Rapport Sisyphe : Rapport visant à simplifier le cadre réglementaire pour la production d'habitation par le reconditionnement d'immobilier d'entreprise
GIROMETTI, Laurent ;CUBIN, Roland ;VEREECKE, Philippe
Auteur moral
France. Ministère chargé du logement
Auteur secondaire
Résumé
"Le rapport Sisyphe propose de simplifier le cadre réglementaire pour transformer des bureaux vacants en logements, face à la crise immobilière et aux enjeux environnementaux. Il identifie les freins juridiques et techniques, recommande une approche de reconditionnement plutôt que de rénovation complète, et avance 21 propositions pour faciliter ces projets, renforcer leur viabilité économique et soutenir une politique urbaine durable."
Descripteur Urbamet
bureaux vacants
;logement
Descripteur écoplanete
Thème
Habitat - Logement
Texte intégral
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 1
JUILLET 2025
Roland CUBIN
Laurent GIROMETTI
Philippe VEREECKE
Rapport Sisyphe
Rapport visant à simplifier le
cadre réglementaire pour la
production d?habitation par le
reconditionnement d?immobilier
d?entreprise
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 2
« Il faut imaginer Sisyphe heureux. »
Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, 1942
Photo de couverture : Les Cèdres, à Issy-les-Moulineaux, agence La Soda et Immocades. Cette opération
de logements collectifs a été lauréate de l'édition 2021 du Prix international de la transformation de
bureaux en logements.
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Ce rapport a été élaboré par un groupe de travail co-piloté par MM. Roland CUBIN, directeur général
délégué de Groupama Immobilier, Laurent GIROMETTI, directeur général d?EpaMarne-EpaFrance,
Philippe VEREECKE, directeur général délégué de Bouygues Bâtiment Île-de-France créé à l?initiative de
Mme Valérie LÉTARD, ministre chargée du Logement.
Ce rapport a été préparé par M. Vincent LE ROUZIC, directeur de projet stratégie et innovation chez
EpaMarne-EpaFrance, en tant que rapporteur, avec la contribution de Mmes Sandrine FAUQUET,
Business Leader du pôle transformation d'actifs chez Bouygues Construction et Chloé LAURENT, chef
de projets chez Groupama Immobilier, ainsi que de M. Laurent DE LONGRAYE, gérant chez Captim.
Ce rapport constitue une proposition adressée aux pouvoirs publics. Elle vient enrichir les réflexions du
gouvernement dans ce domaine, mais ne constitue pas la politique du gouvernement.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 4
Remerciements
En premier lieu, nous souhaitons remercier chaleureusement Mme Valérie LÉTARD, ministre chargée du
logement, pour la confiance qu?elle nous a accordée en nous confiant le pilotage de ce groupe de travail.
Nous adressons également nos remerciements aux membres de son cabinet, en particulier Mme Céline
TIGNOL, conseillère logement, M. Romain BORDIER, conseiller construction, et M. Guillaume VOISARD,
directeur adjoint du cabinet, pour leur accompagnement attentif et leur disponibilité tout au long de
cette mission.
Nous exprimons notre gratitude à l?ensemble des 80 professionnels du secteur ayant accepté, dans des
délais contraints, de s?exprimer dans le cadre de notre groupe de travail, et de partager, quand cela leur
était possible, des contributions écrites et documents qui ont grandement servi à la compréhension des
enjeux du secteur.
Nous tenons également à remercier les différents services des administrations centrales des ministères
qui se sont rendus disponibles pour des réunions de travail visant à préciser certains éléments de
diagnostic et propositions. Nous remercions en particulier la Direction de l?habitat, de l?urbanisme et des
paysages (DHUP), la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, et la Direction
générale de l'énergie et du climat (DGEC).
Enfin, nous remercions sincèrement l?ensemble des membres du second groupe de travail, oeuvrant sur
le modèle économique et le financement, dont les échanges et les apports ont enrichi de manière
significative cette démarche : Mme Nadia BOUYER, directrice générale d?Action Logement Groupe, M.
Xavier LÉPINE, président de l?Institut de l?Epargne Immobilière Foncière (IEIF), Mme Salomé COLOMBET,
chargée de missions d?Action Logement.
Nous voulons aussi saluer particulièrement la disponibilité et la bienveillance de M. André YCHÉ, qui a su
inspirer la constitution de ces deux groupes de travail.
Roland CUBIN, Laurent GIROMETTI et Philippe VEREECKE
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Table des matières
Remerciements ................................................................................................................................ 4
Avant-propos ................................................................................................................................... 7
De Sisyphe au premier de cordée ................................................................................................. 7
Résumé ............................................................................................................................................ 8
Récapitulatif des recommandations ............................................................................................... 10
Introduction ................................................................................................................................... 12
Le cadre institutionnel de la transformation d?actifs ................................................................... 13
Méthode de travail .................................................................................................................... 14
Périmètre géographique et échelles ........................................................................................... 14
I. En réponse à un défi pluriel, bâtir une stratégie d?acuponcture institutionnelle ...................... 16
A. Un défi pluriel ................................................................................................................. 16
i. État actuel et perspectives du marché des bureaux en France .......................................... 16
ii. Les enjeux urbains associés à transformations des bureaux .......................................... 17
iii. Risque financier et systémique ..................................................................................... 18
iv. Risque urbain et social des « déserts de bureaux » ....................................................... 19
B. Quels objectifs de politique publique pour la transformation de bureaux en logements ? 19
i. La contribution à la production de logements, d?un point de vue quantitatif et qualitatifs 19
ii. Une contribution majeure à la décarbonation de l?immobilier, et à l?atteinte de l?objectif
ZAN 21
iii. Une interrogation quant au potentiel d?émergence d?une « industrie de la
transformation d?actifs immobiliers » .................................................................................... 23
C. Hiérarchie des problématiques soulevées dans les auditions ............................................ 23
i. L?économie immobilière et ses institutions, une approche qualitative et endogène ........... 24
ii. Le temps, un coût caché pour les porteurs de projet ..................................................... 25
D. Pour une approche complexe de la simplification du cadre institutionnel ........................ 26
i. Objectiver les freins et obstacles dans les relations juridiques à l?oeuvre ........................... 26
ii. L?acuponcture institutionnelle comme stratégie de refonte du cadre existant ............... 28
II. Sécuriser les initiatives par des ajustements institutionnels adaptant le cadre existant .......... 30
A. Pour une reconnaissance du reconditionnement d?actifs ................................................. 30
B. Clarifier l?état des réglementations applicables à droit constant ...................................... 31
C. Créer des exonérations sur les deux principales contraintes structurelles ......................... 32
i. Créer un droit acquis sur les places de stationnement existantes ...................................... 32
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ii. Maintenir la priorité pour la sécurité des personnes, tout en cherchant certains
ajustements en matière de sécurité incendie .......................................................................... 33
D. Relever le seuil de certaines autorisations ou obligations ................................................. 36
i. Intégrer les bénéfices environnementaux en adaptant les seuils applicables aux demandes
d?évaluation environnementale ............................................................................................. 36
ii. Exonérer de l?application de la RE2020 les extensions et surélévation de bâtiments
existants de moins de 30% de la surface initiale ..................................................................... 37
iii. Définir un seuil plus équitable en matière d?obligations d?accessibilité PMR ................. 38
E. Lever les potentielles interdictions de jure ou de facto ..................................................... 40
i. Faire de la transformation d?un local autre qu?habitation en habitation en zone tendue (A
et A-Bis) un droit d?ordre public dans le régime de copropriété ............................................... 40
ii. Créer un mécanisme d?extinction des cahiers des charges de lotissement et zones
d'activités .............................................................................................................................. 41
iii. Aligner les règles d?éviction des locataires de bureaux partiellement vacants sur celles
des opérations de restauration immobilières dans les plans de sauvegarde et de mise en valeur
42
III. Renforcer les synergies en créant un cadre favorable au reconditionnement d?actifs ........... 44
Créer une commission centrale du reconditionnement d?actifs ................................................... 44
Expérimenter un droit de dérogation reconnu au préfet dans le cadre de la transformation
d?immobilier d?entreprise en immeuble d?habitation ................................................................. 47
Créer un permis de démolir suspensif......................................................................................... 48
Créer les conditions d?éligibilité des opérations de transformations d?actifs aux certificats
d?économie d?énergie ................................................................................................................ 49
Publier un décret attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le contentieux des
opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maitrise foncière des sociétés agréées foncière de
transformation d?actifs .............................................................................................................. 50
Renforcer les obligations documentaires pour améliorer la transparence de l?information sur le
potentiel de transformation des actifs........................................................................................ 51
Publier un décret créant un véritable régime de sécurité incendie global pour les immeubles de
moyenne hauteur, intégrant les enjeux de mixité d?usage et de réversibilité .............................. 52
Créer de façon préventive un dispositif activable par le Préfet en cas de risque avéré de « crise
systémique » ............................................................................................................................. 53
Bibliographie .................................................................................................................................. 55
Annexes ......................................................................................................................................... 56
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Avant-propos
De Sisyphe au premier de cordée
Dans la quadrature du cercle visant à trouver des solutions à la crise du logement, répondant aux deux
principaux objectifs environnementaux de la France à horizon 2050 ? réduire notre empreinte carbone
et lutter contre l'artificialisation des sols ?, la transformation d?immobilier d?entreprise en habitation
apparaît comme une solution incontournable.
Sur le papier, cette idée coche de nombreuses cases, mais la réalité opérationnelle est toute autre : les
témoignages des différents acteurs professionnels impliqués dans ces projets de transformations
d?actifs ? architectes, maîtres d?ouvrage, investisseurs, entreprises du bâtiment, et acteurs publics
locaux ? nous rappellent le mythe de Sisyphe. Quotidiennement, ils s'attellent à faire rouler une pierre
gigantesque vers le sommet de la montagne. Cette pierre, c'est le projet de transformation : une masse
complexe, où s?accumulent les interdictions, autorisations, obligations, dont une partie provient d?un
ensemble de réglementations héritées d'une ère de la construction neuve, créant un labyrinthe
administratif et juridique et des délais anormalement longs. Chaque pas en avant est un combat :
interpréter des textes, chercher la brèche juridique pour avancer, obtenir des dérogations.
Malgré les importants co-bénéfices environnementaux de leur démarche, cette énergie colossale
déployée pour adapter l'existant ne bénéficie paradoxalement d'aucune incitation particulière,
exonérations ou dispositifs facilitateurs. Là où la logique voudrait que l'effort vertueux soit récompensé,
il est souvent freiné, voire découragé, par l'inertie et la complexité.
La relecture du mythe de Sisyphe proposée par Albert Camus nous a également été utile pour penser
les défis d?évolution du secteur : la découverte de l?absurde (ici un cadre inadapté aux enjeux) ne doit
pas nous confiner collectivement au désespoir, mais doit être le point de départ d?un nouveau chemin
à aborder avec lucidité, responsabilité et dignité.
Si nous voulons réellement transformer l'essai et faire du reconditionnement d?actifs un pilier d?une
nouvelle industrie à la croisée de nos politiques du logement et de l'environnement, il est impératif de
créer un socle de confiance, de sécuriser les acteurs, de refondre le cadre conceptuel applicable, et de
mettre en place un accompagnement institutionnel permettant de créer des synergies entre toutes les
parties prenantes, y compris les collectivités locales. Cette évolution du cadre n?est pas seulement une
question de reconnaissance pour les acteurs du terrain, mais un impératif pour permettre aux
entrepreneurs de tous horizons de contribuer à répondre aux besoins en logement tout relevant les
défis majeurs de transition écologique que la France s?est fixée à horizon 2050.
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Résumé
En action d?avril à juillet 2025, le groupe de travail auteur du présent rapport a été créé pour identifier les freins
et les leviers relatifs aux règles de construction, dans le but de faciliter la transformation d'actifs immobiliers,
principalement des bureaux en logements. Au-delà de ce champ prioritaire de la lettre de mission, les auditions
ont également fait remonter des problématiques relevant du droit de l'urbanisme, mais aussi du droit privé.
La méthodologie adoptée a reposée sur l'audition de 80 professionnels (cf. annexe). La mission a cherché à
respecter les équilibres géographiques de la problématique : où l'agglomération parisienne et les grandes
métropoles concentrent la majorité des bureaux et des enjeux liés à leur transformation.
Diagnostic et enjeux
La transformation de bureaux en logements s'inscrit dans un contexte de crise du bureau, marqué par des facteurs
structurels (évolution des modes de travail, volume de production excédant les capacités d?absorption du marché
eu égard à l?évolution de l?activité économique) et conjoncturels déjà bien dressés dans le rapport de M. André
YCHÉ (2024). Les actifs de bureaux étant principalement détenus par des acteurs privés, une intervention
publique peut être justifiée au regard de :
? La contribution à l?atteinte des principaux objectifs environnementaux à horizon 2050. La transformation
d?actifs est moins impactante écologiquement que la construction neuve pour : 1/ l?atteinte de l?objectif ZAN
; 2/ la performance carbone, elle est vertueuse dans la grande majorité des cas (même s?il peut y avoir
discussion en fonction des performances de l?enveloppe, de la source d?énergie employée, etc?), alors
même qu?elle n?entre dans aucun cadre existant incitant à l?évitement des émissions de GES (CEE, marché
carbone, etc.) ; 3/ la réduction des déchets issus de la démolition et la préservation des ressources (eau,
sable, acier ...).
? La contribution quantitative et qualitative à la production de logements face à la pénurie, notamment en
zones tendues. Un point de vigilance doit être partagé sur une part importante de logements produits de
type résidence gérée (étudiant, coliving) lors des transformations de bureaux. Une monofonctionnalité trop
prononcée dans certains secteurs, après transformations, peut être perçue comme un risque à terme.
? Le potentiel d'émergence d'une « industrie de la transformation d'actifs immobiliers » créant de la valeur et
des emplois dans le secteur, même si les premiers retours d?expériences amènent les acteurs à émettre
certaines réserves sur ce potentiel.
? La nouvelle grammaire de la transformation urbaine, articulant réversibilité des constructions, équilibre
programmatique, et gouvernance territoriale partagée. Il s?agit d?un changement d?échelle qui dépasse la
somme des opérations isolées pour structurer une réponse systémique aux défis environnementaux,
économiques et sociaux.
L?ensemble de ces éléments appelle d?abord à une clarification de la philosophie de l?action publique, qui devra
ensuite être déclinée par une approche d?« acupuncture institutionnelle » en identifiant les points bloquants
critiques à lever.
Orientation stratégique : pour une massification de la transformation
d?actifs, misons sur le reconditionnement
Au fil des auditions, notre groupe de travail s?est forgé une philosophie d?action publique claire : la massification
de la transformation d?actifs ne pourra advenir qu?en acceptant que les immeubles transformés soient
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 9
« reconditionnés » et non remis à « neuf ». Cela signifie qu'il faut composer autant que possible avec les
bâtiments tels qu?ils existent (notamment leurs structures, circulations verticales et parkings). Une telle
orientation vise à concilier au mieux les défis environnementaux et économiques qui sont devant nous.
Or, nous constatons que la réglementation appliquée de facto est souvent celle prévue pour les constructions
neuves. Bien que des dispositions existent pour la réhabilitation, elles ne ciblent pas spécifiquement les
changements d'usage et tendent, au-delà de certains seuils, à exiger le respect des caractéristiques du neuf. En
l'absence de précisions claires, les acteurs ont naturellement tendance à se référer aux règles du neuf, qui sont
les mieux définies.
Certains acteurs ont soulevé l'idée de créer un corpus de règles spécifiques à la transformation d?actifs, à un
niveau reconditionné. Cependant, une telle approche, bien qu'apparemment simplificatrice, serait
nécessairement complexe à mettre en oeuvre et risquerait de ne pas couvrir la diversité des cas rencontrés.
Chaque projet de transformation est en effet souvent singulier. En l?état actuel, nous ne disposons pas d?un niveau
de remontées suffisant pour nous assurer que des règles ainsi définies puissent convenir à la plupart des cas.
Créer trop rapidement un tel corpus de règles pourrait s?avérer in fine contreproductif. C?est pourquoi une
méthode alternative est proposée : étant donné qu?il est trop tôt pour formaliser un corpus spécifique, il est
proposé de traiter l?essentiel des problématiques de réglementation avec la création d?une commission centrale
du reconditionnement d?actifs.
Propositions
Au total, le rapport préconise 21 propositions majeures dont la synthèse apparait à la page suivante (récapitulatif
des recommandations). Parmi celles-ci la mission recommande de prendre dans les six mois par voies législatives
(lois ou ordonnances), de décrets et d?arrêtés, les sept actions prioritaires suivantes :
1. Créer une commission centrale du reconditionnement d?actifs avec trois motifs de saisine possibles
(proposition 13)
2. Créer un permis de démolir suspensif (proposition 15)
3. Créer un droit acquis sur les places de stationnement (proposition 5)
4. Sécurité incendie : augmenter, pour le cas spécifique des immeubles d?habitation de 3ème famille B et 4ème
famille issus de la transformation d?actifs, la distance entre l'issue de secours et le dernier logement desservi,
en passant de 15 mètres à 20 mètres avec un désenfumage adapté (proposition 6a)
5. Créer les conditions d?éligibilité des opérations de transformation d?actifs aux certificats d?économie
d?énergie (proposition 16)
6. Définir un seuil plus équitable en matière d?obligations d?accessibilité PMR (proposition 9)
7. Faire de la transformation d?un local autre qu?habitation en habitation en zone tendue (A et A-Bis) un droit
d?ordre public dans le régime de copropriété (proposition 10)
Les priorités identifiées appellent à dépasser l?analyse au niveau du seul bâtiment pour engager, à l?échelle de la
ville et du bassin de vie, une stratégie de transformation coordonnée, associant collectivités locales, propriétaires
et investisseurs. La massification du reconditionnement nécessite une gouvernance territoriale active, capable
d?anticiper et de réguler les effets diffus sur les mobilités, les équilibres sociaux, les ressources foncières et les
équipements publics. Cette approche invite à structurer des outils de planification et de régulation adaptés à
l?influence réelle des transformations d?actifs sur le tissu urbain.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 10
Récapitulatif des recommandations
Tableau 1 ? Synthèse des propositions
Diagnostic et
enjeux de
connaissance
1. Consolider et territorialiser plus finement les méthodes permettant
d?avoir une meilleure visibilité sur les besoins réels en offre nouvelle de
bureaux
2. (a) Mobiliser les organismes existants de soutien à la recherche et aux
études (principalement PUCA, GIP EPAU, CSTB) pour lancer des travaux de
recherche visant à estimer finement le coût potentiel des règles et normes
de construction
2. (b) Mobiliser les mêmes organismes pour lancer un programme de
recherche visant à objectiver les enjeux de sécurité incendie, sur la base
de différentes méthodes
2. (c) Mobiliser des organismes dédiés au soutien à la recherche (notamment
le CSTB et Efectis) pour lancer un guide de préconisation sur le traitement
de la propagation du feu pour les façades avec lame d?air.
Orientations
générales
3. Prioriser le reconditionnement d?actif par rapport à la démolition-
reconstruction
4. Clarifier l?état des réglementations applicables à droit constant
Assouplir certaines
règles afin que le
reconditionnement
puisse s?opérer
5. Stationnement : créer un droit acquis sur les places de stationnement
6. Sécurité incendie :
(a) Augmenter, pour le cas spécifique des immeubles d?habitation de 3ème
famille B et 4ème famille issus de la transformation d?actifs, la distance
entre l'issue de secours et le dernier logement desservi, en passant de
15 mètres à 20 mètres avec un désenfumage adapté
(b) Préciser que les allèges en maçonnerie ou autres matériaux Pare-
Flamme de degré 1/2h (Fermacell, Tôle acier 15/10) posés coté
intérieur d?un mur rideaux, ainsi que la pose en sous face de dalle de
tôles d?acier 15/10e peuvent être pris en compte dans le calcul du
«C+D»
7. Relever le seuil des demandes d?autorisations environnementales
8. Exonérer de la RE2020 les extensions et surélévations de bâtiments
existants de moins de 30% de la surface initiale (dito Rapport Rivaton de
juillet 2025)
9. Définir un seuil plus équitable en matière d?obligations d?accessibilité PMR
Lever les
interdictions
potentielles de
jure ou de facto
10. Faire de la transformation d?un local autre qu?habitation en habitation en
zone tendue (A et A-Bis) un droit d?ordre public dans le régime de
copropriété
11. Créer un mécanisme d?extinction d?un cahier des charges de lotissement
ou de zone d?activités
12. Aligner les règles d?éviction des locataires de bureaux partiellement
vacants sur celles des opérations de restauration immobilières dans les
plans de sauvegarde et de mise en valeur
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 11
Renforcer les
synergies
13. Créer une commission centrale du reconditionnement d?actifs avec trois
motifs de saisine possibles
14. Expérimenter un droit de dérogation reconnu au préfet dans le cadre de la
transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble d?habitation
15. Créer un permis de démolir suspensif
16. Créer les conditions d?éligibilité des opérations de transformation d?actifs
aux certificats d?économie d?énergie
17. Publier un décret attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le
contentieux des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maitrise
foncière des sociétés agréées foncière de transformation d?actifs
18. Etendre le principe du carnet d'entretien/carnet d'information aux actifs
tertiaires
19. Créer un diagnostic de l?existant et du potentiel de transformation pour
les actifs tertiaires en vacance structurelle pour éclairer de façon objective
la puissance publique
20. Publier un décret créant un véritable régime de sécurité incendie global
pour les immeubles de moyenne hauteur, intégrant les enjeux de mixité
d?usage et de réversibilité du bâti
21. Créer de façon préventive un dispositif activable par le Préfet en cas de
risque avéré de « crise systémique »
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 12
Introduction
Le 2 avril 2025, Mme Valérie LETARD, Ministre du Logement, a confié à MM. Roland CUBIN, Laurent
GIROMETTI, Julien ANTOINE (remplacé par la suite par Philippe VEREECKE) la mission de co-piloter un
groupe de travail dont l?objectif principal était d?objectiver les obstacles techniques et réglementaires à
la transformation immobilière à des fins de production résidentielle, avec un focus particulier sur les
règles et normes de construction. Plus généralement, le groupe de travail a été invité à formuler des
propositions de nature à simplifier les réglementations applicables, en vue d?inciter à l?émergence de
ces projets, de faciliter leur conduite et de réduire leur coût.
Les opérations de transformation immobilière ciblées concernent de façon générale les opérations de
transformation d?immobilier d?entreprise1 en immeuble d?habitation2 en zone urbaine3. Dans le cadre
de la mission, a été ciblée plus spécifiquement la transformation de bureaux en immeuble d?habitation,
tout en gardant à l?esprit que la majorité des recommandations peuvent également trouver un intérêt
pour la transformation d?actifs qui au départ relèvent des autres catégories d?immobilier d?entreprise.
Il est important de préciser que la notion de transformation d?actifs immobiliers ne fait pas l?objet d?une
définition unanimement adoptée par l?ensemble des professionnels du secteur. Il convient en effet de
distinguer deux grandes pratiques opérationnelles : d?une part, la démolition totale d?un actif
immobilier en vue de reconstruire un nouvel actif avec une autre destination ; d?autre part, la
réhabilitation d?un actif immobilier existant en vue d?un changement de destination.
Selon les professionnels interrogés, la transformation d?actifs inclut soit exclusivement la réhabilitation,
soit les deux pratiques susmentionnées. Ces définitions s?inscrivent dans un jeu d?acteurs, avec des
stratégies et pratiques professionnelles différentes.
La mission rappelle que l?acte de transformer est de « faire changer de forme, de nature ou d?état un
être vivant, une chose ou une partie de ceux-ci » (dictionnaire de l?Académie française). Par conséquent,
l?acte de démolition-reconstruction ne peut être inclus dans la définition de la transformation d?actifs
dans le cadre de cette mission4.
1 « Au-delà de l?immobilier de bureaux, l?immobilier d?entreprise regroupe une variété importante et croissante de locaux liés
aux activités d?exploitation et aux activités commerciales des entreprises (locaux d?activités, locaux commerciaux, entrepôts
et logistique, etc.). » (NAPPI-CHOULET, 2010)
2 Au sens de l?habitation définie comme destination à l?article R151-27 du code de l?urbanisme, permettant de couvrir le
logement et l?hébergement.
3 L?étude ne traite pas de la transformation d?actifs immobiliers agricoles en zone rurale (Coulondre & al., 2024) qui pose
d?ailleurs des questions dans la contribution à l?étalement et l?émiettement urbains.
4 Par ailleurs, la mission écarte également de cette définition les simples changements de destination, ne nécessitant pas de
travaux de réhabilitation.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 13
Le cadre institutionnel de la transformation d?actifs
La question de la simplification des réglementations applicables à la transformation d?actifs mérite
d?abord de définir le cadre institutionnel, autrement dit l?ensemble du corpus de règles étudié dans le
temps imparti dans le cadre de la mission. Un premier choix a visé à prendre en considération autant
les règles formelles que les règles informelles5 dans la problématique de l?étude.
Tableau 2 - Récapitulatif des règles étudiées dans le cadre de la mission
Règles formelles Règles informelles
- Bloc des conventionnalités : ex. les directives
européennes (cf.la directive sur la performance
énergétique des bâtiments, DPEB)
- Bloc légal
- Blog réglementaire (décrets et arrêtés)
- Bloc des normes professionnelles
- Règles informelles pratiquées de facto par une
partie de la communauté professionnelle (ex.
doctrines internes de service instructeurs, de
bureaux d?études ou de bureaux de contrôle)
- Les normes sociales définies comme l?ensemble
des représentations sociales associées au fait
d?accepter ou non de résider dans une certaine
catégorie d?habitation
Un des premiers défis du groupe de travail a été de chercher à bien répertorier l?ensemble du cadre
institutionnel pouvant s?appliquer à la transformation d?immobilier d?entreprise en habitation. Ce travail
a été d?autant plus délicat que la mission a rapidement constaté que des opérateurs spécialisés dans ce
domaine n?avaient pas les mêmes pratiques et les mêmes interprétations du cadre institutionnel
existant. Sans chercher à être exhaustif, la mission a exploré les principaux champs posant des difficultés
concrètes aux opérateurs professionnels pour effectuer leur travail quotidiennement, à savoir :
- Les Code civil, code de l?urbanisme, code de la construction et de l?habitation, code de
l?environnement, code du commerce ;
- La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis ;
- La loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l?aménagement et du
numérique
- La loi n° 2025-541 du 16 juin 2025 visant à faciliter la transformation des bureaux et autres bâtiments
en logements
- L'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation
- L'arrêté du 4 août 2021 relatif aux exigences de performance énergétique et environnementale des
constructions de bâtiments en France métropolitaine
- Les arrêtés relatifs à la règlementation thermique, notamment le volet élément par élément (arrêté
3 mai 2007 modifié par celui du 22 mars 2017) ou volet global (arrêté 13 juin 2008).
5 En cela notre approche s?appuie sur des démarches éprouvées en sciences sociales. Nous nous sommes principalement
inspirés de l?approche de l?économie institutionnaliste de l?Ecole de Bloomington : « nous définissons les institutions comme
des règles formelles et informelles comprises et utilisées par une communauté. Les institutions, comme nous le désignons ici,
ne sont pas automatiquement ce qui est écrit dans des règles formelles. » (Hess, Ostrom 2007, p. 42).
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 14
La mission est également restée attentive à des propositions de lois récemment déposées pouvant
alimenter ses réflexions, notamment :
- La proposition de loi trans-partisane portée par M. le député HUWART relative à la simplification
du droit de l?urbanisme et du logement
- La proposition de loi trans-partisane portée par M. le député CAUSSE visant à Lutter efficacement
contre le gaspillage immobilier
Des échanges réguliers ont eu lieu avec le groupe de travail créé concomitamment sur le modèle
économique et le financement de la transformation d?actifs, copiloté par Mme Nadia BOUYER et M.
Xavier LÉPINE.
Méthode de travail
Une première revue de littérature nous a amené à constater que c?était la première fois que de tels
travaux étaient menés sur les obstacles techniques et réglementaires, étant donné que jusqu?à présent
seuls les volets économiques, fiscaux et urbains du sujet avaient été étudiés. Ceci a amené le groupe de
travail à structurer une méthode volontairement exploratoire, fondée sur une stratégie d?entretiens
semi-directifs où l?enjeu est de laisser s?exprimer les personnes auditionnées tout en cherchant
progressivement à demander des précisions, recentrer autour d?un problème concret bien circonscrit.
L?objectif premier des entretiens a été de chercher à déterminer les grands éléments du problème :
1. Les problèmes rencontrés par les acteurs relèvent-ils de règles formellement écrites dans les
réglementations ou révèlent-ils plutôt un problème de processus où des prescriptions
effectives sont émises par différentes instances sur le terrain pour définir quelles actions ou
quels résultats sont requis, interdits ou permis ?
2. Quelle est la hiérarchie des problèmes selon différents critères possibles (récurrence, coût,
complexité notamment) ?
3. Si possible aboutir à des exemples concrets et des études de cas.
En tout, le groupe de travail a réussi à organiser l'audition de plus de 80 professionnels (cf. annexe) et
l'administration d'un questionnaire en ligne pour recueillir des cas pratiques (15 réponses), ainsi que la
réception de plusieurs dizaines de contributions écrites. Par ailleurs, pour affiner nos propositions, nous
avons organisé des réunions de travail avec différents services des administrations centrales des
Ministères concernés : Direction de l?habitat, de l?urbanisme et des paysages (DHUP), Direction générale
de la sécurité civile et de la gestion des crises, et la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC).
Périmètre géographique et échelles
Le groupe de travail a cherché à respecter les équilibres géographiques de la problématique, où
l'agglomération parisienne et les grandes métropoles, concentrent la majorité des bureaux et des enjeux
liés à leur transformation. Dans le cadre de la mission, ont été auditionnés un certain nombre d?acteurs
nationaux (promoteurs, bailleurs sociaux, investisseurs, etc.), et des acteurs locaux, principalement des
régions francilienne et lyonnaise.
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b1240_proposition-loi
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b1240_proposition-loi
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers_/DLR5L17N51972
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers_/DLR5L17N51972
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 15
En parallèle, la mission spécifique confiée à M. Jérôme Bédier sur l?avenir du quartier d?affaires de La
Défense par le Premier ministre a également amené le groupe de travail à ne pas focaliser l?ensemble
des problématiques autour de ce quartier très spécifique. La Défense se caractérise en effet par des
enjeux spécifiques liés en raison de la prédominance des Immeubles de Grande Hauteur (IGH) et d'une
forte dominance tertiaire (plus de 75% des surfaces). Une démarche participative, les « États Généraux
de la Transformation des Tours », a été initiée en 2022 par l?aménageur public Paris La Défense,
aboutissant à 10 propositions6 visant à lever les freins réglementaires et inciter à ces transformations
pour décarboner le quartier et renouveler son attractivité. Cependant, aucun projet concret de
transformation d'actif tertiaire obsolète n'a vu le jour sur ce secteur depuis la présentation de ces
propositions mi-2023.
