Ports (les) et l'éolien offshore : Réflexions sur l'adaptation du système portuaire métropolitain au développement de l'éolien en mer (notamment flottant)
Auteur moral
France. Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer
Auteur secondaire
Résumé
Ce rapport de 2025 explore l'adaptation des ports français au développement de l'éolien offshore, notamment flottant. Il analyse les défis à surmonter, comme le manque de foncier, les investissements nécessaires et la concurrence internationale. Il propose des stratégies pour optimiser le positionnement des ports dans la chaîne de valeur, sécuriser les financements et anticiper les besoins industriels liés à la transition énergétique.
Descripteur Urbamet
port
;énergie éolienne
;transition énergétique
Descripteur écoplanete
Thème
Maritime
Texte intégral
0
DGITM
avec la contribution de la DGEC et de la DGE
Les ports et
l?éolien offshore
Réflexions sur l?adaptation du
système portuaire métropolitain
au développement de l?éolien en
mer (notamment flottant)
2025
© Imagine Créations - GPMLR
1
Sommaire
Introduction
L?éolien, un pilier de l?approvisionnement énergétique 2
Les ports sont les territoires de la décarbonation 2
L?éolien, une opportunité unique pour les ports 3
Un contexte de raréfaction attendue du foncier portuaire 3
Une accélération et un changement d?échelle nécessaires 3
Partie 1 : Quel(s) positionnement(s) pour les ports dans la chaine de valeur
de l?éolien ?
1- L?éolien flottant : une opportunité unique et des risques à lever 5
2- Hypothèses sur des mesures concrètes à adopter 7
3- Considérations sur le modèle économique portuaire 13
4- Positionnement des ports dans la chaîne de valeur de l?éolien flottant : analyse des
forces et faiblesses 16
Partie 2 : Quelle(s) trajectoire(s) de développement pour l?éolien offshore
en France ?
1- Projets installés, en cours de développement ou d?attribution 21
2- Une accélération du développement de l?éolien à l?horizon 2050 22
3- Illustration des besoins industriels 24
4- Une adaptation nécessaire des infrastructures portuaires 33
5- Hypothèses de développement de l?éolien flottant en Europe, risques et opportunités 34
Conclusion 38
2
Introduction
L?éolien, un pilier de l?approvisionnement énergétique
L?accélération significative du développement des énergies renouvelables est nécessaire
pour faire face à l?augmentation à venir de la consommation d?électricité tout en
diminuant nos émissions.
La Commission européenne s?est ainsi fixée l?objectif de 42.5% d?énergies renouvelables
dans le mix énergétique global en 2030.
Les énergies renouvelables sont une opportunité de relocalisation de notre production
d?énergie, en valorisant les ressources locales tout en réduisant le déficit de la balance
commerciale lié aux importations d?énergie notamment fossile qui pourrait ainsi
diminuer de 60 % d?ici 2035.
L?étude « Futurs énergétiques 2050 » produite par RTE confirme la complémentarité des
différents moyens de productions nucléaires et renouvelables et place l?éolien en mer à
un niveau de déploiement qui pourrait se situer entre 22 et 62 GW. Ainsi, le projet de
stratégie française énergie-climat prévoit la mise en service de 45 GW à l?horizon 2050.
Pour atteindre cet objectif, les ministres de la transition écologique, de la mer et de
l?industrie ont notamment signé un pacte1 avec la filière, prévoyant l?attribution de 2 GW
d?éolien en mer par an à partir de 2025 avec un objectif intermédiaire de 18 GW en
service en 2035. La filière s?est quant à elle engagée à atteindre l?objectif de 20 000
emplois éoliens en mer en 2035 et de 40 milliards d?euros d?investissement d?ici à cette
même date ainsi qu?un taux de contenu local d?au-moins 50 % sur ces projets.
Les ports sont les territoires privilégiés de la décarbonation
Les ports maritimes et fluviaux ont été, à l?après-guerre, le lieu d?implantation de
l?industrie lourde (raffineries, pétrochimie, sidérurgie) nécessaire à la reconstruction. Ils
sont pour les années à venir des lieux privilégiés d?implantations d?activités liées aux
nouvelles énergies pour la décarbonation de l?économie et des actifs essentiels au
renforcement de la souveraineté énergétique et industrielle de la France.
La décarbonation des activités industrialo-portuaires constitue un changement majeur
dans le modèle économique des ports.
1 https://www.eoliennesenmer.fr/sites/eoliennesenmer/files/fichiers/2022/03/2022.03.14_pacte-eolien-mer.pdf
3
L?éolien représente une opportunité unique pour les ports
La France est bien positionnée sur le marché à fort potentiel de l?éolien flottant, qui
représente un enjeu stratégique fort pour les ports notamment comme relais de
croissance pour faire face à la baisse des trafics d?hydrocarbures.
La filière de l?éolien flottant est aujourd?hui entrée en phase commerciale avec
l?attribution d?un parc éolien flottant (AO5) au Sud de la Bretagne, et plus récemment de
deux en Méditerranée (AO6) et la France dispose d?un écosystème qu?il convient
d?accompagner dans sa structuration en filière compétitive.
Un contexte de raréfaction attendue du foncier portuaire
L?engagement des ports dans l?éolien se fait en parallèle d?une accélération de leurs
investissements dans la décarbonation sur d?autres segments de leurs activités (par
exemple, l?accueil d?industries vertes ou la production de carburants alternatifs)
mobilisant très fortement leur capacité d?autofinancement sur un pas de temps court.
Enfin, il convient de signaler que ces investissements doivent être réalisés dans un
contexte de raréfaction du foncier industriel, notamment dans les ports, avec l?objectif
du zéro artificialisation nette (ZAN) en 2050. Le foncier dédié à l?éolien représente donc
un enjeu fort qu?il convient de sécuriser.
Une accélération et un changement d?échelle sont nécessaires
Le système portuaire français est organisé aujourd?hui pour des projets flottants de
petites dimensions et pour de l?éolien posé mobilisant moins d?infrastructures portuaires
que l?éolien flottant.
Compte tenu du changement d?échelle et de technologie nécessaire, la réponse portuaire
doit s?envisager de manière robuste et globale. Un seul port ne pourra en effet répondre
à lui seul à l?ensemble des besoins et les investissements doivent donc être envisagés de
manière coordonnée, dans une logique de synergie, de complémentarité et de fiabilité
de la réponse aux besoins industriels.
L?enjeu est de capter la plus grande partie de de la chaîne de valeur sur le territoire
national et de sécuriser les chaines d?approvisionnement.
Enfin, au-delà du marché national, des opportunités seront à saisir pour les ports français
pour les parcs éoliens à venir en Europe, notamment en Méditerranée et en mer Celtique
et sans doute également en Mer du Nord.
4
Dans ce contexte, le défi est triple pour les ports :
- être prêt dans les délais requis pour le déploiement des futurs parcs éoliens français, en
avance de phase face à une potentielle concurrence étrangère, tout en préservant
l?opportunité de se positionner à l'export sur le marché européen ;
- proposer une offre de services aux futurs industriels fiable, flexible et compétitive ;
- assurer la soutenabilité financière des projets portuaires, en investissement comme en
exploitation.
Relever ces défis conduit à s?interroger tout d?abord sur le ou les positionnements
possibles des ports dans la chaine de valeur de l?éolien flottant, puis à les mettre en
perspective au regard des trajectoires de développement de l?éolien offshore en France.
5
Partie 1 : Quel(s) positionnement(s) pour
les ports dans la chaine de valeur de
l?éolien ?
L?éolien flottant : une opportunité unique et des risques à lever
L?éolien en mer posé comme flottant suscite un fort intérêt portuaire comme l?ont
démontré les réponses de 8 ports ou consortia de ports à l?Appel à manifestation
d?intérêt France 2030 (ADEME - 2022) et l?attention portée au lancement le 8 mars 2024
de l?Appel à projets pour l?adaptation des infrastructures portuaires métropolitaines pour
l?industrie de l?éolien flottant dont la clôture a eu lieu le 31 janvier 2025.
La concrétisation des ambitions françaises, européennes et plus largement
internationales qui nécessite une très forte accélération des opérations de déploiement
des champs éoliens dans la décennie à venir est en grande partie conditionnée par la
disponibilité de capacités portuaires adaptées.
On peut identifier un certain nombre de freins parmi lesquels on peut citer :
- le manque de visibilité sur la demande de la filière vis-à-vis des ports malgré des
ambitions générales affirmées ;
- la difficulté à construire un modèle économique soutenable pour les ports du fait des
niveaux d?investissements nécessaires à mettre en face de niveaux de revenus qui restent
incertains à ce stade, potentiellement irréguliers (saisonnalité d?installation, succession
des projets dans le temps, désignation des lauréats par appels d?offres sans connexion
directe avec des sites portuaires pré-identifiés?) voire limités (recours à des capacités
portuaires ou industrielles non locales) ;
- le risque de surinvestissement dans les capacités portuaires ou de choix technologique
non pertinent (marché émergent non mature sur les technologies de flotteurs
notamment) ;
- la qualité et la disponibilité des dessertes maritimes et terrestres nécessaires à
l?approvisionnement des ports pour ces trafics spécifiques représente un verrou connexe
à l?adaptation des infrastructures portuaires ;
- la raréfaction du foncier portuaire. En effet, la réindustrialisation verte en cours
notamment dans les ports dans le contexte de la mise place du Zéro Artificialisation Net
6
pourrait conduire à mettre en concurrence les projets d?infrastructure pour l?éoliens avec
d?autres projets portuaires potentiellement moins risqués financièrement ;
- Au-delà du foncier, il existe des enjeux sociaux et opérationnels notamment liés au
maintien (coactivités) et au développement d?autres trafics ;
- Les questions d?acceptabilité, visuelle notamment, peuvent également représenter un
frein au développement de cette filière.
