiper et réparer les dégâts
causés par la dérive climatique sur les
infrastructures » routières, ferroviaires,
aéroportuaires, d?eau et d?électricité.
La FNTP estime pour sa part « à près
de 4,5 Md¤ les investissements
additionnels nécessaires par an
entre 2021 et 2050 sur l?adaptation
des infrastructures ». Or, en matière
d?adaptation, prévenir est en général
plus efficace et économe que réparer
et le coût global de l?inaction s?avère
supérieur à celui de l?action. Pour le
CESE, l?augmentation considérable des
coûts de prévention et d?adaptation
des infrastructures doit être anticipée
via une priorisation intégrant approche
systémique et logique de solidarité.
Mais, s?ils constituent des coûts et
comportent des externalités négatives,
l?adaptation des réseaux d?infrastructures
au changement climatique et les
investissements nécessaires pour
favoriser la réduction des émissions
de GES via des solutions durables et
innovantes, représentent aussi des
opportunités de développement et
d?emploi. Notre pays dispose d?un secteur
du BTP performant qui emploie plus de
300 000 salariés sur le territoire national
et, au-delà encore, de grands groupes
et d?acteurs publics parmi les leadeurs
mondiaux dans plusieurs domaines des
infrastructures.
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Des options de financement
existent. Outre le rapport Ambition
France Transports, qui identifie
plusieurs leviers pour financer
les priorités de rénovation/
modernisation des infrastructures
de transport3, des avis récents
du CESE ont appelé à mieux
canaliser l?épargne croissante des
ménages vers des investissements
durables qui pourraient concerner
l?adaptation des infrastructures :
Utiliser une part des investissements
dans les infrastructures pour
faciliter le financement des
projets favorables à la transition
climatique ; Mobiliser et dédier le
Livret de développement durable et
solidaire à la transition écologique ;
Proposer un Pacte européen et un
fonds européen pour la transition
écologique sur la base d?un emprunt
communautaire et/ou des taux
d?intérêt différenciés favorables aux
investissements verts via la Banque
centrale européen4.
Développer des partenariats publics
privés (PPP) équilibrés pourrait
être une autre piste, à condition
que les modalités de répartition des
responsabilités et des avantages
soient clairement définies en amont.
Les champs des infrastructures,
multiples, interférant entre eux,
une approche systémique
déclinée territorialement est
indispensable pour le CESE.
Le PNACC peut en être un
vecteur particulièrement adapté,
des espaces de concertation
territoriale, les COP régionales, et
des COP départementales étant
3? Rapport Ambition France Transports (juillet 2025).
4? CESE, avis Le financement des investissements nécessaires pour l?avenir : enjeux et déclinaison
(2021), avis Financer notre stratégie énergie -climat : donnons-nous les moyens d?agir (2023)
et RAEF 2024.
prévues dans ce cadre en matière
d?adaptation. Les collectivités
territoriales, notamment petites
communes et intercommunalités,
sur lesquelles pèsent une grande
part des coûts de l?adaptation des
infrastructures routières, manquent
de moyens et d?ingénierie pour y
faire face, alors que les impacts du
changement climatique sont surtout
locaux. La mise en place de mesures
d?atténuation et d?adaptation
doit passer par des dispositifs
de participation de la population
perfectibles. Un autre défi tient
à l?évolution des compétences et
des conditions de travail pour les
salariées/salariés des gestionnaires
d?infrastructures. Outre l?intégration
de compétences utiles à la transition
écologique, l?extension par la
négociation du dispositif intempérie
canicule du BTP à d?autres activités
concernées, y compris dans la
Fonction publique, pourrait être
envisagée pour limiter l?exposition
des travailleurs, femmes et hommes,
aux températures élevées. Enfin,
les capacités du système assurantiel
à contribuer, face à la montée
des risques climatiques, à une
meilleure couverture concernant les
infrastructures, sont un enjeu.
L?avis formule pour ce faire des
préconisations articulées en cinq
axes, dont les préconisations 2,
4, 10 et 16 semblent au CESE
prioritaires :
7
AXE 1 - MIEUX MESURER
ET IDENTIFIER LES RISQUES
PRÉCONISATION #1
Le CESE appelle à établir, sous le
pilotage des services de l?État experts en
associant tous les acteurs concernés, une
cartographie actualisée du patrimoine
d?infrastructures selon leur typologie en
précisant :
Î Leur importance quantitative ;
Î Leurs catégories (principales,
secondaires, critiques, etc.) ;
Î Leur implantation géographique ;
Î Leur âge, état actuel de robustesse
ainsi que leur usage actuel et potentiel ;
Î La nature et l?ampleur du risque auquel
est exposé l?ouvrage et les actions
à anticiper et à prioriser dans une
approche proactive alignée sur la
TRACC ;
Î La nature du gestionnaire qui en a la
charge (public national ou local, privé,
mixte) ;
Î Les budgets consacrés (en distinguant
les budgets de fonctionnement des
budgets d?investissement).
PRÉCONISATION #2
Le CESE appelle les propriétaires et
gestionnaires d?infrastructures à estimer
précisément le coût de l?adaptation des
infrastructures dans les territoires et à y
inclure, en le distinguant, le montant de
la « dette grise » résultant des retards
cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien, y compris
préventif. Cela pourra se faire en faisant
appel si besoin au concours du Cerema si
les gestionnaires n?ont pas la compétence
nécessaire.
PRÉCONISATION #3
Le CESE engage le Gouvernement à :
Î Renforcer l?évaluation de l?utilité des
infrastructures et de l?efficacité de
leur adaptation au défi climatique, en
la systématisant dès l?élaboration et la
mise en place des mesures d?adaptation
prévues ;
Î S?appuyer notamment pour ce faire
sur les travaux des groupes régionaux
d?experts du climat pour la définition
des objectifs et des indicateurs de
suivi. L?ADEME, le Cerema et le BRGM
pourraient apporter leur concours à
l?élaboration de ces indicateurs.
AXE 2 - AMÉLIORER
LA GOUVERNANCE
PRÉCONISATION #4
Le CESE appelle l?État à mettre en place
une gouvernance nationale intégrée
des infrastructures. Celle-ci devra être
fondée sur une stratégie interministérielle
pilotée par le Secrétariat général à
la planification écologique (SGPE).
La mise en oeuvre coordonnée des
investissements sera assurée par le
Secrétariat général pour l?investissement
(SGPI) et par le Haut-Commissariat à la
stratégie et au Plan. Elle jouera aussi un
rôle de conseil en matière de priorisation
et de suivi élargi confiés au Conseil
d?orientation des infrastructures (COI),
ouvert à la société civile et aux parties
prenantes.
Cette stratégie interministérielle devra
se traduire par une programmation
pluriannuelle des investissements dans
le cadre prévu à la préconisation n° 11.
PRÉCONISATION #5
Le CESE appelle Gouvernement et
Régions à renforcer la territorialisation
de la gouvernance des infrastructures
en intégrant systématiquement des
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volets dédiés à celles-ci dans
les contrats de plan État/Région
(CPER), articulés avec les Contrats
pour la réussite de la transition
écologique (CRTE), et en assurant
une évaluation régulière des projets
selon des critères de résilience des
infrastructures face au changement
climatique. Une place doit être faite
dans ce cadre à la société civile
organisée via les consultations des
CESER.
PRÉCONISATION #6
Le CESE appelle les pouvoirs
publics à respecter des délais
de décision et de mise en oeuvre
raisonnables et encadrés pour
l?adaptation des infrastructures, en
renforçant les études préalables
y compris environnementales,
de manière à gagner du temps
ensuite, en s?appuyant sur les
enquêtes publiques et en simplifiant
par ailleurs les procédures
administratives, en particulier en
cas d?urgence, de force majeure
ou de risque pour la population. Le
CESE recommande d?instaurer des
mécanismes de suivi et d?évaluation
des calendriers.
PRÉCONISATION #7
Pour transformer la contrainte
climat en opportunité, le CESE
demande au ministère en charge
de l?équipement d?encourager
et de faciliter l?utilisation d?éco-
matériaux (notamment recyclés) et
de nouveaux matériaux (entre autres
poreux), en simplifiant les normes
et les autorisations administratives.
Le CESE recommande aux
pouvoirs publics de développer
des filières éco-responsables,
de développer la recherche ainsi
qu?un réseau d?entreprises et de
start-up françaises et européennes
« championnes » des infrastructures
de transition.
PRÉCONISATION #8
Le CESE appelle les pouvoirs
publics et les grandes sociétés
de travaux publics françaises à
renforcer les compétences et les
moyens des secteurs professionnels
exposés, en soutenant la formation
initiale et continue, en valorisant les
métiers de l?ingénierie territoriale
et en garantissant une maîtrise
d?ouvrage publique capable
d?innover et de piloter les projets
complexes.
PRÉCONISATION #9
Le CESE appelle le Gouvernement
et le Parlement à fixer un cadre légal
comportant des mesures incitatives
ou contraignantes selon leur objet
en vue de favoriser la résilience des
infrastructures face au changement
climatique, donnant la visibilité et la
stabilité nécessaires.
AXE 3 - METTRE EN PLACE
UNE POLITIQUE SYSTÉMIQUE
D?INVESTISSEMENT DANS
LES INFRASTRUCTURES
PRÉCONISATION #10
Le CESE appelle État, collectivités
territoriales et opérateurs à
amplifier les investissements après
appréciation de leur utilité dans le
cadre d?une analyse systémique
et prospective, pour résorber
progressivement la « dette grise »
imputable à la longue période
de sous-investissement dans la
maintenance des infrastructures. Il
préconise d?engager sans attendre
les travaux préventifs de remise
à niveau des infrastructures les
plus dégradées, de mettre à profit
9
ces investissements pour renforcer
dans une logique systémique l?apport
des infrastructures à l?atténuation du
changement climatique et d?y intégrer
de manière systématique un « réflexe
adaptation » prenant en compte les
potentielles évolutions d?usage.
PRÉCONISATION #11
Le CESE appelle Gouvernement
et Parlement à adopter une loi de
programmation pluriannuelle relative
au financement du Programme national
d?adaptation au changement climatique
(PNACC 3) et à prévoir dans ce cadre
des mesures d?adaptation au changement
climatique portant notamment sur les
réseaux d?infrastructures. Il conviendra
que cette loi de programmation soit
articulée avec sa déclinaison territoriale
dans le cadre des futurs Contrats de Plan
État Régions (CPER) (2028-2032) et
des prochains Contrats de relance et de
transition écologique (CRTE).
PRÉCONISATION #12
Le CESE recommande aux opérateurs
et gestionnaires d?infrastructures, en
s?inspirant des contrats de régulation
économique, d?identifier les tronçons les
plus vulnérables à l?échelle des divers
réseaux d?infrastructures et de manière
consolidée entre réseaux, pour prioriser
les investissements les plus importants et
urgents. Il recommande aux propriétaires
et aux gestionnaires de planifier et
d?augmenter les investissements
patrimoniaux de prévention et
d?adaptation pour les infrastructures,
en ligne avec la trajectoire d?adaptation
au changement climatique (TRACC).
Il appelle l?État et les collectivités
territoriales, notamment communes et
intercommunalités, à créer des réserves
foncières dans les territoires exposés au
risque de montée des eaux.
PRÉCONISATION #13
Le CESE préconise aux collectivités
territoriales (régions, communes et
intercommunalités, en particulier)
d?analyser et d?actualiser de façon
détaillée, dans le cadre de l?ensemble
des Schémas régionaux d?aménagement,
de développement durable et d?égalité
des territoires (SRADDET), des Plans
climat-air-énergie territoriaux (PCAET),
Plans de prévention des risques (PPR)
et documents d?urbanisme (PLU, PLUi),
l?exposition au risque climatique selon la
nouvelle trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au
changement climatique (TRACC). Il
les appelle à associer à ces analyses
les acteurs du dialogue social et
environnemental territorial, et à réviser
tous les documents de planification et
d?urbanisme, en intégrant les risques
liés à la montée des eaux, notamment
de non-constructibilité du littoral et de
déplacement des infrastructures hors
des zones submersibles, en commençant
par les plans de prévention des risques
naturels (PPRN) les plus anciens.
PRÉCONISATION #14
Le CESE appelle l?État, les collectivités
territoriales et les opérateurs
gestionnaires d?infrastructures à
renforcer la prise en compte d?une
logique systémique, territoriale et
transformationnelle dans l?adaptation des
infrastructures, en donnant la préférence
à des stratégies « sans regret », restant
avantageuse quel que soit le scénario
de changement climatique, ainsi qu?aux
solutions fondées sur la nature et
en veillant à prévenir les risques de
maladaptation.
Il appelle pouvoirs publics et acteurs
économiques à prendre en compte
l?enjeu du report modal vers le fluvial et le
ferroviaire et à le favoriser. Il préconise
aux propriétaires et gestionnaires
d?infrastructures de s?appuyer sur
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des solutions qui ont montré leur
efficacité dans des pays étrangers
et de privilégier le principe de
précaution pour les infrastructures
critiques, pour assurer la résilience
des territoires, les activités et la
sécurité des personnes.
PRÉCONISATION #15
Le CESE préconise au
Gouvernement, pour répondre
aux besoins nouveaux et aux
sollicitations des collectivités et
gestionnaires d?infrastructures
en matière d?adaptation au
changement climatique, de
renforcer l?adéquation entre les
missions et l?ensemble des moyens
de Météo France, du service central
d?hydrométéorologie et d?appui
à la prévision des inondations
(SCHAPI) et du Cerema dans le
cadre de la « Mission Adaptation »,
pour en faire une véritable « force
opérationnelle ingénierie ».
AXE 4 - ASSURER
LES FINANCEMENTS
NÉCESSAIRES
PRÉCONISATION #16
Le CESE appelle les pouvoirs
publics, Gouvernement et
Parlement, à une augmentation
significative et à une réorientation
des financements pour
accompagner l?adaptation des
infrastructures qui auront été
priorisées en lien avec une politique
d?aménagement du territoire
équilibrée et coordonnée. Il
appelle le Gouvernement à mettre
en place de manière pérenne,
par une législation cadre et une
programmation pluriannuelle,
la Conférence de financement
des infrastructures, à réfléchir
à l?opportunité et aux modalités
d?élargir le domaine concerné
au-delà des seules infrastructures
de transport, ainsi qu?à sécuriser
les financements en faveur
d?infrastructures résilientes
en développant des modèles
économiques innovants.
PRÉCONISATION #17
Le CESE recommande au
Gouvernement, avec les acteurs du
secteur, de repenser l?organisation
des autoroutes actuellement
concédées, ainsi que de mener
une réflexion sur une intégration
dans le périmètre des contrats
de concession autoroutières, de
sections routières aujourd?hui non
concédées donnant immédiatement
accès à l?autoroute, pour assurer
leur entretien et pour contribuer
ainsi à l?adaptation de ces
infrastructures au changement
climatique, ainsi que sur les modèles
d?équilibre et la rémunération qui
pourraient y être associés.
En aucun cas l?extension du
périmètre des autoroutes ne
doit déboucher sur un péage
supplémentaire des utilisateurs
actuels : les routes gratuites doivent
le rester, tout en garantissant par
ailleurs la pérennité du niveau actuel
de ressources issues des péages
autoroutiers.
PRÉCONISATION #18
Dans l?optique d?une harmonisation
au niveau européen, le CESE appelle
le Gouvernement, pour diminuer
le nombre des véhicules circulant
et les inciter à prendre l?autoroute,
à appuyer auprès des autorités
communautaires une évolution
du droit européen afin de faire
contribuer l?ensemble des poids
lourds utilisateurs, y compris les
poids lourds en transit, à l?entretien
11
et au renouvellement des infrastructures.
Il lui demande d?organiser dans cette
perspective une grande conférence
avec toutes les parties prenantes.
Le CESE appelle maires et présidents
de conseils départementaux à renforcer
les restrictions de circulation aux poids
lourds sur les voies relevant de leur
compétence qui sont inadaptées à ces
circulations. Il appelle le Gouvernement à
impulser un renforcement des contrôles
routiers appliqués aux poids lourds sur les
routes départementales et communales
dépourvues d?aménagements spécifiques
et sur les ponts, pour veiller au respect
de la réglementation et limiter leur usure
prématurée, et à mettre en adéquation les
effectifs des contrôleurs des transports
terrestres relevant des DREAL afin
de lutter plus efficacement contre le
dumping environnemental, économique et
social.
PRÉCONISATION #19
Le CESE appelle le Gouvernement à
étudier la possibilité et les modalités de
l?affectation aux collectivités territoriales
d?une part accrue des recettes perçues
par l?État de diverses ressources, dont
les amendes liées à l?automobile et à son
usage.
PRÉCONISATION #20
Le CESE demande au Gouvernement
de mobiliser l?épargne des ménages en
utilisant davantage le Livret de
développement durable et solidaire
(LDDS) au service de l?adaptation des
infrastructures et en créant un nouveau
livret d?épargne sur un modèle proche de
celui du LDDS, appuyé sur les banques ou
la Caisse des dépôts.
Le CESE appelle le Gouvernement à
soutenir la création de Macro-régions
transfrontalières pour favoriser le
financement de projets communs
visant entre autres à l?adaptation
d?infrastructures.
AXE 5 - CONFORTER
LES CAPACITÉS DU SYSTÊME
ASSURANTIEL DANS CE NOUVEAU
CONTEXTE
PRÉCONISATION #21
Dans le prolongement du Roquelaure
de l?assurabilité des territoires, le CESE
appelle le Gouvernement à installer
une « mission » sur l?assurabilité des
infrastructures, pilotée par les autorités
publiques compétentes, réunissant
les assureurs, les réassureurs et leurs
représentantes et représentants, dont
France assureurs, et une représentation
des élues et élus ainsi que de la société
civile.
Il préconise à l?État, aux collectivités
territoriales et aux opérateurs
propriétaires et/ou gestionnaires
d?infrastructures d?utiliser la cartographie
des risques, des services techniques et
des estimations de coûts des assureurs
au service des infrastructures.
Il demande au Gouvernement
de développer la prévention en
envisageant l?extension du fonds
Barnier de prévention au domaine
des infrastructures, de créer, avec les
assureurs, à destination des collectivités
territoriales et des opérateurs
gestionnaires d?infrastructures, des
outils d?incitation à la prévention (bonus
réduction/effacement du risque),
ainsi que de renforcer la Dotation
exceptionnelle de Solidarité (DSEC).
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Les infrastructures sont un ensemble
d?équipements et d?ouvrages qui permettent
le fonctionnement et le développement d?un
territoire et de l?ensemble des activités. Elles
sont, au sens de cet avis, constituées des
installations, équipements, ouvrages et voies
qui permettent les transports des personnes
et des marchandises (routes, voies, canaux,
aéroports, gares, ports maritimes et
fluviaux?) ainsi que des réseaux (distribution
d?énergie, d?eau, d?assainissement?). Ne
sont en revanche pas prises en compte
dans cet avis les infrastructures publiques
dans le domaine administratif, militaire, de la
santé (hôpitaux), de l?éducation et les autres
types de bâtiments à usage notamment de
logements. Les infrastructures numériques et
de télécommunication ne sont pas non plus
étudiées dans le présent avis.
Organisant, structurant et irriguant l?espace,
les infrastructures représentent un patrimoine
essentiel pour la France, indispensable au
quotidien pour l?accès à tous les services
(santé, emploi, enseignement, alimentation,
commerce, loisirs?), et elles constituent des
piliers de nos activités sociales, sociétales et
économiques... Cependant, les infrastructures
de notre pays, souvent insuffisamment
entretenues, et ce parfois de longue date,
sont, pour nombre d?entre elles, vétustes, ce
qui tend à les fragiliser et génère une « dette
grise » à la charge des générations actuelles
et à venir.
13
Or, elles sont et seront de plus en plus,
avec le réchauffement et le dérèglement
climatiques, soumises à des aléas divers
d?origine naturelle et/ou anthropique. Le
changement climatique lié à l?influence
humaine, comme prévu par le GIEC
et par la communauté scientifique, le
changement climatique, conséquence
des activités humaines, s?accentue et
ses impacts s?amplifient dans notre
pays, en Europe et dans le monde. Les
infrastructures sont de plus en plus
vulnérables face à ses effets tels que
les vagues de chaleur, les inondations
découlant des précipitations extrêmes,
le retrait-gonflement des argiles, les
glissements de terrain, la submersion
marine? Ces phénomènes de plus
en plus fréquents et intenses, qui
concernent tous les types de territoires
(urbains, ruraux, littoraux?) entraînent
des dégradations accélérées et des
risques de différentes natures avec des
coûts économiques, sanitaires, sociaux et
environnementaux, considérables pour la
collectivité.
Un rapport de l?Organisation des Nations
unies intitulé « Les infrastructures
et la lutte contre les changements
climatiques », d?octobre 20211 note
l?importance des infrastructures et
de leur utilisation dans les émissions
mondiales de gaz à effet de serre.
Leurs coûts représentent une part
très importante des coûts globaux de
l?adaptation aux effets des changements
climatiques. Le CESE souligne de ce point
de vue l?enjeu d?investir dans l?adaptation
des infrastructures afin de prévenir et
anticiper les risques liés aux changements
climatiques.
1? Rapport conjoint du Bureau des Nations Unies pour les services d?appui aux projets (UNOPS),
du Programme des Nations Unies pour l?environnement (PNUE) et de l?Université d?Oxford
2? Un glossaire définissant ces termes et utilisant notamment les travaux du HCC et/ou du GIEC figure en annexe.
En France, face à ces risques, une
prise de conscience progressive
bien qu?inégale a commencé et a
entraîné la mise en place de mesures
d?adaptation2, comme le Plan
National d?Adaptation au changement
climatique (PNACC) et la trajectoire de
référence du réchauffement climatique
(TRACC) à + 4 °C, mais celles-ci, on
le verra, doivent être poursuivies et
amplifiées. Des solutions techniques
et organisationnelles, parfois très
innovantes, visant à la protection et
à l?adaptation des infrastructures ont
par ailleurs commencé à être mises en
oeuvre.
Le CESE a choisi de consacrer à ce sujet
un avis qui porte sur les infrastructures
existantes et sur les adaptations à leur
apporter au regard des défis à relever et
dans un souci de sobriété.
L?avis formule des préconisations
articulées en cinq axes : mieux mesurer
et identifier les risques (I) et améliorer la
gouvernance, notamment en renforçant
l?intégration de la politique nationale
de coordination des infrastructures,
en confortant sa territorialisation
et en promouvant des modèles
innovants de gestion d?infrastructures
(II) ; mettre en place une politique
systémique d?investissement dans les
infrastructures (III) avec les financements
nécessaires (IV) ; conforter les capacités
du système assurantiel V).
Par l?élaboration de cet avis, le CESE
entend contribuer à la prise de
conscience générale du grand public,
au-delà de celle des seuls acteurs les
plus concernés, quant à l?importance des
enjeux en cause pour limiter l?ampleur
des changements climatiques à 2050
et favoriser dès à présent l?adaptation
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à leurs conséquences, mais aussi
souligner les opportunités de
développement et d?emploi que
peuvent représenter en ce domaine
des solutions durables et innovantes,
en veillant à leur adaptation aux
spécificités territoriales.
Il appelle par ailleurs à prendre
en compte, dans une approche
systémique, la question des
usages des différents types
d?infrastructures et de leurs niveaux
respectifs de priorité, notamment
pour éviter d?éventuels reports
de vulnérabilités d?un territoire ou
d?un secteur en voulant réduire un
risque donné, mais encore pour
mieux définir de façon prospective
le système d?infrastructure adapté
aux contraintes, aux besoins et aux
usages de demain ? ce qui peut
impliquer de mettre en cause les
schémas actuels.
15
I. Un patrimoine d?infrastructures considérable
et diversifié, indispensable pour les territoires
et les populations mais qui pâtit d?un sous-
investissement chronique
A. Les infrastructures, que sont-elles ? des ouvrages multiples
et diversifiés sur le territoire
3? Infrastructures critiques : l?UE cherche à améliorer leur sécurité | vie-publique.fr
Les infrastructures sont un ensemble
d?installations, d?équipements, d?ouvrages,
qui permettent le fonctionnement et le
développement d?une activité ou d?un
territoire et qui sont nécessaires à la
société. Elles organisent, structurent
et irriguent l?espace avec des effets
structurants essentiels dans la vie des
citoyens et dans la vitalité sociale et
économique des territoires : circulation
des biens, des personnes et des
informations, fourniture de services tels
que l?énergie et l?eau.
Selon le Dictionnaire de l?urbanisme et
de l?aménagement (Merlin et al., 2010),
il s?agit de « l?ensemble des installations
réalisées au sol ou souterraines
permettant l?exercice des activités
humaines à travers l?espace » : les
routes, ponts et autres ouvrages d?art
(murs de soutènement et tunnels), les
voies ferrées, les canaux, les installations
terminales (aéroports, gares et ports),
les barrages, les aqueducs et les réseaux
d?égouts, les réseaux électriques,
les systèmes de communication, les
infrastructures informatiques, etc.
Certaines infrastructures sont critiques3
en raison du caractère essentiel et vital
des services rendus. Il peut s?agir par
exemple des domaines suivants :
Î Énergie : les infrastructures destinées
à la production de grande ampleur,
au transport et à la distribution de
l?énergie (électricité et gaz) ;
Î Transport : les points nodaux vitaux
du transport ferroviaire, aérien et
par voie d?eau ;
Î Finances : les maillons critiques dans
le trafic électronique des paiements ;
Î Eau potable : les fournisseurs et
distributeurs d?eau potable ;
Constats : Le défi
du changement climatique
pour les infrastructures
PARTIE 1
https://www.vie-publique.fr/en-bref/286908-infrastructures-critiques-lue-cherche-ameliorer-leur-securite
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Î Infrastructures numériques : les
points d?échange internet et les
fournisseurs de services DNS ;
Î Communication électronique :
les liaisons nationales de la
communication électronique.
En 2020, le CESE a adopté l?avis
L?impact des infrastructures de
réseaux dans l?économie. Cet
avis s?intéressait particulièrement
aux grands réseaux
d?énergie, de transports et de
télécommunications, qui doivent
relever les défis considérables de
la transition écologique et de la
révolution numérique, alors même
qu?ils éprouvent des difficultés à
financer leur modernisation.
Le présent avis traite des
infrastructures, considérées comme
des infrastructures matérielles,
c?est-à-dire des systèmes physiques
nécessaires au fonctionnement
des territoires, de l?économie et de
la société dans les domaines des
transports, de l?énergie, de l?eau et
de l?assainissement.
Les infrastructures publiques dans
le domaine administratif, militaire, de
la santé (hôpitaux) et de l?éducation
(écoles et autres établissements
d?enseignement) sont exclues du
champ de l?avis. De même, les
infrastructures numériques et de
télécommunications ne sont pas
étudiées.
4? Centre d?études et d?expertise sur les risques, l?environnement, la mobilité et l?aménagement.
5? Sénat, rapport d?information Mettre les nouvelles mobilités au service de tous les territoires -
Sénat
6? L?Etat gère 9 400 km de routes et un peu plus de 2500 km d?autoroutes non-concédées ;
les Départements gèrent 382 491 km de routes et les communes 714 883 km.
7? Sénat, Rapport d?information Sécurité des ponts : éviter un drame - Sénat
8? Les routes en France - Faits et chiffres | Statista
1. Les infrastructures
de transport
1.1. Un réseau routier très
décentralisé et parmi les plus
importants et les plus denses
au monde
Selon le CEREMA4, auditionné dans
le cadre des présents travaux, le
réseau routier français couvre
1,1 M de km, dont la grande majorité
est secondaire (1,01 M de km).
C?est l?un des plus denses et des
plus développés au monde, très loin
devant les autres pays européens :
plus de 16 000 km de routes
par million d?habitants en France
contre près de 8 000 km par
million d?habitants en Allemagne
et aux Pays-Bas, un peu plus de
4 000 km en Italie et de 3 000 km
en Espagne5.
Autre spécificité du réseau
routier français, son caractère
décentralisé ; 98 % du réseau
routier national sont ainsi gérés par
les collectivités territoriales (35 %
par les départements et 63 % par
les communes)6, part nettement plus
importante que dans les autres pays
européens7. Ce réseau géré par les
collectivités supporte les deux tiers
du trafic routier.
Les autoroutes concédées
(9 200 km), en majorité payantes,
sont gérées par des sociétés
privées. Elles sont financées par les
péages, quand les routes de l?État
et des collectivités territoriales
sont financées par l?impôt8.
https://www.senat.fr/rap/r18-117/r18-1173.html
https://www.senat.fr/rap/r18-117/r18-1173.html
https://www.senat.fr/rap/r18-609/r18-609.html
17
En 2023, les sociétés d?autoroute ont
investi 1,3 Md¤ dans l?entretien des
infrastructures autoroutières.
Un important patrimoine de ponts
routiers mais à l?estimation incertaine
Le nombre de ponts en France s?établirait
entre 200 000 et 250 000, soit un pont
tous les 5 km9. Mais selon la mission
d?information du Sénat sur la sécurité des
ponts10, cette estimation est incertaine
faute notamment d?un recensement
exhaustif par les collectivités territoriales
de ceux qu?elles gèrent (elles ne sont pas
soumises à une obligation de déclaration).
Plus globalement, ce défaut d?estimation
est un révélateur des faiblesses de la
politique de surveillance et d?entretien des
ponts. Ces derniers constituent pourtant
une catégorie importante du patrimoine
national d?ouvrages d?art11. Leur valeur
patrimoniale, c?est-à-dire leur coût de
reconstruction à neuf, est estimée entre
200 et 250 Md¤, soit 10 % de la valeur
totale du patrimoine routier, alors qu?ils ne
représentent que 1 % du linéaire12.
Comme les routes, les ponts routiers
sont très majoritairement gérés par les
collectivités territoriales (à 90 %)13.
1.2. Un réseau ferroviaire très hétérogène,
2ème d?Europe mais qui se rétracte
Le réseau ferroviaire français14 compte
environ 28 000 km de lignes ferroviaires
dont 14 600 km de réseau classique
structurant qui supporte 90 % du trafic.
9? L?état des ponts en France très préoccupant, une partie « risque de se casser la figure » et r18-6091.pdf
10? Mission d?information sur la sécurité des ponts | Sénat
11? Les ouvrages d?art sont les ponts, les murs de soutènement et les tunnels.
12? Sécurité des ponts : éviter un drame - Sénat
13? 100 000 à 120 000 ponts par les départements, 80 000 à 100 000 par les communes et leurs
groupements contre 24 000 par l?État (12 000 sur le réseau national non concédé et 12 000 sur le réseau
concédé, ce dernier chiffre augmentant en moyenne de 60 ponts par an).
14? Bilan ferroviaire 2023 - Premiers chiffres et Contribution SNCF.pdf
15? La France roule mal, et ça freine l?emploi
16? Europe des trains : les réseaux ont rétréci en 10 ans, notamment en France, mais la grande vitesse progresse
17? CESE avis Transition énergétique dans les transports 2013.
18? CESE avis Quelles solutions pour des mobilités inclusives et durables en zones peu denses 2023.
L?autre moitié est constituée de lignes
de desserte fine (plus de 8000 km),
de lignes à grande vitesse (2 800 km)
et de lignes capillaires dédiées au
fret (2 100 km). Ce réseau traverse
8 800 communes et transporte chaque
jour 15 M de passagers.
C?est, selon un article publié en
avril 202515, le deuxième réseau
ferroviaire d?Europe derrière l?Allemagne
(environ 33 400 km en 2022), malgré
une rétractation nettement supérieure
à la moyenne européenne qui affecte
essentiellement les petites lignes. En
effet, selon Eurostat, le réseau ferroviaire
français s?est rétracté de 9,6 % en
10 ans, soit 3000 km de moins, contre
une baisse moyenne constatée de 1,3 %
en Europe. A l?inverse les lignes à grandes
vitesse ont progressé de 35 %16
Les réseaux de transports en commun
connaissent également un fort
développement, notamment en Île-de-
France avec les extensions de métro
et le projet du Grand Paris Express
(200 km de lignes, 35 Md¤ En régions,
plus de 30 villes disposent de tramways
modernes. Cependant, si les grandes
agglomérations sont bien desservies,
leurs périphéries17 et les zones rurales
souffrent d?un manque d?alternatives à la
voiture comme le soulignait en 2023 le
CESE dans son avis « Quelles solutions
pour des mobilités durables et inclusives
en zones peu denses ? »18.
https://www.senat.fr/rap/r18-609/r18-6091.pdf
https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/commissions/commission-de-lamenagement-du-territoire-et-du-developpement-durable/developpement_durable/mission-dinformation-sur-la-securite-des-ponts.html
https://www.senat.fr/rap/r18-609/r18-609_mono.html
https://www.autorite-transports.fr/wp-content/uploads/2024/07/art_bilan-ferroviaire-france-2023-a-mi-2024.pdf
https://medias.amf.asso.fr/upload/files/Contribution%20SNCF.pdf
https://www.caradisiac.com/la-france-roule-mal-et-ca-freine-l-emploi-215438.htm
https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/transports/europe-des-trains-les-reseaux-ont-retreci-en-10-ans-notamment-en-france-mais-la-grande-vitesse-progresse_AV-202502240050.html
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A cette hétérogénéité dans la
nature des infrastructures s?ajoute
l?hétérogénéité des usages ; si
le transport des voyageurs et
voyageuses atteint un niveau
record en 2023 (108 Md de
passagers/km transportés, soit
une hausse de 6 % par rapport
à 2022), le transport ferroviaire
de marchandises enregistre la
même année une chute historique
(-17 % de tonnes de marchandises-
km transportées / 2022) pour ne
représenter que 9 % du transport
intérieur de marchandises19.
Trois raisons principales sont
évoquées : le contexte inflationniste,
la mobilisation sociale contre la
réforme des retraites (chute de
45 % du trafic au 1er semestre 2023)
et l?éboulement en vallée de la
Maurienne en août 2023, qui a
pénalisé le transport ferroviaire
international avec l?Italie (chute
de 12 % entre septembre et
décembre 2023). Au niveau
européen cette baisse n?est que de
8 %.
1.3. Le réseau fluvial le plus
important d?Europe mais au
potentiel sous-exploité et au maillage
insuffisant avec les ports maritimes
Sur les 18 000 km de voies
fluviales recensées en France20,
8 500 km constituent le réseau
de voies navigables fluviales.
Toutefois, seuls 6 000 km seraient
régulièrement empruntés et moins
de 20 % des voies navigables
permettent le passage de convois de
3 000 tonnes et plus.
19? Transport intérieur de marchandises | Chiffres clés des transports 2025
20? Voies navigables de France : Un canal d?avenir au service du développement durable - Sénat
21? Voies navigables de France : Un canal d?avenir au service du développement durable - Sénat
22? 01-l-economie-bleue-en-france-2022-ports_compressed.pdf
23? Le statut de « grand port maritime » (GPM) a été créé lors de la réforme portuaire de 2008.
Le réseau, qui comprend les cours
d?eau, les canaux et les ports
intérieurs d?intérêt national, est
classé en deux catégories selon son
usage :
Î Le réseau magistral, qui regroupe
les voies à grand gabarit
(représentant 30 % du réseau)
et moyen gabarit, n?est pas
susceptible d?être transféré aux
collectivités territoriales ;
Î Le réseau secondaire, qui
correspond au reste du réseau,
soit 5 928 km de linéaires, dont
2 000 km dits « régionaux » et
dédiés principalement au tourisme
fluvial et à la plaisance.
Ce réseau fluvial, le plus important
d?Europe, souffre d?un maillage
insuffisant entre bassins et
avec les ports maritimes. « Les
différents bassins français sont,
pour certains, reliés aux réseaux
étrangers, en particulier ceux du
Nord de l?Europe ou de l?Est. Mais
les liaisons intérieures sont sous-
développées »21.
La France dispose d?importantes
façades maritimes, avantage qui
positionne favorablement ses
ports dans les routes maritimes
européennes et mondiales22.
Le système portuaire maritime
français est constitué de 66 ports
de commerce maritimes, parmi
lesquels 12 ports maritimes d?État
(dont 11 grands ports maritimes
d?État, dits GPM23, 7 en métropole
et 4 dans les Outre-mer), ainsi
qu?un port d?intérêt national à
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-transports/fr/partie2-transport-interieur-marchandises
https://www.senat.fr/rap/r13-724/r13-7243.html
https://www.cluster-maritime.fr/wp-content/uploads/2024/06/01-l-economie-bleue-en-france-2022-ports_compressed.pdf
19
Saint-Pierre et Miquelon. Le grand port
fluvio-maritime de l?axe Seine (?HAROPA
PORT?) est le premier port français pour
le commerce extérieur et le premier
port fluvial européen pour le transport
de passagers. On dénombre par ailleurs
plus de 500 ports décentralisés, gérés
par les collectivités territoriales. Il s?agit
majoritairement de ports de plaisance
mais aussi pour certains d?entre eux
d?importants ports de pêche ou de
commerce.
1.4. Un réseau d?aéroports dense
et caractérisés par une forte
décentralisation dans leur gestion
Avec plus de 150 aéroports24, le
réseau des aéroports français est
particulièrement dense et diversifié ce
qui lui permet de répondre à des besoins
variés. C?est plus que l?Allemagne ou le
Royaume-Uni25.
Certains sont essentiellement tournés
vers le trafic commercial, d?autres
combinent différentes activités comme
l?aviation générale et d?affaires, des
missions d?intérêt général (évacuations
sanitaires, transport d?organes, travail
aérien, secours en montagne, etc.).
Certains sites aéroportuaires sont tout
autant des plateformes industrielles et
logistiques à vocation aéronautique que
des plateformes dédiées au transport
aérien. La préservation du maillage
aéroportuaire français constitue donc
aussi un enjeu stratégique de maintien
des activités et capacités aéronautiques
de notre pays.
Pour la plupart, les aéroports ont été
transférés aux collectivités locales
(réforme aéroportuaire de 2004-2005),
sauf les grands aéroports à vocation
nationale ou internationale. Ils sont en
majorité confiés à des PME et des TPE,
24? Dossier : Les enjeux de la France aéroportuaire à l?horizon 2030 - Union des Aéroports Français
25? Le transport aérien de passagers en France et en Europe - Faits et chiffres | Statista
avec des régimes d?exploitation très
variés (régie ou concession/délégation de
service public).
En 2024, le trafic des aéroports français
s?élevait à près de 206 M de passagers.
Il se remet à augmenter et tend de la
sorte à retrouver son niveau antérieur à la
période COVID, voire à le dépasser.
2. Des infrastructures énergétiques
complémentaires, dotées de réseaux
étendus pour répondre aux besoins
des territoires
Les infrastructures énergétiques sont
capitales, à la fois pour la population et
l?activité économique.
En France, quatre grands types
d?infrastructures énergétique coexistent :
Î Les infrastructures de production
d?énergie
- Les centrales électriques en
particulier pour la production
d?électricité nucléaire fournie par de
nombreuses centrales implantées sur
tout le territoire. EDF (Électricité de
France) est l?entreprise principale qui
gère ces centrales, avec un monopole
quant à celles relevant du nucléaire ;
- Les infrastructures de production
d?énergie renouvelable (notamment
hydraulique, éolien, solaire), avec
des parcs éoliens et solaires
en développement et de plus
en plus nombreux. En matière
d?hydroélectricité, 3 opérateurs
principaux gèrent les concessions
des grosses installations : EDF pour
80 % de la puissance produite sur
le territoire national (EDF Hydro), la
Compagnie nationale du Rhône, pour
25 %, et la Société hydroélectrique
du Midi (SHEM), pour environ 5 %.
https://www.aeroport.fr/public/page/les-enjeux-de-la-france-aeroportuaire-a-l-horizon-2030-414
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20
D?autres installations, plus
petites, sont sous le régime
de l?autorisation. Elles sont au
nombre de 200026 ;
Î Les infrastructures de stockage
de l?énergie : Teréga et StorEngie
pour le gaz. StorEngie est le
leader européen de stockage
souterrain de gaz (nappes
aquifères, cavités salines et
gisements déplétés27) : 21 sites
en Europe et 14 en France. Ces
derniers permettent d?assurer un
approvisionnement tout au long de
l?année28 et représentent un tiers
de la consommation nationale de
gaz ;
Î Les réseaux de transport
d?énergie : RTE pour l?électricité
et Na Tran (ex-GRTgaz) et Teréga
(Sud-ouest) pour le gaz :
- Le réseau de transport
d?électricité, géré par RTE,
comporte près de 106 000 km
de lignes à très haute-tension et
à haute tension ;
- Le réseau de transport de
gaz (gazoducs principalement
enterrés du réseau principal
et régional) géré par NaTran
(ex-GRT Gaz et l?un des deux
gestionnaires) repose sur
32 500 km de canalisations
enterrées permettant en 2024
le transport de 95 % des
consommations nationales et la
couverture de 85 % du territoire.
26? Source : audition de EDF Hydro.
27? En gisement déplété, le gaz est stocké dans d?anciens gisements de gaz ou de pétrole
dont l?exploitation est terminée.
28? Source : audition de NaTran et StorEngie.
29? La FNCCR alerte sur une baisse des financements | FNCCR
30? Source : audition NaTran.
Le réseau comprend aussi
26 stations de compression
et 759 postes d?injection de
biométhane ;
Î Les réseaux de distribution au
client final : principalement Enedis
pour l?électricité (Enedis) et GRDF
(Gaz Réseau Distribution France)
pour le gaz.
- Selon Enedis, plus important
gestionnaire du réseau de
distribution d?électricité en
France (90 % du réseau),
auditionné par la commission, le
système électrique en France
est très étendu ; il représente
1,4 M de km de câbles et
15 000 km de réseau neuf
chaque année. Notons que, en
milieu rural, il faut en moyenne
environ cinq fois plus de linéaire
de réseau électrique par abonné
qu?en milieu urbain29 ;
- La distribution de gaz
auprès des consommateurs,
assurée par GRDF, exploite
le réseau de gaz le plus long
d?Europe : 200 715 km, soit
l?équivalent de près de 5 fois
le tour de la terre30 et compte
5 000 emprises de postes (pour
la livraison aux clients industriels
et aux clients de distribution.
Les collectivités locales restent
propriétaires des réseaux de
distribution d?électricité et de gaz
naturel dont elles confient (pour
95 % d?entre elles) l?exploitation à
Enedis et GRDF.
https://www.fnccr.asso.fr/article/la-fnccr-alerte-sur-une-baisse-des-financements/
21
PRÉSENTATIONSIMPLIFIÉE DU SYSTÈME ÉLECTRIQUE
Source : Cour des comptes, rapport public annuel 2024
LE SYSTÈME ÉLECTRIQUE GÉRÉ PAR ENEDIS
Source : audition Enedis
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3. Un patrimoine de l?eau riche
organisé autour des bassins
12 bassins structurent le patrimoine
de l?eau sur le territoire national. Ils
sont complétés par 38 000 points
de captage, 17 000 stations de
potabilisation, 16 000 réservoirs
et châteaux d?eau, 21 000 stations
d?épuration, près d?un million
de kilomètres de réseau d?eau
potable (dont 52 % en zone rurale)
et 380 000 kilomètres pour
31? L?eau en France : ressource et utilisation ? Synthèse des connaissances en 2023 |
Données et études statistiques (chiffres 2020)
32? 090924a_tiblanc__JO_TardyD
33? Infrastructures et développement
l?assainissement. Sa valeur totale est
estimée à 500 Md¤.
En moyenne, en France
métropolitaine, près de 211 Md de m3
sont renouvelés chaque année
(précipitations, apport des fleuves
et rivières des territoires voisins)
pour des prélèvements annuels
d?environ 30 Md de m3 (hors
besoins spécifiques -production
hydroélectrique, navigation fluviale,
etc.)31.
B. Les infrastructures, à quoi servent-elles ?
Une contribution indispensable au développement
économique des territoires et à la vie des populations
Les infrastructures sous-tendent
dans les sociétés modernes la
quasi-totalité des activités ; elles
sont au coeur du développement
économique et social des territoires
et contribuent significativement
à l?amélioration du niveau de vie
de la population ; elles génèrent
des emplois, créent des activités
économiques et fournissent les
services indispensables à la vie des
citoyens.
Leur implantation modifie les
espaces territoriaux et influe sur le
dynamisme de ces derniers, même
si elles peuvent être, pour certaines,
à l?origine de nuisances (circulation,
bruit, destruction de paysages
ruraux, déplacement de populations,
etc.).
Dans un contexte de changement
climatique global, les infrastructures
doivent être appréhendées,
entretenues, gérées et adaptées
à l?aune de leur contribution au
développement durable des
territoires, comme le notait déjà
en 2009 le CESE dans l?avis
« Infrastructures et développement
durable des territoires : un autre
regard ? une nouvelle vision »32 :
« Des infrastructures de qualité
sont des projets économiquement
viables, socialement
inclusifs, durables sur le plan
environnemental et résistants aux
catastrophes naturelles »33.
Dans le domaine des travaux publics,
les infrastructures, dans toute leur
diversité, ont un poids économique
considérable comme le consigne la
figure ci-dessous.
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/leau-en-france-ressource-et-utilisation-synthese-des-connaissances-en-2023
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/leau-en-france-ressource-et-utilisation-synthese-des-connaissances-en-2023
https://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2009/2009_23_daniel_tardy.pdf
https://www.oecd.org/fr/topics/sub-issues/infrastructure-and-development.html
23
LE POIDS ÉCONOMIQUE DES INFRASTRUCTURES
EN MATIÈRE DE TRAVAUX PUBLICS - Année 2023
Source : audition FNTP ? Enquête annuelle données 2023
34? Enquête annuelle « Globale Infrastructure Index » du 30 octobre 2023 conduite par l?IPSOS.
35? Routes, aéroports, réseaux ferrés... Les Français sont de moins en moins satisfaits de leurs infrastructures
et La France, plutôt bonne élève dans le paysage mondial des infrastructures
Malgré un patrimoine important et leur
grande diversité, les infrastructures font
l?objet d?une insatisfaction croissante
des Françaises et des Français34 : 53 %
de satisfaits en 2021 mais seulement
38 % en 2023. Il convient de souligner
que cett e satisfaction reste supérieure
à celle des pays du G7 (33 %) et de
l?ensemble des pays européens (32 %).
En particulier, 61 % des Française
et des Français considèrent que les
infrastructures ne sont pas à la hauteur
des défi s climatiques (59 % dans le
monde) et 57 % que leur développement
est trop lent (60 % dans le monde).
« Historiquement, c?est du jamais vu en
France et au niveau mondial »35.
A l?inverse, les infrastructures
« historiques » demeurent à un haut
niveau de satisfaction et globalement
plus important qu?en 2021, résultat des
investissements opérés ces dernières
années (66 % de satisfaits pour les
aéroports, 64 % pour les technologies de
la communication, 52 % pour le réseau
ferré, 50 % pour le réseau routier).
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1. Un transport des personnes
et des biens largement assuré
par la route
Comme le souligne en 2023
le CESE dans l?avis « Quelles
solutions pour des mobilités
durables et inclusives en zones peu
denses ? »36, « (?) l?importance
rapidement prise par l?automobile
comme moyen de transport a
conduit à privilégier un modèle
d?aménagement du territoire
36? 2023_20_mobilites_durables.pdf
37? Chiff res clés des transports - Édition 2025 | Données et études statistiques
38? Mett re les nouvelles mobilités au service de tous les territoires - Sénat
entraînant la multiplication
de certaines infrastructures
(autoroutes, (?). ». En eff et, les
déplacements par la route restent
le mode privilégié dans les mobilités
des personnes (82 % via les
véhicules particuliers) et l?utilisation
des infrastructures routières, en
volumes de km parcourus, est
avant tout le fait des véhicules
individuels, loin devant le transport
de marchandises.
Source : CGDD ? chiff res clés des transports édition 2025
Les Français consacrent d?ailleurs
une part appréciable de leur budget
(13 %) à leurs déplacements et, au
sein du budget déplacement, les
dépenses en transport individuel
représentent 76 % des dépenses
totales en transport des ménages37.
Les réseaux publics de transport
collectif progressent depuis une
quarantaine d?années en particulier
dans les agglomérations (Ile-de-
France, métropoles de province)38.
Ils jouent un rôle important dans la
structuration des territoires.
Le transport de marchandises joue
un rôle essentiel dans le quotidien
de nos concitoyens et dans le
fonctionnement de l?économie :
25
commerces, artisanat, agriculture,
industrie, BTP, services publics, etc.
Il est très majoritairement porté par
la route ; le transport par camions
39? Chiff res clés des transports - Édition 2025 | Données et études statistiques
40? Rapport d?information du Sénat (08/11/2018) Mett re les nouvelles mobilités au service de tous les territoires -
Sénat
41? Transport de marchandises face aux impératifs environnementaux - Sénat
42? Sécurité des ponts : éviter un drame - Sénat
att eint 89 % du total du transport de
marchandises, contre 9 % pour le
ferroviaire et à peine 2 % pour le fl uvial39.
Source : CGDD ? chiff res clés des transports édition 2025
C?est « d?abord et avant tout un
transport de proximité » : 78 % des
tonnages sont transportés dans un
rayon de 150 km40. Les poids lourds,
qui représentent environ 15 % des
véhicules en circulation sur les grands
axes (notamment les autoroutes), utilisent
également les axes secondaires dans
les agglomérations pour acheminer la
marchandise jusqu?au client fi nal, cett e
pratique n?étant pas sans eff ets sur les
émissions de GES ni sans nuisance pour
les riverains41.
Les ponts routiers, indispensables à la
continuité des voies de communication
et à l?activité économique, sont un enjeu
d?att ractivité et de développement des
territoires. Leur entretien et leur maintien
en service sont essentiels42 (cf. chapitre
I-C).
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2. Un transport fluvial au potentiel
sous-exploité mais des activités
portuaires qui dynamisent
les territoires
Espace de mobilité et de transport de
biens (conteneurs de marchandises,
matériaux pour le bâtiment et les
travaux publics, déchets, agro-
alimentaire, produits chimiques et
substances dangereuses, colis lourds,
transports exceptionnels, etc.),
le transport fluvial peut présenter,
dans certaines conditions, des
avantages économiques et
écologiques significatifs par rapport
au transport routier, et est une
alternative à la congestion routière,
notamment dans les agglomérations43.
Au-delà de leurs activités tournées
vers le transport de voyageurs
et le fret de marchandises, les
ports et en particulier les grands
ports maritimes français (GPM)
jouent un rôle important dans le
développement économique des
territoires où ils sont implantés :
activités commerciales (transit
de marchandises) et productives
(transformation des marchandises).
L?activité portuaire génère ainsi des
effets d?entraînement sur la valeur
ajoutée et l?emploi, tant à l?échelle
locale (dans le périmètre de la place
portuaire) que nationale (notamment
grâce à leur lien avec l?arrière-pays
et les liaisons maritimes mondiales).
A titre d?illustration, les trois
principaux GPM (HAROPA PORT,
Marseille-Fos et Dunkerque)
43? Transport intérieur de marchandises | Chiffres clés des transports 2025
44? Acteurs, réseau, et activités portuaires en France | Ministère de la Transition écologique,
de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche
45? Le réseau transeuropéen de transport (RTE-T), adopté en 1996, vise à faciliter la connexion
entre les réseaux routiers, ferroviaires et fluviaux ainsi que les ports et les aéroports
des États membre.
46? 01-l-economie-bleue-en-france-2022-ports_compressed.pdf
produisent une valeur ajoutée
de 13 Md¤ et représentent
130 000 emplois directs sur les
200 000 emplois générés par
l?économie portuaire française dans
son ensemble. Les GPM dans leur
ensemble traitent plus de 80 % du
trafic maritime de marchandises
en France44. Intégrés au réseau
européen RTE-T45, ils permettant
à la France de renforcer sa
position dans les flux commerciaux
européens et internationaux.
Les ports sont par ailleurs des lieux
privilégiés pour l?implantation de
complexes industriels et la création
de pôles de compétitivité et de
clusters d?innovation : industries
de raffinage et pétrochimiques,
centrales thermiques ou encore
des activités de construction
et de réparation navales. Leur
rôle est stratégique dans
l?approvisionnement énergétique
de la France : le GPM de Marseille-
Fos est le troisième port mondial
dans le trafic des hydrocarbures.
Sur le plan domestique, ce sont les
ports décentralisés qui permettent
l?acheminement des hydrocarbures.
C?est surtout au niveau des ports
décentralisés qu?est implantée
l?activité de ferry (trajet maritime
court) notamment sur le trafic
transmanche, les liaisons avec la
Corse ou le Maghreb. 57,6 millions
de tonnes de marchandises et 80 %
des passagers des ferries transitent
ainsi par les ports décentralisés46.
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-transports/fr/partie2-transport-interieur-marchandises
https://www.mer.gouv.fr/acteurs-reseau-et-activites-portuaires-en-france
https://www.mer.gouv.fr/acteurs-reseau-et-activites-portuaires-en-france
https://www.cluster-maritime.fr/wp-content/uploads/2024/06/01-l-economie-bleue-en-france-2022-ports_compressed.pdf
27
Sans compter les activités des exploitants
et sous-traitants, les ports décentralisés
sont à l?origine de 27 000 emplois et
produisent 1,6 Md¤ de valeur ajoutée
avec un facteur d?entrainement de 6 entre
la valeur ajoutée du port et les retombées
locales.
3. Des activités aéroportuaires
qui irriguent de nombreux territoires
Le poids économique des infrastructures
aéroportuaires est important : près
de 170 000 emplois directs et près
de 50 Md¤ soit 2,1 % du PIB français
en 2024. Ce sont, comme pour les
ports, des emplois et des compétences
non délocalisables qui bénéficient au
développement économique et social des
territoires, à l?image de l?implantation en
région de sièges de grandes entreprises
ou de PME et ETI à rayonnement national
ou international47.
En complément des grands aéroports
orientés vers le trafic commercial, il existe
des plateformes spécialisées (aviation
générale et d?affaires) et des aéroports
de proximité à vocation territoriale.
Ces derniers assurent une fonction
essentielle dans l?attractivité économique
et touristique de nombreuses régions
mais également dans le transport
sanitaire, la surveillance aérienne des
infrastructures critiques, la photographie
aérienne ou la lutte contre les incendies.
L?équilibre financier fragile de certaines
infrastructures repose sur des fonds
publics des collectivités locales.
47? Dossier : Les enjeux de la France aéroportuaire à l?horizon 2030 - Union des Aéroports Françai
48? Chiffres clés de l?énergie - Édition 2024 | Données et études statistiques
4. Des infrastructures de l?énergie au
service des citoyens et de la résilience
écologique des territoires
Le réseau électrique alimente près de
40 M de clients quand le réseau de gaz
alimente 11 M de clients professionnels et
particuliers. La branche énergie représente
en France 3 % de la valeur ajoutée pour
atteindre un peu plus de 88 Md¤ en 2023
et emploie 124 700 emplois en équivalents
temps plein (ETP).
2 Md¤ d?investissement public en
recherche développement sont réalisés
en 2022 (dont la moitié pour les énergies
renouvelables), soit une hausse de près
de 14 % par rapport à 202148.
Dans les territoires, les infrastructures
énergétiques peuvent assumer d?autres
fonctions que celles de la fourniture
d?énergie. C?est le cas des installations
hydroélectriques, dont une grande partie
(plus des 2/3 des concessions de EDF
Hydro) servent à d?autres usages de
l?eau : stockage (environ le 1/3 du volume
des plans d?eau en métropole) ; soutien
d?étiage (profitable à la biodiversité, à la
production d?eau potable, à la navigation,
à l?irrigation, aux process industriels,
etc.) ; soutirage d?eau ; activités
touristiques, etc.
A titre d?illustration, la gestion de la
Durance permet de :
Î Garantir l?eau potable pour 3 millions
de personnes ;
Î Assurer l?irrigation de 120 000 hectares
de terres agricoles ;
Î Alimenter 440 entreprises en eau
industrielle (CEA, Iter, Sanofi, etc.) ;
Î Lutter contre l?impact des crues
(gestion des crues, essartement et
décolmatage) ;
https://www.aeroport.fr/public/page/les-enjeux-de-la-france-aeroportuaire-a-l-horizon-2030-414
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28
Î Développer l?offre touristique
autour des lacs. Le lac de Serre-
Ponçon représente ainsi 40 %
de la fréquentation estivale des
Hautes Alpes.
49? Avenir des concessions hydroélectriques
50? Modes de gestion et d?exploitation des installations hydroélectriques : présentation du rapport
d?information - Commission des affaires économiques - Assemblée nationale
51? Après 20 ans de bataille, Paris et Bruxelles trouvent un compromis sur les barrages d?EDF |
Les Echos
Sur le plan économique, ces
installations sont très profitables à
leurs territoires d?insertion : elles
génèrent chaque année 400 M¤
de fiscalité locale et réalisent 78 %
des achats nécessaires à leur
fonctionnement dans ces territoires,
souvent de montagne ou très ruraux.
LE RÉGIME DES CONCESSIONS HYDROÉLECTRIQUES
EN FRANCE : VERS LA FIN DU DIFFÉREND ENTRE LA FRANCE
ET LA COMMISSION EUROPÉENNE
Une soixantaine de concessions hydroélectriques arrivent à échéance au
31 décembre 2025. Or, pendant plus de 20 ans un différend a opposé
la France et la Commission européenne sur l?application de la directive
2014 sur l?attribution du contrat de concession, la France refusant de
remettre en concurrence l?exploitation des concessions hydroélectriques
nationales49.
Un accord de principe entre la France et la Commission européenne a été
annoncé par le Gouvernement en août 2025. Il s?appuie sur les conclusions
du rapport parlementaire Battistel Bolo50 et se traduira par une loi dont
l?examen est prévu à l?automne 2025.
Pour la France, il s?agit en particulier de maintenir les exploitants historiques
en faisant évoluer le régime de concession en régime d?autorisation « dans
des modalités qui doivent encore être précisées, à l?exception des ouvrages
de la Compagnie nationale du Rhône, qui relèvent d?un statut législatif
spécifique ». Ces nouveaux contrats concerneraient ceux d?EDF, très
majoritaires, ainsi que ceux de la Société hydroélectrique du Midi (Engie).
Il s?agit, pour le Gouvernement, de prendre en compte les enjeux « de
gestion de l?eau, de maintien des compétences et des emplois locaux,
et de retour de valeur sur les territoires, au bénéfice de l?intérêt général »51.
En contrepartie, l?accord prévoit la vente par EDF, sous le contrôle
de la Commission de régulation de l?énergie (CRE), d?un tiers de la
puissance de ses barrages aux autres énergéticiens (pour revente aux
consommateurs finaux). Ce manque à gagner devrait être compensé par
une augmentation de 20 % de la puissance hydraulique de EDF et une
modernisation des centrales hydroélectriques pour une enveloppe de 4 à
4,5 Md¤.
https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ25090703S.html
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/commissions-permanentes/affaires-economiques/actualites/modes-de-gestion-et-d-exploitation-des-installations-hydroelectriques-presentation-du-rapport-d-information
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/commissions-permanentes/affaires-economiques/actualites/modes-de-gestion-et-d-exploitation-des-installations-hydroelectriques-presentation-du-rapport-d-information
https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/apres-20-ans-de-bataille-paris-et-bruxelles-trouvent-un-compromis-sur-les-barrages-dedf-2183319
https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/apres-20-ans-de-bataille-paris-et-bruxelles-trouvent-un-compromis-sur-les-barrages-dedf-2183319
29
Toutefois, cette proposition soulève selon certains observateurs des
inquiétudes quant à la privatisation des barrages, jusqu?alors propriété
de l?Etat, permise par le régime d?autorisation. La députée Battistel
pour sa part défend un « régime d?autorisation à part où l?actif ne serait
pas transmis entièrement à l?exploitant : le foncier a minima pourrait
par exemple rester propriété de l?État » et précise que « c?est en cours
de construction, ce régime innovant n?existe pas » 52. La direction de
l?information légale et administrative (DILA) note pour sa part que
« ce régime d?autorisation, en vigueur pour tous les autres moyens
de production d?électricité, s?appliquerait à tous les concessionnaires
sans mise en concurrence. Cependant, le transfert des ouvrages aux
exploitants remet en question des règles de domanialité des barrages
et le coût d?acquisition des ouvrages par les exploitants, notamment »53.
52? La France et la Commission européenne s?entendent sur l?avenir des barrages hydroélectriques
53? Les barrages hydrauliques en quatre questions | vie-publique.fr
5. Des infrastructures de l?eau au
service de la population et des activités
économiques mais aussi indispensables
au bon fonctionnement des centrales
électriques
Les infrastructures de l?eau jouent un
rôle vital, tant pour l?alimentation humaine
que pour répondre aux besoins de
nombreuses activités économiques sur
les territoires.
Si le réseau alimente 27,6 M d?abonnés
sur tout le territoire national, les
prélèvements servent au refroidissement
des centrales électriques (l?eau étant
réinjectée à 98 %), à la production
d?eau potable et à d?autres usages
indispensables à l?activité économique
(agriculture, industrie, etc.), comme le
consigne la figure ci-dessous.
https://www.actu-environnement.com/ae/news/accord-europe-France-concession-hydroelectricite-barrages-46685.php4
https://www.vie-publique.fr/questions-reponses/293442-les-barrages-hydrauliques-en-quatre-questions
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30
RÉPARTITION DES VOLUME D'EAU DOUCE PRÉLEVÉS
PAR USAGE ET PAR MILIEU, EN 2020
En milliards de m3
Source : données SDES ? ministère de l?écologie
54? 40 chiff res à savoir sur les réseaux d?eau en France en 2021
55? CESE, avis Transition énergétique dans les transports (2013).
56? Au moins 50 Mds ¤/an d?investissements publics à adapter - I4CE
Le chiff re d?aff aires généré
par l?entretien du réseau est
considérable : il représente 14 % du
chiff re d?aff aires total des travaux
publics (chiff res 202154).
Si les chiff res mis en lumière dans
cett e partie I-B traduisent un
dynamisme économique permis par
les infrastructures, ils doivent être
nuancées au regard des externalités
négatives de certaines d?entre elles55.
C. Une dégradation partielle liée à une longue période
de sous-investissement : la « dett e grise »
La France a la capacité de s?adapter
au changement climatique mais les
fi nancements ne sont pas adaptés
à cela. Le think tank I4CE estime
que 50 Md¤ d?investissement
public eff ectués tous les ans sont
potentiellement vulnérables au
changement climatique, faute
d?intégrer aux opérations fi nancées
les enjeux liés au risque climatique56.
Globalement, l?état des
infrastructures en France se
détériore, principalement en raison
31
d?investissements qui ne sont pas à la
hauteur des besoins. A titre d?illustration,
en ce qui concerne les infrastructures de
mobilité dans leur ensemble, le rapport
Ambition France Transports note que « les
infrastructures de transport, notamment
les grands réseaux ferroviaires, routiers
et fluviaux de l?Etat, se sont dégradées
de manière continue depuis plusieurs
décennies, faute d?investissements à
la hauteur pour les entretenir (?). Ce
manque d?investissement a accumulé une
« dette grise » qui devra être rattrapée.
La dégradation de ces réseaux entraîne
une baisse de la qualité de service, des
risques pour la sécurité des usagers
et, dans les cas les plus extrêmes, la
fermeture provisoire ou définitive d?axes
de transports parfois majeurs pour
les déplacements des citoyens et des
acteurs économiques »57.
Les développements ci-dessous
fournissent quelques illustrations
du défaut d?investissement et des
conséquences pour les infrastructures
routières (y compris les ponts),
ferroviaires, électriques et les
infrastructures de l?eau.
1. Les budgets consacrés aux réseaux
routiers : des montants insuffisants qui
aggravent leur dette grise
Le financement des infrastructures de
mobilité58 est multiple : budgets publics,
péages et partenariats publics-privés.
En 2023, plus de 73 Md¤ ont été
dépensés (soit 2,6?% du PIB), dont deux
tiers par les collectivités. L?État concentre
57? Rapport Ambition France Transports : Financer l?avenir des mobilités, juillet 2025, p. 7.
58? La France roule mal, et ça freine l?emploi
59? L?AFITF est un établissement public de l?État. L?Assemblée nationale a adopté le 10 avril 2025, dans le cadre
du projet de loi de simplification de la vie économique, un amendement visant sa suppression.
60? L?Observatoire national de la route (ONR), créé en 2016 face au risque de dégradation des réseaux routiers
dans un contexte budgétaire contraint, regroupe des représentants de l?État, de Départements de France,
d?Intercommunalités de France, de Routes de France, du STRRES (professions routières), de l?IDRRIM (Institut
des Routes, des Rues et des Infrastructures pour la Mobilité). Il bénéficie de l?assistance technique du Cerema.
61? La France roule mal, et ça freine l?emploi
ses efforts sur le rail (19,5 Md¤), avec
des investissements via l?Agence de
financement des infrastructures de
transport de France (AFITF)59 doublés en
7 ans. Les péages autoroutiers (environ
10 Md¤/an) financent l?entretien des
autoroutes concédées. Une nouvelle taxe
sur les concessions (600 M¤/an) finance
désormais la transition écologique. Enfin,
des recettes fiscales (TICPE, Versement
Mobilité, taxe sur les billets d?avion)
complètent l?ensemble et les partenariats
public-privé (CDG Express, LGV Tours
? Bordeaux?) ainsi que l?aide de l?UE
permettent d?accélérer les projets.
Le réseau routier national a connu un
sous-entretien entre 2000 et 2010. Un
audit en 2018 a révélé que 7 % des routes
nationales nécessitaient des réparations
structurelles urgentes et 35 %
présentaient une chaussée dégradée.
Le rapport 2023 de l?Observatoire
national de la route60 (ONR) évalue à près
de 20 % le réseau routier national non
concédé en mauvais état.
La France, selon le Forum économique
mondial, est passée du 1er rang mondial il
y a une douzaine d?années à la 18ème place
pour la qualité des infrastructures
routières61. Les Français, hommes et
femmes, expriment pourtant de fortes
attentes en matière d?investissement dans
les infrastructures, en particulier dans
les routes nationales et départementales
(64 %), les voies ferrées (56 %), les
transports collectifs (plus de 80 %) et les
infrastructures écologiques (85 %).
https://www.caradisiac.com/la-france-roule-mal-et-ca-freine-l-emploi-215438.htm
https://www.caradisiac.com/la-france-roule-mal-et-ca-freine-l-emploi-215438.htm
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32
En 2022 (année la plus récente
pour laquelle les données sont
disponibles auprès de l?ONR), les
dépenses d?investissement de
l?ensemble des administrations
publiques (État, départements,
métropoles ? hors communes et
leurs groupements), incluant les
grands travaux, progressent de près
de 20 % par rapport à la période
entre 2016 et 2022. Elles atteignent
9 Md¤ mais demeurent inférieures
de 20 % au niveau de 201362.
Pour l?État (hors grands travaux),
le montant des investissements
atteint 532 M¤ en 2023, en hausse
de 47 % par rapport à 2013, même
si pour certains observateurs, ses
moyens sont surtout concentrés sur
l?entretien et sur quelques projets
controversés comme l?A69 ou le
contournement de Rouen63.
Les Départements enregistrent
des investissements à la hausse en
compensation de la forte baisse
entre 2014 et 2016 (près de
1,4 Md¤ investis en 2023) et les
métropoles investiraient trois fois
plus que les départements64, sans
toutefois atteindre les montants de
l?État65.
Tous gestionnaires publics
confondus, les dépenses en
investissement (hors grands travaux)
sont largement supérieures aux
dépenses de fonctionnement même
si ces dernières représentent une
62? *11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
63? La France roule mal, et ça freine l?emploi
64? *11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
65? Plus d?éléments sur les dépenses de voirie des collectivités : BIS 192 - les dépenses de voirie
2013-2023 v4.pdf
66? Les dépenses de fonctionnement, hors personnel, concernent les dépenses d?entretien
courant (curage de fossés, traitement des nids de poule, fauchage, etc.) et les dépenses
d?exploitation comme la viabilité hivernale.
67? *11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
68? La France roule mal, et ça freine l?emploi
proportion plus importante au sein
des dépenses de l?État.
En 2023, les dépenses de
fonctionnement66 représentent67 :
Î 34 % des dépenses totales
du réseau routier national
non-concédé, contre 66 % en
investissement hors grands
travaux. Ces dépenses sont à la
hausse, témoignant des efforts de
l?État pour entretenir et revitaliser
son patrimoine routier ;
Î 26 % des dépenses du réseau
routier des métropoles, contre
74 % en investissement ;
Î 18 % des dépenses du réseau
routier départemental, contre
82 % en investissement.
Ces montants (tant en
investissement qu?en
fonctionnement), bien
qu?importants, sont à évaluer au
regard du coût beaucoup plus
élevé que représenterait « la
dette grise », c?est-à-dire « le coût
de maintenance lié au retard
accumulé sur la maintenance qui
aurait dû être faite »68. Dans son
rapport 2024, l?ONR souligne ainsi
que « les contraintes financières
qui s?exercent sur les gestionnaires,
et qui vont s?accentuer, entravent
la mise en place de stratégies
optimales d?adaptation et
d?entretien des réseaux routiers
face aux dégradations qu?ils
https://www.idrrim.com/ressources/documents/source/2/11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
https://www.caradisiac.com/la-france-roule-mal-et-ca-freine-l-emploi-215438.htm
https://www.idrrim.com/ressources/documents/source/2/11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
https://www.collectivites-locales.gouv.fr/files/Accueil/DESL/2025/BIS%20192%20-%20les%20d%C3%A9penses%20de%20voirie%202013-2023%20v4.pdf
https://www.collectivites-locales.gouv.fr/files/Accueil/DESL/2025/BIS%20192%20-%20les%20d%C3%A9penses%20de%20voirie%202013-2023%20v4.pdf
https://www.idrrim.com/ressources/documents/source/2/11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
https://www.caradisiac.com/la-france-roule-mal-et-ca-freine-l-emploi-215438.htm
33
subissent. Cela va notamment entrainer
la formation d?une importante « dett e
grise » qui pourrait s?ériger en mur
d?investissements diffi cilement
surmontable ».
Pour aider les acteurs du secteur, l?ONR
produit des outils leur permett ant de
« réduire le risque de surcoût fi nancier
à terme résultant d?un éventuel sous-
entretien chronique, dont le montant
caché ? qualifi é de « dett e grise » ? peut
s?avérer considérable ».
La fi gure ci-contre représente, dans une
approche de « dett e grise », les politiques
d?entretien curatives ou préventives à
conduire en tenant compte de l?état de la
chaussée et de la durée de cet état.
EXEMPLE DE COURBE DE RÉSILIENCE ILLUSTRANT
LA NOTION DE « DETTE GRISE »
Source : rapport annuel 2023 de l?Offi ce National de la Route
Une dégradation lente mais confi rmée
de l?état du réseau routier public
Le taux de renouvellement annuel des
couches de surface du réseau routier
national non concédé est de l?ordre de 4
à 5 % de la surface totale, ce qui équivaut
en moyenne à un renouvellement tous
les 20 à 25 ans. L?analyse tendancielle
permet de confi rmer la lente dégradation
des chaussées du réseau routier national
malgré un eff ort réalisé en 2021 et 2022
sur les chaussées dans le plus mauvais
état.
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ÉTAT DU RÉSEAU ROUTIER NATIONAL 2018-2022
Données IQRN 3D69
Source : ONR rapport 2024
69? Image Qualité du Réseau routier National -3D.
70? La hiérarchie du réseau routier, hors réseau national géré par l?État, comprend trois niveaux
selon l?usage et le trafi c porté par la chaussée (structurant, principal et local).
70 % à 80 % du réseau sont
vérifi és par les départements
tous les 2 et 4 ans en moyenne.
Les couches de roulement des
réseaux des départements ont un
âge moyen plus faible que celui du
réseau national non concédé (près
de 14 ans contre 20 à 25 ans).
La proportion du réseau routier
départemental en bon état demeure
ainsi supérieure à celle du réseau
géré par l?État (63 % versus 50 %
en 2022) et progresse pour
att eindre près de 64 % du réseau
en 2023.
Pour les 10 % de routes les plus
anciennes, le taux de renouvellement
est plus faible. Il faut compter entre
25 ans et 28 ans pour renouveler les
routes selon qu?elles appartiennent
au réseau structurant, principal ou
encore local 70.
35
ÉTAT DU RÉSEAU ROUTIER DÉPARTEMENTAL 2019 - 2023
(Échantillon 25 départements représentant 138 074 km)
Source : ONR rapport 2024
71? *11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf ; l?échantillon étudié n?est constitué que de sept métropoles
ayant répondu en 2021 et les données doivent donc être analysées avec précaution.
72? Sécurité des ponts : éviter un drame - Sénat 2019
73? Sécurité des ponts : face au « chantier du siècle », l?urgence d?une action publique plus ambitieuse - Sénat 2022
Les couches de roulement des
réseaux des métropoles ont un âge
moyen proches de celles des routes
départementales (13,5 ans). Pour les
10 % de routes les plus anciennes, le
taux de renouvellement serait meilleur
que celui des départements pour ce
qui concerne le réseau structurant et
principal (entre 19 et 20 ans) mais proche
pour ce qui concerne le réseau local (en
moyenne 28 ans)71.
Une dégradation de l?état des
infrastructures routières qui aff ecte
également les ponts en raison d?un sous-
investissement chronique
En ce qui concerne les ponts, après
une mission d?information du Sénat sur
la sécurité des ponts72, des travaux
d?actualisation évaluent en 2022 entre
30 000 et 35 000 ponts (sur un total de
200 000 à 250 000 ponts en France)
le nombre de ponts en mauvais état
structurel73, occasionnant des problèmes
de sécurité et d?accès pour les usagers.
Cela concerne :
Î 9 % des ponts de l?État (7 % du
réseau non concédé et 2 % du réseau
concédé) ;
Î Au moins 10 % des ponts des
départements. En moyenne, 5 ponts
par département nécessiteront d?être
reconstruits entre 2019 et 2024 ;
Î Environ 23 % des ponts des communes
et de leurs groupements altérés ou
gravement dégradés. Ces chiff res
inquiétants pour les communes et leurs
groupements sont une projection des
dernières données disponibles (2008),
car aucune donnée consolidée au
niveau national n?existe.
Selon le rapport 2021 de l?ONR, « L?État
du patrimoine de ponts est globalement
moins bon en 2020 que les années
précédentes, pour l?État ou pour les
départements. ». Un rapport du CGEDD
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(2021) précise que « le nombre de
ponts ayant un défaut structurel
est plus important pour les ponts
des collectivités que pour ceux du
réseau routier national, concédé ou
non ».
Il convient de noter que le
vieillissement des ponts est un
phénomène normal soumis à
divers facteurs : matériaux utilisés,
conditions environnementales
(corrosion par l?air et l?eau), intensité
de l?usage. Ce vieillissement
est amplifié par le dérèglement
climatique qui accroît la récurrence
et l?intensité de phénomènes
exceptionnels pouvant occasionner
des pressions sur la structure des
ponts.
La durée de vie théorique d?un pont
est de 100 ans mais, en réalité,
seuls les ponts construits depuis les
années 2000 et conformément aux
normes européennes (Eurocode74)
devraient atteindre cette longévité,
si bien que la durée de vie constatée
pour la plupart des ponts en France
est proche d?une moyenne de
70 ans (avec une forte variation
selon le type de pont). Il en résulte
que la plupart des ponts de l?État,
construits entre les années 50 et
70, arriveront très prochainement
en fin de vie. En outre, certains
ponts sont considérés comme
« des ponts à risque » en raison
de la nature de leurs matériaux :
ponts en béton précontraint des
premières générations (béton de
qualité insuffisante entraînant une
dégradation par les cycles de gel/
dégel et par leur gonflement interne),
74? Les Eurocodes constituent un ensemble de normes élaborées au niveau européen avec
l?ambition de contribuer à l?harmonisation des règles techniques de conception et de calcul des
structures (Cerema).
75? Cité par la mission d?information du Sénat dans son rapport d?évaluation de 2022.
buses métalliques (corrosion des
armatures), ponts en maçonnerie
en milieu aquatique (impactés par
le creusement des eaux), ponts à
câbles en acier des premiers ponts
mixtes acier-béton (combinaison de
la qualité insuffisante du béton et de
la corrosion).
Le vieillissement du patrimoine
est, selon la mission d?information
du Sénat sur la sécurité des
ponts, particulièrement alarmant
pour les 2 800 ponts gérés par
l?État et construits dans l?après-
guerre. Si, entre 2007 et 2017, le
pourcentage d?ouvrages en mauvais
état est resté stable (autour de 6 %,
soit 720 ponts environ), celui des
ouvrages nécessitant un entretien
sous peine de dégradation ou
présentant des défauts a fortement
augmenté (de 65 % à 79 %). Le
nombre de ponts en bon état
apparent s?est quant à lui réduit de
13 % à 11 %.
Un audit externe75 indique même
que « dans 7 % des cas, les
dommages sont plus sérieux,
présentant à terme un risque
d?effondrement et donc la
forte probabilité de fermer
préventivement ces ponts à la
circulation des poids lourds ou de
tous les véhicules ».
Selon la mission d?information
du Sénat précitée, cet état de
dégradation résulte principalement
du manque de moyens et du
sous-investissement chronique
dans la gestion et l?entretien des
ponts. Entre 2011 et 2018, l?État a
consacré en moyenne 45 M¤ par
37
an à l?entretien de ses ouvrages d?art,
soit entre 0,15 et 0,2 % de la valeur à
neuf de ces ouvrages, quand l?OCDE
recommande d?y consacrer annuellement
1,5 % de cette même valeur. Il faudrait
120 M¤ chaque année pendant au
moins dix ans76, faute de quoi le nombre
d?ouvrages en mauvais état doublera dans
les dix prochaines années.
Notons que l?état des ponts confiés aux
sociétés concessionnaires d?autoroutes
est meilleur que celui du réseau non
concédé (2,4 % des ouvrages considérés
en mauvais état) en raison notamment de
l?obligation pour ces sociétés d?atteindre,
sous peine de sanctions financières, des
objectifs de performance de gestion des
ouvrages.
Les collectivités territoriales ne sont
pas épargnées ; elles subissent un «
effet ciseau » entre la baisse des aides
financières de l?État entre 2013 et 2016
(11,7 Md¤ consacrés à l?entretien des
ponts en 2017, soit - 30 % entre 2013 et
2017) et un patrimoine d?ouvrages d?art
dont l?état était déjà préoccupant.
L?enveloppe de 40 M¤ allouée au
CEREMA dans le cadre du programme
national ponts77 pour accompagner les
collectivités sur la période 2021-2023
n?est pas non plus à la hauteur des enjeux
et « aucun financement n?est prévu pour
accompagner les collectivités qui en ont
besoin pour procéder à des travaux de
réparation et de reconstruction de leurs
ponts routiers » 78.
Un autre phénomène renforce la
dégradation de l?état des ponts en
France : le choix d?une politique
d?entretien axée sur les situations les plus
urgentes au détriment des autres ponts,
conséquence directe de l?augmentation
76? Rapport du Sénat n°669 du 15 juin 2022. r21-6691.pdf
77? Programme national PONTS | Cerema
78? Sécurité des ponts : face au « chantier du siècle », l?urgence d?une action publique plus ambitieuse - Sénat
ces dix dernières années du nombre de
ponts nécessitant un entretien important
ou présentant des défauts.
Enfin, il convient de souligner la situation
délicate de certaines communes et
intercommunalités qui méconnaissent
l?état de leurs ponts, et parfois jusqu?à
leur nombre, et ne sont pas suffisamment
équipées ni suffisamment dotées
financièrement pour en assurer la gestion
et l?entretien.
Ce sentiment est corroboré par les
témoignages de certains élus et élues
interrogés par la mission du Sénat
précitée ; ils et elles sont 37 % à ne pas
avoir connaissance de l?état des ponts
de leur collectivité et 61 % considèrent
que l?état de certains ponts constitue une
source de préoccupation. 23 % ont même
indiqué avoir dû imposer des restrictions
particulières et 6 % avoir procédé à la
fermeture d?un pont en raison de son état,
fermeture qui peut se prolonger en raison
de l?impossibilité de financer les travaux. Si
les désavantages en matière de transport
de marchandises et de déplacement des
citoyens sont aisés à appréhender, en
revanche il n?existe pas d?évaluation fiable
de leurs impacts économiques.
2. Un vieillissement du réseau
ferroviaire, faute d?investissements
suffisants, qui impacte déjà sa qualité
de service
Le réseau ferroviaire a connu, à partir
de la fin des années 1970, une forte
réduction de ses dépenses d?entretien
du fait notamment de restrictions
budgétaires après le choc pétrolier de
1979 conjuguées à l?orientation principale
des investissements vers les lignes
nouvelles TGV.
https://www.senat.fr/rap/r21-669/r21-6691.pdf
https://www.cerema.fr/fr/programmenationalponts
https://www.senat.fr/rap/r21-669/r21-669_mono.html
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Deux audits, en 2005 et 2012
soulignaient la dégradation de
l?état de nombreuses parties
du réseau79. Un article publié
en avril 202580 confirmait que
le réseau ferroviaire français,
longtemps centré sur le TGV, a
souffert d?un sous-investissement
affectant en particulier les
petites lignes régionales pourtant
essentielles dans les territoires, en
particulier dans les zones rurales.
Par conséquent, en plus de la
détérioration globale du réseau,
environ 3 000 kilomètres de voies
de lignes régionales ont disparu,
accentuant la désertification
rurale, freinant le développement
économique local, renforçant
l?isolement des habitants, les
inégalités d?accès aux services
publics et la dépendance à la
voiture.
A l?occasion de la conférence
portant sur le financement des
mobilité 2025 dans le cadre de
la conférence ?Ambition France
Transports? de juillet 2025, la
direction de la SNCF a alerté
sur l?état vieillissant du réseau
ferroviaire dont l?âge moyen des
voies est de 30 ans et certains
composants dans un état de
vétusté avancé : l?âge moyen des
appareils de voie est de 29 ans,
celui des caténaires et sous-stations
de 40 ans, celui des postes de
signalisation et blocks de 26 ans.
21 % des caténaires et sous-stations
sont hors d?âge et à partir de 2030,
un tiers du réseau cuivre sera
obsolète81.
79? Robert Rivier, Yves Putallaz, audit sur l?état du réseau ferré national français (2005)
et Yves Putallaz et Panos Tzieropoulos, audit sur l?état du réseau (audit Rivier) synthèse
des travaux du groupe d?étude (2012).
80? La France roule mal, et ça freine l?emploi
81? Contribution SNCF.pdf
Dès à présent, souligne la direction
de la SNCF, des conséquences
sur la qualité de service se font
sentir, comme la réduction de la
vitesse sur certains tronçons, en
raison de leur état, dans le souci de
préserver la sécurité des voyageurs
et personnels. Si aucune action
n?est entreprise pour y remédier,
le réseau risque de « décrocher ».
Dès 2028, 4 000 kilomètres de
voies ferrées du réseau structurant
(sur un total de 17 000 km) seraient
alors menacés affectant toutes les
régions. Le trafic s?en trouverait
perturbé pour 2 000 trains par jour.
Ce réseau porte pourtant 90 % du
trafic ferroviaire total et 80 % du
trafic TER. Dans dix ans à partir de
2028, 10 000 km, soit un tiers du
réseau, seront mis en péril.
Cet état de détérioration, résultat
du sous-investissement chronique
en particulier de 1980 à 2010,
concerne également les ouvrages
d?art (ponts-rails, ponts-routes,
murs). Ces derniers sont presque
centenaires et en mauvais état
ou en état moyen, avec une dette
patrimoniale de 12 Md¤ (valeur
2022). Ils nécessiteront un
traitement dans les vingt prochaines
années.
A ce montant, il convient d?ajouter
les coûts nécessaires à l?entretien
des 3000 gares du réseau ; à titre
d?illustration, le budget nécessaire
à l?entretien des Grandes Halles
Voyageurs est évalué à 50 millions
d?euros par an sur les dix prochaines
années.
https://www.caradisiac.com/la-france-roule-mal-et-ca-freine-l-emploi-215438.htm
https://medias.amf.asso.fr/upload/files/Contribution%20SNCF.pdf
39
Lors de son audition, le représentant
de la FNAUT82 a confirmé ce défaut
d?investissement en France dans le
réseau ferroviaire, notant que la dépense
par habitant pour le réseau en Suisse est
presque six fois supérieure (450¤) à celui
de la France (80 ¤), quand les Allemands
dépensent 130 ¤ par habitant.
Sans les investissements nécessaires,
le réseau ferré français sera dans
l?incapacité de respecter les obligations
européennes en matière d?interopérabilité
ou de déployer de nouvelles technologies
de télécommunication (en remplacement
des technologies actuelles qui arriveront
à obsolescence en 2035). Certains
projets, comme les Services express
régionaux métropolitains (SERM),
pourraient être remis en question.
Face à cette situation, les investissements
annuels ont progressé pour passer de
2,6 à 3,5 Md¤ entre 2017 et 2022, pour
un objectif de 4,5 Md¤. Pas moins de
8 accords État-régions ont pour objet
la revitalisation de 6 300 km de lignes
considérées comme essentielles. Et des
réouvertures réussies, comme celles
de la ligne Pont-Saint-Esprit ? Nîmes,
de la ligne de l?Aubrac et de la ligne
Montréjeau-Luchon prouvent qu?un avenir
ferroviaire pour de nombreux territoires
est possible. Par ailleurs, de grands
projets sont en cours jusqu?en 2030 :
LGV Bordeaux ? Toulouse et Provence
Côte d?Azur ; tunnel Lyon-Turin.
Le « Plan d?avenir pour les transports »
(2023) prévoit pour sa part 100 Md¤
d?ici 2040, prioritairement pour le
ferroviaire, les RER métropolitains, le
fret et les trains de nuit. Les Contrats
de plan État-Région (CPER) 2023-2027
mobilisent 8,6 Md¤ supplémentaires,
dont 800 M¤ pour les RER et 500 M¤
82? Fédération nationale des usagers des transports.
83? La SNCF alerte sur la dégradation du réseau ferroviaire | France info et Contribution SNCF.pdf
84? SDDR 2019 Chapitre 02 - Le renouvellement du réseau existant.pdf
pour le fret. Des fonds sont aussi alloués
à l?accessibilité des gares, aux tramways
et aux BHNS (bus à haut niveau de
service).
Mais pour la direction de la SNCF,
la promesse de l?État d?atteindre
progressivement 4,5 Md¤ par an est
insuffisante ; il faudrait « plusieurs
milliards d?euros par an de ressources
nouvelles à partir de 2028 pour relever
le défi », sous peine de mettre en péril
la pérennité et la performance du rail
français83. Or, comme le souligne la
SNCF, « plus l?investissement tarde, plus
le coût de la régénération du réseau
est élevé et plus la qualité de service
se dégrade ». Alors que les enjeux
sont importants pour l?atténuation et
l?adaptation, rattraper le retard pris,
malgré des efforts, s?avère difficile. Cette
situation met bien en évidence le résultat
de la constitution d?une « dette grise ».
3. Un réseau électrique ancien au
niveau de service parmi les meilleurs
d?Europe mais qui nécessite un plan
d?investissement ambitieux
En France, le réseau de transport
d?électricité est, en moyenne, âgé
d?environ 50 ans. Il s?agit d?un des réseaux
les plus âgés d?Europe et son âge moyen
augmente de onze mois chaque année84.
Au rythme actuel de son renouvellement,
il faudra attendre environ 150 ans pour
que le réseau soit entièrement rénové,
durée largement supérieure aux seuils
techniques de certains composants. A
cela, il convient d?ajouter l?urgence de la
réhabilitation des composants les plus
exposés à la corrosion.
https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/le-brief-eco/la-sncf-alerte-sur-la-degradation-du-reseau-ferroviaire-7404045
https://medias.amf.asso.fr/upload/files/Contribution%20SNCF.pdf
https://assets.rte-france.com/prod/public/2020-07/SDDR%202019%20Chapitre%2002%20-%20Le%20renouvellement%20du%20r%C3%A9seau%20existant.pdf
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À partir de 2030, un nombre
croissant de lignes datant de l?après-
guerre, va atteindre l?âge de 85 ans.
Les efforts de renouvellement,
estimés à 8 Mds d?euros doivent
être conduits d?ici à 2035 sous
peine de détériorer le niveau de
service actuel, parmi les meilleurs
en Europe. Ils sont appelés à croître
d?ici 2050. A défaut, « un mur de
renouvellement » est annoncé.
Pour RTE, il s?agit essentiellement
de privilégier le réseau du quotidien
avec des actions « moins voyantes »
mais indispensables : maintenance
courante, plans de sécurisation
(notamment contre la corrosion),
mise aux norm
es environnementales, etc.
Un rapport du Sénat de 202485
indique que RTE et Enedis
ont proposé des programmes
d?investissements pour un montant
cumulé de près de 200 Md¤ d?ici
à 2040 : 100 Md¤ pour RTE et
96 Md¤ pour Enedis.
Ces investissements sont destinés
à l?entretien et à la modernisation
du réseau mais pour RTE le
renouvellement d?infrastructures
vieillissantes et leur adaptation aux
effets du changement climatique
constituent le premier enjeu
d?investissement.
Toutefois, dans ce même rapport,
le Sénat considère que ces
investissements, en raison de leurs
montants exceptionnels, devront
être expertisés avec précision.
85? Éclairer l?avenir : l?électricité aux horizons 2035 et 2050 - Rapport - Sénat
86? 8 syndicats, 200 entreprises pour un chiffre d?affaires de 4 Md¤.
87? Des infrastructures qui prennent l?eau - Environnement Magazine
88? Part du volume d?eau mis en distribution perdu par fuite dans les canalisations en 2021 |
Eaufrance
89? Des infrastructures qui prennent l?eau - Environnement Magazine
4. Un défaut d?investissement
dans les infrastructures de l?eau
qui met en péril leur pérennité
Une étude publiée par l?Union des
industries de l?eau (UIE 86) pointe
un déficit annuel d?investissement
pour les infrastructures de
l?eau, l?assainissement et le
pluvial, estimé à 4,6 Md¤, dont
1,8 Md¤ pour le réseau d?eau
potable et 1,4Md¤ pour le réseau
d?assainissement87. Il en résulte
notamment des pertes d?eau potable
en raison de fuites sur le réseau
estimées à près de 19 % du volume
d?eau potable mis en circulation
en 202388.
A ces montants doivent être ajoutés
le coût de la dégradation des milieux
aquatiques, évalué à 481 M¤ par
an, ainsi que le surcoût annuel de
390 M¤ pour le traitement des
micropolluants.
Le patrimoine français des réseaux
d?eau présente un âge moyen de
45 ans, parfois 60 à 70 ans dans
les centres-villes historiques,
avec des disparités territoriales
importantes. Le réseau d?eau
potable est majoritairement
composé de conduites en PVC
(dont 31 % de PVC vieux)89. Cet état
vieillissant est encore plus marqué
pour les réseaux d?assainissement.
Les conséquences du sous-
investissement et de la vétusté
du réseau se traduisent par une
dégradation progressive de la
qualité du service : coupures d?eau
récurrentes, augmentation du
https://www.senat.fr/rap/r23-714-1/r23-714-145.html
41
nombre d?interruptions de service non
programmées, etc.
Ces infrastructures, vieillissantes et
victimes de stress hydrique, nécessitent
une adaptation et un renouvellement
face au changement climatique, faute
de quoi les exploitants se retrouveront
« devant un mur d?investissement ». Il en
90? Le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC), organisme intergouvernemental,
est chargé d?évaluer l?ampleur, les causes ainsi que les conséquences du changement climatique en cours.
91? Plan national d?adaptation au changement climatique.
92? 11_adaptation chgment_climatique.pdf
93? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
94? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
va de la pérennité des installations, de la
nécessaire décarbonation des process
(pour en réduire les émissions de gaz
à effet de serre) et de la contribution
des installations, notamment de gestion
des eaux pluviales, à l?adaptation au
changement climatique.
II. Des changements climatiques qui représentent
des risques majeurs pour les infrastructures
Comme prévu par le Groupe d?experts
intergouvernemental sur l?évolution
du climat (GIEC) dans ses rapports
successifs90, le changement climatique
lié aux activités humaines s?accentue et
ses effets, en France et dans le monde,
s?amplifient.
Dans son rapport annuel 2023, le Haut
Conseil pour le climat (HCC) souligne que
la France est particulièrement exposée
aux conséquences du réchauffement
climatique. Le scénario retenu par
le PNACC91 établit, sur la base des
projections du GIEC, que la température
mondiale continuera d?augmenter pour
se stabiliser à +3 °C d?ici 2100 (en
comparaison à la période préindustrielle).
Pour la France métropolitaine, cette
hausse sera en moyenne de +4 °C92,
« niveau moyen auquel il faut superposer
la variabilité naturelle pour anticiper
l?occurrence d?années et évènements
extrêmes » (HCC rapport annuel
2023). A un horizon plus proche, les
projections identifient un réchauffement
de +2 °C d?ici à 2030 pratiquement
inévitable pour la France, avec des
années extrêmes à + 3 °C de plus en plus
fréquentes93.
A. Un changement climatique aux composantes multiples
Le 6ème rapport du GIEC (2023) souligne
que, parmi les quatre principaux risques
à horizon 2100 du changement climatique
pour la France, celui d?inondations et
d?intempéries affectera particulièrement
les infrastructures94.
Comme le souligne EDF Hydro,
auditionné dans le cadre du présent
avis, le cycle de l?eau est le premier
marqueur du changement climatique :
l?augmentation de la température de l?air
et de l?eau entraîne une augmentation
de l?évaporation qui à son tour provoque
une modification des précipitations. Les
phénomènes observés sont la fonte des
glaciers, les sécheresses, les inondations
et les incendies.
https://www.aeroport.fr/uploads/documents/Publication/11_adaptation%20chgment_climatique.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
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Des différences territoriales sont
observées :
Î En matière de précipitations,
des contrastes saisonniers et
régionaux sont enregistrés : plus
humide au nord en hiver, plus sec
au sud en été ;
Î Si les températures sont
caractérisées par une hausse
marquée depuis les années 80,
on observe un contraste Est/
Ouest et un contraste saisonnier
(printemps/été encore plus
chaud) ;
Î Les débits d?eau sont quant à eux
marqués par une tendance à la
baisse en moyenne annuelle plus
marquée dans le sud (Sud-ouest
en particulier), une fonte nivale
anticipée et des étiages plus
sévères.
Sont attendus à l?avenir :
Î Des contrastes exacerbés
(nord/sud ?hiver/été) ;
Î Un réchauffement global ;
Î Une amplification du changement
sur les débits : en hiver avec
potentiellement plus de débit
notamment sur l?Est, un printemps
contrasté (moins de débit au sud,
stable au nord) et un été et un
automne avec un étiage marqué et
prolongé.
Selon le BRGM, les principaux
facteurs de risque pour les
infrastructures en Europe sont :
Î Les vagues de chaleur ;
Î Les sécheresses ;
95? Résilience territoriale et adaptation au changement climatique : les territoires
face à l?urgence climatique, 14 mai 2025.
Î Les pénuries d?eau ;
Î Les inondations côtières et
continentales.
Il en résulte des risques en cascade
pour les milieux physiques (feux de
forêts, érosion, retrait gonflement
des argiles, cavités, mouvements
de terrain, etc.) et une propagation
entre régions.
Les sécheresses constituent
des risques directs sur les
infrastructures via, par exemple,
le retrait/gonflement des argiles,
dont les effets s?amplifient
parce que la zone concernée
par ce phénomène s?étend. De
nombreuses infrastructures sont
impactées : les routes, les chemins
de fer, etc. Malheureusement, à
date, le chiffrage des dommages
occasionnés ou à venir n?est
pas connu. Selon la Banque
des territoires95, « ( ) le coût
annuel moyen de la gestion des
conséquences des sécheresses
s?élève [en 2025] à 726 millions
d?euros, soit une hausse de 35 %
par rapport à l?an 2000 ».
Les risques côtiers en France sont
déjà avérés avec des dommages
annuels moyens attendus (en raison
de submersion marine) estimés
entre 60 et 100M¤, montants qui
seront multipliés entre deux et dix
fois d?ici à 2050. A titre d?illustration,
en 2010 la tempête Xintia a causé
50 morts et environ 750 M¤ de
dommages assurés attribués à la
submersion.
Toujours selon le BRGM, l?élévation
du niveau de la mer se poursuivra
durant des siècles et il n?est pas
43
exclu qu?un début d?effondrement de
certaines calottes marines en Antarctique
se produise. Dans ce contexte,
l?adaptation des infrastructures pourrait
être prise de vitesse et contrainte
à prioriser le sauvetage de celles
considérées comme les plus essentielles.
Pour le BRGM, il est primordial dès à
présent d?identifier les signaux précoces
pour déterminer le point de bascule.
Cette approche anticipatrice est d?autant
plus justifiée que les phénomènes
résultant du dérèglement climatique
se manifestent avec une intensité et
une récurrence accrues. Le CEREMA
souligne en effet que le changement
96? Audition du Cerema par la commission TAA.
97? 11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
climatique se traduit à la fois par des
évènements de plus grande intensité/
amplitude, plus fréquents, sur des zones
géographiques différentes, avec des
périodes de l?année qui se modifient et
des évolutions multiples. Ainsi, la vague
de chaleur qu?a connue la France en
août 2023 est la plus importante depuis
au moins 1945 ; elle a occasionné des
incendies qui ont affecté une surface
sept fois plus importante qu?en une
année ordinaire (à l?échelle européenne,
c?est trois fois plus). En janvier 2024,
12 communes de l?Hérault étaient en
pénurie d?eau96.
B. Un phénomène qui impacte déjà les infrastructures
Les impacts du changement climatique
sur les infrastructures sont nombreux et
très différents selon la nature même des
infrastructures. A titre d?exemple, en zones
de montagne les conditions climatiques
ont déjà réduite la durée de vie des
infrastructures de 30 % à 50 % (Cour des
comptes 2022, audition CEREMA).
Le développement qui suit en fournit
quelques illustrations sans prétendre à
l?exhaustivité.
1. Des impacts sur le réseau routier
et les ponts déjà observés et dont
les coûts seront multipliés par six
d?ici à 2050
Dans son rapport 2024, l?Office national
de la route (ONR) souligne que « les
impacts du changement climatique
accélèrent fortement le vieillissement
naturel du patrimoine et causent parfois
des dommages importants comme en
témoigne la rupture récente de la RN134
dans la vallée d?Aspe »97
Lors de son audition, la SANEF a indiqué
que les aléas climatiques qui représentent
un risque pour les autoroutes sont :
Î Les fortes chaleurs (>35 °C), gel -
dégel, sécheresse ;
Î Les incendies, mouvements de terrain,
chutes de blocs ;
Î Les précipitations extrêmes,
inondations, submersions marines.
Le CEREMA, pour sa part, a partagé,
en se référant à différentes sources, de
nombreuses illustrations des impacts des
événements climatiques sur le réseau
routier :
Î La tempête Alex d?octobre 2020
a causé des dégâts considérables
sur plus de 70 km de routes. Les
réparations conséquentes ont coûté
500 M¤ ;
Î Le département de la Savoie dépense
6 à 8 M¤ par an pour faire face aux
https://www.idrrim.com/ressources/documents/source/2/11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
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risques naturels sur ses routes.
Ce coût pourrait atteindre 10 à
15 M¤ par an dans les prochaines
années ;
Î Le département du Nord-Pas-de-
Calais estime que 10 % de ses
routes ont été endommagées par
les inondations de 2023.
La Commission européenne estime
que le coût des dommages liés
aux aléas climatiques sur les
infrastructures de transport sera
multiplié par trois au cours de la
décennie et par six d?ici à 205098.
De son côté, le Haut-Conseil pour le
climat souligne que l?augmentation
des cycles de gel/dégel en zones de
montagne nécessite une fréquence
accrue dans l?entretien des routes
dans ces zones99.
Le changement climatique accentue
la vulnérabilité100 des infrastructures
déjà vieillissantes comme les ponts
routiers pour la plupart construits
dans la période après-guerre. La
mission d?information du Sénat sur
la sécurité des ponts précitée alerte
sur le risque d?une accélération à
venir du vieillissement des ponts
sous l?effet au moins en partie du
réchauffement climatique et des
événements climatiques violents.
Ces effets sont d?autant plus
dommageables que les ouvrages
98? Changement climatique : Gérer des infrastructures résilientes | Cerema
99? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
100? La vulnérabilité renvoie à la propension ou prédisposition d?être affecté par un aléa.
101? L?exposition est la localisation d?un enjeu (personnes, ressources, écosystèmes, bien
économique ou socioculturel) dans un espace soumis directement ou indirectement à un aléa.
La notion d?exposition renvoie directement à une zone géographique ou un paramètre donné.
sont conçus pour résister à des
conditions météorologiques
« normales » et qu?ils se trouvent
fragilisés notamment dans
leurs fondations (phénomène
d?affouillement, c?est-à-dire de
creusement par l?eau). À titre
d?exemple, les inondations survenues
dans l?Aude en octobre 2018 ont
provoqué la destruction de quatre
ponts et altéré quatre autres
ouvrages d?art. Comme le souligne le
Cerema, « l?évolution inéluctable du
climat va modifier les paramètres
climatiques qui ont servi ou servent
aujourd?hui à leur [infrastructures
routières] dimensionnement, ce
qui accentue leurs vulnérabilités à
court ou moyen terme : chaussées
fissurées par des cycles de gel/
dégel plus fréquents, routes et
ouvrages d?art détruits par les
crues plus intenses, réseaux
coupés plus fréquemment à la suite
de chutes d?arbres. »
2. Des impacts sur le réseau
ferroviaire quelle que soit la saison
Selon SNCF Réseau, auditionné
pour le présent avis, le réseau
ferroviaire est exposé aux aléas
climatiques quelle que soit la saison.
Cette exposition101 est exacerbée
dans les scénarios à +4 °C en 2100.
https://www.cerema.fr/fr/actualites/changement-climatique-gerer-infrastructures-resilientes
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
45
GRAPHIQUE : EXPOSITION DU RÉSEAU FERROVIAIRE AUX EFFETS
DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Source : audition SNCF réseau
102? Le rapport public annuel 2024, L?adaptation du réseau ferroviaire national au changement climatique
103? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
104? Trajectoire d?adaptation au changement climatique.
Le réseau ferroviaire est exposé par
ailleurs au risque lié à la végétation.
Les phénomènes déjà observés sont les
suivants :
Î 30 % de linéaire exposés ;
Î Une mortalité des arbres multipliée
par 2 en 10 ans ;
Î Une augmentation en 2023-2024 de
70 % des retards à cause des arbres.
Le réseau est aussi exposé au risque
de tempête occasionnant un arrêt de la
circulation. Enfin, il est exposé aux fortes
chaleurs et aux variations de chaleur,
avec des impacts divers, au nombre
desquels, la dilatation des voies de
chemin de fer.
Selon le CEREMA, citant un rapport de
la Cour des comptes de 2024102, entre
2009 et 2021, SNCF Réseau a connu
cinq événements climatiques majeurs
pour un coût total de 38 M¤, dont
25 M¤ à la suite de la tempête Alex.
En 2022, 44 jours ont été perdus par la
SNCF en raison de fortes chaleurs. Ces
pertes seront multipliées au moins par 2
d?ici 2050103.
3. Des impacts sur les infrastructures
aéroportuaires qui nécessitent une
adaptation de leurs activités
Le scénario de la TRACC104 souligne que
les infrastructures de transport seront
fortement affectées par le réchauffement
climatique. Parmi elles, les aéroports
sont particulièrement exposés en raison
d?une probabilité accrue d?inondations,
de perturbations et d?annulations
de vol, d?impacts importants sur les
performances des avions (distances de
décollage et d?atterrissage, capacités
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-RPA-2024-CDVI-adaptation-reseau-ferroviaire-national.pdf
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
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de montée), de destruction des
bâtiments et éléments mobiles
comme les passerelles en cas
de vents forts, de vieillissement
accéléré des chaussées
aéronautiques, d?évolution des aires
de répartition d?oiseaux, etc.
Ces impacts pourront varier
selon la localisation géographique
de l?aéroport, les conditions
météorologiques de sa région,
la proximité avec la mer ou des
rivières, etc. Lors du passage de la
tempête Fabien en 2019, l?aéroport
Napoléon Bonaparte d?Ajaccio a
ainsi dû fermer pendant trois jours
en raison des vents violents et des
fortes pluies.
Une étude de l?ONERC105 met
en évidence qu?il serait alors
nécessaire de limiter l?emport de
fret (charge utile) ou le nombre de
passagers en cas de fortes vagues
de chaleur. Sans l?allongement
des pistes ou la modification des
obstacles, certains types d?aéronefs
pourraient n?être plus exploitables
sur certaines plateformes. Les
évolutions technologiques quant
aux performances des moteurs et
à la légèreté des matériaux utilisés
par les constructeurs pourraient
toutefois limiter ces conséquences106.
Ces événements climatiques
extrêmes107, outre leur impact sur les
activités aéroportuaires, exercent
une pression très importante
sur la biodiversité, végétale et
animale, abritée par les prairies
aéroportuaires reconnues comme
105? Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique.
106? 11_adaptation chgment_climatique.pdf
107? Un événement climatique extrême est un événement qui peut persister plusieurs semaines
ou mois (sécheresse par exemple) ou au contraire se dérouler sur un temps très court
(inondation, tempête, cyclone), quelques heures ou quelques jours, mais avec une très forte
intensité (« Changement climatique, nous ne sommes pas prêts.e.s ? OXFAM 2024).
des réservoirs de biodiversité.
En effet miroir, cette biodiversité
est essentielle à la capacité de
résilience des aérodromes face au
changement climatique.
Certains aéroports ont d?ores
et déjà engagé une évaluation
de leurs vulnérabilités, quand
d?autres, victimes d?événements
climatiques, ont mis en oeuvre des
mesures ponctuelles d?adaptation.
Dans tous les cas, ces approches
demeurent insuffisantes et ne
sont pas intégrées pour la plupart
dans le plan de gestion global de
la structure. Différentes mesures
prioritaires d?anticipation pourraient
être mises en oeuvre : renforcement
des pistes, des terminaux et
autres infrastructures contre les
inondations, les tempêtes ou les
vagues de chaleur ; prise en compte
des risques dès la conception des
nouveaux projets ; appui technique
et financier, par l?État et les régions,
des gestionnaires aéroportuaires,
souvent des PME et des TPE peu
outillées pour élaborer leur plan
d?adaptation.
4. Des impacts sur
le réseau fluvial et les ports
qui contrecarrent leur potentiel
de décarbonation du transport
Dans un contexte de changement
climatique, le transport fluvial
se trouve dans une situation
paradoxale ; d?une part, il
est considéré comme une
voie alternative crédible
https://www.aeroport.fr/uploads/documents/Publication/11_adaptation%20chgment_climatique.pdf
47
pour décarboner le transport de
marchandises, d?autre part, il est lui-
même victime des effets du changement
climatique.
Le phénomène de sécheresses répétées
et plus intenses modifie le débit des
fleuves et affecte la stratégie de
navigation des conteneurs par barge
(phénomène des basses eaux). Dans
certains cas, ces sécheresses peuvent
modifier la dynamique hydro-sédimentaire
des estuaires et rendre certaines
sections de fleuves impraticables.
De leur côté, les ports et zones
portuaires, également confrontés aux
épisodes de sécheresse, sont exposés
aux incendies. Mais les aléas marins,
plus impactant, constituent de vrais
défis pour les activités portuaires :
élévation du niveau de la mer, érosion,
inondations, tempêtes de plus en
plus fréquentes et violentes, etc. Les
tempêtes et précipitations extrêmement
fortes peuvent entraver, voire empêcher,
l?accostage des navires, entraîner une
sollicitation des digues et provoquer des
inondations parfois responsables d?une
fermeture totale du port. Quant aux
terminaux méthaniers, outre les risques
liés à l?élévation du niveau de la mer, le
réchauffement des eaux marines entraîne
une prolifération d?espèces invasives dans
les canalisations.
Selon les projections du GIEC de
février 2022, la montée du niveau de
la mer pourrait atteindre 2 mètres d?ici
à 2100 et 5 mètres d?ici à 2150.
108? Littoral : 126 communes face à l?érosion côtière | vie-publique.fr
109? Changement climatique : la transition énergétique des ports français | vie-publique.fr
110? Quel impact va avoir le changement climatique sur le système électrique français ? | RTE
111? Le rapport public annuel 2024, synthèses
Depuis 50 ans, environ 30 km² de
terres ont disparu en France à la suite
du recul du trait de côte108. Au niveau
européen, les submersions dans les
ports deviendront une réalité entre 2030
et 2050. Pour y faire face, les experts
recommandent d?engager sans tarder
les actions d?adaptation, telle la limitation
de l?artificialisation des littoraux par un
déport des constructions de la terre
ferme à la mer109.
5. Des impacts sur
les infrastructures énergétiques
qui affectent essentiellement le régime
électrique en limitant la production dans
un contexte de pic de la demande
Selon RTE110, le changement climatique va
affecter le système électrique français de
deux manières :
Î D?une part, il affectera les courbes
de la consommation électrique
(avec potentiellement des pics de
consommation en été) ;
Î D?autre part, le stress hydrique pourrait
affecter les modes de production
d?énergie hydraulique et nucléaire
en bord de rivière à la différence
des productions photovoltaïques et
éoliennes, moins impactées.
Dans son rapport public 2024111 , la Cour
des comptes rappelle les principaux
risques climatiques qui pèsent sur le
système électrique français.
https://www.vie-publique.fr/en-bref/284117-rapport-2022-du-giec-nouvelle-alerte-face-au-rechauffement-du-climat
https://www.vie-publique.fr/en-bref/284117-rapport-2022-du-giec-nouvelle-alerte-face-au-rechauffement-du-climat
https://www.vie-publique.fr/en-bref/285086-littoral-126-communes-face-lerosion-cotiere
https://www.vie-publique.fr/eclairage/286999-changement-climatique-la-transition-energetique-des-ports-francais
https://www.rte-france.com/wiki-energie/impact-changement-climatique-systeme-electrique-francais
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-syntheses-RPA-2024.pdf
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EXPOSITION AUX RISQUES CLIMATIQUES
DES DIFFÉRENTS OUVRAGES DU RÉSEAU ÉLECTRIQUE
Source : Cour des comptes, rapport annuel public 2024. D?après Carbone 4
112? Adaptation climatique des infrastructures énergétiques - PDE
113? CESE, Quelle place pour le nucléaire dans le mix énergétique français ?
Expérimentation de la méthode d?analyse de controverses (2022).
Le principal facteur de risque pour
les réseaux électriques, en raison
de sa récurrence, est le phénomène
de vagues de chaleur, qui peut
endommager les câbles et réduire
la vitesse de transit de l?électricité.
Inondations et pluies torrentielles
peuvent endommager les
installations, même celles enterrées.
Selon la Cour des comptes, « Les
tempêtes de 1999 ont révélé des
défauts structurels du réseau
d?électricité mais aussi les limites
de la capacité des gestionnaires à
rétablir le courant ».
En termes de production,
les installations nucléaires et
hydrauliques fournissent en France
jusqu?à 77 % de la production totale
d?électricité en 2023. La production
hydroélectrique représente 14 % du
mix électrique français112.
Le niveau de production de ces
installations, vitales pour la stabilité
du réseau électrique national, est de
plus en plus vulnérable aux eff ets du
changement climatique, notamment
la diminution de la disponibilité en
eau, les sécheresses prolongées, la
baisse des débits des cours d?eau
ou une température excessive
de l?eau. Il en résulte un risque de
réduction de la production des
réacteurs d?une centrale113. La
baisse des débits des cours d?eau
réduit par ailleurs la capacité des
49
barrages hydroélectriques à produire
de l?électricité. En 2022, la production
hydroélectrique a ainsi, du fait des
sécheresses, été de 20 % inférieure
à la moyenne 2015-2019114.
Si le parc nucléaire et les installations
hydroélectriques ont intégré des règles
et des référentiels leur permettant
de prendre en compte les effets du
changement climatique, les nouveaux
réacteurs nucléaires, qui fonctionneront
au moins jusqu?en 2100, seront
confrontés à des aléas climatiques
dont l?ampleur sera différente de
celle attendue dans les vingt à trente
prochaines années115. Il convient dès à
présent, selon la Cour des comptes,
d?anticiper l?implantation des nouveaux
réacteurs en tenant compte notamment
des contraintes liées à l?eau.
Dans le domaine gazier, NaTran a indiqué
en audition que si les infrastructures
gazières pouvaient être exposées
aux risques climatiques, aucune n?est
jugée, du fait de son exposition à ces
mêmes risques, comme critique sur le
territoire national, le système gazier étant
principalement enterré.
Mais des mesures d?adaptation
restent nécessaires. Une étude menée
par l?opérateur fin 2024 chiffre ces
mesures d?adaptation du réseau à
moins de 100 M¤ à horizon 2050. Cela
concerne trois zones de vulnérabilité :
les canalisations sous-fluviales
(4 000 canalisations), les traversées
aériennes (250 canalisations sur des
ponts) et les canalisations en zones à
instabilité de sol (9 zones instables).
Les principales mesures d?adaptation
consisteront à enterrer profondément les
canalisations les plus à risque.
114? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
115? Le rapport public annuel 2024, synthèses
L?opérateur a enfin rappelé les
vulnérabilités de ces installations aux
risques de feux de forêt et au stress
hydrique, qui peut diminuer les capacités
d?alimentation en eau des bassins
d?incendie.
Pour chacun des risques identifiés,
l?opérateur analyse les possibilités de
diversification des solutions avec pour
objectif de garantir une continuité de
l?activité.
6. Des impacts sur les infrastructures
de l?eau qui rendent problématique
l?approvisionnement en eau potable
dans certaines régions
Dans un contexte de sécheresses de
plus en plus intenses et régulières,
les infrastructures de l?eau jouent un
rôle capital dans la préservation de
la ressource en eau afin de sécuriser
les besoins des habitants et des
professionnels. L?impact du changement
climatique sur les ressources en eau
nécessite des adaptations majeures
des systèmes d?approvisionnement :
amélioration de l?état du réseau,
approches innovantes (réutilisation des
eaux usées, meilleure gestion des eaux
de pluie, modernisation de la gestion des
interventions, etc.)
Pour autant, la combinaison du
vieillissement des infrastructures et
du sous-investissement compromet
gravement la performance globale des
systèmes d?eau français. La résilience des
systèmes français face aux événements
climatiques extrêmes se trouve affaiblie
et les canicules ont révélé la vulnérabilité
de certains réseaux aux variations de
température, avec des ruptures de
canalisations en fonte grise dans plusieurs
agglomérations. Les épisodes de gel de
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-syntheses-RPA-2024.pdf
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50
l?hiver 2021 ont également mis en
évidence la fragilité des installations
mal protégées ou vieillissantes.
En 2022, l?approvisionnement en
eau potable a été problématique
116? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
117? https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2023-04/BNPP_
Transition%20Juste_Rapport%20Global_FR.pdf
118? France Stratégie, Sarah Tessé et Emilien Gervais, note de synthèse Adaptation au changement
climatique : retour d?expérience de trois territoires (juin 2023).
dans plus de 2000 communes et
7 ont connu une interruption totale
de service pendant au moins
plusieurs jours en métropole116.
III. Une prise de conscience progressive
bien qu?inégale qui a entraîné la mise en place
de premières mesures d?adaptation
A. Des politiques et mesures mises en oeuvre
jusqu?à présent
1. L?Évolution des mesures
et dispositifs pertinents,
de la gestion des catastrophes
naturelles à la prise en compte
de l?enjeu climatique global
En 2023, IPSOS et BNP Paribas
ont mené une étude117 sur la façon
dont les Européens percevaient le
changement climatique. Près de
70 % des Européens interrogés se
disaient anxieux face au changement
climatique et à ses conséquences.
Néanmoins, cette prise de
conscience a été progressive de la
part des citoyens mais également
de la part des décideurs publics,
comme l?illustrent les différents
dispositifs et diverses politiques
publiques mises en place au fur et à
mesure des années.
Dans une note de synthèse118 pour
France Stratégie sur ce thème,
les auteurs Sarah Tessé et Émilien
Gervais expliquaient « ( ) qu?en
France, les politiques d?adaptation
au changement climatique ont
pris du retard par rapport aux
politiques d?atténuation, car elles
ont longtemps sonné comme
un aveu d?échec. Leur forte
dimension territoriale implique
qu?elles soient conçues et mises
en oeuvre localement. Mais les
décideurs locaux sont confrontés
à un défi de taille : ils doivent
assumer politiquement la situation,
faire des choix d?investissement
potentiellement coûteux pour
prévenir des crises qui auront lieu
dans un avenir relativement lointain,
dont les risques et les impacts
sont incertains, les solutions
d?adaptation complexes et les
annonces anxiogènes ».
C?est donc souvent face aux crises
elles-mêmes que la traduction
en dispositifs de protection et
d?adaptation a été menée. Comme
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2023-04/BNPP_Transition%20Juste_Rapport%20Global_FR.pdf
https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2023-04/BNPP_Transition%20Juste_Rapport%20Global_FR.pdf
51
les auteurs l?expliquent, « En matière
d?adaptation au changement climatique,
le déclencheur le plus efficace de
l?action semble être l?expérience de la
crise. Mais celle-ci peut rapidement
se révéler un frein à l?élaboration de
véritables stratégies d?adaptation. Après
une catastrophe, il faut surmonter un
réflexe de retour à l?état antérieur si on
veut reconstruire un territoire résilient.
Il s?agit de dépasser la gestion réactive
post-crise, bien connue des collectivités
et des services déconcentrés de l?État,
pour aller vers une réponse anticipative
et préventive s?intégrant dans un projet
de territoire systémique ». Toutefois, ces
dispositifs portent en général davantage
sur la prévention et sur la réparation
que sur l?adaptation au changement
climatique.
Le plan ORSEC, un dispositif technique
et humain pour répondre à divers types
de catastrophes
Le plan ORSEC ? Organisation des
Secours dans sa définition initiale ? a été
créé dans cet esprit en 1952 à l?échelon
départemental sous l?autorité du préfet.
Dans les décennies suivantes, il a intégré :
Î Les zones de défense, avec un préfet
à leur tête ;
Î Les zones maritimes, également
avec un préfet à leur tête.
Ce plan permet de mettre rapidement
en oeuvre les moyens techniques et
humains pour faire face à tous types
de catastrophes, pas seulement
naturelles. Tous les services de l?État et
des collectivités peuvent être sollicités
lorsque le plan ORSEC est activé.
119? Les sites dits SEVESO stockent ou produisent des substances pouvant être dangereuses pour les êtres
humains et l?environnement. L?UE oblige les États-membres à les identifier afin de prévenir les risques.
120? Le PCS, outil de gestion des crises des communes, permet de préparer la réponse à tout type d?évènements
pouvant impacter la population, quelle qu?en soit la nature (accident, phénomène météo, inondation, etc.).
Source : ministère de l?Intérieur.
À partir des années 2000, le sigle
est conservé mais le plan change de
dimension et devient Organisation de la
Réponse de Sécurité Civile. Il s?étend
à l?ensemble des acteurs publics et
privés susceptibles d?intervenir en cas
d?évènement catastrophique.
D?une certaine manière, le plan ORSEC
est le socle des différents plans déjà
obligatoires, tels que les plans d?opération
interne pour les installations classées
SEVESO119 ; les plans communaux de
sauvegarde120, obligatoires pour certaines
communes ; les plans blancs pour les
établissements de santé et concernant
directement les infrastructures routières
ou ferroviaires, les plans d?intervention
et de sécurité. Le plan d?intervention
et de sécurité a pour objet de définir
les missions et les responsabilités des
personnels de l?exploitant en cas de
survenance d?événements tels qu?un
incendie ou un accident.
En audition, les responsables des
entreprises ferroviaires opérant sur
le territoire national ont rappelé que
les phénomènes de forte chaleur
pouvaient par exemple toucher les rails
et les caténaires et ainsi interrompre
la circulation des trains. La végétation
plus luxuriante qu?auparavant aux abords
des voies est également propice à
davantage de départs de feux. Lors
de leur audition, les responsables des
entreprises autoroutières ont expliqué
prêter une attention toute particulière à la
montée des eaux des cours d?eau. Ils ont
également indiqué que, en cas de tempête,
certains ouvrages d?art tels que des ponts
pouvaient automatiquement se fermer à la
circulation, à titre préventif (cf. chapitre II).
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En complément du plan ORSEC,
les plans particuliers d?intervention
(PPI) concernent les infrastructures
au plus haut point : ces PPI sont
conçus dans l?objectif de faire face
à des risques qui seraient liés à
des installations pérennes et qui
pourraient avoir un impact sur
les populations avoisinantes. Cela
concerne :
Î Les centrales nucléaires,
Î Les usines chimiques et
pétrolières,
Î Les sites SEVESO,
Î Les barrages de grande
dimension,
Î Les stockages souterrains de gaz,
Î Les infrastructures en lien
avec le transport de matières
dangereuses.
CAT NAT, dispositif
d?indemnisation de biens assurés
atteints par un évènement naturel
intense
Face aux crises et notamment
face aux catastrophes naturelles,
le dispositif CAT NAT permet
d?indemniser des sinistrés dont les
possessions, pourtant assurées,
ont été abîmées ou détruites par un
évènement exceptionnel et intense.
En vertu du Code des assurances121,
« sont considérés comme les
effets des catastrophes naturelles,
les dommages matériels directs
ayant eu pour cause déterminante
l?intensité anormale d?un agent
121? Article L125-1 du Code des assurances.
122? Source : commission des finances du Sénat.
123? Garantir la soutenabilité du régime des catastrophes naturelles, Direction du Budget,
18 février 2025.
naturel, lorsque les mesures
habituelles à prendre pour éviter
ces dommages n?ont pu empêcher
leur survenance ou n?ont pu être
prises ».
C?est la commune où a eu lieu
l?évènement qui demande la
reconnaissance de l?état de
catastrophe naturelle. Lorsque
l?arrêté qui déclare cet état est
publié, le dispositif CAT NAT
est activé par les compagnies
d?assurance afin d?indemniser les
entreprises ou les particuliers qui
ont subi des sinistres. Le dispositif
CAT NAT agit donc en complément
du secteur assurantiel privé. Il
couvre des risques naturels tels
que les séismes, les cyclones, les
inondations et le retrait gonflement
des argiles (RGA)122.
Début 2025, le ministère du
Budget123 indiquait que le « ( )
Changement climatique [avait] un
impact direct sur la fréquence et
l?intensité des sinistres climatiques,
en forte augmentation. En France,
les inondations et sécheresses
représentent 90 % du coût des
sinistres couverts par le régime
de catastrophe naturelle. Sur
la dernière décennie, le coût
d?indemnisation des dommages
liés aux inondations a augmenté
de 23 %. Cette augmentation est
encore plus marquante pour les
sécheresses, dont les coûts ont
doublé sur les vingt dernières
années ». La fréquence et
l?intensité des épisodes climatiques
catastrophiques ont conduit
53
le Parlement à revoir les modes de
financement de ce dispositif124.
Stratégie française pour l?énergie et
le climat et Stratégie nationale bas-
carbone, des cadres nationaux pour la
transition énergétique, la décarbonation
et l?adaptation
La Stratégie française pour l?énergie et le
climat (SFEC) constitue la feuille de route
de la France pour atteindre la neutralité
carbone à l?horizon 2050, revoir nos
objectifs au regard des engagements
européens et assurer l?adaptation de
notre société aux effets du changement
climatique. La SFEC regroupe la loi de
programmation énergie-climat (LPEC), qui
doit fixer les grandes orientations, celles-
ci étant précisées et opérationnalisées
dans la stratégie nationale bas
carbone (SNBC 3ème édition), la
programmation pluriannuelle de l?énergie
(PPE 3ème édition) et le plan national
d?adaptation au changement climatique
(PNACC 3ème édition).
La Stratégie nationale bas carbone
(SNBC) définit les trajectoires de
réduction des émissions de GES pour
l?ensemble des secteurs économiques :
transport, bâtiment, industrie, agriculture,
énergie, déchets, etc. Elle repose sur
une approche qui peut être qualifiée
de progressive, avec des objectifs
intermédiaires à 2030 et 2040.
124? Proposition de loi visant à conforter le régime d?indemnisation des catastrophes naturelles et à lutter contre la
vulnérabilité des biens causée par les événements climatiques extrêmes, n° 1074, déposée le mardi 11 mars 2025.
La SNBC vise à réduire de 50 % les
émissions de GES d?ici 2030 par rapport
à 1990 et s?articule avec les autres piliers
de la planification écologique, tel le Plan
national d?adaptation au changement
climatique (PNACC).
2. Ambitions croissantes du Plan
National d?adaptation au changement
climatique (PNACC) et de la Trajectoire
de référence du réchauffement
climatique (TRACC)
Le Plan National d?adaptation au
changement climatique (PNACC),
cadre national de l?adaptation
Le Plan national d?adaptation au
changement climatique révisé
(PNACC) est le volet adaptation de la
nouvelle stratégie française énergie-
climat (SFEC). La troisième version
de ce plan (PNACC 3) a été publiée
le 10 mars 2025. Il a pour référence
la trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au
changement climatique (TRACC) de
la France.
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LA TRAJECTOIRE DE RÉCHAUFFEMENT DE RÉFÉRENCE
POUR L?ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE (TRACC)
En mai 2023, le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion
des territoires a ouvert la consultation publique sur cette trajectoire125.
À l?époque, deux scénarios de réchauffement avaient été proposés
à la consultation, en se basant sur les études et analyses du Groupe
d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC).
Le premier scénario consistait à s?aligner avec l?accord de Paris,
en considérant un réchauffement planétaire contenu à +1,5 °C en 2100
par rapport à l?ère préindustrielle126 ;
Un second scénario se fondait sur un réchauffement qui atteindrait +3 °C
par rapport à l?ère préindustrielle.
Le projet de conception d?une telle trajectoire répondait à plusieurs
objectifs.
Tout d?abord, accompagner les collectivités territoriales dans leurs
stratégies d?adaptation au changement climatique, avec l?intégration de la
trajectoire dans l?ensemble de leurs documents de planification ; actualiser,
pour de nombreuses filières et activités économiques telles que l?énergie,
le transport, le bâtiment ou les différents réseaux, l?ensemble normatif ;
soutenir les secteurs économiques dans leur adaptation à travers des
études de vulnérabilité ayant pour base la trajectoire.
Après consultation, la trajectoire retenue a été celle correspondant
à +3 °C et à + 4 °C pour la France par rapport à l?ère préindustrielle,
et a servi de socle à la conception du PNACC.
125? Commissariat Général au Développement Durable, 12 juin 2023.
126? 1850-1900. Source : Commissariat général au développement durable.
127? Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer
et de la Pêche, Synthèse de la consultation publique sur le Plan national d?adaptation
au changement climatique, février 2025.
Le PNACC prévoit plusieurs axes
d?action en faveur de l?adaptation,
certains concernant directement
les infrastructures. Plusieurs parties
prenantes ont été associées à son
élaboration : l?État et ses opérateurs,
les collectivités territoriales, les
syndicats, les filières d?activité, et le
monde associatif.
Le CESE a rendu une contribution
et a très favorablement accueilli
« la construction inédite du
PNACC autour d?une trajectoire
de réchauffement de référence
pour l?adaptation au changement
climatique (TRACC) cohérente
avec les données scientifiques
disponibles (hypothèse de + 4 °C
à l?horizon 2100 par rapport
à l?ère préindustrielle) ». Avant
sa rédaction, une plateforme
participative mise en ligne par
le Gouvernement fin 2024 a
reçu 1 124 contributions. Cette
consultation avait plusieurs
objectifs127 :
55
Î Informer le grand public sur
les différents enjeux de l?adaptation
au changement climatique ;
Î Écouter la société afin de mieux
orienter les actions menées par
les pouvoirs publics ;
Î Mettre en perspective les modes
de vie et les conséquences concrètes
du plan afin d?en mesurer l?acceptabilité
sociétale ;
Î Amender et enrichir les mesures
retenues et l?orientation choisie en
termes d?adaptation ;
Î Donner aux citoyens une plus grande
visibilité de l?action publique, les faire
adhérer et les aider à comprendre
les sujets liés à l?adaptation, dans une
démarche de confiance.
Le plan rappelle que « l?adaptation au
changement climatique et l?atténuation
des émissions de gaz à effet de serre
doivent (?) constituer les deux volets
indispensables et interdépendants
de toute politique climatique. (?) Si
l?adaptation appelle un cadre national,
sa mise en oeuvre est profondément
locale : l?adaptation des territoires
de moyenne montagne à l?après-
neige n?a rien de commun avec celle
des communes littorales au recul du
trait de côte, ou celle des territoires
d?outre-mer caractérisés par leur
insularité (à l?exception de la Guyane)
(?) et leur éloignement géographique.
Le plan national devra ainsi être
décliné localement à travers des
stratégies d?adaptation adaptées aux
caractéristiques environnementales et
socioéconomiques des territoires ».
(Il intègre) « cette dimension locale
en proposant une responsabilisation
des collectivités territoriales et
128? Gouvernement, Document de présentation du PNACC 3, 2025.
l?identification de territoires pilotes
de l?adaptation pour faire émerger les
solutions du terrain à généraliser, en
(lien) avec les associations d?élus128 ».
Son deuxième axe, dédié à la résilience
des territoires, des infrastructures et
services essentiels, comprend plusieurs
mesures :
Î Mettre à disposition des collectivités
territoriales les informations
nécessaires pour leur adaptation face
au changement climatique ;
Î Intégrer progressivement la TRACC
dans tous les documents de
planification publique ;
Î Intégrer les enjeux de l?adaptation
dans toutes les normes techniques ;
Î Pérenniser la « Mission Adaptation »
à destination des collectivités
territoriales ;
Î Mieux évaluer les actions d?adaptation
au changement climatique menées sur
le territoire ;
Î Mieux prendre en compte l?adaptation
dans les financements publics.
Les trois dernières mesures
de l?axe 2 concernent directement
les infrastructures :
Î Assurer la résilience des transports
et des mobilités ;
Î Assurer la résilience du système
énergétique ;
Î Assurer la résilience des services
de communication électronique.
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56
Il vise à mesurer à quel point les
infrastructures, entre autres de
transport, sont vulnérables au
changement climatique, pour
pouvoir les adapter en conséquence.
Il s?intéresse aussi à la maintenance
des infrastructures de transport
dans une logique d?anticipation des
effets du dérèglement climatique et
généralise les études de vulnérabilité
pour les opérateurs des grandes
infrastructures : aéroportuaires,
ferroviaires, portuaires?
Le plan précise que, chaque
année, la direction générale des
Infrastructures, des Transports
et des Mobilités (DGITM) devra
organiser un séminaire dédié
à l?adaptation au changement
climatique des transports et des
mobilités, avec des gestionnaires
d?infrastructures et des experts,
dont le CEREMA.
En termes énergétiques, le plan
vise à étudier les vulnérabilités
d?approvisionnement et de logistique
des secteurs pétroliers et gaziers,
et à améliorer la résilience du
parc de production d?électricité,
principalement nucléaire. Il a pour
objectif de renouveler d?ici 2040
la majorité des ouvrages les plus à
risque face aux vagues de chaleur.
3. Le Conseil d?Orientation
des Infrastructures au ministère
des Transports
Le Conseil d?Orientation des
Infrastructures (COI), organe
consultatif pour prioriser
les investissements dans les
transports et mobilités
129? Article 2 du décret numéro 2020-1825 du 30 décembre 2020.
Le Conseil d?orientation des
infrastructures (COI)129 a
vocation à donner des éléments
d?éclairage et d?analyse au
Gouvernement sur les politiques
d?investissements dans les secteurs
des transports et des mobilités. Il
peut inclure dans ses analyses les
équipements et services liés aux
sources d?énergies alternatives
et aux échanges de données.
Le COI peut aussi proposer
des orientations et appeler à
prioriser les investissements
publics, notamment quant aux
investissements de l?État et de ses
opérateurs. Il veille à la cohérence
des politiques de l?ensemble des
autorités organisatrices concernées
en tenant compte des conditions de
maintenance et d?exploitation future
de ces investissements.
Au-delà de ces missions de
conseil, le COI doit remettre au
Gouvernement, à sa demande,
un rapport d?orientation éclairant
l?action publique dans la mobilité
et les transports ainsi que sur
la programmation nationale des
investissements dans ces différents
domaines. Il doit aussi répondre à
toute sollicitation que la loi prévoit
ou émanant du Gouvernement
en matière de programmation,
de stratégie et de financement
des investissements pour ce qui
concerne les mobilités et les
transports.
Le 2 juillet 2025, le COI a été
renouvelé dans sa composition
et s?est vu confier une nouvelle
lettre de mission, qui comprend
notamment la nécessité de
conduire des travaux relatifs
57
aux conséquences de l?adaptation
au changement climatique sur la
programmation des infrastructures
de transport. La lettre de mission 2025
contient aussi une demande d?audit
national sur l?état des réseaux routiers
structurants des départements et des
communes. En cela, le COI aborde la
problématique de la « dette grise130 »
et le besoin de financement global des
différents réseaux structurants.
4. La mise en place progressive de
stratégies et de mesures d?adaptation
par les gestionnaires d?infrastructures
Des gestionnaires d?infrastructures
engagent d?ores et déjà des actions
pour réduire l?impact de leurs activités
sur le changement climatique et mettre
en oeuvre des mesures d?adaptation.
En audition, les gestionnaires
d?infrastructures ont présenté les
premières mesures adoptées face au
changement climatique et leurs stratégies
à plus long terme.
Les gestionnaires du réseau ferré ont
rappelé que, même si celui-ci était, depuis
sa conception, déjà soumis aux variations
liées aux saisons, les phénomènes
climatiques étaient désormais plus
intenses et plus fréquents. Les rails et
les caténaires sont particulièrement
sensibles à la chaleur extrême et les
ouvrages d?art à la pression exercée par
les eaux.
Par ailleurs, la végétation est rendue
beaucoup plus abondante avec un
climat qui change, ce qui entraîne des
conséquences en termes de circulation,
130? La dette grise correspond au cumul des besoins d?investissement liés au sous-entretien des infrastructures.
Cf. Gouvernement, Ambition France Transports, Atelier 2 - Financement des infrastructures routières,
07/2025.
131? Audition de M. Alain Quinet, directeur général exécutif à la stratégie de SNCF Réseau, en charge des sujets
liés à la résilience du réseau ferroviaire.
132? En fonction de la vitesse prévisible des vents, un stop circulation peut être déclenché : le trafic est alors
arrêté. Source : SNCF Réseau.
de départs de feu et donc de sécurité.
Face à cette réalité devenue quotidienne,
les gestionnaires du réseau ferré mènent
des actions d?entretien le long des
voies visant à débroussailler, ainsi qu?à
prévenir et à faire face aux problèmes
de chute d?arbres, nombre d?arbres
étant fragilisés par le réchauffement
climatique. La SNCF estime à 50 M¤ sur
les dix dernières années le supplément
de coûts d?entretien lié à la végétation et
au changement climatique pour l?entretien
des voies131. Elle mène des études sur
l?ensemble de la France pour identifier
les zones les plus à risque et renforcer la
surveillance et l?entretien autour de celles-
ci (cf. chapitre II-B).
Concernant l?exploitation directe du
réseau ferré, les gestionnaires n?hésitent
pas, quand sont anticipés des risques
de tempête, par exemple, à arrêter132
de manière préventive la circulation
des trains sur la zone concernée. Des
prévisions météorologiques précises
permettent d?établir des seuils au-delà
desquels mieux vaut ne pas faire partir
des trains que de prendre le risque
de faire partir des voyageurs qui se
retrouveraient coincés en rase campagne
par un arbre couché sur la voie et dont
le dégagement prendrait du temps.
Ces « stops circulation » préventifs,
cumulés sur l?ensemble de l?année,
représentent 15 000 trains annulés, soit
l?équivalent d?un jour de circulation pour
la SNCF.
En termes de rénovation, les
gestionnaires du réseau, du fait de
l?ampleur des coûts résultant du
changement climatique, s?attachent,
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dans une logique d?économie, à
identifier les solutions les moins
coûteuses et qui peuvent être
efficaces, dont la première consiste
à renforcer la surveillance. Pour la
rénovation et la modernisation du
réseau, qui permettent d?augmenter
la résilience, certaines zones
particulièrement exposées aux
températures élevées, par exemple
le Sud-Ouest, sont priorisées, les
moyens étant contraints, pour
le remplacement de certains
matériels ou composants par des
composants plus récents, ou pour
un changement de gamme de
matériel pour gagner en résilience.
Il en résulte, comme le souligne
la direction de la SNCF, un état
général vieillissant qui s?aggravera
pour atteindre un tiers du réseau
en 2038 (cf. chapitre I-C).
Lors de la même audition, les
gestionnaires d?infrastructures
autoroutières ont aussi décrit
les risques que le changement
climatique fait peser sur le
réseau : effritement et chute de
blocs de pierre, inondations? la
problématique des montées de
cours d?eau étant le risque le plus
cité par les auditionnés. Comme le
réseau ferré, le réseau autoroutier
doit parfois être temporairement
coupé, par exemple si un incendie
d?envergure se situe à proximité.
Face à cette réalité climatique, les
gestionnaires d?infrastructures
autoroutières participent en lien
avec les services de l?État à la
mise à jour de la cartographie
des vulnérabilités physiques ou
fonctionnelles des infrastructures.
133? La France roule mal, et ça freine l?emploi
134? CEREMA, Impact du changement climatique sur les ouvrages d?art en France :
conseils aux gestionnaires et concepteurs, 2021.
Comme le réseau ferré, le
renforcement de la surveillance
et de l?entretien reste la première
mesure d?adaptation, tout
particulièrement pour les ouvrages
d?art.
Plus globalement, en matière
de transition écologique des
mobilités133, le report modal est
crucial : doublement de la part du
fret ferroviaire, retour des trains de
nuit, plan vélo, entre autres.
Les gestionnaires de réseaux
énergétiques ont aussi commencé
à mettre en place un certain nombre
de mesures. ENEDIS dispose
d?un plan d?adaptation aux aléas
climatiques et dépense un milliard
d?euros par an pour la résilience
et la modernisation de son réseau
d?1,4 million de kilomètres. Comme
pour les autoroutes et le réseau
ferré, les risques liés aux cours
d?eau sont élevés. Certains sites
sont surélevés face aux risques
d?inondations. Face aux tempêtes,
certaines lignes sont enfouies mais
ce sont justement les inondations
qui conduisent le gestionnaire à
étudier très précisément où enfouir
son réseau. Entre 2022 et 2040,
ENEDIS prévoit de dépenser
25 Md¤ pour les travaux liés à
l?entretien et à l?adaptation de son
réseau.
Comme l?a rappelé134 le CEREMA
en 2021, « (?) les ouvrages
d?art sont implantés déjà de
par le monde dans des régions
aux conditions climatiques
extrêmement diverses, ce qui
laisse entrevoir a priori une bonne
capacité d?adaptation. Cependant,
https://www.caradisiac.com/la-france-roule-mal-et-ca-freine-l-emploi-215438.htm
59
les évolutions climatiques attendues sont
importantes et nécessitent l?examen
approfondi de la résilience des ouvrages
d?art face à ces nouveaux défis ».
5. La mise en place progressive de
stratégies et de mesures d?adaptation
par les collectivités
Divers outils de prévention des risques
prioritaires naturels et météorologiques
ont été mis en place, les dispositifs
nationaux et locaux différant selon la
nature du risque.
S?agissant des risques liés aux
phénomènes météorologiques (tempêtes,
cyclones, neige, grêle), aux phénomènes
sismiques ou de mouvements de terrain
(avalanche, glaciers, glissements),
les dispositifs de prévention résident
principalement dans les normes de
construction et de protection ainsi que
dans un dispositif d?alerte qui s?appuie
notamment sur Météo France. Quant
aux autres risques, notamment des
risques naturels liés, entre autres, au
changement climatique, l?information
du public et la formation des acteurs,
mais aussi les normes de construction
ou d?aménagement, qu?il s?agisse des
bâtiments ou des infrastructures, sont
aussi des leviers pour la prévention des
risques.
S?y ajoute, dans les territoires où les
risques sont les plus élevés, le plan de
prévention des risques naturels (PPRN).
Le PPRN, élaboré sous l?autorité du
préfet ou de la préfète en concertation
avec les collectivités locales et adopté
après enquête publique, délimite les
zones exposées de manière directe
ou indirecte à un risque. En tant que
document de planification, il réglemente
l?utilisation des sols en fonction des
risques naturels prévisibles auxquels ils
sont exposés, de l?interdiction de toute
construction à la possibilité de construire
sous condition, en passant par des
mesures de prévention, de protection ou
de sauvegarde. Le PPRN constitue une
« servitude d?utilité publique » accessible
sur le portail GEORISQUE et s?impose
à tous les acteurs (État, collectivités,
entreprises ou organismes gestionnaires
d?infrastructures, particuliers) et à tous
les types de projets, entre autres pour la
délivrance d?un permis de construire. Une
fois approuvé par le préfet ou la préfète,
il est annexé au plan Local d?Urbanisme
(PLU) en tant que servitude d?utilité
publique.