En mars 2025, un collectif d?investisseurs privés (Allianz, Axa IM, Groupama Immobilier, Société
Générale et Unibail Rodamco Westfield) ont présenté 15 propositions pour transformer La Défense
autour de trois axes stratégiques : une vision stratégique centrée sur la création d?un hub européen de
l?innovation, une vision urbaine priorisant un quartier plus habitable, plus connecté, plus vibrant et enfin
une vision programmatique centrée sur l?avènement d?un quartier multifonctionnel. L?enquête de
terrain réalisée par M. Jean-Christophe FROMANTIN, Maire de Neuilly, dans le cadre de sa thèse de
doctorat montre que les différentes parties prenantes privilégient à ce stade une évolution de ce
quartier vers un campus plutôt que de recourir de façon massive à la transformation de bureaux en
logements (FROMANTIN, 2025). L?ensemble de ces travaux illustrent la nécessité de toujours
positionner les enjeux de transformation d?actifs dans une réflexion urbaine plus large autour des enjeux
de multifonctionnalité.
Si la lettre de mission proposait comme objectif principal d?objectiver les obstacles techniques et
réglementaires, avec un focus particulier sur les règles et normes de construction qui régissent les
opérations de transformation immobilière, les auditions ont permis d?élargir la problématique à une
échelle plus vaste. La mission a ainsi cherché à développer une approche multiscalaire articulant
l?échelle de la parcelle pour la transformation d?un actif avec l?échelle de l?aménagement d?un quartier
en raison de l?impact particulier que peut représenter l?arrivée en nombre d?une nouvelle population.
Aussi dans le temps impartis dans le cadre de la mission, il nous a été difficile de réaliser un benchmark
approfondi7. La mission a toutefois trouvé des sources d?inspiration intéressante à Bruxelles, où la
conversion de bureaux en logements contribue en 2021 à quelques 23% de la production nette de
logements en Région de Bruxelles-Capitale8.
6 Etats généraux de la transformation des tours - Paris La Défense juin 2023
7 Un benchmark approfondi est disponible en annexe du rapport du groupe de travail sur le modèle économique et le
financement de la transformation de bureaux en logements.
8 État des lieux et conversions du parc de bureaux en Région de Bruxelles-Capitale | perspective.brussels
https://cdn.prod.website-files.com/6342b92deae8f49f488927ae/6495914d4357fbf79c9e6960_10%20Propositions.pdf
https://perspective.brussels/fr/actualites/etat-des-lieux-et-conversions-du-parc-de-bureaux-en-region-de-bruxelles-capitale#:~:text=La%20conversion%20de%20bureaux%20en,plus%20adapt%C3%A9es%20aux%20besoins%20actuels.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 16
I. En réponse à un défi pluriel, bâtir
une stratégie d?acuponcture
institutionnelle
« La norme est souvent vue comme un des facteurs premiers de l?impossibilité ou de la difficulté
à transformer des bureaux en logements. Force est de constater que la réalité n?est pas si simple,
tellement elle est composée de situations diverses et complexes » (Cheuvreux et al. 2025).
A. Un défi pluriel
i. État actuel et perspectives du marché des bureaux en France
Le parc immobilier de bureaux en France représente selon le Consortium des Bureaux en France (CBF)
un total de 173 millions de m², se divisant entre un parc marchand de 89 millions de m² et un parc non-
marchand de 84 millions de m² (dont 47 millions de m² privés et 37 millions de m² publics).
Actuellement, plus de 9 millions de m² de bureaux sont immédiatement disponibles sur le parc
marchand en France, ce qui représente un taux de vacance d'environ 10 %. Cette disponibilité se répartit
entre 5,2 millions de m² en Île-de-France et 4 millions de m² en région.
Parmi ces surfaces vacantes, le consortium identifie 2 millions de m² comme étant en friche, dont 1,2
million de m² en Île-de-France. Ces friches correspondent à des immeubles de plus de 1 000 m²
entièrement inoccupés depuis au moins deux ans et sans projet de réaffectation.
Les travaux portés par les chercheurs M. Alexandre COULONDRE et Mmes Anne D?ORAZIO, Anne-Laure
JOURDHEUIL, Claire JUILLARD (2024) montrent que les projets de transformation de locaux d'activités
en logements en France se caractérisent par une grande diversité. Sur la période 2013-2022, un total de
216 571 logements ont été créés via ces transformations. L'origine des surfaces transformées est
diverse : si les bureaux constituent la catégorie majoritaire avec 24,5% des logements créés, ils sont
suivis de près par les locaux agricoles (22,2%) et les locaux à usage de service public (13,8%), montrant
que la transformation ne se limite pas aux seuls bureaux.
Toujours selon la même étude, les porteurs de projets sont d?abord des particuliers (y compris les SCI
de particuliers), réalisant 39,1% des logements issus de la transformation, suivis de près par les
promoteurs et investisseurs qui contribuent à 31,3%. La taille des projets est également variée : bien
que 38,4% des logements proviennent de projets de 10 logements ou plus, les projets de petite ampleur
(un seul logement) représentent une part significative de 31,6%. La moyenne s?établit à 2,5 logements
par projet.
Ces travaux mettent ainsi en lumière l?importance de resserrer notre étude sur la transformation de
bureaux en logements qui concentrent des problématiques particulières, alors que le taux de vacance
de bureaux ne cesse d?augmenter. L'Institut de l'Épargne Immobilière et Foncière (IEIF) souligne qu'à la
fin du premier trimestre 2025, les taux d'occupation des bureaux en Île-de-France n'atteignent
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 17
qu'environ 40 %, et le taux de vacance y dépasse les 10 %, marquant le niveau le plus élevé depuis 20
ans. Près de la moitié des surfaces inoccupées sont considérées comme obsolètes.
À moyen terme, l'IEIF anticipe une diminution accrue de la demande de bureaux. Cette tendance
s'explique par le plafonnement de la population active aux alentours de 2040 suivi d'une décroissance,
une croissance économique faible, la pérennisation des nouvelles organisations du travail (comme le
télétravail), et l'intégration continue des innovations technologiques au sein des entreprises.
Il convient également de souligner que la crise des bureaux n?est pas née du seul changement de
paradigme post-covid, où se généralise une organisation du travail reposant le plus souvent sur deux
jours de télétravail par semaine, avec du flex office. Les travaux de l?IEIF sont là aussi explicites : la crise
des bureaux en Île-de-France couvait depuis 2009, avec une suroffre de création de surface par rapport
à la création d?emplois de bureaux.
Proposition 1 :
Ce constat amène la mission à émettre un point de vigilance particulier sur le cadre réglementaire
existant de l?agrément bureau, ayant notamment pour objectif de prévenir ce type de crise d?offre. Les
services instructeurs gagneraient à s?appuyer sur cette méthodologie proposée par l?IEIF qui pourrait
être consolidée et territorialisée plus finement pour permettre d?avoir une meilleure visibilité sur les
besoins réels en offre nouvelle de bureaux.
Figure 1 ? Île-de-France ? Création d?emplois de bureaux vs Création de surfaces du parc de bureaux
ii. Les enjeux urbains associés à transformations des bureaux
La discussion sur la transformation des bureaux en logements mérite une analyse nuancée, en
particulier concernant les besoins en infrastructures. Cet argument revient souvent en force pour
justifier une forme d?opposition politique à ces projets de transformation.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 18
S?il a déjà été mentionné que la majorité des transformations de bureaux en habitations concerne des
résidences gérées (étudiants, seniors), cela peut tempérer l'argument de l'accroissement immédiat et
massif des besoins en crèches et écoles. Cette observation initiale est pertinente pour recentrer le débat
sur les impacts réels de ces conversions. De plus, la loi de finance 2025 prévoit l?application de la taxe
d?aménagement aux opérations de transformation de bureaux en logements.
Plus largement, nous assistons à une recomposition urbaine significative à l'échelle méso (métropole ou
Île-de-France). Contrairement à la désindustrialisation, où la perte d'usines s'est accompagnée d'une
disparition des emplois, la situation actuelle voit les bureaux disparaître sans que les emplois ne suivent
nécessairement cette tendance. Des logements sont créés, dans un contexte de démographie certes
positive, mais non suffisante pour assurer le renouvellement des générations.
Cependant, à l'échelle micro (quartier ou ville), la transformation d'une forte proportion de bureaux en
logements peut induire une croissance démographique locale. Cela soulève la question des besoins
spécifiques en équipements publics que cette nouvelle population pourrait générer. Au-delà de cette
problématique des équipements, il est possible que la question de fond soit également liée à la stabilité
et à la sociologie de l'électorat local, un aspect potentiellement moins explicite mais non moins central
pour les collectivités.
Un autre enjeu majeur réside dans la valeur symbolique qu'incarne le bureau, et plus encore le quartier
de bureaux, pour les élus et les populations qu'ils représentent. Historiquement, la présence de bureaux
a été perçue comme un géosymbole9 d'attractivité et de pôle économique, un marqueur distinctif des
villes dynamiques et prospères.
Le paradoxe actuel est que si les bureaux disparaissent, les emplois demeurent. Cela crée une perte
symbolique du géosymbole d'attractivité/richesse pour la ville, alors même que ses habitants ne
subissent pas de perte d'emploi significative et que la commune ne rencontre pas de problème matériel
de richesse (hormis les enjeux liés à la fiscalité locale). Cette situation est fondamentalement différente
de celle vécue ces dernières décennies par certains territoires comme les villes moyennes confrontées
au départ de leur unique grande usine, entraînant une perte massive d'emplois et de revenus.
Dans ce contexte, il serait pertinent d'explorer la patrimonialisation de certains bureaux à fort enjeu
architectural ou symbolique, à l'image de ce qui a été fait pour des usines emblématiques. Cet exercice
pourrait permettre de conserver symboliquement les "anciennes gloires du passé" et de maintenir
activement, dans l'imaginaire collectif, le statut ou le positionnement sociologique d'une ville.
iii. Risque financier et systémique
9 Un géosymbole peut se définir comme un lieu qui, pour des raisons religieuses, politiques ou culturelles prend aux yeux de
certains populations une dimension symbolique qui les conforte dans leur identité.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 19
La crise actuelle des bureaux n?est pas conjoncturelle, mais bien structurelle. Si des mesures
significatives ne sont pas prises pour transformer massivement ces espaces, notamment en logements,
plusieurs risques majeurs pourraient se concrétiser, menaçant la stabilité financière et la vitalité
urbaine.
Un premier danger, et non des moindres, est celui de la faillite des porteurs d'actifs immobiliers. De
nombreux propriétaires de bureaux, qu'il s'agisse de foncières cotées, de SCPI, de fonds
d'investissement ou d'acteurs plus modestes, commencent à donner des signes de difficulté majeure.
La baisse de la demande locative, la diminution des valeurs d'expertise des biens et la difficulté à
refinancer des prêts pourraient entraîner des défauts de paiement. Ces défaillances, si elles se
multiplient, sont susceptibles de provoquer un effet domino dont il est toujours difficile d?estimer la
portée. Les banques, exposées à ces prêts immobiliers, verraient leurs bilans fragilisés, augmentant le
risque d'une crise systémique. L'impact se ferait sentir sur l'ensemble de l'économie, avec des
répercussions sur l'emploi, l'investissement et la confiance générale.
iv. Risque urbain et social des « déserts de bureaux »
Parallèlement au risque financier, la non-intervention face à la vacance des bureaux expose nos villes à
une détérioration urbaine et sociale. Des quartiers entiers, conçus principalement pour abriter des
entreprises, pourraient se paupériser. On pourrait assister à un phénomène comparable à celui observé
dans certains Central Business Districts (CBD) américains en perte d?attractivité au profit de la
périphérie. Ces quartiers, dénués de vie en dehors des heures de bureau, deviendraient des terrains
propices aux squats, à l'insécurité et à la dégradation du cadre de vie. La diminution de la fréquentation
entraînerait la fermeture des commerces de proximité et des services, créant un cercle vicieux de
dévitalisation. La ségrégation urbaine pourrait également s'accentuer, avec des zones résidentielles
dynamiques d'un côté et des « déserts de bureaux » de l'autre.
B. Quels objectifs de politique publique pour la transformation de
bureaux en logements ?
Du point de vue des politiques publiques, la transformation de bureaux en logements n?est pas un
objectif en soi, mais un moyen. Dès lors, il convient de discuter des objectifs de politiques publics
poursuivis et d?identifier dans quelle mesure la transformation de bureaux en logements peut-être une
réponse pertinente.
i. La contribution à la production de logements, d?un point de vue quantitatif et qualitatifs
Plusieurs acteurs auditionnés ont fait part de leurs interrogations quant à la contribution de la
transformation d?actifs à la production de logements, d?un point de vue tant quantitatifs que qualitatifs.
D?un point de vue quantitatif, il est difficile sans une étude plus approfondie d?estimer la contribution
de la transformation de bureaux à la production de logements. L?Observatoire Régional de l?Immobilier
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 20
d?Entreprise en Île-de-France (ORIE) n?a pas estimé de scénario 100% issu de la transformation de
bureau. Dans sa dernière étude, l?ORIE estime que 5,6 millions de m² de bureaux vacants en Île-de-
France représentent selon le scénario envisagé différents potentiels de production de logements. Selon
un premier scénario, il existerait un potentiel de 150 000 logements (8,8 millions mètres carrés de
logements), à supposer que ces bureaux soient démolis pour reconstruire du logement à 80 % et
transformés pour les 20 % restants. Un scénario alternatif conclut sur un potentiel de 127 000 logements
(7,5 millions de mètres) dans l?hypothèse où 40 % des opérations seraient des transformations et 60 %
des démolitions partielles ou totales en vue d?une reconstruction de logements.
Par ailleurs, ces travaux ne tiennent pas compte de potentielles évolutions institutionnelles que
pourraient produire les deux rapports ainsi présentés, s?ils étaient pleinement adoptés. La mission
estime que les propositions formulées par les deux rapports pourraient placer les métropoles françaises
sur les meilleurs standards européens en la matière. A ce stade, Bruxelles fait figure de référence, où la
conversion de bureaux en logements contribue en 2021 à quelques 23% de la production nette de
logements en Région de Bruxelles-Capitale10. Par comparaison, la mission propose de fixer comme
ambition politique une contribution de la conversion de bureaux en logements à hauteur de 20 à 25%
de la production nette de logements dans les principales aires métropolitaines françaises (Paris, Lyon,
Marseille, Bordeaux, Toulouse, Lille). Par exemple, en Île-de-France, sur un objectif de production
annuelle de 70 000 logements, la contribution des logements issus de la transformation de bureaux
serait de 14 000 (20%) à 17 500 (25%) logements.
Toutefois, au-delà des objectifs quantitatifs, une politique du logement doit se fonder sur une approche
qualitative11. Sur ce plan, plusieurs points font débat : d?abord, une part importante des logements issus
de la transformation de bureaux sont des résidences gérées (étudiants, jeunes actifs)12, ou de coliving13,
dont la demande sur le long terme fait l?objet d?incertitude. Ces projets dominent aujourd?hui le marché
en raison de leur meilleure rentabilité, de leur relative facilité technique, et de l?acceptabilité qu?ils
rencontrent auprès des collectivités locales, ces dernières y voyant un moindre impact sur les
équipements publics et les politiques sociales. Tous les enjeux autour des deux rapports visent à
diversifier de façon qualitative les produits logements/hébergements issus de la transformation
d?immobilier d?entreprise.
Ensuite, dans leur forme architecturale, une part substantielle des logements produits sont jugés
« atypiques », et peuvent poser des difficultés de commercialisation pour les maîtres d?ouvrage
habitués à vendre des produits optimisés et standardisés en particulier pour des logements familiaux.
10 État des lieux et conversions du parc de bureaux en Région de Bruxelles-Capitale | perspective.brussels
11 Pour approfondir les enjeux relatifs à la qualité des logements : Rapport de la mission sur la qualité du logement. Référentiel
du logement de qualité. Laurent Girometti ? François Leclercq. Septembre 2021
12 Une étude interne menée par Bouygues Bâtiment indique sur la base des PC autorisé depuis 2017 en transformation
d?actifs de puis de 2000 m² une proportion de 30% en résidence, 70% logements collectifs.
13 Pour approfondir : article du journal « Le Monde », publié le 23 avril 2025, par Charlotte Bozonnet : Le « coliving », nouvelle
marotte des investisseurs sur laquelle l?encadrement des loyers ne s?applique pas
https://perspective.brussels/fr/actualites/etat-des-lieux-et-conversions-du-parc-de-bureaux-en-region-de-bruxelles-capitale#:~:text=La%20conversion%20de%20bureaux%20en,plus%20adapt%C3%A9es%20aux%20besoins%20actuels.
https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/04/23/le-coliving-nouvelle-marotte-des-investisseurs-sur-laquelle-l-encadrement-des-loyers-ne-s-applique-pas_6599274_4401467.html
https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/04/23/le-coliving-nouvelle-marotte-des-investisseurs-sur-laquelle-l-encadrement-des-loyers-ne-s-applique-pas_6599274_4401467.html
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 21
Les logements issus de la transformation de bureaux présentent fréquemment un caractère atypique
en raison des caractéristiques initiales des immeubles concernés. L?un des principaux enjeux réside dans
la profondeur des trames, souvent supérieure à celle des bâtiments résidentiels traditionnels. Cette
profondeur limite l?accès à la lumière naturelle, en particulier pour les espaces situés au centre des
plateaux, ce qui peut entraîner des configurations peu conformes aux standards de confort ou
d?habitabilité, dérogeant ainsi au PLU ou au différentes chartes mises en place par les communes.
Par ailleurs, bien que la structure ouverte des plateaux puisse faciliter une certaine flexibilité
d?aménagement, d?autres éléments peuvent constituer des contraintes : hauteurs sous plafond
importantes, plancher en dalle alvéolaire permissif du point de vue acoustique et délicat à adapter,
façades peu adaptées à la vie résidentielle, ou encore circulations et parties communes conçues pour
des usages tertiaires. Ces spécificités, héritées de la fonction d?origine du bâtiment, confèrent à ces
logements une forme d?atypisme, tant sur le plan architectural que fonctionnel.
Ainsi, la transformation de bureaux en logements implique souvent une adaptation fine aux
caractéristiques physiques de l?existant, notamment pour garantir un apport suffisant de lumière
naturelle et une qualité d?usage conforme aux exigences du marché du logement.
ii. Une contribution majeure à la décarbonation de l?immobilier, et à l?atteinte de l?objectif ZAN
Du point de vue environnemental, la transformation d?actifs ne constitue pas seulement une solution
d?avenir : elle représente, en réalité, un levier réaliste pour atteindre les objectifs du ZAN, en adaptant
les immeubles existants aux nouveaux usages et à la demande résidentielle.
Il convient d?attirer l?attention sur le fait que seule la transformation d?actifs par voie de réhabilitation
est réellement vertueuse du point de vue de l?empreinte carbone, avec des gains estimés de l?ordre de
300 kg eqCO² évités par m² par rapport à la construction d?un logement neuf14. Au-delà du carbone
évité, il convient de mettre en avant l?économie de ressources (moins de béton, c?est aussi moins d?eau,
de sable et d?acier) et de nuisances de chantier (moins de camions-toupies).
La démolition-reconstruction reste une option favorable à la limitation de la consommation d?espace
par rapport à la production neuve en extension urbaine, en revanche défavorable en bilan carbone et
production de déchet.
14 Fiche du gouvernement sur la transformation de bureaux en logements et économie circulaire. Le gouvernement estime
que la seule conservation de la structure principale permet d?éviter environ 40% des émissions de GES liées à la construction
neuve, sachant qu?un 1m² de bâtiment émet 1 à 1,5 teqCO² (ie. hypothèse retenue : 1,25) et que 50 à 70% de ces émissions
sont dues à la construction et à la fin de vie du bâtiment (ie. hypothèse retenue : 60%). Partant de ces hypothèses, 1,25
teqCO² x 0,6 x 0,4 = 300 kg eqCO² évités par m².
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Fiche_2_transformation_bureaux_logements_economie_circulaire.pdf
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 22
Ordre de grandeur à l?échelle d?un individu
Pour espérer limiter le réchauffement climatique à plus de deux degrés à horizon 2050, l?empreinte
carbone de chaque habitant de la planète devrait se limiter à 2 tonnes eqCO² / an. En 2018, l?empreinte
carbone moyenne d?un Français était de 11,5 tonnes eqCO² / an, avec le logement figurant en deuxième
poste d?émission à 2,7 tonnes eqCO² / an, ce qui montre le chemin à parcourir sur l?ensemble des postes
d?émissions.
Sachant que la surface moyenne de logements est de 40m² / habitant, 300 kg eqCO² évités par m² pour
la production d?un logement issu de la transformation d?actif d?une telle surface représente 12 t eqCO²
évité pour un habitant, soit une année d?émission annuelle d?un Français en 2018, ou six années
d?émissions cibles en 2050.
Figure 2 ? Empreinte carbone moyenne par habitant en 2018, ventilée par secteur.
Source : rapport du Shift Project, 2021, Habiter dans une société bas-carbone, p.16.
Ordre de grandeur à l?échelle des objectifs de décarbonation de la France
Le passage d?un taux de transformation de 2?% à 25?% des 9 millions de m² de bureaux vacants
représenterait, à lui seul, une économie de près de 675 000 kg eqCO?, soit une part non négligeable de
la trajectoire de réduction des émissions de 15 Mt CO2e par an fixée par le jalon 2030 de la loi
européenne sur le climat, décliné en France par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) qui vise une
réduction de 50 % des émissions brutes entre 1990 et 2030. Ce différentiel met en lumière l?importance
environnementale concrète d?une politique incitative en faveur du reconditionnement d?actifs.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 23
iii. Une interrogation quant au potentiel d?émergence d?une « industrie de la transformation d?actifs
immobiliers »
Concernant l?hypothèse avancée dans le rapport de M. André YCHÉ (2024) de faciliter l?émergence d?une
industrie de la transformation d?actifs immobiliers, plusieurs réserves ont été partagées par les acteurs
interrogés. La majorité d?entre eux décrivent un travail de Sisyphe pour trouver l?alignement des
planètes (potentiel de l?actif, contraintes techniques, accord politique et équation économique)
permettant de réaliser une opération de transformation de bureaux en logements. L?ensemble des
opérateurs ont mis en avant la singularité de chaque opération qui doit s?adapter au cadre bâti existant.
Dans ce domaine, il n?existe pas de solution duplicable facilement, tant les enjeux sont d?abord définis
par le contexte. M. Raphaël TREGUIER, Président de Kareg, défend ainsi une approche « artisanale » de
la transformation d?actifs par voie de réhabilitation : « il s?agit avant tout de sortir de la logique
industrielle de production de logements qui a prévalu jusque-là et chercher à s?adapter au bâtiment et à
ce qui ne pourra pas bouger dans la transformation, à savoir principalement la structure béton de
l?immeuble. »15
C. Hiérarchie des problématiques soulevées dans les auditions
La majorité des professionnels du secteur s?accordent à considérer que la transformation de bureaux en
logements est un exercice difficile, mais dont il ne faut ni sous-estimer, ni surestimer les points
bloquants.
Dans la hiérarchisation des difficultés, arrivent le plus souvent les mêmes sujets dans l?ordre
d?importance suivant :
1. La localisation de l?actif au regard de l?état du marché du bureau et du marché résidentiel
permettant d?étudier le potentiel économique de valorisation par la transformation.
2. La nature de l?actif de départ, son état général, son potentiel de transformation.
3. L?opposition politique locale (élus et aussi dans certains cas riverains) à la transformation d?un actif.
Les raisons les plus souvent invoquées tiennent à la volonté de préserver de l?emploi sur la
commune, de maîtriser l?arrivée de nouvelle population, de pouvoir développer les équipements
publics pouvant répondre à l?arrivée des nouveaux habitants, et de maîtriser les recettes fiscales de
la commune.
4. Le cadre des réglementations strictement sur le cadre bâti est généralement présenté comme une
donnée d?entrée arrivant au quatrième rang dans l?analyse plus fine du projet de transformation.
Cette hiérarchisation des difficultés, qui témoignent de difficultés persistantes plus larges en matière de
règles du jeu de la transformation d?actifs, a amené le groupe de travail à mener une réflexion plus large
que sur les seules règles et normes de construction.
15 Interview Raphaël Tréguier, Kareg IM, pour CBRE, décembre 2022. Quand les bureaux obsolètes se transforment en
logements, p.25
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 24
i. L?économie immobilière et ses institutions, une approche qualitative et endogène
Au cours des auditions, il est ressorti de façon unanime que la transformation d?actifs existants est dans
la plupart des cas plus onéreuse que la démolition-reconstruction : le surcoût estimé peut aller jusqu?à
20%. Toutefois, il n?existe pas à ce jour d?étude portant sur l?évaluation du coût potentiel de l?ensemble
des règles existantes impliquées dans la transformation d?actifs. Dans le temps imparti par la mission, il
n?a pas pu être possible d?entreprendre des travaux statistiques robustes permettant de donner des
ordres de grandeur en la matière.
Proposition 2 (a)16 :
La mission recommande de mobiliser les organes existants de soutien à la recherche et aux études
(principalement PUCA17, GIP EPAU18, CSTB19) pour lancer des travaux de recherche20 dans ce domaine
pour porter à la connaissance des pouvoirs publics des ordres de grandeur qui seraient utiles à la
réflexion.
Le parti pris du groupe de travail a été de considérer l?ensemble de ces règles dans une approche
endogène de l'économie : cela signifie que ces règles ne doivent pas être perçues uniquement comme
un facteur de coût, mais qu?elles instituent l?économie, et qu?elles peuvent si elles sont bien ajustées se
transformer en opportunité de création de valeur pour les acteurs du secteur. Plutôt que de fournir des
estimations chiffrées, cette analyse met en lumière les points clés de manière qualitative.
Plusieurs aspects réglementaires peuvent contribuer à l?augmentation du coût des opérations de
transformation de bureaux en logements. Des normes de construction spécifiques, telles que celles
concernant la réglementation thermique, le stationnement, l'acoustique, l'accessibilité pour les
personnes à mobilité réduite (PMR) et la sécurité incendie, renchérissent considérablement les projets.
Bien que moins prégnantes en Île-de-France, les exigences sismiques peuvent également rendre la
transformation très contraignante ailleurs.
16 Une proposition 2 (b) est à suivre sur les enjeux de sécurité incendie qui pourra le cas échéant être mutualisée avec la
proposition 2 (a).
17 Le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA) est un service interministériel créé afin de faire progresser les
connaissances dans les domaines de l?aménagement des territoires, de l?urbanisme, de l?habitat, de l?architecture et de la
construction.
18 Groupement d?intérêt public à vocation interministérielle, l?Europe des projets architecturaux et urbains (EPAU) porte des
programmes nationaux de recherche-action et d?expérimentation dans les champs de l?action territoriale, urbaine ou
architecturale et mène des actions de valorisation et d?animation des réseaux professionnels de la ville et du cadre bâti.
19 Entreprise publique à caractère industriel et commercial (EPIC), le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment
(CSTB) est au service de ses clients et de l?intérêt général pour développer une approche systémique et pluridisciplinaire des
enjeux du bâtiment. Sa mission de service public est soutenue par une dotation de recherche représentant environ 10% de
son chiffre d?affaires faisant l?objet d?une convention avec l?État.
20 Le PUCA a par exemple lancé ces dernières années avec un consortium de partenaires un important programme de
recherche en économie sur le foncier et le logement abordables. De son côté le GIP EPAU a porté le programme Engagés
pour la Qualité du Logement de Demain.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 25
Par ailleurs, l'état actuel du droit peut créer des « barrières à l'entrée », souvent résolues par une forme
de « transaction ». Cela inclut les difficultés d'éviction de la dernière entreprise occupant l?immobilier
d?entreprise, posant un dilemme de politique publique entre la protection légitime d'une activité
commerciale et l'intérêt général du renouvellement urbain. La gouvernance des copropriétés est
également une problématique bien connue, en partie traitée par la loi de M. le député DAUBIÉ. Un autre
obstacle majeur réside dans la persistance de règles contractuelles intégrées aux actes de vente dans
les cahiers des charges des zones d'activités, ou d?anciennes ZAC, empêchant la transformation
d'immeubles ou de zones commerciales/d'activités existantes.
ii. Le temps, un coût caché pour les porteurs de projet
Le temps représente un coût caché significatif pour les porteurs de projet. Le taux de rendement interne
(TRI) d?une opération se calcule d?un point de vue comptable dès le premier euro investi. Les opérations
de transformation sont intrinsèquement plus longues, nécessitant en moyenne 60 mois contre 48 mois
pour la production de bâtiments neufs. Si les délais d?instruction des autorisations d?urbanisme sont
encadrés d?un point de vue réglementaire (articles R. 423-17 à R. 423-37-3 du CU), les échanges en
amont du dépôt de la demande d?autorisation peuvent entraîner des délais anormalement longs,
fortement dépendants du degré d?implication et d?accompagnement des collectivités locales. Par
ailleurs, il arrive que certaines autorités compétentes en la matière demandent des pièces
complémentaires, même si ces éléments sont depuis 2007 davantage encadrés (création de l?article R
423-41 du CU). Enfin, dans les règles informelles souvent répandues, il convient de rappeler que le cycle
électoral peut également impacter le temps des projets : à l'approche d?élections municipales, il n'est
pas rare que certains élus demandent aux opérateurs de ne pas formaliser de demande d?autorisation
d?urbanisme, rallongeant d'autant les délais.
Le temps nécessaire à une opération de transformation d?actifs dépend également de la comptabilité
du projet avec les destinations et sous-destinations prévues dans les plans locaux d?urbanisme (PLU)
(article L.151-9 du CU, articles R. 151-27 à R. 151-29 du CU). En cas d?incompatibilité, le porteur de projet
se retrouve dans l?incapacité d?agir, tant que le document n?a pas fait l?objet d?une modification. Dans
ce domaine, l?adoption de la proposition de loi de M. le député DAUBIÉ a été perçue positivement par
les acteurs du secteur : la possibilité, pour les communes ou intercommunalités compétentes,
d?autoriser des projets de transformation en logement en dérogeant aux règles fixées par les documents
d?urbanisme est une mesure d?accélération des opérations de plusieurs mois, en permettant aux
collectivités de s?épargner une modification préalable du document d?urbanisme.
De plus, les opérateurs signalent un nombre croissant de recours sur les permis de construire, même
pour des transformations moins nuisibles que les constructions neuves. Ces recours, outre la perte de
temps qu'ils génèrent, sont souvent une tentative du requérant d'obtenir une « transaction ».