Compte tenu des freins identifiés, un soutien financier, politique et réglementaire
spécifique apparaît nécessaire.
L?enveloppe France 2030 de l?appel à projets ports alloués à l?adaptation des
infrastructures portuaires ne permettra pas, à elle-seule, la mise à niveau requise du
système portuaire français pour atteindre les objectifs annoncés. Elle permet néanmoins
d?accélérer la mise en ordre de marche des ports et pourrait servir de fonds d?amorçage
pour les projets qui démarrent ou d?aide au bouclage financier pour les projets qui sont
les plus avancés.
Le soutien des autorités portuaires régionales au financement des modèles économiques
et financiers des ports, la recherche de subventions complémentaires notamment
européennes, le recours aux prêts bancaires ou encore la recherche de partenariats
publics/privés nécessitent de disposer d?une visibilité sur les attributions des parcs à venir
(géographiquement mais également du point de vue du rythme de déploiement) et le
niveau de sécurisation du contenu local.
En mai 2024, le consortium Pennavel composé d'Elicio et de BayWa r.e. a été désigné
lauréat de l?Appel d?offres pour le 1er parc éolien flottant commercial au Sud de la
Bretagne (AO5) pour une puissance de 250 MW et pour un prix fixé à 86,45 ¤/MWh2. En
décembre 2024, les consortium Ocean Winds ? Banque des Territoires et EDF
Renouvelables ? Mapple Power ont respectivement remporté l?appel d?offres
méditerranéen pour les projets de 250 MW Narbonnaise 1 et Golfe de Fos 1 (AO6), pour
des prix fixés à 92,70¤/MWh et 85,90¤/MWh.
Parallèlement le groupe asiatique Blue Ocean Wind (BOW) vient d?annoncer un
investissement d?un milliard de dollars dans l'éolien flottant pour construire six navires
2 A titre de comparaison, l'appel d'offre n°6 AR6 au UK a été attribué début septembre 2024 à un tarif de 229¤/MWh raccordement compris
7
transporteurs de flotteurs acier permettant de servir le marché mondial et en particulier
européen3.
Cette concurrence directe fait peser un risque sur le marché européen et français de
l?éolien flottant.
Face à ses freins et ses risques, une cohérence d?ensemble est nécessaire via notamment
une triple planification de l?éolien en mer :
- planification géographique et temporelle ;
- planification de l?adaptation des infrastructures portuaires ;
- planification des infrastructures électriques de raccordement.
Parallèlement, l?ambition de création de valeur en France nécessite d?une part, un
soutien à la création d?une offre industrielle française, via des dispositifs comme le crédit
d?impôt investissements industrie verte et à travers la prise en compte de considérations
environnementales, de cybersécurité et de résilience dans les appels d?offres et d?autre
part, le développement de la formation et des compétences
Les besoins des industriels rejoignent ceux des ports avec des enjeux de visibilité en
volume et en rythme, de simplification administrative et de niveau de financement.
Hypothèses sur des mesures concrètes à adopter
Définir un plan de financement adapté
La recherche d?un modèle économique soutenable sur les segments portuaires dédiés à
l?éolien flottant encore peu matures (filière émergente devant encore gagner en maturité
technologique et soumise à des risques forts), conduit à rechercher des modèles de
financement nouveaux permettant au système portuaire d?être au rendez-vous du
rythme annoncé pour le déploiement des futurs parcs.
Compte tenu du changement d?échelle et de technologie nécessaire à l?atteinte des
objectifs de déploiement, la réponse portuaire doit s?envisager de manière robuste et
globale.
3 https://www.rechargenews.com/wind/chinese-group-targets-global-floating-wind-with-billion-dollar-vessel-investment/2-1-1644241
8
L?enjeu est de capter la plus grande partie possible de la chaîne de valeur sur le territoire
national et de sécuriser les chaines d?approvisionnement.
Enfin, au-delà du marché français, des opportunités pourraient être saisies par les ports
français pour les parcs éoliens à venir en Europe, notamment en Méditerranée (zones
propices au développement de l?éolien flottant identifiées au large de la Catalogne et des
îles Baléares, nombreux projets en développement en Italie) et en mer Celtique (l?Irlande
et le Royaume-Uni ont des objectifs ambitieux d?éolien flottant dans cette zone) par
exemple.
Il est aussi important de noter que les ports de la façade Atlantique-Manche seront
mobilisés sur de nombreux projets posés entre 2031 et 2040 et qu?il est important de
bien dimensionner l?offre portuaire dans son ensemble pour que des adaptations des
ports pour l?éolien flottant ne mettent pas en péril les projets posés.
Des critères multiples sont à prendre en compte quant à l?identification des ports dont
l?adaptation est requise pour atteindre le premier objectif de 18GW en service en 2035 :
- géographique : par rapport au positionnement attendu des champs et des capacités RTE
de connexion au réseau ;
- temporel : les capacités des ports de la Manche pourraient être saturées sur le
déploiement de projets d?éoliennes posées sur la décennie 2030 et peut-être même au-
delà de 2040.
- environnementale : la capacité des ports à mener les premiers investissements
nécessaires pour répondre aux besoins des premiers parcs flottants est fortement
dépendante de la maturité environnementale des projets (débat public, attribution,
instruction de l?autorisation, enquête publique, délivrance autorisation
environnementale et éventuel recours administratif...) ;
- industrielle : stratégie par façade avec complémentarité des projets avec l?écosystème
industriel en place ou pressenti ;
- ressources en main d?oeuvre et en compétences ;
- crédibilité : ports ayant acquis une compétence sur le posé ou les démonstrateurs
flottants ;
9
Des investissements conséquents ont déjà été réalisés dans certains ports4. Cependant,
en prenant en compte les cartes des zones prioritaires et les objectifs aux horizons 10 ans
et 2050, il reste un besoin de financement massif pour adapter le système portuaire
métropolitain.
Visibilité et planification
La décision interministérielle actant les zones prioritaires pour le développement de
l?éolien en mer à horizon 10 ans et 2050 a été signée le 17 octobre 2024. Le consortium
lauréat de l?AO5 a d?ores et déjà annoncé publiquement que le projet Pennavel serait
développé en concertation avec la chaine de valeur industrielle et notamment les ports
de la façade, afin de maximiser l?impact économique et les emplois locaux.
Dans le cahier des charges de l?AO6, une date butoir de choix des ports pour l?assemblage
final et l?intégration est imposée au lauréat, sous peine de pénalités (la plus tardive des
deux dates : 42 mois après la notification du lauréat ou 6 mois après l?autorisation
accordée au producteur).
Le volume des appels d'offres et l'échelonnement dans le temps de leur mise en oeuvre
est un point clé pour les investissements portuaires. En effet, et notamment pour l?éolien
flottant, le montant des CAPEX à engager nécessiterait probablement de prévoir un
cadencement des mises en service associées à chaque port, afin de sécuriser à la fois les
investissements du projet, le volet autorisations et la rentabilisation des investissements
portuaires qui pourraient ainsi être étalés de manière sécurisée sur une dizaine d'années.
S?il existe un risque clair de défaut de coordination entre ports d?une même façade, il est
également nécessaire de prendre en compte les temporalités propres à chaque façade.
En effet, la temporalité des projets posés en Manche semble renvoyer à un horizon post-
2040 la contribution des ports de cette façade à l?éolien flottant. Or la décennie 2030
verra probablement la filière s?organiser sur l?Atlantique et sur la Méditerranée. Dans ces
conditions, l?émergence d?un nouveau pôle éolien flottant en Manche ne semble pas
acquise malgré des atouts avérés (existence d?une filière pour l?éolien offshore, zone de
chalandise des zones prioritaires identifiées en sortie du débat public, positionnement
4 Notamment plusieurs ports décentralisés avec le soutien de leurs régions respectives. Ces ports ont anticipé les besoins de l?éolien flottant. C?est par exemple le cas de Brest,
pour lequel la Région Bretagne a décidé d?investir dès 2013 dans le cadre d?un plan de développement tourné vers les énergies marines renouvelables. C?est également le cas
de Port La Nouvelle qui a investi massivement dans les EMR ou encore de Cherbourg.
10
des champs en Bretagne Nord, proximité pour les opportunités de marchés dans le nord
de l?Europe?).
Sécurisation du contenu local
Si les règles européennes interdisent aujourd?hui l?utilisation de critère discriminant sur
le plan géographique, le Net Zero Industry Act européen (adopté le 27 mai 2024)
représente une opportunité pour la mise en place de critère hors-prix plus ambitieux. Ce
règlement vise d?une part à rendre plus homogène la prise en compte des considérations
de durabilité, de cybersécurité et de normes sociales dans les dispositifs de soutien public
au déploiement des EnR au sein de l?Union européenne et, d?autre part, à renforcer la
résilience de la filière européenne de l?éolien en mer.
