Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives
Auteur moral
Académie des sciences (France)
Auteur secondaire
Résumé
"En parallèle des efforts de réduction des émissions de GES et des besoins d'adaptation au changement climatique, un ensemble de méthodes d'intervention directe à l'échelle planétaire sur le système climatique, regroupées sous l'expression de géo-ingénierie climatique, suscite un intérêt croissant, mais également des controverses dans un contexte de fortes incertitudes. Au sens large1, trois grandes familles d'approches sont distinguées : (i) les techniques visant à contrebalancer l'effet réchauffant des GES par une modification du rayonnement solaire (Solar Radiation Modification - SRM), (ii) les méthodes d'élimination et de stockage à long terme du dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique (Carbon Dioxide Removal - CDR) qui cherchent à réduire la concentration atmosphérique de ce GES et (iii) les technologies de captage, stockage et valorisation du carbone (Carbon Capture, Utilisation and Storage - CCUS) qui consistent à capter les émissions de CO2 à la source, dans le but de les stocker durablement, ou de les réutiliser pour la fabrication de certains produits en remplacement de sources de combustibles fossiles. "
Editeur
Académie des sciences (France)
Descripteur Urbamet
écologie
;politique de l'environnement
Descripteur écoplanete
Thème
Economie
;Énergie - Climat
;Méthodes - Techniques
;Ressources - Nuisances
;Sciences de la terre
Texte intégral
Rapport de l?Académie des sciences - 2 octobre 2025
Géo-ingénierie climatique : état des lieux
scientifique, enjeux et perspectives
Résumé exécutif
Recommandations
Rapport : Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives
Introduction
Partie 1 - Les méthodes de modification du rayonnement solaire - SRM
Les principes et bases scientifiques
Les atouts envisagés et justifications avancées
Les limites, risques et objections
Synthèse scientifique, ouvertures sociétales et recommandations
Partie 2 - Les méthodes d'élimination et stockage à long terme du dioxyde de carbone - CDR
Le stockage de carbone organique dans la biomasse terrestre et les sols
Les principes et bases scientifiques
Les atouts envisagés et justifications avancées
Les limites, risques et objections
Synthèse des connaissances scientifiques et recommandations
Le puits de carbone océanique : présentation et bases scientifiques des méthodes visant
à accroître son efficacité
Le stockage de carbone dans l'océan par des méthodes biologiques
Les principales méthodes envisagées : atouts et limites
Synthèse des connaissances et recommandations
Altération provoquée des roches (AP) et alcalinisation de l?océan (AO)
Altération provoquée des roches : principes, atouts et limites
Alcalinisation de l?océan : principes, atouts et limites
Synthèse et recommandations
Synthèse des recommandations pour le CDR
Partie 3 - Les méthodes de captage, stockage et valorisation du CO2 - CCUS
Le captage direct du CO2 dans l?air - DAC
Les méthodes de valorisation du CO2 - CCU
Le stockage du CO2 - CCS
Les étapes du stockage de CO2
Le potentiel de stockage de CO2
Les limites, risques et objections
Synthèse et recommandations
Conclusion
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Références bibliographiques
Annexes
Liste des contributeurs
Experts auditionnés
Liste des figures et tableaux
Listes des abréviations, acronymes, formules et symboles
Lexique
41
48
48
49
50
51
52
RÉSUMÉ EXÉCUTIF
4-5
Les effets du changement climatique s?intensifient, induisant une menace grandissante pour les
sociétés humaines et les écosystèmes. Pourtant, les politiques publiques de réduction des émissions
de gaz à effet de serre (GES), ou politiques d?atténuation, ne sont aujourd?hui pas suffisantes pour
respecter l'objectif de l'Accord de Paris qui vise à limiter le réchauffement sous 2°C, avec l'aspiration
à renforcer les efforts pour le contenir à 1,5°C.
Dans ce contexte, en parallèle des efforts de réduction des émissions de GES et des besoins
d?adaptation au changement climatique, un ensemble de méthodes d?intervention directe à l?échelle
planétaire sur le système climatique, regroupées sous l'expression de géo-ingénierie climatique,
suscite un intérêt croissant, mais également des controverses dans un contexte de fortes incertitudes.
Au sens large1, trois grandes familles d?approches sont distinguées : (i) les techniques visant Ã
contrebalancer l?effet réchauffant des GES par une modification du rayonnement solaire (Solar
Radiation Modification - SRM), (ii) les méthodes d'élimination et de stockage à long terme du dioxyde
de carbone (CO2) atmosphérique (Carbon Dioxide Removal - CDR) qui cherchent à réduire la
concentration atmosphérique de ce GES et (iii) les technologies de captage, stockage et valorisation
du carbone (Carbon Capture, Utilisation and Storage - CCUS) qui consistent à capter les émissions
de CO2 à la source, dans le but de les stocker durablement, ou de les réutiliser pour la fabrication de
certains produits en remplacement de sources de combustibles fossiles.
L?Académie des sciences a souhaité examiner avec rigueur les fondements scientifiques, les bénéfices
potentiels, les limites et les risques de ces approches. Il apparaît que, à quelques exceptions près,
aucune ne peut aujourd?hui être déployée à grande échelle sans faire peser des risques importants
en raison d?incertitudes majeures sur le plan scientifique, environnemental et géopolitique.
Les méthodes de SRM, bien que théoriquement efficaces pour ralentir le réchauffement, ne sont pas
encore matures technologiquement et soulèvent des questions éthiques, politiques et sociales
majeures. Les effets régionaux et globaux de ces techniques sur le cycle hydrologique et la chimie
de l'atmosphère restent très mal connus. Les incertitudes sur les délais de mise en oeuvre et la
perspective d?un déploiement multiséculaire constituent une préoccupation majeure. Surtout, le
risque d'une interruption soudaine du SRM, qui entraînerait un réchauffement brutal de la Terre aux
conséquences catastrophiques pour les sociétés humaines et les écosystèmes, est à considérer avec
un grand sérieux. La mise en oeuvre du SRM risquerait, en outre, de freiner les efforts indispensables
de réduction des émissions de GES en nourrissant l?illusion d?un remède rapide, sans régler pour
autant l?origine du problème et l'acidification de l?océan.
Les méthodes de CDR apparaissent nécessaires pour atteindre la neutralité carbone en
contrebalançant les émissions issues notamment des activités pour lesquelles il n?existe pas encore
de technologie bas-carbone accessible techniquement ou économiquement (émissions résiduelles).
Elles permettront éventuellement de faire redescendre légèrement la température, après avoir
dépassé un certain niveau de réchauffement planétaire, quelques dixièmes de degrés ou moins. Elles
pourraient aussi aider à compenser une partie des émissions de GES induites par les réactions
naturelles du climat dans un monde plus chaud, notamment en cas de rétroactions amplificatrices
du cycle* du carbone par la transformation de puits naturels de carbone en sources (par exemple
lors du dégel des sols gelés). Leur efficacité, leur coût, leur faisabilité à grande échelle et leurs
répercussions environnementales restent cependant très variables selon les techniques considérées.
1. Les méthodes dites de Captage, valorisation et stockage du carbone (CCUS) visent principalement (à l?exception du captage direct dans
l?air (DAC) et de la bioénergie avec captage et stockage du carbone (BECCS) qui relèvent du CDR à condition qu?elles s?accompagnent
d?un stockage durable du CO2) à éviter des émissions de CO2 plutôt qu?à retirer du CO2 déjà présent dans l?atmosphère. À ce titre, elles
sont globalement considérées comme des leviers d?atténuation du changement climatique plutôt que comme des approches de géo-
ingénierie climatique au sens strict (Voir notamment Smith et al., [2024] pour une présentation de la typologie des méthodes). Elles
contribuent néanmoins à une stratégie globale de réduction des concentrations de CO2 atmosphérique, et c?est à ce titre que l?Académie
des sciences a souhaité les inclure dans le périmètre de ce rapport.
Enfin, les méthodes de CCUS, qui visent à réduire les émissions résiduelles de certaines industries
voire, dans une moindre mesure pour le moment, à capter directement du CO2 dans l?atmosphère
grâce à des technologies encore émergentes, sont considérées à l?échelle mondiale, principalement
comme un ensemble de leviers d?atténuation. Leur déploiement présente néanmoins encore de
sérieuses limites techniques et géophysiques, des coûts élevés, et reste contraint par des enjeux
d?acceptabilité sociale et environnementale.
L?Académie des sciences souligne que la géo-ingénierie climatique ne peut en aucun cas se substituer
aux politiques de réduction des émissions de GES et de préservation de la capacité de stockage de
carbone des écosystèmes (puits naturels), ni aux efforts pour renforcer les capacités d?adaptation
au changement climatique et de gestion de risques indispensables pour limiter les pertes et
dommages. Certaines approches de CDR et de CCUS pourraient jouer un rôle notable. En revanche,
les options de SRM ne doivent pouvoir faire l?objet que de recherches strictement encadrées, en
s?abstenant de déploiement opérationnel.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
RECOMMANDATIONS
6-7
L?Académie des sciences rappelle que la priorité
absolue doit être donnée aux changements
structurels et au déploiement de mesures
permettant la réduction massive des émissions
de gaz à effet de serre (GES) et l?adaptation au
réchauffement et à ses conséquences.
Elle recommande :
S?agissant des méthodes de modification du
rayonnement solaire (SRM), de :
Recommandation SRM 1
Promouvoir un accord international visant Ã
interdire toute initiative, publique ou privée, de
déploiement du SRM, quel qu?en soit le cadre ou
l?échelle. Pour ce faire, l?ensemble de la
communauté scientifique devra être impliquée.
Recommandation SRM 2
Soutenir et approfondir les recherches sur le climat,
les processus physico-chimiques de l?atmosphère
et la biodiversité afin de pouvoir évaluer
rigoureusement le potentiel et les risques du SRM.
Recommandation SRM 3
Renforcer la recherche sur l?éthique, les risques
et les mesures d?atténuation des risques liés Ã
toute forme d?expérimentation climatique que
l?Académie des sciences rejette explicitement
quels qu?en soient l?échelle, la nature ou
l?initiateur.
Par ailleurs, la recherche sur le climat, sa
perturbation par les activités humaines et sa
modélisation devant bénéficier d'un soutien
prioritaire (recommandation SRM 2), l'Académie
des sciences considère donc qu'il est inutile de
labelliser une recherche spécifiquement SRM qui,
en outre, n'a aucune légitimité en tant qu'option
d'intervention.
S?agissant des méthodes d'élimination et
stockage à long terme de carbone (CDR), de :
Recommandation CDR 1
Soutenir la recherche sur les différentes
méthodes de stockage dans la biomasse vivante
terrestre et les sols, qui sont à ce jour les seules
immédiatement implémentables à moindre coût
et avec de nombreux co-bénéfices, afin d?évaluer
rigoureusement leur coût, leur efficacité, leur
durabilité, leur acceptabilité sociale et leurs
conséquences environnementales.
Recommandation CDR 2
Poursuivre la recherche sur les mécanismes
biogéochimiques marins afin d?évaluer la
durabilité et l?efficacité nette des méthodes de
stockage qui pourraient être exploitées.
S?agissant des méthodes de captage, stockage
et valorisation du carbone (CCUS), de :
Recommandation CCUS 1
Accélérer l?identification et la caractérisation des
capacités de stockage géologique en France et
en Europe.
Recommandation CCUS 2
Concernant le captage direct du CO2
atmosphérique (DAC) : renforcer la recherche
technologique et l?expérimentation tout en
clarifiant les conditions de faisabilité d?ordre
économique et environnemental.
Par ce rapport, l?Académie des sciences
réaffirme son engagement à mettre la science au
service de la décision politique, non comme un
instrument de justification de solutions risquées,
mais comme un outil d?orientation vers des
politiques climatiques responsables, Ã la hauteur
des défis à venir.
Cette contribution a pour objectif d?alimenter un
débat éclairé sur le rôle potentiel de la géo-
ingénierie dans les stratégies climatiques à venir.
Si ce document ne se substitue pas à la lecture
des rapports spécialisés issus des travaux des
experts en climatologie, il vise à offrir un support
de réflexion pour mieux appréhender les enjeux
politiques, sociaux et environnementaux liés Ã
ces technologies.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
RAPPORT - GÉO-INGÉNIERIE CLIMATIQUE :
ÉTAT DES LIEUX SCIENTIFIQUE, ENJEUX ET PERSPECTIVES
Introduction
L'accumulation de chaleur dans le système
climatique est due aux activités humaines et
découle des émissions de gaz à effet de serre*
(GES) [IPCC, 2021 ; Forster et al., 2023, 2024,
2025]. Le réchauffement de la dernière
décennie a atteint 1,24°C au-dessus du niveau
de 1850-1900, dont 1,22°C sont attribués Ã
l'influence humaine. Le réchauffement atteint
1,36°C en 2024 et cette température record
résulte de la superposition de la tendance décrite
liée aux activités anthropiques avec la variabilité
naturelle du climat. Il atteindra 1,5°C au cours
des prochaines années.
En raison de l?accumulation de chaleur dans
l?océan, ce réchauffement est irréversible.
Chaque incrément de réchauffement
supplémentaire entraîne des conséquences
immédiates : augmentation de la fréquence et de
l'intensité des vagues de chaleur, sécheresses,
pluies extrêmes, conditions propices aux
incendies. Il entraîne aussi des conséquences Ã
long terme, en raison de la réponse lente de
l?océan profond, des glaciers et des calottes du
Groenland et de l?Antarctique, dont les
contributions respectives à la montée du niveau
de la mer, déjà inéluctable, s?accentuent et
s?accélèrent.
En l?état actuel des connaissances, une des
conditions clés pour stabiliser le réchauffement
climatique est de ramener le bilan global des
émissions de CO2 liées aux activités humaines Ã
zéro2 en 20503. Tout retard dans cette
trajectoire rend plus probable le dépassement
des objectifs fixés par l?Accord de Paris, qui visent
à limiter le réchauffement climatique largement
sous 2°C, avec l'aspiration à renforcer les efforts
pour le contenir à 1,5°C, et à éviter ses
répercussions les plus graves sur les sociétés
humaines et les écosystèmes. Les risques
encourus ? qui concernent l?approvisionnement
en eau, la sécurité alimentaire, la santé, la
dégradation des écosystèmes et la préservation
de la biodiversité, la sécurité des lieux de vie ?
sont directement liés au niveau de
réchauffement et les impacts observés
s'aggravent déjà . En France, le 7e rapport du
Haut conseil pour le climat (HCC), publié au
début de l?été, souligne à la fois l?affaiblissement
du pilotage de l?action climatique et l?aggravation
des impacts du changement climatique,
appelant à une relance urgente de l?action
nationale [HCC, 2025]. En outre, dans un avis
rendu récemment4, la Cour internationale de
justice considère que c?est à l?aune de l?objectif de
l?Accord de Paris (limiter le réchauffement Ã
1,5°C) que s?évaluent les obligations des États
ainsi que leurs devoirs de réparation en cas de
manquement. Cet avis établit un lien étroit entre
protection des droits humains, protection de
l?environnement et lutte contre le changement
climatique, élargit la notion d?équité à celle entre
générations, et consacre explicitement la
responsabilité des États dans la mise en place
d?un cadre réglementaire pour les acteurs privés
et les énergies fossiles.
Pourtant, l'extrapolation des politiques publiques
déjà en place, sans tenir compte des
engagements ou des reculs récents, impliquerait
un dépassement rapide de 1,5°C, puis un
dépassement de 2°C vers 2050, et conduirait Ã
plus de 3°C en 2100 [UNEP, 2024].
Face à ces défis, en parallèle des nécessaires
efforts pour la réduction des émissions à la source
et pour l?adaptation* au changement climatique,
certains acteurs - souvent extérieurs au monde
de la recherche - envisagent des méthodes
d?intervention directe sur le système climatique Ã
l?échelle planétaire pour limiter le réchauffement
global. Cette géo-ingénierie climatique suscite
aujourd?hui un intérêt croissant, mais également
des controverses dans un contexte de fortes
incertitudes. Souvent présentées comme des
2. La situation d?équilibre où les émissions de CO2 d?origine anthropique seraient compensées par la quantité de CO2 retirée de l?atmosphère
et piégée par l?intervention humaine est appelée « neutralité carbone » (ou ?zéro émission nette de dioxyde de carbone?). Cet objectif guide
les stratégies climatiques nationales et internationales.
3. « Net zéro 2050 » correspond à une limitation du réchauffement à 1,5°C [IPCC, 2023].
4. Avis de la Cour internationale de justice en date du 23 juillet 2025 : La Cour donne son avis consultatif et répond aux questions posées
par l?Assemblée générale.
https://www.icj-cij.org/sites/default/files/case-related/187/187-20250723-pre-01-00-fr.pdf
https://www.icj-cij.org/sites/default/files/case-related/187/187-20250723-pre-01-00-fr.pdf
https://www.icj-cij.org/sites/default/files/case-related/187/187-20250723-pre-01-00-fr.pdf
outils de dernier recours, ces méthodes posent
des questions fondamentales, tant sur leur
faisabilité et leur efficacité que sur leurs
conséquences à long terme. Ainsi, l?enjeu
dépasse largement la sphère scientifique : il
touche aux choix politiques et sociétaux, aux
inégalités environnementales et aux risques
d?une dépendance technologique irréversible.
Plusieurs familles d?approches de géo-ingénierie
climatique sont envisagées. Une vise à modifier
le bilan radiatif de la Terre (Solar Radiation
Modification ou SRM) en réduisant la quantité de
rayonnement solaire atteignant la surface
terrestre afin de contrebalancer l?effet
réchauffant des GES. Une autre consiste Ã
abaisser la concentration de CO2 présent dans
l?atmosphère (Carbon Dioxide Removal ou CDR)
en le séquestrant durablement dans différents
réservoirs*. Enfin, une autre famille de méthodes,
dites de captage, stockage et valorisation du
carbone (Carbon Capture, Utilisation and
Storage ou CCUS), vise à réduire les émissions
résiduelles de secteurs industriels difficiles Ã
décarboner, voire à capter directement le CO2
dans l?atmosphère mais avec une ampleur limitée
à ce jour dans l'attente des technologies
adéquates. Ces méthodes relèvent ainsi
essentiellement de l?atténuation*, plus que de
techniques de géo-ingénierie au sens strict.
Alors que certaines méthodes s?appuient sur des
phénomènes naturels qu?elles tentent d?amplifier
ou d?accélérer (ex : alcalinisation de l?océan ou
séquestration de CO2 par les êtres vivants),
d?autres font appel à des processus technolo-
giques (ex : injection d?aérosols* dans la
stratosphère). En particulier, les solutions inspirées
par la nature* apportent simultanément des
bénéfices environnementaux, sociaux et écono-
miques et contribuent à renforcer la résilience.
Toutes ces interventions soulèvent de nombreuses
questions et ne peuvent être envisagées sans une
évaluation rigoureuse de leur faisabilité, des
moyens (souvent lourds à mettre en oeuvre), de
leur gouvernance, de leurs effets collatéraux et
des enjeux éthiques qu?elles impliquent.
Pourtant, la plupart des rapports d?analyse se
focalisent sur des aspects techniques isolés, sans
considérer les répercussions régionales et
globales, Ã moyen et long terme. Les bilans
d?efficacité de ces techniques et de leur coût
énergétique et financier sont à l?état d?ébauche.
Cette approche fragmentée freine une prise de
conscience des véritables enjeux et est à l?origine
d?une représentation biaisée des solutions
proposées.
Il est indispensable de rappeler dans ce
préambule que l?atmosphère ne connaît pas de
frontière. Aucun mur n?arrête les GES, qu?ils
soient produits en France, en Europe ou ailleurs
dans le monde. Ainsi, les actions engagées pour
réduire ces émissions, tout comme les méthodes
d?ingénierie visant à amoindrir leur impact,
doivent être évaluées à la lumière de deux
critères majeurs : efficacité propre et
répercussions globales potentielles.
Si de nombreuses questions font aujourd?hui
l?objet de réponses consensuelles, d?autres, Ã
l?instar de l?opportunité de développer une
recherche dédiée à la géo-ingénierie climatique,
demeurent débattues au sein même de la
communauté scientifique. Cette divergence ne
traduit ni une fragilité de la science ni un goût
particulier pour la controverse, mais révèle le
degré d?incertitude associé à certains
mécanismes, justifiant la nécessité d?élargir le
champ des observations, de renforcer
l?acquisition de données, d?améliorer les modèles
et d?approfondir notre compréhension des
interactions entre climat, biosphère et
dynamiques sociétales. Une telle démarche
appelle à une mobilisation conjointe et soutenue
des disciplines concernées.
Dans ce contexte, l?Académie des sciences a
souhaité examiner avec rigueur les fondements
scientifiques, les promesses, les risques et les
limites des principales méthodes de géo-
ingénierie climatique envisagées. À l?issue de
l?audition d?experts incontournables de ces
thématiques et de l?analyse de la bibliographie
scientifique, elle propose une analyse structurée
selon quatre axes pour chacune des grandes
techniques du SRM (partie 1), du CDR (partie 2)
et du CCUS (partie 3) : (i) les bases scientifiques
des procédés, (ii) les arguments avancés en
faveur de leur utilisation, (iii) les risques,
objections et limites soulevés, et enfin (iv) une
synthèse accompagnée de recommandations.
La distinction entre savoir scientifique établi et
incertitude est particulièrement fondamentale
8-9
alors qu?il s?agit de prendre des décisions relatives
à des enjeux planétaires dont les conséquences
seraient majeures pour l?humanité.
Dans ce rapport, les termes désignés par un
astérisque (ex : albédo*) lors de leur première
occurrence sont définis dans un lexique.
Partie 1 : Les méthodes de modification
du rayonnement solaire - SRM
Les méthodes de modification du rayonnement
solaire5, ou plus simplement SRM (selon
l?acronyme anglais pour Solar Radiation
Modification), visent à refroidir la Terre en
augmentant artificiellement sa capacité Ã
réfléchir le rayonnement solaire au niveau de sa
surface ou au niveau de son atmosphère
(albédo*). L?évaluation du potentiel, des limites
et des risques du SRM repose aujourd?hui sur une
base déjà solide de connaissances scientifiques
concernant (i) le cas général de la physique du
climat et du changement climatique et (ii) la
réponse spécifique du climat à un déploiement
hypothétique du SRM.
Les principes et bases scientifiques
La figure 1.1 fournit un aperçu général des
principaux éléments du bilan radiatif terrestre.
Le déséquilibre de ce bilan, causé principalement
par l?augmentation des concentrations de GES
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
5. On peut également trouver dans la littérature la notion de ?gestion du rayonnement solaire? (solar radiation management). Cette
expression, qui suggère une capacité de contrôle, minimise l?incertitude associée à la réponse climatique aux injections d?aérosols
stratosphériques, ainsi qu?au type d?injection. Afin de refléter plus fidèlement l?état des connaissances scientifiques, de ne pas présupposer
une maîtrise technologique, et conformément à la terminologie adoptée par le GIEC, l?expression ?modification du rayonnement solaire?
(solar radiation modification) s?est imposée dans ce rapport.
Figure 1-1 : Les principaux éléments du bilan radiatif terrestre. Traduit d?après IPCC [2021].
Lorsqu?il atteint la Terre, le rayonnement solaire incident (en jaune) est en partie réfléchi par l?atmosphère, les
nuages ou la surface (albédo) et en partie absorbé par la surface terrestre. Cette fraction d'énergie absorbée
est réémise sous forme de chaleur par (i) flux sensible (conduction), (ii) flux latent (évaporation) et (iii)
rayonnement infrarouge ou IR. En interagissant avec le rayonnement IR, les GES (H2O, CO2, CH4, etc.) réduisent
le flux IR émis vers l'espace, contribuant à l'élévation de la température moyenne de la planète : c'est l'effet de
serre. L'augmentation de la concentration atmosphérique des GES due aux activités humaines induit un effet
de serre additionnel, qui contribue au réchauffement climatique en cours.
10-11
6. Au sens strict, cette technique, qui consiste à modifier la composante infrarouge et non solaire du bilan radiatif de la Terre, n?entre pas Ã
proprement parler dans le cadre des techniques de SRM. Toutefois elle est généralement considérée dans ce cadre et c?est à ce titre qu?elle
est mentionnée ici.
dans l?atmosphère, est à l?origine du
réchauffement climatique. Diverses méthodes,
regroupées sous l?acronyme SRM, visent à limiter
celui-là , avec des ampleurs variables (figure 1.2) :
alors que certaines techniques visent à utiliser
des peintures blanches pour augmenter le
pouvoir réfléchissant (albédo) des surfaces
urbaines (ex : toits, sols), d?autres envisagent de
déployer à grande échelle des dispositifs
techniques (ex : installation de miroirs dans
l?espace) et d?autres encore entendent injecter
des aérosols dans l?atmosphère à plus ou moins
haute altitude. Pour ces dernières, selon les
approches, cette injection est prévue dans les
basses couches de l?atmosphère, dans le but de
rendre les nuages bas plus réfléchissants, ou
dans la très haute atmosphère, au-dessus des
nuages, au niveau de la basse stratosphère, afin
de réfléchir une partie du rayonnement solaire Ã
la manière des aérosols émis par des éruptions
volcaniques [Robock, 2000]. En effet, les
éruptions explosives majeures injectent des gaz
soufrés dans la stratosphère qui se transforment
rapidement en aérosols réfléchissant le
rayonnement solaire incident. Le refroidissement
global de la Terre causé par les éruptions
volcaniques (après retrait de l?influence de la
variabilité naturelle du climat) est estimé Ã
0,2-0,3°C au maximum, et le pic de refroidis-
sement causé en 1992 par l?éruption du Mont
Pinatubo (1991) est estimé à 0,3-0,5°C
[Haywood & Tilmes, 2022]. Ce refroidissement
n'est que temporaire (2-3 ans), les aérosols
injectés lors de l'éruption finissant par être
lessivés et disparaître de l'atmosphère.
D?autres techniques visent à modifier, au moyen
d?aérosols, des nuages de haute altitude (cirrus)
pour les rendre moins opaques au rayonnement
infrarouge (IR)6.
Les techniques considérées aujourd?hui comme
les plus aisément déployables, tout en suscitant
une opposition des scientifiques assez générale,
sont celles consistant à injecter des aérosols Ã
plus ou moins haute altitude. Ce sont ces
approches qui sont examinées dans le présent
chapitre.
Figure 1.2 : Les options technologiques proposées pour le SRM. Traduit d?après SAPEA [2024].
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
La compréhension de la réponse du climat aux
perturbations radiatives s?appuie sur plusieurs
décennies de recherche ayant permis de
développer des théories solides, fondées à la fois
sur de nombreuses observations et mesures, ainsi
que de nombreuses simulations numériques. Les
connaissances spécifiques concernant la réponse
climatique aux méthodes SRM s'appuient, quant
à elles, sur un vaste corpus de simulations
numériques, en particulier celles réalisées depuis
2011 dans le cadre du projet GeoMIP7, qui ont
déjà fait l?objet de nombreuses publications
scientifiques. Ces connaissances restent
associées à une forte incertitude [Määttänen et
al., 2024]. Toutefois, l?ensemble de ces avancées
scientifiques permet d?ores et déjà de tirer des
conclusions sur l?efficacité et les risques des
méthodes de SRM, et de faire des
recommandations sur la pertinence d?un
déploiement de ces techniques et du
développement des recherches associées.
Les atouts envisagés et justifications avancées
Les méthodes de SRM sont effectivement
capables de refroidir la Terre, et ce sur des
échelles de temps courtes. Leur efficacité
dépend de l?intensité du déploiement : plus celui-
ci est important, plus les effets seront rapides et
marqués. Toutefois, la durée de vie limitée des
aérosols dans l?atmosphère (au plus quelques
années dans la stratosphère, beaucoup moins
dans la troposphère) impose des injections en
continu pour obtenir un effet capable de
compenser le réchauffement causé par
l?accumulation des GES. Différents scénarios de
déploiement du SRM ont été proposés. Ils
diffèrent par leur méthodologie, intensité,
moment de déclenchement ou durée.
Les limites, risques et objections
Dans la littérature actuelle, le SRM peut être
présenté comme une mesure provisoire,
impliquant un déploiement modéré. L'étude de
Baur et al. [2023] montre pourtant que dans
tous les scénarios qui utilisent le SRM pour éviter
de dépasser l'objectif de réchauffement de
1,5°C, le déploiement devrait être maintenu plus
de 100 ans, même dans les conditions de
réponses climatiques les plus favorables.
L?évolution de l?atténuation, la disponibilité future
des technologies de captage du carbone8 et la
réversibilité climatique resteront incertaines au
moment du lancement et il est impossible de
prévoir combien de temps durerait un
déploiement de SRM dit temporaire. Tout
déploiement comporte donc un risque d?héritage
multiséculaire, engageant plusieurs générations
face aux coûts, aux risques et aux effets
secondaires du SRM.
Le risque majeur de « choc terminal* ». Établi sur
la base de connaissances scientifiques robustes,
il s?agit, et de loin, du risque majeur du SRM.
L?attrait du SRM par injection d?aérosols
stratosphériques réside dans sa capacité Ã
produire des effets climatiques rapides et
marqués. Toutefois, étant donné que le carbone
s?accumule dans l?atmosphère alors que les
aérosols ne s?accumulent pas, pratiquer le SRM
exige d?injecter toujours plus d?aérosols pour
compenser l?effet des GES sur la température
terrestre9, et ce pendant des centaines ou milliers
d?années. Or, il est aujourd?hui établi [Matthews
& Caldeira, 2007 ; Robock et al., 2008 ; Ross et
al., 2009 ; Jones et al., 2013] qu?une
interruption du déploiement, alors que les
concentrations en GES restent élevées,
entraînerait inévitablement un rattrapage
climatique, appelé « choc terminal », caractérisé
par un réchauffement global extrêmement
rapide, bien plus rapide qu?un réchauffement
progressif sans SRM (2 Ã 15 fois plus rapide
selon l?ampleur du déploiement) [IPCC, 2021].
Le choc terminal induirait également des
changements climatiques rapides et inégaux
selon les régions, bien trop soudains pour que les
sociétés humaines et les écosystèmes aient le
temps de s?y adapter. Il en résulterait un « chaos
climatique » dont les conséquences à l?échelle
mondiale seraient majeures tant sur les sociétés
humaines que sur la biodiversité [Trisos et al.,
2018 ; Pierrehumbert, 2019]. Le risque de choc
terminal est présent dès lors que le SRM est
déployé alors que les concentrations en GES
demeurent élevées, et ce quelle que soit la
7. Pour Geoengineering Model Intercomparison Project. Voir https://climate.envsci.rutgers.edu/GeoMIP/publications.html.
8. Ces méthodes seront envisagées dans les chapitres suivants.
9. Tant que des méthodes ayant prouvé leur efficacité dans le captage et le stockage du carbone de l?atmosphère à grande échelle ne
seront pas déployées (voir Partie 2 du présent rapport).
https://climate.envsci.rutgers.edu/GeoMIP/publications.html
12-13
méthode (injection d?aérosols dans la
stratosphère ou dans les nuages). Ainsi, l'arrêt
soudain du déploiement, en raison d'une
défaillance technique ou d'un désaccord sur sa
maintenance, entraînerait une augmentation
rapide de la température et des précipitations Ã
l'échelle mondiale, ainsi qu'une réduction de la
superficie des glaces marines.
Au regard de ce risque, les incertitudes discutées
ci-après paraissent moindres. Un déploiement
intermittent ou non concerté du SRM risquerait
d?accroître également la variabilité climatique
[Määttänen et al., 2025], ce qui serait
susceptible d?entraîner des répercussions sur la
production alimentaire.
Incertitudes sur les effets régionaux. Les effets
du SRM sur les modifications régionales des
régimes de précipitations sont difficiles à prévoir
car ces changements restent dépendants des
caractéristiques du déploiement (ex : distribution
en altitude et en latitude de l?injection des
aérosols, propriétés de ceux-ci, notamment leur
taille et leur composition). Cette incertitude est
accrue par le fait qu?en absence d?uniformité de
l?injection des aérosols à l?échelle de la planète,
un hémisphère pourrait devenir plus brillant que
l?autre, conduisant, en plus des conséquences
locales, à une modification à distance de la
position des zones de pluies tropicales et des
moussons [ex : Haywood et al., 2013]. Par
ailleurs, il est déjà établi, sur la base de
mécanismes physiques fondamentaux, que le
SRM ne permet pas de compenser totalement
les changements de précipitation associés Ã
l?augmentation des GES [Bala et al., 2008 ; Bony
et al., 2013 ; Visioni et al., 2021].
Incertitudes sur l?effet des aérosols sur l?albédo
des nuages bas. Il est encore très difficile
d?évaluer avec précision l?efficacité de l?injection
d?aérosols dans l?augmentation du pouvoir
réfléchissant (albédo) des nuages bas. En effet,
les nuages réagissent de manière complexe à ce
type d?intervention et les réactions dépendent
fortement des conditions météorologiques et
climatiques locales [Wan et al., 2024 ; Feingold
et al., 2024]. De plus, certains de ces
mécanismes restent mal compris et sont encore
mal représentés dans les modèles climatiques.
Par conséquent, à ce jour, les connaissances
disponibles ne permettent pas de déterminer la
quantité et les propriétés des aérosols requises
pour induire un effet de refroidissement donné.
Cette incertitude est en grande partie liée à notre
connaissance encore incomplète des processus
nuageux.
Incertitudes relatives aux effets sur la couche
d?ozone et la santé des populations humaines et
des milieux. Une modification de la composition
chimique de l?atmosphère induite par l?injection
d?aérosols est susceptible d?entraîner des
conséquences néfastes sur la santé humaine et
plus largement sur les organismes vivants, en
entraînant une augmentation des pluies acides,
en contribuant à la destruction de la couche
d?ozone et en affectant la végétation [Haywood
& Tilmes, 2022 ; Bednarz et al., 2023].
Incertitudes quant aux effets des aérosols sur la
production d?électricité d?origine solaire.
L?injection d?aérosols dans la stratosphère est
susceptible d?affecter l?efficacité de l?utilisation de
l?énergie solaire pour la production d?électricité
(énergie photovoltaïque et concentration
d?énergie solaire) [Baur et al., 2024], affectant
d?autant les capacités de décarbonation de nos
économies.
Une famille de méthodes sans effet sur les taux
de GES dans l?atmosphère. Les méthodes de
SRM s?attaquent uniquement aux effets
thermiques du réchauffement (symptômes) sans
en traiter sa cause profonde : ne modifiant pas
les concentrations de CO2 dans l?atmosphère,
ces méthodes ne réduisent en rien les problèmes
d?acidification de l?océan qui en découlent.
