Rapport Ambition France Transports: financer l'avenir des mobilités
Auteur moral
Auteur secondaire
BUSSEREAU, Dominique (coord.)
Résumé
Ce rapport présente les réflexions du groupe de travail du projet Ambition France Travail, dont l'objectif est de définir un modèle pérenne de financements des mobilités à l'horizon des vingt prochaines années. Réunis autour de quatre ateliers : autorités organisatrices de mobilité, infrastructures routières, ferroviaire voyageurs, fret et report modal, la priorité est donnée aux investissements sur la période 2026-20231, pour régénérer les réseaux ferroviaire, routier et fluviaux, moderniser le réseau routier non concédé, accompagner le développement du fret ferroviaire et fluvial. Avec un financement issu des économies réalisées en améliorant la performance, une tarification plus ciblée des usagers, la création de nouvelles ressources fiscales et le maintien des péages pour générer des recettes dans un modèle autoroutier post-concessions historiques (à partir de 2031).
Editeur
Ambition France Transport
Descripteur Urbamet
infrastructure de transport
;transition écologique
;mobilité durable
;économie des transports
;politique des transports
;investissement
;tarification
;autoroute
;péage
;financement des transports
;transport ferroviaire
;transport fluvial
;fret
;fiscalité
;transport multimodal
Descripteur écoplanete
réseau routier
;réseau ferroviaire
Thème
Transports
Texte intégral
Juillet 2025
AMBITION
FRANCE
TRANSPORTS
FINANCER L?AVENIR DES MOBILITÉS
R A P P O R T
Ambition France Transports
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INTRODUCTION DE DOMINIQUE BUSSEREAU
À la demande du Premier ministre François Bayrou et sous l?égide du ministre des Transports
Philippe Tabarot qui m?ont fait l?honneur de me confier la présidence de la conférence
Ambition France Transports, j?ai réuni une soixantaine d?experts des mobilités, parlementaires,
élus locaux ou représentants de fédérations professionnelles ou d?usagers, pour définir un
modèle pérenne de financement du secteur des transports pour les vingt prochaines années.
Leur participation à la conférence Ambition France Transports a été essentielle car les
mobilités doivent répondre à un triple défi dans un cadre budgétaire contraint :
? assurer la performance et la résilience des infrastructures de transports, qu?elles soient
routières, ferroviaires ou fluviales, qui souffrent pour nombre d?entre elles d?un
sous-investissement depuis plusieurs décennies ;
? atteindre nos objectifs de décarbonation ;
? répondre aux besoins de mobilité croissants des Français sur l?ensemble du territoire.
Face à ces enjeux, nous avons tenu à ce que l?ensemble des sujets puissent être abordés par les
membres de la conférence au cours des réunions des quatre ateliers : avenir des autoroutes,
priorisation des investissements dans le secteur ferroviaire, décarbonation du fret, rôles
respectifs de l?État et des collectivités territoriales dans le financement des infrastructures et
bien d?autres, qui ont pu être discutés par les participants. Les rapports particuliers, adossés
au présent rapport, traduisent la richesse des échanges au sein de chaque atelier.
Nous avons souhaité également que le rapport de synthèse puisse constituer une boussole
lisible pour le Gouvernement et les décideurs politiques, avec l?intime conviction que la
décarbonation des transports et le développement des modes collectifs et massifiés
participeront à la compétitivité de notre économie et au renforcement de la cohésion
territoriale entre périphéries et grands centres urbains.
Les travaux ont permis de dégager un consensus sur de grands principes qui devront dessiner
l?avenir du financement des mobilités :
? l?importance du développement des modes collectifs et massifiés pour réussir la
transition écologique, renforcer la cohésion des territoires et améliorer la résilience des
infrastructures face au changement climatique ;
? la priorité renforcée aux investissements dans la performance et la sécurité des
infrastructures existantes c?est-à-dire la régénération et la modernisation des réseaux ;
? la nécessité de renforcer et de sécuriser le cadre pluriannuel du financement des
transports ;
? l?usage du levier de la tarification des usagers et des clients et l?optimisation des
dépenses : maintien des péages autoroutiers, hausse différenciée des tarifs des
transports collectifs, plus grande efficience des transports publics ;
? la réallocation d?une part de la fiscalité existante prélevée sur les transports vers ce
secteur, la création de ressources nouvelles et davantage d?autonomie fiscale aux
collectivités ;
? la mobilisation d?une part substantielle des péages autoroutiers à l?issue des
concessions historiques pour financer les infrastructures de transport ;
? la mobilisation du financement privé lorsque cela est pertinent.
Ambition France Transports
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Nous avons porté une attention particulière au fait que les enjeux traités et les solutions
préconisées puissent être appréhendés par l?ensemble de nos concitoyens, tous usagers des
infrastructures de transports : ce rapport doit pouvoir vivre dans le débat public.
Enfin, nous souhaitons vivement remercier les membres de la conférence pour leur implication
tout au long des réunions des ateliers. Nous saluons également la mobilisation de l?ensemble
de l?écosystème des transports au cours de la conférence, leurs contributions dans le cadre de
tables-rondes, des plus de cent auditions réalisées et les plus de deux cents trente cahiers
d?acteurs déposés sur la plateforme de la conférence qui ont permis d?éclairer efficacement
nos travaux.
Je remercie particulièrement David Valence, président du Comité d?Orientation des
Infrastructures (COI), qui m?a fait l?amitié d?accompagner les travaux de la conférence de son
expertise et de sa connaissance approfondie du secteur des transports.
Au-delà des mesures que nous avons retenues ensemble, pour certaines ambitieuses mais en
tout cas essentielles à l?avenir des mobilités en France, je retiens l?état d?esprit qui a animé nos
travaux : un dialogue ouvert mais exigeant, de confiance et fécond qui a su dépasser les
positions initiales des organisations représentées. Nous ne doutons pas que les participants
sauront faire vivre tant les orientations du présent rapport que cet état d?esprit dans leur
activité, au Parlement, dans les territoires, auprès de nos concitoyens ou aux commandes de
nos fleurons nationaux.
Alors, que perdure longtemps l?esprit d?Ambition France Transports au service de nos
mobilités !
Ambition France Transports
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CONTEXTE DE LA CONFÉRENCE DE FINANCEMENT
Lancée par le Premier ministre et sous la supervision du ministre des Transports, la conférence
Ambition France Transports a réuni du 5 mai au 9 juillet 2025 près d?une soixantaine de
personnalités représentatives du secteur des mobilités (parlementaires, fédérations
professionnelles, fédérations d?usagers, experts des transports) pour mener une réflexion
stratégique sur les besoins d?investissements dans les transports à moyen terme, leur
priorisation et les leviers mobilisables pour les financer.
Le secteur des transports va nécessiter des investissements très significatifs par rapport au
niveau actuel pour anticiper et s?adapter aux nombreux défis auxquels il est confronté :
renforcement de la performance des infrastructures, besoin croissant de mobilité des Français,
décarbonation et adaptation des transports au changement climatique, mobilité militaire.
Selon plusieurs études1, il s?agit ainsi du secteur économique qui nécessitera le plus de
financements supplémentaires par an d?ici 2030 pour atteindre les cibles définies dans la
troisième stratégie nationale bas-carbone (SNBC3).
Ces investissements sont à mettre au regard du contexte exigeant des finances publiques qui
invite à la recherche d?un équilibre entre les investissements nécessaires et le respect de la
trajectoire de réduction du déficit public et de désendettement.
Réunis en quatre ateliers thématiques, les membres de la conférence ont ainsi cherché à définir
un modèle de financement pérenne pour les mobilités :
(i) le modèle économique des autorités organisatrices de la mobilité (AOM) et des
services express régionaux métropolitains (SERM) ;
(ii) l?avenir des infrastructures routières ;
(iii) les infrastructures et services ferroviaires de voyageurs ;
(iv) le report modal et le transport de marchandises.
Les travaux de la conférence ont été enrichis par les contributions de l?ensemble des acteurs
de l?écosystème des mobilités : tables-rondes organisées lors de trois journées thématiques
transverses (la société civile et les mobilités, les financements privés des infrastructures de
transport et l?innovation dans les mobilités), auditions d?organisations et d?experts de chaque
secteur au cours des réunions des ateliers et contributions écrites déposées sur la plateforme
en ligne de la conférence. Ces contributions ont été analysées avec intérêt par les différents
ateliers.
Le rapport général de la conférence présente les priorités d?investissements identifiées pour
les différents modes de transport (transports collectifs, routes, ferroviaire, transport de
marchandises) et des propositions de financements à mobiliser pour les réaliser.
Les rapports thématiques d?atelier, établis sous la responsabilité de chaque binôme de
copilotes, qui associe un parlementaire et un expert du secteur, reprennent les échanges qui
se sont tenus au cours de leurs travaux.
1 Évaluation des impacts macroéconomiques de la transition écologique, Jean Pisani Ferry, Selma Mahfouz (2023) ;
Panorama des financements climat, I4CE (2024).
Ambition France Transports
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SOMMAIRE
INTRODUCTION .......................................................................................................................................... 6
1. Les quatre ateliers de la conférence affirment l?ardente priorité donnée aux
investissements dans la performance et la résilience des infrastructures actuelles et
soulignent l?importance de développer l?offre de transport entre les centres urbains et leur
périphérie ................................................................................................................................................. 7
1.1. La priorité est d?augmenter par rapport à aujourd?hui les investissements dans la
performance et la résilience des infrastructures nationales existantes à hauteur d?environ
3 Md¤ par an sur la période 2026-2031 .......................................................................................... 7
Un besoin d?investissement supplémentaire de 1,5 Md¤ par an à partir de 2028
pour améliorer la performance et la résilience du réseau ferroviaire national structurant
8
Un besoin d?investissement supplémentaire de 1 Md¤ par an à court terme pour
résorber la dette grise du réseau routier national non concédé et commencer sa
modernisation ................................................................................................................................. 10
Un besoin d?investissement supplémentaire de 500 M¤/an à court terme pour
accroître la performance et la résilience des infrastructures de fret ferroviaire et fluvial
12
1.2. La conférence souligne l?importance de développer l?offre de transport entre les
centres urbains et leur périphérie, ce qui nécessite de renforcer le modèle économique
des AOM .............................................................................................................................................. 14
Décarboner les transports et répondre aux besoins de mobilité entre les centres
urbains et leur périphérie suppose un choc d?offre massif qui demeure néanmoins
difficile à quantifier en termes d?investissement .................................................................... 14
Le financement de ce choc d?offre passe par une diversification des ressources
des AOM ........................................................................................................................................... 15
1.3. Le développement de nouveaux projets d?infrastructures pourra faire l?objet d?un
travail de repriorisation par le Conseil d?orientation des infrastructures afin de garantir la
priorité aux investissements dans la performance des infrastructures existantes .............. 16
2. À court terme, la conférence a identifié plusieurs leviers de financement à mobiliser
pour financer les priorités d?investissement retenues, et réaffirmé la nécessité d?inscrire ces
investissements dans un cadre pluriannuel stabilisé ..................................................................... 17
2.1. L?amélioration de la performance des infrastructures et des services, en générant
des économies, constitue un premier levier de financement ................................................. 18
2.2. Certains usagers et clients pourront être mis davantage à contribution, en prenant
en compte l?acceptabilité ............................................................................................................... 19
2.3. La consolidation d?un ensemble de ressources durables affectées à une nouvelle
AFITF doit permettre de financer les investissements supplémentaires dans la
performance et la résilience des infrastructures de transports .............................................. 21
Ressources existantes prélevées sur les transports et réallouées depuis le budget
général 22
Ambition France Transports
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Ressources nouvelles prélevées sur les transports ............................................... 22
Ressources spécifiques à des modes de transport qui ne seraient pas reversées
à l?AFITF mais directement affectées ....................................................................................... 24
2.4. Le modèle économique des AOM pourrait être renforcé selon deux scénarios qui
ne sont pas antagonistes ................................................................................................................ 24
Un premier scénario consiste à s?appuyer sur un déplafonnement du versement
mobilité sous conditions ............................................................................................................. 24
Un second scénario vise à renforcer et diversifier les ressources des AOM ... 25
2.5. La nécessité d?inscrire ces financements dans un cadre pluriannuel stable et
prévisible ............................................................................................................................................ 26
3. À moyen terme (horizon 2035), les recettes provenant d?un nouveau système
autoroutier à l?issue des concessions historiques permettront de consolider le modèle de
financement des transports ............................................................................................................... 30
3.1. La conférence s?accorde sur le rôle central que joue le maintien des péages à un
niveau proche de l?actuel pour générer des ressources supplémentaires pour les transports
30
3.2. La conférence propose deux scénarios de gouvernance du système autoroutier à
l?issue des principales concessions ............................................................................................... 30
CONCLUSION ........................................................................................................................................... 33
SYNTHESE DES PROPOSITIONS DE LA CONFÉRENCE ..................................................................... 35
COMPOSITION DES ATELIERS DE LA CONFÉRENCE ........................................................................ 37
RAPPORTS ANNEXÉS
Rapport de l?atelier n°1 : Modèle économique des AOM et des SERM
Rapport de l?atelier n°2 : Avenir des infrastructures routières
Rapport de l?atelier n°3 : Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs
Rapport de l?atelier n°4 : Report modal et transports de marchandises
ANNEXES
Annexe I : Liste des auditions des ateliers de la conférence
Annexe II : Liste des cahiers d?acteurs déposés sur la plateforme de la conférence
Annexe III : Journée Innovation du 23 juin 2025
Ambition France Transports
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INTRODUCTION
Le secteur des transports et des mobilités représente 18,5 % du PIB et est responsable de 34 %
des émissions de gaz à effets de serre en 20232. Au carrefour d?enjeux économiques, sociaux
et environnementaux, intimement liés à l?histoire de l?aménagement du territoire, les
infrastructures de transports représentent le 1er patrimoine des Français. En 2023, 27 Md¤ ont
été investis dans les infrastructures de transports, tous financeurs confondus. Néanmoins, si
ces investissements dans les infrastructures ont augmenté en valeur absolue entre 2012 et 2023
(+6 Md¤), leur poids dans le PIB a diminué (passant de 1,05 % à 0,95 %).
La définition d?un modèle pérenne de financement des mobilités constitue un enjeu décisif
pour l?avenir des infrastructures et des services de transport.
En premier lieu, le besoin de financement des modes de transport collectifs décarbonés
(ferroviaire, transports en commun locaux, fluvial) va et devra s?accroître dans les prochaines
années afin d?améliorer la performance et la résilience des grandes infrastructures nationales,
dont l?état s?est dégradé de manière continue ces dernières décennies, d?accélérer la transition
écologique du secteur et d?améliorer la mobilité de nos concitoyens, notamment entre les
villes et leurs périphéries et en milieu rural.
En second lieu, ce besoin de financements supplémentaires intervient dans un contexte
d?exigence accrue sur la bonne gestion des finances publiques qui doit conduire à dégager des
priorités claires en matière d?investissement, à mobiliser au maximum le levier de la
performance, à interroger l?équilibre entre le financement par l?usager et par le contribuable
et à identifier des ressources soutenables et durables pour financer les besoins
d?investissement à moyen terme.
En troisième lieu, l?échéance majeure que constitue la fin des concessions historiques des
autoroutes entre la fin de l?année 2031 et la fin de l?année 2036 constitue une occasion
historique de repenser l?organisation et le financement de la route et de dessiner à moyen
terme un modèle de financement dans lequel les excédents de recettes des péages
alimenteraient le financement de toutes les mobilités.
Le présent rapport, issu des réflexions des ateliers :
1. affirme l?ardente priorité donnée aux investissements dans la performance et la résilience
des infrastructures existantes, et souligne l?importance de développer l?offre de transport
entre les centres urbains et leur périphérie ;
2. identifie plusieurs leviers de financement à mobiliser à court terme, c?est-à-dire dès 2026,
pour financer les priorités d?investissement dégagées par la conférence, et réaffirme la
nécessité d?inscrire ces investissements dans un cadre pluriannuel stabilisé ;
3. propose à moyen terme (décennie 2030) deux modèles d?organisation des autoroutes à
l?issue des concessions et de mobiliser les recettes supplémentaires dégagées par les
péages pour l?investissement dans la régénération et la modernisation des infrastructures
de transport.
2 Ministère de l?Aménagement du territoire et de la décentralisation, « Chiffres clés des transports - Édition 2025 ».
Ambition France Transports
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1. Les quatre ateliers de la conférence affirment l?ardente priorité donnée aux
investissements dans la performance et la résilience des infrastructures actuelles et
soulignent l?importance de développer l?offre de transport entre les centres urbains et leur
périphérie
1.1. La priorité est d?augmenter par rapport à aujourd?hui les investissements dans la
performance et la résilience des infrastructures nationales existantes à hauteur d?environ
3 Md¤ par an sur la période 2026-2031
Les infrastructures de transport, notamment les grands réseaux ferroviaires, routiers et fluviaux
de l?État, se sont dégradées de manière continue depuis plusieurs décennies, faute
d?investissements à la hauteur pour les entretenir, comme l?ont documenté de nombreux
audits indépendants. Ce manque d?investissement a accumulé une « dette grise » qui devra
être rattrapée. La dégradation de ces réseaux entraîne une baisse de la qualité de service, des
risques pour la sécurité des usagers et, dans les cas les plus extrêmes, la fermeture provisoire
ou définitive d?axes de transports parfois majeurs pour les déplacements des citoyens et des
acteurs économiques.
La conférence a dégagé un consensus afin de prioriser au cours des prochaines années les
investissements visant à regénérer et moderniser les infrastructures nationales existantes. Ces
investissements permettent d?abord d?améliorer la performance des infrastructures, à travers
une hausse la qualité de service offerte aux usagers et de la sécurité. La régénération et la
modernisation des infrastructures sont aussi indispensables pour atteindre nos objectifs
climatiques car elles permettent de développer les trafics pour les modes décarbonés que sont
le ferroviaire et le fluvial et de favoriser le développement sur le réseau routier des usages
collectifs (covoiturage, cars express), du vélo et de l?électromobilité. Ces investissements
favorisent aussi la mobilité quotidienne en modernisant les infrastructures et services qui en
sont l?épine dorsale (cf. exemple des TER pour le transport ferroviaire de voyageurs). La
régénération et la modernisation de ces infrastructures sont également primordiales pour
renforcer leur résilience face aux risques liés au changement climatique (épisodes extrêmes de
chaleur, inondations etc.) et aux besoins croissants liés à la mobilité militaire (transport de
matériel lourd etc.). Enfin, la régénération et la modernisation des infrastructures ont un
impact économique et budgétaire à long terme. A titre d?illustration, la récente étude de
vulnérabilité du réseau routier national réalisée par le cabinet Setec pour le compte du
ministère des transports indique qu?augmenter d?1Md¤ par an à horizon 2032 les
investissements dans la régénération et la modernisation du réseau routier national non
concédé permettra d?éviter 2Md¤/an de dépenses liées aux conséquences de l?inaction sur ce
même réseau et 3Md¤/an de pertes économiques et sociales liées à la moindre disponibilité de
cette infrastructure.
Les travaux des ateliers ont identifié les investissements nécessaires à court terme pour inverser
la tendance à la dégradation de ces infrastructures et procéder aux investissements de
modernisation permettant d?accroître leur performance. Au total, la remise à niveau et la
modernisation des infrastructures nationales ferroviaires, routières et fluviales nécessitent
d?investir environ 3 Md¤ supplémentaires par an sur la période 2026-2031 par rapport à
aujourd?hui, en euros constants de 2025.
Ambition France Transports
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Graphique 1 : Besoins d?investissements annuels en moyenne sur 2026-2031 (M¤ 2025)
* le programme Ulysse constitue le programme d?investissement de la stratégie nationale de développement du fret ferroviaire pour
atteindre les objectifs de parts modales fixées par la SNBC3. Il a été élaboré par la filière et les pouvoirs publics.
Un besoin d?investissement supplémentaire de 1,5 Md¤ par an à partir de 2028 pour
améliorer la performance et la résilience du réseau ferroviaire national structurant
1.1.1.1. L?insuffisance des investissements passés dans la régénération et la modernisation
du réseau a un impact significatif sur la qualité de service et présente des risques
croissants sur la disponibilité même des infrastructures
Le réseau ferré national structurant est constitué de 18 000 km de lignes qui concentrent 90 %
du trafic, dont 80 % du trafic de TER. Il permet la circulation de 15 000 trains quotidiens, dessert
environ 3 000 gares et points d?arrêt et plus de 3 000 sites industriels.
Ce réseau présente un âge moyen élevé, de l?ordre de 25 ans en moyenne. Une part
significative des composants est considérée comme hors d?âge : c?est le cas de 21 % des
caténaires, de 39 % des tunnels et de 30 % des appareils de voie, entraînant des
ralentissements, une dégradation du service et un risque de fermeture de lignes. En décembre
2022, le Conseil d?orientation des infrastructures (COI) insistait sur la dégradation du réseau
ferroviaire générant une « dette grise » estimée à 60 Md¤, qui constitue « le coût de l?inaction »
passée.
S?agissant de la modernisation, la France doit également relever d?importants défis : le
déploiement de la commande centralisée du réseau (CCR), qui permet d?augmenter la fiabilité
des trafics et de générer des économies d?exploitation (réalisé à seulement 18 % en France,
contre 90 % en Allemagne, 70 % en Italie et 65 % en Belgique) et le déploiement du système
européen de gestion du trafic (ERTMS), qui permet de développer significativement les trafics
(seul 4 % du réseau français est équipé, contre 18 % en Espagne).
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1.1.1.2. Afin de stabiliser l?état du réseau ferroviaire et de réaliser les investissements
nécessaires à sa modernisation, 1,5 Md¤ d?investissements supplémentaires par
an seront nécessaires à partir de 2028
Le besoin en investissement pour la régénération et la modernisation du réseau structurant est
estimé par SNCF Réseau à 1,5 Md¤2028 par an supplémentaires à compter de 2028 par rapport
aux 3,1 Md¤ investis annuellement en 20243. Ces investissements constituent un plancher pour
stabiliser l?état du réseau structurant. Un montant inférieur pourrait occasionner des
fermetures ou des ralentissements permanents affectant jusqu?à 10 000 km de lignes du réseau.
Du point de vue de la transition écologique, c?est avant tout la régénération et la
modernisation du réseau ferroviaire qui permettront d?augmenter les trafics nécessaires au
report modal depuis la voiture vers le train. Selon l?Autorité de régulation des transports (ART),
un scénario tendanciel de maintien des investissements à leur niveau actuel, et donc de
dégradation progressive de l?infrastructure, conduirait à des pertes de plus d?un quart des
trafics ferroviaires globaux à horizon 2040. Au contraire, des investissements à hauteur de
+1,9 Md¤2028/an permettraient une hausse de 36 % des trafics. Ces gains sont supérieurs à ceux
que permettent l?ensemble des projets de développement du réseau cumulés4 .
L?amélioration de la performance du réseau ferroviaire est également indispensable d?un point
de vue de l?aménagement du territoire puisqu?il s?agit de la condition pour désaturer les noeuds
ferroviaires dans les grands centres urbains et développer les transports du quotidien.
Enfin, la régénération des lignes constitue le principal levier d?adaptation du réseau au
changement climatique puisqu?elle permet, à l?occasion de ces travaux, de renforcer leur
résilience.
1.1.1.3. Une revue générale des lignes de dessertes fines du territoire (LDFT) pour préciser
les investissements nécessaires à leur entretien et la répartition des financements
entre l?État et les régions
Les 7 600 km de LDFT, en assurant un maillage de proximité complémentaire aux grands axes
nationaux, jouent aujourd?hui un rôle majeur en faveur du dynamisme économique des
territoires, de leur désenclavement et, plus largement, du report modal en faveur du
ferroviaire. Des accords récents ont été conclus entre l?État et les régions pour répartir ces
lignes en plusieurs catégories :
? les lignes d?intérêt national, intégrées au réseau structurant et prises en charge à 100 %
par SNCF Réseau depuis 2023 ;
? les lignes d?intérêt régional, dont les investissements ont vocation à rester financés dans
le cadre des contrats de plan État-région (CPER) ;
? les lignes d?intérêt local ou régional, dont les charges sont assumées par les régions.
Pour autant, ces réflexions n?ont pas permis de répondre à l?ensemble des défis en présence.
Une revue générale d?étape des LDFT circulées, qui pourrait être confiée au préfet François
Philizot dans la continuité de ses travaux publiés en 2020, permettrait d?évaluer l?exécution des
3 Soit sur la période 2026-2031, comme rappelé supra, un besoin supplémentaire de 1,1 Md¤/an en euros constants
2025.
4 Grands projets, projets régionaux et SERM.
Ambition France Transports
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protocoles d?accord entre l?État et les régions, d?établir un bilan de la classification de ces
lignes et les conditions de leur financement. Certaines lignes pourraient être ainsi réintégrées
au réseau ferroviaire structurant en fonction de l?importance de leur fonctionnalité.
Les coûts de remise en état des lignes aujourd?hui qualifiées d?intérêt régional et local
représenteraient un investissement annuel de 600 M¤, à comparer aux 400 M¤ investis en 2024
à travers les contrats de plan État-Région (financements des régions et de l?État).
Un besoin d?investissement supplémentaire de 1 Md¤ par an à court terme pour
résorber la dette grise du réseau routier national non concédé et commencer sa
modernisation
1.1.2.1. L?état du réseau routier national présente une situation contrastée, entre un
réseau routier national concédé en très bon état et un réseau routier national non
concédé dégradé et qui se détériore encore
Le réseau national aujourd?hui concédé présente un très bon état général, avec 93 % du réseau
en bon, voire, très bon état de surface et 73 % des ouvrages d?art en bon état apparent en
2022. Par contraste, seules 50 % des chaussées du réseau national non concédé sont en bon
état et 34 % de ses ponts présentent un défaut voire une structure altérée qui nécessite un
entretien ou des travaux de réparation urgents. Ces chiffres se dégradent depuis plusieurs
décennies. Les conséquences de cet état dégradé se traduisent en termes de qualité de service,
de sécurité pour les usagers de l?infrastructure mais aussi de sa disponibilité. Ainsi, des voies de
l'A15 entre Gennevilliers et Cergy-Pontoise ont été fermées pour plusieurs mois en 2018 suite à
l'effondrement d'un mur de soutènement ; la RN4 a quant à elle été fermée totalement en 2011
suite à un épisode hivernal rigoureux causant d?importants dégâts sur une chaussée
vieillissante.
Cet état dégradé s?explique par un sous-investissement chronique, par rapport à la trajectoire
recommandée par un audit indépendant mené en 2018 sur le réseau routier national,
sous-investissement qui a généré une dette grise estimée autour de 2,4 Md¤ par cet audit.
Cette dette grise correspond à la somme de la dette budgétaire actualisée, liée au rattrapage
des investissements qui n?ont pas été faits par le passé, et de la dette technique, liée à la
dégradation des actifs en raison de ce sous-investissement (les besoins d?entretien superficiels
deviennent structurels, générant des dépenses supplémentaires).
En outre, le réseau routier national non concédé fait face à des besoins de modernisation pour
réduire l?empreinte environnementale de la route (réduction des points noirs de bruit,
protection de la ressource en eau, continuité écologique pour les espèces), accueillir les
nouveaux usages (transports collectifs, covoiturage) et réaliser des travaux de résilience face
au changement climatique.
1.1.2.2. L?amélioration progressive de la qualité du réseau routier national non concédé
et sa modernisation nécessiterait à court terme un investissement
supplémentaire de 1 Md¤ par an sur la période 2026-2031
L?inversion de la tendance de dégradation continue de la qualité du réseau routier national non
concédé nécessiterait un investissement supplémentaire d?environ 700 M¤ par an à court
terme par rapport aux 700 M¤ investis en 2024, soit un doublement des montants :
? la stabilisation de l?état du réseau supposerait d?investir 150 M¤/an supplémentaire ;
Ambition France Transports
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? son amélioration, c?est-à-dire l?engagement de la résorption de la dette grise accumulée
au cours des dernières années, supposerait d?investir environ 350 M¤/an5 ;
? la réponse à des nouveaux besoins qui sont apparus en matière de régénération,
notamment concernant la modernisation des tunnels, le désamiantage des chaussées,
ou encore leur décarbonation implique un besoin supplémentaire d?environ 200 M¤/an.
Les besoins d?investissement en matière de modernisation (réduction de l?empreinte
environnementale, résilience du réseau face aux contraintes liées au changement climatique
etc.) s?élèvent, sur la période 2026-2031, à environ 300 M¤ par an contre 50 M¤ aujourd?hui,
soit un surcroit de près de 250 M¤/an.
Au total, c?est donc près de 1 Md¤ supplémentaires par an qui seront nécessaires sur la période
2026-2031 pour améliorer l?état du réseau non concédé et entamer sa modernisation.
À moyen terme, à partir de 2032, les besoins d?investissement supplémentaires dans la
régénération du réseau routier national non concédé par rapport à 2024 s?élèveraient à
350 M¤/an une fois la dette grise résorbée. Les besoins de modernisation du réseau routier
national non concédé s?élèveraient à environ 450 M¤/an. Pour le réseau aujourd?hui concédé,
les estimations des besoins de modernisation des autoroutes à l?issue des concessions s?élèvent
à environ 600 M¤/an selon le livret de diagnostic fourni par les administrations6.
Tableau 1 : Résumé des besoins d?investissement dans la régénération et la modernisation des réseaux
routiers nationaux concédés et non concédés (M¤ 2025)
Tableau Investissements 2024
Besoins
d?investissements
annuels 2026-2031
Besoins
d?investissements
annuels à partir de 2032
Réseau routier national non
concédé
700 M¤ 1700 M¤ 1850 M¤ puis 1500 M¤
Dont régénération (hors
exploitation/entretien)
700 M¤ 1400 M¤
1400 M¤ jusqu?en 2033
puis 1050 M¤ une fois la
dette grise résorbée
Dont modernisation 0 300 M¤ 450 M¤
Réseau routier national
concédé
1700 M¤ 2300 M¤
Dont régénération
1700 M¤
1700 M¤
Dont modernisation 600 M¤
5 Pour une hypothèse de résorption de la dette grise en 8 ans.
6 À noter que l?association française des sociétés d?autoroutes estime ces besoins à 20 Md¤ sur une durée d?environ
10 ans, soit une période beaucoup plus courte que les estimations des administrations.
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1.1.2.3. Les données disponibles ne permettent pas de préciser les besoins
d?investissement des réseaux routiers départementaux et locaux, sauf en ce qui
concerne les ponts des petites communes
Le réseau routier départemental présente une bonne qualité générale selon l?Institut des
routes, des rues et des infrastructures pour la mobilité (IDRRIM)7 et est en voie d?amélioration
grâce aux efforts des départements qui ont priorisé les dépenses d?entretien. Ainsi, 36 % du
réseau est en mauvais état ou nécessite un entretien (contre 59 % en 2019) et 41 % des ponts
présentent un défaut voire une structure altérée (contre 47 % en 2019). Toutefois, Il n?existe
aujourd?hui pas encore d?audit qui, à l?image de celui conduit en 2018 sur le réseau routier
national, permettrait de préciser les investissements qui seraient nécessaires pour améliorer la
qualité du réseau départemental par rapport à des objectifs d?état du réseau souhaité.
Concernant le réseau communal, l?absence d?uniformité des méthodes d?évaluation de l?état
des réseaux routiers entre communes empêche de dresser un état des lieux de l?état des
chaussées et des ouvrages d?art concernés. Toutefois, le CEREMA, dans le cadre du
programme Ponts, a procédé à l?examen de près de 65 000 ponts de petites communes de
moins de 10 000 habitants. Il estime, en extrapolant les résultats de ces audits aux ponts de
l?ensemble des communes, que la remise à niveau de la totalité des ponts les plus endommagés
nécessitera un investissement de 3,3 Md¤ sur 10 ans.
Le CEREMA a par ailleurs réalisé dans le cadre de la conférence une première estimation de la
dette grise des réseaux locaux, qui s?élèverait à environ 7 Md¤8 pour le réseau départemental
et à environ 9 Md¤ pour le réseau communal. Ces chiffres doivent cependant être interprétés
avec la plus grande prudence compte tenu du manque de données disponibles. La réalisation
d?un audit national du réseau routier départemental et communal structurant associant les
collectivités concernées, l?État et des tiers de confiance (CEREMA, IDRRIM) permettrait
d?objectiver cet enjeu. Il pourrait se fonder sur une méthodologie uniforme et comparable
entre les différents réseaux routiers afin de garantir l?homogénéité des données transmises.
Un besoin d?investissement supplémentaire de 500 M¤/an à court terme pour accroître
la performance et la résilience des infrastructures de fret ferroviaire et fluvial
1.1.3.1. Des installations de fret ferroviaire à regénérer et moderniser à hauteur de
300 M¤ supplémentaires chaque année
Le développement du fret ferroviaire constitue un levier stratégique de la transition écologique
du transport de marchandises et un vecteur de développement des territoires en
décongestionnant certains axes routiers et renforçant la performance des chaînes logistiques.
La troisième stratégie nationale bas carbone (SNBC 3) vise un doublement de la part modale
du fret ferroviaire à horizon 2030. Cette accélération très forte au cours des prochaines années
nécessite des investissements pour régénérer et moderniser les infrastructures de fret.
Les travaux de la conférence ont affirmé la nécessité de procéder aux investissements recensés
par la Stratégie nationale de développement du fret ferroviaire, qui s?élèvent à 4,5 Md¤ à
horizon 2032, soit une hausse de 300 M¤/an par rapport aux montants annuels investis ces
7 Observatoire national de la route, rapport de 2024.
8 Pour atteindre l?objectif d?avoir un réseau à 10 % en mauvais état, 25 % en état moyen, et 65 % en bon état, soit des
indicateurs cibles proches de ceux du réseau national non concédé.
Ambition France Transports
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dernières années (200 M¤/an). Ils permettraient la régénération des installations dédiées
existantes (capillaires, voies de service, installations de tri), leur modernisation (augmentation
des capacités, rehaussement des gabarits) et le développement des plateformes de transport
combiné.
Graphique 2 : répartition des investissements identifiés par la stratégie nationale de
développement du fret ferroviaire pour développer la part modale de ce mode
1.1.3.2. Un besoin supplémentaire d?investissement dans la performance du réseau fluvial
d?environ 200 M¤ par an
Le réseau fluvial français, constitué d?un ensemble de 8?500?km de fleuves et canaux dont 80?%
est géré par Voies navigables de France (VNF), exerce un rôle clef pour la compétitivité des
chaînes logistiques du pays et la décarbonation du transport de marchandises.
Dans un récent rapport, la Cour des comptes9 souligne l?accumulation d?une «?dette grise?» de
1,1?Md¤ fin 2023 pour le réseau fluvial, qui entraîne une baisse de la qualité de service et un
risque d?indisponibilité croissante de certaines voies. L?atelier de la conférence consacré au
report modal a identifié la nécessité de porter les investissements dans la régénération et la
modernisation du réseau fluvial à hauteur de 400 M¤ pour stabiliser l?état du réseau et
commencer sa modernisation (téléconduite des ouvrages de grand gabarit, réarmement à
distance des ouvrages du petit gabarit et supervision des ouvrages hydrauliques). Ce niveau
suppose un effort supplémentaire d?investissement d?environ 200 M¤ par rapport à aujourd?hui
(permettant de remplir également des fonctions ne relevant pas des enjeux de transport10).
9 « L?entretien des voies navigables, l?exemple de VNF », Cour des comptes, observations définitives du 11 décembre
2024.
10 Notamment gestion de l?eau, irrigation agricole etc.
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1.1.3.3. Des investissements significatifs dans les infrastructures de recharge et les poids
lourds électriques
La troisième stratégie nationale bas-carbone (SNB C3) ambitionne d?atteindre la part de 50 %
de poids lourds électriques dans les ventes en 2030, soit un volume cible de 80 000 poids lourds
électriques dans le parc à cet horizon.
Ce développement de l?électrification des flottes de poids lourds est conditionné au
déploiement parallèle d?infrastructures de recharge électrique (IRVE). Or, l?équilibre
économique de la recharge publique pour poids lourds varie en fonction du trafic et des coûts
de raccordement. Il n?est pas assuré sur de nombreuses aires du réseau routier national compte
tenu de la faible part actuelle de poids lourds électriques. Les travaux de la conférence ont
estimé le besoin d?investissement dans les bornes de recharge ouvertes au public autour de
450 M¤ à horizon 2030 (hors question foncière et coût de raccordement). Les besoins en
infrastructures de recharge aux points nodaux du réseau logistique, notamment les dépôts
d?exploitation et les sites de livraison ou de destination finale, sont évalués quant à eux à
environ 3 Md¤ d?investissement cumulés à l?échelle nationale. Ce chiffrage intègre 2,5 Md¤
pour l?équipement des dépôts privés des transporteurs et opérateurs logistiques et 0,5 Md¤
pour l?équipement des sites logistiques à destination.
L?acquisition des poids lourds électriques présente également un surcoût significatif pour la
filière, qui n?est que partiellement compensé par les économies réalisées à l?usage découlant
d?un coût de l?électricité inférieur à celui du diesel. Selon le Secrétariat général à la planification
écologique (SGPE), la trajectoire d?électrification de la prochaine SNBC implique pour les
transporteurs routiers un surcoût en coût total de possession (TCO, total cost of ownership)
d?environ 5 Md¤ à l?horizon 2030 dans un scénario pessimiste concernant l?évolution du prix
des batteries, et 2 Md¤ dans un scénario optimiste.
1.2. La conférence souligne l?importance de développer l?offre de transport entre les centres
urbains et leur périphérie, ce qui nécessite de renforcer le modèle économique des AOM
Décarboner les transports et répondre aux besoins de mobilité entre les centres
urbains et leur périphérie suppose un choc d?offre massif qui demeure néanmoins
difficile à quantifier en termes d?investissement
Le développement de l?offre de transports collectifs répond d?abord à un enjeu écologique.
L?atteinte des objectifs de décarbonation du secteur des transports fixés par la SNBC 3
nécessite d?accroître les déplacements en transports collectifs de 25 % d?ici 2030 par rapport
à 2019, de tripler la part des déplacements en vélo et de faire diminuer la part modale de la
voiture de 81 % à 76 %11. L?équité sociale impose également d?accroître les solutions de mobilité
alternatives à la voiture, facteur clé de pouvoir d?achat, d?insertion sociale et de mobilité
professionnelle. Selon le sondage réalisé par le ministère des Transports12, un tiers des Français
ont déjà renoncé à une opportunité professionnelle en raison de l?insuffisance de l?offre de
transport.
11 Source : SNBC3.
12 Sondages Toluna Harris interactive, « Les Français et leur perception du secteur des transports », avril 2025,
disponible sur le site de la conférence.
non discuté de manière
spécifique lors de
l?atelier
Ambition France Transports
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La conférence a identifié comme priorité le renforcement des liaisons entre les villes-centres
et leurs périphéries, ainsi qu?au sein des périphéries elles-mêmes. Ces territoires sont à la fois
marqués par une forte densité de population, une dépendance accrue à la voiture individuelle
et une faible offre de transports collectifs. Alors que les liens entre les zones périurbaines
rurales, les villes moyennes et les grandes agglomérations représentent près de la moitié des
émissions de la voiture, l?offre de transports collectifs disponible est très significativement
inférieure à celle des centres-villes. Le déploiement de services express régionaux
métropolitains (SERM) vise à répondre à ces besoins.
Certaines études13 estiment les investissements annuels supplémentaires dans les transports
collectifs par rapport à aujourd?hui entre 700 M¤ et 1 Md¤ pour atteindre les objectifs
climatiques et répondre aux besoins de mobilité. Pour les SERM, SNCF Réseau estime dans un
premier chiffrage entouré d?encore de nombreuses incertitudes que le seul volet ferroviaire
nécessiterait un investissement d?environ 25 Md¤ à horizon 2040. Les besoins supplémentaires
pour développer la pratique du vélo sont également significatifs, certaines études14 estimant
que les investissements dans les infrastructures cyclables devraient tripler à horizon 2030 pour
atteindre les cibles de part modale de la SNBC 3. Ces différentes estimations de besoins
d?investissement sont néanmoins très incertaines car elles dépendent fortement des
configurations locales, des choix des exécutifs locaux à l?issue des prochaines échéances
électorales et, pour les SERM, des phasages et de l?ambition des projets qui seront in fine
retenus.
Ce surcroît d?investissement se traduira également, à raison des mises en services de ces
investissements, par une hausse des dépenses de fonctionnement, notamment liées à la masse
salariale supplémentaire pour déployer les services et aux charges d?énergie15.
Le financement de ce choc d?offre passe par une diversification des ressources des
AOM
Le financement de ce choc d?offre est rendu difficile pour plusieurs raisons :
? le modèle d?exploitation des transports publics est en perte d?efficience, avec un
déficit d?exploitation par voyage multiplié par 2,2 entre 2003 et 2022, ce qui accroît la
pression sur les finances des AOM ;
? certaines recettes actuelles des AOM, locales et régionales, ont atteint un plafond,
notamment concernant le versement mobilité dans les métropoles ;
? les capacités d?investissement des collectivités locales, qui demeurent importantes,
pourraient être réduites par l?enjeu de diminution du déficit et de la dette publics de
la France.
La conférence de financement souligne par conséquent l?enjeu de renforcer et de diversifier le
modèle économique des AOM en activant plusieurs leviers, notamment l?optimisation des
13 Source : Groupement des autorités responsables de transport (GART), I4CE (Institut de l'Économie pour le Climat),
Panorama des financements climats des collectivités territoriales, 2024.
14 I4CE, Panorama des financements climats des collectivités territoriales, 2024.
15 Le GART estime ainsi que les collectivités font face à un besoin de financement total de l?ordre de 2 Md¤ par an pour
faire face à ce surcroit d?investissement.
Ambition France Transports
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dépenses et la diversification des recettes, en particulier celles issues de la contribution des
usagers et de la fiscalité locale (cf. deuxième partie du présent rapport de synthèse).
1.3. Le développement de nouveaux projets d?infrastructures pourra faire l?objet d?un travail
de repriorisation par le Conseil d?orientation des infrastructures afin de garantir la priorité
aux investissements dans la performance des infrastructures existantes
Les grands projets de développement, principalement ferroviaires, répondent à des logiques
de désenclavement de certains territoires et d?accélération des circulations entre pôles
urbains. Ils représentent toutefois un enjeu financier majeur. En 2025, près de 37 % du budget
d?investissement de SNCF Réseau est consacré à des projets de développement, soit 2,2 Md¤,
dont 20 % pour les grands projets (1,2 Md¤) et 17 % pour les projets régionaux (1 Md¤).
Au cours des six prochaines années (2026-2031), les investissements dans les nouveaux projets
peuvent augmenter significativement selon les calendriers de déploiement retenus. Selon les
différents scénarios proposés par le Conseil d?orientation des infrastructures (COI) dans son
dernier rapport, les montants d?investissement dans les nouveaux projets varient entre 2 Md¤
et 5 Md¤ par an sur la période16, soit une hausse potentielle de près de 3 Md¤ par an par
rapport aux investissements actuels dans les scénarios les plus ambitieux. Dans le contexte
actuel des finances publiques, de tels niveaux semblent incompatibles avec la hausse des
investissements nécessaires pour améliorer la performance et la résilience des infrastructures
existantes.
Dès lors que la régénération et la modernisation du réseau ferroviaire structurant sont
reconnues comme les priorités en matière d?investissement dans les transports, il convient de
veiller à ce que les besoins de financement des grands projets de développement ne génèrent
pas un effet d?éviction des ressources disponibles ou mobilisables au détriment de ces
priorités et des opérations de régénération et modernisation du réseau qui en découlent. Par
conséquent, l?atelier sur le ferroviaire s?est attaché à formuler des propositions de critères de
hiérarchisation de ces investissements de développement, qui pourront être précisés par un
nouveau travail de programmation du Conseil d?orientation des infrastructures (COI).
Le travail de priorisation des investissements ferroviaires pourrait s?appuyer sur des outils
d?aide à la décision basé sur des critères pondérés pour attribuer une note globale à chaque
projet. La conférence propose de mettre en place deux « ferroscopes » :
? le premier pour hiérarchiser les projets de régénération et de modernisation, portant
sur l?ensemble du réseau ferroviaire circulant (intégrant le réseau structurant et les
lignes de desserte fine) ;
? l?autre pour hiérarchiser les projets de développement.
La conférence propose plusieurs critères de pondération de ces ferroscopes, tels que la
sécurité, la vétusté, la qualité de service, la résilience au changement climatique, le potentiel
de préservation ou de développement des trafics ou encore le potentiel d?économie sur les
coûts d?exploitation.
Concernant le réseau routier national non concédé, un certain nombre de projets
d?aménagement et de développement seront nécessaires pour améliorer la sécurité routière
16 SERM inclus.
Ambition France Transports
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(par exemple séparer les flux de circulation pour éviter les chocs frontaux), désenclaver les
villes moyennes et les régions rurales, notamment lorsqu?il y a peu ou pas d?alternative à la
mobilité individuelle, et s?adapter aux évolutions du trafic et des usages (à proximité des ports
dont l?activité va croître, contournement d?agglomération, etc.). Les besoins d?investissement,
sur la base des projets identifiés par les préfets lors d?un recensement en 2023, s?élèvent à
environ 600 M¤/an sur la période 2026-2031, soit un montant équivalent aux dépenses réalisées
en 2024, et à environ 15 Md¤ au total au-delà. Le Conseil d?orientation des infrastructures
pourra également préciser le calendrier de déploiement de ces projets.
2. À court terme, la conférence a identifié plusieurs leviers de financement à mobiliser pour
financer les priorités d?investissement retenues, et réaffirmé la nécessité d?inscrire ces
investissements dans un cadre pluriannuel stabilisé
Les travaux des ateliers ont affirmé la priorité aux investissements en faveur de la performance
et de la résilience des infrastructures existantes. La stabilisation ou la résorption des dettes
grises accumulées et la modernisation des infrastructures nationales nécessiteront d?investir
dans les prochaines années en moyenne environ 3 Md¤2025 supplémentaires par an par rapport
aux niveaux d?investissement actuels, sans compter les besoins de remise à niveau des
infrastructures locales et de développement des transports en commun du quotidien.
Les travaux des ateliers ont identifié plusieurs types de ressources pour financer ces besoins :
? des ressources dégagées via une amélioration de la performance des infrastructures et
des services de transport, qui permettent de développer l?offre à coût constant ;
? des ressources issues d?une contribution accrue des usagers et clients d?un mode de
transport, soit directement, soit via une fiscalité spécifique ;
? des ressources prélevées sur le secteur des transports et ayant vocation à consolider le
modèle économique de l?Agence de financement des infrastructures de transports de
France (AFITF) ou à alimenter directement certains modes de transport ;
? des ressources locales visant notamment à renforcer et diversifier le modèle
économique des AOM.
Dans le contexte actuel exigeant des finances publiques, qui nécessite de diminuer
progressivement le déficit et la dette publics, le besoin d?un surcroît de financement dans les
infrastructures implique de mobiliser d?abord, autant que possible, les leviers de la
performance et de la contribution des usagers et clients. Toutefois, ces leviers ne permettront
pas de générer suffisamment de ressources pour faire face aux besoins d?investissements
supplémentaires. La mobilisation du fonds de concours de la SNCF à hauteur de 500 M¤,
alimenté par les dividendes générés par le groupe, ne permettra de financer qu?un tiers des
besoins supplémentaires dans la régénération et la modernisation du réseau ferroviaire
structurant. La tarification des usagers est déjà significative pour le mode ferroviaire, et suscite
des enjeux d?acceptabilité pour les infrastructures routières. Il sera donc nécessaire de
mobiliser également des ressources fiscales, soit nouvelles, soit via la réallocation de
ressources existantes affectées aujourd?hui au budget général de l?État vers les transports.
Dans le premier cas de figure, la création de ressources fiscales supplémentaires ne creuse pas
le déficit public mais augmente le niveau de prélèvement obligatoire. Dans le second cas de
figure, le taux de prélèvement obligatoire reste inchangé mais la réallocation de fiscalité
implique une priorisation des transports par rapport à d?autres politiques publiques dans les
choix collectifs de la Nation. C?est un choix politique.
Ambition France Transports
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Enfin, les membres de la conférence ont formulé des propositions de recours accrus à des
financements d?investisseurs privés, notamment pour des projets de modernisation et de
développement du réseau ferré ou encore d?infrastructures de fret ferroviaire. Ces
investissements peuvent être classés dans chacune des catégories mentionnées ci-dessus car
ils constituent des préfinancements qui vont être par la suite remboursés, soit par les autorités
publiques sous forme de dépenses publiques supplémentaires (via des loyers), soit par les
usagers, sous forme de péages. Le recours à l?investissement privé constitue donc une solution
d?investissement qui doit être envisagée à l?aune de son coût global final pour l?usager et le
contribuable.
2.1. L?amélioration de la performance des infrastructures et des services, en générant des
économies, constitue un premier levier de financement
L?amélioration de la performance permet de diminuer les dépenses à coût constant et donc
de dégager des ressources destinées au financement des infrastructures et services de
transport.
L?optimisation et la cohérence des différents modes de transport constitue un levier important
d?augmentation de l?offre à coût maîtrisé. Certaines offres des SERM peuvent être déployées
rapidement à coût maîtrisé, notamment par l?optimisation de l?infrastructure et de l?offre
ferroviaire existante et le développement de solutions routières comme les cars express ou le
covoiturage, comme l?illustrent les exemples des SERM de Bordeaux et de Strasbourg. La
recherche d?une meilleure adéquation entre l?offre et la demande de transport, en s?appuyant
sur les données numériques nationales et celles des réseaux de transports pour identifier les
itinéraires qui présentent la plus forte demande de déplacement, permettent d?augmenter les
trafics à moindre coût. L?Institut du développement durable et des relations internationales
(IDDRI), dans une étude de 2025 sur le potentiel des lignes de cars express, estime ainsi que le
déploiement de cars express peut, dans certaines configurations, être entièrement
autofinancé en limitant les retours à vide et en concentrant l?offre sur les périodes où la
demande est la plus forte.
Pour les transports en commun, l?augmentation de la vitesse commerciale des bus constitue
un levier clef pour développer l?offre. À titre d?illustration, le Syndicat Mixte des Transports en
Commun (SMTC) du Territoire de Belfort a nettement amélioré la performance de son réseau
urbain, en augmentant la vitesse des bus de 14 km/h en 2006 à 21 km/h aujourd?hui, grâce à une
stratégie articulée autour de plusieurs leviers17. Ces mesures, en réduisant le coût d?exploitation
au kilomètre de 30 %, ont permis d?augmenter par trois la fréquence des bus et par deux le
nombre de kilomètres offerts sans investissements supplémentaires.
L?ouverture à la concurrence peut également favoriser la baisse des coûts d?exploitation des
services de transport. Dans le cas du ferroviaire, l?ouverture à la concurrence des services
librement organisés et conventionnés permettrait, selon l?Autorité de régulation des transports
(ART), de diminuer sensiblement les coûts d?exploitation pour les transports conventionnés, ce
qui entraînerait une hausse de l?offre à financement identique. Selon l?ART, en
Hauts-de-France, le lot « Étoile d?Amiens » affiche une baisse de 20 % des coûts d?exploitation
pour une hausse de l?offre de 9,5 %, et des baisses similaires sont attendues en
17 Fin de la vente à bord, modernisation technologique, arrêts en pleine voie, restructuration du réseau.
Ambition France Transports
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Provence-Alpes-Côte d?Azur et Pays de la Loire. À l?échelle nationale, une réduction de 30 %
des coûts d?exploitation représenterait 1,2 Md¤ d?économies, soit de quoi financer jusqu?à 40 %
de trains-km supplémentaires à budget constant. Par ailleurs, l?arrivée de nouveaux entrants
sur les services librement organisés permettra d?optimiser la circulation des rames, et donc de
générer un surcroît de recettes de péages pour SNCF Réseau et une augmentation des
ressources destinées à financer l?infrastructure ferroviaire.
2.2. Certains usagers et clients pourront être mis davantage à contribution, en prenant en
compte l?acceptabilité
Le financement des transports provient de deux sources : d?une part, le financement par les
usagers d?un service ou d?une infrastructure ; d?autre part, le financement par les contribuables
via les subventions accordées par les acteurs publics aux infrastructures et aux services.
L?équilibre entre ces deux sources de financement dépend de choix politiques à la fois
nationaux et locaux mais aussi du consentement de l?usager à accepter une hausse de
tarification en échange d?une meilleure qualité de service.
Dans le cas des transports en commun urbains, la part de financement des coûts d?exploitation
par les recettes des usagers des principaux réseaux de transport est passée de 75 % en 1975 à
50 % en 1995, pour diminuer progressivement à 28 % en 2022. Dans de nombreux pays
européens, ce ratio s?élève entre 40 % et 60 %. La conférence a dégagé un consensus sur la
nécessité d?augmenter progressivement la tarification des transports en commun afin de
financer un surcroît d?offre et une amélioration de sa qualité. À titre illustratif, une hausse de
10 % des tarifs génèrerait, à l?échelle de l?ensemble des transports en commun urbains de
province, des recettes de l?ordre de 150 M¤2025 par an. La généralisation de la tarification
solidaire ou l?introduction d?une tarification plus différenciée, selon les revenus et les distances
parcourues, permettrait d?ajuster la contribution des usagers aux usages réels tout en
préservant l?équité. La fédération nationale des associations d?usagers de transports (FNAUT),
membre de l?atelier n° 1, se montre ainsi favorable à une hausse de la tarification dans les
transports en commun si elle permet d?améliorer la qualité de l'offre et qu?elle s?accompagne
d?une tarification solidaire.
Concernant le secteur ferroviaire, la conférence estime que la dynamique récente de hausse
des péages ferroviaires et les augmentations tarifaires déjà prévues à horion 2026 n?offre pas
de marges de manoeuvre supplémentaires pour augmenter davantage le niveau de péages et
donc de contribution des usagers à moyen terme. C?est dans ce sens que la proposition d?une
taxe temporaire sur certains billets, par exemple les billets TGV, qui serait affectée au
financement d?une partie des besoins supplémentaires d?investissement dans la régénération
et modernisation du réseau ferré structurant, n?a pas fait consensus. À titre illustratif, une taxe
de 2 % sur les seuls billets de TGV génèrerait selon de premières estimations un gain d?environ
150 M¤ par an. En outre, la mobilisation d?investissements privés permettrait de financer des
projets de modernisation du réseau18 dans des montages de type contrats de partenariat ou
subsidiary quasi equity. Dans un tel schéma, les investissements consentis par des acteurs privés
seraient remboursés ultérieurement par des hausses ciblées de péages sur les axes ayant fait
l?objet des travaux de modernisation (permettant d?augmenter la capacité) ou par des loyers
18 ERTMS, Future radio mobile communication system (FRMCS)
Ambition France Transports
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versés par SNCF Réseau. SNCF Réseau estime pouvoir financer par ce biais environ 200 M¤ de
projets de modernisation par an sur la période 2028-2032.
Concernant les usagers de la route, la conférence propose de progressivement élargir les
mécanismes d?éco-contribution territoriale sur les poids lourds empruntant certains réseaux
routiers locaux très fréquentés, notamment par les poids lourds en transit. Deux
expérimentations sont en cours au niveau de la Collectivité européenne d?Alsace (gains estimés
d?environ 60 M¤/an à partir de 2027) et de la région Grand Est (gains estimés d?environ
150 M¤/an à partir de 2027), une partie des recettes étant utilisée pour investir dans le
renouvellement et la modernisation des routes et d?autres infrastructures de transport. La mise
en place de nouvelles éco-contributions par les régions supposerait toutefois de rouvrir par la
loi le transfert de réseaux routiers à ces dernières, mais aussi d?être concertée avec les
transporteurs pour assurer la lisibilité et la simplicité opérationnelles de ces mesures. Une autre
possibilité réside dans la mise en place de majorations ciblées des péages poids lourds sur les
autoroutes concédées qui font face à des congestions importantes, comme le permet une
disposition de la directive européenne Eurovignette19. Une telle mesure doit toutefois
s?appuyer sur des études objectivant la congestion ou la pollution sur les tronçons ciblés et les
recettes générées ne doivent être affectées qu?à des investissements permettant de réduire la
congestion. Cette majoration pourrait être mise en place sur certains grands axes autoroutiers
à péages traversant la France vers et depuis la Belgique et l?Allemagne, d?une part, et l?Espagne
d?autre part, qui sont très fréquentés par des poids lourds étrangers en transit. Elle pourrait
générer, selon le périmètre et le niveau de majoration choisi, entre quelques dizaines et
quelques centaines de millions d?euros. Enfin, la conférence propose, à l?issue des concessions
autoroutières actuelles à partir de 2032, de maintenir les péages à un niveau proche de celui
d?aujourd?hui afin de dégager un surplus de recettes qui financerait les infrastructures de
transport (voir partie 3 du présent rapport).
L?accélération du verdissement du fret pourrait également être permise par une plus grande
implication des usagers et clients du transport de marchandises. Selon le sondage20 réalisé pour
le compte du ministère des Transports en avril, disponible sur le site de la conférence, la moitié
des Français déclarent être prêts à payer un peu plus cher leurs achats contre la garantie qu?ils
soient transportés de manière respectueuse pour l?environnement. Afin d?accélérer
l?électrification des poids lourds, et en complément des dispositifs d?aides à l?achat déjà
déployés (sous forme de certificats d?économie d?énergie - CEE), la conférence propose la mise
en place par les entreprises clientes des transporteurs routiers d?une certaine taille (les
« chargeurs ») d?une trajectoire incitative à l?électrification des poids lourds. Un tel dispositif
permettrait de garantir aux transporteurs routiers un débouché pour les poids lourds
électriques dont ils feraient l?acquisition puisque leurs clients seraient incités à commander de
manière croissante ces prestations. Également, la mise en place d?un système de « Book and
claim », permettant aux chargeurs d?acquérir sur la base du volontariat des certificats qui
seraient émis par les opérateurs de fret ferroviaire et fluvial, pourrait dégager des ressources
pouvant financer les investissements dans les infrastructures de fret massifié.
19 Non transposée à ce jour en droit français.
20 Sondages Toluna Harris interactive, « Les Français et leur perception du secteur des transports », avril 2025,
disponible sur le site de la conférence.
Ambition France Transports
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2.3. La consolidation d?un ensemble de ressources durables affectées à une nouvelle AFITF doit
permettre de financer les investissements supplémentaires dans la performance et la
résilience des infrastructures de transports
L?Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) constitue
aujourd?hui le principal outil de financement des infrastructures nationales et son périmètre
s?étend également aux infrastructures locales via les contrats de plan État-régions (CPER). Son
budget repose sur un ensemble de recettes prélevées principalement sur les modes de
transport carbonés : divers prélèvements sur les sociétés concessionnaires d?autoroutes (SCA)
et les gestionnaires d?aéroports, une partie de la taxe sur les billets d?avion (TSBA), du produit
des amendes radars ou encore de la taxe intérieure de consommation sur les produits
énergétiques (TICPE).
Toutefois, le montant de la TICPE affectée à l?Agence a beaucoup fluctué ces cinq dernières
années en fonction des budgets annuels, limitant la capacité de l?agence à disposer de recettes
prévisibles et stables. Ainsi, alors que la mise en place en 2024 de la taxe sur l'exploitation
d'infrastructures de transport de longue distance (TEITLD) avait vocation à augmenter les
ressources de l?agence de 600 M¤ par an, la baisse de TICPE en loi de finances pour 2025 a
ramené le budget de l?agence à son niveau de 2023, soit avant la création de cette TEITLD.
Tableau 2 : Évolution des ressources de l?AFITF (Md¤)
Ressources 2021 2022 2023 2024 2025
Redevance domaniale (SCA) 0,34 0,37 0,40 0,42 0,42
Taxe d?aménagement du territoire (SCA) 0,56 0,56 0,56 0,56 0,56
TEIT-LD (SCA et gestionnaires d?aéroports) 0,55 0,62
CVE (SCA) 0,19
Amendes radars 0,27 0,18 0,18 0,20 0,25
TSBA 0,14 0,23 0,25 0,27
Divers 0,03
Subvention budgétaire (plan de relance) 0,70 0,74 0,46 0,41 0,35
TICPE 1,29 1,25 1,91 1,65 1,22
Total 3,15 3,24 3,73 4,24 3,71
Le financement des besoins d?investissement supplémentaires dans la régénération et la
modernisation des infrastructures de transport supposera de doter l?AFITF de ressources
fiscales pérennes et suffisantes. La conférence privilégie des ressources prélevées sur les
activités liées aux transports, notamment carbonés, dans une logique de péréquation de
modes ayant un fort impact négatif sur l?environnement pour financer des modes plus
favorables sur le plan écologique.
Ces ressources peuvent être classées en deux catégories :
? des ressources existantes prélevées sur les transports, qui seraient redirigées du budget
général de l?État vers l?AFITF. Cette catégorie de ressources présente l?avantage de ne
pas augmenter le niveau de prélèvements obligatoires mais suppose, dans un contexte
de réduction du déficit public, une priorisation des transports dans les choix
budgétaires de la Nation par rapport à d?autres politiques publiques ;
Ambition France Transports
- 22 -
? des ressources nouvelles, si possible prélevées sur des assiettes pérennes. Cette
catégorie de ressources n?aggrave pas le déficit budgétaire, mais renforce la pression
fiscale sur les secteurs concernés.
Ressources existantes prélevées sur les transports et réallouées depuis le budget
général
Des taxes sont prélevées sur les transports et alimentent le budget général de l?État. La
conférence propose d?affecter une part plus importante qu?aujourd?hui de ces ressources vers
les transports, à niveau de fiscalité constant.
Ces demandes concernent en premier lieu la TICPE, qui génère environ 30 Md¤ de recettes,
dont environ 16 Md¤ alimentent le budget général, le reste étant affecté aux régions (8 Md¤),
aux départements (5 Md¤) ou encore à l?AFITF (1,2 Md¤). Toutefois, cet impôt repose sur une
assiette carbonée, la consommation d?essence et de gazole, qui est vouée à se réduire
fortement avec l?électrification croissante du parc. Des travaux21 estiment que les recettes de
TICPE diminueront d?environ 8 Md¤ à horizon 2030. Une affectation supplémentaire de TICPE
à l?AFITF ne pourrait donc être que provisoire dans l?attente, par exemple, d?une nouvelle
ressource provenant des péages à l?issue des concessions historiques, à partir de 2032.
La taxe de solidarité sur les billets d?avion (TSBA) génère quant à elle un produit d?environ
1,2 Md¤, dont seulement 270 M¤ sont affectés à l?AFITF. La conférence propose qu?une partie
plus importante de ces recettes prélevées actuellement sur le secteur aérien soit affectée aux
transports afin de favoriser les alternatives à l?avion moins émettrices de gaz à effet de serre.
La conférence propose de mettre en place un mécanisme permettant de lever une dette
spécifique pour résorber la dette grise du réseau routier national non concédé, qui serait
remboursée à partir de 2032 par une partie des excédents dégagés par les autoroutes à l?issue
des concessions historiques (cf. partie 3). Un tel mécanisme entraînerait un endettement
public supplémentaire à court terme et implique donc de prioriser les transports dans les
prochaines orientations budgétaires du Gouvernement. Il aurait la vertu d?isoler de la dette
publique la dette grise liée aux sous-investissements passés et de sanctuariser des ressources
bien identifiées pour la rembourser.
Enfin, la conférence propose de réorienter les 50M¤ de recettes de la TEITLD aujourd?hui
affectées aux réseaux routiers communaux vers le financement du programme Ponts porté par
le CEREMA. En effet, ces recettes sont aujourd?hui saupoudrées pour de nombreuses
communes, ne permettant pas d?avoir un impact significatif. L?affectation de ces recettes au
programme Ponts du Cerema permettrait de pérenniser ce dernier et de concentrer ces
ressources sur la réparation des ponts des communes les plus endommagés.
Ressources nouvelles prélevées sur les transports
Les quatre ateliers de la conférence proposent également de mobiliser des ressources fiscales
nouvelles afin de financer des priorités d?investissement dans les transports.
Les recettes issues des ventes de quotas de l?actuel système d'échange de quotas d'émission
de l'Union européenne, dit ETS 1 - « European trading Scheme » - constituent un gisement de
21 Direction générale du Trésor, « Les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone », 2025.
Ambition France Transports
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ressources supplémentaires pour l?AFITF. Les recettes de ces quotas carbone revenant à la
France vont augmenter nettement en 2026 et 2027 en raison de la suppression des quotas
gratuits alloués aux secteurs aérien et maritime et de la baisse du volume de quotas mis dans
la réserve de stabilité de marché (MSR). La hausse des recettes issues des quotas sur le secteur
aérien s?élève à environ 200 M¤/an en 2026 et 2027. Le caractère durable de cette ressource
est néanmoins limité par le fait qu?à partir de 2028, une partie significative de ces recettes
pourrait être affectée à l?Union européenne pour constituer des ressources propres. À noter
qu?en loi de finances pour 2025, 50 M¤ de recettes de l?ETS 1 ont été affectées aux AOM.
La mise en place au niveau européen d?un nouvel ETS, dit ETS 2, sur les secteurs des transports
et du bâtiment, permettrait également de générer des recettes supplémentaires issues de la
vente des quotas. Toutefois, une part importante de ces recettes devra être consacrée à des
dispositifs d?accompagnement des ménages et des entreprises, sous forme par exemple de
baisse de fiscalité ou de chèques, afin de garantir l?acceptabilité du dispositif. Aussi, les recettes
qui pourraient être dégagées pour l?AFITF sont incertaines.
La hausse du malus poids, taxe assise sur la vente de véhicules neufs dépassant un certain poids
qui vise à pénaliser l?achat de véhicules consommant trop de matières premières, générant des
émissions de CO2 trop importantes à la construction, et dont le poids provoque une usure
accélérée de l?infrastructure, constitue également une piste de ressource proposée par les
ateliers. La loi de finances pour 2025 prévoit une baisse du seuil de déclenchement du malus
poids à 1 500 kg en 2026 ainsi que son extension aux véhicules électriques avec un abattement
de 400 kg. La baisse du seuil de 1 500 kg à 1 400 kg génèrerait environ 400 M¤/an de recettes
supplémentaires. La suppression des abattements dont bénéficient les véhicules hybrides
génèrerait une recette de 200 M¤/an.
La loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la
résilience face à ses effets prévoit la suppression progressive à horizon 2030 du taux réduit de
TICPE22 dont bénéficient les transporteurs routiers de marchandises sous forme d?un
remboursement partiel. Chaque relèvement de 1 c¤/l de ce taux réduit apporte une ressource
d?environ 70 M¤ par an. Une suppression totale génèrerait à son terme des recettes
supplémentaires d?environ 1,2 Md¤/an, qui pourraient être affectées à l?AFITF. Le montant des
recettes décroîtrait cependant de 3 % par an en raison de l?électrification du parc de poids
lourds, plus lente que celle du parc de véhicules légers23.
Enfin, la conférence propose également de mettre en place une taxe sur la livraison de colis à
domicile en zone urbaine, qui serait assise sur le chiffre d?affaires des plus grandes entreprises
de e-commerce. Cette taxe viserait à désinciter à la livraison à domicile, laquelle accroît la
congestion urbaine et la pollution de l?air. Afin d?éviter de pénaliser les ménages de milieux
ruraux ou périphériques pour lesquels la livraison à domicile facilite l?accès à certains produits,
le périmètre de cette taxe pourrait être restreinte aux aires urbaines. Elle pourrait générer, en
fonction de son taux et de son périmètre, entre 50 et 200 M¤24.
22 45,19 c¤/l contre 60,75 c¤/l pour le taux normal.
23 Source : Rapport de l?IGF et de l?IGEDD précité, à partir des données de la DGEC.
24 Source : Association Respire
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- 24 -
Ressources spécifiques à des modes de transport qui ne seraient pas reversées
à l?AFITF mais directement affectées
La conférence a également identifié des ressources spécifiques pour financer directement
certaines modes de transports sans transiter par l?AFITF.
Le « fonds de concours » de la SNCF, qui permet de reverser les dividendes que le Groupe
SNCF verse à l?État à la régénération du réseau, devrait être maintenu. Ce fonds de concours
pourrait financer environ 500 M¤ des 1,5 Md¤ d?investissements supplémentaires jugés
nécessaires à partir de 2028. Le groupe pourrait aussi recourir à l?emprunt pour financer une
part des besoins d?investissement, de manière ponctuelle et limitée pour ne pas dégrader les
ratios d?endettement de l?entreprise. La cession de certains actifs, y compris immobiliers, de
la SNCF pourrait enfin générer des revenus qui seraient affectés à la performance du réseau
ferroviaire, dans l?attente de la mobilisation de ressources pérennes, issues par exemple des
concessions autoroutières.
L?augmentation du montant de la redevance hydraulique, prélevée sur les producteurs
d?électricité et les activités de prélèvement d?eau pour l?eau domestique et d?assainissement,
permettrait de financer l?entretien et la modernisation du réseau fluvial. Une hausse de 25 %
de cette redevance génèrerait environ 40 M¤ de recettes annuelles.
Enfin, les certificats d?économie d?énergie (CEE) pourraient également être davantage
mobilisés au bénéfice de certains investissements dans le secteur des transports, tels que les
infrastructures cyclables ou encore l?achat de matériel roulant.
2.4. Le modèle économique des AOM pourrait être renforcé selon deux scénarios qui ne sont
pas antagonistes
Le financement des AOM locales repose sur trois piliers : le versement mobilité, qui représente
environ 50 % des ressources, la tarification, pour environ 17 %, et les contributions budgétaires
des intercommunalités pour le reste.
Au-delà de la mobilisation accrue du levier de la tarification, qui fait consensus (cf. supra), et
des améliorations de la performance des services de transports urbains, la conférence propose
deux scénarios d?évolution des ressources des AOM afin de financer le nécessaire choc d?offre :
- un scénario consistant à poursuivre la tendance historique à la part croissante de
financement des transports en commun par le versement mobilité ;
- un scénario visant à diversifier les ressources sur lesquelles sont assises les AOM pour à
la fois renforcer leur autonomie financière et leur lien avec les contribuables locaux.
Un premier scénario consiste à s?appuyer sur un déplafonnement du versement
mobilité sous conditions
Ce premier scénario repose sur une adaptation progressive du cadre existant grâce à un
déplafonnement du versement mobilité (VM). A titre d?illustration, une hausse de 0,1 point du
VM pour les AOM locales hors Ile de France déjà au plafond génèrerait un rendement d?environ
Ambition France Transports
- 25 -
360 M¤25. Celui-ci pourrait être conditionné à la mobilisation du levier tarifaire, par exemple au
respect d?un ratio R/D (recettes sur dépenses) minimum.
Un autre choix résiderait dans la simplification du versement mobilité additionnel (VMA),
aujourd?hui levé par des collectivités constituées en syndicat mixte « SRU ». Les règles de cumul
entre le VM et le VMA limitent actuellement sa mobilisation au territoire des établissements
publics de coopération intercommunale de moins de 100 000 habitants, à l?exclusion donc des
grandes agglomérations où se concentrent pourtant les emplois (et donc l?assiette de cette
taxe). Rendre éligibles les collectivités de plus de 100 000 habitants permettrait de rendre le
VMA réellement additionnel et de renforcer les syndicats mixte SRU, qui constituent une
échelle pertinente pour traiter les enjeux des transports longs du quotidien et favorisent la
coopération entre AOM26.
Un second scénario vise à renforcer et diversifier les ressources des AOM
Ce second scénario propose une refonte plus profonde du modèle économique des AOM, qui
reposerait sur la création de nouvelles ressources fiscales locales dédiées. Il vise ne pas
accroitre la part du versement mobilité dans les ressources des AOM, compte tenu du poids
de ce dernier sur la compétitivité des entreprises, et à bâtir un financement plus équilibré en
termes de prélèvement sur les différentes catégories de contribuables et sur la chaîne de valeur
générée au niveau local par l?offre de transports. Il s?inspirerait de modèles étrangers, qui se
caractérisent souvent par la pluralité des ressources à la main des AOM (cf. rapport de
l?atelier n° 1).
Le modèle économique des AOM s?appuierait dans ce scénario sur les nouvelles ressources
suivantes :
? une taxe ou redevance locale spécifiquement affectée au financement de
l?exploitation des réseaux, levée par les autorités organisatrices urbaines et régionales,
sur le modèle des recettes affectées comme la TEOM/REOM ou la GEMAPI ;
? le développement de la fiscalité sur les plus-values foncières induites par le
développement des infrastructures de transports (surtaxe DMTO, taxe foncière
spécifique) pour capter une part de la rente foncière. Le rapport de l?inspection
générale des finances et de l?inspection générale de l?environnement et du
développement durable sur le financement des AOM chiffre, pour l?exemple du
périmètre du SERM de Nice, le rendement d?une hausse d?un point des droits de
mutation à titre onéreux (DMTO) à 100 M¤/an de recettes et d?une hausse d?un point
de la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) à 45 M¤/an ;
? une taxe régionale additionnelle sur les certificats d?immatriculation. Cette taxe
régionale est aujourd?hui plafonnée à 60 ¤. Une majoration d?un montant de 10 ¤ par
certificat génèrerait un rendement à l?échelle nationale d?environ 380 M¤27 ;
? une taxe additionnelle aux taxes communales de séjour ;
25 Source : rapport de l?Inspection générale des finances et de l?Inspection générale de l?environnement et du
développement durable sur le financement des AOM.
26 Le VMA peut aujourd?hui être prélevé sur le périmètre de l?aire urbaine. Ce périmètre pourrait évoluer car la notion
d?air urbaine a été abandonnée par l?INSEE au profit de la nomenclature des aires d?attraction des villes. Il pourrait
alternativement concerner les communes appartenant au périmètre d?un SERM.
27 Source : rapport IGF et IGEDD précité sur le financement des AOM.
Ambition France Transports
- 26 -
? des dispositifs correcteurs écologiques comme des péages urbains, tenant compte
dans leur tarification de critères sociaux. Le péage urbain mis en place à Stockholm
(Suède) génère à titre d?illustration 75 M¤/an.
La mise en place de ces ressources nécessiterait une disposition législative.
2.5. La nécessité d?inscrire ces financements dans un cadre pluriannuel stable et prévisible
Compte tenu des besoins significatifs à court terme pour améliorer la performance et la
résilience des infrastructures existantes et favoriser le développement des transports du
quotidien, il sera nécessaire de mobiliser un nombre important de ces propositions de
ressources, en veillant toutefois à leur bonne articulation pour garantir leur acceptabilité. La
mise en oeuvre de l?ETS 2 serait ainsi difficilement cumulable avec la fin du remboursement
progressif de TICPE pour le transport de marchandises, de même que sa comptabilité avec le
maintien des péages à un niveau équivalent à aujourd?hui à l?issue des concessions28 doit être
expertisée.
De surcroît, il apparait primordial d?élaborer une trajectoire pluriannuelle d?affectation de ces
ressources à l?AFITF qui corresponde aux besoins d?investissements identifiés à moyen terme.
En effet, la réalisation des infrastructures de transport se traduit par des engagements
successifs de tranches fonctionnelles (étude d'avant-projet sommaire, acquisitions foncières,
études d'avant-projet détaillées, travaux préparatoires, mesures compensatoires, réalisation
de l'infrastructures, des aménagements connexes, etc.) avec des pas de temps bien supérieurs
à l'année ; cette caractéristique rend nécessaire la détermination d'une trajectoire robuste de
financement des investissements dans les infrastructures sur une durée qui dépasse celui des
programmations budgétaires.
Les ateliers ont ainsi proposé la construction d?une loi de programmation des infrastructures
de transport afin de donner de la visibilité dans le temps sur les investissements qui seront
programmés, notamment pour la régénération et la modernisation des réseaux, et les
ressources qui serviront à les financer.
28 La redevance pour CO2 prévue par la directive Eurovignette devant prendre en compte l?ETS.
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- 27 -
Tableau récapitulatif des ressources
Ressource Rendement potentiel
Temporalité et caractère
durable
Affectation
CONTRIBUTION DES CLIENTS ET USAGERS
Hausse de la contribution des usagers des
transports en commun
~150 M¤/an pour une hausse de 10 points des tarifs pour
les transports en commun urbains
Court et moyen terme en
fonction des échéances
électorales municipales
AOM
Création d?une taxe sur certains billets de train
(ex : TGV)
Entre 150 M¤ à 300 M¤ pour un taux à 2 % selon le
périmètre retenu
Période temporaire 2028-2032
Régénération et modernisation
ferroviaire
Extension d?une éco-contribution territoriale
sur les poids lourds
Les rendements des écocontributions mises en place par
la Communauté européenne d?Alsace et la région
Grand Est s?élèvent à respectivement 60 M¤/an et
150 M¤/an à partir de 2027
Moyen terme
Renouvellement et modernisation
des routes et d?autres
infrastructures de transport
Majorations ciblées des péages poids lourds sur
les tronçons les plus congestionnés
Quelques dizaines à quelques centaines de millions
d?euros
Moyen terme Idem
Surplus de recettes issues des péages
autoroutiers à l?issue des contrats de
concession
~2,5 Md¤/an (euros 2025)
À partir de 2032 et pleinement à
partir de 2037
Tous modes via AFITF (priorité à la
régénération et modernisation des
infrastructures)
Trajectoire incitative des chargeurs Dispositif incitatif n'ayant pas une vocation de rendement Court terme /
Book and claim À déterminer Court terme Infrastructures de fret massifié
RESSOURCES PRELEVEES SUR LES TRANSPORTS
Ressources existantes à réallouer depuis le budget général vers l?AFITF
TICPE
~30 Md¤ de recettes, dont ~16 Md¤ alimentent le budget
général, le reste étant affecté aux régions (8 Md¤), aux
départements (5 Md¤) ou encore à l?AFITF (1,2 Md¤)
Court terme mais ressource non
durable (érosion de l?assiette
avec la décarbonation des
transports)
Tous modes via AFITF
Taxe sur les billets d?avion
Produit d?environ 1,2 Md¤, dont seulement 300 M¤ sont
affectées à l?AFITF
Court terme
Tous modes via AFITF
Ressources nouvelles prélevées sur les transports vers l?AFITF
ETS 1
Part des recettes d'ETS 1 prélevée sur l'aérien = ~200 M¤
en 2026 et 2027
Court terme mais ressource non
durable
Tous modes via AFITF
Ambition France Transports
- 28 -
Ressource Rendement potentiel
Temporalité et caractère
durable
Affectation
ETS 2 Tous modes via AFITF
Hausse du malus poids automobile
Abaissement du seuil de 1 500 kg à 1 400 kg = ~ 400 M¤/an
de recettes supplémentaires
Suppression des abattements dont bénéficient les
véhicules hybrides = recette de 200 M¤/an
Court terme Tous modes via AFITF
Suppression progressive du taux réduit de
TICPE
~ 1,2 Md¤/an Horizon 2030 Tous modes via AFITF
Taxe sur la livraison de colis à domicile en zone
urbaine en ciblant les grandes plateformes de
vente en ligne
Entre 50 M¤ et 200 M¤ en fonction de son taux et de son
périmètre
Court terme Tous modes via AFITF
Ressources spécifiques à des modes de transport qui ne transiteraient pas par l?AFITF
Fonds de concours de la SNCF 500 M¤/an
Déjà prévu pour les prochaines
années
Ferroviaire
Endettement de la SNCF ou cession d?actifs de
la SNCF (ex : immobilier)
Ferroviaire
Redevance hydraulique
Une hausse de 25 % de cette redevance génèrerait
environ 40 M¤ de recettes/an
Court terme Fluvial
Certificats d?économie d?énergie Dépend de la fiche proposée Court terme Tous modes (ressources d?appoint)
Dette spécifique pour résorber la dette grise
du réseau routier national non concédé, gagée
sur les recettes futures des péages
Endettement public à court terme Court terme Routes
TEITLD 50M¤ par an affectés à la voirie des communes Court terme Programme Ponts du CEREMA
RESSOURCES POUR RENFORCER LE MODELE ECONOMIQUE DES AOM
Déplafonnement ciblé du versement mobilité
~360 M¤ pour les AOM locales hors IDF pour une hausse
du plafond de 0,1 point
Court terme AOM
Réforme du VMA (éligibilité des AOM de
+ 100 000 habitants, refonte du périmètre en
lien avec les syndicats SRU)
Court terme AOM
Création d'une taxe/redevance transport sur
les résidents des AOM sur le modèle
GEMAPI/TEOM
À déterminer Court terme AOM
Fiscalité sur les plus-values foncières
Dépend du projet (exemple pour le périmètre du SERM de
Nice : +1 pt de DMTO = 100 M¤ de recettes ; +1 pt de TFPB
= 45 M¤)
Court terme AOM
Ambition France Transports
- 29 -
Ressource Rendement potentiel
Temporalité et caractère
durable
Affectation
Taxe régionale additionnelle sur les certificats
d?immatriculation
Une hausse de 10¤ de la taxe actuelle génèrerait 380 M¤
sur la France entière
Court terme AOM
Mise en place d?une taxe additionnelle aux
taxes communales de séjour
Fonction du taux fixé Court terme AOM
Péages urbains incluant une tarification sociale Exemple : le péage urbain de Stockholm génère 75 M¤/an
Moyen terme, après la mise en
place d?alternatives à la voiture
AOM
Ambition France Transports
- 30 -
3. À moyen terme (horizon 2035), les recettes provenant d?un nouveau système autoroutier
à l?issue des concessions historiques permettront de consolider le modèle de financement
des transports
L?arrivée à échéance des contrats des principales concessions d?autoroutes entre le
31 décembre 2031 et le 30 septembre 2036 constitue l?occasion de repenser l?organisation des
autoroutes actuellement concédées pour choisir la meilleure organisation possible en fonction
des objectifs recherchés. Elle constitue également l?occasion d?une réflexion sur la fixation d?un
niveau de péages qui concilie l?acceptabilité des usagers et le dégagement de ressources
nouvelles pour financer le reste des transports.
3.1. La conférence s?accorde sur le rôle central que joue le maintien des péages à un niveau
proche de l?actuel pour générer des ressources supplémentaires pour les transports
L?arrivée à expiration des principales concessions autoroutières entre le 31 décembre 2031 et
le 30 septembre 2036 constitue l?occasion de dégager des recettes supplémentaires pour
financer les transports. En effet, la majeure partie du réseau ayant été construit, le maintien
d?un niveau de péage proche de l?actuel permettrait de dégager un excédent de recettes. À
l?inverse, la suppression totale des péages, sur le modèle des décisions prises en Espagne ces
dernières années, conduirait à une perte pour les finances publiques d?environ 10 Md¤ par an29,
alors même que les besoins d?investissement dans les infrastructures n?ont jamais été aussi
élevés. Selon le sondage réalisé par le ministère des Transports30, les Français mais aussi les
usagers des autoroutes se prononcent majoritairement pour un financement des autoroutes
par péage comme aujourd?hui, plutôt que par une augmentation d?impôts.
Le surplus annuel pouvant être dégagé de manière réaliste à l?expiration de toutes les
concessions historiques, c?est-à-dire en année pleine à partir de 2037, s?élève à environ
2,5 Md¤/an (euros 2025). Ce montant prend en compte des baisses significatives de tarifs pour
des péages contestés situés sur des tronçons comprenant une part majoritaire de trajets
domicile-travail, tel celui de Dourdain sur l?A10, et une modération de la hausse du péage pour
les poids lourds thermiques rendue possible par la directive « Eurovignette »31.
La conférence envisage que ces recettes supplémentaires puissent conforter le modèle de la
nouvelle AFITF et financer en priorité la régénération et la modernisation des réseaux routiers
nationaux non concédés, ferroviaires et fluviaux.
3.2. La conférence propose deux scénarios de gouvernance du système autoroutier à l?issue
des principales concessions
La conférence a examiné plusieurs scénarios de gouvernance des autoroutes à l?issue des
concessions. Ces scénarios découlent des réponses qui peuvent être apportées aux enjeux
concernant la gestion des autoroutes.
29 Environ 5Md¤ liés aux pertes de recettes fiscales aujourd?hui prélevées sur les autoroutes et environ 5Md¤ de
dépenses publiques nouvelles pour l?exploitation et l?investissement dans le réseau autoroutier aujourd?hui concédé.
30 Sondage Toluna Harris interactive, « Les Français et leur perception du secteur des transports », avril 2025, disponible
sur le site de la conférence.
31 Directive 1999/62/CE du Parlement européen et du Conseil du 17 juin 1999 relative à la taxation des véhicules pour
l?utilisation d?infrastructures routières.
Ambition France Transports
- 31 -
Le premier enjeu identifié réside dans la définition du meilleur partage des risques entre la
personne publique et les acteurs privés pour la gestion des autoroutes :
? il importe d?identifier la personne morale la mieux en mesure de prendre en charge les
risques de construction, d?entretien et d?exploitation des autoroutes. La prise en charge
par la personne publique de ces risques permet un plus grand contrôle des travaux par
la puissance publique mais peut se faire au détriment de la capacité d?innovation, de
l?efficience industrielle et des compétences accumulées par le secteur, et donc de
l?optimisation des coûts d?investissement ;
? il importe ensuite de déterminer quelle personne morale est la mieux à même
d?assumer le risque lié au trafic. Le transfert de ce risque à une personne privée
implique une rémunération et donc une diminution des recettes par la puissance
publique. La conservation de ce risque par la puissance publique supprime cette
rémunération mais implique toutefois d?en assumer les conséquences budgétaires. À
titre d?exemple, la crise sanitaire a entrainé une baisse de recettes de 2 Md¤,
entièrement supportée par les sociétés concessionnaires ;
? un équilibre peut toutefois être recherché entre transfert de risque, qui implique la
possibilité de gains financiers non prévus initialement, et la régulation économique, qui
permet d?encadrer la rentabilité. Les clauses de bonne fortune autorisent ainsi de
partager les gains réalisés par le concessionnaire. De même, réserver dans les nouveaux
contrats une part de l?actionnariat aux collectivités publiques permet à la puissance
publique de bénéficier de la rentabilité.
Le second enjeu mis en avant par la conférence réside dans la maximisation de la recette
publique issue des péages autoroutiers tout en garantissant son acceptabilité :
? le futur système autoroutier d?organisation doit permettre de pérenniser le péage. Les
contrats de concession préservent la recette issue des péages des conjonctures
budgétaires et politiques, au prix toutefois d?une forme de rigidité. À l?inverse, le
modèle de la régie, dans lequel le niveau de péage serait fixé chaque année par la
puissance publique, peut conduire, en cas de situation budgétaire contrainte ou de
contestations sur le prix des péages, à des choix de sous-investir dans le réseau ou de
diminuer les recettes issues de l?exploitation ;
? le futur système autoroutier doit favoriser l?acceptabilité du péage ; la rémunération du
secteur privé peut affecter cette dernière, tandis qu?un mécanisme clair d?affectation
des recettes aux transports, avec une péréquation géographique et entre modes, est
au contraire susceptible de la favoriser. La transparence sur la gouvernance des
autoroutes et sur le fléchage des financements issues des autoroutes apparaît en effet
comme un critère clef pour l?acceptabilité, comme l?ont souligné les associations
d?usagers32 qui ont été auditionnées par la conférence.
Plusieurs scénarios ont été écartés par la conférence car ne présentant pas des réponses
suffisamment convaincantes à ces différents enjeux :
? la prolongation des concessions actuelles en l?état ;
? le modèle de la régie ;
32 Fédération nationale des familles rurales, Mobilité club France (anciennement Automobile club France).
Ambition France Transports
- 32 -
? la mise en place de sociétés régionales de gestions autoroutières.
Deux principaux scénarios ont été retenus par la conférence. Un premier scénario consiste à
améliorer le système actuel de concessions, en prévoyant des concessions de tailles plus
petites que les plus grandes concessions actuelles33, en révisant la durée des contrats pour
renforcer la prévisibilité sur les bénéfices et en incluant des mécanismes de partage des
résultats en cas de rentabilité plus forte qu?anticipée. Ce scénario tiendrait compte de besoins
d?investissement dans les autoroutes, qui restent réels mais largement inférieurs aux besoins
d?investissement au moment de leur construction. Les recettes supplémentaires issues des
autoroutes seraient prélevées sous forme de fiscalité affectées à la nouvelle AFITF, afin de
financer en priorité la régénération et la modernisation des réseaux routiers nationaux non
concédés, ferroviaires et fluviaux.
Le second scénario consiste à mettre en place un établissement public qui gèrerait le réseau
concédé et, éventuellement, non concédé et percevrait les péages. Il associerait les acteurs
privés soit via des marchés publics pour la construction et l?exploitation des autoroutes, soit
via des concessions qui incluraient également le transfert du risque trafic.
La conférence exprime sa préférence pour le premier scénario. Elle souligne également l?intérêt
d?un scénario intermédiaire dans lequel des nouvelles concessions mieux régulées
réserveraient une part de leur actionnariat à la puissance publique.
33 Jusqu?à 2 700 km pour la plus grande.
Ambition France Transports
- 33 -
CONCLUSION
Mobilisés durant près de dix semaines à travers les quatre groupes de travail constituant la
conférence Ambition France Transports, les membres des ateliers se sont pleinement engagés
afin de répondre avec cohérence et ambition à ce défi majeur : comment assurer le
financement de nos infrastructures de transport dans les quinze années à venir pour répondre
aux multiples enjeux en présence, tout en tenant compte d?un cadre budgétaire contraint ?
Abordant chaque sujet en totale indépendance, tout en s?appuyant sur de précieuses
expertises apportées par les auditions et cahiers d?acteurs, les travaux de la conférence ont
ainsi permis de faire émerger trois idées cardinales pour bâtir la nouvelle stratégie
d?investissement dans les infrastructures de transport de notre Nation.
La conférence a tenu à réaffirmer l?absolue priorité qui devait être accordée aux
investissements dans la performance et dans la résilience des infrastructures existantes
circulées. Il convient dès lors de renforcer et de sécuriser dès à présent les investissements à
réaliser dans la régénération et la modernisation des réseaux ferroviaire, routier et fluvial,
estimés à 3Md¤ par an supplémentaires sur la période 2026-2031 par rapport à aujourd?hui.
Conjointement à ces investissements, un travail de repriorisation des nouveaux projets
d?infrastructures pourra être mené par le Conseil d?orientation des infrastructures, afin de
mettre à jour des estimations de coûts parfois datées mais aussi de réévaluer leur pertinence
au regard des priorités nouvellement définies et, enfin, de tenir compte du cadre budgétaire
nouveau, des recettes qui auront été décidées et de la priorité absolue accordée aux
investissements dans la performance et dans la résilience des infrastructures actuelles.
Pour financer ces investissements à court terme, la conférence a donc identifié plusieurs leviers
qui pourront être mobilisés de façon concomitante jusqu?à 2035. Ainsi, en sus de l?amélioration
de la performance des infrastructures et des services, la sollicitation des usagers et clients a
été identifiée comme une piste nécessaire dans un contexte budgétaire exigeant. Il restera
néanmoins nécessaire, au-delà de ces deux premiers leviers, de doter la nouvelle AFITF de
ressources fiscales pérennes, suffisantes et respectant une logique de péréquation entre les
modes ayant un fort impact négatif sur l?environnement et les plus favorables sur le plan
écologique. La conférence se prononce en faveur d?une meilleure affectation des ressources
actuelles issues des transports vers l?AFITF et sur la création de nouvelles ressources.
Le modèle économique des AOM locales, charnières pour le développement des transports au
niveau territorial, devra également être renforcé, en s?appuyant sur une diversification de leurs
recettes. Concernant la mise en oeuvre et le pilotage de ces nouvelles ressources, les membres
de la conférence se sont accordés sur la nécessité d?ancrer ces dernières dans un cadre
pluriannuel stable et prévisible, afin de permettre aux acteurs de l?écosystème de se projeter
sereinement à moyen terme et de bâtir des plans de financement raisonnés et soutenables.
Enfin, les concessions autoroutières constituent une ressource stratégique pour le financement
des infrastructures de transport à partir de 2035. L?arrivée à expiration des principales
concessions autoroutières entre le 31 décembre 2031 et le 30 septembre 2036 est en effet
l?occasion de dégager des recettes supplémentaires majeures ? estimées à 2 Md¤ à compter
de 2037 ? pour financer l?ensemble des infrastructures de transport via l?AFITF.
Ambition France Transports
- 34 -
Cela nécessitera toutefois, en amont, de choisir la meilleure organisation possible en fonction
des objectifs recherchés, en conciliant ce premier objectif financier avec l?indispensable
acceptabilité auprès des usagers.
Dans un récent sondage réalisé en amont de la conférence34, une large majorité de Français
ont réaffirmé leurs attentes fortes en matière d?investissements dans les infrastructures de
transports (avec des scores de 94 % à 70 % selon les types d?infrastructures). Avec l?esprit de
responsabilité nécessaire à de tels travaux, les participants de la conférence ont tenté de
dessiner une perspective réaliste, concertée et ambitieuse pour bâtir une nouvelle trajectoire
de financement de nos infrastructures de transport et répondre, in fine, aux légitimes attentes
de nos concitoyens.
34 Sondage Toluna Harris interactive, « Les Français et leur perception du secteur des transports », avril 2025.
Ambition France Transports
- 35 -
SYNTHESE DES PROPOSITIONS DE LA CONFÉRENCE
1
Prioriser les investissements dans la performance et la résilience des infrastructures actuelle et les
augmenter d?environ +3 Md¤/an sur la période 2026-2031 :
? réseau ferroviaire structurant : +1,5 Md¤ par an à partir de 2028 pour les investissements de
régénération et de modernisation ;
? réseau routier national non concédé : +1 Md¤ par an afin d?inverser la tendance à sa
dégradation et commencer sa modernisation ;
? transport de marchandises : +500 M¤ par an afin d?accroître la performance et la résilience
des infrastructures de fret ferroviaire et fluvial (200 M¤/an pour le transport fluvial et
300 M¤/an pour le fret ferroviaire).
2
Réaliser une revue générale des lignes de dessertes fines du territoire (LDFT) circulées pour préciser
les investissements nécessaires à leur entretien et clarifier la répartition de leur financement entre
l?Etat et les régions.
3
S?appuyer sur un ferroscope multicritères pour proposer une hiérarchisation des projets
d?investissements dans la régénération et la modernisation ferroviaires.
4
Réaliser un audit national de l?état du réseau routier départemental et communal structurant, en
complément des travaux réalisés par le CEREMA sur les ponts des communes.
5
Confier au COI la mission de définir une nouvelle priorisation des grands projets de développement
afin que leur financement ne génère pas un effet d?éviction des ressources disponibles au détriment
des investissements prioritaires dans les infrastructures existantes.
6
Inscrire les financements des transports dans un cadre pluriannuel et stable, en élaborant une
trajectoire pluriannuelle d?affectation de ressources suffisantes et pérennes à l?AFITF ou en
construisant une loi de programmation des infrastructures de transport.
7
Encourager l?amélioration de la performance des infrastructures et des services afin de diminuer les
dépenses et d?augmenter l?offre à coût constant : augmenter la vitesse commerciale des transports,
optimiser les dessertes.
8
Renforcer la contribution des usagers et des clients, en prenant en compte l?acceptabilité :
? augmenter progressivement la tarification des transports en commun tout en mobilisant la
tarification solidaire ;
? mettre en place une taxe temporaire sur certains billets de transport (ex : TGV) ;
? élargir à d?autres collectivités les expérimentations en matière de mécanismes
d?écocontribution territoriale sur les poids lourds et/ou mettre en place des majorations
ciblées des péages lourds sur les autoroutes concédées qui font face à des congestions
importantes ;
? mettre en place d?une trajectoire incitative à l?électrification des poids lourds, pour les
entreprises d?une certaine taille.
9
Consolider un ensemble de ressources durables affectées à l?AFITF :
? réallouer une part plus importante de ressources existantes prélevées sur les transports
depuis le budget général de l?État vers l?AFITF (TICPE, TSBA, création d?une dette spécifique
pour résorber la dette grise du routier national non concédé) ;
? allouer des ressources nouvelles prélevées sur les transports à l?AFITF (ETS 1, ETS 2, hausse
du malus poids, suppression progressive à horizon 2030 du taux réduit de TICPE, taxe sur la
livraison de colis à domicile en zone urbaine).
10
Mobiliser des ressources spécifiques à certains modes de transport sans passer par l?AFITF :
dispositifs CEE, ressources spécifiques au ferroviaire (fonds de concours de la SNCF, recours à
l?emprunt, cession d?actifs de la SNCF) et au fluvial (redevance hydraulique).
Ambition France Transports
- 36 -
11
Renforcer et diversifier le modèle économique des AOM locales, en s?appuyant sur le
déplafonnement du versement mobilité et/ou en diversifiant les recettes sur lesquelles repose leur
modèle économique (taxe foncière additionnelle, taxe régionale additionnelle sur les certificats
d?immatriculation, nouvelle redevance spécifique pour financer les services de transport).
12 Mobiliser l?investissement privé pour certains projets d?investissement.
13
Saisir l?opportunité de l?arrivée à échéance de 90 % des concessions autoroutières entre 2032 et
2037 pour revoir la gouvernance du système autoroutiers selon les options proposées par la
conférence.
14
Affecter le surplus de ressources issues des autoroutes à l?issue des concessions historiques en
priorité vers la régénération et la modernisation des infrastructures nationales de transport.
Ambition France Transports
- 37 -
COMPOSITION DES ATELIERS DE LA CONFÉRENCE
ATELIER N°1 ? Modèle économique des AOM et des SERM
Organisme Membre
Sénat Didier MANDELLI (copilote)
Expert Jean COLDEFY (copilote)
Assemblée nationale Christine ARRIGHI
AMF Sylvain LAVAL
Intercommunalités de France Antoine CHÉREAU
France Urbaine
Jean-Luc MOUDENC /
Étienne CHAUFOUR
GART Louis NÈGRE
Régions de France Renaud LAGRAVE
Expert Guy LE BRAS
Expert Jean-Marc ZULESI
UTPF Florence SAUTEJEAU
MEDEF Bruno ARCADIPANE
FNTV Jean-Sébastien BARRAULT
SGP Frédéric BRÉDILLOT
SNCF Réseau Thomas ALLARY
FNAUT Alain ROUX
Ambition France Transports
- 38 -
ATELIER N°2 ? L?avenir des infrastructures routières
Organisme Membre
Sénat Hervé MAUREY (copilote)
Expert Yves CROZET (copilote)
Assemblée nationale Christophe PLASSARD
Association des Départements de France Nadège LEFEBVRE
Régions de France Michel NEUGNOT
IDDRI Jean-Philippe HERMINE
ASFA Christophe BOUTIN
AVERE Clément MOLIZON
FNTP Alain GRIZAUD
Transport & Environnement Diane STRAUSS
FNAUT Alain RICHNER
Ambition France Transports
- 39 -
ATELIER N°3 ? Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs
Organisme Membre
Assemblée nationale Olga GIVERNET (copilote)
Expert Gilles SAVARY (copilote)
Sénat Olivier JACQUIN
Régions de France Jean-Luc GIBELIN
GART Jean-Pierre SERRUS
Expert Pierre ZEMBRI
FIF Patrick JEANTET
UTPF Stéphanie LOPES D?AZEVEDO
SNCF Réseau Alain QUINET
Caisse des dépôts et des consignations Pierre AUBOUIN
FNE Jean-Yves PETIT
FNAUT François DELÉTRAZ
Ambition France Transports
- 40 -
ATELIER N°4 ? Report modal et transport de marchandises
Organisme Membre
Assemblée nationale Gérard LESEUL (copilote)
Expert Corinne BLANQUART (copilote)
Sénat Marie-Claire CARRÈRE-GÉE
Régions de France Roch BRANCOUR
GART Anne-Marie JEAN
Université Gustave Eiffel Lucie LETROUIT
SNCF Réseau Hélène VASSEUR
VNF Cécile AVEZARD
France Logistique Maxime FOREST
FRET 4F Raphaël DOUTREBENTE
AUTF Lionel LEMAIRE
Union des ports de France Claire MERLIN
Union TLF Olivier PONCELET
OTRE Jean-Marc RIVERA
FNTR Florence BERTHELOT
E2F Didier LEANDRI
RAPPORT DE L?ATELIER N°1
MODÈLE ÉCONOMIQUE DES AOM ET DES SERM
Ambition France Transports
- 1 -
INTRODUCTION DES COPILOTES
Dans le cadre de la conférence Ambition France Transports, l?atelier n° 1 a visé à proposer des
solutions faisant consensus autour d?un modèle économique pérenne des autorités
organisatrices de la mobilité (AOM) urbaines et régionales et de leurs syndicats mixtes. Dans
un contexte de forte tension sur les finances publiques, répondre à la carence des transports
publics au-delà des villes-centres n?est pas une affaire aisée et relève d?une véritable gageure.
Après des décennies de développement de l?automobile, la place de celle-ci a été
considérablement réduite dans les villes-centres des grandes agglomérations depuis
les années 1980, offrant des espaces publics apaisés. Toutefois, la polarisation des emplois en
ville et la périurbanisation n?ont pas été suffisamment accompagnées par notre système de
mobilité, induisant congestions routières pour accéder aux grandes villes. C?est pourquoi les
pouvoirs publics ont souhaité, en particulier à travers la loi de 2023 consacrée aux services
express régionaux métropolitains1, renforcer par des solutions alternatives à la voiture les liens
des villes-centres avec leurs banlieues, leurs zones rurales périurbaines et les villes moyennes
qu?elles polarisent. En somme, il s?agit de développer les mobilités à l?échelle d?une aire urbaine
correspondant au lieu de vie et de travail des habitants. C?est une nécessité sociale,
économique, et environnementale.
Financer cette priorité suppose au préalable de reconnaître plusieurs contraintes :
? les mobilités sont des questions de société. Elles ne se réduisent pas aux seuls moyens
de transport, la voiture représentant 80 % des kilomètres parcourus dans tous les pays
de l?OCDE. Elles concernent les habitants au quotidien. Les objectifs d?une politique de
mobilité touchent certes à la lutte contre le réchauffement climatique, mais également
à la question sociale, territoriale, économique et industrielle, de l?emploi, du logement,
du développement urbain et de l?aménagement du territoire ainsi qu?à l?efficacité de
nos aires urbaines. Il convient donc de privilégier une approche globale évaluant les
impacts des mesures à court et moyen termes ;
? le secteur des transports est également concerné par la crise durable des finances
publiques. S?il requiert des investissements indispensables au meilleur fonctionnement
des aires urbaines, il doit également prendre part à l?effort national de redressement
des comptes publics. Cela suppose de prioriser ses projets en se concentrant sur les
liaisons pour lesquelles une massification par des transports partagés est possible et
viable économiquement et socialement ;
? le renouveau du modèle économique des transports publics demande du temps. Si des
mesures de court terme peuvent apporter des marges de manoeuvre, il existe des
difficultés structurelles que seules des mesures moins immédiates, nécessitant
notamment des évolutions législatives, pourront résoudre ;
? la question de la gouvernance des aires urbaines est posée. La déconnexion entre le
périmètre administratif et les bassins de vie oblige à une coopération forte entre les
régions, les AOM urbaines et les intercommunalités périurbaines, laquelle peut prendre
de multiples formes. La question est celle du partage de la productivité urbaine, qui en
période de tension budgétaire n?est pas chose aisée ;
1 Loi n° 2023-1269 du 27 décembre 2023 relative aux services express régionaux métropolitains.
Ambition France Transports
- 2 -
- questionner les mobilités suppose un débat démocratique. Les acteurs impliqués (État,
AOM urbaines, régions, usagers, entreprises, fédérations professionnelles) ont par nature
des intérêts différents, mais peuvent, autour d?objectifs communs, élaborer des solutions
partagées par tous. Ce débat n?est possible que si chacun partage la conviction que
l?intérêt général n?appartient à personne mais résulte nécessairement d?un dialogue
entre les différentes composantes de la société.
L?atelier a cherché à composer avec ces différentes contraintes et exigences en identifiant, à
partir de la situation actuelle, un chemin offrant des modèles économiques pérennes pour les
AOM et les SERM. Cette perspective doit permettre de répondre à la priorité actuelle de notre
système de mobilité : relier les territoires et les habitants ? qu?ils résident dans l?urbain, le rural
périurbain et les villes moyennes ? autrement qu?en voiture là où c?est possible avec des
modèles économiques pérennes. Si les discussions ont été franches et parfois vigoureuses,
l?atelier a indéniablement permis de progresser dans la compréhension commune du problème
à résoudre ainsi que dans l?identification de points de convergence et d?aspects plus
complexes qui nécessiteront des débats ultérieurs.
Didier Mandelli et Jean Coldefy, co-pilotes de l?atelier n° 1.
Ambition France Transports
- 3 -
SOMMAIRE
INTRODUCTION .......................................................................................................................................... 4
1. Constat de situation à date sur les AOM et les SERM ............................................................... 5
1.1. Les quatre enjeux des mobilités .......................................................................................... 5
1.2. Un choc d?offre nécessaire mais difficile à financer........................................................ 6
1.3. Une gouvernance souffrant d?une double incohérence ................................................. 8
2. Les quatre leviers d?un modèle économique pérenne ......................................................... 9
2.1. Deux scénarios possibles ....................................................................................................... 9
2.2. Optimiser les dépenses ....................................................................................................... 10
2.3. Le potentiel de la tarification ............................................................................................. 13
2.4. Diversifier les sources externes de financement ............................................................ 15
2.4.1. Ressources relevant des collectivités territoriales ..................................................... 16
2.4.2. Ressources mobilisables par l?État ou l?Union européenne ................................. 18
2.5. Une gouvernance rénovée et adaptée aux besoins...................................................... 20
SYNTHÈSE .................................................................................................................................................. 22
Ambition France Transports
- 4 -
INTRODUCTION
L?atelier n° 1 de la conférence Ambition France Transports, relatif au modèle économique des
autorités organisatrices de la mobilité (AOM) et des services express régionaux métropolitains
(SERM), a réuni seize membres du 13 mai au 3 juillet 2025 : deux experts des transports, trois
parlementaires, cinq élus ou représentant d?association d?élus locaux (ARF, AMF, GART,
Intercommunalités de France, France urbaine), la fédération des usagers des transports, les
deux fédérations des entreprises de transports publics et un représentant du MEDEF, un
représentant de SNCF Réseau et un de la SGP. Le périmètre de l?atelier s?est étendu à
l?ensemble des réseaux de transports publics urbains et aux projets de SERM, à l?exclusion de
l?Île-de-France.
L?atelier a eu pour objectif d?établir un constat et proposer des solutions pour construire un
modèle économique soutenable des AOM et des SERM, dans le contexte de la décarbonation
des mobilités, d?un meilleur fonctionnement des aires urbaines et de leurs connexions, des
questions sociales posées par les mobilités et enfin de la nécessaire reprise de compétitivité
des entreprises françaises. Les propositions et recommandations présentées dans le rapport
n?ont dans l?ensemble pas fait l?objet d?une opposition majeure de l?un des membres de
l?atelier, et le cas échéant, cette opposition est clairement indiquée. Nous avons donc cherché
à identifier ce qui rassemble globalement les membres, même si des différences peuvent
subsister dans la rédaction des propositions, le temps imparti n?ayant pas permis de détailler
les conditions de mise en oeuvre précise des mesures. Les membres de l?atelier sont volontaires
pour prolonger le travail en ce sens, dépendant en cela des suites qui seront données à la
conférence de financement.
Structuré en cinq séances, l?atelier a consacré deux d?entre elles à l?établissement d?un
diagnostic large, puis a consacré les trois autres à la recherche de solutions en identifiant des
leviers permettant d?assurer l?équilibre économique des autorités organisatrices :
? l?optimisation des dépenses ;
? l?identification de nouvelles ressources ;
? la définition de critères de performance pour prioriser et orienter l?élaboration des
SERM ;
? la gouvernance des mobilités.
Parallèlement, une trentaine d?auditions ont été menées pour enrichir les travaux et nourrir les
débats de l?atelier. Une analyse des cas territoriaux, nationaux et internationaux a dans ce
cadre permis de documenter la diversité des situations et des politiques mises en oeuvre. Les
situations des SERM de Strasbourg et Bordeaux, les réseaux de transports publics de Belfort et
de Lyon ont notamment été analysés à ce titre.
Les travaux de l?atelier se sont appuyés sur un corpus de données et de références rassemblées
dans un livret de diagnostic diffusé en amont de l?atelier, complété par le rapport de l?IGF et
de l?IGEDD finalisé en janvier 2025 et par plusieurs analyses présentées lors de l?atelier2.
2 Ces analyses incluent les données des comptes transports de la nation (INSEE / SDES), de l?autorité de régulation des
transports (ART), du groupement des autorités responsables de transport (GART) et de l?UTPF, ainsi que plusieurs
études et parangonnages nationaux et internationaux issus du LAET, de l?OCDE /ITF.
Ambition France Transports
- 5 -
1. Constat de situation à date sur les AOM et les SERM
1.1. Les quatre enjeux des mobilités
Les travaux de l?atelier ont mis en évidence quatre enjeux auxquels doivent répondre les
autorités organisatrices de la mobilité.
La décarbonation du secteur constitue un impératif climatique pour accélérer le report modal
vers des mobilités bas-carbone. En effet, les mobilités des personnes sont, à la fin de l?année
2023, le seul secteur dont les émissions ne baissent pas. Celles-ci pèsent 18 % des émissions de
la France, soit 68 Mt de CO2 émises par la voiture en 2023, un chiffre comparable à celui de
19903. Les liens entre les zones périurbaines, les villes moyennes avec les grandes
agglomérations représentent près de la moitié des émissions de la voiture4. Les travaux de
l?atelier ont enfin souligné l?inadéquation actuelle entre la demande de mobilité depuis ces
espaces vers les pôles urbains et l?offre de transport collectif disponible, avec des écarts parfois
très importants. Selon l?INSEE, 93 % de la population française est économiquement polarisée
sur les villes, mais seuls 50 % résident dans les pôles urbains (communes centres et banlieues),
les autres vivant en zones périurbaines (43 % de la population). Cette répartition spatiale de
l?habitat et des emplois a des conséquences directes sur la mobilité. Les distances parcourues
en voiture par les ménages périurbains sont en moyenne deux fois plus élevées que celles des
habitants des centres-villes5, avec des écarts autour de la moyenne allant de 1 à 10 entre
le 1er quartile et le dernier quartile et une part modale de la voiture atteignant près de 90 ?%
hors des pôles urbains, contre environ 50?% dans les grandes agglomérations6.
L?équité sociale impose également d?assurer la mobilité pour tous, notamment au bénéfice des
plus fragiles, facteur clé d?insertion sociale et professionnelle. Ceci concerne principalement
les banlieues des grands pôles urbains (10 % de la population), mais aussi une part des
populations en dehors des pôles urbains dans le périurbain rural n?ayant pas accès à la voiture.
La soutenabilité financière du secteur constitue un point d?attention majeur tant s?agissant des
recettes que des dépenses. En 2023, les AOM urbaines ont consacré 8 Md¤ au fonctionnement
dont 5 Md¤ pour l?exploitation des principaux réseaux de transports publics urbains et 3 Md¤
en investissement. Les AOM régionales (hors Île-de-France et Corse) ont consacré 6,8 Md¤ au
fonctionnement et 2,3 Md¤ à l?investissement7. Dans un contexte d?appétence croissante des
usagers pour les transports en commun, la capacité des AOM à absorber un choc d?offre
supplémentaire est fortement contrainte par un ratio recettes/dépenses dégradé et une
autonomie fiscale réduite.
3 Rapport Secten, CITEPA, 2024.
4 Données EMP2019 (INSEE/SDES), Jean Coldefy 2025.
5 Ministère de la Transition écologique, Service de la donnée et des études statistiques (SDES) / Insee, Se déplacer en
voiture : des distances parcourues une fois et demie plus importantes pour les habitants des couronnes que pour ceux
des pôles, in Insee Références ? La France et ses territoires, édition 2021.
6 Analyse géographique des distances et des parts modales, données EMP2019, J. Coldefy, M. Bordas 2025.
7 Eléments GART et UTPF.
Ambition France Transports
- 6 -
Enfin, la réindustrialisation est un enjeu clef pour l?économie française, la France étant le seul
pays de l?Union européenne à avoir divisé par deux le poids de son industrie dans la valeur
ajoutée du pays depuis 19708. Or, le modèle économique actuel du transport public urbain
repose essentiellement sur des prélèvements sur la masse salariale via le versement mobilité.
Ceci fait peser un poids important sur le coût du travail dommageable à la compétitivité. Le
versement mobilité a représenté 11,3 Md¤ de recettes en 2023 dont 5,7 Md¤ hors
Île-de-France9, soit 20 % des impôts sur les salaires et la main d?oeuvre10. Entre 2014 et 2024, le
produit du versement mobilité a progressé de +65 %, représentant une hausse nettement
supérieure à celle de la masse salariale sur la même période (+46 %). Si cette décorrélation est
moins marquée hors Île-de-France (+57 % du VM contre +51 % pour la masse salariale), cela
souligne le risque que fait peser le modèle actuel sur la compétitivité des entreprises et le
pouvoir d?achat des salariés11.
1.2. Un choc d?offre nécessaire mais difficile à financer
Pour faire face à ces quatre enjeux, un choc d?offre de mobilités, à cibler finement dans les
territoires, entre les grandes villes-centres, leurs banlieues, leur périurbain rural et les villes
moyennes, apparaît indispensable12. Ce choc d?offre requiert des niveaux de financement
élevés :
? s?agissant des TER : SNCF Réseau estime que la mise en oeuvre des SERM induirait une
hausse des dépenses d?exploitation d?environ 580 M¤2022 en 2040 (soit 826 M¤courants)13.
Par ailleurs, les projections à offre inchangée font apparaître que la hausse des péages
ferroviaires et des charges du matériel roulant, supérieure à l?inflation, impliquerait
également une hausse annuelle des contributions régionales de 3,7 % entre 2022 et
2030, soit un besoin de financement supplémentaire de 867 M¤courants pour maintenir
l?équilibre d?exploitation14. Sur le plan des investissements, le Conseil d?orientation des
infrastructures (COI) estime, dans le scénario de planification écologique de 2022,
qu?un effort de 175 Md¤ est nécessaire sur deux quinquennats, dont plus de 55 Md¤
pour les seules infrastructures ferroviaires et SERM. L?estimation devra encore être
affinée, en raison du caractère très préliminaire des études, mais il ne fait guère de
doute que les investissements liés aux SERM seront particulièrement importants.
- s?agissant des transports publics urbains, le GART estime de son côté en première
analyse qu?entre 2025 et 2035, les 25 plus grandes AOM locales (65 % du champ hors
Île-de-France) devront couvrir 34 Md¤ d?investissements et 9 Md¤ de surcoûts
d?exploitation. Après mobilisation de 19 Md¤ d?emprunts nouveaux, le GART identifie
un reliquat non financé s?élevant à 14,7 Md¤, extrapolé à 22,6 Md¤ pour l?ensemble des
AOM, soit environ 2 Md¤ par an à trouver. Ces premières estimations du GART devront
être réactualisées après les prochaines élections municipales et des études
approfondies.
8 La part de l?industrie est passée de 23,6% en 1980 à 12,1% en 2022, selon les données de l?Insee portant sur la valeur
ajoutée par branche, données annuelles de 1949 à 2024.
9 Comptes transports de la nation 2023 SDES.
10 Analyse Fipeco en date du 8 novembre 2023, Les impôts sur la production en 2022.
11 GART d?après URSSAF Caisse nationale.
12 Jacques Lévy, Jean Coldefy, Transdev, Projet « La France Habitée » données Orange et SNCF, 2025.
13 Hypothèses SNCF Réseau citées par le rapport IGF/IGEDD, Le financement des autorités organisatrices de mobilités,
2025, Annexe III p.11.
14 Rapport IGF/IGEDD, Le financement des autorités organisatrices de mobilités, 2025.
Ambition France Transports
- 7 -
Financer le choc d?offre semble très difficile pour quatre principales raisons : l?exploitation est
en perte d?efficience ; le versement mobilité atteint sa limite et concerne essentiellement les
AOM urbaines ; les recettes tarifaires issues des usagers couvrent de moins en moins les
dépenses d?exploitation ; enfin, l?autonomie financière, et donc les capacités d?investissement,
des acteurs publics locaux est limitée.
Efficience d?exploitation des transports publics
S?agissant des transports publics urbains, le déficit d?exploitation par voyage a été multiplié
par 2,2 entre 2003 et 202215. Cette dégradation s?explique principalement par quatre facteurs :
? (i) la désindexation des tarifs face à l?inflation et l?extension de l?offre ;
? (ii) la hausse plus rapide des charges (salaires, énergie, matériel roulant,?) que de la
fréquentation ;
? (iii) l?augmentation tendancielle du coût des intrants16 ;
? (iv) l?extension des réseaux vers des zones peu denses, avec perte des économies
d?échelle.
La vitesse commerciale illustre cette perte d?efficience : dans les grands réseaux
urbains (> 250 000 hab.), elle est passée de 15,5 km/h en 2013 à 15 km/h en 201817, pénalisée
par la congestion, des itinéraires trop longs ou mal cadencés et une faible intégration des flux
intercommunaux. Ainsi, les transports publics urbains coûtent 50 % plus cher à la société que
l?usage de la voiture et l?intégration des externalités ne change pas ce constat18.
Pour les TER, on constate également des coûts moyens élevés comparés à la voiture recouvrant
des situations territoriales disparates. Au niveau national, 73 % des liaisons TER plus coûteuses
que la voiture selon les travaux du Laboratoire Aménagement Économie Transports (LAET)
de Lyon 219. L?autorité de régulation des transports (ART) et le LAET pointent d?une part les
coûts unitaires élevés ? et les gains attendus par la mise en concurrence ? et d?autre part des
très fortes hétérogénéités de fréquentation des TER avec des trains surchargés en lien avec les
grandes agglomérations et d?autres trop peu fréquentés.
Un versement mobilité (VM) qui atteint son plafond
La principale recette fiscale des transports publics, le versement mobilité, atteint désormais
son taux plafond dans la plupart des bassins d?emploi et va probablement être affecté par les
pertes d?emplois privés constatées depuis fin 2024 ainsi que par les efforts à accomplir sur
l?emploi public. Par ailleurs, outre son impact sur le coût du travail, le VM constitue également
une ponction sur les salaires, dans un contexte où la demande de revenu disponible est la
première préoccupation des Français20.
15 Ainsi, selon les données du GART et de l?UTPF en 2022, dans les réseaux urbains de taille intermédiaire (100 000 à
250 000 habitants), le déficit par voyage est passé de 1¤ en 2003 à 2,2¤ en 2022, soit une multiplication par 2,2 en
moins de deux décennies. Cette analyse concorde avec celles du LAET présentées en atelier.
16 Cette hausse est mise en évidence par les données du SDES et de l?UTPF, qui montrent un coût moyen de
0,45¤/passager.km pour les transports collectifs urbains de province, contre 0,25¤ pour la voiture (INSEE/SDES) et
0,35¤ pour les TER en coût complet.
17 Étude de la baisse de la vitesse des autobus, Jean-Marie Beauvais, FNAUT, 2022.
18 Comptes transports de la nation 2023 et CGDD coûts externes et tarification des déplacements 2020.
19 Analyse réalisée par le LAET à partir des comptes de lignes des TER, données 2023.
20 Les préoccupations des Français, Enquête Harris interactive, Avril 2025.
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Une dégradation constante de la participation de l?usager
Parallèlement, la dégradation du ratio de couverture des dépenses par les recettes tarifaires
s?inscrit dans une tendance générale et ancienne, que seul le réseau de Lyon a contredite de
2002 à 2019. En effet, ce ratio, qui s?élevait à 70 % pour l?ensemble des transports collectifs
urbains en 1975, a atteint 52 % en 1990, et seulement 28,7 % en 202221.
Une perte d?autonomie fiscale des collectivités
Les ressources fiscales locales se sont contractées ces dernières années sous l?effet de la
suppression de la taxe d?habitation et de l?extinction progressive de la CVAE, affaiblissant
l?autonomie financière des collectivités. Ainsi les conseils régionaux en particulier, disposent
de très peu de leviers pour financer les TER : la subvention et les recettes tarifaires. Or, sans
autonomie fiscale, la responsabilité politique est affaiblie, et cela conduit à accroître
la sollicitation de l?État, une option de plus en plus délicate compte tenu des fortes tensions
pesant sur les finances publiques nationales.
Par ailleurs, la hausse du nombre de véhicules électriques érode progressivement le rendement
de la TICPE. En effet, l?électrification des usages entraîne une baisse des recettes issues des
accises. D?ici 2030, cette dynamique se traduirait par une diminution d?environ 10 Md¤ de
recettes d?accises des produits fossiles par rapport à 2023 dont 8 Md¤ pour la TICPE,
partiellement compensée par un surplus d?environ 1?milliard d?euros provenant des accises sur
l?électricité22.
Les capacités d?investissement sont enfin restreintes dans un contexte budgétaire national
tendu. Le choc d?offre suppose parfois de lourds investissements alors que l?endettement local
est déjà contraint23 dans un contexte de remontée des taux d?intérêt. L?État est confronté à
une dette publique passée de 98 % du PIB en 2019 à 118 % en 2024, avec une forte
augmentation de la charge de la dette, et voit ses marges de cofinancement réduites.
1.3. Une gouvernance souffrant d?une double incohérence
La gouvernance actuelle des mobilités présente une double incohérence, à la fois territoriale
et fonctionnelle, qui limite l?efficacité des politiques de mobilité.
Sur le plan territorial, les périmètres institutionnels sont souvent peu cohérents avec les aires
urbaines (ou d?attraction des villes depuis 2020), c?est-à-dire l?espace de vie des habitants, là
où ils résident et là où ils travaillent. Le morcellement entre régions, intercommunalités,
communes, syndicats mixtes regroupant des intercommunalités, hérité d?empilements
institutionnels successifs pour pallier cette difficulté, génère des coûts de fonctionnement
importants et complique la mise en oeuvre d?une offre de transport répondant aux besoins des
habitants.
21 Source LAET et GART.
22 DG Trésor, Les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone, 2025.
23 Si le niveau d?endettement des APUL apparaît en tendance haussière mais soutenable, passé de 6,6 % (en 2002) à
9,9 % (en 2020) du PIB, la remontée des taux se traduit dans les charges financières des collectivités (+29,5 % entre
2022 et 2023, soit +880 M¤ pour les seuls budgets principaux) selon la publication de l?Observatoire des Finances et
de la Gestion publique Locales de juillet 2024.
Ambition France Transports
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Sur le plan fonctionnel, l?articulation entre les politiques de mobilité, de logement et
d?aménagement à l?échelle des aires urbaines est faible. Les documents de planification
territoriale (plans locaux d?urbanisme intercommunaux (PLUi), schémas de cohérence
territoriale (SCoT), schémas d?aménagement économique, SRADDET) ne sont que
marginalement coordonnés avec les plans de mobilité à l?échelle de l?aire urbaine. Cette
segmentation nuit à la cohérence des choix d?implantation résidentielle et économique avec
les services de transports publics. Enfin, la cohérence en matière tarifaire et fiscale pour les
mobilités n?est pas pleinement assurée à l?échelle des aires urbaines.
Corriger cette double incohérence suppose une intégration plus poussée des compétences
d?aménagement, de logement et de mobilité à une échelle pertinente, tenant compte de
l?évolution des pratiques et de la recomposition des espaces de vie des Français (ce que l?on
appelle des aires urbaines). En effet, la distance moyenne parcourue quotidiennement a été
multipliée par dix en un siècle et la distance moyenne entre le domicile et le travail est de
17 km aujourd?hui, avec de très grandes variations autour de cette moyenne selon le lieu de
résidence.
Des syndicats mixtes SRU (le SMMAG de Grenoble par exemple), des fusions de communautés
d?agglomération et de communes pour constituer des ensembles cohérents à l?échelle des aires
urbaines (Grand Reims, communauté urbaine du Havre, communauté d?agglomération de
Cherbourg) sont le signe d?une prise de conscience de la nécessité de construire des politiques
publiques cohérentes à ces échelles.
2. Les quatre leviers d?un modèle économique pérenne
2.1. Deux scénarios possibles
Le modèle économique actuel des autorités organisatrices de la mobilité (AOM) se heurte donc
à une contradiction structurelle : alors qu?un choc d?offre massif est indispensable pour
décarboner les mobilités et améliorer le fonctionnement des aires urbaines, les capacités
financières des AOM sont aujourd?hui insuffisantes pour en assumer les coûts d?investissement
et d?exploitation. Le financement de l?exploitation repose pour les AOM urbaines
majoritairement sur les entreprises via le versement mobilité (VM), ce qui renchérit le coût du
travail, et pour les AOM régionales sur leurs subventions, les recettes tarifaires restant à un
niveau bas de l?ordre de 25 % des coûts d?exploitation pour l?ensemble des AOM.
Elles ne disposent par ailleurs que de peu d?alternatives fiscales : celles-ci sont quasi nulles pour
les régions et syndicats mixtes, et reposant sur le VM et la seule taxe foncière pour les AOM
urbaines.
