Municipales 2026 : quelles sont les intentions des maires sortants ?
Auteur moral
France. Ministère de l'aménagement du territoire et de la décentralisation
Auteur secondaire
Résumé
Cette enquête menée auprès de plus de 5 000 maires révèle que 42 % souhaitent se représenter en 2026, un chiffre stable. Elle met en lumière la fatigue, les pressions institutionnelles, et la solitude des élus, particulièrement dans les petites communes. Malgré les contraintes, l'attachement au territoire et la volonté d'être utile demeurent des moteurs puissants d'engagement.
Descripteur Urbamet
élection
;institution locale
;maire
Descripteur écoplanete
Thème
Actualité
Texte intégral
ÉTUDE
MUNICIPALES 2026
quelles sont les intentions
des maires sortants ?
LES PARTENAIRES DE L?ÉTUDE
À moins d?un an du prochain scrutin municipal, Martial Foucault,
professeur des universités à Sciences Po et chercheur au
CEVIPOF, a réalisé une vaste enquête auprès de plus de 5 000
maires en France. À travers celle-ci, il livre un instantané précieux
de leur état d?esprit.
Qui souhaite se représenter ? Qui envisage de passer la main ?
Et pourquoi ? Derrière ces intentions, se dessinent les fractures
silencieuses de la démocratie locale, entre lassitude, contraintes
budgétaires et rapport altéré aux citoyens.
Voici les principaux enseignements de cette enquête.
Dossier de presse
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Quelque 42 % de maires se déclarent prêts à se représenter
en mars 2026. Ce chiffre est conforme à celui observé
en octobre 2019 (48 % prêts à se représenter à cinq mois
du scrutin). Si beaucoup d?événements peuvent encore
changer la donne d?ici aux élections, ce taux de 42 %
témoigne de deux phénomènes :
1. En dépit de certains discours alarmistes, la vitalité de
la démocratie municipale n?est pas entamée malgré les
difficultés rencontrées au cours du mandat actuel (que
nous aborderons plus bas).
2. Les élus locaux font preuve d?un réel mérite civique face
à leurs responsabilités, quitte à y laisser un peu de leur
santé (physique et morale) et à s?époumoner sur la situation
budgétaire et sociétale.
À l?opposé, 28 % de maires sont fermement décidés à ne
pas se représenter en 2026 (même pourcentage observé il
y a 6 ans).
Enfin, un dernier groupe de maires que l?on qualifiera
d?indécis n?ont pas encore pris leur décision. 30 % des
maires interrogés sont concernés (contre 23 % en octobre
2019). Ceux qui hésitent encore invoquent un besoin de
recul : « J?attends de voir si je sens encore l?envie dans un an »,
confie un maire d?Occitanie. Pour d?autres, tout dépendra
du contexte local, des soutiens possibles, ou encore des
évolutions promises (mais pas toujours tenues) par l?État, en
particulier en matière de statut de l?élu local.
Loin d?un renoncement généralisé, ces chiffres témoignent
surtout d?un climat d?incertitude, accentué par les crises et
l?évolution du rôle même du maire.
Un taux de réengagement
conforme aux mandats précédents
Mairie de Pruillé © Arnaud Bouissou / Terra
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La taille de la commune : un facteur
structurant
Il ressort très nettement que l?intention de
se représenter est fortement corrélée à la
taille de la commune : 70 % des maires de
communes de + 9 000 habitants se déclarent
prêts à se représenter contre seulement 37 %
pour les communes de ? de 500 habitants.
Ce rapport de 1 à 2 se retrouve parmi les
maires souhaitant abandonner en 2026 (13 %
pour les grandes communes contre 30 % pour
les moins peuplées). Un écart significatif,
révélateur de moyens inégaux, de charges
administratives vécues comme écrasantes,
mais aussi d?un isolement plus pesant dans les
petites communes. Mais la taille de la commune
masque aussi un deuxième facteur discriminant
dans les choix des maires, à savoir celui de
l?ancienneté dans le mandat.
L?ancienneté dans le mandat : entre
fidélité et fatigue
Plus le nombre de mandats successifs
exercés est élevé, plus le souhait de ne pas se
représenter augmente. En toute logique, cette
ancienneté élective met en exergue un facteur
âge et une lassitude dans le rôle de maire, qui a
pu s?accélérer ces dernières années au regard de
facteurs contextuels qui seront abordés plus loin.
