État de l'environnement en France - Rapport 2024
Auteur moral
France. Commissariat général au développement durable. Service des données et études statistiques
Auteur secondaire
Résumé
Depuis 1994, conformément à ses engagements internationaux au titre de la Convention d'Aarhus, la France publie tous les 4 ans un rapport dressant un panorama complet de l'état de l'environnement. Ce rapport, élaboré par le service statistique (SDES) du ministère dans le cadre de ses missions d'information environnementale, s'appuie sur le patrimoine de données issu des multiples systèmes d'information sur l'environnement. Cette publication contribue à la diffusion et à la prise de conscience des enjeux environnementaux au sein de la société. La forme et le contenu de ce rapport évoluent à chaque édition pour intégrer l'évolution de la connaissance et de l'appropriation des problématiques environnementales par les Français.
Editeur
Ministère de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche
Descripteur Urbamet
environnement
;ressources naturelles
;changement climatique
;pollution
;biodiversité
Descripteur écoplanete
Thème
Environnement - Nature
Texte intégral
RAPPORT 2024
MINISTÈRE
DE LA TRANSITION
ÉCOLOGIQUE,
DE LA BIODIVERSITÉ,
DE LA FORÊT, DE LA MER
ET DE LA PÊCHE
COORDINATEURS
Service des données et études
statistiques, sous la supervision de
Béatrice Sédillot, cheffe du service
Ressources : Emmanuelle Pagès,
Jean-Louis Pasquier
Pollution : Céline Jamet, Didier Eumont
Changement climatique : Manuel Baude,
Manuel Marquis
Biodiversité : Anthony Coulmin
Mobiliser la société : Éric Pautard
RÉDACTEURS
Service des données et études
statistiques : Guy-Stéphane Akanza,
Véronique Antoni, Manuel Baude,
Alexis Cerisier-Auger, Lise Colard,
Anthony Coulmin, Valérie Dossa-
Thauvin, Didier Eumont, Jean-Michel
Guilhen, Céline Jamet, Irénée Joassard,
Katerine Lamprea, Christelle Larrieu,
Aurélie Le Moullec, Manuel Marquis,
Béatrice Michalland, Frédéric Nauroy,
Emmanuelle Pagès, Sandrine Parisse,
Jean-Louis Pasquier, Éric Pautard,
Élodie Ricaud, Chrystel Scribe,
Benjamin Trochon
Service de l?économie verte et
solidaire : Julien Divialle, Mathieu
Fouquet, Alexandre Godzinski, Julien
Hardelin
Directeur de publication :
Brice Huet
Rédactrice en chef :
Béatrice Michalland
Coordinatrice de la publication :
Christelle Larrieu
Coordination globale :
Sous-direction de la stratégie éditoriale
et de la diffusion
Coordination éditoriale :
Céline Blivet
Infographies :
Bertrand Gaillet
Traitements statistiques :
Anne Billaut, Antoine Camus (OFB),
Olivier Chantrel
Cartographie :
Antea
Conception, maquettage et réalisation :
Agence Citizen Press
Dépôt légal : mars 2025
ISBN : 978-2-11-167010-5
Ce rapport a été élaboré par
COMMISSARIAT GÉNÉRAL AU DÉVELOPPEMENT DURABLE (CGDD)
2
Les analyses de ce rapport reposent sur les dernières
données disponibles en date du 31 octobre 2024.
Ressources P. 16
naturelles
Entre dépendance aux
importations et raréfaction
Pollution P. 44
des milieux naturels
Une menace pour
l?environnement et la santé
Changement P. 70
climatique
Des effets de plus en plus
perceptibles
Déclin de P. 96
la biodiversité
Une nature sous pression
Postface P. 123
Pour aller plus loin P. 126
Glossaire P. 127
Sigles et abréviations P. 137
Table des matières P. 140
Avant-propos P. 4
Face aux défis : P. 10
histoire d?une prise
de conscience
SOMMAIRE
3
CHANGEMENT
CLIMATIQUE :
DES EFFETS DE PLUS
EN PLUS PERCEPTIBLES
Hausse des températures, multiplication et inten-
sification des événements extrêmes (sécheresses,
inondations, feux de forêt, tempêtes), progression
de l?érosion côtière, dégradation de notre environne-
ment? Les conséquences du dérèglement climatique
sont multiples. Les Français ont pu le constater, dans
leur quotidien, au cours des dernières années. Si les
émissions de gaz à effet de serre (GES) et l?empreinte
carbone de la France baissent tendanciellement de-
puis le début des années 2010 et nous mettent sur
une trajectoire permettant de respecter nos engage-
ments, notamment internationaux, il est nécessaire
de poursuivre ces efforts et d?engager nos parte-
naires dans une même dynamique.
Des conséquences croissantes
du changement climatique en
France
Les signes du changement climatique sont multiples
en France : la température moyenne a augmenté
de 1,9 °C sur la période 2013-2022, par rapport à la
période 1900-1930 ; le niveau des mers et des océans
augmente (+ 21 cm entre 1990 et 2023), entraînant
notamment un recul du trait de côte qui touche près
de 25 % des littoraux français ; la fréquence et l?inten-
sité des événements climatiques exceptionnels s?ac-
croissent (quatre événements naturels très graves se
sont produits en moyenne chaque année entre 2001
et 2021, contre un seulement entre 1950 et 2000) et
les coûts financiers de ces derniers deviennent de
moins en moins gérables. Sur la période 1982-2022,
50 milliards d?euros d?indemnisations ont été versées
par les assurances au titre du régime des catastrophes
naturelles
Une diminution des émissions de
GES et de l?empreinte carbone
de la France depuis le début des
années 2010
Les enjeux climatiques font l?objet d?engagements
nationaux et internationaux qui portent leurs fruits.
Entre 1990 et 2023, les émissions intérieures fran-
çaises de GES ont diminué de 31 % et 40 % de cette
La France, comme le reste du monde, est confrontée à deux défis
environnementaux intrinsèquement liés : le dérèglement climatique, et
l?effondrement de la biodiversité. À ces deux défis s?ajoutent deux enjeux
majeurs : la disponibilité des ressources et la pollution des milieux naturels.
Quel est l?état de l?environnement en France en 2024 ? Comment la situation
a-t-elle évolué depuis la précédente édition du rapport de 2019 ?
Établir un bilan global de l?état de l?environnement reste un exercice difficile
tant les problématiques environnementales sont nombreuses et contrastées.
Si différentes données sont des motifs d?espoir et la preuve de l?efficacité
d?une partie des politiques menées (baisse des émissions, diminution de la
pollution de l?air, réintroductions et protections réussies d?espèces, etc.),
l?état de l?environnement reste préoccupant et plaide pour l?intensification
des efforts. A
V
A
N
T
-P
R
O
P
O
S
4
AVANT-PROPOS
baisse a été réalisée ces cinq dernières années. La
France respecte désormais la trajectoire de l?accord
de Paris (ce qui n?était pas le cas en 2019, lors du pré-
cédent rapport).
Au-delà des émissions sur le territoire français, il
faut aussi prendre en compte les émissions mondiales
générées par nos importations, qui représentent
aujourd?hui plus de la moitié de l?empreinte carbone
de la France. Dans un contexte de hausse des émis-
sions importées, l?empreinte carbone de la France
a moins baissé que les émissions intérieures : - 13 %
entre 1990 et 2023, avec une tendance à la baisse
seulement depuis le début des années 2010. La dyna-
mique de réindustrialisation en France s?est accom-
pagnée d?une accélération de la baisse de l?empreinte
carbone : - 9 % entre 2018 et 2023.
Une prise en compte croissante
des enjeux climatiques
Entre 2000 et 2023, la part des Français déclarant que
le changement climatique est leur principale préoc-
cupation environnementale est passée de 6 % à 36 %.
La prise de conscience doit toutefois s?accompagner
d?une association large aux décisions relevant de la
transition écologique. Cela a été le cas pour la Straté-
gie française sur l?énergie et le climat qui a fait l?objet
d?une large consultation citoyenne (« Notre avenir
énergétique se décide maintenant », menée par la
Commission nationale du débat public), du plan natio-
nal d?adaptation au changement climatique (PNACC),
de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et de la
programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE), avec
une large mobilisation des Français.
DÉCLIN DE LA
BIODIVERSITÉ : UNE
NATURE TOUJOURS
SOUS PRESSION
La France héberge une richesse écologique excep-
tionnelle et fragile, en métropole et en outre-mer.
La connaissance s?améliore et les dispositifs de pro-
tection se renforcent, mais la perte de biodiversité
se poursuit, alors même que 80 % des emplois en
France sont liés directement ou indirectement à la
biodiversité.
Une richesse écologique unique
de mieux en mieux connue
La France abrite une richesse biologique unique : 10 %
des espèces décrites dans le monde sont présentes
sur le territoire français, notamment en outre-mer
qui concentre 80 % de la biodiversité nationale, dont
11 % sont endémiques (spécifique à un territoire). La
connaissance des espèces et des habitats ne cesse
de s?améliorer. Chaque année, les données de l?in-
ventaire national du patrimoine naturel progressent
(+ 26 % entre 2023 et 2024).
Une richesse fragilisée par
les cinq grandes pressions
responsables de la perte de
biodiversité
Cinq grands types de pressions humaines sont au-
jourd?hui reconnus comme causes principales de
la dégradation de la biodiversité : la destruction et
l?artificialisation des milieux naturels ; la surexploi-
tation des ressources naturelles et le trafic illégal ;
le dérèglement climatique global ; les pollutions des
océans, eaux douces, air et sol ; et les espèces exo-
tiques envahissantes.
L?augmentation de la population et le dévelop-
pement des activités économiques sont sources de
destruction et de fragmentation des milieux naturels :
25 000 hectares ont été urbanisés en moyenne
chaque année entre 2009 et 2022. La consomma-
tion d?espaces annuelle stagne depuis 2019 entre
20 000 hectares par an (ha/an) et 21 000 ha/an mais
ne diminue pas. La mise en oeuvre de l?objectif de
zéro artificialisation nette (ZAN) et des mesures
d?évitement, de réduction et de compensation des
atteintes à la biodiversité (ERC) ne se reflètent pas
encore dans les chiffres.
L?enjeu est d?autant plus fort que la couche su-
perficielle des sols français renferme 3 580 millions
de tonnes (Mt) de carbone organique, ce qui en fait
le second puits de carbone derrière les océans. Les
sols hébergent une biodiversité insoupçonnée, indis-
pensables à la production agricole. De plus, des sols
perméables nous protègent contre des inondations
majeures.
5
AVANT-PROPOS
L?exploitation des ressources à des taux supérieurs
à la régénération naturelle reste une menace : 22 %
des poissons pêchés en 2022 sont encore en situation
de surpêche, malgré une nette amélioration puisque
ce taux s?établissait à 46 % en 2000.
Des pollutions diverses affaiblissent les orga-
nismes et leurs capacités de résilience, tandis que
le changement climatique affecte l?équilibre naturel
des écosystèmes, avec de nombreuses répercussions
sur les équilibres physico-chimiques (acidification
des océans) et sur le vivant (cycle de reproduction,
migration, répartition géographique).
Avec l?intensification des échanges mondiaux
et le réchauffement climatique, la problématique
des espèces exotiques envahissante s?accentue. En
moyenne, sur la période 1985-2024, 14 nouvelles es-
pèces exotiques envahissantes ont été enregistrées
par département de l?Hexagone, tous les 10 ans.
L?érosion de la biodiversité
se poursuit
Seuls 20 % des écosystèmes remarquables sont dans
un état de conservation favorable sur la période 2013-
2018, une part qui ne s?est pas amélioré par rapport à
2007-2012. En 20 ans, la part des espèces menacées
à risque de disparition à court terme s?est accrue,
passant de 8 % à 17 %.
Les populations d?insectes et d?oiseaux conti-
nuent à chuter. 31 % des oiseaux communs spécia-
listes ont disparu de métropole entre 1989 et 2023.
43 % des chauves-souris ont disparu de métropole
entre 2006 et 2021. Des études internationales ont
montré que la biomasse des insectes avait diminué
de 2,5 % en moyenne par an depuis 30 ans.
Pour y faire face, la France est un des premiers
pays à s?être doté d?une Stratégie nationale biodi-
versité 2030 (SNB). Présentée en novembre 2023,
elle fixe un certain nombre d?objectifs à l?horizon
2030 permettant d?inverser cette tendance afin de
réduire les pressions qui s?exercent sur la biodiversité
et restaurer les habitats dégradés, avec des moyens
adaptés et l?implication de tous les acteurs.
Une amélioration de la
protection dont les effets
s?inscrivent dans la durée et une
sensibilisation croissante des
citoyens
Pour préserver la biodiversité et restaurer les écosys-
tèmes, les protections se renforcent. 4,2 % du ter-
ritoire national, terrestre et marin, est couvert par
un dispositif de protection forte (coeurs de parcs na-
tionaux, réserves naturelles, arrêtés de protection et
réserves biologiques et sites Natura 2000 au cas par
cas), contre 1,4 % en 2019. Plusieurs réserves naturelles
nationales ont été étendues dont la réserve des Sept-
Îles, la réserve du Venec et celle de la Mer de Corail.
L?objectif est désormais de placer 10 % du territoire
français, terrestre et maritime, sous le régime de pro-
tection forte d?ici 2030.
Certaines mesures de protection ou de réintro-
duction, mises en oeuvre dans le cadre de plans na-
tionaux d?action ciblant des espèces animales, végé-
tales ou des habitats menacés, ont eu des résultats
très positifs. On peut notamment citer l?exemple du
vautour fauve, de la loutre ou des tortues marines.
En 2020, 62 % du territoire national est désormais
occupé par le Castor d?Europe, ou la Loutre d?Europe.
Enfin, des efforts et des moyens conséquents ont
été engagés pour rétablir la continuité écologique,
notamment sur les rivières mais aussi les passages à
faune sur les autoroutes (1 800 passages).
La sensibilisation aux enjeux que représente
la biodiversité progresse également, grâce à de
nombreuses initiatives : l?engagement des citoyens
dans les sciences participatives sur la biodiversité
(115 000 en 2022, contre 20 000 en 2011) ; aires ma-
rines et terrestres éducatives permettant aux élèves
de découvrir à l?école les enjeux relatifs aux territoires
naturels et d?agir pour la protection de la nature. La
Stratégie nationale biodiversité soutient diverses me-
sures pour poursuivre et amplifier cette mobilisation
citoyenne.
RESSOURCES
NATURELLES :
DÉPENDANCE AUX
IMPORTATIONS ET
RARÉFACTION
L?eau, l?énergie, la biomasse, les minéraux et métaux?
Ces ressources naturelles assurent à l?homme de quoi
se nourrir, se chauffer, s?éclairer, se déplacer, se loger,
se vêtir, se soigner, se divertir. Pour satisfaire ses be-
soins, la France dépend aujourd?hui fortement des
importations pour les combustibles fossiles et les mé-
taux, en particulier ceux nécessaires à la transition
écologique (cobalt, nickel, etc.). Décarboner notre
pays et rendre notre économie circulaire est néces-
saire pour sortir de ces dépendances, en particulier
à l?égard des énergies fossiles.
6
AVANT-PROPOS
Une baisse des énergies
fossiles dans la consommation
énergétique à intensifier pour
réduire les émissions de gaz
à effet de serre
La sortie progressive des énergies fossiles constitue
un enjeu majeur pour les Français : climatique (deux
tiers des émissions mondiales sont liés à la combus-
tion des énergies fossiles), économique, géopolitique
et de souveraineté énergétique.
Aujourd?hui, la France reste fortement dépen-
dante des énergies fossiles importées malgré une
part importante et en croissance de l?électricité dé-
carbonée dans le mix énergétique : la consommation
finale d?énergie fossile (pétrole, du gaz et du charbon)
est de 60 % en 2023, en légère baisse par rapport
à 2018 (63 %). La programmation pluriannuelle de
l?énergie en cours de finalisation prévoit d?abaisser
cette part des énergies fossiles à 42 % à l?horizon
2030, grâce au développement rapide des énergies
renouvelables et à la relance du nucléaire.
Les métaux critiques : une denrée
nécessaire pour accélérer la
sortie de la dépendance aux
énergies fossiles
En France, 99,7 % des ressources minérales métal-
liques utilisées pour satisfaire les besoins intérieurs
sont importées, sous forme de minerais métalliques
ou de produits composés de métal. Si la consom-
mation française de ressources métalliques est au-
jourd?hui stable autour de 19 Mt par an, les besoins
en métaux critiques devraient fortement augmenter
à mesure que la transition énergétique se développe,
notamment pour les batteries électriques et les
énergies renouvelables. L?adoption du « Critical Raw
Materials Act » au niveau européen, à l?initiative de la
France, est une avancée majeure.
Une baisse des prélèvements
d?eau douce à consolider
alors que la disponibilité de la
ressource en eau diminue
La ressource en eau douce a diminué de 14 % en
France métropolitaine entre les périodes 1990-2001
et 2002-2022, en raison d?une augmentation de
l?évapotranspiration (eau repartant à l?atmosphère)
et de précipitations globales moindres depuis 2002.
Cette diminution de la ressource est observée sur
25 % du territoire métropolitain avec des épisodes de
sécheresse de plus en plus longs et fréquents. Dans
ce contexte de raréfaction de la ressource, les prélè-
vements d?eau douce pour les différents usages liés
aux activités humaines baissent tendanciellement
(- 1,1 % par an depuis 2008).
Avec le changement climatique, l?équilibre entre
la ressource et les besoins (y compris ceux des écosys-
tèmes) pourrait être plus difficile à tenir et les conflits
d?usage se multiplier. Des travaux sont menés au ni-
veau français pour répondre à ces défis, en concer-
tation avec l?ensemble des acteurs (agriculteurs,
industriels, associations et consommateurs). L?objectif
affiché est double : mieux partager et économiser la
ressource en eau. Le « Plan eau », lancé en 2023 par
le Gouvernement, prévoit ainsi un objectif de - 10 %
d?eau prélevée d?ici 2030. Pour cela, notamment,
17 filières industrielles ont engagé l?élaboration de
plans de sobriété hydrique et 55 sites industriels re-
présentant 25 % de la consommation d?eau de l?in-
dustrie française sont accompagnés pour réduire leurs
prélèvements d?ici 2030. De plus, les agences de l?eau
soutiennent le développement de pratiques agricoles
économes en eau et chaque grand bassin versant
métropolitain s?est doté d?une trajectoire de sobriété
déclinant l?objectif de - 10 % par catégorie d?usagers.
La biomasse : de fortes attentes
sur la production mais une
ressource fragilisée par le
changement climatique
La biomasse est utilisée à différentes fins : alimenta-
tion, matériaux biosourcés, énergie. La production
de biomasse végétale de la France est globalement
excédentaire : la production agricole végétale fran-
çaise dépasse de 10 à 20 % la consommation inté-
rieure. Alors que les attentes sont fortes à l?égard de
cette ressource, celle-ci est toutefois fragilisée par le
changement climatique et la dégradation des sols.
Ainsi, la croissance annuelle nette du volume de bois
en forêt a diminué de 53 % en France métropolitaine
entre les périodes 2005-2013 et 2014-2022, alors que
l?exploitation de la ressource est en augmentation.
7
AVANT-PROPOS
8
AVANT-PROPOS
POLLUTION DES
MILIEUX NATURELS :
UNE MENACE POUR
L?ENVIRONNEMENT
ET LA SANTÉ
Tous les milieux naturels sont sensibles aux pollutions
(l?air, les sols et sous-sols, l?eau de surface, les nappes
souterraines), avec des conséquences sur la santé,
notamment humaine, ainsi que le fonctionnement
des écosystèmes et de la chaîne alimentaire. Des
progrès importants ont été enregistrés concernant
les rejets et émissions de substances dangereuses
ou polluantes dans l?air et l?eau réglementées (ren-
forcement de la réglementation sur les rejets des
installations classées pour la protection de l?envi-
ronnement et les normes d?émission des véhicules).
Toutefois, la prise de conscience de nouvelles formes
de pollutions ? plastiques, résidus médicamenteux,
composés perfluorés ? fruit de l?amélioration de la
performance des appareils de mesure nous pousse
à poursuivre l?effort de réduction des pressions sur
l?environnement et la santé.
Des progrès importants sur les
rejets de polluants réglementés
depuis plusieurs décennies
De 2000 à 2023, les rejets de la plupart des polluants
de l?air extérieur ont diminué en France métropoli-
taine. C?est le résultat de plans d?action mis en place
depuis plusieurs décennies visant à réduire les émis-
sions. La baisse atteint ainsi 56 % pour les particules
fines PM2,5 (- 25 % depuis 2017), grâce aux progrès ré-
alisés dans tous les secteurs d?activité. Les émissions
de NOx ont baissé de 64 % sur la période 2000-2023,
de manière assez homogène dans le temps. Concer-
nant le NO2, la baisse des concentrations mesurées
en fond urbain s?accentue sur la période 2019-2023.
Si la qualité globale de l?air extérieur s?améliore, les
normes réglementaires de qualité de l?air pour la pro-
tection de la santé restent toutefois non respectées
dans certaines agglomérations. Au regard des enjeux
et de l?urgence sanitaire (7 % de la mortalité totale en
France serait attribuable à l?exposition aux particules
fines dans l?air extérieur), les normes se renforcent. Les
zones à faible émission (ZFE) ont ainsi pour objectif
de faire progresser la qualité de l?air dans les zones
urbaines les plus denses, au bénéfice de la santé des
Français, notamment face aux maladies respiratoires
telles que l?asthme et la bronchiolite. Pour cela, les ZFE
restreignent la circulation des véhicules les plus pol-
luants au sein d?un périmètre donné.
Sous l?effet des réglementations, l?utilisation des
produits phytosanitaires les plus toxiques s?est éga-
lement réduite, avec une baisse de 35 % de la vente
de ces produits entre 2015-2017 et 2020-2022. Sur
la période 2009-2023, l?usage des produits les plus
dangereux (dits CMR 1) a baissé de 96 %. La stratégie
Ecophyto 2030, publiée en mai 2024, fixe l?objectif de
réduire de moitié les usages et les risques des produits
phytosanitaires à l?horizon 2030.
Enfin, la réglementation sur les rejets de subs-
tances dangereuses comme les hydrocarbures aro-
matiques polycycliques (HAP) a favorisé la baisse
des concentrations de certaines substances dans
les cours d?eau, avec des diminutions de 10 à 50 %
entre 2008 et 2020. Pour autant les HAP étant per-
sistants et mobiles, ils demeurent l?un des groupes
de substances les plus fréquemment quantifiés dans
les cours d?eau.
De lents progrès vers une
économie circulaire : sobriété
et recyclage
Avec un niveau de 14 tonnes par habitant, l?empreinte
matières de la France ne diminue pas, malgré une
diminution temporaire à 12,8 tonnes par habitant
durant la crise sanitaire.
La consommation des matières plastiques n?a ces-
sé de croître depuis le milieu du XXe siècle, en raison
des multiples usages. En 2022, 21 % des déchets plas-
tiques ont été recyclés, 51 % incinérés et 28 % mis en
décharge. Une grande partie de ces plastiques se re-
trouve dans les sols, les eaux et les mers sous forme de
microplastiques. Ces déchets ont des conséquences
nocives pour la faune et ont également pu être
détectés dans des organismes humains, bien que
leurs impacts sanitaires restent mal compris.
9
AVANT-PROPOS
Le premier marché du plastique est celui des em-
ballages, suivi de la construction et de l?automobile.
Or, en 2022, seuls 23 % des emballages ont été recy-
clés. À l?échelle de l?Union européenne, la vente de
certains produits en plastique à usage unique (pailles,
couverts en plastique, etc.) est interdite.
L?affichage environnemental volontaire pour les
produits textiles (loi AGEC puis loi climat et résilience,
article 2) a été lancé en 2024. Construit autour d?un
coût environnemental, il permettra de sensibiliser
les consommateurs sur l?impact de chacun de leurs
achats.
Dispositifs de traitement des
eaux usées : des situations
contrastées selon les territoires
43,8 % des cours d?eau sont en bon ou très bon état
écologique. Entre 2009 et 2015, la part des masses
d?eau de surface évaluées en bon état chimique
est passée de 43,1 % à 62,9 %. Les mesures mises en
oeuvre, telles que la mise aux normes de stations
d?épuration, l?interdiction de substances, les actions
de sensibilisation, permettent d?améliorer l?état des
masses d?eau, mais leurs effets ne sont perceptibles
que sur la durée.
En France, 82 % des habitants sont raccordés à
un assainissement collectif, et près de 30 % des sta-
tions d?épuration nécessitent encore des mises aux
normes, bien que ce chiffre ait diminué grâce aux
investissements récents. L?assainissement non collec-
tif concerne 18 % de la population, avec un taux de
non-conformité réduit à 20 %, contre environ 30 % il y
a une décennie, grâce aux contrôles et aides à la mise
en conformité. Malgré ces progrès, les rejets insuffi-
samment traités restent une cause d?eutrophisation,
aggravée par la baisse des débits liée au changement
climatique, accentuant la vulnérabilité des milieux
aquatiques.
Concernant la qualité chimique des eaux souter-
raines, aucun progrès significatif ne se dessine. En-
viron 15 % des captages ont été abandonnés, sur la
période 1980-2019, en raison de la dégradation de la
qualité de la ressource en eau, due, dans 41 % des cas,
à des teneurs excessives en nitrates et pesticides. Plu-
sieurs décennies sont nécessaires pour que certaines
substances se dégradent lorsqu?elles ont atteint une
nappe. Ainsi, l?effet positif attendu d?une mesure
prise pour préserver la qualité des eaux souterraines
est très souvent perceptible de nombreuses années
après sa mise en place
Même si la qualité des eaux de baignade demeure
satisfaisante, le littoral reste confronté régulièrement
à des épisodes de marée verte en raison des apports à
la mer encore excessifs de nitrates ou de phosphates
par les cours d?eau.
De nombreuses incertitudes
vis-à-vis des nouvelles molécules
encore peu réglementées
De nombreux résidus médicamenteux, notamment
des antibiotiques et des antidépresseurs, conta-
minent les cours d?eau. Entre 2019 et 2021, des mé-
dicaments comme la carbamazépine et le sulfamé-
thoxazole ont ainsi été trouvés dans plus de 25 % des
analyses. Ces substances perturbent les écosystèmes
aquatiques et favorisent l?antibiorésistance, mena-
çant la biodiversité et la santé publique.
Enfin, les PFAS (perfluorés et polyfluorés), pré-
sents dans de nombreux produits de consomma-
tion (textiles, emballages, mousses anti-incendie),
se retrouvent dans l?air, l?eau, les sols et la chaîne
alimentaire. Parmi les PFAS, le PFOS est quantifié dans
40 % des analyses d?eau de surface et dans 20 % des
analyses d?eau souterraine mesurées de 2019 à 2021.
Dans ce contexte, le plan d?action PFAS 2023-2027
lancé par le Gouvernement vise à réduire les risques
à la source, à poursuivre la surveillance des milieux,
à accélérer la production des connaissances scien-
tifiques et à faciliter l?accès à l?information pour les
citoyens. Il a notamment permis d?engager une cam-
pagne de caractérisation des rejets de PFAS de plus
de 5 000 sites industriels.
Agnès Pannier-Runacher
Ministre de la Transition
écologique, de la Biodiversité,
de la Forêt, de la Mer
et de la Pêche
10
Retour sur les temps forts qui ont permis de positionner
les enjeux environnementaux au centre des débats
internationaux au cours des 50 dernières années.
La communauté internationale
s?empare du sujet
FACE AUX DÉFIS :
HISTOIRE D?UNE PRISE
DE CONSCIENCE
19
7
0
ANNÉES
La prise de conscience internationale des
questions environnementales apparaît avec
les premières alertes sur la dégradation de
l?état de l?environnement et sur la finitude
des ressources naturelles.
1972 LES PREMIERS ACTES FORTS
Le Rapport Meadows Les limites à la
croissance1 met en lumière les risques pour la
planète d?une croissance économique infinie
dans un monde aux ressources limitées.
La première Conférence des Nations unies sur
l?environnement humain se tient à Stockholm,
en Suède. Pour la première fois, l?impact
des activités humaines sur l?environnement
naturel est au centre des attentions.
À l?issue de cette conférence, la Déclaration
de Stockholm pose les grands principes de
la politique environnementale internationale.
Le Programme des Nations unies pour
l?environnement (PNUE) est créé. Parmi ses
missions : coordonner les activités des Nations
unies en matière d?environnement, produire
des évaluations2 environnementales et aider
les pays dans la mise en oeuvre de politiques
environnementales.
Dans les années qui suivent, la pollution
de l?air, de l?eau et des sols, la perte de
biodiversité et la dégradation des écosystèmes
deviennent une préoccupation croissante.
Le droit international de l?environnement
progresse de manière significative.
UNE DÉCENNIE DE CONVENTIONS
INTERNATIONALES
1971 Les zones humides (Ramsar)
1972 La protection du patrimoine mondial
culturel et naturel (Unesco)
La prévention de la pollution des mers
(Londres)
1973 Le commerce international
des espèces de faune et de flore sauvages
menacées d?extinction (Washington)
La prévention de la pollution marine par
les navires (Marpol)
1979 La pollution atmosphérique
transfrontière à longue distance (Genève)
La conservation de la vie sauvage et du milieu
naturel de l?Europe (Berne)
1. Meadows D. et al., 1972. The limits to Growth (Les limites à la croissance).
2. PNUE. Rapports sur l?avenir de l?environnement mondial (Global Environmental Outlook - GEO).
RÉTROSPECTIVE
https://www.clubofrome.org/publication/the-limits-to-growth/
https://www.unep.org/geo/
11
Les acteurs mondiaux
s?organisent
19
8
0
-1
9
9
0
ANNÉES
En 1987, l?adoption du Protocole de Montréal
relatif à la protection de la couche d?ozone
marque un tournant dans la mobilisation
internationale en faveur de l?environnement.
Le changement climatique devient ensuite
progressivement un sujet majeur dans
le débat public. L?action internationale
s?organise.
Le Groupe d?experts intergouvernemental sur
l?évolution du climat (Giec) est créé en 1988
par le PNUE et l?Organisation météorologique
mondiale. Ses missions sont de fournir aux
États des évaluations détaillées sur l?état des
connaissances scientifiques, techniques et
socio-économiques sur ce phénomène,
ses causes, ses répercussions potentielles et
les stratégies d?atténuation puis d?adaptation.
1992 UN RENDEZ-VOUS MAJEUR,
LE SOMMET DE LA TERRE,
À RIO DE JANEIRO
La 3e Conférence des Nations unies sur
l?environnement et le développement,
appelée « Sommet de la Terre », à Rio de
Janeiro, réaffirme le caractère planétaire
des problématiques de dégradation des
écosystèmes et de gestion des ressources
naturelles. Elle ancre le concept de
développement durable apparu en 1987
avec le Rapport Brundtland3. À son issue,
la Déclaration de Rio et l?Agenda 21 fixent les
objectifs pour parvenir à un développement
durable au XXIe siècle. En 2015, les objectifs
pour le développement durable sont
adoptés. La Convention-cadre des Nations
unies sur les changements climatiques et la
Convention sur la diversité biologique sont
signées, tandis que les négociations pour
l?adoption d?une Convention sur la lutte
contre la désertification sont lancées.
L?après-Rio est marqué par la mise en
place d?un programme ambitieux de lutte
contre le changement climatique. Dès 1995,
des Conférences des Parties (COP) sont
organisées chaque année, successivement
sur chaque continent afin de dresser le bilan
des engagements pris et fixer de nouveaux
objectifs pour le climat, la biodiversité et
la désertification.
DES AVANCÉES MAJEURES AVEC
LES COP CLIMAT
1997 COP3 de Kyoto
Adoption du Protocole de Kyoto, premier
traité de réduction des émissions de gaz à
effet de serre.
2015 COP21 de Paris
Adoption de l?Accord de Paris, qui fixe
l?objectif de maintenir le réchauffement
climatique sous la limite de 2 °C, voire 1,5 °C,
par rapport à l?ère préindustrielle, d?ici 2100.
D?après la dernière évaluation du Giec
de 2023 4, en l?état actuel des engagements
des États en matière de politiques
d?atténuation des effets du changement
climatique, la planète pourrait se
réchauffer de 2,4 °C à 3,5 °C d?ici 2100, soit
bien au-delà de l?objectif fixé par l?Accord
de Paris.
2023 COP28 de Dubaï
Trois décisions majeures pour lutter contre
le changement climatique : tripler la
production des énergies renouvelables d?ici
2030, sortir progressivement des énergies
fossiles d?ici 2050, reconnaître le nucléaire
comme solution de décarbonation.
3. Brundtland G.H., 1987. Notre avenir à tous (Our Common Future. Report of the World Commission on Environment and Development).
4. Giec, 2023. AR6 Synthesis Report: Climate Change 2023.
RÉTROSPECTIVE
https://www.are.admin.ch/are/fr/home/media-et-publications/publications/developpement-durable/brundtland-report.html
https://www.ipcc.ch/report/sixth-assessment-report-cycle/
12
Une mobilisation
qui va au-delà du climat
RÉTROSPECTIVE
2
0
0
0
-2
0
24
ANNÉES
5. OCDE, 2012. Sustainable Materials Management.
6. Commission européenne, 2005. Strategy on the sustainable Use of Natural Resources.
7. GIER, 2024. Perspectives des ressources mondiales 2024.
8. IPBES, 2019. Rapport de l?évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques.
9. OMS, 2023. Un cadre pour la mise en place de systèmes de santé à faibles émissions de carbone face aux changements climatiques.
10. OMS, 2022. Pollution de l?air ambiant (extérieur): principaux faits.
RESSOURCES NATURELLES
À PARTIR DE 2005
L?Organisation de coopération et de
développement économiques (OCDE)
s?intéresse à la gestion durable des
matières? et la Commission européenne
propose une nouvelle stratégie sur
l?utilisation durable des ressources
naturelles en Europe6.
2007 Création du Groupe international
d?experts sur les ressources (GIER) par
l?Organisation des Nations unies (ONU)
pour développer la connaissance et
accompagner les pays dans l?utilisation des
ressources naturelles de manière durable.
Dans son dernier rapport de 20247,
le GIER souligne que la hausse des
tendances de l?utilisation des ressources
mondiales s?est poursuivie voire accélérée
depuis 2019. Sans une action politique
immédiate, l?extraction des ressources
pourrait augmenter de 60 % d?ici 2060
par rapport aux niveaux de 2020, ce qui
ne serait pas sans incidence sur l?état de
l?environnement et sur les émissions de gaz
à effet de serre.
BIODIVERSITÉ
2012 Création de la Plateforme
intergouvernementale sur la biodiversité
et les services écosystémiques (IPBES)
pour fournir aux États des évaluations
scientifiques actualisées des connaissances
disponibles, en vue des négociations sur
ces questions.
Dans sa dernière évaluation de 2019 8,
l?IPBES révèle qu?environ 25 % des espèces
de la plupart des groupes d?animaux et
de végétaux étudiés sont déjà menacées
d?extinction, et que les écosystèmes
naturels ont diminué de 47 % en moyenne
par rapport à leur état initial estimé.
Cette expertise s?appuie entre autres sur
les données de l?Union internationale pour
la conservation de la nature (UICN), créée
en 1948, qui répertorie les connaissances
et les ressources d?un grand nombre
d?organisations.
2022 Lors de la COP15 consacrée à la
biodiversité, adoption du Cadre mondial
de la biodiversité de Kunming-Montréal,
destiné à guider l?action mondiale en faveur
de la nature jusqu?en 2030, à la restaurer et
à l?utiliser de manière durable d?ici 2050.
POLLUTION
2023 Présentation par l?Organisation
mondiale de la santé (OMS) d?un nouveau
cadre opérationnel pour la mise en place
de systèmes de santé à faibles émissions de
carbone et résilients face aux changements
climatiques9.
L?OMS estime à 4,2 millions le nombre de
décès prématurés provoqués par la pollution
de l?air extérieur dans le monde en 2019, en
raison notamment de l?exposition à certains
produits chimiques 10.
https://www.oecd.org/environment/waste/sustainable-materials-management-9789264174269-en.htm
https://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2005:0670:FIN:EN:PDF
https://www.resourcepanel.org/fr/rapports/perspectives-des-ressources-mondiales-2024
https://files.ipbes.net/ipbes-web-prod-public-files/2020-02/ipbes_global_assessment_report_summary_for_policymakers_fr.pdf
https://www.who.int/fr/news/item/09-11-2023-who-unveils-framework-for-climate-resilient-and-low-carbon-health-systems
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/ambient-(outdoor)-air-quality-and-health
13
DATES CLÉS
LA PRISE DE CONSIENCE DES ENJEUX
ENVIRONNEMENTAUX
1re Conférence des Nations
unies sur l?environnement,
Stockholm
+ création du PNUE
Sommet de la Terre,
Rio de Janeiro
Création du GIER
Adoption des objectifs
de développement
durable (ODD)
COP15, adoption
de l?Accord de Kunming-
Montréal sur la biodiversité
Création du Giec
Adoption du
Protocole de Kyoto
Sommet de la Terre,
Rio de Janeiro (Rio + 20)
+ création de l?IPBES
COP21, adoption
de l?Accord de Paris
sur le climat
COP28, accord pour
une sortie progressive
des énergies fossiles
d?ici 2050
1972
1992
2007
2015
2022
2023
2015
2012
1997
1988
11. UNEP, 2023. Cinquième session de la Conférence internationale
sur la gestion des produits chimiques.
12. ONU, 2023. Face à la crise mondiale de la pollution plastique,
un nouveau traité est en discussion.
13. OCDE, 2022. Perspectives mondiales des plastiques.
Un nouveau cadre mondial sur la gestion
des produits chimiques11 sous l?égide de
l?ONU est adopté (Accord de Bonn).
Il fixe 28 objectifs en faveur d?une gestion
durable des produits chimiques (y compris
pesticides) et des déchets, et prône une
transition vers des solutions alternatives
pour prévenir l?exposition aux produits
chimiques nocifs, réduire les déchets et
mieux utiliser les ressources.
2024 Un traité mondial sur la pollution
plastique, notamment dans le milieu marin,
est en cours de négociation12.
En 2019, selon l?OCDE, 6,1 millions
de tonnes de déchets plastiques ont été
déversées dans les milieux aquatiques et
1,7 million de tonnes dans les océans13.
DES DÉFIS QUI NÉCESSITENT
D?ÊTRE TRAITÉS CONJOINTEMENT
Aujourd?hui, l?enjeu pour la communauté
internationale est de faire face à une
triple crise planétaire ? du climat, de la
biodiversité et de la pollution ?, associée
à la problématique des ressources, de
manière globale et multilatérale. Tous
ces défis ont largement été réaffirmés lors
du Sommet de la Terre « Stockholm + 50 »
en juin 2022.
RÉTROSPECTIVE
https://www.chemicalsframework.org/sites/default/files/documents/Report_SAICM-ICCM.5-4_F_04032024.pdf
https://www.chemicalsframework.org/sites/default/files/documents/Report_SAICM-ICCM.5-4_F_04032024.pdf
https://news.un.org/fr/story/2023/11/1140632
https://news.un.org/fr/story/2023/11/1140632
https://www.oecd.org/content/dam/oecd/fr/publications/reports/2022/06/global-plastics-outlook_f065ef59/c5abcbb1-fr.pdf
14
UN INVENTAIRE DES
PRINCIPALES SOURCES
DE POLLUTION, DE
LEURS IMPACTS ET DES
MOYENS MOBILISÉS
47 Les polluants suivis de
longue date concernés
par des objectifs de
réduction : métaux,
particules fines,
radiofréquences, etc.