Le PPRN peut être décliné par nature de
risque, avec notamment des déclinaisons
pour les risques inondation (PPRI), le cas
échéant à l?échelle du bassin hydraulique
(PGRI), et le risque incendie de forêt
(PPRIF). Il peut aussi adopter une
approche territoriale multirisques : outre
le PGRI déjà évoqué, à la fois thématique
et territorialisé, il s?agit pour l?essentiel
du plan de prévention des risques
littoraux (PPRL), qui vise les risques de
type inondation par submersion marine,
avancée dunaire ainsi que recul du trait
de côte et de falaise.
Début 2024, 14 448 communes étaient
concernées par un PPRN, soit 43 %
des communes, dont plus de 12 700
avec un PPR validé et donc opposable
(prescriptions d?urbanisme).
Selon le rapport L?assurabilité des
biens des collectivités locales et
de leur groupement : état des lieux
et perspectives, « la couverture de
l?ensemble des territoires par des
PPR n?est pas un objectif des acteurs
de la prévention des risques. Il n?est
pas souhaitable (pour être efficace, la
prévention doit prioriser les enjeux et
les aléas) et ne serait pas réalisable
au regard des moyens dont disposent
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les services de l?État et des
collectivités locales »135.
Même en l?absence de PPRN, le Plan
Local d?urbanisme (PLU) peut définir
les zones à risque et des règles
spécifiques à respecter. Le code
de l?urbanisme, dans son article
L110, pose la prévention des risques
naturels et technologiques dans
les principes à prendre en compte.
L?article L122-1 impose aux Schémas
de cohérence territoriale (SCOT)
la prise en compte de la prévention
des risques dans leur élaboration.
Pour conduire leurs politiques
d?adaptation au changement
climatique et de prévention des
risques, les collectivités locales
peuvent bénéficier des services
de la mission adaptation136, prévue
par la mesure 25 du PNACC 3. La
mission adaptation met en relation
les collectivités territoriales avec
les services de l?État (cf. partie
III B2) afin que ceux-ci puissent
déployer l?ingénierie publique sur
le terrain. Plusieurs opérateurs y
travaillent déjà, afin d?accompagner
les collectivités dans leur stratégie
d?adaptation précédée des études
des risques et analyses ciblées de
vulnérabilité. L?un des items de la
mission s?intitule ainsi « Continuité
de service ? services de transport
et infrastructures résilientes ».
Le plan climat-air-énergie territorial
(PCAET)137 doit permettre aux
collectivités de s?adapter au
changement climatique. Créé par la
loi relative à la transition énergétique
135? Rapport L?assurabilité des biens des collectivités locales et de leur groupement : état des lieux
et perspectives, rapporté par Alain Chrétien et Jean-Yves Dagès (avril 2024), p. 39.
136? Ministère de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche,
Mission adaptation : le service commun d?accueil et d?orientation des collectivités sur
l?adaptation au changement climatique, mai 2025.
137? CEREMA, Le plan climat-air-énergie territorial (PCAET), 5 mars 2025.
pour la croissance verte (TECV)
en 2015, le PCAET a pour objectif
la définition et la coordination
des actions locales dans
l?adaptation face au changement
climatique. Il est obligatoire pour
les établissements publics de
coopération intercommunale (EPCI)
de plus de 20 000 habitants. Des
PCAET volontaires peuvent aussi
être mis en place.
Des initiatives et actions de
divers ordres sont effectivement
engagées par des collectivités
territoriales. A titre d?illustration,
la région Alpes-Côte d?Azur, entre
autres, a engagé une démarche en
ce sens : « La région Provence-
Alpes-Côte d?Azur est ce que l?on
appelle un « point chaud » des
risques climatiques : menacée
par l?érosion du trait de côte et
les submersions marines, sujette
aux canicules et aux incendies,
aux mouvements de terrain et
aux pluies intenses, elle est en
première ligne. C?est pourquoi la
région a engagé une démarche
inédite pour évaluer la vulnérabilité
de toutes ses infrastructures
de transports : routes, voies
ferrées, maritimes, aériennes.
Cette démarche associe la région,
l?Etat, les gestionnaires de tous les
réseaux et services de transports
concernés. Objectif : identifier les
réseaux critiques et élaborer une
démarche d?adaptation commune
et multi-partenariale. Pour ce
faire, la région s?est appuyée sur
la méthode pilote développée par
61
le CEREMA, l?Approche systémique
de l?adaptation des infrastructures de
138? Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique : Les infrastructures de transport
à l?épreuve du changement climatique, « La région PACA, chef de file d?une démarche partenariale unique
en France ».
139? Un glossaire issu des travaux du GIEC et du HCC figure en annexe.
140? Résumé exécutif | OCDE
141? Assurer la résilience des infrastructures face aux catastrophes naturelles est une priorité mondiale | OCDE
142? Le paquet fit for 55 de l?Union européenne définit la mise en oeuvre de la loi européenne sur le climat
dans l?objectif de réduire d?au moins 55 % les émissions nettes de l?UE en 2030 par rapport à 1990.
143? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
transport (ASAIT). Le diagnostic est en
cours »138.
B. Une adaptation à poursuivre et à amplifier
Pour le CESE, si des stratégies et des
mesures d?adaptation ont commencé
d?être mises en oeuvre par l?Etat, par
les collectivités territoriales et les
gestionnaires d?infrastructures pour
anticiper et prévenir les risques face
au dérèglement climatique pour les
infrastructures, elles restent insuffisantes
à ce stade, comme cela est relevé par le
HCC et des organismes auditionnés.
1. Des actions et mesures encore
insuffisantes
L?adaptation des infrastructures
constitue, selon le BRGM auditionné dans
le cadre du présent avis, leur capacité
à réduire les risques climatiques139.
Pour l?OCDE, les infrastructures
durables et résilientes sont conçues et
construites, d?une part pour résister aux
catastrophes et aux perturbations, telles
que les phénomènes météorologiques
extrêmes ou les défis socio-économiques,
et, d?autre part, pour s?en remettre
(résilience). Toujours selon l?OCDE,
« la résilience des infrastructures aux
catastrophes naturelles apparaît comme
une priorité mondiale. Cela passe
par le renforcement des capacités
de prévention, de réaction et de
reconstruction des gouvernements,
du secteur privé et de la société
civile »140. « En l?absence de capacités
efficaces de prévention, de réaction
et de reconstruction, [les événements
climatiques] peuvent causer des
dommages importants aux actifs
existants et avoir un impact sur les vies
humaines, affectant profondément
l?économie et la société »141.
Toutefois, au niveau européen,
les décisions ne progressent pas
rapidement ; le cadre de l?adaptation
est encore en cours de mise en place
et le recul sur le green deal n?est pas
rassurant.
Au niveau national, les démarches ne
semblent pas non plus suffisamment
ambitieuses. La France tarde à s?aligner
sur la stratégie d?atténuation définie au
niveau européen (fit for 55142) : défaut
de mesures concrètes et de sources de
financement dédiées.
Le HCC souligne par ailleurs que, si une
approche générale est à l?oeuvre, couvrant
plusieurs secteurs et s?appuyant sur de
nombreuses stratégies, sa portée reste
insuffisante faute de mise en cohérence
entre les différentes stratégies et faute
de suivi et d?évaluation143.
Le BRGM souligne que le HCC, dans
son avis sur le PNACC 3, juge que le
déficit d?adaptation se creuse « alors
que le climat se réchauffe vite, les
financements et la gouvernance mettent
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
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du temps à se mettre en place
et commencent à entraîner des
conséquences économiques,
humaines et pour la biodiversité
assez massives » 144. Toujours
selon le BRGM, la France a la
capacité de s?adapter, toutefois
50 Md¤ d?investissements publics
annuels (selon les estimations
de I4CE reprises dans nombre
de documents) ne prennent
pas suffisamment en compte le
changement climatique. Même si
ces estimations vont au-delà des
seules infrastructures, celles-ci ne
sont pas alignées avec la trajectoire
d?adaptation et d?atténuation.
Elles nécessiteront de ce fait des
financements supplémentaires,
estimés selon certains acteurs à
environ 60 Md¤, cette estimation
dépassant là aussi largement le
champ des infrastructures.
Lacune plus préoccupante, aucune
étude sur les coûts agrégés des
besoins d?adaptation ni du coût
des dommages occasionnés par
un réchauffement futur à +4°C
n?est conduite à date. Seules des
estimations sectorielles sont
produites.
À un horizon plus proche (2055-
2064), France Stratégie prévoit, en
raison du défaut d?adaptation, une
baisse du PIB en France de 1,5 %, soit
une perte de 39 Md¤ (en 2023)145.
Les politiques nationales
d?adaptation au changement
climatique, tous secteurs d?activités
144? Audition du BRGM.
145? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
146? En France, les politiques climatiques sont portées par la Stratégie Française pour l?Énergie
et le Climat qui comprend trois principaux programmes : la stratégie nationale bas carbone
(SNBC), la programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE) et le plan national d?adaptation
au changement climatique (PNACC)
147? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
148? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
confondus, ne sont ainsi pas à la
hauteur des enjeux. De même,
les deux premiers plans français
d?adaptation (en 2011 puis en 2018)
manquaient de précision quant
aux objectifs et de moyens pour
leur mise en oeuvre. La Cour des
comptes considère ainsi que « ce
plan comporte de nombreuses
lacunes, notamment en termes
d?ambitions ou de lien entre l?action
de l?État et les collectivités, ainsi
que d?opérationnalisation » 146. Or,
62 % de la population française sont
exposés de manière forte ou très
forte aux risques climatiques147.
Face à l?urgence, il semble que
les actions soient plus réactives
que proactives. Ainsi, le budget
consacré à la sécurité civile n?a été
structurellement augmenté qu?après
les incendies de Gironde et des
Landes, à l?été 2022, conséquence
selon le HCC d?un changement
climatique pourtant attendu148.
Au niveau territorial, le CEREMA,
auditionné, considère que, face
à l?enjeu majeur du changement
climatique, les collectivités doivent
repenser tous les aspects de
leurs territoires ? bâtiments,
infrastructures, environnement,
mobilités ? pour garantir et
pérenniser les services face aux
risques et préserver la qualité de
vie. Ainsi, la résilience du territoire
est indissociable de celle de
l?infrastructure.
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
63
LES INFRASTRUCTURES EN ZONES DE MONTAGNE
FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE149
La France occupe le 2ème rang mondial du tourisme hivernal.
Le chiffre d?affaires annuel des remontées mécaniques est de 1,6 Md¤
et les nuitées touristiques en montagne représentent 22,4 % des nuitées
totales en France.
Toutefois, le secteur est depuis les années 2000 durement affecté par
le changement climatique. Dans les Alpes et les Pyrénées françaises, la
température a augmenté de +2°C au cours du 20e siècle, contre +1,4 °C
dans le reste de la France. Dans les Alpes, les glaciers ont perdu 70 %
de leur volume depuis 1850, dont 10 à 20 % depuis 1980. Dans les
Pyrénées, le glacier d?Ossoue a perdu 64 % de sa surface entre 1924
et 2019. Sauf ceux à très haute altitude, les glaciers vont disparaître en
France.
Les conséquences sont nombreuses et dangereuses pour les
populations avoisinantes : effondrements glaciaires, formation de poches
d?eau, fragilisation de parois rocheuses, écroulements, etc.
Ce phénomène est irréversible et va s?aggraver à moyen terme, avec des
conséquences plus marquées sur les conditions d?enneigement et sur les
risques d?origine glaciaire et périglaciaire.
Toutes les stations de montagne seront, à des degrés divers, touchées
d?ici à 2050. Celles au sud du massif des Alpes seront plus rapidement
touchées que les autres. Pour autant, les politiques d?adaptation ne
sont toujours pas au rendez-vous. La production de neige artificielle,
outre qu?elle ne représente qu?une solution de court terme, ne fait
pas l?objet d?évaluations suffisamment robustes quant à son impact
sur le prélèvement en eau ni sur l?utilisation supplémentaire d?énergie
générant davantage de GES. Les actions de diversification des activités
en montagne, dispersées, semblent par ailleurs, souffrir d?un défaut de
coordination ce qui obère toute projet d?envergure.
Pour la Cour des comptes, de véritables plans d?adaptation au
changement climatique, opposables aux financeurs publics, doivent
être mis en place par les collectivités territoriales. Ces plans doivent
repenser l?avenir des stations de montagne en se structurant en projets
de territoires autour d?un tourisme « quatre saisons » fédérant tous
les acteurs concernés. Cela est d?autant plus important que près de
200 installations inutilisées et non démontées sont recensées au niveau
national.
149? Le rapport public annuel 2024, synthèses et La montagne, en première ligne face au réchauffement
climatique | Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-syntheses-RPA-2024.pdf
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne
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Il s?agit de sortir de l?hyper-dépendance au ski, de la spécialisation sur
un lieu (la station) et une période (l?hiver), pour développer des territoires
de vie attractifs à l?année. Chaque station devrait diversifier son offre
touristique (activités de pleine nature, valorisation des patrimoines
naturel et culturel, festivals...), à une échelle géographique plus grande,
voire réinterroger sa pertinence.
Les enjeux économiques pour le secteur sont importants ; le chiffrage
des premières mesures d?adaptation au changement climatique dans
les stations est estimé à près de 92 M¤ par an. La Cour des comptes
recommande de mettre en place, en mobilisant le produit de la taxe
sur les remontées mécaniques, un fonds d?adaptation au changement
climatique pour financer la diversification et la déconstruction des
installations obsolètes ou devenues inutiles.
150? Une liste de notions clés pour analyser l?adaptation au changement climatique figure en annexe.
151? download Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes - UNDRR
152? Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique, 7 août 2023.
2. Le problème de
la « maladaptation »
Les stratégies d?adaptation renvoient
à un ensemble de concepts essentiels
tels que les incertitudes, les risques,
les vulnérabilités, les effets et les
impacts. Il faut distinguer les effets
certains, imputables au réchauffement
climatique, du risque accru
d?épisodes météorologiques extrêmes
caractérisés par leur fréquence et/ou
par leur plus forte intensité150.
La résilience des infrastructures est
généralement considérée comme
concernant les phases de la gestion
des perturbations : prévenir, absorber,
récupérer et se transformer à la suite
de perturbations causées par un
aléa, de manière rapide et efficace151.
L?adaptation est ainsi une approche de
long terme, planificatrice, qui dépasse
la seule gestion des crises. En miroir,
la maladaptation consiste à mettre en
place une réponse d?adaptation mais
sans penser ses impacts qui peuvent
alors renforcer le changement
climatique ou encore reporter les
vulnérabilités et l?exposition, soit sur
d?autres territoires, soit sur d?autres
groupes sociaux, soit sur d?autres
secteurs.
Selon le ministère de la Transition
écologique, de la Biodiversité, de la
Forêt, de la Mer et de la Pêche152, la
« maladaptation est une action qui
conduit à augmenter la vulnérabilité
au changement climatique au lieu de
la réduire. Elle est une conséquence
involontaire ».
L?introduction du PNACC 3 appelle
à « (?) éviter la maladaptation qui
aurait un coût insupportable pour
notre société, en tenant compte
de la diversité des situations
entre territoires ». L?action 5 de la
mesure 22 du PNACC 3 (Mettre
à la disposition des collectivités
les informations nécessaires pour
adapter leur territoire au changement
climatique) consiste en la publication
d?un guide sur la maladaptation
à destination des collectivités
territoriales. Ce guide devrait paraître
en 2025.
https://www.undrr.org/media/78699/download?startDownload=20250711
65
IV. Des coûts considérables à prévoir et une prise en
compte insuffisante de problématiques importantes
A. Une augmentation considérable des coûts à prévoir
d?ici à 2050, des options de financement diverses à envisager,
mais aussi des opportunités économiques
153? CESE avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2022).
154? Carbone 4, Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone et l?adaptation au changement
climatique de la France, (2021).
155? Cf. ONERC : Changement climatique. Coûts des impacts et pistes d?adaptation (2009), La Documentation
française, qui traite des effets des aléas d?inondation et de canicule sur le seul réseau routier national ;
Cerema, Vulnérabilités et risques. Les infrastructures de transport face au climat, collection Connaissance
(2019), qui est un guide d?analyse des vulnérabilités des vulnérabilités des infrastructures de transport
au changement climatique ; CGDD, Indisponibilité d?une infrastructure de transports. Mesurer et réduire
les coûts (2017), coll « Téma Analyse ? Transport », qui élabore une méthode d?évaluation des coûts liés
à l?indisponibilité de ces infrastructures.
156? Ce point s?appuie sur l?étude de Carbone 4 Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone
et l?adaptation au changement climatique de la France (2021), sur l?étude de France Stratégie « Risques
climatiques, réseaux et interdépendances : le temps d?agir », Rais Assa C., Faure A. et Gérardin M. (2022) et
sur le document de travail de France stratégie Coût de l?inaction face au changement climatique en France :
que sait-on ?, d?Adrien Delahais et Alice Robinet (mars 2023).
Le CESE note que, à dire d?experts
et au regard des interventions des
personnalités et organismes entendus,
l?accroissement des coûts d?adaptation
des infrastructures liés au changement
climatique, qui a commencé et se
poursuivra, mérite d?être mieux
appréhendé et suivi (cf. préconisations
axe 1).
1. Une augmentation considérable
des coûts de prévention et d?adaptation
à anticiper
La difficulté de se livrer à des exercices
de projection de coût de la sinistralité
à horizon 2050 est relevée par le
Haut-Commissariat à la Stratégie et
au Plan dans le rapport Repenser la
mutualisation des risques climatiques,
de juin 2025. Toutefois, comme le
rappelle le CESE dans l?avis Face au
changement climatique, accélérer une
adaptation systémique et juste, du fait de
l?inertie du système climatique terrestre,
« le climat des 20 prochaines années
dépendra assez peu des émissions
actuelles et à venir »153. En effet, si les
différents scénarios climatiques issus
des rapports du GIEC ou des travaux du
HCC divergent nettement après 2050, ils
restent relativement proches d?ici cette
date154.
Après de premiers apports exploratoires
ou portant sur certains aspects du
sujet155, plusieurs travaux récents
d?expertise ont ainsi visé à mieux
appréhender à cette échéance de 2050
les risques et les coûts résultant des
effets du changement climatique sur les
infrastructures et les réseaux156.
Fin 2021, Carbone 4, outre une
revue de littérature des effets du
changement climatique sur différents
types d?infrastructures et de réseaux,
a tenté dans la même étude d?évaluer
« le coût de l?inaction » via les
investissements nécessaires pour
remettre en état les ouvrages d?art à la
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suite des conséquences prévues
du changement climatique à
l?horizon 2050. Ce travail vise
à produire un premier ordre de
grandeur des coûts résultant
du changement climatique et
des dépenses nécessaires pour
y adapter les infrastructures
étudiées. « En d?autres termes,
cette étude propose une première
estimation du coût d?investissement
additionnel pour 1. Réparer et 2.
Se préparer à la multiplication et à
l?intensification des impacts induits
par les aléas climatiques en France
à l?horizon 2050 »157.
Par ailleurs, un travail de France
Stratégie publié en 2022 traite
des risques physiques subis
par les réseaux de transport
terrestre, d?électricité et de
télécommunications et note
l?importance de tenir compte des
liens de dépendance entre eux.
S?agissant du réseau routier,
d?après Carbone 4, qui généralise
à l?ensemble du réseau routier
français les résultats d?une analyse
de cycle de vie conduite sur un
cas type de route individuelle,
l?impact sur l?entretien des routes
de la fréquence et de l?intensité
des vagues de chaleur (notamment
ramollissement de l?asphalte et
orniérage) est estimé à 22 Md¤ en
cumulé sur la période 2035-2050158,
soit une augmentation moyenne de
1,5 Md¤ par an sur la période. Cela
représenterait une augmentation de
10 % du budget total annuel alloué à
157? Carbone 4 Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone et l?adaptation
au changement climatique de la France, op.cit.
158? Carbone 4, Le rôle des infrastructures, op. cit. p. 63.
159? Document de travail de France Stratégie, op. cit. p. 51.
160? Pont nécessitant des réparations des travaux de réparation (niveau 3) ou ponts gravement
altérés (niveau 4) selon l?Observatoire National de la Route (ONR), v. Rapport Carbone 4 p. 63.
la rénovation des routes en France
(8 Md¤ en 2016)159.
Quant aux ponts routiers, sur la
base de l?échantillon sélectionné
(Pont Maréchal Juin à Lyon),
l?analyse de risque conduite
par Carbone 4 indique que
« les infrastructures de type
« pont routier » ne sont pas, de
façon intrinsèque, menacées
par le changement climatique
à l?horizon 2050. Toutefois, au
regard de l?intensification et de la
multiplication de certains aléas
climatiques, comme l?augmentation
des pluies intenses entrainant
des inondations ou glissements
de terrain, les infrastructures en
mauvais état structurel sont et
seront de plus en plus à risque.
Ainsi, l?étude a porté sur des
investissements préventifs à
réaliser pour remettre les ponts
les plus à risque en bon état ».
Le rapport « Sécurité des Ponts :
éviter un drame » réalisé pour le
Sénat en 2019 permet d?évaluer le
nombre de ponts départementaux
en mauvais état structurel à plus de
19 000160.
Concernant le réseau
ferroviaire, France Stratégie
note qu?inondations et risques de
ruissellement menacent de manière
importante l?intégrité structurelle
des rails à l?horizon 2050, que
le changement climatique peut
exposer rails et caténaires à des
risques de déformation sous l?effet
de la chaleur et les installations
67
de traction électrique au risque de
surchauffe et d?incendie durant les
épisodes de canicule. Ces divers aléas
pourraient entraîner des réductions,
voire des limitations de trafic. Ces
analyses corroborent les informations
partagées par SNCF réseau en audition
(cf chapitreII-B).
L?exposition des tunnels ferroviaires aux
inondations, aux glissements de terrain
et au retrait gonflement des argiles est
à prendre en compte. Selon Carbone 4,
« le cumul des investissements curatifs
additionnels engendrés uniquement
par les impacts d?inondation et de
ruissellement atteindrait 200 M¤
entre 2030 et 2050 pour les voies
ferroviaires (soit plus de 13 M¤ par
an) et de 150 M¤ pour les tunnels
ferroviaires (soit autour de 5 M¤
par an). Ces sommes peuvent être
comparées avec les dommages actuels
induits par l?aléa inondation (entre 1 et
2 M¤ par an) et sont à ajouter au budget
annuel moyen investi par SNCF Réseau
pour entretenir et renouveler son réseau
(2,9 Md¤ par an) »161.
Pour les aéroports, Carbone 4 prend
en compte l?impossibilité pour certains
avions de décoller en cas de vague de
chaleur et évalue (par estimation du
nombre de demi-journées où la chaleur
extrême empêche le décollage) à environ
100 M¤ à l?horizon 2050 les pertes liées
à l?excédent brut d?exploitation, soit plus
de 3 M¤ en moyenne.
En matière de réseaux d?électricité,
France Stratégie pointe les risques
suivants :
Î Surchauffe et incendie pour
les composants électriques et
électroniques du réseau ;
161? France Stratégie, document de travail n° 2023-01, op. cit. p. 52.
162? France Stratégie, document de travail n°2023-01, op. cit. p. 52.
Î Interruption du transport
d?électricité selon la température de
dimensionnement des câbles ;
Î Endommagement des réseaux de
transport et de distribution d?électricité
(câbles, pylônes, lignes) par les
inondations ou vents violents.
Carbone 4 estime l?investissement
curatif induit par l?intensification et
la multiplication des évènements
climatiques extrêmes à 1,7 Md¤ à
l?horizon 2050, soit 56 M¤ en moyenne
par an. France Stratégie observe
que ce résultat peut être comparé à
l?enveloppe des 8 Md¤ demandée par
RTE pour renouveler les ouvrages les
plus anciens de son réseau à l?horizon
2025, indépendamment des enjeux du
réchauffement climatique162. Carbone 4
conclut ainsi son étude : « concernant
l?adaptation du parc d?infrastructures
existant, des montants proches de
25 Md¤ pour les investissements
préventifs et de 25 Md¤ pour les
investissements curatifs pourraient être
nécessaires en cumulé d?ici 2050 dans
le scénario pessimiste (mais tendanciel)
d?évolution de nos émissions de GES,
pour adapter nos routes, nos ponts
routiers, nos tunnels, voies ferroviaires,
ports, aéroports, réseaux d?eau, stations
de traitement d?eau potable et autres
infrastructures de l?eau et enfin, notre
réseau électrique. Un ordre de grandeur
de 1,5 à 2 Md¤ par an de besoin
d?investissement est donc à garder en
tête pour anticiper et/ou réparer les
dégâts causés par la dérive climatique
sur les infrastructures ».
L?étude de Carbone 4 note que les
résultats de ce travail exploratoire,
à interpréter comme des ordres
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de grandeur163, devraient être
complétés par des analyses
approfondies et plus proches
du terrain. « Progresser sur ces
questions nécessiterait de passer
par le renforcement des capacités
d?organisation comme le CEREMA
ou le BRGM, ce qui donnerait accès
à une connaissance plus précise
pour mobiliser l?action publique
et accompagner la transition des
territoires vers des systèmes
davantage résilients ».
La FNTP estime sur ces bases
« à près de 4,5 Md¤ les
investissements additionnels
nécessaires par an entre 2021
et 2050 sur l?adaptation des
infrastructures pour faire face au
besoin 164».
Pour les réseaux d?eau, les
investissements à engager sont
aussi, et à plus courte échéance,
importants : la fédération
professionnelle des entreprises de
l?eau (FP2E) estime le retard pour
les réseaux d?eau potable entre 15
et 17 Md¤ sur les cinq prochaines
années pour entretenir et renouveler
les canalisations, interconnecter
les systèmes (sécurisation face au
stress hydrique), mettre aux normes
les usines de traitement, garantir
la qualité des eaux (rejets dans le
milieu, stations d?épuration) et faire
face au changement climatique.
Cela suppose de passer d?un budget
annuel de 6 Md¤ à 8 Md¤ porté par
les collectivités pour l?eau potable
et l?assainissement. Le réseau
163? V. étude de Carbone 4, p. 61 et 72, l?étude précisant que ces résultats ont été construits
sur la base d?un échantillon, par définition non représentatif de la diversité des ouvrages en
France, notamment du point de vue de leur exposition, et extrapolés à l?ensemble du territoire
métropolitain.
164? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP, le 18/06/25 (source Carbone4).
165? CESE, audition de la FP2E Pour l?avis Comment favoriser une gestion durable de l?eau (2023),
p. 85.
d?assainissement, construit dans les
années 1970/1980, devra aussi être
rénové, d?autant qu?il arrive déjà à
saturation165.
L?augmentation considérable
des coûts de prévention et
d?adaptation des infrastructures
doit pour le CESE être anticipée
et nécessitera, on le verra infra,
un travail de priorisation intégrant
approche systémique et logique
de solidarité, ne serait-ce que
pour échelonner dans le temps les
travaux.
2. Des options de financement
diverses
Le rapport Ambition France
Transports de juillet 2025 identifie
plusieurs leviers de financement
dont il préconise la mobilisation
pour financer les priorités
d?investissement des infrastructures
de transport. Il met notamment en
avant pour leur rénovation et leur
modernisation les leviers suivants :
Î L?usage du levier de la tarification
des usagers et des clients et
l?optimisation des dépenses :
maintien des péages autoroutiers,
hausse différenciée des tarifs des
transports collectifs, la part payée
par l?usager, passée en moyenne
dans les transports en commun
urbains de 75 % en 1975 à 28 %
en 2022, étant jugée insuffisante,
efficience accrue des transports
publics ;
69
Î La réallocation d?une part de la
fiscalité existante prélevée sur les
transports vers ce secteur, la création
de ressources nouvelles et davantage
d?autonomie fiscale aux collectivités ;
Î La mobilisation d?une part substantielle
des péages autoroutiers à l?issue des
concessions historiques pour financer
les infrastructures de transport ;
Î La mobilisation du financement privé
lorsque cela est pertinent.
Le CESE souligne la nécessité de
mesures législatives pour certaines de
ces sources de financement.
Le rapport Ambition France Transports
considère que, dans un contexte des
finances publiques « qui nécessite de
réduire progressivement le déficit et la
dette publics, le besoin d?un surcroît de
financement dans les infrastructures
implique de mobiliser d?abord, autant que
possible, les leviers de la performance et
de la contribution des usagers et clients.
Toutefois, ces leviers ne permettront
pas de générer suffisamment de
ressources pour faire face aux besoins
d?investissements supplémentaires. ( )
Il sera donc nécessaire de mobiliser
également des ressources fiscales,
soit nouvelles, soit via la réallocation
de ressources existantes affectées
aujourd?hui au budget général de l?Etat
vers les transports, (ce qui suppose) une
priorisation des transports par rapport
à d?autres politiques publiques dans le
choix politiques de la Nation ».
Le rapport fait état dans ce cadre des
ressources existantes prélevées sur les
transports et réallouées depuis le budget
général, telle que la Taxe de solidarité sur
les billets d?avion (TSBA), qui génère un
produit d?environ 1,2 Md¤, dont 270 M¤
sont affectés à l?AFITF. Cette Conférence
propose qu?une partie accrue de ces
recettes prélevées actuellement sur
le transport aérien soit affectée aux
transports pour favoriser les alternatives
à l?avion moins émettrices de GES. Elle
propose par ailleurs la mise en place d?un
« mécanisme permettant de lever une
dette spécifique pour résorber la dette
grise du réseau routier national non
concédé, qui serait remboursée à partir
de 2032 par une partie des excédents
dégagés par les autoroutes à l?issue des
concessions historiques ».
Les ateliers d?Ambition France Transports
ont proposé par ailleurs de mobiliser
diverses ressources fiscales nouvelle,
présentées ci-après, pour financer
des priorités d?investissement dans les
transports :
Les recettes issues des ventes de quotas
de l?actuel système d?échange de quotas
d?émissions de l?UE, dit ETS 1 (« European
Trading Scheme ») sont une source de
ressources supplémentaires potentielles.
Les recettes de ces quotas carbone
revenant à la France augmenteront en
2026 et 2027 avec la suppression des
quotas gratuits alloués à l?aérien et au
maritime et la réduction du volume de
quotas mis dans la réserve de stabilité de
marché (MSR). Mais, à partir de 2028,
une part de ces recettes pourrait être
affectée aux ressources propres de l?UE.
La mise en place au niveau européen
d?un nouvel ETS, dit ETS 2 sur les
secteurs des transports et des bâtiments
générerait des recettes supplémentaires
issues de la vente des quotas. Mais
une part importante devra, pour leur
acceptabilité, être consacrée à des
dispositifs d?accompagnement des
ménages ou entreprises (via une baisse
de fiscalité par exemple).
Le rapport fait aussi des propositions de
« recours accrus à des financements
d?investisseurs privés, notamment
pour des projets de modernisation et
de développement du réseau ferré ou
d?infrastructures de fret ferroviaire.
( ) Ces investissements constituent
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des préfinancements qui seront
par la suite remboursés, soit
par les autorités publiques sous
forme de dépenses publiques
supplémentaires (via des loyers),
soit par les usagers (via) des
péages ». Il précise que « Le
recours à l?investissement privé
(doit) être envisagé à l?aune de son
coût global final pour l?usager et le
contribuable »166.
Le CESE, dans des avis récents,
a traité de la question des modes
de financement envisageables
pour la transition écologique et
appelé de ses voeux, notamment
depuis l?augmentation notable de
l?épargne des ménages en 2020, à
une meilleure canalisation de cette
épargne vers les investissements
d?innovation et durable167 et formulé
plusieurs préconisations en ce
sens qui pourraient s?appliquer
aux investissements dans
l?adaptation des infrastructures.
L?avis Financer notre stratégie
énergie-climat : donnons-nous
les moyens d?agir (2023) formule
ainsi les préconisations suivantes
pour le financement de la stratégie
française énergie climat (SFEC), et
notamment pour le financement de
l?adaptation des infrastructures au
changement climatique, qui est l?une
des aspects de la SFEC :
Î Utiliser une part de
l?investissement dans les
infrastructures pour faciliter le
financement des projets favorables
à la transition climatique ;
166? Rapport Ambition France Transports (juin 2025). Des éléments plus détaillés du rapport
portant sur les modes de financements possibles des investissements dans les infrastructures
de transports figurent infra dans la partie relative aux préconisations.
167? CESE, avis Le financement des investissements nécessaires pour l?avenir :
enjeux et déclinaison (2021).
168? CESE, avis Financer notre stratégie énergie-climat : donnons-nous les moyens d?agir (2023).
Î Mieux mobiliser l?épargne des
ménages en mobilisant le Livret
de développement durable et
solidaire pour le dédier à la
transition écologique ;
Î Agir sur le plan européen pour
une dynamique d?investissement
pour la transition écologique, en
proposant la mise en place d?un
Pacte européen et d?un fonds
européen pour la transition
écologique sur la base d?un
emprunt communautaire ;
Î Proposer des taux d?intérêt
différenciés favorables aux
investissements verts via la Banque
centrale européenne pour que
la politique monétaire contribue
davantage à la transition.
La partie relative aux préconisations
de cet avant-projet d?avis revient
de manière plus approfondie
sur certaines de ces pistes de
financement des infrastructures168.
Une autre piste pourrait consister à
développer des partenariats publics
privés équilibrés.
3. Des opportunités économiques
pour la France et l?Europe
L?adaptation des réseaux
d?infrastructures au changement
climatique et les investissements
nécessaires pour favoriser la
réduction des émissions de gaz à
effet de serre, s?ils représentent
des investissements et des coûts
considérables, sont aussi un enjeu
économique important et une
71
opportunité pour un développement
durable et pour le maintien de l?emploi.
Il convient par ailleurs de nuancer ces
coûts au regard de ceux qui résulteraient
des conséquences de l?inaction, comme
on le verra dans la partie suivante.
La qualité des infrastructures, par
exemple en matière de transports,
contribue à l?attractivité de notre
pays, entre autres aux yeux des chefs
d?entreprises, des touristes, mais aussi de
l?ensemble de la population, en améliorant
sa qualité de vie et la cohésion entre les
territoires, notamment via la mobilité.
Oublier l?adaptation dans les décisions
d?investissement portant sur les grands
programmes et projets d?infrastructures
aurait des incidences néfastes et
coûteuses pour l?économie et pour
la population, avec des interactions
importantes entre les secteurs. Ainsi,
concevoir des infrastructures de
transport inadaptées pour résister face
à de futurs évènements climatiques
fragiliserait, au-delà du seul secteur
concerné, des chaînes logistiques
nécessaires au fonctionnement de
l?économie, comme le note I4CE169. Il en
irait de même, par exemple, s?agissant
des infrastructures énergétiques.
En termes d?innovation, les
infrastructures doivent bénéficier de
technologies nouvelles pour renforcer
leur résilience et leur adaptation au
changement climatique. Cela peut être
une voie pour stimuler la recherche
et développement en lien avec les
entreprises du secteur.
169? I4CE, Billet d?analyse « Au moins 50 Mds¤ par an d?investissements publics à adapter »,
Dr Vivian Depoues et Guillaume Dolques, 2022.
170? CESSE, avis L?impact des infrastructures de réseaux dans l?économie (2020), pp. 34 à 36..
171? I4CE, Billet d?analyse « Au moins 50 Mds¤ par an d?investissements publics à adapter », op. cit..
La différence entre les 50 Md¤ /an d?investissements publics évoqués par le titre et les 20 Md¤
concernant ceux en infrastructures sont notamment constitués par des investissements publics
dans la rénovation énergétique des logements privés, l?acquisition/construction/rénovation du parc
des bâtiments de l?Etat, les programmes Action coeur de ville et Nouveau Programme national de
Renouvellement Urbain (NPNRU), ainsi que dans la construction neuve ou l?entretien des logements sociaux.
Au regard de l?emploi, du dynamisme
économique et de la croissance, tout au
long de leur cycle de vie, de la conception
à la construction, jusqu?à la gestion et
à l?entretien, les infrastructures sont
sources d?emploi pour les entreprises
et les services publics170 et sont sources
de compétences non-délocalisables
au bénéfice de leurs territoires
d?implantation.
Une note d?I4CE de 2022 étudie les
grands programmes d?investissements
publics « qui pourraient être très
directement concernés par les
conséquences du changement
climatique sans que l?on sache
exactement si ces conséquences sont
bien anticipées ». Parmi les 50 Md¤
par an d?investissements évoqués,
20 Md¤ environ par an concernent des
programmes d?infrastructures (dont
13 Md¤ pour la modernisation des
réseaux de transports financés par l?État,
les collectivités territoriales, l?Union
européenne, SNCF Réseau ou la Société
du Grand Paris, et 6,8 Md¤ de dépenses
d?investissements prévues dans les
réseaux électriques, portés par RTE et
Enedis)171.
M. Alain Grizaud notait que le secteur
des travaux publics représente
8 000 entreprises sur le territoire
national, qui totalisent plus de
300 000 salariés, 326 000 en comptant
les intérimaires, et un chiffre d?affaires
de 114 Md¤, dont 50 Md¤ en France
métropolitaine, avec la répartition
suivante de son activité par grands types
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de clients : 40,5 % collectivités
locales, 33,9 % pour le secteur
public, 21 % grands opérateurs,
2,7 % État, 1,9 % concessionnaires
et contrats de partenariat172. La part
des infrastructures dans ce secteur
est conséquent comme présenté
supra en chapitre I-B.
Mais, au-delà du seul BTP, notre
pays dispose de grands groupes et
d?acteurs publics et privés figurant
parmi les leaders européens et
mondiaux dans le secteur des
infrastructures énergétiques,
de transports et de génie civil. Il
172? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP.
173? CESE, avis La transition énergétique dans les transports (2013).
possède par ailleurs, grâce à une
culture d?ingénieurs développée
et une main d?oeuvre qualifiée,
une capacité de recherche et
d?innovation importante. Comme le
note l?avis La transition énergétique
dans les transports173, le défi de
l?adaptation climatique doit être
saisi comme une opportunité pour
faire de la France, si possible
en coopération avec d?autres
pays européens, un champion
économique et industriel de
l?adaptation des infrastructures au
changement climatique.
B. Une prise en compte insuffisante de problématiques
importantes
1. Une approche trop sectorielle
et insuffisamment systémique et
territoriale
Une approche systémique déclinée
territorialement est pour le
CESE indispensable en matière
d?adaptation des infrastructures au
défi du changement climatique. En
effet, les champs des infrastructures
concernées sont, comme vu supra,
multiples (modes de transports,
énergie, eau?) et interfèrent pour
partie entre eux : les décisions pour
les infrastructures routières et
ferroviaires doivent nécessairement
être coordonnées afin que le
service assuré pour le transport
de personnes puisse, notamment
en cas de sinistre, continuer à
être rendu aux usagères/usagers,
et il faut y ajouter au moins le
fluvial pour prendre en compte le
fret. Ainsi, en situation de crise
liée à une montée des eaux ou
à une inondation qui affecte les
voies ferrées, il importe que les
collaborateurs de la SNCF puissent
vite rejoindre les centres de crise.
Si, outre les voies ferrées, la route
est inondée, peu de solutions
existent pour les acheminer.
L?interaction avec les autres
gestionnaires d?infrastructures, en
l?espèce autoroutières et routières,
importe donc. Par ailleurs, pour
les voies ferrées ou pour les
infrastructures routières, en cas
de pluies torrentielles susceptibles
de provoquer une inondation,
par exemple, bien entretenir et
curer les ouvrages hydrauliques
permet l?écoulement des eaux,
évite des dégâts plus importants
sur l?infrastructure ferroviaire
73
ou routière et autour174, et favorise la
maîtrise de la végétation.
M. Alain Quinet, directeur général exécutif
à la stratégie de SNCF Réseau, souligne
plus largement l?enjeu de l?interaction
des opérateurs d?infrastructures avec
les territoires, car, notamment quand
il s?agit du cycle de l?eau, les situations
locales varient sensiblement. Bien
partager les diagnostics avec les régions
importe donc pour la SNCF. Celle-
ci s?efforce aussi de travailler avec la
sphère agricole car, quand un champ se
trouve, comme souvent, au bord de voies
ferroviaires, l?écoulement des eaux ne
sera pas le même selon que le tracteur
trace les sillons dans un sens ou dans
un autre, ce qui peut influer fortement
sur le degré d?exposition de la voie a un
risque d?inondation. Il est aussi essentiel
pour les gestionnaires d?infrastructures
de travailler avec le monde industriel,
pour réduire les effets des réseaux
d?infrastructures sur le climat, en termes
d?atténuation, et renforcer leur résilience
aux effets du changement climatique,
pour l?adaptation175.
Le PNACC peut être un vecteur
particulièrement adapté pour
favoriser une prise en compte globale
des problématiques soulevées par
l?adaptation au changement climatique,
notamment dans le domaine des
infrastructures. Des espaces de
concertation territoriale sont en effet
prévus dans ce cadre. Le Secrétariat
général à la Planification écologique
(SGPE) a la charge de coordonner ces
COP régionales, qui se sont tenues en
2024 sur le sujet de l?atténuation du
174? Audition de M. Rainier d?Haussonville, secrétaire général du groupe Sanef,
et de M. Julien Castres Saint-Martin, directeur des infrastructures du groupe SANEF.
175? Audition de M. Alain Quinet, directeur général exécutif à la stratégie de SNCF Réseau,
et de M. Benoît Chevalier, directeur du programme adaptation au changement climatique de SNCF Réseau.
176? Audition de Mme Adèle Tanguy, chercheuse sur les risques climatiques et les politiques d?adaptation
au changement climatique à l?Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI).
changement climatique. Il est prévu
que les COP régionales de 2025 se
concentrent sur le volet adaptation.
Toutefois, Mme Adèle Tanguy, de l?IDDRI,
notait en audition que les COP régionales
atténuation qui se sont déroulées n?ont,
bien souvent, pas échappé au risque d?un
fonctionnement en silos. Pour le CESE, ce
type de fonctionnement est d?autant plus
préjudiciable en matière de changement
climatique que les problèmes engendrés
par celui-ci présentent un caractère
systémique. Cela montre l?enjeu de
mettre en place pour les COP relatives
à l?atténuation un fonctionnement moins
sectoriel, plus coordonné et transversal,
d?un secteur et d?un type d?infrastructures
à l?autre, d?une région à l?autre et d?un
champ du changement climatique à
l?autre. Mme Adèle Tanguy notait par
ailleurs que, sur l?adaptation, ces COP
territoriales se tiennent à un maillage plus
fin, des feuilles de route départementales
devant être agrégées aux feuilles de
route régionales176. Pour le CESE, cette
territorialisation est, comme déjà noté,
indispensable, les collectivités étant
en première ligne face aux impacts
en majorité locaux du changement
climatique.
2. Le problème du manque de moyens
et d?ingénierie des petites communes
Les collectivités territoriales, notamment
communes et intercommunalités, se
trouvent en première ligne face aux
effets du changement climatique, dont
les conséquences seront en majorité
locales. Les lois de décentralisation ont
transféré aux collectivités nombre de
compétences en matière d?aménagement
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du territoire, d?urbanisme, de
transports ou d?environnement, avec
les infrastructures correspondantes.
Comme noté au chapitre I des
constats, le niveau communal ou
intercommunal a ainsi la charge
d?entretenir plus de 700 000 km
de routes (près des deux-tiers du
réseau routier français, en termes
de longueur), la très grande majorité
des ponts et 60 000 km de pistes
cyclables177.
Des coûts importants en
découlent, d?autant que les
effets du dérèglement climatique
accélèrent la dégradation des
infrastructures routières. Selon
M. Frédéric Cuillerier, représentant
de l?AMF, le coût global d?entretien
des infrastructures routières
communales et intercommunales,
est estimé à 15 Md¤ par an.
Les communes de moins de
3 500 habitants, en particulier, qui
ont la charge de 71 % des voiries
communales, manquent de moyens
financiers pour faire face à ces
coûts d?entretien. Le représentant
de l?AMF faisait valoir que, alors que
les routes au sens large génèrent
45 Md¤ de recettes (produits des
amendes de police, des taxes sur
les carburants, des concessions
autoroutières et de redevances
diverses), l?État n?en reverse aux
communes qu?1 Md¤ environ, soit
2 % des recettes, alors que « les
maires portent la responsabilité
177? Cf. audition de M. Frédéric Cuillerier, maire de Saint-Ay (Loiret), coprésident de la commission
Transports à l?Association des maires de France (AMF). D?autres infrastructures relèvent
aussi des communes et intercommunalités : la loi a ainsi attribué aux EPCI à fiscalité propre
une compétence obligatoire de Gestion des Milieux Aquatiques et la Prévention des Inondations
(GEMAPI), et donc l?entretien des digues.
178? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant l?AMF, op. cit.
179? CESE, avis Comment promouvoir le dynamisme économique des espaces ruraux, (2015)
(p. 39), et avis Services publics, services au public et aménagement des territoires à l?heure
du numérique (2020), p. 81.
civile des routes et, par voie de
conséquence, la responsabilité
pénale au regard de la sécurité
routière, notamment en cas de
défaut d?entretien » 178.
Le manque d?ingénierie est
une autre difficulté qui touche
particulièrement les petites
communes et intercommunalités :
l?avis Comment promouvoir le
dynamisme économique des
espaces ruraux souligne dès 2015
le manque d?ingénierie publique
dans les espaces ruraux et appelle
à y remédier. Un autre avis du
CESE Services publics, services
au public et aménagement des
territoires à l?heure du numérique
note la réduction des moyens
et des services assurés par les
services déconcentrés de l?État,
notamment dans les préfectures
et les ministères en charge de
l?équipement, de l?environnement
et de l?aménagement du territoire,
en lien avec la décentralisation et, à
partir de la fin des années 2000, du
fait des restrictions budgétaires179.
La suppression de l?assistance
technique des services de l?État
pour raisons de solidarité et
d?aménagement des territoires
(Atesat), en 2014, cadre dans lequel
de petites communes faisaient
appel aux services de la direction
départementale des territoires et
de la mer (DDTM), puis la directive
d?orientation sur l?ingénierie d?État
75
dans les territoires 2016-2018 du
10 mars 2016 du Premier ministre180,
actant cette réduction de l?offre
d?ingénierie et d?assistance à maîtrise
d?ouvrage (AMO) de l?État, ont entraîné un
vide. M. Frédéric Cuillerier rappelait que
les directions des services techniques
des intercommunalités, qui ont repris en
partie ce rôle, doivent couvrir un vaste
territoire, et que les bureaux d?étude
représentent pour les petites communes
un coût important181. Certes, une mission
d?assistance technique aux communes
en matière de voirie a été mise en place
dans nombre de départements mais elle
n?est pas généralisée et, en raison des
difficultés financières des départements,
ceux-ci, même là où ce dispositif existe,
ne peuvent mettre leurs capacités en
ingénierie à disposition des autres
collectivités que de manière limitée 182.
La mise en place de l?Agence nationale
de cohésion des territoires (ANCT),
en 2019, confortée par l?appui technique
du Cerema, a permis d?y remédier en
partie dans certains domaines. Après
signature, en 2023, de la « charte pour
une ingénierie publique de la réussite de
la transition écologique et de la cohésion
des territoires », la proposition d?une
offre commune en expertise et ingénierie
a été entreprise fin 2024 par les
opérateurs du ministère de la Transition
écologique. Cela s?est concrétisée par le
déploiement de la Mission Adaptation183,
service commun d?accueil et d?orientation
des collectivités sur l?adaptation au
changement climatique. Il en est résulté
la création dans chaque région d?un
180? Assemblée nationale : Rapport d?information L?adaptation de l?aménagement du territoire au changement
climatique, rapporteurs Philippe Fait et Fabrice Barusseau (2025), p. 59.
181? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant l?AMF, op. cit.
182? Sénat, rapport d?information Sécurité des ponts : éviter un drame (2019), op. cit. p. 73.
https://www.senat.fr/rap/r18-609/r18-6091.pdf;
183? Ministère de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, Mission
adaptation : le service commun d?accueil et d?orientation des collectivités sur l?adaptation au changement
climatique, mai 2025.
guichet unique, constitué par un binôme
d?agents de l?ADEME et du Cerema,
avec identification de référents chez
l?ensemble des opérateurs de l?État
partenaires. Mais, on le verra dans la
partie relative aux préconisations, ce
dispositif, s?il présente l?avantage d?une
plus grande lisibilité, souffre de moyens
humains insuffisants en nombre au regard
des besoins.
3. Une association de la population
et une gouvernance perfectibles
L?acculturation au changement et aux
risques climatiques et la participation
active de la population en cas
d?évènements naturels sont essentielles.
Miroir à la journée internationale pour la
réduction des risques de catastrophe des
Nations unies (13 octobre), la « Journée
Nationale de la Résilience », mise en place
en France en 2022 par le Gouvernement,
vise à « la diffusion de la culture du
risque et de la résilience auprès de
l?ensemble des publics : citoyens,
entreprises, employeurs publics, élus et
collectivités territoriales, établissements
d?enseignement, opérateurs publics,
associations, experts et spécialistes
chargés de la prévention et de la gestion
de catastrophes, médias ». L?avis du
CESE Face au changement climatique,
favoriser une adaptation systémique et
juste (2023) relève que cette journée,
si elle est encore peu connue, peut être
l?occasion de partages d?informations au
niveau territorial auprès des populations
pour qu?elles soient davantage actrices
dans l?anticipation et la gestion de crise,
https://www.senat.fr/rap/r18-609/r18-6091.pdf
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ainsi que dans une utilisation
adaptée des infrastructures184. RTE
a ainsi mis en place une application,
« véritable météo de l?électricité »,
pour informer sur les moments où
il faut diminuer sa consommation
d?électricité pour prévenir les
coupures. La modulation de la
demande permet d?éviter de saturer
les infrastructures essentielles.
La participation du public aux
décisions impactant l?environnement
est pour sa part définie au plus haut
niveau de la hiérarchie des normes
par la convention d?Aarhus de 1998,
par des directives européennes
et par l?article 7 de la Charte de
l?environnement, intégrée à la
Constitution en 2005. A ce titre,
sont inscrits dans le code de
l?environnement quatre objectifs
(améliorer la qualité et la légitimité
de la décision publique, assurer la
préservation d?un environnement
sain, sensibiliser et éduquer,
améliorer et diversifier l?information)
et quatre droits (accéder aux
informations pertinentes, demander
la mise en oeuvre d?une procédure
préalable, bénéficier de délais
suffisants, être informés de la
manière dont les contributions du
public ont été prises en compte)185.
Le CESE a souligné dans nombre
de ses travaux récents l?importance
qu?il attache à cette participation.
Celle-ci renvoie à un ensemble
d?outils et de procédures (débat
public, concertation préalable,
enquête publique, évaluation
environnementale, consultation
électronique sur les projets?)
184? CESE, avis Face au changement climatique, favoriser une adaptation systémique
et juste (2023).
185? Cf. site du ministère de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer
et de la pêche, « Le cadre de la participation du public au titre du code de l?environnement ».
obligatoires ou facultatifs. Elle porte
sur des projets et en particulier
sur des projets d?infrastructures
(construction d?une centrale
nucléaire ou d?une autoroute,
par exemple), ainsi que sur des
documents de planification (plans,
schémas, programmes?) élaborés
par l?État ou par les collectivités
territoriales.
Ces outils et procédures
concernent notamment des
projets d?infrastructures avant
leur construction. Pour les
grands projets d?infrastructures,
la réglementation prescrit de
les soumettre à une autorisation
préalable délivrée par la puissance
publique et donnée au vu d?un
dossier établi par le maître
d?ouvrage, qui comporte une étude
d?impact, un avis des autorités
ayant des compétences spécifiques
en matière d?environnement sur
le dossier considéré, ainsi que les
résultats de la concertation avec
le public. La Commission nationale
du débat public y contribue en
garantissant et organisant la
participation du public aux grands
projets d?infrastructures ayant
un impact sur l?environnement.
Pour les projets d?importance plus
modeste, la participation du public
prenait jusqu?à une date récente la
forme d?une enquête publique. La
réglementation a évolué et beaucoup
de projets sont aujourd?hui soumis
à une participation par voie
électronique. Des instruments de
participation existent toutefois
aussi en matière de prévention des
77
risques et d?adaptation. Ainsi, le plan de
prévention des risques naturels (PPRN)
déjà décrit est élaboré sous l?autorité
du préfet en concertation avec les
collectivités locales et adopté, comme
déjà mentionné, après enquête publique.
Mais l?enjeu de la participation importe
aussi dans certains cas quant à
l?adaptation d?infrastructures. En effet,
une infrastructure s?intègre dans un
territoire, lui apporte des services et
l?adaptation ? en particulier l?adaptation
transformationnelle186, de certaines
infrastructures a des incidences telles
sur l?évolution d?un territoire qu?elle
doit s?ancrer dans le cadre d?un projet
de territoire. Ainsi, quant à l?avenir des
stations de ski en moyenne montagne,
par exemple, les infrastructures de
transport qui permettent le tourisme
différeront selon que l?objectif
poursuivi est de maintenir à tout prix
le système du tourisme d?hiver ou de
repenser le modèle économique et de
fonctionnement du territoire en optant
pour un tourisme quatre saisons, ce qui
suppose entre autres de repenser la
formation et l?emploi dans les territoires
concernés. Cela importe, au regard de
la sensibilisation aux problématiques
environnementales, de l?acceptabilité
des décisions, de leur bonne application
ensuite et en termes de démocratie. Le
CESE a maintes fois souligné dans ses
travaux l?importance qu?il accorde à cet
enjeu et vient d?adopter un avis sur la
186? Adaptation qui modifie les caractéristiques fondamentales d?un système socio-écologique en anticipant
les effets attendus du changement climatique.
187? CESE, avis La participation du public aux décisions impactant l?environnement (2025).
188? Le COPRNM, créé par décret en 2003, est une commission consultative rattachée au ministère en charge
de l?écologie et du développement durable, avec pour mission d?élaborer des avis et des propositions
en matière de prévention des risques naturels, sur les politiques publiques et mesures qui concourent
à réduire la vulnérabilité aux risques naturels. Il est composé de parlementaires, d?élues/élus, de scientifiques,
de représentantes et représentants de la société civile, de professionnels et de représentantes/
représentants de ministères. Le service des risque naturels et hydrauliques de la DGPR prépare les conseils
et assure le secrétariat des groupes de travail.
189? SGPE La planification écologique à l?échelle des territoires (2025) https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/
france-nation-verte/la-planification-ecologique-a-lechelle-des-territoires#sadapter-a-chaque-territoire;
participation citoyenne dans le domaine
de l?environnement187.
Une bonne intégration des collectivités
territoriales et des autres parties
prenantes dans la gouvernance des
politiques d?adaptation au changement
climatique, notamment concernant
les infrastructures et la prévention
et l?adaptation en la matière est
indispensable. Des outils existent déjà
pour ce faire : le ministère en charge de
l?écologie associe ainsi l?ensemble des
acteurs de la prévention à ses travaux
au sein du conseil d?orientation pour la
prévention des risques naturels majeurs
(COPRNM)188.
Le Programme national d?adaptation au
changement climatique (PNACC) est
un instrument privilégié pour cela. Son
élaboration a fait une place importante
à la participation, comme évoqué
supra, et l?annonce par le Secrétariat
général à la planification écologique
(SGPE) de l?organisation d?exercices
de concertation dédiés à l?adaptation
au changement climatique à l?échelle
régionale (Cop régionales)189 est une
occasion de favoriser participation
et coordination des actions en ce
domaine. Ces exercices territoriaux
s?inscrivent dans le cadre existant des
Schémas régionaux d?aménagement,
de développement durable et d?égalité
des territoire (SRADDET) et des Plans
climat-air-énergie territoriaux (PCAET)
définis par la loi portant Nouvelle
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Organisation Territoriale de la
République (NOTRe) et la loi relative
à la transition énergétique pour la
croissance verte (LTECV) en 2015.
Enfin, comme le rappelle le
HCC, l?efficacité de cette
gouvernance dépendra aussi
du niveau de coopération entre
les administrations, au sein des
collectivités territoriales et entre
elles pour caractériser de manière
transversale risques, vulnérabilités
et besoins d?adaptation des
territoires190.
4. Le défi de l?Évolution des
compétences et des conditions
de travail pour les gestionnaires
d?infrastructures
Le changement climatique et la
transition écologique représentent
un défi considérable pour les
gestionnaires d?infrastructures,
tant en matière d?évolution des
compétences que pour les effets
induits par le changement climatique
sur les conditions de travail.
L?enjeu est d?améliorer les
connaissances des personnels
du secteur sur les diverses
composantes du changement
climatique, les conséquences qui en
découlent pour les infrastructures,
sur les nécessités de s?y adapter et
leurs effets en termes de matériaux
et de process, entre autres. L?avis
du CESE L?emploi dans la transition
écologique montrait dès 2015
190? HCC, avis sur le Plan national d?adaptation au changement climatique (PNACC3) une première
étape pour garantir la résilience et la protection des populations (mars 2025), p. 8. https://
www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_
PNACC3_VF.pdf;
191? HCC rapport annuel sur le climat 2023 Acter l?urgence, engager les moyens p. 7 et 51.
192? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP le 18 06 2025. Celui-ci évoquait à titre
d?illustration la création de TP Demain, école gratuite dédiée à la transition écologique
et au numérique, à la fois présentielle et numérique, visant à apporter une réponse aux
compagnons désireux de se former et des ressources aux centres de formation du secteur.
l?importance des besoins en la
matière et citait les secteurs des
infrastructures et du bâtiment
parmi les plus concernés par la
modification des politiques de
formation pour leurs métiers191.
Les Opérateurs de compétences
(OPCO), qui regroupent les
secteurs de plusieurs branches
professionnelles, ont un rôle majeur
à jouer en ce domaine. Président de
la Fédération nationale des Travaux
publics M. Alain Grizaud notait la
préoccupation des entreprises
du secteur de former leurs
collaborateurs aux technologies
émergentes192.
L?enjeu porte tant sur l?intégration
de compétences spécifiques que
de compétences transversales
utiles à la transition écologique
dans les différents métiers. Ainsi
que l?a préconisé le CESE dans
son avis Mobiliser les acteurs de
l?emploi et du travail pour réussir la
planification écologique, « tous les
acteurs de l?emploi, du travail et de
la formation professionnelle doivent
s?engager pour identifier et intégrer
les compétences, y compris
transversales, qui enrichissent
les référentiels métiers actuels
et celles qui conditionnent la
mise en oeuvre de la planification
écologique ». Le même avis
préconise de « systématiser la
prise en compte des impacts
de la transition écologique sur
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_PNACC3_VF.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_PNACC3_VF.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_PNACC3_VF.pdf
79
les compétences et les modalités
d?exercice des métiers dans toutes
les certifications professionnelles
délivrées en formation initiale comme
en formation continue », ainsi que
d?« affirmer la transition écologique
parmi les missions prioritaires des
OPCO »193.
L?évolution des conditions de travail face
aux effets du changement climatique est
un autre enjeu important, en particulier
pour les constructeurs et gestionnaires
d?infrastructures, dont les personnels,
agents publics ou salariés privés,
hommes et femmes, en charge des
travaux d?infrastructures en extérieur
(routes, réseau ferroviaire, barrage, etc.)
travaillent pour l?essentiel en plein air et
sont donc particulièrement exposés à
leurs conséquences. Le CESE souligne
dans un avis récent les conséquences
qui en découlent en matière d?équilibre
thermique corporel, de pénibilité,
de risques psychosociaux (RPS),
d?accidents du travail et de maladies
professionnelles, entre autres194. Entre
2017 et 2022, Santé Publique France
a recensé 54 travailleurs décédés en
raison de leur exposition à de fortes
chaleurs en France et 11 accidents de
travail ont été enregistrés en 2023 pour
les mêmes raisons. M. Alain Grizaud note
les incidences qu?aura le changement
climatique pour l?organisation du travail et
193? CESE, avis Mobiliser les acteurs de l?emploi et du travail pour réussir la planification écologique (2024).
194? CESE avis Travail et santé environnement : quels défis à relever face aux dérèglements climatiques (2023),
p. 38 à 60.
195? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP.
196? CESE, avis Travail et santé-environnement : Quels défis à relever face aux dérèglements climatiques ?
la gestion des chantiers dans le secteur
des Travaux publics195. Les vagues de
chaleur, par exemple, peuvent conduire
à des horaires de travail en décalé,
tôt le matin ou tard le soir. Depuis
l?intégration de la canicule dans le régime
d?indemnisation du chômage intempéries
en juin 2024, les salariés du BTP du
secteur privé peuvent désormais être
indemnisés en cas d?arrêt de travail en
période de canicule. Ces dispositions ne
s?appliquent pas aux agents publics qui
entretiennent les routes ou aux agents de
SNCF Réseau, hommes et femmes, entre
autres, alors qu?ils et elles sont soumis à
la même pénibilité et aux mêmes risques.
Dans son avis Travail et santé-
environnement: Quels défis à relever
face aux dérèglements climatiques?, le
CESE fait la préconisation suivante pour
répondre à cette nécessité d?assurer une
continuité de la protection des travailleurs
face au changement climatique, y compris
entre salariées et salariés des donneurs
d?ordre publics et des sous-traitants
privés: « Pour limiter l?exposition des
travailleuses et des travailleurs à des
températures extérieures élevées, (...)
envisager l?extension par la négociation
{du} dispositif {intempérie-risque
canicule du BTP} à d?autres activités
concernées y compris dans la fonction
publique »196.
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C. Expansion des risques et des coûts assurantiels :
un dispositif qui a évolué
197? Audition de M. David Zambon, directeur général adjoint en charge du pilotage
de la production et directeur Infrastructures et matériaux du Cerema par la commission TAA.
198? Adapter le système assurantiel français face à l?évolution des risques climatiques,
rapporté par Thierry Langreney, Gonéri Le Cozannet et Myriam Merad (décembre 2023), p. 7.
199? Audition de M. Thomas Schramme, directeur entreprises, flottes, collectivités
et associations de Groupama.
200? Caisse centrale de réassurance CCR Les catastrophes naturelles en France. Bilan 1982-
2023 (juin 2024) et France Assureurs étude L?assurance des évènements naturels en 2023
(décembre 2024).
201? Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, Repenser la mutualisation des risques climatiques,
Mathilde Viennot, Marine de Montaignac et Alice Robinet (juin 2025), p. 14.
1. Montée des risques
et des coûts assurantiels
Les assurances ont été fragilisées
par l?expansion des risques liés
notamment au changement
climatique et par leurs effets sur
les coûts assurantiels, en très
forte augmentation ces dernières
décennies. La montée des risques
climatiques se traduit, pour le
secteur de l?assurance, à travers
la sinistralité, c?est-à-dire le coût
annuel des dommages matériels
ou corporels faisant jouer les
garanties du contrat signé entre
assureur et assuré. Toutefois, pour
ce qui concerne les assureurs, le
risque assurantiel lié à la sinistralité
climatique porte surtout sur le
risque habitation, beaucoup plus
que sur les risques portant sur
les infrastructures. En effet, dans
leur très grande majorité, les
infrastructures ne sont pas assurées
et ne sont, selon M. David Zambon,
du Cerema, pas assurables197.
Le rapport Adapter le système
assurantiel français face à l?évolution
des risques climatiques (décembre
2023) souligne l?évolution du
climat depuis 2000, « la dérive
importante de la sinistralité »,
notant que « les observations et
modélisations disponibles montrent
que cette dérive est cohérente
avec les effets attendus du
changement climatique »198. Les
chiffres des dernières années sont
à cet égard éclairants : la fédération
professionnelle France Assurance a
annoncé en 2023 que, sur l?ensemble
de 2022, le coût total, pour le secteur
des assurances, des catastrophes
naturelles liées à des facteurs
climatiques et non climatiques est de
l?ordre de 10 Md¤ pour la France.
En 2023, les sinistres climatiques
ont coûté 6,5 Md¤ aux assureurs
du marché français, ce qui en fait
la troisième année la plus coûteuse
en ce domaine après la tempête de
1999 et l?année 2022. L?année 2024
représente quant à elle 5 Md¤ de
sinistres climatiques199. Ainsi, entre
2019 et 2023, le coût total de la
sinistralité liée aux évènements
naturels (pour les biens particuliers
et professionnels) a atteint en
moyenne entre 4 et 4,5 Md¤ par an,
dont 1,8 à 2,3 Md pour Cat Nat et
2,2 Md¤ pour la garantie tempête
grêle neige (TGN)200. De tels niveaux
sont déjà supérieurs de 10 à 20 %
à la sinistralité moyenne depuis
quarante ans (3,7 Md¤)201.
81
Ce phénomène s?inscrit dans un contexte
plus général de montée des risques
pour le système assurantiel, comme le
souligne l?avis Climat, cyber, pandémie :
le modèle assurantiel français mis au
défi des risques systémiques (2022)202.
Cet avis pointe, outre le risque climatique,
le risque cyber, qui peut concerner
des entreprises, services publics ou
infrastructures, mais aussi les pandémies
(Covid 19). S?y ajoute le risque émeutes,
dont témoignent les coûts élevés de
sinistralité des émeutes de l?été 2023.
Certes, l?État et les collectivités
territoriales, ainsi que les opérateurs
publics ou privés propriétaires ou
gestionnaires d?infrastructures
connaissent, au même titre que
particuliers et entreprises, des risques
liés à leurs actifs sur le territoire
national, et doivent, plus encore que les
entreprises du secteur privé, veiller à
la continuité des services en particulier
essentiels, malgré les vulnérabilités aux
dérèglements climatiques. Mais ces
gestionnaires d?infrastructures, publics et
privés se caractérisent par leur régime
mixte d?assurance classique (travaux
avec partenaires, responsabilité civile,
etc.) et d?auto-assurance, qui complique
l?évaluation des coûts complets des effets
de ces risques. L?État est ainsi son propre
assureur pour la partie importante des
infrastructures non assurée, et, de plus,
joue, à travers le système Cat Nat, pour
les biens assurés, un rôle de réassureur
des assureurs. Les grands opérateurs
nationaux publics, tels que SNCF, EDF
ou Enedis, sont aussi, sauf exception,
leur propre assureur, appuyés sur la
garantie de l?État, pour les infrastructures
202? CESE, avis Climat, cyber, pandémie : le modèle assurantiel français mis au défi des risques systémiques
(2022).
203? Audition de M. Thomas Schramme, directeur entreprises, flottes et collectivités de Groupama.
204? M. Thomas Schramme rappelait en audition que Groupama assure aujourd?hui en France près de
22 000 collectivités sur 34 000, dont une très large majorité de petites communes : 98 % des communes
assurées par Groupama comptent moins de 10 000 habitants, et 68 % moins de 2 000 habitants.
qu?ils gèrent. Des aspects liés aux
infrastructures peuvent toutefois être
assurés : Assuratome, une structure
montée par les assureurs, couvre une
partie des risques liés aux centrales
nucléaires. M. Hervé Champenois,
directeur technique d?ENEDIS, indiquait
que, pour le risque incendie, ENEDIS
est assuré. Parmi les infrastructures
publiques, beaucoup, par exemple
les routes, ne sont ni assurées ni
assurables. Pour ce qui est des
aéroports, les aéroports de Paris, par
exemple, sont assurés. La compétence
« Gestion des milieux aquatiques et
prévention des inondations » (GEMAPI),
transférée par l?État aux communes et
intercommunalités, avec entre autres
l?entretien du système de digues contre
le risque d?inondations, représente, en
particulier pour les petites collectivités
qui n?ont pas toujours les moyens de
mener à bien leur gestion, un risque
important, mais qui peut être assuré
pour la responsabilité civile et même le
dommage aux biens203.
Si certaines collectivités rencontrent
des difficultés à trouver un assureur
qui accepte de les couvrir, une grande
partie des collectivités, et en particulier
des petites communes de France
métropolitaine, est assurée. Pour les
plus grandes collectivités, telles Paris,
Bordeaux ou Lyon, des montages
existent en coassurance pour partager
les risques204. Les dépenses d?assurance
sont à 90 % portées par le bloc
communal. Le marché de l?assurance
des collectivités, porté essentiellement
par deux acteurs (Groupama et la
SMACL), est structurellement moins
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rentable que celui des entreprises,
avec des dépenses d?assurance
des communes qui ont augmenté
moins vite que l?inflation entre 2015
et 2023, malgré un retournement
de tendance observé en 2023
(augmentation en valeur de + 10,3 %
cette année-là)205. M. Thomas
Schramme notait en audition que
la hausse du coût de l?assurance
des collectivités sera une tendance
structurelle, en lien avec la
sinistralité climatique et l?apparition
de nouveaux risques, cyber entre
autres, et que l?objectif serait de
ne laisser aucune commune sans
solution d?assurance206.
Deux types de contrats existent
s?agissant des marchés publics
d?assurance, l?appel d?offres,
d?une part, et le contrat de gré
à gré, d?autre part : M. Thomas
Schramme notait que, du point
de vue de l?assureur, la procédure
d?appel d?offres s?opère à l?aveugle,
en utilisant des cahiers des
charges imposés comme base
contractuelle, sans moyen pour
connaître et analyser les risques
en dehors d?un descriptif limité
dans le cahier des charges, ce qui
engendre une insécurité juridique
et une impossibilité d?échanger
directement avec la collectivité
ou de proposer des solutions
alternatives au cahier des charges.
Le contrat de gré à gré permet
au contraire de mieux analyser
205? Rapport L?assurabilité des biens de collectivités locales et de leur groupement :
état des lieux et perspectives, rapporté par Alain Chrétien, maire de Vesoul,
et Jean-Yves Dagès, président de Groupama (avril 2024).
206? Audition de M. Thomas Schramme par TAA.
207? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant de l?AMF, par la commission TAA, op. cit.
208? Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan Repenser la mutualisation des risques
climatiques op. cit. p. 14.
209? Entretien des rapporteurs avec M. Stéphane Duroule, directeur général Offre
et services de Covéa,
le risque, d?échanger avec la
collectivité et de lui proposer le cas
échéant des solutions alternatives et
des mesures de prévention.
Une charte nationale d?engagement
pour l?assurabilité des collectivités
territoriales a été finalisée à
l?occasion du Roquelaure pour
l?assurabilité des collectivités,
qui devrait engager l?État, France
Assureurs et les associations de
collectivités territoriales AMF, ADF
et ARF207.
2. Des mécanismes de
l?assurance questionnés par
la montée des risques À 2050
L?expansion d?ici 2050 et au-delà
des risques liés au changement
climatique et l?émergence des
risques systémiques interrogent les
fondements mêmes de l?assurance.
Divers travaux de projection des
coûts de la sinistralité climatique ont
été faits par de grands acteurs du
secteur, France Assureurs, la Caisse
centrale de réassurance (CCR),
l?Autorité de contrôle prudentiel
et de résolution (ACPR)208, ainsi
que par Covéa209. Si ces exercices
de projection « retiennent des
hypothèses, des périmètres,
des points de référence ou
des scenarios de changement
climatique différents, ce qui rend
leur comparaison complexe », le
Haut-Commissariat à la Stratégie
et au Plan relève néanmoins,
83
« une relative concordance dans les
ordres de grandeur : entre 2,6 et
4 Md¤ par an en 2050 pour Cat Nat,
selon le scénario de réchauffement
et les aléas pris en compte, soit une
augmentation de 40 à 120 % par
rapport à la période 2019-2023. La
part de cette hausse liée uniquement au
changement climatique oscille entre 30
et 60 % (c?est l?effet « aléa » dans les
projections) ». Toutefois, il convient de
noter que les estimations réalisées par
les assureurs ne portent que pour une
faible part sur les infrastructures et sont
réalisées sur l?ensemble des portefeuilles
assurés (particuliers, professionnels), les
biens des particuliers en constituant la
majorité210.
L?avis Climat, cyber, pandémie : le
modèle assurantiel français mis
au défi des risques systémiques
(2022) rappelle que l?assurance, fondée
sur la mutualisation et la modélisation
des risques, repose sur un contrat
entre parties. Pour l?équilibre du
dispositif, les risques doivent avoir
une triple caractéristique : être
homogènes, dispersés et divisés. Grâce
aux statistiques et à la modélisation
actuarielle, l?assurance peut déterminer
la probabilité de la réalisation du risque
et estimer le coût moyen d?un sinistre.
Cela permet de calculer le montant de
la cotisation d?équilibre (montant moyen
nécessaire pour compenser les risques
entre eux). Pour définir ce prix d?équilibre,
les assureurs peuvent jouer sur trois
critères : le niveau de la prime, le niveau
de la franchise et les exclusions de
couverture ».
210? Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan Repenser la mutualisation des risques climatiques (2025),
op. cit., p. 14.
211? CESE, avis Climat, cyber, pandémie : le modèle assurantiel français mis au défi des risques systémiques
(2022), p. 25-31.
Selon l?Institut des actuaires, un
risque est assurable s?il remplit trois
conditions : un contrat doit établir un
transfert de risque d?une partie à une
autre (condition légale) ; l?aléa doit être
prédictible et le montant de la sinistralité
soutenable (condition mathématique) ; le
nombre de vendeurs et d?acheteurs de
risque doit être suffisant pour assurer
une logique de marché (conditions de
marché). Si, pour renforcer leur assiette
financière, les assureurs peuvent faire
appel à la réassurance, opération par
laquelle une société d?assurances
s?assure elle-même auprès d?une autre
société (le « réassureur ») pour une
partie des risques qu?elle a pris en
charge, quand le risque n?est plus un
aléa, il devient inassurable. Or, certains
risques autrefois aléatoires tendent à
devenir prédictibles et sortent de ce
fait du champ de l?assurabilité, telle que
définie par les fondements de l?assurance
décrits supra. C?est ce que mettait en
avant M. Henri de Castries, alors PDG
d?Axa, qui déclarait en 2015 « Je ne sais
pas assurer un monde à +4 degrés »,
sous-entendant que le dérèglement
climatique déclenchera inéluctablement
des catastrophes en série susceptibles
de fragiliser l?ensemble du système
assurantiel. Ainsi, le dérèglement
climatique, fait à lui seul peser un risque
existentiel à l?assurance211.
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3. Des mesures récemment mises
en place
Deux rapports de 2024212, suivis
par le Roquelaure de l?assurance,
dressent des constats concordants
au sujet de l?assurabilité des
collectivités : ils soulignent
l?insuffisance du nombre des
acteurs de l?assurance présents
sur le marché des collectivités
territoriales, la difficulté à
appréhender les nouveaux
risques, le recours à des appels
d?offre infructueux et l?enjeu de
développer la culture des risques.
Des préconisations visent à
garantir la concurrence sur ce
marché pour permettre l?entrée
de nouveaux acteurs et favoriser
un redressement du marché pour
que les collectivités puissent
continuer à trouver un assureur ;
il est recommandé aux communes
de mieux recenser et qualifier
leur patrimoine afin qu?elles soient
assurées, avec l?établissement
d?une cartographie des risques et
la définition d?actions de prévention
pour les limiter. Enfin, il est suggéré
de former et sensibiliser les élus aux
principes de l?assurance et à ses
limites, en liens avec les assureurs et
les associations d?élus.
L?Autorité de la Concurrence a
aussi rendu en janvier 2025 un
avis formulant sept propositions,
appelant les collectivités à mieux
appréhender et maîtriser leurs
risques et demandant aux pouvoirs
212? Rapport L?assurabilité des biens des collectivités locales et de leur groupement :
état des lieux et perspectives, rapporté par Alain Chrétien et Jean-Yves Dagès (avril 2024)
et Rapport de la commission des finances du Sénat, présidée par Jean-François Husson
(mars 2024).
213? Audition de M. Thomas Schramme (Groupama) par TAA.
214? Roquelaure de l?assurabilité des territoires (14 avril 2025) https://www.ecologie.gouv.fr/sites/
default/files/documents/DP-Le-Roquelaure-de-l-Assurabilité-des-territoires.pdf;
publics de clarifier les règles de
la commande publique213, élément
repris par les conclusions du
Roquelaure214.
Le Roquelaure de l?assurabilité
des territoires (avril 2025) a
débouché sur une Charte nationale
d?engagement pour l?assurabilité
des collectivités, sur un Plan pour
l?assurabilité des collectivités
territoriales et sur la création d?un
service CollectivAssur auprès du
Médiateur de l?assurance pour
orienter, accompagner et aider les
collectivités à trouver une solution
assurantielle. Le Roquelaure
préconise aussi de mettre en place
dans les intercommunalités et
communes un Risk manageur et à
faciliter la mobilisation des outils de
la solidarité nationale.
Le Gouvernement, pour y donner
suite, a publié un Guide des
marchés publics d?assurance des
collectivités locales et de leurs
groupements, élaboré par la DAJ,
la Direction générale du Trésor,
qui vise à « renouer un dialogue
de qualité entre les collectivités
et la sphère assurantielle et à
améliorer l?offre d?assurance ».
Le Gouvernement s?engage à
proposer d?ici le PLF 2026 (qui
devrait sortir prochainement) une
modernisation et une simplification
de la dotation de solidarité (DSEC)
(qui devrait très probablement
concerner les infrastructures
non assurées et notamment les
routes) en faveur de l?équipement
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DP-Le-Roquelaure-de-l-Assurabilité-des-territoires.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DP-Le-Roquelaure-de-l-Assurabilité-des-territoires.pdf
85
des collectivités territoriales et de
leurs groupements touchés par des
évènements climatiques ou géologiques.
L?objectif mis en avant est de « faciliter
la mobilisation des outils de solidarité »
(point 3 de la Charte). La modernisation
de cet outil de solidarité visera à :
assouplir et harmoniser la définition
des biens non assurables ; simplifier les
modalités de calcul ; raccourcir les délais
d?indemnisation ; réévaluer la notion
de construction à l?identique, dans une
optique d?adaptation au changement
climatique.
L?engagement 4 du Roquelaure dans
le cadre du Plan pour l?assurabilité des
territoires vise par ailleurs à mieux
maîtriser la sinistralité en renforçant la
prévention et en s?appuyant sur la culture
du risque. « Les signataires de la Charte
s?engagent ainsi à développer une
politique volontariste de formation et de
sensibilisation autour de la prévention et
de la culture des risques », avec diverses
mesures prévues :
Î Soutien des initiatives privées (CNPP)
et publiques (CNFPT), ces dernières
étant mobilisées pour former les
agents et agentes des collectivités
territoriales ; professionnalisation de
la fonction de manageur des risques/
préventionnistes par des formations
dédiées et facilitation de leur
recrutement au niveau intercommunal
ou départemental ;
215? Plan pour l?assurabilité des collectivités, points 3 et 4.
Î Proposition par les services de l?État
spécialisés dans la prévention et la
gestion de crise (sous l?égide des
préfets et préfètes de département)
d?exercices sur le terrain au niveau
départemental ;
Î Association des représentants des
assureurs et élus locaux, hommes et
femmes, aux concertations nationales
et locales sur la prévention des risques
naturels majeurs et l?adaptation au
changement de climat ;
Î Accès des collectivités aux données,
aux référentiels de prévention en
matière de risques naturels majeurs
et aux outils de diagnostics et de
vulnérabilité élaborés par le Cerema ;
Î Mise à disposition des données
cadastrales à jour par la DGFIP215.
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86
Affirmer une action publique
climatique cohérente et renforcer
l?adaptation et la décarbonation
de la France, en accord avec ses
engagements européens (paquet
climat Fit For 55) et internationaux
(Accord de Paris), par la continuité
de l?action publique, est pour le
CESE essentiel216 : cela nécessite
entre autres de mieux mesurer et
identifier les risques, d?améliorer
la gouvernance de la politique
d?adaptation et de promouvoir
des modèles innovants de gestion
216? CESE, résolution Quelle gouvernance pour la transition écologique ? (2022).
217? Mission d?information sur la sécurité des ponts | Sénat
218? Projet de loi d?orientation des mobilités : Rapport - Sénat
d?infrastructures, tout en assurant
la protection des personnels
oeuvrant à l?adaptation des
infrastructures au changement
climatique. Cela suppose aussi de
concilier atténuation, adaptation et
prévention, d?assurer et d?amplifier
le financement de l?adaptation des
infrastructures, en cohérence
avec l?évolution des besoins
d?investissement, et de conforter
les capacités du système assurantiel
dans ce nouveau contexte.
I. Axe 1 - Mieux mesurer et identifier les risques
1. Pour anticiper, il faut connaitre, recenser, estimer, prioriser et décider
Pour définir une politique permettant
d?anticiper les impacts du
changement climatique et engager
une gestion efficace du patrimoine
d?infrastructures, il faut en premier
lieu disposer d?une connaissance
précise du nombre, de la localisation
géographique et de l?état des
infrastructures notamment en matière
de vulnérabilité avérée ou probable.
C?est particulièrement vrai pour
les ponts, dont certains (selon la
mission d?information du Sénat
sur la sécurité des ponts) ne sont
pas recensés (notamment ceux
relevant de l?échelon communal)
ou qui ne sont pas tous évalués au
regard de leur vieillissement et de
leur vulnérabilité217. Dans le cadre
du projet de loi d?orientation des
mobilités de 2019218, le Sénat a
ainsi intégré, parmi les objectifs
prioritaires de la programmation
des investissements dans les
infrastructures de transport,
l?amélioration de la connaissance,
de l?entretien et de la sécurité des
ouvrages d?art et des ponts. Il a
en outre précisé que l?État devra
accompagner les collectivités dans
la gestion de leurs ouvrages.
La mission d?information du Sénat
précitée recommandait dès 2019 un
diagnostic de l?ensemble des ponts
des communes et intercommunalités
d?ici cinq ans, soit en 2024. Elle
Préconisations
PARTIE 2
https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/commissions/commission-de-lamenagement-du-territoire-et-du-developpement-durable/developpement_durable/mission-dinformation-sur-la-securite-des-ponts.html
https://www.senat.fr/rap/l18-368-1/l18-368-19.html
87
proposait par ailleurs la mise en place
d?un système d?information géographique
(SIG) national (à date seuls 30 % des
ponts sont ou seront intégrés au SIG).
Ce SIG généralisé permettrait de
référencer tous les ouvrages d?art en
France et d?inciter les opérateurs de
GPS à mieux orienter le trafic routier.
Il constituerait en outre un coffre-fort
numérique en conservant les documents
techniques des ouvrages.
Le CESE appuie cette proposition et
préconise d?élargir l?utilisation de ce SIG
pour recenser et caractériser toutes
les infrastructures dans leur diversité
sur l?ensemble du territoire : niveau de
vétusté/robustesse, âge, budgets alloués
(en investissement et fonctionnement),
budgets prévus au moins à moyen terme,
notamment quant à l?adaptation au
changement climatique, etc. Ces budgets
ne sont en effet pas toujours connus. A
titre d?illustration, l?ONR note que, dans
ses enquêtes annuelles, si le budget de
l?État pour le réseau non concédé est
connu, celui des départements l?est moins
et celui des métropoles et communes
encore moins faute de réponse à
l?enquête annuelle qui leur est adressée.
Cette cartographie, appuyée par le
SIG, doit permettre de caractériser
l?exposition des infrastructures aux
conditions climatiques actuelles
et futures (dans un scénario de
réchauffement climatique de la France à
+4 °C) et d?identifier, en les hiérarchisant,
les actions correctives et/ou préventives
conduites et/ ou programmées et/
ou à programmer. Elle devra aussi
intégrer les évolutions éventuellement
prévues de l?usage de l?infrastructure.
Par exemple, un pont peut exiger des
mesures de consolidation importantes et
coûteuses s?il est prévu que des camions
l?empruntent, mais celles-ci peuvent ne
pas être nécessaires si son usage est
réservé aux voitures, ou a fortiori aux
vélos ou piétons.
Il s?agira de croiser approche
fonctionnelle (importance du service
rendu par l?infrastructure) et risques
climatiques (à moyen/long termes) et
de veiller à ne pas cibler les seules
infrastructures les plus dégradées.
Cette approche, adossée à la TRACC,
est d?ores et déjà demandée par nombre
d?acteurs, à l?image de la FNTP qui
propose de publier une telle cartographie.
La FNTP rappelle en effet que « Alors
que 17 M d?habitants et 9 M d?emplois
sont exposés à l?aggravation du risque
inondation, les plans de prévention des
risques n?intègrent pas la TRACC ».
D?autres acteurs ont aussi progressé
sur le sujet, telle la SANEF, qui mesure
la vulnérabilité physique et fonctionnelle
de son réseau autoroutier à divers aléas
en s?appuyant sur les scénarios de la
TRACC.
Les services de l?État conduisent pour
leur part des études sur le sujet (la DMR
- Direction des Mobilités Routières- a
lancé une étude sur la résilience du
Réseau Routier National concédé ou
non) et développent des outils comme
« InfraClimat », qui permet de visualiser
les impacts du changement climatique sur
les infrastructures.
Il convient que ces démarches soient
généralisées et systématisées à tous les
types d?infrastructures et, compte tenu
des conséquences de grande ampleur du
changement climatique dans l?organisation
et la gestion des chantiers de travaux
publics liés aux infrastructures, il est
indispensable d?impliquer l?ensemble
des parties prenantes à toutes les
phases de la démarche : élaboration
de la cartographie, appropriation des
informations, mise en oeuvre et évaluation
des actions d?adaptation.
A l?échelle territoriale, cette cartographie
permettra de concevoir des plans
d?actions pertinents sur le court
terme et sur le temps long dans une
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approche de gestion intégrée du
patrimoine d?infrastructures dans
leur territoire d?insertion. Penser
la résilience des infrastructures,
c?est penser la résilience des
territoires qui les portent. Les
manières traditionnelles de gérer les
patrimoines, déconnectés de leur
environnement socio-économique,
ne sont en effet plus viables compte-
tenu des impacts déjà à l?oeuvre
du changement climatique et des
prévisions disponibles. C?est, selon
le CEREMA « une manière coûteuse
et inefficace de gérer un réseau
en le laissant se déprécier ». Par
ailleurs, l?adaptation au changement
climatique exige de remplacer
les anciennes références par de
nouvelles, représentatives des
conditions climatiques futures. C?est
particulièrement important pour les
infrastructures dont la durée de vie
est généralement très longue. Pour
le CEREMA il s?agit « d?éviter les
futurs possibles mais indésirables
et de provoquer les ruptures
nécessaires à l?émergence des
futurs désirables ».
219? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
C?est d?ailleurs le sens de la
recommandation du Haut-Conseil
pour le climat de « Développer et
consolider les séries longues de
données permettant d?alimenter
l?évaluation de la vulnérabilité
socio-économique, de calibrer des
systèmes d?alerte et d?information
ou encore de développer des
services climatiques pour
l?adaptation, y compris des services
spécialisés pour des secteurs
vulnérables (?) »219.
L?élaboration de la cartographie des
infrastructures devra être pilotée
au niveau national par les services
de l?État compétents qui auront
la charge, en lien avec les acteurs
concernés, d?en définir le contenu,
les attendus et la fréquence de son
actualisation. Elle nécessitera des
investissements, notamment en
DATA et IA.
La centralisation des différentes
cartographies « sectorielles », une
fois celles-ci réalisées, pourrait
être conduite sous l?autorité d?un
opérateur de l?État expert comme le
CEREMA.
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
89
Le CESE appelle à établir, sous le pilotage des services de l?État experts en
associant tous les acteurs concernés, une cartographie actualisée du patrimoine
d?infrastructures selon leur typologie en précisant :
Î Leur importance quantitative ;
Î Leurs catégories (principales, secondaires, critiques, etc.) ;
Î Leur implantation géographique ;
Î Leur âge, état actuel de robustesse ainsi que leur usage actuel et potentiel ;
Î La nature et l?ampleur du risque auquel est exposé l?ouvrage et les actions
à anticiper et à prioriser dans une approche proactive alignée sur la TRACC ;
Î La nature du gestionnaire qui en a la charge (public national ou local, privé, mixte) ;
Î Les budgets consacrés (en distinguant les budgets de fonctionnement
des budgets d?investissement).
PRÉCONISATION #1
220? Stéphanie Frank : le Moniteur du 13 juin 2025, article « Adaptation des infrastructures au changement
climatique, un créneau à ne pas rater, des données à actualiser », Callendar, « Une question à 2 000
Milliards : les risques climatiques pour les infrastructures ».
La gestion budgétaire des infrastructures
souffre de deux principaux écueils.
D?une part, les budgets consacrés
ne sont pas toujours connus avec
précision, qu?il s?agisse d?investissement
ou de fonctionnement en particulier
pour les infrastructures routières
relevant des collectivités territoriales.
D?autre part, l?estimation de coûts
induits par l?adaptation nécessaire des
infrastructures au changement climatique
n?est pas connue avec précision pour
toutes les infrastructures, alors que la
planification des investissements est
importante. Quant au coût de l?inaction,
aucune donnée agrégée n?est à date
disponible, même si, selon certaines
estimations, les montants seraient
colossaux. Ainsi, Callendar, une start-
up climate tech française, estime au
niveau mondial « à 2 000 Md de dollars
les pertes pour les infrastructures
en raison des aléas climatiques d?ici
à 2035, dont 827 Md de dollars pour
le seul secteur de l?énergie et près de
900 Md pour les réseaux de transport
et de communication. Si les États-Unis
enregistrent les plus grosses pertes,
600 Md de dollars, devant la Chine et le
Japon, la France est le pays européen le
plus exposé aux pertes »220.
Pour arbitrer des choix d?investissement
et d?adaptation et planifier sur le moyen
et long termes les opérations à conduire,
il est indispensable de chiffrer les coûts
associés et d?y ajouter les montants
correspondant à la dette grise qui
doivent être calculés avec précision. Ce
chiffrage est d?autant plus crucial que
tous les experts s?accordent sur le mur
d?investissement à venir pour assumer la
nécessaire adaptation des infrastructures
face au changement climatique.
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Le CESE appelle les propriétaires et gestionnaires d?infrastructures
à estimer précisément le coût de l?adaptation des infrastructures
dans les territoires et à y inclure, en le distinguant, le montant de la
« dette grise » résultant des retards cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien, y compris préventif. Cela pourra se faire
en faisant appel si besoin au concours du Cerema si les gestionnaires
n?ont pas la compétence nécessaire.
PRÉCONISATION #2
2. Renforcer le suivi et l?évaluation en matière d?efficacité de l?adaptation
des infrastructures au changement climatique
221? HCC, rapport annuel 2025 p. 300, et rapport Tenir le cap de la décarbonation,
protéger la population (2024).
222? HCC, avis sur le plan national d?adaptation au changement climatique (2025).
223? CESE, contribution à la consultation sur le PNACC 3 (décembre 2024), p. 3.
L?adaptation au changement
climatique est un processus itératif
qui s?inscrit nécessairement dans
la durée. Son amélioration suppose
un système de suivi et d?évaluation.
Le Haut Conseil pour le climat
appelle pour ce faire dans l?avis qu?il
a rendu sur le PNACC 3 à « doter
le PNACC 3 d?indicateurs de
progrès et d?un système de suivi,
d?évaluation et d?apprentissage
robuste permettant de mesurer
les effets concrets de la politique
d?adaptation sur la réduction de
l?exposition et de la vulnérabilité
au changement climatique
des personnes et des biens »
(recommandation 10).
Le CESE partage la conviction du
HCC quant à la nécessité de doter
le PNACC 3 d?un système de suivi
et considère qu?une évaluation
systématique des politiques
d?adaptation des infrastructures
au changement climatique est dès
lors nécessaire.
Cela suppose de définir, très en
amont de la mise en oeuvre des
mesures d?adaptation, les modalités
de leur évaluation et notamment
la nature des indicateurs à suivre.
Comme le propose le HCC, cette
démarche devrait « s?appuyer
notamment sur les travaux des
groupes régionaux d?experts
du climat et de la communauté
internationale sur le climat » et
s?inspirer des actions conduites
en Allemagne et le Royaume-Uni
pour mesurer les résultats en
matière de réduction des risques
et vulnérabilités221. Pour sa part,
le système de suivi de la politique
française repose principalement sur
des indicateurs de suivi de la mise
en oeuvre222.
La contribution du CESE à la
consultation sur le PNACC3
engage le Gouvernement à
produire des indicateurs plus
complets et précis223. Le CESE
considère qu?Ademe, Cerema et
BRGM devraient y contribuer, en
apportant leur concours technique
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aux collectivités et aux opérateurs
gestionnaires d?infrastructures, pour la
définition et l?élaboration d?indicateurs
pertinents, une fois définis les objectifs
d?adaptation relatifs à l?infrastructure
concernée,
Le CESE engage le Gouvernement à :
Î Renforcer l?évaluation de l?utilité des infrastructures et de l?efficacité de leur
adaptation au défi climatique, en la systématisant dès l?élaboration et la mise
en place des mesures d?adaptation prévues ;
Î S?appuyer notamment pour ce faire sur les travaux des groupes régionaux
d?experts du climat pour la définition des objectifs et des indicateurs de suivi.
L?ADEME, le Cerema et le BRGM pourraient apporter leur concours
à l?élaboration de ces indicateurs.
PRÉCONISATION #3
II. Axe 2 - Améliorer la gouvernance
1. Elaborer une politique nationale de coordination des infrastructures
Afin de répondre aux enjeux systémiques
liés à l?adaptation au changement
climatique, à la transition énergétique, à la
souveraineté industrielle et à l?égalité des
territoires, le CESE recommande la mise
en place d?une stratégie nationale dédiée
aux infrastructures, intégrée à la Stratégie
française pour l?énergie et le climat (SFEC).
Cette stratégie devra être interministérielle,
pilotée par le SGPE sous l?autorité du
Premier ministre, afin d?assurer une
cohérence d?ensemble entre les différents
volets de la planification écologique,
notamment le PNACC, la SNBC et la PPE.
En effet, Le PNACC 3 constitue, avec la
Stratégie nationale bas carbone (SNBC
3) et la Programmation pluriannuelle de
l?énergie (PPE 3), l?un des trois piliers
de la Stratégie française pour l?énergie
et le climat (SFEC). Le CESE souscrit
à l?inscription de la TRACC (hypothèse
de + 4 °C à l?horizon 2100 par rapport à
l?ère préindustrielle) dans les documents
de planification publique, nationaux et
territoriaux (mesure 23 du PNACC 3).
Le SGPE, dans sa mission de coordination
de la planification écologique, assure la
cohérence entre les stratégies nationales
(SNBC, PNACC, PPE) et veille à leur
déclinaison territoriale. Il pilote à ce
titre les COP régionales, espaces de
concertation entre l?État, les collectivités
et les acteurs locaux. Le SGPE est donc
le garant de l?approche systémique et
transversale de la transition écologique,
en lien avec les ministères concernés
et les parties prenantes. Des COP
régionales se sont tenues en 2024 sur
le sujet de l?atténuation du changement
climatique. En 2025, un nouveau volet
s?ouvre pour l?adaptation des territoires
avec pour objectif une première
priorisation des enjeux d?adaptation
dans les territoires, la définition
d?actions prioritaires et la formalisation
d?engagements débouchant sur des
stratégies territoriales. Il importe de
mettre en place un fonctionnement plus
transversal de ces COP, en y intégrant
notamment la stratégie nationale des
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infrastructures proposée par
le CESE et en articulant enjeux
d?adaptation, d?atténuation et de
résilience.
Le SGPI est chargé, sous
l?autorité du Premier ministre, de
la mise en oeuvre de la politique
d?investissement de l?État. Il pilote
notamment le plan France 2030, qui
mobilise 54 Md¤ pour transformer
les secteurs clés de l?économie. Le
SGPI assure également l?évaluation
socio-économique des grands
projets d?investissement public et
dispose de Sous-Préfets référents
dans chaque département pour
accompagner les projets industriels.
Dans le cadre de la stratégie
nationale des infrastructures, le
SGPI devra être mobilisé pour
coordonner les investissements
publics et privés, en intégrant des
critères de résilience climatique, de
péréquation territoriale et de soutien
à l?innovation. Il jouera un rôle central
dans la déclinaison opérationnelle
des priorités définies par le SGPE.
Le scénario de planification
écologique élaboré par le Conseil
d?orientation des infrastructures a
permis de conduire les échanges
avec les collectivités territoriales
et la déclinaison opérationnelle
de ses recommandations. Pour le
CESE, une telle dynamique doit être
étendue aux autres secteurs liés
aux infrastructures et notamment
aux infrastructures stratégiques :
énergie, numérique, etc.
L?élargissement du COI permettrait
ainsi d?intégrer à la fois les enjeux :
Î De résilience face au changement
climatique ;
Î D?égalité des territoires ;
Î De souveraineté industrielle.
« Le COI est essentiel pour
réfléchir sur le temps long et
éclairer le gouvernement sur
les orientations stratégiques » a
rappelé M. Alain Grizaud, président
de la FNTP.
Ce COI élargi deviendrait le Conseil
national des infrastructures, chargé
de suivre la mise en oeuvre de la
stratégie nationale (pilotée par
le SGPE), d?évaluer les besoins
territoriaux, et de proposer des
arbitrages notamment au regard de
la priorisation des investissements
en lien avec les objectifs de la
planification écologique. Il devra
être ouvert à la société civile et aux
parties prenantes, afin de garantir
la transparence, la concertation et
l?acceptabilité des décisions.
93
Le CESE appelle l?État à mettre en place une gouvernance nationale intégrée
des infrastructures. Celle-ci devra être fondée sur une stratégie interministérielle
pilotée par le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE). La mise en
oeuvre coordonnée des investissements sera assurée par le Secrétariat général
pour l?investissement (SGPI) et par le Haut-Commissariat à la stratégie et au Plan.
Elle jouera aussi un rôle de conseil en matière de priorisation et de suivi élargi
confiés au Conseil d?orientation des infrastructures (COI), ouvert à la société civile
et aux parties prenantes.
Cette stratégie interministérielle devra se traduire par une programmation
pluriannuelle des investissements dans le cadre prévu à la préconisation n° 11.
PRÉCONISATION #4
2. Territorialiser la gouvernance des infrastructures à travers les CPER
224? CESE, avis la participation du public aux décisions impactant l?environnement, 2025.
Les Contrats de Plan État-Région (CPER)
sont des outils de coordination entre
l?État et les Régions. Ils permettent de
décliner différentes politiques publiques,
au plus près des territoires concernés.
La 7e génération des CPER (2021-2027)
intègre des volets mobilité, transition
écologique et infrastructures. Dans
leur conception, ils doivent prendre en
compte les besoins locaux et les faire
remonter à l?échelon étatique. La nouvelle
génération de CPER pour la période
2021-2027 témoigne d?une méthodologie
modifiée. Ces CPER sont ascendants et
différenciés : leur point de départ réside
dans les attentes et les besoins des
territoires.
Créés en 2020, les Contrats de relance
et de transition écologique (CRTE)
constituent le cadre de référence du
dialogue entre l?État et les collectivités
territoriales à l?échelle infra, tel que
les bassins de vie. Ils sont donc
complémentaires des CPER. En 2023,
les CRTE ont été renommés Contrats pour
la réussite de la transition écologique.
Ils sont devenus l?outil privilégié de
dialogue entre l?État et les collectivités,
afin de par exemple concrétiser les
différentes modalités de planification
écologique Ils en deviennent ainsi l?outil
de mise en oeuvre.
Les CRTE ont également pour ambition
de rassembler dans un cadre commun
plusieurs politiques publiques portées par
différentes structures telles que l?ANCT,
l?ADEME, le Cerema, l?Office français de
la biodiversité, les Agences de l?eau, les
Établissements publics fonciers?).
Pour le CESE, il importe de mieux
articuler CPER et CRTE pour renforcer
la territorialisation des politiques
liées aux infrastructures et garantir
la participation de la société civile
organisée et de la population dans les
décisions. L?importance de cette modalité
démocratique a été rappelée par le CESE
dans un avis consacré à la participation
du public, adopté en 2025224.
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Le CESE appelle Gouvernement et Régions à renforcer la
territorialisation de la gouvernance des infrastructures en intégrant
systématiquement des volets dédiés à celles-ci dans les contrats de plan
État/Région (CPER), articulés avec les Contrats pour la réussite de
la transition écologique (CRTE), et en assurant une évaluation régulière
des projets selon des critères de résilience des infrastructures face au
changement climatique. Une place doit être faite dans ce cadre
à la société civile organisée via les consultations des CESER.
PRÉCONISATION #5
3. Réduire les délais de décision et de mise en oeuvre, promouvoir
des modèles innovants de gestion d?infrastructures
Les délais de réalisation des
infrastructures sont souvent longs,
en partie du fait de la complexité
des procédures, des études
préalables et des concertations.
Le COI souligne que les retards
accumulés ne peuvent être résorbés
rapidement sans une gouvernance
adaptée. L?Autorité de régulation
des communications électroniques,
des postes et de la distribution de
la presse (Arcep), dans le domaine
de la fibre, par exemple, a mis
en place des groupes de travail
pour améliorer les processus de
raccordement et de maintenance.
Une meilleure anticipation des
risques, une simplification des
procédures et une coordination
renforcée entre les acteurs sont
nécessaires pour garantir des délais
raisonnables, tout en respectant
les exigences techniques et
environnementales.
En septembre 2025, le Haut-
commissariat à la Stratégie et au
Plan a confié à M. Michel Cadot,
préfet, la présidence d?une
commission qui devra proposer
des mesures de simplification dans
la réalisation des grands projets
d?infrastructures tels que l?énergie
ou les transports.
La mission devra identifier
les difficultés juridiques et de
procédure liées aux infrastructures.
Il s?agira ensuite de proposer des
mesures de simplification. Celles-
ci devront combiner diverses
exigences :
Î Être plus rapide dans la
concrétisation des projets, en
insistant sur ceux qui sont en
lien direct avec la transition
écologique, par exemple le
ferroviaire ;
Î Sécuriser les décisions liées
aux projets, indépendamment
de leur caractère favorable ou
défavorable ;
Î Sauvegarder les mesures
environnementales.
En complément de ces travaux,
la commission entamera une
réflexion relative à la pluriannualité
dans la décision publique, en
lien avec les grands projets
d?aménagement du territoire.
95
« Continuer d?aménager le territoire
national est une nécessité impérieuse
pour garantir la capacité de la France à
s?adapter aux dérèglements climatiques
et approfondir l?équité territoriale sur le
long terme » a précisé M. Cadot lors de
sa prise de fonctions.
Le CESE appelle les pouvoirs
publics à respecter des
délais de décision et de mise
en oeuvre raisonnables et
encadrés pour l?adaptation
des infrastructures, en
renforçant les études
préalables y compris
environnementales, de
manière à gagner du temps
ensuite, en s?appuyant sur
les enquêtes publiques et
en simplifiant par ailleurs les
procédures administratives, en
particulier en cas d?urgence,
de force majeure ou de risque
pour la population. Le CESE
recommande d?instaurer
des mécanismes de suivi et
d?évaluation des calendriers.
PRÉCONISATION #6
L?expertise technique, issue de
connaissances, de compétences
et de savoir-faire spécialisés, est
indispensable pour renforcer la
résilience des infrastructures face au
changement climatique. Cela concerne
l?ensemble du cycle de vie des ouvrages,
conception, construction, exploitation
et entretien. L?appui à la recherche
225? Leonard - 2024 - Adaptation - Catalogue des solutions ; Les infrastructures face au climat :
une adaptation devenue vitale | Saint-Gobain ;
et développement, à l?innovation, et
au développement technologique est
nécessaire : développement de nouveaux
matériaux, de nouveaux modèles de
conception et de nouvelles techniques de
construction. Au-delà de la mobilisation
de l?expertise des services de l?Etat,
il s?agit de favoriser la culture de
l?innovation, et de l?entrepreneuriat, de
créer des débouchés pour les industries
locales et nationales et d?encourager des
technologies de pointe en matière de
résilience des infrastructures : meilleure
surveillance de l?état des infrastructures,
identification précoce des vulnérabilités,
anticipation des impacts. Il s?agit de
porter l?innovation sur les solutions
de diagnostic, de prévention et de
réparation. Des opérateurs développent
déjà de multiples solutions innovantes
pour les infrastructures routières,
ferroviaires, aéroportuaires, énergétiques
et celles liées à l?eau225.
Les techniques et matériaux innovants
font l?objet d?utilisations multiples :
renforcement mécanique des ouvrages
et lutte contre l?érosion par l?utilisation de
procédés innovants de bio-consolidation
(procédé d?injection par biominéralisation
basé sur l?utilisation de bactéries
calcifiantes pour précipiter in-situ un
composé minéral à base de calcite),
revêtements routiers à faible albedo
(limitation des températures de surface),
peintures réfléchissantes, revêtements
perméables et poreux, etc.
Les nouveaux matériaux, plus résistants,
notamment en conditions extrêmes, et
moins émissifs en gaz à effet de serre,
doivent être développés. Pour cela, il
est nécessaire d?accélérer l?évolution
des normes techniques de construction
en y intégrant les incidences du
changement climatique et en simplifiant
https://leonard.vinci.com/wp-content/uploads/2025/05/2024-Leonard-Adaptation-Catalogue-des-solutions-FR.pdf
https://www.saint-gobain.com/fr/magazine/les-infrastructures-face-au-climat-une-adaptation-devenue-vitale
https://www.saint-gobain.com/fr/magazine/les-infrastructures-face-au-climat-une-adaptation-devenue-vitale
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les processus de normalisation, tout
en garantissant leur respect des
normes de sécurité.
Des solutions, fondées sur la nature,
doivent aussi être recherchées :
toits verts, chaussées perméables,
systèmes de drainage naturels,
bioéconomie, etc.
Pour réussir le saut technologique
visé, deux conditions doivent être
réunies :
Î Garantir, par les pouvoirs publics,
un environnement suffisamment
incitatif et sécurisé permettant
à l?échelle européenne des
coopérations facilitant la
recherche développement
et la consolidation d?un tissu
entrepreneurial à haute
compétence technologique ;
Î Former les salariées et salariés
des entreprises concernées
aux nouvelles techniques et aux
nouveaux matériaux.
226? Des panneaux solaires entre les rails de chemin de... | SIG
Enfin, et plus largement, un
parangonnage des solutions les
plus innovantes développées
dans d?autres pays en matière
d?atténuation et d?adaptation
permettrait à l?écosystème national,
public et privé, de bénéficier des
avancées les plus récentes à l?image
du récent projet d?installation de
panneaux solaires entre les rails des
chemins de fer en Suisse226. Cette
mission pourrait être confiée à la
Direction générale des entreprises
(DGE) du ministère de l?économie
et des finances au titre de ses
compétences en matière de soutien
à la recherche et à l?innovation. La
DGE aurait ainsi la responsabilité
de recenser, d?approuver (via une
labellisation par exemple) et de
diffuser, via un portail en libre accès,
les différentes solutions innovantes
en partenariat avec les acteurs des
filières.
Pour transformer la contrainte climat en opportunité, le CESE demande
au ministère en charge de l?équipement d?encourager et de faciliter
l?utilisation d?éco-matériaux (notamment recyclés) et de nouveaux
matériaux (entre autres poreux), en simplifiant les normes et les
autorisations administratives. Le CESE recommande aux pouvoirs
publics de développer des filières éco-responsables, de développer
la recherche ainsi qu?un réseau d?entreprises et de start-up françaises
et européennes « championnes » des infrastructures de transition.
PRÉCONISATION #7
https://ww2.sig-ge.ch/vitale_vert/projets/des-panneaux-solaires-entre-les-rails-de-chemin-de
97
4. Accompagner et soutenir les secteurs professionnels les plus exposés
Le changement climatique induit
des transformations profondes dans
l?organisation, la planification et la
réalisation des chantiers, en particulier
pour les opérateurs gestionnaires
d?infrastructures et les acteurs du
secteur des travaux publics. Ces
transformations exigent une adaptation
rapide des pratiques professionnelles,
notamment pour garantir la sécurité
des travailleurs sur le chantier, et une
évolution des normes techniques et des
modes de gouvernance. Cela passe par
plusieurs dispositifs d?ampleur :
Î Pour adapter les chantiers en
période de canicule, les horaires de
travail doivent être réorganisés, les
équipements adaptés, les protocoles
de sécurité renforcés, ce qui implique
une formation spécifique des chefs
de chantier et responsables Hygiène,
Sécurité, Environnement ;
Î Pour la gestion des eaux pluviales
en milieu urbain, les techniciens
territoriaux doivent maîtriser les
solutions fondées sur la nature,
appelant des compétences
nouvelles (hydraulique urbaine et
écoconception) ;
Î Pour la réhabilitation des
infrastructures routières face aux
mouvements de terrain liés à la
sécheresse, les ingénieurs pourraient
intégrer des matériaux innovants et
des techniques de diagnostic prédictif,
appuyées par des outils numériques ;
Î Pour le déploiement de réseaux
de chaleur ou de froid urbains, les
collectivités doivent disposer d?une
ingénierie publique capable de
concevoir, piloter et suivre ces projets
complexes, en lien avec les objectifs de
transition énergétique.
Les métiers liés aux infrastructures
restent au coeur de cette transition. Ils
mobilisent des centaines de milliers de
professionnels, tant dans le secteur privé
que public. Ces métiers sont confrontés
à des défis croissants : sécurité des
ouvrages, résilience climatique, sobriété
énergétique, complexité technique,
innovation numérique, évolution des
usages. L?impératif de renforcer à tous
les niveaux les compétences de ces
professionnels suppose :
Î Un investissement massif dans la
formation initiale et continue, en
intégrant les enjeux climatiques,
écologiques et technologiques dans les
référentiels de compétences ;
Î L?incitation à la mixité des métiers et la
valorisation des métiers de l?ingénierie
territoriale, souvent méconnus mais
essentiels à la qualité et à la durabilité
des infrastructures ;
Î Le soutien à l?ingénierie publique,
notamment au sein des collectivités
territoriales, pour garantir une
maîtrise d?ouvrage souveraine, capable
de piloter des projets complexes,
innovants et adaptés aux réalités
locales ;
Î La mobilisation des parties prenantes
(ministères, donneurs d?ordre publics
et privés, organisations syndicales,
organismes de prévention, branches
professionnelles) dans une stratégie
concertée d?adaptation et de montée
en compétences ;
Î Le renforcement des échanges entre
secteurs publics et privés, pour
favoriser les transferts de savoir-faire,
l?innovation partagée et la mutualisation
des ressources.
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98
Selon Carbone 4227, les
investissements dans les
infrastructures ont un effet
multiplicateur sur l?emploi et la
valeur ajoutée dans l?économie
française. Il est donc stratégique de
faire de l?adaptation au changement
climatique un levier d?évolution
des compétences au service du
développement économique, social
et territorial.
Dans son avis Mobiliser les acteurs
de l?emploi et du travail pour réussir
la planification écologique, le
CESE a préconisé de « rendre les
métiers de la transition écologique
plus attractifs et moins genrés »,
notamment en « organisant des
conférences de niveau régional
sur l?attractivité des métiers de la
transition incluant les conditions de
travail et l?adaptation à un contexte
de changement climatique en
rassemblant tous les acteurs »
ainsi qu? « en associant dans
les entreprises les salariés à la
réflexion sur les évolutions de
leur métier à la transition dans le
cadre d?un dialogue professionnel
renouvelé ». La même approche
doit prévaloir pour les métiers plus
particulièrement impliqués dans
l?adaptation des infrastructures au
changement climatique228. Le CESE
recommande ainsi de mettre en
oeuvre une politique ambitieuse de
renforcement des compétences
dans les secteurs professionnels
exposés, en articulant formation,
reconnaissance et attractivité
des métiers, soutien à l?ingénierie
publique et gouvernance partagée,
227? Le rôle des infrastructures dans la transition bas-carbone et l?adaptation au changement
climatique de la France, 2021.
228? CESE, avis Mobiliser les acteurs de l?emploi et du travail pour réussir la planification écologique
(2024).
afin de garantir la résilience des
infrastructures et la montée en
capacité des territoires face aux
défis climatiques.
Le CESE appelle les pouvoirs
publics et les grandes
sociétés de travaux publics
françaises à renforcer les
compétences et les moyens
des secteurs professionnels
exposés, en soutenant la
formation initiale et continue,
en valorisant les métiers de
l?ingénierie territoriale et en
garantissant une maîtrise
d?ouvrage publique capable
d?innover et de piloter les
projets complexes.
PRÉCONISATION #8
Il convient de penser les différentes
démarches d?adaptation, jusqu?alors
sectorielles et parcellaires, comme
un ensemble cohérent au sein
duquel toutes les politiques seraient
coordonnées entre elles.
Le cadre légal et réglementaire
répond à ce besoin de sécurisation
et de stabilité et fournit une
référence à la fois juridique et
institutionnelle en même temps
qu?il légitime des normes efficaces
et des niveaux d?exigence garants
des meilleures pratiques. Il permet
également d?arrêter la répartition des
responsabilités entre les différents
acteurs concernés. Il peut être
99
incitatif en prévoyant des mécanismes,
notamment financiers, de soutien et/ou de
reconnaissance de la qualité des ouvrages
en matière de résilience.
Or il n?existe pas en France d?obligation
générale d?adaptation au changement
climatique. Le PNACC 3, adopté en
juillet 2025 pour une durée de 5 ans,
s?il définit une stratégie nationale
déclinée en un ensemble de mesures,
est un cadre général, sans valeur
juridique contraignante. Un avis du
Conseil d?État de 2021 parle de « faible
normativité du PNACC et d?absence
d?effets juridiques »229. La trajectoire
de réchauffement de référence pour
l?adaptation au changement climatique
(TRACC), inscrite dans le seul PNACC,
ne revêt pas non plus de caractère
juridiquement contraignant.
Pour autant, toutes ces démarches
vont dans le bon sens et engagent
élus et services de l?État à anticiper et
prévenir les impacts du changement
climatique. Elles doivent être davantage
soutenues, par exemple en définissant,
229? 428177
230? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2023).
à partir du PNACC, un cadre légal et
réglementaire opposable et contraignant,
dont le fondement pourrait être la
Charte de l?environnement, de portée
constitutionnelle et qui consacre le
principe de précaution, et des textes
internationaux qui engagent la France
comme l?Accord de Paris ou encore le
Règlement UE 2021/1119 dit « loi européenne
sur le climat ».
Le CESE appelle le
Gouvernement et le
Parlement à fixer un cadre
légal comportant des mesures
incitatives ou contraignantes
selon leur objet en vue de
favoriser la résilience des
infrastructures face au
changement climatique,
donnant la visibilité et la
stabilité nécessaires.
PRÉCONISATION #9
III. Axe 3 - Mettre en place une politique systémique
d?investissement dans les infrastructures
1. Atténuation et adaptation, des politiques à mener de pair
Le réchauffement climatique est un
phénomène mondial. Du fait de l?inertie
du système climatique terrestre, le climat
des 25 prochaines années dépendra
assez peu des émissions actuelles et
à venir : il se réchauffera de manière
certaine jusqu?en 2050, voire au-delà
si les pays émetteurs ne tiennent pas
l?objectif de zéro émission nette en 2050.
En revanche, l?intensité du changement
climatique après 2050 sera directement
liée aux trajectoires des émissions de
GES des années à venir. De plus. Il existe
un risque d?emballement climatique,
avec des effets néfastes sur les puits de
carbone et le climat230.
https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CRP/conclusion/2021-02-12/428177?download_pdf
https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2021/1119/oj?locale=fr
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100
L?atténuation, qui vise à agir
sur les causes, et l?adaptation,
qui consiste à agir sur les
conséquences, sont donc, face au
changement climatique, deux volets
complémentaires des politiques
climatiques.
Ainsi, l?Accord de Paris de 2015
prévoit que les pays signataires
doivent, d?une part, définir une
politique et mettre en oeuvre des
actions d?atténuation pour limiter
leurs émissions de GES, et, d?autre
part, définir et conduire des
politiques et actions d?adaptation231.
Le rapport annuel 2025 du HCC
souligne l?urgence des deux
politiques : « Les observations
confirment que le réchauffement
a été encore plus rapide au cours
de la dernière décennie et que les
effets du changement climatique
s?intensifient et s?amplifient,
démontrant des besoins croissants
d?adaptation. Il y a urgence à
réduire les émissions pour limiter le
réchauffement232».
En accord avec les engagements
internationaux de la France et la
loi européenne sur le climat entrée
en vigueur en 2021, le projet de
stratégie nationale bas carbone
(SNBC3) de la France vise à
atteindre la neutralité carbone
en 2050 et à une réduction de
50 % des émissions brutes entre
1990 et 2030. Mais, comme le
souligne le HCC, « alors que la
baisse d?émissions observées en
2023 était compatible avec la
231? Article 7 de l?Accord de Paris.
232? Rapport annuel HCC 2025 : Relancer l?action climatique face à l?aggravation des impacts
et à l?affaiblissement du pilotage (juin 2025).
233? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2023).
234? HCC Rapport annuel 2025.
235? HCC Rapport annuel 2025, p. 112 et 126.
trajectoire nécessaire pour tenir
les objectifs fixés par la SNBC3,
cette dynamique s?est interrompue
en 2024, entraînant un retard
qu?il est impératif de rattraper. (?)
Pour atteindre la cible fixée par
le projet de SNBC3, le rythme de
réduction des émissions brutes
totales doit doubler par rapport à
celui observé en 2024 ». Chaque
fraction de degré de réchauffement
sur le globe aura des conséquences
importantes, en particulier sur les
extrêmes climatiques233.
Devant ce défi, les infrastructures
ont un rôle important à jouer,
entre autres en matière de
transport, les émissions de ce
secteur représentant 34 %
des émissions nationales en
2024234. Or, si le déploiement
des bornes de recharge pour les
véhicules électriques continue
au rythme nécessaire pour
accompagner l?électrification du
parc, les investissements dans
les infrastructures ferroviaires et
cyclables ne sont pas au niveau des
besoins identifiés et le financement
des transports en commun reste
incertain selon le HCC235. Cela
crée un risque quant à l?atteinte des
objectifs de décarbonation et ne
permet pas à la France de se situer
sur la trajectoire qu?elle s?est fixée
en ce domaine.
101
Au-delà des seuls transports, il est
indispensable de poursuivre voire
d?augmenter les efforts d?investissements
dans divers types d?infrastructures
favorables à l?atténuation (telles que
celles pour la production énergétique
décarbonée) ou à l?adaptation ou
236? CESE, avis Comment favoriser une gestion durable de l?eau (quantité, qualité, partage) en France
face aux changements climatiques ? (2023), p. 85.
237? Un glossaire rappelant la définition des divers concepts et expliquant les termes techniques figure en annexe 1
conciliant les deux (telles que les
infrastructures « vertes » favorisant des
modes de transport décarbonés, comme
le vélo ou la marche, limitant les émissions
de GES et atténuant les îlots de chaleur
urbain).
2. La dette grise, un défi à relever en y intégrant de manière systémique atténuation
et adaptation et la nécessité de disposer d?une programmation pluriannuelle
La partie relative aux constats a
relevé l?ampleur en France des retards
d?investissement dans l?entretien
et la rénovation de divers types
d?infrastructures de réseaux, ces retards
cumulés formant la « dette grise ». C?est
notamment le cas du réseau ferroviaire,
la direction de la SNCF soulignant le
risque, s?il n?y est pas remédié, de
« décrochage » (4 000 km sur 17 000 km
du réseau structurant d?ici 2028 (cf.
données mentionnées dans le point IC).
Se trouvent aussi dans cette situation
une partie importante des infrastructures
routières et en particulier des ponts,
ainsi que des voies navigables. Il en va de
même des réseaux d?eau, dont un avis
récent du CESE souligne la nécessité de
les rénover après des années de sous-
investissement, en particulier en zones
peu denses, 20 % de l?eau potable mise à
distribution n?arrivant pas à destination, à
l?échelle nationale, du fait des fuites236.
Pour le CESE, se poser la question du
climat futur et de l?adaptation avant tout
investissement dans une infrastructure
est indispensable pour prévenir le
risque d?un réinvestissement précoce,
voire d?une maladaptation. Anticiper est
essentiel, car les choix opérés en amont
conditionnent les marges d?évolutions
ultérieures.
Intégrer la préoccupation de
l?adaptation dès la conception du projet
ou du programme (adaptation dite « by-
design »237) n?entraîne en général qu?un
surcoût limité, inférieur par exemple,
selon I4CE, à 5 % pour la modernisation
des infrastructures de transport. Profiter
d?investissements déjà prévus dans une
infrastructure pour renforcer son niveau
d?adaptation permet de le faire à moindre
coût.
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Le CESE appelle État, collectivités territoriales et opérateurs à amplifier
les investissements après appréciation de leur utilité dans le cadre d?une
analyse systémique et prospective, pour résorber progressivement la
« dette grise » imputable à la longue période de sous-investissement
dans la maintenance des infrastructures. Il préconise d?engager sans
attendre les travaux préventifs de remise à niveau des infrastructures les
plus dégradées, de mettre à profit ces investissements pour renforcer
dans une logique systémique l?apport des infrastructures à l?atténuation
du changement climatique et d?y intégrer de manière systématique un
« réflexe adaptation » prenant en compte les potentielles évolutions
d?usage.
PRÉCONISATION #10
238? CESE, avis SFEC : quelle gouvernance pour la transition écologique ? (2022), préconisation 8.
239? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique
et juste (2023), op. cit..
240? HCC, rapport annuel 2025, p. 14.
241? HCC, avis sur le PNACC 3 (mars 2025).
La nécessité de disposer d?une
programmation pluriannuelle a été
soulignée par le CESE dans des avis
récents pour le financement de la
politique de transition écologique.
S?agissant de la SFEC, qui englobe
les divers volets de la transition,
le CESE appelait dès 2022 à « se
donner les moyens financiers
via une loi de programmation
pluriannuelle des finances publiques
pour la transition écologique »238.
En 2023, le CESE notait la nécessité
« d?y faire apparaitre les besoins
associés au PNACC 3 »239, pour
coordonner dans la durée la
politique d?adaptation dans ses
diverses dimensions.
Mais cette prise en compte reste
insuffisante. Ainsi, pour le HCC,
« Le financement de l?adaptation
constitue un angle mort des
documents de planification
stratégique »240 et celui-ci appelle
à « doter le PNACC 3 d?un plan
de financement complet (État/
collectivités/privé) prévoyant un
renforcement des financements
de l?adaptation sur la base d?un
cadre incitatif et réglementaire
et mettre en place un suivi
transparent des crédits alloués
à chaque mesure »241. Le CESE
regrette avec le HCC que très peu
d?actions du PNACC 3 précisent à
ce stade les montants et modalités
de financements prévus, notamment
les mesures 30, 31 et 32 portant sur
les moyens d?assurer la résilience
des infrastructures dans les
secteurs des transports, du système
énergétique et des services de
communication électronique.
103
Pour le CESE, la continuité de
l?action publique conduite en matière
d?adaptation, notamment celle visant
à l?adaptation des infrastructures, est
essentielle. Leur financement doit
être cohérent avec l?évolution des
besoins d?investissements, sans Stop &
Go, et ne doit ne pas constituer une
variable d?ajustement budgétaire, les
infrastructures étant des éléments
structurants pour le reste des activités
et les besoins des acteurs économiques,
sociaux et environnementaux, ainsi que de
la population.
La mise en oeuvre du PNACC 3
nécessitera de prévoir et de rendre
public un plan pluriannuel de financement
des mesures décidées. Il conviendra que
cette loi de programmation nationale
pluriannuelle soit articulée avec sa
déclinaison territoriale dans le cadre des
CPER et des CRTE (cf. Axe 2 point 2).
242? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2023), p. 44.
243? La France a défini douze secteurs d?activités d?importance dite « vitale », répartis selon quatre dominantes :
humaine (alimentation, gestion de l?eau, santé), régalienne (activités civiles de l?Etat, activités judiciaires
et activités militaires de l?Etat), économique (énergie, finances, transports) et technologiques
(communications électroniques, audiovisuel et information, industrie, recherche).
Le CESE appelle
Gouvernement et Parlement
à adopter une loi de
programmation pluriannuelle
relative au financement
du Programme national
d?adaptation au changement
climatique (PNACC 3) et à
prévoir dans ce cadre des
mesures d?adaptation au
changement climatique portant
notamment sur les réseaux
d?infrastructures. Il conviendra
que cette loi de programmation
soit articulée avec sa
déclinaison territoriale dans
le cadre des futurs Contrats
de Plan État Régions (CPER)
(2028-2032) et des prochains
Contrats de relance et de
transition écologique (CRTE).
PRÉCONISATION #11
3. L?adaptation des infrastructures au changement climatique :
vers une politique multidimensionnelle, systémique et opérationnelle
Le CESE rappelle sa recommandation
aux acteurs de réaliser des études de
vulnérabilité au changement climatique
de tous les territoires, des communes
aux régions, dans tous les secteurs
d?activités242. Cela s?applique a fortiori
aux transports, à l?énergie, à la gestion
de l?eau et aux communications
électroniques, qui figurent parmi les
secteurs d?activités d?importance dite
« vitale »243.
Le PNACC 3 prévoit la réalisation
d?études de vulnérabilité pour les
secteurs les plus exposés, notamment
pour les infrastructures et services de
transport, et de rendre la réalisation de
ces études progressivement obligatoires
pour les entreprises stratégiques
(opérateurs d?importance vitale-OIV).
Le CESE apporte son soutien à ces
dispositions. Il est en effet nécessaire
d?identifier les infrastructures les plus
vulnérables et, pour une voie ferrée ou
une route, par exemple, les tronçons les
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plus exposés, afin de prendre en
compte ce facteur dans les travaux
prioritaires à réaliser244. Pour le
CESE, si chaque gestionnaire
d?infrastructure doit mener cette
analyse pour son propre compte,
il est indispensable de le faire
ensuite de manière agrégée et
intersectorielle pour avoir une
vision précise à l?échelle nationale
et territoriale des vulnérabilités
et investissements d?adaptation à
prioriser.
Entretien préventif et rénovation
sont un enjeu pour améliorer à des
coûts maîtrisés la résilience des
infrastructures face aux effets du
changement climatique. Plusieurs
gestionnaires d?infrastructures
auditionnés, notamment ceux du
réseau ferroviaire245 ou routier,
font valoir que la première et
meilleure action de résilience
consiste à entretenir et à rénover
le réseau existant. A la faveur
d?une rénovation, l?introduction de
composants plus jeunes ou d?une
gamme plus élevée, par exemple,
permet de gagner en résilience face
aux changements climatiques. Des
travaux d?entretien et de curage
réguliers ou un recours à des
caniveaux ou à des chenaux de plus
grande capacité peuvent réduire
les effets de précipitations plus
intenses, voire d?une inondation sur
une infrastructure en en améliorant
la résilience246.
244? Cf. audition de M. Alain Quinet, directeur général à la stratégie de SNCF Réseau,
en charge des sujets liés à la résilience, le 16/04/2025.
245? Audition de M. Alain Quinet, op. cit.
246? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP, op. cit. et de M. Nicolas Bonnet
directeur général de la Chambre de commerce et d?industrie France par la commission TAA.
247? Rapport Ambition France Transports : Financer l?avenir des mobilités (juillet 2025), p. 7.
248? Banque mondiale, mars 2021, https://openknowledge.worldbank.org/entities/
publication/6219bf23-87e1-5f30-aaf9-30e0cd793ce3; Cette étude ne porte pas
spécifiquement sur les infrastructures.
249? L?étude de la CCR ne porte pas de manière spécifique sur les infrastructures.
La prévention est en général, en
matière d?adaptation, plus efficace
et économe que la réparation.
M. Jean-Marc Zulesi, ancien député
et membre du Conseil d?Orientation
des Infrastructures (COI),
notait en audition que « un euro
dépensé pour la maintenance des
infrastructures de transport permet
d?éviter 5 euros de dépenses en
« cycle résiduel », c?est-à-dire en
conséquence de l?inaction sur le
manque de maintenance ». Une
étude de vulnérabilité du réseau
routier national faite par le cabinet
Setec pour le ministère des
Transports estime qu?augmenter
d?1 Md¤ par an à horizon 2032 les
investissements dans la régénération
et la modernisation du réseau routier
national non concédé éviterait
2 Md¤/an de dépenses liées aux
conséquences de l?inaction sur ce
même réseau et 3 M¤ /an de pertes
économiques et sociales liées à
la moindre disponibilité de cette
infrastructure247. D?après la Banque
mondiale, chaque euro investi dans
l?adaptation rapporterait entre 2 et
10 euros248 et, selon une étude de
la Caisse centrale de réassurance,
un euro investi par le Fonds vert
dans l?adaptation évite huit euros de
dommages à terme249. Si le chiffrage
des estimations varie quelque peu
selon le domaine concerné, l?horizon
temporel et le scénario climatique
retenus, cela ne remet pas pour
https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/6219bf23-87e1-5f30-aaf9-30e0cd793ce3
https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/6219bf23-87e1-5f30-aaf9-30e0cd793ce3
105
le CESE en cause leur principe : le coût
global de l?inaction s?avère quant à
l?adaptation supérieur à celui de l?action.
Le travail de priorisation est à cet égard,
comme déjà noté, essentiel, notamment
pour sélectionner et étaler dans le temps
les travaux à réaliser en fonction de leur
urgence et de leurs enjeux économiques,
250? CESE, avis La transition énergétique dans les transports, (2013).
251? Cf. art. L.101-2 du code de l?urbanisme.
252? Respectivement articles L. 151.1 et L. 151-8, art. L. 161.-3, et article L. 141-4 du code de l?urbanisme.
253? Assemblée nationale, rapport d?information L?adaptation de l?aménagement des territoires au changement
climatique, op. cit. p. 78.
254? Principe d?indépendance des législations dégagé par le Conseil d?Etat, arrêt Sieur Picard n°38 893 (1959).
sociaux et environnementaux. Le
CESE rappelle sa préconisation de
« hiérarchiser les projets en donnant la
priorité à l?optimisation de l?existant sur la
construction de nouvelles infrastructures,
aux alternatives à la route et à l?aérien,
et aux modes produisant les plus faibles
impacts environnementaux »250
Le CESE recommande aux opérateurs et gestionnaires d?infrastructures, en s?inspirant
des contrats de régulation économique, d?identifier les tronçons les plus vulnérables à
l?échelle des divers réseaux d?infrastructures et de manière consolidée entre réseaux,
pour prioriser les investissements les plus importants et urgents. Il recommande aux
propriétaires et aux gestionnaires de planifier et d?augmenter les investissements
patrimoniaux de prévention et d?adaptation pour les infrastructures, en ligne avec
la trajectoire d?adaptation au changement climatique (TRACC). Il appelle l?État et
les collectivités territoriales, notamment communes et intercommunalités, à créer
des réserves foncières dans les territoires exposés au risque de montée des eaux.
PRÉCONISATION #12
4. Nécessité d?intégrer, dans les documents de planification et sectoriels locaux
et dans les documents d?urbanisme la TRACC, l?adaptation et la montée des eaux
En vertu de la loi Grenelle I de 2009,
l?action publique en matière d?urbanisme
comprend, parmi ses objectifs, « la lutte
contre le changement climatique et
l?adaptation à ce changement »251. Mais
si les plans locaux d?urbanisme, cartes
communales et schémas de cohérence
territoriale doivent en principe respecter
ces objectifs252, cette obligation est selon
un rapport parlementaire « en pratique,
sans conséquence sur la prise en
compte de l?adaptation au changement
climatique dans les documents
d?urbanisme »253.
Le PNACC 3 prévoit (décret d?application
prévu dans la mesure 23) que les Plans
Climat air énergie territoriaux (PCAET)
intègrent la TRACC dans l?évaluation
environnementale, mais ces derniers
ne constituent pas des documents
d?urbanisme.
De ce fait, comme le note le même
rapport parlementaire, la seule
inscription de la TRACC dans le droit de
l?environnement ne sera pas opposable
aux décisions d?urbanisme254 : « La loi
permettra l?inscription de la TRACC
dans le décret sur les PCAET, (mais)
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ce décret ne pourra pas l?imposer
dans les autres documents
d?urbanisme en l?absence d?une
loi, bien que les PLUi doivent être
compatibles avec les PCAET »255.
Par ailleurs, s?agissant des Plans
locaux d?urbanisme, municipaux
(PLU) ou intercommunaux (PLUi),
qui fixent les règles d?aménagement
ou d?urbanisme dans un territoire,
les PLUi intègrent un rapport de
présentation qui établit un diagnostic
transversal du territoire et de ses
besoins. Ce rapport de présentation
se fonde sur des prévisions
démographiques et économiques,
mais l?intercommunalité n?est
pas tenue de faire un diagnostic
prospectif environnemental.
Le rapport parlementaire précité
préconise donc de « consacrer
dans la partie législative du code
de l?environnement l?existence de la
TRACC ». Il propose par ailleurs de
« prévoir dans la partie législative
du code de l?urbanisme que les
documents d?urbanisme tiennent
compte de la TRACC et qu?un
diagnostic climatique prospectif
fondé sur la TRACC figure dans
le rapport de présentation des
PLUi »256.
Le CESE rappelle pour sa part
sa recommandation d?introduire
cette obligation dans le code de
l?urbanisme afin que la TRACC
soit prise en compte dans tous les
255? Article L. 131-5 du code de l?urbanisme.
256? Assemblée nationale, rapport « L?adaptation de l?aménagement des territoires au changement
climatique », rapporté par Philippe Fait et Fabrice Barusseau (juin 2025), p. 17 et 78.
257? Cahier d?acteurs du CESE, contribution à la consultation sur le PNACC 3,
référent Nicolas Richard (2024).
258? Interview de Françoise Vimeux, directrice de recherche à l?Institut de recherche
pour le développement (IRD) par BFMTV.com.
259? CESE, avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
260? Décret n°2024-531 du 10 juin 2024 modifiant celui n°2022-750 du 29 avril 2022 dressant
la liste des communes dont l?action en matière d?urbanisme et la politique d?aménagement
doivent être adaptées aux phénomènes hydrosédimentaires entrainant l?érosion du littoral.
documents d?urbanisme257. Cette
recommandation est en cohérence
avec la préconisation 9 du présent
avis. Le CESE souligne l?importance
que le droit de l?urbanisme et les
documents d?urbanisme existants
prennent en compte le changement
climatique, en particulier dans les
zones à risque et notamment sur les
littoraux.
L?élévation touchera les côtes
françaises « de manière chronique
avec l?envahissement par la mer
des zones de très basse altitude
et de manière ponctuelle lors
de grandes marées »258. Des
littoraux français commencent à
être touchés, notamment Outre-
mer259 et, dans les décennies à
venir, les traits de côte évolueront.
864 communes françaises sont
officiellement menacées, dont
126 communes prioritaires soumises
à des obligations d?adaptation260.
La montée des eaux et
l?augmentation du risque
d?inondation représentent un risque
considérable pour populations,
activités économiques et
infrastructures. Agir préventivement
sur l?urbanisme est indispensable
pour limiter ce risque et adapter
les infrastructures à la TRACC à
+ 4 °C retenu par le PNACC 3 en
les déplaçant dans certains cas,
en particulier pour celles situées à
proximité du littoral.
107
Le CESE préconise aux collectivités territoriales (régions, communes et
intercommunalités, en particulier) d?analyser et d?actualiser de façon détaillée, dans
le cadre de l?ensemble des Schémas régionaux d?aménagement, de développement
durable et d?égalité des territoires (SRADDET), des Plans climat-air-énergie
territoriaux (PCAET), Plans de prévention des risques (PPR) et documents
d?urbanisme (PLU, PLUi), l?exposition au risque climatique selon la nouvelle
trajectoire de réchauffement de référence pour l?adaptation au changement
climatique (TRACC). Il les appelle à associer à ces analyses les acteurs du dialogue
social et environnemental territorial, et à réviser tous les documents de planification
et d?urbanisme, en intégrant les risques liés à la montée des eaux, notamment de
non-constructibilité du littoral et de déplacement des infrastructures hors des
zones submersibles, en commençant par les plans de prévention des risques
naturels (PPRN) les plus anciens.
PRÉCONISATION #13
5. Nécessité de prise en compte renforcée en matière d?adaptation d?une logique
systémique, territoriale et transformationnelle
M. David Zambon, du Cerema, note
l?intérêt de l?approche systémique, qui
revient à ne pas traiter une infrastructure
comme un objet donnant lieu une politique
d?entretien et de réparation, mais à voir
celle-ci comme le support d?un service
et une composante du fonctionnement
d?un système à l?échelle d?un territoire.
Ainsi, si une route est fermée à la suite
d?une inondation, faut-il rétablir sans
délai cette route en la préservant de
l?inondation ou peut-on accepter qu?elle
soit fermée un certain temps ou à
certaines périodes, soulignant que la
question s?analyse moins au regard du
fonctionnement de cette infrastructure
isolément que selon son apport au
territoire : existe-t-il des itinéraires
alternatifs et cette route donne-t-elle
accès à un service essentiel pour la
population, par exemple un hôpital ou une
zone d?activité majeure, dans une logique
d?interdépendance ? Faut-il par ailleurs
nécessairement la reconstruire et ce au
même endroit, la question de son utilité
étant essentielle ?
Le report modal vers le ferroviaire et le
fluvial constitue pour le CESE un enjeu
important dans le cadre de l?atténuation
et de l?adaptation des infrastructures.
Le HCC (rapport annuel 2023)
appelle à changer d?échelle et à passer
du mode d?adaptation réactif qui
prévaut aujourd?hui à une adaptation
transformationnelle. Le CESE partage
cette approche et note l?intérêt de
stratégies « sans regret », c?est-à-dire
qui demeureraient avantageuses pour
un territoire ou un pays d?un point de vue
environnemental, économique et social,
même si le reste du monde ne faisait
pas les mêmes efforts d?atténuation et
quel que soit le scénario de changement
climatique.
Le CESE rappelle l?importance de
prendre en compte, parmi les solutions
d?ingénierie à examiner en priorité
dans les opérations d?aménagement,
les solutions d?adaptation fondées
sur la nature, souvent peu onéreuses.
Ainsi, il appelle à considérer arbres,
haies, surfaces non artificialisées,
zones humides? comme des auxiliaires
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d?adaptation au changement
climatique.
Le CESE souligne aussi la
nécessité, dans les mesures mises
en oeuvre pour la protection des
infrastructures, de prévenir la
maladaptation. Ainsi, contre la
montée des eaux, il importe que
les protections mises en place
à un endroit pour protéger une
infrastructure prenne en compte les
effets induits et ne se traduisent pas,
à tout le moins sans que cela n?ait
été anticipé, par une montée des
eaux accrues pour un territoire et
une ou des infrastructures voisines.
Ces questions de fond doivent
être débattues, soumises au débat
parlementaire et à la démocratie
participative, notamment via la
consultation de la société civile
organisée : ainsi, à quel niveau de
risque se préparer et que choisit-
on de protéger en priorité ? Par
exemple, des moyens d?ingénierie
existent pour réduire l?exposition à
des risques climatiques, comme la
mise en place de digue contre les
risques de submersion marine. Mais,
s?il est envisageable de rehausser
des digues selon la montée des eaux
et la force des tempêtes, faut-il le
faire pour toutes les infrastructures
ou seulement pour certaines et
selon quels critères ? De manière
plus générale, quel investissement
consentir pour des infrastructures
plus robustes, à quel prix et pour
quelle efficacité ?
Le CESE appelle l?État, les collectivités territoriales et les opérateurs
gestionnaires d?infrastructures à renforcer la prise en compte d?une
logique systémique, territoriale et transformationnelle dans l?adaptation
des infrastructures, en donnant la préférence à des stratégies « sans
regret », restant avantageuse quel que soit le scénario de changement
climatique, ainsi qu?aux solutions fondées sur la nature et en veillant à
prévenir les risques de maladaptation.
Il appelle pouvoirs publics et acteurs économiques à prendre en compte
l?enjeu du report modal vers le fluvial et le ferroviaire et à le favoriser.
Il préconise aux propriétaires et gestionnaires d?infrastructures de
s?appuyer sur des solutions qui ont montré leur efficacité dans des
pays étrangers et de privilégier le principe de précaution pour les
infrastructures critiques, pour assurer la résilience des territoires,
les activités et la sécurité des personnes.
PRÉCONISATION #14
109
6. Adéquation entre évolution des missions et des moyens des opérateurs de l?État
pour l?adaptation
261? Assemblée nationale, rapport Les moyens consacrés à l?adaptation au changement climatique,
op. cit, (2025), p. 34
262? https://www.vigicrues.gouv.fr/ftp/aide/Maq_VigiCrue_v2A.pdf;
263? Source Météo France, citée par Assemblée nationale, rapport Les moyens consacrés à l?adaptation
au changement climatique (2025).
264? Gouvernement, Document de présentation du PNACC 3, La France s?adapte (mars 2025), p. 183 et 184.
Météo France joue, face au changement
climatique, un rôle essentiel d?expertise et
de diffusion des connaissances. Outre la
conservation de la mémoire des données
du climat, il assure la mise à disposition
du diagnostic du changement climatique
observé et de ses évolutions à venir grâce
à la modélisation du climat. Il élabore ainsi
des projections climatiques de références
globales, nationales et régionales à une
échelle fine qui servent de base aux
données de référence de la TRACC.