Après leur premier mandat, ils sont encore 46 %
à vouloir poursuivre, 38 % après un deuxième
mandat, et 36 % après trois mandats. Il n?en
reste pas moins que 35 % des maires ayant déjà
5 mandats à leur actif sont prêts à continuer à
servir leur commune.
La situation socio-professionnelle
Si aujourd?hui, près d?un maire sur deux est
retraité, il n?est pas certain que la même
sociologie se retrouvera en 2026. En effet,
l?enquête montre que, parmi les maires retraités,
seuls 33 % se déclarent prêts à continuer
Quelles sont les principales
différences entre ces trois groupes ?
contre 53 % pour les maires non-retraités. Ce
qui peut être perçu comme un futur signe de
rajeunissement de la fonction interroge sur la
capacité des citoyens actifs professionnellement
à prendre le relais de l?engagement municipal.
Compte tenu des contraintes fortes liées à la
conciliation d?une vie professionnelle et d?un
mandat de maire, le faible pourcentage de maires
retraités à vouloir continuer apparaît comme un
signal d?alerte.
Le facteur subjectif : quand l?humeur
dicte l?avenir
Comprendre le choix des maires de se
représenter ou non témoigne aussi d?une
dimension peu souvent étudiée, à savoir la
perception personnelle de leur propre situation.
Le bonheur personnel influe significativement
sur les choix politiques. Ainsi, en les interrogeant
sur le niveau de satisfaction de la vie menée,
on découvre que les maires « heureux » sont
presque trois fois plus nombreux à se déclarer
être candidat que les maires « malheureux ». Par
effet miroir, ces derniers sont 51 % à indiquer dès
aujourd?hui qu?ils ne seront pas candidats en
2026 (contre 26 % pour les maires « heureux »).
Si cette dimension subjective ne suffit pas à
elle seule à comprendre les intentions de ré-
engagement, elle traduit une difficulté qui
est avant tout personnelle et moins liée à la
condition institutionnelle liée à la fonction de
maire.
Dans le même esprit, quand on interroge les
maires sur leurs perspectives d?avenir, les plus
optimistes sont 47 % à vouloir se représenter
contre 26 % pour les plus pessimistes. Autre
résultat intéressant et sans surprise, le pessimisme
engendre davantage d?indécision (45 %) que de
renoncement (28 %). En résumé, plus les maires
voient l?avenir avec confiance, plus leur envie
de continuer est présente. Être maire, c?est aussi
un regard personnel sur sa capacité à porter un
projet collectif et se montrer résilient face aux
épreuves de la fonction.
Rappelons que ces intentions retracent l?état d?esprit des maires en mars 2025. Plusieurs
évènements peuvent concourir à modifier ces dispositions individuelles, qu?il s?agisse de
chocs extérieurs ou de tensions internes (à l?image de l?hiver 2018-2019 et du mouvement
des Gilets jaunes). Contrairement à l?idée selon laquelle toutes les municipalités seraient
soumises de manière uniforme à ces chocs, il est clair que la taille de la commune et son
insertion dans un bassin de vie affecte directement l?intention de ré-engagement des maires.
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Pressions institutionnelles, attentes
citoyennes
Le manque de ressources financières (17 %) et
l?exigence trop forte des citoyens (15 %) arrivent
en tête des motifs. L?absence de débat public
sur les ressources propres des communes (en
particulier depuis la suppression de la taxe
d?habitation sur les résidences principales) est
un grief qui agace nombre de maires malgré la
situation budgétaire nationale bien connue et
intégrée par eux. Ici, il est davantage question
d?un rendez-vous manqué entre la capacité
d?agir des maires (en lien avec des demandes
sociales croissantes) et le cadre financier leur
permettant d?agir. Concernant la trop forte
exigence des citoyens (74 % des maires en
partagent le constat), elle n?est pas nouvelle
mais a pris un tournant inédit au cours de ce
mandat en matière de violences à l?endroit des
élus. La première de ces violences concerne les
incivilités (61 % des maires interrogés déclarent
en avoir été victimes depuis 2020), suivies des
menaces verbales ou écrites (36 %), des insultes
et injures (33 %) et enfin des attaques sur les
réseaux sociaux (25 %). Ce climat de plus en
pesant semble se stabiliser après trois années
consécutives de hausse.
