Transformation des bureaux et autres bâtiments en logement : les nouveautés introduites par la loi du 16 juin 2025
Auteur moral
France. Ministère chargé du logement
Auteur secondaire
Résumé
"La loi du 16 juin 2025 propose une palette d'outils pour répondre au besoin de logements et à la nécessité d'optimiser l'utilisation des bâtiments existants. Découvrez comment cette loi va changer la donne pour mieux loger les français par un urbanisme plus durable et efficace"
Descripteur Urbamet
immeuble de bureaux
;réhabilitation de bâtiment
Descripteur écoplanete
Thème
Habitat - Logement
;Construction
Texte intégral
La loi du 16 juin 2025 propose une palette d?ou-
tils pour répondre au besoin de logements et
à la nécessité d?optimiser l?utilisation des bâti-
ments existants. Découvrez comment cette loi
va changer la donne pour mieux loger les fran-
çais par un urbanisme plus durable et efficace.
I- Mobiliser les bureaux vacants
Le développement du télétravail, parallèle au
ralentissement de la croissance des emplois de
bureau, a contribué à l?augmentation du taux de
vacance des bureaux dans beaucoup de territoires.
Selon les estimations du Consortium des bureaux
de France1, le pays compterait :
? plus de 9 millions de m² de bureaux immédia-
tement disponibles ;
? dont 2 millions de m² vacants de manière
durable.
Pourtant, les transformations de bureaux restent
peu nombreuses : entre 2013 et 2020, elles n?ont
permis de créer en moyenne que 5 300 logements
par an tandis que 370 000 logements sont néces-
saires chaque année.
Initialement concentrée sur les bureaux, la
proposition de loi du député Romain Daubié,
déposée en décembre 2023, a vu son périmètre
progressivement élargi, au fur et à mesure de
son examen parlementaire, aux opérations
de transformation « de tout bâtiment de
destination autre qu?habitation en bâtiment à
destination d?habitation ».
LES AVANCÉES DE LA LOI EN RÉSUMÉ
La loi s?adresse aux porteurs de projet comme
aux collectivités.
? Des outils juridiques simplifiés
? Dérogation encadrée aux règles du plan local
d?urbanisme (PLU) pour autoriser le change-
ment de destination.
? Nouvelles règles de majorité en copropriété
pour faciliter les décisions de transformation.
? Des leviers opérationnels
? Extension du projet urbain partenarial (PUP)
aux opérations de reconversion.
? Élargissement des possibilités de mettre en
application la servitude de résidence prin-
cipale obligatoire pour renforcer l?habitat
permanent.
? Accompagnement par l?Agence nationale de
la cohésion des territoires (ANCT).
? Des innovations réglementaires structurantes
? Création du permis de construire « multi-des-
tinations » et « multi-états », pour anticiper
et encadrer la réversibilité des usages dès la
conception du bâtiment.
? Dispositions spécifiques en faveur du loge-
ment étudiant, avec recours facilité au marché
de conception-réalisation et majoration de
constructibilité.
La loi du 16 juin 2025 s?inscrit pleinement dans la
dynamique d?un urbanisme circulaire visant à faire
la ville sur la ville, à valoriser les bâtis existants et
à accélérer la production de logements dans les
zones les plus tendues.
TRANSFORMATION DES BUREAUX
ET AUTRES BÂTIMENTS EN LOGEMENTS,
LES NOUVEAUTÉS INTRODUITES
PAR LA LOI DU 16 JUIN 2025
1. Communiqué de presse du CBF du 9 décembre 2024
AOÛT 2025
II- La loi en détail
1. FACILITER LES OPÉRATIONS DE TRANS-
FORMATION DES BÂTIMENTS EXISTANTS EN LO-
GEMENTS
Des outils pour les porteurs de projet
? Des dérogations aux règles relatives aux desti-
nations
Les règles de destination fixées par les plans locaux
d?urbanisme (PLU) peuvent faire obstacle à la trans-
formation de bâtiments existants, en interdisant la
destination « habitation » dans certaines zones. Or,
cette destination ? qui inclut les sous-destinations
« logement » et « hébergement » ? est nécessaire
pour autoriser une telle reconversion.
Afin de lever ce frein, la loi permet à l?autorité
compétente pour délivrer le permis de construire
? le plus souvent le maire ? de déroger, de manière
encadrée, aux règles de destination du PLU. Cette
dérogation s?applique également aux travaux et
construction d?extension ou de surélévation faisant
l?objet de l?autorisation d?urbanisme.