Dans un contexte national marqué par une forte tension des finances publiques, les AOM, dont
une partie des ressources dépend de dotations ou de taxes nationales, sont donc
particulièrement exposées.
Pour bâtir un modèle économique pérenne, plusieurs leviers doivent être mobilisés
simultanément :
? une amélioration de l?efficience du secteur des transports publics ;
? une hausse de la participation des usagers pour se rapprocher des standards européens
et retrouver des capacités d?investissement ;
? une diversification des sources de financement, tant locales que nationales ;
? ainsi qu?une rénovation de la gouvernance.
Ambition France Transports
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L?ordre choisi des leviers n?est pas anodin : il témoigne des efforts que le secteur doit certes
accomplir pour les deux premiers, mais la clef est structurellement dans les deux derniers. En
effet tous les modèles étrangers et la logique démontrent qu?une diversification des ressources
est la condition d?un modèle résilient. Deux grands scénarios, non exclusifs l?un de l?autre, sont
ainsi possibles pour financer le choc d?offre des transports publics entre les villes, leurs
banlieues et leurs zones périurbaines rurales et disposer de modèles économiques robustes :
? (i) poursuivre l?augmentation du versement mobilité en conditionnant
cette augmentation à une participation accrue des usagers et à des gains d?efficience,
ce scénario ne concernant les régions qu?à titre marginal ;
? (ii) diversifier les sources de financement en mobilisant notamment la rente foncière et
en renforçant le lien entre les territoires et les habitants par une redevance locale des
transports publics, ce qui renforcera l?autonomie fiscale des régions
et des AOM urbaines.
Si ces deux scénarios nécessitent des modifications législatives, le premier demande une
modification des seuils quand le second implique des changements structurels dans la fiscalité
locale.
Le premier scénario est celui de la continuité. Plus aisé à mettre en oeuvre, un déplafonnement
du VM n?est en revanche pas sans conséquence sur le coût du travail, et potentiellement
dommageable à la double exigence de réindustrialisation et de revalorisation du travail. Le
second scénario nécessite un débat approfondi au Parlement et prendra du temps à se
déployer. L?atelier n?a pas tranché entre ces deux scénarios, qui pourraient d?ailleurs se
conjuguer, compte tenu des divergences de vues et du temps restreint alloué pour les travaux.
Les lignes qui suivent détaillent pour chacun des quatre leviers du modèle économique
les propositions étudiées par l?atelier en indiquant la position des membres.
Enfin, l?affectation de ressources nationales au financement des AOM a été analysée par
l?atelier. Plusieurs propositions sont formulées en la matière, les membres étant conscients
de la nécessité d?assurer prioritairement le maintien en fonctionnement et la remise en état
des réseaux routiers et ferroviaires.
2.2. Optimiser les dépenses
L?optimisation des dépenses constitue un des leviers d?un modèle économique solide. Elle
repose sur l?amélioration de l?efficacité opérationnelle des réseaux, notamment via des gains
de productivité sur les services existants. Leur mise en oeuvre relève des seules AOM, l?atelier
prenant acte des gains pouvant être engrangés par ce moyen.
Pour les transports urbains, un premier axe concerne l?augmentation de la vitesse commerciale,
facteur clé de réduction du coût par kilomètre. Par ailleurs, le report modal passe d?abord par
les gains de temps comme le montrent les travaux académiques sur le sujet et les études
d?opinions. L?exemple de Belfort montre qu?un plan ciblé peut conduire à une progression
significative de la vitesse de 14 km/h à 21 km/h. L?impact financier de la vitesse commerciale
est souvent méconnu, mais est majeur. Les auditions de l?atelier ont permis d?en mesurer
l?intérêt comme à Lyon ou à Belfort (cf. encadré 1). Un second levier consiste à redessiner l?offre
pour ajuster la desserte aux besoins réels. L?ajustement de la desserte des communes peu
denses, combiné au nécessaire déploiement massif de parkings relais pour les voitures et
Ambition France Transports
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les vélos, permet de concentrer les ressources sur les flux à fort potentiel et renforcer
les fréquences24.
Les services de cars express existants, sans omettre les lignes de cars interurbains déployées
par les régions (par exemple Voiron-Grenoble, Aix-Marseille, Bordeaux-Créon) illustrent le
potentiel de cette offre qui rencontre son public moyennant de faibles contributions des
collectivités. Les travaux de l?IDDRI montrent que ces services, lorsque la demande ne justifie
pas un mode lourd comme le train, gagneraient à être renforcés. Ces mesures d?adéquation
entre l?offre et la demande peuvent avoir un impact économique important et reposent sur
une meilleure connaissance de la demande que permettent aujourd?hui les données
numériques nationales et celles des réseaux de transports, à mobiliser plus fortement.
Encadré 1 : Le Territoire de Belfort et le SYTRAL, deux exemples d?amélioration de la productivité des
réseaux
Le Syndicat Mixte des Transports en Commun (SMTC) du Territoire de Belfort a nettement amélioré
la performance de son réseau urbain, en passant de 14 km/h en 2006 à 21 km/h aujourd?hui, grâce à
une stratégie articulée autour de quatre leviers principaux :
? fin de la vente à bord : supprimée pour fluidifier la montée, la vente à bord représentait 23 %
du temps de conduite. Ce seul levier a permis un gain immédiat de vitesse et de productivité ;
? modernisation technologique : mise en place d?un SAEIV (Système d?Aide à l?Exploitation et
à l?Information Voyageur) et de priorités aux feux, améliorant régularité et fluidité sur les axes
structurants ;
? arrêts en pleine voie : adoption systématique de l?arrêt en voirie sans nécessité d?entrer dans
des quais aménagés, réduisant les pertes de temps liées aux manoeuvres ;
? restructuration du réseau : en 2011, transformation du réseau en BHNS (Bus à Haut Niveau de
Service), avec sites propres et fréquence renforcée. Ce redéploiement a permis de multiplier
les lignes à forte fréquence sans surcoût global.
Ces mesures ont conduit à une réduction du coût au kilomètre de 30 % sans réduction de l?offre. Le
tout financé sans hausse de contribution des collectivités, grâce à une augmentation progressive du
versement mobilité et des recettes commerciales.
Le plan de redressement du SYTRAL entre 2000 et 2019, présenté en atelier, a également montré que
la productivité été améliorée de 18 %, par l?augmentation de la vitesse commerciale et l?adaptation
du réseau de bus pour éviter des lignes trop peu fréquentées. Ces efforts correspondent à des
économies de l?ordre de 80 M¤ sur un total de plus de 400 M¤ des dépenses d?exploitation.
Source : Audition de Franck Mesclier, directeur général du SMTC du Territoire de Belfort le 5 juin 2025.
Audition de Raymond Deschamps, ancien directeur général du SYTRAL, le 26 juin 2025.
24 Bruno Faivre d'Arcier, et al. Mesure de la performance des lignes de transport public urbain. Projet APEROL, LET.
2012, pp.103.
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Encadré 2 : L?exemple de modèle isérois, une approche qui allie les TER et les lignes de cars express
pour faciliter les liaisons domicile-travail
Pour mieux desservir le périurbain de Grenoble, deux services de transports permettent aux habitants
du périurbain Ouest de Grenoble de rejoindre la métropole : le TER pour les liaisons de pôle à pôle
(Voiron?Grenoble), et des lignes de cars express rapides et cadencées, assurant la desserte des
territoires intermédiaires (Coublevie, Voreppe, Montbonnot, etc.). L?articulation des services facilite
l?intégration des flux périurbains au réseau métropolitain.
Cette approche prend effectivement en compte les flux des couronnes périurbaines, souvent négligés
par des schémas centrés sur la seule agglomération. Le taux de recours aux transports collectifs des
navetteurs de Voiron vers Grenoble atteint ainsi 47 %, contre une moyenne de 29 % dans des
configurations comparables (source : Cerema, 2015).
Source : Audition de M. André Broto, Association mondiale de la route, le 5 juin 2025.
S?agissant des TER, un second axe concerne la mise en concurrence, qui se déploie
à des rythmes variables. Les données de l?Autorité de régulation des transports (ART) montrent
des gains très substantiels permettant d?augmenter sensiblement les circulations à budget
constant. Les premières ouvertures à la concurrence des TER en France confirment les gains
observés à l?étranger, de 25 % à 75 % d?économies selon les cas. À l?échelle nationale, une
réduction de 30 % des coûts d?exploitation représenterait 0,7 Md¤ d?économies, pouvant être
réinvestis en autant de trains-km supplémentaires à budget constant. L?ART alerte toutefois
sur la nécessité de coordonner les appels d?offres régionaux et d?harmoniser les cahiers des
charges pour éviter les effets de saturation et garantir des gains réels de la mise en
concurrence.
Enfin, l?atelier souligne la nécessité d?alléger certaines normes très coûteuses ou sources de
délais importants. Sont notamment citées l?obligation de remplacer les tramways de plus de
30 ans (la France étant le seul pays de l?Union européenne à réglementer de la sorte),
les obligations liées à l?adaptation des dépôts de bus aux véhicules électriques qui paraissent
très contraignantes, les normes sur le ferroviaire (délais des homologations,?) à simplifier en
prenant exemple sur ce qui se fait ailleurs en Europe.
Priorisation des projets d?investissement
Le développement des SERM, dont la somme des projets labellisés avoisine les 20 Md¤ pour
la seule infrastructure ferroviaire de 14 des 26 projets labelisés, les budgets des projets
présentés étant nettement supérieurs de l?ordre de 40 Md¤25, et les contraintes de
financement appelle à prioriser les projets en fonction de :
? la demande locale de mobilité et du potentiel réel de report modal ;
? la performance économique : ¤/pass.km, ¤ public/pass.km ;
? la performance environnementale : t de CO2 évitées, coût de la t de CO2 évitée ;
? la cohérence avec les politiques de logement, d?urbanisme et d?aménagement.
25 Rapport IGF/IGEDD, Le financement des autorités organisatrices de mobilité, 2025 et dossiers SERM déposés.
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Un SERM performant est ainsi un service adapté à la demande de mobilité quotidienne,
impactant l?usage de la voiture, financièrement accessible, et consolidant les polarités
urbaines. Il doit renforcer l?intermodalité avec une politique ambitieuse de parcs relais voitures
et vélos sécurisés et la conjugaison d?offres adaptées à la demande : trains, cars, covoiturage.
Certaines offres des SERM peuvent être déployées rapidement à coût maîtrisé, notamment par
l?optimisation de l?infrastructure et de l?offre ferroviaire existantes et le développement de
solutions routières comme les cars express ou le covoiturage.
2.3. Le potentiel de la tarification
La tarification des transports publics constitue aujourd?hui un levier financier largement
sous-utilisé en France par les autorités organisatrices de la mobilité (AOM). Elle représente en
moyenne 15 à 20 % des dépenses totales des AOM (hors Île-de-France), contre 40 à 60 % dans
de nombreux pays européens (cf. graphique 1).
Graphique 1 : Part des recettes tarifaires dans le total des dépenses des 20 plus grandes AOM hors
Île-de-France en 2022 en France et part du financement des transports du quotidien par les usagers
dans d?autres pays européens
Source : DGITM, UITP, DG Trésor.
Ce différentiel résulte du recours au versement mobilité qui a contribué à basculer vers les
entreprises le financement de l?exploitation des transports, et également d?une stratégie
tarifaire forfaitaire, privilégiant les usagers réguliers au détriment des occasionnels26.
La participation des usagers aux coûts d?exploitation a chuté à 28 % en 2023 (voire 25 % en
intégrant la participation employeur), contre 70 % en 1975.
La gratuité des transports publics se justifie socialement dans certains territoires non soumis à
la congestion automobile, les usagers des transports publics étant essentiellement les usagers
à faibles revenus et non motorisés. Néanmoins, celle-ci apparaît à l?inverse socialement
régressive dans les grandes agglomérations, en faisant supporter par l?ensemble de
la collectivité la gratuité des ménages pouvant payer le prix du transport. De surcroît, la baisse
de recettes qu?elle induit dégrade la capacité à financer le choc d?offre. Enfin, les études
disponibles ne démontrent pas son efficacité sur la baisse du trafic automobile. Seuls 2 %
des usagers identifient la gratuité comme un levier de changement modal, contre 23 % pour
le développement de l?offre27.
26 Un abonné TER paie en moyenne depuis le périurbain 0,03 ¤/km déduction faite de la participation employeur,
contre 0,29 ¤/km pour un usager occasionnel (trajet de 30 km depuis le périurbain en région AURA), quand
l?automobiliste dépense 0,22 ¤/passager.km en 2023 (source CTN). Ce différentiel tarifaire rend souvent la voiture plus
attractive pour les voyageurs occasionnels, qui en 2023 représentent pourtant 62% des passagers.km et 82% des
recettes (ART).
27 Etude sur les mobilités en région, IPSOS pour Transdev, 2023.
60% 53% 50%
30% 30%
17%
Suisse Allemagne Pays-Bas Belgique Italie France
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La mise en place d?une tarification solidaire, fondée sur le quotient familial, serait de nature à
assurer l?équité sociale sans dégrader les capacités d?investissement. Valenciennes et Rennes
ont mis en place la tarification solidaire par pallier de revenus, en ciblant les deux premiers
déciles de revenus. Pour toutes ces raisons, les membres de l?atelier s?opposent globalement à
la gratuité et privilégient l?introduction d?une tarification plus différenciée permettant
d?ajuster la contribution aux usages réels tout en préservant l?équité.
Plusieurs leviers ont été identifiés pour redresser les recettes tarifaires :
? un retour progressif vers un R/D de 50 % d?ici 10 ans, ce qui suppose un effort de 30 %
sur les recettes tarifaires et de 30 % sur les dépenses. Cette mesure doit constituer une
cible à adapter selon les situations locales. Elle concerne au premier chef les grands
réseaux urbains dont la fonction principale est de limiter la congestion routière en ville.
Pour les autres réseaux, les transports publics jouent un rôle plus social et les marges
sont plus limitées. Pour les TER, le R/D devrait augmenter du fait de la hausse de la
fréquentation constatée depuis deux ans et de la baisse des coûts avec la concurrence ;
? l?indexation des tarifs sur l?inflation : la majorité des réseaux français n?applique pas
d?indexation automatique. En revanche, d?autres pays comme le Royaume-Uni ou
les Pays-Bas ajustent leurs tarifs annuellement via des mécanismes de plafonnement
indexés sur l?indice des prix à la consommation (cf. encadré 3). Cette indexation peut
naturellement être rejetée par les AOM lors de leurs décisions de révision des tarifs ;
? une meilleure prise en compte des voyageurs occasionnels « réguliers » des TER.
Aujourd?hui les tarifications pour les usagers occasionnels des TER sont élevées, et
pénalisent la fréquentation par ces populations. Des tarifications plus ciblées selon
les usages doivent permettre d?augmenter la fréquentation et, par voie de
conséquence, les recettes. Les technologies actuelles le permettent ;
? le renforcement de la tarification solidaire, basée sur les revenus réels. La plupart des
réductions actuelles reposent sur des critères de statut (âge, étudiant, demandeur
d?emploi) plutôt que sur les ressources réelles. Une tarification fondée sur le quotient
familial comme cela est en place dans plusieurs réseaux permettrait de mieux cibler
les publics fragiles, améliorer l?équité, et assurer un niveau de recettes plus significatif
auprès des publics solvables. L?atelier partage cette cible et demande à ce que l?État
mette en place une API permettant de gérer facilement les tarifs des personnes dont
les ressources sont inférieures au seuil identifié dans les codes des transports et
de la sécurité sociale ;
? le déploiement de l?open payment : Il permet de simplifier l?accès aux réseaux en
réduisant le parcours client à celui d?un produit de grande consommation, de réduire
les coûts de distribution et la fraude grise. Londres a généré 120 M¤ d?économies
annuelles grâce à la mise en place de ce système. En 2024, en France, 47 réseaux l?ont
adopté, 100 sont attendus d?ici deux ans28 ;
28 Que peut-on attendre de l?Open Payment pour les transports publics et la décarbonation des mobilités ? Juin 2025
Mobil?in Pulse et Cerema.
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? la lutte contre la fraude, dont le potentiel de redressement est significatif. Selon l?Union
des transports publics et ferroviaires (UTPF), le manque à gagner est estimé en 2024
à 700 M¤ par an sur tout le territoire, y compris l?Île-de-France. La vidéoverbalisation ou
la mutualisation des contrôles inter-réseaux peuvent contribuer à un redressement
ciblé, en complément des dispositifs récemment déployés comme « Stop Fraude », qui
facilite l?établissement des contraventions et la vérification des identités et adresses
des contrevenants.
Globalement, si l?ensemble de ces mesures conduisaient à augmenter à terme de 30 %
le montant des recettes tarifaires, cela générerait annuellement 300 M¤ de recettes
supplémentaires aux AOM urbaines et 320 M¤ aux régions.
Encadré 3 : Les recettes tarifaires dans le financement des transports à l?étranger
Le recours aux recettes tarifaires pour financer les transports publics est nettement plus développé
dans plusieurs pays européens qu?en France, où elles représentent en moyenne 17 % des ressources
des autorités organisatrices de la mobilité (AOM).
? Royaume-Uni : les tarifs ferroviaires sont fixés par les opérateurs mais plafonnés par l?État,
avec une formule d?indexation fondée sur l?inflation des prix de détail. Avant la crise sanitaire,
le taux de couverture des dépenses par les recettes (R/D) atteignait 98 %, contre 110 %
en 2015. Pour les transports collectifs urbains, les tarifs sont fixés par le maire de Londres via
Transport for London (TfL). Ils ont été gelés de 2016 à 2020 à des fins sociales, mais la crise
sanitaire a conduit TfL à revoir sa stratégie. Une étude commandée en 2022 visait à assurer
son équilibre financier sans subventions exceptionnelles à partir de 2023 ;
? Italie : la législation impose un taux de couverture d?au moins 35 % pour les services publics
de transports locaux, bien que la moyenne observée soit de 30 %. Le cadre réglementaire
impose également aux régions de recourir à la mise en concurrence des opérateurs.
En l?absence d?appel d?offres, les régions peuvent faire l?objet de sanctions financières,
conditionnant une partie des transferts de l?État. Cela vise à améliorer la performance
opérationnelle et à renforcer la transparence des contrats ;
? le réseau de New York est financé à 61 % par les recettes tarifaires, 17 % par le surplus
des péages routiers d?accès à la ville, 11 % par la TVA locale, le péage urbain et les DMTO,
6 % sur les taxes foncières locales, 3 % par une taxe sur les véhicules de location, 2 % par
une taxe locale sur les salaires. Demain le péage urbain général financera les investissements
sur le réseau ;
? le réseau de Vancouver quant à lui est financé à 29 % par les recettes tarifaires, à 26 % par des
subventions régionales et 26 % par des subventions nationales, 22 % par la taxe foncière
locale, 18 % par la TICPE locale et une taxe locale sur les cartes grises, 4 % par une taxe sur
le stationnement.
Source : OCDE/ITF 2024, The Future of Public Transport Funding; Contribution écrite de Neology à
l?atelier n° 1.
2.4. Diversifier les sources externes de financement
La diversification des sources financements constitue une condition incontournable de
soutenabilité pour répondre au choc d?offre requis et disposer de modèles économiques
robustes. Cette réflexion doit distinguer les ressources mobilisables par l?État de celles à la main
des collectivités, tout en distinguant les ressources existantes des recettes nouvelles.
Ambition France Transports
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2.4.1. Ressources relevant des collectivités territoriales
Mobilisation de recettes existantes
L?atelier a longuement évoqué le déplafonnement du versement mobilité, tant en termes de
taux qu?en termes des entreprises taxables (abaissement du seuil du nombre d?employés).
La possibilité pour les métropoles membres d?un syndicat mixte SRU de cumuler VM
et VM additionnel (VMA) figure également dans les mesures soutenues par les AOM urbaines.
Si les représentants des autorités publiques et les fédérations professionnelles du transport
y sont favorables, le MEDEF s?est fermement opposé à toute mesure d?augmentation du VM,
arguant, outre les éléments déjà mentionnés (compétitivité, pression sur les salaires), que ce
déplafonnement avait déjà eu lieu avec le versement mobilité régional (VMR). Des collectivités
sont d?ailleurs réticentes à l?utiliser compte tenu des impacts économiques. Des employeurs
publics, notamment les hôpitaux, relèvent aussi l?impact du VM sur leurs finances.
Recettes nouvelles
1. Taxer la plus-value foncière. Les investissements dans les infrastructures de transport
entraînent généralement une augmentation de la valeur foncière dans leur zone
d?influence. Il est donc légitime d?envisager une meilleure captation publique de
cette plus-value privée afin de contribuer au financement des projets publics, dans une
logique de justice fiscale et de partage équitable des bénéfices de la mobilité financée sur
fonds publics.
Plusieurs pistes ont été analysées.
Une modulation des droits de mutation à titre onéreux (DMTO), perçus par
les départements sur les ventes immobilières (entre 5 et 6 % du prix de vente), en fonction
de la proximité à un service de transport pourrait être envisagée, avec une affectation aux
AOM. Un barème différencié selon le degré d?accessibilité et de desserte pourrait ainsi
inciter les territoires à densifier l?urbanisation autour des pôles de transport ? ce qui doit
être un prérequis des projets de SERM - et générer des recettes supplémentaires sans
création de taxe. Ce levier a été évoqué dans les travaux préparatoires à la LOM et repris
dans les recommandations du Conseil d?orientation des infrastructures (COI, 2022), qui
soulignait la pertinence d?un tel outil pour accompagner la mise en oeuvre des SERM et des
grands projets de mobilité. Son extension aux zones urbaines est proposée par l?atelier.
Néanmoins, le scénario issu du rapport Bozio-Wasmer (2024)29 identifie les DMTO comme
l?un des prélèvements les plus inefficients et déconseille d?y recourir à grande échelle en
raison de l?élasticité de l?assiette (une hausse de 0,7 point du taux départemental réduit
les transactions), de son effet régressif, des freins induits à la mobilité résidentielle et du
fait qu?ils entraînent une mauvaise allocation du parc immobilier. La grave crise du
logement en milieu urbain que connaît le pays renforce cette incitation à la prudence
quant à une taxation du flux foncier.
29 Rapport Bozio-Wasmer : Les politiques d'exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire, octobre
2024.
Ambition France Transports
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L?autre piste consiste en conséquence à taxer le stock foncier et créer une contribution
foncière spécifique sur les parcelles qui vont ou ayant bénéficié d?une revalorisation liée à
un gain d?accessibilité, par les transports publics, mesuré objectivement (réduction du
temps de trajet, desserte directe, etc.). Ce mécanisme repose sur une logique de
contribution proportionnelle à l?avantage privé tiré d?un investissement public. Il nécessite
une base juridique nationale, mais pourrait être mis en oeuvre localement par les
collectivités, sur le modèle de la taxe GEMAPI ou de certaines surtaxes foncières
facultatives. Cette contribution sur le stock serait perçue par les AOM tant urbaines que
régionales.
Pour éviter les trappes à bas salaire, M. Wasmer et M. Bozio préconisent de baisser
progressivement le versement mobilité (VM), en le transférant vers la taxe foncière :
un transfert de 5 Md¤ étalé sur cinq ans ne représenterait que 0,85 % de la valeur
immobilière totale et impliquerait, pour la commune médiane, une hausse de 2 à 3 points
de son taux de taxe foncière30. Outre l?allégement du coût du travail, cette proposition se
justifie par une grande injustice quant à la taxation foncière : la propriété foncière est très
concentrée d?une part et d?autre part les communes taxant le moins le foncier sont
les communes où la valeur du foncier est la plus élevée et celles le taxant le plus sont celles
où la valeur du foncier est la plus basse.
Encadré 4 : Exemples internationaux de captation de la rente foncière
Plusieurs pays ont mis en oeuvre des dispositifs permettant de capter la plus-value foncière induite par
les projets de transport, avec un objectif de partage des gains d?accessibilité entre les acteurs publics
et les bénéficiaires directs.
Au Royaume-Uni, le financement du projet Crossrail à Londres s?est appuyé sur une surtaxe sur
les entreprises situées à proximité des gares (Business Rate Supplement). Mis en place à Londres
en 2010, il finance des projets d?infrastructure majeurs comme Crossrail, avec un taux de 2 pence par
livre de valeur locative au-dessus de 70 000£. Le produit est affecté à une autorité locale (ex. Greater
London Authority) et mobilisé sur le long terme, sans contribution des particuliers.
Au Japon, les opérateurs de transport concluent fréquemment des accords avec les collectivités
permettant d?associer revalorisation des droits à construire et participation directe aux coûts
d?infrastructure. Ce modèle repose sur une intégration forte entre urbanisme et mobilité.
Enfin, aux États-Unis, des mécanismes de « tax increment financing » (TIF) permettent d?affecter
la croissance des recettes fiscales locales générées par une opération d?aménagement au
remboursement des investissements en transport. L?exemple d?Atlanta est particulièrement
significatif : le projet « BeltLine » (4,8 Md$ de coût total prévu) mobilise plusieurs sources de
financement, dont un TIF local (Tax Allocation District) ayant généré 325 M$ entre 2005 et 2017.
Cette ressource a permis de soutenir un développement privé évalué à 4,1 Md$ sur la même période,
soit un effet levier de 1 pour 8 par rapport aux 500 M$ d?investissements publics et privés engagés.
Les projections estiment que le TIF pourrait générer entre 800 M$ et 1,4 Md$ d?ici 203031.
Sources : Greater London Authority (2010), Business Rate Supplement ? Final Prospectus ; Institute for Transportation and
Development Policy (2017), Transit Value Capture in Japan: Lessons for the U.S. ; Atlanta BeltLine Inc., Tax Allocation
District Funding et Brookings Institution (2013), Atlanta?s BeltLine: A Model for Smart Growth and Equitable Development.
30 Rapport Bozio-Wasmer : Les politiques d'exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire, octobre
2024.
31 Introduction to Tax Increment Financing, US Department of Transportation, 2018.
Ambition France Transports
- 18 -
2. Afin de redonner de l?autonomie fiscale aux collectivités, tant régions qu?agglomérations,
l?atelier propose la création d?une redevance locale dédiée à la mobilité, sur le modèle de
la redevance d?enlèvement des ordures ménagères (REOM). Cette redevance, qui
concernerait tous les résidents, permettrait aux régions, aux intercommunalités ou aux
syndicats mixtes de mobilité de renforcer le lien entre le résident et les services publics
locaux et éviterait que ce soit le versement mobilité qui soit systématiquement mobilisé
compte tenu de ses impacts sur l?emploi et la compétitivité des entreprises,
précédemment décrits. La création d?une telle redevance nécessiterait une modification
du code général des collectivités territoriales (CGCT) pour en fixer les conditions
d?institution, d?assiette, de taux et d?affectation ainsi que l?instauration d?un plafond
national et de règles d?exonérations notamment en fonction des revenus des ménages.
3. Depuis la suppression de l?écotaxe nationale en 2014 (à la suite de l?abandon du projet
Écotaxe poids lourds), la loi de finances pour 2016 (article 32) a ouvert la possibilité, pour
certaines régions volontaires, d?instaurer une éco-contribution régionale sur les poids
lourds empruntant leur réseau routier non concédé. La Collectivité européenne d?Alsace
(CEA), créée en 2021, est la première collectivité à s?être engagée concrètement dans
la mise en oeuvre de ce dispositif. Elle vise à faire payer les poids lourds en transit
international, qui utilisent gratuitement l?axe autoroutier A35, entraînant des nuisances
locales (pollution, bruit) et une concurrence déloyale vis-à-vis des itinéraires autoroutiers
payants allemands. L?atelier propose d?assouplir les règles de possibilité de déploiements
de l?écotaxe régionale et recommande une interopérabilité des systèmes pour des raisons
tant fonctionnelles qu?économiques.
4. Dans les grandes aires urbaines, il est proposé de permettre aux AOM de déployer
des péages urbains sociaux, à l?instar de ce que font les pays scandinaves depuis 1990, avec
une tarification basse et des périmètres larges, affectant les ressources à l?accélération de
déploiement de projets alternatifs à la voiture, en veillant à des compensations ou
exonérations pour les bas revenus. Déployé après la mise en place d?alternative à
la voiture, ce type de péage urbain permet de faire participer la voiture aux nuisances de
congestion qu?elle occasionne en zones urbaines denses en évitant une sélection par
l?argent. Il est donc socialement redistributif.
2.4.2. Ressources mobilisables par l?État ou l?Union européenne
Mobilisation et réaffectation de recettes existantes
La réaffectation de ressources fiscales existantes vers le financement des mobilités constitue
un levier de court terme ne nécessitant pas la création de nouveaux prélèvements, mais
relevant de choix politiques assumés par l?État. Plusieurs instruments peuvent être mobilisés,
sous réserve d?ajustements législatifs ou réglementaires.
La taxe de solidarité sur les billets d?avion (TSBA), prévue aux articles L. 422-20 et suivant du
code des impositions sur les biens et services, est actuellement affectée en partie à l?Agence
de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) à hauteur de 270 M¤ par an.
Le rendement de cette taxe (environ 460 M¤ en 2024) pourrait être entièrement fléchée vers
le financement de la mobilité durable, ce qui serait cohérent avec les objectifs climatiques du
pays. En l?état, les recettes de la taxe supérieures au plafond de 270 M¤ sont transférées au
budget général de l?État.
Ambition France Transports
- 19 -
Dans le cadre de la réforme de la taxe sur les émissions de CO?, en lien avec l?entrée en vigueur
du marché carbone européen ETS232 à partir de 2027, les États membres percevront
les recettes issues de la mise aux enchères des quotas ETS2 sur les carburants routiers.
Néanmoins, l?entrée en vigueur d?ETS2 entraînera une augmentation des prix à la pompe
estimée entre 10 et 25 centimes par litre de carburant, selon le prix du quota carbone. Cela
risque de pénaliser les ménages modestes ou ruraux, peu dotés en alternatives. Dans le cadre
réglementaire européen, chaque État membre pourra mobiliser une part des recettes d?ETS2
pour financer des aides ciblées aux ménages vulnérables. L?atelier propose qu?une part du
solde de l?ETS1 et de l?ETS2 soit fléchée vers les AOM et les investissements SERM, selon des
critères territoriaux (zones à forte congestion, etc.).
Le maintien des engagements financiers de l?État dans le cadre des CPER est également jugé
indispensable par l?atelier afin de sécuriser la trajectoire des investissements SERM et donner
de la visibilité aux AOM. Par ailleurs, le Fonds vert pourrait être mobilisé de façon plus ciblée et
lisible pour accompagner la transition des mobilités.
À horizon 2032, la renégociation des concessions autoroutières pourrait permettre une
réorientation partielle des recettes vers l?AFITF. Conscient des besoins de financement des
systèmes routiers et ferroviaires pour assurer le maintien en condition des réseaux, l?atelier
propose que seule une partie du solde des recettes autoroutières soit affectée aux
investissements des SERM et aux besoins de régénération des réseaux routiers et ferroviaires.
Recettes nouvelles
Aujourd?hui marginalement utilisés dans les mobilités, les certificats d?économies
d?énergie (CEE) pourraient être davantage mobilisés par la création de fiches d?opérations
standardisées sur les thématiques de report modal. Leur impact risque d?être toutefois limité
à ce stade, faute d?attractivité pour les acteurs du secteur33.
Une surtaxation sur les certificats d?immatriculation, à hauteur de 5¤ par cheval fiscal (CV),
permettrait de rapporter 185 M¤, à réaffecter aux conseils régionaux pour le financement des
projets de SERM. Une surtaxe de 10¤ pour les véhicules présentant au moins 7 CV permettrait
d?accroître encore davantage les recettes.
La mise en place d?une taxe additionnelle à la taxe de séjour, à l?instar de ce qui a été mis en
place en Île-de-France, pourrait également renforcer l?autonomie fiscale des régions AOM.
Le secteur aérien bénéficie aujourd?hui d?un traitement fiscal dérogatoire en matière d?accises.
Ce régime, historiquement motivé par la compétitivité internationale, est devenu
climatiquement incohérent, avec une croissance continue du trafic. Une proposition de
révision de cette dérogation est en cours, dans le cadre du volet «?Fit?for?55?». Elle vise à :
? supprimer les exonérations pour l?avion ;
? instaurer des taux minimums progressifs sur le carburant ;
? aligner la taxation du kérosène sur celle des carburants routiers.
32 ETS2 (Emissions Trading System 2) est le nouveau système d?échange de quotas d?émission de gaz à effet de serre
prévu par l?Union européenne dans le cadre du paquet Fit for 55. Il s?ajoute au marché carbone historique (ETS1), qui
couvre l?industrie lourde et la production d?électricité. ETS2 s?appliquera aux carburants utilisés dans le transport
routier (essence, gazole) et aux carburants utilisés dans les bâtiments résidentiels et tertiaires (gaz, fioul domestique).
33ACE Energie, Transports, certificats d?économies d?énergie et décarbonation. Un secteur à remettre sur les rails??,
2021.
Ambition France Transports
- 20 -
La réforme nécessite un accord unanime des 27 États membres au Conseil, et plusieurs pays
(la Hongrie, la Pologne) s?y opposent pour des raisons économiques ou de compétitivité. Selon
les accords européens obtenus, il est proposé un fléchage d?une partie de ces taxes vers
les transports publics. Il a également été évoqué un dispositif similaire pour le transport
maritime, sous réserve d?accord européen.
Une réflexion sur la contribution des véhicules électriques devra enfin être engagée. En effet,
il apparaît que le développement de leur usage induit une perte des recettes liées à la TICPE et
des frais d?entretien plus élevés compte tenu de leur poids. Un tel mécanisme pourrait
s?inspirer des modèles existants en Australie ou aux États-Unis, ou en gestation en Islande et
viserait à préserver la neutralité budgétaire tout en maintenant un signal-prix cohérent pour
les usagers.
2.5. Une gouvernance rénovée et adaptée aux besoins
Comme souligné dans le diagnostic, l?efficacité des politiques de mobilité est aujourd?hui
limitée par une gouvernance fragmentée, tant sur le plan territorial que fonctionnel. Cette
fragmentation freine la cohérence des offres de transport, dilue les responsabilités
opérationnelles et complique l?allocation optimale des ressources publiques. Ajoutons que
la gouvernance de la voirie, éclatée aujourd?hui entre toutes les strates publiques, renforce
la complexité de la gestion des mobilités.
Si certaines intercommunalités ont engagé des regroupements en réponse à ces enjeux
(cf. Erreur ! Source du renvoi introuvable.), la coordination reste incomplète. En particulier,
les régions, qui portent l?offre ferroviaire et interurbaine, ne sont pas systématiquement
associées à la gouvernance locale des mobilités. Une réforme territoriale pour combler ces
lacunes est certainement nécessaire, l?atelier propose des mesures pragmatiques pour avancer,
avec en tête un référentiel d?une gouvernance cohérente c?est-à-dire à l?échelle des aires
urbaines et articulant les politiques de mobilité, de logement, d?urbanisme et d?aménagement,
par des structures simplement pilotables et lisibles du point de vue du citoyen.
Enfin, s?agissant du cofinancement des SERM, l?atelier ne propose pas de mesure spécifique et
constate que les accords locaux comme à Bordeaux avec la région Nouvelle-Aquitaine ou à
Strasbourg avec la région Grand Est, permettent d?engager des SERM en partageant la
productivité urbaine et les ressources des acteurs urbains et régionaux.
Plus concrètement, l?atelier propose les mesures suivantes :
? encourager la coopération des conseils régionaux avec les syndicats mixtes SRU,
les EPL mobilités et globalement avec les communautés d?agglomérations et
les métropoles pour permettre une cohérence modale entre cars et trains ;
? renforcer la concertation sur la fixation des tarifs, en remplaçant les actuels comités
partenaires consultatifs par une instance obligatoirement consultée se prononçant
après étude lors d?un vote sur la fixation des tarifs et des taux et périmètre du
versement mobilité, en s?inspirant de l?exemple new-yorkais (cf. encadré 6) ;
? favoriser par des incitations (financières,?) les évolutions vers des gouvernances plus
intégrées à l?échelle des aires urbaines qui peuvent se traduire par des fusions de
communautés de communes et d?agglomérations, de fusions de communes, de
communautés d?agglomérations et de départements, selon la diversité des situations
et des territoires et toujours à leur initiative (cf. encadré 5) ;
Ambition France Transports
- 21 -
Encadré 5 : Adaptation des périmètres des EPCI aux réalités territoriales
Plusieurs territoires ont entrepris des fusions d?EPCI pour mieux adapter leur périmètre d?intervention
à la réalité des bassins de vie. À Cherbourg, la création de la communauté d?agglomération
de la Communauté d?agglomération du Cotentin en 2017, issue de la fusion de huit intercommunalités,
a permis de structurer l?action publique à l?échelle de la presqu?île, autour d?un pôle urbain fort et
d?un hinterland rural. Cette intégration a permis d?unifier la politique de mobilité, d?habitat et de
développement économique, en lien avec les flux domicile-travail et les usages du territoire.
De façon similaire, Le Havre Seine Métropole, créé en 2019 par la fusion de trois EPCI (dont la CODAH),
regroupe aujourd?hui 54 communes et s?est donné les moyens de piloter l?aménagement,
les transports ou la transition énergétique à l?échelle du bassin de vie havrais. L?objectif était d?aligner
les politiques publiques sur les pratiques territoriales réelles, au-delà du seul coeur urbain.
Enfin, la Communauté urbaine du Grand Reims, née en 2017 de la fusion de neuf intercommunalités,
s?étend sur 143 communes. Elle a été conçue pour répondre à une logique fonctionnelle : organiser
l?offre de services, les réseaux de transport ou la gestion de l?eau sur un territoire cohérent du point
de vue des mobilités et des interactions socio-économiques. Ces reconfigurations illustrent une
tendance structurelle : dépasser les découpages hérités pour construire une gouvernance
intercommunale à la mesure des usages.
Afin de suivre l?évolution du financement des réseaux urbains et des TER et plus globalement
des mobilités (notamment routières), un observatoire du financement des mobilités,
impliquant le SDES, le GART, l?UTPF, la FNAUT et l?ART, notamment, pourrait permettre de
suivre les évolutions et objectiver les débats.
Encadré 6 : Modalités de décision tarifaires à New York City
La Metropolitan Transportation Authority (MTA) gère les transports publics de l?agglomération new-
yorkaise ainsi que neuf ouvrages à péage. Le service est majoritairement exploité en régie, à
l?exception de Metro-North Railroad.
Les tarifs sont révisés tous les six mois. Le processus de décision repose sur un conseil de 16 membres,
dont le président de la MTA et six membres sans droit de vote. Tous sont nommés par le gouverneur
de l?État, avec une répartition géographique assurant une représentation des différents territoires, des
usagers, des employeurs et des collectivités
Ambition France Transports
- 22 -
SYNTHÈSE
Il est nécessaire et urgent de renforcer les liens entre les pôles urbains et le périurbain rural
ainsi qu?avec les villes moyennes autrement qu?en voiture : c?est l?objet des SERM.
La soutenabilité du modèle économique des AOM urbaines et régionales nécessite une
approche globale, articulant les leviers de recettes, de dépenses, et de gouvernance,
l?ensemble formant un tout cohérent. Face à l?ampleur des besoins d?investissement, aux
contraintes de soutenabilité économique et aux enjeux liés à l?emploi, les travaux de l?atelier
conduisent à recommander deux scénarios : l?un misant sur l?adaptation du cadre actuel,
l?autre sur une diversification plus ambitieuse des ressources, en complément des mesures
d?optimisation, de renforcement de la participation de l?usager et d?affectation de certaines
ressources des mobilités :
? Scénario 1 : ajustement du modèle actuel et déplafonnement conditionnel du
versement mobilité. Ce scénario repose sur une adaptation progressive du cadre
existant grâce à un déplafonnement du versement mobilité. Celui-ci serait conditionné
à la mise en oeuvre d?engagements de performance des réseaux et de revalorisation
tarifaire, les deux permettant de redresser la part des usagers dans les recettes
des réseaux. Ce scénario ne concerne donc que marginalement les régions.
? Scénario 2 : diversification des ressources et réforme structurelle du financement.
Ce second scénario propose une refonte plus profonde du modèle économique des
AOM, y compris régionales, avec une autonomie fiscale renforcée, reposant sur
la création de nouvelles ressources fiscales spécifiques et une meilleure captation
des plus-values générées par les infrastructures. Il vise à réduire la dépendance au
versement mobilité et à bâtir un financement plus équilibré, équitable, durable en
répondant aux enjeux multiples des mobilités tels que décrits au § 1.1.
Le tableau ci-après récapitule les différentes mesures identifiées en les classant en trois
catégories :
? celles à déployer quel que soit le scénario retenu, celles relatives au scénario 1 ou 2,
mais qui forment avec chaque scénario un tout cohérent, et qui ne sauraient donc être
considérées comme répondant seules aux enjeux du secteur et de son modèle
économique ;
? les mesures nécessitant une modification législative ou pouvant être mises en oeuvre
rapidement ;
? les mesures dépendant des décisions des collectivités, de l?État, ou des deux.
Les recommandations en bleu sont celles ayant fait l?objet d?un désaccord affirmé au sein de
l?atelier.
Ambition France Transports
- 23 -
Tableau présentant les recommandations communes aux deux scénarios
Recommandations
Responsables (État /
Parlement / Collectivités)
Déployable immédiatement ou
après modification législative
Augmenter la vitesse commerciale des réseaux,
optimiser leur design, afin de faire baisser les coûts
d?exploitation
Collectivités locales Déployable immédiatement
Adapter les moyens à la demande en déployant des
cars express et les cars interurbains là où la demande
ne justifie pas de modes lourds et là où elle ne peut
être satisfaite en l?absence de voies ferrées
Collectivités locales Déployable immédiatement
Accélérer la mise en concurrence des TER en se
coordonnant pour éviter les effets de saturation du
marché
Collectivités locales Déployable immédiatement
Alléger des normes coûteuses et peu justifiées au
regard des standards européens
État
Après modifications
règlementaires
Avoir une cible de R/D à 50 % d?ici 10 ans, selon les
situations, par l?adaptation des tarifs en assurant
l?équité sociale par la tarification solidaire, l?indexation
sur l?inflation, l?open payment, la lutte contre la fraude
Collectivités locales Déployable immédiatement
Prioriser les investissements SERM en fonction de la
demande de la performance économique et
environnementale et de la cohérence avec les
politiques d?urbanisme et d?aménagement
Collectivités locales Déployable immédiatement
Adaptation de la gouvernance locale : encourager la
coopération des Régions aux syndicats mixtes SRU et
AOM urbaines
Collectivités locales Déployable immédiatement
Création d?une instance locale consultative pour la
fixation des tarifs et des taux du VM associant mieux
les entreprises et les usagers
État / Parlement
Nécessite une adaptation
législative
Favoriser par des incitations les évolutions vers des
gouvernances plus intégrées à l?échelle des aires
urbaines
État / Parlement /
collectivités locales
Déployable sur décision locale,
mais peut nécessiter un cadre
législatif
Rénover le statut du syndicat mixte SRU et permettre
l?intégration d?EPCI sans obligation de VMA
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
Assouplissement et déploiement des écotaxes poids
lourds régionales avec interopérabilité des systèmes
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
Péage urbain social affecté au financement de la
mobilité dans les grandes agglomérations après
déploiement d?alternatives à la voiture
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
Engager une réflexion sur la contribution spécifique des
véhicules électriques pour compenser la perte de
TICPE et la dégradation des routes
État / Parlement
Nécessite une adaptation
législative
Mise en place d?un observatoire du financement des
mobilités et de la performance des réseaux avec des
règles permettant de partager facilement la
connaissance entre réseaux
Collectivités locales Déployable immédiatement
Affecter le solde des dispositifs ETS1 et ETS2 et le
produit de la TSBA actuelle
État Déployable rapidement
Mobiliser les CEE sur le report modal État / collectivités locales Déployable rapidement
Créer une surtaxe légère sur les certificats
d?immatriculation affectées aux régions pour les SERM
État
Nécessite une modification
législative
Créer une surtaxe sur la taxe de séjour affectées aux
AOM
État
Nécessite une modification
législative
Ambition France Transports
- 24 -
Recommandations
Responsables (État /
Parlement / Collectivités)
Déployable immédiatement ou
après modification législative
Affecter le solde du produit des concessions
autoroutières renouvelées après déduction des coûts
nécessaires au maintien en condition opérationnelle
des routes et voies ferrées
État
Nécessite une modification
législative, après le
renouvellement du système
autoroutier
Tableau présentant les recommandations des scénarios 1 et 2
Scénario Recommandation
Responsable (État /
Parlement / Collectivités)
Déployable immédiatement
ou après modification
législative
1
Déplafonnement ciblé du versement mobilité,
ou cumul VM/VMA, conditionné à des
engagements de gouvernance, de performance
et à une augmentation de la tarification
Désaccord du MEDEF
Mixte (État pour la loi,
Collectivités pour la mise
en oeuvre)
Nécessite une adaptation
législative
2
Création d?une taxe foncière spécifique sur les
plus-values induites par les infrastructures de
transport
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
2
Modulation des droits de mutation à titre
onéreux (DMTO) en fonction de l?accessibilité
aux services de transport, au bénéfice des AOM
urbaines et régions
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
2
Création d?une redevance locale dédiée (type
REOM) pour financer l?exploitation des réseaux
au bénéfice des AOM urbaines et régions
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
2
Bascule partielle du versement mobilité d?une
assiette salariale vers une assiette foncière
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
RAPPORT DE L?ATELIER N°2
AVENIR DES INFRASTRUCTURES ROUTIÈRES
Ambition France Transports
- 1 -
INTRODUCTION DES COPILOTES
La Conférence Ambition France Transports (AFT) a pour principale thématique, comme
l?indique son sous-titre, le « financement de l?avenir des mobilités ». Les membres de l?atelier 2
(voir liste en annexe) de la Conférence se félicitent du fait qu?un groupe soit spécifiquement
centré sur ce patrimoine que constituent les infrastructures routières et autoroutières. Les
copilotes et les membres du groupe ont souhaité ne pas limiter leurs travaux au seul réseau
routier national. Les réseaux départementaux et communaux ont également été traités car ils
constituent un maillon fondamental de la chaîne de transport, et sont également confrontés à
des enjeux de régénération et de modernisation.
L?ensemble du réseau routier, plus de 1,1 million de km, est aujourd?hui le vecteur de plus de
80 % des mobilités de personnes et de marchandises. Cela changera peu dans les années à
venir alors même que le réseau routier accueille des flux de plus en plus différenciés de
véhicules (automobiles, camions, autocars, autobus, deux roues de tous types, piétons, engins
agricoles?).
Cette diversification des usages va nécessiter localement des adaptations et les
investissements qui en résultent. Mais d?autres investissements, prioritaires, doivent
impérativement être réalisés : ceux qui concernent ce qu?il est convenu d?appeler la « dette
grise ».
Au sens strict, la dette grise, ou dette invisible, résulte d?un manque d'entretien des
infrastructures, engendrant à terme un important surcoût financier pour leur remise en état.
Or c?est ce qui a été constaté depuis plusieurs décennies, notamment sur le réseau routier
national non concédé (RNN). Les dépenses des administrations publiques centrales (État,
AFITF) pour les routes dépassaient 4 Md¤ courants en 2006. En moins de dix ans elles ont été
divisées par 2 avant d?augmenter un peu depuis 2020 (2,5 Md¤ courants en 2023). Le résultat
est que 20 % des chaussées du RNN nécessitent un entretien structurel et 30 % un entretien de
surface. Sans être aussi bien documentée, la situation de certains segments des réseaux
départementaux et communaux nourrit les mêmes inquiétudes.
Or, comme nous l?a indiqué le CEREMA, un euro d?entretien non réalisé aujourd?hui se traduira
au bout de quelques années par une dépense de 5 euros pour des travaux structurels. Il est
donc nécessaire d?amorcer dès maintenant la résorption de la dette grise car c?est un puissant
moyen de faire des économies dans les décennies à venir. Une croissance significative des
dépenses d?investissement est donc nécessaire sur les réseaux routiers, sachant qu?à la dette
grise au sens strict, il faut ajouter d?une part les dépenses d?adaptation aux impacts du
dérèglement climatique, et d?autre part les investissements destinés à accompagner la
décarbonation des mobilités routières. L?accroissement des dépenses d?investissement est
nécessaire sur l?ensemble du réseau. Les voiries des départements et du bloc communal, y
compris dans les zones rurales, sont également confrontées au problème de la dette grise et
aux adaptations qu?imposent le changement climatique et la décarbonation.
Le lecteur trouvera dans la première partie de ce rapport des indications chiffrées sur les
sommes à mobiliser. Mais notre groupe ne s?est pas arrêté à ce constat. Tenant compte de la
situation critique des finances publiques et ne voulant pas laisser croire que le problème serait
aisément résolu par une hausse de la fiscalité ; nous nous sommes penchés, comme nous y a
invité le ministre des transports, sur l?avenir du réseau autoroutier concédé.
Ambition France Transports
- 2 -
Ce dernier génère aujourd?hui un chiffre d?affaires (TVA incluse) de près de 15 Md¤ se
décomposant grossièrement ainsi : un tiers pour l?exploitation et les gros travaux ; un tiers pour
les actionnaires et le remboursement de la dette, et un tiers pour les administrations publiques
(TVA, Impôt sur les sociétés, Taxe d?Aménagement du Territoire, redevances domaniales?).
Lorsque les principales concessions autoroutières arriveront à échéance entre 2031 et 2036,
une autre organisation et une autre affectation des recettes des autoroutes doit être
envisagée. C?est ce à quoi s?attache la seconde partie de ce rapport. Elle envisage diverses
options et en recommande plus précisément deux.
Ces deux scénarios ont été choisis car ils ouvrent la possibilité d?anticiper dès 2026, via une
dette responsable, des dépenses de résorption de la dette grise des routes. La troisième partie
de ce rapport est donc une réponse, au moins partielle, aux questions posées dans la première
partie.
Ambition France Transports
- 3 -
SOMMAIRE
1. État du réseau routier et stratégies d?avenir : quelles priorités pour la route en France ? 4
1.1. La dette grise du réseau routier en France ........................................................................ 4
1.1.1. Les autoroutes concédées ................................................................................................ 4
1.1.2. Réseau national non-concédé : l?urgence à agir ........................................................... 4
1.1.3. Réseau routier décentralisé : des alertes, en particulier sur les ouvrages d?art ..... 4
1.2. Quelles priorités et besoins de financement pour les dix prochaines années ? ........ 6
1.2.1. L?urgence des routes nationales ...................................................................................... 6
1.2.2. Le besoin de connaissance du réseau départemental et communal ...................... 8
1.2.3. Le maintien de la qualité des autoroutes ...................................................................... 9
2. La gestion des autoroutes : une clef pour l?avenir de la route française .......................... 9
2.1. La fin de 90 % des concessions d?ici 2036 : l?opportunité de repenser la gestion et le
financement de la route en France ................................................................................................. 9
2.2. L?absolue nécessité de maintenir les péages .................................................................. 11
2.3. Plusieurs scénarii de gestion des autoroutes post-concession, en fonction du niveau
de transfert de risque souhaité ...................................................................................................... 13
3. Les conditions du financement de la route par la route .................................................... 17
3.1. La route, une pourvoyeuse importante de recettes pour les collectivités territoriales
et l?État ................................................................................................................................................ 17
3.2 Quelle utilisation des produits des péages ? ................................................................... 18
3.2.1 « La route finance la route » : imposer quelques grands principes ........................ 18
3.2.2 Financer dès à présent la régénération du réseau routier ....................................... 18
3.2.3 Le partage de la valeur des péages à partir de 2032 ................................................ 20
3.2 Les ouvrages d?art des collectivités territoriales ........................................................... 22
CONCLUSION ........................................................................................................................................... 24
OPINION DISSIDENTE : ASSOCIATION DES SOCIETES FRANCAISES D?AUTOROUTES ........... 25
Ambition France Transports
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1. État du réseau routier et stratégies d?avenir : quelles priorités pour la route en France ?
La dette grise au sens strict correspond à l?ensemble des investissements nécessaires à la
régénération de la route qui n?ont pas été réalisées et qui, en s?accumulant, menace le bon état
voire la viabilité du réseau routier. C?est en quelque sorte la dette qui doit être purgée afin de
maintenir un réseau à l?identique.
Cette dette grise doit donc être différenciée des dépenses nécessaires en matière de
modernisation et d?adaptation de la route. Ces dépenses couvrent l?ensemble des besoins
nouveaux en matière de modification des routes. Cela recouvre les investissements liés à la
résilience, aux nouveaux usages, à la décarbonation, à la réduction de l?impact écologique, etc.
1.1. La dette grise du réseau routier en France
1.1.1. Les autoroutes concédées
9 200 kilomètres d?autoroutes sont concédés en France, représentant moins de 0,1 % du
linéaire routier mais près de 25 % du trafic. Le modèle concessif a permis de garantir le maintien
d?un bon niveau d?investissement depuis 2005, entre 1 et 1,8 Md¤ par an (hors pics).
Depuis 2006, les dépenses d?entretien par kilomètre du réseau autoroutier ont été cinq fois
plus importantes que celles réalisées par le réseau national non-concédé. Aujourd?hui, le
ministère des transports estime que 92 % du réseau est en bon ou très bon état (indicateur
IQRA supérieur ou égal à 3/5), de même que 73 % des 12 100 ouvrages d?art. Seuls 2 % des
ouvrages d?art nécessitent des reprises structurelles. Ceci en fait l?un des réseaux autoroutiers
les mieux entretenus d?Europe.
1.1.2. Réseau national non-concédé : l?urgence à agir
La situation du réseau national non-concédé est la plus critique, du fait d?un sous-
investissement sensible depuis les années 2010. Il est aujourd?hui engagé dans une « spirale de
la dégradation »1, alors même que ses 12 000 kilomètres accueillent près de 20 % du trafic
routier. Le ministère des transports estime que 50 % des chaussées nécessitent un entretien
en 2022, dont 19 % un entretien en profondeur portant sur la structure des routes. 34 % des
ponts présentent un défaut voire une structure altérée, et cette dégradation s?accélère
(+5,3 points depuis 2017).
Le niveau d?investissement de l?État a été inférieur de 25 % aux besoins entre 2018 et 2022,
conduisant à la création d?une dette grise au moins 2,3 Md¤ sur la période. Par rapport au
réseau concédé et au réseau décentralisé, le réseau national non concédé a également pris du
retard dans certains travaux de résilience ou de réduction de son impact écologique.
1.1.3. Réseau routier décentralisé : des alertes, en particulier sur les ouvrages d?art
En 2023, les collectivités territoriales gèrent près de 1,1 million de kilomètres de voiries,
réparties entre le bloc communal (66 %) et les départements (34 %), ce qui constitue l?immense
majorité du linéaire routier français. Ce réseau accueille environ la moitié du trafic. Par
comparaison avec l?homogénéité du réseau national, le réseau décentralisé connaît une grande
1 Commission des finances du Sénat, Échéance des concessions d?autoroutes : tenir compte du passé pour préparer
l?avenir, Hervé Maurey, 2023.
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variété de situations et d?enjeux : réseaux métropolitains très empruntés, réseaux de montagne
soumis à des pressions climatiques importantes, réseaux ruraux très longs, réseaux insulaires,
etc. Parfois qualifié de « réseau capillaire » ou « réseau secondaire », il est essentiel pour relier
les axes structurants avec l?ensemble des zones urbaines et rurales. C?est le réseau de la route
du quotidien.
Les départements gèrent environ 377 000 km de routes départementales, engageant 5,6 Md¤
en 2023 (8 % de leurs dépenses), dont 4 Md¤ en investissement, ce qui en fait le premier poste
d?investissement des départements2. De leur côté, les communes de plus de 3 500 habitants
(71 % de la voirie communale) ont consacré 7,1 Md¤ en 2023 (en fonctionnement et en
investissement)3. Contrairement au réseau routier national non-concédé, les dépenses
consacrées aux voiries décentralisées ont crû de +2 Md¤ entre 2017 et 2023. La dépense de
voirie par habitant a augmenté de 24 % depuis 2017 et de 6 % depuis 2013.
Cela s?explique notamment parce que le réseau communal est le seul réseau routier à connaître
un allongement significatif depuis 2010, avec la création de 65 000 km de routes
supplémentaires, tandis que les routes départementales sont plus stables (+3 000 km). À noter
la forte croissance des véloroutes et voies vertes, souvent financées par les collectivités
territoriales (passant de 6 000 km en 2010 à plus de 21 000 km en 2023).
Ce maintien de l?investissement a permis de contenir la création d?une dette grise d?une gravité
similaire aux routes nationales non-concédées, même si les situations sont très hétérogènes
d?un département à l?autre. Ainsi, le ministère des transports et l?IDDRIM estiment que 36 %
du réseau routier décentralisé nécessite un entretien, taux en baisse par rapport à 2019 (59 %)
grâce à la reprise des investissements après le creux de 2010 à 2016. Les routes en mauvais état
représentent 11,4 % des routes départementales.
Contrairement au réseau national, il est difficile d?obtenir une vision consolidée de la situation
du réseau départemental et communal du fait d?une hétérogénéité des modes d?évaluation de
la dégradation de la route et d?une absence de remontée d?informations4. Ainsi, les estimations
de la dette grise varient énormément : l?IDDRIM chiffre celle du réseau départemental entre
12 et 18 Md¤, tandis que le Cerema évoque une dette grise de 7 Md¤ sur un scénario
approchant le niveau d?exigence sur le réseau national. S?agissant du bloc communal, la dette
grise n?a pu être évaluée. L?association des maires de France estime un besoin d?investissement
annuel de 10 Md¤, à mettre en rapport avec les 7 Md¤ dépensés en 2023. Cependant, l?État est
incapable d?identifier les dépenses de voirie des communes de moins de 3 500 habitants, et il
est probable que ce niveau d?investissement soit atteint ou approché par l?ensemble du bloc
communal. De son côté, le Cerema estime dans un scénario modeste une dette grise de 9 Md¤.
En tout état de cause, ces chiffrages manquent de fiabilité et ne sont pas endossés par le
présent rapport.
Les ouvrages d?art des collectivités territoriales constituent un point d?alerte particulier. On
estime que les ouvrages d?art départementaux sont au nombre de 240 000, contre 150 000
pour les communes. D?après l?IDDRIM, 1,4 % des ponts départementaux sont en mauvais état,
tandis que le programme Ponts conduit par le Cerema montre que sur l?ensemble des ponts
audités dans les petites communes, 25 % présentent des défauts structurels, dont 9 %
2 Les dépenses de voirie des collectivités locales entre 2013 et 2023, BIS n° 192, février 2025, Julien Desclodure,
département des études et des statistiques locales de la DGCL.
3 À noter que 0,3 Md¤ sont dépensés par les régions et les syndicats, principalement des subventions d?investissement
à d?autres collectivités territoriales ou à des porteurs de projet privés.
4 Constat déjà posé par la Cour des comptes, L?entretien des routes nationales et départementales, mars 2022.
https://www.ccomptes.fr/system/files/2022-03/20220310-entretien-routes-nationales-departementales.pdf
Ambition France Transports
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nécessitent des mesures rapides. Or, leur coût de réfection est élevé et les travaux sont
difficiles à étaler dans le temps. L?IDRRIM identifie ainsi une dette grise de 1,2 Md¤ sur les ponts
départementaux, tandis que le Sénat estime la dette grise des ponts du bloc communal
comprise entre 2,2 et 2,8 Md¤5. Cette dette grise est d?autant plus inquiétante qu?elle
représente un potentiel danger pour nos concitoyens, à l?image de l?effondrement du pont
Morandi en Italie en 2018.
1.2. Quelles priorités et besoins de financement pour les dix prochaines années ?
Il est tout d?abord apparu clair aux membres de l?atelier que la régénération des routes
nationales non-concédées devait constituer une priorité absolue par rapport aux autres
chantiers routiers, et ce dès 2026. En effet, un report de la résorption de la dette grise
après 2031 représenterait un coût plus élevé pour la collectivité publique, et présenterait le
risque d?une fermeture pure et simple de certains tronçons routiers, ce qui serait inacceptable
pour les territoires concernés. Ce coût est au final au moins multiplié par cinq par rapport à un
entretien régulier, et génère des pertes économiques pour les entreprises et les ménages.
Cela ne doit cependant pas effacer la vigilance nécessaire sur les autres réseaux routiers, en
particulier sur les ouvrages d?art des collectivités territoriales. En effet, plus que toute autre
route, un mauvais entretien d?un ouvrage d?art représente un danger grave pour les
conducteurs.
1.2.1. L?urgence des routes nationales
En 2025, le ministère des transports consacre un peu moins de 1,6 Md¤ à la gestion du réseau
routier national, hors masse salariale des directions interrégionales des routes. Ce montant se
divise comme suit (en M¤ courant), la catégorie « autre » comprenant des investissements liés
à la réduction de l?empreinte environnementale, la résilience face au changement climatique
et les usages collectifs.
Nous estimons qu?il est nécessaire d?atteindre d?ici 2030 1 Md¤ de financements
supplémentaires chaque année pour le réseau national non-concédé, selon plusieurs priorités
exposées par ordre décroissant.
5 « Sécurité des ponts : face au « chantier du siècle », l'urgence d'une action publique plus ambitieuse », rapport
d'information n° 669 (2021-2022), déposé le 15 juin 2022 par M. Bruno Belin.
295
686
547
120
Exploitation/entretien*
Régénération
Aménagement, sécurisation
et développement
Autre
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1/ La priorité absolue à la régénération
Nous estimons que tout financement supplémentaire en matière routière doit aller en priorité
à la régénération du réseau routier national existant, avant d?envisager de nouveaux projets. Il
s?agit d?assurer le maintien en bonne condition de ce patrimoine collectif d?une valeur de
160 Md¤, et ainsi éviter que des tronçons ne se dégradent trop, nécessitant des fermetures
comme par le passé (RN 4 en 2011 après un hiver ayant aggravé une chaussée vieillissante,
fermeture partielle de l?A15 en 2018 après l?effondrement d?un mur de soutènement, fermeture
de l?A13 après la découverte de fissures).
Cette régénération nécessiterait un surplus de dépenses de 800 M¤ et comprend plusieurs
aspects :
- la hausse des dépenses d?exploitation/entretien, afin de mieux préserver les routes et
réduire ainsi les coûts futurs de maintenance lourde. Le besoin est estimé à 100 M¤
supplémentaires par an ;
- l?accroissement des dépenses de régénération pour mettre fin à la création de
nouvelles dettes grises, d?un montant de 350 M¤ supplémentaires par an ;
- la résorption de la dette grise sur huit ans, nécessitant environ 350 M¤ par an.
Ainsi, un abondement supplémentaire de 450 M¤ par an à partir de 2026-2027 permettrait de
stabiliser la dette grise, mais il faudra monter à 800 M¤ par an pour résorber cette dette et
atteindre une qualité satisfaisante. Cette priorisation est également dictée par le fait que tout
report de la résorption de la dette grise génèrera une augmentation croissante des besoins de
financement pour y répondre.
2/ Résilience face au changement climatique et aux catastrophes naturelles
Le deuxième enjeu important est l?adaptation du réseau routier au changement climatique. Les
phénomènes météorologiques sont de plus en plus intenses et accélèrent la dégradation de
certaines routes : alternance rapide de températures, épisodes de gel intense, etc. De plus,
certains tronçons sont soumis à des risques particuliers liés aux catastrophes naturelles : routes
en zone inondable ou d?incendie de forêts, routes de montagne menacées par des
effondrements. Construire la résilience du réseau routier permet d?assurer sa continuité. Le
ministère des transports estime qu?un investissement jusqu?à 100 M¤ par an serait nécessaire.
A contrario, ne pas investir en préventif expose l?État à une dépense cinq fois supérieure en
curatif6.
3/ Adapter la route à la nouvelle donne environnementale (évolution des usages, impact
écologique)
82 % du transport intérieur de voyageurs et 88 % du transport de marchandises7 reposent sur
la route. Il est dès lors illusoire de faire reposer sur le seul report modal (train, vélo) la réduction
des émissions polluantes de la France. À la manière de nos voisins (en particulier l?Allemagne
et les pays nordiques), il est nécessaire de réduire l?impact environnemental de la route, ce qui
passe par plusieurs types d?investissement :
6 Pour 1 ¤ de dépense préventive non-réalisée en matière de résilience des infrastructures, la réparation des chaussées
après un événement climatique coûte 2 ¤ d?argent public et présence un coût socio-économique de 3¤ en moyenne
(fermeture d?axe, ralentissement, accident, etc.)
7 Exprimés respectivement en voyageur-kilomètre et tonne-kilomètre.
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- la réduction de l?empreinte environnementale de la route (points noirs du bruit,
protection de la ressource en eau, continuité écologique pour les espèces) : besoin
maximum de 130 M¤ par an pour le réseau national non-concédé ;
- l?adaptation de la route aux nouveaux usages, en particulier la voiture électrique et les
transports collectifs : entre 50 M¤ et 150 M¤ supplémentaires par an.
4/ Des nouveaux aménagements au cas par cas
Par différence avec les points précédents, il n?apparaît pas nécessaire de consacrer davantage
de fonds d?État aux projets d?aménagement. Ces derniers recouvrent la création de nouvelles
routes, la mise en sécurité de certains tronçons (terre-plein central, échangeur, etc.), etc. S?il
existe des besoins locaux avérés (par exemple liés à l?extension de certains ports, ou le
développement à venir de plateformes multimodales), il nous semble que les montants actuels
(près de 600 M¤ par an) permettent déjà d?y répondre raisonnablement. De plus, aucun acteur
n?a fait part d?un besoin d?extension du réseau national qui, sur ses portions concédées, non-
concédées et décentralisées, permet déjà d?irriguer le territoire national, avec l?un des réseaux
les plus longs d?Europe.
Naturellement, ces différentes catégories d?intervention ne sont pas exclusives les unes des
autres et des chantiers de régénération peuvent, de manière opportune, être l?occasion de
porter des aménagements de modernisation et de décarbonation.
1.2.2. Le besoin de connaissance du réseau départemental et communal
Eu égard à l?importance du réseau routier départemental dans la vie quotidienne des
territoires, en particulier ruraux, il n?est pas satisfaisant de ne pas disposer de recensement
fiable de la dette grise de ce réseau. Il nous apparaît urgent de mettre en oeuvre un diagnostic
précis sur les routes des collectivités territoriales :
- missionner le Cerema, en lien avec IDDRIM (Observatoire national des routes) et en
concertation avec les collectivités territoriales, d?établir un référentiel national
d?évaluation de l?état des routes départementales et communales ;
- imposer des remontées statistiques systématiques des départements et du bloc
communal (intercommunalités principalement) sur la base de ce référentiel national ;
- lancer une campagne d?évaluation des routes départementales sous la responsabilité
du Cerema, notamment pour les départements ruraux manquant de ressources au
regard de leur linéaire routier.
S?il nous apparaît que les routes départementales semblent en meilleur état que les routes
nationales, ce travail de recensement est essentiel eu égard à la situation financière des
départements. Il y a en effet un risque de réduction future des investissements. D?après
l?association des départements de France, 72 % des présidents de département indiquent
également que l?état de leurs routes va se dégrader.
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1.2.3. Le maintien de la qualité des autoroutes
Contrairement aux années 1990 et 2000, il n?apparaît pas nécessaire de financer une extension
du réseau autoroutier, sauf cas particuliers locaux. Dès lors, la priorité consiste à maintenir le
niveau de dépense d?entretien et de régénération des actuelles sociétés d?autoroutes, afin
d?éviter la constitution d?une dette grise. Ce montant est actuellement de 1,7 Md¤ par an en
moyenne, financés entièrement par les péages.
À cet entretien s?ajouteront des investissements supplémentaires au titre de l?adaptation aux
nouveaux usages à partir de 2031. Cela intègre notamment le déploiement de stations de
recharge, de pôles de transports collectifs, etc. Or, à ce stade, l?équilibre financier du marché
de la recharge électrique n?est pas assuré et dépend des subventions de l?État et des
constructeurs automobiles. En particulier, la flotte poids-lourds est peu électrifiée, rendant le
modèle économique fragile à ce stade. Les investissements en matière de transition des
autoroutes pourraient donc être importants, mais il n?apparaît pas possible de les estimer avec
précision à l?heure actuelle.
Enfin, il conviendra de suivre avec attention la période de transition correspondant à la fin des
contrats de concession afin que l?État récupère, comme prévu dans les conventions, un réseau
en bon état de fonctionnement (cf. 2.1).
Le réseau routier est un patrimoine qu?il faut impérativement entretenir pour éviter sa rapide
dégradation. La priorité doit être donnée aux investissements de résorption de la dette grise.
Le coût de l?inaction serait très élevé dans les années qui viennent, tant financièrement que
pour la vie quotidienne des habitants et le dynamisme économique du pays.
2. La gestion des autoroutes : une clef pour l?avenir de la route française
2.1. La fin de 90 % des concessions d?ici 2036 : l?opportunité de repenser la gestion et le
financement de la route en France
Depuis le début des années 1950, l?État français a décidé de développer son réseau autoroutier
par la voie de contrats de concessions. Il a ainsi confié le financement, la conception, la
construction, l?entretien, l?exploitation et la maintenance des autoroutes à des sociétés
concessionnaires pour une durée prédéfinie en contrepartie, pour ces sociétés, du droit à
percevoir un péage auprès des usagers.
Un contrat de concession repose sur l?équilibre entre trois caractéristiques fondamentales :
? un transfert de risques du concédant au concessionnaire ; ceci inclut le risque de trafic,
qui impacte les recettes, mais aussi les risques liés à la construction (retards de
chantiers, surcoûts) et à l?exploitation (coûts et disponibilité) et le risque de
refinancement (les très longues durées des concessions sont généralement supérieures
à celles des emprunts pouvant être contractés) ;
? une rémunération du concessionnaire par l?exploitation ;
? une durée qui n?excède pas le temps raisonnablement escompté par le
concessionnaire pour amortir les investissements réalisés, y compris la rémunération du
capital investi.
Ambition France Transports
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En 2025, le réseau concédé français compte quelque 9 100 km d?autoroutes et les sociétés
concessionnaires d?autoroute (SCA) sont au nombre de dix-neuf :
? sept SCA dites « historiques », dont six anciennes sociétés d?économie mixte (SEMCA)
privatisées en 2006 (ASF-Escota, APRR-Area, Sanef-SAPN) et Cofiroute, privée dès sa
création. Ces SCA historiques sont détenues par les groupes Vinci, Eiffage et Abertis et
représentaient 91,5 % du chiffre d?affaires global des autoroutes françaises concédées
en 2019 ;
? dix SCA dites « récentes » (Adelac, Albea, Aliae, Alicorne, A?liénor, Alis, Arcos, Arcour,
Atlandes et CEVM) dont les concessions ont débuté entre 2001 et 2019 ;
? deux SEMCA exploitant des tunnels alpins internationaux : ATMB (tunnel du Mont-
Blanc) et SFTRF (tunnel du Fréjus).
La majorité du réseau autoroutier concédé français est répartie entre les trois groupes que
sont :
? Vinci (Arcos, Arcour, ASF, Cofiroute et Escota) : les SCA sont regroupées au sein du pôle
Vinci Autoroutes, spécialisé dans la concession et l?exploitation d'infrastructures
autoroutières en France, qui exploite près de 4 450 kilomètres d?autoroutes ;
? Eiffarie (Adelac, Aliae, A?liénor, APRR, Area et CEVM), coentreprise d?Eiffage et
Macquarie : les SCA sont regroupées au sein du pôle Concessions autoroutières en
France, qui exploite plus de 2 460 kilomètres d?autoroutes ;
? Abertis (Sanef et SAPN) : la longueur cumulée des deux réseaux, première source de
revenus du groupe Abertis, s?établit à plus de 1 760 kilomètres.
Les SCA sont rémunérées par les revenus d?exploitation du réseau sous la forme de péages
acquittés par les usagers. Le concessionnaire tire majoritairement (98 %) ses revenus de la
perception d?un droit d?utilisation de cette infrastructure (le péage), acquitté par l?usager ; les
redevances perçues par les exploitants des aires de services et celles versées par les opérateurs
de télécommunications constituent des recettes annexes. Quoique les SCA s?acquittent d?une
redevance domaniale versée à l?État pour bénéficier du droit d?exploiter cette infrastructure
sur le domaine public, la fiscalité constitue désormais le seul moyen par lequel l?État peut
capter une partie de la valeur créée par les concessions autoroutières. L?activité des
concessions autoroutières aurait rapporté à l?État quelque 50 Md¤ entre 2006 et 20188, répartis
entre des versements spécifiques (taxe d?aménagement du territoire, redevance domaniale) et
fiscalité générale (impôts sur les sociétés et TVA).
Le bilan du système concessif fait apparaître de nombreuses limites. Le modèle des
concessions a en effet rempli ses objectifs à la fois en termes de qualité de service et
d?infrastructures, ainsi que dans sa capacité à libérer des capacités financières pour l?État.
L?Autorité de régulation des transports a ainsi rappelé dans son rapport de 2024 sur l?économie
générale des concessions9 que les concessionnaires autoroutiers sur le réseau français ont
respecté leurs obligations contractuelles et n?ont jamais eu à verser de pénalité au titre d?un
entretien défaillant. De surcroît, le modèle concessionnaire assure à la fois un principe « usager
payeur », rationalise les investissements et permet de sécuriser les fonds nécessaires pour
8 Rapport de la commission d?enquête sur le contrôle, la régulation et l?évolution des concessions autoroutières, remis
à la présidence du Sénat le 16 septembre 2020. A titre de comparaison, le rapport annuel de synthèse des comptes
des concessions autoroutières de l?ARAFER en 2018 indique que le chiffre d?affaires des concessions était de 10 Md¤
par an et que les SCA versaient en moyenne autour de 3 Md¤ de dividendes à leurs actionnaires chaque année.
9 Autorité de régulation des transports, rapport « Economie des concessions autoroutières », Novembre 2024.
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entretenir et exploiter le réseau, ce qui, dans un contexte de finances publiques contraint,
n?apparaît pas anodin. Cependant, ce modèle fait désormais l?objet d?une acceptabilité
politique et sociale réduite, associée à la critique des « trois P » : péages, profits, privé. Si les
analyses divergent marginalement sur la réalité d?une surrentabilité du modèle de concession
autoroutière10, elles convergent sur la nécessité de renforcer les compétences de l?État en
termes de négociations, pilotage et contrôle des contrats de concession (réduction des durées
de concession, limitation du recours à l?avenant, etc.).
Les concessions autoroutières vont prendre fin entre 2031 et 2036 (cf. tableau 1). Il convient
de préparer cette période de transition qui constitue à la fois une zone de turbulences, face à
la nécessité de s?assurer du retour du réseau concerné « en bon état d?entretien »11, et
d?opportunités, offrant la possibilité de redéfinir les règles de gestion du réseau autoroutier,
pour s?assurer de leur efficacité, mais aussi de leur acceptabilité. Le modèle qui sera retenu
devra ainsi permettre d?assurer la même qualité d?entretien et de modernisation des
autoroutes que le schéma concessif actuel, tout en permettant à l?État de capter une plus
grande partie des revenus issus de la gestion de ce réseau.
Tableau 1 : synthèse des durées des sept concessions historiques en France
Société d?autoroute
Début de la
concession
Fin de la
concession
Longueur du réseau (en
km)
ASF 1961 2036 2 730
Sanef 1963 2031 1 396
SAPN 1963 2033 372
APRR 1963 2035 1 890
Cofiroute 1970 2034 1 111
AREA 1971 2036 409
ESCOTA 1975 2032 471
Source : commission des finances du Sénat.
2.2. L?absolue nécessité de maintenir les péages
En 2023, les péages autoroutiers représentaient 15 Md¤ de recettes de péage (TTC), dont
10 Md¤ au titre des véhicules légers et 5 Md¤ au titre des poids lourds. 9,6 Md¤ étaient
consacrés aux dépenses des concessionnaires (investissements, exploitation et rémunération
de capitaux), y compris bénéfices nets, et 5 Md¤ aux taxes et redevances versées à l?État. Avec
la fin des concessions, les investissements dans le réseau autoroutier sont considérés comme
amortis, ce qui devrait conduire automatiquement à une diminution du montant des péages,
selon le principe de l?usager-payeur. En effet, à des fins d?alignement comptable, les contrats
de concession prévoient qu?en échange de la restitution gratuite de l?infrastructure à la fin de
la concession l?amortissement des actifs de la concession soit réalisé intégralement sur la durée
du contrat. Par ailleurs, les nouveaux investissements relevant du service autoroutier resteront
10 L?ART conclut ainsi (rapport de novembre 2024 cité supra) que la rentabilité des concessions s?établit à un niveau
cohérent avec le coût du capital pouvant être estimé sur la durée des contrats et les aléas d?une concession (estimation
d?un TRI à 7,9 % contre un coût du capital de l?ordre 7 % en moyenne pour des investissements de ce type). La
commission d?enquête du Sénat sur le contrôle, la régulation et l?évolution des concessions autoroutières a conclu en
2020 que les TRI actionnaires étaient compris entre 7,2 % pour la Sanef et SAPN 10,9 % pour ASF et Escota. L?IGF dans
son rapport « le modèle économique des sociétés concessionnaires d?autoroutes » (février 2021) a estimé un TRI
actionnaire allant de 7,7 % pour Sanef-SAPN à 12,5 % pour APRR-Area.
11 Voir le rapport d?information du Sénat sur la préparation de l?échéance des contrats de concessions autoroutières,
octobre 2024.
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probablement limités sur la période à venir, sous réserve des investissements nécessaires à la
transition écologique, dont les estimations manquent de fiabilité à ce stade. Cependant, une
telle diminution du niveau des péages présente plusieurs difficultés : elle n?est alignée sur
aucune réalité de fonctionnement du réseau (la durée de vie des autoroutes est en réalité
plutôt autour de cent ans) ; elle risque d?engendrer une augmentation de la fréquentation de
ce réseau et donc d?augmenter les besoins d?investissement, qui seront ensuite à nouveau
répercutés sur les tarifs de péage, entraînant un effet « yo-yo » préjudiciable au
fonctionnement du réseau ; elle ne permet pas d?orienter les comportements, en reflétant les
externalités de la circulation.
Comme l?a démonté Yves Crozet, l?exemple espagnol orienté vers la gratuité des autoroutes
confirme que ce type de décision conduit à une forte hausse des trafics (véhicules légers et
poids lourds), et par conséquent des émissions, et à une augmentation du besoin
d?investissement pour la régénération de la route rendu gratuite12, dans un contexte de
disparition des recettes fiscales qui étaient attachées au péage. De la même manière, la
gratuité des routes françaises non-concédées entraîne, dans les régions frontalières, un report
d?une partie du trafic de poids-lourds allemands qui cherchent à éviter les péages. Cette
situation conduit donc le contribuable français à payer pour le poids-lourd allemand. Ainsi, il
apparaît souhaitable de maintenir le tarif des péages au niveau actuel après la fin des
concessions historiques.
Le maintien des péages aux niveaux actuels pour les véhicules légers comme pour les poids-
lourds est compatible avec la directive Eurovignette (cf. encadré 1) qui a été transposée dans
le droit national en 2023. Mais la transposition a été faite a minima, une version approfondie
sera nécessaire, notamment pour intégrer la tarification des véhicules légers. En effet, pour
eux, la directive n?impose rien, ni sur le niveau ni sur la nature juridique des différentes
composantes de tarification. Il convient toutefois de définir les modalités de gestion du réseau
autoroutier pour savoir, si les niveaux des péages sont maintenus, comment ces flux de
financement sont orientés.
Encadré 1 : la directive Eurovignette
La directive Eurovignette est une directive du Parlement européen et du Conseil du 24 février
2022, qui fixe de nouvelles obligations, essentiellement pour la tarification des poids-lourds.
Elle constitue le cadre à la fois pour l?encadrement des futures taxes locales sur l?utilisation
de certains axes routiers par les poids-lourds, et des péages pour les poids-lourds pour les
nouvelles concessions.
Le dispositif Eurovignette se compose de deux redevances obligatoires qui ont déjà fait
l?objet d?une transposition dans le droit français :
- La redevance infrastructure, qui doit être modulée en fonction des classes CO² et ne
peut dépasser un plafond correspondant aux coûts de construction, d?entretien,
d?exploitation et de développement du réseau imputables aux poids-lourds ;
- La redevance pollution atmosphérique qui se compose de valeurs plafonds selon la
classe EURO des véhicules ;
Ces deux composantes sont complétées par des redevances facultatives qui n?ont pas encore
fait l?objet d?une transposition dans le droit français :
- la redevance congestion, qui ne peut s?appliquer qu?en période de congestion ;
12 Yves Crozet, laboratoire aménagement économie transport, université de Lyon, 13 mars 2025.
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- la redevance nuisances sonores ;
- la redevance CO².
La directive n?impose rien sur le niveau de tarification pour les véhicules légers, ni sur la nature
juridique des différentes composantes de tarification. Par contre, elle impose le respect des
principes de non-discrimination en raison de la nationalité ou de l?origine/destination, de
proportionnalité et de non-distorsion de la concurrence.
Selon les estimations de la direction générale des infrastructures, des transports, et des
mobilités (DGITM), l?évolution des modalités de gestion et de financement des autoroutes à
l?issue des concessions autoroutières actuelles devrait permettre de dégager jusqu?à 4 Md¤ de
recettes supplémentaires pour la puissance publique, via les péages, notamment via une baisse
du coût de la rémunération du capital.
2.3. Plusieurs scénarii de gestion des autoroutes post-concession, en fonction du niveau de
transfert de risque souhaité
Ainsi, afin de saisir l?opportunité de la fin des contrats de concession en cours, il convient
d?explorer et d?analyser les différents modes de gestion possible, afin de déterminer celui qui
sera le plus à même à la fois de répartir le risque entre concédant public et concessionnaire
privé, tout en générant les flux financiers susceptibles de permettre à l?État de couvrir
l?ensemble des besoins de financement des réseaux nationaux.
Ambition France Transports
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Graphique 1 : Répartition des responsabilités en fonction du mode de gestion et des phases du projet
Source : Extrait du Livret de diagnostic de la conférence AFT.
Le système des concessions autoroutières a montré sa robustesse dans le temps et sa capacité
à maintenir la qualité des infrastructures concernées et des services qui y sont liés. Il n?est pas
à écarter par principe. Une nouvelle organisation doit cependant être trouvée pour la gestion
du réseau autoroutier à péage, qui réponde à quatre conditions qui forment système :
? le maintien des péages (absence de gratuité) dans le respect des principes de la
directive Eurovignette ;
? une reprise en main par le décideur public à des fins d?efficacité et de transparence de
la dépense publique ;
? une péréquation nationale garantie ;
? une claire affectation des sommes à redistribuer.
Plusieurs modèles d?organisation ont été discutés lors des travaux du groupe. S?ils présentent
un certain nombre d?avantages, trois modèles ont été explorés mais écartés :
? le modèle des sociétés régionales de gestion autoroutière : ce modèle consiste à
concéder des plaques régionales, composées d?autoroutes (soumises à péage) et de
routes nationales (dont la gratuité serait préservée), aux sociétés concessionnaires ; le
maintien des péages aux niveaux de tarification actuels seraient justifiés par les besoins
d?investissement du RRN-NC adossé au réseau autoroutier ; ce modèle pourrait reposer
sur le versement d?une soulte en début de contrat par l?entité concessionnaire au
concédant ou une taxation intégrée au niveau de péage comme c?est le cas
actuellement ; si une telle organisation permettrait le financement de l?entretien et de
la régénération du réseau national aujourd?hui non-concédé et ainsi la résorption de la
dette grise, il présente plusieurs limites : en effet, dans un contexte de remise en
question du modèle concessionnaire, il constitue une perte de maîtrise de l?État sur une
partie du RRN-NC au profit d?une recherche de rentabilité des SCA. Il interroge
notamment certains élus locaux qui indiquent leur inquiétude sur leur capacité à
négocier avec les SCA pour faire évoluer les aménagements routiers sur leur territoire,
même en étant, comme proposé par les SCA, intégrés dans la gouvernance de ces
structures. De surcroît, il entraîne une triple interrogation, à la fois sur la nature de
l?autorité concédante (État ou Régions ?), sur l?évolution des DIR (les directions ont-elles
vocation à être privatisées ou supprimées ?) et sur la situation spécifique des régions
Bretagne et Ile-de-France qui ont peu ou pas de péages. D?une façon générale,
l?hétérogénéité des réseaux régionaux, autant en termes de longueur que de qualité des
infrastructures, est peu favorable au déploiement de ce modèle. En définitive, nous ne
sommes donc pas favorables à ce scénario, défendu par une partie des sociétés
concessionnaires d?autoroutes, car il ne permet pas de régler le problème de dette grise
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sur l?ensemble du réseau routier non-concédé, mais seulement sur une petite partie, il
réduit les recettes que l?État pourrait attendre des péages, au profit des entreprises
concessionnaires d?autoroutes, et il modifie l?architecture de la route française en
réduisant encore la part de réseau structurant géré par l?État.
? Le modèle de la régie : cette hypothèse consisterait pour l?État à reprendre en propre
la gestion du patrimoine des concessions après l?expiration des contrats ; selon ce
modèle, la conception, la construction, l?entretien, l?exploitation et la maintenance des
infrastructures relèveraient de l?État, soit à travers une gestion en régie directe, soit, le
cas échéant, en recourant à des tiers dans le cadre de marchés publics ; ce modèle
présente l?avantage d?une forte acceptabilité politique et sociale, d?une absence de
captation de la rente par le secteur privée et d?une liberté totale laissée à la puissance
publique sur la gestion du réseau autoroutier ; toutefois, il présente de nombreux
inconvénients car il fait peser l?ensemble des risques sur l?État (à l?inverse de la
concession), et par conséquent consolide toute la dette levée pour ces investissements
dans la dette maastrichtienne. Il contraint ce dernier à recruter massivement pour
acquérir les compétences et les effectifs requis pour assurer la bonne maintenance de
ce réseau ; il limite considérablement les gains d?efficacité associés à la concurrence ;
enfin, il fait peser un risque politique sur la gestion du réseau autoroutier, avec, en cas
de situation budgétaire contrainte ou de critiques de la population face au prix des
péages, la possibilité pour l?État de choisir de sous-investir dans le réseau ou de
diminuer les recettes issues de l?exploitation ;
? le statu quo : le modèle actuel des concessions autoroutières ne peut être prolongé ou
renouvelé pour deux raisons principales : il a servi à réaliser les investissements initiaux
dans le réseau autoroutier national qui seront finalisés et amortis, il n?y a pas de
nouveaux besoins massifs en la matière ; par ailleurs, il y a aujourd?hui besoin d?un
rééquilibrage de la relation financière entre l?État et les SCA.
Si le groupe de travail soutient l?abandon de ces trois premières pistes, il retient deux autres
modèles qui sont à même de répondre aux enjeux associés à la gestion du réseau autoroutier.
Aucun de ces deux modèles n?a reçu de soutien unanime des membres du groupe de travail ;
ils présentent tous deux des avantages et des inconvénients car ils cherchent à répondre à
différents défis identifiés dans le modèle actuel.
? Le modèle des concessions réformées : ce modèle consiste à s?appuyer à nouveau sur
des concessions auprès des sociétés concessionnaires, portant uniquement sur le
réseau national concédé et en tenant compte toutefois des écueils observés et
documentés à l?issue de cette première phase de privatisation ; ainsi, les concessions
pourraient porter sur des périmètres plus réduits et des durées plus courtes, afin
notamment de conserver une connaissance des déterminants du contrat ; des clauses
de revoyure régulières seraient prévues ex ante afin d?éviter la succession d?avenants
qui conduisent à augmenter progressivement les rendements financiers des SCA,
entraînant une perte de lisibilité pour la puissance publique et l?usager ; enfin, un
dispositif de plafonnement des rendements des contrats pourrait être déployé ;
? Avantages : ce modèle permet de capitaliser sur les compétences des SCA en
termes de gestion, de maintenance et de modernisation du réseau autoroutier ;
il garantit le fait que ces recettes financent les autoroutes qui ont été
empruntées par le payeur ; il met les recettes des péages à l?abri des incertitudes
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politiques ; enfin, il permet l?utilisation de capitaux privés pour réaliser les
investissements ;
? Inconvénients : ce modèle diminue les recettes publiques issues des autoroutes
car une partie du rendement est affecté au financement du capital des SCA et
au versement de dividendes aux actionnaires ; il rigidifie la gestion du réseau et
réduit les marges de manoeuvre de la puissance publique ; l?historique des
concessions souligne l?existence d?un risque de mauvaise négociation des
termes du contrat par l?État, à son détriment ;
? Réponse aux inconvénients : le recours à des contrats plus courts et renégociés
ou revus régulièrement permet de limiter la rigidification du pilotage et de
limiter les risques de perte de contrôle, notamment financier, pour l?État.
? Le modèle de la société privée de capital public : cette société pourrait être créée avant
même la fin des contrats de concession. Entre 2026 et 2031, elle aurait vocation à
intégrer les DIR pour gérer le réseau national non concédé. Elle pourrait lever de la dette
pour organiser la résorption de la dette grise sur ce réseau. À partir de 2031, elle
récupèrerait la gestion du réseau concédé. Elle n?aurait cependant pas vocation à gérer
ce réseau en propre, mais plutôt à avoir recours à des délégations de service public ou
des concessions avec les SCA.
? Avantages : ce modèle permet de lever de la dette et d?avoir la souplesse de
gestion associée au fonctionnement des sociétés privées. À travers le statut de
la société privée mais aussi la création d?une dette routière qui devra être
remboursée, ce modèle assure également la sanctuarisation des recettes des
péages au bénéfice du financement de l?ensemble du réseau routier. Cela
permettrait également de créer des synergies de pilotage et de gestion entre
réseau national concédé et non-concédé.
? Inconvénients : ce modèle repose sur la création d?une structure ce qui implique
un certain délai ainsi que des coûts de transition. Le caractère public du capital
et de la gouvernance de cette entité créerait une plus grande proximité et
dépendance aux décisions politiques, par exemple en termes de niveau et de
fléchage des recettes des péages. Dans ce schéma, la structure doit porter le
risque trafic et le risque infrastructure. Enfin, il est nécessaire de clarifier les
conditions de déconsolidation de la dette portée par ce type d?opérateur, au
risque sinon d?aggraver la dette maastrichtienne de la France (cf. 3.2.2).
? Réponses aux inconvénients : ces risques peuvent être tempérés par les statuts
conférés à la société ainsi que par la composition de son capital et de son
conseil d?administration. Les décisions ne devraient pas reposer uniquement sur
les voix de l?État (intégration dans les instances de décision de collectivités
territoriales, caisse des dépôts, etc.), à la manière du modèle réussi de la société
publique Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc.
La réorganisation du système autoroutier à péage doit se faire dans le cadre d?une réforme
à mettre en place rapidement. Elle demande en effet que soient définis les nouveaux
périmètres des concessions, leurs actionnaires, leurs cahiers des charges et, dans le même
temps la méthode et le montant attendu de la péréquation vers les infrastructures de
transport. Les deux options présentées dans le rapport doivent servir de base à ce travail
d?ingénierie institutionnelle.
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3. Les conditions du financement de la route par la route
3.1. La route, une pourvoyeuse importante de recettes pour les collectivités territoriales et
l?État
La route est une importante pourvoyeuse en recettes publiques, via plusieurs canaux :
? les péages : si l?ensemble des produits des péages sont aujourd?hui perçus par des
acteurs privés (à l?exception des tunnels du Mont Blanc et du Fréjus), ils génèrent
environ 5 Md¤ de recettes fiscales chaque année (TVA, impôts sur les sociétés des
entreprises concessionnaires, diverses taxes sur le secteur autoroutier ; cf. supra) ;
? l?imposition du carburant via la TICPE (31,8 Md¤ -- noter qu?elle ne couvre pas que les
dépenses de carburant car intègre le gazole non-routier et d?autres produits
énergétiques), la taxe spécifique aux outre-mer (500 M¤) et la TVA sur les produits
frappés par la TICPE (6 Md¤) ;
? l?imposition des véhicules : taxe sur les véhicules de tourisme des sociétés (700 M¤), le
malus automobile (700 M¤), la taxe sur les « cartes grises » (2 Md¤), la taxe sur les
contrats d?assurance automobile (1,1 Md¤) ;
? la compensation environnementale, via la taxe générale sur les activités polluantes
(1,5 Md¤), les écotaxes en cours de mise en oeuvre dans le Grand Est (dont CEA) et par
la mise en place de l?ETS 2 à partir du 1er janvier 2027.
? les amendes : les radars routiers génèrent 1 Md¤ par an environ, sans compter les
contraventions liées à l?usage de la route.
Parmi ces recettes, plus de 15 Md¤ sont perçues par les collectivités territoriales au titre de la
compensation du transfert de certaines compétences, qui ont d?ailleurs rarement des liens
avec les mobilités, tandis que plus de 5 Md¤ de recettes sont affectés au financement de la
sécurité sociale. En définitive, la route finance une grande variété de politiques publiques. Ses
produits sont rarement affectés à l?entretien desdites routes (à quelques exceptions près
comme l?affectation de 2,1 Md¤ de TICPE à l?AFITF en 2024, l?affectation d?une partie des
produits des radars à des projets liés à la sécurité routière). En cela, le contrat de concession
et le recours au péage permettent d?assurer que les recettes issues de la tarification de la route
soient bien consacrées à l?entretien de ces mêmes tronçons.
La fiscalité de la route est en recomposition rapide, sous quatre effets. Primo, la mise en oeuvre
du nouveau marché du carbone ETS 2 devrait coûter environ 5,2 Md¤ par an entre 2027 et
2030 au secteur routier. Secundo, la baisse du rendement de la TICPE, amorcé avec
l?électrification du parc et la baisse de la consommation de carburant, pourrait s?accroître
encore plus rapidement si le Gouvernement décidait de substituer une partie de la TICPE par
la mise en oeuvre d?ETS 2. Tertio, la directive Eurovignette change la structure de prix des
péages, en particulier sur les poids lourds. Quarto, l?expérimentation de deux écotaxes locales
dans le Grand-Est pourrait aussi jouer un rôle, alors que d?autres collectivités territoriales
réclament des mécanismes similaires. Nous pensons qu?il n?est pas opportun de grever
davantage ce secteur déjà très contributif par de nouvelles taxes, sauf si la recomposition en
cours de la taxation du secteur amenait à une forte baisse des rendements. En tout état de
cause, les expérimentations en cours sur l?écotaxe méritent d?être soutenues et évaluées car
elles constituent une opportunité de rendements locaux intéressants
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3.2 Quelle utilisation des produits des péages ?
3.2.1 « La route finance la route » : imposer quelques grands principes
Le « mécano financier » peut évoluer d?une année à l?autre, en fonction de facteurs budgétaires
et politiques tout à fait compréhensibles. Au-delà des chiffres et des mécanismes budgétaires,
il nous paraît important de définir les grands principes qui doivent guider la gestion des routes
nationales à partir de 2031 :
1/ La route finance la route : eu égard aux recettes générées par la route, une portion d?entre
elles doit être fléchée vers l?entretien, la régénération et la modernisation du réseau routier.
Ce principe simple contribue à l?acceptabilité de la tarification et de l?impôt.
2/ Financer le réseau par les recettes issues de la tarification des péages, plutôt que d?opter
pour des affectations de taxes. Dans les modèles que nous présentons, le surplus de recettes
permis sur les péages est suffisant pour financer les routes nationales concédées et
non-concédées. Cela permet de créer un cercle vertueux de financement sans pour autant
priver le budget de l?État et des collectivités territoriales de ressources fiscales.
3/ Pluriannualité des recettes et des dépenses : la LOLF a montré ses limites quant à l?entretien
des routes nationales. Du fait de l?absence d?affectation de recettes et de l?annualité
budgétaire, les DIR n?ont ni les ressources suffisantes, ni la prévisibilité nécessaire pour planifier
des travaux structurants. Plusieurs taxes et impôts ont été mis en place par le passé dans
l?espoir que leur produit finance les infrastructures de transport, mais le ministère de
l?économie et des finances a souvent employé ces montants à financer d?autres priorités ou la
dette publique. Cette attitude crée une véritable défiance dans le secteur du transport. Il est
indispensable de sanctuariser les financements dédiés à la route pour éviter que le risque
politique et les incertitudes budgétaires ne viennent obérer les rendements issus de l?activité
autoroutière. Ainsi, le futur schéma de financement doit débudgétiser certaines recettes issues
de la route, c?est-à-dire empêcher qu?elles ne soient versées au budget général de l?État. Il
faudra au contraire prévoir un mécanisme d?affectation stable et pluriannuelle des produits
des péages, qui soit moins dépendant des lois de financement. Cela garantira une meilleure
efficience de la dépense et de la commande publiques.
4/ Partager les produits des péages avec d?autres programmes nationaux en matière de
transport : les recettes issues de la route n?ont naturellement pas vocation à ne financer « que »
la route. Quand bien même la route représente plus de 80 % du transport de passagers et de
marchandises en France, elle ne peut pas être pensée en autarcie par rapport aux autres modes
de transport. Il faut d?une part penser les intermodalités et d?autre part reconnaître qu?il est
normal que la route finance d?autres modes de transport, eu égard à sa capacité à générer des
recettes par rapport à d?autres modes de transport nécessitant davantage de soutien public
(fluvial, ferroviaire, transports en commun). Ces surplus de recettes ne doivent pas être
affectés au budget général de l?État ou des collectivités territoriales, mais mis en commun pour
financer des projets nationaux de transport.
3.2.2 Financer dès à présent la régénération du réseau routier
Il est un point de consensus au sein des professionnels de la route : il n?est pas possible
d?attendre 2031 et les produits des péages post-concessions pour résorber la dette grise. Les
coûts de régénération en seraient décuplés, certaines routes devraient être fermées dans
l?intervalle et cela impacterait négativement les activités économiques et sociales de territoires
entiers.
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Remettre le réseau routier au niveau requis implique nécessairement une hausse des dépenses
publiques, car il n?est pas possible de trouver les fonds nécessaires par de simples gains de
productivité et repriorisation des dépenses routières. Nous avons exploré quatre modalités
possibles de financement d?une telle hausse de dépenses publiques.
Un scénario exclu :
1/ Recourir à des instruments financiers atypiques comme les marchés de partenariat. Les
instruments financiers qualifiés d?innovants comme ceux-là apparaissent peu pertinents pour
l?entretien ou la régénération d?infrastructures, a fortiori dans le cas où l?entretien en question
n?assurerait pas la gestion de l?infrastructure. Ils sont plus adaptés à des projets de création et
gestion d?infrastructures. En outre, l?endettement de l?opérateur privé est presque
systématiquement intégré dans le calcul de la dette publique au sens de Maastricht. Il donne
lieu à un remboursement par l?État in fine. Le coût de la dette privée, son coût moyen pondéré
du capital, est plus élevé que le coût de la dette publique.
Deux scénarios possibles mais fragiles :
2/ Assumer une priorité gouvernementale par une hausse des crédits du programme 203
« Infrastructures et services de transports » en loi de finances. Ce scénario a le mérite de la
simplicité, il permet d?éviter la création de structures porteuses de dette dès 2026 et de circuits
complexes de financement du RRN-NC. Cependant, en l?état des positions gouvernementales,
il apparaît peu réaliste car il implique des baisses de dépenses dans d?autres secteurs publics
pour compenser, ou l?émission d?une dette publique.
3/ Affecter temporairement une taxe, ce qui nécessiterait néanmoins de trouver une ressource
de substitution pour l?affectataire actuel de la taxe. Cela pourrait être une fraction de TICPE,
ou encore la fraction du produit des radars. Plusieurs membres de l?atelier ont souligné leur
souhait de voir se déployer plus largement une écotaxe, sur le modèle de celle qui est en
préparation dans la région Grand-Est et à la communauté européenne d?Alsace. En cas de
déploiement national, son rendement permettrait de couvrir une partie du besoin de
régénération de la route. Sa mise en oeuvre prendrait cependant plusieurs années et
nécessiterait d?importantes mesures de concertation et d?accompagnement des entreprises
françaises. Elle devrait en priorité être affectée à la route. Cette option n?a pas fait consensus
parmi les participants mais mérite d?être pleinement évoquée et débattue.
Ces deux scénarios sont compatibles avec les deux modèles de financement proposés par le
présent rapport.
Un scénario d?anticipation des recettes :
4/ Lever une « dette routière » qui sera remboursée par les futures recettes des péages. Une
entité publique serait chargée de s?endetter dès 2026, à raison d?environ 1 Md¤ par an, pour
financer la résorption de la dette grise et la régénération du RRN-NC, avant que les recettes
issues des péages n?abondent. Cette dette serait ensuite remboursée par l?affectation d?une
fraction des bénéfices issus des péages. Ce modèle d?endettement est crédible car il permet
de réaliser un investissement productif et repose sur la perspective de recettes futures. Cette
entité peut être de deux natures :
? soit l?on s?appuie sur une entité dédiée au financement des routes, sous forme d?EPIC
ou de société publique (exemple : société des grands projets), qui s?endette auprès des
marchés financiers ;
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? soit l?on recourt à un instrument financier ad hoc de la Caisse des dépôts et
consignations. Cette dernière dispose d?une expertise en matière de financement
d?infrastructures de transports (6 Md¤ de prêts en 2024) et des capacités financières
adéquates (résultat net très excédentaire de 5,1 Md¤ l?an dernier). Par ailleurs, les
activités de la Caisse ne sont pas comptabilisées, sauf exception, dans la dette publique
française. Enfin, cela permettrait de mobiliser l?épargne des Français pour un projet qui
touche leur quotidien. Cette dernière solution semble être politiquement la plus
acceptable.
L?un des enjeux de ce modèle est de garantir la viabilité des péages après 2031, car leurs
recettes constituent la contrepartie de cette dette. Une décision politique de baisse des
péages ou de nouvelles concessions non-retravaillées réduirait la capacité de l?entité à
rembourser cette dette routière. Il faut aussi s?assurer que cette dette publique n?est pas
intégrée dans la dette maastrichtienne de la France. Cela implique de respecter les normes
1.34 et suivantes du système européen de comptabilité (SEC 2010) : la dette n?est pas intégrée
si elle est portée par un agent économique dont plus de la moitié des activités sont des activités
commerciales, régies par des règles de marché. C?était par exemple le cas de la dette de RFF
(SNCF Réseau) avant 2014. Selon les scénarios, il nous semble possible d?exclure ces dettes du
calcul de la dette maastrichtienne.
Même si cela constituait un surplus d?endettement au sens de Maastricht, nous pensons qu?il
s?agit là d?une dette utile, en ce qu?elle finance des infrastructures qui généreront de l?activité
économique et des revenus futurs pour l?État. Plus encore, cette dette financière
supplémentaire permet de faire baisser symétriquement la dette grise des routes, et ainsi
augmenter le patrimoine collectif de la Nation.
3.2.3 Le partage de la valeur des péages à partir de 2032
De manière général, le tarif du péage se décompose en trois grands ensembles :
? une redevance d?usage : cette redevance repose sur le principe d?utilisateur-payeur. Elle
vise à couvrir les coûts associés à l?entretien et aux investissements dans les réseaux
autoroutiers qu?elle couvre. Elle est perçue par les SCA ;
? les taxes perçues sur la redevance : les recettes de la redevance sont soumises à des
taxes qui abondent le budget de l?État et des collectivités territoriales (TVA, impôt sur
les sociétés, TEILD) ;
? actuellement, la troisième composante couvre le coût du capital des montages
financiers assumés par les SCA et les dividendes versés aux actionnaires.
Avec le déploiement du dispositif Eurovignette et la fin des concessions historiques, cette
dernière composante est amenée à disparaître et à être remplacée (de façon schématique) par
la redevance pour coûts externes.
Pour chacun des deux scénarios esquissés en partie 2, nous proposons un schéma financier
permettant de financer les routes nationales non-concédées et les autres modes de transports
grâce aux recettes issues des péages. Il est important de noter que ces deux scénarios de
financement sont compatibles avec l?émission d?une « dette routière », mais en sont
indépendants. Ils peuvent tout à fait être déployés en l?absence d?émission de dette.
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Scénario n° 1 : des concessions plus courtes et mieux maîtrisées, sans adossement du RRN-NC.
Dans ce schéma, une agence nationale de financement des infrastructures de transports serait
créée ou mobilisée (possibilité de s?appuyer sur l?AFITF si sa gestion est rénovée) dès 2026. Elle
aurait pour mission de lever de la dette pour financer l?entretien des routes nationales non
concédées, auprès des marchés financiers ou en ayant recours à la Caisse des dépôts et
consignations. Elle aurait un statut permettant la pluri-annualité et l?endettement (EPIC ou
société avec actionnariat public). À partir de 2031, elle se verrait affecter des recettes issues
des péages. Elle pourrait également bénéficier de surplus de rentabilité issus des SCA, dans le
cadre de la clause de bonne fortune ou du partage de la rentabilité. Il faudra également lui
affecter certains revenus issus des redevances pour coûts externes permis par la directive
Eurovignette (taxes affectées au financement du transport). Cela lui permettrait de rembourser
l?éventuelle dette émise entre 2026 et 2031, de financer l?entretien du réseau national non-
concédé voire de redistribuer ces fonds vers d?autres moyens de transport. Le RRN-NC
resterait ainsi géré en régie par les DIR, mais financé en partie par les autoroutes.
Schéma du scénario n° 1 de financement
Scénario n° 2 : l?intégration de la gestion des routes dans un unique opérateur public. Ce
scénario réunit auprès du même acteur la gestion des routes nationales. Dès lors, les produits
des péages comporteraient toujours une part destinée à rémunérer l?exploitation et les gros
travaux, effectués par des entreprises privées agissant par délégation de service public ou
concessions. Une autre part de la redevance d?usage, correspondant à la rémunération du
risque trafic (environ 6 % des recettes) viendrait alimenter l?opérateur public national pour
financer les besoins du RRN-NC., De la même manière que pour le scénario 1, la redevance
pour coûts externes prévue par le dispositif Eurovignette pourrait être orientée vers une
agence nationale de financement des infrastructures de transport qui aurait vocation à
participer aux financements des autres modalités de transport. Ainsi, une forme de
péréquation intermodale vient compléter la péréquation intra-modale permise par l?opérateur
nationale.
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Schéma du scénario n° 2 de financement
Dans les deux cas, une rénovation de l?AFITF est indispensable. En effet, cette agence reste
actuellement soumise de facto au principe d?annualité budgétaire via l?affectation de taxes, si
bien qu?elle n?a pas la visibilité suffisante pour programmer des investissements de long-terme.
Ses ressources varient au gré des décisions gouvernementales. Ainsi, la taxe sur l?exploitation
des infrastructures de longue distance (TEILD) lui a été affectée à sa création, mais a été
compensé par une baisse symétrique de sa part de TICPE affectée. Cela nuit à la confiance et
donc à l?acceptabilité du contribuable, tout en empêchant la réalisation des investissements
nécessaires.
En complément de la répartition des revenus issus des péages, les résultats des
expérimentations d?écotaxes conduites dans certains territoires (la communauté européenne
d?Alsace et la région Grand Est) devront être analysés avec attention car ces dernières
constituent une source de financement complémentaire pour couvrir notamment les besoins
du réseau national non-concédé, qui ne doit pas être écartée. Le déploiement d?écotaxes
poids-lourd régionales peut ainsi permettre de limiter le recours à l?emprunt sur la période
2026-2031.
3.2 Les ouvrages d?art des collectivités territoriales
Le programme Ponts mené par le Cerema a permis de mettre au jour des risques importants
sur certains ouvrages d?art de petites communes. Or, eu égard à la situation financière des
départements, ces derniers font aussi face à un risque majeur sur leurs ouvrages d?art, avec des
conséquences potentiellement graves.
Or, le programme Ponts est notoirement insuffisant. Il ne couvre que les petites communes et
ne finance que peu de travaux sur les ponts, laissant parfois les maires démunis face au constat
de la vétusté de leur infrastructure. Il paraît ainsi contradictoire, pour ne pas dire absurde, pour
de nombreux élus de se voir opposer une fin de non-recevoir au prétexte que leur pont n?est
pas suffisamment dégradé pour prétendre aux financements de ce programme. En effet, plus
les travaux de réfection sont décalés dans le temps, plus ils sont chers, mais surtout plus les
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ponts se dégradent et plus ils sont dangereux pour les usagers. Cette situation est d?autant plus
frustrante que ce programme est en situation de sous-consommation de ses crédits.
Il est donc nécessaire de passer à la vitesse supérieure, en couvrant l?ensemble des ponts des
collectivités territoriales, et en finançant les travaux de l?ensemble des ponts qui le requiert,
sans attendre l?atteinte d?un niveau de dégradation particulièrement inquiétant. D?une part, il
faut accroître la quantité de travaux de rénovation dans les communes. Il nous semble d?autre
part important d?étendre dès à présent le programme « Ponts » aux départements, en
particulier ceux qui ont le moins de capacités financières ou le plus de linéaire. A la manière
des communes, le Cerema conduirait d?abord une phase d?audit national avant de proposer
des solutions techniques et financières aux départements.
Cela implique des fonds supplémentaires, qui pourraient être financée par l?affectation d?une
fraction de l?ETS 1 dès 2026, ou encore une fraction de la taxe sur l?exploitation des
infrastructures de longue distance (TEILD).
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CONCLUSION
La conférence Ambition France Transports était attendue depuis de longs mois. Il faut se
réjouir du fait qu?elle ait eu lieu et que son champ ait été large, en introduisant explicitement,
avec l?atelier 2, la question du financement des mobilités routières et autoroutières. D?emblée,
cet atelier s?est intéressé à l?ensemble du réseau routier français. En mettant en lumière
l?importance de la dette grise sur les réseaux non concédés et la priorité à la régénération qui
en découle, notre groupe de travail a produit un constat qui fera date. Il est devenu
connaissance commune qu?il y a désormais une urgence : sauver le patrimoine routier d?un
déclassement rapide dont les effets seraient dramatiques, tant pour les personnes (sécurité,
mobilités?) que pour le dynamisme collectif de notre pays et sa durabilité. Ce constat ne doit
pas seulement être partagé, il doit impérativement être concrétisé dans les prochains
arbitrages budgétaires.
Nous ne nous sommes pas contentés de tirer le signal d?alarme, nous avons aussi abordé une
question sensible : les concessions autoroutières et leur avenir dans la prochaine décennie. Cet
examen était nécessaire car les péages autoroutiers donnent naissance à des sentiments
ambivalents. Plusieurs études commanditées par les sociétés concessionnaires montrent un
réel attachement des utilisateurs de l?autoroute au système actuel. Le péage est alors considéré
comme une contrepartie de la qualité du réseau et des aires de repos, de la fiabilité des temps
de parcours et de la sécurité, toutes ces qualités étant plébiscitées par une grande majorité.
Dans le même temps, existe une grande défiance sociale et politique à l?égard du système
concessif, surtout depuis les privatisations des sociétés concessionnaires publiques du début
des années 2000.
Les concessions arrivant prochainement à échéance, le moment était opportun pour réfléchir
à une nouvelle organisation. Sans renoncer aux péages, et à leurs niveaux actuels, nous avons
montré que d?autres solutions sont possibles. Dans la ligne des rapports publiés par le Sénat et
l?ART, nous avons vu que les concessions peuvent être beaucoup mieux encadrées. Que leurs
tailles, leurs durées, et leurs formes juridiques peuvent être revues pour qu?une partie des
recettes des péages soient systématiquement orientée vers le financement des infrastructures
de transport. En toute logique, la route doit en être le premier bénéficiaire compte-tenu des
chiffres désormais connus de la dette grise. Nous sommes toutefois conscients qu?une
contribution au financement des autres infrastructures sera nécessaire, c?est pourquoi nous
proposons des mécanismes renouvelés de péréquation qui pourront aussi bénéficier aux autres
modes de transports.
Le travail n?est donc pas terminé. Notre rapport a jeté les bases d?une ingénierie institutionnelle
et financière assise sur les principes de la directive Eurovignette. Un approfondissement est
maintenant nécessaire. Il doit permettre, comme nous l?avons envisagé, de faire bénéficier dès
maintenant les différents réseaux routiers des recettes futures des péages autoroutiers.
S?endetter aujourd?hui pour éviter demain une explosion des dépenses d?entretien des
chaussées est une stratégie prudente, celle qui pérennise le patrimoine national.
Ambition France Transports
- 25 -
OPINION DISSIDENTE : ASSOCIATION DES SOCIETES
FRANCAISES D?AUTOROUTES
Rapport de l?atelier 2 Conférence Ambition France Transport : un compte rendu partiel et
partial de la richesse des discussions tenues en atelier et lors des journées thématiques
Le 5 mai dernier, la conférence Ambition France Transports a été lancée dans le but de réunir
l?ensemble des parties prenantes de l?écosystème des mobilités pour bâtir un nouveau modèle
de financement des transports qui réponde à nos besoins de moyen terme. Le travail collaboratif
de la conférence s?est notamment reposé sur 4 ateliers en groupes restreints qui ont été
éclairés par 3 journées thématiques, plus largement ouvertes. L?atelier 2 traitait du
financement des infrastructures routières.
Si le livret diagnostic, préparé par la DGITM et fourni en donnée d?entrée de l?atelier,
constituait une base consolidée des besoins en investissements sur le réseau routier national
(concédé ou non), il donnait également une première explication du cadre futur des péages
imposé par l?application de la directive Eurovignette ainsi qu?une analyse comparative des
différents modes de gestion. Les échanges, nombreux, ont eu lieu sur cette base et ont été
enrichi des nombreuses auditions menées par le groupe.
Au préalable, on peut déplorer que l?impératif de déconsolidation de la dette publique des
futurs investissements routiers soit ignoré, ou à tout le moins minoré, par le rapport. Pourtant
le 12 juin dernier, lors de la deuxième journée thématique organisée à Bercy, les ministres de
l?Economie, des Comptes Publics et des Transports avaient chacun souligné combien il était
important de pouvoir compter sur le financement privé sur ces sujets.
Le rapport, présenté rapidement lors du séminaire de convergence du 3 juillet puis transmis le
3 juillet, ne rapporte que très partiellement les éléments qui ressortaient des discussions,
principalement sur trois points :
1. Le rapport lie l?intégration du RRN-non concédé au seul modèle de l?établissement
public
? Le rapport souligne qu?un des enjeux majeurs est la gestion de la dette grise du réseau
routier national non concédé mais fait assez largement l?impasse sur les besoins de
modernisation du réseau routier pour s?adapter aux enjeux des prochaines décennies
(décarbonation, résilience, vieillissement?) alors que les besoins d?investissement liés à
ces enjeux ont fait l?objet de nombreuses présentations devant les membres de l?atelier.
? Le rapport oppose deux scénarios : un schéma concessif remanié (plus court et mieux
maitrisé) sans intégration du RRN-NC [scénario 1] et la mise en place d?un établissement
public qui percevrait le péage et assurerait l?entretien du réseau concédé et non
concédé [scénario 2]
? Nous estimons que le scénario intermédiaire qui propose un schéma concessif remanié
intégrant également une partie du réseau routier national non concédé, voire des
sections actuellement gérées par des collectivités est un scénario consolidé qui aurait
dû également être évoqué dans le rapport. En effet, il permet de
Ambition France Transports
- 26 -
? Assurer une résorption de la dette grise du RRN non concédé et des réseaux des
collectivités qui seraient en partie intégrés
? Générer des économies de fonctionnement au niveau de l?État qui lui
permettrait de réinvestir dans le RRN NC (voire le réseau départemental et
communal ou le ferroviaire dont le besoin additionnel serait de 1 Md¤ par an)
qui ne serait pas intégré (avec une économie allant jusqu?à 1,6 Md¤/an en cas
d?intégration de la totalité du RRN-NC)
? Permettre ces investissements ainsi que la modernisation de manière
totalement déconsolidée
? Assurer la pérennité des infrastructures rénovées avec des indicateurs de
qualité au contrat
? Ce schéma qui fait porter par le péage les investissements et l?entretien de
routes restant gratuites n?est pas en contradiction avec la règlementation sur le
péage tant que cette intégration de sections gratuites ne vient pas déstabiliser
les systèmes de péage actuels en aggravant des distorsions tarifaires existantes
et à ce que l?essentiel de la concession demeure à péage. Ce scénario est
d?ailleurs déjà utilisé dans les contrats comme ATMB, qui comporte 23 % de son
linéaire non payant (12 km sur A40 et 17 km de RN205) et également l?appel
d?offre en cours pour l?A154, qui prévoit que 15km de la RN12, soit 13 % du
projet, reste libre de péage.
? Cette solution a été présentée au moins en audition par tous les présidents de SCA
interrogés et a soulevé un intérêt auprès de certains membres de l?atelier
? De plus, ce scénario intermédiaire peut aller de pair avec l?intégration de collectivité
territoriales dans la gouvernance de ces concessions afin d?en faire des objets efficaces
d?aménagements du territoire, comme cela a été proposé par nombre de SCA lors de
leurs auditions et dans les discussions qui ont suivi. Cela va dans le sens de l?objectif de
rendre plus transparente la gestion des contrats de concession.
2. Plusieurs limites du scénario « société privée de capital public » ne sont pas évoquées
dans le rapport
? Ce scénario soulève des interrogations majeures quant à l?impact sur les comptes
publics à la fois en termes de dettes et de prélèvements obligatoires, à l?opposé de ce
qu?a affirmé la Ministre chargée des Comptes publics au cours d?Ambition France
Transport : « nous devons assurer que chaque euro public ne vienne pas « à la place de
» mais « en complément de » financements privés ».
? Il soulève également des doutes importants quant à sa compatibilité avec le droit
européen, en particulier avec la directive Eurovignette. Surtout, il ne garantit pas
l?affectation pérenne des recettes ? faut-il rappeler que l?Assemblée Nationale vient de
voter la suppression de l?AFIT, suppression également recommandée par la commission
d?enquête sénatoriale sur les missions des agences, opérateurs et organismes
consultatifs de l'État ?
? Enfin, il ne permet pas de flécher assez vers la route les recettes issues de la route et
laisse entier le problème d?entretien des réseaux routiers des collectivités locales. En
effet, l?expérience montre que seule la force de contrats passés avec des opérateurs
Ambition France Transports
- 27 -
privés est de nature à permettre le maintien durable d?une ressource comme le péage.
Cela permet de flécher ces ressources vers les travaux très importants, plusieurs
dizaines de milliards d?euros, nécessaires pour entretenir, faire évoluer et mettre à
niveau les réseaux routiers du pays.
3. Le rapport propose des solutions de financement court terme de manière ambiguë
? Le rapport aborde également la problématique du financement dès à présent de la
régénération du réseau routier national non-concédé. L?objectif affiché de la réflexion
du moyen terme de la conférence est donc ici modifié. Néanmoins, au vu de l?urgence
relative de la résorption de la dette grise, nous pouvons comprendre que ce sujet soit
également abordé ici.
? Pour autant, plusieurs pistes sont présentées et toutes sont rejetées ou identifiées
comme non adaptées hormis celle dite du « scénario d?anticipation » qui consiste lever
une « dette routière » qui sera remboursée par les futures recettes des péages. Si cette
solution mérite d?être étudiée, elle possède des fragilités et n?est pas la seule à
présenter cet intérêt du financement dès à présent :
? Le modèle proposé est très adapté au scénario de l?établissement public.
Néanmoins, il part du présupposé que le péage soit maintenu en 2032 tant dans
son existence que dans son niveau. Cette décision du maintien étant fortement
liée aux décisions politiques, le contexte actuel et les différentes échéances
électorales d?ici à 2030 fragilisent grandement ce présupposé (l?établissement
public n?offre pas autant de certitudes que la sécurisation d?un péage via un
contrat de concession avec un privé). La faisabilité d?un tel montage (en
conservant le caractère déconsolidé) nous interroge donc de manière forte
? Il ne permet pas forcément l?apport de capitaux privés pour investir sur la route
(sauf l?utilisation de l?épargne des Français avec la caisse des Dépôts), ce qui
semble dommage au vu des montants à investir
? Si l?objectif final de cet atelier est de trouver une solution qui permette de régler
rapidement le sujet de la dette grise du RRN-NC (voire des réseaux
départementaux et communaux), la solution proposée n?est pas la seule.
D?autres existent (même si chacune présente également des inconvénients) :
? Proposer un arbitrage entre les dépenses d?investissements routière. Sur
les 600 M¤/an de dépenses de développement de la route, il pourrait
être adapté de flécher pendant les 8 prochaines années les 300 M¤/an
qui permettrait d?arriver à une résorption de la dette grise du RRN-NC
(2,4 Mds¤)
? L?intégration de portions de RRN-NC, voire du réseau des
collectivités, aux futurs contrats, permettrait à l?État, voire aux
collectivités, de dimensionner un droit d?entrée pouvant aller
jusqu?à plusieurs Mds¤ (basé sur la valeur nette comptable des
portions intégrées). Entamer suffisamment tôt la passation de
futures concessions (avant la fin des contrats actuels)
permettrait ainsi à l?État de percevoir en avance de phase le
montant des droits d?entrée
Ambition France Transports
- 28 -
? La première solution nécessite un passage devant le Parlement et peut
souffrir d?un défaut d?acceptabilité. La seconde nécessite du temps pour
mettre en place et conduire les appels d?offre sans nécessiter un accord
du Parlement. Ces nouveaux contrats pourraient intégrer des clauses de
partage de la rentabilité qui semble être le reproche principal fait aux
contrats de concession historiques.
En conclusion, nous regrettons que le rapport ne présente qu?une opposition entre deux
modèles qui sont très perfectibles et caricaturaux sans donner une vision complète de la
richesse des échanges.
RAPPORT DE L?ATELIER N°3
INFRASTRUCTURES ET SERVICES FERROVIAIRES DE
VOYAGEURS
Ambition France Transports
- 1 -
SYNTHÈSE DES CONSTATS ET DES PROPOSITIONS
(1) Financer la modernisation et la régénération du réseau structurant : la priorité
absolue de sécuriser 1,5 Md¤/an supplémentaires
Dans un contexte de hausse de la demande ferroviaire, le décrochage français en matière
d?investissement dans la régénération et la modernisation du réseau, qui s?élève à 60 Md¤ de
« dette grise », est très préoccupant pour l?avenir du secteur ferroviaire et appelle une réaction
ferme et lisible de la part de l?État pour éviter l?effondrement de l?activité ferroviaire.
La régénération/modernisation du réseau structurant (le plus circulé) exige des recettes stables
et pérennes à hauteur de 1,5 Md¤ constants annuels supplémentaires à compter de 2028 par
rapport au contrat de performance, à comparer à un coût de l?inaction de 15 Md¤ d?ici 2032.
L?atelier affirme la priorité absolue donnée à la régénération et à la modernisation du réseau
structurant.
Le fonds de concours SNCF Réseau doit consacrer 500 M¤/an à ces travaux, mais l?atelier
estime que pour être sécurisé, ce fonds devra être consolidé à l?avenir en aide d?État
indépendante des résultats de SNCF Voyageurs.
Pour le milliard d?euros supplémentaire résiduel à ce financement, le groupe de travail (GT)
estime que le financement de la régénération devrait bénéficier d?une recette fiscale propre
dédiée, affectée à une ligne budgétaire dédiée dans les comptes de l?AFIT France.
À compter de 2032, le groupe de travail demande à ce que le réseau ferroviaire soit
bénéficiaire de surplus de recettes émanant des péages autoroutiers à l?issue des contrats de
concession. Entre 2026 et 2031, à défaut d?une ressource fiscale nouvelle dédiée à la
régénération, le groupe estime que des ressources de la fiscalité de report modal devraient,
temporairement au moins, être privilégiées, toujours à hauteur de 1 Md¤ constants. Elles
pourraient être complétées par de nouvelles recettes ou, de manière plus innovante, par une
contribution directe de l?usager sur tout ou partir des titres de transport ferroviaire. Cette
dernière proposition n?a pas fait consensus au sein du groupe.
Pour assurer la gouvernance du financement de la régénération et de la modernisation du
réseau existant, l?atelier s?est accordé sur la nécessité d?introduire une nouvelle génération de
contrat de performance, présenté devant les parlementaires et contrôlé par eux.
(2) Tenir compte des besoins des lignes de desserte fine du territoire (LFDT)
L?atelier a convenu de l?intérêt incontestable que présente la prise en compte des LFDT pour
la continuité des services exploités sur le réseau structurant et s?est accordé à solliciter une
« revue générale d?étape » des LFDT circulées et de l?état d?avancement de la problématique
des trains innovants dans la continuité du rapport Philizot, et de l?actuelle mission de l?IGEDD.
Concernant le matériel roulant, écarté du périmètre de l?atelier malgré son enjeu financier,
l?atelier a formulé le souhait que les Régions coordonnent le plus possible leurs commandes et
la gestion de leurs matériels roulants, pour gagner en pouvoir de négociation, bénéficier
d?économies d?échelle et rationnaliser leurs dépenses publiques en la matière.