Les cahiers des charges des procédures de mise en concurrence viseront à faciliter
l?intégration socio-économique des projets. Les procédures de mise en concurrence
intégreront, lorsque cela est jugé pertinent, les possibilités ouvertes par le NZIA,
notamment en matière de résilience des approvisionnements, de cybersécurité, de
normes sociales ou encore d?impact environnemental.
D?une manière générale, l?intégration de critères hors-prix est à rechercher autant que
possible et en conformité avec le droit européen afin de mettre en valeur les avantages
de l?industrie française et soutenir le développement de la filière industrielle.
Sécurisation du foncier portuaire
Dans la chaine de valeur de l?éolien flottant c?est la fabrication, l?assemblage et le
stockage des flotteurs qui semble particulièrement dimensionnant pour la mise à niveau
des infrastructures portuaires. Le besoin de linéaire de quai pour réaliser des opérations
d?intégration est également à sécuriser ainsi que des zones de stockage de flotteurs
(maintien des cadences), d?éoliennes intégrées et les accès nautiques correspondants.
Une cartographie et une planification de la vocation du foncier portuaire disponible,
prenant en compte et identifiant les ressources nécessaires à l?éolien flottant aux
horizons 2035 et 2050 (en cohérence avec la planification énergétique) pourrait être
réalisée afin de donner une visibilité aux développeurs dans le contexte de la
réindustrialisation verte et du ZAN.
Dans ce contexte, la sécurisation de foncier portuaire pour les activités liées à l?éolien en
mer revêt un enjeu particulier pour les ports.
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Besoins en main d?oeuvre
Des besoins en main d?oeuvre sont également identifiés dans les régions qui accueilleront
des activités portuaires et industrielles nécessaires au développement de l?éolien
flottant.
L?appel à manifestation d?intérêt Compétences et métiers d?avenir (AMI CMA), déjà
adapté pour les filières industrielles des énergies renouvelables, pourrait servir de
vecteur pour les acteurs portuaires qui souhaitent ouvrir des dispositifs de formation
dédiés.
En ce qui concerne l?AO5, le projet éolien commercial est prévu pour 4,5 millions d?heures
de travail pendant la phase de construction et plus de 30 emplois permanents
(maintenance) durant l?exploitation du champ.
Incitations financières :
Le crédit d?impôt investissements dans l?industrie verte (C3IV), introduit dans la loi de
finances 2024, permet d?accompagner les investissements des industriels en
complément de ceux des ports. Il permet de couvrir une partie de l?investissement
(CAPEX) des acteurs industriels, notamment pour la mise en place d?usine d?assemblages
de flotteurs ou de fabrication de sous-composants dédiés.
D?autres voies de cofinancements seraient à explorer, par exemple en recherchant la
mise en oeuvre d?un dispositif pluriannuel, d?un système d?avances remboursables, d?une
garantie de l?Etat ou encore par exemple l?utilisation de fonds européens comme le Fonds
pour l?Innovation ou le Fonds de développement régional (FEDER).
Raccordement au réseau électrique
La planification des futurs parcs éoliens en mer conduit RTE à définir des priorités de
disponibilités de raccordement et les aménagements du réseau à prévoir. La cohérence
entre le site d?atterrage, la capacité de raccordement et la position du champ éolien est
un prérequis nécessaire à l?installation des futurs champs éoliens.
Selon son Schéma décennal de développement du réseau, RTE consacre plus de 10% de
son budget d'investissement en 2024 à la réalisation des raccordements pour les parcs
éoliens en mer, soit 258,3 millions d'euros.
RTE, les Chantiers de l'Atlantique et Hitachi Energy ont annoncé un contrat de 4,5
milliards d'euros pour construire des sous-stations électriques destinées à équiper les
futurs parcs éoliens de Normandie (Centre Manche 1 & 2) et d'Oléron.
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Ces plateformes (courant continu) permettront de transporter l?électricité sur de plus
grandes distances qu?en courant alternatif. Les pertes électriques seront réduites ainsi
que le linéaire de câbles requis. Les Chantiers de l'Atlantique vont doubler leur capacité
de production et investir plus de 100 millions d'euros5 dans ce projet.
Il est à noter que les infrastructures portuaires pourront également s?avérer
indispensables pour fiabiliser la fabrication des sous-stations électriques.
Simplification des procédures
Les délais pour l'obtention des autorisations et la complexité des procédures
administratives peuvent entraîner des retards et des surcoûts dans le déploiement des
parcs éolien en mer.
Plusieurs évolutions réglementaires ont déjà eu lieu pour réduire notamment les délais
de contentieux sur les projets éoliens et pour les infrastructures portuaires nécessaires
au déploiement de l?éolien en mer.
Une évolution de droit visant à raccourcir les délais de recours des projets
d?infrastructures portuaires liées à l?éolien en mer pourraient constituer un levier
potentiellement intéressant à expertiser.
Enjeux militaires, aéronautiques et paysagers
Les contraintes liées à la présence d?un port militaire sont à prendre en considération
dans le développement de la filière. Un travail est à construire sur ce point. Un
rapprochement et une coopération pourraient s?avérer nécessaires afin de permettre la
réalisation de projets éoliens dans certaines zones maritimes stratégiques. Certains ports
comme Toulon, Brest ou Cherbourg sont des ports clés pour l?expérimentation et
l?évaluation des impacts potentiels du développement de la filière sur les activités
militaires.
Les servitudes aéronautiques semblent quant à elles particulièrement critiques en phase
d?intégration des éoliennes du fait de la très grande hauteur de ces structures. Un travail
est à approfondir avec la Direction générale de l?aviation civile (DGAC) sur le sujet.
5 https://www.lejournaldesentreprises.com/article/eolien-en-mer-un-contrat-45-milliards-deuros-entre-rte-les-
chantiers-de-latlantique-et-hitachi-2095325
13
Enfin, les ports devront prendre en compte les particularités paysagères de ces nouvelles
activités portuaires.
Un ensemble de freins et d?hypothèses sont à prendre en compte afin d?abaisser le
niveau de risques pesant sur les ports et sécuriser ainsi leurs décisions d?investissements
dans l?adaptation des infrastructures portuaires pour l?éolien flottant. La définition d?un
niveau de risque acceptable est essentielle pour que les ports puissent concevoir un
modèle économique soutenable.
Considérations sur le modèle économique portuaire
L?accueil de ces activités nouvelles, dont les paramètres techniques et les critères de
performance ont peu en commun avec les activités traditionnelles de manutention de
marchandises par les terminaux des ports de commerce, peut répondre à plusieurs
objectifs économiques cumulatifs, tels que :
- Le développement d?une activité et d?un revenu de substitution, total ou partiel, à
la diminution voire à la disparition des activités liées à l?importation d?énergies
fossiles ;
- La mise en place d?une filière territorialisée attractive en termes de création de
valeur et d?emplois qualifiés en rapport avec la mer ;
- Le renforcement d?un écosystème industriel préexistant et/ou l?accueil de ses
mutations.
Au-delà de l?affirmation qu?il s?agit de développer des « relais de croissance », l?annonce
par les ports d?objectifs économiques précis conditionne la structuration du modèle
économique qui pourra être proposé pour chacun d?entre eux.
Sans entrer dans le détail de l?élaboration précise de tel ou tel modèle économique
particulier, les facteurs qui suivent devraient avoir chacun une incidence structurante
pour la construction d?un projet portuaire soutenable économiquement :
? Les hypothèses sur la demande future pour l'énergie éolienne posée et flottante,
et le volume attendu de projets qui seront développés dans la région desservie par
le port ;
? Les hypothèses sur la possibilité d'établir des collaborations et des partenariats
avec les autres ports, avec les développeurs de parcs éoliens, les fabricants de
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turbines et de fondations, et d'autres acteurs de l'industrie pour maximiser
l'utilisation du port ;
? Les hypothèses sur les capacités techniques du port à développer des
infrastructures spécifiques pour l'éolien flottant ou posé, notamment des espaces
de stockage des composants, des quais adaptés aux navires spécialisés, aux
flotteurs de divers gabarits ou aux navires de transport de colis lourds et des zones
d?intégration de turbines ou d'assemblage de flotteurs, en prenant en compte les
possibilités d?évolution de ces installations qui pourront nécessiter des
modernisations ;
? Les hypothèses sur les investissements initiaux nécessaires pour adapter le port
aux besoins de l'éolien flottant ou posé, incluant les coûts de construction et/ou
de modernisation des installations préexistantes ;
? Les hypothèses sur la disponibilité de subventions, d'incitations fiscales ou d'autres
formes de soutien public visant à développer les activités portuaires liées à l'éolien
flottant ou posé (comme les crédits d?impôts sur les investissements industriels),
qui créeront ou renforceront des capacités de production sur les sites portuaires ;
? Les hypothèses sur les coûts d?exploitation et de maintenance associés aux
activités portuaires liées à l'éolien flottant ou posé, y compris les coûts liés à la
manutention, au stockage des composants et à l?activité de maintenance des
champs ;
? Les capacités du port à facturer les services portuaires, tant pour l?accueil des
navires que des flotteurs (nus ou intégrés) mais également pour celui des activités
industrielles de stockage, de production, d?assemblage, d?intégration et tous les
services logistiques associés.
Les pratiques de tarification observées sur l?éolien posé restent essentiellement fondées
sur les deux piliers classiques que constituent les droits de port et les revenus domaniaux.