La dérogation est possible à condition d?obtenir :
? un avis conforme de l?autorité compétente en
matière de PLU, quand elle n?est pas la même
que celle qui délivre l?autorisation d?urbanisme ;
cet avis permet de conserver une cohérence
d?ensemble en termes de planification urbaine
et rurale ;
? un avis simple du maire de la commune d?im-
plantation du projet quand il a délégué sa
compétence de délivrance des autorisations
d?urbanisme au président de l?EPCI2.
L?autorité compétente doit motiver tout refus
d?autorisation au regard des motifs encadrés :
risques de nuisances, manque d?accessibilité par
des transports autres que l?automobile, impact sur
la démographie scolaire et sur la mixité sociale et
fonctionnelle.
En zones agricoles, naturelles ou forestières, l?avis
conforme respectif de la commission départemen-
tale de la préservation des espaces agricoles, natu-
rels et forestiers (CDPENAF) et de la commission
départementale de la nature, des paysages et des
sites (CDNPS) est requis. S?agissant des bâtiments
à vocation agricole, le pétitionnaire doit aussi
démontrer leur inutilisation agricole ou forestière
depuis plus de 20 ans.
? Modification des règles de majorité dans les
copropriétés
La transformation de locaux en logements dans
les copropriétés peut induire un changement de la
destination des lots. Or, une telle décision ne pou-
vait auparavant être prise qu?à l?unanimité des voix
des copropriétaires, ce qui impliquait qu?il suffisait
qu?un seul copropriétaire s?oppose à la démarche
de transformation pour qu?elle soit bloquée.
L?article 9 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut
de la copropriété des immeubles bâtis a donc été
modifié afin d?assouplir la majorité de vote appli-
cable. Désormais, la modification de la destination
de parties privatives d?un lot en locaux d?habita-
tion relève de la majorité simple dès lors qu?elle
est contraire à la destination de l?immeuble fixée
dans le règlement de copropriété (majorité simple :
majorité des voix des copropriétaires présents ou
représentés à l?assemblée générale, ou qui ont voté
par correspondance).
Par cohérence, la loi a également prévu un assou-
plissement de la majorité de vote applicable à
la modification de la répartition des charges de
copropriété qui résulterait du changement de des-
tination du ou des lots. Désormais cette décision
est prise à la majorité simple au lieu de la majorité
absolue.
Des leviers d?action pour les collectivités locales
? Des possibilités de financement des équipements
collectifs rendus nécessaires par les changements
de destination
L?extension du dispositif de convention de projet
urbain partenarial (PUP)
Les projets urbains partenariaux (PUP) per-
mettent aux communes ou aux établissements
publics compétents en matière de PLU, au repré-
sentant de l?État dans le cadre d?opérations d?in-
térêt national (OIN) ou à certaines collectivités
territoriales ou établissements publics dans
le périmètre d?une grande opération d?urba-
nisme d?assurer la prise en charge financière
d?équipements publics par des porteurs de pro-
jets (propriétaires des terrains, aménageurs ou
constructeurs) via la conclusion d?une conven-
tion.
Cet outil de financement contractuel était aupa-
ravant circonscrit aux opérations d?aménage-
ment et de construction.
L?article L.33-11-3 du code de l?urbanisme a été
modifié afin qu?un PUP puisse être mis en place
dans le cadre d?opération de transformation de
2. La proposition de loi de simplification du droit de l?urbanisme et du logement, dont la commission mixte paritaire a été conclusive
le 3 juillet 2025, prévoit un accord du maire, quand il n?est pas l?autorité compétente pour délivrer l?autorisation d?urbanisme, pour
cette dérogation, comme pour d?autres prévues par le code de l?urbanisme,
bâtiments de destination autre que l?habitation
en bâtiments à destination principale d?habi-
tation. Il sera désormais possible de financer
la réalisation d?équipements publics3, rendus
nécessaires par l?accroissement de la densité de
logements, par le biais de conventions de PUP.
Cette possibilité offrira des ressources supplé-
mentaires aux collectivités locales et aux éta-
blissements publics locaux pour assurer que la
transformation de locaux en logements s?accom-
pagne des services et équipements nécessaires
à l?accueil des nouveaux habitants.