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 26
D. Pour une approche complexe de la simplification du cadre
institutionnel
Les auditions ont également mis en évidence un large consensus des acteurs pour éviter toute forme
réductrice de la simplification du cadre institutionnel : se fixer comme principal objectif de supprimer
des articles dans les différents codes, ou des instances comme en son temps la commission centrale de
sécurité qui examinait les sujets relatifs à la sécurité incendie des ERP, laisse encore aujourd?hui des
traces dans les témoignages des acteurs. A la place, il convient de comprendre la complexité de la
situation, et non de la rejeter. Etymologiquement, la complexité vient du latin plecto, plexi, complector,
plexus : « tissé » « tressé » « entortillé », mais aussi « embrassé », « enlacé », « saisi par pensée »
(ARDOINO 2011). L?ensemble de ces adjectifs qualifient particulièrement bien la situation actuelle du
cadre institutionnel applicable à transformation d?actifs.
S?il ressort des auditions un point de vue partagé sur l?existence d?un certain nombre d?obstacles, c?est
d?abord l?absence de toute forme d?incitation ou de dispositifs facilitateurs de la réalisation de ce type
d?opérations qui fait consensus, alors même que ce type d?opération permet d?articuler des
problématiques d?accès au logement et des problématiques environnementales.
i. Objectiver les freins et obstacles dans les relations juridiques à l?oeuvre
Pour objectiver l?inadéquation du cadre institutionnel actuel, il convient d?analyser de façon
méthodique les relations juridiques fondamentales à l?oeuvre entre les différents acteurs pouvant être
parties prenantes (principalement entre les porteurs de projets et la puissance publique). Le juriste
américain HOHFELD (1913)21 propose un cadre analytique fondé sur des corrélations et oppositions
juridiques pour décrypter de façon universelle les relations juridiques fondamentales. A partir de cette
méthode, l?analyse du cadre institutionnel français et les témoignages des acteurs ont permis
d?identifier six relations juridiques à l?oeuvre pour les porteurs de projets et leurs parties prenantes : des
interdictions, des autorisations, des obligations, des exonérations, des incitations et des sanctions.
21 Notre approche s?inspire du cadre des relations juridiques fondamentales proposées par le juriste américain HOHFELD
(1913) autour de huit notions juridiques : rights, duties, privileges, no-rights, powers, liabilities, immunities, disabilities.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 27
Tableau 3 ? État actuel des relations juridiques à l?oeuvre dans la transformation d?immobilier
d?entreprise en habitation
Relations juridiques Synthèse du cadre actuel
Interdictions
(X n?a pas le droit d?accomplir A)
(Y a un droit à faire valoir contre
l?action A accomplie par X)
Les destinations et sous-destinations de construction définies
dans un règlement de PLU peuvent interdire le changement de
destination.
Un règlement de copropriété peut également interdire un
changement de destination.
Un cahier des charges de lotissement ou de zone d?activités peut
également interdire un changement de destination.
Le droit au renouvellement du bail et les niveaux d?indemnité
d?éviction prévu dans le cadre juridique des baux commerciaux
rendent de facto prohibitif le coût de toute tentative d?éviction
d?un locataire.
Autorisations
(X est assujetti au pouvoir de Y
pour accomplir A)
(Y a un pouvoir sur X pour
accomplir A)
Une autorisation administrative, est nécessaire pour effectuer
une transformation d?actifs.
Le cas échéant, l?accord de la copropriété est nécessaire.
L?existence de possibilité de dérogation entrent également dans
cette catégorie d?autorisations.
Obligations
(X a un devoir envers Y
d?accomplir A)
(Y a un droit à faire valoir envers
X pour accomplir A)
De nombreuses obligations incombent à un projet de
transformation d?actifs dans les domaines aussi divers que la
sécurité incendie, les normes d?accessibilité PMR, les règles
d?urbanisme (ou l?existence de chartes locales), les
réglementations thermiques et l?évaluation environnementale.
Exonérations
(X a un privilège, contre Y,
d?accomplir A)
(Y n?a pas de droit à faire valoir
contre l?action A accomplie par
X)
Aucune exonération (ou ce que certains appellent des
« dérogations de droit ») n?est accordée.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 28
Incitations22
(X a un droit envers Y
d?accomplir A)
(Y a un devoir envers X
d?accomplir A)
Aucune incitation n?a été constatée.
Sanctions
(En cas de manquement au
regard de l?action A, X est
sanctionné par Y)
Un vieux principe du droit affirme qu?« une règle sans sanction
ne vaut ». En l?état actuel, il existe une taxe sanctionnant la
vacance23, des dispositions sanctionnant les bâtiments menaçant
ruine, ainsi que des sanctions pour les projets mener sans
autorisation administrative ou qui ne respecteraient pas
certaines obligations susmentionnées.
Le tableau synthétique présente ainsi un cadre institutionnel objectivant des relations juridiques
défavorables aux porteurs de projets : il existe de nombreuses interdictions, obligations et autorisations
nécessaires pour réaliser un projet, alors qu?il n?existe aucune incitation ou exonération dans le cadre
actuel.
ii. L?acuponcture institutionnelle comme stratégie de refonte du cadre existant
Cette analyse factuelle des relations juridiques à l?oeuvre appelle à une refonte en profondeur du cadre
institutionnel de la transformation d?actifs par diverses interventions ciblées visant à créer un cadre plus
équilibré dans les relations juridiques entre les porteurs de projets et ses différentes parties prenantes.
Le vaste champ des réglementations applicables à la transformation d?actifs appelle à une forme
d?acuponcture institutionnelle en cherchant à intervenir de façon prioritaire sur quelques points clefs
systémiques.
La méthode a ainsi consisté à étudier les hypothèses suivantes pour refonder le cadre institutionnel
existant :
1. Lever certaines interdictions quand elles ne paraissent pas justifiées
2. Créer des exonérations ou transformer des dérogations en exonérations
3. Relever le seuil de certaines autorisations ou obligations
4. Créer si cela est justifié des incitations juridiques visant à renforcer les synergies (création de droits
pour les porteurs, ou d?obligations pour les parties prenantes).
22 Notre approche de l?incitation reste ici juridique. D?un point de vue économique, les incitations peuvent être des aides
publiques, ou avantages fiscaux : là aussi, aucune incitation n?est constatée, mais c?est au groupe de travail sur le modèle
économique et financement d?investiguer ce volet de façon plus approfondie.
23 En l?état actuel du débat public, la principale piste avancée par le rapport d?André YCHÉ (2024) est d?augmenter la taxe
sanctionnant les immeubles vacants.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 29
Cette stratégie d?acuponcture institutionnelle peut ainsi s?articuler en deux grands volets
complémentaires qui devront avancer de façon concomitante :
1. Un premier volet ayant vocation à sécuriser les initiatives par des ajustements institutionnels
adaptant le cadre existant (partie II)
2. Un second volet ayant comme ambition de renforcer les synergies en créant un cadre favorable
au reconditionnement d?actifs (partie III)
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 30
II. Sécuriser les initiatives par des
ajustements institutionnels
adaptant le cadre existant
Au fil des auditions, le groupe de travail s?est forgé une philosophie d?action publique claire : la
massification de la transformation d?actifs ne pourra advenir qu?en acceptant que les immeubles
transformés soient "reconditionnés" et non remis à "neuf". Cela signifie qu'il faut composer autant que
possible avec les bâtiments tels qu?ils existent (notamment leurs structures, circulations verticales et
parkings). Une telle orientation vise à concilier au mieux les défis environnementaux et économiques
qui sont devant nous.
Or, la réglementation appliquée de facto est souvent celle prévue pour les constructions neuves. Bien
que des dispositions existent pour la réhabilitation, elles ne ciblent pas spécifiquement les changements
d'usage et tendent, au-delà de certains seuils, à exiger le respect des caractéristiques du neuf. En
l'absence de précisions claires, les acteurs ont naturellement tendance à se référer aux règles du neuf,
qui sont les mieux définies.
Certains acteurs ont soulevé l'idée de créer un corpus de règles spécifiques à la transformation d?actifs,
à un niveau reconditionné. Cependant, une telle approche, bien qu'apparemment simplificatrice, serait
nécessairement complexe à mettre en oeuvre et risquerait de ne pas couvrir la diversité des cas
rencontrés. Chaque projet de transformation est en effet souvent singulier. En l?état actuel, nous ne
disposons pas d?un niveau de remontées suffisant pour nous assurer que des règles ainsi définies
puissent convenir à la plupart des cas. Créer trop rapidement un tel corpus de règles pourrait s?avérer
in fine contreproductif.
A. Pour une reconnaissance du reconditionnement d?actifs
C?est pourquoi une méthode alternative est proposée : étant donné qu?il est trop tôt pour formaliser un
corpus spécifique, il est proposé de traiter l?essentiel des problématiques de réglementation avec la
formalisation d?une reconnaissance du reconditionnement d?actifs.
Proposition 3 :
Il est proposé que le reconditionnement d'actif immobilier soit reconnu par l'État à toute personne
physique ou morale qui se trouve dans l'impossibilité de maintenir l'utilisation d'un actif immobilier sans
procéder à son reconditionnement, avec changement d?usage, en raison de son obsolescence, de sa
dégradation, de sa vacance24 ou de son inadaptation.
24 Il est proposé de s?appuyer sur les propositions en cours sur la mesure de la vacance contenues dans la proposition de loi
de M. le député Causse visant à lutter efficacement contre le gaspillage immobilier.
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers_/DLR5L17N51972
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 31
Dans cette perspective, ce premier volet vise à sécuriser les initiatives en apportant des ajustements
institutionnels au cadre réglementaire existant. L'objectif principal est de clarifier l'état actuel des
réglementations applicables et d'identifier les leviers permettant de faciliter le développement de
projets. Pour ce faire, nous explorerons plusieurs pistes, notamment la création d'exonérations ciblées
sur les deux principales contraintes structurelles identifiées, le relèvement du seuil de certaines
autorisations ou obligations, et enfin la levée des potentielles interdictions de jure ou de facto qui
pourraient entraver les projets.
B. Clarifier l?état des réglementations applicables à droit constant
Sources : ensemble du corpus.
Diagnostic :
La mission a rapidement constaté que des opérateurs spécialisés dans ce domaine n?avaient pas les
mêmes pratiques et les mêmes interprétations du cadre institutionnel existant.
L?approche institutionnaliste (OSTROM, BASURTO, 2011) en sciences sociales nous permet de capitaliser
sur des cas typiques d?évolutions inconscientes ou spontanées des changements de règles par :
a. L?existence de règles non formelles (ie. non écrites) qui sont pourtant pratiquées par une
communauté d?acteurs : dans ce domaine, des acteurs professionnels nous ont remonté des cas
récurrents d?une forme de surrèglementation appliquée par certains services instructeurs, avec
notamment de l?hétérogénéité selon les territoires
b. L?oubli de certaines règles (ou leur mauvaise compréhension) peut également amener des écarts
importants : dans ce domaine, nous avons constaté que la réglementation sur l?existant est peu
connue et que des acteurs professionnels de premier plan pouvait avoir une interprétation
divergente de certains textes.
c. La polysémie de certains mots peut également expliquer certaines confusions. Deux exemples
au coeur de notre sujet :
o La notion de transformation d?actifs n?est pas définie communément par les acteurs (cf.
supra)
o La notion de « neuf » recouvre des réalités différentes : le neuf du CCH, l?opération
soumise à PC, le neuf fiscal, ? sont des notions différentes qui parfois sont confusantes
et confondues.
Proposition 4 :
De façon transversale : il est proposé de rendre plus explicite ce qui s'applique concrètement en matière
de transformation, tant nous avons pu constater des interprétations et des pratiques divergentes sur de
nombreux sujets. La diffusion de guides ou de circulaires viendra apporter ces précisions, à droit
constant.
Concernant l?acoustique : il est proposé la publication d?un guide d?accompagnement relatif aux
caractéristiques acoustiques des bâtiments existants lors de travaux de rénovation importants et de
transformation de bureaux en logements
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 32
L?acoustique est un domaine où la réglementation en soi a été décrite comme ne devant pas être
affaiblie ou modifiée pour des raisons de qualité de vie dans le logement. En particulier, en l?absence
d?exigence réglementaire, se pose la question du déploiement de l'ingénierie25 pour les parois
intérieures afin d?éviter de déporter la nuisance acoustique de l'extérieur sur une nuisance intérieure
(bruit des voisins).
Le CSTB a élaboré un Guide d?accompagnement de l?arrêté du 13 avril 2017 relatif aux caractéristiques
acoustiques des bâtiments existants lors de travaux de rénovation importants. Ce dernier n?a pas été
publié. Un tel guide, comportant un focus sur la transformation de bureaux en logements, pourrait être
utile.
C. Créer des exonérations sur les deux principales contraintes
structurelles
i. Créer un droit acquis sur les places de stationnement existantes
Sources : Les articles L151-35 / ou L151-35-1 du Code de l?urbanisme
L?arrêté du 30 juin 2022 relatif à la sécurisation des infrastructures de stationnement des vélos dans les
bâtiments
Diagnostic et enjeux :
Les professionnels auditionnés ont exprimé un besoin d'assouplissement et d'adaptation des
réglementations de stationnement (véhicules et vélos) pour les projets de conversion de bureaux en
logements. Les règles actuelles, conçues pour des constructions neuves ou des usages spécifiques,
s'avèrent inadaptées, coûteuses, voire contre-productives, dans le cadre de ces transformations.
D?un point de vue économique, les exigences de stationnement pour les logements (plus strictes que
pour les bureaux) entraînent des surcoûts importants (travaux complexes en infrastructure, perte de
surface) qui ne sont pas compensés par la valeur de vente des places de parking26.
Les normes techniques (dimensions des places, hauteurs sous poutres, largeurs de circulation, les
normes NP91.120) et les exigences quantitatives (nombre de places par logement) ne permettent pas
toujours de s'adapter aux contraintes structurelles des bâtiments existants.
L'ensemble de ces contraintes réglementaires constituent un obstacle majeur à la reconversion de
bureaux obsolètes en logements.
25 Ceci est un point de vigilance à suivre par la commission centrale du reconditionnement d?actifs que nous proposons de
créer.
26 A l?inverse, dans certains contextes urbains denses, certains immeubles de bureaux possèdent un nombre excessif de
places de stationnement inutilisables pour des logements.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 33
Par ailleurs, l?arrêté du 30 juin 2022 relatif à la sécurisation des infrastructures de stationnement des
vélos exige un certain nombre de place de stationnement vélo par logement : 1 emplacement par
logement jusqu'à 2 pièces principales et 2 emplacements par logement à partir de 3 pièces principales.
Ce ratio peut poser des difficultés pour certaines opérations de transformation produisant beaucoup de
petits logements comme les résidences étudiantes.
Proposition 5 :
Il est proposé de compléter les articles L151-35 / ou L151-35-1 du Code de l?urbanisme par :
« Il ne peut, nonobstant toute disposition du plan local d'urbanisme, être exigé pour le
reconditionnement d'actifs d'immobilier d'entreprise destinés à l'habitation, la réalisation de places de
stationnement supplémentaires au-delà de l'offre existante et fonctionnelle au sein de l'actif ou de
l'unité foncière concernée. »
Par ailleurs, il est proposé de modifier les articles de la Section 4 « Infrastructures de stationnement des
vélos » (Articles R113-11 à R113-18) du CCH et l?arrêté du 30 juin 2022 relatif à la sécurisation des
infrastructures de stationnement des vélos pour qu?il ne puisse être exigé pour le reconditionnement
d'actifs d'immobilier d'entreprise destinés à l'habitation, la réalisation de places de stationnement
supplémentaires au-delà de l'offre existante et fonctionnelle au sein de l'actif ou de l'unité foncière
concernée.
ii. Maintenir la priorité pour la sécurité des personnes, tout en cherchant certains ajustements
en matière de sécurité incendie
Source :
- Le Code de la Construction et de l'Habitation (CCH), articles R. 111-1 à R. 111-13-1 : cette section du
code définit les règles générales de construction et d'habitabilité, y compris les dispositions relatives
à la sécurité des personnes.
- L'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation
- L?arrêté du 24 mai 2010, l?instruction technique 249 (IT 249) relative aux façades permet de définir
les dispositions afin d?éviter le passage rapide des flammes et gaz chauds d?un étage à l?autre par la
façade d?un bâtiment
- L?arrêté du 7 août 2019 modifie l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie
des bâtiments d'habitation et prévoit pour les bâtiments de 3° et 4° famille (pas en code du travail).
Diagnostics et enjeux
La sécurité des personnes (les usagers, d?une part, et les services de secours, d?autre part, en cas
d?intervention) demeure, sans conteste, une priorité absolue dans la conception et la réalisation de tout
projet de transformation d?actifs. Ce principe fondamental ne saurait être remis en question. Toutefois,
il est essentiel de reconnaître que le cadre réglementaire fondé sur une différence d?usage entre les
bâtiments tertiaires et les bâtiments résidentiels, aussi protecteur soit-il, peut parfois engendrer des
contraintes significatives pour les acteurs de la transformation d?actifs, impactant la faisabilité et la
conception des projets. C'est dans cet esprit que nous proposons d'explorer la possibilité d'ajustements
ciblés en matière de sécurité incendie, non pas pour déroger à l'impératif de protection des vies, mais
pour optimiser et adapter certaines exigences.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 34
Ces évolutions réglementaires ne viseraient pas une refonte générale du corpus existant, mais se
concentreraient sur des cas fréquemment rencontrés et clairement identifiés où un assouplissement
raisonné pourrait être bénéfique sans compromettre la sécurité.
La réglementation actuelle fixe des règles précises concernant les distances entre les issues de secours
(généralement la cage d'escalier) et le dernier logement desservi, en fonction de la famille de bâtiment
d'habitation :
? 2ème famille : Pour les bâtiments de type R+3, il n'y a pas d'exigence spécifique de distance.
? 3ème famille A : La distance maximale entre la porte palière du logement et l'accès à la cage
d'escalier est limitée à 10 mètres.
? 3ème famille B et 4ème famille : cette distance est portée à un maximum de 15 mètres pour les
circulations horizontales à « l?abri des fumées ».
Une exception notable existe pour les circulations à l'air libre, où la distance maximale peut atteindre
25 mètres.
Ces règles, si elles garantissent la sécurité des occupants, ont des conséquences importantes sur la
conception des projets, particulièrement dans le cadre de la transformation d'actifs tertiaires en
habitations :
? Impact financier et perte de surface habitable (SHAB) : la stricte application de ces distances
conduit souvent à la nécessité d'ajouter des cages d'escalier supplémentaires (issues de secours)
quand bien même il en existerait déjà : suivre de telles exigences amènerait à « déplacer » un
escalier existant, ce qui s?avère dans les faits rédhibitoires. Cela représente un coût financier
important pour le projet, souvent lié à la complexité technique associée, et entraîne
inévitablement une perte de surface habitable, réduisant ainsi l?équilibre économique de
l?opération.
? En l?absence de création d?escalier supplémentaire, le respect de cette contrainte de distance
peut conduire à créer des logements trop grands, à la forme et aux typologies inadaptées,
ensuite difficilement commercialisables
? Il résulte des deux points précédents que des projets mis à l?étude ne sont ensuite pas poursuivis.
? Disparité avec d'autres usages : il est pertinent de noter que les règles sont différentes si le
même actif tertiaire était transformé en hôtel (Établissement Recevant du Public ? ERP de type
O). Dans ce cas, les normes d'évacuation peuvent être plus souples, autorisant par exemple des
distances allant jusqu'à 40 mètres pour atteindre un escalier si plusieurs sorties sont disponibles.
Cette divergence réglementaire s?explique par l?obligation en ERP de type O, d?une part, d?une
présence de personnel formés à la sécurité incendie afin d?alerter, guider de façon active
l'évacuation, et intervenir en première urgence et, d?autre part, des moyens et systèmes de
sécurité incendie plus sophistiqués (équipement de systèmes de sécurité incendie).
Par ailleurs, la mission a constaté que l?origine des distances de 10 ou 15m pour les immeubles
d?habitation de 3ème famille B et 4ème famille pouvait varier selon les cas :
- La distance de 10 m serait fondée sur la distance que doit pouvoir parcourir une personne âgée ou
un enfant en apnée,
- La distance de 15m serait fondée sur une majoration possible par une compensation en matière de
désenfumage ;
- La distance à parcourir par les personnels de secours a également été évoqué comme une
explication à ces distances.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 35
La mission souhaite souligner l'importance cruciale d'une explication claire et transparente du
fondement de chaque règle applicable. Il apparaît que les analyses de risque et les retours d'expérience
actuels pourraient être davantage approfondis afin de démontrer plus explicitement le lien direct entre
nos réglementations et les objectifs de sécurité qu'elles visent. Une meilleure compréhension de ce lien
renforcerait la légitimité et l'efficacité de ces règles.
Proposition 6 (a) :
Face à ces constats, il est proposé d'augmenter, pour le cas spécifique des immeubles d?habitation de
3ème famille B et 4ème famille issus de la transformation d?actifs, la distance entre l'issue de secours et
le dernier logement desservi, en passant de 15 mètres à 20 mètres sous réserve que le système de
désenfumage soit adapté au volume à désenfumer
La très grande majorité des professionnels auditionnés a unanimement souligné l'impact majeur de ces
contraintes de sécurité incendie sur leurs projets. Cet ajustement, fondé sur un retour d'expérience
solide du terrain, apparaît donc comme une évolution réglementaire prioritaire qui permettrait de
concilier efficacité des mesures de sécurité et faisabilité des projets immobiliers.
La mission a également constaté l?absence de rapport d?expertise indépendant et public sur les risques
et statistiques concernant la sécurité incendie des immeubles frappés d?incendies permettant
d?objectiver l?analyse de risque.
Une analyse de cas plus approfondie des implications d'un ajustement de 5 mètres serait très
instructive. En effet, il est important de noter que cette modification n'entraînerait pas nécessairement
l'ajout de surfaces ou de logements supplémentaires, étant donné les contraintes d'emprise existantes
sur la surface déjà définie. Comprendre ces nuances permettrait de prendre collectivement des
décisions éclairées.
Les personnes auditionnées ont aussi fait mention de deux points concernant les façades.
Tout d?abord, concernant les règles dites de « C+D » applicables dans les immeubles d?habitation (à
partir de la 3ieme famille) visant à limiter la propagation d?un feu par l?extérieur (IT 249). Dans le cas de
transformation de bureaux en logements, il est parfois envisagé de conserver tout ou partie d?un mur
rideaux (n?ayant pas de propriétés feu particulières car ces règles ne sont pas applicables en code du
travail). La rédaction, en l?état, de l?IT 249 pose des difficultés d?interprétations pour certaines solutions
techniques envisagées de participation à l?indice C et à l?indice D, notamment pour des matériaux qui
seraient placés
Proposition 6 (b) :
Il est proposé de préciser que les allèges en maçonnerie ou autres matériaux Pare-Flamme de degré
1/2h (Fermacell, Tôle acier 15/10) posés coté intérieur d?un mur rideaux peuvent être pris en compte
comme éléments participant à l?indice C du paragraphe « 1.2.1. Participation à l'indice C » de l?IT 249 et
de que des tôles d?acier 15/10e peuvent être pris en compte comme éléments participant à l?indice D
du paragraphe « 1.2.2. Participation à l'indice D » de l?IT 249
Proposition 2 (b) (pouvant s?inscrire en lien avec la proposition 2 (a) :
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 36
Face à ce constat, il est proposé de missionner les organismes dédiés au soutien à la recherche
(notamment PUCA et CSTB) pour lancer un programme de recherche visant à soutenir des travaux
permettant d?objectiver les enjeux de sécurité incendie, sur la base de différentes méthodes
(exemples : modélisation/simulation numérique, l?analyse d?accidents passés, étude sur la physiologie
humaine et le temps d?évacuation, et le retour d?expérience des sapeurs-pompiers).
L?arrêté du 7 août 2019 modifie l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des
bâtiments d'habitation et prévoit pour les bâtiments de 3° et 4° famille (pas en code du travail).
« Solution 1 : Les systèmes de façade sont classés au moins A2-s3, d0 pour chacun de leurs éléments
constitutifs et ne présentent pas de lame d'air.
Lorsque le système de façade comprend des vides constructifs, le recoupement est assuré notamment
par la mise en place de matériaux intumescents, de bavettes ou de bande de recoupement
incombustibles. Une appréciation de laboratoire permet de vérifier les solutions efficaces de
recoupement selon le système de façade ventilé. Ces appréciations peuvent également apporter la
preuve de performance des solutions sans recoupement des lames d'air. »
Cette solution interroge sur les configurations de façades avec habillage en pierre agrafée et / ou
panneaux verriers (et d?une manière générale les façades avec bardage). Ce type de façade, courant
pour les bureaux construits dans les années 80, ne possède pas de telles bavettes/bandes de
recoupement permettant d?éviter la propagation du feu.
Ces façades sont généralement constituées (de l?intérieur vers l?extérieur) d?une façade en béton /
maçonnerie assurant le clos et couvert, d?un potentiel isolant, d?une lame d?air (souvent de faible
épaisseur) et d?un bardage.
La mise en conformité, pour une façade que l?on souhaiterait conserver, nécessite l?ajout à postériori
de ces éléments rapportés. Cela impose des modes opératoires ouvrageux (souvent passant par une
dépose puis repose complète de l?habillage en y intégrant le recoupement). Chaque projet confronté à
ce sujet fait alors ses propres modélisations pour caractériser le risque.
Proposition 2 (c) (pouvant s?inscrire en lien avec la proposition 2(a) et 2(b) :
Il est proposé de missionner les organismes agréés dans la sécurité incendie des ouvrages (notamment
le CSTB et Efectis) pour lancer un guide de préconisation sur le traitement de la propagation du feu pour
les façades avec lame d?air.
D. Relever le seuil de certaines autorisations ou obligations
i. Intégrer les bénéfices environnementaux en adaptant les seuils applicables aux demandes
d?évaluation environnementale
Sources :
- Le Code de l?environnement
Diagnostic :
Les évaluations environnementales :
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 37
Alors que les projets de transformation d?actifs présentent de nombreuses vertus d?un point de vue
environnemental, les seuils existants pour soumettre un projet aux études d?impact environnementales,
systématiques ou surtout, au cas par cas, sont suffisamment bas en France pour ajouter une procédure
supplémentaire à des projets qui souffrent déjà de complexité administrative et d?importants délais.
Il convient de noter qu?au sein de l?Union Européenne, la France se caractérise en la matière par le fait
de combiner des seuils déclenchant des études d?impact environnementales, ou des demandes au cas
par cas, relativement bas, cependant que le dispositif de la « clause filet » prévu dans le droit européen
permet toujours à l?autorité compétente d?étudier un dossier qui serait en-dessous de ces seuils.
En l?état actuel, les projets de transformation de bureaux en logements peuvent faire l?objet d?études
d?impact s?ils concernent une surface au sol d?au moins 40 000 m² ou un projet de 10 000 m² de SDP
(cas par cas). Si le premier seuil est rarement atteint, le second peut concerner certains projets, quand
bien même le projet de transformation d?actifs ne créerait de surface nouvelle. En effet, même si le
bâtiment conserve sa surface initiale, le changement d?usage est assimilé à une création de surface de
logements. Une telle approche peut avoir de lourdes répercussions en matière d?obligations pour le
porteur de projet et de délais administratifs, alors que le projet ne va pas porter atteinte à
l?environnement.
Proposition 7 :
Il est proposé de relever le seuil de 10 000 à 20 000 m² de SDP pour l?exercice du cas par cas.
Nous rappelons que la « clause filet » peut s?exercer si nécessaire, notamment dans le cas où la
localisation du projet de transformation peut exiger une attention particulière en lien avec un usage de
logement, en matière de bruit ou de qualité de l?air par exemple (ex. projet à proximité d?une
autoroute).
ii. Exonérer de l?application de la RE2020 les extensions et surélévation de bâtiments existants
de moins de 30% de la surface initiale
Sources :
- L'arrêté du 4 août 2021 relatif aux exigences de performance énergétique et environnementale des
constructions de bâtiments en France métropolitaine
- Les arrêtés relatifs à la règlementation thermique, notamment le volet élément par élément (arrêté
3 mai 2007 modifié par celui du 22 mars 2017) ou volet global (arrêté 13 juin 2008).
Diagnostic
Pour valoriser le bâtiment existant, le récent rapport de M. Robin RIVATON sur la RE2020 préconise que
les opérations de surélévation et d?extension tant qu?elles restent inférieures à 30% de la surface de
plancher initiale du bâtiment ne soient pas concernées par la RE2020. La mission appuie le sens de cette
proposition.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 38
En complément, pour les transformations d?un bâtiment de bureaux vers du logement, la
Règlementation Thermique Existant (RT existant) s?applique avec un volet élément par élément ou un
volet global. Cependant, une fois les travaux terminés le bâtiment est soumis à un Diagnostic de
Performance Energétique (DPE).
Ces deux approches sont réalisées suivant des méthodes de calcul différentes (la RT Existant global
imposant notamment que la consommation Cep du bâtiment soit inférieure à celle d?un bâtiment de
référence avant travaux quand le DPE se base sur la méthode conventionnelle dite « 3CL »). Cela oblige
donc les acteurs à faire deux calculs en parallèle. Le DPE pourrait théoriquement être fait en aval mais
souvent, pour éviter des déconvenues et s?assurer d?un certain niveau de performance DPE, ce dernier
est fait bien en amont.
Le rapport de M. Robin RIVATON sur la RE2020 (cf chapitre Diagnostic de performance énergétique)
souligne également le même type de constat d?écart entre les calculs/performances de la RE2020 et
ceux (notations) des DPE.
Proposition 8 :
Il est proposé d?accepter la suggestion de M. Robin RIVATON exonérant de la RE2020 les extensions et
surélévation de bâtiments existants de moins de 30% de la surface initiale.
Nous attirons également l?attention sur le constat d?écart entre les calculs/performances de la RE2020
et ceux (notations) des DPE, qui demanderait un travail de développement plus fin pour comprendre si
la méthode de calcul conventionnelle du DPE (3CL) pourrait être utilisée comme base de calcul
règlementaire.
iii. Définir un seuil plus équitable en matière d?obligations d?accessibilité PMR
Sources :
La loi du 11 février 2005 pour l?égalité des droits et des chances
Le décret n° 2021-872 du 30 juin 2021 recodifiant la partie réglementaire du livre Ier du code de la
construction et de l'habitation et fixant les conditions de mise en oeuvre des solutions d'effet équivalent
Les articles R163-2, R162-2, R162-4 du CCH.