Néanmoins, dans certains ports où les terminaux éoliens sont opérés en régie, des
recettes d?outillage sont également perçues et sont nécessaires à l?amortissement des
moyens de levage mis en oeuvre.
La gestion du domaine public portuaire, qui pourrait être adaptée (par exemple, par
l?expérimentation d?AOT courtes6, à définir en fonction du séquencement et de la
6 En prenant en compte l?amortissement des investissements
15
succession des projets incluant les phases de mobilisation et démobilisation des chantiers
successifs), sera possiblement l?un des piliers du modèle économique de l?éolien flottant.
Il n?en reste pas moins qu?une visibilité de long terme est nécessaire pour assurer un taux
d?utilisation optimum des infrastructures portuaires. La visibilité sur le choix des ports
envisagés par les développeurs ainsi que leur durée d?utilisation devraient être acquises
dès les réponses aux appels d?offres ou très rapidement après la désignation du lauréat.
La raréfaction du foncier portuaire devrait en renchérir mécaniquement le coût, générant
ainsi des gains permettant de soutenir les investissements d?adaptation des
infrastructures portuaires à condition qu?il n?atteigne pas un niveau qui constituerait de
fait un frein à l?installation des industriels par rapport à la concurrence étrangère.
Une discussion sur le niveau de redevance domaniale au niveau national pourrait être
envisagée, de même que sur l?avenir des équipements déployés (restent-ils sur le port ou
sont-ils à démanteler à l?issue de chaque chantier ?) ou sur la présence ultérieure de
services de maintenance. Ces travaux pourraient permettre de donner une visibilité
supplémentaire aux ports sur les recettes, donc sur la capacité à investir pour accueillir
l?activité.
S?agissant d?activités industrielles nouvelles, dont les paramètres de performance sont
bien différents de ceux de la manutention portuaire classique, de nouvelles approches
pourraient également être envisagées.
Dans des conditions encadrées par le code des transports, les ports peuvent prendre des
participations dans des entités de droit privé dont les activités concourent notamment
au développement des activités portuaires, ce qui est le cas de l?éolien en mer.
Le périmètre d?un tel partenariat public ? privé peut représenter un « paquet » de
services logistiques et portuaires relativement standardisé, reproductible, afin de donner
de la visibilité aux acteurs de la filière et notamment aux développeurs qui devraient
utiliser les ressources portuaires à tour de rôle, au fur et à mesure des attributions de
champs éoliens suite aux appels d?offres.
Cette approche est génératrice de gains mais entrainerait également un transfert de
risques sur le port, tout en engageant directement sa crédibilité (contexte social, capacité
à tenir les délais, enjeu de compétence).
Dans la recherche d?un modèle économique soutenable, les choix d?investissements des
ports devront pouvoir s?appuyer pour l?éolien sur des taux de rentabilité interne (TRI) et
de valeur nette actualisée (VAN) dont les niveaux seraient comparables aux autres
projets industriels candidats à l?implantation sur le domaine portuaire.
Dans le même temps, de nouveaux dispositifs publics ont vocation à accompagner les
industriels de l?éolien flottant qui s?installeront dans les ports pour la conduite de
différentes activités : assemblage des flotteurs, intégration des turbines sur fondations
16
flottantes notamment grâce au mécanisme du crédit d?impôt investissements dans
l?industrie verte (C3IV), créé en 2024, qui permettra d?accompagner les investissements
complémentaires à ceux réalisés par les ports.
Des montages financiers permettant le cas échéant de trouver des partenaires privés
avec un partage de la valeur, tout en sécurisant l?équilibre financier pour le port peuvent
être recherchés.
Cependant, les projets d?adaptation des ports ne concernent pas que des infrastructures
et le développeur lui-même devra également réaliser des investissements.
Tout montage avec co-financement privé lié au développeur entrainerait toutefois une
diminution des revenus du port issus des redevances domaniales.
Il est nécessaire de prendre également en considération les options qui s?offrent au
développeur. Se positionner sur un projet unique de champ revient à faire supporter à sa
seule offre le coût des travaux d?adaptation des infrastructures, ce qui n?est pas
nécessairement soutenable.
Une seconde stratégie pourrait consister, pour le développeur, à s?implanter sur le port
pour un temps plus long misant sur l?avantage que lui confèrerait cette présence pour
remporter de futurs appels d?offres (AO) de proximité.
Quel que soit finalement le ou les modèles que les ports choisiront, l?enjeu est
d?emporter à la fois l?adhésion de leurs organes de gouvernance, l?approbation de leurs
actionnaires publics ou privés le cas échéant, et de convaincre les établissements
financiers prêteurs sans perdre de vue la nécessaire acceptabilité sociétale liée au
développement des ports.
Positionnement des ports dans la chaîne de valeur de l?éolien
flottant : analyse des forces et faiblesses
Le port constructeur de flotteurs :
Il s?agit d?un port se spécialisant sur la brique de la construction et/ou de l?assemblage
des flotteurs (acier ou béton).
Les atouts : ce type d?activité requiert un foncier moins étendu qu?un positionnement
sur la totalité de la chaine de valeur (autour de 30 à 40 hectares pour 500 MW/annuel)
mais nécessite néanmoins des infrastructures maritimes dédiées (linéaire de quai, souille
de mise en flottaison ou outil de mise à l?eau). Le port constructeur n?est pas tenu de se
trouver à proximité immédiate des champs à installer car sa zone de chalandise est
17
importante (jusqu?à plusieurs milliers de kilomètres). Les opportunités à l?export peuvent
donc être envisagées.
D?autres part, les chantiers de constructions de flotteurs, en particulier s?il s?agit de
flotteurs béton, génèrent sur du foncier portuaire une activité industrielle pérenne et
créatrice de valeur. Cette activité devrait permettre de promouvoir l?emploi localement
et d?assurer une continuité de revenus stables pour le port.
Cependant, certains de ces atouts sont également des faiblesses.
Les faiblesses : le port constructeur est soumis à la potentielle concurrence des ports
situés au sein de sa zone de chalandise (notamment en Europe, l?Espagne ou la Turquie
par exemple) ainsi qu?à la concurrence asiatique notamment sur la technologie des
flotteurs en acier (via transport maritime depuis l?Asie).
Le port constructeur est également dépendant de la technologie choisie par le
développeur qui, d?un projet à l?autre, pourrait imposer des contraintes
substantiellement différentes aux infrastructures portuaires et à la logistique. Il est donc
essentiel que le port constructeur fasse preuve d?une adaptabilité, d?une interopérabilité
et d?une flexibilité importantes.
Les verrous : le port assembleur doit disposer de capacités de stockage tampon à flot
suffisamment importantes pour alimenter les sites d?intégration dans les fenêtres de
temps attendues. Enfin, la question des compétences et des ressources humaines
disponibles localement est une donnée clé.
Le port intégrateur :
Il s?agit d?un port se spécialisant sur la brique de l?intégration des turbines sur les
flotteurs.
Les atouts : ce type d?activité requiert un foncier moins étendu qu?un positionnement
sur la totalité de la chaine de valeur ou uniquement sur la brique d?assemblage (autour
de 20 hectares) mais nécessite néanmoins des infrastructures maritimes dédiées (quai
d?approvisionnement, quai d?intégration, postes de commissioning?).
Cette brique de la chaine de valeur positionne le port en bonne place pour assurer la
maintenance lourde des éoliennes ce qui assure une activité relais une fois les champs
déployés.
La zone de chalandise des éoliennes intégrées est plus faible que celle concernant les
flotteurs (probablement autour de quelques centaines de kilomètres), ce qui restreint la
18
concurrence potentielle d?autres ports intégrateurs pour un même champ. En l?absence
de ports de proximité, on ne peut pas exclure la possibilité de remorquer une éolienne
intégrée sur une plus longue distance7.
Cependant, certains de ces atouts sont également des faiblesses.
Les faiblesses : Le port intégrateur est très dépendant du positionnement des champs.
L?activité est saisonnière (même si en Méditerranée8, cette saisonnalité est moins
affirmée que sur la façade Atlantique-Manche) et les infrastructures portuaires doivent
pouvoir être réemployées lorsque la saison d?intégration est terminée. La conception des
infrastructures portuaires doit intégrer ce besoin de flexibilité. Du fait de la saisonnalité,
la création de valeur locale et d?emplois pérennes est à questionner.
Le port intégrateur est fortement dépendant d?un ou d?autres ports pour la fabrication
et l?approvisionnement des composants.
Cette activité est la plus consommatrice de CAPEX dans un projet portuaire
d?infrastructures pour l?éolien flottant (portance des quais sous les engins de levage,
flexibilité?). Cet aspect doit être mis en rapport avec les risques pesant sur cette brique
de la chaine.
Les verrous : la disponibilité d?engins de levage adaptés est une donnée clé. L?activité
étant saisonnière par nature, le port intégrateur doit disposer de capacités de stockage
d?éléments stratégiques (2 mois de composants environ) pour alimenter la chaine
d?intégration en continu.
L?exigence de fiabilité est aussi un point critique (disponibilités des ressources RH par
exemple ou contexte social).
Le tirant d?air est un verrou important également (ouvrages, servitudes aériennes?) de
même que la question spécifique des autorisations de stationnement en mer.
