TRANSFORMATION DE BUREAUX EN LOGEMENTS : GROUPE DE TRAVAIL MODELE ECONOMIQUE ET FINANCEMENT RAPPORT REMIS A VALERIE LETARD, MINISTRE CHARGEE DU LOGEMENT
BOUYER (Nadia) ;LEPINE, Xavier
Auteur moral
France. Ministère chargé du logement
Auteur secondaire
Résumé
"Ce rapport explore la transformation des bureaux vacants en logements comme réponse à la crise du logement et à la vacance immobilière croissante. Il identifie les freins économiques, juridiques et opérationnels, et propose des leviers fiscaux, partenariaux et réglementaires pour accélérer cette reconversion, en favorisant une approche territoriale, durable et inclusive, au service d'une politique publique intégrée."
Descripteur Urbamet
logement
;bureaux vacants
Descripteur écoplanete
Thème
Habitat - Logement
Texte intégral
1
TRANSFORMATION DE BUREAUX EN LOGEMENTS
GROUPE DE TRAVAIL MODELE ECONOMIQUE ET FINANCEMENT
RAPPORT REMIS A VALERIE LETARD, MINISTRE CHARGEE DU
LOGEMENT
Nadia BOUYER & Xavier LÉPINE
Juillet 2025
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Remerciements :
Nous souhaitons tout d?abord remercier Madame Valerie LETARD, ministre chargée du
logement, pour la confiance qu?elle nous a accordée en nous confiant le pilotage de ce
groupe de travail. Nous associons à ces remerciements les membres de son cabinet, en
particulier Madame Céline TIGNOL, conseillère logement et Monsieur Guillaume
VOISARD, directeur adjoint du cabinet, pour leur accompagnement attentif et leur
disponibilité tout au long de cette mission.
Nous tenons également à remercier Sébastien DORLHIAC, adjoint au sous-directeur du
Financement et Economie du Logement et de l'Aménagement de la DHUP, pour son
engagement constant et ses éclairages.
Nous voulons aussi saluer avec une gratitude particulière André YCHE, dont la vision et la
sagesse ont été à l?origine de la constitution de ce groupe de travail, et qui a su inspirer
notre réflexion collective.
Ce travail n?aurait pu être mené à bien sans l?implication déterminante de Katelle
LE GUILLOU, directrice générale de la FTI, Chloé VOISIN-BORMTUH, directrice générale
PCE-IDF, Christian DE KERANGAL, directeur général de l?IEIF, Kevin MARUSZAK, directeur
du développement national FTI, Bahija ZRAÏRA, directrice de la stratégie et de l?innovation
FTI, ainsi que les équipes d?Action Logement Groupe : Salomé COLOMBET, chargée de
missions, Elisabeth SUISSA, Responsable juridique immobilier et Hélène ROCHER. Leurs
contributions ont été essentielles à chaque étape de l?élaboration de ce rapport, nous les
en remercions chaleureusement.
Enfin, nous remercions sincèrement l?ensemble des membres du second groupe de
travail, dont les échanges et les apports ont enrichi de manière significative cette
démarche : Laurent GIROMETTI, directeur général EPA Marne-EPA France, Roland CUBIN,
directeur général délégué Groupama Immobilier, Sandrine FAUQUET, Bouygues
construction et Vincent LE ROUZIC, directeur de projet stratégie et innovation EPA Marne-
EPA France.
Nadia BOUYER, Directrice générale d?Action Logement Groupe
Xavier LEPINE, Président de l?Institut de l?Epargne Immobilière Foncière (IEIF)
4
INTRODUCTION ............................................................................................................................ 5
CHAPITRE 1 : BUREAUX INOCCUPES, LOGEMENTS INACCESSIBLES : LE PARADOXE FRANÇAIS........ 9
A ? LA VACANCE DES BUREAUX EST DESORMAIS STRUCTURELLE ET NE FERA QU?AUGMENTER..................................... 9
B ? LA CRISE DU LOGEMENT ET L?ENJEU DE SOBRIETE FONCIERE ..................................................................... 15
C ? UNE CRISE IMMOBILIERE MONDIALE DEPUIS 2022 ................................................................................. 20
D ? UN POTENTIEL DE TRANSFORMATION LOCALISE ..................................................................................... 22
D ? LES ENJEUX D?UNE POLITIQUE PUBLIQUE INTEGREE DE LA TRANSFORMATION IMMOBILIERE ................................ 30
CHAPITRE 2 : LES FREINS : QUELS SONT LES PRINCIPAUX BLOCAGES DE LA TRANSFORMATION DES
BUREAUX EN LOGEMENTS ? ......................................................................................................... 33
A ? UNE VALORISATION DES ACTIFS ET UN EQUILIBRE ECONOMIQUE DES OPERATIONS COMPLEXE A TROUVER .............. 33
B ? UNE VOLONTE DE TRANSFORMATION FREINEE PAR LA COMPLEXITE ADMINISTRATIVE ET LES ENJEUX LOCAUX ........... 39
C ? LES MARGES DE MANOEUVRE LIMITEES DES INVESTISSEURS IMMOBILIERS POUR REALISER LA NECESSAIRE MUTATION DU
PARC .............................................................................................................................................. 41
D - DES OBSTACLES OPERATIONNELS POUR LES ACTEURS DE LA TRANSFORMATION .............................................. 42
CHAPITRE 3 : PROPOSITIONS POUR ACCELERER LA TRANSFORMATION DE BUREAUX EN LOGEMENTS
................................................................................................................................................... 45
A - CONFERER UN VRAI STATUT AUX OPERATIONS DE TRANSFORMATION D?ACTIFS ................................................ 46
B- INSCRIRE LES TRANSFORMATIONS DANS UNE APPROCHE PARTENARIALE AU SERVICE D?UN PROJET DE TERRITOIRE ..... 50
C - FACILITER LA SORTIE DES OPERATIONS EN SIMPLIFIANT ET EN CLARIFIANT LES PROCEDURES ADMINISTRATIVES ET
JURIDIQUES ...................................................................................................................................... 53
D ? INCITER LES INVESTISSEURS A SE REORIENTER VERS LE LOGEMENT VIA LA TRANSFORMATION DES BUREAUX ............ 56
E - ADAPTER LA FISCALITE POUR ENCOURAGER LA REALISATION DES OPERATIONS ................................................ 58
CONCLUSION.............................................................................................................................. 60
ANNEXES .................................................................................................................................... 62
ANNEXE 1 ? LISTE DES PERSONNES AUDITIONNEES ..................................................................................... 63
ANNEXE 2 ? COMPARAISONS INTERNATIONALES ......................................................................................... 66
ANNEXE 3 ? LES PRINCIPAUX PROPRIETAIRES DE BUREAUX ............................................................................ 71
ANNEXE 4 ? METHODOLOGIE D?ELABORATION DE L?INDICE DE L?ORIE ............................................................. 89
ANNEXE 5 ? LA METHODE DU CBF : UNE APPROCHE OUTILLEE ET PARTENARIALE POUR TRANSFORMER LES BUREAUX .... 91
ANNEXE 6 ? DEUX EXEMPLES DE TRANSFORMATION DE LA FTI ........................................................................ 93
ANNEXE 7 : TAXE SUR LES BUREAUX EN ÎLE-DE-FRANCE ............................................................................... 95
ANNEXE 8 : LETTRE DE MISSION ............................................................................................................. 96
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Introduction
La transformation des bureaux vacants en logements représente une opportunité urbaine
et une nécessité sociale. En France, 9 millions de mètres carrés de bureaux sont
inoccupés dont 2 millions en situation de vacance structurelle. La transformation de ces
bureaux durablement vides permettrait, selon nos estimations, de produire dans les 5
ans, 20 000 logements, dont 80% en Île-de-France. Mais le défi de la transformation est
complexe et implique une mobilisation de l?ensemble de l?écosystème, notamment
l?Etat, les collectivités locales, les opérateurs immobiliers, les bailleurs sociaux, les
foncières, les aménageurs, les architectes et les financeurs.
Dans ce contexte, la ministre du Logement, Valérie Létard, a lancé le 27 mars 2025 un
plan pour la transformation immobilière comprenant quatre leviers :
? Une expérimentation territoriale en Île-de-France via un appel à manifestation
d?intérêt (AMI) ;
? La création de deux groupes de travail dédiés au financement de la transformation
immobilière et à la simplification des normes ;
? Des outils fiscaux et juridiques pour encourager les transformations ;
? Un accompagnement ciblé des territoires à fort enjeu.
Dans le prolongement du rapport d?André Yché présentant, en juin 2024, des propositions
destinées à faciliter l?émergence d?une industrie de la transformation immobilière, nous
avons été missionnés par la Ministre pour copiloter le groupe de travail sur le
financement. Il s?agit plus précisément de définir les conditions et modalités
économiques permettant de créer une véritable filière de la transformation d?actifs
tertiaires obsolètes et/ou vacants en logements.
La lecture du rapport d?André Yché est une mine de renseignements historiques sur la
transformation de la ville et l?aménagement du territoire, dont la problématique a de tout
temps été la même. Les mutations démographiques et technologiques sans précédent
imposent de faire des (r)évolutions, alors que l?intérêt individuel et de court terme
privilégie le chemin inverse. L?intérêt électoral, les coûts directs ou indirects, la situation
financière des propriétaires actuels comme des municipalités sont autant d?éléments
freinant le changement.
Dès lors, les facteurs d?impulsions, d?incitations et de dirigisme font que l?intervention de
la puissance publique a toujours été le moteur et la clé du succès. De nos jours, il
convient cependant de faire face à des niveaux de complexités techniques, juridiques,
fiscales et financières inédits.
Par conséquent, la tendance à l?attentisme est forte, d?autant plus que l?objet
« logement transformé », issu de la destruction de valeur nécessaire d?un actif obsolète,
est souvent encore trop cher pour rendre le même service qu?un logement déjà existant
dans le parc ancien ou nouvellement construit.
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Depuis l?après-guerre, le « paysage » français, et singulièrement celui des grandes
métropoles, s?est profondément transformé sous l?impact de mutations démographiques
- telles que le baby-boom, les flux migratoires et l?allongement de la durée de la vie - mais
aussi technologiques et sociologiques, notamment le rapport au travail et les
décohabitations.
La région francilienne est particulièrement touchée par tous ces phénomènes. Les quinze
ans du baby-boom ont vu la population française croitre de 25% en passant de 40 à 50
millions d?habitants. La moitié de cette augmentation s?est opérée en Île-de-France qui a
vu sa population doubler pendant le baby-boom puis continuer d?augmenter plus vite que
l?ensemble du territoire français. De même, la tertiarisation de l?économie s?est, de fait,
organisée autour des grandes métropoles. En dépit des enseignements qui auraient pu
être tirés de la crise des bureaux du milieu des années 90, la politique monétaire des
années 2010 à 2020 a attiré encore plus de capitaux dans le tertiaire, aussi bien en termes
de valorisation que de création de nouvelles surfaces de bureaux.
Il apparait par ailleurs essentiel de reconnaître que le marché du logement est
dysfonctionnel depuis des décennies. Le logement est devenu trop cher pour permettre
son acquisition par les classes moyennes. Sans subventionnement des investisseurs, il
n?est également pas assez rentable car sa gestion est trop coûteuse et risquée en cas de
défaillance du locataire. Le développement très singulier en France de dispositifs fiscaux
du logement, basés sur l?épargne des particuliers, a comme cause et comme
conséquence, l?absence quasi-totale des investisseurs institutionnels sur ce segment de
marché, alors même que ces derniers sont indispensables au développement de l?offre.
Le logement est, en pure théorie économique, l?actif quasi-parfait pour des investisseurs
de long terme qui recherchent des primes de risque les protégeant de l?inflation à
condition que les revenus locatifs soient suffisamment élevés.
Nous faisons également face aux conséquences extrêmes du modèle promu par la
Charte d?Athènes, qui, en fondant la ville moderne sur l?efficacité fonctionnelle, a
institutionnalisé le zonage strict et la séparation des fonctions urbaines. Or, les règles
d?urbanisme et la fiscalité héritées de cette approche ne sont plus adaptées aux enjeux
contemporains.
Il s?agit donc aujourd?hui de réparer les effets de bords négatifs des politiques mises en
oeuvre depuis l?après-guerre, le plus souvent élaborées dans un contexte de fortes
contraintes et de permettre le retour d?une véritable mixité fonctionnelle, condition
essentielle d?une ville plus résiliente, vivante et inclusive.
Les immeubles tertiaires durablement vacants (depuis au moins 2 ans) sont aujourd?hui
obsolètes :
? En termes de bâti : car souvent très consommateurs en énergies et inadaptés aux
enjeux liés aux dérèglements climatiques.
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? En termes d?usage : ces actifs n?auront, pour la plupart, plus d?utilité dans leur
fonctionnalité actuelle.
Pour accompagner la transformation immobilière, il est nécessaire de mettre en place un
ensemble d?outils concrets permettant de sortir les opérations mais également de les
inscrire dans une approche partenariale, au service d?un projet de territoire. Il s?agit pour
cela de mobiliser l?ensemble des acteurs publics et privés autour de modèles
économiques viables, socialement utiles et parfaitement intégrés à l?environnement
urbain.
Pour réaliser ce rapport et établir des constats partagés et des propositions efficaces,
nous avons constitué une équipe pluridisciplinaire et auditionné plus de quarante
acteurs du secteur (détails en annexe 1).
Le rapport est composé de trois parties :
1. La situation actuelle :
Cette partie dresse le constat d?une vacance des bureaux désormais structurelle
et en augmentation, qu?il devient essentiel de traiter dans un contexte de crise
durable du logement et d?enjeu de sobriété foncière. Le potentiel de
transformation est ensuite analysé et localisé.
2. Les freins :
Les blocages à la transformation sont multiples. En premier lieu la valorisation des
actifs et l?équilibre économique sont complexes à trouver. Viennent ensuite la
complexité administrative et les enjeux locaux qui ont tendance à freiner les
projets. Les marges de manoeuvre des investisseurs sont par ailleurs limitées
notamment par leur statut ou leur situation financière. A cela s?ajoutent d?autres
difficultés d?ordre opérationnel telles que la fiscalité, l?absence d?approche
territoriale et le manque d?expertise.
3. Les propositions :
L?accélération de la transformation des bureaux en logements nécessite tout
d?abord de conférer un vrai statut aux opérations de transformation à travers un
régime juridique dédié et la mise place d?une expertise de valeur en logements des
actifs tertiaires vacants. Il apparait également essentiel d?adopter une approche
partenariale en s?appuyant sur un dispositif territorial reconnu permettant
d?adapter la fiscalité et la réglementation. Certaines procédures administratives
et juridiques doivent par ailleurs être simplifiées quel que soit le périmètre
d?action. Enfin, il convient d?inciter les investisseurs à se réorienter vers le
logement grâce à la création d?un véhicule dédié aux transformations et à des
incitations fiscales.
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1. Méthodologie de travail du groupe sur le financement de la transformation immobilière
Dans le cadre du plan d?action piloté par la ministre du Logement, Valérie Létard, un groupe de
travail dédié au financement de la transformation des bureaux vacants en logements a été mis en
place. Il est codirigé par Nadia Bouyer (Action Logement Groupe) et Xavier Lépine (IEIF, Paris Île-de-
France Capitale Économique), avec l?appui d?une équipe projet pluridisciplinaire composée de la
Foncière de Transformation Immobilière (FTI), le Groupe Action Logement, l?Institut de l?Epargne
Immobilière et Foncière (IEIF) et Paris-Île de France Capitale Économique.
Des outils de coordinations partagés et réunions bimensuelles de l?équipe projet et des bilatérales
hebdomadaires entre les pilotes ont assuré un suivi réactif et agile des travaux. Un lien a été
maintenu avec le groupe de travail sur la convergence des normes, dont les conclusions sont
essentielles à l?élaboration des outils de modélisation économique.
La démarche repose sur une méthodologie rigoureuse, articulée en trois séquences principales :
Temps 1 : Diagnostic et auditions (avril ? mai 2025) :
Une série d?auditions ciblées a été menée afin de poser un diagnostic partagé des freins, leviers et
besoins en matière de financement des transformations. Les auditions ont été menées selon une
trame commune, avec des entretiens individuels et des formats collectifs selon les thématiques
abordées. Un benchmark européen a également été réalisé en parallèle.
Le choix des auditionnés a volontairement couvert l?ensemble de la chaîne d?acteurs (voir liste en
annexe):
o Propriétaires et foncières (institutionnelles ou privées),
o Collectivités territoriales et élus,
o Opérateurs immobiliers (promoteurs, aménageurs, bailleurs, foncières de
portage),
o Acteurs financiers et experts techniques,
o Structures d?accompagnement et associations professionnelles.
Cette diversité a permis d?identifier des convergences mais aussi des points de
blocage propres à chaque maillon du processus de transformation.
Temps 2 : Construction des propositions (juin 2025) :
Sur la base des constats issus des auditions, le groupe a structuré ses travaux autour de quatre
axes clés :
o faciliter l?accès aux financements et renforcer l?ingénierie économique,
o objectiver la valeur des actifs et le potentiel de transformation,
o ajuster les leviers fiscaux pour améliorer l?équilibre économique des projets,
? structurer des outils fonciers innovants (démembrement, foncières, JV).
Ces axes ont été explorés dans le cadre d?ateliers thématiques et feront l?objet de
propositions concrètes, soumises à la ministre lors du point d?étape du 3 juin.
Temps 3 : Finalisation du rapport et de ses recommandations (juillet 2025)
Le rapport final, formule des recommandations opérationnelles accompagnées d?un cadre
technico-financier réaliste, mobilisable à court et moyen terme. Il intègre également les
contributions de l?équipe projet, les enseignements des auditions et les retours des parties
prenantes.
9
Chapitre 1 : Bureaux inoccupés, logements
inaccessibles : le paradoxe Français
A ? La vacance des bureaux est désormais structurelle et ne fera
qu?augmenter
1. Une fragmentation du marché
La problématique de la transformation de bureaux (obsolètes) en logements, pendant
très longtemps a été considérée comme un problème très marginal, ou a minima,
marginal dans le portefeuille des investisseurs.
La dynamique de création d?emplois de bureaux/ tertiaires et surtout la production de
bureaux associée aurait dû interpeller toutes les parties prenantes au vu de l?excès de
l?offre par rapport à la demande et donc de la croissance du stock des immeubles de
bureaux, désormais vacants.
Comme le montrent les graphiques n°1 et 2 ci-dessous, la dynamique des bureaux a
longtemps été porteuse, même si la demande nette de nouveaux bureaux baissait depuis
2000.
Graphique n°1 : Croissance du parc de bureaux et des emplois en Île-de-France
Source : IEIF
10
Graphique n°2 : Évolution de la demande nette de milliers de m2 de bureaux en Île-
de-France
Source : IEIF
Cette surproduction de bureaux ne peut pas s?apprécier de façon homogène sur le
territoire francilien. Les marchés franciliens sont en effet très fragmentés, allant d?une
pénurie d?offre de bureaux dans les quartiers centraux de Paris (QCA), à une sur-offre
parfois très importante dans d?autres secteurs (cf graphique 3 ci-dessous).
Graphique n°3 : Fragmentation des marchés de bureaux en Île-de-France
Source IEIF
11
En conséquence, on observe une fragmentation des délais de location, allant d?une
moyenne de 6 mois dans le centre de Paris à 5,6 ans en première couronne, avec une très
forte augmentation de ces délais, hors Paris, depuis 10 ans.
A titre d?illustration, le parc tertiaire de Plaine Commune, totalise environ 2,8 millions de
m2. Avec un taux de vacance estimé à 23 %, environ 644 000 m2 bureaux seraient
inoccupés dans l?agglomération1.
Graphique n°4 : Délais d?écoulement par secteurs en Île-de-France
Source IEIF
Cette fragmentation s?observe également du point de vue des loyers, tant sur les loyers
de seconde main que sur les loyers réels observés en Île-de-France depuis 2002 (cf.
graphiques 5 et 6 ci-dessous).
1 D?après FranceVerif, organisme indépendant, qui considère cette donnée comme « fiable d?après 127
critères d?évaluation », avec un certificat SSL, des mentions légales et un SIRET enregistré
12
Graphique n°5 : Loyers de seconde main par secteurs en Île-de-France
Source : IEIF, à partir de BNP Paribas Real Estate
Graphique n°6 : Évolution des loyers réels des bureaux neufs et restructurés, et de
seconde main par secteurs en Île-de-France
Source : IEIF, à partir de BNP Paribas Real Estate
Cette situation conduit également à une fragmentation du marché au niveau de la valeur
des bureaux (graphique n°7). Bien que demeurant segmentées, on observe depuis 2022
dans tous les secteurs un fort ajustement des valeurs à la baisse.
13
Graphique n°7 : Evolution des valeurs des bureaux entre 1997 et 2023 par secteurs
en Île-de-France (indice 100 en 1997)
Source : MCSI
2. Une situation durable
L?étude récente menée par le « Consortium des Bureaux en France » indique qu?en
France, 9 millions de mètres carrés de bureaux sont estimés vides au sein du parc
marchand, soit près de 10% du parc estimé à 89 millions de mètres carrés.
Au sein de ces bureaux, une sur-offre structurelle est identifiée, de 2 millions de m2
entièrement vides depuis plus de 2 ans, dont la part dans l?offre globale disponible
représente 23 % en Île-de-France (1,2 millions de m² sur les 5,2 millions de m² vacants)
et 18 % dans les autres régions (0,8 millions de m²).
L?IEIF a estimé le potentiel de croissance de la demande de bureau à moyen terme, en
intégrant les projections de population active de l?INSEE à horizon 2027, et considère trois
scenari possibles d?évolution de la dynamique de tertiarisation de l?économie
francilienne.
La demande supplémentaire en surface de bureaux, liée à la création de nouveaux
emplois tertiaires, se situe en fonction des scénarios entre + 55 000 et + 414 000 m².
L?estimation est également détaillée pour chacun des grands secteurs géographiques
(tableau n°8).
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Tableau n°8 : Potentiel de croissance de la demande de bureaux à moyen terme
(2025-2027)
Source : IEIF à partir de l?INSEE
Elle est cohérente avec les prévisions de croissance démographique et d?évolution de la
population active francilienne, qui prévoit un recul de 33 000 actifs entre 2021 et 2050 en
Île-de-France. Face à cette demande, l?offre prévisionnelle de création de bureaux
semble totalement déconnectée (tableau n°9).
Tableau n°9 : Une offre prévisionnelle de bureaux en Île-de-France totalement
déconnectée de la demande supplémentaire estimée de m² liée à la création de
nouveaux emplois de bureaux
Source : Estimations IEIF à partir de données de BNP Real Estate
Cet écart entraînera une nette augmentation de la vacance des bureaux en Île-de-France
dans les prochaines années. D?ici 2027, entre 5,7 et 6,1 millions de mètre carrés
pourraient devenir vacants.
L?impact du Covid-19, avec le développement massif du télétravail, ainsi que la hausse
des taux d?intérêt, ont déclenché une crise immobilière particulièrement sévère dans le
secteur tertiaire. Cette tendance est par ailleurs renforcée par la stagnation de la
population active en Île-de-France, qui semble désormais proche de son plafond
structurel.
15
Graphique n°10 : Évolution de la population, prévisions de l?INSEE
Source : IEIF à partir de données de l?INSEE
Une autre manière d?approcher le volume de bureaux nécessaire à moyen terme en Île-
de-France est simplement de multiplier le nombre d?emplois de bureaux (hors fonction
publique) en incluant le télétravail sur la base de 1,5 jours en moyenne, soit 2.900.000
emplois x 13 m² par emploi = 38 millions de m²- et le rapprocher des 52 millions de m²,
pour estimer une sur-offre structurelle de l?ordre de 14 millions de m2 d?ici quelques
années.
B ? La crise du logement et l?enjeu de sobriété foncière
Le marché immobilier du logement traverse une crise profonde et persistante. Le
rapport d?information du Sénat sur la crise du logement, publié en avril 2024, identifie
différents révélateurs préoccupants de cette crise globale :
- Une chute de l?offre de logements, concernant aussi bien la construction neuve
que les ventes dans l?ancien,
- La baisse du volume des crédits immobiliers,
- Le blocage du parcours résidentiel avec notamment la réduction des offres de
logements en location longue durée et l?explosion de la demande en logement
social,
- Le phénomène du mal-logement concerne 4 millions de personnes soit 6% de la
population française2.
2 Rapport annuel 2025 sur l?état du mal logement en France de la Fondation pour le Logement des
Défavorisés
16
Parmi les causes profondes et anciennes de la crise, le contexte financier a joué un rôle
important. Les taux d?intérêt des crédits immobiliers ont commencé à baisser à partir des
années 1990 et ont atteint des niveaux extrêmement bas entre 2009 et 2021. En parallèle,
les capacités d?endettement des ménages ont progressé du fait de l?allongement de la
durée des prêts. Ces éléments ont produit un effet inflationniste sur le prix des
logements, en décalage avec les revenus des ménages, comme l?illustre le graphique ci-
dessous.
Graphique n°11 : Évolution comparative des prix des logements, de l?inflation des
loyers et des revenus des ménages entre 2001 et 2020
Source : Rapport d?information sur la crise du logement, Commission des affaires économiques du Sénat, 30 avril 2024
L?augmentation des prix a également eu un impact fort sur les investissements
immobiliers puisque les loyers des habitations ont faiblement progressé, entrainant
mécaniquement une baisse de la rentabilité des opérations immobilières dans le
résidentiel et réorientant les acteurs vers d?autres types d?actifs comme le tertiaire.
Déjà fragilisé, le secteur du logement a connu une aggravation des difficultés avec la
remontée brutale des taux d?intérêt à partir de 2022. Cette situation s?est accentuée par
plusieurs facteurs aux effets durables :
? L?augmentation des coûts de construction du fait de l?inflation liée à la crise du
Covid et à la guerre en Ukraine ;
? L?instauration de nouvelles réglementations telles que l?adoption de l?objectif de
zéro artificialisation nette d?ici à 2050 et les interdictions de location des passoires
thermiques ;
? Le contexte budgétaire contraint entraînant une réduction du soutien de l?Etat aux
particuliers investisseurs, aux accédants et aux bailleurs sociaux (fin du dispositif
17
Pinel, durcissement des conditions d?octroi du PTZ, mise en place de la réduction
de loyer de solidarité) ;
? La réduction des recettes fiscales et des dotations de l?Etat aux collectivités, les
amenant à réduire leur soutien dans le domaine du logement et à concentrer les
efforts financiers sur leurs compétences obligatoires. De plus, la suppression de
la taxe d?habitation, partiellement compensée, a eu pour effet de créer une
déconnexion entre les recettes des communes et l?accueil de nouveaux habitants,
freinant les volontés des maires de développer du logement.
Il résulte de tous ces facteurs une chute globale de l?offre de logements dans le neuf
comme dans l?ancien.
La remontée des taux a mécaniquement désolvabilisé une large part des ménages
accédants. Le durcissement des conditions de crédit, lié à cette hausse des taux, a
fortement diminué leur capacité d?emprunt, restreignant ainsi leur accès au marché
immobilier. Par conséquent, le désir d?accession à la propriété de nombreux Français se
confronte à un marché immobilier en fort ralentissement.
Depuis la fin de l?année 2022, la dynamique du logement neuf s?est nettement effondrée.
Entre 2021 et 2024, le nombre de mises en vente et de réservations de logements neufs a
été divisé par deux, passant de 30 000 à 15 000 unités (graphique 12). Parallèlement, le
stock de logements neufs disponibles à la vente est passé de 100 000 en 2021 à 120 000
fin 2024, après un pic à 135 000 au troisième trimestre 2023.
Graphique n°12 : Commercialisation des logements neufs entre 2021 et 2024
Source : SDES, Sit@del2, estimations à fin mars 2025
Les autorisations de construire et les mises en chantier ont également chuté depuis
2022. On observe ainsi que le nombre de logements commencés en mars 2025 est
inférieur de 29 % à sa moyenne annuelle avant la crise sanitaire (graphique 13).
18
Graphique n°13 : Évolution de la production nouvelle de logements
Sources : SDES, sit@del2, estimation mars (publication 29/04/2025
Le marché de l?ancien a également été impacté avec une forte baisse du nombre de
transactions, atteignant un plancher en 2024 pour la troisième année consécutive de
repli des ventes. Le nombre de transactions s?est établi autour de 775 000, contre 872 000
en 2023, soit une baisse annuelle de 11 % et une chute de 36 % par rapport au sommet
atteint en 2021, où 1 176 000 ventes avaient été comptabilisées. Ce niveau, le plus faible
depuis 2015, semble toutefois marquer une stabilisation, laissant entrevoir une possible
reprise progressive pour l?année 2025.
Graphique n°14 : Évolution des transactions immobilières dans l?ancien
Source : IGEDD et Insee d'après DGFiP et base notariale
19
Les bailleurs sociaux, jouant historiquement le rôle d?amortisseur de crise, ont
contribué à limiter ses effets mais ont vu leurs marges de manoeuvre
considérablement réduites.
Ils ont été fragilisés par la mise en place en 2018 de la réduction de loyer de solidarité qui
ponctionne leur principale ressource à savoir les revenus locatifs. Dans le même temps,
le contexte inflationniste des trois dernières années a notamment généré une hausse des
charges d'exploitation ainsi qu'une augmentation des taux d'intérêt indexés sur le Livret
A et versés en remboursement de la dette. Il en résulte une baisse importante de
l'autofinancement locatif et de sa contribution à l'autofinancement global, alors même
que les enjeux climatiques appellent à d?importants efforts pour la rénovation
énergétique de leur parc.
Les répercussions sociales de cette crise du logement sont majeures : l?emploi est en
première ligne, avec des licenciements annoncés dans le secteur du bâtiment et les
services associés. Si la réhabilitation offre des perspectives de reconversion vers des
activités plus intensives en main-d?oeuvre, cette transition ne sera ni immédiate ni
suffisante. Jusqu?à 150 000 emplois sont en jeu. La faible production et la hausse des taux
freinent aussi la mobilité et l?ancrage des salariés dans les territoires en reconversion.
La demande en logement social n?a cessé de croître depuis cinq ans et atteint près de 2,8
millions de ménages demandeurs à fin 2024 (graphique n°15). Les besoins en logements
sociaux sont particulièrement élevés en Île-de-France, représentant en 2022 près d?un
tiers de la demande nationale, dans un territoire marqué par un foncier rare et cher.
Graphique n°15 : Évolution de la demande en logement social
Sources : Insee, Enquêtes Logement de 1984 à 2013 ; GIP SNE, Infocentre NUNIQUE SNE (Univers complet)
En conclusion, le soutien de l?activité immobilière est essentiel, en particulier en cette
période de crise, tant elle joue un rôle macro-économique, s?agissant de l?emploi, de
l?investissement et de l?offre en nouveaux logements. L?idée de reconstruire la ville sur
elle-même, en mobilisant l?offre tertiaire vacante, apparaît comme une réponse au
développement de l?offre de logements, en respectant l?objectif de sobriété foncière.
20
C ? Une crise immobilière mondiale depuis 2022
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, avec la hausse des taux d?intérêt depuis
2002, la crise est mondiale, impactant l?immobilier tertiaire comme l?immobilier du
logement. La chute des valorisations de l?immobilier est cependant plus forte dans les
bureaux en raison du double impact des taux d?intérêt et de la vacance locative.
Tableau n°16 : Évolution de la valorisation 2022-2024 par catégorie d?actifs
Source : IEIF
Il est intéressant de noter que la chute de 25% des valorisations de l?immobilier de bureau
dans le monde, correspond au besoin de fonds propres des compagnies d?assurance
dans le cadre de la directive Solvabilité II qui fixe l?ensemble de règles fixant les régimes
de solvabilité applicables aux entreprises d?assurances de l?Union Européenne
déterminant le niveau de fonds propres nécessaires en face des provisions
mathématiques (sans effet de levier) dans l?immobilier.
Graphique n°17 : Chute des volumes d?investissements en Immobilier en Europe
depuis 2022.
Source : MSCI
21
Seul point « positif » pour le logement, l?écart de survalorisation du bureau sur le
logement, historiquement très élevé en France du fait de nos modèles juridiques et
économiques, s?est fortement réduit.
Graphique n°18 : Évolution des écarts de valorisation entre bureaux et résidentiel
Source : AEW
Il convient cependant de considérer que la conversion de bureaux en logements dans les
« quartiers prime » des capitales (et singulièrement à Paris) n?a pas de sens sur le plan
économique car le taux d?occupation élevé et la valorisation correspond au double de
celle du logement. A l?échelle européenne, l?écart de valorisation est moindre dans les
grandes villes des pays du Nord par rapport à Paris (cf graphique ci-dessous).
Graphique n°19 : Ratios de valorisation des bureaux par rapport aux logements en
2024 dans plusieurs villes européennes
Source : MSCI
22
D ? Un potentiel de transformation localisé
1. Qui sont les propriétaires ?
Il n?existe pas de source publique récente donnant une ventilation précise et exhaustive
du parc de bureaux marchands en France par nature de propriétaire (foncières,
assureurs, SCPI/OPCI/SCI, investisseurs étrangers, propriétaires occupants).
Cependant, les données sectorielles permettent d'apporter des éléments structurants et
des ordres de grandeur sur la composition du marché. En France, il existe cinq principales
catégories de propriétaires d?immeubles de bureaux.
? Les compagnies d?assurance, directement ou via des véhicules pour 10 à 20% du
parc total des bureaux ;
? Les foncières/SIIC pour 5 à 15% du parc total des bureaux (elles ont beaucoup
arbitré leurs bureaux vers d?autres actifs tertiaires depuis 15 ans) ;
? Les véhicules collectifs (SCPI, OPCI...), qui peuvent être détenus par des
particuliers et des institutionnels, pour 25 à 35% du parc total des bureaux ;
? Investisseurs étrangers pour 20 à 25% du parc total des bureaux (Paris QCA, La
défense, zones primes) ;
? Propriétaires occupants pour 15 à 20% du parc total des bureaux.
Les compagnies d?assurance (vie et IARD)
Le actifs immobiliers détenus par les compagnies d?assurance ont significativement
augmenté depuis les années 2000 pour passer de 2-3% de leur actif général à 5-7%
(parfois plus comme Suravenir Groupe Arkea), selon la Fédération Française des
Assureurs.
De nos jours, 2 000 mds ¤ d?actifs sont gérés par les assureurs vie, et 600 mds ¤ par les
autres assureurs, soit une exposition immobilière estimée entre 130 et 180 milliards d?¤.
La quasi-totalité de cet immobilier est constitué d?actifs tertiaires3, le logement n?était
plus considéré comme attractif.
Historiquement les actifs étaient détenus en direct avec une vision long terme. Il
s?agissait de grands immeubles plutôt bien situés et ne nécessitant pas de changement
de destination. Paradoxalement, ce sont ces immeubles achetés depuis longtemps qui
auraient le plus les moyens financiers d?être transformés en logement.
Depuis une vingtaine d?années, les immeubles détenus par ces compagnies d?assurance
sont de plus en plus mutualisés dans des véhicules collectifs détenus par des
investisseurs. Or il est fréquent de disposer d?un effet de levier bancaire dans les
véhicules collectifs provoquant des conséquences décrite ci-après.
3 Source : Association Française des Investisseurs Institutionnels
23
Les foncières cotées (SIIC)
Les sociétés d'investissements immobiliers cotées (SIIC4) sont des foncières
spécialisées dans l?acquisition et la gestion de biens immobiliers dont le capital social
est au moins de 15 millions d'¤. La valeur des biens immobiliers est cotée en bourse, ce
qui signifie que la valeur de l?investissement évolue quotidiennement à la hausse ou à la
baisse. Elles sont conçues pour favoriser l?investissement immobilier en bourse, tout en
garantissant un niveau de distribution élevé des revenus locatifs. Le régime SIIC permet
la transparence fiscale avec une fiscalité appliquée au niveau des investisseurs finaux et
non de la société. Les actionnaires paient l?impôt au taux habituel pour les dividendes
tandis que la foncière est exonérée d?impôt sur les sociétés, facilitant ainsi ses arbitrages
et la réalisation des travaux. En contrepartie, la grande majorité des bénéfices exonérés
de la SIIC sont distribués aux actionnaires : 95 % des bénéfices liés aux activités locatives
et 70 % des bénéfices provenant de la cession d?actifs5.
Ces foncières cotées sont principalement spécialisées dans le tertiaire. En effet, la
grande majorité des foncières cotées détenant des bureaux en France (73%) disposent
uniquement d?actifs immobiliers tertiaires et aucune part d?actifs en résidentiel. Les SIIC
détiennent des immeubles de bureaux en France valorisés à hauteur de 30,7 milliards
d?euros représentant a minima 4 millions de mètres carrés6.
Il convient cependant de noter que la part des SIIC dans le marché immobilier marchand
de bureaux en France est relativement faible : elles représentent 4% du parc total
marchand des immeubles de bureaux en France. En effet, les SIIC détiennent (a minima)
4 millions de m2 de bureaux en France tandis que le parc total marchand des immeubles
de bureaux en France s?élève à 89 millions de m2.
Les foncières sont confrontées à un double enjeu : la pression exercée par la hausse des
taux d?intérêt, en raison de leur effet de levier, et la problématique de la reconversion des
bureaux vides devenus obsolètes.
Les foncières cotées sont les seules sociétés (avec les fonds d?infrastructures) où la
notion d?Actif Net Réalisable a du sens : l?actif brut est la valeur à dire d?experts des
immeubles de laquelle la dette bancaire et/ou obligataire pour constituer la notion d?Actif
Net Réalisable (ANR). Vient ensuite l?appréciation par les investisseurs de la réalité de la
valeur de l?ANR et les perspectives d?évolution de cette valeur sachant que les actifs
immobiliers sont eux-mêmes peu liquides et que les évolutions des conditions de
fonctionnement peuvent impacter positivement ou négativement la cotation en bourse
4 Le statut fiscal SIIC a été créé en 2003
5 Conformément aux dispositions de l?article 208 C du CGI
6 Selon les données transmises de par l?IEIF, en sachant que les données en m² sont partielles puisque
l?information n?est pas disponible pour un tiers des 15 SIIC analysées.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037988537/2018-12-31
24
par rapport à l?ANR. Historiquement, la valeur en bourse évoluait dans corridor de +/- 20%
par rapport à l?ANR.
Du fait du triple impact de la hausse des taux, du vieillissement de leur parc (impact
décret tertiaire...) et de la vacance, leur valeur boursière est inférieure de 30 à 50% par
rapport à l?ANR. Compte tenu de leur situation financière dégradée et d?une capitalisation
boursière sous pression, les foncières se trouvent dans l?incapacité d?accroître leur
endettement sans compromettre leurs covenants bancaires, ni de procéder à des
augmentations de capital autrement que fortement dilutives ? sous réserve, par ailleurs,
que le taux de rendement implicite post-opération soit suffisamment attractif pour
justifier l?allocation de nouveaux capitaux.
La situation financière des SIIC, sauf exception, ne permet généralement pas d?absorber
l?intégralité d?un choc significatif de dévalorisation de leurs actifs. Elles sont dans
l?incapacité de lever les fonds, que ce soit sous forme de capital ou d?endettement, alors
qu?ils sont nécessaires pour réaliser la transformation de leurs actifs.
Les fonds non cotés faisant appel public à l?épargne (SCPI, OPCI, SCI)
Il est clair que la promesse des SCPI est très attractive et a été largement popularisée
pendant la période d?euphorie des taux bas :
? Comme tout actif immobilier, c?est le seul produit d?épargne qui s?achète à crédit ;
? Une distribution récurrente, indexée sur l?inflation si elle repart ;
? La diversification des risques sur N immeubles et Z locataires gérés par un tiers ;
? Les taux d?intérêt « finalement anormalement » bas, ont attiré un monceau de
capitaux qui a entrainé des prix de l?immobilier de bureau à la hausse (et donc une
baisse du rendement locatif) souvent compensés par un endettement également
au niveau du véhicule en sus de celui (éventuel) du particulier.
Concomitamment à la baisse des taux, les assureurs-vie ont favorisé le développement
des unités de compte (cf la loi Fourgous du 26 juillet 2005) avec une extension progressive
à l?immobilier (en dépit de son absence de liquidité) : tout d?abord en recourant aux SCPI
et puis à partir de 2018 aux SCI.
Compte tenu des détentions croisées7 et de l?absence d?information sur la valorisation
financière totale de l?immobilier tertiaire marchand, on peut cependant estimer que les
véhicules collectifs publics non cotés représentent environ 150 Mds¤ d?actifs tertiaires,
soit entre 25 et 35% du parc immobilier tertiaire marchand.
Les SCI atteignaient un investissement à fin 2022 à hauteur de 25 Mds¤8, soit 34% de la
collecte des fonds immobiliers grand public. Souvent commercialisées en unité de
7 OPCI et SCI qui investissent une partie de leurs fonds dans des SCPI. Données sont suivies en valeur et
non pas en m2.
8 Source : FFA
25
comptes par les assureurs, autant d?encours que les assureurs sont dans l?obligation de
racheter à première demande des souscripteurs. Les SCI sont-elles mêmes composées
de multiples SCPI et OPCI afin de proposer une exposition la plus diversifiée possible en
localisation et typologie d?actif (mais jamais de logements).
L?effondrement du marché tertiaire sur ces segments spécifiques a de multiples
répercussions.
a) Un effet domino : À titre d?illustration la SCI Capimmo (Praemia REIM France), avait
7 Mds ¤ d?investissements fin 2022 répartis dans 232 fonds gérés par pour une grande
partie par des gérants tiers. La crise de l?immobilier tertiaire s?est ainsi par capillarité
répercutée sur la grande majorité des SCPI et OPCI quand les clients ont demandé le
rachat de leurs parts. Entre la baisse des valeurs et les demandes de retrait, l?encours
de la SCI a baissé de 2,4 Mds (source Praemia).
b) Les SCPI étaient de plus en plus commercialisées en part d?Unité de compte des
contrats d?assurance-vie ; un risque de conflit d?intérêt entre les assureurs concernés
et les petits porteurs de parts se pose donc :
? Le particulier paye une commission de gestion (comprise entre 0,5% et 1%), d?une
certaine manière à comparer avec les frais de gestion payés au gestionnaire de SCPI
(10% des loyers soit 0,45 à 0,55% de la valeur des actifs gérés). En contrepartie, le
particulier :
1) rentre dans le cadre juridique et fiscal de l?assurance vie et, s?il n?est pas
exonéré d?IFI, à la sortie du contrat, il bénéficie de la fiscalité de l?assurance vie
comme de la liquidité (l?actif illiquide par nature est ainsi liquide).
2) De droit il peut vendre sa SCPI à son assureur sous 30 jours à la dernière
valorisation connue (généralement 1 fois et maintenant 2 fois par an).
Statistiquement, le risque de sortie massive, et donc d?obligation de rachat par
l?assureur était faible car le taux de rotation du passif était de 2%, soit une
durée de détention moyenne de 50 ans? et la violence de la crise a contredit
lourdement les statistiques, les assureurs concernés ayant fait face à des
rachats significatifs sur des niveaux de prix très surévalués.
? Cette divergence d?intérêts des porteurs dans un même fonds, entre les compagnies
d?assurance, qui avaient tout intérêt à faire baisser les valorisations pour éviter de les
racheter trop cher voir de réduire les sorties des particuliers, est venu compliquer
singulièrement la tâche dans les réunions des porteurs de parts.
26
Graphique 20 : Unités de comptes ? estimations de l?Association des Sociétés de
Placement Immobilier
Source : association française des sociétés de placement immobilier (ASPIM)
Au total, une situation typique d?une crise financière issue d?une bulle spéculative est
survenue : exubérance irrationnelle, effet de levier trop important, insuffisance de la
régulation (par exemple absence de notation indépendante). La notation PRIIPS telle
qu?appliquée n?a pas fonctionné comme indicateur réel du risque potentiel.
En cas de fortes baisses supplémentaires de la valeur des parts, non seulement les
particuliers n?investiront plus dans les SCPI dont l?intérêt majeur et l?objectif sont la
diversification des risques et la gestion des locataires, mais il est très probable que la file
d?attente des ventes s?allonge. La règlementation obligeant le gestionnaire à mettre en
vente des actifs pour satisfaire la liquidité, le marché immobilier tertiaire finirait de
s?effondrer, faute d?acquéreurs, et nous n?aurions non seulement pas répondu au
problème de conversion en logement mais entrainé des situations parfois dramatiques
pour les petits porteurs qui doivent rembourser le crédit alors que les actifs valent moins
(c?est notamment le cas pour certaines SCPI résidentielle fiscale PINEL). Pour les
particuliers qui auront acheté leurs parts à crédit (donc double effet de levier ? interne au
produit et externe en s?endettant), il peut y avoir un deuxième effet négatif : être dans
l?incapacité de rembourser le principal restant dû par le produit de la vente ! Et si l?on veut
être encore plus négatif, la SCPI étant une société civile, les porteurs particuliers par
transparence sont également solidaires de l?endettement de la SCPI.
Sur les 40 SCPI exclusivement en bureaux, seules 17 affichent des baisses de valeurs
significatives (> à 10%,) soit en moyenne 24% de baisse. 3 SCPI baissent de plus de 30%
du fait de leur effet de levier BNP, AEW (Groupe BPCE) et Primonial (Praemia). La réalité
de la baisse n?est donc malheureusement pas encore actée dans la majorité des
véhicules collectifs de bureaux, beaucoup d?entre elles n?ayant baissé la valeur des parts
que de l?impact de la hausse des taux d?intérêts.