Autres incertitudes majeures : coûts, faisabilité
et efficacité. Le déploiement de SRM a été
envisagé pour diminuer le rythme du
réchauffement ou éviter de dépasser certains
niveaux de réchauffement, en complément
d'efforts d'atténuation, mais avec un manque de
connaissances sur les scénarios socio-
économiques sous-jacents et leurs interactions,
et une absence de méthodologie permettant
d'analyser les risques liés au SRM par rapport
aux risques climatiques.
De plus en plus d?industriels, souvent des start-
ups, se lancent dans des approches
expérimentales, dites de démonstration, dont le
coût ne semble pas prohibitif. Réalisées à des
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
échelles spatiales très limitées, ces
expérimentations sont le plus souvent non
concluantes. Cependant, elles risquent d?être
conduites à plus grande échelle, financées par
des fonds souverains ou de richissimes
fondations. Malgré l?apparent attrait
économique de ces méthodes, et outre leur
problème éthique et leurs risques, un problème
majeur reste leur absence de maturité et,
notamment, l?inexistence de transporteurs
stratosphériques capables de réaliser ces
injections dans la stratosphère [Smith et al.,
2022]. De plus, leur prix global est
probablement bien plus élevé que ne le laissent
entendre les seuls coûts techniques : les coûts et
les risques à intégrer incluent d?importantes
responsabilités financières liées aux dommages
induits, des défis politiques tant nationaux
qu?internationaux, ainsi que la prise en compte
des risques de cessation [Bronsther & Xu, 2025].
Par ailleurs, les évaluations de faisabilité,
infrastructures, coûts et capacités de
déploiement indiquent qu?il faudrait environ une
décennie pour initier de tels dispositifs, et qu?un
déploiement modéré n?aurait un effet
discernable sur le climat qu?au bout d?une à deux
décennies. Or, ce délai correspond également Ã
l?échelle de temps nécessaire pour discerner le
ralentissement du réchauffement qui résulterait
d?une nette baisse des émissions mondiales de
GES [Siegert et al., 2025].
Synthèse scientifique, ouvertures sociétales et
recommandations
Les méthodes de modification du rayonnement
solaire pourraient, en théorie, permettre de
refroidir la Terre à court terme, mais au prix de
risques considérables à long terme si la
concentration des GES dans l'atmosphère restait
élevée. Les risques sur les systèmes naturels et
sur les sociétés humaines qui en dépendent sont
extrêmement forts et la probabilité d?un chaos
climatique incontrôlable est très élevée. Les
bénéfices potentiels ne compenseraient pas les
conséquences négatives probables, tant Ã
l?échelle locale que globale.
Enjeux éthiques liés aux risques majeurs
identifiés. À l?échelle mondiale, le poids de la
maintenance et de la gouvernance du SRM ainsi
que le risque de choc terminal font peser sur les
générations futures des risques climatiques aux
conséquences potentiellement catastrophiques
sur les populations humaines et, plus largement,
les écosystèmes. Cela engage une responsabilité
éthique majeure [Gardiner, 2017 ; UNESCO,
2023]. L?existence de ce risque exige la mise en
place d?une gouvernance internationale solide,
durable et stable à l?échelle de plusieurs
générations. Si plusieurs initiatives issues du
monde scientifique ont proposé des codes de
conduite et des cadres de gouvernance, aucune
d?entre elles n?a, à ce jour, été reprise par une
instance internationale de décision. En l?absence
de garantie quant à la pérennité d?une
gouvernance multilatérale à long terme, et en
l?absence de certitude sur notre capacité à retirer
et stocker le CO2 de l?atmosphère à grande
échelle, tout déploiement du SRM fait courir Ã
l?humanité entière un risque inconsidéré. Ainsi,
pour de nombreux spécialistes du climat, ces
considérations, tant éthiques que scientifiques,
suffisent à conclure qu?un déploiement, même
limité, du SRM est inacceptable [ex :
Pierrehumbert, 2019 ; SAPEA, 2024].
À l?échelle régionale, les effets différenciés que
pourrait induire le SRM soulèvent une autre
question éthique, liée cette fois à l?exercice de la
gouvernance. Le risque que certains États ou
groupes d?intérêt puissent être tentés de
manipuler le SRM à des fins unilatérales,
stratégiques ou géopolitiques, au détriment
d?autres régions du monde, doit être considéré
avec sérieux. À ce titre, ces technologies sont
déjà perçues comme de potentiels outils de
pression politique, géostratégique et militaire [de
Guglielmo Weber et al., 2023].
Le SRM est un leurre climatique et non un
investissement d?avenir. Le recours au SRM peut
avoir des effets profondément contre-productifs
sur la mise en place de politiques tangibles et
concrètes d?atténuation et d?adaptation au
changement climatique à long terme. Alors
même que les efforts de décarbonation de nos
économies et d?adaptation de nos sociétés
devront s?intensifier dans les années à venir, le
déploiement du SRM risque d?être perçu comme
une possible justification d?un relâchement, voire
d?un report, des actions nécessaires, et un
facteur de fragilisation des engagements.
Pourtant, un tel retard nécessiterait d?augmenter
toujours plus la quantité d?aérosols nécessaire Ã
la limitation du réchauffement, aggravant
14-15
d?autant les conséquences de l?augmentation de
la concentration en GES sur l?acidification de
l?océan et les risques de choc terminal.
Faut-il encourager la recherche sur le
développement du SRM ? De façon générale,
face à l?ampleur des défis climatiques, il est
essentiel d?amplifier les efforts de recherche
visant à mieux anticiper les conséquences des
activités anthropiques sur le climat, les sociétés
humaines et la biodiversité, et à définir des
actions susceptibles de favoriser l?atténuation du
réchauffement climatique ainsi que l?adaptation10.
Cependant, les incertitudes associées aux effets
du SRM sur le climat ou la biodiversité sont, pour
de nombreux aspects, identiques à celles posées
par les éruptions volcaniques, l?augmentation des
taux de GES dans l?atmosphère ou l?évolution
régionale des quantités d?aérosols anthropiques.
Dans ce contexte, renforcer les recherches sur le
climat et les écosystèmes dans leur ensemble
semble plus pertinent que de développer un
programme spécifique au SRM.
La communauté scientifique n?est pas unanime
sur l?opportunité d?une recherche active sur le
développement du SRM. Le risque de crédibiliser
ou de légitimer a priori ces méthodes par
l?existence même d?une recherche qui leur serait
dédiée est réel, d?autant plus que l?ensemble des
incertitudes et des risques associés au SRM est
rarement abordé et rarement mentionné
explicitement dans les projets ou articles [Visioni
et al., 2023 ; Määtänen et al., 2024]. Même si
certains effets du SRM pourraient être mieux
compris et maîtrisés grâce à un
approfondissement des recherches, (i) une
grande part de ces connaissances peut être
acquise dans le cadre des travaux sur le climat et
l?atmosphère non spécifiques au SRM et (ii) les
connaissances acquises sur les effets du SRM
permettent déjà de conclure de façon robuste
que le risque de choc terminal inévitablement
associé est trop élevé pour justifier un
déploiement de ces techniques. Par ailleurs, les
enjeux de gouvernance renforcent également
l?argument contre leur mise en oeuvre.
10. Sans occulter les limites aux options d?adaptation et les risques résiduels de pertes et de dommages et la manière d?y faire face.
Recommandation SRM 1
Promouvoir un accord international visant à interdire toute initiative, publique ou privée, de
déploiement du SRM, quel qu?en soit le cadre ou l?échelle. Pour ce faire, l?ensemble de la
communauté scientifique devra être impliquée.
Recommandation SRM 2
Soutenir et approfondir les recherches sur le climat, les processus physico-chimiques de
l?atmosphère et la biodiversité afin de pouvoir évaluer rigoureusement le potentiel et les risques
du SRM.
Recommandation SRM 3
Renforcer la recherche sur les questions éthiques, les risques et les mesures d?atténuation des
risques liés à toute forme d?expérimentation climatique, que l?Académie des sciences rejette
explicitement quels qu?en soient l?échelle, la nature ou l?initiateur.
Par ailleurs, la recherche sur le climat, sa perturbation par les activités humaines et sa modélisation
devant bénéficier d'un soutien prioritaire (recommandation SRM 2), l'Académie des sciences
considère donc qu'il est inutile de labelliser une recherche spécifiquement SRM qui, en outre, n'a
aucune légitimité en tant qu'option d'intervention.
À la lumière de tous ces éléments, l?Académie des sciences recommande de :
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
Partie 2 : Les méthodes d'élimination et
stockage à long terme du dioxyde de
carbone - CDR
Depuis le début de l?ère industrielle, le cycle
naturel du carbone est perturbé par les activités
humaines (figure 2.1), qui déséquilibrent le bilan
global et induisent une accumulation de CO2
dans l?atmosphère. La compréhension du
fonctionnement du système climatique montre
une relation étroite entre le cumul dans le temps
des émissions de CO2 et l'évolution de la
température planétaire, jusqu?à un
réchauffement d?environ 2°C. Cette relation
résulte de la fraction émise de CO2 qui
s'accumule dans l'atmosphère, de son effet
radiatif et de la réponse du climat à ce forçage.
Ainsi, pour parvenir à limiter le réchauffement
climatique, une condition géophysique
nécessaire est d'atteindre la « neutralité
carbone* » (ou zéro émission nette de CO2),
situation d?équilibre où les émissions de CO2
anthropiques seraient compensées par la
quantité de CO2 retirée de l?atmosphère et
piégée grâce aux interventions humaines. Cette
notion guide désormais les stratégies climatiques
nationales (voir Stratégie nationale bas carbone
- SNBC11) et internationales, et l?Accord de Paris
(2015) a inscrit dans ses objectifs la nécessité
d?atteindre un équilibre entre émissions et
absorptions anthropiques de GES. L?utilisation de
cette expression s?accompagne souvent de celle
- peu intuitive - d?émission négative*. Faisant
référence au retrait actif de GES de
l?atmosphère, ce levier doit s?ajouter aux efforts
de réduction des émissions afin de
contrebalancer les émissions résiduelles et
permettre de tendre vers l?objectif de neutralité
à l?horizon 2050. Le niveau de réchauffement
visé et l?horizon de neutralité carbone sont
étroitement liés : limiter le réchauffement à 1,5°C
impose d?atteindre la neutralité carbone Ã
l?horizon 2050 et l?objectif de 2°C l?impose Ã
l?horizon 2070.
Les écosystèmes terrestres et océaniques
agissent comme puits* naturels de carbone. La
réponse naturelle de ces derniers (hors gestion
des écosystèmes) absorbe chaque année
environ la moitié des émissions mondiales
anthropiques de CO2 [Friedlingstein et al.,
2025]. Toutefois, leur efficacité est appelée Ã
diminuer dans un contexte de réchauffement
climatique, sous l?effet conjugué de la saturation
physico-chimique de l?océan et du stress
thermique et hydrique affectant la végétation et
les sols. Si l?absorption absolue de carbone tend
à croître avec l?élévation de la concentration
atmosphérique en CO2, l?efficacité relative de ces
puits - c?est-à -dire la fraction des émissions
anthropiques effectivement séquestrée - se
réduit dans un contexte climatique plus chaud.
Par ailleurs, dans un climat plus chaud, des
rétroactions climatiques pourraient induire des
rejets de GES, par exemple provenant des
incendies de végétation, des zones humides ou
du dégel des sols gelés. Dans ce contexte, la
stabilisation du réchauffement planétaire
demanderait une capacité d'élimination de CO2
atmosphérique et de stockage à long terme
(émissions négatives) visant à contrebalancer
ces rétroactions amplificatrices, révélant le
besoin d'une capacité préventive d'élimination
du CO2 de plusieurs centaines de gigatonnes
[Schleussner et al., 2024].
La deuxième partie du rapport examine ainsi les
méthodes de géo-ingénierie climatique qui,
regroupées sous l'acronyme « CDR » (pour
Carbon Dioxide Removal), visent à réduire la
quantité de CO2 présent dans l?atmosphère par
des mécanismes naturels ou technologiques de
séquestration à long terme du carbone. Cette
partie examine différentes voies d'élimination du
CO2 atmosphérique (biologiques, géochimiques)
et différents réservoirs de stockage (végétation,
sols, sédiments terrestres ou océaniques,
réservoirs géologiques, formes minérales) tandis
que les méthodes industrielles de captage,
concentration et stockage de CO2 - type BECCS
et DACCS - seront abordées dans la partie 3 du
présent rapport. La figure 3.3 illustre le
périmètre de chaque méthode, son type de
stockage et les perspectives offertes.
11. Pour en savoir plus, consulter le site du gouvernement français : Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) | Ministères Aménagement
du territoire Transition écologique.
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/strategie-nationale-bas-carbone-snbc
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/strategie-nationale-bas-carbone-snbc
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/strategie-nationale-bas-carbone-snbc
16-17
12. Pour en savoir plus sur le budget carbone : Stratégie nationale bas-carbone (SNBC).
Figure 2.1 : Schéma de la perturbation globale du cycle du carbone causée par les activités anthropiques, Ã
l?échelle mondiale pour la décennie 2014-2023. Traduit d?après Friedlingstein et al., [2025].
Dans cette figure, sont représentés les principaux réservoirs de carbone, leur stock actuel (en GtC), et les flux
qui les relient sous forme de flèches (en GtC.an-1). Les flèches unidirectionnelles indiquent les flux d?origine
anthropique (combustion d?énergies fossiles et exploitation des sols, en particulier déforestation), ainsi que
l?absorption de CO2 par l?océan, la biomasse et les sols. Ces flux se superposent aux flux naturels de carbone,
à l?équilibre, représentés par les doubles flèches. Le déséquilibre du budget carbone12 résulte de l?écart entre
les émissions anthropiques estimées et le carbone effectivement séquestré par les puits naturels que sont les
surfaces végétalisées et l?océan. En effet, en raison d?une couverture spatiale ou temporelle imparfaite des
données, des incertitudes de chaque estimation, de l'origine différente des sources et méthodes employées
pour chaque flux, et de la non prise en compte de certains termes de moindre ampleur, l?équilibre (i.e bilan nul)
n?est pas atteint.
Les données peuvent être exprimées sur la base de quantités de C ou de CO2 ; ces valeurs se déduisent l?une
de l?autre par le rapport de la masse molaire du CO2 sur celle du carbone. Pour convertir une donnée exprimée
en GtC en GtCO2, il faut la multiplier par 3,666 (M(CO2) /M(C) = (12 + 2 × 16) /12 = 3,666).
À l?exception de la figure 2.1, les stocks et flux présentés dans le présent rapport sont exprimés respectivement
en GtCO2 et GtCO2/an.
Le stockage de carbone organique dans la
biomasse terrestre et les sols
Les principes et bases scientifiques
Depuis le début de la révolution industrielle, les
écosystèmes terrestres ont absorbé environ 30%
des émissions anthropiques de CO2, soit environ
807 GtCO2. Toutefois, une quantité équivalente
de CO2 a été perdue dans l?atmosphère en raison
de la déforestation et autres activités de
changement d?usage des terres liées Ã
l?expansion des terres agricoles. Le CO2
séquestré par les plantes peut ensuite être stocké
dans les sols sous forme de matière organique
grâce à l?activité des organismes décomposeurs.
La quantité de CO2 que la végétation peut
séquestrer chaque année varie cependant
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/strategie-nationale-bas-carbone-snbc
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
beaucoup en fonction des conditions
météorologiques. Les vagues de canicules et les
sécheresses qui se succèdent depuis le début du
siècle partout dans le monde affectent la
capacité des plantes à séquestrer le CO2 car la
photosynthèse et la croissance des plantes
s?arrêtent dans ces conditions [Ciais et al., 2005 ;
Meunier et al., 2024], voire la végétation meurt
[Etzold et al., 2019]. Elles augmentent
également la probabilité que le carbone
séquestré reparte dans l?atmosphère sous l?effet
de la combustion de la végétation desséchée lors
d?incendies [Vallet et al., 2023]. Il a été par
exemple estimé que les émissions de CO2 par les
incendies avaient triplé entre 2011 et 2023
dans toute la zone extratropicale [Matthew et
al., 2024]. Le puits de carbone représenté par la
végétation terrestre apparaît donc de plus en
plus fragile [Forzieri et al., 2022].
Deux approches principales sont envisagées
pour augmenter la séquestration de carbone par
la végétation :
? Une augmentation des surfaces végétalisées
à haut potentiel de séquestration par
afforestation*, reforestation*, restauration
des forêts dégradées et par la remise en
prairies permanentes de terres cultivées ;
?Un changement dans les pratiques agricoles
et sylvicoles, en gérant la forêt pour
augmenter les stocks de carbone de la
biomasse, en limitant le travail du sol, ou
encore en laissant plus de résidus de récolte
sur les terres cultivées.
La quantité de carbone qui entre dans la
biomasse dépend de la productivité végétale. Le
stockage à long terme dépend ensuite du temps
de résidence* dans chaque arbre, lié à sa
longévité, au volume maximal qu?il peut atteindre
(qui varie selon les essences), du climat et des
types de sols, et du temps de résidence à l?échelle
de l?écosystème, lié aux perturbations naturelles
comme les incendies, les attaques d?insectes et
la récolte.
Le stock de biomasse global est de l?ordre de
1 650 GtCO2, dont 733 GtCO2 dans les forêts
tropicales humides (qui ont les plus fortes
densités de biomasse par unité de surface). Le
stock de biomasse global augmente en raison
des changements environnementaux (augmen-
tation de la concentration atmosphérique en
CO2, allongement de la durée des saisons de
croissance dans l?hémisphère Nord, programmes
d?afforestation, par exemple en Chine, et gestion
forestière dans les forêts où la croissance est
supérieure aux prélèvements).
En revanche, le stock de biomasse des forêts
tropicales diminue en raison de la déforestation.
Les principaux puits de carbone liés à la
biomasse se trouvent ainsi dans les forêts de
l?hémisphère nord et les forêts tropicales intactes.
La quantité de carbone organique qui entre dans
un sol dépend du type, de la densité et de la
productivité de la végétation qui le couvre ainsi
que des éventuelles pratiques culturales. La
quantité de carbone qui sort d?un sol dépend,
quant à elle, des communautés microbiennes,
des conditions climatiques, des propriétés du sol
liées à la stabilisation de la matière organique, et
de son niveau d?érosion.
Les sols contiennent, selon les estimations, entre
5 130 et 8 800 GtCO2
13 sous forme de matière
organique14 . En particulier, 1 800 GtCO2 sont
présents dans les tourbières arctiques et
1 600 GtCO2 dans les autres types de per-
gélisols, et ce carbone ancien est vulnérable au
réchauffement climatique en absence d?actions
humaines pour le préserver. La quantité de
carbone du sol a diminué à cause de la
déforestation et des pratiques de l?agriculture
conventionnelle qui entraînent une baisse de
l?apport de matière organique dans les sols et
une augmentation de leur érosion [Guo & Gifford
2002 ; Neely et al., 2009]. L?initiative
internationale « 4 pour 1 000 »15, lancée par la
France en 2015, vise à promouvoir les actions
permettant d?augmenter le stock de carbone*
des sols de 0,4 % par an, pour compenser une
fraction des émissions mondiales [Chabbi et al.,
2017]. Toutefois, la faisabilité et la permanence
du stockage de carbone dans les sols reste un
sujet de débat [Van Groenigen et al., 2017].
13. Soit entre 1 400 et 2 400 GtC.
14. Dans le premier mètre de sol. Ces chiffres représentent l?équivalent de 50 ans d?émissions anthropiques de CO2.
15. Cette initiative internationale tire son nom de l?objectif de 0,4 % (soit 4 ?) de l?augmentation annuelle du stock de carbone dans les sols
agricoles et forestiers pour lutter contre les effets du changement climatique. Consulter : L?Initiative internationale "4 pour 1000"- Les sols
pour la sécurité alimentaire et le climat.
https://4p1000.org/
https://4p1000.org/
https://4p1000.org/
18-19
16. The Bonn Challenge | Bonchallenge.
17. AFOLU pour Agriculture, Forestry and Other Land Uses.
Les atouts envisagés et justifications avancées
Pour les forêts. Des estimations du potentiel
théorique de séquestration du carbone dans la
biomasse des forêts si elles étaient en libre
évolution, fondées sur des données de croissance
dans différentes régions, indiquent un taux de
séquestration global maximum de 4 Ã
5,9 GtCO2/an [Cook-Patton et al., 2020] selon
le scénario de surface considéré. Le taux de
séquestration par unité de surface est bien plus
élevé dans les forêts tropicales humides, en
particulier les forêts secondaires où plus de 80%
de la biomasse maximale pourrait être restaurée
en 2 à 3 décennies [Poorter et al., 2016]. Les
projets actuels sur la forêt à l?échelle globale,
institutionnels ou volontaires, ne séquestrent que
0,07 GtCO2/an, soit seulement 1% du potentiel
[Anderegg et al., 2020]. Mettre fin à la
déforestation et à la dégradation des forêts en
régénérant les forêts tropicales dégradées,
entraînerait une forte réduction des émissions
nettes mondiales de carbone du secteur des
changements des terres, voire la création d?un
puits net de carbone [Lewis et al., 2019 ; Gasser
et al., 2022] avec la repousse de forêts
secondaires.
Les estimations de la surface qui pourrait être
plantée d?arbres varient de 900 Mha, sur la base
de données bioclimatiques [Bastin et al., 2019],
à 935 Mha selon les résultats de plus de 1 000
simulations de modèles socioéconomiques
utilisés par le GIEC, fondés sur un prix du carbone
et des scénarios de forte atténuation à l?horizon
2100 [Moustakis et al., 2024]. Ces surfaces ont
été revues à la baisse par des études plus
récentes, prévoyant des valeurs situées entre
633 et 670 Mha si l?on prend en compte les
engagements des pays [The Land Gap Report,
2023] et la préservation de la biodiversité
[Griscom et al., 2017]. En considérant l?ensemble
des limitations sur les surfaces qui pourraient être
plantées et restaurées avec des arbres ou des
forêts, détaillées ci-après, la surface
d?afforestation possible au niveau mondial est
inférieure à 400 Mha pour un potentiel de
séquestration additionnelle cumulée de
147 GtCO2 d?ici 2050 [Wang et al., 2025]. Si
l'on croise ces potentiels avec les engagements
réellement pris par les pays (du Sud
principalement) en matière d?afforestation et de
reforestation dans le cadre du Challenge de
Bonn16, ce chiffre tombe à 45,8 GtCO2. Cela se
traduit par un puits de carbone annuel potentiel
par reforestation de 4,7 GtCO2 par an en 2050.
Pour comparaison, l'évaluation du 6e rapport du
GIEC basé sur des modèles socioéconomiques
(Chapitre 7 WGIII) indique un potentiel technique
de 4 GtCO2/an d'ici 2050 et un potentiel
économique de 1,6 GtCO2/an. Le chapitre
AFOLU17 du rapport du GIEC de 2022 suggérait
un potentiel plus élevé en incluant la protection,
la gestion soutenable, la restauration des forêts,
zones humides, prairies et savanes de l'ordre de
7 GtCO2/an et d'environ 4 GtCO2/an pour toutes
les pratiques d'agroécologie [IPCC, 2022b].
Pour les sols. À l?échelle mondiale, les estimations
de la séquestration annuelle possible varient de
3 Ã 6 GtCO2/an [Bossio et al., 2020 ; Fuss et al.,
2018], soit une augmentation de 0,03 Ã 0,11%
par an des stocks de carbone dans les sols. Bien
que ces valeurs restent en deçà des 0,4% par an
visés par l'initiative « 4 pour 1000 », elles
correspondent à 8 à 16% des émissions nettes de
carbone en 2023. Le biochar produit par
pyrolyse de débris végétaux qui ne pourraient
être utilisés à d?autres fins offre également la
possibilité de stocker du carbone dans les sols sur
de très longues périodes (0,3 à 6,6 GtCO2/an)
et, sous certaines conditions, d?améliorer la
productivité des sols [Smith, 2016].
Par ailleurs, augmenter le stockage de carbone
organique dans les sols améliore leur capacité de
rétention de l?eau et des minéraux, augmente
leur fertilité, agrège davantage les particules en
leur sein et limite leur érosion [Chabbi et al.,
2017 ; Smith, 2016]. Le stockage de carbone
organique dans les sols joue donc également un
rôle important dans l?adaptation au changement
climatique et, compte tenu de l?ensemble de ses
co-bénéfices, son coût est très modeste, voire
négatif [Smith, 2016].
Le temps de résidence du carbone dans le sol
varie entre quelques jours et plusieurs millénaires,
avec une durée moyenne de quelques décennies.
La vitesse à laquelle le carbone du sol est perdu
https://www.bonnchallenge.org/
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
est plus rapide que celle à laquelle il est stocké
mais l?équilibre n?est atteint qu?après plusieurs
décennies. En France, l?évolution de la quantité
de carbone stocké est négative dans les sols
cultivés et positive dans les prairies permanentes
et les forêts [Pellerin et al., 2021]. Il est donc
primordial de préserver le carbone déjà stocké
dans les sols les plus riches, tels que les
tourbières, les sols forestiers et les prairies
permanentes, notamment en stoppant
l'artificialisation18 de ces milieux naturels et en
limitant le retournement des prairies.
En France, la séquestration du carbone repose
principalement sur la biomasse forestière. La
SNBC 2 reconnaissait le stockage de carbone
organique dans la biomasse terrestre19 et dans
les sols comme un levier essentiel, et donnait un
objectif de puits net dans le secteur de l?usage
des terres (UTCATF)20 de 67 MteqCO2/an Ã
l?horizon 205021. Les bilans récents montrent un
puits net de 37,4 MtCO2/an sur la période
2017?202422 [HCC, 2025], révélant un déficit
par rapport à la trajectoire attendue. Le projet
de SNBC 3 révise à la baisse l?ambition nationale
en matière de stockage, en projetant un puits net
plus faible de 19 MteqCO2/an à l?horizon 2030.
Cette révision des objectifs entre SNBC 2 et
SNBC 3 est le résultat de la prise en compte de
la crise forestière liée à l'impact du changement
climatique sur la forêt, affaiblissant le puits de
carbone forestier, et de l'augmentation des
conditions chaudes et sèches propices aux
incendies de forêt. La question de la durabilité du
stockage de carbone dans la végétation et les
sols se pose de façon aigüe face Ã
l?augmentation de la mortalité des arbres, des
dépérissements et incendies de forêts. Dans l?UE,
pour atteindre la neutralité carbone en 2050, les
États Membres visent à stocker 400 MtCO2 par
an dans le secteur de l?usage des terres,
principalement dans la biomasse des forêts.
En France, pour les sols. Les sols des zones
humides, des forêts et des prairies stockent
beaucoup plus de carbone organique que les sols
agricoles. En moyenne en France, les zones
humides contiennent environ 367 tCO2/ha,
tandis que les sols forestiers et prairiaux en
retiennent environ 293 tCO2/ha. À titre de
comparaison, les sols agricoles n?en stockent
généralement que 128 à 183 tCO2/ha. Cette
différence s?explique en grande partie par la
quantité de biomasse pouvant être recyclée dans
ces différents sols23. Le stockage additionnel de
carbone en sols forestiers ou prairiaux est limité,
et l?enjeu réside dans la préservation des stocks
importants existants. En revanche, un stockage
additionnel significatif est possible dans les sols
agricoles et le potentiel en France métropolitaine
est estimé à 31 MtCO2/an [Pellerin et al., 2019],
soit une augmentation de 0,23% par an des
stocks de carbone dans les sols. Ce stockage
additionnel représenterait 7% des émissions
nationales de GES et pourrait découler de
pratiques agricoles adaptées, avec, par ordre
d?importance : (i) l?utilisation de cultures
intermédiaires*, (ii) le développement de
l?agroforesterie*, (iii) l?allongement de la durée
des prairies temporaires, et (iv) une
extensification modérée des prairies
permanentes. Si l?on ajoute le stockage
tendanciel observé, il serait possible d?atteindre
un stockage total de +0,5% par an.
18. Définie par la loi Climat et Résilience de 2021, l?artificialisation des sols est « l?altération durable de tout ou partie des fonctions écologiques
d?un sol, en particulier de ses fonctions biologiques, hydriques et climatiques, ainsi que de son potentiel agronomique par son occupation
ou son usage ». Lorsque des opérations d?aménagement sont réalisées (habitat, activités, commerces, infrastructures, équipements publics,
etc.), la structure et la composition des sols sont profondément transformées et dégradées, les habitats naturels sont détruits et fragmentés,
les paysages sont modifiés. En France, entre 20 000 et 30 000 hectares d?espaces naturels, agricoles et forestiers sont consommés chaque
année. Ce phénomène se poursuit à un rythme 4 fois plus important que celui de l?augmentation de la population. Source OFB :
https://www.ofb.gouv.fr/lartificialisation-des-sols.
19. S?agissant spécifiquement des écosystèmes forestiers, retrouvez le rapport de l?Académie des sciences.
20. UTCATF pour Utilisation des Terres, Changement d?Affectation des Terres, Foresterie.
21. Et 82 MtCO2/an à l?horizon 2050 (dont 67par les puits naturels et 15 par les puits technologiques (dont DAC et BECCS qui seront
traités dans la partie 3 du présent rapport)).
22. Le stockage de carbone des forêts, prairies et produits bois est contrebalancé par les émissions de ce secteur (terres cultivées,
dégradation des zones humides, artificialisation des terres).
23. Dans les écosystèmes naturels ou peu exploités, une grande part de la matière végétale (feuilles, racines, bois mort) se décompose sur
place, enrichissant ainsi le sol en carbone. En revanche, dans les systèmes agricoles, une part importante de la biomasse est retirée sous
forme de récoltes, de fourrages ou de résidus exportés, réduisant d?autant la quantité de matière organique disponible pouvant être
incorporée au sol. Un moindre retour de matière organique au sol entraîne une réduction du carbone stocké, ce qui explique les stocks plus
faibles observés dans les terres cultivées [Guo & Gifford, 2002].
https://fra01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fwww.legifrance.gouv.fr%2Fjorf%2Fid%2F%3A~%3Atext%3DLOI%2520n%25C2%25B0%25202021-1104%2Cses%2520effets%2520(1)%2520-%2520L%25C3%25A9gifrance%26text%3Dl%27Union%2520Europ%25C3%25A9enne-%2CLOI%2520n%25C2%25B0&data=05%7C02%7CJuliette.ROCHET%40academie-sciences.fr%7Cc8b39db4b4cb4524578108ddacd40ef3%7C943e1e081a884fc4a18372acb519a477%7C1%7C0%7C638856748962426925%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&sdata=b9OHHE%2FBcgnyKd6e2MAw78gTJH7Y8h%2BN4cyxaRr2yzI%3D&reserved=0
https://fra01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fwww.ofb.gouv.fr%2Flartificialisation-des-sols&data=05%7C02%7CJuliette.ROCHET%40academie-sciences.fr%7Cc8b39db4b4cb4524578108ddacd40ef3%7C943e1e081a884fc4a18372acb519a477%7C1%7C0%7C638856748962450777%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&sdata=MMzjm90wNsZ%2FNB0O%2BUWKF2dPSlpHIh2QngjQ%2BxaT1pU%3D&reserved=0
https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/060623_foret.pdf
20-21
Les limites, risques et objections
Les évaluations de stockage additionnel par les
écosystèmes terrestres doivent ainsi être
considérées avec prudence, en raison de certains
risques et incertitudes associées :
? Risque de surestimation du potentiel de
stockage, lorsque les évaluations ne tiennent
pas compte des usages actuels des terres
(agriculture, usages locaux) ;
? Risque d?échec climatique, notamment dans
les zones arides et semi-arides ciblées pour les
plantations [Bastin et al., 2019], ainsi que
vulnérabilité aux aléas naturels (incendies,
maladies, insectes) et anthropiques
(exploitation forestière [Anderegg et al.,
2020]) ;
? Risques dus aux effets indésirables du
reboisement : dans les zones boréales [Betts,
2000] et arides [Rohatyn et al., 2022],
planter des arbres a un effet réchauffant. En
assombrissant la surface, les arbres
absorbent plus de lumière du soleil au lieu de
la renvoyer vers l?atmosphère, ce qui peut
réchauffer localement le climat. Ce
réchauffement biophysique pourrait annuler,
voire dépasser, les bénéfices apportés par le
stockage du carbone dans les arbres.
? Risque d?atteinte à la biodiversité, si les
plantations se font au détriment des espèces
et écosystèmes en place : les plantations
monospécifiques réduisent la diversité
biologique et la résilience des écosystèmes
[voir notamment Jactel et al., 2017].
? Risques socioéconomiques et de sécurité
alimentaire. L?afforestation à grande échelle
peut entrer en concurrence avec d?autres
usages des terres, tels que la production
alimentaire, entraînant une augmentation des
prix alimentaires et une aggravation de
l?insécurité associée, en particulier dans les
régions vulnérables [IPCC, 2019b], ou la
production d?énergie24. De façon générale,
elle peut entraîner un accaparement foncier
et des impacts négatifs sur les populations
autochtones, imposant des considérations de
justice sociale et d?équité dans les stratégies
de séquestration terrestre [IPCC, 2019b].
De même, les estimations du stockage
additionnel de carbone dans les sols doivent être
nuancées, car elles ne prennent pas toujours en
compte un certain nombre de limites et de
contraintes :
? Un coût potentiellement élevé : le coût de la
tonne de carbone stockée dans les sols peut
atteindre jusqu?à 600 ¤/tC selon le rapport «
4 pour 1000 » [Pellerin et al., 2021], une fois
les coûts de mise en oeuvre intégrés. Ce chiffre
ne tient toutefois pas compte des co-
bénéfices environnementaux et agronomiques
associés à ces pratiques ;
? Des limitations par les nutriments : le stockage
du carbone dans les sols ne peut s?effectuer
sans azote et phosphore. Les ratios
carbone/azote et carbone/phosphore de la
matière organique du sol sont beaucoup plus
faibles que ceux de la biomasse. La
séquestration du carbone dans les sols est
donc fortement consommatrice en azote et
phosphore, qui doivent être apportés par des
intrants agricoles [Van Groenigen et al.,
2017] ;
? Des barrières socio-économiques : le coût du
changement de pratiques, ainsi que les
contraintes organisationnelles au sein des
exploitations, freinent la mise en oeuvre de ces
solutions [Demenois et al., 2020] ;
? Un effet climatique net parfois incertain : les
risques d?émission accrues de protoxyde
d?azote (N2O) liés à certaines pratiques
agricoles intensives, peuvent annuler les
bénéfices climatiques nets.
Par ailleurs, certaines questions restent en
suspens : sous quelle forme faut-il apporter la
matière organique aux sols (fraîche, compostée,
méthanisée, pyrolysée) et quels sont les
compromis acceptables entre durabilité, coût et
efficacité climatique ?