(3) Assurer le financement des grands projets de développement sans effet d?éviction
sur la régénération et la modernisation
Ambition France Transports
- 2 -
L?atelier s?est accordé sur le fait que les grands projets de développement de l?infrastructure
ferroviaire, qui représentent un enjeu financier majeur pour SNCF Réseau (entre 1,9 Md¤
et 5,2 Md¤ par an sur la période 2026-2031), ne doivent pas générer d?effet d?éviction de
ressources disponibles par rapport au financement, prioritaire, de la régénération et de la
modernisation.
Afin de prioriser les demandes d?investissement dans les grands projets de développement,
l?atelier a créé un outil : le ferroscope. Celui-ci consiste en une grille multicritères auquel
chaque projet de développement serait soumis. L?étude de ces critères, motivés, publics et
transparents, permettrait de prioriser les investissements. L?atelier propose deux ferroscopes,
l?un pour hiérarchiser les projets de régénération et de modernisation, portant sur l?ensemble
du réseau ferroviaire circulant (intégrant le réseau structurant et les lignes de desserte fine) et
l?autre pour hiérarchiser les projets de développement.
En termes de financement des projets de développement, l?atelier a estimé qu?une partie
limitée des besoins de financement des projets de développement pourrait être couverte par
des financements publics (mécanisme européen pour l?interconnexion en Europe (MIE),
financements nationaux), qui devraient nécessairement être complétés par des financements
privés. Un recours plus systématique aux partenariats entre public et privé dans le domaine
ferroviaire est apparu comme l?un des apports notables de la conférence. Des réserves
appuyées, tant économiques qu?idéologiques ont cependant été objectées quant à
l?applicabilité des partenariats entre public et privé aux spécificités du ferroviaire et à leur coût.
Le groupe estime que l?intérêt financier des PPP doit être évalué pour chaque projet dans la
mesure du lissage de budgets publics qu?ils permettent d?envisager, ainsi que du statut de leur
endettement (éventuelle déconsolidation). L?atelier souligne également l?intérêt que
représentent les sociétés de financement, sur le modèle de l?extension des missions du Grand
Paris Express.
Concrètement, le groupe recommande d?effectuer une réactualisation générale des grands
projets de développement et de les soumettre à une triple évaluation : l?actualisation de leur
coût, ce pour quoi le GT sollicite le COI, établir leur ferroscope et les soumettre
systématiquement à manifestation d?intérêt en vue de partenariats public-privé.
(4) Saisir l?opportunité de l?ouverture à la concurrence en maîtrisant l?impact sur
l?aménagement du territoire
L?atelier a estimé qu?en dépit de l?opportunité que représente l?ouverture à la concurrence sur
le financement du réseau, via le choc d?offre permis, l?entrée sur le marché français reste un
parcours complexe. L?atelier recommande que les pouvoirs publics s?attachent prioritairement
à lever rapidement les barrières non-tarifaires subsistantes et soutient une absence
d?augmentation du niveau des péages, déjà parmi les plus élevés d?Europe.
Néanmoins, l?atelier a unanimement reconnu l?impact de l?ouverture à la concurrence sur un
écosystème qui était garant de l?aménagement du territoire et du financement du réseau à
travers le fonds de concours de la SNCF. Au-delà de préconiser qu?une mission soit diligentée
par le ministère des Transports relativement à l?ouverture à la concurrence, le GT appelle l?État,
de concert avec les Régions, à jouer pleinement son rôle d?aménagement national du territoire
en matière de dessertes ferroviaires. Il réaffirme le rôle de l?État dans le développement et le
financement de lignes d?aménagement du territoire de type « intercités », et, pour les SLO,
Ambition France Transports
- 3 -
propose de faire coexister d?une part le service librement organisé ouvert en open access tel
qu?actuellement, avec des services conventionnés intégrant des obligations de dessertes
financièrement compensées sous DSP de type « conventionnement supplétif » sur le modèle
breton ou par appels d?offres nationaux. Par défaut, en cas d?absence de candidats aux DSP,
le GT propose que la mission en soit confiée à SNCF avec une compensation financée pour
tout ou partie par un fonds de péréquation.
(5) Instaurer une nouvelle gouvernance du rail
L?atelier formule enfin plusieurs propositions en faveur d?une nécessaire et essentielle réforme
de la gouvernance stratégique et programmatique du ferroviaire. Celle-ci inclut, entre autres,
un rôle accru confié à SNCF Réseau de courroie de transmission des grands arbitrages de
politique ferroviaire, le renforcement des prérogatives arbitrales et régulatrices de l?ART ou
encore une meilleure saisine par l?AFIT France de ses missions de régénération du réseau. Une
forte de demande de loi de programmation ferroviaire s?est exprimée dans l?atelier, malgré des
réserves émises.
Ambition France Transports
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SOMMAIRE
PRÉAMBULE ................................................................................................................................................... 5
INTRODUCTION : FEUILLE DE ROUTE ET ORGANISATION DE L?ATELIER ...................................... 7
1. L?impératif absolu de régénération du réseau structurant ..................................................... 8
1.1. Un effort accru de régénération et de modernisation du réseau ferroviaire est
impératif et urgent pour arrêter sa dégradation et éviter l?effondrement de l?activité
ferroviaire ............................................................................................................................................. 8
1.2. Combler le retard français de modernisation .................................................................. 9
2. Des besoins de financement de 1,5 milliard d?euros supplémentaires par an pour la
régénération et la modernisation du réseau structurant, sans préjudice des coûts restant à
estimer pour les LDFT et les grands projets ..................................................................................... 10
2.1. La nécessité d?un ressaut de financement pour la régénération ................................ 10
2.2. Une révision d?étape du financement des LDFT ............................................................ 11
2.3. Des grands projets à réévaluer........................................................................................... 12
3. Vers un panier de recettes affectées au financement de la régénération et
modernisation du réseau structurant ............................................................................................... 12
3.1. Un besoin de recettes stables, prévisibles et fléchées vers la régénération et la
modernisation ferroviaires .............................................................................................................. 12
3.2. La nécessité d?un financement relais dès 2028 .............................................................. 13
3.3. Une nouvelle génération de contrat de performance comme pierre angulaire de la
stratégie ferroviaire nationale ........................................................................................................ 15
4. Vers une politique raisonnée de recours à l?investissement privé pour les projets de
développement ..................................................................................................................................... 15
4.1. Des financements européens limités et concentrés sur les sections transfrontalières
16
4.2. La mobilisation de financements privés dans leurs champs de pertinence ............. 16
4.3. La nécessité de réévaluer les grands projets de développement afin d?éviter un effet
d?éviction de ressources au dépend de la régénération ........................................................... 19
5. L?ouverture à la concurrence : une opportunité pour le financement des
infrastructures dans un nouvel écosystème ferroviaire ............................................................... 20
5.1. Une ouverture à la concurrence à conforter par la levée des obstacles tarifaires et
non-tarifaires ..................................................................................................................................... 20
5.2. Un besoin de nouvelles règles du jeu pour les dessertes TGV d?aménagement du
territoire .............................................................................................................................................. 21
6. Choisir, c?est financer : le Ferroscope ................................................................................... 23
CONCLUSION : POUR UNE NOUVELLE GOUVERNANCE DU RAIL ................................................ 25
Ambition France Transports
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PRÉAMBULE
Les années post-pandémie se sont traduites, à l?exception temporaire de l?Île-de-France encore
impactée par l?incidence du télétravail, par un redressement spectaculaire des trafics
ferroviaires. Tout indique que les préoccupations écologiques et climatiques ont déclenché
une prise de conscience dans l?opinion publique qui se traduit par une demande « civique » de
train particulièrement soutenue et sans doute durable si rien n?y fait obstacle, dans tous les
segments d?usage (services librement organisés comme services conventionnés,
cf. graphique 1).
Graphique 1 : Évolution 2017-2023 de la fréquentation annuelle de voyageurs
par mode de transport (indices 100 en 2017)
Source : bilan ferroviaire ART 2023
Cette tendance vertueuse, qui répond aux objectifs de report modal et de décarbonation des
mobilités, doit être accompagnée et encouragée par une offre ferroviaire à la hauteur des
attentes et des besoins d?investissements en infrastructures et en matériels ferroviaires.
Elle recoupe des objectifs politiques récurrents d?amélioration de la part modale du transport
ferroviaire de passagers et de développement significatif du fret ferroviaire (traduits dans la
Stratégie Nationale de Développement du Fret ferroviaire (SNDFF) et la Stratégie Nationale
Bas Carbone (SNBC)), ainsi que la nécessité socio-économique de développer les accès en
transports collectifs dans nos villes face aux restrictions de l?automobile en milieu urbain.
Alors que la France présente un niveau d?investissements en infrastructures de transport,
notamment ferroviaires, en net décrochage par rapport à ses homologues européens
comparables, les travaux du COI (2022) ont mis en évidence l?ampleur des investissements à
réaliser et des priorités à opérer dans nos infrastructures ferroviaires dans les deux décennies
à venir.
Ce défi ne peut plus être éludé, sauf à ne pas être au rendez-vous de la demande et à s?exposer
à un retour aux modes de transports individuels.
C?est dans le double objectif d?identifier (1) les priorités d?investissement en infrastructures
ferroviaires et (2) les moyens nécessaires au développement et à l?amélioration rapide de l?offre
Ambition France Transports
- 6 -
ferroviaire dans notre pays, qu?ont été orientés les travaux de notre atelier, à partir du « cahier
des charges » qui lui a été soumis par la Conférence « Ambition France Transports » (AFT).
Afin que ces infrastructures puissent durablement assurer les services qu?elles fournissent aux
exploitants, leur régénération et leur modernisation est un impératif, qui nécessite des
financements stables et pérennes.
SNCF Réseau comme l?ensemble de la filière industrielle attendent des choix clairs de la part
des décideurs publics afin de leur garantir à la fois une visibilité stratégique suffisante, et des
moyens rapidement mobilisables pour stopper le vieillissement du système ferroviaire et
résorber progressivement sa dette grise de sous entretien. Les financements pourront prendre
la forme de redéploiements budgétaires en faveur de cette politique prioritaire, mais aussi de
ressources nouvelles, stables et traçables, dédiées à la régénération du réseau circulé.
Il est apparu assez unanimement que l?écosystème public des transports n?a ni les moyens
budgétaires ni la capacité industrielle de mener de front l?ensemble des chantiers ferroviaires
de régénération, de modernisation et de développement en projet, et devra les hiérarchiser
et/ou s?appuyer sur des partenariats public-privé pour les préfinancer et accélérer leur
réalisation.
Ambition France Transports
- 7 -
INTRODUCTION : FEUILLE DE ROUTE ET ORGANISATION DE
L?ATELIER
L?atelier 3 a centré ses travaux sur le financement des différentes composantes du réseau ferré,
à savoir :
? la maintenance et la modernisation du réseau circulé, structurant comme de desserte
fine ;
? les projets de développement, soit SLO soit LDFT.
Il a également répondu à la demande d?explorer la question du financement des services SLO
d?aménagement du territoire en contexte concurrentiel.
Il n?était pas dans son cahier des charges de prendre en compte les investissements en
matériels et composants ferroviaires, et plus largement ceux liés à l?exploitation des lignes.
Cette réflexion sur la priorisation et la hiérarchisation des investissements s?inscrit dans un
contexte de finances publiques fortement contraintes : le cahier des charges a rappelé les
risques d?éviction financière au profit des créanciers de l?État associés à l?aggravation du
déficit, de l?endettement ou à la hausse des prélèvements obligatoires.
L?atelier 3 était composé d?une diversité d?acteurs institutionnels, parlementaires et élus
locaux, acteurs techniques et opérateurs du système ferroviaire, financeurs, représentants des
usagers et de la société civile, académiques et experts. Le groupe s?est réuni 7 fois et a conduit
27 auditions de personnes qualifiées. Il s?est également appuyé sur l?analyse de très nombreux
cahiers d?acteurs.
Ambition France Transports
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1. L?impératif absolu de régénération du réseau structurant
Géré et financé par SNCF Réseau, le réseau national historique permet la circulation de 15 000
trains quotidiens, dessert environ 3 000 gares et points d?arrêt et plus de 3 000 sites industriels1.
Deuxième réseau européen par son extension, il compte environ 28 000 km de lignes pour
48 000 km de voies (2 700 km de lignes à grande vitesse, 15 500 km de lignes classiques du
réseau structurant, 7 100 km de lignes de desserte fine et 2 200 km de lignes capillaires
spécifiques au fret) qui accueillent chaque jour 5 millions de passagers.
Ce réseau présente un âge moyen élevé, de 30 ans en moyenne (contre moins de 20 ans en
Allemagne), avec une part significative des composants désignée comme hors d?âge : c?est le
cas de 30 % des appareils de voie et de près de 30 % des composants caténaires. 30 % des
postes d?aiguillage ont plus de 50 ans. L?état de la voie a pour conséquence 2 400 km de
ralentissements dont 1 200 km sur les LDFT2. Le réseau est l?un des moins équipés en
technologies numériques d?Europe.
1.1. Un effort accru de régénération et de modernisation du réseau ferroviaire est impératif
et urgent pour arrêter sa dégradation et éviter l?effondrement de l?activité ferroviaire
Depuis le début des années 2000, de nombreux rapports3 ont souligné la nécessité de stopper
le vieillissement du réseau. En décembre 2022, le conseil d?orientation des infrastructures (COI)
insistait sur la dégradation du réseau ferroviaire et l?important retard accumulé dans la
modernisation du réseau structurant, générant une « dette grise » estimée par SNCF Réseau à
60 Md¤ qui constitue « le coût de l?inaction » passée.
Plus récemment, l?autorité de régulation des transports (ART), dans son rapport de juillet 2023,
allait jusqu?à pointer le risque d?effondrement de l?activité ferroviaire dans le cas d?un scénario
dit « tendanciel »4. En effet, le vieillissement :
? dégrade la qualité de service des trains du quotidien : 4 000 km de lignes sont menacés,
soit 2 000 trains quotidiens à partir de 20285 ;
? menace la sécurité des circulations ;
? renchérit considérablement les coûts de remise en état ultérieure ;
? expose certaines sections de lignes à une obsolescence irrémédiable.
SNCF Réseau identifie, dans les dix prochaines années, un risque lourd de ralentissement voire
de fermetures de service sur un ensemble de lignes représentant un tiers du réseau6.
À cet égard, la situation française est objectivement l?une des plus préoccupantes même si
d?autres pays que la France, notamment l?Allemagne, sont confrontés à la même nécessité de
régénérer et moderniser leurs réseaux vieillissants. La France se situe en effet nettement à la
1 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
2 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
3 Rapports de l?Ecole polytechnique fédérale de Lausanne en 2005 et 2011, Commission Mobilités 21 en 2013, discours
présidentiel à Lorient en 2016, rapport Spinetta en 2018, rapport de la Cour des comptes en 2021.
4 Scénario correspondant à la mise en oeuvre de la trajectoire prévue par le contrat de performance entre l?État et
SNCF Réseau pour la période 2021-2030 et à sa prolongation au-delà de 2030, en tenant compte des projets de
développements inscrits dans la trajectoire de « cadrage budgétaire » du COI.
5 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
6 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
Ambition France Transports
- 9 -
traîne des pays de l?Union européenne en termes d?investissement dans la régénération7 et en
matière de modernisation (cf. tableau 1 et graphique 2).
1.2. Combler le retard français de modernisation
Par ailleurs, y compris sur les lignes classiques qu?elle régénère annuellement sur des bases
techniques du siècle dernier (1 000 km), la France accuse un très net retard d?intégration des
nouvelles technologies, notamment numériques, au sein de l?UE. Or, la modernisation de son
réseau le plus circulé constitue un enjeu de capacité, de productivité et d?efficacité de tout
premier ordre pour la fiabilité de nos chemins de fer, qui doit être le plus systématiquement
possible associé aux opérations de régénération.
Les deux principaux objectifs de modernisation concernent le déploiement du système de
contrôle commande européen ERTMS, et la migration progressive de la gestion des aiguillages
vers un système de commande centralisée du réseau (CCR).
Tableau 1 : taux de déploiement de la commande centralisée du réseau (CCR)
dans plusieurs pays européens (en %)
France Allemagne Italie Belgique
Taux de
déploiement
18 % 90 % 70 % 65 %
Source : IRG-Rail, 13ème rapport annuel d'observation des marchés ferroviaires en Europe, mars 2025
Graphique 2 : avancement du déploiement du système européen de gestion du trafic (ERTMS) en 2023
par rapport aux objectifs 2030
Source : Autorité de régulation des transports
7 Voir notamment les conclusions du rapport KP Prime 2024 (données 2022) qui montre qu?à périmètre comparable
les montants de régénération en 2022 mais aussi sur la période 2018-2022 sont inférieurs en France par rapport aux
principaux gestionnaires d?infrastructures européens (DB Netz AG, ProRail, RFI, SBB).
Ambition France Transports
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Le financement pérenne de la régénération et de la modernisation doit permettre d?endiguer
définitivement sous 15 ans la dégradation du réseau structurant et des LFDT circulées, sous
peine que son coût de remise en état devienne prohibitif et inaccessible.
Alors que les priorités d?investissement ferroviaire se sont, ces dernières années, diluées au
profit de nouveaux grands projets de développement ? notamment de lignes à grande vitesse
(LGV) ? pour un montant global de l?ordre de 40 Md¤ et de 26 SERM, qui recoupent toutefois
en partie les besoins de régénération du réseau historique, il apparaît plus que jamais
nécessaire de replacer la régénération et la modernisation du réseau structurant au coeur des
priorités dans les arbitrages gouvernementaux et de s?y tenir dans la durée grâce à un niveau
de financement rehaussé, identifié et pérenne.
À défaut d?un tel niveau de prise en charge, cet enjeu crucial s?expose à des coûts d?inaction
ou d?indécision supplémentaires et susceptibles d?engendrer à court terme des dégradations
de la qualité de nos services ferroviaires ; et à plus long terme, à des risques d?abandon de
lignes.
2. Des besoins de financement de 1,5 milliard d?euros supplémentaires par an pour la
régénération et la modernisation du réseau structurant, sans préjudice des coûts restant à
estimer pour les LDFT et les grands projets
2.1. La nécessité d?un ressaut de financement pour la régénération
Un premier effort financier progressif depuis 2013 a permis une augmentation significative des
financements publics de mise à niveau du réseau mais qui n?a pas suffi à endiguer son
vieillissement critique et se heurte à une contraction sensible des dépenses d?investissements
depuis 20168.
Graphique 3 : Effort de régénération du réseau en euros constants (¤ 2021)
Source : Autorité de régulation des transports
8 Tandis que la dynamique est orientée à la hausse dans le reste de l?Europe (hausse des dépenses d?investissement en
euros courant de +40 % depuis 2019).
Ambition France Transports
- 11 -
Le besoin en investissement pour la régénération et la modernisation du réseau structurant est
aujourd?hui estimé par SNCF Réseau à 1,5 Md¤ (en euros constants) supplémentaires par an,
par rapport au contrat de performance (2,9 Md¤ courants) actuel.
Ce montant de 1,5 Md¤ (en euros constants) supplémentaires est absolument nécessaire à
endiguer le vieillissement du réseau structurant et à engager sa modernisation sous deux
décennies, notamment en l?adaptant au système européen ERTMS (pour un montant de l?ordre
de 0,2 Md¤ par an au sein de cette enveloppe, selon l?ART).
Il s?agit d?un scénario socle par rapport à la cible COI, intégrant une part de performance
économique et industrielle et de nouveaux engagements (y compris renforcement de la
résilience au changement climatique et soutien au plan de mobilité militaire). Ce scénario se
situe au-delà du seuil identifié par l?ART dans son scénario dit « tendanciel + 1,3 Md¤ 2028 »,
soit le montant minimal permettant de répondre à la croissance du trafic, d?endiguer la
dégradation des lignes les moins circulées et de maîtriser les coûts d?exploitation.
Ce coût est à mettre en regard avec le coût de l?inaction, dont les estimations de SNCF Réseau
s?élèvent à 15 Md¤ d?ici 2032, et 4 000 km de lignes menacés soit 2 000 trains quotidiens à
partir de 2028.
2.2. Une révision d?étape du financement des LDFT
Les représentants des Régions ont insisté pour que les LDFT, composantes du réseau
historique, ne soient pas exclues des réflexions, leur remise en état représentant un coût
estimé à 500 millions d?euros (de 4509 à 600-700 M¤ dans le rapport Philizot10).
Les engagements financiers du volet ferroviaire 2023-2027 des CPER prévoient un effort
d?investissement théorique moyen sur 5 ans de 520 M¤ par an tous financeurs confondus (hors
les 14 lignes intégrées au réseau structurant), de nature à répondre aux besoins. On constate
toutefois un niveau d?engagement réel inférieur, de l?ordre de 350 M¤ par an. Il a également
été fait état d?un défaut de suivi des perspectives de trains innovants susceptibles
d?application à des services régionaux et locaux moins capacitaires et moins coûteux que
l?exigent les normes courantes.
Dès lors, l?atelier a convenu de l?intérêt incontestable que présente la prise en compte des
LFDT pour la continuité des services exploités sur le réseau structurant, en particulier les lignes
les plus circulées et celles reliant des pôles urbains significatifs. L?atelier s?est accordé à
solliciter une « revue générale d?étape » des LFDT circulées et de l?état d?avancement de la
problématique des trains innovants dans la continuité du rapport Philizot, et de l?actuelle
mission du IGEDD diligentée à l?initiative de Régions de France (pour la Bourgogne-Franche-
Comté) afin de remettre à plat les priorités, les conditions de financement et éventuellement
de requalification et de gouvernance de ces lignes.
Il est à noter que la question du matériel roulant (acquisition, régénération à mi-vie, adaptation
à ERTMS), qui constitue un enjeu financier incontestable, bien que soulevée par les Régions, a
9 Estimation du coût de la régénération dans le scénario planification écologique établi par le COI.
10 Estimation du rapport Philizot permettant d?assurer la régénération de l?ensemble des opérations nécessaires et de
garantir la pérennité de l?ensemble des lignes.
Ambition France Transports
- 12 -
été écartée du périmètre du groupe de travail et devra être abordée dans d?autres instances
de concertation, au regard de son impact financier pour les Régions et des prérogatives
respectives de l?État et des Régions. A ce sujet l?atelier a toutefois formulé le souhait que les
Régions coordonnent le plus possible leurs commandes et la gestion de leurs matériels
roulants, pour gagner en pouvoir de négociation, bénéficier d?économies d?échelle et
rationnaliser leurs dépenses publiques en la matière.
2.3. Des grands projets à réévaluer
Enfin, les grands projets de développement de l?infrastructure ferroviaire représentent un
enjeu financier majeur pour SNCF Réseau : en 2025, près de 37 % du budget d?investissement
de SNCF Réseau sera consacré à des projets cofinancés dont 20 % pour les grands projets (soit
1,2 Md¤). À ces montants s?ajoutent des besoins d?investissement supplémentaires identifiés
par SNCF Réseau dans le cadre des différents scénarios d?évolution du réseau étudiés par le
Conseil d?orientation des infrastructures. Selon les options retenues, le montant des
investissements annuels moyens pour le développement du réseau structurant sur la période
2026-2031 (hors SERM et hors fret) varie entre 1,9 Md¤ et 5,2 Md¤ par an11.
Cependant, dès lors que la régénération est reconnue comme la priorité de l?action publique
en matière ferroviaire, il convient de veiller à ce que les besoins considérables en financement
des grands projets de développement ne génèrent pas un effet d?éviction de ressources
disponibles ou mobilisables à son détriment comme ce fut le cas lors des premières générations
de LGV (Mobilités 21).
Par conséquent, l?atelier s?est attaché non seulement à identifier des recettes nouvelles
spécifiquement affectés au développement, mais aussi à formuler des propositions
d?évaluation et d?impact des investissements nécessaires.
3. Vers un panier de recettes affectées au financement de la régénération et modernisation
du réseau structurant
Le mandat du groupe de travail a été fortement contraint par le contexte très dégradé des
finances publiques françaises et l?injonction de Bercy : « ni endettement, ni dépense publique,
ni prélèvements obligatoires supplémentaires ».
Pour autant, bien que conscient de cette situation et des risques auxquels elle expose la France
en matière de notation financière, le groupe de travail ne s?est pas interdit d?aborder sa mission
de façon réaliste, d?en identifier les enjeux majeurs et de formuler les propositions qu?il estime
les mieux adaptées à la situation de notre système ferroviaire.
3.1. Un besoin de recettes stables, prévisibles et fléchées vers la régénération et la
modernisation ferroviaires
La régénération/modernisation du réseau structurant, qui est de la seule responsabilité de
SNCF Réseau, exige des recettes stables et pérennes à hauteur de 1,5 Md¤ constants annuels
supplémentaires à compter de 2028 par rapport au contrat de performance.
Il s?agit non pas d?un effort temporaire supplémentaire, mais d?un rattrapage nécessaire à la
remise à niveau du réseau historique national afin d?assurer à la fois sa régénération, sa
11 Ambition France Transports, Livret de diagnostic, Atelier n° 3 : Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs.
Ambition France Transports
- 13 -
modernisation très en retard au plan européen (cf. tableau n° 1 et graphique n° 2) et sa
maintenance courante.
L?atelier excluant un nouvel endettement supporté par SNCF Réseau comme par l?État, il
apparait qu?un tel besoin d?investissement public à la fois soutenu, durable et à amortissement
long devrait être couvert par de nouvelles recettes pérennes, si possible existantes, à flécher
en faveur de la régénération du réseau.
C?est la raison pour laquelle le groupe de travail estime que le financement de la régénération
devrait en toute logique bénéficier d?une recette fiscale propre dédiée, du même type (large
base, faible taux) que celles mises en place par la loi de finances 2023 pour trois nouvelles LGV.
L?atelier a par ailleurs, considéré que le financement de la régénération et modernisation du
réseau structurant devait être identifiable, traçable et contrôlable dans la durée, par
affectation à une ligne budgétaire dédiée dans les comptes de l?AFIT France (pouvant
comporter un sous-compte « modernisation »). Ceci est un préalable pour en assurer sa
traçabilité et son suivi dans la durée et la prémunir d?errements constatés par le passé.
3.2. La nécessité d?un financement relais dès 2028
En premier lieu, la SNCF propose de sécuriser 500 millions d?euros supplémentaires sur le fonds
de concours SNCF. L?atelier a relevé cependant la fragilité de cette dotation à l?horizon des
deux décennies, du fait notamment des inconnues économiques introduites par la
concurrence et de la vulnérabilité des marges du groupe. Pour être sécurisé, ce fonds devra
être consolidé à l?avenir en aide d?État indépendante des résultats de SNCF Voyageurs.
L?atelier s?est par suite efforcé d?identifier le milliard d?euros de recettes additionnelles
nécessaires.
Le groupe a distingué deux temporalités de financement de la régénération et la
modernisation du réseau structurant :
? à compter de 2032, le GT demande à ce que le réseau ferroviaire soit bénéficiaire de
surplus de recettes émanant des péages autoroutiers à l?issue des contrats de
concession, dans l?hypothèse d?un maintien des péages autoroutiers, jusqu?à
stabilisation à 1 Md¤ à compter de 2036 ;
? entre 2026 et 2031, à défaut d?une ressource fiscale nouvelle dédiée à la régénération,
des ressources de la fiscalité de report modal12 devraient, temporairement au moins,
être privilégiées pour financer le réseau ferroviaire, toujours à hauteur de 1 Md¤
constants.
? Ces recettes de transition pourront être prorogées au-delà de 2031 en cas de besoin,
au vu de l?incertitude sur le montant des recettes autoroutières, de la fragilité du fond
de concours de la SNCF dans le contexte de l?ouverture à la concurrence et des besoins
de financements identifiés des LFDT.
Dans l?attente des recettes autoroutières, le groupe de travail a identifié plusieurs types de
recettes pour le financement de la régénération et de la modernisation :
12 Les transports contribuent à hauteur de 34 % aux émissions de gaz à effet de serre en France en 2023.
Ambition France Transports
- 14 -
(1) Des recettes existantes de report modal à flécher vers les infrastructures ferroviaires,
éventuellement en les augmentant : écocontribution poids lourds (régionalisée ou
nationale) ; CEE ; compensation de la TICPE ; taxe sur l?exploitation des infrastructures
de longue distance ; malus poids des véhicules ; ETS1?. Ce fléchage devrait être garanti,
contrairement à ce qui s?est passé jusqu?à présent pour le bonus-malus ou la taxe longue
distance qui sont tombés dans le budget général et n?ont pas servi au report modal ou
même à la décarbonation de l?aérien.
(2) Eventuellement de nouvelles recettes : écocontribution sur les colis, contribution des
entreprises du e-commerce ; internalisation de plus-values foncières péréquée au plan
national affectée aux grands projets.
(3) De manière plus innovante, une contribution directe de l?usager sur tout ou partie des
titres de transport ferroviaire sans préjudice des tarifications sociales pourrait être mise
à l?étude :
a. Concernant les services conventionnés, pour contribuer à la régénération : une
telle contribution pourrait répondre à des objections formulées au sein de
l?atelier sur une tendance française à la sous tarification des services
conventionnées qui, sous réserve d?études préalables précises, n?affecterait en
rien la liberté tarifaire des Régions.
b. Concernant les SLO, pour alimenter un fonds de péréquation visant à financer
les dessertes d?aménagement du territoire (voir infra).
Cette dernière proposition a suscité de nettes oppositions en son sein de la part notamment
du sénateur Olivier Jacquin, de M. Jean-Luc Gibelin, vice-président de Régions de France,
opposés au principe même d?une contribution supplémentaire des usagers, ainsi que de M.
Jean-Yves Petit, représentant de FNE, de M. Delétraz, président de la FNAUT et de M. Jean-
Pierre Serrus, vice-président du GART hostiles à une contribution sur les billets de TER.
L?atelier attire cependant l?attention sur les vulnérabilités qui s?attachent à l?activation de
taxes existantes par rapport à une nouvelle recette dédiée :
? Elle dilue les financements nécessaires dans une multitude de sources dont l?expérience
montre qu?elles sont moins traçables, et par conséquent potentiellement moins stables
et contrôlables dans la durée, comme en témoigne l?évolution historique des recettes
de l?AFIT France13. Elle peut néanmoins constituer une solution temporaire au décalage
des recettes autoroutières attendues.
? Elle est porteuse de risques de tensions catégorielles et de moindre acceptabilité par
certains secteurs d?activités (aérien, automobile, etc.).
L?usage de taxes existantes sont ici envisagées à titre de relais, le temps que la ressource
stabilisée des autoroutes (ou d?une fiscalité dédiée du même montant) soit pleinement
mobilisable, et dans la mesure où les futurs gouvernements reprendraient scrupuleusement à
leur compte le mix de financements ici proposé.
13 Voir notamment le rapport du COI en décembre 2022 : « Les recettes de l?AFIT France, certes augmentées, ne sont
guère assurées. Alors que l'agence concourt au financement de projets d'infrastructures d'ampleur s'inscrivant dans le
temps long, plusieurs de ses recettes sont de nature incertaine ».
Ambition France Transports
- 15 -
Enfin, le GT soulève que dans le cas où le cahier des charges fixé par Bercy, proscrivant tout
endettement supplémentaire, ne serait pas respecté pour toute autre composante de
l?infrastructure ferroviaire (LGV par exemple), le principe de priorité à la régénération devrait
prévaloir et permettre d?envisager que tout ou partie soit également financé par emprunt
public.
3.3. Une nouvelle génération de contrat de performance comme pierre angulaire de la
stratégie ferroviaire nationale
Face à la demande de transparence et de stabilité des choix et des financements ferroviaires,
unanimement exprimée tant par le groupe public que par l?environnement privé, une forte de
demande de loi de programmation ferroviaire s?est exprimée dans l?atelier, malgré des réserves
émises sur des risques de surenchères politiques en considération de la situation politique du
pays.
Quoiqu?il en soit, et l?une n?excluant pas l?autre, l?atelier s?est accordé sur la nécessité de
reconsidérer l?actuel contrat de performance entre SNCF Réseau et l?État. Il propose
d?introduire, à la faveur de l?augmentation attendue des moyens financiers alloués à
l?investissement, une nouvelle génération de contrat de performance. Ce nouveau modèle
serait révisé en conséquence et comporterait une trajectoire longue ajustable (par exemple
10 ans) en euros constants, qui devrait constituer le document de référence de la stratégie
ferroviaire nationale, à la fois pour les parties prenantes mais aussi pour l?ensemble de
l?écosystème industriel et financier. Ce contrat de performance de nouvelle génération, fixant
les objectifs et les moyens dévolus à SNCF Réseau et garant de leur stabilité, pourrait faire
l?objet d?une présentation devant les commissions du développement durable et de
l?aménagement du territoire, et des affaires économiques des Assemblées et faire l?objet d?un
contrôle parlementaire d?exécution annuel.
Les représentants des Régions ont émis le souhait que le contrat soit concerté en amont avec
les Régions, sans préjudice des responsabilités exclusives des deux contractants. Il devrait, le
cas échéant, s?articuler avec une loi de programmation des infrastructures.
4. Vers une politique raisonnée de recours à l?investissement privé pour les projets de
développement
L?ampleur des grands projets de développement, dont les évaluations financières, souvent
anciennes, nécessitent une réévaluation précise, ne permet pas qu?ils puissent tous être menés
à bien dans les mêmes délais que les lourds chantiers de la régénération et des SERM dans le
contexte très dégradé des finances publiques françaises.
Si l?atelier s?est refusé à les hiérarchiser eu égard à leur dimension très politique et à leur
vocation très différente, il s?est efforcé d?identifier des sources de financement non
concurrentes à celles mobilisables pour la régénération, susceptibles de ne pas différer
indument la réalisation des plus stratégiques.
Ambition France Transports
- 16 -
4.1. Des financements européens limités et concentrés sur les sections transfrontalières
Une partie limitée des besoins de financement des projets de développement pourrait être
couverte par des financements obtenus via le mécanisme européen pour l?interconnexion en
Europe (MIE)14.
Plusieurs projets présentant une forte valeur ajoutée européenne restent éligibles à ces fonds,
notamment les accès au tunnel Lyon-Turin et la ligne Bordeaux?Dax prolongée jusqu?à la
frontière espagnole (sans préjudice pour la DG Move d?un équipement de la voie côtière
actuelle en ERTMS).
Cependant, une concurrence accrue sur l?accès aux financements MIE est à prévoir,
notamment en raison de la montée en puissance des besoins liés à la mobilité militaire
ouest-est. Cette évolution devrait entraîner, à compter de 2027, un recentrage des
financements courants du MIE sur les seules connexions transfrontalières ne pouvant être
intégralement financées par les États membres. Il conviendra à cet égard que les pouvoirs
publics privilégient les projets à la plus forte maturité s?ils veulent tirer le meilleur parti de la
prochaine génération de MIE.
Dans le contexte budgétaire actuel, les ressources publiques apparaissent cependant
insuffisantes pour satisfaire aux demandes identifiées de projets de développement
ferroviaires. Le GT a ainsi identifié des financements publics pour le financement des projets
de développement via des taxes visant à internaliser les externalités positives du rail, telles que
l?augmentation des DMTO, une augmentation de la CFE et une taxe sur les plus-values
immobilières dans les territoires ayant connu une hausse des prix immobiliers et d?attractivité
grâce au rail. Pour autant, ces financements apparaissent ne devoir être mobilisés qu?en
complément d?investissements privés.
4.2. La mobilisation de financements privés dans leurs champs de pertinence
Il est nettement apparu pendant cette conférence que des investisseurs privés, appuyés par
l?excellence française en matière de travaux publics, manifestaient un intérêt nouveau pour le
chemin de fer.
Les partenariats entre public et privé (PPP15) consistent à faire réaliser et/ou exploiter sur fonds
privés un patrimoine public dont les péages sont placés sous le contrôle du régulateur, et les
circulations ferroviaires gérées par SNCF Réseau, avec vocation de retour à l?état initial dans le
giron public au terme des contrats de PPP (voir en 2025 le cas de retour de plein exercice à
SNCF Réseau d?un système GSM-R réalisé en PPP).
Dans ce domaine, la France ne part pas de rien et peut afficher parmi les réalisations les plus
probantes en Europe et dans le monde. Quatre grands contrats de partenariat ou de
concession ont en effet été mis en oeuvre depuis le début des années 2010 (SEA, BPL, CNM,
GSM-R), pour un montant total d?investissement de l?ordre de 15 Md¤ ayant permis la
réalisation de plus de 500 km de lignes nouvelles. D?après le bilan réalisé par SNCF Réseau, « ces
14 Voir notamment les projets de liaison Lyon?Turin ou le canal Seine-Escaut.
15 Le terme générique « PPP » employé dans le rapport recouvre deux grands types de contrats prévus par le Code de
la commande publique : les concessions/DSP (rémunérés par le paiement des usagers), d?une part ; les marchés de
partenariat, d?autre part (rémunérés par le paiement d?un loyer par le maître d?ouvrage public).
Ambition France Transports
- 17 -
quatre projets se sont avérés être des succès incontestables, s?agissant de la tenue des coûts et
des délais de mise en service en phase de construction, ainsi que de la qualité du service offerte
aux entreprises ferroviaires en phase d?exploitation ». Il est ainsi apparu que SNCF Réseau avait
développé des compétences de pilotage, d?encadrement et de suivi des maitrises d?oeuvre
plébiscitées par les partenaires privés et qui concourent à l?excellence française en la matière.
Tableau 2 : principaux partenariats entre secteurs publics et privés sur les lignes LGV
Projet Contrat
Date de
signature
Durée
Date de mise en
exploitation
Montant de
l?opération
GSM-R
Contrat de
partenariat
Fev. 2010 15 ans Sept. 2017 1,5 Md¤
LGV SEA (Tours-
Bordeaux)
Contrat de
concession
Juin 2011 50 ans Juil. 2017 8 Md¤
LGV BPL (Le Mans-
Rennes)
Contrat de
partenariat
Juil. 2011 25 ans Juil. 2017 3,4 Md¤
LN CNM (Nîmes-
Montpellier)
Contrat de
partenariat
Juin 2012 25 ans Dec. 2017 1,8 Md¤
Source : SNCF Réseau, juin 2025.
Un recours plus systématique aux PPP dans le domaine ferroviaire, en considération de
l?excellence acquise par la France, est apparu comme l?un des apports notables de notre
conférence.
Sous réserve d?étude d?opportunité au cas par cas, il a été admis au sein du GT qu?ils pourraient
permettre :
? De réduire la participation publique16 et d?étaler dans le temps long le financement de
l?infrastructure avant retour à l?adjudicataire ; ainsi que de mettre les financements de
l?infrastructure à l?abri des aléas de l?annualité budgétaire.
? De soumettre les coûts et délais de réalisation de l?infrastructure à des obligations
contractuelles incompressibles dont le non-respect est à la charge du partenaire privé.
? De s?ajouter aux capacités industrielles de SNCF Réseau pour réaliser plus rapidement
et sous son contrôle des infrastructures lourdes nécessitant la mobilisation de gros
moyens industriels.
? De présenter un modèle économique complet, non seulement de conception et de
réalisation de l?infrastructure mais également de sa gestion et de sa maintenance,
présentant de forts atouts de productivité et de coûts d?exploitation des
infrastructures sur la durée du contrat.
Des réserves appuyées, tant économiques, qu?idéologiques ont cependant été objectées
quant à l?applicabilité des partenariats entre public et privé aux spécificités du ferroviaire,
faute d?une clientèle capable d?en acquitter les coûts.
Il a été également rappelé que ces modèles, recours à l?emprunt compris, sont financés in fine
par l?usager ou le contribuable. Les subventions publiques ont ainsi représenté une part
importante des plans de financement, jusqu?à 59 % pour le contrat de partenariat portant sur
le contournement Nîmes-Montpellier. L?exemple de l?Eurotunnel a ainsi été évoqué par certains
16 À condition que les gains liés à l'optimisation soient supérieurs aux surcoûts liés au financement par l'acteur privé,
qui s'endette à taux supérieurs à celui de l'État.
Ambition France Transports
- 18 -
participants davantage comme un échec du modèle de concession plutôt que comme une
réussite.
Si leur intérêt industriel et économique est incontestable, l?intérêt financier des PPP doit être
évalué pour chaque projet dans la mesure du lissage de budgets publics qu?ils permettent
d?envisager, ainsi que du statut de leur endettement (consolidé maastrichtien ou non, cf.
encadré). Le groupe a en outre noté que dans la diversité des formules de PPP ? sous-traitance,
conception-réalisation, concession en DSP, ou marché de partenariat, ? seuls les deux derniers
peuvent présenter un intérêt en matière de mobilisation de financements privés, la
prescription de la concession étant plus dépendante que le marché de partenariat du
développement effectif de la concurrence d?exploitation sur son réseau.
Encadré 1 : critères de consolidation des PPP
Les PPP ont un impact sur les finances publiques dès lors qu?ils sont considérés comme
« consolidants » : dans ce cas les investissements réalisés par le partenaire privé sont
comptabilisés dans la dette et le déficit publics. Dans la perspective d?un regain d?intérêt
pour ce mode contractuel, il est essentiel de maîtriser les critères permettant la
déconsolidation d?un PPP, c?est-à-dire son exclusion du périmètre de la dette publique au
sens du Système Européen des Comptes (SEC 2010), tel que précisé par le Manual on
Government Deficit and Debt (MGDD 2022).
Pour qu?un PPP soit déconsolidé, plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies :
? Le partenaire privé doit être classé hors du secteur des administrations publiques
(APU), disposer d?une réelle autonomie de décision, et supporter de manière
significative les risques de construction, de disponibilité et de performance.
? Par ailleurs, la part de financement public ne doit pas excéder 50 % du total, et la
puissance publique ne doit ni garantir la dette du partenaire, ni lui offrir une
protection excessive contre les pertes.
? Enfin, les clauses de résiliation anticipée et de fin de contrat doivent assurer une
répartition équilibrée des risques et garantir un traitement économiquement neutre
pour la collectivité publique.
À ce jour, seul le contrat LGV Sud Europe Atlantique (SEA) a été consolidé dans les comptes
en 2017 en raison de la part prépondérante du secteur public dans le financement et les
garanties du projet. Il convient de noter que la recherche d?une déconsolidation visant à
maîtriser l?impact budgétaire peut avoir pour effet une augmentation du coût du montage
compte tenu du risque accru porté par les partenaires privés.
Nota Bene : on peut considérer comme paradoxal que les normes comptables nationales
applicables aux AOM (fixées par instructions conjointes DGCL-DGFIP) rendent le marché de
partenariat consolidant dans leurs comptes même dans les cas où ils ne le sont pas du point
de vue Eurostat / « maastrichien ».
À la lumière du PPP Nancy?Contrexéville de réouverture d?une ligne fermée par la SNCF, il est
apparu au GT que les PPP dans leurs diverses modalités pouvaient potentiellement constituer
des solutions mobilisables, non seulement pour des grands projets type LGV, mais aussi pour
le portage de projets technologiques et la remise en service, voire la régénération de petites
lignes, même si les modalités restent à approfondir.
Ambition France Transports
- 19 -
Par ailleurs, il est clairement apparu que la réussite de PPP d?infrastructures est étroitement
dépendante de la capacité à « détacher » le projet de l?exploitation quotidienne du réseau,
ainsi que de la qualité du pilotage de leur ingénierie par SNCF Réseau, conformément aux
expériences probantes menées en France jusqu'à présent.
L?atelier souligne également l?intérêt que représentent les sociétés de financement, sur le
modèle de l?extension des missions du Grand Paris Express (loi n° 2023-1269 du 27 décembre
2023 relative aux services express régionaux métropolitains en matière de financement des
infrastructures, par recours direct aux marchés financiers, tout en invitant au discernement
dans leur emploi, en regard notamment des nécessités de contrôle de la dette maastrichtienne
4.3. La nécessité de réévaluer les grands projets de développement afin d?éviter un effet
d?éviction de ressources au dépend de la régénération
Il apparait clairement que les grands projets de développement, arrêtés depuis plusieurs
années pour la plupart, et complétés en 2021 par une nouvelle génération de LGV, constituent
un défi financier majeur susceptible d?avoir un effet d?éviction de ressources publiques aux
dépens de la régénération.
Ces différents projets répondant à des nécessités et à des objectifs politiques très divers
(désaturation de trafics quotidiens en PACA ou Normandie, engagements européens pour
GPSO et les accès au Lyon-Turin, continuité de trafics mixte fret passagers pour LNNM), l?atelier
ne s?est pas considéré investi d?une mission de hiérarchisation ou de planification de ces
projets, qui incombe fondamentalement aux Gouvernements.
Il recommande cependant, pour aider à objectiver l?intérêt de projets souvent très anciens et
en décalage avec les préoccupations actuelles (dessertes SLO d?aménagement du territoire)
d?en effectuer une réactualisation générale et de les soumettre à une triple évaluation :
1 d?actualiser leur coût (estimations antérieures à l?inflation ukrainienne), ce pour quoi
le GT sollicite le COI ;
2 d?établir leur ferroscope (cf. infra) en intégrant, en plus de la valeur actualisée nette
(VAN) des critères d?abattement CO2, d?impact sur la biodiversité, de prévisions de
trafic et d?exploitation avec estimation du report modal, ainsi que de connectivité
européenne et de trajectoire des finances publiques ;
3 de les soumettre systématiquement à manifestation d?intérêt en vue de partenariats
public-privé. Au-delà de l?instrument du ferroscope, que l?atelier propose d?intégrer à
une révision générale des conditions de réalisation des grands projets de
développement, l?atelier et l?ensemble des professionnels audités s?accordent sur la
nécessité de faire des choix clairs, durables et réalistes en fonctions des moyens
disponibles.
Ambition France Transports
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5. L?ouverture à la concurrence : une opportunité pour le financement des infrastructures
dans un nouvel écosystème ferroviaire
5.1. Une ouverture à la concurrence à conforter par la levée des obstacles tarifaires et non-
tarifaires
Indépendamment de l?intérêt, nouveau, que manifestent les investisseurs privés pour
l?investissement dans les infrastructures ferroviaires après avoir concouru au développement
des autoroutes, des aéroports et des ports dans le monde, il est apparu que l?ouverture à la
concurrence entre compagnies ferroviaires sur le réseau avait une double incidence sur le
financement de l?infrastructure :
? En offrant de nouveaux services sur fonds et à risques privés, elle constitue une réponse
à l?insuffisance de l?offre actuelle et peut participer du choc d?offre recherché, tout en
améliorant la qualité de service (fréquence notamment, dans un contexte d?offre non
saturée)17. En plus de l?augmentation de l?offre, la concurrence est porteuse d?efficacité
et de performance économique, puisque l?ouverture déjà réalisée a permis une baisse
des coûts d?exploitation de l?ordre de 20 % sur les lignes concernées18.
? En multipliant les trains et les circulations sur le réseau, elle participe puissamment au
financement de SNCF Réseau et des infrastructures à travers les péages.
On observe cependant que l?entrée sur le marché français reste un parcours semé d?embuches
et nécessite des levées de fonds considérables ainsi que des délais qui se sont essentiellement
traduits jusqu'à présent par des réciprocités concurrentielles sur la grande vitesse, entre ex-
monopoles nationaux avec une baisse des prix et des améliorations de qualité de service
indéniables pour l?usager, mais au prix d?un changement d?écosystème pour la SNCF.
Il apparait ainsi unanimement chez les nouveaux entrants que d?importantes barrières à
l?entrée informelles existent encore en France : l?indisponibilité d?un matériel roulant
rapidement accessible, les délais de certification de matériels disponibles en Europe, un accès
équitable aux facilités essentielles des gares, le cloisonnement et le déficit d?interopérabilité
des SIM, ou encore, entre autres, des billettiques interopérables et des tarifications intégrées
entre SLO et TER. Il en découle notamment des délais et des coûts de mise en exploitation
lourds et dilatoires au préjudice essentiel de start-uppeurs français dépendants de l?endurance
de leurs partenaires financiers.
Dès lors que l?on considère que l?ouverture à la concurrence peut utilement contribuer au
développement de l?offre en réponse à une demande particulièrement soutenue, l?atelier
recommande que les pouvoirs publics s?attachent prioritairement, au-delà des efforts
unanimement reconnus de l?ART en ce sens, à lever rapidement les barrières non-tarifaires
subsistantes. L?allègement de certaines normes ou obligations techniques, parfois redondantes
avec les obligations européennes, pourrait également constituer une économie de temps et
17 Indépendamment de la concurrence, le groupe de travail a relevé que l?augmentation de l?offre passe par des
mesures techniques telles que l?accès à des sites d?essai certificateur, la suppression des tests en doublon ; la
standardisation des cahiers des charges des autorités organisatrices, l?harmonisation des plateformes ou encore la
désaturation des noeuds ferroviaires.
18 Audition de l?AFRA.
Ambition France Transports
- 21 -
d?argent (voir notamment la problématique des passages à niveau dans le cadre de la
réouverture d?une LDFT ou encore la circulation des trains légers).
Au-delà de la réduction des barrières non-tarifaires, les membres du GT recommandent une
absence d?augmentation du niveau des péages, déjà parmi les plus élevés d?Europe19, voire une
baisse dans certains cas spécifiques, par exemple pour les trajets avec une forte élasticité prix
(OuiGo long parcours). En revanche et pour souhaitable qu?elle soit, une politique de baisse
généralisée des péages, en l?absence de compensation financière publique, apparait
prématurée au groupe et ne déboucherait à court terme que sur une aggravation nette du
besoin de financement de SNCF Réseau. En d?autres termes, il apparait que dans le contexte
français, une stimulation et un développement de la concurrence sur les SLO, constituent les
préalables difficilement contournables à une politique de baisse des péages.
Enfin, l?entrée sur le marché des trains conventionnés s?effectue par appels d?offres à la main
des autorités organisatrices, qui ont privilégié jusqu'à présent des recontractualisations avec la
SNCF après avoir utilisé la mise en concurrence pour l?inciter à baisser ses coûts. A cet égard,
les attributions de TER à Transdev par la Région Grand Sud, et d?une DSP de réouverture d?une
ligne intégrant infrastructure et exploitation entre Nancy et Contrexéville à Transdev-NGE par
la Région Grand Est, constituent des exceptions d?avant-garde dont il est trop tôt pour tirer
tous les enseignements. En complément, le groupe a souligné l?intérêt d?une relance du train
innovant, éventuellement avec l?appui de l?Agence européenne du rail.
5.2. Un besoin de nouvelles règles du jeu pour les dessertes TGV d?aménagement du
territoire
L?atelier a plus précisément été saisi des conséquences de l?ouverture à la concurrence sur le
sujet de l?avenir des dessertes SLO d?aménagement du territoire.
L?ouverture à la concurrence modifie en effet un écosystème qui était garant de
l?aménagement du territoire et du financement du réseau à travers le fonds de concours de la
SNCF. En effet, l?opérateur historique dégageait des bénéfices issus de lignes rentables (comme
la ligne Paris-Lyon), utilisés pour financer ses obligations de dessertes non rentables (un tiers
des rames SLO de SNCF Voyageurs créeraient de la dette20) et pour abonder le fonds de
concours de la SNCF, destiné à l?entretien du réseau. L?ouverture à la concurrence vient
bouleverser cet équilibre puisque les nouveaux entrants pourraient être incités à ne desservir
que les lignes les plus rentables, faisant diminuer les marges sur ces lignes (-10 % de prix du billet
sur la ligne Paris-Lyon entre 2022 et 202521), sans contribuer au fonds de concours et sans
assurer de service de desserte dans les territoires moins fréquentés. Cette dernière assertion
peut toutefois être nuancée : en effet, depuis 2015 et donc bien avant l?arrivée de nouveaux
acteurs sur le marché français, la fréquence de l?offre TaGV en gare de la SNCF a été réduite
de près de 12% en moyenne, dont 19% dans les petites gares22 ; par ailleurs, l?exemple italien
démontre qu?ouverture à la concurrence peut également aller de pair avec un accroissement
19 Selon le 13e rapport IRG rail de mars 2025, la France était le seul pays où le niveau des péages dépassait 10 ¤ / train-
km, avec un niveau de 20,9 ¤ pour les SLO et 15,2 ¤ pour les autres lignes, contre 5,2 ¤ en moyenne européenne.
L?audition de l?ART a également mis en évidence une couverture des coûts du SLO par les péages supérieurs à 100 %.
20 Audition de M. Fanichet, SNCF Voyageurs.
21 Audition de M. Fanichet, SNCF Voyageurs.
22 Audition de M. Guimbaud, ART.
Ambition France Transports
- 22 -
des dessertes sur le territoire (depuis 2012 et l?ouverture à la concurrence, le nombre de gares
desservies en Italie est passé de 40 à un total de 113 aujourd?hui23).
Dès lors, l?opérateur historique, la SNCF, pose légitimement depuis plusieurs années la
question de l?avenir des financements par péréquation interne des dessertes intermédiaires
qui lui sont imposées par l?État, le plus souvent en contrepartie de la participation financière
de leurs collectivités locales au financement de l?infrastructure. L?entreprise appelle à un
changement urgent de cette règle du jeu discriminatoire, qui ne s?impose pas à ses concurrents,
en considération d?un nouvel écosystème concurrentiel, qui diminue ses marges sur les lignes
les plus concurrencées et qui lui laisse l?exclusivité de financer les dessertes les moins rentables,
ainsi que d?abonder le fonds de concours de SNCF Réseau.
Les nouveaux entrants auditionnés par l?atelier ont au contraire relevé que l?implication de
financeurs privés dans le développement de nouveaux services ferroviaires reste très fragile et
pourrait être durablement compromise par un changement des règles du jeu d?accès aux SLO
(services commerciaux librement organisés en France), établies par la loi. Ils préconisent de
laisser le marché expérimenter l?ouverture à la concurrence avant d?en tirer des conclusions et
prendre toute décision sur le sujet, en considération du fait que le libre jeu de la concurrence
s?est spontanément accompagné en Italie d?une multiplication de dessertes secondaires.
Les premières conclusions de l?atelier sont de relever que la solution à ce problème doit
concilier autant que possible les deux exigences exprimées, de non-discrimination aux dépens
de la SNCF, et d?intangibilité des règles du jeu du SLO pour les nouveaux entrants.
L?atelier a pris note de la solution espagnole qui met en marché des packages territoriaux, sur
le modèle des ex-franchises britanniques (impliquant une péréquation interne entre dessertes
rentables et non rentables sans subventionnement). Mais il souligne que ce modèle
constituerait un changement substantiel de règles d?entrée sur le marché des SLO pouvant
immédiatement compromettre des projets français engagés, et entacher un peu plus le
marché français d?incertitudes.
De son côté, la SNCF opposant le secret commercial pour documenter précisément les coûts
des dessertes déficitaires, l?atelier préconise qu?une mission d?études soit diligentée par le
ministère des Transports avant toute décision définitive, tout en esquissant quelques pistes
de solutions.
En résumé, l?atelier formule plusieurs hypothèses et recommandations sur la question du
financement des dessertes SLO d?aménagement du territoire dans le contexte de l?ouverture
à la concurrence, tout en soulignant qu?elle devrait faire l?objet d?approfondissements
complémentaires :
1. Les modèles économiques des acteurs étant protégés par le secret des affaires, le GT
souhaite qu?une mission d?experts documente objectivement l?interpellation de la
SNCF afin d?en évaluer précisément l?impact financier, en lien avec les travaux déjà
engagés.
23 Audition de M. Caposciutti, Trenitalia France.
Ambition France Transports
- 23 -
2. Le GT pointe un besoin d?arbitrage afin de définir les destinations à desservir et appelle
l?État, de concert avec les Régions, à jouer pleinement son rôle d?aménagement
national du territoire en matière de dessertes ferroviaires.
3. Concernant la répartition entre État et régions, le GT réaffirme le rôle de l?État dans le
développement et le financement de lignes d?aménagement du territoire de type
« intercités », jugées insuffisamment développées en France par rapport à la demande
potentielle et au coût du « tout SLO ».
4. Le GT écarte la piste d?une modulation des péages à vocation de péréquation du fait
du niveau déjà élevé des péages, dont la hausse sur les lignes rentables dissuaderait la
concurrence selon l?ART, et dont une baisse non compensée pèserait sur SNCF Réseau
ou sur les contribuables.
5. Pour les services SLO, le groupe propose de faire coexister d?une part le service
librement organisé ouvert en open access tel qu?actuellement, avec des services
conventionnés intégrant des obligations de dessertes financièrement compensées
sous DSP de type « conventionnement supplétif » sur le modèle breton ou par appels
d?offres nationaux.
6. Par défaut en cas d?absence de candidats aux DSP, le GT propose que la mission en
soit confiée à SNCF avec une compensation financée pour tout ou partie par un fonds
de péréquation prélevé sur les billets de SLO de tous les exploitants, à l?image de ce
qui est pratiqué dans le secteur aérien.
6. Choisir, c?est financer : le Ferroscope
Les membres de l?atelier ont exprimé un consensus quant à la nécessité pour l?État de planifier,
organiser et hiérarchiser les investissements dans le réseau ferroviaire. À cette fin, l?atelier a
créé un outil d?aide à la décision : le ferroscope. Celui-ci consiste en une grille multicritères
auquel chaque projet de développement serait soumis. L?étude de ces critères, motivés,
publics et transparents, permettrait de prioriser les investissements.
Cette proposition découle de plusieurs considérations :
? La nécessité de faire des choix clairs et robustes instruits de l?expérience passé de la
longue négligence de l?entretien et de la modernisation du réseau historique les plus
utile socialement car assurant 80 % des trafics quotidiens en nombre de passagers
transportés.
? L?instabilité chronique de toute tentative de programmation en France illustrée par
l?obsolescence rapide des recommandations de la Commission Mobilités 21, de la loi
d?orientation des mobilités (LOM) et des tentatives de priorisation émises par le COI,
au profit d?une inflation intarissable de projets au coût notoirement insoutenable à
court et moyen terme.
? La dimension politique qui s?attache notamment aux grands projets de développement
qui ne qualifie pas l?atelier à prendre des décisions de priorisation et de programmation
de tels projets, dès lors que le principe de priorisation absolue de la régénération-
modernisation est clairement réaffirmé.
Ambition France Transports
- 24 -
Deux ferroscopes avec des critères et des pondérations différents sont proposés :
1) l?un pour hiérarchiser les projets de régénération et de modernisation, portant sur
l?ensemble du réseau ferroviaire circulant (intégrant le réseau structurant et les lignes
de desserte fine) ;
2) l?autre pour hiérarchiser les projets de développement.
Le groupe de travail a identifié des critères qui pourront être repris pour l?un et/ou l?autre
ferroscope :
? Ambition (segmentation) ;
? Sécurité (à moyen terme) ;
? Vétusté/pérennité/obsolescence ;
? Qualité de service/performance/régularité/amélioration d?un noeud ferroviaire ;
? Résilience au changement climatique ;
? Potentiel de développement ou préservation des trafics dont SERM ;
? Soutien au développement du fret ferroviaire ;
? Contribution au programme de modernisation ;
? Potentiel d?économie sur les coûts d?exploitation (à moyen terme).
Pour la régénération, le ferroscope devra permettre de prioriser les projets les plus urgents,
avec des enjeux de sécurité notamment.
Pour la modernisation, le ferroscope devrait aboutir à mettre en évidence la pertinence des
projets d?ERTMS et de commande centralisée.
Le ferroscope pourrait être particulièrement utile pour la hiérarchisation des grands projets
de développement, tel que développé infra. Il pourrait dans ce cadre intégrer un critère
portant sur l?impact sur la trajectoire des finances publiques des prochaines années (en
fonction notamment du coût estimé du projet et du mode de réalisation et de financement
envisagé).
Ambition France Transports
- 25 -
CONCLUSION : POUR UNE NOUVELLE GOUVERNANCE DU RAIL
Alors que l?une des tendances lourdes observables lors de cette conférence nationale est
l?intérêt nouveau et prometteur que manifestent des investisseurs privés à la fois pour la
réalisation d?infrastructures ferroviaires en PPP à l?exemple de SEA et de LNBPL et pour
l?exploitation de nouveaux services ferroviaires susceptibles de développer l?offre face au choc
de demande actuel, tous s?accordent unanimement à conditionner leur intérêt à une
stabilisation des choix publics, en matière de politique ferroviaire, de priorités
d?investissement, de financement des projets, et de constance des règles du jeu.
Ces exigences de continuité, de constance et de clarté n?ayant pas toujours été pleinement
prises en compte au cours de la période récente, l?atelier attire l?attention sur la nécessité
cruciale pour l?État et son bras armé SNCF Réseau de prendre la mesure des changements qui
affectent l?écosystème ferroviaire, et de jouer pleinement leurs rôles de stratège et d?arbitre
en dernier ressort des choix publics en la matière. Alors que notre système ferroviaire, jadis
monopolistique et vertical, est soumis aux dynamiques centrifuges de la régionalisation et de
la concurrence, il apparait essentiel de renforcer sa cohérence d?ensemble et son pilotage
central, ainsi que l?enseignent des exemples comme celui de la Suisse (positivement) ou du
Royaume-Uni (négativement).
L?atelier en appelle notamment à une réflexion partenariale avec les Régions sur ce sujet de la
gouvernance stratégique et programmatique du ferroviaire, et sur les outils nécessaires à la
continuité et à la stabilité, dont ont besoin dans ce domaine très capitalistique, à la fois les
acteurs privés et les acteurs publics.
Cette réforme de la gouvernance est probablement la condition essentielle au redressement
rapide de notre système ferroviaire, au développement d?une offre capable de répondre à la
demande en regard des nouveaux objectifs climatiques, et surtout à sa capacité de capter
massivement des investissements et des financements privés dans un contexte d?extrême
contrainte des budgets publics.
L?ouverture à la concurrence a fait basculer un système de monopole vertical vers un pluralisme
régional et concurrentiel. Dans ce contexte, les prérogatives de coordination, d?orientation
stratégique, de planification et de programmation, d?harmonisation (des droits des usagers et
des normes) du centre (de l?État avec SNCF Réseau, l?ART et l?EPSF) doivent être renforcées par
les moyens suivants :
? Conférer à SNCF Réseau un rôle accru de courroie de transmission des grands
arbitrages de politique ferroviaire ;
? Impliquer le Parlement dans le contrôle et le suivi du contrat de performance ;
? Renforcer les prérogatives arbitrales et régulatrices de l?ART ;
? Renforcer les instances de discussion des AOM régionales pour harmoniser les besoins
(en lien avec les plateformes existantes) ;
? Impliquer l?AFIT France dans le cantonnement des ressources publiques affectées de
régénération ;
? Développer une hiérarchisation des investissements dans les infrastructures appuyées
sur le ferroscope et prévoir un rapport annuel de SNCF Réseau devant les commissions
des affaires économiques et du développement durable sur les avancées des travaux
de régénération/modernisation. En s?inspirant de la Suisse, il est possible en
Ambition France Transports
- 26 -
complément de joindre au contrat de performance État-SNCF Réseau un contrat de
service, revu régulièrement.
Il convient par ailleurs de :
? Améliorer la coordination entre phasage financier et phasage technique des
investissements ;
? S?appuyer le plus possible sur l?outil contractuel dans les relations avec les investisseurs
et nouveaux entrants privés ;
? Simplifier les procédures et démanteler les conflits d?intérêts susceptibles de les
alourdir et de multiplier obstacles et délais pour les nouveaux entrants ;
? Adopter une loi de programmation, le cas échéant.
Afin de simplifier la vie des usagers dans un contexte de fracturation régionale et concurrentiel
de l?ex-système intégré, ces actions s?appuieront sur l?expertise de l?ART, les enseignements
étrangers et la force réglementaire pour coordonner plus efficacement la multiplication des
acteurs et des services.
Ambition France Transports
- 27 -
ANNEXE
Le coût de l?inaction
1 ? Le coût de l?inaction passée : 60 milliards de « dette grise » accumulée depuis le début des
années 1980
Depuis 1980, nous avons accumulé 60 Mds¤ de retard de régénération et de modernisation au
titre du seul réseau « structurant », compte non tenu de la situation également préoccupante
des lignes de desserte fine du territoire. Ce retard se matérialise par le vieillissement de toutes
les familles d?actifs, qui affecte leur capacité à rendre le service attendu :
? Environ 2400 km voies ne présentent plus le niveau de qualité technique suffisant pour
circuler à vitesse nominale et font l?objet de ralentissements malgré les 1000 km
régénérés tous les ans. Nos voies ont 29 ans d?âge moyen et 30% de nos appareils de
voie sont obsolètes24 (13Mds¤ de retard de régénération pour les voies) ;
? L?âge moyen des appareils de signalisation a plus que doublé depuis la fin des années
1990 et approche les 30 ans. Un tiers de nos postes d?aiguillage ont été mis en service
avant 1975 (12Mds¤¤ de retard de régénération des postes d?aiguillage). Le programme
de régénération actuel couvre moins de la moitié des postes d?aiguillage du réseau ;
? 30% de nos caténaires sont obsolètes, certaines caténaires ont plus de 90 ans et nous
ne régénérons que quelques centaines de km par an (15 Mds¤ de dette de régénération
caténaire) ;
? Une grande partie de nos ouvrages d?art datent du début du XXème siècle ou de
l?Après-Seconde Guerre Mondiale.
Cette « dette grise » pèse sur la performance du service rendu par le réseau : le nombre et
l?impact des défaillances d?appareil de signalisation, par exemple, dessine une augmentation
tendancielle de +10% d?irrégularité pour cause Réseau d?ici à 2030. Les actifs de signalisation
vieillissent en moyenne de 4 à 5 mois tous les ans.
24 On considère comme « obsolète » une installation ayant dépassé la durée de vie théorique nécessaire au maintien
de sa pleine performance.
Ambition France Transports
- 28 -
Elle pèse aussi sur le besoin en maintenance courante, qui augmente avec le vieillissement du
patrimoine. Aujourd?hui la maintenance permet encore d?assurer l?exploitation dans des
conditions normales ou quasi-normales, mais cette tendance n?est pas durable et les
renoncements que nous sommes contraints à réaliser affectent à la fois la qualité de service
d?aujourd?hui et la pérennité du réseau demain (ralentissements puis arrêt des circulations pour
maintenir la sécurité).
2 ? Le coût de l?inaction future, sans changement d?échelle de la régénération et de la
modernisation du réseau.
Sans effort supplémentaire de régénération, la dette grise va continuer d?augmenter. SNCF
Réseau estime que des ralentissements nouveaux interviendraient de façon quasi certaine dès
2028. 4000 km de lignes pourraient être impactées dans leur qualité de service avant 2030, y
compris sur certains axes importants, affectant rapidement environ 2000 trains quotidiens.
En outre, la présence d?actifs anciens et dégradés en quantité plus importante engendrera sans
aucun doute une pression très forte sur le besoin de maintenance courante :
? Ce sont au moins 10% de besoins de maintenance supplémentaires qui apparaitraient
de façon incompressible à l?horizon 2030 soit 200 M¤ à 300 M¤ au moins de charges
annuelles, impossibles à couvrir par des recettes commerciales.
? Cet effet pourrait être au moins doublé à l?horizon 2040.
L?ART a également mentionné ce phénomène dans ses « Scénarios de long terme » de 2023.
Ne pas suffisamment régénérer et/ou différer la modernisation du réseau nous exposerait en
outre à des investissements ultérieurs plus importants afin de maintenir l?intégrité de notre
patrimoine d?ouvrages d?art et d?ouvrages en terre, et nous priverait des avantages attendus
de la commande centralisée et de l?ERTMS.
Ne pas suffisamment régénérer, c?est enfin se priver de la première et principale barrière du
réseau contre les effets du changement climatique : des voies et des caténaires en bon état, ce
sont moins de ralentissements en période de chaleur et moins d?incidents dus au froid ; des
ouvrages en terre bien entretenus, ce sont des lignes plus résilientes aux événements
climatiques extrêmes.
RAPPORT DE L?ATELIER N°4
REPORT MODAL ET TRANSPORT DE MARCHANDISES
Ambition France Transports
- 1 -
PROPOS DES COPILOTES
La conférence de financement des transports constitue une occasion importante pour
l?ensemble des acteurs des mobilités et notamment ceux du fret d?envisager ensemble les
moyens de leur développement et de leur avenir, à l?aune des enjeux de transition mais aussi
de résilience, en remettant au premier plan des débats le sujet des infrastructures, qui
supportent les flux. Sans infrastructure pas de services, et les enjeux de maintien, de
modernisation, de régénération et de développement de ces infrastructures sont donc
cruciaux. Nous disposons de réseaux ferrés, fluviaux et routiers de qualité avec un bon maillage
territorial mais qui vieillissent et qui nécessitent de consacrer des moyens importants à la
régénération, et à l?entretien de l?existant. Ces moyens supplémentaires sont indispensables
afin de limiter la dette grise et éviter l?effet falaise par un impact budgétaire futur trop lourd.
Ce sujet se pose avec beaucoup d?acuité pour les flux de marchandises, qui partagent souvent
les infrastructures avec les passagers, mais qui disposent aussi d?infrastructures dédiées ou
quasi dédiées comme les voies navigables, les plateformes logistiques ou encore les ports
intérieurs. La France a besoin d?une filière logistique forte et, pour cela, elle a besoin
d?infrastructures de transport (flux) et de logistique (stocks) qui permettront aux acteurs,
entreprises de transport, logisticiens, commissionnaires? d?offrir des services fiables, résilients,
engagés dans la décarbonation et compétitifs.
La conférence Ambition France Transport a donné au fret et à la logistique une place à la
hauteur de son poids et de son importance dans l?économie en lui consacrant un atelier, que
nous avons eu l?honneur et le plaisir d?animer et qui a réuni les représentants des principaux
acteurs des transports routiers, ferrés et fluviaux et des flux logistiques.
Réaffirmant d?emblée l?appartenance à un même écosystème, chacun, au-delà de sa
représentation professionnelle ou sectorielle a insisté sur la nécessité de développer la
complémentarité des modes de transport.
Dans un temps certes limité, nous avons pu organiser plusieurs réunions, recueillir de
nombreuses contributions, auditionner quelques experts et travailler en sous-groupes
thématiques lorsqu?il le fallait. Le processus très itératif des travaux de notre atelier a permis
de valider au fur et à mesure un diagnostic partagé, un propos commun et des propositions
pour le financement des infrastructures mais aussi plus largement pour un bon fonctionnement
et une décarbonation progressive des chaînes logistiques, au service de toute l?économie.
Au total, nos travaux imparfaits et encore trop sommaires ont permis de rapprocher des points
de vue, de développer une vision partagée et d?esquisser une ambition commune et une
méthodologie de dialogue qu?il conviendra de prolonger. L?enjeu d?aligner nos ambitions
climatiques, nos objectifs d?équilibre territorial et la nécessité de soutenir des filières
industrielles et économiques clés pour notre souveraineté trouve donc ici une première
contribution collégiale.
Corinne Blanquart, Gérard Leseul
Ambition France Transports
- 2 -
SOMMAIRE
INTRODUCTION .......................................................................................................................................... 3
1. Des besoins d?investissement importants, pour rénover, renouveler et développer
les réseaux ............................................................................................................................................ 4
1.1. Un besoin d?investissement avéré a minima dans la régénération mais aussi le
développement des infrastructures linéaires ................................................................................ 4
1.1.1. Transport fluvial .................................................................................................................. 4
1.1.2. Transport ferroviaire .......................................................................................................... 5
1.1.3. Transport routier ................................................................................................................ 6
1.2. Un besoin d?investissement dans les infrastructures nodales ....................................... 7
1.3. Une trajectoire coûteuse de verdissement du transport routier, qui appelle des
financements publics et privés ........................................................................................................ 7
2. Les leviers de financement ......................................................................................................... 8
2.1. Une nécessité de stabiliser la répartition du financement ............................................ 8
2.2. Le financement des infrastructures linéaires .................................................................... 9
2.2.1. Les recettes des leviers fiscaux nationaux à affecter .................................................. 9
2.2.2. Des engagements des collectivités et du secteur privé ....................................... 10
2.3. Le financement des infrastructures de recharge ........................................................... 10
2.4. Le financement des infrastructures nodales ................................................................... 11
2.5. Le financement du verdissement des flottes .................................................................. 11
3. Soutenir la chaîne logistique et ses évolutions : un enjeu allant au-delà des seuls
financements destinés aux infrastructures ...................................................................................... 12
3.1. Des voies nouvelles à imaginer pour faire évoluer les chaînes logistiques : agir sur la
demande ............................................................................................................................................. 12
3.1.1. Amplifier la mobilisation de l?ensemble de la chaîne pour la décarbonation : le
rôle des chargeurs .......................................................................................................................... 12
3.1.2. Enfin, la décarbonation des chaînes logistiques passe aussi par une prise de
conscience des consommateurs, et une évolution des pratiques. ...................................... 13
3.2. Préserver le foncier logistique ............................................................................................ 14
3.2.1. Planifier le foncier logistique : un enjeu de premier ordre ....................................... 14
3.2.2. Sanctuariser le foncier logistique dans le contexte de la zéro artificialisation
nette 14
3.2.3. Faciliter l?exploitation de ce foncier par les opérateurs de plateformes et de
terminaux multimodaux ............................................................................................................... 15
3.3. Mettre en place une gouvernance efficace des acteurs de la logistique et du fret,
pour maximiser les synergies entre acteurs publics et privés prenant part aux chaînes
logistiques ........................................................................................................................................... 15
Ambition France Transports
- 3 -
INTRODUCTION
L?avenir des mobilités, et la mise en place d?un modèle de financement de long terme,
permettant de répondre aux enjeux de transition écologique, numérique et énergétique et
dont il convient d?assurer une large visibilité, nécessite d?intégrer, au-delà des seuls enjeux de
transport des voyageurs, les enjeux de transport de marchandises.
L?atelier n°4 d?Ambition France Transports s?est ainsi attaché à définir les besoins
d?investissements sur les infrastructures ferroviaires, fluviales et routières qui permettent le
transport de marchandises, les sources de financement mobilisables, mais aussi les leviers non-
financiers complémentaires indispensables pour soutenir l?évolution des chaînes logistiques.
Les membres de l?atelier ont ainsi eu à coeur d?envisager de façon globale et systémique les
moyens permettant de promouvoir une logistique décarbonée, plus efficiente, et qui implique
pour cela l?ensemble des différentes parties prenantes.
Penser l?avenir en matière de fret, c?est veiller à concilier le bon fonctionnement des chaînes
logistiques, indispensables au fonctionnement de l?économie, tout en accélérant la transition
écologique du secteur des transports, qui représente 30 % des émissions de gaz à effet de
serre, dont environ la moitié peut être attribuée au transport de marchandises. Assurer que les
investissements soient faits pour accompagner cette évolution du transport de marchandises
passe ainsi par un environnement réglementaire favorable, une gouvernance claire au niveau
national, et sur une visibilité pluriannuelle des investissements et des aides à la décarbonation
mis en place, avec une mobilisation de l?ensemble de tous.
Si le financement des investissements passe avant tout par un engagement fort de la puissance
publique, les membres de l?atelier ont également étudié des sources complémentaires de
recettes et de financements, avec une plus grande valorisation du foncier logistique
permettant de générer des ressources propres, mais également par la possibilité de
financements privés de certains investissements. L?atelier a également souligné l?importance
de considérer, au-delà des infrastructures linéaires, les infrastructures nodales indispensables
au développement des transports massifiés, comme les infrastructures de recharge associées
au développement de l?électrification des parcs.
Au-delà des investissements nécessaires pour entretenir et développer le réseau, des actions
sont possibles pour accentuer le soutien de l?ensemble des acteurs, jusqu'aux consommateurs,
et décarboner les transports, avec des mécanismes non-financiers (certificats book and claim,
fixation de trajectoires de décarbonation à respecter?) et des incitations au changement de
comportement, en soutenant notamment le report modal lorsque cela est possible.
Décarboner en soutenant l?activité économique, en rendant le réseau de transport et les
services plus performants et plus efficients, voilà l?ambition que porte ce rapport et les pistes
qu?il propose.
Ambition France Transports
- 4 -
1. Des besoins d?investissement importants, pour rénover, renouveler et développer les
réseaux
À l?image des autres modes de transport, le fret, tant ferroviaire, que fluvial ou routier, fait face
à des besoins d?investissement significatifs. Ces besoins d?investissement portent sur la
régénération mais aussi le développement des infrastructures linéaires, mais aussi des
plateformes et ports intérieurs permettant notamment l?usage de modes massifiés ou encore
des infrastructures de recharge accompagnant le verdissement du transport routier et fluvial.
Ces besoins doivent être considérés dans une logique de complémentarité, les modes devant
s?envisager de façon complémentaire, le transport routier constituant en particulier souvent le
maillon initial et/ou terminal des chaînes multimodales.
1.1. Un besoin d?investissement avéré a minima dans la régénération mais aussi le
développement des infrastructures linéaires
1.1.1. Transport fluvial
En matière de transport fluvial, la Cour des comptes1 a souligné en février 2025 la dégradation
du réseau fluvial, qui s?explique par un sous-investissement structurel dans la régénération de
ce réseau. La Cour estime ainsi que les deux tiers des ouvrages d?art sont aujourd?hui
moyennement à fortement dégradés, ce qui se traduit par une croissance du nombre de jours
d?arrêt et de restriction de navigation, un arrêt de l?exploitation de plusieurs itinéraires en petit
gabarit et une perte de fiabilité du réseau, notamment en petit gabarit. Ceci se traduit par une
« dette grise » évaluée à 1,1 Md¤ en 2023 et entrave la bonne exécution du service, et ce faisant
le développement de ce mode massifié, dont la part modale en France se situe à des niveaux
inférieurs à nos voisins européens (8,8 Md de tonnes-km en 2014 contre 5,9 en 2023). La
régénération apparait donc comme une priorité.
À date, l?Etat, par le biais de l?Agence de financement des infrastructures de transport de
France (AFITF), consacre près de 170 M¤ par an à l?investissement dans la régénération et la
modernisation du réseau fluvial, soit une hausse de 50 % des crédits d?entretien par rapport
aux niveaux de financement actuels, à travers un contrat d?objectif et de performance de
dix ans.
La Cour des comptes estime le besoin d?investissement pour la régénération et la
modernisation du réseau fluvial entre 180 et 400 M¤ par an sur la période 2024-2032 (330 M¤
pour la régénération et 70 M¤ pour la modernisation), 180 M¤ étant un scénario de dé-
navigation (nécessité de fermer à la navigation certains canaux faute d?entretien) et 400 M¤
représentant une régénération du réseau. VNF évalue pour sa part le besoin d?investissement
entre 400 M¤ et 500 M¤, 500 M¤ correspondant au niveau nécessaire pour résorber la dette
grise. Cela représente deux fois plus que la trajectoire prévue par le contrat d?objectif et de
performance, et donc un besoin d?investissement additionnel supérieur de 200 M¤ par an.
1 Cour des comptes, L?entretien des voies navigables : l?exemple de VNF, février 2025
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Graphique 1 : Investissement régénération/modernisation de VNF par rapport aux références
Mensia actualisées en ¤2023
Source : Cour des comptes, données VNF
En outre, en matière d?investissement dans le transport fluvial, il est nécessaire de prendre en
compte le projet Seine Escaut (Canal Seine-Nord Europe), non discuté de manière spécifique
lors de l?atelier, mais dont les besoins d?investissement sont estimés à 1 Md¤ par an sur la
période 2026-2031, soit 800 M¤ de plus que le niveau d?investissement actuel, soit près de
quatre fois plus que les investissements nécessaires dans la régénération et la modernisation
du reste du réseau.
1.1.2. Transport ferroviaire
En matière de fret ferroviaire, le trafic connait une évolution contrastée entre segments, entre
un transport combiné disposant de gisements de trafic importants et un fret conventionnel
(train entier ou wagon entier) en nette décroissance. Les analyses sur les déterminants du choix
font état de dimensions tenant à la qualité de service, considérant le service moins souple,
régulier et ponctuel que le mode routier, mais aussi de contraintes tenant à l?organisation du
système productif, avec le développement du juste à temps, difficilement conciliable hors
massification avec l?usage des modes non routier, et/ou les conditions de livraison imposées
par les clients.
Face à la dégradation du réseau ferroviaire, la stratégie nationale de développement du fret
ferroviaire a mené un travail d?identification des investissements nécessaires aux yeux des
acteurs du secteur (SNCF Réseau et les opérateurs de fret notamment) pour atteindre les
objectifs de la stratégie nationale bas-carbone 3 (SNBC 3). Après priorisation des
investissements, le scénario proposé par la stratégie identifiait un besoin de financement
de 4,5 Md¤ de 2024 à 2032, baptisé « plan Ulysse ». Ces investissements ont été priorisés et
retenus car ayant un impact sur tout ou partie des segments de transport ferroviaire, avec
comme répartition :
? 1,7 Md¤ en faveur de la régénération des installations existantes (voies de service,
installations de tri, voies capillaires, installations terminales embranchées) ;
? 1,5 Md¤ pour la modernisation du réseau (rehaussement de gabarits pour le transport
de semi-remorques, augmentation de la capacité en ligne) ;
? 1,1 Md¤ pour l?augmentation de la capacité des terminaux de transports combiné et la
création de nouveaux terminaux ;
Ambition France Transports
- 6 -
- 0,2 Md¤ pour le développement de systèmes numériques (amélioration de l?expérience
client , de la gestion de la capacité).
Graphique 2 : Besoins d?investissement dans les infrastructures de fret ferroviaire d?ici 2032
À date, les financements publics dans les infrastructures de fret ferroviaire s?établissent
à 200 M¤ environ en 2024. Au total, sur la période 2026-2031, ceci représente un besoin
d?investissement additionnel de 300 M¤ par an. Une résorption de la dette grise de SNCF
nécessiterait par ailleurs un montant d?investissement supérieur aux besoins identifiés dans le
plan Ulysse Fret.
Ces besoins ne peuvent toutefois pas être pensés indépendamment de ceux abordés par
l?atelier n°3. En effet, le fret ferroviaire partageant des infrastructures communes avec le
transport de passagers, il est nécessaire de prendre en compte le besoin d?investissement
additionnel de 1,5 Md¤ par an identifié dans l?atelier 3 afin de régénérer et moderniser le réseau
ferroviaire structurant à compter de 2028. En outre, ceci ne tient pas compte de besoins non-
chiffrés en matière de mobilité militaire.
1.1.3. Transport routier
Par ailleurs, comme évoqué, le développement des modes massifiés doit se faire en
complémentarité avec le mode routier, qui contribue notamment au pré et post
acheminements. En lien avec l?atelier n° 2, il est nécessaire d?investir dans l?entretien du réseau
routier pour lequel les besoins de financement sont estimés à 23,2 Md¤ sur huit ans pour
résorber la « dette grise » (en incluant le réseau routier national non-concédé, les réseaux
départementaux, communaux et intercommunaux, ainsi que les ponts), à 27,3 Md¤ sur dix ans
pour moderniser le réseau routier national concédé et à 7,9 Md¤ sur dix ans pour moderniser
le réseau non-concédé.
700
982 1097
199
717
530
118
200
Régénération des
installations existantes
Modernisation du réseau Augmentation de la
capacité des terminaux
existant du transport
combiné et la création
de nouveaux terminaux
Développement de
système numérique
ITE
Installations de tri
Voies de service
Capillaires
Hausse de
la capacité
en ligne
Rehausse
ment de
gabarit
1,7 Md¤
1,5 Md¤
Source : plan Ulysse Fret
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1.2. Un besoin d?investissement dans les infrastructures nodales
Le développement du transport ferroviaire et fluvial nécessite également des lieux de
massification. Les investissements dans les infrastructures nodales sont donc indissociables de
ceux dans les infrastructures linéaires. Ainsi, le plan Ulysse identifie un besoin de 1,1 Md¤ pour
l?augmentation de la capacité des terminaux de transports combiné et la création de nouveaux
terminaux. Les ports intérieurs sont aussi des noeuds importants du système de transport à
conforter et à développer, tout comme les grands ports maritimes et fluvio-maritimes ou
encore les zones logistiques.
Outre des investissements financiers, il convient également d?engager un travail de
planification stratégique de ces infrastructures, qui viserait à identifier les zones à fort enjeu et
besoin logistique, en prenant en compte en particulier leur impact environnemental et
économique sur l?organisation des chaînes logistiques. Associant Etat, collectivités, autorités
portuaires et acteurs économiques, ce travail viserait à identifier, sécuriser et flécher les zones
les plus pertinentes pour les des chaînes logistiques performantes et décarbonées, favorisant
le report modal ou le transport combiné. Ceci pourrait aboutir à l?élaboration d?un schéma
directeur national du foncier logistique.
1.3. Une trajectoire coûteuse de verdissement du transport routier, qui appelle des
financements publics et privés
Enfin, le verdissement de la flotte des poids lourds via son électrification est impérativement
corrélé au développement des infrastructures de recharge, en dépôt, à destination et en
itinérance, qui appellent elles aussi des investissements importants. Les poids lourds
électriques constituant la technologie la plus vertueuse sur le plan environnemental, avec des
réductions d?émissions de CO2 de l?ordre de 70 à 90 % avec un mix électrique décarboné (y
compris en tenant compte de la production de batteries), la SNBC ambitionne d?augmenter la
part de poids lourds électrique dans le parc de 10 points d?ici 2030 pour atteindre 80 000 poids
lourds (soit 12 % du parc à date et 50 % des ventes annuelles, contre 0,2 % et 1,5 %
respectivement en 2024). Outre une difficulté à atteindre les objectifs fixés par la SNBC au
regard des ventes de véhicules actuelles, cette transition est entravée par un différentiel de
prix d?acquisition élevé (350 000 ¤ en moyenne contre 110 000 ¤ pour un tracteur thermique).
Le surcoût en matière d?investissements (véhicules et avitaillement) est estimé à 80 Md¤
d?ici 2040 par les fédérations du transport routier de marchandises2 pour les entreprises
françaises. Toutefois, il s?agit d?investissements bruts. La différence à l?achat peut être
compensée en partie par le prix, à date plus faible, du carburant électrique, et sous réserve de
la stabilité de ce dernier. Il peut aussi être estimé à moyen-terme que cet écart sera réduit
grâce à la baisse du prix des batteries et l?augmentation de la demande. C?est pourquoi le
secrétariat général à la planification écologique (SGPE) estime3 que le surcoût en coût total de
possession (TCO) de la trajectoire d?électrification serait de 5 Md¤ à l?horizon 2030 dans un
scénario pessimiste et 2 Md¤ dans un scénario optimiste, questionnant l?intérêt d?un mix
énergétique a minima pendant cette transition.
Par ailleurs, le développement des poids lourds électriques est conditionné au déploiement
parallèle d?infrastructures de recharge électrique (IRVE) spécifiques. Le schéma directeur des
2 Chiffrage issu de la feuille de route décarbonation (avril 2023).
3 SGPE, Mieux se déplacer, 30 juillet 2024 - page 16.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Feuille%20de%20route%20de%20d%C3%A9carbonation%20des%20v%C3%A9hicules%20lourds%20v2.pdf
https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/11/950c6a0584df9ede5949a0d6e5a1252159d20bc3.pdf
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installations de recharge électrique prévoit le déploiement de 170 stations en itinérance en
2027 et 340 en 2030, contre 14 en 2025, soit 2,3% du réseau routier national couvert contre un
objectif de 10% fixé par le règlement AFIR à fin 2025. Le besoin d?investissement pour déployer
ces bornes en itinérance est estimé à environ 450 M¤ à l?horizon 2030 par la DGITM4, et à
630 M¤ à l?horizon 2035 par des acteurs du secteur5. Une partie de ce besoin peut être assurée
par le secteur privé selon le trafic et le coût de raccordement, qui vont influer significativement
sur l?équilibre économique de ces bornes. A cela s?ajoute un besoin d?investissement de 3 Md¤
environ pour les bornes de recharge au dépôt et à destination, dont 2,5 Md¤ pour les bornes
de recharge au dépôt et 0,5 Md¤ pour les bornes à destination, afin de suivre la trajectoire
d?électrification et mailler le territoire. De fortes inconnues persistent toutefois concernant le
coût des raccordements au réseau électrique, qui peut fortement majorer ces montants. En
outre, s?ajoute un besoin de visibilité sur les coûts de la recharge publique, au regard des fortes
variations de prix observées d?une station à l?autre et des incertitudes sur son évolution dans
le temps, qui font émerger le besoin de définir un plafond tarifaire.
2. Les leviers de financement
2.1. Une nécessité de stabiliser la répartition du financement
Préalablement à l?identification des leviers de financement, il est nécessaire d?assurer la
visibilité de l?engagement dans le temps de l?Etat à travers une loi de programmation. En
donnant une visibilité sur l?échelonnement des financements publics à court et moyen-terme,
et leur répartition entre les différents modes de transport, une loi de programmation permet
aussi d?attirer plus aisément des investisseurs privés pour financer des projets d?infrastructures.
La répartition des financements doit par ailleurs être affinée pour rendre visibles ceux
consacrés au fret et ceux consacrés au transport de personnes.
Cette loi de programmation doit aussi conduire à une priorisation des crédits publics en
direction des projets les plus mûrs et transversaux, des projets ne portant pas de rentabilité
immédiate ou des projets présentant un niveau de risque élevé au démarrage, afin
d?encourager le secteur privé à investir dans les infrastructures. A l?image des autres ateliers, la
régénération et la modernisation du réseau existant ont souvent été identifiées comme des
actions prioritaires.
Enfin, le recours aux financements européens doit être renforcé. Sur la période 2021-2027, le
mécanisme pour l?interconnexion en Europe (MIE) était doté de 33,7 Md¤ dont 25,8 Md¤ pour
le secteur des transports. Il importe de mobiliser davantage ces sources de financement et de
plaider pour une orientation du futur cadre financier 2028-2034 autour de priorités françaises
(terminaux multimodaux, infrastructures de recharge, etc.). De la même manière, des
financements européens peuvent être recherchés pour financer la mobilité militaire dont
l?importance est rappelée dans le dernier Livre Blanc de la Commission européenne de mars
2025.
4 Hors coût de raccordement au réseau électrique et reconstitution des places perdues sur les aires d?autoroute.
5 Étude conjointe Enedis, Vinci Autoroutes, Total Energie ? Electrification de la mobilité lourde longue distance.
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2.2. Le financement des infrastructures linéaires
2.2.1. Les recettes des leviers fiscaux nationaux à affecter
La mobilisation de leviers fiscaux nationaux constitue la source de financement la plus simple
et importante en volume pour les infrastructures linéaires, qui concentrent également la
majorité des besoins. Sans que de nouveaux dispositifs fiscaux soient envisagés, il s?agit ici de
mieux mobiliser les dispositifs existants ou à venir, affectant déjà le secteur, à l?investissement
dans les infrastructures de transport. Le refus d?une taxation supplémentaire a ainsi été
exprimé par les acteurs, en particulier les transporteurs. En effet, pour ceux-ci, une
contribution environnementale existe déjà. Ceux-ci contribuent déjà via le paiement d?une
part de TICPE (accise sur les énergies), qui devrait progressivement laisser place au système
d?échange de quotas d?émissions carbone (SEQE/ETS) 2, le nouveau marché carbone entrant
en vigueur à partir de 2027 et devant couvrir désormais le secteur du transport routier.
Plusieurs solutions peuvent alors être envisagées :
? une meilleure affectation des recettes : s?agissant des recettes issues de la mise en
oeuvre de ETS2 (SEQE-UE 2), sur les 300 Md¤ de recettes attendues entre 2027 et 2032
(avec de fortes incertitudes selon les prix du marché), la France bénéficierait de 16 %
du total, soit 48 Md¤. Ces fonds devant être alloués, entre autres domaines, au
financement de mesures de soutien aux acteurs vulnérables et au développement de
la mobilité à faibles émissions, il pourrait être envisagé d?en utiliser une partie pour
financer le fret ;
? il en va de même des recettes de la TICPE, en particulier la fin du remboursement
partiel de l?accise sur les énergies (ex-TICPE). La loi Climat et Résilience de 2021 prévoit
la suppression de ce remboursement partiel à l?horizon 2030 mais le conditionne à
plusieurs facteurs, en particulier la disponibilité de l?offre de véhicules électriques et
réseaux d?avitaillement, ou encore le soutien renforcé à la transition énergétique du
transport routier. Cette suppression pourrait générer un gain d?environ 1,6 Md¤ pour
l?Etat en 2030 ;
? les recettes issues des péages autoroutiers, avec la fin progressive des concessions
autoroutières. La fiscalité sur les péages ne sera toutefois pas disponible dans les
prochaines années, les premières concessions n?arrivant à échéance qu?en 2031. Bien
que la captation d?une partie des recettes issues des péages constitue un prérequis
pour renforcer les financements dédiés au fret, un équilibre entre maintien de
financements dédiés à la route et financements nouveaux pour le ferroviaire et le fluvial
devra être trouvé ;
? la redevance hydraulique pourrait enfin être davantage mobilisée afin de financer les
infrastructures fluviales, comme recommandé par la Cour des Comptes en février 2025.
Bien que le plafond ait déjà été relevé à 160 M¤ à compter de 2027 (contre 127,5 M¤ en
2023), il risque toutefois de limiter les recettes supplémentaires en écrêtant le
rendement de la taxe. Une suppression du plafond est ainsi suggérée par la Cour et
pourrait constituer une source de financement intéressante pour le financement du
réseau fluvial, et permettrait également de reconnaitre la contribution des ouvrages de
navigation à la gestion quantitative de l'eau dans les territoires ;
? une taxation des colis pourrait aussi être mise en place, dont le périmètre devra être
circonscrit (livraisons à domicile en zone urbaine émanant des grands opérateurs du e-
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commerce). Ce dispositif s?insérerait dans un plan plus global (prix minimum pour les
retours, visibilité du coût de la livraison, etc.) visant à orienter les comportements des
consommateurs. Par ailleurs, les recettes fiscales générées pourraient être affectées aux
infrastructures de fret ou bien au verdissement des flottes de transport de
marchandises.
Enfin, rappelons que les collectivités peuvent d?ores et déjà mettre en place une taxation
poids-lourds facultative (exemple du « R-Pass » mis en place par la collectivité européenne
d?Alsace). Celle-ci doit se faire de façon concertée avec les représentants des fédérations de
transport et des autres filières économiques. L?éventuel déploiement de telles taxations à plus
grande échelle (nouvelles régions rejoignant le dispositif) nécessiterait toutefois une
coordination nationale, pour conserver une certaine lisibilité du dispositif entre les territoires.
2.2.2. Des engagements des collectivités et du secteur privé
Les infrastructures linéaires pourraient aussi être financées par des engagements accrus des
collectivités territoriales, en particulier pour les lignes de desserte fine du territoire (LDFT), en
complément du conventionnement direct avec des acteurs privés pour certaines voies
capillaires de fret. Le soutien des Régions est ainsi primordial pour assurer le financement et
l?entretien de ces réseaux, et doit être mis en oeuvre conformément aux engagement pris dans
le cadre des plans État-Région.
Le secteur privé pourrait, quant à lui, être associé grâce à divers montages financiers innovants
qui pourraient prendre la forme de sociétés de projets, sur le modèle de la Société des Grands
Projets.
2.3. Le financement des infrastructures de recharge
Les infrastructures de recharge pourraient bénéficier de diverses sources de financement en
particulier :
? La mise en place d?un dispositif de soutien pour la recharge publique en itinérance. En
effet, alors que la recharge au dépôt bénéficie d?un taux réduit de TICFE, la recharge
publique en itinérance n?en bénéficie pas, tandis qu?il n?existe pas d?équivalent au
remboursement partiel de TICPE pour les poids lourds électriques ;
? L?instauration d?une modération de loyers sur le foncier public, afin de favoriser
l?installation de bornes, la disponibilité et le coût du foncier étant des facteurs limitant
dans le déploiement du réseau ;
? Le maintien des dispositifs extra-budgétaires pour l?ensemble de la recharge, y compris
au dépôt, qui contribuent à amortir le véhicule électrique et les dispositifs de recharge
associés. Le système IRICC, qui prendra le relais de la TIRUERT en 2026, pourrait par
exemple être mobilisé et ajusté (coefficient multiplicateur pour la contribution de
l?électricité aux objectifs GES, fixation d?un mandat minimum pour les crédits
d?électricité au sein de l?IRICC) ;
? La révision du décret n° 2021-1177 qui encadre le choix des opérateurs de bornes de
recharge sur autoroute. Dans le cadre de nouveaux appels d?offre, il pourrait être
intéressant de supprimer les redevances fixes, d?effectuer des appels d?offres distincts
entre pétrole, boutique et IRVE, d?adapter le dimensionnement initial, et de permettre
la reprise ou le remboursement des biens non-amortis à la fin de la concession en cas
de réinvestissement.
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Cet effort doit concerner les infrastructures de recharge du transport routier mais aussi celles
du transport fluvial, qui fait face à des besoins pour (i) assurer le branchement à quai sur les
zones de stationnement et de chargement/déchargement, et (ii) assurer une partie de la
navigation.
2.4. Le financement des infrastructures nodales
En matière d?infrastructures nodales, plusieurs pistes ont émergé lors des travaux de l?atelier,
notamment autour de la diversification et la mobilisation de nouveaux financements :
? Une meilleure valorisation du foncier (cf. infra) dans le cadre d?une boucle vertueuse
qui nécessite de donner aux opérateurs de terminaux les outils et les formes juridiques
permettant de préserver et développer leur foncier de manière souple et agile ; Parmi
ces outils et formes juridiques, figurent en particulier la possibilité pour les opérateurs
de terminaux et ports intérieurs de mettre des sociétés de projet, facilitant la
mobilisation de financements publics / privés et pouvant se traduire par des prises de
participation des collectivités au capital de ces sociétés ; ces sociétés peuvent aussi
permettre un recours facilité à l?emprunt ;
? Une mobilisation des chargeurs, qui se traduirait notamment par le développement
d?un système national de certificats carbone « book and claim » pour les mobilités
économes en énergie et les poids lourds à faibles émissions. Complétant le dispositif
des nouvelles fiches CEE et de programmes de soutien à l?acquisition d?IRVE, ce
dispositif permettrait de soutenir le développement de véhicules à faibles émissions en
achetant des certificats, même si le chargeur ne bénéficie pas directement des services
du transporteur. Ce système pourrait être porté et financé par un programme CEE et
pourrait être élargi aux investissements dans les infrastructures multimodales
(capillaires, plateformes, etc.).
2.5. Le financement du verdissement des flottes
En matière de verdissement des flottes, la priorité exprimée par les acteurs des différents
modes, le verdissement des flottes concernant également les autres modes, en particulier le
mode fluvial, est celle de maintenir, stabiliser ou étendre les aides existantes. En effet, le
soutien public à l?achat de poids lourds électriques est constitué de plusieurs dispositifs, en
particulier : (i) les fiches CEE (certificats d?économie d?énergie) qui ont pris le relais des appels
à projets en 2025, (ii) les prêts à taux zéro ou encore (iii) le suramortissement, (iv) les
subventions publiques (par exemple, le plan d?aide à la modernisation et à l?innovation de la
flotte ? PAMI ? de VNF) Ces dispositifs gagneraient à être davantage utilisés, aucun
établissement ne commercialisant pour l?instant de PTZ-m, ou bien étendus aux modes
massifiés. Ces aides peuvent ainsi atteindre 53 000 ¤ pour l?achat d?un tracteur routier de 26
tonnes ou 35 000 ¤ pour un porteur de 19 tonnes.
Par ailleurs, les systèmes book and claim précédemment évoqués pourront être mis en place.
Enfin, les chargeurs pourraient accompagner la dynamique de verdissement du parc en se
fixant des trajectoires de décarbonation, dont le mécanisme, évoqué supra, doit être précisé
et testé.
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3. Soutenir la chaîne logistique et ses évolutions : un enjeu allant au-delà des seuls
financements destinés aux infrastructures
3.1. Des voies nouvelles à imaginer pour faire évoluer les chaînes logistiques : agir sur la
demande
Si la décarbonation du transport passe par les infrastructures, linéaires ou nodales, qu?il
convient de financer, elle nécessite toutefois d?accompagner l?évolution des chaînes
logistiques, jusqu?alors majoritairement routières. En effet, l?offre d?infrastructures,
notamment massifiés, n?implique pas automatiquement le recours accru aux services
ferroviaires et fluviaux, le choix modal dépendant des chargeurs, eux-mêmes pris dans un
système de contraintes, au premier rang desquelles celles imposées par leurs clients, et in fine
par les consommateurs. Il est donc essentiel d?inciter les chargeurs et au-delà les
consommateurs à des changements de comportements.
3.1.1. Amplifier la mobilisation de l?ensemble de la chaîne pour la décarbonation : le rôle
des chargeurs
Au-delà des transporteurs, l?ensemble des parties prenantes des chaînes logistiques
pourraient amplifier leur contribution à l?objectif de décarbonation, plusieurs mécanismes
pouvant être imaginés. Les chargeurs en particulier, c?est-à-dire les propriétaires de la
marchandise qui génèrent la demande de transport, pourraient être incités à s?engager plus
avant encore dans la voie de la décarbonation. Cet objectif pourrait passer par plusieurs
dispositifs, incitatifs ou contraignants.
Le principal dispositif, devant toutefois faire l?objet de travaux complémentaires, consisterait
en une formalisation des trajectoires de décarbonation pour les chargeurs, en particulier les
plus importants (assujettis à la directive CSRD), sur la base des dépenses de transport
commandées à un transporteur et réalisées par transport massifié ou avec des véhicules
décarbonés/électriques avec comme critère de référence la baisse des GES. Le recours à ce
type de transport ferait l?objet d?un certificat remis par le transporteur, permettant
d?objectiver le recours du chargeur à un transport décarboné. Un tel dispositif nécessiterait
une première phase pilote, pour confirmer sa pertinence et vérifier son opérationnalité, en
articulation avec le dispositif « fret21 » (dispositif labellisé « engagement volontaire pour
l?environnement ? transport logistique »). Par la suite, une diffusion plus large pourrait être
envisagée, avec un potentiel caractère semi-contraignant : le renforcement de l?incitation à
recourir à un transport décarboné pourrait ainsi passer par la mise en place de pénalités, en
cas de non-respect de la trajectoire.
Un tel dispositif nécessiterait par ailleurs la mise en place d?un dispositif miroir pour le transport
en compte propre réalisé au sein de certaines entreprises, afin de garantir une équité de
traitement entre les acteurs. Le dispositif de certificat pourrait être amendé dans ce cas, avec
un mécanisme de calcul de la part de transport décarboné tenant compte du parc électrique
de l?entreprise et de la mobilisation de ces véhicules pour assurer les flux logistiques.
Dans le même esprit, les frais de manutention et de stationnement sur les ports pourraient être
facturés aux donneurs d?ordre (compagnies maritimes).
La commande publique est également un levier important de décarbonation du transport. Les
pouvoirs publics sont en effet un commanditaire « chargeur » important, et la mise en place
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de critères relatifs à une offre de service de transport décarboné dans le cadre des marchés
publics, et l?intégration de critères hors-prix dans le l?évaluation des offres, pourrait ainsi
permettre de valoriser les transporteurs ayant réalisé des investissements pour décarboner leur
flotte, ou susciter les propositions mobilisant des solutions multimodales. Cette prise en
compte s?inscrirait pleinement dans le cadre de la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative
à l?industrie verte, qui prévoit que les marchés publics prennent en compte des critères
environnementaux dès juillet 2024.
Enfin, l?accompagnement au changement des choix modaux des chargeurs passe par la mise
en place de formations à la multimodalité pour les acheteurs, afin que ceux-ci aient recours y
compris à des schémas de transport plus complexes, multi-acteurs, mais tout aussi efficaces :
un guichet partagé d?expertise, opéré par les fédérations (chargeurs / transporteurs /
commissionnaires) pourrait ainsi permettre d?identifier et mobiliser un réseau d?experts pour
accompagner sur le temps long le recours aux modes massifiés ; ce dispositif de guichet
partagé d?expertise pourrait également réunir sur une plateforme unique les aides publiques
disponibles en matière de fret et de logistique et devenir un guichet intermodal. La
sensibilisation des commissionnaires de transport est également essentielle, pour que la
profession propose systématiquement des solutions intégrées ; le programme CEE de
sensibilisation « ReMoVe » porté par l?ADEME est à cet égard un dispositif pertinent de soutien
au report modal, et doit être maintenu.
Notons de plus que de multiples actions des fédérations de transporteurs en soutien à la
multimodalité ont par ailleurs été mises en oeuvre, et l?engagement continu du secteur en ce
sens est une condition sine qua non pour assurer la réussite du report modal.
3.1.2. Enfin, la décarbonation des chaînes logistiques passe aussi par une prise de
conscience des consommateurs, et une évolution des pratiques.
Le développement d?un « fast shipping » aux côtés de ce qui est qualifié de fast fashion met
sous tension les chaînes logistiques, et éloigne le consommateur des réalités et des impacts du
transport de colis. Les offres de livraison gratuite, le retour offert pour les colis, ou encore la
possibilité de se faire livrer en moins de 24 heures n?importe quel objet, sans frais
supplémentaire, contribuent à multiplier les envois, les contraintes qui pèsent sur le
transporteur du dernier kilomètre, et les impacts sur la société, sans que le consommateur en
prenne la pleine mesure.
Plusieurs outils visant à faire évoluer le comportement des consommateurs peuvent par
conséquent être mobilisés :
? l?obligation de rendre visible le prix de livraison, qui ne peut être égal à zéro, avec un
prix de vente potentiellement plus faible mais mettant en avant les frais de port ;
? la fixation d?un prix minimum pour les retours, afin là aussi de mettre en avant le coût
du transport ;
? la mise en place d?une taxe colis pour les livraisons urbaines à domicile par les plus
grosses plateformes de e-commerce, incitant à réorienter les flux vers les points relais,
et dont le produit pourrait lui aussi permettre de contribuer au financement de la
décarbonation des transports.
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3.2. Préserver le foncier logistique
Le transport et la logistique sont par essence inscrits dans l?espace. Ils marquent les territoires
et sont influencés par eux en retour, via la localisation des lieux de génération et de réception
des flux, mais aussi celles des lieux de massification que sont les plateformes et les terminaux
portuaires. Surtout, la performance économique et écologique de la chaine logistique repose
en grande partie sur le maillage du territoire par les plateformes logistiques. Favoriser
l?implantation des entrepôts au barycentre des flux de marchandises pour favoriser la
massification des flux, encourager le développement de plateformes logistiques multimodales
à proximité ou embranchées fer et/ou fluvial : voilà qui doivent constituer des priorités pour
une chaine logistique durable et compétitive. L?enjeu du foncier est donc crucial, au-delà de la
possible contribution de sa valorisation au financement déjà évoquée précédemment.
Plusieurs dispositifs existent déjà pour sécuriser le foncier logistique et sanctuariser des
espaces spécifiques pour le développement de ces activités. Peuvent notamment être
mentionnés :
? la possibilité d?intégrer au sein des documents d?urbanismes (PLU-PLUi notamment) une
sanctuarisation du foncier dédié à la logistique urbaine à moyen terme (zone dédiée à
la logistique urbaine au sein du zonage, ou intégration de celle-ci dans les orientations
d?aménagement et de programmation) ;
? l?adoption dans les règlements d?urbanisme des communes de « ratio logistique », la loi
d?orientation des mobilités ayant renforcé cette possibilité en permettant « d?imposer
la réalisation d?aires de livraison ».
3.2.1. Planifier le foncier logistique : un enjeu de premier ordre
La rareté du foncier disponible, a fortiori dans un contexte de ZAN, impose en premier lieu de
planifier le foncier logistique existant, et les besoins à venir, à différentes temporalités, dans le
cadre d?un schéma directeur national.
Cette planification nécessite un engagement de l?ensemble des parties prenantes, pour
déterminer au mieux les priorités entre développement d?implantations existantes et création
de nouvelles plateformes.
L?objectif de ce schéma directeur n?est en aucun cas de planifier toutes les installations
logistiques. En revanche, ce travail, qui doit nécessairement intégrer l?Etat, les collectivités
locales et les acteurs économiques et logistiques, doit permettre d?identifier de grandes zones
industrialo-logistiques facilitant la massification des flux, en s?appuyant sur les corridors
existants (ports maritimes et fluviaux, axes ferroviaires, projets type Canal Seine Nord etc.).
Ces zones pourraient ainsi bénéficier de dérogations au ZAN compte tenu de leur apport en
matière de décarbonation de la chaine logistique, et de facilitations d?implantation (réduction
des délais, facilitation des procédures).
3.2.2. Sanctuariser le foncier logistique dans le contexte de la zéro artificialisation
nette
La loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la
résilience face à ses effets prévoit un double objectif pour limiter l?artificialisation des sols :
une réduction du rythme de l?artificialisation (baisse de moitié sur les dix années suivantes), et
en 2050, l?atteinte de l?objectif de zéro artificialisation nette (ZAN).
Ambition France Transports
- 15 -
Afin de garantir le développement des chaînes logistiques et leur adaptation aux nouveaux
besoins, des demandes d?aménagement de la loi ZAN sont portées par les acteurs, avec
plusieurs propositions :
? bonifier le foncier destiné à accueillir des infrastructures de fret dans l?approche ZAN,
avec notamment l?inscription du foncier logistique, notamment quand il encourage une
logistique massifiée (proximité des corridors, implantations sur des ports maritimes et
fluviaux ou le long des grands projets type canal seine nord), sur le compte des projets
nationaux plutôt que sur le compte des projets régionaux ;
? permettre la préservation et le développement des emprises foncières dans les
plateformes multimodales et les terminaux, en permettant par exemple un droit de
préemption ou de priorité pour les opérateurs de ces plateformes et terminaux
lorsqu?un terrain est mis en vente. Alternativement, développer des synergies entre
collectivités et plateformes logistiques, pour exercer ce droit de préemption via le
pouvoir de la collectivité ;
? accompagner la reconquête foncière par la création d?un fonds national alimenté
notamment par la redevance foncière, ce fonds pouvant ensuite être mobilisé pour le
développement et l?extension de nouvelles zones logistiques.
3.2.3. Faciliter l?exploitation de ce foncier par les opérateurs de plateformes et de
terminaux multimodaux
Plusieurs grands axes sont ainsi à renforcer, avec avant tout une simplification de l?installation
de nouveaux acteurs sur les plateformes multimodales et les terminaux, qui passe par des
normes simples et lisibles.
Par ailleurs, dans l?objectif de faire de l?exploitation du foncier un levier de décarbonation, il
pourrait être envisagé de privilégier l?implantation de chargeurs et logisticiens mobilisant les
modes massifiés ou engagés dans la décarbonation, ce qui pourrait passer soit par des clauses
incitatives en matière d?occupation, soit par des ristournes sur les redevances d?occupation.
Des dispositifs plus contraignants, à l?image de pénalités ou de clauses de résiliation en cas de
non-respect de certains objectifs (recours aux modes massifiés, décarbonation) sont aussi
possibles, et pourraient permettre d?ajouter une dimension plus restrictive aux clauses
incitatives.
Enfin, des évolutions du modèle concessif pourraient permettre de mieux valoriser le foncier,
notamment au sein des plateformes et terminaux multimodaux ; de nouveaux outils juridiques,
y compris avec des formes juridiques permettant un fonctionnement plus agile et adaptable
pourraient ainsi être offerts aux ports intérieurs : ont ainsi été évoquées les sociétés de projet,
précédemment mentionnées ;
3.3. Mettre en place une gouvernance efficace des acteurs de la logistique et du fret, pour
maximiser les synergies entre acteurs publics et privés prenant part aux chaînes
logistiques
Enfin, l?atelier a mis en évidence la dimension multi-acteurs, tant des enjeux de financement
que de décarbonation, qui nécessite des évolutions de la gouvernance des parties prenantes
de la logistique et du fret, publiques comme privées. Cet enjeu de gouvernance se pose au
niveau territorial comme au niveau spécifique des terminaux.
Ambition France Transports
- 16 -
La gouvernance territoriale des chaînes logistiques nécessite une prise en compte à l?échelle
nationale et déconcentrée. Cette prise en compte peut passer :
? Au niveau national :
? par une loi de programmation visant à soutenir la complémentarité des modes
de transport et les investissements dans les infrastructures multimodales,
donnant de la visibilité aux acteurs ;
? par l?établissement d?un schéma directeur national logistique qui définit les
zones et axes logistiques à sanctuariser, en associant ministère et parties
prenantes de la logistique et de l?industrie ;
? par un renforcement de l?agence de financement des infrastructures de
transport (AFIT) et un suivi de la répartition de ses financements, avec par
exemple la mise en place d?un ratio pour les sommes dédiées respectivement
aux infrastructures de fret (tous modes), mixtes et aux infrastructures pour le
transport de personnes (tous modes).
? Au niveau territorial :
? engager (ou pérenniser là où elle existe, notamment dans le cadre du
programme INTERLUD+) une coordination de l?ensemble des parties prenantes,
privées et publiques, autour de chaque bassin économique et axe logistique,
pour créer un écosystème local intégré ;
? prendre en compte les besoins de la logistique et les préserver dans la
conception des services express régionaux métropolitains (SERM), afin de
garantir que le développement des SERM ne vienne pas obérer les sillons
ferroviaires dédiés jusqu?ici à la logistique, ou que ces nouveaux services express
ne viennent pas réorienter les investissements vers le transport voyageurs au
détriment du transport de marchandises ;
? renforcer la coordination y compris hors des zones prioritaires, à l?échelle des
bassins de vie, par des moyens souples et non contraignants.
Enfin, la gouvernance spécifique des terminaux nécessite une plus forte articulation
public/privé, permettant de mieux soutenir leur développement.
Cette gouvernance nécessite à la fois de renforcer les capacités des acteurs privés, et de mieux
inclure les collectivités territoriales.
Pour ce faire, l?adossement du développement des ports intérieurs à des outils plus souples et
réactifs dans leur gestion permettrait de faciliter leur activité. La création de sociétés de
projets (cf. supra) est ainsi une possibilité permettant de développer des projets ad hoc, en
créant des synergies entre acteurs autour de projets spécifiques.
Enfin, l?association des collectivités territoriales à la gouvernance des plateformes
multimodales et des terminaux portuaires pourrait être renforcée, y compris au travers de prise
de participation dans les sociétés de projets, afin de développer des liens plus étroits et des
incitations plus fortes de ces collectivités avec les acteurs de la logistique. Cela peut
notamment passer par :
Ambition France Transports
- 17 -
? l?insertion dans la gouvernance des plateformes d?élus locaux, pouvant avoir voix
consultative ou décisionnelle, afin de créer un sentiment commun et une volonté
partagée de développement économique du territoire ;
? l?assouplissement des règles juridiques de participation, notamment pour les structures
de droit privé, en permettant aux régions, communes et éventuellement départements
de monter au capital des sociétés gestionnaires de plateformes logistiques et terminaux
portuaires, pour aligner les intérêts des collectivités à la réussite de ces plateformes.
Ces éléments de gouvernance sont centraux, et si des dispositifs ont déjà commencé à émerger
(« stratégie fret logistique » dans certaines régions, schéma de cohérence logistique régional,
conférences régionales du fret de la logistique), capitaliser sur l?existant et construire autour
est un impératif, pour assurer un développement des systèmes de transport et de logistique
au service conjoint de la décarbonation et du dynamisme des territoires.
Ambition France Transports
- 18 -
ANNEXE
Les dispositifs à conserver, à ajuster ou à mettre en place
ANNEXES
ANNEXE I
Liste des auditions des ateliers de la conférence
Ambition France Transports
- 1 -
Atelier 1 ? Modèle économique des AOM et des SERM
Audition 1 : Inspection générale des finances (IGF) et Inspection générale de l?environnement
et du développement durable (IGEDD)
Audition 2 : Autorité de régulation des transports (ART)
? Thierry GUIMBAUD, Président
? Jordan CARTIER, Secrétaire général
Audition 3 : Laboratoire Aménagement Économie Transports (LAET)
? Pierre-Yves PÉGUY, Directeur
Audition 4 : SERM de Strasbourg
? Alain JUND, Vice-Président de l?Eurométropole de Strasbourg
? David VALENCE, Président de la commission Transport, déplacement et
infrastructure de la Région Grand Est
Audition 5 : I4CE
? François THOMAZEAU, Directeur de programme collectivités locales et adaptation au
changement climatique
Audition 6 : OCDE/ITF
? Stephen PERKINS, Conseiller au Forum International des Transports de l?OCDE
Audition 7 : SMTC du Territoire-de-Belfort
? Franck MESCLIER, Directeur général
Audition 8 : IDDRI
? Jean-Philippe HERMINE, Directeur de l'Institut Mobilités en Transition et chercheur
associé à l'IDDRI
? Simon LOUÉDIN, Analyste
Audition 9 : André BRUNO, Association mondiale de la route, membre du CS de TDIE
Audition 10 : SYTRAL Mobilités
? BRUNO BERNARD, Président
Audition 11 : Vinci Concessions
? Nicolas NOTEBAERT, Directeur général
Audition 12 : SERM de BORDEAUX
? Renaud LAGRAVE, Vice-Président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine
Audition 13 : Raymond DESCHAMPS, ancien directeur général de SYTRAL Mobilités
Ambition France Transports
- 2 -
Audition 14 : FUB / Réseau Vélo et Marche
? Céline SCORNAVACCA, co-présidente de la FUB
? Catherine PILON, co-directrice du Réseau Vélo et Marche
Audition 15 : Mission Bozio-Wasmer - Rapport « Les politiques d'exonérations de cotisations
sociales : une inflexion nécessaire » (2024)
? Étienne WASMER, économiste et co-auteur du rapport
Audition 16 : AMRF
? Luc MAUDET, secrétaire de l?AMRF 89 et maire des Vallées de la Vanne
Audition 17 : ECOV
? Thomas MATAGNE, Président
Audition 18 : Association Objectif RER Métropolitains
? Jean-Claude DEGAND, Porte-parole
Ambition France Transports
- 3 -
Atelier 2 ? Avenir des infrastructures routières
Audition 1 : DGITM et DIR
? Sylvain REALLON, sous-directeur du pilotage de l'entretien, de l'exploitation du
réseau routier national non concédé et de l'information routière
? Jérôme AUDHUI, sous-directeur de la stratégie d'aménagement et de modernisation
du réseau routier national
? Frédéric LECHELON, directeur de la DIR Ouest Bretagne Pays de Loire et animateur
du groupement des directeurs DIR.