27
Graphiques 21 : Collecte nette des SCPI (exclusivement) de bureaux et
capitalisation : de la bulle à l?effondrement
Source : IEIF
C?est la mécanique même des SCPI qui créé ce dysfonctionnement et donc la difficulté
de s?adapter à des accidents de marchés qui en théorie mathématique ne se
matérialisent que tous les 200 ans. La baisse des prix augmente mécaniquement les
rendements locatifs? pour les immeubles qui sont loués. Or le rendement locatif brut
réel est défini par rapport au prix d?achat. Autrement dit, pour une SCPI à capital variable,
le rendement locatif et la performance en évolution de prix sont lissés dans le temps pour
permettre une faible volatilité tant des revenus distribués que des prix. Le lissage est
cependant altéré par l?impact des taux d?intérêt, l?augmentation de la vacance locative et
l?obsolescence des bureaux, trois facteurs généralement interdépendants.
L?ensemble de ces éléments sur les caractéristiques des propriétaires de bureaux sont
détaillés et illustrés par des exemples concrets en annexe 3.
28
2. Une problématique très localisée
L?équilibre économique de la transformation dépend forcément des dynamiques locales
des marchés du bureau et des différents types de logements.
Il convient donc d?identifier les prix actuels et les rendements associés aux différentes
typologies de logements ? logements gérés, locatifs ou en accession ? afin d?évaluer
l?écart à combler pour rendre la transformation d?un actif tertiaire compétitive sur le
marché résidentiel.
Deux initiatives portées par des acteurs de l?immobilier ont permis l?élaboration d?une
mesure de la vacance de l?immobilier tertiaire et de son potentiel en logements :
? L?Observatoire Régional de l?Immobilier d?Entreprise d?Île-de-France (ORIE) dont
les travaux sont détaillés en annexe 4 ;
? Et le Consortium des Bureaux en France (CBF) dont les principaux résultats sont
présentés en annexe 5.
Ces deux initiatives permettront à l?ensemble des acteurs de la chaîne ? publics comme
privés ? de disposer des leviers nécessaires pour évaluer la faisabilité économique, et
d?une certaine manière politique, des opérations de transformation. Ils contribueront
ainsi à mieux anticiper l?évolution possible des territoires concernés, à reconsidérer la
valeur des actifs obsolètes qui s?y trouvent, et à identifier les dispositifs pertinents à
mobiliser pour mener à bien ces transformations.
L?approche de l?ORIE est plutôt top-down, s?appuyant sur l?état du marché alors que celle
en cours de modélisation par le CBF est plutôt bottom-up en partant de l?immeuble,
notamment son mode de construction et le coût de transformation, mis en situation avec
le marché résidentiel local.
Les travaux de l?ORIE ne permettent pas encore de disposer de résultats chiffrés en euros
permettant de réaliser une mesure quantitative des décalages entre le prix des logements
transformés et le prix de revient de la transformation. Pour autant, l?ORIE a créé un indice
composite permettant de déterminer le potentiel de recyclage des bureaux en logements
par territoire.
Les résultats de ces travaux indiquent que les Pôles et Zone de Marché (PZM) de Clichy-
Saint-Ouen, Vélizy-Villacoublay et de Vanves à Gentilly apparaissent comme les
territoires où le potentiel de transformation est le plus important en Île-de-France.
L?indice de recyclage de bureaux permet également de regrouper les territoires en trois
typologies :
? Les quartiers de Paris intra-muros, Neuilly-sur-Seine et Levallois-Perret où
les conditions ne sont pas favorables aux projets de transformation.
29
? La première couronne de Paris offrant un fort potentiel de transformation
lié aux forts besoins en logements et au ralentissement du marché des
bureaux.
? Les ?villes nouvelles?, telles que Cergy-Pontoise, Saint-Quentin-en-
Yvelines, Marne-la-Vallée, Orly, Roissy, qui se situent dans une position
intermédiaire avec une faible dynamique des bureaux et une attractivité
résidentielle pas toujours suffisante pour développer des projets de
transformation.
Carte n°22 : Indice de recyclage des bureaux en Île-de-France
Source : ORIE
30
D ? Les enjeux d?une politique publique intégrée de la transformation
immobilière
La transformation d?actifs immobiliers tertiaires, notamment de bureaux, en logements
doit s?inscrire dans une stratégie publique globale, répondant aux enjeux de
développement de l?offre résidentielle, de transition écologique, de revitalisation urbaine
et de gestion durable du foncier bâti.
Elle repose sur la reconversion de bâtiments vacants, obsolètes ou sous-utilisés en
espaces à dominante résidentielle, au moyen de travaux de restructuration (préservation
maximale du gros oeuvre) dans une logique d?optimisation des ressources existantes et
de cohérence territoriale. Elle constitue une alternative à l?étalement urbain, en
réinvestissant le bâti existant pour répondre aux besoins d?habitat.
Transformer ne signifie pas systématiquement démolir. La démarche privilégie la
réutilisation et l?adaptation du bâti chaque fois que son état, sa configuration et son
intégration urbaine le permettent. La déconstruction reste une solution possible, mais
elle doit être envisagée en complément d?une restructuration ou en dernier recours,
lorsque le bâtiment ne présente plus de potentiel d?usage ou qu?un nouveau projet plus
dense s?avère plus pertinent au regard des enjeux architecturaux, énergétiques ou
urbains.
Pour pleinement déployer ce levier de transformation, un cadre réglementaire, fiscal et
financier adapté est indispensable. Il doit faciliter la réalisation des opérations, sécuriser
leur mise en oeuvre et garantir la qualité de l?habitat produit.
La transformation immobilière constitue ainsi un des piliers essentiels d?une politique du
logement plus durable, plus efficiente et mieux ancrée dans les réalités des territoires.
Elle s?articule autour de trois grands axes complémentaires développés ci-dessous.
1. Un levier de la politique du logement, de l?habitat et la revitalisation des
territoires
La transformation d?actifs tertiaires en logements constitue un outil stratégique pour
renforcer l?offre résidentielle, notamment dans les zones tendues où le foncier est rare et
cher et les besoins en logements sont prégnants, en mobilisant un foncier déjà bâti.
Elle permet de diversifier les formes d?habitat, qu?il s?agisse de logements familiaux ou
gérés (résidences étudiantes, jeunes actifs, seniors?), en cohérence avec les politiques
locales du logement. Elle s?inscrit également dans une logique de reconquête des
centralités, de mixité des usages (services) et de requalification des quartiers, en
articulation avec les études et les projets urbains du territoire.
Au-delà du seul logement, la transformation immobilière constitue une réponse fine aux
spécificités des territoires, en adaptant les programmes aux besoins locaux en
commerces, services ou équipements d?intérêt collectif. Cette reconversion contribue à
la lutte contre la vacance immobilière et à la redynamisation des centralités urbaines.
Elle soutient une mixité fonctionnelle, en intégrant dans les projets des usages
complémentaires (résidentiels, économiques, culturels, éducatifs?), au service de
quartiers vivants et attractifs.
31
Elle contribue à la recomposition urbaine et à la densification maîtrisée des zones déjà
urbanisées, tout en répondant à des enjeux de justice spatiale et d?équilibre entre les
fonctions urbaines.
2. Un vecteur de transition écologique et de sobriété foncière
La transformation immobilière s?inscrit pleinement dans les objectifs de transition
écologique, en favorisant la réutilisation du bâti existant plutôt que la construction neuve
sur des sols non artificialisés. Elle limite l?artificialisation des sols, réduit la
consommation de ressources naturelles ; ainsi elle contribue à la diminution de
l?empreinte carbone du secteur immobilier.
Elle encourage une approche de réhabilitation durable, compatible avec les trajectoires
de neutralité carbone, en valorisant les matériaux existants par le réemploi, en réduisant
les déchets de chantier et en améliorant la performance énergétique du parc bâti.
Cette démarche s?inscrit dans une logique d?urbanisme circulaire, fondée sur
l?adaptabilité et la réversibilité des bâtiments, pour mieux répondre à l?évolution des
besoins des territoires.
3. Un processus fondé sur la coopération des acteurs
Ce type d?opération nécessite de trouver un équilibre entre contraintes techniques,
viabilité économique et exigence de qualité de l?habitat produit. La réussite des projets
de transformation repose ainsi sur une mobilisation coordonnée des acteurs publics et
privés, à toutes les étapes du processus.
Elle requiert une gouvernance claire, un appui renforcé en ingénierie, ainsi qu?un
dialogue étroit avec les territoires : services de l?État, collectivités locales,
opérateurs immobiliers, bailleurs sociaux, aménageurs, notaires, et citoyens.
Cette coopération est essentielle pour garantir la faisabilité technique, économique,
juridique et sociale des projets. Elle constitue un levier concret de mise en oeuvre des
politiques locales du logement, de l?urbanisme, de la fiscalité et de la transition
écologique.
CONCLUSION DU PREMIER CHAPITRE
Face à l?accroissement de la vacance tertiaire, notamment en Île-de-France, et à la crise
profonde que traverse le secteur du logement, la transformation d?actifs obsolètes en
logements apparaît de plus en plus comme une piste logique, mais qui ne peut être
envisagée que dans un cadre rigoureux, territorialement adapté et économiquement
viable.
Transformer des bureaux en bureaux neufs dans des zones déjà saturées ou convertir des
surfaces tertiaires en logements là où la demande de bureaux reste forte n?a pas de sens
économique. Pire encore, ces démarches peuvent aggraver les tensions sur le logement
à l?échelle régionale en déplaçant le problème sans le résoudre. L?approche doit donc être
fine, ciblée, et reposer sur une lecture locale précise de l'offre, de la demande et des
potentiels de transformation.
32
La crise du logement, qui touche désormais une grande partie de l?Europe, résulte en
grande partie d?une perte de solvabilité des ménages due à la remontée des taux, mais
également d?une désaffection des investisseurs pour l?immobilier résidentiel, devenu
moins compétitif face à d'autres classes d?actifs. En France, pendant des décennies,
cette crise a été traitée sous l?angle de l?insuffisance de l?offre, en s?appuyant sur des taux
historiquement bas et des dispositifs incitatifs (PTZ, Pinel, dispositifs sociaux), sans
jamais vraiment construire un modèle économique pérenne pour l?investissement
résidentiel libre ou intermédiaire.
Dans ce contexte, la revalorisation des actifs tertiaires obsolètes en logements constitue
une opportunité stratégique. Encore faut-il disposer d?un modèle économique rassurant
pour les investisseurs.
Les acteurs immobiliers, bien conscients de la dépréciation progressive de leur
patrimoine de bureaux, sont désormais prêts à assumer une partie de la décote. Mais ils
attendent un cadre clair, stabilisé, et porteur de perspectives de sortie crédibles. Sans ce
cadre, les investissements ? notamment internationaux ? se détourneront durablement
du secteur résidentiel français.
La mise en place d?outils d?analyse territoriale croisée (valeur des actifs, faisabilité locale,
typologies de logements attendues, solvabilité de la demande) est donc indispensable
pour orienter les décisions. Ils permettront à toute la chaîne d?acteurs ? aménageurs,
investisseurs, promoteurs, collectivités ? d?évaluer concrètement la transformation
possible d?un actif, sa rentabilité potentielle, et l?impact sur la requalification des
territoires.
Enfin, il faut rappeler que la vacance tertiaire va continuer à croître sous l?effet combiné :
? des nouvelles attentes en matière d?usages des bureaux (flexibilité, télétravail),
? des obligations réglementaires (décret tertiaire),
? et du plafonnement de la population active en Île-de-France.
Face à cela, la transformation en logements n?est pas une option marginale : c?est
une nécessité structurante. Mais pour qu?elle soit possible, elle doit devenir
économiquement désirable, administrativement faisable, et socialement intégrée.
Mais si les conditions économiques et territoriales semblent désormais réunies pour
enclencher une dynamique de transformation, de nombreux freins continuent de brider
le passage à l?acte. Qu?ils soient réglementaires, fiscaux, techniques, administratifs ou
encore politiques, ces obstacles doivent être identifiés et levés pour rendre possible, à
grande échelle, la reconversion des actifs tertiaires en logements.
33
Chapitre 2 : Les freins : quels sont les
principaux blocages de la transformation des
bureaux en logements ?
Dans les zones les plus tendues, le parc de bureaux obsolètes et vacants constitue un
gisement permettant de créer une nouvelle offre de logements en transformant les
bâtiments. La transformation du parc tertiaire existant en logements représente un enjeu
stratégique majeur pour répondre aux besoins évolutifs des territoires et du marché
immobilier.
Pourtant, ce processus se heurte à des obstacles économiques, réglementaires,
politiques et organisationnels profonds, exprimés par l?ensemble des acteurs du secteur.
Cette partie offre une synthèse des enseignements, soulignés de manière convergente
par les principaux acteurs du secteur auditionnés.
A ? Une valorisation des actifs et un équilibre économique des
opérations complexe à trouver
1. Le résidentiel locatif n?est structurellement pas une classe d?investissement
financièrement compétitive pour les investisseurs
Les investisseurs institutionnels et foncières soulignent que, contrairement au tertiaire,
le résidentiel locatif n?est pas une classe d?actifs financièrement attractive.
Plusieurs facteurs permettent d?expliquer l?attrait des investisseurs pour le tertiaire :
? Récupération souvent immédiate de la TVA (20 %) sur les biens tertiaires,
sous condition de location à des entités soumises à la TVA pendant 20 ans.
? Rendements locatifs plus élevés que ceux du logement, indexés sur
l?ILC (Indice des Loyers Commerciaux) qui combine 75 % d?inflation et 25
% d?évolution des coûts de construction ? ces derniers augmentant
généralement plus vite que l?inflation et donc que les loyers résidentiels.
? Relations contractuelles avantageuses (bail commercial 3-6-9 ans avec
charges à la charge du preneur selon l?article 606), contrairement au
logement où les rendements sont plus faibles, la gestion locative plus
coûteuse, la protection des locataires plus stricte et le risque d?image plus
élevé.
A l?inverse, le résidentiel locatif peine à constituer une classe d?actifs compétitive. Les
contraintes réglementaires, fiscales et les coûts élevés de transformation pèsent
fortement sur la rentabilité des projets. Par ailleurs, la nature très locale, voire politique,
des transformations complexifie la décision d?investissement.
34
La singularité forte de la France en matière résidentielle se caractérise par :
? Une stagnation, voire une diminution, du pourcentage de propriétaires depuis
des décennies, en dépit de conditions d?emprunts extraordinairement
attractives.
? Une absence quasi-totale des investisseurs institutionnels sur le logement privé
(2% du parc résidentiel privé comme de leur allocation d?actif selon l?Association
Française des Investisseurs Institutionnels). Les Etats-Unis (33% du parc locatif)
comme l?Allemagne (18%) sont des pays où le logement attirent les capitaux
institutionnels (voir annexe 3 sur les propriétaires de bureaux et le focus sur
Covivio).
? Un rendement locatif relativement faible, 2,5 à 3,5% net dans les zones tendues,
contre 3,5% à 4,5% pour l?Allemagne, 3 à 5% pour la Belgique, 5 à 8% pour
l?Espagne, 3 à 5% pour l?Italie.
? La TVA : hors logement, elle oscille en Europe entre 16% (Luxembourg) et 23%
(Portugal) avec 20% pour la plupart des pays. Cependant, la TVA sur la vente de
logements neufs (qui ne peut pas être récupérée par l?investisseur, à la différence
de la TVA sur le tertiaire), est par exemple réduite à 6% en Belgique pour le neuf
(ainsi que le rénové et les résidences principales), à 10% en Espagne (et 4% pour
le logement social), 6% au Portugal. En France, le taux normal sur la vente de
logements neufs est de 20% et l?encadrement des loyers de plus en plus souvent
pratiqué constituant au total une triple peine pour l?investisseur : pas de
récupération de la TVA, taux élevé (sauf pour le LLI à 10% avec loyers plafonnés)
et loyers encadrés.
En réalité, de nombreux pays sont peu attractifs pour l?investissement résidentiel des
institutionnels. Les subventions et avantages fiscaux sont le plus souvent orientés vers le
particulier pour l?acquisition de sa résidence principale.
De fait dans la très grande majorité des pays le particulier investisseur a un rendement
locatif triple net supérieur à celui d?un investisseur particulier en France : répartition des
charges entre propriétaire et locataire, protection de ce dernier en cas d?impayé,
encadrement des loyers, fiscalité (renforcé depuis la suppression de la taxe d?habitation)
et, le cas échéant, d?IFI.
Faute d?un fonctionnement efficient du marché locatif privé, les investisseurs
institutionnels sont sortis du logement résidentiel et l?investisseur particulier a été le plus
souvent subventionné pour investir, notamment dans le logement neuf.
La transformation d?actifs échoués en logements ne pourra réellement se développer que
si une équation économique permet, soit aux propriétaires actuels soit à des promoteurs
/ investisseurs, de trouver un rendement « normal », c?est-à-dire celle d?une classe d?actif
à résilience forte (donc attractive en termes de risque/rendement pour les investisseurs
qui ont un objectif de temps long) et à liquidité faible.
35
2. Un décalage entre le prix valorisé par les propriétaires et la valeur réelle des
actifs obsolètes qui n?ont plus de valeur d?usage
Un écart persistant entre les attentes des propriétaires et la valeur effective des actifs
freine la dynamique de transformation. Les dépréciations déjà constatées sur les actifs
de bureaux vides sont encore très souvent insuffisantes pour permettre une conversion
financièrement attractive.
La valorisation de l?immobilier est définie par sa valeur d?usage (formule de Gordon
Shapiro). Cette dernière est déterminée par l?actualisation à l?infini des flux des
loyers futurs indexés sur l?inflation nets des charges et des capex (le taux
d?actualisation étant l?OAT ou l?OATi plus une prime de risques -spread- représentant
l?illiquidité de l?actif) avec une valeur résiduelle nulle. Dès lors que la vacance locative
est perçue comme définitive, cette méthode d?évaluation n?est plus acceptable.
S?il n?y a durablement plus de perspectives de loyers, restent les coûts (taxes,
minimum d?entretien) en négatif et en fonction de la conversion possible, le prix de
l?immobilier actuel doit être défini comme le solde entre le nouveau prix de marché
de l?objet après conversion moins son coût de transformation.
Jusqu?à présent la valorisation des immeubles de bureaux faite par les évaluateurs ou par
les comptabilités des entreprises propriétaires utilisatrices sont :
? Pour les entreprises propriétaires utilisatrices : sauf cas particulier, la valeur nette
comptable (prix d?achat moins les amortissements),
? Pour les foncières cotées et les SCPI, compte tenu du caractère jusque-là
temporaire de la vacance des actifs tertiaires, il était généralement admis qu?un
immeuble de bureaux soit valorisé avec un spread supérieur de 100 à 200% points
de base de plus qu?un immeuble loué en prenant comme référence les loyers des
immeubles loués ?comparables? aux alentours. Pour simplifier, la valeur de l?actif
est réduite de 10 à 20% considérant qu?en baissant le loyer on trouverait un
locataire.
L?impact sur la valeur totale de la SCPI ou de la foncière dépend donc de la
proportion de ces actifs échoués dans la totalité du patrimoine du véhicule. Si la
quotité de bureaux vacants était de 10% du patrimoine brut et s?il n?y avait pas d?effet
de levier, l?impact restait donc limité : 10% du patrimoine x 10% de baisse de
valorisation = -1% en termes de valorisation auquel s?ajoute le manque à gagner en
distribution nette 5,5% de loyer x quotité de 10% (soit 0,55%), auquel s?ajoute le coût d?un
immeuble vide (+ coût 1% x 10% (soit 0,10%), soit un manque à gagner dans la
distribution, de l?ordre de 0,6% (sur un total net après impact de 4,5% pour les SCPI de
bureaux).
Evidemment, en incluant l?effet de levier et une valorisation quasi nulle sur un
pourcentage du patrimoine qui atteindrait 15%, la situation est très différente : - 15% x
l?effet de levier (par exemple 20%) = - 30% en valorisation auquel s?ajoute le manque à
36
gagner et le coût sur 15% de vacance soit plus de 1% de distribution, le rendement locatif
tombe (quel que soit la valorisation) à moins de 4%.
On observe aujourd?hui une dégradation, parfois violente (60 à 80%), de la valeur
comptable des actifs concernés lorsqu?ils font effectivement l?objet d?une transaction à
la "fair value?. Certains propriétaires/gestionnaires préfèrent donc résister pour ne pas
dégrader leur bilan, de nombreux actifs aujourd?hui obsolescents n?étant pas encore
amortis.
Des ajustements à la baisse sont aujourd?hui néanmoins observés, c?est par exemple le
cas de certains fonds de Primonial/Praemia (voir annexe 3) dont la valeur a chuté de 45%
en l?espace de trois ans sur l?ensemble de leur patrimoine. Cette acceptation ne résout
pas pour autant le problème car le fonds concerné de Primonial/Praemia n?est pas ni
juridiquement ni financièrement en capacité de les transformer en logements.
3. Des opérations de transformation aux coûts de portages très élevés
Les coûts financiers liés au portage des projets, notamment en raison des durées
longues, sont significativement supérieurs à ceux d?une construction neuve alors même
que les capitaux investis sont partiellement là puisque l?immeuble est déjà là. Cette
réalité économique limite la rentabilité et décourage les opérateurs.
A titre d?illustration, sur une opération type de transformation de bureaux en logements
familiaux au sein de la commune du Kremlin-Bicêtre, réalisée par la FTI, comprenant
4 746 mètres carrés de surface utile, le coût du portage sur un an est estimé à hauteur de
203 714 euros, comprenant la taxe foncière et la taxe bureaux. Sur 3 ans, ce coût s?élève
à 574 032 euros, à comparer au montant du coût travaux de 9 M¤. Chaque année de
portage génère un coût supplémentaire de 2,3% (cf. annexe 6).
Compte tenu de la durée et de la complexité des opérations de transformation, le portage
du financement à des taux bas, de l?acquisition à la sortie de l?opération, est nécessaire
pour alourdir le moins possible le coût de l?opération. L?enjeu financier du portage de
20 000 logements concerne 3 Mds¤ d?investissements portés pendant en moyenne 3 ans.
Chaque point de taux d?intérêt représente un manque à gagner de 90 millions d?euros
sur 3 ans.
En cas d?immeuble de bureaux partiellement vacant et encore loué auprès d?entreprises,
les règles d?éviction actuelles des locataires s?avèrent par ailleurs bloquantes pour que
les propriétaires/opérateurs puissent entamer rapidement des travaux de transformation.
37
4. Un coût élevé de transformation des bureaux en logements à appréhender
selon les contextes et les modalités de réalisation
L?analyse des données issues de la Foncière de Transformation Immobilière (FTI) permet
de disposer d?un premier cadrage sur les coûts de transformation des bureaux en
logements, hors composante foncière. Ces coûts, très variables selon les
caractéristiques des opérations, doivent être comparés aux coûts observés en maîtrise
d?ouvrage directe (MOD) dans le parc social, tant en Île-de-France qu?en régions, afin d?en
évaluer la soutenabilité et la pertinence économique.
Une forte hétérogénéité des coûts selon les opérations
Les opérations financées par la FTI font apparaître une fourchette large de coûts de
travaux, traduisant la diversité des situations rencontrées (localisation, état du bâti,
complexité technique, programmation visée, présence d?amiante, etc.) :
? Entre 1 450 ¤ HT et 2 500 ¤ HT/m² de surface de plancher (SDP) ;
? Entre 2 050 ¤ HT et 4 500 ¤ HT/m² de surface habitable (SHAB).
En moyenne, le coût travaux en transformation est estimé à 2 550 ¤ HT/m² SHAB, tous
types de logements confondus. Cette moyenne masque toutefois des disparités selon les
typologies de logements produits :
? 2 390 ¤ HT/m² SHAB pour les logements familiaux ;
? 3 050 ¤ HT/m² SHAB pour les résidences gérées (étudiantes, seniors, etc.).
À cela peut s?ajouter un coût de désamiantage, lorsque nécessaire, variant de 50 ¤ HT à
600 ¤ HT/m² SHAB, impactant fortement le coût global dans les cas les plus complexes.
Une comparaison nécessaire avec les coûts de la maîtrise d?ouvrage directe
Pour mettre en perspective ces montants, il convient de les comparer aux coûts observés
en maîtrise d?ouvrage directe (MOD) dans le secteur du logement social. D?après les
données issues du récent rapport de l?ANCOLS sur la comparaison entre MOD et VEFA9,
et à partir d?informations disponibles auprès de bailleurs sociaux comme Seqens ou I3F,
les coûts de construction en neuf sont généralement inférieurs à ceux observés en
transformation, en particulier hors Île-de-France.
Les premières données disponibles indiquent en effet que :
? En Île-de-France, le coût de construction en MOD se situe en moyenne autour de
2 000 à 2 200 ¤ HT/m² SHAB ;
? En régions, ce coût peut descendre sous les 1 900 ¤ HT/m² SHAB, selon les
territoires et les caractéristiques de l?opération.
9 ANCOLS, mai 2023, Coût de production des logements sociaux : analyse comparative des modes
constructifs Maîtrise d?Ouvrage Directe (MOD) / Vente à l?état futur d?achèvement (VEFA)
38
Ainsi, si la transformation de bureaux en logements présente des avantages en termes de
réemploi du foncier et de revitalisation de certains secteurs tertiaires obsolètes, elle peut
engendrer des surcoûts significatifs en phase travaux. Ces écarts sont toutefois à
relativiser en tenant compte de la localisation des opérations (souvent en coeur de ville),
de l?économie foncière qu?elles permettent et du soutien apporté via des outils comme
la FTI.
5. Une perte de surface habitable significative en transformation par rapport au
neuf
L?analyse des données issues de la FTI, enrichie par des éléments communiqués par des
bailleurs comme I3F, permet d?évaluer l?efficience surfacique des opérations de
transformation de bureaux en logements. Cette analyse, fondée sur un échantillon de 26
opérations ayant fait l?objet d?un dépôt de permis de construire, met en évidence une
perte de performance en surface habitable nette par rapport aux standards du neuf.
Un ratio SHAB/SDP dégradé par rapport aux opérations neuves
Alors que la construction neuve affiche en moyenne un ratio SHAB/SDP de l?ordre de
92 %, les opérations de transformation observées présentent un rendement inférieur, en
raison de plusieurs contraintes techniques et programmatiques :
? Présence résiduelle de surfaces commerciales, souvent en rez-de-chaussée
ou en sous-sol, difficilement transformables en logements mais conservées pour
maintenir une mixité fonctionnelle ;
? Nécessité de créer des circulations verticales (ascenseurs, escaliers) adaptées
aux nouvelles normes de logement et à la reconfiguration des plateaux tertiaires ;
? Contraintes liées à l?existant, notamment la hauteur sous plafond, l'éclairement
naturel insuffisant ou la présence de structures porteuses, limitant la
convertibilité de certaines zones.
Sur la base des opérations analysées, les ratios moyens observés sont les suivants :
? 80 % de SHAB rapportée à la SDP dédiée au logement uniquement ;
? 73 % de SHAB rapportée à la SDP totale de l?opération (y compris commerces
conservés).
Une perte de surface habitable nette de 15 à 20 % par rapport au neuf
Ces données traduisent une perte d?efficience surfacique de l?ordre de 15 à 20 % par
rapport à une opération neuve de logement, à programme équivalent. Ce différentiel,
structurellement lié aux spécificités de la transformation, doit être intégré dans les
modèles économiques de ces opérations, d?autant plus lorsqu?elles visent du logement
social ou abordable.
Les premières remontées de bailleurs sociaux confirment cette tendance, en soulignant
que les opérations de transformation présentent généralement une productivité
surfacique moindre, ce qui influe sur les équilibres financiers, notamment en zone
tendue où le prix de sortie au m² SHAB est un critère déterminant.
Cette perte de surface de plancher induite par les transformations de bureaux en
logements n?est pas prise en compte dans les documents d?urbanisme. Il existe depuis
2016 un « bonus de constructibilité » qui prévoit une autorisation de dépassement des
39
règles de gabarit inscrites au PLU(i), avec possibilité d?obtenir un maximum de 30% de
surface supplémentaire sous réserve du respect de certaines conditions mais ce
dispositif ne vise pas spécifiquement les transformations de bureaux en logements et
n?est pas acquis directement aux opérations qui remplissent les conditions.
En effet, la collectivité doit avoir prévu ce dispositif dans le règlement de son PLU(i) et
avoir défini les niveaux de dépassements octroyés (de 0 à 30 %), à titre d?exemples les
villes de Paris ou Jouy-en-Josas (78) l?ont mis en oeuvre.
B ? Une volonté de transformation freinée par la complexité
administrative et les enjeux locaux
1. Un risque juridique et administratif non quantifiable, impossible à porter pour
les investisseurs et les banques
Le risque juridique et administratif, ni standardisé ni monétisé, constitue un frein majeur
à l?activité de promotion. La complexité des règles d?interprétation des PLU(i) ainsi que
l?incertitude réglementaire et politique pesant sur le respect des documents d?urbanisme
découragent les investisseurs et limitent l?engagement des établissements bancaires.
Les banques comme les investisseurs refusent généralement de porter le risque
administratif, privilégiant la sécurisation des sorties et les ventes en bloc, ce qui fragilise
la faisabilité des projets.
2. Un zonage des PLU(i) nécessitant souvent une révision
Les Plans Locaux d?Urbanisme (PLU) ou PLUi (intercommunal) nécessitent fréquemment
l?adoption de procédures de révision pour permettre les transformations des actifs
immobiliers dans des quartiers à dominante tertiaire. Les délais administratifs des
procédures de révision sont rallongés. Les outils juridiques existants, comme les
Associations Foncières Urbaines de Projet (AFU Projet), restent par ailleurs peu connus
et sous-utilisés.
3. Durée et risque des permis de construire à instruire et obtenir
Les procédures d?instruction des permis de construire sont jugées trop longues et
incertaines, augmentant les risques et les coûts des projets.
Pourquoi un propriétaire, un opérateur ou un investisseur éventuel supporterait le coût
d?études onéreuses (en rapport avec la complexité des opérations de transformation), s'il
y a un risque avéré de refus ? Si les risques techniques, financiers et commerciaux sont
probabilisables et se traduisent en surcoûts éventuels, le risque administratif n?est
d?autant moins quantifiable qu?il peut se traduire in fine par un refus.
Les propriétaires d?actifs échoués font part de très nombreux refus des collectivités pour
réaliser une transformation en logements ou de demandes qui provoquent un
déséquilibre économique rendant la transformation inopérante.
40
Les rares acteurs du « Value Added »10 qui obtiennent un accord de la collectivité sur une
programmation, connaissent des difficultés à convaincre les investisseurs en raison du
risque administratif jugé trop long et/ou trop incertain. A l?inverse, de manière marginale
certains acteurs se positionnent sur le risque administratif... en contrepartie d?un TRI
annuel pendant 2 à 3 ans de 17 à 20%.
Le prix de cette incertitude nécessite ainsi une prime de risque supplémentaire
significative que l?économie même de l?opération ne permet que rarement de supporter
et donc de fait ne porte que sur des projets dont le prix de sortie au mètre carré est élevé,
voire très élevé.
C?est pourquoi, il est indispensable que les maires, autorités délivrant les permis de
construire, soient pleinement partie prenante du projet, associés le plus en amont
possible du projet et incités à le voir aboutir.
4. Réticences des élus locaux avec une décorrélation entre le coût des
équipements publics liés aux nouveaux logements et les recettes fiscales
perçues
Les maires, peuvent tirer des bénéfices directs de ces transformations?:
? Création de nouveaux logements (centre-ville, ZAN, densification).
? Mobilisation du foncier existant sans artificialisation des sols.
? Maitrise de leur stratégie urbaine?globale grâce à une connaissance accrue de son
foncier intégrant une démarche de lutte contre la vacance urbaine et la
dégradation du tissu.
? Orientation directe des programmes vers le logement libre, intermédiaire ou
social.
Néanmoins, l?accueil de nouveaux habitants induit des charges pour les
municipalités et nécessite des investissements complémentaires en matière
d?équipements publics ; alors que les entreprises contribuent à plusieurs impôts à
usage locaux, principalement pour le bloc communal.
En conséquence, les élus locaux, confrontés à la décorrélation entre coûts
d?équipements publics induits par la création de logements et recettes fiscales perçues,
expriment des réserves, ce qui complique le soutien politique aux projets.
Pour tenir compte de ces dépenses induites par la création de nouveaux logements, le
gouvernement a repris dans la loi de finances pour 2025 une mesure de la PPL Daubié
concernant l?assujettissement des opérations de transformation à la part
communale de la taxe d?aménagement. Ainsi, le principe repose sur la base de taxation
prévue à l?article 1635 quater B du code général des impôts, sauf délibération contraire
des organes délibérants des collectivités qui viendrait valider le principe d?exonération de
certaines opérations (Article 1635 quater E du CGI).
Cette mesure pèse sur le modèle économique des opérations de transformation, mais
permet de générer une recette supplémentaire pour les communes. Celle-ci est
10 Les acteurs spécialisés dans le Value-Added, généralement étrangers (Blackstone, Brookfield, MIMCO,
Ardian) faisaient historiquement peu de changements de destination (pas de nécessité) et ne prenaient pas
le risque administratif du permis de construire. Ils préfèrent le faire dans les autres pays.
41
bienvenue pour réaliser des investissements en nouveaux équipements publics
permettant d?accueillir des habitants. Elle ne permet cependant pas de financer les coûts
de fonctionnement de ces nouveaux équipements.
Les maires ont également la possibilité d?exonérer les opérations de transformation de
bureaux en logements de la part de la taxe foncière qui leur revient pendant 5 ans
(dispositions de l'article 1384 F du code général des impôts).
C ? Les marges de manoeuvre limitées des investisseurs immobiliers
pour réaliser la nécessaire mutation du parc
L?une des questions qui se posent est évidemment de savoir si les grands propriétaires
d?actifs de bureaux obsolètes (ou d?une manière générale d?actifs échoués) ont les
moyens de financer cette mutation, y compris pour sortir par le haut.
1. Un statut des SCPI non adapté à la transformation
Les fonds non cotés faisant appel public à l?épargne et plus particulièrement les sociétés
civiles de placement immobilier (SCPI)?font face à plusieurs obstacles freinant les
transformations de bureaux en logements?:
? La forte baisse de leur valeur et singulièrement de celle des immeubles tertiaires
durablement vacants qui composent leur patrimoine entrave la prise en charge
des coûts élevés de la transformation.
? La réglementation plafonne le montant des travaux qu'une SCPI peut engager
chaque année afin de préserver la nature de placement immobilier locatif de ce
véhicule. Pour les SCPI de rendement et de plus-value, le coût total des travaux
(construction, rénovation, entretien, réhabilitation, amélioration,
agrandissement, reconstruction, mise aux normes) ne doit pas excéder, sur une
période de 12 mois,?15 % de la valeur vénale du patrimoine immobilier de la SCPI
figurant au bilan du dernier exercice clos. En cas de travaux d?agrandissement ou
de reconstruction, le coût ne doit pas dépasser?30% de la valeur vénale de
l?immeuble concerné?et?10 % de la valeur vénale du patrimoine de la SCPI?sur un
exercice. Si les travaux s?étalent sur deux ans, ces seuils sont cumulables, soit?60
% sur l?immeuble?et?20 % sur le patrimoine.
? Les cessions du patrimoine ne sont pas encouragées : la SCPI doit être
propriétaire de l?immeuble cédé depuis au moins cinq ans à la date de la cession
et la valeur cumulée des immeubles cédés ne doit pas dépasser chaque année
15% de la valeur vénale du patrimoine immobilier de la SCPI.
? De plus, lorsqu?un particulier détient ses parts dans le cadre de la gestion de son
patrimoine privé (associé soumis aux bénéfices professionnels), la fiscalité
applicable aux plus-values et moins-values de cession d?immeubles suit le régime
des plus-values immobilières des particuliers. Dans ce régime, la règle générale
est très claire : les moins-values constatées lors de la cession d?un immeuble ne
sont pas imputables, ni sur les plus-values de même nature, ni sur les revenus
locatifs perçus, ni sur le revenu global du contribuable. Cela signifie que si la SCPI
vend un immeuble à perte, cette moins-value ne pourra pas venir compenser une
plus-value réalisée sur la vente d?un autre immeuble ou sur les revenus locatifs,
même au sein de la même SCPI ou la même année.
42
2. Le modèle économique, juridique et fiscal des foncières (SIIC) privilégie le
développement des actifs tertiaires par rapport au logement locatif
Les sociétés d?investissements immobiliers cotées (SIIC) sont également confrontées
à plusieurs difficultés?:
o Leur situation financière, sauf exception, ne leur permet généralement pas
d?absorber la totalité d?un fort écrasement de la valeur de ces actifs. Elles sont
dans l?incapacité de lever les fonds qui seraient nécessaires pour réaliser ces
transformations, que ce soit sous forme de capital comme d?endettement.
o Elles sont spécialisées dans l?immobilier tertiaire et l?axe résidentiel ne fait
souvent pas partie de leur stratégie de développement. En effet, près des trois
quarts des SIIC détenant des bureaux en France disposent uniquement d?actifs
immobiliers tertiaires et aucune part d?actifs en résidentiel.
o Le modèle même de la SIIC, en l?état de la réglementation en vigueur, est
défavorable au développement du logements en France tous modes de
production confondus. En effet, contrairement aux bureaux, les travaux sur les
logements ne sont pas majoritairement pas refacturables sur les locataires
comme pour la taxe foncière. L'obligation des SIIC de distribution aux actionnaires
concerne les revenus locatifs bruts. Dans le cas du logement, la SIIC peuvent se
retrouver à distribuer plus que ce qu'elles ne reçoivent en net des frais, taxes et
charges.
3. Les propriétaires d'aujourd'hui ne sont pas forcément les acteurs de demain
Les propriétaires actuels, souvent réticents face aux risques et coûts, ne sont pas
nécessairement les acteurs capables ou en situation d?accompagner la transformation à
long terme.
D - Des obstacles opérationnels pour les acteurs de la transformation
1. Une fiscalité désincitative et complexe
Les opérations de transformation de bureaux en logements sont confrontées à une
fiscalité désincitative à la fois pour l?opérateur et pour l?acquéreur.
Elles sont soumises à la Taxe Foncière sur les Propriétés Bâties (TFPB) durant la phase de
travaux, ce qui représente un désavantage économique notable par rapport aux projets
de démolition/reconstruction qui en sont exonérés. Cette différence de traitement fiscal
incite à privilégier la démolition/reconstruction, pourtant bien moins vertueuses sur le
plan environnemental.
Le régime de TVA à taux plein sur les logements transformés touche significativement le
prix de revient des opérations immobilières et en conséquence, le prix des logements
vendus aux accédants. Cela représente ainsi un coût non négligeable pour ces ménages
accédants dans un contexte de crise économique et de maintien des prix de l?immobilier.
43
Les taux TVA pour l?activité immobilière varient selon leur utilité ; le taux de TVA est réduit
à 5,5% pour l?accession sociale, à 5,5% et 10% pour le logement social et le taux de TVA
est fixé à 5,5% ou 10% pour certains travaux. Par ailleurs, la TVA de 20% peut être
récupérée quand l?acquéreur réalise une activité commerciale locative sur 20 ans
(bureaux, commerces, résidences gérées). Ainsi, cela laisse peu de place pour le
logement « classique » dans l?investissement résidentiel locatif (encore plus sur le neuf)
des institutionnels comme des particuliers qui payent une TVA à 20%.
Le poids de la TVA, la TFPB sur les bâtiments vacants ou en travaux, ainsi que d?autres
charges fiscales, sont des freins majeurs, notamment pour les promoteurs et opérateurs.
2. Le manque de dispositifs pour regrouper les acteurs au sein d?un quartier à
requalifier
Le regroupement des acteurs autour de projets de transformation à l?échelle des
quartiers est insuffisamment soutenu, limitant la cohérence et l?efficacité des initiatives.
Les acteurs issus du tertiaire manquent souvent de formation spécifique aux enjeux du
logement, ce qui freine la qualité et la pertinence des projets de transformation.
3. Le manque de formation des acteurs tertiaires aux enjeux de la filière
logement
Enfin, les propriétaires sont généralement peu formés en interne pour réaliser ces
transformations :
Les propriétaires de grands immeubles (quelques institutionnels, foncières?) sont les
plus en capacité de faire ces transformations sur le plan technique mais sont aussi ceux
qui sont le moins concernés car ils possèdent peu d?immeubles obsolètes).
A l?autre extrême, les gérants de SCPI et certaines foncières ont de nombreux actifs
obsolètes de taille petites ou moyennes mais n?ont pas l?expertise suffisante en interne.
La transformation de bureaux en logements devra s?organiser en filière spécifique,
pour développer à nouveau une approche immobilière globale et entreprendre la
transformation technique, juridique et économique (fiscale) « du déjà là ». Il s?agira
d?apporter durablement une offre de logements et de services aux habitants.
CONCLUSION DU DEUXIEME CHAPITRE
Sortir par le haut de la crise de vacance tertiaire ne se résume pas à changer la destination
d?un immeuble?: il s?agit de créer un lieu d?habitat, durable, adapté aux besoins présents
et futurs, situé au bon endroit ? et surtout, économiquement viable.
Faire porter la charge de l?ajustement uniquement sur les actionnaires/propriétaires
actuels, en imposant une valorisation ?au marché? dans un cadre juridique et fiscal
inchangé, n?est pas tenable si l?on envisage de massifier la transformation de bureaux en
44
logements. Cette approche risquerait même d?éroder la confiance des investisseurs et
des particuliers, déjà fragilisée.
L?équation économique repose sur de nombreux paramètres interdépendants :
? L?emplacement (qualité des aménités, dynamique du marché résidentiel,
contraintes du PLU),
? Le coût de transformation, lié aux caractéristiques techniques de l?immeuble,
? La programmation imposée ou attendue (logements sociaux, intermédiaires,
libres) et le calendrier souhaité par les décideurs publics locaux,
? La perte de surface utile induite par le changement d?usage, et son éventuelle
compensation,
? La fiabilité des montages juridiques et les modalités de financement
disponibles.
Dans le cas de projets mixtes (logements, bureaux, commerces?), la complexité
s?accroît encore avec des problématiques telles que la division parcellaire, la mise en
copropriété ou la gestion différenciée des usages ? notamment lorsque certains acteurs
ne sont pas habilités à gérer du logement social.
Au-delà de l?évidence fonctionnelle, la transformation des bureaux en logements se
heurte à une mécanique grippée, faite de freins financiers, juridiques, réglementaires et
politiques. Les structures détenant les actifs (SCPI, foncières cotées, assureurs...) sont
peu armées techniquement et juridiquement pour piloter des opérations résidentielles.
Les plafonds de travaux, la TVA, la fiscalité des plus-values ou encore la taxe foncière
restent dissuasifs.
Même l?acte de cession en lui-même peut être bloquant :
? Côté vendeurs, des réticences subsistent, notamment en raison d?un écart de
valorisation difficile à accepter ou de la taxation des plus-values.
? Côté porteurs de projets, la fiscalité et les contraintes opérationnelles rendent
l?actif transformé moins compétitif que la construction classique de logements.
Ce constat appelle une réponse systémique et coordonnée, où l'action publique doit
jouer un rôle moteur. Il ne s?agit pas de compenser tous les risques, mais de les
rendre lisibles, maîtrisables, et compatibles avec une prise de risque raisonnable
pour les investisseurs.
Pour lever ces freins et donner un véritable souffle à la transformation immobilière, il est
désormais impératif de bâtir un cadre d?intervention clair, incitatif et opérationnel. Ce
cadre devra sécuriser les parcours administratifs, ajuster les outils fiscaux, mobiliser
l'ingénierie territoriale et surtout, réconcilier l?investissement privé avec les besoins en
logements.
45
Chapitre 3 : Propositions pour accélérer la
transformation de bureaux en logements
Le marché du logement est déjà bloqué en raison de son niveau de prix : trop cher pour
être acheté, offrant un rendement locatif net très insuffisant et, hors logement géré où
l?investisseur récupère la TVA, les coûts de gestion et la règlementation (bail de résidence
principal, encadrement des loyers possible ?) sont des repoussoirs pour un investisseur
institutionnel.
Par ailleurs, les marchés de l?immobilier sont très différents selon les territoires, et les
données sur ces marchés sont encore très disparates et incomplètes, malgré les progrès
réalisés ces quinze dernières années.
Comparativement à une opération neuve, la transformation supporte un surcoût du
montant des travaux d?environ 20%. Pour qu?une opération de transformation de bureaux
en logements devienne économiquement viable, il faut déterminer un prix de revient
attractif, qui dépend à la fois de la destination et de la localisation de ces nouveaux
logements, et qui soit situé en dessous des prix actuels des logements neufs ? ces
derniers ne trouvant déjà pas preneur.
Dans certains territoires, comme la Défense, ainsi que pour certains acteurs, des
foncières de défaisance seront probablement nécessaires. La problématique de la
Défense devra faire l?objet d?une approche à part, notamment en s?appuyant sur le projet
actuel de foncière porté par Paris La Défense (PLD).
Au-delà des dispositifs prévus par la loi Daubié et dans la loi de finances pour 2025,
chaque partie devra participer à l?effort :
? Les propriétaires actuels (à livre ouvert),
? Les promoteurs (à livre ouvert),
? Les banques (et notamment la Banque des Territoires pour le portage),
? Les entreprises,
? La puissance publique : les collectivités territoriales et l?Etat.
Les leviers à activer relèvent d?une politique d?incitation plutôt que de contraintes, et
d?une sécurisation du processus de transformation pour l?ensemble des parties
prenantes.
Il s?agit de baisser le prix de revient en dessous du prix du neuf comparable dans un
marché déjà en tension. Pour cela il convient d?analyser chaque opération selon les
usages possibles de ces biens une fois restructuré. L?équilibre peut être obtenu par une
combinaison variable entre prix de revient, modalités de commercialisation et logiques
d?exploitation.