59 Des contaminants encore
peu suivis et pourtant
très présents : plastiques,
résidus médicamenteux,
PFAS, etc.
64 Les initiatives et les
financements de la France
pour réduire la pollution
POUR APPROFONDIR
56 FOCUS | Produits
phytosanitaires : un bilan
mitigé
61 RENCONTRE | Robert
Barouki, professeur à
l?Université Paris Cité,
Directeur de l?institut
thématique santé
publique de l?Inserm
« L?exposome, l?empreinte
des expositions d?une vie
sur la santé »
MOBILISER LA SOCIÉTÉ
66 DOSSIER | Fédérer les
acteurs territoriaux pour
réduire les pollutions :
le cas du Plan Eau en
outre-mer
LE POINT SUR LES
DIFFÉRENTS TYPES DE
RESSOURCES ET LEURS
ENJEUX SPÉCIFIQUES
19 Les ressources fossiles
encore prépondérantes
dans la consommation
d?énergie française
24 Les ressources minérales
métalliques à 99,7 %
importées
29 Les minéraux non
métalliques issus en
grande partie du
territoire
35 La biomasse, d?origine
renouvelable, mais
non sans impact sur
l?environnement
POUR APPROFONDIR
31 FOCUS | L?eau, une
ressource sous tension
36 RENCONTRE | Gilles
Billen, directeur de
recherche émérite, CNRS,
biogéochimie territoriale,
Sorbonne Université
« Les engrais azotés
de synthèse : quelles
perspectives pour
l?agriculture ? »
MOBILISER LA SOCIÉTÉ
39 DOSSIER | Réinventer
la mobilité : un enjeu fort
pour la préservation des
ressources naturelles
Entre dépendance aux importations
et raréfaction
Une menace pour
l?environnement et la santé
POLLUTION DES
MILIEUX NATURELS
RESSOURCES
NATURELLES
4 DÉFIS
4 DÉFIS
POUR RÉPONDRE À LA CRISE
ENVIRONNEMENTALE
15
L?édition 2024 du « Rapport sur l?état de
l?environnement en France » s?articule autour
de quatre parties. Chacune aborde un défi
environnemental : l?épuisement des ressources
naturelles, la pollution des milieux naturels,
le changement climatique, et le déclin de la
biodiversité. Ces quatre problématiques sont bien
sûr très imbriquées. À titre d?exemple, l?extraction
de ressources naturelles constitue une source
de pollution des milieux naturels, qui elle-même
contribue au changement climatique, ce dernier
étant l?un des facteurs aggravant du déclin
de la biodiversité.
Pour élargir le propos, chaque partie se termine
par une section « Mobiliser la société » qui interroge
nos modes de vie (se déplacer, jeter, se nourrir,
se loger) et montre comment certains acteurs de
la société sont appelés à s?organiser pour mettre
en oeuvre des solutions.
Plusieurs focus, éclairages, paroles d?experts et
encadrés viennent enrichir les contenus.
DÉCRYPTAGE DES
PRINCIPAUX ENJEUX
ET IMPACTS
DU CHANGEMENT
CLIMATIQUE EN FRANCE
73 Quels impacts concrets ?
79 Les conséquences et
l?évolution des émissions
françaises de gaz à
effet de serre dans
l?atmosphère
86 Les leviers pour lutter
contre le changement
climatique :
les politiques publiques,
les financements,
la mobilisation des
acteurs, etc.
POUR APPROFONDIR
82 FOCUS | L?empreinte
carbone des Français
90 RENCONTRE | Gonéri
Le Cozannet, chercheur
au BRGM, co-auteur du
volet II du 6e rapport du
Giec, membre du Haut
Conseil pour le Climat
« Le défi de l?adaptation »
MOBILISER LA SOCIÉTÉ
92 DOSSIER | Manger moins
de protéines animales :
une transition alimentaire
bénéfique pour le climat
UN ÉTAT DES LIEUX
ET DES PERSPECTIVES
POUR LA BIODIVERSITÉ
EN FRANCE
99 Des signaux inquiétants
107 Les impacts du déclin
de la biodiversité sur les
différents écosystèmes :
milieux urbains, forestiers,
agricoles, marins et
humides, etc.
112 Les engagements
des pouvoirs publics
pour répondre aux
préoccupations
citoyennes croissantes
POUR APPROFONDIR
102 FOCUS | Comment
les activités humaines
affectent les écosystèmes
ultramarins
114 RENCONTRE | Bruno
Mounier et Pierre
Mossant, respectivement
directeurs de la Fédération
des Conservatoires
d?espaces naturels et du
Conservatoire d?espaces
naturels d?Auvergne
« Protéger des espaces
naturels tout en associant
la population »
MOBILISER LA SOCIÉTÉ
118 DOSSIER | Repenser
la façon de se loger
pour limiter l?impact sur
la biodiversité
Des effets de plus en plus
perceptibles
Une nature sous pression
CHANGEMENT
CLIMATIQUE
DÉCLIN DE
LA BIODIVERSITÉ
4 DÉFIS
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ16
Entre dépendance aux
importations et raréfaction
Ressources
naturelles
17
La France est dépendante de l?exté-
rieur pour son approvisionnement
en ressources naturelles. C?est le cas des
combustibles fossiles (pétrole, gaz natu-
rel et charbon) qui occupent une place
prépondérante dans la consommation
énergétique, ainsi que des métaux dont
l?utilisation concerne toute la société.
D?autres ressources comme l?eau, les mi-
néraux non métalliques et la biomasse,
sont principalement issues du territoire
national.
Malgré leur disponibilité, l?accès aux
ressources reste contraint. L?eau douce
est moins abondante sur le territoire mé-
tropolitain depuis une vingtaine d?années.
L?ouverture de nouvelles carrières d?extrac-
tion de minéraux non métalliques ou l?ex-
ploitation des granulats marins font face à
des oppositions croissantes. La biomasse
est une ressource qui se renouvelle mais
plus ou moins rapidement, et sa production
exerce des pressions sur l?environnement.
Les liens entre ressources naturelles et
changement climatique sont multiples.
L?utilisation des combustibles fossiles est
source d?émissions de CO2. Décarboner
la société nécessite donc le développe-
ment d?énergies renouvelables (éolienne,
solaire), au-delà des filières historiques
(bois-énergie et hydroélectricité) et du nu-
cléaire. Leurs développements mobilisent
à leur tour des minéraux métalliques. La
production de bois sur pied est appelée
à contribuer au stockage du carbone,
alors même que le changement clima-
tique altère la santé des forêts.
Quelles que soient les ressources,
une certaine sobriété est nécessaire à
leur utilisation durable. La suppression
des combustibles fossiles ne se fera pas
sans une diminution de la consommation
d?énergie. La réduction des prélèvements
d?eau apparaît aussi indispensable.
L
E
S
E
N
JE
U
X
Une
consommation
d?énergies
fossiles à
réduire (pétrole,
gaz naturel et
charbon), avant
tout pour limiter les
émissions de gaz à
effet de serre.
Une forte
dépendance
aux
importations
pour les
ressources
minérales
métalliques,
dans un contexte
de forte demande
mondiale.
De gros volumes
de minéraux
non métalliques
extraits sur
le territoire
pour un usage
principalement
local, avec une
réticence croissante
des populations
pour l?extraction
de granulats.
Une utilisation
sobre de l?eau à
renforcer, pour
assurer un équilibre
entre la ressource
et les usages et
garantir le bon
état des milieux
aquatiques.
De fortes
attentes sur
la production
de biomasse,
à la fois pour
la captation
du carbone et
différents usages
(alimentation,
matériaux
biosourcés,
énergie).
À RETENIR
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ18
CHIFFRES CLÉS
88 %
- 39 %
STRESS HYDRIQUE
SOBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE
- 14 %
- 53 %
10 à 20 %
Excédent en masse de la production
agricole végétale française par rapport
à la consommation intérieure.
99,7 %
des minéraux non métalliques
utilisés en France sont extraits de son
territoire en 2022.
Diminution de
la ressource en eau
en France métropolitaine,
entre les périodes 1990-2001
et 2002-2022.
Baisse de la
consommation finale
d?énergie entre 2022 et 2050
pour respecter l?objectif 2050 de la
stratégie nationale bas-carbone 2.
BOUQUET ÉNERGÉTIQUE
63 %
Part des ressources fossiles
(pétrole, gaz naturel et charbon) mobilisées pour
la consommation finale d?énergie à usage énergétique
en France en 2022.
Baisse de la croissance annuelle
nette du volume de
bois en forêt entre
les périodes 2005-2013
et 2014-2022 en France
métropolitaine.
des ressources minérales
métalliques utilisées en
France sont importées.
2/3
de la consommation annuelle d?eau
(prélèvements nets) en France métropolitaine
a lieu en période estivale.
19
LES RESSOURCES
ÉNERGÉTIQUES
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
L?énergie est essentielle à toute forme de vie. Elle
est omniprésente dans l?ensemble des activités hu-
maines, qui la mobilisent sous différentes formes
primaires (soleil, vent, biomasse, matières fossiles ou
fissiles, géothermie) afin de produire de la chaleur,
de la force mécanique (transporter ou soulever des
masses) ou d?autres usages spécifiques (électriques),
y compris en la transformant sous des formes se-
condaires (électricité, hydrogène).
Une présence encore
importante des énergies fossiles
En 2021, la consommation finale d?énergie par habitant
de la France est proche de la moyenne de l?Union
européenne (UE) ? (26 MWh/hab contre 27), mais loin
derrière le Canada et les États-Unis (58 et 54 MWh/
hab), et devant la moyenne mondiale (15 MWh/hab)
ou celle de l?Inde ou de l?Afrique (5 MWh/hab) [1].
En France, en 2022, les ressources fossiles (char-
bon, gaz et pétrole) représentent 63 % des ressources
mobilisées pour la consommation finale d?énergie à
usage énergétique (i.e. hors usage matières tel que
l?utilisation du coke en sidérurgie, du pétrole en
plasturgie ou du gaz pour la chimie des fertilisants) :
58 % de la consommation se fait directement sous
forme de gaz ou pétrole (chauffage au gaz, carbu-
rant automobile par exemple) et 5 % sous forme
d?électricité ou de chaleur commercialisée produite à
partir d?énergie fossile. Le reste de la consommation
finale s?appuie sur des sources renouvelables (bois,
hydraulique, biocarburant, éolien, solaire, etc.) ou
sur le nucléaire14.
Les ressources naturelles sont mobilisées par les activités
humaines directement (prélèvements des ressources)
ou indirectement (bénéfices tirés des services
écosystémiques). Cinq grands types de ressources sont
distingués ici : les ressources énergétiques, les ressources
minérales métalliques et non métalliques, l?eau et
la biomasse.
14. Une fois prises en compte les énergies renouvelables utilisées dans la production d?électricité et de chaleur commercialisée, les énergies
renouvelables représentent 19,3% de la consommation finale d?énergie à usage énergétique. En outre, dans le cadre de l?Union européenne,
la part des énergies renouvelables dans la consommation d?énergie repose sur un concept de consommation finale brute légèrement différent,
de telle sorte que le résultat pour la France est de 21% en 2022 (Chiffres clés des énergies renouvelables, CGDD, 2023).
Quelles limites
aux catégories
de ressources
naturelles ?
? Le caractère naturel de la biomasse
agricole et sylvicole peut être
discuté. La formation de celle-ci
résulte en effet d?une action humaine
visant à capter les ressources
naturelles que sont l?énergie solaire,
l?eau et les ressources minérales
ou organiques du sol à des fins de
production agricole ou forestière.
? Les différentes ressources ne sont
pas indépendantes les unes des
autres et peuvent se chevaucher en
partie : la biomasse est ainsi parfois
utilisée à des fins énergétiques.
Sa production mobilise de l?eau, soit
de façon spontanée en absorbant
l?eau de pluie retenue dans le sol, soit
par l?intermédiaire de l?irrigation ;
plus généralement, compte tenu
de l?interdépendance des secteurs
économiques, chaque catégorie de
ressources naturelles participe à
la mobilisation des autres.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-des-energies-renouvelables-edition-2023?rubrique=21&dossier=174
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ20
Le transport (professionnel et voitures particulières)
et l?usage domestique de l?énergie (principalement
le chauffage) sont les deux principaux postes de la
consommation finale d?énergie à usage énergétique
en France. Ils représentent respectivement 32 et 29 %
du total en 2022. La consommation d?énergie pour le
transport repose à 90 % sur le pétrole, et l?utilisation
de l?énergie à domicile repose à 35 % sur les énergies
fossiles, principalement le gaz (26 %).
La limite climatique l?emporte
sur celle de l?épuisement
La dépendance aux importations de produits énergé-
tiques comporte des risques stratégiques (instabilité
géopolitique) et économiques (balance commerciale
et inflation). Cela vaut pour les énergies fossiles
comme pour l?uranium utilisé dans la production
d?électricité nucléaire. La perception de ces risques
a été récemment renforcée par la guerre en Ukraine
(abandon du gaz russe) et le nouvel embrasement
du conflit israélo-palestinien (possible réaction des
pays arabes producteurs de pétrole). Par ailleurs,
0 %
12 %
30 %
39 %
19 %
5 % Fossiles
Renouvelables
Nucléaire
Déchets et autres
Gaz Pétrole Énergies renouvelables
thermiques
Électricité et
chaleur (vendues)
8 %
1 %
16 %
Charbon
Répartition de la consommation finale d?énergie à usage énergétique
par source d?énergie en France en 2022
Source : CGDD, mai 2024. Bilan énergétique de la France pour 2022
Note : en raison des arrondis, les totaux peuvent légèrement différer de la somme des catégories.
Source : CGDD, mai 2024. Bilan énergétique de la France pour 2022
Les activités économiques industrielles et ter-
tiaires sont à l?origine respectivement de 19 et 16 %
de la consommation finale énergétique en France.
La consommation énergétique industrielle dépend
pour 57 % des énergies fossiles (y compris la part des
énergies fossiles dans la production d?électricité et de
chaleur commercialisées) et les activités de service
(hors transport) pour 45 %.
ces ressources sont non renouvelables à l?échelle
de l?histoire de l?humanité. Il est donc nécessaire
d?anticiper leur épuisement.
La notion de pic pétrolier (peak oil) correspond
au moment où la production de pétrole atteint son
niveau le plus élevé, avant de décroître inexorable-
ment. Selon l?Agence internationale de l?énergie (AIE),
à l?échelle mondiale, ce pic est survenu en 2008 pour
le pétrole conventionnel (les trois quarts de la pro-
duction actuelle), c?est-à-dire celui dont l?extraction
des « réservoirs » géologiques est la plus facile. Les
pétroles non conventionnels (sables asphaltiques,
schistes bitumineux) présentent, quant à eux, un retour
Consommation finale d?énergie à usage énergétique en France en 2022
En TWh
Charbon Pétrole Gaz Énergies
renouvelables
thermiques
Électricité Chaleur
commercialisée
Total
Transports 0 467 4 36 11 0 518
Résidentiel 0 41 111 111 155 15 433
Industrie 7 28 108 22 108 22 294
Tertiaire 0 24 63 13 133 10 244
Agriculture-pêche 0 40 2 5 8 0 55
Total 8 600 287 187 415 46 1 543
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-energetique-de-la-france-pour-2022?rubrique=19&dossier=170
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-energetique-de-la-france-pour-2022?rubrique=19&dossier=170
21POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Consommation finale d?énergie en France en 2022 et projection à l?horizon 2050*
Gaz Pétrole Énergies renouvelables
thermiques
2022
2050
CharbonÉlectricité et chaleur
(vendues et autres)
19 %
13 %
24 %
62 %
0 %
1 %
39 %12 %
30 %
0 %
1 543 TWh 935 TWh
* Scénario de la SNBC2 avec mesures supplémentaires (dit AMS) à celles mises en place actuellement. Les ambitions à l?horizon 2050
seront révisées à la hausse dans la future SNBC en cours de consultation, notamment avec une part de renouvelable beaucoup plus forte.
Sources : CGDD, mai 2024. Bilan énergétique de la France pour 2022 et Stratégie nationale bas-carbone, ministère de la Transition écologique
et solidaire, 2020
énergétique (rapport entre un baril et l?énergie néces-
saire à le produire) beaucoup moins élevé [3] et des
impacts environnementaux encore plus importants.
L?UE est entourée de zones pétrolières en déclin
(mer du Nord, Afrique) ou au bord du déclin (Russie) [4],
régions d?où proviennent deux tiers des importations
françaises de pétrole brut [5]. Les conditions d?ap-
provisionnement énergétique de l?après pétrole, et
plus généralement, de l?après combustibles fossiles
constituent donc un enjeu important.
Toutefois, avant même l?épuisement des ressources
fossiles, c?est aujourd?hui le défi du changement cli-
matique qui impose de penser l?après énergies fossiles
selon un horizon de temps beaucoup plus rapproché.
Il est désormais établi scientifiquement qu?il est né-
cessaire de ne pas exploiter l?ensemble des réserves
de combustibles fossiles actuellement connues, si
l?on veut espérer atteindre l?objectif de limitation
du réchauffement climatique en dessous de + 1,5 °C,
voire 2 °C. Selon la base de données Global Registry
of Fossil Fuel Emissions and Reserves, constituée à
l?initiative du groupe de réflexion Carbon Trackers [6],
la quantité de gaz à effet de serre qui serait libérée en
cas d?extraction et surtout d?utilisation de ces réserves
(3 500 gigatonnes ? Gt ? de CO?) dépasse largement
le budget carbone mondial encore disponible, qui se
situe entre 400 Gt et 1 150 Gt de CO? [7].
Lors de la COP28 de 2023 sur le climat, les pays
participants se sont pour la première fois accordés
sur la nécessité d?une transition vers l?abandon des
énergies fossiles [8].
Décarboner et réduire
la consommation d?énergie
La réduction puis la quasi-suppression des émissions
de CO? (décarbonation) liées à la consommation
finale d?énergie de la France requièrent à la fois de
L?indépendance
énergétique de la France :
de quoi s?agit-il ?
Dans les statistiques internationales, le « taux
d?indépendance énergétique » correspond au
rapport entre la production intérieure et
la consommation intérieure d?énergie primaire.
Dans le cas de l?électricité d?origine nucléaire,
l?énergie primaire est calculée sur la base de
la chaleur issue de la réaction nucléaire (fission
de l?uranium), entraînant sa comptabilisation
dans la production intérieure, et non dans
les importations comme pourrait le justifier
l?origine étrangère de l?uranium.
La part de l?électricité nucléaire étant
prépondérante dans la production primaire
d?énergie (71 %), le taux d?indépendance
énergétique de la France atteint 51 % en 2022.
Il serait de l?ordre de 15 % si l?origine étrangère
de l?uranium était prise en considération [2].
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-energetique-de-la-france-pour-2022?rubrique=19&dossier=170
https://fossilfuelregistry.org/
https://fossilfuelregistry.org/
https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1811
https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1811
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ22
produire de l?énergie sans émissions de CO? et de
réduire la consommation d?énergie. L?accroissement
de la part des énergies décarbonées (nucléaires et
renouvelables) aux dépens des énergies fossiles ne
peut être en effet envisagé sans une diminution de
la quantité d?énergie qu?il est nécessaire de produire.
Pour respecter les objectifs de la Stratégie nationale
bas-carbone (SNBC) de la France, à l?horizon 2050,
la consommation finale d?énergie devra avoir baissé
de 39 % par rapport à celle de 2022, ce qui implique
une diminution annuelle de 1,8 % en moyenne. La
consommation des énergies fossiles baisserait de
85 %, notamment grâce au pétrole (baisse de 98 %,
soit - 13 % par an en moyenne), leur part dans le
total passant à 14 % en 2050 (aucune consomma-
tion indirecte, la production d?électricité n?utiliserait
plus aucune énergie fossile). Ces ambitions seront
révisées à la hausse dans la nouvelle SNBC en cours
de consultation.
Produire de l?énergie à partir
de sources décarbonées
La production d?énergie décarbonée peut s?appuyer
à la fois sur les sources renouvelables (biomasse,
hydraulique, solaire, éolienne) et sur l?électricité
d?origine nucléaire.
En France, l?électricité d?origine nucléaire occupe
une place prépondérante (63 % de la production
nette d?électricité en 2023). Compte tenu de l?ab-
sence d?émissions de CO? lors de sa production (hors
construction et démantèlement des centrales), elle
participe de la décarbonation de la consommation
d?énergie. Cependant, la mise en oeuvre de nouvelles
capacités de production demande a minima 8 à
12 ans, soit un délai long par rapport au rythme au-
quel doit s?opérer la baisse de la consommation des
énergies fossiles. En outre, la production d?électricité
nucléaire présente un certain nombre d?inconvé-
nients. Elle repose notamment sur l?importation
d?uranium et génère des déchets radioactifs qui
nécessitent des conditions de stockage drastiques [9].
Il s?agit également d?une activité qui présente un
risque spécifique lié aux substances radioactives
utilisées [10]. Enfin, le refroidissement des centrales
nécessite un approvisionnement permanent en
eau (même atténué par l?installation de circuits de
refroidissement fermé plus économes), alors que la
disponibilité de cette ressource tend à décroître en
période estivale dans certaines régions françaises,
sauf à être en bord de mer.
Le rythme de développement de la produc-
tion d?énergies renouvelables devrait jouer un
rôle déterminant dans celui de la réduction de la
consommation des énergies fossiles visées par les
objectifs climatiques mentionnés précédemment.
Dans ce but, la loi n° 2019-1147 relative à l?énergie
et au climat de 2019 fixe pour la France l?objectif
de 33 % d?énergie produite à partir de sources re-
nouvelables dans sa consommation finale brute
d?énergie en 2030 (contre 22,2 % en 2023) [11]. Cet
objectif sera revu à la hausse dans la prochaine
programmation pluriannuelle de l?énergie en cours
de consultation, en cohérence avec la révision des
objectifs européens. Actuellement, les deux filières
historiques (bois-énergie et hydroélectricité) repré-
sentent encore 45 % de la production française
d?énergies renouvelables, mais les filières éolienne
et photovoltaïque, ainsi que les pompes à chaleur,
devraient le plus contribuer à l?essor nécessaire des
énergies renouvelables en raison de leur marge de
développement [12]. Toutefois, les filières éolienne
et photovoltaïque présentent l?inconvénient de
produire de l?électricité de façon intermittente
selon l?ensoleillement ou le vent, nécessitant le dé-
veloppement de nouvelles flexibilités, par exemple
la consommation et le stockage. Le développe-
ment de ces filières décentralisées rend nécessaire
le renforcement des réseaux de transport et de
distribution. De plus, il requiert l?utilisation d?un
certain nombre de métaux qualifiés de critiques.
Réduire la consommation
d?énergie
La réduction puis la quasi-suppression des combus-
tibles fossiles de la consommation finale d?énergie
en France ne se feront pas sans une diminution de
l?ensemble de cette consommation. Celle-ci s?appuiera
à la fois sur la sobriété et l?efficacité énergétiques.
La sobriété énergétique soulève la question de
nos besoins et la façon de les satisfaire. Cette notion
reste toutefois difficile à définir précisément, et
donc à institutionnaliser et suivre statistiquement
[13]. La sobriété énergétique « consiste à consommer
avec modération (moins consommer) les biens et
services à forts impacts environnementaux » [14].
Cette notion a connu un regain d?attention avec la
mise en place du plan de sobriété énergétique du
gouvernement français en 2022, dans le contexte
de la crise d?approvisionnement en combustibles
fossiles provoquée par la guerre en Ukraine. La
sobriété énergétique y est présentée comme un
levier visant à la fois l?indépendance énergétique
et l?atteinte de l?objectif de neutralité carbone à
l?horizon 2050.
https://www.ecologie.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone-snbc
https://www.ecologie.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone-snbc
23POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
15. La composition du PIB entre les activités économiques plus ou moins intensives en énergie influe
aussi sur l?évolution de l?intensité énergétique du PIB.
Les empreintes
environnementales
de la consommation :
de quoi parle-t-on ?
Empreinte écologique et environnementale:
quelle différence?
L?empreinte écologique est un indicateur
qui traduit les pressions environnementales
induites par la consommation de biens et
services d?une population en termes de
surface terrestre mobilisée (y compris pour
absorber le CO? émis dans l?atmosphère) [17].
L?empreinte écologique est comparée à la
capacité biologique mobilisable (biocapacité)
du territoire de cette population.
Le jour du dépassement (Earth overshoot day)
symbolise le moment de l?année à partir duquel
l?empreinte écologique dépasse la biocapacité
annuelle. À l?échelle planétaire, si cette date
intervient avant la fin de l?année, cela signifie
que l?humanité a utilisé plus de ressources
écologiques que la Terre n?est capable d?en
fournir en une année. En 2023, ce jour est
intervenu le 2 août.
Dans le sillage de l?empreinte écologique,
plusieurs catégories d?empreintes
environnementales existent, chacune
portant sur un seul domaine. On parle alors
d?empreinte carbone, d?empreinte énergie,
d?empreinte eau, d?empreinte matières ou
d?empreinte terre.
Ces indicateurs ont notamment pour objet
de sensibiliser les populations concernées
aux conséquences environnementales, à
la fois directes et indirectes, dans le pays
ou à l?étranger, de leurs modes de vie:
consommation de biens et services, utilisation
d?équipements et d?infrastructures, etc.
Cette approche est essentielle dans un monde
globalisé où la production de nombreux biens
et services mobilise des ressources naturelles
(extraction, transformation, combustion)
partout dans le monde.
Dans ces conditions, la notion d?empreinte
environnementale est particulièrement
appropriée pour apprécier la situation
des activités humaines face aux limites
planétaires?[18].
Comment se situe la France?
Si la moyenne mondiale ne constitue pas
un seuil de durabilité, elle représente tout de
même un point de comparaison. La France se
situe au-delà de cette moyenne. Par exemple,
en 2022, son empreinte matières s?élève à
17,3tonnes par habitant (t/hab), soit 40%
au-dessus de la moyenne mondiale qui se situe
à 12,6t/hab [19].
Cependant, à la différence de l?empreinte
carbone pour laquelle chaque tonne est
également préjudiciable du point de vue
climatique, l?appréciation de la plus ou moins
bonne utilisation des ressources naturelles
peut dépendre de caractéristiques locales:
déforestation, rareté de la ressource en eau.
Dans ce cas, il conviendrait de rapprocher
les biens que nous consommons d?une
cartographie mondiale de leurs conditions
de production.
É
C
L
A
IR
A
G
E
L?efficacité énergétique rapporte le résultat
escompté (chauffer un logement ou un équipe-
ment industriel, transporter ou soulever une masse
donnée, etc.) à l?énergie consacrée à cet effet. Son
amélioration au cours du temps vise donc à répondre
à chacun des besoins de la population (biens et ser-
vices) avec de moins en moins d?énergie. À l?échelle
macroéconomique, le suivi de l?intensité énergé-
tique (consommation d?énergie à usage énergétique
rapportée au produit intérieur brut ? PIB) permet
d?approcher l?évolution globale de cette efficaci-
té15. De 1990 à 2022, l?intensité énergétique finale
de la France a baissé de 34 %, soit - 1,3 % par an en
moyenne [15]. La SNBC table sur une baisse annuelle
de 1,5 % jusqu?à 2050 [16].
https://overshoot.footprintnetwork.org/newsroom/country-overshoot-days/
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/empreinte-carbone-2?rubrique=27
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/matieres-mobilisees-par-leconomie-francaise?rubrique=395
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-france-face-aux-neuf-limites-planetaires?rubrique=41&dossier=176
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-france-face-aux-neuf-limites-planetaires?rubrique=41&dossier=176
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ24
LES RESSOURCES
MINÉRALES
MÉTALLIQUES
Les ressources minérales métalliques forment un vaste
ensemble aux propriétés et usages très variés. Du
point de vue de la chimie, les métaux et métalloïdes
représentent près de 85 % des éléments du tableau
périodique de Mendeleïev. Avant le XXe siècle, seuls
quelques métaux étaient utilisés : fer, cuivre, étain,
argent, or, etc. La révolution industrielle a permis
d?extraire une quantité et une variété de plus en plus
grandes de métaux et a vu apparaître de nouveaux
procédés pour la métallurgie.
Un besoin accru de métaux
au fil du temps
Au XXe siècle, des dizaines de métaux ont trouvé
des utilisations très diverses, dans des secteurs aussi
variés que la construction, les infrastructures de
transport, la production d?énergie, et les technologies
de l?information (ordinateurs, smartphones, etc.) [20].
Aujourd?hui, certains de ces métaux jouent un rôle
prépondérant dans le développement des énergies
bas-carbone (éolien, photovoltaïque).
De nombreux éléments, notamment des métaux, nécessaires à la transition énergétique
Source : CGDD, d?après BRGM
33
51
83
115
34
52
84
116
35
53
85
117
36
54
86
118
H
1
3 4
11 12
19 20
37 38
55 56 57-71
89-10387 88
21 22
39 40
72
104
23
41
73
105
24
42
74
106
26
44
76
108
27
45
77
28
46
78
29
47
79
111
30
48
112
31
49
5
13
6
14
7
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8
16
9
2
17
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18
81
113
32
50
82
114 109 110
25
43
75
107
68
100
69
101
70
102
71
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57
89
58
90
59
91
61
93
62 63 64
96
65
97
66
98
67
9994 95
60
92
Li
Na
B
Al
Fr
K
Rb
Cs
Hs
Fe
Ru
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Mt
Co
Rh
Ir
Ds
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Pt
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Sb
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Ge
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Ga
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Tl
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Br
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Kr
Xe
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Zn
Cd
Rg
Cu
Ag
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Bh
Mn
Tc
Re
Sg
Cr
Mo
W
Db
V
Nb
Ta
Be
Mg
Ra
Ca
Sr
Sc
Y
Ba
Rf
Ti
Zr
Hf
Pm
Np
Sm
Pu
Eu Tm
Md
Er
Fm
Ho
Es
Yb
No
Lu
Lr
Dy
Cf
Tb
Bk
Nd
U
Pr
Pa
Ce
Th
La
Ac
C
Si
N
P
O
S
F
Cl
Ne
He
Ar
Am
Uus
Lanthanides
Stockage de l?énergie
Connectique
Économies d'énergie
Catalyse (automobile, piles à combustible)
Production et transport de l'électricité
Très forte criticité
Forte criticité
Moyenne criticité
Industrie électrique nucléaire
Photovoltaïque
Mobilité électrique, énergie éolienne
(aimants permanents à terres rares)
Éclairage
Actinides Cm
Terres rares légères Terres rares lourdes
Gd
80
Hg
25POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Cet essor des usages des métaux a conduit à
extraire de plus en plus de minerais. Au niveau
mondial, l?extraction de minerais métalliques a
plus que triplé au cours des cinquante dernières
années, passant de 2,7 milliards de tonnes (Mdt)
en 1970 à 10,6 Mdt aujourd?hui [19]. Cette hausse
est particulièrement élevée pour la fabrication
de l?acier en raison de la demande accrue pour la
construction dans les pays en développement. Le
rythme d?extraction a ainsi eu tendance à s?accélérer
au cours des vingt dernières années.
Au-delà de cette dynamique globale, il convient
de noter que les volumes d?extraction concernés
sont très variables selon les métaux considérés.
Typiquement, il est d?usage de distinguer, les « grands
métaux » (cuivre, fer, etc.), dont l?extraction annuelle
se mesure en millions de tonnes (Mt), des « petits
métaux » (terres rares, etc.), plus souvent destinés à
des usages technologiques précis, dont l?extraction
annuelle se mesure en milliers de tonnes (kt). Tou-
tefois, la masse relativement faible de ces « petits
métaux » ne reflète pas leur importance économique
et stratégique.
En France, l?extraction de minerais métalliques
sur le territoire est très faible à l?heure actuelle,
avec un volume de 0,2 Mt par an (bauxite prin-
cipalement, à comparer aux 392 Mt de matières
minérales extraites en France en 2022). L?essentiel
des ressources minérales métalliques consommées
en France (17 Mt en 2022) est donc importée, soit
sous forme de minerais métalliques, soit de produits
composés de métal (automobiles, équipements
électroménagers, etc.).
Ces tendances sont susceptibles d?évoluer forte-
ment dans les années à venir. Les études prospectives
montrent que la transition énergétique va conduire
à une augmentation importante de la demande
mondiale en métaux nécessaires aux technologies
bas-carbone (terres rares pour l?éolien offshore et
les moteurs électriques, lithium et nickel pour les
batteries, etc.), avec la nécessité de développer
de nouvelles capacités en matière d?extraction, de
transformation et de recyclage [21].
Les métaux des technologies
bas-carbone : un défi
pour l?approvisionnement
Les technologies bas-carbone mobilisent une large
variété de métaux dont certains constituent des
ressources critiques.
Un premier ensemble est constitué par les métaux
de batteries pour les véhicules électriques, dont le
marché est actuellement dominé par les batteries
« lithium-ion », avec deux chimies principales : nickel-
manganèse-cobalt (NMC) et lithium-fer-phosphate
(LFP), entre lesquelles il existe des arbitrages : par
exemple, les LFP ne nécessitent pas de cobalt mais
ont une densité énergétique plus faible [24].
Les terres rares constituent un autre ensemble
de métaux critiques mobilisés par les technologies
bas-carbone [25]. Elles entrent dans la composition
des aimants permanents qui sont utilisés dans les
machines électriques : générateurs électriques des
éoliennes offshore et moteurs des véhicules élec-
triques. Outre les risques d?approvisionnement (éco-
nomiques, géopolitiques), leur extraction génère des
impacts environnementaux et sociaux.
La transition bas-carbone nécessite également
de mobiliser des quantités croissantes de cuivre et
d?aluminium notamment pour renouveler et déve-
lopper les réseaux électriques et fabriquer les équi-
pements nécessaires à l?électrification (voitures et
autres équipements de transport) [26].
Les métaux
dans l?industrie
électronucléaire
La production d?électricité nucléaire
utilise des métaux comme matériaux
de construction des centrales et comme
matière servant à la fabrication du
«combustible».
Il s?agit notamment de zirconium
(enveloppe du «combustible») et
de hafnium (capacité d?absorption
des neutrons), dont l?industrie
électronucléaire est la principale
utilisatrice. La construction des
centrales nucléaires requiert aussi
d?autres métaux: nickel, cobalt, titane,
tungstène, tantale, plomb, cadmium,
indium, argent, sélénium, bore
et lithium [22].
Et également l?uranium qui, à l?état
naturel, est essentiellement composé
d?uranium 238 et marginalement
d?uranium 235, seul ce dernier étant
fissile. Il doit donc être enrichi en
uranium 235 pour être utilisé comme
«combustible nucléaire» pendant
plusieurs années [23].
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ26
Les métaux de la transition
bas-carbone : la dépendance
de la France et de l?Europe
Aujourd?hui, les métaux de la transition bas-carbone
sont essentiellement extraits et transformés en
dehors de l?Europe. Ceci pose des questions de
dépendance à ces ressources dans le contexte de
développement de la capacité de production des
technologies bas-carbone en Europe.
L?extraction de métaux critiques est concentrée
dans un petit nombre de pays, quel que soit le métal
considéré. Aucun pays européen ne figure à l?heure
actuelle dans les trois premiers producteurs pour
l?extraction de ces métaux.
Les premières étapes de transformation des métaux
sont encore plus concentrées géographiquement,
avec un rôle prédominant de la Chine. Pour certains
métaux, la concentration est particulièrement forte
à chaque étape de production : par exemple, la
Chine extrait 68 % des terres rares mondiales, et
en transforme 90 %.
Plusieurs dispositions récentes visent à réduire la
dépendance extérieure de la France et de l?UE et à
diversifier les approvisionnements. En particulier, pour
les 17 matières stratégiques, le règlement européen
de mars 2024 fixe l?objectif de parvenir à l?horizon
2030, à assurer la consommation annuelle de l?UE
pour au moins 10 % par de l?extraction dans l?UE,
pour au moins 40 % par une transformation opérée
dans l?UE et pour au moins 25 % par un recyclage
effectué dans l?UE. Plusieurs projets miniers sont
par ailleurs en cours de développement en France
(ex : projet d?exploitation de lithium d?Imerys dans
l?Allier et de lithium géothermal en Alsace) et dans
le reste de l?UE.
La dépendance extérieure de la France et de
l?UE a également des implications sur le plan envi-
ronnemental : alors que l?extraction se déroule à
l?étranger, les impacts sociaux et environnemen-
taux associés surviennent dans les pays concernés.
Les impacts environnementaux sont très variés et
dépendent fortement des technologies mises en
oeuvre, des conditions du site concerné, des régle-
mentations en vigueur, etc. [27]. Ils peuvent inclure
la consommation d?espaces naturels (risques pour
les habitats et la biodiversité), la consommation
d?énergie, la production de déchets et de stériles
miniers, etc. Au niveau des premières transforma-
tions, les procédés de métallurgie peuvent être
énergivores et émettre des particules fines, ainsi
que des résidus aqueux ou boueux en grand volume.
Les impacts environnementaux peuvent également
Part des trois principaux pays producteurs dans la production totale
de certaines ressources et minéraux en 2022
En %
* République démocratique du Congo.
Source : AIE, 2023, Critical Minerals Market Review 2023
Extraction Transformation
Philippines
Chine
USA
Russie
Australie
Chili
Japon
Mozambique
Pérou
Finlande
Madagascar
Malaisie
RDC*
Indonésie
Malaisie
Estonie
Canada
Cuivre
Nickel
Cobalt
Lithium
Graphite
Terres rares
25 500 75 100 0 25 50 75 100
https://iea.blob.core.windows.net/assets/c7716240-ab4f-4f5d-b138-291e76c6a7c7/CriticalMineralsMarketReview2023.pdf
27POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
être à l?origine d?impacts sociaux, par exemple,
quand la consommation d?eau pour le traitement
de minerai s?avère être source de conflit d?usage,
en particulier en zone aride.
Besoins en métaux : quelques
éléments prospectifs
Plusieurs études prospectives ont proposé des
estimations des besoins en métaux selon différents
scénarios de déploiement des technologies bas-
carbone d?ici à 2050.
En raison du développement des véhicules
électriques, la demande mondiale en métaux pour
la fabrication des batteries pourrait être multipliée
par un facteur de 9 (scénario basé sur les politiques
annoncées) à 30 (scénario de développement durable)
à l?horizon 2040 [28]. S?agissant des terres rares, la
demande mondiale pour les moteurs de véhicules
électriques pourrait être multipliée par 18 d?ici à
2040, et par 3 pour l?éolien dans le scénario de
développement durable. En ce qui concerne la
France, plusieurs études récentes, ainsi que des
estimations faites par l?Ofremi, ont quantifié les
besoins en matériaux critiques nécessaires aux
horizons 2035 et 2050, en fonction des scénarios de
développement du parc de véhicules électriques et
d?un ensemble d?hypothèses sur les technologies,
le recyclage, la sobriété des usages, etc. [29]. Dans
ces différents travaux, les besoins à l?horizon 2035
sont estimés entre 10 000 et 15 000 t de lithium
(équivalent métal) et entre 80 000 et 100 000 t de
graphite par an environ en restant sur les technologies
classiques de batteries NMC et LFP.