Diagnostic et enjeux :
La mise en conformité aux règles d'accessibilité PMR a des répercussions directes sur les parties
communes, exigeant des aménagements pour les accès extérieurs (parfois en-dehors du périmètre de
projet), les escaliers (adaptation de la hauteur ou de la largeur des marches), les ascenseurs (installation
requise pour les bâtiments de plus de trois étages ; mise à jour normative des équipements existants),
ainsi que l'élargissement des portes.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 39
Les règles d'accessibilité PMR (Personnes à Mobilité Réduite) pour les logements et les ERP
(Établissements Recevant du Public) sont fondées sur le coût des travaux par rapport à la valeur du
bâtiment.
La valeur du bâtiment est déterminée en se fondant sur l'indice du coût de la construction (ICC). Cet
indice est une valeur nationale (par m² de SDP, publiée trimestriellement par l'INSEE) et sans rapport
avec la valeur réelle du bien concerné, fortement déterminée par son état ou ses caractéristiques
propres.
L?approche prend en compte les travaux réalisés et financés au cours des deux dernières années.
? Si le coût des travaux est égal ou supérieur à 80% de la valeur du bâtiment, la réglementation
du neuf s'applique entièrement aux logements où sont réalisés les travaux et à tous les locaux
communs. Pour les autres parties, les conditions d'accès existantes sont maintenues.
? Si le coût des travaux est inférieur à 80% de la valeur du bâtiment, la réglementation du neuf
s'applique pour la création de surfaces, les modifications de circulations communes et des locaux
collectifs. Les conditions d'accès existantes sont maintenues ailleurs, avec des précisions sur
l'accessibilité des ascenseurs (informations de mouvement et système d'alarme).
? Pour les ERP spécifiquement, l'objectif est de rendre l'établissement accessible, tout en
maintenant les conditions d'accès existantes à l'intérieur si les locaux ne sont pas concernés par
les travaux. En cas de travaux, une distinction est faite pour les étages ou niveaux non accessibles
aux personnes en fauteuil roulant.
La règle des 80 % est souvent atteinte lors de la transformation d?immobilier d'entreprise en
immeuble d'habitation
Plus précisément, l?article R163-2 du Code de la construction et de l?habitation place dans la même
catégorie les « travaux de modification ou d'extension portant sur un bâtiment ou une partie de
bâtiment d'habitation collectif ou à l'occasion de travaux de création d'un bâtiment ou d'une partie de
bâtiment par changement de destination » fixant le « rapport du coût des travaux à la valeur du
bâtiment est supérieur ou égal à 80 % ». Or, le seuil de 80% n?est pas équitable pour l?ensemble des
projets précités.
La transformation d'un immobilier d'entreprise en immeuble d'habitation est un projet complexe où le
coût des travaux atteint fréquemment, voire dépasse, le seuil de 80 % de la valeur du bâtiment,
déclenchant ainsi l'application des réglementations d'accessibilité PMR du neuf. Plusieurs facteurs
expliquent cette situation :
? Une approche administrée fondée sur l'indice du coût de la construction (ICC) qui peut être
décorrélée de la valeur de marché d?un actif déjà existant : pour certaines catégories de bien
(patrimoine remarquable ou localisation en zone dense), chaque intervention, même minime,
engendre des coûts proportionnellement élevés. Dans ce contexte, l'atteinte du seuil de 80%
d'une valeur de référence, potentiellement inférieure à la valeur intrinsèque du bien, se produit
d'autant plus rapidement. Ceci représente un défi particulier pour la conservation de ce bâti,
d'autant qu'il est fréquemment moins aisé à adapter aux exigences actuelles.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 40
? Coût élevé des travaux de transformation : La reconversion d'un bâtiment tertiaire en
logements est une opération lourde. Elle cumule les contraintes inhérentes à un changement
d'usage et celles d'un reconditionnement complet.
Ces deux raisons, qui peuvent se cumuler, font que les montants des travaux de transformation sont
disproportionnés par rapport à la valeur initiale du bâti, rendant l'application des règles d'accessibilité
du neuf presque systématique dans ces projets. La règle commune ainsi définie dans l?article R163-2 du
CCH manque d?équité.
S?il existe des possibilités de dérogations, celles-ci restent lourdes, incertaines et décourageantes. Pour
rappel, des dérogations sont possibles dans trois cas principaux : en présence d'impossibilités
techniques liées au terrain ou à l'existant, lorsqu'il y a une disproportion entre les améliorations
d'accessibilité et les coûts ou techniques nécessaires à leur mise en oeuvre, ou enfin pour des raisons de
conservation du patrimoine, ces dernières dérogations étant validées par la DRAC (Direction Régionale
des Affaires Culturelles) ou par la sous-commission départementale pour l?accessibilité des personnes
handicapées de la DDT (Direction Départementale des Territoires).
Proposition 9 :
Il est proposé de modifier par décret l?article R163-2 du Code de la construction et de l?habitation en
définissant deux seuils :
« Lorsque, à l'occasion de travaux de modification ou d'extension portant sur un bâtiment ou une partie
de bâtiment d'habitation collectif, le rapport du coût des travaux à la valeur du bâtiment est supérieur
ou égal à 80 %, les dispositions architecturales et les aménagements du bâtiment doivent satisfaire aux
obligations suivantes.
Ce seuil est porté à 130 % pour les travaux de création d'un bâtiment ou d'une partie de bâtiment par
changement de destination. »
A la place de :
« Lorsque, à l'occasion de travaux de modification ou d'extension portant sur un bâtiment ou une partie
de bâtiment d'habitation collectif ou à l'occasion de travaux de création d'un bâtiment ou d'une partie
de bâtiment par changement de destination, le rapport du coût des travaux à la valeur du bâtiment est
supérieur ou égal à 80 %, les dispositions architecturales et les aménagements du bâtiment doivent
satisfaire aux obligations suivantes »
E. Lever les potentielles interdictions de jure ou de facto
i. Faire de la transformation d?un local autre qu?habitation en habitation en zone tendue (A
et A-Bis) un droit d?ordre public dans le régime de copropriété
Sources : La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 41
Diagnostic et enjeux :
De nombreux acteurs auditionnés ont fait part de difficultés persistantes dans les immeubles régis par
le régime de la copropriété. Si l?adoption de la proposition de loi de M. le député DAUBIÉ a fait oeuvre
utile en cherchant l?assouplissement des règles de vote en assemblée générale de copropriété
lorsqu?elle doit se prononcer sur le changement de destination de locaux pour les transformer en
logements, il convient d?aller plus loin dans les zones tendues (zone A et A-Bis).
La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, ainsi que ses
décrets d'application, contient un ensemble de dispositions qui sont d'ordre public. Cela signifie qu'il
est impossible d'y déroger par une clause du règlement de copropriété ou par une décision
d'assemblée générale. Ces règles sont là pour protéger l'intérêt général de la copropriété et garantir
un minimum de droits aux copropriétaires.
Si un règlement peut interdire l'exercice de certaines activités commerciales bruyantes ou malodorantes
dans un immeuble à destination exclusivement résidentielle (clause d'habitation bourgeoise), il n?est
pas justifié qu?une copropriété puisse bloquer la création de nouveaux logements en zone tendue qui
n?auront pas d?impact négatif sur la vie des copropriétaires.
Proposition 10 :
Il est proposé de faire évoluer la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des
immeubles bâtis afin de prévoir que, nonobstant les dispositions d?un règlement de copropriété, la
transformation d?un local vacant depuis 2 ans en habitation est autorisé en zone tendue (A et A-Bis) et
que ces dispositions sont d?ordre public.
ii. Créer un mécanisme d?extinction des cahiers des charges de lotissement et zones d'activités
Sources : Les articles L. 318-1 et suivants, L311-6, ainsi que L.442-1 et suivants, du Code de l?urbanisme
Diagnostic :
La persistance de règles contractuelles des cahiers des charges des zones d?activités empêche la
transformation d?immeubles existants ou de zones commerciales/d?activité.
Il existe des mécanismes qui permettent d?éteindre les cahiers des charges des lotissements à la
majorité des colotis ou par une action des auteurs des documents d?urbanisme, via une enquête
publique27. Le Conseil d?Etat considère implicitement que cela vaut pour les dispositions contractuelles.
Le cahier des charges d'une ZAC (souvent appelé Cahier des Charges de Cession des Terrains ou CCCT) a
une valeur contractuelle. Il est annexé aux actes de vente des terrains et s'impose aux acquéreurs
successifs des lots.
27 L 442-11 code urbanisme
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 42
Les stipulations du cahier des charges peuvent parfois contenir des dispositions visant à régir les
rapports entre les propriétaires des différents lots au sein de la ZAC. Même si la ZAC en tant que
procédure d'aménagement est clôturée ou supprimée, les obligations contractuelles issues du cahier
des charges peuvent perdurer entre les propriétaires, étant reprises dans les actes de vente successifs.
La Cour de cassation, notamment, a régulièrement rappelé que les clauses à caractère contractuel d'un
cahier des charges de ZAC conservent leur force obligatoire, même si la ZAC est supprimée ou si les
dispositions réglementaires (comme le Plan d'Aménagement de Zone - PAZ) deviennent caduques.
Or, le mécanisme n?existe pas pour d?autres cas (hors lotissement, en ZAC clôturée ou non).
Proposition 11 :
Il est proposé de prévoir un mécanisme d?extinction des cahiers des charges dans leurs entières
dispositions (règlementaires et contractuelles) via un dispositif identique au lotissement qu?il convient
également d?éclaircir en précisant que l?inopposabilité est pleine et entière. Ce sujet devra faire l?objet
d?un travail d?approfondissement par l?administration pour clarifier le mécanisme juridique à mettre en
place.
iii. Aligner les règles d?éviction des locataires de bureaux partiellement vacants sur celles des
opérations de restauration immobilières dans les plans de sauvegarde et de mise en valeur
Source : Le Code du commerce, en particulier l?article L.145-18.
Diagnostic :
Les difficultés d'éviction de la dernière ou des dernières entreprises occupant des bureaux pose un
dilemme entre la protection légitime d'une activité commerciale et l'intérêt général du renouvellement
urbain.
Ce problème est rencontré de façon récurrente par les porteurs de projets où le bureau est occupé de
façon marginale, provoquant de fait un blocage du projet de transformation. Le niveau d?indemnité
d?éviction actuel est particulièrement protecteur dans le régime des baux commerciaux, ce qui a pu
amener certains acteurs à préconiser un plafonnement de ces indemnités. Sans aller jusque-là, il a été
privilégier de chercher à transposer des dispositions déjà existantes dans notre droit.
Proposition 12 :
Il est proposé d?aligner les règles d?éviction des locataires sur celles des opérations de restauration
immobilières dans les plans de sauvegarde et de mise en valeur (cf. article L145-18 du code de
commerce).
Cette proposition s?inscrit en cohérence avec la proposition 4 « Simplifier certaines règles en faveur de
la transformation dans le périmètre des ORT » du groupe de travail sur le modèle économique et le
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 43
financement de la transformation de bureaux en logements copiloté par Mme Nadia BOUYER et M.
Xavier LÉPINE.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 44
III. Renforcer les synergies en créant
un cadre favorable au
reconditionnement d?actifs
Pour clore cette réflexion sur la transformation d?immobilier d?entreprise en habitation, il est crucial
d'aborder la nécessité de renforcer les synergies en mettant en place un cadre propice au
reconditionnement. Cette démarche vise à transformer les défis actuels en opportunités durables, en
favorisant la réutilisation et la valorisation des ressources existantes. Pour y parvenir, plusieurs mesures
clés sont envisagées, allant de la création d'une commission de médiation dédiée à l'instauration d'un
permis de démolir suspensif, en passant par le renforcement des obligations documentaires pour une
meilleure transparence. De plus, la publication du décret sur les immeubles de moyenne hauteur et la
mise en place d'un dispositif préventif activable par le Préfet en cas de risque de "crise systémique"
compléteront ce dispositif, assurant ainsi une approche proactive et résiliente face aux enjeux du
reconditionnement d'actifs.
Créer une commission centrale du reconditionnement d?actifs
Sources d?inspiration
- La commission centrale de sécurité du ministère de l?intérieur (anciens articles R. 123-29 du Code
de la Construction et de l'Habitation et suivants)
Diagnostic et enjeux
La suppression de l'ancienne Commission Centrale de Sécurité (CCS) en 2021 a été un sujet de
discussions parmi les professionnels de la sécurité incendie et de la construction. Un certain nombre de
personnes auditionnées dans le cadre du groupe de travail ont exprimé des regrets quant à cette
décision.
Ces regrets sont souvent liés à la perte d'une instance nationale unique et centralisée qui apportait une
doctrine claire et une interprétation uniforme des règlements de sécurité pour les Établissements
Recevant du Public (ERP) et les Immeubles de Grande Hauteur (IGH). La CCS était perçue comme un
garant de la cohérence et de l'équité dans l'application des règles sur l'ensemble du territoire, évitant
ainsi des disparités entre les départements. Sa disparition a, pour certains, laissé un vide en termes
d'expertise de haut niveau et de capacité à arbitrer des situations complexes ou innovantes en matière
de sécurité incendie (homogénéité des demandes/interprétation).
Les personnes auditionnées expriment également un regret profond concernant le manque d'effectivité
de certaines dispositions légales ou réglementaires existantes. Malgré des outils comme le droit à
l'expérimentation ou les possibilités de dérogation, ces mécanismes peinent à produire les effets
escomptés sur le terrain.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 45
Ce constat d'inefficacité conduit à une proposition concrète : la création d'une commission de médiation
dédiée au reconditionnement d'actifs. L'objectif est clair : disposer d'une instance capable de faciliter la
mise en oeuvre de ce principe, face aux inerties ou aux blocages rencontrés dans les processus actuels.
Proposition 13
Il est proposé de créer une commission centrale dédiée au reconditionnement d?actifs. Cette
commission aura pour objectif de faciliter le reconditionnement d?actifs et d?éviter les
surrèglementations locales, homogénéiser les pratiques, créer une doctrine du reconditionnement et
faciliter la « prise de risques » des acteurs.
De compétence nationale, rassemblant de façon collégiale l?ensemble des expertises techniques
nécessaires, la commission dédiée a pour mission de :
1. Formuler des avis sur le plan technique (dont sécurité incendie) pouvant faire l?objet selon les
situations de dérogation(s) prise(s) par le Préfet et/ou l?autorité compétente en matière
d?urbanisme en ayant pour mission d?éviter les surrèglementations, comme il en existe aujourd?hui
au niveau local ;
2. en l?absence d?une réglementation déjà constituée pour le reconditionnement, être compétent pour
définir de façon empirique une doctrine du reconditionnement constituant progressivement un
corpus de règles qui pourra être ajusté au cas par cas, et évoluer dans une démarche de retour
d?expérience et d?apprentissage continu ;
3. Être la seule autorité responsable des risques techniques liés à la transformation d?actifs : son
Président, comme tout agent public, bénéficiera de la protection fonctionnelle, en cas de poursuite
civile ou pénale à la suite d?un avis problématique.
4. Rendre des avis, fondant des décisions pouvant faire l?objet d?un recours gracieux ou contentieux
par le pétitionnaire auprès des tribunaux administratifs.
La création d?une telle commission nécessiterait de passer par la voie législative (loi ou ordonnance) en
adoptant un article L. dans le code de la construction et de l'habitation de type :
« A l?échelle nationale, est créée avant le 1er janvier 2026, auprès du Premier Ministre, une commission
centrale du reconditionnement d?actifs présidée par une personnalité qualifiée qu?il désigne.
Dans des conditions définies par décret en Conseil d?Etat, cette commission est composée des collèges
suivants :
1. De représentants de l'Etat, notamment du ministère de l?Intérieur, et du ministère du logement,
et du Ministère de la transition écologique.
2. De représentants des régions, des établissements publics de coopération intercommunale visés
à l'article L. 441-1-1 et des communes ;
3. De personnalités qualifiées choisis en raison de leur expertise scientifique et technique dans le
domaine du reconditionnement d?actifs ;
4. De personnalités qualifiées représentants les maîtres d?ouvrage agissant dans le domaine du
reconditionnement d?actifs.
La commission centrale peut être saisie par toute personne physique ou morale pour les motifs
suivants :
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 46
1. Saisine pour médiation : en cas de difficultés persistantes, notamment en cas de délais
anormalement longs, avec une autorité ou service compétents, ou, le cas échéant, une
copropriété, le pétitionnaire, par l?intermédiaire d?un architecte, peut demander l?organisation
d?une médiation
2. Saisine pour un avis valant rescrit technique : en amont d?un dépôt de permis de construire, le
pétitionnaire peut demander un rescrit28.
3. Saisine pour droit de dérogation ou d?adaptation de la règle : la commission formalise un avis
préalable permettant à l?autorité compétente29 de fonder sa décision dans le cas où un droit de
dérogation, avec ou sans compensation, ou d?adaptation de la règle au contexte bâti, (cf.
proposition suivante) serait reconnu. »
A l?appui des demandes de saisine, le pétitionnaire pourra présenter des éléments venant estimer
l?impact en termes de carbone / ressource évité, coûts et délais.
En cas de contestation de la décision, fondé sur un avis de la commission de médiation, le requérant
aurait la possibilité de déposer deux types de recours :
- Le recours gracieux devant la commission de médiation
- Le recours contentieux « en annulation » ou « pour excès de pouvoir » au tribunal administratif
Moyens humains : l?animation de cette commission nécessitera un secrétariat technique permettant
d?instruire les dossiers et de mobiliser le cas échéant des expertises techniques extérieures.
Ce secrétariat technique aurait aussi pour mission de compiler les cas et toutes les données permettant
d?affiner les doctrines selon les principes d?une « organisation apprenante ».
Moyens financiers : sont envisagés pour financer un budget minimal deux solutions alternatives et/ou
complémentaires :
- Une contribution forfaitaire en cas de saisine, le cas échéant fonction de la taille de l?immeuble
concerné et de la complexité du dossier, versée par le pétitionnaire ;
- Une dotation issue du budget de l?Etat.
Indicateur annuel de réussite : émissions carbone et déchets de ressources évités.
Perspectives d'évolution
À moyen terme, et après une période suffisante (5 ans) de fonctionnement de la commission de
médiation dédiée au reconditionnement d?actifs, les pouvoirs publics pourront évaluer s'il y a lieu de
formaliser la doctrine sous la forme d?une réglementation, en s?appuyant sur les retours d'expériences.
Ces orientations permettront de mieux encadrer la transformation des bâtiments, en assurant une
meilleure articulation entre les impératifs techniques et les réalités des projets.
28 Un rescrit est un acte administratif donné par écrit qui fournit une réponse à une question écrite, posée par une personne,
et détaillant le contexte et les conditions précises du problème évoqué.
29 Au Maire, dans le cadre des dérogations prévues dans le Code de l?urbanisme, ou au préfet, si à titre expérimental un droit
de dérogation serait reconnu au préfet dans le domaine de la transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble
d?habitation
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 47
Expérimenter un droit de dérogation reconnu au préfet dans le cadre de la
transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble d?habitation
Sources d?inspiration :
Le décret n° 2017-1845 du 29 décembre 2017 relatif à l'expérimentation territoriale d'un droit de
dérogation reconnu au préfet
Le rapport sénatorial sur Le pouvoir préfectoral de dérogation, un outil au service des territoires ?
Diagnostic et enjeux :
L'article 37-1 de la Constitution française, introduit par la révision constitutionnelle du 28 mars 2003,
permet à la loi et au règlement de comporter, pour un objet et une durée limités, des dispositions à
caractère expérimental.
Dans ce domaine, le décret du Premier ministre du 29 décembre 2017 relatif à l'expérimentation
territoriale d'un droit de dérogation reconnu au préfet ouvre, pour une durée de deux ans, la possibilité
de déroger à des normes arrêtées par l'administration de l'État, telles que des décrets du Premier
ministre ou des arrêtés ministériels. Cette possibilité de dérogation prend la forme de décisions non
réglementaires relevant de la compétence du préfet. Ce pouvoir ne permet pas de déroger à des normes
réglementaires ayant pour objet de mettre en oeuvre une disposition législative. Il ne permet pas
davantage au préfet de prévoir une dérogation générale et permanente : le cadre réglementaire de la
décision demeure.
C?est sur ces bases qu?il est proposé d?articuler le fonctionnement de la commission de médiation
dédiée au reconditionnement d?actifs.
Proposition 14 :
Il est proposé de publier un décret relatif à l'expérimentation territoriale d'un droit de dérogation
reconnu au préfet dans le domaine de la transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble
d?habitation
A titre expérimental et pendant une durée de cinq ans à compter de la publication du présent décret,
les préfets des régions d?Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Grand Est,
Nouvelle Aquitaine peuvent déroger à des normes arrêtées par l'administration de l'Etat.
Dans le cadre de la transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble d?habitation, le préfet peut
faire usage de la faculté de dérogation pour prendre des décisions non réglementaires relevant de sa
compétence dans les matières suivantes :
1° Aménagement du territoire et politique de la ville ;
2° Construction, logement et urbanisme ;
3° Emploi et activité économique ;
4° Protection et mise en valeur du patrimoine culturel ;
5° Sécurité incendie et secours ;
6° Subventions, concours financiers et dispositifs de soutien en faveur des acteurs économiques, des
associations et des collectivités territoriales.
https://www.senat.fr/rap/r24-346/r24-346_mono.html
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000036340460
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 48
Créer un permis de démolir suspensif
Source : Le Code de l?urbanisme et code général des impôts
Le Code de l?urbanisme
Diagnostic :
Face à des bâtiments de bureaux devenus obsolètes, de nombreux propriétaires pourraient être tentés
de les démolir pour réduire leurs charges fiscales, en l'absence de perspectives de transformation ou de
reconversion claires. Cette démolition "par défaut" conduit à des "dents creuses" et à une perte de
potentiel urbain. De plus, c?est un échec sur le plan environnemental (émission nouvelle de carbone,
nouveaux déchets).
La mission attire l?attention sur le fait qu?il est impossible d?inciter au reconditionnement d?actifs sans
prévoir un dispositif administratif et fiscal plus rapide et moins pénalisant que ce qui existe pour la
démolition reconstruction, faute de quoi celle-ci sera le plus souvent la solution la plus attractive.
Proposition 15 :
Il est proposé de créer un "Permis de Démolir Suspensif" (PDS) dont l'objectif primordial est
environnemental : réutiliser plutôt que démolir et reconstruire, adapter plutôt que démolir. L?enjeu
principal est d?éviter les démolitions irréversibles sans stratégie : le PDS ne bloque pas la démolition,
mais il s'assure que celle-ci n'intervienne qu'après avoir objectivement exploré toutes les alternatives
raisonnables de transformation.
Il s'agit de de rendre l'inaction coûteuse et d?activer une dynamique positive collective. Le PDS organise
une "mise en tension productive" entre le destin de démolition d'un bâtiment et la possibilité d'un projet
de transformation. Il s'applique lorsque ni la collectivité, ni le propriétaire, ni le marché ne peuvent seuls
débloquer la situation. Il permet au propriétaire de sortir de l'immobilisme, à la collectivité d'éviter une
disparition irréversible, et au marché de se positionner sur des actifs jusque-là invisibles ou non
rentables.
Le PDS est proposé comme un outil innovant pour anticiper et encadrer la démolition d'actifs tertiaires
en fin de vie, afin de favoriser leur transformation plutôt que leur simple disparition. Il vise à rompre
l'attentisme des propriétaires et des collectivités locales en créant un cadre temporaire incitant à la
réflexion collective pour éviter tout ou partie des démolitions.
Le dispositif du PDS poursuit des objectifs précis :
- Créer un signal visible : un bâtiment en fin de cycle, loin d'être un simple point de vacance, devient
une opportunité de mutation potentielle clairement identifiable sur le territoire. A cette fin, le
dispositif prévoit une obligation de partage d'informations : le propriétaire transmet un dossier
technique minimal (plans, diagnostics) à l?autorité compétente en matière d?urbanisme pour qu?il
soit rendu public pendant toute la durée du dispositif (accessible en mairie) de sorte que d?autres
porteurs de projets puissent également se positionner.
- Un cadre temporaire incitant à la réflexion collective pendant une durée de deux ans en appliquant
la fiscalité existante comme si le bâti était démoli :
1. D?un point de vue juridique, il s?agirait de créer un permis de démolir suspensif d?une durée
de deux ans dans le code de l?urbanisme pouvant s?appliquer sur l?ensemble du territoire
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 49
2. D?un point de vue fiscal, pendant la période de deux ans, seule la taxe foncière sur les
propriétés non-bâti s?applique et un délai de grâce est accordé pour l'ensemble des autres
impositions directes et indirectes assises sur le patrimoine immobilier : la taxe foncière sur
les propriétés bâties, la taxe sur les bureaux, et toute autre taxe ou redevance locale ou
nationale liée à la détention de l'immeuble sont suspendues et le détenteur de l?actif est
exonéré de toute majoration ou pénalité de retard.
Ce cadre créé déjà une incitation aux différentes parties prenantes à « jouer le jeu » : d?une part, cela
incite le propriétaire à rentrer dans le dispositif et, d?autre part, place en tension la collectivité publique
qui doit se « projeter » immédiatement dans une situation où il n?y aurait plus de recette fiscale autre
que la TFPNB en cas de démolition.
L?issue du délai de grâce vise à inciter le propriétaire à porter un projet de transformation :
Pour transformer le délai de grâce en exonération, le propriétaire30 doit au terme du dispositif avoir
retiré son permis de démolir et déposé un permis de construire portant un projet de transformation
d?un immobilier d?entreprise en habitation ou de rénovation vers un bâtiment tertiaire réversible.
L?enjeu est de l?inciter à un objectif de résultat (la non-démolition, avec un projet alternatif formalisé).
Si ces conditions ne sont pas respectées, les impositions suspendues deviennent immédiatement
exigibles, sans application rétroactive des majorations et pénalités pour la période initiale de deux ans.
Le propriétaire pourra alors, s'il le souhaite, poursuivre sa procédure de démolition.
Créer les conditions d?éligibilité des opérations de transformations d?actifs
aux certificats d?économie d?énergie
Sources :
Les articles L. 221-1 à L.222-10 du Code de l?énergie
Les articles R. 221-1 à R.222-12 du Code de l?énergie
L?arrêté du 29 décembre 2014 relatif aux modalités d'application du dispositif des certificats
d'économies d'énergie
L?arrêté du 4 septembre 2014 fixant la liste des éléments d'une demande de certificats d'économies
d'énergie et les documents à archiver par le demandeur
L?arrêté du 28 septembre 2021 relatif aux contrôles dans le cadre du dispositif des certificats
d'économies d'énergie
Diagnostic :
Le groupe de travail a également approfondi la question de l?articulation des certificats d?économie
d?énergie (CEE) avec les opérations de transformations de bâtiment tertiaire en bâtiment résidentiel.
Comme sur bien d?autres sujets, le cadre de ce dispositif a été construit sans intégrer les opérations de
transformations dans le champ de la réflexion, avec un dispositif cloisonné entre les fiches d?opération
standardisée de bâtiment résidentiel (BAR) et de bâtiment tertiaire (BAT).
30 Pendant la période, le propriétaire a pu changer, car le dispositif avec la mise à disposition de documents rendus publics
vise aussi à ouvrir la porte à des discussions avec d?autres porteurs de projet. Dans ce cas, les conditions s?appliquent, avec
un partage du délai de grâce/exonération au prorata temporis, sauf autres dispositions prévues dans l?acte de cession de
l?actif.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 50
Selon certaines interprétations, en l?état actuel de l?organisation institutionnelle, la rénovation pourrait
être considérée au titre du bâtiment de départ (ici bâtiment tertiaire) ou de celui de destination (ici
bâtiment résidentiel). Toutefois, l?annexe 1 de la fiche d?opération standardisée de bâtiment résidentiel
(BAR) pose la question de savoir si oui ou non la condition suivante est respectée : « bâtiment résidentiel
existant depuis plus de 2 ans à la date d?engagement de l?opération ». Ce type de formulation appliquée
aux opérations de transformation d?un bâtiment tertiaire en bâtiment résidentiel est de nature à
susciter des interrogations pour les acteurs auditionnés : le bâtiment existe bien depuis plus de deux
ans, mais devient seulement au moment des travaux un bâtiment résidentiel « reconditionné ».
Lors de l?échange de la mission avec la DGEC, celle-ci a toutefois précisé que le cas des transformations
de bureau en logement n?était à ce jour pas prévu, et que le calcul du gain énergétique dans le cadre
d?une fiche standardisée pour une telle transformation poserait la question de la situation de référence
à prendre en compte. L?utilisation du mécanisme des opérations spécifiques (au cas par cas donc) a
également été évoqué.
Il convient également d?attirer l?attention sur le fait que certaines catégories de transformations d?actifs
sont déjà éligibles de plein droit aux CEE quand ils s?inscrivent dans la fiche d?opération standardisée de
bâtiment tertiaire (BAT) : c?est le cas par exemple de la transformation de bureaux en hôtels qui
demeurent une activité de type tertiaire, relevant dans le cadre de notre étude de la catégorie
d?hébergement.
Proposition 16
Il est proposé que les conditions d?éligibilité des opérations de transformations d?actifs aux certificats
d?économie d?énergie soient instruites et précisées par la Direction générale de l?énergie et du climat.
Publier un décret attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le
contentieux des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maitrise
foncière des sociétés agréées foncière de transformation d?actifs
Source : Le code de justice administrative, notamment ses articles L. 211-1, L. 211-2, L. 232-3, L. 311-1,
L. 321-1, R. 311-1, R. 311-2, R. 811-1 et R. 811-1-1;
Source d?inspiration :
- Décret n° 2018-1249 du 26 décembre 2018 attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le
contentieux des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maîtrise foncière afférentes aux
jeux Olympiques et Paralympiques de 2024
- Dispositif « fast lane » existant dans la région Bruxelles Capitale.
Diagnostic :
Les opérateurs signalent un nombre croissant de recours sur les permis de construire, même pour des
transformations moins nuisibles que les constructions neuves. Ces recours, outre la perte de temps
qu'ils génèrent, sont souvent une tentative du requérant d'obtenir une « transaction ».
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 51
Or, le temps représente un coût caché significatif pour les porteurs de projet. Le taux de rendement
interne (TRI) d?une opération se calcule d?un point de vue comptable dès le premier euro investi. Les
opérations de transformation sont intrinsèquement plus longues, nécessitant en moyenne 60 mois
contre 48 mois pour la production de bâtiments neufs.
Par ailleurs, la proposition n°8 du groupe de travail modèle économique et financement de la
transformation de bureaux en logements de Mme BOUYER et M. LÉPINE (juillet 2025) propose de créer
des véhicules dédiés aux transformations « foncières de transformation de bureaux » (« FTB »).
Proposition 17 :
Il est proposé de publier un décret attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le contentieux
des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maitrise foncière des sociétés agréées « foncière de
transformation de bureaux » ou, à défaut, les mêmes opérations contribuant à la création d?au moins 1
000 m² de surface de plancher d?habitation issus de la transformation d?immobilier d?entreprise.