Cela suppose, en amont, un engagement fort de la puissance publique, notamment par
l?activation de points d?entrée locaux et de dispositifs « facilitateurs » pour fluidifier les
relations entre acteurs. Un panel d?outils est présente dans ce chapitre, issu des
auditions réalisées par le groupe de travail, dont certains pourraient seraient être
généralisés et d?autres utilisés au cas par cas.
46
Avant d?entrer dans les leviers d?actions, encore faut-il s?entendre sur ce que recouvre
réellement la notion de transformation immobilière. En effet, définir précisément ses
contours, ses objectifs et ses implications permet de poser les bases d?une politique
publique cohérente et opérationnelle.
A - Conférer un vrai statut aux opérations de transformation d?actifs
Proposition 1 : Créer un régime fiscal ad hoc pour la transformation de
bureaux en logements, entre la VEFA et la VIR : la vente d?immeuble à
transformer (VIT)
Actuellement il n?existe pas de statut propre aux opérations de transformation d?actifs
immobiliers, qui peuvent, selon les cas, relever d?une vente en l?état futur d?achèvement
(VEFA) ou d?une vente d?immeuble à rénover (VIR).
Pour mémoire, les travaux relevant de la VIR sont définis par l?article R. 262-1 du Code de
la construction et de l?habitation. Ce dernier érige comme rénovation tous les travaux qui
portent sur un immeuble bâti existant en excluant les travaux d?agrandissement ou de
restructuration complète de l?immeuble qui rendent à l?état neuf, soit:
- la majorité des fondations ;
- la majorité des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité
de l'ouvrage ;
- la majorité de la consistance des façades hors ravalement ;
- l'ensemble des éléments de second oeuvre suivants, dans une proportion au
moins égale à deux tiers pour chacun des éléments mentionnés : les planchers ne
déterminant pas la résistance ou la rigidité de l'ouvrage, les huisseries extérieures,
les cloisons intérieures, les installations sanitaires et de plomberie, les
installations électriques et, pour les opérations réalisées en métropole, le
système de chauffage.
Du fait de ces critères, en particulier ceux relatifs aux façades et dans une moindre
mesure les éléments de second oeuvre, de nombreuses opérations de transformation de
bureaux en logement relèvent du régime de la VEFA et ne sont pas éligibles à la VIR. Elles
sont donc souvent soumises au même régime qu?une opération neuve alors même que
la zone est déjà artificialisée et que les fondations sont conservées ou qu?une opération
de démolition-reconstruction alors même que l?empreinte carbone est
considérablement réduite.
En cas de revente sous le régime de TVA, les projets concourant à des investissements
permettant la récupération de TVA (résidences hôtelières, résidences services?) sont
privilégiés au détriment des logements ordinaires. Un régime fiscal unique pourrait être
un levier efficace pour favoriser les transformations vers des logements en accession à
la propriété, en cession de baux emphytéotiques ou en location de longue durée
« classique » et à prix abordables.
Il s?agit de créer un type de vente intermédiaire entre la VEFA et la VIR, dénommé la
vente d?immeuble à transformer (VIT), doté d?un statut juridique et fiscal, permettant
de prendre en compte les spécificités des transformations d?actifs immobiliers tertiaires
47
en logements pour les opérations qui n?entrainent pas de création de surface
supplémentaire.
Ce type de vente, comme pour la VIR, serait exonéré de TVA considérant que celle-ci a été
payée au moment de la création de l?immeuble. En revanche, la TVA s?appliquerait sur les
travaux de transformation, au taux en vigueur (10% ou 5,5% pour la rénovation
énergétique).
Les droits de mutations à titre onéreux s?appliqueraient dans les mêmes conditions que
la VIR, c?est-à-dire au taux plein.
Le statut de VIT permettrait de rendre visible et d?encourager les opérations de
transformation en leur octroyant un véritable régime de vente, d?harmoniser les régimes
fiscaux des opérations de transformation immobilière et de soutenir les projets de
transformation sans artificialisation des sols et à plus faible empreinte
environnementale.
Ce statut permettrait la reconnaissance d?un « immeuble reconditionné ». Il passe par :
- l?introduction d?un nouveau chapitre dans le titre VI du livre II du Code de la
construction et de l?habitation définissant le statut juridique de la VIT ; seraient
notamment intégrés dans la VIT tous les travaux sur un immeuble bâti existant
pour le transformer en logements, ne créant pas de surface supplémentaire et
excluant les travaux qui rendent à l?état neuf soit la majorité des fondations, soit la
majorité des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité de
l?ouvrage.
- L?adaptation de l?article 257, I, 2., 2° du Code général des impôts en lui retranchant
le c) et le d). Une telle adaptation serait conforme à la directive TVA n°2006/112/CE
du 28 novembre 2006 qui permet aux Etats membres de définir les critères d?un
immeuble neuf lorsque les travaux sont réalisés sur un bâtiment existant, sous
réserve de ne pas annihiler la définition même de l?immeuble neuf.
Proposition 2 : Instaurer une « valeur de transformation » pour les immeubles
tertiaires vacants à plus de 70% pendant 2 ans
La valorisation d?un bien « échoué », soumis à une vacance prolongée, doit partir de
l?estimation du coût de la transformation selon les options de conversion possible en
fonction des contraintes techniques et de la situation du marché résidentiel local, et, par
différence, arriver au calcul du prix du foncier.
Depuis?2019, le décret tertiaire impose aux propriétaires de bâtiments tertiaires de plus
de 1?000?m² de réduire leur consommation énergétique de?40% d?ici 2030 et 60% d?ici
2050. Le non-respect de ces obligations peut entraîner?des sanctions financières
(jusqu?à?7?500?¤ par an), l?inscription sur la liste des ?bâtiments non performants? publiée
par l?administration et une perte de valeur d?usage et d?image pour les propriétaires. À
cette contrainte s?ajoutent les dispositions de la loi Climat?&?Résilience interdisant la
location des bâtiments classés?F et?G à horizon?2028.
Le maintien en détention expose le propriétaire à une double perte : économique
(absence de revenus) et réglementaire (sanctions et interdictions de louer). En
l?absence de travaux engagés, l?actif devient juridiquement et économiquement non
48
exploitable, avec une valeur vénale en usage tertiaire qui peut être considérée comme
nulle.
Cependant, la perte de valeur de l?actif ne se matérialise pas forcément dans la
comptabilité des sociétés?:
- Les SCI?n'ont pas d'obligation d'expertise immobilière tout comme les
compagnies d?assurance, si celles-ci n?ont pas créé de véhicules particuliers pour
porter leurs actifs immobiliers.
- Bien que les sociétés cotées (notamment les foncières SIIC) et les SCPI et OPCI
soient soumises à une expertise régulière de la valeur de leur patrimoine
immobilier, actualisée annuellement a minima, la valorisation du bien est faite à
partir du marché de bureaux alentour et ne tient pas compte du phénomène de
suroffre.
Pour accélérer le processus de transformation, il est proposé une démarche pour révéler
la véritable valeur des bureaux vacants.
Pour tous les bâtiments tertiaires vacants au-delà d?une certaine durée [2 ans ou 4
ans pour les bureaux neufs ou réhabilités] et à une certaine proportion [70% des
surfaces], le propriétaire serait tenu de réaliser une expertise de valorisation
alternative en logement. Cette nouvelle obligation pourrait figurer dans une évolution
des normes comptables, avec une exigence de détailler la faisabilité et la valeur en
logement, avec une programmation « type » en logements libres, intermédiaires ou en
résidence gérée et, pour les communes carencées, 25% de logements sociaux.
Dans un second temps, les pouvoirs publics pourront prévoir d?appliquer des sanctions
et des injonctions en l?absence de démarche, en particulier pour les bâtiments non
déclarés ou non conformes. Ces actifs peuvent être identifiés par de nombreux moyens
(voir supra).
Cette démarche crée une pression juridique et économique pour forcer l?arbitrage sur
ces actifs : rénovation tertiaire ou cession ?logement?.
Afin de garantir l?équité et la robustesse du processus, en cas de contestation des
conclusions, le propriétaire pourrait produire une contre-expertise pour :
? Réexaminer les hypothèses de valorisation alternative en logement.
? Ajuster le chiffrage des coûts de transformation ou la valeur de marché estimée.
? Servir de base à un recours ou une négociation, tout en restant dans le cadre d?une
procédure réglementée.
Le recours à une contre-expertise renforce ainsi la transparence et peut éviter les
recours contentieux.
Ce changement de valorisation pour les propriétaires devra s?accompagner, en fonction
des situations, d?un effort des financeurs de ces opérations, en particulier les
banques, à travers une restructuration de la dette de l?actif avec abandon partiel éventuel
et modification des échéanciers de remboursement et de taux d?intérêt (à la baisse). Ils
pourront également participer à un éventuel co-financement des nouveaux travaux avec
un financement adapté aux circonstances (marge, durée?).
49
L?intérêt pour le propriétaire vendeur serait de trois ordres :
? Connaitre une valeur en logement, pour favoriser les arbitres de cession au sein
d?une portefeuille ;
? Mieux estimer les provisions pour dépréciation ;
? Proposer une « sortie par le haut » pour ces actifs non commercialisable sur le
marché tertiaire sans CAPEX important et générer une liquidité immédiate et une
réduction des charges d?entretien et des taxes afférentes.
Eléments de l?expertise pour mesurer la faisabilité et la valorisation
Faisabilité présomptive
Plan et caractéristiques techniques adaptés à une division en logements (plateaux ouverts, trames
compatibles, luminosité naturelle).
Conformité aux prescriptions du PLU, autorisant le changement d?usage
Valorisation (éléments clés du bilan promoteur)
Élément Hypothèse
Surface habitable créée m²
Prix de vente logement ¤/m²
Chiffre d?affaire total ¤/ m²
Coût travaux 2 500 ¤ HT/ m²
Cout traitement pollution
Honoraires/frais ¤/ m²
Marge promoteur 10%
Valeur résiduelle du foncier traité des coûts de
portage.
¤
L?expertise technique et financière devient le socle d?un montage solide et présente
des atouts en matière de :
? Fiabilisation du risque : l?expertise fournirait un chiffrage de promotion et de la
valeur foncière résiduelle de l?actif, rassurant ainsi banques.
? Prêts garantis et taux bonifiés : les financeurs publics pourront garantir des
emprunts et des prêts à taux bonifiés pour les opérations de transformation, avec
des dossiers d?expertise solides.?
? Mobilisation de fonds long terme : création de véhicules d?investissement alignés
sur les critères ESG qui favorisent l?épargne longue pour les projets de
transformation.?
? Pilotage territorial : avec la mise en place d?un guichet administratif pour les
porteurs d?actifs à transformer.
Cette proposition nécessite un travail partenarial sous l?égide de l?Autorité des normes
comptables pour faire évoluer la réglementation. Les évolutions des normes
comptables qui seraient à opérer dépendent du véhicule portant les actifs immobiliers
tertiaires vacants :
50
? Les sociétés cotées (notamment les foncières SIIC) sont soumises aux normes
comptables et d'audit internationales. Il pourrait être envisagé de s?appuyer sur
les normes suivantes, à adapter :
o IFRS 13 "Evaluation de la juste valeur" indiquant que la valeur retenue dans
les comptes doit prendre en compte la meilleure utilisation de l'actif ("best
use") même si celle-ci diffère de l'utilisation actuelle.
o Puis IAS/IFRS 40, avec 3 critères cumulatifs qui pourraient être à remplir par
analogie avec la comptabilisation des IPUC (immeubles en développement):
? Critère administratif : obtention des autorisations administratives (PC
purgé)
? Coût des travaux suffisamment fiabilisé, voire le démarrage des travaux
? Pré commercialisation : taux de 50% requis, permettant d'expertiser les
loyers futurs
? Les SCPI et OPCI disposent chacun d?une réglementation et d?un plan
comptable qui leur est propre, à faire évoluer (notamment l?article R214-157-1
du Code monétaire et financier pour les SCPI)
? Pour les SCI et les compagnies d?assurance n?ayant pas créé de véhicules
particuliers tels que ceux mentionnés-ci-dessous pour porter leurs actifs
immobiliers, il convient de modifier la réglementation pour leur instaurer cette
expertise immobilière en transformation.
Il s?agit de restaurer une valeur réelle à un actif gelé et exposé à une vacance longue
durée, sans impacter significativement le bilan consolidé du propriétaire, tout en
dynamisant le territoire en mixité sociale et sobriété foncière, grâce à une conversion
d?usage en logements.
B- Inscrire les transformations dans une approche partenariale au
service d?un projet de territoire
Proposition 3 : Elargir le champ des ORT aux transformations de bureaux en
logements
Les Opérations de Revitalisation de Territoire (ORT), instaurées par la loi ÉLAN en 2018,
sont des dispositifs législatifs permettant aux collectivités locales, en partenariat avec
l'État, de coordonner et de faciliter des actions de revitalisation sur des territoires
spécifiques.
Ces opérations visent principalement à redynamiser les centres-villes et à lutter contre
la vacance commerciale et résidentielle. Les ORT mobilisent un ensemble d'outils
fiscaux, urbanistiques et contractuels pour encourager la rénovation et la reconversion
des espaces existants, tels que les Opérations Programmées d'Amélioration de l'Habitat
(OPAH), les Plans Locaux de l'Habitat (PLH), et des dispositifs comme Denormandie.
Il est proposé d'élargir le champ des ORT aux transformations de bureaux (locaux
d?activités) en logements.
Cela permettrait aux collectivités locales d?intégrer pleinement cette finalité dans leurs
projets et rendrait le dispositif ORT plus pertinent au regard des enjeux actuels de
transformation du tissu urbain, avec plusieurs avantages :
51
? Mobiliser et impliquer l?ensemble des parties prenantes d?un territoire sur lequel
se trouvent des actifs tertiaires à transformer ;
? Utiliser un outil global et complet déjà existant visant une requalification
d?ensemble d?un secteur déjà urbanisé ;
? Accélérer la réalisation de projets immobiliers conjuguant sobriété foncière et
réduction de l?empreinte carbone.
S?appuyer sur un dispositif partenarial et contractualisé pour redynamiser les quartiers
tertiaires en déclin permet pour les actifs bien situés, proches des centralités, services et
transports, d?accélérer la transformation, de créer rapidement du logement dans les
zones tendues et de conforter les dynamiques de revitalisation existantes.
Pour les « quartiers tertiaires » (zones d?activités en déclin, entrées de ville, friches
commerciales et artisanales en périphérie, entrées de villes) nécessitant une
requalification lourde, l?ORT permet la mise en place d?un accompagnement de toutes
les parties prenantes dans leur champ de compétence (urbanisme dérogatoire, aides
publiques) et des appels à projets ciblés pour les sites les plus complexes.
Ce dispositif, à la fois pragmatique et stratégique, s'appuie principalement sur des
leviers financiers et juridiques déjà existants, nécessitant des ajustements
législatifs limités pour être pleinement opérationnel.
Proposition 4 : Simplifier certaines règles en faveur de la transformation dans
le périmètre des ORT
L?inscription des projets dans un périmètre d?ORT, décidé par les pouvoirs publics,
permet de s?inscrire dans un cadre plus large que la simple transformation d?un
immeuble de bureaux et d?envisager la transformation vers différentes destinations
(logement, équipement public, hôtel, commerce?).
Ce périmètre apporte de la lisibilité aux opérateurs et les investisseurs et réduit le risque
administratif lié à ces opérations complexes.
Pour améliorer la faisabilité économique des opérations de transformation, instaurer une
stabilité juridique permettant de sécuriser les investisseurs et accélérer la réalisation
d?opération de transformation sur des immeubles partiellement vacants, plusieurs règles
mériteraient d?être simplifiées dans le périmètre des ORT :
? Systématiser le «?bonus de constructibilité?» dans les opérations de
transformation de bureaux en logements (modification de l?article L151-28 du
code de l?urbanisme). L?autorisation de dépassement des règles de gabarit
inscrites au PLU(i) serait automatique sans besoin de l?inscrire dans le document
d?urbanisme. La collectivité compétente conserverait la possibilité de désactiver
ce bonus en l?inscrivant et en le justifiant dans son PLU(i).
? Aligner les règles d?éviction des locataires du bureaux partiellement vacants
à transformer sur celles des opérations de restauration immobilières dans les
plans de sauvegarde (modification de l?article L145-18 du code de commerce).
? Assouplir les règles de stationnement inscrites aux PLU(i) pour les opérations
de locaux d?activité en logements (l?article L151-34 du code de l?urbanisme).
? Mettre en place un financement dédié au portage des opérations : A l?instar
des prêts « DUOZ » mis en place par la Banque des Territoires sur les fonds
52
d?épargne pour le préfinancement de logements sociaux et intermédiaires,
pendant 1 ou 2 ans [taux Livret A +0,7% pour le logement social +1,4% pour le
logement intermédiaire], une offre spécifique à la transformation immobilière
pourrait être proposée à tous les opérateurs dans le périmètre des ORT et
sécuriser ainsi la phase de portage.
? Instaurer un certificat de projet dédié aux transformations de locaux d?activité
en logements (mesure réglementaire). Cela permettait de stabiliser dans le temps
de certaines dispositions opposables au projet (dans certaines conditions et
limites) et d?éclairer l?opérateur de transformation sur?:
o les régimes, décisions et procédures applicables à son projet,
o les délais associés à ces décisions ou sur la possibilité d?un calendrier
d?instruction de ces décisions qui se substitue aux délais
réglementairement prévus,
o voire aussi, le cas échéant, sur des difficultés techniques ou juridiques
repérées, et qui seraient susceptibles de faire obstacle à la réalisation.
Par ailleurs, l?Etat pourrait décider de compléter ces mesures réglementaires par un outil
fiscal incitatif au sein des périmètres ORT afin de faciliter les projets de transformation
urbaine souhaités par les collectivités territoriales et l?Etat, tout en s?assurant de la
maitrise des prix de sortie pour les primo-accédants à la propriété, à l?instar du régime
mis en place pour les logements neufs situés dans un quartier prioritaire de la politique
de la ville (par ajout des ORT dans l?article 278 sexies du Code général des impôts).
Proposition 5 : Cartographier la vacance tertiaire pour la création de secteurs
de requalification du tertiaire
Il n?existe pas aujourd?hui d?inventaire national de la vacance tertiaire, contrairement aux
friches industrielles, seulement quelques initiatives locales mais qui restent statistiques
(et non à l'immeuble). L?absence de données chiffrées et géographiques complexifie le
processus de transformation. La création d?une cartographie nationale répond à un enjeu
d?accélération de la transformation.
Pour asseoir cette logique dans une politique publique pérenne, il est proposé de créer
une cartographie nationale des actifs tertiaires vacants, incluant une évaluation
financière à partir de données (ex. MAJIC (foncier) et valeurs vénales ; Données DV3F
(transactions) ; Déclarations fiscales (taxe sur les bureaux) ; Absence d?occupants et
d?activité...)).
Cette proposition nécessite la mise en place d?une gouvernance de la donnée avec le
croisement des données publiques et professionnelles, en coordination avec des
initiatives privées telles que ORIE et CBF.
Elle permettrait aux pouvoirs publics (Etat et collectivités territoriales) d?identifier le
patrimoine tertiaire, les gisements actuels et à venir, à fort potentiel de reconversion pour
mieux appréhender les besoins du territoire, et également d?estimer les coûts de
transformation et les gains en valeur foncière.
53
C - Faciliter la sortie des opérations en simplifiant et en clarifiant les
procédures administratives et juridiques
Proposition 6 : Elargir le régime de déclaration préalable pour les opérations
de transformation de bureaux en logements
Une opération de transformation de locaux non-habitation en logements peut revêtir
deux formes, à savoir :
? Une transformation du bâti existant sans création de surface de plancher (SDP)
(ce type d?opérations générant toutefois une perte de surface) ;
? Une transformation du bâti existant avec création de SDP par extension,
surélévation ou démolition-reconstruction partielle.
En pratique, ces opérations sont systématiquement soumises à permis de construire
(PC) dans la mesure où les travaux qui les constituent ont pour effet de modifier la façade
du bâtiment. Cela a pour effet de rallonger les délais et d?alourdir la procédure
administrative alors que certaines opérations se limitent à transformer l?existant, sans
construction nouvelle.
Afin de fluidifier et accélérer les phases administratives, limiter les risques et faire baisser
les coûts de portage, il est proposé que certaines opérations de transformation de
locaux non-habitation en logements relèvent du champ de la déclaration préalable
(DP) et non plus de celui du PC. Il s?agirait des opérations suivantes :
? Les opérations n?impliquant pas de création de SDP?;
? Et ayant une surface inférieure à 5 000 m² de SDP.
Celles-ci pourraient intégrer le champ de la DP au motif que leur nature (changement de
destination limité à la transformation de locaux non-habitation en logements sans
création de SDP) et leur dimension (transformation limitée aux immeubles de moins de 5
000 m² de SDP) le justifient.
Cette mesure ne constituerait pas une rupture d?égalité dès lors qu?il est juridiquement
possible de traiter différemment des situations différentes ou en raison d?un intérêt
général.
Plus de la moitié (56%) des immeubles de bureaux situés en première couronne
parisienne et identifiés comme éligibles à une transformation ont une surface comprise
entre 1 000 et 5 000 m² et seraient donc directement concernés par cette mesure.
La déclaration préalable, comme son nom l?indique, est une procédure déclarative ; une
décision de non-opposition à DP naît à l?issue du délai d?instruction, en l'absence de
notification d'une décision expresse de l'administration. Le PC, lui, fait l?objet d?une
demande qui donne lieu à une autorisation (ou à un refus).
La déclaration préalable est une procédure simplifiée d?un point de vue administratif
(moins de pièces obligatoires à joindre à la demande de DP par rapport à une demande
de PC). Elle permet une réduction des délais?: en déclaration préalable, le délai
d'instruction de droit commun est de seulement 1 mois alors qu?il est de 3 mois pour les
demandes de permis de construire portant sur des projets autres qu?une maison
individuelle.
54
La DP reste soumise au même régime juridique que celui applicable au PC concernant
notamment?la procédure d?instruction, les motifs d?opposition/refus, les règles
d?affichage, les règles de retrait, le régime de la caducité, le régime des participations
financières, les délais de recours contentieux, le contrôle des travaux exécutés.
En outre, en vertu du principe d?indépendance des législations, la DP ne vaut autorisation
administrative qu'au titre des textes d'urbanisme. Il convient donc, de la même façon
dans le cadre d?un PC, de se conformer également aux autres procédures applicables au
projet le cas échéant telles que les procédures environnementales (évaluation
environnementale, loi sur l?eau, etc.).
Le principe du recours obligatoire à l?architecte est circonscrit au PC. Pour s?assurer que
les maîtres d?ouvrages resteront tenus de faire appel à un architecte pour la conception
du projet, il conviendrait d?étendre le champ de ce principe à la DP dans le cas d?une telle
transformation, et modifier en conséquence les articles R. 421-14 et R. 421-17 du Code
de l?urbanisme définissant le champ d?application du PC et celui de la DP.
L?adaptation d?autres textes sera le cas échéant nécessaire (par exemple, l?article 279-0
bis A du Code Général des Impôts sur le dispositif fiscal du logement locatif intermédiaire
-qui ne vise en l?état comme fait générateur que la délivrance du PC pour les projets
éligibles- ou les dérogations prévues par l?article L. 152-6 du Code de l?urbanisme -à
raison du respect de l?objectif de mixité sociale- qui ne semblent pouvoir être accordées
que dans le cadre d?un PC).
Proposition 7 : Tenir compte uniquement de la surface de plancher et de
l?emprise au sol ?nettes? créées pour l?analyse du besoin d?une évaluation
environnementale
Les dispositions actuelles du Code de l?environnement sur l?évaluation
environnementale sont issues de la transposition en droit français de directives
européennes (notamment la directive 2011/92/UE concernant l?évaluation des
incidences de certains projets publics et privés sur l?environnement et la directive
2014/52/UE modifiant la directive 2011/92/UE).
L'évaluation environnementale est un processus constitué :
? de l'élaboration, par le maître d'ouvrage, d'un rapport d'évaluation des
incidences du projet sur l'environnement (l?étude d'impact),
? des consultations de l?autorité environnementale, des collectivités territoriales
et leurs groupements intéressés par le projet, ainsi que du public,
? de l'examen, par l'autorité compétente pour autoriser le projet, de l?ensemble
des informations présentées dans l'étude d'impact et reçues dans le cadre des
consultations effectuées et du maître d'ouvrage.
Elle a ainsi pour objet de permettre à l?autorité compétente pour autoriser le projet de
prendre une décision éclairée quant aux conséquences du projet sur l?environnement et
la santé humaine. À cette fin, l?article?L. 122-1?du Code de l?environnement prévoit que les
projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d?avoir
des?incidences notables?sur l?environnement ou la santé humaine, font l?objet d?une
évaluation environnementale, « en fonction de critères et de seuils définis par voie
réglementaire », soit de façon systématique, soit pour certains d?entre eux après un
examen au cas par cas.
55
Concernant les travaux et constructions la réglementation prévoit :
? Une évaluation environnementale systématique pour les travaux et constructions
créant une emprise au sol?supérieure ou égale à 40 000 m² ;
? Une évaluation environnementale examinée au cas par cas, par l?autorité
compétente, pour les travaux et constructions créant une surface de plancher
(SDP) ou une emprise au sol supérieure ou égale à 10 000 m² (et inférieure à
40 000 m² pour cette dernière).
Même en l?absence de création de SDP ou d?emprise au sol supplémentaire,
conformément à l?article R. 122-2, II, du Code de l?environnement et R. 122-2-1 du même
Code (clause-filet), les modifications ou extensions de projets sont soumises à un
examen au cas par cas si elles sont susceptibles d?avoir des incidences négatives
notables sur l?environnement.
En pratique, les transformations de locaux non-habitation en logements présentent des
contraintes techniques particulières qui entrainent nécessairement une perte d?une
partie de la surface de plancher (SDP) du bâti existant (cf infra).
En l?état actuel, les critères de surface de plancher et d?emprise au sol, visés dans la
nomenclature pour la catégorie de projets n°39-a) relative aux travaux et constructions,
sont définis par renvoi au Code de l?urbanisme. Cependant, il n?est pas précisé ce qui est
entendu par la surface de plancher ou l?emprise au sol « créée ».
Ainsi, en l?absence de précisions expresses dans les textes, les projets de transformation
de locaux non-habitation en logements sont aujourd?hui systématiquement soumis à
évaluation environnementale alors que les travaux et constructions projetés
n?augmentent ni la surface de plancher ni l?emprise au sol du bâti existant transformé.
Il est proposé de préciser dans la nomenclature (article R. 122-2 du Code de
l?environnement (catégorie de projets n°39-a)) que, pour les travaux et constructions
réalisés en vue de la transformation de locaux, seule la surface de plancher ou
emprise au sol ?nette? créée (c?est-à-dire la différence entre la valeur existante avant la
transformation du bâti et celle résultant de la transformation de ce bâti) soit prise en
compte pour l?appréciation de l?atteinte des seuils réglementaires déterminant si le
projet doit faire l?objet d?une évaluation environnementale de façon systématique ou
après un examen au cas par cas.
22% des immeubles de bureaux situés en première couronne parisienne et identifiés
comme éligibles à une transformation ont une surface supérieure ou égale à 10 000 m² et
seraient donc directement concernés par cette mesure.
Il demeurera le critère des incidences notables sur l?environnement qui,
indépendamment de l?appréciation de la dimension du projet, peut impliquer un examen
au cas par cas.
Cette clarification permet de prendre en compte les spécificités techniques des
opérations de transformation, d?assurer une sécurité juridique aux porteurs de projets, de
réduire la durée des projets et d?encourager ainsi la transformation de locaux non-
habitation en logements en sécurisant son modèle économique.
56
D ? Inciter les investisseurs à se réorienter vers le logement via la
transformation des bureaux
Proposition 8 : Créer des véhicules dédiés aux transformations « foncières de
transformation de bureaux » (« FTB »)
Les grands propriétaires d?actifs de bureaux vacants ont actuellement assez peu de
marges de manoeuvre pour réaliser la nécessaire mutation de leur parc (cf. chapitre 2).
Pour faciliter la réalisation des opérations de transformation d?actifs tertiaires obsolètes
en logements et travailler sur la mutualisation et le partage de valeur pour réussir la
mutation des bureaux vacants en logements, il est proposé de créer un véhicule
spécifique de transformation bénéficiant d?un régime dérogatoire justifié par des
objectifs de sobriété carbone et d?utilité sociale.
Ce régime ferait l?objet d?un agrément de l?Etat au niveau régional.
Toute personne morale de droit public ou privé ayant une activité immobilière
(notamment foncière, SCPI, SIIC, société de participation ?) pourrait créer une
« foncières de transformation » ou « FTB ».
Ces véhicules permettraient des dérogations spécifiques liées à la nature des opérations
de transformation.
Ils pourraient être créés à partir de scissions de SCPI, et pourraient participer à des
sociétés de participation.
Les conditions à respecter pour bénéficier de ce statut :
? Au moins un tiers de surface transformable?;
? Possibilité d?apporter des immeubles voués à la démolition sous réserve que les
charges foncières libérées soient dédiées à la production de logements ;
? Dépôt des demandes de permis dans les deux ans suivant l?apport, sauf
dérogation acceptée par le préfet, à défaut du respect de ce délais, perte des
avantages comptables (consolidation des pertes) et fiscaux associés.
Les avantages de ce statut?:
? Déplafonner le montant maximum de travaux réalisable par la « FTB » dans le
cadre d?une transformation de bureaux en logements (exclure les FTB de
l?article 214-157 du code monétaire et financier, nouvel article réglementaire) ;?
? Déplafonner la possibilité de revente annuelle (idem) ;
? Rendre fongible les moins-values des « FTB » pour les particuliers : la totalité
des plus-values et des revenus générés dans la FTB viendraient compenser les
moins-values réalisées sur les immeubles cédés en moins-value, en s?inspirant
des dispositions pour les associés soumis aux bénéfices professionnels qui ont
déjà la possibilité de compensation des moins-values /plus-values (modification
de l?article 150 VD du CGI) ;
? Soumettre l?ensemble des travaux de transformation de locaux en logements
réalisés par une FTB à une TVA à 5,5% justifiée par les objectifs de sobriété
carbone ;
57
? Exonérer les FTB de toute fiscalité supplémentaire sur les bureaux pendant 10
ans : figer la redevance bureaux en Île-de-France et PACA et exclure les bureaux
vacants d?une éventuelle taxe sur les bureaux vacants ;
? Maintenir pendant 20 ans les droits acquis du paiement de la taxe pour
création de bureaux en cas de réversibilité du bâtiment, c?est-à-dire d?un retour
à un usage de bureaux. Cette mesure vise à encourager les changements d?usage
successifs des bâtiments en fonction des évolutions du contexte et des besoins
locaux.
Ces avantages seraient cumulables avec les mesures de «?droit commun?», notamment
permises par la loi Daubié, ou celles proposées dans le cadre des groupes de travail
(Vente d?Immeuble à Transformer (VIT), ORT, permis de démolir?).
Proposition 9 : Etendre le régime Denormandie jusqu?en 2032, en réduisant
son périmètre à des opérations de rénovation globale (incluant les
transformations immobilières)
Le dispositif « Denormandie » est une aide fiscale accordée dans le cadre d'un
investissement locatif. Il est destiné à encourager la rénovation et concerne aussi bien un
logement ancien faisant l'objet de travaux d'amélioration, qu?un local transformé en
usage d'habitation.
Afin de répondre aux besoins en logements, de soutenir le modèle économique de la
transformation de bureaux en logements et contribuer à une trajectoire bas carbone de
l?immobilier, il est proposé de prolonger la durée du dispositif Denormandie jusqu?en
2032.
En vue de réduire l?impact pour les finances publiques au-delà de 2028, il est proposé de
limiter le type d?opérations éligibles à cette prorogation aux rénovations globales
(logements + parties communes).
Les périmètres géographiques seraient inchangés, tout comme les bénéficiaires
(investisseurs particuliers réalisant des opérations de rénovation ou transformation et
mettant les logements en location dans le respect des plafonds de loyers et de
ressources). Les particuliers porteurs de parts de SCPI de transformation, dans la
logique de la transparence fiscale existante, bénéficieraient des avantages du
Denormandie sur les opérations de transformation en logements locatifs pilotés par
le gestionnaire d?actif.
Inscrire ce dispositif dans le temps présente de nombreux avantages :
? Urbanisme : contribution à la densification douce et à la lutte contre l?étalement
urbain.
? Écologie : valorisation du bâti existant, réduction des émissions carbone liées à
la construction neuve.
? Économie : relance de l?activité dans le secteur de la rénovation et de
l?architecture, dynamisation de quartiers en mutation.
? Social : création de logements abordables dans des zones en tension,
amélioration de la mixité fonctionnelle et sociale.
? Fiscalité : optimisation des outils existants sans création ex nihilo de dispositifs
supplémentaires.
58
E - Adapter la fiscalité pour encourager la réalisation des opérations
Des dispositifs fiscaux incitatifs existants à préserver et conforter
Afin d?encourager les mutations immobilières, sur le plan fiscal, plusieurs dispositifs
existants peuvent permettre un abattement partiel ou total de la fiscalité applicable :
? Une exonération totale de DMTO avec l?application du seul droit fixe de 125
euros. Cette exonération possible est subordonnée à la condition que le
redevable s?engage à minima à transformer et à achever les locaux concernés en
un immeuble neuf dans un délai de quatre ans, c?est le principe de l?engagement
de construire de l?article 1594-0 G a du CGI (prolongeable de deux ans dans
certaines conditions).
? L?engagement de revendre : Afin de limiter les effets d'une imposition en
cascade, le législateur a prévu un taux d'imposition réduit, avec une taxe de
publicité foncière réduite de 0,715% (article 1115 du CGI) lorsque les mutations
d'immeubles ou de droits immobiliers s'inscrivent dans une activité commerciale
d'achat en vue de la revente destinée à faciliter l'ajustement des marchés foncier
et immobilier. Toutefois, ce régime de faveur est enserré dans une durée maximale
fixée à cinq ans, qui vise à éviter la rétention foncière. À l'inverse, cette contrainte
de délai peut être écartée si ces opérations ont vocation à produire un immeuble
neuf soumis à la taxe sur la valeur ajoutée. La réforme de 2010 a étendu la portée
de ce régime qui peut désormais bénéficier à toutes les personnes assujetties à la
TVA au sens de l'article 256 A du CGI.
? Un allègement de la taxation sur les plus-values immobilières pour la cession
de biens en vue de réaliser des logements :
o Pour les propriétaires personnes morales, un taux réduit d?impôt (19%) sur
les sociétés sur la plus-value immobilière (Article 210 F II du Code Général
des impôts) avec un délai de quatre ans pour construire des logements.
o Pour les propriétaires personnes physiques, une exonération totale sur la
plus-value, lorsque les cessionnaires ? notamment les organismes HLM,
les SEM, l?AFL ? prennent l?engagement de réaliser majoritairement des
logements sociaux, ou encore lorsque tout cessionnaire prend
l?engagement de réaliser exclusivement des logements sociaux (Article
150-U II 7° du Code Général des impôts) dans un délai de quatre ans.
o S?y ajoute un abattement exceptionnel temporaire sur les plus-values
résultant de biens immobiliers bâtis situés en zone tendues (60%) et dans
certains secteurs (GOU et ORT ? 75%), s?ils sont transformés dans un délai
de 2 ans. Il est porté à 85% si plus de 50% des surfaces de l?opération sont
du logement social ou intermédiaire (Article 150 VE du Code Général des
impôts) ? Cette mesure, mise en place en 2021, est en vigueur jusque
fin 2025, son prolongement permettrait d?accélérer le processus de
transformation.
59
? Une exonération de taxe sur les bureaux11 en Île-de-France et en région
Provence-Alpes-Côte d?Azur, mise en place dans la loi de finances pour 2025
(article 231 ter du CGI), reprenant la proposition de loi de M. Daubié. Cette
exonération concerne les biens vacants au 1er janvier de l?année d?imposition et
faisant l?objet d?un engagement de transformation en logements dans un délai de
4 ans.
Proposition 10 : Réformer la taxe foncière applicable aux opérations de
transformations pour encourager les maires à transformer
En transformation, la démolition/reconstruction est souvent privilégiée pour des raisons
techniques, mais l?est aussi souvent pour des raisons financières.
La fiscalité actuelle privilégie la démolition/reconstruction, puisque pendant la phase de
travaux, le projet est exonéré de taxe foncière en cas de démolition/reconstruction, alors
qu?en cas de réhabilitation, la taxe foncière est due.
Pour favoriser une transformation répondant aux enjeux de transition écologique (la
préservation autant que possible des structures) et de mise sur le marché de logements
abordables, il est proposé de rétablir cette équité de traitement en assujétissant les
bureaux à transformer à la taxe foncière non bâtie pendant la durée des travaux.
Cette fiscalité pourrait s?appliquer d?une part pendant la durée des travaux de
transformation et d?autre part, dès le dépôt d?un « permis de transformer » par les
propriétaires / asset managers auprès de l?administration.
Pour aller plus loin, si nous voulons supprimer l?incitation à ne rien faire, créer une
incitation à examiner les projets de transformation de bureaux en logements et tirer les
conséquences de la réalité de la valeur déclinante de marché de ces immeubles, il
faudrait que les recettes de taxe foncière d?un immeuble durablement vacant (vide à plus
de 70 % depuis deux ans) soient amputées d?un pourcentage progressif au fil des années
d?inoccupation.
Il ne s?agirait ici que de réduire la recette de la commune, de manière croissante, tout en
conservant le même paiement par le propriétaire, sur la base de la valeur locative
cadastrale actuelle et de l?évolution des taux votés. Il ne faudrait que ceci conduise à une
réduction de la taxe foncière payée par le propriétaire : même si cela serait cohérent
économiquement avec la valeur de son actif, ceci réduirait l?utile pression à transformer
que constitue pour lui la taxe foncière, composante majeure du coût de portage d?un
immeuble vide.
11 Il convient de rappeler que les propriétaires sont redevables de cette taxe même si leur bâtiment de
bureaux est impropre à sa destination d?origine. La mesure étant entrée en vigueur au 1er janvier 2025 pour
les opérations de transformation pour lesquelles la délivrance de l?autorisation d?urbanisme intervient à
compter de cette date, aucun effet rétroactif n?est prévu pour les opérations déjà lancées. Pour les
nouvelles opérations, cette mesure permet un allègement fiscal pendant la période travaux.
60
Conclusion
La vacance des immeubles de bureaux est désormais structurelle et va continuer à
augmenter. Il est donc essentiel, dès aujourd?hui, de lever les freins à la transformation
de ces actifs au risque de voir se dessiner dans le paysage urbain d?importantes friches
tertiaires. S?il se généralise, ce phénomène serait d?autant plus incompréhensible au vu
de la tension sur le marché du logement et des quatre millions de personnes confrontées
au mal-logement.
Nous sommes convaincus que la transformation est économiquement possible en
tenant compte des volumes et des coûts des actifs tertiaires échoués. La taille du marché
est suffisamment importante pour avoir un impact significatif et faire rentrer à nouveau le
logement dans la catégorie des actifs d?efficacité économique. Au-delà de la
démonstration de la faisabilité économique des opérations, il reste encore de nombreux
obstacles à franchir ? financier, réglementaires, politiques et organisationnels ? afin de
passer d?un développement ponctuel à une véritable massification des projets de
transformation.
Cette situation est d?autant plus intéressante à envisager à l?échelle du Grand Paris,
notamment en lien avec la création du Grand Paris Express ? dont le rapport d?André
Yché souligne le poids financier pour les municipalités. Elle ouvre en effet la possibilité
de construire, pour des millions de Franciliens, une « ville du quart d?heure » décarbonée
sur le plan de la mobilité. À cette échelle, celle du Grand Paris, il devient possible de
repenser à la fois le bureau et le logement, en les inscrivant dans une vision de la ville de
demain : une ville désirable, qui intègre non seulement les enjeux environnementaux,
mais aussi la mixité des usages et des populations.
L?offre de logements issue de la transformation des bureaux ou locaux d?activités ne
pourra pas se limiter à la production d?une offre de logements gérés (résidences pour
étudiants, seniors ou coliving), mais devra être envisagée dans toutes ses composantes.
Il s?agira notamment de repenser le modèle d?accession à la propriété en incitant
fortement aux modes de détention alternatifs tels que le bail réel solidaire, le
démembrement et le leasing immobilier. L?objectif est de fluidifier le parcours résidentiel
des ménages et de le rendre possible et attractif grâce à une offre diversifiée :
? Logement locatif social, conçu à la fois comme une étape transitoire pour le plus
grand nombre et comme une solution pérenne lorsque nécessaire ;
? Logement social en accession, via des dispositifs tels que le bail réel solidaire
(BRS), le PSLA (Prêt Social Location-Accession), ou la vente HLM ;
? Logement locatif intermédiaire, destiné à ceux dont les revenus dépassent les
plafonds du logement social sans atteindre ceux du marché libre ;
61
? Logement intermédiaire en accession, y compris à travers des montages en
démembrement (comme le bail emphytéotique) ;
? Logement libre à la location, accessible sur le marché sans condition de
ressources ;
? Logement libre en accession progressive, via des dispositifs comme des baux
emphytéotiques ou d'autres formes innovantes de portage ;
? Logement libre en pleine propriété, dans le cadre du marché classique.
Les acteurs publics et privés que nous avons auditionnés sont conscients des enjeux et
prêts à relever le défi. Ils nous ont fait part de nombreuses propositions. Les différentes
mesures que nous avons formulées dans ce rapport s?inscrivent dans une logique
pragmatique, territoriale et incitative.
Il s?agit de conférer un vrai statut aux opérations de transformation (la « vente d?immeuble
à transformer ») y compris sur les normes environnementales, de donner des outils aux
élus locaux à travers une adaptation des Opérations de Revitalisation de Territoire (ORT),
et d?inciter les investisseurs à se réorienter vers le logement grâce à la création de
véhicules dédiés aux transformations et en révélant la valeur de transformation.
Aux volumes actuels, la question financière est gérable par chacun des acteurs si tout le
monde joue le jeu. Outre le développement du logement, d?autres pistes ont été
évoquées lors de l?élaboration de ce rapport et mériteraient d?être approfondies. Parmi
elles, l?immobilier de l?Etat en est une. L?objectif affiché de réduire de 25% l?immobilier
de bureau des services appartenant à l?Etat pourrait être l?occasion de repenser leur
localisation. En déménageant une partie des services de l?Etat à la Défense, Nanterre,
Saint-Ouen-sur-Seine et Saint-Denis, la vacance serait considérablement réduite sans
travaux ni changement de destination. Par ailleurs, à l?instar de ce qu?a fait la Chambre
de Commerce et d?Industrie pour son patrimoine situé avenue de Friedland dans le 8ème
arrondissement de Paris, des cessions sous forme de bail emphytéotique sur 60 ou 80
ans pourraient être étudiées. Cela permettrait de dégager des revenus tout en conservant
la propriété sur le long terme.
Une autre piste à explorer est celle de la transformation en établissements scolaires. Au
sein d?un secteur de bureaux obsolètes à transformer, il pourrait être envisagé d?en
convertir une partie en école publique. Cela permettrait ainsi de répondre aux besoins
scolaires issus de l?arrivée de nouveaux ménages dans les logements transformés.
