Cadre financier européen 2028-2034 : les enjeux clés pour le secteur agricole
REGNIER Elsa ;CATALLO Aurélie ;AUBERT Pierre-Marie
Auteur moral
Institut du développement durable et des relations internationales (Paris)
Auteur secondaire
Résumé
"Le 16 juillet 2025, la Commission européenne a présenté une proposition de cadre financier pluriannuel pour la période 2028-2034, accompagnée d'un ensemble de propositions législatives, comprenant notamment la Politique agricole commune (PAC) et les modalités de gestion d'un « Fonds unique », auquel la PAC est amenée à être intégrée. L'ensemble esquisse une nouvelle architecture budgétaire et réglementaire qui doit encore être négociée par les États membres et le Parlement européen. Ce Décryptage identifie plusieurs changements majeurs dans les propositions de la Commission qui seront autant d'enjeux clés pour les négociations à venir au regard de la transition du secteur agricole."
Editeur
IDDRI
Descripteur Urbamet
Descripteur écoplanete
politique agricole commune
;politique agricole
Thème
Aménagement rural
;Aménagement du territoire
;Cadre juridique
Texte intégral
MESSAGES CLÉS
N°05
septembre
2025
La Commission européenne propose une nou-
velle architecture pour la PAC, via la création d?un
Fonds unique comprenant le budget de la PAC et
l?introduction des plans de partenariat nationaux
et régionaux (PPNR). Elle ouvre ainsi l?espace des
négociations à des acteurs non agricoles, et donc
à une plus grande variété d?intérêts, ce qui pour-
rait favoriser une sortie du statu quo.
La question budgétaire domine jusqu?à pré-
sent les inquiétudes des parties prenantes et
des États membres (EM), notamment en raison
d?une baisse de 16 % en euros courants du bud-
get pré-alloué à la PAC. Pour autant, ce budget
ne représente qu?un seuil minimum : en raison de
l?évolution des règles de co-financement et de la
plus grande flexibilité octroyée aux EM dans l?al-
location des fonds en gestion partagée, il n?est pas
possible de quantifier précisément l?évolution des
soutiens versés au titre de la PAC.
Au-delà du budget, quatre enjeux apparaissent
déterminants pour le futur du secteur :
? L?aide de base au revenu aux agriculteurs, outil
phare de la PAC, est refondue afin d?améliorer
sa répartition entre bénéficiaires et la cibler vers
ceux jugés prioritaires sur la base de critères
socio-économiques.
? L?architecture verte est repensée, avec une
subsidiarité accrue, tant en ce qui concerne
la conditionnalité des aides de la PAC que les
mesures incitatives. Toutefois, l?absence de
budget pré-alloué aux actions agroenviron-
nementales et l?obligation pour les EM de les
co-financer à hauteur de 30 % laissent envi-
sager une faible adhésion de ces derniers à ces
mesures.
? La Commission propose une gestion euro-
péenne des crises de marché mais renvoie aux
EM la gestion des crises climatiques et sani-
taires. Cela pourrait les inciter à renforcer les
mesures de prévention améliorant la résilience
des fermes, même si rien ne garantit qu?ils se
saisissent de cette opportunité.
? Le modèle de performance conserve les fai-
blesses de la PAC actuelle : des indicateurs qui
ne renseignent pas sur l?efficacité des mesures
mises en oeuvre, une charge bureaucratique
élevée et une faible incitation pour les EM à
adopter des objectifs ambitieux.
L?ambition et le cadre commun de la réforme
envisagée par la Commission reposent sur les pré-
rogatives que celle-ci s?alloue pour contraindre
les EM dans l?élaboration et le suivi de leur PPNR.
Toutefois, il est peu probable que ces préroga-
tives, peu populaires auprès des EM, survivent aux
négociations entre EM et au Parlement européen.
Dès lors, les co-législateurs devraient concevoir
d?autres garde-fous pour préserver l?ambition
commune, notamment environnementale, sans
quoi la réforme se solderait par une politique
proche de celle actuellement en vigueur au prix
de la poursuite de l?affaiblissement de son carac-
tère commun.
Cadre financier européen
2028-2034: les enjeux clés
pour le secteur agricole
Elsa Régnier, Aurélie Catallo, Pierre-Marie Aubert (Iddri)
Le 16 juillet 2025, la Commission européenne a présenté une proposition de cadre financier plurian-
nuel pour la période 2028-2034, accompagnée d?un ensemble de propositions législatives, comprenant
notamment la Politique agricole commune (PAC) et les modalités de gestion d?un « Fonds unique »,
auquel la PAC est amenée à être intégrée. L?ensemble esquisse une nouvelle architecture budgétaire
et réglementaire qui doit encore être négociée par les États membres et le Parlement européen. Ce
Décryptage identifie plusieurs changements majeurs dans les propositions de la Commission qui seront
autant d?enjeux clés pour les négociations à venir au regard de la transition du secteur agricole.
1. INTRODUCTION
Tous les sept ans, l?Union européenne (UE) se dote d?un
nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) qui fixe les priorités
politiques et les enveloppes budgétaires maximales qui leur sont
allouées. L?adoption du CFP s?accompagne de celle des bases
légales sous-tendant les politiques et programmes financés
par le budget européen. Plus d?une vingtaine de textes ont ainsi
été publiés par la Commission européenne les 17-18 juillet et le
3 septembre 2025 ; ils s?articulent autour de trois piliers : un Fonds
unique rassemblant les politiques en gestion partagée ? dont la
politique agricole commune (PAC) et la politique de cohésion ?,
un Fonds de compétitivité et les actions extérieures1. Ces propo-
sitions dessinent une nouvelle architecture budgétaire et un
nouveau cadre règlementaire (voir Encadré 1). Il ne sera cepen-
dant effectif qu?après une longue phase de négociations passant
d?une part par l?unanimité des chefs d?État ou de gouvernement
et, d?autre part, par un accord entre la Commission européenne,
le Conseil de l?UE et le Parlement européen. Ces négociations
s?étalent généralement sur deux ans et peuvent modifier en
profondeur les propositions de la Commission2.
Les propositions législatives présentées par la Commission
sont elles-mêmes le produit d?une phase d?intenses consul-
tations avec les États membres (EM), le Parlement européen,
les différentes parties prenantes et ? fait nouveau ? un panel
de citoyens, ainsi que d?une recherche d?équilibre interne à la
Commission entre les différentes directions générales.
L?élaboration du CFP 2028-2034 a été particulière-
ment compliquée en raison de nouveaux besoins budgé-
taires (remboursement de l?emprunt contracté pour financer
le plan de relance post-Covid, soutien à la reconstruction
de l?Ukraine, défense, compétitivité) sans augmentation
1 L?ensemble des propositions publiées par la Commission européenne est
disponible en ligne : https://commission.europa.eu/publications_en?page=0.
2 Pour une présentation des dynamiques de négociation et des règles d?adop-
tion du CFP, voir : Régnier, E., Catallo, A., Aubert, P.-M., & Bolduc, N. (2024).
PAC et négociations budgétaires européennes : Comment la position française
pourrait-elle évoluer sous l?effet de chocs importants ? Iddri.
significative des recettes de l?Union3. Ces quelques éléments de
contexte expliquent pour partie le traitement réservé au secteur
agricole. Ce dernier apparaît moins central dans la nouvelle
architecture proposée par la Commission européenne pour la
période 2028-2034 : le budget de la PAC risque de diminuer,
tandis que les textes proposés esquissent une nouvelle gouver-
nance du secteur qui pourrait affaiblir les acteurs agricoles. Ce
contexte complexe contribue également à expliquer l?apparent
manque de cohérence ou de lisibilité des propositions affectant
le secteur agricole.
Ce Décryptage propose une analyse détaillée des principales
modifications proposées par la Commission européenne pour
le secteur agricole. Ne pouvant être exhaustif, il se concentre
sur six enjeux structurants pour l?évolution de l?agriculture euro-
péenne au regard notamment de sa transition vers des modes de
production plus durables. Ils peuvent être classés en deux caté-
gories. D?une part, des enjeux « transversaux » qui constituent
les trois parties suivantes de ce décryptage : la gouvernance (2),
le budget (3) et le modèle de performance (4). D?autre part, des
enjeux plus spécifiques au fonctionnement opérationnel de la
PAC concernant les aides directes (5), l?architecture environne-
mentale (6) et la gestion des crises et des risques (7).