Météo France apporte aussi un soutien
en matière de prévisions météorologiques
et d?adaptation à divers de bénéficiaires :
administrations, opérateurs, entreprises
ou particuliers261. Il est enfin chargé de
l?émission des vigilances météorologiques
pour les territoires français de l?Hexagone
et d?Outre-mer.
En matière de montée des eaux, le
service central d?hydrométéorologie
et d?appui à la prévision de inondations
(SCHAPI) joue un rôle important pour
diffuser une information en continu sur les
crues (Vigie crue) et animer le réseau de
vigilance et de prévention des crues et de
l?hydrométrie de l?État262.
Si les travaux de ces organismes,
notamment ceux de Météo France,
sont de grande qualité, ce dernier a
perdu 25 % de ses effectifs entre 2010
et 2022, alors qu?un renforcement de
ses moyens serait nécessaire pour
répondre à de nouveaux besoins dans le
domaine de l?adaptation263. Le recours
accru à l?Intelligence artificielle (IA), s?il
peut permettre d?automatiser certaines
tâches, a besoin d?être accompagné
par des ingénieurs spécialistes qui font
aujourd?hui souvent défaut du fait de
ces contractions d?effectifs. Le service
central d?hydrométéorologie et d?appui
à la prévision des inondations a connu
pour sa part, au début des années 2020,
des fusions d?unités et regroupements
fonctionnels.
Comme noté dans les constats (IV B2),
l?appui à l?ingénierie des collectivités
territoriales et des opérateurs
d?infrastructures dans leur politique
d?adaptation est aussi un enjeu. Les
collectivités territoriales, notamment
communes et intercommunalités,
détiennent une part importante des
infrastructures et sont en première
ligne face aux impacts du changement
climatique, surtout locaux, mais manquent
de capacités d?ingénierie. Ces besoins
ne sont que très partiellement couverts
par la mission d?assistance technique
aux communes mise en place par des
départements pour la voirie ou par
le recours jugé coûteux aux bureaux
d?étude.
La mise en place, en 2019, de l?Agence
nationale de cohésion des territoires
(ANCT), confortée par l?appui technique
du Cerema, puis, fin 2024, le lancement,
d?abord pour 100 collectivités, de la
mission Adaptation ont permis d?y
remédier en partie. La mesure 25 du
PNACC 3 prévoit la pérennisation de
cette mission Adaptation « à moyens
constants en 2025 »264. La mission
Adaptation a permis la création, dans
https://www.vigicrues.gouv.fr/ftp/aide/Maq_VigiCrue_v2A.pdf
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chaque région, d?un guichet unique
constitué par un binôme d?agents
de l?ADEME et du Cerema, qui
accueillent les demandes des
collectivités et autres acteurs, y
répondent ou les orientent vers les
opérateurs associés à la mission ou
vers des référents identifiés à Météo
France, dans les agences de l?eau ou
l?Office Français de la biodiversité
(OFB), entre autres. Selon un
récent rapport parlementaire, la
mission Adaptation mobilise en
2025 pour l?ADEME un coordinateur
au niveau national et 18 référents,
hommes et femmes, en directions
régionales, et pour le Cerema,
23 équivalents temps plein (ETP),
dont un coordinateur national pour
orienter les demandes ou contribuer
à former des chargés de mission en
collectivités265.
L?étude d?I4CE « Adapter la
France à +4 °C : moyens, besoins,
financements » identifie ainsi
une douzaine d?opérateurs clés
qui concourent à l?élaboration,
au conseil à l?ingénierie et à la
mise en oeuvre des politiques
d?adaptation, notamment en matière
d?infrastructures, tels qu?ADEME,
CEREMA, Agences de l?eau,
Conservatoire de l?Espace Littoral
et des Rivages Lacustres (CELRL),
ANCT, BRGM, OFB et ONF. Mais,
si 2024 a vu augmenter les effectifs
de la plupart de ces opérateurs
(hors IGN), dans la durée, leurs
effectifs ont globalement connu une
265? Assemblée nationale, rapport d?information Les moyens consacrés à l?adaptation
au changement climatique (2025), p. 35 à 37.
266? Adaptation au changement climatique : un rapport parlementaire dénonce un Pnacc 3
sous-financé
267? Ibid.
268? Cf. CESE avis Comment favoriser une gestion durable de l?eau (quantité, qualité, partage)
en France face aux changements climatiques ? (2023), p. 20 ou avis Contribution du CESE
à l?élaboration de la stratégie nationale pour la biodiversité 2021-2030(SNB3) (2021).
réduction. Sur 10 ans, le CEREMA
a perdu plus de 580 postes (près
de 20 % de ses effectifs), l?IGN, les
Agences de l?eau ou VNF plus de
10 %.
Ce constat est confirmé par le
rapport parlementaire sur Les
moyens consacrés à l?adaptation
au changement climatique, qui
s?alarme de l?insuffisance des
moyens humains affectés aux
politiques d?adaptation, aggravée
par « une baisse significative
des effectifs du pôle ministériel
[chargé] de l?écologie et de
l?aménagement du territoire ainsi
que des opérateurs »266. Selon
ce rapport, cela a entre autres
pour conséquence que « seules
130 collectivités sont suivies par
la mission Adaptation, [?] alors
que leur besoin en ingénierie est
important et leur rôle crucial dans
la politique d?adaptation » 267. C?est
entre autres le cas des agences
de l?eau, sollicités notamment par
les collectivités territoriales dans
le cadre de leurs compétences
GEMAPI, ou de l?Office Français de
la biodiversité.
Cette évolution, pointée à maintes
reprises par le CESE268, est pour
notre assemblée paradoxale et
dommageable, alors que le PNACC
affirme la nécessité de renforcer
la politique d?adaptation climatique.
Le rôle d?analyse, de prévision,
de prévention des risques et de
conseil des agences nationales en
111
est une composante essentielle. Une
meilleure adéquation entre les missions
et moyens de ces services et opérateurs
de l?État est pour le CESE nécessaire,
afin de leur permettre de disposer de
compétences renforcées au bénéfice
de l?accompagnement des collectivités
territoriales et des gestionnaires
d?infrastructures dans leur démarche
d?adaptation au changement climatique.
Le CESE préconise au Gouvernement, pour répondre aux besoins nouveaux
et aux sollicitations des collectivités et gestionnaires d?infrastructures en
matière d?adaptation au changement climatique, de renforcer l?adéquation entre
les missions et l?ensemble des moyens de Météo France, du service central
d?hydrométéorologie et d?appui à la prévision des inondations (SCHAPI) et du
Cerema dans le cadre de la « Mission Adaptation », pour en faire une véritable
« force opérationnelle ingénierie ».
PRÉCONISATION #15
7. Des spécificités des Outre-mer à prendre en compte
Les onze territoires ultra-marins sont les
parties de notre pays les plus exposées
au changement climatique. A l?exception
de la Guyane, ces territoires sont des iles
et la très grande majorité de la population
(2,2 millions d?habitants dans les DROM
et 600 000 dans les COM, soit 2,8 M.
au total)), ainsi qu?une partie importante
des infrastructures se concentrent sur
les littoraux, où les basses altitudes et la
forte artificialisation du sol engendrent
des risques, en particulier au regard de la
montée des eaux.
Cette montée du niveau des eaux liée
au changement climatique se manifeste
Outre-mer par des phénomènes de
submersion marine, d?érosion du trait de
côte, d?inondations, de salinisation des
terres et des nappes phréatiques. Elle
impacte tous les territoires en Outre-mer
à un horizon temporel plus rapproché que
dans l?Hexagone. Ses effets entraîneront
des conséquences importantes dès 2028
selon le Cerema, avant une accélération
qui touchera massivement les territoires
à partir de 2050, alors que l?Hexagone
sera davantage touché à horizon de 2070
à 2100.
S?y ajoute pour nombre de ces territoires
une exposition particulièrement élevée
aux cyclones et ouragans, comme l?a
rappelé entre autres l?ouragan Irma de
2017, qui a notamment ravagé Saint-
Martin et Saint Barthélémy, ainsi que les
cyclones Garance à La Réunion en 2025,
Chido et Dekeledi à Mayotte.
Du fait de la fragilisation des récifs
coralliens, certains de ces territoires
perdent par ailleurs une partie de leurs
barrières naturelles. Leurs forêts, zones
humides, herbiers ou mangroves, qui
jouent un rôle essentiel pour capter
le carbone (atténuation) ou de zones
tampons lors des inondations (adaptation)
sont souvent dégradés du fait des
activités économiques.
Il y a donc urgence, plus encore que
dans l?Hexagone, à limiter les effets du
changement climatique et à s?y préparer.
Les territoires ultramarins doivent
concilier les objectifs de transition et
d?autonomie énergétique qui doivent être
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abordés et traités ensemble et de
manière complémentaire.
Du fait de la diversité notamment
climatique et institutionnelle dans les
Outre-mer, les solutions adoptées
doivent s?adapter aux particularités
de chaque territoire ultra-marin
ainsi qu?à la géographie particulière
de chacun dans son environnement
régional en travaillant notamment
sur les Schémas d?aménagement
régionaux (SAR).
Le CESE rappelle la nécessité
absolue de maintenir la trajectoire
de réduction des émissions de
GES et demande que la trajectoire
de référence d?adaptation au
réchauffement climatique (TRACC)
ait une valeur normative afin
d?aligner l?ensemble des documents
nationaux et locaux s?y référant269.
Le CESE attire l?attention sur la
nécessité d?agir dès à présent.
Il demande une réponse adaptée
à l?urgence et aux risques, avec
une vision de moyen terme de
l?adaptation et des investissements
à réaliser, et souligne que le coût de
l?inaction face à la montée des eaux
sera, dans tous les cas, beaucoup
plus élevé que celui de l?adaptation. Il
convient de planifier la réponse aux
risques dès maintenant et d?intégrer
les conséquences de la montée
des eaux dans toutes les décisions
publiques, notamment dans les plans
d?aménagement et d?urbanisme et
les documents de planification (plans
de prévention des risques naturels,
notamment) et projets relatifs aux
infrastructures.
269? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique
et juste (2023) et avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
270? CESE avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique
et juste (2023) op. cit. p. 63.
Le CESE rappelle les préconisations
issues de ses avis récents portant
sur les enjeux et sur les politiques
à mettre en oeuvre pour favoriser
l?adaptation au changement
climatique dans les Outre-mer :
Le CESE préconise au ministère
chargé de la Transition écologique
de développer des stratégies
spécifiques et transversales aux
Outre-mer, notamment dans le
PNACC 3 et dans la stratégie
nationale de gestion intégrée du
trait de côte (SNGITC). Le CESE
demande de revoir les horizons
de temps de ces documents afin
d?intégrer les échéances de moyen
et de long terme de la montée des
eaux, avec des scénarios fondés sur
des études scientifiques.
Le CESE recommande que
l?ensemble des Schémas
d?aménagement régionaux (SAR)
pour les Outre-mer ainsi que les
PCAET, Plans de prévention des
risques et documents d?urbanisme
ou leur équivalent fassent
l?objet d?une analyse détaillée de
l?exposition au risque climatique
selon la nouvelle TRACC. Il demande
que ces analyses associent les
acteurs du dialogue social et
environnemental territorial270.
Le CESE préconise aux préfets
(PPRN) et aux maires (PLU
ou PLUi), chacun dans leurs
compétences, de réviser tous
les documents de planification
et d?urbanisme en Outre-mer,
en intégrant les risques liés à la
montée des eaux, notamment de
non-constructibilité du littoral et de
113
déplacement des infrastructures hors
des zones submersibles, en commençant
par les PPRN) qui ont plus de 10 ans271.
Pour le CESE, « il est indispensable
de moderniser et de développer les
capacités des réseaux électriques
des différents territoires en rapport
avec l?évolution des besoins (et
les nécessités de l?adaptation au
changement climatique) : (entre autres)
271? CESE, avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
272? CESE, avis Quelles transitions énergétiques dans les Outre-mer ? (2024), p. 27.
273? Carbone 4 Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone et l?adaptation au changement
climatique de la France, rapport complet (2021), 105p.
274? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP (source Carbone4).
sécurisation et efficacité du système
électrique ; résilience du réseau en
cas de catastrophe naturelle (?).
L?État et les collectivités territoriales
responsables et la commission de
régulation de l?énergie (CRE) devront
prévoir un financement dédié dans
les programmations pluriannuelles de
l?énergie (PPE), conformément à leurs
obligations de service public »272.
IV. Axe 4 - Assurer les financements nécessaires
L?aggravation des impacts du changement climatique sur les infrastructures nécessitera
d?augmenter le financement de l?adaptation consacré à celles de ces infrastructures qui
auront été priorisées.
1. Importance des besoins d?investissements et montée en puissance interrompue
des moyens pour l?adaptation
Si les estimations en ce domaine sont
délicates selon le SGPE, des estimations
présentées supra (Constats IV a 1)
donnent un ordre de grandeur.
Selon Carbone 4273 les investissements
additionnels d?ici à 2050 pour réparer
mais aussi se préparer aux impacts du
changement climatique avoisineraient
50 Mds ¤, à parts égales pour le volet
préventif et le volet curatif (25 Mds ¤
chacun). Selon ce cabinet « Un ordre
de grandeur de 1,5 à 2 Md¤ par an
de besoin d?investissement est donc
à garder en tête pour anticiper et/ou
réparer les dégâts causés par la dérive
climatique sur les infrastructures ».
Quant à la FNTP, elle estime « à près de
4,5 Md¤ les investissements additionnels
nécessaires par an entre 2021 et 2050
sur l?adaptation des infrastructures pour
faire face au besoin 274».
Au-delà des variations de montants et
d?échéances, ces estimations convergent
sur l?augmentation importante des
dépenses nécessaires à l?adaptation
des infrastructures, qui s?ajoute aux
besoins d?investissements pour d?autres
volets (hors infrastructures) des politiques
d?atténuation et d?adaptation.
Toutefois, et selon I4CE, il convient de
souligner une montée en puissance
depuis 2020 des moyens consacrés à
l?adaptation dans les divers domaines
de l?action publique concernés par le
changement climatique : « La période
2020-2024 a constitué un réel moment
d?appropriation des enjeux et de montée
en charge des moyens nationaux. A ce
jour, nous n?identifions plus d?angle mort
évident, même si les montants ou le
périmètre couverts restent limités pour
certains domaines ».
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D?après l?étude275, depuis 2020,
les moyens de l?État dédiés à
l?adaptation au changement
climatique ont nettement
progressé, en particulier sur
la période 2020-2024, pour
atteindre 1,7 Md¤ en 2025 (crédits
budgétaires, moyens pour les
opérateurs publics, les institutions
financières publiques et les
entreprises de service public). « Il
s?agit principalement d?enveloppes
créées ou rehaussées pour la mise
en oeuvre de mesures d?adaptation
via les Agences de l?eau et divers
dispositifs comme le Fonds Vert,
le Fonds Barnier ou encore les
appels à projets France 2030.
Il s?agit également de moyens
dédiés au soutien à la recherche et
l?innovation ainsi qu?aux démarches
d?adaptation via des capacités
d?ingénierie et d?animation ».
Mais, si les moyens débloqués l?ont
été en majorité sur la période 2020-
2024, entre autres via des appels
à projets France 2030, la période
plus récente, depuis 2025, marque
un tournant, avec une montée des
incertitudes sur la poursuite de
la dynamique et quant au maintien
des financements. « Qu?il s?agisse
des budgets spécifiquement
dédiés à l?adaptation ? comme le
Fonds Vert, certains dispositifs de
France 2030 ? ou plus largement
des crédits des missions de l?État
concernées par le changement
climatique, 2025 marque la fin de
la dynamique de montée en charge
(des) dernières années ».
275? Adapter la France à + 4°C: moyens, besoins, financements - I4CE septembre 2025
Une conférence dédiée au
financement des infrastructures,
la conférence nationale des
infrastructures, a été mise en
place à la fin du premier semestre
2025. Elle « vise à assurer de
manière pérenne le financement
des besoins en infrastructures de
transports en longue période, afin
de régénérer et de moderniser
les réseaux, d?augmenter l?offre
de transports, notamment en
accompagnant les mobilités du
quotidien et d?accélérer la transition
écologique des mobilités au travers
de leur décarbonisation et de
l?adaptation des infrastructures
au changement climatique ». Les
infrastructures de transports
nécessiteront en effet, comme déjà
souligné, plusieurs Md¤ par an à
l?horizon 2030. Cette conférence
devrait jouer un rôle pour assurer
les financements en les augmentant
et en les réorientant. Pour le CESE,
il convient de veiller à ce que la
mise en place de cette structure,
au-delà de l?effet d?annonce,
permette d?avancer dans la durée
sur le financement de la transition
énergétique et notamment de
l?adaptation au changement
climatique des infrastructures
de transport, comme l?ont noté
plusieurs des personnalités et
organismes auditionnés pour
l?élaboration du présent projet
d?avis, ainsi que le rapport
Ambitions France transports. Des
conférences sur le financement des
infrastructures de transport se sont
tenues dans le cadre d?Ambitions
France Transport au deuxième
trimestre 2025.
https://www.i4ce.org/publication/adapter-france-quatre-degres-moyens-besoins-financements-climat/
115
Notons toutefois que, selon I4CE,
plusieurs dizaines de Md¤ de dépenses,
sans être explicitement dédiées,
contribueraient effectivement à
l?adaptation. Les montants atteindraient,
pour les seules infrastructures, 7,2 Md¤
d?investissement dans leur régénération
et modernisation, dont 5,1 Md¤ pour
celles de transport et 2,1 Md¤ pour
les réseaux électriques (cf. tableau en
annexe II).
Pour réussir la transition vers des
infrastructures résilientes, il convient
de sécuriser les ressources financières
adéquates. Des dispositifs de
financements, nouveaux ou peu mobilisés
dans le champ des infrastructures,
peuvent être mobilisés : l?allocation
d?une partie des recettes fiscales issues
de l?utilisation des infrastructures à la
gestion des catastrophes et aux efforts
de résilience ; la dotation de certaines
infrastructures du statut d?Établissement
public à caractère industriel et
commercial (EPIC) pour en faciliter les
co-financements ; le développement
de partenariats publics-privés (PPP)
équilibrés afin de réduire la charge
financière pesant sur chaque partie et
de faciliter le transfert de connaissances
276? Voir Stanislas Jourdan, Rens van Tilburg, Aleskandar Simic, Brenda Kramer et Gaston Bronstering, A green
interest rate for the Eurozone: evaluating the design choices. Sustainable Finance Lab 2024 ; et Éric Monnet
et Jens van?t Klooster, Using green credit policy to bring down inflation- what central bankers can learn from
history, London school of economics, Grantham institute on climat change, 2023.
277? Voir Financer l?avenir sans creuser la dette, Fondation Nicolas Hulot, 2011 ; Reprendre le contrôle
de la dette ? Pour une réforme radicale de la monnaie, du crédit et des banques, Adair Turner, Éditions
de l?Atelier, 2017 ; Une monnaie écologique, Odile Jacob, Alain Grandjean et Nicolas Dufr?ne, 2020 ;
Le pouvoir de la monnaie, Transformons la monnaie pour transformer la société, Jézabel Couppey-
Soubeyran, Pierre Delandre, Augustin Sersiron, Les Liens qui Libèrent, 2024.
et de bonnes pratiques. Il conviendra
néanmoins dans ce dernier cas de
sécuriser les responsabilités et avantages
attendus dans la phase d?exploitation
des infrastructures. Garantir la maîtrise
publique sur des infrastructures
stratégiques d?intérêt général, comme
celles liées au transport, doit demeurer
une priorité. Selon les infrastructures
concernées, les pistes de gestion en
régie publique ou via des établissements
publics doivent donc être privilégiées.
Par ailleurs, il conviendrait de noter
et d?explorer de nouvelles pistes de
financement, telles les suivantes :
Î Réduire le coût du financement des
investissements de transition via la
mise en place par la Banque centrale
européenne (BCE) d?un taux réduit
de refinancement des banques, en
fonction de la part des crédits qu?elles
accordent à des projets « verts »
(tels que définis par la taxonomie
européenne)276 ;
Î Reprendre la maîtrise de la création
monétaire pour l?orienter davantage
vers la transition écologique277.
https://sustainablefinancelab.nl/wp-content/uploads/sites/334/2024/09/A-green-interest-rate-for-Europe.pdf
https://sustainablefinancelab.nl/wp-content/uploads/sites/334/2024/09/A-green-interest-rate-for-Europe.pdf
https://www.lse.ac.uk/granthaminstitute/publication/using-green-credit-policy-to-bring-down-inflation-what-central-bankers-can-learn-from-history/
https://www.lse.ac.uk/granthaminstitute/publication/using-green-credit-policy-to-bring-down-inflation-what-central-bankers-can-learn-from-history/
https://www.fnh.org/wp-content/uploads/2020/10/110502_financer_lavenir_sans_creuser_la_dette.pdf
https://www.decitre.fr/livres/reprendre-le-controle-de-la-dette-9782708245136.html
https://www.decitre.fr/livres/reprendre-le-controle-de-la-dette-9782708245136.html
https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/sciences-de-la-terre/une-monnaie-ecologique_9782738152220.php
https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Le_pouvoir_de_la_monnaie-747-1-1-0-1.html
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Le CESE appelle les pouvoirs publics, Gouvernement et Parlement,
à une augmentation significative et à une réorientation des financements
pour accompagner l?adaptation des infrastructures qui auront été
priorisées en lien avec une politique d?aménagement du territoire
équilibrée et coordonnée. Il appelle le Gouvernement à mettre en place
de manière pérenne, par une législation cadre et une programmation
pluriannuelle, la Conférence de financement des infrastructures, à
réfléchir à l?opportunité et aux modalités d?élargir le domaine concerné
au-delà des seules infrastructures de transport, ainsi qu?à sécuriser
les financements en faveur d?infrastructures résilientes en développant
des modèles économiques innovants.
PRÉCONISATION #16
2. La nécessité d?engager une réflexion nationale sur le financement
de l?adaptation des infrastructures au changement climatique
278? Le rapport d?information de l?Assemblée nationale L?adaptation de l?aménagement du territoire
au changement climatique, rapporté par MM. Philippe Fait et Fabrice Barusseau (juin 2025)
et celui déjà cité Les moyens consacrés à l?adaptation au changement climatique, présenté
par M. Tristan Lahais et Mme Eva Sas (juillet 2025) indiquent n?avoir pas identifié de moyens
supplémentaires pour financer le PNACC 3 ou couvrir les coûts des mesures prioritaires.
279? Assemblée nationale, rapport Les moyens consacrés à l?adaptation au changement climatique,
op. cit.
Au-delà des seules infrastructures
de transport, la mise en oeuvre
du PNACC 3 se fait pratiquement
à moyens constants, comme
l?ont noté plusieurs travaux
parlementaires parus à l?été 2025278.
Elle repose principalement sur le
redéploiement de fonds existants,
notamment le Fonds Vert et le Fonds
Barnier. Le financement de plusieurs
mesures d?adaptation du PNACC
dépend effectivement du Fonds Vert
(telles la mesure 7 du PNACC Se
préparer à l?augmentation attendue
des incendies de forêts et de
végétation, la mesure 13 Renaturer
les villes pour améliorer leur
résilience ou la mesure 27 Mieux
prendre en compte l?adaptation
au changement climatique dans
les financements en faveur de
la transition écologique). Mais
ces mesures sont distinctes des
mesures 30, 31 et 32 portant sur les
infrastructures.
Le Fonds Barnier a pour sa part été
augmenté dans la loi de finances
initiales pour 2025 pour atteindre
300 M¤, « mais l?État encaisse en
regard 450 M¤ pour la part de la
surprime Cat Nat prélevée sur les
contrats d?assurance dédiés à la
prévention des risques »279.
Mais les autorisations d?engagement
du Fonds Vert ont été ramenées
de 2,5 Md¤ en loi de finances
initiales pour 2024 à 1,6 Md¤
en exécution, et, dans la loi de
finances initiales pour 2025, 1,15
Md¤ seulement a été budgété en
117
autorisations d?engagements, avant une
coupe budgétaire de 63 M¤ à la suite du
décret d?annulation du 25 avril 2025. Ces
fonds, mis sous pression, ne permettent
pas de répondre aux besoins financiers
croissants en matière d?adaptation et ne
sont pas destinés au financement des
infrastructures.
Des financements dédiés à l?adaptation
des agences de l?eau figurent aussi
dans le PNACC 3 en soutien budgétaire
à diverses actions, mais sans que la
ventilation budgétaire de ces actions ne
soit précisée.
Pour remédier au manque de
connaissances des dépenses publiques
consacrées à l?adaptation, le projet
« Datadapt », mené par I4CE avec le
soutien de l?ADEME et du ministère de la
Transition écologique, vise à permettre
la mise à disposition d?informations
actualisées sur les moyens publics
engagés et sur les besoins pour
l?adaptation de la France au changement
climatique. A terme, l?objectif poursuivi
par ce projet consiste à « structurer
un « observatoire économique pour
l?adaptation », qui permettra de fournir
des éléments sur le suivi des moyens
humains et financiers consacrés à
l?adaptation » ainsi que sur les écarts
entre les besoins et les moyens
effectivement mis en oeuvre pour y
répondre280.
Si l?estimation exacte des coûts à venir
liés à l?adaptation des infrastructures au
défi du changement climatique à 2050
et a fortiori à plus long terme apparaît
délicate, diverses études convergent
quant à l?importance des besoins
financiers qui en découleront. Les débats
en ce domaine sont à ce stade menés de
manière fragmentée, différents acteurs
280? Assemblée nationale, rapport d?information.
281? I4CE Adapter la France à +4 °C, : moyens, besoins et financements (septembre 2025).
avançant dans le ou les domaines qui les
concernent des pistes de propositions de
financement, comme le relève I4CE dans
une étude récente281.
La contribution directe des usagères
et usagers pour financer les besoins
d?adaptation des infrastructures et
services concernés est souvent évoquée,
entre autres à travers les tarifs de l?eau,
de l?électricité ou des transports. Mais la
capacité des acteurs et de la population
à supporter une hausse des tarifs en ce
domaine et leur acceptabilité sociale sont
incertaines et cette évolution pourrait
risquer d?accroître les inégalités au sein
de la population.
La question de la solidarité est aussi
posée. Entre les territoires, des
mécanismes de péréquation pourraient
permettre que les collectivités les
plus riches sur le plan fiscal ou les
moins exposées à un risque puissent
soutenir celles moins bien dotées ou
particulièrement exposées, par exemple
devant le risque d?inondation ou de
baisse d?enneigement. Le recours à la
solidarité nationale est aussi invoqué,
d?autant que l?effet de taille lié à l?échelle
nationale permet par nature une
certaine répartition du risque et que cela
s?inscrit dans la logique de la prise en
charge par l?ensemble de la collectivité
des conséquences des événements
climatiques, incarnées notamment
par le régime d?indemnisation des
catastrophes naturelles. Cette solidarité
est revendiquée face à différents risques,
qu?il s?agisse de montée des eaux pour
des territoire littoraux ou de réduction
de l?enneigement pour des territoires de
montagne. Cette approche pose toutefois
la question de sa soutenabilité à long
terme.
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118
L?étude déjà citée d?I4CE note que
structurer cette approche apparaît
souhaitable pour :
Î Mieux appréhender les pistes
identifiées, avec leurs avantages,
inconvénients et limites ;
Î Mettre en cohérence des
discussions menées de façon
disjointe dans divers secteurs ;
282? I4CE Adapter la France à +4 °C, : moyens, besoins et financements (septembre 2025) p. 45 à 48.
Î Définir une hiérarchie entre
priorités et la place de la solidarité
nationale pour l?adaptation282.
Cela pourrait justifier une réflexion
et un débat sur la place respective à
faire à la responsabilité individuelle,
à l?incitation à la prévention et
à la solidarité nationale dans le
financement de l?adaptation des
infrastructures au changement
climatique.
3. Quelles pistes et options pour des moyens financiers supplémentaires ?
Plusieurs types de ressources
financières sont susceptibles d?être
mises à contribution pour amplifier
le financement de l?adaptation des
infrastructures au changement
climatique.
3.1. Vers un rôle ou un périmètre
élargi des concessions
autoroutières ?
Les concessions autoroutières
permettent à l?État de confier
à des entreprises privées le
financement, la construction,
l?exploitation et l?entretien des
autoroutes. En contrepartie, les
sociétés concessionnaires sont
rémunérées par les péages. Le
contrat de concession est établi
pour une durée déterminée et, à
la fin de ce délai, les autoroutes
sont restituées à l?État. Aujourd?hui,
90 % des autoroutes sont gérées
par 19 sociétés concessionnaires
d?autoroute (SCA). Les autoroutes
non concédées ne donnent pas
lieu à péage et sont gérées par la
DGTIM. Les principaux contrats
de concession se terminent entre
fin 2031 et septembre 2036. Cela
donnera l?occasion de repenser
l?organisation des autoroutes
aujourd?hui concédées et de
réfléchir à la fixation d?un niveau de
péages qui concilie acceptabilité
des usagers et dégagement de
ressources nouvelles pour financer
notamment le reste des transports.
Le rapport Ambition France
Transports de juillet 2025 relève
le rôle central du maintien des
péages à un niveau voisin de l?actuel
pour générer des ressources
supplémentaires pour les
transports. L?arrivée à expiration
des principales concessions
autoroutières entre fin 2031 et fin
2036 donne l?occasion de dégager
des recettes supplémentaires pour
financer les transports : la majeure
partie du réseau étant construite,
maintenir un niveau de péage
proche de l?actuel dégagerait un
excédent de recettes. A contraria,
la suppression totale des péages
conduirait à une perte pour les
finances publiques d?environ 10 Md¤
par an, alors que les besoins de
régénération et d?adaptation des
infrastructures n?ont jamais été
aussi élevées. Ce rapport estime
« le surplus annuel qui pourrait
119
être dégagé de manière réaliste
en année pleine à partir de 2037, à
l?expiration des concessions historiques,
à environ 2,5 Md¤/an (euros 2025).
( ) La conférence Ambition France
Transports a envisagé que ces recettes
supplémentaires puissent conforter
le modèle de la nouvelle AFITF et
financer en priorité la régénération et la
modernisation des réseaux routiers non
concédés, ferroviaires et fluviaux ».
Le ministre Philippe Tabarot, en
conclusion de la conférence Ambition
France Transports au CESE, annonçait
en juillet 2025 une loi-cadre pour les
nouveaux équilibres du système de
financement des infrastructures de
transport et une loi de programmation
pour fixer une trajectoire de financement.
Il annonçait aussi le maintien des péages
autoroutiers dans le cadre d?un nouveau
modèle de concession, couvrant des
périmètres géographiques renouvelés,
d?une durée plus courte, avec un
système d?encadrement de la rentabilité
et des clauses de revoyure tous les
cinq ans, ainsi qu?un fléchage à 100 %
des recettes associées aux nouvelles
concessions vers les investissements de
transports.283 Concernant l?avenir des
concessions autoroutières, des travaux
seront également menés dans le cadre du
programme annuel de travail du Haut-
commissariat, en lien avec les ministères
concernés.
La question se pose par ailleurs de
savoir quels pourraient être les apports
des SCA à l?entretien et à l?adaptation
des infrastructures au changement
climatique, le cas échéant avant même la
fin des contrats de concession. M. Rainier
d?Haussonville, secrétaire général du
groupe SANEF, observait que les contrats
de concession, s?ils sont reconduits,
283? Discours de Philippe Tabarot à la Conférence Ambition France Transports du 9 juillet 2025.
devraient être très vraisemblablement
revus sous divers aspects. Une hypothèse
d?évolution pourrait être l?intégration
dans le périmètre des contrats de
concession de sections routières
aujourd?hui non concédées pour les sujets
d?investissements, ce qui impliquerait des
réflexions sur les modèles d?équilibre et
la rémunération. Il notait par ailleurs que,
depuis la loi du 6 août 2015 élargissant
les compétences du régulateur aux
activités routières (transport par autocar
et autoroutes), il est possible, sous le
contrôle de l?Autorité de régulation des
transports (ART), de modifier un contrat
de concession pour faire face, soit à des
besoins nouveaux identifiés localement,
soit à des besoins qui n?auraient pas été
vus au début du contrat, ce qui pourrait
permettre d?engager la réflexion en
concertation avec les acteurs du secteur
sans attendre la période 2031 à 2036
et le retour à l?État des autoroutes
concédées. Pourraient être envisagées
dans ce cadre, pour assurer l?entretien
des infrastructures et leur adaptation au
changement climatique, une mobilisation
des marges de manoeuvre offertes par
la possibilité de modifier en cours de
contrat certaines modalités du contrat
des concessions autoroutières.
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Le CESE recommande
au Gouvernement, avec
les acteurs du secteur, de
repenser l?organisation des
autoroutes actuellement
concédées, ainsi que de
mener une réflexion sur
une intégration dans le
périmètre des contrats de
concession autoroutières, de
sections routières aujourd?hui
non concédées donnant
immédiatement accès à
l?autoroute, pour assurer leur
entretien et pour contribuer
ainsi à l?adaptation de ces
infrastructures au changement
climatique, ainsi que sur les
modèles d?équilibre et la
rémunération qui pourraient y
être associés.
En aucun cas l?extension du
périmètre des autoroutes
ne doit déboucher sur un
péage supplémentaire des
utilisateurs actuels : les routes
gratuites doivent le rester, tout
en garantissant par ailleurs la
pérennité du niveau actuel de
ressources issues des péages
autoroutiers.
PRÉCONISATION #17
284? Ministère de l?Ecologie, du Développement durable et des transports la circulation à 4? tonnes
conditions de circulation et démarches à accomplir, décret n)2012-1359 du 4 décembre 2012
relatif au poids total roulant autorisé des véhicules terrestres à moteur. Des conditions techniques
sont à respecter, notamment des limitations strictes de charge pour les essieux du véhicule
à moteur et de la remorque. La dimension des camions est limitée à 18,75 mètres de long.
3.2. Favoriser le report des poids
lourds sur les voies autoroutières
et dissuader la circulation des
camions les plus lourds sur des
voies secondaires ou communales
inadaptées
En France, les véhicules de
transport routier de plus de
quatre essieux sont autorisés à
circuler entre 40 et 44 tonnes sur
le territoire national pour tous les
types de marchandises284. Au niveau
européen, la révision de la directive
européenne 96/53/CE « Poids
et dimension » du 25 juillet 1996
a reçu le feu vert du Parlement
européen en mars 2024. Elle vise
à autoriser la circulation dans l?UE
des méga-camions, poids lourds
pouvant mesurer jusqu?à 25 mètres
de long et peser jusqu?à 60 tonnes,
avec deux remorques attachées.
La révision du texte européen vise
à permettre aux méga-camions de
traverser plus aisément les États-
membres de l?UE. Aujourd?hui, pour
qu?un véhicule de plus de 40 tonnes
puisse traverser une frontière, un
accord est nécessaire entre les
deux pays concernés, sinon, franchir
la frontière est interdit. La directive
est en attente de la position du
Conseil. Si elle est adoptée, dès
lors qu?un Etat membre autorise
les méga-camions sur son territoire
pour le trafic domestique, les méga-
camions étrangers peuvent circuler
aussi sur les routes de cet État.
121
Des méga-camions circulent déjà dans
plusieurs pays européens (Allemagne,
Pays-Bas, Finlande, Suède?). Pour leurs
partisans, ces poids lourds permettent de
réduire la consommation de carburant à
la tonne transportée et les émissions de
GES car ils favorisent le transport de plus
de marchandises d?un seul coup et ainsi
une réduction du nombre de camions
circulant et de trajets. Les opposants
aux méga-camions y voient à l?inverse
le risque que la rentabilité économique
de ce système rende encore moins
avantageuse l?alternative des modes
ferroviaire, fluvial et/ou du transport
combiné, et ne permette de ce fait, ni
de désengorger les routes, ni de réduire
les émissions de GES. Est par ailleurs
mise en avant l?inadaptation des routes
françaises à l?accueil de ces poids lourds,
« contrairement à la Finlande ou à la
Suède, aux autoroutes très droites »285.
En Suisse, l?utilisation des autoroutes ne
donne pas lieu à des frais de péage. En
revanche, à l?entrée dans ce pays, une
redevance annuelle doit être acquittée
pour utiliser les autoroutes suisses, les
voies rapides et semi-autoroutes, avec,
d?une part, une vignette autoroutière
annuelle de 40¤ pour les véhicules
jusqu?à 3,5 tonnes et, d?autre part, une
redevance pour les poids lourds de plus
de 3,5 tonnes. En France, si le transport
routier de marchandises est effectué en
majorité (52 %) sous pavillon français,
une forte part du fret est transporté par
des poids lourds sous pavillon étranger.
Cette contribution à l?usage des
infrastructures sur les poids lourds en
transit pourrait, si elle était mise en place,
prendre en compte l?âge des flottes et
les distances parcourues pour orienter
285? Mme Karima Deli, présidente de la commission des Transports et du tourisme au Parlement Européen,
citée par Toute l?Europe, article « Méga-camions : le Parlement européen donne son feu vert
pour une circulation plus libre » (12 03 2024).
286? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant de l?AMF.
vers le report modal ferroviaire et fluvial,
quand cela est possible, une partie des
trajets longue distance pour lesquels ils
peuvent être pertinents. Cela supposerait
une évolution de la position de l?Union
européenne et du droit européen de la
concurrence, ce qui nécessiterait une
action du Gouvernement en ce sens
auprès des instances communautaires et
un accord de nos partenaires au sein de
l?UE.
Les faibles marges commerciales dans
le transport routier peuvent inciter
des entreprises de transport routier et
leurs chauffeurs, qu?il s?agisse du reste
d?entreprises françaises ou étrangères,
à éviter autoroutes et péages pour
n?emprunter que des routes nationales
ou secondaires, voire communales. Or,
ces dernières, si elles sont gratuites
d?utilisation, ne sont pas adaptées à
des poids lourds au-delà d?un certain
poids et leur chaussée s?abîme de ce
fait beaucoup plus vite, les effets du
changement climatique accentuant
cette fragilisation286. Le développement
du GPS, qui permet les déplacements
sur des itinéraires secondaires ou mal
connus, a renforcé ce type de pratiques
et les problèmes de dégradation des
petites routes ou des ponts qui en
découlent.
Ambition France Transports propose
pour sa part d?élargir de manière
progressive les mécanismes d?éco-
contribution territoriale sur les poids
lourds empruntant certains réseaux
routiers locaux très fréquentés,
notamment par les poids lourds en transit.
Des expérimentations sont en cours dans
la Collectivité européenne d?Alsace et la
Région Grand Est. La mise en place de
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nouvelles éco-contributions par les
régions nécessiterait de rouvrir par
la loi le transfert de réseaux routiers
à ces dernières et d?être concerté
avec les transporteurs pour assurer
l?opérationnalité de ces mesures.
Une autre option pourrait selon
Ambition France Transports
résider dans la « mise en place
de majoration ciblée des péages
poids lourds sur les autoroutes
concédées qui font face à
des congestions importantes,
comme le permet une disposition
de la directive européenne
Eurovignette ». Une mesure de cet
ordre devrait toutefois s?appuyer
sur des études objectivant la
congestion et la pollution sur les
tronçons concernés et les recettes
qui en résulteraient être affectées
à des investissements pour réduire
la congestion. Cette majoration
pourrait être mise en place sur
« certains grands axes autoroutiers
à péage traversant la France vers
et depuis la Belgique et l?Allemagne
d?une part, et l?Espagne d?autre
part, très fréquentés par des poids
lourds en transit. Elle pourrait
générer, selon le périmètre et le
niveau de majoration choisis, entre
quelques dizaines et quelques
centaines de M¤ »287.
287? Rapport Ambition France Transports : financer l?avenir des mobilités (juillet 2025), p. 20.
288? De telles mesures d?interdiction doivent être motivées et peuvent être justifiées par les
caractéristiques de la chaussée qui ne permettent pas d?accueillir dans de bonnes conditions
la circulation de poids lourds. Les restrictions apportées à la liberté de circulation doivent être
strictement nécessaires à la préservation de la chaussée et proportionnées aux exigences
de la préservation. Par ailleurs, avant d?interdire la circulation des poids lourds sur une route,
l?autorité doit proposer un itinéraire de déviation, qui peut être une autoroute à péage.
289? Le non-respect de l?interdiction permanente d?accès de certaines routes à certaines catégories
de véhicules est une infraction punie d?une amende de 750¤ pour une personne physique
ou de 3 750¤ pour une personne morale. https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/
F33698#:~:text=Sanctions&text=Le%20non%2Drespect%20de%20l,%E2%82%AC%
20pour%20une%20personne%20morale.;
Quoi qu?il en soit de l?avenir des
taxes envisagées, la détérioration
de nombreuses routes secondaires,
départementales ou communales
en particulier, et d?infrastructures
telles que des ponts, du fait de la
circulation de nombreux camions
d?un tonnage auquel elles sont
inadaptées, souvent pour du trafic
de transit qui pourrait emprunter
d?autres voies, nécessite qu?une
réponse y soit apportée, d?autant
que les effets du changement
climatique en amplifieront les
conséquences.
Cela nécessite pour le CESE
une combinaison de mesures :
d?une part, un renforcement
des mesures d?interdiction de
la circulation des poids lourds
de fort tonnage en transit sur
certaines routes communales ou
départementales dont la chaussée
est inadaptée à leur poids, ce
qui relève de la compétence du
maire ou du président du Conseil
départemental288 ; d?autre part, une
majoration des amendes289 quand
une contravention à ces interdictions
est constatée ; en troisième lieu,
un renforcement du nombre
des contrôleurs des transports
terrestres. Les effectifs de ces
agents et agentes des DREAL qui
ont la possibilité d?accéder aux
informations des poids lourds
123
pour veiller au respect des normes
sociales et des voies empruntées ainsi
que des heures de conduite, et jouent
donc un rôle important pour le contrôle
de la circulation des poids lourds, sont
290? Direction générale du Trésor, « Les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone » (2025).
en effet de 300 agents et agentes, et
méritent d?être mis en adéquation avec le
renforcement nécessaire du nombre des
contrôles et l?importance de leur mission.
Dans l?optique d?une harmonisation au niveau européen, le CESE appelle
le Gouvernement, pour diminuer le nombre des véhicules circulant et les inciter
à prendre l?autoroute, à appuyer auprès des autorités communautaires une
évolution du droit européen afin de faire contribuer l?ensemble des poids lourds
utilisateurs, y compris les poids lourds en transit, à l?entretien et au renouvellement
des infrastructures. Il lui demande d?organiser dans cette perspective une
grande conférence avec toutes les parties prenantes. Le CESE appelle maires et
présidents de conseils départementaux à renforcer les restrictions de circulation
aux poids lourds sur les voies relevant de leur compétence qui sont inadaptées
à ces circulations. Il appelle le Gouvernement à impulser un renforcement des
contrôles routiers appliqués aux poids lourds sur les routes départementales
et communales dépourvues d?aménagements spécifiques et sur les ponts, pour
veiller au respect de la réglementation et limiter leur usure prématurée, et à mettre
en adéquation les effectifs des contrôleurs des transports terrestres relevant
des DREAL afin de lutter plus efficacement contre le dumping environnemental,
économique et social.
PRÉCONISATION #18
3.3. Utiliser une partie accrue
des produits financiers provenant de
l?automobile (amendes, stationnement)
pour la rénovation/adaptation des
infrastructures
L?automobile est à l?origine de nombreux
types de recettes fiscales, via les taxes
sur les carburants, le produit des
amendes de police, ainsi que diverses
redevances, auxquelles s?ajoute le
produit des concessions autoroutières.
Ainsi, en 2022, la Taxe intérieure
de consommation sur les produits
énergétiques (TICPE) a rapporté
30,3 Md¤ en comptabilité nationale,
dont 16 Md¤ vont au budget général
de l?État, 8 Md¤ aux régions, qui
peuvent en majorer les taux, 5 Md¤ aux
départements et 1,2 Md¤ à l?Agence
de financement de infrastructures de
transport (AFITF). Mais cet impôt repose
sur la consommation d?essence et de
gazole, assiette carbonée vouée à se
réduire avec l?électrification du parc.
Selon les estimations d?une étude, les
recettes de TICPE se réduiront d?environ
8 Md¤ à l?horizon 2030290.
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Les recettes tirées par l?État
des concessions autoroutières
se sont élevées en moyenne, de
manière directe et indirecte, à
environ 4 Md¤ par an291. Les
recettes des amendes radars
atteignaient 965 millions d?euros
en 2023292. M. Cuillerier, de
l?AMF, notait en audition que l?État
perçoit la grande majorité des
recettes liées à l?automobile, alors
que les collectivités territoriales
et notamment les communes
supportent une grande part des
coûts liés à l?entretien de la voirie.
Une affectation d?une part accrue
des recettes tirées par l?Etat
de l?automobile à l?entretien et à
l?adaptation par les collectivités et
notamment les petites communes
des infrastructures de transport
dont elles ont la gestion pourrait
contribuer à améliorer leur
acceptabilité et fournirait des
recettes pour leur financement.
Ambition France Transports pointe
d?autres ressources existantes
prélevées sur les transports et
réallouées depuis le budget général.
Elle propose la mise en place d?un
« mécanisme permettant de lever
une dette spécifique pour résorber
la dette grise du réseau routier
national non concédé, qui serait
remboursée à partir de 2032
291? La fiscalité applicable aux SCA permet néanmoins à l?Etat de bénéficier d?une partie
des recettes tirées par les SCA des autoroutes. Selon les SCA, l?activité des concessions
autoroutières auraient rapporté à l?Etat près de 50 Md¤ entre 2006 et 2018, répartis
entre fiscalité spécifique (taxe d?aménagement du territoire
et redevance domaniale) et fiscalité générale (impôts sur les sociétés et TVA).
(rapport du Sénat).
292? Sur ce total, 340 M¤ reviennent à la Délégation à la sécurité routière et au fonctionnement
du contrôle automatique, 221 M¤ à l?AFITF, c?est-à-dire à l?entretien et à la rénovation des
infrastructures de transport, 201 M¤ au désendettement de l?Etat 187 M¤ aux collectivités
territoriales et 26 M¤ pour améliorer la prise en charge des blessés de la route. Quant au
produit des amendes relatives à la circulation routière, sa répartition est proportionnelle,
pour les communes, au nombre de contraventions dressées l?année précédente sur leur
territoire, et pour les départements, au nombre de kilomètres de la voirie départementale.
par une partie des excédents
dégagés par les autoroutes à l?issue
des concessions historiques ».
Les ateliers d?Ambition France
Transports ont proposé par ailleurs
de mobiliser diverses ressources
fiscales nouvelles, dont certaines
portant sur le mode routier (voitures
ou poids lourds) présentées
ci-après, pour financer des
priorités d?investissement dans les
transports :
La hausse du malus poids, taxe
assise sur la vente de véhicules
neufs dépassant un certain poids,
qui vise à pénaliser l?achat de
véhicules générant beaucoup
d?émissions de CO2 à la construction
et dont le poids favorise une usure
accélérée de la voirie, est une autre
piste identifiée. La loi de finances
pour 2025 prévoit une baisse du
seuil de déclenchement du malus
poids à 1 500 kg en 2026 et son
extension aux véhicules électriques
avec un abattement de 400 kg.
La baisse du seuil de 1 500 kg à
1 400 kg produirait 400 M¤/an de
recettes supplémentaires et une
suppression des abattements dont
bénéficient les véhicules hybrides
une recette de 200 M¤/an.
125
La loi du 22 août 2021 portant lutte
contre le dérèglement climatique et le
renforcement de la résilience face à ses
effets prévoit la réduction progressive à
horizon 2030 du taux réduit de TICPE293
dont bénéficient les transporteurs
routiers de marchandises sous forme
d?un remboursement partiel. Chaque
relèvement de 1 c¤/l de ce taux réduit
apporte une ressource de 70 M¤ /an
environ, et une suppression générerait
à terme des recettes supplémentaires
d?environ 1,2 Md¤/an.
Enfin, Ambition France Transports
propose de mettre en place une taxe sur
la livraison de colis à domicile en zone
urbaine, assise sur le chiffre d?affaires
des grandes entreprises de e-commerce.
« Elle pourrait générer selon le taux et le
périmètre retenu de 50 à 200 M¤ »294.
Le CESE suivra avec attention l?issue qui
sera accordée aux conclusions de ces
travaux.
Le CESE appelle le
Gouvernement à étudier la
possibilité et les modalités de
l?affectation aux collectivités
territoriales d?une part accrue
des recettes perçues par
l?État de diverses ressources,
dont les amendes liées à
l?automobile et à son usage.
PRÉCONISATION #19
293? Taux réduit : 45,19 c¤/l, contre60,75 c¤/l pour le taux normal.
294? Source association Respire, citée par Ambition France transports, p. 23.
295? Vie publique.fr : « épargne réglementée : 956 Md¤ d?en cours en 2024 »
3.4. Créer un outil de mobilisation
de l?épargne et mieux mobiliser les fonds
européens
L?épargne des ménages atteint dans
notre pays un taux élevé (18,2 % de leurs
revenus disponibles selon l?Insee) et, avec
le vieillissement de la population, il est
probable que ce phénomène s?accentue
dans les années à venir, la propension à
épargner s?accroissant fortement avec
l?âge.
Pourrait être envisagée dans ce contexte
la mise en place, via la Caisse des Dépôts
ou le système bancaire, d?une épargne
dédiée, le cas échéant inspirée du livret
de développement durable solidaire
(LDDS), pour contribuer au financement
de l?adaptation des infrastructures au
changement climatique.
Le LDDS, géré par le système bancaire,
est, dans la limite de 12 000¤, rémunéré
à 1,70 % net au 1er septembre 2025, ses
intérêts sont défiscalisés et l?épargne
reste disponible à tout moment. Le
détenteur du LDDS peut contribuer à
des projets de développement durable
et solidaire, une partie de l?épargne
du livret étant utilisée pour financer
des projets environnementaux. Au
31 décembre 2024, le nombre de LDDS
s?élève à 26,3 millions, en progression de
6 % sur deux ans, pour un encours de
160 Md¤295.
Une option pourrait consister à
« transformer progressivement les
conditions financières du LDDS pour le
dédier exclusivement à la transition via
une nouvelle capacité d?investissement
dans des fonds labellisés, des obligations
vertes ou de transition ». Un avis
récent du CESE propose par ailleurs
d?augmenter le plafond du LDDS pour
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accroître les ressources disponibles
et accommoder la demande dans
la mesure où ce livret est attractif
et où les plafonds sont atteints
pour une partie des détenteurs.
« Les modalités pour l?épargnant
resteraient inchangées, avec une
épargne garantie accessible à
tout moment »296. Sa mobilisation
partielle pourrait donc constituer
un apport important pour le
financement de l?adaptation des
infrastructures. La création d?un
livret de même type pourrait aussi
être envisagée par l?Etat pour
financer des projets d?adaptation
d?infrastructures critiques au
changement climatique, ainsi que
d?autres moyens de financement
tels que les emprunts d?Etat ou les
emprunts d?avenir.
Dans ce même avis, le CESE relève
que « le cadre budgétaire européen
est souvent mentionné pour
justifier des limites du recours à
l?endettement. Pourtant, en 2020,
face à la Covid, la suspension
des règles encadrant les déficits
budgétaires et les dettes publiques
a été adoptée ». Les règles
relatives au respect des critères de
Maastricht (3 % de déficit public
et 60 % d?endettement) ont depuis
été rétablies et le Conseil de l?Union
européenne a approuvé le 26 juillet
2024 la recommandation d?ouvrir
des procédures de déficit excessif
à l?encontre de sept pays membres,
dont la France. « Une certaine
flexibilité pourrait toutefois être
négociée par les pays, notamment
en termes d?horizon temporel. Le
CESE propose d?encourager les
296? CESE, avis Financer notre stratégie énergie-climat : donnons-nous les moyens
de nos engagements, p. 89.
297?CESE, RAEF 2024, p. 103.
États à engager l?équivalent de
2 points de PIB supplémentaires
par an dans les investissements
verts et de les sortir si besoin des
critères européens de la règle des
3 % ».
Le Rapport annuel sur l?état de la
France (RAEF) 2024 distingue trois
types d?investissements à réaliser
pour la transition climatique : les
investissements verts rentables,
vers lesquels il est nécessaire
d?orienter davantage les fonds
privés ; les investissements à la
rentabilité incertaine, qui peuvent
être pris en charge par les
banques d?investissement ; les
investissements sans rentabilité
mais indispensables d?un point
de vue écologique et social, qui
peuvent être financés uniquement
par des subventions. L?avis relevait
que le mode de financement de
ces investissements fait débat :
« certains économistes, telle
Jézabel Couppey-Soubeyron
(université de Paris I), plaident
en faveur d?un financement
monétaire dégagé de la dette
pour les investissements non
rentables. D?autres, tel Xavier
Ragot (OFCE), sont favorables à
la fiscalité et pensent préférable
de répartir l?effort de manière
équitable par l?impôt, avec un débat
démocratique sur les contributeurs
et les modalités »297.
Plusieurs fonds européens peuvent
donner lieu à des financements à
finalités écologiques. Un dispositif
mis en place par l?UE dans le cadre
de la programmation 2021-2027
concerne les macro-régions. Une
127
macro-région est une zone géographique
composée d?États membres et de pays
tiers (c?est-à-dire non-membres de l?UE)
pour faire face à des défis communs
d?ordre environnementaux, économique
et sociétaux. Les stratégies macro-
régionales ne sont pas dotées d?un budget
propre, mais tous les programmes et
fonds européens doivent les prendre en
compte dans le financement de projets.
Sur le plan financier, l?inconvénient est
donc de ne pas avoir accès à un type
d?aide particulier mais avec l?avantage que
la stratégie a accès à une diversité d?aides
européennes selon l?action recherchée.
Les stratégies macro-régionales de l?UE
sont lancées et demandées via le Conseil
européen par les Etats membres de l?UE
concernés situés dans une même zone
géographique. Après demande du Conseil
européen, les stratégies sont élaborées et
adoptées par la Commission européenne.
Ainsi, il s?agit surtout d?initiatives
intergouvernementales. Les partenaires
associés (Etats membres, régions,
municipalités, associations ou ONG,
etc.) doivent trouver un partenariat, un
mécanisme de collaboration adéquats et
une coordination des actions conduites.
Il existe à ce stade quatre macro-régions,
dont la stratégie de l?UE pour la région
alpine, à laquelle participe la France.
L?Union européenne a adopté sa nouvelle
stratégie d?adaptation au changement
climatique (qui fait suite à la première
de 2013) en 2021, avec pour objectif
d?adapter l?UE aux effets inévitables du
changement climatique et de devenir
résiliente en 2050. Cette politique
poursuit quatre objectifs clés :
une adaptation plus intelligente, en
s?appuyant notamment sur la plate-
forme internationale Climate-Adapt,
pour mieux connaître et faire connaître
les problématiques d?adaptation, une
approche systémique, le renforcement de
l?action internationale et l?inscription dans
le Pacte vert pour l?Europe.
Le CESE demande au
Gouvernement de mobiliser
l?épargne des ménages en
utilisant davantage le Livret
de développement durable
et solidaire (LDDS) au
service de l?adaptation des
infrastructures et en créant un
nouveau livret d?épargne sur
un modèle proche de celui du
LDDS, appuyé sur les banques
ou la Caisse des dépôts.
Le CESE appelle le
Gouvernement à soutenir la
création de Macro-régions
transfrontalières pour
favoriser le financement
de projets communs visant
entre autres à l?adaptation
d?infrastructures.
PRÉCONISATION #20
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V. Axe 5 - Conforter les capacités du système
assurantiel dans ce nouveau contexte
L?expansion, d?ici 2050 et au-delà,
des risques liés au changement
climatique et l?émergence des
risques systémiques interrogent, par
son ampleur, les fondements mêmes
de l?assurance, et notamment les
principes de mutualisation et de
modélisation des risques. Pour les
actuaires, un risque est assurable s?il
remplit trois conditions : un contrat
doit établir un transfert de risque
d?une partie à une autre ; l?aléa doit
être prédictible et le montant de la
sinistralité soutenable ; le nombre
de vendeurs et d?acheteurs de
risque doit être suffisant (logique
de marché). Si, pour renforcer leur
assiette financière, les assureurs
peuvent faire appel à la réassurance,
quand le risque n?est plus un aléa,
il devient inassurable. Or, certains
risques, autrefois aléatoires, tendent
à devenir prédictibles et sortent de
ce fait du champ de l?assurabilité
définie supra. Ainsi, le dérèglement
climatique fait peser un risque
existentiel à l?assurance. Mais, pour
les assureurs, le risque assurantiel
lié au climat porte surtout sur les
biens immobiliers d?habitation,
d?entreprises et bâtiments publics,
et peu sur les infrastructures, pour
lesquelles leur exposition est plus
faible.
Comme noté supra, État,
collectivités territoriales et
opérateurs publics gestionnaires
d?infrastructures doivent veiller
à la continuité des services dits
essentiels malgré leur vulnérabilité
aux effets du changement
climatique, mais une part très
minoritaire des infrastructures est
assurée, voire, pour nombre d?entre
elles, assurables. Même si certaines
collectivités rencontrent des
difficultés à trouver un assureur qui
accepte de les couvrir, le nombre
d?acteurs de l?assurance présents
sur le marché des collectivités étant
très réduit, la grande majorité des
petites communes de l?Hexagone
est assurée.
Le « Roquelaure » de l?assurabilité
des territoires (avril 2025) a
débouché sur une Charte nationale
d?engagement pour l?assurabilité
des collectivités, sur un Plan pour
l?assurabilité des collectivités
territoriales et la création d?un
service CollectivAssur auprès du
Médiateur de l?assurance pour
orienter et aider les collectivités à
trouver une solution assurantielle.
Le Roquelaure préconise de mettre
en place dans les intercommunalités
et communes un gestionnaire
des risques/préventeur et de
faciliter la mobilisation des outils
de la solidarité nationale. Le
Gouvernement s?est engagé à
proposer d?ici le PLF 2026 une
modernisation de la dotation de
solidarité (DSEC) (qui concernerait
les infrastructures non assurées
et notamment les routes) en
faveur de l?équipement des
collectivités territoriales et de
leurs groupements touchés par
des évènements climatiques ou
géologiques. L?objectif mis en avant
est de « faciliter la mobilisation
des outils de solidarité » (point
3 de la Charte), notamment pour
assouplir la définition des biens non
assurables, raccourcir les délais
d?indemnisation et revoir la notion de
construction à l?identique, dans une
optique d?adaptation au changement
climatique.
129
L?engagement 4 du « Roquelaure » vise par
ailleurs à mieux renforcer la prévention
et la culture du risque via la formation
des agents et agentes des collectivités
territoriales et la professionnalisation de
la fonction de manageur ou manageuse
des risques dans les départements et
intercommunalités ; l?association des
représentants et représentantes des
assureurs aux côtés des élus et élues
locaux, aux concertations locales et
nationales sur la prévention des risques
naturels majeurs et l?adaptation au
changement climatique ; mise à disposition
des collectivités par le Cerema d?outils de
prévention des risques naturels majeurs,
de diagnostics de vulnérabilité, et des
données cadastrales de la DGFIP298.
Les difficultés ayant entraîné
l?organisation du Roquelaure semblent
ainsi en grande partie réglées, mais
les décisions prises concernent
surtout les risques assurables, et peu
les infrastructures. Pour les risques
assurables, le régime d?indemnisation des
catastrophes naturelles en France vient
de voir une augmentation de 12 à 20 %
(soit plus 75 %) de la taxe Cat nat.
A ce stade, le nombre des assureurs
attirés par la couverture des risques sur
les infrastructures reste toutefois faible,
les risques non couverts apparaissant
mal cernés du fait du régime mixte dans
lequel se trouvent nombre de collectivités
et de la relative méconnaissance de
celles-ci quant à leur patrimoine et aux
risques encourus. Le marché apparaît
par ailleurs relativement peu rentable.
La place faite aux appels d?offre,
qui laissent une faible visibilité aux
assureurs sur l?ampleur du risque assuré
et de possibilité de dialogue avec les
collectivités est aussi une difficulté.
298? Plan pour l?assurabilité des collectivités, points 3 et 4.
Il est essentiel pour une collectivité de
connaître la totalité de ses risques, c?est-
à-dire ce qu?elle devrait rebâtir ou réparer
en cas de sinistre. De même, pour
l?État, assureur en dernier ressort des
territoires, réaliser une cartographie des
principaux risques non couverts par les
assurances en matière d?assurance serait
nécessaire. Le lancement d?Infraclimat,
plate-forme de visualisation des risques
climatiques sur les infrastructures,
lancée par la FNTP pour aider les acteurs
publics et notamment les collectivités
à mieux comprendre la nature des
vulnérabilités est à cet égard positif.
La cellule CollectivAssur récemment
mise en place pour répondre à des
besoins spécifiques des diverses
collectivités, pourrait-elle jouer le
rôle d?un Observatoire de l?Assurance
des collectivités et suivre de façon
quantitative le nombre de collectivités
locales en difficulté assurantielle ?
Cela devrait permettre d?objectiver
et de matérialiser la réalité du risque
de l?inassurabilité des collectivités,
en distinguant celles qui ne trouvent
pas d?assurance via notamment les
appels d?offre infructueux, de celles qui
bénéficient d?offre mais les déclinent en
raison d?un prix jugé trop élevé.
Certains biens (immobilier ou
infrastructures) sont autoassurés car
il n?existe pas, au moins à ce stade, de
solution assurantielle, soit parce que
le montant en jeu est modéré, soit
parce que l?utilisation du bien n?est
pas jugée vitale et que le bien ne sera
pas reconstruit en cas de problème.
Ce sont notamment ces deux sujets qui
nécessitent d?envisager les solutions
à y apporter. Faire en sorte, dans un
contexte d?accroissement du fait du
changement climatique des risques
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pesant sur les infrastructures,
qu?il y en ait davantage d?assurées
suppose notamment une meilleure
connaissance des biens, la mise en
place de mesures prévention et de
protection pour réduire la fréquence
et l?impact du sinistre. Cela
contribuerait à réduire le risque, à
rassurer l?assureur et à augmenter
son appétence à contracter.
D?autres biens sont assurés mais
avec un niveau de franchise : la
question est de savoir si le niveau de
la franchise est acceptable pour la
commune.
Pour soutenir la remise en état
de biens des collectivités de
l?Hexagone réputés non assurables
(et de fait non assurés) frappés
par des évènements climatiques
et géologiques graves, l?Etat met
depuis 2008 à disposition une
Dotation Exceptionnelle de solidarité
(DSEC), dotée de 30 M¤ en
2025299.
Si une collectivité n?est pas assurée
sur tel ou tel équipement ou si les
franchises sont trop importantes, la
question est de savoir si sa surface
financière est suffisante pour faire
face, sur ses fonds ou via un prêt en
cas d?intervention d?un évènement
climatique. Ou y aurait-il possibilité
d?une autre « solution chapeau »
(car si un bien ou un équipement
n?est pas assuré, le régime Cat
Nat ne joue pas). Faut-il pour cela
créer en plus du DSEC, pour la
partie des infrastructures qui n?est
pas assurée, un régime public de
réassurance ? Faut-il un fonds
pour mutualiser les risques sur les
infrastructures cofinancé par l?État
et les assureurs (la difficulté risquant
299? I4CE, étude Adapter la France à +4°C : moyens, besoins, financements (septembre 2025), p. 12.
d?être de convaincre les assureurs,
car cela porte précisément sur les
biens qu?ils n?ont pas voulu assurer).
Il conviendrait en ce cas de veiller
à ce que ce rôle d?assureur des
collectivités en dernier ressort
joué par l?État ne conduise pas des
collectivités à volontairement se
sous-assurer ou à ne plus faire de
prévention suffisante.
Il importe de renforcer la
prévention/protection en amont.
C?est ce que vise à faire le fonds
Barnier, (Fonds de prévention
des risques naturels majeurs
FPRNM), qui aide à subventionner
l?investissement pour réduire le
risque climatique. Il peut ainsi par
exemple aider une collectivité à
racheter des habitations pour
l?expropriation, à réduire un
risque par de la prévention pour
une entreprise, mais pas aider
une collectivité à développer
la prévention pour ses propres
biens. Etendre aux infrastructures
le rôle du fonds Barnier pour la
prévention en amont pourrait être
envisagé, mais, si cette option est
retenue, cette extension de son
champ d?application et la montée
des risques qui en résultera
nécessiterait d?abonder son
financement.
Il apparaît pour le CESE souhaitable
d?accroître le nombre d?assureurs
intervenant sur le marché de
l?assurance des collectivités, de
renforcer la part des infrastructures
assurées face aux risques liés
au changement climatique, de
manière à mieux les couvrir et
à réduire encore le nombre de
collectivités ne parvenant pas à
131
s?assurer. Si certaines infrastructures
ne sont effectivement pas assurables,
telles les routes, d?autres pourraient
sans doute l?être, tels certains ponts ou
tunnels par exemple. Il est par ailleurs
nécessaire de faire progresser la culture
des risques parmi les collectivités
territoriales, ainsi que, en lien notamment
avec les assureurs, les mesures de
prévention qu?elles adoptent. Etendre
aux infrastructures le fonds Barnier,
qui permet de financer des mesures de
prévention des risques, constitue sans
doute une piste, mais avec quels moyens
financer cette extension de son champ ?
Dans le prolongement du Roquelaure de l?assurabilité des territoires,
le CESE appelle le Gouvernement à installer une « mission » sur l?assurabilité
des infrastructures, pilotée par les autorités publiques compétentes, réunissant
les assureurs, les réassureurs et leurs représentantes et représentants, dont France
assureurs, et une représentation des élues et élus ainsi que de la société civile.
Il préconise à l?État, aux collectivités territoriales et aux opérateurs propriétaires
et/ou gestionnaires d?infrastructures d?utiliser la cartographie des risques,
des services techniques et des estimations de coûts des assureurs au service
des infrastructures.
Il demande au Gouvernement de développer la prévention en envisageant
l?extension du fonds Barnier de prévention au domaine des infrastructures,
de créer, avec les assureurs, à destination des collectivités territoriales et des
opérateurs gestionnaires d?infrastructures, des outils d?incitation à la prévention
(bonus réduction/effacement du risque), ainsi que de renforcer la Dotation
exceptionnelle de Solidarité (DSEC).
PRÉCONISATION #21
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Les infrastructures, telles que les voies et
ouvrages qui permettent les transports de
personnes et de marchandises ainsi que les
réseaux d?énergie, d?eau et d?assainissement,
structurent et irriguent l?espace. Elles
constituent pour la France un patrimoine
essentiel. Cependant, elles sont souvent
insuffisamment entretenues, parfois de
longue date, constituant une « dette grise »
qui rend nombre d?entre elles vétustes et
tend à les fragiliser. Or, comme mesuré par le
GIEC, le changement climatique s?accentue,
ce plus vite encore en France qu?en moyenne
mondiale, et les infrastructures sont de plus
en plus vulnérables face à ses multiples effets,
entraînant des dégradations accélérées et
des coûts considérables.
Certes, une prise de conscience a
commencé, avec la mise en oeuvre de
mesures d?adaptation300 comme le Plan
National d?Adaptation au changement
climatique (PNACC) et la trajectoire de
référence du réchauffement climatique
(TRACC) à + 4 °C pour la France d?ici à 2100.
Mais celles-ci restent insuffisantes et doivent
être poursuivies et renforcées, en veillant à
prévenir la maladaptation. L?avis vise entre
autres à contribuer à accélérer et à amplifier
la prise en compte de ces enjeux par les
pouvoirs publics, par les acteurs privés et
par le grand public car « chaque dixième de
degré compte ».
300? Un glossaire définissant ces termes et utilisant
notamment les travaux du HCC et/ou du GIEC figure
en annexe.
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Le CESE souligne l?enjeu d?investir dans
l?adaptation des infrastructures pour
prévenir les risques liés aux changements
climatiques dans un souci de sobriété,
pour contribuer à l?atténuation du
changement climatique et améliorer
leur résistance et leur résilience face à
ses effets. L?augmentation considérable
des coûts de prévention et d?adaptation
des infrastructures doit être anticipée
via une priorisation intégrant approche
systémique et logique de solidarité. Il
s?agit, selon le mot du climatologue italien
Filippo Giorgi, de « gérer l?inévitable et
éviter l?ingérable ».
D?une adaptation sectorielle qui pourrait
engendrer des reports de vulnérabilité
sur des domaines ou territoires voisins,
il faut passer à une adaptation intégrée,
transformatrice et concertée, pour
assurer son efficacité ainsi que sa
dimension démocratique et de justice
sociale.
L?impératif et l?urgence sont d?autant
plus grands que, comme souligné par
nombre de personnalités et d?organismes
interrogées pour cette saisine, le coût de
l?inaction serait en ce domaine beaucoup
plus élevé encore que celui de l?action
et que, même s?ils constituent des coûts
qui peuvent être jugés très importants,
ces investissements dans l?atténuation et
l?adaptation, notamment via des solutions
durables et innovantes, représentent
aussi des opportunités de développement
et d?emploi.
Le CESE formule en ce domaine
vingt-et-une préconisations, dont
quatre lui semblent particulièrement
indispensables :
Il appelle les propriétaires et
gestionnaires d?infrastructures à estimer
précisément le coût de l?adaptation des
infrastructures dans les territoires et à y
inclure, en le distinguant, le montant de
la « dette grise » résultant des retards
cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien, y compris
préventif. Cela pourra se faire en faisant
appel si besoin au concours du Cerema si
les gestionnaires n?ont pas la compétence
nécessaire.
Il appelle l?État à mettre en place une
gouvernance nationale intégrée des
infrastructures. Celle-ci devra être fondée
sur une stratégie interministérielle pilotée
par le Secrétariat général à la planification
écologique (SGPE). La mise en oeuvre
coordonnée des investissements sera
assurée par le Secrétariat général
pour l?investissement (SGPI) et par le
Haut-Commissariat à la stratégie et au
Plan. Elle aura aussi un rôle de conseil
en matière de priorisation et de suivi
élargi confiés au Conseil d?orientation
des infrastructures (COI), ouvert à la
société civile et aux parties prenantes.
Cette stratégie interministérielle devra
se traduire par une programmation
pluriannuelle des investissements dans le
cadre prévu à la préconisation n°11.
Le CESE appelle État, collectivités
territoriales et opérateurs à amplifier les
investissements après appréciation de
leur utilité dans le cadre d?une analyse
systémique et prospective, pour résorber
progressivement la « dette grise »
imputable à la longue période de sous-
investissement dans la maintenance des
infrastructures. Il préconise d?engager
sans attendre les travaux préventifs
de remise à niveau des infrastructures
les plus dégradées, de mettre à profit
ces investissements pour renforcer
dans une logique systémique l?apport
des infrastructures à l?atténuation du
changement climatique et d?y intégrer
de manière systématique un « réflexe
adaptation » prenant en compte les
potentielles évolutions d?usage.
Il appelle les pouvoirs publics,
Gouvernement et Parlement, à une
augmentation significative et à une
réorientation des financements
pour accompagner l?adaptation des
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infrastructures qui auront été
priorisées en lien avec une politique
d?aménagement du territoire
équilibrée et coordonnée. Il
appelle le Gouvernement à mettre
en place de manière pérenne,
par une législation cadre et une
programmation pluriannuelle,
la Conférence de financement
des infrastructures, à réfléchir
à l?opportunité et aux modalités
d?élargir le domaine concerné
au-delà des seules infrastructures
de transport, ainsi qu?à sécuriser
les financements en faveur
d?infrastructures résilientes
en développant des modèles
économiques innovants.
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136
Agir autrement pour l'innovation sociale
et environnementale
Ne pas investir aujourd?hui n?est pas
une économie, c?est une dette.
En 2025, les catastrophes naturelles
on coûté plus de 100 milliards
d?euros, parce qu?il y a vingt ans, on
a jugé la décarbonation trop chère.
Parce qu?il y a vingt ans, on a préféré
attendre.
Résultat : canicules, inondations,
infrastructures fragilisées.
La France porte une dette grise,
invisible dans les comptes, mais bien
réelle sur le terrain.
Ce que nous n?investissons pas
maintenant coûtera beaucoup plus
cher demain.
L?avis formule des préconisations
pertinentes :
Î intégrer adaptation et atténuation ;
Î ou encore donner la priorité aux
stratégies dites «?sans regret?»
et aux solutions fondées sur
la nature.
Cette transformation de nos
réseaux, qui va au-delà de la simple
maintenance, est une occasion
unique d?accélérer la transition
écologique : développement d?éco-
matériaux, soutien aux champions
de la transition écologique,
nouveaux modèles économiques
équilibrés, mobilisation de l?épargne
durable. Construire la résilience
peut créer des emplois qualifiés
et améliorer cohésion sociale et
solidarité territoriale, y compris
pour les Outre-mer particulièrement
exposés.
Pour autant, nous regrettons
que cet avis ne propose pas une
réflexion nouvelle sur le modèle
infrastructurel hérité des Trente
Glorieuses.
Les solutions fondées sur la nature
et le génie écologique, pourtant
déterminants pour la gestion de l?eau
et l?adaptation littorale, auraient ainsi
mérité d?être développés.
Les enjeux de sobriété, d?allègement
de certaines infrastructures et de
réduction de l?empreinte carbone
du transport restent insuffisamment
traités.
Surtout, les évolutions nécessaires
des pratiques de mobilité et des
modèles productifs, ainsi que
la question du rôle des usagers
dans le financement de certaines
infrastructures, auraient justifié
selon nous un débat plus ambitieux?:
les émissions des transports sont
aujourd?hui les plus difficiles à
réduire, l?électrification ne suffira
pas, nous devons repenser les
usages et pratiques ? donc les
infrastructures, avant de les refaire
pour un demi-siècle voire plus.
Transformer le risque
environnemental en opportunités de
cohésion, d?innovation, d?emplois et
de meilleure gestion des finances
publiques de long terme, voilà le cap
que notre groupe porte au CESE.
Déclarations des groupes
137
Agriculture
Notre pays a la chance de disposer d?un
réseau d?infrastructures au maillage
dense, historiquement très organisé avec
l?objectif de garantir à chacun l?accès
à des services essentiels mais aussi à
assurer une dynamique économique et
sociale à tous les territoires.
Mais cet atout précieux présente
aujourd?hui des faiblesses inquiétantes ;
l?état des infrastructures est préoccupant
et les aléas climatiques font peser un
risque accru sur tous les réseaux.
Ici encore, la France connaît un déficit
majeur d?investissements pourtant
indispensables à plusieurs titres :
entretenir l?existant, résorber cette dette
grise vertigineuse, assurer l?adaptation de
nos infrastructures au risque climatique.
Notre pays devra disposer d?une
cartographie rigoureuse des besoins, se
doter d?une stratégie globale ambitieuse
et résoudre une équation budgétaire
complexe qui supposera des outils
innovants et aussi, comme le souligne
l?avis, des priorisations courageuses.
Le groupe de l?agriculture a été sensible
à la préconisation 18 relative au
transport routier des marchandises. La
concurrence est forte dans le secteur du
commerce, en particulier des produits
alimentaires ; les règles ne sont pas
les mêmes partout. Une harmonisation
européenne est indispensable.
Nous portons également un grand intérêt
à la préconisation 21 sur l?assurabilité des
infrastructures. Les enjeux de l?assurance
sont de plus en plus prégnants avec la
multiplication des incidents climatiques.
La gestion des infrastructures ne fait pas
exception. Nous rejoignons la proposition de
la préconisation 21 de mettre en place une
« mission » assurantielle. Il nous paraît urgent
d?accélérer la réflexion sur la question.
Le groupe a voté pour.
Alternatives sociales
et écologiques
Le développement d'infrastructures
a été vecteur de progrès social.
Mais on observe aujourd'hui une
forme de naturalisation des besoins
d'infrastructures, comme si elles
étaient toutes par essence nécessaires
et bénéfiques. De nombreux projets
d?infrastructures de transport ? comme
l'autoroute A69, la ligne ferroviaire Lyon-
Turin ou le méga-canal Seine Nord Europe
? illustrent cette logique de captation des
financements au profit de la multiplication
des seuls échanges commerciaux.
Or, dans le contexte actuel de crise
écologique et sociale, nous devons plutôt
nous demander : quelles infrastructures
voulons-nous réellement maintenir ou
transformer ? Le choix doit être fondé sur
leurs impacts environnementaux et leurs
utilités sociales. Oui, les investissements
sur les infrastructures doivent être
priorisés sur les services publics
qu'elles rendent et les populations qui en
bénéficient.
L'avis reconnaît la nécessité de prioriser
les infrastructures à adapter en
fonction de leur vulnérabilité, mais sans
interroger suffisamment leur utilité ni
leurs externalités négatives ? pollution,
artificialisation, nuisances ? qui affectent
principalement les classes populaires.
S'il insiste à juste titre sur la nécessité
d'une action coordonnée pour résorber
la « dette grise » et évoque des pistes
de financement intéressantes, le
texte soutient les partenariats public-
privé, assortis de quelques garde-
fous nous saluons mais que nous
jugeons insuffisants. L'adaptation des
infrastructures ne doit pas alimenter
la financiarisation, mais faire l'objet
d'avantage de maîtrise publique, au
service de l'intérêt général. Ce n?est
pas la financiarisation qui fournira des
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solutions aux communes at aux
territoires les moins bien dotés.
L'adaptation au changement
climatique doit être pensé dans une
perspective écologique soutenable
et socialement juste pas comme une
opportunité économique.
En conclusion, si nous partageons
globalement le diagnostic, notre
désaccord avec certaines
approches et préconisations a
conduit le groupe Alternatives
sociales et écologiques à s'abstenir
sur cet avis. Nous avons néanmoins
tenu à saluer le travail sérieux
des rapporteurs et de l'équipe
administrative.
Artisanat et
Professions libérales
Les infrastructures ? réseau routier,
ferroviaire, fluvial, d?électricité,
d?eau - sont des piliers de la vie
économique et sociale, comme de
l?attractivité des territoires.
Or, tout ce patrimoine est
aujourd?hui doublement fragilisé.
En raison d?une part, de son
vieillissement et de sa dégradation
liée à un sous-investissement
chronique dans son entretien
(la « dette grise ») ; en raison
d?autre part, de l?accélération et
de l?amplification des effets du
changement climatique.
L?avis appelle à recenser, sur
l?ensemble du territoire, l?état des
infrastructures dans toute leur
diversité, tant au regard de leurs
vulnérabilités actuelles que face
aux risques climatiques à venir. Il
invite ensuite à passer à l?action sans
attendre afin de les protéger, dans
une approche à la fois pragmatique
mais aussi préventive et anticipatrice.
Le groupe Artisanat et Professions
libérales partage pleinement ces
enjeux.
Pour les mettre en oeuvre, l?Avis
décline une série de préconisations
dont plusieurs nous semblent
particulièrement structurantes.
La mise en place d?une
stratégie nationale à dimension
interministérielle nous semble
nécessaire pour assurer un
véritable pilotage de la politique
d?infrastructures, sur la base
d?une cartographie complète de la
situation de celles-ci.
Cette stratégie ne saurait toutefois
réussir qu?en s?appuyant sur un
dialogue régulier et structuré avec
les collectivités territoriales, afin
de prendre en compte les besoins
locaux, y compris à l?échelle des
bassins de vie notamment sur les
questions de mobilité.
Au regard des services
fondamentaux qu?offrent les
infrastructures en réponse aux
besoins des activités économiques
comme à ceux de la population,
le groupe ne peut que partager
la nécessité d?amplifier les
investissements publics et privés,
afin non seulement de rénover
celles qui sont dégradées, mais
aussi d?engager dès maintenant
les travaux de modernisation et
d?adaptation nécessaires pour
réduire la sensibilité de chacune
face au changement climatique. Il
nous semble également fondamental
de prévoir une programmation
pluriannuelle des investissements
publics qui donnerait de la visibilité
aux maîtres d?ouvrage.
Si les besoins financiers pour
remettre à niveau les infrastructures
et les adapter au changement
climatique sont considérables,
139
l?Avis nous rappelle que ceux-ci sont
toujours moindres lorsqu?ils sont conduits
de manière préventive. Les reporter,
c?est en effet prendre le risque de
mise à l?arrêt d?une infrastructure avec
des conséquences financières bien
supérieures.
Alors que les collectivités territoriales
gèrent la grande majorité des routes
et des ponts, nous considérons
qu?il est fondamental qu?elles soient
accompagnées tant en termes
d?ingénierie que de financement.
Parmi les leviers de financement identifiés
par l?avis, le groupe retient la réaffectation
d?une partie des taxes liées à l?automobile
au profit des routes et des ponts gérés
par collectivités territoriales, ou encore la
mobilisation de l?épargne avec la création
d?un nouveau livret dédié à l?adaptation
des infrastructures.
Ces pistes présentent le mérite de
réorienter en priorité des ressources,
tout en limitant la pression financière sur
les usagers, même si celle-ci ne peut être
totalement exclue.
Le groupe approuve par ailleurs, la
proposition d?une action au niveau
européen sur le sujet de la participation
des poids lourds à l?entretien et au
renouvellement des routes et des
ponts qu?ils empruntent, et de veiller
dès maintenant à la bonne application
des restrictions de circulation qui leur
sont applicables sur certaines voies
départementales ou communales.
Alors que la performance et la résilience
de l?ensemble des infrastructures
conditionnent la vitalité de nos territoires,
le groupe partage l?ambition portée par
cet avis, en estimant que certaines de
ses préconisations pourraient enrichir
le récent projet de loi-cadre ciblé sur les
transports.
Le groupe Artisanat et Professions
libérales a donc voté favorablement l?avis.
Associations
Les domaines ne manquent pas dans
notre société, tels que le climat,
l?éducation ou la santé où le manque
d?anticipation et de prévention se paient
chers.
Nos infrastructures, liées à l?énergie ou
au transport, n?échappent pas à cela,
étant doublement affectées par les
effets du changement climatique et de
la « dette grise », celle-ci résultant des
retards cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien. Notre
« déficit d?adaptation » se creuse et nous
devons prévenir la « maladaptation »,
pour éviter des réponses aggravant
des effets potentiels sur le changement
climatique ou accroissant les
vulnérabilités.
N'oublions pas que les 11 territoires
ultra-marins sont les plus exposées au
changement climatique, notamment face
à la montée des eaux, avec parfois des
cyclones et ouragans qui impactent ces
territoires de façon plus rapprochée que
dans l?Hexagone.
Il nous faut continuer à repenser nos
modes de vies et nos solidarités face
à une adaptation des infrastructures
pour diminuer leurs contributions aux
émissions de gaz à effet de serre et
améliorer leur résistance/résilience au
réchauffement et aux aléas climatiques.
Cette démarche doit intervenir dans un
souci de sobriété, de solidarité et de
prévention des risques, en évitant toute
nouvelle artificialisation et la destruction
des écosystèmes.
Le ministère en charge de l?équipement
doit encourager et faciliter l?utilisation
d?éco-matériaux (notamment recyclés)
et de nouveaux matériaux plus adaptés
tout en accompagnant l?évolution des
compétences et des conditions de
travail pour les salariées/salariés des
gestionnaires d?infrastructures.
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L?État doit pouvoir mettre en place
une gouvernance nationale intégrée
des infrastructures accompagnées
d?une loi de programmation
pluriannuelle, fondée sur une
stratégie interministérielle. Ceci en
lien avec les régions, départements
et communautés locales avec des
dispositifs de participation de la
population qui soient adaptés.
Car c?est précisément sur le
respect du droit de l?environnement,
de l?expertise scientifique, des
aspirations réelles des habitantes et
des habitants, et sur la construction
de leur adhésion aux projets que se
situe aujourd?hui le point de rupture.
L?actualité récente, qu?il s?agisse de
l?A69 ou du projet de contournement
de l?agglomération lyonnaise, montre
à quel point ces principes sont trop
souvent ignorés par les décideurs
publics, au prix de tensions sociales
évitables et au bénéfice de projets
dont la pertinence, largement datée,
est de plus en plus contestée.
Le groupe des associations a voté
en faveur de cet avis.
CFDT
Les infrastructures sont le substrat
technique nécessaire à la cohésion
des territoires et à l?égal accès
de toutes et tous à des services
essentiels comme les déplacements,
les communications, l?énergie...
La France était reconnue pour la
qualité de ses infrastructures, fruit
d?une politique d?aménagement du
territoire qui visait à réduire les
inégalités, une finalité aujourd?hui
doublement menacée par un défaut
de maintenance et de prévention
des risques climatiques.
Il est nécessaire de développer
une politique d?adaptation de
nos infrastructures anticipatrice
et volontariste dans un but de
transition juste, particulièrement
dans les territoires ultramarins
Cet avis pose clairement les trois
questions de l?ambition, des moyens
et de la méthode pour y parvenir.
Sur l?ambition, la CFDT souligne
tout particulièrement l?importance
de concrétiser une politique
d?adaptation engageante grâce à une
loi de programmation pluriannuelle
articulée avec les territoires et à
une gouvernance mieux coordonnée
qui permette de prioriser, de
planifier et de mettre en oeuvre ces
investissements.
Sur les moyens, la CFDT rejoint les
préconisations visant à identifier
« la dette grise » et à la résorber
progressivement, en mobilisant de
nouvelles ressources, notamment
en direction des collectivités,
telles que les péages autoroutiers,
une contribution sur les flux
de poids-lourds en transit, ou
les recettes de contravention
réprimant le dumping social et
environnemental. Nous soutenons
également le renforcement des
services publics d?ingénierie (Météo
France, CEREMA, ADEME, BRGM)
indispensables à la collecte de
données fiables pour la construction
d?une politique d?adaptation.
Sur la méthode, la CFDT juge
très pertinente de préconiser
une approche systémique qui
permette à la fois d?intégrer les
enjeux d?atténuation du changement
climatique, en misant par exemple
sur le report modal vers le fluvial
et le ferroviaire, et d?adaptation, en
prenant en compte les potentiels
changements d?usage des
infrastructures existantes.
La CFDT vote cet avis.
141
CFE-CGC
La CFE-CGC souhaite saluer la qualité et
l?ambition de ce projet d?avis, qui met en
lumière un enjeu fondamental pour notre
pays.
Les infrastructures quel que soit leur
nature ne sont, en effet, pas que de
simples ouvrages techniques. Elles sont
le socle de la continuité économique, de
la cohésion territoriale et du quotidien
de nos concitoyennes et concitoyens. Ce
patrimoine stratégique est cependant
aujourd?hui fragilisé par une double
réalité : une dette grise issue de
décennies de sous-investissement et
une exposition croissante à des aléas
climatiques plus fréquents, plus intenses
et plus coûteux.
Pour la CFE-CGC, ce constat appelle une
réponse claire : il faut impérativement
sortir d?une logique de gestion de crise
pour entrer résolument dans une culture
de l?anticipation et de la prévention.
Prévenir coûte moins cher que réparer,
mais surtout, prévenir protège les
territoires, les populations et les salariés
qui assurent chaque jour la continuité des
services essentiels.
Aussi, nous partageons pleinement
l?approche systémique portée par cet
avis. Le changement climatique impose
une gouvernance intégrée, lisible,
coordonnée, capable de donner une
vision de long terme aux décideurs
publics comme aux acteurs économiques
et sociaux.
Cet avis rejoint également un enjeu
central pour la CFE-CGC : celui
de l?innovation, du travail et des
compétences. L?adaptation des
infrastructures repose sur l?ingénierie,
l?expertise, la maintenance, la capacité
d?innovation. Elle suppose d?investir
massivement dans les compétences, la
formation initiale et continue, et dans
une maîtrise d?ouvrage publique et privée
forte. Elle suppose aussi de prendre
pleinement en compte l?évolution des
conditions de travail, notamment face
aux épisodes de chaleur extrême, afin
de garantir la santé et la sécurité des
salariés.
La transition écologique ne peut être
ni improvisée ni punitive. Elle doit être
maîtrisée, fondée sur la science, sur des
solutions ambitieuses, et sur le dialogue
social. À ce titre, la participation des
salariés, de leurs représentants et de la
société civile est un levier indispensable
de réussite.
Enfin, la question des financements
est déterminante. L?effort à consentir
est important, mais il constitue un
investissement pour l?avenir, créateur
d?emplois qualifiés, de valeur ajoutée et
de résilience collective.
Pour toutes ces raisons, la CFE-CGC
soutient et votera en faveur de cet
avis, qui trace une voie exigeante
mais responsable pour préparer nos
infrastructures et notre pays aux défis
climatiques à venir.
CFTC
Inondations, éboulements, tempêtes,
canicules sont autant d?évènements
extrêmes auxquels nous nous habituons
tristement. Certains en minimisent
le sens et n?y voient que des aléas
météorologiques tragiques. D?autres
ont bien compris qu?il s?agissait d?un
changement systémique d?envergure
dont il ne semble plus possible d?inverser
le cours. C?est aussi notre diagnostic
et notre conviction : pour prospérer
demain, il faut transformer aujourd?hui
! À commencer par nos infrastructures
car d?elles dépendent le développement
économique ainsi que la cohésion de la
nation.
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142
Bien qu?elle soit difficile, l'équation
budgétaire actuelle ne doit sûrement
pas nous conduire à y renoncer. Au
contraire, c?est parce qu?elle est
soucieuse de ses finances que la
France doit investir rapidement dans
la résilience de ses infrastructures.
Attendre, c?est s?exposer à une
facture plus lourde encore avec
un coût immédiat des réparations
auquel s?ajoutera le coût exorbitant
d?une interruption de services
publics essentiels - et ne parlons
pas du coût humain. Un tel pari
ne saurait être considéré comme
raisonnable dans un contexte où le
pays a désespérément besoin de
marge de manoeuvre.
En effet, il ne s?agira pas seulement
d?investir dans la mise à niveau des
infrastructures mais également dans
la formation et la protection des
salariés et des agents mobilisés sur
le terrain pour les faire fonctionner.
Soumis plus fréquemment à des
conditions climatiques extrêmes -
rappelons que plus de 50 personnes
sont décédées au travail à cause
des fortes chaleurs depuis 2018
- l?organisation de leur temps et
de leur environnement doit être
adaptée d?urgence. C?est une
condition nécessaire à la sincérité
de cette transition, celle de
donner aussi aux travailleurs les
moyens suffisants pour affronter
le changement climatique en toute
sécurité.
La CFTC remercie les rapporteurs
et la commission pour leurs travaux.
Elle a voté en faveur de l?avis.
CGT
Les infrastructures d?eau et
d?assainissement, d?énergie, de
transports, de télécommunications,
du numérique sont essentielles
pour répondre aux besoins des
populations et permettre le
développement des différentes
activités humaines et économiques.
Beaucoup de ces réseaux sont
anciens, parfois très vétustes.
Depuis plus de 20 ans, de
nombreuses études et rapports
de diverses institutions ont montré
et dénoncé le sous-investissement
dans la maintenance des
infrastructures tant que leur usage
était assuré.
L?ouverture à la concurrence et la
privatisation des services publics
opérateurs et gestionnaires des
infrastructures ont aggravé ces
dérives, c?est pourquoi la CGT est
très réservée quant à la perspective
de partenariats public/privé. Les
pannes et ruptures se multiplient,
les risques pour la sécurité des
personnes et des biens augmentent,
la qualité du service rendu est mise
à mal en métropole et encore plus
dans les territoires ultra-marins.
La mise à niveau des infrastructures,
leur renouvellement pour répondre
au vieillissement et à la vétusté,
leur déploiement pour répondre
à l?évolution des besoins n?ont
pas été suffisamment anticipés.
Les changements climatiques et
environnementaux augmentent
fortement la pression sur ces
infrastructures fragilisées. Certes
la prise de conscience avance
mais elle n?est pas suffisante face à
l?ampleur du chantier.
143
Les investissements nécessaires sont
considérables dès maintenant et à
inscrire dans la durée pour atteindre les
objectifs d?atténuation et d?adaptation
et assurer les réponses aux besoins sur
l?ensemble des territoires.
Nous partageons la démarche :
anticiper ? connaitre les infrastructures
et recenser les besoins ? identifier les
risques ? construire une stratégie et
une programmation pluriannuelle des
investissements ? assurer le financement.
Ceci ne pourra pas se faire sans un
engagement fort de l?Etat et la rupture
avec ses politiques de désinvestissement
financier, de casse de ses missions et
expertises.
Ce projet d?avis est riche, nous
partageons les constats, l?analyse et
l?essentiel des propositions.
Nous avons voté pour cet avis.
CGT-FO
Les infrastructures sont essentielles
pour le bon fonctionnement économique
de notre pays, l?organisation des
mobilités et la circulation des différents
flux de données, d?énergie, de biens et
services, etc. Il est donc important et
même vital de les maintenir en bon état
de fonctionnement. En plus des aléas
et facteurs de dégradation habituels,
ces infrastructures sont soumises à de
nouveaux risques liés aux changements
climatiques
Pour assurer une meilleure préservation
et continuer à développer notre
patrimoine infrastructurel, il est important
de disposer d?outils qui permettent sa
localisation, de connaître ses éventuelles
dégradations, les risques auquel il est
confronté, et d?avoir une réflexion sur son
utilité.
Cette connaissance peut servir de
base pour une planification territoriale
qui tienne compte des besoins des
acteurs économiques et des populations
et qui permettent à chacun, quel que
soit le territoire où il se trouve, de
bénéficier des mêmes niveaux d?accès
à ces infrastructures. Le groupe FO
soutient ainsi toutes préconisations qui
appellent à la mise en place d?une réelle
stratégie nationale de développement
des infrastructures, qui doivent assurer
un maillage territorial effectif et faciliter
la coopération entre les acteurs des
différents niveaux (Etat, Région et
Département). Une telle stratégie ne
peut réussir et assurer l?adaptation
des infrastructures aux changements
climatiques que si elle est soutenue par
la mobilisation de financements suffisants
et un réel travail en amont pour traiter les
points actuellement les plus vulnérables
et automatiquement anticiper les enjeux
climatiques dans les nouveaux projets à
mettre en place.
Le groupe FO tient enfin à mettre en
avant l?opportunité que les politiques
d?adaptation peuvent constituer en
termes économique, de création d?emploi
et de développement de nouvelles
compétences, qui permettent une
meilleure maitrise des enjeux climatiques.
Le groupe FO remercie le CESE pour cet
éclairage sur les infrastructures et leur
importance pour la vie du pays et a voté
en faveur de cet avis.
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Coopération
Le groupe de la coopération félicite
les rapporteurs et la commission
TAA pour la qualité de cet avis
important.
Il permet de sortit d?une forme
de non-dit collectif sur l?ampleur
des défis à relever pour anticiper
et prévenir les risques liés au
changement climatique pour les
infrastructures.
Défi financier : on le voit, les
investissements pour adapter les
infrastructures existantes seront
très importants et coûteux mais de
surcroit il faudra en même temps
rattraper les retards accumulés,
la fameuse dette grise. L?avis le
dit clairement il faut trouver de
nouveaux financements pour y faire
face. Soulignons l?importance de la
préconisation 16
Défi calendaire : nul besoin de
souligner l?accélération et la
multiplication des phénomènes
déstabilisateurs, et les retards pris
dans la tenue des engagements
en matière d?atténuation du
changement climatique. L?avis
souligne à juste titre la nécessité
de programmer de façon
opérationnelle, globale et pérenne
les mesures à prendre et à financer.
Notre groupe appuie avec force la
proposition 2
Défi méthodologique : outre
l?exigence de traiter dans une même
approche l?atténuation et l?adaptation,
il est essentiel de promouvoir des
gestions intégrées et de ne plus
segmenter les risques, de ne plus
les traiter sans cohérence totale
sur les territoires et pour chaque
infrastructure (montée des eaux,
canicules, incendies, inondations,
rétractation d?argile.)
Cela suppose de bien connaitre la
réalité, tantôt par une cartographie
( cf proposition 1) tantôt par
une révision des documents et
plan notamment d?urbanisme,
tantôt encore en modifier les
gouvernances, publiques et privées,
pour anticiper, programmer dans un
cadre global.
Défi professionnel et humain : ces
investissements vont nécessiter
de nouvelles compétences, de
nouvelles pratiques. Ils créent
certes des contraintes, des efforts
à fournir, mais peuvent aussi ouvrir
de nouvelles opportunités en termes
d?emplois, de nouvelles techniques,
etc. Un engagement massif, soutenu,
pérenne du pays peut ainsi permettre
la création de nouvelles entreprises,
de start-up, de savoir-faire locaux qui
peuvent ensuite être exportés. Ne
passons pas à côté de ces urgences
mais aussi de ces opportunités.
Notre groupe a voté cet avis.
Entreprises
Le groupe Entreprises salue la
pertinence de l?avis présenté sur
l?adaptation des infrastructures
au changement climatique. Cet
avis reconnaît le rôle central des
infrastructures dans la compétitivité,
la cohésion et la résilience des
territoires, ainsi que leur poids
économique et social (secteur BTP,
emplois, innovation, attractivité)
et met opportunément en avant la
nécessité d?investir massivement
dans l?adaptation et la maintenance.
Le groupe Entreprises partage
pleinement le constat de l?urgence
à agir, tant pour préserver la
compétitivité de l?économie
française, que pour garantir la
cohésion des territoires.
145
Plus précisément, le groupe Entreprises
souscrit au diagnostic très fouillé
réalisé dans cet avis (partie Constats)
qui devrait servir de feuille de route
pour les pouvoirs publics et met en
lumière :
Î Le rôle structurant des infrastructures
pour l?activité économique, l?emploi et
l?attractivité de la France.
Î L?ampleur de la « dette grise »
accumulée par des années de
sous-investissement, qui fragilise
notre patrimoine et accroît notre
vulnérabilité.
Î L?importance d?une approche
systémique, territorialisée et
concertée, associant l?ensemble des
parties prenantes, publiques comme
privées.
Il salue également la reconnaissance, dans
l?avis, des opportunités économiques et
industrielles que représente la transition
vers des infrastructures résilientes
et bas-carbone : développement de
filières innovantes, création d?emplois,
exportation de savoir-faire. De même, il lui
apparaît indispensable de conforter les
capacités du système assurantiel dans ce
nouveau contexte et il soutient la création
d?une « mission » sur l?assurabilité des
infrastructures pilotée par les autorités
publiques compétentes et réunissant les
assureurs, les réassureurs, les élus et les
représentants de la société civile (voir
préconisation 21).
Le groupe Entreprises souhaite insister
sur quatre directions qui lui paraissent
essentiels à la réussite de cette
transformation?:
Premier levier, la nécessité de
garantir la visibilité, la stabilité et la
soutenabilité des financements. Le
Groupe Entreprises appelle à la mise en
place rapide d?une loi de programmation
pluriannuelle, garantissant la soutenabilité
et la prévisibilité des investissements
nécessaires à l?adaptation, en mobilisant
l?ensemble des outils disponibles?: fonds
publics, épargne privée, financements
européens, partenariats public-privé
équilibrés.
Deuxième levier, l?importance de la
simplification administrative, de la
réduction des délais et de la sécurité
des procédures pour accélérer la
transformation des infrastructures.
Il est indispensable de simplifier les
démarches administratives, de réduire
les délais de décision et de sécuriser les
cadres réglementaires, afin de permettre
aux entreprises d?investir et d?innover
sans freins excessifs.
Troisième levier, l?accompagnement de
la montée en compétences. La réussite
de la transition suppose un effort massif
de formation et de valorisation des
métiers de l?ingénierie, du BTP et des
filières industrielles, ainsi qu?un soutien à
l?innovation et à la recherche.
Enfin, quatrième levier : le besoin d?une
territorialisation pragmatique, tenant
compte des réalités économiques et
des capacités d?ingénierie, notamment
dans les petites collectivités. Le
groupe Entreprises attire l?attention
sur la nécessité d?un accompagnement
renforcé des petites collectivités, souvent
démunies en ingénierie et en moyens,
pour éviter que la complexité des
dispositifs ne freine l?action sur le terrain.
Tout en partageant la plupart des
préconisations faites, quelques
points de vigilance et suggestions
sont également formulées. Le groupe
Entreprises soutient la logique de
priorisation des investissements selon la
vulnérabilité et l?utilité des infrastructures,
mais appelle à éviter toute surenchère
normative ou administrative qui pourrait
pénaliser l?innovation ou l?investissement
privé. Si le développement de filières
d?éco-matériaux, la diffusion des solutions
fondées sur la nature, et l?expérimentation
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de nouveaux modèles économiques
doit être encouragé, il faut veiller
à ne pas alourdir la charge
réglementaire pour les entreprises.
Par ailleurs, la répartition des
efforts financiers doit être équitable
entre l?État, les collectivités, les
entreprises et les usagers, en
veillant à la soutenabilité pour
chacun et à l?acceptabilité sociale
des mesures proposées.
Le groupe Entreprises recommande
de privilégier les dispositifs
incitatifs plutôt que contraignants,
notamment en matière de normes
et de reporting. Il souhaite une
clarification des responsabilités
entre acteurs publics et privés,
pour garantir l?efficacité et la
lisibilité des politiques d?adaptation.
Enfin, il suggère de renforcer
l?accompagnement des collectivités
et des gestionnaires dans la
mutualisation des moyens et la
simplification des démarches.
En conclusion, le groupe Entreprises
réaffirme sa mobilisation pour
contribuer activement à la réussite
de cette transformation majeure.
L?adaptation des infrastructures,
si elle est menée dans un esprit
de partenariat, d?innovation et
de pragmatisme, peut être un
formidable levier de développement,
de compétitivité et de cohésion pour
notre pays.
Le groupe Entreprises remercie
les rapporteurs pour la qualité de
leur travail et appelle à une mise
en oeuvre rapide, concertée et
ambitieuse des préconisations de
cet avis.
Le groupe Entreprises vote
favorablement cet avis.
Environnement et nature
Si la commission TAA s?est
mobilisée, c?est parce que nos
infrastructures font face à un double
péril : d?une part un vieillissement
structurel, cette fameuse « dette
grise » accumulée par manque
d?entretien depuis des années, et
d?autre part l?accélération croissante
du changement climatique qui, entre
canicules et inondations, fragilise
nos réseaux.
Nous savons que le coût de l?inaction
sera bien supérieur à celui des
investissements à engager. Il y a
donc urgence à agir, y compris dans
les Outre-mer, en première ligne
face aux défis climatiques.
L?avis propose de passer d?un
constat partagé à une stratégie
opérationnelle. L?Etat et les
collectivités territoriales doivent
financer massivement l?adaptation
de nos réseaux pour garantir leur
résilience tout en assurant leur
décarbonation. Les préconisations
s?inscrivent dans une approche
économique réaliste et sont pensées
comme des leviers d?innovation et
d?emplois pour nos territoires :
Î Citons en particulier la
préconisation 5 qui vise à
renforcer la territorialisation de la
gouvernance des infrastructures
et la consultation des CESER ;
Î La préconisation 7 qui propose
de transformer la contrainte
climatique en opportunité par
l?utilisation d?éco-matériaux - si
possible recyclés - et par le
développement des filières éco-
responsables ;
147
Î Et, enfin, la 13, qui appelle les
collectivités territoriales à réviser
leurs documents de planification et
d?urbanisme pour intégrer les risques
climatiques et les plans de prévention
des risques naturels.
Notre groupe réaffirme par ailleurs
sa vigilance quant au risque de
maladaptation, ainsi que son attachement
au maintien des infrastructures naturelles
et au report modal, problématiques
évoquées, encore un peu rapidement,
dans la préconisation 14.
Enfin, dans le prolongement de cet
avis, le gouvernement vient de saisir le
CESE sur le projet de loi-cadre sur le
développement des transports. Notre
groupe demande que la commission TAA
soit impliquée dans toute la mesure du
possible dans ce travail, afin d?y apporter
une valeur ajoutée indispensable.
Sensible à l?attention que les
rapporteurs ont accordé à la plupart des
amendements déposée par notre groupe,
celui-ci votera l?avis.
Familles
Les catastrophes climatiques peuvent
entraîner défaillances et dommages
généralisés sur les infrastructures
essentielles au bon fonctionnement
de notre société avec un impact
particulièrement élevé pouvant aller
jusqu?à des pertes humaines. Les
autorités régionales et locales sont
en première ligne pour renforcer la
nécessaire adaptation des infrastructures
au changement climatique. Le présent
avis, dans une démarche systémique
du sujet, trace la voie pour anticiper,
prévenir et satisfaire ainsi l?Agenda 2030,
dans lequel la France est engagée, et
l?Objectif de développement durable n° 9,
qui appelle, je cite, à « Mettre en place
une infrastructure de qualité, fiable,
durable et résiliente?, pour favoriser
le développement économique et le
bien-être de l?être humain, en mettant
l?accent sur un accès universel, à un
coût abordable et dans des conditions
d?équité ».
Notre groupe retient plus
particulièrement la préconisation visant
à chiffrer les coûts d?investissement et
d?adaptation y compris les montants de
la dette grise. C?est seulement sur cette
base, la plus précise possible, que les
décideurs pourront arbitrer et planifier
les opérations à conduire.
La préconisation 18 a été l?objet d?un
compromis difficile concernant la
circulation des poids lourds sur le
réseau routier secondaire pour éviter les
péages sur autoroute. Le principe retenu
doit guider les décisions à prendre en
urgence : il en va aussi de la sécurité des
habitants des villes et villages traversés
lorsqu'il n'existe pas de déviation. Ce
principe « utilisateur-payeur » entrainerait
un transfert de charge : le coût d'usage
du réseau, aujourd'hui assumé par le
contribuable, serait à la charge des
usagers. Cela devrait assez naturellement
modifier les choix d'itinéraires des
professionnels du transport routier.
Le groupe Familles a adopté l?avis.
Non-Inscrits
Parler d?infrastructures, ce n?est pas
parler que béton, c?est surtout parler
d?égalité entre les citoyens, de continuité
des services publics, d?environnement, et
de notre capacité collective à façonner
la cohésion future des territoires, en lien
avec la mobilité et les échanges.
Or aujourd?hui, nos infrastructures sont
fragilisées. Fragilisées par des décennies
de sous-investissement de la part des
pouvoirs publics.
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Chacun de nous a pu voir ici ou là la
déliquescence du réseau ferré.
Pour la ligne Paris-Limoges, après
avoir connu l?accident mortel de
Brétigny, puis des trains qui roulent
à 30 à l?heure sur des voies mal en
point, aujourd?hui les trains Orléans-
Paris sont remplacés en journée par
des cars.
Joli report modal ! Et ça n?est qu?un
exemple, encore pour celui-ci, sans
les effets du changement climatique
qui vient empirer les situations et
menacer l?avenir.
Sécheresses, inondations,
submersions marines, glissements
de terrain : ces phénomènes ne sont
plus des projections, ce sont des
réalités qui dégradent nos routes,
nos ponts, nos réseaux d?eau,
d?énergie et de transport, avec des
conséquences directes pour les
usagers et les finances publiques.
L?avis balaie toutes les dimensions
du sujet, énonce des propositions
fortes en termes d?état des lieux
précis à établir, de gouvernance et
coordination à mettre en oeuvre. A
défaut c?est bien la « maladaptation »,
la réparation sans anticipation
et le risque d?aggravation des
vulnérabilités qui nous guette.
L?avis ne fait heureusement pas
l?impasse sur la dimension cruciale
de l?environnement, et à cet
égard nous saluons notamment
l?affirmation de la nécessité de
favoriser le report modal vers le
fluvial et le ferroviaire.
Le financement est traité, et
une réflexion est proposée sur
l?organisation des autoroutes, ou
encore la tarification des poids
lourds. Une demande courageuse,
primordiale pour la vérité des coûts
des différents modes de transports.
L?avis montre que l?investissement
dans l?adaptation des infrastructures
n?est pas une option mais une
nécessité qui suppose le courage de
choix politiques.
Notre groupe remercie les
rapporteurs ainsi que les membres
de l?administration pour ce texte et a
voté l?avis.
Outre-mer
« Nous sommes la première
génération à ressentir les effets
du changement climatique et la
dernière à pouvoir agir ».
Qui de mieux placer que les
territoires ultramarins pour savoir
le prix des phénomènes naturels
destructeurs ? On le depuis
longtemps pour ne pas dire qu?ils
sont inhérents.
Dès lors dans ces territoires, l?enjeu
d?investir dans l?adaptation des
infrastructures afin de prévenir
et anticiper les risques liés aux
changements climatiques nécessite
aussi de s?interroger sur les écarts
qui subsistent toujours aujourd?hui.
En effet, si l?Hexagone a bénéficié
de l?effort de reconstruction
et de modernisation d?après-
guerre, l?investissement public ont
cruellement été insuffisant dans les
Outre-mer.
Alors lorsque vous parlez
d?adaptation aux effets du
changement climatique, on parle
toujours de rattrapage dans les
infrastructures de transport, d?eau,
d?assainissement, d?énergie et de
télécommunication.
La seconde approche lorsqu?on se
trouve dans des territoires cyclonés,
c?est la prévalence à être dans une
logique de court-terme. Autrement-
149
dit, la gestion des conséquences des
crises et des destructions, conduisent
les pouvoirs publics à souvent apporter
des réponses dans l?urgence afin de
permettre une reprise rapide de l?activité.
Enfin, se greffe l?exposition de tous les
Outre-mer aux risques de submersions
comme nous l?avons rappelé dans l?avis
sur la montée des eaux.
Ainsi, les Outre-mer doivent concilier ce
triptyque :
Poursuivre le rattrapage pour réduire
les inégalités, s?adapter pour réduire les
conséquences inéluctables et poursuivre
la mise en oeuvre des politiques
d?atténuation.
C?est pourquoi, on doit continuer à
suivre et à affiner les mécanismes
locaux d?érosion côtière. Sans boussole
scientifique, sans connaissance fine du
terrain et sans surveillance, nulle décision
et action ne seront efficaces.
En revanche, puisqu?il n?est pas
possible de zoner l?exposition aux
vents cycloniques à l?intérieur des îles
exposées, la réduction de la vulnérabilité
des territoires suppose une vigilance
accrue aux règles de construction ou
reconstructions.
Nous le redisons, l?éloignement des
territoires ultramarins mérite des
adaptations plus approfondies dans les
décisions nationales et dans la mise en
oeuvre des politiques publiques. Les plans
d?adaptations et les stratégies nationales
doivent nécessairement comporter des
volets spécifiques propres aux Outre-mer.
Il convient également de noter l?un des
sujets de préoccupations majeures qui
est le désengagement des assureurs dans
ces territoires.
Dans les temps de contraintes
budgétaires, l?investissement ne doit pas
être non plus un frein car la situation nous
oblige collectivement à éviter l?ingérable
et à gérer l?inévitable.
Les Groupes des Outre-mer a voté cet
avis.
Santé & citoyenneté
Les infrastructures sont essentielles
car elles permettent de rapprocher les
femmes et les hommes sur un territoire
et entre les territoires, elles permettent
aussi l?accès aux services publics
dont ceux de la santé, le transport de
marchandises, de l?énergie, etc.
Or, force est de constater que la
vulnérabilité de ces infrastructures est
croissante, vulnérabilité liée à sa vétusté
et au déficit d?entretien, mais aussi aux
conséquences du changement climatique.
Cette accélération du dérèglement
climatique invite donc à intégrer cet
enjeu à chaque étape de la vie des
infrastructures, de leur conception à leur
exploitation, c?est-à-dire à anticiper les
risques plutôt que d?agir quand ils sont
advenus.
Le retard d?investissement, ou ?dette
grise?, est énorme. Il doit relever,
comme le préconise l?avis, d?un
financement pérenne dans le cadre d?une
programmation pluriannuelle mais qui
doit aussi reposer sur une capacité de
recherche et d?innovation importante.
Parmi les risques liés à la construction/
adaptation des infrastructures, il en est
un particulièrement important pour le
groupe Santé & Citoyenneté : le risque
sur la santé !
Aussi, il nous semble important d?insister
sur la nécessaire évaluation des impacts
sur la santé (EIS) en amont de tout
projet d?aménagement des territoires
et donc de tout projet d?infrastructures.
Cette évaluation est indispensable pour
procéder à des choix inscrits dans le long
terme et soucieux des conséquences sur
la santé des individus.
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De plus, elle associe toutes les
parties prenantes, y compris les
personnes directement concernées
par le projet.
Aujourd?hui, une grande part des
infrastructures qui existeront en
2050 n?a pas encore été construite.
Pour éviter des drames, il est
urgent d?agir et de développer
des infrastructures résilientes qui
répondent à des choix durables et
équitables.
Le groupe Santé et Citoyenneté a
voté l?avis.
UNSA
Cet avis du CESE soulève avec
justesse l?urgence d?adapter nos
infrastructures au changement
climatique et s?inscrit dans une
démarche amorcée via l?avis «
l?impact des infrastructures de
réseaux (transport, énergie, télécom)
dans l?économie » de mai 2020.
Celui-ci posait déjà le principe
de la dette grise, des retards
d?investissements qui s?est encore
plus creusée, suivant un rythme
accéléré : le vieillissement, la
fragilisation des structures du fait du
dérèglement climatique.
Cet effet de ciseaux du
désengagement et sous-
investissement, et de l?accélération
des périls, menace aujourd?hui
même la pérennité de nos
structures aussi fondamentales que
nos routes, notre réseau ferroviaire,
et plus encore nos ouvrages d?arts
(ponts, tunnels).
L?approche systémique est une
évidence dans cette problématique
comme dans tant d?autres,
nous ne pouvons plus continuer
sur des réflexions sectorielles,
alors que l?adaptation au
changement climatique impose
une compréhension territoriale
sous tous les aspects, les bassins
hydriques en sont l?illustration. Par
ailleurs les travaux assurantiels
cotant les sinistres nous apportent
un éclairage particulièrement
précieux à intégrer dans la situation
de références des évaluations
économiques.
A défaut de reconstituer la DATAR,
ou une agence des réseaux
à l?allemande, nous pouvons
améliorer une nouvelle forme
de pilotage coordonnées entre
SGPE, SGPI, COI, ANCT etc. Un
travail d?identification de partage
d?information sur l?état de nos
infrastructures, de vérité sur les
fragilités et les besoins est bien
évidemment un préalable à partager.
Nous soutenons les mesures de
prise en compte des conditions de
travail des emplois associés, c?est un
moteur puissant de changement et
de réussite.
L?UNSA se montre plus interrogative
sur la notion de simplification des
procédures. Si la notion d?intérêt
général est à préserver, elle ne doit
pas se faire au détriment de choix
démocratique et d?études d?impacts
sérieuses et la prise en compte des
objectifs communs.
151
Quant aux PPP, un rapport de l?IGF
de décembre 2025 nous confirme les
rapports précédents, en les étrillant?
L?UNSA rappelle que la dette privée ainsi
contractée à un coût, et est comptabilisée
comme « dette publique » dans les
comptes de la nation.
Il y a d?autres solutions de financement
que l?extension du périmètre des
concessionnaires autoroutiers sous leur
format actuel pour moderniser les routes,
les fléchages sont à inscrire pour établir
une équité entre les modes de transport
mais aussi une obligation publique de
monter en compétence et de formuler
des outils de régulation pour le suivi.
Ce rapport pose les bons diagnostics,
face au mur d?investissement, au
défi climatique et au besoin d?équité
territoriale, nous avons aussi besoin
d?un service public au service de toutes
et tous, de financements véritablement
innovants et justes mais surtout de
visibilité de programmation. Malgré des
réserves, il semble important de cranter
un réel besoin d?évolution sur ce sujet,
l?UNSA a voté pour.
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152
Ont voté pour
GROUPE COMPOSITION
Agir autrement pour
l?innovation sociale
et environnementale
Mme Djouadi, MM. El Jarroudi, Hammouche,
Levy-Waitz, Mmes Roux de Bezieux, Tutenuit.
Agriculture MM. Amécourt (d?), Biès-Péré, Mme Blin, MM. Dagès,
Durand, Gangneron, Mmes Lion, Pisani, Sellier, Vial.
Artisanat et
Professions libérales
M. Chassang, Mme Niakaté, M. Repon, Mme Vial.
Associations Mme Belhaddad, MM. Bobel, Boivin, Deniau,
Mmes Doresse Dewas, Guyart, Jourdain-Menninger,
Martel, M. Miribel, Mmes Monnier, Sivignon, Thoury.
CFDT M. Cadart, Mmes Caillet, Clément, Duboc,
Gresset Bourgeois, MM. Guihéneuf, Lamberdière,
Lautridou, Mariani, Mmes Pajarès y Sanchez, Thiéry,
MM. Tivierge, Torchet.
CFE-CGC Mmes Biarnaix-Roche, Gayte, MM. Nicoud, Souami.
CFTC Mmes Chatain, Coton, M. Heitz.
CGT M. Fontanié, Mme Gallet, M. Garcia, Mmes Hoeffling,
MM. Le Corre, Oussedik, Mmes Rouchy, Tatot.
CGT-FO MM. André, Busiris, Cambou, Mmes Clicq, Delaveau,
MM. Quillet, Sabot, Mme Veitl.
Scrutin
Le CESE a adopté
cet avis.
Nombre de votantes
et de votants : 135
Pour : 131
Contre : 0
Abstentions : 4
153
Coopération M. Landriot, Mme Lienemann.
Entreprises MM. Asselin, Blachier, Mme Carlac?h, M. Chevée,
Mme Couderc, M. Creyssel, Mme Dubrac,
MM. Gardinal, Goguet, Mme Guerniou, MM. Julier,
Moisselin, Mmes Pauzat, Ruin, Salvadoretti, Tomé-
Gertheinrichs, Ullern, MM. Vermot Desroches, Vidor.
Environnement
et nature
MM. Beauvais, Boucherand, Chabason,
Mme Claveirole, M. Compain, Mme Donge, M. Gatet,
Mmes Journé, Lelièvre, Marsaud, Martinie-Cousty,
MM. Mayol, Métais, Mmes Ostria, M. Richard.
Familles Mmes Balducchi, Bigot, Carlier, MM. Desbrosses,
Erbs, Mmes Gariel, Picardat, Quaranta.
Non-inscrits M. Bazot, Mme Beaufils, MM. Bonnefond, Breton,
Joseph.
Organisations étudiantes
et mouvements
de jeunesse
Mme Hamel, MM. Jeanne-Rose, Occansey.
Outre-mer Mme Bouchaut-Choisy, MM. Leung,
Marie-Joseph, Mme Mouhoussoune.
Santé et Citoyenneté MM. Boroy, Da Costa, Mme Joseph, M. Raymond.
UNSA Mme Arav, M. Truffat, Mme Vignau.
Se sont abstenu.e.s
GROUPE COMPOSITION
Alternatives sociales
et écologiques
Mmes Calmels, Gondard-Lalanne, Groison, M. Meyer.
ANNEXES
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Annexes
Composition de la commission Territoires, agriculture
et alimentation à la date du vote1
Président
Henri BIÈS-PÉRÉ
Vice-présidente
Cécile OSTRIA
Vice-président
Jean-Louis JOSEPH
Agriculture
Henri BIÈS-PÉRÉ
Catherine LION
Florence SELLIER
Anne-Claire VIAL
Alternatives sociales
et écologiques
Marie-Pierre CALMELS
Artisanat et
Professions libérales
Joël FOURNY
Jean-François GUIHARD
Associations
Astrid GUYART
Benoit MIRIBEL
C.F.D.T
Ingrid CLEMENT
Monique GRESSET-
BOURGEOIS
Sébastien MARIANI
Franck TIVIERGE
C.F.E.-C.G.C.
Véronique BIARNAIX-
ROCHE
C.G.T.
Anne GARRETA
Fabrice MICHAUD
C.G.T.-F.O.
Alain ANDRÉ
Dominique DELAVEAU
Coopération
Christophe GRISON
Marie-Noëlle
LIENEMANN
Entreprises
Bruno CAVAGNÉ
Didier GARDINAL
Thierry JULIER
Olivier SALLERON
Environnement
et Nature
Maud LELIÈVRE
Michel METAIS
Cécile OSTRIA
Familles
Dominique MARMIER
Non-inscrits
Bernard BRETON
Jean-Louis JOSEPH
Alain POUGET
Organisations
étudiantes et
mouvements
de jeunesse
Agathe HAMEL
Outre-mer
Yannick CAMBRAY
155
Listes des personnes auditionnées et rencontrées2
Personnes reçues en Audition
M. Nicolas BONNET
Directeur Général CCI France
M. Julien CASTRES SAINT-MARTIN
Directeur des infrastructures SANEF
M. Hervé CHAMPENOIS
Directeur Technique et membre
du Directoire ENEDIS
M. Benoit CHEVALIER
Directeur délégué aux grands projets SNCF
Réseau
M. Éric COURTALON
Directeur Environnement GRTgaz
M. Gonéri Le COZANNET
Ingénieur et membre du Haut Conseil pour
le Climat BRGM
M. Frédéric CUILLERIER
Maire et coprésident de la commission
Transports AMF
M. François DELÉTRAZ
Président FNAUT
Mme Lorraine DURANVILLE
Responsable des relations institutionnelles
SANEF
M. Alain GRIZAUD
Président FNTP
M. Rainier d?HAUSSONVILLE
Secrétaire général SANEF
Mme Myriam MERAD
Présidente du Conseil Scientifique AFPCNT
Mme Sandrine MEUNIER
Directrice générale NaTran
Mme Ludivine OLIVE
Directrice des relations institutionnelles
EDF Hydro
M. Alain QUINET
Directeur général exécutif à la Stratégie
SNCF Réseau
M. Augustin ROGY
Responsable des relations avec les élus
locaux CCI France
Mme Charlotte ROULE
Directrice générale Storengy
M. Thomas SCHRAMME
Directeur métiers entreprises, collectivités
et associations GROUPAMA
M. Luc TABARY
Responsable « Coordination de l?eau
et changement climatique » EDF Hydro
Mme Adèle TANGUY
Chercheuse sur les risques climatiques
IDDRI
M. David ZAMBON
Directeur général adjoint en charge
du pilotage CEREMA
M. Jean-Marc ZULESI
Ancien député et membre COI
Personnes reçues en Entretien
M. Vivian DÉPOUES
Responsable thématique-Adaptation
au changement climatique I4CE
M. Stéphane DUROULE
Directeur général Assurances France
COVEA
M. Benjamin POUDRET
Directeur Périls Climatiques et Majeurs
France COVÉA
Mme Sabine ROUX DE BÉZIEUX
Co-rapporteure avis CESE « La montée des
eaux dans les Outre-mer : quelles stratégies
pour d?adapter ?
ANNEXES
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Notions clés pour analyser
l?adaptation au changement
climatique (d?après GIEC AR6, WGII
Glossaire et avis du HCC sur le
PANCC 3)
Î Déficit d?adaptation : écart entre
l?état courant d?un système et
un état qui minimise les effets
négatifs du climat moyen actuel
et de sa vulnérabilité ;
Î Besoins d?adaptation :
circonstances nécessitant une
action pour assurer la sécurité
des personnes et des biens
face aux effets du changement
climatique ;
Î Coûts d?adaptation : coûts de
planification, de préparation, de
facilitation et de mise en oeuvre
des mesures d?adaptation, y
compris les coûts de transaction ;
Î Limites d?adaptation : point à
partir duquel les objectifs d?un
acteur (ou les besoins du système)
ne peuvent pas être sécurisés
contre des risques intolérables
par les actions d?adaptation
considérées ;
Î Capacités d?adaptation :
la capacité des systèmes, des
institutions, des humains et
d?autres organismes à s?adapter à
des dommages potentiels, à tirer
parti des opportunités ou à réagir
aux conséquences du changement
climatique ;
Î Renforcement des capacités :
la pratique consistant à renforcer
les forces et les attributs d?un
individu, d?une communauté,
d?une société ou d?une
organisation, ainsi que les
ressources dont ils disposent pour
répondre au changement ;
Î Exposition : la présence de
personnes, de biens économiques,
sociaux ou culturels, d?espèces ou
d?écosystèmes, de services et de
ressources environnementales ou
d?infrastructures dans des lieux
et environnements qui pourraient
être affectés négativement par le
changement climatique ;
Î Impacts : Les conséquences
des risques réalisés sur les
systèmes naturels et humains,
les risques résultant dans ce
contexte des interactions es
aléas liés au climat (y compris les
phénomènes météorologiques
et climatiques extrêmes), de
l?exposition et de la vulnérabilité.
Les impacts désignent
généralement les effets sur les
vies ; les moyens de subsistance ;
la santé et le bien-être ; les
écosystèmes et les espèces ; les
biens économiques, sociaux et
culturels ; les services (y compris
les services écosystémiques) ;
les infrastructures. Les impacts
peuvent être qualifiés de
conséquences ou de résultats
et peuvent être négatifs ou
bénéfiques ;
Î Pertes et dommages : Les
pertes et dommages, qui sont
utilisés pour désigner de manière
générale les dommages causés
par les impacts (observés)
et les risques (projetés) ,
peuvent être économiques
Glossaire3
157
ou non économiques. Dans la
pratique, les pertes et dommages
sont le plus généralement compris
comme les effets néfastes du
changement climatique qui ne sont pas
ou ne peuvent pas être évités par les
efforts d?atténuation et d?adaptation ;
Î Maladaptation (ou pratiques
maladaptatives) : actions qui peuvent
entraîner une augmentation des risques
climatiques, notamment par le biais
d?une augmentation ou d?un transfert de
vulnérabilité au changement climatique,
d?une diminution du bien-être, d?une
augmentation des inégalités ou d?une
augmentation des gaz à effet de serre
(GES), maintenant ou dans le futur. La
maladaptation est généralement une
conséquence involontaire ;
Î Options d?adaptation : éventail de
stratégies accessibles pour l?adaptation
d?ordre structurel, institutionnel,
écologique ou comportemental ;
Î Adaptation incrémentale : adaptation
qui préserve l?essence et l?intégrité d?un
système ou processus à une échelle
donnée et réduisant déjà les pertes
(ou augmentant les avantages) des
évènements extrêmes représentatifs
de la variation naturelle du climat
actuel ;
Î Adaptation transformationnelle :
adaptation qui modifie les
caractéristiques fondamentales d?un
système socio-écologique en anticipant
les effets attendus du changement
climatique ;
Î Adaptation fondée sur les
écosystèmes : gestion des
écosystèmes permettant d?accroître la
résilience et de réduire la vulnérabilité
des personnes et des écosystèmes aux
effets du changement climatique ;
Î Atténuation (du changement
climatique) : une intervention humaine
pour réduire les sources ou améliorer
les puis de gaz à effet de serre ;
Î Résilience : capacité des
systèmes sociaux, économiques et
environnementaux à faire face à un
évènement ou à une tendance ou
perturbation dangereux, en réagissant
ou en s réorganisant de manière à
maintenir leur fonction, leur identité
et leur structure essentielles. La
résilience est un attribut positif
lorsqu?elle maintient la capacité
d?adaptation, d?apprentissage et/ou de
transformation ;
Î Risque : dans le contexte des impacts
du changement climatique, les risques
résultent d?interactions dynamiques
entre les aléas climatiques et la
vulnérabilité du système humain ou
écologique exposés à ces aléas ;
Î Risque résiduel : le risque lié aux
impacts du changement climatique qui
subsiste après les efforts d?adaptation e
d?atténuation. Les mesures d?adaptation
peuvent redistribuer les risques et
les impacts, avec des risques et des
impacts accrus dans certaines zones
ou pour des populations, et des risques
et des impacts réduits dans d?autres ;
Î Vulnérabilité : propension ou
prédisposition à être affecté de
manière négative. La vulnérabilité
englobe une variété de concepts et
d?éléments, notamment la sensibilité
oula sensibilité aux dommages et le
manque de capacité à faire face ou à
s?adapter.
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IL MANQUE UNE IMAGE ??
Sources : Haut Conseil pour le climat, Rapport annuel 2023 p. 182 et avis sur le Plan
national d?adaptation au changement climatique (PNACC 3) : une première étape pour garantir la
résilience et la protection des populations (mars 2025) p. 26 et 27.
Définitions complémentaires
de notions ou de termes cités
dans l?avis
Î Action « sans regret » : action
qui demeurerait avantageuse
en matière d?adaptation pour un
territoire ou un pays d?un point
de vue environnemental, social
et économique, même si le reste
du monde ne fait pas les mêmes
efforts d?atténuation et quel que
soit le scénario de changement
climatique ;
Î Atténuation : intervention
anthropique pour réduire les
sources ou augmenter les puits
de GES (GIEC), elle a pour
objet de limiter et de réduire les
émissions de GES, pour éviter
que le réchauffement n?atteigne
des niveaux auxquels il serait très
difficile de s?adapter ;
Î Adaptation : ajustement des
systèmes naturels ou humains en
réponse à des stimuli climatiques
présents ou futurs ou à leurs
effets, afin d?atténuer les effets
néfastes ou d?exploiter des
opportunités bénéfiques (GIEC),
elle vise à limiter les risques des
effets du changement climatique
et à en réduire les aléas ;
Î Adaptation « by-design » :
approche consistant à intégrer
l?adaptation en amont, dès
la conception d?un projet ou
programme, pour limiter ou éviter
des coûts d?adaptation ultérieurs ;
Î Approche systémique :
approche consistant, en matière
d?infrastructures, à ne pas traiter
une infrastructure comme un
objet spécifique donnant lieu
en tant que tel à une politique
d?entretien et de réparation,
mais comme le support d?un
service et une composante du
fonctionnement d?un système à
l?échelle d?un territoire ;
Î Dette grise : effets financiers
et matériels de la détérioration
des infrastructures résultant
des retards cumulés dans les
investissements nécessaires à leur
entretien.
159
TABLEAU : DES POLITIQUES QUI PRÉSENTENT DES CO-BÉNÉFICES
POUR L?ADAPTATION
Source : I4CE : Adapter la France à +4 °C : moyens, besoins, financements (2025), p. 17
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160
ADEME, Comment s?adapter à +4°C
en France ?, novembre 2024
AMF, Dossier de Presse,
Infrastructures et transports
sans financement : une fracture
territoriale irréversible,
22 avril 2025
Assemblée Nationale, rapport
d?information, Modes de gestion
et d?exploitation des installations
hydroélectriques, mai 2025
Assemblée nationale, rapport
d?information, Adaptation de
l?aménagement des territoires
au changement climatique
: présentation du rapport
d?information, juin 2025
Assemblée nationale, rapport
d?information, Les moyens
consacrés à l?adaptation au
changement climatique, juillet 2025
Autorité de régulation des
transports, Bilan ferroviaire 2023 -
Premiers chiffres, décembre 2024
Banque des territoires Résilience
territoriale et adaptation au
changement climatique :
les territoires face à l?urgence
climatique, mai 2025
Banque des territoires, Adapter les
territoires et leurs infrastructures
aux changements climatiques,
septembre 2025
Banque des territoires,
Hydroélectricité : accord entre
le gouvernement et la Commission
européenne en vue d?une levée
des contentieux, septembre 2025
Banque mondiale, Publication,
Favoriser l?investissement privé
dans l?adaptation au changement
climatique et la résilience : état des
lieux, obstacles à l?investissement et
plan d?action, mars 2021
BNP Paribas, rapport global,
transition juste, avril 2023
C.I.EAU, L?eau en France : ressource
et utilisation, Synthèse des
connaissances en 2023, Données
et études statistiques, chiffres 2020
Caradisiac, La France roule mal, et
ça freine l?emploi, avril 2025
Carbone 4, rapport, Le rôle
des infrastructures dans la transition
bas-carbone et l?adaptation au
changement climatique de la France,
décembre 2021
CCR, Les catastrophes naturelles
en France. Bilan 1982-2023,
juin 2024
CEREMA, Impact du changement
climatique sur les ouvrages d?art en
France : conseils aux gestionnaires
et concepteurs, avril 2021
CEREMA, Changement climatique :
Gérer des infrastructures
résilientes, juillet 2022
CEREMA, l?état des ponts
communaux en France,
novembre 2024
CEREMA, Le plan climat-air-énergie
territorial (PCAET), 5 mars 2025
CESE, avis, Infrastructures et
développement durable des
territoires : un autre regard ? une
nouvelle vision, septembre 2009
Bibliographie4
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CESE, avis, La Transition énergétique
dans les transports, juillet 2013
CESE, avis, Comment promouvoir
le dynamisme économique des espaces
ruraux, octobre 2015
CESE, avis, L?impact des infrastructures
de réseaux dans l?économie, mai 2020
CESE, avis, Services publics, services
au public et aménagement des territoires
à l?heure du numérique, juillet 2020
CESE, avis, Le financement des
investissements nécessaires pour
l?avenir : enjeux et déclinaison, février
2021
CESE, avis, Contribution du CESE
à l?élaboration de la stratégie nationale
pour la biodiversité 2021-2030(SNB3),
novembre 2021
CESE, avis, Climat, cyber, pandémie :
le modèle assurantiel français mis au défi
des risques systémiques, avril 2022
CESE, résolution, SFEC :Quelle
gouvernance pour la transition
écologique ? juin 2022
CESE, étude, Quelle place pour
le nucléaire dans le mix énergétique
français ? Expérimentation de la méthode
d?analyse de controverses 2022,
juin 2022
CESE, avis, Financer notre stratégie
énergie-climat : donnons-nous les moyens
de nos engagements, février 2023
CESE, avis, Comment favoriser une
gestion durable de l?eau (quantité, qualité,
partage) en France face aux changements
climatiques ?, avril 2023
CESE, avis, Travail et santé
environnement : quels défis à relever face
aux dérèglements climatiques, avril 2023
CESE, avis, Quelles solutions pour
des mobilités durables et inclusives
en zones peu denses ?, juillet 2023
CESE, avis, Face au changement
climatique, accélérer une adaptation
systémique et juste, novembre 2023
CESE, avis Quelles transitions
énergétiques pour les Outre-mer ?
mars 2024
CESE, avis, Mobiliser les acteurs de
l?emploi et du travail pour réussir la
planification écologique, mai 2024
CESE, avis, Sortir de la crise
démocratique ? Rapport annuel sur l?état
de la France en 2024 (RAEF),
octobre 2024
CESE, avis, La montée des eaux
dans les Outre-mer :quelles stratégies
pour s?adapter ? mai 2025
CESE, avis, La participation du public
aux décisions impactant l?environnement,
septembre 2025
CGEDD, rapport, développement des
capacités de réalisation de la restauration
des ouvrages d?art routiers, janvier 2021
Cour des comptes, rapport public annuel
2024 FNTP, Des infrastructures plus
résilientes pour des territoires mieux
protégés, septembre 2025
Décret n° 2012-1359 du 4 décembre
2012 relatif au poids total roulant autorisé
des véhicules terrestres à moteur,
décembre 2012
Décret n° 2020-1825 du 30 décembre
2020, article 2 relatif au conseil
d?orientation des infrastructures
Éditions de l?Atelier, Reprendre le
contrôle de la dette ? Pour une réforme
radicale de la monnaie, du système
financier, avril 2017
Environnement Magazine,
Des infrastructures qui prennent l?eau,
octobre 2022
Eaufrance, Part du volume d?eau mis
en distribution perdu par fuite dans
les canalisations en 2021, juin 2023
FNCCR, La FNCCR alerte sur une baisse
des financements, actes du Congrès
juin 2024
Fondation Nicolas Hulot, Financer l?avenir
sans creuser la dette, mai 2011
ANNEXES
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162
France stratégie, rapport
thématique, les incidences
économiques de l?action pour le
climat, dommages et adaptation,
mai 2023
France Assureurs, étude statistique,
L?assurance des évènements
naturels en 2023, décembre 2024
France info, La SNCF alerte sur la
dégradation du réseau ferroviaire,
mai 2025
Haut-Commissariat à la stratégie et
au plan, France Stratégie, note de
synthèse, Adaptation au changement
climatique : retour d?expérience de
trois territoires, juin 2023
HCC, rapport annuel 2023, acter
l?urgence, engager les moyens,
juin 2023
HCC, rapport annuel 2024, Tenir
le cap de la décarbonation, protéger
la population, juin 2024
HCC, avis, sur le plan national
d?adaptation au changement
climatique (PNACC 3) : une
première étape pour garantir
la résilience et la protection des
populations, mars 2025
Haut-Commissariat à la Stratégie et
au Plan, Repenser la mutualisation
des risques climatiques, juin 2025
HCC, rapport annuel 2025,
Relancer l?action climatique
face à l?aggravation des impacts
et à l?affaiblissement du pilotage,
juillet 2025
I4CE, Au moins 50 Mds ¤/an
d?investissements publics à adapter,
septembre 2022
IDRRIM, rapport public de
l?Observatoire National de la Route
2024, 2024
IPSOS, Enquête annuelle,
Globale Infrastructure Index,
30 octobre 2023
La gazette des Communes,
des départements, des régions,
Rapport, L?assurabilité des biens
des collectivités locales et de leur
groupement : état des lieux et
perspectives, avril 2024
L?économie-bleue-en-france-2022,
Ports de commerce et
infrastructures portuaires, 2022
LEONARD, Catalogue des solutions
pour l?adaptation au changement
climatique, version 2024
Le Point, L?état des ponts en France
très préoccupant, une partie
« risque de se casser la figure »,
mars 2024
Les Echos, Après 20 ans de bataille,
Paris et Bruxelles trouvent un
compromis sur les barrages d?EDF,
août 2025
Les Liens qui Libèrent, Le pouvoir
de la monnaie, Transformons
la monnaie pour transformer
la société, janvier 2024
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire
transports ville et logement,
Avis, Le cadre de la participation
du public au titre du code de
l?environnement, juillet 2019
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire
transports ville et logement,
La Trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au
changement climatique (TRACC),
décembre 2023
Ministère de la Transition
écologique, de la Biodiversité, de
la Forêt, de la Mer et de la Pêche,
Acteurs, réseau, et activités
portuaires en France, avril 2024
Ministère Aménagement du
territoire Transition écologique,
Service des données et études
statistiques, Chiffres clés
163
de l?énergie - Édition 2024, Données et
études statistiques, septembre 2024
Ministère de l?économie, des finances
et de la souveraineté industrielle,
énergétique et numérique, Direction
générale du Trésor, Les enjeux
économiques de la transition vers
la neutralité carbone, janvier 2025
Ministère de la Transition écologique, de
la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et
de la Pêche, Synthèse de la consultation
publique sur le Plan national d?adaptation
au changement climatique, février 2025
Ministère de l?économie, des finances
et de la souveraineté industrielle et
numérique, Direction du Budget,
Garantir la soutenabilité du régime des
catastrophes naturelles, février 2025.