Renforcer les obligations documentaires pour améliorer la transparence de
l?information sur le potentiel de transformation des actifs
Source : La loi n°65-557 du 10 juillet 1965
Le décret n°2001-477 du 30 mai 2001 fixant le contenu du carnet d'entretien de l'immeuble
La loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de
la résilience face à ses effets
Diagnostic :
Faciliter la conservation et la transmission des documents techniques et administratifs tout au long du
cycle de vie du bâtiment est un enjeu crucial pour faciliter la transformation d?actifs.
Le premier enjeu est l?amélioration de la connaissance et de la gestion du bâtiment, en cherchant d?une
part, à centraliser l'ensemble des informations (plans, schémas techniques, rapports d'intervention,
garanties, manuels d'utilisation des équipements, diagnostics, etc.) ce qui permet d'avoir une
connaissance approfondie de l'actif, et d?autre part, en constituant un historique complet (toutes les
interventions, modifications et maintenances effectuées, offrant un historique précis qui facilite les
décisions futures).
Le deuxième enjeu consiste à avoir des preuves de conformité : il s?agit de rassembler tous les certificats
de conformité, rapports de contrôle réglementaire (sécurité incendie, amiante, plomb, etc.), prouvant
que le bâtiment respecte les normes en vigueur. Une meilleure traçabilité des interventions et des
équipements contribue à la sécurité des occupants et à la prévention des litiges.
Dans l?immobilier, il existe deux carnets permettant de rassembler toute ou partie de ces informations
et documents clefs : d?une part, le carnet d?entretien de l?immeuble créé pour les copropriétés est une
obligation de l?article 18 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des
immeubles bâtis : l?immobilier d?entreprise étant rarement dans des copropriétés, ce carnet d?entretien
est peu répandu alors qu?il pourrait être utile pour les opérations de transformations d?actifs.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 52
Par ailleurs, la loi climat et résilience a rendu obligatoire depuis le 1Er janvier 2023 le carnet d'information
du logement (CIL) visant à centraliser les informations relatives aux caractéristiques et aux performances
énergétiques du logement, ainsi qu'aux travaux réalisés pour faciliter et accompagner les futurs travaux
d'amélioration énergétique.
Proposition 18 :
Il est proposé d?étendre le principe du carnet d'entretien/carnet d'information aux actifs tertiaires pour
la conservation et la transmission des documents techniques et administratifs.
Proposition 19 :
Il est proposé de créer un diagnostic de l?existant et du potentiel de transformation pour les actifs
tertiaires en vacance structurelle pour éclairer de façon objective la puissance publique et les acteurs
privés sur l?arbitrage entre transformation et démolition-reconstruction.
Dans cette perspective, le CSTB pourrait être sollicité pour cadrer la mission de préfiguration d?un tel
diagnostic et formuler des objectifs clairs (relevé géomètre, sondages structurels, analyse des
documents d?exécution, calcul des performances des éléments, compatibilité avec la réglementation en
vigueur?)
Publier un décret créant un véritable régime de sécurité incendie global pour
les immeubles de moyenne hauteur, intégrant les enjeux de mixité d?usage
et de réversibilité
Source : L'article 30 de la loi ELAN (n° 2018-1021 du 23 novembre 2018)
Diagnostic en enjeux :
Le décret attendu en application de l?article 30 de la loi ELAN (n° 2018-1021 du 23 novembre 2018) vise
à définir un régime unique de sécurité incendie applicable aux Immeubles de Moyenne Hauteur (IMH),
c?est-à-dire aux bâtiments dont le plancher bas du dernier niveau est situé entre 28 et 50 mètres. À ce
jour, ce décret n?a pas été publié, alors même qu?il est crucial pour résoudre une incohérence majeure
du droit applicable.
En effet, en matière de sécurité incendie, les immeubles à usage de bureaux basculent dès 28 mètres
dans le régime contraignant des Immeubles de Grande Hauteur (IGH), tandis que les logements
bénéficient d?un corpus réglementaire plus souple jusqu?à 50 mètres (logement 4e famille). Ce décalage
crée une asymétrie réglementaire lourde de conséquences : il freine les projets de transformation
d?immeubles tertiaires vacants en logements et rend quasiment impossible la réalisation de bâtiments
mixtes ou réversibles à ces hauteurs.
Plus largement, l?absence d?un cadre réglementaire adapté aux IMH obère la réversibilité du bâti, la
densification qualitative et la mixité des usages, alors même que les enjeux contemporains imposent au
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 53
contraire de favoriser des bâtiments capables d?évoluer dans le temps, en cohérence avec les impératifs
de sobriété foncière, de réduction de l?empreinte carbone, et d?adaptation aux besoins fluctuants des
territoires.
La publication de ce décret est ainsi une condition indispensable pour faire émerger un urbanisme de
projet capable d?agir à l?échelle, notamment via des opérations de requalification à haute valeur ajoutée
environnementale et urbaine.
Une telle évolution est d?autant plus cruciale que, dans le cadre d?une stratégie territorialisée, les
sociétés de transformation foncière et immobilière devront arbitrer entre différentes options pour
revaloriser le foncier existant. Sur dix bâtiments, il est ainsi estimé sur la base d?échanges avec des
professionnels du secteur que six pourraient faire l?objet d?un rehaussement pour densifier en
respectant les contraintes ZAN, deux pourraient être transformés à l?identique grâce à un cadre plus
souple, et deux autres rendus à la pleine terre (parcs ou jardins). Or ce type de scénarisation ne pourra
voir le jour sans un assouplissement normatif adapté aux bâtiments de 50 mètres.
Proposition 20 :
Travailler activement sur le décret prévu à l?article 30 de la loi ELAN, en définissant un régime propre
aux immeubles de moyenne hauteur jusqu?à 50 mètres, qui ne relève ni du régime logement 4e famille,
ni du régime IGH, mais d?un corpus spécifique applicable à la mixité d?usages et à la réversibilité du bâti.
Ce décret devra intégrer les exigences de sécurité incendie adaptées à ces hauteurs, tout en permettant
une transformation souple, proportionnée aux risques réels, afin de massifier les projets de
reconversion dans les tissus urbains existants. Il constituerait ainsi un levier réglementaire décisif pour
rendre possible une approche industrielle de la transformation, au service des objectifs
environnementaux, économiques et sociaux portés par la stratégie nationale ZAN.
Créer de façon préventive un dispositif activable par le Préfet en cas de
risque avéré de « crise systémique »
Sources : Le Code de l?urbanisme
Diagnostic :
Au regard des éléments de contexte évoqué dans la première partie, avec une aggravation continue de
la crise des bureaux, auxquels sont associés les risques financier et systémique, d?une part, et de risque
urbain et social des « déserts de bureaux », d?autre part, il convient d?anticiper en portant une réflexion
sur le « worst case scenario » nécessitant des solutions de « dernier recours ».
Il est rappelé que l?adoption de la proposition de loi de M. le député DAUBIÉ a ouvert la possibilité à
l?autorité compétente en matière d?urbanisme de déroger aux règles du PLU. Toutefois, cette possibilité
de dérogation pourrait ne pas être utilisée en cas d?opposition politique locale à une démarche de
transformation d?actifs qui pourtant s?avèrerait nécessaire dans le cas d?un risque avéré de « crise
systémique ».
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 54
La mission estime qu?au-delà d?un seuil de 20% de taux de vacance dans un quartier de bureaux, des
risques importants sont encourus et que, si nécessaire, une action publique doit mettre en oeuvre de
nouveaux leviers institutionnels pour éviter de potentielles pertes de temps et d?opportunité de
résorption de la vacance.
Proposition 21 : Créer de façon préventive un dispositif activable par le Préfet en cas de risque avéré
de « crise systémique » dans les zones où la vacance structurelle dépasse 20%. Ce dispositif pourrait
consister en une habilitation législative permettant au Préfet de bénéficier de la possibilité :
1) D?accorder sans délai une dérogation aux règles du PLU si un changement de destination est
nécessaire.
2) De délivrer des Permis-Etat, après avis consultatif du Maire et du Président de l?EPCI concerné.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 55
Bibliographie
Ardoino, Jacques, 2011, Les termes de la complexité, Hermès, La Revue. 2011. N° 60, pp. 135?137.
Cheuvreux, Canal architecture, Sarment & Nouvel Acte, 2025, La transformation de bureaux en
logements, beaucoup de bruit pour rien ?, autoédition.
Coulondre, Alexandre, D?Orazio, Anne, Jourdheuil, Anne-Laure, & Julliard, Claire 2024, La transformation
des locaux d?activités en logements : le bureau qui cache la diversité, Politiquedulogement.com
Fromantin, Jean-Christophe, 2025, La crise des quartiers d?affaires : préfiguration d?un nouveau cycle
socioterritorial, thèse de doctorant en sciences de gestion, Université Paris 1 ? Panthéon Sorbonne
Girometti, Laurent, & Leclercq, François, Rapport de la mission sur la qualité du logement. Référentiel
du logement de qualité, Septembre 2021.
Hess, Charlotte et Ostrom, Elinor, 2007. Understanding Knowledge as a Commons. From Theory to
Practice. MIT press. Cambridge.
Nappi-Choulet, Ingrid, 2010, L?immobilier d?entreprise : analyse économique des marchés, Economica.
Shift Project, 2021, Habiter dans une société bas-carbone.
Yché, André, 2024, Pour une nouvelle économie immobilière : propositions destinées à faciliter
l?émergence d?une industrie de la transformation d?actifs immobiliers. Rapport à l?attention du Ministre
délégué au logement, M. Guillaume Kasbarian.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 56
Annexes
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 57
Annexe 1 ? Lettre de mission
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 58
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 59
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 60
Annexe 2 ? Liste des personnes auditionnées ou ayant soumis une contribution écrite
Les personnes n?ayant pu se rendre aux auditions, mais ayant soumis des contributions écrites sont
marquées d?un astérisque « * »
Promoteurs immobiliers
1. Mme Delivré, responsable développement transformation d?actifs Linkcity?France
2. Mme Leroy, présidente de Vinci Immobilier?
3. Mme Peyricot*, directrice de cabinet et des relations institutionnelles, Fédération des
promoteurs immobiliers
4. M. Barbarin, directeur général du pôle fiscal de Nexity Héritage?
5. M. Gerad Lodetti, directeur général délégué de Linkcity France
6. M. Giboire*, Président du Groupe Giboire
Opérateurs
7. M. Doublier, directeur général de Brownfields?
8. M. Ferré, directeur de la promotion chez Novaxia,
9. M. Labadie, directeur de cabinet et directeur des affaires publiques de Novaxia.
10. M. Tréguier, président de Kareg IM?
Notaires/avocats
11. Me Baillon, avocate associée d?Enjea Avocats????
12. Me Burthe-Mique, notaire associé du groupe Monassier.
13. Me Raunet, notaire associé et directrice générale de l?Etude Cheuvreux?
14. Me Theret, notaire du groupe Monassier
Observatoires / Chercheurs
15. Mme Drozdz, chercheuse associée au LATTS, Ecole des Ponts ParisTech.
16. Mme Galiègue, directrice générale déléguée de l?IEIF?
17. M. Coulondre, docteur en sociologie, chercheur associé au Lab'URBA (Université
Gustave Eiffel)
18. M. Pitrou, directeur de recherche au CNRS, responsable scientifique de la Chaire Ville
Métabolisme à l?Université PSL.
Investisseurs?
19. Mme Aulagnon, présidente de la Fédération des entreprises immobilières
20. Mme Charles-Péronne, déléguée générale de la Fédération des entreprises
immobilières
21. Mme Clara Dona-Hié, head of investment & asset management, Amundi
22. M. Aunidas*, directeur real assets, AXA IM
23. M. Calmel, team head asset management (ALLIANZ)
24. M. Drouaud, directeur du pôle résidentiel chez Covivio
25. M. Hadjiev, head of real estate development Europe, PIMCO Prime Real Estate,
26. M. Virondaud, directeur général adjoint d?Icade Promotion en charge de l?immobilier
d?entreprise
Bailleurs sociaux
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 61
27. Mme Bélard du Plantys, directrice générale de Paris Habitat
28. Mme Schwoerer, directrice générale adjointe en charge de la maîtrise d?ouvrage et du
développement
29. M. Laget, membre du directoire, directeur général adjoint en charge du développement
et des partenariats chez CDC Habitat
30. M. Rousseau, directeur général adjoint, Direction habitat et transitions urbaines d?I3F
31. M. Saraïs, responsable du département Architecture, qualité d'usage & biodiversité de
l?Union sociale pour l?habitat
Acteurs publics disposant d?actifs en cours de transformation?
32. Mme Le Guillou, directrice générale de la Foncière de transformation immobilière
33. M. Anantharaman, directeur général adjoint d?Action Logement Immobilier
34. M. Chomarat, directeur technique de la Foncière de Transformation Immobilière
35. M. Resplandy-Bernard, directeur de la Direction de l?immobilier de l?État.
Aménageurs
36. Mme Crestin, directrice de la stratégie de Paris La Défense
37. Mme Dufournier, directrice générale adjointe de la SPL CITALLIA
38. M. Guice, directeur général de Paris La Défense
39. M. Perraud, directeur du développement de la SPL Lyon Part-Dieu
40. M. Sainte Fare Garnot, directeur général de la SPL Lyon Part-Dieu
Constructeurs
41. M. Ambroselli, directeur de l?ingénierie chez Vinci Construction France
42. M. Anfray, directeur d?agence chez ADIM Île-de-France logement.??
43. M. Bouthillon, membre du bureau national du pôle habitat de la Fédération Française
du Bâtiment?
44. M. Fabri, directeur d?agence adjoint de GCC??
45. M. Michaux, directeur de la SAS Eiffage Construction Résidentiel et Fonctionnel
46. M. Serri, délégué national aux affaires techniques du pôle habitat de la Fédération
Française du Bâtiment?
47. M. Suadeau, directeur du développement?de SAS Eiffage Construction Résidentiel et
Fonctionnel
?
Bureaux de contrôle / organismes de certification?
48. Mme Dahan, directrice régionale Île-de-France de Bureau Veritas?
49. Mme Tikhonoff, directrice développement et opérations chez Certivea????
50. M. Abou Chaaya, directeur régional Île-de-France-Nord, référent en transformation
d'actifs??
51. M. Baron, président de BTP Consultants
52. M. Brugeilles, directeur des affaires publiques, règlementation et prospective de Capital
Energy (Bureau Veritas)
53. M. Desbarrières, directeur général du groupe Qualitel??
54. M. Matillon, président-directeur général Bureau Veritas Construction
55. M. Pettex-Sorgue, vice-président exécutif de Socotec??
Architectes
56. Mme Chevrin, chargée de mission du Conseil National de l?Ordre des Architectes
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 62
57. Mme Cloez, architecte associée, directrice pôle habitat, de l?agence Arte Charpentier
58. Mme Garin, architecte associée de l?agence Plurielles Architectes
59. M. Berranger, architecte, conseiller national du Conseil National de l?Ordre des
Architectes
60. M. Chiambaretta, architecte fondateur de l?agence PCA-Stream
61. M. Le Gall, architecte associé, directeur général de l?agence Arte Charpentier
62. M. Mangeot, directeur d?agence de l?agence PCA-Stream
63. M. Rubin, architecte, co-fondateur de l?agence Canal Architecture
64. M. Zweyacker, architecte associé fondateur de l?agence ZWA
CSTB
65. Mme Golhen, responsable de division Economie Circulaire et Analyse des Filières au
CSTB
66. Mme Guigou Carter, ingénieure à la division acoustique, vibration, éclairage et
électromagnétisme au CSTB
67. Mme Macé, chef de projet Economie Circulaire au CSTB
68. Mme Moreau*, Directrice de domaine d?action stratégique recherche au CSTB
69. M. Lyon, Directeur de la Recherche et Innovation au CSTB
70. M. Oussennan, architecte-Ingénieur Recherche & Expertise Structures au CSTB
Assureurs
71. Mme Dando, responsable assurance construction de France Assureurs.
72. Mme Mitrache, directrice des affaires publiques de France Assureurs
73. M. Lotte, directeur des règlements chez groupe SMA, Président du Comité construction
de France Assureurs
74. M. Marck*, directeur des affaires publiques, AXA France
Bureaux d?études
75. Mme Granier, directrice Conseil Expertises de Artelia
76. M. Milesi, directeur Résidentiel & Projets Mixtes de Artelia
77. M. Fabié, directeur de la Branche Ingénierie multidisciplinaire de Artelia
78. M. Davy, directeur Technique - activité Bâtiment de Egis
79. M. Rami, directeur de l'activité Habitat & Résidentiel de Egis
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 63
Annexe 3 ? Réunions de travail avec différents services (administrations centrales / services internes
du groupe de travail)
Direction d?administration centrale :
Ministère de la transition écologique, Direction générale de l'aménagement, du logement et de la
nature (DGALN), Direction de l?Habitat, de l?Urbanisme et des Paysages (DHUP) :
1. Mme Vouillemet, sous-directrice de l'urbanisme réglementaire et des paysages
2. M. Caron, sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la
construction
3. M. Pache, chef du bureau de la réglementation technique de la construction et de
l'Outre-Mer
4. M. Rousselot, sous-directeur du financement et de l'économie du logement et de
l'aménagement
Ministère de l?Intérieur, Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises :
4. Mme Pinault, directrice des sapeurs-pompiers
5. M. Vidot, sous-directeur des services d'incendie et des acteurs du secours (SDSIAS)
6. M. Pautigny, chef du bureau de la prévention et de la règlementation incendie
7. M. Gwenn, adjoint au sous-directeur des services d?incendie et des acteurs du secours
Ministère de l'Économie et des Finances et Ministère de la transition écologique, Direction générale de
l'énergie et du climat (DGEC) :
8. Mme Dietrich, chargée de mission CEE bâtiment résidentiel
9. M. Salomon, chef de bureau
10. M. Goislot, chef de projet
Bouygues Bâtiment :
11. Mme Bourmaud chef de service adjoint conception/réglementation chez Bouygues
Bâtiment Ile-de-France
12. M. Picolet, manager de projet du pole transformation d?actifs Bouygues Bâtiment
France
13. M. Huchedé Responsable Service Énergies & Environnement, Bouygues Bâtiment Grand
Ouest
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 64
Annexe 4 ? Contributions écrites des personnalités auditionnées (à ajouter une fois accord)
1. Paris La Défense
2. FPI
3. Icade
4. Linkcity
5. Citallios
6. Vinci Immobilier
7. Arte Charpentier
8. Plurielle Architectes
9. ZWA
10. Artelia
11. BTP Consultants
12. Axa IM
13. Pimpco Prime Real Estate
14. FEI
15. Eiffage
16. FFB
17. GCC
18. Vinci
(ATTENTION: OPTION n France métropolitaine
- Les arrêtés relatifs à la règlementation thermique, notamment le volet élément par élément (arrêté
3 mai 2007 modifié par celui du 22 mars 2017) ou volet global (arrêté 13 juin 2008).
Diagnostic
Pour valoriser le bâtiment existant, le récent rapport de M. Robin RIVATON sur la RE2020 préconise que
les opérations de surélévation et d?extension tant qu?elles restent inférieures à 30% de la surface de
plancher initiale du bâtiment ne soient pas concernées par la RE2020. La mission appuie le sens de cette
proposition.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 38
En complément, pour les transformations d?un bâtiment de bureaux vers du logement, la
Règlementation Thermique Existant (RT existant) s?applique avec un volet élément par élément ou un
volet global. Cependant, une fois les travaux terminés le bâtiment est soumis à un Diagnostic de
Performance Energétique (DPE).
Ces deux approches sont réalisées suivant des méthodes de calcul différentes (la RT Existant global
imposant notamment que la consommation Cep du bâtiment soit inférieure à celle d?un bâtiment de
référence avant travaux quand le DPE se base sur la méthode conventionnelle dite « 3CL »). Cela oblige
donc les acteurs à faire deux calculs en parallèle. Le DPE pourrait théoriquement être fait en aval mais
souvent, pour éviter des déconvenues et s?assurer d?un certain niveau de performance DPE, ce dernier
est fait bien en amont.
Le rapport de M. Robin RIVATON sur la RE2020 (cf chapitre Diagnostic de performance énergétique)
souligne également le même type de constat d?écart entre les calculs/performances de la RE2020 et
ceux (notations) des DPE.
Proposition 8 :
Il est proposé d?accepter la suggestion de M. Robin RIVATON exonérant de la RE2020 les extensions et
surélévation de bâtiments existants de moins de 30% de la surface initiale.
Nous attirons également l?attention sur le constat d?écart entre les calculs/performances de la RE2020
et ceux (notations) des DPE, qui demanderait un travail de développement plus fin pour comprendre si
la méthode de calcul conventionnelle du DPE (3CL) pourrait être utilisée comme base de calcul
règlementaire.
iii. Définir un seuil plus équitable en matière d?obligations d?accessibilité PMR
Sources :
La loi du 11 février 2005 pour l?égalité des droits et des chances
Le décret n° 2021-872 du 30 juin 2021 recodifiant la partie réglementaire du livre Ier du code de la
construction et de l'habitation et fixant les conditions de mise en oeuvre des solutions d'effet équivalent
Les articles R163-2, R162-2, R162-4 du CCH.
Diagnostic et enjeux :
La mise en conformité aux règles d'accessibilité PMR a des répercussions directes sur les parties
communes, exigeant des aménagements pour les accès extérieurs (parfois en-dehors du périmètre de
projet), les escaliers (adaptation de la hauteur ou de la largeur des marches), les ascenseurs (installation
requise pour les bâtiments de plus de trois étages ; mise à jour normative des équipements existants),
ainsi que l'élargissement des portes.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 39
Les règles d'accessibilité PMR (Personnes à Mobilité Réduite) pour les logements et les ERP
(Établissements Recevant du Public) sont fondées sur le coût des travaux par rapport à la valeur du
bâtiment.
La valeur du bâtiment est déterminée en se fondant sur l'indice du coût de la construction (ICC). Cet
indice est une valeur nationale (par m² de SDP, publiée trimestriellement par l'INSEE) et sans rapport
avec la valeur réelle du bien concerné, fortement déterminée par son état ou ses caractéristiques
propres.
L?approche prend en compte les travaux réalisés et financés au cours des deux dernières années.
? Si le coût des travaux est égal ou supérieur à 80% de la valeur du bâtiment, la réglementation
du neuf s'applique entièrement aux logements où sont réalisés les travaux et à tous les locaux
communs. Pour les autres parties, les conditions d'accès existantes sont maintenues.
? Si le coût des travaux est inférieur à 80% de la valeur du bâtiment, la réglementation du neuf
s'applique pour la création de surfaces, les modifications de circulations communes et des locaux
collectifs. Les conditions d'accès existantes sont maintenues ailleurs, avec des précisions sur
l'accessibilité des ascenseurs (informations de mouvement et système d'alarme).
? Pour les ERP spécifiquement, l'objectif est de rendre l'établissement accessible, tout en
maintenant les conditions d'accès existantes à l'intérieur si les locaux ne sont pas concernés par
les travaux. En cas de travaux, une distinction est faite pour les étages ou niveaux non accessibles
aux personnes en fauteuil roulant.
La règle des 80 % est souvent atteinte lors de la transformation d?immobilier d'entreprise en
immeuble d'habitation
Plus précisément, l?article R163-2 du Code de la construction et de l?habitation place dans la même
catégorie les « travaux de modification ou d'extension portant sur un bâtiment ou une partie de
bâtiment d'habitation collectif ou à l'occasion de travaux de création d'un bâtiment ou d'une partie de
bâtiment par changement de destination » fixant le « rapport du coût des travaux à la valeur du
bâtiment est supérieur ou égal à 80 % ». Or, le seuil de 80% n?est pas équitable pour l?ensemble des
projets précités.
La transformation d'un immobilier d'entreprise en immeuble d'habitation est un projet complexe où le
coût des travaux atteint fréquemment, voire dépasse, le seuil de 80 % de la valeur du bâtiment,
déclenchant ainsi l'application des réglementations d'accessibilité PMR du neuf. Plusieurs facteurs
expliquent cette situation :
? Une approche administrée fondée sur l'indice du coût de la construction (ICC) qui peut être
décorrélée de la valeur de marché d?un actif déjà existant : pour certaines catégories de bien
(patrimoine remarquable ou localisation en zone dense), chaque intervention, même minime,
engendre des coûts proportionnellement élevés. Dans ce contexte, l'atteinte du seuil de 80%
d'une valeur de référence, potentiellement inférieure à la valeur intrinsèque du bien, se produit
d'autant plus rapidement. Ceci représente un défi particulier pour la conservation de ce bâti,
d'autant qu'il est fréquemment moins aisé à adapter aux exigences actuelles.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 40
? Coût élevé des travaux de transformation : La reconversion d'un bâtiment tertiaire en
logements est une opération lourde. Elle cumule les contraintes inhérentes à un changement
d'usage et celles d'un reconditionnement complet.
Ces deux raisons, qui peuvent se cumuler, font que les montants des travaux de transformation sont
disproportionnés par rapport à la valeur initiale du bâti, rendant l'application des règles d'accessibilité
du neuf presque systématique dans ces projets. La règle commune ainsi définie dans l?article R163-2 du
CCH manque d?équité.
S?il existe des possibilités de dérogations, celles-ci restent lourdes, incertaines et décourageantes. Pour
rappel, des dérogations sont possibles dans trois cas principaux : en présence d'impossibilités
techniques liées au terrain ou à l'existant, lorsqu'il y a une disproportion entre les améliorations
d'accessibilité et les coûts ou techniques nécessaires à leur mise en oeuvre, ou enfin pour des raisons de
conservation du patrimoine, ces dernières dérogations étant validées par la DRAC (Direction Régionale
des Affaires Culturelles) ou par la sous-commission départementale pour l?accessibilité des personnes
handicapées de la DDT (Direction Départementale des Territoires).
Proposition 9 :
Il est proposé de modifier par décret l?article R163-2 du Code de la construction et de l?habitation en
définissant deux seuils :
« Lorsque, à l'occasion de travaux de modification ou d'extension portant sur un bâtiment ou une partie
de bâtiment d'habitation collectif, le rapport du coût des travaux à la valeur du bâtiment est supérieur
ou égal à 80 %, les dispositions architecturales et les aménagements du bâtiment doivent satisfaire aux
obligations suivantes.
Ce seuil est porté à 130 % pour les travaux de création d'un bâtiment ou d'une partie de bâtiment par
changement de destination. »
A la place de :
« Lorsque, à l'occasion de travaux de modification ou d'extension portant sur un bâtiment ou une partie
de bâtiment d'habitation collectif ou à l'occasion de travaux de création d'un bâtiment ou d'une partie
de bâtiment par changement de destination, le rapport du coût des travaux à la valeur du bâtiment est
supérieur ou égal à 80 %, les dispositions architecturales et les aménagements du bâtiment doivent
satisfaire aux obligations suivantes »
E. Lever les potentielles interdictions de jure ou de facto
i. Faire de la transformation d?un local autre qu?habitation en habitation en zone tendue (A
et A-Bis) un droit d?ordre public dans le régime de copropriété
Sources : La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 41
Diagnostic et enjeux :
De nombreux acteurs auditionnés ont fait part de difficultés persistantes dans les immeubles régis par
le régime de la copropriété. Si l?adoption de la proposition de loi de M. le député DAUBIÉ a fait oeuvre
utile en cherchant l?assouplissement des règles de vote en assemblée générale de copropriété
lorsqu?elle doit se prononcer sur le changement de destination de locaux pour les transformer en
logements, il convient d?aller plus loin dans les zones tendues (zone A et A-Bis).
La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, ainsi que ses
décrets d'application, contient un ensemble de dispositions qui sont d'ordre public. Cela signifie qu'il
est impossible d'y déroger par une clause du règlement de copropriété ou par une décision
d'assemblée générale. Ces règles sont là pour protéger l'intérêt général de la copropriété et garantir
un minimum de droits aux copropriétaires.
Si un règlement peut interdire l'exercice de certaines activités commerciales bruyantes ou malodorantes
dans un immeuble à destination exclusivement résidentielle (clause d'habitation bourgeoise), il n?est
pas justifié qu?une copropriété puisse bloquer la création de nouveaux logements en zone tendue qui
n?auront pas d?impact négatif sur la vie des copropriétaires.
Proposition 10 :
Il est proposé de faire évoluer la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des
immeubles bâtis afin de prévoir que, nonobstant les dispositions d?un règlement de copropriété, la
transformation d?un local vacant depuis 2 ans en habitation est autorisé en zone tendue (A et A-Bis) et
que ces dispositions sont d?ordre public.
ii. Créer un mécanisme d?extinction des cahiers des charges de lotissement et zones d'activités
Sources : Les articles L. 318-1 et suivants, L311-6, ainsi que L.442-1 et suivants, du Code de l?urbanisme
Diagnostic :
La persistance de règles contractuelles des cahiers des charges des zones d?activités empêche la
transformation d?immeubles existants ou de zones commerciales/d?activité.
Il existe des mécanismes qui permettent d?éteindre les cahiers des charges des lotissements à la
majorité des colotis ou par une action des auteurs des documents d?urbanisme, via une enquête
publique27. Le Conseil d?Etat considère implicitement que cela vaut pour les dispositions contractuelles.
Le cahier des charges d'une ZAC (souvent appelé Cahier des Charges de Cession des Terrains ou CCCT) a
une valeur contractuelle. Il est annexé aux actes de vente des terrains et s'impose aux acquéreurs
successifs des lots.
27 L 442-11 code urbanisme
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 42
Les stipulations du cahier des charges peuvent parfois contenir des dispositions visant à régir les
rapports entre les propriétaires des différents lots au sein de la ZAC. Même si la ZAC en tant que
procédure d'aménagement est clôturée ou supprimée, les obligations contractuelles issues du cahier
des charges peuvent perdurer entre les propriétaires, étant reprises dans les actes de vente successifs.
La Cour de cassation, notamment, a régulièrement rappelé que les clauses à caractère contractuel d'un
cahier des charges de ZAC conservent leur force obligatoire, même si la ZAC est supprimée ou si les
dispositions réglementaires (comme le Plan d'Aménagement de Zone - PAZ) deviennent caduques.
Or, le mécanisme n?existe pas pour d?autres cas (hors lotissement, en ZAC clôturée ou non).
Proposition 11 :
Il est proposé de prévoir un mécanisme d?extinction des cahiers des charges dans leurs entières
dispositions (règlementaires et contractuelles) via un dispositif identique au lotissement qu?il convient
également d?éclaircir en précisant que l?inopposabilité est pleine et entière. Ce sujet devra faire l?objet
d?un travail d?approfondissement par l?administration pour clarifier le mécanisme juridique à mettre en
place.
iii. Aligner les règles d?éviction des locataires de bureaux partiellement vacants sur celles des
opérations de restauration immobilières dans les plans de sauvegarde et de mise en valeur
Source : Le Code du commerce, en particulier l?article L.145-18.