Si ces différentes parties se répondent et se complètent
partiellement, elles peuvent être lues indépendamment les
unes des autres. Enfin, il convient de rappeler que les textes
présentés et analysés dans ce Décryptage sont des propositions
législatives. Ces dernières, qui seront négociées et adoptées par
le Conseil de l?UE et le Parlement européen dans les prochains
mois, sont susceptibles d?être grandement modifiées. C?est donc
le point de départ officiel de ces négociations que présente ce
Décryptage et non la future architecture de la PAC. Cette publi-
cation, rédigée à l?indicatif par souci de fluidité de la lecture, est
néanmoins à comprendre au conditionnel.
3 Pour une présentation détaillée des nouveaux besoins de dépenses et des
recettes du budget européen, se référer à la partie 1 de Régnier, E., Noël, V.,
& Aubert, P.-M. (2025). L?agriculture dans le prochain budget européen : Sortir
du statu quo. Iddri. Pour une présentation des nouvelles ressources propres
proposées par la Commission pour la période 2028-2034, voir : Hansum, R.,
Lindner, J., Redeker, N., & Rubio, E. (2025). Ripe for Reform ? What?s in the EU
Budget Proposal and What Should Come Next [Policy Brief]. Hertie School -
Jacques Delors Centre.
1. INTRODUCTION ____________________________________________________________________________________________ 2
2. UNE NOUVELLE GOUVERNANCE POUR LE SECTEUR AGRICOLE ________________ 3
3. UN BUDGET EN BAISSE ? ______________________________________________________________________________ 5
4. UN MODÈLE DE PERFORMANCE QUI CONSERVE
LES FAIBLESSES DU CADRE ACTUEL ______________________________________________________________ 6
5. UNE POSSIBLE RÉVOLUTION DES AIDES DE BASE AU REVENU _________________ 7
6. UNE ARCHITECTURE VERTE PORTEUSE DE RISQUES
ET D?OPPORTUNITÉS POUR LE SECTEUR _____________________________________________________ 8
7. UNE GESTION EUROPÉENNE DES CRISES DE MARCHÉ MAIS
NATIONALE DES CRISES CLIMATIQUES ET SANITAIRES :
UNE INCITATION À AMÉLIORER LA RÉSILIENCE DES FERMES ? _________________ 10
CONCLUSION _______________________________________________________________________________________________ 11
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ___________________________________________________________________ 12
? 2 ?
https://commission.europa.eu/publications_en?page=0
Cadre financier européen 2028-2034 : les enjeux clés pour le secteur agricole
ENCADRÉ 1. LE CADRE LÉGISLATIF
POUR LA PAC 2023-2027 ET LES
PROPOSITIONS DE LA COMMISSION
POUR LA PÉRIODE 2028-2034
La PAC actuellement en vigueur, qui couvre la période
2023-2027, repose sur trois règlements spécifiques : un
règlement sur les plans stratégiques nationaux (PSN) qui
définit les principales orientations de la PAC ; un règle-
ment horizontal qui établit les modalités de financement,
de contrôle et de gestion ; et un amendement au règle-
ment sur l?organisation commune des marchés (OCM) (voir
Tableau 1).
La proposition de la Commission européenne pour la
période 2028-2034 s?appuie sur une nouvelle architecture :
la PAC continue d?y disposer d?un règlement spécifique
(fortement raccourci) mais est intégrée à un Fonds unique.
Ce dernier couvre l?ensemble des fonds en gestion partagée
entre la Commission et les États membres tels que la poli-
tique de cohésion et le fonds européen pour les affaires mari-
times, la pêche et l?aquaculture. De même, les modalités
de contrôle, de financement et de gestion de la PAC sont
intégrées à une proposition de règlement unique couvrant
l?ensemble des politiques financées par le budget européen,
le cadre de suivi des dépenses et de performance. Le règle-
ment sur l?OCM est quant à lui maintenu, la Commission ne
proposant que de l?amender (voir Tableau 1).
Il est enfin utile de mentionner que la proposition de
CFP 2028-2034 comprend un règlement établissant le
Fonds européen pour la compétitivité dont une partie
vise à soutenir la résilience de l?agriculture. Cependant,
en raison de la petitesse de l?enveloppe allouée à ces
enjeux ? 23 milliards d?euros (Md¤), dont une partie doit
également couvrir le secteur de la santé, des biotechnologies
et de la bioéconomie, à mettre au regard des 300 Md¤ de la
PAC ?, ce règlement ne sera pas traité dans ce Décryptage.
TABLEAU 1. Comparaison entre les règlements
relatifs à la PAC dans le CFP 2021-2027
et les propositions législatives pour 2028-2034
PÉRIODE DE
PROGRAM-
MATION 2021-2027* 2028-2034
CFP Règlement fixant
le cadre financier
pluriannuel pour les
années 2021-2027
Proposition de règlement fixant le
cadre financier pluriannuel pour
les années 2028-2034
Règlements
encadrant la
PAC
Règlement sur les PSN
(186 pages)
Règlement relatif au
financement, à la
gestion et au suivi de la
PAC (75 pages)
Amendement au
Règlement sur l?OCM
(53 pages)
Proposition de règlement sur
le Fonds européen pour la
cohésion économique, sociale
et territoriale, l?agriculture et
les zones rurales, la pêche et les
affaires maritimes ainsi que la
prospérité et la sécurité pour la
période 2028?2034, appelé dans
ce papier Fonds unique (158
pages)
Proposition de règlement
sur la PAC (23 pages)
Proposition de règlement
établissant un cadre de suivi des
dépenses et de performance
pour le budget et d?autres règles
horizontales applicables aux
programmes et activités de
l?Union (66 pages)
Proposition de règlement
amendant le Règlement sur l?OCM
(38 pages)
* 2023-2027 pour les règlements encadrant la PAC
2. UNE NOUVELLE GOUVERNANCE
POUR LE SECTEUR AGRICOLE
Les enjeux de gouvernance touchent à deux aspects : le
processus de décision régissant l?adoption des règlements rela-
tifs au secteur agricole (partie 2.1) et le modèle de gouvernance
propre à la PAC ? notamment au moment de l?élaboration des
plans nationaux (partie 2.2). Cette dernière dimension est d?au-
tant plus importante que le règlement proposé pour la PAC
2028-2034 est peu détaillé (voir Tableau 1). Il est à noter que
le caractère très succinct des textes proposés par la Commis-
sion pourrait conduire à un recours accru à la législation secon-
daire (règlements d?exécution), procédure pour laquelle la
Commission est bien davantage à la manoeuvre que les deux
autres co-législateurs.
2.1. De nouvelles instances de décision
potentiellement transformatrices
Le secteur agricole européen bénéficie d?un traitement politique
et législatif spécifique qui se traduit, entre autres, par l?existence
d?espaces de décision dédiés, notamment au niveau du Conseil,
et auxquels les acteurs agricoles majoritaires ont un accès privi-
légié. Cette organisation contribue à expliquer certaines perma-
nences dans la PAC en dépit de ses réformes successives (Candel
& Daugbjerg, 2025).
? 3 ?
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A32020R2093
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A32020R2093
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A32020R2093
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A32020R2093
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0571&qid=1753801194712
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0571&qid=1753801194712
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0571&qid=1753801194712
https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2021/2115/oj/eng
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A32021R2116
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A32021R2116
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A32021R2116
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A32021R2116
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=uriserv:OJ.L_.2021.435.01.0262.01.ENG
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=uriserv:OJ.L_.2021.435.01.0262.01.ENG
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0565R%2801%29&qid=1753697054840
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0565R%2801%29&qid=1753697054840
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0565R%2801%29&qid=1753697054840
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0565R%2801%29&qid=1753697054840
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0565R%2801%29&qid=1753697054840
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0565R%2801%29&qid=1753697054840
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0565R%2801%29&qid=1753697054840
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0565R%2801%29&qid=1753697054840
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0560&qid=1753798247771
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0560&qid=1753798247771
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0545&qid=1753797488776
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0545&qid=1753797488776
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0545&qid=1753797488776
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0545&qid=1753797488776
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0545&qid=1753797488776
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0545&qid=1753797488776
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0545&qid=1753797488776
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0553&qid=1753802172985
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025PC0553&qid=1753802172985
Or, les propositions législatives de la Commission pour
la période 2028-2034 ouvrent la voie à une nouvelle archi-
tecture décisionnelle qui pourrait « désenclaver » la politique
agricole ? une dynamique déjà amorcée lors de la précédente
réforme de la PAC (Régnier & Aubert, 2023).
Jusqu?à présent, deux espaces de négociation étaient
centraux dans la fabrique des différentes réformes de la PAC :
les négociations sur le CFP, pour lesquelles les décisions les plus
sensibles politiquement sont prises au niveau du Conseil euro-
péen ; et les négociations sur la PAC. Ces dernières se déroulent
entre le Conseil AGRIPÊCHE ? où elles sont préparées par le
Comité spécial Agriculture (CSA) ? et le Parlement européen,
principalement au sein de sa commission en charge de l?agricul-
ture (COMAGRI). La nouvelle architecture budgétaire proposée
par la Commission introduit un nouvel espace de négociation
entre le CFP et la PAC via la mise en place d?un nouveau grand
fonds transversal, qui regroupe notamment la PAC et la politique
de cohésion (voir Encadré 1).