Le port multi-spécialiste (pouvant tout faire à la fois) :
Il s?agit d?un port se positionnant sur la totalité de la chaine de valeur, il combine les
forces et faiblesses de ports intégrateur et constructeur.
7 Exemple du parc éolien de Kincardine en Ecosse
8 La période d?intégration en Méditerranée peut être estimée autour de 25 à 30 semaines. En faisant l?hypothèse d?une
turbine de 18MW et d?une durée d?intégration comprise entre 3 et 7 jours, un port disposant d?une zone d?intégration
unique associé à un poste de « commissioning » pourrait en théorie produire entre 25 et 55 éoliennes par an soit 450 MW
à 1GW/an sans tenir compte des aléas météorologiques et/ou opérationnels.
19
Les atouts : positionnement sur des activités industrielles pérennes sur le foncier
portuaire. Ces activités créatrices de valeur permettent de promouvoir l?emploi
localement et d?assurer une continuité de revenus stables pour le port.
La brique intégration positionne le port sur la maintenance lourde des éoliennes, ce qui
lui assure une activité relais complémentaire une fois les champs déployés.
Au sein d?une même façade maritime, les synergies établies avec d?autres ports
positionnés sur la chaine de valeur de l?éolien flottant peuvent permettre de créer des
pôles de référence dotés d?une forte crédibilité et d?une grande flexibilité. Ces pôles sont
des atouts pour le captage des marchés, notamment à l?export.
Cependant, certains de ces atouts sont également des faiblesses.
Les faiblesses : le foncier portuaire à mobiliser est très vaste (entre 60 et 80 hectares
pour 500 MW/an ainsi que des capacités de stockage tampon à flot).
Les investissements requis sont très importants. Ils doivent être mis en rapport avec les
risques liés à une filière émergente dont les technologies ne sont pas complètement
matures et dépourvues de visibilité sur le marché au-delà de 2030.
Les verrous : la concurrence avec les autres activités et trafics du port est un point clé. La
présence d?un écosystème local industriel et humain robuste est une condition de succès.
Le port généraliste (pouvant tout faire mais pas tout à la fois) :
Il s?agit d?un port se positionnant potentiellement sur la totalité de la chaine de valeur
mais en des temps différents en fonction des projets. C?est un port dont le foncier
disponible pour l?éolien est limité.
Les atouts : Il s?agit d?un positionnement opportuniste sur tout élément de la chaine de
valeur en soutien d?autres ports. La spécialisation du port peut intervenir dans un second
temps.
Cependant, ce positionnement opportuniste est générateur de faiblesses.
Les faiblesses : la création de valeur locale et d?emplois pérennes est à questionner ainsi
que la soutenabilité du modèle économique. En effet, la difficulté à industrialiser et à
massifier peut générer des pertes de compétitivité et dégrader la fiabilité (risque de
tenue de planning notamment).
Les verrous : la maturité environnementale et l?interopérabilité des infrastructures sont
deux points clés pour un positionnement opportuniste du port.
20
Les Appels à Manifestation d?Intérêt (sourcing) réalisés par certains ports leur permettent
de mieux appréhender la demande industrielle, d?affiner leurs positionnements
envisageables et les schémas contractuels possibles.
Il est donc important que les ports, dont la composante publique est majeure,
recherchent des modèles économiques prenant en compte les incertitudes inhérentes à
ces multiples hypothèses, tout en intégrant des flexibilités pour faire face aux évolutions
technologiques et commerciales liées à la constitution d?une filière émergente.
Le niveau de risque liés aux investissements portuaires spécifiques liés à l?éolien flottant
(renforcements très lourds, zone de stockage à flot, souille de mise en flottaison?) est
très supérieur à celui d?infrastructures plus traditionnelles (quai/terre-plein) et plus
aisément réemployables.
Il est donc important qu?une visibilité suffisante soit donnée aux ports par l?ensemble des
parties prenantes (Etat, régions, industriels, développeurs?) pour que les ports puissent
sécuriser les investissements dans une temporalité compatible avec les objectifs de
déploiement.
Au-delà des ports dont le positionnement est stratégique sur les briques production,
assemblage ou intégration, certaines places portuaires ont un rôle important à jouer
comme pôle de recherche et de développement sur différentes briques technologiques
de la filière grâce aux écosystèmes portuaires et maritimes en place.
Le positionnement des ports et la définition d?un modèle économique soutenable repose
sur les trajectoires attendues ou anticipées de déploiement de l?éolien offshore en
France.
21
Partie 2 : Quelle(s) trajectoire(s) de
développement de l?éolien en mer en
France d?ici 2050
Projets installés, en cours de développement ou d?attribution
Depuis le premier appel d?offres (AO) conclu en avril 2012, l?éolien en mer se développe
en France. En novembre 2024 et en prenant en compte les projets des AO1 à 9 et sans
compter l?AO10, la France dispose en effet de 17 projets de taille commerciale, dont 6
flottants, et de 3 projets pilotes d?éoliennes en mer flottantes, qu?ils soient déjà installés,
attribués et en développement, ou encore en cours d?attribution. Cela représente entre
7,2 et 8,49 GW pour l?éolien en mer posé et entre 2,3 et 3,510 GW pour l?éolien en mer
flottant.
S?agissant de la façade Atlantique, entre 40 et 110 flotteurs sont à produire et intégrer
d?ici à 203411, avec :
- Sud Bretagne 1 (250 MW) : premier parc commercial avec tarif d?achat attribué à
un tarif de 86,45 ¤/MWh ;
- Sud Bretagne 2 (500 MW) : extension du parc Sud-Bretagne 1
- Oléron 2 (1200 MW) : extension du parc Oléron 1, technologie non arrêtée à date
(flottante ou posée)
S?agissant de la façade Méditerranée, près de 85 flotteurs sont à produire et intégrer d?ici
203412, avec :
- Narbonnaise 1 (tarif d?achat de 92,70¤/MWh) et 2 (250 MW et son extension de
500MW)
- Golfe de Fos 1 (tarif d?achat de 85,90¤/MWh) et 2 (250 MW et son extension de
500MW)
9 La technologie pour l?extension du parc Sud-Atlantique n?est pas encore arrêtée.
10 Ibid
11 Hypothèse d?une puissance unitaire de 18 MW
12 Ibid
22
Une accélération du développement de l?éolien aux horizons 2035 et
2050
Sur saisine de l?État et de RTE, la Commission nationale du débat public (CNDP) a organisé
le débat public « la Mer en débat », sur chacune des quatre façades maritimes en
simultané du 20 novembre 2023 au 26 avril 2024. Il a porté sur la planification spatiale
maritime et le développement de l?éolien en mer dans le cadre de la mise à jour des
Documents stratégiques de façades (DSF), déclinaisons par façade maritime de la
Stratégie nationale mer et littoral (SNML) adoptée par décret du 10 juin 2023.
Cet exercice de planification a débouché le 17 octobre 2024 sur l?adoption par décision
ministérielle de cartographies des zones prioritaires de développement de l?éolien en
mer à horizon 10 ans et 2050, au sein des zones propices soumises préalablement au
débat public. Les volumes identifiés devront permettre d?atteindre l?objectif de 18 GW
en service en 2035 et de 45 GW en 2050. Ces parcs sont en grande majorité flottant,
notamment à partir de 2040.
La cartographie à horizon 10 ans correspond aux zones prioritaires à attribuer dans les
10 prochaines années, autrement dit à mettre en service d?ici 2040. Un appel d?offres
(AO10) entre 8 et 10 GW devrait être lancé prochainement pour une attribution d?ici fin
2026, pour permettre d?atteindre ce premier objectif de 18 GW mis en service à horizon
2035.
Les zones prioritaires à horizon 2050 seront précisées ou révisées lors de concertations
ultérieures. Néanmoins elles devraient conduire à identifier près de 20 GW
supplémentaires pour atteindre l?objectif de 2050. Ces parcs seront quasi-exclusivement
flottants et implantés sur la façade Atlantique.
23
24
S?agissant de la façade Atlantique, entre 3,6 et 4,4 GW d?éolien flottant ont été identifiés
pour attribution dans les 10 prochaines années, soit entre 200 et 250 flotteurs
supplémentaires à produire et turbines à intégrer d?ici 204013. En Manche, la faible
bathymétrie permet de développer des parcs exclusivement posés, autrement dit avec
une technologie plus mature et moins coûteuse.
Concernant la façade Méditerranée, 3,2 GW d?éolien flottant ont été identifiés pour
attribution dans les 10 prochaines années, soit près de 175 flotteurs supplémentaires à
produire et turbines à intégrer d?ici 204014.
Illustration des besoins industriels
Méthode
Afin d?illustrer les besoins industriels relatifs à l?éolien flottant des hypothèses de rythme
d?installation des capacités correspondant aux fourchettes basses et hautes fixées ont
été établies pour chaque façade (en GW/an) sur la base de projets de 1,2 (1,1 en
Méditerranée) à 2 GW.
Après 2040, le calendrier, les volumes et la localisation proposés des projets relèvent de
projections élaborées afin de nourrir l?exercice théorique qui suit. Il est néanmoins
cohérent avec le potentiel identifié sur chaque façade maritime lors de l?exercice de
planification mené en 2023-2024.