Diagnostic :
Les difficultés d'éviction de la dernière ou des dernières entreprises occupant des bureaux pose un
dilemme entre la protection légitime d'une activité commerciale et l'intérêt général du renouvellement
urbain.
Ce problème est rencontré de façon récurrente par les porteurs de projets où le bureau est occupé de
façon marginale, provoquant de fait un blocage du projet de transformation. Le niveau d?indemnité
d?éviction actuel est particulièrement protecteur dans le régime des baux commerciaux, ce qui a pu
amener certains acteurs à préconiser un plafonnement de ces indemnités. Sans aller jusque-là, il a été
privilégier de chercher à transposer des dispositions déjà existantes dans notre droit.
Proposition 12 :
Il est proposé d?aligner les règles d?éviction des locataires sur celles des opérations de restauration
immobilières dans les plans de sauvegarde et de mise en valeur (cf. article L145-18 du code de
commerce).
Cette proposition s?inscrit en cohérence avec la proposition 4 « Simplifier certaines règles en faveur de
la transformation dans le périmètre des ORT » du groupe de travail sur le modèle économique et le
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 43
financement de la transformation de bureaux en logements copiloté par Mme Nadia BOUYER et M.
Xavier LÉPINE.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 44
III. Renforcer les synergies en créant
un cadre favorable au
reconditionnement d?actifs
Pour clore cette réflexion sur la transformation d?immobilier d?entreprise en habitation, il est crucial
d'aborder la nécessité de renforcer les synergies en mettant en place un cadre propice au
reconditionnement. Cette démarche vise à transformer les défis actuels en opportunités durables, en
favorisant la réutilisation et la valorisation des ressources existantes. Pour y parvenir, plusieurs mesures
clés sont envisagées, allant de la création d'une commission de médiation dédiée à l'instauration d'un
permis de démolir suspensif, en passant par le renforcement des obligations documentaires pour une
meilleure transparence. De plus, la publication du décret sur les immeubles de moyenne hauteur et la
mise en place d'un dispositif préventif activable par le Préfet en cas de risque de "crise systémique"
compléteront ce dispositif, assurant ainsi une approche proactive et résiliente face aux enjeux du
reconditionnement d'actifs.
Créer une commission centrale du reconditionnement d?actifs
Sources d?inspiration
- La commission centrale de sécurité du ministère de l?intérieur (anciens articles R. 123-29 du Code
de la Construction et de l'Habitation et suivants)
Diagnostic et enjeux
La suppression de l'ancienne Commission Centrale de Sécurité (CCS) en 2021 a été un sujet de
discussions parmi les professionnels de la sécurité incendie et de la construction. Un certain nombre de
personnes auditionnées dans le cadre du groupe de travail ont exprimé des regrets quant à cette
décision.
Ces regrets sont souvent liés à la perte d'une instance nationale unique et centralisée qui apportait une
doctrine claire et une interprétation uniforme des règlements de sécurité pour les Établissements
Recevant du Public (ERP) et les Immeubles de Grande Hauteur (IGH). La CCS était perçue comme un
garant de la cohérence et de l'équité dans l'application des règles sur l'ensemble du territoire, évitant
ainsi des disparités entre les départements. Sa disparition a, pour certains, laissé un vide en termes
d'expertise de haut niveau et de capacité à arbitrer des situations complexes ou innovantes en matière
de sécurité incendie (homogénéité des demandes/interprétation).
Les personnes auditionnées expriment également un regret profond concernant le manque d'effectivité
de certaines dispositions légales ou réglementaires existantes. Malgré des outils comme le droit à
l'expérimentation ou les possibilités de dérogation, ces mécanismes peinent à produire les effets
escomptés sur le terrain.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 45
Ce constat d'inefficacité conduit à une proposition concrète : la création d'une commission de médiation
dédiée au reconditionnement d'actifs. L'objectif est clair : disposer d'une instance capable de faciliter la
mise en oeuvre de ce principe, face aux inerties ou aux blocages rencontrés dans les processus actuels.
Proposition 13
Il est proposé de créer une commission centrale dédiée au reconditionnement d?actifs. Cette
commission aura pour objectif de faciliter le reconditionnement d?actifs et d?éviter les
surrèglementations locales, homogénéiser les pratiques, créer une doctrine du reconditionnement et
faciliter la « prise de risques » des acteurs.
De compétence nationale, rassemblant de façon collégiale l?ensemble des expertises techniques
nécessaires, la commission dédiée a pour mission de :
1. Formuler des avis sur le plan technique (dont sécurité incendie) pouvant faire l?objet selon les
situations de dérogation(s) prise(s) par le Préfet et/ou l?autorité compétente en matière
d?urbanisme en ayant pour mission d?éviter les surrèglementations, comme il en existe aujourd?hui
au niveau local ;
2. en l?absence d?une réglementation déjà constituée pour le reconditionnement, être compétent pour
définir de façon empirique une doctrine du reconditionnement constituant progressivement un
corpus de règles qui pourra être ajusté au cas par cas, et évoluer dans une démarche de retour
d?expérience et d?apprentissage continu ;
3. Être la seule autorité responsable des risques techniques liés à la transformation d?actifs : son
Président, comme tout agent public, bénéficiera de la protection fonctionnelle, en cas de poursuite
civile ou pénale à la suite d?un avis problématique.
4. Rendre des avis, fondant des décisions pouvant faire l?objet d?un recours gracieux ou contentieux
par le pétitionnaire auprès des tribunaux administratifs.
La création d?une telle commission nécessiterait de passer par la voie législative (loi ou ordonnance) en
adoptant un article L. dans le code de la construction et de l'habitation de type :
« A l?échelle nationale, est créée avant le 1er janvier 2026, auprès du Premier Ministre, une commission
centrale du reconditionnement d?actifs présidée par une personnalité qualifiée qu?il désigne.
Dans des conditions définies par décret en Conseil d?Etat, cette commission est composée des collèges
suivants :
1. De représentants de l'Etat, notamment du ministère de l?Intérieur, et du ministère du logement,
et du Ministère de la transition écologique.
2. De représentants des régions, des établissements publics de coopération intercommunale visés
à l'article L. 441-1-1 et des communes ;
3. De personnalités qualifiées choisis en raison de leur expertise scientifique et technique dans le
domaine du reconditionnement d?actifs ;
4. De personnalités qualifiées représentants les maîtres d?ouvrage agissant dans le domaine du
reconditionnement d?actifs.
La commission centrale peut être saisie par toute personne physique ou morale pour les motifs
suivants :
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 46
1. Saisine pour médiation : en cas de difficultés persistantes, notamment en cas de délais
anormalement longs, avec une autorité ou service compétents, ou, le cas échéant, une
copropriété, le pétitionnaire, par l?intermédiaire d?un architecte, peut demander l?organisation
d?une médiation
2. Saisine pour un avis valant rescrit technique : en amont d?un dépôt de permis de construire, le
pétitionnaire peut demander un rescrit28.
3. Saisine pour droit de dérogation ou d?adaptation de la règle : la commission formalise un avis
préalable permettant à l?autorité compétente29 de fonder sa décision dans le cas où un droit de
dérogation, avec ou sans compensation, ou d?adaptation de la règle au contexte bâti, (cf.
proposition suivante) serait reconnu. »
A l?appui des demandes de saisine, le pétitionnaire pourra présenter des éléments venant estimer
l?impact en termes de carbone / ressource évité, coûts et délais.
En cas de contestation de la décision, fondé sur un avis de la commission de médiation, le requérant
aurait la possibilité de déposer deux types de recours :
- Le recours gracieux devant la commission de médiation
- Le recours contentieux « en annulation » ou « pour excès de pouvoir » au tribunal administratif
Moyens humains : l?animation de cette commission nécessitera un secrétariat technique permettant
d?instruire les dossiers et de mobiliser le cas échéant des expertises techniques extérieures.
Ce secrétariat technique aurait aussi pour mission de compiler les cas et toutes les données permettant
d?affiner les doctrines selon les principes d?une « organisation apprenante ».
Moyens financiers : sont envisagés pour financer un budget minimal deux solutions alternatives et/ou
complémentaires :
- Une contribution forfaitaire en cas de saisine, le cas échéant fonction de la taille de l?immeuble
concerné et de la complexité du dossier, versée par le pétitionnaire ;
- Une dotation issue du budget de l?Etat.
Indicateur annuel de réussite : émissions carbone et déchets de ressources évités.
Perspectives d'évolution
À moyen terme, et après une période suffisante (5 ans) de fonctionnement de la commission de
médiation dédiée au reconditionnement d?actifs, les pouvoirs publics pourront évaluer s'il y a lieu de
formaliser la doctrine sous la forme d?une réglementation, en s?appuyant sur les retours d'expériences.
Ces orientations permettront de mieux encadrer la transformation des bâtiments, en assurant une
meilleure articulation entre les impératifs techniques et les réalités des projets.
28 Un rescrit est un acte administratif donné par écrit qui fournit une réponse à une question écrite, posée par une personne,
et détaillant le contexte et les conditions précises du problème évoqué.
29 Au Maire, dans le cadre des dérogations prévues dans le Code de l?urbanisme, ou au préfet, si à titre expérimental un droit
de dérogation serait reconnu au préfet dans le domaine de la transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble
d?habitation
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 47
Expérimenter un droit de dérogation reconnu au préfet dans le cadre de la
transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble d?habitation
Sources d?inspiration :
Le décret n° 2017-1845 du 29 décembre 2017 relatif à l'expérimentation territoriale d'un droit de
dérogation reconnu au préfet
Le rapport sénatorial sur Le pouvoir préfectoral de dérogation, un outil au service des territoires ?
Diagnostic et enjeux :
L'article 37-1 de la Constitution française, introduit par la révision constitutionnelle du 28 mars 2003,
permet à la loi et au règlement de comporter, pour un objet et une durée limités, des dispositions à
caractère expérimental.
Dans ce domaine, le décret du Premier ministre du 29 décembre 2017 relatif à l'expérimentation
territoriale d'un droit de dérogation reconnu au préfet ouvre, pour une durée de deux ans, la possibilité
de déroger à des normes arrêtées par l'administration de l'État, telles que des décrets du Premier
ministre ou des arrêtés ministériels. Cette possibilité de dérogation prend la forme de décisions non
réglementaires relevant de la compétence du préfet. Ce pouvoir ne permet pas de déroger à des normes
réglementaires ayant pour objet de mettre en oeuvre une disposition législative. Il ne permet pas
davantage au préfet de prévoir une dérogation générale et permanente : le cadre réglementaire de la
décision demeure.
C?est sur ces bases qu?il est proposé d?articuler le fonctionnement de la commission de médiation
dédiée au reconditionnement d?actifs.
Proposition 14 :
Il est proposé de publier un décret relatif à l'expérimentation territoriale d'un droit de dérogation
reconnu au préfet dans le domaine de la transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble
d?habitation
A titre expérimental et pendant une durée de cinq ans à compter de la publication du présent décret,
les préfets des régions d?Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Grand Est,
Nouvelle Aquitaine peuvent déroger à des normes arrêtées par l'administration de l'Etat.
Dans le cadre de la transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble d?habitation, le préfet peut
faire usage de la faculté de dérogation pour prendre des décisions non réglementaires relevant de sa
compétence dans les matières suivantes :
1° Aménagement du territoire et politique de la ville ;
2° Construction, logement et urbanisme ;
3° Emploi et activité économique ;
4° Protection et mise en valeur du patrimoine culturel ;
5° Sécurité incendie et secours ;
6° Subventions, concours financiers et dispositifs de soutien en faveur des acteurs économiques, des
associations et des collectivités territoriales.
https://www.senat.fr/rap/r24-346/r24-346_mono.html
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000036340460
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 48
Créer un permis de démolir suspensif
Source : Le Code de l?urbanisme et code général des impôts
Le Code de l?urbanisme
Diagnostic :
Face à des bâtiments de bureaux devenus obsolètes, de nombreux propriétaires pourraient être tentés
de les démolir pour réduire leurs charges fiscales, en l'absence de perspectives de transformation ou de
reconversion claires. Cette démolition "par défaut" conduit à des "dents creuses" et à une perte de
potentiel urbain. De plus, c?est un échec sur le plan environnemental (émission nouvelle de carbone,
nouveaux déchets).
La mission attire l?attention sur le fait qu?il est impossible d?inciter au reconditionnement d?actifs sans
prévoir un dispositif administratif et fiscal plus rapide et moins pénalisant que ce qui existe pour la
démolition reconstruction, faute de quoi celle-ci sera le plus souvent la solution la plus attractive.
Proposition 15 :
Il est proposé de créer un "Permis de Démolir Suspensif" (PDS) dont l'objectif primordial est
environnemental : réutiliser plutôt que démolir et reconstruire, adapter plutôt que démolir. L?enjeu
principal est d?éviter les démolitions irréversibles sans stratégie : le PDS ne bloque pas la démolition,
mais il s'assure que celle-ci n'intervienne qu'après avoir objectivement exploré toutes les alternatives
raisonnables de transformation.
Il s'agit de de rendre l'inaction coûteuse et d?activer une dynamique positive collective. Le PDS organise
une "mise en tension productive" entre le destin de démolition d'un bâtiment et la possibilité d'un projet
de transformation. Il s'applique lorsque ni la collectivité, ni le propriétaire, ni le marché ne peuvent seuls
débloquer la situation. Il permet au propriétaire de sortir de l'immobilisme, à la collectivité d'éviter une
disparition irréversible, et au marché de se positionner sur des actifs jusque-là invisibles ou non
rentables.
Le PDS est proposé comme un outil innovant pour anticiper et encadrer la démolition d'actifs tertiaires
en fin de vie, afin de favoriser leur transformation plutôt que leur simple disparition. Il vise à rompre
l'attentisme des propriétaires et des collectivités locales en créant un cadre temporaire incitant à la
réflexion collective pour éviter tout ou partie des démolitions.
Le dispositif du PDS poursuit des objectifs précis :
- Créer un signal visible : un bâtiment en fin de cycle, loin d'être un simple point de vacance, devient
une opportunité de mutation potentielle clairement identifiable sur le territoire. A cette fin, le
dispositif prévoit une obligation de partage d'informations : le propriétaire transmet un dossier
technique minimal (plans, diagnostics) à l?autorité compétente en matière d?urbanisme pour qu?il
soit rendu public pendant toute la durée du dispositif (accessible en mairie) de sorte que d?autres
porteurs de projets puissent également se positionner.
- Un cadre temporaire incitant à la réflexion collective pendant une durée de deux ans en appliquant
la fiscalité existante comme si le bâti était démoli :
1. D?un point de vue juridique, il s?agirait de créer un permis de démolir suspensif d?une durée
de deux ans dans le code de l?urbanisme pouvant s?appliquer sur l?ensemble du territoire
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 49
2. D?un point de vue fiscal, pendant la période de deux ans, seule la taxe foncière sur les
propriétés non-bâti s?applique et un délai de grâce est accordé pour l'ensemble des autres
impositions directes et indirectes assises sur le patrimoine immobilier : la taxe foncière sur
les propriétés bâties, la taxe sur les bureaux, et toute autre taxe ou redevance locale ou
nationale liée à la détention de l'immeuble sont suspendues et le détenteur de l?actif est
exonéré de toute majoration ou pénalité de retard.
Ce cadre créé déjà une incitation aux différentes parties prenantes à « jouer le jeu » : d?une part, cela
incite le propriétaire à rentrer dans le dispositif et, d?autre part, place en tension la collectivité publique
qui doit se « projeter » immédiatement dans une situation où il n?y aurait plus de recette fiscale autre
que la TFPNB en cas de démolition.
L?issue du délai de grâce vise à inciter le propriétaire à porter un projet de transformation :
Pour transformer le délai de grâce en exonération, le propriétaire30 doit au terme du dispositif avoir
retiré son permis de démolir et déposé un permis de construire portant un projet de transformation
d?un immobilier d?entreprise en habitation ou de rénovation vers un bâtiment tertiaire réversible.
L?enjeu est de l?inciter à un objectif de résultat (la non-démolition, avec un projet alternatif formalisé).
Si ces conditions ne sont pas respectées, les impositions suspendues deviennent immédiatement
exigibles, sans application rétroactive des majorations et pénalités pour la période initiale de deux ans.
Le propriétaire pourra alors, s'il le souhaite, poursuivre sa procédure de démolition.
Créer les conditions d?éligibilité des opérations de transformations d?actifs
aux certificats d?économie d?énergie
Sources :
Les articles L. 221-1 à L.222-10 du Code de l?énergie
Les articles R. 221-1 à R.222-12 du Code de l?énergie
L?arrêté du 29 décembre 2014 relatif aux modalités d'application du dispositif des certificats
d'économies d'énergie
L?arrêté du 4 septembre 2014 fixant la liste des éléments d'une demande de certificats d'économies
d'énergie et les documents à archiver par le demandeur
L?arrêté du 28 septembre 2021 relatif aux contrôles dans le cadre du dispositif des certificats
d'économies d'énergie
Diagnostic :
Le groupe de travail a également approfondi la question de l?articulation des certificats d?économie
d?énergie (CEE) avec les opérations de transformations de bâtiment tertiaire en bâtiment résidentiel.
Comme sur bien d?autres sujets, le cadre de ce dispositif a été construit sans intégrer les opérations de
transformations dans le champ de la réflexion, avec un dispositif cloisonné entre les fiches d?opération
standardisée de bâtiment résidentiel (BAR) et de bâtiment tertiaire (BAT).
30 Pendant la période, le propriétaire a pu changer, car le dispositif avec la mise à disposition de documents rendus publics
vise aussi à ouvrir la porte à des discussions avec d?autres porteurs de projet. Dans ce cas, les conditions s?appliquent, avec
un partage du délai de grâce/exonération au prorata temporis, sauf autres dispositions prévues dans l?acte de cession de
l?actif.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 50
Selon certaines interprétations, en l?état actuel de l?organisation institutionnelle, la rénovation pourrait
être considérée au titre du bâtiment de départ (ici bâtiment tertiaire) ou de celui de destination (ici
bâtiment résidentiel). Toutefois, l?annexe 1 de la fiche d?opération standardisée de bâtiment résidentiel
(BAR) pose la question de savoir si oui ou non la condition suivante est respectée : « bâtiment résidentiel
existant depuis plus de 2 ans à la date d?engagement de l?opération ». Ce type de formulation appliquée
aux opérations de transformation d?un bâtiment tertiaire en bâtiment résidentiel est de nature à
susciter des interrogations pour les acteurs auditionnés : le bâtiment existe bien depuis plus de deux
ans, mais devient seulement au moment des travaux un bâtiment résidentiel « reconditionné ».
Lors de l?échange de la mission avec la DGEC, celle-ci a toutefois précisé que le cas des transformations
de bureau en logement n?était à ce jour pas prévu, et que le calcul du gain énergétique dans le cadre
d?une fiche standardisée pour une telle transformation poserait la question de la situation de référence
à prendre en compte. L?utilisation du mécanisme des opérations spécifiques (au cas par cas donc) a
également été évoqué.
Il convient également d?attirer l?attention sur le fait que certaines catégories de transformations d?actifs
sont déjà éligibles de plein droit aux CEE quand ils s?inscrivent dans la fiche d?opération standardisée de
bâtiment tertiaire (BAT) : c?est le cas par exemple de la transformation de bureaux en hôtels qui
demeurent une activité de type tertiaire, relevant dans le cadre de notre étude de la catégorie
d?hébergement.
Proposition 16
Il est proposé que les conditions d?éligibilité des opérations de transformations d?actifs aux certificats
d?économie d?énergie soient instruites et précisées par la Direction générale de l?énergie et du climat.
Publier un décret attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le
contentieux des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maitrise
foncière des sociétés agréées foncière de transformation d?actifs
Source : Le code de justice administrative, notamment ses articles L. 211-1, L. 211-2, L. 232-3, L. 311-1,
L. 321-1, R. 311-1, R. 311-2, R. 811-1 et R. 811-1-1;
Source d?inspiration :
- Décret n° 2018-1249 du 26 décembre 2018 attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le
contentieux des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maîtrise foncière afférentes aux
jeux Olympiques et Paralympiques de 2024
- Dispositif « fast lane » existant dans la région Bruxelles Capitale.
Diagnostic :
Les opérateurs signalent un nombre croissant de recours sur les permis de construire, même pour des
transformations moins nuisibles que les constructions neuves. Ces recours, outre la perte de temps
qu'ils génèrent, sont souvent une tentative du requérant d'obtenir une « transaction ».
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 51
Or, le temps représente un coût caché significatif pour les porteurs de projet. Le taux de rendement
interne (TRI) d?une opération se calcule d?un point de vue comptable dès le premier euro investi. Les
opérations de transformation sont intrinsèquement plus longues, nécessitant en moyenne 60 mois
contre 48 mois pour la production de bâtiments neufs.
Par ailleurs, la proposition n°8 du groupe de travail modèle économique et financement de la
transformation de bureaux en logements de Mme BOUYER et M. LÉPINE (juillet 2025) propose de créer
des véhicules dédiés aux transformations « foncières de transformation de bureaux » (« FTB »).
Proposition 17 :
Il est proposé de publier un décret attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le contentieux
des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maitrise foncière des sociétés agréées « foncière de
transformation de bureaux » ou, à défaut, les mêmes opérations contribuant à la création d?au moins 1
000 m² de surface de plancher d?habitation issus de la transformation d?immobilier d?entreprise.
Renforcer les obligations documentaires pour améliorer la transparence de
l?information sur le potentiel de transformation des actifs
Source : La loi n°65-557 du 10 juillet 1965
Le décret n°2001-477 du 30 mai 2001 fixant le contenu du carnet d'entretien de l'immeuble
La loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de
la résilience face à ses effets
Diagnostic :
Faciliter la conservation et la transmission des documents techniques et administratifs tout au long du
cycle de vie du bâtiment est un enjeu crucial pour faciliter la transformation d?actifs.
Le premier enjeu est l?amélioration de la connaissance et de la gestion du bâtiment, en cherchant d?une
part, à centraliser l'ensemble des informations (plans, schémas techniques, rapports d'intervention,
garanties, manuels d'utilisation des équipements, diagnostics, etc.) ce qui permet d'avoir une
connaissance approfondie de l'actif, et d?autre part, en constituant un historique complet (toutes les
interventions, modifications et maintenances effectuées, offrant un historique précis qui facilite les
décisions futures).
Le deuxième enjeu consiste à avoir des preuves de conformité : il s?agit de rassembler tous les certificats
de conformité, rapports de contrôle réglementaire (sécurité incendie, amiante, plomb, etc.), prouvant
que le bâtiment respecte les normes en vigueur. Une meilleure traçabilité des interventions et des
équipements contribue à la sécurité des occupants et à la prévention des litiges.
Dans l?immobilier, il existe deux carnets permettant de rassembler toute ou partie de ces informations
et documents clefs : d?une part, le carnet d?entretien de l?immeuble créé pour les copropriétés est une
obligation de l?article 18 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des
immeubles bâtis : l?immobilier d?entreprise étant rarement dans des copropriétés, ce carnet d?entretien
est peu répandu alors qu?il pourrait être utile pour les opérations de transformations d?actifs.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 52
Par ailleurs, la loi climat et résilience a rendu obligatoire depuis le 1Er janvier 2023 le carnet d'information
du logement (CIL) visant à centraliser les informations relatives aux caractéristiques et aux performances
énergétiques du logement, ainsi qu'aux travaux réalisés pour faciliter et accompagner les futurs travaux
d'amélioration énergétique.
Proposition 18 :
Il est proposé d?étendre le principe du carnet d'entretien/carnet d'information aux actifs tertiaires pour
la conservation et la transmission des documents techniques et administratifs.
Proposition 19 :
Il est proposé de créer un diagnostic de l?existant et du potentiel de transformation pour les actifs
tertiaires en vacance structurelle pour éclairer de façon objective la puissance publique et les acteurs
privés sur l?arbitrage entre transformation et démolition-reconstruction.
Dans cette perspective, le CSTB pourrait être sollicité pour cadrer la mission de préfiguration d?un tel
diagnostic et formuler des objectifs clairs (relevé géomètre, sondages structurels, analyse des
documents d?exécution, calcul des performances des éléments, compatibilité avec la réglementation en
vigueur?)
Publier un décret créant un véritable régime de sécurité incendie global pour
les immeubles de moyenne hauteur, intégrant les enjeux de mixité d?usage
et de réversibilité
Source : L'article 30 de la loi ELAN (n° 2018-1021 du 23 novembre 2018)
Diagnostic en enjeux :
Le décret attendu en application de l?article 30 de la loi ELAN (n° 2018-1021 du 23 novembre 2018) vise
à définir un régime unique de sécurité incendie applicable aux Immeubles de Moyenne Hauteur (IMH),
c?est-à-dire aux bâtiments dont le plancher bas du dernier niveau est situé entre 28 et 50 mètres. À ce
jour, ce décret n?a pas été publié, alors même qu?il est crucial pour résoudre une incohérence majeure
du droit applicable.
En effet, en matière de sécurité incendie, les immeubles à usage de bureaux basculent dès 28 mètres
dans le régime contraignant des Immeubles de Grande Hauteur (IGH), tandis que les logements
bénéficient d?un corpus réglementaire plus souple jusqu?à 50 mètres (logement 4e famille). Ce décalage
crée une asymétrie réglementaire lourde de conséquences : il freine les projets de transformation
d?immeubles tertiaires vacants en logements et rend quasiment impossible la réalisation de bâtiments
mixtes ou réversibles à ces hauteurs.
Plus largement, l?absence d?un cadre réglementaire adapté aux IMH obère la réversibilité du bâti, la
densification qualitative et la mixité des usages, alors même que les enjeux contemporains imposent au
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 53
contraire de favoriser des bâtiments capables d?évoluer dans le temps, en cohérence avec les impératifs
de sobriété foncière, de réduction de l?empreinte carbone, et d?adaptation aux besoins fluctuants des
territoires.
La publication de ce décret est ainsi une condition indispensable pour faire émerger un urbanisme de
projet capable d?agir à l?échelle, notamment via des opérations de requalification à haute valeur ajoutée
environnementale et urbaine.
Une telle évolution est d?autant plus cruciale que, dans le cadre d?une stratégie territorialisée, les
sociétés de transformation foncière et immobilière devront arbitrer entre différentes options pour
revaloriser le foncier existant. Sur dix bâtiments, il est ainsi estimé sur la base d?échanges avec des
professionnels du secteur que six pourraient faire l?objet d?un rehaussement pour densifier en
respectant les contraintes ZAN, deux pourraient être transformés à l?identique grâce à un cadre plus
souple, et deux autres rendus à la pleine terre (parcs ou jardins). Or ce type de scénarisation ne pourra
voir le jour sans un assouplissement normatif adapté aux bâtiments de 50 mètres.
Proposition 20 :
Travailler activement sur le décret prévu à l?article 30 de la loi ELAN, en définissant un régime propre
aux immeubles de moyenne hauteur jusqu?à 50 mètres, qui ne relève ni du régime logement 4e famille,
ni du régime IGH, mais d?un corpus spécifique applicable à la mixité d?usages et à la réversibilité du bâti.
Ce décret devra intégrer les exigences de sécurité incendie adaptées à ces hauteurs, tout en permettant
une transformation souple, proportionnée aux risques réels, afin de massifier les projets de
reconversion dans les tissus urbains existants. Il constituerait ainsi un levier réglementaire décisif pour
rendre possible une approche industrielle de la transformation, au service des objectifs
environnementaux, économiques et sociaux portés par la stratégie nationale ZAN.
Créer de façon préventive un dispositif activable par le Préfet en cas de
risque avéré de « crise systémique »
Sources : Le Code de l?urbanisme
Diagnostic :
Au regard des éléments de contexte évoqué dans la première partie, avec une aggravation continue de
la crise des bureaux, auxquels sont associés les risques financier et systémique, d?une part, et de risque
urbain et social des « déserts de bureaux », d?autre part, il convient d?anticiper en portant une réflexion
sur le « worst case scenario » nécessitant des solutions de « dernier recours ».
Il est rappelé que l?adoption de la proposition de loi de M. le député DAUBIÉ a ouvert la possibilité à
l?autorité compétente en matière d?urbanisme de déroger aux règles du PLU. Toutefois, cette possibilité
de dérogation pourrait ne pas être utilisée en cas d?opposition politique locale à une démarche de
transformation d?actifs qui pourtant s?avèrerait nécessaire dans le cas d?un risque avéré de « crise
systémique ».
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 54
La mission estime qu?au-delà d?un seuil de 20% de taux de vacance dans un quartier de bureaux, des
risques importants sont encourus et que, si nécessaire, une action publique doit mettre en oeuvre de
nouveaux leviers institutionnels pour éviter de potentielles pertes de temps et d?opportunité de
résorption de la vacance.
Proposition 21 : Créer de façon préventive un dispositif activable par le Préfet en cas de risque avéré
de « crise systémique » dans les zones où la vacance structurelle dépasse 20%. Ce dispositif pourrait
consister en une habilitation législative permettant au Préfet de bénéficier de la possibilité :
1) D?accorder sans délai une dérogation aux règles du PLU si un changement de destination est
nécessaire.
2) De délivrer des Permis-Etat, après avis consultatif du Maire et du Président de l?EPCI concerné.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 55
Bibliographie
Ardoino, Jacques, 2011, Les termes de la complexité, Hermès, La Revue. 2011. N° 60, pp. 135?137.
Cheuvreux, Canal architecture, Sarment & Nouvel Acte, 2025, La transformation de bureaux en
logements, beaucoup de bruit pour rien ?, autoédition.
Coulondre, Alexandre, D?Orazio, Anne, Jourdheuil, Anne-Laure, & Julliard, Claire 2024, La transformation
des locaux d?activités en logements : le bureau qui cache la diversité, Politiquedulogement.com
Fromantin, Jean-Christophe, 2025, La crise des quartiers d?affaires : préfiguration d?un nouveau cycle
socioterritorial, thèse de doctorant en sciences de gestion, Université Paris 1 ? Panthéon Sorbonne
Girometti, Laurent, & Leclercq, François, Rapport de la mission sur la qualité du logement. Référentiel
du logement de qualité, Septembre 2021.
Hess, Charlotte et Ostrom, Elinor, 2007. Understanding Knowledge as a Commons. From Theory to
Practice. MIT press. Cambridge.
Nappi-Choulet, Ingrid, 2010, L?immobilier d?entreprise : analyse économique des marchés, Economica.
Shift Project, 2021, Habiter dans une société bas-carbone.