Dans les propositions législatives de la Commission, la PAC
dispose toujours d?une législation propre ? ce qui, d?après le
Commissaire Hansen, n?était pas initialement prévu4 ?, négo-
ciée principalement par le Conseil AGRIPÊCHE et la COMAGRI.
Cependant, cette politique étant partie intégrante du Fonds
unique, la législation sur la PAC sera dépendante des disposi-
tions adoptées dans le règlement de ce Fonds : celui-ci définit,
entre autres, les interventions possibles au titre de la PAC, le
taux de co-financement de ces mesures, la part des paiements
couplés, le montant minimal et maximal de l?aide au revenu
dégressive (partie 5), les mesures soumises à une conditionna-
lité environnementale et sociale (partie 6), les règles devant être
suivies pour élaborer le chapitre PAC du PPNR, la mise en place
d?un « filet de sécurité unitaire » qui remplace la réserve agri-
cole (partie 7) et les mesures de soutien en cas d?évènements
climatiques extrêmes (partie 7).
Or cette liste de dispositions, non exhaustive, ne sera pas
négociée par les acteurs traditionnels de la politique agricole.
Le règlement sur le Fonds unique sera débattu par une autre
formation du Conseil, le Conseil des affaires générales (CAG),
et en amont par un sous-groupe de travail dédié au suivi du
Fonds unique composé de conseillers nationaux sous le format
« 1 + 2 » (un conseiller permanent accompagné de deux experts
thématiques). Le profil de ces derniers est laissé à la discrétion
des EM : il dépend à la fois de leurs capacités administratives et
de leurs priorités politiques. Du côté du Parlement, il est égale-
ment probable qu?une autre commission que la COMAGRI se
retrouve cheffe de file.
Une telle réforme du CFP ouvre ainsi l?espace de décision
encadrant le secteur agricole à de nouveaux acteurs institution-
nels, porteurs d?intérêts et d?idées différents et donc, de solutions
politiques différentes. Symétriquement, la perte de centralité
4 Parlement européen (25/07/2025). Committee on Agriculture and Rural
Development Extraordinary meeting Exchange of views with Commissioner
Hansen: Presentation of the CAP proposals.
https://multimedia.europarl.europa.eu/fr/webstreaming/
agri-committee-meeting_20250716-1630-COMMITTEE-AGRI.
des organes décisionnels propres au monde agricole ? Conseil
AGRIPÊCHE, CSA, COMAGRI ? pourrait in fine réduire la capa-
cité d?influence des syndicats agricoles majoritaires, proches de
ces instances.
2.2. Plus de marges de manoeuvre pour
les États membres et plus de pouvoir
pour la Commission
Le paquet législatif présenté par la Commission s?appuie sur le
modèle de mise en oeuvre introduit par la PAC 2023-2027 : il
repose sur l?élaboration d?un plan national de planification des
interventions de la PAC, confortant les prérogatives de chaque
EM. À la différence des plans stratégiques nationaux (PSN) établis
pour la PAC 2023-2027, les plans nationaux demandés aux EM,
appelés Plans de partenariat nationaux et régionaux (PPNR), ne
couvrent cependant pas que le secteur agricole ; ils définissent
les mesures à mettre en oeuvre pour atteindre l?ensemble des
objectifs fixés par le Fonds unique5.
Cette nouvelle configuration donne une plus grande flexibi-
lité aux EM. Outre la définition des modalités de mise en oeuvre
de l?ensemble des mesures de la PAC (comme dans les PSN), les
EM sont désormais en charge de l?allocation de leur enveloppe
nationale financée par ce Fonds unique, qui n?est plus pré-al-
louée par programmes et par ensemble de mesures. Au sein
de cette enveloppe ne sont définis que les budgets minimaux
devant être alloués aux régions les moins développées, aux poli-
tiques de sécurité et de migration et aux mesures de soutien au
revenu des agriculteurs. Ainsi, environ un tiers (en moyenne) de
ces enveloppes nationales n?est pas pré-alloué, avec de fortes
variations inter-EM (Schreiber & Ferrer, 2025). L?allocation de
cette part non-fléchée entre secteurs dépendra de négociations
internes à chaque EM.
Au regard de cette plus grande liberté octroyée aux EM
dans l?élaboration de leur PPNR, la cohérence communautaire
des plans nationaux, et donc de la PAC, pourrait être remise en
question.
Ce risque, pointé régulièrement par des EM tels que la
France ou l?Espagne, est identifié depuis longtemps par la
Commission. C?est ce qui pourrait expliquer l?existence de dispo-
sitions visant à renforcer son rôle dans l?ensemble du processus.
En amont de l?élaboration des PPNR, la Commission formule
des « recommandations nationales relatives à la PAC » censées
aiguiller les EM et faire ressortir les principaux enjeux affectant
leur secteur agricole. Il est demandé aux EM de prendre en
compte ces recommandations dans l?élaboration de leur plan
et de traiter au moins une partie des enjeux mentionnés par la
Commission (Article 22). En aval, cette dernière évaluera le plan
soumis par les EM et pourra dans certains cas demander l?inclu-
sion de mesures additionnelles et/ou la modification de certains
passages (Articles 23 et 24). Les formulations incluses dans la
proposition de règlement sont cependant relativement vagues
5 Le mode de fonctionnement proposé est proche de celui utilisé pour la Facilité
pour la reprise et la résilience (FRR), principal instrument du plan de relance
post-Covid.
? 4 ?
https://multimedia.europarl.europa.eu/fr/webstreaming/agri-committee-meeting_20250716-1630-COMMITTEE-AGRI
https://multimedia.europarl.europa.eu/fr/webstreaming/agri-committee-meeting_20250716-1630-COMMITTEE-AGRI
Cadre financier européen 2028-2034 : les enjeux clés pour le secteur agricole
et questionnent sur les réelles capacités de la Commission euro-
péenne à influer sur les PPNR6.
Lorsque le plan est jugé conforme au règlement, la Commis-
sion propose une décision d?exécution du Conseil : ainsi, ce n?est
plus seulement la Commission qui représente l?échelon euro-
péen dans cette négociation, mais aussi le Conseil. Toutefois,
dans la pratique, le Conseil se fait chambre d?enregistrement des
propositions de décision soumises par la Commission. La déci-
sion adoptée peut contenir et expliciter certaines insuffisances,
et provoquer une suspension des paiements tant que les insuffi-
sances identifiées n?auront pas été corrigées (Article 23).
Ces deux dimensions (amont/aval) étaient déjà présentes
dans le cadre de la réforme de la PAC de 2021 avec un bilan en
demi-teinte. En amont, lorsqu?en décembre 2020 la Commis-
sion avait soumis aux EM des recommandations relatives au
contenu souhaité pour leur PSN, ces derniers avaient jugé que la
Commission outrepassait ses fonctions ; ils ne les avaient finale-
ment que peu intégrées (Matthews, 2021). Toutefois, ces recom-
mandations n?étaient nullement mentionnées dans le règlement
relatif aux PSN et n?avaient donc pas de valeur contraignante. En
aval, les EM ont certes effectué quelques modifications dans la
finalisation de leurs PSN suivant les retours de la Commission,
notamment lorsqu?ils portaient sur des dispositions juridique-
ment contraignantes prévues par le règlement, sans pour autant
les reprendre de façon substantielle (ECAa).
En rendant explicite sa fonction d?encadrement en amont,
et, dans une certaine mesure, d?évaluation en aval, le paquet
législatif proposé pourrait ainsi donner à la Commission plus
d?influence sur les décisions des EM dans ces deux moments
clés. Cependant, au regard des réactions passées, il est fort
probable que le Conseil n?apporte pas son soutien à de telles
mesures, et que les articles 22 et 23 soient ou supprimés, ou
largement remaniés. Le risque serait alors d?aboutir à une situa-
tion dans laquelle le cadre commun à ces différents PPNR ne
serait plus suffisamment robuste ; cela affaiblirait les ambi-
tions sociale et environnementale de la PAC et intensifierait les
distorsions de concurrence entre les agriculteurs sur le marché
commun (Régnier et al., 2025). Il reviendrait alors au Conseil et
au Parlement de penser des garde-fous pour garantir un marché
commun juste et équitable pour les agriculteurs ainsi qu?un
cadre favorisant des modes de production durable.