62
Annexes
63
Annexe 1 ? Liste des personnes auditionnées
ADI
? Frédéric Goupil de Bouillé, Président
AEW
? Raphaël BRAULT · Chief Investment Officer Europe & Head of France
Altarea
? Edward ARKWRIGHT - Directeur général
ASPIM
? Véronique DONADIEU - Déléguée générale
? Marc PÉTILLOT - Administrateur
Axe Immobilier
? Cédric DE LESTRANGE - Président
AXA IM-Real Assets
? Nathalie SAVIER LACOUR - Co-Head of Development France
La Banque Postale
? Priscilla LE PRIELLEC - Directrice du département des financements immobiliers
Structurés et Promotion Immobilière
Banque européenne d?investissement
? Denis BAVAREZ - External relations officer
? Grégoire CHAUVIÈRE LE DRIAN - Chef du bureau BEI France
? Stéphane DECHRISTÉ - Chargé d'affaire secteur public à la direction des opérations
Bridge Real Estate
? Olivier BOUSSARD - Président et Fondateur
Brownfields
? Patrick VITERBO - Président
Caisse des Dépôts
? Kosta KASTRINIDIS - Directeur des prêts
? Richard CURNIER - Directeur régional Île-de-France
CBRE
? Fabrice ALLOUCHE - Président
CDC Habitat
? Thierry LAGET - Membre du directoire en charge du développement du groupe
CMS Francis Lefevre
? Gaëtan BERGER-PICQ - Avocat associé
? Ludovic DUGUET - Avocat associé
? Cathy GOARANT-MORAGLIA - Avocate associée
Covivio
? Olivier ESTÈVE - Directeur général délégué
64
EPFIF
? Gilles BOUVELOT - Directeur général
Etude Chevreux
? Michèle RAUNET - Notaire associée
Etude du 25
? Laurent BOUILLOT - Notaire associé
? Magali DE ALMEIDA-PALARIC - Notaire associée
FEI fédération des entreprises immobilières
? Maryse AULAGNON - Présidente
? Delphine CHARLES-PERONNE ? Déléguée générale
Fédération des Promoteurs Immobiliers
? Pierre VITAL - Vice-Président
? Didier BELLIER-GANIERE - Délégué général
Gecina
? Beñat ORTEGA - Directeur général
? Glenn DOMINGUES - Secrétaire du Conseil d?administration
Grand Paris Aménagement
? Fabien GUISSEAU - Directeur général adjoint en charge du développement et des
partenariats stratégiques
Groupama Immobilier
? Edouard BLIN - Directeur de l?Asset Management Tertiaire
Groupe 3F
? Bruno ROUSSEAU - Directeur général adjoint Maîtrise d?ouvrage
? Nazir SAFLA - Directeur du développement Île-de-France
Icade
? Audrey CAMUS - Directrice générale de la Foncière
? Véronique MERCIER - Responsable des affaires publiques
IFPimm
? Olivier COLONNA D?ISTRIA - Président
? Jean-Michel ROYO ? Conseiller du Président
Kareg
? Raphaël TRÉGUIER - Président et Fondateur
Linkcity
? Bernard Mourey - Directeur général
Métropole du Grand Paris
? Patrick Ollier - Président et Maire de Rueil-Malmaison
Mirabaud
? Olivier SEUX - Directeur général
? Annabel GLUCKSTEIN - Secrétaire générale
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Nexity
? Sharon ELBAZ - Président de Nexity Héritage
? Eric BARBARIN - Directeur général de Nexity Patrimoine et Valorisation
Novaxia
? Joachim AZAN - Président
? Guillaume ESTÈVE - Membre du directoire de Novaxia Investissement
? Romain FERRÉ - Directeur de la promotion de Novaxia Développement
? Jean-Baptiste LABADIE - Directeur de cabinet et Directeur des affaires publiques
Paris Habitat
? Cécile BÉLARD DU PLANTYS - Directrice générale
? Hélène SCHWOERER - Directrice générale adjointe Maîtrise ouvrage
Paris La Défense
? Pierre-Yves GUICE - Directeur général
? Céline CRESTIN - Directrice stratégie et développement responsable
Praemia REIM
? Marc BERTRAND - Président du Directoire
Pyramides Notaires Associés
? Xavier LIÈVRE - Notaire associé
Région Île-de-France
? Jean-Philippe Dugoin-Clément - Vice-Président du Conseil Régional ? Maire de
Mennecy
RIVP
? Christine LACONDE - Directrice générale
? Daniel SCHNEIDER - Directeur de la construction et du développement
Société de la Tour Eiffel
? Christel ZORDAN - Directrice générale
Société des grands projets
? Antoine BOURGUIGNON - Responsable des projets immobiliers
SPL Lyon Part Dieu
? Florent SAINTE FARE GARNOT - Directeur général
? Thierry PERROT - Directeur du développement
Vinci Immobilier
? Virginie LEROY - Présidente
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Annexe 2 ? Comparaisons internationales
La crise du bureau est internationale, les taux de vacance explosent dans beaucoup de
pays. Y compris dans les pays « libéraux », comment cherchent-ils à résoudre la crise et
financer la transformation ?
La première évidence est que la majorité des pays traite le problème de manière
institutionnelle avec une mixité de solutions adaptées à leur problématique qu?elle soit
nationale ou au niveau d?une métropole.
Angleterre : Autorisé dans tous les cas
En Angleterre, depuis le « Growth and Infrastructure Act » de mai 2013, il est possible de
convertir un bâtiment de bureaux en logements résidentiels sans avoir besoin d'une
autorisation de planification. Cette décision de déréglementation a été prise par le
gouvernement central pour augmenter l'offre de logements et favoriser la réutilisation des
bureaux vacants.
L?autorisation de construire de l?autorité locale d?urbanisme (LPA) est généralement
nécessaire pour effectuer des opérations de construction et/ou pour modifier «
matériellement » l?utilisation d?un bâtiment ou d?un terrain ».
Les droits d?aménagement autorisés (PDRs) permettent aux particuliers et aux
promoteurs d?apporter certaines modifications aux bâtiments ou aux terrains sans avoir
à demander et à obtenir un permis de construire de la LPA. Les PDR sont accordés par
le Parlement et définis dans la loi.
La plupart des PDR sont soumis à certaines conditions et limitations :
- Peut-être restreint pour les zones protégées ou les bâtiments classés,
- Les LPA peuvent restreindre certains PDR sur une partie du territoire en utilisant
un « article 4 direction ». Cependant cet usage doit être mesuré et ciblé,
- Certains aménagements sont couverts par des PDR mais nécessitent une «
approbation préalable » de la LPA.
Depuis 2013, le changement d'affectation de bureaux en logements est couvert par les
PDRs, ce qui signifie qu'aucune autorisation des LPA n'est requise. En revanche, pour des
changements vers d'autres types d'affectations (magasins, restaurants, etc.), une
autorisation reste nécessaire.
Une étude commandée par le gouvernement en 2020 a révélé que les logements créés
grâce aux PDR entraînaient des « environnements résidentiels de moins bonne
qualité » que ceux nécessitant une autorisation de planification de la part de l'autorité
locale. Les chercheurs ont soutenu qu'il était nécessaire « d'aller au-delà des chiffres
globaux pour se demander si nous créons le bon type de logements, aux bons
endroits »
-- Potentiel --
Entre 2015/16 et 2022/23, 102 830 nouveaux logements ont été créés grâce aux PDR
pour changement d'affectation. La majorité de ces logements (89 %) ont été réalisés par
la conversion de bureaux et d'autres unités commerciales, d'affaires et de commerce.
https://www.gov.uk/government/publications/quality-standard-of-homes-delivered-through-change-of-use-permitted-development-rights
67
Les logements créés par les PDR pour changement d'affectation représentaient environ
6 % des nouveaux logements nets livrés entre 2015/16 et 2022/23.
Madrid : Une mesure provisoire
Le 5 juin 2024, la Communauté de Madrid1 a adopté la « Loi 3/2024, du 28 juin, de
mesures urbanistiques pour la promotion du logement protégé » visant à promouvoir
le logement social. Cette loi introduit un régime temporaire pour faciliter le changement
d'affectation des terrains et bâtiments classés en bureaux, afin de les transformer en
logements sous protection publique2 (VPP) sans avoir à modifier le plan d'urbanisme.
Ce nouvel outil, mis à la disposition des municipalités, a été utilisé par la ville de Madrid.
Certaines conditions à respecter :
? Reconversion en logements soumis à un certain type de protection en régime
de location, favorisant ainsi la location abordable
? Mesure provisoire : Les demandes de changement d?usage doivent être faites
dans un délai de 2 ans, et les travaux doivent être achevés dans un maximum de 3
ans.
? Interdiction de mises en oeuvre partielles : Le changement d?usage doit
concerner l?intégralité du bâtiment.
Cette politique s?accompagne d?un nouveau dispositif qui supprime une règle municipale
obligeant à préserver de grandes cours intérieures dans les quartiers centraux. Cela a
facilité la transformation d?immeubles de bureaux en logements, car les projets ne
perdent plus de surface constructible ? un obstacle majeur aux changements d?usage
des bâtiments tertiaires en résidentiel.
-- Potentiel --
Une étude du cabinet de conseil EY indique qu?il y a environ 1,8 million de m² de
bureaux inutilisés qui pourraient être transformés en zones résidentielles à Madrid au
cours des 20 prochaines années (avec l?essor du télétravail), ajoutant environ 20 000
appartements au marché. La municipalité estime que la mesure de facilitation de
transformation pourra entrainer la construction d?environ 7 500 logements sociaux en
location.
Allemagne : Plan de financement pour 2025
En Allemagne, le programme de subvention « Gewerbe zu Wohnraum » (« commercial en
logement ») pour la transformation de bureaux en logements sera lancé en 2025, financé
par la KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau - un établissement public allemand parmi les
quinze premières banques du pays).
Le programme de financement supplémentaire sera mis en place pour les propriétaires
et investisseurs souhaitant convertir des espaces commerciaux en logements. Doté d'un
budget total de 480 millions d'euros, ce programme vise à favoriser la transformation
écologique des bâtiments et à réduire les espaces vacants en offrant des financements
et des prêts à taux avantageux (le montage de la subvention est en élaboration). Le
68
financement sera également assuré par le Fonds pour le climat et la transformation
(KTF)
-- Potentiel --
Selon des études récentes, rien que dans les sept plus grandes villes d?Allemagne,
environ 1,8 million de m² de surfaces de bureaux potentiellement sont disponibles et
convertibles en logements.
Dans toute l?Allemagne, l'Institut Pestel (Hanovre) et l'Institut de recherche en
construction du Schleswig-Holstein ARGE pour la construction contemporaine à Kiel ont
déterminé qu'il existe un potentiel de jusqu'à 235 000 nouvelles unités résidentielles
en transformant ces espaces.
Pays-Bas : un panel d?outils
Les Pays-Bas disposent de plusieurs outils pour promouvoir la transformation de bureaux
en logements :
Procédures simplifiées : La transformation de bureaux en logements est facilitée par la
procédure BOPA de la « Omgevingswet », qui permet de déroger aux règles du plan
d'urbanisme. Cette procédure est accélérée, avec un délai de décision de 8 à 14
semaines (contre 6 mois pour une modification du plan d'urbanisme). L'autorisation
est accordée uniquement si l'initiative respecte le principe de « répartition équilibrée
des fonctions », c'est-à-dire si elle s'intègre harmonieusement à son environnement.
Aides financières et fiscales :
? Les subventions et des allègements fiscaux (exemption de TVA sur la vente et la
location) sont accordés pour favoriser la transformation de bureaux en logements,
notamment pour les bâtiments historiques.
? Un budget de 150 millions d'euros est alloué pour soutenir les transformations,
avec des prêts de 500 000 ¤ à 3,5 millions d?euros, couvrant jusqu?à 50 % des coûts
d?achat et/ou de développement. Au moins les deux tiers d?un projet doivent être
constitués de logements abordables.
Rôle des municipalités : Certaines réaménagent leur propre patrimoine, tandis que
d?autres facilitent et encouragent les initiatives privées à travers des politiques urbaines
favorables. Cela passe notamment par l?achat et la transformation de bâtiments vacants
(commerces, anciens bâtiments publics), ou le lancement de projets de renouvellement
urbain (comme la reconversion d?anciennes zones industrielles), tout en veillant à
préserver une mixité fonctionnelle entre habitat et emploi.
-- Potentiel --
En 2023, environ 8 800 logements ont été créés via la transformation immobilière,
contribuant significativement à l?objectif annuel de 100 000 logements.
Sur la dernière décennie, environ 10 000 logements par an ont été issus de la conversion
de bureaux, mais ce potentiel diminue du fait du manque de bureaux à transformer.
D?ici 2030, 10 000 à 20 000 logements supplémentaires pourraient encore provenir de
transformations de bureaux. La reconversion de magasins vacants pourrait générer 2 250
à 3 600 logements par an, sous réserve d?initiatives adéquates.
69
Belgique : Région de Bruxelles
Depuis 2013, les opérateurs privés qui réalisent des conversions de bureaux en
logements sont exonérés de charges d?urbanisme.
Dans le cadre de la réforme du Règlement Régional d?Urbanisme (Good Living), la
Région de Bruxelles-Capitale introduit plusieurs dispositions visant à favoriser la
réutilisation du bâti existant. La démolition devient une exception, avec l?obligation de
préserver ou de rénover toute construction existante. La conversion, notamment en
logements, est encouragée par une approche orientée vers les résultats plutôt que les
moyens. Toute nouvelle construction de plus de 2 000 m² (contre 1 000 m² avant l?enquête
publique) devra être conçue pour permettre une reconversion vers une autre affectation
autorisée.
Sur le plan fiscal, la TVA est réduite de 21 % à 6 % pour les travaux de transformation,
rénovation, amélioration ou réhabilitation d?un immeuble existant. Cette réduction
s?applique à la fois à la main-d?oeuvre et aux fournitures, à condition que les travaux soient
effectués par un entrepreneur agréé. Elle ne s?applique pas aux reconstructions
totales, qui restent soumises au taux normal.
Enfin, le déplafonnement des loyers est autorisé dans les quartiers à revenu élevé lors de
conversions en logements.
-- Potentiel --
En 2021, Bruxelles a connu une conversion exceptionnelle de 182 000 m² de bureaux vers
d'autres affectations, en 2022, ce chiffre est redescendu à 116 000 m², représentant un
retour à un niveau moyen.
En moyenne, 70 % de ces surfaces sont transformées en logements, ce qui a permis à
la conversion de bureaux de contribuer à environ 23 % de la production nette de
logements en 2021.
Entre 2018 et 2022, seules 0,6 % des reconversions ont eu une finalité sociale. La
majorité des projets sont de haut standing, afin de garantir leur rentabilité.
Aux Etats-Unis
New York, Washington, San Francisco, Chicago, Los Angeles des politiques invitatives
pour faciliter ces transformations. Cela va jusqu?à toucher des immeubles iconiques
comme le Iron Flat building à Manhattan en le transformant en résidentiel de luxe.
La Ville de NY a mis plusieurs mesures en place par le biais de financement public et
d?incitations fiscales. Les incitations fiscales sont principalement destinées au logement
abordable, elles semblent conséquentes et se concrétisent par une exonération de taxe
foncière pendant la construction puis pendant des années, de façon évolutive et en
fonction de la localisation (plus l?immeuble converti est dans un secteur prime, plus la
durée de l?exonération est importante). De plus, un point de contact unique au sein de la
municipalité pour faciliter les projets de conversions. L?impact est une hausse annuelle
de 60% des opérations de conversion.
70
Au Canada
La ville de Calgary a lancé un programme de conversion : le Downton Development
Incentive Program où l?incentive est une subvention de 540¤ par m2 converti.
***
Dans tous ces pays, le rôle de la puissance publique n?a pas été seulement incitatif mais
toujours porté par une volonté politique forte via des programmes spécifiques.
Les délais sont raccourcis, le risque de refus est très souvent éliminé car la demande
émane de celui qui autorise, les accompagnements vont de subventions à des
avantages fiscaux de longue durée, voir les deux.
Il s?agit d?une sorte de policy mixte où le dosage optimal entre la simplification des
normes et des risques administratifs d?une part, et les modèles économiques d?autre part
est recherché.
Tout cela n?a qu?un but ; rendre économiquement possible, rapide et désirable par les
propriétaires et les investisseurs, le maximum possible de transformation d?actifs
échoués en actif d?efficacité économique, le plus souvent du logement ; des opérations
qui n?auraient pu se faire autrement.
Des mesures punitives n?auraient réellement d?impact que si nous offrons parallèlement
un chemin vertueux de sortie de cette situation.
Les contraintes budgétaires nationales comme locales sont telles que les montages
économiques devront se faire sur la base d?une neutralité, toute dépense devant être
compensée par une recette équivalente.
Les solutions proposées, impliquant toutes les parties, des efforts peuvent cependant
être envisagés en contrepartie d?avantages y compris une organisation efficiente et
dédiée des services de l?Etat pour faciliter les opérations.
71
Annexe 3 ? Les principaux propriétaires de bureaux
1. Les compagnies d?assurance (vie et IARD)
L?augmentation de leur allocation d?actif à 6%-7% de leur allocation d?actif a été très liée
à la baisse des taux longs, l?immobilier apparaissant comme l?actif idéal pour se protéger
à long terme de l?inflation, actif de duration longue aux revenus indexés sur l?inflation -
tout en ayant une faible volatilité historique (volatilité de 7% versus 20% pour les actions
et 8 à 12% pour les obligations d?Etat à 10 ans).
Les compagnies d?assurance vie sont bien évidemment une règlementation beaucoup
plus contraignante (solvabilité 2) que les « non-vie » du fait de l?engagement de liquidité
et de performance qu?elles ont vis-à-vis des particuliers détenteurs de contrats en Euros.
98% de leur immobilier sont des actifs tertiaires (source AFII), le logement n?étant plus
considéré comme suffisamment attractif.
Une évolution souhaitable vers une détention de logements à faciliter par la CDC et
bailleurs type Action Logement :
Le rendement servi aux assurés sur l?assurance vie (contrat en Euro) est de l?ordre de
2,6% par an (moyenne 2024) donc très comparable au rendement triple net du
résidentiel. Compte tenu de la résilience du logement, il ne serait pas incompatible en
termes d?allocation d?actifs aux conditions expresses que soit adressés les principaux
obstacles bien réels :
? Une gestion locative déléguée (ce qui est possible avec les grands opérateurs que
sont les Groupes CDC et Action Logement)
? Solvabilité 2 : réduction très forte du coefficient de 25% à 10% du coefficient S2 sur
l?immobilier, rendant ainsi attractif le risque rendement du résidentiel.
o La liquidité que doit pouvoir avoir un assureur pour répondre aux
caractéristiques du contrat en euro : cette question pourrait être traitée via une
prise en pension des titres de propriété des foncières (contre un prêt de la BdT)
(utilisation très théorique mais nécessaire pour réduire le coefficient).
o Le logement est très résilient et se compare en termes de risque à une
obligation notée A (faible risque sur les revenus et de baisse de valeur
comprise entre 10 et 15% sur un horizon de 10 ans), alors que le tertiaire est
beaucoup plus volatile et, comme le démontre la situation actuelle, les risques
de perte définitives de valeur sont conséquentes. Pour se couvrir de ce
risque de perte des acteurs tels que Action Logement ou la Banque des
Territoires pourraient leur vendre des ?options de vente à l?européenne »
d?une maturité de 10 ans avec un prix d?exercice à 85% du prix d?origine. Le
ratio de S2 serait ainsi réduit à 10% et le risque-rendement du logement
serait ainsi attractif pour les assureurs vie. Du côté des émetteurs de ces
options de vente, l?exercice de ces options de vente à l?Européenne les rendrait
acquéreur contracyclique de logements à 15% de décote du prix d?origine 10
ans avant. Historiquement, sur 10 ans glissant ce risque ne s?est concrétisé
qu?une fois depuis 1945 avec une perte en capital de 4%.
72
2. Les foncières cotées (SIIC)
Les foncières sont confrontées à un double enjeu : la pression exercée par la hausse des
taux d?intérêt, en raison de leur effet de levier, et la problématique de la reconversion des
bureaux vides devenus obsolètes.
Compte tenu de leur situation financière dégradée et d?une capitalisation boursière sous
pression, les foncières se trouvent dans l?incapacité d?accroître leur endettement sans
compromettre leurs covenants, ni de procéder à des augmentations de capital autrement
que fortement dilutives ? sous réserve, par ailleurs, que le taux de rendement implicite
post-opération soit suffisamment attractif pour justifier l?allocation de nouveaux
capitaux.
Le graphique des décotes par rapport à l?actif net réalisable met en évidence deux
éléments clés : d?une part, le scepticisme persistant du marché quant à la justesse des
valorisations comptables et/ou des perspectives locatives ; d?autre part, l?impact de
l?effet de levier sur la valeur des fonds propres ? dans la mesure où la dette,
remboursable au pair, absorbe mécaniquement une part croissante de la perte de valeur
de l?actif en contexte de revalorisation négative.
Décotes et Surcotes des principales SIIC entre 2023 et 2024
Source : IEIF, à partir de données Euronext, Six financial information et rapports annuels
73
Le patrimoine brut des 6 premières foncières cotées (Covivio, Gecina, Icade, Altaréa,
Klépierre, Unibail Rodamco Westfield)12, représente76% de l?indice des foncières IEIF, et
plusieurs points interpellent :
Les bureaux ne représentent finalement qu?une faible part de leur patrimoine.
Hors URW et Klepierre (qui sont des foncières quasiment exclusivement de commerce),
les compagnies d?assurance et les caisses de retraites sont actionnaires à 42% des
SIIC (rappelons qu?avec le statut SIIC, 2003, elles sont exonérées d?IS y compris sur
les plus-values de cession ; par transparence fiscale ce sont les actionnaires qui le
payent, or les caisses de retraite n?en payent pas, comme les assureurs vie qui sont
au forfait).
Quelques points d?ordre général :
? La faiblesse de la capitalisation boursière en actifs immobiliers : l?ensemble des
marchés cotés français représente 3.375 Mrds et les foncières cotées ne
représentent que 1% de la capitalisation boursière du marché français. A
l?inverse, les Français épargnent 62% de leur patrimoine financier dans
l?immobilier (essentiellement résidentiel), soit ¤8.000 Mrds. On voit bien, une
fois de plus, les dommages que fait aujourd?hui l?absence de capitaux à long
terme (cf fonds de pension). Aux USA, les foncières représentent l?équivalent de
11% du Dow Jones et il n?est pas rare de voir des foncières cotées valoir 50 à 80
Mrds. Par ailleurs, les Américains sont propriétaires à 65% de leur résidence
principale contre 57% en France?
? Une absence quasi-totale de résidentiel dans les patrimoines des foncières
cotées à l?exception de Covivio qui investit en Allemagne (29% de son actif brut)
? La chute des valorisations, URW était valorisé à lui seul 26 Mrds avant la crise.
12 Voir données par foncière en annexe 1
Capitalisation des principales SIIC (M¤) 34 594
Poids dans l'indice foncière France IEIF 76%
Patrimoine brut 122 130
Centres Commerciaux 95 948
Bureaux & Autres 16 494
Congrès & Expositions 28 263
Activités de services 42 169
Patrimoines détenus par cie Assurance / caisse de retraite 21 763
Patrimoine brut hors URW et Klepierre 52 193
% détenus par cies d'assurance 42%
74
Evolution de l?immobilier coté en Europe entre 2019 et 2024
Les investissements nets des SIIC sont négatifs depuis plus de 20 ans.
Evolution de l?investissement net des SIIC en France 2012 - 2024
On constate également que les principales sources de financement sont des apports
dans le cadre de rapprochements capitalistiques.
75
Evolution de l?activité des SIIC sur les marchés des capitaux en France 2012 - 2024
Le recours à l?emprunt était plus facile et rentable pour les actionnaires? et a augmenté
l?effet de levier.
Evolution des volumes d?émissions obligataires des SIIC en France 2014 - 2024
76
SIIC, données sur l?actif et le passif
Conclusion : la situation financière des SIIC, sauf exception, ne permet généralement
pas d?absorber l?intégralité d?un choc significatif de dévalorisation de leurs actifs. Elles
Covivio Capitalisation (M¤) 5 443
Groupe Delfin 28% Poids dans l'indice foncière France IEIF 12%
Groupe Crédit Agricole Assurances 8% Patrimoine (M¤) 23 142
Groupe Covéa 7% Bureaux 51%
Assurances du crédit mutuel 7% Résidentiel Allemagne 29%
Blackrock Inc. 5% Hôtels 20%
Actions autodétenues 1% Total 100%
Actionnariat salarié 1%
Flottant 43%
Total 100%
Gecina Capitalisation (M¤) 6 941
Ivanhoé Cambridge 15% Poids dans l'indice foncière France IEIF 15,4%
Crédit Agricole Assurances - Predica 14% Patrimoine (M¤) 17 377
Norges Bank 9% Bureaux 79,0%
Actions propres 4% Résidentiel 20,8%
Actionnaires salariés 2% Hôtels et CBI 0,2%
Flottant 56% Total 100%
Total 100%
Icade Capitalisation (M¤) 1 752
Caisse des dépôts (Etat français) 39% Poids dans l'indice foncière France IEIF 3,9%
Groupe Crédit Agricole Assurances 19% Patrimoine (M¤) 6 398
Salariés 0,5% Bureaux 82%
Autodétention 0,5% Locaux d'activité 12%
Flottant 41% Autres actifs divers 4%
Total 100% Terrains 2%
Total 100%
Altaréa Capitalisation (M¤) 2 111
Famille Alain Taravella 46% Poids dans l'indice foncière France IEIF 4,7%
Groupe Crédit Agricole Assurances 24% Patrimoine (M¤) 5 276
APG 6% Grands centres commerciaux 59%
Opus Investment BV 2% Retail parks 19%
Autocontrôle 1% Commerces de proximité 12%
Flottant 21% Commerces de flux 10%
Total 100% Total 100%
Klépierre Capitalisation (M¤) 7 975
Simon Property Group 22% Poids dans l'indice foncière France IEIF 17,6%
APG 5% Patrimoine (M¤) 20 225
Flottant 73% Grands centres commerciaux 93%
Total 100% Autres catégories d'actifs (retail parks, terrains?) 7%
Total 100%
Unibail-Rodamco-Westfield Capitalisation (M¤) 10 372
Groupe Familial Niel (Rock Investment, NJJ Holding) 15% Poids dans l'indice foncière France IEIF 22,9%
Société Générale 11% Patrimoine (M¤) 49 712
BlackRock Inc. 7% Centres Commerciaux 87%
Plan d'épargne entreprise 1% Bureaux & Autres 6%
Flottant 66% Congrès & Expositions 5%
Total 100% Activités de services 2%
Total 100%
77
sont dans l?incapacité de lever les fonds, nécessaires pour réaliser ces transformations,
que ce soit sous forme de capital ou d?endettement.
L?immobilier coté a pour objectif initial d?apporter une certaine stabilité dans les
portefeuilles d?actions en permettant de se protéger de l?inflation (i.e. loyers indexés) tout
en conservant la liquidité. Les foncières cotées sont les seules sociétés dont la notion
d?Actif Net Réalisable a un sens économique (ce qui n?est pas le cas pour l?industrie et
encore moins pour les sociétés technologiques). Le prix de cette liquidité se traduit par
une sous ou surévaluation par rapport à l?Actif Net Réalisable de +/- 20% avec une
volatilité de l?ordre 2 fois pour l?immobilier physique tertiaire (i.e. autour de 15%).
Concrètement la crise de l?immobilier tertiaire a fait exploser la volatilité à 40% sur les 12
derniers mois (Indice Euronext IEIF SIIC France).
Seule une sortie « par le haut » serait opportune ; c?est-à-dire la recherche d?un relatif
équilibre économique et financier par une participation dans l?opération de promotion de
la transformation de l?actif avec de nouveaux partenaires.
Pour résumer, pendant la période d?euphorie monétaire, les foncières ont dans leur
ensemble eut pour stratégie de céder des immeubles potentiellement difficiles au
« bénéfice » des SCPI qui devaient déployer leur collecte. Leurs appels au marché sont
restés modérés (au cas particulier d?Unibail pour l?acquisition de Westfield) et se sont
réalloués sur le commerce (le développement du e-commerce ayant déjà fait baisser les
prix.).
Pour les foncières, les conditions juridiques et financières d?un investissement
résidentiel ne peuvent donc s?envisager que sur des résidences gérées et/ou sur des
modèles de démembrement (type emphytéose) qui permettrait comme sur le tertiaire (cf
opération de la BdT avec Grand Paris Aménagement) de retrouver un rendement ?normal?
pour un actif immobilier détenu (5-7% sur le long terme).
Notons le cas particulier de Covivio (ex foncière des régions) qui est l?une des rares
foncières à investir significativement et structurellement dans le résidentiel et illustre
très bien comment le résidentiel, y compris dans la rénovation, peut être attractif. Les
conditions sont manifestement réunies pour le faire... en Allemagne !.
1/3 de leur portefeuille (4,6 Mrds ¤) est investi dans le logement, pratiquement toujours
en partenariat avec un opérateur pour la gestion et le partage du risque.
78
Une gestion très active de leur portefeuille logement en choisissant de détériorer à court
terme le rendement instantané (3,8% de rendement contre 4,3% en moyenne) pour faire
des travaux massifs de rénovation et augmenter les loyers ? 5% de rendement après les
travaux - (le blocage des loyers a été déclaré inconstitutionnel et supprimé en 2021).
79
Une convergence d?intérêt sur le plan financier et environnemental !
80
3. Les fonds non cotés faisant appel public à l?épargne (SCPI, OPCI, SCI)
Contexte : la disparition (temporaire de l?inflation), l?hélicoptère monétaire, des taux de
rendement alléchants pour un produit d?épargne qui s?achète à crédit, des commissions
de distribution alléchantes, une absence de notation indépendante des véhicules, une
notation SRI par l?AMF de 3 (risque modéré, typique des obligations de bonne qualité ou
de fonds diversifiés avec une gestion prudente).
Il est clair que la promesse des SCPI est très attractive et a été largement popularisée
pendant la période d?euphorie des taux bas et de très faible inflation :
? Comme tout actif immobilier, c?est le seul produit d?épargne qui s?achète à crédit ;
? Une distribution récurrente, indexée sur l?inflation (si elle repart), c?est la
promesse d?une retraite heureuse ;
? La diversification des risques sur N immeubles et Z locataires gérés par un tiers ;
? Les taux d?intérêt « finalement anormalement » bas, ont attiré un monceau de
capitaux qui a entrainé des prix de l?immobilier de bureau à la hausse (et donc une
baisse du rendement locatif) souvent compensés par un endettement également
au niveau du véhicule pour maintenir une distribution locative équivalente ... en
sus de celui (éventuel) du particulier.
Trois illustrations :
A) Une SCPI bureaux de Praemia : Primopierre - premier collecteur pendant la
période ? source Praemia - IEIF
0
100
200
300
400
500
600
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Primopierre, collecte brute en M¤
81
L?emplacement, l?emplacement, l?emplacement? on oublie le dicton quand on collecte
trop et que le modèle économique du gérant de SCPI repose plus sur la collecte (frais de
distribution, 8% dont 1% reste dans les mains du gérant) que sur la gestion (0,4% à 0,5%
par an).
82
La capitalisation a baissé de 30% (1 Mrds) en 1 an et de 1,7 Mrds depuis 2022, soit 45%
de perte pour les (petits) porteurs en l?espace de 3 ans.
Presque 10% des porteurs ont demandé à sortir mais ne peuvent faute de liquidité (le
seuil de 10% pendant 1 an enclenche une obligation de vendre des actifs via un fonds de
remboursement).
Avec un endettement considérable de 1,1 Mrds, on voit mal comment elle pourrait
aujourd?hui s?endetter significativement pour réaliser des travaux de transformation.
83
58% de bureaux en région parisienne? 16% de locaux vacants auxquels s?ajoutent 6,9%
de locaux vacants en restructuration. On peut aisément approximer que les 23% de
locaux vacants sont principalement en région parisienne, soit un taux de vacance de
l?ordre de 30% en première et deuxième couronne. A cela s?ajoute une durée de vie
restante des baux commerciaux très courte (environ 4 ans).
B) Deuxième Exemple Corum Origine... de l?intérêt de NE PAS INVESTIR EN FRANCE...
Créée en 2012, Corum a, dès son origine, cassé les deux codes traditionnels des SCPI :
La gestion immobilière
? Codes traditionnels : une diversification d?immeubles patrimoniaux et de
locataires sur des emplacements de qualité (localisation, localisation,
localisation), avec une prime de risque par rapport à l?OAT comprises entre 1,5%
pour les immeubles primes à 3-4% pour les autres. Produit de rente par
excellence pour un complément de revenu à sa retraite.
? Codes de Corum : opportunistes, recherche de rendement très élevés en
achetant beaucoup d?immeubles à faible valeur patrimoniale mais fort
rendement instantané, dans des villes/pays peu connus des investisseurs
immobiliers traditionnels.
La distribution :
? Code traditionnel : distribution via des tiers Conseillers en Gestion de Patrimoine.
Commission de souscription de l?ordre de 8% reversée pour l?essentiel au
distributeur.
? Code de Corum : distribution majoritairement en direct, via une forte
communication décomplexée dans le public (affichages y compris dans les
stations d?autobus), publicités agressives? qui a valu à Corum une sanction de
500.000 ¤ pour divers manquements y compris dans la communication
commerciale.
? Ces deux stratégies lui ont permis sur leur SCPI de référence (Corum Origin, SRI
de 3), de passer de 16 M¤ en 2012 à 3,2 Mrds fin 2024, une des plus importantes
du marché. A supposer que Corum continue sa stratégie commerciale de
distribution majoritairement en direct alors même que les seuls frais de
souscription sont de 12%, soit 384 M¤ sur la période (et les frais de gestion
seulement de l?ordre de 40 M¤), ça valait le coup de payer une amende
500.000¤?
84
Corum est l?illustration même que les stratégies immobilières peuvent produire des
résultats extrêmement différents, au grand bonheur des porteurs de parts de Corum
comme de la presse spécialisée et les distributeurs dont il devient la coqueluche.
? Et la collecte explose :
A la différence des autres gérants, non seulement le prix des parts n?a pas été ajusté
à la baisse suite à l?augmentation des taux mais il a même augmenté de 4,13% en
2022 ! et le chaland restant toujours attiré par le rendement affiché, la collecte est
toujours au rdv.
Le rendement annuel distribué est toujours resté supérieur à 6% en dépit d?une
structure de frais élevée :
0
100
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300
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500
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20
23
20
24
Collecte en M¤
Primopierre Corum origine
85
Son taux d?endettement est relativement faible à 11%, la politique agressive de
rendements locatifs élevés lui permettant de maintenir une distribution élevée tout
en conservant un endettement faible.
Diversification géographique forte, des actifs probablement souvent à faible
potentiel patrimonial mais à forte utilité?
In fine, des résultats très probants et si l?on voulait réduire à un tableau les raisons de ce
succès c?est que les segments des marchés immobiliers sont très différents ? et que la
France n?est pas un marché immobilier attractif pour du « haut rendement ».
86
Les acteurs traditionnels ont majoritairement privilégié la France ou des emplacements
prime en Europe, des SCPI spécialisées par nature (bureaux, commerce etc?) et l?effet
de levier quand les taux étaient bas et que les spreads se compressaient avec la baisse
des taux, alors que d?autres ont joué l?opportunisme et le rendement instantané le plus
élevé. Corum est-il pour autant plus rassurant sur le long terme (n?oublions pas que la
liquidité des parts n?existe pas?) ?
C)° Illustration une SCPI Résidentielle fiscale (Scellier) : AMUNDI... Où l?avantage
fiscal est souvent une illusion...
Lancé après la crise de 2008, le Scellier a été l?un des dispositifs fiscaux les plus attractifs
avec une déduction fiscale de 25%.
Amundi, comme beaucoup d?acteurs ont donc proposé à leurs clients particuliers un
fonds avec une échéance de liquidation correspondant à celle de l?avantage fiscal (12
ans). Plutôt que d?acheter en VEFA (sur plan) un seul bien, de le gérer puis éventuellement
de le vendre, la proposition était claire : acheter et gérer par des professionnels les bons
logements, en bloc c?est moins cher et la diversification des logements c?est moins
risqué, et on vous fait même un crédit pour le financer !
Premely Habitat, un fonds Scellier a collecté 100 M¤ en 2009 pour une durée de 15 ans.
SCPI à capital fixe (comme la totalité des SCPI fiscales), les sorties, avant que les actifs
soient vendus au terme des 13 ans, peuvent se faire par confrontation, le vendeur
proposant un ordre à cours limite (inférieur à celui affiché dans le rapport annuel) par
rapport au prix de valorisation.
Annonce du lancement en 2009 : un niveau de risque de 3 (c?est d?ailleurs le niveau
toujours affiché)
100 M¤ investi en 2009 auquel s?est ajouté 8 M¤ de frais de souscription, soit 108 M¤,
qui valent toujours 100 M¤ en 2021 alors que l?indice du prix des logements a
augmenté de 50% sur la période? et la distribution de 2,5% par an a été tenue (loyers
nets faibles compte tenu de la localisation mais correspond à la logique de l?avantage
fiscal de 25%) .
87
En 2022, la SCPI amorce le processus de vente des
appartements. 2 ans plus tard, des immeubles ont
été cédés en bloc pour 30 M¤ (sans qu?il soit précisé
dans le rapport s?ils ont été vendus au-dessus ou en
dessous de la valeur de réalisation...), et le
patrimoine restant est évalué à 66 M¤ ; soit si tout
se passe bien 96 M¤ au total pour un investissement
15 ans plus tôt de 108 M¤ et une distribution de
2,5% par an?et une absence totale de liquidité.
Et les rares porteurs de parts qui ont réussis à sortir,
c?est en vendant à 805¤ la part achetée à 2.000¤ 13 ans plus tôt, soit 60% de perte.
Le plus souvent, cet investissement s?est fait à crédit (à hauteur de 70-80%) en 2009 avec
des taux d?intérêt à 4,5% sur la base d?un crédit à 12 ans, les intérêts payés représentent
24% du montant de l?investissement alors que les revenus locatifs nets perçus cumulés
auront été de 30%. Au total, les investisseurs particuliers, ont déjà perdu 20% de la mise
d?origine ; ils sont en cash-flow négatif car ils ont remboursé leur crédit et doivent
attendre la vente des 66 M¤ pour récupérer le solde de leur mise.
Ce dernier exemple illustre bien que produits immobiliers résidentiels commercialisés
sur la base des avantages fiscaux ont des limites.
« Imposer » (ou espérer) aux SCPI (bureaux ou autres) de réinvestir dans des immeubles
obsolètes sera donc difficile sauf si à l?issue de la transformation, les appartements sont
vendus, ce qui suppose bien évidemment qu?ils soient financièrement achetables par la
population ciblée ou éventuellement mis en location via des baux commerciaux
(opérateurs de résidences).
88
4. Le foncier et le bâti des utilisateurs-propriétaires, une catégorie de foncier au
potentiel souvent sous-estimé ?
La transformation de bureaux obsolètes de logements est souvent quasi-exclusivement
perçue comme l?un des moyens de construire du logement neuf tout en résolvant le
problème de l?utilisation de bureaux qui n?ont plus de sens en bureau, mais on peut
également inclure dans la réflexion le foncier sous utilisé des utilisateurs-propriétaires de
tertiaire industriel.
Concrètement rebâtir la ville sur la ville pose souvent le problème de la densification et
ces terrains, étant déjà bâtis ou artificialisés, cela créé naturellement du foncier
disponible.
Le foncier et le bâti des utilisateurs-propriétaires sous utilisé est estimé à 30-40% du total
de leur patrimoine par l?Association des Directeurs Immobiliers (ADI), soit X millions de
m2 rapporté à X/0,4 de m2 totaux (attente des chiffres du rapport de l?IGEED).
Renault à Guyencourt, Thales à Elencourt, Danos à Saclay, Stellantis à
Poissy?probablement des centaines de sites possibles pour des opérations de 5.000 à
20.000 m2?
Pour les directeurs immobiliers, l?immobilier c?est un coût ; et leur problématique est
de le réduire notamment dans le contexte des mises aux normes.
Cette réflexion se développe petit à petit sur les « retail parc » d?entrée de ville (Nexity ?
Carrefour), foncière de commerce Frey.
Chaque opération reste bien évidemment, comme toute transformation, spécifique mais
on peut envisager des montages de SPV spécifiques, à la condition que la sortie en
logement soit rentable (en bénéficiant des mêmes principes d?avantages comme pour la
transformation), avec comme partenaires :
? L?entreprise qui apporte le foncier en parts de la SPV et/ou en contrepartie de
travaux de rénovation d?autres bâtis
? Un tel montage réduit d?autant le montant de capitaux propres à mettre (pas
d?acquisition du terrain ou paiement au fur et à mesure des travaux de rénovation
des bâtiments
89
Annexe 4 ? Méthodologie d?élaboration de l?indice de l?ORIE
L?indice de recyclage des bureaux en logements est un outil composite qui propose
une échelle allant de -1 pour les territoires où le recyclage représente un défi jusqu?à
+1 pour les territoires présentant le meilleur potentiel.
Cet outil est porté par l?ensemble de la chaîne de valeur immobilière en Île-de-France,
c?est-à- dire des acteurs compétents et légitimes dans leurs domaines respectifs issus
du secteur privé comme public.
Cet outil combine différentes variables pour être aussi proche que possible de la réalité
complexe du terrain, évolutif, il ose des principes et sera amené à évoluer et être
perfectionné dans les mois à venir à travers un dialogue public-privé. Cet indice sera mis
à jour d?année en année.
Il est composé de 3 variables :
LA DYNAMIQUE TERTIAIRE : cet indicateur compte pour 30 % de l?indice. Il consiste à
déterminer si un marché locatif de bureaux reste recherché par les entreprises. En
pratique, pour apprécier le taux de vacance : est définie la part de surfaces qui n?est pas
louée rapportée à l?ensemble du parc de bureaux.
Ensuite, le niveau d?absorption est étudié. Il permet d?évaluer la vitesse à laquelle les
biens immobiliers disponibles sur un marché donné, sont vendus ou loués. Si dans un
territoire donné, il y a 100 000 m² carrés de bureaux disponibles sur une année, et que 25
000 m² de bureaux sont loués en moyenne chaque année, alors le niveau d?absorption
est de 4 années. Plus le nombre d?années est élevé, plus les surfaces peinent à trouver
preneurs.
Donc plus le taux de vacance est important et le temps d?écoulement long, plus la
question de transformer les bureaux en logement se pose.
LA DYNAMIQUE RESIDENTIELLE : Elle compte également pour 30 % dans le calcul de
l?indice. Cette dynamique dépend de plusieurs critères. D?abord, est-ce que le territoire
en question crée beaucoup de logements en comparaison du parc existant ?
Évidemment, si un territoire augmente tous les ans le nombre de logements créés, cela
indique à la fois son attractivité résidentielle et une volonté politique de construire. Ce
premier critère est conforté par un second critère, le solde migratoire : on regarde ainsi la
différence entre le nombre de personnes qui se sont installées sur le territoire et le
nombre de personnes qui en sont parties sur une année donnée, et on mesure l?évolution
de ce solde au cours des dernières années (2015-2021).
Autre critère déterminant : l?évolution du prix des appartements neufs. L?idée ici n?est pas
seulement de regarder la valeur absolue des mètres carrés de logement, mais bien leur
évolution sur les dernières années.
Dernier critère, l?offre de transports, et notamment le nombre d?accès aux transports
ferroviaires par kilomètre carré qui est étudié pour déterminer la facilité à se déplacer sur
le territoire. Plus ce chiffre est élevé, plus le territoire est attractif pour les actuels et futurs
résidents. Il est évident que si ces quatre critères sont positifs sur un territoire, cela plaide
clairement pour y multiplier les opérations de recyclage de bureaux en logement.
90
LA FAISABILITE ECONOMIQUE. Le troisième et dernier indicateur repose sur la
comparaison de l?écart de prix entre les bureaux déjà construits et les logements neufs.
La raison est simple : si dans un territoire donné un bureau vaut 10 000 ¤ du m² alors que
le logement vaut 5 000 ¤ en moyenne, aucun propriétaire ne se lancera dans des travaux
pour transformer ces bureaux en logement. Inversement, si le logement vaut plus que les
bureaux, alors il y a un intérêt économique évident à transformer. Ce critère de faisabilité
économique intègre également des coûts travaux incompressibles, nécessaires pour le
recyclage.
Ce facteur de faisabilité économique est le plus important dans l?équation globale : il
compte pour 40 % dans le calcul.
Exemples :
91
Annexe 5 ? La méthode du CBF : une approche outillée et partenariale
pour transformer les bureaux
Face à la complexité croissante du marché tertiaire, la méthode développée par le CBF
(Consortium Bureaux de France) vise à mieux comprendre les dynamiques d?évolution
des parcs de bureaux et à identifier les opportunités de transformation.
Ce travail collectif répond à trois constats partagés :
? Une lecture difficile des tendances du marché, dans un contexte économique
incertain ;
? Un manque de transparence et de données publiques fiables sur l?immobilier
d?entreprise ;
? Une méconnaissance, par les décideurs locaux, de l?obsolescence technique
et commerciale de leur parc tertiaire.
Pour y répondre, le CBF s?appuie sur une démarche partenariale associant collectivités,
opérateurs et experts. Il développe un Observatoire des bureaux intégrant des données,
immeuble par immeuble, afin de qualifier le parc existant, objectiver les situations de
vacance ou de vétusté, et outiller la décision locale en matière de reconversion.
La démarche a permis de fiabiliser en 2023 et 2024 la base de données et de créer des
indicateurs inédits du Consortium :
? La quantification du parc de bureaux et de ses segments : parc marchand, parc
non marchand privé et parc non marchand public ;
? Au sein du parc marchand et du parc non marchand privé, l?identification et
l?analyse des volumes du parc vide et vétuste ;
? Des premiers travaux de modélisation des facteurs de potentialité de
mutations / transformation de bureaux vacants, et les territoires à potentiel.
Mesure du parc de bureaux par typologie de marché
Source CBF ? données déc. 2024
92
93
Annexe 6 ? Deux exemples de transformation de la FTI
Ce chapitre vise à analyser quelques exemples d?opérations de transformation de
bureaux en logement et mesurer l?impact de la fiscalité sur les bilans de promotion.
Opération 1 ? Hauts de Seine
Cours Ferdinand de Lesseps à Rueil-Malmaison (quartier Rueil 2000), la FTI, Covivio,
Emerige, France Logis et Seqens entreprennent la reconversion d?un immeuble de
bureaux (ancien siège de Vinci) en un programme résidentiel mixte. L?ambition du projet
est caractérisée par une surface de 30 000 m² SDP, une diversité de l?offre de logements
(137 logements intermédiaires et libres), de résidences (120 logements sociaux étudiants
et une résidence mobilité de 150 chambres) et des commerces. Le permis de construire
a été déposé en début d?année 2025 et le démarrage du chantier est projeté début 2026.
La charge foncière (prix d?acquisition d?un bâtiment) de la programmation étudiante a été
valorisée sur la base d?une approche investisseurs intégrant une taxe d?aménagement
(impact financier 242 k¤). Pour réaliser ce projet la FTI a accepté un TRI d?investissement
de 5% au lieu des 6% recherchés par les investisseurs sur la zone.
L?acquisition du bâtiment par la FTI était subordonnée à l?obtention d?un permis de
construire définitif afin de maximiser le prix d?acquisition. Le propriétaire Covivio
supporte le risque administratif.
94
Opération 2 ? Val de Marne
La FTI a acquis en novembre 2024, un immeuble de bureaux situé 76 avenue de
Fontainebleau dans la commune Le Kremlin-Bicêtre, afin d?y développer une
programmation de 44 logements intermédiaires (3 090 m² SDP) et un CHRS (centre
hébergement de réinsertion) de 23 chambres ainsi que 2 cellules commerciales (300 m²
environ).