Audition 2 : Cerema
? Pascal BERTHEAUD, directeur Général
? David ZAMBON, directeur Général Adjoint
Audition 3 : ADF et IDDRIM
? Nadège LEFEBVRE, présidente de l?ADF
? Philippe HERSCU, directeur des politiques de développement des territoires de l'ADF
? Jérôme WEYD, directeur Général de l?IDDRIM
Audition 4 : AMF et Intercommunalités de France
? Frédéric CUILLERIER, co-présidents de la commission Transports, Mobilités, Voiries de
l?AMF
? Sylvain LAVAL, co-présidents de la commission Transports, Mobilités, Voiries de l?AMF
? Carole ROPARS, responsable du pôle Environnement et Aménagement et Conseillère
Urbanisme, Mobilités, Gestion des risques chez Intercommunalités de France
Audition 5 : DGITM
? Estelle CHEVALLIER, sous-directrice adjointe des financements innovants et du
contrôle des concessions d'autoroute
Audition 6 : table ronde fédérations professionnelles
? Florence Berthelot, déléguée Générale de la Fédération Nationale des Transports
Routiers (FNTR)
? Olivier Poncelet, délégué Général de l?Union TLF
? Jean-Marc Rivera, délégué Général de l?Organisation des Transporteurs Routiers
Européens (OTRE)
Audition 7 : ART
? Thierry Guimbaud, président de l?ART
Ambition France Transports
- 4 -
? Nicolas Wagner, directeur du transport routier de voyageurs et des autoroutes de
l?ART
? Jordan Cartier, secrétaire général de l?ART
Audition 8 : Routes de France
? Jean-Pierre PASERI, président
? Alexandre ROUFFIGNAC, délégué général
Audition 9 : GART
? Alexandre MAGNY, directeur général
? Louis NEGRE, président
? Raphaël KRUG, directeur intermodalité at aménagement de l?espace public
Audition 10 : Familles rurales
? Céline KASTNER, Mobilité Club France
? Elsa COHEN, Familles rurales
Audition 11 : NGE Concessions
? Thierry BODARD, président de NGE Concessions
? Cédric BOURDAIS, directeur-adjoint de la maîtrise d?ouvrage
Audition 12 : Eiffage
? Camille Bonenfant-Jeanneney, présidente des concessions autoroutières chez Eiffage
Audition 13 : ATMB / SFTRF
? Christophe CASTANER, président des conseils d?administration d?Autoroutes et
Tunnel du Mont Blanc et de la Société française du tunnel routier du Fréjus
Audition 14 : SANEF
? Arnaud QUEMARD, directeur général du groupe Sanef
Audition 15 : Vinci Concessions
? Nicolas NOTEBAERT, directeur général de Vinci Concessions
? Sabine GRANGER, directeur général de Vinci Autoroutes
? Blaise RAPIOR, DGA de Vinci Autoroutes et DG de Escota
Audition 16 : TDIE
? Thierry DALLARD, rapporteur du Conseil Scientifique de TDIE « Comment financer et
réaliser les investissements nécessaires à la transition écologique ? »
Ambition France Transports
- 5 -
Audition 17 : Meridiam
? Pierre-Emmanuel BELUCHE, directeur d?investissement
Audition 18 : Région Grand-Est
? Julien BECCHERLE, DGA Mobilités
Audition 19 : CE Alsace
? Laurent DARLEY, DGA Environnement à la communauté européenne d?Alsace,
? Jean-Philippe MAURER, 7ème Vice-Président de la Collectivité européenne d'Alsace,
en charge des réseaux et mobilités
Audition 20 : DGITM
? Rodolphe GINTZ, directeur général des infrastructures, des transports et des
mobilités
? Estelle CHEVALLIER, sous-directrice adjointe des financements innovants et du
contrôle des concessions d'autoroute
Audition 21 : Caisse des Dépôts
? Pierre Aubouin, directeur adjoint de l?investissement de la Banque des Territoires à la
Caisse des Dépôts
? Bastien Champion, responsable du développement des prêts au Secteur Public Local
dans la direction des Prêts
Audition 22 : TDIE
? Yves CROZET, économiste
Audition 23 : DGITM (Direction des Mobilités Routières)
? Eric OLLINGER, chef du Département de la transition écologique, de la doctrine et de
l'expertise technique
? André HORTH, Département de la transition écologique, de la doctrine et de
l'expertise technique, pôle Lyon
Audition 24 : ASCA
? Sébastien MARTENS, président du bureau de l'ASCA et directeur de Sodiplec, la
société gestionnaire des aires d?autoroutes E. Leclerc
Audition 25 : Total Energies
? Stéphane CHAMBON, directeur des Affaires Publiques et Comptes Stratégiques pour
la mobilité et les nouvelles énergies
? Lorenzo ANTOGNOLI, directeur du développement construction de maintenance
pour le réseau de station-service Total en France
? Pascal MANUELLI, directeur Réglementation Advocacy & Représentation
Ambition France Transports
- 6 -
Audition 26 : Willkie Farr & Gallagher
? Me Thierry LALOUM, avocat, département Droit public et environnement
Ambition France Transports
- 7 -
Atelier 3 ? Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs
Audition 1 : SNCF Réseau
? Mathieu CHABANEL, président-directeur général de SNCF Réseau
Audition 2 : Groupe SNCF
? Laurent TREVISANI, directeur général délégué Stratégie Finances
Audition 3 : Commission européenne
? Matthias RUETE, coordinateur du déploiement de l?ERTMS
Audition 4 : Inspection générale des finances (IGF) et Inspection générale de l?environnement
et du développement durable (IGEDD)
Présentation du rapport sur la tarification et le financement du réseau ferré national (février
2024)
Audition 5 : Transdev
? Alix LECADRE, directrice des opérations ferroviaires France
Audition 6 : François PHILIZOT
Présentation du rapport sur les petites lignes (2020)
Audition 7 : AGIFI
? Valérie VESQUE-JENCARD, présidente
Audition 8 : Meridiam
? Pierre-Emmanuel BELUCHE, directeur d?investissement
Audition 9 : Plateforme services et infrastructures du Nord
? Patrick LAMBERT, président
Audition 10 : Réseau Action Climat
? Alexis CHAILLOUX, responsable transports (aérien et ferroviaire)
Audition 11 : TDIE
? Thierry DALLARD, rapporteur du Conseil Scientifique de TDIE « Comment financer et
réaliser les investissements nécessaires à la transition écologique ? »
Audition 12 : LAET
? Alain BONNAFOUS, professeur honoraire de l'Université de Lyon
Audition 13 : ART
? Thierry GUIMBAUD, président de l?ART
? Jordan CARTIER, secrétaire général
Ambition France Transports
- 8 -
Audition 14 : Commission européenne
? Eric VON BRESKA, directeur "investissements, transports durables et innovants"
Audition 15 : Syntec-Ingénierie
? Michel KAHAN, président de Syntec-Ingénierie
? Philippe PONS, président du bureau Infrastructures de Syntec-Ingénierie
? Christophe LONGEPIERRE, délégué général
Audition 16 : SETVF
? Philippe ROCHER, de la société UNIFER, Président du SETVF
? Romuald HUGUES, de la société TSO, Trésorier du SETVF
Audition 17 : NGE, LISEA, Eiffage
? Thierry BODARD, directeur général adjoint du groupe NGE
? Lionel EPELY, président de LISEA
? Camille BONENFANT-JEANNENEY, présidente des concessions autoroutières
d?Eiffage
? Jean-Matthieu DE LAFERRIERE, directeur du Pôle Ferroviaire chez Eiffage Concessions
Audition 18 : SNCF Voyageurs
? Christophe FANICHET, président-directeur général de SNCF Voyageurs
Audition 19 : AFRA
? Solène GARCIN-BERSON, déléguée générale
Audition 20 : Trenitalia France
? Marco CAPOSCIUTTI, président
? Anne-Cécile DELBES, directrice des affaires juridiques
? Alexandre MOLINA, directeur des affaires institutionnelles
Audition 21 : Le Train
? Alain GETRAUD, directeur général
? Catherine PIHAN-LE BARS, directrice générale adjointe aux opérations
Audition 22 : Kevin Speed
? Laurent FOURTUNE, associé et président
? Oscar DONNEAUD
Ambition France Transports
- 9 -
Atelier 4 ? Report modal et transport de marchandises
Audition 1 : Association Française du Rail (AFRA)
? Alexandre GALLO, président
? Solène GARCIN-BERSON, déléguée générale
Audition 2 : Groupement National des Transports Combinés (GNTC)
? Aurélien BARBE, délégué général
Audition 3 : Meridiam
? Pierre-Emmanuel BELUCHE, directeur d?investissement
Audition 4 : AVERE France
? Clément MOLIZON, délégué général
Audition 5 : Charge France
? Jean BARYLA, secrétaire général de Fastned
? Didier LIAUTAUD, PDG d?Engie Vianeo
ANNEXE II
Liste des cahiers d?acteurs déposés sur la plateforme de la
conférence
Ambition France Transports
- 1 -
Alliance 4F UNECTO Intercéréales
Alliance pour la décarbonation de la route UTPF Réseau vélo et marche
ALTRO OTRE Routes de France
AFPI Objectif OFP Unipef
AFRA Entreprises fluviales de France Union sport et cycle
ASFA FNTP UTPF
AGIR Transport FNTV UPF
ANATEEP Fédération Professionnelle de Cyclo logistique Union TLF
AVERE
Fédération des Usagères et des usagers de la
Bicyclette et Réseau Vélo et Marche
UPMF
AUTF Fédération des Industries Ferroviaires STRRES - Les réparateurs d'ouvrages d'art
AUTAUT Fédération des Syndicats Mixtes de Mobilités
Chambre de Commerce et d'Industrie de
l'Aude
AGIFI
FEDERATION DES ELUS DES ENTREPRISES
PUBLIQUES LOCALES
CCI HERAULT
ASSOCIATION DES ACTEURS DU VELO
PUBLIC
Fer de France
Chambre de Commerce et d'Industrie des
Pyrénées-Orientales
Charge France FNAUT CESER de Bretagne
Cluster Chargeurs Seine-Escaut France Logistique CESER Centre-Val de Loire
Confédération des grossistes de France - CGF Finance Mobilité
Collectif de Défense des Gurmençonnais et des
Communes Riveraines
CSIAM (Chambre syndicale internationale de
l'automobile et du motocycle)
Filière des acteurs de la mobilité inclusive,
solidaire et durable
Communautés d'agglomération : Grand
Périgueux, Agglo de Brive et Tulle Agglo
GART NGE
Communauté d'Agglomération Béziers
Méditerranée
Ambition France Transports
- 2 -
Communauté d'agglomération Hérault
Méditerranée
Eurométropole de Strasbourg Sète
Communauté de Communes du Haut-Béarn MAIRIE D'AGNOS
Syndicat Mixte des Mobilités de l'Aire
Grenobloise
Commune d'Ablon-sur-Seine Maire de BORCE (64490) Tisséo Collectivités
Commune de BEDOUS MAIRIE D'OLORON STE-MARIE Val de Garonne Agglomération
Commune de Cette-Eygun Montpellier Méditerranée Métropole Ville de Paris
Commune de Lourdios-Ichère Métropole de Lyon + SYTRAL Mobilités AuRAil
Commune Préchacq Josbaig Nouvelle Aquitaine Mobilités ANGOULIM
COMMUNE DE SARRANCE
OBSERVATOIRE REGIONAL DES TRANSPORTS
OCCITANIE
ASSOCIATION DES USAGERS DES
TRANSPORTS D'AUVERGNE
Conseil Départemental de l'AUDE
Perpignan Méditerranée Métropole
Communauté Urbaine
ASSOCIATION URGENCE LIGNE PARIS
ORLEANS LIMOGES TOULOUSE
Conseil Départemental de la Nièvre Port de Sète Sud de France
Comité de sauvegarde et de développement
des lignes ferroviaires du Tréport-Mers
Conseil départemental de la Haute-Garonne Pôle métropolitain du Genevois français Collectif d'usagers TER Bretagne Sud
Conseil Départemental des Pyrénées-
Orientales
PYRENEES BIEN COMMUN Collectif des trois sociétés des lignes nouvelles
Conseil régional Nouvelle-Aquitaine Région Auvergne-Rhône-Alpes Lignes à Défendre
Coordination ferroviaire bretonne
(COFERBZH)
Région Bretagne - MEDEF Bretagne LINEA FIGUERAS PERPIGNAN SA (LFP)
DEPARTEMENT DES LANDES Région Grand Est LGVEA
Département de la Haute-Loire Région Normandie Retour du Train des Volcans
Département du Val d'Oise Région Occitanie
Fédération Agir pour la ligne Clermont Ferrand
? Le Mont Dore ? Ussel ? Tulle
GRAND NARBONNE communauté
d'agglomération
Saint-Etienne Métropole Usagers des transports du haut Allier
Ambition France Transports
- 3 -
SGPSO Logistique durable & territoire Secteur CGT Cheminots Limoges
Société de la Ligne Nouvelle Provence Côte
d'Azur
Mobilité durable & territoires Syndicat CGT cheminots Carcassonne
SOCIETE DE LA LIGNE NOUVELLE
MONTPELLIER-PERPIGNAN
PROMOFLUVIA ADEME
Alliance Ecologique et Sociale Réseau européen #enTrain CEREMA
Agir pour le fluvial
Union pour la Gratuité et le Développement
des Transports publics
Institut des Routes, des Rues et des
Infrastructures pour la Mobilité - IDRRIM
Association SCICA SOS Gares A2 Consulting
Association Respire et Clean Cities SOS BORDS DE SEINE AI Cargo
ADN Mobilités - Association française des
plateformes de distribution numérique de
titres de transports et de mobilités
60 Millions de Piétons Amazon France
Convergence Nationale Rail 1km à pied APRR
Démocrates pour la planète
CGT Cheminots Alpes - CGT Cheminots de
Chambéry - CGT Transports Alpes - CGT Union
Départementale Savoie - ADTC Savoie, membre
de la FNAUT - PCF Savoie - PCF du Bassin
Chambérien - PS Savoie
Akiem
La Déroute des routes CFDT Cheminots Bentley Systems
Laboratoire de la mobilité inclusive Fédération SUD-Rail Bouygues Construction
Eurosud TEAM
FGTE-CFDT Fédération générale CFDT
Transports & Environnement
Ecov
EFFET DE SERRE TOI-MÊME ! FGTE-CFDT EASYPARK
France Nature Environnement Fédération CGT des cheminots Esterifrance
Fougères Rennes En Train UNSA Ferroviaire & UNSA Transport Egis
Ambition France Transports
- 4 -
EY Neology Vinci Autoroutes
EONA-X Orange Vinci Concessions
EIFFAGE Route Oxera Consulting (France) LLP VINCI Railways
FERLIOZ RAILPOOL Weenlo (CRC Services)
Financière Eiffarie Renault Trucks WIMOOV
Groupe SNCF syntec ingénierie Collectif de 39 parlementaires
IMERYS SANEF COORDINATION DES ELUES ECOLOGISTES
Karos SARA
Collectif de députés pour le financement des
infrastructures ferroviaires et routières et la
décarbonation des transports
Kevin Speed SEMOP Port-La Nouvelle
Députés (Peio Dufau, Bérenger Cernon et Olga
Givernet) - MI ferroviaire - CDDAT Assemblée
Nationale
LE TRAIN tbmaestro SA
Groupe UDI, Centristes et apparentés - Région
Auvergne-Rhône-Alpes
Lasaire TDIE Groupe Socialistes et apparentés
LIBRA ADVICES T&E France
Parti Communiste Français- commission
mobilités
LISEA TK'Blue Agency
CY Cergy Paris Université - Master 1, Transport,
Territoires et Environnement
LOHR Trans-Missions Eurofima
Mundys Transdev European Clean Transport Network (ECTN)
Mobil'in Pulse The Signalling Company Experts
MOBILIANS Trenitalia France
METACAR MOBILITY SYSTEMS TRANS.CITE
ANNEXE III
Journée Innovation du 23 juin 2025
Ambition France Transports
- 1 -
Journée Innovation du 23 juin 2025
Objectif de la journée
La Journée de l?innovation pour les transports, organisée le 23 juin 2025, a réuni les acteurs
d?Ambition France Transports ainsi que l?ensemble de l?écosystème de l?innovation du secteur.
Cette rencontre avait pour ambition de coconstruire, dans un esprit d?ouverture et de
collaboration, une feuille de route partagée de l?innovation pour les transports.
La matinée a été rythmée par des présentations inspirantes d?experts, tandis que l?après-midi
a permis d?explorer, à travers des ateliers en petits groupes, les visions prospectives à l?horizon
2040 et les trajectoires possibles pour y parvenir.
L?objet du présent document est de restituer les temps forts de la journée et de proposer une
base pour ce qui pourrait devenir une future stratégie de l?innovation pour les transports.
Environ 180 participants étaient présents, parmi lesquels de nombreux chefs d?entreprises et
représentants institutionnels, académiques et associatifs.
Interventions de la matinée
? Allocutions ministérielles : Philippe Tabarot, ministre chargé des Transports, a annoncé
le lancement de la 5e édition du programme Propulse1 mettant cette année l?accent sur
la qualité de service et l?expérience voyageur. Clara Chappaz, ministre chargée de
l?Intelligence artificielle et du Numérique, a présenté le dispositif « Osez l?IA », visant
notamment à accompagner les petites entreprises dans leur transformation
numérique.
? Keynotes sur les mobilités des personnes : Charlotte de Vilmorin a souligné l?urgence
d?accélérer l?accessibilité des transports publics pour les personnes à mobilité réduite.
Aurore Fabre Landry a alerté sur la dépendance des Français à la voiture individuelle et
la fatigue causée par la grande mobilité, tout en mettant en avant le potentiel des
mobilités actives combinées aux transports en commun pour répondre aux besoins
quotidiens d?une large partie de la population. Stéphane Schultz a conclu en rappelant
l'importance pour les acteurs de travailler en coalitions public-privé afin de résoudre
les problèmes complexes que pose la décarbonation de la mobilité.
? Table ronde sur l?intelligence artificielle dans les transports : trois cas d?usage ont été
présentés : l?optimisation des trajectoires des navires par l?IA (Yves de Montcheuil,
Syroco), l?amélioration de l?information voyageur (Morgane Castanier, SNCF Gares &
Connexions) et la vidéo-surveillance respectueuse de la vie privée (Quentin Barenne,
Wintics). David Krieff (ADP et EONA-X) a souligné la nécessité de créer des espaces
souverains, regrettant le retard européen dans ce domaine. Le sénateur Patrick Chaize
a insisté sur l?impératif de garantir la cybersécurité des systèmes.
1 Propulse est un programme sectoriel extra-financier et gratuit proposant à ses lauréats un accompagnement de
9 mois sur mesure visant à accélérer leur développement. Les projets aidés peuvent être portés par tous types
d?acteurs mais doivent avoir atteint au moins le stade du prototype prêt à être expérimenté.
Ambition France Transports
- 2 -
? Keynotes sur la mobilité intelligente et la mobilité partagée. Anne-Marie Idrac
(ancienne ministre, France Logistique) et Benjamin Beaudet (Bertolami) ont rappelé que
le développement des véhicules autonomes doit être réservé à des cas d?usage
collectifs, inclusifs et partagés, où la France fait valoir son expertise servicielle autant
que technologique. Thomas Matagne (Ecov) a présenté le concept de lignes de
covoiturage, positionnées comme une forme de transport public complémentaire,
avec un modèle économique viable.
? Table ronde sur l?innovation dans l?exploitation des infrastructures : la filière ferroviaire
s?emploie à reconquérir des milliers de kilomètres de voies inexploitées pour une
desserte fine et locale via des trains légers. Carole Desnost (SNCF/CORIFER) et
Marie-José Navarre (Lohr) ont mis en avant le programme France 2030 ? Draisy
développé avec le soutien des Régions Grand Est et Occitanie, dans l?objectif de
proposer des solutions adaptées aux différents territoires avec des coûts maitrisés, en
prenant en compte les évolutions nécessaires aux référentiels de maintenance et
d?exploitation du réseau ferré national. Jean-Michel Estibals (RAILwAI) a exposé une
solution de maintenance prédictive des infrastructures ferroviaires tandis qu?Émilie
Espanet (New Energies Coalition/CMA-CGM) a présenté la numérisation des opérations
portuaires et intermodales dans l?objectif d?optimiser celles-ci. Edouard Fischer
(SANEF) a rappelé l?excellence du modèle autoroutier français et évoqué les
innovations en cours comme l?électrification du transport routier de marchandises
dans le cadre de l?alliance ECTN.
? Conclusion : Eric Banel (DGAMPA) a salué l?approche transversale de l?Agence de
l?Innovation pour les Transports2. Rodolphe Gintz (DGITM) a remercié les participants
d?avoir également exprimé la vision d?une innovation pragmatique, centrée sur les
usagers et les usages de nos infrastructures actuelles, et qui vise à tirer toutes les
potentialités de la technologie (IA) mais également de la réglementation.
2 L?Agence de l?Innovation pour les Transports (AIT) est une marque collective, dont le projet a été initié en 2021, qui
est animée par une équipe coeur formée d?agents issus des trois directions générales modales (DGITM, DGAC et
DGAMPA). Elle promeut une innovation pour les transports ouverte et collaborative, notamment par une intense
activité d?animation de l?écosystème. Elle porte le programme Propulse mentionné plus haut.
Ambition France Transports
- 3 -
Amélioration de l?expérience des
voyageurs (qualité de service)
D'ici 2040, l'objectif est de promouvoir
un partage de l?espace accessible à tous
les usages, en mettant l'accent sur le
confort et la qualité des trajets. Une
expérience voyageur inclusive et
confiante est envisageable grâce à
l'intégration de leviers technologiques,
politiques et sociaux. Pour atteindre cet
idéal, il est impératif d'offrir une
information fiable et partagée,
garantissant des départs et retours à
l'heure, ainsi qu'un accompagnement
adéquat pour tous les usagers. Les
technologies doivent permettre un
traitement fiable des données et aider
les usagers à choisir leurs trajets de
manière optimale. La réalisation de
cette vision dépendra de notre capacité
à placer l'usager au coeur de toutes nos
décisions et actions.
Notre ambition est de créer un système
de transport durable et inclusif,
répondant aux besoins de tous les
citoyens et contribuant à une meilleure
qualité de vie pour tous.
Ambition France Transports
- 4 -
Mobilisation du potentiel de l?IA et des
données
Le potentiel de l?IA réside notamment
dans sa capacité d?amélioration de
l?expérience des usagers par une offre
de services plus adaptée. À l?heure
actuelle toutefois, seulement 15 % des
données sont utilisées, notamment en
raison de leur mauvaise qualité. Les
experts de l?atelier font le pari qu?à
horizon 2040, un écosystème aura pu
être mis en place pour partager les
données et leur valeur, permettant ainsi
d?offrir des services numériques plus
personnalisés (ex. prise en compte des
besoins des personnes à mobilité
réduite) ou bien de mieux connaître les
flux de déplacements. Un des défis à
relever est l?identification de modèles
économiques justes ainsi que la
confiance entre acteurs. L?Etat aura à
impulser une dynamique sur ces
différentes problématiques, en veillant
aux liens avec le niveau européen.
Ambition France Transports
- 5 -
Adaptation des infrastructures pour
plus de résilience et d?intermodalité
La France est un pays dans lequel le
réseau d?infrastructures de transport
est très développé. Les infrastructures
de 2040 seront très largement celles
d?aujourd?hui. L?enjeu porte sur leur
entretien à grande échelle. Les experts
du groupe souhaitent que les
opérations de rénovation intègrent des
éléments de multimodalité : voies
réservées, aires de covoiturage, pistes
cyclables, stations de recharge
électrique. L?atteinte d?un tel objectif
requiert une planification des
investissements et un effort budgétaire
permanent pour la maintenance. Lors
de l?atelier, un point crucial a émergé :
le niveau de connectivité souhaité en
matière d?équipements dotés de
capteurs, ainsi que la standardisation et
le partage des données générées. Il est
essentiel d?équiper les infrastructures
de manière à optimiser leur
maintenance, afin d?accroître leur
résilience face aux défis posés par le
changement climatique et les actes de
malveillance.
Ambition France Transports
- 6 -
Développement des véhicules du futur
(énergie, autonomie)
Cet atelier a mis en avant une vision de
la mobilité propre, intelligente,
partagée et plus durable, avec une plus
grande multimodalité. Un axe
d?innovation concernant les véhicules
pourrait porter sur l'optimisation des
opérations logistiques, par exemple par
le développement du transport hybride
combinant transport de fret et
transport de voyageurs. Un autre axe
d?innovation est assurément
l?accélération du développement des
carburants aériens et maritimes
durables et de l?électrification du
transport routier et ferroviaire.
Concernant les véhicules autonomes, il
paraît important d?affirmer le choix fait
par la France et l?UE de réserver ces
véhicules à des cas d?usage utiles et
efficaces. L?exemple donné est celui des
navettes autonomes en zone
périurbaine de rabattement du
domicile vers la gare la plus proche. Une
autre proposition formulée est de faire
évoluer le cadre fiscal des véhicules de
fonction et de privilégier les véhicules
de service électriques et partagés. À
l?issue de l?atelier, il subsistait une
discussion sur le niveau de connectivité
des véhicules à viser, minimal via le
smartphone personnel ou maximal avec
capteurs et ordinateur de bord.
Ambition France Transports
- 7 -
Optimisation des opérations logistiques
La vision du groupe de travail pour 2040
est celle d'une logistique sobre,
multimodale et connectée. Les
avantages de cette vision sont multiples
: une meilleure coordination et
utilisation des ressources améliorent
l'efficacité opérationnelle. Les gains
économiques et environnementaux
sont significatifs grâce à une gestion
optimale des ressources. Le bien-être
social est également renforcé par une
logistique durable. Enfin, une chaîne
logistique moderne et durable attire
talents et investisseurs, renforçant la
compétitivité de la filière. Pour
atteindre ces objectifs, plusieurs leviers
sont identifiés. Parmi eux, la
standardisation et le partage des
données, dans un cadre de confiance
reconnu par tous, permettent une
meilleure visibilité et une prise de
décision plus éclairée. Ils peuvent
faciliter la mutualisation des flux et
optimiser les capacités existantes. La
formation des différents acteurs enfin
est indispensable pour créer une culture
commune et accélérer la transition vers
cette nouvelle logistique.
24245 Dicom / Mobilités - Juillet 2025.
(ATTENTION: OPTION rastructures de transport à partir de 2035. L?arrivée à expiration des principales
concessions autoroutières entre le 31 décembre 2031 et le 30 septembre 2036 est en effet
l?occasion de dégager des recettes supplémentaires majeures ? estimées à 2 Md¤ à compter
de 2037 ? pour financer l?ensemble des infrastructures de transport via l?AFITF.
Ambition France Transports
- 34 -
Cela nécessitera toutefois, en amont, de choisir la meilleure organisation possible en fonction
des objectifs recherchés, en conciliant ce premier objectif financier avec l?indispensable
acceptabilité auprès des usagers.
Dans un récent sondage réalisé en amont de la conférence34, une large majorité de Français
ont réaffirmé leurs attentes fortes en matière d?investissements dans les infrastructures de
transports (avec des scores de 94 % à 70 % selon les types d?infrastructures). Avec l?esprit de
responsabilité nécessaire à de tels travaux, les participants de la conférence ont tenté de
dessiner une perspective réaliste, concertée et ambitieuse pour bâtir une nouvelle trajectoire
de financement de nos infrastructures de transport et répondre, in fine, aux légitimes attentes
de nos concitoyens.
34 Sondage Toluna Harris interactive, « Les Français et leur perception du secteur des transports », avril 2025.
Ambition France Transports
- 35 -
SYNTHESE DES PROPOSITIONS DE LA CONFÉRENCE
1
Prioriser les investissements dans la performance et la résilience des infrastructures actuelle et les
augmenter d?environ +3 Md¤/an sur la période 2026-2031 :
? réseau ferroviaire structurant : +1,5 Md¤ par an à partir de 2028 pour les investissements de
régénération et de modernisation ;
? réseau routier national non concédé : +1 Md¤ par an afin d?inverser la tendance à sa
dégradation et commencer sa modernisation ;
? transport de marchandises : +500 M¤ par an afin d?accroître la performance et la résilience
des infrastructures de fret ferroviaire et fluvial (200 M¤/an pour le transport fluvial et
300 M¤/an pour le fret ferroviaire).
2
Réaliser une revue générale des lignes de dessertes fines du territoire (LDFT) circulées pour préciser
les investissements nécessaires à leur entretien et clarifier la répartition de leur financement entre
l?Etat et les régions.
3
S?appuyer sur un ferroscope multicritères pour proposer une hiérarchisation des projets
d?investissements dans la régénération et la modernisation ferroviaires.
4
Réaliser un audit national de l?état du réseau routier départemental et communal structurant, en
complément des travaux réalisés par le CEREMA sur les ponts des communes.
5
Confier au COI la mission de définir une nouvelle priorisation des grands projets de développement
afin que leur financement ne génère pas un effet d?éviction des ressources disponibles au détriment
des investissements prioritaires dans les infrastructures existantes.
6
Inscrire les financements des transports dans un cadre pluriannuel et stable, en élaborant une
trajectoire pluriannuelle d?affectation de ressources suffisantes et pérennes à l?AFITF ou en
construisant une loi de programmation des infrastructures de transport.
7
Encourager l?amélioration de la performance des infrastructures et des services afin de diminuer les
dépenses et d?augmenter l?offre à coût constant : augmenter la vitesse commerciale des transports,
optimiser les dessertes.
8
Renforcer la contribution des usagers et des clients, en prenant en compte l?acceptabilité :
? augmenter progressivement la tarification des transports en commun tout en mobilisant la
tarification solidaire ;
? mettre en place une taxe temporaire sur certains billets de transport (ex : TGV) ;
? élargir à d?autres collectivités les expérimentations en matière de mécanismes
d?écocontribution territoriale sur les poids lourds et/ou mettre en place des majorations
ciblées des péages lourds sur les autoroutes concédées qui font face à des congestions
importantes ;
? mettre en place d?une trajectoire incitative à l?électrification des poids lourds, pour les
entreprises d?une certaine taille.
9
Consolider un ensemble de ressources durables affectées à l?AFITF :
? réallouer une part plus importante de ressources existantes prélevées sur les transports
depuis le budget général de l?État vers l?AFITF (TICPE, TSBA, création d?une dette spécifique
pour résorber la dette grise du routier national non concédé) ;
? allouer des ressources nouvelles prélevées sur les transports à l?AFITF (ETS 1, ETS 2, hausse
du malus poids, suppression progressive à horizon 2030 du taux réduit de TICPE, taxe sur la
livraison de colis à domicile en zone urbaine).
10
Mobiliser des ressources spécifiques à certains modes de transport sans passer par l?AFITF :
dispositifs CEE, ressources spécifiques au ferroviaire (fonds de concours de la SNCF, recours à
l?emprunt, cession d?actifs de la SNCF) et au fluvial (redevance hydraulique).
Ambition France Transports
- 36 -
11
Renforcer et diversifier le modèle économique des AOM locales, en s?appuyant sur le
déplafonnement du versement mobilité et/ou en diversifiant les recettes sur lesquelles repose leur
modèle économique (taxe foncière additionnelle, taxe régionale additionnelle sur les certificats
d?immatriculation, nouvelle redevance spécifique pour financer les services de transport).
12 Mobiliser l?investissement privé pour certains projets d?investissement.
13
Saisir l?opportunité de l?arrivée à échéance de 90 % des concessions autoroutières entre 2032 et
2037 pour revoir la gouvernance du système autoroutiers selon les options proposées par la
conférence.
14
Affecter le surplus de ressources issues des autoroutes à l?issue des concessions historiques en
priorité vers la régénération et la modernisation des infrastructures nationales de transport.
Ambition France Transports
- 37 -
COMPOSITION DES ATELIERS DE LA CONFÉRENCE
ATELIER N°1 ? Modèle économique des AOM et des SERM
Organisme Membre
Sénat Didier MANDELLI (copilote)
Expert Jean COLDEFY (copilote)
Assemblée nationale Christine ARRIGHI
AMF Sylvain LAVAL
Intercommunalités de France Antoine CHÉREAU
France Urbaine
Jean-Luc MOUDENC /
Étienne CHAUFOUR
GART Louis NÈGRE
Régions de France Renaud LAGRAVE
Expert Guy LE BRAS
Expert Jean-Marc ZULESI
UTPF Florence SAUTEJEAU
MEDEF Bruno ARCADIPANE
FNTV Jean-Sébastien BARRAULT
SGP Frédéric BRÉDILLOT
SNCF Réseau Thomas ALLARY
FNAUT Alain ROUX
Ambition France Transports
- 38 -
ATELIER N°2 ? L?avenir des infrastructures routières
Organisme Membre
Sénat Hervé MAUREY (copilote)
Expert Yves CROZET (copilote)
Assemblée nationale Christophe PLASSARD
Association des Départements de France Nadège LEFEBVRE
Régions de France Michel NEUGNOT
IDDRI Jean-Philippe HERMINE
ASFA Christophe BOUTIN
AVERE Clément MOLIZON
FNTP Alain GRIZAUD
Transport & Environnement Diane STRAUSS
FNAUT Alain RICHNER
Ambition France Transports
- 39 -
ATELIER N°3 ? Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs
Organisme Membre
Assemblée nationale Olga GIVERNET (copilote)
Expert Gilles SAVARY (copilote)
Sénat Olivier JACQUIN
Régions de France Jean-Luc GIBELIN
GART Jean-Pierre SERRUS
Expert Pierre ZEMBRI
FIF Patrick JEANTET
UTPF Stéphanie LOPES D?AZEVEDO
SNCF Réseau Alain QUINET
Caisse des dépôts et des consignations Pierre AUBOUIN
FNE Jean-Yves PETIT
FNAUT François DELÉTRAZ
Ambition France Transports
- 40 -
ATELIER N°4 ? Report modal et transport de marchandises
Organisme Membre
Assemblée nationale Gérard LESEUL (copilote)
Expert Corinne BLANQUART (copilote)
Sénat Marie-Claire CARRÈRE-GÉE
Régions de France Roch BRANCOUR
GART Anne-Marie JEAN
Université Gustave Eiffel Lucie LETROUIT
SNCF Réseau Hélène VASSEUR
VNF Cécile AVEZARD
France Logistique Maxime FOREST
FRET 4F Raphaël DOUTREBENTE
AUTF Lionel LEMAIRE
Union des ports de France Claire MERLIN
Union TLF Olivier PONCELET
OTRE Jean-Marc RIVERA
FNTR Florence BERTHELOT
E2F Didier LEANDRI
RAPPORT DE L?ATELIER N°1
MODÈLE ÉCONOMIQUE DES AOM ET DES SERM
Ambition France Transports
- 1 -
INTRODUCTION DES COPILOTES
Dans le cadre de la conférence Ambition France Transports, l?atelier n° 1 a visé à proposer des
solutions faisant consensus autour d?un modèle économique pérenne des autorités
organisatrices de la mobilité (AOM) urbaines et régionales et de leurs syndicats mixtes. Dans
un contexte de forte tension sur les finances publiques, répondre à la carence des transports
publics au-delà des villes-centres n?est pas une affaire aisée et relève d?une véritable gageure.
Après des décennies de développement de l?automobile, la place de celle-ci a été
considérablement réduite dans les villes-centres des grandes agglomérations depuis
les années 1980, offrant des espaces publics apaisés. Toutefois, la polarisation des emplois en
ville et la périurbanisation n?ont pas été suffisamment accompagnées par notre système de
mobilité, induisant congestions routières pour accéder aux grandes villes. C?est pourquoi les
pouvoirs publics ont souhaité, en particulier à travers la loi de 2023 consacrée aux services
express régionaux métropolitains1, renforcer par des solutions alternatives à la voiture les liens
des villes-centres avec leurs banlieues, leurs zones rurales périurbaines et les villes moyennes
qu?elles polarisent. En somme, il s?agit de développer les mobilités à l?échelle d?une aire urbaine
correspondant au lieu de vie et de travail des habitants. C?est une nécessité sociale,
économique, et environnementale.
Financer cette priorité suppose au préalable de reconnaître plusieurs contraintes :
? les mobilités sont des questions de société. Elles ne se réduisent pas aux seuls moyens
de transport, la voiture représentant 80 % des kilomètres parcourus dans tous les pays
de l?OCDE. Elles concernent les habitants au quotidien. Les objectifs d?une politique de
mobilité touchent certes à la lutte contre le réchauffement climatique, mais également
à la question sociale, territoriale, économique et industrielle, de l?emploi, du logement,
du développement urbain et de l?aménagement du territoire ainsi qu?à l?efficacité de
nos aires urbaines. Il convient donc de privilégier une approche globale évaluant les
impacts des mesures à court et moyen termes ;
? le secteur des transports est également concerné par la crise durable des finances
publiques. S?il requiert des investissements indispensables au meilleur fonctionnement
des aires urbaines, il doit également prendre part à l?effort national de redressement
des comptes publics. Cela suppose de prioriser ses projets en se concentrant sur les
liaisons pour lesquelles une massification par des transports partagés est possible et
viable économiquement et socialement ;
? le renouveau du modèle économique des transports publics demande du temps. Si des
mesures de court terme peuvent apporter des marges de manoeuvre, il existe des
difficultés structurelles que seules des mesures moins immédiates, nécessitant
notamment des évolutions législatives, pourront résoudre ;
? la question de la gouvernance des aires urbaines est posée. La déconnexion entre le
périmètre administratif et les bassins de vie oblige à une coopération forte entre les
régions, les AOM urbaines et les intercommunalités périurbaines, laquelle peut prendre
de multiples formes. La question est celle du partage de la productivité urbaine, qui en
période de tension budgétaire n?est pas chose aisée ;
1 Loi n° 2023-1269 du 27 décembre 2023 relative aux services express régionaux métropolitains.
Ambition France Transports
- 2 -
- questionner les mobilités suppose un débat démocratique. Les acteurs impliqués (État,
AOM urbaines, régions, usagers, entreprises, fédérations professionnelles) ont par nature
des intérêts différents, mais peuvent, autour d?objectifs communs, élaborer des solutions
partagées par tous. Ce débat n?est possible que si chacun partage la conviction que
l?intérêt général n?appartient à personne mais résulte nécessairement d?un dialogue
entre les différentes composantes de la société.
L?atelier a cherché à composer avec ces différentes contraintes et exigences en identifiant, à
partir de la situation actuelle, un chemin offrant des modèles économiques pérennes pour les
AOM et les SERM. Cette perspective doit permettre de répondre à la priorité actuelle de notre
système de mobilité : relier les territoires et les habitants ? qu?ils résident dans l?urbain, le rural
périurbain et les villes moyennes ? autrement qu?en voiture là où c?est possible avec des
modèles économiques pérennes. Si les discussions ont été franches et parfois vigoureuses,
l?atelier a indéniablement permis de progresser dans la compréhension commune du problème
à résoudre ainsi que dans l?identification de points de convergence et d?aspects plus
complexes qui nécessiteront des débats ultérieurs.
Didier Mandelli et Jean Coldefy, co-pilotes de l?atelier n° 1.
Ambition France Transports
- 3 -
SOMMAIRE
INTRODUCTION .......................................................................................................................................... 4
1. Constat de situation à date sur les AOM et les SERM ............................................................... 5
1.1. Les quatre enjeux des mobilités .......................................................................................... 5
1.2. Un choc d?offre nécessaire mais difficile à financer........................................................ 6
1.3. Une gouvernance souffrant d?une double incohérence ................................................. 8
2. Les quatre leviers d?un modèle économique pérenne ......................................................... 9
2.1. Deux scénarios possibles ....................................................................................................... 9
2.2. Optimiser les dépenses ....................................................................................................... 10
2.3. Le potentiel de la tarification ............................................................................................. 13
2.4. Diversifier les sources externes de financement ............................................................ 15
2.4.1. Ressources relevant des collectivités territoriales ..................................................... 16
2.4.2. Ressources mobilisables par l?État ou l?Union européenne ................................. 18
2.5. Une gouvernance rénovée et adaptée aux besoins...................................................... 20
SYNTHÈSE .................................................................................................................................................. 22
Ambition France Transports
- 4 -
INTRODUCTION
L?atelier n° 1 de la conférence Ambition France Transports, relatif au modèle économique des
autorités organisatrices de la mobilité (AOM) et des services express régionaux métropolitains
(SERM), a réuni seize membres du 13 mai au 3 juillet 2025 : deux experts des transports, trois
parlementaires, cinq élus ou représentant d?association d?élus locaux (ARF, AMF, GART,
Intercommunalités de France, France urbaine), la fédération des usagers des transports, les
deux fédérations des entreprises de transports publics et un représentant du MEDEF, un
représentant de SNCF Réseau et un de la SGP. Le périmètre de l?atelier s?est étendu à
l?ensemble des réseaux de transports publics urbains et aux projets de SERM, à l?exclusion de
l?Île-de-France.
L?atelier a eu pour objectif d?établir un constat et proposer des solutions pour construire un
modèle économique soutenable des AOM et des SERM, dans le contexte de la décarbonation
des mobilités, d?un meilleur fonctionnement des aires urbaines et de leurs connexions, des
questions sociales posées par les mobilités et enfin de la nécessaire reprise de compétitivité
des entreprises françaises. Les propositions et recommandations présentées dans le rapport
n?ont dans l?ensemble pas fait l?objet d?une opposition majeure de l?un des membres de
l?atelier, et le cas échéant, cette opposition est clairement indiquée. Nous avons donc cherché
à identifier ce qui rassemble globalement les membres, même si des différences peuvent
subsister dans la rédaction des propositions, le temps imparti n?ayant pas permis de détailler
les conditions de mise en oeuvre précise des mesures. Les membres de l?atelier sont volontaires
pour prolonger le travail en ce sens, dépendant en cela des suites qui seront données à la
conférence de financement.
Structuré en cinq séances, l?atelier a consacré deux d?entre elles à l?établissement d?un
diagnostic large, puis a consacré les trois autres à la recherche de solutions en identifiant des
leviers permettant d?assurer l?équilibre économique des autorités organisatrices :
? l?optimisation des dépenses ;
? l?identification de nouvelles ressources ;
? la définition de critères de performance pour prioriser et orienter l?élaboration des
SERM ;
? la gouvernance des mobilités.
Parallèlement, une trentaine d?auditions ont été menées pour enrichir les travaux et nourrir les
débats de l?atelier. Une analyse des cas territoriaux, nationaux et internationaux a dans ce
cadre permis de documenter la diversité des situations et des politiques mises en oeuvre. Les
situations des SERM de Strasbourg et Bordeaux, les réseaux de transports publics de Belfort et
de Lyon ont notamment été analysés à ce titre.
Les travaux de l?atelier se sont appuyés sur un corpus de données et de références rassemblées
dans un livret de diagnostic diffusé en amont de l?atelier, complété par le rapport de l?IGF et
de l?IGEDD finalisé en janvier 2025 et par plusieurs analyses présentées lors de l?atelier2.
2 Ces analyses incluent les données des comptes transports de la nation (INSEE / SDES), de l?autorité de régulation des
transports (ART), du groupement des autorités responsables de transport (GART) et de l?UTPF, ainsi que plusieurs
études et parangonnages nationaux et internationaux issus du LAET, de l?OCDE /ITF.
Ambition France Transports
- 5 -
1. Constat de situation à date sur les AOM et les SERM
1.1. Les quatre enjeux des mobilités
Les travaux de l?atelier ont mis en évidence quatre enjeux auxquels doivent répondre les
autorités organisatrices de la mobilité.
La décarbonation du secteur constitue un impératif climatique pour accélérer le report modal
vers des mobilités bas-carbone. En effet, les mobilités des personnes sont, à la fin de l?année
2023, le seul secteur dont les émissions ne baissent pas. Celles-ci pèsent 18 % des émissions de
la France, soit 68 Mt de CO2 émises par la voiture en 2023, un chiffre comparable à celui de
19903. Les liens entre les zones périurbaines, les villes moyennes avec les grandes
agglomérations représentent près de la moitié des émissions de la voiture4. Les travaux de
l?atelier ont enfin souligné l?inadéquation actuelle entre la demande de mobilité depuis ces
espaces vers les pôles urbains et l?offre de transport collectif disponible, avec des écarts parfois
très importants. Selon l?INSEE, 93 % de la population française est économiquement polarisée
sur les villes, mais seuls 50 % résident dans les pôles urbains (communes centres et banlieues),
les autres vivant en zones périurbaines (43 % de la population). Cette répartition spatiale de
l?habitat et des emplois a des conséquences directes sur la mobilité. Les distances parcourues
en voiture par les ménages périurbains sont en moyenne deux fois plus élevées que celles des
habitants des centres-villes5, avec des écarts autour de la moyenne allant de 1 à 10 entre
le 1er quartile et le dernier quartile et une part modale de la voiture atteignant près de 90 ?%
hors des pôles urbains, contre environ 50?% dans les grandes agglomérations6.
L?équité sociale impose également d?assurer la mobilité pour tous, notamment au bénéfice des
plus fragiles, facteur clé d?insertion sociale et professionnelle. Ceci concerne principalement
les banlieues des grands pôles urbains (10 % de la population), mais aussi une part des
populations en dehors des pôles urbains dans le périurbain rural n?ayant pas accès à la voiture.
La soutenabilité financière du secteur constitue un point d?attention majeur tant s?agissant des
recettes que des dépenses. En 2023, les AOM urbaines ont consacré 8 Md¤ au fonctionnement
dont 5 Md¤ pour l?exploitation des principaux réseaux de transports publics urbains et 3 Md¤
en investissement. Les AOM régionales (hors Île-de-France et Corse) ont consacré 6,8 Md¤ au
fonctionnement et 2,3 Md¤ à l?investissement7. Dans un contexte d?appétence croissante des
usagers pour les transports en commun, la capacité des AOM à absorber un choc d?offre
supplémentaire est fortement contrainte par un ratio recettes/dépenses dégradé et une
autonomie fiscale réduite.
3 Rapport Secten, CITEPA, 2024.
4 Données EMP2019 (INSEE/SDES), Jean Coldefy 2025.
5 Ministère de la Transition écologique, Service de la donnée et des études statistiques (SDES) / Insee, Se déplacer en
voiture : des distances parcourues une fois et demie plus importantes pour les habitants des couronnes que pour ceux
des pôles, in Insee Références ? La France et ses territoires, édition 2021.
6 Analyse géographique des distances et des parts modales, données EMP2019, J. Coldefy, M. Bordas 2025.
7 Eléments GART et UTPF.
Ambition France Transports
- 6 -
Enfin, la réindustrialisation est un enjeu clef pour l?économie française, la France étant le seul
pays de l?Union européenne à avoir divisé par deux le poids de son industrie dans la valeur
ajoutée du pays depuis 19708. Or, le modèle économique actuel du transport public urbain
repose essentiellement sur des prélèvements sur la masse salariale via le versement mobilité.
Ceci fait peser un poids important sur le coût du travail dommageable à la compétitivité. Le
versement mobilité a représenté 11,3 Md¤ de recettes en 2023 dont 5,7 Md¤ hors
Île-de-France9, soit 20 % des impôts sur les salaires et la main d?oeuvre10. Entre 2014 et 2024, le
produit du versement mobilité a progressé de +65 %, représentant une hausse nettement
supérieure à celle de la masse salariale sur la même période (+46 %). Si cette décorrélation est
moins marquée hors Île-de-France (+57 % du VM contre +51 % pour la masse salariale), cela
souligne le risque que fait peser le modèle actuel sur la compétitivité des entreprises et le
pouvoir d?achat des salariés11.
1.2. Un choc d?offre nécessaire mais difficile à financer
Pour faire face à ces quatre enjeux, un choc d?offre de mobilités, à cibler finement dans les
territoires, entre les grandes villes-centres, leurs banlieues, leur périurbain rural et les villes
moyennes, apparaît indispensable12. Ce choc d?offre requiert des niveaux de financement
élevés :
? s?agissant des TER : SNCF Réseau estime que la mise en oeuvre des SERM induirait une
hausse des dépenses d?exploitation d?environ 580 M¤2022 en 2040 (soit 826 M¤courants)13.
Par ailleurs, les projections à offre inchangée font apparaître que la hausse des péages
ferroviaires et des charges du matériel roulant, supérieure à l?inflation, impliquerait
également une hausse annuelle des contributions régionales de 3,7 % entre 2022 et
2030, soit un besoin de financement supplémentaire de 867 M¤courants pour maintenir
l?équilibre d?exploitation14. Sur le plan des investissements, le Conseil d?orientation des
infrastructures (COI) estime, dans le scénario de planification écologique de 2022,
qu?un effort de 175 Md¤ est nécessaire sur deux quinquennats, dont plus de 55 Md¤
pour les seules infrastructures ferroviaires et SERM. L?estimation devra encore être
affinée, en raison du caractère très préliminaire des études, mais il ne fait guère de
doute que les investissements liés aux SERM seront particulièrement importants.
- s?agissant des transports publics urbains, le GART estime de son côté en première
analyse qu?entre 2025 et 2035, les 25 plus grandes AOM locales (65 % du champ hors
Île-de-France) devront couvrir 34 Md¤ d?investissements et 9 Md¤ de surcoûts
d?exploitation. Après mobilisation de 19 Md¤ d?emprunts nouveaux, le GART identifie
un reliquat non financé s?élevant à 14,7 Md¤, extrapolé à 22,6 Md¤ pour l?ensemble des
AOM, soit environ 2 Md¤ par an à trouver. Ces premières estimations du GART devront
être réactualisées après les prochaines élections municipales et des études
approfondies.
8 La part de l?industrie est passée de 23,6% en 1980 à 12,1% en 2022, selon les données de l?Insee portant sur la valeur
ajoutée par branche, données annuelles de 1949 à 2024.
9 Comptes transports de la nation 2023 SDES.
10 Analyse Fipeco en date du 8 novembre 2023, Les impôts sur la production en 2022.
11 GART d?après URSSAF Caisse nationale.
12 Jacques Lévy, Jean Coldefy, Transdev, Projet « La France Habitée » données Orange et SNCF, 2025.
13 Hypothèses SNCF Réseau citées par le rapport IGF/IGEDD, Le financement des autorités organisatrices de mobilités,
2025, Annexe III p.11.
14 Rapport IGF/IGEDD, Le financement des autorités organisatrices de mobilités, 2025.
Ambition France Transports
- 7 -
Financer le choc d?offre semble très difficile pour quatre principales raisons : l?exploitation est
en perte d?efficience ; le versement mobilité atteint sa limite et concerne essentiellement les
AOM urbaines ; les recettes tarifaires issues des usagers couvrent de moins en moins les
dépenses d?exploitation ; enfin, l?autonomie financière, et donc les capacités d?investissement,
des acteurs publics locaux est limitée.
Efficience d?exploitation des transports publics
S?agissant des transports publics urbains, le déficit d?exploitation par voyage a été multiplié
par 2,2 entre 2003 et 202215. Cette dégradation s?explique principalement par quatre facteurs :
? (i) la désindexation des tarifs face à l?inflation et l?extension de l?offre ;
? (ii) la hausse plus rapide des charges (salaires, énergie, matériel roulant,?) que de la
fréquentation ;
? (iii) l?augmentation tendancielle du coût des intrants16 ;
? (iv) l?extension des réseaux vers des zones peu denses, avec perte des économies
d?échelle.
La vitesse commerciale illustre cette perte d?efficience : dans les grands réseaux
urbains (> 250 000 hab.), elle est passée de 15,5 km/h en 2013 à 15 km/h en 201817, pénalisée
par la congestion, des itinéraires trop longs ou mal cadencés et une faible intégration des flux
intercommunaux. Ainsi, les transports publics urbains coûtent 50 % plus cher à la société que
l?usage de la voiture et l?intégration des externalités ne change pas ce constat18.
Pour les TER, on constate également des coûts moyens élevés comparés à la voiture recouvrant
des situations territoriales disparates. Au niveau national, 73 % des liaisons TER plus coûteuses
que la voiture selon les travaux du Laboratoire Aménagement Économie Transports (LAET)
de Lyon 219. L?autorité de régulation des transports (ART) et le LAET pointent d?une part les
coûts unitaires élevés ? et les gains attendus par la mise en concurrence ? et d?autre part des
très fortes hétérogénéités de fréquentation des TER avec des trains surchargés en lien avec les
grandes agglomérations et d?autres trop peu fréquentés.
Un versement mobilité (VM) qui atteint son plafond
La principale recette fiscale des transports publics, le versement mobilité, atteint désormais
son taux plafond dans la plupart des bassins d?emploi et va probablement être affecté par les
pertes d?emplois privés constatées depuis fin 2024 ainsi que par les efforts à accomplir sur
l?emploi public. Par ailleurs, outre son impact sur le coût du travail, le VM constitue également
une ponction sur les salaires, dans un contexte où la demande de revenu disponible est la
première préoccupation des Français20.
15 Ainsi, selon les données du GART et de l?UTPF en 2022, dans les réseaux urbains de taille intermédiaire (100 000 à
250 000 habitants), le déficit par voyage est passé de 1¤ en 2003 à 2,2¤ en 2022, soit une multiplication par 2,2 en
moins de deux décennies. Cette analyse concorde avec celles du LAET présentées en atelier.
16 Cette hausse est mise en évidence par les données du SDES et de l?UTPF, qui montrent un coût moyen de
0,45¤/passager.km pour les transports collectifs urbains de province, contre 0,25¤ pour la voiture (INSEE/SDES) et
0,35¤ pour les TER en coût complet.
17 Étude de la baisse de la vitesse des autobus, Jean-Marie Beauvais, FNAUT, 2022.
18 Comptes transports de la nation 2023 et CGDD coûts externes et tarification des déplacements 2020.
19 Analyse réalisée par le LAET à partir des comptes de lignes des TER, données 2023.
20 Les préoccupations des Français, Enquête Harris interactive, Avril 2025.
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Une dégradation constante de la participation de l?usager
Parallèlement, la dégradation du ratio de couverture des dépenses par les recettes tarifaires
s?inscrit dans une tendance générale et ancienne, que seul le réseau de Lyon a contredite de
2002 à 2019. En effet, ce ratio, qui s?élevait à 70 % pour l?ensemble des transports collectifs
urbains en 1975, a atteint 52 % en 1990, et seulement 28,7 % en 202221.
Une perte d?autonomie fiscale des collectivités
Les ressources fiscales locales se sont contractées ces dernières années sous l?effet de la
suppression de la taxe d?habitation et de l?extinction progressive de la CVAE, affaiblissant
l?autonomie financière des collectivités. Ainsi les conseils régionaux en particulier, disposent
de très peu de leviers pour financer les TER : la subvention et les recettes tarifaires. Or, sans
autonomie fiscale, la responsabilité politique est affaiblie, et cela conduit à accroître
la sollicitation de l?État, une option de plus en plus délicate compte tenu des fortes tensions
pesant sur les finances publiques nationales.
Par ailleurs, la hausse du nombre de véhicules électriques érode progressivement le rendement
de la TICPE. En effet, l?électrification des usages entraîne une baisse des recettes issues des
accises. D?ici 2030, cette dynamique se traduirait par une diminution d?environ 10 Md¤ de
recettes d?accises des produits fossiles par rapport à 2023 dont 8 Md¤ pour la TICPE,
partiellement compensée par un surplus d?environ 1?milliard d?euros provenant des accises sur
l?électricité22.
Les capacités d?investissement sont enfin restreintes dans un contexte budgétaire national
tendu. Le choc d?offre suppose parfois de lourds investissements alors que l?endettement local
est déjà contraint23 dans un contexte de remontée des taux d?intérêt. L?État est confronté à
une dette publique passée de 98 % du PIB en 2019 à 118 % en 2024, avec une forte
augmentation de la charge de la dette, et voit ses marges de cofinancement réduites.
1.3. Une gouvernance souffrant d?une double incohérence
La gouvernance actuelle des mobilités présente une double incohérence, à la fois territoriale
et fonctionnelle, qui limite l?efficacité des politiques de mobilité.
Sur le plan territorial, les périmètres institutionnels sont souvent peu cohérents avec les aires
urbaines (ou d?attraction des villes depuis 2020), c?est-à-dire l?espace de vie des habitants, là
où ils résident et là où ils travaillent. Le morcellement entre régions, intercommunalités,
communes, syndicats mixtes regroupant des intercommunalités, hérité d?empilements
institutionnels successifs pour pallier cette difficulté, génère des coûts de fonctionnement
importants et complique la mise en oeuvre d?une offre de transport répondant aux besoins des
habitants.
21 Source LAET et GART.
22 DG Trésor, Les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone, 2025.
23 Si le niveau d?endettement des APUL apparaît en tendance haussière mais soutenable, passé de 6,6 % (en 2002) à
9,9 % (en 2020) du PIB, la remontée des taux se traduit dans les charges financières des collectivités (+29,5 % entre
2022 et 2023, soit +880 M¤ pour les seuls budgets principaux) selon la publication de l?Observatoire des Finances et
de la Gestion publique Locales de juillet 2024.
Ambition France Transports
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Sur le plan fonctionnel, l?articulation entre les politiques de mobilité, de logement et
d?aménagement à l?échelle des aires urbaines est faible. Les documents de planification
territoriale (plans locaux d?urbanisme intercommunaux (PLUi), schémas de cohérence
territoriale (SCoT), schémas d?aménagement économique, SRADDET) ne sont que
marginalement coordonnés avec les plans de mobilité à l?échelle de l?aire urbaine. Cette
segmentation nuit à la cohérence des choix d?implantation résidentielle et économique avec
les services de transports publics. Enfin, la cohérence en matière tarifaire et fiscale pour les
mobilités n?est pas pleinement assurée à l?échelle des aires urbaines.
Corriger cette double incohérence suppose une intégration plus poussée des compétences
d?aménagement, de logement et de mobilité à une échelle pertinente, tenant compte de
l?évolution des pratiques et de la recomposition des espaces de vie des Français (ce que l?on
appelle des aires urbaines). En effet, la distance moyenne parcourue quotidiennement a été
multipliée par dix en un siècle et la distance moyenne entre le domicile et le travail est de
17 km aujourd?hui, avec de très grandes variations autour de cette moyenne selon le lieu de
résidence.
Des syndicats mixtes SRU (le SMMAG de Grenoble par exemple), des fusions de communautés
d?agglomération et de communes pour constituer des ensembles cohérents à l?échelle des aires
urbaines (Grand Reims, communauté urbaine du Havre, communauté d?agglomération de
Cherbourg) sont le signe d?une prise de conscience de la nécessité de construire des politiques
publiques cohérentes à ces échelles.
2. Les quatre leviers d?un modèle économique pérenne
2.1. Deux scénarios possibles
Le modèle économique actuel des autorités organisatrices de la mobilité (AOM) se heurte donc
à une contradiction structurelle : alors qu?un choc d?offre massif est indispensable pour
décarboner les mobilités et améliorer le fonctionnement des aires urbaines, les capacités
financières des AOM sont aujourd?hui insuffisantes pour en assumer les coûts d?investissement
et d?exploitation. Le financement de l?exploitation repose pour les AOM urbaines
majoritairement sur les entreprises via le versement mobilité (VM), ce qui renchérit le coût du
travail, et pour les AOM régionales sur leurs subventions, les recettes tarifaires restant à un
niveau bas de l?ordre de 25 % des coûts d?exploitation pour l?ensemble des AOM.
Elles ne disposent par ailleurs que de peu d?alternatives fiscales : celles-ci sont quasi nulles pour
les régions et syndicats mixtes, et reposant sur le VM et la seule taxe foncière pour les AOM
urbaines.
Dans un contexte national marqué par une forte tension des finances publiques, les AOM, dont
une partie des ressources dépend de dotations ou de taxes nationales, sont donc
particulièrement exposées.
Pour bâtir un modèle économique pérenne, plusieurs leviers doivent être mobilisés
simultanément :
? une amélioration de l?efficience du secteur des transports publics ;
? une hausse de la participation des usagers pour se rapprocher des standards européens
et retrouver des capacités d?investissement ;
? une diversification des sources de financement, tant locales que nationales ;
? ainsi qu?une rénovation de la gouvernance.
Ambition France Transports
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L?ordre choisi des leviers n?est pas anodin : il témoigne des efforts que le secteur doit certes
accomplir pour les deux premiers, mais la clef est structurellement dans les deux derniers. En
effet tous les modèles étrangers et la logique démontrent qu?une diversification des ressources
est la condition d?un modèle résilient. Deux grands scénarios, non exclusifs l?un de l?autre, sont
ainsi possibles pour financer le choc d?offre des transports publics entre les villes, leurs
banlieues et leurs zones périurbaines rurales et disposer de modèles économiques robustes :
? (i) poursuivre l?augmentation du versement mobilité en conditionnant
cette augmentation à une participation accrue des usagers et à des gains d?efficience,
ce scénario ne concernant les régions qu?à titre marginal ;
? (ii) diversifier les sources de financement en mobilisant notamment la rente foncière et
en renforçant le lien entre les territoires et les habitants par une redevance locale des
transports publics, ce qui renforcera l?autonomie fiscale des régions
et des AOM urbaines.
Si ces deux scénarios nécessitent des modifications législatives, le premier demande une
modification des seuils quand le second implique des changements structurels dans la fiscalité
locale.
Le premier scénario est celui de la continuité. Plus aisé à mettre en oeuvre, un déplafonnement
du VM n?est en revanche pas sans conséquence sur le coût du travail, et potentiellement
dommageable à la double exigence de réindustrialisation et de revalorisation du travail. Le
second scénario nécessite un débat approfondi au Parlement et prendra du temps à se
déployer. L?atelier n?a pas tranché entre ces deux scénarios, qui pourraient d?ailleurs se
conjuguer, compte tenu des divergences de vues et du temps restreint alloué pour les travaux.
Les lignes qui suivent détaillent pour chacun des quatre leviers du modèle économique
les propositions étudiées par l?atelier en indiquant la position des membres.
Enfin, l?affectation de ressources nationales au financement des AOM a été analysée par
l?atelier. Plusieurs propositions sont formulées en la matière, les membres étant conscients
de la nécessité d?assurer prioritairement le maintien en fonctionnement et la remise en état
des réseaux routiers et ferroviaires.
2.2. Optimiser les dépenses
L?optimisation des dépenses constitue un des leviers d?un modèle économique solide. Elle
repose sur l?amélioration de l?efficacité opérationnelle des réseaux, notamment via des gains
de productivité sur les services existants. Leur mise en oeuvre relève des seules AOM, l?atelier
prenant acte des gains pouvant être engrangés par ce moyen.
Pour les transports urbains, un premier axe concerne l?augmentation de la vitesse commerciale,
facteur clé de réduction du coût par kilomètre. Par ailleurs, le report modal passe d?abord par
les gains de temps comme le montrent les travaux académiques sur le sujet et les études
d?opinions. L?exemple de Belfort montre qu?un plan ciblé peut conduire à une progression
significative de la vitesse de 14 km/h à 21 km/h. L?impact financier de la vitesse commerciale
est souvent méconnu, mais est majeur. Les auditions de l?atelier ont permis d?en mesurer
l?intérêt comme à Lyon ou à Belfort (cf. encadré 1). Un second levier consiste à redessiner l?offre
pour ajuster la desserte aux besoins réels. L?ajustement de la desserte des communes peu
denses, combiné au nécessaire déploiement massif de parkings relais pour les voitures et
Ambition France Transports
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les vélos, permet de concentrer les ressources sur les flux à fort potentiel et renforcer
les fréquences24.
Les services de cars express existants, sans omettre les lignes de cars interurbains déployées
par les régions (par exemple Voiron-Grenoble, Aix-Marseille, Bordeaux-Créon) illustrent le
potentiel de cette offre qui rencontre son public moyennant de faibles contributions des
collectivités. Les travaux de l?IDDRI montrent que ces services, lorsque la demande ne justifie
pas un mode lourd comme le train, gagneraient à être renforcés. Ces mesures d?adéquation
entre l?offre et la demande peuvent avoir un impact économique important et reposent sur
une meilleure connaissance de la demande que permettent aujourd?hui les données
numériques nationales et celles des réseaux de transports, à mobiliser plus fortement.
Encadré 1 : Le Territoire de Belfort et le SYTRAL, deux exemples d?amélioration de la productivité des
réseaux
Le Syndicat Mixte des Transports en Commun (SMTC) du Territoire de Belfort a nettement amélioré
la performance de son réseau urbain, en passant de 14 km/h en 2006 à 21 km/h aujourd?hui, grâce à
une stratégie articulée autour de quatre leviers principaux :
? fin de la vente à bord : supprimée pour fluidifier la montée, la vente à bord représentait 23 %
du temps de conduite. Ce seul levier a permis un gain immédiat de vitesse et de productivité ;
? modernisation technologique : mise en place d?un SAEIV (Système d?Aide à l?Exploitation et
à l?Information Voyageur) et de priorités aux feux, améliorant régularité et fluidité sur les axes
structurants ;
? arrêts en pleine voie : adoption systématique de l?arrêt en voirie sans nécessité d?entrer dans
des quais aménagés, réduisant les pertes de temps liées aux manoeuvres ;
? restructuration du réseau : en 2011, transformation du réseau en BHNS (Bus à Haut Niveau de
Service), avec sites propres et fréquence renforcée. Ce redéploiement a permis de multiplier
les lignes à forte fréquence sans surcoût global.
Ces mesures ont conduit à une réduction du coût au kilomètre de 30 % sans réduction de l?offre. Le
tout financé sans hausse de contribution des collectivités, grâce à une augmentation progressive du
versement mobilité et des recettes commerciales.
Le plan de redressement du SYTRAL entre 2000 et 2019, présenté en atelier, a également montré que
la productivité été améliorée de 18 %, par l?augmentation de la vitesse commerciale et l?adaptation
du réseau de bus pour éviter des lignes trop peu fréquentées. Ces efforts correspondent à des
économies de l?ordre de 80 M¤ sur un total de plus de 400 M¤ des dépenses d?exploitation.
Source : Audition de Franck Mesclier, directeur général du SMTC du Territoire de Belfort le 5 juin 2025.
Audition de Raymond Deschamps, ancien directeur général du SYTRAL, le 26 juin 2025.
24 Bruno Faivre d'Arcier, et al. Mesure de la performance des lignes de transport public urbain. Projet APEROL, LET.
2012, pp.103.
Ambition France Transports
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Encadré 2 : L?exemple de modèle isérois, une approche qui allie les TER et les lignes de cars express
pour faciliter les liaisons domicile-travail
Pour mieux desservir le périurbain de Grenoble, deux services de transports permettent aux habitants
du périurbain Ouest de Grenoble de rejoindre la métropole : le TER pour les liaisons de pôle à pôle
(Voiron?Grenoble), et des lignes de cars express rapides et cadencées, assurant la desserte des
territoires intermédiaires (Coublevie, Voreppe, Montbonnot, etc.). L?articulation des services facilite
l?intégration des flux périurbains au réseau métropolitain.
Cette approche prend effectivement en compte les flux des couronnes périurbaines, souvent négligés
par des schémas centrés sur la seule agglomération. Le taux de recours aux transports collectifs des
navetteurs de Voiron vers Grenoble atteint ainsi 47 %, contre une moyenne de 29 % dans des
configurations comparables (source : Cerema, 2015).
Source : Audition de M. André Broto, Association mondiale de la route, le 5 juin 2025.
S?agissant des TER, un second axe concerne la mise en concurrence, qui se déploie
à des rythmes variables. Les données de l?Autorité de régulation des transports (ART) montrent
des gains très substantiels permettant d?augmenter sensiblement les circulations à budget
constant. Les premières ouvertures à la concurrence des TER en France confirment les gains
observés à l?étranger, de 25 % à 75 % d?économies selon les cas. À l?échelle nationale, une
réduction de 30 % des coûts d?exploitation représenterait 0,7 Md¤ d?économies, pouvant être
réinvestis en autant de trains-km supplémentaires à budget constant. L?ART alerte toutefois
sur la nécessité de coordonner les appels d?offres régionaux et d?harmoniser les cahiers des
charges pour éviter les effets de saturation et garantir des gains réels de la mise en
concurrence.
Enfin, l?atelier souligne la nécessité d?alléger certaines normes très coûteuses ou sources de
délais importants. Sont notamment citées l?obligation de remplacer les tramways de plus de
30 ans (la France étant le seul pays de l?Union européenne à réglementer de la sorte),
les obligations liées à l?adaptation des dépôts de bus aux véhicules électriques qui paraissent
très contraignantes, les normes sur le ferroviaire (délais des homologations,?) à simplifier en
prenant exemple sur ce qui se fait ailleurs en Europe.
Priorisation des projets d?investissement
Le développement des SERM, dont la somme des projets labellisés avoisine les 20 Md¤ pour
la seule infrastructure ferroviaire de 14 des 26 projets labelisés, les budgets des projets
présentés étant nettement supérieurs de l?ordre de 40 Md¤25, et les contraintes de
financement appelle à prioriser les projets en fonction de :
? la demande locale de mobilité et du potentiel réel de report modal ;
? la performance économique : ¤/pass.km, ¤ public/pass.km ;
? la performance environnementale : t de CO2 évitées, coût de la t de CO2 évitée ;
? la cohérence avec les politiques de logement, d?urbanisme et d?aménagement.
25 Rapport IGF/IGEDD, Le financement des autorités organisatrices de mobilité, 2025 et dossiers SERM déposés.
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Un SERM performant est ainsi un service adapté à la demande de mobilité quotidienne,
impactant l?usage de la voiture, financièrement accessible, et consolidant les polarités
urbaines. Il doit renforcer l?intermodalité avec une politique ambitieuse de parcs relais voitures
et vélos sécurisés et la conjugaison d?offres adaptées à la demande : trains, cars, covoiturage.
Certaines offres des SERM peuvent être déployées rapidement à coût maîtrisé, notamment par
l?optimisation de l?infrastructure et de l?offre ferroviaire existantes et le développement de
solutions routières comme les cars express ou le covoiturage.
2.3. Le potentiel de la tarification
La tarification des transports publics constitue aujourd?hui un levier financier largement
sous-utilisé en France par les autorités organisatrices de la mobilité (AOM). Elle représente en
moyenne 15 à 20 % des dépenses totales des AOM (hors Île-de-France), contre 40 à 60 % dans
de nombreux pays européens (cf. graphique 1).
Graphique 1 : Part des recettes tarifaires dans le total des dépenses des 20 plus grandes AOM hors
Île-de-France en 2022 en France et part du financement des transports du quotidien par les usagers
dans d?autres pays européens
Source : DGITM, UITP, DG Trésor.
Ce différentiel résulte du recours au versement mobilité qui a contribué à basculer vers les
entreprises le financement de l?exploitation des transports, et également d?une stratégie
tarifaire forfaitaire, privilégiant les usagers réguliers au détriment des occasionnels26.
La participation des usagers aux coûts d?exploitation a chuté à 28 % en 2023 (voire 25 % en
intégrant la participation employeur), contre 70 % en 1975.
La gratuité des transports publics se justifie socialement dans certains territoires non soumis à
la congestion automobile, les usagers des transports publics étant essentiellement les usagers
à faibles revenus et non motorisés. Néanmoins, celle-ci apparaît à l?inverse socialement
régressive dans les grandes agglomérations, en faisant supporter par l?ensemble de
la collectivité la gratuité des ménages pouvant payer le prix du transport. De surcroît, la baisse
de recettes qu?elle induit dégrade la capacité à financer le choc d?offre. Enfin, les études
disponibles ne démontrent pas son efficacité sur la baisse du trafic automobile. Seuls 2 %
des usagers identifient la gratuité comme un levier de changement modal, contre 23 % pour
le développement de l?offre27.
26 Un abonné TER paie en moyenne depuis le périurbain 0,03 ¤/km déduction faite de la participation employeur,
contre 0,29 ¤/km pour un usager occasionnel (trajet de 30 km depuis le périurbain en région AURA), quand
l?automobiliste dépense 0,22 ¤/passager.km en 2023 (source CTN). Ce différentiel tarifaire rend souvent la voiture plus
attractive pour les voyageurs occasionnels, qui en 2023 représentent pourtant 62% des passagers.km et 82% des
recettes (ART).
27 Etude sur les mobilités en région, IPSOS pour Transdev, 2023.
60% 53% 50%
30% 30%
17%
Suisse Allemagne Pays-Bas Belgique Italie France
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La mise en place d?une tarification solidaire, fondée sur le quotient familial, serait de nature à
assurer l?équité sociale sans dégrader les capacités d?investissement. Valenciennes et Rennes
ont mis en place la tarification solidaire par pallier de revenus, en ciblant les deux premiers
déciles de revenus. Pour toutes ces raisons, les membres de l?atelier s?opposent globalement à
la gratuité et privilégient l?introduction d?une tarification plus différenciée permettant
d?ajuster la contribution aux usages réels tout en préservant l?équité.
Plusieurs leviers ont été identifiés pour redresser les recettes tarifaires :
? un retour progressif vers un R/D de 50 % d?ici 10 ans, ce qui suppose un effort de 30 %
sur les recettes tarifaires et de 30 % sur les dépenses. Cette mesure doit constituer une
cible à adapter selon les situations locales. Elle concerne au premier chef les grands
réseaux urbains dont la fonction principale est de limiter la congestion routière en ville.
Pour les autres réseaux, les transports publics jouent un rôle plus social et les marges
sont plus limitées. Pour les TER, le R/D devrait augmenter du fait de la hausse de la
fréquentation constatée depuis deux ans et de la baisse des coûts avec la concurrence ;
? l?indexation des tarifs sur l?inflation : la majorité des réseaux français n?applique pas
d?indexation automatique. En revanche, d?autres pays comme le Royaume-Uni ou
les Pays-Bas ajustent leurs tarifs annuellement via des mécanismes de plafonnement
indexés sur l?indice des prix à la consommation (cf. encadré 3). Cette indexation peut
naturellement être rejetée par les AOM lors de leurs décisions de révision des tarifs ;
? une meilleure prise en compte des voyageurs occasionnels « réguliers » des TER.
Aujourd?hui les tarifications pour les usagers occasionnels des TER sont élevées, et
pénalisent la fréquentation par ces populations. Des tarifications plus ciblées selon
les usages doivent permettre d?augmenter la fréquentation et, par voie de
conséquence, les recettes. Les technologies actuelles le permettent ;
? le renforcement de la tarification solidaire, basée sur les revenus réels. La plupart des
réductions actuelles reposent sur des critères de statut (âge, étudiant, demandeur
d?emploi) plutôt que sur les ressources réelles. Une tarification fondée sur le quotient
familial comme cela est en place dans plusieurs réseaux permettrait de mieux cibler
les publics fragiles, améliorer l?équité, et assurer un niveau de recettes plus significatif
auprès des publics solvables. L?atelier partage cette cible et demande à ce que l?État
mette en place une API permettant de gérer facilement les tarifs des personnes dont
les ressources sont inférieures au seuil identifié dans les codes des transports et
de la sécurité sociale ;
? le déploiement de l?open payment : Il permet de simplifier l?accès aux réseaux en
réduisant le parcours client à celui d?un produit de grande consommation, de réduire
les coûts de distribution et la fraude grise. Londres a généré 120 M¤ d?économies
annuelles grâce à la mise en place de ce système. En 2024, en France, 47 réseaux l?ont
adopté, 100 sont attendus d?ici deux ans28 ;
28 Que peut-on attendre de l?Open Payment pour les transports publics et la décarbonation des mobilités ? Juin 2025
Mobil?in Pulse et Cerema.
Ambition France Transports
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? la lutte contre la fraude, dont le potentiel de redressement est significatif. Selon l?Union
des transports publics et ferroviaires (UTPF), le manque à gagner est estimé en 2024
à 700 M¤ par an sur tout le territoire, y compris l?Île-de-France. La vidéoverbalisation ou
la mutualisation des contrôles inter-réseaux peuvent contribuer à un redressement
ciblé, en complément des dispositifs récemment déployés comme « Stop Fraude », qui
facilite l?établissement des contraventions et la vérification des identités et adresses
des contrevenants.
Globalement, si l?ensemble de ces mesures conduisaient à augmenter à terme de 30 %
le montant des recettes tarifaires, cela générerait annuellement 300 M¤ de recettes
supplémentaires aux AOM urbaines et 320 M¤ aux régions.
Encadré 3 : Les recettes tarifaires dans le financement des transports à l?étranger
Le recours aux recettes tarifaires pour financer les transports publics est nettement plus développé
dans plusieurs pays européens qu?en France, où elles représentent en moyenne 17 % des ressources
des autorités organisatrices de la mobilité (AOM).
? Royaume-Uni : les tarifs ferroviaires sont fixés par les opérateurs mais plafonnés par l?État,
avec une formule d?indexation fondée sur l?inflation des prix de détail. Avant la crise sanitaire,
le taux de couverture des dépenses par les recettes (R/D) atteignait 98 %, contre 110 %
en 2015. Pour les transports collectifs urbains, les tarifs sont fixés par le maire de Londres via
Transport for London (TfL). Ils ont été gelés de 2016 à 2020 à des fins sociales, mais la crise
sanitaire a conduit TfL à revoir sa stratégie. Une étude commandée en 2022 visait à assurer
son équilibre financier sans subventions exceptionnelles à partir de 2023 ;
? Italie : la législation impose un taux de couverture d?au moins 35 % pour les services publics
de transports locaux, bien que la moyenne observée soit de 30 %. Le cadre réglementaire
impose également aux régions de recourir à la mise en concurrence des opérateurs.
En l?absence d?appel d?offres, les régions peuvent faire l?objet de sanctions financières,
conditionnant une partie des transferts de l?État. Cela vise à améliorer la performance
opérationnelle et à renforcer la transparence des contrats ;
? le réseau de New York est financé à 61 % par les recettes tarifaires, 17 % par le surplus
des péages routiers d?accès à la ville, 11 % par la TVA locale, le péage urbain et les DMTO,
6 % sur les taxes foncières locales, 3 % par une taxe sur les véhicules de location, 2 % par
une taxe locale sur les salaires. Demain le péage urbain général financera les investissements
sur le réseau ;
? le réseau de Vancouver quant à lui est financé à 29 % par les recettes tarifaires, à 26 % par des
subventions régionales et 26 % par des subventions nationales, 22 % par la taxe foncière
locale, 18 % par la TICPE locale et une taxe locale sur les cartes grises, 4 % par une taxe sur
le stationnement.
Source : OCDE/ITF 2024, The Future of Public Transport Funding; Contribution écrite de Neology à
l?atelier n° 1.
2.4. Diversifier les sources externes de financement
La diversification des sources financements constitue une condition incontournable de
soutenabilité pour répondre au choc d?offre requis et disposer de modèles économiques
robustes. Cette réflexion doit distinguer les ressources mobilisables par l?État de celles à la main
des collectivités, tout en distinguant les ressources existantes des recettes nouvelles.
Ambition France Transports
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2.4.1. Ressources relevant des collectivités territoriales
Mobilisation de recettes existantes
L?atelier a longuement évoqué le déplafonnement du versement mobilité, tant en termes de
taux qu?en termes des entreprises taxables (abaissement du seuil du nombre d?employés).
La possibilité pour les métropoles membres d?un syndicat mixte SRU de cumuler VM
et VM additionnel (VMA) figure également dans les mesures soutenues par les AOM urbaines.
Si les représentants des autorités publiques et les fédérations professionnelles du transport
y sont favorables, le MEDEF s?est fermement opposé à toute mesure d?augmentation du VM,
arguant, outre les éléments déjà mentionnés (compétitivité, pression sur les salaires), que ce
déplafonnement avait déjà eu lieu avec le versement mobilité régional (VMR). Des collectivités
sont d?ailleurs réticentes à l?utiliser compte tenu des impacts économiques. Des employeurs
publics, notamment les hôpitaux, relèvent aussi l?impact du VM sur leurs finances.
Recettes nouvelles
1. Taxer la plus-value foncière. Les investissements dans les infrastructures de transport
entraînent généralement une augmentation de la valeur foncière dans leur zone
d?influence. Il est donc légitime d?envisager une meilleure captation publique de
cette plus-value privée afin de contribuer au financement des projets publics, dans une
logique de justice fiscale et de partage équitable des bénéfices de la mobilité financée sur
fonds publics.
Plusieurs pistes ont été analysées.
Une modulation des droits de mutation à titre onéreux (DMTO), perçus par
les départements sur les ventes immobilières (entre 5 et 6 % du prix de vente), en fonction
de la proximité à un service de transport pourrait être envisagée, avec une affectation aux
AOM. Un barème différencié selon le degré d?accessibilité et de desserte pourrait ainsi
inciter les territoires à densifier l?urbanisation autour des pôles de transport ? ce qui doit
être un prérequis des projets de SERM - et générer des recettes supplémentaires sans
création de taxe. Ce levier a été évoqué dans les travaux préparatoires à la LOM et repris
dans les recommandations du Conseil d?orientation des infrastructures (COI, 2022), qui
soulignait la pertinence d?un tel outil pour accompagner la mise en oeuvre des SERM et des
grands projets de mobilité. Son extension aux zones urbaines est proposée par l?atelier.
Néanmoins, le scénario issu du rapport Bozio-Wasmer (2024)29 identifie les DMTO comme
l?un des prélèvements les plus inefficients et déconseille d?y recourir à grande échelle en
raison de l?élasticité de l?assiette (une hausse de 0,7 point du taux départemental réduit
les transactions), de son effet régressif, des freins induits à la mobilité résidentielle et du
fait qu?ils entraînent une mauvaise allocation du parc immobilier. La grave crise du
logement en milieu urbain que connaît le pays renforce cette incitation à la prudence
quant à une taxation du flux foncier.
29 Rapport Bozio-Wasmer : Les politiques d'exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire, octobre
2024.
Ambition France Transports
- 17 -
L?autre piste consiste en conséquence à taxer le stock foncier et créer une contribution
foncière spécifique sur les parcelles qui vont ou ayant bénéficié d?une revalorisation liée à
un gain d?accessibilité, par les transports publics, mesuré objectivement (réduction du
temps de trajet, desserte directe, etc.). Ce mécanisme repose sur une logique de
contribution proportionnelle à l?avantage privé tiré d?un investissement public. Il nécessite
une base juridique nationale, mais pourrait être mis en oeuvre localement par les
collectivités, sur le modèle de la taxe GEMAPI ou de certaines surtaxes foncières
facultatives. Cette contribution sur le stock serait perçue par les AOM tant urbaines que
régionales.
Pour éviter les trappes à bas salaire, M. Wasmer et M. Bozio préconisent de baisser
progressivement le versement mobilité (VM), en le transférant vers la taxe foncière :
un transfert de 5 Md¤ étalé sur cinq ans ne représenterait que 0,85 % de la valeur
immobilière totale et impliquerait, pour la commune médiane, une hausse de 2 à 3 points
de son taux de taxe foncière30. Outre l?allégement du coût du travail, cette proposition se
justifie par une grande injustice quant à la taxation foncière : la propriété foncière est très
concentrée d?une part et d?autre part les communes taxant le moins le foncier sont
les communes où la valeur du foncier est la plus élevée et celles le taxant le plus sont celles
où la valeur du foncier est la plus basse.
Encadré 4 : Exemples internationaux de captation de la rente foncière
Plusieurs pays ont mis en oeuvre des dispositifs permettant de capter la plus-value foncière induite par
les projets de transport, avec un objectif de partage des gains d?accessibilité entre les acteurs publics
et les bénéficiaires directs.
Au Royaume-Uni, le financement du projet Crossrail à Londres s?est appuyé sur une surtaxe sur
les entreprises situées à proximité des gares (Business Rate Supplement). Mis en place à Londres
en 2010, il finance des projets d?infrastructure majeurs comme Crossrail, avec un taux de 2 pence par
livre de valeur locative au-dessus de 70 000£. Le produit est affecté à une autorité locale (ex. Greater
London Authority) et mobilisé sur le long terme, sans contribution des particuliers.
Au Japon, les opérateurs de transport concluent fréquemment des accords avec les collectivités
permettant d?associer revalorisation des droits à construire et participation directe aux coûts
d?infrastructure. Ce modèle repose sur une intégration forte entre urbanisme et mobilité.
Enfin, aux États-Unis, des mécanismes de « tax increment financing » (TIF) permettent d?affecter
la croissance des recettes fiscales locales générées par une opération d?aménagement au
remboursement des investissements en transport. L?exemple d?Atlanta est particulièrement
significatif : le projet « BeltLine » (4,8 Md$ de coût total prévu) mobilise plusieurs sources de
financement, dont un TIF local (Tax Allocation District) ayant généré 325 M$ entre 2005 et 2017.
Cette ressource a permis de soutenir un développement privé évalué à 4,1 Md$ sur la même période,
soit un effet levier de 1 pour 8 par rapport aux 500 M$ d?investissements publics et privés engagés.
Les projections estiment que le TIF pourrait générer entre 800 M$ et 1,4 Md$ d?ici 203031.
Sources : Greater London Authority (2010), Business Rate Supplement ? Final Prospectus ; Institute for Transportation and
Development Policy (2017), Transit Value Capture in Japan: Lessons for the U.S. ; Atlanta BeltLine Inc., Tax Allocation
District Funding et Brookings Institution (2013), Atlanta?s BeltLine: A Model for Smart Growth and Equitable Development.
30 Rapport Bozio-Wasmer : Les politiques d'exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire, octobre
2024.
31 Introduction to Tax Increment Financing, US Department of Transportation, 2018.
Ambition France Transports
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2. Afin de redonner de l?autonomie fiscale aux collectivités, tant régions qu?agglomérations,
l?atelier propose la création d?une redevance locale dédiée à la mobilité, sur le modèle de
la redevance d?enlèvement des ordures ménagères (REOM). Cette redevance, qui
concernerait tous les résidents, permettrait aux régions, aux intercommunalités ou aux
syndicats mixtes de mobilité de renforcer le lien entre le résident et les services publics
locaux et éviterait que ce soit le versement mobilité qui soit systématiquement mobilisé
compte tenu de ses impacts sur l?emploi et la compétitivité des entreprises,
précédemment décrits. La création d?une telle redevance nécessiterait une modification
du code général des collectivités territoriales (CGCT) pour en fixer les conditions
d?institution, d?assiette, de taux et d?affectation ainsi que l?instauration d?un plafond
national et de règles d?exonérations notamment en fonction des revenus des ménages.
3. Depuis la suppression de l?écotaxe nationale en 2014 (à la suite de l?abandon du projet
Écotaxe poids lourds), la loi de finances pour 2016 (article 32) a ouvert la possibilité, pour
certaines régions volontaires, d?instaurer une éco-contribution régionale sur les poids
lourds empruntant leur réseau routier non concédé. La Collectivité européenne d?Alsace
(CEA), créée en 2021, est la première collectivité à s?être engagée concrètement dans
la mise en oeuvre de ce dispositif. Elle vise à faire payer les poids lourds en transit
international, qui utilisent gratuitement l?axe autoroutier A35, entraînant des nuisances
locales (pollution, bruit) et une concurrence déloyale vis-à-vis des itinéraires autoroutiers
payants allemands. L?atelier propose d?assouplir les règles de possibilité de déploiements
de l?écotaxe régionale et recommande une interopérabilité des systèmes pour des raisons
tant fonctionnelles qu?économiques.
4. Dans les grandes aires urbaines, il est proposé de permettre aux AOM de déployer
des péages urbains sociaux, à l?instar de ce que font les pays scandinaves depuis 1990, avec
une tarification basse et des périmètres larges, affectant les ressources à l?accélération de
déploiement de projets alternatifs à la voiture, en veillant à des compensations ou
exonérations pour les bas revenus. Déployé après la mise en place d?alternative à
la voiture, ce type de péage urbain permet de faire participer la voiture aux nuisances de
congestion qu?elle occasionne en zones urbaines denses en évitant une sélection par
l?argent. Il est donc socialement redistributif.
2.4.2. Ressources mobilisables par l?État ou l?Union européenne
Mobilisation et réaffectation de recettes existantes
La réaffectation de ressources fiscales existantes vers le financement des mobilités constitue
un levier de court terme ne nécessitant pas la création de nouveaux prélèvements, mais
relevant de choix politiques assumés par l?État. Plusieurs instruments peuvent être mobilisés,
sous réserve d?ajustements législatifs ou réglementaires.
La taxe de solidarité sur les billets d?avion (TSBA), prévue aux articles L. 422-20 et suivant du
code des impositions sur les biens et services, est actuellement affectée en partie à l?Agence
de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) à hauteur de 270 M¤ par an.
Le rendement de cette taxe (environ 460 M¤ en 2024) pourrait être entièrement fléchée vers
le financement de la mobilité durable, ce qui serait cohérent avec les objectifs climatiques du
pays. En l?état, les recettes de la taxe supérieures au plafond de 270 M¤ sont transférées au
budget général de l?État.
Ambition France Transports
- 19 -
Dans le cadre de la réforme de la taxe sur les émissions de CO?, en lien avec l?entrée en vigueur
du marché carbone européen ETS232 à partir de 2027, les États membres percevront
les recettes issues de la mise aux enchères des quotas ETS2 sur les carburants routiers.
Néanmoins, l?entrée en vigueur d?ETS2 entraînera une augmentation des prix à la pompe
estimée entre 10 et 25 centimes par litre de carburant, selon le prix du quota carbone. Cela
risque de pénaliser les ménages modestes ou ruraux, peu dotés en alternatives. Dans le cadre
réglementaire européen, chaque État membre pourra mobiliser une part des recettes d?ETS2
pour financer des aides ciblées aux ménages vulnérables. L?atelier propose qu?une part du
solde de l?ETS1 et de l?ETS2 soit fléchée vers les AOM et les investissements SERM, selon des
critères territoriaux (zones à forte congestion, etc.).
Le maintien des engagements financiers de l?État dans le cadre des CPER est également jugé
indispensable par l?atelier afin de sécuriser la trajectoire des investissements SERM et donner
de la visibilité aux AOM. Par ailleurs, le Fonds vert pourrait être mobilisé de façon plus ciblée et
lisible pour accompagner la transition des mobilités.
À horizon 2032, la renégociation des concessions autoroutières pourrait permettre une
réorientation partielle des recettes vers l?AFITF. Conscient des besoins de financement des
systèmes routiers et ferroviaires pour assurer le maintien en condition des réseaux, l?atelier
propose que seule une partie du solde des recettes autoroutières soit affectée aux
investissements des SERM et aux besoins de régénération des réseaux routiers et ferroviaires.
Recettes nouvelles
Aujourd?hui marginalement utilisés dans les mobilités, les certificats d?économies
d?énergie (CEE) pourraient être davantage mobilisés par la création de fiches d?opérations
standardisées sur les thématiques de report modal. Leur impact risque d?être toutefois limité
à ce stade, faute d?attractivité pour les acteurs du secteur33.
Une surtaxation sur les certificats d?immatriculation, à hauteur de 5¤ par cheval fiscal (CV),
permettrait de rapporter 185 M¤, à réaffecter aux conseils régionaux pour le financement des
projets de SERM. Une surtaxe de 10¤ pour les véhicules présentant au moins 7 CV permettrait
d?accroître encore davantage les recettes.
La mise en place d?une taxe additionnelle à la taxe de séjour, à l?instar de ce qui a été mis en
place en Île-de-France, pourrait également renforcer l?autonomie fiscale des régions AOM.
Le secteur aérien bénéficie aujourd?hui d?un traitement fiscal dérogatoire en matière d?accises.
Ce régime, historiquement motivé par la compétitivité internationale, est devenu
climatiquement incohérent, avec une croissance continue du trafic. Une proposition de
révision de cette dérogation est en cours, dans le cadre du volet «?Fit?for?55?». Elle vise à :
? supprimer les exonérations pour l?avion ;
? instaurer des taux minimums progressifs sur le carburant ;
? aligner la taxation du kérosène sur celle des carburants routiers.
32 ETS2 (Emissions Trading System 2) est le nouveau système d?échange de quotas d?émission de gaz à effet de serre
prévu par l?Union européenne dans le cadre du paquet Fit for 55. Il s?ajoute au marché carbone historique (ETS1), qui
couvre l?industrie lourde et la production d?électricité. ETS2 s?appliquera aux carburants utilisés dans le transport
routier (essence, gazole) et aux carburants utilisés dans les bâtiments résidentiels et tertiaires (gaz, fioul domestique).
33ACE Energie, Transports, certificats d?économies d?énergie et décarbonation. Un secteur à remettre sur les rails??,
2021.
Ambition France Transports
- 20 -
La réforme nécessite un accord unanime des 27 États membres au Conseil, et plusieurs pays
(la Hongrie, la Pologne) s?y opposent pour des raisons économiques ou de compétitivité. Selon
les accords européens obtenus, il est proposé un fléchage d?une partie de ces taxes vers
les transports publics. Il a également été évoqué un dispositif similaire pour le transport
maritime, sous réserve d?accord européen.
Une réflexion sur la contribution des véhicules électriques devra enfin être engagée. En effet,
il apparaît que le développement de leur usage induit une perte des recettes liées à la TICPE et
des frais d?entretien plus élevés compte tenu de leur poids. Un tel mécanisme pourrait
s?inspirer des modèles existants en Australie ou aux États-Unis, ou en gestation en Islande et
viserait à préserver la neutralité budgétaire tout en maintenant un signal-prix cohérent pour
les usagers.
2.5. Une gouvernance rénovée et adaptée aux besoins
Comme souligné dans le diagnostic, l?efficacité des politiques de mobilité est aujourd?hui
limitée par une gouvernance fragmentée, tant sur le plan territorial que fonctionnel. Cette
fragmentation freine la cohérence des offres de transport, dilue les responsabilités
opérationnelles et complique l?allocation optimale des ressources publiques. Ajoutons que
la gouvernance de la voirie, éclatée aujourd?hui entre toutes les strates publiques, renforce
la complexité de la gestion des mobilités.
Si certaines intercommunalités ont engagé des regroupements en réponse à ces enjeux
(cf. Erreur ! Source du renvoi introuvable.), la coordination reste incomplète. En particulier,
les régions, qui portent l?offre ferroviaire et interurbaine, ne sont pas systématiquement
associées à la gouvernance locale des mobilités. Une réforme territoriale pour combler ces
lacunes est certainement nécessaire, l?atelier propose des mesures pragmatiques pour avancer,
avec en tête un référentiel d?une gouvernance cohérente c?est-à-dire à l?échelle des aires
urbaines et articulant les politiques de mobilité, de logement, d?urbanisme et d?aménagement,
par des structures simplement pilotables et lisibles du point de vue du citoyen.
Enfin, s?agissant du cofinancement des SERM, l?atelier ne propose pas de mesure spécifique et
constate que les accords locaux comme à Bordeaux avec la région Nouvelle-Aquitaine ou à
Strasbourg avec la région Grand Est, permettent d?engager des SERM en partageant la
productivité urbaine et les ressources des acteurs urbains et régionaux.
Plus concrètement, l?atelier propose les mesures suivantes :
? encourager la coopération des conseils régionaux avec les syndicats mixtes SRU,
les EPL mobilités et globalement avec les communautés d?agglomérations et
les métropoles pour permettre une cohérence modale entre cars et trains ;
? renforcer la concertation sur la fixation des tarifs, en remplaçant les actuels comités
partenaires consultatifs par une instance obligatoirement consultée se prononçant
après étude lors d?un vote sur la fixation des tarifs et des taux et périmètre du
versement mobilité, en s?inspirant de l?exemple new-yorkais (cf. encadré 6) ;
? favoriser par des incitations (financières,?) les évolutions vers des gouvernances plus
intégrées à l?échelle des aires urbaines qui peuvent se traduire par des fusions de
communautés de communes et d?agglomérations, de fusions de communes, de
communautés d?agglomérations et de départements, selon la diversité des situations
et des territoires et toujours à leur initiative (cf. encadré 5) ;
Ambition France Transports
- 21 -
Encadré 5 : Adaptation des périmètres des EPCI aux réalités territoriales
Plusieurs territoires ont entrepris des fusions d?EPCI pour mieux adapter leur périmètre d?intervention
à la réalité des bassins de vie. À Cherbourg, la création de la communauté d?agglomération
de la Communauté d?agglomération du Cotentin en 2017, issue de la fusion de huit intercommunalités,
a permis de structurer l?action publique à l?échelle de la presqu?île, autour d?un pôle urbain fort et
d?un hinterland rural. Cette intégration a permis d?unifier la politique de mobilité, d?habitat et de
développement économique, en lien avec les flux domicile-travail et les usages du territoire.
De façon similaire, Le Havre Seine Métropole, créé en 2019 par la fusion de trois EPCI (dont la CODAH),
regroupe aujourd?hui 54 communes et s?est donné les moyens de piloter l?aménagement,
les transports ou la transition énergétique à l?échelle du bassin de vie havrais. L?objectif était d?aligner
les politiques publiques sur les pratiques territoriales réelles, au-delà du seul coeur urbain.
Enfin, la Communauté urbaine du Grand Reims, née en 2017 de la fusion de neuf intercommunalités,
s?étend sur 143 communes. Elle a été conçue pour répondre à une logique fonctionnelle : organiser
l?offre de services, les réseaux de transport ou la gestion de l?eau sur un territoire cohérent du point
de vue des mobilités et des interactions socio-économiques. Ces reconfigurations illustrent une
tendance structurelle : dépasser les découpages hérités pour construire une gouvernance
intercommunale à la mesure des usages.
Afin de suivre l?évolution du financement des réseaux urbains et des TER et plus globalement
des mobilités (notamment routières), un observatoire du financement des mobilités,
impliquant le SDES, le GART, l?UTPF, la FNAUT et l?ART, notamment, pourrait permettre de
suivre les évolutions et objectiver les débats.
Encadré 6 : Modalités de décision tarifaires à New York City
La Metropolitan Transportation Authority (MTA) gère les transports publics de l?agglomération new-
yorkaise ainsi que neuf ouvrages à péage. Le service est majoritairement exploité en régie, à
l?exception de Metro-North Railroad.
Les tarifs sont révisés tous les six mois. Le processus de décision repose sur un conseil de 16 membres,
dont le président de la MTA et six membres sans droit de vote. Tous sont nommés par le gouverneur
de l?État, avec une répartition géographique assurant une représentation des différents territoires, des
usagers, des employeurs et des collectivités
Ambition France Transports
- 22 -
SYNTHÈSE
Il est nécessaire et urgent de renforcer les liens entre les pôles urbains et le périurbain rural
ainsi qu?avec les villes moyennes autrement qu?en voiture : c?est l?objet des SERM.
La soutenabilité du modèle économique des AOM urbaines et régionales nécessite une
approche globale, articulant les leviers de recettes, de dépenses, et de gouvernance,
l?ensemble formant un tout cohérent. Face à l?ampleur des besoins d?investissement, aux
contraintes de soutenabilité économique et aux enjeux liés à l?emploi, les travaux de l?atelier
conduisent à recommander deux scénarios : l?un misant sur l?adaptation du cadre actuel,
l?autre sur une diversification plus ambitieuse des ressources, en complément des mesures
d?optimisation, de renforcement de la participation de l?usager et d?affectation de certaines
ressources des mobilités :
? Scénario 1 : ajustement du modèle actuel et déplafonnement conditionnel du
versement mobilité. Ce scénario repose sur une adaptation progressive du cadre
existant grâce à un déplafonnement du versement mobilité. Celui-ci serait conditionné
à la mise en oeuvre d?engagements de performance des réseaux et de revalorisation
tarifaire, les deux permettant de redresser la part des usagers dans les recettes
des réseaux. Ce scénario ne concerne donc que marginalement les régions.
? Scénario 2 : diversification des ressources et réforme structurelle du financement.
Ce second scénario propose une refonte plus profonde du modèle économique des
AOM, y compris régionales, avec une autonomie fiscale renforcée, reposant sur
la création de nouvelles ressources fiscales spécifiques et une meilleure captation
des plus-values générées par les infrastructures. Il vise à réduire la dépendance au
versement mobilité et à bâtir un financement plus équilibré, équitable, durable en
répondant aux enjeux multiples des mobilités tels que décrits au § 1.1.
Le tableau ci-après récapitule les différentes mesures identifiées en les classant en trois
catégories :
? celles à déployer quel que soit le scénario retenu, celles relatives au scénario 1 ou 2,
mais qui forment avec chaque scénario un tout cohérent, et qui ne sauraient donc être
considérées comme répondant seules aux enjeux du secteur et de son modèle
économique ;
? les mesures nécessitant une modification législative ou pouvant être mises en oeuvre
rapidement ;
? les mesures dépendant des décisions des collectivités, de l?État, ou des deux.
Les recommandations en bleu sont celles ayant fait l?objet d?un désaccord affirmé au sein de
l?atelier.
Ambition France Transports
- 23 -
Tableau présentant les recommandations communes aux deux scénarios
Recommandations
Responsables (État /
Parlement / Collectivités)
Déployable immédiatement ou
après modification législative
Augmenter la vitesse commerciale des réseaux,
optimiser leur design, afin de faire baisser les coûts
d?exploitation
Collectivités locales Déployable immédiatement
Adapter les moyens à la demande en déployant des
cars express et les cars interurbains là où la demande
ne justifie pas de modes lourds et là où elle ne peut
être satisfaite en l?absence de voies ferrées
Collectivités locales Déployable immédiatement
Accélérer la mise en concurrence des TER en se
coordonnant pour éviter les effets de saturation du
marché
Collectivités locales Déployable immédiatement
Alléger des normes coûteuses et peu justifiées au
regard des standards européens
État
Après modifications
règlementaires
Avoir une cible de R/D à 50 % d?ici 10 ans, selon les
situations, par l?adaptation des tarifs en assurant
l?équité sociale par la tarification solidaire, l?indexation
sur l?inflation, l?open payment, la lutte contre la fraude
Collectivités locales Déployable immédiatement
Prioriser les investissements SERM en fonction de la
demande de la performance économique et
environnementale et de la cohérence avec les
politiques d?urbanisme et d?aménagement
Collectivités locales Déployable immédiatement
Adaptation de la gouvernance locale : encourager la
coopération des Régions aux syndicats mixtes SRU et
AOM urbaines
Collectivités locales Déployable immédiatement
Création d?une instance locale consultative pour la
fixation des tarifs et des taux du VM associant mieux
les entreprises et les usagers
État / Parlement
Nécessite une adaptation
législative
Favoriser par des incitations les évolutions vers des
gouvernances plus intégrées à l?échelle des aires
urbaines
État / Parlement /
collectivités locales
Déployable sur décision locale,
mais peut nécessiter un cadre
législatif
Rénover le statut du syndicat mixte SRU et permettre
l?intégration d?EPCI sans obligation de VMA
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
Assouplissement et déploiement des écotaxes poids
lourds régionales avec interopérabilité des systèmes
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
Péage urbain social affecté au financement de la
mobilité dans les grandes agglomérations après
déploiement d?alternatives à la voiture
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
Engager une réflexion sur la contribution spécifique des
véhicules électriques pour compenser la perte de
TICPE et la dégradation des routes
État / Parlement
Nécessite une adaptation
législative
Mise en place d?un observatoire du financement des
mobilités et de la performance des réseaux avec des
règles permettant de partager facilement la
connaissance entre réseaux
Collectivités locales Déployable immédiatement
Affecter le solde des dispositifs ETS1 et ETS2 et le
produit de la TSBA actuelle
État Déployable rapidement
Mobiliser les CEE sur le report modal État / collectivités locales Déployable rapidement
Créer une surtaxe légère sur les certificats
d?immatriculation affectées aux régions pour les SERM
État
Nécessite une modification
législative
Créer une surtaxe sur la taxe de séjour affectées aux
AOM
État
Nécessite une modification
législative
Ambition France Transports
- 24 -
Recommandations
Responsables (État /
Parlement / Collectivités)
Déployable immédiatement ou
après modification législative
Affecter le solde du produit des concessions
autoroutières renouvelées après déduction des coûts
nécessaires au maintien en condition opérationnelle
des routes et voies ferrées
État
Nécessite une modification
législative, après le
renouvellement du système
autoroutier
Tableau présentant les recommandations des scénarios 1 et 2
Scénario Recommandation
Responsable (État /
Parlement / Collectivités)
Déployable immédiatement
ou après modification
législative
1
Déplafonnement ciblé du versement mobilité,
ou cumul VM/VMA, conditionné à des
engagements de gouvernance, de performance
et à une augmentation de la tarification
Désaccord du MEDEF
Mixte (État pour la loi,
Collectivités pour la mise
en oeuvre)
Nécessite une adaptation
législative
2
Création d?une taxe foncière spécifique sur les
plus-values induites par les infrastructures de
transport
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
2
Modulation des droits de mutation à titre
onéreux (DMTO) en fonction de l?accessibilité
aux services de transport, au bénéfice des AOM
urbaines et régions
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
2
Création d?une redevance locale dédiée (type
REOM) pour financer l?exploitation des réseaux
au bénéfice des AOM urbaines et régions
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
2
Bascule partielle du versement mobilité d?une
assiette salariale vers une assiette foncière
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
RAPPORT DE L?ATELIER N°2
AVENIR DES INFRASTRUCTURES ROUTIÈRES
Ambition France Transports
- 1 -
INTRODUCTION DES COPILOTES
La Conférence Ambition France Transports (AFT) a pour principale thématique, comme
l?indique son sous-titre, le « financement de l?avenir des mobilités ». Les membres de l?atelier 2
(voir liste en annexe) de la Conférence se félicitent du fait qu?un groupe soit spécifiquement
centré sur ce patrimoine que constituent les infrastructures routières et autoroutières. Les
copilotes et les membres du groupe ont souhaité ne pas limiter leurs travaux au seul réseau
routier national. Les réseaux départementaux et communaux ont également été traités car ils
constituent un maillon fondamental de la chaîne de transport, et sont également confrontés à
des enjeux de régénération et de modernisation.
L?ensemble du réseau routier, plus de 1,1 million de km, est aujourd?hui le vecteur de plus de
80 % des mobilités de personnes et de marchandises. Cela changera peu dans les années à
venir alors même que le réseau routier accueille des flux de plus en plus différenciés de
véhicules (automobiles, camions, autocars, autobus, deux roues de tous types, piétons, engins
agricoles?).
Cette diversification des usages va nécessiter localement des adaptations et les
investissements qui en résultent. Mais d?autres investissements, prioritaires, doivent
impérativement être réalisés : ceux qui concernent ce qu?il est convenu d?appeler la « dette
grise ».
Au sens strict, la dette grise, ou dette invisible, résulte d?un manque d'entretien des
infrastructures, engendrant à terme un important surcoût financier pour leur remise en état.
Or c?est ce qui a été constaté depuis plusieurs décennies, notamment sur le réseau routier
national non concédé (RNN). Les dépenses des administrations publiques centrales (État,
AFITF) pour les routes dépassaient 4 Md¤ courants en 2006. En moins de dix ans elles ont été
divisées par 2 avant d?augmenter un peu depuis 2020 (2,5 Md¤ courants en 2023). Le résultat
est que 20 % des chaussées du RNN nécessitent un entretien structurel et 30 % un entretien de
surface. Sans être aussi bien documentée, la situation de certains segments des réseaux
départementaux et communaux nourrit les mêmes inquiétudes.
Or, comme nous l?a indiqué le CEREMA, un euro d?entretien non réalisé aujourd?hui se traduira
au bout de quelques années par une dépense de 5 euros pour des travaux structurels. Il est
donc nécessaire d?amorcer dès maintenant la résorption de la dette grise car c?est un puissant
moyen de faire des économies dans les décennies à venir. Une croissance significative des
dépenses d?investissement est donc nécessaire sur les réseaux routiers, sachant qu?à la dette
grise au sens strict, il faut ajouter d?une part les dépenses d?adaptation aux impacts du
dérèglement climatique, et d?autre part les investissements destinés à accompagner la
décarbonation des mobilités routières. L?accroissement des dépenses d?investissement est
nécessaire sur l?ensemble du réseau. Les voiries des départements et du bloc communal, y
compris dans les zones rurales, sont également confrontées au problème de la dette grise et
aux adaptations qu?imposent le changement climatique et la décarbonation.
Le lecteur trouvera dans la première partie de ce rapport des indications chiffrées sur les
sommes à mobiliser. Mais notre groupe ne s?est pas arrêté à ce constat. Tenant compte de la
situation critique des finances publiques et ne voulant pas laisser croire que le problème serait
aisément résolu par une hausse de la fiscalité ; nous nous sommes penchés, comme nous y a
invité le ministre des transports, sur l?avenir du réseau autoroutier concédé.
Ambition France Transports
- 2 -
Ce dernier génère aujourd?hui un chiffre d?affaires (TVA incluse) de près de 15 Md¤ se
décomposant grossièrement ainsi : un tiers pour l?exploitation et les gros travaux ; un tiers pour
les actionnaires et le remboursement de la dette, et un tiers pour les administrations publiques
(TVA, Impôt sur les sociétés, Taxe d?Aménagement du Territoire, redevances domaniales?).
Lorsque les principales concessions autoroutières arriveront à échéance entre 2031 et 2036,
une autre organisation et une autre affectation des recettes des autoroutes doit être
envisagée. C?est ce à quoi s?attache la seconde partie de ce rapport. Elle envisage diverses
options et en recommande plus précisément deux.
Ces deux scénarios ont été choisis car ils ouvrent la possibilité d?anticiper dès 2026, via une
dette responsable, des dépenses de résorption de la dette grise des routes. La troisième partie
de ce rapport est donc une réponse, au moins partielle, aux questions posées dans la première
partie.
Ambition France Transports
- 3 -
SOMMAIRE
1. État du réseau routier et stratégies d?avenir : quelles priorités pour la route en France ? 4
1.1. La dette grise du réseau routier en France ........................................................................ 4
1.1.1. Les autoroutes concédées ................................................................................................ 4
1.1.2. Réseau national non-concédé : l?urgence à agir ........................................................... 4
1.1.3. Réseau routier décentralisé : des alertes, en particulier sur les ouvrages d?art ..... 4
1.2. Quelles priorités et besoins de financement pour les dix prochaines années ? ........ 6
1.2.1. L?urgence des routes nationales ...................................................................................... 6
1.2.2. Le besoin de connaissance du réseau départemental et communal ...................... 8
1.2.3. Le maintien de la qualité des autoroutes ...................................................................... 9
2. La gestion des autoroutes : une clef pour l?avenir de la route française .......................... 9
2.1. La fin de 90 % des concessions d?ici 2036 : l?opportunité de repenser la gestion et le
financement de la route en France ................................................................................................. 9
2.2. L?absolue nécessité de maintenir les péages .................................................................. 11
2.3. Plusieurs scénarii de gestion des autoroutes post-concession, en fonction du niveau
de transfert de risque souhaité ...................................................................................................... 13
3. Les conditions du financement de la route par la route .................................................... 17
3.1. La route, une pourvoyeuse importante de recettes pour les collectivités territoriales
et l?État ................................................................................................................................................ 17
3.2 Quelle utilisation des produits des péages ? ................................................................... 18
3.2.1 « La route finance la route » : imposer quelques grands principes ........................ 18
3.2.2 Financer dès à présent la régénération du réseau routier ....................................... 18
3.2.3 Le partage de la valeur des péages à partir de 2032 ................................................ 20
3.2 Les ouvrages d?art des collectivités territoriales ........................................................... 22
CONCLUSION ........................................................................................................................................... 24
OPINION DISSIDENTE : ASSOCIATION DES SOCIETES FRANCAISES D?AUTOROUTES ........... 25
Ambition France Transports
- 4 -
1. État du réseau routier et stratégies d?avenir : quelles priorités pour la route en France ?
La dette grise au sens strict correspond à l?ensemble des investissements nécessaires à la
régénération de la route qui n?ont pas été réalisées et qui, en s?accumulant, menace le bon état
voire la viabilité du réseau routier. C?est en quelque sorte la dette qui doit être purgée afin de
maintenir un réseau à l?identique.
Cette dette grise doit donc être différenciée des dépenses nécessaires en matière de
modernisation et d?adaptation de la route. Ces dépenses couvrent l?ensemble des besoins
nouveaux en matière de modification des routes. Cela recouvre les investissements liés à la
résilience, aux nouveaux usages, à la décarbonation, à la réduction de l?impact écologique, etc.
1.1. La dette grise du réseau routier en France
1.1.1. Les autoroutes concédées
9 200 kilomètres d?autoroutes sont concédés en France, représentant moins de 0,1 % du
linéaire routier mais près de 25 % du trafic. Le modèle concessif a permis de garantir le maintien
d?un bon niveau d?investissement depuis 2005, entre 1 et 1,8 Md¤ par an (hors pics).
Depuis 2006, les dépenses d?entretien par kilomètre du réseau autoroutier ont été cinq fois
plus importantes que celles réalisées par le réseau national non-concédé. Aujourd?hui, le
ministère des transports estime que 92 % du réseau est en bon ou très bon état (indicateur
IQRA supérieur ou égal à 3/5), de même que 73 % des 12 100 ouvrages d?art. Seuls 2 % des
ouvrages d?art nécessitent des reprises structurelles. Ceci en fait l?un des réseaux autoroutiers
les mieux entretenus d?Europe.
1.1.2. Réseau national non-concédé : l?urgence à agir
La situation du réseau national non-concédé est la plus critique, du fait d?un sous-
investissement sensible depuis les années 2010. Il est aujourd?hui engagé dans une « spirale de
la dégradation »1, alors même que ses 12 000 kilomètres accueillent près de 20 % du trafic
routier. Le ministère des transports estime que 50 % des chaussées nécessitent un entretien
en 2022, dont 19 % un entretien en profondeur portant sur la structure des routes. 34 % des
ponts présentent un défaut voire une structure altérée, et cette dégradation s?accélère
(+5,3 points depuis 2017).
Le niveau d?investissement de l?État a été inférieur de 25 % aux besoins entre 2018 et 2022,
conduisant à la création d?une dette grise au moins 2,3 Md¤ sur la période. Par rapport au
réseau concédé et au réseau décentralisé, le réseau national non concédé a également pris du
retard dans certains travaux de résilience ou de réduction de son impact écologique.
1.1.3. Réseau routier décentralisé : des alertes, en particulier sur les ouvrages d?art
En 2023, les collectivités territoriales gèrent près de 1,1 million de kilomètres de voiries,
réparties entre le bloc communal (66 %) et les départements (34 %), ce qui constitue l?immense
majorité du linéaire routier français. Ce réseau accueille environ la moitié du trafic. Par
comparaison avec l?homogénéité du réseau national, le réseau décentralisé connaît une grande
1 Commission des finances du Sénat, Échéance des concessions d?autoroutes : tenir compte du passé pour préparer
l?avenir, Hervé Maurey, 2023.
Ambition France Transports
- 5 -
variété de situations et d?enjeux : réseaux métropolitains très empruntés, réseaux de montagne
soumis à des pressions climatiques importantes, réseaux ruraux très longs, réseaux insulaires,
etc. Parfois qualifié de « réseau capillaire » ou « réseau secondaire », il est essentiel pour relier
les axes structurants avec l?ensemble des zones urbaines et rurales. C?est le réseau de la route
du quotidien.
Les départements gèrent environ 377 000 km de routes départementales, engageant 5,6 Md¤
en 2023 (8 % de leurs dépenses), dont 4 Md¤ en investissement, ce qui en fait le premier poste
d?investissement des départements2. De leur côté, les communes de plus de 3 500 habitants
(71 % de la voirie communale) ont consacré 7,1 Md¤ en 2023 (en fonctionnement et en
investissement)3. Contrairement au réseau routier national non-concédé, les dépenses
consacrées aux voiries décentralisées ont crû de +2 Md¤ entre 2017 et 2023. La dépense de
voirie par habitant a augmenté de 24 % depuis 2017 et de 6 % depuis 2013.
Cela s?explique notamment parce que le réseau communal est le seul réseau routier à connaître
un allongement significatif depuis 2010, avec la création de 65 000 km de routes
supplémentaires, tandis que les routes départementales sont plus stables (+3 000 km). À noter
la forte croissance des véloroutes et voies vertes, souvent financées par les collectivités
territoriales (passant de 6 000 km en 2010 à plus de 21 000 km en 2023).
Ce maintien de l?investissement a permis de contenir la création d?une dette grise d?une gravité
similaire aux routes nationales non-concédées, même si les situations sont très hétérogènes
d?un département à l?autre. Ainsi, le ministère des transports et l?IDDRIM estiment que 36 %
du réseau routier décentralisé nécessite un entretien, taux en baisse par rapport à 2019 (59 %)
grâce à la reprise des investissements après le creux de 2010 à 2016. Les routes en mauvais état
représentent 11,4 % des routes départementales.
Contrairement au réseau national, il est difficile d?obtenir une vision consolidée de la situation
du réseau départemental et communal du fait d?une hétérogénéité des modes d?évaluation de
la dégradation de la route et d?une absence de remontée d?informations4. Ainsi, les estimations
de la dette grise varient énormément : l?IDDRIM chiffre celle du réseau départemental entre
12 et 18 Md¤, tandis que le Cerema évoque une dette grise de 7 Md¤ sur un scénario
approchant le niveau d?exigence sur le réseau national. S?agissant du bloc communal, la dette
grise n?a pu être évaluée. L?association des maires de France estime un besoin d?investissement
annuel de 10 Md¤, à mettre en rapport avec les 7 Md¤ dépensés en 2023. Cependant, l?État est
incapable d?identifier les dépenses de voirie des communes de moins de 3 500 habitants, et il
est probable que ce niveau d?investissement soit atteint ou approché par l?ensemble du bloc
communal. De son côté, le Cerema estime dans un scénario modeste une dette grise de 9 Md¤.
En tout état de cause, ces chiffrages manquent de fiabilité et ne sont pas endossés par le
présent rapport.
Les ouvrages d?art des collectivités territoriales constituent un point d?alerte particulier. On
estime que les ouvrages d?art départementaux sont au nombre de 240 000, contre 150 000
pour les communes. D?après l?IDDRIM, 1,4 % des ponts départementaux sont en mauvais état,
tandis que le programme Ponts conduit par le Cerema montre que sur l?ensemble des ponts
audités dans les petites communes, 25 % présentent des défauts structurels, dont 9 %
2 Les dépenses de voirie des collectivités locales entre 2013 et 2023, BIS n° 192, février 2025, Julien Desclodure,
département des études et des statistiques locales de la DGCL.
3 À noter que 0,3 Md¤ sont dépensés par les régions et les syndicats, principalement des subventions d?investissement
à d?autres collectivités territoriales ou à des porteurs de projet privés.
4 Constat déjà posé par la Cour des comptes, L?entretien des routes nationales et départementales, mars 2022.
https://www.ccomptes.fr/system/files/2022-03/20220310-entretien-routes-nationales-departementales.pdf
Ambition France Transports
- 6 -
nécessitent des mesures rapides. Or, leur coût de réfection est élevé et les travaux sont
difficiles à étaler dans le temps. L?IDRRIM identifie ainsi une dette grise de 1,2 Md¤ sur les ponts
départementaux, tandis que le Sénat estime la dette grise des ponts du bloc communal
comprise entre 2,2 et 2,8 Md¤5. Cette dette grise est d?autant plus inquiétante qu?elle
représente un potentiel danger pour nos concitoyens, à l?image de l?effondrement du pont
Morandi en Italie en 2018.
1.2. Quelles priorités et besoins de financement pour les dix prochaines années ?
Il est tout d?abord apparu clair aux membres de l?atelier que la régénération des routes
nationales non-concédées devait constituer une priorité absolue par rapport aux autres
chantiers routiers, et ce dès 2026. En effet, un report de la résorption de la dette grise
après 2031 représenterait un coût plus élevé pour la collectivité publique, et présenterait le
risque d?une fermeture pure et simple de certains tronçons routiers, ce qui serait inacceptable
pour les territoires concernés. Ce coût est au final au moins multiplié par cinq par rapport à un
entretien régulier, et génère des pertes économiques pour les entreprises et les ménages.
Cela ne doit cependant pas effacer la vigilance nécessaire sur les autres réseaux routiers, en
particulier sur les ouvrages d?art des collectivités territoriales. En effet, plus que toute autre
route, un mauvais entretien d?un ouvrage d?art représente un danger grave pour les
conducteurs.
1.2.1. L?urgence des routes nationales
En 2025, le ministère des transports consacre un peu moins de 1,6 Md¤ à la gestion du réseau
routier national, hors masse salariale des directions interrégionales des routes. Ce montant se
divise comme suit (en M¤ courant), la catégorie « autre » comprenant des investissements liés
à la réduction de l?empreinte environnementale, la résilience face au changement climatique
et les usages collectifs.
Nous estimons qu?il est nécessaire d?atteindre d?ici 2030 1 Md¤ de financements
supplémentaires chaque année pour le réseau national non-concédé, selon plusieurs priorités
exposées par ordre décroissant.
5 « Sécurité des ponts : face au « chantier du siècle », l'urgence d'une action publique plus ambitieuse », rapport
d'information n° 669 (2021-2022), déposé le 15 juin 2022 par M. Bruno Belin.
295
686
547
120
Exploitation/entretien*
Régénération
Aménagement, sécurisation
et développement
Autre
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1/ La priorité absolue à la régénération
Nous estimons que tout financement supplémentaire en matière routière doit aller en priorité
à la régénération du réseau routier national existant, avant d?envisager de nouveaux projets. Il
s?agit d?assurer le maintien en bonne condition de ce patrimoine collectif d?une valeur de
160 Md¤, et ainsi éviter que des tronçons ne se dégradent trop, nécessitant des fermetures
comme par le passé (RN 4 en 2011 après un hiver ayant aggravé une chaussée vieillissante,
fermeture partielle de l?A15 en 2018 après l?effondrement d?un mur de soutènement, fermeture
de l?A13 après la découverte de fissures).
Cette régénération nécessiterait un surplus de dépenses de 800 M¤ et comprend plusieurs
aspects :
- la hausse des dépenses d?exploitation/entretien, afin de mieux préserver les routes et
réduire ainsi les coûts futurs de maintenance lourde. Le besoin est estimé à 100 M¤
supplémentaires par an ;
- l?accroissement des dépenses de régénération pour mettre fin à la création de
nouvelles dettes grises, d?un montant de 350 M¤ supplémentaires par an ;
- la résorption de la dette grise sur huit ans, nécessitant environ 350 M¤ par an.
Ainsi, un abondement supplémentaire de 450 M¤ par an à partir de 2026-2027 permettrait de
stabiliser la dette grise, mais il faudra monter à 800 M¤ par an pour résorber cette dette et
atteindre une qualité satisfaisante. Cette priorisation est également dictée par le fait que tout
report de la résorption de la dette grise génèrera une augmentation croissante des besoins de
financement pour y répondre.
2/ Résilience face au changement climatique et aux catastrophes naturelles
Le deuxième enjeu important est l?adaptation du réseau routier au changement climatique. Les
phénomènes météorologiques sont de plus en plus intenses et accélèrent la dégradation de
certaines routes : alternance rapide de températures, épisodes de gel intense, etc. De plus,
certains tronçons sont soumis à des risques particuliers liés aux catastrophes naturelles : routes
en zone inondable ou d?incendie de forêts, routes de montagne menacées par des
effondrements. Construire la résilience du réseau routier permet d?assurer sa continuité. Le
ministère des transports estime qu?un investissement jusqu?à 100 M¤ par an serait nécessaire.
A contrario, ne pas investir en préventif expose l?État à une dépense cinq fois supérieure en
curatif6.
3/ Adapter la route à la nouvelle donne environnementale (évolution des usages, impact
écologique)
82 % du transport intérieur de voyageurs et 88 % du transport de marchandises7 reposent sur
la route. Il est dès lors illusoire de faire reposer sur le seul report modal (train, vélo) la réduction
des émissions polluantes de la France. À la manière de nos voisins (en particulier l?Allemagne
et les pays nordiques), il est nécessaire de réduire l?impact environnemental de la route, ce qui
passe par plusieurs types d?investissement :
6 Pour 1 ¤ de dépense préventive non-réalisée en matière de résilience des infrastructures, la réparation des chaussées
après un événement climatique coûte 2 ¤ d?argent public et présence un coût socio-économique de 3¤ en moyenne
(fermeture d?axe, ralentissement, accident, etc.)
7 Exprimés respectivement en voyageur-kilomètre et tonne-kilomètre.
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- 8 -
- la réduction de l?empreinte environnementale de la route (points noirs du bruit,
protection de la ressource en eau, continuité écologique pour les espèces) : besoin
maximum de 130 M¤ par an pour le réseau national non-concédé ;
- l?adaptation de la route aux nouveaux usages, en particulier la voiture électrique et les
transports collectifs : entre 50 M¤ et 150 M¤ supplémentaires par an.
4/ Des nouveaux aménagements au cas par cas
Par différence avec les points précédents, il n?apparaît pas nécessaire de consacrer davantage
de fonds d?État aux projets d?aménagement. Ces derniers recouvrent la création de nouvelles
routes, la mise en sécurité de certains tronçons (terre-plein central, échangeur, etc.), etc. S?il
existe des besoins locaux avérés (par exemple liés à l?extension de certains ports, ou le
développement à venir de plateformes multimodales), il nous semble que les montants actuels
(près de 600 M¤ par an) permettent déjà d?y répondre raisonnablement. De plus, aucun acteur
n?a fait part d?un besoin d?extension du réseau national qui, sur ses portions concédées, non-
concédées et décentralisées, permet déjà d?irriguer le territoire national, avec l?un des réseaux
les plus longs d?Europe.
Naturellement, ces différentes catégories d?intervention ne sont pas exclusives les unes des
autres et des chantiers de régénération peuvent, de manière opportune, être l?occasion de
porter des aménagements de modernisation et de décarbonation.
1.2.2. Le besoin de connaissance du réseau départemental et communal
Eu égard à l?importance du réseau routier départemental dans la vie quotidienne des
territoires, en particulier ruraux, il n?est pas satisfaisant de ne pas disposer de recensement
fiable de la dette grise de ce réseau. Il nous apparaît urgent de mettre en oeuvre un diagnostic
précis sur les routes des collectivités territoriales :
- missionner le Cerema, en lien avec IDDRIM (Observatoire national des routes) et en
concertation avec les collectivités territoriales, d?établir un référentiel national
d?évaluation de l?état des routes départementales et communales ;
- imposer des remontées statistiques systématiques des départements et du bloc
communal (intercommunalités principalement) sur la base de ce référentiel national ;
- lancer une campagne d?évaluation des routes départementales sous la responsabilité
du Cerema, notamment pour les départements ruraux manquant de ressources au
regard de leur linéaire routier.
S?il nous apparaît que les routes départementales semblent en meilleur état que les routes
nationales, ce travail de recensement est essentiel eu égard à la situation financière des
départements. Il y a en effet un risque de réduction future des investissements. D?après
l?association des départements de France, 72 % des présidents de département indiquent
également que l?état de leurs routes va se dégrader.
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1.2.3. Le maintien de la qualité des autoroutes
Contrairement aux années 1990 et 2000, il n?apparaît pas nécessaire de financer une extension
du réseau autoroutier, sauf cas particuliers locaux. Dès lors, la priorité consiste à maintenir le
niveau de dépense d?entretien et de régénération des actuelles sociétés d?autoroutes, afin
d?éviter la constitution d?une dette grise. Ce montant est actuellement de 1,7 Md¤ par an en
moyenne, financés entièrement par les péages.
À cet entretien s?ajouteront des investissements supplémentaires au titre de l?adaptation aux
nouveaux usages à partir de 2031. Cela intègre notamment le déploiement de stations de
recharge, de pôles de transports collectifs, etc. Or, à ce stade, l?équilibre financier du marché
de la recharge électrique n?est pas assuré et dépend des subventions de l?État et des
constructeurs automobiles. En particulier, la flotte poids-lourds est peu électrifiée, rendant le
modèle économique fragile à ce stade. Les investissements en matière de transition des
autoroutes pourraient donc être importants, mais il n?apparaît pas possible de les estimer avec
précision à l?heure actuelle.
Enfin, il conviendra de suivre avec attention la période de transition correspondant à la fin des
contrats de concession afin que l?État récupère, comme prévu dans les conventions, un réseau
en bon état de fonctionnement (cf. 2.1).
Le réseau routier est un patrimoine qu?il faut impérativement entretenir pour éviter sa rapide
dégradation. La priorité doit être donnée aux investissements de résorption de la dette grise.
Le coût de l?inaction serait très élevé dans les années qui viennent, tant financièrement que
pour la vie quotidienne des habitants et le dynamisme économique du pays.
2. La gestion des autoroutes : une clef pour l?avenir de la route française
2.1. La fin de 90 % des concessions d?ici 2036 : l?opportunité de repenser la gestion et le
financement de la route en France
Depuis le début des années 1950, l?État français a décidé de développer son réseau autoroutier
par la voie de contrats de concessions. Il a ainsi confié le financement, la conception, la
construction, l?entretien, l?exploitation et la maintenance des autoroutes à des sociétés
concessionnaires pour une durée prédéfinie en contrepartie, pour ces sociétés, du droit à
percevoir un péage auprès des usagers.
Un contrat de concession repose sur l?équilibre entre trois caractéristiques fondamentales :
? un transfert de risques du concédant au concessionnaire ; ceci inclut le risque de trafic,
qui impacte les recettes, mais aussi les risques liés à la construction (retards de
chantiers, surcoûts) et à l?exploitation (coûts et disponibilité) et le risque de
refinancement (les très longues durées des concessions sont généralement supérieures
à celles des emprunts pouvant être contractés) ;
? une rémunération du concessionnaire par l?exploitation ;
? une durée qui n?excède pas le temps raisonnablement escompté par le
concessionnaire pour amortir les investissements réalisés, y compris la rémunération du
capital investi.
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- 10 -
En 2025, le réseau concédé français compte quelque 9 100 km d?autoroutes et les sociétés
concessionnaires d?autoroute (SCA) sont au nombre de dix-neuf :
? sept SCA dites « historiques », dont six anciennes sociétés d?économie mixte (SEMCA)
privatisées en 2006 (ASF-Escota, APRR-Area, Sanef-SAPN) et Cofiroute, privée dès sa
création. Ces SCA historiques sont détenues par les groupes Vinci, Eiffage et Abertis et
représentaient 91,5 % du chiffre d?affaires global des autoroutes françaises concédées
en 2019 ;
? dix SCA dites « récentes » (Adelac, Albea, Aliae, Alicorne, A?liénor, Alis, Arcos, Arcour,
Atlandes et CEVM) dont les concessions ont débuté entre 2001 et 2019 ;
? deux SEMCA exploitant des tunnels alpins internationaux : ATMB (tunnel du Mont-
Blanc) et SFTRF (tunnel du Fréjus).
La majorité du réseau autoroutier concédé français est répartie entre les trois groupes que
sont :
? Vinci (Arcos, Arcour, ASF, Cofiroute et Escota) : les SCA sont regroupées au sein du pôle
Vinci Autoroutes, spécialisé dans la concession et l?exploitation d'infrastructures
autoroutières en France, qui exploite près de 4 450 kilomètres d?autoroutes ;
? Eiffarie (Adelac, Aliae, A?liénor, APRR, Area et CEVM), coentreprise d?Eiffage et
Macquarie : les SCA sont regroupées au sein du pôle Concessions autoroutières en
France, qui exploite plus de 2 460 kilomètres d?autoroutes ;
? Abertis (Sanef et SAPN) : la longueur cumulée des deux réseaux, première source de
revenus du groupe Abertis, s?établit à plus de 1 760 kilomètres.
Les SCA sont rémunérées par les revenus d?exploitation du réseau sous la forme de péages
acquittés par les usagers. Le concessionnaire tire majoritairement (98 %) ses revenus de la
perception d?un droit d?utilisation de cette infrastructure (le péage), acquitté par l?usager ; les
redevances perçues par les exploitants des aires de services et celles versées par les opérateurs
de télécommunications constituent des recettes annexes. Quoique les SCA s?acquittent d?une
redevance domaniale versée à l?État pour bénéficier du droit d?exploiter cette infrastructure
sur le domaine public, la fiscalité constitue désormais le seul moyen par lequel l?État peut
capter une partie de la valeur créée par les concessions autoroutières. L?activité des
concessions autoroutières aurait rapporté à l?État quelque 50 Md¤ entre 2006 et 20188, répartis
entre des versements spécifiques (taxe d?aménagement du territoire, redevance domaniale) et
fiscalité générale (impôts sur les sociétés et TVA).