De plus, et dans la continuité du processus d?ouverture
des négociations agricoles à de nouveaux acteurs exposé dans
la partie précédente, la proposition de règlement sur le Fonds
unique élargit et diversifie le type d?acteurs inclus dans l?éla-
boration, la mise en oeuvre et le suivi des PPNR au niveau des
EM. D?une part, les ministères en charge de l?économie et du
budget pourraient s?investir davantage dans l?élaboration des
plans nationaux sur la PAC en raison de l?accroissement des
mesures devant être co-financées par les EM, un point déve-
loppé dans la partie suivante. Les EM doivent en outre associer
6 « Dans des cas dûment justifiés, la Commission peut demander l?inclusion de
mesures supplémentaires [...] », Article 23 ; « Dans des cas dûment justifiés,
[...], la Commission peut également proposer à l?État membre de modifier les
mesures existantes ou d?en introduire de nouvelles », Article 24 (les italiques
ont été ajoutés par les auteurs).
un ensemble de parties prenantes, incluant entre autres les
représentants traditionnels du monde agricole, la société civile,
dont les organisations environnementales et le monde acadé-
mique, à la préparation, la mise en oeuvre et l?évaluation des
PPNR, notamment via la participation à un comité de suivi. Les
modalités concrètes de coopération sont toutefois laissées à la
discrétion des EM. Bien que la gouvernance de la PAC au niveau
des EM doive encore faire l?objet de précisions, sa gestion pour-
rait ne plus reposer uniquement sur les ministères en charge de
l?agriculture.
L?ouverture des négociations sur la politique agricole à de
nouveaux acteurs institutionnels, à la fois au niveau du Conseil,
du Parlement et des EM, ainsi qu?une gestion partagée entre
différents ministères et parties prenantes au niveau des EM,
pourraient participer à l?élaboration et à la mise en oeuvre d?une
PAC renouvelée.
3. UN BUDGET EN BAISSE?
Contrairement aux enjeux de gouvernance, peu discutés
dans l?espace public, le sujet de la baisse du budget alloué à la
PAC 2028-2034 a fait couler beaucoup d?encre. Il est cependant
difficile de comparer les enveloppes budgétaires allouées au
secteur agricole sur les deux périodes.
Le montant fixé par la Commission pour la période 2028-
2034 représente un budget minimum destiné à financer
le soutien au revenu des agriculteurs7. Ce dernier peut être
complété par l?argent dont dispose les EM au titre de la « cohé-
sion économique, sociale et territoriale, l?agriculture et les zones
rurales, la pêche et les affaires maritimes ainsi que la prospérité
et la sécurité », dont seulement une partie est fléchée vers les
régions les moins développées. Comme expliqué dans la partie
précédente, près d?un tiers des enveloppes nationales distri-
buées via le Fonds unique n?est pas pré-alloué : il revient aux EM
d?arbitrer entre leurs différentes priorités.
De nombreux acteurs avancent une baisse du budget euro-
péen alloué au secteur agricole supérieure à 20 %. Ce résultat est
obtenu en comparant les 387,8 Md¤ disponibles pour la période
2021-2027 au seuil minimum de 300 Md¤ fléchés vers le secteur
agricole dans le CFP 2028-2034 (293,7 Md¤ alloués au soutien
au revenu des agriculteurs et 6,3 Md¤ à la nouvelle réserve agri-
cole8). Cependant, certaines mesures, actuellement financées
par le budget de la PAC 2021-2027, ne sont pas incluses dans
7 Le soutien au revenu comprend les interventions suivantes : l?aide au revenu
dégressive fondée sur la surface, l?aide couplée au revenu, l?aide spécifique
au coton, les paiements pour contraintes naturelles et autres contraintes
spécifiques à une zone, le soutien pour désavantages spécifiques à une zone
résultant de certaines exigences obligatoires, les actions agroenvironnemen-
tales et climatiques, le soutien en faveur des petits agriculteurs, le soutien aux
outils de gestion des risques, aux investissements, aux jeunes agriculteurs,
aux interventions dans certains secteurs et aux services de remplacement
agricole (Article 35 de la proposition de règlement sur le Fonds unique).
8 Tous les montants sont exprimés en euro courant, c?est-à-dire hors inflation.
Si la Commission tend à communiquer sur ces chiffres, ils ne reflètent que très
imparfaitement les évolutions du budget. En intégrant l?inflation, le chiffre sur
lequel les EM sont invités à négocier est de 266 Md¤.
? 5 ?
le budget minimum alloué au soutien au revenu dans le cadre
2028-2034 ; d?après les estimations d?Alan Matthews (2025b),
cela représente environ 8 % du budget de la PAC actuelle9. En
comparant les mesures effectivement financées par les deux
budgets pré-alloués, la baisse est de 16 % en prix courant :
357,2 Md¤ pour la période 2021-2027 vs 300 Md¤ pour 2028-
2034 (Matthews, 2025a)10.
Toutefois, ces chiffres ne permettent pas de conclure de
manière univoque à une baisse effective du soutien public
(argent européen et co-financement national cumulé) alloué
au secteur agricole. D?une part, comme indiqué précédemment,
le budget pré-fléché vers le secteur pour la période 2028-2034
représente un seuil minimum. Il ne sera possible de conclure à
une baisse effective du budget européen versé au secteur agri-
cole qu?à la fin de la période de programmation (post 2034),
sur la base des arbitrages in fine mis en oeuvre par les EM quant
au tiers de leur enveloppe qui n?est pas fléchée. Ces arbitrages
seront connus dans leurs grandes lignes dès l?adoption des
PPNR, probablement en 2027. Cependant, 25 % du budget dont
disposent les EM au titre de leur PPNR hors soutien au revenu
des agriculteurs doit être mis de côté ; cette réserve constitue
un « montant de flexibilité ». Elle peut être utilisée au moment
de la révision à mi-parcours de leur PPNR et en cas de crises, y
compris pour soutenir le secteur agricole (voir partie 6).
D?autre part, ces budgets ne prennent pas en compte les
co-financements nationaux, dont les règles évoluent dans
la proposition de règlement sur le Fonds unique. Dans la PAC
2023-2027, seules les mesures du Fonds européen agricole
pour le développement rural (FEADER)11 sont co-financées
par les budgets nationaux ; celles du Fonds européen agricole
de garantie (FEAGA) sont entièrement financées par le budget
européen. Or cette distinction disparaît dans la proposition de
règlement pour la période 2028-2034, tout comme les deux
piliers de la PAC : seuls l?aide au revenu dégressive fondée sur la
surface, les aides couplées, le soutien aux petits agriculteurs et
les paiements spécifiques au coton sont intégralement financés
par le budget européen. Pour toutes les autres mesures, dont
par exemple les actions agroenvironnementales et climatiques
ou les paiements au titre des contraintes naturelles, le co-finan-
cement national doit être d?au moins 30 % (sauf exception). Ce
taux ne s?applique que pour les mesures financées via l?enveloppe
9 Ces mesures sont les suivantes : LEADER, soutien au partage de connaissances
et à l?innovation, initiatives de coopération territoriale et locale, interventions
dans les régions ultrapériphériques, interventions dans les îles mineures de la
mer Égée et le programme à destination des écoles de l?Union.
10 À la différence d?Alan Matthews, le montant retenu pour la période 2028-
2034 est de 300 Md¤, cela afin d?exclure les 2 Md¤ consacrés à la politique
commune de la pêche. De plus, il est intéressant de noter que dans une
publication ultérieure à celle citée, Alan Matthews (2025b) considère que le
budget de la PAC pourrait finalement être maintenu en valeur nominale. Il
prend pour cela d?autres hypothèses de travail. Cette évolution témoigne des
difficultés à analyser les conséquences, notamment budgétaires, des proposi-
tions de la Commission publiées mi-juillet 2025.
11 Le budget de la PAC 2023-2027 est réparti entre deux fonds : le FEAGA, qui
concentre les trois quarts du budget de la PAC et finance les aides directes
versées aux agriculteurs chaque année et les mesures de l?OCM ; et le FEADER,
qui représente 25 % du budget de la PAC et regroupe des mesures à vocation
territoriale et environnementale.
minimale relevant du soutien au revenu. Si l?EM décide d?allouer
un budget plus important au secteur agricole que celui prévu par
l?enveloppe pré-allouée, cette part additionnelle devra suivre les
règles de co-financement s?appliquant à l?ensemble du fonds, à
savoir : un taux de co-financement minimal de 15 % dans les
régions moins développées, de 40 % dans les régions en transi-
tion et de 60 % dans les régions plus développées.