Les hypothèses de mises en service annuelles ont été converties en nombre de flotteurs
à produire et nombre de turbines à intégrer par année, en considérant l?hypothèse d?une
taille de turbine moyenne de 18 MW et d?un schéma industriel au stade commercial
réparti sur deux ans comme suit :
S?agissant des parcs posés, une hypothèse d?éoliennes de 8 MW a été prise pour les parcs
installés et en travaux, et une hypothèse maximaliste de 23 MW pour celles post-AO4.
13 Hypothèse d?une turbine de 18 MW.
14 Ibid
25
Cet exercice ne prend pas en compte la maintenance lourde et le retour à quai des
éoliennes intégrées estimé approximativement tous les dix ans pour chaque éolienne. Ce
volume devra s?ajouter au volume de flotteurs nus et intégrés stockés à quai.
Façade Manche
En Manche et dans le golfe normand-breton, au regard des volumes identifiés jusqu?à
2040, les ports ont vocation à se consacrer essentiellement au développement des parcs
éoliens en mer posés. L?installation des près de 350 éoliennes15 des 8 GW de parcs
identifiés pour des mises en service autour de 2035 et 2040 devrait mobiliser les ports
sur le long terme.
La quasi-totalité des parcs à mettre en service après 2040 seront localisés en Atlantique
et seront flottants (près de 20 GW). Les ports pourront alors être amenés à appuyer le
développement de ces futurs parcs Atlantique après cette échéance.
Parcs Puissance Technologie AO Date indicative de
mise en service
Statut
Fécamp 496 MW Posé AO1 2024 Installé
Courseulles-
sur-Mer
450 MW Posé AO1 2025 En travaux
Dieppe-le
Tréport
496 MW Posé AO2 2025 En travaux
Dunkerque 600 MW Posé AO3 2028 Attribué
Centre-
Manche 1
1050 MW Posé AO4 2031 Attribué
15 Hypothèse de 23 MW pour les éoliennes posées.
26
Centre-
Manche 2
1500 MW Posé AO8 2032 Mise en
concurrence
Fécamp
Grand Large
(FGL)
2x2 GW Posé AO10 2035 Identifié
Roches-
Douvres
(RD)
2 GW Posé AO11 2040 Identifié
Bretagne-
Nord-Est
(BNE)*
2 GW Posé AO11 2040 Identifié
* Zone située en façade NAMO mais en contigüité de Roches-Douvres (RD), zone située en MEMN dans
la golfe normand-breton. Il apparait pertinent de traiter BNE et RD de façon indissociée.
Façade Atlantique
S?agissant de la façade Atlantique (hors golfe normand-breton), la mise en service des
derniers parcs posés devrait intervenir au début de la décennie 2030 avec les parcs
Oléron 1 et 2 (environ 2034 si Oléron 2 est en technologie posée). Après cela, tous les
parcs à mettre en service sur la façade seront flottants. Sont identifiables : un pic autour
de 2035 avec la mise en service prévisionnelle de BNO16 et GGS17, puis un léger creux
16 Bretagne Nord-Ouest
17 Golfe de Gascogne Sud
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P
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sa
n
ce
c
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m
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lé
e
P
u
is
sa
n
ce
in
st
al
lé
e
p
ar
a
n
Hypothèses de mise en service annuelle en Manche et dans le golfe normand-breton
27
jusqu?en 2040 avec la mise en service prévisionnelle de GGN18, enfin les mises en service
des parcs qui seront identifiés pour atteindre l?objectif 2050 (soit près de 20 GW).
La mise en service théorique de près de 20 GW entre 2040 et 2050 sur la façade
Atlantique nécessite la production théorique de 2GW/an, ce qui doublerait les besoins
de production par rapport à la décennie 2030-2040.
Parc Puissance Technologie AO Date indicative
de mise en
service
Statut
Saint-
Nazaire
480 MW Posé AO1 2022 Installé
Saint-Brieuc 496 MW Posé AO1 2024 Installé
Yeu-
Noirmoutier
496 MW Posé AO2 2025 En travaux
Sud-
Bretagne
250 MW Flottant AO5 2031 Attribué
Sud-
Atlantique
1200 MW Posé AO7 2032 Mise en
concurrence
Extension de
Sud-
Bretagne
500 MW Flottant AO9 2032-2034 Mise en
concurrence
Extension de
Sud-
Atlantique
1200 MW Posé ou
Flottant
AO9 2032-2034 Mise en
concurrence
Bretagne
Nord-Ouest
(BNO)
2 GW (ou
1,2 GW)
Flottant AO10 2035 Identifié
18 Golfe de Gascogne Nord
28
Golfe de
Gascogne
Sud (GGS)
1,2 GW Flottant AO10 2035 Identifié
Golfe de
Gascogne
Nord (GGN)
1,2 GW Flottant AO11 2040 Identifié
Bretagne-
Nord-Est
(BNE)*
2 GW Posé AO11 2040 Identifié
* Façade NAMO mais en contigüité de Roches-Douvres (RD) en MEMN dans la golfe normand-breton :
non comptabilisé dans le graphique ci-dessous.
Façade Méditerranée
En Méditerranée, la décennie 2030 sera rythmée par les mises en service successives des
AO6, 9, 10, 11. Il s?agira d?être particulièrement vigilant au calendrier pour éviter une
saturation des infrastructures portuaires au regard du volume croissant et des dates de
mise en service prévisionnelles particulièrement rapprochées.
A l?horizon 2050, seule une zone prioritaire pour un futur parc de 1,1 GW a été identifié,
mais la poursuite des recherches sur la faisabilité d?installer à terme des parcs au-delà
des canyons pourrait ouvrir de nouvelles opportunités pour les ports français.
0
50
100
150
200
Hypothèses de mise en service annuelles en
Atlantique
Nombre de flotteurs à produire Nombre de turbines à intégrer Nombre d'éoliennes posées à installer
29
Parc Puissance Technologie AO Date indicative
de mise en
service
Statut
Provence
Grand Large
(PGL)
25 MW Flottant Pilote 2024 Installé
Golfe du
Lion (EFGL)
30 MW Flottant Pilote 2025 En travaux
EolMed 30 MW Flottant Pilote 2025 En travaux
Narbonnaise 250 MW Flottant AO6 2031 Attribué
Golfe de Fos 250 MW Flottant AO6 2031 Attribué
Extension de
Narbonnaise
500 MW Flottant AO9 2032-2034 Mise en
concurrence
Extension de
Golfe de Fos
500 MW Flottant AO9 2032-2034 Mise en
concurrence
Golfe du
Lion Centre
(GLC)
2 GW Flottant AO10 2035 Identifié
Golfe du
Lion Est
(GLE)
1,1 GW Flottant AO11 2040 Identifié
30
Etats des lieux de la filière industrielle de l?éolien flottant
La filière de l'éolien en mer, et plus spécifiquement de l'éolien flottant, est en cours de
construction en France. La première ferme pilote (Provence Grand Large) est actuellement
mise en service, et deux autres projets EOLMED et EFGL sont en cours de construction.
Pour soutenir cette filière stratégique, l'État a mis en place une série d'initiatives visant à
renforcer l'offre française, assurer une demande lisible et fléchée, et moderniser les
infrastructures portuaires.
1. Besoins industriels
Les besoins industriels pour structurer efficacement la filière de l?éolien flottant en
France se concentrent autour de plusieurs axes clés : visibilité et soutien à long terme,
structuration des projets industriels, financement et incitations fiscales, et
infrastructures portuaires.
o Structuration des projets industriels
Les premiers projets industriels commencent à être identifiés, et appellent à être
structurés. Deux appels à manifestation d?intérêt (AMI) France 2030, pilotés par l?ADEME,
ont été lancés pour structurer les projets industriels :
0
20
40
60
80
100
120
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5
0
Hypothèse de mise en service en Méditerrannée
Nombre de flotteurs à produire Nombre de turbines à intégrer
31
- Le premier, destiné aux industriels, concerne la structuration des projets d?usines
de composants, les chantiers d?assemblage de flotteurs et les équipements pour
l?intégration turbine-flotteur ;
- Le deuxième, destiné aux ports, vise à étudier leur mise à niveau pour accueillir les
activités industrielles liées à l?éolien flottant.