Le rapport spécial du GIEC sur le climat, la
désertification, la dégradation des terres, la
gestion durable des terres, la sécurité alimentaire
et les flux de GES rappelle que si le stockage de
carbone dans les sols et la biomasse terrestre
peut constituer un levier important d?atténuation,
il reste fondamentalement réversible et limité
dans le temps [IPCC, 2019b]. Ce potentiel
repose sur des pratiques de gestion durable (par
exemple reboisement, agroforesterie, gestion
des sols), dont la poursuite est indispensable
24. Voir le rapport de l?Académie des sciences Quelles perspectives énergétiques pour la biomasse ? | Académie des sciences.
https://www.academie-sciences.fr/quelles-perspectives-energetiques-pour-la-biomasse
pour maintenir le carbone séquestré. En outre,
ces réservoirs terrestres sont très vulnérables
face au changement climatique : sécheresses,
incendies, maladies ou dégradation des sols
peuvent entraîner une perte rapide du carbone
accumulé, tandis que les écosystèmes tendent
vers un nouvel équilibre limitant leur capacité
additionnelle de stockage [IPCC, 2019b]. Ainsi,
si les écosystèmes terrestres peuvent contribuer
de manière significative à l?atténuation au cours
des prochaines décennies, leur potentiel est
incertain et non permanent, car les perturbations
naturelles et anthropiques peuvent conduire à un
relargage massif de CO2 [IPCC, 2022b].
Synthèse des connaissances scientifiques et
recommandations
Même dans les scénarios les plus optimistes, le
stockage additionnel de carbone par la végétation
terrestre et dans les sols ne permettra de
contrebalancer qu?une faible fraction du niveau
actuel d?émissions de CO2. Cela souligne
l?importance de réduire les émissions anthropiques
à la source et d?explorer d?autres moyens
d?atténuation, tels que l?agroécologie, l?agriculture
biologique ou encore l?évolution des régimes
alimentaires (notamment en réduisant la
consommation de viande et en augmentant les
apports de protéines végétales), qui constituent
autant de leviers à la fois réalisables, déjÃ
disponibles et porteurs de nombreux co-bénéfices.
Néanmoins, le stockage additionnel dans la
végétation terrestre et les sols peut être
significatif et un accompagnement des
exploitants agricoles et forestiers aux pratiques
vertueuses serait nécessaire pour accélérer ce
stockage et garantir sa durabilité.
Si de nombreuses questions restent ouvertes, un
consensus scientifique semble se dégager sur
plusieurs points :
? Contrairement à d?autres méthodes de géo-
ingénierie, les leviers de stockage additionnel
de carbone dans la biosphère sont
immédiatement disponibles ; ils peuvent, dans
une approche de soutenabilité de leur mise en
oeuvre, générer de multiples co-bénéfices
substantiels pour les sociétés humaines et la
biodiversité [IPCC, 2022a] ;
? La protection des sols riches en matière
organique (zones humides, forêts, prairies
permanentes) est une priorité absolue ;
? Parmi les pratiques agricoles favorables au
stockage de carbone dans les sols figurent
l?usage de cultures intermédiaires, le
développement de l?agroforesterie,
l?allongement de la durée des prairies
temporaires et une extensification modérée
des prairies permanentes ;
? Enfin, le choix et la mise en oeuvre de ces
pratiques doivent impérativement être
adaptés aux contextes locaux, climatiques,
pédologiques, géographiques et socio-
économiques. Leur déploiement à grande
échelle doit être soigneusement encadré pour
éviter des conflits d?usage.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
1. Le développement d?une approche prospective de modélisation des systèmes agricoles actuels et
alternatifs, aux échelles nationale, européenne et mondiale, afin d?évaluer leurs effets économiques
et environnementaux. Cette modélisation devra inclure des modèles de marché intégrant l?évolution
des régimes alimentaires, les usages non alimentaires de la biomasse, les politiques publiques et les
dynamiques d?échanges internationaux.
2. L?analyse approfondie des leviers de stockage du carbone en tenant compte des effets du
changement climatique sur les processus écophysiologiques, les pratiques culturales et les modes de
gestion.
3. L?évaluation comparative des différentes filières de valorisation de la biomasse - comme la production
d?énergie, le stockage dans les sols ou la fabrication de produits en bois - dans un contexte où la
demande augmente. L?objectif est de savoir quelles options apportent le plus de bénéfices en matière
de réduction des émissions de GES, en regard des conséquences économiques et sociales de leur
déploiement.
4. Le renforcement des connaissances sur l?innocuité et l?efficacité des ressources organiques (boues,
digestats, composts) utilisées comme leviers de stockage de carbone dans les sols, en garantissant
leur sécurité pour les sols et la production alimentaire.
S?agissant des efforts de recherche à engager, l?Académie des sciences recommande ainsi :
22-23
Le puits de carbone océanique : présentation et
bases scientifiques des méthodes visant Ã
accroître son efficacité
Grâce à son immense superficie, couvrant les
deux tiers de la planète, ses caractéristiques
physiques et chimiques propres et à la moindre
emprise humaine sur certaines de ses zones,
l'océan offre un potentiel considérable pour le
développement de méthodes d'élimination du
CO2. Néanmoins, certaines régions océaniques,
et donc certains écosystèmes marins, sont déjÃ
sous forte pression directe des activités humaines
(surpêche) et affectés par le changement
climatique (accumulation de chaleur, vagues de
chaleur marines, acidification, perte d'oxygène).
La surface de la Zone Économique Exclusive
(ZEE) française est la 2e par son étendue au
niveau mondial. Elle couvre près de 11 millions de
km2 dont 97% se situent en outre-mer et 93%
dans les grands fonds (profondeur supérieure Ã
1 000 m).
Ces dernières années, le nombre de projets et de
startups consacrés aux techniques d?élimination
du CO2 marin (mCDR ? marine Carbon Dioxide
Methods) a augmenté de façon considérable, en
parallèle d?une croissance significative des
publications scientifiques et des rapports
d?experts sur le sujet [ex : GESAMP, 2019 ;
NASEM, 2021].
L'océan représente un puits naturel net
considérable pour le carbone anthropique,
estimé à 10,6 GtCO2/an pour la décennie 2014-
202325. Cela représente près de 25% des
émissions anthropiques de CO2 (combustion des
réserves fossiles et déforestation) [Friedlingstein
et al., 2025]. Sur une échelle de temps plus
longue (1850-2023), l'océan a absorbé
679 GtCO2, ce qui représente également 25%
des émissions anthropiques totales sur la
période. L'océan est ainsi un acteur clé du cycle
du carbone.
Le mécanisme responsable du puits océanique
est physico-chimique et découle de
l'augmentation de la différence de pression
partielle de CO2 de part et d'autre de l'interface
air-mer. L?océan peut ainsi dissoudre une partie
de l?excès de CO2 atmosphérique introduit par
les activités humaines. Une fois dissous dans l'eau
de mer, le CO2 se retrouve essentiellement sous
forme d'anions hydrogénocarbonates (HCO3
-) et
peut être transporté en profondeur par les
grands courants océaniques et le mélange
vertical. Comme la solubilité du CO2 augmente
lorsque la température diminue, les zones les plus
efficaces pour absorber le CO2 (les meilleurs
puits) sont l?Atlantique Nord et l?Océan Austral,
où les eaux de surface sont froides et denses et
où les masses d'eaux profondes se forment et
séquestrent le carbone.
Si les émissions anthropiques diminuent
fortement et que le taux atmosphérique de CO2
se stabilise, l?absorption océanique tendra
naturellement à diminuer, le système se
rapprochant d?un nouvel état d?équilibre. En
revanche, si la teneur en CO2 atmosphérique
continue d?augmenter, le puits océanique
pourrait connaître une baisse d?efficacité relative,
liée à plusieurs facteurs physiques et
biogéochimiques : (i) l?acidification des eaux
océaniques, qui limite la transformation du CO2
dissous en ions hydrogénocarbonates, (ii) le
réchauffement des eaux de surface de l?océan,
qui réduit la solubilité du CO2 dans l?eau et (iii) la
modification de la circulation océanique,
notamment la stratification verticale, et la
diminution de la ventilation des eaux profondes,
qui freine le transfert du CO2 vers l?océan
intérieur.
Le puits de carbone océanique de la ZEE
française est estimé à 210 MtCO2/an (pour la
période 2011-2020) [Berger et al., 2024].
Cette valeur élevée représente 50% de
l'ensemble des émissions territoriales françaises
de GES sur la même période.
L?océan joue un rôle central dans la régulation du
climat en raison des échanges possibles de CO2
entre l?océan et l?atmosphère. La capacité de
l?océan à stocker du carbone repose sur deux
grands mécanismes complémentaires : la pompe
25. Les méthodes utilisées pour estimer ce puits pour les dernières décennies combinent (i) des modèles statistiques avancés qui s'appuient
sur la mesure de la pression partielle de CO2 dans l'océan de surface (ii) des modèles du cycle du carbone océanique et (iii) l'utilisation des
tendances combinées du CO2 et de l'O2 atmosphérique. Les différentes méthodes mettent toutes en évidence une augmentation du puits
en parallèle de l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère mais divergent sur la valeur exacte du puits et sur sa tendance dans
quelques régions clés (océan Austral en particulier) [Friedlingstein et al., 2025 ; DeVries et al., 2023].
physique (ou pompe de solubilité) et la pompe
biologique. Ensemble, elles contrôlent la
répartition verticale du carbone entre les eaux de
surface, en contact avec l?atmosphère, et les
profondeurs océaniques.
? La pompe physique : un mécanisme de disso-
lution et d?entraînement
La pompe physique repose sur la capacité de
l?eau froide à dissoudre le CO2 atmosphérique.
Aux hautes latitudes (Atlantique Nord, océan
Austral), les eaux de surface refroidies
deviennent plus denses et s?enfoncent,
entraînant avec elles le CO2 dissous. Ce
processus de formation d?eaux profondes permet
de stocker le carbone sur des échelles de temps
longues, allant de plusieurs siècles à un
millénaire.
Ce mécanisme dépend fortement de :
? la température : plus l?eau est froide, plus
elle dissout de CO2,
? la circulation océanique globale, dite
thermohaline,
? la stratification verticale, qui peut limiter le
mélange entre surface et profondeur.
? La pompe biologique : un moteur biogéo-
chimique
La pompe biologique est d?abord assurée par le
phytoplancton, constitué essentiellement par des
microalgues photosynthétiques présentes en
surface. En absorbant le CO2 par leur activité
photosynthétique au cours de laquelle elles
produisent de la matière organique, ces algues
jouent un rôle clé dans le transfert du carbone
vers les couches profondes. Deux étapes
majeures structurent ce processus :
(i) Production biologique : le phytoplancton
capte du CO2 et l?incorpore dans sa
biomasse. Cette biomasse peut être ensuite
consommée par d?autres organismes.
(ii) Exportation : une partie de cette biomasse
coule vers les profondeurs, sous forme de
cellules mortes, de carcasses, de déjections
ou d?agrégats. En sédimentant, ces
particules transportent le carbone hors d?un
contact potentiel avec l?atmosphère. Une
large part de cette matière est néanmoins
recyclée (reminéralisée) avant d?atteindre
les abysses. Seule une petite fraction est
effectivement stockée à long terme.
? Un système dynamique, mais déséquilibré
Ces deux pompes entretiennent un déséquilibre
structurant dans la distribution du carbone
inorganique dissous : l?océan de surface est
globalement déficitaire en CO2 par rapport aux
profondeurs. Ce déséquilibre favorise le transfert
net de CO2 depuis l?atmosphère vers l?océan.
Bien que la pompe physique explique la quasi-
totalité du puits de carbone anthropique
aujourd?hui, c?est la pompe biologique qui
contrôle l?état à long terme du stock de carbone
marin, en expliquant environ 90% du gradient
vertical de carbone dans l?océan [Sarmiento &
Gruber, 2013].
La plupart des techniques d?élimination du CO2
basées sur l'océan sont fondées sur une
augmentation de l'efficacité des pompes de
carbone décrites ci-dessus. Parmi les approches
proposées figurent la fertilisation océanique au
fer (OIF), le renforcement artificiel des échanges
verticaux (ascendants et descendants), la culture
de macroalgues, l?augmentation de l?alcalinité*
océanique (OAE) par l?ajout de minéraux ou par
électrochimie, ainsi que l?extraction directe du
CO2 de l?océan. Certaines méthodes reposent
également sur la capacité de certains
écosystèmes à capter et stocker le carbone,
comme la conservation et la restauration des
écosystèmes de carbone bleu (mangroves,
herbiers marins, marais littoraux) [NASEM,
2021].
Les différentes méthodes peuvent être classées
selon le mode initial de suppression ou de
réduction du CO2 en surface de l'océan
(processus biologiques ou abiotiques), mais
d'autres critères de classification ont été utilisées
[ex : Cooley et al., 2023] : certaines techniques
reposent sur la photosynthèse, d?autres sur des
processus géochimiques ou sur des technologies
avancées. Elles peuvent aussi être considérées
comme conventionnelles ou innovantes, ou
encore distinguées selon qu?elles relèvent des
solutions fondées sur la nature ou non. La figure
2.2 présente ces différentes classifications.
Le chapitre suivant considère en particulier les
méthodes biotiques. Les autres méthodes, dites
géochimiques et jouant sur la « pompe de
solubilité » (alcalinisation de l?océan en
particulier), feront l?objet d?une partie dédiée du
chapitre 3.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
24-25
Le stockage de carbone dans l'océan par des
méthodes biologiques
Ce chapitre s?intéresse aux méthodes reposant
sur des processus biologiques affectant le puits
de carbone océanique. Les méthodes reposant
sur les processus géochimiques sont examinées
dans le chapitre 3.
Les principales méthodes envisagées : atouts et
limites
Fertilisation océanique par le fer (Ocean Iron
Fertilization, OIF)
La fertilisation océanique par le fer repose sur
l?ajout de fer dans certaines zones océaniques
pauvres en fer dissous (océan Austral, Pacifique
Nord, Pacifique équatorial) afin de stimuler la
croissance des microorganismes photosynthé-
tiques marins. L?augmentation de cette biomasse
entraîne une absorption accrue de CO2 par
photosynthèse, suivie d?un transfert partiel du
carbone vers les fonds marins à la faveur de la
sédimentation des organismes morts et autres
matières organiques [Martin et al., 1990].
L?efficacité de cette approche reste cependant
controversée. Alors que certaines expériences
ont montré une augmentation temporaire de la
productivité biologique et un piégeage partiel du
carbone en profondeur [de Baar et al., 2008],
d?autres études indiquent que le carbone
organique ainsi produit peut être rapidement
recyclé et réémis dans l?atmosphère [Boyd & Trull,
2007]. Les modèles montrent un potentiel limité,
même dans des cas idéalisés où l'ensemble des
zones propices seraient fertilisées en continu
[Aumont & Bopp, 2006].
Par ailleurs, parmi les principales limites de l?OIF
figurent un certain nombre d?effets secondaires
possibles de l?ajout de fer sur les écosystèmes
marins avec l?apparition de zones appauvries en
oxygène sous l?effet de la dégradation locale de
la matière organique produite. D?autres
perturbations des réseaux trophiques inter-
viennent, comme le développement d?espèces
phytoplanctoniques produisant des toxines. La
stimulation du phytoplancton peut également
conduire à l?émission d?autres GES, tels que le
protoxyde d?azote (N2O) diminuant, voire
annulant, l?effet escompté sur le climat dû à la
diminution du CO2, dont l?ampleur et la durée
restent par ailleurs difficiles à quantifier. Enfin, la
stimulation locale du phytoplancton conduira Ã
l?augmentation de prélèvement de sels nutritifs
(notamment phosphate et nitrate) consommés
dans la région fertilisée, qui ne seront plus
disponibles pour soutenir les réseaux
alimentaires marins dans d?autres régions.
Afforestation océanique
L?afforestation océanique par culture de
macroalgues, en milieu côtier ou en pleine mer,
est une technique qui consiste à cultiver à grande
échelle des algues de grande taille, comme les
laminaires, dont l?activité photosynthétique
permettrait de capter du CO2 dissous dans l?eau
Figure 2.2 : Classification des
différentes méthodes de mCDR en
fonction de leurs caractéristiques.
[Ho & Bopp, 2024].
de mer, potentiellement remplacé par du CO2
atmosphérique. Ces macroalgues ont une
croissance rapide et un potentiel élevé de
stockage de carbone, notamment en milieu
côtier [Duarte, 2017]. Certaines études estiment
que, à l?échelle mondiale, l'afforestation
océanique pourrait théoriquement séquestrer
plusieurs gigatonnes de CO2 par an.
Toutefois, l?efficacité réelle de cette approche
dépend fortement du devenir du carbone fixé : si
la biomasse se décompose en surface, le CO2 est
rapidement réémis dans l?atmosphère, réduisant
d?autant l?effet escompté sur la séquestration du
carbone [Krause-Jensen & Duarte, 2016]. Par
ailleurs, des défis écologiques et logistiques
subsistent, notamment la gestion de la
compétition pour l?espace marin, la variabilité
des conditions environnementales, notamment
température et disponibilité des nutriments, et le
risque de perturbations des écosystèmes marins
en surface [Berger et al., 2023] et en profondeur
dans le cas d'un export de la matière organique
vers le fond de l'océan.
Conservation et restauration des écosystèmes
dits du « carbone bleu »
La conservation et la restauration des
écosystèmes dits de « carbone bleu » (mangroves,
herbiers marins et marais littoraux) sont des
approches qui visent à préserver et à renforcer la
capacité naturelle de ces habitats côtiers à capter
et stocker le carbone. Ces écosystèmes figurent
parmi les puits de carbone les plus efficaces de la
planète, stockant du CO2 sous forme de biomasse
végétale et de sédiments riches en matière
organique, où le carbone peut rester piégé
pendant des siècles, voire des millénaires [Mcleod
et al., 2011]. Ces méthodes de conservation et
de restauration sont considérées comme des
solutions fondées sur la nature car elles
s?appuient sur des processus écologiques naturels
pour stocker le carbone et qu'elles apportent des
co-bénéfices pour la biodiversité et pour les
populations humaines locales.
La dégradation de ces habitats, due Ã
l?urbanisation côtière, l?aquaculture et la montée
du niveau de la mer, entraîne d?importantes
émissions de CO2, faisant de leur conservation
une priorité pour le climat [Pendleton et al.,
2012].
La restauration active, par la replantation de
mangroves ou la régénération des herbiers
marins, peut améliorer leur fonction de
séquestration, bien que les résultats varient en
fonction des conditions locales et du succès des
interventions [Duarte et al., 2017]. D?après le
GIEC [IPCC, 2019a], la restauration de ces
écosystèmes côtiers végétalisés pourrait
contribuer à atténuer le changement climatique
grâce à une augmentation du captage et du
stockage du carbone d'environ 0,5% des
émissions mondiales annuelles actuelles. Au
niveau mondial, il est estimé que le potentiel lié Ã
la gestion des écosystèmes "blue carbon" est
inférieur à 1 GtCO2/an. Une protection et une
gestion améliorées de ces écosystèmes peuvent
réduire leurs émissions de carbone. Conjuguées,
ces mesures offrent de multiples co-bénéfices,
comme une protection renforcée contre les
tempêtes et une amélioration de la qualité de
l?eau, de la biodiversité et des ressources pour la
pêche [IPCC, 2019a].
Le rapport sur la séquestration du carbone par
les écosystèmes français [EFESE, 2019]
confirme que les mangroves, herbiers marins ou
marais littoraux des côtes françaises présentent
des conditions écologiques (salinité, productivité,
etc.) particulièrement favorables au stockage de
carbone. Leur potentiel de séquestration peut
atteindre jusqu?Ã 7 teqCO2/ha/an. Toutefois, en
raison de leur faible extension, ces écosystèmes
séquestrent aujourd?hui moins de 1% des
émissions annuelles nationales.
Ces approches présentent des limites,
notamment liées (i) à la vulnérabilité des
écosystèmes restaurés aux changements
climatiques (élévation du niveau de la mer,
cyclones tropicaux plus intenses, vagues de
chaleur marines, augmentation des pluies
extrêmes pouvant affecter, par le ruissellement
terrestre, la qualité des eaux avec des effets
néfastes), (ii) à la disponibilité restreinte
d?espaces adaptés, ainsi que (iii) aux coûts et
défis socio-économiques liés à la gestion durable
des zones côtières [Narayan et al., 2016].
Synthèse des connaissances et recomman-
dations
L?océan joue déjà un rôle majeur dans le cycle du
carbone, absorbant plus d?un quart des
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
26-27
émissions anthropiques de CO2 (figure 2.1). Ce
puits naturel est principalement piloté par des
processus physico-chimiques (pompe de
solubilité). La pompe biologique est importante
pour redistribuer le carbone dans l?océan et ses
changements entraîneront aussi des variations
du puits océanique. Ces mécanismes offrent les
fondements scientifiques des méthodes de
suppression du CO2 marin (mCDR).
Trois grandes familles de méthodes se distinguent
et diffèrent par leur degré de maturité, leur
potentiel de séquestration (et la durabilité de
stockage), leurs effets environnementaux et leur
complexité logistique (tableau 1).
À ce stade, aucune des méthodes étudiées ne
peut être considérée comme une solution de
décarbonation de l?atmosphère à grande échelle.
Certaines peuvent néanmoins jouer un rôle utile
et complémentaire, en particulier dans le cadre
de stratégies territorialisées générant des co-
bénéfices multiples. Plus précisément, les études
montrent que les techniques de fertilisation
océanique (OIF) et de culture de macroalgues en
pleine mer présentent, a priori, une efficacité
limitée et des risques environnementaux
délétères pour les écosystèmes marins et, en
l?état actuel des connaissances, leur mise en
oeuvre ne peut pas être recommandée. En
revanche, la conservation et la restauration des
écosystèmes de carbone bleu, malgré un
potentiel de séquestration modeste à l?échelle
globale, offrent de nombreux co-bénéfices
écologiques, sociaux et économiques. Ces atouts
justifient dès à présent la multiplication des
projets et le renforcement des financements en
leur faveur. Un enjeu majeur dans l?évaluation du
potentiel offert par ces méthodes réside dans la
prise en compte des répercussions des fortes
pressions anthropiques directes (surpêche) et
découlant du changement climatique sur l?océan.
Méthodes Potentiel de
séquestration
Durée de
stockage du
carbone
Degré de
maturité
Co-bénéfices Inconvénients,
limites
Fertilisation
océanique au
fer
Limité et très
incertain
Court à moyen
terme ;
réémission
potentiellement
rapide dans
l?atmosphère
Très faible Nombreux défis
de mise en
oeuvre ;
perturbations
écologiques
potentielles
(notamment
perturbations
des réseaux
trophiques)
Afforestation
océanique par
culture de
macroalgues
Limité Incertaine ;
variable selon le
devenir de la bio-
masse
Intermédiaire
Restauration
des
écosystèmes
côtiers de
carbone bleu
Élevé à très
élevé
localement ;
faible à très
faible au
niveau global
Long terme Important Biodiversité,
protection
côtière
Volume de
carbone
séquestré
faible ;
contrainte
d?espace
Tableau 1 : Bilan des méthodes de mCDR faisant intervenir des organismes marins.
1. Poursuivre la recherche sur les mécanismes biogéochimiques marins, notamment pour mieux évaluer
la durabilité et l?efficacité nette des méthodes qui pourraient être exploitées ;
2. Prioriser la conservation et la restauration des écosystèmes de carbone bleu, qui présentent un bon
rapport coût-efficacité, des effets climatiques certains à court terme et de nombreux co-bénéfices
écosystémiques, notamment dans les stratégies visant à limiter l?érosion du littoral.
Certaines techniques, telles que l?OIF ou l?afforestation océanique, les plus intrusives, présentent des
risques significatifs de manipulation des biens communs mondiaux, et appellent ainsi à une vigilance
accrue.
À la lumière de ces éléments, l?Académie des sciences recommande de :
Altération provoquée des roches (AP) et
alcalinisation de l?océan (AO)
Parmi les approches visant l'élimination et le
stockage à long terme de carbone de
l?atmosphère, certaines méthodes cherchent Ã
reproduire et amplifier des processus
géochimiques naturels permettant de fixer
durablement le CO2. Le concept de pompage
géologique a été introduit il y a près de deux
siècles [Ebelmen, 1845], mais les échelles de
temps naturelles sont très longues. Cela souligne
la nécessité d?accélérer les réactions pour
pomper le CO2 d?origine anthropique. Ces
techniques de CDR reposent sur l?altération* de
minéraux silicatés ou carbonatés qui libère en
solution des cations alcalins et alcalino-terreux
qui entraînent la transformation du CO2 en
formes stables dissoutes (ions hydrogéno-
carbonates26 (HCO3
-) et autres carbonates). Ces
formes stables peuvent ensuite être stockées Ã
long terme dans les sols, les eaux souterraines ou
l?océan.
Deux grandes variantes de cette stratégie sont
actuellement à l?étude :
?L?altération provoquée des roches (AP), qui
consiste à broyer et épandre des roches sur les
sols pour accroître leur capacité naturelle de
captation de CO2 ;
?L?alcalinisation de l?océan (AO), qui vise Ã
augmenter l'alcalinité de l?eau de mer afin de
renforcer le rôle tampon de l?océan vis-à -vis
du CO2 atmosphérique. Elle fait appel à l?ajout
direct de minéraux ou d?espèces dissoutes ou
à des procédés électrochimiques.
Ce chapitre vise à présenter les principes,
avantages et limites de ces deux familles de
méthodes considérées successivement.
Altération provoquée des roches : principes,
atouts et limites
Les principes de l?altération provoquée et atouts
envisagés
Le principe de l?altération provoquée vise Ã
accélérer et amplifier le phénomène naturel de
l?altération chimique des roches. Ce processus se
produit lorsque des minéraux riches en calcium,
magnésium ou sodium réagissent avec l?eau au
contact de l?atmosphère. Cette interaction
entraîne la solubilisation de CO2 atmosphérique
sous forme d?ions hydrogénocarbonates, qui
peuvent ensuite être transportés par les eaux
souterraines et les rivières jusqu?à l?océan, où ils
sont stockés à long terme.
Dans le détail, les étapes de cette technique sont
les suivantes :
(i) Épandage de roches broyées : les roches ou
minéraux silicatés (comme le basalte ou
l?olivine) ou les carbonates (comme le
calcaire) sont broyés en fines particules et
dispersés sur les sols agricoles ou dans des
espaces naturels appropriés.
(ii) Réaction avec le CO2 : en présence d?eau,
ces roches et minéraux libèrent des ions qui
accroissent l'alcalinité de l?eau (calcium,
magnésium, sodium) et, en conséquence, la
solubilisation du CO2.
(iii)Transport et stockage : les produits de ces
réactions chimiques sont emportés par les
cours d?eau vers l?océan, où ils contribuent
à augmenter l?alcalinité de l?eau de mer et
permettent un stockage durable du CO2.
La séquestration durable du carbone repose sur
la transformation du CO2 ainsi capté en
carbonates, permettant ainsi un stockage stable
sur plusieurs milliers d?années [Fuss et al., 2018].
L?épandage de roches, en plus du captage du
CO2, présente des bénéfices agricoles induits
notables (co-bénéfices), en contribuant à enrichir
les sols en minéraux et autres éléments
essentiels, à stabiliser l?acidité créée par la
décomposition des amendements organiques
riches en azote et ainsi à en améliorer la fertilité.
Enfin, ce procédé s?appuie sur un processus
naturel et relativement peu invasif, qui ne
requiert pas de dispositifs complexes de
stockage géologique, contrairement à d'autres
méthodes de séquestration.
Les obstacles et incertitudes
L?un des principaux obstacles techniques et
économiques tient à l?énergie nécessaire au
broyage des roches : pour maximiser leur surface
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
26. L?ion hydrogénocarbonate, historiquement appelé bicarbonate, appartient au système de l?acide carbonique. L?usage est aujourd?hui
d?utiliser le terme de « carbonates » (au pluriel) de façon plus générale pour englober toutes les formes stables de cet acide : H2CO3, HCO3
-
et CO3
2-.
28-29
de réaction avec le CO2 atmosphérique, ces
roches doivent être finement broyées, selon un
procédé qui consomme beaucoup d?énergie27. À
l?échelle mondiale28, le déploiement de cette
méthode pour éliminer des quantités
significatives de CO2 impliquerait l?extraction, le
broyage, le transport et l?épandage de milliards
de tonnes de roches. Une telle logistique,
extrêmement lourde, s'accompagne de coûts
très élevés et supposerait l?implication active du
monde agricole pour sa mise en oeuvre concrète
sur le terrain.
Par ailleurs, l?efficacité du processus diminue
dans le temps : la réactivité des minéraux
silicatés s?affaiblit sous l?effet de la réduction de
leur surface réactionnelle effective [Schott et al.,
2024 ; Chen et al., 2025]. Le fer présent à la
surface des minéraux peut également
progressivement s?oxyder, ce qui ralentit
considérablement les vitesses de dissolution et de
captage du CO2. Toutefois, en présence de
biofilms* qui piègent le fer, ce ralentissement
peut être fortement réduit [Gerrits et al., 2020 ;
Vicca et al., 2021].
Alcalinisation de l?océan : principes, atouts et
limites
Principe de l?alcalinisation directe de l?océan et
atouts envisagés
L?alcalinisation de l?océan, ou augmentation de
l?alcalinité océanique (Ocean Alkalinity Enhan-
cement, OAE), est une technique d?élimination du
CO2 qui vise à accroître cette capacité naturelle
de stockage. Elle repose sur l?ajout de minéraux
alcalins (comme l?olivine, la chaux ou des
carbonates) ou sur l?utilisation de procédés
électrochimiques, afin d?augmenter les concen-
trations de carbonates dans l?eau de mer
[Renforth & Henderson, 2017]. L?alcalinisation a
le potentiel de lutter contre l?acidification de
l?océan et permettrait de stocker du carbone sur
des millénaires [Köhler et al., 2013]. Un océan
plus alcalin capte davantage de CO2 qu?il
transforme en carbonates dissous stables sur de
longues périodes [Keller, 2019]. La capacité de
stockage est considérable - plusieurs gigatonnes
de carbone par an [Gattuso et al., 2018] - et
cette approche pourrait être déployée à grande
échelle.
Dans le cas de l?ajout direct de roches ou de
minéraux (silicates, carbonates) à l?eau de mer,
les cations libérés accroissent son alcalinité et
provoquent ainsi la dissolution de CO2
atmosphérique. Pour que cette méthode ait un
effet rapide sur la concentration atmosphérique
de CO2, les minéraux doivent se dissoudre dans
la couche de mélange* présente à la surface de
l?océan29. Cela n?est pas réalisable avec du
calcaire car les eaux de surface sont
naturellement saturées vis-à -vis des carbonates
de calcium (calcite et aragonite)30 et cela
nécessite de broyer très finement (jusqu?Ã
environ 1 micron) les silicates comme l?olivine ou
les basaltes avant leur épandage [Köhler et al.,
2013].
L?électrolyse constitue une méthode alternative,
non naturelle, qui utilise un courant électrique. La
réaction industrielle, dite procédé chlor-alcali,
permet d?augmenter l?alcalinité de l?eau de mer
en injectant des ions sodium et en retirant des
ions chlore, sans modifier significativement la
composition globale de l?eau. Elle transforme
également le CO2 dissous en composés solides
stables31, empêchant leur retour dans l?atmo-
sphère. Ce procédé permettrait de produire
l?urée utilisable comme engrais.
27. Une augmentation de 0,1% de l?alcalinité de l?océan nécessiterait l?apport d?environ 1,4 Gt de calcaire à l?océan. En supposant que
l?énergie nécessaire pour broyer une tonne de calcaire soit d?environ 30 kWh, le broyage nécessite, maintenance comprise, 42 TWh, soit
6,3 milliards d?euros. Le coût du transport serait approximativement de 2,8 milliards d?euros.
28. L?élimination annuelle de 4 Gt de CO2, représentant 10% des émissions fossiles actuelles, nécessiterait l?extraction, broyage et épandage
annuels de plusieurs dizaines à centaines de Gt de basalte ou olivine sur 5 à 20 millions de km2 de sols, suivant la pluviosité envisagée
[Vienne et al., 2022 ; Renforth et al., 2015 ; Cipolla et al., 2021]. Avec un coût de 75-250 ¤/t de CO2 enlevé [Beerling et al., 2020], la
dépense totale annuelle serait de 300 à 1000 milliards d?euros. Les estimations correspondant à l?épandage de calcaire seraient d?une
dizaine à une vingtaine de Gt de roches [Zeng et al., 2022 ; Knapp & Tipper, 2022].
29. L?équilibrage de la couche supérieure de l?océan avec l?atmosphère se produit sur des échelles de temps allant de quelques mois à une
année [Harvey, 2008].
30. La calcite et l?aragonite sont deux formes du carbonate de calcium cristallin. Les océans sont sursaturés par rapport à la calcite et
l?aragonite depuis la surface jusqu?à de grandes profondeurs. Cependant, de la poudre de CaCO3 pourrait être déversée dans les régions
de l?océan où l?épaisseur de la couche d?eau sursaturée est relativement faible (250-500 m) et où la vitesse de remontée des eaux est
élevée (30-300 m/an). Les produits de dissolution des solides entreraient alors dans la couche de mélange en quelques années ou
décennies.
31. Urée et chlorure d?ammonium.
Les obstacles et incertitudes
Les défis concernent :
?L?échelle de mise en oeuvre : la suppression de
10% des émissions annuelles anthropiques de
CO2 nécessite l?apport de plus de 4Gt/an de
silicates à l?océan [Köhler et al., 2013]. Cette
estimation ne prend néanmoins pas en compte
la réduction importante de la vitesse de
dissolution de l?olivine au cours du temps due Ã
l?oxydation du fer à sa surface [Gerrits et al.,
2020].
?Les effets écologiques incertains : l?ajout de
minéraux riches en silicium, fer, magnésium et
calcium (silicates et carbonates) à l?océan
changerait significativement le bilan de ces
éléments et ainsi la chimie de l?eau, le cycle des
nutriments et la biodiversité planctonique
[Hartmann et al., 2023]. Cela pourrait
modifier la dynamique des écosystèmes marins
de façon non anticipée. De plus, l?extraction et
le broyage des minéraux nécessaires Ã
l?alcalinisation pourraient entraîner des
émissions de CO2 et autres conséquences
néfastes sur les environnements terrestres.
?Les coûts énergétiques et logistiques élevés :
le broyage et transport en mer des minéraux
sont coûteux et complexes. Le coût du
transport pourrait être réduit en apportant
l?eau de mer dans des carrières exploitées sur
le continent en utilisant des sources d?énergies
décarbonées plutôt qu?en transportant les
roches.