Le maitre d?ouvrage I3F
restructure l?immeuble
principal sur l'avenue et
démolit puis reconstruit
l?immeuble donnant sur la rue
secondaire pour densifier la
constructibilité.
L?estimation de la charge foncière a été réalisée sur la base d?un bilan de promotion
intégrant une programmation résidentielle sociale (20%), de l?accession libre et des
commerces tels qu?autorisés par le PLUI.
Plusieurs approches ont été simulées économiquement en intégrant une taxe
d?aménagement :
? Avec des durées de portage de 1 ans à 3 ans,
? Avec un montage en restructuration à l?état neuf (TVA taux plein) et un autre en VIR
(TVA 10%) pour chercher à retrouver une péréquation entre la valeur de l?actif
acceptée par le vendeur et le prix de vente raisonnable de logements
95
Annexe 7 : Taxe sur les bureaux en Île-de-France
1. Barème d?imposition de la taxe annuelle sur les bureaux en Île-de-France
(TSB-IDF) et en PACA:
La taxe sur les bureaux applicable dans la région d'Île-de-France?(TSB-IDF)?est une taxe
annuelle qui concerne les locaux à usage de bureaux, locaux commerciaux, locaux de
stockage et surfaces de stationnement.
Le montant de cette taxe est variable en fonction de la zone et même de la collectivité.
Ainsi, les villes de seconde couronne francilienne appliquent des montants inférieurs aux
villes des Hauts de Seine et de Paris.
La taxe est perçue directement par l?Etat.
Les montants applicables oscillent entre 5¤ m² SU et 25 ¤m² SU, en sus de ceux-ci il faut
ajouter un tarif complémentaire pour les places de stationnement et les locaux de
stockage.?:
Pour les m² de bureaux?: Pour les stationnements?:
Le produit de cette taxe, d?un montant de 664 M¤ en 2023 est affecté à la Société des
Grands Projets (SGP) pour le financement du réseau du Grand Paris. Les prévisions 2024
et 2025 des produits s?élèvent respectivement à 718 M¤ et 782 M¤
2. Taxe pour la création de bureaux et commerces en Île-de-France (TCBCS-IDF)
Les travaux de construction, reconstruction, rénovation, transformation ou
agrandissement de bureaux, de locaux commerciaux ou de stockage situés en Île-de-
France donnent lieu au paiement de la taxe sur la création de locaux à usage de bureaux,
de locaux commerciaux et de locaux de stockage (TCBCS).
Cette taxe est versée une seule fois lors des travaux de construction ou d'aménagement.
Elle ne doit pas être confondue avec la taxe annuelle sur les bureaux en Île-de-France
versée chaque année.
La taxe est due par le propriétaire des locaux ou par le titulaire d'un droit portant sur ces
locaux. Le montant de la taxe ne peut pas dépasser 30 % du coût d'acquisition et
d'aménagement de la surface de construction. La région d'Île-de-France est découpée
en 4 catégories (ou circonscriptions).
Source : https://entreprendre.service-public.fr
https://entreprendre.service-public.fr/
96
Annexe 8 : lettre de mission
97
98
(ATTENTION: OPTION la
majorité des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité de
l?ouvrage.
- L?adaptation de l?article 257, I, 2., 2° du Code général des impôts en lui retranchant
le c) et le d). Une telle adaptation serait conforme à la directive TVA n°2006/112/CE
du 28 novembre 2006 qui permet aux Etats membres de définir les critères d?un
immeuble neuf lorsque les travaux sont réalisés sur un bâtiment existant, sous
réserve de ne pas annihiler la définition même de l?immeuble neuf.
Proposition 2 : Instaurer une « valeur de transformation » pour les immeubles
tertiaires vacants à plus de 70% pendant 2 ans
La valorisation d?un bien « échoué », soumis à une vacance prolongée, doit partir de
l?estimation du coût de la transformation selon les options de conversion possible en
fonction des contraintes techniques et de la situation du marché résidentiel local, et, par
différence, arriver au calcul du prix du foncier.
Depuis?2019, le décret tertiaire impose aux propriétaires de bâtiments tertiaires de plus
de 1?000?m² de réduire leur consommation énergétique de?40% d?ici 2030 et 60% d?ici
2050. Le non-respect de ces obligations peut entraîner?des sanctions financières
(jusqu?à?7?500?¤ par an), l?inscription sur la liste des ?bâtiments non performants? publiée
par l?administration et une perte de valeur d?usage et d?image pour les propriétaires. À
cette contrainte s?ajoutent les dispositions de la loi Climat?&?Résilience interdisant la
location des bâtiments classés?F et?G à horizon?2028.
Le maintien en détention expose le propriétaire à une double perte : économique
(absence de revenus) et réglementaire (sanctions et interdictions de louer). En
l?absence de travaux engagés, l?actif devient juridiquement et économiquement non
48
exploitable, avec une valeur vénale en usage tertiaire qui peut être considérée comme
nulle.
Cependant, la perte de valeur de l?actif ne se matérialise pas forcément dans la
comptabilité des sociétés?:
- Les SCI?n'ont pas d'obligation d'expertise immobilière tout comme les
compagnies d?assurance, si celles-ci n?ont pas créé de véhicules particuliers pour
porter leurs actifs immobiliers.
- Bien que les sociétés cotées (notamment les foncières SIIC) et les SCPI et OPCI
soient soumises à une expertise régulière de la valeur de leur patrimoine
immobilier, actualisée annuellement a minima, la valorisation du bien est faite à
partir du marché de bureaux alentour et ne tient pas compte du phénomène de
suroffre.
Pour accélérer le processus de transformation, il est proposé une démarche pour révéler
la véritable valeur des bureaux vacants.
Pour tous les bâtiments tertiaires vacants au-delà d?une certaine durée [2 ans ou 4
ans pour les bureaux neufs ou réhabilités] et à une certaine proportion [70% des
surfaces], le propriétaire serait tenu de réaliser une expertise de valorisation
alternative en logement. Cette nouvelle obligation pourrait figurer dans une évolution
des normes comptables, avec une exigence de détailler la faisabilité et la valeur en
logement, avec une programmation « type » en logements libres, intermédiaires ou en
résidence gérée et, pour les communes carencées, 25% de logements sociaux.
Dans un second temps, les pouvoirs publics pourront prévoir d?appliquer des sanctions
et des injonctions en l?absence de démarche, en particulier pour les bâtiments non
déclarés ou non conformes. Ces actifs peuvent être identifiés par de nombreux moyens
(voir supra).
Cette démarche crée une pression juridique et économique pour forcer l?arbitrage sur
ces actifs : rénovation tertiaire ou cession ?logement?.
Afin de garantir l?équité et la robustesse du processus, en cas de contestation des
conclusions, le propriétaire pourrait produire une contre-expertise pour :
? Réexaminer les hypothèses de valorisation alternative en logement.
? Ajuster le chiffrage des coûts de transformation ou la valeur de marché estimée.
? Servir de base à un recours ou une négociation, tout en restant dans le cadre d?une
procédure réglementée.
Le recours à une contre-expertise renforce ainsi la transparence et peut éviter les
recours contentieux.
Ce changement de valorisation pour les propriétaires devra s?accompagner, en fonction
des situations, d?un effort des financeurs de ces opérations, en particulier les
banques, à travers une restructuration de la dette de l?actif avec abandon partiel éventuel
et modification des échéanciers de remboursement et de taux d?intérêt (à la baisse). Ils
pourront également participer à un éventuel co-financement des nouveaux travaux avec
un financement adapté aux circonstances (marge, durée?).
49
L?intérêt pour le propriétaire vendeur serait de trois ordres :
? Connaitre une valeur en logement, pour favoriser les arbitres de cession au sein
d?une portefeuille ;
? Mieux estimer les provisions pour dépréciation ;
? Proposer une « sortie par le haut » pour ces actifs non commercialisable sur le
marché tertiaire sans CAPEX important et générer une liquidité immédiate et une
réduction des charges d?entretien et des taxes afférentes.
Eléments de l?expertise pour mesurer la faisabilité et la valorisation
Faisabilité présomptive
Plan et caractéristiques techniques adaptés à une division en logements (plateaux ouverts, trames
compatibles, luminosité naturelle).
Conformité aux prescriptions du PLU, autorisant le changement d?usage
Valorisation (éléments clés du bilan promoteur)
Élément Hypothèse
Surface habitable créée m²
Prix de vente logement ¤/m²
Chiffre d?affaire total ¤/ m²
Coût travaux 2 500 ¤ HT/ m²
Cout traitement pollution
Honoraires/frais ¤/ m²
Marge promoteur 10%
Valeur résiduelle du foncier traité des coûts de
portage.
¤
L?expertise technique et financière devient le socle d?un montage solide et présente
des atouts en matière de :
? Fiabilisation du risque : l?expertise fournirait un chiffrage de promotion et de la
valeur foncière résiduelle de l?actif, rassurant ainsi banques.
? Prêts garantis et taux bonifiés : les financeurs publics pourront garantir des
emprunts et des prêts à taux bonifiés pour les opérations de transformation, avec
des dossiers d?expertise solides.?
? Mobilisation de fonds long terme : création de véhicules d?investissement alignés
sur les critères ESG qui favorisent l?épargne longue pour les projets de
transformation.?
? Pilotage territorial : avec la mise en place d?un guichet administratif pour les
porteurs d?actifs à transformer.
Cette proposition nécessite un travail partenarial sous l?égide de l?Autorité des normes
comptables pour faire évoluer la réglementation. Les évolutions des normes
comptables qui seraient à opérer dépendent du véhicule portant les actifs immobiliers
tertiaires vacants :
50
? Les sociétés cotées (notamment les foncières SIIC) sont soumises aux normes
comptables et d'audit internationales. Il pourrait être envisagé de s?appuyer sur
les normes suivantes, à adapter :
o IFRS 13 "Evaluation de la juste valeur" indiquant que la valeur retenue dans
les comptes doit prendre en compte la meilleure utilisation de l'actif ("best
use") même si celle-ci diffère de l'utilisation actuelle.
o Puis IAS/IFRS 40, avec 3 critères cumulatifs qui pourraient être à remplir par
analogie avec la comptabilisation des IPUC (immeubles en développement):
? Critère administratif : obtention des autorisations administratives (PC
purgé)
? Coût des travaux suffisamment fiabilisé, voire le démarrage des travaux
? Pré commercialisation : taux de 50% requis, permettant d'expertiser les
loyers futurs
? Les SCPI et OPCI disposent chacun d?une réglementation et d?un plan
comptable qui leur est propre, à faire évoluer (notamment l?article R214-157-1
du Code monétaire et financier pour les SCPI)
? Pour les SCI et les compagnies d?assurance n?ayant pas créé de véhicules
particuliers tels que ceux mentionnés-ci-dessous pour porter leurs actifs
immobiliers, il convient de modifier la réglementation pour leur instaurer cette
expertise immobilière en transformation.
Il s?agit de restaurer une valeur réelle à un actif gelé et exposé à une vacance longue
durée, sans impacter significativement le bilan consolidé du propriétaire, tout en
dynamisant le territoire en mixité sociale et sobriété foncière, grâce à une conversion
d?usage en logements.
B- Inscrire les transformations dans une approche partenariale au
service d?un projet de territoire
Proposition 3 : Elargir le champ des ORT aux transformations de bureaux en
logements
Les Opérations de Revitalisation de Territoire (ORT), instaurées par la loi ÉLAN en 2018,
sont des dispositifs législatifs permettant aux collectivités locales, en partenariat avec
l'État, de coordonner et de faciliter des actions de revitalisation sur des territoires
spécifiques.
Ces opérations visent principalement à redynamiser les centres-villes et à lutter contre
la vacance commerciale et résidentielle. Les ORT mobilisent un ensemble d'outils
fiscaux, urbanistiques et contractuels pour encourager la rénovation et la reconversion
des espaces existants, tels que les Opérations Programmées d'Amélioration de l'Habitat
(OPAH), les Plans Locaux de l'Habitat (PLH), et des dispositifs comme Denormandie.
Il est proposé d'élargir le champ des ORT aux transformations de bureaux (locaux
d?activités) en logements.
Cela permettrait aux collectivités locales d?intégrer pleinement cette finalité dans leurs
projets et rendrait le dispositif ORT plus pertinent au regard des enjeux actuels de
transformation du tissu urbain, avec plusieurs avantages :
51
? Mobiliser et impliquer l?ensemble des parties prenantes d?un territoire sur lequel
se trouvent des actifs tertiaires à transformer ;
? Utiliser un outil global et complet déjà existant visant une requalification
d?ensemble d?un secteur déjà urbanisé ;
? Accélérer la réalisation de projets immobiliers conjuguant sobriété foncière et
réduction de l?empreinte carbone.
S?appuyer sur un dispositif partenarial et contractualisé pour redynamiser les quartiers
tertiaires en déclin permet pour les actifs bien situés, proches des centralités, services et
transports, d?accélérer la transformation, de créer rapidement du logement dans les
zones tendues et de conforter les dynamiques de revitalisation existantes.
Pour les « quartiers tertiaires » (zones d?activités en déclin, entrées de ville, friches
commerciales et artisanales en périphérie, entrées de villes) nécessitant une
requalification lourde, l?ORT permet la mise en place d?un accompagnement de toutes
les parties prenantes dans leur champ de compétence (urbanisme dérogatoire, aides
publiques) et des appels à projets ciblés pour les sites les plus complexes.
Ce dispositif, à la fois pragmatique et stratégique, s'appuie principalement sur des
leviers financiers et juridiques déjà existants, nécessitant des ajustements
législatifs limités pour être pleinement opérationnel.
Proposition 4 : Simplifier certaines règles en faveur de la transformation dans
le périmètre des ORT
L?inscription des projets dans un périmètre d?ORT, décidé par les pouvoirs publics,
permet de s?inscrire dans un cadre plus large que la simple transformation d?un
immeuble de bureaux et d?envisager la transformation vers différentes destinations
(logement, équipement public, hôtel, commerce?).
Ce périmètre apporte de la lisibilité aux opérateurs et les investisseurs et réduit le risque
administratif lié à ces opérations complexes.
Pour améliorer la faisabilité économique des opérations de transformation, instaurer une
stabilité juridique permettant de sécuriser les investisseurs et accélérer la réalisation
d?opération de transformation sur des immeubles partiellement vacants, plusieurs règles
mériteraient d?être simplifiées dans le périmètre des ORT :
? Systématiser le «?bonus de constructibilité?» dans les opérations de
transformation de bureaux en logements (modification de l?article L151-28 du
code de l?urbanisme). L?autorisation de dépassement des règles de gabarit
inscrites au PLU(i) serait automatique sans besoin de l?inscrire dans le document
d?urbanisme. La collectivité compétente conserverait la possibilité de désactiver
ce bonus en l?inscrivant et en le justifiant dans son PLU(i).
? Aligner les règles d?éviction des locataires du bureaux partiellement vacants
à transformer sur celles des opérations de restauration immobilières dans les
plans de sauvegarde (modification de l?article L145-18 du code de commerce).
? Assouplir les règles de stationnement inscrites aux PLU(i) pour les opérations
de locaux d?activité en logements (l?article L151-34 du code de l?urbanisme).
? Mettre en place un financement dédié au portage des opérations : A l?instar
des prêts « DUOZ » mis en place par la Banque des Territoires sur les fonds
52
d?épargne pour le préfinancement de logements sociaux et intermédiaires,
pendant 1 ou 2 ans [taux Livret A +0,7% pour le logement social +1,4% pour le
logement intermédiaire], une offre spécifique à la transformation immobilière
pourrait être proposée à tous les opérateurs dans le périmètre des ORT et
sécuriser ainsi la phase de portage.
? Instaurer un certificat de projet dédié aux transformations de locaux d?activité
en logements (mesure réglementaire). Cela permettait de stabiliser dans le temps
de certaines dispositions opposables au projet (dans certaines conditions et
limites) et d?éclairer l?opérateur de transformation sur?:
o les régimes, décisions et procédures applicables à son projet,
o les délais associés à ces décisions ou sur la possibilité d?un calendrier
d?instruction de ces décisions qui se substitue aux délais
réglementairement prévus,
o voire aussi, le cas échéant, sur des difficultés techniques ou juridiques
repérées, et qui seraient susceptibles de faire obstacle à la réalisation.
Par ailleurs, l?Etat pourrait décider de compléter ces mesures réglementaires par un outil
fiscal incitatif au sein des périmètres ORT afin de faciliter les projets de transformation
urbaine souhaités par les collectivités territoriales et l?Etat, tout en s?assurant de la
maitrise des prix de sortie pour les primo-accédants à la propriété, à l?instar du régime
mis en place pour les logements neufs situés dans un quartier prioritaire de la politique
de la ville (par ajout des ORT dans l?article 278 sexies du Code général des impôts).
Proposition 5 : Cartographier la vacance tertiaire pour la création de secteurs
de requalification du tertiaire
Il n?existe pas aujourd?hui d?inventaire national de la vacance tertiaire, contrairement aux
friches industrielles, seulement quelques initiatives locales mais qui restent statistiques
(et non à l'immeuble). L?absence de données chiffrées et géographiques complexifie le
processus de transformation. La création d?une cartographie nationale répond à un enjeu
d?accélération de la transformation.
Pour asseoir cette logique dans une politique publique pérenne, il est proposé de créer
une cartographie nationale des actifs tertiaires vacants, incluant une évaluation
financière à partir de données (ex. MAJIC (foncier) et valeurs vénales ; Données DV3F
(transactions) ; Déclarations fiscales (taxe sur les bureaux) ; Absence d?occupants et
d?activité...)).
Cette proposition nécessite la mise en place d?une gouvernance de la donnée avec le
croisement des données publiques et professionnelles, en coordination avec des
initiatives privées telles que ORIE et CBF.
Elle permettrait aux pouvoirs publics (Etat et collectivités territoriales) d?identifier le
patrimoine tertiaire, les gisements actuels et à venir, à fort potentiel de reconversion pour
mieux appréhender les besoins du territoire, et également d?estimer les coûts de
transformation et les gains en valeur foncière.
53
C - Faciliter la sortie des opérations en simplifiant et en clarifiant les
procédures administratives et juridiques
Proposition 6 : Elargir le régime de déclaration préalable pour les opérations
de transformation de bureaux en logements
Une opération de transformation de locaux non-habitation en logements peut revêtir
deux formes, à savoir :
? Une transformation du bâti existant sans création de surface de plancher (SDP)
(ce type d?opérations générant toutefois une perte de surface) ;
? Une transformation du bâti existant avec création de SDP par extension,
surélévation ou démolition-reconstruction partielle.
En pratique, ces opérations sont systématiquement soumises à permis de construire
(PC) dans la mesure où les travaux qui les constituent ont pour effet de modifier la façade
du bâtiment. Cela a pour effet de rallonger les délais et d?alourdir la procédure
administrative alors que certaines opérations se limitent à transformer l?existant, sans
construction nouvelle.
Afin de fluidifier et accélérer les phases administratives, limiter les risques et faire baisser
les coûts de portage, il est proposé que certaines opérations de transformation de
locaux non-habitation en logements relèvent du champ de la déclaration préalable
(DP) et non plus de celui du PC. Il s?agirait des opérations suivantes :
? Les opérations n?impliquant pas de création de SDP?;
? Et ayant une surface inférieure à 5 000 m² de SDP.
Celles-ci pourraient intégrer le champ de la DP au motif que leur nature (changement de
destination limité à la transformation de locaux non-habitation en logements sans
création de SDP) et leur dimension (transformation limitée aux immeubles de moins de 5
000 m² de SDP) le justifient.
Cette mesure ne constituerait pas une rupture d?égalité dès lors qu?il est juridiquement
possible de traiter différemment des situations différentes ou en raison d?un intérêt
général.
Plus de la moitié (56%) des immeubles de bureaux situés en première couronne
parisienne et identifiés comme éligibles à une transformation ont une surface comprise
entre 1 000 et 5 000 m² et seraient donc directement concernés par cette mesure.
La déclaration préalable, comme son nom l?indique, est une procédure déclarative ; une
décision de non-opposition à DP naît à l?issue du délai d?instruction, en l'absence de
notification d'une décision expresse de l'administration. Le PC, lui, fait l?objet d?une
demande qui donne lieu à une autorisation (ou à un refus).
La déclaration préalable est une procédure simplifiée d?un point de vue administratif
(moins de pièces obligatoires à joindre à la demande de DP par rapport à une demande
de PC). Elle permet une réduction des délais?: en déclaration préalable, le délai
d'instruction de droit commun est de seulement 1 mois alors qu?il est de 3 mois pour les
demandes de permis de construire portant sur des projets autres qu?une maison
individuelle.
54
La DP reste soumise au même régime juridique que celui applicable au PC concernant
notamment?la procédure d?instruction, les motifs d?opposition/refus, les règles
d?affichage, les règles de retrait, le régime de la caducité, le régime des participations
financières, les délais de recours contentieux, le contrôle des travaux exécutés.
En outre, en vertu du principe d?indépendance des législations, la DP ne vaut autorisation
administrative qu'au titre des textes d'urbanisme. Il convient donc, de la même façon
dans le cadre d?un PC, de se conformer également aux autres procédures applicables au
projet le cas échéant telles que les procédures environnementales (évaluation
environnementale, loi sur l?eau, etc.).
Le principe du recours obligatoire à l?architecte est circonscrit au PC. Pour s?assurer que
les maîtres d?ouvrages resteront tenus de faire appel à un architecte pour la conception
du projet, il conviendrait d?étendre le champ de ce principe à la DP dans le cas d?une telle
transformation, et modifier en conséquence les articles R. 421-14 et R. 421-17 du Code
de l?urbanisme définissant le champ d?application du PC et celui de la DP.
L?adaptation d?autres textes sera le cas échéant nécessaire (par exemple, l?article 279-0
bis A du Code Général des Impôts sur le dispositif fiscal du logement locatif intermédiaire
-qui ne vise en l?état comme fait générateur que la délivrance du PC pour les projets
éligibles- ou les dérogations prévues par l?article L. 152-6 du Code de l?urbanisme -à
raison du respect de l?objectif de mixité sociale- qui ne semblent pouvoir être accordées
que dans le cadre d?un PC).
Proposition 7 : Tenir compte uniquement de la surface de plancher et de
l?emprise au sol ?nettes? créées pour l?analyse du besoin d?une évaluation
environnementale
Les dispositions actuelles du Code de l?environnement sur l?évaluation
environnementale sont issues de la transposition en droit français de directives
européennes (notamment la directive 2011/92/UE concernant l?évaluation des
incidences de certains projets publics et privés sur l?environnement et la directive
2014/52/UE modifiant la directive 2011/92/UE).
L'évaluation environnementale est un processus constitué :
? de l'élaboration, par le maître d'ouvrage, d'un rapport d'évaluation des
incidences du projet sur l'environnement (l?étude d'impact),
? des consultations de l?autorité environnementale, des collectivités territoriales
et leurs groupements intéressés par le projet, ainsi que du public,
? de l'examen, par l'autorité compétente pour autoriser le projet, de l?ensemble
des informations présentées dans l'étude d'impact et reçues dans le cadre des
consultations effectuées et du maître d'ouvrage.
Elle a ainsi pour objet de permettre à l?autorité compétente pour autoriser le projet de
prendre une décision éclairée quant aux conséquences du projet sur l?environnement et
la santé humaine. À cette fin, l?article?L. 122-1?du Code de l?environnement prévoit que les
projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d?avoir
des?incidences notables?sur l?environnement ou la santé humaine, font l?objet d?une
évaluation environnementale, « en fonction de critères et de seuils définis par voie
réglementaire », soit de façon systématique, soit pour certains d?entre eux après un
examen au cas par cas.
55
Concernant les travaux et constructions la réglementation prévoit :
? Une évaluation environnementale systématique pour les travaux et constructions
créant une emprise au sol?supérieure ou égale à 40 000 m² ;
? Une évaluation environnementale examinée au cas par cas, par l?autorité
compétente, pour les travaux et constructions créant une surface de plancher
(SDP) ou une emprise au sol supérieure ou égale à 10 000 m² (et inférieure à
40 000 m² pour cette dernière).
Même en l?absence de création de SDP ou d?emprise au sol supplémentaire,
conformément à l?article R. 122-2, II, du Code de l?environnement et R. 122-2-1 du même
Code (clause-filet), les modifications ou extensions de projets sont soumises à un
examen au cas par cas si elles sont susceptibles d?avoir des incidences négatives
notables sur l?environnement.
En pratique, les transformations de locaux non-habitation en logements présentent des
contraintes techniques particulières qui entrainent nécessairement une perte d?une
partie de la surface de plancher (SDP) du bâti existant (cf infra).
En l?état actuel, les critères de surface de plancher et d?emprise au sol, visés dans la
nomenclature pour la catégorie de projets n°39-a) relative aux travaux et constructions,
sont définis par renvoi au Code de l?urbanisme. Cependant, il n?est pas précisé ce qui est
entendu par la surface de plancher ou l?emprise au sol « créée ».
Ainsi, en l?absence de précisions expresses dans les textes, les projets de transformation
de locaux non-habitation en logements sont aujourd?hui systématiquement soumis à
évaluation environnementale alors que les travaux et constructions projetés
n?augmentent ni la surface de plancher ni l?emprise au sol du bâti existant transformé.
Il est proposé de préciser dans la nomenclature (article R. 122-2 du Code de
l?environnement (catégorie de projets n°39-a)) que, pour les travaux et constructions
réalisés en vue de la transformation de locaux, seule la surface de plancher ou
emprise au sol ?nette? créée (c?est-à-dire la différence entre la valeur existante avant la
transformation du bâti et celle résultant de la transformation de ce bâti) soit prise en
compte pour l?appréciation de l?atteinte des seuils réglementaires déterminant si le
projet doit faire l?objet d?une évaluation environnementale de façon systématique ou
après un examen au cas par cas.
22% des immeubles de bureaux situés en première couronne parisienne et identifiés
comme éligibles à une transformation ont une surface supérieure ou égale à 10 000 m² et
seraient donc directement concernés par cette mesure.
Il demeurera le critère des incidences notables sur l?environnement qui,
indépendamment de l?appréciation de la dimension du projet, peut impliquer un examen
au cas par cas.
Cette clarification permet de prendre en compte les spécificités techniques des
opérations de transformation, d?assurer une sécurité juridique aux porteurs de projets, de
réduire la durée des projets et d?encourager ainsi la transformation de locaux non-
habitation en logements en sécurisant son modèle économique.
56
D ? Inciter les investisseurs à se réorienter vers le logement via la
transformation des bureaux
Proposition 8 : Créer des véhicules dédiés aux transformations « foncières de
transformation de bureaux » (« FTB »)
Les grands propriétaires d?actifs de bureaux vacants ont actuellement assez peu de
marges de manoeuvre pour réaliser la nécessaire mutation de leur parc (cf. chapitre 2).
Pour faciliter la réalisation des opérations de transformation d?actifs tertiaires obsolètes
en logements et travailler sur la mutualisation et le partage de valeur pour réussir la
mutation des bureaux vacants en logements, il est proposé de créer un véhicule
spécifique de transformation bénéficiant d?un régime dérogatoire justifié par des
objectifs de sobriété carbone et d?utilité sociale.
Ce régime ferait l?objet d?un agrément de l?Etat au niveau régional.
Toute personne morale de droit public ou privé ayant une activité immobilière
(notamment foncière, SCPI, SIIC, société de participation ?) pourrait créer une
« foncières de transformation » ou « FTB ».
Ces véhicules permettraient des dérogations spécifiques liées à la nature des opérations
de transformation.
Ils pourraient être créés à partir de scissions de SCPI, et pourraient participer à des
sociétés de participation.
Les conditions à respecter pour bénéficier de ce statut :
? Au moins un tiers de surface transformable?;
? Possibilité d?apporter des immeubles voués à la démolition sous réserve que les
charges foncières libérées soient dédiées à la production de logements ;
? Dépôt des demandes de permis dans les deux ans suivant l?apport, sauf
dérogation acceptée par le préfet, à défaut du respect de ce délais, perte des
avantages comptables (consolidation des pertes) et fiscaux associés.
Les avantages de ce statut?:
? Déplafonner le montant maximum de travaux réalisable par la « FTB » dans le
cadre d?une transformation de bureaux en logements (exclure les FTB de
l?article 214-157 du code monétaire et financier, nouvel article réglementaire) ;?
? Déplafonner la possibilité de revente annuelle (idem) ;
? Rendre fongible les moins-values des « FTB » pour les particuliers : la totalité
des plus-values et des revenus générés dans la FTB viendraient compenser les
moins-values réalisées sur les immeubles cédés en moins-value, en s?inspirant
des dispositions pour les associés soumis aux bénéfices professionnels qui ont
déjà la possibilité de compensation des moins-values /plus-values (modification
de l?article 150 VD du CGI) ;
? Soumettre l?ensemble des travaux de transformation de locaux en logements
réalisés par une FTB à une TVA à 5,5% justifiée par les objectifs de sobriété
carbone ;
57
? Exonérer les FTB de toute fiscalité supplémentaire sur les bureaux pendant 10
ans : figer la redevance bureaux en Île-de-France et PACA et exclure les bureaux
vacants d?une éventuelle taxe sur les bureaux vacants ;
? Maintenir pendant 20 ans les droits acquis du paiement de la taxe pour
création de bureaux en cas de réversibilité du bâtiment, c?est-à-dire d?un retour
à un usage de bureaux. Cette mesure vise à encourager les changements d?usage
successifs des bâtiments en fonction des évolutions du contexte et des besoins
locaux.
Ces avantages seraient cumulables avec les mesures de «?droit commun?», notamment
permises par la loi Daubié, ou celles proposées dans le cadre des groupes de travail
(Vente d?Immeuble à Transformer (VIT), ORT, permis de démolir?).
Proposition 9 : Etendre le régime Denormandie jusqu?en 2032, en réduisant
son périmètre à des opérations de rénovation globale (incluant les
transformations immobilières)
Le dispositif « Denormandie » est une aide fiscale accordée dans le cadre d'un
investissement locatif. Il est destiné à encourager la rénovation et concerne aussi bien un
logement ancien faisant l'objet de travaux d'amélioration, qu?un local transformé en
usage d'habitation.
Afin de répondre aux besoins en logements, de soutenir le modèle économique de la
transformation de bureaux en logements et contribuer à une trajectoire bas carbone de
l?immobilier, il est proposé de prolonger la durée du dispositif Denormandie jusqu?en
2032.
En vue de réduire l?impact pour les finances publiques au-delà de 2028, il est proposé de
limiter le type d?opérations éligibles à cette prorogation aux rénovations globales
(logements + parties communes).
Les périmètres géographiques seraient inchangés, tout comme les bénéficiaires
(investisseurs particuliers réalisant des opérations de rénovation ou transformation et
mettant les logements en location dans le respect des plafonds de loyers et de
ressources). Les particuliers porteurs de parts de SCPI de transformation, dans la
logique de la transparence fiscale existante, bénéficieraient des avantages du
Denormandie sur les opérations de transformation en logements locatifs pilotés par
le gestionnaire d?actif.
Inscrire ce dispositif dans le temps présente de nombreux avantages :
? Urbanisme : contribution à la densification douce et à la lutte contre l?étalement
urbain.
? Écologie : valorisation du bâti existant, réduction des émissions carbone liées à
la construction neuve.
? Économie : relance de l?activité dans le secteur de la rénovation et de
l?architecture, dynamisation de quartiers en mutation.
? Social : création de logements abordables dans des zones en tension,
amélioration de la mixité fonctionnelle et sociale.
? Fiscalité : optimisation des outils existants sans création ex nihilo de dispositifs
supplémentaires.
58
E - Adapter la fiscalité pour encourager la réalisation des opérations
Des dispositifs fiscaux incitatifs existants à préserver et conforter
Afin d?encourager les mutations immobilières, sur le plan fiscal, plusieurs dispositifs
existants peuvent permettre un abattement partiel ou total de la fiscalité applicable :
? Une exonération totale de DMTO avec l?application du seul droit fixe de 125
euros. Cette exonération possible est subordonnée à la condition que le
redevable s?engage à minima à transformer et à achever les locaux concernés en
un immeuble neuf dans un délai de quatre ans, c?est le principe de l?engagement
de construire de l?article 1594-0 G a du CGI (prolongeable de deux ans dans
certaines conditions).
? L?engagement de revendre : Afin de limiter les effets d'une imposition en
cascade, le législateur a prévu un taux d'imposition réduit, avec une taxe de
publicité foncière réduite de 0,715% (article 1115 du CGI) lorsque les mutations
d'immeubles ou de droits immobiliers s'inscrivent dans une activité commerciale
d'achat en vue de la revente destinée à faciliter l'ajustement des marchés foncier
et immobilier. Toutefois, ce régime de faveur est enserré dans une durée maximale
fixée à cinq ans, qui vise à éviter la rétention foncière. À l'inverse, cette contrainte
de délai peut être écartée si ces opérations ont vocation à produire un immeuble
neuf soumis à la taxe sur la valeur ajoutée. La réforme de 2010 a étendu la portée
de ce régime qui peut désormais bénéficier à toutes les personnes assujetties à la
TVA au sens de l'article 256 A du CGI.
? Un allègement de la taxation sur les plus-values immobilières pour la cession
de biens en vue de réaliser des logements :
o Pour les propriétaires personnes morales, un taux réduit d?impôt (19%) sur
les sociétés sur la plus-value immobilière (Article 210 F II du Code Général
des impôts) avec un délai de quatre ans pour construire des logements.
o Pour les propriétaires personnes physiques, une exonération totale sur la
plus-value, lorsque les cessionnaires ? notamment les organismes HLM,
les SEM, l?AFL ? prennent l?engagement de réaliser majoritairement des
logements sociaux, ou encore lorsque tout cessionnaire prend
l?engagement de réaliser exclusivement des logements sociaux (Article
150-U II 7° du Code Général des impôts) dans un délai de quatre ans.
o S?y ajoute un abattement exceptionnel temporaire sur les plus-values
résultant de biens immobiliers bâtis situés en zone tendues (60%) et dans
certains secteurs (GOU et ORT ? 75%), s?ils sont transformés dans un délai
de 2 ans. Il est porté à 85% si plus de 50% des surfaces de l?opération sont
du logement social ou intermédiaire (Article 150 VE du Code Général des
impôts) ? Cette mesure, mise en place en 2021, est en vigueur jusque
fin 2025, son prolongement permettrait d?accélérer le processus de
transformation.
59
? Une exonération de taxe sur les bureaux11 en Île-de-France et en région
Provence-Alpes-Côte d?Azur, mise en place dans la loi de finances pour 2025
(article 231 ter du CGI), reprenant la proposition de loi de M. Daubié. Cette
exonération concerne les biens vacants au 1er janvier de l?année d?imposition et
faisant l?objet d?un engagement de transformation en logements dans un délai de
4 ans.
Proposition 10 : Réformer la taxe foncière applicable aux opérations de
transformations pour encourager les maires à transformer
En transformation, la démolition/reconstruction est souvent privilégiée pour des raisons
techniques, mais l?est aussi souvent pour des raisons financières.
La fiscalité actuelle privilégie la démolition/reconstruction, puisque pendant la phase de
travaux, le projet est exonéré de taxe foncière en cas de démolition/reconstruction, alors
qu?en cas de réhabilitation, la taxe foncière est due.
Pour favoriser une transformation répondant aux enjeux de transition écologique (la
préservation autant que possible des structures) et de mise sur le marché de logements
abordables, il est proposé de rétablir cette équité de traitement en assujétissant les
bureaux à transformer à la taxe foncière non bâtie pendant la durée des travaux.
Cette fiscalité pourrait s?appliquer d?une part pendant la durée des travaux de
transformation et d?autre part, dès le dépôt d?un « permis de transformer » par les
propriétaires / asset managers auprès de l?administration.
Pour aller plus loin, si nous voulons supprimer l?incitation à ne rien faire, créer une
incitation à examiner les projets de transformation de bureaux en logements et tirer les
conséquences de la réalité de la valeur déclinante de marché de ces immeubles, il
faudrait que les recettes de taxe foncière d?un immeuble durablement vacant (vide à plus
de 70 % depuis deux ans) soient amputées d?un pourcentage progressif au fil des années
d?inoccupation.
Il ne s?agirait ici que de réduire la recette de la commune, de manière croissante, tout en
conservant le même paiement par le propriétaire, sur la base de la valeur locative
cadastrale actuelle et de l?évolution des taux votés. Il ne faudrait que ceci conduise à une
réduction de la taxe foncière payée par le propriétaire : même si cela serait cohérent
économiquement avec la valeur de son actif, ceci réduirait l?utile pression à transformer
que constitue pour lui la taxe foncière, composante majeure du coût de portage d?un
immeuble vide.
11 Il convient de rappeler que les propriétaires sont redevables de cette taxe même si leur bâtiment de
bureaux est impropre à sa destination d?origine. La mesure étant entrée en vigueur au 1er janvier 2025 pour
les opérations de transformation pour lesquelles la délivrance de l?autorisation d?urbanisme intervient à
compter de cette date, aucun effet rétroactif n?est prévu pour les opérations déjà lancées. Pour les
nouvelles opérations, cette mesure permet un allègement fiscal pendant la période travaux.
60
Conclusion
La vacance des immeubles de bureaux est désormais structurelle et va continuer à
augmenter. Il est donc essentiel, dès aujourd?hui, de lever les freins à la transformation
de ces actifs au risque de voir se dessiner dans le paysage urbain d?importantes friches
tertiaires. S?il se généralise, ce phénomène serait d?autant plus incompréhensible au vu
de la tension sur le marché du logement et des quatre millions de personnes confrontées
au mal-logement.
Nous sommes convaincus que la transformation est économiquement possible en
tenant compte des volumes et des coûts des actifs tertiaires échoués. La taille du marché
est suffisamment importante pour avoir un impact significatif et faire rentrer à nouveau le
logement dans la catégorie des actifs d?efficacité économique. Au-delà de la
démonstration de la faisabilité économique des opérations, il reste encore de nombreux
obstacles à franchir ? financier, réglementaires, politiques et organisationnels ? afin de
passer d?un développement ponctuel à une véritable massification des projets de
transformation.
Cette situation est d?autant plus intéressante à envisager à l?échelle du Grand Paris,
notamment en lien avec la création du Grand Paris Express ? dont le rapport d?André
Yché souligne le poids financier pour les municipalités. Elle ouvre en effet la possibilité
de construire, pour des millions de Franciliens, une « ville du quart d?heure » décarbonée
sur le plan de la mobilité. À cette échelle, celle du Grand Paris, il devient possible de
repenser à la fois le bureau et le logement, en les inscrivant dans une vision de la ville de
demain : une ville désirable, qui intègre non seulement les enjeux environnementaux,
mais aussi la mixité des usages et des populations.
L?offre de logements issue de la transformation des bureaux ou locaux d?activités ne
pourra pas se limiter à la production d?une offre de logements gérés (résidences pour
étudiants, seniors ou coliving), mais devra être envisagée dans toutes ses composantes.
Il s?agira notamment de repenser le modèle d?accession à la propriété en incitant
fortement aux modes de détention alternatifs tels que le bail réel solidaire, le
démembrement et le leasing immobilier. L?objectif est de fluidifier le parcours résidentiel
des ménages et de le rendre possible et attractif grâce à une offre diversifiée :
? Logement locatif social, conçu à la fois comme une étape transitoire pour le plus
grand nombre et comme une solution pérenne lorsque nécessaire ;
? Logement social en accession, via des dispositifs tels que le bail réel solidaire
(BRS), le PSLA (Prêt Social Location-Accession), ou la vente HLM ;
? Logement locatif intermédiaire, destiné à ceux dont les revenus dépassent les
plafonds du logement social sans atteindre ceux du marché libre ;
61
? Logement intermédiaire en accession, y compris à travers des montages en
démembrement (comme le bail emphytéotique) ;
? Logement libre à la location, accessible sur le marché sans condition de
ressources ;
? Logement libre en accession progressive, via des dispositifs comme des baux
emphytéotiques ou d'autres formes innovantes de portage ;
? Logement libre en pleine propriété, dans le cadre du marché classique.
Les acteurs publics et privés que nous avons auditionnés sont conscients des enjeux et
prêts à relever le défi. Ils nous ont fait part de nombreuses propositions. Les différentes
mesures que nous avons formulées dans ce rapport s?inscrivent dans une logique
pragmatique, territoriale et incitative.
Il s?agit de conférer un vrai statut aux opérations de transformation (la « vente d?immeuble
à transformer ») y compris sur les normes environnementales, de donner des outils aux
élus locaux à travers une adaptation des Opérations de Revitalisation de Territoire (ORT),
et d?inciter les investisseurs à se réorienter vers le logement grâce à la création de
véhicules dédiés aux transformations et en révélant la valeur de transformation.
Aux volumes actuels, la question financière est gérable par chacun des acteurs si tout le
monde joue le jeu. Outre le développement du logement, d?autres pistes ont été
évoquées lors de l?élaboration de ce rapport et mériteraient d?être approfondies. Parmi
elles, l?immobilier de l?Etat en est une. L?objectif affiché de réduire de 25% l?immobilier
de bureau des services appartenant à l?Etat pourrait être l?occasion de repenser leur
localisation. En déménageant une partie des services de l?Etat à la Défense, Nanterre,
Saint-Ouen-sur-Seine et Saint-Denis, la vacance serait considérablement réduite sans
travaux ni changement de destination. Par ailleurs, à l?instar de ce qu?a fait la Chambre
de Commerce et d?Industrie pour son patrimoine situé avenue de Friedland dans le 8ème
arrondissement de Paris, des cessions sous forme de bail emphytéotique sur 60 ou 80
ans pourraient être étudiées. Cela permettrait de dégager des revenus tout en conservant
la propriété sur le long terme.
Une autre piste à explorer est celle de la transformation en établissements scolaires. Au
sein d?un secteur de bureaux obsolètes à transformer, il pourrait être envisagé d?en
convertir une partie en école publique. Cela permettrait ainsi de répondre aux besoins
scolaires issus de l?arrivée de nouveaux ménages dans les logements transformés.
62
Annexes
63
Annexe 1 ? Liste des personnes auditionnées
ADI
? Frédéric Goupil de Bouillé, Président
AEW
? Raphaël BRAULT · Chief Investment Officer Europe & Head of France
Altarea
? Edward ARKWRIGHT - Directeur général
ASPIM
? Véronique DONADIEU - Déléguée générale
? Marc PÉTILLOT - Administrateur
Axe Immobilier
? Cédric DE LESTRANGE - Président
AXA IM-Real Assets
? Nathalie SAVIER LACOUR - Co-Head of Development France
La Banque Postale
? Priscilla LE PRIELLEC - Directrice du département des financements immobiliers
Structurés et Promotion Immobilière
Banque européenne d?investissement
? Denis BAVAREZ - External relations officer
? Grégoire CHAUVIÈRE LE DRIAN - Chef du bureau BEI France
? Stéphane DECHRISTÉ - Chargé d'affaire secteur public à la direction des opérations
Bridge Real Estate
? Olivier BOUSSARD - Président et Fondateur
Brownfields
? Patrick VITERBO - Président
Caisse des Dépôts
? Kosta KASTRINIDIS - Directeur des prêts
? Richard CURNIER - Directeur régional Île-de-France
CBRE
? Fabrice ALLOUCHE - Président
CDC Habitat
? Thierry LAGET - Membre du directoire en charge du développement du groupe
CMS Francis Lefevre
? Gaëtan BERGER-PICQ - Avocat associé
? Ludovic DUGUET - Avocat associé
? Cathy GOARANT-MORAGLIA - Avocate associée
Covivio
? Olivier ESTÈVE - Directeur général délégué
64
EPFIF
? Gilles BOUVELOT - Directeur général
Etude Chevreux
? Michèle RAUNET - Notaire associée
Etude du 25
? Laurent BOUILLOT - Notaire associé
? Magali DE ALMEIDA-PALARIC - Notaire associée
FEI fédération des entreprises immobilières
? Maryse AULAGNON - Présidente
? Delphine CHARLES-PERONNE ? Déléguée générale
Fédération des Promoteurs Immobiliers
? Pierre VITAL - Vice-Président
? Didier BELLIER-GANIERE - Délégué général
Gecina
? Beñat ORTEGA - Directeur général
? Glenn DOMINGUES - Secrétaire du Conseil d?administration
Grand Paris Aménagement
? Fabien GUISSEAU - Directeur général adjoint en charge du développement et des
partenariats stratégiques
Groupama Immobilier
? Edouard BLIN - Directeur de l?Asset Management Tertiaire
Groupe 3F
? Bruno ROUSSEAU - Directeur général adjoint Maîtrise d?ouvrage
? Nazir SAFLA - Directeur du développement Île-de-France
Icade
? Audrey CAMUS - Directrice générale de la Foncière
? Véronique MERCIER - Responsable des affaires publiques
IFPimm
? Olivier COLONNA D?ISTRIA - Président
? Jean-Michel ROYO ? Conseiller du Président
Kareg
? Raphaël TRÉGUIER - Président et Fondateur
Linkcity
? Bernard Mourey - Directeur général
Métropole du Grand Paris
? Patrick Ollier - Président et Maire de Rueil-Malmaison
Mirabaud
? Olivier SEUX - Directeur général
? Annabel GLUCKSTEIN - Secrétaire générale
65
Nexity
? Sharon ELBAZ - Président de Nexity Héritage
? Eric BARBARIN - Directeur général de Nexity Patrimoine et Valorisation
Novaxia
? Joachim AZAN - Président
? Guillaume ESTÈVE - Membre du directoire de Novaxia Investissement
? Romain FERRÉ - Directeur de la promotion de Novaxia Développement
? Jean-Baptiste LABADIE - Directeur de cabinet et Directeur des affaires publiques
Paris Habitat
? Cécile BÉLARD DU PLANTYS - Directrice générale
? Hélène SCHWOERER - Directrice générale adjointe Maîtrise ouvrage
Paris La Défense
? Pierre-Yves GUICE - Directeur général
? Céline CRESTIN - Directrice stratégie et développement responsable
Praemia REIM
? Marc BERTRAND - Président du Directoire
Pyramides Notaires Associés
? Xavier LIÈVRE - Notaire associé
Région Île-de-France
? Jean-Philippe Dugoin-Clément - Vice-Président du Conseil Régional ? Maire de
Mennecy
RIVP
? Christine LACONDE - Directrice générale
? Daniel SCHNEIDER - Directeur de la construction et du développement
Société de la Tour Eiffel
? Christel ZORDAN - Directrice générale
Société des grands projets
? Antoine BOURGUIGNON - Responsable des projets immobiliers
SPL Lyon Part Dieu
? Florent SAINTE FARE GARNOT - Directeur général
? Thierry PERROT - Directeur du développement
Vinci Immobilier
? Virginie LEROY - Présidente
66
Annexe 2 ? Comparaisons internationales
La crise du bureau est internationale, les taux de vacance explosent dans beaucoup de
pays. Y compris dans les pays « libéraux », comment cherchent-ils à résoudre la crise et
financer la transformation ?