Les besoins estimés pour le cobalt et le nickel
sont davantage contrastés en raison de choix d?hy-
pothèses différents sur les chimies de batteries. En
effet, en remplaçant le NMC par le LFP, puis par
le sodium-ion, les besoins sur certains matériaux
particulièrement critiques (en particulier nickel et
cobalt) pourront être significativement réduits.
Ces différents travaux permettent de faire ressortir
trois leviers principaux pour réduire les besoins en
matières critiques :
? la sobriété, en réduisant la taille des véhicules et des
batteries associées et en promouvant le développe-
ment d?autres moyens de transport que l?automobile ;
? la diversification des chimies de batteries, qui
peuvent avoir de très fortes conséquences sur
certains matériaux particulièrement critiques ;
? le recyclage, pour alimenter les besoins en matière
à long terme (après 2040), sous réserve de lever
certains obstacles (limiter les pertes, développer
les capacités de traitement nécessaires, etc.).
Une substance est dite «critique» dès lors:
? qu?elle est exposée à des risques
d?approvisionnement (prix, accès au marché,
tensions géopolitiques, etc.), côté «offre»;
? et qu?elle est considérée comme
particulièrement importante dans l?économie
nationale, côté «demande».
Ces deux critères permettent de classer
les substances selon leur degré de criticité.
Les indices de criticité ainsi estimés peuvent
s?appliquer aux États ou aux entreprises [30].
En France, l?Observatoire français des
ressources minérales pour les filières
industrielles (Ofremi), et avant lui le
Bureau des ressources géologiques et
minières (BRGM), produit des fiches de
criticité par substance et des monographies
régulièrement mises à jour [31]. Des travaux
analogues existent dans plusieurs pays de
l?OCDE. Le règlement européen (Critical Raw
Material Act), adopté en mars 2024, comprend
ainsi une liste de 34 matières critiques.
Il introduit également la notion de matières
premières stratégiques, correspondant à
celles utilisées dans les «technologies qui
favorisent la double transition écologique
et numérique et les objectifs aérospatiaux
et de défense»: 17matières premières sont
considérées comme stratégiques.
La notion de « matières premières
critiques »
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=OJ:L_202401252
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ28
Vers une économie
circulaire : recyclage
et sobriété
Optimiser les procédés de fabrication en
s?appuyant sur les principes de l?écoconception,
utiliser des ressources renouvelables, réduire
le poids des produits finis, favoriser l?usage au lieu
de la propriété de biens peu utilisés, allonger leur
durée d?usage, incorporer de la matière recyclée
en substitution de la matière vierge, veiller à
la recyclabilité et au recyclage effectif du produit,
sont autant de pistes pour limiter l?extraction
de matières premières vierges et l?accumulation
de déchets.
La loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre
le gaspillage et à l?économie circulaire prévoit
que certains produits et matériaux devront
obligatoirement incorporer un taux minimal
de matière recyclée, à l?exception des matériaux
issus des matières premières renouvelables et
à condition que l?impact environnemental de
cette opération soit positif.
Le taux d?incorporation de matière première de
recyclage (MPR) dans une production donnée
reflète son niveau de circularité. Ce taux résulte du
rapport entre la masse de MPR utilisée et la masse
produite du matériau considéré.
En 2021, la production nationale d?acier brut
et de fonte, de papiers-cartons, de plastiques,
d?aluminium et de verre, atteint 31Mt. Pour
les cinq MPR considérées, 15Mt de MPR ont été
incorporées dans la production française, les taux
étant variés selon les matériaux.
Pour les métaux mobilisés pour la transition
énergétique bas-carbone, les taux d?incorporation
de MPR sont pour le moment nettement
inférieurs, pour des raisons à la fois techniques,
économiques et liées à leur utilisation trop récente
pour générer suffisamment de MPR dans un
contexte de croissance élevée de la demande pour
les métaux concernés [32].
Malgré le niveau élevé de certains des taux
d?incorporation de MPR, ceux-ci restent
insuffisants pour parvenir à une économie quasi
circulaire ou du moins pour repousser de façon
significative (au moins 100 ans) l?échéance de
l?épuisement dans le cas des ressources naturelles
non renouvelables. En effet, trois conditions sont
nécessaires pour cela [33]:
1- La production des biens neufs doit reposer
essentiellement sur l?utilisation de MPR.
Cela signifie un niveau très élevé des taux
d?incorporation de MPR dans la fabrication des
matériaux de base, au-delà de 80%.
2- Un flux suffisant de déchets doit être
disponible pour permettre l?approvisionnement
en MPR. Pour cela, pour chacun des matériaux,
l?économie doit rejeter sous forme de déchets
l?équivalent d?au moins 80% des masses
consommées. Cela suppose en outre une efficacité
du recyclage très élevée (80% de ces déchets sont
effectivement recyclés).
3- Enfin, il est nécessaire que l?augmentation
de la consommation des matières concernées
reste à un niveau réduit, inférieur à 1% par an.
Au-delà, les seules MPR ne peuvent pas suffire à
alimenter la croissance de la consommation.
É
C
L
A
IR
A
G
E
80
70
60
50
40
30
20
10
2005
Papiers-cartons Verre Acier Aluminium Plastiques
201720152013201120092007 2019 2021
0
5 %
39 %
44 %
54 %
58 %
6,5 %
10 %
43 %
50 %
63 %
71 %
Évolution des taux
d?incorporation
de matière première
de recyclage en
France
Source : Ademe,
Bilan national du recyclage
29POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Les minéraux non métalliques rassemblent les miné-
raux industriels (andalousite, kaolin, talc, etc.) et les
minéraux de construction (granulats, roches massives,
roches ornementales, etc.). Ils représentent environ
la moitié de la consommation intérieure de matières
de l?économie française.
L?extraction de minéraux non métalliques en France
s?élève à 392 Mt en 2022 (10 % de moins qu?en 1990),
soit 5,8 t/hab [34]. Étant donné la taille de son territoire,
la France est le 3e producteur de l?UE. En revanche, en
tonnage par personne, elle se situe en 21e position [35].
Les minéraux extraits sont utilisés à plus de 90 % sous
forme de graviers et sables. Ils sont principalement
utilisés dans la construction (logements, bâtiments
publics, infrastructures de transport).
Extraction et besoins en minéraux non métalliques en France en 2022
En milliers de tonnes
(1) Pierres ornementales ou de construction : marbre, granit, grès, porphyre, basalte, autres pierres
ornementales ou de construction (sauf ardoise).
Notes : les besoins correspondent à la somme de l?extraction et de l?importation. Ils mesurent la quantité
de matières entrant dans l?économie au sens de la comptabilité de flux de matières ; en raison des
arrondis, les totaux peuvent légèrement différer de la somme des catégories.
Champ : France.
Sources : Insee ; Douanes. Traitements : SDES, 2023
LES MINÉRAUX
NON MÉTALLIQUES
Les besoins en minéraux
non métalliques principalement
couverts par l?extraction
domestique
En 2022, la France couvre 88 % de ses besoins en
minéraux non métalliques, contre seulement 0,3 %
pour les minerais métalliques. Ce taux est cependant
variable selon les matériaux, et atteint 6 % pour les
minéraux utilisés dans l?industrie chimique et engrais
naturels (comme le phosphate ou la potasse).
Les importations de minéraux non métalliques
ont globalement augmenté de près de 29 % entre
1990 et 2022, pour atteindre près de 50 Mt, soit
Extraction intérieure Besoins de l?économie
française
Part de l'extraction
intérieure
par rapport
aux besoins (en %)
Pierres ornementales ou
de construction (1) 2 856 4 806 59
Craie et dolomie 1 625 1 945 84
Ardoise 9 44 19
Minéraux pour l'industrie
chimique et engrais naturels 895 14 246 6
Sel 5 622 6 255 90
Pierre calcaire et gypse 10 738 11 508 93
Argiles et kaolin 1 442 4 953 29
Sable et gravier 367 573 379 128 97
Autres minéraux non métalliques 1 392 21 671 6
Minéraux non métalliques 392 152 444 555 88
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/les-matieres-mobilisees-par-leconomie-francaise-en-2020?rubrique=395&dossier=1028249
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/les-matieres-mobilisees-par-leconomie-francaise-en-2020?rubrique=395&dossier=1028249
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ30
0,73 t/hab en 2022. Alors que la France exportait
autant qu?elle importait de 1990 à 1999, l?écart s?est
creusé à partir de 2000, les importations atteignant
presque le double des exportations en 2022.
La France compte près de 3 000 carrières en ac-
tivité en 2023 réparties sur l?ensemble du territoire.
Leur nombre a nettement diminué depuis le milieu
des années 2000 (- 36 % de 2007 à 2023) de même
Les granulats marins
et les granulats de recyclage :
des alternatives face aux
besoins croissants
La France possède aussi d?importantes ressources
en granulats marins, évaluées à près de 170 millions
de m3 (Mm3) [37]. La production nationale de ces
ressources, en progression constante depuis 10 ans
(4,8 Mm3 en 2022), joue un rôle primordial dans
l?approvisionnement des régions littorales et des
axes fluviaux principalement pour les besoins du
BTP. Elle permet d?assurer 20 à 60 % des besoins
en granulats siliceux des départementaux littoraux
de l?Atlantique et la Manche [38]. Difficiles d?accès
et méconnues, ces ressources peuvent constituer
une réponse aux besoins croissants en granulats.
L?exploitation de ces granulats a toutefois un im-
pact négatif sur l?environnement (destruction de
la faune habitant sur le fond marin, modification
de la topologie du fond marin pouvant aller jusqu?à
Extraction de granulats en France
en moyenne annuelle de 2010 à 2020
Source : Unicem. Traitements : SDES, 2024 Source : Sitadel. Traitements : SDES, 2024
Surface des logements neufs construits
en moyenne annuelle de 2011 à 2021
que les masses extraites (- 11 % de 2007 à 2022),
en lien notamment avec la baisse d?activité de la
construction après la crise de 2008.
L?activité de construction utilise principalement
des matériaux extraits localement. En 2022, plus de
90 % des flux de minéraux non métalliques en France
sont intrarégionaux, un résultat assez uniforme entre
les régions [36].
modifier la dynamique de la houle et des courants).
De ce fait, l?exploitation de cette ressource est en-
cadrée par les documents d?orientation pour une
gestion durable des granulats marins [39] et par un
guide technique [40]. La question de la résilience
des écosystèmes marins face à cette activité fait
l?objet d?un projet de recherche RESISTE initié par
l?Institut français de recherche pour l?exploitation
de la mer (Ifremer) [41].
Les granulats de recyclage couvrent environ un
quart des besoins de granulats en France [42]. 90 %
des granulats recyclés proviennent du décapage
des routes. Le recyclage du béton reste pour sa part
complexe, car il cohabite avec d?autres matériaux
difficiles à trier (verre, aluminium, bois, plastique).
La directive-cadre européenne relative aux déchets
n° 2008/98 fixait l?objectif de 70 % de valorisation
des déchets du BTP en 2020. Cet objectif figure
également dans la loi n° 2015-992 du 17 août 2015
relative à la transition énergétique pour la croissance
verte. En 2022, seule la moitié environ des déchets
du BTP français sont valorisés.
Absence
de données 0 - 50 km
Quantité
(millions
de tonnes)
0 - 1,5
1,5 - 3
3 - 4
4 - 7
7 - 12
Guadeloupe Martinique Guyane La Réunion Mayotte
0 - 50 km
Surface des
logements
(milliers de m2)
0 - 400
400 - 900
900 - 1 600
1 600 - 3 000
3 000 - 4 800
Guadeloupe Martinique Guyane La Réunion Mayotte
31POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
La ressource en eau
sous tension en été sur
une partie du territoire
La ressource en eau d?un territoire se renouvelle
par le cycle naturel de l?eau. Elle peut être évaluée par le volume
des précipitations auquel on ajoute les écoulements arrivant
des territoires voisins et duquel on soustrait l?évapotranspiration.
Cette eau douce alimente les cours d?eau et les lacs ou s?infiltre
dans les nappes. Une partie est mobilisable pour les usages
humains, une autre doit être conservée pour la vie des milieux
aquatiques, en assurant notamment un débit suffisant
dans les cours d?eau et une arrivée suffisante d?eau douce
sur le littoral eu égard à l?importance des eaux de transition pour
l?économie maritime et les milieux marins.
F
O
C
U
S
En France métropolitaine,
la ressource en eau varie fortement
selon les années, la saison et
le territoire considérés, et son
utilisation impacte plus ou moins
les milieux. Lorsque la ressource
n?est plus suffisante pour garantir
tous les usages dans le respect du
bon fonctionnement des milieux
aquatiques, des restrictions d?usage
de l?eau sont mises en oeuvre.
Ces dernières années, elles ont été
plus fréquentes, plus sévères et
plus étendues, dans un contexte
d?augmentation des températures
et de fréquence accrue des
sécheresses.
Le territoire métropolitain
est moins pourvu en eau douce
depuis 2002 [43]
À l?échelle du territoire
métropolitain, la ressource en eau
renouvelable dépend fortement
des précipitations: le volume annuel
provient à 94% des précipitations,
et à seulement 6% de l?eau arrivant
des pays voisins (moyenne 1990-
2022).
En moyenne, 62% des 510milliards
de m3 (Mdm3) de précipitations
annuelles s?évaporent ou sont
transpirés par les plantes, et 38%
contribuent à la ressource en eau
disponible. Cette dernière a diminué
de 14% entre les périodes 1990-2001
et 2002-2022, en raison à la fois
d?une augmentation des volumes
d?eau repartant à l?atmosphère
(évapotranspiration) et de
précipitations annuelles moindres
depuis 2002. La diminution de
la ressource en eau s?observe sur
25% du territoire métropolitain,
essentiellement dans la moitié Sud.
Au fil des ans, la sécheresse des
sols?[44] concerne une part croissante
du territoire métropolitain, ce
qui indique que la part de l?eau
naturellement utilisable pour les
végétaux tend à diminuer, y compris
pour les cultures.
Volume de la ressource en eau de France métropolitaines, parts
provenant des précipitations et des pays voisins de 1990 à 2022
En Mdm3
Note : l?année hydrologique est basée
sur la période de réalimentation des nappes d?eau
souterraines et de la fin des basses eaux dans
les cours d?eau. Par convention, pour la France
métropolitaine, l?année hydrologique débute en
septembre de l?année précédente pour
se terminer en août de l?année analysée.
Champ : année hydrologique.
Sources : Météo-France ; Banque Hydro, 2023.
Traitements : SDES, 2024
Moyenne
1990-2001
Moyenne
2002-2022
Écart
en %
Ressource en eau 229 198 - 14 %
Part provenant
des précipitations
217 186 - 14 %
Part arrivant
des pays voisins
12 12 0
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ32
Ressource en eau renouvelable
de la saison de recharge par sous-bassin
hydrographique de 1990 à 2022
Ressource en eau renouvelable
de la saison d?étiage par sous-bassin
hydrographique de 1990 à 2022
Une ressource hétérogène
selon les bassins-versants
La ressource en eau annuelle
se constitue majoritairement
de septembre à mars, lorsque
l?évapotranspiration est moindre.
Pendant cette saison de recharge,
la pluie s?infiltre dans les nappes
d?eau souterraine. D?avril à
août, saison d?étiage, la pluie
bénéficie essentiellement à la
végétation, ou est évaporée. Dans
les sous-bassins hydrographiques
métropolitains, la période de
recharge apporte 65% à 92% du
volume de la ressource annuelle.
En saison d?étiage, la ressource
en eau est bien moindre qu?en
période de recharge et l?apport
des cours d?eau provenant des
territoires amont compte pour
plus de 50% pour trois quarts des
sous-bassins qui en bénéficient.
À l?inverse, lorsqu?il n?y a pas
cet apport, la ressource en étiage
peut être faible à très faible,
correspondant à moins de 50mm
dans 60% des sous-bassins
concernés.
Des prélèvements d?eau
douce en baisse
Les volumes d?eau douce prélevés
en France pour les différents
usages liés aux activités humaines
(hors hydroélectricité) sont
de l?ordre de 33Mdm3 par an
sur la période 2008-2021. Selon
les années, de 45% à 53%
des volumes prélevés servent
à refroidir les centrales de
production électrique. L?eau
potable et l?alimentation des
canaux de navigation représentent
chacun de 15% à 19% des
prélèvements selon les années,
l?irrigation de 7% à 11%, et les
usages industriels environ 8%??[45].
Les prélèvements totaux baissent
significativement, de 1,1% par
an en moyenne depuis 2008. La
diminution des prélèvements pour
le refroidissement des centrales
électriques contribue le plus à
cette baisse, en raison notamment
d?une moindre utilisation des
centrales thermiques à flamme.
Note : la ressource en eau renouvelable considérée est le volume
des précipitations diminuées de l?évapotranspiration, auquel
on ajoute les écoulements arrivant des territoires voisins.
Champ : France métropolitaine, saison d?étiage (avril à août).
Source : Hydroportail ; Météo-France, 2023.
Traitements : SDES, 2024
Part provenant
des précipitations
Part provenant des
écoulements arrivant
des territoires voisins
Ressource en eau
renouvelable en mm
plus de 2 000
1 001 à 2 000
501 à 1 000
301 à 500
Volume
en milliard
de m³
5,5
0 - 50 km
22,5
0 à 150
151 à 300
0 - 50 km
Volume
en milliard
de m³
5,5
22,5
Part provenant
des précipitations
Part provenant des
écoulements arrivant
des territoires voisins
Ressource en eau
renouvelable en mm
plus de 2 000
1 001 à 2 000
501 à 1 000
301 à 500
0 à 150
151 à 300
Note : la ressource en eau renouvelable considérée est le volume
des précipitations diminuées de l?évapotranspiration, auquel
on ajoute les écoulements arrivant des territoires voisins.
Champ : France métropolitaine, saison de recharge (septembre à mars).
Source : Hydroportail ; Météo-France, 2023.
Traitements : SDES, 2024
33POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Une ressource touchée
différemment selon les usages
Une part plus ou moins
importante de la ressource en eau
prélevée est restituée aux milieux
aquatiques après usage, avec
un décalage spatial et temporel.
La part de l?eau non restituée
immédiatement après usage est
considérée comme «consommée»
(on parle aussi de prélèvement
net), dans le sens où elle n?est plus
disponible pour d?autres besoins
utilisant la même ressource.
L?eau consommée ne fait pas
l?objet d?un suivi administratif,
à l?inverse des prélèvements à la
ressource pour lesquels il existe
des données liées au système de
redevances.
La part d?eau consommée par
rapport aux prélèvements est
très variable selon les usages:
? très faible à l?échelle nationale
pour l?alimentation des
canaux de navigation ou le
refroidissement des centrales
électriques (moins de 5%);
? un peu plus élevée pour
les usages industriels ou
domestiques (de 6% à 20%);
? majoritaire pour les usages
agricoles liés à l?irrigation
(de l?ordre de 80%).
De façon globale, on estime
que la part d?eau consommée
représente 12 à 15% des volumes
d?eau douce prélevés [46]. Les
usages agricoles, principalement
l?irrigation, représentent les 3/5
de cette consommation à l?échelle
nationale et deux tiers de la
consommation totale a lieu en
période estivale (juin à août).
Certains usages de l?eau,
non comptabilisés dans les
prélèvements, nécessitent
cependant de mobiliser des
volumes d?eau significatifs,
avec des impacts sur le milieu
naturel et le fonctionnement des
écosystèmes. C?est le cas de la
production d?hydroélectricité
(plus de 700Mdm3 utilisés à
l?échelle nationale) et dans une
moindre mesure de la navigation,
des activités de loisirs (pêche,
baignade, etc.), de l?aquaculture,
etc.
Les conséquences du changement
climatique sur les cours d?eau [47]
pourraient être préjudiciables
au refroidissement des centrales
nucléaires, en exerçant une
contrainte sur les volumes
pouvant être prélevés et en
rendant impossible les rejets d?eau
réchauffée. Ainsi, une diminution
des capacités de production
en période de basses eaux [48]
est à craindre. Par ailleurs, en
entraînant une moindre dilution
des polluants dans l?eau, la
diminution des débits accentue
la détérioration de la qualité
des eaux: rejets induisant des
pollutions microbiologiques
ou chimiques, diffuses ou
ponctuelles, augmentation de
la température de l?eau rejetée,
néfaste à la vie des milieux
aquatiques (eutrophisation,
disparition d?espèces, etc.).
L?exploitation de l?eau douce peut
donc être compromise à la fois
par une diminution de sa quantité
et par une dégradation de sa
qualité.
Une exploitation de l?eau
douce qui fragilise la durabilité
de son utilisation
La disponibilité en eau douce
est parfois insuffisante pour
répondre aux besoins des usages
humains dans le respect de ceux
des écosystèmes aquatiques, à
cause de son inégale répartition
géographique et au cours du
temps. En France métropolitaine,
les prélèvements impactent le
plus la ressource en eau durant
la période estivale (de juin à
août), avec 33% du volume annuel
prélevé, tandis que dans les
cours d?eau transitent seulement
15% des écoulements annuels
(moyenne 2008-2021).
Selon l?approche des limites
planétaires [49], les prélèvements
dans les cours d?eau et les nappes
libres sont considérés comme
soutenables en période de basses
eaux s?ils restent en deçà d?un
seuil de 25% du débit naturel16
(frontière locale). Au-delà d?un
seuil de 55% (limite locale), ils
quittent la zone d?incertitude pour
entrer dans la zone de danger.
Sur la période 2008-2021, pour
6sous-bassins métropolitains sur
les 31 étudiés, les prélèvements
en été dépassent la frontière
locale au moins une fois
(ils se situent alors dans la zone
d?incertitude)17.
F
O
C
U
S
16. Pour obtenir une estimation du débit naturel, les débits observés sont corrigés de l?influence
des utilisations humaines. Dans ce rapport, les débits naturels sont calculés en ajoutant au volume
écoulé observé le volume prélevé non restitué aux milieux aquatiques (prélèvement net).
17. Les seuils de débit et les prélèvements sont calculés pour la saison estivale, en allouant à
cette période de l?année tous les prélèvements agricoles, et un quart des prélèvements annuels pour
les autres usages.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ34
Les causes des dépassements
les plus fréquents (au moins
7années sur 14) sont variées:
? faiblesse des écoulements
estivaux associée à des
prélèvements pour l?irrigation
prédominants (Mayenne-
Sarthe-Loir, côtiers aquitains
et charentais);
? forts prélèvements pour l?eau
potable (Seine amont pour
l?alimentation en eau de Paris);
? prélèvements élevés pour le
refroidissement des centrales
de production d?électricité
(Moselle, Isère).
Les prélèvements dépassent la
limite locale dans 2 sous-bassins
jusqu?à 4 fois sur les 14 années
observées (côtiers aquitains et
charentais).
La fréquence des franchissements
de seuils dans certains territoires
montre la nécessité de réduire
les prélèvements dans les cours
d?eau, ainsi que dans les nappes
d?eau souterraines, notamment en
été, d?autant que les écoulements
estivaux tendent à se raréfier avec
le changement climatique.
Des restrictions d?eau en été
déjà fréquentes
S?il n?est pas observé actuellement
de déficit chronique à l?échelle
du territoire métropolitain,
l?accès à l?eau n?est toutefois pas
garanti toute l?année et partout,
et des concertations sont menées
localement pour adapter les
besoins à la ressource. Lorsqu?une
pénurie d?eau est prévisible,
les préfets peuvent déclencher
des restrictions des usages de
l?eau pour préserver les usages
prioritaires [50]. Elles s?appliquent
à l?utilisation des eaux de surface
(cours d?eau, canaux, lacs et
étangs, etc.) ou des eaux provenant
des nappes souterraines. Quatre
niveaux de limitation sont mis en
oeuvre progressivement selon la
sévérité de l?épisode de sécheresse
constatée: vigilance, alerte, alerte
renforcée, crise. Le niveau de
crise entraîne des interdictions
partielles ou totales, notamment
pour les usages agricoles.
Chaque année, des restrictions
des usages de l?eau de sévérité
variée sont appliquées en France
métropolitaine. Depuis 2012,
les mesures de crise visant
l?utilisation des eaux de surface
sont fréquentes sur plusieurs
zones de l?Ouest et du Sud-Ouest,
et leur application dure au moins
2 mois, ce qui montre la fragilité
de ces secteurs par rapport à
la disponibilité de l?eau.
Les nappes d?eau souterraine sont
moins fréquemment soumises à
des restrictions d?utilisation, et
les mesures de crise sont rares,
car leur gestion peut s?anticiper
plus facilement. En revanche,
les limitations peuvent durer
longtemps sur une même zone,
voire perdurer d?une année sur
l?autre.
2022 : une année exceptionnelle
Sur la période 2012-2022 [51], les restrictions d?eau ont concerné au moins
30% du territoire à huit reprises. Selon les années, l?activation des
mesures a débuté entre mai et juillet, tandis que la sévérité et l?étendue des
restrictions sont souvent maximales en septembre. L?année 2022 s?est avérée
exceptionnelle tant par l?étendue géographique, la durée et la sévérité des
restrictions: 97% du territoire métropolitain a été concerné par des mesures
de restriction d?usage des eaux de surface (dont 55% de mesures de crise)
et 27% par des mesures de restriction d?usage des eaux souterraines
(dont 14% de mesures de crise).
F
O
C
U
S
35POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
La biomasse recouvre les matières organiques, non
fossiles, d?origine biologique, animales ou végétales.
De nature diverse, elle rassemble les cultures (céréales,
oléagineux, légumes, fruits, fibres, cultures fourra-
gères, etc.) et leurs résidus, la biomasse pâturée, le
bois (bois d?oeuvre, d?industrie, de chauffage, etc.)
ou les animaux hors élevage (pêche, chasse).
Des ressources renouvelables
variées utilisées principalement
pour l?alimentation
La biomasse extraite du territoire français représente
un volume de 222 Mt18 en 2022 : cultures (57 %), four-
rage et biomasse pâturée (26 %), bois (10 %), pois-
LA BIOMASSE
sons, plantes et animaux aquatiques, gibiers (7 %). La
production de biomasse a reculé de 6 % entre 1990
et 2022, mais avec des fluctuations d?une année sur
l?autre en fonction de la météorologie (pluviométrie,
sécheresse) qui influe fortement sur les rendements.
La production de biomasse végétale de la France
est globalement excédentaire. C?est notamment le
cas de la production agricole végétale prise dans sa
totalité (y compris la production fourragère), celle-ci
représentant selon les années de 110 à 120 % de la
consommation intérieure (respectivement 198 Mt et
169 Mt en 2022). Toutefois, la situation est variable
selon les cultures, excédentaire pour les grandes
cultures (céréales, tubercules et légumineuses), défi-
citaire pour les oléagineux notamment, et dans une
moindre mesure les légumes et les fruits.
Le rendement maximal durable d?une population
de poissons est la plus grande quantité de
biomasse que l?on peut extraire en moyenne
et à long terme d?un stock halieutique dans les
conditions environnementales existantes sans
affecter le processus de reproduction. L?état des
ressources halieutiques françaises connaît une nette
amélioration, avec une forte augmentation des stocks
exploités durablement [52]. Pour autant, deux tiers des
produits de la pêche consommés par les Français sont
importés et l?état des ressources halieutiques reste
préoccupant au niveau mondial. Selon l?Organisation
des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture
(FAO) [53], le pourcentage de stocks de poissons
surpêchés dans le monde est passé de 10% dans les
années 1970 à 38% en 2021.
La production de l?aquaculture française s?établit,
quant à elle, à 193kilotonnes (kt) en 2021
(149kt pour la conchyliculture et 44kt pour la
pisciculture), à comparer aux 483kt de produits
de la pêche[54]. Au niveau mondial, à la suite du
très fort développement de l?aquaculture depuis
les années 1990, la production aquacole a rejoint
la production halieutique (91Mt en 2021 chacune,
hors algues [55]). Le développement de l?aquaculture
soulève plusieurs enjeux en matière de durabilité.
L?un d?entre eux est lié au fait que certains poissons
d?élevage, comme le saumon, sont carnivores. Pour
les nourrir, il est alors nécessaire de pêcher des
poissons plus petits avec un impact défavorable sur
les stocks sauvages.
É
C
L
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A
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E
En bon état Surpêchées
38 %
Dans le monde
En France
47 % 53 %
73 % 27 % 62 %
59 % 41 %
En bon état Surpêchées
38 %
Dans le monde
En France
47 % 53 %
73 % 27 % 62 %
59 % 41 %
Source : SDES, d?après
données FAO, sauf pour
2000 en France où une
estimation a été faite à
partir des données Ifremer,
dont la méthodologie
est légèrement différente
de celle de la FAO.
Comment évolue l?état
des populations
de poissons pêchés ?
2000 2021
18. SDES pour Eurostat, 2024, Comptes de flux de matières. Les masses indiquées ici sont exprimées en matières
brutes (et non en matières sèches), c?est-à-dire, y compris l?humidité contenue dans la biomasse décrite ici.
Pêche et aquaculture : le point sur les ressources
https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/env_ac_mfa__custom_11001942/default/table?lang=en
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ36
Les usages de la biomasse sont multiples. Utilisée
pour l?alimentation, son caractère renouvelable
en fait aussi une ressource intéressante pour de
nombreux autres usages : la construction, avec le
bois d?oeuvre ou des matériaux comme le chanvre
appelés à se développer pour l?isolation notamment,
mais aussi différents secteurs industriels, dont ceux
de la chimie ou de l?énergie qui recherchent des
solutions alternatives aux ressources minérales ou
fossiles par définition finies.
Des ressources renouvelables,
mais leur production peut
exercer des pressions sur
l?environnement
Si la biomasse est une ressource renouvelable, sa
production n?est pas sans conséquence sur l?environ-
nement. L?intensification de l?agriculture provoque
des phénomènes tels que l?érosion des sols ou le
rejet de substances toxiques (phytosanitaires) ou
nutritives en excès (fertilisants, déjections animales)
entraînant la pollution des eaux. Cette produc-
tion nécessite également des ressources minérales
et fossiles, et, surtout, des terres disponibles. Or,
les surfaces agricoles et forestières sont limitées.
L?artificialisation des sols, liée notamment à la
construction de logements et au développement
d?activités, a ainsi consommé en France près de
25 000 hectares (ha) par an en moyenne sur la
période 2009-2022 [56].
Ainsi, sans réflexion sur le développement équi-
libré de la biomasse et de ses usages, des tensions
pourraient apparaître, avec un risque majeur iden-
tifié : empiéter sur des usages essentiels comme
l?alimentation, et les fonctions de puits de carbone
et d?accueil de la biodiversité des espaces agricoles
et forestiers.
Le développement de certaines filières (no-
tamment énergétiques, avec les biocarburants,
parcs photovoltaïques et éoliens, ou de biomaté-
riaux avec le lin fibre, le chanvre ou le miscanthus)
laisse présager une pression à venir sur le foncier
pour produire les matières premières [57].
Dans ce contexte, la question de l?articulation des
usages alimentaires et énergétiques de la biomasse
et la maîtrise des impacts environnementaux de
cette production sont particulièrement cruciaux.
Les biocarburants représentent aujourd?hui 6 à
7 % des énergies renouvelables, le bois 35 %. La
biomasse au sens large, qu?elle soit solide, liquide
ou gazeuse, est ainsi déjà la première des énergies
renouvelables avec 170 TWh en 2022 [58]. En 2050,
la quantité d?énergie issue de la biomasse pourrait
atteindre 430 TWh d?après l?un des scénarios de la
Stratégie nationale bas-carbone [59].
Afin d?optimiser le développement de l?utilisation
de la biomasse, la Stratégie nationale de mobilisation
Les engrais
azotés de
synthèse : quelles
perspectives pour
l?agriculture ?
INTERVIEW GILLES BILLEN, directeur de
recherche émérite au CNRS, biogéochimie
territoriale, Sorbonne Université
Comment a évolué la place des engrais
azotés de synthèse en agriculture?
G. B - La fertilisation, que l?on peut définir
comme la restitution au sol des éléments qui
en ont été extraits et exportés par la récolte,
est à la base de toute activité agricole. L?azote
compte parmi les éléments qu?il importe tout
particulièrement de restituer au sol, car c?est
celui dont la disponibilité est le plus souvent
déterminante pour la croissance des plantes.
Les réserves d?azote disponible dans le sol
sont faibles, il faut donc en amener de manière
régulière à la plante. Mais, si l?épandage des
engrais azotés industriels est aujourd?hui le
mode dominant de fertilisation en agriculture
conventionnelle, il n?en a pas toujours été ainsi.
L?agriculture assurait auparavant la
fertilisation du sol par le recours aux
légumineuses fourragères, telles que le trèfle
ou la luzerne, qui ont la propriété de fixer
l?azote de l?air grâce à la symbiose qu?elles
entretiennent sur leurs racines avec des
bactéries, et par le lisier/fumier apporté de
façon continue par l?élevage des ruminants.
Utilisé à l?origine pour la fabrication des
explosifs, l?azote industriel a été mis au point
en 1913 par Fritz Haber et Carl Bosch. Il fut
ensuite utilisé massivement comme engrais en
agriculture, d?abord en Amérique du Nord et en
Angleterre, puis partout dans le monde après la
Seconde Guerre mondiale. En permettant une
spécialisation territoriale de l?agriculture, avec
des régions de grandes cultures céréalières
dépourvues de bétail et des régions d?élevage
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https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Strat%C3%A9gie%20Nationale%20de%20Mobilisation%20de%20la%20Biomasse.pdf
37POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
de la biomasse de 2018, prise en application de la loi
du 17 août 2015 relative à la transition énergétique
pour la croissance verte, hiérarchise les usages de
la biomasse : d?abord l?alimentation (humaine puis
animale) puis la bio-fertilisation (retour au sol), la
production de matériaux (biens de consommation
d?équipements), et enfin, la production d?énergie
(gaz, chaleur, électricité). Pour éviter la concurrence
avec les productions alimentaires, une priorité
est donnée au développement des biocarburants
dits « avancés ». Ils visent à valoriser la partie non
alimentaire de la plante (à la différence des bio-
carburants dits « de première génération »), les
résidus agricoles, des cultures dédiées ou encore
des déchets. Les biocarburants de « deuxième gé-
intensif hors sol, tributaires d?importations pour
nourrir leur cheptel, ce mode de fertilisation a abouti
à une rupture de la complémentarité séculaire entre
agriculture et élevage.
Pourquoi la guerre en Ukraine crée-t-elle des
tensions sur les approvisionnements en engrais
azotés de synthèse?
G. B - Pour bien comprendre, il faut rappeler
comment sont fabriqués les engrais azotés. On a
besoin de deux matières premières. Tout d?abord,
l?azote lui-même, qui ne pose aucun problème car
l?atmosphère en est constituée à 80%. Il y est sous
une forme chimique totalement inerte que les plantes,
à l?exception des légumineuses, ne peuvent pas
utiliser comme telle. Pour le transformer en forme
accessible aux plantes, il faut énormément d?énergie
et également un agent réducteur tel que l?hydrogène
pour le transformer en ammoniac. La deuxième
matière première qui apporte cet hydrogène, c?est
le méthane, le gaz naturel. Il en faut beaucoup:
pour fixer 1 tonne d?azote sous forme d?ammoniac,
il faut 1tonne d?équivalent pétrole (tep) en gaz ou
en charbon. C?est donc très consommateur de gaz,
et donc dispendieux en énergie et émetteur de gaz à
effet de serre.
La Russie est un gros producteur d?engrais, auprès
duquel l?UE se fournissait principalement. La
France est dépendante à 90% des importations pour
les engrais azotés de synthèse. Quand la matière
première devient rare pour des raisons politiques,
cela a un impact évident sur le procédé industriel de
production et explique l?évolution du prix des engrais
de synthèse, indexé sur celui du gaz.
Outre le coût et l?impact climatique, quels sont
les autres inconvénients posés par les engrais de
synthèse et quelles sont les solutions alternatives
à leur utilisation?
G. B - En intensifiant et en spécialisant
l?agriculture, on ouvre les cycles de matières, ce qui
donne lieu à des pertes considérables. Les pertes
environnementales d?azote, c?est-à-dire les quantités
non utilisées par les plantes pour leur croissance,
se retrouvent dans le sol sous la forme de nitrates.
Lorsqu?il pleut, ces nitrates sont entraînés par les
eaux d?infiltration, rejoignent les nappes aquifères,
les rivières, puis les eaux côtières marines où
ils posent des problèmes d?eutrophisation majeurs.
Il y a aussi des pertes gazeuses sous forme
d?ammoniac et de protoxyde d?azote, qui est aussi
un gaz à effet de serre.
Des pistes existent pour y remédier: reconnecter les
systèmes de culture et l?élevage, en mettant fin à la
spécialisation territoriale existante entre les animaux
en Bretagne et les céréales dans le Bassin parisien,
réduire la part qu?occupent les produits animaux
dans le régime alimentaire humain, alterner au sein
des rotations culturales légumineuses et céréales, ou
autres plantes non légumineuses, pour faire profiter
de la fixation symbiotique d?azote à la rotation tout
entière.
nération » sont issus de la transformation de la
lignocellulose contenue dans les résidus agricoles
(paille) et forestiers (bois), dans des plantes prove-
nant de cultures dédiées (taillis à croissance rapide)
ou de la valorisation des déchets industriels. Les
algues pourraient permettre de développer des
biocarburants de « troisième génération ».
Toutefois, il faut souligner que l?utilisation énergé-
tique des résidus de cultures, plutôt que leur retour
au sol, prive ce dernier d?un apport de matière orga-
nique qui entretient la vie du sol et la reconstitution
de son stock de carbone. Or préserver la qualité
des sols est un enjeu essentiel pour conserver leurs
potentialités, notamment en matière de production
de biomasse.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Strat%C3%A9gie%20Nationale%20de%20Mobilisation%20de%20la%20Biomasse.pdf
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ38
2005 - 2013 2014 - 2022
0
Prélèvements Bilan = gain annuel de volume de boisCroissance Mortalité
1
2
3
4
5
6
La ressource en bois :
encore en croissance, mais
ralentie par la fragilisation
des forêts françaises
À la différence de la surface agricole, la surface fo-
restière est en progression en France métropolitaine.
Selon l?Institut national de l?information géographique
et forestière (IGN), en 1908, la forêt couvrait 19 % du
territoire métropolitain avec près de 10 Mha. Elle en
couvre désormais 32 % avec 17,5 Mha, avec toutefois
des disparités territoriales importantes [60].
Cependant, si les forêts progressent en surface,
leur état est mis à mal par différents phénomènes
(changement climatique, prolifération de bioagres-
Évolution des flux de bois entre les périodes 2005-2013 et 2014-2022
En m3/ha/an
Source : IGN, 2023
seurs) et le taux de mortalité est en forte crois-
sance (15,2 Mm³/an sur la période 2014-2022 contre
7,4 Mm³/an sur la période 2005-2013) [61].
Par ailleurs, si la croissance des arbres reste supérieure
au volume de bois récolté ou mort, cette croissance
diminue et, avec elle, la capacité des forêts à stocker le
carbone. Les conifères, notamment l?épicéa commun,
sont les essences forestières les plus touchées.