Yché, André, 2024, Pour une nouvelle économie immobilière : propositions destinées à faciliter
l?émergence d?une industrie de la transformation d?actifs immobiliers. Rapport à l?attention du Ministre
délégué au logement, M. Guillaume Kasbarian.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 56
Annexes
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 57
Annexe 1 ? Lettre de mission
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 58
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 59
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 60
Annexe 2 ? Liste des personnes auditionnées ou ayant soumis une contribution écrite
Les personnes n?ayant pu se rendre aux auditions, mais ayant soumis des contributions écrites sont
marquées d?un astérisque « * »
Promoteurs immobiliers
1. Mme Delivré, responsable développement transformation d?actifs Linkcity?France
2. Mme Leroy, présidente de Vinci Immobilier?
3. Mme Peyricot*, directrice de cabinet et des relations institutionnelles, Fédération des
promoteurs immobiliers
4. M. Barbarin, directeur général du pôle fiscal de Nexity Héritage?
5. M. Gerad Lodetti, directeur général délégué de Linkcity France
6. M. Giboire*, Président du Groupe Giboire
Opérateurs
7. M. Doublier, directeur général de Brownfields?
8. M. Ferré, directeur de la promotion chez Novaxia,
9. M. Labadie, directeur de cabinet et directeur des affaires publiques de Novaxia.
10. M. Tréguier, président de Kareg IM?
Notaires/avocats
11. Me Baillon, avocate associée d?Enjea Avocats????
12. Me Burthe-Mique, notaire associé du groupe Monassier.
13. Me Raunet, notaire associé et directrice générale de l?Etude Cheuvreux?
14. Me Theret, notaire du groupe Monassier
Observatoires / Chercheurs
15. Mme Drozdz, chercheuse associée au LATTS, Ecole des Ponts ParisTech.
16. Mme Galiègue, directrice générale déléguée de l?IEIF?
17. M. Coulondre, docteur en sociologie, chercheur associé au Lab'URBA (Université
Gustave Eiffel)
18. M. Pitrou, directeur de recherche au CNRS, responsable scientifique de la Chaire Ville
Métabolisme à l?Université PSL.
Investisseurs?
19. Mme Aulagnon, présidente de la Fédération des entreprises immobilières
20. Mme Charles-Péronne, déléguée générale de la Fédération des entreprises
immobilières
21. Mme Clara Dona-Hié, head of investment & asset management, Amundi
22. M. Aunidas*, directeur real assets, AXA IM
23. M. Calmel, team head asset management (ALLIANZ)
24. M. Drouaud, directeur du pôle résidentiel chez Covivio
25. M. Hadjiev, head of real estate development Europe, PIMCO Prime Real Estate,
26. M. Virondaud, directeur général adjoint d?Icade Promotion en charge de l?immobilier
d?entreprise
Bailleurs sociaux
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 61
27. Mme Bélard du Plantys, directrice générale de Paris Habitat
28. Mme Schwoerer, directrice générale adjointe en charge de la maîtrise d?ouvrage et du
développement
29. M. Laget, membre du directoire, directeur général adjoint en charge du développement
et des partenariats chez CDC Habitat
30. M. Rousseau, directeur général adjoint, Direction habitat et transitions urbaines d?I3F
31. M. Saraïs, responsable du département Architecture, qualité d'usage & biodiversité de
l?Union sociale pour l?habitat
Acteurs publics disposant d?actifs en cours de transformation?
32. Mme Le Guillou, directrice générale de la Foncière de transformation immobilière
33. M. Anantharaman, directeur général adjoint d?Action Logement Immobilier
34. M. Chomarat, directeur technique de la Foncière de Transformation Immobilière
35. M. Resplandy-Bernard, directeur de la Direction de l?immobilier de l?État.
Aménageurs
36. Mme Crestin, directrice de la stratégie de Paris La Défense
37. Mme Dufournier, directrice générale adjointe de la SPL CITALLIA
38. M. Guice, directeur général de Paris La Défense
39. M. Perraud, directeur du développement de la SPL Lyon Part-Dieu
40. M. Sainte Fare Garnot, directeur général de la SPL Lyon Part-Dieu
Constructeurs
41. M. Ambroselli, directeur de l?ingénierie chez Vinci Construction France
42. M. Anfray, directeur d?agence chez ADIM Île-de-France logement.??
43. M. Bouthillon, membre du bureau national du pôle habitat de la Fédération Française
du Bâtiment?
44. M. Fabri, directeur d?agence adjoint de GCC??
45. M. Michaux, directeur de la SAS Eiffage Construction Résidentiel et Fonctionnel
46. M. Serri, délégué national aux affaires techniques du pôle habitat de la Fédération
Française du Bâtiment?
47. M. Suadeau, directeur du développement?de SAS Eiffage Construction Résidentiel et
Fonctionnel
?
Bureaux de contrôle / organismes de certification?
48. Mme Dahan, directrice régionale Île-de-France de Bureau Veritas?
49. Mme Tikhonoff, directrice développement et opérations chez Certivea????
50. M. Abou Chaaya, directeur régional Île-de-France-Nord, référent en transformation
d'actifs??
51. M. Baron, président de BTP Consultants
52. M. Brugeilles, directeur des affaires publiques, règlementation et prospective de Capital
Energy (Bureau Veritas)
53. M. Desbarrières, directeur général du groupe Qualitel??
54. M. Matillon, président-directeur général Bureau Veritas Construction
55. M. Pettex-Sorgue, vice-président exécutif de Socotec??
Architectes
56. Mme Chevrin, chargée de mission du Conseil National de l?Ordre des Architectes
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 62
57. Mme Cloez, architecte associée, directrice pôle habitat, de l?agence Arte Charpentier
58. Mme Garin, architecte associée de l?agence Plurielles Architectes
59. M. Berranger, architecte, conseiller national du Conseil National de l?Ordre des
Architectes
60. M. Chiambaretta, architecte fondateur de l?agence PCA-Stream
61. M. Le Gall, architecte associé, directeur général de l?agence Arte Charpentier
62. M. Mangeot, directeur d?agence de l?agence PCA-Stream
63. M. Rubin, architecte, co-fondateur de l?agence Canal Architecture
64. M. Zweyacker, architecte associé fondateur de l?agence ZWA
CSTB
65. Mme Golhen, responsable de division Economie Circulaire et Analyse des Filières au
CSTB
66. Mme Guigou Carter, ingénieure à la division acoustique, vibration, éclairage et
électromagnétisme au CSTB
67. Mme Macé, chef de projet Economie Circulaire au CSTB
68. Mme Moreau*, Directrice de domaine d?action stratégique recherche au CSTB
69. M. Lyon, Directeur de la Recherche et Innovation au CSTB
70. M. Oussennan, architecte-Ingénieur Recherche & Expertise Structures au CSTB
Assureurs
71. Mme Dando, responsable assurance construction de France Assureurs.
72. Mme Mitrache, directrice des affaires publiques de France Assureurs
73. M. Lotte, directeur des règlements chez groupe SMA, Président du Comité construction
de France Assureurs
74. M. Marck*, directeur des affaires publiques, AXA France
Bureaux d?études
75. Mme Granier, directrice Conseil Expertises de Artelia
76. M. Milesi, directeur Résidentiel & Projets Mixtes de Artelia
77. M. Fabié, directeur de la Branche Ingénierie multidisciplinaire de Artelia
78. M. Davy, directeur Technique - activité Bâtiment de Egis
79. M. Rami, directeur de l'activité Habitat & Résidentiel de Egis
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 63
Annexe 3 ? Réunions de travail avec différents services (administrations centrales / services internes
du groupe de travail)
Direction d?administration centrale :
Ministère de la transition écologique, Direction générale de l'aménagement, du logement et de la
nature (DGALN), Direction de l?Habitat, de l?Urbanisme et des Paysages (DHUP) :
1. Mme Vouillemet, sous-directrice de l'urbanisme réglementaire et des paysages
2. M. Caron, sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la
construction
3. M. Pache, chef du bureau de la réglementation technique de la construction et de
l'Outre-Mer
4. M. Rousselot, sous-directeur du financement et de l'économie du logement et de
l'aménagement
Ministère de l?Intérieur, Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises :
4. Mme Pinault, directrice des sapeurs-pompiers
5. M. Vidot, sous-directeur des services d'incendie et des acteurs du secours (SDSIAS)
6. M. Pautigny, chef du bureau de la prévention et de la règlementation incendie
7. M. Gwenn, adjoint au sous-directeur des services d?incendie et des acteurs du secours
Ministère de l'Économie et des Finances et Ministère de la transition écologique, Direction générale de
l'énergie et du climat (DGEC) :
8. Mme Dietrich, chargée de mission CEE bâtiment résidentiel
9. M. Salomon, chef de bureau
10. M. Goislot, chef de projet
Bouygues Bâtiment :
11. Mme Bourmaud chef de service adjoint conception/réglementation chez Bouygues
Bâtiment Ile-de-France
12. M. Picolet, manager de projet du pole transformation d?actifs Bouygues Bâtiment
France
13. M. Huchedé Responsable Service Énergies & Environnement, Bouygues Bâtiment Grand
Ouest
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 64
Annexe 4 ? Contributions écrites des personnalités auditionnées (à ajouter une fois accord)
1. Paris La Défense
2. FPI
3. Icade
4. Linkcity
5. Citallios
6. Vinci Immobilier
7. Arte Charpentier
8. Plurielle Architectes
9. ZWA
10. Artelia
11. BTP Consultants
12. Axa IM
13. Pimpco Prime Real Estate
14. FEI
15. Eiffage
16. FFB
17. GCC
18. Vinci
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION (arrêté 13 juin 2008).
Diagnostic
Pour valoriser le bâtiment existant, le récent rapport de M. Robin RIVATON sur la RE2020 préconise que
les opérations de surélévation et d?extension tant qu?elles restent inférieures à 30% de la surface de
plancher initiale du bâtiment ne soient pas concernées par la RE2020. La mission appuie le sens de cette
proposition.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 38
En complément, pour les transformations d?un bâtiment de bureaux vers du logement, la
Règlementation Thermique Existant (RT existant) s?applique avec un volet élément par élément ou un
volet global. Cependant, une fois les travaux terminés le bâtiment est soumis à un Diagnostic de
Performance Energétique (DPE).
Ces deux approches sont réalisées suivant des méthodes de calcul différentes (la RT Existant global
imposant notamment que la consommation Cep du bâtiment soit inférieure à celle d?un bâtiment de
référence avant travaux quand le DPE se base sur la méthode conventionnelle dite « 3CL »). Cela oblige
donc les acteurs à faire deux calculs en parallèle. Le DPE pourrait théoriquement être fait en aval mais
souvent, pour éviter des déconvenues et s?assurer d?un certain niveau de performance DPE, ce dernier
est fait bien en amont.
Le rapport de M. Robin RIVATON sur la RE2020 (cf chapitre Diagnostic de performance énergétique)
souligne également le même type de constat d?écart entre les calculs/performances de la RE2020 et
ceux (notations) des DPE.
Proposition 8 :
Il est proposé d?accepter la suggestion de M. Robin RIVATON exonérant de la RE2020 les extensions et
surélévation de bâtiments existants de moins de 30% de la surface initiale.
Nous attirons également l?attention sur le constat d?écart entre les calculs/performances de la RE2020
et ceux (notations) des DPE, qui demanderait un travail de développement plus fin pour comprendre si
la méthode de calcul conventionnelle du DPE (3CL) pourrait être utilisée comme base de calcul
règlementaire.
iii. Définir un seuil plus équitable en matière d?obligations d?accessibilité PMR
Sources :
La loi du 11 février 2005 pour l?égalité des droits et des chances
Le décret n° 2021-872 du 30 juin 2021 recodifiant la partie réglementaire du livre Ier du code de la
construction et de l'habitation et fixant les conditions de mise en oeuvre des solutions d'effet équivalent
Les articles R163-2, R162-2, R162-4 du CCH.
Diagnostic et enjeux :
La mise en conformité aux règles d'accessibilité PMR a des répercussions directes sur les parties
communes, exigeant des aménagements pour les accès extérieurs (parfois en-dehors du périmètre de
projet), les escaliers (adaptation de la hauteur ou de la largeur des marches), les ascenseurs (installation
requise pour les bâtiments de plus de trois étages ; mise à jour normative des équipements existants),
ainsi que l'élargissement des portes.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 39
Les règles d'accessibilité PMR (Personnes à Mobilité Réduite) pour les logements et les ERP
(Établissements Recevant du Public) sont fondées sur le coût des travaux par rapport à la valeur du
bâtiment.
La valeur du bâtiment est déterminée en se fondant sur l'indice du coût de la construction (ICC). Cet
indice est une valeur nationale (par m² de SDP, publiée trimestriellement par l'INSEE) et sans rapport
avec la valeur réelle du bien concerné, fortement déterminée par son état ou ses caractéristiques
propres.
L?approche prend en compte les travaux réalisés et financés au cours des deux dernières années.
? Si le coût des travaux est égal ou supérieur à 80% de la valeur du bâtiment, la réglementation
du neuf s'applique entièrement aux logements où sont réalisés les travaux et à tous les locaux
communs. Pour les autres parties, les conditions d'accès existantes sont maintenues.
? Si le coût des travaux est inférieur à 80% de la valeur du bâtiment, la réglementation du neuf
s'applique pour la création de surfaces, les modifications de circulations communes et des locaux
collectifs. Les conditions d'accès existantes sont maintenues ailleurs, avec des précisions sur
l'accessibilité des ascenseurs (informations de mouvement et système d'alarme).
? Pour les ERP spécifiquement, l'objectif est de rendre l'établissement accessible, tout en
maintenant les conditions d'accès existantes à l'intérieur si les locaux ne sont pas concernés par
les travaux. En cas de travaux, une distinction est faite pour les étages ou niveaux non accessibles
aux personnes en fauteuil roulant.
La règle des 80 % est souvent atteinte lors de la transformation d?immobilier d'entreprise en
immeuble d'habitation
Plus précisément, l?article R163-2 du Code de la construction et de l?habitation place dans la même
catégorie les « travaux de modification ou d'extension portant sur un bâtiment ou une partie de
bâtiment d'habitation collectif ou à l'occasion de travaux de création d'un bâtiment ou d'une partie de
bâtiment par changement de destination » fixant le « rapport du coût des travaux à la valeur du
bâtiment est supérieur ou égal à 80 % ». Or, le seuil de 80% n?est pas équitable pour l?ensemble des
projets précités.
La transformation d'un immobilier d'entreprise en immeuble d'habitation est un projet complexe où le
coût des travaux atteint fréquemment, voire dépasse, le seuil de 80 % de la valeur du bâtiment,
déclenchant ainsi l'application des réglementations d'accessibilité PMR du neuf. Plusieurs facteurs
expliquent cette situation :
? Une approche administrée fondée sur l'indice du coût de la construction (ICC) qui peut être
décorrélée de la valeur de marché d?un actif déjà existant : pour certaines catégories de bien
(patrimoine remarquable ou localisation en zone dense), chaque intervention, même minime,
engendre des coûts proportionnellement élevés. Dans ce contexte, l'atteinte du seuil de 80%
d'une valeur de référence, potentiellement inférieure à la valeur intrinsèque du bien, se produit
d'autant plus rapidement. Ceci représente un défi particulier pour la conservation de ce bâti,
d'autant qu'il est fréquemment moins aisé à adapter aux exigences actuelles.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 40
? Coût élevé des travaux de transformation : La reconversion d'un bâtiment tertiaire en
logements est une opération lourde. Elle cumule les contraintes inhérentes à un changement
d'usage et celles d'un reconditionnement complet.
Ces deux raisons, qui peuvent se cumuler, font que les montants des travaux de transformation sont
disproportionnés par rapport à la valeur initiale du bâti, rendant l'application des règles d'accessibilité
du neuf presque systématique dans ces projets. La règle commune ainsi définie dans l?article R163-2 du
CCH manque d?équité.
S?il existe des possibilités de dérogations, celles-ci restent lourdes, incertaines et décourageantes. Pour
rappel, des dérogations sont possibles dans trois cas principaux : en présence d'impossibilités
techniques liées au terrain ou à l'existant, lorsqu'il y a une disproportion entre les améliorations
d'accessibilité et les coûts ou techniques nécessaires à leur mise en oeuvre, ou enfin pour des raisons de
conservation du patrimoine, ces dernières dérogations étant validées par la DRAC (Direction Régionale
des Affaires Culturelles) ou par la sous-commission départementale pour l?accessibilité des personnes
handicapées de la DDT (Direction Départementale des Territoires).
Proposition 9 :
Il est proposé de modifier par décret l?article R163-2 du Code de la construction et de l?habitation en
définissant deux seuils :
« Lorsque, à l'occasion de travaux de modification ou d'extension portant sur un bâtiment ou une partie
de bâtiment d'habitation collectif, le rapport du coût des travaux à la valeur du bâtiment est supérieur
ou égal à 80 %, les dispositions architecturales et les aménagements du bâtiment doivent satisfaire aux
obligations suivantes.
Ce seuil est porté à 130 % pour les travaux de création d'un bâtiment ou d'une partie de bâtiment par
changement de destination. »
A la place de :
« Lorsque, à l'occasion de travaux de modification ou d'extension portant sur un bâtiment ou une partie
de bâtiment d'habitation collectif ou à l'occasion de travaux de création d'un bâtiment ou d'une partie
de bâtiment par changement de destination, le rapport du coût des travaux à la valeur du bâtiment est
supérieur ou égal à 80 %, les dispositions architecturales et les aménagements du bâtiment doivent
satisfaire aux obligations suivantes »
E. Lever les potentielles interdictions de jure ou de facto
i. Faire de la transformation d?un local autre qu?habitation en habitation en zone tendue (A
et A-Bis) un droit d?ordre public dans le régime de copropriété
Sources : La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 41
Diagnostic et enjeux :
De nombreux acteurs auditionnés ont fait part de difficultés persistantes dans les immeubles régis par
le régime de la copropriété. Si l?adoption de la proposition de loi de M. le député DAUBIÉ a fait oeuvre
utile en cherchant l?assouplissement des règles de vote en assemblée générale de copropriété
lorsqu?elle doit se prononcer sur le changement de destination de locaux pour les transformer en
logements, il convient d?aller plus loin dans les zones tendues (zone A et A-Bis).
La loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, ainsi que ses
décrets d'application, contient un ensemble de dispositions qui sont d'ordre public. Cela signifie qu'il
est impossible d'y déroger par une clause du règlement de copropriété ou par une décision
d'assemblée générale. Ces règles sont là pour protéger l'intérêt général de la copropriété et garantir
un minimum de droits aux copropriétaires.
Si un règlement peut interdire l'exercice de certaines activités commerciales bruyantes ou malodorantes
dans un immeuble à destination exclusivement résidentielle (clause d'habitation bourgeoise), il n?est
pas justifié qu?une copropriété puisse bloquer la création de nouveaux logements en zone tendue qui
n?auront pas d?impact négatif sur la vie des copropriétaires.
Proposition 10 :
Il est proposé de faire évoluer la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des
immeubles bâtis afin de prévoir que, nonobstant les dispositions d?un règlement de copropriété, la
transformation d?un local vacant depuis 2 ans en habitation est autorisé en zone tendue (A et A-Bis) et
que ces dispositions sont d?ordre public.
ii. Créer un mécanisme d?extinction des cahiers des charges de lotissement et zones d'activités
Sources : Les articles L. 318-1 et suivants, L311-6, ainsi que L.442-1 et suivants, du Code de l?urbanisme
Diagnostic :
La persistance de règles contractuelles des cahiers des charges des zones d?activités empêche la
transformation d?immeubles existants ou de zones commerciales/d?activité.
Il existe des mécanismes qui permettent d?éteindre les cahiers des charges des lotissements à la
majorité des colotis ou par une action des auteurs des documents d?urbanisme, via une enquête
publique27. Le Conseil d?Etat considère implicitement que cela vaut pour les dispositions contractuelles.
Le cahier des charges d'une ZAC (souvent appelé Cahier des Charges de Cession des Terrains ou CCCT) a
une valeur contractuelle. Il est annexé aux actes de vente des terrains et s'impose aux acquéreurs
successifs des lots.
27 L 442-11 code urbanisme
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 42
Les stipulations du cahier des charges peuvent parfois contenir des dispositions visant à régir les
rapports entre les propriétaires des différents lots au sein de la ZAC. Même si la ZAC en tant que
procédure d'aménagement est clôturée ou supprimée, les obligations contractuelles issues du cahier
des charges peuvent perdurer entre les propriétaires, étant reprises dans les actes de vente successifs.
La Cour de cassation, notamment, a régulièrement rappelé que les clauses à caractère contractuel d'un
cahier des charges de ZAC conservent leur force obligatoire, même si la ZAC est supprimée ou si les
dispositions réglementaires (comme le Plan d'Aménagement de Zone - PAZ) deviennent caduques.
Or, le mécanisme n?existe pas pour d?autres cas (hors lotissement, en ZAC clôturée ou non).
Proposition 11 :
Il est proposé de prévoir un mécanisme d?extinction des cahiers des charges dans leurs entières
dispositions (règlementaires et contractuelles) via un dispositif identique au lotissement qu?il convient
également d?éclaircir en précisant que l?inopposabilité est pleine et entière. Ce sujet devra faire l?objet
d?un travail d?approfondissement par l?administration pour clarifier le mécanisme juridique à mettre en
place.
iii. Aligner les règles d?éviction des locataires de bureaux partiellement vacants sur celles des
opérations de restauration immobilières dans les plans de sauvegarde et de mise en valeur
Source : Le Code du commerce, en particulier l?article L.145-18.
Diagnostic :
Les difficultés d'éviction de la dernière ou des dernières entreprises occupant des bureaux pose un
dilemme entre la protection légitime d'une activité commerciale et l'intérêt général du renouvellement
urbain.
Ce problème est rencontré de façon récurrente par les porteurs de projets où le bureau est occupé de
façon marginale, provoquant de fait un blocage du projet de transformation. Le niveau d?indemnité
d?éviction actuel est particulièrement protecteur dans le régime des baux commerciaux, ce qui a pu
amener certains acteurs à préconiser un plafonnement de ces indemnités. Sans aller jusque-là, il a été
privilégier de chercher à transposer des dispositions déjà existantes dans notre droit.
Proposition 12 :
Il est proposé d?aligner les règles d?éviction des locataires sur celles des opérations de restauration
immobilières dans les plans de sauvegarde et de mise en valeur (cf. article L145-18 du code de
commerce).
Cette proposition s?inscrit en cohérence avec la proposition 4 « Simplifier certaines règles en faveur de
la transformation dans le périmètre des ORT » du groupe de travail sur le modèle économique et le
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 43
financement de la transformation de bureaux en logements copiloté par Mme Nadia BOUYER et M.
Xavier LÉPINE.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 44
III. Renforcer les synergies en créant
un cadre favorable au
reconditionnement d?actifs
Pour clore cette réflexion sur la transformation d?immobilier d?entreprise en habitation, il est crucial
d'aborder la nécessité de renforcer les synergies en mettant en place un cadre propice au
reconditionnement. Cette démarche vise à transformer les défis actuels en opportunités durables, en
favorisant la réutilisation et la valorisation des ressources existantes. Pour y parvenir, plusieurs mesures
clés sont envisagées, allant de la création d'une commission de médiation dédiée à l'instauration d'un
permis de démolir suspensif, en passant par le renforcement des obligations documentaires pour une
meilleure transparence. De plus, la publication du décret sur les immeubles de moyenne hauteur et la
mise en place d'un dispositif préventif activable par le Préfet en cas de risque de "crise systémique"
compléteront ce dispositif, assurant ainsi une approche proactive et résiliente face aux enjeux du
reconditionnement d'actifs.
Créer une commission centrale du reconditionnement d?actifs
Sources d?inspiration
- La commission centrale de sécurité du ministère de l?intérieur (anciens articles R. 123-29 du Code
de la Construction et de l'Habitation et suivants)
Diagnostic et enjeux
La suppression de l'ancienne Commission Centrale de Sécurité (CCS) en 2021 a été un sujet de
discussions parmi les professionnels de la sécurité incendie et de la construction. Un certain nombre de
personnes auditionnées dans le cadre du groupe de travail ont exprimé des regrets quant à cette
décision.
Ces regrets sont souvent liés à la perte d'une instance nationale unique et centralisée qui apportait une
doctrine claire et une interprétation uniforme des règlements de sécurité pour les Établissements
Recevant du Public (ERP) et les Immeubles de Grande Hauteur (IGH). La CCS était perçue comme un
garant de la cohérence et de l'équité dans l'application des règles sur l'ensemble du territoire, évitant
ainsi des disparités entre les départements. Sa disparition a, pour certains, laissé un vide en termes
d'expertise de haut niveau et de capacité à arbitrer des situations complexes ou innovantes en matière
de sécurité incendie (homogénéité des demandes/interprétation).
Les personnes auditionnées expriment également un regret profond concernant le manque d'effectivité
de certaines dispositions légales ou réglementaires existantes. Malgré des outils comme le droit à
l'expérimentation ou les possibilités de dérogation, ces mécanismes peinent à produire les effets
escomptés sur le terrain.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 45
Ce constat d'inefficacité conduit à une proposition concrète : la création d'une commission de médiation
dédiée au reconditionnement d'actifs. L'objectif est clair : disposer d'une instance capable de faciliter la
mise en oeuvre de ce principe, face aux inerties ou aux blocages rencontrés dans les processus actuels.
Proposition 13
Il est proposé de créer une commission centrale dédiée au reconditionnement d?actifs. Cette
commission aura pour objectif de faciliter le reconditionnement d?actifs et d?éviter les
surrèglementations locales, homogénéiser les pratiques, créer une doctrine du reconditionnement et
faciliter la « prise de risques » des acteurs.
De compétence nationale, rassemblant de façon collégiale l?ensemble des expertises techniques
nécessaires, la commission dédiée a pour mission de :
1. Formuler des avis sur le plan technique (dont sécurité incendie) pouvant faire l?objet selon les
situations de dérogation(s) prise(s) par le Préfet et/ou l?autorité compétente en matière
d?urbanisme en ayant pour mission d?éviter les surrèglementations, comme il en existe aujourd?hui
au niveau local ;
2. en l?absence d?une réglementation déjà constituée pour le reconditionnement, être compétent pour
définir de façon empirique une doctrine du reconditionnement constituant progressivement un
corpus de règles qui pourra être ajusté au cas par cas, et évoluer dans une démarche de retour
d?expérience et d?apprentissage continu ;
3. Être la seule autorité responsable des risques techniques liés à la transformation d?actifs : son
Président, comme tout agent public, bénéficiera de la protection fonctionnelle, en cas de poursuite
civile ou pénale à la suite d?un avis problématique.
4. Rendre des avis, fondant des décisions pouvant faire l?objet d?un recours gracieux ou contentieux
par le pétitionnaire auprès des tribunaux administratifs.
La création d?une telle commission nécessiterait de passer par la voie législative (loi ou ordonnance) en
adoptant un article L. dans le code de la construction et de l'habitation de type :
« A l?échelle nationale, est créée avant le 1er janvier 2026, auprès du Premier Ministre, une commission
centrale du reconditionnement d?actifs présidée par une personnalité qualifiée qu?il désigne.
Dans des conditions définies par décret en Conseil d?Etat, cette commission est composée des collèges
suivants :
1. De représentants de l'Etat, notamment du ministère de l?Intérieur, et du ministère du logement,
et du Ministère de la transition écologique.
2. De représentants des régions, des établissements publics de coopération intercommunale visés
à l'article L. 441-1-1 et des communes ;
3. De personnalités qualifiées choisis en raison de leur expertise scientifique et technique dans le
domaine du reconditionnement d?actifs ;
4. De personnalités qualifiées représentants les maîtres d?ouvrage agissant dans le domaine du
reconditionnement d?actifs.
La commission centrale peut être saisie par toute personne physique ou morale pour les motifs
suivants :
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 46
1. Saisine pour médiation : en cas de difficultés persistantes, notamment en cas de délais
anormalement longs, avec une autorité ou service compétents, ou, le cas échéant, une
copropriété, le pétitionnaire, par l?intermédiaire d?un architecte, peut demander l?organisation
d?une médiation
2. Saisine pour un avis valant rescrit technique : en amont d?un dépôt de permis de construire, le
pétitionnaire peut demander un rescrit28.
3. Saisine pour droit de dérogation ou d?adaptation de la règle : la commission formalise un avis
préalable permettant à l?autorité compétente29 de fonder sa décision dans le cas où un droit de
dérogation, avec ou sans compensation, ou d?adaptation de la règle au contexte bâti, (cf.
proposition suivante) serait reconnu. »
A l?appui des demandes de saisine, le pétitionnaire pourra présenter des éléments venant estimer
l?impact en termes de carbone / ressource évité, coûts et délais.
En cas de contestation de la décision, fondé sur un avis de la commission de médiation, le requérant
aurait la possibilité de déposer deux types de recours :
- Le recours gracieux devant la commission de médiation
- Le recours contentieux « en annulation » ou « pour excès de pouvoir » au tribunal administratif
Moyens humains : l?animation de cette commission nécessitera un secrétariat technique permettant
d?instruire les dossiers et de mobiliser le cas échéant des expertises techniques extérieures.
Ce secrétariat technique aurait aussi pour mission de compiler les cas et toutes les données permettant
d?affiner les doctrines selon les principes d?une « organisation apprenante ».
Moyens financiers : sont envisagés pour financer un budget minimal deux solutions alternatives et/ou
complémentaires :
- Une contribution forfaitaire en cas de saisine, le cas échéant fonction de la taille de l?immeuble
concerné et de la complexité du dossier, versée par le pétitionnaire ;
- Une dotation issue du budget de l?Etat.
Indicateur annuel de réussite : émissions carbone et déchets de ressources évités.
Perspectives d'évolution
À moyen terme, et après une période suffisante (5 ans) de fonctionnement de la commission de
médiation dédiée au reconditionnement d?actifs, les pouvoirs publics pourront évaluer s'il y a lieu de
formaliser la doctrine sous la forme d?une réglementation, en s?appuyant sur les retours d'expériences.
Ces orientations permettront de mieux encadrer la transformation des bâtiments, en assurant une
meilleure articulation entre les impératifs techniques et les réalités des projets.
28 Un rescrit est un acte administratif donné par écrit qui fournit une réponse à une question écrite, posée par une personne,
et détaillant le contexte et les conditions précises du problème évoqué.
29 Au Maire, dans le cadre des dérogations prévues dans le Code de l?urbanisme, ou au préfet, si à titre expérimental un droit
de dérogation serait reconnu au préfet dans le domaine de la transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble
d?habitation
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 47
Expérimenter un droit de dérogation reconnu au préfet dans le cadre de la
transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble d?habitation
Sources d?inspiration :
Le décret n° 2017-1845 du 29 décembre 2017 relatif à l'expérimentation territoriale d'un droit de
dérogation reconnu au préfet
Le rapport sénatorial sur Le pouvoir préfectoral de dérogation, un outil au service des territoires ?