Ministère Aménagement du territoire
Transition écologique, Service des
données et études statistiques, Chiffres
clés des transports - Édition 2025,
Données et études statistiques, mars
2025
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire transports
ville et logement, Avis sur le 3ème Plan
National d?Adaptation au Changement
Climatique (PNACC 3), mars 2025
Ministère de la Transition écologique,
de la Biodiversité, de la Forêt, de la
Mer et de la Pêche, préparer la France
à +4 °c, présentation du plan national
d?adaptation au changement climatique,
mars 2025
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire transports
ville et logement, Le Roquelaure de
l?assurabilité des territoires, avril 2025
Ministère de la Transition écologique,
de la biodiversité, de la forêt, de la mer
et de la pêche, Mission adaptation : le
service commun d?accueil et d?orientation
des collectivités sur l?adaptation au
changement climatique, mai 2025
Ministère Aménagement du territoire
Transition écologique, Rapport, Ambition
France Transports : Financer l?avenir des
mobilités, juillet 2025
OCDE, Rapport, Renforcer la résilience
face aux catastrophes naturelles,
avril 2024
Odile Jacob, Une monnaie écologique
pour sauver la planète, février 2020
OiEau, Les 40 chiffres à connaitre sur
les 7 grandes thématiques
incontournables des réseaux d?eau
potable en France en 2021, octobre 2021
ONERC, Changement climatique. Coûts
des impacts et pistes d?adaptation, 2009
ONR, rapport 2023 de l?Observatoire
national de la route, novembre 2023
Oxfam-France, changement climatique,
nous ne sommes pas prêt.es, juillet 2024
RTE, SDDR 2019 Chapitre 02 - Le
renouvellement du réseau existant, 2019
RTE, Comment RTE adapte-t-il le réseau
électrique aux effets du changement
climatique ? août 2025
Saint-Gobain, Les infrastructures face
au climat : une adaptation devenue vitale,
février 2025
Sénat, Voies navigables de France :
Un canal d?avenir au service du
développement durable, juillet 2014
Sénat, rapport d?information, Mettre les
nouvelles mobilités au service de tous les
territoires, novembre 2018
Sénat, rapport d?information, Sécurité
des ponts : éviter un drame, juin 2019
Sénat, rapport, Projet de loi d?orientation
des mobilités, juillet 2019
Sénat, Mission d?information sur la
sécurité des ponts, décembre 2019
Sénat, rapport d?information, Transport
de marchandises face aux impératifs
environnementaux, mai 2021
ANNEXES
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164
Sénat, rapport d?information,
Sécurité des ponts : face au
« chantier du siècle », l?urgence
d?une action publique plus
ambitieuse, juin 2022
Sénat, rapport, Éclairer l?avenir :
l?électricité aux horizons 2035 et
2050, juillet 2024
SGPE, La planification écologique
à l?échelle des territoires,
octobre 2025
Statista, Le transport aérien de
passagers en France et en Europe -
Faits et chiffres Statista, Les routes
en France - Faits et chiffres,
mai 2025
UNDRR, Bureau des Nations Unies
pour la réduction des risques de
catastrophes, Notre monde en
danger, Transformer la gouvernance
pour un avenir résilient, rapport
global 2022
Union des Aéroports Français,
Dossier, Les enjeux de la France
aéroportuaire à l?horizon 2030
Union des Transports Publics et
Ferroviaires, Europe des trains :
les réseaux ont rétréci en 10 ans,
notamment en France, mais la
grande vitesse progresse,
février 2025
UNOPS, rapport conjoint,
du Bureau des Nations Unies
pour les services d?appui aux
projets (du Programme des Nations
Unies pour l?environnement (PNUE)
et de l?Université d?Oxford,
Les infrastructures et la lutte contre
les changements climatiques,
octobre 2021
Vie-publique, Audit sur l?état
du réseau ferré national français,
septembre 2005
Vie-publique.fr, Littoral : 126
communes face à l?érosion côtière,
mai 2022
Vie-publique, Infrastructures
critiques : l?UE cherche à améliorer
leur sécurité, octobre 2022
Vie-publique, Ports français : une
transition énergétique nécessaire,
décembre 2022
Vie publique, rapport final, Adapter
le système assurantiel français face
à l?évolution des risques climatiques,
décembre 2023
Vie publique, Progression de 2,2 %
de l?épargne réglementée en 2024,
juillet 2025
Vie-publique, Hydroélectricité :
les barrages hydrauliques en quatre
questions, septembre 2025
165
ACPR Autorité de contrôle prudentiel et de résolution
ADEME Agence de l?environnement et de la maîtrise de l?énergie
ADF Assemblée des Départements de France
AFITF Agence de financement des infrastructures de transport de France
AMF Association des maires de France
AMO Assistance à maîtrise d?ouvrage
ANCT Agence nationale de cohésion des territoires
ARCEP Autorité de régulation des communications électroniques, des postes
et de la distribution de la presse
ARF Association des régions de France
ASAIT Approche systémique de l?adaptation des infrastructures de transport
ATESAT Assistance technique des services de l?État pour raisons de solidarité
et d?aménagement des territoires
BCE Banque centrale européenne
BHNS Bus à haut niveau de service
BNP Banque nationale de Paris
BRGM Bureau de recherches géologiques et minières
BTP Bâtiment Travaux Publics
CCR Caisse centrale de réassurance
CEA Commissariat à l?énergie atomique et aux énergies alternatives
CELRL Conservatoire de l?Espace Littoral et des Rivages Lacustres
CEREMA Centre d?études et d?expertise sur les risques, l?environnement,
la mobilité et l?aménagement
CESER Conseil économique, social et environnemental régional
CGDD Commissariat général au développement durable
CGEDD Conseil général de l?environnement et du développement durable
CNFPT Centre national de la fonction publique territoriale
CNPP Centre national de prévention et de protection
COI Conseil d?orientation des infrastructures
COP Conference of Parties, ou ?Conférence des Parties?
COPRNM Conseil d?orientation pour la prévention des risques naturels majeurs
CPER Contrats de plan Etat/Région
CRE Commission de régulation de l?énergie
CRTE Contrats pour la réussite de la transition écologique
DAJ Direction des affaires juridiques
DDTM Direction départementale des territoires et de la mer
DGE Direction générale des entreprises
DGFIP Direction générale des Finances publiques
DGITM Direction générale des Infrastructures, des Transports et des Mobilités
Table des sigles5
ANNEXES
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DILA Direction de l?information légale et administrative
DMR Direction des Mobilités Routières
DREAL Direction Régionale de l?Environnement, de l?Aménagement
et du Logement
DROM Départements et régions d?outre-mer
DSEC Dotation exceptionnelle de Solidarité
EDF Électricité de France
EPCI Etablissements publics de coopération intercommunale
EPIC Établissement public à caractère industriel et commercial
ETI Entreprise de Taille Intermédiaire
ETP Equivalents temps plein
ETS European Trading Scheme
FNAUT Fédération nationale des usagers des transports
FNCCR Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies
FNTP Fédération nationale des travaux publics
FP2E Fédération professionnelle des entreprises de l?eau
FPRNM Fonds de prévention des risques naturels majeurs
GEMAPI Gestion des Milieux Aquatiques et la Prévention des Inondations
GES Gaz à effet de serre
GIEC Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat
GPM Grand port maritime
GPS Global Positioning System
GRDF Gaz Réseau Distribution France
GRT Gestionnaire du réseau de transport du gaz
HCC Haut Conseil pour le climat
I4CE Institut de l?Économie pour le Climat
IA Intelligence artificielle
IDDRI Institut du Développement Durable et des Relations Internationales
IDRRIM Institut des Routes, des Rues et des Infrastructures pour la Mobilité
IGN Institut national de l?information géographique et forestière
IQRN Image Qualité des Routes Nationales
IRD Institut de recherche pour le développement
LDDS Livret de développement durable et solidaire
LGV Ligne à grande vitesse
LPEC Loi de programmation énergie-climat
LTECV Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte
MSR Réserve de stabilité de marché
NOTRe Nouvelle Organisation Territoriale de la République
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OFB Office Français de la biodiversité
OFCE Observatoire français des conjonctures économiques
ONERC Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
ONF Office national des forêts
167
ONG Organisation Non Gouvernementale
ONR Observatoire national de la route
ONU Organisation des Nations unies
OPCO Opérateurs de compétences
ORSEC Plan d?organisation de la réponse de sécurité civile
PCAET Plans climat-air-énergie territoriaux
PCS Plans communaux de sauvegarde
PGRI Plan de gestion des risques d?inondation
PIB Produit Intérieur Brut
PLF Projet de loi de finances
PLU Plan Local d?Urbanisme
PLUi Plan local d?urbanisme intercommunal
PME Petites et moyennes entreprises
PNACC Plan National d?Adaptation au changement climatique
PNUE Programme des Nations Unies pour l?environnement
PPE Programmation pluriannuelle de l?énergie
PPI Plans particuliers d?intervention
PPP Partenariats publics privés
PPR Plan de prévention des risques
PPRI Plan de prévention des risques inondation
PPRIF Plan de prévention des risques incendie de forêt
PPRL Plan de prévention des risques littoraux
PPRN Plan de prévention des risques naturels
PVC Polychlorure de vinyle
RAEF Rapport annuel sur l?état de la France
RGA Retrait gonflement des argiles
RPS Risques psychosociaux
RTE Réseau de transport d?électricité
SANEF Société des Autoroutes du Nord et de l?Est de la France
SAR Schémas d?aménagement régionaux
SCA Sociétés concessionnaires d?autoroute
SCHAPI Service central d?hydrométéorologie et d?appui à la prévision des inondations
SCOT Schémas de cohérence territoriale
SDDR Schéma Décennal de Développement du Réseau
SDES Service des données et études statistiques
SERM Services express régionaux métropolitains
SFEC Stratégie française pour l?énergie et le climat
SGPE Secrétariat général à la planification écologique
SGPI Secrétariat général pour l?investissement
SHEM Société hydroélectrique du Midi
SIG Système d?information géographique
SMACL Société mutuelle d?assurance des collectivités locales
SNBC Stratégie nationale bas carbone
ANNEXES
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168
SNCF Société nationale des chemins de fer français
SNGITC Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte
SRADDET Schémas régionaux d?aménagement, de développement durable
et d?égalité des territoires
TECV Transition énergétique pour la croissance verte
TER Transport Express Régional
TGN Garantie tempête grêle neige
TGV Train à grande vitesse
TICPE Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques
TPE Très petite entreprise
TRACC Trajectoire de référence du réchauffement climatique
TSBA Taxe de solidarité sur les billets d?avion
UIE Union des industries de l?eau
UNDRR Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques
de catastrophes
UNOPS Bureau des Nations Unies pour les services d?appui aux projets
VNF Voies Navigables de France
lecese.frlecese.fr
lecese.frlecese.fr
Dernières publications
du Conseil économique,
social et environnemental
Retrouvez l?intégralité des travaux du CESE sur le site
Complexité
des aides de
l?Union européenne
et visibilité
de son action
RAPPORTEURES
Catherine Lion et Catherine Pajares Y Sanchez
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AVIS
Le 80e anniversaire
de la Sécurité sociale
Déclaration du Bureau
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DÉCLARATION
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AVIS
Égalité
des chances :
mythe ou réalité ?
RAPPORT ANNUEL
SUR L?ÉTAT DE LA FRANCE
RAPPORTEURE
Fabienne Rouchy
Le droit des enfants
de participer
aux délibérations
publiques
Déclaration du Bureau à l?occasion
de la Journée internationale des droits
de l?enfant du 20 novembre 2025
N
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25
DÉCLARATION
Satisfaire les besoins
fondamentaux des enfants
et garantir leurs droits,
dans tous les temps et
espaces de leur vie
quotidienne
RAPPORTEURS
Dominique Gallet, Bernadette Groison
et Evanne Jeanne-Rose
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AVIS
Imprimé par la Direction de l?information légale et administrative, 26, rue Desaix, Paris 15e, d?après les documents fournis par
le Conseil économique, social et environnemental ? N° 411260001-000126 - Dépôt légal : janvier 2026 ? Crédit photo : Dicom
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75?775 Paris Cedex 16
01 44 43 60 00
No 41126-0001
ISSN 0767-4538 ISBN 978-2-11-185002-6
Anticiper et
prévenir les risques
liés au changement
climatique, pour
les infrastructures
RAPPORTEURS
Alain André et Didier Gardinal
JA
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26
AVIS
synthèse
introduction
I. Un patrimoine d?infrastructures considérable
et diversifié, indispensable pour les territoires
et les populations mais qui pâtit d?un sous-investissement chronique
A. Les infrastructures, que sont-elles? des ouvrages multiples et diversifiés sur le territoire
partie 1
Constats : Le défi
du changement climatique pour les infrastructures
B. Les infrastructures, à quoi servent-elles?
Une contribution indispensable au développement économique des territoires et à la vie des populations
C. Une dégradation partielle liée à une longue période de sous-investissement: la «dette grise»
II. Des changements climatiques qui représentent
des risques majeurs pour les infrastructures
A. Un changement climatique aux composantes multiples
B. Un phénomène qui impacte déjà les infrastructures
III. Une prise de conscience progressive
bien qu?inégale qui a entraîné la mise en place de premières mesures d?adaptation
A. Des politiques et mesures mises en oeuvre
jusqu?à présent
B. Une adaptation à poursuivre et à amplifier
IV. Des coûts considérables à prévoir et une prise en compte insuffisante de problématiques importantes
A. Une augmentation considérable des coûts à prévoir
d?ici à 2050, des options de financement diverses à envisager, mais aussi des opportunités économiques
B. Une prise en compte insuffisante de problématiques importantes
C. Expansion des risques et des coûts assurantiels:
un dispositif qui a évolué
partie 2
Préconisations
I. Axe 1 - Mieux mesurer et identifier les risques
II. Axe 2 - Améliorer la gouvernance
III. Axe 3 - Mettre en place une politique systémique d?investissement dans les infrastructures
IV. Axe 4 - Assurer les financements nécessaires
V. Axe 5 - Conforter les capacités du système assurantiel dans ce nouveau contexte
conclusion
Déclarations des groupes
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À partir de 2030, un nombre
croissant de lignes datant de l?après-
guerre, va atteindre l?âge de 85 ans.
Les efforts de renouvellement,
estimés à 8 Mds d?euros doivent
être conduits d?ici à 2035 sous
peine de détériorer le niveau de
service actuel, parmi les meilleurs
en Europe. Ils sont appelés à croître
d?ici 2050. A défaut, « un mur de
renouvellement » est annoncé.
Pour RTE, il s?agit essentiellement
de privilégier le réseau du quotidien
avec des actions « moins voyantes »
mais indispensables : maintenance
courante, plans de sécurisation
(notamment contre la corrosion),
mise aux norm
es environnementales, etc.
Un rapport du Sénat de 202485
indique que RTE et Enedis
ont proposé des programmes
d?investissements pour un montant
cumulé de près de 200 Md¤ d?ici
à 2040 : 100 Md¤ pour RTE et
96 Md¤ pour Enedis.
Ces investissements sont destinés
à l?entretien et à la modernisation
du réseau mais pour RTE le
renouvellement d?infrastructures
vieillissantes et leur adaptation aux
effets du changement climatique
constituent le premier enjeu
d?investissement.
Toutefois, dans ce même rapport,
le Sénat considère que ces
investissements, en raison de leurs
montants exceptionnels, devront
être expertisés avec précision.
85? Éclairer l?avenir : l?électricité aux horizons 2035 et 2050 - Rapport - Sénat
86? 8 syndicats, 200 entreprises pour un chiffre d?affaires de 4 Md¤.
87? Des infrastructures qui prennent l?eau - Environnement Magazine
88? Part du volume d?eau mis en distribution perdu par fuite dans les canalisations en 2021 |
Eaufrance
89? Des infrastructures qui prennent l?eau - Environnement Magazine
4. Un défaut d?investissement
dans les infrastructures de l?eau
qui met en péril leur pérennité
Une étude publiée par l?Union des
industries de l?eau (UIE 86) pointe
un déficit annuel d?investissement
pour les infrastructures de
l?eau, l?assainissement et le
pluvial, estimé à 4,6 Md¤, dont
1,8 Md¤ pour le réseau d?eau
potable et 1,4Md¤ pour le réseau
d?assainissement87. Il en résulte
notamment des pertes d?eau potable
en raison de fuites sur le réseau
estimées à près de 19 % du volume
d?eau potable mis en circulation
en 202388.
A ces montants doivent être ajoutés
le coût de la dégradation des milieux
aquatiques, évalué à 481 M¤ par
an, ainsi que le surcoût annuel de
390 M¤ pour le traitement des
micropolluants.
Le patrimoine français des réseaux
d?eau présente un âge moyen de
45 ans, parfois 60 à 70 ans dans
les centres-villes historiques,
avec des disparités territoriales
importantes. Le réseau d?eau
potable est majoritairement
composé de conduites en PVC
(dont 31 % de PVC vieux)89. Cet état
vieillissant est encore plus marqué
pour les réseaux d?assainissement.
Les conséquences du sous-
investissement et de la vétusté
du réseau se traduisent par une
dégradation progressive de la
qualité du service : coupures d?eau
récurrentes, augmentation du
https://www.senat.fr/rap/r23-714-1/r23-714-145.html
41
nombre d?interruptions de service non
programmées, etc.
Ces infrastructures, vieillissantes et
victimes de stress hydrique, nécessitent
une adaptation et un renouvellement
face au changement climatique, faute
de quoi les exploitants se retrouveront
« devant un mur d?investissement ». Il en
90? Le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC), organisme intergouvernemental,
est chargé d?évaluer l?ampleur, les causes ainsi que les conséquences du changement climatique en cours.
91? Plan national d?adaptation au changement climatique.
92? 11_adaptation chgment_climatique.pdf
93? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
94? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
va de la pérennité des installations, de la
nécessaire décarbonation des process
(pour en réduire les émissions de gaz
à effet de serre) et de la contribution
des installations, notamment de gestion
des eaux pluviales, à l?adaptation au
changement climatique.
II. Des changements climatiques qui représentent
des risques majeurs pour les infrastructures
Comme prévu par le Groupe d?experts
intergouvernemental sur l?évolution
du climat (GIEC) dans ses rapports
successifs90, le changement climatique
lié aux activités humaines s?accentue et
ses effets, en France et dans le monde,
s?amplifient.
Dans son rapport annuel 2023, le Haut
Conseil pour le climat (HCC) souligne que
la France est particulièrement exposée
aux conséquences du réchauffement
climatique. Le scénario retenu par
le PNACC91 établit, sur la base des
projections du GIEC, que la température
mondiale continuera d?augmenter pour
se stabiliser à +3 °C d?ici 2100 (en
comparaison à la période préindustrielle).
Pour la France métropolitaine, cette
hausse sera en moyenne de +4 °C92,
« niveau moyen auquel il faut superposer
la variabilité naturelle pour anticiper
l?occurrence d?années et évènements
extrêmes » (HCC rapport annuel
2023). A un horizon plus proche, les
projections identifient un réchauffement
de +2 °C d?ici à 2030 pratiquement
inévitable pour la France, avec des
années extrêmes à + 3 °C de plus en plus
fréquentes93.
A. Un changement climatique aux composantes multiples
Le 6ème rapport du GIEC (2023) souligne
que, parmi les quatre principaux risques
à horizon 2100 du changement climatique
pour la France, celui d?inondations et
d?intempéries affectera particulièrement
les infrastructures94.
Comme le souligne EDF Hydro,
auditionné dans le cadre du présent
avis, le cycle de l?eau est le premier
marqueur du changement climatique :
l?augmentation de la température de l?air
et de l?eau entraîne une augmentation
de l?évaporation qui à son tour provoque
une modification des précipitations. Les
phénomènes observés sont la fonte des
glaciers, les sécheresses, les inondations
et les incendies.
https://www.aeroport.fr/uploads/documents/Publication/11_adaptation%20chgment_climatique.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
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Des différences territoriales sont
observées :
Î En matière de précipitations,
des contrastes saisonniers et
régionaux sont enregistrés : plus
humide au nord en hiver, plus sec
au sud en été ;
Î Si les températures sont
caractérisées par une hausse
marquée depuis les années 80,
on observe un contraste Est/
Ouest et un contraste saisonnier
(printemps/été encore plus
chaud) ;
Î Les débits d?eau sont quant à eux
marqués par une tendance à la
baisse en moyenne annuelle plus
marquée dans le sud (Sud-ouest
en particulier), une fonte nivale
anticipée et des étiages plus
sévères.
Sont attendus à l?avenir :
Î Des contrastes exacerbés
(nord/sud ?hiver/été) ;
Î Un réchauffement global ;
Î Une amplification du changement
sur les débits : en hiver avec
potentiellement plus de débit
notamment sur l?Est, un printemps
contrasté (moins de débit au sud,
stable au nord) et un été et un
automne avec un étiage marqué et
prolongé.
Selon le BRGM, les principaux
facteurs de risque pour les
infrastructures en Europe sont :
Î Les vagues de chaleur ;
Î Les sécheresses ;
95? Résilience territoriale et adaptation au changement climatique : les territoires
face à l?urgence climatique, 14 mai 2025.
Î Les pénuries d?eau ;
Î Les inondations côtières et
continentales.
Il en résulte des risques en cascade
pour les milieux physiques (feux de
forêts, érosion, retrait gonflement
des argiles, cavités, mouvements
de terrain, etc.) et une propagation
entre régions.
Les sécheresses constituent
des risques directs sur les
infrastructures via, par exemple,
le retrait/gonflement des argiles,
dont les effets s?amplifient
parce que la zone concernée
par ce phénomène s?étend. De
nombreuses infrastructures sont
impactées : les routes, les chemins
de fer, etc. Malheureusement, à
date, le chiffrage des dommages
occasionnés ou à venir n?est
pas connu. Selon la Banque
des territoires95, « ( ) le coût
annuel moyen de la gestion des
conséquences des sécheresses
s?élève [en 2025] à 726 millions
d?euros, soit une hausse de 35 %
par rapport à l?an 2000 ».
Les risques côtiers en France sont
déjà avérés avec des dommages
annuels moyens attendus (en raison
de submersion marine) estimés
entre 60 et 100M¤, montants qui
seront multipliés entre deux et dix
fois d?ici à 2050. A titre d?illustration,
en 2010 la tempête Xintia a causé
50 morts et environ 750 M¤ de
dommages assurés attribués à la
submersion.
Toujours selon le BRGM, l?élévation
du niveau de la mer se poursuivra
durant des siècles et il n?est pas
43
exclu qu?un début d?effondrement de
certaines calottes marines en Antarctique
se produise. Dans ce contexte,
l?adaptation des infrastructures pourrait
être prise de vitesse et contrainte
à prioriser le sauvetage de celles
considérées comme les plus essentielles.
Pour le BRGM, il est primordial dès à
présent d?identifier les signaux précoces
pour déterminer le point de bascule.
Cette approche anticipatrice est d?autant
plus justifiée que les phénomènes
résultant du dérèglement climatique
se manifestent avec une intensité et
une récurrence accrues. Le CEREMA
souligne en effet que le changement
96? Audition du Cerema par la commission TAA.
97? 11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
climatique se traduit à la fois par des
évènements de plus grande intensité/
amplitude, plus fréquents, sur des zones
géographiques différentes, avec des
périodes de l?année qui se modifient et
des évolutions multiples. Ainsi, la vague
de chaleur qu?a connue la France en
août 2023 est la plus importante depuis
au moins 1945 ; elle a occasionné des
incendies qui ont affecté une surface
sept fois plus importante qu?en une
année ordinaire (à l?échelle européenne,
c?est trois fois plus). En janvier 2024,
12 communes de l?Hérault étaient en
pénurie d?eau96.
B. Un phénomène qui impacte déjà les infrastructures
Les impacts du changement climatique
sur les infrastructures sont nombreux et
très différents selon la nature même des
infrastructures. A titre d?exemple, en zones
de montagne les conditions climatiques
ont déjà réduite la durée de vie des
infrastructures de 30 % à 50 % (Cour des
comptes 2022, audition CEREMA).
Le développement qui suit en fournit
quelques illustrations sans prétendre à
l?exhaustivité.
1. Des impacts sur le réseau routier
et les ponts déjà observés et dont
les coûts seront multipliés par six
d?ici à 2050
Dans son rapport 2024, l?Office national
de la route (ONR) souligne que « les
impacts du changement climatique
accélèrent fortement le vieillissement
naturel du patrimoine et causent parfois
des dommages importants comme en
témoigne la rupture récente de la RN134
dans la vallée d?Aspe »97
Lors de son audition, la SANEF a indiqué
que les aléas climatiques qui représentent
un risque pour les autoroutes sont :
Î Les fortes chaleurs (>35 °C), gel -
dégel, sécheresse ;
Î Les incendies, mouvements de terrain,
chutes de blocs ;
Î Les précipitations extrêmes,
inondations, submersions marines.
Le CEREMA, pour sa part, a partagé,
en se référant à différentes sources, de
nombreuses illustrations des impacts des
événements climatiques sur le réseau
routier :
Î La tempête Alex d?octobre 2020
a causé des dégâts considérables
sur plus de 70 km de routes. Les
réparations conséquentes ont coûté
500 M¤ ;
Î Le département de la Savoie dépense
6 à 8 M¤ par an pour faire face aux
https://www.idrrim.com/ressources/documents/source/2/11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
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risques naturels sur ses routes.
Ce coût pourrait atteindre 10 à
15 M¤ par an dans les prochaines
années ;
Î Le département du Nord-Pas-de-
Calais estime que 10 % de ses
routes ont été endommagées par
les inondations de 2023.
La Commission européenne estime
que le coût des dommages liés
aux aléas climatiques sur les
infrastructures de transport sera
multiplié par trois au cours de la
décennie et par six d?ici à 205098.
De son côté, le Haut-Conseil pour le
climat souligne que l?augmentation
des cycles de gel/dégel en zones de
montagne nécessite une fréquence
accrue dans l?entretien des routes
dans ces zones99.
Le changement climatique accentue
la vulnérabilité100 des infrastructures
déjà vieillissantes comme les ponts
routiers pour la plupart construits
dans la période après-guerre. La
mission d?information du Sénat sur
la sécurité des ponts précitée alerte
sur le risque d?une accélération à
venir du vieillissement des ponts
sous l?effet au moins en partie du
réchauffement climatique et des
événements climatiques violents.
Ces effets sont d?autant plus
dommageables que les ouvrages
98? Changement climatique : Gérer des infrastructures résilientes | Cerema
99? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
100? La vulnérabilité renvoie à la propension ou prédisposition d?être affecté par un aléa.
101? L?exposition est la localisation d?un enjeu (personnes, ressources, écosystèmes, bien
économique ou socioculturel) dans un espace soumis directement ou indirectement à un aléa.
La notion d?exposition renvoie directement à une zone géographique ou un paramètre donné.
sont conçus pour résister à des
conditions météorologiques
« normales » et qu?ils se trouvent
fragilisés notamment dans
leurs fondations (phénomène
d?affouillement, c?est-à-dire de
creusement par l?eau). À titre
d?exemple, les inondations survenues
dans l?Aude en octobre 2018 ont
provoqué la destruction de quatre
ponts et altéré quatre autres
ouvrages d?art. Comme le souligne le
Cerema, « l?évolution inéluctable du
climat va modifier les paramètres
climatiques qui ont servi ou servent
aujourd?hui à leur [infrastructures
routières] dimensionnement, ce
qui accentue leurs vulnérabilités à
court ou moyen terme : chaussées
fissurées par des cycles de gel/
dégel plus fréquents, routes et
ouvrages d?art détruits par les
crues plus intenses, réseaux
coupés plus fréquemment à la suite
de chutes d?arbres. »
2. Des impacts sur le réseau
ferroviaire quelle que soit la saison
Selon SNCF Réseau, auditionné
pour le présent avis, le réseau
ferroviaire est exposé aux aléas
climatiques quelle que soit la saison.
Cette exposition101 est exacerbée
dans les scénarios à +4 °C en 2100.
https://www.cerema.fr/fr/actualites/changement-climatique-gerer-infrastructures-resilientes
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
45
GRAPHIQUE : EXPOSITION DU RÉSEAU FERROVIAIRE AUX EFFETS
DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Source : audition SNCF réseau
102? Le rapport public annuel 2024, L?adaptation du réseau ferroviaire national au changement climatique
103? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
104? Trajectoire d?adaptation au changement climatique.
Le réseau ferroviaire est exposé par
ailleurs au risque lié à la végétation.
Les phénomènes déjà observés sont les
suivants :
Î 30 % de linéaire exposés ;
Î Une mortalité des arbres multipliée
par 2 en 10 ans ;
Î Une augmentation en 2023-2024 de
70 % des retards à cause des arbres.
Le réseau est aussi exposé au risque
de tempête occasionnant un arrêt de la
circulation. Enfin, il est exposé aux fortes
chaleurs et aux variations de chaleur,
avec des impacts divers, au nombre
desquels, la dilatation des voies de
chemin de fer.
Selon le CEREMA, citant un rapport de
la Cour des comptes de 2024102, entre
2009 et 2021, SNCF Réseau a connu
cinq événements climatiques majeurs
pour un coût total de 38 M¤, dont
25 M¤ à la suite de la tempête Alex.
En 2022, 44 jours ont été perdus par la
SNCF en raison de fortes chaleurs. Ces
pertes seront multipliées au moins par 2
d?ici 2050103.
3. Des impacts sur les infrastructures
aéroportuaires qui nécessitent une
adaptation de leurs activités
Le scénario de la TRACC104 souligne que
les infrastructures de transport seront
fortement affectées par le réchauffement
climatique. Parmi elles, les aéroports
sont particulièrement exposés en raison
d?une probabilité accrue d?inondations,
de perturbations et d?annulations
de vol, d?impacts importants sur les
performances des avions (distances de
décollage et d?atterrissage, capacités
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-RPA-2024-CDVI-adaptation-reseau-ferroviaire-national.pdf
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
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de montée), de destruction des
bâtiments et éléments mobiles
comme les passerelles en cas
de vents forts, de vieillissement
accéléré des chaussées
aéronautiques, d?évolution des aires
de répartition d?oiseaux, etc.
Ces impacts pourront varier
selon la localisation géographique
de l?aéroport, les conditions
météorologiques de sa région,
la proximité avec la mer ou des
rivières, etc. Lors du passage de la
tempête Fabien en 2019, l?aéroport
Napoléon Bonaparte d?Ajaccio a
ainsi dû fermer pendant trois jours
en raison des vents violents et des
fortes pluies.
Une étude de l?ONERC105 met
en évidence qu?il serait alors
nécessaire de limiter l?emport de
fret (charge utile) ou le nombre de
passagers en cas de fortes vagues
de chaleur. Sans l?allongement
des pistes ou la modification des
obstacles, certains types d?aéronefs
pourraient n?être plus exploitables
sur certaines plateformes. Les
évolutions technologiques quant
aux performances des moteurs et
à la légèreté des matériaux utilisés
par les constructeurs pourraient
toutefois limiter ces conséquences106.
Ces événements climatiques
extrêmes107, outre leur impact sur les
activités aéroportuaires, exercent
une pression très importante
sur la biodiversité, végétale et
animale, abritée par les prairies
aéroportuaires reconnues comme
105? Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique.
106? 11_adaptation chgment_climatique.pdf
107? Un événement climatique extrême est un événement qui peut persister plusieurs semaines
ou mois (sécheresse par exemple) ou au contraire se dérouler sur un temps très court
(inondation, tempête, cyclone), quelques heures ou quelques jours, mais avec une très forte
intensité (« Changement climatique, nous ne sommes pas prêts.e.s ? OXFAM 2024).
des réservoirs de biodiversité.
En effet miroir, cette biodiversité
est essentielle à la capacité de
résilience des aérodromes face au
changement climatique.
Certains aéroports ont d?ores
et déjà engagé une évaluation
de leurs vulnérabilités, quand
d?autres, victimes d?événements
climatiques, ont mis en oeuvre des
mesures ponctuelles d?adaptation.
Dans tous les cas, ces approches
demeurent insuffisantes et ne
sont pas intégrées pour la plupart
dans le plan de gestion global de
la structure. Différentes mesures
prioritaires d?anticipation pourraient
être mises en oeuvre : renforcement
des pistes, des terminaux et
autres infrastructures contre les
inondations, les tempêtes ou les
vagues de chaleur ; prise en compte
des risques dès la conception des
nouveaux projets ; appui technique
et financier, par l?État et les régions,
des gestionnaires aéroportuaires,
souvent des PME et des TPE peu
outillées pour élaborer leur plan
d?adaptation.
4. Des impacts sur
le réseau fluvial et les ports
qui contrecarrent leur potentiel
de décarbonation du transport
Dans un contexte de changement
climatique, le transport fluvial
se trouve dans une situation
paradoxale ; d?une part, il
est considéré comme une
voie alternative crédible
https://www.aeroport.fr/uploads/documents/Publication/11_adaptation%20chgment_climatique.pdf
47
pour décarboner le transport de
marchandises, d?autre part, il est lui-
même victime des effets du changement
climatique.
Le phénomène de sécheresses répétées
et plus intenses modifie le débit des
fleuves et affecte la stratégie de
navigation des conteneurs par barge
(phénomène des basses eaux). Dans
certains cas, ces sécheresses peuvent
modifier la dynamique hydro-sédimentaire
des estuaires et rendre certaines
sections de fleuves impraticables.
De leur côté, les ports et zones
portuaires, également confrontés aux
épisodes de sécheresse, sont exposés
aux incendies. Mais les aléas marins,
plus impactant, constituent de vrais
défis pour les activités portuaires :
élévation du niveau de la mer, érosion,
inondations, tempêtes de plus en
plus fréquentes et violentes, etc. Les
tempêtes et précipitations extrêmement
fortes peuvent entraver, voire empêcher,
l?accostage des navires, entraîner une
sollicitation des digues et provoquer des
inondations parfois responsables d?une
fermeture totale du port. Quant aux
terminaux méthaniers, outre les risques
liés à l?élévation du niveau de la mer, le
réchauffement des eaux marines entraîne
une prolifération d?espèces invasives dans
les canalisations.
Selon les projections du GIEC de
février 2022, la montée du niveau de
la mer pourrait atteindre 2 mètres d?ici
à 2100 et 5 mètres d?ici à 2150.
108? Littoral : 126 communes face à l?érosion côtière | vie-publique.fr
109? Changement climatique : la transition énergétique des ports français | vie-publique.fr
110? Quel impact va avoir le changement climatique sur le système électrique français ? | RTE
111? Le rapport public annuel 2024, synthèses
Depuis 50 ans, environ 30 km² de
terres ont disparu en France à la suite
du recul du trait de côte108. Au niveau
européen, les submersions dans les
ports deviendront une réalité entre 2030
et 2050. Pour y faire face, les experts
recommandent d?engager sans tarder
les actions d?adaptation, telle la limitation
de l?artificialisation des littoraux par un
déport des constructions de la terre
ferme à la mer109.
5. Des impacts sur
les infrastructures énergétiques
qui affectent essentiellement le régime
électrique en limitant la production dans
un contexte de pic de la demande
Selon RTE110, le changement climatique va
affecter le système électrique français de
deux manières :
Î D?une part, il affectera les courbes
de la consommation électrique
(avec potentiellement des pics de
consommation en été) ;
Î D?autre part, le stress hydrique pourrait
affecter les modes de production
d?énergie hydraulique et nucléaire
en bord de rivière à la différence
des productions photovoltaïques et
éoliennes, moins impactées.
Dans son rapport public 2024111 , la Cour
des comptes rappelle les principaux
risques climatiques qui pèsent sur le
système électrique français.
https://www.vie-publique.fr/en-bref/284117-rapport-2022-du-giec-nouvelle-alerte-face-au-rechauffement-du-climat
https://www.vie-publique.fr/en-bref/284117-rapport-2022-du-giec-nouvelle-alerte-face-au-rechauffement-du-climat
https://www.vie-publique.fr/en-bref/285086-littoral-126-communes-face-lerosion-cotiere
https://www.vie-publique.fr/eclairage/286999-changement-climatique-la-transition-energetique-des-ports-francais
https://www.rte-france.com/wiki-energie/impact-changement-climatique-systeme-electrique-francais
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-syntheses-RPA-2024.pdf
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EXPOSITION AUX RISQUES CLIMATIQUES
DES DIFFÉRENTS OUVRAGES DU RÉSEAU ÉLECTRIQUE
Source : Cour des comptes, rapport annuel public 2024. D?après Carbone 4
112? Adaptation climatique des infrastructures énergétiques - PDE
113? CESE, Quelle place pour le nucléaire dans le mix énergétique français ?
Expérimentation de la méthode d?analyse de controverses (2022).
Le principal facteur de risque pour
les réseaux électriques, en raison
de sa récurrence, est le phénomène
de vagues de chaleur, qui peut
endommager les câbles et réduire
la vitesse de transit de l?électricité.
Inondations et pluies torrentielles
peuvent endommager les
installations, même celles enterrées.
Selon la Cour des comptes, « Les
tempêtes de 1999 ont révélé des
défauts structurels du réseau
d?électricité mais aussi les limites
de la capacité des gestionnaires à
rétablir le courant ».
En termes de production,
les installations nucléaires et
hydrauliques fournissent en France
jusqu?à 77 % de la production totale
d?électricité en 2023. La production
hydroélectrique représente 14 % du
mix électrique français112.
Le niveau de production de ces
installations, vitales pour la stabilité
du réseau électrique national, est de
plus en plus vulnérable aux eff ets du
changement climatique, notamment
la diminution de la disponibilité en
eau, les sécheresses prolongées, la
baisse des débits des cours d?eau
ou une température excessive
de l?eau. Il en résulte un risque de
réduction de la production des
réacteurs d?une centrale113. La
baisse des débits des cours d?eau
réduit par ailleurs la capacité des
49
barrages hydroélectriques à produire
de l?électricité. En 2022, la production
hydroélectrique a ainsi, du fait des
sécheresses, été de 20 % inférieure
à la moyenne 2015-2019114.
Si le parc nucléaire et les installations
hydroélectriques ont intégré des règles
et des référentiels leur permettant
de prendre en compte les effets du
changement climatique, les nouveaux
réacteurs nucléaires, qui fonctionneront
au moins jusqu?en 2100, seront
confrontés à des aléas climatiques
dont l?ampleur sera différente de
celle attendue dans les vingt à trente
prochaines années115. Il convient dès à
présent, selon la Cour des comptes,
d?anticiper l?implantation des nouveaux
réacteurs en tenant compte notamment
des contraintes liées à l?eau.
Dans le domaine gazier, NaTran a indiqué
en audition que si les infrastructures
gazières pouvaient être exposées
aux risques climatiques, aucune n?est
jugée, du fait de son exposition à ces
mêmes risques, comme critique sur le
territoire national, le système gazier étant
principalement enterré.
Mais des mesures d?adaptation
restent nécessaires. Une étude menée
par l?opérateur fin 2024 chiffre ces
mesures d?adaptation du réseau à
moins de 100 M¤ à horizon 2050. Cela
concerne trois zones de vulnérabilité :
les canalisations sous-fluviales
(4 000 canalisations), les traversées
aériennes (250 canalisations sur des
ponts) et les canalisations en zones à
instabilité de sol (9 zones instables).
Les principales mesures d?adaptation
consisteront à enterrer profondément les
canalisations les plus à risque.
114? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
115? Le rapport public annuel 2024, synthèses
L?opérateur a enfin rappelé les
vulnérabilités de ces installations aux
risques de feux de forêt et au stress
hydrique, qui peut diminuer les capacités
d?alimentation en eau des bassins
d?incendie.
Pour chacun des risques identifiés,
l?opérateur analyse les possibilités de
diversification des solutions avec pour
objectif de garantir une continuité de
l?activité.
6. Des impacts sur les infrastructures
de l?eau qui rendent problématique
l?approvisionnement en eau potable
dans certaines régions
Dans un contexte de sécheresses de
plus en plus intenses et régulières,
les infrastructures de l?eau jouent un
rôle capital dans la préservation de
la ressource en eau afin de sécuriser
les besoins des habitants et des
professionnels. L?impact du changement
climatique sur les ressources en eau
nécessite des adaptations majeures
des systèmes d?approvisionnement :
amélioration de l?état du réseau,
approches innovantes (réutilisation des
eaux usées, meilleure gestion des eaux
de pluie, modernisation de la gestion des
interventions, etc.)
Pour autant, la combinaison du
vieillissement des infrastructures et
du sous-investissement compromet
gravement la performance globale des
systèmes d?eau français. La résilience des
systèmes français face aux événements
climatiques extrêmes se trouve affaiblie
et les canicules ont révélé la vulnérabilité
de certains réseaux aux variations de
température, avec des ruptures de
canalisations en fonte grise dans plusieurs
agglomérations. Les épisodes de gel de
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-syntheses-RPA-2024.pdf
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50
l?hiver 2021 ont également mis en
évidence la fragilité des installations
mal protégées ou vieillissantes.
En 2022, l?approvisionnement en
eau potable a été problématique
116? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
117? https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2023-04/BNPP_
Transition%20Juste_Rapport%20Global_FR.pdf
118? France Stratégie, Sarah Tessé et Emilien Gervais, note de synthèse Adaptation au changement
climatique : retour d?expérience de trois territoires (juin 2023).
dans plus de 2000 communes et
7 ont connu une interruption totale
de service pendant au moins
plusieurs jours en métropole116.
III. Une prise de conscience progressive
bien qu?inégale qui a entraîné la mise en place
de premières mesures d?adaptation
A. Des politiques et mesures mises en oeuvre
jusqu?à présent
1. L?Évolution des mesures
et dispositifs pertinents,
de la gestion des catastrophes
naturelles à la prise en compte
de l?enjeu climatique global
En 2023, IPSOS et BNP Paribas
ont mené une étude117 sur la façon
dont les Européens percevaient le
changement climatique. Près de
70 % des Européens interrogés se
disaient anxieux face au changement
climatique et à ses conséquences.
Néanmoins, cette prise de
conscience a été progressive de la
part des citoyens mais également
de la part des décideurs publics,
comme l?illustrent les différents
dispositifs et diverses politiques
publiques mises en place au fur et à
mesure des années.
Dans une note de synthèse118 pour
France Stratégie sur ce thème,
les auteurs Sarah Tessé et Émilien
Gervais expliquaient « ( ) qu?en
France, les politiques d?adaptation
au changement climatique ont
pris du retard par rapport aux
politiques d?atténuation, car elles
ont longtemps sonné comme
un aveu d?échec. Leur forte
dimension territoriale implique
qu?elles soient conçues et mises
en oeuvre localement. Mais les
décideurs locaux sont confrontés
à un défi de taille : ils doivent
assumer politiquement la situation,
faire des choix d?investissement
potentiellement coûteux pour
prévenir des crises qui auront lieu
dans un avenir relativement lointain,
dont les risques et les impacts
sont incertains, les solutions
d?adaptation complexes et les
annonces anxiogènes ».
C?est donc souvent face aux crises
elles-mêmes que la traduction
en dispositifs de protection et
d?adaptation a été menée. Comme
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2023-04/BNPP_Transition%20Juste_Rapport%20Global_FR.pdf
https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2023-04/BNPP_Transition%20Juste_Rapport%20Global_FR.pdf
51
les auteurs l?expliquent, « En matière
d?adaptation au changement climatique,
le déclencheur le plus efficace de
l?action semble être l?expérience de la
crise. Mais celle-ci peut rapidement
se révéler un frein à l?élaboration de
véritables stratégies d?adaptation. Après
une catastrophe, il faut surmonter un
réflexe de retour à l?état antérieur si on
veut reconstruire un territoire résilient.
Il s?agit de dépasser la gestion réactive
post-crise, bien connue des collectivités
et des services déconcentrés de l?État,
pour aller vers une réponse anticipative
et préventive s?intégrant dans un projet
de territoire systémique ». Toutefois, ces
dispositifs portent en général davantage
sur la prévention et sur la réparation
que sur l?adaptation au changement
climatique.
Le plan ORSEC, un dispositif technique
et humain pour répondre à divers types
de catastrophes
Le plan ORSEC ? Organisation des
Secours dans sa définition initiale ? a été
créé dans cet esprit en 1952 à l?échelon
départemental sous l?autorité du préfet.
Dans les décennies suivantes, il a intégré :
Î Les zones de défense, avec un préfet
à leur tête ;
Î Les zones maritimes, également
avec un préfet à leur tête.
Ce plan permet de mettre rapidement
en oeuvre les moyens techniques et
humains pour faire face à tous types
de catastrophes, pas seulement
naturelles. Tous les services de l?État et
des collectivités peuvent être sollicités
lorsque le plan ORSEC est activé.
119? Les sites dits SEVESO stockent ou produisent des substances pouvant être dangereuses pour les êtres
humains et l?environnement. L?UE oblige les États-membres à les identifier afin de prévenir les risques.
120? Le PCS, outil de gestion des crises des communes, permet de préparer la réponse à tout type d?évènements
pouvant impacter la population, quelle qu?en soit la nature (accident, phénomène météo, inondation, etc.).
Source : ministère de l?Intérieur.
À partir des années 2000, le sigle
est conservé mais le plan change de
dimension et devient Organisation de la
Réponse de Sécurité Civile. Il s?étend
à l?ensemble des acteurs publics et
privés susceptibles d?intervenir en cas
d?évènement catastrophique.
D?une certaine manière, le plan ORSEC
est le socle des différents plans déjà
obligatoires, tels que les plans d?opération
interne pour les installations classées
SEVESO119 ; les plans communaux de
sauvegarde120, obligatoires pour certaines
communes ; les plans blancs pour les
établissements de santé et concernant
directement les infrastructures routières
ou ferroviaires, les plans d?intervention
et de sécurité. Le plan d?intervention
et de sécurité a pour objet de définir
les missions et les responsabilités des
personnels de l?exploitant en cas de
survenance d?événements tels qu?un
incendie ou un accident.
En audition, les responsables des
entreprises ferroviaires opérant sur
le territoire national ont rappelé que
les phénomènes de forte chaleur
pouvaient par exemple toucher les rails
et les caténaires et ainsi interrompre
la circulation des trains. La végétation
plus luxuriante qu?auparavant aux abords
des voies est également propice à
davantage de départs de feux. Lors
de leur audition, les responsables des
entreprises autoroutières ont expliqué
prêter une attention toute particulière à la
montée des eaux des cours d?eau. Ils ont
également indiqué que, en cas de tempête,
certains ouvrages d?art tels que des ponts
pouvaient automatiquement se fermer à la
circulation, à titre préventif (cf. chapitre II).
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52
En complément du plan ORSEC,
les plans particuliers d?intervention
(PPI) concernent les infrastructures
au plus haut point : ces PPI sont
conçus dans l?objectif de faire face
à des risques qui seraient liés à
des installations pérennes et qui
pourraient avoir un impact sur
les populations avoisinantes. Cela
concerne :
Î Les centrales nucléaires,
Î Les usines chimiques et
pétrolières,
Î Les sites SEVESO,
Î Les barrages de grande
dimension,
Î Les stockages souterrains de gaz,
Î Les infrastructures en lien
avec le transport de matières
dangereuses.
CAT NAT, dispositif
d?indemnisation de biens assurés
atteints par un évènement naturel
intense
Face aux crises et notamment
face aux catastrophes naturelles,
le dispositif CAT NAT permet
d?indemniser des sinistrés dont les
possessions, pourtant assurées,
ont été abîmées ou détruites par un
évènement exceptionnel et intense.
En vertu du Code des assurances121,
« sont considérés comme les
effets des catastrophes naturelles,
les dommages matériels directs
ayant eu pour cause déterminante
l?intensité anormale d?un agent
121? Article L125-1 du Code des assurances.
122? Source : commission des finances du Sénat.
123? Garantir la soutenabilité du régime des catastrophes naturelles, Direction du Budget,
18 février 2025.
naturel, lorsque les mesures
habituelles à prendre pour éviter
ces dommages n?ont pu empêcher
leur survenance ou n?ont pu être
prises ».
C?est la commune où a eu lieu
l?évènement qui demande la
reconnaissance de l?état de
catastrophe naturelle. Lorsque
l?arrêté qui déclare cet état est
publié, le dispositif CAT NAT
est activé par les compagnies
d?assurance afin d?indemniser les
entreprises ou les particuliers qui
ont subi des sinistres. Le dispositif
CAT NAT agit donc en complément
du secteur assurantiel privé. Il
couvre des risques naturels tels
que les séismes, les cyclones, les
inondations et le retrait gonflement
des argiles (RGA)122.
Début 2025, le ministère du
Budget123 indiquait que le « ( )
Changement climatique [avait] un
impact direct sur la fréquence et
l?intensité des sinistres climatiques,
en forte augmentation. En France,
les inondations et sécheresses
représentent 90 % du coût des
sinistres couverts par le régime
de catastrophe naturelle. Sur
la dernière décennie, le coût
d?indemnisation des dommages
liés aux inondations a augmenté
de 23 %. Cette augmentation est
encore plus marquante pour les
sécheresses, dont les coûts ont
doublé sur les vingt dernières
années ». La fréquence et
l?intensité des épisodes climatiques
catastrophiques ont conduit
53
le Parlement à revoir les modes de
financement de ce dispositif124.
Stratégie française pour l?énergie et
le climat et Stratégie nationale bas-
carbone, des cadres nationaux pour la
transition énergétique, la décarbonation
et l?adaptation
La Stratégie française pour l?énergie et le
climat (SFEC) constitue la feuille de route
de la France pour atteindre la neutralité
carbone à l?horizon 2050, revoir nos
objectifs au regard des engagements
européens et assurer l?adaptation de
notre société aux effets du changement
climatique. La SFEC regroupe la loi de
programmation énergie-climat (LPEC), qui
doit fixer les grandes orientations, celles-
ci étant précisées et opérationnalisées
dans la stratégie nationale bas
carbone (SNBC 3ème édition), la
programmation pluriannuelle de l?énergie
(PPE 3ème édition) et le plan national
d?adaptation au changement climatique
(PNACC 3ème édition).
La Stratégie nationale bas carbone
(SNBC) définit les trajectoires de
réduction des émissions de GES pour
l?ensemble des secteurs économiques :
transport, bâtiment, industrie, agriculture,
énergie, déchets, etc. Elle repose sur
une approche qui peut être qualifiée
de progressive, avec des objectifs
intermédiaires à 2030 et 2040.
124? Proposition de loi visant à conforter le régime d?indemnisation des catastrophes naturelles et à lutter contre la
vulnérabilité des biens causée par les événements climatiques extrêmes, n° 1074, déposée le mardi 11 mars 2025.
La SNBC vise à réduire de 50 % les
émissions de GES d?ici 2030 par rapport
à 1990 et s?articule avec les autres piliers
de la planification écologique, tel le Plan
national d?adaptation au changement
climatique (PNACC).
2. Ambitions croissantes du Plan
National d?adaptation au changement
climatique (PNACC) et de la Trajectoire
de référence du réchauffement
climatique (TRACC)
Le Plan National d?adaptation au
changement climatique (PNACC),
cadre national de l?adaptation
Le Plan national d?adaptation au
changement climatique révisé
(PNACC) est le volet adaptation de la
nouvelle stratégie française énergie-
climat (SFEC). La troisième version
de ce plan (PNACC 3) a été publiée
le 10 mars 2025. Il a pour référence
la trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au
changement climatique (TRACC) de
la France.
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54
LA TRAJECTOIRE DE RÉCHAUFFEMENT DE RÉFÉRENCE
POUR L?ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE (TRACC)
En mai 2023, le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion
des territoires a ouvert la consultation publique sur cette trajectoire125.
À l?époque, deux scénarios de réchauffement avaient été proposés
à la consultation, en se basant sur les études et analyses du Groupe
d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC).
Le premier scénario consistait à s?aligner avec l?accord de Paris,
en considérant un réchauffement planétaire contenu à +1,5 °C en 2100
par rapport à l?ère préindustrielle126 ;
Un second scénario se fondait sur un réchauffement qui atteindrait +3 °C
par rapport à l?ère préindustrielle.
Le projet de conception d?une telle trajectoire répondait à plusieurs
objectifs.
Tout d?abord, accompagner les collectivités territoriales dans leurs
stratégies d?adaptation au changement climatique, avec l?intégration de la
trajectoire dans l?ensemble de leurs documents de planification ; actualiser,
pour de nombreuses filières et activités économiques telles que l?énergie,
le transport, le bâtiment ou les différents réseaux, l?ensemble normatif ;
soutenir les secteurs économiques dans leur adaptation à travers des
études de vulnérabilité ayant pour base la trajectoire.
Après consultation, la trajectoire retenue a été celle correspondant
à +3 °C et à + 4 °C pour la France par rapport à l?ère préindustrielle,
et a servi de socle à la conception du PNACC.
125? Commissariat Général au Développement Durable, 12 juin 2023.
126? 1850-1900. Source : Commissariat général au développement durable.
127? Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer
et de la Pêche, Synthèse de la consultation publique sur le Plan national d?adaptation
au changement climatique, février 2025.
Le PNACC prévoit plusieurs axes
d?action en faveur de l?adaptation,
certains concernant directement
les infrastructures. Plusieurs parties
prenantes ont été associées à son
élaboration : l?État et ses opérateurs,
les collectivités territoriales, les
syndicats, les filières d?activité, et le
monde associatif.
Le CESE a rendu une contribution
et a très favorablement accueilli
« la construction inédite du
PNACC autour d?une trajectoire
de réchauffement de référence
pour l?adaptation au changement
climatique (TRACC) cohérente
avec les données scientifiques
disponibles (hypothèse de + 4 °C
à l?horizon 2100 par rapport
à l?ère préindustrielle) ». Avant
sa rédaction, une plateforme
participative mise en ligne par
le Gouvernement fin 2024 a
reçu 1 124 contributions. Cette
consultation avait plusieurs
objectifs127 :
55
Î Informer le grand public sur
les différents enjeux de l?adaptation
au changement climatique ;
Î Écouter la société afin de mieux
orienter les actions menées par
les pouvoirs publics ;
Î Mettre en perspective les modes
de vie et les conséquences concrètes
du plan afin d?en mesurer l?acceptabilité
sociétale ;
Î Amender et enrichir les mesures
retenues et l?orientation choisie en
termes d?adaptation ;
Î Donner aux citoyens une plus grande
visibilité de l?action publique, les faire
adhérer et les aider à comprendre
les sujets liés à l?adaptation, dans une
démarche de confiance.
Le plan rappelle que « l?adaptation au
changement climatique et l?atténuation
des émissions de gaz à effet de serre
doivent (?) constituer les deux volets
indispensables et interdépendants
de toute politique climatique. (?) Si
l?adaptation appelle un cadre national,
sa mise en oeuvre est profondément
locale : l?adaptation des territoires
de moyenne montagne à l?après-
neige n?a rien de commun avec celle
des communes littorales au recul du
trait de côte, ou celle des territoires
d?outre-mer caractérisés par leur
insularité (à l?exception de la Guyane)
(?) et leur éloignement géographique.
Le plan national devra ainsi être
décliné localement à travers des
stratégies d?adaptation adaptées aux
caractéristiques environnementales et
socioéconomiques des territoires ».
(Il intègre) « cette dimension locale
en proposant une responsabilisation
des collectivités territoriales et
128? Gouvernement, Document de présentation du PNACC 3, 2025.
l?identification de territoires pilotes
de l?adaptation pour faire émerger les
solutions du terrain à généraliser, en
(lien) avec les associations d?élus128 ».
Son deuxième axe, dédié à la résilience
des territoires, des infrastructures et
services essentiels, comprend plusieurs
mesures :
Î Mettre à disposition des collectivités
territoriales les informations
nécessaires pour leur adaptation face
au changement climatique ;
Î Intégrer progressivement la TRACC
dans tous les documents de
planification publique ;
Î Intégrer les enjeux de l?adaptation
dans toutes les normes techniques ;
Î Pérenniser la « Mission Adaptation »
à destination des collectivités
territoriales ;
Î Mieux évaluer les actions d?adaptation
au changement climatique menées sur
le territoire ;
Î Mieux prendre en compte l?adaptation
dans les financements publics.
Les trois dernières mesures
de l?axe 2 concernent directement
les infrastructures :
Î Assurer la résilience des transports
et des mobilités ;
Î Assurer la résilience du système
énergétique ;
Î Assurer la résilience des services
de communication électronique.
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56
Il vise à mesurer à quel point les
infrastructures, entre autres de
transport, sont vulnérables au
changement climatique, pour
pouvoir les adapter en conséquence.
Il s?intéresse aussi à la maintenance
des infrastructures de transport
dans une logique d?anticipation des
effets du dérèglement climatique et
généralise les études de vulnérabilité
pour les opérateurs des grandes
infrastructures : aéroportuaires,
ferroviaires, portuaires?
Le plan précise que, chaque
année, la direction générale des
Infrastructures, des Transports
et des Mobilités (DGITM) devra
organiser un séminaire dédié
à l?adaptation au changement
climatique des transports et des
mobilités, avec des gestionnaires
d?infrastructures et des experts,
dont le CEREMA.
En termes énergétiques, le plan
vise à étudier les vulnérabilités
d?approvisionnement et de logistique
des secteurs pétroliers et gaziers,
et à améliorer la résilience du
parc de production d?électricité,
principalement nucléaire. Il a pour
objectif de renouveler d?ici 2040
la majorité des ouvrages les plus à
risque face aux vagues de chaleur.
3. Le Conseil d?Orientation
des Infrastructures au ministère
des Transports
Le Conseil d?Orientation des
Infrastructures (COI), organe
consultatif pour prioriser
les investissements dans les
transports et mobilités
129? Article 2 du décret numéro 2020-1825 du 30 décembre 2020.
Le Conseil d?orientation des
infrastructures (COI)129 a
vocation à donner des éléments
d?éclairage et d?analyse au
Gouvernement sur les politiques
d?investissements dans les secteurs
des transports et des mobilités. Il
peut inclure dans ses analyses les
équipements et services liés aux
sources d?énergies alternatives
et aux échanges de données.
Le COI peut aussi proposer
des orientations et appeler à
prioriser les investissements
publics, notamment quant aux
investissements de l?État et de ses
opérateurs. Il veille à la cohérence
des politiques de l?ensemble des
autorités organisatrices concernées
en tenant compte des conditions de
maintenance et d?exploitation future
de ces investissements.
Au-delà de ces missions de
conseil, le COI doit remettre au
Gouvernement, à sa demande,
un rapport d?orientation éclairant
l?action publique dans la mobilité
et les transports ainsi que sur
la programmation nationale des
investissements dans ces différents
domaines. Il doit aussi répondre à
toute sollicitation que la loi prévoit
ou émanant du Gouvernement
en matière de programmation,
de stratégie et de financement
des investissements pour ce qui
concerne les mobilités et les
transports.
Le 2 juillet 2025, le COI a été
renouvelé dans sa composition
et s?est vu confier une nouvelle
lettre de mission, qui comprend
notamment la nécessité de
conduire des travaux relatifs
57
aux conséquences de l?adaptation
au changement climatique sur la
programmation des infrastructures
de transport. La lettre de mission 2025
contient aussi une demande d?audit
national sur l?état des réseaux routiers
structurants des départements et des
communes. En cela, le COI aborde la
problématique de la « dette grise130 »
et le besoin de financement global des
différents réseaux structurants.
4. La mise en place progressive de
stratégies et de mesures d?adaptation
par les gestionnaires d?infrastructures
Des gestionnaires d?infrastructures
engagent d?ores et déjà des actions
pour réduire l?impact de leurs activités
sur le changement climatique et mettre
en oeuvre des mesures d?adaptation.
En audition, les gestionnaires
d?infrastructures ont présenté les
premières mesures adoptées face au
changement climatique et leurs stratégies
à plus long terme.
Les gestionnaires du réseau ferré ont
rappelé que, même si celui-ci était, depuis
sa conception, déjà soumis aux variations
liées aux saisons, les phénomènes
climatiques étaient désormais plus
intenses et plus fréquents. Les rails et
les caténaires sont particulièrement
sensibles à la chaleur extrême et les
ouvrages d?art à la pression exercée par
les eaux.
Par ailleurs, la végétation est rendue
beaucoup plus abondante avec un
climat qui change, ce qui entraîne des
conséquences en termes de circulation,
130? La dette grise correspond au cumul des besoins d?investissement liés au sous-entretien des infrastructures.
Cf. Gouvernement, Ambition France Transports, Atelier 2 - Financement des infrastructures routières,
07/2025.
131? Audition de M. Alain Quinet, directeur général exécutif à la stratégie de SNCF Réseau, en charge des sujets
liés à la résilience du réseau ferroviaire.
132? En fonction de la vitesse prévisible des vents, un stop circulation peut être déclenché : le trafic est alors
arrêté. Source : SNCF Réseau.
de départs de feu et donc de sécurité.
Face à cette réalité devenue quotidienne,
les gestionnaires du réseau ferré mènent
des actions d?entretien le long des
voies visant à débroussailler, ainsi qu?à
prévenir et à faire face aux problèmes
de chute d?arbres, nombre d?arbres
étant fragilisés par le réchauffement
climatique. La SNCF estime à 50 M¤ sur
les dix dernières années le supplément
de coûts d?entretien lié à la végétation et
au changement climatique pour l?entretien
des voies131. Elle mène des études sur
l?ensemble de la France pour identifier
les zones les plus à risque et renforcer la
surveillance et l?entretien autour de celles-
ci (cf. chapitre II-B).
Concernant l?exploitation directe du
réseau ferré, les gestionnaires n?hésitent
pas, quand sont anticipés des risques
de tempête, par exemple, à arrêter132
de manière préventive la circulation
des trains sur la zone concernée. Des
prévisions météorologiques précises
permettent d?établir des seuils au-delà
desquels mieux vaut ne pas faire partir
des trains que de prendre le risque
de faire partir des voyageurs qui se
retrouveraient coincés en rase campagne
par un arbre couché sur la voie et dont
le dégagement prendrait du temps.
Ces « stops circulation » préventifs,
cumulés sur l?ensemble de l?année,
représentent 15 000 trains annulés, soit
l?équivalent d?un jour de circulation pour
la SNCF.
En termes de rénovation, les
gestionnaires du réseau, du fait de
l?ampleur des coûts résultant du
changement climatique, s?attachent,
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dans une logique d?économie, à
identifier les solutions les moins
coûteuses et qui peuvent être
efficaces, dont la première consiste
à renforcer la surveillance. Pour la
rénovation et la modernisation du
réseau, qui permettent d?augmenter
la résilience, certaines zones
particulièrement exposées aux
températures élevées, par exemple
le Sud-Ouest, sont priorisées, les
moyens étant contraints, pour
le remplacement de certains
matériels ou composants par des
composants plus récents, ou pour
un changement de gamme de
matériel pour gagner en résilience.
Il en résulte, comme le souligne
la direction de la SNCF, un état
général vieillissant qui s?aggravera
pour atteindre un tiers du réseau
en 2038 (cf. chapitre I-C).
Lors de la même audition, les
gestionnaires d?infrastructures
autoroutières ont aussi décrit
les risques que le changement
climatique fait peser sur le
réseau : effritement et chute de
blocs de pierre, inondations? la
problématique des montées de
cours d?eau étant le risque le plus
cité par les auditionnés. Comme le
réseau ferré, le réseau autoroutier
doit parfois être temporairement
coupé, par exemple si un incendie
d?envergure se situe à proximité.
Face à cette réalité climatique, les
gestionnaires d?infrastructures
autoroutières participent en lien
avec les services de l?État à la
mise à jour de la cartographie
des vulnérabilités physiques ou
fonctionnelles des infrastructures.
133? La France roule mal, et ça freine l?emploi
134? CEREMA, Impact du changement climatique sur les ouvrages d?art en France :
conseils aux gestionnaires et concepteurs, 2021.
Comme le réseau ferré, le
renforcement de la surveillance
et de l?entretien reste la première
mesure d?adaptation, tout
particulièrement pour les ouvrages
d?art.
Plus globalement, en matière
de transition écologique des
mobilités133, le report modal est
crucial : doublement de la part du
fret ferroviaire, retour des trains de
nuit, plan vélo, entre autres.
Les gestionnaires de réseaux
énergétiques ont aussi commencé
à mettre en place un certain nombre
de mesures. ENEDIS dispose
d?un plan d?adaptation aux aléas
climatiques et dépense un milliard
d?euros par an pour la résilience
et la modernisation de son réseau
d?1,4 million de kilomètres. Comme
pour les autoroutes et le réseau
ferré, les risques liés aux cours
d?eau sont élevés. Certains sites
sont surélevés face aux risques
d?inondations. Face aux tempêtes,
certaines lignes sont enfouies mais
ce sont justement les inondations
qui conduisent le gestionnaire à
étudier très précisément où enfouir
son réseau. Entre 2022 et 2040,
ENEDIS prévoit de dépenser
25 Md¤ pour les travaux liés à
l?entretien et à l?adaptation de son
réseau.
Comme l?a rappelé134 le CEREMA
en 2021, « (?) les ouvrages
d?art sont implantés déjà de
par le monde dans des régions
aux conditions climatiques
extrêmement diverses, ce qui
laisse entrevoir a priori une bonne
capacité d?adaptation. Cependant,
https://www.caradisiac.com/la-france-roule-mal-et-ca-freine-l-emploi-215438.htm
59
les évolutions climatiques attendues sont
importantes et nécessitent l?examen
approfondi de la résilience des ouvrages
d?art face à ces nouveaux défis ».
5. La mise en place progressive de
stratégies et de mesures d?adaptation
par les collectivités
Divers outils de prévention des risques
prioritaires naturels et météorologiques
ont été mis en place, les dispositifs
nationaux et locaux différant selon la
nature du risque.
S?agissant des risques liés aux
phénomènes météorologiques (tempêtes,
cyclones, neige, grêle), aux phénomènes
sismiques ou de mouvements de terrain
(avalanche, glaciers, glissements),
les dispositifs de prévention résident
principalement dans les normes de
construction et de protection ainsi que
dans un dispositif d?alerte qui s?appuie
notamment sur Météo France. Quant
aux autres risques, notamment des
risques naturels liés, entre autres, au
changement climatique, l?information
du public et la formation des acteurs,
mais aussi les normes de construction
ou d?aménagement, qu?il s?agisse des
bâtiments ou des infrastructures, sont
aussi des leviers pour la prévention des
risques.
S?y ajoute, dans les territoires où les
risques sont les plus élevés, le plan de
prévention des risques naturels (PPRN).
Le PPRN, élaboré sous l?autorité du
préfet ou de la préfète en concertation
avec les collectivités locales et adopté
après enquête publique, délimite les
zones exposées de manière directe
ou indirecte à un risque. En tant que
document de planification, il réglemente
l?utilisation des sols en fonction des
risques naturels prévisibles auxquels ils
sont exposés, de l?interdiction de toute
construction à la possibilité de construire
sous condition, en passant par des
mesures de prévention, de protection ou
de sauvegarde. Le PPRN constitue une
« servitude d?utilité publique » accessible
sur le portail GEORISQUE et s?impose
à tous les acteurs (État, collectivités,
entreprises ou organismes gestionnaires
d?infrastructures, particuliers) et à tous
les types de projets, entre autres pour la
délivrance d?un permis de construire. Une
fois approuvé par le préfet ou la préfète,
il est annexé au plan Local d?Urbanisme
(PLU) en tant que servitude d?utilité
publique.
Le PPRN peut être décliné par nature de
risque, avec notamment des déclinaisons
pour les risques inondation (PPRI), le cas
échéant à l?échelle du bassin hydraulique
(PGRI), et le risque incendie de forêt
(PPRIF). Il peut aussi adopter une
approche territoriale multirisques : outre
le PGRI déjà évoqué, à la fois thématique
et territorialisé, il s?agit pour l?essentiel
du plan de prévention des risques
littoraux (PPRL), qui vise les risques de
type inondation par submersion marine,
avancée dunaire ainsi que recul du trait
de côte et de falaise.
Début 2024, 14 448 communes étaient
concernées par un PPRN, soit 43 %
des communes, dont plus de 12 700
avec un PPR validé et donc opposable
(prescriptions d?urbanisme).
Selon le rapport L?assurabilité des
biens des collectivités locales et
de leur groupement : état des lieux
et perspectives, « la couverture de
l?ensemble des territoires par des
PPR n?est pas un objectif des acteurs
de la prévention des risques. Il n?est
pas souhaitable (pour être efficace, la
prévention doit prioriser les enjeux et
les aléas) et ne serait pas réalisable
au regard des moyens dont disposent
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les services de l?État et des
collectivités locales »135.
Même en l?absence de PPRN, le Plan
Local d?urbanisme (PLU) peut définir
les zones à risque et des règles
spécifiques à respecter. Le code
de l?urbanisme, dans son article
L110, pose la prévention des risques
naturels et technologiques dans
les principes à prendre en compte.
L?article L122-1 impose aux Schémas
de cohérence territoriale (SCOT)
la prise en compte de la prévention
des risques dans leur élaboration.
Pour conduire leurs politiques
d?adaptation au changement
climatique et de prévention des
risques, les collectivités locales
peuvent bénéficier des services
de la mission adaptation136, prévue
par la mesure 25 du PNACC 3. La
mission adaptation met en relation
les collectivités territoriales avec
les services de l?État (cf. partie
III B2) afin que ceux-ci puissent
déployer l?ingénierie publique sur
le terrain. Plusieurs opérateurs y
travaillent déjà, afin d?accompagner
les collectivités dans leur stratégie
d?adaptation précédée des études
des risques et analyses ciblées de
vulnérabilité. L?un des items de la
mission s?intitule ainsi « Continuité
de service ? services de transport
et infrastructures résilientes ».
Le plan climat-air-énergie territorial
(PCAET)137 doit permettre aux
collectivités de s?adapter au
changement climatique. Créé par la
loi relative à la transition énergétique
135? Rapport L?assurabilité des biens des collectivités locales et de leur groupement : état des lieux
et perspectives, rapporté par Alain Chrétien et Jean-Yves Dagès (avril 2024), p. 39.
136? Ministère de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche,
Mission adaptation : le service commun d?accueil et d?orientation des collectivités sur
l?adaptation au changement climatique, mai 2025.
137? CEREMA, Le plan climat-air-énergie territorial (PCAET), 5 mars 2025.
pour la croissance verte (TECV)
en 2015, le PCAET a pour objectif
la définition et la coordination
des actions locales dans
l?adaptation face au changement
climatique. Il est obligatoire pour
les établissements publics de
coopération intercommunale (EPCI)
de plus de 20 000 habitants. Des
PCAET volontaires peuvent aussi
être mis en place.
Des initiatives et actions de
divers ordres sont effectivement
engagées par des collectivités
territoriales. A titre d?illustration,
la région Alpes-Côte d?Azur, entre
autres, a engagé une démarche en
ce sens : « La région Provence-
Alpes-Côte d?Azur est ce que l?on
appelle un « point chaud » des
risques climatiques : menacée
par l?érosion du trait de côte et
les submersions marines, sujette
aux canicules et aux incendies,
aux mouvements de terrain et
aux pluies intenses, elle est en
première ligne. C?est pourquoi la
région a engagé une démarche
inédite pour évaluer la vulnérabilité
de toutes ses infrastructures
de transports : routes, voies
ferrées, maritimes, aériennes.
Cette démarche associe la région,
l?Etat, les gestionnaires de tous les
réseaux et services de transports
concernés. Objectif : identifier les
réseaux critiques et élaborer une
démarche d?adaptation commune
et multi-partenariale. Pour ce
faire, la région s?est appuyée sur
la méthode pilote développée par
61
le CEREMA, l?Approche systémique
de l?adaptation des infrastructures de
138? Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique : Les infrastructures de transport
à l?épreuve du changement climatique, « La région PACA, chef de file d?une démarche partenariale unique
en France ».
139? Un glossaire issu des travaux du GIEC et du HCC figure en annexe.
140? Résumé exécutif | OCDE
141? Assurer la résilience des infrastructures face aux catastrophes naturelles est une priorité mondiale | OCDE
142? Le paquet fit for 55 de l?Union européenne définit la mise en oeuvre de la loi européenne sur le climat
dans l?objectif de réduire d?au moins 55 % les émissions nettes de l?UE en 2030 par rapport à 1990.
143? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
transport (ASAIT). Le diagnostic est en
cours »138.
B. Une adaptation à poursuivre et à amplifier
Pour le CESE, si des stratégies et des
mesures d?adaptation ont commencé
d?être mises en oeuvre par l?Etat, par
les collectivités territoriales et les
gestionnaires d?infrastructures pour
anticiper et prévenir les risques face
au dérèglement climatique pour les
infrastructures, elles restent insuffisantes
à ce stade, comme cela est relevé par le
HCC et des organismes auditionnés.
1. Des actions et mesures encore
insuffisantes
L?adaptation des infrastructures
constitue, selon le BRGM auditionné dans
le cadre du présent avis, leur capacité
à réduire les risques climatiques139.
Pour l?OCDE, les infrastructures
durables et résilientes sont conçues et
construites, d?une part pour résister aux
catastrophes et aux perturbations, telles
que les phénomènes météorologiques
extrêmes ou les défis socio-économiques,
et, d?autre part, pour s?en remettre
(résilience). Toujours selon l?OCDE,
« la résilience des infrastructures aux
catastrophes naturelles apparaît comme
une priorité mondiale. Cela passe
par le renforcement des capacités
de prévention, de réaction et de
reconstruction des gouvernements,
du secteur privé et de la société
civile »140. « En l?absence de capacités
efficaces de prévention, de réaction
et de reconstruction, [les événements
climatiques] peuvent causer des
dommages importants aux actifs
existants et avoir un impact sur les vies
humaines, affectant profondément
l?économie et la société »141.
Toutefois, au niveau européen,
les décisions ne progressent pas
rapidement ; le cadre de l?adaptation
est encore en cours de mise en place
et le recul sur le green deal n?est pas
rassurant.
Au niveau national, les démarches ne
semblent pas non plus suffisamment
ambitieuses. La France tarde à s?aligner
sur la stratégie d?atténuation définie au
niveau européen (fit for 55142) : défaut
de mesures concrètes et de sources de
financement dédiées.
Le HCC souligne par ailleurs que, si une
approche générale est à l?oeuvre, couvrant
plusieurs secteurs et s?appuyant sur de
nombreuses stratégies, sa portée reste
insuffisante faute de mise en cohérence
entre les différentes stratégies et faute
de suivi et d?évaluation143.
Le BRGM souligne que le HCC, dans
son avis sur le PNACC 3, juge que le
déficit d?adaptation se creuse « alors
que le climat se réchauffe vite, les
financements et la gouvernance mettent
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
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du temps à se mettre en place
et commencent à entraîner des
conséquences économiques,
humaines et pour la biodiversité
assez massives » 144. Toujours
selon le BRGM, la France a la
capacité de s?adapter, toutefois
50 Md¤ d?investissements publics
annuels (selon les estimations
de I4CE reprises dans nombre
de documents) ne prennent
pas suffisamment en compte le
changement climatique. Même si
ces estimations vont au-delà des
seules infrastructures, celles-ci ne
sont pas alignées avec la trajectoire
d?adaptation et d?atténuation.
Elles nécessiteront de ce fait des
financements supplémentaires,
estimés selon certains acteurs à
environ 60 Md¤, cette estimation
dépassant là aussi largement le
champ des infrastructures.
Lacune plus préoccupante, aucune
étude sur les coûts agrégés des
besoins d?adaptation ni du coût
des dommages occasionnés par
un réchauffement futur à +4°C
n?est conduite à date. Seules des
estimations sectorielles sont
produites.
À un horizon plus proche (2055-
2064), France Stratégie prévoit, en
raison du défaut d?adaptation, une
baisse du PIB en France de 1,5 %, soit
une perte de 39 Md¤ (en 2023)145.
Les politiques nationales
d?adaptation au changement
climatique, tous secteurs d?activités
144? Audition du BRGM.
145? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
146? En France, les politiques climatiques sont portées par la Stratégie Française pour l?Énergie
et le Climat qui comprend trois principaux programmes : la stratégie nationale bas carbone
(SNBC), la programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE) et le plan national d?adaptation
au changement climatique (PNACC)
147? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
148? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
confondus, ne sont ainsi pas à la
hauteur des enjeux. De même,
les deux premiers plans français
d?adaptation (en 2011 puis en 2018)
manquaient de précision quant
aux objectifs et de moyens pour
leur mise en oeuvre. La Cour des
comptes considère ainsi que « ce
plan comporte de nombreuses
lacunes, notamment en termes
d?ambitions ou de lien entre l?action
de l?État et les collectivités, ainsi
que d?opérationnalisation » 146. Or,
62 % de la population française sont
exposés de manière forte ou très
forte aux risques climatiques147.
Face à l?urgence, il semble que
les actions soient plus réactives
que proactives. Ainsi, le budget
consacré à la sécurité civile n?a été
structurellement augmenté qu?après
les incendies de Gironde et des
Landes, à l?été 2022, conséquence
selon le HCC d?un changement
climatique pourtant attendu148.
Au niveau territorial, le CEREMA,
auditionné, considère que, face
à l?enjeu majeur du changement
climatique, les collectivités doivent
repenser tous les aspects de
leurs territoires ? bâtiments,
infrastructures, environnement,
mobilités ? pour garantir et
pérenniser les services face aux
risques et préserver la qualité de
vie. Ainsi, la résilience du territoire
est indissociable de celle de
l?infrastructure.
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
63
LES INFRASTRUCTURES EN ZONES DE MONTAGNE
FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE149
La France occupe le 2ème rang mondial du tourisme hivernal.
Le chiffre d?affaires annuel des remontées mécaniques est de 1,6 Md¤
et les nuitées touristiques en montagne représentent 22,4 % des nuitées
totales en France.
Toutefois, le secteur est depuis les années 2000 durement affecté par
le changement climatique. Dans les Alpes et les Pyrénées françaises, la
température a augmenté de +2°C au cours du 20e siècle, contre +1,4 °C
dans le reste de la France. Dans les Alpes, les glaciers ont perdu 70 %
de leur volume depuis 1850, dont 10 à 20 % depuis 1980. Dans les
Pyrénées, le glacier d?Ossoue a perdu 64 % de sa surface entre 1924
et 2019. Sauf ceux à très haute altitude, les glaciers vont disparaître en
France.
Les conséquences sont nombreuses et dangereuses pour les
populations avoisinantes : effondrements glaciaires, formation de poches
d?eau, fragilisation de parois rocheuses, écroulements, etc.
Ce phénomène est irréversible et va s?aggraver à moyen terme, avec des
conséquences plus marquées sur les conditions d?enneigement et sur les
risques d?origine glaciaire et périglaciaire.
Toutes les stations de montagne seront, à des degrés divers, touchées
d?ici à 2050. Celles au sud du massif des Alpes seront plus rapidement
touchées que les autres. Pour autant, les politiques d?adaptation ne
sont toujours pas au rendez-vous. La production de neige artificielle,
outre qu?elle ne représente qu?une solution de court terme, ne fait
pas l?objet d?évaluations suffisamment robustes quant à son impact
sur le prélèvement en eau ni sur l?utilisation supplémentaire d?énergie
générant davantage de GES. Les actions de diversification des activités
en montagne, dispersées, semblent par ailleurs, souffrir d?un défaut de
coordination ce qui obère toute projet d?envergure.
Pour la Cour des comptes, de véritables plans d?adaptation au
changement climatique, opposables aux financeurs publics, doivent
être mis en place par les collectivités territoriales. Ces plans doivent
repenser l?avenir des stations de montagne en se structurant en projets
de territoires autour d?un tourisme « quatre saisons » fédérant tous
les acteurs concernés. Cela est d?autant plus important que près de
200 installations inutilisées et non démontées sont recensées au niveau
national.
149? Le rapport public annuel 2024, synthèses et La montagne, en première ligne face au réchauffement
climatique | Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-syntheses-RPA-2024.pdf
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne
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Il s?agit de sortir de l?hyper-dépendance au ski, de la spécialisation sur
un lieu (la station) et une période (l?hiver), pour développer des territoires
de vie attractifs à l?année. Chaque station devrait diversifier son offre
touristique (activités de pleine nature, valorisation des patrimoines
naturel et culturel, festivals...), à une échelle géographique plus grande,
voire réinterroger sa pertinence.
Les enjeux économiques pour le secteur sont importants ; le chiffrage
des premières mesures d?adaptation au changement climatique dans
les stations est estimé à près de 92 M¤ par an. La Cour des comptes
recommande de mettre en place, en mobilisant le produit de la taxe
sur les remontées mécaniques, un fonds d?adaptation au changement
climatique pour financer la diversification et la déconstruction des
installations obsolètes ou devenues inutiles.
150? Une liste de notions clés pour analyser l?adaptation au changement climatique figure en annexe.
151? download Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes - UNDRR
152? Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique, 7 août 2023.
2. Le problème de
la « maladaptation »
Les stratégies d?adaptation renvoient
à un ensemble de concepts essentiels
tels que les incertitudes, les risques,
les vulnérabilités, les effets et les
impacts. Il faut distinguer les effets
certains, imputables au réchauffement
climatique, du risque accru
d?épisodes météorologiques extrêmes
caractérisés par leur fréquence et/ou
par leur plus forte intensité150.
La résilience des infrastructures est
généralement considérée comme
concernant les phases de la gestion
des perturbations : prévenir, absorber,
récupérer et se transformer à la suite
de perturbations causées par un
aléa, de manière rapide et efficace151.
L?adaptation est ainsi une approche de
long terme, planificatrice, qui dépasse
la seule gestion des crises. En miroir,
la maladaptation consiste à mettre en
place une réponse d?adaptation mais
sans penser ses impacts qui peuvent
alors renforcer le changement
climatique ou encore reporter les
vulnérabilités et l?exposition, soit sur
d?autres territoires, soit sur d?autres
groupes sociaux, soit sur d?autres
secteurs.
Selon le ministère de la Transition
écologique, de la Biodiversité, de la
Forêt, de la Mer et de la Pêche152, la
« maladaptation est une action qui
conduit à augmenter la vulnérabilité
au changement climatique au lieu de
la réduire. Elle est une conséquence
involontaire ».
L?introduction du PNACC 3 appelle
à « (?) éviter la maladaptation qui
aurait un coût insupportable pour
notre société, en tenant compte
de la diversité des situations
entre territoires ». L?action 5 de la
mesure 22 du PNACC 3 (Mettre
à la disposition des collectivités
les informations nécessaires pour
adapter leur territoire au changement
climatique) consiste en la publication
d?un guide sur la maladaptation
à destination des collectivités
territoriales. Ce guide devrait paraître
en 2025.
https://www.undrr.org/media/78699/download?startDownload=20250711
65
IV. Des coûts considérables à prévoir et une prise en
compte insuffisante de problématiques importantes
A. Une augmentation considérable des coûts à prévoir
d?ici à 2050, des options de financement diverses à envisager,
mais aussi des opportunités économiques
153? CESE avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2022).
154? Carbone 4, Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone et l?adaptation au changement
climatique de la France, (2021).
155? Cf. ONERC : Changement climatique. Coûts des impacts et pistes d?adaptation (2009), La Documentation
française, qui traite des effets des aléas d?inondation et de canicule sur le seul réseau routier national ;
Cerema, Vulnérabilités et risques. Les infrastructures de transport face au climat, collection Connaissance
(2019), qui est un guide d?analyse des vulnérabilités des vulnérabilités des infrastructures de transport
au changement climatique ; CGDD, Indisponibilité d?une infrastructure de transports. Mesurer et réduire
les coûts (2017), coll « Téma Analyse ? Transport », qui élabore une méthode d?évaluation des coûts liés
à l?indisponibilité de ces infrastructures.
156? Ce point s?appuie sur l?étude de Carbone 4 Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone
et l?adaptation au changement climatique de la France (2021), sur l?étude de France Stratégie « Risques
climatiques, réseaux et interdépendances : le temps d?agir », Rais Assa C., Faure A. et Gérardin M. (2022) et
sur le document de travail de France stratégie Coût de l?inaction face au changement climatique en France :
que sait-on ?, d?Adrien Delahais et Alice Robinet (mars 2023).
Le CESE note que, à dire d?experts
et au regard des interventions des
personnalités et organismes entendus,
l?accroissement des coûts d?adaptation
des infrastructures liés au changement
climatique, qui a commencé et se
poursuivra, mérite d?être mieux
appréhendé et suivi (cf. préconisations
axe 1).
1. Une augmentation considérable
des coûts de prévention et d?adaptation
à anticiper
La difficulté de se livrer à des exercices
de projection de coût de la sinistralité
à horizon 2050 est relevée par le
Haut-Commissariat à la Stratégie et
au Plan dans le rapport Repenser la
mutualisation des risques climatiques,
de juin 2025. Toutefois, comme le
rappelle le CESE dans l?avis Face au
changement climatique, accélérer une
adaptation systémique et juste, du fait de
l?inertie du système climatique terrestre,
« le climat des 20 prochaines années
dépendra assez peu des émissions
actuelles et à venir »153. En effet, si les
différents scénarios climatiques issus
des rapports du GIEC ou des travaux du
HCC divergent nettement après 2050, ils
restent relativement proches d?ici cette
date154.
Après de premiers apports exploratoires
ou portant sur certains aspects du
sujet155, plusieurs travaux récents
d?expertise ont ainsi visé à mieux
appréhender à cette échéance de 2050
les risques et les coûts résultant des
effets du changement climatique sur les
infrastructures et les réseaux156.
Fin 2021, Carbone 4, outre une
revue de littérature des effets du
changement climatique sur différents
types d?infrastructures et de réseaux,
a tenté dans la même étude d?évaluer
« le coût de l?inaction » via les
investissements nécessaires pour
remettre en état les ouvrages d?art à la
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suite des conséquences prévues
du changement climatique à
l?horizon 2050. Ce travail vise
à produire un premier ordre de
grandeur des coûts résultant
du changement climatique et
des dépenses nécessaires pour
y adapter les infrastructures
étudiées. « En d?autres termes,
cette étude propose une première
estimation du coût d?investissement
additionnel pour 1. Réparer et 2.
Se préparer à la multiplication et à
l?intensification des impacts induits
par les aléas climatiques en France
à l?horizon 2050 »157.
Par ailleurs, un travail de France
Stratégie publié en 2022 traite
des risques physiques subis
par les réseaux de transport
terrestre, d?électricité et de
télécommunications et note
l?importance de tenir compte des
liens de dépendance entre eux.
S?agissant du réseau routier,
d?après Carbone 4, qui généralise
à l?ensemble du réseau routier
français les résultats d?une analyse
de cycle de vie conduite sur un
cas type de route individuelle,
l?impact sur l?entretien des routes
de la fréquence et de l?intensité
des vagues de chaleur (notamment
ramollissement de l?asphalte et
orniérage) est estimé à 22 Md¤ en
cumulé sur la période 2035-2050158,
soit une augmentation moyenne de
1,5 Md¤ par an sur la période. Cela
représenterait une augmentation de
10 % du budget total annuel alloué à
157? Carbone 4 Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone et l?adaptation
au changement climatique de la France, op.cit.
158? Carbone 4, Le rôle des infrastructures, op. cit. p. 63.
159? Document de travail de France Stratégie, op. cit. p. 51.
160? Pont nécessitant des réparations des travaux de réparation (niveau 3) ou ponts gravement
altérés (niveau 4) selon l?Observatoire National de la Route (ONR), v. Rapport Carbone 4 p. 63.
la rénovation des routes en France
(8 Md¤ en 2016)159.
Quant aux ponts routiers, sur la
base de l?échantillon sélectionné
(Pont Maréchal Juin à Lyon),
l?analyse de risque conduite
par Carbone 4 indique que
« les infrastructures de type
« pont routier » ne sont pas, de
façon intrinsèque, menacées
par le changement climatique
à l?horizon 2050. Toutefois, au
regard de l?intensification et de la
multiplication de certains aléas
climatiques, comme l?augmentation
des pluies intenses entrainant
des inondations ou glissements
de terrain, les infrastructures en
mauvais état structurel sont et
seront de plus en plus à risque.
Ainsi, l?étude a porté sur des
investissements préventifs à
réaliser pour remettre les ponts
les plus à risque en bon état ».
Le rapport « Sécurité des Ponts :
éviter un drame » réalisé pour le
Sénat en 2019 permet d?évaluer le
nombre de ponts départementaux
en mauvais état structurel à plus de
19 000160.
Concernant le réseau
ferroviaire, France Stratégie
note qu?inondations et risques de
ruissellement menacent de manière
importante l?intégrité structurelle
des rails à l?horizon 2050, que
le changement climatique peut
exposer rails et caténaires à des
risques de déformation sous l?effet
de la chaleur et les installations
67
de traction électrique au risque de
surchauffe et d?incendie durant les
épisodes de canicule. Ces divers aléas
pourraient entraîner des réductions,
voire des limitations de trafic. Ces
analyses corroborent les informations
partagées par SNCF réseau en audition
(cf chapitreII-B).
L?exposition des tunnels ferroviaires aux
inondations, aux glissements de terrain
et au retrait gonflement des argiles est
à prendre en compte. Selon Carbone 4,
« le cumul des investissements curatifs
additionnels engendrés uniquement
par les impacts d?inondation et de
ruissellement atteindrait 200 M¤
entre 2030 et 2050 pour les voies
ferroviaires (soit plus de 13 M¤ par
an) et de 150 M¤ pour les tunnels
ferroviaires (soit autour de 5 M¤
par an). Ces sommes peuvent être
comparées avec les dommages actuels
induits par l?aléa inondation (entre 1 et
2 M¤ par an) et sont à ajouter au budget
annuel moyen investi par SNCF Réseau
pour entretenir et renouveler son réseau
(2,9 Md¤ par an) »161.
Pour les aéroports, Carbone 4 prend
en compte l?impossibilité pour certains
avions de décoller en cas de vague de
chaleur et évalue (par estimation du
nombre de demi-journées où la chaleur
extrême empêche le décollage) à environ
100 M¤ à l?horizon 2050 les pertes liées
à l?excédent brut d?exploitation, soit plus
de 3 M¤ en moyenne.
En matière de réseaux d?électricité,
France Stratégie pointe les risques
suivants :
Î Surchauffe et incendie pour
les composants électriques et
électroniques du réseau ;
161? France Stratégie, document de travail n° 2023-01, op. cit. p. 52.
162? France Stratégie, document de travail n°2023-01, op. cit. p. 52.
Î Interruption du transport
d?électricité selon la température de
dimensionnement des câbles ;
Î Endommagement des réseaux de
transport et de distribution d?électricité
(câbles, pylônes, lignes) par les
inondations ou vents violents.
Carbone 4 estime l?investissement
curatif induit par l?intensification et
la multiplication des évènements
climatiques extrêmes à 1,7 Md¤ à
l?horizon 2050, soit 56 M¤ en moyenne
par an. France Stratégie observe
que ce résultat peut être comparé à
l?enveloppe des 8 Md¤ demandée par
RTE pour renouveler les ouvrages les
plus anciens de son réseau à l?horizon
2025, indépendamment des enjeux du
réchauffement climatique162. Carbone 4
conclut ainsi son étude : « concernant
l?adaptation du parc d?infrastructures
existant, des montants proches de
25 Md¤ pour les investissements
préventifs et de 25 Md¤ pour les
investissements curatifs pourraient être
nécessaires en cumulé d?ici 2050 dans
le scénario pessimiste (mais tendanciel)
d?évolution de nos émissions de GES,
pour adapter nos routes, nos ponts
routiers, nos tunnels, voies ferroviaires,
ports, aéroports, réseaux d?eau, stations
de traitement d?eau potable et autres
infrastructures de l?eau et enfin, notre
réseau électrique. Un ordre de grandeur
de 1,5 à 2 Md¤ par an de besoin
d?investissement est donc à garder en
tête pour anticiper et/ou réparer les
dégâts causés par la dérive climatique
sur les infrastructures ».
L?étude de Carbone 4 note que les
résultats de ce travail exploratoire,
à interpréter comme des ordres
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de grandeur163, devraient être
complétés par des analyses
approfondies et plus proches
du terrain. « Progresser sur ces
questions nécessiterait de passer
par le renforcement des capacités
d?organisation comme le CEREMA
ou le BRGM, ce qui donnerait accès
à une connaissance plus précise
pour mobiliser l?action publique
et accompagner la transition des
territoires vers des systèmes
davantage résilients ».
La FNTP estime sur ces bases
« à près de 4,5 Md¤ les
investissements additionnels
nécessaires par an entre 2021
et 2050 sur l?adaptation des
infrastructures pour faire face au
besoin 164».
Pour les réseaux d?eau, les
investissements à engager sont
aussi, et à plus courte échéance,
importants : la fédération
professionnelle des entreprises de
l?eau (FP2E) estime le retard pour
les réseaux d?eau potable entre 15
et 17 Md¤ sur les cinq prochaines
années pour entretenir et renouveler
les canalisations, interconnecter
les systèmes (sécurisation face au
stress hydrique), mettre aux normes
les usines de traitement, garantir
la qualité des eaux (rejets dans le
milieu, stations d?épuration) et faire
face au changement climatique.
Cela suppose de passer d?un budget
annuel de 6 Md¤ à 8 Md¤ porté par
les collectivités pour l?eau potable
et l?assainissement. Le réseau
163? V. étude de Carbone 4, p. 61 et 72, l?étude précisant que ces résultats ont été construits
sur la base d?un échantillon, par définition non représentatif de la diversité des ouvrages en
France, notamment du point de vue de leur exposition, et extrapolés à l?ensemble du territoire
métropolitain.
164? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP, le 18/06/25 (source Carbone4).
165? CESE, audition de la FP2E Pour l?avis Comment favoriser une gestion durable de l?eau (2023),
p. 85.
d?assainissement, construit dans les
années 1970/1980, devra aussi être
rénové, d?autant qu?il arrive déjà à
saturation165.
L?augmentation considérable
des coûts de prévention et
d?adaptation des infrastructures
doit pour le CESE être anticipée
et nécessitera, on le verra infra,
un travail de priorisation intégrant
approche systémique et logique
de solidarité, ne serait-ce que
pour échelonner dans le temps les
travaux.
2. Des options de financement
diverses
Le rapport Ambition France
Transports de juillet 2025 identifie
plusieurs leviers de financement
dont il préconise la mobilisation
pour financer les priorités
d?investissement des infrastructures
de transport. Il met notamment en
avant pour leur rénovation et leur
modernisation les leviers suivants :
Î L?usage du levier de la tarification
des usagers et des clients et
l?optimisation des dépenses :
maintien des péages autoroutiers,
hausse différenciée des tarifs des
transports collectifs, la part payée
par l?usager, passée en moyenne
dans les transports en commun
urbains de 75 % en 1975 à 28 %
en 2022, étant jugée insuffisante,
efficience accrue des transports
publics ;
69
Î La réallocation d?une part de la
fiscalité existante prélevée sur les
transports vers ce secteur, la création
de ressources nouvelles et davantage
d?autonomie fiscale aux collectivités ;
Î La mobilisation d?une part substantielle
des péages autoroutiers à l?issue des
concessions historiques pour financer
les infrastructures de transport ;
Î La mobilisation du financement privé
lorsque cela est pertinent.
Le CESE souligne la nécessité de
mesures législatives pour certaines de
ces sources de financement.
Le rapport Ambition France Transports
considère que, dans un contexte des
finances publiques « qui nécessite de
réduire progressivement le déficit et la
dette publics, le besoin d?un surcroît de
financement dans les infrastructures
implique de mobiliser d?abord, autant que
possible, les leviers de la performance et
de la contribution des usagers et clients.
Toutefois, ces leviers ne permettront
pas de générer suffisamment de
ressources pour faire face aux besoins
d?investissements supplémentaires. ( )
Il sera donc nécessaire de mobiliser
également des ressources fiscales,
soit nouvelles, soit via la réallocation
de ressources existantes affectées
aujourd?hui au budget général de l?Etat
vers les transports, (ce qui suppose) une
priorisation des transports par rapport
à d?autres politiques publiques dans le
choix politiques de la Nation ».
Le rapport fait état dans ce cadre des
ressources existantes prélevées sur les
transports et réallouées depuis le budget
général, telle que la Taxe de solidarité sur
les billets d?avion (TSBA), qui génère un
produit d?environ 1,2 Md¤, dont 270 M¤
sont affectés à l?AFITF. Cette Conférence
propose qu?une partie accrue de ces
recettes prélevées actuellement sur
le transport aérien soit affectée aux
transports pour favoriser les alternatives
à l?avion moins émettrices de GES. Elle
propose par ailleurs la mise en place d?un
« mécanisme permettant de lever une
dette spécifique pour résorber la dette
grise du réseau routier national non
concédé, qui serait remboursée à partir
de 2032 par une partie des excédents
dégagés par les autoroutes à l?issue des
concessions historiques ».
Les ateliers d?Ambition France Transports
ont proposé par ailleurs de mobiliser
diverses ressources fiscales nouvelle,
présentées ci-après, pour financer
des priorités d?investissement dans les
transports :
Les recettes issues des ventes de quotas
de l?actuel système d?échange de quotas
d?émissions de l?UE, dit ETS 1 (« European
Trading Scheme ») sont une source de
ressources supplémentaires potentielles.
Les recettes de ces quotas carbone
revenant à la France augmenteront en
2026 et 2027 avec la suppression des
quotas gratuits alloués à l?aérien et au
maritime et la réduction du volume de
quotas mis dans la réserve de stabilité de
marché (MSR). Mais, à partir de 2028,
une part de ces recettes pourrait être
affectée aux ressources propres de l?UE.
La mise en place au niveau européen
d?un nouvel ETS, dit ETS 2 sur les
secteurs des transports et des bâtiments
générerait des recettes supplémentaires
issues de la vente des quotas. Mais
une part importante devra, pour leur
acceptabilité, être consacrée à des
dispositifs d?accompagnement des
ménages ou entreprises (via une baisse
de fiscalité par exemple).
Le rapport fait aussi des propositions de
« recours accrus à des financements
d?investisseurs privés, notamment
pour des projets de modernisation et
de développement du réseau ferré ou
d?infrastructures de fret ferroviaire.
( ) Ces investissements constituent
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des préfinancements qui seront
par la suite remboursés, soit
par les autorités publiques sous
forme de dépenses publiques
supplémentaires (via des loyers),
soit par les usagers (via) des
péages ». Il précise que « Le
recours à l?investissement privé
(doit) être envisagé à l?aune de son
coût global final pour l?usager et le
contribuable »166.
Le CESE, dans des avis récents,
a traité de la question des modes
de financement envisageables
pour la transition écologique et
appelé de ses voeux, notamment
depuis l?augmentation notable de
l?épargne des ménages en 2020, à
une meilleure canalisation de cette
épargne vers les investissements
d?innovation et durable167 et formulé
plusieurs préconisations en ce
sens qui pourraient s?appliquer
aux investissements dans
l?adaptation des infrastructures.
L?avis Financer notre stratégie
énergie-climat : donnons-nous
les moyens d?agir (2023) formule
ainsi les préconisations suivantes
pour le financement de la stratégie
française énergie climat (SFEC), et
notamment pour le financement de
l?adaptation des infrastructures au
changement climatique, qui est l?une
des aspects de la SFEC :
Î Utiliser une part de
l?investissement dans les
infrastructures pour faciliter le
financement des projets favorables
à la transition climatique ;
166? Rapport Ambition France Transports (juin 2025). Des éléments plus détaillés du rapport
portant sur les modes de financements possibles des investissements dans les infrastructures
de transports figurent infra dans la partie relative aux préconisations.
167? CESE, avis Le financement des investissements nécessaires pour l?avenir :
enjeux et déclinaison (2021).
168? CESE, avis Financer notre stratégie énergie-climat : donnons-nous les moyens d?agir (2023).
Î Mieux mobiliser l?épargne des
ménages en mobilisant le Livret
de développement durable et
solidaire pour le dédier à la
transition écologique ;
Î Agir sur le plan européen pour
une dynamique d?investissement
pour la transition écologique, en
proposant la mise en place d?un
Pacte européen et d?un fonds
européen pour la transition
écologique sur la base d?un
emprunt communautaire ;
Î Proposer des taux d?intérêt
différenciés favorables aux
investissements verts via la Banque
centrale européenne pour que
la politique monétaire contribue
davantage à la transition.
La partie relative aux préconisations
de cet avant-projet d?avis revient
de manière plus approfondie
sur certaines de ces pistes de
financement des infrastructures168.
Une autre piste pourrait consister à
développer des partenariats publics
privés équilibrés.
3. Des opportunités économiques
pour la France et l?Europe
L?adaptation des réseaux
d?infrastructures au changement
climatique et les investissements
nécessaires pour favoriser la
réduction des émissions de gaz à
effet de serre, s?ils représentent
des investissements et des coûts
considérables, sont aussi un enjeu
économique important et une
71
opportunité pour un développement
durable et pour le maintien de l?emploi.
Il convient par ailleurs de nuancer ces
coûts au regard de ceux qui résulteraient
des conséquences de l?inaction, comme
on le verra dans la partie suivante.
La qualité des infrastructures, par
exemple en matière de transports,
contribue à l?attractivité de notre
pays, entre autres aux yeux des chefs
d?entreprises, des touristes, mais aussi de
l?ensemble de la population, en améliorant
sa qualité de vie et la cohésion entre les
territoires, notamment via la mobilité.
Oublier l?adaptation dans les décisions
d?investissement portant sur les grands
programmes et projets d?infrastructures
aurait des incidences néfastes et
coûteuses pour l?économie et pour
la population, avec des interactions
importantes entre les secteurs. Ainsi,
concevoir des infrastructures de
transport inadaptées pour résister face
à de futurs évènements climatiques
fragiliserait, au-delà du seul secteur
concerné, des chaînes logistiques
nécessaires au fonctionnement de
l?économie, comme le note I4CE169. Il en
irait de même, par exemple, s?agissant
des infrastructures énergétiques.
En termes d?innovation, les
infrastructures doivent bénéficier de
technologies nouvelles pour renforcer
leur résilience et leur adaptation au
changement climatique. Cela peut être
une voie pour stimuler la recherche
et développement en lien avec les
entreprises du secteur.
169? I4CE, Billet d?analyse « Au moins 50 Mds¤ par an d?investissements publics à adapter »,
Dr Vivian Depoues et Guillaume Dolques, 2022.
170? CESSE, avis L?impact des infrastructures de réseaux dans l?économie (2020), pp. 34 à 36..
171? I4CE, Billet d?analyse « Au moins 50 Mds¤ par an d?investissements publics à adapter », op. cit..
La différence entre les 50 Md¤ /an d?investissements publics évoqués par le titre et les 20 Md¤
concernant ceux en infrastructures sont notamment constitués par des investissements publics
dans la rénovation énergétique des logements privés, l?acquisition/construction/rénovation du parc
des bâtiments de l?Etat, les programmes Action coeur de ville et Nouveau Programme national de
Renouvellement Urbain (NPNRU), ainsi que dans la construction neuve ou l?entretien des logements sociaux.
Au regard de l?emploi, du dynamisme
économique et de la croissance, tout au
long de leur cycle de vie, de la conception
à la construction, jusqu?à la gestion et
à l?entretien, les infrastructures sont
sources d?emploi pour les entreprises
et les services publics170 et sont sources
de compétences non-délocalisables
au bénéfice de leurs territoires
d?implantation.
Une note d?I4CE de 2022 étudie les
grands programmes d?investissements
publics « qui pourraient être très
directement concernés par les
conséquences du changement
climatique sans que l?on sache
exactement si ces conséquences sont
bien anticipées ». Parmi les 50 Md¤
par an d?investissements évoqués,
20 Md¤ environ par an concernent des
programmes d?infrastructures (dont
13 Md¤ pour la modernisation des
réseaux de transports financés par l?État,
les collectivités territoriales, l?Union
européenne, SNCF Réseau ou la Société
du Grand Paris, et 6,8 Md¤ de dépenses
d?investissements prévues dans les
réseaux électriques, portés par RTE et
Enedis)171.
M. Alain Grizaud notait que le secteur
des travaux publics représente
8 000 entreprises sur le territoire
national, qui totalisent plus de
300 000 salariés, 326 000 en comptant
les intérimaires, et un chiffre d?affaires
de 114 Md¤, dont 50 Md¤ en France
métropolitaine, avec la répartition
suivante de son activité par grands types
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de clients : 40,5 % collectivités
locales, 33,9 % pour le secteur
public, 21 % grands opérateurs,
2,7 % État, 1,9 % concessionnaires
et contrats de partenariat172. La part
des infrastructures dans ce secteur
est conséquent comme présenté
supra en chapitre I-B.
Mais, au-delà du seul BTP, notre
pays dispose de grands groupes et
d?acteurs publics et privés figurant
parmi les leaders européens et
mondiaux dans le secteur des
infrastructures énergétiques,
de transports et de génie civil. Il
172? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP.
173? CESE, avis La transition énergétique dans les transports (2013).
possède par ailleurs, grâce à une
culture d?ingénieurs développée
et une main d?oeuvre qualifiée,
une capacité de recherche et
d?innovation importante. Comme le
note l?avis La transition énergétique
dans les transports173, le défi de
l?adaptation climatique doit être
saisi comme une opportunité pour
faire de la France, si possible
en coopération avec d?autres
pays européens, un champion
économique et industriel de
l?adaptation des infrastructures au
changement climatique.
B. Une prise en compte insuffisante de problématiques
importantes
1. Une approche trop sectorielle
et insuffisamment systémique et
territoriale
Une approche systémique déclinée
territorialement est pour le
CESE indispensable en matière
d?adaptation des infrastructures au
défi du changement climatique. En
effet, les champs des infrastructures
concernées sont, comme vu supra,
multiples (modes de transports,
énergie, eau?) et interfèrent pour
partie entre eux : les décisions pour
les infrastructures routières et
ferroviaires doivent nécessairement
être coordonnées afin que le
service assuré pour le transport
de personnes puisse, notamment
en cas de sinistre, continuer à
être rendu aux usagères/usagers,
et il faut y ajouter au moins le
fluvial pour prendre en compte le
fret. Ainsi, en situation de crise
liée à une montée des eaux ou
à une inondation qui affecte les
voies ferrées, il importe que les
collaborateurs de la SNCF puissent
vite rejoindre les centres de crise.
Si, outre les voies ferrées, la route
est inondée, peu de solutions
existent pour les acheminer.
L?interaction avec les autres
gestionnaires d?infrastructures, en
l?espèce autoroutières et routières,
importe donc. Par ailleurs, pour
les voies ferrées ou pour les
infrastructures routières, en cas
de pluies torrentielles susceptibles
de provoquer une inondation,
par exemple, bien entretenir et
curer les ouvrages hydrauliques
permet l?écoulement des eaux,
évite des dégâts plus importants
sur l?infrastructure ferroviaire
73
ou routière et autour174, et favorise la
maîtrise de la végétation.
M. Alain Quinet, directeur général exécutif
à la stratégie de SNCF Réseau, souligne
plus largement l?enjeu de l?interaction
des opérateurs d?infrastructures avec
les territoires, car, notamment quand
il s?agit du cycle de l?eau, les situations
locales varient sensiblement. Bien
partager les diagnostics avec les régions
importe donc pour la SNCF. Celle-
ci s?efforce aussi de travailler avec la
sphère agricole car, quand un champ se
trouve, comme souvent, au bord de voies
ferroviaires, l?écoulement des eaux ne
sera pas le même selon que le tracteur
trace les sillons dans un sens ou dans
un autre, ce qui peut influer fortement
sur le degré d?exposition de la voie a un
risque d?inondation. Il est aussi essentiel
pour les gestionnaires d?infrastructures
de travailler avec le monde industriel,
pour réduire les effets des réseaux
d?infrastructures sur le climat, en termes
d?atténuation, et renforcer leur résilience
aux effets du changement climatique,
pour l?adaptation175.
Le PNACC peut être un vecteur
particulièrement adapté pour
favoriser une prise en compte globale
des problématiques soulevées par
l?adaptation au changement climatique,
notamment dans le domaine des
infrastructures. Des espaces de
concertation territoriale sont en effet
prévus dans ce cadre. Le Secrétariat
général à la Planification écologique
(SGPE) a la charge de coordonner ces
COP régionales, qui se sont tenues en
2024 sur le sujet de l?atténuation du
174? Audition de M. Rainier d?Haussonville, secrétaire général du groupe Sanef,
et de M. Julien Castres Saint-Martin, directeur des infrastructures du groupe SANEF.
175? Audition de M. Alain Quinet, directeur général exécutif à la stratégie de SNCF Réseau,
et de M. Benoît Chevalier, directeur du programme adaptation au changement climatique de SNCF Réseau.
176? Audition de Mme Adèle Tanguy, chercheuse sur les risques climatiques et les politiques d?adaptation
au changement climatique à l?Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI).
changement climatique. Il est prévu
que les COP régionales de 2025 se
concentrent sur le volet adaptation.
Toutefois, Mme Adèle Tanguy, de l?IDDRI,
notait en audition que les COP régionales
atténuation qui se sont déroulées n?ont,
bien souvent, pas échappé au risque d?un
fonctionnement en silos. Pour le CESE, ce
type de fonctionnement est d?autant plus
préjudiciable en matière de changement
climatique que les problèmes engendrés
par celui-ci présentent un caractère
systémique. Cela montre l?enjeu de
mettre en place pour les COP relatives
à l?atténuation un fonctionnement moins
sectoriel, plus coordonné et transversal,
d?un secteur et d?un type d?infrastructures
à l?autre, d?une région à l?autre et d?un
champ du changement climatique à
l?autre. Mme Adèle Tanguy notait par
ailleurs que, sur l?adaptation, ces COP
territoriales se tiennent à un maillage plus
fin, des feuilles de route départementales
devant être agrégées aux feuilles de
route régionales176. Pour le CESE, cette
territorialisation est, comme déjà noté,
indispensable, les collectivités étant
en première ligne face aux impacts
en majorité locaux du changement
climatique.
2. Le problème du manque de moyens
et d?ingénierie des petites communes
Les collectivités territoriales, notamment
communes et intercommunalités, se
trouvent en première ligne face aux
effets du changement climatique, dont
les conséquences seront en majorité
locales. Les lois de décentralisation ont
transféré aux collectivités nombre de
compétences en matière d?aménagement
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du territoire, d?urbanisme, de
transports ou d?environnement, avec
les infrastructures correspondantes.
Comme noté au chapitre I des
constats, le niveau communal ou
intercommunal a ainsi la charge
d?entretenir plus de 700 000 km
de routes (près des deux-tiers du
réseau routier français, en termes
de longueur), la très grande majorité
des ponts et 60 000 km de pistes
cyclables177.
Des coûts importants en
découlent, d?autant que les
effets du dérèglement climatique
accélèrent la dégradation des
infrastructures routières. Selon
M. Frédéric Cuillerier, représentant
de l?AMF, le coût global d?entretien
des infrastructures routières
communales et intercommunales,
est estimé à 15 Md¤ par an.
Les communes de moins de
3 500 habitants, en particulier, qui
ont la charge de 71 % des voiries
communales, manquent de moyens
financiers pour faire face à ces
coûts d?entretien. Le représentant
de l?AMF faisait valoir que, alors que
les routes au sens large génèrent
45 Md¤ de recettes (produits des
amendes de police, des taxes sur
les carburants, des concessions
autoroutières et de redevances
diverses), l?État n?en reverse aux
communes qu?1 Md¤ environ, soit
2 % des recettes, alors que « les
maires portent la responsabilité
177? Cf. audition de M. Frédéric Cuillerier, maire de Saint-Ay (Loiret), coprésident de la commission
Transports à l?Association des maires de France (AMF). D?autres infrastructures relèvent
aussi des communes et intercommunalités : la loi a ainsi attribué aux EPCI à fiscalité propre
une compétence obligatoire de Gestion des Milieux Aquatiques et la Prévention des Inondations
(GEMAPI), et donc l?entretien des digues.
178? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant l?AMF, op. cit.
179? CESE, avis Comment promouvoir le dynamisme économique des espaces ruraux, (2015)
(p. 39), et avis Services publics, services au public et aménagement des territoires à l?heure
du numérique (2020), p. 81.
civile des routes et, par voie de
conséquence, la responsabilité
pénale au regard de la sécurité
routière, notamment en cas de
défaut d?entretien » 178.
Le manque d?ingénierie est
une autre difficulté qui touche
particulièrement les petites
communes et intercommunalités :
l?avis Comment promouvoir le
dynamisme économique des
espaces ruraux souligne dès 2015
le manque d?ingénierie publique
dans les espaces ruraux et appelle
à y remédier. Un autre avis du
CESE Services publics, services
au public et aménagement des
territoires à l?heure du numérique
note la réduction des moyens
et des services assurés par les
services déconcentrés de l?État,
notamment dans les préfectures
et les ministères en charge de
l?équipement, de l?environnement
et de l?aménagement du territoire,
en lien avec la décentralisation et, à
partir de la fin des années 2000, du
fait des restrictions budgétaires179.
La suppression de l?assistance
technique des services de l?État
pour raisons de solidarité et
d?aménagement des territoires
(Atesat), en 2014, cadre dans lequel
de petites communes faisaient
appel aux services de la direction
départementale des territoires et
de la mer (DDTM), puis la directive
d?orientation sur l?ingénierie d?État
75
dans les territoires 2016-2018 du
10 mars 2016 du Premier ministre180,
actant cette réduction de l?offre
d?ingénierie et d?assistance à maîtrise
d?ouvrage (AMO) de l?État, ont entraîné un
vide. M. Frédéric Cuillerier rappelait que
les directions des services techniques
des intercommunalités, qui ont repris en
partie ce rôle, doivent couvrir un vaste
territoire, et que les bureaux d?étude
représentent pour les petites communes
un coût important181. Certes, une mission
d?assistance technique aux communes
en matière de voirie a été mise en place
dans nombre de départements mais elle
n?est pas généralisée et, en raison des
difficultés financières des départements,
ceux-ci, même là où ce dispositif existe,
ne peuvent mettre leurs capacités en
ingénierie à disposition des autres
collectivités que de manière limitée 182.
La mise en place de l?Agence nationale
de cohésion des territoires (ANCT),
en 2019, confortée par l?appui technique
du Cerema, a permis d?y remédier en
partie dans certains domaines. Après
signature, en 2023, de la « charte pour
une ingénierie publique de la réussite de
la transition écologique et de la cohésion
des territoires », la proposition d?une
offre commune en expertise et ingénierie
a été entreprise fin 2024 par les
opérateurs du ministère de la Transition
écologique. Cela s?est concrétisée par le
déploiement de la Mission Adaptation183,
service commun d?accueil et d?orientation
des collectivités sur l?adaptation au
changement climatique. Il en est résulté
la création dans chaque région d?un
180? Assemblée nationale : Rapport d?information L?adaptation de l?aménagement du territoire au changement
climatique, rapporteurs Philippe Fait et Fabrice Barusseau (2025), p. 59.
181? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant l?AMF, op. cit.
182? Sénat, rapport d?information Sécurité des ponts : éviter un drame (2019), op. cit. p. 73.
https://www.senat.fr/rap/r18-609/r18-6091.pdf;
183? Ministère de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, Mission
adaptation : le service commun d?accueil et d?orientation des collectivités sur l?adaptation au changement
climatique, mai 2025.
guichet unique, constitué par un binôme
d?agents de l?ADEME et du Cerema,
avec identification de référents chez
l?ensemble des opérateurs de l?État
partenaires. Mais, on le verra dans la
partie relative aux préconisations, ce
dispositif, s?il présente l?avantage d?une
plus grande lisibilité, souffre de moyens
humains insuffisants en nombre au regard
des besoins.
3. Une association de la population
et une gouvernance perfectibles
L?acculturation au changement et aux
risques climatiques et la participation
active de la population en cas
d?évènements naturels sont essentielles.
Miroir à la journée internationale pour la
réduction des risques de catastrophe des
Nations unies (13 octobre), la « Journée
Nationale de la Résilience », mise en place
en France en 2022 par le Gouvernement,
vise à « la diffusion de la culture du
risque et de la résilience auprès de
l?ensemble des publics : citoyens,
entreprises, employeurs publics, élus et
collectivités territoriales, établissements
d?enseignement, opérateurs publics,
associations, experts et spécialistes
chargés de la prévention et de la gestion
de catastrophes, médias ». L?avis du
CESE Face au changement climatique,
favoriser une adaptation systémique et
juste (2023) relève que cette journée,
si elle est encore peu connue, peut être
l?occasion de partages d?informations au
niveau territorial auprès des populations
pour qu?elles soient davantage actrices
dans l?anticipation et la gestion de crise,
https://www.senat.fr/rap/r18-609/r18-6091.pdf
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ainsi que dans une utilisation
adaptée des infrastructures184. RTE
a ainsi mis en place une application,
« véritable météo de l?électricité »,
pour informer sur les moments où
il faut diminuer sa consommation
d?électricité pour prévenir les
coupures. La modulation de la
demande permet d?éviter de saturer
les infrastructures essentielles.
La participation du public aux
décisions impactant l?environnement
est pour sa part définie au plus haut
niveau de la hiérarchie des normes
par la convention d?Aarhus de 1998,
par des directives européennes
et par l?article 7 de la Charte de
l?environnement, intégrée à la
Constitution en 2005. A ce titre,
sont inscrits dans le code de
l?environnement quatre objectifs
(améliorer la qualité et la légitimité
de la décision publique, assurer la
préservation d?un environnement
sain, sensibiliser et éduquer,
améliorer et diversifier l?information)
et quatre droits (accéder aux
informations pertinentes, demander
la mise en oeuvre d?une procédure
préalable, bénéficier de délais
suffisants, être informés de la
manière dont les contributions du
public ont été prises en compte)185.
Le CESE a souligné dans nombre
de ses travaux récents l?importance
qu?il attache à cette participation.
Celle-ci renvoie à un ensemble
d?outils et de procédures (débat
public, concertation préalable,
enquête publique, évaluation
environnementale, consultation
électronique sur les projets?)
184? CESE, avis Face au changement climatique, favoriser une adaptation systémique
et juste (2023).
185? Cf. site du ministère de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer
et de la pêche, « Le cadre de la participation du public au titre du code de l?environnement ».
obligatoires ou facultatifs. Elle porte
sur des projets et en particulier
sur des projets d?infrastructures
(construction d?une centrale
nucléaire ou d?une autoroute,
par exemple), ainsi que sur des
documents de planification (plans,
schémas, programmes?) élaborés
par l?État ou par les collectivités
territoriales.
Ces outils et procédures
concernent notamment des
projets d?infrastructures avant
leur construction. Pour les
grands projets d?infrastructures,
la réglementation prescrit de
les soumettre à une autorisation
préalable délivrée par la puissance
publique et donnée au vu d?un
dossier établi par le maître
d?ouvrage, qui comporte une étude
d?impact, un avis des autorités
ayant des compétences spécifiques
en matière d?environnement sur
le dossier considéré, ainsi que les
résultats de la concertation avec
le public. La Commission nationale
du débat public y contribue en
garantissant et organisant la
participation du public aux grands
projets d?infrastructures ayant
un impact sur l?environnement.
Pour les projets d?importance plus
modeste, la participation du public
prenait jusqu?à une date récente la
forme d?une enquête publique. La
réglementation a évolué et beaucoup
de projets sont aujourd?hui soumis
à une participation par voie
électronique. Des instruments de
participation existent toutefois
aussi en matière de prévention des
77
risques et d?adaptation. Ainsi, le plan de
prévention des risques naturels (PPRN)
déjà décrit est élaboré sous l?autorité
du préfet en concertation avec les
collectivités locales et adopté, comme
déjà mentionné, après enquête publique.
Mais l?enjeu de la participation importe
aussi dans certains cas quant à
l?adaptation d?infrastructures. En effet,
une infrastructure s?intègre dans un
territoire, lui apporte des services et
l?adaptation ? en particulier l?adaptation
transformationnelle186, de certaines
infrastructures a des incidences telles
sur l?évolution d?un territoire qu?elle
doit s?ancrer dans le cadre d?un projet
de territoire. Ainsi, quant à l?avenir des
stations de ski en moyenne montagne,
par exemple, les infrastructures de
transport qui permettent le tourisme
différeront selon que l?objectif
poursuivi est de maintenir à tout prix
le système du tourisme d?hiver ou de
repenser le modèle économique et de
fonctionnement du territoire en optant
pour un tourisme quatre saisons, ce qui
suppose entre autres de repenser la
formation et l?emploi dans les territoires
concernés. Cela importe, au regard de
la sensibilisation aux problématiques
environnementales, de l?acceptabilité
des décisions, de leur bonne application
ensuite et en termes de démocratie. Le
CESE a maintes fois souligné dans ses
travaux l?importance qu?il accorde à cet
enjeu et vient d?adopter un avis sur la
186? Adaptation qui modifie les caractéristiques fondamentales d?un système socio-écologique en anticipant
les effets attendus du changement climatique.
187? CESE, avis La participation du public aux décisions impactant l?environnement (2025).
188? Le COPRNM, créé par décret en 2003, est une commission consultative rattachée au ministère en charge
de l?écologie et du développement durable, avec pour mission d?élaborer des avis et des propositions
en matière de prévention des risques naturels, sur les politiques publiques et mesures qui concourent
à réduire la vulnérabilité aux risques naturels. Il est composé de parlementaires, d?élues/élus, de scientifiques,
de représentantes et représentants de la société civile, de professionnels et de représentantes/
représentants de ministères. Le service des risque naturels et hydrauliques de la DGPR prépare les conseils
et assure le secrétariat des groupes de travail.
189? SGPE La planification écologique à l?échelle des territoires (2025) https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/
france-nation-verte/la-planification-ecologique-a-lechelle-des-territoires#sadapter-a-chaque-territoire;
participation citoyenne dans le domaine
de l?environnement187.
Une bonne intégration des collectivités
territoriales et des autres parties
prenantes dans la gouvernance des
politiques d?adaptation au changement
climatique, notamment concernant
les infrastructures et la prévention
et l?adaptation en la matière est
indispensable. Des outils existent déjà
pour ce faire : le ministère en charge de
l?écologie associe ainsi l?ensemble des
acteurs de la prévention à ses travaux
au sein du conseil d?orientation pour la
prévention des risques naturels majeurs
(COPRNM)188.
Le Programme national d?adaptation au
changement climatique (PNACC) est
un instrument privilégié pour cela. Son
élaboration a fait une place importante
à la participation, comme évoqué
supra, et l?annonce par le Secrétariat
général à la planification écologique
(SGPE) de l?organisation d?exercices
de concertation dédiés à l?adaptation
au changement climatique à l?échelle
régionale (Cop régionales)189 est une
occasion de favoriser participation
et coordination des actions en ce
domaine. Ces exercices territoriaux
s?inscrivent dans le cadre existant des
Schémas régionaux d?aménagement,
de développement durable et d?égalité
des territoire (SRADDET) et des Plans
climat-air-énergie territoriaux (PCAET)
définis par la loi portant Nouvelle
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Organisation Territoriale de la
République (NOTRe) et la loi relative
à la transition énergétique pour la
croissance verte (LTECV) en 2015.
Enfin, comme le rappelle le
HCC, l?efficacité de cette
gouvernance dépendra aussi
du niveau de coopération entre
les administrations, au sein des
collectivités territoriales et entre
elles pour caractériser de manière
transversale risques, vulnérabilités
et besoins d?adaptation des
territoires190.
4. Le défi de l?Évolution des
compétences et des conditions
de travail pour les gestionnaires
d?infrastructures
Le changement climatique et la
transition écologique représentent
un défi considérable pour les
gestionnaires d?infrastructures,
tant en matière d?évolution des
compétences que pour les effets
induits par le changement climatique
sur les conditions de travail.
L?enjeu est d?améliorer les
connaissances des personnels
du secteur sur les diverses
composantes du changement
climatique, les conséquences qui en
découlent pour les infrastructures,
sur les nécessités de s?y adapter et
leurs effets en termes de matériaux
et de process, entre autres. L?avis
du CESE L?emploi dans la transition
écologique montrait dès 2015
190? HCC, avis sur le Plan national d?adaptation au changement climatique (PNACC3) une première
étape pour garantir la résilience et la protection des populations (mars 2025), p. 8. https://
www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_
PNACC3_VF.pdf;
191? HCC rapport annuel sur le climat 2023 Acter l?urgence, engager les moyens p. 7 et 51.
192? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP le 18 06 2025. Celui-ci évoquait à titre
d?illustration la création de TP Demain, école gratuite dédiée à la transition écologique
et au numérique, à la fois présentielle et numérique, visant à apporter une réponse aux
compagnons désireux de se former et des ressources aux centres de formation du secteur.
l?importance des besoins en la
matière et citait les secteurs des
infrastructures et du bâtiment
parmi les plus concernés par la
modification des politiques de
formation pour leurs métiers191.
Les Opérateurs de compétences
(OPCO), qui regroupent les
secteurs de plusieurs branches
professionnelles, ont un rôle majeur
à jouer en ce domaine. Président de
la Fédération nationale des Travaux
publics M. Alain Grizaud notait la
préoccupation des entreprises
du secteur de former leurs
collaborateurs aux technologies
émergentes192.
L?enjeu porte tant sur l?intégration
de compétences spécifiques que
de compétences transversales
utiles à la transition écologique
dans les différents métiers. Ainsi
que l?a préconisé le CESE dans
son avis Mobiliser les acteurs de
l?emploi et du travail pour réussir la
planification écologique, « tous les
acteurs de l?emploi, du travail et de
la formation professionnelle doivent
s?engager pour identifier et intégrer
les compétences, y compris
transversales, qui enrichissent
les référentiels métiers actuels
et celles qui conditionnent la
mise en oeuvre de la planification
écologique ». Le même avis
préconise de « systématiser la
prise en compte des impacts
de la transition écologique sur
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_PNACC3_VF.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_PNACC3_VF.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_PNACC3_VF.pdf
79
les compétences et les modalités
d?exercice des métiers dans toutes
les certifications professionnelles
délivrées en formation initiale comme
en formation continue », ainsi que
d?« affirmer la transition écologique
parmi les missions prioritaires des
OPCO »193.
L?évolution des conditions de travail face
aux effets du changement climatique est
un autre enjeu important, en particulier
pour les constructeurs et gestionnaires
d?infrastructures, dont les personnels,
agents publics ou salariés privés,
hommes et femmes, en charge des
travaux d?infrastructures en extérieur
(routes, réseau ferroviaire, barrage, etc.)
travaillent pour l?essentiel en plein air et
sont donc particulièrement exposés à
leurs conséquences. Le CESE souligne
dans un avis récent les conséquences
qui en découlent en matière d?équilibre
thermique corporel, de pénibilité,
de risques psychosociaux (RPS),
d?accidents du travail et de maladies
professionnelles, entre autres194. Entre
2017 et 2022, Santé Publique France
a recensé 54 travailleurs décédés en
raison de leur exposition à de fortes
chaleurs en France et 11 accidents de
travail ont été enregistrés en 2023 pour
les mêmes raisons. M. Alain Grizaud note
les incidences qu?aura le changement
climatique pour l?organisation du travail et
193? CESE, avis Mobiliser les acteurs de l?emploi et du travail pour réussir la planification écologique (2024).
194? CESE avis Travail et santé environnement : quels défis à relever face aux dérèglements climatiques (2023),
p. 38 à 60.
195? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP.
196? CESE, avis Travail et santé-environnement : Quels défis à relever face aux dérèglements climatiques ?
la gestion des chantiers dans le secteur
des Travaux publics195. Les vagues de
chaleur, par exemple, peuvent conduire
à des horaires de travail en décalé,
tôt le matin ou tard le soir. Depuis
l?intégration de la canicule dans le régime
d?indemnisation du chômage intempéries
en juin 2024, les salariés du BTP du
secteur privé peuvent désormais être
indemnisés en cas d?arrêt de travail en
période de canicule. Ces dispositions ne
s?appliquent pas aux agents publics qui
entretiennent les routes ou aux agents de
SNCF Réseau, hommes et femmes, entre
autres, alors qu?ils et elles sont soumis à
la même pénibilité et aux mêmes risques.
Dans son avis Travail et santé-
environnement: Quels défis à relever
face aux dérèglements climatiques?, le
CESE fait la préconisation suivante pour
répondre à cette nécessité d?assurer une
continuité de la protection des travailleurs
face au changement climatique, y compris
entre salariées et salariés des donneurs
d?ordre publics et des sous-traitants
privés: « Pour limiter l?exposition des
travailleuses et des travailleurs à des
températures extérieures élevées, (...)
envisager l?extension par la négociation
{du} dispositif {intempérie-risque
canicule du BTP} à d?autres activités
concernées y compris dans la fonction
publique »196.
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C. Expansion des risques et des coûts assurantiels :
un dispositif qui a évolué
197? Audition de M. David Zambon, directeur général adjoint en charge du pilotage
de la production et directeur Infrastructures et matériaux du Cerema par la commission TAA.
198? Adapter le système assurantiel français face à l?évolution des risques climatiques,
rapporté par Thierry Langreney, Gonéri Le Cozannet et Myriam Merad (décembre 2023), p. 7.
199? Audition de M. Thomas Schramme, directeur entreprises, flottes, collectivités
et associations de Groupama.
200? Caisse centrale de réassurance CCR Les catastrophes naturelles en France. Bilan 1982-
2023 (juin 2024) et France Assureurs étude L?assurance des évènements naturels en 2023
(décembre 2024).
201? Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, Repenser la mutualisation des risques climatiques,
Mathilde Viennot, Marine de Montaignac et Alice Robinet (juin 2025), p. 14.
1. Montée des risques
et des coûts assurantiels
Les assurances ont été fragilisées
par l?expansion des risques liés
notamment au changement
climatique et par leurs effets sur
les coûts assurantiels, en très
forte augmentation ces dernières
décennies. La montée des risques
climatiques se traduit, pour le
secteur de l?assurance, à travers
la sinistralité, c?est-à-dire le coût
annuel des dommages matériels
ou corporels faisant jouer les
garanties du contrat signé entre
assureur et assuré. Toutefois, pour
ce qui concerne les assureurs, le
risque assurantiel lié à la sinistralité
climatique porte surtout sur le
risque habitation, beaucoup plus
que sur les risques portant sur
les infrastructures. En effet, dans
leur très grande majorité, les
infrastructures ne sont pas assurées
et ne sont, selon M. David Zambon,
du Cerema, pas assurables197.
Le rapport Adapter le système
assurantiel français face à l?évolution
des risques climatiques (décembre
2023) souligne l?évolution du
climat depuis 2000, « la dérive
importante de la sinistralité »,
notant que « les observations et
modélisations disponibles montrent
que cette dérive est cohérente
avec les effets attendus du
changement climatique »198. Les
chiffres des dernières années sont
à cet égard éclairants : la fédération
professionnelle France Assurance a
annoncé en 2023 que, sur l?ensemble
de 2022, le coût total, pour le secteur
des assurances, des catastrophes
naturelles liées à des facteurs
climatiques et non climatiques est de
l?ordre de 10 Md¤ pour la France.
En 2023, les sinistres climatiques
ont coûté 6,5 Md¤ aux assureurs
du marché français, ce qui en fait
la troisième année la plus coûteuse
en ce domaine après la tempête de
1999 et l?année 2022. L?année 2024
représente quant à elle 5 Md¤ de
sinistres climatiques199. Ainsi, entre
2019 et 2023, le coût total de la
sinistralité liée aux évènements
naturels (pour les biens particuliers
et professionnels) a atteint en
moyenne entre 4 et 4,5 Md¤ par an,
dont 1,8 à 2,3 Md pour Cat Nat et
2,2 Md¤ pour la garantie tempête
grêle neige (TGN)200. De tels niveaux
sont déjà supérieurs de 10 à 20 %
à la sinistralité moyenne depuis
quarante ans (3,7 Md¤)201.
81
Ce phénomène s?inscrit dans un contexte
plus général de montée des risques
pour le système assurantiel, comme le
souligne l?avis Climat, cyber, pandémie :
le modèle assurantiel français mis au
défi des risques systémiques (2022)202.
Cet avis pointe, outre le risque climatique,
le risque cyber, qui peut concerner
des entreprises, services publics ou
infrastructures, mais aussi les pandémies
(Covid 19). S?y ajoute le risque émeutes,
dont témoignent les coûts élevés de
sinistralité des émeutes de l?été 2023.
Certes, l?État et les collectivités
territoriales, ainsi que les opérateurs
publics ou privés propriétaires ou
gestionnaires d?infrastructures
connaissent, au même titre que
particuliers et entreprises, des risques
liés à leurs actifs sur le territoire
national, et doivent, plus encore que les
entreprises du secteur privé, veiller à
la continuité des services en particulier
essentiels, malgré les vulnérabilités aux
dérèglements climatiques. Mais ces
gestionnaires d?infrastructures, publics et
privés se caractérisent par leur régime
mixte d?assurance classique (travaux
avec partenaires, responsabilité civile,
etc.) et d?auto-assurance, qui complique
l?évaluation des coûts complets des effets
de ces risques. L?État est ainsi son propre
assureur pour la partie importante des
infrastructures non assurée, et, de plus,
joue, à travers le système Cat Nat, pour
les biens assurés, un rôle de réassureur
des assureurs. Les grands opérateurs
nationaux publics, tels que SNCF, EDF
ou Enedis, sont aussi, sauf exception,
leur propre assureur, appuyés sur la
garantie de l?État, pour les infrastructures
202? CESE, avis Climat, cyber, pandémie : le modèle assurantiel français mis au défi des risques systémiques
(2022).
203? Audition de M. Thomas Schramme, directeur entreprises, flottes et collectivités de Groupama.
204? M. Thomas Schramme rappelait en audition que Groupama assure aujourd?hui en France près de
22 000 collectivités sur 34 000, dont une très large majorité de petites communes : 98 % des communes
assurées par Groupama comptent moins de 10 000 habitants, et 68 % moins de 2 000 habitants.
qu?ils gèrent. Des aspects liés aux
infrastructures peuvent toutefois être
assurés : Assuratome, une structure
montée par les assureurs, couvre une
partie des risques liés aux centrales
nucléaires. M. Hervé Champenois,
directeur technique d?ENEDIS, indiquait
que, pour le risque incendie, ENEDIS
est assuré. Parmi les infrastructures
publiques, beaucoup, par exemple
les routes, ne sont ni assurées ni
assurables. Pour ce qui est des
aéroports, les aéroports de Paris, par
exemple, sont assurés. La compétence
« Gestion des milieux aquatiques et
prévention des inondations » (GEMAPI),
transférée par l?État aux communes et
intercommunalités, avec entre autres
l?entretien du système de digues contre
le risque d?inondations, représente, en
particulier pour les petites collectivités
qui n?ont pas toujours les moyens de
mener à bien leur gestion, un risque
important, mais qui peut être assuré
pour la responsabilité civile et même le
dommage aux biens203.
Si certaines collectivités rencontrent
des difficultés à trouver un assureur
qui accepte de les couvrir, une grande
partie des collectivités, et en particulier
des petites communes de France
métropolitaine, est assurée. Pour les
plus grandes collectivités, telles Paris,
Bordeaux ou Lyon, des montages
existent en coassurance pour partager
les risques204. Les dépenses d?assurance
sont à 90 % portées par le bloc
communal. Le marché de l?assurance
des collectivités, porté essentiellement
par deux acteurs (Groupama et la
SMACL), est structurellement moins
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rentable que celui des entreprises,
avec des dépenses d?assurance
des communes qui ont augmenté
moins vite que l?inflation entre 2015
et 2023, malgré un retournement
de tendance observé en 2023
(augmentation en valeur de + 10,3 %
cette année-là)205. M. Thomas
Schramme notait en audition que
la hausse du coût de l?assurance
des collectivités sera une tendance
structurelle, en lien avec la
sinistralité climatique et l?apparition
de nouveaux risques, cyber entre
autres, et que l?objectif serait de
ne laisser aucune commune sans
solution d?assurance206.
Deux types de contrats existent
s?agissant des marchés publics
d?assurance, l?appel d?offres,
d?une part, et le contrat de gré
à gré, d?autre part : M. Thomas
Schramme notait que, du point
de vue de l?assureur, la procédure
d?appel d?offres s?opère à l?aveugle,
en utilisant des cahiers des
charges imposés comme base
contractuelle, sans moyen pour
connaître et analyser les risques
en dehors d?un descriptif limité
dans le cahier des charges, ce qui
engendre une insécurité juridique
et une impossibilité d?échanger
directement avec la collectivité
ou de proposer des solutions
alternatives au cahier des charges.
Le contrat de gré à gré permet
au contraire de mieux analyser
205? Rapport L?assurabilité des biens de collectivités locales et de leur groupement :
état des lieux et perspectives, rapporté par Alain Chrétien, maire de Vesoul,
et Jean-Yves Dagès, président de Groupama (avril 2024).
206? Audition de M. Thomas Schramme par TAA.
207? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant de l?AMF, par la commission TAA, op. cit.
208? Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan Repenser la mutualisation des risques
climatiques op. cit. p. 14.
209? Entretien des rapporteurs avec M. Stéphane Duroule, directeur général Offre
et services de Covéa,
le risque, d?échanger avec la
collectivité et de lui proposer le cas
échéant des solutions alternatives et
des mesures de prévention.
Une charte nationale d?engagement
pour l?assurabilité des collectivités
territoriales a été finalisée à
l?occasion du Roquelaure pour
l?assurabilité des collectivités,
qui devrait engager l?État, France
Assureurs et les associations de
collectivités territoriales AMF, ADF
et ARF207.
2. Des mécanismes de
l?assurance questionnés par
la montée des risques À 2050
L?expansion d?ici 2050 et au-delà
des risques liés au changement
climatique et l?émergence des
risques systémiques interrogent les
fondements mêmes de l?assurance.
Divers travaux de projection des
coûts de la sinistralité climatique ont
été faits par de grands acteurs du
secteur, France Assureurs, la Caisse
centrale de réassurance (CCR),
l?Autorité de contrôle prudentiel
et de résolution (ACPR)208, ainsi
que par Covéa209. Si ces exercices
de projection « retiennent des
hypothèses, des périmètres,
des points de référence ou
des scenarios de changement
climatique différents, ce qui rend
leur comparaison complexe », le
Haut-Commissariat à la Stratégie
et au Plan relève néanmoins,
83
« une relative concordance dans les
ordres de grandeur : entre 2,6 et
4 Md¤ par an en 2050 pour Cat Nat,
selon le scénario de réchauffement
et les aléas pris en compte, soit une
augmentation de 40 à 120 % par
rapport à la période 2019-2023. La
part de cette hausse liée uniquement au
changement climatique oscille entre 30
et 60 % (c?est l?effet « aléa » dans les
projections) ». Toutefois, il convient de
noter que les estimations réalisées par
les assureurs ne portent que pour une
faible part sur les infrastructures et sont
réalisées sur l?ensemble des portefeuilles
assurés (particuliers, professionnels), les
biens des particuliers en constituant la
majorité210.
L?avis Climat, cyber, pandémie : le
modèle assurantiel français mis
au défi des risques systémiques
(2022) rappelle que l?assurance, fondée
sur la mutualisation et la modélisation
des risques, repose sur un contrat
entre parties. Pour l?équilibre du
dispositif, les risques doivent avoir
une triple caractéristique : être
homogènes, dispersés et divisés. Grâce
aux statistiques et à la modélisation
actuarielle, l?assurance peut déterminer
la probabilité de la réalisation du risque
et estimer le coût moyen d?un sinistre.
Cela permet de calculer le montant de
la cotisation d?équilibre (montant moyen
nécessaire pour compenser les risques
entre eux). Pour définir ce prix d?équilibre,
les assureurs peuvent jouer sur trois
critères : le niveau de la prime, le niveau
de la franchise et les exclusions de
couverture ».
210? Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan Repenser la mutualisation des risques climatiques (2025),
op. cit., p. 14.
211? CESE, avis Climat, cyber, pandémie : le modèle assurantiel français mis au défi des risques systémiques
(2022), p. 25-31.
Selon l?Institut des actuaires, un
risque est assurable s?il remplit trois
conditions : un contrat doit établir un
transfert de risque d?une partie à une
autre (condition légale) ; l?aléa doit être
prédictible et le montant de la sinistralité
soutenable (condition mathématique) ; le
nombre de vendeurs et d?acheteurs de
risque doit être suffisant pour assurer
une logique de marché (conditions de
marché). Si, pour renforcer leur assiette
financière, les assureurs peuvent faire
appel à la réassurance, opération par
laquelle une société d?assurances
s?assure elle-même auprès d?une autre
société (le « réassureur ») pour une
partie des risques qu?elle a pris en
charge, quand le risque n?est plus un
aléa, il devient inassurable. Or, certains
risques autrefois aléatoires tendent à
devenir prédictibles et sortent de ce
fait du champ de l?assurabilité, telle que
définie par les fondements de l?assurance
décrits supra. C?est ce que mettait en
avant M. Henri de Castries, alors PDG
d?Axa, qui déclarait en 2015 « Je ne sais
pas assurer un monde à +4 degrés »,
sous-entendant que le dérèglement
climatique déclenchera inéluctablement
des catastrophes en série susceptibles
de fragiliser l?ensemble du système
assurantiel. Ainsi, le dérèglement
climatique, fait à lui seul peser un risque
existentiel à l?assurance211.
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3. Des mesures récemment mises
en place
Deux rapports de 2024212, suivis
par le Roquelaure de l?assurance,
dressent des constats concordants
au sujet de l?assurabilité des
collectivités : ils soulignent
l?insuffisance du nombre des
acteurs de l?assurance présents
sur le marché des collectivités
territoriales, la difficulté à
appréhender les nouveaux
risques, le recours à des appels
d?offre infructueux et l?enjeu de
développer la culture des risques.
Des préconisations visent à
garantir la concurrence sur ce
marché pour permettre l?entrée
de nouveaux acteurs et favoriser
un redressement du marché pour
que les collectivités puissent
continuer à trouver un assureur ;
il est recommandé aux communes
de mieux recenser et qualifier
leur patrimoine afin qu?elles soient
assurées, avec l?établissement
d?une cartographie des risques et
la définition d?actions de prévention
pour les limiter. Enfin, il est suggéré
de former et sensibiliser les élus aux
principes de l?assurance et à ses
limites, en liens avec les assureurs et
les associations d?élus.
L?Autorité de la Concurrence a
aussi rendu en janvier 2025 un
avis formulant sept propositions,
appelant les collectivités à mieux
appréhender et maîtriser leurs
risques et demandant aux pouvoirs
212? Rapport L?assurabilité des biens des collectivités locales et de leur groupement :
état des lieux et perspectives, rapporté par Alain Chrétien et Jean-Yves Dagès (avril 2024)
et Rapport de la commission des finances du Sénat, présidée par Jean-François Husson
(mars 2024).
213? Audition de M. Thomas Schramme (Groupama) par TAA.
214? Roquelaure de l?assurabilité des territoires (14 avril 2025) https://www.ecologie.gouv.fr/sites/
default/files/documents/DP-Le-Roquelaure-de-l-Assurabilité-des-territoires.pdf;
publics de clarifier les règles de
la commande publique213, élément
repris par les conclusions du
Roquelaure214.
Le Roquelaure de l?assurabilité
des territoires (avril 2025) a
débouché sur une Charte nationale
d?engagement pour l?assurabilité
des collectivités, sur un Plan pour
l?assurabilité des collectivités
territoriales et sur la création d?un
service CollectivAssur auprès du
Médiateur de l?assurance pour
orienter, accompagner et aider les
collectivités à trouver une solution
assurantielle. Le Roquelaure
préconise aussi de mettre en place
dans les intercommunalités et
communes un Risk manageur et à
faciliter la mobilisation des outils de
la solidarité nationale.