La baisse de la croissance des arbres (5,4 m³/ha/an
pour la période 2014-2022), combinée à la hausse
de leur mortalité (1,0 m³/ha/an) et des prélèvements
de bois (3,5 m³/ha/an), conduit à un ralentissement
de la croissance du volume des forêts. Ainsi, sur la
période 2014-2022, le volume de la forêt a augmenté
de 0,9 m³/ha/an, contre 2,5 m³/ha/an sur la période
2005-2013.
La France importe plus de produits du
bois (sciages, panneaux, meubles) qu?elle
n?en exporte, pour un solde estimé à
l?équivalent de 540000ha [62]. Elle utilise
aussi indirectement des terres situées
dans d?autres régions du monde (certaines
sont issues de la déforestation des forêts
tropicales) en important des matières
premières agricoles telles que le soja, l?huile
de palme, le caoutchouc naturel, le cacao,
le boeuf et ses co-produits. Cela contribue
à exercer une forte pression sur la ressource
foncière étrangère, donnant ainsi à la France
une responsabilité dans la déforestation
importée. Sur la période 2012-2021, la
surface mobilisée à l?étranger par la France
pour la production de matières premières à
risque de déforestation importée est estimée
à près de 3,8 Mha en moyenne par an, soit
environ quatre fois la taille de la Corse et
14% de la surface agricole utile totale de
la France [63].
L?impact de la France sur les forêts
à l?étranger : la déforestation importée
39POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
La voiture individuelle :
un système devenu insoutenable
écologiquement
En 2023, 1,8 million de nouvelles voitures ont été
mises en circulation en France [66], dont un peu plus
de 300 000 voitures électriques et 160 000 voitures
hybrides rechargeables. Plus de trois Français sur
cinq (63 % en 2022) continuent de se montrer pes-
simistes quant à l?éventualité d?un quotidien sans
voiture [67].
Cette dépendance à la voiture pose un défi majeur
non seulement en matière d?émissions de gaz à effet
de serre mais aussi de préservation des ressources
naturelles. Qu?il s?agisse de voitures thermiques ou
électriques, leur fabrication et leur fonctionnement
nécessitent une quantité significative de matières
premières énergétiques, métalliques ou minérales.
Selon les données de l?AIE [68], une voiture élec-
trique contient en moyenne 207 kilogrammes (kg) de
minéraux, hors acier et aluminium. La construction
des composants électriques et électroniques, tels
que les batteries, nécessitent l?utilisation de matières
premières dites « critiques », comme le graphite, le
cuivre, le cobalt, le nickel, le lithium ou le manganèse.
En comparaison, une voiture à moteur à combustion
interne n?en requiert que 34 kg, mais consomme
des matières premières énergétiques fossiles pour
son fonctionnement. Par ailleurs, l?alourdissement
du poids des voitures, en constante augmentation
ces dernières années [69], exerce une pression à la
hausse sur ces matériaux.
Réinventer la mobilité :
un enjeu fort pour la
préservation des ressources
naturelles
Malgré l?évolution des modes de mobilité, la voiture reste
indispensable au quotidien pour de nombreux Français,
mais cette dépendance a un impact significatif sur
l?exploitation des ressources naturelles. Soutenue par
les startup, l?industrie automobile s?investit résolument dans
la recherche de solutions pour une mobilité plus durable.
63 %
des déplacements réguliers
des Français se font en
voiture, loin devant
la marche, les transports en
commun et le vélo [64]
83 %
des foyers français
possèdent
au moins une voiture
en 2022 [65]
PLUS
D?UN TIERS
des Français la considèrent
comme essentielle pour
leurs déplacements
quotidiens [67]
CHIFFRES CLÉS
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POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ40
Cette surconsommation de ressources représente
un défi de durabilité environnementale. Les matières
premières utilisées dans la fabrication des voitures, telles
que le cuivre, le cobalt ou le lithium, sont abondamment
exploitées pour répondre à la croissance continue de
la demande, ce qui engendre des impacts environne-
mentaux et sociétaux. L?exploitation minière peut ainsi
conduire à la destruction d?habitats naturels et être à
l?origine de problèmes sociaux, tels que des conditions
de travail dangereuses, une exploitation des travailleurs
ou des conflits. De plus, l?utilisation de pétrole dans la
fabrication et le fonctionnement des véhicules a des
conséquences majeures sur le changement climatique et
la santé publique. Enfin, les matières premières utilisées
dans les voitures, notamment électriques, sont forte-
ment concentrées dans certaines régions du monde.
La recherche et l?innovation,
un levier de transformation
de la mobilité
Les défis actuels exigent une nouvelle approche de
la mobilité, prenant en compte les préoccupations
écologiques et sociales tout en préservant la liberté
individuelle de se déplacer. La décision de l?UE d?inter-
dire la vente des véhicules thermiques neufs d?ici 2035
représente une étape importante pour l?adoption de
nouvelles pratiques en vue d?atteindre la neutralité
carbone dans le secteur des transports d?ici 2050.
Au coeur de cette transformation, les entreprises,
en particulier celles du secteur automobile, sont
appelées à jouer un rôle clé en investissant dans
le développement de nouvelles technologies plus
respectueuses de l?environnement. Selon le SIES19,
l?industrie automobile est la première branche de
recherche des industries manufacturières en France,
investissant plus de 4 milliards d?euros (Md¤) par
an en recherche et développement (R&D), devant
l?aéronautique et l?industrie pharmaceutique. L?élec-
trification et l?hybridation font partie des principaux
axes de développement en R&D. Cet effort en R&D
se concentre de plus en plus sur des solutions plus
durables telles que l?électrification et l?hybridation,
qui figurent parmi les principaux axes de développe-
ment du secteur automobile. L?utilisation efficiente
des matériaux dans les véhicules fait également partie
des volets de recherche en développement, avec
plus de 180 projets de R&D lancés sur le recyclage
des matériaux critiques au cours des dix dernières
années [70]. Dès la phase de conception, des initiatives
telles que l?éco-conception sont par ailleurs mises en
place pour améliorer la recyclabilité des véhicules.
Pour encourager la recherche et l?innovation, de
nouvelles collaborations sont créées entre les entreprises
traditionnelles et les startup. Ces partenariats explorent
le développement de services de mobilité durable per-
mettant la réduction de l?usage et donc du nombre de
voitures. Des solutions de covoiturage intelligent sont
développées pour optimiser les déplacements urbains,
des plateformes de partage de véhicules électriques en
libre-service sont créées, de même que des systèmes
autonomes de transports en commun.
Les projets de R&D et d?innovation sont encouragés
par les pouvoirs publics. Des mesures incitatives sont
mises en place, comme des avantages fiscaux, des
subventions et des partenariats public-privé, pour
soutenir les entreprises de la filière automobile. À titre
Voiture thermique
Voiture électrique
0 75 150 225
Nickel Manganese Cobalt Graphite Zinc Terres rares AutresCuivre Lithium
Voitures électriques ou thermiques : quelle répartition des minéraux utilisés ?
En kg/véhicule
Notes : l'acier et l'aluminium ne sont pas inclus. Les valeurs pour les véhicules s'appliquent à l'ensemble du
véhicule, y compris les batteries, les moteurs et l?habitacle. Les intensités pour une voiture électrique sont basées
sur une cathode NMC (nickel manganèse cobalt) 622 de 75 kWh et une anode à base de graphite.
Source : AIE
19. Sous-direction des systèmes d'information et des études statistiques
du ministère de l?Enseignement supérieur et de la Recherche.
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41POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
d?exemple, dans le cadre du plan d'investissement de
France 2030, un milliard d?euros est spécifiquement
alloué à la filière automobile pour des projets liés
aux batteries électriques.
Réduire la dépendance
à la voiture individuelle :
une transition complexe
Le paysage de la mobilité se transforme, stimulé par
les efforts des entreprises et des pouvoirs publics
pour développer des solutions alternatives à la voi-
ture individuelle. Cependant, cette transformation
est confrontée à plusieurs obstacles.
Tout d?abord, les infrastructures existantes, telles
que les routes ou les aménagements urbains, ont
largement été conçues pour l?utilisation de la voi-
ture. Le manque d?infrastructures spécifiquement
conçues pour les piétons, les cyclistes et les transports
en commun rend ces alternatives de déplacement
moins attractives et moins pratiques pour les usagers.
De plus, au-delà du moyen de transport qu?elle
représente, la voiture est également perçue comme
un facteur de liberté, d?indépendance et de flexibilité.
En 2023, plus d?un quart des Français n?envisagent pas
de renoncer à leur voiture, quelle que soit sa motori-
sation, même si les coûts d?utilisation augmentent ou
si des améliorations significatives étaient apportées
en matière de transports en commun ou de mobi-
lités actives [71].
Par ailleurs, l?accès à une offre de mobilité diversifiée
reste limité voire inexistant dans certains territoires,
notamment dans les zones rurales et périurbaines. Les
transports en commun y sont souvent peu développés,
voire absents, et l?utilisation des modes de déplace-
ment actifs comme la marche ou le vélo ne sont pas
une option soutenable sur des longues distances.
Cette situation accentue les difficultés d'accessibilité,
et crée une dépendance accrue à l'automobile pour
les populations vivant dans ces zones.
Enfin, les coûts économiques associés à la transition
peuvent être un frein au changement. Les nouvelles
technologies, la R&D, ainsi que les coûts élevés des
matières premières ou recyclées se traduisent souvent
par des dépenses importantes, qui se reflètent géné-
ralement dans les prix d'achat. Ces coûts importants
peuvent également ralentir le développement de
certains projets. C?est le cas des projets de batteries
alternatives, en particulier des batteries sodium-ion qui
sont actuellement les principales alternatives viables
ne contenant pas de lithium mais dont la recherche
est coûteuse.
En définitive, les défis et les résistances liés à la
transition vers des mobilités plus durables et moins
dépendantes de la voiture impliquent une mobilisa-
tion collective non seulement des pouvoirs publics,
mais également des consommateurs et de l?industrie
automobile. Réduire notre dépendance à la voiture
demande une remise en question profonde de nos
habitudes de déplacement et de la place de l?auto-
mobile dans nos quotidiens.
Au-delà de la nécessité de structurer une offre
de services de mobilité durable et inclusive, des al-
ternatives émergent pour réduire les déplacements
physiques, comme le télétravail, la visioconférence,
les services de santé et d?éducation à distance ou
les achats en ligne. Toutefois, il est essentiel de bien
mesurer les impacts environnementaux et sociétaux
de ces solutions.
Des startup en
première ligne pour
créer la mobilité
de demain
Un nombre important de startup se tournent vers
la mobilité durable, notamment dans les domaines
de la mobilité électrique, des voitures autonomes,
du partage de véhicules et du covoiturage.
Pour exploiter ce potentiel et réduire les risques
financiers, les constructeurs automobiles
investissent dans ces jeunes entreprises ou
établissent des partenariats avec elles. Selon une
récente étude de Via ID et Dealroom.co, le secteur
de la mobilité a attiré un investissement massif
de 1,7Md¤ en capital-risque en 2023, propulsant
la France à la deuxième place des pays européens
les plus attractifs financièrement, après le Royaume-
Uni (3,5Md¤) et devant la Suède (1,5Md¤).
Actuellement, la France compte 129 startup dédiées
à la mobilité [72]. Parmi les 20licornes françaises,
seules deux sont dédiées à la mobilité ?[73]: NW
Groupe, spécialisée dans le stockage d'électricité
et la recharge électrique haute puissance, et
BlaBlaCar, référence internationale en matière
de covoiturage.
Dans un domaine en constante évolution,
le soutien public revêt une importance cruciale.
De nombreuses initiatives offrent un appui
conséquent aux startup, telles que le programme
«French Tech Next 40/120», intégré au plan
d'investissement France 2030.
https://app.dealroom.co/curated-heatmaps/funding/location/f/growth_stages/not_mature/industries/anyof_transportation/is_verified/anyof_yes/rounds/not_GRANT_SPAC%20PRIVATE%20PLACEMENT/tags/not_outside%20tech?endYear=2022&interval=yearly&rows=belgium~bulgaria~~czech_republic~~denmark~germany~estonia~ireland~greece~spain~france~croatia~italy~latvia~lithuania~luxembourg~hungary~malta~netherlands~austria~poland~portugal~romania~slovenia~slovakia~sweden~~united_kingdom~~finland~switzerland&sort=-_2022&startYear=2016&type=amount
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ42
[1] Chiffres clés de l?énergie, CGDD,
Datalab, 2023, p. 48
[2] Bilan énergétique de la France pour
2022, CGDD, Datalab, 2024, p. 42
[3] Auzanneau Matthieu, Chauvin
Hortense, 2021, Pétrole, le déclin
est proche, Éditions du Seuil,
pp. 35 à 56
[4] Auzanneau, Chauvin, 2021, Pétrole,
le déclin est proche, Éditions du
Seuil, p. 86
[5] Bilan énergétique de la France pour
2022, CGDD, Datalab, 2024, p. 52
[6] Une nouvelle base de données
quantifie les émissions de GES
qu?induirait l?exploitation des
réserves de combustibles fossiles.
Citepa, dernière mise à jour
septembre 2022
[7] Climate Change 2021 - The
Physical Science Basis. Working
Group I contribution to the
Sixth Assessment Report of the
Intergovernmental Panel on Climate
Change (IPCC), United Nations
World Meteorological Organization
(WMO), United Nations Environment
Programme (UNEP), 2021, p. 41
[8] Transitioning away from fossil fuels in
energy systems, Unfccc, 2023,
§28 (d)
[9] Nucléaire : comment traiter les
déchets radioactifs ? Vie publique,
2024
[10] Sûreté nucléaire : prévention et
gestion des risques. Vie publique,
2023
[11] Code de l?énergie, Article L100-4,
titre I, 4° paragraphe
[12] Bilan environnemental de la France
? Édition 2022, partie 2 « Les
investissements dans les énergies
renouvelables : quels effets sur le
parc d?équipement et la production
d?énergie ? », CGDD, Datalab, 2023,
p. 22-32
[13] Villalba Bruno, Semal Luc, 2018.
Sobriété énergétique. Contraintes
matérielles, équité sociale et
perspectives institutionnelles.
Éditions Quoe
[14] Stratégie nationale bas-carbone ?
La transition écologique et solidaire
vers la neutralité carbone, MTES,
2020, p. 12
[15] Chiffres clés de l?énergie, CGDD,
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43POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[39] Guide méthodologique pour
l?élaboration des documents
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(DOGGM), MEEM, 2016
[40] Guide technique pour l?élaboration
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[41] Comment se régénère le milieu marin
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[42] L?industrie française des granulats,
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[44] Climat HD, rubrique France
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[45] Les prélèvements d?eau douce :
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[46] Prélèvements et consommations
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[50] L?information est mise à disposition
sur Propluvia depuis 2012,
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[51] SDES, Restrictions d?eau lors des
périodes de sécheresse en France
métropolitaine en 2023
[52] Bilan 2023 du statut des ressources
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[53] La situation mondiale des pêches
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[54] Chiffres clés des filières pêche et
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[55] Fishery and aquaculture statistics
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[56] SDES, rubrique Ressource en eau
[57] Biomasse : enjeu stratégique de
la transition écologique,
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[58] Chiffres clés des énergies
renouvelables, CGDD, Datalab, 2023,
104 p.
[59] Stratégie nationale bas-carbone,
version révisée, mars 2020
[60] Inventaire forestier national,
mémento édition 2024, IGN, 2024
[61] Inventaire forestier national,
mémento édition 2024, IGN, 2024
[62] La face cachée de nos
consommations : Quelles surfaces
agricoles et forestières importées ?
Solagro, 2022
[63] Importations françaises de matières
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[69] SDES, 38,9 millions de voitures
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[70] Plateforme automobile (PFA),
Matières premières, criticités et axes
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[71] SDES, Environnement, consommation
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https://solagro.org/travaux-et-productions/publications/la-face-cachee-de-nos-consommations
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/importations-francaises-de-matieres-premieres-visees-par-la-strategie-nationale-de-lutte-contre-la?rubrique=33&dossier=1028219
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-mobilite-locale-et-longue-distance-des-francais-enquete-nationale-sur-la-mobilite-des-0?rubrique=60&dossier=1345
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https://www.insee.fr/fr/statistiques/2385827
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/donnees-2023-sur-les-immatriculations-des-vehicules?rubrique=58&dossier=1347
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/modes-de-vie-et-pratiques-environnementales?rubrique=38
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https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/minerals-used-in-electric-cars-compared-to-conventional-cars
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/389-millions-de-voitures-en-circulation-en-france-au-1er-janvier-2023?rubrique=58&dossier=1348
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https://pfa-auto.fr/wp-content/uploads/2018/06/Article_Matie%CC%80res-premie%CC%80res-criticite%CC%81s-et-axes-strate%CC%81giques-des-industriels-de-l%E2%80%99aut-omobile.pdf
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/modes-de-vie-et-pratiques-environnementales?rubrique=38
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https://mapping-startups-impact.fr/
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https://business-cool.com/decryptage/classements/classement-licornes-francaises-valorisation/
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POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ44
Une menace pour l?environnement et la santé
Pollution
des milieux
naturels
45
Tous les milieux naturels sont af-
fectés par la pollution : l?air, les
sols et sous-sols, l?eau, les nappes sou-
terraines. La pollution touche également
les espaces clos qui constituent notre
cadre de vie. Les polluants sont d?ori-
gines variées : substances émises durant
la fabrication et l?utilisation d?articles du
quotidien, produits phytosanitaires appli-
qués sur les cultures agricoles, rayonne-
ments émis par les appareils électriques
et électroniques, nuisances sonores et
lumineuses, etc.
L?état de l?environnement présente
une situation contrastée selon les mi-
lieux, avec des progrès dans certains do-
maines : baisse significative des émissions
de nombreux polluants de l'air extérieur
depuis plusieurs décennies, diminution
des ventes des produits phytosanitaires
les plus toxiques, etc. Toutefois la stabi-
lité des ventes totales de pesticides et
l?omniprésence de déchets plastiques
dans les milieux naturels témoignent
des difficultés à réduire les pressions
sur les écosystèmes. Certains polluants,
tels que les résidus médicamenteux et
les composés perfluorés, sont sources
de préoccupation croissante, avec des
impacts sur les écosystèmes et la santé.
Engagée dans une transition vers le
« zéro pollution » initiée par l?UE, la France
mobilise des plans d?action, des leviers
réglementaires et des financements pour
lutter contre la pollution de l?environ-
nement. Bien qu?en augmentation, les
moyens financiers sont bien inférieurs
au coût social réel engendré. Une impli-
cation accrue des acteurs locaux et un
financement adéquat sont nécessaires
pour agir efficacement sur les multiples
facettes de la pollution.
L
E
S
E
N
JE
U
X
Une
amélioration
notable de la
qualité de l?air
extérieur à
poursuivre, pour
mieux protéger
la santé humaine.
Une baisse
des ventes
des produits
phytosanitaires
les plus toxiques
mais une stagnation
des ventes totales
et une large
contamination
de l?ensemble
du territoire.
Une présence
de résidus
plastiques dans
tous les milieux
naturels.
Une
contamination
de l?eau par
des résidus de
médicaments et
des composés
perfluorés,
sources de
préoccupation
croissante pour la
santé publique et
les écosystèmes.
Une
augmentation
des dépenses
pour lutter
contre la
pollution, très
inférieure aux coûts
supportés par
la société (frais de
santé, perte de
biodiversité, baisse
des rendements
agricoles).
À RETENIR
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ46
21 %
des déchets plastiques
ont été recyclés en France en 2022.
de produits phytosanitaires
les plus toxiques vendus
depuis le milieu des années 2010.
de la mortalité totale
en France serait attribuable à
l?exposition aux particules fines
dans l?air extérieur.
PESTICIDES
QUALITÉ DE L'AIR
4 médicaments
surveillés à grande
échelle dans les
cours d'eau et plans
d?eau ont été quantifiés
dans plus de 25 % des
analyses entre 2019 et 2021.
7 %
1,8 %
Baisse des émissions de particules fines
PM2,5 dans l?air extérieur depuis 2000. Des progrès
réalisés dans tous les secteurs d?activité, notamment
l?amélioration des performances des installations
de chauffage individuel au bois.
du PIB a été consacré à la lutte contre
les pollutions en 2021.
Ces dépenses sont financées par les administrations
publiques, les entreprises, les ménages et l?UE.
micro-plastiques flottants en mer
par km² en moyenne, entre 2015 et 2020, en
France métropolitaine.
17 000 à 88 000
- 35 %
- 56 %
68 600 TONNES
de produits phytosanitaires
vendus en 2022, reflet d?une
agriculture dépendante à ces produits
malgré une prise de conscience
croissante des risques environnementaux
et sanitaires associés.
46
Md¤
CHIFFRES CLÉS
47POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
LES POLLUANTS SUIVIS
DE LONGUE DATE
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
Des polluants dangereux sont présents partout autour
de nous. Des mesures visant à prévenir ou réduire
leurs émissions sont donc prises par les autorités
publiques afin de limiter leurs atteintes à l?environ-
nement et à la santé. Parmi les polluants chimiques
visés par de telles mesures se trouvent notamment
les métaux et métalloïdes, les oxydes d?azote, des
polluants organiques, des pesticides, les résidus mé-
dicamenteux dont les antibiotiques, etc. Ils ont des
effets sur la santé humaine (perturbateur endocrinien,
cancérogène, mutagène, reprotoxique, etc.) et l?envi-
ronnement (acidification, eutrophisation, altération
de végétaux, perturbation de la faune, etc.). Le bruit
et les radiofréquences, polluants d?une autre nature,
font aussi l?objet d?efforts de réduction.
Les métaux et métalloïdes :
une tendance à la baisse
des émissions
Les métaux (cadmium, mercure, plomb, cuivre, nickel,
etc.) ou éléments traces métalliques (ETM) et les
métalloïdes (arsenic, etc.) sont d?origine naturelle
(volcanisme, érosion des roches) ou résultent d?activités
Un milieu est dit pollué lorsque des éléments physiques,
chimiques ou biologiques qui y sont introduits dégradent le
fonctionnement des écosystèmes et portent atteinte aux
organismes qui y vivent. Les sources polluantes, principalement
d?origine humaine, peuvent être ponctuelles, visibles, ou plus
diffuses dans le temps et l?espace, donc moins identifiables.
De nombreux polluants de l?air, du sol et de l?eau font l?objet
d?une surveillance et de plans d?actions depuis des décennies.
D?autres préoccupent la communauté scientifique, les pouvoirs
publics et la population depuis moins longtemps et sont encore
peu suivis. Toutes ces pollutions portent des enjeux de santé
humaine et environnementale de façon directe ou indirecte.
Émissions anthropiques dans l?air extérieur de quelques métaux et métalloïdes
En indice base 100 des émissions en 1990
(e) = estimation préliminaire.
Note : les objectifs pris dans le cadre du protocole d?Aarhus de 1998 sur les métaux lourds et entrés
en vigueur en 2003 imposent de rester sous les niveaux d?émissions de 1990.
Champ : France métropolitaine.
Source : Citepa, avril 2024, format Secten
0
20
40
60
80
100
120
1990 1992 2014 2016 2018 2020201020062002 2004 2008 20121998 20001994 1996 2023 (e)
Plomb Cadmium Arsenic Cuivre NickelMercure
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ48
humaines (agriculture, industries, extraction minière,
transports, etc.). Présents dans l?air, l?eau et les sols, ils
sont toxiques pour les personnes exposées. Certains
présentent des risques même en faible dose, en
particulier sous certaines formes chimiques. Ils font
l?objet d?un suivi environnemental et sanitaire, comme
le cadmium, le mercure ou le plomb, retrouvés dans
toute la biosphère.
De 1990 à 2023, les émissions dans l?air exté-
rieur des ETM et des métalloïdes issus d?activi-
tés humaines ont globalement baissé en France,
hormis pour le cuivre. Ces progrès font suite aux
stratégies et plans d?action mis en oeuvre au ni-
veau national et territorial ainsi qu?aux évolutions
réglementaires. Les améliorations constatées sont
plus ou moins importantes selon les substances :
la baisse atteint par exemple 69 % pour l?arsenic
et 90 % pour le mercure. Issus essentiellement
des transports, les rejets de cuivre ont pour leur
part augmenté de 15 % de 1990 à 2019 et retrouvé
en 2023 un niveau proche de 1990, après la forte
baisse de 2020 et 2021 dans le contexte de la
crise sanitaire. En 2023, la France respectait ses
engagements internationaux, fixés pour les rejets
dans l?air extérieur de cadmium, de mercure et
de plomb. Les origines des métaux et métalloïdes
sont variables, mais les contributions les plus
significatives proviennent principalement des
secteurs de l?industrie et des transports.
Réglementées au niveau européen, les concen-
trations dans l?air extérieur en arsenic, cadmium,
nickel et plomb sont suivies par une quarantaine
de stations de mesure par an et par polluant. Elles
sont le plus souvent faibles et ne dépassent pas les
normes réglementaires. De 2013 à 2023, seules une à
deux stations par an dépassaient ces normes selon le
polluant. Le nickel est le polluant avec le plus grand
nombre d?années de dépassement, majoritairement
sur une station de mesure. Des activités industrielles
en sont à l?origine. Pour le plomb, la réglementation
a toujours été respectée sur la période étudiée.
Les activités humaines actuelles ou passées peuvent
accentuer les niveaux de concentration des ETM et
métalloïdes dans les sols par rapport au fond pé-
dogéochimique naturel [4]. C?est notamment le cas
pour le mercure et l?arsenic.
Ainsi, la partie superficielle des sols de la région
parisienne et du nord de la France montre des teneurs
en mercure supérieures aux valeurs couramment ob-
servées dans les sols ordinaires cultivés ou forestiers
de zones rurales (> 0,1 mg/kg de terre fine) du fait
d?activités industrielles anciennes et d?apports passés
de boues d?épandage de la plus grande station de
traitement des eaux usées (STEU) au nord-ouest de
Paris. Il en est de même pour certains territoires du
Massif central naturellement riches en mercure mais
dont la teneur a augmenté en lien avec d?anciennes
activités d?extraction aurifère.
Les émissions correspondent aux quantités de gaz
ou particules rejetées dans l?air, par des activités
humaines ou par des sources naturelles. Elles peuvent
être mesurées, par exemple en sortie de cheminées
d'incinérateurs, ou être estimées dans le cadre
d?inventaires de polluants émis sur un territoire et
une période donnée. Ces derniers permettent de
recenser et quantifier les rejets d?activités humaines
(industrie, transport, etc.) ou d?origine naturelle.
En France le Centre interprofessionnel technique
d?études de la pollution atmosphérique (Citepa
[1]) réalise ces estimations au niveau national, les
Associations agréées de surveillance de la qualité de
l?air au niveau territorial [2].
Les concentrations, quant à elles, caractérisent la
qualité de l?air que nous respirons. Elles correspondent
à la quantité de polluant par volume d?air. Plus la
concentration est élevée, plus l?air est pollué. Mesurées
en continu ou ponctuellement, elles peuvent également
être déterminées par modélisation mathématique.
Cette dernière donne des niveaux de concentrations de
polluants en tout point d'un territoire donné, en tenant
compte notamment des conditions météorologiques
et du comportement des polluants dans l?air.
Ces données sont nécessaires pour évaluer l'exposition
des populations et pour guider les politiques visant à
améliorer la qualité de l'air [3].
Émissions et concentrations de polluants
dans l?air extérieur : de quoi parle-t-on ?
49POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Pour l?arsenic, 16 % des points de surveillance
du réseau de mesure de la qualité de sols (RMQS)
présentent une teneur supérieure à 25 mg/kg de
terre fine, seuil de vigilance active en arsenic inorga-
nique total proposé par le Haut Conseil de la santé
publique en août 2022. Des projets de recherche
récents montreraient cependant que, en prenant
en compte la bioaccessibilité de l?arsenic, ce seuil
de 25 mg/kg ne serait dépassé que sur un seul des
2200 sites du RMQS. Certaines de ces contamina-
tions diffuses sont d?origine naturelle et liées au fond
pédogéochimique. C?est le cas du Massif central
constitué d?un fond naturellement plus riche en
arsenic. D?autres résultent toutefois d?activités hu-
maines comme les anciennes activités minières et
industrielles en Lorraine ou l?usage de pesticides sur
certaines terres agricoles.
À cette contamination diffuse, peuvent s?ajouter
des pollutions ponctuelles, observées à proximité de
sites pollués par une activité humaine avérée. C?est
notamment le cas des contaminations identifiées
dans les grands bassins aquitains et parisiens où le
fond géochimique présente des valeurs très faibles,
sans risque pour la santé humaine. En 2023, plus de la
moitié des 3 316 sites et sols pollués recensés dans la
base de données Basol et dont le polluant est connu,
le sont par des métaux lourds (1 748 sites), 23 % par
l?arsenic (768 sites) et 13 % par le mercure (445 sites).
Des métaux lourds peuvent aussi être rejetés dans
les cours d?eau via des effluents de STEU, des déver-
sements d?eaux usées brutes lors de fortes pluies ou
d?incidents sur des STEU ou encore par des effluents
industriels. Les rejets en régime normal des princi-
pales sources ponctuelles ont fortement diminué
entre 2010 et 2018 et ont tendance à stagner depuis.
Cumulant les rejets industriels, majoritaires, et ceux
des STEU de grande capacité (supérieure à 100 000
équivalent habitant), l?indice global « Métox20 » a été
divisé par cinq entre 2010 et 2022. Cette amélioration
s?explique par la réduction d?activités extractives ou
industrielles, des normes de rejet plus restrictives, et
l?amélioration des systèmes d?assainissement.
Concentrations d?arsenic (carte de gauche) et de mercure (carte de droite)
dans la partie superficielle des sols
Source : Gis Sol, RMQS, d?après Marchant et al., 2017. Traitements : SDES, 2018
20. Indice global calculé à partir des concentrations en métaux et métalloïdes pondérées selon leur degré de toxicité.
0 - 50 km
Arsenic
103
30
0
Absence
de données
Concentrations
prédites
en mg/kg
0 - 50 km
Mercure
0,21
0,07
0,01
Absence
de données
Concentrations
prédites
en mg/kg
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ50
Comment les polluants
affectent-ils notre
alimentation ?
L?alimentation est une source majeure
d?exposition quotidienne à diverses substances,
souvent en faibles doses mais tout au long de la
vie. Un même aliment peut contenir de multiples
contaminants issus des étapes de production, de
transformation ou de conservation. Il peut s?agir
de résidus de pesticides ou de médicaments
vétérinaires, d?additifs, de substances néoformées
comme l?acrylamide, d?hydrocarbures aromatiques
polycycliques (HAP), de résidus de plastiques, etc.
La chaîne alimentaire peut accumuler des
contaminants provenant de l?air, des sols, de l?eau
douce ou des mers, et ces substances peuvent être
d?origine industrielle, agricole ou domestique.
Des niveaux de contamination limités
Les plans de surveillance et de contrôle menés
par l?État vérifient que les denrées alimentaires
d?origine animale ou végétale ne contiennent pas
de contaminants chimiques, biologiques
ou physiques au-delà des limites maximales
de résidus fixées pour réduire au mieux
l?exposition des consommateurs. En 2021,
57700prélèvements[5] ont été effectués, dont
plus des trois quarts sur de la viande, le reste
étant réparti sur le poisson, le lait, les céréales,
les fruits et les légumes. Les niveaux de
contamination étaient globalement limités:
moins de 2% de non-conformités ont été
détectées en filière animale (à l?exception du
gibier), et de 6% à 14% en filière végétale, sur les
200 contaminants recherchés. Lorsque les limites
maximales de résidus sont dépassées ou que des
substances interdites sont détectées, des mesures
telles que des rappels à la réglementation, des
retraits/rappels et destructions de lots, des mises
sous séquestre, ou même l?abattage d?animaux et
la destruction de récoltes peuvent être prises.
Vigilance vis-à-vis de substances toxiques
dans l?alimentation des enfants
Les «études de l?alimentation totale» menées
par l?Agence nationale de sécurité sanitaire de
l?alimentation, de l?environnement et du travail
(Anses) permettent également d?évaluer notre
exposition aux contaminants [6]. Celle portant
sur l?alimentation infantile souligne la nécessité
d?être vigilant envers neufsubstances comme
le plomb, les polychlorobiphényles (PCB) ou
les furanes, l?exposition de nombreux enfants
dépassant les valeurs toxicologiques de
référence. Les substances chimiques retrouvées
dans le corps humain [7] indiquent que
la consommation d?oeufs ou de matières
grasses augmente le niveau d?imprégnation
en organochlorés, en PCB, en furanes ou
dioxines, tandis que la consommation de viande
bovine augmente celle en pyréthrinoïdes.
À l?inverse, la consommation de produits issus de
l?agriculture biologique diminue l?imprégnation
en organochlorés, en organophosphorés et
en pyréthrinoïdes.
É
C
L
A
IR
A
G
E
Particules et oxydes d?azote
dans l?air extérieur : des progrès
insuffisants pour protéger
pleinement la santé
La pollution de l?air correspond à la présence dans
l?atmosphère de gaz et de particules ayant des effets
néfastes sur la santé humaine et sur l?environnement.
Ces substances sont rejetées par des activités hu-
maines et des sources naturelles (éruptions volca-
niques, poussières désertiques, etc.). La pollution de
l?air dépend aussi des réactions entre des polluants
déjà présents dans l?air, ainsi que des conditions
météorologiques, qui font évoluer les polluants dans
l?atmosphère et favorisent leur dispersion ou leur
accumulation. En France, la pollution de l?air exté-
rieur est un enjeu majeur : l?exposition aux particules
fines de diamètre inférieur ou égal à 2,5 µm (PM2,5)
serait responsable de 7 % de la mortalité totale de
la population (près de 40 000 décès par an).
De 2000 à 2023, les rejets de la plupart des
polluants ont diminué en France métropolitaine,
résultat de plans d?action commencés depuis plu-
sieurs décennies et visant à réduire les émissions
dans plusieurs secteurs d?activité. La baisse atteint
87 % pour le dioxyde de soufre (SO2), 64 % pour les
oxydes d?azote (NOx) et 56 % pour les PM2,5. Le SO2
provient essentiellement des activités industrielles,
et les NOx des transports, de l?agriculture et de l?in-
dustrie. Quant aux PM2,5, elles sont surtout issues
du chauffage résidentiel au bois.
La réglementation européenne fixe des objec-
tifs pour 2020 et 2030 pour chaque État membre
51POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
en matière d?émissions nationales pour le SO2, les
NOx, les PM2,5, l?ammoniac (NH3) et les composés
organiques volatils non méthaniques (COVNM). En
2022, la France respectait tous les objectifs fixés pour
2020 ainsi que ceux fixés pour 2030 pour le SO2, le
NH3 et les COVNM. Pour atteindre les objectifs de
2030, il reste nécessaire de réduire les émissions des
NOx et des PM2,5 de 10 à 30 % par rapport à 2022.
De 2000 à 2023, les concentrations moyennes
annuelles en dioxyde d?azote (NO2), en particules de
diamètre inférieur ou égal à 10 µm (PM10) et 2,5 µm
(PM2,5) et le SO2 ont également baissé. En revanche,
celles en ozone (O3) tendent à augmenter. Les niveaux
particulièrement élevés de 2003, 2018 à 2020, 2022
et 2023 s?expliquent par d?importants épisodes de
canicule.
Bien que la qualité globale de l?air extérieur s?amé-
liore, les normes réglementaires de qualité de l?air
pour la protection de la santé ne sont pas respectées
partout. En 2023, les dépassements des normes ont
concerné le NO?, l?O? et les PM10 sur un pourcentage
limité d?agglomérations, ne dépassant pas 13 % en
fonction du polluant. Ces agglomérations, de tailles
très variables, se situent dans la moitié est de la France
métropolitaine, l?Île-de-France et à Mayotte. La même
année, les dernières valeurs guides de l?OMS ont été
largement dépassées : dans 97 % des agglomérations
pour les PM2,5. Fondées sur les connaissances scienti-
fiques, ces valeurs guides sont inférieures aux normes
réglementaires actuellement en vigueur.
Bien que des substances volatiles contaminent
majoritairement l?atmosphère, elles se retrouvent
aussi dans d?autres milieux autour des sites pollués
par des activités industrielles actuelles ou passées.
Par exemple, les composés organiques halogénés
volatils (benzène et dérivés, HAP, chlorobenzène,
hydrocarbures, etc.) sont détectés dans les sols et
Les polluants atmosphériques impactent
localement la santé et l?environnement alors
que les gaz à effet de serre (GES) ont une
influence sur le climat à l?échelle planétaire.
Pollution de l?air et changement climatique
sont néanmoins liés car les substances
impliquées proviennent de sources communes
comme l?industrie, les transports,
l?agriculture, etc. De plus, l?ozone (O3) et
les particules peuvent agir sur le climat.
Réciproquement, le changement climatique
peut accentuer certaines pollutions:
l?augmentation des températures et des
canicules peut intensifier la pollution à
l?ozone et l?accroissement de la fréquence des
feux de forêts accentue la pollution liée aux
particules. De plus, le méthane, puissant GES
et substance impliquée dans la formation
de l?O3, participe activement au maintien
des concentrations d?ozone à un niveau élevé.
Des concentrations annuelles dans l?air extérieur
en baisse pour une majorité de polluants
Sources : CGDD, d?après Geod?air, juillet 2024 ; Citepa,
format Secten, avril 2024
en diminutionConcentrations en augmentation
<= 10
micromètres
PM10
<= 2,5
micromètres
PM2,5
Particules
Ozone
O3
Dioxyde
d?azote
Dioxyde
de soufre
NO2SO2
Gaz
Des concentrations dans l?air en baisse
pour une majorité de polluants
Principales sources, précurseurs
Évolution des niveaux moyens de pollution
en milieu urbain 2000-2023
Source : CGDD, d?après Geod?air, juillet 2024; Citepa, format Secten, avril 2024.
2009-2023
- 53 %- 87 % - 46 % - 47 %+ 23 %
sous-sols de 96 % des 3 316 sites pollués dont la pol-
lution est connue (près d?un tiers du total des sites).
Ces contaminations sont dues à des incidents lors
de la manutention ou du transport, ainsi qu?à une
mauvaise gestion des déchets et des effluents.
Polluants atmosphériques
et gaz à effet de serre : quelles différences ?
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ52
La qualité de l?air intérieur
dans les salles de classe
La qualité de l?air intérieur à l?école, lieu de
vie le plus fréquenté par les enfants après le
logement, représente un enjeu pour leur santé
et leur capacité d?apprentissage. Il est estimé
que plusieurs dizaines de milliers de cas
d?asthme chez les enfants de 6 à 11 ans scolarisés
seraient évitables en diminuant l?exposition au
formaldéhyde et aux moisissures[8]. Les écoles
présentent des spécificités qui favorisent la
présence de polluants: forte densité d?occupation
des salles de classe, utilisation de feutres,
peintures, colles, nettoyage fréquent des locaux,
etc. Dans les classes des écoles maternelles
et élémentaires, certains polluants sont
omniprésents dans l?air et les poussières déposées.