La première évidence est que la majorité des pays traite le problème de manière
institutionnelle avec une mixité de solutions adaptées à leur problématique qu?elle soit
nationale ou au niveau d?une métropole.
Angleterre : Autorisé dans tous les cas
En Angleterre, depuis le « Growth and Infrastructure Act » de mai 2013, il est possible de
convertir un bâtiment de bureaux en logements résidentiels sans avoir besoin d'une
autorisation de planification. Cette décision de déréglementation a été prise par le
gouvernement central pour augmenter l'offre de logements et favoriser la réutilisation des
bureaux vacants.
L?autorisation de construire de l?autorité locale d?urbanisme (LPA) est généralement
nécessaire pour effectuer des opérations de construction et/ou pour modifier «
matériellement » l?utilisation d?un bâtiment ou d?un terrain ».
Les droits d?aménagement autorisés (PDRs) permettent aux particuliers et aux
promoteurs d?apporter certaines modifications aux bâtiments ou aux terrains sans avoir
à demander et à obtenir un permis de construire de la LPA. Les PDR sont accordés par
le Parlement et définis dans la loi.
La plupart des PDR sont soumis à certaines conditions et limitations :
- Peut-être restreint pour les zones protégées ou les bâtiments classés,
- Les LPA peuvent restreindre certains PDR sur une partie du territoire en utilisant
un « article 4 direction ». Cependant cet usage doit être mesuré et ciblé,
- Certains aménagements sont couverts par des PDR mais nécessitent une «
approbation préalable » de la LPA.
Depuis 2013, le changement d'affectation de bureaux en logements est couvert par les
PDRs, ce qui signifie qu'aucune autorisation des LPA n'est requise. En revanche, pour des
changements vers d'autres types d'affectations (magasins, restaurants, etc.), une
autorisation reste nécessaire.
Une étude commandée par le gouvernement en 2020 a révélé que les logements créés
grâce aux PDR entraînaient des « environnements résidentiels de moins bonne
qualité » que ceux nécessitant une autorisation de planification de la part de l'autorité
locale. Les chercheurs ont soutenu qu'il était nécessaire « d'aller au-delà des chiffres
globaux pour se demander si nous créons le bon type de logements, aux bons
endroits »
-- Potentiel --
Entre 2015/16 et 2022/23, 102 830 nouveaux logements ont été créés grâce aux PDR
pour changement d'affectation. La majorité de ces logements (89 %) ont été réalisés par
la conversion de bureaux et d'autres unités commerciales, d'affaires et de commerce.
https://www.gov.uk/government/publications/quality-standard-of-homes-delivered-through-change-of-use-permitted-development-rights
67
Les logements créés par les PDR pour changement d'affectation représentaient environ
6 % des nouveaux logements nets livrés entre 2015/16 et 2022/23.
Madrid : Une mesure provisoire
Le 5 juin 2024, la Communauté de Madrid1 a adopté la « Loi 3/2024, du 28 juin, de
mesures urbanistiques pour la promotion du logement protégé » visant à promouvoir
le logement social. Cette loi introduit un régime temporaire pour faciliter le changement
d'affectation des terrains et bâtiments classés en bureaux, afin de les transformer en
logements sous protection publique2 (VPP) sans avoir à modifier le plan d'urbanisme.
Ce nouvel outil, mis à la disposition des municipalités, a été utilisé par la ville de Madrid.
Certaines conditions à respecter :
? Reconversion en logements soumis à un certain type de protection en régime
de location, favorisant ainsi la location abordable
? Mesure provisoire : Les demandes de changement d?usage doivent être faites
dans un délai de 2 ans, et les travaux doivent être achevés dans un maximum de 3
ans.
? Interdiction de mises en oeuvre partielles : Le changement d?usage doit
concerner l?intégralité du bâtiment.
Cette politique s?accompagne d?un nouveau dispositif qui supprime une règle municipale
obligeant à préserver de grandes cours intérieures dans les quartiers centraux. Cela a
facilité la transformation d?immeubles de bureaux en logements, car les projets ne
perdent plus de surface constructible ? un obstacle majeur aux changements d?usage
des bâtiments tertiaires en résidentiel.
-- Potentiel --
Une étude du cabinet de conseil EY indique qu?il y a environ 1,8 million de m² de
bureaux inutilisés qui pourraient être transformés en zones résidentielles à Madrid au
cours des 20 prochaines années (avec l?essor du télétravail), ajoutant environ 20 000
appartements au marché. La municipalité estime que la mesure de facilitation de
transformation pourra entrainer la construction d?environ 7 500 logements sociaux en
location.
Allemagne : Plan de financement pour 2025
En Allemagne, le programme de subvention « Gewerbe zu Wohnraum » (« commercial en
logement ») pour la transformation de bureaux en logements sera lancé en 2025, financé
par la KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau - un établissement public allemand parmi les
quinze premières banques du pays).
Le programme de financement supplémentaire sera mis en place pour les propriétaires
et investisseurs souhaitant convertir des espaces commerciaux en logements. Doté d'un
budget total de 480 millions d'euros, ce programme vise à favoriser la transformation
écologique des bâtiments et à réduire les espaces vacants en offrant des financements
et des prêts à taux avantageux (le montage de la subvention est en élaboration). Le
68
financement sera également assuré par le Fonds pour le climat et la transformation
(KTF)
-- Potentiel --
Selon des études récentes, rien que dans les sept plus grandes villes d?Allemagne,
environ 1,8 million de m² de surfaces de bureaux potentiellement sont disponibles et
convertibles en logements.
Dans toute l?Allemagne, l'Institut Pestel (Hanovre) et l'Institut de recherche en
construction du Schleswig-Holstein ARGE pour la construction contemporaine à Kiel ont
déterminé qu'il existe un potentiel de jusqu'à 235 000 nouvelles unités résidentielles
en transformant ces espaces.
Pays-Bas : un panel d?outils
Les Pays-Bas disposent de plusieurs outils pour promouvoir la transformation de bureaux
en logements :
Procédures simplifiées : La transformation de bureaux en logements est facilitée par la
procédure BOPA de la « Omgevingswet », qui permet de déroger aux règles du plan
d'urbanisme. Cette procédure est accélérée, avec un délai de décision de 8 à 14
semaines (contre 6 mois pour une modification du plan d'urbanisme). L'autorisation
est accordée uniquement si l'initiative respecte le principe de « répartition équilibrée
des fonctions », c'est-à-dire si elle s'intègre harmonieusement à son environnement.
Aides financières et fiscales :
? Les subventions et des allègements fiscaux (exemption de TVA sur la vente et la
location) sont accordés pour favoriser la transformation de bureaux en logements,
notamment pour les bâtiments historiques.
? Un budget de 150 millions d'euros est alloué pour soutenir les transformations,
avec des prêts de 500 000 ¤ à 3,5 millions d?euros, couvrant jusqu?à 50 % des coûts
d?achat et/ou de développement. Au moins les deux tiers d?un projet doivent être
constitués de logements abordables.
Rôle des municipalités : Certaines réaménagent leur propre patrimoine, tandis que
d?autres facilitent et encouragent les initiatives privées à travers des politiques urbaines
favorables. Cela passe notamment par l?achat et la transformation de bâtiments vacants
(commerces, anciens bâtiments publics), ou le lancement de projets de renouvellement
urbain (comme la reconversion d?anciennes zones industrielles), tout en veillant à
préserver une mixité fonctionnelle entre habitat et emploi.
-- Potentiel --
En 2023, environ 8 800 logements ont été créés via la transformation immobilière,
contribuant significativement à l?objectif annuel de 100 000 logements.
Sur la dernière décennie, environ 10 000 logements par an ont été issus de la conversion
de bureaux, mais ce potentiel diminue du fait du manque de bureaux à transformer.
D?ici 2030, 10 000 à 20 000 logements supplémentaires pourraient encore provenir de
transformations de bureaux. La reconversion de magasins vacants pourrait générer 2 250
à 3 600 logements par an, sous réserve d?initiatives adéquates.
69
Belgique : Région de Bruxelles
Depuis 2013, les opérateurs privés qui réalisent des conversions de bureaux en
logements sont exonérés de charges d?urbanisme.
Dans le cadre de la réforme du Règlement Régional d?Urbanisme (Good Living), la
Région de Bruxelles-Capitale introduit plusieurs dispositions visant à favoriser la
réutilisation du bâti existant. La démolition devient une exception, avec l?obligation de
préserver ou de rénover toute construction existante. La conversion, notamment en
logements, est encouragée par une approche orientée vers les résultats plutôt que les
moyens. Toute nouvelle construction de plus de 2 000 m² (contre 1 000 m² avant l?enquête
publique) devra être conçue pour permettre une reconversion vers une autre affectation
autorisée.
Sur le plan fiscal, la TVA est réduite de 21 % à 6 % pour les travaux de transformation,
rénovation, amélioration ou réhabilitation d?un immeuble existant. Cette réduction
s?applique à la fois à la main-d?oeuvre et aux fournitures, à condition que les travaux soient
effectués par un entrepreneur agréé. Elle ne s?applique pas aux reconstructions
totales, qui restent soumises au taux normal.
Enfin, le déplafonnement des loyers est autorisé dans les quartiers à revenu élevé lors de
conversions en logements.
-- Potentiel --
En 2021, Bruxelles a connu une conversion exceptionnelle de 182 000 m² de bureaux vers
d'autres affectations, en 2022, ce chiffre est redescendu à 116 000 m², représentant un
retour à un niveau moyen.
En moyenne, 70 % de ces surfaces sont transformées en logements, ce qui a permis à
la conversion de bureaux de contribuer à environ 23 % de la production nette de
logements en 2021.
Entre 2018 et 2022, seules 0,6 % des reconversions ont eu une finalité sociale. La
majorité des projets sont de haut standing, afin de garantir leur rentabilité.
Aux Etats-Unis
New York, Washington, San Francisco, Chicago, Los Angeles des politiques invitatives
pour faciliter ces transformations. Cela va jusqu?à toucher des immeubles iconiques
comme le Iron Flat building à Manhattan en le transformant en résidentiel de luxe.
La Ville de NY a mis plusieurs mesures en place par le biais de financement public et
d?incitations fiscales. Les incitations fiscales sont principalement destinées au logement
abordable, elles semblent conséquentes et se concrétisent par une exonération de taxe
foncière pendant la construction puis pendant des années, de façon évolutive et en
fonction de la localisation (plus l?immeuble converti est dans un secteur prime, plus la
durée de l?exonération est importante). De plus, un point de contact unique au sein de la
municipalité pour faciliter les projets de conversions. L?impact est une hausse annuelle
de 60% des opérations de conversion.
70
Au Canada
La ville de Calgary a lancé un programme de conversion : le Downton Development
Incentive Program où l?incentive est une subvention de 540¤ par m2 converti.
***
Dans tous ces pays, le rôle de la puissance publique n?a pas été seulement incitatif mais
toujours porté par une volonté politique forte via des programmes spécifiques.
Les délais sont raccourcis, le risque de refus est très souvent éliminé car la demande
émane de celui qui autorise, les accompagnements vont de subventions à des
avantages fiscaux de longue durée, voir les deux.
Il s?agit d?une sorte de policy mixte où le dosage optimal entre la simplification des
normes et des risques administratifs d?une part, et les modèles économiques d?autre part
est recherché.
Tout cela n?a qu?un but ; rendre économiquement possible, rapide et désirable par les
propriétaires et les investisseurs, le maximum possible de transformation d?actifs
échoués en actif d?efficacité économique, le plus souvent du logement ; des opérations
qui n?auraient pu se faire autrement.
Des mesures punitives n?auraient réellement d?impact que si nous offrons parallèlement
un chemin vertueux de sortie de cette situation.
Les contraintes budgétaires nationales comme locales sont telles que les montages
économiques devront se faire sur la base d?une neutralité, toute dépense devant être
compensée par une recette équivalente.
Les solutions proposées, impliquant toutes les parties, des efforts peuvent cependant
être envisagés en contrepartie d?avantages y compris une organisation efficiente et
dédiée des services de l?Etat pour faciliter les opérations.
71
Annexe 3 ? Les principaux propriétaires de bureaux
1. Les compagnies d?assurance (vie et IARD)
L?augmentation de leur allocation d?actif à 6%-7% de leur allocation d?actif a été très liée
à la baisse des taux longs, l?immobilier apparaissant comme l?actif idéal pour se protéger
à long terme de l?inflation, actif de duration longue aux revenus indexés sur l?inflation -
tout en ayant une faible volatilité historique (volatilité de 7% versus 20% pour les actions
et 8 à 12% pour les obligations d?Etat à 10 ans).
Les compagnies d?assurance vie sont bien évidemment une règlementation beaucoup
plus contraignante (solvabilité 2) que les « non-vie » du fait de l?engagement de liquidité
et de performance qu?elles ont vis-à-vis des particuliers détenteurs de contrats en Euros.
98% de leur immobilier sont des actifs tertiaires (source AFII), le logement n?étant plus
considéré comme suffisamment attractif.
Une évolution souhaitable vers une détention de logements à faciliter par la CDC et
bailleurs type Action Logement :
Le rendement servi aux assurés sur l?assurance vie (contrat en Euro) est de l?ordre de
2,6% par an (moyenne 2024) donc très comparable au rendement triple net du
résidentiel. Compte tenu de la résilience du logement, il ne serait pas incompatible en
termes d?allocation d?actifs aux conditions expresses que soit adressés les principaux
obstacles bien réels :
? Une gestion locative déléguée (ce qui est possible avec les grands opérateurs que
sont les Groupes CDC et Action Logement)
? Solvabilité 2 : réduction très forte du coefficient de 25% à 10% du coefficient S2 sur
l?immobilier, rendant ainsi attractif le risque rendement du résidentiel.
o La liquidité que doit pouvoir avoir un assureur pour répondre aux
caractéristiques du contrat en euro : cette question pourrait être traitée via une
prise en pension des titres de propriété des foncières (contre un prêt de la BdT)
(utilisation très théorique mais nécessaire pour réduire le coefficient).
o Le logement est très résilient et se compare en termes de risque à une
obligation notée A (faible risque sur les revenus et de baisse de valeur
comprise entre 10 et 15% sur un horizon de 10 ans), alors que le tertiaire est
beaucoup plus volatile et, comme le démontre la situation actuelle, les risques
de perte définitives de valeur sont conséquentes. Pour se couvrir de ce
risque de perte des acteurs tels que Action Logement ou la Banque des
Territoires pourraient leur vendre des ?options de vente à l?européenne »
d?une maturité de 10 ans avec un prix d?exercice à 85% du prix d?origine. Le
ratio de S2 serait ainsi réduit à 10% et le risque-rendement du logement
serait ainsi attractif pour les assureurs vie. Du côté des émetteurs de ces
options de vente, l?exercice de ces options de vente à l?Européenne les rendrait
acquéreur contracyclique de logements à 15% de décote du prix d?origine 10
ans avant. Historiquement, sur 10 ans glissant ce risque ne s?est concrétisé
qu?une fois depuis 1945 avec une perte en capital de 4%.
72
2. Les foncières cotées (SIIC)
Les foncières sont confrontées à un double enjeu : la pression exercée par la hausse des
taux d?intérêt, en raison de leur effet de levier, et la problématique de la reconversion des
bureaux vides devenus obsolètes.
Compte tenu de leur situation financière dégradée et d?une capitalisation boursière sous
pression, les foncières se trouvent dans l?incapacité d?accroître leur endettement sans
compromettre leurs covenants, ni de procéder à des augmentations de capital autrement
que fortement dilutives ? sous réserve, par ailleurs, que le taux de rendement implicite
post-opération soit suffisamment attractif pour justifier l?allocation de nouveaux
capitaux.
Le graphique des décotes par rapport à l?actif net réalisable met en évidence deux
éléments clés : d?une part, le scepticisme persistant du marché quant à la justesse des
valorisations comptables et/ou des perspectives locatives ; d?autre part, l?impact de
l?effet de levier sur la valeur des fonds propres ? dans la mesure où la dette,
remboursable au pair, absorbe mécaniquement une part croissante de la perte de valeur
de l?actif en contexte de revalorisation négative.
Décotes et Surcotes des principales SIIC entre 2023 et 2024
Source : IEIF, à partir de données Euronext, Six financial information et rapports annuels
73
Le patrimoine brut des 6 premières foncières cotées (Covivio, Gecina, Icade, Altaréa,
Klépierre, Unibail Rodamco Westfield)12, représente76% de l?indice des foncières IEIF, et
plusieurs points interpellent :
Les bureaux ne représentent finalement qu?une faible part de leur patrimoine.
Hors URW et Klepierre (qui sont des foncières quasiment exclusivement de commerce),
les compagnies d?assurance et les caisses de retraites sont actionnaires à 42% des
SIIC (rappelons qu?avec le statut SIIC, 2003, elles sont exonérées d?IS y compris sur
les plus-values de cession ; par transparence fiscale ce sont les actionnaires qui le
payent, or les caisses de retraite n?en payent pas, comme les assureurs vie qui sont
au forfait).
Quelques points d?ordre général :
? La faiblesse de la capitalisation boursière en actifs immobiliers : l?ensemble des
marchés cotés français représente 3.375 Mrds et les foncières cotées ne
représentent que 1% de la capitalisation boursière du marché français. A
l?inverse, les Français épargnent 62% de leur patrimoine financier dans
l?immobilier (essentiellement résidentiel), soit ¤8.000 Mrds. On voit bien, une
fois de plus, les dommages que fait aujourd?hui l?absence de capitaux à long
terme (cf fonds de pension). Aux USA, les foncières représentent l?équivalent de
11% du Dow Jones et il n?est pas rare de voir des foncières cotées valoir 50 à 80
Mrds. Par ailleurs, les Américains sont propriétaires à 65% de leur résidence
principale contre 57% en France?
? Une absence quasi-totale de résidentiel dans les patrimoines des foncières
cotées à l?exception de Covivio qui investit en Allemagne (29% de son actif brut)
? La chute des valorisations, URW était valorisé à lui seul 26 Mrds avant la crise.
12 Voir données par foncière en annexe 1
Capitalisation des principales SIIC (M¤) 34 594
Poids dans l'indice foncière France IEIF 76%
Patrimoine brut 122 130
Centres Commerciaux 95 948
Bureaux & Autres 16 494
Congrès & Expositions 28 263
Activités de services 42 169
Patrimoines détenus par cie Assurance / caisse de retraite 21 763
Patrimoine brut hors URW et Klepierre 52 193
% détenus par cies d'assurance 42%
74
Evolution de l?immobilier coté en Europe entre 2019 et 2024
Les investissements nets des SIIC sont négatifs depuis plus de 20 ans.
Evolution de l?investissement net des SIIC en France 2012 - 2024
On constate également que les principales sources de financement sont des apports
dans le cadre de rapprochements capitalistiques.
75
Evolution de l?activité des SIIC sur les marchés des capitaux en France 2012 - 2024
Le recours à l?emprunt était plus facile et rentable pour les actionnaires? et a augmenté
l?effet de levier.
Evolution des volumes d?émissions obligataires des SIIC en France 2014 - 2024
76
SIIC, données sur l?actif et le passif
Conclusion : la situation financière des SIIC, sauf exception, ne permet généralement
pas d?absorber l?intégralité d?un choc significatif de dévalorisation de leurs actifs. Elles
Covivio Capitalisation (M¤) 5 443
Groupe Delfin 28% Poids dans l'indice foncière France IEIF 12%
Groupe Crédit Agricole Assurances 8% Patrimoine (M¤) 23 142
Groupe Covéa 7% Bureaux 51%
Assurances du crédit mutuel 7% Résidentiel Allemagne 29%
Blackrock Inc. 5% Hôtels 20%
Actions autodétenues 1% Total 100%
Actionnariat salarié 1%
Flottant 43%
Total 100%
Gecina Capitalisation (M¤) 6 941
Ivanhoé Cambridge 15% Poids dans l'indice foncière France IEIF 15,4%
Crédit Agricole Assurances - Predica 14% Patrimoine (M¤) 17 377
Norges Bank 9% Bureaux 79,0%
Actions propres 4% Résidentiel 20,8%
Actionnaires salariés 2% Hôtels et CBI 0,2%
Flottant 56% Total 100%
Total 100%
Icade Capitalisation (M¤) 1 752
Caisse des dépôts (Etat français) 39% Poids dans l'indice foncière France IEIF 3,9%
Groupe Crédit Agricole Assurances 19% Patrimoine (M¤) 6 398
Salariés 0,5% Bureaux 82%
Autodétention 0,5% Locaux d'activité 12%
Flottant 41% Autres actifs divers 4%
Total 100% Terrains 2%
Total 100%
Altaréa Capitalisation (M¤) 2 111
Famille Alain Taravella 46% Poids dans l'indice foncière France IEIF 4,7%
Groupe Crédit Agricole Assurances 24% Patrimoine (M¤) 5 276
APG 6% Grands centres commerciaux 59%
Opus Investment BV 2% Retail parks 19%
Autocontrôle 1% Commerces de proximité 12%
Flottant 21% Commerces de flux 10%
Total 100% Total 100%
Klépierre Capitalisation (M¤) 7 975
Simon Property Group 22% Poids dans l'indice foncière France IEIF 17,6%
APG 5% Patrimoine (M¤) 20 225
Flottant 73% Grands centres commerciaux 93%
Total 100% Autres catégories d'actifs (retail parks, terrains?) 7%
Total 100%
Unibail-Rodamco-Westfield Capitalisation (M¤) 10 372
Groupe Familial Niel (Rock Investment, NJJ Holding) 15% Poids dans l'indice foncière France IEIF 22,9%
Société Générale 11% Patrimoine (M¤) 49 712
BlackRock Inc. 7% Centres Commerciaux 87%
Plan d'épargne entreprise 1% Bureaux & Autres 6%
Flottant 66% Congrès & Expositions 5%
Total 100% Activités de services 2%
Total 100%
77
sont dans l?incapacité de lever les fonds, nécessaires pour réaliser ces transformations,
que ce soit sous forme de capital ou d?endettement.
L?immobilier coté a pour objectif initial d?apporter une certaine stabilité dans les
portefeuilles d?actions en permettant de se protéger de l?inflation (i.e. loyers indexés) tout
en conservant la liquidité. Les foncières cotées sont les seules sociétés dont la notion
d?Actif Net Réalisable a un sens économique (ce qui n?est pas le cas pour l?industrie et
encore moins pour les sociétés technologiques). Le prix de cette liquidité se traduit par
une sous ou surévaluation par rapport à l?Actif Net Réalisable de +/- 20% avec une
volatilité de l?ordre 2 fois pour l?immobilier physique tertiaire (i.e. autour de 15%).
Concrètement la crise de l?immobilier tertiaire a fait exploser la volatilité à 40% sur les 12
derniers mois (Indice Euronext IEIF SIIC France).
Seule une sortie « par le haut » serait opportune ; c?est-à-dire la recherche d?un relatif
équilibre économique et financier par une participation dans l?opération de promotion de
la transformation de l?actif avec de nouveaux partenaires.
Pour résumer, pendant la période d?euphorie monétaire, les foncières ont dans leur
ensemble eut pour stratégie de céder des immeubles potentiellement difficiles au
« bénéfice » des SCPI qui devaient déployer leur collecte. Leurs appels au marché sont
restés modérés (au cas particulier d?Unibail pour l?acquisition de Westfield) et se sont
réalloués sur le commerce (le développement du e-commerce ayant déjà fait baisser les
prix.).
Pour les foncières, les conditions juridiques et financières d?un investissement
résidentiel ne peuvent donc s?envisager que sur des résidences gérées et/ou sur des
modèles de démembrement (type emphytéose) qui permettrait comme sur le tertiaire (cf
opération de la BdT avec Grand Paris Aménagement) de retrouver un rendement ?normal?
pour un actif immobilier détenu (5-7% sur le long terme).
Notons le cas particulier de Covivio (ex foncière des régions) qui est l?une des rares
foncières à investir significativement et structurellement dans le résidentiel et illustre
très bien comment le résidentiel, y compris dans la rénovation, peut être attractif. Les
conditions sont manifestement réunies pour le faire... en Allemagne !.
1/3 de leur portefeuille (4,6 Mrds ¤) est investi dans le logement, pratiquement toujours
en partenariat avec un opérateur pour la gestion et le partage du risque.
78
Une gestion très active de leur portefeuille logement en choisissant de détériorer à court
terme le rendement instantané (3,8% de rendement contre 4,3% en moyenne) pour faire
des travaux massifs de rénovation et augmenter les loyers ? 5% de rendement après les
travaux - (le blocage des loyers a été déclaré inconstitutionnel et supprimé en 2021).
79
Une convergence d?intérêt sur le plan financier et environnemental !
80
3. Les fonds non cotés faisant appel public à l?épargne (SCPI, OPCI, SCI)
Contexte : la disparition (temporaire de l?inflation), l?hélicoptère monétaire, des taux de
rendement alléchants pour un produit d?épargne qui s?achète à crédit, des commissions
de distribution alléchantes, une absence de notation indépendante des véhicules, une
notation SRI par l?AMF de 3 (risque modéré, typique des obligations de bonne qualité ou
de fonds diversifiés avec une gestion prudente).
Il est clair que la promesse des SCPI est très attractive et a été largement popularisée
pendant la période d?euphorie des taux bas et de très faible inflation :
? Comme tout actif immobilier, c?est le seul produit d?épargne qui s?achète à crédit ;
? Une distribution récurrente, indexée sur l?inflation (si elle repart), c?est la
promesse d?une retraite heureuse ;
? La diversification des risques sur N immeubles et Z locataires gérés par un tiers ;
? Les taux d?intérêt « finalement anormalement » bas, ont attiré un monceau de
capitaux qui a entrainé des prix de l?immobilier de bureau à la hausse (et donc une
baisse du rendement locatif) souvent compensés par un endettement également
au niveau du véhicule pour maintenir une distribution locative équivalente ... en
sus de celui (éventuel) du particulier.
Trois illustrations :
A) Une SCPI bureaux de Praemia : Primopierre - premier collecteur pendant la
période ? source Praemia - IEIF
0
100
200
300
400
500
600
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Primopierre, collecte brute en M¤
81
L?emplacement, l?emplacement, l?emplacement? on oublie le dicton quand on collecte
trop et que le modèle économique du gérant de SCPI repose plus sur la collecte (frais de
distribution, 8% dont 1% reste dans les mains du gérant) que sur la gestion (0,4% à 0,5%
par an).
82
La capitalisation a baissé de 30% (1 Mrds) en 1 an et de 1,7 Mrds depuis 2022, soit 45%
de perte pour les (petits) porteurs en l?espace de 3 ans.
Presque 10% des porteurs ont demandé à sortir mais ne peuvent faute de liquidité (le
seuil de 10% pendant 1 an enclenche une obligation de vendre des actifs via un fonds de
remboursement).
Avec un endettement considérable de 1,1 Mrds, on voit mal comment elle pourrait
aujourd?hui s?endetter significativement pour réaliser des travaux de transformation.
83
58% de bureaux en région parisienne? 16% de locaux vacants auxquels s?ajoutent 6,9%
de locaux vacants en restructuration. On peut aisément approximer que les 23% de
locaux vacants sont principalement en région parisienne, soit un taux de vacance de
l?ordre de 30% en première et deuxième couronne. A cela s?ajoute une durée de vie
restante des baux commerciaux très courte (environ 4 ans).
B) Deuxième Exemple Corum Origine... de l?intérêt de NE PAS INVESTIR EN FRANCE...
Créée en 2012, Corum a, dès son origine, cassé les deux codes traditionnels des SCPI :
La gestion immobilière
? Codes traditionnels : une diversification d?immeubles patrimoniaux et de
locataires sur des emplacements de qualité (localisation, localisation,
localisation), avec une prime de risque par rapport à l?OAT comprises entre 1,5%
pour les immeubles primes à 3-4% pour les autres. Produit de rente par
excellence pour un complément de revenu à sa retraite.
? Codes de Corum : opportunistes, recherche de rendement très élevés en
achetant beaucoup d?immeubles à faible valeur patrimoniale mais fort
rendement instantané, dans des villes/pays peu connus des investisseurs
immobiliers traditionnels.
La distribution :
? Code traditionnel : distribution via des tiers Conseillers en Gestion de Patrimoine.
Commission de souscription de l?ordre de 8% reversée pour l?essentiel au
distributeur.
? Code de Corum : distribution majoritairement en direct, via une forte
communication décomplexée dans le public (affichages y compris dans les
stations d?autobus), publicités agressives? qui a valu à Corum une sanction de
500.000 ¤ pour divers manquements y compris dans la communication
commerciale.
? Ces deux stratégies lui ont permis sur leur SCPI de référence (Corum Origin, SRI
de 3), de passer de 16 M¤ en 2012 à 3,2 Mrds fin 2024, une des plus importantes
du marché. A supposer que Corum continue sa stratégie commerciale de
distribution majoritairement en direct alors même que les seuls frais de
souscription sont de 12%, soit 384 M¤ sur la période (et les frais de gestion
seulement de l?ordre de 40 M¤), ça valait le coup de payer une amende
500.000¤?
84
Corum est l?illustration même que les stratégies immobilières peuvent produire des
résultats extrêmement différents, au grand bonheur des porteurs de parts de Corum
comme de la presse spécialisée et les distributeurs dont il devient la coqueluche.
? Et la collecte explose :
A la différence des autres gérants, non seulement le prix des parts n?a pas été ajusté
à la baisse suite à l?augmentation des taux mais il a même augmenté de 4,13% en
2022 ! et le chaland restant toujours attiré par le rendement affiché, la collecte est
toujours au rdv.
Le rendement annuel distribué est toujours resté supérieur à 6% en dépit d?une
structure de frais élevée :
0
100
200
300
400
500
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20
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20
23
20
24
Collecte en M¤
Primopierre Corum origine
85
Son taux d?endettement est relativement faible à 11%, la politique agressive de
rendements locatifs élevés lui permettant de maintenir une distribution élevée tout
en conservant un endettement faible.
Diversification géographique forte, des actifs probablement souvent à faible
potentiel patrimonial mais à forte utilité?
In fine, des résultats très probants et si l?on voulait réduire à un tableau les raisons de ce
succès c?est que les segments des marchés immobiliers sont très différents ? et que la
France n?est pas un marché immobilier attractif pour du « haut rendement ».
86
Les acteurs traditionnels ont majoritairement privilégié la France ou des emplacements
prime en Europe, des SCPI spécialisées par nature (bureaux, commerce etc?) et l?effet
de levier quand les taux étaient bas et que les spreads se compressaient avec la baisse
des taux, alors que d?autres ont joué l?opportunisme et le rendement instantané le plus
élevé. Corum est-il pour autant plus rassurant sur le long terme (n?oublions pas que la
liquidité des parts n?existe pas?) ?
C)° Illustration une SCPI Résidentielle fiscale (Scellier) : AMUNDI... Où l?avantage
fiscal est souvent une illusion...
Lancé après la crise de 2008, le Scellier a été l?un des dispositifs fiscaux les plus attractifs
avec une déduction fiscale de 25%.
Amundi, comme beaucoup d?acteurs ont donc proposé à leurs clients particuliers un
fonds avec une échéance de liquidation correspondant à celle de l?avantage fiscal (12
ans). Plutôt que d?acheter en VEFA (sur plan) un seul bien, de le gérer puis éventuellement
de le vendre, la proposition était claire : acheter et gérer par des professionnels les bons
logements, en bloc c?est moins cher et la diversification des logements c?est moins
risqué, et on vous fait même un crédit pour le financer !
Premely Habitat, un fonds Scellier a collecté 100 M¤ en 2009 pour une durée de 15 ans.
SCPI à capital fixe (comme la totalité des SCPI fiscales), les sorties, avant que les actifs
soient vendus au terme des 13 ans, peuvent se faire par confrontation, le vendeur
proposant un ordre à cours limite (inférieur à celui affiché dans le rapport annuel) par
rapport au prix de valorisation.
Annonce du lancement en 2009 : un niveau de risque de 3 (c?est d?ailleurs le niveau
toujours affiché)
100 M¤ investi en 2009 auquel s?est ajouté 8 M¤ de frais de souscription, soit 108 M¤,
qui valent toujours 100 M¤ en 2021 alors que l?indice du prix des logements a
augmenté de 50% sur la période? et la distribution de 2,5% par an a été tenue (loyers
nets faibles compte tenu de la localisation mais correspond à la logique de l?avantage
fiscal de 25%) .
87
En 2022, la SCPI amorce le processus de vente des
appartements. 2 ans plus tard, des immeubles ont
été cédés en bloc pour 30 M¤ (sans qu?il soit précisé
dans le rapport s?ils ont été vendus au-dessus ou en
dessous de la valeur de réalisation...), et le
patrimoine restant est évalué à 66 M¤ ; soit si tout
se passe bien 96 M¤ au total pour un investissement
15 ans plus tôt de 108 M¤ et une distribution de
2,5% par an?et une absence totale de liquidité.
Et les rares porteurs de parts qui ont réussis à sortir,
c?est en vendant à 805¤ la part achetée à 2.000¤ 13 ans plus tôt, soit 60% de perte.
Le plus souvent, cet investissement s?est fait à crédit (à hauteur de 70-80%) en 2009 avec
des taux d?intérêt à 4,5% sur la base d?un crédit à 12 ans, les intérêts payés représentent
24% du montant de l?investissement alors que les revenus locatifs nets perçus cumulés
auront été de 30%. Au total, les investisseurs particuliers, ont déjà perdu 20% de la mise
d?origine ; ils sont en cash-flow négatif car ils ont remboursé leur crédit et doivent
attendre la vente des 66 M¤ pour récupérer le solde de leur mise.
Ce dernier exemple illustre bien que produits immobiliers résidentiels commercialisés
sur la base des avantages fiscaux ont des limites.
« Imposer » (ou espérer) aux SCPI (bureaux ou autres) de réinvestir dans des immeubles
obsolètes sera donc difficile sauf si à l?issue de la transformation, les appartements sont
vendus, ce qui suppose bien évidemment qu?ils soient financièrement achetables par la
population ciblée ou éventuellement mis en location via des baux commerciaux
(opérateurs de résidences).
88
4. Le foncier et le bâti des utilisateurs-propriétaires, une catégorie de foncier au
potentiel souvent sous-estimé ?
La transformation de bureaux obsolètes de logements est souvent quasi-exclusivement
perçue comme l?un des moyens de construire du logement neuf tout en résolvant le
problème de l?utilisation de bureaux qui n?ont plus de sens en bureau, mais on peut
également inclure dans la réflexion le foncier sous utilisé des utilisateurs-propriétaires de
tertiaire industriel.
Concrètement rebâtir la ville sur la ville pose souvent le problème de la densification et
ces terrains, étant déjà bâtis ou artificialisés, cela créé naturellement du foncier
disponible.
Le foncier et le bâti des utilisateurs-propriétaires sous utilisé est estimé à 30-40% du total
de leur patrimoine par l?Association des Directeurs Immobiliers (ADI), soit X millions de
m2 rapporté à X/0,4 de m2 totaux (attente des chiffres du rapport de l?IGEED).
Renault à Guyencourt, Thales à Elencourt, Danos à Saclay, Stellantis à
Poissy?probablement des centaines de sites possibles pour des opérations de 5.000 à
20.000 m2?
Pour les directeurs immobiliers, l?immobilier c?est un coût ; et leur problématique est
de le réduire notamment dans le contexte des mises aux normes.
Cette réflexion se développe petit à petit sur les « retail parc » d?entrée de ville (Nexity ?
Carrefour), foncière de commerce Frey.
Chaque opération reste bien évidemment, comme toute transformation, spécifique mais
on peut envisager des montages de SPV spécifiques, à la condition que la sortie en
logement soit rentable (en bénéficiant des mêmes principes d?avantages comme pour la
transformation), avec comme partenaires :
? L?entreprise qui apporte le foncier en parts de la SPV et/ou en contrepartie de
travaux de rénovation d?autres bâtis
? Un tel montage réduit d?autant le montant de capitaux propres à mettre (pas
d?acquisition du terrain ou paiement au fur et à mesure des travaux de rénovation
des bâtiments
89
Annexe 4 ? Méthodologie d?élaboration de l?indice de l?ORIE
L?indice de recyclage des bureaux en logements est un outil composite qui propose
une échelle allant de -1 pour les territoires où le recyclage représente un défi jusqu?à
+1 pour les territoires présentant le meilleur potentiel.
Cet outil est porté par l?ensemble de la chaîne de valeur immobilière en Île-de-France,
c?est-à- dire des acteurs compétents et légitimes dans leurs domaines respectifs issus
du secteur privé comme public.
Cet outil combine différentes variables pour être aussi proche que possible de la réalité
complexe du terrain, évolutif, il ose des principes et sera amené à évoluer et être
perfectionné dans les mois à venir à travers un dialogue public-privé. Cet indice sera mis
à jour d?année en année.
Il est composé de 3 variables :
LA DYNAMIQUE TERTIAIRE : cet indicateur compte pour 30 % de l?indice. Il consiste à
déterminer si un marché locatif de bureaux reste recherché par les entreprises. En
pratique, pour apprécier le taux de vacance : est définie la part de surfaces qui n?est pas
louée rapportée à l?ensemble du parc de bureaux.
Ensuite, le niveau d?absorption est étudié. Il permet d?évaluer la vitesse à laquelle les
biens immobiliers disponibles sur un marché donné, sont vendus ou loués. Si dans un
territoire donné, il y a 100 000 m² carrés de bureaux disponibles sur une année, et que 25
000 m² de bureaux sont loués en moyenne chaque année, alors le niveau d?absorption
est de 4 années. Plus le nombre d?années est élevé, plus les surfaces peinent à trouver
preneurs.
Donc plus le taux de vacance est important et le temps d?écoulement long, plus la
question de transformer les bureaux en logement se pose.
LA DYNAMIQUE RESIDENTIELLE : Elle compte également pour 30 % dans le calcul de
l?indice. Cette dynamique dépend de plusieurs critères. D?abord, est-ce que le territoire
en question crée beaucoup de logements en comparaison du parc existant ?
Évidemment, si un territoire augmente tous les ans le nombre de logements créés, cela
indique à la fois son attractivité résidentielle et une volonté politique de construire. Ce
premier critère est conforté par un second critère, le solde migratoire : on regarde ainsi la
différence entre le nombre de personnes qui se sont installées sur le territoire et le
nombre de personnes qui en sont parties sur une année donnée, et on mesure l?évolution
de ce solde au cours des dernières années (2015-2021).
Autre critère déterminant : l?évolution du prix des appartements neufs. L?idée ici n?est pas
seulement de regarder la valeur absolue des mètres carrés de logement, mais bien leur
évolution sur les dernières années.
Dernier critère, l?offre de transports, et notamment le nombre d?accès aux transports
ferroviaires par kilomètre carré qui est étudié pour déterminer la facilité à se déplacer sur
le territoire. Plus ce chiffre est élevé, plus le territoire est attractif pour les actuels et futurs
résidents. Il est évident que si ces quatre critères sont positifs sur un territoire, cela plaide
clairement pour y multiplier les opérations de recyclage de bureaux en logement.
90
LA FAISABILITE ECONOMIQUE. Le troisième et dernier indicateur repose sur la
comparaison de l?écart de prix entre les bureaux déjà construits et les logements neufs.
La raison est simple : si dans un territoire donné un bureau vaut 10 000 ¤ du m² alors que
le logement vaut 5 000 ¤ en moyenne, aucun propriétaire ne se lancera dans des travaux
pour transformer ces bureaux en logement. Inversement, si le logement vaut plus que les
bureaux, alors il y a un intérêt économique évident à transformer. Ce critère de faisabilité
économique intègre également des coûts travaux incompressibles, nécessaires pour le
recyclage.
Ce facteur de faisabilité économique est le plus important dans l?équation globale : il
compte pour 40 % dans le calcul.
Exemples :
91
Annexe 5 ? La méthode du CBF : une approche outillée et partenariale
pour transformer les bureaux
Face à la complexité croissante du marché tertiaire, la méthode développée par le CBF
(Consortium Bureaux de France) vise à mieux comprendre les dynamiques d?évolution
des parcs de bureaux et à identifier les opportunités de transformation.
Ce travail collectif répond à trois constats partagés :
? Une lecture difficile des tendances du marché, dans un contexte économique
incertain ;
? Un manque de transparence et de données publiques fiables sur l?immobilier
d?entreprise ;
? Une méconnaissance, par les décideurs locaux, de l?obsolescence technique
et commerciale de leur parc tertiaire.
Pour y répondre, le CBF s?appuie sur une démarche partenariale associant collectivités,
opérateurs et experts. Il développe un Observatoire des bureaux intégrant des données,
immeuble par immeuble, afin de qualifier le parc existant, objectiver les situations de
vacance ou de vétusté, et outiller la décision locale en matière de reconversion.
La démarche a permis de fiabiliser en 2023 et 2024 la base de données et de créer des
indicateurs inédits du Consortium :
? La quantification du parc de bureaux et de ses segments : parc marchand, parc
non marchand privé et parc non marchand public ;
? Au sein du parc marchand et du parc non marchand privé, l?identification et
l?analyse des volumes du parc vide et vétuste ;
? Des premiers travaux de modélisation des facteurs de potentialité de
mutations / transformation de bureaux vacants, et les territoires à potentiel.
Mesure du parc de bureaux par typologie de marché
Source CBF ? données déc. 2024
92
93
Annexe 6 ? Deux exemples de transformation de la FTI
Ce chapitre vise à analyser quelques exemples d?opérations de transformation de
bureaux en logement et mesurer l?impact de la fiscalité sur les bilans de promotion.
Opération 1 ? Hauts de Seine
Cours Ferdinand de Lesseps à Rueil-Malmaison (quartier Rueil 2000), la FTI, Covivio,
Emerige, France Logis et Seqens entreprennent la reconversion d?un immeuble de
bureaux (ancien siège de Vinci) en un programme résidentiel mixte. L?ambition du projet
est caractérisée par une surface de 30 000 m² SDP, une diversité de l?offre de logements
(137 logements intermédiaires et libres), de résidences (120 logements sociaux étudiants
et une résidence mobilité de 150 chambres) et des commerces. Le permis de construire
a été déposé en début d?année 2025 et le démarrage du chantier est projeté début 2026.
La charge foncière (prix d?acquisition d?un bâtiment) de la programmation étudiante a été
valorisée sur la base d?une approche investisseurs intégrant une taxe d?aménagement
(impact financier 242 k¤). Pour réaliser ce projet la FTI a accepté un TRI d?investissement
de 5% au lieu des 6% recherchés par les investisseurs sur la zone.
L?acquisition du bâtiment par la FTI était subordonnée à l?obtention d?un permis de
construire définitif afin de maximiser le prix d?acquisition. Le propriétaire Covivio
supporte le risque administratif.
94
Opération 2 ? Val de Marne
La FTI a acquis en novembre 2024, un immeuble de bureaux situé 76 avenue de
Fontainebleau dans la commune Le Kremlin-Bicêtre, afin d?y développer une
programmation de 44 logements intermédiaires (3 090 m² SDP) et un CHRS (centre
hébergement de réinsertion) de 23 chambres ainsi que 2 cellules commerciales (300 m²
environ).
Le maitre d?ouvrage I3F
restructure l?immeuble
principal sur l'avenue et
démolit puis reconstruit
l?immeuble donnant sur la rue
secondaire pour densifier la
constructibilité.
L?estimation de la charge foncière a été réalisée sur la base d?un bilan de promotion
intégrant une programmation résidentielle sociale (20%), de l?accession libre et des
commerces tels qu?autorisés par le PLUI.
Plusieurs approches ont été simulées économiquement en intégrant une taxe
d?aménagement :
? Avec des durées de portage de 1 ans à 3 ans,
? Avec un montage en restructuration à l?état neuf (TVA taux plein) et un autre en VIR
(TVA 10%) pour chercher à retrouver une péréquation entre la valeur de l?actif
acceptée par le vendeur et le prix de vente raisonnable de logements
95
Annexe 7 : Taxe sur les bureaux en Île-de-France
1. Barème d?imposition de la taxe annuelle sur les bureaux en Île-de-France
(TSB-IDF) et en PACA:
La taxe sur les bureaux applicable dans la région d'Île-de-France?(TSB-IDF)?est une taxe
annuelle qui concerne les locaux à usage de bureaux, locaux commerciaux, locaux de
stockage et surfaces de stationnement.
Le montant de cette taxe est variable en fonction de la zone et même de la collectivité.
Ainsi, les villes de seconde couronne francilienne appliquent des montants inférieurs aux
villes des Hauts de Seine et de Paris.
La taxe est perçue directement par l?Etat.