Outre la part du budget européen pré-alloué à la PAC pour
la période 2028-2034, la Commission européenne a égale-
ment publié, mi-septembre, une proposition de répartition de
cette enveloppe entre les EM12. Elle renseigne sur l?évolution
du budget européen attribué aux EM au titre de la PAC. Dans
le cas de la France par exemple, ce montant est de 2 Md¤ infé-
rieur à son budget PAC sur la période 2023-2027 : elle recevrait
7,3 Md¤ par an, ce qui représente un peu plus de 17 % du budget
pré-alloué à la PAC 2028-2034 à échelle européenne, au lieu
des 9,3 Md¤ reçus actuellement. Si ces montants étaient validés
par le Conseil, il reviendrait ensuite à l?État français de déter-
miner comment gérer ce différentiel, en actant une diminution
et/ou en le compensant, partiellement ou totalement, par (i) du
co-financement national et (ii) un prélèvement sur la part non
pré-fléchée du Fonds.
Ainsi, si l?enveloppe pré-allouée au secteur agricole pour la
période 2028-2034 diminue dans la proposition de règlement
de la Commission, le montant total des soutiens publics au titre
de la PAC ne pourra être connu qu?après 2034 : il dépendra des
arbitrages réalisés par les EM au moment de l?élaboration et de
la révision de leur PPNR ainsi que des aides de crise versées aux
agriculteurs.
4. UN MODÈLE DE PERFORMANCE
QUI CONSERVE LES FAIBLESSES
DU CADRE ACTUEL
La nouvelle architecture proposée par la Commission
repose sur un système unique de suivi et de contrôle du budget
de l?UE qui s?applique à l?ensemble des fonds européens, dont
celui relatif à la PAC. Cette approche, qui se veut davantage
axée sur la performance, repose sur un système d?indicateurs et
de coefficients similaire à celui utilisé pour la FRR13 et les PSN.
Pour chaque domaine d?intervention, les EM attribuent un
coefficient (de 0 %, 40 % ou 100 %) établissant sa contribu-
tion à quatre enjeux politiques transversaux de l?UE : l?adapta-
tion au changement climatique, l?atténuation du changement
climatique, l?environnement et le social. Toutefois, il ne s?agit
là que d?une évaluation a priori et approximative du potentiel
environnemental de chaque mesure. Un coefficient de 0 % est
par exemple attribué à la promotion du renouvellement géné-
rationnel pour chacune des quatre dimensions. Le soutien aux
agriculteurs situés dans des zones montagneuses, un autre
12 https://agriculture.ec.europa.eu/document/download/7f9d2e50-5a2f-4607-
8cf2-f3eff2539249_en?filename=mff_brochure_en_0.pdf
13 Cf note de bas de page 5, p. 4.
? 6 ?
https://agriculture.ec.europa.eu/document/download/7f9d2e50-5a2f-4607-8cf2-f3eff2539249_en?filename=mff_brochure_en_0.pdf
https://agriculture.ec.europa.eu/document/download/7f9d2e50-5a2f-4607-8cf2-f3eff2539249_en?filename=mff_brochure_en_0.pdf
Cadre financier européen 2028-2034 : les enjeux clés pour le secteur agricole
domaine d?intervention, est pour sa part crédité de 40 % pour
les deux objectifs climatiques, de 100 % pour les objectifs envi-
ronnementaux et de 0 % pour les objectifs sociaux.
En outre, pour chaque domaine d?intervention, la propo-
sition de règlement sur le cadre de performance établit, en
annexe, une liste d?indicateurs quantitatifs dits de perfor-
mance. Ces derniers sont divisés en deux catégories : des indi-
cateurs de réalisation (output indicators) et des indicateurs de
résultat (result indicators). Les premiers indiquent le « taux
de couverture » de la mesure mise en place ? par exemple,
le nombre de personnes ou d?hectares qui en bénéficient. Les
seconds renseignent sur l?atteinte des objectifs fixés ? par
exemple, l?augmentation de la teneur en matière organique
des sols. La Commission précise, dans le préambule du règle-
ment sur le modèle de performance, qu?elle pourra mettre en
place, ultérieurement, d?autres « indicateurs pertinents ». Cela
pourrait par exemple concerner les indicateurs de contexte
et les indicateurs d?impact, pour l?instant absents des règle-
ments et considérés comme essentiels par certains acteurs
dans le cadre d?un modèle reposant sur la performance (Hart
& Baldock, 2025).
Dans leur PPNR, les EM doivent indiquer, pour chaque
mesure, un indicateur de réalisation définissant le jalon
final (milestone) ou la cible (target) et un ou plusieurs indica-
teurs de résultat parmi ceux listés dans le règlement. Ils doivent
de plus préciser l?année au cours de laquelle les objectifs fixés
par l?indicateur de résultat devraient être atteints ? dans la PAC
2023-2027, les EM doivent indiquer des valeurs pour chaque
année. Si les objectifs sont atteints, la Commission peut valider
les versements de paiement aux EM, suivant une logique simi-
laire au modèle élaboré dans le cadre de la FRR.
Outre quelques modifications, le modèle de performance
proposé est similaire à celui introduit par la réforme de la PAC
2023-2027. Aussi, les trois principales critiques qui ont été
émises à son égard s?appliquent également aux propositions
faites pour l?après 2027. La première concerne les indicateurs
de performance. Ces derniers ne renseignent pas tant sur les
résultats obtenus que sur les moyens mis en oeuvre (Guyo-
mard et al., 2020), cela principalement en raison de la diffi-
culté à associer de façon systématique et uniformisée des
pratiques agricoles à des résultats mesurables, notamment en
matière de biodiversité. Ainsi, bien que certains indicateurs de
résultat aient été améliorés pour effectivement mesurer les
performances environnementales ou sociales, ce n?est pas le
cas de la majorité d?entre eux. On retrouve par exemple, dans
la liste des indicateurs de résultats proposés, la part de ruches
soutenues ou la part de fermes recevant une aide à l?inves-
tissement en lien avec la nature et la biodiversité. De plus,
ces indicateurs mesurent davantage des objectifs sociaux ou
environnementaux qu?économiques, à l?exception notable de
la redistribution des aides entre types de bénéficiaires, si bien
que l?effet de la PAC sur, par exemple, le revenu agricole ou le
rapport entre volumes produits et consommés domestique-
ment n?est pas évalué.
Une seconde critique a trait au niveau d?ambition des
plans. Comme dans le règlement actuel, la proposition de
la Commission ne comprend aucun objectif chiffré ou seuil
minimum. Autrement dit, elle indique quoi et comment
mesurer, mais pas dans quel but. Les EM n?ont de plus aucune
incitation à proposer des cibles ambitieuses. En effet, ils ne
sont pas évalués en fonction de l?ambition d?objectifs environ-
nementaux ou sociaux mais de leur capacité à anticiper l?in-
térêt des agriculteurs à souscrire à telle ou telle mesure ; ce qui
compte n?est pas que le pourcentage d?agriculteurs ayant sous-
crit à une mesure Y en 2031 soit élevé, mais qu?il soit conforme
au résultat annoncé. Certes, 43 % du budget alloué aux EM au
titre du PPNR doit contribuer à la réalisation d?objectifs clima-
tiques et environnementaux. Or, ce taux est calculé à partir des
coefficients présentés précédemment, dont plusieurs rapports
ont déjà souligné les limites et la tendance à surévaluer la
contribution des politiques européennes aux objectifs environ-
nementaux (Begg et al., 2024 ; ECAb, 2024 ; Hart & Baldock,
2025). Cette surestimation est accentuée par le fait que, pour
calculer la part de contribution à l?objectif horizontal de 43 %,
c?est l?indicateur le plus élevé qui est retenu. Ainsi, l?aide aux
agriculteurs situés en zones de montagne ? exemple cité précé-
demment ? est comptabilisée à 100 % dans l?atteinte de cet
objectif de 43 %, alors qu?elle n?est créditée qu?à hauteur de
40 % pour les deux objectifs climatiques.
Enfin, la troisième critique est relative à la charge admi-
nistrative qu?implique un tel système. Outre l?élaboration des
plans qui nécessitent d?importantes ressources au niveau des
EM, les modalités de suivi, d?évaluation et de reporting sont très
exigeantes pour les administrations nationales et européennes.
Ainsi, en dépit d?ajustements, le modèle de performance
proposé par la Commission conserve les faiblesses de la PAC
2023-2027 : les indicateurs de résultat sont difficiles à évaluer
et renseignent plus souvent sur les moyens mis en oeuvre que
sur les effets des mesures adoptées ; ce modèle alourdit la
charge bureaucratique des administrations et n?incite pas les
EM à être ambitieux sur le plan social et environnemental. Au
contraire, le versement de l?argent de la PAC étant désormais
lié à l?atteinte de cibles et de jalons, en l?absence de dispositifs
incitatifs ou de seuils minimums devant être respectés, les EM
sont incités à proposer des plans peu ambitieux, dont ils sont
sûrs d?atteindre les objectifs.