Parmi eux se trouvent les PM2,5, des composés
organiques volatils (COV), des aldéhydes, des
HAP, des phtalates et des pesticides comme
le lindane. Les valeurs réglementaires pour
le formaldéhyde et le benzène, deux polluants
réglementés à surveiller dans l?air intérieur des
établissements recevant un jeune public (crèches,
écoles, etc.), sont respectées pour la grande
majorité des écoles suivies. Un renouvellement
de l?air souvent insuffisant[9] a aussi été observé,
associé à la présence de multipollution [10].
Les concentrations en composés organiques semi-
volatils dans l?air et les poussières déposées ont
été étudiées spécifiquement. Des profils de classes
ont été identifiés selon plusieurs facteurs qui
peuvent influencer ces niveaux de concentration:
localisation urbaine, périurbaine ou rurale de
l?école, date de construction, présence ou non
de système de ventilation, type de revêtements
de sol, etc. Ainsi, les écoles construites à partir
des années 1980, le plus souvent équipées
d?un système mécanique de ventilation, semblent
moins polluées. À l?inverse, dans les écoles
majoritairement construites avant 1982, en
milieu périurbain ou rural, sans système de
ventilation, il est observé de fortes concentrations
en PCB et pesticides organochlorés par rapport
à l?échantillon de classes retenues. Enfin, la
présence majoritaire de revêtements de sol en
plastiquepeut entraîner de fortes concentrations
en phtalates.
É
C
L
A
IR
A
G
E
Les HAP : une pollution
persistante qui touche
l?ensemble de la biosphère
Les polluants organiques persistants (POP) désignent
des composés organiques tels que les PCB, les dioxines
et furanes, les hydrocarbures aromatiques polycy-
cliques (HAP) et dérivés. Ils sont à la fois persistants,
bioaccumulables, toxiques et mobiles sur de lon-
gues distances. Identifiés depuis plusieurs décennies
comme nécessitant un suivi et des actions au titre
des substances prioritaires, la réglementation euro-
péenne interdit (sauf exceptions) de fabriquer, de
mettre sur le marché et d?utiliser ces substances en
tant que telles, soit dans des mélanges de substances,
soit sous forme de constituant d?articles. Elle vise
également à réduire au minimum les émissions de
ces substances dans l?environnement. En raison de
leur longue persistance dans les milieux et de leur
capacité à s?accumuler dans les organismes vivants,
les POP sont nocifs et sont largement distribués dans
l?environnement.
Issus principalement de phénomènes de combus-
tion (biomasse, combustibles fossiles, déchets, feux
de forêt), les HAP sont surtout émis dans l?air d?où
ils se dispersent dans l?ensemble de la biosphère.
Se fixant facilement sur les matières organiques
particulaires en suspension dans l?air, le sol, l?eau,
ils sont facilement transportés loin de leurs zones
d?émission. Des HAP dissous, provenant de la fabri-
cation de matériaux à base de produits pétroliers
(pigments, résines, etc.), peuvent aussi être rejetés
dans l?environnement de manière résiduelle ou lors
de pollutions accidentelles.
Pour l?air extérieur, des objectifs de réduction
d?émissions existent au niveau international pour
quatre HAP : le benzo[a]pyrène, le benzo[b]fluoran-
thène, le benzo[k]fluoranthène et l?indéno[1,2,3-cd]
pyrène. En France, en 2023, 72 % de leurs émissions
provenaient du secteur résidentiel, principalement
en raison du chauffage au bois. Très dépendantes des
températures hivernales, ces émissions ont baissé de
27 % de 1990 à 2023, la majorité de cette réduction
étant survenue avant 2005.
Les concentrations en benzo[a]pyrène dans l?air
extérieur, un traceur du risque cancérigène des HAP,
sont réglementées et font l?objet d?un suivi. Entre 2019
et 2023, les concentrations moyennes annuelles les
plus élevées ont été mesurées dans le Nord, l?Est et
les Alpes, dans des zones industrielles ou des zones
où le chauffage au bois est très présent. Durant
53POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
72 % 14 %
Résidentiel
Chauffage au bois
Feux de forêt Industrie
Milieux
aquatiques
Sols et
végétation
Sources d?émissions
de HAP dans l?air
en 2023
Émissions Émissions
Transformations
dans l?airGaz et
particules
secs et humides
Dépôts
5 % %3 % Agriculture
Transports
5 %
Comment les HAP* contaminent-ils les milieux ?
Concentrations moyennes annuelles dans l?air extérieur
en benzo[a]pyrène de 2019 à 2023
* Hydrocarbures aromatiques polycycliques.
Source : CGDD, d?après Citepa, format Secten, avril 2024
Note : la norme réglementaire, fixée à 1 ng/m3 en moyenne annuelle,
est considérée comme non respectée lorsque les concentrations
annuelles sont supérieures ou égales à 1,5 ng/m3.
Source : Geod?air, juillet 2024. Traitements : Ineris/LCSQA et SDES, 2024
cette période, la norme réglementaire fixée pour la
protection de la santé a été largement respectée.
Pour l?ensemble des mesures réalisées, seulement
deux sites localisés en Moselle ont enregistré des
dépassements en 2019 et 2020.
Dans les sols, les teneurs les plus élevées en HAP
sont mesurées au nord et à l?est de la France et ré-
sultent d?activités industrielles passées. Le long de
la côte atlantique, les teneurs en HAP, plus faibles,
sont issues de probables transports sur de longues
distances suivis de dépôts par les pluies. Sur les
16 HAP analysés dans la partie superficielle des sols,
seuls cinq sont quantifiés dans plus de la moitié
des sites du RMQS [11] : le benzo(b)fluoranthène, le
fluoranthène, le pyrène, l?indeno(1,2,3-cd)pyrène et
le phénanthrène. Quant aux pollutions ponctuelles,
environ un tiers des 3 316 sites et sols pollués recen-
sés dans la base de données Basol en 2023 et dont
les polluants sont connus contiennent des HAP et
leurs dérivés dans le sol et le sous-sol.
Dans les cours d?eau, la contamination par les
HAP est généralisée. Entre 2008 et 2020, bien que les
concentrations de substances comme le fluoranthène,
le benzo(b)fluoranthène et l?indeno(1,2,3-cd)pyrène
aient baissé de 10 à 50 %, les HAP demeurent l?un
des groupes de substances les plus fréquemment
quantifiés [12]. Malgré leurs faibles concentrations,
ils sont les principaux contributeurs de l?indice de
pression de toxicité cumulée (IPTC) pour les subs-
tances dangereuses hors pesticides, dans chaque
bassin hydrographique.
Concentrations
en moyenne
sur 5 ans (en ng/m3)
Inférieure ou égale à 0,49
Entre 0,5 et 1
Entre 1,1 et 1,4
0 50 km
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ54
Bruit dans l?environnement :
le trafic routier, source principale
d?exposition en milieu urbain
La surexposition aux bruits dans l?environnement issus
des transports, des activités industrielles, de chantiers
et de loisirs, ou des éoliennes, est un enjeu de santé
publique avec des impacts sanitaires, socio-économiques
et sur la biodiversité. En Europe, environ 11 000 décès
prématurés par an21 seraient liés au bruit des transports
subi sur le long terme. Au-delà des effets peu fréquents
sur l?audition, les bruits dans l?environnement peuvent
provoquer des effets non auditifs subjectifs (gêne,
impact sur les attitudes et le comportement social)
auxquels s?ajoutent de multiples effets objectifs : troubles
du sommeil, effets sur le système cardiovasculaire,
immunitaire, endocrinien, effets psychologiques et
dégradation des performances cognitives. Selon l?OMS,
le bruit est le deuxième facteur environnemental qui
cause le plus de dommages sanitaires en Europe, après
la pollution de l?air.
En France, des cartes de bruit aux abords des grandes
infrastructures et dans les grandes agglomérations
sont élaborées au titre de la directive 2002/49/CE,
assorties de plans d?action. Ces cartes, réalisées pour
30 agglomérations de plus de 100 000 habitants soit
une population couverte de près de 19 millions d?ha-
bitants, permettent notamment d?estimer la réparti-
tion spatiale de différents niveaux sonores auxquels
les populations sont exposées. Durant la journée,
13 millions de personnes (soit 70 % de la population
couverte par ces cartes) sont exposées à des niveaux
de bruit supérieurs à 55 décibels(A) ? (dB(A)) pour le
trafic routier, 1,5 million pour le bruit ferroviaire et
0,5 million pour le bruit aérien. De nuit, 7,8 millions
de personnes sont exposées à un bruit supérieur à
50 dB(A) pour le bruit routier, 1 million pour le bruit
ferroviaire et 0,2 million pour le bruit aérien.
Les radiofréquences :
des rayonnements du quotidien
aux impacts toujours incertains
Les rayonnements électromagnétiques sont omni-
présents : rayons infrarouges et ultraviolets de la
lumière du soleil, rayons X lors d?examens radio-
logiques, ondes émises par les smartphones, les
antennes relais ou encore les lignes électriques. Les
rayonnements de très haute fréquence, comme les
rayons X et gamma, sont ionisants et ont des effets
avérés sur la santé, qui varient selon le type et la
dose reçue, de la brûlure cutanée au cancer.
Les radiofréquences émises par les smartphones
et appareils connectés, non ionisantes, ont des effets
thermiques avérés à court terme. Elles provoquent
notamment un échauffement des tissus du corps
lorsqu?elles dépassent les valeurs limites d?exposition
déterminées scientifiquement22. Celles-ci ont permis
Les polluants azotés et
phosphorés, responsables
de la prolifération des
algues vertes, toujours
en excès
La prolifération d?algues vertes touche
les plages et vasières, entre le Calvados et
la Charente-Maritime. Ce phénomène est
favorisé par des excès d?azote et de phosphore,
transportés vers la mer par les fleuves côtiers et
les nappes souterraines. Il est particulièrement
intense en Bretagne où, dans les baies fermées
peu profondes, l?eau se réchauffe dès le
printemps. Ce phénomène présente des risques
environnementaux et sanitaires. En devenant
dominantes, les algues vertes étouffent le
milieu marin, bloquent la lumière du soleil et
empêchent les plantes aquatiques de produire
l?oxygène essentiel aux écosystèmes. Lors de leur
décomposition, ces algues libèrent du sulfure
d?hydrogène, un gaz toxique pour l?humain et
l?animal.
Environ 90% de l?azote et 50% du phosphore
sont d?origine agricole, le reste venant des rejets
domestiques et de certains rejets industriels.
Entre 2008 et 2021, la surface moyenne
interannuelle couverte par les algues vertes sur
l?ensemble des baies sableuses du linéaire côtier
en Manche et en Atlantique a atteint 630 ha [13].
Malgré les plans déployés depuis 2010 par l?État
et les collectivités territoriales pour diminuer
les fuites d?azote et ramasser les algues échouées,
le phénomène n?est toujours pas endigué.
É
C
L
A
IR
A
G
E
21. Agence européenne pour l?environnement
22. International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection (ICNIRP2),
organisation internationale non gouvernementale de nature scientifique, reconnue par l?OMS,
l?UE et de nombreux pays dont la France.
https://www.eea.europa.eu/en/topics/in-depth/noise?activeTab=fa515f0c-9ab0-493c-b4cd-58a32dfaae0a
55POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Population exposée à différents niveaux de bruit de jour dans
les agglomérations de plus de 100 000 habitants
En millions d?habitants
Quels objets de notre quotidien émettent des rayonnements ?
Notes : données 2022 partielles (disponibles pour 30 agglomérations sur les 45 ayant l?obligation d?établir une carte de bruit). L?indicateur
Lden correspond à la « dose de bruit » reçue en façade du bâtiment sur une journée, avec un poids plus important donné au bruit de soirée
et de nuit. Les classes de niveaux sonores utilisées dans ce graphique sont celles pour lesquelles la Commission européenne demande une
estimation du nombre de personnes exposées mais ne correspondent pas à des seuils réglementaires à respecter.
Source : DGPR, 2024
d?établir les normes réglementaires en France qui
fixent des valeurs limites entre 28 Volt/m et 87 Volt/m
selon la fréquence, dans la bande de 100 kHz à 6 GHz.
En 2021, aucune valeur limite d?exposition n?a été
dépassée sur les 4 022 mesures réalisées par l?Agence
nationale des fréquences [14], essentiellement en
milieu urbain et en intérieur. Les niveaux d?exposition
sont globalement stables depuis 2014, y compris
depuis le déploiement de la 5G.
En l?état actuel des connaissances, aucun lien
de causalité entre exposition aux radiofréquences
et effets sanitaires à long terme n?a été identifié de
manière certaine [15]. Cependant, des incertitudes
persistent sur les risques à long terme et lors d?une
utilisation intensive d?appareils sans fil. C?est pour-
quoi en 2011, les radiofréquences ont été classées
« cancérogènes possibles » par le Centre international
de recherche sur le cancer. La recherche sur leurs
effets sanitaires se poursuit, y compris sur la santé
des animaux d?élevage.
V
is
ib
le
Radio fréquences
RAYONNEMENTS IONISANTSRAYONNEMENTS NON-IONISANTS
Fréquence en hertz (Hz) et longueur d?onde
10151012 101310111010109108107106 1014 10161051041000100101 1017 10221020
Basses fréquences Infra-rouge Ultra-violet Rayonnements x et gamma
10 kHz 300 GHz
Note : le rayonnement électromagnétique est défini par sa longueur d?onde et sa fréquence (en hertz ou Hz).
Plus la fréquence est haute, plus l?énergie du rayonnement est importante.
Source : CGDD, d?après IRSN
Bruit routierBruit ferroviaire Bruit aérien
Lden > 55 dB(A) Lden > 60 dB(A) Lden > 65 dB(A) Lden > 70 dB(A) Lden > 75 dB(A)
4
6
8
10
12
14
2
0
POINTS DE REPÈRE
Niveaux d?exposition recommandés par
l?OMS, au-delà desquels des effets néfastes
sur la santé sont avérés :
Trafic routier : 53 dB(A) Lden
Trafic aérien : 45 dB(A) Lden
Trafic ferroviaire : 54 dB(A) Lden
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ56
80
60
40
20
0
100
2009 2010 2021 2022201920172015 2016 2018 20202013 20142011 2012
Produits ni UAB ni biocontrôle classés CMR1
Produits ni UAB ni biocontrôle classés CMR2
Produits ni UAB ni biocontrôle non classés CMR
Produits UAB et/ou biocontrôle
Total des substances vendues
Produits phytosanitaires :
un bilan mitigé
Depuis 2008, trois plans de réduction de l?usage des produits
de traitement des cultures se sont succédé, tous visant
une baisse de 50 %, d?abord pour 2018, puis pour 2025 et
enfin pour 2030. Malgré quelques avancées, la France ne
parvient pas à réduire fortement sa dépendance aux produits
phytosanitaires et de vastes territoires sont contaminés.
F
O
C
U
S
Les substances les plus toxiques
en recul, les autres en essor
En 2022, 68600tonnes de substances
actives ont été vendues en vue de
protéger les cultures des insectes,
des maladies et des mauvaises
herbes. Ce volume est relativement
identique à la moyenne des ventes
déclarées entre 2009 et 2021 (+1%).
Cette stabilité globale s?accompagne
toutefois d?une baisse des substances
les plus toxiques pour la santé
humaine et progressivement
interdites (cancérogènes, mutagènes
et reprotoxiques ou CMR) et d?une
augmentation de celles utilisables
en biocontrôle et/ou en agriculture
biologique.
Les ventes de substances CMR ont
baissé de 35% en volume entre
2015-2017 et 2020-2022 et leur part
dans le total des ventes a baissé
de 18 points depuis 2009 (15% en
2022). Géographiquement, plus de
la moitié des achats en 2020-2022
proviennent de 18 départements,
avec en tête l?Eure-et-Loir, la
Somme, la Marne, la Charente-
Maritime et l?Eure [22].
Un autre indicateur, le NODU
agricole (nombre de doses unités),
mesure l?intensité de l?usage des
produits de traitement. Plus le
NODU est élevé, plus les terres
agricoles ont reçu de nombres de
traitements. Bien que l?évaluation
2020-2022 montre une diminution
de 11,5% par rapport à la moyenne
2015-2017, le NODU ne baisse plus
depuis 3 ans [16].
Évolution des quantités de substances actives vendues de 2009 à 2022
En milliers de tonnes
Notes : CMR = substances considérées
comme les plus toxiques « cancérogènes,
mutagènes et reprotoxiques » avec
CMR1 pour « avéré ou présumé » et
CMR2 « suspecté ». UAB = utilisable en
agriculture biologique. Hors Banole pour
la Martinique.
Champ : France.
Source : BNVD - données des ventes au
code Insee des distributeurs extraites
le 27 novembre 2020 (données 2009 à
2019), le 17 octobre 2022 (données 2020)
et le 21 octobre 2023 (données 2021 et
2022). Traitements : OFB, 2020, 2022,
2023 et SDES, 2024
57POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Achats de substances actives classées les plus toxiques
par département
De vastes territoires
contaminés
Dans l?air extérieur, la présence de
pesticides (incluant les biocides en
plus des phytosanitaires) résulte de
leur volatilisation à partir du sol,
des plantes, de l?érosion par le vent
et des phénomènes de dérive lors
des épandages. Leur surveillance
harmonisée au niveau national est
récente: la première campagne
date de 2018-2019 et la seconde
de 2021-2022. Sur les 75 pesticides
recherchés, seuls 6 ont été détectés
dans plus de 20% des prélèvements
lors de chaque campagne:
le glyphosate, le lindane, le
S-métolachlore, la pendiméthaline,
le prosulfocarbe et le triallate. En
2018-2019, la présence de pesticides
tant en milieu urbain que rural a été
confirmée, généralement lors des
périodes de traitements connues.
Dans les sols, sur 111 pesticides
analysés entre 2019 et 2021 [17],
le plus fréquemment détecté est
le glyphosate (70%), herbicide
très vendu, suivi du fluopyram
(69%) et du fluxapyroxad (68%)
pourtant bien moins utilisés. En
effet, le caractère polluant des
pesticides dépend non seulement
de leur toxicité, de leur persistance
mais aussi de la capacité des sols
à les retenir ou à les dégrader.
Les analyses confirment que si
les terres cultivées sont les plus
contaminées, les forêts et les prairies
non traitées ne sont pas épargnées.
Parfois, les sols accumulent de
fortes teneurs en pesticides avec
des risques écotoxiques accrus
pour leur microfaune et leur
flore. C?est notamment le cas du
cuivre utilisé comme fongicide
(bouillie bordelaise). Des décennies
d?utilisation, ajoutées aux teneurs
naturellement présentes dans les
sols favorisent des effets délétères
sur la biodiversité. Pourtant,
son utilisation augmente (+35%
entre 2009-2011 et 2020-2022). En
France métropolitaine, plus de la
moitié des fortes teneurs en cuivre
sont dans des zones occupées à
plus de 20% par des vignes et des
vergers cultivés en agriculture
conventionnelle ou biologique [18],
notamment en Gironde et dans le
Languedoc-Roussillon. Pour limiter
cet effet de cumul, la réglementation
européenne limite la quantité totale
de cuivre utilisable à 28kg par
hectare sur une période de 7 ans
(2019-2025).
Dans les cours d?eau et plans d?eau,
les pesticides contaminent la quasi-
totalité des sites surveillés. Les
principales substances quantifiées
sont les herbicides et leurs
produits de dégradation en France
métropolitaine, les insecticides et
leurs métabolites en outre-mer.
L?indice des pressions toxiques
cumulées (IPTC) des pesticides est
élevé (> 1) sur toutes les tailles de
cours d?eau et sur environ la moitié
des sites de mesure depuis 2008.
Les situations les plus dégradées
s?observent dans la moitié nord
de l?Hexagone et en Martinique.
En France métropolitaine, ces
pressions sont essentiellement dues
à cinqherbicides d?usage agricole et
en outre-mer, à trois herbicides et
un insecticide, dont certains ont été
interdits d?usage avant 2018.
Les eaux souterraines ne sont
pas épargnées. Entre 2019 et
2021, en France métropolitaine,
588pesticides sur les 782 surveillés
sont quantifiés au moins une fois (en
outre-mer, 160 pour 689 suivis). Les
herbicides sont les plus quantifiés
dans l?Hexagone. En outre-mer, ce
sont principalement des insecticides
et des herbicides. Ces polluants
disparaissent très lentement dans
les aquifères. Par exemple, l?atrazine,
interdit d?usage depuis 2003, est
toujours quantifié en 2021.
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0 - 50 km
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Quantité moyenne
de substances actives
CMR* achetées (en kg)
de 2020 à 2022
Évolution des achats
entre les périodes
2015-2017 et 2020-2022
Diminution
de plus de 50 %
Diminution
de 30 à 50 %
Diminution
de 25 à 30 %
Diminution de 0 à 25 %
698 609
112 603
* Substances considérées comme les plus toxiques « cancérogènes, mutagènes,
reprotoxiques ».
Source : BNVD - données des achats au code postal des acheteurs extraites
le 21 octobre 2023 (données 2021 et 2022), le 17 octobre 2022 (données 2020)
et le 26 novembre 2020 (données 2009 à 2019). Traitements : OFB et SDES, 2023
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ58
Deux exemples de
dépendance aux
herbicides et leurs
impacts
Du S-métolachlore dans l?eau
du robinet
En 2022, le S-métolachlore est
le 4e herbicide le plus vendu en
France (6% du total). Utilisé
notamment sur le maïs, la
betterave, le tournesol ou la
canne à sucre, avant la levée des
premières mauvaises herbes,
ses ventes ont augmenté
de 23% en France entre les
périodes 2009-2011 et 2020-
2022 (1800t vendues en 2022).
Trois régions totalisent plus
de 50% des achats totaux: la
Nouvelle-Aquitaine (458t),
l?Occitanie (293t) et le Centre-
Val de Loire (169t). Cependant,
l?évolution entre 2015-2017 et
2020-2022 est très variable:
les achats diminuent dans
certaines régions telles que
l?Auvergne-Rhône-Alpes
(-30%), la Bretagne (-26%)
et la Provence-Alpes-Côte
d?Azur (-21%), alors qu?ils
augmentent ailleurs, comme en
Île-de-France (+53%), dans les
Hauts-de-France (+39%) et le
Centre-Val de Loire (+30%).
Cet herbicide, classé comme
«cancérogène suspecté»
par l?Agence européenne
des produits chimiques,
se retrouve dans l?air (dans
environ 50% des analyses
en France métropolitaine)
et les sols (17% des sols
analysés [19]). Depuis 2018, son
métabolite métolachlore-
esa est la substance qui a
dégradé le plus souvent la
qualité de l?eau distribuée,
très loin devant tous les autres
pesticides. Il a été responsable
de non-conformités sur l?eau
du robinet. En 2021, trois
métabolites ont fréquemment
dépassé des normes
européennes de qualité dans
ces eaux [20]. Pour réduire ces
impacts, l?Agence française
de sécurité sanitaire a interdit
en 2023 les principaux
usages des phytosanitaires
à base de S-métolachlore,
avec un délai d?utilisation
des stocks jusqu?en 2024. Au
niveau européen, la décision
de non-renouvellement
de l?approbation du
S-métolachlore a été prise en
décembre 2023 [21].
Du prosulfocarbe souvent
trouvé dans l?air
Les ventes de cet herbicide,
utilisé surtout sur les céréales,
les pommes de terre et certains
légumes, ont été multipliées par 6
entre 2009-2011 et 2020-2022[22].
Il est le 1er herbicide vendu
en 2022, devant le glyphosate,
alors qu?il était 8e en 2009. Ce
regain d?utilisation résulte
de son efficacité sur des
plantes devenues résistantes à
d?autres herbicides et de son
usage en substitution d?autres
herbicides désormais interdits
(isoproturon).
Cette substance est volatile et
une partie peut, après épandage
sur une culture cible, être
transportée par l?air jusqu?à des
cultures non cibles voisines.
Des résidus de prosulfocarbe
sont ainsi retrouvés depuis
2013 dans des denrées issues
de cultures où il n?est pas
autorisé (pommes, cresson)
et même sur des cultures de
l?agriculture biologique. Cette
substance est fréquemment
détectée dans l?air extérieur
en France métropolitaine,
dans respectivement 45 et
37% des analyses lors des
campagnes de 2018-2019 et de
2021-2022. Le prosulfocarbe
présente des concentrations
ponctuelles parmi les plus
élevées (>5ng/m3). Il est plus
souvent quantifié sur des sites
de mesure proches de grandes
cultures [23].
F
O
C
U
S
Classe en %
80 - 100
60 - 80
40 - 60
20 - 40
0 - 20
Indéterminé
Guadeloupe Martinique Guyane La Réunion Mayotte
* Indice des pressions toxiques cumulées.
Note : l?IPTC est « fort » ou « élevé » quand il dépasse 1, la survenue d?effets néfastes
sur l?environnement étant soit hautement probable, soit possible mais à confirmer par
une expertise complète.
Source : Eaufrance, base de données Naïades ; Ineris ; the Norman Network.
Traitements : SDES, 2024
Part des cours d?eau surveillés dont l?IPTC*-pesticides dépasse 1
de 2020 à 2022
59POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
DES CONTAMINANTS
ENCORE PEU SUIVIS ET
POURTANT TRÈS PRÉSENTS
Des déchets plastiques et des composés perfluorés
contaminent les milieux naturels et peuvent finir
dans nos organismes. Des résidus de médicaments
polluent les eaux et augmentent notamment les
risques de troubles de la reproduction des poissons
et d?antibiorésistance des micro-organismes. Ces
contaminants préoccupent la communauté scien-
tifique, les pouvoirs publics et la population mais
ne sont pas suivis de façon systématique dans les
milieux. Des actions se mettent progressivement en
place pour prévenir et réduire leurs émissions dans
l?environnement.
Déchets plastiques : de
multiples signaux inquiétants
pour les écosystèmes et la santé
En raison des multiples usages des matières plastiques
dans notre quotidien, leur production mondiale a
été multipliée par 266 depuis 1950 pour atteindre
400,3 Mt en 2022 [24]. Le premier marché du plastique
est celui des emballages, suivi de la construction et
de l?automobile. La France, avec environ 5 Mt/an en
2021, a la 3e demande la plus forte de l?UE [25] derrière
l?Allemagne et l?Italie.
La gestion des déchets plastiques présente un
défi concernant les volumes à traiter. En France, 21 %
des déchets plastiques ont été recyclés en 2022,
23 % pour les emballages, 51 % ont été incinérés avec
récupération d?énergie et 28 % mis en décharge [26].
D?après l?OCDE [27], au niveau mondial en 2019, seuls
9 % des 353 Mt de déchets plastiques produits ont été
recyclées, 19 % ont été incinérés et près de 50 % ont
fini en décharges contrôlées. Les 22 % restants ont
été jetés en décharges sauvages, brûlés à ciel ouvert
ou abandonnés dans la nature. La taille des déchets
est un autre défi : les macroplastiques (? 5 mm) reje-
tés se fragmentent en microplastiques secondaires
(< 5 mm) sous l?effet des rayons ultraviolets, de la
chaleur, de l?activité bactérienne et de l?agitation
mécanique puis se dispersent dans tous les milieux.
Des microplastiques primaires proviennent directe-
ment de l?abrasion des pneus sur la route, de l?usure
de peintures, de l?épandage des boues d?épuration
ou de pertes de fibres synthétiques lors du lavage.
Ils parcourent de longues distances, transportés par
l?air et les cours d?eau, s?accumulent dans les sols et
les mers. Avec une durée de vie de plusieurs siècles,
ils constituent une pollution persistante.
Dans l?air, des particules de plastique (< 20 µm)
provenant d?Afrique, d?Amérique du Nord ou de
l?océan Atlantique ont été trouvées en haute alti-
tude dans les Pyrénées en 2021 [28]. Dans les sols,
76 % des 33 sites étudiés en France en 2020, surtout
en grandes cultures, présentent des fragments de
plastiques essentiellement du polyéthylène et du
polypropylène. Dans les cours d?eau, aucun suivi sys-
tématique des microplastiques n?est réalisé même
si des études ponctuelles, dans la Meuse, le Rhin et
la Seine, montrent leur présence [29] ainsi que dans
des rivières des Bouches-du-Rhône. Dans les nappes
souterraines de cette zone, l?Institut national de l?en-
vironnement industriel et des risques (Inéris) observe
de 77 à 520 fragments/l montrant que l?effet de fil-
tration des sols n?empêche pas les petits débris (25
à 350 µm) d?atteindre les aquifères [30]. Sur les plages
de France, la plupart des plastiques collectés sont
des fragments plastiques non identifiables car trop
dégradés et les plastiques à usage unique. De 2020
à 2022, selon la sous-région marine, l?abondance
médiane de macro-déchets, varie de 209 à 894 uni-
tés par 100 m de plage, les côtes de la Méditerranée
étant les plus atteintes. En mer, entre 2015 et 2020,
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ60
les macro-plastiques flottants s?élevaient à 39 unités/
km² en Méditerranée et à moins de 1 unité/km² sur les
autres zones. Sur les fonds marins, la densité moyenne
des macro-plastiques allait de 68 à 510 unités/km²,
la Méditerranée étant la plus touchée. Sur la même
période, la densité de micro-plastiques flottants en
mer varie de 17 000 à 88 000 unités/km² en France
métropolitaine, la Méditerranée présentant la plus
forte densité devant celles de Manche-Mer du Nord
et d?Atlantique [31].
La pollution par les plastiques menace les éco-
systèmes et la santé. Des centaines d?espèces ani-
males sont affectées par ingestion des débris et
leurs additifs chimiques, enchevêtrement et autres
dangers. Chez l?humain, plusieurs études observent
des microplastiques dans les poumons, le sang ou les
selles. Le lien entre l?exposition aux microplastiques
et la santé est toutefois encore mal connu.
Des réponses réglementaires émergent depuis
les années 2020. À l?échelle de l?UE, la vente de plas-
tiques à usage unique (pailles, couverts en plastique,
etc.) est interdite et des objectifs sont fixés pour
2030 [32] : - 50 % de rejets de plastiques en mer par
rapport à 2016 et - 30 % de fuites de microplastiques.
L?exportation de déchets plastiques dangereux ou
difficiles à recycler [33] est interdite vers les pays
non-membres de l?OCDE et soumise à consente-
ment vers les autres. En France, la loi AGEC [34] fixe
la fin des emballages plastiques à usage unique en
2040 et vise 100 % de recyclage des plastiques d?ici
à 2025. En 2023, la possibilité de jeter l?ensemble
des emballages dans le bac de tri s?est étendue à
tout le territoire. Pour fin 2024, les Nations unies
envisagent un traité international « juridiquement
contraignant » pour réduire l?utilisation du plastique
et la pollution associée.
Les polluants perfluorés :
une inquiétude grandissante
Produits chimiques aux propriétés antiadhésives,
résistantes aux fortes chaleurs et imperméabilisantes,
les polys et perfluoroalkylés (PFAS) sont présents
dans de nombreux produits : ustensiles de cuisine,
emballages alimentaires, textiles, mousses anti-incen-
die, etc. D?autres, comme l?acide trifluoroacétique
(TFA), sont parfois utilisés dans la fabrication de
pesticides et de médicaments ou résultent de la
dégradation dans l?environnement de molécules de
la même famille. C?est le cas de l?herbicide fluféna-
cet, utilisé notamment sur les cultures de céréales
ou de pommes de terre, qui génère le TFA comme
métabolite. Très peu dégradables une fois dans l?en-
vironnement, les PFAS sont surnommés « polluants
éternels » et contaminent les eaux de surface ou
souterraines, l?air, les sols et les sédiments. Parmi
les plus persistants dans l?environnement, l?acide
perfluoro-octanoïque (PFOA) et l?acide perfluo-
ro-octane sulfonique (PFOS) sont les plus étudiés.
Les PFAS s?accumulent dans les organismes vivants
et dans la chaîne alimentaire ou se déplacent sur
de longues distances dans l?air ou l?eau. Nos voies
d?exposition sont multiples : alimentation, en par-
ticulier via les produits carnés et de la mer pour le
PFOS et le PFOA [35], eau de boisson, vêtements,
tissus d?ameublement, matériaux de construction
et de bricolage, etc.
Peu d?études sur l?imprégnation de la popula-
tion existent. Santé publique France montre que
sur 17 PFAS dosés chez 744 adultes et 249 enfants
entre 2014 et 2016 [36], 7 sont quantifiés chez plus
de 40 % des adultes, et 6 chez les enfants. Le PFOA
et le PFOS sont quantifiés chez 100 % des enfants et
des adultes. Les PFAS ont été intégrés dans le pro-
gramme européen de biosurveillance humaine [37]
pour mieux connaître nos niveaux d?exposition et
d?imprégnation et comprendre leurs effets sur la
santé : cancers, perturbations de la fertilité et du
développement foetal, augmentation du cholestérol
et du risque d?obésité, affaiblissement du système
immunitaire, l?effet le plus critique pour la santé
humaine.
Le suivi environnemental en France métropo-
litaine se concentre actuellement sur les milieux
aquatiques, avec cinq molécules perfluorées sur-
veillées à large échelle sur les cours d?eau de tous
les bassins [38]. De 2019 à 2021, au premier rang
des PFAS quantifiées se trouve le PFOS avec 40 %
des analyses, suivi par le PFHxA (37 %) et le PFOA
(27 %). Des contaminations de cours d?eau et plans
d?eau s?observent dans chaque bassin. Dans les
eaux souterraines sur la même période, le PFOS
et le PFOA sont également au premier rang (20 %)
et au troisième (12 %).
En France comme en Europe, certains PFAS com-
mencent à voir leur production et usage interdits
ou restreints. Le plan d?action interministériel sur
les PFAS d?avril 2024 [39] vise à réduire les risques à
la source, à poursuivre la surveillance des milieux
et à définir des valeurs de référence sanitaires pour
évaluer les impacts potentiels sur la santé humaine.
Il prévoit de déterminer des valeurs maximales de
concentrations à respecter dans les milieux aqua-
tiques pour les principaux PFAS. Les sites industriels
qui utilisent, produisent, traitent ou rejettent des
PFAS doivent surveiller leurs émissions et mettre en
place une démarche d?analyse et de réduction de
ces substances dans les rejets aqueux.
61POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
L?exposome,
l?empreinte des
expositions d?une
vie sur la santé
INTERVIEW ROBERT BAROUKI, professeur
à l?Université Paris Cité, directeur de
l?institut thématique santé publique
de l?Inserm, membre correspondant
de l?Académie nationale de médecine
Dans quelle mesure la pollution
environnementale influence-t-elle notre
santé?
R. B - Depuis sa conception et tout au long
de sa vie, chaque individu est exposé au
quotidien à des pollutions environnementalesqui
influencent sa santé: substances chimiques
isolées ou en mélange, agents infectieux,
nuisances sonores et lumineuses, etc. Ces
expositions interagissent avec la situation
psychosociale et socio-économique des individus.
Des effets sont visibles à court ou plus long
terme, comme l?irritation des voies respiratoires,
des cancers, des troubles cardiovasculaires,
cognitifs, de la fertilité, du développement
ou du métabolisme. Selon l?OMS, les facteurs
environnementaux sont un déterminant majeur
de la mortalité dans le monde: ils seraient
impliqués dans environ 13millions de décès par
an et un quart des pathologies chroniques dans le
monde. En Europe, ils causeraient 1,4 million de
morts par an.
Vous étudiez l?exposome, pouvez-vous définir
le conceptet préciser ce qu?il apporte?
R. B - Combinés entre eux, les facteurs de
risque liés à l?environnement, non génétiques,
constituent l?«exposome», une empreinte des
expositions d?une vie. De nombreux facteurs
environnementaux sont pris en compte:
changement climatique, qualité de l?air, de l?eau,
alimentation, etc., mais également des facteurs
psychosociaux. Le rôle des inégalités sociales
et territoriales fait l?objet d?un examen tout
particulier. L?exposome est le complément du
génome pour expliquer les pathologies humaines.
Le défi posé à la recherche est de caractériser
l?exposome d?une personne et d?en mesurer les
effets cumulatifs et combinés sur la survenue de
maladies. La recherche sur l?exposome couvre
de nombreux paramètres: la nature des agents
polluants, leur origine, le contexte, la période
d?exposition et leurs impacts biologiques et
sanitaires, etc.
D?ores et déjà, la recherche montre que la
période périnatale et de la petite enfance est
particulièrement sensible. Une présomption de
lien a notamment été montrée entre exposition
aux pesticides in utero ou durant l?enfance et le
risque de troubles cognitifs et neurologiques.
La recherche montre aussi que des produits pris
individuellement en faible quantité peuvent
ne pas avoir d?effet notable sur la santé, mais
leur combinaison peut être néfaste par «effet
cocktail». Par exemple, il a été établi que le
mélange de plastifiants et de pesticides peut
impacter le développement neurologique de
l?enfant. L?objectif des recherches déployées
autour de l?exposome est de proposer de nouvelles
pistes de prévention de maladies chroniques ou,
éventuellement, de nouveaux traitements.
Comment l?exposome est-il évalué?
R. B - L?étude de l?exposome est permise
grâce à l?évolution des technologies de mesure
des pollutions (imagerie satellitaire, détecteurs
environnementaux, capteurs individuels, dosages
dans le sang et les urines grâce à de nouvelles
méthodes analytiques, etc.). Elle s?appuie aussi
sur des modélisations mathématiques du lien
entre imprégnation humaine par des substances
à la suite de différentes expositions et impacts
biologiques associés. Les résultats des recherches
épidémiologiques sont également très utiles.
Des suivis sur un temps long de grands groupes de
personnes appelés «cohortes», comme les études
ELFE, EDEN ou PELAGIE [40] ou des enquêtes
approfondies d?un panel large d?individus comme
les études ESTEBAN [41], Alimentation totale ou
PestiRiv conduites en France, révèlent ainsi des
présomptions fortes de liens entre expositions et
certaines pathologies. C?est par exemple le cas de
l?exposition professionnelle à certains pesticides
et la survenue du cancer de la prostate ou de la
maladie de Parkinson. En complément, des suivis
d?imprégnation des personnes par les polluants
sont réalisés. Cette biosurveillance se fait par
dosage de biomarqueurs dans le sang, l?urine,
les cheveux ou encore le lait maternel. L?initiative
européenne HBM4EU, lancée en 2017, suivie du
programme PARC [42], a permis de structurer la
vaste quantité de données produites dans les pays
membres sur des substances prioritaires, telles
que les phtalates, les bisphénols, les PFAS, des
pesticides, ou encore l?arsenic et le cadmium.
É
C
L
A
IR
A
G
E
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ62
Ces données, comme celles de l?enquête ESTEBAN en
France, permettront de suivre l?exposition interne à
ces substances chimiques et les progrès qui auront été
faits pour les réduire.
On parle aussi du concept «One Health». Existe-t-il
un lien avec le concept d?exposome et comment
les deux s?articulent-ils?
R. B - La transmission de maladies infectieuses
de l?animal à l?homme a conduit les scientifiques
à considérer les liens entre les santés humaine et
animale. Cette approche nommée «One Health»
a par la suite évolué pour intégrer la santé des
écosystèmes, perturbée par l?activité humaine. En
parallèle, le concept d?exposome s?est élargi pour
analyser les interactions entre les écosystèmes et
la santé humaine. Les deux concepts tendent donc à
se rejoindre, bien qu?ils restent animés par
des communautés et préoccupations scientifiques
partiellement distinctes. Au-delà des concepts,
c?est bien la prise de conscience de l?interdépendance
de l?homme et de l?environnement qui anime
les acteurs de la recherche, de l?expertise et de
la décision publique.