Possibilité d?assujettissement à la taxe d?amé-
nagement et d?exonération incitative de la taxe
annuelle sur les locaux de bureaux
La loi de finances de 2025 permet désormais
aux collectivités d?assujettir la transformation
de bâtiments en logements à la taxe d?aména-
gement.
L?instauration de cette mesure s?est accompa-
gnée de l?introduction d?un dispositif d?abat-
tement de plein droit de 50 % pour les locaux
d?habitation issus du changement de destina-
tion.
De manière complémentaire, la loi de finances
de 2025 a mis en place une incitation à la trans-
formation via la possibilité d?exonérer les opéra-
tions de transformation de la taxe annuelle sur
les bureaux, appliquée en régions Île-de-France
et Provence-Alpes-Côte d?Azur, à condition de
res pecter un engagement de transformation en
logements dans un délai de 4 ans.
? Servitude de résidence principale
La loi permet désormais aux plans locaux d?ur-
banisme de délimiter, dans leur règlement, des
secteurs dans lesquels les logements issus de la
transformation de bâtiments non résidentiels
devront obligatoirement être affectés à l?usage de
résidence principale. C?est donc un élargissement
de la servitude de résidence principale, introduite
par la loi du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur,
visant à encadrer le développement des meublés
de tourisme dans les zones en tension touristique.
En imposant un usage de résidence principale à
ces logements nouvellement créés, la servitude de
résidence principale favorise le maintien, voire la
reconquête de l?habitat permanent dans les zones
sous tension immobilière.
? L?appui de l?État via l?ANCT
La loi élargit le champ d?intervention de l?Agence
nationale de la cohésion des territoire (ANCT) à la
transformation des bâtiments à destination autre
que d?habitation en habitation. L?agence a désor-
mais pour mission de conseiller et de soutenir
les collectivités territoriales dans la conception,
la définition et la mise en oeuvre de leurs projets
en faveur de la transformation de locaux, notam-
ment de bureaux, en logements. L?Agence pourra
accompagner les collectivités dans l?identification
des locaux qui pourraient potentiellement être
transformés en habitations, ainsi que lors de la
phase d?étude du potentiel de transformation en
logements.
2. LES PERMIS « MULTI-DESTINATIONS » ET
« MULTI-ÉTATS » : ANTICIPER L?URBANISME RÉVER-
SIBLE
Le permis « multi-destinations » et « multi-
états » s?inspire du permis à double état créé
par la loi du 26 mars 2018 dans le contexte
des Jeux olympiques et paralympiques de Paris
2024 afin d?assurer la réversibilité des ouvrages
construits pour l?événement.
La loi du 16 juin 2025 crée le permis de construire
« multi-destinations » qui peut être assorti d?un
permis « multi-états ». Ce dispositif novateur auto-
rise, pour une même construction, l?alternance
de plusieurs destinations et, le cas échéant, de
plusieurs états sur une durée pouvant aller jusqu?à
vingt ans à compter de la délivrance du permis.
Ce type de permis peut autoriser les différentes
destinations de la construction dans le temps.
Dans ce cas, la construction pourra faire l?objet
de changements entre les destinations autorisées
sans qu?une nouvelle formalité d?urbanisme ne soit
requise pendant une durée de 20 ans à compter
de la délivrance du permis, même en cas d?évo-
lution des règles du PLU relatives aux destina-
tions. À titre d?exemple, si un tel permis autorise
la construction d?un immeuble comprenant les
activités de bureaux (destination « autres activités
des secteurs primaire, secondaire ou tertiaire »),
du logement (destination « habitation ») et d?une
crèche municipale (destination « équipements
d?intérêt collectif et services publics »), il sera pos-
sible de faire évoluer la répartition des surfaces du
bâtiment entre ces trois destinations afin de tenir
compte de l?évolution des besoins.
Ce permis « multi-destinations » peut aussi être un
permis « multi-états » et autoriser les états de la
construction qui vont se succéder dans le temps, si
les pièces fournies permettent de vérifier la confor-
mité de ces états futurs du projet, conformément
aux règles d?urbanismes applicables au moment
de sa délivrance.
3. Pour mémoire, le PUP ne peut être utilisé pour financer les aménagements prévus au L.332-15 du code de l?urbanisme : « Viabilité
et équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l?alimentation
en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l?évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l?éclairage, les
aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés ».
25085 - Dicom / Logement - Photo : Arnaud Bouissou /Terra - Août 2025.