Les montants applicables oscillent entre 5¤ m² SU et 25 ¤m² SU, en sus de ceux-ci il faut
ajouter un tarif complémentaire pour les places de stationnement et les locaux de
stockage.?:
Pour les m² de bureaux?: Pour les stationnements?:
Le produit de cette taxe, d?un montant de 664 M¤ en 2023 est affecté à la Société des
Grands Projets (SGP) pour le financement du réseau du Grand Paris. Les prévisions 2024
et 2025 des produits s?élèvent respectivement à 718 M¤ et 782 M¤
2. Taxe pour la création de bureaux et commerces en Île-de-France (TCBCS-IDF)
Les travaux de construction, reconstruction, rénovation, transformation ou
agrandissement de bureaux, de locaux commerciaux ou de stockage situés en Île-de-
France donnent lieu au paiement de la taxe sur la création de locaux à usage de bureaux,
de locaux commerciaux et de locaux de stockage (TCBCS).
Cette taxe est versée une seule fois lors des travaux de construction ou d'aménagement.
Elle ne doit pas être confondue avec la taxe annuelle sur les bureaux en Île-de-France
versée chaque année.
La taxe est due par le propriétaire des locaux ou par le titulaire d'un droit portant sur ces
locaux. Le montant de la taxe ne peut pas dépasser 30 % du coût d'acquisition et
d'aménagement de la surface de construction. La région d'Île-de-France est découpée
en 4 catégories (ou circonscriptions).
Source : https://entreprendre.service-public.fr
https://entreprendre.service-public.fr/
96
Annexe 8 : lettre de mission
97
98
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION le c) et le d). Une telle adaptation serait conforme à la directive TVA n°2006/112/CE
du 28 novembre 2006 qui permet aux Etats membres de définir les critères d?un
immeuble neuf lorsque les travaux sont réalisés sur un bâtiment existant, sous
réserve de ne pas annihiler la définition même de l?immeuble neuf.
Proposition 2 : Instaurer une « valeur de transformation » pour les immeubles
tertiaires vacants à plus de 70% pendant 2 ans
La valorisation d?un bien « échoué », soumis à une vacance prolongée, doit partir de
l?estimation du coût de la transformation selon les options de conversion possible en
fonction des contraintes techniques et de la situation du marché résidentiel local, et, par
différence, arriver au calcul du prix du foncier.
Depuis?2019, le décret tertiaire impose aux propriétaires de bâtiments tertiaires de plus
de 1?000?m² de réduire leur consommation énergétique de?40% d?ici 2030 et 60% d?ici
2050. Le non-respect de ces obligations peut entraîner?des sanctions financières
(jusqu?à?7?500?¤ par an), l?inscription sur la liste des ?bâtiments non performants? publiée
par l?administration et une perte de valeur d?usage et d?image pour les propriétaires. À
cette contrainte s?ajoutent les dispositions de la loi Climat?&?Résilience interdisant la
location des bâtiments classés?F et?G à horizon?2028.
Le maintien en détention expose le propriétaire à une double perte : économique
(absence de revenus) et réglementaire (sanctions et interdictions de louer). En
l?absence de travaux engagés, l?actif devient juridiquement et économiquement non
48
exploitable, avec une valeur vénale en usage tertiaire qui peut être considérée comme
nulle.
Cependant, la perte de valeur de l?actif ne se matérialise pas forcément dans la
comptabilité des sociétés?:
- Les SCI?n'ont pas d'obligation d'expertise immobilière tout comme les
compagnies d?assurance, si celles-ci n?ont pas créé de véhicules particuliers pour
porter leurs actifs immobiliers.
- Bien que les sociétés cotées (notamment les foncières SIIC) et les SCPI et OPCI
soient soumises à une expertise régulière de la valeur de leur patrimoine
immobilier, actualisée annuellement a minima, la valorisation du bien est faite à
partir du marché de bureaux alentour et ne tient pas compte du phénomène de
suroffre.
Pour accélérer le processus de transformation, il est proposé une démarche pour révéler
la véritable valeur des bureaux vacants.
Pour tous les bâtiments tertiaires vacants au-delà d?une certaine durée [2 ans ou 4
ans pour les bureaux neufs ou réhabilités] et à une certaine proportion [70% des
surfaces], le propriétaire serait tenu de réaliser une expertise de valorisation
alternative en logement. Cette nouvelle obligation pourrait figurer dans une évolution
des normes comptables, avec une exigence de détailler la faisabilité et la valeur en
logement, avec une programmation « type » en logements libres, intermédiaires ou en
résidence gérée et, pour les communes carencées, 25% de logements sociaux.
Dans un second temps, les pouvoirs publics pourront prévoir d?appliquer des sanctions
et des injonctions en l?absence de démarche, en particulier pour les bâtiments non
déclarés ou non conformes. Ces actifs peuvent être identifiés par de nombreux moyens
(voir supra).
Cette démarche crée une pression juridique et économique pour forcer l?arbitrage sur
ces actifs : rénovation tertiaire ou cession ?logement?.
Afin de garantir l?équité et la robustesse du processus, en cas de contestation des
conclusions, le propriétaire pourrait produire une contre-expertise pour :
? Réexaminer les hypothèses de valorisation alternative en logement.
? Ajuster le chiffrage des coûts de transformation ou la valeur de marché estimée.
? Servir de base à un recours ou une négociation, tout en restant dans le cadre d?une
procédure réglementée.
Le recours à une contre-expertise renforce ainsi la transparence et peut éviter les
recours contentieux.
Ce changement de valorisation pour les propriétaires devra s?accompagner, en fonction
des situations, d?un effort des financeurs de ces opérations, en particulier les
banques, à travers une restructuration de la dette de l?actif avec abandon partiel éventuel
et modification des échéanciers de remboursement et de taux d?intérêt (à la baisse). Ils
pourront également participer à un éventuel co-financement des nouveaux travaux avec
un financement adapté aux circonstances (marge, durée?).
49
L?intérêt pour le propriétaire vendeur serait de trois ordres :
? Connaitre une valeur en logement, pour favoriser les arbitres de cession au sein
d?une portefeuille ;
? Mieux estimer les provisions pour dépréciation ;
? Proposer une « sortie par le haut » pour ces actifs non commercialisable sur le
marché tertiaire sans CAPEX important et générer une liquidité immédiate et une
réduction des charges d?entretien et des taxes afférentes.
Eléments de l?expertise pour mesurer la faisabilité et la valorisation
Faisabilité présomptive
Plan et caractéristiques techniques adaptés à une division en logements (plateaux ouverts, trames
compatibles, luminosité naturelle).
Conformité aux prescriptions du PLU, autorisant le changement d?usage
Valorisation (éléments clés du bilan promoteur)
Élément Hypothèse
Surface habitable créée m²
Prix de vente logement ¤/m²
Chiffre d?affaire total ¤/ m²
Coût travaux 2 500 ¤ HT/ m²
Cout traitement pollution
Honoraires/frais ¤/ m²
Marge promoteur 10%
Valeur résiduelle du foncier traité des coûts de
portage.
¤
L?expertise technique et financière devient le socle d?un montage solide et présente
des atouts en matière de :
? Fiabilisation du risque : l?expertise fournirait un chiffrage de promotion et de la
valeur foncière résiduelle de l?actif, rassurant ainsi banques.
? Prêts garantis et taux bonifiés : les financeurs publics pourront garantir des
emprunts et des prêts à taux bonifiés pour les opérations de transformation, avec
des dossiers d?expertise solides.?
? Mobilisation de fonds long terme : création de véhicules d?investissement alignés
sur les critères ESG qui favorisent l?épargne longue pour les projets de
transformation.?
? Pilotage territorial : avec la mise en place d?un guichet administratif pour les
porteurs d?actifs à transformer.
Cette proposition nécessite un travail partenarial sous l?égide de l?Autorité des normes
comptables pour faire évoluer la réglementation. Les évolutions des normes
comptables qui seraient à opérer dépendent du véhicule portant les actifs immobiliers
tertiaires vacants :
50
? Les sociétés cotées (notamment les foncières SIIC) sont soumises aux normes
comptables et d'audit internationales. Il pourrait être envisagé de s?appuyer sur
les normes suivantes, à adapter :
o IFRS 13 "Evaluation de la juste valeur" indiquant que la valeur retenue dans
les comptes doit prendre en compte la meilleure utilisation de l'actif ("best
use") même si celle-ci diffère de l'utilisation actuelle.
o Puis IAS/IFRS 40, avec 3 critères cumulatifs qui pourraient être à remplir par
analogie avec la comptabilisation des IPUC (immeubles en développement):
? Critère administratif : obtention des autorisations administratives (PC
purgé)
? Coût des travaux suffisamment fiabilisé, voire le démarrage des travaux
? Pré commercialisation : taux de 50% requis, permettant d'expertiser les
loyers futurs
? Les SCPI et OPCI disposent chacun d?une réglementation et d?un plan
comptable qui leur est propre, à faire évoluer (notamment l?article R214-157-1
du Code monétaire et financier pour les SCPI)
? Pour les SCI et les compagnies d?assurance n?ayant pas créé de véhicules
particuliers tels que ceux mentionnés-ci-dessous pour porter leurs actifs
immobiliers, il convient de modifier la réglementation pour leur instaurer cette
expertise immobilière en transformation.
Il s?agit de restaurer une valeur réelle à un actif gelé et exposé à une vacance longue
durée, sans impacter significativement le bilan consolidé du propriétaire, tout en
dynamisant le territoire en mixité sociale et sobriété foncière, grâce à une conversion
d?usage en logements.
B- Inscrire les transformations dans une approche partenariale au
service d?un projet de territoire
Proposition 3 : Elargir le champ des ORT aux transformations de bureaux en
logements
Les Opérations de Revitalisation de Territoire (ORT), instaurées par la loi ÉLAN en 2018,
sont des dispositifs législatifs permettant aux collectivités locales, en partenariat avec
l'État, de coordonner et de faciliter des actions de revitalisation sur des territoires
spécifiques.
Ces opérations visent principalement à redynamiser les centres-villes et à lutter contre
la vacance commerciale et résidentielle. Les ORT mobilisent un ensemble d'outils
fiscaux, urbanistiques et contractuels pour encourager la rénovation et la reconversion
des espaces existants, tels que les Opérations Programmées d'Amélioration de l'Habitat
(OPAH), les Plans Locaux de l'Habitat (PLH), et des dispositifs comme Denormandie.
Il est proposé d'élargir le champ des ORT aux transformations de bureaux (locaux
d?activités) en logements.
Cela permettrait aux collectivités locales d?intégrer pleinement cette finalité dans leurs
projets et rendrait le dispositif ORT plus pertinent au regard des enjeux actuels de
transformation du tissu urbain, avec plusieurs avantages :
51
? Mobiliser et impliquer l?ensemble des parties prenantes d?un territoire sur lequel
se trouvent des actifs tertiaires à transformer ;
? Utiliser un outil global et complet déjà existant visant une requalification
d?ensemble d?un secteur déjà urbanisé ;
? Accélérer la réalisation de projets immobiliers conjuguant sobriété foncière et
réduction de l?empreinte carbone.
S?appuyer sur un dispositif partenarial et contractualisé pour redynamiser les quartiers
tertiaires en déclin permet pour les actifs bien situés, proches des centralités, services et
transports, d?accélérer la transformation, de créer rapidement du logement dans les
zones tendues et de conforter les dynamiques de revitalisation existantes.
Pour les « quartiers tertiaires » (zones d?activités en déclin, entrées de ville, friches
commerciales et artisanales en périphérie, entrées de villes) nécessitant une
requalification lourde, l?ORT permet la mise en place d?un accompagnement de toutes
les parties prenantes dans leur champ de compétence (urbanisme dérogatoire, aides
publiques) et des appels à projets ciblés pour les sites les plus complexes.
Ce dispositif, à la fois pragmatique et stratégique, s'appuie principalement sur des
leviers financiers et juridiques déjà existants, nécessitant des ajustements
législatifs limités pour être pleinement opérationnel.
Proposition 4 : Simplifier certaines règles en faveur de la transformation dans
le périmètre des ORT
L?inscription des projets dans un périmètre d?ORT, décidé par les pouvoirs publics,
permet de s?inscrire dans un cadre plus large que la simple transformation d?un
immeuble de bureaux et d?envisager la transformation vers différentes destinations
(logement, équipement public, hôtel, commerce?).
Ce périmètre apporte de la lisibilité aux opérateurs et les investisseurs et réduit le risque
administratif lié à ces opérations complexes.
Pour améliorer la faisabilité économique des opérations de transformation, instaurer une
stabilité juridique permettant de sécuriser les investisseurs et accélérer la réalisation
d?opération de transformation sur des immeubles partiellement vacants, plusieurs règles
mériteraient d?être simplifiées dans le périmètre des ORT :
? Systématiser le «?bonus de constructibilité?» dans les opérations de
transformation de bureaux en logements (modification de l?article L151-28 du
code de l?urbanisme). L?autorisation de dépassement des règles de gabarit
inscrites au PLU(i) serait automatique sans besoin de l?inscrire dans le document
d?urbanisme. La collectivité compétente conserverait la possibilité de désactiver
ce bonus en l?inscrivant et en le justifiant dans son PLU(i).
? Aligner les règles d?éviction des locataires du bureaux partiellement vacants
à transformer sur celles des opérations de restauration immobilières dans les
plans de sauvegarde (modification de l?article L145-18 du code de commerce).
? Assouplir les règles de stationnement inscrites aux PLU(i) pour les opérations
de locaux d?activité en logements (l?article L151-34 du code de l?urbanisme).
? Mettre en place un financement dédié au portage des opérations : A l?instar
des prêts « DUOZ » mis en place par la Banque des Territoires sur les fonds
52
d?épargne pour le préfinancement de logements sociaux et intermédiaires,
pendant 1 ou 2 ans [taux Livret A +0,7% pour le logement social +1,4% pour le
logement intermédiaire], une offre spécifique à la transformation immobilière
pourrait être proposée à tous les opérateurs dans le périmètre des ORT et
sécuriser ainsi la phase de portage.
? Instaurer un certificat de projet dédié aux transformations de locaux d?activité
en logements (mesure réglementaire). Cela permettait de stabiliser dans le temps
de certaines dispositions opposables au projet (dans certaines conditions et
limites) et d?éclairer l?opérateur de transformation sur?:
o les régimes, décisions et procédures applicables à son projet,
o les délais associés à ces décisions ou sur la possibilité d?un calendrier
d?instruction de ces décisions qui se substitue aux délais
réglementairement prévus,
o voire aussi, le cas échéant, sur des difficultés techniques ou juridiques
repérées, et qui seraient susceptibles de faire obstacle à la réalisation.
Par ailleurs, l?Etat pourrait décider de compléter ces mesures réglementaires par un outil
fiscal incitatif au sein des périmètres ORT afin de faciliter les projets de transformation
urbaine souhaités par les collectivités territoriales et l?Etat, tout en s?assurant de la
maitrise des prix de sortie pour les primo-accédants à la propriété, à l?instar du régime
mis en place pour les logements neufs situés dans un quartier prioritaire de la politique
de la ville (par ajout des ORT dans l?article 278 sexies du Code général des impôts).
Proposition 5 : Cartographier la vacance tertiaire pour la création de secteurs
de requalification du tertiaire
Il n?existe pas aujourd?hui d?inventaire national de la vacance tertiaire, contrairement aux
friches industrielles, seulement quelques initiatives locales mais qui restent statistiques
(et non à l'immeuble). L?absence de données chiffrées et géographiques complexifie le
processus de transformation. La création d?une cartographie nationale répond à un enjeu
d?accélération de la transformation.
Pour asseoir cette logique dans une politique publique pérenne, il est proposé de créer
une cartographie nationale des actifs tertiaires vacants, incluant une évaluation
financière à partir de données (ex. MAJIC (foncier) et valeurs vénales ; Données DV3F
(transactions) ; Déclarations fiscales (taxe sur les bureaux) ; Absence d?occupants et
d?activité...)).
Cette proposition nécessite la mise en place d?une gouvernance de la donnée avec le
croisement des données publiques et professionnelles, en coordination avec des
initiatives privées telles que ORIE et CBF.
Elle permettrait aux pouvoirs publics (Etat et collectivités territoriales) d?identifier le
patrimoine tertiaire, les gisements actuels et à venir, à fort potentiel de reconversion pour
mieux appréhender les besoins du territoire, et également d?estimer les coûts de
transformation et les gains en valeur foncière.
53
C - Faciliter la sortie des opérations en simplifiant et en clarifiant les
procédures administratives et juridiques
Proposition 6 : Elargir le régime de déclaration préalable pour les opérations
de transformation de bureaux en logements
Une opération de transformation de locaux non-habitation en logements peut revêtir
deux formes, à savoir :
? Une transformation du bâti existant sans création de surface de plancher (SDP)
(ce type d?opérations générant toutefois une perte de surface) ;
? Une transformation du bâti existant avec création de SDP par extension,
surélévation ou démolition-reconstruction partielle.
En pratique, ces opérations sont systématiquement soumises à permis de construire
(PC) dans la mesure où les travaux qui les constituent ont pour effet de modifier la façade
du bâtiment. Cela a pour effet de rallonger les délais et d?alourdir la procédure
administrative alors que certaines opérations se limitent à transformer l?existant, sans
construction nouvelle.
Afin de fluidifier et accélérer les phases administratives, limiter les risques et faire baisser
les coûts de portage, il est proposé que certaines opérations de transformation de
locaux non-habitation en logements relèvent du champ de la déclaration préalable
(DP) et non plus de celui du PC. Il s?agirait des opérations suivantes :
? Les opérations n?impliquant pas de création de SDP?;
? Et ayant une surface inférieure à 5 000 m² de SDP.
Celles-ci pourraient intégrer le champ de la DP au motif que leur nature (changement de
destination limité à la transformation de locaux non-habitation en logements sans
création de SDP) et leur dimension (transformation limitée aux immeubles de moins de 5
000 m² de SDP) le justifient.
Cette mesure ne constituerait pas une rupture d?égalité dès lors qu?il est juridiquement
possible de traiter différemment des situations différentes ou en raison d?un intérêt
général.
Plus de la moitié (56%) des immeubles de bureaux situés en première couronne
parisienne et identifiés comme éligibles à une transformation ont une surface comprise
entre 1 000 et 5 000 m² et seraient donc directement concernés par cette mesure.
La déclaration préalable, comme son nom l?indique, est une procédure déclarative ; une
décision de non-opposition à DP naît à l?issue du délai d?instruction, en l'absence de
notification d'une décision expresse de l'administration. Le PC, lui, fait l?objet d?une
demande qui donne lieu à une autorisation (ou à un refus).
La déclaration préalable est une procédure simplifiée d?un point de vue administratif
(moins de pièces obligatoires à joindre à la demande de DP par rapport à une demande
de PC). Elle permet une réduction des délais?: en déclaration préalable, le délai
d'instruction de droit commun est de seulement 1 mois alors qu?il est de 3 mois pour les
demandes de permis de construire portant sur des projets autres qu?une maison
individuelle.
54
La DP reste soumise au même régime juridique que celui applicable au PC concernant
notamment?la procédure d?instruction, les motifs d?opposition/refus, les règles
d?affichage, les règles de retrait, le régime de la caducité, le régime des participations
financières, les délais de recours contentieux, le contrôle des travaux exécutés.
En outre, en vertu du principe d?indépendance des législations, la DP ne vaut autorisation
administrative qu'au titre des textes d'urbanisme. Il convient donc, de la même façon
dans le cadre d?un PC, de se conformer également aux autres procédures applicables au
projet le cas échéant telles que les procédures environnementales (évaluation
environnementale, loi sur l?eau, etc.).
Le principe du recours obligatoire à l?architecte est circonscrit au PC. Pour s?assurer que
les maîtres d?ouvrages resteront tenus de faire appel à un architecte pour la conception
du projet, il conviendrait d?étendre le champ de ce principe à la DP dans le cas d?une telle
transformation, et modifier en conséquence les articles R. 421-14 et R. 421-17 du Code
de l?urbanisme définissant le champ d?application du PC et celui de la DP.
L?adaptation d?autres textes sera le cas échéant nécessaire (par exemple, l?article 279-0
bis A du Code Général des Impôts sur le dispositif fiscal du logement locatif intermédiaire
-qui ne vise en l?état comme fait générateur que la délivrance du PC pour les projets
éligibles- ou les dérogations prévues par l?article L. 152-6 du Code de l?urbanisme -à
raison du respect de l?objectif de mixité sociale- qui ne semblent pouvoir être accordées
que dans le cadre d?un PC).
Proposition 7 : Tenir compte uniquement de la surface de plancher et de
l?emprise au sol ?nettes? créées pour l?analyse du besoin d?une évaluation
environnementale
Les dispositions actuelles du Code de l?environnement sur l?évaluation
environnementale sont issues de la transposition en droit français de directives
européennes (notamment la directive 2011/92/UE concernant l?évaluation des
incidences de certains projets publics et privés sur l?environnement et la directive
2014/52/UE modifiant la directive 2011/92/UE).
L'évaluation environnementale est un processus constitué :
? de l'élaboration, par le maître d'ouvrage, d'un rapport d'évaluation des
incidences du projet sur l'environnement (l?étude d'impact),
? des consultations de l?autorité environnementale, des collectivités territoriales
et leurs groupements intéressés par le projet, ainsi que du public,
? de l'examen, par l'autorité compétente pour autoriser le projet, de l?ensemble
des informations présentées dans l'étude d'impact et reçues dans le cadre des
consultations effectuées et du maître d'ouvrage.
Elle a ainsi pour objet de permettre à l?autorité compétente pour autoriser le projet de
prendre une décision éclairée quant aux conséquences du projet sur l?environnement et
la santé humaine. À cette fin, l?article?L. 122-1?du Code de l?environnement prévoit que les
projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d?avoir
des?incidences notables?sur l?environnement ou la santé humaine, font l?objet d?une
évaluation environnementale, « en fonction de critères et de seuils définis par voie
réglementaire », soit de façon systématique, soit pour certains d?entre eux après un
examen au cas par cas.
55
Concernant les travaux et constructions la réglementation prévoit :
? Une évaluation environnementale systématique pour les travaux et constructions
créant une emprise au sol?supérieure ou égale à 40 000 m² ;
? Une évaluation environnementale examinée au cas par cas, par l?autorité
compétente, pour les travaux et constructions créant une surface de plancher
(SDP) ou une emprise au sol supérieure ou égale à 10 000 m² (et inférieure à
40 000 m² pour cette dernière).
Même en l?absence de création de SDP ou d?emprise au sol supplémentaire,
conformément à l?article R. 122-2, II, du Code de l?environnement et R. 122-2-1 du même
Code (clause-filet), les modifications ou extensions de projets sont soumises à un
examen au cas par cas si elles sont susceptibles d?avoir des incidences négatives
notables sur l?environnement.
En pratique, les transformations de locaux non-habitation en logements présentent des
contraintes techniques particulières qui entrainent nécessairement une perte d?une
partie de la surface de plancher (SDP) du bâti existant (cf infra).
En l?état actuel, les critères de surface de plancher et d?emprise au sol, visés dans la
nomenclature pour la catégorie de projets n°39-a) relative aux travaux et constructions,
sont définis par renvoi au Code de l?urbanisme. Cependant, il n?est pas précisé ce qui est
entendu par la surface de plancher ou l?emprise au sol « créée ».
Ainsi, en l?absence de précisions expresses dans les textes, les projets de transformation
de locaux non-habitation en logements sont aujourd?hui systématiquement soumis à
évaluation environnementale alors que les travaux et constructions projetés
n?augmentent ni la surface de plancher ni l?emprise au sol du bâti existant transformé.
Il est proposé de préciser dans la nomenclature (article R. 122-2 du Code de
l?environnement (catégorie de projets n°39-a)) que, pour les travaux et constructions
réalisés en vue de la transformation de locaux, seule la surface de plancher ou
emprise au sol ?nette? créée (c?est-à-dire la différence entre la valeur existante avant la
transformation du bâti et celle résultant de la transformation de ce bâti) soit prise en
compte pour l?appréciation de l?atteinte des seuils réglementaires déterminant si le
projet doit faire l?objet d?une évaluation environnementale de façon systématique ou
après un examen au cas par cas.
22% des immeubles de bureaux situés en première couronne parisienne et identifiés
comme éligibles à une transformation ont une surface supérieure ou égale à 10 000 m² et
seraient donc directement concernés par cette mesure.
Il demeurera le critère des incidences notables sur l?environnement qui,
indépendamment de l?appréciation de la dimension du projet, peut impliquer un examen
au cas par cas.
Cette clarification permet de prendre en compte les spécificités techniques des
opérations de transformation, d?assurer une sécurité juridique aux porteurs de projets, de
réduire la durée des projets et d?encourager ainsi la transformation de locaux non-
habitation en logements en sécurisant son modèle économique.
56
D ? Inciter les investisseurs à se réorienter vers le logement via la
transformation des bureaux
Proposition 8 : Créer des véhicules dédiés aux transformations « foncières de
transformation de bureaux » (« FTB »)
Les grands propriétaires d?actifs de bureaux vacants ont actuellement assez peu de
marges de manoeuvre pour réaliser la nécessaire mutation de leur parc (cf. chapitre 2).
Pour faciliter la réalisation des opérations de transformation d?actifs tertiaires obsolètes
en logements et travailler sur la mutualisation et le partage de valeur pour réussir la
mutation des bureaux vacants en logements, il est proposé de créer un véhicule
spécifique de transformation bénéficiant d?un régime dérogatoire justifié par des
objectifs de sobriété carbone et d?utilité sociale.
Ce régime ferait l?objet d?un agrément de l?Etat au niveau régional.
Toute personne morale de droit public ou privé ayant une activité immobilière
(notamment foncière, SCPI, SIIC, société de participation ?) pourrait créer une
« foncières de transformation » ou « FTB ».
Ces véhicules permettraient des dérogations spécifiques liées à la nature des opérations
de transformation.
Ils pourraient être créés à partir de scissions de SCPI, et pourraient participer à des
sociétés de participation.
Les conditions à respecter pour bénéficier de ce statut :
? Au moins un tiers de surface transformable?;
? Possibilité d?apporter des immeubles voués à la démolition sous réserve que les
charges foncières libérées soient dédiées à la production de logements ;
? Dépôt des demandes de permis dans les deux ans suivant l?apport, sauf
dérogation acceptée par le préfet, à défaut du respect de ce délais, perte des
avantages comptables (consolidation des pertes) et fiscaux associés.
Les avantages de ce statut?:
? Déplafonner le montant maximum de travaux réalisable par la « FTB » dans le
cadre d?une transformation de bureaux en logements (exclure les FTB de
l?article 214-157 du code monétaire et financier, nouvel article réglementaire) ;?
? Déplafonner la possibilité de revente annuelle (idem) ;
? Rendre fongible les moins-values des « FTB » pour les particuliers : la totalité
des plus-values et des revenus générés dans la FTB viendraient compenser les
moins-values réalisées sur les immeubles cédés en moins-value, en s?inspirant
des dispositions pour les associés soumis aux bénéfices professionnels qui ont
déjà la possibilité de compensation des moins-values /plus-values (modification
de l?article 150 VD du CGI) ;
? Soumettre l?ensemble des travaux de transformation de locaux en logements
réalisés par une FTB à une TVA à 5,5% justifiée par les objectifs de sobriété
carbone ;
57
? Exonérer les FTB de toute fiscalité supplémentaire sur les bureaux pendant 10
ans : figer la redevance bureaux en Île-de-France et PACA et exclure les bureaux
vacants d?une éventuelle taxe sur les bureaux vacants ;
? Maintenir pendant 20 ans les droits acquis du paiement de la taxe pour
création de bureaux en cas de réversibilité du bâtiment, c?est-à-dire d?un retour
à un usage de bureaux. Cette mesure vise à encourager les changements d?usage
successifs des bâtiments en fonction des évolutions du contexte et des besoins
locaux.
Ces avantages seraient cumulables avec les mesures de «?droit commun?», notamment
permises par la loi Daubié, ou celles proposées dans le cadre des groupes de travail
(Vente d?Immeuble à Transformer (VIT), ORT, permis de démolir?).
Proposition 9 : Etendre le régime Denormandie jusqu?en 2032, en réduisant
son périmètre à des opérations de rénovation globale (incluant les
transformations immobilières)
Le dispositif « Denormandie » est une aide fiscale accordée dans le cadre d'un
investissement locatif. Il est destiné à encourager la rénovation et concerne aussi bien un
logement ancien faisant l'objet de travaux d'amélioration, qu?un local transformé en
usage d'habitation.
Afin de répondre aux besoins en logements, de soutenir le modèle économique de la
transformation de bureaux en logements et contribuer à une trajectoire bas carbone de
l?immobilier, il est proposé de prolonger la durée du dispositif Denormandie jusqu?en
2032.
En vue de réduire l?impact pour les finances publiques au-delà de 2028, il est proposé de
limiter le type d?opérations éligibles à cette prorogation aux rénovations globales
(logements + parties communes).
Les périmètres géographiques seraient inchangés, tout comme les bénéficiaires
(investisseurs particuliers réalisant des opérations de rénovation ou transformation et
mettant les logements en location dans le respect des plafonds de loyers et de
ressources). Les particuliers porteurs de parts de SCPI de transformation, dans la
logique de la transparence fiscale existante, bénéficieraient des avantages du
Denormandie sur les opérations de transformation en logements locatifs pilotés par
le gestionnaire d?actif.
Inscrire ce dispositif dans le temps présente de nombreux avantages :
? Urbanisme : contribution à la densification douce et à la lutte contre l?étalement
urbain.
? Écologie : valorisation du bâti existant, réduction des émissions carbone liées à
la construction neuve.
? Économie : relance de l?activité dans le secteur de la rénovation et de
l?architecture, dynamisation de quartiers en mutation.
? Social : création de logements abordables dans des zones en tension,
amélioration de la mixité fonctionnelle et sociale.
? Fiscalité : optimisation des outils existants sans création ex nihilo de dispositifs
supplémentaires.
58
E - Adapter la fiscalité pour encourager la réalisation des opérations
Des dispositifs fiscaux incitatifs existants à préserver et conforter
Afin d?encourager les mutations immobilières, sur le plan fiscal, plusieurs dispositifs
existants peuvent permettre un abattement partiel ou total de la fiscalité applicable :
? Une exonération totale de DMTO avec l?application du seul droit fixe de 125
euros. Cette exonération possible est subordonnée à la condition que le
redevable s?engage à minima à transformer et à achever les locaux concernés en
un immeuble neuf dans un délai de quatre ans, c?est le principe de l?engagement
de construire de l?article 1594-0 G a du CGI (prolongeable de deux ans dans
certaines conditions).
? L?engagement de revendre : Afin de limiter les effets d'une imposition en
cascade, le législateur a prévu un taux d'imposition réduit, avec une taxe de
publicité foncière réduite de 0,715% (article 1115 du CGI) lorsque les mutations
d'immeubles ou de droits immobiliers s'inscrivent dans une activité commerciale
d'achat en vue de la revente destinée à faciliter l'ajustement des marchés foncier
et immobilier. Toutefois, ce régime de faveur est enserré dans une durée maximale
fixée à cinq ans, qui vise à éviter la rétention foncière. À l'inverse, cette contrainte
de délai peut être écartée si ces opérations ont vocation à produire un immeuble
neuf soumis à la taxe sur la valeur ajoutée. La réforme de 2010 a étendu la portée
de ce régime qui peut désormais bénéficier à toutes les personnes assujetties à la
TVA au sens de l'article 256 A du CGI.
? Un allègement de la taxation sur les plus-values immobilières pour la cession
de biens en vue de réaliser des logements :
o Pour les propriétaires personnes morales, un taux réduit d?impôt (19%) sur
les sociétés sur la plus-value immobilière (Article 210 F II du Code Général
des impôts) avec un délai de quatre ans pour construire des logements.
o Pour les propriétaires personnes physiques, une exonération totale sur la
plus-value, lorsque les cessionnaires ? notamment les organismes HLM,
les SEM, l?AFL ? prennent l?engagement de réaliser majoritairement des
logements sociaux, ou encore lorsque tout cessionnaire prend
l?engagement de réaliser exclusivement des logements sociaux (Article
150-U II 7° du Code Général des impôts) dans un délai de quatre ans.
o S?y ajoute un abattement exceptionnel temporaire sur les plus-values
résultant de biens immobiliers bâtis situés en zone tendues (60%) et dans
certains secteurs (GOU et ORT ? 75%), s?ils sont transformés dans un délai
de 2 ans. Il est porté à 85% si plus de 50% des surfaces de l?opération sont
du logement social ou intermédiaire (Article 150 VE du Code Général des
impôts) ? Cette mesure, mise en place en 2021, est en vigueur jusque
fin 2025, son prolongement permettrait d?accélérer le processus de
transformation.
59
? Une exonération de taxe sur les bureaux11 en Île-de-France et en région
Provence-Alpes-Côte d?Azur, mise en place dans la loi de finances pour 2025
(article 231 ter du CGI), reprenant la proposition de loi de M. Daubié. Cette
exonération concerne les biens vacants au 1er janvier de l?année d?imposition et
faisant l?objet d?un engagement de transformation en logements dans un délai de
4 ans.
Proposition 10 : Réformer la taxe foncière applicable aux opérations de
transformations pour encourager les maires à transformer
En transformation, la démolition/reconstruction est souvent privilégiée pour des raisons
techniques, mais l?est aussi souvent pour des raisons financières.
La fiscalité actuelle privilégie la démolition/reconstruction, puisque pendant la phase de
travaux, le projet est exonéré de taxe foncière en cas de démolition/reconstruction, alors
qu?en cas de réhabilitation, la taxe foncière est due.
Pour favoriser une transformation répondant aux enjeux de transition écologique (la
préservation autant que possible des structures) et de mise sur le marché de logements
abordables, il est proposé de rétablir cette équité de traitement en assujétissant les
bureaux à transformer à la taxe foncière non bâtie pendant la durée des travaux.
Cette fiscalité pourrait s?appliquer d?une part pendant la durée des travaux de
transformation et d?autre part, dès le dépôt d?un « permis de transformer » par les
propriétaires / asset managers auprès de l?administration.
Pour aller plus loin, si nous voulons supprimer l?incitation à ne rien faire, créer une
incitation à examiner les projets de transformation de bureaux en logements et tirer les
conséquences de la réalité de la valeur déclinante de marché de ces immeubles, il
faudrait que les recettes de taxe foncière d?un immeuble durablement vacant (vide à plus
de 70 % depuis deux ans) soient amputées d?un pourcentage progressif au fil des années
d?inoccupation.
Il ne s?agirait ici que de réduire la recette de la commune, de manière croissante, tout en
conservant le même paiement par le propriétaire, sur la base de la valeur locative
cadastrale actuelle et de l?évolution des taux votés. Il ne faudrait que ceci conduise à une
réduction de la taxe foncière payée par le propriétaire : même si cela serait cohérent
économiquement avec la valeur de son actif, ceci réduirait l?utile pression à transformer
que constitue pour lui la taxe foncière, composante majeure du coût de portage d?un
immeuble vide.
11 Il convient de rappeler que les propriétaires sont redevables de cette taxe même si leur bâtiment de
bureaux est impropre à sa destination d?origine. La mesure étant entrée en vigueur au 1er janvier 2025 pour
les opérations de transformation pour lesquelles la délivrance de l?autorisation d?urbanisme intervient à
compter de cette date, aucun effet rétroactif n?est prévu pour les opérations déjà lancées. Pour les
nouvelles opérations, cette mesure permet un allègement fiscal pendant la période travaux.
60
Conclusion
La vacance des immeubles de bureaux est désormais structurelle et va continuer à
augmenter. Il est donc essentiel, dès aujourd?hui, de lever les freins à la transformation
de ces actifs au risque de voir se dessiner dans le paysage urbain d?importantes friches
tertiaires. S?il se généralise, ce phénomène serait d?autant plus incompréhensible au vu
de la tension sur le marché du logement et des quatre millions de personnes confrontées
au mal-logement.
Nous sommes convaincus que la transformation est économiquement possible en
tenant compte des volumes et des coûts des actifs tertiaires échoués. La taille du marché
est suffisamment importante pour avoir un impact significatif et faire rentrer à nouveau le
logement dans la catégorie des actifs d?efficacité économique. Au-delà de la
démonstration de la faisabilité économique des opérations, il reste encore de nombreux
obstacles à franchir ? financier, réglementaires, politiques et organisationnels ? afin de
passer d?un développement ponctuel à une véritable massification des projets de
transformation.
Cette situation est d?autant plus intéressante à envisager à l?échelle du Grand Paris,
notamment en lien avec la création du Grand Paris Express ? dont le rapport d?André
Yché souligne le poids financier pour les municipalités. Elle ouvre en effet la possibilité
de construire, pour des millions de Franciliens, une « ville du quart d?heure » décarbonée
sur le plan de la mobilité. À cette échelle, celle du Grand Paris, il devient possible de
repenser à la fois le bureau et le logement, en les inscrivant dans une vision de la ville de
demain : une ville désirable, qui intègre non seulement les enjeux environnementaux,
mais aussi la mixité des usages et des populations.
L?offre de logements issue de la transformation des bureaux ou locaux d?activités ne
pourra pas se limiter à la production d?une offre de logements gérés (résidences pour
étudiants, seniors ou coliving), mais devra être envisagée dans toutes ses composantes.
Il s?agira notamment de repenser le modèle d?accession à la propriété en incitant
fortement aux modes de détention alternatifs tels que le bail réel solidaire, le
démembrement et le leasing immobilier. L?objectif est de fluidifier le parcours résidentiel
des ménages et de le rendre possible et attractif grâce à une offre diversifiée :
? Logement locatif social, conçu à la fois comme une étape transitoire pour le plus
grand nombre et comme une solution pérenne lorsque nécessaire ;
? Logement social en accession, via des dispositifs tels que le bail réel solidaire
(BRS), le PSLA (Prêt Social Location-Accession), ou la vente HLM ;
? Logement locatif intermédiaire, destiné à ceux dont les revenus dépassent les
plafonds du logement social sans atteindre ceux du marché libre ;
61
? Logement intermédiaire en accession, y compris à travers des montages en
démembrement (comme le bail emphytéotique) ;
? Logement libre à la location, accessible sur le marché sans condition de
ressources ;
? Logement libre en accession progressive, via des dispositifs comme des baux
emphytéotiques ou d'autres formes innovantes de portage ;
? Logement libre en pleine propriété, dans le cadre du marché classique.
Les acteurs publics et privés que nous avons auditionnés sont conscients des enjeux et
prêts à relever le défi. Ils nous ont fait part de nombreuses propositions. Les différentes
mesures que nous avons formulées dans ce rapport s?inscrivent dans une logique
pragmatique, territoriale et incitative.
Il s?agit de conférer un vrai statut aux opérations de transformation (la « vente d?immeuble
à transformer ») y compris sur les normes environnementales, de donner des outils aux
élus locaux à travers une adaptation des Opérations de Revitalisation de Territoire (ORT),
et d?inciter les investisseurs à se réorienter vers le logement grâce à la création de
véhicules dédiés aux transformations et en révélant la valeur de transformation.
Aux volumes actuels, la question financière est gérable par chacun des acteurs si tout le
monde joue le jeu. Outre le développement du logement, d?autres pistes ont été
évoquées lors de l?élaboration de ce rapport et mériteraient d?être approfondies. Parmi
elles, l?immobilier de l?Etat en est une. L?objectif affiché de réduire de 25% l?immobilier
de bureau des services appartenant à l?Etat pourrait être l?occasion de repenser leur
localisation. En déménageant une partie des services de l?Etat à la Défense, Nanterre,
Saint-Ouen-sur-Seine et Saint-Denis, la vacance serait considérablement réduite sans
travaux ni changement de destination. Par ailleurs, à l?instar de ce qu?a fait la Chambre
de Commerce et d?Industrie pour son patrimoine situé avenue de Friedland dans le 8ème
arrondissement de Paris, des cessions sous forme de bail emphytéotique sur 60 ou 80
ans pourraient être étudiées. Cela permettrait de dégager des revenus tout en conservant
la propriété sur le long terme.
Une autre piste à explorer est celle de la transformation en établissements scolaires. Au
sein d?un secteur de bureaux obsolètes à transformer, il pourrait être envisagé d?en
convertir une partie en école publique. Cela permettrait ainsi de répondre aux besoins
scolaires issus de l?arrivée de nouveaux ménages dans les logements transformés.
62
Annexes
63
Annexe 1 ? Liste des personnes auditionnées
ADI
? Frédéric Goupil de Bouillé, Président
AEW
? Raphaël BRAULT · Chief Investment Officer Europe & Head of France
Altarea
? Edward ARKWRIGHT - Directeur général
ASPIM
? Véronique DONADIEU - Déléguée générale
? Marc PÉTILLOT - Administrateur
Axe Immobilier
? Cédric DE LESTRANGE - Président
AXA IM-Real Assets
? Nathalie SAVIER LACOUR - Co-Head of Development France
La Banque Postale
? Priscilla LE PRIELLEC - Directrice du département des financements immobiliers
Structurés et Promotion Immobilière
Banque européenne d?investissement
? Denis BAVAREZ - External relations officer
? Grégoire CHAUVIÈRE LE DRIAN - Chef du bureau BEI France
? Stéphane DECHRISTÉ - Chargé d'affaire secteur public à la direction des opérations
Bridge Real Estate
? Olivier BOUSSARD - Président et Fondateur
Brownfields
? Patrick VITERBO - Président
Caisse des Dépôts
? Kosta KASTRINIDIS - Directeur des prêts
? Richard CURNIER - Directeur régional Île-de-France
CBRE
? Fabrice ALLOUCHE - Président
CDC Habitat
? Thierry LAGET - Membre du directoire en charge du développement du groupe
CMS Francis Lefevre
? Gaëtan BERGER-PICQ - Avocat associé
? Ludovic DUGUET - Avocat associé
? Cathy GOARANT-MORAGLIA - Avocate associée
Covivio
? Olivier ESTÈVE - Directeur général délégué
64
EPFIF
? Gilles BOUVELOT - Directeur général
Etude Chevreux
? Michèle RAUNET - Notaire associée
Etude du 25
? Laurent BOUILLOT - Notaire associé
? Magali DE ALMEIDA-PALARIC - Notaire associée
FEI fédération des entreprises immobilières
? Maryse AULAGNON - Présidente
? Delphine CHARLES-PERONNE ? Déléguée générale
Fédération des Promoteurs Immobiliers
? Pierre VITAL - Vice-Président
? Didier BELLIER-GANIERE - Délégué général
Gecina
? Beñat ORTEGA - Directeur général
? Glenn DOMINGUES - Secrétaire du Conseil d?administration
Grand Paris Aménagement
? Fabien GUISSEAU - Directeur général adjoint en charge du développement et des
partenariats stratégiques
Groupama Immobilier
? Edouard BLIN - Directeur de l?Asset Management Tertiaire
Groupe 3F
? Bruno ROUSSEAU - Directeur général adjoint Maîtrise d?ouvrage
? Nazir SAFLA - Directeur du développement Île-de-France
Icade
? Audrey CAMUS - Directrice générale de la Foncière
? Véronique MERCIER - Responsable des affaires publiques
IFPimm
? Olivier COLONNA D?ISTRIA - Président
? Jean-Michel ROYO ? Conseiller du Président
Kareg
? Raphaël TRÉGUIER - Président et Fondateur
Linkcity
? Bernard Mourey - Directeur général
Métropole du Grand Paris
? Patrick Ollier - Président et Maire de Rueil-Malmaison
Mirabaud
? Olivier SEUX - Directeur général
? Annabel GLUCKSTEIN - Secrétaire générale
65
Nexity
? Sharon ELBAZ - Président de Nexity Héritage
? Eric BARBARIN - Directeur général de Nexity Patrimoine et Valorisation
Novaxia
? Joachim AZAN - Président
? Guillaume ESTÈVE - Membre du directoire de Novaxia Investissement
? Romain FERRÉ - Directeur de la promotion de Novaxia Développement
? Jean-Baptiste LABADIE - Directeur de cabinet et Directeur des affaires publiques
Paris Habitat
? Cécile BÉLARD DU PLANTYS - Directrice générale
? Hélène SCHWOERER - Directrice générale adjointe Maîtrise ouvrage
Paris La Défense
? Pierre-Yves GUICE - Directeur général
? Céline CRESTIN - Directrice stratégie et développement responsable
Praemia REIM
? Marc BERTRAND - Président du Directoire
Pyramides Notaires Associés
? Xavier LIÈVRE - Notaire associé
Région Île-de-France
? Jean-Philippe Dugoin-Clément - Vice-Président du Conseil Régional ? Maire de
Mennecy
RIVP
? Christine LACONDE - Directrice générale
? Daniel SCHNEIDER - Directeur de la construction et du développement
Société de la Tour Eiffel
? Christel ZORDAN - Directrice générale
Société des grands projets
? Antoine BOURGUIGNON - Responsable des projets immobiliers
SPL Lyon Part Dieu
? Florent SAINTE FARE GARNOT - Directeur général
? Thierry PERROT - Directeur du développement
Vinci Immobilier
? Virginie LEROY - Présidente
66
Annexe 2 ? Comparaisons internationales
La crise du bureau est internationale, les taux de vacance explosent dans beaucoup de
pays. Y compris dans les pays « libéraux », comment cherchent-ils à résoudre la crise et
financer la transformation ?
La première évidence est que la majorité des pays traite le problème de manière
institutionnelle avec une mixité de solutions adaptées à leur problématique qu?elle soit
nationale ou au niveau d?une métropole.