Le bilan des lauréats de l?AMI Industries est le suivant :
Projet Bénéficiaires Description
EUROPORTS EUROPORTS France
GENIR WIND MARINE SAS
SEALOGIS FREIGHT FORWARDING
Conception d?une structure
flottante permettant à la fois la
mise à l?eau des flotteurs en
acier et en béton
EXTENSION EIFFAGE METAL EIFFAGE METAL Etudes pour extension du site
de Fos-sur-Mer avec pour
objectif l?assemblage en
parallèle des flotteurs
PRODUCTION FLOTTEURS
BETON BYTP
BOUYGUES TRAVAUX PUBLICS Etudes en vue de la production
à grande échelle de flotteurs
d?éoliennes flottantes
FOS 3F BW IDEOL Etudes industrielles et
d?optimisation relatives à la
production de flotteurs en série
CAMERON FRANCE CAMERON FRANCE Etudes de l?industrialisation des
composants ou de sous-
ensembles nécessaires à la
fourniture d?éolienne flottante
en mer
TISSOT INDUSTRIES TISSOT INDUSTRIES Etudes de faisabilité dans la
perspective du positionnement
de TISSOT dans la fabrication de
flotteurs acier
o Dispositifs de soutien à la filière (offre et demande)
Si la planification sur le long terme est essentielle pour donner de la visibilité aux
industriels de la filière, pour laquelle l?Etat a annoncé ses plans de déploiement à
différentes échéances (18GW en 2035 et 45GW en 2050), d?autres mécanismes sont
aujourd?hui activés pour soutenir la filière :
- Soutien à l?offre : le crédit d?impôt "Investissement Industrie Verte" (C3IV) est
crucial pour le soutien financier de la filière. Il permet de financer des projets avec
un crédit d'impôt pouvant atteindre 200 millions d?euros sur certaines activités de
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la chaîne de valeur jugées essentielles, et en assurant la mise à niveau
technologique des outils productifs existants dans la perspective
d?agrandissements des turbines et de la puissance des parcs ;
- Soutien à la demande : l?objectif est d?inclure dans les futurs appels d?offres de
nouveaux critères destinés à renforcer la compétitivité de l?offre française et
européenne. Ces critères, soutenus par le Net Zero Industry Act de la Commission
Européenne, pourront notamment mettre l'accent sur la résilience et les aspects
environnementaux, favorisant ainsi les chaînes d'approvisionnement européennes
et françaises pour l'éolien en mer.
o Infrastructures portuaires
Dès lors, la mise à niveau des infrastructures portuaires est impérative pour accueillir les
activités industrielles liées à l?éolien flottant. Un appel à projet France 2030 « Adaptation
des infrastructures portuaires pour l?éolien flottant » a été lancé pour adapter les ports
français. L'objectif est de construire des pôles portuaires capables de soutenir une
capacité de fabrication et d'assemblage d'au moins 1 GW par an sur les façades
Atlantique-Manche et Méditerranée.
Dans la mesure où le déploiement de la filière de l?éolien flottant s'inscrit sur un temps
long (horizon 2050) et à l'échelle de plusieurs façades maritimes, l?État a un rôle essentiel
à jouer dans la sécurisation des décisions qui seront prises par les ports : études
prospectives, soutien au développement de la filière industrielle, liens avec les
représentants de la filière EMR afin de permettre aux ports de calibrer la profondeur de
leurs investissements et le juste niveau de spécialisation ou de polyvalence qui est
attendu par la filière et nécessaire à la soutenabilité du modèle économique portuaire.
2. Identification des risques
Il subsiste encore plusieurs défis pouvant mettre en danger l?émergence d?une filière
industrielle de l?éolien flottant dans les ports en France :
- Le défaut de coordination et de complémentarités entre les ports d?une même
façade ;
- La concurrence des activités industrielles étrangères ;
- Le retard dans la préparation du tissu industriel ;
- L?absence de normalisation sur le design du flotteur ;
- La coexistence sur la façade Atlantique de technologies posées et flottantes ;
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- Un déficit de compétences.
Pour y répondre, des initiatives sont aujourd?hui lancées pour faire émerger des synergies
par façade maritime, afin de coordonner l?implantation des industriels, et de rendre
l?écosystème industriel et portuaire compétitif dans une perspective d?export.
Les premières fermes pilotes ont aussi permis des retours d?expérience indispensables
pour les ports et industriels y ayant participé, en les aidant à dimensionner leurs usines
et moyens logistiques, dans la perspective de se positionner sur les premiers appels
d?offres éolien flottant à échelle commerciale (AO5 et AO6).
L?appel à manifestation d?intérêt France 2030 « compétences et métiers d?avenir » (AMI
CMA) est un outil mobilisable à destination des filières industrielles des énergies
renouvelables.
Une adaptation nécessaire des infrastructures portuaires
Les gisements spécifiquement accessibles à l?éolien flottant sur les côtes françaises
atlantiques et méditerranéennes sont très importants du fait de la taille de l?espace
maritime métropolitain et des profondeurs de fond considérées. L?éolien flottant est
donc appelé à se développer rapidement et massivement en France, contribuant ainsi à
assurer l?indépendance énergétique de la France, tout en préservant de manière pérenne
un système électrique décarboné. La quasi-totalité des zones identifiées sur la période
2040-2050 sont par ailleurs flottantes : elles seront raccordées une fois la technologie de
sous-station électrique flottante HVDC disponible (à compter de 2040 selon les
estimations actuelles).
L?aménagement des infrastructures portuaires est dès lors un prérequis indispensable
pour le développement de la filière de l?éolien flottant en France.
Les volumes de production potentiels identifiés nécessitent une adaptation rapide et
substantielle des ports français des façades Atlantique et Méditerranée.
Lors des Assises de l?économie de la mer fin 2023, le Président de la République a
annoncé la publication de l?Appel à projets Ports France 2030 (AAP Ports), destiné à
soutenir le financement des infrastructures portuaires nécessaires à l?accueil des activités
industrielles liées à l?éolien flottant dont les lauréats seront connus en 2025.
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La date de clôture de l?AAP Ports en était fixée au 31 janvier 2025, pour permettre aux
ports de prendre en compte les résultats de l?exercice de planification de l?éolien en mer
ainsi que les premiers résultats des études de faisabilité pour la structuration des ports
vers les activités industrielles liées à l?éolien flottant, lancés dans le cadre de l?Appel à
manifestation d?intérêt Ports France 2030 (AMI Ports) de 2022.
Plusieurs maillons de la chaîne de valeur sont susceptibles d?être assurés dans les ports :
fabrication ou stockage de flotteurs, intégration de turbines sur les flotteurs, assemblage
des sous-stations électriques, opérations de maintenance sur les éoliennes flottantes, qui
nécessitent de grands espaces à terre et en mer.
? La construction de composants et l?assemblage des flotteurs. Le stockage des
flotteurs et des éléments des turbines nécessite à la fois de l?espace à terre mais
également du stockage à flot pour les flotteurs nus ou les éoliennes intégrées :
ancrage, échouage, amarrage sur duc d?albe.
? L?intégration des turbines sur les flotteurs est une opération réalisée à quai
contrairement à l?éolien posé où cette opération est réalisée en pleine mer. Cela
nécessite environ 200 à 800 m19 de quai avec des zones renforcées pour l?accueil
des grues de levage ainsi qu?un tirant d?eau compris entre 10 et 16 mètres.
Des zones de stockage tampon des éoliennes intégrées et de flotteurs en attente
d?intégration sont nécessaires avant le remorquage sur le champ mais aussi en cas
d?aléas météo.
? Des zones de stockage à quai pour assurer des opérations de maintenance lourde.
Hypothèses de développement de l?éolien flottant en Europe,
risques et opportunités pour le marché français
Sur les façades Méditerranée et Atlantique-Manche, les ports français pourront
compléter leurs programmes industriels par de l?export, sur la base des objectifs de
déploiement et des projets identifiés chez nos voisins européens et ainsi saisir
l?opportunité de massifier les flux.
19 Cela dépend notamment d?une gestion des approvisionnements en composants (quai dédié ou non) et des possibilités
de réalisation des opérations de commissioning à flot.
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La zone de chalandise associée à l?export de flotteurs est extrêmement large, au regard
du coût et de la facilité technique à transporter des flotteurs sur des centaines de
kilomètres. Sur des zones de projets européens plus proches, l?intégration des turbines
ou la maintenance lourde pourraient également être réalisées par des ports français.
L?ambition du Royaume-Uni est de déployer en moyenne 2.5 GW par an d?éolien flottant,
entre 2030 et 2040. Treize ports écossais ont formé une alliance (SOWPA) dont l?objectif
affiché est de maximiser les retombées de l?éolien en mer pour ces ports.
Selon les rythmes définitifs qui seront adoptés pour le déploiement de l?éolien flottant, il
est estimé qu?il faudrait entre 2 et 5 ports d?intégration en Ecosse pour atteindre les
ambitions nationales.
Qu?il s?agisse de déploiement de projets éoliens posés ou flottants, les ports du Royaume-
Uni doivent être adaptés et le gouvernement britannique a mis en oeuvre depuis 2023 un
dispositif Floating Offshore Wind Manufacturing Investment Scheme (FLOWMIS) de
soutien aux investissements portuaires doté de 160 M¤. Les ports de Port Talbot au Pays
de Galles et de Cromarty Firth en Ecosse sont d?ores et déjà lauréats.
Le Round 5, projet de déploiement de 4.5 GW d?éolien flottant en Mer Celtique (par lots
de 1.5 GW maximum) constitue une opportunité intéressante pour les ports français de
la zone de chalandise.
L?Irlande s?est doté d?un objectif de 7 GW d?éolien en mer installés en 2030, 20 GW en
2040 et de 37 GW pour 2050 confirmés en mai 2024 « Future Framework for Offshore
Renewable Energy ? May 2024 ».
Des appels d?offres par tranche « Offshore Renewable Electricity Support Scheme » sont
lancés (ORESS 1, ORESS 2, ?).
En termes de capacités portuaires, Belfast dispose d?ores et déjà des capacités requises
pour l?installation de champs posés, tandis que Rosslare et Cork, au sud-est de l?Irlande,
et Shannon Foynes à l?ouest, proposent des plans de développement de leurs capacités.
Un investissement minimum de 1 milliard d?euros serait nécessaire pour adapter les
capacités et ressources portuaires selon une étude du Royal Haskoning.
Précisément, le projet de Rosslare porte un projet (> 200M¤) dont la faisabilité technique
pourrait répondre aux besoins de l?éolien posé. Le port de Cork pourrait aussi développer
un projet (>120M¤) en plusieurs sites, répondant potentiellement aux besoins de l?éolien
posé voire de l?éolien flottant.