L?état initial de la construction est celui dans
lequel il présente toutes les caractéristiques qui
permettent son utilisation immédiatement après
la délivrance du permis. Le ou les états futurs cor-
respondent aux caractéristiques qui assurent un
usage conforme à sa destination ou à son affec-
tation envisagée dans les 20 ans de validité du
permis. À titre d?exemple, le dispositif créé pourrait
permettre d?obtenir un permis de construire pour
un immeuble à usage de bureaux, de 12 mètres de
haut, dont une partie pourrait ultérieurement être
transformée en logements, cette transformation
étant couplée au rajout de balcons, l?état futur du
permis portant autorisation des travaux néces-
saires à cette transformation.
Principales modalités de mise en oeuvre
? Délimitation des secteurs concernés : les secteurs
dans lesquels ces permis sont autorisés sont déli-
mités par délibération de l?autorité compétente
en matière de PLU. Quand l?EPCI est compétent
pour le PLU, il recueille l?avis conforme du conseil
municipal des communes concernées. Ces sec-
teurs sont annexés au PLU.
? Mention obligatoire des destinations et états :
le permis doit mentionner explicitement les dif-
férentes destinations autorisées, ainsi que les
états successifs s?ils sont prévus. Les modifica-
tions ultérieures des règles du PLU relatives aux
destinations sont sans incidence sur la validité
du permis délivré.
? Information obligatoire de la collectivité : chaque
changement de destination et d?état doit faire
l?objet d?une notification préalable au maire (ou à
l?autorité compétente en matière d?autorisation
d?urbanisme si elle n?est pas le maire), au moins
trois mois à l?avance, par le propriétaire.
Ce nouveau cadre, dont les modalités d?applica-
tion seront définies par décret en Conseil d?État,
permet d?inscrire les projets dans une logique
de flexibilité et d?anticipation, en facilitant la
transition entre différents usages (par exemple,
bureaux, logements, commerces), sans nécessiter
de nouvelle demande d?autorisation d?urbanisme
à chaque étape. C?est un gain en termes de forma-
lité et de temps. C?est une mesure incitative pour
concevoir des bâtiments réversibles, qui répondent
en temps réel aux besoins des habitants.
3. RÉPONDRE À LA CRISE DU LOGEMENT ÉTU-
DIANT : DES LEVIERS RENFORCÉS POUR ACCÉLÉRER
LA PRODUCTION
Pour accroître et accélérer la production de loge-
ments étudiants abordables, la loi du 16 juin 2025
prévoit deux simplifications incitatives.
? Recours au marché de la conception-réalisation
pour les Centres régionaux des oeuvres univer-
sitaires et scolaires (CROUS) : ceux-ci peuvent à
présent, au même titre que les bailleurs sociaux,
recourir sans avoir à justifier de considérations
techniques, énergétiques ou thermiques au mar-
ché de conception-réalisation pour accélérer la
réalisation des projets. Pour rappel, le marché de
conception-réalisation est un marché de travaux
permettant à l?acheteur de confier à un opéra-
teur économique une mission portant à la fois
sur l?établissement des études et l?exécution des
travaux.
? Majoration de constructibilité pour les résidences
étudiantes : le règlement du PLU peut désormais
prévoir une majoration du volume constructible,
ne pouvant excéder 50 %, pour les résidences
universitaires afin de faciliter les opérations sur
foncier contraint en améliorant leur équilibre
économique.
Une loi qui mobilise l?existant au service de la pro-
duction de logements
La loi du 16 juin 2025 crée un environnement
favorable à la reconversion des bâtiments en
s?appuyant sur des outils souples, contractuels et
concertés. Elle permet aux porteurs de projet, aux
collectivités et aux partenaires publics d?engager
un véritable changement d?échelle, au service d?un
urbanisme plus durable et plus réversible.
Elle coucourt aux objectifs d?un plan gouverne-
mental, annoncé par la ministre du Logement,
Valérie Létard, fin mars 2025, pour soutenir la
transformation de bureaux en logements. Deux
groupes de travail nationaux, portant respective-
ment sur la question du financement de ces opé-
rations de transformation et sur la simplification
des normes, délivreront au deuxième semestre
2025 leurs conclusions sur des pistes d?accélération
de ce processus de transformation. Elle apporte
également des réponses et simplifications au béné-
fice de la réhabilitation du bâti en zone rurale,
notamment le bâti vacant.