Le Gouvernement, pour y donner
suite, a publié un Guide des
marchés publics d?assurance des
collectivités locales et de leurs
groupements, élaboré par la DAJ,
la Direction générale du Trésor,
qui vise à « renouer un dialogue
de qualité entre les collectivités
et la sphère assurantielle et à
améliorer l?offre d?assurance ».
Le Gouvernement s?engage à
proposer d?ici le PLF 2026 (qui
devrait sortir prochainement) une
modernisation et une simplification
de la dotation de solidarité (DSEC)
(qui devrait très probablement
concerner les infrastructures
non assurées et notamment les
routes) en faveur de l?équipement
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DP-Le-Roquelaure-de-l-Assurabilité-des-territoires.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DP-Le-Roquelaure-de-l-Assurabilité-des-territoires.pdf
85
des collectivités territoriales et de
leurs groupements touchés par des
évènements climatiques ou géologiques.
L?objectif mis en avant est de « faciliter
la mobilisation des outils de solidarité »
(point 3 de la Charte). La modernisation
de cet outil de solidarité visera à :
assouplir et harmoniser la définition
des biens non assurables ; simplifier les
modalités de calcul ; raccourcir les délais
d?indemnisation ; réévaluer la notion
de construction à l?identique, dans une
optique d?adaptation au changement
climatique.
L?engagement 4 du Roquelaure dans
le cadre du Plan pour l?assurabilité des
territoires vise par ailleurs à mieux
maîtriser la sinistralité en renforçant la
prévention et en s?appuyant sur la culture
du risque. « Les signataires de la Charte
s?engagent ainsi à développer une
politique volontariste de formation et de
sensibilisation autour de la prévention et
de la culture des risques », avec diverses
mesures prévues :
Î Soutien des initiatives privées (CNPP)
et publiques (CNFPT), ces dernières
étant mobilisées pour former les
agents et agentes des collectivités
territoriales ; professionnalisation de
la fonction de manageur des risques/
préventionnistes par des formations
dédiées et facilitation de leur
recrutement au niveau intercommunal
ou départemental ;
215? Plan pour l?assurabilité des collectivités, points 3 et 4.
Î Proposition par les services de l?État
spécialisés dans la prévention et la
gestion de crise (sous l?égide des
préfets et préfètes de département)
d?exercices sur le terrain au niveau
départemental ;
Î Association des représentants des
assureurs et élus locaux, hommes et
femmes, aux concertations nationales
et locales sur la prévention des risques
naturels majeurs et l?adaptation au
changement de climat ;
Î Accès des collectivités aux données,
aux référentiels de prévention en
matière de risques naturels majeurs
et aux outils de diagnostics et de
vulnérabilité élaborés par le Cerema ;
Î Mise à disposition des données
cadastrales à jour par la DGFIP215.
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86
Affirmer une action publique
climatique cohérente et renforcer
l?adaptation et la décarbonation
de la France, en accord avec ses
engagements européens (paquet
climat Fit For 55) et internationaux
(Accord de Paris), par la continuité
de l?action publique, est pour le
CESE essentiel216 : cela nécessite
entre autres de mieux mesurer et
identifier les risques, d?améliorer
la gouvernance de la politique
d?adaptation et de promouvoir
des modèles innovants de gestion
216? CESE, résolution Quelle gouvernance pour la transition écologique ? (2022).
217? Mission d?information sur la sécurité des ponts | Sénat
218? Projet de loi d?orientation des mobilités : Rapport - Sénat
d?infrastructures, tout en assurant
la protection des personnels
oeuvrant à l?adaptation des
infrastructures au changement
climatique. Cela suppose aussi de
concilier atténuation, adaptation et
prévention, d?assurer et d?amplifier
le financement de l?adaptation des
infrastructures, en cohérence
avec l?évolution des besoins
d?investissement, et de conforter
les capacités du système assurantiel
dans ce nouveau contexte.
I. Axe 1 - Mieux mesurer et identifier les risques
1. Pour anticiper, il faut connaitre, recenser, estimer, prioriser et décider
Pour définir une politique permettant
d?anticiper les impacts du
changement climatique et engager
une gestion efficace du patrimoine
d?infrastructures, il faut en premier
lieu disposer d?une connaissance
précise du nombre, de la localisation
géographique et de l?état des
infrastructures notamment en matière
de vulnérabilité avérée ou probable.
C?est particulièrement vrai pour
les ponts, dont certains (selon la
mission d?information du Sénat
sur la sécurité des ponts) ne sont
pas recensés (notamment ceux
relevant de l?échelon communal)
ou qui ne sont pas tous évalués au
regard de leur vieillissement et de
leur vulnérabilité217. Dans le cadre
du projet de loi d?orientation des
mobilités de 2019218, le Sénat a
ainsi intégré, parmi les objectifs
prioritaires de la programmation
des investissements dans les
infrastructures de transport,
l?amélioration de la connaissance,
de l?entretien et de la sécurité des
ouvrages d?art et des ponts. Il a
en outre précisé que l?État devra
accompagner les collectivités dans
la gestion de leurs ouvrages.
La mission d?information du Sénat
précitée recommandait dès 2019 un
diagnostic de l?ensemble des ponts
des communes et intercommunalités
d?ici cinq ans, soit en 2024. Elle
Préconisations
PARTIE 2
https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/commissions/commission-de-lamenagement-du-territoire-et-du-developpement-durable/developpement_durable/mission-dinformation-sur-la-securite-des-ponts.html
https://www.senat.fr/rap/l18-368-1/l18-368-19.html
87
proposait par ailleurs la mise en place
d?un système d?information géographique
(SIG) national (à date seuls 30 % des
ponts sont ou seront intégrés au SIG).
Ce SIG généralisé permettrait de
référencer tous les ouvrages d?art en
France et d?inciter les opérateurs de
GPS à mieux orienter le trafic routier.
Il constituerait en outre un coffre-fort
numérique en conservant les documents
techniques des ouvrages.
Le CESE appuie cette proposition et
préconise d?élargir l?utilisation de ce SIG
pour recenser et caractériser toutes
les infrastructures dans leur diversité
sur l?ensemble du territoire : niveau de
vétusté/robustesse, âge, budgets alloués
(en investissement et fonctionnement),
budgets prévus au moins à moyen terme,
notamment quant à l?adaptation au
changement climatique, etc. Ces budgets
ne sont en effet pas toujours connus. A
titre d?illustration, l?ONR note que, dans
ses enquêtes annuelles, si le budget de
l?État pour le réseau non concédé est
connu, celui des départements l?est moins
et celui des métropoles et communes
encore moins faute de réponse à
l?enquête annuelle qui leur est adressée.
Cette cartographie, appuyée par le
SIG, doit permettre de caractériser
l?exposition des infrastructures aux
conditions climatiques actuelles
et futures (dans un scénario de
réchauffement climatique de la France à
+4 °C) et d?identifier, en les hiérarchisant,
les actions correctives et/ou préventives
conduites et/ ou programmées et/
ou à programmer. Elle devra aussi
intégrer les évolutions éventuellement
prévues de l?usage de l?infrastructure.
Par exemple, un pont peut exiger des
mesures de consolidation importantes et
coûteuses s?il est prévu que des camions
l?empruntent, mais celles-ci peuvent ne
pas être nécessaires si son usage est
réservé aux voitures, ou a fortiori aux
vélos ou piétons.
Il s?agira de croiser approche
fonctionnelle (importance du service
rendu par l?infrastructure) et risques
climatiques (à moyen/long termes) et
de veiller à ne pas cibler les seules
infrastructures les plus dégradées.
Cette approche, adossée à la TRACC,
est d?ores et déjà demandée par nombre
d?acteurs, à l?image de la FNTP qui
propose de publier une telle cartographie.
La FNTP rappelle en effet que « Alors
que 17 M d?habitants et 9 M d?emplois
sont exposés à l?aggravation du risque
inondation, les plans de prévention des
risques n?intègrent pas la TRACC ».
D?autres acteurs ont aussi progressé
sur le sujet, telle la SANEF, qui mesure
la vulnérabilité physique et fonctionnelle
de son réseau autoroutier à divers aléas
en s?appuyant sur les scénarios de la
TRACC.
Les services de l?État conduisent pour
leur part des études sur le sujet (la DMR
- Direction des Mobilités Routières- a
lancé une étude sur la résilience du
Réseau Routier National concédé ou
non) et développent des outils comme
« InfraClimat », qui permet de visualiser
les impacts du changement climatique sur
les infrastructures.
Il convient que ces démarches soient
généralisées et systématisées à tous les
types d?infrastructures et, compte tenu
des conséquences de grande ampleur du
changement climatique dans l?organisation
et la gestion des chantiers de travaux
publics liés aux infrastructures, il est
indispensable d?impliquer l?ensemble
des parties prenantes à toutes les
phases de la démarche : élaboration
de la cartographie, appropriation des
informations, mise en oeuvre et évaluation
des actions d?adaptation.
A l?échelle territoriale, cette cartographie
permettra de concevoir des plans
d?actions pertinents sur le court
terme et sur le temps long dans une
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approche de gestion intégrée du
patrimoine d?infrastructures dans
leur territoire d?insertion. Penser
la résilience des infrastructures,
c?est penser la résilience des
territoires qui les portent. Les
manières traditionnelles de gérer les
patrimoines, déconnectés de leur
environnement socio-économique,
ne sont en effet plus viables compte-
tenu des impacts déjà à l?oeuvre
du changement climatique et des
prévisions disponibles. C?est, selon
le CEREMA « une manière coûteuse
et inefficace de gérer un réseau
en le laissant se déprécier ». Par
ailleurs, l?adaptation au changement
climatique exige de remplacer
les anciennes références par de
nouvelles, représentatives des
conditions climatiques futures. C?est
particulièrement important pour les
infrastructures dont la durée de vie
est généralement très longue. Pour
le CEREMA il s?agit « d?éviter les
futurs possibles mais indésirables
et de provoquer les ruptures
nécessaires à l?émergence des
futurs désirables ».
219? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
C?est d?ailleurs le sens de la
recommandation du Haut-Conseil
pour le climat de « Développer et
consolider les séries longues de
données permettant d?alimenter
l?évaluation de la vulnérabilité
socio-économique, de calibrer des
systèmes d?alerte et d?information
ou encore de développer des
services climatiques pour
l?adaptation, y compris des services
spécialisés pour des secteurs
vulnérables (?) »219.
L?élaboration de la cartographie des
infrastructures devra être pilotée
au niveau national par les services
de l?État compétents qui auront
la charge, en lien avec les acteurs
concernés, d?en définir le contenu,
les attendus et la fréquence de son
actualisation. Elle nécessitera des
investissements, notamment en
DATA et IA.
La centralisation des différentes
cartographies « sectorielles », une
fois celles-ci réalisées, pourrait
être conduite sous l?autorité d?un
opérateur de l?État expert comme le
CEREMA.
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
89
Le CESE appelle à établir, sous le pilotage des services de l?État experts en
associant tous les acteurs concernés, une cartographie actualisée du patrimoine
d?infrastructures selon leur typologie en précisant :
Î Leur importance quantitative ;
Î Leurs catégories (principales, secondaires, critiques, etc.) ;
Î Leur implantation géographique ;
Î Leur âge, état actuel de robustesse ainsi que leur usage actuel et potentiel ;
Î La nature et l?ampleur du risque auquel est exposé l?ouvrage et les actions
à anticiper et à prioriser dans une approche proactive alignée sur la TRACC ;
Î La nature du gestionnaire qui en a la charge (public national ou local, privé, mixte) ;
Î Les budgets consacrés (en distinguant les budgets de fonctionnement
des budgets d?investissement).
PRÉCONISATION #1
220? Stéphanie Frank : le Moniteur du 13 juin 2025, article « Adaptation des infrastructures au changement
climatique, un créneau à ne pas rater, des données à actualiser », Callendar, « Une question à 2 000
Milliards : les risques climatiques pour les infrastructures ».
La gestion budgétaire des infrastructures
souffre de deux principaux écueils.
D?une part, les budgets consacrés
ne sont pas toujours connus avec
précision, qu?il s?agisse d?investissement
ou de fonctionnement en particulier
pour les infrastructures routières
relevant des collectivités territoriales.
D?autre part, l?estimation de coûts
induits par l?adaptation nécessaire des
infrastructures au changement climatique
n?est pas connue avec précision pour
toutes les infrastructures, alors que la
planification des investissements est
importante. Quant au coût de l?inaction,
aucune donnée agrégée n?est à date
disponible, même si, selon certaines
estimations, les montants seraient
colossaux. Ainsi, Callendar, une start-
up climate tech française, estime au
niveau mondial « à 2 000 Md de dollars
les pertes pour les infrastructures
en raison des aléas climatiques d?ici
à 2035, dont 827 Md de dollars pour
le seul secteur de l?énergie et près de
900 Md pour les réseaux de transport
et de communication. Si les États-Unis
enregistrent les plus grosses pertes,
600 Md de dollars, devant la Chine et le
Japon, la France est le pays européen le
plus exposé aux pertes »220.
Pour arbitrer des choix d?investissement
et d?adaptation et planifier sur le moyen
et long termes les opérations à conduire,
il est indispensable de chiffrer les coûts
associés et d?y ajouter les montants
correspondant à la dette grise qui
doivent être calculés avec précision. Ce
chiffrage est d?autant plus crucial que
tous les experts s?accordent sur le mur
d?investissement à venir pour assumer la
nécessaire adaptation des infrastructures
face au changement climatique.
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Le CESE appelle les propriétaires et gestionnaires d?infrastructures
à estimer précisément le coût de l?adaptation des infrastructures
dans les territoires et à y inclure, en le distinguant, le montant de la
« dette grise » résultant des retards cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien, y compris préventif. Cela pourra se faire
en faisant appel si besoin au concours du Cerema si les gestionnaires
n?ont pas la compétence nécessaire.
PRÉCONISATION #2
2. Renforcer le suivi et l?évaluation en matière d?efficacité de l?adaptation
des infrastructures au changement climatique
221? HCC, rapport annuel 2025 p. 300, et rapport Tenir le cap de la décarbonation,
protéger la population (2024).
222? HCC, avis sur le plan national d?adaptation au changement climatique (2025).
223? CESE, contribution à la consultation sur le PNACC 3 (décembre 2024), p. 3.
L?adaptation au changement
climatique est un processus itératif
qui s?inscrit nécessairement dans
la durée. Son amélioration suppose
un système de suivi et d?évaluation.
Le Haut Conseil pour le climat
appelle pour ce faire dans l?avis qu?il
a rendu sur le PNACC 3 à « doter
le PNACC 3 d?indicateurs de
progrès et d?un système de suivi,
d?évaluation et d?apprentissage
robuste permettant de mesurer
les effets concrets de la politique
d?adaptation sur la réduction de
l?exposition et de la vulnérabilité
au changement climatique
des personnes et des biens »
(recommandation 10).
Le CESE partage la conviction du
HCC quant à la nécessité de doter
le PNACC 3 d?un système de suivi
et considère qu?une évaluation
systématique des politiques
d?adaptation des infrastructures
au changement climatique est dès
lors nécessaire.
Cela suppose de définir, très en
amont de la mise en oeuvre des
mesures d?adaptation, les modalités
de leur évaluation et notamment
la nature des indicateurs à suivre.
Comme le propose le HCC, cette
démarche devrait « s?appuyer
notamment sur les travaux des
groupes régionaux d?experts
du climat et de la communauté
internationale sur le climat » et
s?inspirer des actions conduites
en Allemagne et le Royaume-Uni
pour mesurer les résultats en
matière de réduction des risques
et vulnérabilités221. Pour sa part,
le système de suivi de la politique
française repose principalement sur
des indicateurs de suivi de la mise
en oeuvre222.
La contribution du CESE à la
consultation sur le PNACC3
engage le Gouvernement à
produire des indicateurs plus
complets et précis223. Le CESE
considère qu?Ademe, Cerema et
BRGM devraient y contribuer, en
apportant leur concours technique
91
aux collectivités et aux opérateurs
gestionnaires d?infrastructures, pour la
définition et l?élaboration d?indicateurs
pertinents, une fois définis les objectifs
d?adaptation relatifs à l?infrastructure
concernée,
Le CESE engage le Gouvernement à :
Î Renforcer l?évaluation de l?utilité des infrastructures et de l?efficacité de leur
adaptation au défi climatique, en la systématisant dès l?élaboration et la mise
en place des mesures d?adaptation prévues ;
Î S?appuyer notamment pour ce faire sur les travaux des groupes régionaux
d?experts du climat pour la définition des objectifs et des indicateurs de suivi.
L?ADEME, le Cerema et le BRGM pourraient apporter leur concours
à l?élaboration de ces indicateurs.
PRÉCONISATION #3
II. Axe 2 - Améliorer la gouvernance
1. Elaborer une politique nationale de coordination des infrastructures
Afin de répondre aux enjeux systémiques
liés à l?adaptation au changement
climatique, à la transition énergétique, à la
souveraineté industrielle et à l?égalité des
territoires, le CESE recommande la mise
en place d?une stratégie nationale dédiée
aux infrastructures, intégrée à la Stratégie
française pour l?énergie et le climat (SFEC).
Cette stratégie devra être interministérielle,
pilotée par le SGPE sous l?autorité du
Premier ministre, afin d?assurer une
cohérence d?ensemble entre les différents
volets de la planification écologique,
notamment le PNACC, la SNBC et la PPE.
En effet, Le PNACC 3 constitue, avec la
Stratégie nationale bas carbone (SNBC
3) et la Programmation pluriannuelle de
l?énergie (PPE 3), l?un des trois piliers
de la Stratégie française pour l?énergie
et le climat (SFEC). Le CESE souscrit
à l?inscription de la TRACC (hypothèse
de + 4 °C à l?horizon 2100 par rapport à
l?ère préindustrielle) dans les documents
de planification publique, nationaux et
territoriaux (mesure 23 du PNACC 3).
Le SGPE, dans sa mission de coordination
de la planification écologique, assure la
cohérence entre les stratégies nationales
(SNBC, PNACC, PPE) et veille à leur
déclinaison territoriale. Il pilote à ce
titre les COP régionales, espaces de
concertation entre l?État, les collectivités
et les acteurs locaux. Le SGPE est donc
le garant de l?approche systémique et
transversale de la transition écologique,
en lien avec les ministères concernés
et les parties prenantes. Des COP
régionales se sont tenues en 2024 sur
le sujet de l?atténuation du changement
climatique. En 2025, un nouveau volet
s?ouvre pour l?adaptation des territoires
avec pour objectif une première
priorisation des enjeux d?adaptation
dans les territoires, la définition
d?actions prioritaires et la formalisation
d?engagements débouchant sur des
stratégies territoriales. Il importe de
mettre en place un fonctionnement plus
transversal de ces COP, en y intégrant
notamment la stratégie nationale des
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infrastructures proposée par
le CESE et en articulant enjeux
d?adaptation, d?atténuation et de
résilience.
Le SGPI est chargé, sous
l?autorité du Premier ministre, de
la mise en oeuvre de la politique
d?investissement de l?État. Il pilote
notamment le plan France 2030, qui
mobilise 54 Md¤ pour transformer
les secteurs clés de l?économie. Le
SGPI assure également l?évaluation
socio-économique des grands
projets d?investissement public et
dispose de Sous-Préfets référents
dans chaque département pour
accompagner les projets industriels.
Dans le cadre de la stratégie
nationale des infrastructures, le
SGPI devra être mobilisé pour
coordonner les investissements
publics et privés, en intégrant des
critères de résilience climatique, de
péréquation territoriale et de soutien
à l?innovation. Il jouera un rôle central
dans la déclinaison opérationnelle
des priorités définies par le SGPE.
Le scénario de planification
écologique élaboré par le Conseil
d?orientation des infrastructures a
permis de conduire les échanges
avec les collectivités territoriales
et la déclinaison opérationnelle
de ses recommandations. Pour le
CESE, une telle dynamique doit être
étendue aux autres secteurs liés
aux infrastructures et notamment
aux infrastructures stratégiques :
énergie, numérique, etc.
L?élargissement du COI permettrait
ainsi d?intégrer à la fois les enjeux :
Î De résilience face au changement
climatique ;
Î D?égalité des territoires ;
Î De souveraineté industrielle.
« Le COI est essentiel pour
réfléchir sur le temps long et
éclairer le gouvernement sur
les orientations stratégiques » a
rappelé M. Alain Grizaud, président
de la FNTP.
Ce COI élargi deviendrait le Conseil
national des infrastructures, chargé
de suivre la mise en oeuvre de la
stratégie nationale (pilotée par
le SGPE), d?évaluer les besoins
territoriaux, et de proposer des
arbitrages notamment au regard de
la priorisation des investissements
en lien avec les objectifs de la
planification écologique. Il devra
être ouvert à la société civile et aux
parties prenantes, afin de garantir
la transparence, la concertation et
l?acceptabilité des décisions.
93
Le CESE appelle l?État à mettre en place une gouvernance nationale intégrée
des infrastructures. Celle-ci devra être fondée sur une stratégie interministérielle
pilotée par le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE). La mise en
oeuvre coordonnée des investissements sera assurée par le Secrétariat général
pour l?investissement (SGPI) et par le Haut-Commissariat à la stratégie et au Plan.
Elle jouera aussi un rôle de conseil en matière de priorisation et de suivi élargi
confiés au Conseil d?orientation des infrastructures (COI), ouvert à la société civile
et aux parties prenantes.
Cette stratégie interministérielle devra se traduire par une programmation
pluriannuelle des investissements dans le cadre prévu à la préconisation n° 11.
PRÉCONISATION #4
2. Territorialiser la gouvernance des infrastructures à travers les CPER
224? CESE, avis la participation du public aux décisions impactant l?environnement, 2025.
Les Contrats de Plan État-Région (CPER)
sont des outils de coordination entre
l?État et les Régions. Ils permettent de
décliner différentes politiques publiques,
au plus près des territoires concernés.
La 7e génération des CPER (2021-2027)
intègre des volets mobilité, transition
écologique et infrastructures. Dans
leur conception, ils doivent prendre en
compte les besoins locaux et les faire
remonter à l?échelon étatique. La nouvelle
génération de CPER pour la période
2021-2027 témoigne d?une méthodologie
modifiée. Ces CPER sont ascendants et
différenciés : leur point de départ réside
dans les attentes et les besoins des
territoires.
Créés en 2020, les Contrats de relance
et de transition écologique (CRTE)
constituent le cadre de référence du
dialogue entre l?État et les collectivités
territoriales à l?échelle infra, tel que
les bassins de vie. Ils sont donc
complémentaires des CPER. En 2023,
les CRTE ont été renommés Contrats pour
la réussite de la transition écologique.
Ils sont devenus l?outil privilégié de
dialogue entre l?État et les collectivités,
afin de par exemple concrétiser les
différentes modalités de planification
écologique Ils en deviennent ainsi l?outil
de mise en oeuvre.
Les CRTE ont également pour ambition
de rassembler dans un cadre commun
plusieurs politiques publiques portées par
différentes structures telles que l?ANCT,
l?ADEME, le Cerema, l?Office français de
la biodiversité, les Agences de l?eau, les
Établissements publics fonciers?).
Pour le CESE, il importe de mieux
articuler CPER et CRTE pour renforcer
la territorialisation des politiques
liées aux infrastructures et garantir
la participation de la société civile
organisée et de la population dans les
décisions. L?importance de cette modalité
démocratique a été rappelée par le CESE
dans un avis consacré à la participation
du public, adopté en 2025224.
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Le CESE appelle Gouvernement et Régions à renforcer la
territorialisation de la gouvernance des infrastructures en intégrant
systématiquement des volets dédiés à celles-ci dans les contrats de plan
État/Région (CPER), articulés avec les Contrats pour la réussite de
la transition écologique (CRTE), et en assurant une évaluation régulière
des projets selon des critères de résilience des infrastructures face au
changement climatique. Une place doit être faite dans ce cadre
à la société civile organisée via les consultations des CESER.
PRÉCONISATION #5
3. Réduire les délais de décision et de mise en oeuvre, promouvoir
des modèles innovants de gestion d?infrastructures
Les délais de réalisation des
infrastructures sont souvent longs,
en partie du fait de la complexité
des procédures, des études
préalables et des concertations.
Le COI souligne que les retards
accumulés ne peuvent être résorbés
rapidement sans une gouvernance
adaptée. L?Autorité de régulation
des communications électroniques,
des postes et de la distribution de
la presse (Arcep), dans le domaine
de la fibre, par exemple, a mis
en place des groupes de travail
pour améliorer les processus de
raccordement et de maintenance.
Une meilleure anticipation des
risques, une simplification des
procédures et une coordination
renforcée entre les acteurs sont
nécessaires pour garantir des délais
raisonnables, tout en respectant
les exigences techniques et
environnementales.
En septembre 2025, le Haut-
commissariat à la Stratégie et au
Plan a confié à M. Michel Cadot,
préfet, la présidence d?une
commission qui devra proposer
des mesures de simplification dans
la réalisation des grands projets
d?infrastructures tels que l?énergie
ou les transports.
La mission devra identifier
les difficultés juridiques et de
procédure liées aux infrastructures.
Il s?agira ensuite de proposer des
mesures de simplification. Celles-
ci devront combiner diverses
exigences :
Î Être plus rapide dans la
concrétisation des projets, en
insistant sur ceux qui sont en
lien direct avec la transition
écologique, par exemple le
ferroviaire ;
Î Sécuriser les décisions liées
aux projets, indépendamment
de leur caractère favorable ou
défavorable ;
Î Sauvegarder les mesures
environnementales.
En complément de ces travaux,
la commission entamera une
réflexion relative à la pluriannualité
dans la décision publique, en
lien avec les grands projets
d?aménagement du territoire.
95
« Continuer d?aménager le territoire
national est une nécessité impérieuse
pour garantir la capacité de la France à
s?adapter aux dérèglements climatiques
et approfondir l?équité territoriale sur le
long terme » a précisé M. Cadot lors de
sa prise de fonctions.
Le CESE appelle les pouvoirs
publics à respecter des
délais de décision et de mise
en oeuvre raisonnables et
encadrés pour l?adaptation
des infrastructures, en
renforçant les études
préalables y compris
environnementales, de
manière à gagner du temps
ensuite, en s?appuyant sur
les enquêtes publiques et
en simplifiant par ailleurs les
procédures administratives, en
particulier en cas d?urgence,
de force majeure ou de risque
pour la population. Le CESE
recommande d?instaurer
des mécanismes de suivi et
d?évaluation des calendriers.
PRÉCONISATION #6
L?expertise technique, issue de
connaissances, de compétences
et de savoir-faire spécialisés, est
indispensable pour renforcer la
résilience des infrastructures face au
changement climatique. Cela concerne
l?ensemble du cycle de vie des ouvrages,
conception, construction, exploitation
et entretien. L?appui à la recherche
225? Leonard - 2024 - Adaptation - Catalogue des solutions ; Les infrastructures face au climat :
une adaptation devenue vitale | Saint-Gobain ;
et développement, à l?innovation, et
au développement technologique est
nécessaire : développement de nouveaux
matériaux, de nouveaux modèles de
conception et de nouvelles techniques de
construction. Au-delà de la mobilisation
de l?expertise des services de l?Etat,
il s?agit de favoriser la culture de
l?innovation, et de l?entrepreneuriat, de
créer des débouchés pour les industries
locales et nationales et d?encourager des
technologies de pointe en matière de
résilience des infrastructures : meilleure
surveillance de l?état des infrastructures,
identification précoce des vulnérabilités,
anticipation des impacts. Il s?agit de
porter l?innovation sur les solutions
de diagnostic, de prévention et de
réparation. Des opérateurs développent
déjà de multiples solutions innovantes
pour les infrastructures routières,
ferroviaires, aéroportuaires, énergétiques
et celles liées à l?eau225.
Les techniques et matériaux innovants
font l?objet d?utilisations multiples :
renforcement mécanique des ouvrages
et lutte contre l?érosion par l?utilisation de
procédés innovants de bio-consolidation
(procédé d?injection par biominéralisation
basé sur l?utilisation de bactéries
calcifiantes pour précipiter in-situ un
composé minéral à base de calcite),
revêtements routiers à faible albedo
(limitation des températures de surface),
peintures réfléchissantes, revêtements
perméables et poreux, etc.
Les nouveaux matériaux, plus résistants,
notamment en conditions extrêmes, et
moins émissifs en gaz à effet de serre,
doivent être développés. Pour cela, il
est nécessaire d?accélérer l?évolution
des normes techniques de construction
en y intégrant les incidences du
changement climatique et en simplifiant
https://leonard.vinci.com/wp-content/uploads/2025/05/2024-Leonard-Adaptation-Catalogue-des-solutions-FR.pdf
https://www.saint-gobain.com/fr/magazine/les-infrastructures-face-au-climat-une-adaptation-devenue-vitale
https://www.saint-gobain.com/fr/magazine/les-infrastructures-face-au-climat-une-adaptation-devenue-vitale
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les processus de normalisation, tout
en garantissant leur respect des
normes de sécurité.
Des solutions, fondées sur la nature,
doivent aussi être recherchées :
toits verts, chaussées perméables,
systèmes de drainage naturels,
bioéconomie, etc.
Pour réussir le saut technologique
visé, deux conditions doivent être
réunies :
Î Garantir, par les pouvoirs publics,
un environnement suffisamment
incitatif et sécurisé permettant
à l?échelle européenne des
coopérations facilitant la
recherche développement
et la consolidation d?un tissu
entrepreneurial à haute
compétence technologique ;
Î Former les salariées et salariés
des entreprises concernées
aux nouvelles techniques et aux
nouveaux matériaux.
226? Des panneaux solaires entre les rails de chemin de... | SIG
Enfin, et plus largement, un
parangonnage des solutions les
plus innovantes développées
dans d?autres pays en matière
d?atténuation et d?adaptation
permettrait à l?écosystème national,
public et privé, de bénéficier des
avancées les plus récentes à l?image
du récent projet d?installation de
panneaux solaires entre les rails des
chemins de fer en Suisse226. Cette
mission pourrait être confiée à la
Direction générale des entreprises
(DGE) du ministère de l?économie
et des finances au titre de ses
compétences en matière de soutien
à la recherche et à l?innovation. La
DGE aurait ainsi la responsabilité
de recenser, d?approuver (via une
labellisation par exemple) et de
diffuser, via un portail en libre accès,
les différentes solutions innovantes
en partenariat avec les acteurs des
filières.
Pour transformer la contrainte climat en opportunité, le CESE demande
au ministère en charge de l?équipement d?encourager et de faciliter
l?utilisation d?éco-matériaux (notamment recyclés) et de nouveaux
matériaux (entre autres poreux), en simplifiant les normes et les
autorisations administratives. Le CESE recommande aux pouvoirs
publics de développer des filières éco-responsables, de développer
la recherche ainsi qu?un réseau d?entreprises et de start-up françaises
et européennes « championnes » des infrastructures de transition.
PRÉCONISATION #7
https://ww2.sig-ge.ch/vitale_vert/projets/des-panneaux-solaires-entre-les-rails-de-chemin-de
97
4. Accompagner et soutenir les secteurs professionnels les plus exposés
Le changement climatique induit
des transformations profondes dans
l?organisation, la planification et la
réalisation des chantiers, en particulier
pour les opérateurs gestionnaires
d?infrastructures et les acteurs du
secteur des travaux publics. Ces
transformations exigent une adaptation
rapide des pratiques professionnelles,
notamment pour garantir la sécurité
des travailleurs sur le chantier, et une
évolution des normes techniques et des
modes de gouvernance. Cela passe par
plusieurs dispositifs d?ampleur :
Î Pour adapter les chantiers en
période de canicule, les horaires de
travail doivent être réorganisés, les
équipements adaptés, les protocoles
de sécurité renforcés, ce qui implique
une formation spécifique des chefs
de chantier et responsables Hygiène,
Sécurité, Environnement ;
Î Pour la gestion des eaux pluviales
en milieu urbain, les techniciens
territoriaux doivent maîtriser les
solutions fondées sur la nature,
appelant des compétences
nouvelles (hydraulique urbaine et
écoconception) ;
Î Pour la réhabilitation des
infrastructures routières face aux
mouvements de terrain liés à la
sécheresse, les ingénieurs pourraient
intégrer des matériaux innovants et
des techniques de diagnostic prédictif,
appuyées par des outils numériques ;
Î Pour le déploiement de réseaux
de chaleur ou de froid urbains, les
collectivités doivent disposer d?une
ingénierie publique capable de
concevoir, piloter et suivre ces projets
complexes, en lien avec les objectifs de
transition énergétique.
Les métiers liés aux infrastructures
restent au coeur de cette transition. Ils
mobilisent des centaines de milliers de
professionnels, tant dans le secteur privé
que public. Ces métiers sont confrontés
à des défis croissants : sécurité des
ouvrages, résilience climatique, sobriété
énergétique, complexité technique,
innovation numérique, évolution des
usages. L?impératif de renforcer à tous
les niveaux les compétences de ces
professionnels suppose :
Î Un investissement massif dans la
formation initiale et continue, en
intégrant les enjeux climatiques,
écologiques et technologiques dans les
référentiels de compétences ;
Î L?incitation à la mixité des métiers et la
valorisation des métiers de l?ingénierie
territoriale, souvent méconnus mais
essentiels à la qualité et à la durabilité
des infrastructures ;
Î Le soutien à l?ingénierie publique,
notamment au sein des collectivités
territoriales, pour garantir une
maîtrise d?ouvrage souveraine, capable
de piloter des projets complexes,
innovants et adaptés aux réalités
locales ;
Î La mobilisation des parties prenantes
(ministères, donneurs d?ordre publics
et privés, organisations syndicales,
organismes de prévention, branches
professionnelles) dans une stratégie
concertée d?adaptation et de montée
en compétences ;
Î Le renforcement des échanges entre
secteurs publics et privés, pour
favoriser les transferts de savoir-faire,
l?innovation partagée et la mutualisation
des ressources.
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Selon Carbone 4227, les
investissements dans les
infrastructures ont un effet
multiplicateur sur l?emploi et la
valeur ajoutée dans l?économie
française. Il est donc stratégique de
faire de l?adaptation au changement
climatique un levier d?évolution
des compétences au service du
développement économique, social
et territorial.
Dans son avis Mobiliser les acteurs
de l?emploi et du travail pour réussir
la planification écologique, le
CESE a préconisé de « rendre les
métiers de la transition écologique
plus attractifs et moins genrés »,
notamment en « organisant des
conférences de niveau régional
sur l?attractivité des métiers de la
transition incluant les conditions de
travail et l?adaptation à un contexte
de changement climatique en
rassemblant tous les acteurs »
ainsi qu? « en associant dans
les entreprises les salariés à la
réflexion sur les évolutions de
leur métier à la transition dans le
cadre d?un dialogue professionnel
renouvelé ». La même approche
doit prévaloir pour les métiers plus
particulièrement impliqués dans
l?adaptation des infrastructures au
changement climatique228. Le CESE
recommande ainsi de mettre en
oeuvre une politique ambitieuse de
renforcement des compétences
dans les secteurs professionnels
exposés, en articulant formation,
reconnaissance et attractivité
des métiers, soutien à l?ingénierie
publique et gouvernance partagée,
227? Le rôle des infrastructures dans la transition bas-carbone et l?adaptation au changement
climatique de la France, 2021.
228? CESE, avis Mobiliser les acteurs de l?emploi et du travail pour réussir la planification écologique
(2024).
afin de garantir la résilience des
infrastructures et la montée en
capacité des territoires face aux
défis climatiques.
Le CESE appelle les pouvoirs
publics et les grandes
sociétés de travaux publics
françaises à renforcer les
compétences et les moyens
des secteurs professionnels
exposés, en soutenant la
formation initiale et continue,
en valorisant les métiers de
l?ingénierie territoriale et en
garantissant une maîtrise
d?ouvrage publique capable
d?innover et de piloter les
projets complexes.
PRÉCONISATION #8
Il convient de penser les différentes
démarches d?adaptation, jusqu?alors
sectorielles et parcellaires, comme
un ensemble cohérent au sein
duquel toutes les politiques seraient
coordonnées entre elles.
Le cadre légal et réglementaire
répond à ce besoin de sécurisation
et de stabilité et fournit une
référence à la fois juridique et
institutionnelle en même temps
qu?il légitime des normes efficaces
et des niveaux d?exigence garants
des meilleures pratiques. Il permet
également d?arrêter la répartition des
responsabilités entre les différents
acteurs concernés. Il peut être
99
incitatif en prévoyant des mécanismes,
notamment financiers, de soutien et/ou de
reconnaissance de la qualité des ouvrages
en matière de résilience.
Or il n?existe pas en France d?obligation
générale d?adaptation au changement
climatique. Le PNACC 3, adopté en
juillet 2025 pour une durée de 5 ans,
s?il définit une stratégie nationale
déclinée en un ensemble de mesures,
est un cadre général, sans valeur
juridique contraignante. Un avis du
Conseil d?État de 2021 parle de « faible
normativité du PNACC et d?absence
d?effets juridiques »229. La trajectoire
de réchauffement de référence pour
l?adaptation au changement climatique
(TRACC), inscrite dans le seul PNACC,
ne revêt pas non plus de caractère
juridiquement contraignant.
Pour autant, toutes ces démarches
vont dans le bon sens et engagent
élus et services de l?État à anticiper et
prévenir les impacts du changement
climatique. Elles doivent être davantage
soutenues, par exemple en définissant,
229? 428177
230? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2023).
à partir du PNACC, un cadre légal et
réglementaire opposable et contraignant,
dont le fondement pourrait être la
Charte de l?environnement, de portée
constitutionnelle et qui consacre le
principe de précaution, et des textes
internationaux qui engagent la France
comme l?Accord de Paris ou encore le
Règlement UE 2021/1119 dit « loi européenne
sur le climat ».
Le CESE appelle le
Gouvernement et le
Parlement à fixer un cadre
légal comportant des mesures
incitatives ou contraignantes
selon leur objet en vue de
favoriser la résilience des
infrastructures face au
changement climatique,
donnant la visibilité et la
stabilité nécessaires.
PRÉCONISATION #9
III. Axe 3 - Mettre en place une politique systémique
d?investissement dans les infrastructures
1. Atténuation et adaptation, des politiques à mener de pair
Le réchauffement climatique est un
phénomène mondial. Du fait de l?inertie
du système climatique terrestre, le climat
des 25 prochaines années dépendra
assez peu des émissions actuelles et
à venir : il se réchauffera de manière
certaine jusqu?en 2050, voire au-delà
si les pays émetteurs ne tiennent pas
l?objectif de zéro émission nette en 2050.
En revanche, l?intensité du changement
climatique après 2050 sera directement
liée aux trajectoires des émissions de
GES des années à venir. De plus. Il existe
un risque d?emballement climatique,
avec des effets néfastes sur les puits de
carbone et le climat230.
https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CRP/conclusion/2021-02-12/428177?download_pdf
https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2021/1119/oj?locale=fr
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100
L?atténuation, qui vise à agir
sur les causes, et l?adaptation,
qui consiste à agir sur les
conséquences, sont donc, face au
changement climatique, deux volets
complémentaires des politiques
climatiques.
Ainsi, l?Accord de Paris de 2015
prévoit que les pays signataires
doivent, d?une part, définir une
politique et mettre en oeuvre des
actions d?atténuation pour limiter
leurs émissions de GES, et, d?autre
part, définir et conduire des
politiques et actions d?adaptation231.
Le rapport annuel 2025 du HCC
souligne l?urgence des deux
politiques : « Les observations
confirment que le réchauffement
a été encore plus rapide au cours
de la dernière décennie et que les
effets du changement climatique
s?intensifient et s?amplifient,
démontrant des besoins croissants
d?adaptation. Il y a urgence à
réduire les émissions pour limiter le
réchauffement232».
En accord avec les engagements
internationaux de la France et la
loi européenne sur le climat entrée
en vigueur en 2021, le projet de
stratégie nationale bas carbone
(SNBC3) de la France vise à
atteindre la neutralité carbone
en 2050 et à une réduction de
50 % des émissions brutes entre
1990 et 2030. Mais, comme le
souligne le HCC, « alors que la
baisse d?émissions observées en
2023 était compatible avec la
231? Article 7 de l?Accord de Paris.
232? Rapport annuel HCC 2025 : Relancer l?action climatique face à l?aggravation des impacts
et à l?affaiblissement du pilotage (juin 2025).
233? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2023).
234? HCC Rapport annuel 2025.
235? HCC Rapport annuel 2025, p. 112 et 126.
trajectoire nécessaire pour tenir
les objectifs fixés par la SNBC3,
cette dynamique s?est interrompue
en 2024, entraînant un retard
qu?il est impératif de rattraper. (?)
Pour atteindre la cible fixée par
le projet de SNBC3, le rythme de
réduction des émissions brutes
totales doit doubler par rapport à
celui observé en 2024 ». Chaque
fraction de degré de réchauffement
sur le globe aura des conséquences
importantes, en particulier sur les
extrêmes climatiques233.
Devant ce défi, les infrastructures
ont un rôle important à jouer,
entre autres en matière de
transport, les émissions de ce
secteur représentant 34 %
des émissions nationales en
2024234. Or, si le déploiement
des bornes de recharge pour les
véhicules électriques continue
au rythme nécessaire pour
accompagner l?électrification du
parc, les investissements dans
les infrastructures ferroviaires et
cyclables ne sont pas au niveau des
besoins identifiés et le financement
des transports en commun reste
incertain selon le HCC235. Cela
crée un risque quant à l?atteinte des
objectifs de décarbonation et ne
permet pas à la France de se situer
sur la trajectoire qu?elle s?est fixée
en ce domaine.
101
Au-delà des seuls transports, il est
indispensable de poursuivre voire
d?augmenter les efforts d?investissements
dans divers types d?infrastructures
favorables à l?atténuation (telles que
celles pour la production énergétique
décarbonée) ou à l?adaptation ou
236? CESE, avis Comment favoriser une gestion durable de l?eau (quantité, qualité, partage) en France
face aux changements climatiques ? (2023), p. 85.
237? Un glossaire rappelant la définition des divers concepts et expliquant les termes techniques figure en annexe 1
conciliant les deux (telles que les
infrastructures « vertes » favorisant des
modes de transport décarbonés, comme
le vélo ou la marche, limitant les émissions
de GES et atténuant les îlots de chaleur
urbain).
2. La dette grise, un défi à relever en y intégrant de manière systémique atténuation
et adaptation et la nécessité de disposer d?une programmation pluriannuelle
La partie relative aux constats a
relevé l?ampleur en France des retards
d?investissement dans l?entretien
et la rénovation de divers types
d?infrastructures de réseaux, ces retards
cumulés formant la « dette grise ». C?est
notamment le cas du réseau ferroviaire,
la direction de la SNCF soulignant le
risque, s?il n?y est pas remédié, de
« décrochage » (4 000 km sur 17 000 km
du réseau structurant d?ici 2028 (cf.
données mentionnées dans le point IC).
Se trouvent aussi dans cette situation
une partie importante des infrastructures
routières et en particulier des ponts,
ainsi que des voies navigables. Il en va de
même des réseaux d?eau, dont un avis
récent du CESE souligne la nécessité de
les rénover après des années de sous-
investissement, en particulier en zones
peu denses, 20 % de l?eau potable mise à
distribution n?arrivant pas à destination, à
l?échelle nationale, du fait des fuites236.
Pour le CESE, se poser la question du
climat futur et de l?adaptation avant tout
investissement dans une infrastructure
est indispensable pour prévenir le
risque d?un réinvestissement précoce,
voire d?une maladaptation. Anticiper est
essentiel, car les choix opérés en amont
conditionnent les marges d?évolutions
ultérieures.
Intégrer la préoccupation de
l?adaptation dès la conception du projet
ou du programme (adaptation dite « by-
design »237) n?entraîne en général qu?un
surcoût limité, inférieur par exemple,
selon I4CE, à 5 % pour la modernisation
des infrastructures de transport. Profiter
d?investissements déjà prévus dans une
infrastructure pour renforcer son niveau
d?adaptation permet de le faire à moindre
coût.
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Le CESE appelle État, collectivités territoriales et opérateurs à amplifier
les investissements après appréciation de leur utilité dans le cadre d?une
analyse systémique et prospective, pour résorber progressivement la
« dette grise » imputable à la longue période de sous-investissement
dans la maintenance des infrastructures. Il préconise d?engager sans
attendre les travaux préventifs de remise à niveau des infrastructures les
plus dégradées, de mettre à profit ces investissements pour renforcer
dans une logique systémique l?apport des infrastructures à l?atténuation
du changement climatique et d?y intégrer de manière systématique un
« réflexe adaptation » prenant en compte les potentielles évolutions
d?usage.
PRÉCONISATION #10
238? CESE, avis SFEC : quelle gouvernance pour la transition écologique ? (2022), préconisation 8.
239? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique
et juste (2023), op. cit..
240? HCC, rapport annuel 2025, p. 14.
241? HCC, avis sur le PNACC 3 (mars 2025).
La nécessité de disposer d?une
programmation pluriannuelle a été
soulignée par le CESE dans des avis
récents pour le financement de la
politique de transition écologique.
S?agissant de la SFEC, qui englobe
les divers volets de la transition,
le CESE appelait dès 2022 à « se
donner les moyens financiers
via une loi de programmation
pluriannuelle des finances publiques
pour la transition écologique »238.
En 2023, le CESE notait la nécessité
« d?y faire apparaitre les besoins
associés au PNACC 3 »239, pour
coordonner dans la durée la
politique d?adaptation dans ses
diverses dimensions.
Mais cette prise en compte reste
insuffisante. Ainsi, pour le HCC,
« Le financement de l?adaptation
constitue un angle mort des
documents de planification
stratégique »240 et celui-ci appelle
à « doter le PNACC 3 d?un plan
de financement complet (État/
collectivités/privé) prévoyant un
renforcement des financements
de l?adaptation sur la base d?un
cadre incitatif et réglementaire
et mettre en place un suivi
transparent des crédits alloués
à chaque mesure »241. Le CESE
regrette avec le HCC que très peu
d?actions du PNACC 3 précisent à
ce stade les montants et modalités
de financements prévus, notamment
les mesures 30, 31 et 32 portant sur
les moyens d?assurer la résilience
des infrastructures dans les
secteurs des transports, du système
énergétique et des services de
communication électronique.
103
Pour le CESE, la continuité de
l?action publique conduite en matière
d?adaptation, notamment celle visant
à l?adaptation des infrastructures, est
essentielle. Leur financement doit
être cohérent avec l?évolution des
besoins d?investissements, sans Stop &
Go, et ne doit ne pas constituer une
variable d?ajustement budgétaire, les
infrastructures étant des éléments
structurants pour le reste des activités
et les besoins des acteurs économiques,
sociaux et environnementaux, ainsi que de
la population.
La mise en oeuvre du PNACC 3
nécessitera de prévoir et de rendre
public un plan pluriannuel de financement
des mesures décidées. Il conviendra que
cette loi de programmation nationale
pluriannuelle soit articulée avec sa
déclinaison territoriale dans le cadre des
CPER et des CRTE (cf. Axe 2 point 2).
242? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2023), p. 44.
243? La France a défini douze secteurs d?activités d?importance dite « vitale », répartis selon quatre dominantes :
humaine (alimentation, gestion de l?eau, santé), régalienne (activités civiles de l?Etat, activités judiciaires
et activités militaires de l?Etat), économique (énergie, finances, transports) et technologiques
(communications électroniques, audiovisuel et information, industrie, recherche).
Le CESE appelle
Gouvernement et Parlement
à adopter une loi de
programmation pluriannuelle
relative au financement
du Programme national
d?adaptation au changement
climatique (PNACC 3) et à
prévoir dans ce cadre des
mesures d?adaptation au
changement climatique portant
notamment sur les réseaux
d?infrastructures. Il conviendra
que cette loi de programmation
soit articulée avec sa
déclinaison territoriale dans
le cadre des futurs Contrats
de Plan État Régions (CPER)
(2028-2032) et des prochains
Contrats de relance et de
transition écologique (CRTE).
PRÉCONISATION #11
3. L?adaptation des infrastructures au changement climatique :
vers une politique multidimensionnelle, systémique et opérationnelle
Le CESE rappelle sa recommandation
aux acteurs de réaliser des études de
vulnérabilité au changement climatique
de tous les territoires, des communes
aux régions, dans tous les secteurs
d?activités242. Cela s?applique a fortiori
aux transports, à l?énergie, à la gestion
de l?eau et aux communications
électroniques, qui figurent parmi les
secteurs d?activités d?importance dite
« vitale »243.
Le PNACC 3 prévoit la réalisation
d?études de vulnérabilité pour les
secteurs les plus exposés, notamment
pour les infrastructures et services de
transport, et de rendre la réalisation de
ces études progressivement obligatoires
pour les entreprises stratégiques
(opérateurs d?importance vitale-OIV).
Le CESE apporte son soutien à ces
dispositions. Il est en effet nécessaire
d?identifier les infrastructures les plus
vulnérables et, pour une voie ferrée ou
une route, par exemple, les tronçons les
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plus exposés, afin de prendre en
compte ce facteur dans les travaux
prioritaires à réaliser244. Pour le
CESE, si chaque gestionnaire
d?infrastructure doit mener cette
analyse pour son propre compte,
il est indispensable de le faire
ensuite de manière agrégée et
intersectorielle pour avoir une
vision précise à l?échelle nationale
et territoriale des vulnérabilités
et investissements d?adaptation à
prioriser.
Entretien préventif et rénovation
sont un enjeu pour améliorer à des
coûts maîtrisés la résilience des
infrastructures face aux effets du
changement climatique. Plusieurs
gestionnaires d?infrastructures
auditionnés, notamment ceux du
réseau ferroviaire245 ou routier,
font valoir que la première et
meilleure action de résilience
consiste à entretenir et à rénover
le réseau existant. A la faveur
d?une rénovation, l?introduction de
composants plus jeunes ou d?une
gamme plus élevée, par exemple,
permet de gagner en résilience face
aux changements climatiques. Des
travaux d?entretien et de curage
réguliers ou un recours à des
caniveaux ou à des chenaux de plus
grande capacité peuvent réduire
les effets de précipitations plus
intenses, voire d?une inondation sur
une infrastructure en en améliorant
la résilience246.
244? Cf. audition de M. Alain Quinet, directeur général à la stratégie de SNCF Réseau,
en charge des sujets liés à la résilience, le 16/04/2025.
245? Audition de M. Alain Quinet, op. cit.
246? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP, op. cit. et de M. Nicolas Bonnet
directeur général de la Chambre de commerce et d?industrie France par la commission TAA.
247? Rapport Ambition France Transports : Financer l?avenir des mobilités (juillet 2025), p. 7.
248? Banque mondiale, mars 2021, https://openknowledge.worldbank.org/entities/
publication/6219bf23-87e1-5f30-aaf9-30e0cd793ce3; Cette étude ne porte pas
spécifiquement sur les infrastructures.
249? L?étude de la CCR ne porte pas de manière spécifique sur les infrastructures.
La prévention est en général, en
matière d?adaptation, plus efficace
et économe que la réparation.
M. Jean-Marc Zulesi, ancien député
et membre du Conseil d?Orientation
des Infrastructures (COI),
notait en audition que « un euro
dépensé pour la maintenance des
infrastructures de transport permet
d?éviter 5 euros de dépenses en
« cycle résiduel », c?est-à-dire en
conséquence de l?inaction sur le
manque de maintenance ». Une
étude de vulnérabilité du réseau
routier national faite par le cabinet
Setec pour le ministère des
Transports estime qu?augmenter
d?1 Md¤ par an à horizon 2032 les
investissements dans la régénération
et la modernisation du réseau routier
national non concédé éviterait
2 Md¤/an de dépenses liées aux
conséquences de l?inaction sur ce
même réseau et 3 M¤ /an de pertes
économiques et sociales liées à
la moindre disponibilité de cette
infrastructure247. D?après la Banque
mondiale, chaque euro investi dans
l?adaptation rapporterait entre 2 et
10 euros248 et, selon une étude de
la Caisse centrale de réassurance,
un euro investi par le Fonds vert
dans l?adaptation évite huit euros de
dommages à terme249. Si le chiffrage
des estimations varie quelque peu
selon le domaine concerné, l?horizon
temporel et le scénario climatique
retenus, cela ne remet pas pour
https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/6219bf23-87e1-5f30-aaf9-30e0cd793ce3
https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/6219bf23-87e1-5f30-aaf9-30e0cd793ce3
105
le CESE en cause leur principe : le coût
global de l?inaction s?avère quant à
l?adaptation supérieur à celui de l?action.
Le travail de priorisation est à cet égard,
comme déjà noté, essentiel, notamment
pour sélectionner et étaler dans le temps
les travaux à réaliser en fonction de leur
urgence et de leurs enjeux économiques,
250? CESE, avis La transition énergétique dans les transports, (2013).
251? Cf. art. L.101-2 du code de l?urbanisme.
252? Respectivement articles L. 151.1 et L. 151-8, art. L. 161.-3, et article L. 141-4 du code de l?urbanisme.
253? Assemblée nationale, rapport d?information L?adaptation de l?aménagement des territoires au changement
climatique, op. cit. p. 78.
254? Principe d?indépendance des législations dégagé par le Conseil d?Etat, arrêt Sieur Picard n°38 893 (1959).
sociaux et environnementaux. Le
CESE rappelle sa préconisation de
« hiérarchiser les projets en donnant la
priorité à l?optimisation de l?existant sur la
construction de nouvelles infrastructures,
aux alternatives à la route et à l?aérien,
et aux modes produisant les plus faibles
impacts environnementaux »250
Le CESE recommande aux opérateurs et gestionnaires d?infrastructures, en s?inspirant
des contrats de régulation économique, d?identifier les tronçons les plus vulnérables à
l?échelle des divers réseaux d?infrastructures et de manière consolidée entre réseaux,
pour prioriser les investissements les plus importants et urgents. Il recommande aux
propriétaires et aux gestionnaires de planifier et d?augmenter les investissements
patrimoniaux de prévention et d?adaptation pour les infrastructures, en ligne avec
la trajectoire d?adaptation au changement climatique (TRACC). Il appelle l?État et
les collectivités territoriales, notamment communes et intercommunalités, à créer
des réserves foncières dans les territoires exposés au risque de montée des eaux.
PRÉCONISATION #12
4. Nécessité d?intégrer, dans les documents de planification et sectoriels locaux
et dans les documents d?urbanisme la TRACC, l?adaptation et la montée des eaux
En vertu de la loi Grenelle I de 2009,
l?action publique en matière d?urbanisme
comprend, parmi ses objectifs, « la lutte
contre le changement climatique et
l?adaptation à ce changement »251. Mais
si les plans locaux d?urbanisme, cartes
communales et schémas de cohérence
territoriale doivent en principe respecter
ces objectifs252, cette obligation est selon
un rapport parlementaire « en pratique,
sans conséquence sur la prise en
compte de l?adaptation au changement
climatique dans les documents
d?urbanisme »253.
Le PNACC 3 prévoit (décret d?application
prévu dans la mesure 23) que les Plans
Climat air énergie territoriaux (PCAET)
intègrent la TRACC dans l?évaluation
environnementale, mais ces derniers
ne constituent pas des documents
d?urbanisme.
De ce fait, comme le note le même
rapport parlementaire, la seule
inscription de la TRACC dans le droit de
l?environnement ne sera pas opposable
aux décisions d?urbanisme254 : « La loi
permettra l?inscription de la TRACC
dans le décret sur les PCAET, (mais)
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ce décret ne pourra pas l?imposer
dans les autres documents
d?urbanisme en l?absence d?une
loi, bien que les PLUi doivent être
compatibles avec les PCAET »255.
Par ailleurs, s?agissant des Plans
locaux d?urbanisme, municipaux
(PLU) ou intercommunaux (PLUi),
qui fixent les règles d?aménagement
ou d?urbanisme dans un territoire,
les PLUi intègrent un rapport de
présentation qui établit un diagnostic
transversal du territoire et de ses
besoins. Ce rapport de présentation
se fonde sur des prévisions
démographiques et économiques,
mais l?intercommunalité n?est
pas tenue de faire un diagnostic
prospectif environnemental.
Le rapport parlementaire précité
préconise donc de « consacrer
dans la partie législative du code
de l?environnement l?existence de la
TRACC ». Il propose par ailleurs de
« prévoir dans la partie législative
du code de l?urbanisme que les
documents d?urbanisme tiennent
compte de la TRACC et qu?un
diagnostic climatique prospectif
fondé sur la TRACC figure dans
le rapport de présentation des
PLUi »256.
Le CESE rappelle pour sa part
sa recommandation d?introduire
cette obligation dans le code de
l?urbanisme afin que la TRACC
soit prise en compte dans tous les
255? Article L. 131-5 du code de l?urbanisme.
256? Assemblée nationale, rapport « L?adaptation de l?aménagement des territoires au changement
climatique », rapporté par Philippe Fait et Fabrice Barusseau (juin 2025), p. 17 et 78.
257? Cahier d?acteurs du CESE, contribution à la consultation sur le PNACC 3,
référent Nicolas Richard (2024).
258? Interview de Françoise Vimeux, directrice de recherche à l?Institut de recherche
pour le développement (IRD) par BFMTV.com.
259? CESE, avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
260? Décret n°2024-531 du 10 juin 2024 modifiant celui n°2022-750 du 29 avril 2022 dressant
la liste des communes dont l?action en matière d?urbanisme et la politique d?aménagement
doivent être adaptées aux phénomènes hydrosédimentaires entrainant l?érosion du littoral.
documents d?urbanisme257. Cette
recommandation est en cohérence
avec la préconisation 9 du présent
avis. Le CESE souligne l?importance
que le droit de l?urbanisme et les
documents d?urbanisme existants
prennent en compte le changement
climatique, en particulier dans les
zones à risque et notamment sur les
littoraux.
L?élévation touchera les côtes
françaises « de manière chronique
avec l?envahissement par la mer
des zones de très basse altitude
et de manière ponctuelle lors
de grandes marées »258. Des
littoraux français commencent à
être touchés, notamment Outre-
mer259 et, dans les décennies à
venir, les traits de côte évolueront.
864 communes françaises sont
officiellement menacées, dont
126 communes prioritaires soumises
à des obligations d?adaptation260.
La montée des eaux et
l?augmentation du risque
d?inondation représentent un risque
considérable pour populations,
activités économiques et
infrastructures. Agir préventivement
sur l?urbanisme est indispensable
pour limiter ce risque et adapter
les infrastructures à la TRACC à
+ 4 °C retenu par le PNACC 3 en
les déplaçant dans certains cas,
en particulier pour celles situées à
proximité du littoral.
107
Le CESE préconise aux collectivités territoriales (régions, communes et
intercommunalités, en particulier) d?analyser et d?actualiser de façon détaillée, dans
le cadre de l?ensemble des Schémas régionaux d?aménagement, de développement
durable et d?égalité des territoires (SRADDET), des Plans climat-air-énergie
territoriaux (PCAET), Plans de prévention des risques (PPR) et documents
d?urbanisme (PLU, PLUi), l?exposition au risque climatique selon la nouvelle
trajectoire de réchauffement de référence pour l?adaptation au changement
climatique (TRACC). Il les appelle à associer à ces analyses les acteurs du dialogue
social et environnemental territorial, et à réviser tous les documents de planification
et d?urbanisme, en intégrant les risques liés à la montée des eaux, notamment de
non-constructibilité du littoral et de déplacement des infrastructures hors des
zones submersibles, en commençant par les plans de prévention des risques
naturels (PPRN) les plus anciens.
PRÉCONISATION #13
5. Nécessité de prise en compte renforcée en matière d?adaptation d?une logique
systémique, territoriale et transformationnelle
M. David Zambon, du Cerema, note
l?intérêt de l?approche systémique, qui
revient à ne pas traiter une infrastructure
comme un objet donnant lieu une politique
d?entretien et de réparation, mais à voir
celle-ci comme le support d?un service
et une composante du fonctionnement
d?un système à l?échelle d?un territoire.
Ainsi, si une route est fermée à la suite
d?une inondation, faut-il rétablir sans
délai cette route en la préservant de
l?inondation ou peut-on accepter qu?elle
soit fermée un certain temps ou à
certaines périodes, soulignant que la
question s?analyse moins au regard du
fonctionnement de cette infrastructure
isolément que selon son apport au
territoire : existe-t-il des itinéraires
alternatifs et cette route donne-t-elle
accès à un service essentiel pour la
population, par exemple un hôpital ou une
zone d?activité majeure, dans une logique
d?interdépendance ? Faut-il par ailleurs
nécessairement la reconstruire et ce au
même endroit, la question de son utilité
étant essentielle ?
Le report modal vers le ferroviaire et le
fluvial constitue pour le CESE un enjeu
important dans le cadre de l?atténuation
et de l?adaptation des infrastructures.
Le HCC (rapport annuel 2023)
appelle à changer d?échelle et à passer
du mode d?adaptation réactif qui
prévaut aujourd?hui à une adaptation
transformationnelle. Le CESE partage
cette approche et note l?intérêt de
stratégies « sans regret », c?est-à-dire
qui demeureraient avantageuses pour
un territoire ou un pays d?un point de vue
environnemental, économique et social,
même si le reste du monde ne faisait
pas les mêmes efforts d?atténuation et
quel que soit le scénario de changement
climatique.
Le CESE rappelle l?importance de
prendre en compte, parmi les solutions
d?ingénierie à examiner en priorité
dans les opérations d?aménagement,
les solutions d?adaptation fondées
sur la nature, souvent peu onéreuses.
Ainsi, il appelle à considérer arbres,
haies, surfaces non artificialisées,
zones humides? comme des auxiliaires
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d?adaptation au changement
climatique.
Le CESE souligne aussi la
nécessité, dans les mesures mises
en oeuvre pour la protection des
infrastructures, de prévenir la
maladaptation. Ainsi, contre la
montée des eaux, il importe que
les protections mises en place
à un endroit pour protéger une
infrastructure prenne en compte les
effets induits et ne se traduisent pas,
à tout le moins sans que cela n?ait
été anticipé, par une montée des
eaux accrues pour un territoire et
une ou des infrastructures voisines.
Ces questions de fond doivent
être débattues, soumises au débat
parlementaire et à la démocratie
participative, notamment via la
consultation de la société civile
organisée : ainsi, à quel niveau de
risque se préparer et que choisit-
on de protéger en priorité ? Par
exemple, des moyens d?ingénierie
existent pour réduire l?exposition à
des risques climatiques, comme la
mise en place de digue contre les
risques de submersion marine. Mais,
s?il est envisageable de rehausser
des digues selon la montée des eaux
et la force des tempêtes, faut-il le
faire pour toutes les infrastructures
ou seulement pour certaines et
selon quels critères ? De manière
plus générale, quel investissement
consentir pour des infrastructures
plus robustes, à quel prix et pour
quelle efficacité ?
Le CESE appelle l?État, les collectivités territoriales et les opérateurs
gestionnaires d?infrastructures à renforcer la prise en compte d?une
logique systémique, territoriale et transformationnelle dans l?adaptation
des infrastructures, en donnant la préférence à des stratégies « sans
regret », restant avantageuse quel que soit le scénario de changement
climatique, ainsi qu?aux solutions fondées sur la nature et en veillant à
prévenir les risques de maladaptation.
Il appelle pouvoirs publics et acteurs économiques à prendre en compte
l?enjeu du report modal vers le fluvial et le ferroviaire et à le favoriser.
Il préconise aux propriétaires et gestionnaires d?infrastructures de
s?appuyer sur des solutions qui ont montré leur efficacité dans des
pays étrangers et de privilégier le principe de précaution pour les
infrastructures critiques, pour assurer la résilience des territoires,
les activités et la sécurité des personnes.
PRÉCONISATION #14
109
6. Adéquation entre évolution des missions et des moyens des opérateurs de l?État
pour l?adaptation
261? Assemblée nationale, rapport Les moyens consacrés à l?adaptation au changement climatique,
op. cit, (2025), p. 34
262? https://www.vigicrues.gouv.fr/ftp/aide/Maq_VigiCrue_v2A.pdf;
263? Source Météo France, citée par Assemblée nationale, rapport Les moyens consacrés à l?adaptation
au changement climatique (2025).
264? Gouvernement, Document de présentation du PNACC 3, La France s?adapte (mars 2025), p. 183 et 184.
Météo France joue, face au changement
climatique, un rôle essentiel d?expertise et
de diffusion des connaissances. Outre la
conservation de la mémoire des données
du climat, il assure la mise à disposition
du diagnostic du changement climatique
observé et de ses évolutions à venir grâce
à la modélisation du climat. Il élabore ainsi
des projections climatiques de références
globales, nationales et régionales à une
échelle fine qui servent de base aux
données de référence de la TRACC.
Météo France apporte aussi un soutien
en matière de prévisions météorologiques
et d?adaptation à divers de bénéficiaires :
administrations, opérateurs, entreprises
ou particuliers261. Il est enfin chargé de
l?émission des vigilances météorologiques
pour les territoires français de l?Hexagone
et d?Outre-mer.
En matière de montée des eaux, le
service central d?hydrométéorologie
et d?appui à la prévision de inondations
(SCHAPI) joue un rôle important pour
diffuser une information en continu sur les
crues (Vigie crue) et animer le réseau de
vigilance et de prévention des crues et de
l?hydrométrie de l?État262.
Si les travaux de ces organismes,
notamment ceux de Météo France,
sont de grande qualité, ce dernier a
perdu 25 % de ses effectifs entre 2010
et 2022, alors qu?un renforcement de
ses moyens serait nécessaire pour
répondre à de nouveaux besoins dans le
domaine de l?adaptation263. Le recours
accru à l?Intelligence artificielle (IA), s?il
peut permettre d?automatiser certaines
tâches, a besoin d?être accompagné
par des ingénieurs spécialistes qui font
aujourd?hui souvent défaut du fait de
ces contractions d?effectifs. Le service
central d?hydrométéorologie et d?appui
à la prévision des inondations a connu
pour sa part, au début des années 2020,
des fusions d?unités et regroupements
fonctionnels.
Comme noté dans les constats (IV B2),
l?appui à l?ingénierie des collectivités
territoriales et des opérateurs
d?infrastructures dans leur politique
d?adaptation est aussi un enjeu. Les
collectivités territoriales, notamment
communes et intercommunalités,
détiennent une part importante des
infrastructures et sont en première
ligne face aux impacts du changement
climatique, surtout locaux, mais manquent
de capacités d?ingénierie. Ces besoins
ne sont que très partiellement couverts
par la mission d?assistance technique
aux communes mise en place par des
départements pour la voirie ou par
le recours jugé coûteux aux bureaux
d?étude.
La mise en place, en 2019, de l?Agence
nationale de cohésion des territoires
(ANCT), confortée par l?appui technique
du Cerema, puis, fin 2024, le lancement,
d?abord pour 100 collectivités, de la
mission Adaptation ont permis d?y
remédier en partie. La mesure 25 du
PNACC 3 prévoit la pérennisation de
cette mission Adaptation « à moyens
constants en 2025 »264. La mission
Adaptation a permis la création, dans
https://www.vigicrues.gouv.fr/ftp/aide/Maq_VigiCrue_v2A.pdf
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chaque région, d?un guichet unique
constitué par un binôme d?agents
de l?ADEME et du Cerema, qui
accueillent les demandes des
collectivités et autres acteurs, y
répondent ou les orientent vers les
opérateurs associés à la mission ou
vers des référents identifiés à Météo
France, dans les agences de l?eau ou
l?Office Français de la biodiversité
(OFB), entre autres. Selon un
récent rapport parlementaire, la
mission Adaptation mobilise en
2025 pour l?ADEME un coordinateur
au niveau national et 18 référents,
hommes et femmes, en directions
régionales, et pour le Cerema,
23 équivalents temps plein (ETP),
dont un coordinateur national pour
orienter les demandes ou contribuer
à former des chargés de mission en
collectivités265.
L?étude d?I4CE « Adapter la
France à +4 °C : moyens, besoins,
financements » identifie ainsi
une douzaine d?opérateurs clés
qui concourent à l?élaboration,
au conseil à l?ingénierie et à la
mise en oeuvre des politiques
d?adaptation, notamment en matière
d?infrastructures, tels qu?ADEME,
CEREMA, Agences de l?eau,
Conservatoire de l?Espace Littoral
et des Rivages Lacustres (CELRL),
ANCT, BRGM, OFB et ONF. Mais,
si 2024 a vu augmenter les effectifs
de la plupart de ces opérateurs
(hors IGN), dans la durée, leurs
effectifs ont globalement connu une
265? Assemblée nationale, rapport d?information Les moyens consacrés à l?adaptation
au changement climatique (2025), p. 35 à 37.
266? Adaptation au changement climatique : un rapport parlementaire dénonce un Pnacc 3
sous-financé
267? Ibid.
268? Cf. CESE avis Comment favoriser une gestion durable de l?eau (quantité, qualité, partage)
en France face aux changements climatiques ? (2023), p. 20 ou avis Contribution du CESE
à l?élaboration de la stratégie nationale pour la biodiversité 2021-2030(SNB3) (2021).
réduction. Sur 10 ans, le CEREMA
a perdu plus de 580 postes (près
de 20 % de ses effectifs), l?IGN, les
Agences de l?eau ou VNF plus de
10 %.
Ce constat est confirmé par le
rapport parlementaire sur Les
moyens consacrés à l?adaptation
au changement climatique, qui
s?alarme de l?insuffisance des
moyens humains affectés aux
politiques d?adaptation, aggravée
par « une baisse significative
des effectifs du pôle ministériel
[chargé] de l?écologie et de
l?aménagement du territoire ainsi
que des opérateurs »266. Selon
ce rapport, cela a entre autres
pour conséquence que « seules
130 collectivités sont suivies par
la mission Adaptation, [?] alors
que leur besoin en ingénierie est
important et leur rôle crucial dans
la politique d?adaptation » 267. C?est
entre autres le cas des agences
de l?eau, sollicités notamment par
les collectivités territoriales dans
le cadre de leurs compétences
GEMAPI, ou de l?Office Français de
la biodiversité.
Cette évolution, pointée à maintes
reprises par le CESE268, est pour
notre assemblée paradoxale et
dommageable, alors que le PNACC
affirme la nécessité de renforcer
la politique d?adaptation climatique.
Le rôle d?analyse, de prévision,
de prévention des risques et de
conseil des agences nationales en
111
est une composante essentielle. Une
meilleure adéquation entre les missions
et moyens de ces services et opérateurs
de l?État est pour le CESE nécessaire,
afin de leur permettre de disposer de
compétences renforcées au bénéfice
de l?accompagnement des collectivités
territoriales et des gestionnaires
d?infrastructures dans leur démarche
d?adaptation au changement climatique.
Le CESE préconise au Gouvernement, pour répondre aux besoins nouveaux
et aux sollicitations des collectivités et gestionnaires d?infrastructures en
matière d?adaptation au changement climatique, de renforcer l?adéquation entre
les missions et l?ensemble des moyens de Météo France, du service central
d?hydrométéorologie et d?appui à la prévision des inondations (SCHAPI) et du
Cerema dans le cadre de la « Mission Adaptation », pour en faire une véritable
« force opérationnelle ingénierie ».
PRÉCONISATION #15
7. Des spécificités des Outre-mer à prendre en compte
Les onze territoires ultra-marins sont les
parties de notre pays les plus exposées
au changement climatique. A l?exception
de la Guyane, ces territoires sont des iles
et la très grande majorité de la population
(2,2 millions d?habitants dans les DROM
et 600 000 dans les COM, soit 2,8 M.
au total)), ainsi qu?une partie importante
des infrastructures se concentrent sur
les littoraux, où les basses altitudes et la
forte artificialisation du sol engendrent
des risques, en particulier au regard de la
montée des eaux.
Cette montée du niveau des eaux liée
au changement climatique se manifeste
Outre-mer par des phénomènes de
submersion marine, d?érosion du trait de
côte, d?inondations, de salinisation des
terres et des nappes phréatiques. Elle
impacte tous les territoires en Outre-mer
à un horizon temporel plus rapproché que
dans l?Hexagone. Ses effets entraîneront
des conséquences importantes dès 2028
selon le Cerema, avant une accélération
qui touchera massivement les territoires
à partir de 2050, alors que l?Hexagone
sera davantage touché à horizon de 2070
à 2100.
S?y ajoute pour nombre de ces territoires
une exposition particulièrement élevée
aux cyclones et ouragans, comme l?a
rappelé entre autres l?ouragan Irma de
2017, qui a notamment ravagé Saint-
Martin et Saint Barthélémy, ainsi que les
cyclones Garance à La Réunion en 2025,
Chido et Dekeledi à Mayotte.
Du fait de la fragilisation des récifs
coralliens, certains de ces territoires
perdent par ailleurs une partie de leurs
barrières naturelles. Leurs forêts, zones
humides, herbiers ou mangroves, qui
jouent un rôle essentiel pour capter
le carbone (atténuation) ou de zones
tampons lors des inondations (adaptation)
sont souvent dégradés du fait des
activités économiques.
Il y a donc urgence, plus encore que
dans l?Hexagone, à limiter les effets du
changement climatique et à s?y préparer.
Les territoires ultramarins doivent
concilier les objectifs de transition et
d?autonomie énergétique qui doivent être
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abordés et traités ensemble et de
manière complémentaire.
Du fait de la diversité notamment
climatique et institutionnelle dans les
Outre-mer, les solutions adoptées
doivent s?adapter aux particularités
de chaque territoire ultra-marin
ainsi qu?à la géographie particulière
de chacun dans son environnement
régional en travaillant notamment
sur les Schémas d?aménagement
régionaux (SAR).
Le CESE rappelle la nécessité
absolue de maintenir la trajectoire
de réduction des émissions de
GES et demande que la trajectoire
de référence d?adaptation au
réchauffement climatique (TRACC)
ait une valeur normative afin
d?aligner l?ensemble des documents
nationaux et locaux s?y référant269.
Le CESE attire l?attention sur la
nécessité d?agir dès à présent.
Il demande une réponse adaptée
à l?urgence et aux risques, avec
une vision de moyen terme de
l?adaptation et des investissements
à réaliser, et souligne que le coût de
l?inaction face à la montée des eaux
sera, dans tous les cas, beaucoup
plus élevé que celui de l?adaptation. Il
convient de planifier la réponse aux
risques dès maintenant et d?intégrer
les conséquences de la montée
des eaux dans toutes les décisions
publiques, notamment dans les plans
d?aménagement et d?urbanisme et
les documents de planification (plans
de prévention des risques naturels,
notamment) et projets relatifs aux
infrastructures.
269? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique
et juste (2023) et avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
270? CESE avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique
et juste (2023) op. cit. p. 63.
Le CESE rappelle les préconisations
issues de ses avis récents portant
sur les enjeux et sur les politiques
à mettre en oeuvre pour favoriser
l?adaptation au changement
climatique dans les Outre-mer :
Le CESE préconise au ministère
chargé de la Transition écologique
de développer des stratégies
spécifiques et transversales aux
Outre-mer, notamment dans le
PNACC 3 et dans la stratégie
nationale de gestion intégrée du
trait de côte (SNGITC). Le CESE
demande de revoir les horizons
de temps de ces documents afin
d?intégrer les échéances de moyen
et de long terme de la montée des
eaux, avec des scénarios fondés sur
des études scientifiques.
Le CESE recommande que
l?ensemble des Schémas
d?aménagement régionaux (SAR)
pour les Outre-mer ainsi que les
PCAET, Plans de prévention des
risques et documents d?urbanisme
ou leur équivalent fassent
l?objet d?une analyse détaillée de
l?exposition au risque climatique
selon la nouvelle TRACC. Il demande
que ces analyses associent les
acteurs du dialogue social et
environnemental territorial270.
Le CESE préconise aux préfets
(PPRN) et aux maires (PLU
ou PLUi), chacun dans leurs
compétences, de réviser tous
les documents de planification
et d?urbanisme en Outre-mer,
en intégrant les risques liés à la
montée des eaux, notamment de
non-constructibilité du littoral et de
113
déplacement des infrastructures hors
des zones submersibles, en commençant
par les PPRN) qui ont plus de 10 ans271.
Pour le CESE, « il est indispensable
de moderniser et de développer les
capacités des réseaux électriques
des différents territoires en rapport
avec l?évolution des besoins (et
les nécessités de l?adaptation au
changement climatique) : (entre autres)
271? CESE, avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
272? CESE, avis Quelles transitions énergétiques dans les Outre-mer ? (2024), p. 27.
273? Carbone 4 Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone et l?adaptation au changement
climatique de la France, rapport complet (2021), 105p.
274? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP (source Carbone4).
sécurisation et efficacité du système
électrique ; résilience du réseau en
cas de catastrophe naturelle (?).
L?État et les collectivités territoriales
responsables et la commission de
régulation de l?énergie (CRE) devront
prévoir un financement dédié dans
les programmations pluriannuelles de
l?énergie (PPE), conformément à leurs
obligations de service public »272.
IV. Axe 4 - Assurer les financements nécessaires
L?aggravation des impacts du changement climatique sur les infrastructures nécessitera
d?augmenter le financement de l?adaptation consacré à celles de ces infrastructures qui
auront été priorisées.
1. Importance des besoins d?investissements et montée en puissance interrompue
des moyens pour l?adaptation
Si les estimations en ce domaine sont
délicates selon le SGPE, des estimations
présentées supra (Constats IV a 1)
donnent un ordre de grandeur.
Selon Carbone 4273 les investissements
additionnels d?ici à 2050 pour réparer
mais aussi se préparer aux impacts du
changement climatique avoisineraient
50 Mds ¤, à parts égales pour le volet
préventif et le volet curatif (25 Mds ¤
chacun). Selon ce cabinet « Un ordre
de grandeur de 1,5 à 2 Md¤ par an
de besoin d?investissement est donc
à garder en tête pour anticiper et/ou
réparer les dégâts causés par la dérive
climatique sur les infrastructures ».
Quant à la FNTP, elle estime « à près de
4,5 Md¤ les investissements additionnels
nécessaires par an entre 2021 et 2050
sur l?adaptation des infrastructures pour
faire face au besoin 274».
Au-delà des variations de montants et
d?échéances, ces estimations convergent
sur l?augmentation importante des
dépenses nécessaires à l?adaptation
des infrastructures, qui s?ajoute aux
besoins d?investissements pour d?autres
volets (hors infrastructures) des politiques
d?atténuation et d?adaptation.
Toutefois, et selon I4CE, il convient de
souligner une montée en puissance
depuis 2020 des moyens consacrés à
l?adaptation dans les divers domaines
de l?action publique concernés par le
changement climatique : « La période
2020-2024 a constitué un réel moment
d?appropriation des enjeux et de montée
en charge des moyens nationaux. A ce
jour, nous n?identifions plus d?angle mort
évident, même si les montants ou le
périmètre couverts restent limités pour
certains domaines ».
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D?après l?étude275, depuis 2020,
les moyens de l?État dédiés à
l?adaptation au changement
climatique ont nettement
progressé, en particulier sur
la période 2020-2024, pour
atteindre 1,7 Md¤ en 2025 (crédits
budgétaires, moyens pour les
opérateurs publics, les institutions
financières publiques et les
entreprises de service public). « Il
s?agit principalement d?enveloppes
créées ou rehaussées pour la mise
en oeuvre de mesures d?adaptation
via les Agences de l?eau et divers
dispositifs comme le Fonds Vert,
le Fonds Barnier ou encore les
appels à projets France 2030.
Il s?agit également de moyens
dédiés au soutien à la recherche et
l?innovation ainsi qu?aux démarches
d?adaptation via des capacités
d?ingénierie et d?animation ».
Mais, si les moyens débloqués l?ont
été en majorité sur la période 2020-
2024, entre autres via des appels
à projets France 2030, la période
plus récente, depuis 2025, marque
un tournant, avec une montée des
incertitudes sur la poursuite de
la dynamique et quant au maintien
des financements. « Qu?il s?agisse
des budgets spécifiquement
dédiés à l?adaptation ? comme le
Fonds Vert, certains dispositifs de
France 2030 ? ou plus largement
des crédits des missions de l?État
concernées par le changement
climatique, 2025 marque la fin de
la dynamique de montée en charge
(des) dernières années ».
275? Adapter la France à + 4°C: moyens, besoins, financements - I4CE septembre 2025
Une conférence dédiée au
financement des infrastructures,
la conférence nationale des
infrastructures, a été mise en
place à la fin du premier semestre
2025. Elle « vise à assurer de
manière pérenne le financement
des besoins en infrastructures de
transports en longue période, afin
de régénérer et de moderniser
les réseaux, d?augmenter l?offre
de transports, notamment en
accompagnant les mobilités du
quotidien et d?accélérer la transition
écologique des mobilités au travers
de leur décarbonisation et de
l?adaptation des infrastructures
au changement climatique ». Les
infrastructures de transports
nécessiteront en effet, comme déjà
souligné, plusieurs Md¤ par an à
l?horizon 2030. Cette conférence
devrait jouer un rôle pour assurer
les financements en les augmentant
et en les réorientant. Pour le CESE,
il convient de veiller à ce que la
mise en place de cette structure,
au-delà de l?effet d?annonce,
permette d?avancer dans la durée
sur le financement de la transition
énergétique et notamment de
l?adaptation au changement
climatique des infrastructures
de transport, comme l?ont noté
plusieurs des personnalités et
organismes auditionnés pour
l?élaboration du présent projet
d?avis, ainsi que le rapport
Ambitions France transports. Des
conférences sur le financement des
infrastructures de transport se sont
tenues dans le cadre d?Ambitions
France Transport au deuxième
trimestre 2025.
https://www.i4ce.org/publication/adapter-france-quatre-degres-moyens-besoins-financements-climat/
115
Notons toutefois que, selon I4CE,
plusieurs dizaines de Md¤ de dépenses,
sans être explicitement dédiées,
contribueraient effectivement à
l?adaptation. Les montants atteindraient,
pour les seules infrastructures, 7,2 Md¤
d?investissement dans leur régénération
et modernisation, dont 5,1 Md¤ pour
celles de transport et 2,1 Md¤ pour
les réseaux électriques (cf. tableau en
annexe II).
Pour réussir la transition vers des
infrastructures résilientes, il convient
de sécuriser les ressources financières
adéquates. Des dispositifs de
financements, nouveaux ou peu mobilisés
dans le champ des infrastructures,
peuvent être mobilisés : l?allocation
d?une partie des recettes fiscales issues
de l?utilisation des infrastructures à la
gestion des catastrophes et aux efforts
de résilience ; la dotation de certaines
infrastructures du statut d?Établissement
public à caractère industriel et
commercial (EPIC) pour en faciliter les
co-financements ; le développement
de partenariats publics-privés (PPP)
équilibrés afin de réduire la charge
financière pesant sur chaque partie et
de faciliter le transfert de connaissances
276? Voir Stanislas Jourdan, Rens van Tilburg, Aleskandar Simic, Brenda Kramer et Gaston Bronstering, A green
interest rate for the Eurozone: evaluating the design choices. Sustainable Finance Lab 2024 ; et Éric Monnet
et Jens van?t Klooster, Using green credit policy to bring down inflation- what central bankers can learn from
history, London school of economics, Grantham institute on climat change, 2023.
277? Voir Financer l?avenir sans creuser la dette, Fondation Nicolas Hulot, 2011 ; Reprendre le contrôle
de la dette ? Pour une réforme radicale de la monnaie, du crédit et des banques, Adair Turner, Éditions
de l?Atelier, 2017 ; Une monnaie écologique, Odile Jacob, Alain Grandjean et Nicolas Dufr?ne, 2020 ;
Le pouvoir de la monnaie, Transformons la monnaie pour transformer la société, Jézabel Couppey-
Soubeyran, Pierre Delandre, Augustin Sersiron, Les Liens qui Libèrent, 2024.
et de bonnes pratiques. Il conviendra
néanmoins dans ce dernier cas de
sécuriser les responsabilités et avantages
attendus dans la phase d?exploitation
des infrastructures. Garantir la maîtrise
publique sur des infrastructures
stratégiques d?intérêt général, comme
celles liées au transport, doit demeurer
une priorité. Selon les infrastructures
concernées, les pistes de gestion en
régie publique ou via des établissements
publics doivent donc être privilégiées.
Par ailleurs, il conviendrait de noter
et d?explorer de nouvelles pistes de
financement, telles les suivantes :
Î Réduire le coût du financement des
investissements de transition via la
mise en place par la Banque centrale
européenne (BCE) d?un taux réduit
de refinancement des banques, en
fonction de la part des crédits qu?elles
accordent à des projets « verts »
(tels que définis par la taxonomie
européenne)276 ;
Î Reprendre la maîtrise de la création
monétaire pour l?orienter davantage
vers la transition écologique277.
https://sustainablefinancelab.nl/wp-content/uploads/sites/334/2024/09/A-green-interest-rate-for-Europe.pdf
https://sustainablefinancelab.nl/wp-content/uploads/sites/334/2024/09/A-green-interest-rate-for-Europe.pdf
https://www.lse.ac.uk/granthaminstitute/publication/using-green-credit-policy-to-bring-down-inflation-what-central-bankers-can-learn-from-history/
https://www.lse.ac.uk/granthaminstitute/publication/using-green-credit-policy-to-bring-down-inflation-what-central-bankers-can-learn-from-history/
https://www.fnh.org/wp-content/uploads/2020/10/110502_financer_lavenir_sans_creuser_la_dette.pdf
https://www.decitre.fr/livres/reprendre-le-controle-de-la-dette-9782708245136.html
https://www.decitre.fr/livres/reprendre-le-controle-de-la-dette-9782708245136.html
https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/sciences-de-la-terre/une-monnaie-ecologique_9782738152220.php
https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Le_pouvoir_de_la_monnaie-747-1-1-0-1.html
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Le CESE appelle les pouvoirs publics, Gouvernement et Parlement,
à une augmentation significative et à une réorientation des financements
pour accompagner l?adaptation des infrastructures qui auront été
priorisées en lien avec une politique d?aménagement du territoire
équilibrée et coordonnée. Il appelle le Gouvernement à mettre en place
de manière pérenne, par une législation cadre et une programmation
pluriannuelle, la Conférence de financement des infrastructures, à
réfléchir à l?opportunité et aux modalités d?élargir le domaine concerné
au-delà des seules infrastructures de transport, ainsi qu?à sécuriser
les financements en faveur d?infrastructures résilientes en développant
des modèles économiques innovants.
PRÉCONISATION #16
2. La nécessité d?engager une réflexion nationale sur le financement
de l?adaptation des infrastructures au changement climatique
278? Le rapport d?information de l?Assemblée nationale L?adaptation de l?aménagement du territoire
au changement climatique, rapporté par MM. Philippe Fait et Fabrice Barusseau (juin 2025)
et celui déjà cité Les moyens consacrés à l?adaptation au changement climatique, présenté
par M. Tristan Lahais et Mme Eva Sas (juillet 2025) indiquent n?avoir pas identifié de moyens
supplémentaires pour financer le PNACC 3 ou couvrir les coûts des mesures prioritaires.
279? Assemblée nationale, rapport Les moyens consacrés à l?adaptation au changement climatique,
op. cit.
Au-delà des seules infrastructures
de transport, la mise en oeuvre
du PNACC 3 se fait pratiquement
à moyens constants, comme
l?ont noté plusieurs travaux
parlementaires parus à l?été 2025278.
Elle repose principalement sur le
redéploiement de fonds existants,
notamment le Fonds Vert et le Fonds
Barnier. Le financement de plusieurs
mesures d?adaptation du PNACC
dépend effectivement du Fonds Vert
(telles la mesure 7 du PNACC Se
préparer à l?augmentation attendue
des incendies de forêts et de
végétation, la mesure 13 Renaturer
les villes pour améliorer leur
résilience ou la mesure 27 Mieux
prendre en compte l?adaptation
au changement climatique dans
les financements en faveur de
la transition écologique). Mais
ces mesures sont distinctes des
mesures 30, 31 et 32 portant sur les
infrastructures.
Le Fonds Barnier a pour sa part été
augmenté dans la loi de finances
initiales pour 2025 pour atteindre
300 M¤, « mais l?État encaisse en
regard 450 M¤ pour la part de la
surprime Cat Nat prélevée sur les
contrats d?assurance dédiés à la
prévention des risques »279.
Mais les autorisations d?engagement
du Fonds Vert ont été ramenées
de 2,5 Md¤ en loi de finances
initiales pour 2024 à 1,6 Md¤
en exécution, et, dans la loi de
finances initiales pour 2025, 1,15
Md¤ seulement a été budgété en
117
autorisations d?engagements, avant une
coupe budgétaire de 63 M¤ à la suite du
décret d?annulation du 25 avril 2025. Ces
fonds, mis sous pression, ne permettent
pas de répondre aux besoins financiers
croissants en matière d?adaptation et ne
sont pas destinés au financement des
infrastructures.
Des financements dédiés à l?adaptation
des agences de l?eau figurent aussi
dans le PNACC 3 en soutien budgétaire
à diverses actions, mais sans que la
ventilation budgétaire de ces actions ne
soit précisée.
Pour remédier au manque de
connaissances des dépenses publiques
consacrées à l?adaptation, le projet
« Datadapt », mené par I4CE avec le
soutien de l?ADEME et du ministère de la
Transition écologique, vise à permettre
la mise à disposition d?informations
actualisées sur les moyens publics
engagés et sur les besoins pour
l?adaptation de la France au changement
climatique. A terme, l?objectif poursuivi
par ce projet consiste à « structurer
un « observatoire économique pour
l?adaptation », qui permettra de fournir
des éléments sur le suivi des moyens
humains et financiers consacrés à
l?adaptation » ainsi que sur les écarts
entre les besoins et les moyens
effectivement mis en oeuvre pour y
répondre280.
Si l?estimation exacte des coûts à venir
liés à l?adaptation des infrastructures au
défi du changement climatique à 2050
et a fortiori à plus long terme apparaît
délicate, diverses études convergent
quant à l?importance des besoins
financiers qui en découleront. Les débats
en ce domaine sont à ce stade menés de
manière fragmentée, différents acteurs
280? Assemblée nationale, rapport d?information.
281? I4CE Adapter la France à +4 °C, : moyens, besoins et financements (septembre 2025).
avançant dans le ou les domaines qui les
concernent des pistes de propositions de
financement, comme le relève I4CE dans
une étude récente281.
La contribution directe des usagères
et usagers pour financer les besoins
d?adaptation des infrastructures et
services concernés est souvent évoquée,
entre autres à travers les tarifs de l?eau,
de l?électricité ou des transports. Mais la
capacité des acteurs et de la population
à supporter une hausse des tarifs en ce
domaine et leur acceptabilité sociale sont
incertaines et cette évolution pourrait
risquer d?accroître les inégalités au sein
de la population.
La question de la solidarité est aussi
posée. Entre les territoires, des
mécanismes de péréquation pourraient
permettre que les collectivités les
plus riches sur le plan fiscal ou les
moins exposées à un risque puissent
soutenir celles moins bien dotées ou
particulièrement exposées, par exemple
devant le risque d?inondation ou de
baisse d?enneigement. Le recours à la
solidarité nationale est aussi invoqué,
d?autant que l?effet de taille lié à l?échelle
nationale permet par nature une
certaine répartition du risque et que cela
s?inscrit dans la logique de la prise en
charge par l?ensemble de la collectivité
des conséquences des événements
climatiques, incarnées notamment
par le régime d?indemnisation des
catastrophes naturelles. Cette solidarité
est revendiquée face à différents risques,
qu?il s?agisse de montée des eaux pour
des territoire littoraux ou de réduction
de l?enneigement pour des territoires de
montagne. Cette approche pose toutefois
la question de sa soutenabilité à long
terme.
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118
L?étude déjà citée d?I4CE note que
structurer cette approche apparaît
souhaitable pour :
Î Mieux appréhender les pistes
identifiées, avec leurs avantages,
inconvénients et limites ;
Î Mettre en cohérence des
discussions menées de façon
disjointe dans divers secteurs ;
282? I4CE Adapter la France à +4 °C, : moyens, besoins et financements (septembre 2025) p. 45 à 48.
Î Définir une hiérarchie entre
priorités et la place de la solidarité
nationale pour l?adaptation282.
Cela pourrait justifier une réflexion
et un débat sur la place respective à
faire à la responsabilité individuelle,
à l?incitation à la prévention et
à la solidarité nationale dans le
financement de l?adaptation des
infrastructures au changement
climatique.
3. Quelles pistes et options pour des moyens financiers supplémentaires ?
Plusieurs types de ressources
financières sont susceptibles d?être
mises à contribution pour amplifier
le financement de l?adaptation des
infrastructures au changement
climatique.
3.1. Vers un rôle ou un périmètre
élargi des concessions
autoroutières ?
Les concessions autoroutières
permettent à l?État de confier
à des entreprises privées le
financement, la construction,
l?exploitation et l?entretien des
autoroutes. En contrepartie, les
sociétés concessionnaires sont
rémunérées par les péages. Le
contrat de concession est établi
pour une durée déterminée et, à
la fin de ce délai, les autoroutes
sont restituées à l?État. Aujourd?hui,
90 % des autoroutes sont gérées
par 19 sociétés concessionnaires
d?autoroute (SCA). Les autoroutes
non concédées ne donnent pas
lieu à péage et sont gérées par la
DGTIM. Les principaux contrats
de concession se terminent entre
fin 2031 et septembre 2036. Cela
donnera l?occasion de repenser
l?organisation des autoroutes
aujourd?hui concédées et de
réfléchir à la fixation d?un niveau de
péages qui concilie acceptabilité
des usagers et dégagement de
ressources nouvelles pour financer
notamment le reste des transports.
Le rapport Ambition France
Transports de juillet 2025 relève
le rôle central du maintien des
péages à un niveau voisin de l?actuel
pour générer des ressources
supplémentaires pour les
transports. L?arrivée à expiration
des principales concessions
autoroutières entre fin 2031 et fin
2036 donne l?occasion de dégager
des recettes supplémentaires pour
financer les transports : la majeure
partie du réseau étant construite,
maintenir un niveau de péage
proche de l?actuel dégagerait un
excédent de recettes. A contraria,
la suppression totale des péages
conduirait à une perte pour les
finances publiques d?environ 10 Md¤
par an, alors que les besoins de
régénération et d?adaptation des
infrastructures n?ont jamais été
aussi élevées. Ce rapport estime
« le surplus annuel qui pourrait
119
être dégagé de manière réaliste
en année pleine à partir de 2037, à
l?expiration des concessions historiques,
à environ 2,5 Md¤/an (euros 2025).
( ) La conférence Ambition France
Transports a envisagé que ces recettes
supplémentaires puissent conforter
le modèle de la nouvelle AFITF et
financer en priorité la régénération et la
modernisation des réseaux routiers non
concédés, ferroviaires et fluviaux ».
Le ministre Philippe Tabarot, en
conclusion de la conférence Ambition
France Transports au CESE, annonçait
en juillet 2025 une loi-cadre pour les
nouveaux équilibres du système de
financement des infrastructures de
transport et une loi de programmation
pour fixer une trajectoire de financement.
Il annonçait aussi le maintien des péages
autoroutiers dans le cadre d?un nouveau
modèle de concession, couvrant des
périmètres géographiques renouvelés,
d?une durée plus courte, avec un
système d?encadrement de la rentabilité
et des clauses de revoyure tous les
cinq ans, ainsi qu?un fléchage à 100 %
des recettes associées aux nouvelles
concessions vers les investissements de
transports.283 Concernant l?avenir des
concessions autoroutières, des travaux
seront également menés dans le cadre du
programme annuel de travail du Haut-
commissariat, en lien avec les ministères
concernés.
La question se pose par ailleurs de
savoir quels pourraient être les apports
des SCA à l?entretien et à l?adaptation
des infrastructures au changement
climatique, le cas échéant avant même la
fin des contrats de concession. M. Rainier
d?Haussonville, secrétaire général du
groupe SANEF, observait que les contrats
de concession, s?ils sont reconduits,
283? Discours de Philippe Tabarot à la Conférence Ambition France Transports du 9 juillet 2025.
devraient être très vraisemblablement
revus sous divers aspects. Une hypothèse
d?évolution pourrait être l?intégration
dans le périmètre des contrats de
concession de sections routières
aujourd?hui non concédées pour les sujets
d?investissements, ce qui impliquerait des
réflexions sur les modèles d?équilibre et
la rémunération. Il notait par ailleurs que,
depuis la loi du 6 août 2015 élargissant
les compétences du régulateur aux
activités routières (transport par autocar
et autoroutes), il est possible, sous le
contrôle de l?Autorité de régulation des
transports (ART), de modifier un contrat
de concession pour faire face, soit à des
besoins nouveaux identifiés localement,
soit à des besoins qui n?auraient pas été
vus au début du contrat, ce qui pourrait
permettre d?engager la réflexion en
concertation avec les acteurs du secteur
sans attendre la période 2031 à 2036
et le retour à l?État des autoroutes
concédées. Pourraient être envisagées
dans ce cadre, pour assurer l?entretien
des infrastructures et leur adaptation au
changement climatique, une mobilisation
des marges de manoeuvre offertes par
la possibilité de modifier en cours de
contrat certaines modalités du contrat
des concessions autoroutières.
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Le CESE recommande
au Gouvernement, avec
les acteurs du secteur, de
repenser l?organisation des
autoroutes actuellement
concédées, ainsi que de
mener une réflexion sur
une intégration dans le
périmètre des contrats de
concession autoroutières, de
sections routières aujourd?hui
non concédées donnant
immédiatement accès à
l?autoroute, pour assurer leur
entretien et pour contribuer
ainsi à l?adaptation de ces
infrastructures au changement
climatique, ainsi que sur les
modèles d?équilibre et la
rémunération qui pourraient y
être associés.
En aucun cas l?extension du
périmètre des autoroutes
ne doit déboucher sur un
péage supplémentaire des
utilisateurs actuels : les routes
gratuites doivent le rester, tout
en garantissant par ailleurs la
pérennité du niveau actuel de
ressources issues des péages
autoroutiers.
PRÉCONISATION #17
284? Ministère de l?Ecologie, du Développement durable et des transports la circulation à 4? tonnes
conditions de circulation et démarches à accomplir, décret n)2012-1359 du 4 décembre 2012
relatif au poids total roulant autorisé des véhicules terrestres à moteur. Des conditions techniques
sont à respecter, notamment des limitations strictes de charge pour les essieux du véhicule
à moteur et de la remorque. La dimension des camions est limitée à 18,75 mètres de long.
3.2. Favoriser le report des poids
lourds sur les voies autoroutières
et dissuader la circulation des
camions les plus lourds sur des
voies secondaires ou communales
inadaptées
En France, les véhicules de
transport routier de plus de
quatre essieux sont autorisés à
circuler entre 40 et 44 tonnes sur
le territoire national pour tous les
types de marchandises284. Au niveau
européen, la révision de la directive
européenne 96/53/CE « Poids
et dimension » du 25 juillet 1996
a reçu le feu vert du Parlement
européen en mars 2024. Elle vise
à autoriser la circulation dans l?UE
des méga-camions, poids lourds
pouvant mesurer jusqu?à 25 mètres
de long et peser jusqu?à 60 tonnes,
avec deux remorques attachées.
La révision du texte européen vise
à permettre aux méga-camions de
traverser plus aisément les États-
membres de l?UE. Aujourd?hui, pour
qu?un véhicule de plus de 40 tonnes
puisse traverser une frontière, un
accord est nécessaire entre les
deux pays concernés, sinon, franchir
la frontière est interdit. La directive
est en attente de la position du
Conseil. Si elle est adoptée, dès
lors qu?un Etat membre autorise
les méga-camions sur son territoire
pour le trafic domestique, les méga-
camions étrangers peuvent circuler
aussi sur les routes de cet État.
121
Des méga-camions circulent déjà dans
plusieurs pays européens (Allemagne,
Pays-Bas, Finlande, Suède?). Pour leurs
partisans, ces poids lourds permettent de
réduire la consommation de carburant à
la tonne transportée et les émissions de
GES car ils favorisent le transport de plus
de marchandises d?un seul coup et ainsi
une réduction du nombre de camions
circulant et de trajets. Les opposants
aux méga-camions y voient à l?inverse
le risque que la rentabilité économique
de ce système rende encore moins
avantageuse l?alternative des modes
ferroviaire, fluvial et/ou du transport
combiné, et ne permette de ce fait, ni
de désengorger les routes, ni de réduire
les émissions de GES. Est par ailleurs
mise en avant l?inadaptation des routes
françaises à l?accueil de ces poids lourds,
« contrairement à la Finlande ou à la
Suède, aux autoroutes très droites »285.
En Suisse, l?utilisation des autoroutes ne
donne pas lieu à des frais de péage. En
revanche, à l?entrée dans ce pays, une
redevance annuelle doit être acquittée
pour utiliser les autoroutes suisses, les
voies rapides et semi-autoroutes, avec,
d?une part, une vignette autoroutière
annuelle de 40¤ pour les véhicules
jusqu?à 3,5 tonnes et, d?autre part, une
redevance pour les poids lourds de plus
de 3,5 tonnes. En France, si le transport
routier de marchandises est effectué en
majorité (52 %) sous pavillon français,
une forte part du fret est transporté par
des poids lourds sous pavillon étranger.
Cette contribution à l?usage des
infrastructures sur les poids lourds en
transit pourrait, si elle était mise en place,
prendre en compte l?âge des flottes et
les distances parcourues pour orienter
285? Mme Karima Deli, présidente de la commission des Transports et du tourisme au Parlement Européen,
citée par Toute l?Europe, article « Méga-camions : le Parlement européen donne son feu vert
pour une circulation plus libre » (12 03 2024).
286? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant de l?AMF.
vers le report modal ferroviaire et fluvial,
quand cela est possible, une partie des
trajets longue distance pour lesquels ils
peuvent être pertinents. Cela supposerait
une évolution de la position de l?Union
européenne et du droit européen de la
concurrence, ce qui nécessiterait une
action du Gouvernement en ce sens
auprès des instances communautaires et
un accord de nos partenaires au sein de
l?UE.
Les faibles marges commerciales dans
le transport routier peuvent inciter
des entreprises de transport routier et
leurs chauffeurs, qu?il s?agisse du reste
d?entreprises françaises ou étrangères,
à éviter autoroutes et péages pour
n?emprunter que des routes nationales
ou secondaires, voire communales. Or,
ces dernières, si elles sont gratuites
d?utilisation, ne sont pas adaptées à
des poids lourds au-delà d?un certain
poids et leur chaussée s?abîme de ce
fait beaucoup plus vite, les effets du
changement climatique accentuant
cette fragilisation286. Le développement
du GPS, qui permet les déplacements
sur des itinéraires secondaires ou mal
connus, a renforcé ce type de pratiques
et les problèmes de dégradation des
petites routes ou des ponts qui en
découlent.
Ambition France Transports propose
pour sa part d?élargir de manière
progressive les mécanismes d?éco-
contribution territoriale sur les poids
lourds empruntant certains réseaux
routiers locaux très fréquentés,
notamment par les poids lourds en transit.
Des expérimentations sont en cours dans
la Collectivité européenne d?Alsace et la
Région Grand Est. La mise en place de
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nouvelles éco-contributions par les
régions nécessiterait de rouvrir par
la loi le transfert de réseaux routiers
à ces dernières et d?être concerté
avec les transporteurs pour assurer
l?opérationnalité de ces mesures.
Une autre option pourrait selon
Ambition France Transports
résider dans la « mise en place
de majoration ciblée des péages
poids lourds sur les autoroutes
concédées qui font face à
des congestions importantes,
comme le permet une disposition
de la directive européenne
Eurovignette ». Une mesure de cet
ordre devrait toutefois s?appuyer
sur des études objectivant la
congestion et la pollution sur les
tronçons concernés et les recettes
qui en résulteraient être affectées
à des investissements pour réduire
la congestion. Cette majoration
pourrait être mise en place sur
« certains grands axes autoroutiers
à péage traversant la France vers
et depuis la Belgique et l?Allemagne
d?une part, et l?Espagne d?autre
part, très fréquentés par des poids
lourds en transit. Elle pourrait
générer, selon le périmètre et le
niveau de majoration choisis, entre
quelques dizaines et quelques
centaines de M¤ »287.
287? Rapport Ambition France Transports : financer l?avenir des mobilités (juillet 2025), p. 20.
288? De telles mesures d?interdiction doivent être motivées et peuvent être justifiées par les
caractéristiques de la chaussée qui ne permettent pas d?accueillir dans de bonnes conditions
la circulation de poids lourds. Les restrictions apportées à la liberté de circulation doivent être
strictement nécessaires à la préservation de la chaussée et proportionnées aux exigences
de la préservation. Par ailleurs, avant d?interdire la circulation des poids lourds sur une route,
l?autorité doit proposer un itinéraire de déviation, qui peut être une autoroute à péage.
289? Le non-respect de l?interdiction permanente d?accès de certaines routes à certaines catégories
de véhicules est une infraction punie d?une amende de 750¤ pour une personne physique
ou de 3 750¤ pour une personne morale. https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/
F33698#:~:text=Sanctions&text=Le%20non%2Drespect%20de%20l,%E2%82%AC%
20pour%20une%20personne%20morale.;
Quoi qu?il en soit de l?avenir des
taxes envisagées, la détérioration
de nombreuses routes secondaires,
départementales ou communales
en particulier, et d?infrastructures
telles que des ponts, du fait de la
circulation de nombreux camions
d?un tonnage auquel elles sont
inadaptées, souvent pour du trafic
de transit qui pourrait emprunter
d?autres voies, nécessite qu?une
réponse y soit apportée, d?autant
que les effets du changement
climatique en amplifieront les
conséquences.
Cela nécessite pour le CESE
une combinaison de mesures :
d?une part, un renforcement
des mesures d?interdiction de
la circulation des poids lourds
de fort tonnage en transit sur
certaines routes communales ou
départementales dont la chaussée
est inadaptée à leur poids, ce
qui relève de la compétence du
maire ou du président du Conseil
départemental288 ; d?autre part, une
majoration des amendes289 quand
une contravention à ces interdictions
est constatée ; en troisième lieu,
un renforcement du nombre
des contrôleurs des transports
terrestres. Les effectifs de ces
agents et agentes des DREAL qui
ont la possibilité d?accéder aux
informations des poids lourds
123
pour veiller au respect des normes
sociales et des voies empruntées ainsi
que des heures de conduite, et jouent
donc un rôle important pour le contrôle
de la circulation des poids lourds, sont
290? Direction générale du Trésor, « Les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone » (2025).
en effet de 300 agents et agentes, et
méritent d?être mis en adéquation avec le
renforcement nécessaire du nombre des
contrôles et l?importance de leur mission.
Dans l?optique d?une harmonisation au niveau européen, le CESE appelle
le Gouvernement, pour diminuer le nombre des véhicules circulant et les inciter
à prendre l?autoroute, à appuyer auprès des autorités communautaires une
évolution du droit européen afin de faire contribuer l?ensemble des poids lourds
utilisateurs, y compris les poids lourds en transit, à l?entretien et au renouvellement
des infrastructures. Il lui demande d?organiser dans cette perspective une
grande conférence avec toutes les parties prenantes. Le CESE appelle maires et
présidents de conseils départementaux à renforcer les restrictions de circulation
aux poids lourds sur les voies relevant de leur compétence qui sont inadaptées
à ces circulations. Il appelle le Gouvernement à impulser un renforcement des
contrôles routiers appliqués aux poids lourds sur les routes départementales
et communales dépourvues d?aménagements spécifiques et sur les ponts, pour
veiller au respect de la réglementation et limiter leur usure prématurée, et à mettre
en adéquation les effectifs des contrôleurs des transports terrestres relevant
des DREAL afin de lutter plus efficacement contre le dumping environnemental,
économique et social.
PRÉCONISATION #18
3.3. Utiliser une partie accrue
des produits financiers provenant de
l?automobile (amendes, stationnement)
pour la rénovation/adaptation des
infrastructures
L?automobile est à l?origine de nombreux
types de recettes fiscales, via les taxes
sur les carburants, le produit des
amendes de police, ainsi que diverses
redevances, auxquelles s?ajoute le
produit des concessions autoroutières.
Ainsi, en 2022, la Taxe intérieure
de consommation sur les produits
énergétiques (TICPE) a rapporté
30,3 Md¤ en comptabilité nationale,
dont 16 Md¤ vont au budget général
de l?État, 8 Md¤ aux régions, qui
peuvent en majorer les taux, 5 Md¤ aux
départements et 1,2 Md¤ à l?Agence
de financement de infrastructures de
transport (AFITF). Mais cet impôt repose
sur la consommation d?essence et de
gazole, assiette carbonée vouée à se
réduire avec l?électrification du parc.
Selon les estimations d?une étude, les
recettes de TICPE se réduiront d?environ
8 Md¤ à l?horizon 2030290.
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124
Les recettes tirées par l?État
des concessions autoroutières
se sont élevées en moyenne, de
manière directe et indirecte, à
environ 4 Md¤ par an291. Les
recettes des amendes radars
atteignaient 965 millions d?euros
en 2023292. M. Cuillerier, de
l?AMF, notait en audition que l?État
perçoit la grande majorité des
recettes liées à l?automobile, alors
que les collectivités territoriales
et notamment les communes
supportent une grande part des
coûts liés à l?entretien de la voirie.
Une affectation d?une part accrue
des recettes tirées par l?Etat
de l?automobile à l?entretien et à
l?adaptation par les collectivités et
notamment les petites communes
des infrastructures de transport
dont elles ont la gestion pourrait
contribuer à améliorer leur
acceptabilité et fournirait des
recettes pour leur financement.
Ambition France Transports pointe
d?autres ressources existantes
prélevées sur les transports et
réallouées depuis le budget général.
Elle propose la mise en place d?un
« mécanisme permettant de lever
une dette spécifique pour résorber
la dette grise du réseau routier
national non concédé, qui serait
remboursée à partir de 2032
291? La fiscalité applicable aux SCA permet néanmoins à l?Etat de bénéficier d?une partie
des recettes tirées par les SCA des autoroutes. Selon les SCA, l?activité des concessions
autoroutières auraient rapporté à l?Etat près de 50 Md¤ entre 2006 et 2018, répartis
entre fiscalité spécifique (taxe d?aménagement du territoire
et redevance domaniale) et fiscalité générale (impôts sur les sociétés et TVA).
(rapport du Sénat).
292? Sur ce total, 340 M¤ reviennent à la Délégation à la sécurité routière et au fonctionnement
du contrôle automatique, 221 M¤ à l?AFITF, c?est-à-dire à l?entretien et à la rénovation des
infrastructures de transport, 201 M¤ au désendettement de l?Etat 187 M¤ aux collectivités
territoriales et 26 M¤ pour améliorer la prise en charge des blessés de la route. Quant au
produit des amendes relatives à la circulation routière, sa répartition est proportionnelle,
pour les communes, au nombre de contraventions dressées l?année précédente sur leur
territoire, et pour les départements, au nombre de kilomètres de la voirie départementale.
par une partie des excédents
dégagés par les autoroutes à l?issue
des concessions historiques ».
Les ateliers d?Ambition France
Transports ont proposé par ailleurs
de mobiliser diverses ressources
fiscales nouvelles, dont certaines
portant sur le mode routier (voitures
ou poids lourds) présentées
ci-après, pour financer des
priorités d?investissement dans les
transports :
La hausse du malus poids, taxe
assise sur la vente de véhicules
neufs dépassant un certain poids,
qui vise à pénaliser l?achat de
véhicules générant beaucoup
d?émissions de CO2 à la construction
et dont le poids favorise une usure
accélérée de la voirie, est une autre
piste identifiée. La loi de finances
pour 2025 prévoit une baisse du
seuil de déclenchement du malus
poids à 1 500 kg en 2026 et son
extension aux véhicules électriques
avec un abattement de 400 kg.
La baisse du seuil de 1 500 kg à
1 400 kg produirait 400 M¤/an de
recettes supplémentaires et une
suppression des abattements dont
bénéficient les véhicules hybrides
une recette de 200 M¤/an.
125
La loi du 22 août 2021 portant lutte
contre le dérèglement climatique et le
renforcement de la résilience face à ses
effets prévoit la réduction progressive à
horizon 2030 du taux réduit de TICPE293
dont bénéficient les transporteurs
routiers de marchandises sous forme
d?un remboursement partiel. Chaque
relèvement de 1 c¤/l de ce taux réduit
apporte une ressource de 70 M¤ /an
environ, et une suppression générerait
à terme des recettes supplémentaires
d?environ 1,2 Md¤/an.
Enfin, Ambition France Transports
propose de mettre en place une taxe sur
la livraison de colis à domicile en zone
urbaine, assise sur le chiffre d?affaires
des grandes entreprises de e-commerce.
« Elle pourrait générer selon le taux et le
périmètre retenu de 50 à 200 M¤ »294.
Le CESE suivra avec attention l?issue qui
sera accordée aux conclusions de ces
travaux.
Le CESE appelle le
Gouvernement à étudier la
possibilité et les modalités de
l?affectation aux collectivités
territoriales d?une part accrue
des recettes perçues par
l?État de diverses ressources,
dont les amendes liées à
l?automobile et à son usage.
PRÉCONISATION #19
293? Taux réduit : 45,19 c¤/l, contre60,75 c¤/l pour le taux normal.
294? Source association Respire, citée par Ambition France transports, p. 23.
295? Vie publique.fr : « épargne réglementée : 956 Md¤ d?en cours en 2024 »
3.4. Créer un outil de mobilisation
de l?épargne et mieux mobiliser les fonds
européens
L?épargne des ménages atteint dans
notre pays un taux élevé (18,2 % de leurs
revenus disponibles selon l?Insee) et, avec
le vieillissement de la population, il est
probable que ce phénomène s?accentue
dans les années à venir, la propension à
épargner s?accroissant fortement avec
l?âge.
Pourrait être envisagée dans ce contexte
la mise en place, via la Caisse des Dépôts
ou le système bancaire, d?une épargne
dédiée, le cas échéant inspirée du livret
de développement durable solidaire
(LDDS), pour contribuer au financement
de l?adaptation des infrastructures au
changement climatique.
Le LDDS, géré par le système bancaire,
est, dans la limite de 12 000¤, rémunéré
à 1,70 % net au 1er septembre 2025, ses
intérêts sont défiscalisés et l?épargne
reste disponible à tout moment. Le
détenteur du LDDS peut contribuer à
des projets de développement durable
et solidaire, une partie de l?épargne
du livret étant utilisée pour financer
des projets environnementaux. Au
31 décembre 2024, le nombre de LDDS
s?élève à 26,3 millions, en progression de
6 % sur deux ans, pour un encours de
160 Md¤295.
Une option pourrait consister à
« transformer progressivement les
conditions financières du LDDS pour le
dédier exclusivement à la transition via
une nouvelle capacité d?investissement
dans des fonds labellisés, des obligations
vertes ou de transition ». Un avis
récent du CESE propose par ailleurs
d?augmenter le plafond du LDDS pour
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accroître les ressources disponibles
et accommoder la demande dans
la mesure où ce livret est attractif
et où les plafonds sont atteints
pour une partie des détenteurs.
« Les modalités pour l?épargnant
resteraient inchangées, avec une
épargne garantie accessible à
tout moment »296. Sa mobilisation
partielle pourrait donc constituer
un apport important pour le
financement de l?adaptation des
infrastructures. La création d?un
livret de même type pourrait aussi
être envisagée par l?Etat pour
financer des projets d?adaptation
d?infrastructures critiques au
changement climatique, ainsi que
d?autres moyens de financement
tels que les emprunts d?Etat ou les
emprunts d?avenir.
Dans ce même avis, le CESE relève
que « le cadre budgétaire européen
est souvent mentionné pour
justifier des limites du recours à
l?endettement. Pourtant, en 2020,
face à la Covid, la suspension
des règles encadrant les déficits
budgétaires et les dettes publiques
a été adoptée ». Les règles
relatives au respect des critères de
Maastricht (3 % de déficit public
et 60 % d?endettement) ont depuis
été rétablies et le Conseil de l?Union
européenne a approuvé le 26 juillet
2024 la recommandation d?ouvrir
des procédures de déficit excessif
à l?encontre de sept pays membres,
dont la France. « Une certaine
flexibilité pourrait toutefois être
négociée par les pays, notamment
en termes d?horizon temporel. Le
CESE propose d?encourager les
296? CESE, avis Financer notre stratégie énergie-climat : donnons-nous les moyens
de nos engagements, p. 89.
297?CESE, RAEF 2024, p. 103.
États à engager l?équivalent de
2 points de PIB supplémentaires
par an dans les investissements
verts et de les sortir si besoin des
critères européens de la règle des
3 % ».
Le Rapport annuel sur l?état de la
France (RAEF) 2024 distingue trois
types d?investissements à réaliser
pour la transition climatique : les
investissements verts rentables,
vers lesquels il est nécessaire
d?orienter davantage les fonds
privés ; les investissements à la
rentabilité incertaine, qui peuvent
être pris en charge par les
banques d?investissement ; les
investissements sans rentabilité
mais indispensables d?un point
de vue écologique et social, qui
peuvent être financés uniquement
par des subventions. L?avis relevait
que le mode de financement de
ces investissements fait débat :
« certains économistes, telle
Jézabel Couppey-Soubeyron
(université de Paris I), plaident
en faveur d?un financement
monétaire dégagé de la dette
pour les investissements non
rentables. D?autres, tel Xavier
Ragot (OFCE), sont favorables à
la fiscalité et pensent préférable
de répartir l?effort de manière
équitable par l?impôt, avec un débat
démocratique sur les contributeurs
et les modalités »297.
Plusieurs fonds européens peuvent
donner lieu à des financements à
finalités écologiques. Un dispositif
mis en place par l?UE dans le cadre
de la programmation 2021-2027
concerne les macro-régions. Une
127
macro-région est une zone géographique
composée d?États membres et de pays
tiers (c?est-à-dire non-membres de l?UE)
pour faire face à des défis communs
d?ordre environnementaux, économique
et sociétaux. Les stratégies macro-
régionales ne sont pas dotées d?un budget
propre, mais tous les programmes et
fonds européens doivent les prendre en
compte dans le financement de projets.
Sur le plan financier, l?inconvénient est
donc de ne pas avoir accès à un type
d?aide particulier mais avec l?avantage que
la stratégie a accès à une diversité d?aides
européennes selon l?action recherchée.
Les stratégies macro-régionales de l?UE
sont lancées et demandées via le Conseil
européen par les Etats membres de l?UE
concernés situés dans une même zone
géographique. Après demande du Conseil
européen, les stratégies sont élaborées et
adoptées par la Commission européenne.
Ainsi, il s?agit surtout d?initiatives
intergouvernementales. Les partenaires
associés (Etats membres, régions,
municipalités, associations ou ONG,
etc.) doivent trouver un partenariat, un
mécanisme de collaboration adéquats et
une coordination des actions conduites.
Il existe à ce stade quatre macro-régions,
dont la stratégie de l?UE pour la région
alpine, à laquelle participe la France.
L?Union européenne a adopté sa nouvelle
stratégie d?adaptation au changement
climatique (qui fait suite à la première
de 2013) en 2021, avec pour objectif
d?adapter l?UE aux effets inévitables du
changement climatique et de devenir
résiliente en 2050. Cette politique
poursuit quatre objectifs clés :
une adaptation plus intelligente, en
s?appuyant notamment sur la plate-
forme internationale Climate-Adapt,
pour mieux connaître et faire connaître
les problématiques d?adaptation, une
approche systémique, le renforcement de
l?action internationale et l?inscription dans
le Pacte vert pour l?Europe.
Le CESE demande au
Gouvernement de mobiliser
l?épargne des ménages en
utilisant davantage le Livret
de développement durable
et solidaire (LDDS) au
service de l?adaptation des
infrastructures et en créant un
nouveau livret d?épargne sur
un modèle proche de celui du
LDDS, appuyé sur les banques
ou la Caisse des dépôts.
Le CESE appelle le
Gouvernement à soutenir la
création de Macro-régions
transfrontalières pour
favoriser le financement
de projets communs visant
entre autres à l?adaptation
d?infrastructures.
PRÉCONISATION #20
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V. Axe 5 - Conforter les capacités du système
assurantiel dans ce nouveau contexte
L?expansion, d?ici 2050 et au-delà,
des risques liés au changement
climatique et l?émergence des
risques systémiques interrogent, par
son ampleur, les fondements mêmes
de l?assurance, et notamment les
principes de mutualisation et de
modélisation des risques. Pour les
actuaires, un risque est assurable s?il
remplit trois conditions : un contrat
doit établir un transfert de risque
d?une partie à une autre ; l?aléa doit
être prédictible et le montant de la
sinistralité soutenable ; le nombre
de vendeurs et d?acheteurs de
risque doit être suffisant (logique
de marché). Si, pour renforcer leur
assiette financière, les assureurs
peuvent faire appel à la réassurance,
quand le risque n?est plus un aléa,
il devient inassurable. Or, certains
risques, autrefois aléatoires, tendent
à devenir prédictibles et sortent de
ce fait du champ de l?assurabilité
définie supra. Ainsi, le dérèglement
climatique fait peser un risque
existentiel à l?assurance. Mais, pour
les assureurs, le risque assurantiel
lié au climat porte surtout sur les
biens immobiliers d?habitation,
d?entreprises et bâtiments publics,
et peu sur les infrastructures, pour
lesquelles leur exposition est plus
faible.
Comme noté supra, État,
collectivités territoriales et
opérateurs publics gestionnaires
d?infrastructures doivent veiller
à la continuité des services dits
essentiels malgré leur vulnérabilité
aux effets du changement
climatique, mais une part très
minoritaire des infrastructures est
assurée, voire, pour nombre d?entre
elles, assurables. Même si certaines
collectivités rencontrent des
difficultés à trouver un assureur qui
accepte de les couvrir, le nombre
d?acteurs de l?assurance présents
sur le marché des collectivités étant
très réduit, la grande majorité des
petites communes de l?Hexagone
est assurée.
Le « Roquelaure » de l?assurabilité
des territoires (avril 2025) a
débouché sur une Charte nationale
d?engagement pour l?assurabilité
des collectivités, sur un Plan pour
l?assurabilité des collectivités
territoriales et la création d?un
service CollectivAssur auprès du
Médiateur de l?assurance pour
orienter et aider les collectivités à
trouver une solution assurantielle.
Le Roquelaure préconise de mettre
en place dans les intercommunalités
et communes un gestionnaire
des risques/préventeur et de
faciliter la mobilisation des outils
de la solidarité nationale. Le
Gouvernement s?est engagé à
proposer d?ici le PLF 2026 une
modernisation de la dotation de
solidarité (DSEC) (qui concernerait
les infrastructures non assurées
et notamment les routes) en
faveur de l?équipement des
collectivités territoriales et de
leurs groupements touchés par
des évènements climatiques ou
géologiques. L?objectif mis en avant
est de « faciliter la mobilisation
des outils de solidarité » (point
3 de la Charte), notamment pour
assouplir la définition des biens non
assurables, raccourcir les délais
d?indemnisation et revoir la notion de
construction à l?identique, dans une
optique d?adaptation au changement
climatique.
129
L?engagement 4 du « Roquelaure » vise par
ailleurs à mieux renforcer la prévention
et la culture du risque via la formation
des agents et agentes des collectivités
territoriales et la professionnalisation de
la fonction de manageur ou manageuse
des risques dans les départements et
intercommunalités ; l?association des
représentants et représentantes des
assureurs aux côtés des élus et élues
locaux, aux concertations locales et
nationales sur la prévention des risques
naturels majeurs et l?adaptation au
changement climatique ; mise à disposition
des collectivités par le Cerema d?outils de
prévention des risques naturels majeurs,
de diagnostics de vulnérabilité, et des
données cadastrales de la DGFIP298.
Les difficultés ayant entraîné
l?organisation du Roquelaure semblent
ainsi en grande partie réglées, mais
les décisions prises concernent
surtout les risques assurables, et peu
les infrastructures. Pour les risques
assurables, le régime d?indemnisation des
catastrophes naturelles en France vient
de voir une augmentation de 12 à 20 %
(soit plus 75 %) de la taxe Cat nat.
A ce stade, le nombre des assureurs
attirés par la couverture des risques sur
les infrastructures reste toutefois faible,
les risques non couverts apparaissant
mal cernés du fait du régime mixte dans
lequel se trouvent nombre de collectivités
et de la relative méconnaissance de
celles-ci quant à leur patrimoine et aux
risques encourus. Le marché apparaît
par ailleurs relativement peu rentable.
La place faite aux appels d?offre,
qui laissent une faible visibilité aux
assureurs sur l?ampleur du risque assuré
et de possibilité de dialogue avec les
collectivités est aussi une difficulté.
298? Plan pour l?assurabilité des collectivités, points 3 et 4.
Il est essentiel pour une collectivité de
connaître la totalité de ses risques, c?est-
à-dire ce qu?elle devrait rebâtir ou réparer
en cas de sinistre. De même, pour
l?État, assureur en dernier ressort des
territoires, réaliser une cartographie des
principaux risques non couverts par les
assurances en matière d?assurance serait
nécessaire. Le lancement d?Infraclimat,
plate-forme de visualisation des risques
climatiques sur les infrastructures,
lancée par la FNTP pour aider les acteurs
publics et notamment les collectivités
à mieux comprendre la nature des
vulnérabilités est à cet égard positif.
La cellule CollectivAssur récemment
mise en place pour répondre à des
besoins spécifiques des diverses
collectivités, pourrait-elle jouer le
rôle d?un Observatoire de l?Assurance
des collectivités et suivre de façon
quantitative le nombre de collectivités
locales en difficulté assurantielle ?
Cela devrait permettre d?objectiver
et de matérialiser la réalité du risque
de l?inassurabilité des collectivités,
en distinguant celles qui ne trouvent
pas d?assurance via notamment les
appels d?offre infructueux, de celles qui
bénéficient d?offre mais les déclinent en
raison d?un prix jugé trop élevé.
Certains biens (immobilier ou
infrastructures) sont autoassurés car
il n?existe pas, au moins à ce stade, de
solution assurantielle, soit parce que
le montant en jeu est modéré, soit
parce que l?utilisation du bien n?est
pas jugée vitale et que le bien ne sera
pas reconstruit en cas de problème.
Ce sont notamment ces deux sujets qui
nécessitent d?envisager les solutions
à y apporter. Faire en sorte, dans un
contexte d?accroissement du fait du
changement climatique des risques
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pesant sur les infrastructures,
qu?il y en ait davantage d?assurées
suppose notamment une meilleure
connaissance des biens, la mise en
place de mesures prévention et de
protection pour réduire la fréquence
et l?impact du sinistre. Cela
contribuerait à réduire le risque, à
rassurer l?assureur et à augmenter
son appétence à contracter.
D?autres biens sont assurés mais
avec un niveau de franchise : la
question est de savoir si le niveau de
la franchise est acceptable pour la
commune.
Pour soutenir la remise en état
de biens des collectivités de
l?Hexagone réputés non assurables
(et de fait non assurés) frappés
par des évènements climatiques
et géologiques graves, l?Etat met
depuis 2008 à disposition une
Dotation Exceptionnelle de solidarité
(DSEC), dotée de 30 M¤ en
2025299.
Si une collectivité n?est pas assurée
sur tel ou tel équipement ou si les
franchises sont trop importantes, la
question est de savoir si sa surface
financière est suffisante pour faire
face, sur ses fonds ou via un prêt en
cas d?intervention d?un évènement
climatique. Ou y aurait-il possibilité
d?une autre « solution chapeau »
(car si un bien ou un équipement
n?est pas assuré, le régime Cat
Nat ne joue pas). Faut-il pour cela
créer en plus du DSEC, pour la
partie des infrastructures qui n?est
pas assurée, un régime public de
réassurance ? Faut-il un fonds
pour mutualiser les risques sur les
infrastructures cofinancé par l?État
et les assureurs (la difficulté risquant
299? I4CE, étude Adapter la France à +4°C : moyens, besoins, financements (septembre 2025), p. 12.
d?être de convaincre les assureurs,
car cela porte précisément sur les
biens qu?ils n?ont pas voulu assurer).
Il conviendrait en ce cas de veiller
à ce que ce rôle d?assureur des
collectivités en dernier ressort
joué par l?État ne conduise pas des
collectivités à volontairement se
sous-assurer ou à ne plus faire de
prévention suffisante.
Il importe de renforcer la
prévention/protection en amont.
C?est ce que vise à faire le fonds
Barnier, (Fonds de prévention
des risques naturels majeurs
FPRNM), qui aide à subventionner
l?investissement pour réduire le
risque climatique. Il peut ainsi par
exemple aider une collectivité à
racheter des habitations pour
l?expropriation, à réduire un
risque par de la prévention pour
une entreprise, mais pas aider
une collectivité à développer
la prévention pour ses propres
biens. Etendre aux infrastructures
le rôle du fonds Barnier pour la
prévention en amont pourrait être
envisagé, mais, si cette option est
retenue, cette extension de son
champ d?application et la montée
des risques qui en résultera
nécessiterait d?abonder son
financement.
Il apparaît pour le CESE souhaitable
d?accroître le nombre d?assureurs
intervenant sur le marché de
l?assurance des collectivités, de
renforcer la part des infrastructures
assurées face aux risques liés
au changement climatique, de
manière à mieux les couvrir et
à réduire encore le nombre de
collectivités ne parvenant pas à
131
s?assurer. Si certaines infrastructures
ne sont effectivement pas assurables,
telles les routes, d?autres pourraient
sans doute l?être, tels certains ponts ou
tunnels par exemple. Il est par ailleurs
nécessaire de faire progresser la culture
des risques parmi les collectivités
territoriales, ainsi que, en lien notamment
avec les assureurs, les mesures de
prévention qu?elles adoptent. Etendre
aux infrastructures le fonds Barnier,
qui permet de financer des mesures de
prévention des risques, constitue sans
doute une piste, mais avec quels moyens
financer cette extension de son champ ?
Dans le prolongement du Roquelaure de l?assurabilité des territoires,
le CESE appelle le Gouvernement à installer une « mission » sur l?assurabilité
des infrastructures, pilotée par les autorités publiques compétentes, réunissant
les assureurs, les réassureurs et leurs représentantes et représentants, dont France
assureurs, et une représentation des élues et élus ainsi que de la société civile.
Il préconise à l?État, aux collectivités territoriales et aux opérateurs propriétaires
et/ou gestionnaires d?infrastructures d?utiliser la cartographie des risques,
des services techniques et des estimations de coûts des assureurs au service
des infrastructures.
Il demande au Gouvernement de développer la prévention en envisageant
l?extension du fonds Barnier de prévention au domaine des infrastructures,
de créer, avec les assureurs, à destination des collectivités territoriales et des
opérateurs gestionnaires d?infrastructures, des outils d?incitation à la prévention
(bonus réduction/effacement du risque), ainsi que de renforcer la Dotation
exceptionnelle de Solidarité (DSEC).
PRÉCONISATION #21
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Les infrastructures, telles que les voies et
ouvrages qui permettent les transports de
personnes et de marchandises ainsi que les
réseaux d?énergie, d?eau et d?assainissement,
structurent et irriguent l?espace. Elles
constituent pour la France un patrimoine
essentiel. Cependant, elles sont souvent
insuffisamment entretenues, parfois de
longue date, constituant une « dette grise »
qui rend nombre d?entre elles vétustes et
tend à les fragiliser. Or, comme mesuré par le
GIEC, le changement climatique s?accentue,
ce plus vite encore en France qu?en moyenne
mondiale, et les infrastructures sont de plus
en plus vulnérables face à ses multiples effets,
entraînant des dégradations accélérées et
des coûts considérables.
Certes, une prise de conscience a
commencé, avec la mise en oeuvre de
mesures d?adaptation300 comme le Plan
National d?Adaptation au changement
climatique (PNACC) et la trajectoire de
référence du réchauffement climatique
(TRACC) à + 4 °C pour la France d?ici à 2100.
Mais celles-ci restent insuffisantes et doivent
être poursuivies et renforcées, en veillant à
prévenir la maladaptation. L?avis vise entre
autres à contribuer à accélérer et à amplifier
la prise en compte de ces enjeux par les
pouvoirs publics, par les acteurs privés et
par le grand public car « chaque dixième de
degré compte ».
300? Un glossaire définissant ces termes et utilisant
notamment les travaux du HCC et/ou du GIEC figure
en annexe.
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Le CESE souligne l?enjeu d?investir dans
l?adaptation des infrastructures pour
prévenir les risques liés aux changements
climatiques dans un souci de sobriété,
pour contribuer à l?atténuation du
changement climatique et améliorer
leur résistance et leur résilience face à
ses effets. L?augmentation considérable
des coûts de prévention et d?adaptation
des infrastructures doit être anticipée
via une priorisation intégrant approche
systémique et logique de solidarité. Il
s?agit, selon le mot du climatologue italien
Filippo Giorgi, de « gérer l?inévitable et
éviter l?ingérable ».
D?une adaptation sectorielle qui pourrait
engendrer des reports de vulnérabilité
sur des domaines ou territoires voisins,
il faut passer à une adaptation intégrée,
transformatrice et concertée, pour
assurer son efficacité ainsi que sa
dimension démocratique et de justice
sociale.
L?impératif et l?urgence sont d?autant
plus grands que, comme souligné par
nombre de personnalités et d?organismes
interrogées pour cette saisine, le coût de
l?inaction serait en ce domaine beaucoup
plus élevé encore que celui de l?action
et que, même s?ils constituent des coûts
qui peuvent être jugés très importants,
ces investissements dans l?atténuation et
l?adaptation, notamment via des solutions
durables et innovantes, représentent
aussi des opportunités de développement
et d?emploi.
Le CESE formule en ce domaine
vingt-et-une préconisations, dont
quatre lui semblent particulièrement
indispensables :
Il appelle les propriétaires et
gestionnaires d?infrastructures à estimer
précisément le coût de l?adaptation des
infrastructures dans les territoires et à y
inclure, en le distinguant, le montant de
la « dette grise » résultant des retards
cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien, y compris
préventif. Cela pourra se faire en faisant
appel si besoin au concours du Cerema si
les gestionnaires n?ont pas la compétence
nécessaire.
Il appelle l?État à mettre en place une
gouvernance nationale intégrée des
infrastructures. Celle-ci devra être fondée
sur une stratégie interministérielle pilotée
par le Secrétariat général à la planification
écologique (SGPE). La mise en oeuvre
coordonnée des investissements sera
assurée par le Secrétariat général
pour l?investissement (SGPI) et par le
Haut-Commissariat à la stratégie et au
Plan. Elle aura aussi un rôle de conseil
en matière de priorisation et de suivi
élargi confiés au Conseil d?orientation
des infrastructures (COI), ouvert à la
société civile et aux parties prenantes.
Cette stratégie interministérielle devra
se traduire par une programmation
pluriannuelle des investissements dans le
cadre prévu à la préconisation n°11.
Le CESE appelle État, collectivités
territoriales et opérateurs à amplifier les
investissements après appréciation de
leur utilité dans le cadre d?une analyse
systémique et prospective, pour résorber
progressivement la « dette grise »
imputable à la longue période de sous-
investissement dans la maintenance des
infrastructures. Il préconise d?engager
sans attendre les travaux préventifs
de remise à niveau des infrastructures
les plus dégradées, de mettre à profit
ces investissements pour renforcer
dans une logique systémique l?apport
des infrastructures à l?atténuation du
changement climatique et d?y intégrer
de manière systématique un « réflexe
adaptation » prenant en compte les
potentielles évolutions d?usage.
Il appelle les pouvoirs publics,
Gouvernement et Parlement, à une
augmentation significative et à une
réorientation des financements
pour accompagner l?adaptation des
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infrastructures qui auront été
priorisées en lien avec une politique
d?aménagement du territoire
équilibrée et coordonnée. Il
appelle le Gouvernement à mettre
en place de manière pérenne,
par une législation cadre et une
programmation pluriannuelle,
la Conférence de financement
des infrastructures, à réfléchir
à l?opportunité et aux modalités
d?élargir le domaine concerné
au-delà des seules infrastructures
de transport, ainsi qu?à sécuriser
les financements en faveur
d?infrastructures résilientes
en développant des modèles
économiques innovants.
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136
Agir autrement pour l'innovation sociale
et environnementale
Ne pas investir aujourd?hui n?est pas
une économie, c?est une dette.
En 2025, les catastrophes naturelles
on coûté plus de 100 milliards
d?euros, parce qu?il y a vingt ans, on
a jugé la décarbonation trop chère.
Parce qu?il y a vingt ans, on a préféré
attendre.
Résultat : canicules, inondations,
infrastructures fragilisées.
La France porte une dette grise,
invisible dans les comptes, mais bien
réelle sur le terrain.
Ce que nous n?investissons pas
maintenant coûtera beaucoup plus
cher demain.
L?avis formule des préconisations
pertinentes :
Î intégrer adaptation et atténuation ;
Î ou encore donner la priorité aux
stratégies dites «?sans regret?»
et aux solutions fondées sur
la nature.
Cette transformation de nos
réseaux, qui va au-delà de la simple
maintenance, est une occasion
unique d?accélérer la transition
écologique : développement d?éco-
matériaux, soutien aux champions
de la transition écologique,
nouveaux modèles économiques
équilibrés, mobilisation de l?épargne
durable. Construire la résilience
peut créer des emplois qualifiés
et améliorer cohésion sociale et
solidarité territoriale, y compris
pour les Outre-mer particulièrement
exposés.
Pour autant, nous regrettons
que cet avis ne propose pas une
réflexion nouvelle sur le modèle
infrastructurel hérité des Trente
Glorieuses.
Les solutions fondées sur la nature
et le génie écologique, pourtant
déterminants pour la gestion de l?eau
et l?adaptation littorale, auraient ainsi
mérité d?être développés.
Les enjeux de sobriété, d?allègement
de certaines infrastructures et de
réduction de l?empreinte carbone
du transport restent insuffisamment
traités.
Surtout, les évolutions nécessaires
des pratiques de mobilité et des
modèles productifs, ainsi que
la question du rôle des usagers
dans le financement de certaines
infrastructures, auraient justifié
selon nous un débat plus ambitieux?:
les émissions des transports sont
aujourd?hui les plus difficiles à
réduire, l?électrification ne suffira
pas, nous devons repenser les
usages et pratiques ? donc les
infrastructures, avant de les refaire
pour un demi-siècle voire plus.
Transformer le risque
environnemental en opportunités de
cohésion, d?innovation, d?emplois et
de meilleure gestion des finances
publiques de long terme, voilà le cap
que notre groupe porte au CESE.
Déclarations des groupes
137
Agriculture
Notre pays a la chance de disposer d?un
réseau d?infrastructures au maillage
dense, historiquement très organisé avec
l?objectif de garantir à chacun l?accès
à des services essentiels mais aussi à
assurer une dynamique économique et
sociale à tous les territoires.
Mais cet atout précieux présente
aujourd?hui des faiblesses inquiétantes ;
l?état des infrastructures est préoccupant
et les aléas climatiques font peser un
risque accru sur tous les réseaux.
Ici encore, la France connaît un déficit
majeur d?investissements pourtant
indispensables à plusieurs titres :
entretenir l?existant, résorber cette dette
grise vertigineuse, assurer l?adaptation de
nos infrastructures au risque climatique.
Notre pays devra disposer d?une
cartographie rigoureuse des besoins, se
doter d?une stratégie globale ambitieuse
et résoudre une équation budgétaire
complexe qui supposera des outils
innovants et aussi, comme le souligne
l?avis, des priorisations courageuses.
Le groupe de l?agriculture a été sensible
à la préconisation 18 relative au
transport routier des marchandises. La
concurrence est forte dans le secteur du
commerce, en particulier des produits
alimentaires ; les règles ne sont pas
les mêmes partout. Une harmonisation
européenne est indispensable.
Nous portons également un grand intérêt
à la préconisation 21 sur l?assurabilité des
infrastructures. Les enjeux de l?assurance
sont de plus en plus prégnants avec la
multiplication des incidents climatiques.
La gestion des infrastructures ne fait pas
exception. Nous rejoignons la proposition de
la préconisation 21 de mettre en place une
« mission » assurantielle. Il nous paraît urgent
d?accélérer la réflexion sur la question.
Le groupe a voté pour.
Alternatives sociales
et écologiques
Le développement d'infrastructures
a été vecteur de progrès social.
Mais on observe aujourd'hui une
forme de naturalisation des besoins
d'infrastructures, comme si elles
étaient toutes par essence nécessaires
et bénéfiques. De nombreux projets
d?infrastructures de transport ? comme
l'autoroute A69, la ligne ferroviaire Lyon-
Turin ou le méga-canal Seine Nord Europe
? illustrent cette logique de captation des
financements au profit de la multiplication
des seuls échanges commerciaux.
Or, dans le contexte actuel de crise
écologique et sociale, nous devons plutôt
nous demander : quelles infrastructures
voulons-nous réellement maintenir ou
transformer ? Le choix doit être fondé sur
leurs impacts environnementaux et leurs
utilités sociales. Oui, les investissements
sur les infrastructures doivent être
priorisés sur les services publics
qu'elles rendent et les populations qui en
bénéficient.