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Enfin les ports situés dans l?estuaire de Shannon Foynes disposent de qualités naturelles
permettant de créer des capacités d?accueil pour l?éolien flottant, dont l?investissement
serait supérieur à 500 M¤.
En Manche, les capacités portuaires devraient être intensément sollicitées entre 2030 et
2040. Cherbourg appuyé par Haropa Ports tout comme Brest ont clairement
l?opportunité de servir des projets situés en Mer Celtique ou en Manche côté Royaume-
Uni, et sont d?ailleurs d?ores et déjà approchés à ces fins, notamment dans le cadre du
Round 5 britannique qui prévoir 4.5 GW d?éolien flottant d?ici à 2035.
A ce jour, ni l?Espagne ni l?Italie n?ont attribué des champs éoliens flottants commerciaux.
Cependant les potentiels que représentent les projets dans ces pays est à la fois une
opportunité et un risque pour les capacités portuaires françaises.
L?Espagne s?est dotée d?une feuille de route nationale pour le développement de l?éolien
offshore avec l?objectif d?atteindre jusqu?à 3 GW d?éolien flottant en 2030.
Une consultation du public sur un projet de décret visant à encadrer la production
d?énergie à partir d?éoliennes flottantes a été lancé en mars 2024. Le décret prévoit un
processus de mise en concurrence pour l?accès aux zones de production, un régime
économique ainsi qu?un cadre réglementaire des concessions d'utilisation du domaine
public. Une phase de dialogue public-privé est envisagée.
L?Italie, qui a le seul parc éolien offshore actuellement en service (Beleolico ? 30MW), en
Méditerranée, a revu son objectif de capacité installée pour l'éolien offshore à 2,1 GW
d'ici 2030. 64 manifestations d'intérêt pour développer des projets d'éolien flottant ont
été formulées, provenant de groupes comme Copenhagen Infrastructure Partners (CIP),
RWE et Vestas, principalement au large des côtes des Pouilles, de la Sicile et de la
Sardaigne.
Le processus réglementaire doit encore être précisé ainsi que les processus d'autorisation
et les subventions envisagées.
L?Italie ambitionne de créer une chaîne d'approvisionnement nationale pour l'éolien
flottant. Dans ce cadre, un appel à manifestation d?intérêt visant à identifier au moins
deux ports dans le Sud de l?Italie à adapter pour permettre le développement de l?éolien
flottant a vu les ports de Tarente, Brindisi et Augusta se positionner.
D?autre part, le projet éolien offshore flottant 7SeasMed de 250 MW a obtenu
l'approbation de son évaluation d'impact environnemental par le ministère italien de
l'Environnement et de la Sécurité énergétique. Copenhagen Offshore Partners (COP), qui
est le développeur principal du projet, est détenu par un consortium comprenant GreenIT
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(une coentreprise entre Plenitude (Eni) et CDP Equity) et Copenhagen Infrastructure
Partners (CIP). 7SeasMed serait situé à environ 35 kilomètres au large des côtes de
Marsala, en Sicile.
7SeasMed fait partie d'un portefeuille éolien offshore de 3 GW en Italie, détenu par le
partenariat GreenIT et CIP, pour lequel COP est le partenaire de développement principal.
Ce portefeuille, inclut également les projets Ichnusa (504 MW, Sardaigne), Tyrrhenian
(500 MW, Latium), Nurax (500 MW, Sardaigne) et Poseidon (1000 MW, Sardaigne).
Un nombre croissant de projets de parcs éoliens flottants voit ainsi le jour dans les pays
voisins et dans la zone de chalandise des ports français. Constatant le manque de
capacités portuaires adaptées dans ces pays, les ports français qui ont acquis une
expérience et une crédibilité dans les projets posés et les démonstrateurs flottants ont
une opportunité unique de se positionner comme premier entrant dans cette filière
émergente de l?éolien flottant.
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Conclusion
Sur l?objectif de de 45 GW d?éolien en mer en 2050, la puissance éolienne en mer installée
en France est à ce jour d?environ 1,5 GW : les parcs de Saint-Nazaire (480 MW), Fécamp
(497 MW) et Saint-Brieuc (496 MW) sont raccordés au réseau. La cadence de
déploiement va donc connaitre une forte accélération.
Un sous-dimensionnement de l?offre portuaire serait synonyme de surcoûts pour le
déploiement des parcs et d?une perte globale de captation de valeur pour les territoires
au profit de pays tiers et de ports concurrents.
Or les leviers d?adaptation des ports aux objectifs de développement de la filière sont de
diverses natures.
Ils demandent tout d?abord une plus grande visibilité quant à la localisation des futurs
parcs et leur calendrier de déploiement en grande partie remplie avec l?annonce à
l?automne de la décision du 17 octobre 2024 incluant les zones prioritaires pour le
développement de l?éolien en mer à l?horizon de 10 ans et 2050.
Ils nécessitent en deuxième lieu que soit poursuivie la dynamique de simplification des
procédures d?instructions engagée jusqu?à présent. La tenue des délais d?instruction et
la sécurisation des projets dans ses dimensions financière et environnementale
conditionnera fortement la capacité des ports et des industriels à répondre à un rythme
satisfaisant aux différentes étapes de la chaîne de valeur. Il convient ainsi d?identifier les
évolutions éventuelles du cadre réglementaire permettant de faciliter l?implantation
durable de la filière sur le domaine portuaire (statut des flotteurs, partage de
responsabilité entre les ports, les développeurs, l?Etat quant à la sécurisation du plan
d?eau, partage de responsabilité entre les ports et l?autorité maritime lorsque les zones
de stockage à flot sont situées en dehors des limites administratives des ports, servitude
aéronautiques?)
S?agissant d?une filière nouvelle en France et en Europe, l?adaptation des infrastructures
portuaires à l?éolien flottant devra s?accommoder de certaines incertitudes résiduelles.
L?enjeu pour les ports comme pour l?ensemble des acteurs industriels intervenant dans
la chaîne de valeur sera de définir de la manière la plus objective possible le niveau de
risque acceptable pour chacun d?entre eux.
Pour les ports, la définition fine de ces niveaux de risque doit pouvoir s?opérer aux termes
d?un examen de modèle économique qui reste à mener dans chaque port. Les efforts
de convergence réalisés sur chaque façade sont un cadre permettant, sur la base d?une
planification claire des déploiements éoliens, de construire un système portuaire
(multiports) efficace, sans redondances excessives et couvrant au mieux les segments
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clefs de la chaîne de valeur. Par ailleurs, le modèle économique, la maturité, la capacité
de lever des fonds est indissociable du modèle de gouvernance de chaque port. Le
modèle économique reste ainsi à consolider dans chaque port sur la base d?une analyse
capacitaire commune, assurant une juste adéquation entre l?offre et la demande.
La poursuite d?un dialogue pérenne par façade regroupant les ports décentralisés, les
Grands Ports Maritimes, les régions et les acteurs concernés est susceptible
d'accompagner efficacement le déploiement de la filière. Le niveau de maturité de
l'éolien flottant entraine une incertitude sur les technologies susceptibles d'être
déployées dans les projets commerciaux à compter de 2030, ce qui complexifie les
investissements portuaires. Des échanges réguliers avec la filière EMR, notamment, mais
aussi avec les filières industrielles présentes sur le territoire français et européen
permettraient d'affiner l'analyse pour anticiper le type de technologie le mieux adapté
ou susceptible d?être mise en oeuvre en fonction de la zone géographique.
Face, d?une part, à la difficulté d?avoir une pleine maîtrise du rythme de déploiement des
projets, des technologies et schémas industriels, et d?autre part dans l?objectif de bâtir
une filière industrielle française, créatrice d?emplois et d?activités pérennes dans les
ports, quelques opportunités sont à saisir nationalement, notamment pour tenir compte
des forces et faiblesses actuelles des ports et de leur tissu économique local :
- Consolider les grandes bases industrialo-navales préexistantes : les actifs et savoir-
faire industriels sont en place dans certains ports et offrent la possibilité de renforcer
l?ancrage des futurs emplois créés par le nouveau segment de l?éolien flottant en faisant
émerger des pôles de rang européen. Leur capacité à se déployer à l?échelle des façades
maritimes, mais également à l?international, offre de la flexibilité industrielle face aux
risques liées aux incertitudes de localisation et de rythme de déploiement des futurs
champs éoliens locaux. La diversification des activités au sein de ces bases industrielles,
la polyvalence de leurs installations, et la mutualisation des moyens industrialo-
portuaires qu?elles permettent, offrent également des éléments de robustesses face aux
différents verrous identifiés notamment ceux liés à la saisonnalité et la cyclicité des
projets, aux besoins de formation et de main d?oeuvre qualifiée.
- Accompagner les ports vers des activités de substitution des trafics énergétiques
fossiles : l?émergence de la nouvelle filière de l?éolien flottant, génératrice de nouveaux
trafics portuaires à forte valeur ajoutée, doit permettre d?accompagner socialement et
économiquement les places portuaires qui sont dans leur majorité exposées à la baisse
programmée des trafics liés aux énergies fossiles.
Aussi, le présent document a vocation à être actualisé en fonction des travaux qui seront
menés sur les différentes façades, notamment après l?annonce des futurs appels d?offre.