Une fatigue personnelle
Sur le terrain des causes personnelles, le sens
du devoir accompli (20 %) et le sentiment
d?insécurité personnelle et de surexposition face
aux comportements des citoyens (19 %) sont les
deux premiers motifs invoqués par les maires.
Le sens du devoir accompli s?accompagne
très souvent d?une question de longévité à la
tête de la mairie. Pour beaucoup de maires,
la décision de ne pas se représenter n?est pas
nécessairement liée à de l?amertume ou de la
rancoeur. Elle témoigne tantôt d?une forme de
lassitude, tantôt de l?envie de prendre du recul
par rapport à une fonction chronophage qui
laisse peu de repos et de tranquillité d?esprit.
En moyenne, les maires déclarent 32 heures
hebdomadaires dévolues à la fonction et 3
semaines de vacances par an.
Difficultés face à certains dossiers
De manière encore plus concrète, nous avons
interrogé les maires sur la nature des dossiers qui
leur semblent difficiles à traiter. Les centaines
de témoignages exprimant une réelle difficulté
à comprendre et assimiler l?inflation du cadre
réglementaire peuvent conduire nombre d?entre
eux à s?interroger sur le sens de leur action. Maire
technicien ou maire politique ? Ou encore maire
de dossier ou maire au contact des citoyens ?
Si l?un ne devrait pas être l?opposé de l?autre,
il s?avère que les dossiers jugés les plus ardus
touchent aux questions d?urbanisme, de sécurité
et d?aménagement de l?espace. Ce sont ceux
qui ont un volet juridique parfois complexe et
variable au cours du temps. En revanche, et de
loin devant nombre de champs d?intervention,
répondre aux demandes et formalités
administratives des citoyens apparaît comme la
tâche la plus facile à gérer, celle qui est d?usage
routinier et qui procure aux maires un sentiment
d?utilité.
Le cercle municipal, premier soutien
Derrière ces chiffres se pose la question des
soutiens dont les maires peuvent disposer
en cas de difficultés. En priorité, les maires
déclarent à 32 % faire appel à leur secrétaire
de mairie (ou directeur général des services
pour les plus grandes communes), à un ou
plusieurs de leurs adjoints (29 %) et à certains
des conseillers municipaux (13 %). Sans surprise,
les maires privilégient leur premier cercle de
travail et de confiance, loin devant des formes
plus institutionnalisées de soutien (préfecture,
sous-préfecture, agences de l?État, associations
d?élus locaux). Pour certains maires interrogés,
le manque de formation est également pointé
du doigt tout en reconnaissant qu?ils ne
disposeraient pas nécessairement du temps
indispensable au suivi de telles formations.
Les raisons
du renoncement et de l?indécision
Pour quelles raisons 59 % des maires interrogés sont-ils partagés entre le
renoncement et l?indécision ? Il apparaît une grande variété de causes
que nous pouvons distinguer entre raisons institutionnelles et raisons
personnelles.
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Parmi les activités que les maires ont
spontanément déclarées comme des moments
positifs de leur fonction, citons les cérémonies
(84 %), les inaugurations (77 %), les rencontres
informelles avec les citoyens (75 %), le conseil
municipal (70 %). Moins appréciées, les réunions
avec les services de l?État (59%) et les réunions
publiques (51 %) atteignent toutefois un niveau
important de satisfaction. Cet état d?esprit
contrevient à l?idée selon laquelle les maires
mettraient en avant seulement ce qui contrarie
ou empêche leur action quotidienne. Au nom
d?un engagement civique, ils perpétuent la
volonté d?être au service de la communauté
et de se rendre utiles. C?est l?un des principaux
ressorts de l?engagement ou du ré-engagement :
« être utile », « faire oeuvre d?intérêt général »,
« être un bon citoyen ».
La fonction de maire use. Elle souffre également
d?un déficit de reconnaissance pour les raisons
évoquées plus haut. Malgré cela, les intentions
des maires sortants vis-à-vis du scrutin de 2026
laissent augurer un niveau de ré-engagement
semblable à celui de 2020. Pour mémoire, en
2014 et 2020, 60 % des maires candidats ont
été réélus et 40 % de nouveaux maires ont pris
place dans les conseillers municipaux.