L'avis reconnaît la nécessité de prioriser
les infrastructures à adapter en
fonction de leur vulnérabilité, mais sans
interroger suffisamment leur utilité ni
leurs externalités négatives ? pollution,
artificialisation, nuisances ? qui affectent
principalement les classes populaires.
S'il insiste à juste titre sur la nécessité
d'une action coordonnée pour résorber
la « dette grise » et évoque des pistes
de financement intéressantes, le
texte soutient les partenariats public-
privé, assortis de quelques garde-
fous nous saluons mais que nous
jugeons insuffisants. L'adaptation des
infrastructures ne doit pas alimenter
la financiarisation, mais faire l'objet
d'avantage de maîtrise publique, au
service de l'intérêt général. Ce n?est
pas la financiarisation qui fournira des
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solutions aux communes at aux
territoires les moins bien dotés.
L'adaptation au changement
climatique doit être pensé dans une
perspective écologique soutenable
et socialement juste pas comme une
opportunité économique.
En conclusion, si nous partageons
globalement le diagnostic, notre
désaccord avec certaines
approches et préconisations a
conduit le groupe Alternatives
sociales et écologiques à s'abstenir
sur cet avis. Nous avons néanmoins
tenu à saluer le travail sérieux
des rapporteurs et de l'équipe
administrative.
Artisanat et
Professions libérales
Les infrastructures ? réseau routier,
ferroviaire, fluvial, d?électricité,
d?eau - sont des piliers de la vie
économique et sociale, comme de
l?attractivité des territoires.
Or, tout ce patrimoine est
aujourd?hui doublement fragilisé.
En raison d?une part, de son
vieillissement et de sa dégradation
liée à un sous-investissement
chronique dans son entretien
(la « dette grise ») ; en raison
d?autre part, de l?accélération et
de l?amplification des effets du
changement climatique.
L?avis appelle à recenser, sur
l?ensemble du territoire, l?état des
infrastructures dans toute leur
diversité, tant au regard de leurs
vulnérabilités actuelles que face
aux risques climatiques à venir. Il
invite ensuite à passer à l?action sans
attendre afin de les protéger, dans
une approche à la fois pragmatique
mais aussi préventive et anticipatrice.
Le groupe Artisanat et Professions
libérales partage pleinement ces
enjeux.
Pour les mettre en oeuvre, l?Avis
décline une série de préconisations
dont plusieurs nous semblent
particulièrement structurantes.
La mise en place d?une
stratégie nationale à dimension
interministérielle nous semble
nécessaire pour assurer un
véritable pilotage de la politique
d?infrastructures, sur la base
d?une cartographie complète de la
situation de celles-ci.
Cette stratégie ne saurait toutefois
réussir qu?en s?appuyant sur un
dialogue régulier et structuré avec
les collectivités territoriales, afin
de prendre en compte les besoins
locaux, y compris à l?échelle des
bassins de vie notamment sur les
questions de mobilité.
Au regard des services
fondamentaux qu?offrent les
infrastructures en réponse aux
besoins des activités économiques
comme à ceux de la population,
le groupe ne peut que partager
la nécessité d?amplifier les
investissements publics et privés,
afin non seulement de rénover
celles qui sont dégradées, mais
aussi d?engager dès maintenant
les travaux de modernisation et
d?adaptation nécessaires pour
réduire la sensibilité de chacune
face au changement climatique. Il
nous semble également fondamental
de prévoir une programmation
pluriannuelle des investissements
publics qui donnerait de la visibilité
aux maîtres d?ouvrage.
Si les besoins financiers pour
remettre à niveau les infrastructures
et les adapter au changement
climatique sont considérables,
139
l?Avis nous rappelle que ceux-ci sont
toujours moindres lorsqu?ils sont conduits
de manière préventive. Les reporter,
c?est en effet prendre le risque de
mise à l?arrêt d?une infrastructure avec
des conséquences financières bien
supérieures.
Alors que les collectivités territoriales
gèrent la grande majorité des routes
et des ponts, nous considérons
qu?il est fondamental qu?elles soient
accompagnées tant en termes
d?ingénierie que de financement.
Parmi les leviers de financement identifiés
par l?avis, le groupe retient la réaffectation
d?une partie des taxes liées à l?automobile
au profit des routes et des ponts gérés
par collectivités territoriales, ou encore la
mobilisation de l?épargne avec la création
d?un nouveau livret dédié à l?adaptation
des infrastructures.
Ces pistes présentent le mérite de
réorienter en priorité des ressources,
tout en limitant la pression financière sur
les usagers, même si celle-ci ne peut être
totalement exclue.
Le groupe approuve par ailleurs, la
proposition d?une action au niveau
européen sur le sujet de la participation
des poids lourds à l?entretien et au
renouvellement des routes et des
ponts qu?ils empruntent, et de veiller
dès maintenant à la bonne application
des restrictions de circulation qui leur
sont applicables sur certaines voies
départementales ou communales.
Alors que la performance et la résilience
de l?ensemble des infrastructures
conditionnent la vitalité de nos territoires,
le groupe partage l?ambition portée par
cet avis, en estimant que certaines de
ses préconisations pourraient enrichir
le récent projet de loi-cadre ciblé sur les
transports.
Le groupe Artisanat et Professions
libérales a donc voté favorablement l?avis.
Associations
Les domaines ne manquent pas dans
notre société, tels que le climat,
l?éducation ou la santé où le manque
d?anticipation et de prévention se paient
chers.
Nos infrastructures, liées à l?énergie ou
au transport, n?échappent pas à cela,
étant doublement affectées par les
effets du changement climatique et de
la « dette grise », celle-ci résultant des
retards cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien. Notre
« déficit d?adaptation » se creuse et nous
devons prévenir la « maladaptation »,
pour éviter des réponses aggravant
des effets potentiels sur le changement
climatique ou accroissant les
vulnérabilités.
N'oublions pas que les 11 territoires
ultra-marins sont les plus exposées au
changement climatique, notamment face
à la montée des eaux, avec parfois des
cyclones et ouragans qui impactent ces
territoires de façon plus rapprochée que
dans l?Hexagone.
Il nous faut continuer à repenser nos
modes de vies et nos solidarités face
à une adaptation des infrastructures
pour diminuer leurs contributions aux
émissions de gaz à effet de serre et
améliorer leur résistance/résilience au
réchauffement et aux aléas climatiques.
Cette démarche doit intervenir dans un
souci de sobriété, de solidarité et de
prévention des risques, en évitant toute
nouvelle artificialisation et la destruction
des écosystèmes.
Le ministère en charge de l?équipement
doit encourager et faciliter l?utilisation
d?éco-matériaux (notamment recyclés)
et de nouveaux matériaux plus adaptés
tout en accompagnant l?évolution des
compétences et des conditions de
travail pour les salariées/salariés des
gestionnaires d?infrastructures.
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L?État doit pouvoir mettre en place
une gouvernance nationale intégrée
des infrastructures accompagnées
d?une loi de programmation
pluriannuelle, fondée sur une
stratégie interministérielle. Ceci en
lien avec les régions, départements
et communautés locales avec des
dispositifs de participation de la
population qui soient adaptés.
Car c?est précisément sur le
respect du droit de l?environnement,
de l?expertise scientifique, des
aspirations réelles des habitantes et
des habitants, et sur la construction
de leur adhésion aux projets que se
situe aujourd?hui le point de rupture.
L?actualité récente, qu?il s?agisse de
l?A69 ou du projet de contournement
de l?agglomération lyonnaise, montre
à quel point ces principes sont trop
souvent ignorés par les décideurs
publics, au prix de tensions sociales
évitables et au bénéfice de projets
dont la pertinence, largement datée,
est de plus en plus contestée.
Le groupe des associations a voté
en faveur de cet avis.
CFDT
Les infrastructures sont le substrat
technique nécessaire à la cohésion
des territoires et à l?égal accès
de toutes et tous à des services
essentiels comme les déplacements,
les communications, l?énergie...
La France était reconnue pour la
qualité de ses infrastructures, fruit
d?une politique d?aménagement du
territoire qui visait à réduire les
inégalités, une finalité aujourd?hui
doublement menacée par un défaut
de maintenance et de prévention
des risques climatiques.
Il est nécessaire de développer
une politique d?adaptation de
nos infrastructures anticipatrice
et volontariste dans un but de
transition juste, particulièrement
dans les territoires ultramarins
Cet avis pose clairement les trois
questions de l?ambition, des moyens
et de la méthode pour y parvenir.
Sur l?ambition, la CFDT souligne
tout particulièrement l?importance
de concrétiser une politique
d?adaptation engageante grâce à une
loi de programmation pluriannuelle
articulée avec les territoires et à
une gouvernance mieux coordonnée
qui permette de prioriser, de
planifier et de mettre en oeuvre ces
investissements.
Sur les moyens, la CFDT rejoint les
préconisations visant à identifier
« la dette grise » et à la résorber
progressivement, en mobilisant de
nouvelles ressources, notamment
en direction des collectivités,
telles que les péages autoroutiers,
une contribution sur les flux
de poids-lourds en transit, ou
les recettes de contravention
réprimant le dumping social et
environnemental. Nous soutenons
également le renforcement des
services publics d?ingénierie (Météo
France, CEREMA, ADEME, BRGM)
indispensables à la collecte de
données fiables pour la construction
d?une politique d?adaptation.
Sur la méthode, la CFDT juge
très pertinente de préconiser
une approche systémique qui
permette à la fois d?intégrer les
enjeux d?atténuation du changement
climatique, en misant par exemple
sur le report modal vers le fluvial
et le ferroviaire, et d?adaptation, en
prenant en compte les potentiels
changements d?usage des
infrastructures existantes.
La CFDT vote cet avis.
141
CFE-CGC
La CFE-CGC souhaite saluer la qualité et
l?ambition de ce projet d?avis, qui met en
lumière un enjeu fondamental pour notre
pays.
Les infrastructures quel que soit leur
nature ne sont, en effet, pas que de
simples ouvrages techniques. Elles sont
le socle de la continuité économique, de
la cohésion territoriale et du quotidien
de nos concitoyennes et concitoyens. Ce
patrimoine stratégique est cependant
aujourd?hui fragilisé par une double
réalité : une dette grise issue de
décennies de sous-investissement et
une exposition croissante à des aléas
climatiques plus fréquents, plus intenses
et plus coûteux.
Pour la CFE-CGC, ce constat appelle une
réponse claire : il faut impérativement
sortir d?une logique de gestion de crise
pour entrer résolument dans une culture
de l?anticipation et de la prévention.
Prévenir coûte moins cher que réparer,
mais surtout, prévenir protège les
territoires, les populations et les salariés
qui assurent chaque jour la continuité des
services essentiels.
Aussi, nous partageons pleinement
l?approche systémique portée par cet
avis. Le changement climatique impose
une gouvernance intégrée, lisible,
coordonnée, capable de donner une
vision de long terme aux décideurs
publics comme aux acteurs économiques
et sociaux.
Cet avis rejoint également un enjeu
central pour la CFE-CGC : celui
de l?innovation, du travail et des
compétences. L?adaptation des
infrastructures repose sur l?ingénierie,
l?expertise, la maintenance, la capacité
d?innovation. Elle suppose d?investir
massivement dans les compétences, la
formation initiale et continue, et dans
une maîtrise d?ouvrage publique et privée
forte. Elle suppose aussi de prendre
pleinement en compte l?évolution des
conditions de travail, notamment face
aux épisodes de chaleur extrême, afin
de garantir la santé et la sécurité des
salariés.
La transition écologique ne peut être
ni improvisée ni punitive. Elle doit être
maîtrisée, fondée sur la science, sur des
solutions ambitieuses, et sur le dialogue
social. À ce titre, la participation des
salariés, de leurs représentants et de la
société civile est un levier indispensable
de réussite.
Enfin, la question des financements
est déterminante. L?effort à consentir
est important, mais il constitue un
investissement pour l?avenir, créateur
d?emplois qualifiés, de valeur ajoutée et
de résilience collective.
Pour toutes ces raisons, la CFE-CGC
soutient et votera en faveur de cet
avis, qui trace une voie exigeante
mais responsable pour préparer nos
infrastructures et notre pays aux défis
climatiques à venir.
CFTC
Inondations, éboulements, tempêtes,
canicules sont autant d?évènements
extrêmes auxquels nous nous habituons
tristement. Certains en minimisent
le sens et n?y voient que des aléas
météorologiques tragiques. D?autres
ont bien compris qu?il s?agissait d?un
changement systémique d?envergure
dont il ne semble plus possible d?inverser
le cours. C?est aussi notre diagnostic
et notre conviction : pour prospérer
demain, il faut transformer aujourd?hui
! À commencer par nos infrastructures
car d?elles dépendent le développement
économique ainsi que la cohésion de la
nation.
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142
Bien qu?elle soit difficile, l'équation
budgétaire actuelle ne doit sûrement
pas nous conduire à y renoncer. Au
contraire, c?est parce qu?elle est
soucieuse de ses finances que la
France doit investir rapidement dans
la résilience de ses infrastructures.
Attendre, c?est s?exposer à une
facture plus lourde encore avec
un coût immédiat des réparations
auquel s?ajoutera le coût exorbitant
d?une interruption de services
publics essentiels - et ne parlons
pas du coût humain. Un tel pari
ne saurait être considéré comme
raisonnable dans un contexte où le
pays a désespérément besoin de
marge de manoeuvre.
En effet, il ne s?agira pas seulement
d?investir dans la mise à niveau des
infrastructures mais également dans
la formation et la protection des
salariés et des agents mobilisés sur
le terrain pour les faire fonctionner.
Soumis plus fréquemment à des
conditions climatiques extrêmes -
rappelons que plus de 50 personnes
sont décédées au travail à cause
des fortes chaleurs depuis 2018
- l?organisation de leur temps et
de leur environnement doit être
adaptée d?urgence. C?est une
condition nécessaire à la sincérité
de cette transition, celle de
donner aussi aux travailleurs les
moyens suffisants pour affronter
le changement climatique en toute
sécurité.
La CFTC remercie les rapporteurs
et la commission pour leurs travaux.
Elle a voté en faveur de l?avis.
CGT
Les infrastructures d?eau et
d?assainissement, d?énergie, de
transports, de télécommunications,
du numérique sont essentielles
pour répondre aux besoins des
populations et permettre le
développement des différentes
activités humaines et économiques.
Beaucoup de ces réseaux sont
anciens, parfois très vétustes.
Depuis plus de 20 ans, de
nombreuses études et rapports
de diverses institutions ont montré
et dénoncé le sous-investissement
dans la maintenance des
infrastructures tant que leur usage
était assuré.
L?ouverture à la concurrence et la
privatisation des services publics
opérateurs et gestionnaires des
infrastructures ont aggravé ces
dérives, c?est pourquoi la CGT est
très réservée quant à la perspective
de partenariats public/privé. Les
pannes et ruptures se multiplient,
les risques pour la sécurité des
personnes et des biens augmentent,
la qualité du service rendu est mise
à mal en métropole et encore plus
dans les territoires ultra-marins.
La mise à niveau des infrastructures,
leur renouvellement pour répondre
au vieillissement et à la vétusté,
leur déploiement pour répondre
à l?évolution des besoins n?ont
pas été suffisamment anticipés.
Les changements climatiques et
environnementaux augmentent
fortement la pression sur ces
infrastructures fragilisées. Certes
la prise de conscience avance
mais elle n?est pas suffisante face à
l?ampleur du chantier.
143
Les investissements nécessaires sont
considérables dès maintenant et à
inscrire dans la durée pour atteindre les
objectifs d?atténuation et d?adaptation
et assurer les réponses aux besoins sur
l?ensemble des territoires.
Nous partageons la démarche :
anticiper ? connaitre les infrastructures
et recenser les besoins ? identifier les
risques ? construire une stratégie et
une programmation pluriannuelle des
investissements ? assurer le financement.
Ceci ne pourra pas se faire sans un
engagement fort de l?Etat et la rupture
avec ses politiques de désinvestissement
financier, de casse de ses missions et
expertises.
Ce projet d?avis est riche, nous
partageons les constats, l?analyse et
l?essentiel des propositions.
Nous avons voté pour cet avis.
CGT-FO
Les infrastructures sont essentielles
pour le bon fonctionnement économique
de notre pays, l?organisation des
mobilités et la circulation des différents
flux de données, d?énergie, de biens et
services, etc. Il est donc important et
même vital de les maintenir en bon état
de fonctionnement. En plus des aléas
et facteurs de dégradation habituels,
ces infrastructures sont soumises à de
nouveaux risques liés aux changements
climatiques
Pour assurer une meilleure préservation
et continuer à développer notre
patrimoine infrastructurel, il est important
de disposer d?outils qui permettent sa
localisation, de connaître ses éventuelles
dégradations, les risques auquel il est
confronté, et d?avoir une réflexion sur son
utilité.
Cette connaissance peut servir de
base pour une planification territoriale
qui tienne compte des besoins des
acteurs économiques et des populations
et qui permettent à chacun, quel que
soit le territoire où il se trouve, de
bénéficier des mêmes niveaux d?accès
à ces infrastructures. Le groupe FO
soutient ainsi toutes préconisations qui
appellent à la mise en place d?une réelle
stratégie nationale de développement
des infrastructures, qui doivent assurer
un maillage territorial effectif et faciliter
la coopération entre les acteurs des
différents niveaux (Etat, Région et
Département). Une telle stratégie ne
peut réussir et assurer l?adaptation
des infrastructures aux changements
climatiques que si elle est soutenue par
la mobilisation de financements suffisants
et un réel travail en amont pour traiter les
points actuellement les plus vulnérables
et automatiquement anticiper les enjeux
climatiques dans les nouveaux projets à
mettre en place.
Le groupe FO tient enfin à mettre en
avant l?opportunité que les politiques
d?adaptation peuvent constituer en
termes économique, de création d?emploi
et de développement de nouvelles
compétences, qui permettent une
meilleure maitrise des enjeux climatiques.
Le groupe FO remercie le CESE pour cet
éclairage sur les infrastructures et leur
importance pour la vie du pays et a voté
en faveur de cet avis.
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Coopération
Le groupe de la coopération félicite
les rapporteurs et la commission
TAA pour la qualité de cet avis
important.
Il permet de sortit d?une forme
de non-dit collectif sur l?ampleur
des défis à relever pour anticiper
et prévenir les risques liés au
changement climatique pour les
infrastructures.
Défi financier : on le voit, les
investissements pour adapter les
infrastructures existantes seront
très importants et coûteux mais de
surcroit il faudra en même temps
rattraper les retards accumulés,
la fameuse dette grise. L?avis le
dit clairement il faut trouver de
nouveaux financements pour y faire
face. Soulignons l?importance de la
préconisation 16
Défi calendaire : nul besoin de
souligner l?accélération et la
multiplication des phénomènes
déstabilisateurs, et les retards pris
dans la tenue des engagements
en matière d?atténuation du
changement climatique. L?avis
souligne à juste titre la nécessité
de programmer de façon
opérationnelle, globale et pérenne
les mesures à prendre et à financer.
Notre groupe appuie avec force la
proposition 2
Défi méthodologique : outre
l?exigence de traiter dans une même
approche l?atténuation et l?adaptation,
il est essentiel de promouvoir des
gestions intégrées et de ne plus
segmenter les risques, de ne plus
les traiter sans cohérence totale
sur les territoires et pour chaque
infrastructure (montée des eaux,
canicules, incendies, inondations,
rétractation d?argile.)
Cela suppose de bien connaitre la
réalité, tantôt par une cartographie
( cf proposition 1) tantôt par
une révision des documents et
plan notamment d?urbanisme,
tantôt encore en modifier les
gouvernances, publiques et privées,
pour anticiper, programmer dans un
cadre global.
Défi professionnel et humain : ces
investissements vont nécessiter
de nouvelles compétences, de
nouvelles pratiques. Ils créent
certes des contraintes, des efforts
à fournir, mais peuvent aussi ouvrir
de nouvelles opportunités en termes
d?emplois, de nouvelles techniques,
etc. Un engagement massif, soutenu,
pérenne du pays peut ainsi permettre
la création de nouvelles entreprises,
de start-up, de savoir-faire locaux qui
peuvent ensuite être exportés. Ne
passons pas à côté de ces urgences
mais aussi de ces opportunités.
Notre groupe a voté cet avis.
Entreprises
Le groupe Entreprises salue la
pertinence de l?avis présenté sur
l?adaptation des infrastructures
au changement climatique. Cet
avis reconnaît le rôle central des
infrastructures dans la compétitivité,
la cohésion et la résilience des
territoires, ainsi que leur poids
économique et social (secteur BTP,
emplois, innovation, attractivité)
et met opportunément en avant la
nécessité d?investir massivement
dans l?adaptation et la maintenance.
Le groupe Entreprises partage
pleinement le constat de l?urgence
à agir, tant pour préserver la
compétitivité de l?économie
française, que pour garantir la
cohésion des territoires.
145
Plus précisément, le groupe Entreprises
souscrit au diagnostic très fouillé
réalisé dans cet avis (partie Constats)
qui devrait servir de feuille de route
pour les pouvoirs publics et met en
lumière :
Î Le rôle structurant des infrastructures
pour l?activité économique, l?emploi et
l?attractivité de la France.
Î L?ampleur de la « dette grise »
accumulée par des années de
sous-investissement, qui fragilise
notre patrimoine et accroît notre
vulnérabilité.
Î L?importance d?une approche
systémique, territorialisée et
concertée, associant l?ensemble des
parties prenantes, publiques comme
privées.
Il salue également la reconnaissance, dans
l?avis, des opportunités économiques et
industrielles que représente la transition
vers des infrastructures résilientes
et bas-carbone : développement de
filières innovantes, création d?emplois,
exportation de savoir-faire. De même, il lui
apparaît indispensable de conforter les
capacités du système assurantiel dans ce
nouveau contexte et il soutient la création
d?une « mission » sur l?assurabilité des
infrastructures pilotée par les autorités
publiques compétentes et réunissant les
assureurs, les réassureurs, les élus et les
représentants de la société civile (voir
préconisation 21).
Le groupe Entreprises souhaite insister
sur quatre directions qui lui paraissent
essentiels à la réussite de cette
transformation?:
Premier levier, la nécessité de
garantir la visibilité, la stabilité et la
soutenabilité des financements. Le
Groupe Entreprises appelle à la mise en
place rapide d?une loi de programmation
pluriannuelle, garantissant la soutenabilité
et la prévisibilité des investissements
nécessaires à l?adaptation, en mobilisant
l?ensemble des outils disponibles?: fonds
publics, épargne privée, financements
européens, partenariats public-privé
équilibrés.
Deuxième levier, l?importance de la
simplification administrative, de la
réduction des délais et de la sécurité
des procédures pour accélérer la
transformation des infrastructures.
Il est indispensable de simplifier les
démarches administratives, de réduire
les délais de décision et de sécuriser les
cadres réglementaires, afin de permettre
aux entreprises d?investir et d?innover
sans freins excessifs.
Troisième levier, l?accompagnement de
la montée en compétences. La réussite
de la transition suppose un effort massif
de formation et de valorisation des
métiers de l?ingénierie, du BTP et des
filières industrielles, ainsi qu?un soutien à
l?innovation et à la recherche.
Enfin, quatrième levier : le besoin d?une
territorialisation pragmatique, tenant
compte des réalités économiques et
des capacités d?ingénierie, notamment
dans les petites collectivités. Le
groupe Entreprises attire l?attention
sur la nécessité d?un accompagnement
renforcé des petites collectivités, souvent
démunies en ingénierie et en moyens,
pour éviter que la complexité des
dispositifs ne freine l?action sur le terrain.
Tout en partageant la plupart des
préconisations faites, quelques
points de vigilance et suggestions
sont également formulées. Le groupe
Entreprises soutient la logique de
priorisation des investissements selon la
vulnérabilité et l?utilité des infrastructures,
mais appelle à éviter toute surenchère
normative ou administrative qui pourrait
pénaliser l?innovation ou l?investissement
privé. Si le développement de filières
d?éco-matériaux, la diffusion des solutions
fondées sur la nature, et l?expérimentation
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de nouveaux modèles économiques
doit être encouragé, il faut veiller
à ne pas alourdir la charge
réglementaire pour les entreprises.
Par ailleurs, la répartition des
efforts financiers doit être équitable
entre l?État, les collectivités, les
entreprises et les usagers, en
veillant à la soutenabilité pour
chacun et à l?acceptabilité sociale
des mesures proposées.
Le groupe Entreprises recommande
de privilégier les dispositifs
incitatifs plutôt que contraignants,
notamment en matière de normes
et de reporting. Il souhaite une
clarification des responsabilités
entre acteurs publics et privés,
pour garantir l?efficacité et la
lisibilité des politiques d?adaptation.
Enfin, il suggère de renforcer
l?accompagnement des collectivités
et des gestionnaires dans la
mutualisation des moyens et la
simplification des démarches.
En conclusion, le groupe Entreprises
réaffirme sa mobilisation pour
contribuer activement à la réussite
de cette transformation majeure.
L?adaptation des infrastructures,
si elle est menée dans un esprit
de partenariat, d?innovation et
de pragmatisme, peut être un
formidable levier de développement,
de compétitivité et de cohésion pour
notre pays.
Le groupe Entreprises remercie
les rapporteurs pour la qualité de
leur travail et appelle à une mise
en oeuvre rapide, concertée et
ambitieuse des préconisations de
cet avis.
Le groupe Entreprises vote
favorablement cet avis.
Environnement et nature
Si la commission TAA s?est
mobilisée, c?est parce que nos
infrastructures font face à un double
péril : d?une part un vieillissement
structurel, cette fameuse « dette
grise » accumulée par manque
d?entretien depuis des années, et
d?autre part l?accélération croissante
du changement climatique qui, entre
canicules et inondations, fragilise
nos réseaux.
Nous savons que le coût de l?inaction
sera bien supérieur à celui des
investissements à engager. Il y a
donc urgence à agir, y compris dans
les Outre-mer, en première ligne
face aux défis climatiques.
L?avis propose de passer d?un
constat partagé à une stratégie
opérationnelle. L?Etat et les
collectivités territoriales doivent
financer massivement l?adaptation
de nos réseaux pour garantir leur
résilience tout en assurant leur
décarbonation. Les préconisations
s?inscrivent dans une approche
économique réaliste et sont pensées
comme des leviers d?innovation et
d?emplois pour nos territoires :
Î Citons en particulier la
préconisation 5 qui vise à
renforcer la territorialisation de la
gouvernance des infrastructures
et la consultation des CESER ;
Î La préconisation 7 qui propose
de transformer la contrainte
climatique en opportunité par
l?utilisation d?éco-matériaux - si
possible recyclés - et par le
développement des filières éco-
responsables ;
147
Î Et, enfin, la 13, qui appelle les
collectivités territoriales à réviser
leurs documents de planification et
d?urbanisme pour intégrer les risques
climatiques et les plans de prévention
des risques naturels.
Notre groupe réaffirme par ailleurs
sa vigilance quant au risque de
maladaptation, ainsi que son attachement
au maintien des infrastructures naturelles
et au report modal, problématiques
évoquées, encore un peu rapidement,
dans la préconisation 14.
Enfin, dans le prolongement de cet
avis, le gouvernement vient de saisir le
CESE sur le projet de loi-cadre sur le
développement des transports. Notre
groupe demande que la commission TAA
soit impliquée dans toute la mesure du
possible dans ce travail, afin d?y apporter
une valeur ajoutée indispensable.
Sensible à l?attention que les
rapporteurs ont accordé à la plupart des
amendements déposée par notre groupe,
celui-ci votera l?avis.
Familles
Les catastrophes climatiques peuvent
entraîner défaillances et dommages
généralisés sur les infrastructures
essentielles au bon fonctionnement
de notre société avec un impact
particulièrement élevé pouvant aller
jusqu?à des pertes humaines. Les
autorités régionales et locales sont
en première ligne pour renforcer la
nécessaire adaptation des infrastructures
au changement climatique. Le présent
avis, dans une démarche systémique
du sujet, trace la voie pour anticiper,
prévenir et satisfaire ainsi l?Agenda 2030,
dans lequel la France est engagée, et
l?Objectif de développement durable n° 9,
qui appelle, je cite, à « Mettre en place
une infrastructure de qualité, fiable,
durable et résiliente?, pour favoriser
le développement économique et le
bien-être de l?être humain, en mettant
l?accent sur un accès universel, à un
coût abordable et dans des conditions
d?équité ».
Notre groupe retient plus
particulièrement la préconisation visant
à chiffrer les coûts d?investissement et
d?adaptation y compris les montants de
la dette grise. C?est seulement sur cette
base, la plus précise possible, que les
décideurs pourront arbitrer et planifier
les opérations à conduire.
La préconisation 18 a été l?objet d?un
compromis difficile concernant la
circulation des poids lourds sur le
réseau routier secondaire pour éviter les
péages sur autoroute. Le principe retenu
doit guider les décisions à prendre en
urgence : il en va aussi de la sécurité des
habitants des villes et villages traversés
lorsqu'il n'existe pas de déviation. Ce
principe « utilisateur-payeur » entrainerait
un transfert de charge : le coût d'usage
du réseau, aujourd'hui assumé par le
contribuable, serait à la charge des
usagers. Cela devrait assez naturellement
modifier les choix d'itinéraires des
professionnels du transport routier.
Le groupe Familles a adopté l?avis.
Non-Inscrits
Parler d?infrastructures, ce n?est pas
parler que béton, c?est surtout parler
d?égalité entre les citoyens, de continuité
des services publics, d?environnement, et
de notre capacité collective à façonner
la cohésion future des territoires, en lien
avec la mobilité et les échanges.
Or aujourd?hui, nos infrastructures sont
fragilisées. Fragilisées par des décennies
de sous-investissement de la part des
pouvoirs publics.
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Chacun de nous a pu voir ici ou là la
déliquescence du réseau ferré.
Pour la ligne Paris-Limoges, après
avoir connu l?accident mortel de
Brétigny, puis des trains qui roulent
à 30 à l?heure sur des voies mal en
point, aujourd?hui les trains Orléans-
Paris sont remplacés en journée par
des cars.
Joli report modal ! Et ça n?est qu?un
exemple, encore pour celui-ci, sans
les effets du changement climatique
qui vient empirer les situations et
menacer l?avenir.
Sécheresses, inondations,
submersions marines, glissements
de terrain : ces phénomènes ne sont
plus des projections, ce sont des
réalités qui dégradent nos routes,
nos ponts, nos réseaux d?eau,
d?énergie et de transport, avec des
conséquences directes pour les
usagers et les finances publiques.
L?avis balaie toutes les dimensions
du sujet, énonce des propositions
fortes en termes d?état des lieux
précis à établir, de gouvernance et
coordination à mettre en oeuvre. A
défaut c?est bien la « maladaptation »,
la réparation sans anticipation
et le risque d?aggravation des
vulnérabilités qui nous guette.
L?avis ne fait heureusement pas
l?impasse sur la dimension cruciale
de l?environnement, et à cet
égard nous saluons notamment
l?affirmation de la nécessité de
favoriser le report modal vers le
fluvial et le ferroviaire.
Le financement est traité, et
une réflexion est proposée sur
l?organisation des autoroutes, ou
encore la tarification des poids
lourds. Une demande courageuse,
primordiale pour la vérité des coûts
des différents modes de transports.
L?avis montre que l?investissement
dans l?adaptation des infrastructures
n?est pas une option mais une
nécessité qui suppose le courage de
choix politiques.
Notre groupe remercie les
rapporteurs ainsi que les membres
de l?administration pour ce texte et a
voté l?avis.
Outre-mer
« Nous sommes la première
génération à ressentir les effets
du changement climatique et la
dernière à pouvoir agir ».
Qui de mieux placer que les
territoires ultramarins pour savoir
le prix des phénomènes naturels
destructeurs ? On le depuis
longtemps pour ne pas dire qu?ils
sont inhérents.
Dès lors dans ces territoires, l?enjeu
d?investir dans l?adaptation des
infrastructures afin de prévenir
et anticiper les risques liés aux
changements climatiques nécessite
aussi de s?interroger sur les écarts
qui subsistent toujours aujourd?hui.
En effet, si l?Hexagone a bénéficié
de l?effort de reconstruction
et de modernisation d?après-
guerre, l?investissement public ont
cruellement été insuffisant dans les
Outre-mer.
Alors lorsque vous parlez
d?adaptation aux effets du
changement climatique, on parle
toujours de rattrapage dans les
infrastructures de transport, d?eau,
d?assainissement, d?énergie et de
télécommunication.
La seconde approche lorsqu?on se
trouve dans des territoires cyclonés,
c?est la prévalence à être dans une
logique de court-terme. Autrement-
149
dit, la gestion des conséquences des
crises et des destructions, conduisent
les pouvoirs publics à souvent apporter
des réponses dans l?urgence afin de
permettre une reprise rapide de l?activité.
Enfin, se greffe l?exposition de tous les
Outre-mer aux risques de submersions
comme nous l?avons rappelé dans l?avis
sur la montée des eaux.
Ainsi, les Outre-mer doivent concilier ce
triptyque :
Poursuivre le rattrapage pour réduire
les inégalités, s?adapter pour réduire les
conséquences inéluctables et poursuivre
la mise en oeuvre des politiques
d?atténuation.
C?est pourquoi, on doit continuer à
suivre et à affiner les mécanismes
locaux d?érosion côtière. Sans boussole
scientifique, sans connaissance fine du
terrain et sans surveillance, nulle décision
et action ne seront efficaces.
En revanche, puisqu?il n?est pas
possible de zoner l?exposition aux
vents cycloniques à l?intérieur des îles
exposées, la réduction de la vulnérabilité
des territoires suppose une vigilance
accrue aux règles de construction ou
reconstructions.
Nous le redisons, l?éloignement des
territoires ultramarins mérite des
adaptations plus approfondies dans les
décisions nationales et dans la mise en
oeuvre des politiques publiques. Les plans
d?adaptations et les stratégies nationales
doivent nécessairement comporter des
volets spécifiques propres aux Outre-mer.
Il convient également de noter l?un des
sujets de préoccupations majeures qui
est le désengagement des assureurs dans
ces territoires.
Dans les temps de contraintes
budgétaires, l?investissement ne doit pas
être non plus un frein car la situation nous
oblige collectivement à éviter l?ingérable
et à gérer l?inévitable.
Les Groupes des Outre-mer a voté cet
avis.
Santé & citoyenneté
Les infrastructures sont essentielles
car elles permettent de rapprocher les
femmes et les hommes sur un territoire
et entre les territoires, elles permettent
aussi l?accès aux services publics
dont ceux de la santé, le transport de
marchandises, de l?énergie, etc.
Or, force est de constater que la
vulnérabilité de ces infrastructures est
croissante, vulnérabilité liée à sa vétusté
et au déficit d?entretien, mais aussi aux
conséquences du changement climatique.
Cette accélération du dérèglement
climatique invite donc à intégrer cet
enjeu à chaque étape de la vie des
infrastructures, de leur conception à leur
exploitation, c?est-à-dire à anticiper les
risques plutôt que d?agir quand ils sont
advenus.
Le retard d?investissement, ou ?dette
grise?, est énorme. Il doit relever,
comme le préconise l?avis, d?un
financement pérenne dans le cadre d?une
programmation pluriannuelle mais qui
doit aussi reposer sur une capacité de
recherche et d?innovation importante.
Parmi les risques liés à la construction/
adaptation des infrastructures, il en est
un particulièrement important pour le
groupe Santé & Citoyenneté : le risque
sur la santé !
Aussi, il nous semble important d?insister
sur la nécessaire évaluation des impacts
sur la santé (EIS) en amont de tout
projet d?aménagement des territoires
et donc de tout projet d?infrastructures.
Cette évaluation est indispensable pour
procéder à des choix inscrits dans le long
terme et soucieux des conséquences sur
la santé des individus.
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De plus, elle associe toutes les
parties prenantes, y compris les
personnes directement concernées
par le projet.
Aujourd?hui, une grande part des
infrastructures qui existeront en
2050 n?a pas encore été construite.
Pour éviter des drames, il est
urgent d?agir et de développer
des infrastructures résilientes qui
répondent à des choix durables et
équitables.
Le groupe Santé et Citoyenneté a
voté l?avis.
UNSA
Cet avis du CESE soulève avec
justesse l?urgence d?adapter nos
infrastructures au changement
climatique et s?inscrit dans une
démarche amorcée via l?avis «
l?impact des infrastructures de
réseaux (transport, énergie, télécom)
dans l?économie » de mai 2020.
Celui-ci posait déjà le principe
de la dette grise, des retards
d?investissements qui s?est encore
plus creusée, suivant un rythme
accéléré : le vieillissement, la
fragilisation des structures du fait du
dérèglement climatique.
Cet effet de ciseaux du
désengagement et sous-
investissement, et de l?accélération
des périls, menace aujourd?hui
même la pérennité de nos
structures aussi fondamentales que
nos routes, notre réseau ferroviaire,
et plus encore nos ouvrages d?arts
(ponts, tunnels).
L?approche systémique est une
évidence dans cette problématique
comme dans tant d?autres,
nous ne pouvons plus continuer
sur des réflexions sectorielles,
alors que l?adaptation au
changement climatique impose
une compréhension territoriale
sous tous les aspects, les bassins
hydriques en sont l?illustration. Par
ailleurs les travaux assurantiels
cotant les sinistres nous apportent
un éclairage particulièrement
précieux à intégrer dans la situation
de références des évaluations
économiques.
A défaut de reconstituer la DATAR,
ou une agence des réseaux
à l?allemande, nous pouvons
améliorer une nouvelle forme
de pilotage coordonnées entre
SGPE, SGPI, COI, ANCT etc. Un
travail d?identification de partage
d?information sur l?état de nos
infrastructures, de vérité sur les
fragilités et les besoins est bien
évidemment un préalable à partager.
Nous soutenons les mesures de
prise en compte des conditions de
travail des emplois associés, c?est un
moteur puissant de changement et
de réussite.
L?UNSA se montre plus interrogative
sur la notion de simplification des
procédures. Si la notion d?intérêt
général est à préserver, elle ne doit
pas se faire au détriment de choix
démocratique et d?études d?impacts
sérieuses et la prise en compte des
objectifs communs.
151
Quant aux PPP, un rapport de l?IGF
de décembre 2025 nous confirme les
rapports précédents, en les étrillant?
L?UNSA rappelle que la dette privée ainsi
contractée à un coût, et est comptabilisée
comme « dette publique » dans les
comptes de la nation.
Il y a d?autres solutions de financement
que l?extension du périmètre des
concessionnaires autoroutiers sous leur
format actuel pour moderniser les routes,
les fléchages sont à inscrire pour établir
une équité entre les modes de transport
mais aussi une obligation publique de
monter en compétence et de formuler
des outils de régulation pour le suivi.
Ce rapport pose les bons diagnostics,
face au mur d?investissement, au
défi climatique et au besoin d?équité
territoriale, nous avons aussi besoin
d?un service public au service de toutes
et tous, de financements véritablement
innovants et justes mais surtout de
visibilité de programmation. Malgré des
réserves, il semble important de cranter
un réel besoin d?évolution sur ce sujet,
l?UNSA a voté pour.
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152
Ont voté pour
GROUPE COMPOSITION
Agir autrement pour
l?innovation sociale
et environnementale
Mme Djouadi, MM. El Jarroudi, Hammouche,
Levy-Waitz, Mmes Roux de Bezieux, Tutenuit.
Agriculture MM. Amécourt (d?), Biès-Péré, Mme Blin, MM. Dagès,
Durand, Gangneron, Mmes Lion, Pisani, Sellier, Vial.
Artisanat et
Professions libérales
M. Chassang, Mme Niakaté, M. Repon, Mme Vial.
Associations Mme Belhaddad, MM. Bobel, Boivin, Deniau,
Mmes Doresse Dewas, Guyart, Jourdain-Menninger,
Martel, M. Miribel, Mmes Monnier, Sivignon, Thoury.
CFDT M. Cadart, Mmes Caillet, Clément, Duboc,
Gresset Bourgeois, MM. Guihéneuf, Lamberdière,
Lautridou, Mariani, Mmes Pajarès y Sanchez, Thiéry,
MM. Tivierge, Torchet.
CFE-CGC Mmes Biarnaix-Roche, Gayte, MM. Nicoud, Souami.
CFTC Mmes Chatain, Coton, M. Heitz.
CGT M. Fontanié, Mme Gallet, M. Garcia, Mmes Hoeffling,
MM. Le Corre, Oussedik, Mmes Rouchy, Tatot.
CGT-FO MM. André, Busiris, Cambou, Mmes Clicq, Delaveau,
MM. Quillet, Sabot, Mme Veitl.
Scrutin
Le CESE a adopté
cet avis.
Nombre de votantes
et de votants : 135
Pour : 131
Contre : 0
Abstentions : 4
153
Coopération M. Landriot, Mme Lienemann.
Entreprises MM. Asselin, Blachier, Mme Carlac?h, M. Chevée,
Mme Couderc, M. Creyssel, Mme Dubrac,
MM. Gardinal, Goguet, Mme Guerniou, MM. Julier,
Moisselin, Mmes Pauzat, Ruin, Salvadoretti, Tomé-
Gertheinrichs, Ullern, MM. Vermot Desroches, Vidor.
Environnement
et nature
MM. Beauvais, Boucherand, Chabason,
Mme Claveirole, M. Compain, Mme Donge, M. Gatet,
Mmes Journé, Lelièvre, Marsaud, Martinie-Cousty,
MM. Mayol, Métais, Mmes Ostria, M. Richard.
Familles Mmes Balducchi, Bigot, Carlier, MM. Desbrosses,
Erbs, Mmes Gariel, Picardat, Quaranta.
Non-inscrits M. Bazot, Mme Beaufils, MM. Bonnefond, Breton,
Joseph.
Organisations étudiantes
et mouvements
de jeunesse
Mme Hamel, MM. Jeanne-Rose, Occansey.
Outre-mer Mme Bouchaut-Choisy, MM. Leung,
Marie-Joseph, Mme Mouhoussoune.
Santé et Citoyenneté MM. Boroy, Da Costa, Mme Joseph, M. Raymond.
UNSA Mme Arav, M. Truffat, Mme Vignau.
Se sont abstenu.e.s
GROUPE COMPOSITION
Alternatives sociales
et écologiques
Mmes Calmels, Gondard-Lalanne, Groison, M. Meyer.
ANNEXES
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Annexes
Composition de la commission Territoires, agriculture
et alimentation à la date du vote1
Président
Henri BIÈS-PÉRÉ
Vice-présidente
Cécile OSTRIA
Vice-président
Jean-Louis JOSEPH
Agriculture
Henri BIÈS-PÉRÉ
Catherine LION
Florence SELLIER
Anne-Claire VIAL
Alternatives sociales
et écologiques
Marie-Pierre CALMELS
Artisanat et
Professions libérales
Joël FOURNY
Jean-François GUIHARD
Associations
Astrid GUYART
Benoit MIRIBEL
C.F.D.T
Ingrid CLEMENT
Monique GRESSET-
BOURGEOIS
Sébastien MARIANI
Franck TIVIERGE
C.F.E.-C.G.C.
Véronique BIARNAIX-
ROCHE
C.G.T.
Anne GARRETA
Fabrice MICHAUD
C.G.T.-F.O.
Alain ANDRÉ
Dominique DELAVEAU
Coopération
Christophe GRISON
Marie-Noëlle
LIENEMANN
Entreprises
Bruno CAVAGNÉ
Didier GARDINAL
Thierry JULIER
Olivier SALLERON
Environnement
et Nature
Maud LELIÈVRE
Michel METAIS
Cécile OSTRIA
Familles
Dominique MARMIER
Non-inscrits
Bernard BRETON
Jean-Louis JOSEPH
Alain POUGET
Organisations
étudiantes et
mouvements
de jeunesse
Agathe HAMEL
Outre-mer
Yannick CAMBRAY
155
Listes des personnes auditionnées et rencontrées2
Personnes reçues en Audition
M. Nicolas BONNET
Directeur Général CCI France
M. Julien CASTRES SAINT-MARTIN
Directeur des infrastructures SANEF
M. Hervé CHAMPENOIS
Directeur Technique et membre
du Directoire ENEDIS
M. Benoit CHEVALIER
Directeur délégué aux grands projets SNCF
Réseau
M. Éric COURTALON
Directeur Environnement GRTgaz
M. Gonéri Le COZANNET
Ingénieur et membre du Haut Conseil pour
le Climat BRGM
M. Frédéric CUILLERIER
Maire et coprésident de la commission
Transports AMF
M. François DELÉTRAZ
Président FNAUT
Mme Lorraine DURANVILLE
Responsable des relations institutionnelles
SANEF
M. Alain GRIZAUD
Président FNTP
M. Rainier d?HAUSSONVILLE
Secrétaire général SANEF
Mme Myriam MERAD
Présidente du Conseil Scientifique AFPCNT
Mme Sandrine MEUNIER
Directrice générale NaTran
Mme Ludivine OLIVE
Directrice des relations institutionnelles
EDF Hydro
M. Alain QUINET
Directeur général exécutif à la Stratégie
SNCF Réseau
M. Augustin ROGY
Responsable des relations avec les élus
locaux CCI France
Mme Charlotte ROULE
Directrice générale Storengy
M. Thomas SCHRAMME
Directeur métiers entreprises, collectivités
et associations GROUPAMA
M. Luc TABARY
Responsable « Coordination de l?eau
et changement climatique » EDF Hydro
Mme Adèle TANGUY
Chercheuse sur les risques climatiques
IDDRI
M. David ZAMBON
Directeur général adjoint en charge
du pilotage CEREMA
M. Jean-Marc ZULESI
Ancien député et membre COI
Personnes reçues en Entretien
M. Vivian DÉPOUES
Responsable thématique-Adaptation
au changement climatique I4CE
M. Stéphane DUROULE
Directeur général Assurances France
COVEA
M. Benjamin POUDRET
Directeur Périls Climatiques et Majeurs
France COVÉA
Mme Sabine ROUX DE BÉZIEUX
Co-rapporteure avis CESE « La montée des
eaux dans les Outre-mer : quelles stratégies
pour d?adapter ?
ANNEXES
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156
Notions clés pour analyser
l?adaptation au changement
climatique (d?après GIEC AR6, WGII
Glossaire et avis du HCC sur le
PANCC 3)
Î Déficit d?adaptation : écart entre
l?état courant d?un système et
un état qui minimise les effets
négatifs du climat moyen actuel
et de sa vulnérabilité ;
Î Besoins d?adaptation :
circonstances nécessitant une
action pour assurer la sécurité
des personnes et des biens
face aux effets du changement
climatique ;
Î Coûts d?adaptation : coûts de
planification, de préparation, de
facilitation et de mise en oeuvre
des mesures d?adaptation, y
compris les coûts de transaction ;
Î Limites d?adaptation : point à
partir duquel les objectifs d?un
acteur (ou les besoins du système)
ne peuvent pas être sécurisés
contre des risques intolérables
par les actions d?adaptation
considérées ;
Î Capacités d?adaptation :
la capacité des systèmes, des
institutions, des humains et
d?autres organismes à s?adapter à
des dommages potentiels, à tirer
parti des opportunités ou à réagir
aux conséquences du changement
climatique ;
Î Renforcement des capacités :
la pratique consistant à renforcer
les forces et les attributs d?un
individu, d?une communauté,
d?une société ou d?une
organisation, ainsi que les
ressources dont ils disposent pour
répondre au changement ;
Î Exposition : la présence de
personnes, de biens économiques,
sociaux ou culturels, d?espèces ou
d?écosystèmes, de services et de
ressources environnementales ou
d?infrastructures dans des lieux
et environnements qui pourraient
être affectés négativement par le
changement climatique ;
Î Impacts : Les conséquences
des risques réalisés sur les
systèmes naturels et humains,
les risques résultant dans ce
contexte des interactions es
aléas liés au climat (y compris les
phénomènes météorologiques
et climatiques extrêmes), de
l?exposition et de la vulnérabilité.
Les impacts désignent
généralement les effets sur les
vies ; les moyens de subsistance ;
la santé et le bien-être ; les
écosystèmes et les espèces ; les
biens économiques, sociaux et
culturels ; les services (y compris
les services écosystémiques) ;
les infrastructures. Les impacts
peuvent être qualifiés de
conséquences ou de résultats
et peuvent être négatifs ou
bénéfiques ;
Î Pertes et dommages : Les
pertes et dommages, qui sont
utilisés pour désigner de manière
générale les dommages causés
par les impacts (observés)
et les risques (projetés) ,
peuvent être économiques
Glossaire3
157
ou non économiques. Dans la
pratique, les pertes et dommages
sont le plus généralement compris
comme les effets néfastes du
changement climatique qui ne sont pas
ou ne peuvent pas être évités par les
efforts d?atténuation et d?adaptation ;
Î Maladaptation (ou pratiques
maladaptatives) : actions qui peuvent
entraîner une augmentation des risques
climatiques, notamment par le biais
d?une augmentation ou d?un transfert de
vulnérabilité au changement climatique,
d?une diminution du bien-être, d?une
augmentation des inégalités ou d?une
augmentation des gaz à effet de serre
(GES), maintenant ou dans le futur. La
maladaptation est généralement une
conséquence involontaire ;
Î Options d?adaptation : éventail de
stratégies accessibles pour l?adaptation
d?ordre structurel, institutionnel,
écologique ou comportemental ;
Î Adaptation incrémentale : adaptation
qui préserve l?essence et l?intégrité d?un
système ou processus à une échelle
donnée et réduisant déjà les pertes
(ou augmentant les avantages) des
évènements extrêmes représentatifs
de la variation naturelle du climat
actuel ;
Î Adaptation transformationnelle :
adaptation qui modifie les
caractéristiques fondamentales d?un
système socio-écologique en anticipant
les effets attendus du changement
climatique ;
Î Adaptation fondée sur les
écosystèmes : gestion des
écosystèmes permettant d?accroître la
résilience et de réduire la vulnérabilité
des personnes et des écosystèmes aux
effets du changement climatique ;
Î Atténuation (du changement
climatique) : une intervention humaine
pour réduire les sources ou améliorer
les puis de gaz à effet de serre ;
Î Résilience : capacité des
systèmes sociaux, économiques et
environnementaux à faire face à un
évènement ou à une tendance ou
perturbation dangereux, en réagissant
ou en s réorganisant de manière à
maintenir leur fonction, leur identité
et leur structure essentielles. La
résilience est un attribut positif
lorsqu?elle maintient la capacité
d?adaptation, d?apprentissage et/ou de
transformation ;
Î Risque : dans le contexte des impacts
du changement climatique, les risques
résultent d?interactions dynamiques
entre les aléas climatiques et la
vulnérabilité du système humain ou
écologique exposés à ces aléas ;
Î Risque résiduel : le risque lié aux
impacts du changement climatique qui
subsiste après les efforts d?adaptation e
d?atténuation. Les mesures d?adaptation
peuvent redistribuer les risques et
les impacts, avec des risques et des
impacts accrus dans certaines zones
ou pour des populations, et des risques
et des impacts réduits dans d?autres ;
Î Vulnérabilité : propension ou
prédisposition à être affecté de
manière négative. La vulnérabilité
englobe une variété de concepts et
d?éléments, notamment la sensibilité
oula sensibilité aux dommages et le
manque de capacité à faire face ou à
s?adapter.
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IL MANQUE UNE IMAGE ??
Sources : Haut Conseil pour le climat, Rapport annuel 2023 p. 182 et avis sur le Plan
national d?adaptation au changement climatique (PNACC 3) : une première étape pour garantir la
résilience et la protection des populations (mars 2025) p. 26 et 27.
Définitions complémentaires
de notions ou de termes cités
dans l?avis
Î Action « sans regret » : action
qui demeurerait avantageuse
en matière d?adaptation pour un
territoire ou un pays d?un point
de vue environnemental, social
et économique, même si le reste
du monde ne fait pas les mêmes
efforts d?atténuation et quel que
soit le scénario de changement
climatique ;
Î Atténuation : intervention
anthropique pour réduire les
sources ou augmenter les puits
de GES (GIEC), elle a pour
objet de limiter et de réduire les
émissions de GES, pour éviter
que le réchauffement n?atteigne
des niveaux auxquels il serait très
difficile de s?adapter ;
Î Adaptation : ajustement des
systèmes naturels ou humains en
réponse à des stimuli climatiques
présents ou futurs ou à leurs
effets, afin d?atténuer les effets
néfastes ou d?exploiter des
opportunités bénéfiques (GIEC),
elle vise à limiter les risques des
effets du changement climatique
et à en réduire les aléas ;
Î Adaptation « by-design » :
approche consistant à intégrer
l?adaptation en amont, dès
la conception d?un projet ou
programme, pour limiter ou éviter
des coûts d?adaptation ultérieurs ;
Î Approche systémique :
approche consistant, en matière
d?infrastructures, à ne pas traiter
une infrastructure comme un
objet spécifique donnant lieu
en tant que tel à une politique
d?entretien et de réparation,
mais comme le support d?un
service et une composante du
fonctionnement d?un système à
l?échelle d?un territoire ;
Î Dette grise : effets financiers
et matériels de la détérioration
des infrastructures résultant
des retards cumulés dans les
investissements nécessaires à leur
entretien.
159
TABLEAU : DES POLITIQUES QUI PRÉSENTENT DES CO-BÉNÉFICES
POUR L?ADAPTATION
Source : I4CE : Adapter la France à +4 °C : moyens, besoins, financements (2025), p. 17
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160
ADEME, Comment s?adapter à +4°C
en France ?, novembre 2024
AMF, Dossier de Presse,
Infrastructures et transports
sans financement : une fracture
territoriale irréversible,
22 avril 2025
Assemblée Nationale, rapport
d?information, Modes de gestion
et d?exploitation des installations
hydroélectriques, mai 2025
Assemblée nationale, rapport
d?information, Adaptation de
l?aménagement des territoires
au changement climatique
: présentation du rapport
d?information, juin 2025
Assemblée nationale, rapport
d?information, Les moyens
consacrés à l?adaptation au
changement climatique, juillet 2025
Autorité de régulation des
transports, Bilan ferroviaire 2023 -
Premiers chiffres, décembre 2024
Banque des territoires Résilience
territoriale et adaptation au
changement climatique :
les territoires face à l?urgence
climatique, mai 2025
Banque des territoires, Adapter les
territoires et leurs infrastructures
aux changements climatiques,
septembre 2025
Banque des territoires,
Hydroélectricité : accord entre
le gouvernement et la Commission
européenne en vue d?une levée
des contentieux, septembre 2025
Banque mondiale, Publication,
Favoriser l?investissement privé
dans l?adaptation au changement
climatique et la résilience : état des
lieux, obstacles à l?investissement et
plan d?action, mars 2021
BNP Paribas, rapport global,
transition juste, avril 2023
C.I.EAU, L?eau en France : ressource
et utilisation, Synthèse des
connaissances en 2023, Données
et études statistiques, chiffres 2020
Caradisiac, La France roule mal, et
ça freine l?emploi, avril 2025
Carbone 4, rapport, Le rôle
des infrastructures dans la transition
bas-carbone et l?adaptation au
changement climatique de la France,
décembre 2021
CCR, Les catastrophes naturelles
en France. Bilan 1982-2023,
juin 2024
CEREMA, Impact du changement
climatique sur les ouvrages d?art en
France : conseils aux gestionnaires
et concepteurs, avril 2021
CEREMA, Changement climatique :
Gérer des infrastructures
résilientes, juillet 2022
CEREMA, l?état des ponts
communaux en France,
novembre 2024
CEREMA, Le plan climat-air-énergie
territorial (PCAET), 5 mars 2025
CESE, avis, Infrastructures et
développement durable des
territoires : un autre regard ? une
nouvelle vision, septembre 2009
Bibliographie4
161
CESE, avis, La Transition énergétique
dans les transports, juillet 2013
CESE, avis, Comment promouvoir
le dynamisme économique des espaces
ruraux, octobre 2015
CESE, avis, L?impact des infrastructures
de réseaux dans l?économie, mai 2020
CESE, avis, Services publics, services
au public et aménagement des territoires
à l?heure du numérique, juillet 2020
CESE, avis, Le financement des
investissements nécessaires pour
l?avenir : enjeux et déclinaison, février
2021
CESE, avis, Contribution du CESE
à l?élaboration de la stratégie nationale
pour la biodiversité 2021-2030(SNB3),
novembre 2021
CESE, avis, Climat, cyber, pandémie :
le modèle assurantiel français mis au défi
des risques systémiques, avril 2022
CESE, résolution, SFEC :Quelle
gouvernance pour la transition
écologique ? juin 2022
CESE, étude, Quelle place pour
le nucléaire dans le mix énergétique
français ? Expérimentation de la méthode
d?analyse de controverses 2022,
juin 2022
CESE, avis, Financer notre stratégie
énergie-climat : donnons-nous les moyens
de nos engagements, février 2023
CESE, avis, Comment favoriser une
gestion durable de l?eau (quantité, qualité,
partage) en France face aux changements
climatiques ?, avril 2023
CESE, avis, Travail et santé
environnement : quels défis à relever face
aux dérèglements climatiques, avril 2023
CESE, avis, Quelles solutions pour
des mobilités durables et inclusives
en zones peu denses ?, juillet 2023
CESE, avis, Face au changement
climatique, accélérer une adaptation
systémique et juste, novembre 2023
CESE, avis Quelles transitions
énergétiques pour les Outre-mer ?
mars 2024
CESE, avis, Mobiliser les acteurs de
l?emploi et du travail pour réussir la
planification écologique, mai 2024
CESE, avis, Sortir de la crise
démocratique ? Rapport annuel sur l?état
de la France en 2024 (RAEF),
octobre 2024
CESE, avis, La montée des eaux
dans les Outre-mer :quelles stratégies
pour s?adapter ? mai 2025
CESE, avis, La participation du public
aux décisions impactant l?environnement,
septembre 2025
CGEDD, rapport, développement des
capacités de réalisation de la restauration
des ouvrages d?art routiers, janvier 2021
Cour des comptes, rapport public annuel
2024 FNTP, Des infrastructures plus
résilientes pour des territoires mieux
protégés, septembre 2025
Décret n° 2012-1359 du 4 décembre
2012 relatif au poids total roulant autorisé
des véhicules terrestres à moteur,
décembre 2012
Décret n° 2020-1825 du 30 décembre
2020, article 2 relatif au conseil
d?orientation des infrastructures
Éditions de l?Atelier, Reprendre le
contrôle de la dette ? Pour une réforme
radicale de la monnaie, du système
financier, avril 2017
Environnement Magazine,
Des infrastructures qui prennent l?eau,
octobre 2022
Eaufrance, Part du volume d?eau mis
en distribution perdu par fuite dans
les canalisations en 2021, juin 2023
FNCCR, La FNCCR alerte sur une baisse
des financements, actes du Congrès
juin 2024
Fondation Nicolas Hulot, Financer l?avenir
sans creuser la dette, mai 2011
ANNEXES
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162
France stratégie, rapport
thématique, les incidences
économiques de l?action pour le
climat, dommages et adaptation,
mai 2023
France Assureurs, étude statistique,
L?assurance des évènements
naturels en 2023, décembre 2024
France info, La SNCF alerte sur la
dégradation du réseau ferroviaire,
mai 2025
Haut-Commissariat à la stratégie et
au plan, France Stratégie, note de
synthèse, Adaptation au changement
climatique : retour d?expérience de
trois territoires, juin 2023
HCC, rapport annuel 2023, acter
l?urgence, engager les moyens,
juin 2023
HCC, rapport annuel 2024, Tenir
le cap de la décarbonation, protéger
la population, juin 2024
HCC, avis, sur le plan national
d?adaptation au changement
climatique (PNACC 3) : une
première étape pour garantir
la résilience et la protection des
populations, mars 2025
Haut-Commissariat à la Stratégie et
au Plan, Repenser la mutualisation
des risques climatiques, juin 2025
HCC, rapport annuel 2025,
Relancer l?action climatique
face à l?aggravation des impacts
et à l?affaiblissement du pilotage,
juillet 2025
I4CE, Au moins 50 Mds ¤/an
d?investissements publics à adapter,
septembre 2022
IDRRIM, rapport public de
l?Observatoire National de la Route
2024, 2024
IPSOS, Enquête annuelle,
Globale Infrastructure Index,
30 octobre 2023
La gazette des Communes,
des départements, des régions,
Rapport, L?assurabilité des biens
des collectivités locales et de leur
groupement : état des lieux et
perspectives, avril 2024
L?économie-bleue-en-france-2022,
Ports de commerce et
infrastructures portuaires, 2022
LEONARD, Catalogue des solutions
pour l?adaptation au changement
climatique, version 2024
Le Point, L?état des ponts en France
très préoccupant, une partie
« risque de se casser la figure »,
mars 2024
Les Echos, Après 20 ans de bataille,
Paris et Bruxelles trouvent un
compromis sur les barrages d?EDF,
août 2025
Les Liens qui Libèrent, Le pouvoir
de la monnaie, Transformons
la monnaie pour transformer
la société, janvier 2024
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire
transports ville et logement,
Avis, Le cadre de la participation
du public au titre du code de
l?environnement, juillet 2019
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire
transports ville et logement,
La Trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au
changement climatique (TRACC),
décembre 2023
Ministère de la Transition
écologique, de la Biodiversité, de
la Forêt, de la Mer et de la Pêche,
Acteurs, réseau, et activités
portuaires en France, avril 2024
Ministère Aménagement du
territoire Transition écologique,
Service des données et études
statistiques, Chiffres clés
163
de l?énergie - Édition 2024, Données et
études statistiques, septembre 2024
Ministère de l?économie, des finances
et de la souveraineté industrielle,
énergétique et numérique, Direction
générale du Trésor, Les enjeux
économiques de la transition vers
la neutralité carbone, janvier 2025
Ministère de la Transition écologique, de
la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et
de la Pêche, Synthèse de la consultation
publique sur le Plan national d?adaptation
au changement climatique, février 2025
Ministère de l?économie, des finances
et de la souveraineté industrielle et
numérique, Direction du Budget,
Garantir la soutenabilité du régime des
catastrophes naturelles, février 2025.
Ministère Aménagement du territoire
Transition écologique, Service des
données et études statistiques, Chiffres
clés des transports - Édition 2025,
Données et études statistiques, mars
2025
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire transports
ville et logement, Avis sur le 3ème Plan
National d?Adaptation au Changement
Climatique (PNACC 3), mars 2025
Ministère de la Transition écologique,
de la Biodiversité, de la Forêt, de la
Mer et de la Pêche, préparer la France
à +4 °c, présentation du plan national
d?adaptation au changement climatique,
mars 2025
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire transports
ville et logement, Le Roquelaure de
l?assurabilité des territoires, avril 2025
Ministère de la Transition écologique,
de la biodiversité, de la forêt, de la mer
et de la pêche, Mission adaptation : le
service commun d?accueil et d?orientation
des collectivités sur l?adaptation au
changement climatique, mai 2025
Ministère Aménagement du territoire
Transition écologique, Rapport, Ambition
France Transports : Financer l?avenir des
mobilités, juillet 2025
OCDE, Rapport, Renforcer la résilience
face aux catastrophes naturelles,
avril 2024
Odile Jacob, Une monnaie écologique
pour sauver la planète, février 2020
OiEau, Les 40 chiffres à connaitre sur
les 7 grandes thématiques
incontournables des réseaux d?eau
potable en France en 2021, octobre 2021
ONERC, Changement climatique. Coûts
des impacts et pistes d?adaptation, 2009
ONR, rapport 2023 de l?Observatoire
national de la route, novembre 2023
Oxfam-France, changement climatique,
nous ne sommes pas prêt.es, juillet 2024
RTE, SDDR 2019 Chapitre 02 - Le
renouvellement du réseau existant, 2019
RTE, Comment RTE adapte-t-il le réseau
électrique aux effets du changement
climatique ? août 2025
Saint-Gobain, Les infrastructures face
au climat : une adaptation devenue vitale,
février 2025
Sénat, Voies navigables de France :
Un canal d?avenir au service du
développement durable, juillet 2014
Sénat, rapport d?information, Mettre les
nouvelles mobilités au service de tous les
territoires, novembre 2018
Sénat, rapport d?information, Sécurité
des ponts : éviter un drame, juin 2019
Sénat, rapport, Projet de loi d?orientation
des mobilités, juillet 2019
Sénat, Mission d?information sur la
sécurité des ponts, décembre 2019
Sénat, rapport d?information, Transport
de marchandises face aux impératifs
environnementaux, mai 2021
ANNEXES
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164
Sénat, rapport d?information,
Sécurité des ponts : face au
« chantier du siècle », l?urgence
d?une action publique plus
ambitieuse, juin 2022
Sénat, rapport, Éclairer l?avenir :
l?électricité aux horizons 2035 et
2050, juillet 2024
SGPE, La planification écologique
à l?échelle des territoires,
octobre 2025
Statista, Le transport aérien de
passagers en France et en Europe -
Faits et chiffres Statista, Les routes
en France - Faits et chiffres,
mai 2025
UNDRR, Bureau des Nations Unies
pour la réduction des risques de
catastrophes, Notre monde en
danger, Transformer la gouvernance
pour un avenir résilient, rapport
global 2022
Union des Aéroports Français,
Dossier, Les enjeux de la France
aéroportuaire à l?horizon 2030
Union des Transports Publics et
Ferroviaires, Europe des trains :
les réseaux ont rétréci en 10 ans,
notamment en France, mais la
grande vitesse progresse,
février 2025
UNOPS, rapport conjoint,
du Bureau des Nations Unies
pour les services d?appui aux
projets (du Programme des Nations
Unies pour l?environnement (PNUE)
et de l?Université d?Oxford,
Les infrastructures et la lutte contre
les changements climatiques,
octobre 2021
Vie-publique, Audit sur l?état
du réseau ferré national français,
septembre 2005
Vie-publique.fr, Littoral : 126
communes face à l?érosion côtière,
mai 2022
Vie-publique, Infrastructures
critiques : l?UE cherche à améliorer
leur sécurité, octobre 2022
Vie-publique, Ports français : une
transition énergétique nécessaire,
décembre 2022
Vie publique, rapport final, Adapter
le système assurantiel français face
à l?évolution des risques climatiques,
décembre 2023
Vie publique, Progression de 2,2 %
de l?épargne réglementée en 2024,
juillet 2025
Vie-publique, Hydroélectricité :
les barrages hydrauliques en quatre
questions, septembre 2025
165
ACPR Autorité de contrôle prudentiel et de résolution
ADEME Agence de l?environnement et de la maîtrise de l?énergie
ADF Assemblée des Départements de France
AFITF Agence de financement des infrastructures de transport de France
AMF Association des maires de France
AMO Assistance à maîtrise d?ouvrage
ANCT Agence nationale de cohésion des territoires
ARCEP Autorité de régulation des communications électroniques, des postes
et de la distribution de la presse
ARF Association des régions de France
ASAIT Approche systémique de l?adaptation des infrastructures de transport
ATESAT Assistance technique des services de l?État pour raisons de solidarité
et d?aménagement des territoires
BCE Banque centrale européenne
BHNS Bus à haut niveau de service
BNP Banque nationale de Paris
BRGM Bureau de recherches géologiques et minières
BTP Bâtiment Travaux Publics
CCR Caisse centrale de réassurance
CEA Commissariat à l?énergie atomique et aux énergies alternatives
CELRL Conservatoire de l?Espace Littoral et des Rivages Lacustres
CEREMA Centre d?études et d?expertise sur les risques, l?environnement,
la mobilité et l?aménagement
CESER Conseil économique, social et environnemental régional
CGDD Commissariat général au développement durable
CGEDD Conseil général de l?environnement et du développement durable
CNFPT Centre national de la fonction publique territoriale
CNPP Centre national de prévention et de protection
COI Conseil d?orientation des infrastructures
COP Conference of Parties, ou ?Conférence des Parties?
COPRNM Conseil d?orientation pour la prévention des risques naturels majeurs
CPER Contrats de plan Etat/Région
CRE Commission de régulation de l?énergie
CRTE Contrats pour la réussite de la transition écologique
DAJ Direction des affaires juridiques
DDTM Direction départementale des territoires et de la mer
DGE Direction générale des entreprises
DGFIP Direction générale des Finances publiques
DGITM Direction générale des Infrastructures, des Transports et des Mobilités
Table des sigles5
ANNEXES
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DILA Direction de l?information légale et administrative
DMR Direction des Mobilités Routières
DREAL Direction Régionale de l?Environnement, de l?Aménagement
et du Logement
DROM Départements et régions d?outre-mer
DSEC Dotation exceptionnelle de Solidarité
EDF Électricité de France
EPCI Etablissements publics de coopération intercommunale
EPIC Établissement public à caractère industriel et commercial
ETI Entreprise de Taille Intermédiaire
ETP Equivalents temps plein
ETS European Trading Scheme
FNAUT Fédération nationale des usagers des transports
FNCCR Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies
FNTP Fédération nationale des travaux publics
FP2E Fédération professionnelle des entreprises de l?eau
FPRNM Fonds de prévention des risques naturels majeurs
GEMAPI Gestion des Milieux Aquatiques et la Prévention des Inondations
GES Gaz à effet de serre
GIEC Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat
GPM Grand port maritime
GPS Global Positioning System
GRDF Gaz Réseau Distribution France
GRT Gestionnaire du réseau de transport du gaz
HCC Haut Conseil pour le climat
I4CE Institut de l?Économie pour le Climat
IA Intelligence artificielle
IDDRI Institut du Développement Durable et des Relations Internationales
IDRRIM Institut des Routes, des Rues et des Infrastructures pour la Mobilité
IGN Institut national de l?information géographique et forestière
IQRN Image Qualité des Routes Nationales
IRD Institut de recherche pour le développement
LDDS Livret de développement durable et solidaire
LGV Ligne à grande vitesse
LPEC Loi de programmation énergie-climat
LTECV Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte
MSR Réserve de stabilité de marché
NOTRe Nouvelle Organisation Territoriale de la République
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OFB Office Français de la biodiversité
OFCE Observatoire français des conjonctures économiques
ONERC Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
ONF Office national des forêts
167
ONG Organisation Non Gouvernementale
ONR Observatoire national de la route
ONU Organisation des Nations unies
OPCO Opérateurs de compétences
ORSEC Plan d?organisation de la réponse de sécurité civile
PCAET Plans climat-air-énergie territoriaux
PCS Plans communaux de sauvegarde
PGRI Plan de gestion des risques d?inondation
PIB Produit Intérieur Brut
PLF Projet de loi de finances
PLU Plan Local d?Urbanisme
PLUi Plan local d?urbanisme intercommunal
PME Petites et moyennes entreprises
PNACC Plan National d?Adaptation au changement climatique
PNUE Programme des Nations Unies pour l?environnement
PPE Programmation pluriannuelle de l?énergie
PPI Plans particuliers d?intervention
PPP Partenariats publics privés
PPR Plan de prévention des risques
PPRI Plan de prévention des risques inondation
PPRIF Plan de prévention des risques incendie de forêt
PPRL Plan de prévention des risques littoraux
PPRN Plan de prévention des risques naturels
PVC Polychlorure de vinyle
RAEF Rapport annuel sur l?état de la France
RGA Retrait gonflement des argiles
RPS Risques psychosociaux
RTE Réseau de transport d?électricité
SANEF Société des Autoroutes du Nord et de l?Est de la France
SAR Schémas d?aménagement régionaux
SCA Sociétés concessionnaires d?autoroute
SCHAPI Service central d?hydrométéorologie et d?appui à la prévision des inondations
SCOT Schémas de cohérence territoriale
SDDR Schéma Décennal de Développement du Réseau
SDES Service des données et études statistiques
SERM Services express régionaux métropolitains
SFEC Stratégie française pour l?énergie et le climat
SGPE Secrétariat général à la planification écologique
SGPI Secrétariat général pour l?investissement
SHEM Société hydroélectrique du Midi
SIG Système d?information géographique
SMACL Société mutuelle d?assurance des collectivités locales
SNBC Stratégie nationale bas carbone
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SNCF Société nationale des chemins de fer français
SNGITC Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte
SRADDET Schémas régionaux d?aménagement, de développement durable
et d?égalité des territoires
TECV Transition énergétique pour la croissance verte
TER Transport Express Régional
TGN Garantie tempête grêle neige
TGV Train à grande vitesse
TICPE Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques
TPE Très petite entreprise
TRACC Trajectoire de référence du réchauffement climatique
TSBA Taxe de solidarité sur les billets d?avion
UIE Union des industries de l?eau
UNDRR Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques
de catastrophes
UNOPS Bureau des Nations Unies pour les services d?appui aux projets
VNF Voies Navigables de France
lecese.frlecese.fr
lecese.frlecese.fr
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social et environnemental
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Complexité
des aides de
l?Union européenne
et visibilité
de son action
RAPPORTEURES
Catherine Lion et Catherine Pajares Y Sanchez
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AVIS
Le 80e anniversaire
de la Sécurité sociale
Déclaration du Bureau
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DÉCLARATION
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AVIS
Égalité
des chances :
mythe ou réalité ?
RAPPORT ANNUEL
SUR L?ÉTAT DE LA FRANCE
RAPPORTEURE
Fabienne Rouchy
Le droit des enfants
de participer
aux délibérations
publiques
Déclaration du Bureau à l?occasion
de la Journée internationale des droits
de l?enfant du 20 novembre 2025
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DÉCLARATION
Satisfaire les besoins
fondamentaux des enfants
et garantir leurs droits,
dans tous les temps et
espaces de leur vie
quotidienne
RAPPORTEURS
Dominique Gallet, Bernadette Groison
et Evanne Jeanne-Rose
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AVIS
Imprimé par la Direction de l?information légale et administrative, 26, rue Desaix, Paris 15e, d?après les documents fournis par
le Conseil économique, social et environnemental ? N° 411260001-000126 - Dépôt légal : janvier 2026 ? Crédit photo : Dicom
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ISSN 0767-4538 ISBN 978-2-11-185002-6
Anticiper et
prévenir les risques
liés au changement
climatique, pour
les infrastructures
RAPPORTEURS
Alain André et Didier Gardinal
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AVIS
synthèse
introduction
I. Un patrimoine d?infrastructures considérable
et diversifié, indispensable pour les territoires
et les populations mais qui pâtit d?un sous-investissement chronique
A. Les infrastructures, que sont-elles? des ouvrages multiples et diversifiés sur le territoire
partie 1
Constats : Le défi
du changement climatique pour les infrastructures
B. Les infrastructures, à quoi servent-elles?
Une contribution indispensable au développement économique des territoires et à la vie des populations
C. Une dégradation partielle liée à une longue période de sous-investissement: la «dette grise»
II. Des changements climatiques qui représentent
des risques majeurs pour les infrastructures
A. Un changement climatique aux composantes multiples
B. Un phénomène qui impacte déjà les infrastructures
III. Une prise de conscience progressive
bien qu?inégale qui a entraîné la mise en place de premières mesures d?adaptation
A. Des politiques et mesures mises en oeuvre
jusqu?à présent
B. Une adaptation à poursuivre et à amplifier
IV. Des coûts considérables à prévoir et une prise en compte insuffisante de problématiques importantes
A. Une augmentation considérable des coûts à prévoir
d?ici à 2050, des options de financement diverses à envisager, mais aussi des opportunités économiques
B. Une prise en compte insuffisante de problématiques importantes
C. Expansion des risques et des coûts assurantiels:
un dispositif qui a évolué
partie 2
Préconisations
I. Axe 1 - Mieux mesurer et identifier les risques
II. Axe 2 - Améliorer la gouvernance
III. Axe 3 - Mettre en place une politique systémique d?investissement dans les infrastructures
IV. Axe 4 - Assurer les financements nécessaires
V. Axe 5 - Conforter les capacités du système assurantiel dans ce nouveau contexte
conclusion
Déclarations des groupes
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION ?âge de 85 ans.
Les efforts de renouvellement,
estimés à 8 Mds d?euros doivent
être conduits d?ici à 2035 sous
peine de détériorer le niveau de
service actuel, parmi les meilleurs
en Europe. Ils sont appelés à croître
d?ici 2050. A défaut, « un mur de
renouvellement » est annoncé.
Pour RTE, il s?agit essentiellement
de privilégier le réseau du quotidien
avec des actions « moins voyantes »
mais indispensables : maintenance
courante, plans de sécurisation
(notamment contre la corrosion),
mise aux norm
es environnementales, etc.
Un rapport du Sénat de 202485
indique que RTE et Enedis
ont proposé des programmes
d?investissements pour un montant
cumulé de près de 200 Md¤ d?ici
à 2040 : 100 Md¤ pour RTE et
96 Md¤ pour Enedis.
Ces investissements sont destinés
à l?entretien et à la modernisation
du réseau mais pour RTE le
renouvellement d?infrastructures
vieillissantes et leur adaptation aux
effets du changement climatique
constituent le premier enjeu
d?investissement.
Toutefois, dans ce même rapport,
le Sénat considère que ces
investissements, en raison de leurs
montants exceptionnels, devront
être expertisés avec précision.
85? Éclairer l?avenir : l?électricité aux horizons 2035 et 2050 - Rapport - Sénat
86? 8 syndicats, 200 entreprises pour un chiffre d?affaires de 4 Md¤.
87? Des infrastructures qui prennent l?eau - Environnement Magazine
88? Part du volume d?eau mis en distribution perdu par fuite dans les canalisations en 2021 |
Eaufrance
89? Des infrastructures qui prennent l?eau - Environnement Magazine
4. Un défaut d?investissement
dans les infrastructures de l?eau
qui met en péril leur pérennité
Une étude publiée par l?Union des
industries de l?eau (UIE 86) pointe
un déficit annuel d?investissement
pour les infrastructures de
l?eau, l?assainissement et le
pluvial, estimé à 4,6 Md¤, dont
1,8 Md¤ pour le réseau d?eau
potable et 1,4Md¤ pour le réseau
d?assainissement87. Il en résulte
notamment des pertes d?eau potable
en raison de fuites sur le réseau
estimées à près de 19 % du volume
d?eau potable mis en circulation
en 202388.
A ces montants doivent être ajoutés
le coût de la dégradation des milieux
aquatiques, évalué à 481 M¤ par
an, ainsi que le surcoût annuel de
390 M¤ pour le traitement des
micropolluants.
Le patrimoine français des réseaux
d?eau présente un âge moyen de
45 ans, parfois 60 à 70 ans dans
les centres-villes historiques,
avec des disparités territoriales
importantes. Le réseau d?eau
potable est majoritairement
composé de conduites en PVC
(dont 31 % de PVC vieux)89. Cet état
vieillissant est encore plus marqué
pour les réseaux d?assainissement.
Les conséquences du sous-
investissement et de la vétusté
du réseau se traduisent par une
dégradation progressive de la
qualité du service : coupures d?eau
récurrentes, augmentation du
https://www.senat.fr/rap/r23-714-1/r23-714-145.html
41
nombre d?interruptions de service non
programmées, etc.
Ces infrastructures, vieillissantes et
victimes de stress hydrique, nécessitent
une adaptation et un renouvellement
face au changement climatique, faute
de quoi les exploitants se retrouveront
« devant un mur d?investissement ». Il en
90? Le Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC), organisme intergouvernemental,
est chargé d?évaluer l?ampleur, les causes ainsi que les conséquences du changement climatique en cours.
91? Plan national d?adaptation au changement climatique.
92? 11_adaptation chgment_climatique.pdf
93? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
94? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
va de la pérennité des installations, de la
nécessaire décarbonation des process
(pour en réduire les émissions de gaz
à effet de serre) et de la contribution
des installations, notamment de gestion
des eaux pluviales, à l?adaptation au
changement climatique.
II. Des changements climatiques qui représentent
des risques majeurs pour les infrastructures
Comme prévu par le Groupe d?experts
intergouvernemental sur l?évolution
du climat (GIEC) dans ses rapports
successifs90, le changement climatique
lié aux activités humaines s?accentue et
ses effets, en France et dans le monde,
s?amplifient.
Dans son rapport annuel 2023, le Haut
Conseil pour le climat (HCC) souligne que
la France est particulièrement exposée
aux conséquences du réchauffement
climatique. Le scénario retenu par
le PNACC91 établit, sur la base des
projections du GIEC, que la température
mondiale continuera d?augmenter pour
se stabiliser à +3 °C d?ici 2100 (en
comparaison à la période préindustrielle).
Pour la France métropolitaine, cette
hausse sera en moyenne de +4 °C92,
« niveau moyen auquel il faut superposer
la variabilité naturelle pour anticiper
l?occurrence d?années et évènements
extrêmes » (HCC rapport annuel
2023). A un horizon plus proche, les
projections identifient un réchauffement
de +2 °C d?ici à 2030 pratiquement
inévitable pour la France, avec des
années extrêmes à + 3 °C de plus en plus
fréquentes93.
A. Un changement climatique aux composantes multiples
Le 6ème rapport du GIEC (2023) souligne
que, parmi les quatre principaux risques
à horizon 2100 du changement climatique
pour la France, celui d?inondations et
d?intempéries affectera particulièrement
les infrastructures94.
Comme le souligne EDF Hydro,
auditionné dans le cadre du présent
avis, le cycle de l?eau est le premier
marqueur du changement climatique :
l?augmentation de la température de l?air
et de l?eau entraîne une augmentation
de l?évaporation qui à son tour provoque
une modification des précipitations. Les
phénomènes observés sont la fonte des
glaciers, les sécheresses, les inondations
et les incendies.
https://www.aeroport.fr/uploads/documents/Publication/11_adaptation%20chgment_climatique.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
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42
Des différences territoriales sont
observées :
Î En matière de précipitations,
des contrastes saisonniers et
régionaux sont enregistrés : plus
humide au nord en hiver, plus sec
au sud en été ;
Î Si les températures sont
caractérisées par une hausse
marquée depuis les années 80,
on observe un contraste Est/
Ouest et un contraste saisonnier
(printemps/été encore plus
chaud) ;
Î Les débits d?eau sont quant à eux
marqués par une tendance à la
baisse en moyenne annuelle plus
marquée dans le sud (Sud-ouest
en particulier), une fonte nivale
anticipée et des étiages plus
sévères.
Sont attendus à l?avenir :
Î Des contrastes exacerbés
(nord/sud ?hiver/été) ;
Î Un réchauffement global ;
Î Une amplification du changement
sur les débits : en hiver avec
potentiellement plus de débit
notamment sur l?Est, un printemps
contrasté (moins de débit au sud,
stable au nord) et un été et un
automne avec un étiage marqué et
prolongé.
Selon le BRGM, les principaux
facteurs de risque pour les
infrastructures en Europe sont :
Î Les vagues de chaleur ;
Î Les sécheresses ;
95? Résilience territoriale et adaptation au changement climatique : les territoires
face à l?urgence climatique, 14 mai 2025.
Î Les pénuries d?eau ;
Î Les inondations côtières et
continentales.
Il en résulte des risques en cascade
pour les milieux physiques (feux de
forêts, érosion, retrait gonflement
des argiles, cavités, mouvements
de terrain, etc.) et une propagation
entre régions.
Les sécheresses constituent
des risques directs sur les
infrastructures via, par exemple,
le retrait/gonflement des argiles,
dont les effets s?amplifient
parce que la zone concernée
par ce phénomène s?étend. De
nombreuses infrastructures sont
impactées : les routes, les chemins
de fer, etc. Malheureusement, à
date, le chiffrage des dommages
occasionnés ou à venir n?est
pas connu. Selon la Banque
des territoires95, « ( ) le coût
annuel moyen de la gestion des
conséquences des sécheresses
s?élève [en 2025] à 726 millions
d?euros, soit une hausse de 35 %
par rapport à l?an 2000 ».
Les risques côtiers en France sont
déjà avérés avec des dommages
annuels moyens attendus (en raison
de submersion marine) estimés
entre 60 et 100M¤, montants qui
seront multipliés entre deux et dix
fois d?ici à 2050. A titre d?illustration,
en 2010 la tempête Xintia a causé
50 morts et environ 750 M¤ de
dommages assurés attribués à la
submersion.
Toujours selon le BRGM, l?élévation
du niveau de la mer se poursuivra
durant des siècles et il n?est pas
43
exclu qu?un début d?effondrement de
certaines calottes marines en Antarctique
se produise. Dans ce contexte,
l?adaptation des infrastructures pourrait
être prise de vitesse et contrainte
à prioriser le sauvetage de celles
considérées comme les plus essentielles.
Pour le BRGM, il est primordial dès à
présent d?identifier les signaux précoces
pour déterminer le point de bascule.
Cette approche anticipatrice est d?autant
plus justifiée que les phénomènes
résultant du dérèglement climatique
se manifestent avec une intensité et
une récurrence accrues. Le CEREMA
souligne en effet que le changement
96? Audition du Cerema par la commission TAA.
97? 11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
climatique se traduit à la fois par des
évènements de plus grande intensité/
amplitude, plus fréquents, sur des zones
géographiques différentes, avec des
périodes de l?année qui se modifient et
des évolutions multiples. Ainsi, la vague
de chaleur qu?a connue la France en
août 2023 est la plus importante depuis
au moins 1945 ; elle a occasionné des
incendies qui ont affecté une surface
sept fois plus importante qu?en une
année ordinaire (à l?échelle européenne,
c?est trois fois plus). En janvier 2024,
12 communes de l?Hérault étaient en
pénurie d?eau96.
B. Un phénomène qui impacte déjà les infrastructures
Les impacts du changement climatique
sur les infrastructures sont nombreux et
très différents selon la nature même des
infrastructures. A titre d?exemple, en zones
de montagne les conditions climatiques
ont déjà réduite la durée de vie des
infrastructures de 30 % à 50 % (Cour des
comptes 2022, audition CEREMA).
Le développement qui suit en fournit
quelques illustrations sans prétendre à
l?exhaustivité.
1. Des impacts sur le réseau routier
et les ponts déjà observés et dont
les coûts seront multipliés par six
d?ici à 2050
Dans son rapport 2024, l?Office national
de la route (ONR) souligne que « les
impacts du changement climatique
accélèrent fortement le vieillissement
naturel du patrimoine et causent parfois
des dommages importants comme en
témoigne la rupture récente de la RN134
dans la vallée d?Aspe »97
Lors de son audition, la SANEF a indiqué
que les aléas climatiques qui représentent
un risque pour les autoroutes sont :
Î Les fortes chaleurs (>35 °C), gel -
dégel, sécheresse ;
Î Les incendies, mouvements de terrain,
chutes de blocs ;
Î Les précipitations extrêmes,
inondations, submersions marines.
Le CEREMA, pour sa part, a partagé,
en se référant à différentes sources, de
nombreuses illustrations des impacts des
événements climatiques sur le réseau
routier :
Î La tempête Alex d?octobre 2020
a causé des dégâts considérables
sur plus de 70 km de routes. Les
réparations conséquentes ont coûté
500 M¤ ;
Î Le département de la Savoie dépense
6 à 8 M¤ par an pour faire face aux
https://www.idrrim.com/ressources/documents/source/2/11468-IDRRIM_Rapport_ONR_2024.pdf
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risques naturels sur ses routes.
Ce coût pourrait atteindre 10 à
15 M¤ par an dans les prochaines
années ;
Î Le département du Nord-Pas-de-
Calais estime que 10 % de ses
routes ont été endommagées par
les inondations de 2023.
La Commission européenne estime
que le coût des dommages liés
aux aléas climatiques sur les
infrastructures de transport sera
multiplié par trois au cours de la
décennie et par six d?ici à 205098.
De son côté, le Haut-Conseil pour le
climat souligne que l?augmentation
des cycles de gel/dégel en zones de
montagne nécessite une fréquence
accrue dans l?entretien des routes
dans ces zones99.
Le changement climatique accentue
la vulnérabilité100 des infrastructures
déjà vieillissantes comme les ponts
routiers pour la plupart construits
dans la période après-guerre. La
mission d?information du Sénat sur
la sécurité des ponts précitée alerte
sur le risque d?une accélération à
venir du vieillissement des ponts
sous l?effet au moins en partie du
réchauffement climatique et des
événements climatiques violents.
Ces effets sont d?autant plus
dommageables que les ouvrages
98? Changement climatique : Gérer des infrastructures résilientes | Cerema
99? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
100? La vulnérabilité renvoie à la propension ou prédisposition d?être affecté par un aléa.
101? L?exposition est la localisation d?un enjeu (personnes, ressources, écosystèmes, bien
économique ou socioculturel) dans un espace soumis directement ou indirectement à un aléa.
La notion d?exposition renvoie directement à une zone géographique ou un paramètre donné.
sont conçus pour résister à des
conditions météorologiques
« normales » et qu?ils se trouvent
fragilisés notamment dans
leurs fondations (phénomène
d?affouillement, c?est-à-dire de
creusement par l?eau). À titre
d?exemple, les inondations survenues
dans l?Aude en octobre 2018 ont
provoqué la destruction de quatre
ponts et altéré quatre autres
ouvrages d?art. Comme le souligne le
Cerema, « l?évolution inéluctable du
climat va modifier les paramètres
climatiques qui ont servi ou servent
aujourd?hui à leur [infrastructures
routières] dimensionnement, ce
qui accentue leurs vulnérabilités à
court ou moyen terme : chaussées
fissurées par des cycles de gel/
dégel plus fréquents, routes et
ouvrages d?art détruits par les
crues plus intenses, réseaux
coupés plus fréquemment à la suite
de chutes d?arbres. »
2. Des impacts sur le réseau
ferroviaire quelle que soit la saison
Selon SNCF Réseau, auditionné
pour le présent avis, le réseau
ferroviaire est exposé aux aléas
climatiques quelle que soit la saison.
Cette exposition101 est exacerbée
dans les scénarios à +4 °C en 2100.
https://www.cerema.fr/fr/actualites/changement-climatique-gerer-infrastructures-resilientes
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
45
GRAPHIQUE : EXPOSITION DU RÉSEAU FERROVIAIRE AUX EFFETS
DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Source : audition SNCF réseau
102? Le rapport public annuel 2024, L?adaptation du réseau ferroviaire national au changement climatique
103? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
104? Trajectoire d?adaptation au changement climatique.
Le réseau ferroviaire est exposé par
ailleurs au risque lié à la végétation.
Les phénomènes déjà observés sont les
suivants :
Î 30 % de linéaire exposés ;
Î Une mortalité des arbres multipliée
par 2 en 10 ans ;
Î Une augmentation en 2023-2024 de
70 % des retards à cause des arbres.
Le réseau est aussi exposé au risque
de tempête occasionnant un arrêt de la
circulation. Enfin, il est exposé aux fortes
chaleurs et aux variations de chaleur,
avec des impacts divers, au nombre
desquels, la dilatation des voies de
chemin de fer.
Selon le CEREMA, citant un rapport de
la Cour des comptes de 2024102, entre
2009 et 2021, SNCF Réseau a connu
cinq événements climatiques majeurs
pour un coût total de 38 M¤, dont
25 M¤ à la suite de la tempête Alex.
En 2022, 44 jours ont été perdus par la
SNCF en raison de fortes chaleurs. Ces
pertes seront multipliées au moins par 2
d?ici 2050103.
3. Des impacts sur les infrastructures
aéroportuaires qui nécessitent une
adaptation de leurs activités
Le scénario de la TRACC104 souligne que
les infrastructures de transport seront
fortement affectées par le réchauffement
climatique. Parmi elles, les aéroports
sont particulièrement exposés en raison
d?une probabilité accrue d?inondations,
de perturbations et d?annulations
de vol, d?impacts importants sur les
performances des avions (distances de
décollage et d?atterrissage, capacités
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-RPA-2024-CDVI-adaptation-reseau-ferroviaire-national.pdf
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
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de montée), de destruction des
bâtiments et éléments mobiles
comme les passerelles en cas
de vents forts, de vieillissement
accéléré des chaussées
aéronautiques, d?évolution des aires
de répartition d?oiseaux, etc.
Ces impacts pourront varier
selon la localisation géographique
de l?aéroport, les conditions
météorologiques de sa région,
la proximité avec la mer ou des
rivières, etc. Lors du passage de la
tempête Fabien en 2019, l?aéroport
Napoléon Bonaparte d?Ajaccio a
ainsi dû fermer pendant trois jours
en raison des vents violents et des
fortes pluies.
Une étude de l?ONERC105 met
en évidence qu?il serait alors
nécessaire de limiter l?emport de
fret (charge utile) ou le nombre de
passagers en cas de fortes vagues
de chaleur. Sans l?allongement
des pistes ou la modification des
obstacles, certains types d?aéronefs
pourraient n?être plus exploitables
sur certaines plateformes. Les
évolutions technologiques quant
aux performances des moteurs et
à la légèreté des matériaux utilisés
par les constructeurs pourraient
toutefois limiter ces conséquences106.
Ces événements climatiques
extrêmes107, outre leur impact sur les
activités aéroportuaires, exercent
une pression très importante
sur la biodiversité, végétale et
animale, abritée par les prairies
aéroportuaires reconnues comme
105? Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique.
106? 11_adaptation chgment_climatique.pdf
107? Un événement climatique extrême est un événement qui peut persister plusieurs semaines
ou mois (sécheresse par exemple) ou au contraire se dérouler sur un temps très court
(inondation, tempête, cyclone), quelques heures ou quelques jours, mais avec une très forte
intensité (« Changement climatique, nous ne sommes pas prêts.e.s ? OXFAM 2024).
des réservoirs de biodiversité.
En effet miroir, cette biodiversité
est essentielle à la capacité de
résilience des aérodromes face au
changement climatique.
Certains aéroports ont d?ores
et déjà engagé une évaluation
de leurs vulnérabilités, quand
d?autres, victimes d?événements
climatiques, ont mis en oeuvre des
mesures ponctuelles d?adaptation.
Dans tous les cas, ces approches
demeurent insuffisantes et ne
sont pas intégrées pour la plupart
dans le plan de gestion global de
la structure. Différentes mesures
prioritaires d?anticipation pourraient
être mises en oeuvre : renforcement
des pistes, des terminaux et
autres infrastructures contre les
inondations, les tempêtes ou les
vagues de chaleur ; prise en compte
des risques dès la conception des
nouveaux projets ; appui technique
et financier, par l?État et les régions,
des gestionnaires aéroportuaires,
souvent des PME et des TPE peu
outillées pour élaborer leur plan
d?adaptation.
4. Des impacts sur
le réseau fluvial et les ports
qui contrecarrent leur potentiel
de décarbonation du transport
Dans un contexte de changement
climatique, le transport fluvial
se trouve dans une situation
paradoxale ; d?une part, il
est considéré comme une
voie alternative crédible
https://www.aeroport.fr/uploads/documents/Publication/11_adaptation%20chgment_climatique.pdf
47
pour décarboner le transport de
marchandises, d?autre part, il est lui-
même victime des effets du changement
climatique.
Le phénomène de sécheresses répétées
et plus intenses modifie le débit des
fleuves et affecte la stratégie de
navigation des conteneurs par barge
(phénomène des basses eaux). Dans
certains cas, ces sécheresses peuvent
modifier la dynamique hydro-sédimentaire
des estuaires et rendre certaines
sections de fleuves impraticables.
De leur côté, les ports et zones
portuaires, également confrontés aux
épisodes de sécheresse, sont exposés
aux incendies. Mais les aléas marins,
plus impactant, constituent de vrais
défis pour les activités portuaires :
élévation du niveau de la mer, érosion,
inondations, tempêtes de plus en
plus fréquentes et violentes, etc. Les
tempêtes et précipitations extrêmement
fortes peuvent entraver, voire empêcher,
l?accostage des navires, entraîner une
sollicitation des digues et provoquer des
inondations parfois responsables d?une
fermeture totale du port. Quant aux
terminaux méthaniers, outre les risques
liés à l?élévation du niveau de la mer, le
réchauffement des eaux marines entraîne
une prolifération d?espèces invasives dans
les canalisations.
Selon les projections du GIEC de
février 2022, la montée du niveau de
la mer pourrait atteindre 2 mètres d?ici
à 2100 et 5 mètres d?ici à 2150.
108? Littoral : 126 communes face à l?érosion côtière | vie-publique.fr
109? Changement climatique : la transition énergétique des ports français | vie-publique.fr
110? Quel impact va avoir le changement climatique sur le système électrique français ? | RTE
111? Le rapport public annuel 2024, synthèses
Depuis 50 ans, environ 30 km² de
terres ont disparu en France à la suite
du recul du trait de côte108. Au niveau
européen, les submersions dans les
ports deviendront une réalité entre 2030
et 2050. Pour y faire face, les experts
recommandent d?engager sans tarder
les actions d?adaptation, telle la limitation
de l?artificialisation des littoraux par un
déport des constructions de la terre
ferme à la mer109.
5. Des impacts sur
les infrastructures énergétiques
qui affectent essentiellement le régime
électrique en limitant la production dans
un contexte de pic de la demande
Selon RTE110, le changement climatique va
affecter le système électrique français de
deux manières :
Î D?une part, il affectera les courbes
de la consommation électrique
(avec potentiellement des pics de
consommation en été) ;
Î D?autre part, le stress hydrique pourrait
affecter les modes de production
d?énergie hydraulique et nucléaire
en bord de rivière à la différence
des productions photovoltaïques et
éoliennes, moins impactées.
Dans son rapport public 2024111 , la Cour
des comptes rappelle les principaux
risques climatiques qui pèsent sur le
système électrique français.
https://www.vie-publique.fr/en-bref/284117-rapport-2022-du-giec-nouvelle-alerte-face-au-rechauffement-du-climat
https://www.vie-publique.fr/en-bref/284117-rapport-2022-du-giec-nouvelle-alerte-face-au-rechauffement-du-climat
https://www.vie-publique.fr/en-bref/285086-littoral-126-communes-face-lerosion-cotiere
https://www.vie-publique.fr/eclairage/286999-changement-climatique-la-transition-energetique-des-ports-francais
https://www.rte-france.com/wiki-energie/impact-changement-climatique-systeme-electrique-francais
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-syntheses-RPA-2024.pdf
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EXPOSITION AUX RISQUES CLIMATIQUES
DES DIFFÉRENTS OUVRAGES DU RÉSEAU ÉLECTRIQUE
Source : Cour des comptes, rapport annuel public 2024. D?après Carbone 4
112? Adaptation climatique des infrastructures énergétiques - PDE
113? CESE, Quelle place pour le nucléaire dans le mix énergétique français ?
Expérimentation de la méthode d?analyse de controverses (2022).
Le principal facteur de risque pour
les réseaux électriques, en raison
de sa récurrence, est le phénomène
de vagues de chaleur, qui peut
endommager les câbles et réduire
la vitesse de transit de l?électricité.
Inondations et pluies torrentielles
peuvent endommager les
installations, même celles enterrées.
Selon la Cour des comptes, « Les
tempêtes de 1999 ont révélé des
défauts structurels du réseau
d?électricité mais aussi les limites
de la capacité des gestionnaires à
rétablir le courant ».
En termes de production,
les installations nucléaires et
hydrauliques fournissent en France
jusqu?à 77 % de la production totale
d?électricité en 2023. La production
hydroélectrique représente 14 % du
mix électrique français112.
Le niveau de production de ces
installations, vitales pour la stabilité
du réseau électrique national, est de
plus en plus vulnérable aux eff ets du
changement climatique, notamment
la diminution de la disponibilité en
eau, les sécheresses prolongées, la
baisse des débits des cours d?eau
ou une température excessive
de l?eau. Il en résulte un risque de
réduction de la production des
réacteurs d?une centrale113. La
baisse des débits des cours d?eau
réduit par ailleurs la capacité des
49
barrages hydroélectriques à produire
de l?électricité. En 2022, la production
hydroélectrique a ainsi, du fait des
sécheresses, été de 20 % inférieure
à la moyenne 2015-2019114.
Si le parc nucléaire et les installations
hydroélectriques ont intégré des règles
et des référentiels leur permettant
de prendre en compte les effets du
changement climatique, les nouveaux
réacteurs nucléaires, qui fonctionneront
au moins jusqu?en 2100, seront
confrontés à des aléas climatiques
dont l?ampleur sera différente de
celle attendue dans les vingt à trente
prochaines années115. Il convient dès à
présent, selon la Cour des comptes,
d?anticiper l?implantation des nouveaux
réacteurs en tenant compte notamment
des contraintes liées à l?eau.
Dans le domaine gazier, NaTran a indiqué
en audition que si les infrastructures
gazières pouvaient être exposées
aux risques climatiques, aucune n?est
jugée, du fait de son exposition à ces
mêmes risques, comme critique sur le
territoire national, le système gazier étant
principalement enterré.
Mais des mesures d?adaptation
restent nécessaires. Une étude menée
par l?opérateur fin 2024 chiffre ces
mesures d?adaptation du réseau à
moins de 100 M¤ à horizon 2050. Cela
concerne trois zones de vulnérabilité :
les canalisations sous-fluviales
(4 000 canalisations), les traversées
aériennes (250 canalisations sur des
ponts) et les canalisations en zones à
instabilité de sol (9 zones instables).
Les principales mesures d?adaptation
consisteront à enterrer profondément les
canalisations les plus à risque.
114? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
115? Le rapport public annuel 2024, synthèses
L?opérateur a enfin rappelé les
vulnérabilités de ces installations aux
risques de feux de forêt et au stress
hydrique, qui peut diminuer les capacités
d?alimentation en eau des bassins
d?incendie.
Pour chacun des risques identifiés,
l?opérateur analyse les possibilités de
diversification des solutions avec pour
objectif de garantir une continuité de
l?activité.
6. Des impacts sur les infrastructures
de l?eau qui rendent problématique
l?approvisionnement en eau potable
dans certaines régions
Dans un contexte de sécheresses de
plus en plus intenses et régulières,
les infrastructures de l?eau jouent un
rôle capital dans la préservation de
la ressource en eau afin de sécuriser
les besoins des habitants et des
professionnels. L?impact du changement
climatique sur les ressources en eau
nécessite des adaptations majeures
des systèmes d?approvisionnement :
amélioration de l?état du réseau,
approches innovantes (réutilisation des
eaux usées, meilleure gestion des eaux
de pluie, modernisation de la gestion des
interventions, etc.)
Pour autant, la combinaison du
vieillissement des infrastructures et
du sous-investissement compromet
gravement la performance globale des
systèmes d?eau français. La résilience des
systèmes français face aux événements
climatiques extrêmes se trouve affaiblie
et les canicules ont révélé la vulnérabilité
de certains réseaux aux variations de
température, avec des ruptures de
canalisations en fonte grise dans plusieurs
agglomérations. Les épisodes de gel de
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-syntheses-RPA-2024.pdf
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50
l?hiver 2021 ont également mis en
évidence la fragilité des installations
mal protégées ou vieillissantes.
En 2022, l?approvisionnement en
eau potable a été problématique
116? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
117? https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2023-04/BNPP_
Transition%20Juste_Rapport%20Global_FR.pdf
118? France Stratégie, Sarah Tessé et Emilien Gervais, note de synthèse Adaptation au changement
climatique : retour d?expérience de trois territoires (juin 2023).
dans plus de 2000 communes et
7 ont connu une interruption totale
de service pendant au moins
plusieurs jours en métropole116.
III. Une prise de conscience progressive
bien qu?inégale qui a entraîné la mise en place
de premières mesures d?adaptation
A. Des politiques et mesures mises en oeuvre
jusqu?à présent
1. L?Évolution des mesures
et dispositifs pertinents,
de la gestion des catastrophes
naturelles à la prise en compte
de l?enjeu climatique global
En 2023, IPSOS et BNP Paribas
ont mené une étude117 sur la façon
dont les Européens percevaient le
changement climatique. Près de
70 % des Européens interrogés se
disaient anxieux face au changement
climatique et à ses conséquences.
Néanmoins, cette prise de
conscience a été progressive de la
part des citoyens mais également
de la part des décideurs publics,
comme l?illustrent les différents
dispositifs et diverses politiques
publiques mises en place au fur et à
mesure des années.
Dans une note de synthèse118 pour
France Stratégie sur ce thème,
les auteurs Sarah Tessé et Émilien
Gervais expliquaient « ( ) qu?en
France, les politiques d?adaptation
au changement climatique ont
pris du retard par rapport aux
politiques d?atténuation, car elles
ont longtemps sonné comme
un aveu d?échec. Leur forte
dimension territoriale implique
qu?elles soient conçues et mises
en oeuvre localement. Mais les
décideurs locaux sont confrontés
à un défi de taille : ils doivent
assumer politiquement la situation,
faire des choix d?investissement
potentiellement coûteux pour
prévenir des crises qui auront lieu
dans un avenir relativement lointain,
dont les risques et les impacts
sont incertains, les solutions
d?adaptation complexes et les
annonces anxiogènes ».
C?est donc souvent face aux crises
elles-mêmes que la traduction
en dispositifs de protection et
d?adaptation a été menée. Comme
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2023-04/BNPP_Transition%20Juste_Rapport%20Global_FR.pdf
https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2023-04/BNPP_Transition%20Juste_Rapport%20Global_FR.pdf
51
les auteurs l?expliquent, « En matière
d?adaptation au changement climatique,
le déclencheur le plus efficace de
l?action semble être l?expérience de la
crise. Mais celle-ci peut rapidement
se révéler un frein à l?élaboration de
véritables stratégies d?adaptation. Après
une catastrophe, il faut surmonter un
réflexe de retour à l?état antérieur si on
veut reconstruire un territoire résilient.
Il s?agit de dépasser la gestion réactive
post-crise, bien connue des collectivités
et des services déconcentrés de l?État,
pour aller vers une réponse anticipative
et préventive s?intégrant dans un projet
de territoire systémique ». Toutefois, ces
dispositifs portent en général davantage
sur la prévention et sur la réparation
que sur l?adaptation au changement
climatique.
Le plan ORSEC, un dispositif technique
et humain pour répondre à divers types
de catastrophes
Le plan ORSEC ? Organisation des
Secours dans sa définition initiale ? a été
créé dans cet esprit en 1952 à l?échelon
départemental sous l?autorité du préfet.
Dans les décennies suivantes, il a intégré :
Î Les zones de défense, avec un préfet
à leur tête ;
Î Les zones maritimes, également
avec un préfet à leur tête.
Ce plan permet de mettre rapidement
en oeuvre les moyens techniques et
humains pour faire face à tous types
de catastrophes, pas seulement
naturelles. Tous les services de l?État et
des collectivités peuvent être sollicités
lorsque le plan ORSEC est activé.
119? Les sites dits SEVESO stockent ou produisent des substances pouvant être dangereuses pour les êtres
humains et l?environnement. L?UE oblige les États-membres à les identifier afin de prévenir les risques.
120? Le PCS, outil de gestion des crises des communes, permet de préparer la réponse à tout type d?évènements
pouvant impacter la population, quelle qu?en soit la nature (accident, phénomène météo, inondation, etc.).
Source : ministère de l?Intérieur.
À partir des années 2000, le sigle
est conservé mais le plan change de
dimension et devient Organisation de la
Réponse de Sécurité Civile. Il s?étend
à l?ensemble des acteurs publics et
privés susceptibles d?intervenir en cas
d?évènement catastrophique.
D?une certaine manière, le plan ORSEC
est le socle des différents plans déjà
obligatoires, tels que les plans d?opération
interne pour les installations classées
SEVESO119 ; les plans communaux de
sauvegarde120, obligatoires pour certaines
communes ; les plans blancs pour les
établissements de santé et concernant
directement les infrastructures routières
ou ferroviaires, les plans d?intervention
et de sécurité. Le plan d?intervention
et de sécurité a pour objet de définir
les missions et les responsabilités des
personnels de l?exploitant en cas de
survenance d?événements tels qu?un
incendie ou un accident.
En audition, les responsables des
entreprises ferroviaires opérant sur
le territoire national ont rappelé que
les phénomènes de forte chaleur
pouvaient par exemple toucher les rails
et les caténaires et ainsi interrompre
la circulation des trains. La végétation
plus luxuriante qu?auparavant aux abords
des voies est également propice à
davantage de départs de feux. Lors
de leur audition, les responsables des
entreprises autoroutières ont expliqué
prêter une attention toute particulière à la
montée des eaux des cours d?eau. Ils ont
également indiqué que, en cas de tempête,
certains ouvrages d?art tels que des ponts
pouvaient automatiquement se fermer à la
circulation, à titre préventif (cf. chapitre II).
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En complément du plan ORSEC,
les plans particuliers d?intervention
(PPI) concernent les infrastructures
au plus haut point : ces PPI sont
conçus dans l?objectif de faire face
à des risques qui seraient liés à
des installations pérennes et qui
pourraient avoir un impact sur
les populations avoisinantes. Cela
concerne :
Î Les centrales nucléaires,
Î Les usines chimiques et
pétrolières,
Î Les sites SEVESO,
Î Les barrages de grande
dimension,
Î Les stockages souterrains de gaz,
Î Les infrastructures en lien
avec le transport de matières
dangereuses.
CAT NAT, dispositif
d?indemnisation de biens assurés
atteints par un évènement naturel
intense
Face aux crises et notamment
face aux catastrophes naturelles,
le dispositif CAT NAT permet
d?indemniser des sinistrés dont les
possessions, pourtant assurées,
ont été abîmées ou détruites par un
évènement exceptionnel et intense.
En vertu du Code des assurances121,
« sont considérés comme les
effets des catastrophes naturelles,
les dommages matériels directs
ayant eu pour cause déterminante
l?intensité anormale d?un agent
121? Article L125-1 du Code des assurances.
122? Source : commission des finances du Sénat.
123? Garantir la soutenabilité du régime des catastrophes naturelles, Direction du Budget,
18 février 2025.
naturel, lorsque les mesures
habituelles à prendre pour éviter
ces dommages n?ont pu empêcher
leur survenance ou n?ont pu être
prises ».
C?est la commune où a eu lieu
l?évènement qui demande la
reconnaissance de l?état de
catastrophe naturelle. Lorsque
l?arrêté qui déclare cet état est
publié, le dispositif CAT NAT
est activé par les compagnies
d?assurance afin d?indemniser les
entreprises ou les particuliers qui
ont subi des sinistres. Le dispositif
CAT NAT agit donc en complément
du secteur assurantiel privé. Il
couvre des risques naturels tels
que les séismes, les cyclones, les
inondations et le retrait gonflement
des argiles (RGA)122.
Début 2025, le ministère du
Budget123 indiquait que le « ( )
Changement climatique [avait] un
impact direct sur la fréquence et
l?intensité des sinistres climatiques,
en forte augmentation. En France,
les inondations et sécheresses
représentent 90 % du coût des
sinistres couverts par le régime
de catastrophe naturelle. Sur
la dernière décennie, le coût
d?indemnisation des dommages
liés aux inondations a augmenté
de 23 %. Cette augmentation est
encore plus marquante pour les
sécheresses, dont les coûts ont
doublé sur les vingt dernières
années ». La fréquence et
l?intensité des épisodes climatiques
catastrophiques ont conduit
53
le Parlement à revoir les modes de
financement de ce dispositif124.
Stratégie française pour l?énergie et
le climat et Stratégie nationale bas-
carbone, des cadres nationaux pour la
transition énergétique, la décarbonation
et l?adaptation
La Stratégie française pour l?énergie et le
climat (SFEC) constitue la feuille de route
de la France pour atteindre la neutralité
carbone à l?horizon 2050, revoir nos
objectifs au regard des engagements
européens et assurer l?adaptation de
notre société aux effets du changement
climatique. La SFEC regroupe la loi de
programmation énergie-climat (LPEC), qui
doit fixer les grandes orientations, celles-
ci étant précisées et opérationnalisées
dans la stratégie nationale bas
carbone (SNBC 3ème édition), la
programmation pluriannuelle de l?énergie
(PPE 3ème édition) et le plan national
d?adaptation au changement climatique
(PNACC 3ème édition).
La Stratégie nationale bas carbone
(SNBC) définit les trajectoires de
réduction des émissions de GES pour
l?ensemble des secteurs économiques :
transport, bâtiment, industrie, agriculture,
énergie, déchets, etc. Elle repose sur
une approche qui peut être qualifiée
de progressive, avec des objectifs
intermédiaires à 2030 et 2040.
124? Proposition de loi visant à conforter le régime d?indemnisation des catastrophes naturelles et à lutter contre la
vulnérabilité des biens causée par les événements climatiques extrêmes, n° 1074, déposée le mardi 11 mars 2025.
La SNBC vise à réduire de 50 % les
émissions de GES d?ici 2030 par rapport
à 1990 et s?articule avec les autres piliers
de la planification écologique, tel le Plan
national d?adaptation au changement
climatique (PNACC).
2. Ambitions croissantes du Plan
National d?adaptation au changement
climatique (PNACC) et de la Trajectoire
de référence du réchauffement
climatique (TRACC)
Le Plan National d?adaptation au
changement climatique (PNACC),
cadre national de l?adaptation
Le Plan national d?adaptation au
changement climatique révisé
(PNACC) est le volet adaptation de la
nouvelle stratégie française énergie-
climat (SFEC). La troisième version
de ce plan (PNACC 3) a été publiée
le 10 mars 2025. Il a pour référence
la trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au
changement climatique (TRACC) de
la France.
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54
LA TRAJECTOIRE DE RÉCHAUFFEMENT DE RÉFÉRENCE
POUR L?ADAPTATION AU CHANGEMENT CLIMATIQUE (TRACC)
En mai 2023, le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion
des territoires a ouvert la consultation publique sur cette trajectoire125.
À l?époque, deux scénarios de réchauffement avaient été proposés
à la consultation, en se basant sur les études et analyses du Groupe
d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat (GIEC).
Le premier scénario consistait à s?aligner avec l?accord de Paris,
en considérant un réchauffement planétaire contenu à +1,5 °C en 2100
par rapport à l?ère préindustrielle126 ;
Un second scénario se fondait sur un réchauffement qui atteindrait +3 °C
par rapport à l?ère préindustrielle.
Le projet de conception d?une telle trajectoire répondait à plusieurs
objectifs.
Tout d?abord, accompagner les collectivités territoriales dans leurs
stratégies d?adaptation au changement climatique, avec l?intégration de la
trajectoire dans l?ensemble de leurs documents de planification ; actualiser,
pour de nombreuses filières et activités économiques telles que l?énergie,
le transport, le bâtiment ou les différents réseaux, l?ensemble normatif ;
soutenir les secteurs économiques dans leur adaptation à travers des
études de vulnérabilité ayant pour base la trajectoire.
Après consultation, la trajectoire retenue a été celle correspondant
à +3 °C et à + 4 °C pour la France par rapport à l?ère préindustrielle,
et a servi de socle à la conception du PNACC.
125? Commissariat Général au Développement Durable, 12 juin 2023.
126? 1850-1900. Source : Commissariat général au développement durable.
127? Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer
et de la Pêche, Synthèse de la consultation publique sur le Plan national d?adaptation
au changement climatique, février 2025.
Le PNACC prévoit plusieurs axes
d?action en faveur de l?adaptation,
certains concernant directement
les infrastructures. Plusieurs parties
prenantes ont été associées à son
élaboration : l?État et ses opérateurs,
les collectivités territoriales, les
syndicats, les filières d?activité, et le
monde associatif.
Le CESE a rendu une contribution
et a très favorablement accueilli
« la construction inédite du
PNACC autour d?une trajectoire
de réchauffement de référence
pour l?adaptation au changement
climatique (TRACC) cohérente
avec les données scientifiques
disponibles (hypothèse de + 4 °C
à l?horizon 2100 par rapport
à l?ère préindustrielle) ». Avant
sa rédaction, une plateforme
participative mise en ligne par
le Gouvernement fin 2024 a
reçu 1 124 contributions. Cette
consultation avait plusieurs
objectifs127 :
55
Î Informer le grand public sur
les différents enjeux de l?adaptation
au changement climatique ;
Î Écouter la société afin de mieux
orienter les actions menées par
les pouvoirs publics ;
Î Mettre en perspective les modes
de vie et les conséquences concrètes
du plan afin d?en mesurer l?acceptabilité
sociétale ;
Î Amender et enrichir les mesures
retenues et l?orientation choisie en
termes d?adaptation ;
Î Donner aux citoyens une plus grande
visibilité de l?action publique, les faire
adhérer et les aider à comprendre
les sujets liés à l?adaptation, dans une
démarche de confiance.
Le plan rappelle que « l?adaptation au
changement climatique et l?atténuation
des émissions de gaz à effet de serre
doivent (?) constituer les deux volets
indispensables et interdépendants
de toute politique climatique. (?) Si
l?adaptation appelle un cadre national,
sa mise en oeuvre est profondément
locale : l?adaptation des territoires
de moyenne montagne à l?après-
neige n?a rien de commun avec celle
des communes littorales au recul du
trait de côte, ou celle des territoires
d?outre-mer caractérisés par leur
insularité (à l?exception de la Guyane)
(?) et leur éloignement géographique.
Le plan national devra ainsi être
décliné localement à travers des
stratégies d?adaptation adaptées aux
caractéristiques environnementales et
socioéconomiques des territoires ».
(Il intègre) « cette dimension locale
en proposant une responsabilisation
des collectivités territoriales et
128? Gouvernement, Document de présentation du PNACC 3, 2025.
l?identification de territoires pilotes
de l?adaptation pour faire émerger les
solutions du terrain à généraliser, en
(lien) avec les associations d?élus128 ».
Son deuxième axe, dédié à la résilience
des territoires, des infrastructures et
services essentiels, comprend plusieurs
mesures :
Î Mettre à disposition des collectivités
territoriales les informations
nécessaires pour leur adaptation face
au changement climatique ;
Î Intégrer progressivement la TRACC
dans tous les documents de
planification publique ;
Î Intégrer les enjeux de l?adaptation
dans toutes les normes techniques ;
Î Pérenniser la « Mission Adaptation »
à destination des collectivités
territoriales ;
Î Mieux évaluer les actions d?adaptation
au changement climatique menées sur
le territoire ;
Î Mieux prendre en compte l?adaptation
dans les financements publics.
Les trois dernières mesures
de l?axe 2 concernent directement
les infrastructures :
Î Assurer la résilience des transports
et des mobilités ;
Î Assurer la résilience du système
énergétique ;
Î Assurer la résilience des services
de communication électronique.
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Il vise à mesurer à quel point les
infrastructures, entre autres de
transport, sont vulnérables au
changement climatique, pour
pouvoir les adapter en conséquence.
Il s?intéresse aussi à la maintenance
des infrastructures de transport
dans une logique d?anticipation des
effets du dérèglement climatique et
généralise les études de vulnérabilité
pour les opérateurs des grandes
infrastructures : aéroportuaires,
ferroviaires, portuaires?
Le plan précise que, chaque
année, la direction générale des
Infrastructures, des Transports
et des Mobilités (DGITM) devra
organiser un séminaire dédié
à l?adaptation au changement
climatique des transports et des
mobilités, avec des gestionnaires
d?infrastructures et des experts,
dont le CEREMA.
En termes énergétiques, le plan
vise à étudier les vulnérabilités
d?approvisionnement et de logistique
des secteurs pétroliers et gaziers,
et à améliorer la résilience du
parc de production d?électricité,
principalement nucléaire. Il a pour
objectif de renouveler d?ici 2040
la majorité des ouvrages les plus à
risque face aux vagues de chaleur.
3. Le Conseil d?Orientation
des Infrastructures au ministère
des Transports
Le Conseil d?Orientation des
Infrastructures (COI), organe
consultatif pour prioriser
les investissements dans les
transports et mobilités
129? Article 2 du décret numéro 2020-1825 du 30 décembre 2020.
Le Conseil d?orientation des
infrastructures (COI)129 a
vocation à donner des éléments
d?éclairage et d?analyse au
Gouvernement sur les politiques
d?investissements dans les secteurs
des transports et des mobilités. Il
peut inclure dans ses analyses les
équipements et services liés aux
sources d?énergies alternatives
et aux échanges de données.
Le COI peut aussi proposer
des orientations et appeler à
prioriser les investissements
publics, notamment quant aux
investissements de l?État et de ses
opérateurs. Il veille à la cohérence
des politiques de l?ensemble des
autorités organisatrices concernées
en tenant compte des conditions de
maintenance et d?exploitation future
de ces investissements.
Au-delà de ces missions de
conseil, le COI doit remettre au
Gouvernement, à sa demande,
un rapport d?orientation éclairant
l?action publique dans la mobilité
et les transports ainsi que sur
la programmation nationale des
investissements dans ces différents
domaines. Il doit aussi répondre à
toute sollicitation que la loi prévoit
ou émanant du Gouvernement
en matière de programmation,
de stratégie et de financement
des investissements pour ce qui
concerne les mobilités et les
transports.
Le 2 juillet 2025, le COI a été
renouvelé dans sa composition
et s?est vu confier une nouvelle
lettre de mission, qui comprend
notamment la nécessité de
conduire des travaux relatifs
57
aux conséquences de l?adaptation
au changement climatique sur la
programmation des infrastructures
de transport. La lettre de mission 2025
contient aussi une demande d?audit
national sur l?état des réseaux routiers
structurants des départements et des
communes. En cela, le COI aborde la
problématique de la « dette grise130 »
et le besoin de financement global des
différents réseaux structurants.
4. La mise en place progressive de
stratégies et de mesures d?adaptation
par les gestionnaires d?infrastructures
Des gestionnaires d?infrastructures
engagent d?ores et déjà des actions
pour réduire l?impact de leurs activités
sur le changement climatique et mettre
en oeuvre des mesures d?adaptation.
En audition, les gestionnaires
d?infrastructures ont présenté les
premières mesures adoptées face au
changement climatique et leurs stratégies
à plus long terme.
Les gestionnaires du réseau ferré ont
rappelé que, même si celui-ci était, depuis
sa conception, déjà soumis aux variations
liées aux saisons, les phénomènes
climatiques étaient désormais plus
intenses et plus fréquents. Les rails et
les caténaires sont particulièrement
sensibles à la chaleur extrême et les
ouvrages d?art à la pression exercée par
les eaux.
Par ailleurs, la végétation est rendue
beaucoup plus abondante avec un
climat qui change, ce qui entraîne des
conséquences en termes de circulation,
130? La dette grise correspond au cumul des besoins d?investissement liés au sous-entretien des infrastructures.
Cf. Gouvernement, Ambition France Transports, Atelier 2 - Financement des infrastructures routières,
07/2025.
131? Audition de M. Alain Quinet, directeur général exécutif à la stratégie de SNCF Réseau, en charge des sujets
liés à la résilience du réseau ferroviaire.
132? En fonction de la vitesse prévisible des vents, un stop circulation peut être déclenché : le trafic est alors
arrêté. Source : SNCF Réseau.
de départs de feu et donc de sécurité.
Face à cette réalité devenue quotidienne,
les gestionnaires du réseau ferré mènent
des actions d?entretien le long des
voies visant à débroussailler, ainsi qu?à
prévenir et à faire face aux problèmes
de chute d?arbres, nombre d?arbres
étant fragilisés par le réchauffement
climatique. La SNCF estime à 50 M¤ sur
les dix dernières années le supplément
de coûts d?entretien lié à la végétation et
au changement climatique pour l?entretien
des voies131. Elle mène des études sur
l?ensemble de la France pour identifier
les zones les plus à risque et renforcer la
surveillance et l?entretien autour de celles-
ci (cf. chapitre II-B).
Concernant l?exploitation directe du
réseau ferré, les gestionnaires n?hésitent
pas, quand sont anticipés des risques
de tempête, par exemple, à arrêter132
de manière préventive la circulation
des trains sur la zone concernée. Des
prévisions météorologiques précises
permettent d?établir des seuils au-delà
desquels mieux vaut ne pas faire partir
des trains que de prendre le risque
de faire partir des voyageurs qui se
retrouveraient coincés en rase campagne
par un arbre couché sur la voie et dont
le dégagement prendrait du temps.
Ces « stops circulation » préventifs,
cumulés sur l?ensemble de l?année,
représentent 15 000 trains annulés, soit
l?équivalent d?un jour de circulation pour
la SNCF.
En termes de rénovation, les
gestionnaires du réseau, du fait de
l?ampleur des coûts résultant du
changement climatique, s?attachent,
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dans une logique d?économie, à
identifier les solutions les moins
coûteuses et qui peuvent être
efficaces, dont la première consiste
à renforcer la surveillance. Pour la
rénovation et la modernisation du
réseau, qui permettent d?augmenter
la résilience, certaines zones
particulièrement exposées aux
températures élevées, par exemple
le Sud-Ouest, sont priorisées, les
moyens étant contraints, pour
le remplacement de certains
matériels ou composants par des
composants plus récents, ou pour
un changement de gamme de
matériel pour gagner en résilience.
Il en résulte, comme le souligne
la direction de la SNCF, un état
général vieillissant qui s?aggravera
pour atteindre un tiers du réseau
en 2038 (cf. chapitre I-C).
Lors de la même audition, les
gestionnaires d?infrastructures
autoroutières ont aussi décrit
les risques que le changement
climatique fait peser sur le
réseau : effritement et chute de
blocs de pierre, inondations? la
problématique des montées de
cours d?eau étant le risque le plus
cité par les auditionnés. Comme le
réseau ferré, le réseau autoroutier
doit parfois être temporairement
coupé, par exemple si un incendie
d?envergure se situe à proximité.
Face à cette réalité climatique, les
gestionnaires d?infrastructures
autoroutières participent en lien
avec les services de l?État à la
mise à jour de la cartographie
des vulnérabilités physiques ou
fonctionnelles des infrastructures.
133? La France roule mal, et ça freine l?emploi
134? CEREMA, Impact du changement climatique sur les ouvrages d?art en France :
conseils aux gestionnaires et concepteurs, 2021.
Comme le réseau ferré, le
renforcement de la surveillance
et de l?entretien reste la première
mesure d?adaptation, tout
particulièrement pour les ouvrages
d?art.
Plus globalement, en matière
de transition écologique des
mobilités133, le report modal est
crucial : doublement de la part du
fret ferroviaire, retour des trains de
nuit, plan vélo, entre autres.
Les gestionnaires de réseaux
énergétiques ont aussi commencé
à mettre en place un certain nombre
de mesures. ENEDIS dispose
d?un plan d?adaptation aux aléas
climatiques et dépense un milliard
d?euros par an pour la résilience
et la modernisation de son réseau
d?1,4 million de kilomètres. Comme
pour les autoroutes et le réseau
ferré, les risques liés aux cours
d?eau sont élevés. Certains sites
sont surélevés face aux risques
d?inondations. Face aux tempêtes,
certaines lignes sont enfouies mais
ce sont justement les inondations
qui conduisent le gestionnaire à
étudier très précisément où enfouir
son réseau. Entre 2022 et 2040,
ENEDIS prévoit de dépenser
25 Md¤ pour les travaux liés à
l?entretien et à l?adaptation de son
réseau.
Comme l?a rappelé134 le CEREMA
en 2021, « (?) les ouvrages
d?art sont implantés déjà de
par le monde dans des régions
aux conditions climatiques
extrêmement diverses, ce qui
laisse entrevoir a priori une bonne
capacité d?adaptation. Cependant,
https://www.caradisiac.com/la-france-roule-mal-et-ca-freine-l-emploi-215438.htm
59
les évolutions climatiques attendues sont
importantes et nécessitent l?examen
approfondi de la résilience des ouvrages
d?art face à ces nouveaux défis ».
5. La mise en place progressive de
stratégies et de mesures d?adaptation
par les collectivités
Divers outils de prévention des risques
prioritaires naturels et météorologiques
ont été mis en place, les dispositifs
nationaux et locaux différant selon la
nature du risque.
S?agissant des risques liés aux
phénomènes météorologiques (tempêtes,
cyclones, neige, grêle), aux phénomènes
sismiques ou de mouvements de terrain
(avalanche, glaciers, glissements),
les dispositifs de prévention résident
principalement dans les normes de
construction et de protection ainsi que
dans un dispositif d?alerte qui s?appuie
notamment sur Météo France. Quant
aux autres risques, notamment des
risques naturels liés, entre autres, au
changement climatique, l?information
du public et la formation des acteurs,
mais aussi les normes de construction
ou d?aménagement, qu?il s?agisse des
bâtiments ou des infrastructures, sont
aussi des leviers pour la prévention des
risques.
S?y ajoute, dans les territoires où les
risques sont les plus élevés, le plan de
prévention des risques naturels (PPRN).
Le PPRN, élaboré sous l?autorité du
préfet ou de la préfète en concertation
avec les collectivités locales et adopté
après enquête publique, délimite les
zones exposées de manière directe
ou indirecte à un risque. En tant que
document de planification, il réglemente
l?utilisation des sols en fonction des
risques naturels prévisibles auxquels ils
sont exposés, de l?interdiction de toute
construction à la possibilité de construire
sous condition, en passant par des
mesures de prévention, de protection ou
de sauvegarde. Le PPRN constitue une
« servitude d?utilité publique » accessible
sur le portail GEORISQUE et s?impose
à tous les acteurs (État, collectivités,
entreprises ou organismes gestionnaires
d?infrastructures, particuliers) et à tous
les types de projets, entre autres pour la
délivrance d?un permis de construire. Une
fois approuvé par le préfet ou la préfète,
il est annexé au plan Local d?Urbanisme
(PLU) en tant que servitude d?utilité
publique.
Le PPRN peut être décliné par nature de
risque, avec notamment des déclinaisons
pour les risques inondation (PPRI), le cas
échéant à l?échelle du bassin hydraulique
(PGRI), et le risque incendie de forêt
(PPRIF). Il peut aussi adopter une
approche territoriale multirisques : outre
le PGRI déjà évoqué, à la fois thématique
et territorialisé, il s?agit pour l?essentiel
du plan de prévention des risques
littoraux (PPRL), qui vise les risques de
type inondation par submersion marine,
avancée dunaire ainsi que recul du trait
de côte et de falaise.
Début 2024, 14 448 communes étaient
concernées par un PPRN, soit 43 %
des communes, dont plus de 12 700
avec un PPR validé et donc opposable
(prescriptions d?urbanisme).
Selon le rapport L?assurabilité des
biens des collectivités locales et
de leur groupement : état des lieux
et perspectives, « la couverture de
l?ensemble des territoires par des
PPR n?est pas un objectif des acteurs
de la prévention des risques. Il n?est
pas souhaitable (pour être efficace, la
prévention doit prioriser les enjeux et
les aléas) et ne serait pas réalisable
au regard des moyens dont disposent
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les services de l?État et des
collectivités locales »135.
Même en l?absence de PPRN, le Plan
Local d?urbanisme (PLU) peut définir
les zones à risque et des règles
spécifiques à respecter. Le code
de l?urbanisme, dans son article
L110, pose la prévention des risques
naturels et technologiques dans
les principes à prendre en compte.
L?article L122-1 impose aux Schémas
de cohérence territoriale (SCOT)
la prise en compte de la prévention
des risques dans leur élaboration.
Pour conduire leurs politiques
d?adaptation au changement
climatique et de prévention des
risques, les collectivités locales
peuvent bénéficier des services
de la mission adaptation136, prévue
par la mesure 25 du PNACC 3. La
mission adaptation met en relation
les collectivités territoriales avec
les services de l?État (cf. partie
III B2) afin que ceux-ci puissent
déployer l?ingénierie publique sur
le terrain. Plusieurs opérateurs y
travaillent déjà, afin d?accompagner
les collectivités dans leur stratégie
d?adaptation précédée des études
des risques et analyses ciblées de
vulnérabilité. L?un des items de la
mission s?intitule ainsi « Continuité
de service ? services de transport
et infrastructures résilientes ».
Le plan climat-air-énergie territorial
(PCAET)137 doit permettre aux
collectivités de s?adapter au
changement climatique. Créé par la
loi relative à la transition énergétique
135? Rapport L?assurabilité des biens des collectivités locales et de leur groupement : état des lieux
et perspectives, rapporté par Alain Chrétien et Jean-Yves Dagès (avril 2024), p. 39.
136? Ministère de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche,
Mission adaptation : le service commun d?accueil et d?orientation des collectivités sur
l?adaptation au changement climatique, mai 2025.
137? CEREMA, Le plan climat-air-énergie territorial (PCAET), 5 mars 2025.
pour la croissance verte (TECV)
en 2015, le PCAET a pour objectif
la définition et la coordination
des actions locales dans
l?adaptation face au changement
climatique. Il est obligatoire pour
les établissements publics de
coopération intercommunale (EPCI)
de plus de 20 000 habitants. Des
PCAET volontaires peuvent aussi
être mis en place.
Des initiatives et actions de
divers ordres sont effectivement
engagées par des collectivités
territoriales. A titre d?illustration,
la région Alpes-Côte d?Azur, entre
autres, a engagé une démarche en
ce sens : « La région Provence-
Alpes-Côte d?Azur est ce que l?on
appelle un « point chaud » des
risques climatiques : menacée
par l?érosion du trait de côte et
les submersions marines, sujette
aux canicules et aux incendies,
aux mouvements de terrain et
aux pluies intenses, elle est en
première ligne. C?est pourquoi la
région a engagé une démarche
inédite pour évaluer la vulnérabilité
de toutes ses infrastructures
de transports : routes, voies
ferrées, maritimes, aériennes.
Cette démarche associe la région,
l?Etat, les gestionnaires de tous les
réseaux et services de transports
concernés. Objectif : identifier les
réseaux critiques et élaborer une
démarche d?adaptation commune
et multi-partenariale. Pour ce
faire, la région s?est appuyée sur
la méthode pilote développée par
61
le CEREMA, l?Approche systémique
de l?adaptation des infrastructures de
138? Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique : Les infrastructures de transport
à l?épreuve du changement climatique, « La région PACA, chef de file d?une démarche partenariale unique
en France ».
139? Un glossaire issu des travaux du GIEC et du HCC figure en annexe.
140? Résumé exécutif | OCDE
141? Assurer la résilience des infrastructures face aux catastrophes naturelles est une priorité mondiale | OCDE
142? Le paquet fit for 55 de l?Union européenne définit la mise en oeuvre de la loi européenne sur le climat
dans l?objectif de réduire d?au moins 55 % les émissions nettes de l?UE en 2030 par rapport à 1990.
143? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
transport (ASAIT). Le diagnostic est en
cours »138.
B. Une adaptation à poursuivre et à amplifier
Pour le CESE, si des stratégies et des
mesures d?adaptation ont commencé
d?être mises en oeuvre par l?Etat, par
les collectivités territoriales et les
gestionnaires d?infrastructures pour
anticiper et prévenir les risques face
au dérèglement climatique pour les
infrastructures, elles restent insuffisantes
à ce stade, comme cela est relevé par le
HCC et des organismes auditionnés.
1. Des actions et mesures encore
insuffisantes
L?adaptation des infrastructures
constitue, selon le BRGM auditionné dans
le cadre du présent avis, leur capacité
à réduire les risques climatiques139.
Pour l?OCDE, les infrastructures
durables et résilientes sont conçues et
construites, d?une part pour résister aux
catastrophes et aux perturbations, telles
que les phénomènes météorologiques
extrêmes ou les défis socio-économiques,
et, d?autre part, pour s?en remettre
(résilience). Toujours selon l?OCDE,
« la résilience des infrastructures aux
catastrophes naturelles apparaît comme
une priorité mondiale. Cela passe
par le renforcement des capacités
de prévention, de réaction et de
reconstruction des gouvernements,
du secteur privé et de la société
civile »140. « En l?absence de capacités
efficaces de prévention, de réaction
et de reconstruction, [les événements
climatiques] peuvent causer des
dommages importants aux actifs
existants et avoir un impact sur les vies
humaines, affectant profondément
l?économie et la société »141.
Toutefois, au niveau européen,
les décisions ne progressent pas
rapidement ; le cadre de l?adaptation
est encore en cours de mise en place
et le recul sur le green deal n?est pas
rassurant.
Au niveau national, les démarches ne
semblent pas non plus suffisamment
ambitieuses. La France tarde à s?aligner
sur la stratégie d?atténuation définie au
niveau européen (fit for 55142) : défaut
de mesures concrètes et de sources de
financement dédiées.
Le HCC souligne par ailleurs que, si une
approche générale est à l?oeuvre, couvrant
plusieurs secteurs et s?appuyant sur de
nombreuses stratégies, sa portée reste
insuffisante faute de mise en cohérence
entre les différentes stratégies et faute
de suivi et d?évaluation143.
Le BRGM souligne que le HCC, dans
son avis sur le PNACC 3, juge que le
déficit d?adaptation se creuse « alors
que le climat se réchauffe vite, les
financements et la gouvernance mettent
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
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du temps à se mettre en place
et commencent à entraîner des
conséquences économiques,
humaines et pour la biodiversité
assez massives » 144. Toujours
selon le BRGM, la France a la
capacité de s?adapter, toutefois
50 Md¤ d?investissements publics
annuels (selon les estimations
de I4CE reprises dans nombre
de documents) ne prennent
pas suffisamment en compte le
changement climatique. Même si
ces estimations vont au-delà des
seules infrastructures, celles-ci ne
sont pas alignées avec la trajectoire
d?adaptation et d?atténuation.
Elles nécessiteront de ce fait des
financements supplémentaires,
estimés selon certains acteurs à
environ 60 Md¤, cette estimation
dépassant là aussi largement le
champ des infrastructures.
Lacune plus préoccupante, aucune
étude sur les coûts agrégés des
besoins d?adaptation ni du coût
des dommages occasionnés par
un réchauffement futur à +4°C
n?est conduite à date. Seules des
estimations sectorielles sont
produites.
À un horizon plus proche (2055-
2064), France Stratégie prévoit, en
raison du défaut d?adaptation, une
baisse du PIB en France de 1,5 %, soit
une perte de 39 Md¤ (en 2023)145.
Les politiques nationales
d?adaptation au changement
climatique, tous secteurs d?activités
144? Audition du BRGM.
145? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
146? En France, les politiques climatiques sont portées par la Stratégie Française pour l?Énergie
et le Climat qui comprend trois principaux programmes : la stratégie nationale bas carbone
(SNBC), la programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE) et le plan national d?adaptation
au changement climatique (PNACC)
147? Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
148? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
confondus, ne sont ainsi pas à la
hauteur des enjeux. De même,
les deux premiers plans français
d?adaptation (en 2011 puis en 2018)
manquaient de précision quant
aux objectifs et de moyens pour
leur mise en oeuvre. La Cour des
comptes considère ainsi que « ce
plan comporte de nombreuses
lacunes, notamment en termes
d?ambitions ou de lien entre l?action
de l?État et les collectivités, ainsi
que d?opérationnalisation » 146. Or,
62 % de la population française sont
exposés de manière forte ou très
forte aux risques climatiques147.
Face à l?urgence, il semble que
les actions soient plus réactives
que proactives. Ainsi, le budget
consacré à la sécurité civile n?a été
structurellement augmenté qu?après
les incendies de Gironde et des
Landes, à l?été 2022, conséquence
selon le HCC d?un changement
climatique pourtant attendu148.
Au niveau territorial, le CEREMA,
auditionné, considère que, face
à l?enjeu majeur du changement
climatique, les collectivités doivent
repenser tous les aspects de
leurs territoires ? bâtiments,
infrastructures, environnement,
mobilités ? pour garantir et
pérenniser les services face aux
risques et préserver la qualité de
vie. Ainsi, la résilience du territoire
est indissociable de celle de
l?infrastructure.
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/07/Oxfam-France_rapport-adaptation_sous-embargo-15-juillet-00h01.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
63
LES INFRASTRUCTURES EN ZONES DE MONTAGNE
FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE149
La France occupe le 2ème rang mondial du tourisme hivernal.
Le chiffre d?affaires annuel des remontées mécaniques est de 1,6 Md¤
et les nuitées touristiques en montagne représentent 22,4 % des nuitées
totales en France.
Toutefois, le secteur est depuis les années 2000 durement affecté par
le changement climatique. Dans les Alpes et les Pyrénées françaises, la
température a augmenté de +2°C au cours du 20e siècle, contre +1,4 °C
dans le reste de la France. Dans les Alpes, les glaciers ont perdu 70 %
de leur volume depuis 1850, dont 10 à 20 % depuis 1980. Dans les
Pyrénées, le glacier d?Ossoue a perdu 64 % de sa surface entre 1924
et 2019. Sauf ceux à très haute altitude, les glaciers vont disparaître en
France.
Les conséquences sont nombreuses et dangereuses pour les
populations avoisinantes : effondrements glaciaires, formation de poches
d?eau, fragilisation de parois rocheuses, écroulements, etc.
Ce phénomène est irréversible et va s?aggraver à moyen terme, avec des
conséquences plus marquées sur les conditions d?enneigement et sur les
risques d?origine glaciaire et périglaciaire.
Toutes les stations de montagne seront, à des degrés divers, touchées
d?ici à 2050. Celles au sud du massif des Alpes seront plus rapidement
touchées que les autres. Pour autant, les politiques d?adaptation ne
sont toujours pas au rendez-vous. La production de neige artificielle,
outre qu?elle ne représente qu?une solution de court terme, ne fait
pas l?objet d?évaluations suffisamment robustes quant à son impact
sur le prélèvement en eau ni sur l?utilisation supplémentaire d?énergie
générant davantage de GES. Les actions de diversification des activités
en montagne, dispersées, semblent par ailleurs, souffrir d?un défaut de
coordination ce qui obère toute projet d?envergure.