5. UNE POSSIBLE RÉVOLUTION
DESAIDES DE BASE AU REVENU
Les réformes McSharry et Fischler, adoptées respectivement
en 1992 et 2003, ont fait passer la PAC d?une politique de soutien
des prix à une politique d?aide au revenu. Les aides directes au
revenu constituent depuis la pierre angulaire de la politique agri-
cole européenne ; elles absorbent près des trois quarts de son
budget, réparti entre (i) l?aide de base au revenu, (ii) l?aide redis-
tributive complémentaire, (iii) l?aide complémentaire au revenu
pour les jeunes agriculteurs et (iv) les aides couplées à certaines
productions. Dans l?architecture proposée par la Commission
pour la PAC 2028-2034, les aides couplées sont maintenues et
? 7 ?
étendues à un plus grand nombre de productions14 ; les trois
premiers instruments sont en revanche rassemblés au sein
d?un même outil : l?aide au revenu dégressive fondée sur la
surface.
Ce dernier introduit plusieurs modifications d?ampleur. Les
actuelles aides de base au revenu consistent en un paiement
proportionnel au nombre d?hectares exploités par une ferme,
en sachant que la valeur de l?aide allouée à chaque hectare
diffère selon l?EM ou le territoire concerné et, dans certains
cas aussi, selon l?historique de production sur la parcelle
concernée. Ces aides sont donc aujourd?hui indépendantes de
la situation socio-économique de l?exploitation agricole. La
Commission propose de renforcer la vocation sociale de cette
mesure en ciblant davantage les agriculteurs dont la situation
le justifie : soit parce que leur revenu agricole est faible, soit
parce qu?ils relèvent de l?une des catégories suivantes : jeunes
agriculteurs, nouveaux entrants, femmes, agriculture familiale
ou petites fermes, polyculteurs-éleveurs, ou situés sur des
territoires à contraintes ou zonages particuliers.
Ce changement de paradigme peut s?expliquer par diffé-
rents facteurs. Premièrement, le ciblage est un moyen de
réduire les dépenses directement allouées au soutien au
revenu, qui représente la plus grande part du budget de la PAC,
dans un contexte de probable diminution du budget européen
alloué au secteur agricole (voir partie 3). Deuxièmement, les
appels à une distribution plus « juste » des aides au revenu se
sont multipliées ces dernières années15. Troisièmement, même
si l?éventuelle adhésion de l?Ukraine à l?UE n?aurait probable-
ment pas lieu au cours du prochain CFP, elle changerait profon-
dément la donne en ce qui concerne la répartition du budget
de la PAC entre EM et les critères à l?aune desquels seraient
calculés les paiements par bénéficiaire (Régnier & Catallo,
2024).
Pour opérationnaliser ces nouvelles orientations de l?aide
au revenu, la Commission fait notamment trois propositions :
? la mise en place d?une aide au revenu dégressive harmon-
isée dans toute l?UE, dont la moyenne au niveau national
devra être comprise entre 130 et 240 euros ? ce qui
veut dire qu?un agriculteur pourra, à titre individuel,
recevoir une aide à l?hectare inférieure à 130 euros ou au
contraire supérieure à 240 euros. Cela reviendrait à abolir
le régime de droits à paiement de base dans les EM où il
existe encore (c?est-à-dire le besoin pour les agriculteurs
14 Les aides couplées peuvent désormais être versées à l?ensemble des filières
agricoles, à l?exception notamment du tabac, du vin, de la volaille et du porc,
suivant les modalités définies par l?article 11 de la proposition de règlement
pour la PAC 2028-2034. Elles peuvent représenter jusqu?à 20 % de l?envel-
oppe allouée aux aides au revenu dégressives fondées sur la surface, aux aides
spécifiques au coton, aux actions agroenvironnementales et climatiques et
au soutien en faveur des petits agriculteurs. Cette part peut être augmentée
de 5 % à condition que ce bonus soit alloué aux protéagineux, aux fermes
de polyculture-élevage et aux zones à risque de déprise agricole, notamment
dans les régions frontalières situées à l?est de l?UE.
15 Voir par exemple ce communiqué de presse du WWF Europe de février
2025 qui déplore l?insuffisance d?ambition de la Commission européenne
pour s?attaquer à « l?injuste répartition des aides de la PAC » : https://www.
wwf.eu/?17110441/EU-Vision-for-Agriculture-backs-environmental-proof-
ing-but-presents-blurred-roadmap-for-transformation
de détenir un ticket d?accès à ces aides, définissant le
montant d?aide valable pour chaque hectare éligible). Par
ailleurs, cela mettrait fin aux débats sur les convergences
interne et externe (c?est-à-dire l?harmonisation progres-
sive de la valeur des aides de base au revenu autour d?une
moyenne) ;
? la prise en compte des actifs agricoles dans les critères d?al-
location de l?aide, en complément des surfaces exploitées
par une ferme, via (i) la différenciation des montants d?aide
selon le revenu agricole, (ii) le fléchage du dispositif sur
les agriculteurs contribuant effectivement à la sécurité
alimentaire et (iii) l?exclusion d?ici 2032 des agriculteurs
touchant leurs droits à la retraite. De plus, les EM peuvent
choisir de remplacer partiellement ou totalement l?aide à
l?hectare par des paiements forfaitaires annuels ;
? une limitation des montants totaux pouvant être touchés
par un même agriculteur, via l?instauration d?une dégres-
sivité applicable à partir de 20 000 ¤ d?aide et progres-
sive jusqu?à un plafonnement obligatoire à 100 000 ¤,
valable simultanément sur toutes les entités juridiques
dirigées par une même personne physique. En pratique, le
plafonnement pourrait toucher des agriculteurs exploitant
plus de 1000 à 2000 hectares.
Ces dispositions ouvrent ainsi la voie à une réforme
majeure des aides de base au revenu, pilier du soutien euro-
péen aux agriculteurs du continent. Si l?hectare reste l?unité
principale de paiement (des dérogations étant possibles), elle
ne représente plus la base justificative du paiement, qui est
désormais surtout lié à des critères socio-économiques. Néan-
moins, plusieurs de ces modifications ont déjà été tentées
par la Commission européenne lors de précédentes réformes
de la PAC, à l?instar du caractère obligatoire pour les EM du
plafonnement et de la dégressivité, sans pour autant qu?elles
ne survivent au processus de négociation des textes. Cette
nouvelle proposition de réforme des aides de base fera donc
à n?en pas douter l?objet d?intenses débats au sein du Conseil
AGRIPÊCHE, du Parlement et peut-être même du Conseil
européen.
6. UNE ARCHITECTURE VERTE
PORTEUSE DE RISQUES
ETD?OPPORTUNITÉS POUR
LESECTEUR
En raison de la très grande liberté octroyée aux EM dans
la proposition de règlement publiée par la Commission, toute
évaluation ex ante de l?architecture environnementale de
la prochaine PAC est rendue difficile, voire impossible. Elle
comporte toutefois des risques et des opportunités pour le
secteur qu?il est d?ores et déjà possible de discuter.
L?architecture environnementale proposée repose sur
deux types de dispositions : d?une part, un ensemble de
règles obligatoires pour l?ensemble des agriculteurs recevant
? 8 ?
https://www.wwf.eu/?17110441/EU-Vision-for-Agriculture-backs-environmental-proofing-but-presents-blurred-roadmap-for-transformation
https://www.wwf.eu/?17110441/EU-Vision-for-Agriculture-backs-environmental-proofing-but-presents-blurred-roadmap-for-transformation
https://www.wwf.eu/?17110441/EU-Vision-for-Agriculture-backs-environmental-proofing-but-presents-blurred-roadmap-for-transformation
Cadre financier européen 2028-2034 : les enjeux clés pour le secteur agricole
des subventions européennes (correspondant à l?esprit de
l?actuelle conditionnalité environnementale) ; d?autre part,
des mesures incitatives optionnelles pour les agriculteurs
(correspondant aux différentes mesures environnementales
jusqu?alors réparties entre le premier et le deuxième pilier de
la PAC).
Premièrement, le principe de conditionnalité est main-
tenu, mais renommé « gestion agricole durable » (Farm
stewardship). Il comprend les exigences réglementaires en
matière de gestion (ERMG) et des pratiques de protection
définies par les EM dans leur PPNR. Ces dernières doivent
couvrir les trois domaines suivants :
? protection des sols riches en carbone, des particular-
ités topographiques et des prairies permanentes sur les
surfaces agricoles ;
? protection des sols contre l?érosion et maintien des
niveaux de matière organique des sols, notamment par la
rotation ou la diversification des cultures ;
? protection des cours d?eau et des eaux souterraines contre
la pollution et le ruissellement.