Que peut-on attendre de la recherche sur
l?exposome dans les années à venir?
R. B - L?analyse des interactions entre facteurs
environnementaux (ex: déséquilibres nutritionnels et
contaminants, ou stress psychosociaux et polluants)
permettra à terme de mieux cibler les politiques de
prévention en santé publique:
? détermination de valeurs seuil de protection de la
santé tenant compte d?«effet cocktail»;
? prise en compte de l?ensemble des bénéfices?/
risques étudiés dans les actions de promotion de
la santé et communication: fruits et légumes et
pesticides; poisson et mercure; allaitement et
polluants persistants, etc. Mise en avant des co-
bénéfices confirmés scientifiquement: baisse des
transports, climat et pollution de l?air; baisse de
la consommation de viande, climat et avantages
sanitaires;
? intégration des notions inhérentes à l?exposome,
telles que la vulnérabilité de certaines populations
ou les effets à long terme des expositions d?une vie et
durant plusieurs générations;
Ces améliorations sont envisageables par la mise
en place d?un programme ambitieux de recherche
sur l?exposome, à l?image de celui sur le génome
humain.
Résidus médicamenteux :
une contamination avérée des
rivières et nappes phréatiques
Bien que le volume de la consommation médica-
menteuse française recule depuis plusieurs années,
certaines catégories sont encore très employées,
telles que les antidépresseurs et les antibiotiques.
Pour ces derniers, la France est au 4e rang des plus
gros consommateurs en Europe, derrière la Grèce,
la Roumanie et la Bulgarie. Or, une fois utilisés par
les patients, à la maison ou dans les établissements
de soins, des résidus médicamenteux se retrouvent
dans les eaux usées et finalement dans les eaux de
surface. En effet, la grande majorité des stations
d?épuration urbaines n?ont pas été conçues pour les
éliminer. Elles en captent certains, mais l?eau qu?elles
rejettent dans l?environnement en contient encore
beaucoup. L?industrie pharmaceutique peut aussi
être une source ponctuelle de contamination des
milieux aquatiques, soit en raison d?accidents de
fabrication, soit de manière plus régulière lorsque
les techniques d?épuration ne sont pas optimales.
De 2019 à 2021, huit médicaments surveillés à
grande échelle ont été détectés dans les cours d?eau
et plans d?eau de tous les bassins de métropole. Les
quatre premiers ont été quantifiés dans plus de
25 % des analyses : l?antidépresseur-antiépileptique
carbamazépine, l?antibiotique sulfaméthoxazole et
les anti-inflammatoires diclofénac et ibuprofène.
Viennent ensuite des anti-inflammatoires, antibio-
tiques et un estrogène utilisé comme contraceptif.
Dans les eaux souterraines sur la même période,
15 résidus ont été quantifiés de façon moins fré-
quente. Les deux premiers, quantifiés dans plus
de 10 % des analyses, sont la carbamazépine et la
caféine, ce dernier étant sans doute un marqueur
de consommation humaine.
Bien que présents à faibles concentrations, de
l?ordre du nanogramme par litre, ces résidus très
actifs biologiquement et capables de s?accumuler
dans les organismes induisent des troubles de la
reproduction des poissons, oiseaux et mammifères
marins ou modifient leurs comportements. La di-
minution drastique de populations de vautours
serait associée à l?accumulation dans leur organisme
de résidus de l?anti-inflammatoire diclofénac. Les
atteintes à l?homme, via son alimentation et l?eau
potable qu?il consomme, sont encore mal connues.
La sélection de bactéries antibiorésistantes, favorisée
notamment par le rejet d?antibiotiques dans l?en-
vironnement [43], est une préoccupation mondiale
de santé publique.
63POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
250 50 75 100
Carbamazepine
Sulfamethoxazole
Diclofenac
Ibuprofene
Atenolol
Clarithromycine
Metoprolol
Estrone
Médicaments quantifiés dans les cours d?eau et plans d?eau de 2019 à 2021
Analyses quantifiées en %
Note : le classement concerne les substances surveillées de 1 à 3 ans dans les 6 bassins
hydrographiques de la France métropolitaines. Une substance est dite « quantifiée » quand
la méthode analytique donne une valeur de la quantité (concentration) avec une faible incertitude.
Champ : cours d?eau et plans d?eau.
Source : Eaufrance, base de données Naïades. Traitements : SDES, 2024
Depuis plus de 30 ans, la France s?appuie sur un réseau de
surveillance pour suivre l?état des milieux naturels et mettre
en oeuvre des politiques environnementales. Ce réseau
englobe des sites et stations répartis partout à travers le
pays, dans des zones cultivées, forêts, prairies, villes et parcs
urbains. Ce dispositif s?améliore régulièrement en matière
de répartition géographique des sites de mesures, de liste de
polluants suivis et de précision des mesures.
Sol: pour mesurer la qualité des sols, la France dispose
depuis 2000 d?un réseau de suivi constitué d?environ
2200 sites répartis de manière régulière sur le territoire
métropolitain et les cinq départements et régions d?outre-
mer selon une grille systématique de 16 km de côté.
Chacun de ces sites est échantillonné et analysé tous les
15ans.
Eau : environ 11600masses d?eau de surface (plans d?eau,
rivières, eaux de transition et littorales) et 690masses
d?eau souterraines sont régulièrement surveillées au
titre du Code de l?environnement, produisant plus de
21millions d?analyses par an, dont les trois quarts ciblent
les pesticides. Les réseaux de distribution d?eau destinée à
la consommation humaine sont suivis au titre du Code de
la santé publique. En 2022, plus de 18millions d?analyses
ont été effectuées.
Air extérieur: en 2022, près de 600stations
ont mesuré les concentrations des polluants
réglementés au niveau européen, ainsi que certains
polluants d?intérêt national, comme le carbone suie ou
certains pesticides. D?autres substances sont également
suivies dans des zones d?activités spécifiques, telles que le
traitement des déchets. Depuis 2008, près de 20stations
de mesures surveillent la composition chimique des
particules en milieu urbain sur tout le territoire.
Air intérieur: depuis 2001, la pollution de l?air intérieur
et ses origines sont étudiées, notamment dans le cadre
de campagnes nationales de mesures, par l?Observatoire
de la qualité des environnements intérieurs.
Stations de traitement des eaux usées, sites
industriels ou agricoles: les installations rejetant des
polluants dans les eaux ou dans l?air sont soumises
à une surveillance de leurs émissions. Ainsi, plus
de 22600stations d?épuration suivent la qualité des
eaux traitées qu?elles rejettent et plus de 15200sites
industriels ou agricoles renseignent un registre des
émissions polluantes. Une base de données documente
plus de 9500 sites et sols pollués, enrichissant les
connaissances sur les polluants présents.
Comment les polluants sont-ils surveillés en France ?
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ64
L?ACTION PUBLIQUE
CONTRE LA POLLUTION
En France, de nombreux dispositifs sont mis en
oeuvre pour lutter contre la pollution des milieux
et limiter les risques pour la santé. Des évaluations
de politiques publiques estiment toutefois que ces
mesures demeurent insuffisantes dans certains
domaines au regard des enjeux de santé-environ-
nement et du coût global de la pollution supporté
par la société.
Plans d?action
et réglementations :
des ambitions à renforcer
pour répondre aux enjeux
Selon la Cour des comptes, les politiques publiques
de lutte contre la pollution de l?air devraient être
renforcées et mieux déclinées localement. Son
rapport de 2020 à la commission des finances du
Sénat [44] indique que « le plan de réduction des
émissions de polluants atmosphériques ne paraît
pas suffisant pour atteindre les objectifs de baisse
d?émissions à l?horizon 2030 ». En effet, si les mesures
réglementaires et fiscales pour limiter les émissions
à la source ou encadrer les activités polluantes sont
bien développées dans le secteur de l?industrie et
des transports, elles sont plus rares pour le secteur
résidentiel-tertiaire ou agricole. La Cour recommande
« d?agir avec plus de détermination et plus d?ambi-
tion » sur ces secteurs dans lesquels les efforts ont
été les plus modestes jusqu?à présent.
Le collège d?experts indépendants de l?Autorité
environnementale s?est exprimé en 2021 sur le plan
stratégique national (PSN) de la politique agricole
commune 2023-2027, ainsi que sur une modification
du plan d?action national nitrates. D?après son rapport
d?activité [45], ces plans « qui devraient conduire tous
les acteurs à intégrer les engagements européens et
nationaux à respecter les enjeux liés à la dégradation
de l?environnement ne se donnent pas les moyens
d?infléchir ces tendances lourdes ». L?Autorité environ-
nementale estime que « l?ambition environnementale
du PSN s?avère en deçà des enjeux, tant en matière
de changement climatique que de qualité des eaux
et de reconquête de la biodiversité ». À propos des
onze schémas directeurs d?aménagement et de gestion
des eaux (Sdage) pour la période 2022-2027, l?Auto-
rité environnementale estime que « les ambitions
restent modestes et les progrès prévus par rapport
aux précédents Sdage sont limités au regard de l?ob-
jectif général fixé par la [directive-cadre sur l?eau] ».
Le Haut Conseil de la santé publique a réalisé en
2022 une évaluation des trois plans nationaux santé -
environnement (PNSE) mis en oeuvre entre 2004 et
2019 [46]. Il constate que ces plans ont favorisé des
progrès dans la connaissance de certaines exposi-
tions aux polluants, mais ont insuffisamment traité
le sujet des mélanges de polluants, des contaminants
alimentaires ou des radiations ionisantes. Il estime
que « le PNSE sous sa forme actuelle ne se situe pas
à un niveau stratégique suffisant et ne couvre pas
tous les domaines de la santé-environnement ».
Les financements, en hausse
depuis 2000, ne reflètent pas
le coût global pour la société
Les trois quarts des fonds alloués à la protection de
l?environnement en France sont destinés à prévenir
ou réduire les pollutions, ainsi qu?à assainir les mi-
lieux quand cela est possible. En 2021, le montant
consacré à ces actions s?élevait à 46 milliards d?euros
(Md¤), couvrant la gestion des déchets, l?assainis-
sement des eaux usées, la protection de la qualité
de l?air, la protection des sols et des eaux, ainsi que
la lutte contre le bruit et les vibrations. À titre de
comparaison, en 2000, ce montant était de 21,5 Md¤.
Entre 2000 et 2021, les dépenses de lutte contre la
pollution ont connu une hausse continue, avec une
croissance annuelle moyenne de 3,7 %, surpassant
l?augmentation du PIB, qui est de 2,5 %. Ces coûts
sont financés par les ménages, les entreprises, les
administrations publiques et l?UE.
Les dépenses engagées pour protéger la qualité
de l?air extérieur s?élèvent à près de 8 Md¤ par an
[47], principalement à travers l?acquisition de véhi-
cules électriques ou hybrides (hors dépenses de
recherche et développement des entreprises auto-
mobiles). Environ 2 Md¤ par an sont consacrés à la
65POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
lutte contre les nuisances sonores, principalement
pour améliorer l?isolation acoustique des bâtiments.
Bien que conséquents, ces montants sont inférieurs
au coût global des impacts de la pollution supporté
par la société incluant notamment l?augmentation
des dépenses de santé, la perte de biodiversité, la
baisse de rendements agricoles, la dégradation des
bâtiments, etc.
Les dépenses de santé liées à la pollution de l?air
sont estimées à 3 Md¤ par an, couvrant les hospita-
lisations, les soins de ville, ainsi que les indemnités
journalières et les pensions d?invalidité versées par
l?assurance maladie. Au-delà de ce montant, la société
supporte également des coûts socio-économiques
liés à la mortalité prématurée, à la morbidité et à
la perte de bien-être. Ces coûts supplémentaires,
non pris en compte dans le système économique
actuel, portent le coût global de la pollution, tant
sanitaire que non sanitaire, entre 70 et 100 Md¤ par
an, selon un rapport du Sénat de 2015 [48].
Le coût social du bruit serait même plus élevé : il
est estimé par l?Agence de la transition écologique
(Ademe) à 147 Md¤ par an [49], les deux tiers étant
attribuables aux nuisances liées aux transports.
Les mesures identifiées dans les comptes de dé-
penses contre la pollution ont vocation à atténuer
des sources potentielles de pollutions (traitement
de déchets, gestion des eaux usées) ou des pollu-
tions déjà existantes (dépollution des eaux et sols).
Ces mesures sont parfois insuffisantes pour traiter
certains polluants (résidus médicamenteux et autres
micropolluants, etc.). Les exemples de la pollution
de l?air et du bruit soulignent l?importance de ren-
forcer les moyens alloués aux actions préventives. Ils
rappellent le besoin d?actions efficaces pour éviter
et réduire les rejets polluants à la source.
Contribution des agents économiques à la lutte contre la pollution en France de 2000 à 2021
En milliards d?euros courants
Source : SDES, compte satellite de l?environnement. Traitements : SDES, 2023
50
10
20
30
40
0
Administrations
publiques
Entreprises Ménages Union
européenne
Total
2000 2012 201420102008200620042002 2016 2018 2020 2021
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ66
Dispositifs de traitement des
eaux usées : des situations
contrastées selon les territoires
L?assainissement des eaux usées domestiques peut se
faire soit avec des systèmes gérés par les collectivités
locales (réseau de collecte des eaux usées, stations
de traitement), soit avec des systèmes non collectifs
gérés par des particuliers ou des groupes de particu-
liers. Les eaux traitées et rejetées atteignent ensuite
les rivières, les lacs, les mers et océans, les sols et
les nappes phréatiques. La santé des écosystèmes
dépend donc en partie de la performance et de
l?efficacité des dispositifs de traitement des eaux
usées et du respect des dispositions réglementaires
(conformité des équipements, adéquations de la
capacité de traitement avec la quantité d?eaux usées
collectées, etc.).
La part de la population non raccordée à une
station d?épuration dépasse fréquemment 50 %
dans les DROM. Le faible niveau de vie des résidents
rend très souvent difficile l?investissement dans un
assainissement non collectif, voire la maintenance
des équipements existants. Ainsi, la quasi-totalité des
équipements d?assainissement individuels, quand ils
existent, sont défaillants. L?état des dispositifs d?as-
sainissement collectif n?est pas satisfaisant non plus.
À l?exception de La Réunion où le taux de confor-
mité de l?épuration des eaux usées est proche de
celui de la France métropolitaine, pour les quatre
autres DROM, plus de la moitié des installations ne
sont pas conformes à la réglementation en vigueur.
Cette situation générale favorise des rejets de
polluants aux multiples impacts : dégradation des
écosystèmes, nuisances olfactives et visuelles, dif-
ficultés à produire suffisamment d?eau destinée à
la consommation humaine à un prix raisonnable,
effet défavorable sur le tourisme, etc. Au-delà des
lacunes observées dans la gouvernance des services
publics en charge de l?assainissement (difficultés à
recouvrer les factures d?eau et d?assainissement,
absence d?entretien et d?investissement pour suivre
l?augmentation de la population), certaines spéci-
ficités de ces territoires (atmosphère riche en sel,
émanations de la décomposition des sargasses, etc.)
favorisent la corrosion des équipements en place.
Le Plan Eau DOM a donc été mis en place en
2016 afin de mobiliser les acteurs de ces territoires
pour relever les défis de la gestion quantitative et
qualitative de l?eau.
Ce plan vise notamment à allouer des moyens pour
gérer durablement l?assainissement et à renforcer la
capacité des acteurs à travailler ensemble sur des
actions transformatrices. Il présente quatre axes :
renforcer la gouvernance des collectivités ; développer
leurs capacités techniques et financières ; améliorer
Fédérer les acteurs
territoriaux pour réduire
les pollutions : le cas
du Plan Eau en outre-mer
Si en France métropolitaine, le niveau de traitement des eaux
usées est globalement satisfaisant du fait de la mobilisation des
collectivités locales en charge de la compétence assainissement
et de leur capacité à financer l?investissement et la maintenance
des équipements nécessaires, la situation est beaucoup plus
problématique dans les cinq départements et régions d?outre-
mer (DROM). Cela a des conséquences importantes en matière
d?environnement et de santé publique. Fédérer les acteurs
autour de projets locaux apparait comme un levier d?action.
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67POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Conformité des dispositifs d?assainissement des territoires ultramarins
NR = non renseigné.
Note : l?information entre parenthèses correspond aux stations d?épuration des eaux usées >= 2 000 équivalents habitant (norme européenne).
Sources : * Tableau de suivi des indicateurs sur l?assainissement communal en France (2022) ; ** SISPEA, portail de l?observatoire des données sur
les services publics d?eau et d?assainissement ; *** Le traitement des eaux usées domestiques dans les départements d?outre-mer (2021)
les services de l?entretien et de la maintenance ;
intégrer les politiques de l?eau dans l?aménagement
du territoire. Il engage les pouvoirs publics sur le
long terme en accompagnant les collectivités par
des moyens financiers, d?ingénierie, de formations,
d?études et d?expertises. Des conférences territoriales
mobilisant les parties prenantes doivent renforcer la
planification au sein de chaque territoire. Des confé-
rences régionales des acteurs de l?eau, coprésidées
par le préfet et le président du Conseil régional, dé-
clinent le plan au niveau territorial avec des acteurs
clés (élus, administrations, établissements publics,
assemblées politiques de concertation, institutions
financières publiques).
L?eau sous pression en outre-mer
Source : CGDD, d?après Plan eau DOM ; rapports Assemblée nationale et Sénat ; ONSEA ; ONB
52 %
de la population
alimentée par des réseaux
dont la sécurité sanitaire
est insuffisante
82 %
des sites de
baignade ont
une qualité
des eaux
insuffisante
Sociaux Écologiques
ÉconomiquesSanitaires
17 % des factures
liées à
l?assainissement
non payées
des factures
liées à
l?assainissement
non payées
Guyane
2023
Martinique
2018
La Réunion
2021
Guadeloupe
2022
? Dégradation de la qualité
physico-chimique des
masses d?eau
? Altération des écosystèmes
? Mauvais accès à l?eau
pour les plus démunis
? Tarification de l?eau
? Fort taux d?impayés
des eaux de
surface sont
dans un état
écologique
dégradé
85 %
? Pollution des eaux brutes
? Ressources alternatives
(tours d?eau, eau de mer dessalée...)
? Mauvaise potabilisation de l?eau
? Pollution des eaux de baignade
? Baisse du tourisme
? Systèmes de traitement autonomes plus coûteux
Les enjeux
de la gestion et
l?assainissement
de l?eau
Nombre de stations
d?épuration
Nombre de stations
d?épuration
non conformes en
performance
Part des ménages
raccordés
à un assainissement
collectif en %
Part des dispositifs
d?assainissement
non collectifs
non conformes en %
Guyane 26 (15)* 15 (3)* 45*** NR
La Réunion 16 (16)* 0 (0)* 52*** 48**
Guadeloupe 124 (19)* 77 (8)* 39*** 80***
Martinique 122 (30)* 91 (18)* 49*** 90***
Mayotte 16 (3)* 13 (2)* 19*** NR
France 22 704 (4 085)* 6 144 (732)* 82** 38**
https://assainissement.developpement-durable.gouv.fr/pages/data/tabSuiviRegSup2000.php
https://www.services.eaufrance.fr/indicateurs/P301.3
https://www.services.eaufrance.fr/indicateurs/P301.3
https://www.epnac.fr/content/download/4205/37502?version=1
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ68
Les contrats de progrès :
des documents structurants
au niveau local
Des appels à candidatures auprès des collectivités pour
proposer de nouveaux modes de contractualisation
sont régulièrement lancés pour répondre notam-
ment aux problématiques locales d?assainissement
des eaux usées. Ces démarches aboutissent à des
« contrats de progrès » associant l?État, les collecti-
vités et les porteurs de projet permettant d?établir
un diagnostic, de fixer des orientations stratégiques
de services, de flécher les financements et d?établir
une trajectoire pour une période de cinq ans.
Depuis 2016, 29 contrats de progrès ont été signés
par les acteurs locaux et nationaux. En 2023, compte
tenu d?un besoin d?investissement de 1,7 Md¤ pour
perfectionner les services d?eau et d?assainissement
des Outre-mer, un nouveau plan national d?action
est venu renforcer les initiatives de ce plan. Il prévoit
6 actions pour la gestion des milieux aquatiques et la
valorisation des eaux non conventionnelles, et attribue
35 M¤ supplémentaires pour la solidarité inter-bassins.
Des outils efficaces pour
l?amélioration des services
de gestion de l?eau
Depuis la mise en place du Plan Eau DOM, plus de
700 M¤ ont été mis à disposition des collectivités
par l?État et ses partenaires (Banque des territoires,
Agence française de développement). L?UE y contribue
avec le Fonds européen de développement régional.
Malgré des freins structurels et des avancées inégales,
ce plan a permis de relancer de nombreux travaux
à l?arrêt, de renforcer la coordination locale entre
bailleurs et financeurs et d?initier de nouveaux chan-
tiers (raccordement des réseaux d?assainissement
autonomes, réparation des réseaux de collecte des
eaux usées, etc.).
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19 %
des foyers mahorais sont
raccordés à un assainissement collectif
(contre 81 % en France métropolitaine) en 2021.
67 %
des stations d?épuration de plus de 2 000 équivalents
habitant (EH) ne sont pas conformes en performance
à la réglementation en vigueur sur l?île en 2022.
Le déficit de dispositifs de traitement des eaux
usées domestiques avant leur rejet dans les milieux
naturels (rivières, océans, sols, lagons) ou la vétusté
des équipements existants (stations d?épuration,
réseau de collecte des eaux usées, etc.) participent à
la dégradation des écosystèmes et constituent
une source de pollution pouvant être responsable
d?importants problèmes sanitaires.
Cinq ans pour améliorer l?accès à l?eau
La capacité actuelle de traitement des eaux usées à
Mayotte est estimée à 34% de la population, révélant
un déficit notable dans le traitement des rejets de
l?île. Le contrat de progrès 2022-2026 [50], prolongé
en 2024 jusqu?en 2027, ambitionne d?améliorer
significativement la qualité des eaux et de restaurer
leur bon état écologique. Son objectif est multiple:
augmenter
la capacité épuratoire des stations, réhabiliter
les ouvrages existants non conformes et équiper
prioritairement les 6 agglomérations de plus de
10000EH en nouvelles stations.
Une nouvelle station pour traiter les eaux usées
du quart des Mahorais
À Koungou, deuxième commune la plus peuplée de
Mayotte, une nouvelle station d?épuration devrait
être mise en service en 2025. Ce projet permettra de
traiter dans un premier temps, les eaux usées de 30000
habitants puis, à terme, de près de 60000habitants,
soit environ le quart de la population mahoraise.
Financé par l?État à hauteur de 21 M¤ et porté par le
syndicat Les eaux de Mayotte, il intègrera une solution
technique adaptée à la géographie et aux évolutions
climatiques de la région (notamment un système
de filtration écologique utilisant des végétaux pour
réduire le volume des boues d?épuration et réduire le
coût d?exploitation en énergie et entretien). D?autres
initiatives, comme les nouvelles stations d?épuration
de Mamoudzou Sud et du Centre, sont également
planifiées.
En réponse aux effets dévastateurs du cyclone Chido
qui a frappé l?île le 14 décembre 2024, le plan «Mayotte
Debout» adopté fin 2024 s?est, par ailleurs, fixé comme
objectif la mise à niveau du réseau de distribution d?eau
sur tout le territoire d?ici la fin 2025, en amplifiant les
moyens alloués par le Plan Eau DOM.
Un contrat de progrès pour renforcer
les capacités de traitement des eaux usées à Mayotte
69POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[1] Organisation et méthodes des inventaires
nationaux des émissions atmosphériques
en France, Citepa, 2023
[2] Guide méthodologique pour l?élaboration
des inventaires territoriaux des émissions
atmosphériques, LC5QA, 2018
[3] Bilan de la qualité de l?air extérieur en
France en 2023, CGDD, Datalab, 2024,
70 p.
[4] Arsenic et mercure dans les sols : les zones
exposées en France, CGDD, Datalab
essentiel, 2021, 4 p.
[5] Plans de surveillance et plans de contrôle
sanitaire des denrées animales et
végétales et des aliments pour animaux -
Bilan 2021, Masa, 2024
[6] Les études de l?Alimentation totale (EAT),
Anses, 2019
[7] Étude nationale Esteban, Santé publique
France, 2021
[8] Hulin M, Bidondo ML, Delezire P, ,
Wagner V, Dassonville C, et al. Évaluation
quantitative d?impact sur la santé (ÉQIS)
de la qualité de l?air dans et autour des
établissements scolaires. Pertinence,
faisabilité et première étude nationale.
Santé publique France, 2024
[9] Mandin et al. Renouvellement de l?air
insuffisant dans les écoles : un constat
établi de longue date. BEH 19-20,
11 octobre 2022
[10] Sivanantham S., Dassonville C., Ramalho
O., Mandin C. Caractérisation de la
multipollution dans les salles de classe en
France. Environnement, Risques et Santé,
2021/4 (Vol. 20), p. 361-367
[11] Sols et environnement ? Chiffres clés,
CGDD, Repères, 2015, 108 p.
[12] La pollution chimique des cours d?eau et
des plans d?eau en France de 2000 à 2020,
CGDD, Datalab, 2023, 92 p.
[13] Chiffres clés de la mer et du littoral,
CGDD, Datalab, 2024, 148 p.
[14] Analyse des résultats de mesures
d?exposition du public aux ondes
électromagnétiques réalisées en 2021
dans le cadre du dispositif national de
surveillance, ANFR, 2022
[15] Déploiement de la 5G en France et
dans le monde : aspects techniques et
sanitaires, IGAS, 2020
[16] Une nouvelle stratégie nationale
en construction sur les produits
phytopharmaceutiques, Masa,
estimation provisoire, 2023
[17] Froger C., Jolivet C., Budzinski H.
et al. Étude du Réseau de Mesures
de la Qualité des Sols (47 sols
échantillonnés). Pesticide Residues in
French Soils : Occurrence, Risks, and
Persistence. Environmental Science &
Technology, 2023, 57, 20, 7818-7827,
DOI: 10.1021/acs.est.2c09591
[18] Conséquences des excès de cuivre dans
les sols et les végétaux, Auréa, 2017
[19] Froger C., Jolivet C., et al. Pesticide
Residues in French Soils: Occurrence,
Risks, and Persistence. Environmental
Science & Technology 2023 57 (20), 7818-
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[20] Bilan de la qualité de l?eau au robinet du
consommateur vis-à-vis des pesticides
en France en 2021, Ministère de la santé,
2022
[21] Règlement UE 2024/20 du 12 décembre
2023
[22] État des lieux des ventes et des achats
de produits phytosanitaires en France en
2022, CGDD, Datalab essentiel, 2024, 4 p.
[23] Vers un suivi national des résidus de
pesticides dans l?air extérieur - Principaux
résultats de la campagne nationale
exploratoire, CGDD, Théma essentiel,
2021, 4 p.
[24] Plastics Europe. Plastics - The fast Facts
2023
[25] Plastics Europe. Plastics - The fast Facts
2022
[26] Plastics Europe. The Circular Economy for
Plastics ? A European Analysis 2024
[27] Global Plastics Outlook, Economic
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[28] Allen S., Allen D,. Baladima F. et al.
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Midi Observatory. Nat Commun 12, 7242
(2021). doi.org/10.1038/s41467-021-27454-7
[29] Wilco Urgert, 2015. Microplastics in the
rivers Meuse and Rhine. Developing
guidance for a possible future monitoring
program. Master?s thesis for Master
of Science Environmental Sciences.
Department of Science, Faculty of
Management, Science & Technology,
Open University of the Netherlands,
Heerlen
[30] C3Peaux - Contamination en
microplastiques et polluants organiques
persistants associés dans les eaux
superficielles et souterraines, Inéris,
2023
[31] Rapport scientifique pour l?évaluation
cycle 3 au titre de la DCSMM.
Descripteur 10 « Déchets marins » en
France métropolitaine. Ifremer, Cedre
2023
[32] Plan d?action Zéro Pollution adopté
en mai 2021
[33] Convention de Bâle, modification
du 1er janvier 2021
[34] Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative
à la lutte contre le gaspillage
et à l?économie circulaire
[35] Scientific Opinion on the Risk to
human health related to the presence
of perfluoroalkyl substances in food.
EFSA Journal 2020 ; 18(9):6223, doi.
org/10.2903/j.efsa.2020.6223
[36] Imprégnation de la population française
par les composés perfluorés. Programme
national de biosurveillance, Esteban 2014-
2016. Santé publique France, 2019
[37] European Human Biomonitoring Initiative
(HBM4EU)
[38] La pollution chimique des cours d?eau et
des plans d?eau en France de 2000 à 2020,
CGDD, Datalab, 2023, 92 p.
[39] Plan d?action interministériel sur les PFAS,
2024
[40] Étude de cohortes
[41] Étude de santé sur l?environnement,
la biosurveillance, l?activité physique et la
nutrition (Esteban)
[42] Partenariat européen pour l?évaluation
des risques liés aux substances chimiques
(PARC)
[43] Lutte contre l?antibiorésistance : cas
d?école pour l?approche « Une seule
santé », CGDD, Théma essentiel, 2023,
4 p.
[44] Les politiques de lutte contre la pollution
de l?air. Cour des comptes, 2020
[45] Rapport annuel 2021 de l?Autorité
environnementale
[46] Évaluation globale des Plans nationaux
santé environnement (2004-2019). Haut
Conseil de la santé publique, 2022
[47] Bilan environnemental de la France -
Édition 2023, CGDD, Datalab, 2024,
partie 1 sur les dépenses de protection,
p. 10
[48] Pollution de l?air : le coût de l?inaction ?
Rapport du Sénat n° 610 (2014-2015),
tome I, déposé le 8 juillet 2015
[49] Coût social du bruit en France ? Estimation
du coût social du bruit en France et
analyse de mesures d?évitement simultané
du coût social du bruit et de la pollution
de l?air. Ademe, 2021
[50] Contrat de progrès du service public
de l?eau potable et de l?assainissement
de Mayotte 2022-2026
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-de-la-mer-et-du-littoral-edition-2024?rubrique=41&dossier=176
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/etat-des-lieux-des-ventes-et-des-achats-de-produits-phytosanitaires-en-france-en-2022
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/vers-un-suivi-national-des-residus-de-pesticides-dans-lair-exterieur-principaux-resultats-de-la?rubrique=32&dossier=204
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https://plasticseurope.org/knowledge-hub/plastics-the-fast-facts-2023/
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https://www.anses.fr/fr/content/partenariat-europeen-evaluation-des-risques-substances-chimiques-parc
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lutte-contre-lantibioresistance-cas-decole-pour-lapproche-une-seule-sante?rubrique=43&dossier=213
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https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-politiques-de-lutte-contre-la-pollution-de-lair
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https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/284913.pdf
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https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=1223
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-environnemental-de-la-france-edition-2023-0?rubrique=41&dossier=176
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https://www.senat.fr/rap/r14-610-1/r14-610-1.html
https://presse.ademe.fr/2021/07/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an.html
https://presse.ademe.fr/2021/07/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an.html
https://presse.ademe.fr/2021/07/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an.html
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https://presse.ademe.fr/2021/07/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an.html
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DGALN_Contrat-de-progres-LEMA-Mayotte-PEDOM.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DGALN_Contrat-de-progres-LEMA-Mayotte-PEDOM.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DGALN_Contrat-de-progres-LEMA-Mayotte-PEDOM.pdf
70 RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
Des effets de plus en plus perceptibles
Changement
climatique
71
La décennie 2010-2020 a été mar-
quée par une accélération des
bouleversements dus au changement
climatique. 2023 a été l?année la plus
chaude dans le monde depuis que les
températures sont relevées : + 1,48 °C par
rapport à l?ère préindustrielle. Le réchauf-
fement des mers et océans est également
sensible, les glaciers et glaces aux pôles
fondent, et le niveau des mers s?élève.
Les catastrophes naturelles s?accumulent :
incendies incontrôlables, pluies intenses,
ouragans et cyclones, sécheresses, cani-
cules, chaleurs hivernales, etc. Avec la
hausse des températures, ces événements
climatiques extrêmes pourront s?inten-
sifier et devenir plus fréquents.
Hormis les années de récession éco-
nomique exceptionnelle, les émissions
mondiales de GES n?ont pas cessé d?aug-
menter : + 62 % entre 1990 et 2023. La
concentration de CO2 dans l?atmosphère
est désormais 50 % plus élevée que celle
de l?époque préindustrielle. Ainsi, l?effet
de serre se renforce.
Si les enjeux climatiques sont de plus
en plus présents dans le débat public et
font l?objet d?engagements internationaux,
les actions individuelles et collectives né-
cessitent d?être renforcées pour freiner
le réchauffement climatique et s?adapter
à ses bouleversements. Le niveau actuel
des émissions de GES et l?empreinte car-
bone de la France sont incompatibles avec
l?Accord de Paris (+ 1,5 °C d?ici 2100). Si
la Stratégie nationale bas-carbone vise à
atteindre la neutralité carbone en 2050,
le plan national d?adaptation au chan-
gement climatique anticipe un réchauf-
fement de + 4 °C en France d?ici 2100,
ce qui correspond à un réchauffement
planétaire de + 3 °C.
L
E
S
E
N
JE
U
X
Des
conséquences
du changement
climatique de
plus en plus
perceptibles en
France : hausse
des températures,
sécheresses,
inondations, feux
de forêt, tempêtes,
érosion côtière, etc.
Une
augmentation
de la fréquence
et de l?intensité
des événements
climatiques
extrêmes en
raison de la hausse
mondiale de la
concentration des
émissions de GES
dans l?atmosphère.
La santé
humaine et
l?habitabilité de
nos territoires
de plus en plus
menacées par ces
bouleversements.
Une
responsabilité
de la France
dans le
réchauffement,
notamment via
sa consommation
d?énergies fossiles,
principale cause
du changement
climatique.
Une prise
en compte
des enjeux
climatiques
de plus en
plus forte,
mais les actions
pour réduire les
émissions de GES et
s?adapter doivent
encore s?amplifier.
À RETENIR
RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ72
CHIFFRES CLÉS
+ 21
cm
ZÉRO
+ 1,9 °C
EMPREINTE CARBONE
TEMPÉRATURES
Baisse des émissions territoriales
de gaz à effet de serre
de la France entre 1990 et 2023.
+4°C
Hausse moyenne du niveau des mers
et des océans entre 1990 et 2023.
Neutralité carbone à l?horizon 2050
La masse de gaz à effet de serre émise par les activités
humaines devra être égale à celle absorbée par les
forêts, les terres ou par des solutions technologiques
de capture et séquestration.
Hausse de la température
moyenne 2013-2022 en France
par rapport à la période 1900-1930.
Montant annuel
consacré à la
lutte contre le
changement climatique en France,
par les ménages, les entreprises et les
administrations publiques en 2022.
émises en moyenne
en 2023 par Français
(supérieure de plus de 50 % à la moyenne mondiale).
56 %
Part des émissions importées
dans l?empreinte carbone de la France en 2023.
Niveau de réchauffement en France
métropolitaine à l?horizon 2100
pris en compte par la trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au changement
climatique en France (TRACC) pour élaborer les
politiques nationales d?adaptation.
9,4 TONNES DE CO2 ÉQ
100 Md¤
- 31 %
73RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
QUELS IMPACTS CONCRETS ?
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
Les rapports du Giec constituent le socle de la
connaissance scientifique, internationalement
reconnue, sur l?évolution du climat et ses consé-
quences [1]. Au niveau français, l?état du climat et
ses impacts sur le territoire sont également bien
documentés23.
Des impacts déjà perceptibles
dans de nombreux domaines
De multiples indicateurs attestent du réchauffement :
? La hausse des températures, en France métro-
politaine et dans les départements français d?Amé-
rique, est particulièrement marquée depuis les
années 1980. Sur la période 1959-2009, la tendance
observée est d?environ + 0,3 °C par décennie. En
2022, la température annuelle moyenne sur le pays
a atteint 14,5 °C ce qui en fait l?année la plus chaude
sur la période 1900-2023 devant 2023 (14,4 °C), 2020
(14,1 °C), 2018 (13,9 °C) et 2014 (13,8 °C). Le nombre
de journées estivales (dont la température dépasse
25 °C) a nettement augmenté, tandis que les jours
de gel ont diminué (à Agen, par exemple, on ob-
servait 43 jours de gel dans l?année sur la période
1960-1970 contre 30 sur la période 2010-2020). Les
pluies extrêmes dans le sud-est méditerranéen de
la France sont de plus en plus intenses.
? En montagne, les principaux glaciers métro-
politains suivis ont perdu 31,4 mètres équivalents
eau en 21 ans. Par ailleurs, les manteaux neigeux
diminuent. Au Col de Porte (Chartreuse), la hau-
teur de neige des hivers des périodes 1990-1991
et 2019-2020 est de 38 cm inférieure à celle des
périodes 1960-1961 et 1989-1990.
? Le changement climatique a également des
impacts sur l?eau et la biodiversité, comme en té-
moignent divers indicateurs : avancée des dates
de migration de certains oiseaux, expansion de la
chenille processionnaire du pin, élévation de la tem-
pérature du lac Léman avec un impact important
sur la reproduction des poissons, augmentation des
surfaces touchées par les sécheresses annuelles en
France métropolitaine, etc.
? En matière d?agriculture, les dates des ven-
danges, marqueurs de la réaction de la végétation
au changement climatique, ont lieu 18 jours plus tôt
en moyenne qu?il y a 40 ans. Les cultures du maïs
et du blé s?adaptent également à l?évolution des
conditions environnementales et climatiques avec
une avancée générale de la date de semis.
Des impacts du changement
climatique mesurables
sur la santé
Décès et maladies associés aux phénomènes météo-
rologiques extrêmes (tempêtes, inondations, etc.),
apparition et prolifération d?espèces à l?origine de
maladies infectieuses zoonotiques, survenue ou
exacerbation d?allergies, augmentation possible des
concentrations de polluants dans l?air à impact sur
la santé, perturbation des systèmes alimentaires,
problèmes de santé mentale, etc., les impacts du
changement climatique sur la santé sont déjà nom-
breux, qu?ils soient directs ou indirects.
Le changement climatique désigne les variations
du climat sur le long terme, à l?échelle planétaire, induites
par l?augmentation de la concentration de gaz à effet
de serre dans l?atmosphère. Si l?on parle parfois
de réchauffement climatique, cela n?est vrai que de façon
globale et tendancielle. Localement, les températures,
précipitations et vents évoluent de façon très différente
entre pays ou régions et selon les saisons. C?est donc bien
un bouleversement climatique auquel l?humanité fait face.
23. Espace documentaire du Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique.
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/agir/espace-documentaire
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ74
La première cause est l?intensification des vagues
de chaleur ces dernières années (en ce qui concerne
la récurrence et le niveau des températures). Depuis
1974, 44 % des canicules se sont produites au cours
des dix dernières années : 734 entre 2014 et 2023,
soit deux fois plus que le nombre observé entre 2004
et 2013. Leur durée médiane est de 4 jours, la plus
longue canicule ayant duré 19 jours. Hormis 2003, les
3 autres étés les plus chauds en France depuis 1900
ont été enregistrés entre 2018 et 2022. Les canicules
génèrent une augmentation des recours aux soins,
des hospitalisations et une surmortalité accentuée.