?L?acceptabilité sociale et la réglementation :
les conséquences environnementales doivent
être soigneusement étudiées avant tout
déploiement à grande échelle.
?Le coût énergétique de l?électrolyse, qui est
considérable, même si l?on associe le
processus aux usines de désalinisation et que
l?on inclut la récupération de l?hydrogène
produit dans le processus et le bénéfice tiré de
la fabrication d'urée32.
Le tableau 2 propose une vue synthétique des
méthodes d?altération et d?alcalinisation
provoquée.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
32. L?électrolyse pour augmenter l?alcalinité de l?océan de 0,1 % nécessiterait 139 000 TWh d?électricité, soit 5 fois la consommation annuelle
mondiale. Le coût énergétique serait d?environ 7 000 milliards d?euros, sans compter les 20 000 milliards d?euros d?infrastructures. L?énergie
récupérable sous forme d?hydrogène est d?environ 51 300 TWh, soit ~37 % de l?énergie consommée.
Méthode Principe Effet Co-bénéfices Potentiel Principaux
défis/dangers
Altération
provoquée
(AP)
Épandage de
roches (sols
agricoles et
zones naturelles)
Captage du CO2
atmosphérique
Fertilisation des
sols et
stabilisation du
pH
Limité par les
très grandes
masses de
roches et
surfaces
d?épandage
requises
Coût énergétique lié Ã
l?extraction, broyage et
transport des roches -
Pollution et menaces en santé
publique liées à accroissement
activités minières - Implication
des agriculteurs
Alcalinisation
de l?océan
(AO)
Ajout de
minéraux alcalins
dans l?océan
Accroissement
de la capacité
de l?océan Ã
absorber CO2
Réduction de
l?acidification de
l?océan
Limité par
masses de
roches requises
et leur transport
par bateaux
Coût énergétique (voir AP) -
Pollution/santé publique (voir
AP) - Potentiel impact sur les
écosystèmes marins -
Nécessité acceptation sociale
et gouvernance mondiale
Électrolyse
de l?eau de
mer
Mise en oeuvre
de réactions
électrochimiques
dans un milieu
réactionnel
confiné pour
modifier le pH de
l?eau de mer
Suppression de
CO2 ou
accroissement
de la capacité
de stockage
CO2 dans l?eau
de mer
? ?
Tableau 2 : Bilan des méthodes d?altération provoquée et d?alcalinisation de l?océan.
30-31
Synthèse et recommandations
L?altération provoquée (AP) et l?alcalinisation de
l?océan (AO) sont deux stratégies permettant
de piéger le CO2 atmosphérique de manière
durable, inspirées de processus naturels et dont
la figure 2.3 donne une vision d?ensemble.
Cependant, leur mise en oeuvre à grande
échelle se heurte encore à plusieurs défis
majeurs.
Figure 2.3 : Schéma général de l'altération provoquée (AP) et de l'alcalinisation océanique (AO). Traduit
d?après Bach et al. [2019].
L?AP et l?AO entraîneraient le rejet de produits issus de la dissolution minérale dans les milieux marins, avec des
conséquences encore largement inconnues pour les écosystèmes marins et les cycles biogéochimiques qui s'y
déroulent. Au cours de l?AP, les produits issus de la dissolution minérale pénètrent dans l'océan principalement
par les fleuves, de sorte que les perturbations se produisent d'abord dans les régions estuariennes et côtières.
Dans le cas de l'AO, les navires de transport pourraient acheminer les minéraux vers les régions côtières ou plus
au large, et les sites de distribution seraient alors les plus fortement touchés.
1. D?évaluer leur efficacité climatique : des recherches approfondies et des expérimentations pilotes sont
nécessaires pour réduire les incertitudes sur leur capacité à diminuer significativement la concentration de
CO2 atmosphérique. Leur efficacité dépend de nombreux facteurs, tels que :
? la vitesse réelle de dissolution des minéraux,
? les dynamiques de transport et de mélange des eaux alcalinisées,
? la faisabilité logistique et économique du déploiement à grande échelle.
2. D?évaluer leurs conséquences environnementales : les effets potentiels sur les sols, les écosystèmes terrestres
et marins doivent être rigoureusement étudiés, en particulier dans le cas de l?alcalinisation de l?océan.
3. D'évaluer les coûts associés et le potentiel pour les réduire : l?extraction, le broyage et le transport des minéraux
impliquent des coûts énergétiques et logistiques importants, qu?il est nécessaire d?optimiser pour rendre ces
méthodes viables. Une question centrale est celle de l?identification de l?échelle à laquelle ces méthodes pourront
être raisonnablement déployées, en tenant compte de toutes les dimensions de soutenabilité et faisabilité.
4. De veiller à obtenir un soutien politique et social : la mise en oeuvre de ces approches nécessite non seulement
des investissements substantiels et un cadre réglementaire adapté, mais aussi l?implication des populations,
notamment dans le cas de l?altération provoquée, qui intervient souvent à proximité des zones habitées.
5. De renforcer les cadres réglementaires internationaux pour anticiper les enjeux de gouvernance, de risques
transfrontaliers et d?acceptabilité des techniques, notamment celles impliquant des manipulations à grande
échelle de l?océan.
Pour cela, l?Académie recommande :
Synthèse des recommandations pour le CDR
Le recours au CDR doit nécessairement s?inscrire
en complément d?une réduction profonde, rapide
et soutenue des émissions de GES. Son rôle est
de réduire les émissions nettes, pour atteindre la
neutralité carbone, voire parvenir à des émissions
nettes négatives pouvant conduire à une
diminution de température ou permettre de
contrebalancer un rejet de carbone issu de
sources naturelles.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
Recommandation CDR 1
Soutenir la recherche sur les différentes méthodes de stockage dans la biomasse vivante terrestre
et les sols, qui sont à ce jour les seules immédiatement implémentables à moindre coût et avec de
nombreux co-bénéfices, afin d?évaluer rigoureusement leur coût, leur efficacité, leur durabilité, leur
acceptabilité sociale et leurs conséquences environnementales.
Recommandation CDR 2
Poursuivre la recherche sur les mécanismes biogéochimiques marins afin d?évaluer la durabilité et
l?efficacité nette des méthodes de stockage qui pourraient être exploitées.
À la lumière de tous ces éléments, l?Académie des sciences recommande de :
Partie 3 : Les méthodes de captage,
stockage et valorisation du CO2 ? CCUS
Préambule : Les méthodes de captage, stockage
et valorisation du CO2 (CCUS, pour Carbon
Capture, Utilization & Storage33) ne relèvent de
la géo-ingénierie climatique que lorsqu?elles
visent à retirer du carbone déjà présent dans
l?atmosphère. En règle générale, elles constituent
avant tout des leviers de décarbonation destinés
à réduire les émissions issues des usages
industriels et énergétiques des combustibles
fossiles.
L?origine et le devenir du carbone capté sont ici
déterminants :
?Quand le CO2 retiré provient directement de
l?atmosphère dans le cas du DACCS (Direct Air
Capture and Storage) ou qu?il a été capté
dans l?atmosphère par la biomasse dans le cas
du BECCS (Bioenergy with Carbon Capture
and Storage), il s?agit bel et bien d?approches
de géo-ingénierie pouvant s?inscrire dans des
méthodes de CDR (Carbon Dioxide Removal)
? qui ont été considérées dans la partie 2 du
présent rapport ? dès lors que le stockage est
durable34;
?À l?inverse, le captage post-combustion,
réalisé à la source des émissions, à la sortie
d?usines ou de centrales, relève d?une logique
d?atténuation.
Smith et al. [2024]35 rappelle cette distinction
et en précise la portée.
Afin de situer l?ensemble des méthodes de
décarbonation susceptibles de contribuer à la
stabilisation des concentrations atmosphériques
de CO2, le présent rapport intègre néanmoins
une présentation des différentes méthodes de
captage, stockage et valorisation du CO2, tout
en reconnaissant qu?elles dépassent le périmètre
strict de la géo-ingénierie climatique. La figure
3.3 replace ces méthodes dans un cadre général.
Dans un premier temps, le présent chapitre
considèrera les méthodes visant le retrait de
carbone de l?atmosphère (prolongeant les
approches de CDR étudiées dans le chapitre 2),
avant d?élargir le périmètre d?étude en
considérant l?ensemble des méthodes de CC(U)S
dans le cadre de la décarbonation de systèmes
énergétiques ou industriels. En effet, une part
importante des émissions dites résiduelles, celles
33. Cet acronyme peut être décomposé en CCS - Carbon Capture & Storage - et CCU - Carbon Capture & Utilization.
34. Ce n?est pas nécessairement le cas : la production de carburants, par exemple, à partir de DAC ne relève pas du CDR car le carbone
retiré repart directement dans l'atmosphère lors de la combustion du carburant qu?il a permis de produire.
35. Voir notamment l?encadré p24 sur la clarification des périmètres de chaque approche.
32-33
qui subsistent malgré la mise en oeuvre des
mesures de réduction et d?atténuation, provient
de secteurs tels que la cimenterie36, les hauts
fourneaux37 ou les raffineries38, où le captage du
CO2 Ã la source constitue l?une des principales
voies de décarbonation. Dans ces secteurs, des
technologies de captage post-combustion,
notamment à partir de fumées concentrées en
CO2, sont relativement matures sur le plan
technique, en particulier dans le cas des
cimenteries. Leur intégration industrielle
continue à se développer.
Le captage direct du CO2 dans l?air - DAC
Cette approche de géo-ingénierie climatique
constitue une piste émergente, encore Ã
développer, mais à fort potentiel en particulier
dans les zones situées à proximité des sites de
stockage. Elle vise à capter le CO2 en très
grandes quantités directement à partir de
l?atmosphère où il est très faiblement
concentré39. Les principales méthodes
proposées sont les suivantes :
?Solvants liquides (potasse caustique) : cette
technologie est mature, avec des installations
pilotes (Carbon Engineering). Elle est efficace,
mais très gourmande en énergie.
?Sorbants solides (amines sur supports) : cette
technologie est commercialisée à petite
échelle (Climeworks). Son efficacité
énergétique est bonne mais la dégradation
des sorbants augmente le coût du processus.
?Carbonatation minérale : cette approche
rejoint le principe de l?altération accélérée
(voir chapitre 3 partie 2). La méthode est
naturelle et stable mais peu contrôlable et
lente. Sa maturité est variable suivant les
procédés (Heirloom en phase de test).
?Électro-swing : cette méthode (MIT, Verdox)
repose sur les propriétés des quinones, qui
absorbent ou libèrent le CO2 selon qu?une
charge électrique positive ou négative leur est
appliquée, sans circulation de courant continu
[Voskian & Hatton, 2019]. Elle est
prometteuse en raison de sa faible
consommation d?énergie : à titre de référence,
l?anthraquinone peut supporter plus de
10 000 cycles, avec un coût de captage
estimé autour de 100 ¤/tCO2.
Les méthodes de valorisation du CO2 - CCU
Le CCU (selon l?acronyme de Carbon Capture
and Utilization) correspond aux méthodes
industrielles qui capturent le CO2 pour le
convertir en produits. Si le CCU utilise du CO2 issu
de l'atmosphère, cela peut relever du CDR Ã
condition que le stockage soit durable (ex.
agrégats de béton). Dans les faits néanmoins, la
plupart des produits (gazéification, carburants,
etc.) ont une durée de vie courte (le CO2 extrait
de l'atmosphère est ainsi relargué très vite).
Toute méthode de valorisation du CO2 se heurte
à une difficulté fondamentale : comme l?eau et la
chaleur, le CO2 est un déchet ultime, produit final
de nombreuses réactions chimiques spontanées
ou provoquées (combustion, respiration ou
fermentation), ainsi que d?activités industrielles
(production de ciment ou d?acier par exemple).
Revenir en arrière dans un processus de
transformation implique inévitablement
l?utilisation d?une source d?énergie. Ainsi, des
carburants peuvent être produits à partir du CO2
en utilisant les surplus d?énergie ; la biomasse
peut être convertie en biocarburants tout en
captant le CO2 émis et en le stockant dans des
réservoirs géologiques, ou être conservée sous
forme solide grâce à la pyrolyse, qui produit un
résidu carboné appelé biochar, ensuite enfoui
dans les sols. Ces procédés, regroupés sous
l?appellation BECCS (Bioenergy with Carbon
Capture and Storage), permettent ainsi de
générer de l?énergie tout en retirant durablement
du carbone de l?atmosphère. Seule une partie du
CO2 utilisé est effectivement soustraite, au prix
d?une consommation importante d?énergie qui
devra être décarbonée (solaire, éolienne,
nucléaire).
36. La réaction de décarbonatation du calcaire (CaCO3 ? CaO + CO2) lors de la fabrication du ciment est à l?origine d?une part importante
des émissions de CO2 de cette industrie.
37. Par exemple, la réaction de réduction chimique du minerai de fer (Fe2O3 + 3CO ? 2Fe + 3CO2) dans les hauts fourneaux pour la
sidérurgie est à l?origine d?une part importante des émissions de CO2 de cette industrie.
38. Par exemple, le torchage, utilisé dans l?industrie pétrolière pour évacuer, en le brûlant, le gaz naturel qui s'échappe lors de l'extraction
du pétrole conduit alors à la formation de CO? (CH4+2O2 ? CO2+2H2O).
39. La concentration du CO2 dans l?atmosphère est de 442 ppm, soit 0,042%.
Par ailleurs, de l?hydrogène peut être produit
pour être combiné à du CO2 (par exemple issu de
l?extraction directe ou du captage à la source)
pour fabriquer du méthane ou du méthanol. La
combustion des carburants libère à nouveau du
CO2 qui retourne à l?atmosphère.
Le CCU est souvent présenté comme une voie
prometteuse en substitut à l?usage de matières
premières fossiles en utilisant le CO2 capté
comme matière première pour la production de
matériaux de construction et de produits
chimiques de synthèse. En particulier, le CO2
peut être utilisé pour synthétiser de l?urée,
engrais largement répandu. Le processus de
synthèse de l?urée à partir du CO2 et de NH3
(ammoniac) est connu sous le nom de procédé
Bosch-Meiser. La synthèse préalable de
l?ammoniac à partir d?azote et d?hydrogène par
le procédé Haber-Bosch rend l?ensemble du
procédé extrêmement coûteux en énergie.
Transformer le CO2 en produits utiles peut avoir
un intérêt économique, mais contribue peu à la
lutte contre le changement climatique.
Aujourd?hui, la principale méthode de
valorisation est la récupération assistée
d?hydrocarbures (EOR pour Enhanced Oil
Recovery), qui consiste à injecter du CO2 dans
des gisements de pétrole pour augmenter le
rendement de l?extraction. Cette méthode n?a un
bilan positif que si la quantité de CO2 injectée est
supérieure aux émissions liées à l?extraction, au
raffinage et à la combustion du pétrole ainsi
produit. Son efficacité est très variable et dépend
fortement des caractéristiques du réservoir, du
type de pétrole et des conditions locales.
Le stockage du CO2 - CCS
La figure 3.1 propose une vue d?ensemble des
processus du CCS40.
Les étapes du stockage de CO2
Une fois capté, un préalable au stockage du CO2
consiste généralement à faire passer ce gaz sous
forme supercritique41. Ce processus consiste Ã
chauffer le gaz au-dessus de 31°C et à le
comprimer à une pression supérieure à 74 bars.
Dans cet état, le CO2 possède la densité d?un
liquide, ce qui permet de réduire son volume, tout
en lui conservant sa capacité de circuler comme
un gaz, ce qui facilite son injection. Cette
transformation est particulièrement utile dans les
techniques de stockage géologique du carbone,
car elle facilite l?injection du CO2 dans les
formations rocheuses poreuses du sous-sol, tout
en améliorant sa stabilité à long terme.
Les méthodes de stockage du CO2 (CCS)
consistent à séquestrer le CO2 dans le sous-sol
terrestre pour de longues périodes. Cette
technologie s?inspire du fonctionnement des
réservoirs géologiques naturels de carbone, qui
contiennent du charbon, du pétrole ou du gaz,
combustibles fossiles qui ont été et sont encore
extraits puis brûlés, à l?origine des émissions de
CO2 anthropiques depuis la révolution
industrielle. Le CO2 est injecté dans des
formations géologiques profondes (plus de
800 m), perméables, capables d?accueillir le gaz
sous forme de fluide supercritique. Ces
formations doivent être surmontées de couches
imperméables qui assurent la rétention à long
terme. Une fois injecté, le CO2 interagit avec les
roches hôtes poreuses, où, suivant la nature
géologique du réservoir, il peut rester piégé
pendant des centaines voire des milliers ou
millions d?années. Dans certains cas, il peut se
stabiliser en partie sous la forme de carbonates
solides.
La capacité des réservoirs souterrains à stocker
le CO2 sans fuite est un enjeu essentiel, objet de
nombreuses recherches. Certaines roches,
comme les basaltes, les péridotites ou les roches
riches en feldspaths, réagissent avec le CO2 pour
former des carbonates stables, assurant une
bonne étanchéité. D?autres, telles que les
dolomies ou les grès, sont moins réactives et
présentent un risque de fuite. Une surveillance
continue est donc indispensable pour prévenir
des incidents technologiques ou sismiques et elle
permettra de renforcer l?acceptabilité publique
du stockage. Le stockage sous-marin apparaît
comme une option privilégiée.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
40. Voir également Czernichowski-Lauriol I. (2020) Captage et Stockage du CO2 : le puits de carbone géologique (CO2 Capture and Storage:
the geological carbon sink). Comptes Rendus Géoscience de l'Académie des Sciences. https://doi.org/10.5802/crgeos.20.
41. Le CO2 peut également être injecté sous forme dissoute dans l?eau.
https://fra01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fdoi.org%2F10.5802%2Fcrgeos.20&data=05%7C02%7CJuliette.ROCHET%40academie-sciences.fr%7C2fea8af42c574fdc933508ddc602bd19%7C943e1e081a884fc4a18372acb519a477%7C1%7C0%7C638884437274903217%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&sdata=SyOX2vT6rLK0SFurQwaVBNH4Uv%2FJ0L6Z745fE1gK47k%3D&reserved=0
34-35
Il existe un certain nombre de projets
préliminaires portant sur la minéralisation directe
du CO2 dans les roches riches en magnésium,
notamment les laves basaltiques [Kelemen et al.,
2019]. En particulier, le projet CarbFix en Islande
a démontré l'injection de CO2 et sa
minéralisation effective dans des roches
basaltiques à des profondeurs allant de 300 Ã
1 000 mètres. Les quantités de carbone stocké
sous forme dissoute et minérale solide sont bien
moindres que celles stockées sous forme
principalement supercritique et dissoute comme
à Sleipner [Kelemen et al., 2019].
Chaque tonne de CO2 nécessite environ 25 t
d'eau pour le processus d'injection. Ce CO2 réagit
avec le calcium et le magnésium présents dans la
roche basaltique pour former des minéraux
carbonatés très stables. 95% du CO2 injecté est
ainsi minéralisé en l'espace de deux ans, ce qui
est beaucoup plus rapide que ce que prévoyaient
les estimations initiales.
Le CO2 injecté par CarbFix provient d'une
centrale géothermique. Climeworks est une
entreprise suisse pionnière dans la technologie
du DAC. Elle développe et exploite des unités
capables de filtrer le CO2 présent dans
l?atmosphère à l?aide de matériaux adsorbants.
Le CO2 ainsi capté peut être soit réutilisé dans
des procédés industriels, soit stocké de manière
permanente dans des formations géologiques
profondes. En 2021, Climeworks a inauguré en
Islande Orca, la plus grande usine de DAC en
activité au monde. Située près de la centrale
géothermique de Hellisheiði, Orca vise à éliminer
4 ktCO2/an en le captant directement dans l'air
et en le minéralisant et en le stockant dans les
roches basaltiques islandaises [Kelemen et al.,
2019] grâce à la technologie de l?entreprise
Carbfix, transformant le gaz en roche solide en
quelques années. Cependant, l?usine n'a pas
atteint 1 ktCO2/an d'élimination nette depuis le
début de son exploitation en 2021 et les
perspectives sont très incertaines42.
42. https://www.swissinfo.ch/eng/climate-solutions/why-swiss-carbon-removal-start-up-climeworks-faces-serious-headwinds/89386618.
Figure 3.1 : Schéma des processus du CCS. Modifié d?après BRGM.
https://www.swissinfo.ch/eng/climate-solutions/why-swiss-carbon-removal-start-up-climeworks-faces-serious-headwinds/89386618
Le potentiel de stockage de CO2
Les références scientifiques disponibles sur ces
technologies demeurent relativement limitées et
ce chapitre s?appuie sur une compilation des
sources les plus pertinentes actuellement
disponibles, et notamment sur l?avis du Haut
Conseil pour le Climat [HCC, 2023]. Le rapport
se focalise, non sur une vision des efforts Ã
l?échelle globale, qui sont largement hors
d?atteinte de notre communauté nationale, mais
sur l?échelle française et l?échelle européenne qui
offre plus d?opportunités pour les politiques, les
décideurs et les investisseurs. Les chiffres
globaux serviront surtout de référence.
Le CCS est une technologie de décarbonation
encore marginale mais, comme en témoignent
plusieurs projets industriels et pilotes, éprouvée.
Le déploiement de cette technologie au plus près
des principaux pôles industriels devrait constituer
une priorité à l?échelle mondiale. Le rapport du
HCC [2023] fait état de 17 installations
opérationnelles dans le monde. Il s?agit, par
exemple, du projet d?Equinor à Sleipner sous la
mer du Nord, où 1 MtCO2 par an est injecté sous
terre dans un aquifère* salin profond depuis
1996, ou du projet de Total Energies à Lacq-
Rousse où 51 ktCO2 ont été injectées dans un
ancien réservoir de gaz entre 2010 et 2013.
Dans le monde
La capacité maximale de stockage géologique
de CO2 à l?échelle mondiale pourrait atteindre
16 GtCO2/an d?ici 2050 [Zhang et al., 2024].
Cette estimation repose néanmoins sur des
hypothèses ambitieuses concernant le rythme de
déploiement technologique, la disponibilité des
formations géologiques adaptées et, jusqu?à une
date récente43, la contribution majeure des
États-Unis, qui devaient représenter à eux seuls
environ 60% de ce total. Cette valeur représente
un peu moins de la moitié des émissions annuelles
de CO2 mondiales (37 GtCO2 en 2023).
Néanmoins, dans des scénarios plus réalistes,
tenant compte des contraintes géologiques,
économiques et politiques actuelles, l?étude de
Gidden et al. [2025] fixe une limite planétaire Ã
environ 1 460 Gt de stockage de CO2, sur la
base d'une analyse spatiale explicite et fondée
sur les risques du stockage du carbone dans les
bassins sédimentaires.
Les projets peuvent être développés à l'échelle
mondiale et pourraient être importants dans des
régions telles que les Émirats Arabes Unis, où il
existe d?abondantes roches basaltiques. Il en est
de même pour l'Arabie Saoudite qui dispose de
roches basiques abondantes à proximité de la
mer Rouge (la disponibilité d'eau de mer en
abondance est en effet un point crucial).
En Europe
L?Europe et la France ont joué un rôle moteur
dans la compréhension des enjeux scientifiques,
techniques et sociétaux du CCS. La France
dispose de compétences et d'infrastructures,
notamment dans ses régions industrielles, mais
son potentiel (1,5 Ã 8,6 GtCO2 [HCC, 2023]) est
modeste par rapport à ses partenaires nord-
européens (capacité potentielle d'environ
350 GtCO2 des bassins de la mer du Nord) [EU
GeoCapacity, 2009]. La France participe
toutefois activement à des initiatives de
coopération européenne pour mutualiser l?accès
aux capacités de stockage de la mer du Nord,
notamment en lien avec ses partenaires
nordiques et le secteur industriel.
Comme le montre la figure 3.2, l'Europe est
avancée dans ses projets pilotes de CCS,
notamment à la faveur de l'évaluation du
potentiel offshore de la mer du Nord. Ce potentiel
de stockage de CO2 en Europe est important et
estimé à environ 360 GtCO2 (1/3 onshore, 2/3
offshore) [EU GeoCapacity, 2009], soit un millier
d?années d?émissions françaises de CO2 au
rythme de 2023. En particulier, les sites au large
de la Norvège exploités par le groupe pétrolier
norvégien Equinor (anciennement Statoil)
pourraient contenir un stockage conséquent
pour une grande partie de l'Europe dans un
avenir proche [European Commission, 2018]. La
France (France GRT Gaz), par exemple,
collabore avec Equinor pour connecter le centre
industriel de Dunkerque à leurs sites de stockage.
Un terminal dédié au CO2 est en cours de
développement à Loon-Plage, avec une mise en
service prévue pour 2028 [Clean Air Task,
2022]. Ce terminal aura une capacité de
traitement de 1,5 MtCO2/an (phase 1) jusqu?Ã 5
à 7 MtCO2/an à partir de 2026, facilitant ainsi
l?exportation du CO2 capté vers des sites de
stockage en mer du Nord. D'autres pays
européens, et notamment l'Allemagne, envisagent
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
43. L?arrêt des financements de l?IRA décidé par l?administration Trump invite à revoir à la baisse ces estimations.
36-37
de transporter leur CO2 vers des sites de stockage
souterrains et sous-marins en mer du Nord [EU
GeoCapacity, 2009]. La figure 3.2 fournit un
aperçu de l?ensemble des projets européens, en
développement ou opérationnels.
En France
La France dispose dans son sous-sol de
nombreux gisements naturels de CO2 présents
depuis des millions d?années (notamment dans la
vallée du Rhône), ainsi que des sources d?eaux
carbo-gazeuses (Perrier, Badoit, etc.). La
présence de CO2 est liée à la remobilisation de
matériaux à la suite d'événements tectoniques
alpins et du volcanisme dans le Massif central.
Ces formations ont permis de mieux comprendre
les mécanismes de piégeage et de migration du
CO2.
Le site gazier de Lacq, dans les Pyrénées-
Atlantiques, a également servi de pilote pour le
CCS. Bien qu?il soit éloigné des grands bassins
d?émissions, son héritage reste structurant, en
particulier pour le projet Pycasso, récemment
abandonné. Ce site a été déclassé en 2008.
D'autres bassins géologiques, comme celui de
Paris (incluant la région Lorraine), présentent un
fort potentiel de stockage et font l?objet d?études.
Le potentiel total de stockage en France est
estimé à 8,6 GtCO2, équivalent à deux ans
d?émissions nationales. Le Bassin parisien est
particulièrement favorable : il dispose d?aquifères
souterrains peu exploités pour d?autres usages et
est proche de nombreux sites industriels. En
revanche, la capacité nationale reste faible
comparée à d'autres pays, notamment ceux
disposant d?un accès à des stockages offshore
massifs (cf. section sur l?Europe ci-avant).
Le stockage en France à terre ou en mer devrait
être possible et des études approfondies sont
nécessaires pour évaluer le potentiel [BRGM-
EVASTOCO2, 2025]. Des projets de captage et
d'exportation sont en cours. Les installations
industrielles peuvent certainement contenir le
CO2 qu?elles produisent. C?est le cas de la
Figure 3.2 : Carte des projets européens. Traduit d?après Clean Air Task [2024].
décarbonisation du bassin de Dunkerque,
actuellement en phase de préprojet avec Air
Liquide. Dans les Pays de la Loire (projet
GOCO2), le CO2 devrait être exporté et stocké
sous la mer du Nord.
Le CCS est avant tout un outil d?évitement
d?émissions de CO2. Il revêt un intérêt stratégique
pour la décarbonation des grands sites
industriels fortement émetteurs et concentrés,
pour lesquels les alternatives décarbonées sont
aujourd?hui inexistantes ou limitées. Son potentiel
demeure restreint et concerne à ce jour
essentiellement les cimenteries [HCC, 2023].
Les limites, risques et objections
Si le site de stockage géologique est
correctement sélectionné et géré, le CO2 peut
être isolé de manière permanente de
l'atmosphère [IPCC, 2022b]. Les risques
techniques liés au stockage sont considérés
comme minimes, Ã condition que :
?La qualité des sites soit rigoureusement
évaluée (capacité, enfouissement sous-marin,
proximité des sites d?émission, fuites
minimales, acceptation sociale),
?Une surveillance géophysique et géochimique
des formations souterraines soit assurée,
?Les éventuelles fuites, notamment celles qui
pourraient ne se manifester qu?Ã long terme,
soient suivies et maîtrisées.
Par ailleurs, le coût énergétique, la
consommation d?eau et d?intrants chimiques
associés doivent être maîtrisés. En particulier, les
besoins additionnels en eau sont actuellement de
l?ordre de 2 à 4m3 d?eau/tCO2 capturé [HCC,
2023], ce qui constitue un aspect important Ã
prendre en compte face aux tensions croissantes
sur la ressource en eau dans un climat plus
chaud.
Si le BECCS peut, en principe, contribuer aux
émissions négatives, la technologie se heurte à la
concurrence pour l?usage des terres. Le
développement des biocarburants se fait déjà au
détriment de la sécurité alimentaire, de la
préservation de la biodiversité et d?autres
services écosystémiques, ce qui rend nécessaire
l?établissement de choix clairs.
Par ailleurs, les modalités de transport éventuel
du CO2 entre les sites de production et les sites
d?enfouissement (pipelines, camions, bateaux),
ainsi que les coûts associés, demeurent
incertains, et le raccordement entre les sites
d?émission et les sites de stockage constitue un
enjeu logistique et économique majeur.
L?acceptabilité du CCS reste également un point
sensible, notamment dans les territoires qui
devront accueillir les sites de stockage. Elle
requiert des recherches en sciences humaines et
sociales sur les méthodes de délibération et de
médiation, champs qui ne sont pas discutés dans
le présent rapport.
Enfin, le DAC requiert de grandes quantités
d?énergie. L?électricité bas-carbone disponible
doit pourtant être utilisée prioritairement pour
remplacer le recours aux combustibles fossiles
(décarbonation des usages) et ainsi réduire
directement les émissions de GES, avant de
pouvoir être allouée au DAC.
Synthèse et recommandations
Le CCS constitue une option de réduction des
émissions des grandes sources fossiles et
industrielles, sous réserve de la disponibilité de
sites de stockage géologique adaptés et
socialement acceptés. Son déploiement doit
cibler en priorité les secteurs pour lesquels il
n?existe pas encore d?alternatives techniquement
et économiquement viables, ou dont les solutions
de substitution bas-carbone, comme
l?hydrogène, ne sont pas matures. Les
cimenteries apparaissent aujourd?hui comme la
cible prioritaire.
La mise en oeuvre du CCS se heurte aujourd?hui
à des obstacles technologiques, économiques,
institutionnels, environnementaux et sociétaux.
Les taux mondiaux actuels de déploiement pour
les secteurs difficiles à décarboner demeurent
largement inférieurs à ceux prévus dans les
scénarios modélisés visant à limiter le
réchauffement climatique à 1,5 °C ou 2 °C [IPCC,
2023].
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
38-39
1. D?accélérer l?identification et la caractérisation des capacités de stockage géologique en France et en
Europe.
Une meilleure connaissance du sous-sol est indispensable pour planifier un déploiement sécurisé et
efficace du stockage de CO2. Ces mesures impliquent de mener des campagnes d?exploration
approfondies, de disposer de bases de données géologiques ouvertes, fiables et actualisées, et d?établir
un cadre réglementaire stable et sécurisé pour permettre la mise en service et le suivi des sites de
stockage géologique du CO2.
2. De renforcer la recherche et l?expérimentation sur le captage direct du CO2 atmosphérique (DAC).
Il s?agit en particulier d?en déterminer les coûts, potentiels, limites et faisabilité.
3. De garantir la transparence et d?améliorer les méthodes de délibération ou de participation du public.
L?acceptabilité sociale et environnementale de tout projet de stockage nécessite un dispositif rigoureux
de suivi, de transparence et de communication. L?implication des parties prenantes locales et du monde
éducatif, et la mise en place de dispositifs de gouvernance partagée sont indispensables pour garantir
la légitimité et la durabilité des projets.
À la lumière de ces éléments, l?Académie des sciences recommande :
Figure 3.3 : Résumé des méthodes d'élimination du CO2. Cette figure décrit, pour chacune, le processus de
captage et le réservoir de stockage, sa classification en tant que méthode conventionnelle ou innovante, son
niveau actuel de maturité technologique en vue d?un déploiement à grande échelle, son potentiel maximal
d'atténuation (élevé : > 9 GtCO2/an ; modéré : 3-9 GtCO2/an ; faible : < 3 GtCO2/an) et sa durée caractéristique
de stockage. Traduit d?après Smith et al. [2024].
Conclusion
L'ensemble des travaux de modélisation du climat
et la compréhension du fonctionnement physique
du climat, sur lesquels s'appuient les évaluations
du GIEC, indiquent que, sans une réduction
drastique des émissions de GES, la température
moyenne mondiale pourrait dépasser les objectifs
critiques fixés par l?Accord de Paris44, entraînant
des effets délétères irréversibles sur les
écosystèmes et les sociétés humaines.
Dans ce contexte, la géo-ingénierie climatique ne
constitue ni une alternative à la réduction des
émissions de GES, ni une solution technologique
miracle. Elle regroupe un ensemble de
technologies très diverses, dont certaines
peuvent constituer des options complémentaires
à la réduction des émissions et à l?adaptation Ã
considérer avec prudence, tandis que d?autres
suscitent une vive inquiétude.
L?analyse menée par l?Académie des sciences, Ã
la lumière des auditions d?experts reconnus dans
les domaines concernés et d?une revue de la
littérature scientifique disponible, montre
qu?aucune de ces approches ne peut aujourd?hui
être déployée à grande échelle sans incertitudes
scientifiques majeures, impacts environne-
mentaux potentiels, dont certains irréversibles,
entraînant des risques géopolitiques sérieux.
Les techniques de modification du rayonnement
solaire (SRM), qui visent à renvoyer davantage
de rayonnement solaire vers l'espace45,
s?attaquent aux symptômes du réchauffement et
non à ses causes, et ne permettent, au mieux,
qu?un effet de refroidissement net temporaire sur
le climat terrestre. Le risque de ?choc terminal?,
réchauffement global rapide en cas d?arrêt du
SRM alors que les concentrations atmosphé-
riques de GES restent élevées, est majeur. Il
entraînerait des perturbations climatiques
soudaines, auxquelles ni les sociétés ni la
biodiversité ne pourraient s?adapter. Ces
techniques posent des questions majeures
d?ordre éthique, sociétal et géopolitique, en
raison de leurs effets potentiellement rapides,
globaux ? les aérosols émis dans l?atmosphère
n?ayant pas de frontières ? dévastateurs et
difficilement réversibles.