Le bilan du système concessif fait apparaître de nombreuses limites. Le modèle des
concessions a en effet rempli ses objectifs à la fois en termes de qualité de service et
d?infrastructures, ainsi que dans sa capacité à libérer des capacités financières pour l?État.
L?Autorité de régulation des transports a ainsi rappelé dans son rapport de 2024 sur l?économie
générale des concessions9 que les concessionnaires autoroutiers sur le réseau français ont
respecté leurs obligations contractuelles et n?ont jamais eu à verser de pénalité au titre d?un
entretien défaillant. De surcroît, le modèle concessionnaire assure à la fois un principe « usager
payeur », rationalise les investissements et permet de sécuriser les fonds nécessaires pour
8 Rapport de la commission d?enquête sur le contrôle, la régulation et l?évolution des concessions autoroutières, remis
à la présidence du Sénat le 16 septembre 2020. A titre de comparaison, le rapport annuel de synthèse des comptes
des concessions autoroutières de l?ARAFER en 2018 indique que le chiffre d?affaires des concessions était de 10 Md¤
par an et que les SCA versaient en moyenne autour de 3 Md¤ de dividendes à leurs actionnaires chaque année.
9 Autorité de régulation des transports, rapport « Economie des concessions autoroutières », Novembre 2024.
Ambition France Transports
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entretenir et exploiter le réseau, ce qui, dans un contexte de finances publiques contraint,
n?apparaît pas anodin. Cependant, ce modèle fait désormais l?objet d?une acceptabilité
politique et sociale réduite, associée à la critique des « trois P » : péages, profits, privé. Si les
analyses divergent marginalement sur la réalité d?une surrentabilité du modèle de concession
autoroutière10, elles convergent sur la nécessité de renforcer les compétences de l?État en
termes de négociations, pilotage et contrôle des contrats de concession (réduction des durées
de concession, limitation du recours à l?avenant, etc.).
Les concessions autoroutières vont prendre fin entre 2031 et 2036 (cf. tableau 1). Il convient
de préparer cette période de transition qui constitue à la fois une zone de turbulences, face à
la nécessité de s?assurer du retour du réseau concerné « en bon état d?entretien »11, et
d?opportunités, offrant la possibilité de redéfinir les règles de gestion du réseau autoroutier,
pour s?assurer de leur efficacité, mais aussi de leur acceptabilité. Le modèle qui sera retenu
devra ainsi permettre d?assurer la même qualité d?entretien et de modernisation des
autoroutes que le schéma concessif actuel, tout en permettant à l?État de capter une plus
grande partie des revenus issus de la gestion de ce réseau.
Tableau 1 : synthèse des durées des sept concessions historiques en France
Société d?autoroute
Début de la
concession
Fin de la
concession
Longueur du réseau (en
km)
ASF 1961 2036 2 730
Sanef 1963 2031 1 396
SAPN 1963 2033 372
APRR 1963 2035 1 890
Cofiroute 1970 2034 1 111
AREA 1971 2036 409
ESCOTA 1975 2032 471
Source : commission des finances du Sénat.
2.2. L?absolue nécessité de maintenir les péages
En 2023, les péages autoroutiers représentaient 15 Md¤ de recettes de péage (TTC), dont
10 Md¤ au titre des véhicules légers et 5 Md¤ au titre des poids lourds. 9,6 Md¤ étaient
consacrés aux dépenses des concessionnaires (investissements, exploitation et rémunération
de capitaux), y compris bénéfices nets, et 5 Md¤ aux taxes et redevances versées à l?État. Avec
la fin des concessions, les investissements dans le réseau autoroutier sont considérés comme
amortis, ce qui devrait conduire automatiquement à une diminution du montant des péages,
selon le principe de l?usager-payeur. En effet, à des fins d?alignement comptable, les contrats
de concession prévoient qu?en échange de la restitution gratuite de l?infrastructure à la fin de
la concession l?amortissement des actifs de la concession soit réalisé intégralement sur la durée
du contrat. Par ailleurs, les nouveaux investissements relevant du service autoroutier resteront
10 L?ART conclut ainsi (rapport de novembre 2024 cité supra) que la rentabilité des concessions s?établit à un niveau
cohérent avec le coût du capital pouvant être estimé sur la durée des contrats et les aléas d?une concession (estimation
d?un TRI à 7,9 % contre un coût du capital de l?ordre 7 % en moyenne pour des investissements de ce type). La
commission d?enquête du Sénat sur le contrôle, la régulation et l?évolution des concessions autoroutières a conclu en
2020 que les TRI actionnaires étaient compris entre 7,2 % pour la Sanef et SAPN 10,9 % pour ASF et Escota. L?IGF dans
son rapport « le modèle économique des sociétés concessionnaires d?autoroutes » (février 2021) a estimé un TRI
actionnaire allant de 7,7 % pour Sanef-SAPN à 12,5 % pour APRR-Area.
11 Voir le rapport d?information du Sénat sur la préparation de l?échéance des contrats de concessions autoroutières,
octobre 2024.
Ambition France Transports
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probablement limités sur la période à venir, sous réserve des investissements nécessaires à la
transition écologique, dont les estimations manquent de fiabilité à ce stade. Cependant, une
telle diminution du niveau des péages présente plusieurs difficultés : elle n?est alignée sur
aucune réalité de fonctionnement du réseau (la durée de vie des autoroutes est en réalité
plutôt autour de cent ans) ; elle risque d?engendrer une augmentation de la fréquentation de
ce réseau et donc d?augmenter les besoins d?investissement, qui seront ensuite à nouveau
répercutés sur les tarifs de péage, entraînant un effet « yo-yo » préjudiciable au
fonctionnement du réseau ; elle ne permet pas d?orienter les comportements, en reflétant les
externalités de la circulation.
Comme l?a démonté Yves Crozet, l?exemple espagnol orienté vers la gratuité des autoroutes
confirme que ce type de décision conduit à une forte hausse des trafics (véhicules légers et
poids lourds), et par conséquent des émissions, et à une augmentation du besoin
d?investissement pour la régénération de la route rendu gratuite12, dans un contexte de
disparition des recettes fiscales qui étaient attachées au péage. De la même manière, la
gratuité des routes françaises non-concédées entraîne, dans les régions frontalières, un report
d?une partie du trafic de poids-lourds allemands qui cherchent à éviter les péages. Cette
situation conduit donc le contribuable français à payer pour le poids-lourd allemand. Ainsi, il
apparaît souhaitable de maintenir le tarif des péages au niveau actuel après la fin des
concessions historiques.
Le maintien des péages aux niveaux actuels pour les véhicules légers comme pour les poids-
lourds est compatible avec la directive Eurovignette (cf. encadré 1) qui a été transposée dans
le droit national en 2023. Mais la transposition a été faite a minima, une version approfondie
sera nécessaire, notamment pour intégrer la tarification des véhicules légers. En effet, pour
eux, la directive n?impose rien, ni sur le niveau ni sur la nature juridique des différentes
composantes de tarification. Il convient toutefois de définir les modalités de gestion du réseau
autoroutier pour savoir, si les niveaux des péages sont maintenus, comment ces flux de
financement sont orientés.
Encadré 1 : la directive Eurovignette
La directive Eurovignette est une directive du Parlement européen et du Conseil du 24 février
2022, qui fixe de nouvelles obligations, essentiellement pour la tarification des poids-lourds.
Elle constitue le cadre à la fois pour l?encadrement des futures taxes locales sur l?utilisation
de certains axes routiers par les poids-lourds, et des péages pour les poids-lourds pour les
nouvelles concessions.
Le dispositif Eurovignette se compose de deux redevances obligatoires qui ont déjà fait
l?objet d?une transposition dans le droit français :
- La redevance infrastructure, qui doit être modulée en fonction des classes CO² et ne
peut dépasser un plafond correspondant aux coûts de construction, d?entretien,
d?exploitation et de développement du réseau imputables aux poids-lourds ;
- La redevance pollution atmosphérique qui se compose de valeurs plafonds selon la
classe EURO des véhicules ;
Ces deux composantes sont complétées par des redevances facultatives qui n?ont pas encore
fait l?objet d?une transposition dans le droit français :
- la redevance congestion, qui ne peut s?appliquer qu?en période de congestion ;
12 Yves Crozet, laboratoire aménagement économie transport, université de Lyon, 13 mars 2025.
Ambition France Transports
- 13 -
- la redevance nuisances sonores ;
- la redevance CO².
La directive n?impose rien sur le niveau de tarification pour les véhicules légers, ni sur la nature
juridique des différentes composantes de tarification. Par contre, elle impose le respect des
principes de non-discrimination en raison de la nationalité ou de l?origine/destination, de
proportionnalité et de non-distorsion de la concurrence.
Selon les estimations de la direction générale des infrastructures, des transports, et des
mobilités (DGITM), l?évolution des modalités de gestion et de financement des autoroutes à
l?issue des concessions autoroutières actuelles devrait permettre de dégager jusqu?à 4 Md¤ de
recettes supplémentaires pour la puissance publique, via les péages, notamment via une baisse
du coût de la rémunération du capital.
2.3. Plusieurs scénarii de gestion des autoroutes post-concession, en fonction du niveau de
transfert de risque souhaité
Ainsi, afin de saisir l?opportunité de la fin des contrats de concession en cours, il convient
d?explorer et d?analyser les différents modes de gestion possible, afin de déterminer celui qui
sera le plus à même à la fois de répartir le risque entre concédant public et concessionnaire
privé, tout en générant les flux financiers susceptibles de permettre à l?État de couvrir
l?ensemble des besoins de financement des réseaux nationaux.
Ambition France Transports
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Graphique 1 : Répartition des responsabilités en fonction du mode de gestion et des phases du projet
Source : Extrait du Livret de diagnostic de la conférence AFT.
Le système des concessions autoroutières a montré sa robustesse dans le temps et sa capacité
à maintenir la qualité des infrastructures concernées et des services qui y sont liés. Il n?est pas
à écarter par principe. Une nouvelle organisation doit cependant être trouvée pour la gestion
du réseau autoroutier à péage, qui réponde à quatre conditions qui forment système :
? le maintien des péages (absence de gratuité) dans le respect des principes de la
directive Eurovignette ;
? une reprise en main par le décideur public à des fins d?efficacité et de transparence de
la dépense publique ;
? une péréquation nationale garantie ;
? une claire affectation des sommes à redistribuer.
Plusieurs modèles d?organisation ont été discutés lors des travaux du groupe. S?ils présentent
un certain nombre d?avantages, trois modèles ont été explorés mais écartés :
? le modèle des sociétés régionales de gestion autoroutière : ce modèle consiste à
concéder des plaques régionales, composées d?autoroutes (soumises à péage) et de
routes nationales (dont la gratuité serait préservée), aux sociétés concessionnaires ; le
maintien des péages aux niveaux de tarification actuels seraient justifiés par les besoins
d?investissement du RRN-NC adossé au réseau autoroutier ; ce modèle pourrait reposer
sur le versement d?une soulte en début de contrat par l?entité concessionnaire au
concédant ou une taxation intégrée au niveau de péage comme c?est le cas
actuellement ; si une telle organisation permettrait le financement de l?entretien et de
la régénération du réseau national aujourd?hui non-concédé et ainsi la résorption de la
dette grise, il présente plusieurs limites : en effet, dans un contexte de remise en
question du modèle concessionnaire, il constitue une perte de maîtrise de l?État sur une
partie du RRN-NC au profit d?une recherche de rentabilité des SCA. Il interroge
notamment certains élus locaux qui indiquent leur inquiétude sur leur capacité à
négocier avec les SCA pour faire évoluer les aménagements routiers sur leur territoire,
même en étant, comme proposé par les SCA, intégrés dans la gouvernance de ces
structures. De surcroît, il entraîne une triple interrogation, à la fois sur la nature de
l?autorité concédante (État ou Régions ?), sur l?évolution des DIR (les directions ont-elles
vocation à être privatisées ou supprimées ?) et sur la situation spécifique des régions
Bretagne et Ile-de-France qui ont peu ou pas de péages. D?une façon générale,
l?hétérogénéité des réseaux régionaux, autant en termes de longueur que de qualité des
infrastructures, est peu favorable au déploiement de ce modèle. En définitive, nous ne
sommes donc pas favorables à ce scénario, défendu par une partie des sociétés
concessionnaires d?autoroutes, car il ne permet pas de régler le problème de dette grise
Ambition France Transports
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sur l?ensemble du réseau routier non-concédé, mais seulement sur une petite partie, il
réduit les recettes que l?État pourrait attendre des péages, au profit des entreprises
concessionnaires d?autoroutes, et il modifie l?architecture de la route française en
réduisant encore la part de réseau structurant géré par l?État.
? Le modèle de la régie : cette hypothèse consisterait pour l?État à reprendre en propre
la gestion du patrimoine des concessions après l?expiration des contrats ; selon ce
modèle, la conception, la construction, l?entretien, l?exploitation et la maintenance des
infrastructures relèveraient de l?État, soit à travers une gestion en régie directe, soit, le
cas échéant, en recourant à des tiers dans le cadre de marchés publics ; ce modèle
présente l?avantage d?une forte acceptabilité politique et sociale, d?une absence de
captation de la rente par le secteur privée et d?une liberté totale laissée à la puissance
publique sur la gestion du réseau autoroutier ; toutefois, il présente de nombreux
inconvénients car il fait peser l?ensemble des risques sur l?État (à l?inverse de la
concession), et par conséquent consolide toute la dette levée pour ces investissements
dans la dette maastrichtienne. Il contraint ce dernier à recruter massivement pour
acquérir les compétences et les effectifs requis pour assurer la bonne maintenance de
ce réseau ; il limite considérablement les gains d?efficacité associés à la concurrence ;
enfin, il fait peser un risque politique sur la gestion du réseau autoroutier, avec, en cas
de situation budgétaire contrainte ou de critiques de la population face au prix des
péages, la possibilité pour l?État de choisir de sous-investir dans le réseau ou de
diminuer les recettes issues de l?exploitation ;
? le statu quo : le modèle actuel des concessions autoroutières ne peut être prolongé ou
renouvelé pour deux raisons principales : il a servi à réaliser les investissements initiaux
dans le réseau autoroutier national qui seront finalisés et amortis, il n?y a pas de
nouveaux besoins massifs en la matière ; par ailleurs, il y a aujourd?hui besoin d?un
rééquilibrage de la relation financière entre l?État et les SCA.
Si le groupe de travail soutient l?abandon de ces trois premières pistes, il retient deux autres
modèles qui sont à même de répondre aux enjeux associés à la gestion du réseau autoroutier.
Aucun de ces deux modèles n?a reçu de soutien unanime des membres du groupe de travail ;
ils présentent tous deux des avantages et des inconvénients car ils cherchent à répondre à
différents défis identifiés dans le modèle actuel.
? Le modèle des concessions réformées : ce modèle consiste à s?appuyer à nouveau sur
des concessions auprès des sociétés concessionnaires, portant uniquement sur le
réseau national concédé et en tenant compte toutefois des écueils observés et
documentés à l?issue de cette première phase de privatisation ; ainsi, les concessions
pourraient porter sur des périmètres plus réduits et des durées plus courtes, afin
notamment de conserver une connaissance des déterminants du contrat ; des clauses
de revoyure régulières seraient prévues ex ante afin d?éviter la succession d?avenants
qui conduisent à augmenter progressivement les rendements financiers des SCA,
entraînant une perte de lisibilité pour la puissance publique et l?usager ; enfin, un
dispositif de plafonnement des rendements des contrats pourrait être déployé ;
? Avantages : ce modèle permet de capitaliser sur les compétences des SCA en
termes de gestion, de maintenance et de modernisation du réseau autoroutier ;
il garantit le fait que ces recettes financent les autoroutes qui ont été
empruntées par le payeur ; il met les recettes des péages à l?abri des incertitudes
Ambition France Transports
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politiques ; enfin, il permet l?utilisation de capitaux privés pour réaliser les
investissements ;
? Inconvénients : ce modèle diminue les recettes publiques issues des autoroutes
car une partie du rendement est affecté au financement du capital des SCA et
au versement de dividendes aux actionnaires ; il rigidifie la gestion du réseau et
réduit les marges de manoeuvre de la puissance publique ; l?historique des
concessions souligne l?existence d?un risque de mauvaise négociation des
termes du contrat par l?État, à son détriment ;
? Réponse aux inconvénients : le recours à des contrats plus courts et renégociés
ou revus régulièrement permet de limiter la rigidification du pilotage et de
limiter les risques de perte de contrôle, notamment financier, pour l?État.
? Le modèle de la société privée de capital public : cette société pourrait être créée avant
même la fin des contrats de concession. Entre 2026 et 2031, elle aurait vocation à
intégrer les DIR pour gérer le réseau national non concédé. Elle pourrait lever de la dette
pour organiser la résorption de la dette grise sur ce réseau. À partir de 2031, elle
récupèrerait la gestion du réseau concédé. Elle n?aurait cependant pas vocation à gérer
ce réseau en propre, mais plutôt à avoir recours à des délégations de service public ou
des concessions avec les SCA.
? Avantages : ce modèle permet de lever de la dette et d?avoir la souplesse de
gestion associée au fonctionnement des sociétés privées. À travers le statut de
la société privée mais aussi la création d?une dette routière qui devra être
remboursée, ce modèle assure également la sanctuarisation des recettes des
péages au bénéfice du financement de l?ensemble du réseau routier. Cela
permettrait également de créer des synergies de pilotage et de gestion entre
réseau national concédé et non-concédé.
? Inconvénients : ce modèle repose sur la création d?une structure ce qui implique
un certain délai ainsi que des coûts de transition. Le caractère public du capital
et de la gouvernance de cette entité créerait une plus grande proximité et
dépendance aux décisions politiques, par exemple en termes de niveau et de
fléchage des recettes des péages. Dans ce schéma, la structure doit porter le
risque trafic et le risque infrastructure. Enfin, il est nécessaire de clarifier les
conditions de déconsolidation de la dette portée par ce type d?opérateur, au
risque sinon d?aggraver la dette maastrichtienne de la France (cf. 3.2.2).
? Réponses aux inconvénients : ces risques peuvent être tempérés par les statuts
conférés à la société ainsi que par la composition de son capital et de son
conseil d?administration. Les décisions ne devraient pas reposer uniquement sur
les voix de l?État (intégration dans les instances de décision de collectivités
territoriales, caisse des dépôts, etc.), à la manière du modèle réussi de la société
publique Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc.
La réorganisation du système autoroutier à péage doit se faire dans le cadre d?une réforme
à mettre en place rapidement. Elle demande en effet que soient définis les nouveaux
périmètres des concessions, leurs actionnaires, leurs cahiers des charges et, dans le même
temps la méthode et le montant attendu de la péréquation vers les infrastructures de
transport. Les deux options présentées dans le rapport doivent servir de base à ce travail
d?ingénierie institutionnelle.
Ambition France Transports
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3. Les conditions du financement de la route par la route
3.1. La route, une pourvoyeuse importante de recettes pour les collectivités territoriales et
l?État
La route est une importante pourvoyeuse en recettes publiques, via plusieurs canaux :
? les péages : si l?ensemble des produits des péages sont aujourd?hui perçus par des
acteurs privés (à l?exception des tunnels du Mont Blanc et du Fréjus), ils génèrent
environ 5 Md¤ de recettes fiscales chaque année (TVA, impôts sur les sociétés des
entreprises concessionnaires, diverses taxes sur le secteur autoroutier ; cf. supra) ;
? l?imposition du carburant via la TICPE (31,8 Md¤ -- noter qu?elle ne couvre pas que les
dépenses de carburant car intègre le gazole non-routier et d?autres produits
énergétiques), la taxe spécifique aux outre-mer (500 M¤) et la TVA sur les produits
frappés par la TICPE (6 Md¤) ;
? l?imposition des véhicules : taxe sur les véhicules de tourisme des sociétés (700 M¤), le
malus automobile (700 M¤), la taxe sur les « cartes grises » (2 Md¤), la taxe sur les
contrats d?assurance automobile (1,1 Md¤) ;
? la compensation environnementale, via la taxe générale sur les activités polluantes
(1,5 Md¤), les écotaxes en cours de mise en oeuvre dans le Grand Est (dont CEA) et par
la mise en place de l?ETS 2 à partir du 1er janvier 2027.
? les amendes : les radars routiers génèrent 1 Md¤ par an environ, sans compter les
contraventions liées à l?usage de la route.
Parmi ces recettes, plus de 15 Md¤ sont perçues par les collectivités territoriales au titre de la
compensation du transfert de certaines compétences, qui ont d?ailleurs rarement des liens
avec les mobilités, tandis que plus de 5 Md¤ de recettes sont affectés au financement de la
sécurité sociale. En définitive, la route finance une grande variété de politiques publiques. Ses
produits sont rarement affectés à l?entretien desdites routes (à quelques exceptions près
comme l?affectation de 2,1 Md¤ de TICPE à l?AFITF en 2024, l?affectation d?une partie des
produits des radars à des projets liés à la sécurité routière). En cela, le contrat de concession
et le recours au péage permettent d?assurer que les recettes issues de la tarification de la route
soient bien consacrées à l?entretien de ces mêmes tronçons.
La fiscalité de la route est en recomposition rapide, sous quatre effets. Primo, la mise en oeuvre
du nouveau marché du carbone ETS 2 devrait coûter environ 5,2 Md¤ par an entre 2027 et
2030 au secteur routier. Secundo, la baisse du rendement de la TICPE, amorcé avec
l?électrification du parc et la baisse de la consommation de carburant, pourrait s?accroître
encore plus rapidement si le Gouvernement décidait de substituer une partie de la TICPE par
la mise en oeuvre d?ETS 2. Tertio, la directive Eurovignette change la structure de prix des
péages, en particulier sur les poids lourds. Quarto, l?expérimentation de deux écotaxes locales
dans le Grand-Est pourrait aussi jouer un rôle, alors que d?autres collectivités territoriales
réclament des mécanismes similaires. Nous pensons qu?il n?est pas opportun de grever
davantage ce secteur déjà très contributif par de nouvelles taxes, sauf si la recomposition en
cours de la taxation du secteur amenait à une forte baisse des rendements. En tout état de
cause, les expérimentations en cours sur l?écotaxe méritent d?être soutenues et évaluées car
elles constituent une opportunité de rendements locaux intéressants
Ambition France Transports
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3.2 Quelle utilisation des produits des péages ?
3.2.1 « La route finance la route » : imposer quelques grands principes
Le « mécano financier » peut évoluer d?une année à l?autre, en fonction de facteurs budgétaires
et politiques tout à fait compréhensibles. Au-delà des chiffres et des mécanismes budgétaires,
il nous paraît important de définir les grands principes qui doivent guider la gestion des routes
nationales à partir de 2031 :
1/ La route finance la route : eu égard aux recettes générées par la route, une portion d?entre
elles doit être fléchée vers l?entretien, la régénération et la modernisation du réseau routier.
Ce principe simple contribue à l?acceptabilité de la tarification et de l?impôt.
2/ Financer le réseau par les recettes issues de la tarification des péages, plutôt que d?opter
pour des affectations de taxes. Dans les modèles que nous présentons, le surplus de recettes
permis sur les péages est suffisant pour financer les routes nationales concédées et
non-concédées. Cela permet de créer un cercle vertueux de financement sans pour autant
priver le budget de l?État et des collectivités territoriales de ressources fiscales.
3/ Pluriannualité des recettes et des dépenses : la LOLF a montré ses limites quant à l?entretien
des routes nationales. Du fait de l?absence d?affectation de recettes et de l?annualité
budgétaire, les DIR n?ont ni les ressources suffisantes, ni la prévisibilité nécessaire pour planifier
des travaux structurants. Plusieurs taxes et impôts ont été mis en place par le passé dans
l?espoir que leur produit finance les infrastructures de transport, mais le ministère de
l?économie et des finances a souvent employé ces montants à financer d?autres priorités ou la
dette publique. Cette attitude crée une véritable défiance dans le secteur du transport. Il est
indispensable de sanctuariser les financements dédiés à la route pour éviter que le risque
politique et les incertitudes budgétaires ne viennent obérer les rendements issus de l?activité
autoroutière. Ainsi, le futur schéma de financement doit débudgétiser certaines recettes issues
de la route, c?est-à-dire empêcher qu?elles ne soient versées au budget général de l?État. Il
faudra au contraire prévoir un mécanisme d?affectation stable et pluriannuelle des produits
des péages, qui soit moins dépendant des lois de financement. Cela garantira une meilleure
efficience de la dépense et de la commande publiques.
4/ Partager les produits des péages avec d?autres programmes nationaux en matière de
transport : les recettes issues de la route n?ont naturellement pas vocation à ne financer « que »
la route. Quand bien même la route représente plus de 80 % du transport de passagers et de
marchandises en France, elle ne peut pas être pensée en autarcie par rapport aux autres modes
de transport. Il faut d?une part penser les intermodalités et d?autre part reconnaître qu?il est
normal que la route finance d?autres modes de transport, eu égard à sa capacité à générer des
recettes par rapport à d?autres modes de transport nécessitant davantage de soutien public
(fluvial, ferroviaire, transports en commun). Ces surplus de recettes ne doivent pas être
affectés au budget général de l?État ou des collectivités territoriales, mais mis en commun pour
financer des projets nationaux de transport.
3.2.2 Financer dès à présent la régénération du réseau routier
Il est un point de consensus au sein des professionnels de la route : il n?est pas possible
d?attendre 2031 et les produits des péages post-concessions pour résorber la dette grise. Les
coûts de régénération en seraient décuplés, certaines routes devraient être fermées dans
l?intervalle et cela impacterait négativement les activités économiques et sociales de territoires
entiers.
Ambition France Transports
- 19 -
Remettre le réseau routier au niveau requis implique nécessairement une hausse des dépenses
publiques, car il n?est pas possible de trouver les fonds nécessaires par de simples gains de
productivité et repriorisation des dépenses routières. Nous avons exploré quatre modalités
possibles de financement d?une telle hausse de dépenses publiques.
Un scénario exclu :
1/ Recourir à des instruments financiers atypiques comme les marchés de partenariat. Les
instruments financiers qualifiés d?innovants comme ceux-là apparaissent peu pertinents pour
l?entretien ou la régénération d?infrastructures, a fortiori dans le cas où l?entretien en question
n?assurerait pas la gestion de l?infrastructure. Ils sont plus adaptés à des projets de création et
gestion d?infrastructures. En outre, l?endettement de l?opérateur privé est presque
systématiquement intégré dans le calcul de la dette publique au sens de Maastricht. Il donne
lieu à un remboursement par l?État in fine. Le coût de la dette privée, son coût moyen pondéré
du capital, est plus élevé que le coût de la dette publique.
Deux scénarios possibles mais fragiles :
2/ Assumer une priorité gouvernementale par une hausse des crédits du programme 203
« Infrastructures et services de transports » en loi de finances. Ce scénario a le mérite de la
simplicité, il permet d?éviter la création de structures porteuses de dette dès 2026 et de circuits
complexes de financement du RRN-NC. Cependant, en l?état des positions gouvernementales,
il apparaît peu réaliste car il implique des baisses de dépenses dans d?autres secteurs publics
pour compenser, ou l?émission d?une dette publique.
3/ Affecter temporairement une taxe, ce qui nécessiterait néanmoins de trouver une ressource
de substitution pour l?affectataire actuel de la taxe. Cela pourrait être une fraction de TICPE,
ou encore la fraction du produit des radars. Plusieurs membres de l?atelier ont souligné leur
souhait de voir se déployer plus largement une écotaxe, sur le modèle de celle qui est en
préparation dans la région Grand-Est et à la communauté européenne d?Alsace. En cas de
déploiement national, son rendement permettrait de couvrir une partie du besoin de
régénération de la route. Sa mise en oeuvre prendrait cependant plusieurs années et
nécessiterait d?importantes mesures de concertation et d?accompagnement des entreprises
françaises. Elle devrait en priorité être affectée à la route. Cette option n?a pas fait consensus
parmi les participants mais mérite d?être pleinement évoquée et débattue.
Ces deux scénarios sont compatibles avec les deux modèles de financement proposés par le
présent rapport.
Un scénario d?anticipation des recettes :
4/ Lever une « dette routière » qui sera remboursée par les futures recettes des péages. Une
entité publique serait chargée de s?endetter dès 2026, à raison d?environ 1 Md¤ par an, pour
financer la résorption de la dette grise et la régénération du RRN-NC, avant que les recettes
issues des péages n?abondent. Cette dette serait ensuite remboursée par l?affectation d?une
fraction des bénéfices issus des péages. Ce modèle d?endettement est crédible car il permet
de réaliser un investissement productif et repose sur la perspective de recettes futures. Cette
entité peut être de deux natures :
? soit l?on s?appuie sur une entité dédiée au financement des routes, sous forme d?EPIC
ou de société publique (exemple : société des grands projets), qui s?endette auprès des
marchés financiers ;
Ambition France Transports
- 20 -
? soit l?on recourt à un instrument financier ad hoc de la Caisse des dépôts et
consignations. Cette dernière dispose d?une expertise en matière de financement
d?infrastructures de transports (6 Md¤ de prêts en 2024) et des capacités financières
adéquates (résultat net très excédentaire de 5,1 Md¤ l?an dernier). Par ailleurs, les
activités de la Caisse ne sont pas comptabilisées, sauf exception, dans la dette publique
française. Enfin, cela permettrait de mobiliser l?épargne des Français pour un projet qui
touche leur quotidien. Cette dernière solution semble être politiquement la plus
acceptable.
L?un des enjeux de ce modèle est de garantir la viabilité des péages après 2031, car leurs
recettes constituent la contrepartie de cette dette. Une décision politique de baisse des
péages ou de nouvelles concessions non-retravaillées réduirait la capacité de l?entité à
rembourser cette dette routière. Il faut aussi s?assurer que cette dette publique n?est pas
intégrée dans la dette maastrichtienne de la France. Cela implique de respecter les normes
1.34 et suivantes du système européen de comptabilité (SEC 2010) : la dette n?est pas intégrée
si elle est portée par un agent économique dont plus de la moitié des activités sont des activités
commerciales, régies par des règles de marché. C?était par exemple le cas de la dette de RFF
(SNCF Réseau) avant 2014. Selon les scénarios, il nous semble possible d?exclure ces dettes du
calcul de la dette maastrichtienne.
Même si cela constituait un surplus d?endettement au sens de Maastricht, nous pensons qu?il
s?agit là d?une dette utile, en ce qu?elle finance des infrastructures qui généreront de l?activité
économique et des revenus futurs pour l?État. Plus encore, cette dette financière
supplémentaire permet de faire baisser symétriquement la dette grise des routes, et ainsi
augmenter le patrimoine collectif de la Nation.
3.2.3 Le partage de la valeur des péages à partir de 2032
De manière général, le tarif du péage se décompose en trois grands ensembles :
? une redevance d?usage : cette redevance repose sur le principe d?utilisateur-payeur. Elle
vise à couvrir les coûts associés à l?entretien et aux investissements dans les réseaux
autoroutiers qu?elle couvre. Elle est perçue par les SCA ;
? les taxes perçues sur la redevance : les recettes de la redevance sont soumises à des
taxes qui abondent le budget de l?État et des collectivités territoriales (TVA, impôt sur
les sociétés, TEILD) ;
? actuellement, la troisième composante couvre le coût du capital des montages
financiers assumés par les SCA et les dividendes versés aux actionnaires.
Avec le déploiement du dispositif Eurovignette et la fin des concessions historiques, cette
dernière composante est amenée à disparaître et à être remplacée (de façon schématique) par
la redevance pour coûts externes.
Pour chacun des deux scénarios esquissés en partie 2, nous proposons un schéma financier
permettant de financer les routes nationales non-concédées et les autres modes de transports
grâce aux recettes issues des péages. Il est important de noter que ces deux scénarios de
financement sont compatibles avec l?émission d?une « dette routière », mais en sont
indépendants. Ils peuvent tout à fait être déployés en l?absence d?émission de dette.
Ambition France Transports
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Scénario n° 1 : des concessions plus courtes et mieux maîtrisées, sans adossement du RRN-NC.
Dans ce schéma, une agence nationale de financement des infrastructures de transports serait
créée ou mobilisée (possibilité de s?appuyer sur l?AFITF si sa gestion est rénovée) dès 2026. Elle
aurait pour mission de lever de la dette pour financer l?entretien des routes nationales non
concédées, auprès des marchés financiers ou en ayant recours à la Caisse des dépôts et
consignations. Elle aurait un statut permettant la pluri-annualité et l?endettement (EPIC ou
société avec actionnariat public). À partir de 2031, elle se verrait affecter des recettes issues
des péages. Elle pourrait également bénéficier de surplus de rentabilité issus des SCA, dans le
cadre de la clause de bonne fortune ou du partage de la rentabilité. Il faudra également lui
affecter certains revenus issus des redevances pour coûts externes permis par la directive
Eurovignette (taxes affectées au financement du transport). Cela lui permettrait de rembourser
l?éventuelle dette émise entre 2026 et 2031, de financer l?entretien du réseau national non-
concédé voire de redistribuer ces fonds vers d?autres moyens de transport. Le RRN-NC
resterait ainsi géré en régie par les DIR, mais financé en partie par les autoroutes.
Schéma du scénario n° 1 de financement
Scénario n° 2 : l?intégration de la gestion des routes dans un unique opérateur public. Ce
scénario réunit auprès du même acteur la gestion des routes nationales. Dès lors, les produits
des péages comporteraient toujours une part destinée à rémunérer l?exploitation et les gros
travaux, effectués par des entreprises privées agissant par délégation de service public ou
concessions. Une autre part de la redevance d?usage, correspondant à la rémunération du
risque trafic (environ 6 % des recettes) viendrait alimenter l?opérateur public national pour
financer les besoins du RRN-NC., De la même manière que pour le scénario 1, la redevance
pour coûts externes prévue par le dispositif Eurovignette pourrait être orientée vers une
agence nationale de financement des infrastructures de transport qui aurait vocation à
participer aux financements des autres modalités de transport. Ainsi, une forme de
péréquation intermodale vient compléter la péréquation intra-modale permise par l?opérateur
nationale.
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Schéma du scénario n° 2 de financement
Dans les deux cas, une rénovation de l?AFITF est indispensable. En effet, cette agence reste
actuellement soumise de facto au principe d?annualité budgétaire via l?affectation de taxes, si
bien qu?elle n?a pas la visibilité suffisante pour programmer des investissements de long-terme.
Ses ressources varient au gré des décisions gouvernementales. Ainsi, la taxe sur l?exploitation
des infrastructures de longue distance (TEILD) lui a été affectée à sa création, mais a été
compensé par une baisse symétrique de sa part de TICPE affectée. Cela nuit à la confiance et
donc à l?acceptabilité du contribuable, tout en empêchant la réalisation des investissements
nécessaires.
En complément de la répartition des revenus issus des péages, les résultats des
expérimentations d?écotaxes conduites dans certains territoires (la communauté européenne
d?Alsace et la région Grand Est) devront être analysés avec attention car ces dernières
constituent une source de financement complémentaire pour couvrir notamment les besoins
du réseau national non-concédé, qui ne doit pas être écartée. Le déploiement d?écotaxes
poids-lourd régionales peut ainsi permettre de limiter le recours à l?emprunt sur la période
2026-2031.
3.2 Les ouvrages d?art des collectivités territoriales
Le programme Ponts mené par le Cerema a permis de mettre au jour des risques importants
sur certains ouvrages d?art de petites communes. Or, eu égard à la situation financière des
départements, ces derniers font aussi face à un risque majeur sur leurs ouvrages d?art, avec des
conséquences potentiellement graves.
Or, le programme Ponts est notoirement insuffisant. Il ne couvre que les petites communes et
ne finance que peu de travaux sur les ponts, laissant parfois les maires démunis face au constat
de la vétusté de leur infrastructure. Il paraît ainsi contradictoire, pour ne pas dire absurde, pour
de nombreux élus de se voir opposer une fin de non-recevoir au prétexte que leur pont n?est
pas suffisamment dégradé pour prétendre aux financements de ce programme. En effet, plus
les travaux de réfection sont décalés dans le temps, plus ils sont chers, mais surtout plus les
Ambition France Transports
- 23 -
ponts se dégradent et plus ils sont dangereux pour les usagers. Cette situation est d?autant plus
frustrante que ce programme est en situation de sous-consommation de ses crédits.
Il est donc nécessaire de passer à la vitesse supérieure, en couvrant l?ensemble des ponts des
collectivités territoriales, et en finançant les travaux de l?ensemble des ponts qui le requiert,
sans attendre l?atteinte d?un niveau de dégradation particulièrement inquiétant. D?une part, il
faut accroître la quantité de travaux de rénovation dans les communes. Il nous semble d?autre
part important d?étendre dès à présent le programme « Ponts » aux départements, en
particulier ceux qui ont le moins de capacités financières ou le plus de linéaire. A la manière
des communes, le Cerema conduirait d?abord une phase d?audit national avant de proposer
des solutions techniques et financières aux départements.
Cela implique des fonds supplémentaires, qui pourraient être financée par l?affectation d?une
fraction de l?ETS 1 dès 2026, ou encore une fraction de la taxe sur l?exploitation des
infrastructures de longue distance (TEILD).
Ambition France Transports
- 24 -
CONCLUSION
La conférence Ambition France Transports était attendue depuis de longs mois. Il faut se
réjouir du fait qu?elle ait eu lieu et que son champ ait été large, en introduisant explicitement,
avec l?atelier 2, la question du financement des mobilités routières et autoroutières. D?emblée,
cet atelier s?est intéressé à l?ensemble du réseau routier français. En mettant en lumière
l?importance de la dette grise sur les réseaux non concédés et la priorité à la régénération qui
en découle, notre groupe de travail a produit un constat qui fera date. Il est devenu
connaissance commune qu?il y a désormais une urgence : sauver le patrimoine routier d?un
déclassement rapide dont les effets seraient dramatiques, tant pour les personnes (sécurité,
mobilités?) que pour le dynamisme collectif de notre pays et sa durabilité. Ce constat ne doit
pas seulement être partagé, il doit impérativement être concrétisé dans les prochains
arbitrages budgétaires.
Nous ne nous sommes pas contentés de tirer le signal d?alarme, nous avons aussi abordé une
question sensible : les concessions autoroutières et leur avenir dans la prochaine décennie. Cet
examen était nécessaire car les péages autoroutiers donnent naissance à des sentiments
ambivalents. Plusieurs études commanditées par les sociétés concessionnaires montrent un
réel attachement des utilisateurs de l?autoroute au système actuel. Le péage est alors considéré
comme une contrepartie de la qualité du réseau et des aires de repos, de la fiabilité des temps
de parcours et de la sécurité, toutes ces qualités étant plébiscitées par une grande majorité.
Dans le même temps, existe une grande défiance sociale et politique à l?égard du système
concessif, surtout depuis les privatisations des sociétés concessionnaires publiques du début
des années 2000.
Les concessions arrivant prochainement à échéance, le moment était opportun pour réfléchir
à une nouvelle organisation. Sans renoncer aux péages, et à leurs niveaux actuels, nous avons
montré que d?autres solutions sont possibles. Dans la ligne des rapports publiés par le Sénat et
l?ART, nous avons vu que les concessions peuvent être beaucoup mieux encadrées. Que leurs
tailles, leurs durées, et leurs formes juridiques peuvent être revues pour qu?une partie des
recettes des péages soient systématiquement orientée vers le financement des infrastructures
de transport. En toute logique, la route doit en être le premier bénéficiaire compte-tenu des
chiffres désormais connus de la dette grise. Nous sommes toutefois conscients qu?une
contribution au financement des autres infrastructures sera nécessaire, c?est pourquoi nous
proposons des mécanismes renouvelés de péréquation qui pourront aussi bénéficier aux autres
modes de transports.
Le travail n?est donc pas terminé. Notre rapport a jeté les bases d?une ingénierie institutionnelle
et financière assise sur les principes de la directive Eurovignette. Un approfondissement est
maintenant nécessaire. Il doit permettre, comme nous l?avons envisagé, de faire bénéficier dès
maintenant les différents réseaux routiers des recettes futures des péages autoroutiers.
S?endetter aujourd?hui pour éviter demain une explosion des dépenses d?entretien des
chaussées est une stratégie prudente, celle qui pérennise le patrimoine national.
Ambition France Transports
- 25 -
OPINION DISSIDENTE : ASSOCIATION DES SOCIETES
FRANCAISES D?AUTOROUTES
Rapport de l?atelier 2 Conférence Ambition France Transport : un compte rendu partiel et
partial de la richesse des discussions tenues en atelier et lors des journées thématiques
Le 5 mai dernier, la conférence Ambition France Transports a été lancée dans le but de réunir
l?ensemble des parties prenantes de l?écosystème des mobilités pour bâtir un nouveau modèle
de financement des transports qui réponde à nos besoins de moyen terme. Le travail collaboratif
de la conférence s?est notamment reposé sur 4 ateliers en groupes restreints qui ont été
éclairés par 3 journées thématiques, plus largement ouvertes. L?atelier 2 traitait du
financement des infrastructures routières.
Si le livret diagnostic, préparé par la DGITM et fourni en donnée d?entrée de l?atelier,
constituait une base consolidée des besoins en investissements sur le réseau routier national
(concédé ou non), il donnait également une première explication du cadre futur des péages
imposé par l?application de la directive Eurovignette ainsi qu?une analyse comparative des
différents modes de gestion. Les échanges, nombreux, ont eu lieu sur cette base et ont été
enrichi des nombreuses auditions menées par le groupe.
Au préalable, on peut déplorer que l?impératif de déconsolidation de la dette publique des
futurs investissements routiers soit ignoré, ou à tout le moins minoré, par le rapport. Pourtant
le 12 juin dernier, lors de la deuxième journée thématique organisée à Bercy, les ministres de
l?Economie, des Comptes Publics et des Transports avaient chacun souligné combien il était
important de pouvoir compter sur le financement privé sur ces sujets.
Le rapport, présenté rapidement lors du séminaire de convergence du 3 juillet puis transmis le
3 juillet, ne rapporte que très partiellement les éléments qui ressortaient des discussions,
principalement sur trois points :
1. Le rapport lie l?intégration du RRN-non concédé au seul modèle de l?établissement
public
? Le rapport souligne qu?un des enjeux majeurs est la gestion de la dette grise du réseau
routier national non concédé mais fait assez largement l?impasse sur les besoins de
modernisation du réseau routier pour s?adapter aux enjeux des prochaines décennies
(décarbonation, résilience, vieillissement?) alors que les besoins d?investissement liés à
ces enjeux ont fait l?objet de nombreuses présentations devant les membres de l?atelier.
? Le rapport oppose deux scénarios : un schéma concessif remanié (plus court et mieux
maitrisé) sans intégration du RRN-NC [scénario 1] et la mise en place d?un établissement
public qui percevrait le péage et assurerait l?entretien du réseau concédé et non
concédé [scénario 2]
? Nous estimons que le scénario intermédiaire qui propose un schéma concessif remanié
intégrant également une partie du réseau routier national non concédé, voire des
sections actuellement gérées par des collectivités est un scénario consolidé qui aurait
dû également être évoqué dans le rapport. En effet, il permet de
Ambition France Transports
- 26 -
? Assurer une résorption de la dette grise du RRN non concédé et des réseaux des
collectivités qui seraient en partie intégrés
? Générer des économies de fonctionnement au niveau de l?État qui lui
permettrait de réinvestir dans le RRN NC (voire le réseau départemental et
communal ou le ferroviaire dont le besoin additionnel serait de 1 Md¤ par an)
qui ne serait pas intégré (avec une économie allant jusqu?à 1,6 Md¤/an en cas
d?intégration de la totalité du RRN-NC)
? Permettre ces investissements ainsi que la modernisation de manière
totalement déconsolidée
? Assurer la pérennité des infrastructures rénovées avec des indicateurs de
qualité au contrat
? Ce schéma qui fait porter par le péage les investissements et l?entretien de
routes restant gratuites n?est pas en contradiction avec la règlementation sur le
péage tant que cette intégration de sections gratuites ne vient pas déstabiliser
les systèmes de péage actuels en aggravant des distorsions tarifaires existantes
et à ce que l?essentiel de la concession demeure à péage. Ce scénario est
d?ailleurs déjà utilisé dans les contrats comme ATMB, qui comporte 23 % de son
linéaire non payant (12 km sur A40 et 17 km de RN205) et également l?appel
d?offre en cours pour l?A154, qui prévoit que 15km de la RN12, soit 13 % du
projet, reste libre de péage.
? Cette solution a été présentée au moins en audition par tous les présidents de SCA
interrogés et a soulevé un intérêt auprès de certains membres de l?atelier
? De plus, ce scénario intermédiaire peut aller de pair avec l?intégration de collectivité
territoriales dans la gouvernance de ces concessions afin d?en faire des objets efficaces
d?aménagements du territoire, comme cela a été proposé par nombre de SCA lors de
leurs auditions et dans les discussions qui ont suivi. Cela va dans le sens de l?objectif de
rendre plus transparente la gestion des contrats de concession.
2. Plusieurs limites du scénario « société privée de capital public » ne sont pas évoquées
dans le rapport
? Ce scénario soulève des interrogations majeures quant à l?impact sur les comptes
publics à la fois en termes de dettes et de prélèvements obligatoires, à l?opposé de ce
qu?a affirmé la Ministre chargée des Comptes publics au cours d?Ambition France
Transport : « nous devons assurer que chaque euro public ne vienne pas « à la place de
» mais « en complément de » financements privés ».
? Il soulève également des doutes importants quant à sa compatibilité avec le droit
européen, en particulier avec la directive Eurovignette. Surtout, il ne garantit pas
l?affectation pérenne des recettes ? faut-il rappeler que l?Assemblée Nationale vient de
voter la suppression de l?AFIT, suppression également recommandée par la commission
d?enquête sénatoriale sur les missions des agences, opérateurs et organismes
consultatifs de l'État ?
? Enfin, il ne permet pas de flécher assez vers la route les recettes issues de la route et
laisse entier le problème d?entretien des réseaux routiers des collectivités locales. En
effet, l?expérience montre que seule la force de contrats passés avec des opérateurs
Ambition France Transports
- 27 -
privés est de nature à permettre le maintien durable d?une ressource comme le péage.
Cela permet de flécher ces ressources vers les travaux très importants, plusieurs
dizaines de milliards d?euros, nécessaires pour entretenir, faire évoluer et mettre à
niveau les réseaux routiers du pays.
3. Le rapport propose des solutions de financement court terme de manière ambiguë
? Le rapport aborde également la problématique du financement dès à présent de la
régénération du réseau routier national non-concédé. L?objectif affiché de la réflexion
du moyen terme de la conférence est donc ici modifié. Néanmoins, au vu de l?urgence
relative de la résorption de la dette grise, nous pouvons comprendre que ce sujet soit
également abordé ici.
? Pour autant, plusieurs pistes sont présentées et toutes sont rejetées ou identifiées
comme non adaptées hormis celle dite du « scénario d?anticipation » qui consiste lever
une « dette routière » qui sera remboursée par les futures recettes des péages. Si cette
solution mérite d?être étudiée, elle possède des fragilités et n?est pas la seule à
présenter cet intérêt du financement dès à présent :
? Le modèle proposé est très adapté au scénario de l?établissement public.
Néanmoins, il part du présupposé que le péage soit maintenu en 2032 tant dans
son existence que dans son niveau. Cette décision du maintien étant fortement
liée aux décisions politiques, le contexte actuel et les différentes échéances
électorales d?ici à 2030 fragilisent grandement ce présupposé (l?établissement
public n?offre pas autant de certitudes que la sécurisation d?un péage via un
contrat de concession avec un privé). La faisabilité d?un tel montage (en
conservant le caractère déconsolidé) nous interroge donc de manière forte
? Il ne permet pas forcément l?apport de capitaux privés pour investir sur la route
(sauf l?utilisation de l?épargne des Français avec la caisse des Dépôts), ce qui
semble dommage au vu des montants à investir
? Si l?objectif final de cet atelier est de trouver une solution qui permette de régler
rapidement le sujet de la dette grise du RRN-NC (voire des réseaux
départementaux et communaux), la solution proposée n?est pas la seule.
D?autres existent (même si chacune présente également des inconvénients) :
? Proposer un arbitrage entre les dépenses d?investissements routière. Sur
les 600 M¤/an de dépenses de développement de la route, il pourrait
être adapté de flécher pendant les 8 prochaines années les 300 M¤/an
qui permettrait d?arriver à une résorption de la dette grise du RRN-NC
(2,4 Mds¤)
? L?intégration de portions de RRN-NC, voire du réseau des
collectivités, aux futurs contrats, permettrait à l?État, voire aux
collectivités, de dimensionner un droit d?entrée pouvant aller
jusqu?à plusieurs Mds¤ (basé sur la valeur nette comptable des
portions intégrées). Entamer suffisamment tôt la passation de
futures concessions (avant la fin des contrats actuels)
permettrait ainsi à l?État de percevoir en avance de phase le
montant des droits d?entrée
Ambition France Transports
- 28 -
? La première solution nécessite un passage devant le Parlement et peut
souffrir d?un défaut d?acceptabilité. La seconde nécessite du temps pour
mettre en place et conduire les appels d?offre sans nécessiter un accord
du Parlement. Ces nouveaux contrats pourraient intégrer des clauses de
partage de la rentabilité qui semble être le reproche principal fait aux
contrats de concession historiques.
En conclusion, nous regrettons que le rapport ne présente qu?une opposition entre deux
modèles qui sont très perfectibles et caricaturaux sans donner une vision complète de la
richesse des échanges.
RAPPORT DE L?ATELIER N°3
INFRASTRUCTURES ET SERVICES FERROVIAIRES DE
VOYAGEURS
Ambition France Transports
- 1 -
SYNTHÈSE DES CONSTATS ET DES PROPOSITIONS
(1) Financer la modernisation et la régénération du réseau structurant : la priorité
absolue de sécuriser 1,5 Md¤/an supplémentaires
Dans un contexte de hausse de la demande ferroviaire, le décrochage français en matière
d?investissement dans la régénération et la modernisation du réseau, qui s?élève à 60 Md¤ de
« dette grise », est très préoccupant pour l?avenir du secteur ferroviaire et appelle une réaction
ferme et lisible de la part de l?État pour éviter l?effondrement de l?activité ferroviaire.
La régénération/modernisation du réseau structurant (le plus circulé) exige des recettes stables
et pérennes à hauteur de 1,5 Md¤ constants annuels supplémentaires à compter de 2028 par
rapport au contrat de performance, à comparer à un coût de l?inaction de 15 Md¤ d?ici 2032.
L?atelier affirme la priorité absolue donnée à la régénération et à la modernisation du réseau
structurant.
Le fonds de concours SNCF Réseau doit consacrer 500 M¤/an à ces travaux, mais l?atelier
estime que pour être sécurisé, ce fonds devra être consolidé à l?avenir en aide d?État
indépendante des résultats de SNCF Voyageurs.
Pour le milliard d?euros supplémentaire résiduel à ce financement, le groupe de travail (GT)
estime que le financement de la régénération devrait bénéficier d?une recette fiscale propre
dédiée, affectée à une ligne budgétaire dédiée dans les comptes de l?AFIT France.
À compter de 2032, le groupe de travail demande à ce que le réseau ferroviaire soit
bénéficiaire de surplus de recettes émanant des péages autoroutiers à l?issue des contrats de
concession. Entre 2026 et 2031, à défaut d?une ressource fiscale nouvelle dédiée à la
régénération, le groupe estime que des ressources de la fiscalité de report modal devraient,
temporairement au moins, être privilégiées, toujours à hauteur de 1 Md¤ constants. Elles
pourraient être complétées par de nouvelles recettes ou, de manière plus innovante, par une
contribution directe de l?usager sur tout ou partir des titres de transport ferroviaire. Cette
dernière proposition n?a pas fait consensus au sein du groupe.
Pour assurer la gouvernance du financement de la régénération et de la modernisation du
réseau existant, l?atelier s?est accordé sur la nécessité d?introduire une nouvelle génération de
contrat de performance, présenté devant les parlementaires et contrôlé par eux.
(2) Tenir compte des besoins des lignes de desserte fine du territoire (LFDT)
L?atelier a convenu de l?intérêt incontestable que présente la prise en compte des LFDT pour
la continuité des services exploités sur le réseau structurant et s?est accordé à solliciter une
« revue générale d?étape » des LFDT circulées et de l?état d?avancement de la problématique
des trains innovants dans la continuité du rapport Philizot, et de l?actuelle mission de l?IGEDD.
Concernant le matériel roulant, écarté du périmètre de l?atelier malgré son enjeu financier,
l?atelier a formulé le souhait que les Régions coordonnent le plus possible leurs commandes et
la gestion de leurs matériels roulants, pour gagner en pouvoir de négociation, bénéficier
d?économies d?échelle et rationnaliser leurs dépenses publiques en la matière.
(3) Assurer le financement des grands projets de développement sans effet d?éviction
sur la régénération et la modernisation
Ambition France Transports
- 2 -
L?atelier s?est accordé sur le fait que les grands projets de développement de l?infrastructure
ferroviaire, qui représentent un enjeu financier majeur pour SNCF Réseau (entre 1,9 Md¤
et 5,2 Md¤ par an sur la période 2026-2031), ne doivent pas générer d?effet d?éviction de
ressources disponibles par rapport au financement, prioritaire, de la régénération et de la
modernisation.
Afin de prioriser les demandes d?investissement dans les grands projets de développement,
l?atelier a créé un outil : le ferroscope. Celui-ci consiste en une grille multicritères auquel
chaque projet de développement serait soumis. L?étude de ces critères, motivés, publics et
transparents, permettrait de prioriser les investissements. L?atelier propose deux ferroscopes,
l?un pour hiérarchiser les projets de régénération et de modernisation, portant sur l?ensemble
du réseau ferroviaire circulant (intégrant le réseau structurant et les lignes de desserte fine) et
l?autre pour hiérarchiser les projets de développement.
En termes de financement des projets de développement, l?atelier a estimé qu?une partie
limitée des besoins de financement des projets de développement pourrait être couverte par
des financements publics (mécanisme européen pour l?interconnexion en Europe (MIE),
financements nationaux), qui devraient nécessairement être complétés par des financements
privés. Un recours plus systématique aux partenariats entre public et privé dans le domaine
ferroviaire est apparu comme l?un des apports notables de la conférence. Des réserves
appuyées, tant économiques qu?idéologiques ont cependant été objectées quant à
l?applicabilité des partenariats entre public et privé aux spécificités du ferroviaire et à leur coût.
Le groupe estime que l?intérêt financier des PPP doit être évalué pour chaque projet dans la
mesure du lissage de budgets publics qu?ils permettent d?envisager, ainsi que du statut de leur
endettement (éventuelle déconsolidation). L?atelier souligne également l?intérêt que
représentent les sociétés de financement, sur le modèle de l?extension des missions du Grand
Paris Express.
Concrètement, le groupe recommande d?effectuer une réactualisation générale des grands
projets de développement et de les soumettre à une triple évaluation : l?actualisation de leur
coût, ce pour quoi le GT sollicite le COI, établir leur ferroscope et les soumettre
systématiquement à manifestation d?intérêt en vue de partenariats public-privé.
(4) Saisir l?opportunité de l?ouverture à la concurrence en maîtrisant l?impact sur
l?aménagement du territoire
L?atelier a estimé qu?en dépit de l?opportunité que représente l?ouverture à la concurrence sur
le financement du réseau, via le choc d?offre permis, l?entrée sur le marché français reste un
parcours complexe. L?atelier recommande que les pouvoirs publics s?attachent prioritairement
à lever rapidement les barrières non-tarifaires subsistantes et soutient une absence
d?augmentation du niveau des péages, déjà parmi les plus élevés d?Europe.
Néanmoins, l?atelier a unanimement reconnu l?impact de l?ouverture à la concurrence sur un
écosystème qui était garant de l?aménagement du territoire et du financement du réseau à
travers le fonds de concours de la SNCF. Au-delà de préconiser qu?une mission soit diligentée
par le ministère des Transports relativement à l?ouverture à la concurrence, le GT appelle l?État,
de concert avec les Régions, à jouer pleinement son rôle d?aménagement national du territoire
en matière de dessertes ferroviaires. Il réaffirme le rôle de l?État dans le développement et le
financement de lignes d?aménagement du territoire de type « intercités », et, pour les SLO,
Ambition France Transports
- 3 -
propose de faire coexister d?une part le service librement organisé ouvert en open access tel
qu?actuellement, avec des services conventionnés intégrant des obligations de dessertes
financièrement compensées sous DSP de type « conventionnement supplétif » sur le modèle
breton ou par appels d?offres nationaux. Par défaut, en cas d?absence de candidats aux DSP,
le GT propose que la mission en soit confiée à SNCF avec une compensation financée pour
tout ou partie par un fonds de péréquation.
(5) Instaurer une nouvelle gouvernance du rail
L?atelier formule enfin plusieurs propositions en faveur d?une nécessaire et essentielle réforme
de la gouvernance stratégique et programmatique du ferroviaire. Celle-ci inclut, entre autres,
un rôle accru confié à SNCF Réseau de courroie de transmission des grands arbitrages de
politique ferroviaire, le renforcement des prérogatives arbitrales et régulatrices de l?ART ou
encore une meilleure saisine par l?AFIT France de ses missions de régénération du réseau. Une
forte de demande de loi de programmation ferroviaire s?est exprimée dans l?atelier, malgré des
réserves émises.
Ambition France Transports
- 4 -
SOMMAIRE
PRÉAMBULE ................................................................................................................................................... 5
INTRODUCTION : FEUILLE DE ROUTE ET ORGANISATION DE L?ATELIER ...................................... 7
1. L?impératif absolu de régénération du réseau structurant ..................................................... 8
1.1. Un effort accru de régénération et de modernisation du réseau ferroviaire est
impératif et urgent pour arrêter sa dégradation et éviter l?effondrement de l?activité
ferroviaire ............................................................................................................................................. 8
1.2. Combler le retard français de modernisation .................................................................. 9
2. Des besoins de financement de 1,5 milliard d?euros supplémentaires par an pour la
régénération et la modernisation du réseau structurant, sans préjudice des coûts restant à
estimer pour les LDFT et les grands projets ..................................................................................... 10
2.1. La nécessité d?un ressaut de financement pour la régénération ................................ 10
2.2. Une révision d?étape du financement des LDFT ............................................................ 11
2.3. Des grands projets à réévaluer........................................................................................... 12
3. Vers un panier de recettes affectées au financement de la régénération et
modernisation du réseau structurant ............................................................................................... 12
3.1. Un besoin de recettes stables, prévisibles et fléchées vers la régénération et la
modernisation ferroviaires .............................................................................................................. 12
3.2. La nécessité d?un financement relais dès 2028 .............................................................. 13
3.3. Une nouvelle génération de contrat de performance comme pierre angulaire de la
stratégie ferroviaire nationale ........................................................................................................ 15
4. Vers une politique raisonnée de recours à l?investissement privé pour les projets de
développement ..................................................................................................................................... 15
4.1. Des financements européens limités et concentrés sur les sections transfrontalières
16
4.2. La mobilisation de financements privés dans leurs champs de pertinence ............. 16
4.3. La nécessité de réévaluer les grands projets de développement afin d?éviter un effet
d?éviction de ressources au dépend de la régénération ........................................................... 19
5. L?ouverture à la concurrence : une opportunité pour le financement des
infrastructures dans un nouvel écosystème ferroviaire ............................................................... 20
5.1. Une ouverture à la concurrence à conforter par la levée des obstacles tarifaires et
non-tarifaires ..................................................................................................................................... 20
5.2. Un besoin de nouvelles règles du jeu pour les dessertes TGV d?aménagement du
territoire .............................................................................................................................................. 21
6. Choisir, c?est financer : le Ferroscope ................................................................................... 23
CONCLUSION : POUR UNE NOUVELLE GOUVERNANCE DU RAIL ................................................ 25
Ambition France Transports
- 5 -
PRÉAMBULE
Les années post-pandémie se sont traduites, à l?exception temporaire de l?Île-de-France encore
impactée par l?incidence du télétravail, par un redressement spectaculaire des trafics
ferroviaires. Tout indique que les préoccupations écologiques et climatiques ont déclenché
une prise de conscience dans l?opinion publique qui se traduit par une demande « civique » de
train particulièrement soutenue et sans doute durable si rien n?y fait obstacle, dans tous les
segments d?usage (services librement organisés comme services conventionnés,
cf. graphique 1).
Graphique 1 : Évolution 2017-2023 de la fréquentation annuelle de voyageurs
par mode de transport (indices 100 en 2017)
Source : bilan ferroviaire ART 2023
Cette tendance vertueuse, qui répond aux objectifs de report modal et de décarbonation des
mobilités, doit être accompagnée et encouragée par une offre ferroviaire à la hauteur des
attentes et des besoins d?investissements en infrastructures et en matériels ferroviaires.
Elle recoupe des objectifs politiques récurrents d?amélioration de la part modale du transport
ferroviaire de passagers et de développement significatif du fret ferroviaire (traduits dans la
Stratégie Nationale de Développement du Fret ferroviaire (SNDFF) et la Stratégie Nationale
Bas Carbone (SNBC)), ainsi que la nécessité socio-économique de développer les accès en
transports collectifs dans nos villes face aux restrictions de l?automobile en milieu urbain.
Alors que la France présente un niveau d?investissements en infrastructures de transport,
notamment ferroviaires, en net décrochage par rapport à ses homologues européens
comparables, les travaux du COI (2022) ont mis en évidence l?ampleur des investissements à
réaliser et des priorités à opérer dans nos infrastructures ferroviaires dans les deux décennies
à venir.
Ce défi ne peut plus être éludé, sauf à ne pas être au rendez-vous de la demande et à s?exposer
à un retour aux modes de transports individuels.
C?est dans le double objectif d?identifier (1) les priorités d?investissement en infrastructures
ferroviaires et (2) les moyens nécessaires au développement et à l?amélioration rapide de l?offre
Ambition France Transports
- 6 -
ferroviaire dans notre pays, qu?ont été orientés les travaux de notre atelier, à partir du « cahier
des charges » qui lui a été soumis par la Conférence « Ambition France Transports » (AFT).
Afin que ces infrastructures puissent durablement assurer les services qu?elles fournissent aux
exploitants, leur régénération et leur modernisation est un impératif, qui nécessite des
financements stables et pérennes.
SNCF Réseau comme l?ensemble de la filière industrielle attendent des choix clairs de la part
des décideurs publics afin de leur garantir à la fois une visibilité stratégique suffisante, et des
moyens rapidement mobilisables pour stopper le vieillissement du système ferroviaire et
résorber progressivement sa dette grise de sous entretien. Les financements pourront prendre
la forme de redéploiements budgétaires en faveur de cette politique prioritaire, mais aussi de
ressources nouvelles, stables et traçables, dédiées à la régénération du réseau circulé.
Il est apparu assez unanimement que l?écosystème public des transports n?a ni les moyens
budgétaires ni la capacité industrielle de mener de front l?ensemble des chantiers ferroviaires
de régénération, de modernisation et de développement en projet, et devra les hiérarchiser
et/ou s?appuyer sur des partenariats public-privé pour les préfinancer et accélérer leur
réalisation.
Ambition France Transports
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INTRODUCTION : FEUILLE DE ROUTE ET ORGANISATION DE
L?ATELIER
L?atelier 3 a centré ses travaux sur le financement des différentes composantes du réseau ferré,
à savoir :
? la maintenance et la modernisation du réseau circulé, structurant comme de desserte
fine ;
? les projets de développement, soit SLO soit LDFT.
Il a également répondu à la demande d?explorer la question du financement des services SLO
d?aménagement du territoire en contexte concurrentiel.
Il n?était pas dans son cahier des charges de prendre en compte les investissements en
matériels et composants ferroviaires, et plus largement ceux liés à l?exploitation des lignes.
Cette réflexion sur la priorisation et la hiérarchisation des investissements s?inscrit dans un
contexte de finances publiques fortement contraintes : le cahier des charges a rappelé les
risques d?éviction financière au profit des créanciers de l?État associés à l?aggravation du
déficit, de l?endettement ou à la hausse des prélèvements obligatoires.
L?atelier 3 était composé d?une diversité d?acteurs institutionnels, parlementaires et élus
locaux, acteurs techniques et opérateurs du système ferroviaire, financeurs, représentants des
usagers et de la société civile, académiques et experts. Le groupe s?est réuni 7 fois et a conduit
27 auditions de personnes qualifiées. Il s?est également appuyé sur l?analyse de très nombreux
cahiers d?acteurs.
Ambition France Transports
- 8 -
1. L?impératif absolu de régénération du réseau structurant
Géré et financé par SNCF Réseau, le réseau national historique permet la circulation de 15 000
trains quotidiens, dessert environ 3 000 gares et points d?arrêt et plus de 3 000 sites industriels1.
Deuxième réseau européen par son extension, il compte environ 28 000 km de lignes pour
48 000 km de voies (2 700 km de lignes à grande vitesse, 15 500 km de lignes classiques du
réseau structurant, 7 100 km de lignes de desserte fine et 2 200 km de lignes capillaires
spécifiques au fret) qui accueillent chaque jour 5 millions de passagers.
Ce réseau présente un âge moyen élevé, de 30 ans en moyenne (contre moins de 20 ans en
Allemagne), avec une part significative des composants désignée comme hors d?âge : c?est le
cas de 30 % des appareils de voie et de près de 30 % des composants caténaires. 30 % des
postes d?aiguillage ont plus de 50 ans. L?état de la voie a pour conséquence 2 400 km de
ralentissements dont 1 200 km sur les LDFT2. Le réseau est l?un des moins équipés en
technologies numériques d?Europe.
1.1. Un effort accru de régénération et de modernisation du réseau ferroviaire est impératif
et urgent pour arrêter sa dégradation et éviter l?effondrement de l?activité ferroviaire
Depuis le début des années 2000, de nombreux rapports3 ont souligné la nécessité de stopper
le vieillissement du réseau. En décembre 2022, le conseil d?orientation des infrastructures (COI)
insistait sur la dégradation du réseau ferroviaire et l?important retard accumulé dans la
modernisation du réseau structurant, générant une « dette grise » estimée par SNCF Réseau à
60 Md¤ qui constitue « le coût de l?inaction » passée.
Plus récemment, l?autorité de régulation des transports (ART), dans son rapport de juillet 2023,
allait jusqu?à pointer le risque d?effondrement de l?activité ferroviaire dans le cas d?un scénario
dit « tendanciel »4. En effet, le vieillissement :
? dégrade la qualité de service des trains du quotidien : 4 000 km de lignes sont menacés,
soit 2 000 trains quotidiens à partir de 20285 ;
? menace la sécurité des circulations ;
? renchérit considérablement les coûts de remise en état ultérieure ;
? expose certaines sections de lignes à une obsolescence irrémédiable.
SNCF Réseau identifie, dans les dix prochaines années, un risque lourd de ralentissement voire
de fermetures de service sur un ensemble de lignes représentant un tiers du réseau6.
À cet égard, la situation française est objectivement l?une des plus préoccupantes même si
d?autres pays que la France, notamment l?Allemagne, sont confrontés à la même nécessité de
régénérer et moderniser leurs réseaux vieillissants. La France se situe en effet nettement à la
1 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
2 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
3 Rapports de l?Ecole polytechnique fédérale de Lausanne en 2005 et 2011, Commission Mobilités 21 en 2013, discours
présidentiel à Lorient en 2016, rapport Spinetta en 2018, rapport de la Cour des comptes en 2021.
4 Scénario correspondant à la mise en oeuvre de la trajectoire prévue par le contrat de performance entre l?État et
SNCF Réseau pour la période 2021-2030 et à sa prolongation au-delà de 2030, en tenant compte des projets de
développements inscrits dans la trajectoire de « cadrage budgétaire » du COI.
5 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
6 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
Ambition France Transports
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traîne des pays de l?Union européenne en termes d?investissement dans la régénération7 et en
matière de modernisation (cf. tableau 1 et graphique 2).
1.2. Combler le retard français de modernisation
Par ailleurs, y compris sur les lignes classiques qu?elle régénère annuellement sur des bases
techniques du siècle dernier (1 000 km), la France accuse un très net retard d?intégration des
nouvelles technologies, notamment numériques, au sein de l?UE. Or, la modernisation de son
réseau le plus circulé constitue un enjeu de capacité, de productivité et d?efficacité de tout
premier ordre pour la fiabilité de nos chemins de fer, qui doit être le plus systématiquement
possible associé aux opérations de régénération.
Les deux principaux objectifs de modernisation concernent le déploiement du système de
contrôle commande européen ERTMS, et la migration progressive de la gestion des aiguillages
vers un système de commande centralisée du réseau (CCR).
Tableau 1 : taux de déploiement de la commande centralisée du réseau (CCR)
dans plusieurs pays européens (en %)
France Allemagne Italie Belgique
Taux de
déploiement
18 % 90 % 70 % 65 %
Source : IRG-Rail, 13ème rapport annuel d'observation des marchés ferroviaires en Europe, mars 2025
Graphique 2 : avancement du déploiement du système européen de gestion du trafic (ERTMS) en 2023
par rapport aux objectifs 2030
Source : Autorité de régulation des transports
7 Voir notamment les conclusions du rapport KP Prime 2024 (données 2022) qui montre qu?à périmètre comparable
les montants de régénération en 2022 mais aussi sur la période 2018-2022 sont inférieurs en France par rapport aux
principaux gestionnaires d?infrastructures européens (DB Netz AG, ProRail, RFI, SBB).
Ambition France Transports
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Le financement pérenne de la régénération et de la modernisation doit permettre d?endiguer
définitivement sous 15 ans la dégradation du réseau structurant et des LFDT circulées, sous
peine que son coût de remise en état devienne prohibitif et inaccessible.
Alors que les priorités d?investissement ferroviaire se sont, ces dernières années, diluées au
profit de nouveaux grands projets de développement ? notamment de lignes à grande vitesse
(LGV) ? pour un montant global de l?ordre de 40 Md¤ et de 26 SERM, qui recoupent toutefois
en partie les besoins de régénération du réseau historique, il apparaît plus que jamais
nécessaire de replacer la régénération et la modernisation du réseau structurant au coeur des
priorités dans les arbitrages gouvernementaux et de s?y tenir dans la durée grâce à un niveau
de financement rehaussé, identifié et pérenne.
À défaut d?un tel niveau de prise en charge, cet enjeu crucial s?expose à des coûts d?inaction
ou d?indécision supplémentaires et susceptibles d?engendrer à court terme des dégradations
de la qualité de nos services ferroviaires ; et à plus long terme, à des risques d?abandon de
lignes.
2. Des besoins de financement de 1,5 milliard d?euros supplémentaires par an pour la
régénération et la modernisation du réseau structurant, sans préjudice des coûts restant à
estimer pour les LDFT et les grands projets
2.1. La nécessité d?un ressaut de financement pour la régénération
Un premier effort financier progressif depuis 2013 a permis une augmentation significative des
financements publics de mise à niveau du réseau mais qui n?a pas suffi à endiguer son
vieillissement critique et se heurte à une contraction sensible des dépenses d?investissements
depuis 20168.
Graphique 3 : Effort de régénération du réseau en euros constants (¤ 2021)
Source : Autorité de régulation des transports
8 Tandis que la dynamique est orientée à la hausse dans le reste de l?Europe (hausse des dépenses d?investissement en
euros courant de +40 % depuis 2019).
Ambition France Transports
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Le besoin en investissement pour la régénération et la modernisation du réseau structurant est
aujourd?hui estimé par SNCF Réseau à 1,5 Md¤ (en euros constants) supplémentaires par an,
par rapport au contrat de performance (2,9 Md¤ courants) actuel.
Ce montant de 1,5 Md¤ (en euros constants) supplémentaires est absolument nécessaire à
endiguer le vieillissement du réseau structurant et à engager sa modernisation sous deux
décennies, notamment en l?adaptant au système européen ERTMS (pour un montant de l?ordre
de 0,2 Md¤ par an au sein de cette enveloppe, selon l?ART).
Il s?agit d?un scénario socle par rapport à la cible COI, intégrant une part de performance
économique et industrielle et de nouveaux engagements (y compris renforcement de la
résilience au changement climatique et soutien au plan de mobilité militaire). Ce scénario se
situe au-delà du seuil identifié par l?ART dans son scénario dit « tendanciel + 1,3 Md¤ 2028 »,
soit le montant minimal permettant de répondre à la croissance du trafic, d?endiguer la
dégradation des lignes les moins circulées et de maîtriser les coûts d?exploitation.
Ce coût est à mettre en regard avec le coût de l?inaction, dont les estimations de SNCF Réseau
s?élèvent à 15 Md¤ d?ici 2032, et 4 000 km de lignes menacés soit 2 000 trains quotidiens à
partir de 2028.
2.2. Une révision d?étape du financement des LDFT
Les représentants des Régions ont insisté pour que les LDFT, composantes du réseau
historique, ne soient pas exclues des réflexions, leur remise en état représentant un coût
estimé à 500 millions d?euros (de 4509 à 600-700 M¤ dans le rapport Philizot10).
Les engagements financiers du volet ferroviaire 2023-2027 des CPER prévoient un effort
d?investissement théorique moyen sur 5 ans de 520 M¤ par an tous financeurs confondus (hors
les 14 lignes intégrées au réseau structurant), de nature à répondre aux besoins. On constate
toutefois un niveau d?engagement réel inférieur, de l?ordre de 350 M¤ par an. Il a également
été fait état d?un défaut de suivi des perspectives de trains innovants susceptibles
d?application à des services régionaux et locaux moins capacitaires et moins coûteux que
l?exigent les normes courantes.
Dès lors, l?atelier a convenu de l?intérêt incontestable que présente la prise en compte des
LFDT pour la continuité des services exploités sur le réseau structurant, en particulier les lignes
les plus circulées et celles reliant des pôles urbains significatifs. L?atelier s?est accordé à
solliciter une « revue générale d?étape » des LFDT circulées et de l?état d?avancement de la
problématique des trains innovants dans la continuité du rapport Philizot, et de l?actuelle
mission du IGEDD diligentée à l?initiative de Régions de France (pour la Bourgogne-Franche-
Comté) afin de remettre à plat les priorités, les conditions de financement et éventuellement
de requalification et de gouvernance de ces lignes.
Il est à noter que la question du matériel roulant (acquisition, régénération à mi-vie, adaptation
à ERTMS), qui constitue un enjeu financier incontestable, bien que soulevée par les Régions, a
9 Estimation du coût de la régénération dans le scénario planification écologique établi par le COI.
10 Estimation du rapport Philizot permettant d?assurer la régénération de l?ensemble des opérations nécessaires et de
garantir la pérennité de l?ensemble des lignes.
Ambition France Transports
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été écartée du périmètre du groupe de travail et devra être abordée dans d?autres instances
de concertation, au regard de son impact financier pour les Régions et des prérogatives
respectives de l?État et des Régions. A ce sujet l?atelier a toutefois formulé le souhait que les
Régions coordonnent le plus possible leurs commandes et la gestion de leurs matériels
roulants, pour gagner en pouvoir de négociation, bénéficier d?économies d?échelle et
rationnaliser leurs dépenses publiques en la matière.
2.3. Des grands projets à réévaluer
Enfin, les grands projets de développement de l?infrastructure ferroviaire représentent un
enjeu financier majeur pour SNCF Réseau : en 2025, près de 37 % du budget d?investissement
de SNCF Réseau sera consacré à des projets cofinancés dont 20 % pour les grands projets (soit
1,2 Md¤). À ces montants s?ajoutent des besoins d?investissement supplémentaires identifiés
par SNCF Réseau dans le cadre des différents scénarios d?évolution du réseau étudiés par le
Conseil d?orientation des infrastructures. Selon les options retenues, le montant des
investissements annuels moyens pour le développement du réseau structurant sur la période
2026-2031 (hors SERM et hors fret) varie entre 1,9 Md¤ et 5,2 Md¤ par an11.
Cependant, dès lors que la régénération est reconnue comme la priorité de l?action publique
en matière ferroviaire, il convient de veiller à ce que les besoins considérables en financement
des grands projets de développement ne génèrent pas un effet d?éviction de ressources
disponibles ou mobilisables à son détriment comme ce fut le cas lors des premières générations
de LGV (Mobilités 21).
Par conséquent, l?atelier s?est attaché non seulement à identifier des recettes nouvelles
spécifiquement affectés au développement, mais aussi à formuler des propositions
d?évaluation et d?impact des investissements nécessaires.
3. Vers un panier de recettes affectées au financement de la régénération et modernisation
du réseau structurant
Le mandat du groupe de travail a été fortement contraint par le contexte très dégradé des
finances publiques françaises et l?injonction de Bercy : « ni endettement, ni dépense publique,
ni prélèvements obligatoires supplémentaires ».
Pour autant, bien que conscient de cette situation et des risques auxquels elle expose la France
en matière de notation financière, le groupe de travail ne s?est pas interdit d?aborder sa mission
de façon réaliste, d?en identifier les enjeux majeurs et de formuler les propositions qu?il estime
les mieux adaptées à la situation de notre système ferroviaire.
3.1. Un besoin de recettes stables, prévisibles et fléchées vers la régénération et la
modernisation ferroviaires
La régénération/modernisation du réseau structurant, qui est de la seule responsabilité de
SNCF Réseau, exige des recettes stables et pérennes à hauteur de 1,5 Md¤ constants annuels
supplémentaires à compter de 2028 par rapport au contrat de performance.
Il s?agit non pas d?un effort temporaire supplémentaire, mais d?un rattrapage nécessaire à la
remise à niveau du réseau historique national afin d?assurer à la fois sa régénération, sa
11 Ambition France Transports, Livret de diagnostic, Atelier n° 3 : Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs.
Ambition France Transports
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modernisation très en retard au plan européen (cf. tableau n° 1 et graphique n° 2) et sa
maintenance courante.
L?atelier excluant un nouvel endettement supporté par SNCF Réseau comme par l?État, il
apparait qu?un tel besoin d?investissement public à la fois soutenu, durable et à amortissement
long devrait être couvert par de nouvelles recettes pérennes, si possible existantes, à flécher
en faveur de la régénération du réseau.
C?est la raison pour laquelle le groupe de travail estime que le financement de la régénération
devrait en toute logique bénéficier d?une recette fiscale propre dédiée, du même type (large
base, faible taux) que celles mises en place par la loi de finances 2023 pour trois nouvelles LGV.
L?atelier a par ailleurs, considéré que le financement de la régénération et modernisation du
réseau structurant devait être identifiable, traçable et contrôlable dans la durée, par
affectation à une ligne budgétaire dédiée dans les comptes de l?AFIT France (pouvant
comporter un sous-compte « modernisation »). Ceci est un préalable pour en assurer sa
traçabilité et son suivi dans la durée et la prémunir d?errements constatés par le passé.
3.2. La nécessité d?un financement relais dès 2028
En premier lieu, la SNCF propose de sécuriser 500 millions d?euros supplémentaires sur le fonds
de concours SNCF. L?atelier a relevé cependant la fragilité de cette dotation à l?horizon des
deux décennies, du fait notamment des inconnues économiques introduites par la
concurrence et de la vulnérabilité des marges du groupe. Pour être sécurisé, ce fonds devra
être consolidé à l?avenir en aide d?État indépendante des résultats de SNCF Voyageurs.
L?atelier s?est par suite efforcé d?identifier le milliard d?euros de recettes additionnelles
nécessaires.
Le groupe a distingué deux temporalités de financement de la régénération et la
modernisation du réseau structurant :
? à compter de 2032, le GT demande à ce que le réseau ferroviaire soit bénéficiaire de
surplus de recettes émanant des péages autoroutiers à l?issue des contrats de
concession, dans l?hypothèse d?un maintien des péages autoroutiers, jusqu?à
stabilisation à 1 Md¤ à compter de 2036 ;
? entre 2026 et 2031, à défaut d?une ressource fiscale nouvelle dédiée à la régénération,
des ressources de la fiscalité de report modal12 devraient, temporairement au moins,
être privilégiées pour financer le réseau ferroviaire, toujours à hauteur de 1 Md¤
constants.
? Ces recettes de transition pourront être prorogées au-delà de 2031 en cas de besoin,
au vu de l?incertitude sur le montant des recettes autoroutières, de la fragilité du fond
de concours de la SNCF dans le contexte de l?ouverture à la concurrence et des besoins
de financements identifiés des LFDT.
Dans l?attente des recettes autoroutières, le groupe de travail a identifié plusieurs types de
recettes pour le financement de la régénération et de la modernisation :
12 Les transports contribuent à hauteur de 34 % aux émissions de gaz à effet de serre en France en 2023.
Ambition France Transports
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(1) Des recettes existantes de report modal à flécher vers les infrastructures ferroviaires,
éventuellement en les augmentant : écocontribution poids lourds (régionalisée ou
nationale) ; CEE ; compensation de la TICPE ; taxe sur l?exploitation des infrastructures
de longue distance ; malus poids des véhicules ; ETS1?. Ce fléchage devrait être garanti,
contrairement à ce qui s?est passé jusqu?à présent pour le bonus-malus ou la taxe longue
distance qui sont tombés dans le budget général et n?ont pas servi au report modal ou
même à la décarbonation de l?aérien.
(2) Eventuellement de nouvelles recettes : écocontribution sur les colis, contribution des
entreprises du e-commerce ; internalisation de plus-values foncières péréquée au plan
national affectée aux grands projets.
(3) De manière plus innovante, une contribution directe de l?usager sur tout ou partie des
titres de transport ferroviaire sans préjudice des tarifications sociales pourrait être mise
à l?étude :
a. Concernant les services conventionnés, pour contribuer à la régénération : une
telle contribution pourrait répondre à des objections formulées au sein de
l?atelier sur une tendance française à la sous tarification des services
conventionnées qui, sous réserve d?études préalables précises, n?affecterait en
rien la liberté tarifaire des Régions.
b. Concernant les SLO, pour alimenter un fonds de péréquation visant à financer
les dessertes d?aménagement du territoire (voir infra).
Cette dernière proposition a suscité de nettes oppositions en son sein de la part notamment
du sénateur Olivier Jacquin, de M. Jean-Luc Gibelin, vice-président de Régions de France,
opposés au principe même d?une contribution supplémentaire des usagers, ainsi que de M.
Jean-Yves Petit, représentant de FNE, de M. Delétraz, président de la FNAUT et de M. Jean-
Pierre Serrus, vice-président du GART hostiles à une contribution sur les billets de TER.
L?atelier attire cependant l?attention sur les vulnérabilités qui s?attachent à l?activation de
taxes existantes par rapport à une nouvelle recette dédiée :
? Elle dilue les financements nécessaires dans une multitude de sources dont l?expérience
montre qu?elles sont moins traçables, et par conséquent potentiellement moins stables
et contrôlables dans la durée, comme en témoigne l?évolution historique des recettes
de l?AFIT France13. Elle peut néanmoins constituer une solution temporaire au décalage
des recettes autoroutières attendues.
? Elle est porteuse de risques de tensions catégorielles et de moindre acceptabilité par
certains secteurs d?activités (aérien, automobile, etc.).
L?usage de taxes existantes sont ici envisagées à titre de relais, le temps que la ressource
stabilisée des autoroutes (ou d?une fiscalité dédiée du même montant) soit pleinement
mobilisable, et dans la mesure où les futurs gouvernements reprendraient scrupuleusement à
leur compte le mix de financements ici proposé.
13 Voir notamment le rapport du COI en décembre 2022 : « Les recettes de l?AFIT France, certes augmentées, ne sont
guère assurées. Alors que l'agence concourt au financement de projets d'infrastructures d'ampleur s'inscrivant dans le
temps long, plusieurs de ses recettes sont de nature incertaine ».
Ambition France Transports
- 15 -
Enfin, le GT soulève que dans le cas où le cahier des charges fixé par Bercy, proscrivant tout
endettement supplémentaire, ne serait pas respecté pour toute autre composante de
l?infrastructure ferroviaire (LGV par exemple), le principe de priorité à la régénération devrait
prévaloir et permettre d?envisager que tout ou partie soit également financé par emprunt
public.
3.3. Une nouvelle génération de contrat de performance comme pierre angulaire de la
stratégie ferroviaire nationale
Face à la demande de transparence et de stabilité des choix et des financements ferroviaires,
unanimement exprimée tant par le groupe public que par l?environnement privé, une forte de
demande de loi de programmation ferroviaire s?est exprimée dans l?atelier, malgré des réserves
émises sur des risques de surenchères politiques en considération de la situation politique du
pays.
Quoiqu?il en soit, et l?une n?excluant pas l?autre, l?atelier s?est accordé sur la nécessité de
reconsidérer l?actuel contrat de performance entre SNCF Réseau et l?État. Il propose
d?introduire, à la faveur de l?augmentation attendue des moyens financiers alloués à
l?investissement, une nouvelle génération de contrat de performance. Ce nouveau modèle
serait révisé en conséquence et comporterait une trajectoire longue ajustable (par exemple
10 ans) en euros constants, qui devrait constituer le document de référence de la stratégie
ferroviaire nationale, à la fois pour les parties prenantes mais aussi pour l?ensemble de
l?écosystème industriel et financier. Ce contrat de performance de nouvelle génération, fixant
les objectifs et les moyens dévolus à SNCF Réseau et garant de leur stabilité, pourrait faire
l?objet d?une présentation devant les commissions du développement durable et de
l?aménagement du territoire, et des affaires économiques des Assemblées et faire l?objet d?un
contrôle parlementaire d?exécution annuel.
Les représentants des Régions ont émis le souhait que le contrat soit concerté en amont avec
les Régions, sans préjudice des responsabilités exclusives des deux contractants. Il devrait, le
cas échéant, s?articuler avec une loi de programmation des infrastructures.
4. Vers une politique raisonnée de recours à l?investissement privé pour les projets de
développement
L?ampleur des grands projets de développement, dont les évaluations financières, souvent
anciennes, nécessitent une réévaluation précise, ne permet pas qu?ils puissent tous être menés
à bien dans les mêmes délais que les lourds chantiers de la régénération et des SERM dans le
contexte très dégradé des finances publiques françaises.
Si l?atelier s?est refusé à les hiérarchiser eu égard à leur dimension très politique et à leur
vocation très différente, il s?est efforcé d?identifier des sources de financement non
concurrentes à celles mobilisables pour la régénération, susceptibles de ne pas différer
indument la réalisation des plus stratégiques.
Ambition France Transports
- 16 -
4.1. Des financements européens limités et concentrés sur les sections transfrontalières
Une partie limitée des besoins de financement des projets de développement pourrait être
couverte par des financements obtenus via le mécanisme européen pour l?interconnexion en
Europe (MIE)14.
Plusieurs projets présentant une forte valeur ajoutée européenne restent éligibles à ces fonds,
notamment les accès au tunnel Lyon-Turin et la ligne Bordeaux?Dax prolongée jusqu?à la
frontière espagnole (sans préjudice pour la DG Move d?un équipement de la voie côtière
actuelle en ERTMS).
Cependant, une concurrence accrue sur l?accès aux financements MIE est à prévoir,
notamment en raison de la montée en puissance des besoins liés à la mobilité militaire
ouest-est. Cette évolution devrait entraîner, à compter de 2027, un recentrage des
financements courants du MIE sur les seules connexions transfrontalières ne pouvant être
intégralement financées par les États membres. Il conviendra à cet égard que les pouvoirs
publics privilégient les projets à la plus forte maturité s?ils veulent tirer le meilleur parti de la
prochaine génération de MIE.
Dans le contexte budgétaire actuel, les ressources publiques apparaissent cependant
insuffisantes pour satisfaire aux demandes identifiées de projets de développement
ferroviaires. Le GT a ainsi identifié des financements publics pour le financement des projets
de développement via des taxes visant à internaliser les externalités positives du rail, telles que
l?augmentation des DMTO, une augmentation de la CFE et une taxe sur les plus-values
immobilières dans les territoires ayant connu une hausse des prix immobiliers et d?attractivité
grâce au rail. Pour autant, ces financements apparaissent ne devoir être mobilisés qu?en
complément d?investissements privés.
4.2. La mobilisation de financements privés dans leurs champs de pertinence
Il est nettement apparu pendant cette conférence que des investisseurs privés, appuyés par
l?excellence française en matière de travaux publics, manifestaient un intérêt nouveau pour le
chemin de fer.
Les partenariats entre public et privé (PPP15) consistent à faire réaliser et/ou exploiter sur fonds
privés un patrimoine public dont les péages sont placés sous le contrôle du régulateur, et les
circulations ferroviaires gérées par SNCF Réseau, avec vocation de retour à l?état initial dans le
giron public au terme des contrats de PPP (voir en 2025 le cas de retour de plein exercice à
SNCF Réseau d?un système GSM-R réalisé en PPP).
Dans ce domaine, la France ne part pas de rien et peut afficher parmi les réalisations les plus
probantes en Europe et dans le monde. Quatre grands contrats de partenariat ou de
concession ont en effet été mis en oeuvre depuis le début des années 2010 (SEA, BPL, CNM,
GSM-R), pour un montant total d?investissement de l?ordre de 15 Md¤ ayant permis la
réalisation de plus de 500 km de lignes nouvelles. D?après le bilan réalisé par SNCF Réseau, « ces
14 Voir notamment les projets de liaison Lyon?Turin ou le canal Seine-Escaut.
15 Le terme générique « PPP » employé dans le rapport recouvre deux grands types de contrats prévus par le Code de
la commande publique : les concessions/DSP (rémunérés par le paiement des usagers), d?une part ; les marchés de
partenariat, d?autre part (rémunérés par le paiement d?un loyer par le maître d?ouvrage public).
Ambition France Transports
- 17 -
quatre projets se sont avérés être des succès incontestables, s?agissant de la tenue des coûts et
des délais de mise en service en phase de construction, ainsi que de la qualité du service offerte
aux entreprises ferroviaires en phase d?exploitation ». Il est ainsi apparu que SNCF Réseau avait
développé des compétences de pilotage, d?encadrement et de suivi des maitrises d?oeuvre
plébiscitées par les partenaires privés et qui concourent à l?excellence française en la matière.
Tableau 2 : principaux partenariats entre secteurs publics et privés sur les lignes LGV
Projet Contrat
Date de
signature
Durée
Date de mise en
exploitation
Montant de
l?opération
GSM-R
Contrat de
partenariat
Fev. 2010 15 ans Sept. 2017 1,5 Md¤
LGV SEA (Tours-
Bordeaux)
Contrat de
concession
Juin 2011 50 ans Juil. 2017 8 Md¤
LGV BPL (Le Mans-
Rennes)
Contrat de
partenariat
Juil. 2011 25 ans Juil. 2017 3,4 Md¤
LN CNM (Nîmes-
Montpellier)
Contrat de
partenariat
Juin 2012 25 ans Dec. 2017 1,8 Md¤
Source : SNCF Réseau, juin 2025.
Un recours plus systématique aux PPP dans le domaine ferroviaire, en considération de
l?excellence acquise par la France, est apparu comme l?un des apports notables de notre
conférence.
Sous réserve d?étude d?opportunité au cas par cas, il a été admis au sein du GT qu?ils pourraient
permettre :
? De réduire la participation publique16 et d?étaler dans le temps long le financement de
l?infrastructure avant retour à l?adjudicataire ; ainsi que de mettre les financements de
l?infrastructure à l?abri des aléas de l?annualité budgétaire.
? De soumettre les coûts et délais de réalisation de l?infrastructure à des obligations
contractuelles incompressibles dont le non-respect est à la charge du partenaire privé.
? De s?ajouter aux capacités industrielles de SNCF Réseau pour réaliser plus rapidement
et sous son contrôle des infrastructures lourdes nécessitant la mobilisation de gros
moyens industriels.
? De présenter un modèle économique complet, non seulement de conception et de
réalisation de l?infrastructure mais également de sa gestion et de sa maintenance,
présentant de forts atouts de productivité et de coûts d?exploitation des
infrastructures sur la durée du contrat.
Des réserves appuyées, tant économiques, qu?idéologiques ont cependant été objectées
quant à l?applicabilité des partenariats entre public et privé aux spécificités du ferroviaire,
faute d?une clientèle capable d?en acquitter les coûts.
Il a été également rappelé que ces modèles, recours à l?emprunt compris, sont financés in fine
par l?usager ou le contribuable. Les subventions publiques ont ainsi représenté une part
importante des plans de financement, jusqu?à 59 % pour le contrat de partenariat portant sur
le contournement Nîmes-Montpellier. L?exemple de l?Eurotunnel a ainsi été évoqué par certains
16 À condition que les gains liés à l'optimisation soient supérieurs aux surcoûts liés au financement par l'acteur privé,
qui s'endette à taux supérieurs à celui de l'État.
Ambition France Transports
- 18 -
participants davantage comme un échec du modèle de concession plutôt que comme une
réussite.
Si leur intérêt industriel et économique est incontestable, l?intérêt financier des PPP doit être
évalué pour chaque projet dans la mesure du lissage de budgets publics qu?ils permettent
d?envisager, ainsi que du statut de leur endettement (consolidé maastrichtien ou non, cf.
encadré). Le groupe a en outre noté que dans la diversité des formules de PPP ? sous-traitance,
conception-réalisation, concession en DSP, ou marché de partenariat, ? seuls les deux derniers
peuvent présenter un intérêt en matière de mobilisation de financements privés, la
prescription de la concession étant plus dépendante que le marché de partenariat du
développement effectif de la concurrence d?exploitation sur son réseau.
Encadré 1 : critères de consolidation des PPP
Les PPP ont un impact sur les finances publiques dès lors qu?ils sont considérés comme
« consolidants » : dans ce cas les investissements réalisés par le partenaire privé sont
comptabilisés dans la dette et le déficit publics. Dans la perspective d?un regain d?intérêt
pour ce mode contractuel, il est essentiel de maîtriser les critères permettant la
déconsolidation d?un PPP, c?est-à-dire son exclusion du périmètre de la dette publique au
sens du Système Européen des Comptes (SEC 2010), tel que précisé par le Manual on
Government Deficit and Debt (MGDD 2022).
Pour qu?un PPP soit déconsolidé, plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies :
? Le partenaire privé doit être classé hors du secteur des administrations publiques
(APU), disposer d?une réelle autonomie de décision, et supporter de manière
significative les risques de construction, de disponibilité et de performance.
? Par ailleurs, la part de financement public ne doit pas excéder 50 % du total, et la
puissance publique ne doit ni garantir la dette du partenaire, ni lui offrir une
protection excessive contre les pertes.
? Enfin, les clauses de résiliation anticipée et de fin de contrat doivent assurer une
répartition équilibrée des risques et garantir un traitement économiquement neutre
pour la collectivité publique.
À ce jour, seul le contrat LGV Sud Europe Atlantique (SEA) a été consolidé dans les comptes
en 2017 en raison de la part prépondérante du secteur public dans le financement et les
garanties du projet. Il convient de noter que la recherche d?une déconsolidation visant à
maîtriser l?impact budgétaire peut avoir pour effet une augmentation du coût du montage
compte tenu du risque accru porté par les partenaires privés.
Nota Bene : on peut considérer comme paradoxal que les normes comptables nationales
applicables aux AOM (fixées par instructions conjointes DGCL-DGFIP) rendent le marché de
partenariat consolidant dans leurs comptes même dans les cas où ils ne le sont pas du point
de vue Eurostat / « maastrichien ».
À la lumière du PPP Nancy?Contrexéville de réouverture d?une ligne fermée par la SNCF, il est
apparu au GT que les PPP dans leurs diverses modalités pouvaient potentiellement constituer
des solutions mobilisables, non seulement pour des grands projets type LGV, mais aussi pour
le portage de projets technologiques et la remise en service, voire la régénération de petites
lignes, même si les modalités restent à approfondir.
Ambition France Transports
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Par ailleurs, il est clairement apparu que la réussite de PPP d?infrastructures est étroitement
dépendante de la capacité à « détacher » le projet de l?exploitation quotidienne du réseau,
ainsi que de la qualité du pilotage de leur ingénierie par SNCF Réseau, conformément aux
expériences probantes menées en France jusqu'à présent.
L?atelier souligne également l?intérêt que représentent les sociétés de financement, sur le
modèle de l?extension des missions du Grand Paris Express (loi n° 2023-1269 du 27 décembre
2023 relative aux services express régionaux métropolitains en matière de financement des
infrastructures, par recours direct aux marchés financiers, tout en invitant au discernement
dans leur emploi, en regard notamment des nécessités de contrôle de la dette maastrichtienne
4.3. La nécessité de réévaluer les grands projets de développement afin d?éviter un effet
d?éviction de ressources au dépend de la régénération
Il apparait clairement que les grands projets de développement, arrêtés depuis plusieurs
années pour la plupart, et complétés en 2021 par une nouvelle génération de LGV, constituent
un défi financier majeur susceptible d?avoir un effet d?éviction de ressources publiques aux
dépens de la régénération.
Ces différents projets répondant à des nécessités et à des objectifs politiques très divers
(désaturation de trafics quotidiens en PACA ou Normandie, engagements européens pour
GPSO et les accès au Lyon-Turin, continuité de trafics mixte fret passagers pour LNNM), l?atelier
ne s?est pas considéré investi d?une mission de hiérarchisation ou de planification de ces
projets, qui incombe fondamentalement aux Gouvernements.
Il recommande cependant, pour aider à objectiver l?intérêt de projets souvent très anciens et
en décalage avec les préoccupations actuelles (dessertes SLO d?aménagement du territoire)
d?en effectuer une réactualisation générale et de les soumettre à une triple évaluation :
1 d?actualiser leur coût (estimations antérieures à l?inflation ukrainienne), ce pour quoi
le GT sollicite le COI ;
2 d?établir leur ferroscope (cf. infra) en intégrant, en plus de la valeur actualisée nette
(VAN) des critères d?abattement CO2, d?impact sur la biodiversité, de prévisions de
trafic et d?exploitation avec estimation du report modal, ainsi que de connectivité
européenne et de trajectoire des finances publiques ;
3 de les soumettre systématiquement à manifestation d?intérêt en vue de partenariats
public-privé. Au-delà de l?instrument du ferroscope, que l?atelier propose d?intégrer à
une révision générale des conditions de réalisation des grands projets de
développement, l?atelier et l?ensemble des professionnels audités s?accordent sur la
nécessité de faire des choix clairs, durables et réalistes en fonctions des moyens
disponibles.
Ambition France Transports
- 20 -
5. L?ouverture à la concurrence : une opportunité pour le financement des infrastructures
dans un nouvel écosystème ferroviaire
5.1. Une ouverture à la concurrence à conforter par la levée des obstacles tarifaires et non-
tarifaires
Indépendamment de l?intérêt, nouveau, que manifestent les investisseurs privés pour
l?investissement dans les infrastructures ferroviaires après avoir concouru au développement
des autoroutes, des aéroports et des ports dans le monde, il est apparu que l?ouverture à la
concurrence entre compagnies ferroviaires sur le réseau avait une double incidence sur le
financement de l?infrastructure :
? En offrant de nouveaux services sur fonds et à risques privés, elle constitue une réponse
à l?insuffisance de l?offre actuelle et peut participer du choc d?offre recherché, tout en
améliorant la qualité de service (fréquence notamment, dans un contexte d?offre non
saturée)17. En plus de l?augmentation de l?offre, la concurrence est porteuse d?efficacité
et de performance économique, puisque l?ouverture déjà réalisée a permis une baisse
des coûts d?exploitation de l?ordre de 20 % sur les lignes concernées18.
? En multipliant les trains et les circulations sur le réseau, elle participe puissamment au
financement de SNCF Réseau et des infrastructures à travers les péages.
On observe cependant que l?entrée sur le marché français reste un parcours semé d?embuches
et nécessite des levées de fonds considérables ainsi que des délais qui se sont essentiellement
traduits jusqu'à présent par des réciprocités concurrentielles sur la grande vitesse, entre ex-
monopoles nationaux avec une baisse des prix et des améliorations de qualité de service
indéniables pour l?usager, mais au prix d?un changement d?écosystème pour la SNCF.
Il apparait ainsi unanimement chez les nouveaux entrants que d?importantes barrières à
l?entrée informelles existent encore en France : l?indisponibilité d?un matériel roulant
rapidement accessible, les délais de certification de matériels disponibles en Europe, un accès
équitable aux facilités essentielles des gares, le cloisonnement et le déficit d?interopérabilité
des SIM, ou encore, entre autres, des billettiques interopérables et des tarifications intégrées
entre SLO et TER. Il en découle notamment des délais et des coûts de mise en exploitation
lourds et dilatoires au préjudice essentiel de start-uppeurs français dépendants de l?endurance
de leurs partenaires financiers.
Dès lors que l?on considère que l?ouverture à la concurrence peut utilement contribuer au
développement de l?offre en réponse à une demande particulièrement soutenue, l?atelier
recommande que les pouvoirs publics s?attachent prioritairement, au-delà des efforts
unanimement reconnus de l?ART en ce sens, à lever rapidement les barrières non-tarifaires
subsistantes. L?allègement de certaines normes ou obligations techniques, parfois redondantes
avec les obligations européennes, pourrait également constituer une économie de temps et
17 Indépendamment de la concurrence, le groupe de travail a relevé que l?augmentation de l?offre passe par des
mesures techniques telles que l?accès à des sites d?essai certificateur, la suppression des tests en doublon ; la
standardisation des cahiers des charges des autorités organisatrices, l?harmonisation des plateformes ou encore la
désaturation des noeuds ferroviaires.
18 Audition de l?AFRA.
Ambition France Transports
- 21 -
d?argent (voir notamment la problématique des passages à niveau dans le cadre de la
réouverture d?une LDFT ou encore la circulation des trains légers).
Au-delà de la réduction des barrières non-tarifaires, les membres du GT recommandent une
absence d?augmentation du niveau des péages, déjà parmi les plus élevés d?Europe19, voire une
baisse dans certains cas spécifiques, par exemple pour les trajets avec une forte élasticité prix
(OuiGo long parcours). En revanche et pour souhaitable qu?elle soit, une politique de baisse
généralisée des péages, en l?absence de compensation financière publique, apparait
prématurée au groupe et ne déboucherait à court terme que sur une aggravation nette du
besoin de financement de SNCF Réseau. En d?autres termes, il apparait que dans le contexte
français, une stimulation et un développement de la concurrence sur les SLO, constituent les
préalables difficilement contournables à une politique de baisse des péages.
Enfin, l?entrée sur le marché des trains conventionnés s?effectue par appels d?offres à la main
des autorités organisatrices, qui ont privilégié jusqu'à présent des recontractualisations avec la
SNCF après avoir utilisé la mise en concurrence pour l?inciter à baisser ses coûts. A cet égard,
les attributions de TER à Transdev par la Région Grand Sud, et d?une DSP de réouverture d?une
ligne intégrant infrastructure et exploitation entre Nancy et Contrexéville à Transdev-NGE par
la Région Grand Est, constituent des exceptions d?avant-garde dont il est trop tôt pour tirer
tous les enseignements. En complément, le groupe a souligné l?intérêt d?une relance du train
innovant, éventuellement avec l?appui de l?Agence européenne du rail.
5.2. Un besoin de nouvelles règles du jeu pour les dessertes TGV d?aménagement du
territoire
L?atelier a plus précisément été saisi des conséquences de l?ouverture à la concurrence sur le
sujet de l?avenir des dessertes SLO d?aménagement du territoire.
L?ouverture à la concurrence modifie en effet un écosystème qui était garant de
l?aménagement du territoire et du financement du réseau à travers le fonds de concours de la
SNCF. En effet, l?opérateur historique dégageait des bénéfices issus de lignes rentables (comme
la ligne Paris-Lyon), utilisés pour financer ses obligations de dessertes non rentables (un tiers
des rames SLO de SNCF Voyageurs créeraient de la dette20) et pour abonder le fonds de
concours de la SNCF, destiné à l?entretien du réseau. L?ouverture à la concurrence vient
bouleverser cet équilibre puisque les nouveaux entrants pourraient être incités à ne desservir
que les lignes les plus rentables, faisant diminuer les marges sur ces lignes (-10 % de prix du billet
sur la ligne Paris-Lyon entre 2022 et 202521), sans contribuer au fonds de concours et sans
assurer de service de desserte dans les territoires moins fréquentés. Cette dernière assertion
peut toutefois être nuancée : en effet, depuis 2015 et donc bien avant l?arrivée de nouveaux
acteurs sur le marché français, la fréquence de l?offre TaGV en gare de la SNCF a été réduite
de près de 12% en moyenne, dont 19% dans les petites gares22 ; par ailleurs, l?exemple italien
démontre qu?ouverture à la concurrence peut également aller de pair avec un accroissement
19 Selon le 13e rapport IRG rail de mars 2025, la France était le seul pays où le niveau des péages dépassait 10 ¤ / train-
km, avec un niveau de 20,9 ¤ pour les SLO et 15,2 ¤ pour les autres lignes, contre 5,2 ¤ en moyenne européenne.
L?audition de l?ART a également mis en évidence une couverture des coûts du SLO par les péages supérieurs à 100 %.
20 Audition de M. Fanichet, SNCF Voyageurs.
21 Audition de M. Fanichet, SNCF Voyageurs.
22 Audition de M. Guimbaud, ART.
Ambition France Transports
- 22 -
des dessertes sur le territoire (depuis 2012 et l?ouverture à la concurrence, le nombre de gares
desservies en Italie est passé de 40 à un total de 113 aujourd?hui23).
Dès lors, l?opérateur historique, la SNCF, pose légitimement depuis plusieurs années la
question de l?avenir des financements par péréquation interne des dessertes intermédiaires
qui lui sont imposées par l?État, le plus souvent en contrepartie de la participation financière
de leurs collectivités locales au financement de l?infrastructure. L?entreprise appelle à un
changement urgent de cette règle du jeu discriminatoire, qui ne s?impose pas à ses concurrents,
en considération d?un nouvel écosystème concurrentiel, qui diminue ses marges sur les lignes
les plus concurrencées et qui lui laisse l?exclusivité de financer les dessertes les moins rentables,
ainsi que d?abonder le fonds de concours de SNCF Réseau.
Les nouveaux entrants auditionnés par l?atelier ont au contraire relevé que l?implication de
financeurs privés dans le développement de nouveaux services ferroviaires reste très fragile et
pourrait être durablement compromise par un changement des règles du jeu d?accès aux SLO
(services commerciaux librement organisés en France), établies par la loi. Ils préconisent de
laisser le marché expérimenter l?ouverture à la concurrence avant d?en tirer des conclusions et
prendre toute décision sur le sujet, en considération du fait que le libre jeu de la concurrence
s?est spontanément accompagné en Italie d?une multiplication de dessertes secondaires.
Les premières conclusions de l?atelier sont de relever que la solution à ce problème doit
concilier autant que possible les deux exigences exprimées, de non-discrimination aux dépens
de la SNCF, et d?intangibilité des règles du jeu du SLO pour les nouveaux entrants.
L?atelier a pris note de la solution espagnole qui met en marché des packages territoriaux, sur
le modèle des ex-franchises britanniques (impliquant une péréquation interne entre dessertes
rentables et non rentables sans subventionnement). Mais il souligne que ce modèle
constituerait un changement substantiel de règles d?entrée sur le marché des SLO pouvant
immédiatement compromettre des projets français engagés, et entacher un peu plus le
marché français d?incertitudes.
De son côté, la SNCF opposant le secret commercial pour documenter précisément les coûts
des dessertes déficitaires, l?atelier préconise qu?une mission d?études soit diligentée par le
ministère des Transports avant toute décision définitive, tout en esquissant quelques pistes
de solutions.
En résumé, l?atelier formule plusieurs hypothèses et recommandations sur la question du
financement des dessertes SLO d?aménagement du territoire dans le contexte de l?ouverture
à la concurrence, tout en soulignant qu?elle devrait faire l?objet d?approfondissements
complémentaires :
1. Les modèles économiques des acteurs étant protégés par le secret des affaires, le GT
souhaite qu?une mission d?experts documente objectivement l?interpellation de la
SNCF afin d?en évaluer précisément l?impact financier, en lien avec les travaux déjà
engagés.
23 Audition de M. Caposciutti, Trenitalia France.
Ambition France Transports
- 23 -
2. Le GT pointe un besoin d?arbitrage afin de définir les destinations à desservir et appelle
l?État, de concert avec les Régions, à jouer pleinement son rôle d?aménagement
national du territoire en matière de dessertes ferroviaires.
3. Concernant la répartition entre État et régions, le GT réaffirme le rôle de l?État dans le
développement et le financement de lignes d?aménagement du territoire de type
« intercités », jugées insuffisamment développées en France par rapport à la demande
potentielle et au coût du « tout SLO ».
4. Le GT écarte la piste d?une modulation des péages à vocation de péréquation du fait
du niveau déjà élevé des péages, dont la hausse sur les lignes rentables dissuaderait la
concurrence selon l?ART, et dont une baisse non compensée pèserait sur SNCF Réseau
ou sur les contribuables.
5. Pour les services SLO, le groupe propose de faire coexister d?une part le service
librement organisé ouvert en open access tel qu?actuellement, avec des services
conventionnés intégrant des obligations de dessertes financièrement compensées
sous DSP de type « conventionnement supplétif » sur le modèle breton ou par appels
d?offres nationaux.
6. Par défaut en cas d?absence de candidats aux DSP, le GT propose que la mission en
soit confiée à SNCF avec une compensation financée pour tout ou partie par un fonds
de péréquation prélevé sur les billets de SLO de tous les exploitants, à l?image de ce
qui est pratiqué dans le secteur aérien.
6. Choisir, c?est financer : le Ferroscope
Les membres de l?atelier ont exprimé un consensus quant à la nécessité pour l?État de planifier,
organiser et hiérarchiser les investissements dans le réseau ferroviaire. À cette fin, l?atelier a
créé un outil d?aide à la décision : le ferroscope. Celui-ci consiste en une grille multicritères
auquel chaque projet de développement serait soumis. L?étude de ces critères, motivés,
publics et transparents, permettrait de prioriser les investissements.
Cette proposition découle de plusieurs considérations :
? La nécessité de faire des choix clairs et robustes instruits de l?expérience passé de la
longue négligence de l?entretien et de la modernisation du réseau historique les plus
utile socialement car assurant 80 % des trafics quotidiens en nombre de passagers
transportés.
? L?instabilité chronique de toute tentative de programmation en France illustrée par
l?obsolescence rapide des recommandations de la Commission Mobilités 21, de la loi
d?orientation des mobilités (LOM) et des tentatives de priorisation émises par le COI,
au profit d?une inflation intarissable de projets au coût notoirement insoutenable à
court et moyen terme.
? La dimension politique qui s?attache notamment aux grands projets de développement
qui ne qualifie pas l?atelier à prendre des décisions de priorisation et de programmation
de tels projets, dès lors que le principe de priorisation absolue de la régénération-
modernisation est clairement réaffirmé.
Ambition France Transports
- 24 -
Deux ferroscopes avec des critères et des pondérations différents sont proposés :
1) l?un pour hiérarchiser les projets de régénération et de modernisation, portant sur
l?ensemble du réseau ferroviaire circulant (intégrant le réseau structurant et les lignes
de desserte fine) ;
2) l?autre pour hiérarchiser les projets de développement.
Le groupe de travail a identifié des critères qui pourront être repris pour l?un et/ou l?autre
ferroscope :
? Ambition (segmentation) ;
? Sécurité (à moyen terme) ;
? Vétusté/pérennité/obsolescence ;
? Qualité de service/performance/régularité/amélioration d?un noeud ferroviaire ;
? Résilience au changement climatique ;
? Potentiel de développement ou préservation des trafics dont SERM ;
? Soutien au développement du fret ferroviaire ;
? Contribution au programme de modernisation ;
? Potentiel d?économie sur les coûts d?exploitation (à moyen terme).
Pour la régénération, le ferroscope devra permettre de prioriser les projets les plus urgents,
avec des enjeux de sécurité notamment.
Pour la modernisation, le ferroscope devrait aboutir à mettre en évidence la pertinence des
projets d?ERTMS et de commande centralisée.
Le ferroscope pourrait être particulièrement utile pour la hiérarchisation des grands projets
de développement, tel que développé infra. Il pourrait dans ce cadre intégrer un critère
portant sur l?impact sur la trajectoire des finances publiques des prochaines années (en
fonction notamment du coût estimé du projet et du mode de réalisation et de financement
envisagé).
Ambition France Transports
- 25 -
CONCLUSION : POUR UNE NOUVELLE GOUVERNANCE DU RAIL
Alors que l?une des tendances lourdes observables lors de cette conférence nationale est
l?intérêt nouveau et prometteur que manifestent des investisseurs privés à la fois pour la
réalisation d?infrastructures ferroviaires en PPP à l?exemple de SEA et de LNBPL et pour
l?exploitation de nouveaux services ferroviaires susceptibles de développer l?offre face au choc
de demande actuel, tous s?accordent unanimement à conditionner leur intérêt à une
stabilisation des choix publics, en matière de politique ferroviaire, de priorités
d?investissement, de financement des projets, et de constance des règles du jeu.
Ces exigences de continuité, de constance et de clarté n?ayant pas toujours été pleinement
prises en compte au cours de la période récente, l?atelier attire l?attention sur la nécessité
cruciale pour l?État et son bras armé SNCF Réseau de prendre la mesure des changements qui
affectent l?écosystème ferroviaire, et de jouer pleinement leurs rôles de stratège et d?arbitre
en dernier ressort des choix publics en la matière. Alors que notre système ferroviaire, jadis
monopolistique et vertical, est soumis aux dynamiques centrifuges de la régionalisation et de
la concurrence, il apparait essentiel de renforcer sa cohérence d?ensemble et son pilotage
central, ainsi que l?enseignent des exemples comme celui de la Suisse (positivement) ou du
Royaume-Uni (négativement).
L?atelier en appelle notamment à une réflexion partenariale avec les Régions sur ce sujet de la
gouvernance stratégique et programmatique du ferroviaire, et sur les outils nécessaires à la
continuité et à la stabilité, dont ont besoin dans ce domaine très capitalistique, à la fois les
acteurs privés et les acteurs publics.
Cette réforme de la gouvernance est probablement la condition essentielle au redressement
rapide de notre système ferroviaire, au développement d?une offre capable de répondre à la
demande en regard des nouveaux objectifs climatiques, et surtout à sa capacité de capter
massivement des investissements et des financements privés dans un contexte d?extrême
contrainte des budgets publics.
L?ouverture à la concurrence a fait basculer un système de monopole vertical vers un pluralisme
régional et concurrentiel. Dans ce contexte, les prérogatives de coordination, d?orientation
stratégique, de planification et de programmation, d?harmonisation (des droits des usagers et
des normes) du centre (de l?État avec SNCF Réseau, l?ART et l?EPSF) doivent être renforcées par
les moyens suivants :
? Conférer à SNCF Réseau un rôle accru de courroie de transmission des grands
arbitrages de politique ferroviaire ;
? Impliquer le Parlement dans le contrôle et le suivi du contrat de performance ;
? Renforcer les prérogatives arbitrales et régulatrices de l?ART ;
? Renforcer les instances de discussion des AOM régionales pour harmoniser les besoins
(en lien avec les plateformes existantes) ;
? Impliquer l?AFIT France dans le cantonnement des ressources publiques affectées de
régénération ;
? Développer une hiérarchisation des investissements dans les infrastructures appuyées
sur le ferroscope et prévoir un rapport annuel de SNCF Réseau devant les commissions
des affaires économiques et du développement durable sur les avancées des travaux
de régénération/modernisation. En s?inspirant de la Suisse, il est possible en
Ambition France Transports
- 26 -
complément de joindre au contrat de performance État-SNCF Réseau un contrat de
service, revu régulièrement.
Il convient par ailleurs de :
? Améliorer la coordination entre phasage financier et phasage technique des
investissements ;
? S?appuyer le plus possible sur l?outil contractuel dans les relations avec les investisseurs
et nouveaux entrants privés ;
? Simplifier les procédures et démanteler les conflits d?intérêts susceptibles de les
alourdir et de multiplier obstacles et délais pour les nouveaux entrants ;
? Adopter une loi de programmation, le cas échéant.
Afin de simplifier la vie des usagers dans un contexte de fracturation régionale et concurrentiel
de l?ex-système intégré, ces actions s?appuieront sur l?expertise de l?ART, les enseignements
étrangers et la force réglementaire pour coordonner plus efficacement la multiplication des
acteurs et des services.
Ambition France Transports
- 27 -
ANNEXE
Le coût de l?inaction
1 ? Le coût de l?inaction passée : 60 milliards de « dette grise » accumulée depuis le début des
années 1980
Depuis 1980, nous avons accumulé 60 Mds¤ de retard de régénération et de modernisation au
titre du seul réseau « structurant », compte non tenu de la situation également préoccupante
des lignes de desserte fine du territoire. Ce retard se matérialise par le vieillissement de toutes
les familles d?actifs, qui affecte leur capacité à rendre le service attendu :
? Environ 2400 km voies ne présentent plus le niveau de qualité technique suffisant pour
circuler à vitesse nominale et font l?objet de ralentissements malgré les 1000 km
régénérés tous les ans. Nos voies ont 29 ans d?âge moyen et 30% de nos appareils de
voie sont obsolètes24 (13Mds¤ de retard de régénération pour les voies) ;
? L?âge moyen des appareils de signalisation a plus que doublé depuis la fin des années
1990 et approche les 30 ans. Un tiers de nos postes d?aiguillage ont été mis en service
avant 1975 (12Mds¤¤ de retard de régénération des postes d?aiguillage). Le programme
de régénération actuel couvre moins de la moitié des postes d?aiguillage du réseau ;
? 30% de nos caténaires sont obsolètes, certaines caténaires ont plus de 90 ans et nous
ne régénérons que quelques centaines de km par an (15 Mds¤ de dette de régénération
caténaire) ;
? Une grande partie de nos ouvrages d?art datent du début du XXème siècle ou de
l?Après-Seconde Guerre Mondiale.
Cette « dette grise » pèse sur la performance du service rendu par le réseau : le nombre et
l?impact des défaillances d?appareil de signalisation, par exemple, dessine une augmentation
tendancielle de +10% d?irrégularité pour cause Réseau d?ici à 2030. Les actifs de signalisation
vieillissent en moyenne de 4 à 5 mois tous les ans.
24 On considère comme « obsolète » une installation ayant dépassé la durée de vie théorique nécessaire au maintien
de sa pleine performance.
Ambition France Transports
- 28 -
Elle pèse aussi sur le besoin en maintenance courante, qui augmente avec le vieillissement du
patrimoine. Aujourd?hui la maintenance permet encore d?assurer l?exploitation dans des
conditions normales ou quasi-normales, mais cette tendance n?est pas durable et les
renoncements que nous sommes contraints à réaliser affectent à la fois la qualité de service
d?aujourd?hui et la pérennité du réseau demain (ralentissements puis arrêt des circulations pour
maintenir la sécurité).
2 ? Le coût de l?inaction future, sans changement d?échelle de la régénération et de la
modernisation du réseau.
Sans effort supplémentaire de régénération, la dette grise va continuer d?augmenter. SNCF
Réseau estime que des ralentissements nouveaux interviendraient de façon quasi certaine dès
2028. 4000 km de lignes pourraient être impactées dans leur qualité de service avant 2030, y
compris sur certains axes importants, affectant rapidement environ 2000 trains quotidiens.
En outre, la présence d?actifs anciens et dégradés en quantité plus importante engendrera sans
aucun doute une pression très forte sur le besoin de maintenance courante :
? Ce sont au moins 10% de besoins de maintenance supplémentaires qui apparaitraient
de façon incompressible à l?horizon 2030 soit 200 M¤ à 300 M¤ au moins de charges
annuelles, impossibles à couvrir par des recettes commerciales.
? Cet effet pourrait être au moins doublé à l?horizon 2040.
L?ART a également mentionné ce phénomène dans ses « Scénarios de long terme » de 2023.
Ne pas suffisamment régénérer et/ou différer la modernisation du réseau nous exposerait en
outre à des investissements ultérieurs plus importants afin de maintenir l?intégrité de notre
patrimoine d?ouvrages d?art et d?ouvrages en terre, et nous priverait des avantages attendus
de la commande centralisée et de l?ERTMS.
Ne pas suffisamment régénérer, c?est enfin se priver de la première et principale barrière du
réseau contre les effets du changement climatique : des voies et des caténaires en bon état, ce
sont moins de ralentissements en période de chaleur et moins d?incidents dus au froid ; des
ouvrages en terre bien entretenus, ce sont des lignes plus résilientes aux événements
climatiques extrêmes.
RAPPORT DE L?ATELIER N°4
REPORT MODAL ET TRANSPORT DE MARCHANDISES
Ambition France Transports
- 1 -
PROPOS DES COPILOTES
La conférence de financement des transports constitue une occasion importante pour
l?ensemble des acteurs des mobilités et notamment ceux du fret d?envisager ensemble les
moyens de leur développement et de leur avenir, à l?aune des enjeux de transition mais aussi
de résilience, en remettant au premier plan des débats le sujet des infrastructures, qui
supportent les flux. Sans infrastructure pas de services, et les enjeux de maintien, de
modernisation, de régénération et de développement de ces infrastructures sont donc
cruciaux. Nous disposons de réseaux ferrés, fluviaux et routiers de qualité avec un bon maillage
territorial mais qui vieillissent et qui nécessitent de consacrer des moyens importants à la
régénération, et à l?entretien de l?existant. Ces moyens supplémentaires sont indispensables
afin de limiter la dette grise et éviter l?effet falaise par un impact budgétaire futur trop lourd.
Ce sujet se pose avec beaucoup d?acuité pour les flux de marchandises, qui partagent souvent
les infrastructures avec les passagers, mais qui disposent aussi d?infrastructures dédiées ou
quasi dédiées comme les voies navigables, les plateformes logistiques ou encore les ports
intérieurs. La France a besoin d?une filière logistique forte et, pour cela, elle a besoin
d?infrastructures de transport (flux) et de logistique (stocks) qui permettront aux acteurs,
entreprises de transport, logisticiens, commissionnaires? d?offrir des services fiables, résilients,
engagés dans la décarbonation et compétitifs.
La conférence Ambition France Transport a donné au fret et à la logistique une place à la
hauteur de son poids et de son importance dans l?économie en lui consacrant un atelier, que
nous avons eu l?honneur et le plaisir d?animer et qui a réuni les représentants des principaux
acteurs des transports routiers, ferrés et fluviaux et des flux logistiques.
Réaffirmant d?emblée l?appartenance à un même écosystème, chacun, au-delà de sa
représentation professionnelle ou sectorielle a insisté sur la nécessité de développer la
complémentarité des modes de transport.
Dans un temps certes limité, nous avons pu organiser plusieurs réunions, recueillir de
nombreuses contributions, auditionner quelques experts et travailler en sous-groupes
thématiques lorsqu?il le fallait. Le processus très itératif des travaux de notre atelier a permis
de valider au fur et à mesure un diagnostic partagé, un propos commun et des propositions
pour le financement des infrastructures mais aussi plus largement pour un bon fonctionnement
et une décarbonation progressive des chaînes logistiques, au service de toute l?économie.
Au total, nos travaux imparfaits et encore trop sommaires ont permis de rapprocher des points
de vue, de développer une vision partagée et d?esquisser une ambition commune et une
méthodologie de dialogue qu?il conviendra de prolonger. L?enjeu d?aligner nos ambitions
climatiques, nos objectifs d?équilibre territorial et la nécessité de soutenir des filières
industrielles et économiques clés pour notre souveraineté trouve donc ici une première
contribution collégiale.
Corinne Blanquart, Gérard Leseul
Ambition France Transports
- 2 -
SOMMAIRE
INTRODUCTION .......................................................................................................................................... 3
1. Des besoins d?investissement importants, pour rénover, renouveler et développer
les réseaux ............................................................................................................................................ 4
1.1. Un besoin d?investissement avéré a minima dans la régénération mais aussi le
développement des infrastructures linéaires ................................................................................ 4
1.1.1. Transport fluvial .................................................................................................................. 4
1.1.2. Transport ferroviaire .......................................................................................................... 5
1.1.3. Transport routier ................................................................................................................ 6
1.2. Un besoin d?investissement dans les infrastructures nodales ....................................... 7
1.3. Une trajectoire coûteuse de verdissement du transport routier, qui appelle des
financements publics et privés ........................................................................................................ 7
2. Les leviers de financement ......................................................................................................... 8
2.1. Une nécessité de stabiliser la répartition du financement ............................................ 8
2.2. Le financement des infrastructures linéaires .................................................................... 9
2.2.1. Les recettes des leviers fiscaux nationaux à affecter .................................................. 9
2.2.2. Des engagements des collectivités et du secteur privé ....................................... 10
2.3. Le financement des infrastructures de recharge ........................................................... 10
2.4. Le financement des infrastructures nodales ................................................................... 11
2.5. Le financement du verdissement des flottes .................................................................. 11
3. Soutenir la chaîne logistique et ses évolutions : un enjeu allant au-delà des seuls
financements destinés aux infrastructures ...................................................................................... 12
3.1. Des voies nouvelles à imaginer pour faire évoluer les chaînes logistiques : agir sur la
demande ............................................................................................................................................. 12
3.1.1. Amplifier la mobilisation de l?ensemble de la chaîne pour la décarbonation : le
rôle des chargeurs .......................................................................................................................... 12
3.1.2. Enfin, la décarbonation des chaînes logistiques passe aussi par une prise de
conscience des consommateurs, et une évolution des pratiques. ...................................... 13
3.2. Préserver le foncier logistique ............................................................................................ 14
3.2.1. Planifier le foncier logistique : un enjeu de premier ordre ....................................... 14
3.2.2. Sanctuariser le foncier logistique dans le contexte de la zéro artificialisation
nette 14
3.2.3. Faciliter l?exploitation de ce foncier par les opérateurs de plateformes et de
terminaux multimodaux ............................................................................................................... 15
3.3. Mettre en place une gouvernance efficace des acteurs de la logistique et du fret,
pour maximiser les synergies entre acteurs publics et privés prenant part aux chaînes
logistiques ........................................................................................................................................... 15
Ambition France Transports
- 3 -
INTRODUCTION
L?avenir des mobilités, et la mise en place d?un modèle de financement de long terme,
permettant de répondre aux enjeux de transition écologique, numérique et énergétique et
dont il convient d?assurer une large visibilité, nécessite d?intégrer, au-delà des seuls enjeux de
transport des voyageurs, les enjeux de transport de marchandises.