Les acteurs de l?environnement pointent le risque d?un
affaiblissement important de l?ambition environnementale
avec ce projet de réforme. En effet, la flexibilité laissée aux EM
dans la définition des conditionnalités est perçue par beau-
coup comme un accroissement du niveau de subsidiarité, qui
jusqu?à présent a eu tendance à tirer l?ambition vers le bas.
Ce, dans un contexte où le point de départ des discussions se
situe déjà à un niveau d?ambition réduit comparé à la réforme
adoptée en 2021, compte tenu des changements intervenus
à la suite des manifestations agricoles de l?hiver et du prin-
temps 2024.
Toutefois, les modifications les plus substantielles de l?ar-
chitecture environnementale de la PAC concernent surtout
l?autre jambe de cette nouvelle architecture, à savoir les
mesures incitatives. Autrefois réparties entre les éco-régimes
et les mesures en faveur du climat et de l?environnement
financées par le FEADER, dont les mesures agroenvironne-
mentales et climatiques (MAEC), elles sont fusionnées au sein
d?un même instrument : les actions agroenvironnementales
et climatiques.
Une première différence majeure, qui constitue sans doute
l?un des principaux risques de ce nouveau cadre, concerne
le financement de ces actions. Dans la PAC 2023-2027, les
éco-régimes sont entièrement financés par le budget euro-
péen et bénéficient d?une enveloppe pré-allouée : 25 % de
la dotation destinée aux aides directes. Les mesures environ-
nementales du FEADER, comme les MAEC ou l?accompagne-
ment à la conversion à l?agriculture biologique, doivent pour
leur part être co-financées par les EM à hauteur de 20 %. De
plus, 35 % de l?enveloppe du FEADER doit être fléché vers
des mesures environnementales, climatiques et de bien-être
animal. Dans la proposition de règlement pour la PAC 2028-
2034, les actions agroenvironnementales et climatiques ne
bénéficient pas d?un budget pré-alloué. De plus, ces mesures
doivent être co-financées au minimum à hauteur de 30 % par
les EM : la Commission supprime donc la possibilité d?avoir
des mesures vertes entièrement financées par le budget euro-
péen, comme cela est le cas avec les éco-régimes, et propose
un taux de co-financement plus élevé que celui actuellement
en vigueur pour les mesures environnementales du FEADER.
Le risque est donc important que les EM privilégient des
mesures entièrement financées par le budget européen que
sont les aides au revenu dégressive fondées sur la surface, les
aides couplées, le soutien aux petits agriculteurs et les aides
spécifiques au coton (partie 3) aux dépens des mesures vertes.
Une seconde différence, porteuse d?opportunités cette
fois, a trait à l?architecture et aux règles d?élaboration des
actions agroenvironnementales et climatiques. Ces dernières
sont divisées en deux groupes, qu?on peut retranscrire comme
suit : le soutien au maintien de pratiques durables (rémunéra-
tion de service) et l?accompagnement à la transition vers des
pratiques plus durables (accompagnement de changements).
Le soutien au maintien de pratiques durables peut être
annuel ou pluriannuel et suivre des objectifs de protection
de l?environnement (eau, biodiversité, sol, forêt), d?adapta-
tion et d?atténuation au changement climatique, de bien-être
animal et d?usage durable des ressources génétiques. Les EM
sont par ailleurs tenus de proposer des mesures de soutien
au maintien de l?agriculture biologique et à l?extensification
de l?élevage. De plus, les paiements versés au titre du soutien
au maintien de pratiques durables ne sont plus corrélés au
manque à gagner induit par l?adoption de ces pratiques, ce
qui ouvre la voie à une possible mise en place de paiements
pour services environnementaux par les EM qui le souhaite-
raient. Ces paiements restent toutefois soumis à la compa-
tibilité avec la « boîte verte » de l?Organisation mondiale du
commerce (OMC).
En ce qui concerne l?accompagnement vers l?adoption de
pratiques plus durables, pour en bénéficier, les agriculteurs
devront établir un plan de transition approuvé par leur EM.
Au préalable, ces derniers auront défini au sein de leur PPNR
les systèmes de production considérés comme vertueux pour
le climat et l?environnement. Le montant versé dans le cadre
de ce programme devra être basé sur une estimation des
coûts engendrés par le plan de transition. Il est plafonné à
200 000 ¤ par agriculteur au cours de la période de program-
mation, soit un maximum de 28 000 ¤ par an.
L?architecture environnementale proposée par la Commis-
sion pour la période 2028-2034 présente à la fois des risques
et des opportunités. Les EM disposent de plus de liberté pour
penser des mesures au plus près des besoins des agriculteurs
(choix des paiements annuels ou pluriannuels ; rémunération
de services ou accompagnement à la transition ; ciblage des
territoires ; montant des rémunérations). Cependant, l?ab-
sence d?un budget pré-alloué à ces mesures et l?obligation
pour les EM de les co-financer à hauteur de 30 % les rendent
moins attractives, ce qui pourrait se traduire par une dimi-
nution du montant alloué à la rémunération de pratiques
durables.
? 9 ?
7. UNE GESTION EUROPÉENNE
DES CRISES DE MARCHÉ
MAIS NATIONALE DES CRISES
CLIMATIQUES ET SANITAIRES:
UNE INCITATION À AMÉLIORER
LA RÉSILIENCE DES FERMES ?
Après un mandat marqué par la pandémie de Covid-19, l?in-
vasion russe en Ukraine et l?intensification de la guerre commer-
ciale, la Commission européenne a fait de la réactivité face aux
crises une des pierres angulaires de sa nouvelle architecture
budgétaire. Cela s?applique notamment au secteur agricole
dont les dispositifs de gestion des crises ont été renforcés16. À
l?inverse, la gestion des risques n?est quant à elle pas particuliè-
rement développée par rapport à la PAC actuelle.
La Commission poursuit les évolutions proposées dans le
cadre du paquet de simplification publié en mai 2025, visant à
clarifier les instruments à mobiliser en fonction des perturba-
tions à gérer17. Ainsi, elle distingue trois cas de figure :
? une gestion européenne pour les crises de marché et pour les
conséquences économiques des aléas sanitaires ;
? une gestion par les EM des crises sanitaires et climatiques,
facilitée par un accroissement de la souplesse dans l?usage
des fonds européens consacrés à cette fin ;
? une gestion des risques entièrement confiée aux EM avec
peu de redevabilité à l?égard du niveau européen.
En ce qui concerne les crises de marché et les conséquences
économiques des aléas sanitaires, la Commission propose de
remplacer l?actuelle réserve agricole par un « filet de sécurité
unitaire », qui ne sera plus issu du budget de la PAC mais de
celui du Fonds unique au sein duquel une « Facilité » est en
partie consacrée à la gestion de l?imprévu. Doté de 900 M¤ par
an (6,3 Md¤ sur l?ensemble de la période), le filet de sécurité
unitaire double le budget qui était jusque-là alloué à la réserve
agricole. Il peut être utilisé pour stabiliser les marchés agricoles
en cas de perturbation du marché, en finançant des mesures
exceptionnelles (articles 219-222 du règlement sur l?organisa-
tion commune des marchés) ou de soutien au stockage privé et
à l?intervention publique (articles 8-21 du même règlement).
Toutefois, bien que la gestion de la réserve agricole ait été
critiquée pour son manque de transparence, la gouvernance du
nouvel instrument ne fait pas l?objet de précisions. De plus, au
cours des dernières années, la réserve agricole a été utilisée de
manière croissante pour venir en aide aux agriculteurs touchés
par des évènements climatiques extrêmes. Dans le cadre du
16 Cette partie ne traite que de la gestion des risques et des crises touchant
directement les exploitations agricoles ; bien qu?incluses dans la nouvelle
proposition de règlement relatif à l?organisation commune des marchés, les
perturbations touchant les opérateurs des filières agroalimentaires ne sont
pas couvertes.
17 Pour une présentation détaillée des outils de gestion des crises dans la PAC
2023-2027 et dans l?omnibus de simplification présenté par la Commission
en mai 2025, voir : Matthews, A. (2025c).
paquet de simplification, la Commission propose de recen-
trer cette réserve sur les crises de marché, ce pour quoi elle a
été initialement créée. Cependant, dans la position du Conseil
adoptée le 10 septembre 2025, les EM se sont opposés à une
telle réorientation18 ; il est possible que ces derniers adoptent
une même position au cours des négociations sur le cadre
2028-2034.