En contrepoint, les méthodes d'élimination et
stockage à long terme du carbone (CDR)
s?attaquent effectivement à la cause du
changement climatique. Celles-ci apparaissent
nécessaires à moyen terme pour compenser les
émissions résiduelles difficiles à éviter et,
potentiellement, pour ramener la température
sous les seuils fixés en cas de dépassement.
Toutefois, leur efficacité, leur faisabilité à grande
échelle, leur coût et leurs répercussions
environnementales font encore l?objet de
nombreuses incertitudes. Certaines techniques
sont scientifiquement étayées, facilement
implémentables et permettraient de stocker une
part significative de nos émissions à un coût
modeste (stockage de matière organique et
biochar dans le sol), alors que d?autres sont
encore très spéculatives et non matures
technologiquement.
Par ailleurs, les méthodes de captage, stockage
et valorisation du carbone (CCUS), qui visent Ã
réduire les émissions résiduelles des activités pour
lesquelles il n?existe pas de technologie bas-carbone
accessible techniquement ou économiquement, et,
dans une moindre mesure, Ã capter directement du
CO2 dans l?atmosphère, grâce à des technologies
encore émergentes, relèvent davantage d?un
levier de décarbonation que d?une méthode de
géo-ingénierie climatique à grande échelle au
sens strict. Une fois capté, le CO2 peut être
valorisé comme matière première pour fabriquer
divers produits, se substituant ainsi à l?utilisation
de ressources carbonées fossiles, mais avec un
effet climatique qui dépend de la durée de vie du
produit, du type de produit qu'il remplace et de
la source de CO2. Le CO2 peut aussi et surtout
être stocké durablement dans des formations
géologiques adaptées : le potentiel de stockage
mondial est important mais dépend de contraintes
géologiques, économiques et sociétales. En France
et en Europe, plusieurs projets pilotes sont en
cours, notamment autour de la mer du Nord, qui
offre un potentiel de stockage offshore important.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
44. Nous l?avons dit, les objectifs de l'accord de Paris (limiter le réchauffement sous 2°C et aspiration à renforcer les efforts pour le limiter Ã
1,5°C) ont été déterminés par rapport au lien entre chaque incrément supplémentaire de réchauffement et l'aggravation de risques
climatiques sévères. Les récents rapports du GIEC ont montré une réévaluation à la hausse de la sévérité de ces risques, pour un même
niveau de réchauffement.
45. Ou, pour certaines, à laisser échapper davantage de rayonnement infrarouge depuis la Terre.
40-41
L?Académie des sciences considère dès lors que
certaines méthodes de CDR et de CCUS peuvent
constituer des outils complémentaires aux efforts
de réduction des émissions de CO2 ; elles ne
sauraient toutefois, en aucun cas, s?y substituer.
L?Académie des sciences recommande :
S?agissant des méthodes de modification du
rayonnement solaire (SRM), de :
Recommandation SRM 1
Promouvoir un accord international visant Ã
interdire toute initiative, publique ou privée, de
déploiement du SRM, quel qu?en soit le cadre ou
l?échelle. Pour ce faire, l?ensemble de la
communauté scientifique devra être impliquée.
Recommandation SRM 2
Soutenir et approfondir les recherches sur le climat,
les processus physico-chimiques de l?atmosphère
et la biodiversité afin de pouvoir évaluer
rigoureusement le potentiel et les risques du SRM.
Recommandation SRM 3
Renforcer la recherche sur les questions éthiques,
les risques et les mesures d?atténuation des
risques liés à toute forme d?expérimentation
climatique, que l?Académie des sciences rejette
explicitement quels qu?en soient l?échelle, la
nature ou l?initiateur.
Par ailleurs, la recherche sur le climat, sa
perturbation par les activités humaines et sa
modélisation devant bénéficier d'un soutien
prioritaire (recommandation SRM 2), l'Académie
des sciences considère donc qu'il est inutile de
labelliser une recherche spécifiquement SRM qui,
en outre, n'a aucune légitimité en tant qu'option
d'intervention.
S?agissant des méthodes d'élimination et
stockage à long terme de carbone (CDR), de :
Recommandation CDR 1
Soutenir la recherche sur les différentes
méthodes de stockage dans la biomasse vivante
terrestre et les sols, qui sont à ce jour les seules
immédiatement implémentables à moindre coût
et avec de nombreux co-bénéfices, afin d?évaluer
rigoureusement leur coût, leur efficacité, leur
durabilité, leur acceptabilité sociale et leurs
conséquences environnementales.
Recommandation CDR 2
Poursuivre la recherche sur les mécanismes
biogéochimiques marins afin d?évaluer la
durabilité et l?efficacité nette des méthodes de
stockage qui pourraient être exploitées.
S?agissant des méthodes de captage, stockage
et valorisation du carbone (CCUS), de :
Recommandation CCUS 1
Accélérer l?identification et la caractérisation des
capacités de stockage géologique en France et
en Europe.
Recommandation CCUS 2
Concernant le captage direct du CO2
atmosphérique (DAC) : renforcer la recherche
technologique et l?expérimentation tout en
clarifiant les conditions de faisabilité d?ordre
économique et environnemental.
Par ce rapport, l?Académie des sciences
réaffirme son engagement à mettre la science au
service de la décision politique, non comme un
instrument de justification de solutions risquées,
mais comme un outil d?orientation vers des
politiques climatiques responsables, Ã la hauteur
des défis à venir.
Cette contribution a pour objectif d?alimenter un
débat éclairé sur le rôle potentiel de la géo-
ingénierie dans les stratégies climatiques à venir.
Si ce document ne se substitue pas à la lecture
des rapports spécialisés issus des travaux des
experts en climatologie, il vise à offrir un support
de réflexion pour mieux appréhender les enjeux
politiques, sociaux et environnementaux liés Ã
ces technologies.
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https://doi.org/10.1126/science.adj6841
https://doi.org/10.1126/science.adj6841
https://doi.org/10.1126/science.adj6841
https://doi.org/10.5281/zenodo.11446272
https://doi.org/10.5281/zenodo.11446272
https://doi.org/10.5281/zenodo.11446272
https://doi.org/10.1016/j.earscirev.2021.103915
https://doi.org/10.1016/j.earscirev.2021.103915
https://doi.org/10.1016/j.earscirev.2021.103915
LISTE DES CONTRIBUTEURS
48-49
Auteurs - Par ordre alphabétique
Francis ALBARÈDE (pilote du groupe de réflexion sur la géo-ingénierie climatique)
Jean-Claude ANDRÉ
Edouard BARD
Sandrine BONY
Laurent BOPP
Isabelle CHUINE
Philippe CIAIS
Isabelle CZERNICHOWSKI-LAURIOL
Jean-Claude DUPLESSY
Jean JOUZEL
John LUDDEN
Valérie MASSON-DELMOTTE
Jacques SCHOTT
Coordination de la rédaction
Juliette ROCHET
Illustrations
Oksana PISHKO
Secrétariat éditorial
Florent GOZO
Erika PIETRYKOWSKI
Juliette ROCHET
Membres du Comité des Sciences de l?environnement de l?Académie des sciences :
Membres de l?Académie des sciences
Francis ALBARÈDE
Jean-Claude ANDRÉ
Edouard BARD
Lydéric BOCQUET
Sandrine BONY
Laurent BOPP
Anny CAZENAVE
Marie-Lise CHANIN
Isabelle CHUINE
Philippe CIAIS
Vincent COURTILLOT
Michel DELSENY
Jean-Claude DUPLESSY (président du Comité)
Robert GUILLAUMONT
Philippe JANVIER
Jean JOUZEL
Jacques LASKAR
Sandra LAVOREL
Jean-Dominique LEBRETON
Ludwik LEIBLER
Yvon LE MAHO
Hervé LE TREUT
Daniel MANSUY
Valérie MASSON-DELMOTTE
Bernard MEUNIER
René MOREAU
Henri ROCHEFORT
Philippe TAQUET
Alain-Jacques VALLERON
Olivier BOUCHER
John LUDDEN
Anni MÄÄTTÄNEN
Jacques SCHOTT
Personnalités extérieures
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
EXPERTS AUDITIONNÉS
Philippe CIAIS
Membre de l?Académie des sciences, DR CEA, Laboratoire des sciences du climat et de l?environnement
LSCE (CEA/CNRS/Université Versailles Saint-Quentin), Institut Pierre Simon Laplace.
Auditionné le 18/12/23
Olivier BOUCHER
DR CNRS, Co-fondateur de Klima consulting, start-up à l'intersection entre météorologie, climat et
méthodes d'optimisation et IA.
Auditionné le 22/01/24
Anni MÄÄTTÄNEN
DR CNRS, Laboratoire Atmosphères & Observations spatiales LATMOS (Université Versailles
Saint-Quentin, Sorbonne Université, CNRS, Université Paris-Saclay).
Auditionnée le 22/01/24
Laurent BOPP
DR CNRS, Laboratoire de météorologie dynamique (CNRS/École polytechnique/ENS-PSL/Sorbonne
Université) de l?Institut Pierre-Simon Laplace.
Élu à l?Académie des sciences en janvier 2025.
Auditionné le 12/02/24
Claire CHENU
DR INRAE, Science du sol, biogéochimie, matières organiques.
Auditionnée le 25/03/24
Jacques SCHOTT
DR émérite CNRS, Laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET/OMP ? CNRS/CNES/
Université Toulouse III-Paul Sabatier/IRD/Météo France).
Auditionné le 29/04/24
Jean JOUZEL
Membre de l?Académie des sciences, DR émérite CNRS, Laboratoire des sciences du climat et de
l?environnement, CEA, Gif-sur-Yvette. Vice-président du GIEC.
Auditionné le 27/05/24
Valérie MASSON-DELMOTTE
DR CEA, Laboratoire des sciences du climat et de l?environnement (CEA/CNRS/Université Versailles
Saint-Quentin).
Élue à l?Académie des sciences en janvier 2025.
Auditionnée le 06/11/24
Wolfgang CRAMER
DR CNRS, Institut méditerranéen de biodiversité et d?écologie marine et continentale (IMBE) à Aix-
en-Provence.
Auditionné le 06/11/24
50-51
LISTE DES FIGURES ET TABLEAUX
Figures
Figure 1.1 Les principaux éléments du bilan radiatif terrestre.
Figure 1.2 Les options technologiques proposées pour le SRM.
Figure 2.1 Schéma de la perturbation globale du cycle du carbone causée par les activités
anthropiques, à l?échelle mondiale pour la décennie 2014-2023.
Figure 2.2 Classification des différentes méthodes de mCDR en fonction de leurs
caractéristiques.
Figure 2.3 Schéma général de l'altération provoquée (AP) et de l'alcalinisation océanique (AO).
Figure 3.1 Schéma des processus du CCS.
Figure 3.2 Carte des projets européens.
Figure 3.3 Résumé des méthodes d'élimination du CO2.
Tableaux
Tableau 1. Bilan des méthodes de mCDR faisant intervenir des organismes marins.
Tableau 2. Bilan des méthodes d?altération et d?alcalinisation.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
LISTES DES ABRÉVIATIONS, ACRONYMES, FORMULES ET SYMBOLES
Abréviation et acronymes
AO Alcalinisation de l?océan (Ocean alkalinization)
AP Altération provoquée (Enhanced weathering)
CCUS Captage, stockage et valorisation du carbone (Carbon Capture Utilization and Storage)
CDR Élimination du dioxyde de carbone (Carbon Dioxide Removal)
GES Gaz à effet de serre
GIEC Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat ; IPCC en anglais
IR Infrarouge
UICN Union internationale pour la Conservation de la Nature
mCDR Élimination du CO2 marin (marine Carbon Dioxide Removal)
OAE Augmentation de l?alcalinité de l?océan (Ocean Alkalinity Enhancement) AO et OAE
sont équivalents dans la littérature scientifique
OIF Fertilisation de l?océan par le fer (Ocean Iron Fertilization)
SNBC Stratégie nationale bas carbone
SRM Modification du rayonnement solaire (Solar Radiation Modification)
ZEE Zone économique exclusive
Formules chimiques
CH4 Méthane
CO2 Dioxyde de carbone
H2O Eau
HCO3
- Ion hydrogénocarbonate
N2O Monoxyde de diazote ou protoxyde d?azote
SO2 Dioxyde de soufre
Unités de mesure - Symboles
tC Tonne de carbone (unité de masse)
1 ktC = 103 tC ; 1MtC = 106 tC ; 1 GtC = 109 tC
Conversion : Les données peuvent également être exprimées en
pétagrammes : 1 PgC = 1015 gC = 1 GtC = 109 tC
tC/an (ou tC.an-1) Tonne de carbone transférée par année (unité de flux) ;
1 MtC/an = 106 tC/an ; 1 GtC/an = 109 tC/an
tCO2 Tonne de CO2 (unité de masse) ;
1ktCO2 = 103 tCO2 ; 1MtCO2 = 106 tCO2 ; 1 GtCO2 = 109 tCO2
tCO2/an (ou tCO2.an-1) Tonne de CO2 transférée par année (unité de flux) ;
1 MtCO2/an = 106 tCO2/an ; 1 GtCO2/an = 109 tCO2/an
Conversion : Les données peuvent être exprimées en quantités de carbone ou
de CO2 ; ces valeurs se déduisent l?une de l?autre en utilisant le rapport de la
masse molaire du CO2 sur celle du carbone. Pour convertir un nombre exprimé
en GtC en GtCO2, il faut le multiplier par 3,666 (M(CO2) /M(C) =
(12 + 2 × 16) /12 = 3,666).
ha Hectare (unité de surface valant 10 000 m2) ; 1 Mha = 106 ha
tC/ha Tonne de carbone par hectare (unité de masse surfacique)
teqCO2/an Tonne d?émission de GES équivalent à une tonne de CO2 émis par année (unité
de masse de GES équivalent CO2) ; 1 MteqCO2/an = 106 teqCO2/an
LEXIQUE
52-53
Albédo : Grandeur sans unité décrivant la
capacité d?une surface à réfléchir les rayons qui
lui parviennent, c?est-à -dire la quantité d?énergie
lumineuse réfléchie par rapport à la quantité
d?énergie lumineuse incidente. Un albédo élevé
signifie une réflexivité importante et, de facto,
une moindre absorption ; ce paramètre joue ainsi
un rôle essentiel dans le bilan radiatif terrestre.
Adaptation (climat) : Ensemble des stratégies
mises en place pour réduire la vulnérabilité des
systèmes humains ou naturels face aux effets du
changement climatique.
Aérosol : Fine particule solide, liquide ou gazeuse,
en suspension dans l?atmosphère.
Afforestation : Plantation d?arbres sur des
surfaces dépourvues de boisement.
Agroforesterie : Pratique agricole associant
arbres, cultures ou animaux sur une même
parcelle, permettant une meilleure utilisation des
ressources, une amélioration de la diversité
biologique et de meilleurs rendements. Cette
pratique favorise la séquestration du carbone.
Alcalinité : Capacité d?un liquide à neutraliser les
acides.
Altération des minéraux silicatés ou carbonatés :
Ensemble de réactions chimiques naturelles ou
accélérées au cours desquelles les minéraux
réagissent avec l?eau et le CO2, et libèrent des
ions. Ces réactions constituent ainsi
d?importantes pompes à CO2 :
Bilan de l?altération des carbonates :
CaCO3 + CO2 + H2O ? 2HCO3
? + Ca2+
Bilan de l?altération du plagioclase :
2CaAl2Si2O8 + 4CO2 + 6H2O
? 2Ca2+ + 4HCO3
? + Si4O10Al4(OH)
Aquifère : Formation géologique perméable
constituant un réservoir d?eau souterraine.
Atténuation : Ensemble des actions visant Ã
limiter le changement climatique en réduisant ou
en évitant les émissions de GES.
Biofilm : Communauté de micro-organismes
adhérant entre eux sur une surface, souvent en
milieux aqueux.
Choc terminal : En cas de déploiement de SRM
puis d?arrêt soudain, l?augmentation des taux de
GES - non interrompue - causerait une
augmentation rapide et dommageable des
températures, avec des effets graves et
d?ampleur mondiale.
Couche de mélange : Partie superficielle de
l?océan brassée sous l?action de l?atmosphère,
dans laquelle les propriétés physico-chimiques de
l?eau (densité, température, salinité) restent
constantes.
Culture intermédiaire : Pratique agricole
consistant à mettre un sol en culture entre la
récolte d?une culture principale et le semis de la
culture principale suivante. Cette culture est
destinée à être restituée au sol et non à être
exportée, afin d?améliorer la couverture du sol et
d?augmenter le stockage du carbone.
Cycle biogéochimique : Processus cyclique de
transport et de transformation d?un élément ou
composé chimique entre les différents réservoirs
terrestres (biosphère, atmosphère, géosphère et
hydrosphère). Chaque cycle est caractérisé par
des réservoirs et les flux qui les relient.
Émission négative : Retrait anthropique actif de
GES de l?atmosphère.
Gaz à effet de serre (GES) : Gaz atmosphériques
(tels que H2O, CO2, CH4, N2O, etc.) qui
absorbent une partie du rayonnement
infrarouge émis par la Terre et le réémettent
dans toutes les directions. Ces gaz sont à l?origine
de l?effet de serre naturel et l?augmentation de
leur concentration dans l?atmosphère est
responsable du réchauffement climatique.
Neutralité carbone (ou zéro émission nette de
CO2) : situation d?équilibre où les émissions de
CO2 anthropiques seraient compensées par la
quantité de CO2 retirée de l?atmosphère et
piégée grâce aux interventions humaines.
Puits de carbone : Tout système capable
d?absorber plus de CO2 qu?il n?en émet.
Reforestation : Replantation d?arbres sur des
surfaces anciennement forestières ayant été
déboisées.
Réservoir de carbone : Compartiment du
système terrestre ayant la capacité de stocker,
d?accumuler ou de libérer du carbone.
Solutions dites fondées sur la nature (définition
de l?Union internationale pour la Conservation de
la Nature (UICN) reprise par le GIEC) : elles
correspondent aux « actions visant à protéger,
gérer de manière durable et restaurer des
écosystèmes naturels ou modifiés pour relever
directement les défis de société de manière
efficace et adaptative, tout en assurant le bien-
être humain et en produisant des bénéfices pour
la biodiversité ».
Stock de carbone : Quantité de carbone
(exprimée en GtC) contenue dans un réservoir
donné à un moment donné.
Temps de résidence : Temps moyen pendant
lequel un élément chimique séjourne dans un
réservoir donné.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
23, quai de Conti - 75006 Paris
academie-sciences.fr
Directeurs de la publication
Étienne Ghys et Antoine Triller
Conception et réalisation graphique
Sophie Gillion et Aurore Lopez
Date de parution : octobre 2025
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te
r
(ATTENTION: OPTION bonates » (au pluriel) de façon plus générale pour englober toutes les formes stables de cet acide : H2CO3, HCO3
-
et CO3
2-.
28-29
de réaction avec le CO2 atmosphérique, ces
roches doivent être finement broyées, selon un
procédé qui consomme beaucoup d?énergie27. À
l?échelle mondiale28, le déploiement de cette
méthode pour éliminer des quantités
significatives de CO2 impliquerait l?extraction, le
broyage, le transport et l?épandage de milliards
de tonnes de roches. Une telle logistique,
extrêmement lourde, s'accompagne de coûts
très élevés et supposerait l?implication active du
monde agricole pour sa mise en oeuvre concrète
sur le terrain.
Par ailleurs, l?efficacité du processus diminue
dans le temps : la réactivité des minéraux
silicatés s?affaiblit sous l?effet de la réduction de
leur surface réactionnelle effective [Schott et al.,
2024 ; Chen et al., 2025]. Le fer présent à la
surface des minéraux peut également
progressivement s?oxyder, ce qui ralentit
considérablement les vitesses de dissolution et de
captage du CO2. Toutefois, en présence de
biofilms* qui piègent le fer, ce ralentissement
peut être fortement réduit [Gerrits et al., 2020 ;
Vicca et al., 2021].
Alcalinisation de l?océan : principes, atouts et
limites
Principe de l?alcalinisation directe de l?océan et
atouts envisagés
L?alcalinisation de l?océan, ou augmentation de
l?alcalinité océanique (Ocean Alkalinity Enhan-
cement, OAE), est une technique d?élimination du
CO2 qui vise à accroître cette capacité naturelle
de stockage. Elle repose sur l?ajout de minéraux
alcalins (comme l?olivine, la chaux ou des
carbonates) ou sur l?utilisation de procédés
électrochimiques, afin d?augmenter les concen-
trations de carbonates dans l?eau de mer
[Renforth & Henderson, 2017]. L?alcalinisation a
le potentiel de lutter contre l?acidification de
l?océan et permettrait de stocker du carbone sur
des millénaires [Köhler et al., 2013]. Un océan
plus alcalin capte davantage de CO2 qu?il
transforme en carbonates dissous stables sur de
longues périodes [Keller, 2019]. La capacité de
stockage est considérable - plusieurs gigatonnes
de carbone par an [Gattuso et al., 2018] - et
cette approche pourrait être déployée à grande
échelle.
Dans le cas de l?ajout direct de roches ou de
minéraux (silicates, carbonates) à l?eau de mer,
les cations libérés accroissent son alcalinité et
provoquent ainsi la dissolution de CO2
atmosphérique. Pour que cette méthode ait un
effet rapide sur la concentration atmosphérique
de CO2, les minéraux doivent se dissoudre dans
la couche de mélange* présente à la surface de
l?océan29. Cela n?est pas réalisable avec du
calcaire car les eaux de surface sont
naturellement saturées vis-à -vis des carbonates
de calcium (calcite et aragonite)30 et cela
nécessite de broyer très finement (jusqu?Ã
environ 1 micron) les silicates comme l?olivine ou
les basaltes avant leur épandage [Köhler et al.,
2013].
L?électrolyse constitue une méthode alternative,
non naturelle, qui utilise un courant électrique. La
réaction industrielle, dite procédé chlor-alcali,
permet d?augmenter l?alcalinité de l?eau de mer
en injectant des ions sodium et en retirant des
ions chlore, sans modifier significativement la
composition globale de l?eau. Elle transforme
également le CO2 dissous en composés solides
stables31, empêchant leur retour dans l?atmo-
sphère. Ce procédé permettrait de produire
l?urée utilisable comme engrais.
27. Une augmentation de 0,1% de l?alcalinité de l?océan nécessiterait l?apport d?environ 1,4 Gt de calcaire à l?océan. En supposant que
l?énergie nécessaire pour broyer une tonne de calcaire soit d?environ 30 kWh, le broyage nécessite, maintenance comprise, 42 TWh, soit
6,3 milliards d?euros. Le coût du transport serait approximativement de 2,8 milliards d?euros.
28. L?élimination annuelle de 4 Gt de CO2, représentant 10% des émissions fossiles actuelles, nécessiterait l?extraction, broyage et épandage
annuels de plusieurs dizaines à centaines de Gt de basalte ou olivine sur 5 à 20 millions de km2 de sols, suivant la pluviosité envisagée
[Vienne et al., 2022 ; Renforth et al., 2015 ; Cipolla et al., 2021]. Avec un coût de 75-250 ¤/t de CO2 enlevé [Beerling et al., 2020], la
dépense totale annuelle serait de 300 à 1000 milliards d?euros. Les estimations correspondant à l?épandage de calcaire seraient d?une
dizaine à une vingtaine de Gt de roches [Zeng et al., 2022 ; Knapp & Tipper, 2022].
29. L?équilibrage de la couche supérieure de l?océan avec l?atmosphère se produit sur des échelles de temps allant de quelques mois à une
année [Harvey, 2008].
30. La calcite et l?aragonite sont deux formes du carbonate de calcium cristallin. Les océans sont sursaturés par rapport à la calcite et
l?aragonite depuis la surface jusqu?à de grandes profondeurs. Cependant, de la poudre de CaCO3 pourrait être déversée dans les régions
de l?océan où l?épaisseur de la couche d?eau sursaturée est relativement faible (250-500 m) et où la vitesse de remontée des eaux est
élevée (30-300 m/an). Les produits de dissolution des solides entreraient alors dans la couche de mélange en quelques années ou
décennies.
31. Urée et chlorure d?ammonium.
Les obstacles et incertitudes
Les défis concernent :
?L?échelle de mise en oeuvre : la suppression de
10% des émissions annuelles anthropiques de
CO2 nécessite l?apport de plus de 4Gt/an de
silicates à l?océan [Köhler et al., 2013]. Cette
estimation ne prend néanmoins pas en compte
la réduction importante de la vitesse de
dissolution de l?olivine au cours du temps due Ã
l?oxydation du fer à sa surface [Gerrits et al.,
2020].
?Les effets écologiques incertains : l?ajout de
minéraux riches en silicium, fer, magnésium et
calcium (silicates et carbonates) à l?océan
changerait significativement le bilan de ces
éléments et ainsi la chimie de l?eau, le cycle des
nutriments et la biodiversité planctonique
[Hartmann et al., 2023]. Cela pourrait
modifier la dynamique des écosystèmes marins
de façon non anticipée. De plus, l?extraction et
le broyage des minéraux nécessaires Ã
l?alcalinisation pourraient entraîner des
émissions de CO2 et autres conséquences
néfastes sur les environnements terrestres.
?Les coûts énergétiques et logistiques élevés :
le broyage et transport en mer des minéraux
sont coûteux et complexes. Le coût du
transport pourrait être réduit en apportant
l?eau de mer dans des carrières exploitées sur
le continent en utilisant des sources d?énergies
décarbonées plutôt qu?en transportant les
roches.
?L?acceptabilité sociale et la réglementation :
les conséquences environnementales doivent
être soigneusement étudiées avant tout
déploiement à grande échelle.
?Le coût énergétique de l?électrolyse, qui est
considérable, même si l?on associe le
processus aux usines de désalinisation et que
l?on inclut la récupération de l?hydrogène
produit dans le processus et le bénéfice tiré de
la fabrication d'urée32.
Le tableau 2 propose une vue synthétique des
méthodes d?altération et d?alcalinisation
provoquée.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
32. L?électrolyse pour augmenter l?alcalinité de l?océan de 0,1 % nécessiterait 139 000 TWh d?électricité, soit 5 fois la consommation annuelle
mondiale. Le coût énergétique serait d?environ 7 000 milliards d?euros, sans compter les 20 000 milliards d?euros d?infrastructures. L?énergie
récupérable sous forme d?hydrogène est d?environ 51 300 TWh, soit ~37 % de l?énergie consommée.
Méthode Principe Effet Co-bénéfices Potentiel Principaux
défis/dangers
Altération
provoquée
(AP)
Épandage de
roches (sols
agricoles et
zones naturelles)
Captage du CO2
atmosphérique
Fertilisation des
sols et
stabilisation du
pH
Limité par les
très grandes
masses de
roches et
surfaces
d?épandage
requises
Coût énergétique lié Ã
l?extraction, broyage et
transport des roches -
Pollution et menaces en santé
publique liées à accroissement
activités minières - Implication
des agriculteurs
Alcalinisation
de l?océan
(AO)
Ajout de
minéraux alcalins
dans l?océan
Accroissement
de la capacité
de l?océan Ã
absorber CO2
Réduction de
l?acidification de
l?océan
Limité par
masses de
roches requises
et leur transport
par bateaux
Coût énergétique (voir AP) -
Pollution/santé publique (voir
AP) - Potentiel impact sur les
écosystèmes marins -
Nécessité acceptation sociale
et gouvernance mondiale
Électrolyse
de l?eau de
mer
Mise en oeuvre
de réactions
électrochimiques
dans un milieu
réactionnel
confiné pour
modifier le pH de
l?eau de mer
Suppression de
CO2 ou
accroissement
de la capacité
de stockage
CO2 dans l?eau
de mer
? ?
Tableau 2 : Bilan des méthodes d?altération provoquée et d?alcalinisation de l?océan.
30-31
Synthèse et recommandations
L?altération provoquée (AP) et l?alcalinisation de
l?océan (AO) sont deux stratégies permettant
de piéger le CO2 atmosphérique de manière
durable, inspirées de processus naturels et dont
la figure 2.3 donne une vision d?ensemble.
Cependant, leur mise en oeuvre à grande
échelle se heurte encore à plusieurs défis
majeurs.
Figure 2.3 : Schéma général de l'altération provoquée (AP) et de l'alcalinisation océanique (AO). Traduit
d?après Bach et al. [2019].
L?AP et l?AO entraîneraient le rejet de produits issus de la dissolution minérale dans les milieux marins, avec des
conséquences encore largement inconnues pour les écosystèmes marins et les cycles biogéochimiques qui s'y
déroulent. Au cours de l?AP, les produits issus de la dissolution minérale pénètrent dans l'océan principalement
par les fleuves, de sorte que les perturbations se produisent d'abord dans les régions estuariennes et côtières.
Dans le cas de l'AO, les navires de transport pourraient acheminer les minéraux vers les régions côtières ou plus
au large, et les sites de distribution seraient alors les plus fortement touchés.
1. D?évaluer leur efficacité climatique : des recherches approfondies et des expérimentations pilotes sont
nécessaires pour réduire les incertitudes sur leur capacité à diminuer significativement la concentration de
CO2 atmosphérique. Leur efficacité dépend de nombreux facteurs, tels que :
? la vitesse réelle de dissolution des minéraux,
? les dynamiques de transport et de mélange des eaux alcalinisées,
? la faisabilité logistique et économique du déploiement à grande échelle.
2. D?évaluer leurs conséquences environnementales : les effets potentiels sur les sols, les écosystèmes terrestres
et marins doivent être rigoureusement étudiés, en particulier dans le cas de l?alcalinisation de l?océan.
3. D'évaluer les coûts associés et le potentiel pour les réduire : l?extraction, le broyage et le transport des minéraux
impliquent des coûts énergétiques et logistiques importants, qu?il est nécessaire d?optimiser pour rendre ces
méthodes viables. Une question centrale est celle de l?identification de l?échelle à laquelle ces méthodes pourront
être raisonnablement déployées, en tenant compte de toutes les dimensions de soutenabilité et faisabilité.
4. De veiller à obtenir un soutien politique et social : la mise en oeuvre de ces approches nécessite non seulement
des investissements substantiels et un cadre réglementaire adapté, mais aussi l?implication des populations,
notamment dans le cas de l?altération provoquée, qui intervient souvent à proximité des zones habitées.
5. De renforcer les cadres réglementaires internationaux pour anticiper les enjeux de gouvernance, de risques
transfrontaliers et d?acceptabilité des techniques, notamment celles impliquant des manipulations à grande
échelle de l?océan.
Pour cela, l?Académie recommande :
Synthèse des recommandations pour le CDR
Le recours au CDR doit nécessairement s?inscrire
en complément d?une réduction profonde, rapide
et soutenue des émissions de GES. Son rôle est
de réduire les émissions nettes, pour atteindre la
neutralité carbone, voire parvenir à des émissions
nettes négatives pouvant conduire à une
diminution de température ou permettre de
contrebalancer un rejet de carbone issu de
sources naturelles.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
Recommandation CDR 1
Soutenir la recherche sur les différentes méthodes de stockage dans la biomasse vivante terrestre
et les sols, qui sont à ce jour les seules immédiatement implémentables à moindre coût et avec de
nombreux co-bénéfices, afin d?évaluer rigoureusement leur coût, leur efficacité, leur durabilité, leur
acceptabilité sociale et leurs conséquences environnementales.
Recommandation CDR 2
Poursuivre la recherche sur les mécanismes biogéochimiques marins afin d?évaluer la durabilité et
l?efficacité nette des méthodes de stockage qui pourraient être exploitées.
À la lumière de tous ces éléments, l?Académie des sciences recommande de :
Partie 3 : Les méthodes de captage,
stockage et valorisation du CO2 ? CCUS
Préambule : Les méthodes de captage, stockage
et valorisation du CO2 (CCUS, pour Carbon
Capture, Utilization & Storage33) ne relèvent de
la géo-ingénierie climatique que lorsqu?elles
visent à retirer du carbone déjà présent dans
l?atmosphère. En règle générale, elles constituent
avant tout des leviers de décarbonation destinés
à réduire les émissions issues des usages
industriels et énergétiques des combustibles
fossiles.
L?origine et le devenir du carbone capté sont ici
déterminants :
?Quand le CO2 retiré provient directement de
l?atmosphère dans le cas du DACCS (Direct Air
Capture and Storage) ou qu?il a été capté
dans l?atmosphère par la biomasse dans le cas
du BECCS (Bioenergy with Carbon Capture
and Storage), il s?agit bel et bien d?approches
de géo-ingénierie pouvant s?inscrire dans des
méthodes de CDR (Carbon Dioxide Removal)
? qui ont été considérées dans la partie 2 du
présent rapport ? dès lors que le stockage est
durable34;
?À l?inverse, le captage post-combustion,
réalisé à la source des émissions, à la sortie
d?usines ou de centrales, relève d?une logique
d?atténuation.
Smith et al. [2024]35 rappelle cette distinction
et en précise la portée.
Afin de situer l?ensemble des méthodes de
décarbonation susceptibles de contribuer à la
stabilisation des concentrations atmosphériques
de CO2, le présent rapport intègre néanmoins
une présentation des différentes méthodes de
captage, stockage et valorisation du CO2, tout
en reconnaissant qu?elles dépassent le périmètre
strict de la géo-ingénierie climatique. La figure
3.3 replace ces méthodes dans un cadre général.
Dans un premier temps, le présent chapitre
considèrera les méthodes visant le retrait de
carbone de l?atmosphère (prolongeant les
approches de CDR étudiées dans le chapitre 2),
avant d?élargir le périmètre d?étude en
considérant l?ensemble des méthodes de CC(U)S
dans le cadre de la décarbonation de systèmes
énergétiques ou industriels. En effet, une part
importante des émissions dites résiduelles, celles
33. Cet acronyme peut être décomposé en CCS - Carbon Capture & Storage - et CCU - Carbon Capture & Utilization.
34. Ce n?est pas nécessairement le cas : la production de carburants, par exemple, à partir de DAC ne relève pas du CDR car le carbone
retiré repart directement dans l'atmosphère lors de la combustion du carburant qu?il a permis de produire.
35. Voir notamment l?encadré p24 sur la clarification des périmètres de chaque approche.
32-33
qui subsistent malgré la mise en oeuvre des
mesures de réduction et d?atténuation, provient
de secteurs tels que la cimenterie36, les hauts
fourneaux37 ou les raffineries38, où le captage du
CO2 Ã la source constitue l?une des principales
voies de décarbonation. Dans ces secteurs, des
technologies de captage post-combustion,
notamment à partir de fumées concentrées en
CO2, sont relativement matures sur le plan
technique, en particulier dans le cas des
cimenteries. Leur intégration industrielle
continue à se développer.