Angleterre : Autorisé dans tous les cas
En Angleterre, depuis le « Growth and Infrastructure Act » de mai 2013, il est possible de
convertir un bâtiment de bureaux en logements résidentiels sans avoir besoin d'une
autorisation de planification. Cette décision de déréglementation a été prise par le
gouvernement central pour augmenter l'offre de logements et favoriser la réutilisation des
bureaux vacants.
L?autorisation de construire de l?autorité locale d?urbanisme (LPA) est généralement
nécessaire pour effectuer des opérations de construction et/ou pour modifier «
matériellement » l?utilisation d?un bâtiment ou d?un terrain ».
Les droits d?aménagement autorisés (PDRs) permettent aux particuliers et aux
promoteurs d?apporter certaines modifications aux bâtiments ou aux terrains sans avoir
à demander et à obtenir un permis de construire de la LPA. Les PDR sont accordés par
le Parlement et définis dans la loi.
La plupart des PDR sont soumis à certaines conditions et limitations :
- Peut-être restreint pour les zones protégées ou les bâtiments classés,
- Les LPA peuvent restreindre certains PDR sur une partie du territoire en utilisant
un « article 4 direction ». Cependant cet usage doit être mesuré et ciblé,
- Certains aménagements sont couverts par des PDR mais nécessitent une «
approbation préalable » de la LPA.
Depuis 2013, le changement d'affectation de bureaux en logements est couvert par les
PDRs, ce qui signifie qu'aucune autorisation des LPA n'est requise. En revanche, pour des
changements vers d'autres types d'affectations (magasins, restaurants, etc.), une
autorisation reste nécessaire.
Une étude commandée par le gouvernement en 2020 a révélé que les logements créés
grâce aux PDR entraînaient des « environnements résidentiels de moins bonne
qualité » que ceux nécessitant une autorisation de planification de la part de l'autorité
locale. Les chercheurs ont soutenu qu'il était nécessaire « d'aller au-delà des chiffres
globaux pour se demander si nous créons le bon type de logements, aux bons
endroits »
-- Potentiel --
Entre 2015/16 et 2022/23, 102 830 nouveaux logements ont été créés grâce aux PDR
pour changement d'affectation. La majorité de ces logements (89 %) ont été réalisés par
la conversion de bureaux et d'autres unités commerciales, d'affaires et de commerce.
https://www.gov.uk/government/publications/quality-standard-of-homes-delivered-through-change-of-use-permitted-development-rights
67
Les logements créés par les PDR pour changement d'affectation représentaient environ
6 % des nouveaux logements nets livrés entre 2015/16 et 2022/23.
Madrid : Une mesure provisoire
Le 5 juin 2024, la Communauté de Madrid1 a adopté la « Loi 3/2024, du 28 juin, de
mesures urbanistiques pour la promotion du logement protégé » visant à promouvoir
le logement social. Cette loi introduit un régime temporaire pour faciliter le changement
d'affectation des terrains et bâtiments classés en bureaux, afin de les transformer en
logements sous protection publique2 (VPP) sans avoir à modifier le plan d'urbanisme.
Ce nouvel outil, mis à la disposition des municipalités, a été utilisé par la ville de Madrid.
Certaines conditions à respecter :
? Reconversion en logements soumis à un certain type de protection en régime
de location, favorisant ainsi la location abordable
? Mesure provisoire : Les demandes de changement d?usage doivent être faites
dans un délai de 2 ans, et les travaux doivent être achevés dans un maximum de 3
ans.
? Interdiction de mises en oeuvre partielles : Le changement d?usage doit
concerner l?intégralité du bâtiment.
Cette politique s?accompagne d?un nouveau dispositif qui supprime une règle municipale
obligeant à préserver de grandes cours intérieures dans les quartiers centraux. Cela a
facilité la transformation d?immeubles de bureaux en logements, car les projets ne
perdent plus de surface constructible ? un obstacle majeur aux changements d?usage
des bâtiments tertiaires en résidentiel.
-- Potentiel --
Une étude du cabinet de conseil EY indique qu?il y a environ 1,8 million de m² de
bureaux inutilisés qui pourraient être transformés en zones résidentielles à Madrid au
cours des 20 prochaines années (avec l?essor du télétravail), ajoutant environ 20 000
appartements au marché. La municipalité estime que la mesure de facilitation de
transformation pourra entrainer la construction d?environ 7 500 logements sociaux en
location.
Allemagne : Plan de financement pour 2025
En Allemagne, le programme de subvention « Gewerbe zu Wohnraum » (« commercial en
logement ») pour la transformation de bureaux en logements sera lancé en 2025, financé
par la KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau - un établissement public allemand parmi les
quinze premières banques du pays).
Le programme de financement supplémentaire sera mis en place pour les propriétaires
et investisseurs souhaitant convertir des espaces commerciaux en logements. Doté d'un
budget total de 480 millions d'euros, ce programme vise à favoriser la transformation
écologique des bâtiments et à réduire les espaces vacants en offrant des financements
et des prêts à taux avantageux (le montage de la subvention est en élaboration). Le
68
financement sera également assuré par le Fonds pour le climat et la transformation
(KTF)
-- Potentiel --
Selon des études récentes, rien que dans les sept plus grandes villes d?Allemagne,
environ 1,8 million de m² de surfaces de bureaux potentiellement sont disponibles et
convertibles en logements.
Dans toute l?Allemagne, l'Institut Pestel (Hanovre) et l'Institut de recherche en
construction du Schleswig-Holstein ARGE pour la construction contemporaine à Kiel ont
déterminé qu'il existe un potentiel de jusqu'à 235 000 nouvelles unités résidentielles
en transformant ces espaces.
Pays-Bas : un panel d?outils
Les Pays-Bas disposent de plusieurs outils pour promouvoir la transformation de bureaux
en logements :
Procédures simplifiées : La transformation de bureaux en logements est facilitée par la
procédure BOPA de la « Omgevingswet », qui permet de déroger aux règles du plan
d'urbanisme. Cette procédure est accélérée, avec un délai de décision de 8 à 14
semaines (contre 6 mois pour une modification du plan d'urbanisme). L'autorisation
est accordée uniquement si l'initiative respecte le principe de « répartition équilibrée
des fonctions », c'est-à-dire si elle s'intègre harmonieusement à son environnement.
Aides financières et fiscales :
? Les subventions et des allègements fiscaux (exemption de TVA sur la vente et la
location) sont accordés pour favoriser la transformation de bureaux en logements,
notamment pour les bâtiments historiques.
? Un budget de 150 millions d'euros est alloué pour soutenir les transformations,
avec des prêts de 500 000 ¤ à 3,5 millions d?euros, couvrant jusqu?à 50 % des coûts
d?achat et/ou de développement. Au moins les deux tiers d?un projet doivent être
constitués de logements abordables.
Rôle des municipalités : Certaines réaménagent leur propre patrimoine, tandis que
d?autres facilitent et encouragent les initiatives privées à travers des politiques urbaines
favorables. Cela passe notamment par l?achat et la transformation de bâtiments vacants
(commerces, anciens bâtiments publics), ou le lancement de projets de renouvellement
urbain (comme la reconversion d?anciennes zones industrielles), tout en veillant à
préserver une mixité fonctionnelle entre habitat et emploi.
-- Potentiel --
En 2023, environ 8 800 logements ont été créés via la transformation immobilière,
contribuant significativement à l?objectif annuel de 100 000 logements.
Sur la dernière décennie, environ 10 000 logements par an ont été issus de la conversion
de bureaux, mais ce potentiel diminue du fait du manque de bureaux à transformer.
D?ici 2030, 10 000 à 20 000 logements supplémentaires pourraient encore provenir de
transformations de bureaux. La reconversion de magasins vacants pourrait générer 2 250
à 3 600 logements par an, sous réserve d?initiatives adéquates.
69
Belgique : Région de Bruxelles
Depuis 2013, les opérateurs privés qui réalisent des conversions de bureaux en
logements sont exonérés de charges d?urbanisme.
Dans le cadre de la réforme du Règlement Régional d?Urbanisme (Good Living), la
Région de Bruxelles-Capitale introduit plusieurs dispositions visant à favoriser la
réutilisation du bâti existant. La démolition devient une exception, avec l?obligation de
préserver ou de rénover toute construction existante. La conversion, notamment en
logements, est encouragée par une approche orientée vers les résultats plutôt que les
moyens. Toute nouvelle construction de plus de 2 000 m² (contre 1 000 m² avant l?enquête
publique) devra être conçue pour permettre une reconversion vers une autre affectation
autorisée.
Sur le plan fiscal, la TVA est réduite de 21 % à 6 % pour les travaux de transformation,
rénovation, amélioration ou réhabilitation d?un immeuble existant. Cette réduction
s?applique à la fois à la main-d?oeuvre et aux fournitures, à condition que les travaux soient
effectués par un entrepreneur agréé. Elle ne s?applique pas aux reconstructions
totales, qui restent soumises au taux normal.
Enfin, le déplafonnement des loyers est autorisé dans les quartiers à revenu élevé lors de
conversions en logements.
-- Potentiel --
En 2021, Bruxelles a connu une conversion exceptionnelle de 182 000 m² de bureaux vers
d'autres affectations, en 2022, ce chiffre est redescendu à 116 000 m², représentant un
retour à un niveau moyen.
En moyenne, 70 % de ces surfaces sont transformées en logements, ce qui a permis à
la conversion de bureaux de contribuer à environ 23 % de la production nette de
logements en 2021.
Entre 2018 et 2022, seules 0,6 % des reconversions ont eu une finalité sociale. La
majorité des projets sont de haut standing, afin de garantir leur rentabilité.
Aux Etats-Unis
New York, Washington, San Francisco, Chicago, Los Angeles des politiques invitatives
pour faciliter ces transformations. Cela va jusqu?à toucher des immeubles iconiques
comme le Iron Flat building à Manhattan en le transformant en résidentiel de luxe.
La Ville de NY a mis plusieurs mesures en place par le biais de financement public et
d?incitations fiscales. Les incitations fiscales sont principalement destinées au logement
abordable, elles semblent conséquentes et se concrétisent par une exonération de taxe
foncière pendant la construction puis pendant des années, de façon évolutive et en
fonction de la localisation (plus l?immeuble converti est dans un secteur prime, plus la
durée de l?exonération est importante). De plus, un point de contact unique au sein de la
municipalité pour faciliter les projets de conversions. L?impact est une hausse annuelle
de 60% des opérations de conversion.
70
Au Canada
La ville de Calgary a lancé un programme de conversion : le Downton Development
Incentive Program où l?incentive est une subvention de 540¤ par m2 converti.
***
Dans tous ces pays, le rôle de la puissance publique n?a pas été seulement incitatif mais
toujours porté par une volonté politique forte via des programmes spécifiques.
Les délais sont raccourcis, le risque de refus est très souvent éliminé car la demande
émane de celui qui autorise, les accompagnements vont de subventions à des
avantages fiscaux de longue durée, voir les deux.
Il s?agit d?une sorte de policy mixte où le dosage optimal entre la simplification des
normes et des risques administratifs d?une part, et les modèles économiques d?autre part
est recherché.
Tout cela n?a qu?un but ; rendre économiquement possible, rapide et désirable par les
propriétaires et les investisseurs, le maximum possible de transformation d?actifs
échoués en actif d?efficacité économique, le plus souvent du logement ; des opérations
qui n?auraient pu se faire autrement.
Des mesures punitives n?auraient réellement d?impact que si nous offrons parallèlement
un chemin vertueux de sortie de cette situation.
Les contraintes budgétaires nationales comme locales sont telles que les montages
économiques devront se faire sur la base d?une neutralité, toute dépense devant être
compensée par une recette équivalente.
Les solutions proposées, impliquant toutes les parties, des efforts peuvent cependant
être envisagés en contrepartie d?avantages y compris une organisation efficiente et
dédiée des services de l?Etat pour faciliter les opérations.
71
Annexe 3 ? Les principaux propriétaires de bureaux
1. Les compagnies d?assurance (vie et IARD)
L?augmentation de leur allocation d?actif à 6%-7% de leur allocation d?actif a été très liée
à la baisse des taux longs, l?immobilier apparaissant comme l?actif idéal pour se protéger
à long terme de l?inflation, actif de duration longue aux revenus indexés sur l?inflation -
tout en ayant une faible volatilité historique (volatilité de 7% versus 20% pour les actions
et 8 à 12% pour les obligations d?Etat à 10 ans).
Les compagnies d?assurance vie sont bien évidemment une règlementation beaucoup
plus contraignante (solvabilité 2) que les « non-vie » du fait de l?engagement de liquidité
et de performance qu?elles ont vis-à-vis des particuliers détenteurs de contrats en Euros.
98% de leur immobilier sont des actifs tertiaires (source AFII), le logement n?étant plus
considéré comme suffisamment attractif.
Une évolution souhaitable vers une détention de logements à faciliter par la CDC et
bailleurs type Action Logement :
Le rendement servi aux assurés sur l?assurance vie (contrat en Euro) est de l?ordre de
2,6% par an (moyenne 2024) donc très comparable au rendement triple net du
résidentiel. Compte tenu de la résilience du logement, il ne serait pas incompatible en
termes d?allocation d?actifs aux conditions expresses que soit adressés les principaux
obstacles bien réels :
? Une gestion locative déléguée (ce qui est possible avec les grands opérateurs que
sont les Groupes CDC et Action Logement)
? Solvabilité 2 : réduction très forte du coefficient de 25% à 10% du coefficient S2 sur
l?immobilier, rendant ainsi attractif le risque rendement du résidentiel.
o La liquidité que doit pouvoir avoir un assureur pour répondre aux
caractéristiques du contrat en euro : cette question pourrait être traitée via une
prise en pension des titres de propriété des foncières (contre un prêt de la BdT)
(utilisation très théorique mais nécessaire pour réduire le coefficient).
o Le logement est très résilient et se compare en termes de risque à une
obligation notée A (faible risque sur les revenus et de baisse de valeur
comprise entre 10 et 15% sur un horizon de 10 ans), alors que le tertiaire est
beaucoup plus volatile et, comme le démontre la situation actuelle, les risques
de perte définitives de valeur sont conséquentes. Pour se couvrir de ce
risque de perte des acteurs tels que Action Logement ou la Banque des
Territoires pourraient leur vendre des ?options de vente à l?européenne »
d?une maturité de 10 ans avec un prix d?exercice à 85% du prix d?origine. Le
ratio de S2 serait ainsi réduit à 10% et le risque-rendement du logement
serait ainsi attractif pour les assureurs vie. Du côté des émetteurs de ces
options de vente, l?exercice de ces options de vente à l?Européenne les rendrait
acquéreur contracyclique de logements à 15% de décote du prix d?origine 10
ans avant. Historiquement, sur 10 ans glissant ce risque ne s?est concrétisé
qu?une fois depuis 1945 avec une perte en capital de 4%.
72
2. Les foncières cotées (SIIC)
Les foncières sont confrontées à un double enjeu : la pression exercée par la hausse des
taux d?intérêt, en raison de leur effet de levier, et la problématique de la reconversion des
bureaux vides devenus obsolètes.
Compte tenu de leur situation financière dégradée et d?une capitalisation boursière sous
pression, les foncières se trouvent dans l?incapacité d?accroître leur endettement sans
compromettre leurs covenants, ni de procéder à des augmentations de capital autrement
que fortement dilutives ? sous réserve, par ailleurs, que le taux de rendement implicite
post-opération soit suffisamment attractif pour justifier l?allocation de nouveaux
capitaux.
Le graphique des décotes par rapport à l?actif net réalisable met en évidence deux
éléments clés : d?une part, le scepticisme persistant du marché quant à la justesse des
valorisations comptables et/ou des perspectives locatives ; d?autre part, l?impact de
l?effet de levier sur la valeur des fonds propres ? dans la mesure où la dette,
remboursable au pair, absorbe mécaniquement une part croissante de la perte de valeur
de l?actif en contexte de revalorisation négative.
Décotes et Surcotes des principales SIIC entre 2023 et 2024
Source : IEIF, à partir de données Euronext, Six financial information et rapports annuels
73
Le patrimoine brut des 6 premières foncières cotées (Covivio, Gecina, Icade, Altaréa,
Klépierre, Unibail Rodamco Westfield)12, représente76% de l?indice des foncières IEIF, et
plusieurs points interpellent :
Les bureaux ne représentent finalement qu?une faible part de leur patrimoine.
Hors URW et Klepierre (qui sont des foncières quasiment exclusivement de commerce),
les compagnies d?assurance et les caisses de retraites sont actionnaires à 42% des
SIIC (rappelons qu?avec le statut SIIC, 2003, elles sont exonérées d?IS y compris sur
les plus-values de cession ; par transparence fiscale ce sont les actionnaires qui le
payent, or les caisses de retraite n?en payent pas, comme les assureurs vie qui sont
au forfait).
Quelques points d?ordre général :
? La faiblesse de la capitalisation boursière en actifs immobiliers : l?ensemble des
marchés cotés français représente 3.375 Mrds et les foncières cotées ne
représentent que 1% de la capitalisation boursière du marché français. A
l?inverse, les Français épargnent 62% de leur patrimoine financier dans
l?immobilier (essentiellement résidentiel), soit ¤8.000 Mrds. On voit bien, une
fois de plus, les dommages que fait aujourd?hui l?absence de capitaux à long
terme (cf fonds de pension). Aux USA, les foncières représentent l?équivalent de
11% du Dow Jones et il n?est pas rare de voir des foncières cotées valoir 50 à 80
Mrds. Par ailleurs, les Américains sont propriétaires à 65% de leur résidence
principale contre 57% en France?
? Une absence quasi-totale de résidentiel dans les patrimoines des foncières
cotées à l?exception de Covivio qui investit en Allemagne (29% de son actif brut)
? La chute des valorisations, URW était valorisé à lui seul 26 Mrds avant la crise.
12 Voir données par foncière en annexe 1
Capitalisation des principales SIIC (M¤) 34 594
Poids dans l'indice foncière France IEIF 76%
Patrimoine brut 122 130
Centres Commerciaux 95 948
Bureaux & Autres 16 494
Congrès & Expositions 28 263
Activités de services 42 169
Patrimoines détenus par cie Assurance / caisse de retraite 21 763
Patrimoine brut hors URW et Klepierre 52 193
% détenus par cies d'assurance 42%
74
Evolution de l?immobilier coté en Europe entre 2019 et 2024
Les investissements nets des SIIC sont négatifs depuis plus de 20 ans.
Evolution de l?investissement net des SIIC en France 2012 - 2024
On constate également que les principales sources de financement sont des apports
dans le cadre de rapprochements capitalistiques.
75
Evolution de l?activité des SIIC sur les marchés des capitaux en France 2012 - 2024
Le recours à l?emprunt était plus facile et rentable pour les actionnaires? et a augmenté
l?effet de levier.
Evolution des volumes d?émissions obligataires des SIIC en France 2014 - 2024
76
SIIC, données sur l?actif et le passif
Conclusion : la situation financière des SIIC, sauf exception, ne permet généralement
pas d?absorber l?intégralité d?un choc significatif de dévalorisation de leurs actifs. Elles
Covivio Capitalisation (M¤) 5 443
Groupe Delfin 28% Poids dans l'indice foncière France IEIF 12%
Groupe Crédit Agricole Assurances 8% Patrimoine (M¤) 23 142
Groupe Covéa 7% Bureaux 51%
Assurances du crédit mutuel 7% Résidentiel Allemagne 29%
Blackrock Inc. 5% Hôtels 20%
Actions autodétenues 1% Total 100%
Actionnariat salarié 1%
Flottant 43%
Total 100%
Gecina Capitalisation (M¤) 6 941
Ivanhoé Cambridge 15% Poids dans l'indice foncière France IEIF 15,4%
Crédit Agricole Assurances - Predica 14% Patrimoine (M¤) 17 377
Norges Bank 9% Bureaux 79,0%
Actions propres 4% Résidentiel 20,8%
Actionnaires salariés 2% Hôtels et CBI 0,2%
Flottant 56% Total 100%
Total 100%
Icade Capitalisation (M¤) 1 752
Caisse des dépôts (Etat français) 39% Poids dans l'indice foncière France IEIF 3,9%
Groupe Crédit Agricole Assurances 19% Patrimoine (M¤) 6 398
Salariés 0,5% Bureaux 82%
Autodétention 0,5% Locaux d'activité 12%
Flottant 41% Autres actifs divers 4%
Total 100% Terrains 2%
Total 100%
Altaréa Capitalisation (M¤) 2 111
Famille Alain Taravella 46% Poids dans l'indice foncière France IEIF 4,7%
Groupe Crédit Agricole Assurances 24% Patrimoine (M¤) 5 276
APG 6% Grands centres commerciaux 59%
Opus Investment BV 2% Retail parks 19%
Autocontrôle 1% Commerces de proximité 12%
Flottant 21% Commerces de flux 10%
Total 100% Total 100%
Klépierre Capitalisation (M¤) 7 975
Simon Property Group 22% Poids dans l'indice foncière France IEIF 17,6%
APG 5% Patrimoine (M¤) 20 225
Flottant 73% Grands centres commerciaux 93%
Total 100% Autres catégories d'actifs (retail parks, terrains?) 7%
Total 100%
Unibail-Rodamco-Westfield Capitalisation (M¤) 10 372
Groupe Familial Niel (Rock Investment, NJJ Holding) 15% Poids dans l'indice foncière France IEIF 22,9%
Société Générale 11% Patrimoine (M¤) 49 712
BlackRock Inc. 7% Centres Commerciaux 87%
Plan d'épargne entreprise 1% Bureaux & Autres 6%
Flottant 66% Congrès & Expositions 5%
Total 100% Activités de services 2%
Total 100%
77
sont dans l?incapacité de lever les fonds, nécessaires pour réaliser ces transformations,
que ce soit sous forme de capital ou d?endettement.
L?immobilier coté a pour objectif initial d?apporter une certaine stabilité dans les
portefeuilles d?actions en permettant de se protéger de l?inflation (i.e. loyers indexés) tout
en conservant la liquidité. Les foncières cotées sont les seules sociétés dont la notion
d?Actif Net Réalisable a un sens économique (ce qui n?est pas le cas pour l?industrie et
encore moins pour les sociétés technologiques). Le prix de cette liquidité se traduit par
une sous ou surévaluation par rapport à l?Actif Net Réalisable de +/- 20% avec une
volatilité de l?ordre 2 fois pour l?immobilier physique tertiaire (i.e. autour de 15%).
Concrètement la crise de l?immobilier tertiaire a fait exploser la volatilité à 40% sur les 12
derniers mois (Indice Euronext IEIF SIIC France).
Seule une sortie « par le haut » serait opportune ; c?est-à-dire la recherche d?un relatif
équilibre économique et financier par une participation dans l?opération de promotion de
la transformation de l?actif avec de nouveaux partenaires.
Pour résumer, pendant la période d?euphorie monétaire, les foncières ont dans leur
ensemble eut pour stratégie de céder des immeubles potentiellement difficiles au
« bénéfice » des SCPI qui devaient déployer leur collecte. Leurs appels au marché sont
restés modérés (au cas particulier d?Unibail pour l?acquisition de Westfield) et se sont
réalloués sur le commerce (le développement du e-commerce ayant déjà fait baisser les
prix.).
Pour les foncières, les conditions juridiques et financières d?un investissement
résidentiel ne peuvent donc s?envisager que sur des résidences gérées et/ou sur des
modèles de démembrement (type emphytéose) qui permettrait comme sur le tertiaire (cf
opération de la BdT avec Grand Paris Aménagement) de retrouver un rendement ?normal?
pour un actif immobilier détenu (5-7% sur le long terme).
Notons le cas particulier de Covivio (ex foncière des régions) qui est l?une des rares
foncières à investir significativement et structurellement dans le résidentiel et illustre
très bien comment le résidentiel, y compris dans la rénovation, peut être attractif. Les
conditions sont manifestement réunies pour le faire... en Allemagne !.
1/3 de leur portefeuille (4,6 Mrds ¤) est investi dans le logement, pratiquement toujours
en partenariat avec un opérateur pour la gestion et le partage du risque.
78
Une gestion très active de leur portefeuille logement en choisissant de détériorer à court
terme le rendement instantané (3,8% de rendement contre 4,3% en moyenne) pour faire
des travaux massifs de rénovation et augmenter les loyers ? 5% de rendement après les
travaux - (le blocage des loyers a été déclaré inconstitutionnel et supprimé en 2021).
79
Une convergence d?intérêt sur le plan financier et environnemental !
80
3. Les fonds non cotés faisant appel public à l?épargne (SCPI, OPCI, SCI)
Contexte : la disparition (temporaire de l?inflation), l?hélicoptère monétaire, des taux de
rendement alléchants pour un produit d?épargne qui s?achète à crédit, des commissions
de distribution alléchantes, une absence de notation indépendante des véhicules, une
notation SRI par l?AMF de 3 (risque modéré, typique des obligations de bonne qualité ou
de fonds diversifiés avec une gestion prudente).
Il est clair que la promesse des SCPI est très attractive et a été largement popularisée
pendant la période d?euphorie des taux bas et de très faible inflation :
? Comme tout actif immobilier, c?est le seul produit d?épargne qui s?achète à crédit ;
? Une distribution récurrente, indexée sur l?inflation (si elle repart), c?est la
promesse d?une retraite heureuse ;
? La diversification des risques sur N immeubles et Z locataires gérés par un tiers ;
? Les taux d?intérêt « finalement anormalement » bas, ont attiré un monceau de
capitaux qui a entrainé des prix de l?immobilier de bureau à la hausse (et donc une
baisse du rendement locatif) souvent compensés par un endettement également
au niveau du véhicule pour maintenir une distribution locative équivalente ... en
sus de celui (éventuel) du particulier.
Trois illustrations :
A) Une SCPI bureaux de Praemia : Primopierre - premier collecteur pendant la
période ? source Praemia - IEIF
0
100
200
300
400
500
600
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Primopierre, collecte brute en M¤
81
L?emplacement, l?emplacement, l?emplacement? on oublie le dicton quand on collecte
trop et que le modèle économique du gérant de SCPI repose plus sur la collecte (frais de
distribution, 8% dont 1% reste dans les mains du gérant) que sur la gestion (0,4% à 0,5%
par an).
82
La capitalisation a baissé de 30% (1 Mrds) en 1 an et de 1,7 Mrds depuis 2022, soit 45%
de perte pour les (petits) porteurs en l?espace de 3 ans.
Presque 10% des porteurs ont demandé à sortir mais ne peuvent faute de liquidité (le
seuil de 10% pendant 1 an enclenche une obligation de vendre des actifs via un fonds de
remboursement).
Avec un endettement considérable de 1,1 Mrds, on voit mal comment elle pourrait
aujourd?hui s?endetter significativement pour réaliser des travaux de transformation.
83
58% de bureaux en région parisienne? 16% de locaux vacants auxquels s?ajoutent 6,9%
de locaux vacants en restructuration. On peut aisément approximer que les 23% de
locaux vacants sont principalement en région parisienne, soit un taux de vacance de
l?ordre de 30% en première et deuxième couronne. A cela s?ajoute une durée de vie
restante des baux commerciaux très courte (environ 4 ans).
B) Deuxième Exemple Corum Origine... de l?intérêt de NE PAS INVESTIR EN FRANCE...
Créée en 2012, Corum a, dès son origine, cassé les deux codes traditionnels des SCPI :
La gestion immobilière
? Codes traditionnels : une diversification d?immeubles patrimoniaux et de
locataires sur des emplacements de qualité (localisation, localisation,
localisation), avec une prime de risque par rapport à l?OAT comprises entre 1,5%
pour les immeubles primes à 3-4% pour les autres. Produit de rente par
excellence pour un complément de revenu à sa retraite.
? Codes de Corum : opportunistes, recherche de rendement très élevés en
achetant beaucoup d?immeubles à faible valeur patrimoniale mais fort
rendement instantané, dans des villes/pays peu connus des investisseurs
immobiliers traditionnels.
La distribution :
? Code traditionnel : distribution via des tiers Conseillers en Gestion de Patrimoine.
Commission de souscription de l?ordre de 8% reversée pour l?essentiel au
distributeur.
? Code de Corum : distribution majoritairement en direct, via une forte
communication décomplexée dans le public (affichages y compris dans les
stations d?autobus), publicités agressives? qui a valu à Corum une sanction de
500.000 ¤ pour divers manquements y compris dans la communication
commerciale.
? Ces deux stratégies lui ont permis sur leur SCPI de référence (Corum Origin, SRI
de 3), de passer de 16 M¤ en 2012 à 3,2 Mrds fin 2024, une des plus importantes
du marché. A supposer que Corum continue sa stratégie commerciale de
distribution majoritairement en direct alors même que les seuls frais de
souscription sont de 12%, soit 384 M¤ sur la période (et les frais de gestion
seulement de l?ordre de 40 M¤), ça valait le coup de payer une amende
500.000¤?
84
Corum est l?illustration même que les stratégies immobilières peuvent produire des
résultats extrêmement différents, au grand bonheur des porteurs de parts de Corum
comme de la presse spécialisée et les distributeurs dont il devient la coqueluche.
? Et la collecte explose :
A la différence des autres gérants, non seulement le prix des parts n?a pas été ajusté
à la baisse suite à l?augmentation des taux mais il a même augmenté de 4,13% en
2022 ! et le chaland restant toujours attiré par le rendement affiché, la collecte est
toujours au rdv.
Le rendement annuel distribué est toujours resté supérieur à 6% en dépit d?une
structure de frais élevée :
0
100
200
300
400
500
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20
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20
23
20
24
Collecte en M¤
Primopierre Corum origine
85
Son taux d?endettement est relativement faible à 11%, la politique agressive de
rendements locatifs élevés lui permettant de maintenir une distribution élevée tout
en conservant un endettement faible.
Diversification géographique forte, des actifs probablement souvent à faible
potentiel patrimonial mais à forte utilité?
In fine, des résultats très probants et si l?on voulait réduire à un tableau les raisons de ce
succès c?est que les segments des marchés immobiliers sont très différents ? et que la
France n?est pas un marché immobilier attractif pour du « haut rendement ».
86
Les acteurs traditionnels ont majoritairement privilégié la France ou des emplacements
prime en Europe, des SCPI spécialisées par nature (bureaux, commerce etc?) et l?effet
de levier quand les taux étaient bas et que les spreads se compressaient avec la baisse
des taux, alors que d?autres ont joué l?opportunisme et le rendement instantané le plus
élevé. Corum est-il pour autant plus rassurant sur le long terme (n?oublions pas que la
liquidité des parts n?existe pas?) ?
C)° Illustration une SCPI Résidentielle fiscale (Scellier) : AMUNDI... Où l?avantage
fiscal est souvent une illusion...
Lancé après la crise de 2008, le Scellier a été l?un des dispositifs fiscaux les plus attractifs
avec une déduction fiscale de 25%.
Amundi, comme beaucoup d?acteurs ont donc proposé à leurs clients particuliers un
fonds avec une échéance de liquidation correspondant à celle de l?avantage fiscal (12
ans). Plutôt que d?acheter en VEFA (sur plan) un seul bien, de le gérer puis éventuellement
de le vendre, la proposition était claire : acheter et gérer par des professionnels les bons
logements, en bloc c?est moins cher et la diversification des logements c?est moins
risqué, et on vous fait même un crédit pour le financer !
Premely Habitat, un fonds Scellier a collecté 100 M¤ en 2009 pour une durée de 15 ans.
SCPI à capital fixe (comme la totalité des SCPI fiscales), les sorties, avant que les actifs
soient vendus au terme des 13 ans, peuvent se faire par confrontation, le vendeur
proposant un ordre à cours limite (inférieur à celui affiché dans le rapport annuel) par
rapport au prix de valorisation.
Annonce du lancement en 2009 : un niveau de risque de 3 (c?est d?ailleurs le niveau
toujours affiché)
100 M¤ investi en 2009 auquel s?est ajouté 8 M¤ de frais de souscription, soit 108 M¤,
qui valent toujours 100 M¤ en 2021 alors que l?indice du prix des logements a
augmenté de 50% sur la période? et la distribution de 2,5% par an a été tenue (loyers
nets faibles compte tenu de la localisation mais correspond à la logique de l?avantage
fiscal de 25%) .
87
En 2022, la SCPI amorce le processus de vente des
appartements. 2 ans plus tard, des immeubles ont
été cédés en bloc pour 30 M¤ (sans qu?il soit précisé
dans le rapport s?ils ont été vendus au-dessus ou en
dessous de la valeur de réalisation...), et le
patrimoine restant est évalué à 66 M¤ ; soit si tout
se passe bien 96 M¤ au total pour un investissement
15 ans plus tôt de 108 M¤ et une distribution de
2,5% par an?et une absence totale de liquidité.
Et les rares porteurs de parts qui ont réussis à sortir,
c?est en vendant à 805¤ la part achetée à 2.000¤ 13 ans plus tôt, soit 60% de perte.
Le plus souvent, cet investissement s?est fait à crédit (à hauteur de 70-80%) en 2009 avec
des taux d?intérêt à 4,5% sur la base d?un crédit à 12 ans, les intérêts payés représentent
24% du montant de l?investissement alors que les revenus locatifs nets perçus cumulés
auront été de 30%. Au total, les investisseurs particuliers, ont déjà perdu 20% de la mise
d?origine ; ils sont en cash-flow négatif car ils ont remboursé leur crédit et doivent
attendre la vente des 66 M¤ pour récupérer le solde de leur mise.
Ce dernier exemple illustre bien que produits immobiliers résidentiels commercialisés
sur la base des avantages fiscaux ont des limites.
« Imposer » (ou espérer) aux SCPI (bureaux ou autres) de réinvestir dans des immeubles
obsolètes sera donc difficile sauf si à l?issue de la transformation, les appartements sont
vendus, ce qui suppose bien évidemment qu?ils soient financièrement achetables par la
population ciblée ou éventuellement mis en location via des baux commerciaux
(opérateurs de résidences).
88
4. Le foncier et le bâti des utilisateurs-propriétaires, une catégorie de foncier au
potentiel souvent sous-estimé ?
La transformation de bureaux obsolètes de logements est souvent quasi-exclusivement
perçue comme l?un des moyens de construire du logement neuf tout en résolvant le
problème de l?utilisation de bureaux qui n?ont plus de sens en bureau, mais on peut
également inclure dans la réflexion le foncier sous utilisé des utilisateurs-propriétaires de
tertiaire industriel.
Concrètement rebâtir la ville sur la ville pose souvent le problème de la densification et
ces terrains, étant déjà bâtis ou artificialisés, cela créé naturellement du foncier
disponible.
Le foncier et le bâti des utilisateurs-propriétaires sous utilisé est estimé à 30-40% du total
de leur patrimoine par l?Association des Directeurs Immobiliers (ADI), soit X millions de
m2 rapporté à X/0,4 de m2 totaux (attente des chiffres du rapport de l?IGEED).
Renault à Guyencourt, Thales à Elencourt, Danos à Saclay, Stellantis à
Poissy?probablement des centaines de sites possibles pour des opérations de 5.000 à
20.000 m2?
Pour les directeurs immobiliers, l?immobilier c?est un coût ; et leur problématique est
de le réduire notamment dans le contexte des mises aux normes.
Cette réflexion se développe petit à petit sur les « retail parc » d?entrée de ville (Nexity ?
Carrefour), foncière de commerce Frey.
Chaque opération reste bien évidemment, comme toute transformation, spécifique mais
on peut envisager des montages de SPV spécifiques, à la condition que la sortie en
logement soit rentable (en bénéficiant des mêmes principes d?avantages comme pour la
transformation), avec comme partenaires :
? L?entreprise qui apporte le foncier en parts de la SPV et/ou en contrepartie de
travaux de rénovation d?autres bâtis
? Un tel montage réduit d?autant le montant de capitaux propres à mettre (pas
d?acquisition du terrain ou paiement au fur et à mesure des travaux de rénovation
des bâtiments
89
Annexe 4 ? Méthodologie d?élaboration de l?indice de l?ORIE
L?indice de recyclage des bureaux en logements est un outil composite qui propose
une échelle allant de -1 pour les territoires où le recyclage représente un défi jusqu?à
+1 pour les territoires présentant le meilleur potentiel.
Cet outil est porté par l?ensemble de la chaîne de valeur immobilière en Île-de-France,
c?est-à- dire des acteurs compétents et légitimes dans leurs domaines respectifs issus
du secteur privé comme public.
Cet outil combine différentes variables pour être aussi proche que possible de la réalité
complexe du terrain, évolutif, il ose des principes et sera amené à évoluer et être
perfectionné dans les mois à venir à travers un dialogue public-privé. Cet indice sera mis
à jour d?année en année.
Il est composé de 3 variables :
LA DYNAMIQUE TERTIAIRE : cet indicateur compte pour 30 % de l?indice. Il consiste à
déterminer si un marché locatif de bureaux reste recherché par les entreprises. En
pratique, pour apprécier le taux de vacance : est définie la part de surfaces qui n?est pas
louée rapportée à l?ensemble du parc de bureaux.
Ensuite, le niveau d?absorption est étudié. Il permet d?évaluer la vitesse à laquelle les
biens immobiliers disponibles sur un marché donné, sont vendus ou loués. Si dans un
territoire donné, il y a 100 000 m² carrés de bureaux disponibles sur une année, et que 25
000 m² de bureaux sont loués en moyenne chaque année, alors le niveau d?absorption
est de 4 années. Plus le nombre d?années est élevé, plus les surfaces peinent à trouver
preneurs.
Donc plus le taux de vacance est important et le temps d?écoulement long, plus la
question de transformer les bureaux en logement se pose.
LA DYNAMIQUE RESIDENTIELLE : Elle compte également pour 30 % dans le calcul de
l?indice. Cette dynamique dépend de plusieurs critères. D?abord, est-ce que le territoire
en question crée beaucoup de logements en comparaison du parc existant ?
Évidemment, si un territoire augmente tous les ans le nombre de logements créés, cela
indique à la fois son attractivité résidentielle et une volonté politique de construire. Ce
premier critère est conforté par un second critère, le solde migratoire : on regarde ainsi la
différence entre le nombre de personnes qui se sont installées sur le territoire et le
nombre de personnes qui en sont parties sur une année donnée, et on mesure l?évolution
de ce solde au cours des dernières années (2015-2021).
Autre critère déterminant : l?évolution du prix des appartements neufs. L?idée ici n?est pas
seulement de regarder la valeur absolue des mètres carrés de logement, mais bien leur
évolution sur les dernières années.
Dernier critère, l?offre de transports, et notamment le nombre d?accès aux transports
ferroviaires par kilomètre carré qui est étudié pour déterminer la facilité à se déplacer sur
le territoire. Plus ce chiffre est élevé, plus le territoire est attractif pour les actuels et futurs
résidents. Il est évident que si ces quatre critères sont positifs sur un territoire, cela plaide
clairement pour y multiplier les opérations de recyclage de bureaux en logement.
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LA FAISABILITE ECONOMIQUE. Le troisième et dernier indicateur repose sur la
comparaison de l?écart de prix entre les bureaux déjà construits et les logements neufs.
La raison est simple : si dans un territoire donné un bureau vaut 10 000 ¤ du m² alors que
le logement vaut 5 000 ¤ en moyenne, aucun propriétaire ne se lancera dans des travaux
pour transformer ces bureaux en logement. Inversement, si le logement vaut plus que les
bureaux, alors il y a un intérêt économique évident à transformer. Ce critère de faisabilité
économique intègre également des coûts travaux incompressibles, nécessaires pour le
recyclage.
Ce facteur de faisabilité économique est le plus important dans l?équation globale : il
compte pour 40 % dans le calcul.
Exemples :
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Annexe 5 ? La méthode du CBF : une approche outillée et partenariale
pour transformer les bureaux
Face à la complexité croissante du marché tertiaire, la méthode développée par le CBF
(Consortium Bureaux de France) vise à mieux comprendre les dynamiques d?évolution
des parcs de bureaux et à identifier les opportunités de transformation.
Ce travail collectif répond à trois constats partagés :
? Une lecture difficile des tendances du marché, dans un contexte économique
incertain ;
? Un manque de transparence et de données publiques fiables sur l?immobilier
d?entreprise ;
? Une méconnaissance, par les décideurs locaux, de l?obsolescence technique
et commerciale de leur parc tertiaire.
Pour y répondre, le CBF s?appuie sur une démarche partenariale associant collectivités,
opérateurs et experts. Il développe un Observatoire des bureaux intégrant des données,
immeuble par immeuble, afin de qualifier le parc existant, objectiver les situations de
vacance ou de vétusté, et outiller la décision locale en matière de reconversion.
La démarche a permis de fiabiliser en 2023 et 2024 la base de données et de créer des
indicateurs inédits du Consortium :
? La quantification du parc de bureaux et de ses segments : parc marchand, parc
non marchand privé et parc non marchand public ;
? Au sein du parc marchand et du parc non marchand privé, l?identification et
l?analyse des volumes du parc vide et vétuste ;
? Des premiers travaux de modélisation des facteurs de potentialité de
mutations / transformation de bureaux vacants, et les territoires à potentiel.
Mesure du parc de bureaux par typologie de marché
Source CBF ? données déc. 2024
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93
Annexe 6 ? Deux exemples de transformation de la FTI
Ce chapitre vise à analyser quelques exemples d?opérations de transformation de
bureaux en logement et mesurer l?impact de la fiscalité sur les bilans de promotion.
Opération 1 ? Hauts de Seine
Cours Ferdinand de Lesseps à Rueil-Malmaison (quartier Rueil 2000), la FTI, Covivio,
Emerige, France Logis et Seqens entreprennent la reconversion d?un immeuble de
bureaux (ancien siège de Vinci) en un programme résidentiel mixte. L?ambition du projet
est caractérisée par une surface de 30 000 m² SDP, une diversité de l?offre de logements
(137 logements intermédiaires et libres), de résidences (120 logements sociaux étudiants
et une résidence mobilité de 150 chambres) et des commerces. Le permis de construire
a été déposé en début d?année 2025 et le démarrage du chantier est projeté début 2026.
La charge foncière (prix d?acquisition d?un bâtiment) de la programmation étudiante a été
valorisée sur la base d?une approche investisseurs intégrant une taxe d?aménagement
(impact financier 242 k¤). Pour réaliser ce projet la FTI a accepté un TRI d?investissement
de 5% au lieu des 6% recherchés par les investisseurs sur la zone.
L?acquisition du bâtiment par la FTI était subordonnée à l?obtention d?un permis de
construire définitif afin de maximiser le prix d?acquisition. Le propriétaire Covivio
supporte le risque administratif.
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Opération 2 ? Val de Marne
La FTI a acquis en novembre 2024, un immeuble de bureaux situé 76 avenue de
Fontainebleau dans la commune Le Kremlin-Bicêtre, afin d?y développer une
programmation de 44 logements intermédiaires (3 090 m² SDP) et un CHRS (centre
hébergement de réinsertion) de 23 chambres ainsi que 2 cellules commerciales (300 m²
environ).
Le maitre d?ouvrage I3F
restructure l?immeuble
principal sur l'avenue et
démolit puis reconstruit
l?immeuble donnant sur la rue
secondaire pour densifier la
constructibilité.
L?estimation de la charge foncière a été réalisée sur la base d?un bilan de promotion
intégrant une programmation résidentielle sociale (20%), de l?accession libre et des
commerces tels qu?autorisés par le PLUI.
Plusieurs approches ont été simulées économiquement en intégrant une taxe
d?aménagement :
? Avec des durées de portage de 1 ans à 3 ans,
? Avec un montage en restructuration à l?état neuf (TVA taux plein) et un autre en VIR
(TVA 10%) pour chercher à retrouver une péréquation entre la valeur de l?actif
acceptée par le vendeur et le prix de vente raisonnable de logements
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Annexe 7 : Taxe sur les bureaux en Île-de-France
1. Barème d?imposition de la taxe annuelle sur les bureaux en Île-de-France
(TSB-IDF) et en PACA:
La taxe sur les bureaux applicable dans la région d'Île-de-France?(TSB-IDF)?est une taxe
annuelle qui concerne les locaux à usage de bureaux, locaux commerciaux, locaux de
stockage et surfaces de stationnement.
Le montant de cette taxe est variable en fonction de la zone et même de la collectivité.
Ainsi, les villes de seconde couronne francilienne appliquent des montants inférieurs aux
villes des Hauts de Seine et de Paris.
La taxe est perçue directement par l?Etat.
Les montants applicables oscillent entre 5¤ m² SU et 25 ¤m² SU, en sus de ceux-ci il faut
ajouter un tarif complémentaire pour les places de stationnement et les locaux de
stockage.?:
Pour les m² de bureaux?: Pour les stationnements?:
Le produit de cette taxe, d?un montant de 664 M¤ en 2023 est affecté à la Société des
Grands Projets (SGP) pour le financement du réseau du Grand Paris. Les prévisions 2024
et 2025 des produits s?élèvent respectivement à 718 M¤ et 782 M¤
2. Taxe pour la création de bureaux et commerces en Île-de-France (TCBCS-IDF)
Les travaux de construction, reconstruction, rénovation, transformation ou
agrandissement de bureaux, de locaux commerciaux ou de stockage situés en Île-de-
France donnent lieu au paiement de la taxe sur la création de locaux à usage de bureaux,
de locaux commerciaux et de locaux de stockage (TCBCS).
Cette taxe est versée une seule fois lors des travaux de construction ou d'aménagement.
Elle ne doit pas être confondue avec la taxe annuelle sur les bureaux en Île-de-France
versée chaque année.
La taxe est due par le propriétaire des locaux ou par le titulaire d'un droit portant sur ces
locaux. Le montant de la taxe ne peut pas dépasser 30 % du coût d'acquisition et
d'aménagement de la surface de construction. La région d'Île-de-France est découpée
en 4 catégories (ou circonscriptions).
Source : https://entreprendre.service-public.fr
https://entreprendre.service-public.fr/
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Annexe 8 : lettre de mission
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INVALIDE)