L?atelier n°4 d?Ambition France Transports s?est ainsi attaché à définir les besoins
d?investissements sur les infrastructures ferroviaires, fluviales et routières qui permettent le
transport de marchandises, les sources de financement mobilisables, mais aussi les leviers non-
financiers complémentaires indispensables pour soutenir l?évolution des chaînes logistiques.
Les membres de l?atelier ont ainsi eu à coeur d?envisager de façon globale et systémique les
moyens permettant de promouvoir une logistique décarbonée, plus efficiente, et qui implique
pour cela l?ensemble des différentes parties prenantes.
Penser l?avenir en matière de fret, c?est veiller à concilier le bon fonctionnement des chaînes
logistiques, indispensables au fonctionnement de l?économie, tout en accélérant la transition
écologique du secteur des transports, qui représente 30 % des émissions de gaz à effet de
serre, dont environ la moitié peut être attribuée au transport de marchandises. Assurer que les
investissements soient faits pour accompagner cette évolution du transport de marchandises
passe ainsi par un environnement réglementaire favorable, une gouvernance claire au niveau
national, et sur une visibilité pluriannuelle des investissements et des aides à la décarbonation
mis en place, avec une mobilisation de l?ensemble de tous.
Si le financement des investissements passe avant tout par un engagement fort de la puissance
publique, les membres de l?atelier ont également étudié des sources complémentaires de
recettes et de financements, avec une plus grande valorisation du foncier logistique
permettant de générer des ressources propres, mais également par la possibilité de
financements privés de certains investissements. L?atelier a également souligné l?importance
de considérer, au-delà des infrastructures linéaires, les infrastructures nodales indispensables
au développement des transports massifiés, comme les infrastructures de recharge associées
au développement de l?électrification des parcs.
Au-delà des investissements nécessaires pour entretenir et développer le réseau, des actions
sont possibles pour accentuer le soutien de l?ensemble des acteurs, jusqu'aux consommateurs,
et décarboner les transports, avec des mécanismes non-financiers (certificats book and claim,
fixation de trajectoires de décarbonation à respecter?) et des incitations au changement de
comportement, en soutenant notamment le report modal lorsque cela est possible.
Décarboner en soutenant l?activité économique, en rendant le réseau de transport et les
services plus performants et plus efficients, voilà l?ambition que porte ce rapport et les pistes
qu?il propose.
Ambition France Transports
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1. Des besoins d?investissement importants, pour rénover, renouveler et développer les
réseaux
À l?image des autres modes de transport, le fret, tant ferroviaire, que fluvial ou routier, fait face
à des besoins d?investissement significatifs. Ces besoins d?investissement portent sur la
régénération mais aussi le développement des infrastructures linéaires, mais aussi des
plateformes et ports intérieurs permettant notamment l?usage de modes massifiés ou encore
des infrastructures de recharge accompagnant le verdissement du transport routier et fluvial.
Ces besoins doivent être considérés dans une logique de complémentarité, les modes devant
s?envisager de façon complémentaire, le transport routier constituant en particulier souvent le
maillon initial et/ou terminal des chaînes multimodales.
1.1. Un besoin d?investissement avéré a minima dans la régénération mais aussi le
développement des infrastructures linéaires
1.1.1. Transport fluvial
En matière de transport fluvial, la Cour des comptes1 a souligné en février 2025 la dégradation
du réseau fluvial, qui s?explique par un sous-investissement structurel dans la régénération de
ce réseau. La Cour estime ainsi que les deux tiers des ouvrages d?art sont aujourd?hui
moyennement à fortement dégradés, ce qui se traduit par une croissance du nombre de jours
d?arrêt et de restriction de navigation, un arrêt de l?exploitation de plusieurs itinéraires en petit
gabarit et une perte de fiabilité du réseau, notamment en petit gabarit. Ceci se traduit par une
« dette grise » évaluée à 1,1 Md¤ en 2023 et entrave la bonne exécution du service, et ce faisant
le développement de ce mode massifié, dont la part modale en France se situe à des niveaux
inférieurs à nos voisins européens (8,8 Md de tonnes-km en 2014 contre 5,9 en 2023). La
régénération apparait donc comme une priorité.
À date, l?Etat, par le biais de l?Agence de financement des infrastructures de transport de
France (AFITF), consacre près de 170 M¤ par an à l?investissement dans la régénération et la
modernisation du réseau fluvial, soit une hausse de 50 % des crédits d?entretien par rapport
aux niveaux de financement actuels, à travers un contrat d?objectif et de performance de
dix ans.
La Cour des comptes estime le besoin d?investissement pour la régénération et la
modernisation du réseau fluvial entre 180 et 400 M¤ par an sur la période 2024-2032 (330 M¤
pour la régénération et 70 M¤ pour la modernisation), 180 M¤ étant un scénario de dé-
navigation (nécessité de fermer à la navigation certains canaux faute d?entretien) et 400 M¤
représentant une régénération du réseau. VNF évalue pour sa part le besoin d?investissement
entre 400 M¤ et 500 M¤, 500 M¤ correspondant au niveau nécessaire pour résorber la dette
grise. Cela représente deux fois plus que la trajectoire prévue par le contrat d?objectif et de
performance, et donc un besoin d?investissement additionnel supérieur de 200 M¤ par an.
1 Cour des comptes, L?entretien des voies navigables : l?exemple de VNF, février 2025
Ambition France Transports
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Graphique 1 : Investissement régénération/modernisation de VNF par rapport aux références
Mensia actualisées en ¤2023
Source : Cour des comptes, données VNF
En outre, en matière d?investissement dans le transport fluvial, il est nécessaire de prendre en
compte le projet Seine Escaut (Canal Seine-Nord Europe), non discuté de manière spécifique
lors de l?atelier, mais dont les besoins d?investissement sont estimés à 1 Md¤ par an sur la
période 2026-2031, soit 800 M¤ de plus que le niveau d?investissement actuel, soit près de
quatre fois plus que les investissements nécessaires dans la régénération et la modernisation
du reste du réseau.
1.1.2. Transport ferroviaire
En matière de fret ferroviaire, le trafic connait une évolution contrastée entre segments, entre
un transport combiné disposant de gisements de trafic importants et un fret conventionnel
(train entier ou wagon entier) en nette décroissance. Les analyses sur les déterminants du choix
font état de dimensions tenant à la qualité de service, considérant le service moins souple,
régulier et ponctuel que le mode routier, mais aussi de contraintes tenant à l?organisation du
système productif, avec le développement du juste à temps, difficilement conciliable hors
massification avec l?usage des modes non routier, et/ou les conditions de livraison imposées
par les clients.
Face à la dégradation du réseau ferroviaire, la stratégie nationale de développement du fret
ferroviaire a mené un travail d?identification des investissements nécessaires aux yeux des
acteurs du secteur (SNCF Réseau et les opérateurs de fret notamment) pour atteindre les
objectifs de la stratégie nationale bas-carbone 3 (SNBC 3). Après priorisation des
investissements, le scénario proposé par la stratégie identifiait un besoin de financement
de 4,5 Md¤ de 2024 à 2032, baptisé « plan Ulysse ». Ces investissements ont été priorisés et
retenus car ayant un impact sur tout ou partie des segments de transport ferroviaire, avec
comme répartition :
? 1,7 Md¤ en faveur de la régénération des installations existantes (voies de service,
installations de tri, voies capillaires, installations terminales embranchées) ;
? 1,5 Md¤ pour la modernisation du réseau (rehaussement de gabarits pour le transport
de semi-remorques, augmentation de la capacité en ligne) ;
? 1,1 Md¤ pour l?augmentation de la capacité des terminaux de transports combiné et la
création de nouveaux terminaux ;
Ambition France Transports
- 6 -
- 0,2 Md¤ pour le développement de systèmes numériques (amélioration de l?expérience
client , de la gestion de la capacité).
Graphique 2 : Besoins d?investissement dans les infrastructures de fret ferroviaire d?ici 2032
À date, les financements publics dans les infrastructures de fret ferroviaire s?établissent
à 200 M¤ environ en 2024. Au total, sur la période 2026-2031, ceci représente un besoin
d?investissement additionnel de 300 M¤ par an. Une résorption de la dette grise de SNCF
nécessiterait par ailleurs un montant d?investissement supérieur aux besoins identifiés dans le
plan Ulysse Fret.
Ces besoins ne peuvent toutefois pas être pensés indépendamment de ceux abordés par
l?atelier n°3. En effet, le fret ferroviaire partageant des infrastructures communes avec le
transport de passagers, il est nécessaire de prendre en compte le besoin d?investissement
additionnel de 1,5 Md¤ par an identifié dans l?atelier 3 afin de régénérer et moderniser le réseau
ferroviaire structurant à compter de 2028. En outre, ceci ne tient pas compte de besoins non-
chiffrés en matière de mobilité militaire.
1.1.3. Transport routier
Par ailleurs, comme évoqué, le développement des modes massifiés doit se faire en
complémentarité avec le mode routier, qui contribue notamment au pré et post
acheminements. En lien avec l?atelier n° 2, il est nécessaire d?investir dans l?entretien du réseau
routier pour lequel les besoins de financement sont estimés à 23,2 Md¤ sur huit ans pour
résorber la « dette grise » (en incluant le réseau routier national non-concédé, les réseaux
départementaux, communaux et intercommunaux, ainsi que les ponts), à 27,3 Md¤ sur dix ans
pour moderniser le réseau routier national concédé et à 7,9 Md¤ sur dix ans pour moderniser
le réseau non-concédé.
700
982 1097
199
717
530
118
200
Régénération des
installations existantes
Modernisation du réseau Augmentation de la
capacité des terminaux
existant du transport
combiné et la création
de nouveaux terminaux
Développement de
système numérique
ITE
Installations de tri
Voies de service
Capillaires
Hausse de
la capacité
en ligne
Rehausse
ment de
gabarit
1,7 Md¤
1,5 Md¤
Source : plan Ulysse Fret
Ambition France Transports
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1.2. Un besoin d?investissement dans les infrastructures nodales
Le développement du transport ferroviaire et fluvial nécessite également des lieux de
massification. Les investissements dans les infrastructures nodales sont donc indissociables de
ceux dans les infrastructures linéaires. Ainsi, le plan Ulysse identifie un besoin de 1,1 Md¤ pour
l?augmentation de la capacité des terminaux de transports combiné et la création de nouveaux
terminaux. Les ports intérieurs sont aussi des noeuds importants du système de transport à
conforter et à développer, tout comme les grands ports maritimes et fluvio-maritimes ou
encore les zones logistiques.
Outre des investissements financiers, il convient également d?engager un travail de
planification stratégique de ces infrastructures, qui viserait à identifier les zones à fort enjeu et
besoin logistique, en prenant en compte en particulier leur impact environnemental et
économique sur l?organisation des chaînes logistiques. Associant Etat, collectivités, autorités
portuaires et acteurs économiques, ce travail viserait à identifier, sécuriser et flécher les zones
les plus pertinentes pour les des chaînes logistiques performantes et décarbonées, favorisant
le report modal ou le transport combiné. Ceci pourrait aboutir à l?élaboration d?un schéma
directeur national du foncier logistique.
1.3. Une trajectoire coûteuse de verdissement du transport routier, qui appelle des
financements publics et privés
Enfin, le verdissement de la flotte des poids lourds via son électrification est impérativement
corrélé au développement des infrastructures de recharge, en dépôt, à destination et en
itinérance, qui appellent elles aussi des investissements importants. Les poids lourds
électriques constituant la technologie la plus vertueuse sur le plan environnemental, avec des
réductions d?émissions de CO2 de l?ordre de 70 à 90 % avec un mix électrique décarboné (y
compris en tenant compte de la production de batteries), la SNBC ambitionne d?augmenter la
part de poids lourds électrique dans le parc de 10 points d?ici 2030 pour atteindre 80 000 poids
lourds (soit 12 % du parc à date et 50 % des ventes annuelles, contre 0,2 % et 1,5 %
respectivement en 2024). Outre une difficulté à atteindre les objectifs fixés par la SNBC au
regard des ventes de véhicules actuelles, cette transition est entravée par un différentiel de
prix d?acquisition élevé (350 000 ¤ en moyenne contre 110 000 ¤ pour un tracteur thermique).
Le surcoût en matière d?investissements (véhicules et avitaillement) est estimé à 80 Md¤
d?ici 2040 par les fédérations du transport routier de marchandises2 pour les entreprises
françaises. Toutefois, il s?agit d?investissements bruts. La différence à l?achat peut être
compensée en partie par le prix, à date plus faible, du carburant électrique, et sous réserve de
la stabilité de ce dernier. Il peut aussi être estimé à moyen-terme que cet écart sera réduit
grâce à la baisse du prix des batteries et l?augmentation de la demande. C?est pourquoi le
secrétariat général à la planification écologique (SGPE) estime3 que le surcoût en coût total de
possession (TCO) de la trajectoire d?électrification serait de 5 Md¤ à l?horizon 2030 dans un
scénario pessimiste et 2 Md¤ dans un scénario optimiste, questionnant l?intérêt d?un mix
énergétique a minima pendant cette transition.
Par ailleurs, le développement des poids lourds électriques est conditionné au déploiement
parallèle d?infrastructures de recharge électrique (IRVE) spécifiques. Le schéma directeur des
2 Chiffrage issu de la feuille de route décarbonation (avril 2023).
3 SGPE, Mieux se déplacer, 30 juillet 2024 - page 16.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Feuille%20de%20route%20de%20d%C3%A9carbonation%20des%20v%C3%A9hicules%20lourds%20v2.pdf
https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/11/950c6a0584df9ede5949a0d6e5a1252159d20bc3.pdf
Ambition France Transports
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installations de recharge électrique prévoit le déploiement de 170 stations en itinérance en
2027 et 340 en 2030, contre 14 en 2025, soit 2,3% du réseau routier national couvert contre un
objectif de 10% fixé par le règlement AFIR à fin 2025. Le besoin d?investissement pour déployer
ces bornes en itinérance est estimé à environ 450 M¤ à l?horizon 2030 par la DGITM4, et à
630 M¤ à l?horizon 2035 par des acteurs du secteur5. Une partie de ce besoin peut être assurée
par le secteur privé selon le trafic et le coût de raccordement, qui vont influer significativement
sur l?équilibre économique de ces bornes. A cela s?ajoute un besoin d?investissement de 3 Md¤
environ pour les bornes de recharge au dépôt et à destination, dont 2,5 Md¤ pour les bornes
de recharge au dépôt et 0,5 Md¤ pour les bornes à destination, afin de suivre la trajectoire
d?électrification et mailler le territoire. De fortes inconnues persistent toutefois concernant le
coût des raccordements au réseau électrique, qui peut fortement majorer ces montants. En
outre, s?ajoute un besoin de visibilité sur les coûts de la recharge publique, au regard des fortes
variations de prix observées d?une station à l?autre et des incertitudes sur son évolution dans
le temps, qui font émerger le besoin de définir un plafond tarifaire.
2. Les leviers de financement
2.1. Une nécessité de stabiliser la répartition du financement
Préalablement à l?identification des leviers de financement, il est nécessaire d?assurer la
visibilité de l?engagement dans le temps de l?Etat à travers une loi de programmation. En
donnant une visibilité sur l?échelonnement des financements publics à court et moyen-terme,
et leur répartition entre les différents modes de transport, une loi de programmation permet
aussi d?attirer plus aisément des investisseurs privés pour financer des projets d?infrastructures.
La répartition des financements doit par ailleurs être affinée pour rendre visibles ceux
consacrés au fret et ceux consacrés au transport de personnes.
Cette loi de programmation doit aussi conduire à une priorisation des crédits publics en
direction des projets les plus mûrs et transversaux, des projets ne portant pas de rentabilité
immédiate ou des projets présentant un niveau de risque élevé au démarrage, afin
d?encourager le secteur privé à investir dans les infrastructures. A l?image des autres ateliers, la
régénération et la modernisation du réseau existant ont souvent été identifiées comme des
actions prioritaires.
Enfin, le recours aux financements européens doit être renforcé. Sur la période 2021-2027, le
mécanisme pour l?interconnexion en Europe (MIE) était doté de 33,7 Md¤ dont 25,8 Md¤ pour
le secteur des transports. Il importe de mobiliser davantage ces sources de financement et de
plaider pour une orientation du futur cadre financier 2028-2034 autour de priorités françaises
(terminaux multimodaux, infrastructures de recharge, etc.). De la même manière, des
financements européens peuvent être recherchés pour financer la mobilité militaire dont
l?importance est rappelée dans le dernier Livre Blanc de la Commission européenne de mars
2025.
4 Hors coût de raccordement au réseau électrique et reconstitution des places perdues sur les aires d?autoroute.
5 Étude conjointe Enedis, Vinci Autoroutes, Total Energie ? Electrification de la mobilité lourde longue distance.
Ambition France Transports
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2.2. Le financement des infrastructures linéaires
2.2.1. Les recettes des leviers fiscaux nationaux à affecter
La mobilisation de leviers fiscaux nationaux constitue la source de financement la plus simple
et importante en volume pour les infrastructures linéaires, qui concentrent également la
majorité des besoins. Sans que de nouveaux dispositifs fiscaux soient envisagés, il s?agit ici de
mieux mobiliser les dispositifs existants ou à venir, affectant déjà le secteur, à l?investissement
dans les infrastructures de transport. Le refus d?une taxation supplémentaire a ainsi été
exprimé par les acteurs, en particulier les transporteurs. En effet, pour ceux-ci, une
contribution environnementale existe déjà. Ceux-ci contribuent déjà via le paiement d?une
part de TICPE (accise sur les énergies), qui devrait progressivement laisser place au système
d?échange de quotas d?émissions carbone (SEQE/ETS) 2, le nouveau marché carbone entrant
en vigueur à partir de 2027 et devant couvrir désormais le secteur du transport routier.
Plusieurs solutions peuvent alors être envisagées :
? une meilleure affectation des recettes : s?agissant des recettes issues de la mise en
oeuvre de ETS2 (SEQE-UE 2), sur les 300 Md¤ de recettes attendues entre 2027 et 2032
(avec de fortes incertitudes selon les prix du marché), la France bénéficierait de 16 %
du total, soit 48 Md¤. Ces fonds devant être alloués, entre autres domaines, au
financement de mesures de soutien aux acteurs vulnérables et au développement de
la mobilité à faibles émissions, il pourrait être envisagé d?en utiliser une partie pour
financer le fret ;
? il en va de même des recettes de la TICPE, en particulier la fin du remboursement
partiel de l?accise sur les énergies (ex-TICPE). La loi Climat et Résilience de 2021 prévoit
la suppression de ce remboursement partiel à l?horizon 2030 mais le conditionne à
plusieurs facteurs, en particulier la disponibilité de l?offre de véhicules électriques et
réseaux d?avitaillement, ou encore le soutien renforcé à la transition énergétique du
transport routier. Cette suppression pourrait générer un gain d?environ 1,6 Md¤ pour
l?Etat en 2030 ;
? les recettes issues des péages autoroutiers, avec la fin progressive des concessions
autoroutières. La fiscalité sur les péages ne sera toutefois pas disponible dans les
prochaines années, les premières concessions n?arrivant à échéance qu?en 2031. Bien
que la captation d?une partie des recettes issues des péages constitue un prérequis
pour renforcer les financements dédiés au fret, un équilibre entre maintien de
financements dédiés à la route et financements nouveaux pour le ferroviaire et le fluvial
devra être trouvé ;
? la redevance hydraulique pourrait enfin être davantage mobilisée afin de financer les
infrastructures fluviales, comme recommandé par la Cour des Comptes en février 2025.
Bien que le plafond ait déjà été relevé à 160 M¤ à compter de 2027 (contre 127,5 M¤ en
2023), il risque toutefois de limiter les recettes supplémentaires en écrêtant le
rendement de la taxe. Une suppression du plafond est ainsi suggérée par la Cour et
pourrait constituer une source de financement intéressante pour le financement du
réseau fluvial, et permettrait également de reconnaitre la contribution des ouvrages de
navigation à la gestion quantitative de l'eau dans les territoires ;
? une taxation des colis pourrait aussi être mise en place, dont le périmètre devra être
circonscrit (livraisons à domicile en zone urbaine émanant des grands opérateurs du e-
Ambition France Transports
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commerce). Ce dispositif s?insérerait dans un plan plus global (prix minimum pour les
retours, visibilité du coût de la livraison, etc.) visant à orienter les comportements des
consommateurs. Par ailleurs, les recettes fiscales générées pourraient être affectées aux
infrastructures de fret ou bien au verdissement des flottes de transport de
marchandises.
Enfin, rappelons que les collectivités peuvent d?ores et déjà mettre en place une taxation
poids-lourds facultative (exemple du « R-Pass » mis en place par la collectivité européenne
d?Alsace). Celle-ci doit se faire de façon concertée avec les représentants des fédérations de
transport et des autres filières économiques. L?éventuel déploiement de telles taxations à plus
grande échelle (nouvelles régions rejoignant le dispositif) nécessiterait toutefois une
coordination nationale, pour conserver une certaine lisibilité du dispositif entre les territoires.
2.2.2. Des engagements des collectivités et du secteur privé
Les infrastructures linéaires pourraient aussi être financées par des engagements accrus des
collectivités territoriales, en particulier pour les lignes de desserte fine du territoire (LDFT), en
complément du conventionnement direct avec des acteurs privés pour certaines voies
capillaires de fret. Le soutien des Régions est ainsi primordial pour assurer le financement et
l?entretien de ces réseaux, et doit être mis en oeuvre conformément aux engagement pris dans
le cadre des plans État-Région.
Le secteur privé pourrait, quant à lui, être associé grâce à divers montages financiers innovants
qui pourraient prendre la forme de sociétés de projets, sur le modèle de la Société des Grands
Projets.
2.3. Le financement des infrastructures de recharge
Les infrastructures de recharge pourraient bénéficier de diverses sources de financement en
particulier :
? La mise en place d?un dispositif de soutien pour la recharge publique en itinérance. En
effet, alors que la recharge au dépôt bénéficie d?un taux réduit de TICFE, la recharge
publique en itinérance n?en bénéficie pas, tandis qu?il n?existe pas d?équivalent au
remboursement partiel de TICPE pour les poids lourds électriques ;
? L?instauration d?une modération de loyers sur le foncier public, afin de favoriser
l?installation de bornes, la disponibilité et le coût du foncier étant des facteurs limitant
dans le déploiement du réseau ;
? Le maintien des dispositifs extra-budgétaires pour l?ensemble de la recharge, y compris
au dépôt, qui contribuent à amortir le véhicule électrique et les dispositifs de recharge
associés. Le système IRICC, qui prendra le relais de la TIRUERT en 2026, pourrait par
exemple être mobilisé et ajusté (coefficient multiplicateur pour la contribution de
l?électricité aux objectifs GES, fixation d?un mandat minimum pour les crédits
d?électricité au sein de l?IRICC) ;
? La révision du décret n° 2021-1177 qui encadre le choix des opérateurs de bornes de
recharge sur autoroute. Dans le cadre de nouveaux appels d?offre, il pourrait être
intéressant de supprimer les redevances fixes, d?effectuer des appels d?offres distincts
entre pétrole, boutique et IRVE, d?adapter le dimensionnement initial, et de permettre
la reprise ou le remboursement des biens non-amortis à la fin de la concession en cas
de réinvestissement.
Ambition France Transports
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Cet effort doit concerner les infrastructures de recharge du transport routier mais aussi celles
du transport fluvial, qui fait face à des besoins pour (i) assurer le branchement à quai sur les
zones de stationnement et de chargement/déchargement, et (ii) assurer une partie de la
navigation.
2.4. Le financement des infrastructures nodales
En matière d?infrastructures nodales, plusieurs pistes ont émergé lors des travaux de l?atelier,
notamment autour de la diversification et la mobilisation de nouveaux financements :
? Une meilleure valorisation du foncier (cf. infra) dans le cadre d?une boucle vertueuse
qui nécessite de donner aux opérateurs de terminaux les outils et les formes juridiques
permettant de préserver et développer leur foncier de manière souple et agile ; Parmi
ces outils et formes juridiques, figurent en particulier la possibilité pour les opérateurs
de terminaux et ports intérieurs de mettre des sociétés de projet, facilitant la
mobilisation de financements publics / privés et pouvant se traduire par des prises de
participation des collectivités au capital de ces sociétés ; ces sociétés peuvent aussi
permettre un recours facilité à l?emprunt ;
? Une mobilisation des chargeurs, qui se traduirait notamment par le développement
d?un système national de certificats carbone « book and claim » pour les mobilités
économes en énergie et les poids lourds à faibles émissions. Complétant le dispositif
des nouvelles fiches CEE et de programmes de soutien à l?acquisition d?IRVE, ce
dispositif permettrait de soutenir le développement de véhicules à faibles émissions en
achetant des certificats, même si le chargeur ne bénéficie pas directement des services
du transporteur. Ce système pourrait être porté et financé par un programme CEE et
pourrait être élargi aux investissements dans les infrastructures multimodales
(capillaires, plateformes, etc.).
2.5. Le financement du verdissement des flottes
En matière de verdissement des flottes, la priorité exprimée par les acteurs des différents
modes, le verdissement des flottes concernant également les autres modes, en particulier le
mode fluvial, est celle de maintenir, stabiliser ou étendre les aides existantes. En effet, le
soutien public à l?achat de poids lourds électriques est constitué de plusieurs dispositifs, en
particulier : (i) les fiches CEE (certificats d?économie d?énergie) qui ont pris le relais des appels
à projets en 2025, (ii) les prêts à taux zéro ou encore (iii) le suramortissement, (iv) les
subventions publiques (par exemple, le plan d?aide à la modernisation et à l?innovation de la
flotte ? PAMI ? de VNF) Ces dispositifs gagneraient à être davantage utilisés, aucun
établissement ne commercialisant pour l?instant de PTZ-m, ou bien étendus aux modes
massifiés. Ces aides peuvent ainsi atteindre 53 000 ¤ pour l?achat d?un tracteur routier de 26
tonnes ou 35 000 ¤ pour un porteur de 19 tonnes.
Par ailleurs, les systèmes book and claim précédemment évoqués pourront être mis en place.
Enfin, les chargeurs pourraient accompagner la dynamique de verdissement du parc en se
fixant des trajectoires de décarbonation, dont le mécanisme, évoqué supra, doit être précisé
et testé.
Ambition France Transports
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3. Soutenir la chaîne logistique et ses évolutions : un enjeu allant au-delà des seuls
financements destinés aux infrastructures
3.1. Des voies nouvelles à imaginer pour faire évoluer les chaînes logistiques : agir sur la
demande
Si la décarbonation du transport passe par les infrastructures, linéaires ou nodales, qu?il
convient de financer, elle nécessite toutefois d?accompagner l?évolution des chaînes
logistiques, jusqu?alors majoritairement routières. En effet, l?offre d?infrastructures,
notamment massifiés, n?implique pas automatiquement le recours accru aux services
ferroviaires et fluviaux, le choix modal dépendant des chargeurs, eux-mêmes pris dans un
système de contraintes, au premier rang desquelles celles imposées par leurs clients, et in fine
par les consommateurs. Il est donc essentiel d?inciter les chargeurs et au-delà les
consommateurs à des changements de comportements.
3.1.1. Amplifier la mobilisation de l?ensemble de la chaîne pour la décarbonation : le rôle
des chargeurs
Au-delà des transporteurs, l?ensemble des parties prenantes des chaînes logistiques
pourraient amplifier leur contribution à l?objectif de décarbonation, plusieurs mécanismes
pouvant être imaginés. Les chargeurs en particulier, c?est-à-dire les propriétaires de la
marchandise qui génèrent la demande de transport, pourraient être incités à s?engager plus
avant encore dans la voie de la décarbonation. Cet objectif pourrait passer par plusieurs
dispositifs, incitatifs ou contraignants.
Le principal dispositif, devant toutefois faire l?objet de travaux complémentaires, consisterait
en une formalisation des trajectoires de décarbonation pour les chargeurs, en particulier les
plus importants (assujettis à la directive CSRD), sur la base des dépenses de transport
commandées à un transporteur et réalisées par transport massifié ou avec des véhicules
décarbonés/électriques avec comme critère de référence la baisse des GES. Le recours à ce
type de transport ferait l?objet d?un certificat remis par le transporteur, permettant
d?objectiver le recours du chargeur à un transport décarboné. Un tel dispositif nécessiterait
une première phase pilote, pour confirmer sa pertinence et vérifier son opérationnalité, en
articulation avec le dispositif « fret21 » (dispositif labellisé « engagement volontaire pour
l?environnement ? transport logistique »). Par la suite, une diffusion plus large pourrait être
envisagée, avec un potentiel caractère semi-contraignant : le renforcement de l?incitation à
recourir à un transport décarboné pourrait ainsi passer par la mise en place de pénalités, en
cas de non-respect de la trajectoire.
Un tel dispositif nécessiterait par ailleurs la mise en place d?un dispositif miroir pour le transport
en compte propre réalisé au sein de certaines entreprises, afin de garantir une équité de
traitement entre les acteurs. Le dispositif de certificat pourrait être amendé dans ce cas, avec
un mécanisme de calcul de la part de transport décarboné tenant compte du parc électrique
de l?entreprise et de la mobilisation de ces véhicules pour assurer les flux logistiques.
Dans le même esprit, les frais de manutention et de stationnement sur les ports pourraient être
facturés aux donneurs d?ordre (compagnies maritimes).
La commande publique est également un levier important de décarbonation du transport. Les
pouvoirs publics sont en effet un commanditaire « chargeur » important, et la mise en place
Ambition France Transports
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de critères relatifs à une offre de service de transport décarboné dans le cadre des marchés
publics, et l?intégration de critères hors-prix dans le l?évaluation des offres, pourrait ainsi
permettre de valoriser les transporteurs ayant réalisé des investissements pour décarboner leur
flotte, ou susciter les propositions mobilisant des solutions multimodales. Cette prise en
compte s?inscrirait pleinement dans le cadre de la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative
à l?industrie verte, qui prévoit que les marchés publics prennent en compte des critères
environnementaux dès juillet 2024.
Enfin, l?accompagnement au changement des choix modaux des chargeurs passe par la mise
en place de formations à la multimodalité pour les acheteurs, afin que ceux-ci aient recours y
compris à des schémas de transport plus complexes, multi-acteurs, mais tout aussi efficaces :
un guichet partagé d?expertise, opéré par les fédérations (chargeurs / transporteurs /
commissionnaires) pourrait ainsi permettre d?identifier et mobiliser un réseau d?experts pour
accompagner sur le temps long le recours aux modes massifiés ; ce dispositif de guichet
partagé d?expertise pourrait également réunir sur une plateforme unique les aides publiques
disponibles en matière de fret et de logistique et devenir un guichet intermodal. La
sensibilisation des commissionnaires de transport est également essentielle, pour que la
profession propose systématiquement des solutions intégrées ; le programme CEE de
sensibilisation « ReMoVe » porté par l?ADEME est à cet égard un dispositif pertinent de soutien
au report modal, et doit être maintenu.
Notons de plus que de multiples actions des fédérations de transporteurs en soutien à la
multimodalité ont par ailleurs été mises en oeuvre, et l?engagement continu du secteur en ce
sens est une condition sine qua non pour assurer la réussite du report modal.
3.1.2. Enfin, la décarbonation des chaînes logistiques passe aussi par une prise de
conscience des consommateurs, et une évolution des pratiques.
Le développement d?un « fast shipping » aux côtés de ce qui est qualifié de fast fashion met
sous tension les chaînes logistiques, et éloigne le consommateur des réalités et des impacts du
transport de colis. Les offres de livraison gratuite, le retour offert pour les colis, ou encore la
possibilité de se faire livrer en moins de 24 heures n?importe quel objet, sans frais
supplémentaire, contribuent à multiplier les envois, les contraintes qui pèsent sur le
transporteur du dernier kilomètre, et les impacts sur la société, sans que le consommateur en
prenne la pleine mesure.
Plusieurs outils visant à faire évoluer le comportement des consommateurs peuvent par
conséquent être mobilisés :
? l?obligation de rendre visible le prix de livraison, qui ne peut être égal à zéro, avec un
prix de vente potentiellement plus faible mais mettant en avant les frais de port ;
? la fixation d?un prix minimum pour les retours, afin là aussi de mettre en avant le coût
du transport ;
? la mise en place d?une taxe colis pour les livraisons urbaines à domicile par les plus
grosses plateformes de e-commerce, incitant à réorienter les flux vers les points relais,
et dont le produit pourrait lui aussi permettre de contribuer au financement de la
décarbonation des transports.
Ambition France Transports
- 14 -
3.2. Préserver le foncier logistique
Le transport et la logistique sont par essence inscrits dans l?espace. Ils marquent les territoires
et sont influencés par eux en retour, via la localisation des lieux de génération et de réception
des flux, mais aussi celles des lieux de massification que sont les plateformes et les terminaux
portuaires. Surtout, la performance économique et écologique de la chaine logistique repose
en grande partie sur le maillage du territoire par les plateformes logistiques. Favoriser
l?implantation des entrepôts au barycentre des flux de marchandises pour favoriser la
massification des flux, encourager le développement de plateformes logistiques multimodales
à proximité ou embranchées fer et/ou fluvial : voilà qui doivent constituer des priorités pour
une chaine logistique durable et compétitive. L?enjeu du foncier est donc crucial, au-delà de la
possible contribution de sa valorisation au financement déjà évoquée précédemment.
Plusieurs dispositifs existent déjà pour sécuriser le foncier logistique et sanctuariser des
espaces spécifiques pour le développement de ces activités. Peuvent notamment être
mentionnés :
? la possibilité d?intégrer au sein des documents d?urbanismes (PLU-PLUi notamment) une
sanctuarisation du foncier dédié à la logistique urbaine à moyen terme (zone dédiée à
la logistique urbaine au sein du zonage, ou intégration de celle-ci dans les orientations
d?aménagement et de programmation) ;
? l?adoption dans les règlements d?urbanisme des communes de « ratio logistique », la loi
d?orientation des mobilités ayant renforcé cette possibilité en permettant « d?imposer
la réalisation d?aires de livraison ».
3.2.1. Planifier le foncier logistique : un enjeu de premier ordre
La rareté du foncier disponible, a fortiori dans un contexte de ZAN, impose en premier lieu de
planifier le foncier logistique existant, et les besoins à venir, à différentes temporalités, dans le
cadre d?un schéma directeur national.
Cette planification nécessite un engagement de l?ensemble des parties prenantes, pour
déterminer au mieux les priorités entre développement d?implantations existantes et création
de nouvelles plateformes.
L?objectif de ce schéma directeur n?est en aucun cas de planifier toutes les installations
logistiques. En revanche, ce travail, qui doit nécessairement intégrer l?Etat, les collectivités
locales et les acteurs économiques et logistiques, doit permettre d?identifier de grandes zones
industrialo-logistiques facilitant la massification des flux, en s?appuyant sur les corridors
existants (ports maritimes et fluviaux, axes ferroviaires, projets type Canal Seine Nord etc.).
Ces zones pourraient ainsi bénéficier de dérogations au ZAN compte tenu de leur apport en
matière de décarbonation de la chaine logistique, et de facilitations d?implantation (réduction
des délais, facilitation des procédures).
3.2.2. Sanctuariser le foncier logistique dans le contexte de la zéro artificialisation
nette
La loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la
résilience face à ses effets prévoit un double objectif pour limiter l?artificialisation des sols :
une réduction du rythme de l?artificialisation (baisse de moitié sur les dix années suivantes), et
en 2050, l?atteinte de l?objectif de zéro artificialisation nette (ZAN).
Ambition France Transports
- 15 -
Afin de garantir le développement des chaînes logistiques et leur adaptation aux nouveaux
besoins, des demandes d?aménagement de la loi ZAN sont portées par les acteurs, avec
plusieurs propositions :
? bonifier le foncier destiné à accueillir des infrastructures de fret dans l?approche ZAN,
avec notamment l?inscription du foncier logistique, notamment quand il encourage une
logistique massifiée (proximité des corridors, implantations sur des ports maritimes et
fluviaux ou le long des grands projets type canal seine nord), sur le compte des projets
nationaux plutôt que sur le compte des projets régionaux ;
? permettre la préservation et le développement des emprises foncières dans les
plateformes multimodales et les terminaux, en permettant par exemple un droit de
préemption ou de priorité pour les opérateurs de ces plateformes et terminaux
lorsqu?un terrain est mis en vente. Alternativement, développer des synergies entre
collectivités et plateformes logistiques, pour exercer ce droit de préemption via le
pouvoir de la collectivité ;
? accompagner la reconquête foncière par la création d?un fonds national alimenté
notamment par la redevance foncière, ce fonds pouvant ensuite être mobilisé pour le
développement et l?extension de nouvelles zones logistiques.
3.2.3. Faciliter l?exploitation de ce foncier par les opérateurs de plateformes et de
terminaux multimodaux
Plusieurs grands axes sont ainsi à renforcer, avec avant tout une simplification de l?installation
de nouveaux acteurs sur les plateformes multimodales et les terminaux, qui passe par des
normes simples et lisibles.
Par ailleurs, dans l?objectif de faire de l?exploitation du foncier un levier de décarbonation, il
pourrait être envisagé de privilégier l?implantation de chargeurs et logisticiens mobilisant les
modes massifiés ou engagés dans la décarbonation, ce qui pourrait passer soit par des clauses
incitatives en matière d?occupation, soit par des ristournes sur les redevances d?occupation.
Des dispositifs plus contraignants, à l?image de pénalités ou de clauses de résiliation en cas de
non-respect de certains objectifs (recours aux modes massifiés, décarbonation) sont aussi
possibles, et pourraient permettre d?ajouter une dimension plus restrictive aux clauses
incitatives.
Enfin, des évolutions du modèle concessif pourraient permettre de mieux valoriser le foncier,
notamment au sein des plateformes et terminaux multimodaux ; de nouveaux outils juridiques,
y compris avec des formes juridiques permettant un fonctionnement plus agile et adaptable
pourraient ainsi être offerts aux ports intérieurs : ont ainsi été évoquées les sociétés de projet,
précédemment mentionnées ;
3.3. Mettre en place une gouvernance efficace des acteurs de la logistique et du fret, pour
maximiser les synergies entre acteurs publics et privés prenant part aux chaînes
logistiques
Enfin, l?atelier a mis en évidence la dimension multi-acteurs, tant des enjeux de financement
que de décarbonation, qui nécessite des évolutions de la gouvernance des parties prenantes
de la logistique et du fret, publiques comme privées. Cet enjeu de gouvernance se pose au
niveau territorial comme au niveau spécifique des terminaux.
Ambition France Transports
- 16 -
La gouvernance territoriale des chaînes logistiques nécessite une prise en compte à l?échelle
nationale et déconcentrée. Cette prise en compte peut passer :
? Au niveau national :
? par une loi de programmation visant à soutenir la complémentarité des modes
de transport et les investissements dans les infrastructures multimodales,
donnant de la visibilité aux acteurs ;
? par l?établissement d?un schéma directeur national logistique qui définit les
zones et axes logistiques à sanctuariser, en associant ministère et parties
prenantes de la logistique et de l?industrie ;
? par un renforcement de l?agence de financement des infrastructures de
transport (AFIT) et un suivi de la répartition de ses financements, avec par
exemple la mise en place d?un ratio pour les sommes dédiées respectivement
aux infrastructures de fret (tous modes), mixtes et aux infrastructures pour le
transport de personnes (tous modes).
? Au niveau territorial :
? engager (ou pérenniser là où elle existe, notamment dans le cadre du
programme INTERLUD+) une coordination de l?ensemble des parties prenantes,
privées et publiques, autour de chaque bassin économique et axe logistique,
pour créer un écosystème local intégré ;
? prendre en compte les besoins de la logistique et les préserver dans la
conception des services express régionaux métropolitains (SERM), afin de
garantir que le développement des SERM ne vienne pas obérer les sillons
ferroviaires dédiés jusqu?ici à la logistique, ou que ces nouveaux services express
ne viennent pas réorienter les investissements vers le transport voyageurs au
détriment du transport de marchandises ;
? renforcer la coordination y compris hors des zones prioritaires, à l?échelle des
bassins de vie, par des moyens souples et non contraignants.
Enfin, la gouvernance spécifique des terminaux nécessite une plus forte articulation
public/privé, permettant de mieux soutenir leur développement.
Cette gouvernance nécessite à la fois de renforcer les capacités des acteurs privés, et de mieux
inclure les collectivités territoriales.
Pour ce faire, l?adossement du développement des ports intérieurs à des outils plus souples et
réactifs dans leur gestion permettrait de faciliter leur activité. La création de sociétés de
projets (cf. supra) est ainsi une possibilité permettant de développer des projets ad hoc, en
créant des synergies entre acteurs autour de projets spécifiques.
Enfin, l?association des collectivités territoriales à la gouvernance des plateformes
multimodales et des terminaux portuaires pourrait être renforcée, y compris au travers de prise
de participation dans les sociétés de projets, afin de développer des liens plus étroits et des
incitations plus fortes de ces collectivités avec les acteurs de la logistique. Cela peut
notamment passer par :
Ambition France Transports
- 17 -
? l?insertion dans la gouvernance des plateformes d?élus locaux, pouvant avoir voix
consultative ou décisionnelle, afin de créer un sentiment commun et une volonté
partagée de développement économique du territoire ;
? l?assouplissement des règles juridiques de participation, notamment pour les structures
de droit privé, en permettant aux régions, communes et éventuellement départements
de monter au capital des sociétés gestionnaires de plateformes logistiques et terminaux
portuaires, pour aligner les intérêts des collectivités à la réussite de ces plateformes.
Ces éléments de gouvernance sont centraux, et si des dispositifs ont déjà commencé à émerger
(« stratégie fret logistique » dans certaines régions, schéma de cohérence logistique régional,
conférences régionales du fret de la logistique), capitaliser sur l?existant et construire autour
est un impératif, pour assurer un développement des systèmes de transport et de logistique
au service conjoint de la décarbonation et du dynamisme des territoires.
Ambition France Transports
- 18 -
ANNEXE
Les dispositifs à conserver, à ajuster ou à mettre en place
ANNEXES
ANNEXE I
Liste des auditions des ateliers de la conférence
Ambition France Transports
- 1 -
Atelier 1 ? Modèle économique des AOM et des SERM
Audition 1 : Inspection générale des finances (IGF) et Inspection générale de l?environnement
et du développement durable (IGEDD)
Audition 2 : Autorité de régulation des transports (ART)
? Thierry GUIMBAUD, Président
? Jordan CARTIER, Secrétaire général
Audition 3 : Laboratoire Aménagement Économie Transports (LAET)
? Pierre-Yves PÉGUY, Directeur
Audition 4 : SERM de Strasbourg
? Alain JUND, Vice-Président de l?Eurométropole de Strasbourg
? David VALENCE, Président de la commission Transport, déplacement et
infrastructure de la Région Grand Est
Audition 5 : I4CE
? François THOMAZEAU, Directeur de programme collectivités locales et adaptation au
changement climatique
Audition 6 : OCDE/ITF
? Stephen PERKINS, Conseiller au Forum International des Transports de l?OCDE
Audition 7 : SMTC du Territoire-de-Belfort
? Franck MESCLIER, Directeur général
Audition 8 : IDDRI
? Jean-Philippe HERMINE, Directeur de l'Institut Mobilités en Transition et chercheur
associé à l'IDDRI
? Simon LOUÉDIN, Analyste
Audition 9 : André BRUNO, Association mondiale de la route, membre du CS de TDIE
Audition 10 : SYTRAL Mobilités
? BRUNO BERNARD, Président
Audition 11 : Vinci Concessions
? Nicolas NOTEBAERT, Directeur général
Audition 12 : SERM de BORDEAUX
? Renaud LAGRAVE, Vice-Président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine
Audition 13 : Raymond DESCHAMPS, ancien directeur général de SYTRAL Mobilités
Ambition France Transports
- 2 -
Audition 14 : FUB / Réseau Vélo et Marche
? Céline SCORNAVACCA, co-présidente de la FUB
? Catherine PILON, co-directrice du Réseau Vélo et Marche
Audition 15 : Mission Bozio-Wasmer - Rapport « Les politiques d'exonérations de cotisations
sociales : une inflexion nécessaire » (2024)
? Étienne WASMER, économiste et co-auteur du rapport
Audition 16 : AMRF
? Luc MAUDET, secrétaire de l?AMRF 89 et maire des Vallées de la Vanne
Audition 17 : ECOV
? Thomas MATAGNE, Président
Audition 18 : Association Objectif RER Métropolitains
? Jean-Claude DEGAND, Porte-parole
Ambition France Transports
- 3 -
Atelier 2 ? Avenir des infrastructures routières
Audition 1 : DGITM et DIR
? Sylvain REALLON, sous-directeur du pilotage de l'entretien, de l'exploitation du
réseau routier national non concédé et de l'information routière
? Jérôme AUDHUI, sous-directeur de la stratégie d'aménagement et de modernisation
du réseau routier national
? Frédéric LECHELON, directeur de la DIR Ouest Bretagne Pays de Loire et animateur
du groupement des directeurs DIR.
Audition 2 : Cerema
? Pascal BERTHEAUD, directeur Général
? David ZAMBON, directeur Général Adjoint
Audition 3 : ADF et IDDRIM
? Nadège LEFEBVRE, présidente de l?ADF
? Philippe HERSCU, directeur des politiques de développement des territoires de l'ADF
? Jérôme WEYD, directeur Général de l?IDDRIM
Audition 4 : AMF et Intercommunalités de France
? Frédéric CUILLERIER, co-présidents de la commission Transports, Mobilités, Voiries de
l?AMF
? Sylvain LAVAL, co-présidents de la commission Transports, Mobilités, Voiries de l?AMF
? Carole ROPARS, responsable du pôle Environnement et Aménagement et Conseillère
Urbanisme, Mobilités, Gestion des risques chez Intercommunalités de France
Audition 5 : DGITM
? Estelle CHEVALLIER, sous-directrice adjointe des financements innovants et du
contrôle des concessions d'autoroute
Audition 6 : table ronde fédérations professionnelles
? Florence Berthelot, déléguée Générale de la Fédération Nationale des Transports
Routiers (FNTR)
? Olivier Poncelet, délégué Général de l?Union TLF
? Jean-Marc Rivera, délégué Général de l?Organisation des Transporteurs Routiers
Européens (OTRE)
Audition 7 : ART
? Thierry Guimbaud, président de l?ART
Ambition France Transports
- 4 -
? Nicolas Wagner, directeur du transport routier de voyageurs et des autoroutes de
l?ART
? Jordan Cartier, secrétaire général de l?ART
Audition 8 : Routes de France
? Jean-Pierre PASERI, président
? Alexandre ROUFFIGNAC, délégué général
Audition 9 : GART
? Alexandre MAGNY, directeur général
? Louis NEGRE, président
? Raphaël KRUG, directeur intermodalité at aménagement de l?espace public
Audition 10 : Familles rurales
? Céline KASTNER, Mobilité Club France
? Elsa COHEN, Familles rurales
Audition 11 : NGE Concessions
? Thierry BODARD, président de NGE Concessions
? Cédric BOURDAIS, directeur-adjoint de la maîtrise d?ouvrage
Audition 12 : Eiffage
? Camille Bonenfant-Jeanneney, présidente des concessions autoroutières chez Eiffage
Audition 13 : ATMB / SFTRF
? Christophe CASTANER, président des conseils d?administration d?Autoroutes et
Tunnel du Mont Blanc et de la Société française du tunnel routier du Fréjus
Audition 14 : SANEF
? Arnaud QUEMARD, directeur général du groupe Sanef
Audition 15 : Vinci Concessions
? Nicolas NOTEBAERT, directeur général de Vinci Concessions
? Sabine GRANGER, directeur général de Vinci Autoroutes
? Blaise RAPIOR, DGA de Vinci Autoroutes et DG de Escota
Audition 16 : TDIE
? Thierry DALLARD, rapporteur du Conseil Scientifique de TDIE « Comment financer et
réaliser les investissements nécessaires à la transition écologique ? »
Ambition France Transports
- 5 -
Audition 17 : Meridiam
? Pierre-Emmanuel BELUCHE, directeur d?investissement
Audition 18 : Région Grand-Est
? Julien BECCHERLE, DGA Mobilités
Audition 19 : CE Alsace
? Laurent DARLEY, DGA Environnement à la communauté européenne d?Alsace,
? Jean-Philippe MAURER, 7ème Vice-Président de la Collectivité européenne d'Alsace,
en charge des réseaux et mobilités
Audition 20 : DGITM
? Rodolphe GINTZ, directeur général des infrastructures, des transports et des
mobilités
? Estelle CHEVALLIER, sous-directrice adjointe des financements innovants et du
contrôle des concessions d'autoroute
Audition 21 : Caisse des Dépôts
? Pierre Aubouin, directeur adjoint de l?investissement de la Banque des Territoires à la
Caisse des Dépôts
? Bastien Champion, responsable du développement des prêts au Secteur Public Local
dans la direction des Prêts
Audition 22 : TDIE
? Yves CROZET, économiste
Audition 23 : DGITM (Direction des Mobilités Routières)
? Eric OLLINGER, chef du Département de la transition écologique, de la doctrine et de
l'expertise technique
? André HORTH, Département de la transition écologique, de la doctrine et de
l'expertise technique, pôle Lyon
Audition 24 : ASCA
? Sébastien MARTENS, président du bureau de l'ASCA et directeur de Sodiplec, la
société gestionnaire des aires d?autoroutes E. Leclerc
Audition 25 : Total Energies
? Stéphane CHAMBON, directeur des Affaires Publiques et Comptes Stratégiques pour
la mobilité et les nouvelles énergies
? Lorenzo ANTOGNOLI, directeur du développement construction de maintenance
pour le réseau de station-service Total en France
? Pascal MANUELLI, directeur Réglementation Advocacy & Représentation
Ambition France Transports
- 6 -
Audition 26 : Willkie Farr & Gallagher
? Me Thierry LALOUM, avocat, département Droit public et environnement
Ambition France Transports
- 7 -
Atelier 3 ? Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs
Audition 1 : SNCF Réseau
? Mathieu CHABANEL, président-directeur général de SNCF Réseau
Audition 2 : Groupe SNCF
? Laurent TREVISANI, directeur général délégué Stratégie Finances
Audition 3 : Commission européenne
? Matthias RUETE, coordinateur du déploiement de l?ERTMS
Audition 4 : Inspection générale des finances (IGF) et Inspection générale de l?environnement
et du développement durable (IGEDD)
Présentation du rapport sur la tarification et le financement du réseau ferré national (février
2024)
Audition 5 : Transdev
? Alix LECADRE, directrice des opérations ferroviaires France
Audition 6 : François PHILIZOT
Présentation du rapport sur les petites lignes (2020)
Audition 7 : AGIFI
? Valérie VESQUE-JENCARD, présidente
Audition 8 : Meridiam
? Pierre-Emmanuel BELUCHE, directeur d?investissement
Audition 9 : Plateforme services et infrastructures du Nord
? Patrick LAMBERT, président
Audition 10 : Réseau Action Climat
? Alexis CHAILLOUX, responsable transports (aérien et ferroviaire)
Audition 11 : TDIE
? Thierry DALLARD, rapporteur du Conseil Scientifique de TDIE « Comment financer et
réaliser les investissements nécessaires à la transition écologique ? »
Audition 12 : LAET
? Alain BONNAFOUS, professeur honoraire de l'Université de Lyon
Audition 13 : ART
? Thierry GUIMBAUD, président de l?ART
? Jordan CARTIER, secrétaire général
Ambition France Transports
- 8 -
Audition 14 : Commission européenne
? Eric VON BRESKA, directeur "investissements, transports durables et innovants"
Audition 15 : Syntec-Ingénierie
? Michel KAHAN, président de Syntec-Ingénierie
? Philippe PONS, président du bureau Infrastructures de Syntec-Ingénierie
? Christophe LONGEPIERRE, délégué général
Audition 16 : SETVF
? Philippe ROCHER, de la société UNIFER, Président du SETVF
? Romuald HUGUES, de la société TSO, Trésorier du SETVF
Audition 17 : NGE, LISEA, Eiffage
? Thierry BODARD, directeur général adjoint du groupe NGE
? Lionel EPELY, président de LISEA
? Camille BONENFANT-JEANNENEY, présidente des concessions autoroutières
d?Eiffage
? Jean-Matthieu DE LAFERRIERE, directeur du Pôle Ferroviaire chez Eiffage Concessions
Audition 18 : SNCF Voyageurs
? Christophe FANICHET, président-directeur général de SNCF Voyageurs
Audition 19 : AFRA
? Solène GARCIN-BERSON, déléguée générale
Audition 20 : Trenitalia France
? Marco CAPOSCIUTTI, président
? Anne-Cécile DELBES, directrice des affaires juridiques
? Alexandre MOLINA, directeur des affaires institutionnelles
Audition 21 : Le Train
? Alain GETRAUD, directeur général
? Catherine PIHAN-LE BARS, directrice générale adjointe aux opérations
Audition 22 : Kevin Speed
? Laurent FOURTUNE, associé et président
? Oscar DONNEAUD
Ambition France Transports
- 9 -
Atelier 4 ? Report modal et transport de marchandises
Audition 1 : Association Française du Rail (AFRA)
? Alexandre GALLO, président
? Solène GARCIN-BERSON, déléguée générale
Audition 2 : Groupement National des Transports Combinés (GNTC)
? Aurélien BARBE, délégué général
Audition 3 : Meridiam
? Pierre-Emmanuel BELUCHE, directeur d?investissement
Audition 4 : AVERE France
? Clément MOLIZON, délégué général
Audition 5 : Charge France
? Jean BARYLA, secrétaire général de Fastned
? Didier LIAUTAUD, PDG d?Engie Vianeo
ANNEXE II
Liste des cahiers d?acteurs déposés sur la plateforme de la
conférence
Ambition France Transports
- 1 -
Alliance 4F UNECTO Intercéréales
Alliance pour la décarbonation de la route UTPF Réseau vélo et marche
ALTRO OTRE Routes de France
AFPI Objectif OFP Unipef
AFRA Entreprises fluviales de France Union sport et cycle
ASFA FNTP UTPF
AGIR Transport FNTV UPF
ANATEEP Fédération Professionnelle de Cyclo logistique Union TLF
AVERE
Fédération des Usagères et des usagers de la
Bicyclette et Réseau Vélo et Marche
UPMF
AUTF Fédération des Industries Ferroviaires STRRES - Les réparateurs d'ouvrages d'art
AUTAUT Fédération des Syndicats Mixtes de Mobilités
Chambre de Commerce et d'Industrie de
l'Aude
AGIFI
FEDERATION DES ELUS DES ENTREPRISES
PUBLIQUES LOCALES
CCI HERAULT
ASSOCIATION DES ACTEURS DU VELO
PUBLIC
Fer de France
Chambre de Commerce et d'Industrie des
Pyrénées-Orientales
Charge France FNAUT CESER de Bretagne
Cluster Chargeurs Seine-Escaut France Logistique CESER Centre-Val de Loire
Confédération des grossistes de France - CGF Finance Mobilité
Collectif de Défense des Gurmençonnais et des
Communes Riveraines
CSIAM (Chambre syndicale internationale de
l'automobile et du motocycle)
Filière des acteurs de la mobilité inclusive,
solidaire et durable
Communautés d'agglomération : Grand
Périgueux, Agglo de Brive et Tulle Agglo
GART NGE
Communauté d'Agglomération Béziers
Méditerranée
Ambition France Transports
- 2 -
Communauté d'agglomération Hérault
Méditerranée
Eurométropole de Strasbourg Sète
Communauté de Communes du Haut-Béarn MAIRIE D'AGNOS
Syndicat Mixte des Mobilités de l'Aire
Grenobloise
Commune d'Ablon-sur-Seine Maire de BORCE (64490) Tisséo Collectivités
Commune de BEDOUS MAIRIE D'OLORON STE-MARIE Val de Garonne Agglomération
Commune de Cette-Eygun Montpellier Méditerranée Métropole Ville de Paris
Commune de Lourdios-Ichère Métropole de Lyon + SYTRAL Mobilités AuRAil
Commune Préchacq Josbaig Nouvelle Aquitaine Mobilités ANGOULIM
COMMUNE DE SARRANCE
OBSERVATOIRE REGIONAL DES TRANSPORTS
OCCITANIE
ASSOCIATION DES USAGERS DES
TRANSPORTS D'AUVERGNE
Conseil Départemental de l'AUDE
Perpignan Méditerranée Métropole
Communauté Urbaine
ASSOCIATION URGENCE LIGNE PARIS
ORLEANS LIMOGES TOULOUSE
Conseil Départemental de la Nièvre Port de Sète Sud de France
Comité de sauvegarde et de développement
des lignes ferroviaires du Tréport-Mers
Conseil départemental de la Haute-Garonne Pôle métropolitain du Genevois français Collectif d'usagers TER Bretagne Sud
Conseil Départemental des Pyrénées-
Orientales
PYRENEES BIEN COMMUN Collectif des trois sociétés des lignes nouvelles
Conseil régional Nouvelle-Aquitaine Région Auvergne-Rhône-Alpes Lignes à Défendre
Coordination ferroviaire bretonne
(COFERBZH)
Région Bretagne - MEDEF Bretagne LINEA FIGUERAS PERPIGNAN SA (LFP)
DEPARTEMENT DES LANDES Région Grand Est LGVEA
Département de la Haute-Loire Région Normandie Retour du Train des Volcans
Département du Val d'Oise Région Occitanie
Fédération Agir pour la ligne Clermont Ferrand
? Le Mont Dore ? Ussel ? Tulle
GRAND NARBONNE communauté
d'agglomération
Saint-Etienne Métropole Usagers des transports du haut Allier
Ambition France Transports
- 3 -
SGPSO Logistique durable & territoire Secteur CGT Cheminots Limoges
Société de la Ligne Nouvelle Provence Côte
d'Azur
Mobilité durable & territoires Syndicat CGT cheminots Carcassonne
SOCIETE DE LA LIGNE NOUVELLE
MONTPELLIER-PERPIGNAN
PROMOFLUVIA ADEME
Alliance Ecologique et Sociale Réseau européen #enTrain CEREMA
Agir pour le fluvial
Union pour la Gratuité et le Développement
des Transports publics
Institut des Routes, des Rues et des
Infrastructures pour la Mobilité - IDRRIM
Association SCICA SOS Gares A2 Consulting
Association Respire et Clean Cities SOS BORDS DE SEINE AI Cargo
ADN Mobilités - Association française des
plateformes de distribution numérique de
titres de transports et de mobilités
60 Millions de Piétons Amazon France
Convergence Nationale Rail 1km à pied APRR
Démocrates pour la planète
CGT Cheminots Alpes - CGT Cheminots de
Chambéry - CGT Transports Alpes - CGT Union
Départementale Savoie - ADTC Savoie, membre
de la FNAUT - PCF Savoie - PCF du Bassin
Chambérien - PS Savoie
Akiem
La Déroute des routes CFDT Cheminots Bentley Systems
Laboratoire de la mobilité inclusive Fédération SUD-Rail Bouygues Construction
Eurosud TEAM
FGTE-CFDT Fédération générale CFDT
Transports & Environnement
Ecov
EFFET DE SERRE TOI-MÊME ! FGTE-CFDT EASYPARK
France Nature Environnement Fédération CGT des cheminots Esterifrance
Fougères Rennes En Train UNSA Ferroviaire & UNSA Transport Egis
Ambition France Transports
- 4 -
EY Neology Vinci Autoroutes
EONA-X Orange Vinci Concessions
EIFFAGE Route Oxera Consulting (France) LLP VINCI Railways
FERLIOZ RAILPOOL Weenlo (CRC Services)
Financière Eiffarie Renault Trucks WIMOOV
Groupe SNCF syntec ingénierie Collectif de 39 parlementaires
IMERYS SANEF COORDINATION DES ELUES ECOLOGISTES
Karos SARA
Collectif de députés pour le financement des
infrastructures ferroviaires et routières et la
décarbonation des transports
Kevin Speed SEMOP Port-La Nouvelle
Députés (Peio Dufau, Bérenger Cernon et Olga
Givernet) - MI ferroviaire - CDDAT Assemblée
Nationale
LE TRAIN tbmaestro SA
Groupe UDI, Centristes et apparentés - Région
Auvergne-Rhône-Alpes
Lasaire TDIE Groupe Socialistes et apparentés
LIBRA ADVICES T&E France
Parti Communiste Français- commission
mobilités
LISEA TK'Blue Agency
CY Cergy Paris Université - Master 1, Transport,
Territoires et Environnement
LOHR Trans-Missions Eurofima
Mundys Transdev European Clean Transport Network (ECTN)
Mobil'in Pulse The Signalling Company Experts
MOBILIANS Trenitalia France
METACAR MOBILITY SYSTEMS TRANS.CITE
ANNEXE III
Journée Innovation du 23 juin 2025
Ambition France Transports
- 1 -
Journée Innovation du 23 juin 2025
Objectif de la journée
La Journée de l?innovation pour les transports, organisée le 23 juin 2025, a réuni les acteurs
d?Ambition France Transports ainsi que l?ensemble de l?écosystème de l?innovation du secteur.
Cette rencontre avait pour ambition de coconstruire, dans un esprit d?ouverture et de
collaboration, une feuille de route partagée de l?innovation pour les transports.
La matinée a été rythmée par des présentations inspirantes d?experts, tandis que l?après-midi
a permis d?explorer, à travers des ateliers en petits groupes, les visions prospectives à l?horizon
2040 et les trajectoires possibles pour y parvenir.
L?objet du présent document est de restituer les temps forts de la journée et de proposer une
base pour ce qui pourrait devenir une future stratégie de l?innovation pour les transports.
Environ 180 participants étaient présents, parmi lesquels de nombreux chefs d?entreprises et
représentants institutionnels, académiques et associatifs.
Interventions de la matinée
? Allocutions ministérielles : Philippe Tabarot, ministre chargé des Transports, a annoncé
le lancement de la 5e édition du programme Propulse1 mettant cette année l?accent sur
la qualité de service et l?expérience voyageur. Clara Chappaz, ministre chargée de
l?Intelligence artificielle et du Numérique, a présenté le dispositif « Osez l?IA », visant
notamment à accompagner les petites entreprises dans leur transformation
numérique.
? Keynotes sur les mobilités des personnes : Charlotte de Vilmorin a souligné l?urgence
d?accélérer l?accessibilité des transports publics pour les personnes à mobilité réduite.
Aurore Fabre Landry a alerté sur la dépendance des Français à la voiture individuelle et
la fatigue causée par la grande mobilité, tout en mettant en avant le potentiel des
mobilités actives combinées aux transports en commun pour répondre aux besoins
quotidiens d?une large partie de la population. Stéphane Schultz a conclu en rappelant
l'importance pour les acteurs de travailler en coalitions public-privé afin de résoudre
les problèmes complexes que pose la décarbonation de la mobilité.
? Table ronde sur l?intelligence artificielle dans les transports : trois cas d?usage ont été
présentés : l?optimisation des trajectoires des navires par l?IA (Yves de Montcheuil,
Syroco), l?amélioration de l?information voyageur (Morgane Castanier, SNCF Gares &
Connexions) et la vidéo-surveillance respectueuse de la vie privée (Quentin Barenne,
Wintics). David Krieff (ADP et EONA-X) a souligné la nécessité de créer des espaces
souverains, regrettant le retard européen dans ce domaine. Le sénateur Patrick Chaize
a insisté sur l?impératif de garantir la cybersécurité des systèmes.
1 Propulse est un programme sectoriel extra-financier et gratuit proposant à ses lauréats un accompagnement de
9 mois sur mesure visant à accélérer leur développement. Les projets aidés peuvent être portés par tous types
d?acteurs mais doivent avoir atteint au moins le stade du prototype prêt à être expérimenté.
Ambition France Transports
- 2 -
? Keynotes sur la mobilité intelligente et la mobilité partagée. Anne-Marie Idrac
(ancienne ministre, France Logistique) et Benjamin Beaudet (Bertolami) ont rappelé que
le développement des véhicules autonomes doit être réservé à des cas d?usage
collectifs, inclusifs et partagés, où la France fait valoir son expertise servicielle autant
que technologique. Thomas Matagne (Ecov) a présenté le concept de lignes de
covoiturage, positionnées comme une forme de transport public complémentaire,
avec un modèle économique viable.
? Table ronde sur l?innovation dans l?exploitation des infrastructures : la filière ferroviaire
s?emploie à reconquérir des milliers de kilomètres de voies inexploitées pour une
desserte fine et locale via des trains légers. Carole Desnost (SNCF/CORIFER) et
Marie-José Navarre (Lohr) ont mis en avant le programme France 2030 ? Draisy
développé avec le soutien des Régions Grand Est et Occitanie, dans l?objectif de
proposer des solutions adaptées aux différents territoires avec des coûts maitrisés, en
prenant en compte les évolutions nécessaires aux référentiels de maintenance et
d?exploitation du réseau ferré national. Jean-Michel Estibals (RAILwAI) a exposé une
solution de maintenance prédictive des infrastructures ferroviaires tandis qu?Émilie
Espanet (New Energies Coalition/CMA-CGM) a présenté la numérisation des opérations
portuaires et intermodales dans l?objectif d?optimiser celles-ci. Edouard Fischer
(SANEF) a rappelé l?excellence du modèle autoroutier français et évoqué les
innovations en cours comme l?électrification du transport routier de marchandises
dans le cadre de l?alliance ECTN.
? Conclusion : Eric Banel (DGAMPA) a salué l?approche transversale de l?Agence de
l?Innovation pour les Transports2. Rodolphe Gintz (DGITM) a remercié les participants
d?avoir également exprimé la vision d?une innovation pragmatique, centrée sur les
usagers et les usages de nos infrastructures actuelles, et qui vise à tirer toutes les
potentialités de la technologie (IA) mais également de la réglementation.
2 L?Agence de l?Innovation pour les Transports (AIT) est une marque collective, dont le projet a été initié en 2021, qui
est animée par une équipe coeur formée d?agents issus des trois directions générales modales (DGITM, DGAC et
DGAMPA). Elle promeut une innovation pour les transports ouverte et collaborative, notamment par une intense
activité d?animation de l?écosystème. Elle porte le programme Propulse mentionné plus haut.
Ambition France Transports
- 3 -
Amélioration de l?expérience des
voyageurs (qualité de service)
D'ici 2040, l'objectif est de promouvoir
un partage de l?espace accessible à tous
les usages, en mettant l'accent sur le
confort et la qualité des trajets. Une
expérience voyageur inclusive et
confiante est envisageable grâce à
l'intégration de leviers technologiques,
politiques et sociaux. Pour atteindre cet
idéal, il est impératif d'offrir une
information fiable et partagée,
garantissant des départs et retours à
l'heure, ainsi qu'un accompagnement
adéquat pour tous les usagers. Les
technologies doivent permettre un
traitement fiable des données et aider
les usagers à choisir leurs trajets de
manière optimale. La réalisation de
cette vision dépendra de notre capacité
à placer l'usager au coeur de toutes nos
décisions et actions.
Notre ambition est de créer un système
de transport durable et inclusif,
répondant aux besoins de tous les
citoyens et contribuant à une meilleure
qualité de vie pour tous.
Ambition France Transports
- 4 -
Mobilisation du potentiel de l?IA et des
données
Le potentiel de l?IA réside notamment
dans sa capacité d?amélioration de
l?expérience des usagers par une offre
de services plus adaptée. À l?heure
actuelle toutefois, seulement 15 % des
données sont utilisées, notamment en
raison de leur mauvaise qualité. Les
experts de l?atelier font le pari qu?à
horizon 2040, un écosystème aura pu
être mis en place pour partager les
données et leur valeur, permettant ainsi
d?offrir des services numériques plus
personnalisés (ex. prise en compte des
besoins des personnes à mobilité
réduite) ou bien de mieux connaître les
flux de déplacements. Un des défis à
relever est l?identification de modèles
économiques justes ainsi que la
confiance entre acteurs. L?Etat aura à
impulser une dynamique sur ces
différentes problématiques, en veillant
aux liens avec le niveau européen.
Ambition France Transports
- 5 -
Adaptation des infrastructures pour
plus de résilience et d?intermodalité
La France est un pays dans lequel le
réseau d?infrastructures de transport
est très développé. Les infrastructures
de 2040 seront très largement celles
d?aujourd?hui. L?enjeu porte sur leur
entretien à grande échelle. Les experts
du groupe souhaitent que les
opérations de rénovation intègrent des
éléments de multimodalité : voies
réservées, aires de covoiturage, pistes
cyclables, stations de recharge
électrique. L?atteinte d?un tel objectif
requiert une planification des
investissements et un effort budgétaire
permanent pour la maintenance. Lors
de l?atelier, un point crucial a émergé :
le niveau de connectivité souhaité en
matière d?équipements dotés de
capteurs, ainsi que la standardisation et
le partage des données générées. Il est
essentiel d?équiper les infrastructures
de manière à optimiser leur
maintenance, afin d?accroître leur
résilience face aux défis posés par le
changement climatique et les actes de
malveillance.
Ambition France Transports
- 6 -
Développement des véhicules du futur
(énergie, autonomie)
Cet atelier a mis en avant une vision de
la mobilité propre, intelligente,
partagée et plus durable, avec une plus
grande multimodalité. Un axe
d?innovation concernant les véhicules
pourrait porter sur l'optimisation des
opérations logistiques, par exemple par
le développement du transport hybride
combinant transport de fret et
transport de voyageurs. Un autre axe
d?innovation est assurément
l?accélération du développement des
carburants aériens et maritimes
durables et de l?électrification du
transport routier et ferroviaire.
Concernant les véhicules autonomes, il
paraît important d?affirmer le choix fait
par la France et l?UE de réserver ces
véhicules à des cas d?usage utiles et
efficaces. L?exemple donné est celui des
navettes autonomes en zone
périurbaine de rabattement du
domicile vers la gare la plus proche. Une
autre proposition formulée est de faire
évoluer le cadre fiscal des véhicules de
fonction et de privilégier les véhicules
de service électriques et partagés. À
l?issue de l?atelier, il subsistait une
discussion sur le niveau de connectivité
des véhicules à viser, minimal via le
smartphone personnel ou maximal avec
capteurs et ordinateur de bord.
Ambition France Transports
- 7 -
Optimisation des opérations logistiques
La vision du groupe de travail pour 2040
est celle d'une logistique sobre,
multimodale et connectée. Les
avantages de cette vision sont multiples
: une meilleure coordination et
utilisation des ressources améliorent
l'efficacité opérationnelle. Les gains
économiques et environnementaux
sont significatifs grâce à une gestion
optimale des ressources. Le bien-être
social est également renforcé par une
logistique durable. Enfin, une chaîne
logistique moderne et durable attire
talents et investisseurs, renforçant la
compétitivité de la filière. Pour
atteindre ces objectifs, plusieurs leviers
sont identifiés. Parmi eux, la
standardisation et le partage des
données, dans un cadre de confiance
reconnu par tous, permettent une
meilleure visibilité et une prise de
décision plus éclairée. Ils peuvent
faciliter la mutualisation des flux et
optimiser les capacités existantes. La
formation des différents acteurs enfin
est indispensable pour créer une culture
commune et accélérer la transition vers
cette nouvelle logistique.
24245 Dicom / Mobilités - Juillet 2025.
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION r des recettes supplémentaires majeures ? estimées à 2 Md¤ à compter
de 2037 ? pour financer l?ensemble des infrastructures de transport via l?AFITF.
Ambition France Transports
- 34 -
Cela nécessitera toutefois, en amont, de choisir la meilleure organisation possible en fonction
des objectifs recherchés, en conciliant ce premier objectif financier avec l?indispensable
acceptabilité auprès des usagers.
Dans un récent sondage réalisé en amont de la conférence34, une large majorité de Français
ont réaffirmé leurs attentes fortes en matière d?investissements dans les infrastructures de
transports (avec des scores de 94 % à 70 % selon les types d?infrastructures). Avec l?esprit de
responsabilité nécessaire à de tels travaux, les participants de la conférence ont tenté de
dessiner une perspective réaliste, concertée et ambitieuse pour bâtir une nouvelle trajectoire
de financement de nos infrastructures de transport et répondre, in fine, aux légitimes attentes
de nos concitoyens.
34 Sondage Toluna Harris interactive, « Les Français et leur perception du secteur des transports », avril 2025.
Ambition France Transports
- 35 -
SYNTHESE DES PROPOSITIONS DE LA CONFÉRENCE
1
Prioriser les investissements dans la performance et la résilience des infrastructures actuelle et les
augmenter d?environ +3 Md¤/an sur la période 2026-2031 :
? réseau ferroviaire structurant : +1,5 Md¤ par an à partir de 2028 pour les investissements de
régénération et de modernisation ;
? réseau routier national non concédé : +1 Md¤ par an afin d?inverser la tendance à sa
dégradation et commencer sa modernisation ;
? transport de marchandises : +500 M¤ par an afin d?accroître la performance et la résilience
des infrastructures de fret ferroviaire et fluvial (200 M¤/an pour le transport fluvial et
300 M¤/an pour le fret ferroviaire).
2
Réaliser une revue générale des lignes de dessertes fines du territoire (LDFT) circulées pour préciser
les investissements nécessaires à leur entretien et clarifier la répartition de leur financement entre
l?Etat et les régions.
3
S?appuyer sur un ferroscope multicritères pour proposer une hiérarchisation des projets
d?investissements dans la régénération et la modernisation ferroviaires.
4
Réaliser un audit national de l?état du réseau routier départemental et communal structurant, en
complément des travaux réalisés par le CEREMA sur les ponts des communes.
5
Confier au COI la mission de définir une nouvelle priorisation des grands projets de développement
afin que leur financement ne génère pas un effet d?éviction des ressources disponibles au détriment
des investissements prioritaires dans les infrastructures existantes.
6
Inscrire les financements des transports dans un cadre pluriannuel et stable, en élaborant une
trajectoire pluriannuelle d?affectation de ressources suffisantes et pérennes à l?AFITF ou en
construisant une loi de programmation des infrastructures de transport.
7
Encourager l?amélioration de la performance des infrastructures et des services afin de diminuer les
dépenses et d?augmenter l?offre à coût constant : augmenter la vitesse commerciale des transports,
optimiser les dessertes.
8
Renforcer la contribution des usagers et des clients, en prenant en compte l?acceptabilité :
? augmenter progressivement la tarification des transports en commun tout en mobilisant la
tarification solidaire ;
? mettre en place une taxe temporaire sur certains billets de transport (ex : TGV) ;
? élargir à d?autres collectivités les expérimentations en matière de mécanismes
d?écocontribution territoriale sur les poids lourds et/ou mettre en place des majorations
ciblées des péages lourds sur les autoroutes concédées qui font face à des congestions
importantes ;
? mettre en place d?une trajectoire incitative à l?électrification des poids lourds, pour les
entreprises d?une certaine taille.
9
Consolider un ensemble de ressources durables affectées à l?AFITF :
? réallouer une part plus importante de ressources existantes prélevées sur les transports
depuis le budget général de l?État vers l?AFITF (TICPE, TSBA, création d?une dette spécifique
pour résorber la dette grise du routier national non concédé) ;
? allouer des ressources nouvelles prélevées sur les transports à l?AFITF (ETS 1, ETS 2, hausse
du malus poids, suppression progressive à horizon 2030 du taux réduit de TICPE, taxe sur la
livraison de colis à domicile en zone urbaine).
10
Mobiliser des ressources spécifiques à certains modes de transport sans passer par l?AFITF :
dispositifs CEE, ressources spécifiques au ferroviaire (fonds de concours de la SNCF, recours à
l?emprunt, cession d?actifs de la SNCF) et au fluvial (redevance hydraulique).
Ambition France Transports
- 36 -
11
Renforcer et diversifier le modèle économique des AOM locales, en s?appuyant sur le
déplafonnement du versement mobilité et/ou en diversifiant les recettes sur lesquelles repose leur
modèle économique (taxe foncière additionnelle, taxe régionale additionnelle sur les certificats
d?immatriculation, nouvelle redevance spécifique pour financer les services de transport).
12 Mobiliser l?investissement privé pour certains projets d?investissement.
13
Saisir l?opportunité de l?arrivée à échéance de 90 % des concessions autoroutières entre 2032 et
2037 pour revoir la gouvernance du système autoroutiers selon les options proposées par la
conférence.
14
Affecter le surplus de ressources issues des autoroutes à l?issue des concessions historiques en
priorité vers la régénération et la modernisation des infrastructures nationales de transport.
Ambition France Transports
- 37 -
COMPOSITION DES ATELIERS DE LA CONFÉRENCE
ATELIER N°1 ? Modèle économique des AOM et des SERM
Organisme Membre
Sénat Didier MANDELLI (copilote)
Expert Jean COLDEFY (copilote)
Assemblée nationale Christine ARRIGHI
AMF Sylvain LAVAL
Intercommunalités de France Antoine CHÉREAU
France Urbaine
Jean-Luc MOUDENC /
Étienne CHAUFOUR
GART Louis NÈGRE
Régions de France Renaud LAGRAVE
Expert Guy LE BRAS
Expert Jean-Marc ZULESI
UTPF Florence SAUTEJEAU
MEDEF Bruno ARCADIPANE
FNTV Jean-Sébastien BARRAULT
SGP Frédéric BRÉDILLOT
SNCF Réseau Thomas ALLARY
FNAUT Alain ROUX
Ambition France Transports
- 38 -
ATELIER N°2 ? L?avenir des infrastructures routières
Organisme Membre
Sénat Hervé MAUREY (copilote)
Expert Yves CROZET (copilote)
Assemblée nationale Christophe PLASSARD
Association des Départements de France Nadège LEFEBVRE
Régions de France Michel NEUGNOT
IDDRI Jean-Philippe HERMINE
ASFA Christophe BOUTIN
AVERE Clément MOLIZON
FNTP Alain GRIZAUD
Transport & Environnement Diane STRAUSS
FNAUT Alain RICHNER
Ambition France Transports
- 39 -
ATELIER N°3 ? Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs
Organisme Membre
Assemblée nationale Olga GIVERNET (copilote)
Expert Gilles SAVARY (copilote)
Sénat Olivier JACQUIN
Régions de France Jean-Luc GIBELIN
GART Jean-Pierre SERRUS
Expert Pierre ZEMBRI
FIF Patrick JEANTET
UTPF Stéphanie LOPES D?AZEVEDO
SNCF Réseau Alain QUINET
Caisse des dépôts et des consignations Pierre AUBOUIN
FNE Jean-Yves PETIT
FNAUT François DELÉTRAZ
Ambition France Transports
- 40 -
ATELIER N°4 ? Report modal et transport de marchandises
Organisme Membre
Assemblée nationale Gérard LESEUL (copilote)
Expert Corinne BLANQUART (copilote)
Sénat Marie-Claire CARRÈRE-GÉE
Régions de France Roch BRANCOUR
GART Anne-Marie JEAN
Université Gustave Eiffel Lucie LETROUIT
SNCF Réseau Hélène VASSEUR
VNF Cécile AVEZARD
France Logistique Maxime FOREST
FRET 4F Raphaël DOUTREBENTE
AUTF Lionel LEMAIRE
Union des ports de France Claire MERLIN
Union TLF Olivier PONCELET
OTRE Jean-Marc RIVERA
FNTR Florence BERTHELOT
E2F Didier LEANDRI
RAPPORT DE L?ATELIER N°1
MODÈLE ÉCONOMIQUE DES AOM ET DES SERM
Ambition France Transports
- 1 -
INTRODUCTION DES COPILOTES
Dans le cadre de la conférence Ambition France Transports, l?atelier n° 1 a visé à proposer des
solutions faisant consensus autour d?un modèle économique pérenne des autorités
organisatrices de la mobilité (AOM) urbaines et régionales et de leurs syndicats mixtes. Dans
un contexte de forte tension sur les finances publiques, répondre à la carence des transports
publics au-delà des villes-centres n?est pas une affaire aisée et relève d?une véritable gageure.
Après des décennies de développement de l?automobile, la place de celle-ci a été
considérablement réduite dans les villes-centres des grandes agglomérations depuis
les années 1980, offrant des espaces publics apaisés. Toutefois, la polarisation des emplois en
ville et la périurbanisation n?ont pas été suffisamment accompagnées par notre système de
mobilité, induisant congestions routières pour accéder aux grandes villes. C?est pourquoi les
pouvoirs publics ont souhaité, en particulier à travers la loi de 2023 consacrée aux services
express régionaux métropolitains1, renforcer par des solutions alternatives à la voiture les liens
des villes-centres avec leurs banlieues, leurs zones rurales périurbaines et les villes moyennes
qu?elles polarisent. En somme, il s?agit de développer les mobilités à l?échelle d?une aire urbaine
correspondant au lieu de vie et de travail des habitants. C?est une nécessité sociale,
économique, et environnementale.
Financer cette priorité suppose au préalable de reconnaître plusieurs contraintes :
? les mobilités sont des questions de société. Elles ne se réduisent pas aux seuls moyens
de transport, la voiture représentant 80 % des kilomètres parcourus dans tous les pays
de l?OCDE. Elles concernent les habitants au quotidien. Les objectifs d?une politique de
mobilité touchent certes à la lutte contre le réchauffement climatique, mais également
à la question sociale, territoriale, économique et industrielle, de l?emploi, du logement,
du développement urbain et de l?aménagement du territoire ainsi qu?à l?efficacité de
nos aires urbaines. Il convient donc de privilégier une approche globale évaluant les
impacts des mesures à court et moyen termes ;
? le secteur des transports est également concerné par la crise durable des finances
publiques. S?il requiert des investissements indispensables au meilleur fonctionnement
des aires urbaines, il doit également prendre part à l?effort national de redressement
des comptes publics. Cela suppose de prioriser ses projets en se concentrant sur les
liaisons pour lesquelles une massification par des transports partagés est possible et
viable économiquement et socialement ;
? le renouveau du modèle économique des transports publics demande du temps. Si des
mesures de court terme peuvent apporter des marges de manoeuvre, il existe des
difficultés structurelles que seules des mesures moins immédiates, nécessitant
notamment des évolutions législatives, pourront résoudre ;
? la question de la gouvernance des aires urbaines est posée. La déconnexion entre le
périmètre administratif et les bassins de vie oblige à une coopération forte entre les
régions, les AOM urbaines et les intercommunalités périurbaines, laquelle peut prendre
de multiples formes. La question est celle du partage de la productivité urbaine, qui en
période de tension budgétaire n?est pas chose aisée ;
1 Loi n° 2023-1269 du 27 décembre 2023 relative aux services express régionaux métropolitains.
Ambition France Transports
- 2 -
- questionner les mobilités suppose un débat démocratique. Les acteurs impliqués (État,
AOM urbaines, régions, usagers, entreprises, fédérations professionnelles) ont par nature
des intérêts différents, mais peuvent, autour d?objectifs communs, élaborer des solutions
partagées par tous. Ce débat n?est possible que si chacun partage la conviction que
l?intérêt général n?appartient à personne mais résulte nécessairement d?un dialogue
entre les différentes composantes de la société.
L?atelier a cherché à composer avec ces différentes contraintes et exigences en identifiant, à
partir de la situation actuelle, un chemin offrant des modèles économiques pérennes pour les
AOM et les SERM. Cette perspective doit permettre de répondre à la priorité actuelle de notre
système de mobilité : relier les territoires et les habitants ? qu?ils résident dans l?urbain, le rural
périurbain et les villes moyennes ? autrement qu?en voiture là où c?est possible avec des
modèles économiques pérennes. Si les discussions ont été franches et parfois vigoureuses,
l?atelier a indéniablement permis de progresser dans la compréhension commune du problème
à résoudre ainsi que dans l?identification de points de convergence et d?aspects plus
complexes qui nécessiteront des débats ultérieurs.
Didier Mandelli et Jean Coldefy, co-pilotes de l?atelier n° 1.
Ambition France Transports
- 3 -
SOMMAIRE
INTRODUCTION .......................................................................................................................................... 4
1. Constat de situation à date sur les AOM et les SERM ............................................................... 5
1.1. Les quatre enjeux des mobilités .......................................................................................... 5
1.2. Un choc d?offre nécessaire mais difficile à financer........................................................ 6
1.3. Une gouvernance souffrant d?une double incohérence ................................................. 8
2. Les quatre leviers d?un modèle économique pérenne ......................................................... 9
2.1. Deux scénarios possibles ....................................................................................................... 9
2.2. Optimiser les dépenses ....................................................................................................... 10
2.3. Le potentiel de la tarification ............................................................................................. 13
2.4. Diversifier les sources externes de financement ............................................................ 15
2.4.1. Ressources relevant des collectivités territoriales ..................................................... 16
2.4.2. Ressources mobilisables par l?État ou l?Union européenne ................................. 18
2.5. Une gouvernance rénovée et adaptée aux besoins...................................................... 20
SYNTHÈSE .................................................................................................................................................. 22
Ambition France Transports
- 4 -
INTRODUCTION
L?atelier n° 1 de la conférence Ambition France Transports, relatif au modèle économique des
autorités organisatrices de la mobilité (AOM) et des services express régionaux métropolitains
(SERM), a réuni seize membres du 13 mai au 3 juillet 2025 : deux experts des transports, trois
parlementaires, cinq élus ou représentant d?association d?élus locaux (ARF, AMF, GART,
Intercommunalités de France, France urbaine), la fédération des usagers des transports, les
deux fédérations des entreprises de transports publics et un représentant du MEDEF, un
représentant de SNCF Réseau et un de la SGP. Le périmètre de l?atelier s?est étendu à
l?ensemble des réseaux de transports publics urbains et aux projets de SERM, à l?exclusion de
l?Île-de-France.
L?atelier a eu pour objectif d?établir un constat et proposer des solutions pour construire un
modèle économique soutenable des AOM et des SERM, dans le contexte de la décarbonation
des mobilités, d?un meilleur fonctionnement des aires urbaines et de leurs connexions, des
questions sociales posées par les mobilités et enfin de la nécessaire reprise de compétitivité
des entreprises françaises. Les propositions et recommandations présentées dans le rapport
n?ont dans l?ensemble pas fait l?objet d?une opposition majeure de l?un des membres de
l?atelier, et le cas échéant, cette opposition est clairement indiquée. Nous avons donc cherché
à identifier ce qui rassemble globalement les membres, même si des différences peuvent
subsister dans la rédaction des propositions, le temps imparti n?ayant pas permis de détailler
les conditions de mise en oeuvre précise des mesures. Les membres de l?atelier sont volontaires
pour prolonger le travail en ce sens, dépendant en cela des suites qui seront données à la
conférence de financement.
Structuré en cinq séances, l?atelier a consacré deux d?entre elles à l?établissement d?un
diagnostic large, puis a consacré les trois autres à la recherche de solutions en identifiant des
leviers permettant d?assurer l?équilibre économique des autorités organisatrices :
? l?optimisation des dépenses ;
? l?identification de nouvelles ressources ;
? la définition de critères de performance pour prioriser et orienter l?élaboration des
SERM ;
? la gouvernance des mobilités.
Parallèlement, une trentaine d?auditions ont été menées pour enrichir les travaux et nourrir les
débats de l?atelier. Une analyse des cas territoriaux, nationaux et internationaux a dans ce
cadre permis de documenter la diversité des situations et des politiques mises en oeuvre. Les
situations des SERM de Strasbourg et Bordeaux, les réseaux de transports publics de Belfort et
de Lyon ont notamment été analysés à ce titre.
Les travaux de l?atelier se sont appuyés sur un corpus de données et de références rassemblées
dans un livret de diagnostic diffusé en amont de l?atelier, complété par le rapport de l?IGF et
de l?IGEDD finalisé en janvier 2025 et par plusieurs analyses présentées lors de l?atelier2.
2 Ces analyses incluent les données des comptes transports de la nation (INSEE / SDES), de l?autorité de régulation des
transports (ART), du groupement des autorités responsables de transport (GART) et de l?UTPF, ainsi que plusieurs
études et parangonnages nationaux et internationaux issus du LAET, de l?OCDE /ITF.
Ambition France Transports
- 5 -
1. Constat de situation à date sur les AOM et les SERM
1.1. Les quatre enjeux des mobilités
Les travaux de l?atelier ont mis en évidence quatre enjeux auxquels doivent répondre les
autorités organisatrices de la mobilité.
La décarbonation du secteur constitue un impératif climatique pour accélérer le report modal
vers des mobilités bas-carbone. En effet, les mobilités des personnes sont, à la fin de l?année
2023, le seul secteur dont les émissions ne baissent pas. Celles-ci pèsent 18 % des émissions de
la France, soit 68 Mt de CO2 émises par la voiture en 2023, un chiffre comparable à celui de
19903. Les liens entre les zones périurbaines, les villes moyennes avec les grandes
agglomérations représentent près de la moitié des émissions de la voiture4. Les travaux de
l?atelier ont enfin souligné l?inadéquation actuelle entre la demande de mobilité depuis ces
espaces vers les pôles urbains et l?offre de transport collectif disponible, avec des écarts parfois
très importants. Selon l?INSEE, 93 % de la population française est économiquement polarisée
sur les villes, mais seuls 50 % résident dans les pôles urbains (communes centres et banlieues),
les autres vivant en zones périurbaines (43 % de la population). Cette répartition spatiale de
l?habitat et des emplois a des conséquences directes sur la mobilité. Les distances parcourues
en voiture par les ménages périurbains sont en moyenne deux fois plus élevées que celles des
habitants des centres-villes5, avec des écarts autour de la moyenne allant de 1 à 10 entre
le 1er quartile et le dernier quartile et une part modale de la voiture atteignant près de 90 ?%
hors des pôles urbains, contre environ 50?% dans les grandes agglomérations6.
L?équité sociale impose également d?assurer la mobilité pour tous, notamment au bénéfice des
plus fragiles, facteur clé d?insertion sociale et professionnelle. Ceci concerne principalement
les banlieues des grands pôles urbains (10 % de la population), mais aussi une part des
populations en dehors des pôles urbains dans le périurbain rural n?ayant pas accès à la voiture.
La soutenabilité financière du secteur constitue un point d?attention majeur tant s?agissant des
recettes que des dépenses. En 2023, les AOM urbaines ont consacré 8 Md¤ au fonctionnement
dont 5 Md¤ pour l?exploitation des principaux réseaux de transports publics urbains et 3 Md¤
en investissement. Les AOM régionales (hors Île-de-France et Corse) ont consacré 6,8 Md¤ au
fonctionnement et 2,3 Md¤ à l?investissement7. Dans un contexte d?appétence croissante des
usagers pour les transports en commun, la capacité des AOM à absorber un choc d?offre
supplémentaire est fortement contrainte par un ratio recettes/dépenses dégradé et une
autonomie fiscale réduite.
3 Rapport Secten, CITEPA, 2024.
4 Données EMP2019 (INSEE/SDES), Jean Coldefy 2025.
5 Ministère de la Transition écologique, Service de la donnée et des études statistiques (SDES) / Insee, Se déplacer en
voiture : des distances parcourues une fois et demie plus importantes pour les habitants des couronnes que pour ceux
des pôles, in Insee Références ? La France et ses territoires, édition 2021.
6 Analyse géographique des distances et des parts modales, données EMP2019, J. Coldefy, M. Bordas 2025.
7 Eléments GART et UTPF.
Ambition France Transports
- 6 -
Enfin, la réindustrialisation est un enjeu clef pour l?économie française, la France étant le seul
pays de l?Union européenne à avoir divisé par deux le poids de son industrie dans la valeur
ajoutée du pays depuis 19708. Or, le modèle économique actuel du transport public urbain
repose essentiellement sur des prélèvements sur la masse salariale via le versement mobilité.
Ceci fait peser un poids important sur le coût du travail dommageable à la compétitivité. Le
versement mobilité a représenté 11,3 Md¤ de recettes en 2023 dont 5,7 Md¤ hors
Île-de-France9, soit 20 % des impôts sur les salaires et la main d?oeuvre10. Entre 2014 et 2024, le
produit du versement mobilité a progressé de +65 %, représentant une hausse nettement
supérieure à celle de la masse salariale sur la même période (+46 %). Si cette décorrélation est
moins marquée hors Île-de-France (+57 % du VM contre +51 % pour la masse salariale), cela
souligne le risque que fait peser le modèle actuel sur la compétitivité des entreprises et le
pouvoir d?achat des salariés11.
1.2. Un choc d?offre nécessaire mais difficile à financer
Pour faire face à ces quatre enjeux, un choc d?offre de mobilités, à cibler finement dans les
territoires, entre les grandes villes-centres, leurs banlieues, leur périurbain rural et les villes
moyennes, apparaît indispensable12. Ce choc d?offre requiert des niveaux de financement
élevés :
? s?agissant des TER : SNCF Réseau estime que la mise en oeuvre des SERM induirait une
hausse des dépenses d?exploitation d?environ 580 M¤2022 en 2040 (soit 826 M¤courants)13.
Par ailleurs, les projections à offre inchangée font apparaître que la hausse des péages
ferroviaires et des charges du matériel roulant, supérieure à l?inflation, impliquerait
également une hausse annuelle des contributions régionales de 3,7 % entre 2022 et
2030, soit un besoin de financement supplémentaire de 867 M¤courants pour maintenir
l?équilibre d?exploitation14. Sur le plan des investissements, le Conseil d?orientation des
infrastructures (COI) estime, dans le scénario de planification écologique de 2022,
qu?un effort de 175 Md¤ est nécessaire sur deux quinquennats, dont plus de 55 Md¤
pour les seules infrastructures ferroviaires et SERM. L?estimation devra encore être
affinée, en raison du caractère très préliminaire des études, mais il ne fait guère de
doute que les investissements liés aux SERM seront particulièrement importants.
- s?agissant des transports publics urbains, le GART estime de son côté en première
analyse qu?entre 2025 et 2035, les 25 plus grandes AOM locales (65 % du champ hors
Île-de-France) devront couvrir 34 Md¤ d?investissements et 9 Md¤ de surcoûts
d?exploitation. Après mobilisation de 19 Md¤ d?emprunts nouveaux, le GART identifie
un reliquat non financé s?élevant à 14,7 Md¤, extrapolé à 22,6 Md¤ pour l?ensemble des
AOM, soit environ 2 Md¤ par an à trouver. Ces premières estimations du GART devront
être réactualisées après les prochaines élections municipales et des études
approfondies.
8 La part de l?industrie est passée de 23,6% en 1980 à 12,1% en 2022, selon les données de l?Insee portant sur la valeur
ajoutée par branche, données annuelles de 1949 à 2024.
9 Comptes transports de la nation 2023 SDES.
10 Analyse Fipeco en date du 8 novembre 2023, Les impôts sur la production en 2022.
11 GART d?après URSSAF Caisse nationale.
12 Jacques Lévy, Jean Coldefy, Transdev, Projet « La France Habitée » données Orange et SNCF, 2025.
13 Hypothèses SNCF Réseau citées par le rapport IGF/IGEDD, Le financement des autorités organisatrices de mobilités,
2025, Annexe III p.11.
14 Rapport IGF/IGEDD, Le financement des autorités organisatrices de mobilités, 2025.
Ambition France Transports
- 7 -
Financer le choc d?offre semble très difficile pour quatre principales raisons : l?exploitation est
en perte d?efficience ; le versement mobilité atteint sa limite et concerne essentiellement les
AOM urbaines ; les recettes tarifaires issues des usagers couvrent de moins en moins les
dépenses d?exploitation ; enfin, l?autonomie financière, et donc les capacités d?investissement,
des acteurs publics locaux est limitée.
Efficience d?exploitation des transports publics
S?agissant des transports publics urbains, le déficit d?exploitation par voyage a été multiplié
par 2,2 entre 2003 et 202215. Cette dégradation s?explique principalement par quatre facteurs :
? (i) la désindexation des tarifs face à l?inflation et l?extension de l?offre ;
? (ii) la hausse plus rapide des charges (salaires, énergie, matériel roulant,?) que de la
fréquentation ;
? (iii) l?augmentation tendancielle du coût des intrants16 ;
? (iv) l?extension des réseaux vers des zones peu denses, avec perte des économies
d?échelle.
La vitesse commerciale illustre cette perte d?efficience : dans les grands réseaux
urbains (> 250 000 hab.), elle est passée de 15,5 km/h en 2013 à 15 km/h en 201817, pénalisée
par la congestion, des itinéraires trop longs ou mal cadencés et une faible intégration des flux
intercommunaux. Ainsi, les transports publics urbains coûtent 50 % plus cher à la société que
l?usage de la voiture et l?intégration des externalités ne change pas ce constat18.
Pour les TER, on constate également des coûts moyens élevés comparés à la voiture recouvrant
des situations territoriales disparates. Au niveau national, 73 % des liaisons TER plus coûteuses
que la voiture selon les travaux du Laboratoire Aménagement Économie Transports (LAET)
de Lyon 219. L?autorité de régulation des transports (ART) et le LAET pointent d?une part les
coûts unitaires élevés ? et les gains attendus par la mise en concurrence ? et d?autre part des
très fortes hétérogénéités de fréquentation des TER avec des trains surchargés en lien avec les
grandes agglomérations et d?autres trop peu fréquentés.
Un versement mobilité (VM) qui atteint son plafond
La principale recette fiscale des transports publics, le versement mobilité, atteint désormais
son taux plafond dans la plupart des bassins d?emploi et va probablement être affecté par les
pertes d?emplois privés constatées depuis fin 2024 ainsi que par les efforts à accomplir sur
l?emploi public. Par ailleurs, outre son impact sur le coût du travail, le VM constitue également
une ponction sur les salaires, dans un contexte où la demande de revenu disponible est la
première préoccupation des Français20.
15 Ainsi, selon les données du GART et de l?UTPF en 2022, dans les réseaux urbains de taille intermédiaire (100 000 à
250 000 habitants), le déficit par voyage est passé de 1¤ en 2003 à 2,2¤ en 2022, soit une multiplication par 2,2 en
moins de deux décennies. Cette analyse concorde avec celles du LAET présentées en atelier.
16 Cette hausse est mise en évidence par les données du SDES et de l?UTPF, qui montrent un coût moyen de
0,45¤/passager.km pour les transports collectifs urbains de province, contre 0,25¤ pour la voiture (INSEE/SDES) et
0,35¤ pour les TER en coût complet.
17 Étude de la baisse de la vitesse des autobus, Jean-Marie Beauvais, FNAUT, 2022.
18 Comptes transports de la nation 2023 et CGDD coûts externes et tarification des déplacements 2020.
19 Analyse réalisée par le LAET à partir des comptes de lignes des TER, données 2023.
20 Les préoccupations des Français, Enquête Harris interactive, Avril 2025.
Ambition France Transports
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Une dégradation constante de la participation de l?usager
Parallèlement, la dégradation du ratio de couverture des dépenses par les recettes tarifaires
s?inscrit dans une tendance générale et ancienne, que seul le réseau de Lyon a contredite de
2002 à 2019. En effet, ce ratio, qui s?élevait à 70 % pour l?ensemble des transports collectifs
urbains en 1975, a atteint 52 % en 1990, et seulement 28,7 % en 202221.
Une perte d?autonomie fiscale des collectivités
Les ressources fiscales locales se sont contractées ces dernières années sous l?effet de la
suppression de la taxe d?habitation et de l?extinction progressive de la CVAE, affaiblissant
l?autonomie financière des collectivités. Ainsi les conseils régionaux en particulier, disposent
de très peu de leviers pour financer les TER : la subvention et les recettes tarifaires. Or, sans
autonomie fiscale, la responsabilité politique est affaiblie, et cela conduit à accroître
la sollicitation de l?État, une option de plus en plus délicate compte tenu des fortes tensions
pesant sur les finances publiques nationales.
Par ailleurs, la hausse du nombre de véhicules électriques érode progressivement le rendement
de la TICPE. En effet, l?électrification des usages entraîne une baisse des recettes issues des
accises. D?ici 2030, cette dynamique se traduirait par une diminution d?environ 10 Md¤ de
recettes d?accises des produits fossiles par rapport à 2023 dont 8 Md¤ pour la TICPE,
partiellement compensée par un surplus d?environ 1?milliard d?euros provenant des accises sur
l?électricité22.
Les capacités d?investissement sont enfin restreintes dans un contexte budgétaire national
tendu. Le choc d?offre suppose parfois de lourds investissements alors que l?endettement local
est déjà contraint23 dans un contexte de remontée des taux d?intérêt. L?État est confronté à
une dette publique passée de 98 % du PIB en 2019 à 118 % en 2024, avec une forte
augmentation de la charge de la dette, et voit ses marges de cofinancement réduites.
1.3. Une gouvernance souffrant d?une double incohérence
La gouvernance actuelle des mobilités présente une double incohérence, à la fois territoriale
et fonctionnelle, qui limite l?efficacité des politiques de mobilité.
Sur le plan territorial, les périmètres institutionnels sont souvent peu cohérents avec les aires
urbaines (ou d?attraction des villes depuis 2020), c?est-à-dire l?espace de vie des habitants, là
où ils résident et là où ils travaillent. Le morcellement entre régions, intercommunalités,
communes, syndicats mixtes regroupant des intercommunalités, hérité d?empilements
institutionnels successifs pour pallier cette difficulté, génère des coûts de fonctionnement
importants et complique la mise en oeuvre d?une offre de transport répondant aux besoins des
habitants.
21 Source LAET et GART.
22 DG Trésor, Les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone, 2025.
23 Si le niveau d?endettement des APUL apparaît en tendance haussière mais soutenable, passé de 6,6 % (en 2002) à
9,9 % (en 2020) du PIB, la remontée des taux se traduit dans les charges financières des collectivités (+29,5 % entre
2022 et 2023, soit +880 M¤ pour les seuls budgets principaux) selon la publication de l?Observatoire des Finances et
de la Gestion publique Locales de juillet 2024.
Ambition France Transports
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Sur le plan fonctionnel, l?articulation entre les politiques de mobilité, de logement et
d?aménagement à l?échelle des aires urbaines est faible. Les documents de planification
territoriale (plans locaux d?urbanisme intercommunaux (PLUi), schémas de cohérence
territoriale (SCoT), schémas d?aménagement économique, SRADDET) ne sont que
marginalement coordonnés avec les plans de mobilité à l?échelle de l?aire urbaine. Cette
segmentation nuit à la cohérence des choix d?implantation résidentielle et économique avec
les services de transports publics. Enfin, la cohérence en matière tarifaire et fiscale pour les
mobilités n?est pas pleinement assurée à l?échelle des aires urbaines.
Corriger cette double incohérence suppose une intégration plus poussée des compétences
d?aménagement, de logement et de mobilité à une échelle pertinente, tenant compte de
l?évolution des pratiques et de la recomposition des espaces de vie des Français (ce que l?on
appelle des aires urbaines). En effet, la distance moyenne parcourue quotidiennement a été
multipliée par dix en un siècle et la distance moyenne entre le domicile et le travail est de
17 km aujourd?hui, avec de très grandes variations autour de cette moyenne selon le lieu de
résidence.
Des syndicats mixtes SRU (le SMMAG de Grenoble par exemple), des fusions de communautés
d?agglomération et de communes pour constituer des ensembles cohérents à l?échelle des aires
urbaines (Grand Reims, communauté urbaine du Havre, communauté d?agglomération de
Cherbourg) sont le signe d?une prise de conscience de la nécessité de construire des politiques
publiques cohérentes à ces échelles.
2. Les quatre leviers d?un modèle économique pérenne
2.1. Deux scénarios possibles
Le modèle économique actuel des autorités organisatrices de la mobilité (AOM) se heurte donc
à une contradiction structurelle : alors qu?un choc d?offre massif est indispensable pour
décarboner les mobilités et améliorer le fonctionnement des aires urbaines, les capacités
financières des AOM sont aujourd?hui insuffisantes pour en assumer les coûts d?investissement
et d?exploitation. Le financement de l?exploitation repose pour les AOM urbaines
majoritairement sur les entreprises via le versement mobilité (VM), ce qui renchérit le coût du
travail, et pour les AOM régionales sur leurs subventions, les recettes tarifaires restant à un
niveau bas de l?ordre de 25 % des coûts d?exploitation pour l?ensemble des AOM.
Elles ne disposent par ailleurs que de peu d?alternatives fiscales : celles-ci sont quasi nulles pour
les régions et syndicats mixtes, et reposant sur le VM et la seule taxe foncière pour les AOM
urbaines.
Dans un contexte national marqué par une forte tension des finances publiques, les AOM, dont
une partie des ressources dépend de dotations ou de taxes nationales, sont donc
particulièrement exposées.
Pour bâtir un modèle économique pérenne, plusieurs leviers doivent être mobilisés
simultanément :
? une amélioration de l?efficience du secteur des transports publics ;
? une hausse de la participation des usagers pour se rapprocher des standards européens
et retrouver des capacités d?investissement ;
? une diversification des sources de financement, tant locales que nationales ;
? ainsi qu?une rénovation de la gouvernance.
Ambition France Transports
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L?ordre choisi des leviers n?est pas anodin : il témoigne des efforts que le secteur doit certes
accomplir pour les deux premiers, mais la clef est structurellement dans les deux derniers. En
effet tous les modèles étrangers et la logique démontrent qu?une diversification des ressources
est la condition d?un modèle résilient. Deux grands scénarios, non exclusifs l?un de l?autre, sont
ainsi possibles pour financer le choc d?offre des transports publics entre les villes, leurs
banlieues et leurs zones périurbaines rurales et disposer de modèles économiques robustes :
? (i) poursuivre l?augmentation du versement mobilité en conditionnant
cette augmentation à une participation accrue des usagers et à des gains d?efficience,
ce scénario ne concernant les régions qu?à titre marginal ;
? (ii) diversifier les sources de financement en mobilisant notamment la rente foncière et
en renforçant le lien entre les territoires et les habitants par une redevance locale des
transports publics, ce qui renforcera l?autonomie fiscale des régions
et des AOM urbaines.
Si ces deux scénarios nécessitent des modifications législatives, le premier demande une
modification des seuils quand le second implique des changements structurels dans la fiscalité
locale.
Le premier scénario est celui de la continuité. Plus aisé à mettre en oeuvre, un déplafonnement
du VM n?est en revanche pas sans conséquence sur le coût du travail, et potentiellement
dommageable à la double exigence de réindustrialisation et de revalorisation du travail. Le
second scénario nécessite un débat approfondi au Parlement et prendra du temps à se
déployer. L?atelier n?a pas tranché entre ces deux scénarios, qui pourraient d?ailleurs se
conjuguer, compte tenu des divergences de vues et du temps restreint alloué pour les travaux.
Les lignes qui suivent détaillent pour chacun des quatre leviers du modèle économique
les propositions étudiées par l?atelier en indiquant la position des membres.
Enfin, l?affectation de ressources nationales au financement des AOM a été analysée par
l?atelier. Plusieurs propositions sont formulées en la matière, les membres étant conscients
de la nécessité d?assurer prioritairement le maintien en fonctionnement et la remise en état
des réseaux routiers et ferroviaires.
2.2. Optimiser les dépenses
L?optimisation des dépenses constitue un des leviers d?un modèle économique solide. Elle
repose sur l?amélioration de l?efficacité opérationnelle des réseaux, notamment via des gains
de productivité sur les services existants. Leur mise en oeuvre relève des seules AOM, l?atelier
prenant acte des gains pouvant être engrangés par ce moyen.
Pour les transports urbains, un premier axe concerne l?augmentation de la vitesse commerciale,
facteur clé de réduction du coût par kilomètre. Par ailleurs, le report modal passe d?abord par
les gains de temps comme le montrent les travaux académiques sur le sujet et les études
d?opinions. L?exemple de Belfort montre qu?un plan ciblé peut conduire à une progression
significative de la vitesse de 14 km/h à 21 km/h. L?impact financier de la vitesse commerciale
est souvent méconnu, mais est majeur. Les auditions de l?atelier ont permis d?en mesurer
l?intérêt comme à Lyon ou à Belfort (cf. encadré 1). Un second levier consiste à redessiner l?offre
pour ajuster la desserte aux besoins réels. L?ajustement de la desserte des communes peu
denses, combiné au nécessaire déploiement massif de parkings relais pour les voitures et
Ambition France Transports
- 11 -
les vélos, permet de concentrer les ressources sur les flux à fort potentiel et renforcer
les fréquences24.
Les services de cars express existants, sans omettre les lignes de cars interurbains déployées
par les régions (par exemple Voiron-Grenoble, Aix-Marseille, Bordeaux-Créon) illustrent le
potentiel de cette offre qui rencontre son public moyennant de faibles contributions des
collectivités. Les travaux de l?IDDRI montrent que ces services, lorsque la demande ne justifie
pas un mode lourd comme le train, gagneraient à être renforcés. Ces mesures d?adéquation
entre l?offre et la demande peuvent avoir un impact économique important et reposent sur
une meilleure connaissance de la demande que permettent aujourd?hui les données
numériques nationales et celles des réseaux de transports, à mobiliser plus fortement.
Encadré 1 : Le Territoire de Belfort et le SYTRAL, deux exemples d?amélioration de la productivité des
réseaux
Le Syndicat Mixte des Transports en Commun (SMTC) du Territoire de Belfort a nettement amélioré
la performance de son réseau urbain, en passant de 14 km/h en 2006 à 21 km/h aujourd?hui, grâce à
une stratégie articulée autour de quatre leviers principaux :
? fin de la vente à bord : supprimée pour fluidifier la montée, la vente à bord représentait 23 %
du temps de conduite. Ce seul levier a permis un gain immédiat de vitesse et de productivité ;
? modernisation technologique : mise en place d?un SAEIV (Système d?Aide à l?Exploitation et
à l?Information Voyageur) et de priorités aux feux, améliorant régularité et fluidité sur les axes
structurants ;
? arrêts en pleine voie : adoption systématique de l?arrêt en voirie sans nécessité d?entrer dans
des quais aménagés, réduisant les pertes de temps liées aux manoeuvres ;
? restructuration du réseau : en 2011, transformation du réseau en BHNS (Bus à Haut Niveau de
Service), avec sites propres et fréquence renforcée. Ce redéploiement a permis de multiplier
les lignes à forte fréquence sans surcoût global.
Ces mesures ont conduit à une réduction du coût au kilomètre de 30 % sans réduction de l?offre. Le
tout financé sans hausse de contribution des collectivités, grâce à une augmentation progressive du
versement mobilité et des recettes commerciales.
Le plan de redressement du SYTRAL entre 2000 et 2019, présenté en atelier, a également montré que
la productivité été améliorée de 18 %, par l?augmentation de la vitesse commerciale et l?adaptation
du réseau de bus pour éviter des lignes trop peu fréquentées. Ces efforts correspondent à des
économies de l?ordre de 80 M¤ sur un total de plus de 400 M¤ des dépenses d?exploitation.
Source : Audition de Franck Mesclier, directeur général du SMTC du Territoire de Belfort le 5 juin 2025.
Audition de Raymond Deschamps, ancien directeur général du SYTRAL, le 26 juin 2025.
24 Bruno Faivre d'Arcier, et al. Mesure de la performance des lignes de transport public urbain. Projet APEROL, LET.
2012, pp.103.
Ambition France Transports
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Encadré 2 : L?exemple de modèle isérois, une approche qui allie les TER et les lignes de cars express
pour faciliter les liaisons domicile-travail
Pour mieux desservir le périurbain de Grenoble, deux services de transports permettent aux habitants
du périurbain Ouest de Grenoble de rejoindre la métropole : le TER pour les liaisons de pôle à pôle
(Voiron?Grenoble), et des lignes de cars express rapides et cadencées, assurant la desserte des
territoires intermédiaires (Coublevie, Voreppe, Montbonnot, etc.). L?articulation des services facilite
l?intégration des flux périurbains au réseau métropolitain.
Cette approche prend effectivement en compte les flux des couronnes périurbaines, souvent négligés
par des schémas centrés sur la seule agglomération. Le taux de recours aux transports collectifs des
navetteurs de Voiron vers Grenoble atteint ainsi 47 %, contre une moyenne de 29 % dans des
configurations comparables (source : Cerema, 2015).
Source : Audition de M. André Broto, Association mondiale de la route, le 5 juin 2025.
S?agissant des TER, un second axe concerne la mise en concurrence, qui se déploie
à des rythmes variables. Les données de l?Autorité de régulation des transports (ART) montrent
des gains très substantiels permettant d?augmenter sensiblement les circulations à budget
constant. Les premières ouvertures à la concurrence des TER en France confirment les gains
observés à l?étranger, de 25 % à 75 % d?économies selon les cas. À l?échelle nationale, une
réduction de 30 % des coûts d?exploitation représenterait 0,7 Md¤ d?économies, pouvant être
réinvestis en autant de trains-km supplémentaires à budget constant. L?ART alerte toutefois
sur la nécessité de coordonner les appels d?offres régionaux et d?harmoniser les cahiers des
charges pour éviter les effets de saturation et garantir des gains réels de la mise en
concurrence.
Enfin, l?atelier souligne la nécessité d?alléger certaines normes très coûteuses ou sources de
délais importants. Sont notamment citées l?obligation de remplacer les tramways de plus de
30 ans (la France étant le seul pays de l?Union européenne à réglementer de la sorte),
les obligations liées à l?adaptation des dépôts de bus aux véhicules électriques qui paraissent
très contraignantes, les normes sur le ferroviaire (délais des homologations,?) à simplifier en
prenant exemple sur ce qui se fait ailleurs en Europe.
Priorisation des projets d?investissement
Le développement des SERM, dont la somme des projets labellisés avoisine les 20 Md¤ pour
la seule infrastructure ferroviaire de 14 des 26 projets labelisés, les budgets des projets
présentés étant nettement supérieurs de l?ordre de 40 Md¤25, et les contraintes de
financement appelle à prioriser les projets en fonction de :
? la demande locale de mobilité et du potentiel réel de report modal ;
? la performance économique : ¤/pass.km, ¤ public/pass.km ;
? la performance environnementale : t de CO2 évitées, coût de la t de CO2 évitée ;
? la cohérence avec les politiques de logement, d?urbanisme et d?aménagement.
25 Rapport IGF/IGEDD, Le financement des autorités organisatrices de mobilité, 2025 et dossiers SERM déposés.
Ambition France Transports
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Un SERM performant est ainsi un service adapté à la demande de mobilité quotidienne,
impactant l?usage de la voiture, financièrement accessible, et consolidant les polarités
urbaines. Il doit renforcer l?intermodalité avec une politique ambitieuse de parcs relais voitures
et vélos sécurisés et la conjugaison d?offres adaptées à la demande : trains, cars, covoiturage.
Certaines offres des SERM peuvent être déployées rapidement à coût maîtrisé, notamment par
l?optimisation de l?infrastructure et de l?offre ferroviaire existantes et le développement de
solutions routières comme les cars express ou le covoiturage.
2.3. Le potentiel de la tarification
La tarification des transports publics constitue aujourd?hui un levier financier largement
sous-utilisé en France par les autorités organisatrices de la mobilité (AOM). Elle représente en
moyenne 15 à 20 % des dépenses totales des AOM (hors Île-de-France), contre 40 à 60 % dans
de nombreux pays européens (cf. graphique 1).
Graphique 1 : Part des recettes tarifaires dans le total des dépenses des 20 plus grandes AOM hors
Île-de-France en 2022 en France et part du financement des transports du quotidien par les usagers
dans d?autres pays européens
Source : DGITM, UITP, DG Trésor.
Ce différentiel résulte du recours au versement mobilité qui a contribué à basculer vers les
entreprises le financement de l?exploitation des transports, et également d?une stratégie
tarifaire forfaitaire, privilégiant les usagers réguliers au détriment des occasionnels26.
La participation des usagers aux coûts d?exploitation a chuté à 28 % en 2023 (voire 25 % en
intégrant la participation employeur), contre 70 % en 1975.
La gratuité des transports publics se justifie socialement dans certains territoires non soumis à
la congestion automobile, les usagers des transports publics étant essentiellement les usagers
à faibles revenus et non motorisés. Néanmoins, celle-ci apparaît à l?inverse socialement
régressive dans les grandes agglomérations, en faisant supporter par l?ensemble de
la collectivité la gratuité des ménages pouvant payer le prix du transport. De surcroît, la baisse
de recettes qu?elle induit dégrade la capacité à financer le choc d?offre. Enfin, les études
disponibles ne démontrent pas son efficacité sur la baisse du trafic automobile. Seuls 2 %
des usagers identifient la gratuité comme un levier de changement modal, contre 23 % pour
le développement de l?offre27.
26 Un abonné TER paie en moyenne depuis le périurbain 0,03 ¤/km déduction faite de la participation employeur,
contre 0,29 ¤/km pour un usager occasionnel (trajet de 30 km depuis le périurbain en région AURA), quand
l?automobiliste dépense 0,22 ¤/passager.km en 2023 (source CTN). Ce différentiel tarifaire rend souvent la voiture plus
attractive pour les voyageurs occasionnels, qui en 2023 représentent pourtant 62% des passagers.km et 82% des
recettes (ART).
27 Etude sur les mobilités en région, IPSOS pour Transdev, 2023.
60% 53% 50%
30% 30%
17%
Suisse Allemagne Pays-Bas Belgique Italie France
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La mise en place d?une tarification solidaire, fondée sur le quotient familial, serait de nature à
assurer l?équité sociale sans dégrader les capacités d?investissement. Valenciennes et Rennes
ont mis en place la tarification solidaire par pallier de revenus, en ciblant les deux premiers
déciles de revenus. Pour toutes ces raisons, les membres de l?atelier s?opposent globalement à
la gratuité et privilégient l?introduction d?une tarification plus différenciée permettant
d?ajuster la contribution aux usages réels tout en préservant l?équité.
Plusieurs leviers ont été identifiés pour redresser les recettes tarifaires :
? un retour progressif vers un R/D de 50 % d?ici 10 ans, ce qui suppose un effort de 30 %
sur les recettes tarifaires et de 30 % sur les dépenses. Cette mesure doit constituer une
cible à adapter selon les situations locales. Elle concerne au premier chef les grands
réseaux urbains dont la fonction principale est de limiter la congestion routière en ville.
Pour les autres réseaux, les transports publics jouent un rôle plus social et les marges
sont plus limitées. Pour les TER, le R/D devrait augmenter du fait de la hausse de la
fréquentation constatée depuis deux ans et de la baisse des coûts avec la concurrence ;
? l?indexation des tarifs sur l?inflation : la majorité des réseaux français n?applique pas
d?indexation automatique. En revanche, d?autres pays comme le Royaume-Uni ou
les Pays-Bas ajustent leurs tarifs annuellement via des mécanismes de plafonnement
indexés sur l?indice des prix à la consommation (cf. encadré 3). Cette indexation peut
naturellement être rejetée par les AOM lors de leurs décisions de révision des tarifs ;
? une meilleure prise en compte des voyageurs occasionnels « réguliers » des TER.
Aujourd?hui les tarifications pour les usagers occasionnels des TER sont élevées, et
pénalisent la fréquentation par ces populations. Des tarifications plus ciblées selon
les usages doivent permettre d?augmenter la fréquentation et, par voie de
conséquence, les recettes. Les technologies actuelles le permettent ;
? le renforcement de la tarification solidaire, basée sur les revenus réels. La plupart des
réductions actuelles reposent sur des critères de statut (âge, étudiant, demandeur
d?emploi) plutôt que sur les ressources réelles. Une tarification fondée sur le quotient
familial comme cela est en place dans plusieurs réseaux permettrait de mieux cibler
les publics fragiles, améliorer l?équité, et assurer un niveau de recettes plus significatif
auprès des publics solvables. L?atelier partage cette cible et demande à ce que l?État
mette en place une API permettant de gérer facilement les tarifs des personnes dont
les ressources sont inférieures au seuil identifié dans les codes des transports et
de la sécurité sociale ;
? le déploiement de l?open payment : Il permet de simplifier l?accès aux réseaux en
réduisant le parcours client à celui d?un produit de grande consommation, de réduire
les coûts de distribution et la fraude grise. Londres a généré 120 M¤ d?économies
annuelles grâce à la mise en place de ce système. En 2024, en France, 47 réseaux l?ont
adopté, 100 sont attendus d?ici deux ans28 ;
28 Que peut-on attendre de l?Open Payment pour les transports publics et la décarbonation des mobilités ? Juin 2025
Mobil?in Pulse et Cerema.
Ambition France Transports
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? la lutte contre la fraude, dont le potentiel de redressement est significatif. Selon l?Union
des transports publics et ferroviaires (UTPF), le manque à gagner est estimé en 2024
à 700 M¤ par an sur tout le territoire, y compris l?Île-de-France. La vidéoverbalisation ou
la mutualisation des contrôles inter-réseaux peuvent contribuer à un redressement
ciblé, en complément des dispositifs récemment déployés comme « Stop Fraude », qui
facilite l?établissement des contraventions et la vérification des identités et adresses
des contrevenants.
Globalement, si l?ensemble de ces mesures conduisaient à augmenter à terme de 30 %
le montant des recettes tarifaires, cela générerait annuellement 300 M¤ de recettes
supplémentaires aux AOM urbaines et 320 M¤ aux régions.
Encadré 3 : Les recettes tarifaires dans le financement des transports à l?étranger
Le recours aux recettes tarifaires pour financer les transports publics est nettement plus développé
dans plusieurs pays européens qu?en France, où elles représentent en moyenne 17 % des ressources
des autorités organisatrices de la mobilité (AOM).
? Royaume-Uni : les tarifs ferroviaires sont fixés par les opérateurs mais plafonnés par l?État,
avec une formule d?indexation fondée sur l?inflation des prix de détail. Avant la crise sanitaire,
le taux de couverture des dépenses par les recettes (R/D) atteignait 98 %, contre 110 %
en 2015. Pour les transports collectifs urbains, les tarifs sont fixés par le maire de Londres via
Transport for London (TfL). Ils ont été gelés de 2016 à 2020 à des fins sociales, mais la crise
sanitaire a conduit TfL à revoir sa stratégie. Une étude commandée en 2022 visait à assurer
son équilibre financier sans subventions exceptionnelles à partir de 2023 ;
? Italie : la législation impose un taux de couverture d?au moins 35 % pour les services publics
de transports locaux, bien que la moyenne observée soit de 30 %. Le cadre réglementaire
impose également aux régions de recourir à la mise en concurrence des opérateurs.
En l?absence d?appel d?offres, les régions peuvent faire l?objet de sanctions financières,
conditionnant une partie des transferts de l?État. Cela vise à améliorer la performance
opérationnelle et à renforcer la transparence des contrats ;
? le réseau de New York est financé à 61 % par les recettes tarifaires, 17 % par le surplus
des péages routiers d?accès à la ville, 11 % par la TVA locale, le péage urbain et les DMTO,
6 % sur les taxes foncières locales, 3 % par une taxe sur les véhicules de location, 2 % par
une taxe locale sur les salaires. Demain le péage urbain général financera les investissements
sur le réseau ;
? le réseau de Vancouver quant à lui est financé à 29 % par les recettes tarifaires, à 26 % par des
subventions régionales et 26 % par des subventions nationales, 22 % par la taxe foncière
locale, 18 % par la TICPE locale et une taxe locale sur les cartes grises, 4 % par une taxe sur
le stationnement.
Source : OCDE/ITF 2024, The Future of Public Transport Funding; Contribution écrite de Neology à
l?atelier n° 1.
2.4. Diversifier les sources externes de financement
La diversification des sources financements constitue une condition incontournable de
soutenabilité pour répondre au choc d?offre requis et disposer de modèles économiques
robustes. Cette réflexion doit distinguer les ressources mobilisables par l?État de celles à la main
des collectivités, tout en distinguant les ressources existantes des recettes nouvelles.
Ambition France Transports
- 16 -
2.4.1. Ressources relevant des collectivités territoriales
Mobilisation de recettes existantes
L?atelier a longuement évoqué le déplafonnement du versement mobilité, tant en termes de
taux qu?en termes des entreprises taxables (abaissement du seuil du nombre d?employés).
La possibilité pour les métropoles membres d?un syndicat mixte SRU de cumuler VM
et VM additionnel (VMA) figure également dans les mesures soutenues par les AOM urbaines.