Le captage direct du CO2 dans l?air - DAC
Cette approche de géo-ingénierie climatique
constitue une piste émergente, encore Ã
développer, mais à fort potentiel en particulier
dans les zones situées à proximité des sites de
stockage. Elle vise à capter le CO2 en très
grandes quantités directement à partir de
l?atmosphère où il est très faiblement
concentré39. Les principales méthodes
proposées sont les suivantes :
?Solvants liquides (potasse caustique) : cette
technologie est mature, avec des installations
pilotes (Carbon Engineering). Elle est efficace,
mais très gourmande en énergie.
?Sorbants solides (amines sur supports) : cette
technologie est commercialisée à petite
échelle (Climeworks). Son efficacité
énergétique est bonne mais la dégradation
des sorbants augmente le coût du processus.
?Carbonatation minérale : cette approche
rejoint le principe de l?altération accélérée
(voir chapitre 3 partie 2). La méthode est
naturelle et stable mais peu contrôlable et
lente. Sa maturité est variable suivant les
procédés (Heirloom en phase de test).
?Électro-swing : cette méthode (MIT, Verdox)
repose sur les propriétés des quinones, qui
absorbent ou libèrent le CO2 selon qu?une
charge électrique positive ou négative leur est
appliquée, sans circulation de courant continu
[Voskian & Hatton, 2019]. Elle est
prometteuse en raison de sa faible
consommation d?énergie : à titre de référence,
l?anthraquinone peut supporter plus de
10 000 cycles, avec un coût de captage
estimé autour de 100 ¤/tCO2.
Les méthodes de valorisation du CO2 - CCU
Le CCU (selon l?acronyme de Carbon Capture
and Utilization) correspond aux méthodes
industrielles qui capturent le CO2 pour le
convertir en produits. Si le CCU utilise du CO2 issu
de l'atmosphère, cela peut relever du CDR Ã
condition que le stockage soit durable (ex.
agrégats de béton). Dans les faits néanmoins, la
plupart des produits (gazéification, carburants,
etc.) ont une durée de vie courte (le CO2 extrait
de l'atmosphère est ainsi relargué très vite).
Toute méthode de valorisation du CO2 se heurte
à une difficulté fondamentale : comme l?eau et la
chaleur, le CO2 est un déchet ultime, produit final
de nombreuses réactions chimiques spontanées
ou provoquées (combustion, respiration ou
fermentation), ainsi que d?activités industrielles
(production de ciment ou d?acier par exemple).
Revenir en arrière dans un processus de
transformation implique inévitablement
l?utilisation d?une source d?énergie. Ainsi, des
carburants peuvent être produits à partir du CO2
en utilisant les surplus d?énergie ; la biomasse
peut être convertie en biocarburants tout en
captant le CO2 émis et en le stockant dans des
réservoirs géologiques, ou être conservée sous
forme solide grâce à la pyrolyse, qui produit un
résidu carboné appelé biochar, ensuite enfoui
dans les sols. Ces procédés, regroupés sous
l?appellation BECCS (Bioenergy with Carbon
Capture and Storage), permettent ainsi de
générer de l?énergie tout en retirant durablement
du carbone de l?atmosphère. Seule une partie du
CO2 utilisé est effectivement soustraite, au prix
d?une consommation importante d?énergie qui
devra être décarbonée (solaire, éolienne,
nucléaire).
36. La réaction de décarbonatation du calcaire (CaCO3 ? CaO + CO2) lors de la fabrication du ciment est à l?origine d?une part importante
des émissions de CO2 de cette industrie.
37. Par exemple, la réaction de réduction chimique du minerai de fer (Fe2O3 + 3CO ? 2Fe + 3CO2) dans les hauts fourneaux pour la
sidérurgie est à l?origine d?une part importante des émissions de CO2 de cette industrie.
38. Par exemple, le torchage, utilisé dans l?industrie pétrolière pour évacuer, en le brûlant, le gaz naturel qui s'échappe lors de l'extraction
du pétrole conduit alors à la formation de CO? (CH4+2O2 ? CO2+2H2O).
39. La concentration du CO2 dans l?atmosphère est de 442 ppm, soit 0,042%.
Par ailleurs, de l?hydrogène peut être produit
pour être combiné à du CO2 (par exemple issu de
l?extraction directe ou du captage à la source)
pour fabriquer du méthane ou du méthanol. La
combustion des carburants libère à nouveau du
CO2 qui retourne à l?atmosphère.
Le CCU est souvent présenté comme une voie
prometteuse en substitut à l?usage de matières
premières fossiles en utilisant le CO2 capté
comme matière première pour la production de
matériaux de construction et de produits
chimiques de synthèse. En particulier, le CO2
peut être utilisé pour synthétiser de l?urée,
engrais largement répandu. Le processus de
synthèse de l?urée à partir du CO2 et de NH3
(ammoniac) est connu sous le nom de procédé
Bosch-Meiser. La synthèse préalable de
l?ammoniac à partir d?azote et d?hydrogène par
le procédé Haber-Bosch rend l?ensemble du
procédé extrêmement coûteux en énergie.
Transformer le CO2 en produits utiles peut avoir
un intérêt économique, mais contribue peu à la
lutte contre le changement climatique.
Aujourd?hui, la principale méthode de
valorisation est la récupération assistée
d?hydrocarbures (EOR pour Enhanced Oil
Recovery), qui consiste à injecter du CO2 dans
des gisements de pétrole pour augmenter le
rendement de l?extraction. Cette méthode n?a un
bilan positif que si la quantité de CO2 injectée est
supérieure aux émissions liées à l?extraction, au
raffinage et à la combustion du pétrole ainsi
produit. Son efficacité est très variable et dépend
fortement des caractéristiques du réservoir, du
type de pétrole et des conditions locales.
Le stockage du CO2 - CCS
La figure 3.1 propose une vue d?ensemble des
processus du CCS40.
Les étapes du stockage de CO2
Une fois capté, un préalable au stockage du CO2
consiste généralement à faire passer ce gaz sous
forme supercritique41. Ce processus consiste Ã
chauffer le gaz au-dessus de 31°C et à le
comprimer à une pression supérieure à 74 bars.
Dans cet état, le CO2 possède la densité d?un
liquide, ce qui permet de réduire son volume, tout
en lui conservant sa capacité de circuler comme
un gaz, ce qui facilite son injection. Cette
transformation est particulièrement utile dans les
techniques de stockage géologique du carbone,
car elle facilite l?injection du CO2 dans les
formations rocheuses poreuses du sous-sol, tout
en améliorant sa stabilité à long terme.
Les méthodes de stockage du CO2 (CCS)
consistent à séquestrer le CO2 dans le sous-sol
terrestre pour de longues périodes. Cette
technologie s?inspire du fonctionnement des
réservoirs géologiques naturels de carbone, qui
contiennent du charbon, du pétrole ou du gaz,
combustibles fossiles qui ont été et sont encore
extraits puis brûlés, à l?origine des émissions de
CO2 anthropiques depuis la révolution
industrielle. Le CO2 est injecté dans des
formations géologiques profondes (plus de
800 m), perméables, capables d?accueillir le gaz
sous forme de fluide supercritique. Ces
formations doivent être surmontées de couches
imperméables qui assurent la rétention à long
terme. Une fois injecté, le CO2 interagit avec les
roches hôtes poreuses, où, suivant la nature
géologique du réservoir, il peut rester piégé
pendant des centaines voire des milliers ou
millions d?années. Dans certains cas, il peut se
stabiliser en partie sous la forme de carbonates
solides.
La capacité des réservoirs souterrains à stocker
le CO2 sans fuite est un enjeu essentiel, objet de
nombreuses recherches. Certaines roches,
comme les basaltes, les péridotites ou les roches
riches en feldspaths, réagissent avec le CO2 pour
former des carbonates stables, assurant une
bonne étanchéité. D?autres, telles que les
dolomies ou les grès, sont moins réactives et
présentent un risque de fuite. Une surveillance
continue est donc indispensable pour prévenir
des incidents technologiques ou sismiques et elle
permettra de renforcer l?acceptabilité publique
du stockage. Le stockage sous-marin apparaît
comme une option privilégiée.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
40. Voir également Czernichowski-Lauriol I. (2020) Captage et Stockage du CO2 : le puits de carbone géologique (CO2 Capture and Storage:
the geological carbon sink). Comptes Rendus Géoscience de l'Académie des Sciences. https://doi.org/10.5802/crgeos.20.
41. Le CO2 peut également être injecté sous forme dissoute dans l?eau.
https://fra01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fdoi.org%2F10.5802%2Fcrgeos.20&data=05%7C02%7CJuliette.ROCHET%40academie-sciences.fr%7C2fea8af42c574fdc933508ddc602bd19%7C943e1e081a884fc4a18372acb519a477%7C1%7C0%7C638884437274903217%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&sdata=SyOX2vT6rLK0SFurQwaVBNH4Uv%2FJ0L6Z745fE1gK47k%3D&reserved=0
34-35
Il existe un certain nombre de projets
préliminaires portant sur la minéralisation directe
du CO2 dans les roches riches en magnésium,
notamment les laves basaltiques [Kelemen et al.,
2019]. En particulier, le projet CarbFix en Islande
a démontré l'injection de CO2 et sa
minéralisation effective dans des roches
basaltiques à des profondeurs allant de 300 Ã
1 000 mètres. Les quantités de carbone stocké
sous forme dissoute et minérale solide sont bien
moindres que celles stockées sous forme
principalement supercritique et dissoute comme
à Sleipner [Kelemen et al., 2019].
Chaque tonne de CO2 nécessite environ 25 t
d'eau pour le processus d'injection. Ce CO2 réagit
avec le calcium et le magnésium présents dans la
roche basaltique pour former des minéraux
carbonatés très stables. 95% du CO2 injecté est
ainsi minéralisé en l'espace de deux ans, ce qui
est beaucoup plus rapide que ce que prévoyaient
les estimations initiales.
Le CO2 injecté par CarbFix provient d'une
centrale géothermique. Climeworks est une
entreprise suisse pionnière dans la technologie
du DAC. Elle développe et exploite des unités
capables de filtrer le CO2 présent dans
l?atmosphère à l?aide de matériaux adsorbants.
Le CO2 ainsi capté peut être soit réutilisé dans
des procédés industriels, soit stocké de manière
permanente dans des formations géologiques
profondes. En 2021, Climeworks a inauguré en
Islande Orca, la plus grande usine de DAC en
activité au monde. Située près de la centrale
géothermique de Hellisheiði, Orca vise à éliminer
4 ktCO2/an en le captant directement dans l'air
et en le minéralisant et en le stockant dans les
roches basaltiques islandaises [Kelemen et al.,
2019] grâce à la technologie de l?entreprise
Carbfix, transformant le gaz en roche solide en
quelques années. Cependant, l?usine n'a pas
atteint 1 ktCO2/an d'élimination nette depuis le
début de son exploitation en 2021 et les
perspectives sont très incertaines42.
42. https://www.swissinfo.ch/eng/climate-solutions/why-swiss-carbon-removal-start-up-climeworks-faces-serious-headwinds/89386618.
Figure 3.1 : Schéma des processus du CCS. Modifié d?après BRGM.
https://www.swissinfo.ch/eng/climate-solutions/why-swiss-carbon-removal-start-up-climeworks-faces-serious-headwinds/89386618
Le potentiel de stockage de CO2
Les références scientifiques disponibles sur ces
technologies demeurent relativement limitées et
ce chapitre s?appuie sur une compilation des
sources les plus pertinentes actuellement
disponibles, et notamment sur l?avis du Haut
Conseil pour le Climat [HCC, 2023]. Le rapport
se focalise, non sur une vision des efforts Ã
l?échelle globale, qui sont largement hors
d?atteinte de notre communauté nationale, mais
sur l?échelle française et l?échelle européenne qui
offre plus d?opportunités pour les politiques, les
décideurs et les investisseurs. Les chiffres
globaux serviront surtout de référence.
Le CCS est une technologie de décarbonation
encore marginale mais, comme en témoignent
plusieurs projets industriels et pilotes, éprouvée.
Le déploiement de cette technologie au plus près
des principaux pôles industriels devrait constituer
une priorité à l?échelle mondiale. Le rapport du
HCC [2023] fait état de 17 installations
opérationnelles dans le monde. Il s?agit, par
exemple, du projet d?Equinor à Sleipner sous la
mer du Nord, où 1 MtCO2 par an est injecté sous
terre dans un aquifère* salin profond depuis
1996, ou du projet de Total Energies à Lacq-
Rousse où 51 ktCO2 ont été injectées dans un
ancien réservoir de gaz entre 2010 et 2013.
Dans le monde
La capacité maximale de stockage géologique
de CO2 à l?échelle mondiale pourrait atteindre
16 GtCO2/an d?ici 2050 [Zhang et al., 2024].
Cette estimation repose néanmoins sur des
hypothèses ambitieuses concernant le rythme de
déploiement technologique, la disponibilité des
formations géologiques adaptées et, jusqu?à une
date récente43, la contribution majeure des
États-Unis, qui devaient représenter à eux seuls
environ 60% de ce total. Cette valeur représente
un peu moins de la moitié des émissions annuelles
de CO2 mondiales (37 GtCO2 en 2023).
Néanmoins, dans des scénarios plus réalistes,
tenant compte des contraintes géologiques,
économiques et politiques actuelles, l?étude de
Gidden et al. [2025] fixe une limite planétaire Ã
environ 1 460 Gt de stockage de CO2, sur la
base d'une analyse spatiale explicite et fondée
sur les risques du stockage du carbone dans les
bassins sédimentaires.
Les projets peuvent être développés à l'échelle
mondiale et pourraient être importants dans des
régions telles que les Émirats Arabes Unis, où il
existe d?abondantes roches basaltiques. Il en est
de même pour l'Arabie Saoudite qui dispose de
roches basiques abondantes à proximité de la
mer Rouge (la disponibilité d'eau de mer en
abondance est en effet un point crucial).
En Europe
L?Europe et la France ont joué un rôle moteur
dans la compréhension des enjeux scientifiques,
techniques et sociétaux du CCS. La France
dispose de compétences et d'infrastructures,
notamment dans ses régions industrielles, mais
son potentiel (1,5 Ã 8,6 GtCO2 [HCC, 2023]) est
modeste par rapport à ses partenaires nord-
européens (capacité potentielle d'environ
350 GtCO2 des bassins de la mer du Nord) [EU
GeoCapacity, 2009]. La France participe
toutefois activement à des initiatives de
coopération européenne pour mutualiser l?accès
aux capacités de stockage de la mer du Nord,
notamment en lien avec ses partenaires
nordiques et le secteur industriel.
Comme le montre la figure 3.2, l'Europe est
avancée dans ses projets pilotes de CCS,
notamment à la faveur de l'évaluation du
potentiel offshore de la mer du Nord. Ce potentiel
de stockage de CO2 en Europe est important et
estimé à environ 360 GtCO2 (1/3 onshore, 2/3
offshore) [EU GeoCapacity, 2009], soit un millier
d?années d?émissions françaises de CO2 au
rythme de 2023. En particulier, les sites au large
de la Norvège exploités par le groupe pétrolier
norvégien Equinor (anciennement Statoil)
pourraient contenir un stockage conséquent
pour une grande partie de l'Europe dans un
avenir proche [European Commission, 2018]. La
France (France GRT Gaz), par exemple,
collabore avec Equinor pour connecter le centre
industriel de Dunkerque à leurs sites de stockage.
Un terminal dédié au CO2 est en cours de
développement à Loon-Plage, avec une mise en
service prévue pour 2028 [Clean Air Task,
2022]. Ce terminal aura une capacité de
traitement de 1,5 MtCO2/an (phase 1) jusqu?Ã 5
à 7 MtCO2/an à partir de 2026, facilitant ainsi
l?exportation du CO2 capté vers des sites de
stockage en mer du Nord. D'autres pays
européens, et notamment l'Allemagne, envisagent
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
43. L?arrêt des financements de l?IRA décidé par l?administration Trump invite à revoir à la baisse ces estimations.
36-37
de transporter leur CO2 vers des sites de stockage
souterrains et sous-marins en mer du Nord [EU
GeoCapacity, 2009]. La figure 3.2 fournit un
aperçu de l?ensemble des projets européens, en
développement ou opérationnels.
En France
La France dispose dans son sous-sol de
nombreux gisements naturels de CO2 présents
depuis des millions d?années (notamment dans la
vallée du Rhône), ainsi que des sources d?eaux
carbo-gazeuses (Perrier, Badoit, etc.). La
présence de CO2 est liée à la remobilisation de
matériaux à la suite d'événements tectoniques
alpins et du volcanisme dans le Massif central.
Ces formations ont permis de mieux comprendre
les mécanismes de piégeage et de migration du
CO2.
Le site gazier de Lacq, dans les Pyrénées-
Atlantiques, a également servi de pilote pour le
CCS. Bien qu?il soit éloigné des grands bassins
d?émissions, son héritage reste structurant, en
particulier pour le projet Pycasso, récemment
abandonné. Ce site a été déclassé en 2008.
D'autres bassins géologiques, comme celui de
Paris (incluant la région Lorraine), présentent un
fort potentiel de stockage et font l?objet d?études.
Le potentiel total de stockage en France est
estimé à 8,6 GtCO2, équivalent à deux ans
d?émissions nationales. Le Bassin parisien est
particulièrement favorable : il dispose d?aquifères
souterrains peu exploités pour d?autres usages et
est proche de nombreux sites industriels. En
revanche, la capacité nationale reste faible
comparée à d'autres pays, notamment ceux
disposant d?un accès à des stockages offshore
massifs (cf. section sur l?Europe ci-avant).
Le stockage en France à terre ou en mer devrait
être possible et des études approfondies sont
nécessaires pour évaluer le potentiel [BRGM-
EVASTOCO2, 2025]. Des projets de captage et
d'exportation sont en cours. Les installations
industrielles peuvent certainement contenir le
CO2 qu?elles produisent. C?est le cas de la
Figure 3.2 : Carte des projets européens. Traduit d?après Clean Air Task [2024].
décarbonisation du bassin de Dunkerque,
actuellement en phase de préprojet avec Air
Liquide. Dans les Pays de la Loire (projet
GOCO2), le CO2 devrait être exporté et stocké
sous la mer du Nord.
Le CCS est avant tout un outil d?évitement
d?émissions de CO2. Il revêt un intérêt stratégique
pour la décarbonation des grands sites
industriels fortement émetteurs et concentrés,
pour lesquels les alternatives décarbonées sont
aujourd?hui inexistantes ou limitées. Son potentiel
demeure restreint et concerne à ce jour
essentiellement les cimenteries [HCC, 2023].
Les limites, risques et objections
Si le site de stockage géologique est
correctement sélectionné et géré, le CO2 peut
être isolé de manière permanente de
l'atmosphère [IPCC, 2022b]. Les risques
techniques liés au stockage sont considérés
comme minimes, Ã condition que :
?La qualité des sites soit rigoureusement
évaluée (capacité, enfouissement sous-marin,
proximité des sites d?émission, fuites
minimales, acceptation sociale),
?Une surveillance géophysique et géochimique
des formations souterraines soit assurée,
?Les éventuelles fuites, notamment celles qui
pourraient ne se manifester qu?Ã long terme,
soient suivies et maîtrisées.
Par ailleurs, le coût énergétique, la
consommation d?eau et d?intrants chimiques
associés doivent être maîtrisés. En particulier, les
besoins additionnels en eau sont actuellement de
l?ordre de 2 à 4m3 d?eau/tCO2 capturé [HCC,
2023], ce qui constitue un aspect important Ã
prendre en compte face aux tensions croissantes
sur la ressource en eau dans un climat plus
chaud.
Si le BECCS peut, en principe, contribuer aux
émissions négatives, la technologie se heurte à la
concurrence pour l?usage des terres. Le
développement des biocarburants se fait déjà au
détriment de la sécurité alimentaire, de la
préservation de la biodiversité et d?autres
services écosystémiques, ce qui rend nécessaire
l?établissement de choix clairs.
Par ailleurs, les modalités de transport éventuel
du CO2 entre les sites de production et les sites
d?enfouissement (pipelines, camions, bateaux),
ainsi que les coûts associés, demeurent
incertains, et le raccordement entre les sites
d?émission et les sites de stockage constitue un
enjeu logistique et économique majeur.
L?acceptabilité du CCS reste également un point
sensible, notamment dans les territoires qui
devront accueillir les sites de stockage. Elle
requiert des recherches en sciences humaines et
sociales sur les méthodes de délibération et de
médiation, champs qui ne sont pas discutés dans
le présent rapport.
Enfin, le DAC requiert de grandes quantités
d?énergie. L?électricité bas-carbone disponible
doit pourtant être utilisée prioritairement pour
remplacer le recours aux combustibles fossiles
(décarbonation des usages) et ainsi réduire
directement les émissions de GES, avant de
pouvoir être allouée au DAC.
Synthèse et recommandations
Le CCS constitue une option de réduction des
émissions des grandes sources fossiles et
industrielles, sous réserve de la disponibilité de
sites de stockage géologique adaptés et
socialement acceptés. Son déploiement doit
cibler en priorité les secteurs pour lesquels il
n?existe pas encore d?alternatives techniquement
et économiquement viables, ou dont les solutions
de substitution bas-carbone, comme
l?hydrogène, ne sont pas matures. Les
cimenteries apparaissent aujourd?hui comme la
cible prioritaire.
La mise en oeuvre du CCS se heurte aujourd?hui
à des obstacles technologiques, économiques,
institutionnels, environnementaux et sociétaux.
Les taux mondiaux actuels de déploiement pour
les secteurs difficiles à décarboner demeurent
largement inférieurs à ceux prévus dans les
scénarios modélisés visant à limiter le
réchauffement climatique à 1,5 °C ou 2 °C [IPCC,
2023].
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
38-39
1. D?accélérer l?identification et la caractérisation des capacités de stockage géologique en France et en
Europe.
Une meilleure connaissance du sous-sol est indispensable pour planifier un déploiement sécurisé et
efficace du stockage de CO2. Ces mesures impliquent de mener des campagnes d?exploration
approfondies, de disposer de bases de données géologiques ouvertes, fiables et actualisées, et d?établir
un cadre réglementaire stable et sécurisé pour permettre la mise en service et le suivi des sites de
stockage géologique du CO2.
2. De renforcer la recherche et l?expérimentation sur le captage direct du CO2 atmosphérique (DAC).
Il s?agit en particulier d?en déterminer les coûts, potentiels, limites et faisabilité.
3. De garantir la transparence et d?améliorer les méthodes de délibération ou de participation du public.
L?acceptabilité sociale et environnementale de tout projet de stockage nécessite un dispositif rigoureux
de suivi, de transparence et de communication. L?implication des parties prenantes locales et du monde
éducatif, et la mise en place de dispositifs de gouvernance partagée sont indispensables pour garantir
la légitimité et la durabilité des projets.
À la lumière de ces éléments, l?Académie des sciences recommande :
Figure 3.3 : Résumé des méthodes d'élimination du CO2. Cette figure décrit, pour chacune, le processus de
captage et le réservoir de stockage, sa classification en tant que méthode conventionnelle ou innovante, son
niveau actuel de maturité technologique en vue d?un déploiement à grande échelle, son potentiel maximal
d'atténuation (élevé : > 9 GtCO2/an ; modéré : 3-9 GtCO2/an ; faible : < 3 GtCO2/an) et sa durée caractéristique
de stockage. Traduit d?après Smith et al. [2024].
Conclusion
L'ensemble des travaux de modélisation du climat
et la compréhension du fonctionnement physique
du climat, sur lesquels s'appuient les évaluations
du GIEC, indiquent que, sans une réduction
drastique des émissions de GES, la température
moyenne mondiale pourrait dépasser les objectifs
critiques fixés par l?Accord de Paris44, entraînant
des effets délétères irréversibles sur les
écosystèmes et les sociétés humaines.
Dans ce contexte, la géo-ingénierie climatique ne
constitue ni une alternative à la réduction des
émissions de GES, ni une solution technologique
miracle. Elle regroupe un ensemble de
technologies très diverses, dont certaines
peuvent constituer des options complémentaires
à la réduction des émissions et à l?adaptation Ã
considérer avec prudence, tandis que d?autres
suscitent une vive inquiétude.
L?analyse menée par l?Académie des sciences, Ã
la lumière des auditions d?experts reconnus dans
les domaines concernés et d?une revue de la
littérature scientifique disponible, montre
qu?aucune de ces approches ne peut aujourd?hui
être déployée à grande échelle sans incertitudes
scientifiques majeures, impacts environne-
mentaux potentiels, dont certains irréversibles,
entraînant des risques géopolitiques sérieux.
Les techniques de modification du rayonnement
solaire (SRM), qui visent à renvoyer davantage
de rayonnement solaire vers l'espace45,
s?attaquent aux symptômes du réchauffement et
non à ses causes, et ne permettent, au mieux,
qu?un effet de refroidissement net temporaire sur
le climat terrestre. Le risque de ?choc terminal?,
réchauffement global rapide en cas d?arrêt du
SRM alors que les concentrations atmosphé-
riques de GES restent élevées, est majeur. Il
entraînerait des perturbations climatiques
soudaines, auxquelles ni les sociétés ni la
biodiversité ne pourraient s?adapter. Ces
techniques posent des questions majeures
d?ordre éthique, sociétal et géopolitique, en
raison de leurs effets potentiellement rapides,
globaux ? les aérosols émis dans l?atmosphère
n?ayant pas de frontières ? dévastateurs et
difficilement réversibles.
En contrepoint, les méthodes d'élimination et
stockage à long terme du carbone (CDR)
s?attaquent effectivement à la cause du
changement climatique. Celles-ci apparaissent
nécessaires à moyen terme pour compenser les
émissions résiduelles difficiles à éviter et,
potentiellement, pour ramener la température
sous les seuils fixés en cas de dépassement.
Toutefois, leur efficacité, leur faisabilité à grande
échelle, leur coût et leurs répercussions
environnementales font encore l?objet de
nombreuses incertitudes. Certaines techniques
sont scientifiquement étayées, facilement
implémentables et permettraient de stocker une
part significative de nos émissions à un coût
modeste (stockage de matière organique et
biochar dans le sol), alors que d?autres sont
encore très spéculatives et non matures
technologiquement.
Par ailleurs, les méthodes de captage, stockage
et valorisation du carbone (CCUS), qui visent Ã
réduire les émissions résiduelles des activités pour
lesquelles il n?existe pas de technologie bas-carbone
accessible techniquement ou économiquement, et,
dans une moindre mesure, Ã capter directement du
CO2 dans l?atmosphère, grâce à des technologies
encore émergentes, relèvent davantage d?un
levier de décarbonation que d?une méthode de
géo-ingénierie climatique à grande échelle au
sens strict. Une fois capté, le CO2 peut être
valorisé comme matière première pour fabriquer
divers produits, se substituant ainsi à l?utilisation
de ressources carbonées fossiles, mais avec un
effet climatique qui dépend de la durée de vie du
produit, du type de produit qu'il remplace et de
la source de CO2. Le CO2 peut aussi et surtout
être stocké durablement dans des formations
géologiques adaptées : le potentiel de stockage
mondial est important mais dépend de contraintes
géologiques, économiques et sociétales. En France
et en Europe, plusieurs projets pilotes sont en
cours, notamment autour de la mer du Nord, qui
offre un potentiel de stockage offshore important.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
44. Nous l?avons dit, les objectifs de l'accord de Paris (limiter le réchauffement sous 2°C et aspiration à renforcer les efforts pour le limiter Ã
1,5°C) ont été déterminés par rapport au lien entre chaque incrément supplémentaire de réchauffement et l'aggravation de risques
climatiques sévères. Les récents rapports du GIEC ont montré une réévaluation à la hausse de la sévérité de ces risques, pour un même
niveau de réchauffement.
45. Ou, pour certaines, à laisser échapper davantage de rayonnement infrarouge depuis la Terre.
40-41
L?Académie des sciences considère dès lors que
certaines méthodes de CDR et de CCUS peuvent
constituer des outils complémentaires aux efforts
de réduction des émissions de CO2 ; elles ne
sauraient toutefois, en aucun cas, s?y substituer.
L?Académie des sciences recommande :
S?agissant des méthodes de modification du
rayonnement solaire (SRM), de :
Recommandation SRM 1
Promouvoir un accord international visant Ã
interdire toute initiative, publique ou privée, de
déploiement du SRM, quel qu?en soit le cadre ou
l?échelle. Pour ce faire, l?ensemble de la
communauté scientifique devra être impliquée.
Recommandation SRM 2
Soutenir et approfondir les recherches sur le climat,
les processus physico-chimiques de l?atmosphère
et la biodiversité afin de pouvoir évaluer
rigoureusement le potentiel et les risques du SRM.
Recommandation SRM 3
Renforcer la recherche sur les questions éthiques,
les risques et les mesures d?atténuation des
risques liés à toute forme d?expérimentation
climatique, que l?Académie des sciences rejette
explicitement quels qu?en soient l?échelle, la
nature ou l?initiateur.
Par ailleurs, la recherche sur le climat, sa
perturbation par les activités humaines et sa
modélisation devant bénéficier d'un soutien
prioritaire (recommandation SRM 2), l'Académie
des sciences considère donc qu'il est inutile de
labelliser une recherche spécifiquement SRM qui,
en outre, n'a aucune légitimité en tant qu'option
d'intervention.
S?agissant des méthodes d'élimination et
stockage à long terme de carbone (CDR), de :
Recommandation CDR 1
Soutenir la recherche sur les différentes
méthodes de stockage dans la biomasse vivante
terrestre et les sols, qui sont à ce jour les seules
immédiatement implémentables à moindre coût
et avec de nombreux co-bénéfices, afin d?évaluer
rigoureusement leur coût, leur efficacité, leur
durabilité, leur acceptabilité sociale et leurs
conséquences environnementales.
Recommandation CDR 2
Poursuivre la recherche sur les mécanismes
biogéochimiques marins afin d?évaluer la
durabilité et l?efficacité nette des méthodes de
stockage qui pourraient être exploitées.
S?agissant des méthodes de captage, stockage
et valorisation du carbone (CCUS), de :
Recommandation CCUS 1
Accélérer l?identification et la caractérisation des
capacités de stockage géologique en France et
en Europe.
Recommandation CCUS 2
Concernant le captage direct du CO2
atmosphérique (DAC) : renforcer la recherche
technologique et l?expérimentation tout en
clarifiant les conditions de faisabilité d?ordre
économique et environnemental.
Par ce rapport, l?Académie des sciences
réaffirme son engagement à mettre la science au
service de la décision politique, non comme un
instrument de justification de solutions risquées,
mais comme un outil d?orientation vers des
politiques climatiques responsables, Ã la hauteur
des défis à venir.
Cette contribution a pour objectif d?alimenter un
débat éclairé sur le rôle potentiel de la géo-
ingénierie dans les stratégies climatiques à venir.
Si ce document ne se substitue pas à la lecture
des rapports spécialisés issus des travaux des
experts en climatologie, il vise à offrir un support
de réflexion pour mieux appréhender les enjeux
politiques, sociaux et environnementaux liés Ã
ces technologies.
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https://doi.org/10.1126/science.adj6841
https://doi.org/10.1126/science.adj6841
https://doi.org/10.1126/science.adj6841
https://doi.org/10.5281/zenodo.11446272
https://doi.org/10.5281/zenodo.11446272
https://doi.org/10.5281/zenodo.11446272
https://doi.org/10.1016/j.earscirev.2021.103915
https://doi.org/10.1016/j.earscirev.2021.103915
https://doi.org/10.1016/j.earscirev.2021.103915
LISTE DES CONTRIBUTEURS
48-49
Auteurs - Par ordre alphabétique
Francis ALBARÈDE (pilote du groupe de réflexion sur la géo-ingénierie climatique)
Jean-Claude ANDRÉ
Edouard BARD
Sandrine BONY
Laurent BOPP
Isabelle CHUINE
Philippe CIAIS
Isabelle CZERNICHOWSKI-LAURIOL
Jean-Claude DUPLESSY
Jean JOUZEL
John LUDDEN
Valérie MASSON-DELMOTTE
Jacques SCHOTT
Coordination de la rédaction
Juliette ROCHET
Illustrations
Oksana PISHKO
Secrétariat éditorial
Florent GOZO
Erika PIETRYKOWSKI
Juliette ROCHET
Membres du Comité des Sciences de l?environnement de l?Académie des sciences :
Membres de l?Académie des sciences
Francis ALBARÈDE
Jean-Claude ANDRÉ
Edouard BARD
Lydéric BOCQUET
Sandrine BONY
Laurent BOPP
Anny CAZENAVE
Marie-Lise CHANIN
Isabelle CHUINE
Philippe CIAIS
Vincent COURTILLOT
Michel DELSENY
Jean-Claude DUPLESSY (président du Comité)
Robert GUILLAUMONT
Philippe JANVIER
Jean JOUZEL
Jacques LASKAR
Sandra LAVOREL
Jean-Dominique LEBRETON
Ludwik LEIBLER
Yvon LE MAHO
Hervé LE TREUT
Daniel MANSUY
Valérie MASSON-DELMOTTE
Bernard MEUNIER
René MOREAU
Henri ROCHEFORT
Philippe TAQUET
Alain-Jacques VALLERON
Olivier BOUCHER
John LUDDEN
Anni MÄÄTTÄNEN
Jacques SCHOTT
Personnalités extérieures
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
EXPERTS AUDITIONNÉS
Philippe CIAIS
Membre de l?Académie des sciences, DR CEA, Laboratoire des sciences du climat et de l?environnement
LSCE (CEA/CNRS/Université Versailles Saint-Quentin), Institut Pierre Simon Laplace.
Auditionné le 18/12/23
Olivier BOUCHER
DR CNRS, Co-fondateur de Klima consulting, start-up à l'intersection entre météorologie, climat et
méthodes d'optimisation et IA.
Auditionné le 22/01/24
Anni MÄÄTTÄNEN
DR CNRS, Laboratoire Atmosphères & Observations spatiales LATMOS (Université Versailles
Saint-Quentin, Sorbonne Université, CNRS, Université Paris-Saclay).
Auditionnée le 22/01/24
Laurent BOPP
DR CNRS, Laboratoire de météorologie dynamique (CNRS/École polytechnique/ENS-PSL/Sorbonne
Université) de l?Institut Pierre-Simon Laplace.
Élu à l?Académie des sciences en janvier 2025.
Auditionné le 12/02/24
Claire CHENU
DR INRAE, Science du sol, biogéochimie, matières organiques.
Auditionnée le 25/03/24
Jacques SCHOTT
DR émérite CNRS, Laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET/OMP ? CNRS/CNES/
Université Toulouse III-Paul Sabatier/IRD/Météo France).