Au cours de la dernière décennie, l?Auvergne- Rhône-
Alpes et l?Île-de-France réunissent plus d?un tiers
de la surmortalité nationale liée aux canicules en
France métropolitaine. Les températures chaudes,
même en deçà des seuils d?alerte canicule, pré-
sentent aussi un impact remarquable : en période
de surveillance estivale (du 1er juin au 15 septembre),
plus de 37 800 décès liés aux fortes chaleurs ont
été estimés entre 2014 et 2023. Ce chiffre est plus
de trois fois supérieur aux 10 541 décès attribuables
à la chaleur observés pendant les périodes de ca-
nicule officielles.
1974-1983 1984-1993 1994-2003 2004-2013 2014-2023
0
100
200
300
400
500
600
700
800
0
20 000
15 000
10 000
5 000
3 jours
[3 : 15]
4 jours
[3 : 19]
4 jours
[3 : 11]
5 jours
[3 : 5]
4 jours
[3 : 16]
Durée médiane
[mini : maxi]
Nombre de canicules départementales (axe de gauche)
Décès en excès pendant les canicules (axe de droite)
Des canicules plus fréquentes en France
Lecture : sur la période 2014-2023, le cumul de canicules par département s?élève à 734.
10 541 décès en excès ont eu lieu pendant ces périodes de canicules qui ont duré entre 3 et 16 jours selon les cas.
Notes : la canicule départementale est une période durant laquelle les moyennes glissantes sur trois jours des températures minimales et
maximales atteignent les seuils d?alerte départementaux. Les canicules correspondent à un niveau de vigilance météorologique orange ou rouge
(instruction canicule). Le pic de décès en excès sur la période 1994-2003 est en relation avec la canicule de 2003 pour laquelle la France n?était
pas préparée. Depuis, Santé publique France a mis en place le système d?alerte canicule et santé.
Source : Santé publique France
Le changement climatique peut aussi favori-
ser et accentuer les réactions allergiques liées aux
pollens, en raison notamment de l?allongement des
saisons polliniques. La hausse des concentrations
de CO2 entraîne, en effet, une photosynthèse plus
importante et donc une production de grains de
pollen accrue. Ces derniers contiennent aussi plus
d?allergènes avec l?augmentation de la température.
L?expansion géographique de certaines espèces
végétales allergisantes intervient également.
Sensible aux événements climatiques à long terme,
le bouleau est un bon indicateur du changement
climatique. Avec un potentiel allergisant très élevé
dans toute l?Europe, il pollinise en mars-avril et libère
de grandes quantités de pollens dans l?air. Depuis la
fin des années 1980, la quantité annuelle de pollens
de bouleau a augmenté de près de 20 % parallèle-
ment à la hausse de la température moyenne pour
6 villes de France métropolitaine présentant des
climats différents.
75POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Tendances régionales d?évolution du niveau moyen de la mer de 1993 à 2023
Source : E.U Copernicus Marine Service Information Global Ocean Mean Sea Level trend map from
Observations Reprocessing | CMEMS (copernicus.eu)
Des événements climatiques
extrêmes de plus en plus
fréquents
La France est exposée à de nombreux risques clima-
tiques : inondations, tempêtes, grêle, sécheresse,
feux, etc. [2]. En 2019, près de 18,5 millions de Fran-
çais résidaient dans un territoire susceptible d?être
confronté à des inondations par débordement de
cours d?eau ou par submersion marine. Environ 10 mil-
lions de maisons individuelles étaient situées dans
des zones d?exposition moyenne ou forte de retrait
gonflement des argiles. Près de 7 000 communes
étaient déclarées à risque « feux de forêt ».
Depuis 1982, année de mise en place du régime de
catastrophe naturelle [3], une quinzaine d?inondations
catastrophiques sont survenues en France, parmi
lesquelles celle consécutive à la tempête Xynthia
en 2010 ou celles qui ont affecté le département
du Pas-de-Calais fin 2023-début 2024. Sur la même
période, une vingtaine de phénomènes atmosphé-
riques extrêmes ont également touché la France, dont
les tempêtes Lothar et Martin, Klaus, Xynthia, Alex,
Ciaran en France métropolitaine et les ouragans/
cyclones Dina, Dean, Irma, Maria dans les DROM.
La France métropolitaine est également confron-
tée à des épisodes de sécheresse importants et
de plus en plus fréquents. Ces événements sont
régulièrement reconnus comme étant à l?origine
de désordres sur certaines constructions localisées
dans les zones d?exposition moyenne ou forte au
retrait gonflement des argiles. Ils induisent également
de fortes tensions sur la ressource en eau potable,
comme en 2022 et 2023. Enfin, ils peuvent favoriser
les feux de forêts et de végétation, comme en 2022,
année durant laquelle plus de 70 000 ha ont brûlé.
Ainsi, chaque année, près de 6 000 communes
font l?objet d?une reconnaissance de l?état de ca-
tastrophe naturelle à la suite d?un événement qui
a affecté leur territoire. Sur la période 1982-2022,
50 Md¤ d?indemnisations ont été versées par les
assurances au titre du régime des catastrophes
naturelles. Depuis 2017, les indemnisations liées
au retrait-gonflement des argiles consécutif à des
sécheresses sont prépondérantes.
En 2022, la charge des sinistres couverts par le
régime des catastrophes naturelles (inondations,
sécheresses, risques géotechniques, tempêtes) a été
supérieure à la moyenne 1982-2023, notamment en
raison des épisodes de sécheresse géotechniques qui
représentent 90 % de la sinistralité (3,5 Md¤, soit la
sinistralité la plus importante jamais connue par le
régime d?indemnisation des catastrophes naturelles
depuis 1982 [4]). Sur la période 1990-2020, près de
30 Md¤ d?indemnisations ont été versées au titre
des garanties Tempête-Grêle-Neige incluses dans
les contrats multirisques habitation.
La montée du niveau des mers
et des océans
Conséquence directe du réchauffement de la pla-
nète, le niveau des mers et des océans augmente.
Depuis 1900, le niveau moyen des océans a augmenté
d?environ 21 cm. Si l?on s?intéresse plus particuliè-
rement à la période 1993-2022, la hausse moyenne
60°S
30°S
0°
30°N
60°N
10,0
En mm/an
0
180° 120°W 180°60°W 0°W 60°E 120°E
7,5
5,0
2,5
0,0
-2,5
-5,0
-7,5
-10,0
https://marine.copernicus.eu/access-data/ocean-monitoring-indicators/global-ocean-mean-sea-level-trend-map-observations
https://marine.copernicus.eu/access-data/ocean-monitoring-indicators/global-ocean-mean-sea-level-trend-map-observations
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ76
des océans est estimée à environ 11 cm, soit 3,3 mm
par an [5]. Entre 30 et 50 % de l?élévation du niveau
des mers et océans observée à ce jour est due à
la dilatation causée par l?augmentation de la tem-
pérature de leurs eaux. Le reste est attribué à la
fonte des glaciers de l?Antarctique, du Groenland,
des glaciers continentaux et des modifications du
cycle hydrologique.
Si la tendance globale est à l?élévation du niveau
moyen des océans, il existe cependant une grande
variabilité géographique de la hausse du niveau
moyen des océans, entre - 10 et 10 mm/an selon les
régions. Cette variabilité s?explique par la hausse
de la température des océans, les grands courants
marins, mais également par les différences de salinité
des masses d?eau.
En France métropolitaine, sur la période 1993-2019,
le niveau de la mer s?élève à un rythme de 3 mm/an
en Méditerranée, de 1,4 à 2,5 mm/an en Atlantique
et de 1,6 à 2,6 mm/an en Manche-Mer du Nord [6].
Dans les territoires d?outre-mer24, l?augmentation du
niveau de la mer est de l?ordre de 3 mm/an au niveau
des Antilles, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie
française. Elle varie de 4 à 5 mm/an à Saint-Pierre-et-
Miquelon, autour de 6 mm/an à La Réunion, entre
3 à 5 mm/an à Mayotte et de 0 et 4 mm/an pour les
Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).
Le littoral de la France est menacé par trois types
de phénomènes naturels : le risque de submersion
marine (1,5 million d?habitants), le risque de tsuna-
mis et le recul du trait de côte. Dans ce contexte, la
question de l?aménagement des littoraux se pose avec
toujours plus d?acuité. Outre les coûts des ouvrages
de protection ou des approches de recomposition
spatiale, l?acceptabilité sociale et le risque de mettre
en oeuvre des mesures de mal-adaptation sont de
réels freins.
Le recul du trait de côte, résultant en partie de la
montée des eaux, concerne près de 25 % des litto-
raux français. Si l?on y ajoute les 1 500 km d?ouvrages
qui se substituent au trait de côte, c?est un tiers du
littoral qui est menacé en France. Les implantations
humaines en zones basses du littoral sont directe-
ment menacées. Ainsi à l?horizon 2100, ce sont près
de 450 000 bâtiments, selon le Centre d?études et
d?expertise sur les risques la mobilité et l?aménage-
ment (Cerema) [7], qui seraient menacés par l?érosion
et l?ennoiement des zones basses littorales sous
Hausse du niveau
des mers : un modèle
d?adaptation
dans la basse vallée
de la Saâne
À Quiberville-sur-Mer en Seine-Maritime,
le camping municipal de bord de mer, menacé par
l?érosion et la montée des eaux, a été relocalisé à
700 m du rivage. Les travaux, conduits entre 2022
et 2023, ont représenté un coût total de 8,6 M¤,
dont 69% financés par des fonds européens et
31% par des fonds régionaux, départementaux
et communaux. La relocalisation du camping a
été la première étape d?un grand projet territorial
de renaturation de la basse vallée de la Saâne
(projet Basse Saâne 2050), qui permettra à terme
de recréer de la biodiversité et de réduire les
risques d?inondation sur le territoire. Au niveau
métropolitain, ce projet est désormais l?un des plus
ambitieux en matière d?adaptation au changement
climatique et de recomposition spatiale d?un
territoire littoral. Il illustre la complexité de tels
projets. En outre-mer, le village de Miquelon engage
une démarche de recomposition sans précédent
impliquant l?avenir de 600 habitants.
l?hypothèse d?une élévation du niveau moyen des
mers de 1 mètre. Près de 50 000 logements seraient
menacés par la seule érosion côtière.
Compte tenu de l?inertie thermique des océans,
une élévation du niveau de la mer de 2 m semble
inévitable à long terme. Selon les travaux de G. Le
Cozannet (BRGM) et G. Durand (CNRC) [8], ce seuil
serait dépassé au plus tôt dans un siècle et au plus
tard dans deux millénaires en fonction du niveau
mondial des émissions à venir et de ses effets sur
les calottes de glace polaires.
En France, des projets d?aménagements (relo-
calisation, ouvrages de protection du littoral, etc.)
sont mis en oeuvre pour permettre aux territoires
exposés de faire face à l?augmentation du niveau des
mers. Ces projets d?aménagements ont vocation à
s?intensifier, notamment dans le cadre du 3e plan
national d?adaptation au changement climatique
en cours de discussion [9].
24. Ces valeurs doivent être prises avec précaution compte tenu des limites de précision des données
cartographiques utilisées: cartographie des tendances régionales du niveau de la mer observées par altimétrie
satellitaire, d?après les données diffusées par la NASA.
https://sealevel.nasa.gov/sea-level-evaluation-tool
77POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
80
100
60
40
20
0
- 20
2000 2020 2040 2060 2080 2100
En 2019, les émissions étaient
12 % plus élévées qu?en 2010
Fourchette des NDC**
en 2030
Les politiques en place correspondent
à des émissions projetées qui conduisent
à un réchauffement de 3,2 °C, avec
une fourchette de 2,2 °C à 3,5 °C
(confiance moyenne)
Politiques en place à la fin 2020
(médiane, avec percentiles
25-75 % and 5-95 %)
Limitent le réchauffement à 2 °C (>67 %)
Limitent le réchauffement à 1,5 °C (>50 %)
avec un dépassement limité ou
sans dépassement
Émissions passées de GES
et incertitude pour 2015 et 2019
(le point indique la médiane)
Fourchette des modèles
pour les émissions 2015
Émissions passées (2000-2015)
Politiques en place
Limitent
le réchauffement
à 1,5 °C
zéro net
Limitent
le réchauffement
à 2 °C
Projections du réchauffement climatique selon l?évolution des émissions de GES*
En gigatonnes CO2 éq/an
* Gaz à effet de serre.
** Contributions déterminées au niveau national. Ambitions de réductions des émissions de GES déterminées par
chaque État en vue de contribuer aux objectifs de l?Accord de Paris.
Source : MTECT, TRAAC, d?après la figure 5 du résumé pour décideurs du Rapport de synthèse du Giec (IPCC, 2023)
Des perspectives inquiétantes
Le climat futur est déterminé par les émissions de gaz à
effet de serre (GES) d?ores et déjà émises dans l?atmos-
phère et celles qui le seront dans les années à venir. La
modélisation du réchauffement climatique est fondée
sur des scénarios de développement économique
des sociétés humaines plus ou moins émettrices en
GES. Ces scénarios conduisent à des augmentations
de températures comprises entre + 1,4 °C et + 4,4 °C
à la fin du siècle par rapport à l?ère préindustrielle.
Respecter le scénario de l?Accord de Paris (+ 1,5 °C
en 2100) impose à l?humanité de ne plus émettre de
CO2 d?ici environ 30 ans et de réduire considérable-
ment les autres GES. Si les politiques climatiques de
chaque État restent à leur niveau actuel, le réchauf-
fement planétaire devrait atteindre environ + 3 °C
à la fin du siècle. Du fait de l?inertie des systèmes,
certains impacts sont, par ailleurs, considérés comme
irréversibles. C?est le cas de la montée du niveau des
mers qui se poursuivra pendant plusieurs siècles et
de la fonte des glaces aux pôles.
Les projections diffusées par le Giec présentent
une augmentation des événements climatiques excep-
tionnels (sécheresses, canicules, fortes précipitations,
cyclones) en matière de fréquence et/ou d?intensité.
Au niveau mondial, un épisode de sécheresse qui se
produisait en moyenne une fois tous les dix ans en
1900 pourrait se produire quatre fois plus souvent
en 2100, avec un réchauffement mondial de + 4 °C,
et un épisode de précipitations exceptionnel sur un
jour deux à trois fois plus souvent [10].
Un réchauffement de + 3 °C à l?échelle mondiale
correspondra pour la France métropolitaine à un
réchauffement d?environ + 4 °C en 2100 par rapport
à l?ère préindustrielle. La hausse des températures
sera plus intense en été, avec une augmentation des
canicules, notamment sur l?arc méditerranéen, le
couloir rhodanien et la vallée de la Garonne. Il est
attendu une augmentation des pluies extrêmes dans
le nord de la France. Les projections pluviométriques
sont plus incertaines pour le sud de la France, sans
pour autant que la limite entre le Nord et le Sud
soit clairement identifiée. Alors que les cours d?eau
connaîtront des niveaux très bas en été, les situations
de pénurie d?eau risquent de se multiplier.
Un réchauffement trop important provoquera
des dommages irréversibles : montée des océans,
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ78
Des risques climatiques qui augmentent avec l?élévation des températures
Notes : phénomènes observés et projetés en moyenne sur le globe selon quatre scénarios de réchauffement
mondial par rapport à l?ère préindustrielle ; le scénario + 1,5 °C au niveau mondial correspond à + 2 °C en
France. Celui à + 3 °C au niveau mondial correspond au scénario + 4 °C en France. Le scénario à + 4 °C au
niveau mondial va bien au-delà du scénario + 4 °C en France.
Source : CGDD, d?après Météo-France et les scénarios du Giec
Température
Journée la plus chaude
par décennie (+ °C).
Sécheresse
Multiplication
des sécheresses
exceptionnelles
décennales
Précipitations
Fréquence des pluies
exceptionnelles sur 10 ans
Cyclones tropicaux
intenses
Enneigement
+ 4°C
- 25 %
(- 31 % --- - 18 %)
+ 5,1 °C
(+ 4,6 --- 5,6 °C)
+ 30 %
x 2,8
(x 2,5 --- 3,2)
x 5,1
(x 2,0 --- 8,2)
+ 2°C
- 9 %
(- 12 % --- - 4 %)
+ 2,6 °C
(+ 2,0 --- 2,8 °C)
+ 13 %
x 1,8
(x 1,7 --- 1,9)
x 3,1
(x 1,5 --- 4,8)
+ 1,5°C
- 5 %
(- 5 % --- - 1 %)
+ 1,9 °C
(+ 1,5 --- 1,9 °C)
+ 10 %
x 1,5
(x 1,5 --- 1,6)
x 2,4
(x 1,4 --- 4,1)
+ 1,1°C
Aujourd?hui
- 1 %
(- 2 % --- 0 %)
+ 1,2 °C
(+ 1,0 --- 1,4 °C)
x 1,3
(x 1,3 --- 1,4)
x 2
(x 1,2 --- 3,1)
perte de biodiversité, etc. Par exemple, à + 2 °C de
réchauffement, les coraux disparaîtront alors qu?ils
abritent 30 % de la biodiversité marine.
En parallèle, au-delà d?un seuil critique, le réchauf-
fement pourrait produire des événements en cascade
aux conséquences catastrophiques : l?effondrement
des calottes glaciaires provoquerait une hausse de
plusieurs mètres du niveau des mers, la perturba-
tion des courants marins océaniques engendrerait
des changements climatiques profonds, le dégel
du permafrost libérerait le méthane séquestré et
augmenterait considérablement l?effet de serre, etc.
Des impacts à l?étranger pourront également avoir
des répercussions nationales. Ainsi, avec un système
économique mondialisé, des pertes de récoltes à
l?étranger, induites par le réchauffement climatique,
auront des effets sur l?agriculture et l?alimentation
des Français. L?habitabilité de certaines zones de
la planète, remise en cause en raison de la hausse
des températures et de l?humidité, l?érosion côtière
et les risques météorologiques, contraindront des
populations à migrer.
79POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Les produits pétroliers (61 %) et le gaz naturel (25 %)
sont principalement à l?origine du CO2 d?origine éner-
gétique émis en France. À l?échelle de la planète, le
charbon est le premier contributeur aux émissions
de CO2 énergétique (44 %), devant le pétrole (33 %)
et le gaz (21 %) ? (valeur 2022). Cette différence
structurelle s?explique par la production d?électricité,
majoritairement issue du charbon dans le monde,
alors que la production d?électricité française est
aux trois quarts d?origine nucléaire.
En 2023, les émissions de GES en France sont
estimées à 373 millions de tonnes CO2 équivalent
(Mt CO2 éq), en baisse de 31 % depuis 1990.
UNE DIMINUTION
DES ÉMISSIONS DE GAZ
À EFFET DE SERRE
Quels sont les secteurs les plus émetteurs de GES en France ?
* Les valeurs 2022 sont utilisées pour 2023.
Source : SDES, d?après Citepa, format Secten, juin 2024
20 %
Agriculture/Sylviculture
17 %
Industrie manufacturière
et construction
9 %
Industrie de l?énergie
+ 3 %
- 18 %
- 54 %
- 37 %
- 55 %
16 %
Usage des bâtiments
et activités résidentielles/tertiaires
4 %
- 7 %Traitement centralisé des déchets*
1990-2023
- 31 %
Tous secteurs hors UTCATF
UTCATF*
(utilisation des terres, changement
d?affectation des terres et foresterie)
Secteur à émissions négatives
(séquestration de carbone)
+ 13 %
Évolution
1990
2023
34 %
Transports
La composition des GES
et leur provenance
Les GES sont composés de :
? dioxyde de carbone - CO2 (76 % des émissions
nationales de GES) issu de la combustion d?énergie
fossile (pétrole, gaz, charbon) et des procédés in-
dustriels, tels que la production de ciment ;
? méthane - CH4 (15 % des émissions) provenant de
l?élevage et du traitement des déchets ;
? protoxyde d?azote - N2O (7 % des émissions) issu
des pratiques culturales ;
? gaz fluorés (3 % des émissions) utilisés notamment
pour la climatisation et la réfrigération.
Le poids de l?agriculture
dans les émissions de GES
L?agriculture émet 20 % des émissions nationales
de GES. Elle est, par ailleurs, le principal contri-
buteur aux émissions nationales de N2O (86 %)
et de CH4 (71 %). Les rejets de N2O sont dus aux
épandages d?engrais (minéraux ou organiques) sur
les sols pour leur fertilisation et aux déjections des
animaux (valeur 2023). Ceux de CH4 proviennent
de l?élevage (59 % des émissions agricoles), prin-
cipalement bovins.
L?industrie a contribué pour
moitié à la baisse des émissions
françaises depuis 1990
L?industrie manufacturière et la construction, no-
tamment les secteurs de la chimie, des minéraux
non métalliques, de la métallurgie, de l?industrie
agroalimentaire, sont responsables de 17 % des émis-
sions nationales. Les émissions de ce secteur ont
diminué de 54 % entre 1990 et 2023, contribuant
pour 45 % à la baisse des émissions françaises sur
cette période. La majeure partie des réductions
d?émissions provient de l?amélioration des procédés
et de gains d?efficacité énergétique. Entre 1990 et
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ80
Source : CGDD, d?après
Ademe (base Empreinte)
4 g CO? éq
0 g CO? éqVélo ou marche
28 g CO? éq
76 g CO? éq
103 g CO? éq
113 g CO? éq
218 g CO? éq
259 g CO? éq
TER
Scooter ou moto légère
Bus thermique
Voiture électrique (1 occupant)
Voiture thermique (1 occupant)
Voiture thermique (covoiturage à 2)
Avion
Métro
À la construction
Grammes d?émissions en
équivalent CO2 par km parcouru
À l?usage
109 g CO? éq
par passager
Quels modes
de transports
émettent
le plus de GES ?
É
C
L
A
IR
A
G
E
Le secteur des transports est le premier contributeur
aux émissions nationales de GES (34% en 2023). Les
voitures particulières représentent environ la moitié des
émissions des transports, les poids lourds environ un
quart et les véhicules utilitaires légers 15%.
En France, les émissions des transports ont augmenté
depuis 1990
C'est le seul secteur dont les émissions sont en hausse
depuis 1990 (+3%). Les émissions de CO2 par km
parcouru ont pourtant diminué (-24% entre 1990 et 2023)
en raison de l?amélioration de l?efficacité énergétique
des moteurs thermiques et de l?émergence des véhicules
hybrides et électriques. Cependant, ces améliorations
technologiques sont contrebalancées par la hausse
de la circulation routière (y compris par habitant),
l?alourdissement des véhicules, le vieillissement du parc
automobile et l?augmentation des motorisations essence,
plus émissives que les diesels pour le CO2.
Le transport de marchandises par poids lourds représente
7% des émissions nationales de GES. Les véhicules
utilitaires légers (VUL), qui transportent des voyageurs ou
des marchandises, sont à l?origine de 5% des émissions
nationales. La suppression totale du transport intérieur
de marchandises réduirait donc, au mieux, les émissions
intérieures de 12%.
Par convention internationale, les émissions de GES
des transports internationaux aériens, maritimes et
fluviaux ne sont pas comptabilisées dans les inventaires
nationaux. Seules sont prises en compte les émissions
des déplacements effectués entre deux ports ou
aéroports localisés en France. En 2023, le transport
aérien intérieur a émis 4,5MtCO2éq, tandis que les
émissions du transport international aérien représentent
16,3MtCO2éq. En tenant compte des transports
internationaux, le transport aérien est responsable de
5,3% des émissions de la France. Cette estimation ne
tient pas compte des émissions associées aux traînées
de condensation des aéronefs.
Des modes de transport plus ou moins
émetteurs de GES
Les émissions de GES des déplacements dépendent
largement du mode de transport utilisé. Les émissions
par kilomètre parcouru des différents modes de
déplacement présentées ci-dessous tiennent compte
des émissions liées à la construction des véhicules
lorsque la donnée est disponible et à la consommation
de carburant ou production d?électricité, quel que soit
le lieu d?émissions des GES.
? La marche ou le vélo : ces modes de transport
n?émettent pas de GES.
? Le train : entre 3 et 30g de CO2éq/km et par passager
selon l?électrification ou non de la ligne.
? Les autocars et les bus : les émissions par kilomètre
et par passager s?élèvent à 29g de CO2éq pour un car
contre 113g pour le bus urbain thermique.
? La voiture : une voiture thermique émet en moyenne
218g de CO2éq/km contre 103g pour une voiture
électrique en incluant la phase de fabrication des
véhicules. Les émissions par personne sont à rapporter
au nombre de passagers.
? L?avion : les émissions par passager en avion varient
fortement selon: la taille et les caractéristiques de
l?aéronef, la qualité du service (classe éco vs classe affaires)
et la durée du vol (les émissions sont plus intensives
en phase de décollage/atterrissage). Un passager dans
un avion émet en moyenne 259gCO2éq/km.
Les transports, un tiers des émissions nationales de GES
81POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Les émissions mondiales de méthane (CH4),
qui représentent 20% des GES, ont augmenté
de 32% entre 1990 et 2022. Elles proviennent
principalement de fuites liées à l?extraction de
combustibles fossiles (31%) et de la fermentation
entérique (c?est-à-dire produite par les intestins)
des animaux d?élevage (29%), bovins en
particulier.
Le «potentiel de réchauffement global» (PRG)
mesure le pouvoir de réchauffement d?une masse
de molécule par rapport à la même masse de
CO2 sur une période donnée. La durée de vie
de chaque GES étant différente, le potentiel de
réchauffement d?un GES dépend
de l?horizon temporel retenu.
Le PRG du CH4 à l?horizon de 100 ans est de 28.
Cela signifie que 1kg de CH4 contribuera 28 fois
plus au réchauffement d?ici 100 ans, que 1kg
de CO2. À l?horizon de 20 ans, le PRG du CH4
est de 81. Avec cette échelle temporelle, le CH4
représente non plus 20% des émissions de GES
mais 42%. Le poids de la fermentation entérique
dans les émissions totales de GES passerait ainsi
de 6 % à 12% à l?horizon de 20 ans, amplifiant
les enjeux climatiques liés à l?alimentation
carnée au niveau mondial.
2023, l?intensité d?émissions de GES de l?industrie
manufacturière et de la construction a ainsi baissé
de 63 %.
Les émissions de GES des bâtiments (16 % des
émissions nationales, dont les deux tiers issus des
logements) proviennent essentiellement des équi-
pements de chauffage et de production d?eau
chaude. Elles décroissent depuis 1990 (- 37 %) grâce
à la rénovation thermique des logements et à la
décarbonation du bouquet énergétique. L?évolu-
tion de ces émissions est sensible aux fluctuations
des prix de l?énergie et aux conditions climatiques
hivernales.
L?industrie de l?énergie comprend la production
d?électricité (41 % des émissions du secteur), la pro-
duction de chaleur et le raffinage des combustibles
fossiles (30 % des émissions). Les émissions de ce
secteur ont fortement diminué depuis 1990 (- 55 %)
du fait de la progression de la production d?électricité
d?origine nucléaire et de l?amélioration technologique
des grandes installations de combustion.
Le traitement des déchets (stockage, incinéra-
tion, compostage, traitement des eaux usées) s?ac-
compagne d?émissions, en particulier de méthane
liées à la décomposition des matières organiques. Il
contribue, quant à lui, à 4 % des émissions nationales.
Les sols et les forêts,
un puits de carbone majeur
Par convention internationale, seules les émissions
de GES d?origine anthropique (c?est-à-dire liées aux
activités humaines) sont estimées. Les émissions
naturelles sont exclues (volcanismes, zones humides
naturelles, animaux sauvages). Les flux de GES vers
l?atmosphère provenant des sols et de la biomasse,
en particulier les forêts, sont considérés comme
anthropiques, car localisés sur des espaces gérés
par l?homme. Ces émissions sont rapportées dans
les inventaires de GES dans le secteur dit de « l?uti-
lisation des terres, changement d?affectation des
terres et foresterie » (UTCATF) et sont distinctes
des émissions associées aux pratiques culturales
rapportées dans le secteur « Agriculture ».
En France, le secteur de l?UTCATF est un puits de
carbone : cela signifie que les absorptions par les
terres et les forêts sont supérieures à leurs émissions.
En 2023, l?UCTATF permet de compenser 6 % des
émissions des autres secteurs. Le carbone stocké
par la croissance des arbres est supérieur aux émis-
sions dues à leur prélèvement, ainsi qu?à celui issu
des usages et changements d?affectation des sols,
notamment l?artificialisation.
En 2023, les absorptions du secteur de l?UTACTF,
diminuées de ses émissions, étaient estimées à
21 Mt CO2 éq. Ce flux absorbé est significativement
moins important que celui observé en moyenne
annuelle sur la période 1995-2015 (40 Mt CO2 éq).
La diminution du puits s?explique par la moindre
capacité des forêts à stocker du carbone, en raison
de la dégradation sanitaire des arbres (sécheresse,
maladies), de la hausse des prélèvements et d?une
baisse de la croissance des peuplements.
De façon générale, le réchauffement climatique
induit une moindre capacité de stockage de GES
dans l?UTACTF et les océans.
Le méthane, un gaz à effet de serre puissant
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ82
L?empreinte carbone
des Français
L?empreinte carbone moyenne d?un Français est estimée
à 9,4 t CO2 éq par personne en 2023. Cet indicateur
permet de mesurer l?impact de la consommation
des habitants d?un pays sur le climat.
F
O
C
U
S
Empreinte carbone :
de quoi parle-t-on ?
L?empreinte carbone d?un pays
représente la quantité de gaz à
effet de serre (GES) induite par
la demande finale (consommation
finale des ménages, des
administrations et des organismes
à but non lucratif, ainsi que les
investissements), que les biens
ou les services soient produits
sur le territoire national ou
importés. En tenant compte du
contenu en GES des importations,
l?empreinte carbone permet
d'apprécier les pressions sur le
climat de la demande intérieure
française quelle que soit l?origine
géographique des produits
consommés. Par construction,
l?empreinte carbone attribue toutes
les émissions au consommateur
final. Pour autant, la responsabilité
des émissions et leur diminution
restent à partager entre les
différents acteurs (consommateurs,
acteurs économiques, puissance
publique).
L?empreinte carbone est égale aux
émissions intérieures augmentées
des émissions étrangères
associées aux importations et
diminué des émissions associées
aux exportations. L?empreinte
carbone d?un bien ou d?un service
a vocation, quant à elle, à inclure
la totalité des GES nécessaires
à la production de ce bien ou
service (extraction de matière,
production des matières premières
ou intermédiaires, procédés
industriels, transports, services,
commercialisation).
L?empreinte carbone est plus
élevée que les émissions
intérieures
En 2023, selon des estimations
provisoires, l?empreinte carbone
de la France est de 644millions de
tonnes équivalent CO2 (Mt CO2 éq)
soit 9,4tCO2 éq par personne.
C?est 60% de plus que les GES
nationaux (403Mt CO2 éq.). En
effet, la France est un importateur
net de GES, c?est-à-dire que
les émissions importées sont
supérieures à celles exportées.
Le poids des déplacements, de l?habitat,
de l?alimentation et des services en 2021
L?alimentation (2,3tCO2éq/pers), l?habitat (2,2tCO2éq/pers) et les déplacements
(2,1tCO2éq/pers) représentent 68 % de l?empreinte carbone des Français.
2tCO2éq sont associés aux services publics et marchands
et 1,1 t CO2 éq au poste équipement.
83POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
En progression entre 1990 et
2008, le niveau de l?empreinte
carbone amorce depuis une
décroissance. Elle est inférieure
de 13% en 2023 à son niveau
de 1990. Compte tenu de
l?augmentation de la population
sur la période, l?empreinte
carbone moyenne par habitant
est quant à elle inférieure de
26% par rapport à 1990. Cette
baisse est toutefois insuffisante
pour respecter l?Accord de Paris:
l?empreinte carbone moyenne
actuelle par individu devrait être
divisée environ d?un facteur 5
d?ici 2050-2070.
L?empreinte carbone par habitant
de la France est inférieure à
celle de l?UE et de la Chine et
deux fois moins élevée que celle
des États-Unis ou de l?Arabie
saoudite. En revanche, elle est
très supérieure à la moyenne
mondiale (+50% environ).
Plus de la moitié des émissions
sont émises à l?étranger
Les émissions associées aux
importations représentent un peu
plus de la moitié de l?empreinte
carbone. Elles ont progressé entre
2000 et 2008 avant de se stabiliser
puis progresser à nouveau depuis
2021.
Les émissions étrangères sont
issues de différentes activités
économiques: extraction et
fabrication des combustibles
fossiles, production d?électricité,
agriculture, métallurgie,
fabrication de minéraux non
métalliques, transports et
industrie chimique. Ces activités
étrangères interviennent dans
la chaîne de production de
biens et services consommés
par les Français (carburants,
produits agroalimentaires, biens
manufacturés, construction,
services de transport, services
marchands et publics). Certains
produits ont près de 90% de
leurs émissions importées.
C?est notamment le cas des
produits de l?industrie textile,
des produits pharmaceutiques,
des produits informatiques et
électroniques, des produits
en caoutchouc et plastique,
des produits métallurgiques,
du matériel de transport,
des machines et équipements,
des produits de la cokéfaction
et du raffinage.
De quoi se compose l?empreinte carbone d?un Français en 2021 ?
9,8 t
par habitant
Autres services
(sports, loisirs?)
24 %
23 %
22 %
12 %
11 %
8 %
Habitat
Déplacements
Alimentation
Équipements
Administration,
santé, éducation?
55 %
de l?empreinte
carbone est associée
aux importationsL?empreinte
2023*
est estimée à
9,4 t / hab
* Les données provisoires 2023 ne permettent pas une décomposition
par poste de consommation.
Note : la méthodologie de calcul des émissions par poste a évolué
en 2024, impliquant une modification de la répartition par poste.
Source : SDES. Calculs SDES-Insee 2024
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ84
Les émissions directes
des ménages et leurs évolutions
En 2023, les émissions directes des ménages repré-
sentent 25 % des émissions nationales. 32 % des
émissions sont dues au logement et 65 % aux dé-
placements. Ces émissions ont diminué de 20 %
depuis 1990. Cette tendance résulte de la baisse
des émissions liées au logement (- 47 %), celles issues
des transports sont restées stables.
Les émissions des logements sont principalement
dues aux équipements de chauffage au gaz ou au
fioul (celles associées aux consommations d?élec-
tricité sont allouées aux industries de l?énergie). La
réduction des émissions des logements résulte de
l?amélioration de l?efficacité énergétique des bâtiments
(réglementation thermique des bâtiments neufs et
rénovation énergétique) et de la décarbonation de
l?énergie utilisée pour le chauffage (en réduisant par
exemple le parc de chaudière au fioul). La baisse
aurait été plus forte si les surfaces à chauffer ne
s?étaient pas accrues, sous l?effet de l?augmentation
de la population et de l?accroissement de la surface
moyenne des logements par personne.
Les émissions des déplacements émis par les mé-
nages proviennent des carburants des équipements
de transport individuels (voitures, deux-roues). Mal-
gré l?amélioration de la performance des véhicules
et la décarbonation des carburants, les émissions
ne reculent pas. Ceci résulte notamment de l?ac-
croissement du trafic, lié à l?augmentation de la
population, mais aussi à celle des distances parcou-
rues par personne. D?autres facteurs concourent au
maintien des émissions, tels que l?augmentation du
Les Français et
le climat : entre signaux
encourageants et
incertitudes
Depuis le début du siècle, le changement climatique
s?est progressivement imposé dans l?opinion
publique comme un enjeu majeur. Entre 2000 et
2023, la part des Français déclarant qu?il s?agit de
leur principale préoccupation environnementale est
passée de 6% à 36%. Depuis une dizaine d?années,
ce sujet est en tête des inquiétudes en matière
d?environnement et devance largement les autres
problèmes depuis cinq ans.
Une prise de conscience globalement partagée
Les diverses études menées sur le sujet s?accordent
à identifier de nombreux signaux encourageants.
En effet, une large majorité de la population estime
désormais que le changement climatique est une
certitude scientifique. Pour deux personnes sur
trois, le lien entre les activités humaines et le
changement climatique ne fait ainsi pas de doute.
Au cours des dix dernières années, la part des
Français déclarant que «personne ne peut dire avec
certitude les vraies raisons des désordres du climat»
a été divisée par deux. Durant cette même période,
les conséquences du changement climatique sont
effectivement devenues beaucoup plus tangibles
pour la population. Dès à présent, 42% des Français
ressentent les effets du changement climatique dans
leur vie quotidienne. Ils redoutent notamment les
vagues de chaleur, les sécheresses et les catastrophes
naturelles, ainsi que les conséquences de ces
événements sur leur bien-être et leur qualité de vie.
Cette meilleure prise de conscience fait écho à
l?accroissement du traitement médiatique sur la
question climatique: 62% des Français se sentent
bien informés sur le sujet. De même, une grande
majorité de la population estime qu?il est de son
devoir personnel d?essayer de lutter contre le
changement climatique. Plus de quatre Français sur
cinq croient par ailleurs que des mesures efficaces
peuvent être mises en oeuvre pour faire face au
changement climatique. Enfin, trois quarts des
Français jugent que l?avis des scientifiques doit être
suivi par les pouvoirs publics, même si l?opinion
publique exprime des réticences.
Quelques zones d?ombre persistent
Ces résultats encourageants ne sauraient toutefois
occulter la persistance de signaux préoccupants
dans l?opinion publique. En effet, des doutes
existent encore: près d?une personne sur trois
considère par exemple que le changement
climatique reste «une hypothèse sur laquelle les
scientifiques ne sont pas tous d'accord», même si
moins de 1% des Français ne pense pas qu?il y ait
de changement climatique et seuls 5% considèrent
que ces bouleversements sont essentiellement
d?origine naturelle. Par ailleurs, plus d?un tiers
É
C
L
A
IR
A
G
E
85POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
des Français se sentent encore insuffisamment
informés sur le sujet. Près d?un tiers des enquêtés
se montre pessimiste et pense qu?il n?y a pas grand-
chose à faire face au changement climatique et qu?il
va falloir le subir. Dans le même temps, 28% des
Français pensent que le changement climatique
n?aura pas de conséquences sur leur vie quotidienne
à l?avenir. Enfin, une majeure partie de la population
estime que la solution réside d?abord dans l?action
des pouvoirs publics et des entreprises, et non pas
tant dans l?action des citoyens. Ces fortes attentes
en direction des pouvoirs publics font écho à
l?insatisfaction exprimée par 4 Français sur 5 à
l?égard des mesures prises en matière d?atténuation
des émissions de gaz à effet de serre et d?adaptation
au changement climatique.
Comment se projeter vers l?avenir?
Si la réalité du changement climatique ne
suscite plus vraiment de débat, des incertitudes
perdurent quant aux façons d?agir pour lutter
contre le changement climatique. Tandis que
72% des Français considèrent que la priorité
reste la réduction des émissions de gaz à effet
de serre, 25% jugent qu?il vaut mieux désormais
chercher à s?adapter aux conséquences du
changement climatique. Peu convaincus par le
techno-solutionnisme (c?est-à-dire la confiance
en la technique pour apporter une réponse),
61% des Français ne pensent pas que le progrès
scientifique et technique résoudra les problèmes
climatiques. Par ailleurs, trois personnes sur cinq
jugent probable que les mesures prises pour lutter
contre le changement climatique auront un impact
négatif sur leur pouvoir d?achat. Près d?un tiers de
la population redoute également que cela ait des
impacts négatifs sur nos modes de vie et notre
économie. À l?avenir, 68% des Français estiment
que les conditions de vie vont devenir extrêmement
pénibles à cause des dérèglements climatiques. 28%
pensent à l?inverse qu?il sera possible de s?adapter
sans trop de mal face aux modifications du climat,
et 4% considèrent que ces changements auront
des effets positifs.