Si les représentants des autorités publiques et les fédérations professionnelles du transport
y sont favorables, le MEDEF s?est fermement opposé à toute mesure d?augmentation du VM,
arguant, outre les éléments déjà mentionnés (compétitivité, pression sur les salaires), que ce
déplafonnement avait déjà eu lieu avec le versement mobilité régional (VMR). Des collectivités
sont d?ailleurs réticentes à l?utiliser compte tenu des impacts économiques. Des employeurs
publics, notamment les hôpitaux, relèvent aussi l?impact du VM sur leurs finances.
Recettes nouvelles
1. Taxer la plus-value foncière. Les investissements dans les infrastructures de transport
entraînent généralement une augmentation de la valeur foncière dans leur zone
d?influence. Il est donc légitime d?envisager une meilleure captation publique de
cette plus-value privée afin de contribuer au financement des projets publics, dans une
logique de justice fiscale et de partage équitable des bénéfices de la mobilité financée sur
fonds publics.
Plusieurs pistes ont été analysées.
Une modulation des droits de mutation à titre onéreux (DMTO), perçus par
les départements sur les ventes immobilières (entre 5 et 6 % du prix de vente), en fonction
de la proximité à un service de transport pourrait être envisagée, avec une affectation aux
AOM. Un barème différencié selon le degré d?accessibilité et de desserte pourrait ainsi
inciter les territoires à densifier l?urbanisation autour des pôles de transport ? ce qui doit
être un prérequis des projets de SERM - et générer des recettes supplémentaires sans
création de taxe. Ce levier a été évoqué dans les travaux préparatoires à la LOM et repris
dans les recommandations du Conseil d?orientation des infrastructures (COI, 2022), qui
soulignait la pertinence d?un tel outil pour accompagner la mise en oeuvre des SERM et des
grands projets de mobilité. Son extension aux zones urbaines est proposée par l?atelier.
Néanmoins, le scénario issu du rapport Bozio-Wasmer (2024)29 identifie les DMTO comme
l?un des prélèvements les plus inefficients et déconseille d?y recourir à grande échelle en
raison de l?élasticité de l?assiette (une hausse de 0,7 point du taux départemental réduit
les transactions), de son effet régressif, des freins induits à la mobilité résidentielle et du
fait qu?ils entraînent une mauvaise allocation du parc immobilier. La grave crise du
logement en milieu urbain que connaît le pays renforce cette incitation à la prudence
quant à une taxation du flux foncier.
29 Rapport Bozio-Wasmer : Les politiques d'exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire, octobre
2024.
Ambition France Transports
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L?autre piste consiste en conséquence à taxer le stock foncier et créer une contribution
foncière spécifique sur les parcelles qui vont ou ayant bénéficié d?une revalorisation liée à
un gain d?accessibilité, par les transports publics, mesuré objectivement (réduction du
temps de trajet, desserte directe, etc.). Ce mécanisme repose sur une logique de
contribution proportionnelle à l?avantage privé tiré d?un investissement public. Il nécessite
une base juridique nationale, mais pourrait être mis en oeuvre localement par les
collectivités, sur le modèle de la taxe GEMAPI ou de certaines surtaxes foncières
facultatives. Cette contribution sur le stock serait perçue par les AOM tant urbaines que
régionales.
Pour éviter les trappes à bas salaire, M. Wasmer et M. Bozio préconisent de baisser
progressivement le versement mobilité (VM), en le transférant vers la taxe foncière :
un transfert de 5 Md¤ étalé sur cinq ans ne représenterait que 0,85 % de la valeur
immobilière totale et impliquerait, pour la commune médiane, une hausse de 2 à 3 points
de son taux de taxe foncière30. Outre l?allégement du coût du travail, cette proposition se
justifie par une grande injustice quant à la taxation foncière : la propriété foncière est très
concentrée d?une part et d?autre part les communes taxant le moins le foncier sont
les communes où la valeur du foncier est la plus élevée et celles le taxant le plus sont celles
où la valeur du foncier est la plus basse.
Encadré 4 : Exemples internationaux de captation de la rente foncière
Plusieurs pays ont mis en oeuvre des dispositifs permettant de capter la plus-value foncière induite par
les projets de transport, avec un objectif de partage des gains d?accessibilité entre les acteurs publics
et les bénéficiaires directs.
Au Royaume-Uni, le financement du projet Crossrail à Londres s?est appuyé sur une surtaxe sur
les entreprises situées à proximité des gares (Business Rate Supplement). Mis en place à Londres
en 2010, il finance des projets d?infrastructure majeurs comme Crossrail, avec un taux de 2 pence par
livre de valeur locative au-dessus de 70 000£. Le produit est affecté à une autorité locale (ex. Greater
London Authority) et mobilisé sur le long terme, sans contribution des particuliers.
Au Japon, les opérateurs de transport concluent fréquemment des accords avec les collectivités
permettant d?associer revalorisation des droits à construire et participation directe aux coûts
d?infrastructure. Ce modèle repose sur une intégration forte entre urbanisme et mobilité.
Enfin, aux États-Unis, des mécanismes de « tax increment financing » (TIF) permettent d?affecter
la croissance des recettes fiscales locales générées par une opération d?aménagement au
remboursement des investissements en transport. L?exemple d?Atlanta est particulièrement
significatif : le projet « BeltLine » (4,8 Md$ de coût total prévu) mobilise plusieurs sources de
financement, dont un TIF local (Tax Allocation District) ayant généré 325 M$ entre 2005 et 2017.
Cette ressource a permis de soutenir un développement privé évalué à 4,1 Md$ sur la même période,
soit un effet levier de 1 pour 8 par rapport aux 500 M$ d?investissements publics et privés engagés.
Les projections estiment que le TIF pourrait générer entre 800 M$ et 1,4 Md$ d?ici 203031.
Sources : Greater London Authority (2010), Business Rate Supplement ? Final Prospectus ; Institute for Transportation and
Development Policy (2017), Transit Value Capture in Japan: Lessons for the U.S. ; Atlanta BeltLine Inc., Tax Allocation
District Funding et Brookings Institution (2013), Atlanta?s BeltLine: A Model for Smart Growth and Equitable Development.
30 Rapport Bozio-Wasmer : Les politiques d'exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire, octobre
2024.
31 Introduction to Tax Increment Financing, US Department of Transportation, 2018.
Ambition France Transports
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2. Afin de redonner de l?autonomie fiscale aux collectivités, tant régions qu?agglomérations,
l?atelier propose la création d?une redevance locale dédiée à la mobilité, sur le modèle de
la redevance d?enlèvement des ordures ménagères (REOM). Cette redevance, qui
concernerait tous les résidents, permettrait aux régions, aux intercommunalités ou aux
syndicats mixtes de mobilité de renforcer le lien entre le résident et les services publics
locaux et éviterait que ce soit le versement mobilité qui soit systématiquement mobilisé
compte tenu de ses impacts sur l?emploi et la compétitivité des entreprises,
précédemment décrits. La création d?une telle redevance nécessiterait une modification
du code général des collectivités territoriales (CGCT) pour en fixer les conditions
d?institution, d?assiette, de taux et d?affectation ainsi que l?instauration d?un plafond
national et de règles d?exonérations notamment en fonction des revenus des ménages.
3. Depuis la suppression de l?écotaxe nationale en 2014 (à la suite de l?abandon du projet
Écotaxe poids lourds), la loi de finances pour 2016 (article 32) a ouvert la possibilité, pour
certaines régions volontaires, d?instaurer une éco-contribution régionale sur les poids
lourds empruntant leur réseau routier non concédé. La Collectivité européenne d?Alsace
(CEA), créée en 2021, est la première collectivité à s?être engagée concrètement dans
la mise en oeuvre de ce dispositif. Elle vise à faire payer les poids lourds en transit
international, qui utilisent gratuitement l?axe autoroutier A35, entraînant des nuisances
locales (pollution, bruit) et une concurrence déloyale vis-à-vis des itinéraires autoroutiers
payants allemands. L?atelier propose d?assouplir les règles de possibilité de déploiements
de l?écotaxe régionale et recommande une interopérabilité des systèmes pour des raisons
tant fonctionnelles qu?économiques.
4. Dans les grandes aires urbaines, il est proposé de permettre aux AOM de déployer
des péages urbains sociaux, à l?instar de ce que font les pays scandinaves depuis 1990, avec
une tarification basse et des périmètres larges, affectant les ressources à l?accélération de
déploiement de projets alternatifs à la voiture, en veillant à des compensations ou
exonérations pour les bas revenus. Déployé après la mise en place d?alternative à
la voiture, ce type de péage urbain permet de faire participer la voiture aux nuisances de
congestion qu?elle occasionne en zones urbaines denses en évitant une sélection par
l?argent. Il est donc socialement redistributif.
2.4.2. Ressources mobilisables par l?État ou l?Union européenne
Mobilisation et réaffectation de recettes existantes
La réaffectation de ressources fiscales existantes vers le financement des mobilités constitue
un levier de court terme ne nécessitant pas la création de nouveaux prélèvements, mais
relevant de choix politiques assumés par l?État. Plusieurs instruments peuvent être mobilisés,
sous réserve d?ajustements législatifs ou réglementaires.
La taxe de solidarité sur les billets d?avion (TSBA), prévue aux articles L. 422-20 et suivant du
code des impositions sur les biens et services, est actuellement affectée en partie à l?Agence
de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) à hauteur de 270 M¤ par an.
Le rendement de cette taxe (environ 460 M¤ en 2024) pourrait être entièrement fléchée vers
le financement de la mobilité durable, ce qui serait cohérent avec les objectifs climatiques du
pays. En l?état, les recettes de la taxe supérieures au plafond de 270 M¤ sont transférées au
budget général de l?État.
Ambition France Transports
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Dans le cadre de la réforme de la taxe sur les émissions de CO?, en lien avec l?entrée en vigueur
du marché carbone européen ETS232 à partir de 2027, les États membres percevront
les recettes issues de la mise aux enchères des quotas ETS2 sur les carburants routiers.
Néanmoins, l?entrée en vigueur d?ETS2 entraînera une augmentation des prix à la pompe
estimée entre 10 et 25 centimes par litre de carburant, selon le prix du quota carbone. Cela
risque de pénaliser les ménages modestes ou ruraux, peu dotés en alternatives. Dans le cadre
réglementaire européen, chaque État membre pourra mobiliser une part des recettes d?ETS2
pour financer des aides ciblées aux ménages vulnérables. L?atelier propose qu?une part du
solde de l?ETS1 et de l?ETS2 soit fléchée vers les AOM et les investissements SERM, selon des
critères territoriaux (zones à forte congestion, etc.).
Le maintien des engagements financiers de l?État dans le cadre des CPER est également jugé
indispensable par l?atelier afin de sécuriser la trajectoire des investissements SERM et donner
de la visibilité aux AOM. Par ailleurs, le Fonds vert pourrait être mobilisé de façon plus ciblée et
lisible pour accompagner la transition des mobilités.
À horizon 2032, la renégociation des concessions autoroutières pourrait permettre une
réorientation partielle des recettes vers l?AFITF. Conscient des besoins de financement des
systèmes routiers et ferroviaires pour assurer le maintien en condition des réseaux, l?atelier
propose que seule une partie du solde des recettes autoroutières soit affectée aux
investissements des SERM et aux besoins de régénération des réseaux routiers et ferroviaires.
Recettes nouvelles
Aujourd?hui marginalement utilisés dans les mobilités, les certificats d?économies
d?énergie (CEE) pourraient être davantage mobilisés par la création de fiches d?opérations
standardisées sur les thématiques de report modal. Leur impact risque d?être toutefois limité
à ce stade, faute d?attractivité pour les acteurs du secteur33.
Une surtaxation sur les certificats d?immatriculation, à hauteur de 5¤ par cheval fiscal (CV),
permettrait de rapporter 185 M¤, à réaffecter aux conseils régionaux pour le financement des
projets de SERM. Une surtaxe de 10¤ pour les véhicules présentant au moins 7 CV permettrait
d?accroître encore davantage les recettes.
La mise en place d?une taxe additionnelle à la taxe de séjour, à l?instar de ce qui a été mis en
place en Île-de-France, pourrait également renforcer l?autonomie fiscale des régions AOM.
Le secteur aérien bénéficie aujourd?hui d?un traitement fiscal dérogatoire en matière d?accises.
Ce régime, historiquement motivé par la compétitivité internationale, est devenu
climatiquement incohérent, avec une croissance continue du trafic. Une proposition de
révision de cette dérogation est en cours, dans le cadre du volet «?Fit?for?55?». Elle vise à :
? supprimer les exonérations pour l?avion ;
? instaurer des taux minimums progressifs sur le carburant ;
? aligner la taxation du kérosène sur celle des carburants routiers.
32 ETS2 (Emissions Trading System 2) est le nouveau système d?échange de quotas d?émission de gaz à effet de serre
prévu par l?Union européenne dans le cadre du paquet Fit for 55. Il s?ajoute au marché carbone historique (ETS1), qui
couvre l?industrie lourde et la production d?électricité. ETS2 s?appliquera aux carburants utilisés dans le transport
routier (essence, gazole) et aux carburants utilisés dans les bâtiments résidentiels et tertiaires (gaz, fioul domestique).
33ACE Energie, Transports, certificats d?économies d?énergie et décarbonation. Un secteur à remettre sur les rails??,
2021.
Ambition France Transports
- 20 -
La réforme nécessite un accord unanime des 27 États membres au Conseil, et plusieurs pays
(la Hongrie, la Pologne) s?y opposent pour des raisons économiques ou de compétitivité. Selon
les accords européens obtenus, il est proposé un fléchage d?une partie de ces taxes vers
les transports publics. Il a également été évoqué un dispositif similaire pour le transport
maritime, sous réserve d?accord européen.
Une réflexion sur la contribution des véhicules électriques devra enfin être engagée. En effet,
il apparaît que le développement de leur usage induit une perte des recettes liées à la TICPE et
des frais d?entretien plus élevés compte tenu de leur poids. Un tel mécanisme pourrait
s?inspirer des modèles existants en Australie ou aux États-Unis, ou en gestation en Islande et
viserait à préserver la neutralité budgétaire tout en maintenant un signal-prix cohérent pour
les usagers.
2.5. Une gouvernance rénovée et adaptée aux besoins
Comme souligné dans le diagnostic, l?efficacité des politiques de mobilité est aujourd?hui
limitée par une gouvernance fragmentée, tant sur le plan territorial que fonctionnel. Cette
fragmentation freine la cohérence des offres de transport, dilue les responsabilités
opérationnelles et complique l?allocation optimale des ressources publiques. Ajoutons que
la gouvernance de la voirie, éclatée aujourd?hui entre toutes les strates publiques, renforce
la complexité de la gestion des mobilités.
Si certaines intercommunalités ont engagé des regroupements en réponse à ces enjeux
(cf. Erreur ! Source du renvoi introuvable.), la coordination reste incomplète. En particulier,
les régions, qui portent l?offre ferroviaire et interurbaine, ne sont pas systématiquement
associées à la gouvernance locale des mobilités. Une réforme territoriale pour combler ces
lacunes est certainement nécessaire, l?atelier propose des mesures pragmatiques pour avancer,
avec en tête un référentiel d?une gouvernance cohérente c?est-à-dire à l?échelle des aires
urbaines et articulant les politiques de mobilité, de logement, d?urbanisme et d?aménagement,
par des structures simplement pilotables et lisibles du point de vue du citoyen.
Enfin, s?agissant du cofinancement des SERM, l?atelier ne propose pas de mesure spécifique et
constate que les accords locaux comme à Bordeaux avec la région Nouvelle-Aquitaine ou à
Strasbourg avec la région Grand Est, permettent d?engager des SERM en partageant la
productivité urbaine et les ressources des acteurs urbains et régionaux.
Plus concrètement, l?atelier propose les mesures suivantes :
? encourager la coopération des conseils régionaux avec les syndicats mixtes SRU,
les EPL mobilités et globalement avec les communautés d?agglomérations et
les métropoles pour permettre une cohérence modale entre cars et trains ;
? renforcer la concertation sur la fixation des tarifs, en remplaçant les actuels comités
partenaires consultatifs par une instance obligatoirement consultée se prononçant
après étude lors d?un vote sur la fixation des tarifs et des taux et périmètre du
versement mobilité, en s?inspirant de l?exemple new-yorkais (cf. encadré 6) ;
? favoriser par des incitations (financières,?) les évolutions vers des gouvernances plus
intégrées à l?échelle des aires urbaines qui peuvent se traduire par des fusions de
communautés de communes et d?agglomérations, de fusions de communes, de
communautés d?agglomérations et de départements, selon la diversité des situations
et des territoires et toujours à leur initiative (cf. encadré 5) ;
Ambition France Transports
- 21 -
Encadré 5 : Adaptation des périmètres des EPCI aux réalités territoriales
Plusieurs territoires ont entrepris des fusions d?EPCI pour mieux adapter leur périmètre d?intervention
à la réalité des bassins de vie. À Cherbourg, la création de la communauté d?agglomération
de la Communauté d?agglomération du Cotentin en 2017, issue de la fusion de huit intercommunalités,
a permis de structurer l?action publique à l?échelle de la presqu?île, autour d?un pôle urbain fort et
d?un hinterland rural. Cette intégration a permis d?unifier la politique de mobilité, d?habitat et de
développement économique, en lien avec les flux domicile-travail et les usages du territoire.
De façon similaire, Le Havre Seine Métropole, créé en 2019 par la fusion de trois EPCI (dont la CODAH),
regroupe aujourd?hui 54 communes et s?est donné les moyens de piloter l?aménagement,
les transports ou la transition énergétique à l?échelle du bassin de vie havrais. L?objectif était d?aligner
les politiques publiques sur les pratiques territoriales réelles, au-delà du seul coeur urbain.
Enfin, la Communauté urbaine du Grand Reims, née en 2017 de la fusion de neuf intercommunalités,
s?étend sur 143 communes. Elle a été conçue pour répondre à une logique fonctionnelle : organiser
l?offre de services, les réseaux de transport ou la gestion de l?eau sur un territoire cohérent du point
de vue des mobilités et des interactions socio-économiques. Ces reconfigurations illustrent une
tendance structurelle : dépasser les découpages hérités pour construire une gouvernance
intercommunale à la mesure des usages.
Afin de suivre l?évolution du financement des réseaux urbains et des TER et plus globalement
des mobilités (notamment routières), un observatoire du financement des mobilités,
impliquant le SDES, le GART, l?UTPF, la FNAUT et l?ART, notamment, pourrait permettre de
suivre les évolutions et objectiver les débats.
Encadré 6 : Modalités de décision tarifaires à New York City
La Metropolitan Transportation Authority (MTA) gère les transports publics de l?agglomération new-
yorkaise ainsi que neuf ouvrages à péage. Le service est majoritairement exploité en régie, à
l?exception de Metro-North Railroad.
Les tarifs sont révisés tous les six mois. Le processus de décision repose sur un conseil de 16 membres,
dont le président de la MTA et six membres sans droit de vote. Tous sont nommés par le gouverneur
de l?État, avec une répartition géographique assurant une représentation des différents territoires, des
usagers, des employeurs et des collectivités
Ambition France Transports
- 22 -
SYNTHÈSE
Il est nécessaire et urgent de renforcer les liens entre les pôles urbains et le périurbain rural
ainsi qu?avec les villes moyennes autrement qu?en voiture : c?est l?objet des SERM.
La soutenabilité du modèle économique des AOM urbaines et régionales nécessite une
approche globale, articulant les leviers de recettes, de dépenses, et de gouvernance,
l?ensemble formant un tout cohérent. Face à l?ampleur des besoins d?investissement, aux
contraintes de soutenabilité économique et aux enjeux liés à l?emploi, les travaux de l?atelier
conduisent à recommander deux scénarios : l?un misant sur l?adaptation du cadre actuel,
l?autre sur une diversification plus ambitieuse des ressources, en complément des mesures
d?optimisation, de renforcement de la participation de l?usager et d?affectation de certaines
ressources des mobilités :
? Scénario 1 : ajustement du modèle actuel et déplafonnement conditionnel du
versement mobilité. Ce scénario repose sur une adaptation progressive du cadre
existant grâce à un déplafonnement du versement mobilité. Celui-ci serait conditionné
à la mise en oeuvre d?engagements de performance des réseaux et de revalorisation
tarifaire, les deux permettant de redresser la part des usagers dans les recettes
des réseaux. Ce scénario ne concerne donc que marginalement les régions.
? Scénario 2 : diversification des ressources et réforme structurelle du financement.
Ce second scénario propose une refonte plus profonde du modèle économique des
AOM, y compris régionales, avec une autonomie fiscale renforcée, reposant sur
la création de nouvelles ressources fiscales spécifiques et une meilleure captation
des plus-values générées par les infrastructures. Il vise à réduire la dépendance au
versement mobilité et à bâtir un financement plus équilibré, équitable, durable en
répondant aux enjeux multiples des mobilités tels que décrits au § 1.1.
Le tableau ci-après récapitule les différentes mesures identifiées en les classant en trois
catégories :
? celles à déployer quel que soit le scénario retenu, celles relatives au scénario 1 ou 2,
mais qui forment avec chaque scénario un tout cohérent, et qui ne sauraient donc être
considérées comme répondant seules aux enjeux du secteur et de son modèle
économique ;
? les mesures nécessitant une modification législative ou pouvant être mises en oeuvre
rapidement ;
? les mesures dépendant des décisions des collectivités, de l?État, ou des deux.
Les recommandations en bleu sont celles ayant fait l?objet d?un désaccord affirmé au sein de
l?atelier.
Ambition France Transports
- 23 -
Tableau présentant les recommandations communes aux deux scénarios
Recommandations
Responsables (État /
Parlement / Collectivités)
Déployable immédiatement ou
après modification législative
Augmenter la vitesse commerciale des réseaux,
optimiser leur design, afin de faire baisser les coûts
d?exploitation
Collectivités locales Déployable immédiatement
Adapter les moyens à la demande en déployant des
cars express et les cars interurbains là où la demande
ne justifie pas de modes lourds et là où elle ne peut
être satisfaite en l?absence de voies ferrées
Collectivités locales Déployable immédiatement
Accélérer la mise en concurrence des TER en se
coordonnant pour éviter les effets de saturation du
marché
Collectivités locales Déployable immédiatement
Alléger des normes coûteuses et peu justifiées au
regard des standards européens
État
Après modifications
règlementaires
Avoir une cible de R/D à 50 % d?ici 10 ans, selon les
situations, par l?adaptation des tarifs en assurant
l?équité sociale par la tarification solidaire, l?indexation
sur l?inflation, l?open payment, la lutte contre la fraude
Collectivités locales Déployable immédiatement
Prioriser les investissements SERM en fonction de la
demande de la performance économique et
environnementale et de la cohérence avec les
politiques d?urbanisme et d?aménagement
Collectivités locales Déployable immédiatement
Adaptation de la gouvernance locale : encourager la
coopération des Régions aux syndicats mixtes SRU et
AOM urbaines
Collectivités locales Déployable immédiatement
Création d?une instance locale consultative pour la
fixation des tarifs et des taux du VM associant mieux
les entreprises et les usagers
État / Parlement
Nécessite une adaptation
législative
Favoriser par des incitations les évolutions vers des
gouvernances plus intégrées à l?échelle des aires
urbaines
État / Parlement /
collectivités locales
Déployable sur décision locale,
mais peut nécessiter un cadre
législatif
Rénover le statut du syndicat mixte SRU et permettre
l?intégration d?EPCI sans obligation de VMA
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
Assouplissement et déploiement des écotaxes poids
lourds régionales avec interopérabilité des systèmes
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
Péage urbain social affecté au financement de la
mobilité dans les grandes agglomérations après
déploiement d?alternatives à la voiture
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
Engager une réflexion sur la contribution spécifique des
véhicules électriques pour compenser la perte de
TICPE et la dégradation des routes
État / Parlement
Nécessite une adaptation
législative
Mise en place d?un observatoire du financement des
mobilités et de la performance des réseaux avec des
règles permettant de partager facilement la
connaissance entre réseaux
Collectivités locales Déployable immédiatement
Affecter le solde des dispositifs ETS1 et ETS2 et le
produit de la TSBA actuelle
État Déployable rapidement
Mobiliser les CEE sur le report modal État / collectivités locales Déployable rapidement
Créer une surtaxe légère sur les certificats
d?immatriculation affectées aux régions pour les SERM
État
Nécessite une modification
législative
Créer une surtaxe sur la taxe de séjour affectées aux
AOM
État
Nécessite une modification
législative
Ambition France Transports
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Recommandations
Responsables (État /
Parlement / Collectivités)
Déployable immédiatement ou
après modification législative
Affecter le solde du produit des concessions
autoroutières renouvelées après déduction des coûts
nécessaires au maintien en condition opérationnelle
des routes et voies ferrées
État
Nécessite une modification
législative, après le
renouvellement du système
autoroutier
Tableau présentant les recommandations des scénarios 1 et 2
Scénario Recommandation
Responsable (État /
Parlement / Collectivités)
Déployable immédiatement
ou après modification
législative
1
Déplafonnement ciblé du versement mobilité,
ou cumul VM/VMA, conditionné à des
engagements de gouvernance, de performance
et à une augmentation de la tarification
Désaccord du MEDEF
Mixte (État pour la loi,
Collectivités pour la mise
en oeuvre)
Nécessite une adaptation
législative
2
Création d?une taxe foncière spécifique sur les
plus-values induites par les infrastructures de
transport
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
2
Modulation des droits de mutation à titre
onéreux (DMTO) en fonction de l?accessibilité
aux services de transport, au bénéfice des AOM
urbaines et régions
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
2
Création d?une redevance locale dédiée (type
REOM) pour financer l?exploitation des réseaux
au bénéfice des AOM urbaines et régions
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
2
Bascule partielle du versement mobilité d?une
assiette salariale vers une assiette foncière
État / Parlement /
collectivités locales
Nécessite une adaptation
législative
RAPPORT DE L?ATELIER N°2
AVENIR DES INFRASTRUCTURES ROUTIÈRES
Ambition France Transports
- 1 -
INTRODUCTION DES COPILOTES
La Conférence Ambition France Transports (AFT) a pour principale thématique, comme
l?indique son sous-titre, le « financement de l?avenir des mobilités ». Les membres de l?atelier 2
(voir liste en annexe) de la Conférence se félicitent du fait qu?un groupe soit spécifiquement
centré sur ce patrimoine que constituent les infrastructures routières et autoroutières. Les
copilotes et les membres du groupe ont souhaité ne pas limiter leurs travaux au seul réseau
routier national. Les réseaux départementaux et communaux ont également été traités car ils
constituent un maillon fondamental de la chaîne de transport, et sont également confrontés à
des enjeux de régénération et de modernisation.
L?ensemble du réseau routier, plus de 1,1 million de km, est aujourd?hui le vecteur de plus de
80 % des mobilités de personnes et de marchandises. Cela changera peu dans les années à
venir alors même que le réseau routier accueille des flux de plus en plus différenciés de
véhicules (automobiles, camions, autocars, autobus, deux roues de tous types, piétons, engins
agricoles?).
Cette diversification des usages va nécessiter localement des adaptations et les
investissements qui en résultent. Mais d?autres investissements, prioritaires, doivent
impérativement être réalisés : ceux qui concernent ce qu?il est convenu d?appeler la « dette
grise ».
Au sens strict, la dette grise, ou dette invisible, résulte d?un manque d'entretien des
infrastructures, engendrant à terme un important surcoût financier pour leur remise en état.
Or c?est ce qui a été constaté depuis plusieurs décennies, notamment sur le réseau routier
national non concédé (RNN). Les dépenses des administrations publiques centrales (État,
AFITF) pour les routes dépassaient 4 Md¤ courants en 2006. En moins de dix ans elles ont été
divisées par 2 avant d?augmenter un peu depuis 2020 (2,5 Md¤ courants en 2023). Le résultat
est que 20 % des chaussées du RNN nécessitent un entretien structurel et 30 % un entretien de
surface. Sans être aussi bien documentée, la situation de certains segments des réseaux
départementaux et communaux nourrit les mêmes inquiétudes.
Or, comme nous l?a indiqué le CEREMA, un euro d?entretien non réalisé aujourd?hui se traduira
au bout de quelques années par une dépense de 5 euros pour des travaux structurels. Il est
donc nécessaire d?amorcer dès maintenant la résorption de la dette grise car c?est un puissant
moyen de faire des économies dans les décennies à venir. Une croissance significative des
dépenses d?investissement est donc nécessaire sur les réseaux routiers, sachant qu?à la dette
grise au sens strict, il faut ajouter d?une part les dépenses d?adaptation aux impacts du
dérèglement climatique, et d?autre part les investissements destinés à accompagner la
décarbonation des mobilités routières. L?accroissement des dépenses d?investissement est
nécessaire sur l?ensemble du réseau. Les voiries des départements et du bloc communal, y
compris dans les zones rurales, sont également confrontées au problème de la dette grise et
aux adaptations qu?imposent le changement climatique et la décarbonation.
Le lecteur trouvera dans la première partie de ce rapport des indications chiffrées sur les
sommes à mobiliser. Mais notre groupe ne s?est pas arrêté à ce constat. Tenant compte de la
situation critique des finances publiques et ne voulant pas laisser croire que le problème serait
aisément résolu par une hausse de la fiscalité ; nous nous sommes penchés, comme nous y a
invité le ministre des transports, sur l?avenir du réseau autoroutier concédé.
Ambition France Transports
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Ce dernier génère aujourd?hui un chiffre d?affaires (TVA incluse) de près de 15 Md¤ se
décomposant grossièrement ainsi : un tiers pour l?exploitation et les gros travaux ; un tiers pour
les actionnaires et le remboursement de la dette, et un tiers pour les administrations publiques
(TVA, Impôt sur les sociétés, Taxe d?Aménagement du Territoire, redevances domaniales?).
Lorsque les principales concessions autoroutières arriveront à échéance entre 2031 et 2036,
une autre organisation et une autre affectation des recettes des autoroutes doit être
envisagée. C?est ce à quoi s?attache la seconde partie de ce rapport. Elle envisage diverses
options et en recommande plus précisément deux.
Ces deux scénarios ont été choisis car ils ouvrent la possibilité d?anticiper dès 2026, via une
dette responsable, des dépenses de résorption de la dette grise des routes. La troisième partie
de ce rapport est donc une réponse, au moins partielle, aux questions posées dans la première
partie.
Ambition France Transports
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SOMMAIRE
1. État du réseau routier et stratégies d?avenir : quelles priorités pour la route en France ? 4
1.1. La dette grise du réseau routier en France ........................................................................ 4
1.1.1. Les autoroutes concédées ................................................................................................ 4
1.1.2. Réseau national non-concédé : l?urgence à agir ........................................................... 4
1.1.3. Réseau routier décentralisé : des alertes, en particulier sur les ouvrages d?art ..... 4
1.2. Quelles priorités et besoins de financement pour les dix prochaines années ? ........ 6
1.2.1. L?urgence des routes nationales ...................................................................................... 6
1.2.2. Le besoin de connaissance du réseau départemental et communal ...................... 8
1.2.3. Le maintien de la qualité des autoroutes ...................................................................... 9
2. La gestion des autoroutes : une clef pour l?avenir de la route française .......................... 9
2.1. La fin de 90 % des concessions d?ici 2036 : l?opportunité de repenser la gestion et le
financement de la route en France ................................................................................................. 9
2.2. L?absolue nécessité de maintenir les péages .................................................................. 11
2.3. Plusieurs scénarii de gestion des autoroutes post-concession, en fonction du niveau
de transfert de risque souhaité ...................................................................................................... 13
3. Les conditions du financement de la route par la route .................................................... 17
3.1. La route, une pourvoyeuse importante de recettes pour les collectivités territoriales
et l?État ................................................................................................................................................ 17
3.2 Quelle utilisation des produits des péages ? ................................................................... 18
3.2.1 « La route finance la route » : imposer quelques grands principes ........................ 18
3.2.2 Financer dès à présent la régénération du réseau routier ....................................... 18
3.2.3 Le partage de la valeur des péages à partir de 2032 ................................................ 20
3.2 Les ouvrages d?art des collectivités territoriales ........................................................... 22
CONCLUSION ........................................................................................................................................... 24
OPINION DISSIDENTE : ASSOCIATION DES SOCIETES FRANCAISES D?AUTOROUTES ........... 25
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1. État du réseau routier et stratégies d?avenir : quelles priorités pour la route en France ?
La dette grise au sens strict correspond à l?ensemble des investissements nécessaires à la
régénération de la route qui n?ont pas été réalisées et qui, en s?accumulant, menace le bon état
voire la viabilité du réseau routier. C?est en quelque sorte la dette qui doit être purgée afin de
maintenir un réseau à l?identique.
Cette dette grise doit donc être différenciée des dépenses nécessaires en matière de
modernisation et d?adaptation de la route. Ces dépenses couvrent l?ensemble des besoins
nouveaux en matière de modification des routes. Cela recouvre les investissements liés à la
résilience, aux nouveaux usages, à la décarbonation, à la réduction de l?impact écologique, etc.
1.1. La dette grise du réseau routier en France
1.1.1. Les autoroutes concédées
9 200 kilomètres d?autoroutes sont concédés en France, représentant moins de 0,1 % du
linéaire routier mais près de 25 % du trafic. Le modèle concessif a permis de garantir le maintien
d?un bon niveau d?investissement depuis 2005, entre 1 et 1,8 Md¤ par an (hors pics).
Depuis 2006, les dépenses d?entretien par kilomètre du réseau autoroutier ont été cinq fois
plus importantes que celles réalisées par le réseau national non-concédé. Aujourd?hui, le
ministère des transports estime que 92 % du réseau est en bon ou très bon état (indicateur
IQRA supérieur ou égal à 3/5), de même que 73 % des 12 100 ouvrages d?art. Seuls 2 % des
ouvrages d?art nécessitent des reprises structurelles. Ceci en fait l?un des réseaux autoroutiers
les mieux entretenus d?Europe.
1.1.2. Réseau national non-concédé : l?urgence à agir
La situation du réseau national non-concédé est la plus critique, du fait d?un sous-
investissement sensible depuis les années 2010. Il est aujourd?hui engagé dans une « spirale de
la dégradation »1, alors même que ses 12 000 kilomètres accueillent près de 20 % du trafic
routier. Le ministère des transports estime que 50 % des chaussées nécessitent un entretien
en 2022, dont 19 % un entretien en profondeur portant sur la structure des routes. 34 % des
ponts présentent un défaut voire une structure altérée, et cette dégradation s?accélère
(+5,3 points depuis 2017).
Le niveau d?investissement de l?État a été inférieur de 25 % aux besoins entre 2018 et 2022,
conduisant à la création d?une dette grise au moins 2,3 Md¤ sur la période. Par rapport au
réseau concédé et au réseau décentralisé, le réseau national non concédé a également pris du
retard dans certains travaux de résilience ou de réduction de son impact écologique.
1.1.3. Réseau routier décentralisé : des alertes, en particulier sur les ouvrages d?art
En 2023, les collectivités territoriales gèrent près de 1,1 million de kilomètres de voiries,
réparties entre le bloc communal (66 %) et les départements (34 %), ce qui constitue l?immense
majorité du linéaire routier français. Ce réseau accueille environ la moitié du trafic. Par
comparaison avec l?homogénéité du réseau national, le réseau décentralisé connaît une grande
1 Commission des finances du Sénat, Échéance des concessions d?autoroutes : tenir compte du passé pour préparer
l?avenir, Hervé Maurey, 2023.
Ambition France Transports
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variété de situations et d?enjeux : réseaux métropolitains très empruntés, réseaux de montagne
soumis à des pressions climatiques importantes, réseaux ruraux très longs, réseaux insulaires,
etc. Parfois qualifié de « réseau capillaire » ou « réseau secondaire », il est essentiel pour relier
les axes structurants avec l?ensemble des zones urbaines et rurales. C?est le réseau de la route
du quotidien.
Les départements gèrent environ 377 000 km de routes départementales, engageant 5,6 Md¤
en 2023 (8 % de leurs dépenses), dont 4 Md¤ en investissement, ce qui en fait le premier poste
d?investissement des départements2. De leur côté, les communes de plus de 3 500 habitants
(71 % de la voirie communale) ont consacré 7,1 Md¤ en 2023 (en fonctionnement et en
investissement)3. Contrairement au réseau routier national non-concédé, les dépenses
consacrées aux voiries décentralisées ont crû de +2 Md¤ entre 2017 et 2023. La dépense de
voirie par habitant a augmenté de 24 % depuis 2017 et de 6 % depuis 2013.
Cela s?explique notamment parce que le réseau communal est le seul réseau routier à connaître
un allongement significatif depuis 2010, avec la création de 65 000 km de routes
supplémentaires, tandis que les routes départementales sont plus stables (+3 000 km). À noter
la forte croissance des véloroutes et voies vertes, souvent financées par les collectivités
territoriales (passant de 6 000 km en 2010 à plus de 21 000 km en 2023).
Ce maintien de l?investissement a permis de contenir la création d?une dette grise d?une gravité
similaire aux routes nationales non-concédées, même si les situations sont très hétérogènes
d?un département à l?autre. Ainsi, le ministère des transports et l?IDDRIM estiment que 36 %
du réseau routier décentralisé nécessite un entretien, taux en baisse par rapport à 2019 (59 %)
grâce à la reprise des investissements après le creux de 2010 à 2016. Les routes en mauvais état
représentent 11,4 % des routes départementales.
Contrairement au réseau national, il est difficile d?obtenir une vision consolidée de la situation
du réseau départemental et communal du fait d?une hétérogénéité des modes d?évaluation de
la dégradation de la route et d?une absence de remontée d?informations4. Ainsi, les estimations
de la dette grise varient énormément : l?IDDRIM chiffre celle du réseau départemental entre
12 et 18 Md¤, tandis que le Cerema évoque une dette grise de 7 Md¤ sur un scénario
approchant le niveau d?exigence sur le réseau national. S?agissant du bloc communal, la dette
grise n?a pu être évaluée. L?association des maires de France estime un besoin d?investissement
annuel de 10 Md¤, à mettre en rapport avec les 7 Md¤ dépensés en 2023. Cependant, l?État est
incapable d?identifier les dépenses de voirie des communes de moins de 3 500 habitants, et il
est probable que ce niveau d?investissement soit atteint ou approché par l?ensemble du bloc
communal. De son côté, le Cerema estime dans un scénario modeste une dette grise de 9 Md¤.
En tout état de cause, ces chiffrages manquent de fiabilité et ne sont pas endossés par le
présent rapport.
Les ouvrages d?art des collectivités territoriales constituent un point d?alerte particulier. On
estime que les ouvrages d?art départementaux sont au nombre de 240 000, contre 150 000
pour les communes. D?après l?IDDRIM, 1,4 % des ponts départementaux sont en mauvais état,
tandis que le programme Ponts conduit par le Cerema montre que sur l?ensemble des ponts
audités dans les petites communes, 25 % présentent des défauts structurels, dont 9 %
2 Les dépenses de voirie des collectivités locales entre 2013 et 2023, BIS n° 192, février 2025, Julien Desclodure,
département des études et des statistiques locales de la DGCL.
3 À noter que 0,3 Md¤ sont dépensés par les régions et les syndicats, principalement des subventions d?investissement
à d?autres collectivités territoriales ou à des porteurs de projet privés.
4 Constat déjà posé par la Cour des comptes, L?entretien des routes nationales et départementales, mars 2022.
https://www.ccomptes.fr/system/files/2022-03/20220310-entretien-routes-nationales-departementales.pdf
Ambition France Transports
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nécessitent des mesures rapides. Or, leur coût de réfection est élevé et les travaux sont
difficiles à étaler dans le temps. L?IDRRIM identifie ainsi une dette grise de 1,2 Md¤ sur les ponts
départementaux, tandis que le Sénat estime la dette grise des ponts du bloc communal
comprise entre 2,2 et 2,8 Md¤5. Cette dette grise est d?autant plus inquiétante qu?elle
représente un potentiel danger pour nos concitoyens, à l?image de l?effondrement du pont
Morandi en Italie en 2018.
1.2. Quelles priorités et besoins de financement pour les dix prochaines années ?
Il est tout d?abord apparu clair aux membres de l?atelier que la régénération des routes
nationales non-concédées devait constituer une priorité absolue par rapport aux autres
chantiers routiers, et ce dès 2026. En effet, un report de la résorption de la dette grise
après 2031 représenterait un coût plus élevé pour la collectivité publique, et présenterait le
risque d?une fermeture pure et simple de certains tronçons routiers, ce qui serait inacceptable
pour les territoires concernés. Ce coût est au final au moins multiplié par cinq par rapport à un
entretien régulier, et génère des pertes économiques pour les entreprises et les ménages.
Cela ne doit cependant pas effacer la vigilance nécessaire sur les autres réseaux routiers, en
particulier sur les ouvrages d?art des collectivités territoriales. En effet, plus que toute autre
route, un mauvais entretien d?un ouvrage d?art représente un danger grave pour les
conducteurs.
1.2.1. L?urgence des routes nationales
En 2025, le ministère des transports consacre un peu moins de 1,6 Md¤ à la gestion du réseau
routier national, hors masse salariale des directions interrégionales des routes. Ce montant se
divise comme suit (en M¤ courant), la catégorie « autre » comprenant des investissements liés
à la réduction de l?empreinte environnementale, la résilience face au changement climatique
et les usages collectifs.
Nous estimons qu?il est nécessaire d?atteindre d?ici 2030 1 Md¤ de financements
supplémentaires chaque année pour le réseau national non-concédé, selon plusieurs priorités
exposées par ordre décroissant.
5 « Sécurité des ponts : face au « chantier du siècle », l'urgence d'une action publique plus ambitieuse », rapport
d'information n° 669 (2021-2022), déposé le 15 juin 2022 par M. Bruno Belin.
295
686
547
120
Exploitation/entretien*
Régénération
Aménagement, sécurisation
et développement
Autre
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1/ La priorité absolue à la régénération
Nous estimons que tout financement supplémentaire en matière routière doit aller en priorité
à la régénération du réseau routier national existant, avant d?envisager de nouveaux projets. Il
s?agit d?assurer le maintien en bonne condition de ce patrimoine collectif d?une valeur de
160 Md¤, et ainsi éviter que des tronçons ne se dégradent trop, nécessitant des fermetures
comme par le passé (RN 4 en 2011 après un hiver ayant aggravé une chaussée vieillissante,
fermeture partielle de l?A15 en 2018 après l?effondrement d?un mur de soutènement, fermeture
de l?A13 après la découverte de fissures).
Cette régénération nécessiterait un surplus de dépenses de 800 M¤ et comprend plusieurs
aspects :
- la hausse des dépenses d?exploitation/entretien, afin de mieux préserver les routes et
réduire ainsi les coûts futurs de maintenance lourde. Le besoin est estimé à 100 M¤
supplémentaires par an ;
- l?accroissement des dépenses de régénération pour mettre fin à la création de
nouvelles dettes grises, d?un montant de 350 M¤ supplémentaires par an ;
- la résorption de la dette grise sur huit ans, nécessitant environ 350 M¤ par an.
Ainsi, un abondement supplémentaire de 450 M¤ par an à partir de 2026-2027 permettrait de
stabiliser la dette grise, mais il faudra monter à 800 M¤ par an pour résorber cette dette et
atteindre une qualité satisfaisante. Cette priorisation est également dictée par le fait que tout
report de la résorption de la dette grise génèrera une augmentation croissante des besoins de
financement pour y répondre.
2/ Résilience face au changement climatique et aux catastrophes naturelles
Le deuxième enjeu important est l?adaptation du réseau routier au changement climatique. Les
phénomènes météorologiques sont de plus en plus intenses et accélèrent la dégradation de
certaines routes : alternance rapide de températures, épisodes de gel intense, etc. De plus,
certains tronçons sont soumis à des risques particuliers liés aux catastrophes naturelles : routes
en zone inondable ou d?incendie de forêts, routes de montagne menacées par des
effondrements. Construire la résilience du réseau routier permet d?assurer sa continuité. Le
ministère des transports estime qu?un investissement jusqu?à 100 M¤ par an serait nécessaire.
A contrario, ne pas investir en préventif expose l?État à une dépense cinq fois supérieure en
curatif6.
3/ Adapter la route à la nouvelle donne environnementale (évolution des usages, impact
écologique)
82 % du transport intérieur de voyageurs et 88 % du transport de marchandises7 reposent sur
la route. Il est dès lors illusoire de faire reposer sur le seul report modal (train, vélo) la réduction
des émissions polluantes de la France. À la manière de nos voisins (en particulier l?Allemagne
et les pays nordiques), il est nécessaire de réduire l?impact environnemental de la route, ce qui
passe par plusieurs types d?investissement :
6 Pour 1 ¤ de dépense préventive non-réalisée en matière de résilience des infrastructures, la réparation des chaussées
après un événement climatique coûte 2 ¤ d?argent public et présence un coût socio-économique de 3¤ en moyenne
(fermeture d?axe, ralentissement, accident, etc.)
7 Exprimés respectivement en voyageur-kilomètre et tonne-kilomètre.
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- la réduction de l?empreinte environnementale de la route (points noirs du bruit,
protection de la ressource en eau, continuité écologique pour les espèces) : besoin
maximum de 130 M¤ par an pour le réseau national non-concédé ;
- l?adaptation de la route aux nouveaux usages, en particulier la voiture électrique et les
transports collectifs : entre 50 M¤ et 150 M¤ supplémentaires par an.
4/ Des nouveaux aménagements au cas par cas
Par différence avec les points précédents, il n?apparaît pas nécessaire de consacrer davantage
de fonds d?État aux projets d?aménagement. Ces derniers recouvrent la création de nouvelles
routes, la mise en sécurité de certains tronçons (terre-plein central, échangeur, etc.), etc. S?il
existe des besoins locaux avérés (par exemple liés à l?extension de certains ports, ou le
développement à venir de plateformes multimodales), il nous semble que les montants actuels
(près de 600 M¤ par an) permettent déjà d?y répondre raisonnablement. De plus, aucun acteur
n?a fait part d?un besoin d?extension du réseau national qui, sur ses portions concédées, non-
concédées et décentralisées, permet déjà d?irriguer le territoire national, avec l?un des réseaux
les plus longs d?Europe.
Naturellement, ces différentes catégories d?intervention ne sont pas exclusives les unes des
autres et des chantiers de régénération peuvent, de manière opportune, être l?occasion de
porter des aménagements de modernisation et de décarbonation.
1.2.2. Le besoin de connaissance du réseau départemental et communal
Eu égard à l?importance du réseau routier départemental dans la vie quotidienne des
territoires, en particulier ruraux, il n?est pas satisfaisant de ne pas disposer de recensement
fiable de la dette grise de ce réseau. Il nous apparaît urgent de mettre en oeuvre un diagnostic
précis sur les routes des collectivités territoriales :
- missionner le Cerema, en lien avec IDDRIM (Observatoire national des routes) et en
concertation avec les collectivités territoriales, d?établir un référentiel national
d?évaluation de l?état des routes départementales et communales ;
- imposer des remontées statistiques systématiques des départements et du bloc
communal (intercommunalités principalement) sur la base de ce référentiel national ;
- lancer une campagne d?évaluation des routes départementales sous la responsabilité
du Cerema, notamment pour les départements ruraux manquant de ressources au
regard de leur linéaire routier.
S?il nous apparaît que les routes départementales semblent en meilleur état que les routes
nationales, ce travail de recensement est essentiel eu égard à la situation financière des
départements. Il y a en effet un risque de réduction future des investissements. D?après
l?association des départements de France, 72 % des présidents de département indiquent
également que l?état de leurs routes va se dégrader.
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1.2.3. Le maintien de la qualité des autoroutes
Contrairement aux années 1990 et 2000, il n?apparaît pas nécessaire de financer une extension
du réseau autoroutier, sauf cas particuliers locaux. Dès lors, la priorité consiste à maintenir le
niveau de dépense d?entretien et de régénération des actuelles sociétés d?autoroutes, afin
d?éviter la constitution d?une dette grise. Ce montant est actuellement de 1,7 Md¤ par an en
moyenne, financés entièrement par les péages.
À cet entretien s?ajouteront des investissements supplémentaires au titre de l?adaptation aux
nouveaux usages à partir de 2031. Cela intègre notamment le déploiement de stations de
recharge, de pôles de transports collectifs, etc. Or, à ce stade, l?équilibre financier du marché
de la recharge électrique n?est pas assuré et dépend des subventions de l?État et des
constructeurs automobiles. En particulier, la flotte poids-lourds est peu électrifiée, rendant le
modèle économique fragile à ce stade. Les investissements en matière de transition des
autoroutes pourraient donc être importants, mais il n?apparaît pas possible de les estimer avec
précision à l?heure actuelle.
Enfin, il conviendra de suivre avec attention la période de transition correspondant à la fin des
contrats de concession afin que l?État récupère, comme prévu dans les conventions, un réseau
en bon état de fonctionnement (cf. 2.1).
Le réseau routier est un patrimoine qu?il faut impérativement entretenir pour éviter sa rapide
dégradation. La priorité doit être donnée aux investissements de résorption de la dette grise.
Le coût de l?inaction serait très élevé dans les années qui viennent, tant financièrement que
pour la vie quotidienne des habitants et le dynamisme économique du pays.
2. La gestion des autoroutes : une clef pour l?avenir de la route française
2.1. La fin de 90 % des concessions d?ici 2036 : l?opportunité de repenser la gestion et le
financement de la route en France
Depuis le début des années 1950, l?État français a décidé de développer son réseau autoroutier
par la voie de contrats de concessions. Il a ainsi confié le financement, la conception, la
construction, l?entretien, l?exploitation et la maintenance des autoroutes à des sociétés
concessionnaires pour une durée prédéfinie en contrepartie, pour ces sociétés, du droit à
percevoir un péage auprès des usagers.
Un contrat de concession repose sur l?équilibre entre trois caractéristiques fondamentales :
? un transfert de risques du concédant au concessionnaire ; ceci inclut le risque de trafic,
qui impacte les recettes, mais aussi les risques liés à la construction (retards de
chantiers, surcoûts) et à l?exploitation (coûts et disponibilité) et le risque de
refinancement (les très longues durées des concessions sont généralement supérieures
à celles des emprunts pouvant être contractés) ;
? une rémunération du concessionnaire par l?exploitation ;
? une durée qui n?excède pas le temps raisonnablement escompté par le
concessionnaire pour amortir les investissements réalisés, y compris la rémunération du
capital investi.
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En 2025, le réseau concédé français compte quelque 9 100 km d?autoroutes et les sociétés
concessionnaires d?autoroute (SCA) sont au nombre de dix-neuf :
? sept SCA dites « historiques », dont six anciennes sociétés d?économie mixte (SEMCA)
privatisées en 2006 (ASF-Escota, APRR-Area, Sanef-SAPN) et Cofiroute, privée dès sa
création. Ces SCA historiques sont détenues par les groupes Vinci, Eiffage et Abertis et
représentaient 91,5 % du chiffre d?affaires global des autoroutes françaises concédées
en 2019 ;
? dix SCA dites « récentes » (Adelac, Albea, Aliae, Alicorne, A?liénor, Alis, Arcos, Arcour,
Atlandes et CEVM) dont les concessions ont débuté entre 2001 et 2019 ;
? deux SEMCA exploitant des tunnels alpins internationaux : ATMB (tunnel du Mont-
Blanc) et SFTRF (tunnel du Fréjus).
La majorité du réseau autoroutier concédé français est répartie entre les trois groupes que
sont :
? Vinci (Arcos, Arcour, ASF, Cofiroute et Escota) : les SCA sont regroupées au sein du pôle
Vinci Autoroutes, spécialisé dans la concession et l?exploitation d'infrastructures
autoroutières en France, qui exploite près de 4 450 kilomètres d?autoroutes ;
? Eiffarie (Adelac, Aliae, A?liénor, APRR, Area et CEVM), coentreprise d?Eiffage et
Macquarie : les SCA sont regroupées au sein du pôle Concessions autoroutières en
France, qui exploite plus de 2 460 kilomètres d?autoroutes ;
? Abertis (Sanef et SAPN) : la longueur cumulée des deux réseaux, première source de
revenus du groupe Abertis, s?établit à plus de 1 760 kilomètres.
Les SCA sont rémunérées par les revenus d?exploitation du réseau sous la forme de péages
acquittés par les usagers. Le concessionnaire tire majoritairement (98 %) ses revenus de la
perception d?un droit d?utilisation de cette infrastructure (le péage), acquitté par l?usager ; les
redevances perçues par les exploitants des aires de services et celles versées par les opérateurs
de télécommunications constituent des recettes annexes. Quoique les SCA s?acquittent d?une
redevance domaniale versée à l?État pour bénéficier du droit d?exploiter cette infrastructure
sur le domaine public, la fiscalité constitue désormais le seul moyen par lequel l?État peut
capter une partie de la valeur créée par les concessions autoroutières. L?activité des
concessions autoroutières aurait rapporté à l?État quelque 50 Md¤ entre 2006 et 20188, répartis
entre des versements spécifiques (taxe d?aménagement du territoire, redevance domaniale) et
fiscalité générale (impôts sur les sociétés et TVA).
Le bilan du système concessif fait apparaître de nombreuses limites. Le modèle des
concessions a en effet rempli ses objectifs à la fois en termes de qualité de service et
d?infrastructures, ainsi que dans sa capacité à libérer des capacités financières pour l?État.
L?Autorité de régulation des transports a ainsi rappelé dans son rapport de 2024 sur l?économie
générale des concessions9 que les concessionnaires autoroutiers sur le réseau français ont
respecté leurs obligations contractuelles et n?ont jamais eu à verser de pénalité au titre d?un
entretien défaillant. De surcroît, le modèle concessionnaire assure à la fois un principe « usager
payeur », rationalise les investissements et permet de sécuriser les fonds nécessaires pour
8 Rapport de la commission d?enquête sur le contrôle, la régulation et l?évolution des concessions autoroutières, remis
à la présidence du Sénat le 16 septembre 2020. A titre de comparaison, le rapport annuel de synthèse des comptes
des concessions autoroutières de l?ARAFER en 2018 indique que le chiffre d?affaires des concessions était de 10 Md¤
par an et que les SCA versaient en moyenne autour de 3 Md¤ de dividendes à leurs actionnaires chaque année.
9 Autorité de régulation des transports, rapport « Economie des concessions autoroutières », Novembre 2024.
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entretenir et exploiter le réseau, ce qui, dans un contexte de finances publiques contraint,
n?apparaît pas anodin. Cependant, ce modèle fait désormais l?objet d?une acceptabilité
politique et sociale réduite, associée à la critique des « trois P » : péages, profits, privé. Si les
analyses divergent marginalement sur la réalité d?une surrentabilité du modèle de concession
autoroutière10, elles convergent sur la nécessité de renforcer les compétences de l?État en
termes de négociations, pilotage et contrôle des contrats de concession (réduction des durées
de concession, limitation du recours à l?avenant, etc.).
Les concessions autoroutières vont prendre fin entre 2031 et 2036 (cf. tableau 1). Il convient
de préparer cette période de transition qui constitue à la fois une zone de turbulences, face à
la nécessité de s?assurer du retour du réseau concerné « en bon état d?entretien »11, et
d?opportunités, offrant la possibilité de redéfinir les règles de gestion du réseau autoroutier,
pour s?assurer de leur efficacité, mais aussi de leur acceptabilité. Le modèle qui sera retenu
devra ainsi permettre d?assurer la même qualité d?entretien et de modernisation des
autoroutes que le schéma concessif actuel, tout en permettant à l?État de capter une plus
grande partie des revenus issus de la gestion de ce réseau.
Tableau 1 : synthèse des durées des sept concessions historiques en France
Société d?autoroute
Début de la
concession
Fin de la
concession
Longueur du réseau (en
km)
ASF 1961 2036 2 730
Sanef 1963 2031 1 396
SAPN 1963 2033 372
APRR 1963 2035 1 890
Cofiroute 1970 2034 1 111
AREA 1971 2036 409
ESCOTA 1975 2032 471
Source : commission des finances du Sénat.
2.2. L?absolue nécessité de maintenir les péages
En 2023, les péages autoroutiers représentaient 15 Md¤ de recettes de péage (TTC), dont
10 Md¤ au titre des véhicules légers et 5 Md¤ au titre des poids lourds. 9,6 Md¤ étaient
consacrés aux dépenses des concessionnaires (investissements, exploitation et rémunération
de capitaux), y compris bénéfices nets, et 5 Md¤ aux taxes et redevances versées à l?État. Avec
la fin des concessions, les investissements dans le réseau autoroutier sont considérés comme
amortis, ce qui devrait conduire automatiquement à une diminution du montant des péages,
selon le principe de l?usager-payeur. En effet, à des fins d?alignement comptable, les contrats
de concession prévoient qu?en échange de la restitution gratuite de l?infrastructure à la fin de
la concession l?amortissement des actifs de la concession soit réalisé intégralement sur la durée
du contrat. Par ailleurs, les nouveaux investissements relevant du service autoroutier resteront
10 L?ART conclut ainsi (rapport de novembre 2024 cité supra) que la rentabilité des concessions s?établit à un niveau
cohérent avec le coût du capital pouvant être estimé sur la durée des contrats et les aléas d?une concession (estimation
d?un TRI à 7,9 % contre un coût du capital de l?ordre 7 % en moyenne pour des investissements de ce type). La
commission d?enquête du Sénat sur le contrôle, la régulation et l?évolution des concessions autoroutières a conclu en
2020 que les TRI actionnaires étaient compris entre 7,2 % pour la Sanef et SAPN 10,9 % pour ASF et Escota. L?IGF dans
son rapport « le modèle économique des sociétés concessionnaires d?autoroutes » (février 2021) a estimé un TRI
actionnaire allant de 7,7 % pour Sanef-SAPN à 12,5 % pour APRR-Area.
11 Voir le rapport d?information du Sénat sur la préparation de l?échéance des contrats de concessions autoroutières,
octobre 2024.
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probablement limités sur la période à venir, sous réserve des investissements nécessaires à la
transition écologique, dont les estimations manquent de fiabilité à ce stade. Cependant, une
telle diminution du niveau des péages présente plusieurs difficultés : elle n?est alignée sur
aucune réalité de fonctionnement du réseau (la durée de vie des autoroutes est en réalité
plutôt autour de cent ans) ; elle risque d?engendrer une augmentation de la fréquentation de
ce réseau et donc d?augmenter les besoins d?investissement, qui seront ensuite à nouveau
répercutés sur les tarifs de péage, entraînant un effet « yo-yo » préjudiciable au
fonctionnement du réseau ; elle ne permet pas d?orienter les comportements, en reflétant les
externalités de la circulation.
Comme l?a démonté Yves Crozet, l?exemple espagnol orienté vers la gratuité des autoroutes
confirme que ce type de décision conduit à une forte hausse des trafics (véhicules légers et
poids lourds), et par conséquent des émissions, et à une augmentation du besoin
d?investissement pour la régénération de la route rendu gratuite12, dans un contexte de
disparition des recettes fiscales qui étaient attachées au péage. De la même manière, la
gratuité des routes françaises non-concédées entraîne, dans les régions frontalières, un report
d?une partie du trafic de poids-lourds allemands qui cherchent à éviter les péages. Cette
situation conduit donc le contribuable français à payer pour le poids-lourd allemand. Ainsi, il
apparaît souhaitable de maintenir le tarif des péages au niveau actuel après la fin des
concessions historiques.
Le maintien des péages aux niveaux actuels pour les véhicules légers comme pour les poids-
lourds est compatible avec la directive Eurovignette (cf. encadré 1) qui a été transposée dans
le droit national en 2023. Mais la transposition a été faite a minima, une version approfondie
sera nécessaire, notamment pour intégrer la tarification des véhicules légers. En effet, pour
eux, la directive n?impose rien, ni sur le niveau ni sur la nature juridique des différentes
composantes de tarification. Il convient toutefois de définir les modalités de gestion du réseau
autoroutier pour savoir, si les niveaux des péages sont maintenus, comment ces flux de
financement sont orientés.
Encadré 1 : la directive Eurovignette
La directive Eurovignette est une directive du Parlement européen et du Conseil du 24 février
2022, qui fixe de nouvelles obligations, essentiellement pour la tarification des poids-lourds.
Elle constitue le cadre à la fois pour l?encadrement des futures taxes locales sur l?utilisation
de certains axes routiers par les poids-lourds, et des péages pour les poids-lourds pour les
nouvelles concessions.
Le dispositif Eurovignette se compose de deux redevances obligatoires qui ont déjà fait
l?objet d?une transposition dans le droit français :
- La redevance infrastructure, qui doit être modulée en fonction des classes CO² et ne
peut dépasser un plafond correspondant aux coûts de construction, d?entretien,
d?exploitation et de développement du réseau imputables aux poids-lourds ;
- La redevance pollution atmosphérique qui se compose de valeurs plafonds selon la
classe EURO des véhicules ;
Ces deux composantes sont complétées par des redevances facultatives qui n?ont pas encore
fait l?objet d?une transposition dans le droit français :
- la redevance congestion, qui ne peut s?appliquer qu?en période de congestion ;
12 Yves Crozet, laboratoire aménagement économie transport, université de Lyon, 13 mars 2025.
Ambition France Transports
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- la redevance nuisances sonores ;
- la redevance CO².
La directive n?impose rien sur le niveau de tarification pour les véhicules légers, ni sur la nature
juridique des différentes composantes de tarification. Par contre, elle impose le respect des
principes de non-discrimination en raison de la nationalité ou de l?origine/destination, de
proportionnalité et de non-distorsion de la concurrence.
Selon les estimations de la direction générale des infrastructures, des transports, et des
mobilités (DGITM), l?évolution des modalités de gestion et de financement des autoroutes à
l?issue des concessions autoroutières actuelles devrait permettre de dégager jusqu?à 4 Md¤ de
recettes supplémentaires pour la puissance publique, via les péages, notamment via une baisse
du coût de la rémunération du capital.
2.3. Plusieurs scénarii de gestion des autoroutes post-concession, en fonction du niveau de
transfert de risque souhaité
Ainsi, afin de saisir l?opportunité de la fin des contrats de concession en cours, il convient
d?explorer et d?analyser les différents modes de gestion possible, afin de déterminer celui qui
sera le plus à même à la fois de répartir le risque entre concédant public et concessionnaire
privé, tout en générant les flux financiers susceptibles de permettre à l?État de couvrir
l?ensemble des besoins de financement des réseaux nationaux.
Ambition France Transports
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Graphique 1 : Répartition des responsabilités en fonction du mode de gestion et des phases du projet
Source : Extrait du Livret de diagnostic de la conférence AFT.
Le système des concessions autoroutières a montré sa robustesse dans le temps et sa capacité
à maintenir la qualité des infrastructures concernées et des services qui y sont liés. Il n?est pas
à écarter par principe. Une nouvelle organisation doit cependant être trouvée pour la gestion
du réseau autoroutier à péage, qui réponde à quatre conditions qui forment système :
? le maintien des péages (absence de gratuité) dans le respect des principes de la
directive Eurovignette ;
? une reprise en main par le décideur public à des fins d?efficacité et de transparence de
la dépense publique ;
? une péréquation nationale garantie ;
? une claire affectation des sommes à redistribuer.
Plusieurs modèles d?organisation ont été discutés lors des travaux du groupe. S?ils présentent
un certain nombre d?avantages, trois modèles ont été explorés mais écartés :
? le modèle des sociétés régionales de gestion autoroutière : ce modèle consiste à
concéder des plaques régionales, composées d?autoroutes (soumises à péage) et de
routes nationales (dont la gratuité serait préservée), aux sociétés concessionnaires ; le
maintien des péages aux niveaux de tarification actuels seraient justifiés par les besoins
d?investissement du RRN-NC adossé au réseau autoroutier ; ce modèle pourrait reposer
sur le versement d?une soulte en début de contrat par l?entité concessionnaire au
concédant ou une taxation intégrée au niveau de péage comme c?est le cas
actuellement ; si une telle organisation permettrait le financement de l?entretien et de
la régénération du réseau national aujourd?hui non-concédé et ainsi la résorption de la
dette grise, il présente plusieurs limites : en effet, dans un contexte de remise en
question du modèle concessionnaire, il constitue une perte de maîtrise de l?État sur une
partie du RRN-NC au profit d?une recherche de rentabilité des SCA. Il interroge
notamment certains élus locaux qui indiquent leur inquiétude sur leur capacité à
négocier avec les SCA pour faire évoluer les aménagements routiers sur leur territoire,
même en étant, comme proposé par les SCA, intégrés dans la gouvernance de ces
structures. De surcroît, il entraîne une triple interrogation, à la fois sur la nature de
l?autorité concédante (État ou Régions ?), sur l?évolution des DIR (les directions ont-elles
vocation à être privatisées ou supprimées ?) et sur la situation spécifique des régions
Bretagne et Ile-de-France qui ont peu ou pas de péages. D?une façon générale,
l?hétérogénéité des réseaux régionaux, autant en termes de longueur que de qualité des
infrastructures, est peu favorable au déploiement de ce modèle. En définitive, nous ne
sommes donc pas favorables à ce scénario, défendu par une partie des sociétés
concessionnaires d?autoroutes, car il ne permet pas de régler le problème de dette grise
Ambition France Transports
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sur l?ensemble du réseau routier non-concédé, mais seulement sur une petite partie, il
réduit les recettes que l?État pourrait attendre des péages, au profit des entreprises
concessionnaires d?autoroutes, et il modifie l?architecture de la route française en
réduisant encore la part de réseau structurant géré par l?État.
? Le modèle de la régie : cette hypothèse consisterait pour l?État à reprendre en propre
la gestion du patrimoine des concessions après l?expiration des contrats ; selon ce
modèle, la conception, la construction, l?entretien, l?exploitation et la maintenance des
infrastructures relèveraient de l?État, soit à travers une gestion en régie directe, soit, le
cas échéant, en recourant à des tiers dans le cadre de marchés publics ; ce modèle
présente l?avantage d?une forte acceptabilité politique et sociale, d?une absence de
captation de la rente par le secteur privée et d?une liberté totale laissée à la puissance
publique sur la gestion du réseau autoroutier ; toutefois, il présente de nombreux
inconvénients car il fait peser l?ensemble des risques sur l?État (à l?inverse de la
concession), et par conséquent consolide toute la dette levée pour ces investissements
dans la dette maastrichtienne. Il contraint ce dernier à recruter massivement pour
acquérir les compétences et les effectifs requis pour assurer la bonne maintenance de
ce réseau ; il limite considérablement les gains d?efficacité associés à la concurrence ;
enfin, il fait peser un risque politique sur la gestion du réseau autoroutier, avec, en cas
de situation budgétaire contrainte ou de critiques de la population face au prix des
péages, la possibilité pour l?État de choisir de sous-investir dans le réseau ou de
diminuer les recettes issues de l?exploitation ;
? le statu quo : le modèle actuel des concessions autoroutières ne peut être prolongé ou
renouvelé pour deux raisons principales : il a servi à réaliser les investissements initiaux
dans le réseau autoroutier national qui seront finalisés et amortis, il n?y a pas de
nouveaux besoins massifs en la matière ; par ailleurs, il y a aujourd?hui besoin d?un
rééquilibrage de la relation financière entre l?État et les SCA.
Si le groupe de travail soutient l?abandon de ces trois premières pistes, il retient deux autres
modèles qui sont à même de répondre aux enjeux associés à la gestion du réseau autoroutier.
Aucun de ces deux modèles n?a reçu de soutien unanime des membres du groupe de travail ;
ils présentent tous deux des avantages et des inconvénients car ils cherchent à répondre à
différents défis identifiés dans le modèle actuel.
? Le modèle des concessions réformées : ce modèle consiste à s?appuyer à nouveau sur
des concessions auprès des sociétés concessionnaires, portant uniquement sur le
réseau national concédé et en tenant compte toutefois des écueils observés et
documentés à l?issue de cette première phase de privatisation ; ainsi, les concessions
pourraient porter sur des périmètres plus réduits et des durées plus courtes, afin
notamment de conserver une connaissance des déterminants du contrat ; des clauses
de revoyure régulières seraient prévues ex ante afin d?éviter la succession d?avenants
qui conduisent à augmenter progressivement les rendements financiers des SCA,
entraînant une perte de lisibilité pour la puissance publique et l?usager ; enfin, un
dispositif de plafonnement des rendements des contrats pourrait être déployé ;
? Avantages : ce modèle permet de capitaliser sur les compétences des SCA en
termes de gestion, de maintenance et de modernisation du réseau autoroutier ;
il garantit le fait que ces recettes financent les autoroutes qui ont été
empruntées par le payeur ; il met les recettes des péages à l?abri des incertitudes
Ambition France Transports
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politiques ; enfin, il permet l?utilisation de capitaux privés pour réaliser les
investissements ;
? Inconvénients : ce modèle diminue les recettes publiques issues des autoroutes
car une partie du rendement est affecté au financement du capital des SCA et
au versement de dividendes aux actionnaires ; il rigidifie la gestion du réseau et
réduit les marges de manoeuvre de la puissance publique ; l?historique des
concessions souligne l?existence d?un risque de mauvaise négociation des
termes du contrat par l?État, à son détriment ;
? Réponse aux inconvénients : le recours à des contrats plus courts et renégociés
ou revus régulièrement permet de limiter la rigidification du pilotage et de
limiter les risques de perte de contrôle, notamment financier, pour l?État.
? Le modèle de la société privée de capital public : cette société pourrait être créée avant
même la fin des contrats de concession. Entre 2026 et 2031, elle aurait vocation à
intégrer les DIR pour gérer le réseau national non concédé. Elle pourrait lever de la dette
pour organiser la résorption de la dette grise sur ce réseau. À partir de 2031, elle
récupèrerait la gestion du réseau concédé. Elle n?aurait cependant pas vocation à gérer
ce réseau en propre, mais plutôt à avoir recours à des délégations de service public ou
des concessions avec les SCA.
? Avantages : ce modèle permet de lever de la dette et d?avoir la souplesse de
gestion associée au fonctionnement des sociétés privées. À travers le statut de
la société privée mais aussi la création d?une dette routière qui devra être
remboursée, ce modèle assure également la sanctuarisation des recettes des
péages au bénéfice du financement de l?ensemble du réseau routier. Cela
permettrait également de créer des synergies de pilotage et de gestion entre
réseau national concédé et non-concédé.
? Inconvénients : ce modèle repose sur la création d?une structure ce qui implique
un certain délai ainsi que des coûts de transition. Le caractère public du capital
et de la gouvernance de cette entité créerait une plus grande proximité et
dépendance aux décisions politiques, par exemple en termes de niveau et de
fléchage des recettes des péages. Dans ce schéma, la structure doit porter le
risque trafic et le risque infrastructure. Enfin, il est nécessaire de clarifier les
conditions de déconsolidation de la dette portée par ce type d?opérateur, au
risque sinon d?aggraver la dette maastrichtienne de la France (cf. 3.2.2).
? Réponses aux inconvénients : ces risques peuvent être tempérés par les statuts
conférés à la société ainsi que par la composition de son capital et de son
conseil d?administration. Les décisions ne devraient pas reposer uniquement sur
les voix de l?État (intégration dans les instances de décision de collectivités
territoriales, caisse des dépôts, etc.), à la manière du modèle réussi de la société
publique Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc.
La réorganisation du système autoroutier à péage doit se faire dans le cadre d?une réforme
à mettre en place rapidement. Elle demande en effet que soient définis les nouveaux
périmètres des concessions, leurs actionnaires, leurs cahiers des charges et, dans le même
temps la méthode et le montant attendu de la péréquation vers les infrastructures de
transport. Les deux options présentées dans le rapport doivent servir de base à ce travail
d?ingénierie institutionnelle.
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3. Les conditions du financement de la route par la route
3.1. La route, une pourvoyeuse importante de recettes pour les collectivités territoriales et
l?État
La route est une importante pourvoyeuse en recettes publiques, via plusieurs canaux :
? les péages : si l?ensemble des produits des péages sont aujourd?hui perçus par des
acteurs privés (à l?exception des tunnels du Mont Blanc et du Fréjus), ils génèrent
environ 5 Md¤ de recettes fiscales chaque année (TVA, impôts sur les sociétés des
entreprises concessionnaires, diverses taxes sur le secteur autoroutier ; cf. supra) ;
? l?imposition du carburant via la TICPE (31,8 Md¤ -- noter qu?elle ne couvre pas que les
dépenses de carburant car intègre le gazole non-routier et d?autres produits
énergétiques), la taxe spécifique aux outre-mer (500 M¤) et la TVA sur les produits
frappés par la TICPE (6 Md¤) ;
? l?imposition des véhicules : taxe sur les véhicules de tourisme des sociétés (700 M¤), le
malus automobile (700 M¤), la taxe sur les « cartes grises » (2 Md¤), la taxe sur les
contrats d?assurance automobile (1,1 Md¤) ;
? la compensation environnementale, via la taxe générale sur les activités polluantes
(1,5 Md¤), les écotaxes en cours de mise en oeuvre dans le Grand Est (dont CEA) et par
la mise en place de l?ETS 2 à partir du 1er janvier 2027.
? les amendes : les radars routiers génèrent 1 Md¤ par an environ, sans compter les
contraventions liées à l?usage de la route.
Parmi ces recettes, plus de 15 Md¤ sont perçues par les collectivités territoriales au titre de la
compensation du transfert de certaines compétences, qui ont d?ailleurs rarement des liens
avec les mobilités, tandis que plus de 5 Md¤ de recettes sont affectés au financement de la
sécurité sociale. En définitive, la route finance une grande variété de politiques publiques. Ses
produits sont rarement affectés à l?entretien desdites routes (à quelques exceptions près
comme l?affectation de 2,1 Md¤ de TICPE à l?AFITF en 2024, l?affectation d?une partie des
produits des radars à des projets liés à la sécurité routière). En cela, le contrat de concession
et le recours au péage permettent d?assurer que les recettes issues de la tarification de la route
soient bien consacrées à l?entretien de ces mêmes tronçons.
La fiscalité de la route est en recomposition rapide, sous quatre effets. Primo, la mise en oeuvre
du nouveau marché du carbone ETS 2 devrait coûter environ 5,2 Md¤ par an entre 2027 et
2030 au secteur routier. Secundo, la baisse du rendement de la TICPE, amorcé avec
l?électrification du parc et la baisse de la consommation de carburant, pourrait s?accroître
encore plus rapidement si le Gouvernement décidait de substituer une partie de la TICPE par
la mise en oeuvre d?ETS 2. Tertio, la directive Eurovignette change la structure de prix des
péages, en particulier sur les poids lourds. Quarto, l?expérimentation de deux écotaxes locales
dans le Grand-Est pourrait aussi jouer un rôle, alors que d?autres collectivités territoriales
réclament des mécanismes similaires. Nous pensons qu?il n?est pas opportun de grever
davantage ce secteur déjà très contributif par de nouvelles taxes, sauf si la recomposition en
cours de la taxation du secteur amenait à une forte baisse des rendements. En tout état de
cause, les expérimentations en cours sur l?écotaxe méritent d?être soutenues et évaluées car
elles constituent une opportunité de rendements locaux intéressants
Ambition France Transports
- 18 -
3.2 Quelle utilisation des produits des péages ?
3.2.1 « La route finance la route » : imposer quelques grands principes
Le « mécano financier » peut évoluer d?une année à l?autre, en fonction de facteurs budgétaires
et politiques tout à fait compréhensibles. Au-delà des chiffres et des mécanismes budgétaires,
il nous paraît important de définir les grands principes qui doivent guider la gestion des routes
nationales à partir de 2031 :
1/ La route finance la route : eu égard aux recettes générées par la route, une portion d?entre
elles doit être fléchée vers l?entretien, la régénération et la modernisation du réseau routier.
Ce principe simple contribue à l?acceptabilité de la tarification et de l?impôt.
2/ Financer le réseau par les recettes issues de la tarification des péages, plutôt que d?opter
pour des affectations de taxes. Dans les modèles que nous présentons, le surplus de recettes
permis sur les péages est suffisant pour financer les routes nationales concédées et
non-concédées. Cela permet de créer un cercle vertueux de financement sans pour autant
priver le budget de l?État et des collectivités territoriales de ressources fiscales.
3/ Pluriannualité des recettes et des dépenses : la LOLF a montré ses limites quant à l?entretien
des routes nationales. Du fait de l?absence d?affectation de recettes et de l?annualité
budgétaire, les DIR n?ont ni les ressources suffisantes, ni la prévisibilité nécessaire pour planifier
des travaux structurants. Plusieurs taxes et impôts ont été mis en place par le passé dans
l?espoir que leur produit finance les infrastructures de transport, mais le ministère de
l?économie et des finances a souvent employé ces montants à financer d?autres priorités ou la
dette publique. Cette attitude crée une véritable défiance dans le secteur du transport. Il est
indispensable de sanctuariser les financements dédiés à la route pour éviter que le risque
politique et les incertitudes budgétaires ne viennent obérer les rendements issus de l?activité
autoroutière. Ainsi, le futur schéma de financement doit débudgétiser certaines recettes issues
de la route, c?est-à-dire empêcher qu?elles ne soient versées au budget général de l?État. Il
faudra au contraire prévoir un mécanisme d?affectation stable et pluriannuelle des produits
des péages, qui soit moins dépendant des lois de financement. Cela garantira une meilleure
efficience de la dépense et de la commande publiques.
4/ Partager les produits des péages avec d?autres programmes nationaux en matière de
transport : les recettes issues de la route n?ont naturellement pas vocation à ne financer « que »
la route. Quand bien même la route représente plus de 80 % du transport de passagers et de
marchandises en France, elle ne peut pas être pensée en autarcie par rapport aux autres modes
de transport. Il faut d?une part penser les intermodalités et d?autre part reconnaître qu?il est
normal que la route finance d?autres modes de transport, eu égard à sa capacité à générer des
recettes par rapport à d?autres modes de transport nécessitant davantage de soutien public
(fluvial, ferroviaire, transports en commun). Ces surplus de recettes ne doivent pas être
affectés au budget général de l?État ou des collectivités territoriales, mais mis en commun pour
financer des projets nationaux de transport.
3.2.2 Financer dès à présent la régénération du réseau routier
Il est un point de consensus au sein des professionnels de la route : il n?est pas possible
d?attendre 2031 et les produits des péages post-concessions pour résorber la dette grise. Les
coûts de régénération en seraient décuplés, certaines routes devraient être fermées dans
l?intervalle et cela impacterait négativement les activités économiques et sociales de territoires
entiers.
Ambition France Transports
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Remettre le réseau routier au niveau requis implique nécessairement une hausse des dépenses
publiques, car il n?est pas possible de trouver les fonds nécessaires par de simples gains de
productivité et repriorisation des dépenses routières. Nous avons exploré quatre modalités
possibles de financement d?une telle hausse de dépenses publiques.
Un scénario exclu :
1/ Recourir à des instruments financiers atypiques comme les marchés de partenariat. Les
instruments financiers qualifiés d?innovants comme ceux-là apparaissent peu pertinents pour
l?entretien ou la régénération d?infrastructures, a fortiori dans le cas où l?entretien en question
n?assurerait pas la gestion de l?infrastructure. Ils sont plus adaptés à des projets de création et
gestion d?infrastructures. En outre, l?endettement de l?opérateur privé est presque
systématiquement intégré dans le calcul de la dette publique au sens de Maastricht. Il donne
lieu à un remboursement par l?État in fine. Le coût de la dette privée, son coût moyen pondéré
du capital, est plus élevé que le coût de la dette publique.
Deux scénarios possibles mais fragiles :
2/ Assumer une priorité gouvernementale par une hausse des crédits du programme 203
« Infrastructures et services de transports » en loi de finances. Ce scénario a le mérite de la
simplicité, il permet d?éviter la création de structures porteuses de dette dès 2026 et de circuits
complexes de financement du RRN-NC. Cependant, en l?état des positions gouvernementales,
il apparaît peu réaliste car il implique des baisses de dépenses dans d?autres secteurs publics
pour compenser, ou l?émission d?une dette publique.
3/ Affecter temporairement une taxe, ce qui nécessiterait néanmoins de trouver une ressource
de substitution pour l?affectataire actuel de la taxe. Cela pourrait être une fraction de TICPE,
ou encore la fraction du produit des radars. Plusieurs membres de l?atelier ont souligné leur
souhait de voir se déployer plus largement une écotaxe, sur le modèle de celle qui est en
préparation dans la région Grand-Est et à la communauté européenne d?Alsace. En cas de
déploiement national, son rendement permettrait de couvrir une partie du besoin de
régénération de la route. Sa mise en oeuvre prendrait cependant plusieurs années et
nécessiterait d?importantes mesures de concertation et d?accompagnement des entreprises
françaises. Elle devrait en priorité être affectée à la route. Cette option n?a pas fait consensus
parmi les participants mais mérite d?être pleinement évoquée et débattue.
Ces deux scénarios sont compatibles avec les deux modèles de financement proposés par le
présent rapport.
Un scénario d?anticipation des recettes :
4/ Lever une « dette routière » qui sera remboursée par les futures recettes des péages. Une
entité publique serait chargée de s?endetter dès 2026, à raison d?environ 1 Md¤ par an, pour
financer la résorption de la dette grise et la régénération du RRN-NC, avant que les recettes
issues des péages n?abondent. Cette dette serait ensuite remboursée par l?affectation d?une
fraction des bénéfices issus des péages. Ce modèle d?endettement est crédible car il permet
de réaliser un investissement productif et repose sur la perspective de recettes futures. Cette
entité peut être de deux natures :
? soit l?on s?appuie sur une entité dédiée au financement des routes, sous forme d?EPIC
ou de société publique (exemple : société des grands projets), qui s?endette auprès des
marchés financiers ;
Ambition France Transports
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? soit l?on recourt à un instrument financier ad hoc de la Caisse des dépôts et
consignations. Cette dernière dispose d?une expertise en matière de financement
d?infrastructures de transports (6 Md¤ de prêts en 2024) et des capacités financières
adéquates (résultat net très excédentaire de 5,1 Md¤ l?an dernier). Par ailleurs, les
activités de la Caisse ne sont pas comptabilisées, sauf exception, dans la dette publique
française. Enfin, cela permettrait de mobiliser l?épargne des Français pour un projet qui
touche leur quotidien. Cette dernière solution semble être politiquement la plus
acceptable.
L?un des enjeux de ce modèle est de garantir la viabilité des péages après 2031, car leurs
recettes constituent la contrepartie de cette dette. Une décision politique de baisse des
péages ou de nouvelles concessions non-retravaillées réduirait la capacité de l?entité à
rembourser cette dette routière. Il faut aussi s?assurer que cette dette publique n?est pas
intégrée dans la dette maastrichtienne de la France. Cela implique de respecter les normes
1.34 et suivantes du système européen de comptabilité (SEC 2010) : la dette n?est pas intégrée
si elle est portée par un agent économique dont plus de la moitié des activités sont des activités
commerciales, régies par des règles de marché. C?était par exemple le cas de la dette de RFF
(SNCF Réseau) avant 2014. Selon les scénarios, il nous semble possible d?exclure ces dettes du
calcul de la dette maastrichtienne.
Même si cela constituait un surplus d?endettement au sens de Maastricht, nous pensons qu?il
s?agit là d?une dette utile, en ce qu?elle finance des infrastructures qui généreront de l?activité
économique et des revenus futurs pour l?État. Plus encore, cette dette financière
supplémentaire permet de faire baisser symétriquement la dette grise des routes, et ainsi
augmenter le patrimoine collectif de la Nation.
3.2.3 Le partage de la valeur des péages à partir de 2032
De manière général, le tarif du péage se décompose en trois grands ensembles :
? une redevance d?usage : cette redevance repose sur le principe d?utilisateur-payeur. Elle
vise à couvrir les coûts associés à l?entretien et aux investissements dans les réseaux
autoroutiers qu?elle couvre. Elle est perçue par les SCA ;
? les taxes perçues sur la redevance : les recettes de la redevance sont soumises à des
taxes qui abondent le budget de l?État et des collectivités territoriales (TVA, impôt sur
les sociétés, TEILD) ;
? actuellement, la troisième composante couvre le coût du capital des montages
financiers assumés par les SCA et les dividendes versés aux actionnaires.
Avec le déploiement du dispositif Eurovignette et la fin des concessions historiques, cette
dernière composante est amenée à disparaître et à être remplacée (de façon schématique) par
la redevance pour coûts externes.
Pour chacun des deux scénarios esquissés en partie 2, nous proposons un schéma financier
permettant de financer les routes nationales non-concédées et les autres modes de transports
grâce aux recettes issues des péages. Il est important de noter que ces deux scénarios de
financement sont compatibles avec l?émission d?une « dette routière », mais en sont
indépendants. Ils peuvent tout à fait être déployés en l?absence d?émission de dette.
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Scénario n° 1 : des concessions plus courtes et mieux maîtrisées, sans adossement du RRN-NC.
Dans ce schéma, une agence nationale de financement des infrastructures de transports serait
créée ou mobilisée (possibilité de s?appuyer sur l?AFITF si sa gestion est rénovée) dès 2026. Elle
aurait pour mission de lever de la dette pour financer l?entretien des routes nationales non
concédées, auprès des marchés financiers ou en ayant recours à la Caisse des dépôts et
consignations. Elle aurait un statut permettant la pluri-annualité et l?endettement (EPIC ou
société avec actionnariat public). À partir de 2031, elle se verrait affecter des recettes issues
des péages. Elle pourrait également bénéficier de surplus de rentabilité issus des SCA, dans le
cadre de la clause de bonne fortune ou du partage de la rentabilité. Il faudra également lui
affecter certains revenus issus des redevances pour coûts externes permis par la directive
Eurovignette (taxes affectées au financement du transport). Cela lui permettrait de rembourser
l?éventuelle dette émise entre 2026 et 2031, de financer l?entretien du réseau national non-
concédé voire de redistribuer ces fonds vers d?autres moyens de transport. Le RRN-NC
resterait ainsi géré en régie par les DIR, mais financé en partie par les autoroutes.
Schéma du scénario n° 1 de financement
Scénario n° 2 : l?intégration de la gestion des routes dans un unique opérateur public. Ce
scénario réunit auprès du même acteur la gestion des routes nationales. Dès lors, les produits
des péages comporteraient toujours une part destinée à rémunérer l?exploitation et les gros
travaux, effectués par des entreprises privées agissant par délégation de service public ou
concessions. Une autre part de la redevance d?usage, correspondant à la rémunération du
risque trafic (environ 6 % des recettes) viendrait alimenter l?opérateur public national pour
financer les besoins du RRN-NC., De la même manière que pour le scénario 1, la redevance
pour coûts externes prévue par le dispositif Eurovignette pourrait être orientée vers une
agence nationale de financement des infrastructures de transport qui aurait vocation à
participer aux financements des autres modalités de transport. Ainsi, une forme de
péréquation intermodale vient compléter la péréquation intra-modale permise par l?opérateur
nationale.
Ambition France Transports
- 22 -
Schéma du scénario n° 2 de financement
Dans les deux cas, une rénovation de l?AFITF est indispensable. En effet, cette agence reste
actuellement soumise de facto au principe d?annualité budgétaire via l?affectation de taxes, si
bien qu?elle n?a pas la visibilité suffisante pour programmer des investissements de long-terme.
Ses ressources varient au gré des décisions gouvernementales. Ainsi, la taxe sur l?exploitation
des infrastructures de longue distance (TEILD) lui a été affectée à sa création, mais a été
compensé par une baisse symétrique de sa part de TICPE affectée. Cela nuit à la confiance et
donc à l?acceptabilité du contribuable, tout en empêchant la réalisation des investissements
nécessaires.
En complément de la répartition des revenus issus des péages, les résultats des
expérimentations d?écotaxes conduites dans certains territoires (la communauté européenne
d?Alsace et la région Grand Est) devront être analysés avec attention car ces dernières
constituent une source de financement complémentaire pour couvrir notamment les besoins
du réseau national non-concédé, qui ne doit pas être écartée. Le déploiement d?écotaxes
poids-lourd régionales peut ainsi permettre de limiter le recours à l?emprunt sur la période
2026-2031.
3.2 Les ouvrages d?art des collectivités territoriales
Le programme Ponts mené par le Cerema a permis de mettre au jour des risques importants
sur certains ouvrages d?art de petites communes. Or, eu égard à la situation financière des
départements, ces derniers font aussi face à un risque majeur sur leurs ouvrages d?art, avec des
conséquences potentiellement graves.
Or, le programme Ponts est notoirement insuffisant. Il ne couvre que les petites communes et
ne finance que peu de travaux sur les ponts, laissant parfois les maires démunis face au constat
de la vétusté de leur infrastructure. Il paraît ainsi contradictoire, pour ne pas dire absurde, pour
de nombreux élus de se voir opposer une fin de non-recevoir au prétexte que leur pont n?est
pas suffisamment dégradé pour prétendre aux financements de ce programme. En effet, plus
les travaux de réfection sont décalés dans le temps, plus ils sont chers, mais surtout plus les
Ambition France Transports
- 23 -
ponts se dégradent et plus ils sont dangereux pour les usagers. Cette situation est d?autant plus
frustrante que ce programme est en situation de sous-consommation de ses crédits.
Il est donc nécessaire de passer à la vitesse supérieure, en couvrant l?ensemble des ponts des
collectivités territoriales, et en finançant les travaux de l?ensemble des ponts qui le requiert,
sans attendre l?atteinte d?un niveau de dégradation particulièrement inquiétant. D?une part, il
faut accroître la quantité de travaux de rénovation dans les communes. Il nous semble d?autre
part important d?étendre dès à présent le programme « Ponts » aux départements, en
particulier ceux qui ont le moins de capacités financières ou le plus de linéaire. A la manière
des communes, le Cerema conduirait d?abord une phase d?audit national avant de proposer
des solutions techniques et financières aux départements.
Cela implique des fonds supplémentaires, qui pourraient être financée par l?affectation d?une
fraction de l?ETS 1 dès 2026, ou encore une fraction de la taxe sur l?exploitation des
infrastructures de longue distance (TEILD).
Ambition France Transports
- 24 -
CONCLUSION
La conférence Ambition France Transports était attendue depuis de longs mois. Il faut se
réjouir du fait qu?elle ait eu lieu et que son champ ait été large, en introduisant explicitement,
avec l?atelier 2, la question du financement des mobilités routières et autoroutières. D?emblée,
cet atelier s?est intéressé à l?ensemble du réseau routier français. En mettant en lumière
l?importance de la dette grise sur les réseaux non concédés et la priorité à la régénération qui
en découle, notre groupe de travail a produit un constat qui fera date. Il est devenu
connaissance commune qu?il y a désormais une urgence : sauver le patrimoine routier d?un
déclassement rapide dont les effets seraient dramatiques, tant pour les personnes (sécurité,
mobilités?) que pour le dynamisme collectif de notre pays et sa durabilité. Ce constat ne doit
pas seulement être partagé, il doit impérativement être concrétisé dans les prochains
arbitrages budgétaires.
Nous ne nous sommes pas contentés de tirer le signal d?alarme, nous avons aussi abordé une
question sensible : les concessions autoroutières et leur avenir dans la prochaine décennie. Cet
examen était nécessaire car les péages autoroutiers donnent naissance à des sentiments
ambivalents. Plusieurs études commanditées par les sociétés concessionnaires montrent un
réel attachement des utilisateurs de l?autoroute au système actuel. Le péage est alors considéré
comme une contrepartie de la qualité du réseau et des aires de repos, de la fiabilité des temps
de parcours et de la sécurité, toutes ces qualités étant plébiscitées par une grande majorité.
Dans le même temps, existe une grande défiance sociale et politique à l?égard du système
concessif, surtout depuis les privatisations des sociétés concessionnaires publiques du début
des années 2000.
Les concessions arrivant prochainement à échéance, le moment était opportun pour réfléchir
à une nouvelle organisation. Sans renoncer aux péages, et à leurs niveaux actuels, nous avons
montré que d?autres solutions sont possibles. Dans la ligne des rapports publiés par le Sénat et
l?ART, nous avons vu que les concessions peuvent être beaucoup mieux encadrées. Que leurs
tailles, leurs durées, et leurs formes juridiques peuvent être revues pour qu?une partie des
recettes des péages soient systématiquement orientée vers le financement des infrastructures
de transport. En toute logique, la route doit en être le premier bénéficiaire compte-tenu des
chiffres désormais connus de la dette grise. Nous sommes toutefois conscients qu?une
contribution au financement des autres infrastructures sera nécessaire, c?est pourquoi nous
proposons des mécanismes renouvelés de péréquation qui pourront aussi bénéficier aux autres
modes de transports.
Le travail n?est donc pas terminé. Notre rapport a jeté les bases d?une ingénierie institutionnelle
et financière assise sur les principes de la directive Eurovignette. Un approfondissement est
maintenant nécessaire. Il doit permettre, comme nous l?avons envisagé, de faire bénéficier dès
maintenant les différents réseaux routiers des recettes futures des péages autoroutiers.
S?endetter aujourd?hui pour éviter demain une explosion des dépenses d?entretien des
chaussées est une stratégie prudente, celle qui pérennise le patrimoine national.
Ambition France Transports
- 25 -
OPINION DISSIDENTE : ASSOCIATION DES SOCIETES
FRANCAISES D?AUTOROUTES
Rapport de l?atelier 2 Conférence Ambition France Transport : un compte rendu partiel et
partial de la richesse des discussions tenues en atelier et lors des journées thématiques
Le 5 mai dernier, la conférence Ambition France Transports a été lancée dans le but de réunir
l?ensemble des parties prenantes de l?écosystème des mobilités pour bâtir un nouveau modèle
de financement des transports qui réponde à nos besoins de moyen terme. Le travail collaboratif
de la conférence s?est notamment reposé sur 4 ateliers en groupes restreints qui ont été
éclairés par 3 journées thématiques, plus largement ouvertes. L?atelier 2 traitait du
financement des infrastructures routières.
Si le livret diagnostic, préparé par la DGITM et fourni en donnée d?entrée de l?atelier,
constituait une base consolidée des besoins en investissements sur le réseau routier national
(concédé ou non), il donnait également une première explication du cadre futur des péages
imposé par l?application de la directive Eurovignette ainsi qu?une analyse comparative des
différents modes de gestion. Les échanges, nombreux, ont eu lieu sur cette base et ont été
enrichi des nombreuses auditions menées par le groupe.
Au préalable, on peut déplorer que l?impératif de déconsolidation de la dette publique des
futurs investissements routiers soit ignoré, ou à tout le moins minoré, par le rapport. Pourtant
le 12 juin dernier, lors de la deuxième journée thématique organisée à Bercy, les ministres de
l?Economie, des Comptes Publics et des Transports avaient chacun souligné combien il était
important de pouvoir compter sur le financement privé sur ces sujets.
Le rapport, présenté rapidement lors du séminaire de convergence du 3 juillet puis transmis le
3 juillet, ne rapporte que très partiellement les éléments qui ressortaient des discussions,
principalement sur trois points :
1. Le rapport lie l?intégration du RRN-non concédé au seul modèle de l?établissement
public
? Le rapport souligne qu?un des enjeux majeurs est la gestion de la dette grise du réseau
routier national non concédé mais fait assez largement l?impasse sur les besoins de
modernisation du réseau routier pour s?adapter aux enjeux des prochaines décennies
(décarbonation, résilience, vieillissement?) alors que les besoins d?investissement liés à
ces enjeux ont fait l?objet de nombreuses présentations devant les membres de l?atelier.
? Le rapport oppose deux scénarios : un schéma concessif remanié (plus court et mieux
maitrisé) sans intégration du RRN-NC [scénario 1] et la mise en place d?un établissement
public qui percevrait le péage et assurerait l?entretien du réseau concédé et non
concédé [scénario 2]
? Nous estimons que le scénario intermédiaire qui propose un schéma concessif remanié
intégrant également une partie du réseau routier national non concédé, voire des
sections actuellement gérées par des collectivités est un scénario consolidé qui aurait
dû également être évoqué dans le rapport. En effet, il permet de
Ambition France Transports
- 26 -
? Assurer une résorption de la dette grise du RRN non concédé et des réseaux des
collectivités qui seraient en partie intégrés
? Générer des économies de fonctionnement au niveau de l?État qui lui
permettrait de réinvestir dans le RRN NC (voire le réseau départemental et
communal ou le ferroviaire dont le besoin additionnel serait de 1 Md¤ par an)
qui ne serait pas intégré (avec une économie allant jusqu?à 1,6 Md¤/an en cas
d?intégration de la totalité du RRN-NC)
? Permettre ces investissements ainsi que la modernisation de manière
totalement déconsolidée
? Assurer la pérennité des infrastructures rénovées avec des indicateurs de
qualité au contrat
? Ce schéma qui fait porter par le péage les investissements et l?entretien de
routes restant gratuites n?est pas en contradiction avec la règlementation sur le
péage tant que cette intégration de sections gratuites ne vient pas déstabiliser
les systèmes de péage actuels en aggravant des distorsions tarifaires existantes
et à ce que l?essentiel de la concession demeure à péage. Ce scénario est
d?ailleurs déjà utilisé dans les contrats comme ATMB, qui comporte 23 % de son
linéaire non payant (12 km sur A40 et 17 km de RN205) et également l?appel
d?offre en cours pour l?A154, qui prévoit que 15km de la RN12, soit 13 % du
projet, reste libre de péage.
? Cette solution a été présentée au moins en audition par tous les présidents de SCA
interrogés et a soulevé un intérêt auprès de certains membres de l?atelier
? De plus, ce scénario intermédiaire peut aller de pair avec l?intégration de collectivité
territoriales dans la gouvernance de ces concessions afin d?en faire des objets efficaces
d?aménagements du territoire, comme cela a été proposé par nombre de SCA lors de
leurs auditions et dans les discussions qui ont suivi. Cela va dans le sens de l?objectif de
rendre plus transparente la gestion des contrats de concession.
2. Plusieurs limites du scénario « société privée de capital public » ne sont pas évoquées
dans le rapport
? Ce scénario soulève des interrogations majeures quant à l?impact sur les comptes
publics à la fois en termes de dettes et de prélèvements obligatoires, à l?opposé de ce
qu?a affirmé la Ministre chargée des Comptes publics au cours d?Ambition France
Transport : « nous devons assurer que chaque euro public ne vienne pas « à la place de
» mais « en complément de » financements privés ».
? Il soulève également des doutes importants quant à sa compatibilité avec le droit
européen, en particulier avec la directive Eurovignette. Surtout, il ne garantit pas
l?affectation pérenne des recettes ? faut-il rappeler que l?Assemblée Nationale vient de
voter la suppression de l?AFIT, suppression également recommandée par la commission
d?enquête sénatoriale sur les missions des agences, opérateurs et organismes
consultatifs de l'État ?
? Enfin, il ne permet pas de flécher assez vers la route les recettes issues de la route et
laisse entier le problème d?entretien des réseaux routiers des collectivités locales. En
effet, l?expérience montre que seule la force de contrats passés avec des opérateurs
Ambition France Transports
- 27 -
privés est de nature à permettre le maintien durable d?une ressource comme le péage.
Cela permet de flécher ces ressources vers les travaux très importants, plusieurs
dizaines de milliards d?euros, nécessaires pour entretenir, faire évoluer et mettre à
niveau les réseaux routiers du pays.
3. Le rapport propose des solutions de financement court terme de manière ambiguë
? Le rapport aborde également la problématique du financement dès à présent de la
régénération du réseau routier national non-concédé. L?objectif affiché de la réflexion
du moyen terme de la conférence est donc ici modifié. Néanmoins, au vu de l?urgence
relative de la résorption de la dette grise, nous pouvons comprendre que ce sujet soit
également abordé ici.
? Pour autant, plusieurs pistes sont présentées et toutes sont rejetées ou identifiées
comme non adaptées hormis celle dite du « scénario d?anticipation » qui consiste lever
une « dette routière » qui sera remboursée par les futures recettes des péages. Si cette
solution mérite d?être étudiée, elle possède des fragilités et n?est pas la seule à
présenter cet intérêt du financement dès à présent :
? Le modèle proposé est très adapté au scénario de l?établissement public.
Néanmoins, il part du présupposé que le péage soit maintenu en 2032 tant dans
son existence que dans son niveau. Cette décision du maintien étant fortement
liée aux décisions politiques, le contexte actuel et les différentes échéances
électorales d?ici à 2030 fragilisent grandement ce présupposé (l?établissement
public n?offre pas autant de certitudes que la sécurisation d?un péage via un
contrat de concession avec un privé). La faisabilité d?un tel montage (en
conservant le caractère déconsolidé) nous interroge donc de manière forte
? Il ne permet pas forcément l?apport de capitaux privés pour investir sur la route
(sauf l?utilisation de l?épargne des Français avec la caisse des Dépôts), ce qui
semble dommage au vu des montants à investir
? Si l?objectif final de cet atelier est de trouver une solution qui permette de régler
rapidement le sujet de la dette grise du RRN-NC (voire des réseaux
départementaux et communaux), la solution proposée n?est pas la seule.
D?autres existent (même si chacune présente également des inconvénients) :
? Proposer un arbitrage entre les dépenses d?investissements routière. Sur
les 600 M¤/an de dépenses de développement de la route, il pourrait
être adapté de flécher pendant les 8 prochaines années les 300 M¤/an
qui permettrait d?arriver à une résorption de la dette grise du RRN-NC
(2,4 Mds¤)
? L?intégration de portions de RRN-NC, voire du réseau des
collectivités, aux futurs contrats, permettrait à l?État, voire aux
collectivités, de dimensionner un droit d?entrée pouvant aller
jusqu?à plusieurs Mds¤ (basé sur la valeur nette comptable des
portions intégrées). Entamer suffisamment tôt la passation de
futures concessions (avant la fin des contrats actuels)
permettrait ainsi à l?État de percevoir en avance de phase le
montant des droits d?entrée
Ambition France Transports
- 28 -
? La première solution nécessite un passage devant le Parlement et peut
souffrir d?un défaut d?acceptabilité. La seconde nécessite du temps pour
mettre en place et conduire les appels d?offre sans nécessiter un accord
du Parlement. Ces nouveaux contrats pourraient intégrer des clauses de
partage de la rentabilité qui semble être le reproche principal fait aux
contrats de concession historiques.
En conclusion, nous regrettons que le rapport ne présente qu?une opposition entre deux
modèles qui sont très perfectibles et caricaturaux sans donner une vision complète de la
richesse des échanges.
RAPPORT DE L?ATELIER N°3
INFRASTRUCTURES ET SERVICES FERROVIAIRES DE
VOYAGEURS
Ambition France Transports
- 1 -
SYNTHÈSE DES CONSTATS ET DES PROPOSITIONS
(1) Financer la modernisation et la régénération du réseau structurant : la priorité
absolue de sécuriser 1,5 Md¤/an supplémentaires
Dans un contexte de hausse de la demande ferroviaire, le décrochage français en matière
d?investissement dans la régénération et la modernisation du réseau, qui s?élève à 60 Md¤ de
« dette grise », est très préoccupant pour l?avenir du secteur ferroviaire et appelle une réaction
ferme et lisible de la part de l?État pour éviter l?effondrement de l?activité ferroviaire.
La régénération/modernisation du réseau structurant (le plus circulé) exige des recettes stables
et pérennes à hauteur de 1,5 Md¤ constants annuels supplémentaires à compter de 2028 par
rapport au contrat de performance, à comparer à un coût de l?inaction de 15 Md¤ d?ici 2032.
L?atelier affirme la priorité absolue donnée à la régénération et à la modernisation du réseau
structurant.
Le fonds de concours SNCF Réseau doit consacrer 500 M¤/an à ces travaux, mais l?atelier
estime que pour être sécurisé, ce fonds devra être consolidé à l?avenir en aide d?État
indépendante des résultats de SNCF Voyageurs.
Pour le milliard d?euros supplémentaire résiduel à ce financement, le groupe de travail (GT)
estime que le financement de la régénération devrait bénéficier d?une recette fiscale propre
dédiée, affectée à une ligne budgétaire dédiée dans les comptes de l?AFIT France.
À compter de 2032, le groupe de travail demande à ce que le réseau ferroviaire soit
bénéficiaire de surplus de recettes émanant des péages autoroutiers à l?issue des contrats de
concession. Entre 2026 et 2031, à défaut d?une ressource fiscale nouvelle dédiée à la
régénération, le groupe estime que des ressources de la fiscalité de report modal devraient,
temporairement au moins, être privilégiées, toujours à hauteur de 1 Md¤ constants. Elles
pourraient être complétées par de nouvelles recettes ou, de manière plus innovante, par une
contribution directe de l?usager sur tout ou partir des titres de transport ferroviaire. Cette
dernière proposition n?a pas fait consensus au sein du groupe.
Pour assurer la gouvernance du financement de la régénération et de la modernisation du
réseau existant, l?atelier s?est accordé sur la nécessité d?introduire une nouvelle génération de
contrat de performance, présenté devant les parlementaires et contrôlé par eux.
(2) Tenir compte des besoins des lignes de desserte fine du territoire (LFDT)
L?atelier a convenu de l?intérêt incontestable que présente la prise en compte des LFDT pour
la continuité des services exploités sur le réseau structurant et s?est accordé à solliciter une
« revue générale d?étape » des LFDT circulées et de l?état d?avancement de la problématique
des trains innovants dans la continuité du rapport Philizot, et de l?actuelle mission de l?IGEDD.
Concernant le matériel roulant, écarté du périmètre de l?atelier malgré son enjeu financier,
l?atelier a formulé le souhait que les Régions coordonnent le plus possible leurs commandes et
la gestion de leurs matériels roulants, pour gagner en pouvoir de négociation, bénéficier
d?économies d?échelle et rationnaliser leurs dépenses publiques en la matière.
(3) Assurer le financement des grands projets de développement sans effet d?éviction
sur la régénération et la modernisation
Ambition France Transports
- 2 -
L?atelier s?est accordé sur le fait que les grands projets de développement de l?infrastructure
ferroviaire, qui représentent un enjeu financier majeur pour SNCF Réseau (entre 1,9 Md¤
et 5,2 Md¤ par an sur la période 2026-2031), ne doivent pas générer d?effet d?éviction de
ressources disponibles par rapport au financement, prioritaire, de la régénération et de la
modernisation.
Afin de prioriser les demandes d?investissement dans les grands projets de développement,
l?atelier a créé un outil : le ferroscope. Celui-ci consiste en une grille multicritères auquel
chaque projet de développement serait soumis. L?étude de ces critères, motivés, publics et
transparents, permettrait de prioriser les investissements. L?atelier propose deux ferroscopes,
l?un pour hiérarchiser les projets de régénération et de modernisation, portant sur l?ensemble
du réseau ferroviaire circulant (intégrant le réseau structurant et les lignes de desserte fine) et
l?autre pour hiérarchiser les projets de développement.
En termes de financement des projets de développement, l?atelier a estimé qu?une partie
limitée des besoins de financement des projets de développement pourrait être couverte par
des financements publics (mécanisme européen pour l?interconnexion en Europe (MIE),
financements nationaux), qui devraient nécessairement être complétés par des financements
privés. Un recours plus systématique aux partenariats entre public et privé dans le domaine
ferroviaire est apparu comme l?un des apports notables de la conférence. Des réserves
appuyées, tant économiques qu?idéologiques ont cependant été objectées quant à
l?applicabilité des partenariats entre public et privé aux spécificités du ferroviaire et à leur coût.
Le groupe estime que l?intérêt financier des PPP doit être évalué pour chaque projet dans la
mesure du lissage de budgets publics qu?ils permettent d?envisager, ainsi que du statut de leur
endettement (éventuelle déconsolidation). L?atelier souligne également l?intérêt que
représentent les sociétés de financement, sur le modèle de l?extension des missions du Grand
Paris Express.
Concrètement, le groupe recommande d?effectuer une réactualisation générale des grands
projets de développement et de les soumettre à une triple évaluation : l?actualisation de leur
coût, ce pour quoi le GT sollicite le COI, établir leur ferroscope et les soumettre
systématiquement à manifestation d?intérêt en vue de partenariats public-privé.
(4) Saisir l?opportunité de l?ouverture à la concurrence en maîtrisant l?impact sur
l?aménagement du territoire
L?atelier a estimé qu?en dépit de l?opportunité que représente l?ouverture à la concurrence sur
le financement du réseau, via le choc d?offre permis, l?entrée sur le marché français reste un
parcours complexe. L?atelier recommande que les pouvoirs publics s?attachent prioritairement
à lever rapidement les barrières non-tarifaires subsistantes et soutient une absence
d?augmentation du niveau des péages, déjà parmi les plus élevés d?Europe.
Néanmoins, l?atelier a unanimement reconnu l?impact de l?ouverture à la concurrence sur un
écosystème qui était garant de l?aménagement du territoire et du financement du réseau à
travers le fonds de concours de la SNCF. Au-delà de préconiser qu?une mission soit diligentée
par le ministère des Transports relativement à l?ouverture à la concurrence, le GT appelle l?État,
de concert avec les Régions, à jouer pleinement son rôle d?aménagement national du territoire
en matière de dessertes ferroviaires. Il réaffirme le rôle de l?État dans le développement et le
financement de lignes d?aménagement du territoire de type « intercités », et, pour les SLO,
Ambition France Transports
- 3 -
propose de faire coexister d?une part le service librement organisé ouvert en open access tel
qu?actuellement, avec des services conventionnés intégrant des obligations de dessertes
financièrement compensées sous DSP de type « conventionnement supplétif » sur le modèle
breton ou par appels d?offres nationaux. Par défaut, en cas d?absence de candidats aux DSP,
le GT propose que la mission en soit confiée à SNCF avec une compensation financée pour
tout ou partie par un fonds de péréquation.
(5) Instaurer une nouvelle gouvernance du rail
L?atelier formule enfin plusieurs propositions en faveur d?une nécessaire et essentielle réforme
de la gouvernance stratégique et programmatique du ferroviaire. Celle-ci inclut, entre autres,
un rôle accru confié à SNCF Réseau de courroie de transmission des grands arbitrages de
politique ferroviaire, le renforcement des prérogatives arbitrales et régulatrices de l?ART ou
encore une meilleure saisine par l?AFIT France de ses missions de régénération du réseau. Une
forte de demande de loi de programmation ferroviaire s?est exprimée dans l?atelier, malgré des
réserves émises.
Ambition France Transports
- 4 -
SOMMAIRE
PRÉAMBULE ................................................................................................................................................... 5
INTRODUCTION : FEUILLE DE ROUTE ET ORGANISATION DE L?ATELIER ...................................... 7
1. L?impératif absolu de régénération du réseau structurant ..................................................... 8
1.1. Un effort accru de régénération et de modernisation du réseau ferroviaire est
impératif et urgent pour arrêter sa dégradation et éviter l?effondrement de l?activité
ferroviaire ............................................................................................................................................. 8
1.2. Combler le retard français de modernisation .................................................................. 9
2. Des besoins de financement de 1,5 milliard d?euros supplémentaires par an pour la
régénération et la modernisation du réseau structurant, sans préjudice des coûts restant à
estimer pour les LDFT et les grands projets ..................................................................................... 10
2.1. La nécessité d?un ressaut de financement pour la régénération ................................ 10
2.2. Une révision d?étape du financement des LDFT ............................................................ 11
2.3. Des grands projets à réévaluer........................................................................................... 12
3. Vers un panier de recettes affectées au financement de la régénération et
modernisation du réseau structurant ............................................................................................... 12
3.1. Un besoin de recettes stables, prévisibles et fléchées vers la régénération et la
modernisation ferroviaires .............................................................................................................. 12
3.2. La nécessité d?un financement relais dès 2028 .............................................................. 13
3.3. Une nouvelle génération de contrat de performance comme pierre angulaire de la
stratégie ferroviaire nationale ........................................................................................................ 15
4. Vers une politique raisonnée de recours à l?investissement privé pour les projets de
développement ..................................................................................................................................... 15
4.1. Des financements européens limités et concentrés sur les sections transfrontalières
16
4.2. La mobilisation de financements privés dans leurs champs de pertinence ............. 16
4.3. La nécessité de réévaluer les grands projets de développement afin d?éviter un effet
d?éviction de ressources au dépend de la régénération ........................................................... 19
5. L?ouverture à la concurrence : une opportunité pour le financement des
infrastructures dans un nouvel écosystème ferroviaire ............................................................... 20
5.1. Une ouverture à la concurrence à conforter par la levée des obstacles tarifaires et
non-tarifaires ..................................................................................................................................... 20
5.2. Un besoin de nouvelles règles du jeu pour les dessertes TGV d?aménagement du
territoire .............................................................................................................................................. 21
6. Choisir, c?est financer : le Ferroscope ................................................................................... 23
CONCLUSION : POUR UNE NOUVELLE GOUVERNANCE DU RAIL ................................................ 25
Ambition France Transports
- 5 -
PRÉAMBULE
Les années post-pandémie se sont traduites, à l?exception temporaire de l?Île-de-France encore
impactée par l?incidence du télétravail, par un redressement spectaculaire des trafics
ferroviaires. Tout indique que les préoccupations écologiques et climatiques ont déclenché
une prise de conscience dans l?opinion publique qui se traduit par une demande « civique » de
train particulièrement soutenue et sans doute durable si rien n?y fait obstacle, dans tous les
segments d?usage (services librement organisés comme services conventionnés,
cf. graphique 1).
Graphique 1 : Évolution 2017-2023 de la fréquentation annuelle de voyageurs
par mode de transport (indices 100 en 2017)
Source : bilan ferroviaire ART 2023
Cette tendance vertueuse, qui répond aux objectifs de report modal et de décarbonation des
mobilités, doit être accompagnée et encouragée par une offre ferroviaire à la hauteur des
attentes et des besoins d?investissements en infrastructures et en matériels ferroviaires.
Elle recoupe des objectifs politiques récurrents d?amélioration de la part modale du transport
ferroviaire de passagers et de développement significatif du fret ferroviaire (traduits dans la
Stratégie Nationale de Développement du Fret ferroviaire (SNDFF) et la Stratégie Nationale
Bas Carbone (SNBC)), ainsi que la nécessité socio-économique de développer les accès en
transports collectifs dans nos villes face aux restrictions de l?automobile en milieu urbain.
Alors que la France présente un niveau d?investissements en infrastructures de transport,
notamment ferroviaires, en net décrochage par rapport à ses homologues européens
comparables, les travaux du COI (2022) ont mis en évidence l?ampleur des investissements à
réaliser et des priorités à opérer dans nos infrastructures ferroviaires dans les deux décennies
à venir.
Ce défi ne peut plus être éludé, sauf à ne pas être au rendez-vous de la demande et à s?exposer
à un retour aux modes de transports individuels.
C?est dans le double objectif d?identifier (1) les priorités d?investissement en infrastructures
ferroviaires et (2) les moyens nécessaires au développement et à l?amélioration rapide de l?offre
Ambition France Transports
- 6 -
ferroviaire dans notre pays, qu?ont été orientés les travaux de notre atelier, à partir du « cahier
des charges » qui lui a été soumis par la Conférence « Ambition France Transports » (AFT).
Afin que ces infrastructures puissent durablement assurer les services qu?elles fournissent aux
exploitants, leur régénération et leur modernisation est un impératif, qui nécessite des
financements stables et pérennes.
SNCF Réseau comme l?ensemble de la filière industrielle attendent des choix clairs de la part
des décideurs publics afin de leur garantir à la fois une visibilité stratégique suffisante, et des
moyens rapidement mobilisables pour stopper le vieillissement du système ferroviaire et
résorber progressivement sa dette grise de sous entretien. Les financements pourront prendre
la forme de redéploiements budgétaires en faveur de cette politique prioritaire, mais aussi de
ressources nouvelles, stables et traçables, dédiées à la régénération du réseau circulé.
Il est apparu assez unanimement que l?écosystème public des transports n?a ni les moyens
budgétaires ni la capacité industrielle de mener de front l?ensemble des chantiers ferroviaires
de régénération, de modernisation et de développement en projet, et devra les hiérarchiser
et/ou s?appuyer sur des partenariats public-privé pour les préfinancer et accélérer leur
réalisation.
Ambition France Transports
- 7 -
INTRODUCTION : FEUILLE DE ROUTE ET ORGANISATION DE
L?ATELIER
L?atelier 3 a centré ses travaux sur le financement des différentes composantes du réseau ferré,
à savoir :
? la maintenance et la modernisation du réseau circulé, structurant comme de desserte
fine ;
? les projets de développement, soit SLO soit LDFT.
Il a également répondu à la demande d?explorer la question du financement des services SLO
d?aménagement du territoire en contexte concurrentiel.
Il n?était pas dans son cahier des charges de prendre en compte les investissements en
matériels et composants ferroviaires, et plus largement ceux liés à l?exploitation des lignes.
Cette réflexion sur la priorisation et la hiérarchisation des investissements s?inscrit dans un
contexte de finances publiques fortement contraintes : le cahier des charges a rappelé les
risques d?éviction financière au profit des créanciers de l?État associés à l?aggravation du
déficit, de l?endettement ou à la hausse des prélèvements obligatoires.
L?atelier 3 était composé d?une diversité d?acteurs institutionnels, parlementaires et élus
locaux, acteurs techniques et opérateurs du système ferroviaire, financeurs, représentants des
usagers et de la société civile, académiques et experts. Le groupe s?est réuni 7 fois et a conduit
27 auditions de personnes qualifiées. Il s?est également appuyé sur l?analyse de très nombreux
cahiers d?acteurs.
Ambition France Transports
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1. L?impératif absolu de régénération du réseau structurant
Géré et financé par SNCF Réseau, le réseau national historique permet la circulation de 15 000
trains quotidiens, dessert environ 3 000 gares et points d?arrêt et plus de 3 000 sites industriels1.
Deuxième réseau européen par son extension, il compte environ 28 000 km de lignes pour
48 000 km de voies (2 700 km de lignes à grande vitesse, 15 500 km de lignes classiques du
réseau structurant, 7 100 km de lignes de desserte fine et 2 200 km de lignes capillaires
spécifiques au fret) qui accueillent chaque jour 5 millions de passagers.
Ce réseau présente un âge moyen élevé, de 30 ans en moyenne (contre moins de 20 ans en
Allemagne), avec une part significative des composants désignée comme hors d?âge : c?est le
cas de 30 % des appareils de voie et de près de 30 % des composants caténaires. 30 % des
postes d?aiguillage ont plus de 50 ans. L?état de la voie a pour conséquence 2 400 km de
ralentissements dont 1 200 km sur les LDFT2. Le réseau est l?un des moins équipés en
technologies numériques d?Europe.
1.1. Un effort accru de régénération et de modernisation du réseau ferroviaire est impératif
et urgent pour arrêter sa dégradation et éviter l?effondrement de l?activité ferroviaire
Depuis le début des années 2000, de nombreux rapports3 ont souligné la nécessité de stopper
le vieillissement du réseau. En décembre 2022, le conseil d?orientation des infrastructures (COI)
insistait sur la dégradation du réseau ferroviaire et l?important retard accumulé dans la
modernisation du réseau structurant, générant une « dette grise » estimée par SNCF Réseau à
60 Md¤ qui constitue « le coût de l?inaction » passée.
Plus récemment, l?autorité de régulation des transports (ART), dans son rapport de juillet 2023,
allait jusqu?à pointer le risque d?effondrement de l?activité ferroviaire dans le cas d?un scénario
dit « tendanciel »4. En effet, le vieillissement :
? dégrade la qualité de service des trains du quotidien : 4 000 km de lignes sont menacés,
soit 2 000 trains quotidiens à partir de 20285 ;
? menace la sécurité des circulations ;
? renchérit considérablement les coûts de remise en état ultérieure ;
? expose certaines sections de lignes à une obsolescence irrémédiable.
SNCF Réseau identifie, dans les dix prochaines années, un risque lourd de ralentissement voire
de fermetures de service sur un ensemble de lignes représentant un tiers du réseau6.
À cet égard, la situation française est objectivement l?une des plus préoccupantes même si
d?autres pays que la France, notamment l?Allemagne, sont confrontés à la même nécessité de
régénérer et moderniser leurs réseaux vieillissants. La France se situe en effet nettement à la
1 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
2 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
3 Rapports de l?Ecole polytechnique fédérale de Lausanne en 2005 et 2011, Commission Mobilités 21 en 2013, discours
présidentiel à Lorient en 2016, rapport Spinetta en 2018, rapport de la Cour des comptes en 2021.
4 Scénario correspondant à la mise en oeuvre de la trajectoire prévue par le contrat de performance entre l?État et
SNCF Réseau pour la période 2021-2030 et à sa prolongation au-delà de 2030, en tenant compte des projets de
développements inscrits dans la trajectoire de « cadrage budgétaire » du COI.
5 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
6 Audition du Président de SNCF Réseau, 15 mai 2025.
Ambition France Transports
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traîne des pays de l?Union européenne en termes d?investissement dans la régénération7 et en
matière de modernisation (cf. tableau 1 et graphique 2).
1.2. Combler le retard français de modernisation
Par ailleurs, y compris sur les lignes classiques qu?elle régénère annuellement sur des bases
techniques du siècle dernier (1 000 km), la France accuse un très net retard d?intégration des
nouvelles technologies, notamment numériques, au sein de l?UE. Or, la modernisation de son
réseau le plus circulé constitue un enjeu de capacité, de productivité et d?efficacité de tout
premier ordre pour la fiabilité de nos chemins de fer, qui doit être le plus systématiquement
possible associé aux opérations de régénération.
Les deux principaux objectifs de modernisation concernent le déploiement du système de
contrôle commande européen ERTMS, et la migration progressive de la gestion des aiguillages
vers un système de commande centralisée du réseau (CCR).
Tableau 1 : taux de déploiement de la commande centralisée du réseau (CCR)
dans plusieurs pays européens (en %)
France Allemagne Italie Belgique
Taux de
déploiement
18 % 90 % 70 % 65 %
Source : IRG-Rail, 13ème rapport annuel d'observation des marchés ferroviaires en Europe, mars 2025
Graphique 2 : avancement du déploiement du système européen de gestion du trafic (ERTMS) en 2023
par rapport aux objectifs 2030
Source : Autorité de régulation des transports
7 Voir notamment les conclusions du rapport KP Prime 2024 (données 2022) qui montre qu?à périmètre comparable
les montants de régénération en 2022 mais aussi sur la période 2018-2022 sont inférieurs en France par rapport aux
principaux gestionnaires d?infrastructures européens (DB Netz AG, ProRail, RFI, SBB).
Ambition France Transports
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Le financement pérenne de la régénération et de la modernisation doit permettre d?endiguer
définitivement sous 15 ans la dégradation du réseau structurant et des LFDT circulées, sous
peine que son coût de remise en état devienne prohibitif et inaccessible.
Alors que les priorités d?investissement ferroviaire se sont, ces dernières années, diluées au
profit de nouveaux grands projets de développement ? notamment de lignes à grande vitesse
(LGV) ? pour un montant global de l?ordre de 40 Md¤ et de 26 SERM, qui recoupent toutefois
en partie les besoins de régénération du réseau historique, il apparaît plus que jamais
nécessaire de replacer la régénération et la modernisation du réseau structurant au coeur des
priorités dans les arbitrages gouvernementaux et de s?y tenir dans la durée grâce à un niveau
de financement rehaussé, identifié et pérenne.
À défaut d?un tel niveau de prise en charge, cet enjeu crucial s?expose à des coûts d?inaction
ou d?indécision supplémentaires et susceptibles d?engendrer à court terme des dégradations
de la qualité de nos services ferroviaires ; et à plus long terme, à des risques d?abandon de
lignes.
2. Des besoins de financement de 1,5 milliard d?euros supplémentaires par an pour la
régénération et la modernisation du réseau structurant, sans préjudice des coûts restant à
estimer pour les LDFT et les grands projets
2.1. La nécessité d?un ressaut de financement pour la régénération
Un premier effort financier progressif depuis 2013 a permis une augmentation significative des
financements publics de mise à niveau du réseau mais qui n?a pas suffi à endiguer son
vieillissement critique et se heurte à une contraction sensible des dépenses d?investissements
depuis 20168.
Graphique 3 : Effort de régénération du réseau en euros constants (¤ 2021)
Source : Autorité de régulation des transports
8 Tandis que la dynamique est orientée à la hausse dans le reste de l?Europe (hausse des dépenses d?investissement en
euros courant de +40 % depuis 2019).
Ambition France Transports
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Le besoin en investissement pour la régénération et la modernisation du réseau structurant est
aujourd?hui estimé par SNCF Réseau à 1,5 Md¤ (en euros constants) supplémentaires par an,
par rapport au contrat de performance (2,9 Md¤ courants) actuel.
Ce montant de 1,5 Md¤ (en euros constants) supplémentaires est absolument nécessaire à
endiguer le vieillissement du réseau structurant et à engager sa modernisation sous deux
décennies, notamment en l?adaptant au système européen ERTMS (pour un montant de l?ordre
de 0,2 Md¤ par an au sein de cette enveloppe, selon l?ART).
Il s?agit d?un scénario socle par rapport à la cible COI, intégrant une part de performance
économique et industrielle et de nouveaux engagements (y compris renforcement de la
résilience au changement climatique et soutien au plan de mobilité militaire). Ce scénario se
situe au-delà du seuil identifié par l?ART dans son scénario dit « tendanciel + 1,3 Md¤ 2028 »,
soit le montant minimal permettant de répondre à la croissance du trafic, d?endiguer la
dégradation des lignes les moins circulées et de maîtriser les coûts d?exploitation.