Malgré tout l?envie de servir
et d?être utile demeure
Nombre % Sortants
battus ou
non candi-
dats
% Sortants
réélus
25 041 39,8 60,2
6 779 43,9 56,1
961 41,1 58,9
1 053 39,0 61,0
857 35,0 65,0
302 30,5 69,5
34 993 40,4 59,6
Mairie de Mazières-en-Gâtine © Arnaud Bouissou / Terra
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Conclusion
Faire cohésion : un puissant leitmotiv
Le tableau dépeint par cette enquête n?est
ni sombre, ni alarmant : il est juste réaliste. Il
correspond aux transformations de la société
française et à l?engagement des équipes
municipales pour y faire face et garantir la
cohésion, malgré des moyens matériels de
plus en plus limités. Certains maires gardent
la foi quand d?autres, portés par un cumul
de lassitude, de solitude, et d?un sentiment
d?abandon face à une fonction de plus en plus
complexe, se désengagent silencieusement.
Ce sont d?abord les maires des petites
communes ? celles de moins de 500 habitants
? qui apparaissent les plus réticents à briguer
un nouveau mandat. Leur quotidien, souvent
éloigné des centres de décision, les confronte
à des injonctions paradoxales : être à la
fois gestionnaire, animateur de territoire,
manager, employeur, interface avec l?État, et
en présence constante pour les administrés.
« Je ne compte plus les heures. Entre les
appels le soir, les urgences du quotidien et les
exigences réglementaires, je n?ai plus de vie
personnelle », témoigne un maire de l?Allier,
interrogé dans le cadre de l?enquête. Pour
beaucoup, l?engagement municipal est devenu
un sacerdoce, pour lequel la reconnaissance fait
souvent défaut.
Un attachement qui subsiste,
mais se fissure
Et pourtant, le lien au territoire reste fort.
La très grande majorité des maires résident
dans leur commune, y ont grandi, y sont
ancrés depuis longtemps. Leur attachement
à la population, à l?histoire locale, à l?action
concrète sur le terrain, demeure un moteur
puissant. Mais pour beaucoup, ce moteur
tourne parfois à vide. À l?heure où la vie
politique nationale se polarise, notre
enquête rappelle que la démocratie vit aussi
à l?échelle des villages, dans les salles des
fêtes et les permanences sans secrétaire ou à
temps partiel. Et que si les maires venaient à
déserter massivement leurs fonctions, c?est
tout un pan du pacte républicain qui pourrait
définitivement vaciller?
La démocratie municipale n?est pas en danger et reste un rouage essentiel du lien entre
représentants et représentés. La forte confiance des Français à l?endroit de leur maire
(70 % en novembre 2024, enquête Fractures Françaises) depuis une quinzaine d?années est
le socle de la vitalité démocratique locale. Mais elle reste fragile et repose avant tout sur la
proximité incarnée par les maires et globalement sur une éthique de la fonction à travers
l?exemplarité perçue par les citoyens. La contrepartie de cette bonne appréciation est
l?exigence renforcée des administrés avec des accès de violence qui pèsent sur le moral des
maires (en raison de la nature des incivilités et de la solitude pour y répondre) et la montée
des attentes sociales qui dépassent largement le champ de compétences des maires.
Mairie de Kerien © Arnaud Bouissou / Terra
Envoyée à 34 690 maires entre le 3 et 31 mars
2025, l?enquête a été administrée en ligne via
la plateforme Sphinx.
D?une durée de 12 minutes, l?enquête a recueilli
5 266 réponses (soit un taux de réponse de
15,2 %). La représentativité de l?échantillon
est garantie pour toutes les communes de ?
de 9 000 habitants et plus faible pour les
communes au-dessus de 9 000 habitants.
CONTACT CHERCHEUR
Martial Foucault :
martial.foucault@sciencespo.fr
07 79 82 88 44
CONTACT PRESSE
presse@territoires.gouv.fr
01 40 81 98 86
Méthodologie
Mairie de Lanloup © Arnaud Bouissou / Terra
8
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