En l?état des propositions de la Commission, la gestion des
pertes liées aux phénomènes climatiques ainsi que la gestion
directe des crises sanitaires sont donc renvoyées aux EM. Ces
derniers peuvent amender leur PPNR, en cas de catastrophe
naturelle ou d?épizootie, afin d?apporter une aide de crise aux
agriculteurs via une aide d?urgence ou un soutien aux investis-
sements permettant de restaurer le potentiel agricole perdu.
Pour financer ces mesures, les EM peuvent puiser jusqu?à 2/5e de
leur « montant de flexibilité » ? c?est-à-dire la part non pré-al-
louée de leur enveloppe nationale, qui représente 25 % de cette
dernière hors aides au revenu agricole. Cette renationalisation
pourrait inciter les EM à renforcer les mesures de prévention
améliorant la résilience des fermes.
Ainsi, parallèlement au renforcement des outils de gestion
de crise, la Commission ouvre la voie à une meilleure prise en
charge des risques par les EM. D?une part, les outils de gestion
des risques sont rendus obligatoires pour les EM ne dispo-
sant pas d?un système national remplissant cette fonction,
alors qu?ils sont aujourd?hui facultatifs. D?autre part, le taux
de soutien pour compenser les pertes de production en cas de
catastrophes naturelles est plus élevé pour les agriculteurs ayant
mis en place des mesures de prévention des risques, ce qui va
dans le sens d?une incitation des agriculteurs à anticiper leurs
risques. De plus, la proposition de règlement ne mentionne pas
d?outils spécifiques, laissant une entière liberté aux EM dans le
choix des mesures mises en place. Les EM volontaires ont ainsi la
possibilité de mettre en oeuvre une gestion des risques basée sur
la prévention et donc efficace, reposant par exemple sur l?adop-
tion de mesures d?adaptation rendant les fermes plus résilientes
face aux aléas (Régnier et al., 2024).
Cependant, comme pour les actions agroenvironnementales
et climatiques, les mesures de gestion des risques ne bénéficient
pas d?un budget pré-alloué ni d?un financement intégralement
européen. De plus, en l?absence de directives communes, la mise
en place d?une gestion des risques efficace repose entièrement
sur les EM dont rien ne garantit qu?ils se saisiront de l?opportu-
nité offerte par la Commission, soit par choix politique, soit par
absence d?idées innovantes quant aux meilleures manières de
renforcer les outils de gestion des risques. En effet, en dépit de la
forte augmentation des aides de crise liées aux extrêmes clima-
tiques et aux épizooties versées aux agriculteurs ces dernières
années via les budgets nationaux (voir par exemple Bonvillain
et al., 2024 pour la France), on constate une faible évolution des
mesures de prévention mises en place par les EM.
18 Conseil, Position définitive du Conseil sur le paquet ?simplifica-
tion?, 10/09/2025 : https://data.consilium.europa.eu/doc/document/
ST-11755-2025-REV-2/en/pdf
? 10 ?
https://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-11755-2025-REV-2/en/pdf
https://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-11755-2025-REV-2/en/pdf
Cadre financier européen 2028-2034 : les enjeux clés pour le secteur agricole
Globalement, malgré des renforcements, les propositions
de la Commission ne résolvent que partiellement l?aggravation
du problème de la gestion politique des crises et des risques
affectant le secteur agricole européen, alors que ce dernier est
soumis à un nombre croissant d?aléas de nature géopolitique,
économique, climatique et sanitaire (Fi-compass, 2025). Or, ces
enjeux constituent l?un des rares points susceptibles de rencon-
trer un écho favorable auprès des différents acteurs impliqués
dans les négociations du CFP et de la PAC (Régnier et al., 2025).
CONCLUSION
Il revient désormais aux EM et au Parlement européen
de négocier, amender et adopter les textes proposés par la
Commission. Les enjeux identifiés dans ce Décryptage comme
structurants pour l?avenir du secteur agricole, à savoir la gouver-
nance, le budget, le modèle de performance, la réforme de l?aide
de base au revenu, l?architecture verte, la gestion des crises et
des risques, seront négociés au sein de différentes instances.
Au moins quatre processus, dépendants les uns des autres,
devraient être centraux pour le secteur agricole :
? les discussions sur l?architecture globale du CFP, qui sont
conduites au sein d?une filière dédiée du Conseil (groupe
ad hoc, COREPER II, Conseil des affaires générales) et se
dénouent au niveau des Chefs d?État ou de gouvernement
sous la forme de Conclusions du Conseil européen. Sans
valeur législative, ce texte dispose pourtant d?une forte
portée normative, non seulement pour le budget européen
mais également pour la PAC. La Présidence danoise prévoit
de proposer une negotiating box19 non chiffrée au Conseil
européen qui se tiendra les 18 et 19 décembre 2025. Lors des
précédentes négociations sur le CFP, près d?un an et demi se
sont écoulés entre la soumission d?une première negotiating
box et l?adoption des Conclusions du Conseil européen sur le
CFP 2021-2027 ;
? les discussions sur le Fonds unique, qui se déroulent au
sein de la même filière du Conseil (sous-groupe dédié,
COREPER II, Conseil des affaires générales) et avec le Parle-
ment européen selon la procédure législative ordinaire
(PLO). La Commission espère clôturer l?exercice de négoci-
ation d?ici fin 2026 pour permettre aux EM de produire leurs
PPNR en 2027 avant leur entrée en vigueur au 1er janvier
2028. Cependant, un accord ne pourra être trouvé qu?après
l?adoption des Conclusions du Conseil européen sur le CFP
puisque certains éléments du Fonds unique, tels que les
montants, sont fixés par ce texte ;
19 La negotiating box est une version préliminaire des Conclusions du Conseil
européen incluant les éléments du CFP que les EM préfèrent négocier à l?una-
nimité, au niveau des chefs d?État ou de gouvernement.
? l?adoption de la PAC, qui relève également de la PLO et
qui est négociée entre les filières agricoles du Conseil
(CSA, COREPER I et Conseil AGRIPÊCHE) et le Parlement
européen. Ce texte étant soumis aux dispositions incluses
dans le règlement sur le Fonds unique, il ne pourra être
adopté qu?en parallèle, ou à sa suite. En raison de ces tempo-
ralités contraintes, il se pourrait que la future PAC ne soit
pas prête à entrer en vigueur en 2028, si bien qu?il faudrait
alors négocier en supplément un règlement de transition.
Celui-ci organiserait la péréquation entre une prolongation
des règles de la PAC 2023-2027 pour un ou deux ans et le
nouveau cadre financier pluriannuel, comme cela s?est avéré
nécessaire pour les années 2021 et 2022 ;
? l?élaboration des PPNR, qui pourrait débuter avant que les
règlements ne soient adoptés ? comme ce fut le cas pour
les PSN dans le cadre de la PAC 2023-2027 ? mais qui reste
dépendante des modalités qui seront adoptées lors des
négociations sur le Fonds unique.
La multiplication des espaces de décision habilités à inter-
venir sur le secteur agricole renforce l?incertitude sur la future
architecture de la PAC 2028-2034, d?autant que les propositions
de la Commission sont moins détaillées que par le passé. Cela
pourrait se traduire à la fois par un renforcement du pouvoir de
la Commission ? qui valide les plans nationaux et peut compléter
les règlements adoptés par de la législation secondaire ? et par
une plus grande flexibilité accordée aux EM. De plus, le secteur
agricole se retrouve mis en compétition avec les autres secteurs
inclus dans le Fonds unique : à Bruxelles, dans le cadre des négo-
ciations réglementaires et au niveau des EM, pour l?élaboration
des PPNR. La prochaine PAC dépendra des rapports de pouvoir
au sein et entre ces différents espaces.
? 11 ?
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Les auteurs remercient chaleureusement les personnes
qui ont accepté de relire des versions préalables de
ce Décryptage ; leurs retours ont permis des nuances
ou ajouts précieux au texte. Cette publication a
bénéficié d?une aide de l?État français au titre du Plan
d?investissement France 2030 portant la référence
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https://capreform.eu/the-commissions-cap-budget-proposal-in-the-next-mff/
https://capreform.eu/how-big-will-the-cap-budget-be-in-the-next-mff/
https://capreform.eu/how-big-will-the-cap-budget-be-in-the-next-mff/
https://capreform.eu/changes-proposed-to-the-management-of-agricultural-crises/
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https://www.linkedin.com/company/iddri/?originalSubdomain=fr
1. Introduction
2. Une nouvelle gouvernance pour le secteur agricole
3. Un budget en baisse?
4. Un modèle de performance qui conserve les faiblesses du cadre actuel
5. Une possible révolution desaides de base au revenu
6. Une architecture verte porteuse de risques etd?opportunités pour lesecteur
7. Une gestion européenne des crises de marché mais nationale des crises climatiques et sanitaires: une incitation à améliorer la résilience des fermes ?
Conclusion
Références bibliographiques