Ce coût est à mettre en regard avec le coût de l?inaction, dont les estimations de SNCF Réseau
s?élèvent à 15 Md¤ d?ici 2032, et 4 000 km de lignes menacés soit 2 000 trains quotidiens à
partir de 2028.
2.2. Une révision d?étape du financement des LDFT
Les représentants des Régions ont insisté pour que les LDFT, composantes du réseau
historique, ne soient pas exclues des réflexions, leur remise en état représentant un coût
estimé à 500 millions d?euros (de 4509 à 600-700 M¤ dans le rapport Philizot10).
Les engagements financiers du volet ferroviaire 2023-2027 des CPER prévoient un effort
d?investissement théorique moyen sur 5 ans de 520 M¤ par an tous financeurs confondus (hors
les 14 lignes intégrées au réseau structurant), de nature à répondre aux besoins. On constate
toutefois un niveau d?engagement réel inférieur, de l?ordre de 350 M¤ par an. Il a également
été fait état d?un défaut de suivi des perspectives de trains innovants susceptibles
d?application à des services régionaux et locaux moins capacitaires et moins coûteux que
l?exigent les normes courantes.
Dès lors, l?atelier a convenu de l?intérêt incontestable que présente la prise en compte des
LFDT pour la continuité des services exploités sur le réseau structurant, en particulier les lignes
les plus circulées et celles reliant des pôles urbains significatifs. L?atelier s?est accordé à
solliciter une « revue générale d?étape » des LFDT circulées et de l?état d?avancement de la
problématique des trains innovants dans la continuité du rapport Philizot, et de l?actuelle
mission du IGEDD diligentée à l?initiative de Régions de France (pour la Bourgogne-Franche-
Comté) afin de remettre à plat les priorités, les conditions de financement et éventuellement
de requalification et de gouvernance de ces lignes.
Il est à noter que la question du matériel roulant (acquisition, régénération à mi-vie, adaptation
à ERTMS), qui constitue un enjeu financier incontestable, bien que soulevée par les Régions, a
9 Estimation du coût de la régénération dans le scénario planification écologique établi par le COI.
10 Estimation du rapport Philizot permettant d?assurer la régénération de l?ensemble des opérations nécessaires et de
garantir la pérennité de l?ensemble des lignes.
Ambition France Transports
- 12 -
été écartée du périmètre du groupe de travail et devra être abordée dans d?autres instances
de concertation, au regard de son impact financier pour les Régions et des prérogatives
respectives de l?État et des Régions. A ce sujet l?atelier a toutefois formulé le souhait que les
Régions coordonnent le plus possible leurs commandes et la gestion de leurs matériels
roulants, pour gagner en pouvoir de négociation, bénéficier d?économies d?échelle et
rationnaliser leurs dépenses publiques en la matière.
2.3. Des grands projets à réévaluer
Enfin, les grands projets de développement de l?infrastructure ferroviaire représentent un
enjeu financier majeur pour SNCF Réseau : en 2025, près de 37 % du budget d?investissement
de SNCF Réseau sera consacré à des projets cofinancés dont 20 % pour les grands projets (soit
1,2 Md¤). À ces montants s?ajoutent des besoins d?investissement supplémentaires identifiés
par SNCF Réseau dans le cadre des différents scénarios d?évolution du réseau étudiés par le
Conseil d?orientation des infrastructures. Selon les options retenues, le montant des
investissements annuels moyens pour le développement du réseau structurant sur la période
2026-2031 (hors SERM et hors fret) varie entre 1,9 Md¤ et 5,2 Md¤ par an11.
Cependant, dès lors que la régénération est reconnue comme la priorité de l?action publique
en matière ferroviaire, il convient de veiller à ce que les besoins considérables en financement
des grands projets de développement ne génèrent pas un effet d?éviction de ressources
disponibles ou mobilisables à son détriment comme ce fut le cas lors des premières générations
de LGV (Mobilités 21).
Par conséquent, l?atelier s?est attaché non seulement à identifier des recettes nouvelles
spécifiquement affectés au développement, mais aussi à formuler des propositions
d?évaluation et d?impact des investissements nécessaires.
3. Vers un panier de recettes affectées au financement de la régénération et modernisation
du réseau structurant
Le mandat du groupe de travail a été fortement contraint par le contexte très dégradé des
finances publiques françaises et l?injonction de Bercy : « ni endettement, ni dépense publique,
ni prélèvements obligatoires supplémentaires ».
Pour autant, bien que conscient de cette situation et des risques auxquels elle expose la France
en matière de notation financière, le groupe de travail ne s?est pas interdit d?aborder sa mission
de façon réaliste, d?en identifier les enjeux majeurs et de formuler les propositions qu?il estime
les mieux adaptées à la situation de notre système ferroviaire.
3.1. Un besoin de recettes stables, prévisibles et fléchées vers la régénération et la
modernisation ferroviaires
La régénération/modernisation du réseau structurant, qui est de la seule responsabilité de
SNCF Réseau, exige des recettes stables et pérennes à hauteur de 1,5 Md¤ constants annuels
supplémentaires à compter de 2028 par rapport au contrat de performance.
Il s?agit non pas d?un effort temporaire supplémentaire, mais d?un rattrapage nécessaire à la
remise à niveau du réseau historique national afin d?assurer à la fois sa régénération, sa
11 Ambition France Transports, Livret de diagnostic, Atelier n° 3 : Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs.
Ambition France Transports
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modernisation très en retard au plan européen (cf. tableau n° 1 et graphique n° 2) et sa
maintenance courante.
L?atelier excluant un nouvel endettement supporté par SNCF Réseau comme par l?État, il
apparait qu?un tel besoin d?investissement public à la fois soutenu, durable et à amortissement
long devrait être couvert par de nouvelles recettes pérennes, si possible existantes, à flécher
en faveur de la régénération du réseau.
C?est la raison pour laquelle le groupe de travail estime que le financement de la régénération
devrait en toute logique bénéficier d?une recette fiscale propre dédiée, du même type (large
base, faible taux) que celles mises en place par la loi de finances 2023 pour trois nouvelles LGV.
L?atelier a par ailleurs, considéré que le financement de la régénération et modernisation du
réseau structurant devait être identifiable, traçable et contrôlable dans la durée, par
affectation à une ligne budgétaire dédiée dans les comptes de l?AFIT France (pouvant
comporter un sous-compte « modernisation »). Ceci est un préalable pour en assurer sa
traçabilité et son suivi dans la durée et la prémunir d?errements constatés par le passé.
3.2. La nécessité d?un financement relais dès 2028
En premier lieu, la SNCF propose de sécuriser 500 millions d?euros supplémentaires sur le fonds
de concours SNCF. L?atelier a relevé cependant la fragilité de cette dotation à l?horizon des
deux décennies, du fait notamment des inconnues économiques introduites par la
concurrence et de la vulnérabilité des marges du groupe. Pour être sécurisé, ce fonds devra
être consolidé à l?avenir en aide d?État indépendante des résultats de SNCF Voyageurs.
L?atelier s?est par suite efforcé d?identifier le milliard d?euros de recettes additionnelles
nécessaires.
Le groupe a distingué deux temporalités de financement de la régénération et la
modernisation du réseau structurant :
? à compter de 2032, le GT demande à ce que le réseau ferroviaire soit bénéficiaire de
surplus de recettes émanant des péages autoroutiers à l?issue des contrats de
concession, dans l?hypothèse d?un maintien des péages autoroutiers, jusqu?à
stabilisation à 1 Md¤ à compter de 2036 ;
? entre 2026 et 2031, à défaut d?une ressource fiscale nouvelle dédiée à la régénération,
des ressources de la fiscalité de report modal12 devraient, temporairement au moins,
être privilégiées pour financer le réseau ferroviaire, toujours à hauteur de 1 Md¤
constants.
? Ces recettes de transition pourront être prorogées au-delà de 2031 en cas de besoin,
au vu de l?incertitude sur le montant des recettes autoroutières, de la fragilité du fond
de concours de la SNCF dans le contexte de l?ouverture à la concurrence et des besoins
de financements identifiés des LFDT.
Dans l?attente des recettes autoroutières, le groupe de travail a identifié plusieurs types de
recettes pour le financement de la régénération et de la modernisation :
12 Les transports contribuent à hauteur de 34 % aux émissions de gaz à effet de serre en France en 2023.
Ambition France Transports
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(1) Des recettes existantes de report modal à flécher vers les infrastructures ferroviaires,
éventuellement en les augmentant : écocontribution poids lourds (régionalisée ou
nationale) ; CEE ; compensation de la TICPE ; taxe sur l?exploitation des infrastructures
de longue distance ; malus poids des véhicules ; ETS1?. Ce fléchage devrait être garanti,
contrairement à ce qui s?est passé jusqu?à présent pour le bonus-malus ou la taxe longue
distance qui sont tombés dans le budget général et n?ont pas servi au report modal ou
même à la décarbonation de l?aérien.
(2) Eventuellement de nouvelles recettes : écocontribution sur les colis, contribution des
entreprises du e-commerce ; internalisation de plus-values foncières péréquée au plan
national affectée aux grands projets.
(3) De manière plus innovante, une contribution directe de l?usager sur tout ou partie des
titres de transport ferroviaire sans préjudice des tarifications sociales pourrait être mise
à l?étude :
a. Concernant les services conventionnés, pour contribuer à la régénération : une
telle contribution pourrait répondre à des objections formulées au sein de
l?atelier sur une tendance française à la sous tarification des services
conventionnées qui, sous réserve d?études préalables précises, n?affecterait en
rien la liberté tarifaire des Régions.
b. Concernant les SLO, pour alimenter un fonds de péréquation visant à financer
les dessertes d?aménagement du territoire (voir infra).
Cette dernière proposition a suscité de nettes oppositions en son sein de la part notamment
du sénateur Olivier Jacquin, de M. Jean-Luc Gibelin, vice-président de Régions de France,
opposés au principe même d?une contribution supplémentaire des usagers, ainsi que de M.
Jean-Yves Petit, représentant de FNE, de M. Delétraz, président de la FNAUT et de M. Jean-
Pierre Serrus, vice-président du GART hostiles à une contribution sur les billets de TER.
L?atelier attire cependant l?attention sur les vulnérabilités qui s?attachent à l?activation de
taxes existantes par rapport à une nouvelle recette dédiée :
? Elle dilue les financements nécessaires dans une multitude de sources dont l?expérience
montre qu?elles sont moins traçables, et par conséquent potentiellement moins stables
et contrôlables dans la durée, comme en témoigne l?évolution historique des recettes
de l?AFIT France13. Elle peut néanmoins constituer une solution temporaire au décalage
des recettes autoroutières attendues.
? Elle est porteuse de risques de tensions catégorielles et de moindre acceptabilité par
certains secteurs d?activités (aérien, automobile, etc.).
L?usage de taxes existantes sont ici envisagées à titre de relais, le temps que la ressource
stabilisée des autoroutes (ou d?une fiscalité dédiée du même montant) soit pleinement
mobilisable, et dans la mesure où les futurs gouvernements reprendraient scrupuleusement à
leur compte le mix de financements ici proposé.
13 Voir notamment le rapport du COI en décembre 2022 : « Les recettes de l?AFIT France, certes augmentées, ne sont
guère assurées. Alors que l'agence concourt au financement de projets d'infrastructures d'ampleur s'inscrivant dans le
temps long, plusieurs de ses recettes sont de nature incertaine ».
Ambition France Transports
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Enfin, le GT soulève que dans le cas où le cahier des charges fixé par Bercy, proscrivant tout
endettement supplémentaire, ne serait pas respecté pour toute autre composante de
l?infrastructure ferroviaire (LGV par exemple), le principe de priorité à la régénération devrait
prévaloir et permettre d?envisager que tout ou partie soit également financé par emprunt
public.
3.3. Une nouvelle génération de contrat de performance comme pierre angulaire de la
stratégie ferroviaire nationale
Face à la demande de transparence et de stabilité des choix et des financements ferroviaires,
unanimement exprimée tant par le groupe public que par l?environnement privé, une forte de
demande de loi de programmation ferroviaire s?est exprimée dans l?atelier, malgré des réserves
émises sur des risques de surenchères politiques en considération de la situation politique du
pays.
Quoiqu?il en soit, et l?une n?excluant pas l?autre, l?atelier s?est accordé sur la nécessité de
reconsidérer l?actuel contrat de performance entre SNCF Réseau et l?État. Il propose
d?introduire, à la faveur de l?augmentation attendue des moyens financiers alloués à
l?investissement, une nouvelle génération de contrat de performance. Ce nouveau modèle
serait révisé en conséquence et comporterait une trajectoire longue ajustable (par exemple
10 ans) en euros constants, qui devrait constituer le document de référence de la stratégie
ferroviaire nationale, à la fois pour les parties prenantes mais aussi pour l?ensemble de
l?écosystème industriel et financier. Ce contrat de performance de nouvelle génération, fixant
les objectifs et les moyens dévolus à SNCF Réseau et garant de leur stabilité, pourrait faire
l?objet d?une présentation devant les commissions du développement durable et de
l?aménagement du territoire, et des affaires économiques des Assemblées et faire l?objet d?un
contrôle parlementaire d?exécution annuel.
Les représentants des Régions ont émis le souhait que le contrat soit concerté en amont avec
les Régions, sans préjudice des responsabilités exclusives des deux contractants. Il devrait, le
cas échéant, s?articuler avec une loi de programmation des infrastructures.
4. Vers une politique raisonnée de recours à l?investissement privé pour les projets de
développement
L?ampleur des grands projets de développement, dont les évaluations financières, souvent
anciennes, nécessitent une réévaluation précise, ne permet pas qu?ils puissent tous être menés
à bien dans les mêmes délais que les lourds chantiers de la régénération et des SERM dans le
contexte très dégradé des finances publiques françaises.
Si l?atelier s?est refusé à les hiérarchiser eu égard à leur dimension très politique et à leur
vocation très différente, il s?est efforcé d?identifier des sources de financement non
concurrentes à celles mobilisables pour la régénération, susceptibles de ne pas différer
indument la réalisation des plus stratégiques.
Ambition France Transports
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4.1. Des financements européens limités et concentrés sur les sections transfrontalières
Une partie limitée des besoins de financement des projets de développement pourrait être
couverte par des financements obtenus via le mécanisme européen pour l?interconnexion en
Europe (MIE)14.
Plusieurs projets présentant une forte valeur ajoutée européenne restent éligibles à ces fonds,
notamment les accès au tunnel Lyon-Turin et la ligne Bordeaux?Dax prolongée jusqu?à la
frontière espagnole (sans préjudice pour la DG Move d?un équipement de la voie côtière
actuelle en ERTMS).
Cependant, une concurrence accrue sur l?accès aux financements MIE est à prévoir,
notamment en raison de la montée en puissance des besoins liés à la mobilité militaire
ouest-est. Cette évolution devrait entraîner, à compter de 2027, un recentrage des
financements courants du MIE sur les seules connexions transfrontalières ne pouvant être
intégralement financées par les États membres. Il conviendra à cet égard que les pouvoirs
publics privilégient les projets à la plus forte maturité s?ils veulent tirer le meilleur parti de la
prochaine génération de MIE.
Dans le contexte budgétaire actuel, les ressources publiques apparaissent cependant
insuffisantes pour satisfaire aux demandes identifiées de projets de développement
ferroviaires. Le GT a ainsi identifié des financements publics pour le financement des projets
de développement via des taxes visant à internaliser les externalités positives du rail, telles que
l?augmentation des DMTO, une augmentation de la CFE et une taxe sur les plus-values
immobilières dans les territoires ayant connu une hausse des prix immobiliers et d?attractivité
grâce au rail. Pour autant, ces financements apparaissent ne devoir être mobilisés qu?en
complément d?investissements privés.
4.2. La mobilisation de financements privés dans leurs champs de pertinence
Il est nettement apparu pendant cette conférence que des investisseurs privés, appuyés par
l?excellence française en matière de travaux publics, manifestaient un intérêt nouveau pour le
chemin de fer.
Les partenariats entre public et privé (PPP15) consistent à faire réaliser et/ou exploiter sur fonds
privés un patrimoine public dont les péages sont placés sous le contrôle du régulateur, et les
circulations ferroviaires gérées par SNCF Réseau, avec vocation de retour à l?état initial dans le
giron public au terme des contrats de PPP (voir en 2025 le cas de retour de plein exercice à
SNCF Réseau d?un système GSM-R réalisé en PPP).
Dans ce domaine, la France ne part pas de rien et peut afficher parmi les réalisations les plus
probantes en Europe et dans le monde. Quatre grands contrats de partenariat ou de
concession ont en effet été mis en oeuvre depuis le début des années 2010 (SEA, BPL, CNM,
GSM-R), pour un montant total d?investissement de l?ordre de 15 Md¤ ayant permis la
réalisation de plus de 500 km de lignes nouvelles. D?après le bilan réalisé par SNCF Réseau, « ces
14 Voir notamment les projets de liaison Lyon?Turin ou le canal Seine-Escaut.
15 Le terme générique « PPP » employé dans le rapport recouvre deux grands types de contrats prévus par le Code de
la commande publique : les concessions/DSP (rémunérés par le paiement des usagers), d?une part ; les marchés de
partenariat, d?autre part (rémunérés par le paiement d?un loyer par le maître d?ouvrage public).
Ambition France Transports
- 17 -
quatre projets se sont avérés être des succès incontestables, s?agissant de la tenue des coûts et
des délais de mise en service en phase de construction, ainsi que de la qualité du service offerte
aux entreprises ferroviaires en phase d?exploitation ». Il est ainsi apparu que SNCF Réseau avait
développé des compétences de pilotage, d?encadrement et de suivi des maitrises d?oeuvre
plébiscitées par les partenaires privés et qui concourent à l?excellence française en la matière.
Tableau 2 : principaux partenariats entre secteurs publics et privés sur les lignes LGV
Projet Contrat
Date de
signature
Durée
Date de mise en
exploitation
Montant de
l?opération
GSM-R
Contrat de
partenariat
Fev. 2010 15 ans Sept. 2017 1,5 Md¤
LGV SEA (Tours-
Bordeaux)
Contrat de
concession
Juin 2011 50 ans Juil. 2017 8 Md¤
LGV BPL (Le Mans-
Rennes)
Contrat de
partenariat
Juil. 2011 25 ans Juil. 2017 3,4 Md¤
LN CNM (Nîmes-
Montpellier)
Contrat de
partenariat
Juin 2012 25 ans Dec. 2017 1,8 Md¤
Source : SNCF Réseau, juin 2025.
Un recours plus systématique aux PPP dans le domaine ferroviaire, en considération de
l?excellence acquise par la France, est apparu comme l?un des apports notables de notre
conférence.
Sous réserve d?étude d?opportunité au cas par cas, il a été admis au sein du GT qu?ils pourraient
permettre :
? De réduire la participation publique16 et d?étaler dans le temps long le financement de
l?infrastructure avant retour à l?adjudicataire ; ainsi que de mettre les financements de
l?infrastructure à l?abri des aléas de l?annualité budgétaire.
? De soumettre les coûts et délais de réalisation de l?infrastructure à des obligations
contractuelles incompressibles dont le non-respect est à la charge du partenaire privé.
? De s?ajouter aux capacités industrielles de SNCF Réseau pour réaliser plus rapidement
et sous son contrôle des infrastructures lourdes nécessitant la mobilisation de gros
moyens industriels.
? De présenter un modèle économique complet, non seulement de conception et de
réalisation de l?infrastructure mais également de sa gestion et de sa maintenance,
présentant de forts atouts de productivité et de coûts d?exploitation des
infrastructures sur la durée du contrat.
Des réserves appuyées, tant économiques, qu?idéologiques ont cependant été objectées
quant à l?applicabilité des partenariats entre public et privé aux spécificités du ferroviaire,
faute d?une clientèle capable d?en acquitter les coûts.
Il a été également rappelé que ces modèles, recours à l?emprunt compris, sont financés in fine
par l?usager ou le contribuable. Les subventions publiques ont ainsi représenté une part
importante des plans de financement, jusqu?à 59 % pour le contrat de partenariat portant sur
le contournement Nîmes-Montpellier. L?exemple de l?Eurotunnel a ainsi été évoqué par certains
16 À condition que les gains liés à l'optimisation soient supérieurs aux surcoûts liés au financement par l'acteur privé,
qui s'endette à taux supérieurs à celui de l'État.
Ambition France Transports
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participants davantage comme un échec du modèle de concession plutôt que comme une
réussite.
Si leur intérêt industriel et économique est incontestable, l?intérêt financier des PPP doit être
évalué pour chaque projet dans la mesure du lissage de budgets publics qu?ils permettent
d?envisager, ainsi que du statut de leur endettement (consolidé maastrichtien ou non, cf.
encadré). Le groupe a en outre noté que dans la diversité des formules de PPP ? sous-traitance,
conception-réalisation, concession en DSP, ou marché de partenariat, ? seuls les deux derniers
peuvent présenter un intérêt en matière de mobilisation de financements privés, la
prescription de la concession étant plus dépendante que le marché de partenariat du
développement effectif de la concurrence d?exploitation sur son réseau.
Encadré 1 : critères de consolidation des PPP
Les PPP ont un impact sur les finances publiques dès lors qu?ils sont considérés comme
« consolidants » : dans ce cas les investissements réalisés par le partenaire privé sont
comptabilisés dans la dette et le déficit publics. Dans la perspective d?un regain d?intérêt
pour ce mode contractuel, il est essentiel de maîtriser les critères permettant la
déconsolidation d?un PPP, c?est-à-dire son exclusion du périmètre de la dette publique au
sens du Système Européen des Comptes (SEC 2010), tel que précisé par le Manual on
Government Deficit and Debt (MGDD 2022).
Pour qu?un PPP soit déconsolidé, plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies :
? Le partenaire privé doit être classé hors du secteur des administrations publiques
(APU), disposer d?une réelle autonomie de décision, et supporter de manière
significative les risques de construction, de disponibilité et de performance.
? Par ailleurs, la part de financement public ne doit pas excéder 50 % du total, et la
puissance publique ne doit ni garantir la dette du partenaire, ni lui offrir une
protection excessive contre les pertes.
? Enfin, les clauses de résiliation anticipée et de fin de contrat doivent assurer une
répartition équilibrée des risques et garantir un traitement économiquement neutre
pour la collectivité publique.
À ce jour, seul le contrat LGV Sud Europe Atlantique (SEA) a été consolidé dans les comptes
en 2017 en raison de la part prépondérante du secteur public dans le financement et les
garanties du projet. Il convient de noter que la recherche d?une déconsolidation visant à
maîtriser l?impact budgétaire peut avoir pour effet une augmentation du coût du montage
compte tenu du risque accru porté par les partenaires privés.
Nota Bene : on peut considérer comme paradoxal que les normes comptables nationales
applicables aux AOM (fixées par instructions conjointes DGCL-DGFIP) rendent le marché de
partenariat consolidant dans leurs comptes même dans les cas où ils ne le sont pas du point
de vue Eurostat / « maastrichien ».
À la lumière du PPP Nancy?Contrexéville de réouverture d?une ligne fermée par la SNCF, il est
apparu au GT que les PPP dans leurs diverses modalités pouvaient potentiellement constituer
des solutions mobilisables, non seulement pour des grands projets type LGV, mais aussi pour
le portage de projets technologiques et la remise en service, voire la régénération de petites
lignes, même si les modalités restent à approfondir.
Ambition France Transports
- 19 -
Par ailleurs, il est clairement apparu que la réussite de PPP d?infrastructures est étroitement
dépendante de la capacité à « détacher » le projet de l?exploitation quotidienne du réseau,
ainsi que de la qualité du pilotage de leur ingénierie par SNCF Réseau, conformément aux
expériences probantes menées en France jusqu'à présent.
L?atelier souligne également l?intérêt que représentent les sociétés de financement, sur le
modèle de l?extension des missions du Grand Paris Express (loi n° 2023-1269 du 27 décembre
2023 relative aux services express régionaux métropolitains en matière de financement des
infrastructures, par recours direct aux marchés financiers, tout en invitant au discernement
dans leur emploi, en regard notamment des nécessités de contrôle de la dette maastrichtienne
4.3. La nécessité de réévaluer les grands projets de développement afin d?éviter un effet
d?éviction de ressources au dépend de la régénération
Il apparait clairement que les grands projets de développement, arrêtés depuis plusieurs
années pour la plupart, et complétés en 2021 par une nouvelle génération de LGV, constituent
un défi financier majeur susceptible d?avoir un effet d?éviction de ressources publiques aux
dépens de la régénération.
Ces différents projets répondant à des nécessités et à des objectifs politiques très divers
(désaturation de trafics quotidiens en PACA ou Normandie, engagements européens pour
GPSO et les accès au Lyon-Turin, continuité de trafics mixte fret passagers pour LNNM), l?atelier
ne s?est pas considéré investi d?une mission de hiérarchisation ou de planification de ces
projets, qui incombe fondamentalement aux Gouvernements.
Il recommande cependant, pour aider à objectiver l?intérêt de projets souvent très anciens et
en décalage avec les préoccupations actuelles (dessertes SLO d?aménagement du territoire)
d?en effectuer une réactualisation générale et de les soumettre à une triple évaluation :
1 d?actualiser leur coût (estimations antérieures à l?inflation ukrainienne), ce pour quoi
le GT sollicite le COI ;
2 d?établir leur ferroscope (cf. infra) en intégrant, en plus de la valeur actualisée nette
(VAN) des critères d?abattement CO2, d?impact sur la biodiversité, de prévisions de
trafic et d?exploitation avec estimation du report modal, ainsi que de connectivité
européenne et de trajectoire des finances publiques ;
3 de les soumettre systématiquement à manifestation d?intérêt en vue de partenariats
public-privé. Au-delà de l?instrument du ferroscope, que l?atelier propose d?intégrer à
une révision générale des conditions de réalisation des grands projets de
développement, l?atelier et l?ensemble des professionnels audités s?accordent sur la
nécessité de faire des choix clairs, durables et réalistes en fonctions des moyens
disponibles.
Ambition France Transports
- 20 -
5. L?ouverture à la concurrence : une opportunité pour le financement des infrastructures
dans un nouvel écosystème ferroviaire
5.1. Une ouverture à la concurrence à conforter par la levée des obstacles tarifaires et non-
tarifaires
Indépendamment de l?intérêt, nouveau, que manifestent les investisseurs privés pour
l?investissement dans les infrastructures ferroviaires après avoir concouru au développement
des autoroutes, des aéroports et des ports dans le monde, il est apparu que l?ouverture à la
concurrence entre compagnies ferroviaires sur le réseau avait une double incidence sur le
financement de l?infrastructure :
? En offrant de nouveaux services sur fonds et à risques privés, elle constitue une réponse
à l?insuffisance de l?offre actuelle et peut participer du choc d?offre recherché, tout en
améliorant la qualité de service (fréquence notamment, dans un contexte d?offre non
saturée)17. En plus de l?augmentation de l?offre, la concurrence est porteuse d?efficacité
et de performance économique, puisque l?ouverture déjà réalisée a permis une baisse
des coûts d?exploitation de l?ordre de 20 % sur les lignes concernées18.
? En multipliant les trains et les circulations sur le réseau, elle participe puissamment au
financement de SNCF Réseau et des infrastructures à travers les péages.
On observe cependant que l?entrée sur le marché français reste un parcours semé d?embuches
et nécessite des levées de fonds considérables ainsi que des délais qui se sont essentiellement
traduits jusqu'à présent par des réciprocités concurrentielles sur la grande vitesse, entre ex-
monopoles nationaux avec une baisse des prix et des améliorations de qualité de service
indéniables pour l?usager, mais au prix d?un changement d?écosystème pour la SNCF.
Il apparait ainsi unanimement chez les nouveaux entrants que d?importantes barrières à
l?entrée informelles existent encore en France : l?indisponibilité d?un matériel roulant
rapidement accessible, les délais de certification de matériels disponibles en Europe, un accès
équitable aux facilités essentielles des gares, le cloisonnement et le déficit d?interopérabilité
des SIM, ou encore, entre autres, des billettiques interopérables et des tarifications intégrées
entre SLO et TER. Il en découle notamment des délais et des coûts de mise en exploitation
lourds et dilatoires au préjudice essentiel de start-uppeurs français dépendants de l?endurance
de leurs partenaires financiers.
Dès lors que l?on considère que l?ouverture à la concurrence peut utilement contribuer au
développement de l?offre en réponse à une demande particulièrement soutenue, l?atelier
recommande que les pouvoirs publics s?attachent prioritairement, au-delà des efforts
unanimement reconnus de l?ART en ce sens, à lever rapidement les barrières non-tarifaires
subsistantes. L?allègement de certaines normes ou obligations techniques, parfois redondantes
avec les obligations européennes, pourrait également constituer une économie de temps et
17 Indépendamment de la concurrence, le groupe de travail a relevé que l?augmentation de l?offre passe par des
mesures techniques telles que l?accès à des sites d?essai certificateur, la suppression des tests en doublon ; la
standardisation des cahiers des charges des autorités organisatrices, l?harmonisation des plateformes ou encore la
désaturation des noeuds ferroviaires.
18 Audition de l?AFRA.
Ambition France Transports
- 21 -
d?argent (voir notamment la problématique des passages à niveau dans le cadre de la
réouverture d?une LDFT ou encore la circulation des trains légers).
Au-delà de la réduction des barrières non-tarifaires, les membres du GT recommandent une
absence d?augmentation du niveau des péages, déjà parmi les plus élevés d?Europe19, voire une
baisse dans certains cas spécifiques, par exemple pour les trajets avec une forte élasticité prix
(OuiGo long parcours). En revanche et pour souhaitable qu?elle soit, une politique de baisse
généralisée des péages, en l?absence de compensation financière publique, apparait
prématurée au groupe et ne déboucherait à court terme que sur une aggravation nette du
besoin de financement de SNCF Réseau. En d?autres termes, il apparait que dans le contexte
français, une stimulation et un développement de la concurrence sur les SLO, constituent les
préalables difficilement contournables à une politique de baisse des péages.
Enfin, l?entrée sur le marché des trains conventionnés s?effectue par appels d?offres à la main
des autorités organisatrices, qui ont privilégié jusqu'à présent des recontractualisations avec la
SNCF après avoir utilisé la mise en concurrence pour l?inciter à baisser ses coûts. A cet égard,
les attributions de TER à Transdev par la Région Grand Sud, et d?une DSP de réouverture d?une
ligne intégrant infrastructure et exploitation entre Nancy et Contrexéville à Transdev-NGE par
la Région Grand Est, constituent des exceptions d?avant-garde dont il est trop tôt pour tirer
tous les enseignements. En complément, le groupe a souligné l?intérêt d?une relance du train
innovant, éventuellement avec l?appui de l?Agence européenne du rail.
5.2. Un besoin de nouvelles règles du jeu pour les dessertes TGV d?aménagement du
territoire
L?atelier a plus précisément été saisi des conséquences de l?ouverture à la concurrence sur le
sujet de l?avenir des dessertes SLO d?aménagement du territoire.
L?ouverture à la concurrence modifie en effet un écosystème qui était garant de
l?aménagement du territoire et du financement du réseau à travers le fonds de concours de la
SNCF. En effet, l?opérateur historique dégageait des bénéfices issus de lignes rentables (comme
la ligne Paris-Lyon), utilisés pour financer ses obligations de dessertes non rentables (un tiers
des rames SLO de SNCF Voyageurs créeraient de la dette20) et pour abonder le fonds de
concours de la SNCF, destiné à l?entretien du réseau. L?ouverture à la concurrence vient
bouleverser cet équilibre puisque les nouveaux entrants pourraient être incités à ne desservir
que les lignes les plus rentables, faisant diminuer les marges sur ces lignes (-10 % de prix du billet
sur la ligne Paris-Lyon entre 2022 et 202521), sans contribuer au fonds de concours et sans
assurer de service de desserte dans les territoires moins fréquentés. Cette dernière assertion
peut toutefois être nuancée : en effet, depuis 2015 et donc bien avant l?arrivée de nouveaux
acteurs sur le marché français, la fréquence de l?offre TaGV en gare de la SNCF a été réduite
de près de 12% en moyenne, dont 19% dans les petites gares22 ; par ailleurs, l?exemple italien
démontre qu?ouverture à la concurrence peut également aller de pair avec un accroissement
19 Selon le 13e rapport IRG rail de mars 2025, la France était le seul pays où le niveau des péages dépassait 10 ¤ / train-
km, avec un niveau de 20,9 ¤ pour les SLO et 15,2 ¤ pour les autres lignes, contre 5,2 ¤ en moyenne européenne.
L?audition de l?ART a également mis en évidence une couverture des coûts du SLO par les péages supérieurs à 100 %.
20 Audition de M. Fanichet, SNCF Voyageurs.
21 Audition de M. Fanichet, SNCF Voyageurs.
22 Audition de M. Guimbaud, ART.
Ambition France Transports
- 22 -
des dessertes sur le territoire (depuis 2012 et l?ouverture à la concurrence, le nombre de gares
desservies en Italie est passé de 40 à un total de 113 aujourd?hui23).
Dès lors, l?opérateur historique, la SNCF, pose légitimement depuis plusieurs années la
question de l?avenir des financements par péréquation interne des dessertes intermédiaires
qui lui sont imposées par l?État, le plus souvent en contrepartie de la participation financière
de leurs collectivités locales au financement de l?infrastructure. L?entreprise appelle à un
changement urgent de cette règle du jeu discriminatoire, qui ne s?impose pas à ses concurrents,
en considération d?un nouvel écosystème concurrentiel, qui diminue ses marges sur les lignes
les plus concurrencées et qui lui laisse l?exclusivité de financer les dessertes les moins rentables,
ainsi que d?abonder le fonds de concours de SNCF Réseau.
Les nouveaux entrants auditionnés par l?atelier ont au contraire relevé que l?implication de
financeurs privés dans le développement de nouveaux services ferroviaires reste très fragile et
pourrait être durablement compromise par un changement des règles du jeu d?accès aux SLO
(services commerciaux librement organisés en France), établies par la loi. Ils préconisent de
laisser le marché expérimenter l?ouverture à la concurrence avant d?en tirer des conclusions et
prendre toute décision sur le sujet, en considération du fait que le libre jeu de la concurrence
s?est spontanément accompagné en Italie d?une multiplication de dessertes secondaires.
Les premières conclusions de l?atelier sont de relever que la solution à ce problème doit
concilier autant que possible les deux exigences exprimées, de non-discrimination aux dépens
de la SNCF, et d?intangibilité des règles du jeu du SLO pour les nouveaux entrants.
L?atelier a pris note de la solution espagnole qui met en marché des packages territoriaux, sur
le modèle des ex-franchises britanniques (impliquant une péréquation interne entre dessertes
rentables et non rentables sans subventionnement). Mais il souligne que ce modèle
constituerait un changement substantiel de règles d?entrée sur le marché des SLO pouvant
immédiatement compromettre des projets français engagés, et entacher un peu plus le
marché français d?incertitudes.
De son côté, la SNCF opposant le secret commercial pour documenter précisément les coûts
des dessertes déficitaires, l?atelier préconise qu?une mission d?études soit diligentée par le
ministère des Transports avant toute décision définitive, tout en esquissant quelques pistes
de solutions.
En résumé, l?atelier formule plusieurs hypothèses et recommandations sur la question du
financement des dessertes SLO d?aménagement du territoire dans le contexte de l?ouverture
à la concurrence, tout en soulignant qu?elle devrait faire l?objet d?approfondissements
complémentaires :
1. Les modèles économiques des acteurs étant protégés par le secret des affaires, le GT
souhaite qu?une mission d?experts documente objectivement l?interpellation de la
SNCF afin d?en évaluer précisément l?impact financier, en lien avec les travaux déjà
engagés.
23 Audition de M. Caposciutti, Trenitalia France.
Ambition France Transports
- 23 -
2. Le GT pointe un besoin d?arbitrage afin de définir les destinations à desservir et appelle
l?État, de concert avec les Régions, à jouer pleinement son rôle d?aménagement
national du territoire en matière de dessertes ferroviaires.
3. Concernant la répartition entre État et régions, le GT réaffirme le rôle de l?État dans le
développement et le financement de lignes d?aménagement du territoire de type
« intercités », jugées insuffisamment développées en France par rapport à la demande
potentielle et au coût du « tout SLO ».
4. Le GT écarte la piste d?une modulation des péages à vocation de péréquation du fait
du niveau déjà élevé des péages, dont la hausse sur les lignes rentables dissuaderait la
concurrence selon l?ART, et dont une baisse non compensée pèserait sur SNCF Réseau
ou sur les contribuables.
5. Pour les services SLO, le groupe propose de faire coexister d?une part le service
librement organisé ouvert en open access tel qu?actuellement, avec des services
conventionnés intégrant des obligations de dessertes financièrement compensées
sous DSP de type « conventionnement supplétif » sur le modèle breton ou par appels
d?offres nationaux.
6. Par défaut en cas d?absence de candidats aux DSP, le GT propose que la mission en
soit confiée à SNCF avec une compensation financée pour tout ou partie par un fonds
de péréquation prélevé sur les billets de SLO de tous les exploitants, à l?image de ce
qui est pratiqué dans le secteur aérien.
6. Choisir, c?est financer : le Ferroscope
Les membres de l?atelier ont exprimé un consensus quant à la nécessité pour l?État de planifier,
organiser et hiérarchiser les investissements dans le réseau ferroviaire. À cette fin, l?atelier a
créé un outil d?aide à la décision : le ferroscope. Celui-ci consiste en une grille multicritères
auquel chaque projet de développement serait soumis. L?étude de ces critères, motivés,
publics et transparents, permettrait de prioriser les investissements.
Cette proposition découle de plusieurs considérations :
? La nécessité de faire des choix clairs et robustes instruits de l?expérience passé de la
longue négligence de l?entretien et de la modernisation du réseau historique les plus
utile socialement car assurant 80 % des trafics quotidiens en nombre de passagers
transportés.
? L?instabilité chronique de toute tentative de programmation en France illustrée par
l?obsolescence rapide des recommandations de la Commission Mobilités 21, de la loi
d?orientation des mobilités (LOM) et des tentatives de priorisation émises par le COI,
au profit d?une inflation intarissable de projets au coût notoirement insoutenable à
court et moyen terme.
? La dimension politique qui s?attache notamment aux grands projets de développement
qui ne qualifie pas l?atelier à prendre des décisions de priorisation et de programmation
de tels projets, dès lors que le principe de priorisation absolue de la régénération-
modernisation est clairement réaffirmé.
Ambition France Transports
- 24 -
Deux ferroscopes avec des critères et des pondérations différents sont proposés :
1) l?un pour hiérarchiser les projets de régénération et de modernisation, portant sur
l?ensemble du réseau ferroviaire circulant (intégrant le réseau structurant et les lignes
de desserte fine) ;
2) l?autre pour hiérarchiser les projets de développement.
Le groupe de travail a identifié des critères qui pourront être repris pour l?un et/ou l?autre
ferroscope :
? Ambition (segmentation) ;
? Sécurité (à moyen terme) ;
? Vétusté/pérennité/obsolescence ;
? Qualité de service/performance/régularité/amélioration d?un noeud ferroviaire ;
? Résilience au changement climatique ;
? Potentiel de développement ou préservation des trafics dont SERM ;
? Soutien au développement du fret ferroviaire ;
? Contribution au programme de modernisation ;
? Potentiel d?économie sur les coûts d?exploitation (à moyen terme).
Pour la régénération, le ferroscope devra permettre de prioriser les projets les plus urgents,
avec des enjeux de sécurité notamment.
Pour la modernisation, le ferroscope devrait aboutir à mettre en évidence la pertinence des
projets d?ERTMS et de commande centralisée.
Le ferroscope pourrait être particulièrement utile pour la hiérarchisation des grands projets
de développement, tel que développé infra. Il pourrait dans ce cadre intégrer un critère
portant sur l?impact sur la trajectoire des finances publiques des prochaines années (en
fonction notamment du coût estimé du projet et du mode de réalisation et de financement
envisagé).
Ambition France Transports
- 25 -
CONCLUSION : POUR UNE NOUVELLE GOUVERNANCE DU RAIL
Alors que l?une des tendances lourdes observables lors de cette conférence nationale est
l?intérêt nouveau et prometteur que manifestent des investisseurs privés à la fois pour la
réalisation d?infrastructures ferroviaires en PPP à l?exemple de SEA et de LNBPL et pour
l?exploitation de nouveaux services ferroviaires susceptibles de développer l?offre face au choc
de demande actuel, tous s?accordent unanimement à conditionner leur intérêt à une
stabilisation des choix publics, en matière de politique ferroviaire, de priorités
d?investissement, de financement des projets, et de constance des règles du jeu.
Ces exigences de continuité, de constance et de clarté n?ayant pas toujours été pleinement
prises en compte au cours de la période récente, l?atelier attire l?attention sur la nécessité
cruciale pour l?État et son bras armé SNCF Réseau de prendre la mesure des changements qui
affectent l?écosystème ferroviaire, et de jouer pleinement leurs rôles de stratège et d?arbitre
en dernier ressort des choix publics en la matière. Alors que notre système ferroviaire, jadis
monopolistique et vertical, est soumis aux dynamiques centrifuges de la régionalisation et de
la concurrence, il apparait essentiel de renforcer sa cohérence d?ensemble et son pilotage
central, ainsi que l?enseignent des exemples comme celui de la Suisse (positivement) ou du
Royaume-Uni (négativement).
L?atelier en appelle notamment à une réflexion partenariale avec les Régions sur ce sujet de la
gouvernance stratégique et programmatique du ferroviaire, et sur les outils nécessaires à la
continuité et à la stabilité, dont ont besoin dans ce domaine très capitalistique, à la fois les
acteurs privés et les acteurs publics.
Cette réforme de la gouvernance est probablement la condition essentielle au redressement
rapide de notre système ferroviaire, au développement d?une offre capable de répondre à la
demande en regard des nouveaux objectifs climatiques, et surtout à sa capacité de capter
massivement des investissements et des financements privés dans un contexte d?extrême
contrainte des budgets publics.
L?ouverture à la concurrence a fait basculer un système de monopole vertical vers un pluralisme
régional et concurrentiel. Dans ce contexte, les prérogatives de coordination, d?orientation
stratégique, de planification et de programmation, d?harmonisation (des droits des usagers et
des normes) du centre (de l?État avec SNCF Réseau, l?ART et l?EPSF) doivent être renforcées par
les moyens suivants :
? Conférer à SNCF Réseau un rôle accru de courroie de transmission des grands
arbitrages de politique ferroviaire ;
? Impliquer le Parlement dans le contrôle et le suivi du contrat de performance ;
? Renforcer les prérogatives arbitrales et régulatrices de l?ART ;
? Renforcer les instances de discussion des AOM régionales pour harmoniser les besoins
(en lien avec les plateformes existantes) ;
? Impliquer l?AFIT France dans le cantonnement des ressources publiques affectées de
régénération ;
? Développer une hiérarchisation des investissements dans les infrastructures appuyées
sur le ferroscope et prévoir un rapport annuel de SNCF Réseau devant les commissions
des affaires économiques et du développement durable sur les avancées des travaux
de régénération/modernisation. En s?inspirant de la Suisse, il est possible en
Ambition France Transports
- 26 -
complément de joindre au contrat de performance État-SNCF Réseau un contrat de
service, revu régulièrement.
Il convient par ailleurs de :
? Améliorer la coordination entre phasage financier et phasage technique des
investissements ;
? S?appuyer le plus possible sur l?outil contractuel dans les relations avec les investisseurs
et nouveaux entrants privés ;
? Simplifier les procédures et démanteler les conflits d?intérêts susceptibles de les
alourdir et de multiplier obstacles et délais pour les nouveaux entrants ;
? Adopter une loi de programmation, le cas échéant.
Afin de simplifier la vie des usagers dans un contexte de fracturation régionale et concurrentiel
de l?ex-système intégré, ces actions s?appuieront sur l?expertise de l?ART, les enseignements
étrangers et la force réglementaire pour coordonner plus efficacement la multiplication des
acteurs et des services.
Ambition France Transports
- 27 -
ANNEXE
Le coût de l?inaction
1 ? Le coût de l?inaction passée : 60 milliards de « dette grise » accumulée depuis le début des
années 1980
Depuis 1980, nous avons accumulé 60 Mds¤ de retard de régénération et de modernisation au
titre du seul réseau « structurant », compte non tenu de la situation également préoccupante
des lignes de desserte fine du territoire. Ce retard se matérialise par le vieillissement de toutes
les familles d?actifs, qui affecte leur capacité à rendre le service attendu :
? Environ 2400 km voies ne présentent plus le niveau de qualité technique suffisant pour
circuler à vitesse nominale et font l?objet de ralentissements malgré les 1000 km
régénérés tous les ans. Nos voies ont 29 ans d?âge moyen et 30% de nos appareils de
voie sont obsolètes24 (13Mds¤ de retard de régénération pour les voies) ;
? L?âge moyen des appareils de signalisation a plus que doublé depuis la fin des années
1990 et approche les 30 ans. Un tiers de nos postes d?aiguillage ont été mis en service
avant 1975 (12Mds¤¤ de retard de régénération des postes d?aiguillage). Le programme
de régénération actuel couvre moins de la moitié des postes d?aiguillage du réseau ;
? 30% de nos caténaires sont obsolètes, certaines caténaires ont plus de 90 ans et nous
ne régénérons que quelques centaines de km par an (15 Mds¤ de dette de régénération
caténaire) ;
? Une grande partie de nos ouvrages d?art datent du début du XXème siècle ou de
l?Après-Seconde Guerre Mondiale.
Cette « dette grise » pèse sur la performance du service rendu par le réseau : le nombre et
l?impact des défaillances d?appareil de signalisation, par exemple, dessine une augmentation
tendancielle de +10% d?irrégularité pour cause Réseau d?ici à 2030. Les actifs de signalisation
vieillissent en moyenne de 4 à 5 mois tous les ans.
24 On considère comme « obsolète » une installation ayant dépassé la durée de vie théorique nécessaire au maintien
de sa pleine performance.
Ambition France Transports
- 28 -
Elle pèse aussi sur le besoin en maintenance courante, qui augmente avec le vieillissement du
patrimoine. Aujourd?hui la maintenance permet encore d?assurer l?exploitation dans des
conditions normales ou quasi-normales, mais cette tendance n?est pas durable et les
renoncements que nous sommes contraints à réaliser affectent à la fois la qualité de service
d?aujourd?hui et la pérennité du réseau demain (ralentissements puis arrêt des circulations pour
maintenir la sécurité).
2 ? Le coût de l?inaction future, sans changement d?échelle de la régénération et de la
modernisation du réseau.
Sans effort supplémentaire de régénération, la dette grise va continuer d?augmenter. SNCF
Réseau estime que des ralentissements nouveaux interviendraient de façon quasi certaine dès
2028. 4000 km de lignes pourraient être impactées dans leur qualité de service avant 2030, y
compris sur certains axes importants, affectant rapidement environ 2000 trains quotidiens.
En outre, la présence d?actifs anciens et dégradés en quantité plus importante engendrera sans
aucun doute une pression très forte sur le besoin de maintenance courante :
? Ce sont au moins 10% de besoins de maintenance supplémentaires qui apparaitraient
de façon incompressible à l?horizon 2030 soit 200 M¤ à 300 M¤ au moins de charges
annuelles, impossibles à couvrir par des recettes commerciales.
? Cet effet pourrait être au moins doublé à l?horizon 2040.
L?ART a également mentionné ce phénomène dans ses « Scénarios de long terme » de 2023.
Ne pas suffisamment régénérer et/ou différer la modernisation du réseau nous exposerait en
outre à des investissements ultérieurs plus importants afin de maintenir l?intégrité de notre
patrimoine d?ouvrages d?art et d?ouvrages en terre, et nous priverait des avantages attendus
de la commande centralisée et de l?ERTMS.
Ne pas suffisamment régénérer, c?est enfin se priver de la première et principale barrière du
réseau contre les effets du changement climatique : des voies et des caténaires en bon état, ce
sont moins de ralentissements en période de chaleur et moins d?incidents dus au froid ; des
ouvrages en terre bien entretenus, ce sont des lignes plus résilientes aux événements
climatiques extrêmes.
RAPPORT DE L?ATELIER N°4
REPORT MODAL ET TRANSPORT DE MARCHANDISES
Ambition France Transports
- 1 -
PROPOS DES COPILOTES
La conférence de financement des transports constitue une occasion importante pour
l?ensemble des acteurs des mobilités et notamment ceux du fret d?envisager ensemble les
moyens de leur développement et de leur avenir, à l?aune des enjeux de transition mais aussi
de résilience, en remettant au premier plan des débats le sujet des infrastructures, qui
supportent les flux. Sans infrastructure pas de services, et les enjeux de maintien, de
modernisation, de régénération et de développement de ces infrastructures sont donc
cruciaux. Nous disposons de réseaux ferrés, fluviaux et routiers de qualité avec un bon maillage
territorial mais qui vieillissent et qui nécessitent de consacrer des moyens importants à la
régénération, et à l?entretien de l?existant. Ces moyens supplémentaires sont indispensables
afin de limiter la dette grise et éviter l?effet falaise par un impact budgétaire futur trop lourd.
Ce sujet se pose avec beaucoup d?acuité pour les flux de marchandises, qui partagent souvent
les infrastructures avec les passagers, mais qui disposent aussi d?infrastructures dédiées ou
quasi dédiées comme les voies navigables, les plateformes logistiques ou encore les ports
intérieurs. La France a besoin d?une filière logistique forte et, pour cela, elle a besoin
d?infrastructures de transport (flux) et de logistique (stocks) qui permettront aux acteurs,
entreprises de transport, logisticiens, commissionnaires? d?offrir des services fiables, résilients,
engagés dans la décarbonation et compétitifs.
La conférence Ambition France Transport a donné au fret et à la logistique une place à la
hauteur de son poids et de son importance dans l?économie en lui consacrant un atelier, que
nous avons eu l?honneur et le plaisir d?animer et qui a réuni les représentants des principaux
acteurs des transports routiers, ferrés et fluviaux et des flux logistiques.
Réaffirmant d?emblée l?appartenance à un même écosystème, chacun, au-delà de sa
représentation professionnelle ou sectorielle a insisté sur la nécessité de développer la
complémentarité des modes de transport.
Dans un temps certes limité, nous avons pu organiser plusieurs réunions, recueillir de
nombreuses contributions, auditionner quelques experts et travailler en sous-groupes
thématiques lorsqu?il le fallait. Le processus très itératif des travaux de notre atelier a permis
de valider au fur et à mesure un diagnostic partagé, un propos commun et des propositions
pour le financement des infrastructures mais aussi plus largement pour un bon fonctionnement
et une décarbonation progressive des chaînes logistiques, au service de toute l?économie.
Au total, nos travaux imparfaits et encore trop sommaires ont permis de rapprocher des points
de vue, de développer une vision partagée et d?esquisser une ambition commune et une
méthodologie de dialogue qu?il conviendra de prolonger. L?enjeu d?aligner nos ambitions
climatiques, nos objectifs d?équilibre territorial et la nécessité de soutenir des filières
industrielles et économiques clés pour notre souveraineté trouve donc ici une première
contribution collégiale.
Corinne Blanquart, Gérard Leseul
Ambition France Transports
- 2 -
SOMMAIRE
INTRODUCTION .......................................................................................................................................... 3
1. Des besoins d?investissement importants, pour rénover, renouveler et développer
les réseaux ............................................................................................................................................ 4
1.1. Un besoin d?investissement avéré a minima dans la régénération mais aussi le
développement des infrastructures linéaires ................................................................................ 4
1.1.1. Transport fluvial .................................................................................................................. 4
1.1.2. Transport ferroviaire .......................................................................................................... 5
1.1.3. Transport routier ................................................................................................................ 6
1.2. Un besoin d?investissement dans les infrastructures nodales ....................................... 7
1.3. Une trajectoire coûteuse de verdissement du transport routier, qui appelle des
financements publics et privés ........................................................................................................ 7
2. Les leviers de financement ......................................................................................................... 8
2.1. Une nécessité de stabiliser la répartition du financement ............................................ 8
2.2. Le financement des infrastructures linéaires .................................................................... 9
2.2.1. Les recettes des leviers fiscaux nationaux à affecter .................................................. 9
2.2.2. Des engagements des collectivités et du secteur privé ....................................... 10
2.3. Le financement des infrastructures de recharge ........................................................... 10
2.4. Le financement des infrastructures nodales ................................................................... 11
2.5. Le financement du verdissement des flottes .................................................................. 11
3. Soutenir la chaîne logistique et ses évolutions : un enjeu allant au-delà des seuls
financements destinés aux infrastructures ...................................................................................... 12
3.1. Des voies nouvelles à imaginer pour faire évoluer les chaînes logistiques : agir sur la
demande ............................................................................................................................................. 12
3.1.1. Amplifier la mobilisation de l?ensemble de la chaîne pour la décarbonation : le
rôle des chargeurs .......................................................................................................................... 12
3.1.2. Enfin, la décarbonation des chaînes logistiques passe aussi par une prise de
conscience des consommateurs, et une évolution des pratiques. ...................................... 13
3.2. Préserver le foncier logistique ............................................................................................ 14
3.2.1. Planifier le foncier logistique : un enjeu de premier ordre ....................................... 14
3.2.2. Sanctuariser le foncier logistique dans le contexte de la zéro artificialisation
nette 14
3.2.3. Faciliter l?exploitation de ce foncier par les opérateurs de plateformes et de
terminaux multimodaux ............................................................................................................... 15
3.3. Mettre en place une gouvernance efficace des acteurs de la logistique et du fret,
pour maximiser les synergies entre acteurs publics et privés prenant part aux chaînes
logistiques ........................................................................................................................................... 15
Ambition France Transports
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INTRODUCTION
L?avenir des mobilités, et la mise en place d?un modèle de financement de long terme,
permettant de répondre aux enjeux de transition écologique, numérique et énergétique et
dont il convient d?assurer une large visibilité, nécessite d?intégrer, au-delà des seuls enjeux de
transport des voyageurs, les enjeux de transport de marchandises.
L?atelier n°4 d?Ambition France Transports s?est ainsi attaché à définir les besoins
d?investissements sur les infrastructures ferroviaires, fluviales et routières qui permettent le
transport de marchandises, les sources de financement mobilisables, mais aussi les leviers non-
financiers complémentaires indispensables pour soutenir l?évolution des chaînes logistiques.
Les membres de l?atelier ont ainsi eu à coeur d?envisager de façon globale et systémique les
moyens permettant de promouvoir une logistique décarbonée, plus efficiente, et qui implique
pour cela l?ensemble des différentes parties prenantes.
Penser l?avenir en matière de fret, c?est veiller à concilier le bon fonctionnement des chaînes
logistiques, indispensables au fonctionnement de l?économie, tout en accélérant la transition
écologique du secteur des transports, qui représente 30 % des émissions de gaz à effet de
serre, dont environ la moitié peut être attribuée au transport de marchandises. Assurer que les
investissements soient faits pour accompagner cette évolution du transport de marchandises
passe ainsi par un environnement réglementaire favorable, une gouvernance claire au niveau
national, et sur une visibilité pluriannuelle des investissements et des aides à la décarbonation
mis en place, avec une mobilisation de l?ensemble de tous.
Si le financement des investissements passe avant tout par un engagement fort de la puissance
publique, les membres de l?atelier ont également étudié des sources complémentaires de
recettes et de financements, avec une plus grande valorisation du foncier logistique
permettant de générer des ressources propres, mais également par la possibilité de
financements privés de certains investissements. L?atelier a également souligné l?importance
de considérer, au-delà des infrastructures linéaires, les infrastructures nodales indispensables
au développement des transports massifiés, comme les infrastructures de recharge associées
au développement de l?électrification des parcs.
Au-delà des investissements nécessaires pour entretenir et développer le réseau, des actions
sont possibles pour accentuer le soutien de l?ensemble des acteurs, jusqu'aux consommateurs,
et décarboner les transports, avec des mécanismes non-financiers (certificats book and claim,
fixation de trajectoires de décarbonation à respecter?) et des incitations au changement de
comportement, en soutenant notamment le report modal lorsque cela est possible.
Décarboner en soutenant l?activité économique, en rendant le réseau de transport et les
services plus performants et plus efficients, voilà l?ambition que porte ce rapport et les pistes
qu?il propose.
Ambition France Transports
- 4 -
1. Des besoins d?investissement importants, pour rénover, renouveler et développer les
réseaux
À l?image des autres modes de transport, le fret, tant ferroviaire, que fluvial ou routier, fait face
à des besoins d?investissement significatifs. Ces besoins d?investissement portent sur la
régénération mais aussi le développement des infrastructures linéaires, mais aussi des
plateformes et ports intérieurs permettant notamment l?usage de modes massifiés ou encore
des infrastructures de recharge accompagnant le verdissement du transport routier et fluvial.
Ces besoins doivent être considérés dans une logique de complémentarité, les modes devant
s?envisager de façon complémentaire, le transport routier constituant en particulier souvent le
maillon initial et/ou terminal des chaînes multimodales.
1.1. Un besoin d?investissement avéré a minima dans la régénération mais aussi le
développement des infrastructures linéaires
1.1.1. Transport fluvial
En matière de transport fluvial, la Cour des comptes1 a souligné en février 2025 la dégradation
du réseau fluvial, qui s?explique par un sous-investissement structurel dans la régénération de
ce réseau. La Cour estime ainsi que les deux tiers des ouvrages d?art sont aujourd?hui
moyennement à fortement dégradés, ce qui se traduit par une croissance du nombre de jours
d?arrêt et de restriction de navigation, un arrêt de l?exploitation de plusieurs itinéraires en petit
gabarit et une perte de fiabilité du réseau, notamment en petit gabarit. Ceci se traduit par une
« dette grise » évaluée à 1,1 Md¤ en 2023 et entrave la bonne exécution du service, et ce faisant
le développement de ce mode massifié, dont la part modale en France se situe à des niveaux
inférieurs à nos voisins européens (8,8 Md de tonnes-km en 2014 contre 5,9 en 2023). La
régénération apparait donc comme une priorité.
À date, l?Etat, par le biais de l?Agence de financement des infrastructures de transport de
France (AFITF), consacre près de 170 M¤ par an à l?investissement dans la régénération et la
modernisation du réseau fluvial, soit une hausse de 50 % des crédits d?entretien par rapport
aux niveaux de financement actuels, à travers un contrat d?objectif et de performance de
dix ans.
La Cour des comptes estime le besoin d?investissement pour la régénération et la
modernisation du réseau fluvial entre 180 et 400 M¤ par an sur la période 2024-2032 (330 M¤
pour la régénération et 70 M¤ pour la modernisation), 180 M¤ étant un scénario de dé-
navigation (nécessité de fermer à la navigation certains canaux faute d?entretien) et 400 M¤
représentant une régénération du réseau. VNF évalue pour sa part le besoin d?investissement
entre 400 M¤ et 500 M¤, 500 M¤ correspondant au niveau nécessaire pour résorber la dette
grise. Cela représente deux fois plus que la trajectoire prévue par le contrat d?objectif et de
performance, et donc un besoin d?investissement additionnel supérieur de 200 M¤ par an.
1 Cour des comptes, L?entretien des voies navigables : l?exemple de VNF, février 2025
Ambition France Transports
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Graphique 1 : Investissement régénération/modernisation de VNF par rapport aux références
Mensia actualisées en ¤2023
Source : Cour des comptes, données VNF
En outre, en matière d?investissement dans le transport fluvial, il est nécessaire de prendre en
compte le projet Seine Escaut (Canal Seine-Nord Europe), non discuté de manière spécifique
lors de l?atelier, mais dont les besoins d?investissement sont estimés à 1 Md¤ par an sur la
période 2026-2031, soit 800 M¤ de plus que le niveau d?investissement actuel, soit près de
quatre fois plus que les investissements nécessaires dans la régénération et la modernisation
du reste du réseau.
1.1.2. Transport ferroviaire
En matière de fret ferroviaire, le trafic connait une évolution contrastée entre segments, entre
un transport combiné disposant de gisements de trafic importants et un fret conventionnel
(train entier ou wagon entier) en nette décroissance. Les analyses sur les déterminants du choix
font état de dimensions tenant à la qualité de service, considérant le service moins souple,
régulier et ponctuel que le mode routier, mais aussi de contraintes tenant à l?organisation du
système productif, avec le développement du juste à temps, difficilement conciliable hors
massification avec l?usage des modes non routier, et/ou les conditions de livraison imposées
par les clients.
Face à la dégradation du réseau ferroviaire, la stratégie nationale de développement du fret
ferroviaire a mené un travail d?identification des investissements nécessaires aux yeux des
acteurs du secteur (SNCF Réseau et les opérateurs de fret notamment) pour atteindre les
objectifs de la stratégie nationale bas-carbone 3 (SNBC 3). Après priorisation des
investissements, le scénario proposé par la stratégie identifiait un besoin de financement
de 4,5 Md¤ de 2024 à 2032, baptisé « plan Ulysse ». Ces investissements ont été priorisés et
retenus car ayant un impact sur tout ou partie des segments de transport ferroviaire, avec
comme répartition :
? 1,7 Md¤ en faveur de la régénération des installations existantes (voies de service,
installations de tri, voies capillaires, installations terminales embranchées) ;
? 1,5 Md¤ pour la modernisation du réseau (rehaussement de gabarits pour le transport
de semi-remorques, augmentation de la capacité en ligne) ;
? 1,1 Md¤ pour l?augmentation de la capacité des terminaux de transports combiné et la
création de nouveaux terminaux ;
Ambition France Transports
- 6 -
- 0,2 Md¤ pour le développement de systèmes numériques (amélioration de l?expérience
client , de la gestion de la capacité).
Graphique 2 : Besoins d?investissement dans les infrastructures de fret ferroviaire d?ici 2032
À date, les financements publics dans les infrastructures de fret ferroviaire s?établissent
à 200 M¤ environ en 2024. Au total, sur la période 2026-2031, ceci représente un besoin
d?investissement additionnel de 300 M¤ par an. Une résorption de la dette grise de SNCF
nécessiterait par ailleurs un montant d?investissement supérieur aux besoins identifiés dans le
plan Ulysse Fret.
Ces besoins ne peuvent toutefois pas être pensés indépendamment de ceux abordés par
l?atelier n°3. En effet, le fret ferroviaire partageant des infrastructures communes avec le
transport de passagers, il est nécessaire de prendre en compte le besoin d?investissement
additionnel de 1,5 Md¤ par an identifié dans l?atelier 3 afin de régénérer et moderniser le réseau
ferroviaire structurant à compter de 2028. En outre, ceci ne tient pas compte de besoins non-
chiffrés en matière de mobilité militaire.
1.1.3. Transport routier
Par ailleurs, comme évoqué, le développement des modes massifiés doit se faire en
complémentarité avec le mode routier, qui contribue notamment au pré et post
acheminements. En lien avec l?atelier n° 2, il est nécessaire d?investir dans l?entretien du réseau
routier pour lequel les besoins de financement sont estimés à 23,2 Md¤ sur huit ans pour
résorber la « dette grise » (en incluant le réseau routier national non-concédé, les réseaux
départementaux, communaux et intercommunaux, ainsi que les ponts), à 27,3 Md¤ sur dix ans
pour moderniser le réseau routier national concédé et à 7,9 Md¤ sur dix ans pour moderniser
le réseau non-concédé.
700
982 1097
199
717
530
118
200
Régénération des
installations existantes
Modernisation du réseau Augmentation de la
capacité des terminaux
existant du transport
combiné et la création
de nouveaux terminaux
Développement de
système numérique
ITE
Installations de tri
Voies de service
Capillaires
Hausse de
la capacité
en ligne
Rehausse
ment de
gabarit
1,7 Md¤
1,5 Md¤
Source : plan Ulysse Fret
Ambition France Transports
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1.2. Un besoin d?investissement dans les infrastructures nodales
Le développement du transport ferroviaire et fluvial nécessite également des lieux de
massification. Les investissements dans les infrastructures nodales sont donc indissociables de
ceux dans les infrastructures linéaires. Ainsi, le plan Ulysse identifie un besoin de 1,1 Md¤ pour
l?augmentation de la capacité des terminaux de transports combiné et la création de nouveaux
terminaux. Les ports intérieurs sont aussi des noeuds importants du système de transport à
conforter et à développer, tout comme les grands ports maritimes et fluvio-maritimes ou
encore les zones logistiques.
Outre des investissements financiers, il convient également d?engager un travail de
planification stratégique de ces infrastructures, qui viserait à identifier les zones à fort enjeu et
besoin logistique, en prenant en compte en particulier leur impact environnemental et
économique sur l?organisation des chaînes logistiques. Associant Etat, collectivités, autorités
portuaires et acteurs économiques, ce travail viserait à identifier, sécuriser et flécher les zones
les plus pertinentes pour les des chaînes logistiques performantes et décarbonées, favorisant
le report modal ou le transport combiné. Ceci pourrait aboutir à l?élaboration d?un schéma
directeur national du foncier logistique.
1.3. Une trajectoire coûteuse de verdissement du transport routier, qui appelle des
financements publics et privés
Enfin, le verdissement de la flotte des poids lourds via son électrification est impérativement
corrélé au développement des infrastructures de recharge, en dépôt, à destination et en
itinérance, qui appellent elles aussi des investissements importants. Les poids lourds
électriques constituant la technologie la plus vertueuse sur le plan environnemental, avec des
réductions d?émissions de CO2 de l?ordre de 70 à 90 % avec un mix électrique décarboné (y
compris en tenant compte de la production de batteries), la SNBC ambitionne d?augmenter la
part de poids lourds électrique dans le parc de 10 points d?ici 2030 pour atteindre 80 000 poids
lourds (soit 12 % du parc à date et 50 % des ventes annuelles, contre 0,2 % et 1,5 %
respectivement en 2024). Outre une difficulté à atteindre les objectifs fixés par la SNBC au
regard des ventes de véhicules actuelles, cette transition est entravée par un différentiel de
prix d?acquisition élevé (350 000 ¤ en moyenne contre 110 000 ¤ pour un tracteur thermique).
Le surcoût en matière d?investissements (véhicules et avitaillement) est estimé à 80 Md¤
d?ici 2040 par les fédérations du transport routier de marchandises2 pour les entreprises
françaises. Toutefois, il s?agit d?investissements bruts. La différence à l?achat peut être
compensée en partie par le prix, à date plus faible, du carburant électrique, et sous réserve de
la stabilité de ce dernier. Il peut aussi être estimé à moyen-terme que cet écart sera réduit
grâce à la baisse du prix des batteries et l?augmentation de la demande. C?est pourquoi le
secrétariat général à la planification écologique (SGPE) estime3 que le surcoût en coût total de
possession (TCO) de la trajectoire d?électrification serait de 5 Md¤ à l?horizon 2030 dans un
scénario pessimiste et 2 Md¤ dans un scénario optimiste, questionnant l?intérêt d?un mix
énergétique a minima pendant cette transition.
Par ailleurs, le développement des poids lourds électriques est conditionné au déploiement
parallèle d?infrastructures de recharge électrique (IRVE) spécifiques. Le schéma directeur des
2 Chiffrage issu de la feuille de route décarbonation (avril 2023).
3 SGPE, Mieux se déplacer, 30 juillet 2024 - page 16.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Feuille%20de%20route%20de%20d%C3%A9carbonation%20des%20v%C3%A9hicules%20lourds%20v2.pdf
https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/11/950c6a0584df9ede5949a0d6e5a1252159d20bc3.pdf
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installations de recharge électrique prévoit le déploiement de 170 stations en itinérance en
2027 et 340 en 2030, contre 14 en 2025, soit 2,3% du réseau routier national couvert contre un
objectif de 10% fixé par le règlement AFIR à fin 2025. Le besoin d?investissement pour déployer
ces bornes en itinérance est estimé à environ 450 M¤ à l?horizon 2030 par la DGITM4, et à
630 M¤ à l?horizon 2035 par des acteurs du secteur5. Une partie de ce besoin peut être assurée
par le secteur privé selon le trafic et le coût de raccordement, qui vont influer significativement
sur l?équilibre économique de ces bornes. A cela s?ajoute un besoin d?investissement de 3 Md¤
environ pour les bornes de recharge au dépôt et à destination, dont 2,5 Md¤ pour les bornes
de recharge au dépôt et 0,5 Md¤ pour les bornes à destination, afin de suivre la trajectoire
d?électrification et mailler le territoire. De fortes inconnues persistent toutefois concernant le
coût des raccordements au réseau électrique, qui peut fortement majorer ces montants. En
outre, s?ajoute un besoin de visibilité sur les coûts de la recharge publique, au regard des fortes
variations de prix observées d?une station à l?autre et des incertitudes sur son évolution dans
le temps, qui font émerger le besoin de définir un plafond tarifaire.
2. Les leviers de financement
2.1. Une nécessité de stabiliser la répartition du financement
Préalablement à l?identification des leviers de financement, il est nécessaire d?assurer la
visibilité de l?engagement dans le temps de l?Etat à travers une loi de programmation. En
donnant une visibilité sur l?échelonnement des financements publics à court et moyen-terme,
et leur répartition entre les différents modes de transport, une loi de programmation permet
aussi d?attirer plus aisément des investisseurs privés pour financer des projets d?infrastructures.
La répartition des financements doit par ailleurs être affinée pour rendre visibles ceux
consacrés au fret et ceux consacrés au transport de personnes.
Cette loi de programmation doit aussi conduire à une priorisation des crédits publics en
direction des projets les plus mûrs et transversaux, des projets ne portant pas de rentabilité
immédiate ou des projets présentant un niveau de risque élevé au démarrage, afin
d?encourager le secteur privé à investir dans les infrastructures. A l?image des autres ateliers, la
régénération et la modernisation du réseau existant ont souvent été identifiées comme des
actions prioritaires.
Enfin, le recours aux financements européens doit être renforcé. Sur la période 2021-2027, le
mécanisme pour l?interconnexion en Europe (MIE) était doté de 33,7 Md¤ dont 25,8 Md¤ pour
le secteur des transports. Il importe de mobiliser davantage ces sources de financement et de
plaider pour une orientation du futur cadre financier 2028-2034 autour de priorités françaises
(terminaux multimodaux, infrastructures de recharge, etc.). De la même manière, des
financements européens peuvent être recherchés pour financer la mobilité militaire dont
l?importance est rappelée dans le dernier Livre Blanc de la Commission européenne de mars
2025.
4 Hors coût de raccordement au réseau électrique et reconstitution des places perdues sur les aires d?autoroute.
5 Étude conjointe Enedis, Vinci Autoroutes, Total Energie ? Electrification de la mobilité lourde longue distance.
Ambition France Transports
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2.2. Le financement des infrastructures linéaires
2.2.1. Les recettes des leviers fiscaux nationaux à affecter
La mobilisation de leviers fiscaux nationaux constitue la source de financement la plus simple
et importante en volume pour les infrastructures linéaires, qui concentrent également la
majorité des besoins. Sans que de nouveaux dispositifs fiscaux soient envisagés, il s?agit ici de
mieux mobiliser les dispositifs existants ou à venir, affectant déjà le secteur, à l?investissement
dans les infrastructures de transport. Le refus d?une taxation supplémentaire a ainsi été
exprimé par les acteurs, en particulier les transporteurs. En effet, pour ceux-ci, une
contribution environnementale existe déjà. Ceux-ci contribuent déjà via le paiement d?une
part de TICPE (accise sur les énergies), qui devrait progressivement laisser place au système
d?échange de quotas d?émissions carbone (SEQE/ETS) 2, le nouveau marché carbone entrant
en vigueur à partir de 2027 et devant couvrir désormais le secteur du transport routier.
Plusieurs solutions peuvent alors être envisagées :
? une meilleure affectation des recettes : s?agissant des recettes issues de la mise en
oeuvre de ETS2 (SEQE-UE 2), sur les 300 Md¤ de recettes attendues entre 2027 et 2032
(avec de fortes incertitudes selon les prix du marché), la France bénéficierait de 16 %
du total, soit 48 Md¤. Ces fonds devant être alloués, entre autres domaines, au
financement de mesures de soutien aux acteurs vulnérables et au développement de
la mobilité à faibles émissions, il pourrait être envisagé d?en utiliser une partie pour
financer le fret ;
? il en va de même des recettes de la TICPE, en particulier la fin du remboursement
partiel de l?accise sur les énergies (ex-TICPE). La loi Climat et Résilience de 2021 prévoit
la suppression de ce remboursement partiel à l?horizon 2030 mais le conditionne à
plusieurs facteurs, en particulier la disponibilité de l?offre de véhicules électriques et
réseaux d?avitaillement, ou encore le soutien renforcé à la transition énergétique du
transport routier. Cette suppression pourrait générer un gain d?environ 1,6 Md¤ pour
l?Etat en 2030 ;
? les recettes issues des péages autoroutiers, avec la fin progressive des concessions
autoroutières. La fiscalité sur les péages ne sera toutefois pas disponible dans les
prochaines années, les premières concessions n?arrivant à échéance qu?en 2031. Bien
que la captation d?une partie des recettes issues des péages constitue un prérequis
pour renforcer les financements dédiés au fret, un équilibre entre maintien de
financements dédiés à la route et financements nouveaux pour le ferroviaire et le fluvial
devra être trouvé ;
? la redevance hydraulique pourrait enfin être davantage mobilisée afin de financer les
infrastructures fluviales, comme recommandé par la Cour des Comptes en février 2025.
Bien que le plafond ait déjà été relevé à 160 M¤ à compter de 2027 (contre 127,5 M¤ en
2023), il risque toutefois de limiter les recettes supplémentaires en écrêtant le
rendement de la taxe. Une suppression du plafond est ainsi suggérée par la Cour et
pourrait constituer une source de financement intéressante pour le financement du
réseau fluvial, et permettrait également de reconnaitre la contribution des ouvrages de
navigation à la gestion quantitative de l'eau dans les territoires ;
? une taxation des colis pourrait aussi être mise en place, dont le périmètre devra être
circonscrit (livraisons à domicile en zone urbaine émanant des grands opérateurs du e-
Ambition France Transports
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commerce). Ce dispositif s?insérerait dans un plan plus global (prix minimum pour les
retours, visibilité du coût de la livraison, etc.) visant à orienter les comportements des
consommateurs. Par ailleurs, les recettes fiscales générées pourraient être affectées aux
infrastructures de fret ou bien au verdissement des flottes de transport de
marchandises.
Enfin, rappelons que les collectivités peuvent d?ores et déjà mettre en place une taxation
poids-lourds facultative (exemple du « R-Pass » mis en place par la collectivité européenne
d?Alsace). Celle-ci doit se faire de façon concertée avec les représentants des fédérations de
transport et des autres filières économiques. L?éventuel déploiement de telles taxations à plus
grande échelle (nouvelles régions rejoignant le dispositif) nécessiterait toutefois une
coordination nationale, pour conserver une certaine lisibilité du dispositif entre les territoires.
2.2.2. Des engagements des collectivités et du secteur privé
Les infrastructures linéaires pourraient aussi être financées par des engagements accrus des
collectivités territoriales, en particulier pour les lignes de desserte fine du territoire (LDFT), en
complément du conventionnement direct avec des acteurs privés pour certaines voies
capillaires de fret. Le soutien des Régions est ainsi primordial pour assurer le financement et
l?entretien de ces réseaux, et doit être mis en oeuvre conformément aux engagement pris dans
le cadre des plans État-Région.
Le secteur privé pourrait, quant à lui, être associé grâce à divers montages financiers innovants
qui pourraient prendre la forme de sociétés de projets, sur le modèle de la Société des Grands
Projets.
2.3. Le financement des infrastructures de recharge
Les infrastructures de recharge pourraient bénéficier de diverses sources de financement en
particulier :
? La mise en place d?un dispositif de soutien pour la recharge publique en itinérance. En
effet, alors que la recharge au dépôt bénéficie d?un taux réduit de TICFE, la recharge
publique en itinérance n?en bénéficie pas, tandis qu?il n?existe pas d?équivalent au
remboursement partiel de TICPE pour les poids lourds électriques ;
? L?instauration d?une modération de loyers sur le foncier public, afin de favoriser
l?installation de bornes, la disponibilité et le coût du foncier étant des facteurs limitant
dans le déploiement du réseau ;
? Le maintien des dispositifs extra-budgétaires pour l?ensemble de la recharge, y compris
au dépôt, qui contribuent à amortir le véhicule électrique et les dispositifs de recharge
associés. Le système IRICC, qui prendra le relais de la TIRUERT en 2026, pourrait par
exemple être mobilisé et ajusté (coefficient multiplicateur pour la contribution de
l?électricité aux objectifs GES, fixation d?un mandat minimum pour les crédits
d?électricité au sein de l?IRICC) ;
? La révision du décret n° 2021-1177 qui encadre le choix des opérateurs de bornes de
recharge sur autoroute. Dans le cadre de nouveaux appels d?offre, il pourrait être
intéressant de supprimer les redevances fixes, d?effectuer des appels d?offres distincts
entre pétrole, boutique et IRVE, d?adapter le dimensionnement initial, et de permettre
la reprise ou le remboursement des biens non-amortis à la fin de la concession en cas
de réinvestissement.
Ambition France Transports
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Cet effort doit concerner les infrastructures de recharge du transport routier mais aussi celles
du transport fluvial, qui fait face à des besoins pour (i) assurer le branchement à quai sur les
zones de stationnement et de chargement/déchargement, et (ii) assurer une partie de la
navigation.
2.4. Le financement des infrastructures nodales
En matière d?infrastructures nodales, plusieurs pistes ont émergé lors des travaux de l?atelier,
notamment autour de la diversification et la mobilisation de nouveaux financements :
? Une meilleure valorisation du foncier (cf. infra) dans le cadre d?une boucle vertueuse
qui nécessite de donner aux opérateurs de terminaux les outils et les formes juridiques
permettant de préserver et développer leur foncier de manière souple et agile ; Parmi
ces outils et formes juridiques, figurent en particulier la possibilité pour les opérateurs
de terminaux et ports intérieurs de mettre des sociétés de projet, facilitant la
mobilisation de financements publics / privés et pouvant se traduire par des prises de
participation des collectivités au capital de ces sociétés ; ces sociétés peuvent aussi
permettre un recours facilité à l?emprunt ;
? Une mobilisation des chargeurs, qui se traduirait notamment par le développement
d?un système national de certificats carbone « book and claim » pour les mobilités
économes en énergie et les poids lourds à faibles émissions. Complétant le dispositif
des nouvelles fiches CEE et de programmes de soutien à l?acquisition d?IRVE, ce
dispositif permettrait de soutenir le développement de véhicules à faibles émissions en
achetant des certificats, même si le chargeur ne bénéficie pas directement des services
du transporteur. Ce système pourrait être porté et financé par un programme CEE et
pourrait être élargi aux investissements dans les infrastructures multimodales
(capillaires, plateformes, etc.).
2.5. Le financement du verdissement des flottes
En matière de verdissement des flottes, la priorité exprimée par les acteurs des différents
modes, le verdissement des flottes concernant également les autres modes, en particulier le
mode fluvial, est celle de maintenir, stabiliser ou étendre les aides existantes. En effet, le
soutien public à l?achat de poids lourds électriques est constitué de plusieurs dispositifs, en
particulier : (i) les fiches CEE (certificats d?économie d?énergie) qui ont pris le relais des appels
à projets en 2025, (ii) les prêts à taux zéro ou encore (iii) le suramortissement, (iv) les
subventions publiques (par exemple, le plan d?aide à la modernisation et à l?innovation de la
flotte ? PAMI ? de VNF) Ces dispositifs gagneraient à être davantage utilisés, aucun
établissement ne commercialisant pour l?instant de PTZ-m, ou bien étendus aux modes
massifiés. Ces aides peuvent ainsi atteindre 53 000 ¤ pour l?achat d?un tracteur routier de 26
tonnes ou 35 000 ¤ pour un porteur de 19 tonnes.
Par ailleurs, les systèmes book and claim précédemment évoqués pourront être mis en place.
Enfin, les chargeurs pourraient accompagner la dynamique de verdissement du parc en se
fixant des trajectoires de décarbonation, dont le mécanisme, évoqué supra, doit être précisé
et testé.
Ambition France Transports
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3. Soutenir la chaîne logistique et ses évolutions : un enjeu allant au-delà des seuls
financements destinés aux infrastructures
3.1. Des voies nouvelles à imaginer pour faire évoluer les chaînes logistiques : agir sur la
demande
Si la décarbonation du transport passe par les infrastructures, linéaires ou nodales, qu?il
convient de financer, elle nécessite toutefois d?accompagner l?évolution des chaînes
logistiques, jusqu?alors majoritairement routières. En effet, l?offre d?infrastructures,
notamment massifiés, n?implique pas automatiquement le recours accru aux services
ferroviaires et fluviaux, le choix modal dépendant des chargeurs, eux-mêmes pris dans un
système de contraintes, au premier rang desquelles celles imposées par leurs clients, et in fine
par les consommateurs. Il est donc essentiel d?inciter les chargeurs et au-delà les
consommateurs à des changements de comportements.
3.1.1. Amplifier la mobilisation de l?ensemble de la chaîne pour la décarbonation : le rôle
des chargeurs
Au-delà des transporteurs, l?ensemble des parties prenantes des chaînes logistiques
pourraient amplifier leur contribution à l?objectif de décarbonation, plusieurs mécanismes
pouvant être imaginés. Les chargeurs en particulier, c?est-à-dire les propriétaires de la
marchandise qui génèrent la demande de transport, pourraient être incités à s?engager plus
avant encore dans la voie de la décarbonation. Cet objectif pourrait passer par plusieurs
dispositifs, incitatifs ou contraignants.
Le principal dispositif, devant toutefois faire l?objet de travaux complémentaires, consisterait
en une formalisation des trajectoires de décarbonation pour les chargeurs, en particulier les
plus importants (assujettis à la directive CSRD), sur la base des dépenses de transport
commandées à un transporteur et réalisées par transport massifié ou avec des véhicules
décarbonés/électriques avec comme critère de référence la baisse des GES. Le recours à ce
type de transport ferait l?objet d?un certificat remis par le transporteur, permettant
d?objectiver le recours du chargeur à un transport décarboné. Un tel dispositif nécessiterait
une première phase pilote, pour confirmer sa pertinence et vérifier son opérationnalité, en
articulation avec le dispositif « fret21 » (dispositif labellisé « engagement volontaire pour
l?environnement ? transport logistique »). Par la suite, une diffusion plus large pourrait être
envisagée, avec un potentiel caractère semi-contraignant : le renforcement de l?incitation à
recourir à un transport décarboné pourrait ainsi passer par la mise en place de pénalités, en
cas de non-respect de la trajectoire.
Un tel dispositif nécessiterait par ailleurs la mise en place d?un dispositif miroir pour le transport
en compte propre réalisé au sein de certaines entreprises, afin de garantir une équité de
traitement entre les acteurs. Le dispositif de certificat pourrait être amendé dans ce cas, avec
un mécanisme de calcul de la part de transport décarboné tenant compte du parc électrique
de l?entreprise et de la mobilisation de ces véhicules pour assurer les flux logistiques.
Dans le même esprit, les frais de manutention et de stationnement sur les ports pourraient être
facturés aux donneurs d?ordre (compagnies maritimes).
La commande publique est également un levier important de décarbonation du transport. Les
pouvoirs publics sont en effet un commanditaire « chargeur » important, et la mise en place
Ambition France Transports
- 13 -
de critères relatifs à une offre de service de transport décarboné dans le cadre des marchés
publics, et l?intégration de critères hors-prix dans le l?évaluation des offres, pourrait ainsi
permettre de valoriser les transporteurs ayant réalisé des investissements pour décarboner leur
flotte, ou susciter les propositions mobilisant des solutions multimodales. Cette prise en
compte s?inscrirait pleinement dans le cadre de la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative
à l?industrie verte, qui prévoit que les marchés publics prennent en compte des critères
environnementaux dès juillet 2024.
Enfin, l?accompagnement au changement des choix modaux des chargeurs passe par la mise
en place de formations à la multimodalité pour les acheteurs, afin que ceux-ci aient recours y
compris à des schémas de transport plus complexes, multi-acteurs, mais tout aussi efficaces :
un guichet partagé d?expertise, opéré par les fédérations (chargeurs / transporteurs /
commissionnaires) pourrait ainsi permettre d?identifier et mobiliser un réseau d?experts pour
accompagner sur le temps long le recours aux modes massifiés ; ce dispositif de guichet
partagé d?expertise pourrait également réunir sur une plateforme unique les aides publiques
disponibles en matière de fret et de logistique et devenir un guichet intermodal. La
sensibilisation des commissionnaires de transport est également essentielle, pour que la
profession propose systématiquement des solutions intégrées ; le programme CEE de
sensibilisation « ReMoVe » porté par l?ADEME est à cet égard un dispositif pertinent de soutien
au report modal, et doit être maintenu.
Notons de plus que de multiples actions des fédérations de transporteurs en soutien à la
multimodalité ont par ailleurs été mises en oeuvre, et l?engagement continu du secteur en ce
sens est une condition sine qua non pour assurer la réussite du report modal.
3.1.2. Enfin, la décarbonation des chaînes logistiques passe aussi par une prise de
conscience des consommateurs, et une évolution des pratiques.
Le développement d?un « fast shipping » aux côtés de ce qui est qualifié de fast fashion met
sous tension les chaînes logistiques, et éloigne le consommateur des réalités et des impacts du
transport de colis. Les offres de livraison gratuite, le retour offert pour les colis, ou encore la
possibilité de se faire livrer en moins de 24 heures n?importe quel objet, sans frais
supplémentaire, contribuent à multiplier les envois, les contraintes qui pèsent sur le
transporteur du dernier kilomètre, et les impacts sur la société, sans que le consommateur en
prenne la pleine mesure.
Plusieurs outils visant à faire évoluer le comportement des consommateurs peuvent par
conséquent être mobilisés :
? l?obligation de rendre visible le prix de livraison, qui ne peut être égal à zéro, avec un
prix de vente potentiellement plus faible mais mettant en avant les frais de port ;
? la fixation d?un prix minimum pour les retours, afin là aussi de mettre en avant le coût
du transport ;
? la mise en place d?une taxe colis pour les livraisons urbaines à domicile par les plus
grosses plateformes de e-commerce, incitant à réorienter les flux vers les points relais,
et dont le produit pourrait lui aussi permettre de contribuer au financement de la
décarbonation des transports.
Ambition France Transports
- 14 -
3.2. Préserver le foncier logistique
Le transport et la logistique sont par essence inscrits dans l?espace. Ils marquent les territoires
et sont influencés par eux en retour, via la localisation des lieux de génération et de réception
des flux, mais aussi celles des lieux de massification que sont les plateformes et les terminaux
portuaires. Surtout, la performance économique et écologique de la chaine logistique repose
en grande partie sur le maillage du territoire par les plateformes logistiques. Favoriser
l?implantation des entrepôts au barycentre des flux de marchandises pour favoriser la
massification des flux, encourager le développement de plateformes logistiques multimodales
à proximité ou embranchées fer et/ou fluvial : voilà qui doivent constituer des priorités pour
une chaine logistique durable et compétitive. L?enjeu du foncier est donc crucial, au-delà de la
possible contribution de sa valorisation au financement déjà évoquée précédemment.
Plusieurs dispositifs existent déjà pour sécuriser le foncier logistique et sanctuariser des
espaces spécifiques pour le développement de ces activités. Peuvent notamment être
mentionnés :
? la possibilité d?intégrer au sein des documents d?urbanismes (PLU-PLUi notamment) une
sanctuarisation du foncier dédié à la logistique urbaine à moyen terme (zone dédiée à
la logistique urbaine au sein du zonage, ou intégration de celle-ci dans les orientations
d?aménagement et de programmation) ;
? l?adoption dans les règlements d?urbanisme des communes de « ratio logistique », la loi
d?orientation des mobilités ayant renforcé cette possibilité en permettant « d?imposer
la réalisation d?aires de livraison ».
3.2.1. Planifier le foncier logistique : un enjeu de premier ordre
La rareté du foncier disponible, a fortiori dans un contexte de ZAN, impose en premier lieu de
planifier le foncier logistique existant, et les besoins à venir, à différentes temporalités, dans le
cadre d?un schéma directeur national.
Cette planification nécessite un engagement de l?ensemble des parties prenantes, pour
déterminer au mieux les priorités entre développement d?implantations existantes et création
de nouvelles plateformes.
L?objectif de ce schéma directeur n?est en aucun cas de planifier toutes les installations
logistiques. En revanche, ce travail, qui doit nécessairement intégrer l?Etat, les collectivités
locales et les acteurs économiques et logistiques, doit permettre d?identifier de grandes zones
industrialo-logistiques facilitant la massification des flux, en s?appuyant sur les corridors
existants (ports maritimes et fluviaux, axes ferroviaires, projets type Canal Seine Nord etc.).
Ces zones pourraient ainsi bénéficier de dérogations au ZAN compte tenu de leur apport en
matière de décarbonation de la chaine logistique, et de facilitations d?implantation (réduction
des délais, facilitation des procédures).
3.2.2. Sanctuariser le foncier logistique dans le contexte de la zéro artificialisation
nette
La loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la
résilience face à ses effets prévoit un double objectif pour limiter l?artificialisation des sols :
une réduction du rythme de l?artificialisation (baisse de moitié sur les dix années suivantes), et
en 2050, l?atteinte de l?objectif de zéro artificialisation nette (ZAN).
Ambition France Transports
- 15 -
Afin de garantir le développement des chaînes logistiques et leur adaptation aux nouveaux
besoins, des demandes d?aménagement de la loi ZAN sont portées par les acteurs, avec
plusieurs propositions :
? bonifier le foncier destiné à accueillir des infrastructures de fret dans l?approche ZAN,
avec notamment l?inscription du foncier logistique, notamment quand il encourage une
logistique massifiée (proximité des corridors, implantations sur des ports maritimes et
fluviaux ou le long des grands projets type canal seine nord), sur le compte des projets
nationaux plutôt que sur le compte des projets régionaux ;
? permettre la préservation et le développement des emprises foncières dans les
plateformes multimodales et les terminaux, en permettant par exemple un droit de
préemption ou de priorité pour les opérateurs de ces plateformes et terminaux
lorsqu?un terrain est mis en vente. Alternativement, développer des synergies entre
collectivités et plateformes logistiques, pour exercer ce droit de préemption via le
pouvoir de la collectivité ;
? accompagner la reconquête foncière par la création d?un fonds national alimenté
notamment par la redevance foncière, ce fonds pouvant ensuite être mobilisé pour le
développement et l?extension de nouvelles zones logistiques.
3.2.3. Faciliter l?exploitation de ce foncier par les opérateurs de plateformes et de
terminaux multimodaux
Plusieurs grands axes sont ainsi à renforcer, avec avant tout une simplification de l?installation
de nouveaux acteurs sur les plateformes multimodales et les terminaux, qui passe par des
normes simples et lisibles.
Par ailleurs, dans l?objectif de faire de l?exploitation du foncier un levier de décarbonation, il
pourrait être envisagé de privilégier l?implantation de chargeurs et logisticiens mobilisant les
modes massifiés ou engagés dans la décarbonation, ce qui pourrait passer soit par des clauses
incitatives en matière d?occupation, soit par des ristournes sur les redevances d?occupation.
Des dispositifs plus contraignants, à l?image de pénalités ou de clauses de résiliation en cas de
non-respect de certains objectifs (recours aux modes massifiés, décarbonation) sont aussi
possibles, et pourraient permettre d?ajouter une dimension plus restrictive aux clauses
incitatives.
Enfin, des évolutions du modèle concessif pourraient permettre de mieux valoriser le foncier,
notamment au sein des plateformes et terminaux multimodaux ; de nouveaux outils juridiques,
y compris avec des formes juridiques permettant un fonctionnement plus agile et adaptable
pourraient ainsi être offerts aux ports intérieurs : ont ainsi été évoquées les sociétés de projet,
précédemment mentionnées ;
3.3. Mettre en place une gouvernance efficace des acteurs de la logistique et du fret, pour
maximiser les synergies entre acteurs publics et privés prenant part aux chaînes
logistiques
Enfin, l?atelier a mis en évidence la dimension multi-acteurs, tant des enjeux de financement
que de décarbonation, qui nécessite des évolutions de la gouvernance des parties prenantes
de la logistique et du fret, publiques comme privées. Cet enjeu de gouvernance se pose au
niveau territorial comme au niveau spécifique des terminaux.
Ambition France Transports
- 16 -
La gouvernance territoriale des chaînes logistiques nécessite une prise en compte à l?échelle
nationale et déconcentrée. Cette prise en compte peut passer :
? Au niveau national :
? par une loi de programmation visant à soutenir la complémentarité des modes
de transport et les investissements dans les infrastructures multimodales,
donnant de la visibilité aux acteurs ;
? par l?établissement d?un schéma directeur national logistique qui définit les
zones et axes logistiques à sanctuariser, en associant ministère et parties
prenantes de la logistique et de l?industrie ;
? par un renforcement de l?agence de financement des infrastructures de
transport (AFIT) et un suivi de la répartition de ses financements, avec par
exemple la mise en place d?un ratio pour les sommes dédiées respectivement
aux infrastructures de fret (tous modes), mixtes et aux infrastructures pour le
transport de personnes (tous modes).
? Au niveau territorial :
? engager (ou pérenniser là où elle existe, notamment dans le cadre du
programme INTERLUD+) une coordination de l?ensemble des parties prenantes,
privées et publiques, autour de chaque bassin économique et axe logistique,
pour créer un écosystème local intégré ;
? prendre en compte les besoins de la logistique et les préserver dans la
conception des services express régionaux métropolitains (SERM), afin de
garantir que le développement des SERM ne vienne pas obérer les sillons
ferroviaires dédiés jusqu?ici à la logistique, ou que ces nouveaux services express
ne viennent pas réorienter les investissements vers le transport voyageurs au
détriment du transport de marchandises ;
? renforcer la coordination y compris hors des zones prioritaires, à l?échelle des
bassins de vie, par des moyens souples et non contraignants.
Enfin, la gouvernance spécifique des terminaux nécessite une plus forte articulation
public/privé, permettant de mieux soutenir leur développement.
Cette gouvernance nécessite à la fois de renforcer les capacités des acteurs privés, et de mieux
inclure les collectivités territoriales.
Pour ce faire, l?adossement du développement des ports intérieurs à des outils plus souples et
réactifs dans leur gestion permettrait de faciliter leur activité. La création de sociétés de
projets (cf. supra) est ainsi une possibilité permettant de développer des projets ad hoc, en
créant des synergies entre acteurs autour de projets spécifiques.
Enfin, l?association des collectivités territoriales à la gouvernance des plateformes
multimodales et des terminaux portuaires pourrait être renforcée, y compris au travers de prise
de participation dans les sociétés de projets, afin de développer des liens plus étroits et des
incitations plus fortes de ces collectivités avec les acteurs de la logistique. Cela peut
notamment passer par :
Ambition France Transports
- 17 -
? l?insertion dans la gouvernance des plateformes d?élus locaux, pouvant avoir voix
consultative ou décisionnelle, afin de créer un sentiment commun et une volonté
partagée de développement économique du territoire ;
? l?assouplissement des règles juridiques de participation, notamment pour les structures
de droit privé, en permettant aux régions, communes et éventuellement départements
de monter au capital des sociétés gestionnaires de plateformes logistiques et terminaux
portuaires, pour aligner les intérêts des collectivités à la réussite de ces plateformes.
Ces éléments de gouvernance sont centraux, et si des dispositifs ont déjà commencé à émerger
(« stratégie fret logistique » dans certaines régions, schéma de cohérence logistique régional,
conférences régionales du fret de la logistique), capitaliser sur l?existant et construire autour
est un impératif, pour assurer un développement des systèmes de transport et de logistique
au service conjoint de la décarbonation et du dynamisme des territoires.
Ambition France Transports
- 18 -
ANNEXE
Les dispositifs à conserver, à ajuster ou à mettre en place
ANNEXES
ANNEXE I
Liste des auditions des ateliers de la conférence
Ambition France Transports
- 1 -
Atelier 1 ? Modèle économique des AOM et des SERM
Audition 1 : Inspection générale des finances (IGF) et Inspection générale de l?environnement
et du développement durable (IGEDD)
Audition 2 : Autorité de régulation des transports (ART)
? Thierry GUIMBAUD, Président
? Jordan CARTIER, Secrétaire général
Audition 3 : Laboratoire Aménagement Économie Transports (LAET)
? Pierre-Yves PÉGUY, Directeur
Audition 4 : SERM de Strasbourg
? Alain JUND, Vice-Président de l?Eurométropole de Strasbourg
? David VALENCE, Président de la commission Transport, déplacement et
infrastructure de la Région Grand Est
Audition 5 : I4CE
? François THOMAZEAU, Directeur de programme collectivités locales et adaptation au
changement climatique
Audition 6 : OCDE/ITF
? Stephen PERKINS, Conseiller au Forum International des Transports de l?OCDE
Audition 7 : SMTC du Territoire-de-Belfort
? Franck MESCLIER, Directeur général
Audition 8 : IDDRI
? Jean-Philippe HERMINE, Directeur de l'Institut Mobilités en Transition et chercheur
associé à l'IDDRI
? Simon LOUÉDIN, Analyste
Audition 9 : André BRUNO, Association mondiale de la route, membre du CS de TDIE
Audition 10 : SYTRAL Mobilités
? BRUNO BERNARD, Président
Audition 11 : Vinci Concessions
? Nicolas NOTEBAERT, Directeur général
Audition 12 : SERM de BORDEAUX
? Renaud LAGRAVE, Vice-Président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine
Audition 13 : Raymond DESCHAMPS, ancien directeur général de SYTRAL Mobilités
Ambition France Transports
- 2 -
Audition 14 : FUB / Réseau Vélo et Marche
? Céline SCORNAVACCA, co-présidente de la FUB
? Catherine PILON, co-directrice du Réseau Vélo et Marche
Audition 15 : Mission Bozio-Wasmer - Rapport « Les politiques d'exonérations de cotisations
sociales : une inflexion nécessaire » (2024)
? Étienne WASMER, économiste et co-auteur du rapport
Audition 16 : AMRF
? Luc MAUDET, secrétaire de l?AMRF 89 et maire des Vallées de la Vanne
Audition 17 : ECOV
? Thomas MATAGNE, Président
Audition 18 : Association Objectif RER Métropolitains
? Jean-Claude DEGAND, Porte-parole
Ambition France Transports
- 3 -
Atelier 2 ? Avenir des infrastructures routières
Audition 1 : DGITM et DIR
? Sylvain REALLON, sous-directeur du pilotage de l'entretien, de l'exploitation du
réseau routier national non concédé et de l'information routière
? Jérôme AUDHUI, sous-directeur de la stratégie d'aménagement et de modernisation
du réseau routier national
? Frédéric LECHELON, directeur de la DIR Ouest Bretagne Pays de Loire et animateur
du groupement des directeurs DIR.
Audition 2 : Cerema
? Pascal BERTHEAUD, directeur Général
? David ZAMBON, directeur Général Adjoint
Audition 3 : ADF et IDDRIM
? Nadège LEFEBVRE, présidente de l?ADF
? Philippe HERSCU, directeur des politiques de développement des territoires de l'ADF
? Jérôme WEYD, directeur Général de l?IDDRIM
Audition 4 : AMF et Intercommunalités de France
? Frédéric CUILLERIER, co-présidents de la commission Transports, Mobilités, Voiries de
l?AMF
? Sylvain LAVAL, co-présidents de la commission Transports, Mobilités, Voiries de l?AMF
? Carole ROPARS, responsable du pôle Environnement et Aménagement et Conseillère
Urbanisme, Mobilités, Gestion des risques chez Intercommunalités de France
Audition 5 : DGITM
? Estelle CHEVALLIER, sous-directrice adjointe des financements innovants et du
contrôle des concessions d'autoroute
Audition 6 : table ronde fédérations professionnelles
? Florence Berthelot, déléguée Générale de la Fédération Nationale des Transports
Routiers (FNTR)
? Olivier Poncelet, délégué Général de l?Union TLF
? Jean-Marc Rivera, délégué Général de l?Organisation des Transporteurs Routiers
Européens (OTRE)
Audition 7 : ART
? Thierry Guimbaud, président de l?ART
Ambition France Transports
- 4 -
? Nicolas Wagner, directeur du transport routier de voyageurs et des autoroutes de
l?ART
? Jordan Cartier, secrétaire général de l?ART
Audition 8 : Routes de France
? Jean-Pierre PASERI, président
? Alexandre ROUFFIGNAC, délégué général
Audition 9 : GART
? Alexandre MAGNY, directeur général
? Louis NEGRE, président
? Raphaël KRUG, directeur intermodalité at aménagement de l?espace public
Audition 10 : Familles rurales
? Céline KASTNER, Mobilité Club France
? Elsa COHEN, Familles rurales
Audition 11 : NGE Concessions
? Thierry BODARD, président de NGE Concessions
? Cédric BOURDAIS, directeur-adjoint de la maîtrise d?ouvrage
Audition 12 : Eiffage
? Camille Bonenfant-Jeanneney, présidente des concessions autoroutières chez Eiffage
Audition 13 : ATMB / SFTRF
? Christophe CASTANER, président des conseils d?administration d?Autoroutes et
Tunnel du Mont Blanc et de la Société française du tunnel routier du Fréjus
Audition 14 : SANEF
? Arnaud QUEMARD, directeur général du groupe Sanef
Audition 15 : Vinci Concessions
? Nicolas NOTEBAERT, directeur général de Vinci Concessions
? Sabine GRANGER, directeur général de Vinci Autoroutes
? Blaise RAPIOR, DGA de Vinci Autoroutes et DG de Escota
Audition 16 : TDIE
? Thierry DALLARD, rapporteur du Conseil Scientifique de TDIE « Comment financer et
réaliser les investissements nécessaires à la transition écologique ? »
Ambition France Transports
- 5 -
Audition 17 : Meridiam
? Pierre-Emmanuel BELUCHE, directeur d?investissement
Audition 18 : Région Grand-Est
? Julien BECCHERLE, DGA Mobilités
Audition 19 : CE Alsace
? Laurent DARLEY, DGA Environnement à la communauté européenne d?Alsace,
? Jean-Philippe MAURER, 7ème Vice-Président de la Collectivité européenne d'Alsace,
en charge des réseaux et mobilités
Audition 20 : DGITM
? Rodolphe GINTZ, directeur général des infrastructures, des transports et des
mobilités
? Estelle CHEVALLIER, sous-directrice adjointe des financements innovants et du
contrôle des concessions d'autoroute
Audition 21 : Caisse des Dépôts
? Pierre Aubouin, directeur adjoint de l?investissement de la Banque des Territoires à la
Caisse des Dépôts
? Bastien Champion, responsable du développement des prêts au Secteur Public Local
dans la direction des Prêts
Audition 22 : TDIE
? Yves CROZET, économiste
Audition 23 : DGITM (Direction des Mobilités Routières)
? Eric OLLINGER, chef du Département de la transition écologique, de la doctrine et de
l'expertise technique
? André HORTH, Département de la transition écologique, de la doctrine et de
l'expertise technique, pôle Lyon
Audition 24 : ASCA
? Sébastien MARTENS, président du bureau de l'ASCA et directeur de Sodiplec, la
société gestionnaire des aires d?autoroutes E. Leclerc
Audition 25 : Total Energies
? Stéphane CHAMBON, directeur des Affaires Publiques et Comptes Stratégiques pour
la mobilité et les nouvelles énergies
? Lorenzo ANTOGNOLI, directeur du développement construction de maintenance
pour le réseau de station-service Total en France
? Pascal MANUELLI, directeur Réglementation Advocacy & Représentation
Ambition France Transports
- 6 -
Audition 26 : Willkie Farr & Gallagher
? Me Thierry LALOUM, avocat, département Droit public et environnement
Ambition France Transports
- 7 -
Atelier 3 ? Infrastructures et services ferroviaires de voyageurs
Audition 1 : SNCF Réseau
? Mathieu CHABANEL, président-directeur général de SNCF Réseau
Audition 2 : Groupe SNCF
? Laurent TREVISANI, directeur général délégué Stratégie Finances
Audition 3 : Commission européenne
? Matthias RUETE, coordinateur du déploiement de l?ERTMS
Audition 4 : Inspection générale des finances (IGF) et Inspection générale de l?environnement
et du développement durable (IGEDD)
Présentation du rapport sur la tarification et le financement du réseau ferré national (février
2024)
Audition 5 : Transdev
? Alix LECADRE, directrice des opérations ferroviaires France
Audition 6 : François PHILIZOT
Présentation du rapport sur les petites lignes (2020)
Audition 7 : AGIFI
? Valérie VESQUE-JENCARD, présidente
Audition 8 : Meridiam
? Pierre-Emmanuel BELUCHE, directeur d?investissement
Audition 9 : Plateforme services et infrastructures du Nord
? Patrick LAMBERT, président
Audition 10 : Réseau Action Climat
? Alexis CHAILLOUX, responsable transports (aérien et ferroviaire)
Audition 11 : TDIE
? Thierry DALLARD, rapporteur du Conseil Scientifique de TDIE « Comment financer et
réaliser les investissements nécessaires à la transition écologique ? »
Audition 12 : LAET
? Alain BONNAFOUS, professeur honoraire de l'Université de Lyon
Audition 13 : ART
? Thierry GUIMBAUD, président de l?ART
? Jordan CARTIER, secrétaire général
Ambition France Transports
- 8 -
Audition 14 : Commission européenne
? Eric VON BRESKA, directeur "investissements, transports durables et innovants"
Audition 15 : Syntec-Ingénierie
? Michel KAHAN, président de Syntec-Ingénierie
? Philippe PONS, président du bureau Infrastructures de Syntec-Ingénierie
? Christophe LONGEPIERRE, délégué général
Audition 16 : SETVF
? Philippe ROCHER, de la société UNIFER, Président du SETVF
? Romuald HUGUES, de la société TSO, Trésorier du SETVF
Audition 17 : NGE, LISEA, Eiffage
? Thierry BODARD, directeur général adjoint du groupe NGE
? Lionel EPELY, président de LISEA
? Camille BONENFANT-JEANNENEY, présidente des concessions autoroutières
d?Eiffage
? Jean-Matthieu DE LAFERRIERE, directeur du Pôle Ferroviaire chez Eiffage Concessions
Audition 18 : SNCF Voyageurs
? Christophe FANICHET, président-directeur général de SNCF Voyageurs
Audition 19 : AFRA
? Solène GARCIN-BERSON, déléguée générale
Audition 20 : Trenitalia France
? Marco CAPOSCIUTTI, président
? Anne-Cécile DELBES, directrice des affaires juridiques
? Alexandre MOLINA, directeur des affaires institutionnelles
Audition 21 : Le Train
? Alain GETRAUD, directeur général
? Catherine PIHAN-LE BARS, directrice générale adjointe aux opérations
Audition 22 : Kevin Speed
? Laurent FOURTUNE, associé et président
? Oscar DONNEAUD
Ambition France Transports
- 9 -
Atelier 4 ? Report modal et transport de marchandises
Audition 1 : Association Française du Rail (AFRA)
? Alexandre GALLO, président
? Solène GARCIN-BERSON, déléguée générale
Audition 2 : Groupement National des Transports Combinés (GNTC)
? Aurélien BARBE, délégué général
Audition 3 : Meridiam
? Pierre-Emmanuel BELUCHE, directeur d?investissement
Audition 4 : AVERE France
? Clément MOLIZON, délégué général
Audition 5 : Charge France
? Jean BARYLA, secrétaire général de Fastned
? Didier LIAUTAUD, PDG d?Engie Vianeo
ANNEXE II
Liste des cahiers d?acteurs déposés sur la plateforme de la
conférence
Ambition France Transports
- 1 -
Alliance 4F UNECTO Intercéréales
Alliance pour la décarbonation de la route UTPF Réseau vélo et marche
ALTRO OTRE Routes de France
AFPI Objectif OFP Unipef
AFRA Entreprises fluviales de France Union sport et cycle
ASFA FNTP UTPF
AGIR Transport FNTV UPF
ANATEEP Fédération Professionnelle de Cyclo logistique Union TLF
AVERE
Fédération des Usagères et des usagers de la
Bicyclette et Réseau Vélo et Marche
UPMF
AUTF Fédération des Industries Ferroviaires STRRES - Les réparateurs d'ouvrages d'art
AUTAUT Fédération des Syndicats Mixtes de Mobilités
Chambre de Commerce et d'Industrie de
l'Aude
AGIFI
FEDERATION DES ELUS DES ENTREPRISES
PUBLIQUES LOCALES
CCI HERAULT
ASSOCIATION DES ACTEURS DU VELO
PUBLIC
Fer de France
Chambre de Commerce et d'Industrie des
Pyrénées-Orientales
Charge France FNAUT CESER de Bretagne
Cluster Chargeurs Seine-Escaut France Logistique CESER Centre-Val de Loire
Confédération des grossistes de France - CGF Finance Mobilité
Collectif de Défense des Gurmençonnais et des
Communes Riveraines
CSIAM (Chambre syndicale internationale de
l'automobile et du motocycle)
Filière des acteurs de la mobilité inclusive,
solidaire et durable
Communautés d'agglomération : Grand
Périgueux, Agglo de Brive et Tulle Agglo
GART NGE
Communauté d'Agglomération Béziers
Méditerranée
Ambition France Transports
- 2 -
Communauté d'agglomération Hérault
Méditerranée
Eurométropole de Strasbourg Sète
Communauté de Communes du Haut-Béarn MAIRIE D'AGNOS
Syndicat Mixte des Mobilités de l'Aire
Grenobloise
Commune d'Ablon-sur-Seine Maire de BORCE (64490) Tisséo Collectivités
Commune de BEDOUS MAIRIE D'OLORON STE-MARIE Val de Garonne Agglomération
Commune de Cette-Eygun Montpellier Méditerranée Métropole Ville de Paris
Commune de Lourdios-Ichère Métropole de Lyon + SYTRAL Mobilités AuRAil
Commune Préchacq Josbaig Nouvelle Aquitaine Mobilités ANGOULIM
COMMUNE DE SARRANCE
OBSERVATOIRE REGIONAL DES TRANSPORTS
OCCITANIE
ASSOCIATION DES USAGERS DES
TRANSPORTS D'AUVERGNE
Conseil Départemental de l'AUDE
Perpignan Méditerranée Métropole
Communauté Urbaine
ASSOCIATION URGENCE LIGNE PARIS
ORLEANS LIMOGES TOULOUSE
Conseil Départemental de la Nièvre Port de Sète Sud de France
Comité de sauvegarde et de développement
des lignes ferroviaires du Tréport-Mers
Conseil départemental de la Haute-Garonne Pôle métropolitain du Genevois français Collectif d'usagers TER Bretagne Sud
Conseil Départemental des Pyrénées-
Orientales
PYRENEES BIEN COMMUN Collectif des trois sociétés des lignes nouvelles
Conseil régional Nouvelle-Aquitaine Région Auvergne-Rhône-Alpes Lignes à Défendre
Coordination ferroviaire bretonne
(COFERBZH)
Région Bretagne - MEDEF Bretagne LINEA FIGUERAS PERPIGNAN SA (LFP)
DEPARTEMENT DES LANDES Région Grand Est LGVEA
Département de la Haute-Loire Région Normandie Retour du Train des Volcans
Département du Val d'Oise Région Occitanie
Fédération Agir pour la ligne Clermont Ferrand
? Le Mont Dore ? Ussel ? Tulle
GRAND NARBONNE communauté
d'agglomération
Saint-Etienne Métropole Usagers des transports du haut Allier
Ambition France Transports
- 3 -
SGPSO Logistique durable & territoire Secteur CGT Cheminots Limoges
Société de la Ligne Nouvelle Provence Côte
d'Azur
Mobilité durable & territoires Syndicat CGT cheminots Carcassonne
SOCIETE DE LA LIGNE NOUVELLE
MONTPELLIER-PERPIGNAN
PROMOFLUVIA ADEME
Alliance Ecologique et Sociale Réseau européen #enTrain CEREMA
Agir pour le fluvial
Union pour la Gratuité et le Développement
des Transports publics
Institut des Routes, des Rues et des
Infrastructures pour la Mobilité - IDRRIM
Association SCICA SOS Gares A2 Consulting
Association Respire et Clean Cities SOS BORDS DE SEINE AI Cargo
ADN Mobilités - Association française des
plateformes de distribution numérique de
titres de transports et de mobilités
60 Millions de Piétons Amazon France
Convergence Nationale Rail 1km à pied APRR
Démocrates pour la planète
CGT Cheminots Alpes - CGT Cheminots de
Chambéry - CGT Transports Alpes - CGT Union
Départementale Savoie - ADTC Savoie, membre
de la FNAUT - PCF Savoie - PCF du Bassin
Chambérien - PS Savoie
Akiem
La Déroute des routes CFDT Cheminots Bentley Systems
Laboratoire de la mobilité inclusive Fédération SUD-Rail Bouygues Construction
Eurosud TEAM
FGTE-CFDT Fédération générale CFDT
Transports & Environnement
Ecov
EFFET DE SERRE TOI-MÊME ! FGTE-CFDT EASYPARK
France Nature Environnement Fédération CGT des cheminots Esterifrance
Fougères Rennes En Train UNSA Ferroviaire & UNSA Transport Egis
Ambition France Transports
- 4 -
EY Neology Vinci Autoroutes
EONA-X Orange Vinci Concessions
EIFFAGE Route Oxera Consulting (France) LLP VINCI Railways
FERLIOZ RAILPOOL Weenlo (CRC Services)
Financière Eiffarie Renault Trucks WIMOOV
Groupe SNCF syntec ingénierie Collectif de 39 parlementaires
IMERYS SANEF COORDINATION DES ELUES ECOLOGISTES
Karos SARA
Collectif de députés pour le financement des
infrastructures ferroviaires et routières et la
décarbonation des transports
Kevin Speed SEMOP Port-La Nouvelle
Députés (Peio Dufau, Bérenger Cernon et Olga
Givernet) - MI ferroviaire - CDDAT Assemblée
Nationale
LE TRAIN tbmaestro SA
Groupe UDI, Centristes et apparentés - Région
Auvergne-Rhône-Alpes
Lasaire TDIE Groupe Socialistes et apparentés
LIBRA ADVICES T&E France
Parti Communiste Français- commission
mobilités
LISEA TK'Blue Agency
CY Cergy Paris Université - Master 1, Transport,
Territoires et Environnement
LOHR Trans-Missions Eurofima
Mundys Transdev European Clean Transport Network (ECTN)
Mobil'in Pulse The Signalling Company Experts
MOBILIANS Trenitalia France
METACAR MOBILITY SYSTEMS TRANS.CITE
ANNEXE III
Journée Innovation du 23 juin 2025
Ambition France Transports
- 1 -
Journée Innovation du 23 juin 2025
Objectif de la journée
La Journée de l?innovation pour les transports, organisée le 23 juin 2025, a réuni les acteurs
d?Ambition France Transports ainsi que l?ensemble de l?écosystème de l?innovation du secteur.
Cette rencontre avait pour ambition de coconstruire, dans un esprit d?ouverture et de
collaboration, une feuille de route partagée de l?innovation pour les transports.
La matinée a été rythmée par des présentations inspirantes d?experts, tandis que l?après-midi
a permis d?explorer, à travers des ateliers en petits groupes, les visions prospectives à l?horizon
2040 et les trajectoires possibles pour y parvenir.
L?objet du présent document est de restituer les temps forts de la journée et de proposer une
base pour ce qui pourrait devenir une future stratégie de l?innovation pour les transports.
Environ 180 participants étaient présents, parmi lesquels de nombreux chefs d?entreprises et
représentants institutionnels, académiques et associatifs.
Interventions de la matinée
? Allocutions ministérielles : Philippe Tabarot, ministre chargé des Transports, a annoncé
le lancement de la 5e édition du programme Propulse1 mettant cette année l?accent sur
la qualité de service et l?expérience voyageur. Clara Chappaz, ministre chargée de
l?Intelligence artificielle et du Numérique, a présenté le dispositif « Osez l?IA », visant
notamment à accompagner les petites entreprises dans leur transformation
numérique.
? Keynotes sur les mobilités des personnes : Charlotte de Vilmorin a souligné l?urgence
d?accélérer l?accessibilité des transports publics pour les personnes à mobilité réduite.
Aurore Fabre Landry a alerté sur la dépendance des Français à la voiture individuelle et
la fatigue causée par la grande mobilité, tout en mettant en avant le potentiel des
mobilités actives combinées aux transports en commun pour répondre aux besoins
quotidiens d?une large partie de la population. Stéphane Schultz a conclu en rappelant
l'importance pour les acteurs de travailler en coalitions public-privé afin de résoudre
les problèmes complexes que pose la décarbonation de la mobilité.
? Table ronde sur l?intelligence artificielle dans les transports : trois cas d?usage ont été
présentés : l?optimisation des trajectoires des navires par l?IA (Yves de Montcheuil,
Syroco), l?amélioration de l?information voyageur (Morgane Castanier, SNCF Gares &
Connexions) et la vidéo-surveillance respectueuse de la vie privée (Quentin Barenne,
Wintics). David Krieff (ADP et EONA-X) a souligné la nécessité de créer des espaces
souverains, regrettant le retard européen dans ce domaine. Le sénateur Patrick Chaize
a insisté sur l?impératif de garantir la cybersécurité des systèmes.
1 Propulse est un programme sectoriel extra-financier et gratuit proposant à ses lauréats un accompagnement de
9 mois sur mesure visant à accélérer leur développement. Les projets aidés peuvent être portés par tous types
d?acteurs mais doivent avoir atteint au moins le stade du prototype prêt à être expérimenté.
Ambition France Transports
- 2 -
? Keynotes sur la mobilité intelligente et la mobilité partagée. Anne-Marie Idrac
(ancienne ministre, France Logistique) et Benjamin Beaudet (Bertolami) ont rappelé que
le développement des véhicules autonomes doit être réservé à des cas d?usage
collectifs, inclusifs et partagés, où la France fait valoir son expertise servicielle autant
que technologique. Thomas Matagne (Ecov) a présenté le concept de lignes de
covoiturage, positionnées comme une forme de transport public complémentaire,
avec un modèle économique viable.
? Table ronde sur l?innovation dans l?exploitation des infrastructures : la filière ferroviaire
s?emploie à reconquérir des milliers de kilomètres de voies inexploitées pour une
desserte fine et locale via des trains légers. Carole Desnost (SNCF/CORIFER) et
Marie-José Navarre (Lohr) ont mis en avant le programme France 2030 ? Draisy
développé avec le soutien des Régions Grand Est et Occitanie, dans l?objectif de
proposer des solutions adaptées aux différents territoires avec des coûts maitrisés, en
prenant en compte les évolutions nécessaires aux référentiels de maintenance et
d?exploitation du réseau ferré national. Jean-Michel Estibals (RAILwAI) a exposé une
solution de maintenance prédictive des infrastructures ferroviaires tandis qu?Émilie
Espanet (New Energies Coalition/CMA-CGM) a présenté la numérisation des opérations
portuaires et intermodales dans l?objectif d?optimiser celles-ci. Edouard Fischer
(SANEF) a rappelé l?excellence du modèle autoroutier français et évoqué les
innovations en cours comme l?électrification du transport routier de marchandises
dans le cadre de l?alliance ECTN.
? Conclusion : Eric Banel (DGAMPA) a salué l?approche transversale de l?Agence de
l?Innovation pour les Transports2. Rodolphe Gintz (DGITM) a remercié les participants
d?avoir également exprimé la vision d?une innovation pragmatique, centrée sur les
usagers et les usages de nos infrastructures actuelles, et qui vise à tirer toutes les
potentialités de la technologie (IA) mais également de la réglementation.
2 L?Agence de l?Innovation pour les Transports (AIT) est une marque collective, dont le projet a été initié en 2021, qui
est animée par une équipe coeur formée d?agents issus des trois directions générales modales (DGITM, DGAC et
DGAMPA). Elle promeut une innovation pour les transports ouverte et collaborative, notamment par une intense
activité d?animation de l?écosystème. Elle porte le programme Propulse mentionné plus haut.
Ambition France Transports
- 3 -
Amélioration de l?expérience des
voyageurs (qualité de service)
D'ici 2040, l'objectif est de promouvoir
un partage de l?espace accessible à tous
les usages, en mettant l'accent sur le
confort et la qualité des trajets. Une
expérience voyageur inclusive et
confiante est envisageable grâce à
l'intégration de leviers technologiques,
politiques et sociaux. Pour atteindre cet
idéal, il est impératif d'offrir une
information fiable et partagée,
garantissant des départs et retours à
l'heure, ainsi qu'un accompagnement
adéquat pour tous les usagers. Les
technologies doivent permettre un
traitement fiable des données et aider
les usagers à choisir leurs trajets de
manière optimale. La réalisation de
cette vision dépendra de notre capacité
à placer l'usager au coeur de toutes nos
décisions et actions.
Notre ambition est de créer un système
de transport durable et inclusif,
répondant aux besoins de tous les
citoyens et contribuant à une meilleure
qualité de vie pour tous.
Ambition France Transports
- 4 -
Mobilisation du potentiel de l?IA et des
données
Le potentiel de l?IA réside notamment
dans sa capacité d?amélioration de
l?expérience des usagers par une offre
de services plus adaptée. À l?heure
actuelle toutefois, seulement 15 % des
données sont utilisées, notamment en
raison de leur mauvaise qualité. Les
experts de l?atelier font le pari qu?à
horizon 2040, un écosystème aura pu
être mis en place pour partager les
données et leur valeur, permettant ainsi
d?offrir des services numériques plus
personnalisés (ex. prise en compte des
besoins des personnes à mobilité
réduite) ou bien de mieux connaître les
flux de déplacements. Un des défis à
relever est l?identification de modèles
économiques justes ainsi que la
confiance entre acteurs. L?Etat aura à
impulser une dynamique sur ces
différentes problématiques, en veillant
aux liens avec le niveau européen.
Ambition France Transports
- 5 -
Adaptation des infrastructures pour
plus de résilience et d?intermodalité
La France est un pays dans lequel le
réseau d?infrastructures de transport
est très développé. Les infrastructures
de 2040 seront très largement celles
d?aujourd?hui. L?enjeu porte sur leur
entretien à grande échelle. Les experts
du groupe souhaitent que les
opérations de rénovation intègrent des
éléments de multimodalité : voies
réservées, aires de covoiturage, pistes
cyclables, stations de recharge
électrique. L?atteinte d?un tel objectif
requiert une planification des
investissements et un effort budgétaire
permanent pour la maintenance. Lors
de l?atelier, un point crucial a émergé :
le niveau de connectivité souhaité en
matière d?équipements dotés de
capteurs, ainsi que la standardisation et
le partage des données générées. Il est
essentiel d?équiper les infrastructures
de manière à optimiser leur
maintenance, afin d?accroître leur
résilience face aux défis posés par le
changement climatique et les actes de
malveillance.
Ambition France Transports
- 6 -
Développement des véhicules du futur
(énergie, autonomie)
Cet atelier a mis en avant une vision de
la mobilité propre, intelligente,
partagée et plus durable, avec une plus
grande multimodalité. Un axe
d?innovation concernant les véhicules
pourrait porter sur l'optimisation des
opérations logistiques, par exemple par
le développement du transport hybride
combinant transport de fret et
transport de voyageurs. Un autre axe
d?innovation est assurément
l?accélération du développement des
carburants aériens et maritimes
durables et de l?électrification du
transport routier et ferroviaire.
Concernant les véhicules autonomes, il
paraît important d?affirmer le choix fait
par la France et l?UE de réserver ces
véhicules à des cas d?usage utiles et
efficaces. L?exemple donné est celui des
navettes autonomes en zone
périurbaine de rabattement du
domicile vers la gare la plus proche. Une
autre proposition formulée est de faire
évoluer le cadre fiscal des véhicules de
fonction et de privilégier les véhicules
de service électriques et partagés. À
l?issue de l?atelier, il subsistait une
discussion sur le niveau de connectivité
des véhicules à viser, minimal via le
smartphone personnel ou maximal avec
capteurs et ordinateur de bord.
Ambition France Transports
- 7 -
Optimisation des opérations logistiques
La vision du groupe de travail pour 2040
est celle d'une logistique sobre,
multimodale et connectée. Les
avantages de cette vision sont multiples
: une meilleure coordination et
utilisation des ressources améliorent
l'efficacité opérationnelle. Les gains
économiques et environnementaux
sont significatifs grâce à une gestion
optimale des ressources. Le bien-être
social est également renforcé par une
logistique durable. Enfin, une chaîne
logistique moderne et durable attire
talents et investisseurs, renforçant la
compétitivité de la filière. Pour
atteindre ces objectifs, plusieurs leviers
sont identifiés. Parmi eux, la
standardisation et le partage des
données, dans un cadre de confiance
reconnu par tous, permettent une
meilleure visibilité et une prise de
décision plus éclairée. Ils peuvent
faciliter la mutualisation des flux et
optimiser les capacités existantes. La
formation des différents acteurs enfin
est indispensable pour créer une culture
commune et accélérer la transition vers
cette nouvelle logistique.
24245 Dicom / Mobilités - Juillet 2025.
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