Pour la Cour des comptes, de véritables plans d?adaptation au
changement climatique, opposables aux financeurs publics, doivent
être mis en place par les collectivités territoriales. Ces plans doivent
repenser l?avenir des stations de montagne en se structurant en projets
de territoires autour d?un tourisme « quatre saisons » fédérant tous
les acteurs concernés. Cela est d?autant plus important que près de
200 installations inutilisées et non démontées sont recensées au niveau
national.
149? Le rapport public annuel 2024, synthèses et La montagne, en première ligne face au réchauffement
climatique | Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-03/20240312-syntheses-RPA-2024.pdf
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne
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Il s?agit de sortir de l?hyper-dépendance au ski, de la spécialisation sur
un lieu (la station) et une période (l?hiver), pour développer des territoires
de vie attractifs à l?année. Chaque station devrait diversifier son offre
touristique (activités de pleine nature, valorisation des patrimoines
naturel et culturel, festivals...), à une échelle géographique plus grande,
voire réinterroger sa pertinence.
Les enjeux économiques pour le secteur sont importants ; le chiffrage
des premières mesures d?adaptation au changement climatique dans
les stations est estimé à près de 92 M¤ par an. La Cour des comptes
recommande de mettre en place, en mobilisant le produit de la taxe
sur les remontées mécaniques, un fonds d?adaptation au changement
climatique pour financer la diversification et la déconstruction des
installations obsolètes ou devenues inutiles.
150? Une liste de notions clés pour analyser l?adaptation au changement climatique figure en annexe.
151? download Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophes - UNDRR
152? Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique, 7 août 2023.
2. Le problème de
la « maladaptation »
Les stratégies d?adaptation renvoient
à un ensemble de concepts essentiels
tels que les incertitudes, les risques,
les vulnérabilités, les effets et les
impacts. Il faut distinguer les effets
certains, imputables au réchauffement
climatique, du risque accru
d?épisodes météorologiques extrêmes
caractérisés par leur fréquence et/ou
par leur plus forte intensité150.
La résilience des infrastructures est
généralement considérée comme
concernant les phases de la gestion
des perturbations : prévenir, absorber,
récupérer et se transformer à la suite
de perturbations causées par un
aléa, de manière rapide et efficace151.
L?adaptation est ainsi une approche de
long terme, planificatrice, qui dépasse
la seule gestion des crises. En miroir,
la maladaptation consiste à mettre en
place une réponse d?adaptation mais
sans penser ses impacts qui peuvent
alors renforcer le changement
climatique ou encore reporter les
vulnérabilités et l?exposition, soit sur
d?autres territoires, soit sur d?autres
groupes sociaux, soit sur d?autres
secteurs.
Selon le ministère de la Transition
écologique, de la Biodiversité, de la
Forêt, de la Mer et de la Pêche152, la
« maladaptation est une action qui
conduit à augmenter la vulnérabilité
au changement climatique au lieu de
la réduire. Elle est une conséquence
involontaire ».
L?introduction du PNACC 3 appelle
à « (?) éviter la maladaptation qui
aurait un coût insupportable pour
notre société, en tenant compte
de la diversité des situations
entre territoires ». L?action 5 de la
mesure 22 du PNACC 3 (Mettre
à la disposition des collectivités
les informations nécessaires pour
adapter leur territoire au changement
climatique) consiste en la publication
d?un guide sur la maladaptation
à destination des collectivités
territoriales. Ce guide devrait paraître
en 2025.
https://www.undrr.org/media/78699/download?startDownload=20250711
65
IV. Des coûts considérables à prévoir et une prise en
compte insuffisante de problématiques importantes
A. Une augmentation considérable des coûts à prévoir
d?ici à 2050, des options de financement diverses à envisager,
mais aussi des opportunités économiques
153? CESE avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2022).
154? Carbone 4, Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone et l?adaptation au changement
climatique de la France, (2021).
155? Cf. ONERC : Changement climatique. Coûts des impacts et pistes d?adaptation (2009), La Documentation
française, qui traite des effets des aléas d?inondation et de canicule sur le seul réseau routier national ;
Cerema, Vulnérabilités et risques. Les infrastructures de transport face au climat, collection Connaissance
(2019), qui est un guide d?analyse des vulnérabilités des vulnérabilités des infrastructures de transport
au changement climatique ; CGDD, Indisponibilité d?une infrastructure de transports. Mesurer et réduire
les coûts (2017), coll « Téma Analyse ? Transport », qui élabore une méthode d?évaluation des coûts liés
à l?indisponibilité de ces infrastructures.
156? Ce point s?appuie sur l?étude de Carbone 4 Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone
et l?adaptation au changement climatique de la France (2021), sur l?étude de France Stratégie « Risques
climatiques, réseaux et interdépendances : le temps d?agir », Rais Assa C., Faure A. et Gérardin M. (2022) et
sur le document de travail de France stratégie Coût de l?inaction face au changement climatique en France :
que sait-on ?, d?Adrien Delahais et Alice Robinet (mars 2023).
Le CESE note que, à dire d?experts
et au regard des interventions des
personnalités et organismes entendus,
l?accroissement des coûts d?adaptation
des infrastructures liés au changement
climatique, qui a commencé et se
poursuivra, mérite d?être mieux
appréhendé et suivi (cf. préconisations
axe 1).
1. Une augmentation considérable
des coûts de prévention et d?adaptation
à anticiper
La difficulté de se livrer à des exercices
de projection de coût de la sinistralité
à horizon 2050 est relevée par le
Haut-Commissariat à la Stratégie et
au Plan dans le rapport Repenser la
mutualisation des risques climatiques,
de juin 2025. Toutefois, comme le
rappelle le CESE dans l?avis Face au
changement climatique, accélérer une
adaptation systémique et juste, du fait de
l?inertie du système climatique terrestre,
« le climat des 20 prochaines années
dépendra assez peu des émissions
actuelles et à venir »153. En effet, si les
différents scénarios climatiques issus
des rapports du GIEC ou des travaux du
HCC divergent nettement après 2050, ils
restent relativement proches d?ici cette
date154.
Après de premiers apports exploratoires
ou portant sur certains aspects du
sujet155, plusieurs travaux récents
d?expertise ont ainsi visé à mieux
appréhender à cette échéance de 2050
les risques et les coûts résultant des
effets du changement climatique sur les
infrastructures et les réseaux156.
Fin 2021, Carbone 4, outre une
revue de littérature des effets du
changement climatique sur différents
types d?infrastructures et de réseaux,
a tenté dans la même étude d?évaluer
« le coût de l?inaction » via les
investissements nécessaires pour
remettre en état les ouvrages d?art à la
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suite des conséquences prévues
du changement climatique à
l?horizon 2050. Ce travail vise
à produire un premier ordre de
grandeur des coûts résultant
du changement climatique et
des dépenses nécessaires pour
y adapter les infrastructures
étudiées. « En d?autres termes,
cette étude propose une première
estimation du coût d?investissement
additionnel pour 1. Réparer et 2.
Se préparer à la multiplication et à
l?intensification des impacts induits
par les aléas climatiques en France
à l?horizon 2050 »157.
Par ailleurs, un travail de France
Stratégie publié en 2022 traite
des risques physiques subis
par les réseaux de transport
terrestre, d?électricité et de
télécommunications et note
l?importance de tenir compte des
liens de dépendance entre eux.
S?agissant du réseau routier,
d?après Carbone 4, qui généralise
à l?ensemble du réseau routier
français les résultats d?une analyse
de cycle de vie conduite sur un
cas type de route individuelle,
l?impact sur l?entretien des routes
de la fréquence et de l?intensité
des vagues de chaleur (notamment
ramollissement de l?asphalte et
orniérage) est estimé à 22 Md¤ en
cumulé sur la période 2035-2050158,
soit une augmentation moyenne de
1,5 Md¤ par an sur la période. Cela
représenterait une augmentation de
10 % du budget total annuel alloué à
157? Carbone 4 Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone et l?adaptation
au changement climatique de la France, op.cit.
158? Carbone 4, Le rôle des infrastructures, op. cit. p. 63.
159? Document de travail de France Stratégie, op. cit. p. 51.
160? Pont nécessitant des réparations des travaux de réparation (niveau 3) ou ponts gravement
altérés (niveau 4) selon l?Observatoire National de la Route (ONR), v. Rapport Carbone 4 p. 63.
la rénovation des routes en France
(8 Md¤ en 2016)159.
Quant aux ponts routiers, sur la
base de l?échantillon sélectionné
(Pont Maréchal Juin à Lyon),
l?analyse de risque conduite
par Carbone 4 indique que
« les infrastructures de type
« pont routier » ne sont pas, de
façon intrinsèque, menacées
par le changement climatique
à l?horizon 2050. Toutefois, au
regard de l?intensification et de la
multiplication de certains aléas
climatiques, comme l?augmentation
des pluies intenses entrainant
des inondations ou glissements
de terrain, les infrastructures en
mauvais état structurel sont et
seront de plus en plus à risque.
Ainsi, l?étude a porté sur des
investissements préventifs à
réaliser pour remettre les ponts
les plus à risque en bon état ».
Le rapport « Sécurité des Ponts :
éviter un drame » réalisé pour le
Sénat en 2019 permet d?évaluer le
nombre de ponts départementaux
en mauvais état structurel à plus de
19 000160.
Concernant le réseau
ferroviaire, France Stratégie
note qu?inondations et risques de
ruissellement menacent de manière
importante l?intégrité structurelle
des rails à l?horizon 2050, que
le changement climatique peut
exposer rails et caténaires à des
risques de déformation sous l?effet
de la chaleur et les installations
67
de traction électrique au risque de
surchauffe et d?incendie durant les
épisodes de canicule. Ces divers aléas
pourraient entraîner des réductions,
voire des limitations de trafic. Ces
analyses corroborent les informations
partagées par SNCF réseau en audition
(cf chapitreII-B).
L?exposition des tunnels ferroviaires aux
inondations, aux glissements de terrain
et au retrait gonflement des argiles est
à prendre en compte. Selon Carbone 4,
« le cumul des investissements curatifs
additionnels engendrés uniquement
par les impacts d?inondation et de
ruissellement atteindrait 200 M¤
entre 2030 et 2050 pour les voies
ferroviaires (soit plus de 13 M¤ par
an) et de 150 M¤ pour les tunnels
ferroviaires (soit autour de 5 M¤
par an). Ces sommes peuvent être
comparées avec les dommages actuels
induits par l?aléa inondation (entre 1 et
2 M¤ par an) et sont à ajouter au budget
annuel moyen investi par SNCF Réseau
pour entretenir et renouveler son réseau
(2,9 Md¤ par an) »161.
Pour les aéroports, Carbone 4 prend
en compte l?impossibilité pour certains
avions de décoller en cas de vague de
chaleur et évalue (par estimation du
nombre de demi-journées où la chaleur
extrême empêche le décollage) à environ
100 M¤ à l?horizon 2050 les pertes liées
à l?excédent brut d?exploitation, soit plus
de 3 M¤ en moyenne.
En matière de réseaux d?électricité,
France Stratégie pointe les risques
suivants :
Î Surchauffe et incendie pour
les composants électriques et
électroniques du réseau ;
161? France Stratégie, document de travail n° 2023-01, op. cit. p. 52.
162? France Stratégie, document de travail n°2023-01, op. cit. p. 52.
Î Interruption du transport
d?électricité selon la température de
dimensionnement des câbles ;
Î Endommagement des réseaux de
transport et de distribution d?électricité
(câbles, pylônes, lignes) par les
inondations ou vents violents.
Carbone 4 estime l?investissement
curatif induit par l?intensification et
la multiplication des évènements
climatiques extrêmes à 1,7 Md¤ à
l?horizon 2050, soit 56 M¤ en moyenne
par an. France Stratégie observe
que ce résultat peut être comparé à
l?enveloppe des 8 Md¤ demandée par
RTE pour renouveler les ouvrages les
plus anciens de son réseau à l?horizon
2025, indépendamment des enjeux du
réchauffement climatique162. Carbone 4
conclut ainsi son étude : « concernant
l?adaptation du parc d?infrastructures
existant, des montants proches de
25 Md¤ pour les investissements
préventifs et de 25 Md¤ pour les
investissements curatifs pourraient être
nécessaires en cumulé d?ici 2050 dans
le scénario pessimiste (mais tendanciel)
d?évolution de nos émissions de GES,
pour adapter nos routes, nos ponts
routiers, nos tunnels, voies ferroviaires,
ports, aéroports, réseaux d?eau, stations
de traitement d?eau potable et autres
infrastructures de l?eau et enfin, notre
réseau électrique. Un ordre de grandeur
de 1,5 à 2 Md¤ par an de besoin
d?investissement est donc à garder en
tête pour anticiper et/ou réparer les
dégâts causés par la dérive climatique
sur les infrastructures ».
L?étude de Carbone 4 note que les
résultats de ce travail exploratoire,
à interpréter comme des ordres
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de grandeur163, devraient être
complétés par des analyses
approfondies et plus proches
du terrain. « Progresser sur ces
questions nécessiterait de passer
par le renforcement des capacités
d?organisation comme le CEREMA
ou le BRGM, ce qui donnerait accès
à une connaissance plus précise
pour mobiliser l?action publique
et accompagner la transition des
territoires vers des systèmes
davantage résilients ».
La FNTP estime sur ces bases
« à près de 4,5 Md¤ les
investissements additionnels
nécessaires par an entre 2021
et 2050 sur l?adaptation des
infrastructures pour faire face au
besoin 164».
Pour les réseaux d?eau, les
investissements à engager sont
aussi, et à plus courte échéance,
importants : la fédération
professionnelle des entreprises de
l?eau (FP2E) estime le retard pour
les réseaux d?eau potable entre 15
et 17 Md¤ sur les cinq prochaines
années pour entretenir et renouveler
les canalisations, interconnecter
les systèmes (sécurisation face au
stress hydrique), mettre aux normes
les usines de traitement, garantir
la qualité des eaux (rejets dans le
milieu, stations d?épuration) et faire
face au changement climatique.
Cela suppose de passer d?un budget
annuel de 6 Md¤ à 8 Md¤ porté par
les collectivités pour l?eau potable
et l?assainissement. Le réseau
163? V. étude de Carbone 4, p. 61 et 72, l?étude précisant que ces résultats ont été construits
sur la base d?un échantillon, par définition non représentatif de la diversité des ouvrages en
France, notamment du point de vue de leur exposition, et extrapolés à l?ensemble du territoire
métropolitain.
164? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP, le 18/06/25 (source Carbone4).
165? CESE, audition de la FP2E Pour l?avis Comment favoriser une gestion durable de l?eau (2023),
p. 85.
d?assainissement, construit dans les
années 1970/1980, devra aussi être
rénové, d?autant qu?il arrive déjà à
saturation165.
L?augmentation considérable
des coûts de prévention et
d?adaptation des infrastructures
doit pour le CESE être anticipée
et nécessitera, on le verra infra,
un travail de priorisation intégrant
approche systémique et logique
de solidarité, ne serait-ce que
pour échelonner dans le temps les
travaux.
2. Des options de financement
diverses
Le rapport Ambition France
Transports de juillet 2025 identifie
plusieurs leviers de financement
dont il préconise la mobilisation
pour financer les priorités
d?investissement des infrastructures
de transport. Il met notamment en
avant pour leur rénovation et leur
modernisation les leviers suivants :
Î L?usage du levier de la tarification
des usagers et des clients et
l?optimisation des dépenses :
maintien des péages autoroutiers,
hausse différenciée des tarifs des
transports collectifs, la part payée
par l?usager, passée en moyenne
dans les transports en commun
urbains de 75 % en 1975 à 28 %
en 2022, étant jugée insuffisante,
efficience accrue des transports
publics ;
69
Î La réallocation d?une part de la
fiscalité existante prélevée sur les
transports vers ce secteur, la création
de ressources nouvelles et davantage
d?autonomie fiscale aux collectivités ;
Î La mobilisation d?une part substantielle
des péages autoroutiers à l?issue des
concessions historiques pour financer
les infrastructures de transport ;
Î La mobilisation du financement privé
lorsque cela est pertinent.
Le CESE souligne la nécessité de
mesures législatives pour certaines de
ces sources de financement.
Le rapport Ambition France Transports
considère que, dans un contexte des
finances publiques « qui nécessite de
réduire progressivement le déficit et la
dette publics, le besoin d?un surcroît de
financement dans les infrastructures
implique de mobiliser d?abord, autant que
possible, les leviers de la performance et
de la contribution des usagers et clients.
Toutefois, ces leviers ne permettront
pas de générer suffisamment de
ressources pour faire face aux besoins
d?investissements supplémentaires. ( )
Il sera donc nécessaire de mobiliser
également des ressources fiscales,
soit nouvelles, soit via la réallocation
de ressources existantes affectées
aujourd?hui au budget général de l?Etat
vers les transports, (ce qui suppose) une
priorisation des transports par rapport
à d?autres politiques publiques dans le
choix politiques de la Nation ».
Le rapport fait état dans ce cadre des
ressources existantes prélevées sur les
transports et réallouées depuis le budget
général, telle que la Taxe de solidarité sur
les billets d?avion (TSBA), qui génère un
produit d?environ 1,2 Md¤, dont 270 M¤
sont affectés à l?AFITF. Cette Conférence
propose qu?une partie accrue de ces
recettes prélevées actuellement sur
le transport aérien soit affectée aux
transports pour favoriser les alternatives
à l?avion moins émettrices de GES. Elle
propose par ailleurs la mise en place d?un
« mécanisme permettant de lever une
dette spécifique pour résorber la dette
grise du réseau routier national non
concédé, qui serait remboursée à partir
de 2032 par une partie des excédents
dégagés par les autoroutes à l?issue des
concessions historiques ».
Les ateliers d?Ambition France Transports
ont proposé par ailleurs de mobiliser
diverses ressources fiscales nouvelle,
présentées ci-après, pour financer
des priorités d?investissement dans les
transports :
Les recettes issues des ventes de quotas
de l?actuel système d?échange de quotas
d?émissions de l?UE, dit ETS 1 (« European
Trading Scheme ») sont une source de
ressources supplémentaires potentielles.
Les recettes de ces quotas carbone
revenant à la France augmenteront en
2026 et 2027 avec la suppression des
quotas gratuits alloués à l?aérien et au
maritime et la réduction du volume de
quotas mis dans la réserve de stabilité de
marché (MSR). Mais, à partir de 2028,
une part de ces recettes pourrait être
affectée aux ressources propres de l?UE.
La mise en place au niveau européen
d?un nouvel ETS, dit ETS 2 sur les
secteurs des transports et des bâtiments
générerait des recettes supplémentaires
issues de la vente des quotas. Mais
une part importante devra, pour leur
acceptabilité, être consacrée à des
dispositifs d?accompagnement des
ménages ou entreprises (via une baisse
de fiscalité par exemple).
Le rapport fait aussi des propositions de
« recours accrus à des financements
d?investisseurs privés, notamment
pour des projets de modernisation et
de développement du réseau ferré ou
d?infrastructures de fret ferroviaire.
( ) Ces investissements constituent
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des préfinancements qui seront
par la suite remboursés, soit
par les autorités publiques sous
forme de dépenses publiques
supplémentaires (via des loyers),
soit par les usagers (via) des
péages ». Il précise que « Le
recours à l?investissement privé
(doit) être envisagé à l?aune de son
coût global final pour l?usager et le
contribuable »166.
Le CESE, dans des avis récents,
a traité de la question des modes
de financement envisageables
pour la transition écologique et
appelé de ses voeux, notamment
depuis l?augmentation notable de
l?épargne des ménages en 2020, à
une meilleure canalisation de cette
épargne vers les investissements
d?innovation et durable167 et formulé
plusieurs préconisations en ce
sens qui pourraient s?appliquer
aux investissements dans
l?adaptation des infrastructures.
L?avis Financer notre stratégie
énergie-climat : donnons-nous
les moyens d?agir (2023) formule
ainsi les préconisations suivantes
pour le financement de la stratégie
française énergie climat (SFEC), et
notamment pour le financement de
l?adaptation des infrastructures au
changement climatique, qui est l?une
des aspects de la SFEC :
Î Utiliser une part de
l?investissement dans les
infrastructures pour faciliter le
financement des projets favorables
à la transition climatique ;
166? Rapport Ambition France Transports (juin 2025). Des éléments plus détaillés du rapport
portant sur les modes de financements possibles des investissements dans les infrastructures
de transports figurent infra dans la partie relative aux préconisations.
167? CESE, avis Le financement des investissements nécessaires pour l?avenir :
enjeux et déclinaison (2021).
168? CESE, avis Financer notre stratégie énergie-climat : donnons-nous les moyens d?agir (2023).
Î Mieux mobiliser l?épargne des
ménages en mobilisant le Livret
de développement durable et
solidaire pour le dédier à la
transition écologique ;
Î Agir sur le plan européen pour
une dynamique d?investissement
pour la transition écologique, en
proposant la mise en place d?un
Pacte européen et d?un fonds
européen pour la transition
écologique sur la base d?un
emprunt communautaire ;
Î Proposer des taux d?intérêt
différenciés favorables aux
investissements verts via la Banque
centrale européenne pour que
la politique monétaire contribue
davantage à la transition.
La partie relative aux préconisations
de cet avant-projet d?avis revient
de manière plus approfondie
sur certaines de ces pistes de
financement des infrastructures168.
Une autre piste pourrait consister à
développer des partenariats publics
privés équilibrés.
3. Des opportunités économiques
pour la France et l?Europe
L?adaptation des réseaux
d?infrastructures au changement
climatique et les investissements
nécessaires pour favoriser la
réduction des émissions de gaz à
effet de serre, s?ils représentent
des investissements et des coûts
considérables, sont aussi un enjeu
économique important et une
71
opportunité pour un développement
durable et pour le maintien de l?emploi.
Il convient par ailleurs de nuancer ces
coûts au regard de ceux qui résulteraient
des conséquences de l?inaction, comme
on le verra dans la partie suivante.
La qualité des infrastructures, par
exemple en matière de transports,
contribue à l?attractivité de notre
pays, entre autres aux yeux des chefs
d?entreprises, des touristes, mais aussi de
l?ensemble de la population, en améliorant
sa qualité de vie et la cohésion entre les
territoires, notamment via la mobilité.
Oublier l?adaptation dans les décisions
d?investissement portant sur les grands
programmes et projets d?infrastructures
aurait des incidences néfastes et
coûteuses pour l?économie et pour
la population, avec des interactions
importantes entre les secteurs. Ainsi,
concevoir des infrastructures de
transport inadaptées pour résister face
à de futurs évènements climatiques
fragiliserait, au-delà du seul secteur
concerné, des chaînes logistiques
nécessaires au fonctionnement de
l?économie, comme le note I4CE169. Il en
irait de même, par exemple, s?agissant
des infrastructures énergétiques.
En termes d?innovation, les
infrastructures doivent bénéficier de
technologies nouvelles pour renforcer
leur résilience et leur adaptation au
changement climatique. Cela peut être
une voie pour stimuler la recherche
et développement en lien avec les
entreprises du secteur.
169? I4CE, Billet d?analyse « Au moins 50 Mds¤ par an d?investissements publics à adapter »,
Dr Vivian Depoues et Guillaume Dolques, 2022.
170? CESSE, avis L?impact des infrastructures de réseaux dans l?économie (2020), pp. 34 à 36..
171? I4CE, Billet d?analyse « Au moins 50 Mds¤ par an d?investissements publics à adapter », op. cit..
La différence entre les 50 Md¤ /an d?investissements publics évoqués par le titre et les 20 Md¤
concernant ceux en infrastructures sont notamment constitués par des investissements publics
dans la rénovation énergétique des logements privés, l?acquisition/construction/rénovation du parc
des bâtiments de l?Etat, les programmes Action coeur de ville et Nouveau Programme national de
Renouvellement Urbain (NPNRU), ainsi que dans la construction neuve ou l?entretien des logements sociaux.
Au regard de l?emploi, du dynamisme
économique et de la croissance, tout au
long de leur cycle de vie, de la conception
à la construction, jusqu?à la gestion et
à l?entretien, les infrastructures sont
sources d?emploi pour les entreprises
et les services publics170 et sont sources
de compétences non-délocalisables
au bénéfice de leurs territoires
d?implantation.
Une note d?I4CE de 2022 étudie les
grands programmes d?investissements
publics « qui pourraient être très
directement concernés par les
conséquences du changement
climatique sans que l?on sache
exactement si ces conséquences sont
bien anticipées ». Parmi les 50 Md¤
par an d?investissements évoqués,
20 Md¤ environ par an concernent des
programmes d?infrastructures (dont
13 Md¤ pour la modernisation des
réseaux de transports financés par l?État,
les collectivités territoriales, l?Union
européenne, SNCF Réseau ou la Société
du Grand Paris, et 6,8 Md¤ de dépenses
d?investissements prévues dans les
réseaux électriques, portés par RTE et
Enedis)171.
M. Alain Grizaud notait que le secteur
des travaux publics représente
8 000 entreprises sur le territoire
national, qui totalisent plus de
300 000 salariés, 326 000 en comptant
les intérimaires, et un chiffre d?affaires
de 114 Md¤, dont 50 Md¤ en France
métropolitaine, avec la répartition
suivante de son activité par grands types
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de clients : 40,5 % collectivités
locales, 33,9 % pour le secteur
public, 21 % grands opérateurs,
2,7 % État, 1,9 % concessionnaires
et contrats de partenariat172. La part
des infrastructures dans ce secteur
est conséquent comme présenté
supra en chapitre I-B.
Mais, au-delà du seul BTP, notre
pays dispose de grands groupes et
d?acteurs publics et privés figurant
parmi les leaders européens et
mondiaux dans le secteur des
infrastructures énergétiques,
de transports et de génie civil. Il
172? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP.
173? CESE, avis La transition énergétique dans les transports (2013).
possède par ailleurs, grâce à une
culture d?ingénieurs développée
et une main d?oeuvre qualifiée,
une capacité de recherche et
d?innovation importante. Comme le
note l?avis La transition énergétique
dans les transports173, le défi de
l?adaptation climatique doit être
saisi comme une opportunité pour
faire de la France, si possible
en coopération avec d?autres
pays européens, un champion
économique et industriel de
l?adaptation des infrastructures au
changement climatique.
B. Une prise en compte insuffisante de problématiques
importantes
1. Une approche trop sectorielle
et insuffisamment systémique et
territoriale
Une approche systémique déclinée
territorialement est pour le
CESE indispensable en matière
d?adaptation des infrastructures au
défi du changement climatique. En
effet, les champs des infrastructures
concernées sont, comme vu supra,
multiples (modes de transports,
énergie, eau?) et interfèrent pour
partie entre eux : les décisions pour
les infrastructures routières et
ferroviaires doivent nécessairement
être coordonnées afin que le
service assuré pour le transport
de personnes puisse, notamment
en cas de sinistre, continuer à
être rendu aux usagères/usagers,
et il faut y ajouter au moins le
fluvial pour prendre en compte le
fret. Ainsi, en situation de crise
liée à une montée des eaux ou
à une inondation qui affecte les
voies ferrées, il importe que les
collaborateurs de la SNCF puissent
vite rejoindre les centres de crise.
Si, outre les voies ferrées, la route
est inondée, peu de solutions
existent pour les acheminer.
L?interaction avec les autres
gestionnaires d?infrastructures, en
l?espèce autoroutières et routières,
importe donc. Par ailleurs, pour
les voies ferrées ou pour les
infrastructures routières, en cas
de pluies torrentielles susceptibles
de provoquer une inondation,
par exemple, bien entretenir et
curer les ouvrages hydrauliques
permet l?écoulement des eaux,
évite des dégâts plus importants
sur l?infrastructure ferroviaire
73
ou routière et autour174, et favorise la
maîtrise de la végétation.
M. Alain Quinet, directeur général exécutif
à la stratégie de SNCF Réseau, souligne
plus largement l?enjeu de l?interaction
des opérateurs d?infrastructures avec
les territoires, car, notamment quand
il s?agit du cycle de l?eau, les situations
locales varient sensiblement. Bien
partager les diagnostics avec les régions
importe donc pour la SNCF. Celle-
ci s?efforce aussi de travailler avec la
sphère agricole car, quand un champ se
trouve, comme souvent, au bord de voies
ferroviaires, l?écoulement des eaux ne
sera pas le même selon que le tracteur
trace les sillons dans un sens ou dans
un autre, ce qui peut influer fortement
sur le degré d?exposition de la voie a un
risque d?inondation. Il est aussi essentiel
pour les gestionnaires d?infrastructures
de travailler avec le monde industriel,
pour réduire les effets des réseaux
d?infrastructures sur le climat, en termes
d?atténuation, et renforcer leur résilience
aux effets du changement climatique,
pour l?adaptation175.
Le PNACC peut être un vecteur
particulièrement adapté pour
favoriser une prise en compte globale
des problématiques soulevées par
l?adaptation au changement climatique,
notamment dans le domaine des
infrastructures. Des espaces de
concertation territoriale sont en effet
prévus dans ce cadre. Le Secrétariat
général à la Planification écologique
(SGPE) a la charge de coordonner ces
COP régionales, qui se sont tenues en
2024 sur le sujet de l?atténuation du
174? Audition de M. Rainier d?Haussonville, secrétaire général du groupe Sanef,
et de M. Julien Castres Saint-Martin, directeur des infrastructures du groupe SANEF.
175? Audition de M. Alain Quinet, directeur général exécutif à la stratégie de SNCF Réseau,
et de M. Benoît Chevalier, directeur du programme adaptation au changement climatique de SNCF Réseau.
176? Audition de Mme Adèle Tanguy, chercheuse sur les risques climatiques et les politiques d?adaptation
au changement climatique à l?Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI).
changement climatique. Il est prévu
que les COP régionales de 2025 se
concentrent sur le volet adaptation.
Toutefois, Mme Adèle Tanguy, de l?IDDRI,
notait en audition que les COP régionales
atténuation qui se sont déroulées n?ont,
bien souvent, pas échappé au risque d?un
fonctionnement en silos. Pour le CESE, ce
type de fonctionnement est d?autant plus
préjudiciable en matière de changement
climatique que les problèmes engendrés
par celui-ci présentent un caractère
systémique. Cela montre l?enjeu de
mettre en place pour les COP relatives
à l?atténuation un fonctionnement moins
sectoriel, plus coordonné et transversal,
d?un secteur et d?un type d?infrastructures
à l?autre, d?une région à l?autre et d?un
champ du changement climatique à
l?autre. Mme Adèle Tanguy notait par
ailleurs que, sur l?adaptation, ces COP
territoriales se tiennent à un maillage plus
fin, des feuilles de route départementales
devant être agrégées aux feuilles de
route régionales176. Pour le CESE, cette
territorialisation est, comme déjà noté,
indispensable, les collectivités étant
en première ligne face aux impacts
en majorité locaux du changement
climatique.
2. Le problème du manque de moyens
et d?ingénierie des petites communes
Les collectivités territoriales, notamment
communes et intercommunalités, se
trouvent en première ligne face aux
effets du changement climatique, dont
les conséquences seront en majorité
locales. Les lois de décentralisation ont
transféré aux collectivités nombre de
compétences en matière d?aménagement
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du territoire, d?urbanisme, de
transports ou d?environnement, avec
les infrastructures correspondantes.
Comme noté au chapitre I des
constats, le niveau communal ou
intercommunal a ainsi la charge
d?entretenir plus de 700 000 km
de routes (près des deux-tiers du
réseau routier français, en termes
de longueur), la très grande majorité
des ponts et 60 000 km de pistes
cyclables177.
Des coûts importants en
découlent, d?autant que les
effets du dérèglement climatique
accélèrent la dégradation des
infrastructures routières. Selon
M. Frédéric Cuillerier, représentant
de l?AMF, le coût global d?entretien
des infrastructures routières
communales et intercommunales,
est estimé à 15 Md¤ par an.
Les communes de moins de
3 500 habitants, en particulier, qui
ont la charge de 71 % des voiries
communales, manquent de moyens
financiers pour faire face à ces
coûts d?entretien. Le représentant
de l?AMF faisait valoir que, alors que
les routes au sens large génèrent
45 Md¤ de recettes (produits des
amendes de police, des taxes sur
les carburants, des concessions
autoroutières et de redevances
diverses), l?État n?en reverse aux
communes qu?1 Md¤ environ, soit
2 % des recettes, alors que « les
maires portent la responsabilité
177? Cf. audition de M. Frédéric Cuillerier, maire de Saint-Ay (Loiret), coprésident de la commission
Transports à l?Association des maires de France (AMF). D?autres infrastructures relèvent
aussi des communes et intercommunalités : la loi a ainsi attribué aux EPCI à fiscalité propre
une compétence obligatoire de Gestion des Milieux Aquatiques et la Prévention des Inondations
(GEMAPI), et donc l?entretien des digues.
178? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant l?AMF, op. cit.
179? CESE, avis Comment promouvoir le dynamisme économique des espaces ruraux, (2015)
(p. 39), et avis Services publics, services au public et aménagement des territoires à l?heure
du numérique (2020), p. 81.
civile des routes et, par voie de
conséquence, la responsabilité
pénale au regard de la sécurité
routière, notamment en cas de
défaut d?entretien » 178.
Le manque d?ingénierie est
une autre difficulté qui touche
particulièrement les petites
communes et intercommunalités :
l?avis Comment promouvoir le
dynamisme économique des
espaces ruraux souligne dès 2015
le manque d?ingénierie publique
dans les espaces ruraux et appelle
à y remédier. Un autre avis du
CESE Services publics, services
au public et aménagement des
territoires à l?heure du numérique
note la réduction des moyens
et des services assurés par les
services déconcentrés de l?État,
notamment dans les préfectures
et les ministères en charge de
l?équipement, de l?environnement
et de l?aménagement du territoire,
en lien avec la décentralisation et, à
partir de la fin des années 2000, du
fait des restrictions budgétaires179.
La suppression de l?assistance
technique des services de l?État
pour raisons de solidarité et
d?aménagement des territoires
(Atesat), en 2014, cadre dans lequel
de petites communes faisaient
appel aux services de la direction
départementale des territoires et
de la mer (DDTM), puis la directive
d?orientation sur l?ingénierie d?État
75
dans les territoires 2016-2018 du
10 mars 2016 du Premier ministre180,
actant cette réduction de l?offre
d?ingénierie et d?assistance à maîtrise
d?ouvrage (AMO) de l?État, ont entraîné un
vide. M. Frédéric Cuillerier rappelait que
les directions des services techniques
des intercommunalités, qui ont repris en
partie ce rôle, doivent couvrir un vaste
territoire, et que les bureaux d?étude
représentent pour les petites communes
un coût important181. Certes, une mission
d?assistance technique aux communes
en matière de voirie a été mise en place
dans nombre de départements mais elle
n?est pas généralisée et, en raison des
difficultés financières des départements,
ceux-ci, même là où ce dispositif existe,
ne peuvent mettre leurs capacités en
ingénierie à disposition des autres
collectivités que de manière limitée 182.
La mise en place de l?Agence nationale
de cohésion des territoires (ANCT),
en 2019, confortée par l?appui technique
du Cerema, a permis d?y remédier en
partie dans certains domaines. Après
signature, en 2023, de la « charte pour
une ingénierie publique de la réussite de
la transition écologique et de la cohésion
des territoires », la proposition d?une
offre commune en expertise et ingénierie
a été entreprise fin 2024 par les
opérateurs du ministère de la Transition
écologique. Cela s?est concrétisée par le
déploiement de la Mission Adaptation183,
service commun d?accueil et d?orientation
des collectivités sur l?adaptation au
changement climatique. Il en est résulté
la création dans chaque région d?un
180? Assemblée nationale : Rapport d?information L?adaptation de l?aménagement du territoire au changement
climatique, rapporteurs Philippe Fait et Fabrice Barusseau (2025), p. 59.
181? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant l?AMF, op. cit.
182? Sénat, rapport d?information Sécurité des ponts : éviter un drame (2019), op. cit. p. 73.
https://www.senat.fr/rap/r18-609/r18-6091.pdf;
183? Ministère de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, Mission
adaptation : le service commun d?accueil et d?orientation des collectivités sur l?adaptation au changement
climatique, mai 2025.
guichet unique, constitué par un binôme
d?agents de l?ADEME et du Cerema,
avec identification de référents chez
l?ensemble des opérateurs de l?État
partenaires. Mais, on le verra dans la
partie relative aux préconisations, ce
dispositif, s?il présente l?avantage d?une
plus grande lisibilité, souffre de moyens
humains insuffisants en nombre au regard
des besoins.
3. Une association de la population
et une gouvernance perfectibles
L?acculturation au changement et aux
risques climatiques et la participation
active de la population en cas
d?évènements naturels sont essentielles.
Miroir à la journée internationale pour la
réduction des risques de catastrophe des
Nations unies (13 octobre), la « Journée
Nationale de la Résilience », mise en place
en France en 2022 par le Gouvernement,
vise à « la diffusion de la culture du
risque et de la résilience auprès de
l?ensemble des publics : citoyens,
entreprises, employeurs publics, élus et
collectivités territoriales, établissements
d?enseignement, opérateurs publics,
associations, experts et spécialistes
chargés de la prévention et de la gestion
de catastrophes, médias ». L?avis du
CESE Face au changement climatique,
favoriser une adaptation systémique et
juste (2023) relève que cette journée,
si elle est encore peu connue, peut être
l?occasion de partages d?informations au
niveau territorial auprès des populations
pour qu?elles soient davantage actrices
dans l?anticipation et la gestion de crise,
https://www.senat.fr/rap/r18-609/r18-6091.pdf
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ainsi que dans une utilisation
adaptée des infrastructures184. RTE
a ainsi mis en place une application,
« véritable météo de l?électricité »,
pour informer sur les moments où
il faut diminuer sa consommation
d?électricité pour prévenir les
coupures. La modulation de la
demande permet d?éviter de saturer
les infrastructures essentielles.
La participation du public aux
décisions impactant l?environnement
est pour sa part définie au plus haut
niveau de la hiérarchie des normes
par la convention d?Aarhus de 1998,
par des directives européennes
et par l?article 7 de la Charte de
l?environnement, intégrée à la
Constitution en 2005. A ce titre,
sont inscrits dans le code de
l?environnement quatre objectifs
(améliorer la qualité et la légitimité
de la décision publique, assurer la
préservation d?un environnement
sain, sensibiliser et éduquer,
améliorer et diversifier l?information)
et quatre droits (accéder aux
informations pertinentes, demander
la mise en oeuvre d?une procédure
préalable, bénéficier de délais
suffisants, être informés de la
manière dont les contributions du
public ont été prises en compte)185.
Le CESE a souligné dans nombre
de ses travaux récents l?importance
qu?il attache à cette participation.
Celle-ci renvoie à un ensemble
d?outils et de procédures (débat
public, concertation préalable,
enquête publique, évaluation
environnementale, consultation
électronique sur les projets?)
184? CESE, avis Face au changement climatique, favoriser une adaptation systémique
et juste (2023).
185? Cf. site du ministère de la Transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer
et de la pêche, « Le cadre de la participation du public au titre du code de l?environnement ».
obligatoires ou facultatifs. Elle porte
sur des projets et en particulier
sur des projets d?infrastructures
(construction d?une centrale
nucléaire ou d?une autoroute,
par exemple), ainsi que sur des
documents de planification (plans,
schémas, programmes?) élaborés
par l?État ou par les collectivités
territoriales.
Ces outils et procédures
concernent notamment des
projets d?infrastructures avant
leur construction. Pour les
grands projets d?infrastructures,
la réglementation prescrit de
les soumettre à une autorisation
préalable délivrée par la puissance
publique et donnée au vu d?un
dossier établi par le maître
d?ouvrage, qui comporte une étude
d?impact, un avis des autorités
ayant des compétences spécifiques
en matière d?environnement sur
le dossier considéré, ainsi que les
résultats de la concertation avec
le public. La Commission nationale
du débat public y contribue en
garantissant et organisant la
participation du public aux grands
projets d?infrastructures ayant
un impact sur l?environnement.
Pour les projets d?importance plus
modeste, la participation du public
prenait jusqu?à une date récente la
forme d?une enquête publique. La
réglementation a évolué et beaucoup
de projets sont aujourd?hui soumis
à une participation par voie
électronique. Des instruments de
participation existent toutefois
aussi en matière de prévention des
77
risques et d?adaptation. Ainsi, le plan de
prévention des risques naturels (PPRN)
déjà décrit est élaboré sous l?autorité
du préfet en concertation avec les
collectivités locales et adopté, comme
déjà mentionné, après enquête publique.
Mais l?enjeu de la participation importe
aussi dans certains cas quant à
l?adaptation d?infrastructures. En effet,
une infrastructure s?intègre dans un
territoire, lui apporte des services et
l?adaptation ? en particulier l?adaptation
transformationnelle186, de certaines
infrastructures a des incidences telles
sur l?évolution d?un territoire qu?elle
doit s?ancrer dans le cadre d?un projet
de territoire. Ainsi, quant à l?avenir des
stations de ski en moyenne montagne,
par exemple, les infrastructures de
transport qui permettent le tourisme
différeront selon que l?objectif
poursuivi est de maintenir à tout prix
le système du tourisme d?hiver ou de
repenser le modèle économique et de
fonctionnement du territoire en optant
pour un tourisme quatre saisons, ce qui
suppose entre autres de repenser la
formation et l?emploi dans les territoires
concernés. Cela importe, au regard de
la sensibilisation aux problématiques
environnementales, de l?acceptabilité
des décisions, de leur bonne application
ensuite et en termes de démocratie. Le
CESE a maintes fois souligné dans ses
travaux l?importance qu?il accorde à cet
enjeu et vient d?adopter un avis sur la
186? Adaptation qui modifie les caractéristiques fondamentales d?un système socio-écologique en anticipant
les effets attendus du changement climatique.
187? CESE, avis La participation du public aux décisions impactant l?environnement (2025).
188? Le COPRNM, créé par décret en 2003, est une commission consultative rattachée au ministère en charge
de l?écologie et du développement durable, avec pour mission d?élaborer des avis et des propositions
en matière de prévention des risques naturels, sur les politiques publiques et mesures qui concourent
à réduire la vulnérabilité aux risques naturels. Il est composé de parlementaires, d?élues/élus, de scientifiques,
de représentantes et représentants de la société civile, de professionnels et de représentantes/
représentants de ministères. Le service des risque naturels et hydrauliques de la DGPR prépare les conseils
et assure le secrétariat des groupes de travail.
189? SGPE La planification écologique à l?échelle des territoires (2025) https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/
france-nation-verte/la-planification-ecologique-a-lechelle-des-territoires#sadapter-a-chaque-territoire;
participation citoyenne dans le domaine
de l?environnement187.
Une bonne intégration des collectivités
territoriales et des autres parties
prenantes dans la gouvernance des
politiques d?adaptation au changement
climatique, notamment concernant
les infrastructures et la prévention
et l?adaptation en la matière est
indispensable. Des outils existent déjà
pour ce faire : le ministère en charge de
l?écologie associe ainsi l?ensemble des
acteurs de la prévention à ses travaux
au sein du conseil d?orientation pour la
prévention des risques naturels majeurs
(COPRNM)188.
Le Programme national d?adaptation au
changement climatique (PNACC) est
un instrument privilégié pour cela. Son
élaboration a fait une place importante
à la participation, comme évoqué
supra, et l?annonce par le Secrétariat
général à la planification écologique
(SGPE) de l?organisation d?exercices
de concertation dédiés à l?adaptation
au changement climatique à l?échelle
régionale (Cop régionales)189 est une
occasion de favoriser participation
et coordination des actions en ce
domaine. Ces exercices territoriaux
s?inscrivent dans le cadre existant des
Schémas régionaux d?aménagement,
de développement durable et d?égalité
des territoire (SRADDET) et des Plans
climat-air-énergie territoriaux (PCAET)
définis par la loi portant Nouvelle
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Organisation Territoriale de la
République (NOTRe) et la loi relative
à la transition énergétique pour la
croissance verte (LTECV) en 2015.
Enfin, comme le rappelle le
HCC, l?efficacité de cette
gouvernance dépendra aussi
du niveau de coopération entre
les administrations, au sein des
collectivités territoriales et entre
elles pour caractériser de manière
transversale risques, vulnérabilités
et besoins d?adaptation des
territoires190.
4. Le défi de l?Évolution des
compétences et des conditions
de travail pour les gestionnaires
d?infrastructures
Le changement climatique et la
transition écologique représentent
un défi considérable pour les
gestionnaires d?infrastructures,
tant en matière d?évolution des
compétences que pour les effets
induits par le changement climatique
sur les conditions de travail.
L?enjeu est d?améliorer les
connaissances des personnels
du secteur sur les diverses
composantes du changement
climatique, les conséquences qui en
découlent pour les infrastructures,
sur les nécessités de s?y adapter et
leurs effets en termes de matériaux
et de process, entre autres. L?avis
du CESE L?emploi dans la transition
écologique montrait dès 2015
190? HCC, avis sur le Plan national d?adaptation au changement climatique (PNACC3) une première
étape pour garantir la résilience et la protection des populations (mars 2025), p. 8. https://
www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_
PNACC3_VF.pdf;
191? HCC rapport annuel sur le climat 2023 Acter l?urgence, engager les moyens p. 7 et 51.
192? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP le 18 06 2025. Celui-ci évoquait à titre
d?illustration la création de TP Demain, école gratuite dédiée à la transition écologique
et au numérique, à la fois présentielle et numérique, visant à apporter une réponse aux
compagnons désireux de se former et des ressources aux centres de formation du secteur.
l?importance des besoins en la
matière et citait les secteurs des
infrastructures et du bâtiment
parmi les plus concernés par la
modification des politiques de
formation pour leurs métiers191.
Les Opérateurs de compétences
(OPCO), qui regroupent les
secteurs de plusieurs branches
professionnelles, ont un rôle majeur
à jouer en ce domaine. Président de
la Fédération nationale des Travaux
publics M. Alain Grizaud notait la
préoccupation des entreprises
du secteur de former leurs
collaborateurs aux technologies
émergentes192.
L?enjeu porte tant sur l?intégration
de compétences spécifiques que
de compétences transversales
utiles à la transition écologique
dans les différents métiers. Ainsi
que l?a préconisé le CESE dans
son avis Mobiliser les acteurs de
l?emploi et du travail pour réussir la
planification écologique, « tous les
acteurs de l?emploi, du travail et de
la formation professionnelle doivent
s?engager pour identifier et intégrer
les compétences, y compris
transversales, qui enrichissent
les référentiels métiers actuels
et celles qui conditionnent la
mise en oeuvre de la planification
écologique ». Le même avis
préconise de « systématiser la
prise en compte des impacts
de la transition écologique sur
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_PNACC3_VF.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_PNACC3_VF.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/03/2025_HCC_auto_saisine_avis_PNACC3_VF.pdf
79
les compétences et les modalités
d?exercice des métiers dans toutes
les certifications professionnelles
délivrées en formation initiale comme
en formation continue », ainsi que
d?« affirmer la transition écologique
parmi les missions prioritaires des
OPCO »193.
L?évolution des conditions de travail face
aux effets du changement climatique est
un autre enjeu important, en particulier
pour les constructeurs et gestionnaires
d?infrastructures, dont les personnels,
agents publics ou salariés privés,
hommes et femmes, en charge des
travaux d?infrastructures en extérieur
(routes, réseau ferroviaire, barrage, etc.)
travaillent pour l?essentiel en plein air et
sont donc particulièrement exposés à
leurs conséquences. Le CESE souligne
dans un avis récent les conséquences
qui en découlent en matière d?équilibre
thermique corporel, de pénibilité,
de risques psychosociaux (RPS),
d?accidents du travail et de maladies
professionnelles, entre autres194. Entre
2017 et 2022, Santé Publique France
a recensé 54 travailleurs décédés en
raison de leur exposition à de fortes
chaleurs en France et 11 accidents de
travail ont été enregistrés en 2023 pour
les mêmes raisons. M. Alain Grizaud note
les incidences qu?aura le changement
climatique pour l?organisation du travail et
193? CESE, avis Mobiliser les acteurs de l?emploi et du travail pour réussir la planification écologique (2024).
194? CESE avis Travail et santé environnement : quels défis à relever face aux dérèglements climatiques (2023),
p. 38 à 60.
195? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP.
196? CESE, avis Travail et santé-environnement : Quels défis à relever face aux dérèglements climatiques ?
la gestion des chantiers dans le secteur
des Travaux publics195. Les vagues de
chaleur, par exemple, peuvent conduire
à des horaires de travail en décalé,
tôt le matin ou tard le soir. Depuis
l?intégration de la canicule dans le régime
d?indemnisation du chômage intempéries
en juin 2024, les salariés du BTP du
secteur privé peuvent désormais être
indemnisés en cas d?arrêt de travail en
période de canicule. Ces dispositions ne
s?appliquent pas aux agents publics qui
entretiennent les routes ou aux agents de
SNCF Réseau, hommes et femmes, entre
autres, alors qu?ils et elles sont soumis à
la même pénibilité et aux mêmes risques.
Dans son avis Travail et santé-
environnement: Quels défis à relever
face aux dérèglements climatiques?, le
CESE fait la préconisation suivante pour
répondre à cette nécessité d?assurer une
continuité de la protection des travailleurs
face au changement climatique, y compris
entre salariées et salariés des donneurs
d?ordre publics et des sous-traitants
privés: « Pour limiter l?exposition des
travailleuses et des travailleurs à des
températures extérieures élevées, (...)
envisager l?extension par la négociation
{du} dispositif {intempérie-risque
canicule du BTP} à d?autres activités
concernées y compris dans la fonction
publique »196.
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C. Expansion des risques et des coûts assurantiels :
un dispositif qui a évolué
197? Audition de M. David Zambon, directeur général adjoint en charge du pilotage
de la production et directeur Infrastructures et matériaux du Cerema par la commission TAA.
198? Adapter le système assurantiel français face à l?évolution des risques climatiques,
rapporté par Thierry Langreney, Gonéri Le Cozannet et Myriam Merad (décembre 2023), p. 7.
199? Audition de M. Thomas Schramme, directeur entreprises, flottes, collectivités
et associations de Groupama.
200? Caisse centrale de réassurance CCR Les catastrophes naturelles en France. Bilan 1982-
2023 (juin 2024) et France Assureurs étude L?assurance des évènements naturels en 2023
(décembre 2024).
201? Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, Repenser la mutualisation des risques climatiques,
Mathilde Viennot, Marine de Montaignac et Alice Robinet (juin 2025), p. 14.
1. Montée des risques
et des coûts assurantiels
Les assurances ont été fragilisées
par l?expansion des risques liés
notamment au changement
climatique et par leurs effets sur
les coûts assurantiels, en très
forte augmentation ces dernières
décennies. La montée des risques
climatiques se traduit, pour le
secteur de l?assurance, à travers
la sinistralité, c?est-à-dire le coût
annuel des dommages matériels
ou corporels faisant jouer les
garanties du contrat signé entre
assureur et assuré. Toutefois, pour
ce qui concerne les assureurs, le
risque assurantiel lié à la sinistralité
climatique porte surtout sur le
risque habitation, beaucoup plus
que sur les risques portant sur
les infrastructures. En effet, dans
leur très grande majorité, les
infrastructures ne sont pas assurées
et ne sont, selon M. David Zambon,
du Cerema, pas assurables197.
Le rapport Adapter le système
assurantiel français face à l?évolution
des risques climatiques (décembre
2023) souligne l?évolution du
climat depuis 2000, « la dérive
importante de la sinistralité »,
notant que « les observations et
modélisations disponibles montrent
que cette dérive est cohérente
avec les effets attendus du
changement climatique »198. Les
chiffres des dernières années sont
à cet égard éclairants : la fédération
professionnelle France Assurance a
annoncé en 2023 que, sur l?ensemble
de 2022, le coût total, pour le secteur
des assurances, des catastrophes
naturelles liées à des facteurs
climatiques et non climatiques est de
l?ordre de 10 Md¤ pour la France.
En 2023, les sinistres climatiques
ont coûté 6,5 Md¤ aux assureurs
du marché français, ce qui en fait
la troisième année la plus coûteuse
en ce domaine après la tempête de
1999 et l?année 2022. L?année 2024
représente quant à elle 5 Md¤ de
sinistres climatiques199. Ainsi, entre
2019 et 2023, le coût total de la
sinistralité liée aux évènements
naturels (pour les biens particuliers
et professionnels) a atteint en
moyenne entre 4 et 4,5 Md¤ par an,
dont 1,8 à 2,3 Md pour Cat Nat et
2,2 Md¤ pour la garantie tempête
grêle neige (TGN)200. De tels niveaux
sont déjà supérieurs de 10 à 20 %
à la sinistralité moyenne depuis
quarante ans (3,7 Md¤)201.
81
Ce phénomène s?inscrit dans un contexte
plus général de montée des risques
pour le système assurantiel, comme le
souligne l?avis Climat, cyber, pandémie :
le modèle assurantiel français mis au
défi des risques systémiques (2022)202.
Cet avis pointe, outre le risque climatique,
le risque cyber, qui peut concerner
des entreprises, services publics ou
infrastructures, mais aussi les pandémies
(Covid 19). S?y ajoute le risque émeutes,
dont témoignent les coûts élevés de
sinistralité des émeutes de l?été 2023.
Certes, l?État et les collectivités
territoriales, ainsi que les opérateurs
publics ou privés propriétaires ou
gestionnaires d?infrastructures
connaissent, au même titre que
particuliers et entreprises, des risques
liés à leurs actifs sur le territoire
national, et doivent, plus encore que les
entreprises du secteur privé, veiller à
la continuité des services en particulier
essentiels, malgré les vulnérabilités aux
dérèglements climatiques. Mais ces
gestionnaires d?infrastructures, publics et
privés se caractérisent par leur régime
mixte d?assurance classique (travaux
avec partenaires, responsabilité civile,
etc.) et d?auto-assurance, qui complique
l?évaluation des coûts complets des effets
de ces risques. L?État est ainsi son propre
assureur pour la partie importante des
infrastructures non assurée, et, de plus,
joue, à travers le système Cat Nat, pour
les biens assurés, un rôle de réassureur
des assureurs. Les grands opérateurs
nationaux publics, tels que SNCF, EDF
ou Enedis, sont aussi, sauf exception,
leur propre assureur, appuyés sur la
garantie de l?État, pour les infrastructures
202? CESE, avis Climat, cyber, pandémie : le modèle assurantiel français mis au défi des risques systémiques
(2022).
203? Audition de M. Thomas Schramme, directeur entreprises, flottes et collectivités de Groupama.
204? M. Thomas Schramme rappelait en audition que Groupama assure aujourd?hui en France près de
22 000 collectivités sur 34 000, dont une très large majorité de petites communes : 98 % des communes
assurées par Groupama comptent moins de 10 000 habitants, et 68 % moins de 2 000 habitants.
qu?ils gèrent. Des aspects liés aux
infrastructures peuvent toutefois être
assurés : Assuratome, une structure
montée par les assureurs, couvre une
partie des risques liés aux centrales
nucléaires. M. Hervé Champenois,
directeur technique d?ENEDIS, indiquait
que, pour le risque incendie, ENEDIS
est assuré. Parmi les infrastructures
publiques, beaucoup, par exemple
les routes, ne sont ni assurées ni
assurables. Pour ce qui est des
aéroports, les aéroports de Paris, par
exemple, sont assurés. La compétence
« Gestion des milieux aquatiques et
prévention des inondations » (GEMAPI),
transférée par l?État aux communes et
intercommunalités, avec entre autres
l?entretien du système de digues contre
le risque d?inondations, représente, en
particulier pour les petites collectivités
qui n?ont pas toujours les moyens de
mener à bien leur gestion, un risque
important, mais qui peut être assuré
pour la responsabilité civile et même le
dommage aux biens203.
Si certaines collectivités rencontrent
des difficultés à trouver un assureur
qui accepte de les couvrir, une grande
partie des collectivités, et en particulier
des petites communes de France
métropolitaine, est assurée. Pour les
plus grandes collectivités, telles Paris,
Bordeaux ou Lyon, des montages
existent en coassurance pour partager
les risques204. Les dépenses d?assurance
sont à 90 % portées par le bloc
communal. Le marché de l?assurance
des collectivités, porté essentiellement
par deux acteurs (Groupama et la
SMACL), est structurellement moins
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rentable que celui des entreprises,
avec des dépenses d?assurance
des communes qui ont augmenté
moins vite que l?inflation entre 2015
et 2023, malgré un retournement
de tendance observé en 2023
(augmentation en valeur de + 10,3 %
cette année-là)205. M. Thomas
Schramme notait en audition que
la hausse du coût de l?assurance
des collectivités sera une tendance
structurelle, en lien avec la
sinistralité climatique et l?apparition
de nouveaux risques, cyber entre
autres, et que l?objectif serait de
ne laisser aucune commune sans
solution d?assurance206.
Deux types de contrats existent
s?agissant des marchés publics
d?assurance, l?appel d?offres,
d?une part, et le contrat de gré
à gré, d?autre part : M. Thomas
Schramme notait que, du point
de vue de l?assureur, la procédure
d?appel d?offres s?opère à l?aveugle,
en utilisant des cahiers des
charges imposés comme base
contractuelle, sans moyen pour
connaître et analyser les risques
en dehors d?un descriptif limité
dans le cahier des charges, ce qui
engendre une insécurité juridique
et une impossibilité d?échanger
directement avec la collectivité
ou de proposer des solutions
alternatives au cahier des charges.
Le contrat de gré à gré permet
au contraire de mieux analyser
205? Rapport L?assurabilité des biens de collectivités locales et de leur groupement :
état des lieux et perspectives, rapporté par Alain Chrétien, maire de Vesoul,
et Jean-Yves Dagès, président de Groupama (avril 2024).
206? Audition de M. Thomas Schramme par TAA.
207? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant de l?AMF, par la commission TAA, op. cit.
208? Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan Repenser la mutualisation des risques
climatiques op. cit. p. 14.
209? Entretien des rapporteurs avec M. Stéphane Duroule, directeur général Offre
et services de Covéa,
le risque, d?échanger avec la
collectivité et de lui proposer le cas
échéant des solutions alternatives et
des mesures de prévention.
Une charte nationale d?engagement
pour l?assurabilité des collectivités
territoriales a été finalisée à
l?occasion du Roquelaure pour
l?assurabilité des collectivités,
qui devrait engager l?État, France
Assureurs et les associations de
collectivités territoriales AMF, ADF
et ARF207.
2. Des mécanismes de
l?assurance questionnés par
la montée des risques À 2050
L?expansion d?ici 2050 et au-delà
des risques liés au changement
climatique et l?émergence des
risques systémiques interrogent les
fondements mêmes de l?assurance.
Divers travaux de projection des
coûts de la sinistralité climatique ont
été faits par de grands acteurs du
secteur, France Assureurs, la Caisse
centrale de réassurance (CCR),
l?Autorité de contrôle prudentiel
et de résolution (ACPR)208, ainsi
que par Covéa209. Si ces exercices
de projection « retiennent des
hypothèses, des périmètres,
des points de référence ou
des scenarios de changement
climatique différents, ce qui rend
leur comparaison complexe », le
Haut-Commissariat à la Stratégie
et au Plan relève néanmoins,
83
« une relative concordance dans les
ordres de grandeur : entre 2,6 et
4 Md¤ par an en 2050 pour Cat Nat,
selon le scénario de réchauffement
et les aléas pris en compte, soit une
augmentation de 40 à 120 % par
rapport à la période 2019-2023. La
part de cette hausse liée uniquement au
changement climatique oscille entre 30
et 60 % (c?est l?effet « aléa » dans les
projections) ». Toutefois, il convient de
noter que les estimations réalisées par
les assureurs ne portent que pour une
faible part sur les infrastructures et sont
réalisées sur l?ensemble des portefeuilles
assurés (particuliers, professionnels), les
biens des particuliers en constituant la
majorité210.
L?avis Climat, cyber, pandémie : le
modèle assurantiel français mis
au défi des risques systémiques
(2022) rappelle que l?assurance, fondée
sur la mutualisation et la modélisation
des risques, repose sur un contrat
entre parties. Pour l?équilibre du
dispositif, les risques doivent avoir
une triple caractéristique : être
homogènes, dispersés et divisés. Grâce
aux statistiques et à la modélisation
actuarielle, l?assurance peut déterminer
la probabilité de la réalisation du risque
et estimer le coût moyen d?un sinistre.
Cela permet de calculer le montant de
la cotisation d?équilibre (montant moyen
nécessaire pour compenser les risques
entre eux). Pour définir ce prix d?équilibre,
les assureurs peuvent jouer sur trois
critères : le niveau de la prime, le niveau
de la franchise et les exclusions de
couverture ».
210? Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan Repenser la mutualisation des risques climatiques (2025),
op. cit., p. 14.
211? CESE, avis Climat, cyber, pandémie : le modèle assurantiel français mis au défi des risques systémiques
(2022), p. 25-31.
Selon l?Institut des actuaires, un
risque est assurable s?il remplit trois
conditions : un contrat doit établir un
transfert de risque d?une partie à une
autre (condition légale) ; l?aléa doit être
prédictible et le montant de la sinistralité
soutenable (condition mathématique) ; le
nombre de vendeurs et d?acheteurs de
risque doit être suffisant pour assurer
une logique de marché (conditions de
marché). Si, pour renforcer leur assiette
financière, les assureurs peuvent faire
appel à la réassurance, opération par
laquelle une société d?assurances
s?assure elle-même auprès d?une autre
société (le « réassureur ») pour une
partie des risques qu?elle a pris en
charge, quand le risque n?est plus un
aléa, il devient inassurable. Or, certains
risques autrefois aléatoires tendent à
devenir prédictibles et sortent de ce
fait du champ de l?assurabilité, telle que
définie par les fondements de l?assurance
décrits supra. C?est ce que mettait en
avant M. Henri de Castries, alors PDG
d?Axa, qui déclarait en 2015 « Je ne sais
pas assurer un monde à +4 degrés »,
sous-entendant que le dérèglement
climatique déclenchera inéluctablement
des catastrophes en série susceptibles
de fragiliser l?ensemble du système
assurantiel. Ainsi, le dérèglement
climatique, fait à lui seul peser un risque
existentiel à l?assurance211.
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3. Des mesures récemment mises
en place
Deux rapports de 2024212, suivis
par le Roquelaure de l?assurance,
dressent des constats concordants
au sujet de l?assurabilité des
collectivités : ils soulignent
l?insuffisance du nombre des
acteurs de l?assurance présents
sur le marché des collectivités
territoriales, la difficulté à
appréhender les nouveaux
risques, le recours à des appels
d?offre infructueux et l?enjeu de
développer la culture des risques.
Des préconisations visent à
garantir la concurrence sur ce
marché pour permettre l?entrée
de nouveaux acteurs et favoriser
un redressement du marché pour
que les collectivités puissent
continuer à trouver un assureur ;
il est recommandé aux communes
de mieux recenser et qualifier
leur patrimoine afin qu?elles soient
assurées, avec l?établissement
d?une cartographie des risques et
la définition d?actions de prévention
pour les limiter. Enfin, il est suggéré
de former et sensibiliser les élus aux
principes de l?assurance et à ses
limites, en liens avec les assureurs et
les associations d?élus.
L?Autorité de la Concurrence a
aussi rendu en janvier 2025 un
avis formulant sept propositions,
appelant les collectivités à mieux
appréhender et maîtriser leurs
risques et demandant aux pouvoirs
212? Rapport L?assurabilité des biens des collectivités locales et de leur groupement :
état des lieux et perspectives, rapporté par Alain Chrétien et Jean-Yves Dagès (avril 2024)
et Rapport de la commission des finances du Sénat, présidée par Jean-François Husson
(mars 2024).
213? Audition de M. Thomas Schramme (Groupama) par TAA.
214? Roquelaure de l?assurabilité des territoires (14 avril 2025) https://www.ecologie.gouv.fr/sites/
default/files/documents/DP-Le-Roquelaure-de-l-Assurabilité-des-territoires.pdf;
publics de clarifier les règles de
la commande publique213, élément
repris par les conclusions du
Roquelaure214.
Le Roquelaure de l?assurabilité
des territoires (avril 2025) a
débouché sur une Charte nationale
d?engagement pour l?assurabilité
des collectivités, sur un Plan pour
l?assurabilité des collectivités
territoriales et sur la création d?un
service CollectivAssur auprès du
Médiateur de l?assurance pour
orienter, accompagner et aider les
collectivités à trouver une solution
assurantielle. Le Roquelaure
préconise aussi de mettre en place
dans les intercommunalités et
communes un Risk manageur et à
faciliter la mobilisation des outils de
la solidarité nationale.
Le Gouvernement, pour y donner
suite, a publié un Guide des
marchés publics d?assurance des
collectivités locales et de leurs
groupements, élaboré par la DAJ,
la Direction générale du Trésor,
qui vise à « renouer un dialogue
de qualité entre les collectivités
et la sphère assurantielle et à
améliorer l?offre d?assurance ».
Le Gouvernement s?engage à
proposer d?ici le PLF 2026 (qui
devrait sortir prochainement) une
modernisation et une simplification
de la dotation de solidarité (DSEC)
(qui devrait très probablement
concerner les infrastructures
non assurées et notamment les
routes) en faveur de l?équipement
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DP-Le-Roquelaure-de-l-Assurabilité-des-territoires.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DP-Le-Roquelaure-de-l-Assurabilité-des-territoires.pdf
85
des collectivités territoriales et de
leurs groupements touchés par des
évènements climatiques ou géologiques.
L?objectif mis en avant est de « faciliter
la mobilisation des outils de solidarité »
(point 3 de la Charte). La modernisation
de cet outil de solidarité visera à :
assouplir et harmoniser la définition
des biens non assurables ; simplifier les
modalités de calcul ; raccourcir les délais
d?indemnisation ; réévaluer la notion
de construction à l?identique, dans une
optique d?adaptation au changement
climatique.
L?engagement 4 du Roquelaure dans
le cadre du Plan pour l?assurabilité des
territoires vise par ailleurs à mieux
maîtriser la sinistralité en renforçant la
prévention et en s?appuyant sur la culture
du risque. « Les signataires de la Charte
s?engagent ainsi à développer une
politique volontariste de formation et de
sensibilisation autour de la prévention et
de la culture des risques », avec diverses
mesures prévues :
Î Soutien des initiatives privées (CNPP)
et publiques (CNFPT), ces dernières
étant mobilisées pour former les
agents et agentes des collectivités
territoriales ; professionnalisation de
la fonction de manageur des risques/
préventionnistes par des formations
dédiées et facilitation de leur
recrutement au niveau intercommunal
ou départemental ;
215? Plan pour l?assurabilité des collectivités, points 3 et 4.
Î Proposition par les services de l?État
spécialisés dans la prévention et la
gestion de crise (sous l?égide des
préfets et préfètes de département)
d?exercices sur le terrain au niveau
départemental ;
Î Association des représentants des
assureurs et élus locaux, hommes et
femmes, aux concertations nationales
et locales sur la prévention des risques
naturels majeurs et l?adaptation au
changement de climat ;
Î Accès des collectivités aux données,
aux référentiels de prévention en
matière de risques naturels majeurs
et aux outils de diagnostics et de
vulnérabilité élaborés par le Cerema ;
Î Mise à disposition des données
cadastrales à jour par la DGFIP215.
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86
Affirmer une action publique
climatique cohérente et renforcer
l?adaptation et la décarbonation
de la France, en accord avec ses
engagements européens (paquet
climat Fit For 55) et internationaux
(Accord de Paris), par la continuité
de l?action publique, est pour le
CESE essentiel216 : cela nécessite
entre autres de mieux mesurer et
identifier les risques, d?améliorer
la gouvernance de la politique
d?adaptation et de promouvoir
des modèles innovants de gestion
216? CESE, résolution Quelle gouvernance pour la transition écologique ? (2022).
217? Mission d?information sur la sécurité des ponts | Sénat
218? Projet de loi d?orientation des mobilités : Rapport - Sénat
d?infrastructures, tout en assurant
la protection des personnels
oeuvrant à l?adaptation des
infrastructures au changement
climatique. Cela suppose aussi de
concilier atténuation, adaptation et
prévention, d?assurer et d?amplifier
le financement de l?adaptation des
infrastructures, en cohérence
avec l?évolution des besoins
d?investissement, et de conforter
les capacités du système assurantiel
dans ce nouveau contexte.
I. Axe 1 - Mieux mesurer et identifier les risques
1. Pour anticiper, il faut connaitre, recenser, estimer, prioriser et décider
Pour définir une politique permettant
d?anticiper les impacts du
changement climatique et engager
une gestion efficace du patrimoine
d?infrastructures, il faut en premier
lieu disposer d?une connaissance
précise du nombre, de la localisation
géographique et de l?état des
infrastructures notamment en matière
de vulnérabilité avérée ou probable.
C?est particulièrement vrai pour
les ponts, dont certains (selon la
mission d?information du Sénat
sur la sécurité des ponts) ne sont
pas recensés (notamment ceux
relevant de l?échelon communal)
ou qui ne sont pas tous évalués au
regard de leur vieillissement et de
leur vulnérabilité217. Dans le cadre
du projet de loi d?orientation des
mobilités de 2019218, le Sénat a
ainsi intégré, parmi les objectifs
prioritaires de la programmation
des investissements dans les
infrastructures de transport,
l?amélioration de la connaissance,
de l?entretien et de la sécurité des
ouvrages d?art et des ponts. Il a
en outre précisé que l?État devra
accompagner les collectivités dans
la gestion de leurs ouvrages.
La mission d?information du Sénat
précitée recommandait dès 2019 un
diagnostic de l?ensemble des ponts
des communes et intercommunalités
d?ici cinq ans, soit en 2024. Elle
Préconisations
PARTIE 2
https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/commissions/commission-de-lamenagement-du-territoire-et-du-developpement-durable/developpement_durable/mission-dinformation-sur-la-securite-des-ponts.html
https://www.senat.fr/rap/l18-368-1/l18-368-19.html
87
proposait par ailleurs la mise en place
d?un système d?information géographique
(SIG) national (à date seuls 30 % des
ponts sont ou seront intégrés au SIG).
Ce SIG généralisé permettrait de
référencer tous les ouvrages d?art en
France et d?inciter les opérateurs de
GPS à mieux orienter le trafic routier.
Il constituerait en outre un coffre-fort
numérique en conservant les documents
techniques des ouvrages.
Le CESE appuie cette proposition et
préconise d?élargir l?utilisation de ce SIG
pour recenser et caractériser toutes
les infrastructures dans leur diversité
sur l?ensemble du territoire : niveau de
vétusté/robustesse, âge, budgets alloués
(en investissement et fonctionnement),
budgets prévus au moins à moyen terme,
notamment quant à l?adaptation au
changement climatique, etc. Ces budgets
ne sont en effet pas toujours connus. A
titre d?illustration, l?ONR note que, dans
ses enquêtes annuelles, si le budget de
l?État pour le réseau non concédé est
connu, celui des départements l?est moins
et celui des métropoles et communes
encore moins faute de réponse à
l?enquête annuelle qui leur est adressée.
Cette cartographie, appuyée par le
SIG, doit permettre de caractériser
l?exposition des infrastructures aux
conditions climatiques actuelles
et futures (dans un scénario de
réchauffement climatique de la France à
+4 °C) et d?identifier, en les hiérarchisant,
les actions correctives et/ou préventives
conduites et/ ou programmées et/
ou à programmer. Elle devra aussi
intégrer les évolutions éventuellement
prévues de l?usage de l?infrastructure.
Par exemple, un pont peut exiger des
mesures de consolidation importantes et
coûteuses s?il est prévu que des camions
l?empruntent, mais celles-ci peuvent ne
pas être nécessaires si son usage est
réservé aux voitures, ou a fortiori aux
vélos ou piétons.
Il s?agira de croiser approche
fonctionnelle (importance du service
rendu par l?infrastructure) et risques
climatiques (à moyen/long termes) et
de veiller à ne pas cibler les seules
infrastructures les plus dégradées.
Cette approche, adossée à la TRACC,
est d?ores et déjà demandée par nombre
d?acteurs, à l?image de la FNTP qui
propose de publier une telle cartographie.
La FNTP rappelle en effet que « Alors
que 17 M d?habitants et 9 M d?emplois
sont exposés à l?aggravation du risque
inondation, les plans de prévention des
risques n?intègrent pas la TRACC ».
D?autres acteurs ont aussi progressé
sur le sujet, telle la SANEF, qui mesure
la vulnérabilité physique et fonctionnelle
de son réseau autoroutier à divers aléas
en s?appuyant sur les scénarios de la
TRACC.
Les services de l?État conduisent pour
leur part des études sur le sujet (la DMR
- Direction des Mobilités Routières- a
lancé une étude sur la résilience du
Réseau Routier National concédé ou
non) et développent des outils comme
« InfraClimat », qui permet de visualiser
les impacts du changement climatique sur
les infrastructures.
Il convient que ces démarches soient
généralisées et systématisées à tous les
types d?infrastructures et, compte tenu
des conséquences de grande ampleur du
changement climatique dans l?organisation
et la gestion des chantiers de travaux
publics liés aux infrastructures, il est
indispensable d?impliquer l?ensemble
des parties prenantes à toutes les
phases de la démarche : élaboration
de la cartographie, appropriation des
informations, mise en oeuvre et évaluation
des actions d?adaptation.
A l?échelle territoriale, cette cartographie
permettra de concevoir des plans
d?actions pertinents sur le court
terme et sur le temps long dans une
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approche de gestion intégrée du
patrimoine d?infrastructures dans
leur territoire d?insertion. Penser
la résilience des infrastructures,
c?est penser la résilience des
territoires qui les portent. Les
manières traditionnelles de gérer les
patrimoines, déconnectés de leur
environnement socio-économique,
ne sont en effet plus viables compte-
tenu des impacts déjà à l?oeuvre
du changement climatique et des
prévisions disponibles. C?est, selon
le CEREMA « une manière coûteuse
et inefficace de gérer un réseau
en le laissant se déprécier ». Par
ailleurs, l?adaptation au changement
climatique exige de remplacer
les anciennes références par de
nouvelles, représentatives des
conditions climatiques futures. C?est
particulièrement important pour les
infrastructures dont la durée de vie
est généralement très longue. Pour
le CEREMA il s?agit « d?éviter les
futurs possibles mais indésirables
et de provoquer les ruptures
nécessaires à l?émergence des
futurs désirables ».
219? HCC_RA_2023 - 28.06 copie
C?est d?ailleurs le sens de la
recommandation du Haut-Conseil
pour le climat de « Développer et
consolider les séries longues de
données permettant d?alimenter
l?évaluation de la vulnérabilité
socio-économique, de calibrer des
systèmes d?alerte et d?information
ou encore de développer des
services climatiques pour
l?adaptation, y compris des services
spécialisés pour des secteurs
vulnérables (?) »219.
L?élaboration de la cartographie des
infrastructures devra être pilotée
au niveau national par les services
de l?État compétents qui auront
la charge, en lien avec les acteurs
concernés, d?en définir le contenu,
les attendus et la fréquence de son
actualisation. Elle nécessitera des
investissements, notamment en
DATA et IA.
La centralisation des différentes
cartographies « sectorielles », une
fois celles-ci réalisées, pourrait
être conduite sous l?autorité d?un
opérateur de l?État expert comme le
CEREMA.
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2023/06/HCC_RANC_2023-VF.pdf
89
Le CESE appelle à établir, sous le pilotage des services de l?État experts en
associant tous les acteurs concernés, une cartographie actualisée du patrimoine
d?infrastructures selon leur typologie en précisant :
Î Leur importance quantitative ;
Î Leurs catégories (principales, secondaires, critiques, etc.) ;
Î Leur implantation géographique ;
Î Leur âge, état actuel de robustesse ainsi que leur usage actuel et potentiel ;
Î La nature et l?ampleur du risque auquel est exposé l?ouvrage et les actions
à anticiper et à prioriser dans une approche proactive alignée sur la TRACC ;
Î La nature du gestionnaire qui en a la charge (public national ou local, privé, mixte) ;
Î Les budgets consacrés (en distinguant les budgets de fonctionnement
des budgets d?investissement).
PRÉCONISATION #1
220? Stéphanie Frank : le Moniteur du 13 juin 2025, article « Adaptation des infrastructures au changement
climatique, un créneau à ne pas rater, des données à actualiser », Callendar, « Une question à 2 000
Milliards : les risques climatiques pour les infrastructures ».
La gestion budgétaire des infrastructures
souffre de deux principaux écueils.
D?une part, les budgets consacrés
ne sont pas toujours connus avec
précision, qu?il s?agisse d?investissement
ou de fonctionnement en particulier
pour les infrastructures routières
relevant des collectivités territoriales.
D?autre part, l?estimation de coûts
induits par l?adaptation nécessaire des
infrastructures au changement climatique
n?est pas connue avec précision pour
toutes les infrastructures, alors que la
planification des investissements est
importante. Quant au coût de l?inaction,
aucune donnée agrégée n?est à date
disponible, même si, selon certaines
estimations, les montants seraient
colossaux. Ainsi, Callendar, une start-
up climate tech française, estime au
niveau mondial « à 2 000 Md de dollars
les pertes pour les infrastructures
en raison des aléas climatiques d?ici
à 2035, dont 827 Md de dollars pour
le seul secteur de l?énergie et près de
900 Md pour les réseaux de transport
et de communication. Si les États-Unis
enregistrent les plus grosses pertes,
600 Md de dollars, devant la Chine et le
Japon, la France est le pays européen le
plus exposé aux pertes »220.
Pour arbitrer des choix d?investissement
et d?adaptation et planifier sur le moyen
et long termes les opérations à conduire,
il est indispensable de chiffrer les coûts
associés et d?y ajouter les montants
correspondant à la dette grise qui
doivent être calculés avec précision. Ce
chiffrage est d?autant plus crucial que
tous les experts s?accordent sur le mur
d?investissement à venir pour assumer la
nécessaire adaptation des infrastructures
face au changement climatique.
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Le CESE appelle les propriétaires et gestionnaires d?infrastructures
à estimer précisément le coût de l?adaptation des infrastructures
dans les territoires et à y inclure, en le distinguant, le montant de la
« dette grise » résultant des retards cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien, y compris préventif. Cela pourra se faire
en faisant appel si besoin au concours du Cerema si les gestionnaires
n?ont pas la compétence nécessaire.
PRÉCONISATION #2
2. Renforcer le suivi et l?évaluation en matière d?efficacité de l?adaptation
des infrastructures au changement climatique
221? HCC, rapport annuel 2025 p. 300, et rapport Tenir le cap de la décarbonation,
protéger la population (2024).
222? HCC, avis sur le plan national d?adaptation au changement climatique (2025).
223? CESE, contribution à la consultation sur le PNACC 3 (décembre 2024), p. 3.
L?adaptation au changement
climatique est un processus itératif
qui s?inscrit nécessairement dans
la durée. Son amélioration suppose
un système de suivi et d?évaluation.
Le Haut Conseil pour le climat
appelle pour ce faire dans l?avis qu?il
a rendu sur le PNACC 3 à « doter
le PNACC 3 d?indicateurs de
progrès et d?un système de suivi,
d?évaluation et d?apprentissage
robuste permettant de mesurer
les effets concrets de la politique
d?adaptation sur la réduction de
l?exposition et de la vulnérabilité
au changement climatique
des personnes et des biens »
(recommandation 10).
Le CESE partage la conviction du
HCC quant à la nécessité de doter
le PNACC 3 d?un système de suivi
et considère qu?une évaluation
systématique des politiques
d?adaptation des infrastructures
au changement climatique est dès
lors nécessaire.
Cela suppose de définir, très en
amont de la mise en oeuvre des
mesures d?adaptation, les modalités
de leur évaluation et notamment
la nature des indicateurs à suivre.
Comme le propose le HCC, cette
démarche devrait « s?appuyer
notamment sur les travaux des
groupes régionaux d?experts
du climat et de la communauté
internationale sur le climat » et
s?inspirer des actions conduites
en Allemagne et le Royaume-Uni
pour mesurer les résultats en
matière de réduction des risques
et vulnérabilités221. Pour sa part,
le système de suivi de la politique
française repose principalement sur
des indicateurs de suivi de la mise
en oeuvre222.
La contribution du CESE à la
consultation sur le PNACC3
engage le Gouvernement à
produire des indicateurs plus
complets et précis223. Le CESE
considère qu?Ademe, Cerema et
BRGM devraient y contribuer, en
apportant leur concours technique
91
aux collectivités et aux opérateurs
gestionnaires d?infrastructures, pour la
définition et l?élaboration d?indicateurs
pertinents, une fois définis les objectifs
d?adaptation relatifs à l?infrastructure
concernée,
Le CESE engage le Gouvernement à :
Î Renforcer l?évaluation de l?utilité des infrastructures et de l?efficacité de leur
adaptation au défi climatique, en la systématisant dès l?élaboration et la mise
en place des mesures d?adaptation prévues ;
Î S?appuyer notamment pour ce faire sur les travaux des groupes régionaux
d?experts du climat pour la définition des objectifs et des indicateurs de suivi.
L?ADEME, le Cerema et le BRGM pourraient apporter leur concours
à l?élaboration de ces indicateurs.
PRÉCONISATION #3
II. Axe 2 - Améliorer la gouvernance
1. Elaborer une politique nationale de coordination des infrastructures
Afin de répondre aux enjeux systémiques
liés à l?adaptation au changement
climatique, à la transition énergétique, à la
souveraineté industrielle et à l?égalité des
territoires, le CESE recommande la mise
en place d?une stratégie nationale dédiée
aux infrastructures, intégrée à la Stratégie
française pour l?énergie et le climat (SFEC).
Cette stratégie devra être interministérielle,
pilotée par le SGPE sous l?autorité du
Premier ministre, afin d?assurer une
cohérence d?ensemble entre les différents
volets de la planification écologique,
notamment le PNACC, la SNBC et la PPE.
En effet, Le PNACC 3 constitue, avec la
Stratégie nationale bas carbone (SNBC
3) et la Programmation pluriannuelle de
l?énergie (PPE 3), l?un des trois piliers
de la Stratégie française pour l?énergie
et le climat (SFEC). Le CESE souscrit
à l?inscription de la TRACC (hypothèse
de + 4 °C à l?horizon 2100 par rapport à
l?ère préindustrielle) dans les documents
de planification publique, nationaux et
territoriaux (mesure 23 du PNACC 3).
Le SGPE, dans sa mission de coordination
de la planification écologique, assure la
cohérence entre les stratégies nationales
(SNBC, PNACC, PPE) et veille à leur
déclinaison territoriale. Il pilote à ce
titre les COP régionales, espaces de
concertation entre l?État, les collectivités
et les acteurs locaux. Le SGPE est donc
le garant de l?approche systémique et
transversale de la transition écologique,
en lien avec les ministères concernés
et les parties prenantes. Des COP
régionales se sont tenues en 2024 sur
le sujet de l?atténuation du changement
climatique. En 2025, un nouveau volet
s?ouvre pour l?adaptation des territoires
avec pour objectif une première
priorisation des enjeux d?adaptation
dans les territoires, la définition
d?actions prioritaires et la formalisation
d?engagements débouchant sur des
stratégies territoriales. Il importe de
mettre en place un fonctionnement plus
transversal de ces COP, en y intégrant
notamment la stratégie nationale des
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infrastructures proposée par
le CESE et en articulant enjeux
d?adaptation, d?atténuation et de
résilience.
Le SGPI est chargé, sous
l?autorité du Premier ministre, de
la mise en oeuvre de la politique
d?investissement de l?État. Il pilote
notamment le plan France 2030, qui
mobilise 54 Md¤ pour transformer
les secteurs clés de l?économie. Le
SGPI assure également l?évaluation
socio-économique des grands
projets d?investissement public et
dispose de Sous-Préfets référents
dans chaque département pour
accompagner les projets industriels.
Dans le cadre de la stratégie
nationale des infrastructures, le
SGPI devra être mobilisé pour
coordonner les investissements
publics et privés, en intégrant des
critères de résilience climatique, de
péréquation territoriale et de soutien
à l?innovation. Il jouera un rôle central
dans la déclinaison opérationnelle
des priorités définies par le SGPE.
Le scénario de planification
écologique élaboré par le Conseil
d?orientation des infrastructures a
permis de conduire les échanges
avec les collectivités territoriales
et la déclinaison opérationnelle
de ses recommandations. Pour le
CESE, une telle dynamique doit être
étendue aux autres secteurs liés
aux infrastructures et notamment
aux infrastructures stratégiques :
énergie, numérique, etc.
L?élargissement du COI permettrait
ainsi d?intégrer à la fois les enjeux :
Î De résilience face au changement
climatique ;
Î D?égalité des territoires ;
Î De souveraineté industrielle.
« Le COI est essentiel pour
réfléchir sur le temps long et
éclairer le gouvernement sur
les orientations stratégiques » a
rappelé M. Alain Grizaud, président
de la FNTP.
Ce COI élargi deviendrait le Conseil
national des infrastructures, chargé
de suivre la mise en oeuvre de la
stratégie nationale (pilotée par
le SGPE), d?évaluer les besoins
territoriaux, et de proposer des
arbitrages notamment au regard de
la priorisation des investissements
en lien avec les objectifs de la
planification écologique. Il devra
être ouvert à la société civile et aux
parties prenantes, afin de garantir
la transparence, la concertation et
l?acceptabilité des décisions.
93
Le CESE appelle l?État à mettre en place une gouvernance nationale intégrée
des infrastructures. Celle-ci devra être fondée sur une stratégie interministérielle
pilotée par le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE). La mise en
oeuvre coordonnée des investissements sera assurée par le Secrétariat général
pour l?investissement (SGPI) et par le Haut-Commissariat à la stratégie et au Plan.
Elle jouera aussi un rôle de conseil en matière de priorisation et de suivi élargi
confiés au Conseil d?orientation des infrastructures (COI), ouvert à la société civile
et aux parties prenantes.
Cette stratégie interministérielle devra se traduire par une programmation
pluriannuelle des investissements dans le cadre prévu à la préconisation n° 11.
PRÉCONISATION #4
2. Territorialiser la gouvernance des infrastructures à travers les CPER
224? CESE, avis la participation du public aux décisions impactant l?environnement, 2025.
Les Contrats de Plan État-Région (CPER)
sont des outils de coordination entre
l?État et les Régions. Ils permettent de
décliner différentes politiques publiques,
au plus près des territoires concernés.
La 7e génération des CPER (2021-2027)
intègre des volets mobilité, transition
écologique et infrastructures. Dans
leur conception, ils doivent prendre en
compte les besoins locaux et les faire
remonter à l?échelon étatique. La nouvelle
génération de CPER pour la période
2021-2027 témoigne d?une méthodologie
modifiée. Ces CPER sont ascendants et
différenciés : leur point de départ réside
dans les attentes et les besoins des
territoires.
Créés en 2020, les Contrats de relance
et de transition écologique (CRTE)
constituent le cadre de référence du
dialogue entre l?État et les collectivités
territoriales à l?échelle infra, tel que
les bassins de vie. Ils sont donc
complémentaires des CPER. En 2023,
les CRTE ont été renommés Contrats pour
la réussite de la transition écologique.
Ils sont devenus l?outil privilégié de
dialogue entre l?État et les collectivités,
afin de par exemple concrétiser les
différentes modalités de planification
écologique Ils en deviennent ainsi l?outil
de mise en oeuvre.
Les CRTE ont également pour ambition
de rassembler dans un cadre commun
plusieurs politiques publiques portées par
différentes structures telles que l?ANCT,
l?ADEME, le Cerema, l?Office français de
la biodiversité, les Agences de l?eau, les
Établissements publics fonciers?).
Pour le CESE, il importe de mieux
articuler CPER et CRTE pour renforcer
la territorialisation des politiques
liées aux infrastructures et garantir
la participation de la société civile
organisée et de la population dans les
décisions. L?importance de cette modalité
démocratique a été rappelée par le CESE
dans un avis consacré à la participation
du public, adopté en 2025224.
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Le CESE appelle Gouvernement et Régions à renforcer la
territorialisation de la gouvernance des infrastructures en intégrant
systématiquement des volets dédiés à celles-ci dans les contrats de plan
État/Région (CPER), articulés avec les Contrats pour la réussite de
la transition écologique (CRTE), et en assurant une évaluation régulière
des projets selon des critères de résilience des infrastructures face au
changement climatique. Une place doit être faite dans ce cadre
à la société civile organisée via les consultations des CESER.
PRÉCONISATION #5
3. Réduire les délais de décision et de mise en oeuvre, promouvoir
des modèles innovants de gestion d?infrastructures
Les délais de réalisation des
infrastructures sont souvent longs,
en partie du fait de la complexité
des procédures, des études
préalables et des concertations.
Le COI souligne que les retards
accumulés ne peuvent être résorbés
rapidement sans une gouvernance
adaptée. L?Autorité de régulation
des communications électroniques,
des postes et de la distribution de
la presse (Arcep), dans le domaine
de la fibre, par exemple, a mis
en place des groupes de travail
pour améliorer les processus de
raccordement et de maintenance.
Une meilleure anticipation des
risques, une simplification des
procédures et une coordination
renforcée entre les acteurs sont
nécessaires pour garantir des délais
raisonnables, tout en respectant
les exigences techniques et
environnementales.
En septembre 2025, le Haut-
commissariat à la Stratégie et au
Plan a confié à M. Michel Cadot,
préfet, la présidence d?une
commission qui devra proposer
des mesures de simplification dans
la réalisation des grands projets
d?infrastructures tels que l?énergie
ou les transports.
La mission devra identifier
les difficultés juridiques et de
procédure liées aux infrastructures.
Il s?agira ensuite de proposer des
mesures de simplification. Celles-
ci devront combiner diverses
exigences :
Î Être plus rapide dans la
concrétisation des projets, en
insistant sur ceux qui sont en
lien direct avec la transition
écologique, par exemple le
ferroviaire ;
Î Sécuriser les décisions liées
aux projets, indépendamment
de leur caractère favorable ou
défavorable ;
Î Sauvegarder les mesures
environnementales.
En complément de ces travaux,
la commission entamera une
réflexion relative à la pluriannualité
dans la décision publique, en
lien avec les grands projets
d?aménagement du territoire.
95
« Continuer d?aménager le territoire
national est une nécessité impérieuse
pour garantir la capacité de la France à
s?adapter aux dérèglements climatiques
et approfondir l?équité territoriale sur le
long terme » a précisé M. Cadot lors de
sa prise de fonctions.
Le CESE appelle les pouvoirs
publics à respecter des
délais de décision et de mise
en oeuvre raisonnables et
encadrés pour l?adaptation
des infrastructures, en
renforçant les études
préalables y compris
environnementales, de
manière à gagner du temps
ensuite, en s?appuyant sur
les enquêtes publiques et
en simplifiant par ailleurs les
procédures administratives, en
particulier en cas d?urgence,
de force majeure ou de risque
pour la population. Le CESE
recommande d?instaurer
des mécanismes de suivi et
d?évaluation des calendriers.
PRÉCONISATION #6
L?expertise technique, issue de
connaissances, de compétences
et de savoir-faire spécialisés, est
indispensable pour renforcer la
résilience des infrastructures face au
changement climatique. Cela concerne
l?ensemble du cycle de vie des ouvrages,
conception, construction, exploitation
et entretien. L?appui à la recherche
225? Leonard - 2024 - Adaptation - Catalogue des solutions ; Les infrastructures face au climat :
une adaptation devenue vitale | Saint-Gobain ;
et développement, à l?innovation, et
au développement technologique est
nécessaire : développement de nouveaux
matériaux, de nouveaux modèles de
conception et de nouvelles techniques de
construction. Au-delà de la mobilisation
de l?expertise des services de l?Etat,
il s?agit de favoriser la culture de
l?innovation, et de l?entrepreneuriat, de
créer des débouchés pour les industries
locales et nationales et d?encourager des
technologies de pointe en matière de
résilience des infrastructures : meilleure
surveillance de l?état des infrastructures,
identification précoce des vulnérabilités,
anticipation des impacts. Il s?agit de
porter l?innovation sur les solutions
de diagnostic, de prévention et de
réparation. Des opérateurs développent
déjà de multiples solutions innovantes
pour les infrastructures routières,
ferroviaires, aéroportuaires, énergétiques
et celles liées à l?eau225.
Les techniques et matériaux innovants
font l?objet d?utilisations multiples :
renforcement mécanique des ouvrages
et lutte contre l?érosion par l?utilisation de
procédés innovants de bio-consolidation
(procédé d?injection par biominéralisation
basé sur l?utilisation de bactéries
calcifiantes pour précipiter in-situ un
composé minéral à base de calcite),
revêtements routiers à faible albedo
(limitation des températures de surface),
peintures réfléchissantes, revêtements
perméables et poreux, etc.
Les nouveaux matériaux, plus résistants,
notamment en conditions extrêmes, et
moins émissifs en gaz à effet de serre,
doivent être développés. Pour cela, il
est nécessaire d?accélérer l?évolution
des normes techniques de construction
en y intégrant les incidences du
changement climatique et en simplifiant
https://leonard.vinci.com/wp-content/uploads/2025/05/2024-Leonard-Adaptation-Catalogue-des-solutions-FR.pdf
https://www.saint-gobain.com/fr/magazine/les-infrastructures-face-au-climat-une-adaptation-devenue-vitale
https://www.saint-gobain.com/fr/magazine/les-infrastructures-face-au-climat-une-adaptation-devenue-vitale
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les processus de normalisation, tout
en garantissant leur respect des
normes de sécurité.
Des solutions, fondées sur la nature,
doivent aussi être recherchées :
toits verts, chaussées perméables,
systèmes de drainage naturels,
bioéconomie, etc.
Pour réussir le saut technologique
visé, deux conditions doivent être
réunies :
Î Garantir, par les pouvoirs publics,
un environnement suffisamment
incitatif et sécurisé permettant
à l?échelle européenne des
coopérations facilitant la
recherche développement
et la consolidation d?un tissu
entrepreneurial à haute
compétence technologique ;
Î Former les salariées et salariés
des entreprises concernées
aux nouvelles techniques et aux
nouveaux matériaux.
226? Des panneaux solaires entre les rails de chemin de... | SIG
Enfin, et plus largement, un
parangonnage des solutions les
plus innovantes développées
dans d?autres pays en matière
d?atténuation et d?adaptation
permettrait à l?écosystème national,
public et privé, de bénéficier des
avancées les plus récentes à l?image
du récent projet d?installation de
panneaux solaires entre les rails des
chemins de fer en Suisse226. Cette
mission pourrait être confiée à la
Direction générale des entreprises
(DGE) du ministère de l?économie
et des finances au titre de ses
compétences en matière de soutien
à la recherche et à l?innovation. La
DGE aurait ainsi la responsabilité
de recenser, d?approuver (via une
labellisation par exemple) et de
diffuser, via un portail en libre accès,
les différentes solutions innovantes
en partenariat avec les acteurs des
filières.
Pour transformer la contrainte climat en opportunité, le CESE demande
au ministère en charge de l?équipement d?encourager et de faciliter
l?utilisation d?éco-matériaux (notamment recyclés) et de nouveaux
matériaux (entre autres poreux), en simplifiant les normes et les
autorisations administratives. Le CESE recommande aux pouvoirs
publics de développer des filières éco-responsables, de développer
la recherche ainsi qu?un réseau d?entreprises et de start-up françaises
et européennes « championnes » des infrastructures de transition.
PRÉCONISATION #7
https://ww2.sig-ge.ch/vitale_vert/projets/des-panneaux-solaires-entre-les-rails-de-chemin-de
97
4. Accompagner et soutenir les secteurs professionnels les plus exposés
Le changement climatique induit
des transformations profondes dans
l?organisation, la planification et la
réalisation des chantiers, en particulier
pour les opérateurs gestionnaires
d?infrastructures et les acteurs du
secteur des travaux publics. Ces
transformations exigent une adaptation
rapide des pratiques professionnelles,
notamment pour garantir la sécurité
des travailleurs sur le chantier, et une
évolution des normes techniques et des
modes de gouvernance. Cela passe par
plusieurs dispositifs d?ampleur :
Î Pour adapter les chantiers en
période de canicule, les horaires de
travail doivent être réorganisés, les
équipements adaptés, les protocoles
de sécurité renforcés, ce qui implique
une formation spécifique des chefs
de chantier et responsables Hygiène,
Sécurité, Environnement ;
Î Pour la gestion des eaux pluviales
en milieu urbain, les techniciens
territoriaux doivent maîtriser les
solutions fondées sur la nature,
appelant des compétences
nouvelles (hydraulique urbaine et
écoconception) ;
Î Pour la réhabilitation des
infrastructures routières face aux
mouvements de terrain liés à la
sécheresse, les ingénieurs pourraient
intégrer des matériaux innovants et
des techniques de diagnostic prédictif,
appuyées par des outils numériques ;
Î Pour le déploiement de réseaux
de chaleur ou de froid urbains, les
collectivités doivent disposer d?une
ingénierie publique capable de
concevoir, piloter et suivre ces projets
complexes, en lien avec les objectifs de
transition énergétique.
Les métiers liés aux infrastructures
restent au coeur de cette transition. Ils
mobilisent des centaines de milliers de
professionnels, tant dans le secteur privé
que public. Ces métiers sont confrontés
à des défis croissants : sécurité des
ouvrages, résilience climatique, sobriété
énergétique, complexité technique,
innovation numérique, évolution des
usages. L?impératif de renforcer à tous
les niveaux les compétences de ces
professionnels suppose :
Î Un investissement massif dans la
formation initiale et continue, en
intégrant les enjeux climatiques,
écologiques et technologiques dans les
référentiels de compétences ;
Î L?incitation à la mixité des métiers et la
valorisation des métiers de l?ingénierie
territoriale, souvent méconnus mais
essentiels à la qualité et à la durabilité
des infrastructures ;
Î Le soutien à l?ingénierie publique,
notamment au sein des collectivités
territoriales, pour garantir une
maîtrise d?ouvrage souveraine, capable
de piloter des projets complexes,
innovants et adaptés aux réalités
locales ;
Î La mobilisation des parties prenantes
(ministères, donneurs d?ordre publics
et privés, organisations syndicales,
organismes de prévention, branches
professionnelles) dans une stratégie
concertée d?adaptation et de montée
en compétences ;
Î Le renforcement des échanges entre
secteurs publics et privés, pour
favoriser les transferts de savoir-faire,
l?innovation partagée et la mutualisation
des ressources.
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Selon Carbone 4227, les
investissements dans les
infrastructures ont un effet
multiplicateur sur l?emploi et la
valeur ajoutée dans l?économie
française. Il est donc stratégique de
faire de l?adaptation au changement
climatique un levier d?évolution
des compétences au service du
développement économique, social
et territorial.
Dans son avis Mobiliser les acteurs
de l?emploi et du travail pour réussir
la planification écologique, le
CESE a préconisé de « rendre les
métiers de la transition écologique
plus attractifs et moins genrés »,
notamment en « organisant des
conférences de niveau régional
sur l?attractivité des métiers de la
transition incluant les conditions de
travail et l?adaptation à un contexte
de changement climatique en
rassemblant tous les acteurs »
ainsi qu? « en associant dans
les entreprises les salariés à la
réflexion sur les évolutions de
leur métier à la transition dans le
cadre d?un dialogue professionnel
renouvelé ». La même approche
doit prévaloir pour les métiers plus
particulièrement impliqués dans
l?adaptation des infrastructures au
changement climatique228. Le CESE
recommande ainsi de mettre en
oeuvre une politique ambitieuse de
renforcement des compétences
dans les secteurs professionnels
exposés, en articulant formation,
reconnaissance et attractivité
des métiers, soutien à l?ingénierie
publique et gouvernance partagée,
227? Le rôle des infrastructures dans la transition bas-carbone et l?adaptation au changement
climatique de la France, 2021.
228? CESE, avis Mobiliser les acteurs de l?emploi et du travail pour réussir la planification écologique
(2024).
afin de garantir la résilience des
infrastructures et la montée en
capacité des territoires face aux
défis climatiques.
Le CESE appelle les pouvoirs
publics et les grandes
sociétés de travaux publics
françaises à renforcer les
compétences et les moyens
des secteurs professionnels
exposés, en soutenant la
formation initiale et continue,
en valorisant les métiers de
l?ingénierie territoriale et en
garantissant une maîtrise
d?ouvrage publique capable
d?innover et de piloter les
projets complexes.
PRÉCONISATION #8
Il convient de penser les différentes
démarches d?adaptation, jusqu?alors
sectorielles et parcellaires, comme
un ensemble cohérent au sein
duquel toutes les politiques seraient
coordonnées entre elles.
Le cadre légal et réglementaire
répond à ce besoin de sécurisation
et de stabilité et fournit une
référence à la fois juridique et
institutionnelle en même temps
qu?il légitime des normes efficaces
et des niveaux d?exigence garants
des meilleures pratiques. Il permet
également d?arrêter la répartition des
responsabilités entre les différents
acteurs concernés. Il peut être
99
incitatif en prévoyant des mécanismes,
notamment financiers, de soutien et/ou de
reconnaissance de la qualité des ouvrages
en matière de résilience.
Or il n?existe pas en France d?obligation
générale d?adaptation au changement
climatique. Le PNACC 3, adopté en
juillet 2025 pour une durée de 5 ans,
s?il définit une stratégie nationale
déclinée en un ensemble de mesures,
est un cadre général, sans valeur
juridique contraignante. Un avis du
Conseil d?État de 2021 parle de « faible
normativité du PNACC et d?absence
d?effets juridiques »229. La trajectoire
de réchauffement de référence pour
l?adaptation au changement climatique
(TRACC), inscrite dans le seul PNACC,
ne revêt pas non plus de caractère
juridiquement contraignant.
Pour autant, toutes ces démarches
vont dans le bon sens et engagent
élus et services de l?État à anticiper et
prévenir les impacts du changement
climatique. Elles doivent être davantage
soutenues, par exemple en définissant,
229? 428177
230? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2023).
à partir du PNACC, un cadre légal et
réglementaire opposable et contraignant,
dont le fondement pourrait être la
Charte de l?environnement, de portée
constitutionnelle et qui consacre le
principe de précaution, et des textes
internationaux qui engagent la France
comme l?Accord de Paris ou encore le
Règlement UE 2021/1119 dit « loi européenne
sur le climat ».
Le CESE appelle le
Gouvernement et le
Parlement à fixer un cadre
légal comportant des mesures
incitatives ou contraignantes
selon leur objet en vue de
favoriser la résilience des
infrastructures face au
changement climatique,
donnant la visibilité et la
stabilité nécessaires.
PRÉCONISATION #9
III. Axe 3 - Mettre en place une politique systémique
d?investissement dans les infrastructures
1. Atténuation et adaptation, des politiques à mener de pair
Le réchauffement climatique est un
phénomène mondial. Du fait de l?inertie
du système climatique terrestre, le climat
des 25 prochaines années dépendra
assez peu des émissions actuelles et
à venir : il se réchauffera de manière
certaine jusqu?en 2050, voire au-delà
si les pays émetteurs ne tiennent pas
l?objectif de zéro émission nette en 2050.
En revanche, l?intensité du changement
climatique après 2050 sera directement
liée aux trajectoires des émissions de
GES des années à venir. De plus. Il existe
un risque d?emballement climatique,
avec des effets néfastes sur les puits de
carbone et le climat230.
https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CRP/conclusion/2021-02-12/428177?download_pdf
https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2021/1119/oj?locale=fr
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L?atténuation, qui vise à agir
sur les causes, et l?adaptation,
qui consiste à agir sur les
conséquences, sont donc, face au
changement climatique, deux volets
complémentaires des politiques
climatiques.
Ainsi, l?Accord de Paris de 2015
prévoit que les pays signataires
doivent, d?une part, définir une
politique et mettre en oeuvre des
actions d?atténuation pour limiter
leurs émissions de GES, et, d?autre
part, définir et conduire des
politiques et actions d?adaptation231.
Le rapport annuel 2025 du HCC
souligne l?urgence des deux
politiques : « Les observations
confirment que le réchauffement
a été encore plus rapide au cours
de la dernière décennie et que les
effets du changement climatique
s?intensifient et s?amplifient,
démontrant des besoins croissants
d?adaptation. Il y a urgence à
réduire les émissions pour limiter le
réchauffement232».
En accord avec les engagements
internationaux de la France et la
loi européenne sur le climat entrée
en vigueur en 2021, le projet de
stratégie nationale bas carbone
(SNBC3) de la France vise à
atteindre la neutralité carbone
en 2050 et à une réduction de
50 % des émissions brutes entre
1990 et 2030. Mais, comme le
souligne le HCC, « alors que la
baisse d?émissions observées en
2023 était compatible avec la
231? Article 7 de l?Accord de Paris.
232? Rapport annuel HCC 2025 : Relancer l?action climatique face à l?aggravation des impacts
et à l?affaiblissement du pilotage (juin 2025).
233? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2023).
234? HCC Rapport annuel 2025.
235? HCC Rapport annuel 2025, p. 112 et 126.
trajectoire nécessaire pour tenir
les objectifs fixés par la SNBC3,
cette dynamique s?est interrompue
en 2024, entraînant un retard
qu?il est impératif de rattraper. (?)
Pour atteindre la cible fixée par
le projet de SNBC3, le rythme de
réduction des émissions brutes
totales doit doubler par rapport à
celui observé en 2024 ». Chaque
fraction de degré de réchauffement
sur le globe aura des conséquences
importantes, en particulier sur les
extrêmes climatiques233.
Devant ce défi, les infrastructures
ont un rôle important à jouer,
entre autres en matière de
transport, les émissions de ce
secteur représentant 34 %
des émissions nationales en
2024234. Or, si le déploiement
des bornes de recharge pour les
véhicules électriques continue
au rythme nécessaire pour
accompagner l?électrification du
parc, les investissements dans
les infrastructures ferroviaires et
cyclables ne sont pas au niveau des
besoins identifiés et le financement
des transports en commun reste
incertain selon le HCC235. Cela
crée un risque quant à l?atteinte des
objectifs de décarbonation et ne
permet pas à la France de se situer
sur la trajectoire qu?elle s?est fixée
en ce domaine.
101
Au-delà des seuls transports, il est
indispensable de poursuivre voire
d?augmenter les efforts d?investissements
dans divers types d?infrastructures
favorables à l?atténuation (telles que
celles pour la production énergétique
décarbonée) ou à l?adaptation ou
236? CESE, avis Comment favoriser une gestion durable de l?eau (quantité, qualité, partage) en France
face aux changements climatiques ? (2023), p. 85.
237? Un glossaire rappelant la définition des divers concepts et expliquant les termes techniques figure en annexe 1
conciliant les deux (telles que les
infrastructures « vertes » favorisant des
modes de transport décarbonés, comme
le vélo ou la marche, limitant les émissions
de GES et atténuant les îlots de chaleur
urbain).
2. La dette grise, un défi à relever en y intégrant de manière systémique atténuation
et adaptation et la nécessité de disposer d?une programmation pluriannuelle
La partie relative aux constats a
relevé l?ampleur en France des retards
d?investissement dans l?entretien
et la rénovation de divers types
d?infrastructures de réseaux, ces retards
cumulés formant la « dette grise ». C?est
notamment le cas du réseau ferroviaire,
la direction de la SNCF soulignant le
risque, s?il n?y est pas remédié, de
« décrochage » (4 000 km sur 17 000 km
du réseau structurant d?ici 2028 (cf.
données mentionnées dans le point IC).
Se trouvent aussi dans cette situation
une partie importante des infrastructures
routières et en particulier des ponts,
ainsi que des voies navigables. Il en va de
même des réseaux d?eau, dont un avis
récent du CESE souligne la nécessité de
les rénover après des années de sous-
investissement, en particulier en zones
peu denses, 20 % de l?eau potable mise à
distribution n?arrivant pas à destination, à
l?échelle nationale, du fait des fuites236.
Pour le CESE, se poser la question du
climat futur et de l?adaptation avant tout
investissement dans une infrastructure
est indispensable pour prévenir le
risque d?un réinvestissement précoce,
voire d?une maladaptation. Anticiper est
essentiel, car les choix opérés en amont
conditionnent les marges d?évolutions
ultérieures.
Intégrer la préoccupation de
l?adaptation dès la conception du projet
ou du programme (adaptation dite « by-
design »237) n?entraîne en général qu?un
surcoût limité, inférieur par exemple,
selon I4CE, à 5 % pour la modernisation
des infrastructures de transport. Profiter
d?investissements déjà prévus dans une
infrastructure pour renforcer son niveau
d?adaptation permet de le faire à moindre
coût.
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Le CESE appelle État, collectivités territoriales et opérateurs à amplifier
les investissements après appréciation de leur utilité dans le cadre d?une
analyse systémique et prospective, pour résorber progressivement la
« dette grise » imputable à la longue période de sous-investissement
dans la maintenance des infrastructures. Il préconise d?engager sans
attendre les travaux préventifs de remise à niveau des infrastructures les
plus dégradées, de mettre à profit ces investissements pour renforcer
dans une logique systémique l?apport des infrastructures à l?atténuation
du changement climatique et d?y intégrer de manière systématique un
« réflexe adaptation » prenant en compte les potentielles évolutions
d?usage.
PRÉCONISATION #10
238? CESE, avis SFEC : quelle gouvernance pour la transition écologique ? (2022), préconisation 8.
239? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique
et juste (2023), op. cit..
240? HCC, rapport annuel 2025, p. 14.
241? HCC, avis sur le PNACC 3 (mars 2025).
La nécessité de disposer d?une
programmation pluriannuelle a été
soulignée par le CESE dans des avis
récents pour le financement de la
politique de transition écologique.
S?agissant de la SFEC, qui englobe
les divers volets de la transition,
le CESE appelait dès 2022 à « se
donner les moyens financiers
via une loi de programmation
pluriannuelle des finances publiques
pour la transition écologique »238.
En 2023, le CESE notait la nécessité
« d?y faire apparaitre les besoins
associés au PNACC 3 »239, pour
coordonner dans la durée la
politique d?adaptation dans ses
diverses dimensions.
Mais cette prise en compte reste
insuffisante. Ainsi, pour le HCC,
« Le financement de l?adaptation
constitue un angle mort des
documents de planification
stratégique »240 et celui-ci appelle
à « doter le PNACC 3 d?un plan
de financement complet (État/
collectivités/privé) prévoyant un
renforcement des financements
de l?adaptation sur la base d?un
cadre incitatif et réglementaire
et mettre en place un suivi
transparent des crédits alloués
à chaque mesure »241. Le CESE
regrette avec le HCC que très peu
d?actions du PNACC 3 précisent à
ce stade les montants et modalités
de financements prévus, notamment
les mesures 30, 31 et 32 portant sur
les moyens d?assurer la résilience
des infrastructures dans les
secteurs des transports, du système
énergétique et des services de
communication électronique.
103
Pour le CESE, la continuité de
l?action publique conduite en matière
d?adaptation, notamment celle visant
à l?adaptation des infrastructures, est
essentielle. Leur financement doit
être cohérent avec l?évolution des
besoins d?investissements, sans Stop &
Go, et ne doit ne pas constituer une
variable d?ajustement budgétaire, les
infrastructures étant des éléments
structurants pour le reste des activités
et les besoins des acteurs économiques,
sociaux et environnementaux, ainsi que de
la population.
La mise en oeuvre du PNACC 3
nécessitera de prévoir et de rendre
public un plan pluriannuel de financement
des mesures décidées. Il conviendra que
cette loi de programmation nationale
pluriannuelle soit articulée avec sa
déclinaison territoriale dans le cadre des
CPER et des CRTE (cf. Axe 2 point 2).
242? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique et juste (2023), p. 44.
243? La France a défini douze secteurs d?activités d?importance dite « vitale », répartis selon quatre dominantes :
humaine (alimentation, gestion de l?eau, santé), régalienne (activités civiles de l?Etat, activités judiciaires
et activités militaires de l?Etat), économique (énergie, finances, transports) et technologiques
(communications électroniques, audiovisuel et information, industrie, recherche).
Le CESE appelle
Gouvernement et Parlement
à adopter une loi de
programmation pluriannuelle
relative au financement
du Programme national
d?adaptation au changement
climatique (PNACC 3) et à
prévoir dans ce cadre des
mesures d?adaptation au
changement climatique portant
notamment sur les réseaux
d?infrastructures. Il conviendra
que cette loi de programmation
soit articulée avec sa
déclinaison territoriale dans
le cadre des futurs Contrats
de Plan État Régions (CPER)
(2028-2032) et des prochains
Contrats de relance et de
transition écologique (CRTE).
PRÉCONISATION #11
3. L?adaptation des infrastructures au changement climatique :
vers une politique multidimensionnelle, systémique et opérationnelle
Le CESE rappelle sa recommandation
aux acteurs de réaliser des études de
vulnérabilité au changement climatique
de tous les territoires, des communes
aux régions, dans tous les secteurs
d?activités242. Cela s?applique a fortiori
aux transports, à l?énergie, à la gestion
de l?eau et aux communications
électroniques, qui figurent parmi les
secteurs d?activités d?importance dite
« vitale »243.
Le PNACC 3 prévoit la réalisation
d?études de vulnérabilité pour les
secteurs les plus exposés, notamment
pour les infrastructures et services de
transport, et de rendre la réalisation de
ces études progressivement obligatoires
pour les entreprises stratégiques
(opérateurs d?importance vitale-OIV).
Le CESE apporte son soutien à ces
dispositions. Il est en effet nécessaire
d?identifier les infrastructures les plus
vulnérables et, pour une voie ferrée ou
une route, par exemple, les tronçons les
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plus exposés, afin de prendre en
compte ce facteur dans les travaux
prioritaires à réaliser244. Pour le
CESE, si chaque gestionnaire
d?infrastructure doit mener cette
analyse pour son propre compte,
il est indispensable de le faire
ensuite de manière agrégée et
intersectorielle pour avoir une
vision précise à l?échelle nationale
et territoriale des vulnérabilités
et investissements d?adaptation à
prioriser.
Entretien préventif et rénovation
sont un enjeu pour améliorer à des
coûts maîtrisés la résilience des
infrastructures face aux effets du
changement climatique. Plusieurs
gestionnaires d?infrastructures
auditionnés, notamment ceux du
réseau ferroviaire245 ou routier,
font valoir que la première et
meilleure action de résilience
consiste à entretenir et à rénover
le réseau existant. A la faveur
d?une rénovation, l?introduction de
composants plus jeunes ou d?une
gamme plus élevée, par exemple,
permet de gagner en résilience face
aux changements climatiques. Des
travaux d?entretien et de curage
réguliers ou un recours à des
caniveaux ou à des chenaux de plus
grande capacité peuvent réduire
les effets de précipitations plus
intenses, voire d?une inondation sur
une infrastructure en en améliorant
la résilience246.
244? Cf. audition de M. Alain Quinet, directeur général à la stratégie de SNCF Réseau,
en charge des sujets liés à la résilience, le 16/04/2025.
245? Audition de M. Alain Quinet, op. cit.
246? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP, op. cit. et de M. Nicolas Bonnet
directeur général de la Chambre de commerce et d?industrie France par la commission TAA.
247? Rapport Ambition France Transports : Financer l?avenir des mobilités (juillet 2025), p. 7.
248? Banque mondiale, mars 2021, https://openknowledge.worldbank.org/entities/
publication/6219bf23-87e1-5f30-aaf9-30e0cd793ce3; Cette étude ne porte pas
spécifiquement sur les infrastructures.
249? L?étude de la CCR ne porte pas de manière spécifique sur les infrastructures.
La prévention est en général, en
matière d?adaptation, plus efficace
et économe que la réparation.
M. Jean-Marc Zulesi, ancien député
et membre du Conseil d?Orientation
des Infrastructures (COI),
notait en audition que « un euro
dépensé pour la maintenance des
infrastructures de transport permet
d?éviter 5 euros de dépenses en
« cycle résiduel », c?est-à-dire en
conséquence de l?inaction sur le
manque de maintenance ». Une
étude de vulnérabilité du réseau
routier national faite par le cabinet
Setec pour le ministère des
Transports estime qu?augmenter
d?1 Md¤ par an à horizon 2032 les
investissements dans la régénération
et la modernisation du réseau routier
national non concédé éviterait
2 Md¤/an de dépenses liées aux
conséquences de l?inaction sur ce
même réseau et 3 M¤ /an de pertes
économiques et sociales liées à
la moindre disponibilité de cette
infrastructure247. D?après la Banque
mondiale, chaque euro investi dans
l?adaptation rapporterait entre 2 et
10 euros248 et, selon une étude de
la Caisse centrale de réassurance,
un euro investi par le Fonds vert
dans l?adaptation évite huit euros de
dommages à terme249. Si le chiffrage
des estimations varie quelque peu
selon le domaine concerné, l?horizon
temporel et le scénario climatique
retenus, cela ne remet pas pour
https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/6219bf23-87e1-5f30-aaf9-30e0cd793ce3
https://openknowledge.worldbank.org/entities/publication/6219bf23-87e1-5f30-aaf9-30e0cd793ce3
105
le CESE en cause leur principe : le coût
global de l?inaction s?avère quant à
l?adaptation supérieur à celui de l?action.
Le travail de priorisation est à cet égard,
comme déjà noté, essentiel, notamment
pour sélectionner et étaler dans le temps
les travaux à réaliser en fonction de leur
urgence et de leurs enjeux économiques,
250? CESE, avis La transition énergétique dans les transports, (2013).
251? Cf. art. L.101-2 du code de l?urbanisme.
252? Respectivement articles L. 151.1 et L. 151-8, art. L. 161.-3, et article L. 141-4 du code de l?urbanisme.
253? Assemblée nationale, rapport d?information L?adaptation de l?aménagement des territoires au changement
climatique, op. cit. p. 78.
254? Principe d?indépendance des législations dégagé par le Conseil d?Etat, arrêt Sieur Picard n°38 893 (1959).
sociaux et environnementaux. Le
CESE rappelle sa préconisation de
« hiérarchiser les projets en donnant la
priorité à l?optimisation de l?existant sur la
construction de nouvelles infrastructures,
aux alternatives à la route et à l?aérien,
et aux modes produisant les plus faibles
impacts environnementaux »250
Le CESE recommande aux opérateurs et gestionnaires d?infrastructures, en s?inspirant
des contrats de régulation économique, d?identifier les tronçons les plus vulnérables à
l?échelle des divers réseaux d?infrastructures et de manière consolidée entre réseaux,
pour prioriser les investissements les plus importants et urgents. Il recommande aux
propriétaires et aux gestionnaires de planifier et d?augmenter les investissements
patrimoniaux de prévention et d?adaptation pour les infrastructures, en ligne avec
la trajectoire d?adaptation au changement climatique (TRACC). Il appelle l?État et
les collectivités territoriales, notamment communes et intercommunalités, à créer
des réserves foncières dans les territoires exposés au risque de montée des eaux.
PRÉCONISATION #12
4. Nécessité d?intégrer, dans les documents de planification et sectoriels locaux
et dans les documents d?urbanisme la TRACC, l?adaptation et la montée des eaux
En vertu de la loi Grenelle I de 2009,
l?action publique en matière d?urbanisme
comprend, parmi ses objectifs, « la lutte
contre le changement climatique et
l?adaptation à ce changement »251. Mais
si les plans locaux d?urbanisme, cartes
communales et schémas de cohérence
territoriale doivent en principe respecter
ces objectifs252, cette obligation est selon
un rapport parlementaire « en pratique,
sans conséquence sur la prise en
compte de l?adaptation au changement
climatique dans les documents
d?urbanisme »253.
Le PNACC 3 prévoit (décret d?application
prévu dans la mesure 23) que les Plans
Climat air énergie territoriaux (PCAET)
intègrent la TRACC dans l?évaluation
environnementale, mais ces derniers
ne constituent pas des documents
d?urbanisme.
De ce fait, comme le note le même
rapport parlementaire, la seule
inscription de la TRACC dans le droit de
l?environnement ne sera pas opposable
aux décisions d?urbanisme254 : « La loi
permettra l?inscription de la TRACC
dans le décret sur les PCAET, (mais)
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ce décret ne pourra pas l?imposer
dans les autres documents
d?urbanisme en l?absence d?une
loi, bien que les PLUi doivent être
compatibles avec les PCAET »255.
Par ailleurs, s?agissant des Plans
locaux d?urbanisme, municipaux
(PLU) ou intercommunaux (PLUi),
qui fixent les règles d?aménagement
ou d?urbanisme dans un territoire,
les PLUi intègrent un rapport de
présentation qui établit un diagnostic
transversal du territoire et de ses
besoins. Ce rapport de présentation
se fonde sur des prévisions
démographiques et économiques,
mais l?intercommunalité n?est
pas tenue de faire un diagnostic
prospectif environnemental.
Le rapport parlementaire précité
préconise donc de « consacrer
dans la partie législative du code
de l?environnement l?existence de la
TRACC ». Il propose par ailleurs de
« prévoir dans la partie législative
du code de l?urbanisme que les
documents d?urbanisme tiennent
compte de la TRACC et qu?un
diagnostic climatique prospectif
fondé sur la TRACC figure dans
le rapport de présentation des
PLUi »256.
Le CESE rappelle pour sa part
sa recommandation d?introduire
cette obligation dans le code de
l?urbanisme afin que la TRACC
soit prise en compte dans tous les
255? Article L. 131-5 du code de l?urbanisme.
256? Assemblée nationale, rapport « L?adaptation de l?aménagement des territoires au changement
climatique », rapporté par Philippe Fait et Fabrice Barusseau (juin 2025), p. 17 et 78.
257? Cahier d?acteurs du CESE, contribution à la consultation sur le PNACC 3,
référent Nicolas Richard (2024).
258? Interview de Françoise Vimeux, directrice de recherche à l?Institut de recherche
pour le développement (IRD) par BFMTV.com.
259? CESE, avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
260? Décret n°2024-531 du 10 juin 2024 modifiant celui n°2022-750 du 29 avril 2022 dressant
la liste des communes dont l?action en matière d?urbanisme et la politique d?aménagement
doivent être adaptées aux phénomènes hydrosédimentaires entrainant l?érosion du littoral.
documents d?urbanisme257. Cette
recommandation est en cohérence
avec la préconisation 9 du présent
avis. Le CESE souligne l?importance
que le droit de l?urbanisme et les
documents d?urbanisme existants
prennent en compte le changement
climatique, en particulier dans les
zones à risque et notamment sur les
littoraux.
L?élévation touchera les côtes
françaises « de manière chronique
avec l?envahissement par la mer
des zones de très basse altitude
et de manière ponctuelle lors
de grandes marées »258. Des
littoraux français commencent à
être touchés, notamment Outre-
mer259 et, dans les décennies à
venir, les traits de côte évolueront.
864 communes françaises sont
officiellement menacées, dont
126 communes prioritaires soumises
à des obligations d?adaptation260.
La montée des eaux et
l?augmentation du risque
d?inondation représentent un risque
considérable pour populations,
activités économiques et
infrastructures. Agir préventivement
sur l?urbanisme est indispensable
pour limiter ce risque et adapter
les infrastructures à la TRACC à
+ 4 °C retenu par le PNACC 3 en
les déplaçant dans certains cas,
en particulier pour celles situées à
proximité du littoral.
107
Le CESE préconise aux collectivités territoriales (régions, communes et
intercommunalités, en particulier) d?analyser et d?actualiser de façon détaillée, dans
le cadre de l?ensemble des Schémas régionaux d?aménagement, de développement
durable et d?égalité des territoires (SRADDET), des Plans climat-air-énergie
territoriaux (PCAET), Plans de prévention des risques (PPR) et documents
d?urbanisme (PLU, PLUi), l?exposition au risque climatique selon la nouvelle
trajectoire de réchauffement de référence pour l?adaptation au changement
climatique (TRACC). Il les appelle à associer à ces analyses les acteurs du dialogue
social et environnemental territorial, et à réviser tous les documents de planification
et d?urbanisme, en intégrant les risques liés à la montée des eaux, notamment de
non-constructibilité du littoral et de déplacement des infrastructures hors des
zones submersibles, en commençant par les plans de prévention des risques
naturels (PPRN) les plus anciens.
PRÉCONISATION #13
5. Nécessité de prise en compte renforcée en matière d?adaptation d?une logique
systémique, territoriale et transformationnelle
M. David Zambon, du Cerema, note
l?intérêt de l?approche systémique, qui
revient à ne pas traiter une infrastructure
comme un objet donnant lieu une politique
d?entretien et de réparation, mais à voir
celle-ci comme le support d?un service
et une composante du fonctionnement
d?un système à l?échelle d?un territoire.
Ainsi, si une route est fermée à la suite
d?une inondation, faut-il rétablir sans
délai cette route en la préservant de
l?inondation ou peut-on accepter qu?elle
soit fermée un certain temps ou à
certaines périodes, soulignant que la
question s?analyse moins au regard du
fonctionnement de cette infrastructure
isolément que selon son apport au
territoire : existe-t-il des itinéraires
alternatifs et cette route donne-t-elle
accès à un service essentiel pour la
population, par exemple un hôpital ou une
zone d?activité majeure, dans une logique
d?interdépendance ? Faut-il par ailleurs
nécessairement la reconstruire et ce au
même endroit, la question de son utilité
étant essentielle ?
Le report modal vers le ferroviaire et le
fluvial constitue pour le CESE un enjeu
important dans le cadre de l?atténuation
et de l?adaptation des infrastructures.
Le HCC (rapport annuel 2023)
appelle à changer d?échelle et à passer
du mode d?adaptation réactif qui
prévaut aujourd?hui à une adaptation
transformationnelle. Le CESE partage
cette approche et note l?intérêt de
stratégies « sans regret », c?est-à-dire
qui demeureraient avantageuses pour
un territoire ou un pays d?un point de vue
environnemental, économique et social,
même si le reste du monde ne faisait
pas les mêmes efforts d?atténuation et
quel que soit le scénario de changement
climatique.
Le CESE rappelle l?importance de
prendre en compte, parmi les solutions
d?ingénierie à examiner en priorité
dans les opérations d?aménagement,
les solutions d?adaptation fondées
sur la nature, souvent peu onéreuses.
Ainsi, il appelle à considérer arbres,
haies, surfaces non artificialisées,
zones humides? comme des auxiliaires
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d?adaptation au changement
climatique.
Le CESE souligne aussi la
nécessité, dans les mesures mises
en oeuvre pour la protection des
infrastructures, de prévenir la
maladaptation. Ainsi, contre la
montée des eaux, il importe que
les protections mises en place
à un endroit pour protéger une
infrastructure prenne en compte les
effets induits et ne se traduisent pas,
à tout le moins sans que cela n?ait
été anticipé, par une montée des
eaux accrues pour un territoire et
une ou des infrastructures voisines.
Ces questions de fond doivent
être débattues, soumises au débat
parlementaire et à la démocratie
participative, notamment via la
consultation de la société civile
organisée : ainsi, à quel niveau de
risque se préparer et que choisit-
on de protéger en priorité ? Par
exemple, des moyens d?ingénierie
existent pour réduire l?exposition à
des risques climatiques, comme la
mise en place de digue contre les
risques de submersion marine. Mais,
s?il est envisageable de rehausser
des digues selon la montée des eaux
et la force des tempêtes, faut-il le
faire pour toutes les infrastructures
ou seulement pour certaines et
selon quels critères ? De manière
plus générale, quel investissement
consentir pour des infrastructures
plus robustes, à quel prix et pour
quelle efficacité ?
Le CESE appelle l?État, les collectivités territoriales et les opérateurs
gestionnaires d?infrastructures à renforcer la prise en compte d?une
logique systémique, territoriale et transformationnelle dans l?adaptation
des infrastructures, en donnant la préférence à des stratégies « sans
regret », restant avantageuse quel que soit le scénario de changement
climatique, ainsi qu?aux solutions fondées sur la nature et en veillant à
prévenir les risques de maladaptation.
Il appelle pouvoirs publics et acteurs économiques à prendre en compte
l?enjeu du report modal vers le fluvial et le ferroviaire et à le favoriser.
Il préconise aux propriétaires et gestionnaires d?infrastructures de
s?appuyer sur des solutions qui ont montré leur efficacité dans des
pays étrangers et de privilégier le principe de précaution pour les
infrastructures critiques, pour assurer la résilience des territoires,
les activités et la sécurité des personnes.
PRÉCONISATION #14
109
6. Adéquation entre évolution des missions et des moyens des opérateurs de l?État
pour l?adaptation
261? Assemblée nationale, rapport Les moyens consacrés à l?adaptation au changement climatique,
op. cit, (2025), p. 34
262? https://www.vigicrues.gouv.fr/ftp/aide/Maq_VigiCrue_v2A.pdf;
263? Source Météo France, citée par Assemblée nationale, rapport Les moyens consacrés à l?adaptation
au changement climatique (2025).
264? Gouvernement, Document de présentation du PNACC 3, La France s?adapte (mars 2025), p. 183 et 184.
Météo France joue, face au changement
climatique, un rôle essentiel d?expertise et
de diffusion des connaissances. Outre la
conservation de la mémoire des données
du climat, il assure la mise à disposition
du diagnostic du changement climatique
observé et de ses évolutions à venir grâce
à la modélisation du climat. Il élabore ainsi
des projections climatiques de références
globales, nationales et régionales à une
échelle fine qui servent de base aux
données de référence de la TRACC.
Météo France apporte aussi un soutien
en matière de prévisions météorologiques
et d?adaptation à divers de bénéficiaires :
administrations, opérateurs, entreprises
ou particuliers261. Il est enfin chargé de
l?émission des vigilances météorologiques
pour les territoires français de l?Hexagone
et d?Outre-mer.
En matière de montée des eaux, le
service central d?hydrométéorologie
et d?appui à la prévision de inondations
(SCHAPI) joue un rôle important pour
diffuser une information en continu sur les
crues (Vigie crue) et animer le réseau de
vigilance et de prévention des crues et de
l?hydrométrie de l?État262.
Si les travaux de ces organismes,
notamment ceux de Météo France,
sont de grande qualité, ce dernier a
perdu 25 % de ses effectifs entre 2010
et 2022, alors qu?un renforcement de
ses moyens serait nécessaire pour
répondre à de nouveaux besoins dans le
domaine de l?adaptation263. Le recours
accru à l?Intelligence artificielle (IA), s?il
peut permettre d?automatiser certaines
tâches, a besoin d?être accompagné
par des ingénieurs spécialistes qui font
aujourd?hui souvent défaut du fait de
ces contractions d?effectifs. Le service
central d?hydrométéorologie et d?appui
à la prévision des inondations a connu
pour sa part, au début des années 2020,
des fusions d?unités et regroupements
fonctionnels.
Comme noté dans les constats (IV B2),
l?appui à l?ingénierie des collectivités
territoriales et des opérateurs
d?infrastructures dans leur politique
d?adaptation est aussi un enjeu. Les
collectivités territoriales, notamment
communes et intercommunalités,
détiennent une part importante des
infrastructures et sont en première
ligne face aux impacts du changement
climatique, surtout locaux, mais manquent
de capacités d?ingénierie. Ces besoins
ne sont que très partiellement couverts
par la mission d?assistance technique
aux communes mise en place par des
départements pour la voirie ou par
le recours jugé coûteux aux bureaux
d?étude.
La mise en place, en 2019, de l?Agence
nationale de cohésion des territoires
(ANCT), confortée par l?appui technique
du Cerema, puis, fin 2024, le lancement,
d?abord pour 100 collectivités, de la
mission Adaptation ont permis d?y
remédier en partie. La mesure 25 du
PNACC 3 prévoit la pérennisation de
cette mission Adaptation « à moyens
constants en 2025 »264. La mission
Adaptation a permis la création, dans
https://www.vigicrues.gouv.fr/ftp/aide/Maq_VigiCrue_v2A.pdf
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chaque région, d?un guichet unique
constitué par un binôme d?agents
de l?ADEME et du Cerema, qui
accueillent les demandes des
collectivités et autres acteurs, y
répondent ou les orientent vers les
opérateurs associés à la mission ou
vers des référents identifiés à Météo
France, dans les agences de l?eau ou
l?Office Français de la biodiversité
(OFB), entre autres. Selon un
récent rapport parlementaire, la
mission Adaptation mobilise en
2025 pour l?ADEME un coordinateur
au niveau national et 18 référents,
hommes et femmes, en directions
régionales, et pour le Cerema,
23 équivalents temps plein (ETP),
dont un coordinateur national pour
orienter les demandes ou contribuer
à former des chargés de mission en
collectivités265.
L?étude d?I4CE « Adapter la
France à +4 °C : moyens, besoins,
financements » identifie ainsi
une douzaine d?opérateurs clés
qui concourent à l?élaboration,
au conseil à l?ingénierie et à la
mise en oeuvre des politiques
d?adaptation, notamment en matière
d?infrastructures, tels qu?ADEME,
CEREMA, Agences de l?eau,
Conservatoire de l?Espace Littoral
et des Rivages Lacustres (CELRL),
ANCT, BRGM, OFB et ONF. Mais,
si 2024 a vu augmenter les effectifs
de la plupart de ces opérateurs
(hors IGN), dans la durée, leurs
effectifs ont globalement connu une
265? Assemblée nationale, rapport d?information Les moyens consacrés à l?adaptation
au changement climatique (2025), p. 35 à 37.
266? Adaptation au changement climatique : un rapport parlementaire dénonce un Pnacc 3
sous-financé
267? Ibid.
268? Cf. CESE avis Comment favoriser une gestion durable de l?eau (quantité, qualité, partage)
en France face aux changements climatiques ? (2023), p. 20 ou avis Contribution du CESE
à l?élaboration de la stratégie nationale pour la biodiversité 2021-2030(SNB3) (2021).
réduction. Sur 10 ans, le CEREMA
a perdu plus de 580 postes (près
de 20 % de ses effectifs), l?IGN, les
Agences de l?eau ou VNF plus de
10 %.
Ce constat est confirmé par le
rapport parlementaire sur Les
moyens consacrés à l?adaptation
au changement climatique, qui
s?alarme de l?insuffisance des
moyens humains affectés aux
politiques d?adaptation, aggravée
par « une baisse significative
des effectifs du pôle ministériel
[chargé] de l?écologie et de
l?aménagement du territoire ainsi
que des opérateurs »266. Selon
ce rapport, cela a entre autres
pour conséquence que « seules
130 collectivités sont suivies par
la mission Adaptation, [?] alors
que leur besoin en ingénierie est
important et leur rôle crucial dans
la politique d?adaptation » 267. C?est
entre autres le cas des agences
de l?eau, sollicités notamment par
les collectivités territoriales dans
le cadre de leurs compétences
GEMAPI, ou de l?Office Français de
la biodiversité.
Cette évolution, pointée à maintes
reprises par le CESE268, est pour
notre assemblée paradoxale et
dommageable, alors que le PNACC
affirme la nécessité de renforcer
la politique d?adaptation climatique.
Le rôle d?analyse, de prévision,
de prévention des risques et de
conseil des agences nationales en
111
est une composante essentielle. Une
meilleure adéquation entre les missions
et moyens de ces services et opérateurs
de l?État est pour le CESE nécessaire,
afin de leur permettre de disposer de
compétences renforcées au bénéfice
de l?accompagnement des collectivités
territoriales et des gestionnaires
d?infrastructures dans leur démarche
d?adaptation au changement climatique.
Le CESE préconise au Gouvernement, pour répondre aux besoins nouveaux
et aux sollicitations des collectivités et gestionnaires d?infrastructures en
matière d?adaptation au changement climatique, de renforcer l?adéquation entre
les missions et l?ensemble des moyens de Météo France, du service central
d?hydrométéorologie et d?appui à la prévision des inondations (SCHAPI) et du
Cerema dans le cadre de la « Mission Adaptation », pour en faire une véritable
« force opérationnelle ingénierie ».
PRÉCONISATION #15
7. Des spécificités des Outre-mer à prendre en compte
Les onze territoires ultra-marins sont les
parties de notre pays les plus exposées
au changement climatique. A l?exception
de la Guyane, ces territoires sont des iles
et la très grande majorité de la population
(2,2 millions d?habitants dans les DROM
et 600 000 dans les COM, soit 2,8 M.
au total)), ainsi qu?une partie importante
des infrastructures se concentrent sur
les littoraux, où les basses altitudes et la
forte artificialisation du sol engendrent
des risques, en particulier au regard de la
montée des eaux.
Cette montée du niveau des eaux liée
au changement climatique se manifeste
Outre-mer par des phénomènes de
submersion marine, d?érosion du trait de
côte, d?inondations, de salinisation des
terres et des nappes phréatiques. Elle
impacte tous les territoires en Outre-mer
à un horizon temporel plus rapproché que
dans l?Hexagone. Ses effets entraîneront
des conséquences importantes dès 2028
selon le Cerema, avant une accélération
qui touchera massivement les territoires
à partir de 2050, alors que l?Hexagone
sera davantage touché à horizon de 2070
à 2100.
S?y ajoute pour nombre de ces territoires
une exposition particulièrement élevée
aux cyclones et ouragans, comme l?a
rappelé entre autres l?ouragan Irma de
2017, qui a notamment ravagé Saint-
Martin et Saint Barthélémy, ainsi que les
cyclones Garance à La Réunion en 2025,
Chido et Dekeledi à Mayotte.
Du fait de la fragilisation des récifs
coralliens, certains de ces territoires
perdent par ailleurs une partie de leurs
barrières naturelles. Leurs forêts, zones
humides, herbiers ou mangroves, qui
jouent un rôle essentiel pour capter
le carbone (atténuation) ou de zones
tampons lors des inondations (adaptation)
sont souvent dégradés du fait des
activités économiques.
Il y a donc urgence, plus encore que
dans l?Hexagone, à limiter les effets du
changement climatique et à s?y préparer.
Les territoires ultramarins doivent
concilier les objectifs de transition et
d?autonomie énergétique qui doivent être
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abordés et traités ensemble et de
manière complémentaire.
Du fait de la diversité notamment
climatique et institutionnelle dans les
Outre-mer, les solutions adoptées
doivent s?adapter aux particularités
de chaque territoire ultra-marin
ainsi qu?à la géographie particulière
de chacun dans son environnement
régional en travaillant notamment
sur les Schémas d?aménagement
régionaux (SAR).
Le CESE rappelle la nécessité
absolue de maintenir la trajectoire
de réduction des émissions de
GES et demande que la trajectoire
de référence d?adaptation au
réchauffement climatique (TRACC)
ait une valeur normative afin
d?aligner l?ensemble des documents
nationaux et locaux s?y référant269.
Le CESE attire l?attention sur la
nécessité d?agir dès à présent.
Il demande une réponse adaptée
à l?urgence et aux risques, avec
une vision de moyen terme de
l?adaptation et des investissements
à réaliser, et souligne que le coût de
l?inaction face à la montée des eaux
sera, dans tous les cas, beaucoup
plus élevé que celui de l?adaptation. Il
convient de planifier la réponse aux
risques dès maintenant et d?intégrer
les conséquences de la montée
des eaux dans toutes les décisions
publiques, notamment dans les plans
d?aménagement et d?urbanisme et
les documents de planification (plans
de prévention des risques naturels,
notamment) et projets relatifs aux
infrastructures.
269? CESE, avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique
et juste (2023) et avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
270? CESE avis Face au changement climatique, accélérer une adaptation systémique
et juste (2023) op. cit. p. 63.
Le CESE rappelle les préconisations
issues de ses avis récents portant
sur les enjeux et sur les politiques
à mettre en oeuvre pour favoriser
l?adaptation au changement
climatique dans les Outre-mer :
Le CESE préconise au ministère
chargé de la Transition écologique
de développer des stratégies
spécifiques et transversales aux
Outre-mer, notamment dans le
PNACC 3 et dans la stratégie
nationale de gestion intégrée du
trait de côte (SNGITC). Le CESE
demande de revoir les horizons
de temps de ces documents afin
d?intégrer les échéances de moyen
et de long terme de la montée des
eaux, avec des scénarios fondés sur
des études scientifiques.
Le CESE recommande que
l?ensemble des Schémas
d?aménagement régionaux (SAR)
pour les Outre-mer ainsi que les
PCAET, Plans de prévention des
risques et documents d?urbanisme
ou leur équivalent fassent
l?objet d?une analyse détaillée de
l?exposition au risque climatique
selon la nouvelle TRACC. Il demande
que ces analyses associent les
acteurs du dialogue social et
environnemental territorial270.
Le CESE préconise aux préfets
(PPRN) et aux maires (PLU
ou PLUi), chacun dans leurs
compétences, de réviser tous
les documents de planification
et d?urbanisme en Outre-mer,
en intégrant les risques liés à la
montée des eaux, notamment de
non-constructibilité du littoral et de
113
déplacement des infrastructures hors
des zones submersibles, en commençant
par les PPRN) qui ont plus de 10 ans271.
Pour le CESE, « il est indispensable
de moderniser et de développer les
capacités des réseaux électriques
des différents territoires en rapport
avec l?évolution des besoins (et
les nécessités de l?adaptation au
changement climatique) : (entre autres)
271? CESE, avis La montée des eaux dans les Outre-mer (2025).