Auditionné le 29/04/24
Jean JOUZEL
Membre de l?Académie des sciences, DR émérite CNRS, Laboratoire des sciences du climat et de
l?environnement, CEA, Gif-sur-Yvette. Vice-président du GIEC.
Auditionné le 27/05/24
Valérie MASSON-DELMOTTE
DR CEA, Laboratoire des sciences du climat et de l?environnement (CEA/CNRS/Université Versailles
Saint-Quentin).
Élue à l?Académie des sciences en janvier 2025.
Auditionnée le 06/11/24
Wolfgang CRAMER
DR CNRS, Institut méditerranéen de biodiversité et d?écologie marine et continentale (IMBE) à Aix-
en-Provence.
Auditionné le 06/11/24
50-51
LISTE DES FIGURES ET TABLEAUX
Figures
Figure 1.1 Les principaux éléments du bilan radiatif terrestre.
Figure 1.2 Les options technologiques proposées pour le SRM.
Figure 2.1 Schéma de la perturbation globale du cycle du carbone causée par les activités
anthropiques, à l?échelle mondiale pour la décennie 2014-2023.
Figure 2.2 Classification des différentes méthodes de mCDR en fonction de leurs
caractéristiques.
Figure 2.3 Schéma général de l'altération provoquée (AP) et de l'alcalinisation océanique (AO).
Figure 3.1 Schéma des processus du CCS.
Figure 3.2 Carte des projets européens.
Figure 3.3 Résumé des méthodes d'élimination du CO2.
Tableaux
Tableau 1. Bilan des méthodes de mCDR faisant intervenir des organismes marins.
Tableau 2. Bilan des méthodes d?altération et d?alcalinisation.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
LISTES DES ABRÉVIATIONS, ACRONYMES, FORMULES ET SYMBOLES
Abréviation et acronymes
AO Alcalinisation de l?océan (Ocean alkalinization)
AP Altération provoquée (Enhanced weathering)
CCUS Captage, stockage et valorisation du carbone (Carbon Capture Utilization and Storage)
CDR Élimination du dioxyde de carbone (Carbon Dioxide Removal)
GES Gaz à effet de serre
GIEC Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat ; IPCC en anglais
IR Infrarouge
UICN Union internationale pour la Conservation de la Nature
mCDR Élimination du CO2 marin (marine Carbon Dioxide Removal)
OAE Augmentation de l?alcalinité de l?océan (Ocean Alkalinity Enhancement) AO et OAE
sont équivalents dans la littérature scientifique
OIF Fertilisation de l?océan par le fer (Ocean Iron Fertilization)
SNBC Stratégie nationale bas carbone
SRM Modification du rayonnement solaire (Solar Radiation Modification)
ZEE Zone économique exclusive
Formules chimiques
CH4 Méthane
CO2 Dioxyde de carbone
H2O Eau
HCO3
- Ion hydrogénocarbonate
N2O Monoxyde de diazote ou protoxyde d?azote
SO2 Dioxyde de soufre
Unités de mesure - Symboles
tC Tonne de carbone (unité de masse)
1 ktC = 103 tC ; 1MtC = 106 tC ; 1 GtC = 109 tC
Conversion : Les données peuvent également être exprimées en
pétagrammes : 1 PgC = 1015 gC = 1 GtC = 109 tC
tC/an (ou tC.an-1) Tonne de carbone transférée par année (unité de flux) ;
1 MtC/an = 106 tC/an ; 1 GtC/an = 109 tC/an
tCO2 Tonne de CO2 (unité de masse) ;
1ktCO2 = 103 tCO2 ; 1MtCO2 = 106 tCO2 ; 1 GtCO2 = 109 tCO2
tCO2/an (ou tCO2.an-1) Tonne de CO2 transférée par année (unité de flux) ;
1 MtCO2/an = 106 tCO2/an ; 1 GtCO2/an = 109 tCO2/an
Conversion : Les données peuvent être exprimées en quantités de carbone ou
de CO2 ; ces valeurs se déduisent l?une de l?autre en utilisant le rapport de la
masse molaire du CO2 sur celle du carbone. Pour convertir un nombre exprimé
en GtC en GtCO2, il faut le multiplier par 3,666 (M(CO2) /M(C) =
(12 + 2 × 16) /12 = 3,666).
ha Hectare (unité de surface valant 10 000 m2) ; 1 Mha = 106 ha
tC/ha Tonne de carbone par hectare (unité de masse surfacique)
teqCO2/an Tonne d?émission de GES équivalent à une tonne de CO2 émis par année (unité
de masse de GES équivalent CO2) ; 1 MteqCO2/an = 106 teqCO2/an
LEXIQUE
52-53
Albédo : Grandeur sans unité décrivant la
capacité d?une surface à réfléchir les rayons qui
lui parviennent, c?est-à -dire la quantité d?énergie
lumineuse réfléchie par rapport à la quantité
d?énergie lumineuse incidente. Un albédo élevé
signifie une réflexivité importante et, de facto,
une moindre absorption ; ce paramètre joue ainsi
un rôle essentiel dans le bilan radiatif terrestre.
Adaptation (climat) : Ensemble des stratégies
mises en place pour réduire la vulnérabilité des
systèmes humains ou naturels face aux effets du
changement climatique.
Aérosol : Fine particule solide, liquide ou gazeuse,
en suspension dans l?atmosphère.
Afforestation : Plantation d?arbres sur des
surfaces dépourvues de boisement.
Agroforesterie : Pratique agricole associant
arbres, cultures ou animaux sur une même
parcelle, permettant une meilleure utilisation des
ressources, une amélioration de la diversité
biologique et de meilleurs rendements. Cette
pratique favorise la séquestration du carbone.
Alcalinité : Capacité d?un liquide à neutraliser les
acides.
Altération des minéraux silicatés ou carbonatés :
Ensemble de réactions chimiques naturelles ou
accélérées au cours desquelles les minéraux
réagissent avec l?eau et le CO2, et libèrent des
ions. Ces réactions constituent ainsi
d?importantes pompes à CO2 :
Bilan de l?altération des carbonates :
CaCO3 + CO2 + H2O ? 2HCO3
? + Ca2+
Bilan de l?altération du plagioclase :
2CaAl2Si2O8 + 4CO2 + 6H2O
? 2Ca2+ + 4HCO3
? + Si4O10Al4(OH)
Aquifère : Formation géologique perméable
constituant un réservoir d?eau souterraine.
Atténuation : Ensemble des actions visant Ã
limiter le changement climatique en réduisant ou
en évitant les émissions de GES.
Biofilm : Communauté de micro-organismes
adhérant entre eux sur une surface, souvent en
milieux aqueux.
Choc terminal : En cas de déploiement de SRM
puis d?arrêt soudain, l?augmentation des taux de
GES - non interrompue - causerait une
augmentation rapide et dommageable des
températures, avec des effets graves et
d?ampleur mondiale.
Couche de mélange : Partie superficielle de
l?océan brassée sous l?action de l?atmosphère,
dans laquelle les propriétés physico-chimiques de
l?eau (densité, température, salinité) restent
constantes.
Culture intermédiaire : Pratique agricole
consistant à mettre un sol en culture entre la
récolte d?une culture principale et le semis de la
culture principale suivante. Cette culture est
destinée à être restituée au sol et non à être
exportée, afin d?améliorer la couverture du sol et
d?augmenter le stockage du carbone.
Cycle biogéochimique : Processus cyclique de
transport et de transformation d?un élément ou
composé chimique entre les différents réservoirs
terrestres (biosphère, atmosphère, géosphère et
hydrosphère). Chaque cycle est caractérisé par
des réservoirs et les flux qui les relient.
Émission négative : Retrait anthropique actif de
GES de l?atmosphère.
Gaz à effet de serre (GES) : Gaz atmosphériques
(tels que H2O, CO2, CH4, N2O, etc.) qui
absorbent une partie du rayonnement
infrarouge émis par la Terre et le réémettent
dans toutes les directions. Ces gaz sont à l?origine
de l?effet de serre naturel et l?augmentation de
leur concentration dans l?atmosphère est
responsable du réchauffement climatique.
Neutralité carbone (ou zéro émission nette de
CO2) : situation d?équilibre où les émissions de
CO2 anthropiques seraient compensées par la
quantité de CO2 retirée de l?atmosphère et
piégée grâce aux interventions humaines.
Puits de carbone : Tout système capable
d?absorber plus de CO2 qu?il n?en émet.
Reforestation : Replantation d?arbres sur des
surfaces anciennement forestières ayant été
déboisées.
Réservoir de carbone : Compartiment du
système terrestre ayant la capacité de stocker,
d?accumuler ou de libérer du carbone.
Solutions dites fondées sur la nature (définition
de l?Union internationale pour la Conservation de
la Nature (UICN) reprise par le GIEC) : elles
correspondent aux « actions visant à protéger,
gérer de manière durable et restaurer des
écosystèmes naturels ou modifiés pour relever
directement les défis de société de manière
efficace et adaptative, tout en assurant le bien-
être humain et en produisant des bénéfices pour
la biodiversité ».
Stock de carbone : Quantité de carbone
(exprimée en GtC) contenue dans un réservoir
donné à un moment donné.
Temps de résidence : Temps moyen pendant
lequel un élément chimique séjourne dans un
réservoir donné.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
23, quai de Conti - 75006 Paris
academie-sciences.fr
Directeurs de la publication
Étienne Ghys et Antoine Triller
Conception et réalisation graphique
Sophie Gillion et Aurore Lopez
Date de parution : octobre 2025
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C
en
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INVALIDE) (ATTENTION: OPTION ªtre finement broyées, selon un
procédé qui consomme beaucoup d?énergie27. À
l?échelle mondiale28, le déploiement de cette
méthode pour éliminer des quantités
significatives de CO2 impliquerait l?extraction, le
broyage, le transport et l?épandage de milliards
de tonnes de roches. Une telle logistique,
extrêmement lourde, s'accompagne de coûts
très élevés et supposerait l?implication active du
monde agricole pour sa mise en oeuvre concrète
sur le terrain.
Par ailleurs, l?efficacité du processus diminue
dans le temps : la réactivité des minéraux
silicatés s?affaiblit sous l?effet de la réduction de
leur surface réactionnelle effective [Schott et al.,
2024 ; Chen et al., 2025]. Le fer présent à la
surface des minéraux peut également
progressivement s?oxyder, ce qui ralentit
considérablement les vitesses de dissolution et de
captage du CO2. Toutefois, en présence de
biofilms* qui piègent le fer, ce ralentissement
peut être fortement réduit [Gerrits et al., 2020 ;
Vicca et al., 2021].
Alcalinisation de l?océan : principes, atouts et
limites
Principe de l?alcalinisation directe de l?océan et
atouts envisagés
L?alcalinisation de l?océan, ou augmentation de
l?alcalinité océanique (Ocean Alkalinity Enhan-
cement, OAE), est une technique d?élimination du
CO2 qui vise à accroître cette capacité naturelle
de stockage. Elle repose sur l?ajout de minéraux
alcalins (comme l?olivine, la chaux ou des
carbonates) ou sur l?utilisation de procédés
électrochimiques, afin d?augmenter les concen-
trations de carbonates dans l?eau de mer
[Renforth & Henderson, 2017]. L?alcalinisation a
le potentiel de lutter contre l?acidification de
l?océan et permettrait de stocker du carbone sur
des millénaires [Köhler et al., 2013]. Un océan
plus alcalin capte davantage de CO2 qu?il
transforme en carbonates dissous stables sur de
longues périodes [Keller, 2019]. La capacité de
stockage est considérable - plusieurs gigatonnes
de carbone par an [Gattuso et al., 2018] - et
cette approche pourrait être déployée à grande
échelle.
Dans le cas de l?ajout direct de roches ou de
minéraux (silicates, carbonates) à l?eau de mer,
les cations libérés accroissent son alcalinité et
provoquent ainsi la dissolution de CO2
atmosphérique. Pour que cette méthode ait un
effet rapide sur la concentration atmosphérique
de CO2, les minéraux doivent se dissoudre dans
la couche de mélange* présente à la surface de
l?océan29. Cela n?est pas réalisable avec du
calcaire car les eaux de surface sont
naturellement saturées vis-à -vis des carbonates
de calcium (calcite et aragonite)30 et cela
nécessite de broyer très finement (jusqu?Ã
environ 1 micron) les silicates comme l?olivine ou
les basaltes avant leur épandage [Köhler et al.,
2013].
L?électrolyse constitue une méthode alternative,
non naturelle, qui utilise un courant électrique. La
réaction industrielle, dite procédé chlor-alcali,
permet d?augmenter l?alcalinité de l?eau de mer
en injectant des ions sodium et en retirant des
ions chlore, sans modifier significativement la
composition globale de l?eau. Elle transforme
également le CO2 dissous en composés solides
stables31, empêchant leur retour dans l?atmo-
sphère. Ce procédé permettrait de produire
l?urée utilisable comme engrais.
27. Une augmentation de 0,1% de l?alcalinité de l?océan nécessiterait l?apport d?environ 1,4 Gt de calcaire à l?océan. En supposant que
l?énergie nécessaire pour broyer une tonne de calcaire soit d?environ 30 kWh, le broyage nécessite, maintenance comprise, 42 TWh, soit
6,3 milliards d?euros. Le coût du transport serait approximativement de 2,8 milliards d?euros.
28. L?élimination annuelle de 4 Gt de CO2, représentant 10% des émissions fossiles actuelles, nécessiterait l?extraction, broyage et épandage
annuels de plusieurs dizaines à centaines de Gt de basalte ou olivine sur 5 à 20 millions de km2 de sols, suivant la pluviosité envisagée
[Vienne et al., 2022 ; Renforth et al., 2015 ; Cipolla et al., 2021]. Avec un coût de 75-250 ¤/t de CO2 enlevé [Beerling et al., 2020], la
dépense totale annuelle serait de 300 à 1000 milliards d?euros. Les estimations correspondant à l?épandage de calcaire seraient d?une
dizaine à une vingtaine de Gt de roches [Zeng et al., 2022 ; Knapp & Tipper, 2022].
29. L?équilibrage de la couche supérieure de l?océan avec l?atmosphère se produit sur des échelles de temps allant de quelques mois à une
année [Harvey, 2008].
30. La calcite et l?aragonite sont deux formes du carbonate de calcium cristallin. Les océans sont sursaturés par rapport à la calcite et
l?aragonite depuis la surface jusqu?à de grandes profondeurs. Cependant, de la poudre de CaCO3 pourrait être déversée dans les régions
de l?océan où l?épaisseur de la couche d?eau sursaturée est relativement faible (250-500 m) et où la vitesse de remontée des eaux est
élevée (30-300 m/an). Les produits de dissolution des solides entreraient alors dans la couche de mélange en quelques années ou
décennies.
31. Urée et chlorure d?ammonium.
Les obstacles et incertitudes
Les défis concernent :
?L?échelle de mise en oeuvre : la suppression de
10% des émissions annuelles anthropiques de
CO2 nécessite l?apport de plus de 4Gt/an de
silicates à l?océan [Köhler et al., 2013]. Cette
estimation ne prend néanmoins pas en compte
la réduction importante de la vitesse de
dissolution de l?olivine au cours du temps due Ã
l?oxydation du fer à sa surface [Gerrits et al.,
2020].
?Les effets écologiques incertains : l?ajout de
minéraux riches en silicium, fer, magnésium et
calcium (silicates et carbonates) à l?océan
changerait significativement le bilan de ces
éléments et ainsi la chimie de l?eau, le cycle des
nutriments et la biodiversité planctonique
[Hartmann et al., 2023]. Cela pourrait
modifier la dynamique des écosystèmes marins
de façon non anticipée. De plus, l?extraction et
le broyage des minéraux nécessaires Ã
l?alcalinisation pourraient entraîner des
émissions de CO2 et autres conséquences
néfastes sur les environnements terrestres.
?Les coûts énergétiques et logistiques élevés :
le broyage et transport en mer des minéraux
sont coûteux et complexes. Le coût du
transport pourrait être réduit en apportant
l?eau de mer dans des carrières exploitées sur
le continent en utilisant des sources d?énergies
décarbonées plutôt qu?en transportant les
roches.
?L?acceptabilité sociale et la réglementation :
les conséquences environnementales doivent
être soigneusement étudiées avant tout
déploiement à grande échelle.
?Le coût énergétique de l?électrolyse, qui est
considérable, même si l?on associe le
processus aux usines de désalinisation et que
l?on inclut la récupération de l?hydrogène
produit dans le processus et le bénéfice tiré de
la fabrication d'urée32.
Le tableau 2 propose une vue synthétique des
méthodes d?altération et d?alcalinisation
provoquée.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
32. L?électrolyse pour augmenter l?alcalinité de l?océan de 0,1 % nécessiterait 139 000 TWh d?électricité, soit 5 fois la consommation annuelle
mondiale. Le coût énergétique serait d?environ 7 000 milliards d?euros, sans compter les 20 000 milliards d?euros d?infrastructures. L?énergie
récupérable sous forme d?hydrogène est d?environ 51 300 TWh, soit ~37 % de l?énergie consommée.
Méthode Principe Effet Co-bénéfices Potentiel Principaux
défis/dangers
Altération
provoquée
(AP)
Épandage de
roches (sols
agricoles et
zones naturelles)
Captage du CO2
atmosphérique
Fertilisation des
sols et
stabilisation du
pH
Limité par les
très grandes
masses de
roches et
surfaces
d?épandage
requises
Coût énergétique lié Ã
l?extraction, broyage et
transport des roches -
Pollution et menaces en santé
publique liées à accroissement
activités minières - Implication
des agriculteurs
Alcalinisation
de l?océan
(AO)
Ajout de
minéraux alcalins
dans l?océan
Accroissement
de la capacité
de l?océan Ã
absorber CO2
Réduction de
l?acidification de
l?océan
Limité par
masses de
roches requises
et leur transport
par bateaux
Coût énergétique (voir AP) -
Pollution/santé publique (voir
AP) - Potentiel impact sur les
écosystèmes marins -
Nécessité acceptation sociale
et gouvernance mondiale
Électrolyse
de l?eau de
mer
Mise en oeuvre
de réactions
électrochimiques
dans un milieu
réactionnel
confiné pour
modifier le pH de
l?eau de mer
Suppression de
CO2 ou
accroissement
de la capacité
de stockage
CO2 dans l?eau
de mer
? ?
Tableau 2 : Bilan des méthodes d?altération provoquée et d?alcalinisation de l?océan.
30-31
Synthèse et recommandations
L?altération provoquée (AP) et l?alcalinisation de
l?océan (AO) sont deux stratégies permettant
de piéger le CO2 atmosphérique de manière
durable, inspirées de processus naturels et dont
la figure 2.3 donne une vision d?ensemble.
Cependant, leur mise en oeuvre à grande
échelle se heurte encore à plusieurs défis
majeurs.
Figure 2.3 : Schéma général de l'altération provoquée (AP) et de l'alcalinisation océanique (AO). Traduit
d?après Bach et al. [2019].
L?AP et l?AO entraîneraient le rejet de produits issus de la dissolution minérale dans les milieux marins, avec des
conséquences encore largement inconnues pour les écosystèmes marins et les cycles biogéochimiques qui s'y
déroulent. Au cours de l?AP, les produits issus de la dissolution minérale pénètrent dans l'océan principalement
par les fleuves, de sorte que les perturbations se produisent d'abord dans les régions estuariennes et côtières.
Dans le cas de l'AO, les navires de transport pourraient acheminer les minéraux vers les régions côtières ou plus
au large, et les sites de distribution seraient alors les plus fortement touchés.
1. D?évaluer leur efficacité climatique : des recherches approfondies et des expérimentations pilotes sont
nécessaires pour réduire les incertitudes sur leur capacité à diminuer significativement la concentration de
CO2 atmosphérique. Leur efficacité dépend de nombreux facteurs, tels que :
? la vitesse réelle de dissolution des minéraux,
? les dynamiques de transport et de mélange des eaux alcalinisées,
? la faisabilité logistique et économique du déploiement à grande échelle.
2. D?évaluer leurs conséquences environnementales : les effets potentiels sur les sols, les écosystèmes terrestres
et marins doivent être rigoureusement étudiés, en particulier dans le cas de l?alcalinisation de l?océan.
3. D'évaluer les coûts associés et le potentiel pour les réduire : l?extraction, le broyage et le transport des minéraux
impliquent des coûts énergétiques et logistiques importants, qu?il est nécessaire d?optimiser pour rendre ces
méthodes viables. Une question centrale est celle de l?identification de l?échelle à laquelle ces méthodes pourront
être raisonnablement déployées, en tenant compte de toutes les dimensions de soutenabilité et faisabilité.
4. De veiller à obtenir un soutien politique et social : la mise en oeuvre de ces approches nécessite non seulement
des investissements substantiels et un cadre réglementaire adapté, mais aussi l?implication des populations,
notamment dans le cas de l?altération provoquée, qui intervient souvent à proximité des zones habitées.
5. De renforcer les cadres réglementaires internationaux pour anticiper les enjeux de gouvernance, de risques
transfrontaliers et d?acceptabilité des techniques, notamment celles impliquant des manipulations à grande
échelle de l?océan.
Pour cela, l?Académie recommande :
Synthèse des recommandations pour le CDR
Le recours au CDR doit nécessairement s?inscrire
en complément d?une réduction profonde, rapide
et soutenue des émissions de GES. Son rôle est
de réduire les émissions nettes, pour atteindre la
neutralité carbone, voire parvenir à des émissions
nettes négatives pouvant conduire à une
diminution de température ou permettre de
contrebalancer un rejet de carbone issu de
sources naturelles.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
Recommandation CDR 1
Soutenir la recherche sur les différentes méthodes de stockage dans la biomasse vivante terrestre
et les sols, qui sont à ce jour les seules immédiatement implémentables à moindre coût et avec de
nombreux co-bénéfices, afin d?évaluer rigoureusement leur coût, leur efficacité, leur durabilité, leur
acceptabilité sociale et leurs conséquences environnementales.
Recommandation CDR 2
Poursuivre la recherche sur les mécanismes biogéochimiques marins afin d?évaluer la durabilité et
l?efficacité nette des méthodes de stockage qui pourraient être exploitées.
À la lumière de tous ces éléments, l?Académie des sciences recommande de :
Partie 3 : Les méthodes de captage,
stockage et valorisation du CO2 ? CCUS
Préambule : Les méthodes de captage, stockage
et valorisation du CO2 (CCUS, pour Carbon
Capture, Utilization & Storage33) ne relèvent de
la géo-ingénierie climatique que lorsqu?elles
visent à retirer du carbone déjà présent dans
l?atmosphère. En règle générale, elles constituent
avant tout des leviers de décarbonation destinés
à réduire les émissions issues des usages
industriels et énergétiques des combustibles
fossiles.
L?origine et le devenir du carbone capté sont ici
déterminants :
?Quand le CO2 retiré provient directement de
l?atmosphère dans le cas du DACCS (Direct Air
Capture and Storage) ou qu?il a été capté
dans l?atmosphère par la biomasse dans le cas
du BECCS (Bioenergy with Carbon Capture
and Storage), il s?agit bel et bien d?approches
de géo-ingénierie pouvant s?inscrire dans des
méthodes de CDR (Carbon Dioxide Removal)
? qui ont été considérées dans la partie 2 du
présent rapport ? dès lors que le stockage est
durable34;
?À l?inverse, le captage post-combustion,
réalisé à la source des émissions, à la sortie
d?usines ou de centrales, relève d?une logique
d?atténuation.
Smith et al. [2024]35 rappelle cette distinction
et en précise la portée.
Afin de situer l?ensemble des méthodes de
décarbonation susceptibles de contribuer à la
stabilisation des concentrations atmosphériques
de CO2, le présent rapport intègre néanmoins
une présentation des différentes méthodes de
captage, stockage et valorisation du CO2, tout
en reconnaissant qu?elles dépassent le périmètre
strict de la géo-ingénierie climatique. La figure
3.3 replace ces méthodes dans un cadre général.
Dans un premier temps, le présent chapitre
considèrera les méthodes visant le retrait de
carbone de l?atmosphère (prolongeant les
approches de CDR étudiées dans le chapitre 2),
avant d?élargir le périmètre d?étude en
considérant l?ensemble des méthodes de CC(U)S
dans le cadre de la décarbonation de systèmes
énergétiques ou industriels. En effet, une part
importante des émissions dites résiduelles, celles
33. Cet acronyme peut être décomposé en CCS - Carbon Capture & Storage - et CCU - Carbon Capture & Utilization.
34. Ce n?est pas nécessairement le cas : la production de carburants, par exemple, à partir de DAC ne relève pas du CDR car le carbone
retiré repart directement dans l'atmosphère lors de la combustion du carburant qu?il a permis de produire.
35. Voir notamment l?encadré p24 sur la clarification des périmètres de chaque approche.
32-33
qui subsistent malgré la mise en oeuvre des
mesures de réduction et d?atténuation, provient
de secteurs tels que la cimenterie36, les hauts
fourneaux37 ou les raffineries38, où le captage du
CO2 Ã la source constitue l?une des principales
voies de décarbonation. Dans ces secteurs, des
technologies de captage post-combustion,
notamment à partir de fumées concentrées en
CO2, sont relativement matures sur le plan
technique, en particulier dans le cas des
cimenteries. Leur intégration industrielle
continue à se développer.
Le captage direct du CO2 dans l?air - DAC
Cette approche de géo-ingénierie climatique
constitue une piste émergente, encore Ã
développer, mais à fort potentiel en particulier
dans les zones situées à proximité des sites de
stockage. Elle vise à capter le CO2 en très
grandes quantités directement à partir de
l?atmosphère où il est très faiblement
concentré39. Les principales méthodes
proposées sont les suivantes :
?Solvants liquides (potasse caustique) : cette
technologie est mature, avec des installations
pilotes (Carbon Engineering). Elle est efficace,
mais très gourmande en énergie.
?Sorbants solides (amines sur supports) : cette
technologie est commercialisée à petite
échelle (Climeworks). Son efficacité
énergétique est bonne mais la dégradation
des sorbants augmente le coût du processus.
?Carbonatation minérale : cette approche
rejoint le principe de l?altération accélérée
(voir chapitre 3 partie 2). La méthode est
naturelle et stable mais peu contrôlable et
lente. Sa maturité est variable suivant les
procédés (Heirloom en phase de test).
?Électro-swing : cette méthode (MIT, Verdox)
repose sur les propriétés des quinones, qui
absorbent ou libèrent le CO2 selon qu?une
charge électrique positive ou négative leur est
appliquée, sans circulation de courant continu
[Voskian & Hatton, 2019]. Elle est
prometteuse en raison de sa faible
consommation d?énergie : à titre de référence,
l?anthraquinone peut supporter plus de
10 000 cycles, avec un coût de captage
estimé autour de 100 ¤/tCO2.
Les méthodes de valorisation du CO2 - CCU
Le CCU (selon l?acronyme de Carbon Capture
and Utilization) correspond aux méthodes
industrielles qui capturent le CO2 pour le
convertir en produits. Si le CCU utilise du CO2 issu
de l'atmosphère, cela peut relever du CDR Ã
condition que le stockage soit durable (ex.
agrégats de béton). Dans les faits néanmoins, la
plupart des produits (gazéification, carburants,
etc.) ont une durée de vie courte (le CO2 extrait
de l'atmosphère est ainsi relargué très vite).
Toute méthode de valorisation du CO2 se heurte
à une difficulté fondamentale : comme l?eau et la
chaleur, le CO2 est un déchet ultime, produit final
de nombreuses réactions chimiques spontanées
ou provoquées (combustion, respiration ou
fermentation), ainsi que d?activités industrielles
(production de ciment ou d?acier par exemple).
Revenir en arrière dans un processus de
transformation implique inévitablement
l?utilisation d?une source d?énergie. Ainsi, des
carburants peuvent être produits à partir du CO2
en utilisant les surplus d?énergie ; la biomasse
peut être convertie en biocarburants tout en
captant le CO2 émis et en le stockant dans des
réservoirs géologiques, ou être conservée sous
forme solide grâce à la pyrolyse, qui produit un
résidu carboné appelé biochar, ensuite enfoui
dans les sols. Ces procédés, regroupés sous
l?appellation BECCS (Bioenergy with Carbon
Capture and Storage), permettent ainsi de
générer de l?énergie tout en retirant durablement
du carbone de l?atmosphère. Seule une partie du
CO2 utilisé est effectivement soustraite, au prix
d?une consommation importante d?énergie qui
devra être décarbonée (solaire, éolienne,
nucléaire).
36. La réaction de décarbonatation du calcaire (CaCO3 ? CaO + CO2) lors de la fabrication du ciment est à l?origine d?une part importante
des émissions de CO2 de cette industrie.
37. Par exemple, la réaction de réduction chimique du minerai de fer (Fe2O3 + 3CO ? 2Fe + 3CO2) dans les hauts fourneaux pour la
sidérurgie est à l?origine d?une part importante des émissions de CO2 de cette industrie.
38. Par exemple, le torchage, utilisé dans l?industrie pétrolière pour évacuer, en le brûlant, le gaz naturel qui s'échappe lors de l'extraction
du pétrole conduit alors à la formation de CO? (CH4+2O2 ? CO2+2H2O).
39. La concentration du CO2 dans l?atmosphère est de 442 ppm, soit 0,042%.
Par ailleurs, de l?hydrogène peut être produit
pour être combiné à du CO2 (par exemple issu de
l?extraction directe ou du captage à la source)
pour fabriquer du méthane ou du méthanol. La
combustion des carburants libère à nouveau du
CO2 qui retourne à l?atmosphère.
Le CCU est souvent présenté comme une voie
prometteuse en substitut à l?usage de matières
premières fossiles en utilisant le CO2 capté
comme matière première pour la production de
matériaux de construction et de produits
chimiques de synthèse. En particulier, le CO2
peut être utilisé pour synthétiser de l?urée,
engrais largement répandu. Le processus de
synthèse de l?urée à partir du CO2 et de NH3
(ammoniac) est connu sous le nom de procédé
Bosch-Meiser. La synthèse préalable de
l?ammoniac à partir d?azote et d?hydrogène par
le procédé Haber-Bosch rend l?ensemble du
procédé extrêmement coûteux en énergie.
Transformer le CO2 en produits utiles peut avoir
un intérêt économique, mais contribue peu à la
lutte contre le changement climatique.
Aujourd?hui, la principale méthode de
valorisation est la récupération assistée
d?hydrocarbures (EOR pour Enhanced Oil
Recovery), qui consiste à injecter du CO2 dans
des gisements de pétrole pour augmenter le
rendement de l?extraction. Cette méthode n?a un
bilan positif que si la quantité de CO2 injectée est
supérieure aux émissions liées à l?extraction, au
raffinage et à la combustion du pétrole ainsi
produit. Son efficacité est très variable et dépend
fortement des caractéristiques du réservoir, du
type de pétrole et des conditions locales.
Le stockage du CO2 - CCS
La figure 3.1 propose une vue d?ensemble des
processus du CCS40.
Les étapes du stockage de CO2
Une fois capté, un préalable au stockage du CO2
consiste généralement à faire passer ce gaz sous
forme supercritique41. Ce processus consiste Ã
chauffer le gaz au-dessus de 31°C et à le
comprimer à une pression supérieure à 74 bars.
Dans cet état, le CO2 possède la densité d?un
liquide, ce qui permet de réduire son volume, tout
en lui conservant sa capacité de circuler comme
un gaz, ce qui facilite son injection. Cette
transformation est particulièrement utile dans les
techniques de stockage géologique du carbone,
car elle facilite l?injection du CO2 dans les
formations rocheuses poreuses du sous-sol, tout
en améliorant sa stabilité à long terme.
Les méthodes de stockage du CO2 (CCS)
consistent à séquestrer le CO2 dans le sous-sol
terrestre pour de longues périodes. Cette
technologie s?inspire du fonctionnement des
réservoirs géologiques naturels de carbone, qui
contiennent du charbon, du pétrole ou du gaz,
combustibles fossiles qui ont été et sont encore
extraits puis brûlés, à l?origine des émissions de
CO2 anthropiques depuis la révolution
industrielle. Le CO2 est injecté dans des
formations géologiques profondes (plus de
800 m), perméables, capables d?accueillir le gaz
sous forme de fluide supercritique. Ces
formations doivent être surmontées de couches
imperméables qui assurent la rétention à long
terme. Une fois injecté, le CO2 interagit avec les
roches hôtes poreuses, où, suivant la nature
géologique du réservoir, il peut rester piégé
pendant des centaines voire des milliers ou
millions d?années. Dans certains cas, il peut se
stabiliser en partie sous la forme de carbonates
solides.
La capacité des réservoirs souterrains à stocker
le CO2 sans fuite est un enjeu essentiel, objet de
nombreuses recherches. Certaines roches,
comme les basaltes, les péridotites ou les roches
riches en feldspaths, réagissent avec le CO2 pour
former des carbonates stables, assurant une
bonne étanchéité. D?autres, telles que les
dolomies ou les grès, sont moins réactives et
présentent un risque de fuite. Une surveillance
continue est donc indispensable pour prévenir
des incidents technologiques ou sismiques et elle
permettra de renforcer l?acceptabilité publique
du stockage. Le stockage sous-marin apparaît
comme une option privilégiée.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
40. Voir également Czernichowski-Lauriol I. (2020) Captage et Stockage du CO2 : le puits de carbone géologique (CO2 Capture and Storage:
the geological carbon sink). Comptes Rendus Géoscience de l'Académie des Sciences. https://doi.org/10.5802/crgeos.20.
41. Le CO2 peut également être injecté sous forme dissoute dans l?eau.
https://fra01.safelinks.protection.outlook.com/?url=https%3A%2F%2Fdoi.org%2F10.5802%2Fcrgeos.20&data=05%7C02%7CJuliette.ROCHET%40academie-sciences.fr%7C2fea8af42c574fdc933508ddc602bd19%7C943e1e081a884fc4a18372acb519a477%7C1%7C0%7C638884437274903217%7CUnknown%7CTWFpbGZsb3d8eyJFbXB0eU1hcGkiOnRydWUsIlYiOiIwLjAuMDAwMCIsIlAiOiJXaW4zMiIsIkFOIjoiTWFpbCIsIldUIjoyfQ%3D%3D%7C0%7C%7C%7C&sdata=SyOX2vT6rLK0SFurQwaVBNH4Uv%2FJ0L6Z745fE1gK47k%3D&reserved=0
34-35
Il existe un certain nombre de projets
préliminaires portant sur la minéralisation directe
du CO2 dans les roches riches en magnésium,
notamment les laves basaltiques [Kelemen et al.,
2019]. En particulier, le projet CarbFix en Islande
a démontré l'injection de CO2 et sa
minéralisation effective dans des roches
basaltiques à des profondeurs allant de 300 Ã
1 000 mètres. Les quantités de carbone stocké
sous forme dissoute et minérale solide sont bien
moindres que celles stockées sous forme
principalement supercritique et dissoute comme
à Sleipner [Kelemen et al., 2019].