Diagnostic et enjeux :
L'article 37-1 de la Constitution française, introduit par la révision constitutionnelle du 28 mars 2003,
permet à la loi et au règlement de comporter, pour un objet et une durée limités, des dispositions à
caractère expérimental.
Dans ce domaine, le décret du Premier ministre du 29 décembre 2017 relatif à l'expérimentation
territoriale d'un droit de dérogation reconnu au préfet ouvre, pour une durée de deux ans, la possibilité
de déroger à des normes arrêtées par l'administration de l'État, telles que des décrets du Premier
ministre ou des arrêtés ministériels. Cette possibilité de dérogation prend la forme de décisions non
réglementaires relevant de la compétence du préfet. Ce pouvoir ne permet pas de déroger à des normes
réglementaires ayant pour objet de mettre en oeuvre une disposition législative. Il ne permet pas
davantage au préfet de prévoir une dérogation générale et permanente : le cadre réglementaire de la
décision demeure.
C?est sur ces bases qu?il est proposé d?articuler le fonctionnement de la commission de médiation
dédiée au reconditionnement d?actifs.
Proposition 14 :
Il est proposé de publier un décret relatif à l'expérimentation territoriale d'un droit de dérogation
reconnu au préfet dans le domaine de la transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble
d?habitation
A titre expérimental et pendant une durée de cinq ans à compter de la publication du présent décret,
les préfets des régions d?Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Grand Est,
Nouvelle Aquitaine peuvent déroger à des normes arrêtées par l'administration de l'Etat.
Dans le cadre de la transformation d?immobilier d?entreprise en immeuble d?habitation, le préfet peut
faire usage de la faculté de dérogation pour prendre des décisions non réglementaires relevant de sa
compétence dans les matières suivantes :
1° Aménagement du territoire et politique de la ville ;
2° Construction, logement et urbanisme ;
3° Emploi et activité économique ;
4° Protection et mise en valeur du patrimoine culturel ;
5° Sécurité incendie et secours ;
6° Subventions, concours financiers et dispositifs de soutien en faveur des acteurs économiques, des
associations et des collectivités territoriales.
https://www.senat.fr/rap/r24-346/r24-346_mono.html
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000036340460
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 48
Créer un permis de démolir suspensif
Source : Le Code de l?urbanisme et code général des impôts
Le Code de l?urbanisme
Diagnostic :
Face à des bâtiments de bureaux devenus obsolètes, de nombreux propriétaires pourraient être tentés
de les démolir pour réduire leurs charges fiscales, en l'absence de perspectives de transformation ou de
reconversion claires. Cette démolition "par défaut" conduit à des "dents creuses" et à une perte de
potentiel urbain. De plus, c?est un échec sur le plan environnemental (émission nouvelle de carbone,
nouveaux déchets).
La mission attire l?attention sur le fait qu?il est impossible d?inciter au reconditionnement d?actifs sans
prévoir un dispositif administratif et fiscal plus rapide et moins pénalisant que ce qui existe pour la
démolition reconstruction, faute de quoi celle-ci sera le plus souvent la solution la plus attractive.
Proposition 15 :
Il est proposé de créer un "Permis de Démolir Suspensif" (PDS) dont l'objectif primordial est
environnemental : réutiliser plutôt que démolir et reconstruire, adapter plutôt que démolir. L?enjeu
principal est d?éviter les démolitions irréversibles sans stratégie : le PDS ne bloque pas la démolition,
mais il s'assure que celle-ci n'intervienne qu'après avoir objectivement exploré toutes les alternatives
raisonnables de transformation.
Il s'agit de de rendre l'inaction coûteuse et d?activer une dynamique positive collective. Le PDS organise
une "mise en tension productive" entre le destin de démolition d'un bâtiment et la possibilité d'un projet
de transformation. Il s'applique lorsque ni la collectivité, ni le propriétaire, ni le marché ne peuvent seuls
débloquer la situation. Il permet au propriétaire de sortir de l'immobilisme, à la collectivité d'éviter une
disparition irréversible, et au marché de se positionner sur des actifs jusque-là invisibles ou non
rentables.
Le PDS est proposé comme un outil innovant pour anticiper et encadrer la démolition d'actifs tertiaires
en fin de vie, afin de favoriser leur transformation plutôt que leur simple disparition. Il vise à rompre
l'attentisme des propriétaires et des collectivités locales en créant un cadre temporaire incitant à la
réflexion collective pour éviter tout ou partie des démolitions.
Le dispositif du PDS poursuit des objectifs précis :
- Créer un signal visible : un bâtiment en fin de cycle, loin d'être un simple point de vacance, devient
une opportunité de mutation potentielle clairement identifiable sur le territoire. A cette fin, le
dispositif prévoit une obligation de partage d'informations : le propriétaire transmet un dossier
technique minimal (plans, diagnostics) à l?autorité compétente en matière d?urbanisme pour qu?il
soit rendu public pendant toute la durée du dispositif (accessible en mairie) de sorte que d?autres
porteurs de projets puissent également se positionner.
- Un cadre temporaire incitant à la réflexion collective pendant une durée de deux ans en appliquant
la fiscalité existante comme si le bâti était démoli :
1. D?un point de vue juridique, il s?agirait de créer un permis de démolir suspensif d?une durée
de deux ans dans le code de l?urbanisme pouvant s?appliquer sur l?ensemble du territoire
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 49
2. D?un point de vue fiscal, pendant la période de deux ans, seule la taxe foncière sur les
propriétés non-bâti s?applique et un délai de grâce est accordé pour l'ensemble des autres
impositions directes et indirectes assises sur le patrimoine immobilier : la taxe foncière sur
les propriétés bâties, la taxe sur les bureaux, et toute autre taxe ou redevance locale ou
nationale liée à la détention de l'immeuble sont suspendues et le détenteur de l?actif est
exonéré de toute majoration ou pénalité de retard.
Ce cadre créé déjà une incitation aux différentes parties prenantes à « jouer le jeu » : d?une part, cela
incite le propriétaire à rentrer dans le dispositif et, d?autre part, place en tension la collectivité publique
qui doit se « projeter » immédiatement dans une situation où il n?y aurait plus de recette fiscale autre
que la TFPNB en cas de démolition.
L?issue du délai de grâce vise à inciter le propriétaire à porter un projet de transformation :
Pour transformer le délai de grâce en exonération, le propriétaire30 doit au terme du dispositif avoir
retiré son permis de démolir et déposé un permis de construire portant un projet de transformation
d?un immobilier d?entreprise en habitation ou de rénovation vers un bâtiment tertiaire réversible.
L?enjeu est de l?inciter à un objectif de résultat (la non-démolition, avec un projet alternatif formalisé).
Si ces conditions ne sont pas respectées, les impositions suspendues deviennent immédiatement
exigibles, sans application rétroactive des majorations et pénalités pour la période initiale de deux ans.
Le propriétaire pourra alors, s'il le souhaite, poursuivre sa procédure de démolition.
Créer les conditions d?éligibilité des opérations de transformations d?actifs
aux certificats d?économie d?énergie
Sources :
Les articles L. 221-1 à L.222-10 du Code de l?énergie
Les articles R. 221-1 à R.222-12 du Code de l?énergie
L?arrêté du 29 décembre 2014 relatif aux modalités d'application du dispositif des certificats
d'économies d'énergie
L?arrêté du 4 septembre 2014 fixant la liste des éléments d'une demande de certificats d'économies
d'énergie et les documents à archiver par le demandeur
L?arrêté du 28 septembre 2021 relatif aux contrôles dans le cadre du dispositif des certificats
d'économies d'énergie
Diagnostic :
Le groupe de travail a également approfondi la question de l?articulation des certificats d?économie
d?énergie (CEE) avec les opérations de transformations de bâtiment tertiaire en bâtiment résidentiel.
Comme sur bien d?autres sujets, le cadre de ce dispositif a été construit sans intégrer les opérations de
transformations dans le champ de la réflexion, avec un dispositif cloisonné entre les fiches d?opération
standardisée de bâtiment résidentiel (BAR) et de bâtiment tertiaire (BAT).
30 Pendant la période, le propriétaire a pu changer, car le dispositif avec la mise à disposition de documents rendus publics
vise aussi à ouvrir la porte à des discussions avec d?autres porteurs de projet. Dans ce cas, les conditions s?appliquent, avec
un partage du délai de grâce/exonération au prorata temporis, sauf autres dispositions prévues dans l?acte de cession de
l?actif.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 50
Selon certaines interprétations, en l?état actuel de l?organisation institutionnelle, la rénovation pourrait
être considérée au titre du bâtiment de départ (ici bâtiment tertiaire) ou de celui de destination (ici
bâtiment résidentiel). Toutefois, l?annexe 1 de la fiche d?opération standardisée de bâtiment résidentiel
(BAR) pose la question de savoir si oui ou non la condition suivante est respectée : « bâtiment résidentiel
existant depuis plus de 2 ans à la date d?engagement de l?opération ». Ce type de formulation appliquée
aux opérations de transformation d?un bâtiment tertiaire en bâtiment résidentiel est de nature à
susciter des interrogations pour les acteurs auditionnés : le bâtiment existe bien depuis plus de deux
ans, mais devient seulement au moment des travaux un bâtiment résidentiel « reconditionné ».
Lors de l?échange de la mission avec la DGEC, celle-ci a toutefois précisé que le cas des transformations
de bureau en logement n?était à ce jour pas prévu, et que le calcul du gain énergétique dans le cadre
d?une fiche standardisée pour une telle transformation poserait la question de la situation de référence
à prendre en compte. L?utilisation du mécanisme des opérations spécifiques (au cas par cas donc) a
également été évoqué.
Il convient également d?attirer l?attention sur le fait que certaines catégories de transformations d?actifs
sont déjà éligibles de plein droit aux CEE quand ils s?inscrivent dans la fiche d?opération standardisée de
bâtiment tertiaire (BAT) : c?est le cas par exemple de la transformation de bureaux en hôtels qui
demeurent une activité de type tertiaire, relevant dans le cadre de notre étude de la catégorie
d?hébergement.
Proposition 16
Il est proposé que les conditions d?éligibilité des opérations de transformations d?actifs aux certificats
d?économie d?énergie soient instruites et précisées par la Direction générale de l?énergie et du climat.
Publier un décret attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le
contentieux des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maitrise
foncière des sociétés agréées foncière de transformation d?actifs
Source : Le code de justice administrative, notamment ses articles L. 211-1, L. 211-2, L. 232-3, L. 311-1,
L. 321-1, R. 311-1, R. 311-2, R. 811-1 et R. 811-1-1;
Source d?inspiration :
- Décret n° 2018-1249 du 26 décembre 2018 attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le
contentieux des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maîtrise foncière afférentes aux
jeux Olympiques et Paralympiques de 2024
- Dispositif « fast lane » existant dans la région Bruxelles Capitale.
Diagnostic :
Les opérateurs signalent un nombre croissant de recours sur les permis de construire, même pour des
transformations moins nuisibles que les constructions neuves. Ces recours, outre la perte de temps
qu'ils génèrent, sont souvent une tentative du requérant d'obtenir une « transaction ».
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 51
Or, le temps représente un coût caché significatif pour les porteurs de projet. Le taux de rendement
interne (TRI) d?une opération se calcule d?un point de vue comptable dès le premier euro investi. Les
opérations de transformation sont intrinsèquement plus longues, nécessitant en moyenne 60 mois
contre 48 mois pour la production de bâtiments neufs.
Par ailleurs, la proposition n°8 du groupe de travail modèle économique et financement de la
transformation de bureaux en logements de Mme BOUYER et M. LÉPINE (juillet 2025) propose de créer
des véhicules dédiés aux transformations « foncières de transformation de bureaux » (« FTB »).
Proposition 17 :
Il est proposé de publier un décret attribuant à la cour administrative d?appel de Paris le contentieux
des opérations d?urbanisme, d?aménagement et de maitrise foncière des sociétés agréées « foncière de
transformation de bureaux » ou, à défaut, les mêmes opérations contribuant à la création d?au moins 1
000 m² de surface de plancher d?habitation issus de la transformation d?immobilier d?entreprise.
Renforcer les obligations documentaires pour améliorer la transparence de
l?information sur le potentiel de transformation des actifs
Source : La loi n°65-557 du 10 juillet 1965
Le décret n°2001-477 du 30 mai 2001 fixant le contenu du carnet d'entretien de l'immeuble
La loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de
la résilience face à ses effets
Diagnostic :
Faciliter la conservation et la transmission des documents techniques et administratifs tout au long du
cycle de vie du bâtiment est un enjeu crucial pour faciliter la transformation d?actifs.
Le premier enjeu est l?amélioration de la connaissance et de la gestion du bâtiment, en cherchant d?une
part, à centraliser l'ensemble des informations (plans, schémas techniques, rapports d'intervention,
garanties, manuels d'utilisation des équipements, diagnostics, etc.) ce qui permet d'avoir une
connaissance approfondie de l'actif, et d?autre part, en constituant un historique complet (toutes les
interventions, modifications et maintenances effectuées, offrant un historique précis qui facilite les
décisions futures).
Le deuxième enjeu consiste à avoir des preuves de conformité : il s?agit de rassembler tous les certificats
de conformité, rapports de contrôle réglementaire (sécurité incendie, amiante, plomb, etc.), prouvant
que le bâtiment respecte les normes en vigueur. Une meilleure traçabilité des interventions et des
équipements contribue à la sécurité des occupants et à la prévention des litiges.
Dans l?immobilier, il existe deux carnets permettant de rassembler toute ou partie de ces informations
et documents clefs : d?une part, le carnet d?entretien de l?immeuble créé pour les copropriétés est une
obligation de l?article 18 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des
immeubles bâtis : l?immobilier d?entreprise étant rarement dans des copropriétés, ce carnet d?entretien
est peu répandu alors qu?il pourrait être utile pour les opérations de transformations d?actifs.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 52
Par ailleurs, la loi climat et résilience a rendu obligatoire depuis le 1Er janvier 2023 le carnet d'information
du logement (CIL) visant à centraliser les informations relatives aux caractéristiques et aux performances
énergétiques du logement, ainsi qu'aux travaux réalisés pour faciliter et accompagner les futurs travaux
d'amélioration énergétique.
Proposition 18 :
Il est proposé d?étendre le principe du carnet d'entretien/carnet d'information aux actifs tertiaires pour
la conservation et la transmission des documents techniques et administratifs.
Proposition 19 :
Il est proposé de créer un diagnostic de l?existant et du potentiel de transformation pour les actifs
tertiaires en vacance structurelle pour éclairer de façon objective la puissance publique et les acteurs
privés sur l?arbitrage entre transformation et démolition-reconstruction.
Dans cette perspective, le CSTB pourrait être sollicité pour cadrer la mission de préfiguration d?un tel
diagnostic et formuler des objectifs clairs (relevé géomètre, sondages structurels, analyse des
documents d?exécution, calcul des performances des éléments, compatibilité avec la réglementation en
vigueur?)
Publier un décret créant un véritable régime de sécurité incendie global pour
les immeubles de moyenne hauteur, intégrant les enjeux de mixité d?usage
et de réversibilité
Source : L'article 30 de la loi ELAN (n° 2018-1021 du 23 novembre 2018)
Diagnostic en enjeux :
Le décret attendu en application de l?article 30 de la loi ELAN (n° 2018-1021 du 23 novembre 2018) vise
à définir un régime unique de sécurité incendie applicable aux Immeubles de Moyenne Hauteur (IMH),
c?est-à-dire aux bâtiments dont le plancher bas du dernier niveau est situé entre 28 et 50 mètres. À ce
jour, ce décret n?a pas été publié, alors même qu?il est crucial pour résoudre une incohérence majeure
du droit applicable.
En effet, en matière de sécurité incendie, les immeubles à usage de bureaux basculent dès 28 mètres
dans le régime contraignant des Immeubles de Grande Hauteur (IGH), tandis que les logements
bénéficient d?un corpus réglementaire plus souple jusqu?à 50 mètres (logement 4e famille). Ce décalage
crée une asymétrie réglementaire lourde de conséquences : il freine les projets de transformation
d?immeubles tertiaires vacants en logements et rend quasiment impossible la réalisation de bâtiments
mixtes ou réversibles à ces hauteurs.
Plus largement, l?absence d?un cadre réglementaire adapté aux IMH obère la réversibilité du bâti, la
densification qualitative et la mixité des usages, alors même que les enjeux contemporains imposent au
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 53
contraire de favoriser des bâtiments capables d?évoluer dans le temps, en cohérence avec les impératifs
de sobriété foncière, de réduction de l?empreinte carbone, et d?adaptation aux besoins fluctuants des
territoires.
La publication de ce décret est ainsi une condition indispensable pour faire émerger un urbanisme de
projet capable d?agir à l?échelle, notamment via des opérations de requalification à haute valeur ajoutée
environnementale et urbaine.
Une telle évolution est d?autant plus cruciale que, dans le cadre d?une stratégie territorialisée, les
sociétés de transformation foncière et immobilière devront arbitrer entre différentes options pour
revaloriser le foncier existant. Sur dix bâtiments, il est ainsi estimé sur la base d?échanges avec des
professionnels du secteur que six pourraient faire l?objet d?un rehaussement pour densifier en
respectant les contraintes ZAN, deux pourraient être transformés à l?identique grâce à un cadre plus
souple, et deux autres rendus à la pleine terre (parcs ou jardins). Or ce type de scénarisation ne pourra
voir le jour sans un assouplissement normatif adapté aux bâtiments de 50 mètres.
Proposition 20 :
Travailler activement sur le décret prévu à l?article 30 de la loi ELAN, en définissant un régime propre
aux immeubles de moyenne hauteur jusqu?à 50 mètres, qui ne relève ni du régime logement 4e famille,
ni du régime IGH, mais d?un corpus spécifique applicable à la mixité d?usages et à la réversibilité du bâti.
Ce décret devra intégrer les exigences de sécurité incendie adaptées à ces hauteurs, tout en permettant
une transformation souple, proportionnée aux risques réels, afin de massifier les projets de
reconversion dans les tissus urbains existants. Il constituerait ainsi un levier réglementaire décisif pour
rendre possible une approche industrielle de la transformation, au service des objectifs
environnementaux, économiques et sociaux portés par la stratégie nationale ZAN.
Créer de façon préventive un dispositif activable par le Préfet en cas de
risque avéré de « crise systémique »
Sources : Le Code de l?urbanisme
Diagnostic :
Au regard des éléments de contexte évoqué dans la première partie, avec une aggravation continue de
la crise des bureaux, auxquels sont associés les risques financier et systémique, d?une part, et de risque
urbain et social des « déserts de bureaux », d?autre part, il convient d?anticiper en portant une réflexion
sur le « worst case scenario » nécessitant des solutions de « dernier recours ».
Il est rappelé que l?adoption de la proposition de loi de M. le député DAUBIÉ a ouvert la possibilité à
l?autorité compétente en matière d?urbanisme de déroger aux règles du PLU. Toutefois, cette possibilité
de dérogation pourrait ne pas être utilisée en cas d?opposition politique locale à une démarche de
transformation d?actifs qui pourtant s?avèrerait nécessaire dans le cas d?un risque avéré de « crise
systémique ».
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 54
La mission estime qu?au-delà d?un seuil de 20% de taux de vacance dans un quartier de bureaux, des
risques importants sont encourus et que, si nécessaire, une action publique doit mettre en oeuvre de
nouveaux leviers institutionnels pour éviter de potentielles pertes de temps et d?opportunité de
résorption de la vacance.
Proposition 21 : Créer de façon préventive un dispositif activable par le Préfet en cas de risque avéré
de « crise systémique » dans les zones où la vacance structurelle dépasse 20%. Ce dispositif pourrait
consister en une habilitation législative permettant au Préfet de bénéficier de la possibilité :
1) D?accorder sans délai une dérogation aux règles du PLU si un changement de destination est
nécessaire.
2) De délivrer des Permis-Etat, après avis consultatif du Maire et du Président de l?EPCI concerné.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 55
Bibliographie
Ardoino, Jacques, 2011, Les termes de la complexité, Hermès, La Revue. 2011. N° 60, pp. 135?137.
Cheuvreux, Canal architecture, Sarment & Nouvel Acte, 2025, La transformation de bureaux en
logements, beaucoup de bruit pour rien ?, autoédition.
Coulondre, Alexandre, D?Orazio, Anne, Jourdheuil, Anne-Laure, & Julliard, Claire 2024, La transformation
des locaux d?activités en logements : le bureau qui cache la diversité, Politiquedulogement.com
Fromantin, Jean-Christophe, 2025, La crise des quartiers d?affaires : préfiguration d?un nouveau cycle
socioterritorial, thèse de doctorant en sciences de gestion, Université Paris 1 ? Panthéon Sorbonne
Girometti, Laurent, & Leclercq, François, Rapport de la mission sur la qualité du logement. Référentiel
du logement de qualité, Septembre 2021.
Hess, Charlotte et Ostrom, Elinor, 2007. Understanding Knowledge as a Commons. From Theory to
Practice. MIT press. Cambridge.
Nappi-Choulet, Ingrid, 2010, L?immobilier d?entreprise : analyse économique des marchés, Economica.
Shift Project, 2021, Habiter dans une société bas-carbone.
Yché, André, 2024, Pour une nouvelle économie immobilière : propositions destinées à faciliter
l?émergence d?une industrie de la transformation d?actifs immobiliers. Rapport à l?attention du Ministre
délégué au logement, M. Guillaume Kasbarian.
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 56
Annexes
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Annexe 1 ? Lettre de mission
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Annexe 2 ? Liste des personnes auditionnées ou ayant soumis une contribution écrite
Les personnes n?ayant pu se rendre aux auditions, mais ayant soumis des contributions écrites sont
marquées d?un astérisque « * »
Promoteurs immobiliers
1. Mme Delivré, responsable développement transformation d?actifs Linkcity?France
2. Mme Leroy, présidente de Vinci Immobilier?
3. Mme Peyricot*, directrice de cabinet et des relations institutionnelles, Fédération des
promoteurs immobiliers
4. M. Barbarin, directeur général du pôle fiscal de Nexity Héritage?
5. M. Gerad Lodetti, directeur général délégué de Linkcity France
6. M. Giboire*, Président du Groupe Giboire
Opérateurs
7. M. Doublier, directeur général de Brownfields?
8. M. Ferré, directeur de la promotion chez Novaxia,
9. M. Labadie, directeur de cabinet et directeur des affaires publiques de Novaxia.
10. M. Tréguier, président de Kareg IM?
Notaires/avocats
11. Me Baillon, avocate associée d?Enjea Avocats????
12. Me Burthe-Mique, notaire associé du groupe Monassier.
13. Me Raunet, notaire associé et directrice générale de l?Etude Cheuvreux?
14. Me Theret, notaire du groupe Monassier
Observatoires / Chercheurs
15. Mme Drozdz, chercheuse associée au LATTS, Ecole des Ponts ParisTech.
16. Mme Galiègue, directrice générale déléguée de l?IEIF?
17. M. Coulondre, docteur en sociologie, chercheur associé au Lab'URBA (Université
Gustave Eiffel)
18. M. Pitrou, directeur de recherche au CNRS, responsable scientifique de la Chaire Ville
Métabolisme à l?Université PSL.
Investisseurs?
19. Mme Aulagnon, présidente de la Fédération des entreprises immobilières
20. Mme Charles-Péronne, déléguée générale de la Fédération des entreprises
immobilières
21. Mme Clara Dona-Hié, head of investment & asset management, Amundi
22. M. Aunidas*, directeur real assets, AXA IM
23. M. Calmel, team head asset management (ALLIANZ)
24. M. Drouaud, directeur du pôle résidentiel chez Covivio
25. M. Hadjiev, head of real estate development Europe, PIMCO Prime Real Estate,
26. M. Virondaud, directeur général adjoint d?Icade Promotion en charge de l?immobilier
d?entreprise
Bailleurs sociaux
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 61
27. Mme Bélard du Plantys, directrice générale de Paris Habitat
28. Mme Schwoerer, directrice générale adjointe en charge de la maîtrise d?ouvrage et du
développement
29. M. Laget, membre du directoire, directeur général adjoint en charge du développement
et des partenariats chez CDC Habitat
30. M. Rousseau, directeur général adjoint, Direction habitat et transitions urbaines d?I3F
31. M. Saraïs, responsable du département Architecture, qualité d'usage & biodiversité de
l?Union sociale pour l?habitat
Acteurs publics disposant d?actifs en cours de transformation?
32. Mme Le Guillou, directrice générale de la Foncière de transformation immobilière
33. M. Anantharaman, directeur général adjoint d?Action Logement Immobilier
34. M. Chomarat, directeur technique de la Foncière de Transformation Immobilière
35. M. Resplandy-Bernard, directeur de la Direction de l?immobilier de l?État.
Aménageurs
36. Mme Crestin, directrice de la stratégie de Paris La Défense
37. Mme Dufournier, directrice générale adjointe de la SPL CITALLIA
38. M. Guice, directeur général de Paris La Défense
39. M. Perraud, directeur du développement de la SPL Lyon Part-Dieu
40. M. Sainte Fare Garnot, directeur général de la SPL Lyon Part-Dieu
Constructeurs
41. M. Ambroselli, directeur de l?ingénierie chez Vinci Construction France
42. M. Anfray, directeur d?agence chez ADIM Île-de-France logement.??
43. M. Bouthillon, membre du bureau national du pôle habitat de la Fédération Française
du Bâtiment?
44. M. Fabri, directeur d?agence adjoint de GCC??
45. M. Michaux, directeur de la SAS Eiffage Construction Résidentiel et Fonctionnel
46. M. Serri, délégué national aux affaires techniques du pôle habitat de la Fédération
Française du Bâtiment?
47. M. Suadeau, directeur du développement?de SAS Eiffage Construction Résidentiel et
Fonctionnel
?
Bureaux de contrôle / organismes de certification?
48. Mme Dahan, directrice régionale Île-de-France de Bureau Veritas?
49. Mme Tikhonoff, directrice développement et opérations chez Certivea????
50. M. Abou Chaaya, directeur régional Île-de-France-Nord, référent en transformation
d'actifs??
51. M. Baron, président de BTP Consultants
52. M. Brugeilles, directeur des affaires publiques, règlementation et prospective de Capital
Energy (Bureau Veritas)
53. M. Desbarrières, directeur général du groupe Qualitel??
54. M. Matillon, président-directeur général Bureau Veritas Construction
55. M. Pettex-Sorgue, vice-président exécutif de Socotec??
Architectes
56. Mme Chevrin, chargée de mission du Conseil National de l?Ordre des Architectes
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57. Mme Cloez, architecte associée, directrice pôle habitat, de l?agence Arte Charpentier
58. Mme Garin, architecte associée de l?agence Plurielles Architectes
59. M. Berranger, architecte, conseiller national du Conseil National de l?Ordre des
Architectes
60. M. Chiambaretta, architecte fondateur de l?agence PCA-Stream
61. M. Le Gall, architecte associé, directeur général de l?agence Arte Charpentier
62. M. Mangeot, directeur d?agence de l?agence PCA-Stream
63. M. Rubin, architecte, co-fondateur de l?agence Canal Architecture
64. M. Zweyacker, architecte associé fondateur de l?agence ZWA
CSTB
65. Mme Golhen, responsable de division Economie Circulaire et Analyse des Filières au
CSTB
66. Mme Guigou Carter, ingénieure à la division acoustique, vibration, éclairage et
électromagnétisme au CSTB
67. Mme Macé, chef de projet Economie Circulaire au CSTB
68. Mme Moreau*, Directrice de domaine d?action stratégique recherche au CSTB
69. M. Lyon, Directeur de la Recherche et Innovation au CSTB
70. M. Oussennan, architecte-Ingénieur Recherche & Expertise Structures au CSTB
Assureurs
71. Mme Dando, responsable assurance construction de France Assureurs.
72. Mme Mitrache, directrice des affaires publiques de France Assureurs
73. M. Lotte, directeur des règlements chez groupe SMA, Président du Comité construction
de France Assureurs
74. M. Marck*, directeur des affaires publiques, AXA France
Bureaux d?études
75. Mme Granier, directrice Conseil Expertises de Artelia
76. M. Milesi, directeur Résidentiel & Projets Mixtes de Artelia
77. M. Fabié, directeur de la Branche Ingénierie multidisciplinaire de Artelia
78. M. Davy, directeur Technique - activité Bâtiment de Egis
79. M. Rami, directeur de l'activité Habitat & Résidentiel de Egis
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 63
Annexe 3 ? Réunions de travail avec différents services (administrations centrales / services internes
du groupe de travail)
Direction d?administration centrale :
Ministère de la transition écologique, Direction générale de l'aménagement, du logement et de la
nature (DGALN), Direction de l?Habitat, de l?Urbanisme et des Paysages (DHUP) :
1. Mme Vouillemet, sous-directrice de l'urbanisme réglementaire et des paysages
2. M. Caron, sous-directeur de la qualité et du développement durable dans la
construction
3. M. Pache, chef du bureau de la réglementation technique de la construction et de
l'Outre-Mer
4. M. Rousselot, sous-directeur du financement et de l'économie du logement et de
l'aménagement
Ministère de l?Intérieur, Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises :
4. Mme Pinault, directrice des sapeurs-pompiers
5. M. Vidot, sous-directeur des services d'incendie et des acteurs du secours (SDSIAS)
6. M. Pautigny, chef du bureau de la prévention et de la règlementation incendie
7. M. Gwenn, adjoint au sous-directeur des services d?incendie et des acteurs du secours
Ministère de l'Économie et des Finances et Ministère de la transition écologique, Direction générale de
l'énergie et du climat (DGEC) :
8. Mme Dietrich, chargée de mission CEE bâtiment résidentiel
9. M. Salomon, chef de bureau
10. M. Goislot, chef de projet
Bouygues Bâtiment :
11. Mme Bourmaud chef de service adjoint conception/réglementation chez Bouygues
Bâtiment Ile-de-France
12. M. Picolet, manager de projet du pole transformation d?actifs Bouygues Bâtiment
France
13. M. Huchedé Responsable Service Énergies & Environnement, Bouygues Bâtiment Grand
Ouest
Rapport Sisyphe ? Juillet 2025 64
Annexe 4 ? Contributions écrites des personnalités auditionnées (à ajouter une fois accord)
1. Paris La Défense
2. FPI
3. Icade
4. Linkcity
5. Citallios
6. Vinci Immobilier
7. Arte Charpentier
8. Plurielle Architectes
9. ZWA
10. Artelia
11. BTP Consultants
12. Axa IM
13. Pimpco Prime Real Estate
14. FEI
15. Eiffage
16. FFB
17. GCC
18. Vinci
INVALIDE)