272? CESE, avis Quelles transitions énergétiques dans les Outre-mer ? (2024), p. 27.
273? Carbone 4 Le rôle des infrastructures dans la transition bas carbone et l?adaptation au changement
climatique de la France, rapport complet (2021), 105p.
274? Audition de M. Alain Grizaud, président de la FNTP (source Carbone4).
sécurisation et efficacité du système
électrique ; résilience du réseau en
cas de catastrophe naturelle (?).
L?État et les collectivités territoriales
responsables et la commission de
régulation de l?énergie (CRE) devront
prévoir un financement dédié dans
les programmations pluriannuelles de
l?énergie (PPE), conformément à leurs
obligations de service public »272.
IV. Axe 4 - Assurer les financements nécessaires
L?aggravation des impacts du changement climatique sur les infrastructures nécessitera
d?augmenter le financement de l?adaptation consacré à celles de ces infrastructures qui
auront été priorisées.
1. Importance des besoins d?investissements et montée en puissance interrompue
des moyens pour l?adaptation
Si les estimations en ce domaine sont
délicates selon le SGPE, des estimations
présentées supra (Constats IV a 1)
donnent un ordre de grandeur.
Selon Carbone 4273 les investissements
additionnels d?ici à 2050 pour réparer
mais aussi se préparer aux impacts du
changement climatique avoisineraient
50 Mds ¤, à parts égales pour le volet
préventif et le volet curatif (25 Mds ¤
chacun). Selon ce cabinet « Un ordre
de grandeur de 1,5 à 2 Md¤ par an
de besoin d?investissement est donc
à garder en tête pour anticiper et/ou
réparer les dégâts causés par la dérive
climatique sur les infrastructures ».
Quant à la FNTP, elle estime « à près de
4,5 Md¤ les investissements additionnels
nécessaires par an entre 2021 et 2050
sur l?adaptation des infrastructures pour
faire face au besoin 274».
Au-delà des variations de montants et
d?échéances, ces estimations convergent
sur l?augmentation importante des
dépenses nécessaires à l?adaptation
des infrastructures, qui s?ajoute aux
besoins d?investissements pour d?autres
volets (hors infrastructures) des politiques
d?atténuation et d?adaptation.
Toutefois, et selon I4CE, il convient de
souligner une montée en puissance
depuis 2020 des moyens consacrés à
l?adaptation dans les divers domaines
de l?action publique concernés par le
changement climatique : « La période
2020-2024 a constitué un réel moment
d?appropriation des enjeux et de montée
en charge des moyens nationaux. A ce
jour, nous n?identifions plus d?angle mort
évident, même si les montants ou le
périmètre couverts restent limités pour
certains domaines ».
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D?après l?étude275, depuis 2020,
les moyens de l?État dédiés à
l?adaptation au changement
climatique ont nettement
progressé, en particulier sur
la période 2020-2024, pour
atteindre 1,7 Md¤ en 2025 (crédits
budgétaires, moyens pour les
opérateurs publics, les institutions
financières publiques et les
entreprises de service public). « Il
s?agit principalement d?enveloppes
créées ou rehaussées pour la mise
en oeuvre de mesures d?adaptation
via les Agences de l?eau et divers
dispositifs comme le Fonds Vert,
le Fonds Barnier ou encore les
appels à projets France 2030.
Il s?agit également de moyens
dédiés au soutien à la recherche et
l?innovation ainsi qu?aux démarches
d?adaptation via des capacités
d?ingénierie et d?animation ».
Mais, si les moyens débloqués l?ont
été en majorité sur la période 2020-
2024, entre autres via des appels
à projets France 2030, la période
plus récente, depuis 2025, marque
un tournant, avec une montée des
incertitudes sur la poursuite de
la dynamique et quant au maintien
des financements. « Qu?il s?agisse
des budgets spécifiquement
dédiés à l?adaptation ? comme le
Fonds Vert, certains dispositifs de
France 2030 ? ou plus largement
des crédits des missions de l?État
concernées par le changement
climatique, 2025 marque la fin de
la dynamique de montée en charge
(des) dernières années ».
275? Adapter la France à + 4°C: moyens, besoins, financements - I4CE septembre 2025
Une conférence dédiée au
financement des infrastructures,
la conférence nationale des
infrastructures, a été mise en
place à la fin du premier semestre
2025. Elle « vise à assurer de
manière pérenne le financement
des besoins en infrastructures de
transports en longue période, afin
de régénérer et de moderniser
les réseaux, d?augmenter l?offre
de transports, notamment en
accompagnant les mobilités du
quotidien et d?accélérer la transition
écologique des mobilités au travers
de leur décarbonisation et de
l?adaptation des infrastructures
au changement climatique ». Les
infrastructures de transports
nécessiteront en effet, comme déjà
souligné, plusieurs Md¤ par an à
l?horizon 2030. Cette conférence
devrait jouer un rôle pour assurer
les financements en les augmentant
et en les réorientant. Pour le CESE,
il convient de veiller à ce que la
mise en place de cette structure,
au-delà de l?effet d?annonce,
permette d?avancer dans la durée
sur le financement de la transition
énergétique et notamment de
l?adaptation au changement
climatique des infrastructures
de transport, comme l?ont noté
plusieurs des personnalités et
organismes auditionnés pour
l?élaboration du présent projet
d?avis, ainsi que le rapport
Ambitions France transports. Des
conférences sur le financement des
infrastructures de transport se sont
tenues dans le cadre d?Ambitions
France Transport au deuxième
trimestre 2025.
https://www.i4ce.org/publication/adapter-france-quatre-degres-moyens-besoins-financements-climat/
115
Notons toutefois que, selon I4CE,
plusieurs dizaines de Md¤ de dépenses,
sans être explicitement dédiées,
contribueraient effectivement à
l?adaptation. Les montants atteindraient,
pour les seules infrastructures, 7,2 Md¤
d?investissement dans leur régénération
et modernisation, dont 5,1 Md¤ pour
celles de transport et 2,1 Md¤ pour
les réseaux électriques (cf. tableau en
annexe II).
Pour réussir la transition vers des
infrastructures résilientes, il convient
de sécuriser les ressources financières
adéquates. Des dispositifs de
financements, nouveaux ou peu mobilisés
dans le champ des infrastructures,
peuvent être mobilisés : l?allocation
d?une partie des recettes fiscales issues
de l?utilisation des infrastructures à la
gestion des catastrophes et aux efforts
de résilience ; la dotation de certaines
infrastructures du statut d?Établissement
public à caractère industriel et
commercial (EPIC) pour en faciliter les
co-financements ; le développement
de partenariats publics-privés (PPP)
équilibrés afin de réduire la charge
financière pesant sur chaque partie et
de faciliter le transfert de connaissances
276? Voir Stanislas Jourdan, Rens van Tilburg, Aleskandar Simic, Brenda Kramer et Gaston Bronstering, A green
interest rate for the Eurozone: evaluating the design choices. Sustainable Finance Lab 2024 ; et Éric Monnet
et Jens van?t Klooster, Using green credit policy to bring down inflation- what central bankers can learn from
history, London school of economics, Grantham institute on climat change, 2023.
277? Voir Financer l?avenir sans creuser la dette, Fondation Nicolas Hulot, 2011 ; Reprendre le contrôle
de la dette ? Pour une réforme radicale de la monnaie, du crédit et des banques, Adair Turner, Éditions
de l?Atelier, 2017 ; Une monnaie écologique, Odile Jacob, Alain Grandjean et Nicolas Dufr?ne, 2020 ;
Le pouvoir de la monnaie, Transformons la monnaie pour transformer la société, Jézabel Couppey-
Soubeyran, Pierre Delandre, Augustin Sersiron, Les Liens qui Libèrent, 2024.
et de bonnes pratiques. Il conviendra
néanmoins dans ce dernier cas de
sécuriser les responsabilités et avantages
attendus dans la phase d?exploitation
des infrastructures. Garantir la maîtrise
publique sur des infrastructures
stratégiques d?intérêt général, comme
celles liées au transport, doit demeurer
une priorité. Selon les infrastructures
concernées, les pistes de gestion en
régie publique ou via des établissements
publics doivent donc être privilégiées.
Par ailleurs, il conviendrait de noter
et d?explorer de nouvelles pistes de
financement, telles les suivantes :
Î Réduire le coût du financement des
investissements de transition via la
mise en place par la Banque centrale
européenne (BCE) d?un taux réduit
de refinancement des banques, en
fonction de la part des crédits qu?elles
accordent à des projets « verts »
(tels que définis par la taxonomie
européenne)276 ;
Î Reprendre la maîtrise de la création
monétaire pour l?orienter davantage
vers la transition écologique277.
https://sustainablefinancelab.nl/wp-content/uploads/sites/334/2024/09/A-green-interest-rate-for-Europe.pdf
https://sustainablefinancelab.nl/wp-content/uploads/sites/334/2024/09/A-green-interest-rate-for-Europe.pdf
https://www.lse.ac.uk/granthaminstitute/publication/using-green-credit-policy-to-bring-down-inflation-what-central-bankers-can-learn-from-history/
https://www.lse.ac.uk/granthaminstitute/publication/using-green-credit-policy-to-bring-down-inflation-what-central-bankers-can-learn-from-history/
https://www.fnh.org/wp-content/uploads/2020/10/110502_financer_lavenir_sans_creuser_la_dette.pdf
https://www.decitre.fr/livres/reprendre-le-controle-de-la-dette-9782708245136.html
https://www.decitre.fr/livres/reprendre-le-controle-de-la-dette-9782708245136.html
https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/sciences-de-la-terre/une-monnaie-ecologique_9782738152220.php
https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Le_pouvoir_de_la_monnaie-747-1-1-0-1.html
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Le CESE appelle les pouvoirs publics, Gouvernement et Parlement,
à une augmentation significative et à une réorientation des financements
pour accompagner l?adaptation des infrastructures qui auront été
priorisées en lien avec une politique d?aménagement du territoire
équilibrée et coordonnée. Il appelle le Gouvernement à mettre en place
de manière pérenne, par une législation cadre et une programmation
pluriannuelle, la Conférence de financement des infrastructures, à
réfléchir à l?opportunité et aux modalités d?élargir le domaine concerné
au-delà des seules infrastructures de transport, ainsi qu?à sécuriser
les financements en faveur d?infrastructures résilientes en développant
des modèles économiques innovants.
PRÉCONISATION #16
2. La nécessité d?engager une réflexion nationale sur le financement
de l?adaptation des infrastructures au changement climatique
278? Le rapport d?information de l?Assemblée nationale L?adaptation de l?aménagement du territoire
au changement climatique, rapporté par MM. Philippe Fait et Fabrice Barusseau (juin 2025)
et celui déjà cité Les moyens consacrés à l?adaptation au changement climatique, présenté
par M. Tristan Lahais et Mme Eva Sas (juillet 2025) indiquent n?avoir pas identifié de moyens
supplémentaires pour financer le PNACC 3 ou couvrir les coûts des mesures prioritaires.
279? Assemblée nationale, rapport Les moyens consacrés à l?adaptation au changement climatique,
op. cit.
Au-delà des seules infrastructures
de transport, la mise en oeuvre
du PNACC 3 se fait pratiquement
à moyens constants, comme
l?ont noté plusieurs travaux
parlementaires parus à l?été 2025278.
Elle repose principalement sur le
redéploiement de fonds existants,
notamment le Fonds Vert et le Fonds
Barnier. Le financement de plusieurs
mesures d?adaptation du PNACC
dépend effectivement du Fonds Vert
(telles la mesure 7 du PNACC Se
préparer à l?augmentation attendue
des incendies de forêts et de
végétation, la mesure 13 Renaturer
les villes pour améliorer leur
résilience ou la mesure 27 Mieux
prendre en compte l?adaptation
au changement climatique dans
les financements en faveur de
la transition écologique). Mais
ces mesures sont distinctes des
mesures 30, 31 et 32 portant sur les
infrastructures.
Le Fonds Barnier a pour sa part été
augmenté dans la loi de finances
initiales pour 2025 pour atteindre
300 M¤, « mais l?État encaisse en
regard 450 M¤ pour la part de la
surprime Cat Nat prélevée sur les
contrats d?assurance dédiés à la
prévention des risques »279.
Mais les autorisations d?engagement
du Fonds Vert ont été ramenées
de 2,5 Md¤ en loi de finances
initiales pour 2024 à 1,6 Md¤
en exécution, et, dans la loi de
finances initiales pour 2025, 1,15
Md¤ seulement a été budgété en
117
autorisations d?engagements, avant une
coupe budgétaire de 63 M¤ à la suite du
décret d?annulation du 25 avril 2025. Ces
fonds, mis sous pression, ne permettent
pas de répondre aux besoins financiers
croissants en matière d?adaptation et ne
sont pas destinés au financement des
infrastructures.
Des financements dédiés à l?adaptation
des agences de l?eau figurent aussi
dans le PNACC 3 en soutien budgétaire
à diverses actions, mais sans que la
ventilation budgétaire de ces actions ne
soit précisée.
Pour remédier au manque de
connaissances des dépenses publiques
consacrées à l?adaptation, le projet
« Datadapt », mené par I4CE avec le
soutien de l?ADEME et du ministère de la
Transition écologique, vise à permettre
la mise à disposition d?informations
actualisées sur les moyens publics
engagés et sur les besoins pour
l?adaptation de la France au changement
climatique. A terme, l?objectif poursuivi
par ce projet consiste à « structurer
un « observatoire économique pour
l?adaptation », qui permettra de fournir
des éléments sur le suivi des moyens
humains et financiers consacrés à
l?adaptation » ainsi que sur les écarts
entre les besoins et les moyens
effectivement mis en oeuvre pour y
répondre280.
Si l?estimation exacte des coûts à venir
liés à l?adaptation des infrastructures au
défi du changement climatique à 2050
et a fortiori à plus long terme apparaît
délicate, diverses études convergent
quant à l?importance des besoins
financiers qui en découleront. Les débats
en ce domaine sont à ce stade menés de
manière fragmentée, différents acteurs
280? Assemblée nationale, rapport d?information.
281? I4CE Adapter la France à +4 °C, : moyens, besoins et financements (septembre 2025).
avançant dans le ou les domaines qui les
concernent des pistes de propositions de
financement, comme le relève I4CE dans
une étude récente281.
La contribution directe des usagères
et usagers pour financer les besoins
d?adaptation des infrastructures et
services concernés est souvent évoquée,
entre autres à travers les tarifs de l?eau,
de l?électricité ou des transports. Mais la
capacité des acteurs et de la population
à supporter une hausse des tarifs en ce
domaine et leur acceptabilité sociale sont
incertaines et cette évolution pourrait
risquer d?accroître les inégalités au sein
de la population.
La question de la solidarité est aussi
posée. Entre les territoires, des
mécanismes de péréquation pourraient
permettre que les collectivités les
plus riches sur le plan fiscal ou les
moins exposées à un risque puissent
soutenir celles moins bien dotées ou
particulièrement exposées, par exemple
devant le risque d?inondation ou de
baisse d?enneigement. Le recours à la
solidarité nationale est aussi invoqué,
d?autant que l?effet de taille lié à l?échelle
nationale permet par nature une
certaine répartition du risque et que cela
s?inscrit dans la logique de la prise en
charge par l?ensemble de la collectivité
des conséquences des événements
climatiques, incarnées notamment
par le régime d?indemnisation des
catastrophes naturelles. Cette solidarité
est revendiquée face à différents risques,
qu?il s?agisse de montée des eaux pour
des territoire littoraux ou de réduction
de l?enneigement pour des territoires de
montagne. Cette approche pose toutefois
la question de sa soutenabilité à long
terme.
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118
L?étude déjà citée d?I4CE note que
structurer cette approche apparaît
souhaitable pour :
Î Mieux appréhender les pistes
identifiées, avec leurs avantages,
inconvénients et limites ;
Î Mettre en cohérence des
discussions menées de façon
disjointe dans divers secteurs ;
282? I4CE Adapter la France à +4 °C, : moyens, besoins et financements (septembre 2025) p. 45 à 48.
Î Définir une hiérarchie entre
priorités et la place de la solidarité
nationale pour l?adaptation282.
Cela pourrait justifier une réflexion
et un débat sur la place respective à
faire à la responsabilité individuelle,
à l?incitation à la prévention et
à la solidarité nationale dans le
financement de l?adaptation des
infrastructures au changement
climatique.
3. Quelles pistes et options pour des moyens financiers supplémentaires ?
Plusieurs types de ressources
financières sont susceptibles d?être
mises à contribution pour amplifier
le financement de l?adaptation des
infrastructures au changement
climatique.
3.1. Vers un rôle ou un périmètre
élargi des concessions
autoroutières ?
Les concessions autoroutières
permettent à l?État de confier
à des entreprises privées le
financement, la construction,
l?exploitation et l?entretien des
autoroutes. En contrepartie, les
sociétés concessionnaires sont
rémunérées par les péages. Le
contrat de concession est établi
pour une durée déterminée et, à
la fin de ce délai, les autoroutes
sont restituées à l?État. Aujourd?hui,
90 % des autoroutes sont gérées
par 19 sociétés concessionnaires
d?autoroute (SCA). Les autoroutes
non concédées ne donnent pas
lieu à péage et sont gérées par la
DGTIM. Les principaux contrats
de concession se terminent entre
fin 2031 et septembre 2036. Cela
donnera l?occasion de repenser
l?organisation des autoroutes
aujourd?hui concédées et de
réfléchir à la fixation d?un niveau de
péages qui concilie acceptabilité
des usagers et dégagement de
ressources nouvelles pour financer
notamment le reste des transports.
Le rapport Ambition France
Transports de juillet 2025 relève
le rôle central du maintien des
péages à un niveau voisin de l?actuel
pour générer des ressources
supplémentaires pour les
transports. L?arrivée à expiration
des principales concessions
autoroutières entre fin 2031 et fin
2036 donne l?occasion de dégager
des recettes supplémentaires pour
financer les transports : la majeure
partie du réseau étant construite,
maintenir un niveau de péage
proche de l?actuel dégagerait un
excédent de recettes. A contraria,
la suppression totale des péages
conduirait à une perte pour les
finances publiques d?environ 10 Md¤
par an, alors que les besoins de
régénération et d?adaptation des
infrastructures n?ont jamais été
aussi élevées. Ce rapport estime
« le surplus annuel qui pourrait
119
être dégagé de manière réaliste
en année pleine à partir de 2037, à
l?expiration des concessions historiques,
à environ 2,5 Md¤/an (euros 2025).
( ) La conférence Ambition France
Transports a envisagé que ces recettes
supplémentaires puissent conforter
le modèle de la nouvelle AFITF et
financer en priorité la régénération et la
modernisation des réseaux routiers non
concédés, ferroviaires et fluviaux ».
Le ministre Philippe Tabarot, en
conclusion de la conférence Ambition
France Transports au CESE, annonçait
en juillet 2025 une loi-cadre pour les
nouveaux équilibres du système de
financement des infrastructures de
transport et une loi de programmation
pour fixer une trajectoire de financement.
Il annonçait aussi le maintien des péages
autoroutiers dans le cadre d?un nouveau
modèle de concession, couvrant des
périmètres géographiques renouvelés,
d?une durée plus courte, avec un
système d?encadrement de la rentabilité
et des clauses de revoyure tous les
cinq ans, ainsi qu?un fléchage à 100 %
des recettes associées aux nouvelles
concessions vers les investissements de
transports.283 Concernant l?avenir des
concessions autoroutières, des travaux
seront également menés dans le cadre du
programme annuel de travail du Haut-
commissariat, en lien avec les ministères
concernés.
La question se pose par ailleurs de
savoir quels pourraient être les apports
des SCA à l?entretien et à l?adaptation
des infrastructures au changement
climatique, le cas échéant avant même la
fin des contrats de concession. M. Rainier
d?Haussonville, secrétaire général du
groupe SANEF, observait que les contrats
de concession, s?ils sont reconduits,
283? Discours de Philippe Tabarot à la Conférence Ambition France Transports du 9 juillet 2025.
devraient être très vraisemblablement
revus sous divers aspects. Une hypothèse
d?évolution pourrait être l?intégration
dans le périmètre des contrats de
concession de sections routières
aujourd?hui non concédées pour les sujets
d?investissements, ce qui impliquerait des
réflexions sur les modèles d?équilibre et
la rémunération. Il notait par ailleurs que,
depuis la loi du 6 août 2015 élargissant
les compétences du régulateur aux
activités routières (transport par autocar
et autoroutes), il est possible, sous le
contrôle de l?Autorité de régulation des
transports (ART), de modifier un contrat
de concession pour faire face, soit à des
besoins nouveaux identifiés localement,
soit à des besoins qui n?auraient pas été
vus au début du contrat, ce qui pourrait
permettre d?engager la réflexion en
concertation avec les acteurs du secteur
sans attendre la période 2031 à 2036
et le retour à l?État des autoroutes
concédées. Pourraient être envisagées
dans ce cadre, pour assurer l?entretien
des infrastructures et leur adaptation au
changement climatique, une mobilisation
des marges de manoeuvre offertes par
la possibilité de modifier en cours de
contrat certaines modalités du contrat
des concessions autoroutières.
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Le CESE recommande
au Gouvernement, avec
les acteurs du secteur, de
repenser l?organisation des
autoroutes actuellement
concédées, ainsi que de
mener une réflexion sur
une intégration dans le
périmètre des contrats de
concession autoroutières, de
sections routières aujourd?hui
non concédées donnant
immédiatement accès à
l?autoroute, pour assurer leur
entretien et pour contribuer
ainsi à l?adaptation de ces
infrastructures au changement
climatique, ainsi que sur les
modèles d?équilibre et la
rémunération qui pourraient y
être associés.
En aucun cas l?extension du
périmètre des autoroutes
ne doit déboucher sur un
péage supplémentaire des
utilisateurs actuels : les routes
gratuites doivent le rester, tout
en garantissant par ailleurs la
pérennité du niveau actuel de
ressources issues des péages
autoroutiers.
PRÉCONISATION #17
284? Ministère de l?Ecologie, du Développement durable et des transports la circulation à 4? tonnes
conditions de circulation et démarches à accomplir, décret n)2012-1359 du 4 décembre 2012
relatif au poids total roulant autorisé des véhicules terrestres à moteur. Des conditions techniques
sont à respecter, notamment des limitations strictes de charge pour les essieux du véhicule
à moteur et de la remorque. La dimension des camions est limitée à 18,75 mètres de long.
3.2. Favoriser le report des poids
lourds sur les voies autoroutières
et dissuader la circulation des
camions les plus lourds sur des
voies secondaires ou communales
inadaptées
En France, les véhicules de
transport routier de plus de
quatre essieux sont autorisés à
circuler entre 40 et 44 tonnes sur
le territoire national pour tous les
types de marchandises284. Au niveau
européen, la révision de la directive
européenne 96/53/CE « Poids
et dimension » du 25 juillet 1996
a reçu le feu vert du Parlement
européen en mars 2024. Elle vise
à autoriser la circulation dans l?UE
des méga-camions, poids lourds
pouvant mesurer jusqu?à 25 mètres
de long et peser jusqu?à 60 tonnes,
avec deux remorques attachées.
La révision du texte européen vise
à permettre aux méga-camions de
traverser plus aisément les États-
membres de l?UE. Aujourd?hui, pour
qu?un véhicule de plus de 40 tonnes
puisse traverser une frontière, un
accord est nécessaire entre les
deux pays concernés, sinon, franchir
la frontière est interdit. La directive
est en attente de la position du
Conseil. Si elle est adoptée, dès
lors qu?un Etat membre autorise
les méga-camions sur son territoire
pour le trafic domestique, les méga-
camions étrangers peuvent circuler
aussi sur les routes de cet État.
121
Des méga-camions circulent déjà dans
plusieurs pays européens (Allemagne,
Pays-Bas, Finlande, Suède?). Pour leurs
partisans, ces poids lourds permettent de
réduire la consommation de carburant à
la tonne transportée et les émissions de
GES car ils favorisent le transport de plus
de marchandises d?un seul coup et ainsi
une réduction du nombre de camions
circulant et de trajets. Les opposants
aux méga-camions y voient à l?inverse
le risque que la rentabilité économique
de ce système rende encore moins
avantageuse l?alternative des modes
ferroviaire, fluvial et/ou du transport
combiné, et ne permette de ce fait, ni
de désengorger les routes, ni de réduire
les émissions de GES. Est par ailleurs
mise en avant l?inadaptation des routes
françaises à l?accueil de ces poids lourds,
« contrairement à la Finlande ou à la
Suède, aux autoroutes très droites »285.
En Suisse, l?utilisation des autoroutes ne
donne pas lieu à des frais de péage. En
revanche, à l?entrée dans ce pays, une
redevance annuelle doit être acquittée
pour utiliser les autoroutes suisses, les
voies rapides et semi-autoroutes, avec,
d?une part, une vignette autoroutière
annuelle de 40¤ pour les véhicules
jusqu?à 3,5 tonnes et, d?autre part, une
redevance pour les poids lourds de plus
de 3,5 tonnes. En France, si le transport
routier de marchandises est effectué en
majorité (52 %) sous pavillon français,
une forte part du fret est transporté par
des poids lourds sous pavillon étranger.
Cette contribution à l?usage des
infrastructures sur les poids lourds en
transit pourrait, si elle était mise en place,
prendre en compte l?âge des flottes et
les distances parcourues pour orienter
285? Mme Karima Deli, présidente de la commission des Transports et du tourisme au Parlement Européen,
citée par Toute l?Europe, article « Méga-camions : le Parlement européen donne son feu vert
pour une circulation plus libre » (12 03 2024).
286? Audition de M. Frédéric Cuillerier, représentant de l?AMF.
vers le report modal ferroviaire et fluvial,
quand cela est possible, une partie des
trajets longue distance pour lesquels ils
peuvent être pertinents. Cela supposerait
une évolution de la position de l?Union
européenne et du droit européen de la
concurrence, ce qui nécessiterait une
action du Gouvernement en ce sens
auprès des instances communautaires et
un accord de nos partenaires au sein de
l?UE.
Les faibles marges commerciales dans
le transport routier peuvent inciter
des entreprises de transport routier et
leurs chauffeurs, qu?il s?agisse du reste
d?entreprises françaises ou étrangères,
à éviter autoroutes et péages pour
n?emprunter que des routes nationales
ou secondaires, voire communales. Or,
ces dernières, si elles sont gratuites
d?utilisation, ne sont pas adaptées à
des poids lourds au-delà d?un certain
poids et leur chaussée s?abîme de ce
fait beaucoup plus vite, les effets du
changement climatique accentuant
cette fragilisation286. Le développement
du GPS, qui permet les déplacements
sur des itinéraires secondaires ou mal
connus, a renforcé ce type de pratiques
et les problèmes de dégradation des
petites routes ou des ponts qui en
découlent.
Ambition France Transports propose
pour sa part d?élargir de manière
progressive les mécanismes d?éco-
contribution territoriale sur les poids
lourds empruntant certains réseaux
routiers locaux très fréquentés,
notamment par les poids lourds en transit.
Des expérimentations sont en cours dans
la Collectivité européenne d?Alsace et la
Région Grand Est. La mise en place de
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nouvelles éco-contributions par les
régions nécessiterait de rouvrir par
la loi le transfert de réseaux routiers
à ces dernières et d?être concerté
avec les transporteurs pour assurer
l?opérationnalité de ces mesures.
Une autre option pourrait selon
Ambition France Transports
résider dans la « mise en place
de majoration ciblée des péages
poids lourds sur les autoroutes
concédées qui font face à
des congestions importantes,
comme le permet une disposition
de la directive européenne
Eurovignette ». Une mesure de cet
ordre devrait toutefois s?appuyer
sur des études objectivant la
congestion et la pollution sur les
tronçons concernés et les recettes
qui en résulteraient être affectées
à des investissements pour réduire
la congestion. Cette majoration
pourrait être mise en place sur
« certains grands axes autoroutiers
à péage traversant la France vers
et depuis la Belgique et l?Allemagne
d?une part, et l?Espagne d?autre
part, très fréquentés par des poids
lourds en transit. Elle pourrait
générer, selon le périmètre et le
niveau de majoration choisis, entre
quelques dizaines et quelques
centaines de M¤ »287.
287? Rapport Ambition France Transports : financer l?avenir des mobilités (juillet 2025), p. 20.
288? De telles mesures d?interdiction doivent être motivées et peuvent être justifiées par les
caractéristiques de la chaussée qui ne permettent pas d?accueillir dans de bonnes conditions
la circulation de poids lourds. Les restrictions apportées à la liberté de circulation doivent être
strictement nécessaires à la préservation de la chaussée et proportionnées aux exigences
de la préservation. Par ailleurs, avant d?interdire la circulation des poids lourds sur une route,
l?autorité doit proposer un itinéraire de déviation, qui peut être une autoroute à péage.
289? Le non-respect de l?interdiction permanente d?accès de certaines routes à certaines catégories
de véhicules est une infraction punie d?une amende de 750¤ pour une personne physique
ou de 3 750¤ pour une personne morale. https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/
F33698#:~:text=Sanctions&text=Le%20non%2Drespect%20de%20l,%E2%82%AC%
20pour%20une%20personne%20morale.;
Quoi qu?il en soit de l?avenir des
taxes envisagées, la détérioration
de nombreuses routes secondaires,
départementales ou communales
en particulier, et d?infrastructures
telles que des ponts, du fait de la
circulation de nombreux camions
d?un tonnage auquel elles sont
inadaptées, souvent pour du trafic
de transit qui pourrait emprunter
d?autres voies, nécessite qu?une
réponse y soit apportée, d?autant
que les effets du changement
climatique en amplifieront les
conséquences.
Cela nécessite pour le CESE
une combinaison de mesures :
d?une part, un renforcement
des mesures d?interdiction de
la circulation des poids lourds
de fort tonnage en transit sur
certaines routes communales ou
départementales dont la chaussée
est inadaptée à leur poids, ce
qui relève de la compétence du
maire ou du président du Conseil
départemental288 ; d?autre part, une
majoration des amendes289 quand
une contravention à ces interdictions
est constatée ; en troisième lieu,
un renforcement du nombre
des contrôleurs des transports
terrestres. Les effectifs de ces
agents et agentes des DREAL qui
ont la possibilité d?accéder aux
informations des poids lourds
123
pour veiller au respect des normes
sociales et des voies empruntées ainsi
que des heures de conduite, et jouent
donc un rôle important pour le contrôle
de la circulation des poids lourds, sont
290? Direction générale du Trésor, « Les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone » (2025).
en effet de 300 agents et agentes, et
méritent d?être mis en adéquation avec le
renforcement nécessaire du nombre des
contrôles et l?importance de leur mission.
Dans l?optique d?une harmonisation au niveau européen, le CESE appelle
le Gouvernement, pour diminuer le nombre des véhicules circulant et les inciter
à prendre l?autoroute, à appuyer auprès des autorités communautaires une
évolution du droit européen afin de faire contribuer l?ensemble des poids lourds
utilisateurs, y compris les poids lourds en transit, à l?entretien et au renouvellement
des infrastructures. Il lui demande d?organiser dans cette perspective une
grande conférence avec toutes les parties prenantes. Le CESE appelle maires et
présidents de conseils départementaux à renforcer les restrictions de circulation
aux poids lourds sur les voies relevant de leur compétence qui sont inadaptées
à ces circulations. Il appelle le Gouvernement à impulser un renforcement des
contrôles routiers appliqués aux poids lourds sur les routes départementales
et communales dépourvues d?aménagements spécifiques et sur les ponts, pour
veiller au respect de la réglementation et limiter leur usure prématurée, et à mettre
en adéquation les effectifs des contrôleurs des transports terrestres relevant
des DREAL afin de lutter plus efficacement contre le dumping environnemental,
économique et social.
PRÉCONISATION #18
3.3. Utiliser une partie accrue
des produits financiers provenant de
l?automobile (amendes, stationnement)
pour la rénovation/adaptation des
infrastructures
L?automobile est à l?origine de nombreux
types de recettes fiscales, via les taxes
sur les carburants, le produit des
amendes de police, ainsi que diverses
redevances, auxquelles s?ajoute le
produit des concessions autoroutières.
Ainsi, en 2022, la Taxe intérieure
de consommation sur les produits
énergétiques (TICPE) a rapporté
30,3 Md¤ en comptabilité nationale,
dont 16 Md¤ vont au budget général
de l?État, 8 Md¤ aux régions, qui
peuvent en majorer les taux, 5 Md¤ aux
départements et 1,2 Md¤ à l?Agence
de financement de infrastructures de
transport (AFITF). Mais cet impôt repose
sur la consommation d?essence et de
gazole, assiette carbonée vouée à se
réduire avec l?électrification du parc.
Selon les estimations d?une étude, les
recettes de TICPE se réduiront d?environ
8 Md¤ à l?horizon 2030290.
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124
Les recettes tirées par l?État
des concessions autoroutières
se sont élevées en moyenne, de
manière directe et indirecte, à
environ 4 Md¤ par an291. Les
recettes des amendes radars
atteignaient 965 millions d?euros
en 2023292. M. Cuillerier, de
l?AMF, notait en audition que l?État
perçoit la grande majorité des
recettes liées à l?automobile, alors
que les collectivités territoriales
et notamment les communes
supportent une grande part des
coûts liés à l?entretien de la voirie.
Une affectation d?une part accrue
des recettes tirées par l?Etat
de l?automobile à l?entretien et à
l?adaptation par les collectivités et
notamment les petites communes
des infrastructures de transport
dont elles ont la gestion pourrait
contribuer à améliorer leur
acceptabilité et fournirait des
recettes pour leur financement.
Ambition France Transports pointe
d?autres ressources existantes
prélevées sur les transports et
réallouées depuis le budget général.
Elle propose la mise en place d?un
« mécanisme permettant de lever
une dette spécifique pour résorber
la dette grise du réseau routier
national non concédé, qui serait
remboursée à partir de 2032
291? La fiscalité applicable aux SCA permet néanmoins à l?Etat de bénéficier d?une partie
des recettes tirées par les SCA des autoroutes. Selon les SCA, l?activité des concessions
autoroutières auraient rapporté à l?Etat près de 50 Md¤ entre 2006 et 2018, répartis
entre fiscalité spécifique (taxe d?aménagement du territoire
et redevance domaniale) et fiscalité générale (impôts sur les sociétés et TVA).
(rapport du Sénat).
292? Sur ce total, 340 M¤ reviennent à la Délégation à la sécurité routière et au fonctionnement
du contrôle automatique, 221 M¤ à l?AFITF, c?est-à-dire à l?entretien et à la rénovation des
infrastructures de transport, 201 M¤ au désendettement de l?Etat 187 M¤ aux collectivités
territoriales et 26 M¤ pour améliorer la prise en charge des blessés de la route. Quant au
produit des amendes relatives à la circulation routière, sa répartition est proportionnelle,
pour les communes, au nombre de contraventions dressées l?année précédente sur leur
territoire, et pour les départements, au nombre de kilomètres de la voirie départementale.
par une partie des excédents
dégagés par les autoroutes à l?issue
des concessions historiques ».
Les ateliers d?Ambition France
Transports ont proposé par ailleurs
de mobiliser diverses ressources
fiscales nouvelles, dont certaines
portant sur le mode routier (voitures
ou poids lourds) présentées
ci-après, pour financer des
priorités d?investissement dans les
transports :
La hausse du malus poids, taxe
assise sur la vente de véhicules
neufs dépassant un certain poids,
qui vise à pénaliser l?achat de
véhicules générant beaucoup
d?émissions de CO2 à la construction
et dont le poids favorise une usure
accélérée de la voirie, est une autre
piste identifiée. La loi de finances
pour 2025 prévoit une baisse du
seuil de déclenchement du malus
poids à 1 500 kg en 2026 et son
extension aux véhicules électriques
avec un abattement de 400 kg.
La baisse du seuil de 1 500 kg à
1 400 kg produirait 400 M¤/an de
recettes supplémentaires et une
suppression des abattements dont
bénéficient les véhicules hybrides
une recette de 200 M¤/an.
125
La loi du 22 août 2021 portant lutte
contre le dérèglement climatique et le
renforcement de la résilience face à ses
effets prévoit la réduction progressive à
horizon 2030 du taux réduit de TICPE293
dont bénéficient les transporteurs
routiers de marchandises sous forme
d?un remboursement partiel. Chaque
relèvement de 1 c¤/l de ce taux réduit
apporte une ressource de 70 M¤ /an
environ, et une suppression générerait
à terme des recettes supplémentaires
d?environ 1,2 Md¤/an.
Enfin, Ambition France Transports
propose de mettre en place une taxe sur
la livraison de colis à domicile en zone
urbaine, assise sur le chiffre d?affaires
des grandes entreprises de e-commerce.
« Elle pourrait générer selon le taux et le
périmètre retenu de 50 à 200 M¤ »294.
Le CESE suivra avec attention l?issue qui
sera accordée aux conclusions de ces
travaux.
Le CESE appelle le
Gouvernement à étudier la
possibilité et les modalités de
l?affectation aux collectivités
territoriales d?une part accrue
des recettes perçues par
l?État de diverses ressources,
dont les amendes liées à
l?automobile et à son usage.
PRÉCONISATION #19
293? Taux réduit : 45,19 c¤/l, contre60,75 c¤/l pour le taux normal.
294? Source association Respire, citée par Ambition France transports, p. 23.
295? Vie publique.fr : « épargne réglementée : 956 Md¤ d?en cours en 2024 »
3.4. Créer un outil de mobilisation
de l?épargne et mieux mobiliser les fonds
européens
L?épargne des ménages atteint dans
notre pays un taux élevé (18,2 % de leurs
revenus disponibles selon l?Insee) et, avec
le vieillissement de la population, il est
probable que ce phénomène s?accentue
dans les années à venir, la propension à
épargner s?accroissant fortement avec
l?âge.
Pourrait être envisagée dans ce contexte
la mise en place, via la Caisse des Dépôts
ou le système bancaire, d?une épargne
dédiée, le cas échéant inspirée du livret
de développement durable solidaire
(LDDS), pour contribuer au financement
de l?adaptation des infrastructures au
changement climatique.
Le LDDS, géré par le système bancaire,
est, dans la limite de 12 000¤, rémunéré
à 1,70 % net au 1er septembre 2025, ses
intérêts sont défiscalisés et l?épargne
reste disponible à tout moment. Le
détenteur du LDDS peut contribuer à
des projets de développement durable
et solidaire, une partie de l?épargne
du livret étant utilisée pour financer
des projets environnementaux. Au
31 décembre 2024, le nombre de LDDS
s?élève à 26,3 millions, en progression de
6 % sur deux ans, pour un encours de
160 Md¤295.
Une option pourrait consister à
« transformer progressivement les
conditions financières du LDDS pour le
dédier exclusivement à la transition via
une nouvelle capacité d?investissement
dans des fonds labellisés, des obligations
vertes ou de transition ». Un avis
récent du CESE propose par ailleurs
d?augmenter le plafond du LDDS pour
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accroître les ressources disponibles
et accommoder la demande dans
la mesure où ce livret est attractif
et où les plafonds sont atteints
pour une partie des détenteurs.
« Les modalités pour l?épargnant
resteraient inchangées, avec une
épargne garantie accessible à
tout moment »296. Sa mobilisation
partielle pourrait donc constituer
un apport important pour le
financement de l?adaptation des
infrastructures. La création d?un
livret de même type pourrait aussi
être envisagée par l?Etat pour
financer des projets d?adaptation
d?infrastructures critiques au
changement climatique, ainsi que
d?autres moyens de financement
tels que les emprunts d?Etat ou les
emprunts d?avenir.
Dans ce même avis, le CESE relève
que « le cadre budgétaire européen
est souvent mentionné pour
justifier des limites du recours à
l?endettement. Pourtant, en 2020,
face à la Covid, la suspension
des règles encadrant les déficits
budgétaires et les dettes publiques
a été adoptée ». Les règles
relatives au respect des critères de
Maastricht (3 % de déficit public
et 60 % d?endettement) ont depuis
été rétablies et le Conseil de l?Union
européenne a approuvé le 26 juillet
2024 la recommandation d?ouvrir
des procédures de déficit excessif
à l?encontre de sept pays membres,
dont la France. « Une certaine
flexibilité pourrait toutefois être
négociée par les pays, notamment
en termes d?horizon temporel. Le
CESE propose d?encourager les
296? CESE, avis Financer notre stratégie énergie-climat : donnons-nous les moyens
de nos engagements, p. 89.
297?CESE, RAEF 2024, p. 103.
États à engager l?équivalent de
2 points de PIB supplémentaires
par an dans les investissements
verts et de les sortir si besoin des
critères européens de la règle des
3 % ».
Le Rapport annuel sur l?état de la
France (RAEF) 2024 distingue trois
types d?investissements à réaliser
pour la transition climatique : les
investissements verts rentables,
vers lesquels il est nécessaire
d?orienter davantage les fonds
privés ; les investissements à la
rentabilité incertaine, qui peuvent
être pris en charge par les
banques d?investissement ; les
investissements sans rentabilité
mais indispensables d?un point
de vue écologique et social, qui
peuvent être financés uniquement
par des subventions. L?avis relevait
que le mode de financement de
ces investissements fait débat :
« certains économistes, telle
Jézabel Couppey-Soubeyron
(université de Paris I), plaident
en faveur d?un financement
monétaire dégagé de la dette
pour les investissements non
rentables. D?autres, tel Xavier
Ragot (OFCE), sont favorables à
la fiscalité et pensent préférable
de répartir l?effort de manière
équitable par l?impôt, avec un débat
démocratique sur les contributeurs
et les modalités »297.
Plusieurs fonds européens peuvent
donner lieu à des financements à
finalités écologiques. Un dispositif
mis en place par l?UE dans le cadre
de la programmation 2021-2027
concerne les macro-régions. Une
127
macro-région est une zone géographique
composée d?États membres et de pays
tiers (c?est-à-dire non-membres de l?UE)
pour faire face à des défis communs
d?ordre environnementaux, économique
et sociétaux. Les stratégies macro-
régionales ne sont pas dotées d?un budget
propre, mais tous les programmes et
fonds européens doivent les prendre en
compte dans le financement de projets.
Sur le plan financier, l?inconvénient est
donc de ne pas avoir accès à un type
d?aide particulier mais avec l?avantage que
la stratégie a accès à une diversité d?aides
européennes selon l?action recherchée.
Les stratégies macro-régionales de l?UE
sont lancées et demandées via le Conseil
européen par les Etats membres de l?UE
concernés situés dans une même zone
géographique. Après demande du Conseil
européen, les stratégies sont élaborées et
adoptées par la Commission européenne.
Ainsi, il s?agit surtout d?initiatives
intergouvernementales. Les partenaires
associés (Etats membres, régions,
municipalités, associations ou ONG,
etc.) doivent trouver un partenariat, un
mécanisme de collaboration adéquats et
une coordination des actions conduites.
Il existe à ce stade quatre macro-régions,
dont la stratégie de l?UE pour la région
alpine, à laquelle participe la France.
L?Union européenne a adopté sa nouvelle
stratégie d?adaptation au changement
climatique (qui fait suite à la première
de 2013) en 2021, avec pour objectif
d?adapter l?UE aux effets inévitables du
changement climatique et de devenir
résiliente en 2050. Cette politique
poursuit quatre objectifs clés :
une adaptation plus intelligente, en
s?appuyant notamment sur la plate-
forme internationale Climate-Adapt,
pour mieux connaître et faire connaître
les problématiques d?adaptation, une
approche systémique, le renforcement de
l?action internationale et l?inscription dans
le Pacte vert pour l?Europe.
Le CESE demande au
Gouvernement de mobiliser
l?épargne des ménages en
utilisant davantage le Livret
de développement durable
et solidaire (LDDS) au
service de l?adaptation des
infrastructures et en créant un
nouveau livret d?épargne sur
un modèle proche de celui du
LDDS, appuyé sur les banques
ou la Caisse des dépôts.
Le CESE appelle le
Gouvernement à soutenir la
création de Macro-régions
transfrontalières pour
favoriser le financement
de projets communs visant
entre autres à l?adaptation
d?infrastructures.
PRÉCONISATION #20
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V. Axe 5 - Conforter les capacités du système
assurantiel dans ce nouveau contexte
L?expansion, d?ici 2050 et au-delà,
des risques liés au changement
climatique et l?émergence des
risques systémiques interrogent, par
son ampleur, les fondements mêmes
de l?assurance, et notamment les
principes de mutualisation et de
modélisation des risques. Pour les
actuaires, un risque est assurable s?il
remplit trois conditions : un contrat
doit établir un transfert de risque
d?une partie à une autre ; l?aléa doit
être prédictible et le montant de la
sinistralité soutenable ; le nombre
de vendeurs et d?acheteurs de
risque doit être suffisant (logique
de marché). Si, pour renforcer leur
assiette financière, les assureurs
peuvent faire appel à la réassurance,
quand le risque n?est plus un aléa,
il devient inassurable. Or, certains
risques, autrefois aléatoires, tendent
à devenir prédictibles et sortent de
ce fait du champ de l?assurabilité
définie supra. Ainsi, le dérèglement
climatique fait peser un risque
existentiel à l?assurance. Mais, pour
les assureurs, le risque assurantiel
lié au climat porte surtout sur les
biens immobiliers d?habitation,
d?entreprises et bâtiments publics,
et peu sur les infrastructures, pour
lesquelles leur exposition est plus
faible.
Comme noté supra, État,
collectivités territoriales et
opérateurs publics gestionnaires
d?infrastructures doivent veiller
à la continuité des services dits
essentiels malgré leur vulnérabilité
aux effets du changement
climatique, mais une part très
minoritaire des infrastructures est
assurée, voire, pour nombre d?entre
elles, assurables. Même si certaines
collectivités rencontrent des
difficultés à trouver un assureur qui
accepte de les couvrir, le nombre
d?acteurs de l?assurance présents
sur le marché des collectivités étant
très réduit, la grande majorité des
petites communes de l?Hexagone
est assurée.
Le « Roquelaure » de l?assurabilité
des territoires (avril 2025) a
débouché sur une Charte nationale
d?engagement pour l?assurabilité
des collectivités, sur un Plan pour
l?assurabilité des collectivités
territoriales et la création d?un
service CollectivAssur auprès du
Médiateur de l?assurance pour
orienter et aider les collectivités à
trouver une solution assurantielle.
Le Roquelaure préconise de mettre
en place dans les intercommunalités
et communes un gestionnaire
des risques/préventeur et de
faciliter la mobilisation des outils
de la solidarité nationale. Le
Gouvernement s?est engagé à
proposer d?ici le PLF 2026 une
modernisation de la dotation de
solidarité (DSEC) (qui concernerait
les infrastructures non assurées
et notamment les routes) en
faveur de l?équipement des
collectivités territoriales et de
leurs groupements touchés par
des évènements climatiques ou
géologiques. L?objectif mis en avant
est de « faciliter la mobilisation
des outils de solidarité » (point
3 de la Charte), notamment pour
assouplir la définition des biens non
assurables, raccourcir les délais
d?indemnisation et revoir la notion de
construction à l?identique, dans une
optique d?adaptation au changement
climatique.
129
L?engagement 4 du « Roquelaure » vise par
ailleurs à mieux renforcer la prévention
et la culture du risque via la formation
des agents et agentes des collectivités
territoriales et la professionnalisation de
la fonction de manageur ou manageuse
des risques dans les départements et
intercommunalités ; l?association des
représentants et représentantes des
assureurs aux côtés des élus et élues
locaux, aux concertations locales et
nationales sur la prévention des risques
naturels majeurs et l?adaptation au
changement climatique ; mise à disposition
des collectivités par le Cerema d?outils de
prévention des risques naturels majeurs,
de diagnostics de vulnérabilité, et des
données cadastrales de la DGFIP298.
Les difficultés ayant entraîné
l?organisation du Roquelaure semblent
ainsi en grande partie réglées, mais
les décisions prises concernent
surtout les risques assurables, et peu
les infrastructures. Pour les risques
assurables, le régime d?indemnisation des
catastrophes naturelles en France vient
de voir une augmentation de 12 à 20 %
(soit plus 75 %) de la taxe Cat nat.
A ce stade, le nombre des assureurs
attirés par la couverture des risques sur
les infrastructures reste toutefois faible,
les risques non couverts apparaissant
mal cernés du fait du régime mixte dans
lequel se trouvent nombre de collectivités
et de la relative méconnaissance de
celles-ci quant à leur patrimoine et aux
risques encourus. Le marché apparaît
par ailleurs relativement peu rentable.
La place faite aux appels d?offre,
qui laissent une faible visibilité aux
assureurs sur l?ampleur du risque assuré
et de possibilité de dialogue avec les
collectivités est aussi une difficulté.
298? Plan pour l?assurabilité des collectivités, points 3 et 4.
Il est essentiel pour une collectivité de
connaître la totalité de ses risques, c?est-
à-dire ce qu?elle devrait rebâtir ou réparer
en cas de sinistre. De même, pour
l?État, assureur en dernier ressort des
territoires, réaliser une cartographie des
principaux risques non couverts par les
assurances en matière d?assurance serait
nécessaire. Le lancement d?Infraclimat,
plate-forme de visualisation des risques
climatiques sur les infrastructures,
lancée par la FNTP pour aider les acteurs
publics et notamment les collectivités
à mieux comprendre la nature des
vulnérabilités est à cet égard positif.
La cellule CollectivAssur récemment
mise en place pour répondre à des
besoins spécifiques des diverses
collectivités, pourrait-elle jouer le
rôle d?un Observatoire de l?Assurance
des collectivités et suivre de façon
quantitative le nombre de collectivités
locales en difficulté assurantielle ?
Cela devrait permettre d?objectiver
et de matérialiser la réalité du risque
de l?inassurabilité des collectivités,
en distinguant celles qui ne trouvent
pas d?assurance via notamment les
appels d?offre infructueux, de celles qui
bénéficient d?offre mais les déclinent en
raison d?un prix jugé trop élevé.
Certains biens (immobilier ou
infrastructures) sont autoassurés car
il n?existe pas, au moins à ce stade, de
solution assurantielle, soit parce que
le montant en jeu est modéré, soit
parce que l?utilisation du bien n?est
pas jugée vitale et que le bien ne sera
pas reconstruit en cas de problème.
Ce sont notamment ces deux sujets qui
nécessitent d?envisager les solutions
à y apporter. Faire en sorte, dans un
contexte d?accroissement du fait du
changement climatique des risques
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pesant sur les infrastructures,
qu?il y en ait davantage d?assurées
suppose notamment une meilleure
connaissance des biens, la mise en
place de mesures prévention et de
protection pour réduire la fréquence
et l?impact du sinistre. Cela
contribuerait à réduire le risque, à
rassurer l?assureur et à augmenter
son appétence à contracter.
D?autres biens sont assurés mais
avec un niveau de franchise : la
question est de savoir si le niveau de
la franchise est acceptable pour la
commune.
Pour soutenir la remise en état
de biens des collectivités de
l?Hexagone réputés non assurables
(et de fait non assurés) frappés
par des évènements climatiques
et géologiques graves, l?Etat met
depuis 2008 à disposition une
Dotation Exceptionnelle de solidarité
(DSEC), dotée de 30 M¤ en
2025299.
Si une collectivité n?est pas assurée
sur tel ou tel équipement ou si les
franchises sont trop importantes, la
question est de savoir si sa surface
financière est suffisante pour faire
face, sur ses fonds ou via un prêt en
cas d?intervention d?un évènement
climatique. Ou y aurait-il possibilité
d?une autre « solution chapeau »
(car si un bien ou un équipement
n?est pas assuré, le régime Cat
Nat ne joue pas). Faut-il pour cela
créer en plus du DSEC, pour la
partie des infrastructures qui n?est
pas assurée, un régime public de
réassurance ? Faut-il un fonds
pour mutualiser les risques sur les
infrastructures cofinancé par l?État
et les assureurs (la difficulté risquant
299? I4CE, étude Adapter la France à +4°C : moyens, besoins, financements (septembre 2025), p. 12.
d?être de convaincre les assureurs,
car cela porte précisément sur les
biens qu?ils n?ont pas voulu assurer).
Il conviendrait en ce cas de veiller
à ce que ce rôle d?assureur des
collectivités en dernier ressort
joué par l?État ne conduise pas des
collectivités à volontairement se
sous-assurer ou à ne plus faire de
prévention suffisante.
Il importe de renforcer la
prévention/protection en amont.
C?est ce que vise à faire le fonds
Barnier, (Fonds de prévention
des risques naturels majeurs
FPRNM), qui aide à subventionner
l?investissement pour réduire le
risque climatique. Il peut ainsi par
exemple aider une collectivité à
racheter des habitations pour
l?expropriation, à réduire un
risque par de la prévention pour
une entreprise, mais pas aider
une collectivité à développer
la prévention pour ses propres
biens. Etendre aux infrastructures
le rôle du fonds Barnier pour la
prévention en amont pourrait être
envisagé, mais, si cette option est
retenue, cette extension de son
champ d?application et la montée
des risques qui en résultera
nécessiterait d?abonder son
financement.
Il apparaît pour le CESE souhaitable
d?accroître le nombre d?assureurs
intervenant sur le marché de
l?assurance des collectivités, de
renforcer la part des infrastructures
assurées face aux risques liés
au changement climatique, de
manière à mieux les couvrir et
à réduire encore le nombre de
collectivités ne parvenant pas à
131
s?assurer. Si certaines infrastructures
ne sont effectivement pas assurables,
telles les routes, d?autres pourraient
sans doute l?être, tels certains ponts ou
tunnels par exemple. Il est par ailleurs
nécessaire de faire progresser la culture
des risques parmi les collectivités
territoriales, ainsi que, en lien notamment
avec les assureurs, les mesures de
prévention qu?elles adoptent. Etendre
aux infrastructures le fonds Barnier,
qui permet de financer des mesures de
prévention des risques, constitue sans
doute une piste, mais avec quels moyens
financer cette extension de son champ ?
Dans le prolongement du Roquelaure de l?assurabilité des territoires,
le CESE appelle le Gouvernement à installer une « mission » sur l?assurabilité
des infrastructures, pilotée par les autorités publiques compétentes, réunissant
les assureurs, les réassureurs et leurs représentantes et représentants, dont France
assureurs, et une représentation des élues et élus ainsi que de la société civile.
Il préconise à l?État, aux collectivités territoriales et aux opérateurs propriétaires
et/ou gestionnaires d?infrastructures d?utiliser la cartographie des risques,
des services techniques et des estimations de coûts des assureurs au service
des infrastructures.
Il demande au Gouvernement de développer la prévention en envisageant
l?extension du fonds Barnier de prévention au domaine des infrastructures,
de créer, avec les assureurs, à destination des collectivités territoriales et des
opérateurs gestionnaires d?infrastructures, des outils d?incitation à la prévention
(bonus réduction/effacement du risque), ainsi que de renforcer la Dotation
exceptionnelle de Solidarité (DSEC).
PRÉCONISATION #21
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Les infrastructures, telles que les voies et
ouvrages qui permettent les transports de
personnes et de marchandises ainsi que les
réseaux d?énergie, d?eau et d?assainissement,
structurent et irriguent l?espace. Elles
constituent pour la France un patrimoine
essentiel. Cependant, elles sont souvent
insuffisamment entretenues, parfois de
longue date, constituant une « dette grise »
qui rend nombre d?entre elles vétustes et
tend à les fragiliser. Or, comme mesuré par le
GIEC, le changement climatique s?accentue,
ce plus vite encore en France qu?en moyenne
mondiale, et les infrastructures sont de plus
en plus vulnérables face à ses multiples effets,
entraînant des dégradations accélérées et
des coûts considérables.
Certes, une prise de conscience a
commencé, avec la mise en oeuvre de
mesures d?adaptation300 comme le Plan
National d?Adaptation au changement
climatique (PNACC) et la trajectoire de
référence du réchauffement climatique
(TRACC) à + 4 °C pour la France d?ici à 2100.
Mais celles-ci restent insuffisantes et doivent
être poursuivies et renforcées, en veillant à
prévenir la maladaptation. L?avis vise entre
autres à contribuer à accélérer et à amplifier
la prise en compte de ces enjeux par les
pouvoirs publics, par les acteurs privés et
par le grand public car « chaque dixième de
degré compte ».
300? Un glossaire définissant ces termes et utilisant
notamment les travaux du HCC et/ou du GIEC figure
en annexe.
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Le CESE souligne l?enjeu d?investir dans
l?adaptation des infrastructures pour
prévenir les risques liés aux changements
climatiques dans un souci de sobriété,
pour contribuer à l?atténuation du
changement climatique et améliorer
leur résistance et leur résilience face à
ses effets. L?augmentation considérable
des coûts de prévention et d?adaptation
des infrastructures doit être anticipée
via une priorisation intégrant approche
systémique et logique de solidarité. Il
s?agit, selon le mot du climatologue italien
Filippo Giorgi, de « gérer l?inévitable et
éviter l?ingérable ».
D?une adaptation sectorielle qui pourrait
engendrer des reports de vulnérabilité
sur des domaines ou territoires voisins,
il faut passer à une adaptation intégrée,
transformatrice et concertée, pour
assurer son efficacité ainsi que sa
dimension démocratique et de justice
sociale.
L?impératif et l?urgence sont d?autant
plus grands que, comme souligné par
nombre de personnalités et d?organismes
interrogées pour cette saisine, le coût de
l?inaction serait en ce domaine beaucoup
plus élevé encore que celui de l?action
et que, même s?ils constituent des coûts
qui peuvent être jugés très importants,
ces investissements dans l?atténuation et
l?adaptation, notamment via des solutions
durables et innovantes, représentent
aussi des opportunités de développement
et d?emploi.
Le CESE formule en ce domaine
vingt-et-une préconisations, dont
quatre lui semblent particulièrement
indispensables :
Il appelle les propriétaires et
gestionnaires d?infrastructures à estimer
précisément le coût de l?adaptation des
infrastructures dans les territoires et à y
inclure, en le distinguant, le montant de
la « dette grise » résultant des retards
cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien, y compris
préventif. Cela pourra se faire en faisant
appel si besoin au concours du Cerema si
les gestionnaires n?ont pas la compétence
nécessaire.
Il appelle l?État à mettre en place une
gouvernance nationale intégrée des
infrastructures. Celle-ci devra être fondée
sur une stratégie interministérielle pilotée
par le Secrétariat général à la planification
écologique (SGPE). La mise en oeuvre
coordonnée des investissements sera
assurée par le Secrétariat général
pour l?investissement (SGPI) et par le
Haut-Commissariat à la stratégie et au
Plan. Elle aura aussi un rôle de conseil
en matière de priorisation et de suivi
élargi confiés au Conseil d?orientation
des infrastructures (COI), ouvert à la
société civile et aux parties prenantes.
Cette stratégie interministérielle devra
se traduire par une programmation
pluriannuelle des investissements dans le
cadre prévu à la préconisation n°11.
Le CESE appelle État, collectivités
territoriales et opérateurs à amplifier les
investissements après appréciation de
leur utilité dans le cadre d?une analyse
systémique et prospective, pour résorber
progressivement la « dette grise »
imputable à la longue période de sous-
investissement dans la maintenance des
infrastructures. Il préconise d?engager
sans attendre les travaux préventifs
de remise à niveau des infrastructures
les plus dégradées, de mettre à profit
ces investissements pour renforcer
dans une logique systémique l?apport
des infrastructures à l?atténuation du
changement climatique et d?y intégrer
de manière systématique un « réflexe
adaptation » prenant en compte les
potentielles évolutions d?usage.
Il appelle les pouvoirs publics,
Gouvernement et Parlement, à une
augmentation significative et à une
réorientation des financements
pour accompagner l?adaptation des
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infrastructures qui auront été
priorisées en lien avec une politique
d?aménagement du territoire
équilibrée et coordonnée. Il
appelle le Gouvernement à mettre
en place de manière pérenne,
par une législation cadre et une
programmation pluriannuelle,
la Conférence de financement
des infrastructures, à réfléchir
à l?opportunité et aux modalités
d?élargir le domaine concerné
au-delà des seules infrastructures
de transport, ainsi qu?à sécuriser
les financements en faveur
d?infrastructures résilientes
en développant des modèles
économiques innovants.
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136
Agir autrement pour l'innovation sociale
et environnementale
Ne pas investir aujourd?hui n?est pas
une économie, c?est une dette.
En 2025, les catastrophes naturelles
on coûté plus de 100 milliards
d?euros, parce qu?il y a vingt ans, on
a jugé la décarbonation trop chère.
Parce qu?il y a vingt ans, on a préféré
attendre.
Résultat : canicules, inondations,
infrastructures fragilisées.
La France porte une dette grise,
invisible dans les comptes, mais bien
réelle sur le terrain.
Ce que nous n?investissons pas
maintenant coûtera beaucoup plus
cher demain.
L?avis formule des préconisations
pertinentes :
Î intégrer adaptation et atténuation ;
Î ou encore donner la priorité aux
stratégies dites «?sans regret?»
et aux solutions fondées sur
la nature.
Cette transformation de nos
réseaux, qui va au-delà de la simple
maintenance, est une occasion
unique d?accélérer la transition
écologique : développement d?éco-
matériaux, soutien aux champions
de la transition écologique,
nouveaux modèles économiques
équilibrés, mobilisation de l?épargne
durable. Construire la résilience
peut créer des emplois qualifiés
et améliorer cohésion sociale et
solidarité territoriale, y compris
pour les Outre-mer particulièrement
exposés.
Pour autant, nous regrettons
que cet avis ne propose pas une
réflexion nouvelle sur le modèle
infrastructurel hérité des Trente
Glorieuses.
Les solutions fondées sur la nature
et le génie écologique, pourtant
déterminants pour la gestion de l?eau
et l?adaptation littorale, auraient ainsi
mérité d?être développés.
Les enjeux de sobriété, d?allègement
de certaines infrastructures et de
réduction de l?empreinte carbone
du transport restent insuffisamment
traités.
Surtout, les évolutions nécessaires
des pratiques de mobilité et des
modèles productifs, ainsi que
la question du rôle des usagers
dans le financement de certaines
infrastructures, auraient justifié
selon nous un débat plus ambitieux?:
les émissions des transports sont
aujourd?hui les plus difficiles à
réduire, l?électrification ne suffira
pas, nous devons repenser les
usages et pratiques ? donc les
infrastructures, avant de les refaire
pour un demi-siècle voire plus.
Transformer le risque
environnemental en opportunités de
cohésion, d?innovation, d?emplois et
de meilleure gestion des finances
publiques de long terme, voilà le cap
que notre groupe porte au CESE.
Déclarations des groupes
137
Agriculture
Notre pays a la chance de disposer d?un
réseau d?infrastructures au maillage
dense, historiquement très organisé avec
l?objectif de garantir à chacun l?accès
à des services essentiels mais aussi à
assurer une dynamique économique et
sociale à tous les territoires.
Mais cet atout précieux présente
aujourd?hui des faiblesses inquiétantes ;
l?état des infrastructures est préoccupant
et les aléas climatiques font peser un
risque accru sur tous les réseaux.
Ici encore, la France connaît un déficit
majeur d?investissements pourtant
indispensables à plusieurs titres :
entretenir l?existant, résorber cette dette
grise vertigineuse, assurer l?adaptation de
nos infrastructures au risque climatique.
Notre pays devra disposer d?une
cartographie rigoureuse des besoins, se
doter d?une stratégie globale ambitieuse
et résoudre une équation budgétaire
complexe qui supposera des outils
innovants et aussi, comme le souligne
l?avis, des priorisations courageuses.
Le groupe de l?agriculture a été sensible
à la préconisation 18 relative au
transport routier des marchandises. La
concurrence est forte dans le secteur du
commerce, en particulier des produits
alimentaires ; les règles ne sont pas
les mêmes partout. Une harmonisation
européenne est indispensable.
Nous portons également un grand intérêt
à la préconisation 21 sur l?assurabilité des
infrastructures. Les enjeux de l?assurance
sont de plus en plus prégnants avec la
multiplication des incidents climatiques.
La gestion des infrastructures ne fait pas
exception. Nous rejoignons la proposition de
la préconisation 21 de mettre en place une
« mission » assurantielle. Il nous paraît urgent
d?accélérer la réflexion sur la question.
Le groupe a voté pour.
Alternatives sociales
et écologiques
Le développement d'infrastructures
a été vecteur de progrès social.
Mais on observe aujourd'hui une
forme de naturalisation des besoins
d'infrastructures, comme si elles
étaient toutes par essence nécessaires
et bénéfiques. De nombreux projets
d?infrastructures de transport ? comme
l'autoroute A69, la ligne ferroviaire Lyon-
Turin ou le méga-canal Seine Nord Europe
? illustrent cette logique de captation des
financements au profit de la multiplication
des seuls échanges commerciaux.
Or, dans le contexte actuel de crise
écologique et sociale, nous devons plutôt
nous demander : quelles infrastructures
voulons-nous réellement maintenir ou
transformer ? Le choix doit être fondé sur
leurs impacts environnementaux et leurs
utilités sociales. Oui, les investissements
sur les infrastructures doivent être
priorisés sur les services publics
qu'elles rendent et les populations qui en
bénéficient.
L'avis reconnaît la nécessité de prioriser
les infrastructures à adapter en
fonction de leur vulnérabilité, mais sans
interroger suffisamment leur utilité ni
leurs externalités négatives ? pollution,
artificialisation, nuisances ? qui affectent
principalement les classes populaires.
S'il insiste à juste titre sur la nécessité
d'une action coordonnée pour résorber
la « dette grise » et évoque des pistes
de financement intéressantes, le
texte soutient les partenariats public-
privé, assortis de quelques garde-
fous nous saluons mais que nous
jugeons insuffisants. L'adaptation des
infrastructures ne doit pas alimenter
la financiarisation, mais faire l'objet
d'avantage de maîtrise publique, au
service de l'intérêt général. Ce n?est
pas la financiarisation qui fournira des
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solutions aux communes at aux
territoires les moins bien dotés.
L'adaptation au changement
climatique doit être pensé dans une
perspective écologique soutenable
et socialement juste pas comme une
opportunité économique.
En conclusion, si nous partageons
globalement le diagnostic, notre
désaccord avec certaines
approches et préconisations a
conduit le groupe Alternatives
sociales et écologiques à s'abstenir
sur cet avis. Nous avons néanmoins
tenu à saluer le travail sérieux
des rapporteurs et de l'équipe
administrative.
Artisanat et
Professions libérales
Les infrastructures ? réseau routier,
ferroviaire, fluvial, d?électricité,
d?eau - sont des piliers de la vie
économique et sociale, comme de
l?attractivité des territoires.
Or, tout ce patrimoine est
aujourd?hui doublement fragilisé.
En raison d?une part, de son
vieillissement et de sa dégradation
liée à un sous-investissement
chronique dans son entretien
(la « dette grise ») ; en raison
d?autre part, de l?accélération et
de l?amplification des effets du
changement climatique.
L?avis appelle à recenser, sur
l?ensemble du territoire, l?état des
infrastructures dans toute leur
diversité, tant au regard de leurs
vulnérabilités actuelles que face
aux risques climatiques à venir. Il
invite ensuite à passer à l?action sans
attendre afin de les protéger, dans
une approche à la fois pragmatique
mais aussi préventive et anticipatrice.
Le groupe Artisanat et Professions
libérales partage pleinement ces
enjeux.
Pour les mettre en oeuvre, l?Avis
décline une série de préconisations
dont plusieurs nous semblent
particulièrement structurantes.
La mise en place d?une
stratégie nationale à dimension
interministérielle nous semble
nécessaire pour assurer un
véritable pilotage de la politique
d?infrastructures, sur la base
d?une cartographie complète de la
situation de celles-ci.
Cette stratégie ne saurait toutefois
réussir qu?en s?appuyant sur un
dialogue régulier et structuré avec
les collectivités territoriales, afin
de prendre en compte les besoins
locaux, y compris à l?échelle des
bassins de vie notamment sur les
questions de mobilité.
Au regard des services
fondamentaux qu?offrent les
infrastructures en réponse aux
besoins des activités économiques
comme à ceux de la population,
le groupe ne peut que partager
la nécessité d?amplifier les
investissements publics et privés,
afin non seulement de rénover
celles qui sont dégradées, mais
aussi d?engager dès maintenant
les travaux de modernisation et
d?adaptation nécessaires pour
réduire la sensibilité de chacune
face au changement climatique. Il
nous semble également fondamental
de prévoir une programmation
pluriannuelle des investissements
publics qui donnerait de la visibilité
aux maîtres d?ouvrage.
Si les besoins financiers pour
remettre à niveau les infrastructures
et les adapter au changement
climatique sont considérables,
139
l?Avis nous rappelle que ceux-ci sont
toujours moindres lorsqu?ils sont conduits
de manière préventive. Les reporter,
c?est en effet prendre le risque de
mise à l?arrêt d?une infrastructure avec
des conséquences financières bien
supérieures.
Alors que les collectivités territoriales
gèrent la grande majorité des routes
et des ponts, nous considérons
qu?il est fondamental qu?elles soient
accompagnées tant en termes
d?ingénierie que de financement.
Parmi les leviers de financement identifiés
par l?avis, le groupe retient la réaffectation
d?une partie des taxes liées à l?automobile
au profit des routes et des ponts gérés
par collectivités territoriales, ou encore la
mobilisation de l?épargne avec la création
d?un nouveau livret dédié à l?adaptation
des infrastructures.
Ces pistes présentent le mérite de
réorienter en priorité des ressources,
tout en limitant la pression financière sur
les usagers, même si celle-ci ne peut être
totalement exclue.
Le groupe approuve par ailleurs, la
proposition d?une action au niveau
européen sur le sujet de la participation
des poids lourds à l?entretien et au
renouvellement des routes et des
ponts qu?ils empruntent, et de veiller
dès maintenant à la bonne application
des restrictions de circulation qui leur
sont applicables sur certaines voies
départementales ou communales.
Alors que la performance et la résilience
de l?ensemble des infrastructures
conditionnent la vitalité de nos territoires,
le groupe partage l?ambition portée par
cet avis, en estimant que certaines de
ses préconisations pourraient enrichir
le récent projet de loi-cadre ciblé sur les
transports.
Le groupe Artisanat et Professions
libérales a donc voté favorablement l?avis.
Associations
Les domaines ne manquent pas dans
notre société, tels que le climat,
l?éducation ou la santé où le manque
d?anticipation et de prévention se paient
chers.
Nos infrastructures, liées à l?énergie ou
au transport, n?échappent pas à cela,
étant doublement affectées par les
effets du changement climatique et de
la « dette grise », celle-ci résultant des
retards cumulés dans les investissements
nécessaires à leur entretien. Notre
« déficit d?adaptation » se creuse et nous
devons prévenir la « maladaptation »,
pour éviter des réponses aggravant
des effets potentiels sur le changement
climatique ou accroissant les
vulnérabilités.
N'oublions pas que les 11 territoires
ultra-marins sont les plus exposées au
changement climatique, notamment face
à la montée des eaux, avec parfois des
cyclones et ouragans qui impactent ces
territoires de façon plus rapprochée que
dans l?Hexagone.
Il nous faut continuer à repenser nos
modes de vies et nos solidarités face
à une adaptation des infrastructures
pour diminuer leurs contributions aux
émissions de gaz à effet de serre et
améliorer leur résistance/résilience au
réchauffement et aux aléas climatiques.
Cette démarche doit intervenir dans un
souci de sobriété, de solidarité et de
prévention des risques, en évitant toute
nouvelle artificialisation et la destruction
des écosystèmes.
Le ministère en charge de l?équipement
doit encourager et faciliter l?utilisation
d?éco-matériaux (notamment recyclés)
et de nouveaux matériaux plus adaptés
tout en accompagnant l?évolution des
compétences et des conditions de
travail pour les salariées/salariés des
gestionnaires d?infrastructures.
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140
L?État doit pouvoir mettre en place
une gouvernance nationale intégrée
des infrastructures accompagnées
d?une loi de programmation
pluriannuelle, fondée sur une
stratégie interministérielle. Ceci en
lien avec les régions, départements
et communautés locales avec des
dispositifs de participation de la
population qui soient adaptés.
Car c?est précisément sur le
respect du droit de l?environnement,
de l?expertise scientifique, des
aspirations réelles des habitantes et
des habitants, et sur la construction
de leur adhésion aux projets que se
situe aujourd?hui le point de rupture.
L?actualité récente, qu?il s?agisse de
l?A69 ou du projet de contournement
de l?agglomération lyonnaise, montre
à quel point ces principes sont trop
souvent ignorés par les décideurs
publics, au prix de tensions sociales
évitables et au bénéfice de projets
dont la pertinence, largement datée,
est de plus en plus contestée.
Le groupe des associations a voté
en faveur de cet avis.
CFDT
Les infrastructures sont le substrat
technique nécessaire à la cohésion
des territoires et à l?égal accès
de toutes et tous à des services
essentiels comme les déplacements,
les communications, l?énergie...
La France était reconnue pour la
qualité de ses infrastructures, fruit
d?une politique d?aménagement du
territoire qui visait à réduire les
inégalités, une finalité aujourd?hui
doublement menacée par un défaut
de maintenance et de prévention
des risques climatiques.
Il est nécessaire de développer
une politique d?adaptation de
nos infrastructures anticipatrice
et volontariste dans un but de
transition juste, particulièrement
dans les territoires ultramarins
Cet avis pose clairement les trois
questions de l?ambition, des moyens
et de la méthode pour y parvenir.
Sur l?ambition, la CFDT souligne
tout particulièrement l?importance
de concrétiser une politique
d?adaptation engageante grâce à une
loi de programmation pluriannuelle
articulée avec les territoires et à
une gouvernance mieux coordonnée
qui permette de prioriser, de
planifier et de mettre en oeuvre ces
investissements.
Sur les moyens, la CFDT rejoint les
préconisations visant à identifier
« la dette grise » et à la résorber
progressivement, en mobilisant de
nouvelles ressources, notamment
en direction des collectivités,
telles que les péages autoroutiers,
une contribution sur les flux
de poids-lourds en transit, ou
les recettes de contravention
réprimant le dumping social et
environnemental. Nous soutenons
également le renforcement des
services publics d?ingénierie (Météo
France, CEREMA, ADEME, BRGM)
indispensables à la collecte de
données fiables pour la construction
d?une politique d?adaptation.
Sur la méthode, la CFDT juge
très pertinente de préconiser
une approche systémique qui
permette à la fois d?intégrer les
enjeux d?atténuation du changement
climatique, en misant par exemple
sur le report modal vers le fluvial
et le ferroviaire, et d?adaptation, en
prenant en compte les potentiels
changements d?usage des
infrastructures existantes.
La CFDT vote cet avis.
141
CFE-CGC
La CFE-CGC souhaite saluer la qualité et
l?ambition de ce projet d?avis, qui met en
lumière un enjeu fondamental pour notre
pays.
Les infrastructures quel que soit leur
nature ne sont, en effet, pas que de
simples ouvrages techniques. Elles sont
le socle de la continuité économique, de
la cohésion territoriale et du quotidien
de nos concitoyennes et concitoyens. Ce
patrimoine stratégique est cependant
aujourd?hui fragilisé par une double
réalité : une dette grise issue de
décennies de sous-investissement et
une exposition croissante à des aléas
climatiques plus fréquents, plus intenses
et plus coûteux.
Pour la CFE-CGC, ce constat appelle une
réponse claire : il faut impérativement
sortir d?une logique de gestion de crise
pour entrer résolument dans une culture
de l?anticipation et de la prévention.
Prévenir coûte moins cher que réparer,
mais surtout, prévenir protège les
territoires, les populations et les salariés
qui assurent chaque jour la continuité des
services essentiels.
Aussi, nous partageons pleinement
l?approche systémique portée par cet
avis. Le changement climatique impose
une gouvernance intégrée, lisible,
coordonnée, capable de donner une
vision de long terme aux décideurs
publics comme aux acteurs économiques
et sociaux.
Cet avis rejoint également un enjeu
central pour la CFE-CGC : celui
de l?innovation, du travail et des
compétences. L?adaptation des
infrastructures repose sur l?ingénierie,
l?expertise, la maintenance, la capacité
d?innovation. Elle suppose d?investir
massivement dans les compétences, la
formation initiale et continue, et dans
une maîtrise d?ouvrage publique et privée
forte. Elle suppose aussi de prendre
pleinement en compte l?évolution des
conditions de travail, notamment face
aux épisodes de chaleur extrême, afin
de garantir la santé et la sécurité des
salariés.
La transition écologique ne peut être
ni improvisée ni punitive. Elle doit être
maîtrisée, fondée sur la science, sur des
solutions ambitieuses, et sur le dialogue
social. À ce titre, la participation des
salariés, de leurs représentants et de la
société civile est un levier indispensable
de réussite.
Enfin, la question des financements
est déterminante. L?effort à consentir
est important, mais il constitue un
investissement pour l?avenir, créateur
d?emplois qualifiés, de valeur ajoutée et
de résilience collective.
Pour toutes ces raisons, la CFE-CGC
soutient et votera en faveur de cet
avis, qui trace une voie exigeante
mais responsable pour préparer nos
infrastructures et notre pays aux défis
climatiques à venir.
CFTC
Inondations, éboulements, tempêtes,
canicules sont autant d?évènements
extrêmes auxquels nous nous habituons
tristement. Certains en minimisent
le sens et n?y voient que des aléas
météorologiques tragiques. D?autres
ont bien compris qu?il s?agissait d?un
changement systémique d?envergure
dont il ne semble plus possible d?inverser
le cours. C?est aussi notre diagnostic
et notre conviction : pour prospérer
demain, il faut transformer aujourd?hui
! À commencer par nos infrastructures
car d?elles dépendent le développement
économique ainsi que la cohésion de la
nation.
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142
Bien qu?elle soit difficile, l'équation
budgétaire actuelle ne doit sûrement
pas nous conduire à y renoncer. Au
contraire, c?est parce qu?elle est
soucieuse de ses finances que la
France doit investir rapidement dans
la résilience de ses infrastructures.
Attendre, c?est s?exposer à une
facture plus lourde encore avec
un coût immédiat des réparations
auquel s?ajoutera le coût exorbitant
d?une interruption de services
publics essentiels - et ne parlons
pas du coût humain. Un tel pari
ne saurait être considéré comme
raisonnable dans un contexte où le
pays a désespérément besoin de
marge de manoeuvre.
En effet, il ne s?agira pas seulement
d?investir dans la mise à niveau des
infrastructures mais également dans
la formation et la protection des
salariés et des agents mobilisés sur
le terrain pour les faire fonctionner.
Soumis plus fréquemment à des
conditions climatiques extrêmes -
rappelons que plus de 50 personnes
sont décédées au travail à cause
des fortes chaleurs depuis 2018
- l?organisation de leur temps et
de leur environnement doit être
adaptée d?urgence. C?est une
condition nécessaire à la sincérité
de cette transition, celle de
donner aussi aux travailleurs les
moyens suffisants pour affronter
le changement climatique en toute
sécurité.
La CFTC remercie les rapporteurs
et la commission pour leurs travaux.
Elle a voté en faveur de l?avis.
CGT
Les infrastructures d?eau et
d?assainissement, d?énergie, de
transports, de télécommunications,
du numérique sont essentielles
pour répondre aux besoins des
populations et permettre le
développement des différentes
activités humaines et économiques.
Beaucoup de ces réseaux sont
anciens, parfois très vétustes.
Depuis plus de 20 ans, de
nombreuses études et rapports
de diverses institutions ont montré
et dénoncé le sous-investissement
dans la maintenance des
infrastructures tant que leur usage
était assuré.
L?ouverture à la concurrence et la
privatisation des services publics
opérateurs et gestionnaires des
infrastructures ont aggravé ces
dérives, c?est pourquoi la CGT est
très réservée quant à la perspective
de partenariats public/privé. Les
pannes et ruptures se multiplient,
les risques pour la sécurité des
personnes et des biens augmentent,
la qualité du service rendu est mise
à mal en métropole et encore plus
dans les territoires ultra-marins.
La mise à niveau des infrastructures,
leur renouvellement pour répondre
au vieillissement et à la vétusté,
leur déploiement pour répondre
à l?évolution des besoins n?ont
pas été suffisamment anticipés.
Les changements climatiques et
environnementaux augmentent
fortement la pression sur ces
infrastructures fragilisées. Certes
la prise de conscience avance
mais elle n?est pas suffisante face à
l?ampleur du chantier.
143
Les investissements nécessaires sont
considérables dès maintenant et à
inscrire dans la durée pour atteindre les
objectifs d?atténuation et d?adaptation
et assurer les réponses aux besoins sur
l?ensemble des territoires.
Nous partageons la démarche :
anticiper ? connaitre les infrastructures
et recenser les besoins ? identifier les
risques ? construire une stratégie et
une programmation pluriannuelle des
investissements ? assurer le financement.
Ceci ne pourra pas se faire sans un
engagement fort de l?Etat et la rupture
avec ses politiques de désinvestissement
financier, de casse de ses missions et
expertises.
Ce projet d?avis est riche, nous
partageons les constats, l?analyse et
l?essentiel des propositions.
Nous avons voté pour cet avis.
CGT-FO
Les infrastructures sont essentielles
pour le bon fonctionnement économique
de notre pays, l?organisation des
mobilités et la circulation des différents
flux de données, d?énergie, de biens et
services, etc. Il est donc important et
même vital de les maintenir en bon état
de fonctionnement. En plus des aléas
et facteurs de dégradation habituels,
ces infrastructures sont soumises à de
nouveaux risques liés aux changements
climatiques
Pour assurer une meilleure préservation
et continuer à développer notre
patrimoine infrastructurel, il est important
de disposer d?outils qui permettent sa
localisation, de connaître ses éventuelles
dégradations, les risques auquel il est
confronté, et d?avoir une réflexion sur son
utilité.
Cette connaissance peut servir de
base pour une planification territoriale
qui tienne compte des besoins des
acteurs économiques et des populations
et qui permettent à chacun, quel que
soit le territoire où il se trouve, de
bénéficier des mêmes niveaux d?accès
à ces infrastructures. Le groupe FO
soutient ainsi toutes préconisations qui
appellent à la mise en place d?une réelle
stratégie nationale de développement
des infrastructures, qui doivent assurer
un maillage territorial effectif et faciliter
la coopération entre les acteurs des
différents niveaux (Etat, Région et
Département). Une telle stratégie ne
peut réussir et assurer l?adaptation
des infrastructures aux changements
climatiques que si elle est soutenue par
la mobilisation de financements suffisants
et un réel travail en amont pour traiter les
points actuellement les plus vulnérables
et automatiquement anticiper les enjeux
climatiques dans les nouveaux projets à
mettre en place.
Le groupe FO tient enfin à mettre en
avant l?opportunité que les politiques
d?adaptation peuvent constituer en
termes économique, de création d?emploi
et de développement de nouvelles
compétences, qui permettent une
meilleure maitrise des enjeux climatiques.
Le groupe FO remercie le CESE pour cet
éclairage sur les infrastructures et leur
importance pour la vie du pays et a voté
en faveur de cet avis.
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Coopération
Le groupe de la coopération félicite
les rapporteurs et la commission
TAA pour la qualité de cet avis
important.
Il permet de sortit d?une forme
de non-dit collectif sur l?ampleur
des défis à relever pour anticiper
et prévenir les risques liés au
changement climatique pour les
infrastructures.
Défi financier : on le voit, les
investissements pour adapter les
infrastructures existantes seront
très importants et coûteux mais de
surcroit il faudra en même temps
rattraper les retards accumulés,
la fameuse dette grise. L?avis le
dit clairement il faut trouver de
nouveaux financements pour y faire
face. Soulignons l?importance de la
préconisation 16
Défi calendaire : nul besoin de
souligner l?accélération et la
multiplication des phénomènes
déstabilisateurs, et les retards pris
dans la tenue des engagements
en matière d?atténuation du
changement climatique. L?avis
souligne à juste titre la nécessité
de programmer de façon
opérationnelle, globale et pérenne
les mesures à prendre et à financer.
Notre groupe appuie avec force la
proposition 2
Défi méthodologique : outre
l?exigence de traiter dans une même
approche l?atténuation et l?adaptation,
il est essentiel de promouvoir des
gestions intégrées et de ne plus
segmenter les risques, de ne plus
les traiter sans cohérence totale
sur les territoires et pour chaque
infrastructure (montée des eaux,
canicules, incendies, inondations,
rétractation d?argile.)
Cela suppose de bien connaitre la
réalité, tantôt par une cartographie
( cf proposition 1) tantôt par
une révision des documents et
plan notamment d?urbanisme,
tantôt encore en modifier les
gouvernances, publiques et privées,
pour anticiper, programmer dans un
cadre global.
Défi professionnel et humain : ces
investissements vont nécessiter
de nouvelles compétences, de
nouvelles pratiques. Ils créent
certes des contraintes, des efforts
à fournir, mais peuvent aussi ouvrir
de nouvelles opportunités en termes
d?emplois, de nouvelles techniques,
etc. Un engagement massif, soutenu,
pérenne du pays peut ainsi permettre
la création de nouvelles entreprises,
de start-up, de savoir-faire locaux qui
peuvent ensuite être exportés. Ne
passons pas à côté de ces urgences
mais aussi de ces opportunités.
Notre groupe a voté cet avis.
Entreprises
Le groupe Entreprises salue la
pertinence de l?avis présenté sur
l?adaptation des infrastructures
au changement climatique. Cet
avis reconnaît le rôle central des
infrastructures dans la compétitivité,
la cohésion et la résilience des
territoires, ainsi que leur poids
économique et social (secteur BTP,
emplois, innovation, attractivité)
et met opportunément en avant la
nécessité d?investir massivement
dans l?adaptation et la maintenance.
Le groupe Entreprises partage
pleinement le constat de l?urgence
à agir, tant pour préserver la
compétitivité de l?économie
française, que pour garantir la
cohésion des territoires.
145
Plus précisément, le groupe Entreprises
souscrit au diagnostic très fouillé
réalisé dans cet avis (partie Constats)
qui devrait servir de feuille de route
pour les pouvoirs publics et met en
lumière :
Î Le rôle structurant des infrastructures
pour l?activité économique, l?emploi et
l?attractivité de la France.
Î L?ampleur de la « dette grise »
accumulée par des années de
sous-investissement, qui fragilise
notre patrimoine et accroît notre
vulnérabilité.
Î L?importance d?une approche
systémique, territorialisée et
concertée, associant l?ensemble des
parties prenantes, publiques comme
privées.
Il salue également la reconnaissance, dans
l?avis, des opportunités économiques et
industrielles que représente la transition
vers des infrastructures résilientes
et bas-carbone : développement de
filières innovantes, création d?emplois,
exportation de savoir-faire. De même, il lui
apparaît indispensable de conforter les
capacités du système assurantiel dans ce
nouveau contexte et il soutient la création
d?une « mission » sur l?assurabilité des
infrastructures pilotée par les autorités
publiques compétentes et réunissant les
assureurs, les réassureurs, les élus et les
représentants de la société civile (voir
préconisation 21).
Le groupe Entreprises souhaite insister
sur quatre directions qui lui paraissent
essentiels à la réussite de cette
transformation?:
Premier levier, la nécessité de
garantir la visibilité, la stabilité et la
soutenabilité des financements. Le
Groupe Entreprises appelle à la mise en
place rapide d?une loi de programmation
pluriannuelle, garantissant la soutenabilité
et la prévisibilité des investissements
nécessaires à l?adaptation, en mobilisant
l?ensemble des outils disponibles?: fonds
publics, épargne privée, financements
européens, partenariats public-privé
équilibrés.
Deuxième levier, l?importance de la
simplification administrative, de la
réduction des délais et de la sécurité
des procédures pour accélérer la
transformation des infrastructures.
Il est indispensable de simplifier les
démarches administratives, de réduire
les délais de décision et de sécuriser les
cadres réglementaires, afin de permettre
aux entreprises d?investir et d?innover
sans freins excessifs.
Troisième levier, l?accompagnement de
la montée en compétences. La réussite
de la transition suppose un effort massif
de formation et de valorisation des
métiers de l?ingénierie, du BTP et des
filières industrielles, ainsi qu?un soutien à
l?innovation et à la recherche.
Enfin, quatrième levier : le besoin d?une
territorialisation pragmatique, tenant
compte des réalités économiques et
des capacités d?ingénierie, notamment
dans les petites collectivités. Le
groupe Entreprises attire l?attention
sur la nécessité d?un accompagnement
renforcé des petites collectivités, souvent
démunies en ingénierie et en moyens,
pour éviter que la complexité des
dispositifs ne freine l?action sur le terrain.
Tout en partageant la plupart des
préconisations faites, quelques
points de vigilance et suggestions
sont également formulées. Le groupe
Entreprises soutient la logique de
priorisation des investissements selon la
vulnérabilité et l?utilité des infrastructures,
mais appelle à éviter toute surenchère
normative ou administrative qui pourrait
pénaliser l?innovation ou l?investissement
privé. Si le développement de filières
d?éco-matériaux, la diffusion des solutions
fondées sur la nature, et l?expérimentation
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de nouveaux modèles économiques
doit être encouragé, il faut veiller
à ne pas alourdir la charge
réglementaire pour les entreprises.
Par ailleurs, la répartition des
efforts financiers doit être équitable
entre l?État, les collectivités, les
entreprises et les usagers, en
veillant à la soutenabilité pour
chacun et à l?acceptabilité sociale
des mesures proposées.
Le groupe Entreprises recommande
de privilégier les dispositifs
incitatifs plutôt que contraignants,
notamment en matière de normes
et de reporting. Il souhaite une
clarification des responsabilités
entre acteurs publics et privés,
pour garantir l?efficacité et la
lisibilité des politiques d?adaptation.
Enfin, il suggère de renforcer
l?accompagnement des collectivités
et des gestionnaires dans la
mutualisation des moyens et la
simplification des démarches.
En conclusion, le groupe Entreprises
réaffirme sa mobilisation pour
contribuer activement à la réussite
de cette transformation majeure.
L?adaptation des infrastructures,
si elle est menée dans un esprit
de partenariat, d?innovation et
de pragmatisme, peut être un
formidable levier de développement,
de compétitivité et de cohésion pour
notre pays.
Le groupe Entreprises remercie
les rapporteurs pour la qualité de
leur travail et appelle à une mise
en oeuvre rapide, concertée et
ambitieuse des préconisations de
cet avis.
Le groupe Entreprises vote
favorablement cet avis.
Environnement et nature
Si la commission TAA s?est
mobilisée, c?est parce que nos
infrastructures font face à un double
péril : d?une part un vieillissement
structurel, cette fameuse « dette
grise » accumulée par manque
d?entretien depuis des années, et
d?autre part l?accélération croissante
du changement climatique qui, entre
canicules et inondations, fragilise
nos réseaux.
Nous savons que le coût de l?inaction
sera bien supérieur à celui des
investissements à engager. Il y a
donc urgence à agir, y compris dans
les Outre-mer, en première ligne
face aux défis climatiques.
L?avis propose de passer d?un
constat partagé à une stratégie
opérationnelle. L?Etat et les
collectivités territoriales doivent
financer massivement l?adaptation
de nos réseaux pour garantir leur
résilience tout en assurant leur
décarbonation. Les préconisations
s?inscrivent dans une approche
économique réaliste et sont pensées
comme des leviers d?innovation et
d?emplois pour nos territoires :
Î Citons en particulier la
préconisation 5 qui vise à
renforcer la territorialisation de la
gouvernance des infrastructures
et la consultation des CESER ;
Î La préconisation 7 qui propose
de transformer la contrainte
climatique en opportunité par
l?utilisation d?éco-matériaux - si
possible recyclés - et par le
développement des filières éco-
responsables ;
147
Î Et, enfin, la 13, qui appelle les
collectivités territoriales à réviser
leurs documents de planification et
d?urbanisme pour intégrer les risques
climatiques et les plans de prévention
des risques naturels.
Notre groupe réaffirme par ailleurs
sa vigilance quant au risque de
maladaptation, ainsi que son attachement
au maintien des infrastructures naturelles
et au report modal, problématiques
évoquées, encore un peu rapidement,
dans la préconisation 14.
Enfin, dans le prolongement de cet
avis, le gouvernement vient de saisir le
CESE sur le projet de loi-cadre sur le
développement des transports. Notre
groupe demande que la commission TAA
soit impliquée dans toute la mesure du
possible dans ce travail, afin d?y apporter
une valeur ajoutée indispensable.
Sensible à l?attention que les
rapporteurs ont accordé à la plupart des
amendements déposée par notre groupe,
celui-ci votera l?avis.
Familles
Les catastrophes climatiques peuvent
entraîner défaillances et dommages
généralisés sur les infrastructures
essentielles au bon fonctionnement
de notre société avec un impact
particulièrement élevé pouvant aller
jusqu?à des pertes humaines. Les
autorités régionales et locales sont
en première ligne pour renforcer la
nécessaire adaptation des infrastructures
au changement climatique. Le présent
avis, dans une démarche systémique
du sujet, trace la voie pour anticiper,
prévenir et satisfaire ainsi l?Agenda 2030,
dans lequel la France est engagée, et
l?Objectif de développement durable n° 9,
qui appelle, je cite, à « Mettre en place
une infrastructure de qualité, fiable,
durable et résiliente?, pour favoriser
le développement économique et le
bien-être de l?être humain, en mettant
l?accent sur un accès universel, à un
coût abordable et dans des conditions
d?équité ».
Notre groupe retient plus
particulièrement la préconisation visant
à chiffrer les coûts d?investissement et
d?adaptation y compris les montants de
la dette grise. C?est seulement sur cette
base, la plus précise possible, que les
décideurs pourront arbitrer et planifier
les opérations à conduire.
La préconisation 18 a été l?objet d?un
compromis difficile concernant la
circulation des poids lourds sur le
réseau routier secondaire pour éviter les
péages sur autoroute. Le principe retenu
doit guider les décisions à prendre en
urgence : il en va aussi de la sécurité des
habitants des villes et villages traversés
lorsqu'il n'existe pas de déviation. Ce
principe « utilisateur-payeur » entrainerait
un transfert de charge : le coût d'usage
du réseau, aujourd'hui assumé par le
contribuable, serait à la charge des
usagers. Cela devrait assez naturellement
modifier les choix d'itinéraires des
professionnels du transport routier.
Le groupe Familles a adopté l?avis.
Non-Inscrits
Parler d?infrastructures, ce n?est pas
parler que béton, c?est surtout parler
d?égalité entre les citoyens, de continuité
des services publics, d?environnement, et
de notre capacité collective à façonner
la cohésion future des territoires, en lien
avec la mobilité et les échanges.
Or aujourd?hui, nos infrastructures sont
fragilisées. Fragilisées par des décennies
de sous-investissement de la part des
pouvoirs publics.
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Chacun de nous a pu voir ici ou là la
déliquescence du réseau ferré.
Pour la ligne Paris-Limoges, après
avoir connu l?accident mortel de
Brétigny, puis des trains qui roulent
à 30 à l?heure sur des voies mal en
point, aujourd?hui les trains Orléans-
Paris sont remplacés en journée par
des cars.
Joli report modal ! Et ça n?est qu?un
exemple, encore pour celui-ci, sans
les effets du changement climatique
qui vient empirer les situations et
menacer l?avenir.
Sécheresses, inondations,
submersions marines, glissements
de terrain : ces phénomènes ne sont
plus des projections, ce sont des
réalités qui dégradent nos routes,
nos ponts, nos réseaux d?eau,
d?énergie et de transport, avec des
conséquences directes pour les
usagers et les finances publiques.
L?avis balaie toutes les dimensions
du sujet, énonce des propositions
fortes en termes d?état des lieux
précis à établir, de gouvernance et
coordination à mettre en oeuvre. A
défaut c?est bien la « maladaptation »,
la réparation sans anticipation
et le risque d?aggravation des
vulnérabilités qui nous guette.
L?avis ne fait heureusement pas
l?impasse sur la dimension cruciale
de l?environnement, et à cet
égard nous saluons notamment
l?affirmation de la nécessité de
favoriser le report modal vers le
fluvial et le ferroviaire.
Le financement est traité, et
une réflexion est proposée sur
l?organisation des autoroutes, ou
encore la tarification des poids
lourds. Une demande courageuse,
primordiale pour la vérité des coûts
des différents modes de transports.
L?avis montre que l?investissement
dans l?adaptation des infrastructures
n?est pas une option mais une
nécessité qui suppose le courage de
choix politiques.
Notre groupe remercie les
rapporteurs ainsi que les membres
de l?administration pour ce texte et a
voté l?avis.
Outre-mer
« Nous sommes la première
génération à ressentir les effets
du changement climatique et la
dernière à pouvoir agir ».
Qui de mieux placer que les
territoires ultramarins pour savoir
le prix des phénomènes naturels
destructeurs ? On le depuis
longtemps pour ne pas dire qu?ils
sont inhérents.
Dès lors dans ces territoires, l?enjeu
d?investir dans l?adaptation des
infrastructures afin de prévenir
et anticiper les risques liés aux
changements climatiques nécessite
aussi de s?interroger sur les écarts
qui subsistent toujours aujourd?hui.
En effet, si l?Hexagone a bénéficié
de l?effort de reconstruction
et de modernisation d?après-
guerre, l?investissement public ont
cruellement été insuffisant dans les
Outre-mer.
Alors lorsque vous parlez
d?adaptation aux effets du
changement climatique, on parle
toujours de rattrapage dans les
infrastructures de transport, d?eau,
d?assainissement, d?énergie et de
télécommunication.
La seconde approche lorsqu?on se
trouve dans des territoires cyclonés,
c?est la prévalence à être dans une
logique de court-terme. Autrement-
149
dit, la gestion des conséquences des
crises et des destructions, conduisent
les pouvoirs publics à souvent apporter
des réponses dans l?urgence afin de
permettre une reprise rapide de l?activité.
Enfin, se greffe l?exposition de tous les
Outre-mer aux risques de submersions
comme nous l?avons rappelé dans l?avis
sur la montée des eaux.
Ainsi, les Outre-mer doivent concilier ce
triptyque :
Poursuivre le rattrapage pour réduire
les inégalités, s?adapter pour réduire les
conséquences inéluctables et poursuivre
la mise en oeuvre des politiques
d?atténuation.
C?est pourquoi, on doit continuer à
suivre et à affiner les mécanismes
locaux d?érosion côtière. Sans boussole
scientifique, sans connaissance fine du
terrain et sans surveillance, nulle décision
et action ne seront efficaces.
En revanche, puisqu?il n?est pas
possible de zoner l?exposition aux
vents cycloniques à l?intérieur des îles
exposées, la réduction de la vulnérabilité
des territoires suppose une vigilance
accrue aux règles de construction ou
reconstructions.
Nous le redisons, l?éloignement des
territoires ultramarins mérite des
adaptations plus approfondies dans les
décisions nationales et dans la mise en
oeuvre des politiques publiques. Les plans
d?adaptations et les stratégies nationales
doivent nécessairement comporter des
volets spécifiques propres aux Outre-mer.
Il convient également de noter l?un des
sujets de préoccupations majeures qui
est le désengagement des assureurs dans
ces territoires.
Dans les temps de contraintes
budgétaires, l?investissement ne doit pas
être non plus un frein car la situation nous
oblige collectivement à éviter l?ingérable
et à gérer l?inévitable.
Les Groupes des Outre-mer a voté cet
avis.
Santé & citoyenneté
Les infrastructures sont essentielles
car elles permettent de rapprocher les
femmes et les hommes sur un territoire
et entre les territoires, elles permettent
aussi l?accès aux services publics
dont ceux de la santé, le transport de
marchandises, de l?énergie, etc.
Or, force est de constater que la
vulnérabilité de ces infrastructures est
croissante, vulnérabilité liée à sa vétusté
et au déficit d?entretien, mais aussi aux
conséquences du changement climatique.
Cette accélération du dérèglement
climatique invite donc à intégrer cet
enjeu à chaque étape de la vie des
infrastructures, de leur conception à leur
exploitation, c?est-à-dire à anticiper les
risques plutôt que d?agir quand ils sont
advenus.
Le retard d?investissement, ou ?dette
grise?, est énorme. Il doit relever,
comme le préconise l?avis, d?un
financement pérenne dans le cadre d?une
programmation pluriannuelle mais qui
doit aussi reposer sur une capacité de
recherche et d?innovation importante.
Parmi les risques liés à la construction/
adaptation des infrastructures, il en est
un particulièrement important pour le
groupe Santé & Citoyenneté : le risque
sur la santé !
Aussi, il nous semble important d?insister
sur la nécessaire évaluation des impacts
sur la santé (EIS) en amont de tout
projet d?aménagement des territoires
et donc de tout projet d?infrastructures.
Cette évaluation est indispensable pour
procéder à des choix inscrits dans le long
terme et soucieux des conséquences sur
la santé des individus.
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De plus, elle associe toutes les
parties prenantes, y compris les
personnes directement concernées
par le projet.
Aujourd?hui, une grande part des
infrastructures qui existeront en
2050 n?a pas encore été construite.
Pour éviter des drames, il est
urgent d?agir et de développer
des infrastructures résilientes qui
répondent à des choix durables et
équitables.
Le groupe Santé et Citoyenneté a
voté l?avis.
UNSA
Cet avis du CESE soulève avec
justesse l?urgence d?adapter nos
infrastructures au changement
climatique et s?inscrit dans une
démarche amorcée via l?avis «
l?impact des infrastructures de
réseaux (transport, énergie, télécom)
dans l?économie » de mai 2020.
Celui-ci posait déjà le principe
de la dette grise, des retards
d?investissements qui s?est encore
plus creusée, suivant un rythme
accéléré : le vieillissement, la
fragilisation des structures du fait du
dérèglement climatique.
Cet effet de ciseaux du
désengagement et sous-
investissement, et de l?accélération
des périls, menace aujourd?hui
même la pérennité de nos
structures aussi fondamentales que
nos routes, notre réseau ferroviaire,
et plus encore nos ouvrages d?arts
(ponts, tunnels).
L?approche systémique est une
évidence dans cette problématique
comme dans tant d?autres,
nous ne pouvons plus continuer
sur des réflexions sectorielles,
alors que l?adaptation au
changement climatique impose
une compréhension territoriale
sous tous les aspects, les bassins
hydriques en sont l?illustration. Par
ailleurs les travaux assurantiels
cotant les sinistres nous apportent
un éclairage particulièrement
précieux à intégrer dans la situation
de références des évaluations
économiques.
A défaut de reconstituer la DATAR,
ou une agence des réseaux
à l?allemande, nous pouvons
améliorer une nouvelle forme
de pilotage coordonnées entre
SGPE, SGPI, COI, ANCT etc. Un
travail d?identification de partage
d?information sur l?état de nos
infrastructures, de vérité sur les
fragilités et les besoins est bien
évidemment un préalable à partager.
Nous soutenons les mesures de
prise en compte des conditions de
travail des emplois associés, c?est un
moteur puissant de changement et
de réussite.
L?UNSA se montre plus interrogative
sur la notion de simplification des
procédures. Si la notion d?intérêt
général est à préserver, elle ne doit
pas se faire au détriment de choix
démocratique et d?études d?impacts
sérieuses et la prise en compte des
objectifs communs.
151
Quant aux PPP, un rapport de l?IGF
de décembre 2025 nous confirme les
rapports précédents, en les étrillant?
L?UNSA rappelle que la dette privée ainsi
contractée à un coût, et est comptabilisée
comme « dette publique » dans les
comptes de la nation.
Il y a d?autres solutions de financement
que l?extension du périmètre des
concessionnaires autoroutiers sous leur
format actuel pour moderniser les routes,
les fléchages sont à inscrire pour établir
une équité entre les modes de transport
mais aussi une obligation publique de
monter en compétence et de formuler
des outils de régulation pour le suivi.
Ce rapport pose les bons diagnostics,
face au mur d?investissement, au
défi climatique et au besoin d?équité
territoriale, nous avons aussi besoin
d?un service public au service de toutes
et tous, de financements véritablement
innovants et justes mais surtout de
visibilité de programmation. Malgré des
réserves, il semble important de cranter
un réel besoin d?évolution sur ce sujet,
l?UNSA a voté pour.
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152
Ont voté pour
GROUPE COMPOSITION
Agir autrement pour
l?innovation sociale
et environnementale
Mme Djouadi, MM. El Jarroudi, Hammouche,
Levy-Waitz, Mmes Roux de Bezieux, Tutenuit.
Agriculture MM. Amécourt (d?), Biès-Péré, Mme Blin, MM. Dagès,
Durand, Gangneron, Mmes Lion, Pisani, Sellier, Vial.
Artisanat et
Professions libérales
M. Chassang, Mme Niakaté, M. Repon, Mme Vial.
Associations Mme Belhaddad, MM. Bobel, Boivin, Deniau,
Mmes Doresse Dewas, Guyart, Jourdain-Menninger,
Martel, M. Miribel, Mmes Monnier, Sivignon, Thoury.
CFDT M. Cadart, Mmes Caillet, Clément, Duboc,
Gresset Bourgeois, MM. Guihéneuf, Lamberdière,
Lautridou, Mariani, Mmes Pajarès y Sanchez, Thiéry,
MM. Tivierge, Torchet.
CFE-CGC Mmes Biarnaix-Roche, Gayte, MM. Nicoud, Souami.
CFTC Mmes Chatain, Coton, M. Heitz.
CGT M. Fontanié, Mme Gallet, M. Garcia, Mmes Hoeffling,
MM. Le Corre, Oussedik, Mmes Rouchy, Tatot.
CGT-FO MM. André, Busiris, Cambou, Mmes Clicq, Delaveau,
MM. Quillet, Sabot, Mme Veitl.
Scrutin
Le CESE a adopté
cet avis.
Nombre de votantes
et de votants : 135
Pour : 131
Contre : 0
Abstentions : 4
153
Coopération M. Landriot, Mme Lienemann.
Entreprises MM. Asselin, Blachier, Mme Carlac?h, M. Chevée,
Mme Couderc, M. Creyssel, Mme Dubrac,
MM. Gardinal, Goguet, Mme Guerniou, MM. Julier,
Moisselin, Mmes Pauzat, Ruin, Salvadoretti, Tomé-
Gertheinrichs, Ullern, MM. Vermot Desroches, Vidor.
Environnement
et nature
MM. Beauvais, Boucherand, Chabason,
Mme Claveirole, M. Compain, Mme Donge, M. Gatet,
Mmes Journé, Lelièvre, Marsaud, Martinie-Cousty,
MM. Mayol, Métais, Mmes Ostria, M. Richard.
Familles Mmes Balducchi, Bigot, Carlier, MM. Desbrosses,
Erbs, Mmes Gariel, Picardat, Quaranta.
Non-inscrits M. Bazot, Mme Beaufils, MM. Bonnefond, Breton,
Joseph.
Organisations étudiantes
et mouvements
de jeunesse
Mme Hamel, MM. Jeanne-Rose, Occansey.
Outre-mer Mme Bouchaut-Choisy, MM. Leung,
Marie-Joseph, Mme Mouhoussoune.
Santé et Citoyenneté MM. Boroy, Da Costa, Mme Joseph, M. Raymond.
UNSA Mme Arav, M. Truffat, Mme Vignau.
Se sont abstenu.e.s
GROUPE COMPOSITION
Alternatives sociales
et écologiques
Mmes Calmels, Gondard-Lalanne, Groison, M. Meyer.
ANNEXES
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Annexes
Composition de la commission Territoires, agriculture
et alimentation à la date du vote1
Président
Henri BIÈS-PÉRÉ
Vice-présidente
Cécile OSTRIA
Vice-président
Jean-Louis JOSEPH
Agriculture
Henri BIÈS-PÉRÉ
Catherine LION
Florence SELLIER
Anne-Claire VIAL
Alternatives sociales
et écologiques
Marie-Pierre CALMELS
Artisanat et
Professions libérales
Joël FOURNY
Jean-François GUIHARD
Associations
Astrid GUYART
Benoit MIRIBEL
C.F.D.T
Ingrid CLEMENT
Monique GRESSET-
BOURGEOIS
Sébastien MARIANI
Franck TIVIERGE
C.F.E.-C.G.C.
Véronique BIARNAIX-
ROCHE
C.G.T.
Anne GARRETA
Fabrice MICHAUD
C.G.T.-F.O.
Alain ANDRÉ
Dominique DELAVEAU
Coopération
Christophe GRISON
Marie-Noëlle
LIENEMANN
Entreprises
Bruno CAVAGNÉ
Didier GARDINAL
Thierry JULIER
Olivier SALLERON
Environnement
et Nature
Maud LELIÈVRE
Michel METAIS
Cécile OSTRIA
Familles
Dominique MARMIER
Non-inscrits
Bernard BRETON
Jean-Louis JOSEPH
Alain POUGET
Organisations
étudiantes et
mouvements
de jeunesse
Agathe HAMEL
Outre-mer
Yannick CAMBRAY
155
Listes des personnes auditionnées et rencontrées2
Personnes reçues en Audition
M. Nicolas BONNET
Directeur Général CCI France
M. Julien CASTRES SAINT-MARTIN
Directeur des infrastructures SANEF
M. Hervé CHAMPENOIS
Directeur Technique et membre
du Directoire ENEDIS
M. Benoit CHEVALIER
Directeur délégué aux grands projets SNCF
Réseau
M. Éric COURTALON
Directeur Environnement GRTgaz
M. Gonéri Le COZANNET
Ingénieur et membre du Haut Conseil pour
le Climat BRGM
M. Frédéric CUILLERIER
Maire et coprésident de la commission
Transports AMF
M. François DELÉTRAZ
Président FNAUT
Mme Lorraine DURANVILLE
Responsable des relations institutionnelles
SANEF
M. Alain GRIZAUD
Président FNTP
M. Rainier d?HAUSSONVILLE
Secrétaire général SANEF
Mme Myriam MERAD
Présidente du Conseil Scientifique AFPCNT
Mme Sandrine MEUNIER
Directrice générale NaTran
Mme Ludivine OLIVE
Directrice des relations institutionnelles
EDF Hydro
M. Alain QUINET
Directeur général exécutif à la Stratégie
SNCF Réseau
M. Augustin ROGY
Responsable des relations avec les élus
locaux CCI France
Mme Charlotte ROULE
Directrice générale Storengy
M. Thomas SCHRAMME
Directeur métiers entreprises, collectivités
et associations GROUPAMA
M. Luc TABARY
Responsable « Coordination de l?eau
et changement climatique » EDF Hydro
Mme Adèle TANGUY
Chercheuse sur les risques climatiques
IDDRI
M. David ZAMBON
Directeur général adjoint en charge
du pilotage CEREMA
M. Jean-Marc ZULESI
Ancien député et membre COI
Personnes reçues en Entretien
M. Vivian DÉPOUES
Responsable thématique-Adaptation
au changement climatique I4CE
M. Stéphane DUROULE
Directeur général Assurances France
COVEA
M. Benjamin POUDRET
Directeur Périls Climatiques et Majeurs
France COVÉA
Mme Sabine ROUX DE BÉZIEUX
Co-rapporteure avis CESE « La montée des
eaux dans les Outre-mer : quelles stratégies
pour d?adapter ?
ANNEXES
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Notions clés pour analyser
l?adaptation au changement
climatique (d?après GIEC AR6, WGII
Glossaire et avis du HCC sur le
PANCC 3)
Î Déficit d?adaptation : écart entre
l?état courant d?un système et
un état qui minimise les effets
négatifs du climat moyen actuel
et de sa vulnérabilité ;
Î Besoins d?adaptation :
circonstances nécessitant une
action pour assurer la sécurité
des personnes et des biens
face aux effets du changement
climatique ;
Î Coûts d?adaptation : coûts de
planification, de préparation, de
facilitation et de mise en oeuvre
des mesures d?adaptation, y
compris les coûts de transaction ;
Î Limites d?adaptation : point à
partir duquel les objectifs d?un
acteur (ou les besoins du système)
ne peuvent pas être sécurisés
contre des risques intolérables
par les actions d?adaptation
considérées ;
Î Capacités d?adaptation :
la capacité des systèmes, des
institutions, des humains et
d?autres organismes à s?adapter à
des dommages potentiels, à tirer
parti des opportunités ou à réagir
aux conséquences du changement
climatique ;
Î Renforcement des capacités :
la pratique consistant à renforcer
les forces et les attributs d?un
individu, d?une communauté,
d?une société ou d?une
organisation, ainsi que les
ressources dont ils disposent pour
répondre au changement ;
Î Exposition : la présence de
personnes, de biens économiques,
sociaux ou culturels, d?espèces ou
d?écosystèmes, de services et de
ressources environnementales ou
d?infrastructures dans des lieux
et environnements qui pourraient
être affectés négativement par le
changement climatique ;
Î Impacts : Les conséquences
des risques réalisés sur les
systèmes naturels et humains,
les risques résultant dans ce
contexte des interactions es
aléas liés au climat (y compris les
phénomènes météorologiques
et climatiques extrêmes), de
l?exposition et de la vulnérabilité.
Les impacts désignent
généralement les effets sur les
vies ; les moyens de subsistance ;
la santé et le bien-être ; les
écosystèmes et les espèces ; les
biens économiques, sociaux et
culturels ; les services (y compris
les services écosystémiques) ;
les infrastructures. Les impacts
peuvent être qualifiés de
conséquences ou de résultats
et peuvent être négatifs ou
bénéfiques ;
Î Pertes et dommages : Les
pertes et dommages, qui sont
utilisés pour désigner de manière
générale les dommages causés
par les impacts (observés)
et les risques (projetés) ,
peuvent être économiques
Glossaire3
157
ou non économiques. Dans la
pratique, les pertes et dommages
sont le plus généralement compris
comme les effets néfastes du
changement climatique qui ne sont pas
ou ne peuvent pas être évités par les
efforts d?atténuation et d?adaptation ;
Î Maladaptation (ou pratiques
maladaptatives) : actions qui peuvent
entraîner une augmentation des risques
climatiques, notamment par le biais
d?une augmentation ou d?un transfert de
vulnérabilité au changement climatique,
d?une diminution du bien-être, d?une
augmentation des inégalités ou d?une
augmentation des gaz à effet de serre
(GES), maintenant ou dans le futur. La
maladaptation est généralement une
conséquence involontaire ;
Î Options d?adaptation : éventail de
stratégies accessibles pour l?adaptation
d?ordre structurel, institutionnel,
écologique ou comportemental ;
Î Adaptation incrémentale : adaptation
qui préserve l?essence et l?intégrité d?un
système ou processus à une échelle
donnée et réduisant déjà les pertes
(ou augmentant les avantages) des
évènements extrêmes représentatifs
de la variation naturelle du climat
actuel ;
Î Adaptation transformationnelle :
adaptation qui modifie les
caractéristiques fondamentales d?un
système socio-écologique en anticipant
les effets attendus du changement
climatique ;
Î Adaptation fondée sur les
écosystèmes : gestion des
écosystèmes permettant d?accroître la
résilience et de réduire la vulnérabilité
des personnes et des écosystèmes aux
effets du changement climatique ;
Î Atténuation (du changement
climatique) : une intervention humaine
pour réduire les sources ou améliorer
les puis de gaz à effet de serre ;
Î Résilience : capacité des
systèmes sociaux, économiques et
environnementaux à faire face à un
évènement ou à une tendance ou
perturbation dangereux, en réagissant
ou en s réorganisant de manière à
maintenir leur fonction, leur identité
et leur structure essentielles. La
résilience est un attribut positif
lorsqu?elle maintient la capacité
d?adaptation, d?apprentissage et/ou de
transformation ;
Î Risque : dans le contexte des impacts
du changement climatique, les risques
résultent d?interactions dynamiques
entre les aléas climatiques et la
vulnérabilité du système humain ou
écologique exposés à ces aléas ;
Î Risque résiduel : le risque lié aux
impacts du changement climatique qui
subsiste après les efforts d?adaptation e
d?atténuation. Les mesures d?adaptation
peuvent redistribuer les risques et
les impacts, avec des risques et des
impacts accrus dans certaines zones
ou pour des populations, et des risques
et des impacts réduits dans d?autres ;
Î Vulnérabilité : propension ou
prédisposition à être affecté de
manière négative. La vulnérabilité
englobe une variété de concepts et
d?éléments, notamment la sensibilité
oula sensibilité aux dommages et le
manque de capacité à faire face ou à
s?adapter.
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IL MANQUE UNE IMAGE ??
Sources : Haut Conseil pour le climat, Rapport annuel 2023 p. 182 et avis sur le Plan
national d?adaptation au changement climatique (PNACC 3) : une première étape pour garantir la
résilience et la protection des populations (mars 2025) p. 26 et 27.
Définitions complémentaires
de notions ou de termes cités
dans l?avis
Î Action « sans regret » : action
qui demeurerait avantageuse
en matière d?adaptation pour un
territoire ou un pays d?un point
de vue environnemental, social
et économique, même si le reste
du monde ne fait pas les mêmes
efforts d?atténuation et quel que
soit le scénario de changement
climatique ;
Î Atténuation : intervention
anthropique pour réduire les
sources ou augmenter les puits
de GES (GIEC), elle a pour
objet de limiter et de réduire les
émissions de GES, pour éviter
que le réchauffement n?atteigne
des niveaux auxquels il serait très
difficile de s?adapter ;
Î Adaptation : ajustement des
systèmes naturels ou humains en
réponse à des stimuli climatiques
présents ou futurs ou à leurs
effets, afin d?atténuer les effets
néfastes ou d?exploiter des
opportunités bénéfiques (GIEC),
elle vise à limiter les risques des
effets du changement climatique
et à en réduire les aléas ;
Î Adaptation « by-design » :
approche consistant à intégrer
l?adaptation en amont, dès
la conception d?un projet ou
programme, pour limiter ou éviter
des coûts d?adaptation ultérieurs ;
Î Approche systémique :
approche consistant, en matière
d?infrastructures, à ne pas traiter
une infrastructure comme un
objet spécifique donnant lieu
en tant que tel à une politique
d?entretien et de réparation,
mais comme le support d?un
service et une composante du
fonctionnement d?un système à
l?échelle d?un territoire ;
Î Dette grise : effets financiers
et matériels de la détérioration
des infrastructures résultant
des retards cumulés dans les
investissements nécessaires à leur
entretien.
159
TABLEAU : DES POLITIQUES QUI PRÉSENTENT DES CO-BÉNÉFICES
POUR L?ADAPTATION
Source : I4CE : Adapter la France à +4 °C : moyens, besoins, financements (2025), p. 17
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160
ADEME, Comment s?adapter à +4°C
en France ?, novembre 2024
AMF, Dossier de Presse,
Infrastructures et transports
sans financement : une fracture
territoriale irréversible,
22 avril 2025
Assemblée Nationale, rapport
d?information, Modes de gestion
et d?exploitation des installations
hydroélectriques, mai 2025
Assemblée nationale, rapport
d?information, Adaptation de
l?aménagement des territoires
au changement climatique
: présentation du rapport
d?information, juin 2025
Assemblée nationale, rapport
d?information, Les moyens
consacrés à l?adaptation au
changement climatique, juillet 2025
Autorité de régulation des
transports, Bilan ferroviaire 2023 -
Premiers chiffres, décembre 2024
Banque des territoires Résilience
territoriale et adaptation au
changement climatique :
les territoires face à l?urgence
climatique, mai 2025
Banque des territoires, Adapter les
territoires et leurs infrastructures
aux changements climatiques,
septembre 2025
Banque des territoires,
Hydroélectricité : accord entre
le gouvernement et la Commission
européenne en vue d?une levée
des contentieux, septembre 2025
Banque mondiale, Publication,
Favoriser l?investissement privé
dans l?adaptation au changement
climatique et la résilience : état des
lieux, obstacles à l?investissement et
plan d?action, mars 2021
BNP Paribas, rapport global,
transition juste, avril 2023
C.I.EAU, L?eau en France : ressource
et utilisation, Synthèse des
connaissances en 2023, Données
et études statistiques, chiffres 2020
Caradisiac, La France roule mal, et
ça freine l?emploi, avril 2025
Carbone 4, rapport, Le rôle
des infrastructures dans la transition
bas-carbone et l?adaptation au
changement climatique de la France,
décembre 2021
CCR, Les catastrophes naturelles
en France. Bilan 1982-2023,
juin 2024
CEREMA, Impact du changement
climatique sur les ouvrages d?art en
France : conseils aux gestionnaires
et concepteurs, avril 2021
CEREMA, Changement climatique :
Gérer des infrastructures
résilientes, juillet 2022
CEREMA, l?état des ponts
communaux en France,
novembre 2024
CEREMA, Le plan climat-air-énergie
territorial (PCAET), 5 mars 2025
CESE, avis, Infrastructures et
développement durable des
territoires : un autre regard ? une
nouvelle vision, septembre 2009
Bibliographie4
161
CESE, avis, La Transition énergétique
dans les transports, juillet 2013
CESE, avis, Comment promouvoir
le dynamisme économique des espaces
ruraux, octobre 2015
CESE, avis, L?impact des infrastructures
de réseaux dans l?économie, mai 2020
CESE, avis, Services publics, services
au public et aménagement des territoires
à l?heure du numérique, juillet 2020
CESE, avis, Le financement des
investissements nécessaires pour
l?avenir : enjeux et déclinaison, février
2021
CESE, avis, Contribution du CESE
à l?élaboration de la stratégie nationale
pour la biodiversité 2021-2030(SNB3),
novembre 2021
CESE, avis, Climat, cyber, pandémie :
le modèle assurantiel français mis au défi
des risques systémiques, avril 2022
CESE, résolution, SFEC :Quelle
gouvernance pour la transition
écologique ? juin 2022
CESE, étude, Quelle place pour
le nucléaire dans le mix énergétique
français ? Expérimentation de la méthode
d?analyse de controverses 2022,
juin 2022
CESE, avis, Financer notre stratégie
énergie-climat : donnons-nous les moyens
de nos engagements, février 2023
CESE, avis, Comment favoriser une
gestion durable de l?eau (quantité, qualité,
partage) en France face aux changements
climatiques ?, avril 2023
CESE, avis, Travail et santé
environnement : quels défis à relever face
aux dérèglements climatiques, avril 2023
CESE, avis, Quelles solutions pour
des mobilités durables et inclusives
en zones peu denses ?, juillet 2023
CESE, avis, Face au changement
climatique, accélérer une adaptation
systémique et juste, novembre 2023
CESE, avis Quelles transitions
énergétiques pour les Outre-mer ?
mars 2024
CESE, avis, Mobiliser les acteurs de
l?emploi et du travail pour réussir la
planification écologique, mai 2024
CESE, avis, Sortir de la crise
démocratique ? Rapport annuel sur l?état
de la France en 2024 (RAEF),
octobre 2024
CESE, avis, La montée des eaux
dans les Outre-mer :quelles stratégies
pour s?adapter ? mai 2025
CESE, avis, La participation du public
aux décisions impactant l?environnement,
septembre 2025
CGEDD, rapport, développement des
capacités de réalisation de la restauration
des ouvrages d?art routiers, janvier 2021
Cour des comptes, rapport public annuel
2024 FNTP, Des infrastructures plus
résilientes pour des territoires mieux
protégés, septembre 2025
Décret n° 2012-1359 du 4 décembre
2012 relatif au poids total roulant autorisé
des véhicules terrestres à moteur,
décembre 2012
Décret n° 2020-1825 du 30 décembre
2020, article 2 relatif au conseil
d?orientation des infrastructures
Éditions de l?Atelier, Reprendre le
contrôle de la dette ? Pour une réforme
radicale de la monnaie, du système
financier, avril 2017
Environnement Magazine,
Des infrastructures qui prennent l?eau,
octobre 2022
Eaufrance, Part du volume d?eau mis
en distribution perdu par fuite dans
les canalisations en 2021, juin 2023
FNCCR, La FNCCR alerte sur une baisse
des financements, actes du Congrès
juin 2024
Fondation Nicolas Hulot, Financer l?avenir
sans creuser la dette, mai 2011
ANNEXES
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162
France stratégie, rapport
thématique, les incidences
économiques de l?action pour le
climat, dommages et adaptation,
mai 2023
France Assureurs, étude statistique,
L?assurance des évènements
naturels en 2023, décembre 2024
France info, La SNCF alerte sur la
dégradation du réseau ferroviaire,
mai 2025
Haut-Commissariat à la stratégie et
au plan, France Stratégie, note de
synthèse, Adaptation au changement
climatique : retour d?expérience de
trois territoires, juin 2023
HCC, rapport annuel 2023, acter
l?urgence, engager les moyens,
juin 2023
HCC, rapport annuel 2024, Tenir
le cap de la décarbonation, protéger
la population, juin 2024
HCC, avis, sur le plan national
d?adaptation au changement
climatique (PNACC 3) : une
première étape pour garantir
la résilience et la protection des
populations, mars 2025
Haut-Commissariat à la Stratégie et
au Plan, Repenser la mutualisation
des risques climatiques, juin 2025
HCC, rapport annuel 2025,
Relancer l?action climatique
face à l?aggravation des impacts
et à l?affaiblissement du pilotage,
juillet 2025
I4CE, Au moins 50 Mds ¤/an
d?investissements publics à adapter,
septembre 2022
IDRRIM, rapport public de
l?Observatoire National de la Route
2024, 2024
IPSOS, Enquête annuelle,
Globale Infrastructure Index,
30 octobre 2023
La gazette des Communes,
des départements, des régions,
Rapport, L?assurabilité des biens
des collectivités locales et de leur
groupement : état des lieux et
perspectives, avril 2024
L?économie-bleue-en-france-2022,
Ports de commerce et
infrastructures portuaires, 2022
LEONARD, Catalogue des solutions
pour l?adaptation au changement
climatique, version 2024
Le Point, L?état des ponts en France
très préoccupant, une partie
« risque de se casser la figure »,
mars 2024
Les Echos, Après 20 ans de bataille,
Paris et Bruxelles trouvent un
compromis sur les barrages d?EDF,
août 2025
Les Liens qui Libèrent, Le pouvoir
de la monnaie, Transformons
la monnaie pour transformer
la société, janvier 2024
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire
transports ville et logement,
Avis, Le cadre de la participation
du public au titre du code de
l?environnement, juillet 2019
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire
transports ville et logement,
La Trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au
changement climatique (TRACC),
décembre 2023
Ministère de la Transition
écologique, de la Biodiversité, de
la Forêt, de la Mer et de la Pêche,
Acteurs, réseau, et activités
portuaires en France, avril 2024
Ministère Aménagement du
territoire Transition écologique,
Service des données et études
statistiques, Chiffres clés
163
de l?énergie - Édition 2024, Données et
études statistiques, septembre 2024
Ministère de l?économie, des finances
et de la souveraineté industrielle,
énergétique et numérique, Direction
générale du Trésor, Les enjeux
économiques de la transition vers
la neutralité carbone, janvier 2025
Ministère de la Transition écologique, de
la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et
de la Pêche, Synthèse de la consultation
publique sur le Plan national d?adaptation
au changement climatique, février 2025
Ministère de l?économie, des finances
et de la souveraineté industrielle et
numérique, Direction du Budget,
Garantir la soutenabilité du régime des
catastrophes naturelles, février 2025.
Ministère Aménagement du territoire
Transition écologique, Service des
données et études statistiques, Chiffres
clés des transports - Édition 2025,
Données et études statistiques, mars
2025
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire transports
ville et logement, Avis sur le 3ème Plan
National d?Adaptation au Changement
Climatique (PNACC 3), mars 2025
Ministère de la Transition écologique,
de la Biodiversité, de la Forêt, de la
Mer et de la Pêche, préparer la France
à +4 °c, présentation du plan national
d?adaptation au changement climatique,
mars 2025
Ministère Transition écologique
aménagement du territoire transports
ville et logement, Le Roquelaure de
l?assurabilité des territoires, avril 2025
Ministère de la Transition écologique,
de la biodiversité, de la forêt, de la mer
et de la pêche, Mission adaptation : le
service commun d?accueil et d?orientation
des collectivités sur l?adaptation au
changement climatique, mai 2025
Ministère Aménagement du territoire
Transition écologique, Rapport, Ambition
France Transports : Financer l?avenir des
mobilités, juillet 2025
OCDE, Rapport, Renforcer la résilience
face aux catastrophes naturelles,
avril 2024
Odile Jacob, Une monnaie écologique
pour sauver la planète, février 2020
OiEau, Les 40 chiffres à connaitre sur
les 7 grandes thématiques
incontournables des réseaux d?eau
potable en France en 2021, octobre 2021
ONERC, Changement climatique. Coûts
des impacts et pistes d?adaptation, 2009
ONR, rapport 2023 de l?Observatoire
national de la route, novembre 2023
Oxfam-France, changement climatique,
nous ne sommes pas prêt.es, juillet 2024
RTE, SDDR 2019 Chapitre 02 - Le
renouvellement du réseau existant, 2019
RTE, Comment RTE adapte-t-il le réseau
électrique aux effets du changement
climatique ? août 2025
Saint-Gobain, Les infrastructures face
au climat : une adaptation devenue vitale,
février 2025
Sénat, Voies navigables de France :
Un canal d?avenir au service du
développement durable, juillet 2014
Sénat, rapport d?information, Mettre les
nouvelles mobilités au service de tous les
territoires, novembre 2018
Sénat, rapport d?information, Sécurité
des ponts : éviter un drame, juin 2019
Sénat, rapport, Projet de loi d?orientation
des mobilités, juillet 2019
Sénat, Mission d?information sur la
sécurité des ponts, décembre 2019
Sénat, rapport d?information, Transport
de marchandises face aux impératifs
environnementaux, mai 2021
ANNEXES
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164
Sénat, rapport d?information,
Sécurité des ponts : face au
« chantier du siècle », l?urgence
d?une action publique plus
ambitieuse, juin 2022
Sénat, rapport, Éclairer l?avenir :
l?électricité aux horizons 2035 et
2050, juillet 2024
SGPE, La planification écologique
à l?échelle des territoires,
octobre 2025
Statista, Le transport aérien de
passagers en France et en Europe -
Faits et chiffres Statista, Les routes
en France - Faits et chiffres,
mai 2025
UNDRR, Bureau des Nations Unies
pour la réduction des risques de
catastrophes, Notre monde en
danger, Transformer la gouvernance
pour un avenir résilient, rapport
global 2022
Union des Aéroports Français,
Dossier, Les enjeux de la France
aéroportuaire à l?horizon 2030
Union des Transports Publics et
Ferroviaires, Europe des trains :
les réseaux ont rétréci en 10 ans,
notamment en France, mais la
grande vitesse progresse,
février 2025
UNOPS, rapport conjoint,
du Bureau des Nations Unies
pour les services d?appui aux
projets (du Programme des Nations
Unies pour l?environnement (PNUE)
et de l?Université d?Oxford,
Les infrastructures et la lutte contre
les changements climatiques,
octobre 2021
Vie-publique, Audit sur l?état
du réseau ferré national français,
septembre 2005
Vie-publique.fr, Littoral : 126
communes face à l?érosion côtière,
mai 2022
Vie-publique, Infrastructures
critiques : l?UE cherche à améliorer
leur sécurité, octobre 2022
Vie-publique, Ports français : une
transition énergétique nécessaire,
décembre 2022
Vie publique, rapport final, Adapter
le système assurantiel français face
à l?évolution des risques climatiques,
décembre 2023
Vie publique, Progression de 2,2 %
de l?épargne réglementée en 2024,
juillet 2025
Vie-publique, Hydroélectricité :
les barrages hydrauliques en quatre
questions, septembre 2025
165
ACPR Autorité de contrôle prudentiel et de résolution
ADEME Agence de l?environnement et de la maîtrise de l?énergie
ADF Assemblée des Départements de France
AFITF Agence de financement des infrastructures de transport de France
AMF Association des maires de France
AMO Assistance à maîtrise d?ouvrage
ANCT Agence nationale de cohésion des territoires
ARCEP Autorité de régulation des communications électroniques, des postes
et de la distribution de la presse
ARF Association des régions de France
ASAIT Approche systémique de l?adaptation des infrastructures de transport
ATESAT Assistance technique des services de l?État pour raisons de solidarité
et d?aménagement des territoires
BCE Banque centrale européenne
BHNS Bus à haut niveau de service
BNP Banque nationale de Paris
BRGM Bureau de recherches géologiques et minières
BTP Bâtiment Travaux Publics
CCR Caisse centrale de réassurance
CEA Commissariat à l?énergie atomique et aux énergies alternatives
CELRL Conservatoire de l?Espace Littoral et des Rivages Lacustres
CEREMA Centre d?études et d?expertise sur les risques, l?environnement,
la mobilité et l?aménagement
CESER Conseil économique, social et environnemental régional
CGDD Commissariat général au développement durable
CGEDD Conseil général de l?environnement et du développement durable
CNFPT Centre national de la fonction publique territoriale
CNPP Centre national de prévention et de protection
COI Conseil d?orientation des infrastructures
COP Conference of Parties, ou ?Conférence des Parties?
COPRNM Conseil d?orientation pour la prévention des risques naturels majeurs
CPER Contrats de plan Etat/Région
CRE Commission de régulation de l?énergie
CRTE Contrats pour la réussite de la transition écologique
DAJ Direction des affaires juridiques
DDTM Direction départementale des territoires et de la mer
DGE Direction générale des entreprises
DGFIP Direction générale des Finances publiques
DGITM Direction générale des Infrastructures, des Transports et des Mobilités
Table des sigles5
ANNEXES
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DILA Direction de l?information légale et administrative
DMR Direction des Mobilités Routières
DREAL Direction Régionale de l?Environnement, de l?Aménagement
et du Logement
DROM Départements et régions d?outre-mer
DSEC Dotation exceptionnelle de Solidarité
EDF Électricité de France
EPCI Etablissements publics de coopération intercommunale
EPIC Établissement public à caractère industriel et commercial
ETI Entreprise de Taille Intermédiaire
ETP Equivalents temps plein
ETS European Trading Scheme
FNAUT Fédération nationale des usagers des transports
FNCCR Fédération Nationale des Collectivités Concédantes et Régies
FNTP Fédération nationale des travaux publics
FP2E Fédération professionnelle des entreprises de l?eau
FPRNM Fonds de prévention des risques naturels majeurs
GEMAPI Gestion des Milieux Aquatiques et la Prévention des Inondations
GES Gaz à effet de serre
GIEC Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat
GPM Grand port maritime
GPS Global Positioning System
GRDF Gaz Réseau Distribution France
GRT Gestionnaire du réseau de transport du gaz
HCC Haut Conseil pour le climat
I4CE Institut de l?Économie pour le Climat
IA Intelligence artificielle
IDDRI Institut du Développement Durable et des Relations Internationales
IDRRIM Institut des Routes, des Rues et des Infrastructures pour la Mobilité
IGN Institut national de l?information géographique et forestière
IQRN Image Qualité des Routes Nationales
IRD Institut de recherche pour le développement
LDDS Livret de développement durable et solidaire
LGV Ligne à grande vitesse
LPEC Loi de programmation énergie-climat
LTECV Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte
MSR Réserve de stabilité de marché
NOTRe Nouvelle Organisation Territoriale de la République
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OFB Office Français de la biodiversité
OFCE Observatoire français des conjonctures économiques
ONERC Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
ONF Office national des forêts
167
ONG Organisation Non Gouvernementale
ONR Observatoire national de la route
ONU Organisation des Nations unies
OPCO Opérateurs de compétences
ORSEC Plan d?organisation de la réponse de sécurité civile
PCAET Plans climat-air-énergie territoriaux
PCS Plans communaux de sauvegarde
PGRI Plan de gestion des risques d?inondation
PIB Produit Intérieur Brut
PLF Projet de loi de finances
PLU Plan Local d?Urbanisme
PLUi Plan local d?urbanisme intercommunal
PME Petites et moyennes entreprises
PNACC Plan National d?Adaptation au changement climatique
PNUE Programme des Nations Unies pour l?environnement
PPE Programmation pluriannuelle de l?énergie
PPI Plans particuliers d?intervention
PPP Partenariats publics privés
PPR Plan de prévention des risques
PPRI Plan de prévention des risques inondation
PPRIF Plan de prévention des risques incendie de forêt
PPRL Plan de prévention des risques littoraux
PPRN Plan de prévention des risques naturels
PVC Polychlorure de vinyle
RAEF Rapport annuel sur l?état de la France
RGA Retrait gonflement des argiles
RPS Risques psychosociaux
RTE Réseau de transport d?électricité
SANEF Société des Autoroutes du Nord et de l?Est de la France
SAR Schémas d?aménagement régionaux
SCA Sociétés concessionnaires d?autoroute
SCHAPI Service central d?hydrométéorologie et d?appui à la prévision des inondations
SCOT Schémas de cohérence territoriale
SDDR Schéma Décennal de Développement du Réseau
SDES Service des données et études statistiques
SERM Services express régionaux métropolitains
SFEC Stratégie française pour l?énergie et le climat
SGPE Secrétariat général à la planification écologique
SGPI Secrétariat général pour l?investissement
SHEM Société hydroélectrique du Midi
SIG Système d?information géographique
SMACL Société mutuelle d?assurance des collectivités locales
SNBC Stratégie nationale bas carbone
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SNCF Société nationale des chemins de fer français
SNGITC Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte
SRADDET Schémas régionaux d?aménagement, de développement durable
et d?égalité des territoires
TECV Transition énergétique pour la croissance verte
TER Transport Express Régional
TGN Garantie tempête grêle neige
TGV Train à grande vitesse
TICPE Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques
TPE Très petite entreprise
TRACC Trajectoire de référence du réchauffement climatique
TSBA Taxe de solidarité sur les billets d?avion
UIE Union des industries de l?eau
UNDRR Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques
de catastrophes
UNOPS Bureau des Nations Unies pour les services d?appui aux projets
VNF Voies Navigables de France
lecese.frlecese.fr
lecese.frlecese.fr
Dernières publications
du Conseil économique,
social et environnemental
Retrouvez l?intégralité des travaux du CESE sur le site
Complexité
des aides de
l?Union européenne
et visibilité
de son action
RAPPORTEURES
Catherine Lion et Catherine Pajares Y Sanchez
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AVIS
Le 80e anniversaire
de la Sécurité sociale
Déclaration du Bureau
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DÉCLARATION
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AVIS
Égalité
des chances :
mythe ou réalité ?
RAPPORT ANNUEL
SUR L?ÉTAT DE LA FRANCE
RAPPORTEURE
Fabienne Rouchy
Le droit des enfants
de participer
aux délibérations
publiques
Déclaration du Bureau à l?occasion
de la Journée internationale des droits
de l?enfant du 20 novembre 2025
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DÉCLARATION
Satisfaire les besoins
fondamentaux des enfants
et garantir leurs droits,
dans tous les temps et
espaces de leur vie
quotidienne
RAPPORTEURS
Dominique Gallet, Bernadette Groison
et Evanne Jeanne-Rose
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AVIS
Imprimé par la Direction de l?information légale et administrative, 26, rue Desaix, Paris 15e, d?après les documents fournis par
le Conseil économique, social et environnemental ? N° 411260001-000126 - Dépôt légal : janvier 2026 ? Crédit photo : Dicom
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9, place d?Iéna
75?775 Paris Cedex 16
01 44 43 60 00
No 41126-0001
ISSN 0767-4538 ISBN 978-2-11-185002-6
Anticiper et
prévenir les risques
liés au changement
climatique, pour
les infrastructures
RAPPORTEURS
Alain André et Didier Gardinal
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AVIS
synthèse
introduction
I. Un patrimoine d?infrastructures considérable
et diversifié, indispensable pour les territoires
et les populations mais qui pâtit d?un sous-investissement chronique
A. Les infrastructures, que sont-elles? des ouvrages multiples et diversifiés sur le territoire
partie 1
Constats : Le défi
du changement climatique pour les infrastructures
B. Les infrastructures, à quoi servent-elles?
Une contribution indispensable au développement économique des territoires et à la vie des populations
C. Une dégradation partielle liée à une longue période de sous-investissement: la «dette grise»
II. Des changements climatiques qui représentent
des risques majeurs pour les infrastructures
A. Un changement climatique aux composantes multiples
B. Un phénomène qui impacte déjà les infrastructures
III. Une prise de conscience progressive
bien qu?inégale qui a entraîné la mise en place de premières mesures d?adaptation
A. Des politiques et mesures mises en oeuvre
jusqu?à présent
B. Une adaptation à poursuivre et à amplifier
IV. Des coûts considérables à prévoir et une prise en compte insuffisante de problématiques importantes
A. Une augmentation considérable des coûts à prévoir
d?ici à 2050, des options de financement diverses à envisager, mais aussi des opportunités économiques
B. Une prise en compte insuffisante de problématiques importantes
C. Expansion des risques et des coûts assurantiels:
un dispositif qui a évolué
partie 2
Préconisations
I. Axe 1 - Mieux mesurer et identifier les risques
II. Axe 2 - Améliorer la gouvernance
III. Axe 3 - Mettre en place une politique systémique d?investissement dans les infrastructures
IV. Axe 4 - Assurer les financements nécessaires
V. Axe 5 - Conforter les capacités du système assurantiel dans ce nouveau contexte
conclusion
Déclarations des groupes
INVALIDE)