Chaque tonne de CO2 nécessite environ 25 t
d'eau pour le processus d'injection. Ce CO2 réagit
avec le calcium et le magnésium présents dans la
roche basaltique pour former des minéraux
carbonatés très stables. 95% du CO2 injecté est
ainsi minéralisé en l'espace de deux ans, ce qui
est beaucoup plus rapide que ce que prévoyaient
les estimations initiales.
Le CO2 injecté par CarbFix provient d'une
centrale géothermique. Climeworks est une
entreprise suisse pionnière dans la technologie
du DAC. Elle développe et exploite des unités
capables de filtrer le CO2 présent dans
l?atmosphère à l?aide de matériaux adsorbants.
Le CO2 ainsi capté peut être soit réutilisé dans
des procédés industriels, soit stocké de manière
permanente dans des formations géologiques
profondes. En 2021, Climeworks a inauguré en
Islande Orca, la plus grande usine de DAC en
activité au monde. Située près de la centrale
géothermique de Hellisheiði, Orca vise à éliminer
4 ktCO2/an en le captant directement dans l'air
et en le minéralisant et en le stockant dans les
roches basaltiques islandaises [Kelemen et al.,
2019] grâce à la technologie de l?entreprise
Carbfix, transformant le gaz en roche solide en
quelques années. Cependant, l?usine n'a pas
atteint 1 ktCO2/an d'élimination nette depuis le
début de son exploitation en 2021 et les
perspectives sont très incertaines42.
42. https://www.swissinfo.ch/eng/climate-solutions/why-swiss-carbon-removal-start-up-climeworks-faces-serious-headwinds/89386618.
Figure 3.1 : Schéma des processus du CCS. Modifié d?après BRGM.
https://www.swissinfo.ch/eng/climate-solutions/why-swiss-carbon-removal-start-up-climeworks-faces-serious-headwinds/89386618
Le potentiel de stockage de CO2
Les références scientifiques disponibles sur ces
technologies demeurent relativement limitées et
ce chapitre s?appuie sur une compilation des
sources les plus pertinentes actuellement
disponibles, et notamment sur l?avis du Haut
Conseil pour le Climat [HCC, 2023]. Le rapport
se focalise, non sur une vision des efforts Ã
l?échelle globale, qui sont largement hors
d?atteinte de notre communauté nationale, mais
sur l?échelle française et l?échelle européenne qui
offre plus d?opportunités pour les politiques, les
décideurs et les investisseurs. Les chiffres
globaux serviront surtout de référence.
Le CCS est une technologie de décarbonation
encore marginale mais, comme en témoignent
plusieurs projets industriels et pilotes, éprouvée.
Le déploiement de cette technologie au plus près
des principaux pôles industriels devrait constituer
une priorité à l?échelle mondiale. Le rapport du
HCC [2023] fait état de 17 installations
opérationnelles dans le monde. Il s?agit, par
exemple, du projet d?Equinor à Sleipner sous la
mer du Nord, où 1 MtCO2 par an est injecté sous
terre dans un aquifère* salin profond depuis
1996, ou du projet de Total Energies à Lacq-
Rousse où 51 ktCO2 ont été injectées dans un
ancien réservoir de gaz entre 2010 et 2013.
Dans le monde
La capacité maximale de stockage géologique
de CO2 à l?échelle mondiale pourrait atteindre
16 GtCO2/an d?ici 2050 [Zhang et al., 2024].
Cette estimation repose néanmoins sur des
hypothèses ambitieuses concernant le rythme de
déploiement technologique, la disponibilité des
formations géologiques adaptées et, jusqu?à une
date récente43, la contribution majeure des
États-Unis, qui devaient représenter à eux seuls
environ 60% de ce total. Cette valeur représente
un peu moins de la moitié des émissions annuelles
de CO2 mondiales (37 GtCO2 en 2023).
Néanmoins, dans des scénarios plus réalistes,
tenant compte des contraintes géologiques,
économiques et politiques actuelles, l?étude de
Gidden et al. [2025] fixe une limite planétaire Ã
environ 1 460 Gt de stockage de CO2, sur la
base d'une analyse spatiale explicite et fondée
sur les risques du stockage du carbone dans les
bassins sédimentaires.
Les projets peuvent être développés à l'échelle
mondiale et pourraient être importants dans des
régions telles que les Émirats Arabes Unis, où il
existe d?abondantes roches basaltiques. Il en est
de même pour l'Arabie Saoudite qui dispose de
roches basiques abondantes à proximité de la
mer Rouge (la disponibilité d'eau de mer en
abondance est en effet un point crucial).
En Europe
L?Europe et la France ont joué un rôle moteur
dans la compréhension des enjeux scientifiques,
techniques et sociétaux du CCS. La France
dispose de compétences et d'infrastructures,
notamment dans ses régions industrielles, mais
son potentiel (1,5 Ã 8,6 GtCO2 [HCC, 2023]) est
modeste par rapport à ses partenaires nord-
européens (capacité potentielle d'environ
350 GtCO2 des bassins de la mer du Nord) [EU
GeoCapacity, 2009]. La France participe
toutefois activement à des initiatives de
coopération européenne pour mutualiser l?accès
aux capacités de stockage de la mer du Nord,
notamment en lien avec ses partenaires
nordiques et le secteur industriel.
Comme le montre la figure 3.2, l'Europe est
avancée dans ses projets pilotes de CCS,
notamment à la faveur de l'évaluation du
potentiel offshore de la mer du Nord. Ce potentiel
de stockage de CO2 en Europe est important et
estimé à environ 360 GtCO2 (1/3 onshore, 2/3
offshore) [EU GeoCapacity, 2009], soit un millier
d?années d?émissions françaises de CO2 au
rythme de 2023. En particulier, les sites au large
de la Norvège exploités par le groupe pétrolier
norvégien Equinor (anciennement Statoil)
pourraient contenir un stockage conséquent
pour une grande partie de l'Europe dans un
avenir proche [European Commission, 2018]. La
France (France GRT Gaz), par exemple,
collabore avec Equinor pour connecter le centre
industriel de Dunkerque à leurs sites de stockage.
Un terminal dédié au CO2 est en cours de
développement à Loon-Plage, avec une mise en
service prévue pour 2028 [Clean Air Task,
2022]. Ce terminal aura une capacité de
traitement de 1,5 MtCO2/an (phase 1) jusqu?Ã 5
à 7 MtCO2/an à partir de 2026, facilitant ainsi
l?exportation du CO2 capté vers des sites de
stockage en mer du Nord. D'autres pays
européens, et notamment l'Allemagne, envisagent
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
43. L?arrêt des financements de l?IRA décidé par l?administration Trump invite à revoir à la baisse ces estimations.
36-37
de transporter leur CO2 vers des sites de stockage
souterrains et sous-marins en mer du Nord [EU
GeoCapacity, 2009]. La figure 3.2 fournit un
aperçu de l?ensemble des projets européens, en
développement ou opérationnels.
En France
La France dispose dans son sous-sol de
nombreux gisements naturels de CO2 présents
depuis des millions d?années (notamment dans la
vallée du Rhône), ainsi que des sources d?eaux
carbo-gazeuses (Perrier, Badoit, etc.). La
présence de CO2 est liée à la remobilisation de
matériaux à la suite d'événements tectoniques
alpins et du volcanisme dans le Massif central.
Ces formations ont permis de mieux comprendre
les mécanismes de piégeage et de migration du
CO2.
Le site gazier de Lacq, dans les Pyrénées-
Atlantiques, a également servi de pilote pour le
CCS. Bien qu?il soit éloigné des grands bassins
d?émissions, son héritage reste structurant, en
particulier pour le projet Pycasso, récemment
abandonné. Ce site a été déclassé en 2008.
D'autres bassins géologiques, comme celui de
Paris (incluant la région Lorraine), présentent un
fort potentiel de stockage et font l?objet d?études.
Le potentiel total de stockage en France est
estimé à 8,6 GtCO2, équivalent à deux ans
d?émissions nationales. Le Bassin parisien est
particulièrement favorable : il dispose d?aquifères
souterrains peu exploités pour d?autres usages et
est proche de nombreux sites industriels. En
revanche, la capacité nationale reste faible
comparée à d'autres pays, notamment ceux
disposant d?un accès à des stockages offshore
massifs (cf. section sur l?Europe ci-avant).
Le stockage en France à terre ou en mer devrait
être possible et des études approfondies sont
nécessaires pour évaluer le potentiel [BRGM-
EVASTOCO2, 2025]. Des projets de captage et
d'exportation sont en cours. Les installations
industrielles peuvent certainement contenir le
CO2 qu?elles produisent. C?est le cas de la
Figure 3.2 : Carte des projets européens. Traduit d?après Clean Air Task [2024].
décarbonisation du bassin de Dunkerque,
actuellement en phase de préprojet avec Air
Liquide. Dans les Pays de la Loire (projet
GOCO2), le CO2 devrait être exporté et stocké
sous la mer du Nord.
Le CCS est avant tout un outil d?évitement
d?émissions de CO2. Il revêt un intérêt stratégique
pour la décarbonation des grands sites
industriels fortement émetteurs et concentrés,
pour lesquels les alternatives décarbonées sont
aujourd?hui inexistantes ou limitées. Son potentiel
demeure restreint et concerne à ce jour
essentiellement les cimenteries [HCC, 2023].
Les limites, risques et objections
Si le site de stockage géologique est
correctement sélectionné et géré, le CO2 peut
être isolé de manière permanente de
l'atmosphère [IPCC, 2022b]. Les risques
techniques liés au stockage sont considérés
comme minimes, Ã condition que :
?La qualité des sites soit rigoureusement
évaluée (capacité, enfouissement sous-marin,
proximité des sites d?émission, fuites
minimales, acceptation sociale),
?Une surveillance géophysique et géochimique
des formations souterraines soit assurée,
?Les éventuelles fuites, notamment celles qui
pourraient ne se manifester qu?Ã long terme,
soient suivies et maîtrisées.
Par ailleurs, le coût énergétique, la
consommation d?eau et d?intrants chimiques
associés doivent être maîtrisés. En particulier, les
besoins additionnels en eau sont actuellement de
l?ordre de 2 à 4m3 d?eau/tCO2 capturé [HCC,
2023], ce qui constitue un aspect important Ã
prendre en compte face aux tensions croissantes
sur la ressource en eau dans un climat plus
chaud.
Si le BECCS peut, en principe, contribuer aux
émissions négatives, la technologie se heurte à la
concurrence pour l?usage des terres. Le
développement des biocarburants se fait déjà au
détriment de la sécurité alimentaire, de la
préservation de la biodiversité et d?autres
services écosystémiques, ce qui rend nécessaire
l?établissement de choix clairs.
Par ailleurs, les modalités de transport éventuel
du CO2 entre les sites de production et les sites
d?enfouissement (pipelines, camions, bateaux),
ainsi que les coûts associés, demeurent
incertains, et le raccordement entre les sites
d?émission et les sites de stockage constitue un
enjeu logistique et économique majeur.
L?acceptabilité du CCS reste également un point
sensible, notamment dans les territoires qui
devront accueillir les sites de stockage. Elle
requiert des recherches en sciences humaines et
sociales sur les méthodes de délibération et de
médiation, champs qui ne sont pas discutés dans
le présent rapport.
Enfin, le DAC requiert de grandes quantités
d?énergie. L?électricité bas-carbone disponible
doit pourtant être utilisée prioritairement pour
remplacer le recours aux combustibles fossiles
(décarbonation des usages) et ainsi réduire
directement les émissions de GES, avant de
pouvoir être allouée au DAC.
Synthèse et recommandations
Le CCS constitue une option de réduction des
émissions des grandes sources fossiles et
industrielles, sous réserve de la disponibilité de
sites de stockage géologique adaptés et
socialement acceptés. Son déploiement doit
cibler en priorité les secteurs pour lesquels il
n?existe pas encore d?alternatives techniquement
et économiquement viables, ou dont les solutions
de substitution bas-carbone, comme
l?hydrogène, ne sont pas matures. Les
cimenteries apparaissent aujourd?hui comme la
cible prioritaire.
La mise en oeuvre du CCS se heurte aujourd?hui
à des obstacles technologiques, économiques,
institutionnels, environnementaux et sociétaux.
Les taux mondiaux actuels de déploiement pour
les secteurs difficiles à décarboner demeurent
largement inférieurs à ceux prévus dans les
scénarios modélisés visant à limiter le
réchauffement climatique à 1,5 °C ou 2 °C [IPCC,
2023].
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
38-39
1. D?accélérer l?identification et la caractérisation des capacités de stockage géologique en France et en
Europe.
Une meilleure connaissance du sous-sol est indispensable pour planifier un déploiement sécurisé et
efficace du stockage de CO2. Ces mesures impliquent de mener des campagnes d?exploration
approfondies, de disposer de bases de données géologiques ouvertes, fiables et actualisées, et d?établir
un cadre réglementaire stable et sécurisé pour permettre la mise en service et le suivi des sites de
stockage géologique du CO2.
2. De renforcer la recherche et l?expérimentation sur le captage direct du CO2 atmosphérique (DAC).
Il s?agit en particulier d?en déterminer les coûts, potentiels, limites et faisabilité.
3. De garantir la transparence et d?améliorer les méthodes de délibération ou de participation du public.
L?acceptabilité sociale et environnementale de tout projet de stockage nécessite un dispositif rigoureux
de suivi, de transparence et de communication. L?implication des parties prenantes locales et du monde
éducatif, et la mise en place de dispositifs de gouvernance partagée sont indispensables pour garantir
la légitimité et la durabilité des projets.
À la lumière de ces éléments, l?Académie des sciences recommande :
Figure 3.3 : Résumé des méthodes d'élimination du CO2. Cette figure décrit, pour chacune, le processus de
captage et le réservoir de stockage, sa classification en tant que méthode conventionnelle ou innovante, son
niveau actuel de maturité technologique en vue d?un déploiement à grande échelle, son potentiel maximal
d'atténuation (élevé : > 9 GtCO2/an ; modéré : 3-9 GtCO2/an ; faible : < 3 GtCO2/an) et sa durée caractéristique
de stockage. Traduit d?après Smith et al. [2024].
Conclusion
L'ensemble des travaux de modélisation du climat
et la compréhension du fonctionnement physique
du climat, sur lesquels s'appuient les évaluations
du GIEC, indiquent que, sans une réduction
drastique des émissions de GES, la température
moyenne mondiale pourrait dépasser les objectifs
critiques fixés par l?Accord de Paris44, entraînant
des effets délétères irréversibles sur les
écosystèmes et les sociétés humaines.
Dans ce contexte, la géo-ingénierie climatique ne
constitue ni une alternative à la réduction des
émissions de GES, ni une solution technologique
miracle. Elle regroupe un ensemble de
technologies très diverses, dont certaines
peuvent constituer des options complémentaires
à la réduction des émissions et à l?adaptation Ã
considérer avec prudence, tandis que d?autres
suscitent une vive inquiétude.
L?analyse menée par l?Académie des sciences, Ã
la lumière des auditions d?experts reconnus dans
les domaines concernés et d?une revue de la
littérature scientifique disponible, montre
qu?aucune de ces approches ne peut aujourd?hui
être déployée à grande échelle sans incertitudes
scientifiques majeures, impacts environne-
mentaux potentiels, dont certains irréversibles,
entraînant des risques géopolitiques sérieux.
Les techniques de modification du rayonnement
solaire (SRM), qui visent à renvoyer davantage
de rayonnement solaire vers l'espace45,
s?attaquent aux symptômes du réchauffement et
non à ses causes, et ne permettent, au mieux,
qu?un effet de refroidissement net temporaire sur
le climat terrestre. Le risque de ?choc terminal?,
réchauffement global rapide en cas d?arrêt du
SRM alors que les concentrations atmosphé-
riques de GES restent élevées, est majeur. Il
entraînerait des perturbations climatiques
soudaines, auxquelles ni les sociétés ni la
biodiversité ne pourraient s?adapter. Ces
techniques posent des questions majeures
d?ordre éthique, sociétal et géopolitique, en
raison de leurs effets potentiellement rapides,
globaux ? les aérosols émis dans l?atmosphère
n?ayant pas de frontières ? dévastateurs et
difficilement réversibles.
En contrepoint, les méthodes d'élimination et
stockage à long terme du carbone (CDR)
s?attaquent effectivement à la cause du
changement climatique. Celles-ci apparaissent
nécessaires à moyen terme pour compenser les
émissions résiduelles difficiles à éviter et,
potentiellement, pour ramener la température
sous les seuils fixés en cas de dépassement.
Toutefois, leur efficacité, leur faisabilité à grande
échelle, leur coût et leurs répercussions
environnementales font encore l?objet de
nombreuses incertitudes. Certaines techniques
sont scientifiquement étayées, facilement
implémentables et permettraient de stocker une
part significative de nos émissions à un coût
modeste (stockage de matière organique et
biochar dans le sol), alors que d?autres sont
encore très spéculatives et non matures
technologiquement.
Par ailleurs, les méthodes de captage, stockage
et valorisation du carbone (CCUS), qui visent Ã
réduire les émissions résiduelles des activités pour
lesquelles il n?existe pas de technologie bas-carbone
accessible techniquement ou économiquement, et,
dans une moindre mesure, Ã capter directement du
CO2 dans l?atmosphère, grâce à des technologies
encore émergentes, relèvent davantage d?un
levier de décarbonation que d?une méthode de
géo-ingénierie climatique à grande échelle au
sens strict. Une fois capté, le CO2 peut être
valorisé comme matière première pour fabriquer
divers produits, se substituant ainsi à l?utilisation
de ressources carbonées fossiles, mais avec un
effet climatique qui dépend de la durée de vie du
produit, du type de produit qu'il remplace et de
la source de CO2. Le CO2 peut aussi et surtout
être stocké durablement dans des formations
géologiques adaptées : le potentiel de stockage
mondial est important mais dépend de contraintes
géologiques, économiques et sociétales. En France
et en Europe, plusieurs projets pilotes sont en
cours, notamment autour de la mer du Nord, qui
offre un potentiel de stockage offshore important.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
44. Nous l?avons dit, les objectifs de l'accord de Paris (limiter le réchauffement sous 2°C et aspiration à renforcer les efforts pour le limiter Ã
1,5°C) ont été déterminés par rapport au lien entre chaque incrément supplémentaire de réchauffement et l'aggravation de risques
climatiques sévères. Les récents rapports du GIEC ont montré une réévaluation à la hausse de la sévérité de ces risques, pour un même
niveau de réchauffement.
45. Ou, pour certaines, à laisser échapper davantage de rayonnement infrarouge depuis la Terre.
40-41
L?Académie des sciences considère dès lors que
certaines méthodes de CDR et de CCUS peuvent
constituer des outils complémentaires aux efforts
de réduction des émissions de CO2 ; elles ne
sauraient toutefois, en aucun cas, s?y substituer.
L?Académie des sciences recommande :
S?agissant des méthodes de modification du
rayonnement solaire (SRM), de :
Recommandation SRM 1
Promouvoir un accord international visant Ã
interdire toute initiative, publique ou privée, de
déploiement du SRM, quel qu?en soit le cadre ou
l?échelle. Pour ce faire, l?ensemble de la
communauté scientifique devra être impliquée.
Recommandation SRM 2
Soutenir et approfondir les recherches sur le climat,
les processus physico-chimiques de l?atmosphère
et la biodiversité afin de pouvoir évaluer
rigoureusement le potentiel et les risques du SRM.
Recommandation SRM 3
Renforcer la recherche sur les questions éthiques,
les risques et les mesures d?atténuation des
risques liés à toute forme d?expérimentation
climatique, que l?Académie des sciences rejette
explicitement quels qu?en soient l?échelle, la
nature ou l?initiateur.
Par ailleurs, la recherche sur le climat, sa
perturbation par les activités humaines et sa
modélisation devant bénéficier d'un soutien
prioritaire (recommandation SRM 2), l'Académie
des sciences considère donc qu'il est inutile de
labelliser une recherche spécifiquement SRM qui,
en outre, n'a aucune légitimité en tant qu'option
d'intervention.
S?agissant des méthodes d'élimination et
stockage à long terme de carbone (CDR), de :
Recommandation CDR 1
Soutenir la recherche sur les différentes
méthodes de stockage dans la biomasse vivante
terrestre et les sols, qui sont à ce jour les seules
immédiatement implémentables à moindre coût
et avec de nombreux co-bénéfices, afin d?évaluer
rigoureusement leur coût, leur efficacité, leur
durabilité, leur acceptabilité sociale et leurs
conséquences environnementales.
Recommandation CDR 2
Poursuivre la recherche sur les mécanismes
biogéochimiques marins afin d?évaluer la
durabilité et l?efficacité nette des méthodes de
stockage qui pourraient être exploitées.
S?agissant des méthodes de captage, stockage
et valorisation du carbone (CCUS), de :
Recommandation CCUS 1
Accélérer l?identification et la caractérisation des
capacités de stockage géologique en France et
en Europe.
Recommandation CCUS 2
Concernant le captage direct du CO2
atmosphérique (DAC) : renforcer la recherche
technologique et l?expérimentation tout en
clarifiant les conditions de faisabilité d?ordre
économique et environnemental.
Par ce rapport, l?Académie des sciences
réaffirme son engagement à mettre la science au
service de la décision politique, non comme un
instrument de justification de solutions risquées,
mais comme un outil d?orientation vers des
politiques climatiques responsables, Ã la hauteur
des défis à venir.
Cette contribution a pour objectif d?alimenter un
débat éclairé sur le rôle potentiel de la géo-
ingénierie dans les stratégies climatiques à venir.
Si ce document ne se substitue pas à la lecture
des rapports spécialisés issus des travaux des
experts en climatologie, il vise à offrir un support
de réflexion pour mieux appréhender les enjeux
politiques, sociaux et environnementaux liés Ã
ces technologies.
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https://doi.org/10.1016/j.earscirev.2021.103915
LISTE DES CONTRIBUTEURS
48-49
Auteurs - Par ordre alphabétique
Francis ALBARÈDE (pilote du groupe de réflexion sur la géo-ingénierie climatique)
Jean-Claude ANDRÉ
Edouard BARD
Sandrine BONY
Laurent BOPP
Isabelle CHUINE
Philippe CIAIS
Isabelle CZERNICHOWSKI-LAURIOL
Jean-Claude DUPLESSY
Jean JOUZEL
John LUDDEN
Valérie MASSON-DELMOTTE
Jacques SCHOTT
Coordination de la rédaction
Juliette ROCHET
Illustrations
Oksana PISHKO
Secrétariat éditorial
Florent GOZO
Erika PIETRYKOWSKI
Juliette ROCHET
Membres du Comité des Sciences de l?environnement de l?Académie des sciences :
Membres de l?Académie des sciences
Francis ALBARÈDE
Jean-Claude ANDRÉ
Edouard BARD
Lydéric BOCQUET
Sandrine BONY
Laurent BOPP
Anny CAZENAVE
Marie-Lise CHANIN
Isabelle CHUINE
Philippe CIAIS
Vincent COURTILLOT
Michel DELSENY
Jean-Claude DUPLESSY (président du Comité)
Robert GUILLAUMONT
Philippe JANVIER
Jean JOUZEL
Jacques LASKAR
Sandra LAVOREL
Jean-Dominique LEBRETON
Ludwik LEIBLER
Yvon LE MAHO
Hervé LE TREUT
Daniel MANSUY
Valérie MASSON-DELMOTTE
Bernard MEUNIER
René MOREAU
Henri ROCHEFORT
Philippe TAQUET
Alain-Jacques VALLERON
Olivier BOUCHER
John LUDDEN
Anni MÄÄTTÄNEN
Jacques SCHOTT
Personnalités extérieures
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
EXPERTS AUDITIONNÉS
Philippe CIAIS
Membre de l?Académie des sciences, DR CEA, Laboratoire des sciences du climat et de l?environnement
LSCE (CEA/CNRS/Université Versailles Saint-Quentin), Institut Pierre Simon Laplace.
Auditionné le 18/12/23
Olivier BOUCHER
DR CNRS, Co-fondateur de Klima consulting, start-up à l'intersection entre météorologie, climat et
méthodes d'optimisation et IA.
Auditionné le 22/01/24
Anni MÄÄTTÄNEN
DR CNRS, Laboratoire Atmosphères & Observations spatiales LATMOS (Université Versailles
Saint-Quentin, Sorbonne Université, CNRS, Université Paris-Saclay).
Auditionnée le 22/01/24
Laurent BOPP
DR CNRS, Laboratoire de météorologie dynamique (CNRS/École polytechnique/ENS-PSL/Sorbonne
Université) de l?Institut Pierre-Simon Laplace.
Élu à l?Académie des sciences en janvier 2025.
Auditionné le 12/02/24
Claire CHENU
DR INRAE, Science du sol, biogéochimie, matières organiques.
Auditionnée le 25/03/24
Jacques SCHOTT
DR émérite CNRS, Laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET/OMP ? CNRS/CNES/
Université Toulouse III-Paul Sabatier/IRD/Météo France).
Auditionné le 29/04/24
Jean JOUZEL
Membre de l?Académie des sciences, DR émérite CNRS, Laboratoire des sciences du climat et de
l?environnement, CEA, Gif-sur-Yvette. Vice-président du GIEC.
Auditionné le 27/05/24
Valérie MASSON-DELMOTTE
DR CEA, Laboratoire des sciences du climat et de l?environnement (CEA/CNRS/Université Versailles
Saint-Quentin).
Élue à l?Académie des sciences en janvier 2025.
Auditionnée le 06/11/24
Wolfgang CRAMER
DR CNRS, Institut méditerranéen de biodiversité et d?écologie marine et continentale (IMBE) à Aix-
en-Provence.
Auditionné le 06/11/24
50-51
LISTE DES FIGURES ET TABLEAUX
Figures
Figure 1.1 Les principaux éléments du bilan radiatif terrestre.
Figure 1.2 Les options technologiques proposées pour le SRM.
Figure 2.1 Schéma de la perturbation globale du cycle du carbone causée par les activités
anthropiques, à l?échelle mondiale pour la décennie 2014-2023.
Figure 2.2 Classification des différentes méthodes de mCDR en fonction de leurs
caractéristiques.
Figure 2.3 Schéma général de l'altération provoquée (AP) et de l'alcalinisation océanique (AO).
Figure 3.1 Schéma des processus du CCS.
Figure 3.2 Carte des projets européens.
Figure 3.3 Résumé des méthodes d'élimination du CO2.
Tableaux
Tableau 1. Bilan des méthodes de mCDR faisant intervenir des organismes marins.
Tableau 2. Bilan des méthodes d?altération et d?alcalinisation.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
LISTES DES ABRÉVIATIONS, ACRONYMES, FORMULES ET SYMBOLES
Abréviation et acronymes
AO Alcalinisation de l?océan (Ocean alkalinization)
AP Altération provoquée (Enhanced weathering)
CCUS Captage, stockage et valorisation du carbone (Carbon Capture Utilization and Storage)
CDR Élimination du dioxyde de carbone (Carbon Dioxide Removal)
GES Gaz à effet de serre
GIEC Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat ; IPCC en anglais
IR Infrarouge
UICN Union internationale pour la Conservation de la Nature
mCDR Élimination du CO2 marin (marine Carbon Dioxide Removal)
OAE Augmentation de l?alcalinité de l?océan (Ocean Alkalinity Enhancement) AO et OAE
sont équivalents dans la littérature scientifique
OIF Fertilisation de l?océan par le fer (Ocean Iron Fertilization)
SNBC Stratégie nationale bas carbone
SRM Modification du rayonnement solaire (Solar Radiation Modification)
ZEE Zone économique exclusive
Formules chimiques
CH4 Méthane
CO2 Dioxyde de carbone
H2O Eau
HCO3
- Ion hydrogénocarbonate
N2O Monoxyde de diazote ou protoxyde d?azote
SO2 Dioxyde de soufre
Unités de mesure - Symboles
tC Tonne de carbone (unité de masse)
1 ktC = 103 tC ; 1MtC = 106 tC ; 1 GtC = 109 tC
Conversion : Les données peuvent également être exprimées en
pétagrammes : 1 PgC = 1015 gC = 1 GtC = 109 tC
tC/an (ou tC.an-1) Tonne de carbone transférée par année (unité de flux) ;
1 MtC/an = 106 tC/an ; 1 GtC/an = 109 tC/an
tCO2 Tonne de CO2 (unité de masse) ;
1ktCO2 = 103 tCO2 ; 1MtCO2 = 106 tCO2 ; 1 GtCO2 = 109 tCO2
tCO2/an (ou tCO2.an-1) Tonne de CO2 transférée par année (unité de flux) ;
1 MtCO2/an = 106 tCO2/an ; 1 GtCO2/an = 109 tCO2/an
Conversion : Les données peuvent être exprimées en quantités de carbone ou
de CO2 ; ces valeurs se déduisent l?une de l?autre en utilisant le rapport de la
masse molaire du CO2 sur celle du carbone. Pour convertir un nombre exprimé
en GtC en GtCO2, il faut le multiplier par 3,666 (M(CO2) /M(C) =
(12 + 2 × 16) /12 = 3,666).
ha Hectare (unité de surface valant 10 000 m2) ; 1 Mha = 106 ha
tC/ha Tonne de carbone par hectare (unité de masse surfacique)
teqCO2/an Tonne d?émission de GES équivalent à une tonne de CO2 émis par année (unité
de masse de GES équivalent CO2) ; 1 MteqCO2/an = 106 teqCO2/an
LEXIQUE
52-53
Albédo : Grandeur sans unité décrivant la
capacité d?une surface à réfléchir les rayons qui
lui parviennent, c?est-à -dire la quantité d?énergie
lumineuse réfléchie par rapport à la quantité
d?énergie lumineuse incidente. Un albédo élevé
signifie une réflexivité importante et, de facto,
une moindre absorption ; ce paramètre joue ainsi
un rôle essentiel dans le bilan radiatif terrestre.
Adaptation (climat) : Ensemble des stratégies
mises en place pour réduire la vulnérabilité des
systèmes humains ou naturels face aux effets du
changement climatique.
Aérosol : Fine particule solide, liquide ou gazeuse,
en suspension dans l?atmosphère.
Afforestation : Plantation d?arbres sur des
surfaces dépourvues de boisement.
Agroforesterie : Pratique agricole associant
arbres, cultures ou animaux sur une même
parcelle, permettant une meilleure utilisation des
ressources, une amélioration de la diversité
biologique et de meilleurs rendements. Cette
pratique favorise la séquestration du carbone.
Alcalinité : Capacité d?un liquide à neutraliser les
acides.
Altération des minéraux silicatés ou carbonatés :
Ensemble de réactions chimiques naturelles ou
accélérées au cours desquelles les minéraux
réagissent avec l?eau et le CO2, et libèrent des
ions. Ces réactions constituent ainsi
d?importantes pompes à CO2 :
Bilan de l?altération des carbonates :
CaCO3 + CO2 + H2O ? 2HCO3
? + Ca2+
Bilan de l?altération du plagioclase :
2CaAl2Si2O8 + 4CO2 + 6H2O
? 2Ca2+ + 4HCO3
? + Si4O10Al4(OH)
Aquifère : Formation géologique perméable
constituant un réservoir d?eau souterraine.
Atténuation : Ensemble des actions visant Ã
limiter le changement climatique en réduisant ou
en évitant les émissions de GES.
Biofilm : Communauté de micro-organismes
adhérant entre eux sur une surface, souvent en
milieux aqueux.
Choc terminal : En cas de déploiement de SRM
puis d?arrêt soudain, l?augmentation des taux de
GES - non interrompue - causerait une
augmentation rapide et dommageable des
températures, avec des effets graves et
d?ampleur mondiale.
Couche de mélange : Partie superficielle de
l?océan brassée sous l?action de l?atmosphère,
dans laquelle les propriétés physico-chimiques de
l?eau (densité, température, salinité) restent
constantes.
Culture intermédiaire : Pratique agricole
consistant à mettre un sol en culture entre la
récolte d?une culture principale et le semis de la
culture principale suivante. Cette culture est
destinée à être restituée au sol et non à être
exportée, afin d?améliorer la couverture du sol et
d?augmenter le stockage du carbone.
Cycle biogéochimique : Processus cyclique de
transport et de transformation d?un élément ou
composé chimique entre les différents réservoirs
terrestres (biosphère, atmosphère, géosphère et
hydrosphère). Chaque cycle est caractérisé par
des réservoirs et les flux qui les relient.
Émission négative : Retrait anthropique actif de
GES de l?atmosphère.
Gaz à effet de serre (GES) : Gaz atmosphériques
(tels que H2O, CO2, CH4, N2O, etc.) qui
absorbent une partie du rayonnement
infrarouge émis par la Terre et le réémettent
dans toutes les directions. Ces gaz sont à l?origine
de l?effet de serre naturel et l?augmentation de
leur concentration dans l?atmosphère est
responsable du réchauffement climatique.
Neutralité carbone (ou zéro émission nette de
CO2) : situation d?équilibre où les émissions de
CO2 anthropiques seraient compensées par la
quantité de CO2 retirée de l?atmosphère et
piégée grâce aux interventions humaines.
Puits de carbone : Tout système capable
d?absorber plus de CO2 qu?il n?en émet.
Reforestation : Replantation d?arbres sur des
surfaces anciennement forestières ayant été
déboisées.
Réservoir de carbone : Compartiment du
système terrestre ayant la capacité de stocker,
d?accumuler ou de libérer du carbone.
Solutions dites fondées sur la nature (définition
de l?Union internationale pour la Conservation de
la Nature (UICN) reprise par le GIEC) : elles
correspondent aux « actions visant à protéger,
gérer de manière durable et restaurer des
écosystèmes naturels ou modifiés pour relever
directement les défis de société de manière
efficace et adaptative, tout en assurant le bien-
être humain et en produisant des bénéfices pour
la biodiversité ».
Stock de carbone : Quantité de carbone
(exprimée en GtC) contenue dans un réservoir
donné à un moment donné.
Temps de résidence : Temps moyen pendant
lequel un élément chimique séjourne dans un
réservoir donné.
Géo-ingénierie climatique : état des lieux scientifique, enjeux et perspectives - 2 octobre 2025
23, quai de Conti - 75006 Paris
academie-sciences.fr
Directeurs de la publication
Étienne Ghys et Antoine Triller
Conception et réalisation graphique
Sophie Gillion et Aurore Lopez
Date de parution : octobre 2025
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