Depuis quelques années, la notion d?éco-anxiété
est fréquemment utilisée dans le débat public.
En pratique, 14% des Français (et 24% des moins
de 25ans) se déclarent extrêmement préoccupés
par le changement climatique. Cela ne veut pas
dire qu?ils font preuve de défaitisme, car si 16%
des moins de 25ans se montrent fatalistes face
à la capacité de notre société à faire face à un
changement climatique perçu comme inéluctable,
c?est cependant cinq points de moins que le reste de
la population. D?ailleurs, 20% des moins de 25ans
déclarent avoir déjà manifesté pour le climat, soit
deux fois plus que le reste de la population.
Source : enquêtes menées par Sciences Po et le SDES,
par l?Ademe et par Eurobaromètre
poids moyen des véhicules et la hausse des ventes
de voitures neuves aux motorisations essence au
détriment des motorisations diesel.
La contribution de la France
au changement climatique
En 2022, les émissions de GES de la France, hors
UTCATF, représentent 0,8 % des émissions mondiales
très loin derrière les pays les plus émetteurs comme
la Chine (premier émetteur mondial avec 29 % des
émissions), les États-Unis (11 %) ou l?Inde (7 %). La
contribution annuelle de la France à l?effet de serre est
à mettre en perspective avec le poids démographique
(0,84 %) et économique (2,74 %) de la France dans
le monde. Rapportée à sa population, la masse de
CO2 (hors autres GES) émise sur le territoire français
est similaire à la moyenne des émissions annuelles
mondiales (4,5 t CO2 par personne).
Toutefois, en intégrant les émissions historiques
et/ou les émissions associées aux importations, la
contribution de la France devient supérieure à celle
de la moyenne mondiale.
Entre 1850 et 2022, la France a émis 2,2 % des émissions
mondiales cumulées de CO2 (hors UTCATF), soit un peu
plus que le Canada (2 %) et un peu moins que l?Inde
(3 %), le Japon (4 %) ou le Royaume-Uni (4 %) et très
loin derrière la Chine (15 %) ou les États-Unis (24 %).
En tenant compte des émissions importées, l?em-
preinte carbone des Français représente 1,25 % des
émissions mondiales en 2022. Les émissions de GES
associées à la consommation d?un Français représentent
environ 50 % de l?empreinte carbone moyenne d?un
habitant de la planète.
http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/opinions-des-francais-sur-lenvironnement-en-2023?rubrique=38&dossier=1152477
https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/6706-les-representations-sociales-du-changement-climatique-24eme-vague-du-barometre.html
https://europa.eu/eurobarometer/surveys/detail/2954
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ86
La France mène depuis le début des années 2000
une politique énergétique et climatique pour réduire
ses émissions. Elle s?est notamment fixé l?objectif
d?atteindre la « neutralité carbone » dès 2050, ce
qui suppose une division par au moins six de ses
émissions brutes de GES par rapport à 1990.
Quelle feuille de route pour
atteindre la neutralité carbone ?
La Stratégie française sur l?énergie et le climat est
la feuille de route nationale pour parvenir à l?ob-
jectif de neutralité carbone à l?horizon 2050, tout
en assurant l?adaptation de la société aux impacts
du changement climatique. Elle sera régulièrement
actualisée et s?appuiera sur :
? la 3e édition de la Stratégie nationale
bas-carbone (SNBC3) ;
? la 3e édition du plan national d?adaptation au
changement climatique (PNACC3) ;
? la 3e édition de la programmation pluriannuelle
de l?énergie (PPE3).
En vue de la neutralité carbone, la SNBC définit
pour le territoire français des objectifs de réduction
des émissions de gaz à effet de serre pour les 15 pro-
chaines années : les budgets carbone. Ce sont des
plafonds d?émissions à ne pas dépasser, exprimés
en moyenne annuelle par période de cinq ans en
Mt CO2 éq. Ils sont déclinés par secteurs d?activité
et par gaz à effet de serre.
Au terme de la période 2015-2018, la France a
dépassé le premier budget carbone (442 Mt CO2 éq)
qu?elle s?était assignée (les émissions étaient en
moyenne de 453 Mt CO2 éq/an sur la période).
Les émissions de GES moyennes annuelles de la
période 2019 à 2023, hors UTCATF (400 Mt CO2 éq),
sont quant à elles en deçà du budget carbone an-
nuel moyen indicatif pour la période 2019-2023
(422 Mt CO2 éq).
Les émissions estimées pour 2023 représentent
une baisse de 31 % des émissions par rapport à 1990.
En lien avec l?objectif européen « Fit for 55 » de
réduction des émissions nettes de GES (y compris
UTCATF) d?au moins 55 % d?ici à 2030 par rapport
à leur niveau de 1990, la France s?est fixé un objectif
de réduction de 50% des émissions hors UTCATF
à l?horizon 2030. Pour tenir cet objectif, il faudrait
observer en sept ans une baisse de 4,5 % par an,
soit un rythme inférieur à celui observé en 2023
par rapport à 2022 (- 5,8 %), mais un doublement
du rythme annuel de baisse des émissions constaté
depuis 2010.
Pour atteindre la neutralité carbone à l?horizon
2050, les émissions de GES en 2050 devront être
LA LUTTE CONTRE LE
CHANGEMENT CLIMATIQUE
250
500
450
400
350
300
C
O
V
ID
-1
9
429
389
412
396
373
270
420
2e budget carbone
3e budget carbone
Objectif
provisoire
Objectif
provisoire
357
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
Émissions de GES de la France et objectifs climatiques politiques
En Mt CO2 éq
Notes : émissions de GES hors utilisation des terres, changement d?affectation des terres et foresterie ;
l?objectif provisoire à l?horizon 2030 correspond à un alignement de la France avec le nouvel objectif
européen de réduction d?émissions de - 55 % entre 1990 et 2030, d?après le Conseil national de la transition
écologique du 22 mai 2023.
Source : Citepa, rapport Secten, édition 2024, Émissions de gaz à effet de serre et de polluants
atmosphériques en France
https://www.citepa.org/fr/secten/
https://www.citepa.org/fr/secten/
87POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
compensées par les absorptions de GES par les forêts
et les terres ainsi que le stockage / captage techno-
logique (technique encore expérimentale). La SNBC
prévoit un stockage d?environ 67 Mt CO2 éq en 2050
par le secteur de l?UTACTF, ce qui au vu des données
actuelles semble difficile à atteindre.
En 2022, une démarche de planification éco-
logique a été lancée à l?échelle nationale. Celle-ci
vise à coordonner les acteurs pour relever les défis
de la transition écologique concernant le climat et
également la préservation de la biodiversité et des
ressources et la réduction des pollutions.
Quelques exemples de leviers
de lutte contre le changement
climatique
Des politiques climatiques se déploient dans tous
les secteurs : aides publiques à la rénovation éner-
gétique ou à l?achat de véhicules moins émissifs en
CO2, réglementations thermiques dans les bâtiments,
systèmes d?échanges de quotas dans l?industrie, etc.
Trois exemples de politiques publiques de lutte
contre le changement climatique concernant l?agri-
culture, la nature et les incitations fiscales et régle-
mentaires sont présentés ci-après.
1er exemple : le 4 pour 1 000
La couche superficielle des sols français renferment
3 580 Mt de carbone organique, répartis entre les
forêts (38 %), les prairies permanentes (22 %) et les
grandes cultures (22 %). Cela en fait le second puits
de carbone derrière les océans [11].
Les scientifiques s?accordent sur le fait qu?une aug-
mentation annuelle de 0,4 % de la teneur en carbone
dans les 30 premiers centimètres des sols permettrait
de stopper l?augmentation de la concentration de CO2
dans l?atmosphère. C?est dans ce contexte qu?a émergé
l?initiative « 4 pour 1 000 » sur les sols pour la sécurité
alimentaire et le climat » lors de la COP21 sur le climat
en 2015. Accroître la couverture des sols ou les enrichir
de matières organiques permet d?augmenter leur teneur
en carbone. Ainsi, l?extension des cultures intermédiaires
(c?est-à-dire entre la culture principale et le semis de la
culture suivante) peut augmenter de 35 % le potentiel
total de stockage additionnel des sols, l?agroforesterie
intra-parcellaire (c?est-à-dire l?intégration d?arbres dans
les parcelles) de 19 % et l?insertion et l?allongement du
temps de présence de prairies temporaires de 13 %.
L?efficacité de ces mesures suppose en parallèle une
réduction de l?artificialisation des sols, processus à
l?origine de rejet de carbone dans l?atmosphère.
En 2019, sans changement d?usage des sols et
sans modifier les pratiques agricoles et forestières,
Les plans d?adaptation
au changement climatique
des bassins
Le changement climatique a de fortes
répercussions sur le cycle de l?eau: entre autres,
baisse de la ressource en eau, accroissement
de la sécheresse des sols, augmentation
des dégâts liés aux phénomènes extrêmes
(inondations, sécheresses, etc.). Les travaux
scientifiques récents [12] confirment les
perturbations prévisibles du cycle de l'eau en
France métropolitaine à moyen et long terme.
En France, la gestion de l?eau se fait
principalement à travers les schémas directeurs
d?aménagement et de gestion des eaux (Sdage)
et leurs programmes de mesures, déclinaisons
nationales de la directive-cadre européenne sur
l?eau25. Pour vivre avec moins d?eau disponible et
accroître la résilience des bassins au changement
climatique, les agences de l?eau de France
métropolitaine, par le biais de leur comité de
bassin, ont élaboré des plans d?adaptation au
changement climatique. L?objectif de ces plans est
d?inciter à l?action tous les acteurs du territoire.
Établis en co-construction, ces plans décrivent
le plus précisément possible les effets prévisibles
du changement climatique, pour les anticiper
dans les documents et démarches de planification
et d?aménagement, portant directement ou
indirectement sur l?eau. À partir des objectifs fixés
par bassin, les plans proposent des solutions et
donnent des exemples de réalisation. Ils insistent
en particulier sur la sobriété en eau pour tous les
usages, en cohérence avec le plan eau de 2023, et la
mise en oeuvre de solutions d?adaptation fondées
sur la nature.
É
C
L
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E
25. La directive-cadre sur l?eau (DCE) du 23 octobre 2000 établit un cadre général pour une politique globale
communautaire dans le domaine de l'eau. L'objectif fixé est d'atteindre le bon état de l'ensemble des cours d?eau,
nappes d?eau souterraine et eaux littorales, du point de vue chimique, biologique et quantitatif.
https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/france-nation-verte
https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/france-nation-verte
https://meandre.explore2.inrae.fr/
https://meandre.explore2.inrae.fr/
https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/preservons-notre-ressource-en-eau/les-53-mesures-du-plan-eau
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ88
l?Institut national pour la recherche agronomique
(Inrae) estime l?évolution des stocks de carbone dans
les sols français à + 2,3 ? par an.
2e exemple : les solutions d?adaptation
fondées sur la nature
Le concept de « Solutions d?adaptation fondées
sur la Nature » (SafN) est relativement récent, même
s?il correspond parfois à des pratiques déjà anciennes,
voire ancestrales. Selon l?UICN, il s?agit de protéger
et de restaurer des écosystèmes naturels, afin de
s?appuyer sur leur fonctionnement pour s?adapter
au changement climatique, tout en présentant des
bénéfices pour la biodiversité. Par exemple, une rivière
qui retrouve ses méandres naturels et des berges
végétales peut déborder de son lit et ainsi absorber
les crues en amont, tout en favorisant les frayères
pour les poissons (lieux propices à leur reproduction).
Le rapport coût/bénéfice à long terme des SafN est
généralement plus intéressant que l?aménagement
d?infrastructures artificielles, qui sont aussi plus faci-
lement sujettes aux « mal-adaptations » (inefficacité
ou aggravation du risque). Les bénéfices économiques
de la restauration de la nature ont ainsi été estimés
huit fois supérieurs à leurs coûts [13].
Par ailleurs, les écosystèmes naturels participent
activement à l?absorption et au stockage du CO2
généré par l?homme. Leur maintien ou leur restau-
ration est donc également bénéfique en matière
d?atténuation du dérèglement climatique.
Tarification effective du carbone par secteur économique
En ¤/t CO2 éq
Lecture : 285 millions de tonnes d?équivalents CO? sont tarifées à un niveau inférieur ou égal à 100 ¤/t CO?, soit 71 % du total des émissions
sur le territoire français. 117 millions de tonnes d?équivalent CO2 ne sont pas tarifées, soit 29 % du total des émissions sur le territoire français.
Note : les niveaux de tarification et les niveaux d?émissions sont ceux de 2023.
Champ : ensemble des émissions de gaz à effet de serre, France entière.
Source : CGDD, modèle Elfe version 3, septembre 2024
L?intégration et la généralisation des SafN dans les
stratégies de lutte contre le dérèglement climatique
représentent donc un enjeu majeur.
3e exemple : la tarification effective du carbone
Les émissions de gaz à effet de serre peuvent être
réduites par différents types de politiques publiques,
qui sont usuellement utilisées de manière combinée.
En France, la fiscalité des énergies et des déchets,
ainsi que les quotas d?émissions européens, créent
une incitation à la réduction de ces émissions, mais
aussi d?autres externalités (pollution de l?air, bruit,
usure des infrastructures, accidents de la route, etc.),
selon les usages concernés. Au sens de l?OCDE, ces
politiques constituent la « tarification effective du
carbone ». Ce concept permet une représentation
du niveau d?incitation à la réduction des émissions
induit par ces politiques. Plus la tarification effective
du carbone est élevée, plus l?incitation à la réduction
des émissions est importante.
En France, en 2023, les émissions de gaz à effet
de serre sont sujettes à une tarification effective du
carbone de 91 ¤/t CO? éq en moyenne, dont 75 ¤/t
CO? éq de taxes d?accise (c?est-à-dire d?impôts in-
directs) sur l?énergie et les déchets et 16 ¤/t CO? éq
de quotas d?émissions européens. Ce niveau moyen
masque cependant une forte hétérogénéité selon
les secteurs et les acteurs [14].
Émissions de gaz à effet de serre (Mt CO2 éq)
0 50 100 150 200 250 300 350 400
50
0
100
150
200
250
300
Agriculture Industrie
Tertiaire Transport
ménages
Transport
entreprises
Énergie
Résidentiel
ménages
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/s-adapter-avec-la-nature/Solutions-adaptaton-fondees-sur-la-Nature
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/s-adapter-avec-la-nature/Solutions-adaptaton-fondees-sur-la-Nature
https://uicn.fr/solutions-fondees-sur-la-nature/
89POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Le financement de l?atténuation
du changement climatique
L?institut de l?économie pour le climat (I4CE), dans
son Panorama des financements climat, évalue le
montant investi en France pour atténuer le change-
ment climatique (hors dépenses d?adaptation). En
2022, ces investissements, provenant des ménages,
des entreprises et des administrations publiques,
sont estimés à 100 Md¤, soit 3,8 % du PIB. Ils portent
sur les infrastructures, équipements et véhicules de
transport bas-carbone (33,9 Md¤), la performance
énergétique dans les bâtiments neufs (23,7 Md¤),
la rénovation énergétique des bâtiments (22,1 Md¤)
et la production d?énergie décarbonée (20,1 Md¤).
Cependant, les besoins d?investissements cli-
mat estimés sur la base de la stratégie nationale
bas-carbone et de la programmation pluriannuelle
de l?énergie, s?élèvent à environ 160 Md¤ en moyenne
pour chacune des années de la période 2024-2030.
Faire sa part : les acteurs
d?une société bas-carbone
Le dérèglement climatique et ses conséquences
se sont affirmés ces dernières années comme une
préoccupation sociétale majeure et croissante. Les
engagements internationaux, tout comme les po-
litiques nationales qui en découlent, se font plus
ambitieux, en réponse notamment aux rapports
d?évaluation réguliers du Giec et au fil des COP suc-
cessives. Cependant, la mise en oeuvre concrète des
transformations nécessaires et des actions de réduc-
tion des GES est parfois entravée par la recherche
du niveau d?action le plus efficient, s?appuyant sur
la recherche des « responsabilités » de chaque en-
tité dans les émissions. Il est ainsi fréquent de voir
alternativement pointés les consommateurs, les
entreprises, les collectivités ou encore l?État en tant
que principaux responsables de l?(in)action climatique.
Or, s?il est avéré que l?impact de l?action indivi-
duelle n?est pas du tout négligeable, il est estimé que
l?engagement des individus et des ménages vers une
décarbonation des modes de vie serait insuffisant à
lui seul pour atteindre les objectifs de réduction na-
tionaux. En effet, selon une étude de Carbone 4 [15],
une part importante (de l?ordre des trois quarts) de la
baisse nécessaire de l?empreinte carbone individuelle
des Français dépend du système sociotechnique du
ressort de l?État et des entreprises. La réduction des
émissions liées à la mobilité et au logement renvoie ainsi
à des actions aux échelles aussi bien individuelles que
collectives (offre de transports en commun, aména-
gement du territoire, aides à la rénovation thermique,
etc.). Si chaque geste compte, la nécessaire action à
l?échelle individuelle doit pouvoir s?articuler avec des
évolutions collectives plus profondes et indispensables
vers une société bas-carbone.
Préparer le monde professionnel
aux enjeux environnementaux
par la formation
Sans la prise en compte des enjeux environnementaux
dans l?ensemble du système de formation, la mise en
oeuvre de la transition écologique est vaine. Décarboner
l?industrie en adoptant des alternatives de production
plus écologiques suppose d?intégrer des connaissances
et des compétences favorables à l?environnement dans
l?ensemble des métiers. Ceci concernera aussi bien les
postes d?encadrement et d?exécution, que les métiers
« leviers », en lien avec l?amont (achats responsables)
et l?aval (recyclage). La montée en compétences passe
notamment par la formation professionnelle continue
des personnes déjà en emploi, mais également par la
formation initiale. Plus de 200 diplômes, en formation
initiale, sont actuellement proposés dans le domaine
de l?environnement.
Atténuation
ou adaptation ?
L?atténuation est définie par le Giec comme
«l?intervention humaine pour réduire les
sources ou augmenter les puits de gaz à effet
de serre »; elle correspond donc aux actions
sur les causes du changement climatique.
L?adaptation est «une démarche
d?ajustement au climat actuel ou attendu,
ainsi qu?à ses conséquences »; elle vise donc à
gérer les effets du changement climatique et
ses impacts.
Ces deux approches peuvent être en synergie,
lorsque l?adaptation accélère les politiques
d?atténuation (par ex. stockage de carbone
dans les haies replantées) et lorsque les
efforts d?atténuation conditionnent les
capacités d?adaptation (il est plus facile de
s?adapter à un climat qui se dérègle moins).
Elles peuvent parfois avoir des effets
antagonistes (par exemple l?adaptation
aux fortes chaleurs par la climatisation
augmente la chaleur extérieure et les
consommations d?énergie), on parle alors de
«maladaptation». Il est donc primordial
de construire une stratégie systémique
cohérente articulant ces deux approches, en
anticipant leurs interactions.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ90
Le défi de
l?adaptation
INTERVIEW GONÉRI LE COZANNET,
chercheur au BRGM, co-auteur du volet II
du 6e rapport du Giec, membre du Haut
Conseil pour le Climat
Qu?est-ce que l?adaptation au changement
climatique?
G. LC- Les mesures d?adaptation consistent
à réduire les risques induits par le changement
climatique. Cette adaptation peut être réactive,
répondant à un événement qui s?est produit,
ou pro-active en anticipant les risques à venir.
L?adaptation doit concerner les systèmes humains,
mais également les systèmes naturels. L?adaptation
de la nature peut être facilitée par l?homme, en
instaurant par exemple des zones protégées.
Il faut s?adapter au changement climatique, car ses
conséquences sont déjà tangibles. Ces événements
vont s?intensifier avec le réchauffement et d?autres
risques vont survenir. La mise en oeuvre de
l?adaptation peut être très longue, par exemple pour
relocaliser des implantations humaines menacées
par le recul du trait de côte. Il faut donc anticiper
dès à présent ces phénomènes et les mesures pour
s?en prémunir.
Dans quels secteurs prioritairement doit se faire
l?adaptation aux changements climatiques, et
comment?
G. LC- Tous les secteurs sont concernés
et interconnectés, mais certains semblent plus
cruciaux en raison des enjeux stratégiques
fondamentaux qui leur sont associés. Les
principaux risques identifiés en Europe sont: les
vagues de chaleur qui affectent directement la santé
humaine, les pertes de rendements agricoles qui
présentent des risques pour la sécurité alimentaire,
les pénuries d?eau qui auront des conséquences
pour tous les secteurs économiques et les
inondations côtières et continentales qui menacent
la vie et les installations humaines. Le Giec observe
que la plupart des démarches d?adaptation mises
en oeuvre dans le monde sont incrémentales, c?est-
à-dire orientées sur les conditions de maintien
d?activités ou d?infrastructure spécifiques ou
préexistantes. Or, il est indispensable de mettre en
oeuvre des adaptations transformationnelles, c?est-
à-dire beaucoup plus systémiques en impliquant les
acteurs économiques, les responsables politiques
et les citoyens. En agriculture par exemple,
l?adaptation incrémentale ajustera les dates de
semis, alors que l?adaptation transformationnelle
s?intéressera aux intrants, au choix des cultures, à
l?alimentation et aux pratiques agroécologiques.
Faut-il faire un choix entre atténuation et
adaptation?
G. LC- Les possibilités d?adaptation sont
conditionnées à une atténuation rapide des
émissions de GES. Plus le climat se réchauffe et
moins il sera possible de s?adapter. Il faut donc agir
rapidement sur ces deux leviers.
Il n?est pas forcément pertinent de découpler
les politiques d?atténuation, d?adaptation
et de préservation de la biodiversité. Les
actions à l?échelle locale répondent souvent
concomitamment à ces trois enjeux. Cela peut
être le cas dans l?urbanisme, par exemple dans les
politiques de promotion et d?accompagnement des
déplacements cyclables, qui permettent d?améliorer
la santé et de réduire les émissions de CO2. Il est
utile d?analyser les co-bénéfices des actions de
lutte contre le changement climatique. Ils sont
généralement nombreux, y compris sur le plan
économique. Les rapports du Giec présentent
les bénéfices pour l?atteinte des objectifs de
développement durable (ODD) des différentes
mesures de lutte contre le changement climatique.
Comment s?adapter?
G. LC - L?adaptation nécessite de définir
des priorités, de faire des choix, portées par
les responsables politiques. Tous les échelons
territoriaux et les acteurs économiques sont
concernés. S?appuyer sur les connaissances
scientifiques, notamment pour identifier les
risques et la vulnérabilité ou évaluer les options
d?adaptation, permet d?éviter des écueils. Les
moyens financiers et humains sont indispensables
pour répondre à ces enjeux.
Le Giec montre que les modes de gouvernance
les plus efficaces sont inclusifs et impliquent
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91POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
la participation directe des parties prenantes.
Le changement climatique est injuste. Il touche en
priorité les populations les plus vulnérables.
La concertation est propice à l?émergence de
solutions équitables et acceptées. Enfin, le Giec
montre qu?agir sur la demande peut limiter les
conflits liés à l?accès aux ressources.
La France a-t-elle commencé à s?adapter?
G. LC- Oui. On observe des avancées et
des progrès. À l?échelle nationale, on peut citer
l?établissement des plans nationaux d?adaptation
au changement climatique ou le déploiement
d?actions dans les métropoles et les villes. On
constate toutefois un déficit de mise en oeuvre de
l?adaptation, ainsi qu?une adaptation trop lente face
à la rapidité du changement climatique. Certaines
mesures peuvent être satisfaisantes à court terme
et localement mais se révèlent inappropriées
sur le long terme. On parle alors de réponses
«maladaptatives». Malgré l?instauration de
dispositifs d?adaptation, les impacts du changement
climatique sont de plus en plus évidents.
Existe-t-il des limites à l?adaptation?
G. LC - Pour anticiper le futur, la France
propose de retenir une trajectoire de réchauffement
de +4°C à l?horizon 2100, ce qui correspond à un
réchauffement de +3°C à l?échelle de la planète.
C?est très bien, car cela donne une consigne aux
acteurs publics et économiques. Tous les territoires
sont concernés.
Toutefois, à +4°C, l?adaptation ne sera pas
possible pour tous les secteurs. Les stations de ski
sont par exemple très vulnérables. On identifie
des limites à l?adaptation dites «douce» liée au
contexte social ou économique. L?adaptation
de l?agriculture est, quant à elle, limitée par le
contexte socio-économique des agriculteurs.
Les limites dites «dures» sont celles liées à des
contraintes physiques. Si la sécheresse est trop
intense ou trop longue, l?agriculture ne peut plus
s?adapter; l?adaptation aux inondations en ville
peut être contrainte par la capacité des réseaux à
évacuer les eaux; au-delà d?un réchauffement de
+2°C, on estime que 99% des coraux tropicaux
mourront. Cette limite dure est particulièrement
inquiétante, car les coraux abritent plus de 30% de
la biodiversité marine.
Des risques moins prévisibles doivent aussi être
anticipés: en raison de la globalisation du monde,
les risques climatiques peuvent se propager entre
régions; des conflits, notamment sociaux liés
à l?accès aux ressources en eau émergent; des
maladies vectorielles nouvelles peuvent déstabiliser
les systèmes de santé, etc. Un monde à +3°C (4°C
en France métropolitaine) est un monde dangereux.
Un dernier argument pour encourager
l?adaptation?
G. LC- L?immense majorité des mesures
d?adaptation (et d?atténuation) présentées dans le
rapport du Giec sont bénéfiques pour la santé.
Quand la France s?adapte :
vivre à + 4 °C
La France s?est dotée d?une trajectoire
de réchauffement de référence pour
l?adaptation au changement climatique [16],
qui doit servir de référence à toutes
les actions d?adaptation, en tenant compte
de l?évolution future du climat. Dans
le scénario retenu, le réchauffement mondial
se poursuit et se stabilise à +3°C en 2100
par rapport à l?ère préindustrielle, soit
environ +4°C en moyenne sur la France
métropolitaine. Ce scénario prend en compte
les politiques mondiales d?atténuation en place
et les engagements supplémentaires des États
tels qu?exprimés dans leurs contributions
nationales demandées par l?Accord de Paris.
Cette démarche doit permettre de:
? mettre à jour les normes et réglementations
sectorielles qui doivent prendre en compte
les effets du changement climatique;
? accompagner l?adaptation des collectivités
territoriales;
? accompagner l?adaptation sectorielle
de l?activité économique.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ92
Pourquoi manger moins
de viande ?
Notre alimentation contribue pour 21 % à l?empreinte
carbone de la consommation totale des Français [17] :
rejet de méthane (CH4) issu de la digestion des rumi-
nants, de protoxyde d?azote provenant des engrais
utilisés pour les cultures agricoles, de dioxyde de
carbone issu de la consommation d?énergie par les
industries agroalimentaires, les services de restaura-
tion, le transport, le matériel agricole. La nature de
l?aliment consommé constitue une part importante
des émissions, comparativement à son transport et
son conditionnement. Contrairement aux végétaux,
la viande a un contenu en GES très élevé. L?élevage
représente 59 % des émissions françaises de GES de
l?agriculture, et 10 % des émissions totales de GES
d?origine humaine en France [18].
La production de 100 grammes de protéines
de viande bovine émet en moyenne 50 kg de GES
(en équivalent CO2) dans l?atmosphère, tandis que
celle de la même quantité de protéines de céréales
n?en rejette que 3 kg. L?impact sur le climat de l?ali-
mentation carnée est variable selon les types de
productions animales : la préparation d?un plat à
base de boeuf émet 7 fois plus de GES que celle
d?un plat à base de volaille. De plus, la production
de viande est très gourmande en eau (une vache
consomme 50 à 100 litres d?eau par jour), et en sur-
face terrestre (production de céréale et fourrage,
et infrastructure pour le bétail). Le méthane est
principalement émis lors de l?épandage des engrais,
par la décomposition du fumier, et les flatulences
des bovins, ovins et caprins : les émissions générées
par le bétail représentent 32 % des émissions de
méthane d?origine humaine [19].
Vers une transition des modes
de consommation et de
production ?
La consommation individuelle de viande en France
a augmenté depuis l?après-guerre. Le pic a été at-
teint en 1998 avec 93,6 kilogrammes équivalents
carcasse de viandes consommées par habitant (kgec/
hab) [20] contre 75,8 kgec/hab en 1970. Après avoir
baissé lentement jusqu?en 2013, cette consomma-
tion tend à augmenter de nouveau, + 3 % entre
2013 et 2022 [21]. Pourtant, un changement dans les
esprits est en cours, avec une hausse des Français
qui se disent « flexitariens ». Ce contraste entre
ce qui est déclaré et ce qui est mesuré viendrait
notamment de la « consommation cachée » de
viande, dont une part importante se trouve dans les
produits transformés, les plats préparés ou encore
dans la consommation hors domicile. Un report de
Manger moins de protéines
animales : une transition
alimentaire bénéfique
pour le climat
En France, les protéines animales26 sont historiquement
très présentes dans le régime des Français. Pourtant,
la viande bovine est un aliment dont le contenu en
GES est très élevé. La réduction de sa consommation
représente donc un levier d?action efficace pour limiter
le dérèglement climatique.
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26. Le terme « protéine animale » comprend la viande (dont le poisson),
le lait et produits dérivés, et les oeufs.
93POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Quelle empreinte pour produire 100 g
de protéines sur le climat, la ressource en eau
et la consommation d?espace ?
Lecture : pour produire 100 g de protéines de viande de boeuf, on émet
50 kg de CO2 équivalent, on utilise 750 litres d?eau et cela représente
22 m2 de surface.
Source : CGDD, d?après Poore J. & Nemecek (2018)
la consommation de viande bovine vers celle de
volaille est également constaté. Avec 85 kgec/hab
consommée en 2022, la viande reste très présente
dans l?alimentation française.
Les profils des personnes qui changent leur ali-
mentation sont variés. Ainsi, le végétarisme est pré-
coce (25-29 ans) chez les employés et chômeurs et
adopté plus tard parmi les catégories supérieures
(40 ans) [22]. Le changement de régime alimentaire
est motivé par des raisons environnementales, mais
aussi sanitaires, ou par conviction pour le bien-être
animal. Le prix trop élevé de la viande limite aussi
la consommation des classes défavorisées.
La réponse aux enjeux environnementaux, éco-
nomiques et de santé de l?alimentation implique
un accompagnement politique de tous les acteurs.
Elle induit notamment une évolution de la produc-
tion vers un modèle moins intensif, plus diversifié
et local. La réorientation de terres cultivées vers
l?alimentation humaine, ainsi que des élevages da-
vantage nourris à l?herbe et par des sous-produits de
filières végétales (tourteaux de lin, de tournesol, de
colza, etc.) favoriseront le maintien d?écosystèmes
caractéristiques tels que les prairies permanentes
riches en biodiversité, qui filtrent l?eau et stockent
du carbone.
Le territoire, moteur
des transitions vers plus
de protéines végétales
L?offre alimentaire en France peine encore à offrir
des alternatives végétales. Sur 150 supermarchés
étudiés en France, 92 % des références contiennent
de la viande ou du poisson [23]. Les trois quarts des
végétariens, pescétariens et végétaliens déclarent
ainsi rencontrer des difficultés pour suivre leur ré-
gime alimentaire, que ce soit en raison de l?accès
à l?offre dans les magasins ou restaurants, ou des
critiques de l?entourage [24]. La viande est considérée
comme un aliment central dans nos assiettes, alors
que les végétaux sont un aliment périphérique, un
accompagnement. Manger moins de viande implique
donc de modifier cette représentation sociale as-
sociée aux protéines, très ancrée en France. Plus
prosaïquement, un manque de connaissance des
recettes végétariennes peut représenter un véritable
obstacle à manger moins de viande.
Première impulsion notable, le programme na-
tional pour l?alimentation 2019-2023, issu des lois
dites « EGAlim » et « Climat et résilience »27, prévoit
la promotion des protéines végétales en restaura-
tion collective. Il encourage également les acteurs
à développer des filières de protéines végétales en
27. La loi du 30 octobre 2018 portant sur l?agriculture et l?alimentation,
dite loi «EGAlim», complétée par la loi du 22 août 2021 portant
sur le climat, dite loi «Climat et résilience», prévoit un ensemble de mesures
concernant la restauration collective publique et privée.
Boeuf
Volaille
Poisson
d?élevage
Autres céréales
Maïs
Autres
légumineuses
Riz
Porc
Empreinte
carbone
Pour 100 g
de protéines
de...
50 kg de CO?
équivalent
Empreinte
eau
2
3
7
5
6
4
7
4
11
Empreinte
terre
22 m2
Soja
750 litres
100
250
200
700
500
1 600
400
3 200
1 100
1
2
2
3
4
6
6
6
8
Oeufs
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vue de l?autonomie protéique (notion qui renvoie à
la capacité des exploitations à couvrir les besoins en
protéines de leurs troupeaux). Cela se traduit notam-
ment par l?introduction d?une option végétarienne
quotidienne obligatoire dans la restauration collective
publique et par un menu végétarien au moins une
fois par semaine dans la restauration collective sco-
laire. Ces objectifs rejoignent ceux du plan protéines
végétales et les recommandations nutritionnelles du
plan national nutrition santé 2019-2023 : réduire la
consommation de viande à maximum 500 g et 150 g
de charcuterie par semaine, augmenter les légumes
secs (au moins deux fois par semaine) et les fruits
et légumes (au moins cinq par jour).
Des actions dans les territoires ont ainsi vu le jour
ces dernières années pour soutenir les changements
de pratiques à la fois alimentaires et agricoles, en
particulier dans le cadre des projets alimentaires
territoriaux [25]. Ceux-ci visent à fédérer autour d?une
alimentation saine et durable les acteurs des différents
échelons (production, transformation, distribution,
restauration, consommation) : aide à la création
de filière locale de valorisation des légumineuses,
formations des professionnels de la restauration
pour savoir cuisiner les protéines végétales et com-
poser des menus végétariens, éducation des jeunes
à l?alimentation durable, etc.
Signe que les habitudes alimentaires évoluent pro-
gressivement : de plus en plus de restaurants vé-
gétariens et végétaliens voient le jour, pour faire
découvrir la diversité et l?intérêt gustatif de cette
cuisine faite de protéines végétales.
Pour une alimentation
plus végétale : les PAT
s?engagent
Dans le cadre de son projet alimentaire
territorial (PAT) Plaine aux Plateaux, le
territoire francilien regroupant la plaine
de Versailles et le plateau de Saclay a
encouragé la mise en place d?une filière
de production de légumineuses. La
démarche était destinée dans un premier
temps à des collèges des Yvelines, en
lien avec les obligations relatives aux
menus végétariens et accompagnée
d?actions d?éducation à l?alimentation.
Elle a parallèlement été l?occasion de
valoriser la production locale et
la consommation de légumineuses.
Même dynamique dans le Sud-
Est toulousain, qui a misé sur
la structuration d?une filière de
valorisation locale des légumineuses et
de céréales spéciales. Celle-ci permet
aux agriculteurs de
diversifier leur production
et d?approvisionner leur
territoire en nouvelles
productions locales: pain
complet biologique, pâtes,
farines complètes, légumineuses.
Pour d?autres communes, comme
Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) ou
Manduel (Gard), la réduction de la part
de la viande en restauration scolaire,
avec l?introduction chaque semaine
d?un ou plusieurs repas végétariens
au coût moindre, a contribué au
dégagement d?une marge budgétaire
pour proposer des repas totalement
issus de l?agriculture biologique. En
parallèle, des actions de sensibilisation
et d?éducation sont menées auprès
de divers publics avec la mise en
place d?animations. L?objectif: les
accompagner et faciliter une évolution
de leurs pratiques alimentaires, sans
impact sur leur budget.
95POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[1] AR6 Synthesis Report: Climate
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[2] Chiffres clés des risques naturels -
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[3] Les catastrophes naturelles en France
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[5] E.U. Copernicus Marine Service
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[6] Cartographie des tendances
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[7] Hedou F., Herman A., De Luca H.
Projection du trait de côte et analyse
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[8] Le Cozannet G., Durand G., Nicholls R.
À quelle échéance, l?élévation
du niveau de la mer dépassera-t-elle
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Université Grenoble Alpes, 2022
[9] Financement des conséquences du
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[10] Changement climatique 2021,
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[15] Faire sa part ?, Carbone4, 2019
[16] La trajectoire de réchauffement
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changement climatique (TRACC).
MTECT
[17] Chiffres clés du climat - France,
Europe et Monde - Édition 2023,
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[18] Accélérer la transition climatique
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[19] Global Methane Assessment. Climate
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2023
[21] Les marchés des produits laitiers,
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-du-climat-france-europe-et-monde-edition-2023?rubrique=26&dossier=1263
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https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2024/01/2024_HCC_Alimentation_Agriculture_25_01_webc_vdef_c.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2024/01/2024_HCC_Alimentation_Agriculture_25_01_webc_vdef_c.pdf
https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2024/01/2024_HCC_Alimentation_Agriculture_25_01_webc_vdef_c.pdf
https://www.ccacoalition.org/resources/global-methane-assessment-full-report
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Filieres/Viandes-rouges/2023/PUBLICATION-DU-BILAN-ELEVAGE-2022-Les-marches-des-produits-laitiers-carnes-et-avicoles
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Filieres/Viandes-rouges/2023/PUBLICATION-DU-BILAN-ELEVAGE-2022-Les-marches-des-produits-laitiers-carnes-et-avicoles
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Nouvelle-publication-LES-MARCHES-DES-PRODUITS-LAITIERS-CARNES-ET-AVICOLES-BILAN-2023-PERSPECTIVES-2024
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Nouvelle-publication-LES-MARCHES-DES-PRODUITS-LAITIERS-CARNES-ET-AVICOLES-BILAN-2023-PERSPECTIVES-2024
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Nouvelle-publication-LES-MARCHES-DES-PRODUITS-LAITIERS-CARNES-ET-AVICOLES-BILAN-2023-PERSPECTIVES-2024
https://revue-sesame-inrae.fr/les-vegetariens-en-france-esquisse-dun-profil/
https://revue-sesame-inrae.fr/les-vegetariens-en-france-esquisse-dun-profil/
https://reseauactionclimat.org/alimentation-et-climat-la-mauvaise-note-des-supermarches/
https://reseauactionclimat.org/alimentation-et-climat-la-mauvaise-note-des-supermarches/
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Etablissement/2021/VEGETARIENS-ET-FLEXITARIENS-EN-FRANCE-EN-2020
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Etablissement/2021/VEGETARIENS-ET-FLEXITARIENS-EN-FRANCE-EN-2020
https://agriculture.gouv.fr/projets-alimentaires-territoriaux
https://agriculture.gouv.fr/projets-alimentaires-territoriaux
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ96
Une nature sous pression
Déclin de
la biodiversité
97
La biodiversité, ou diversité du
vivant, rend compte de la va-
riabilité des organismes vivants à trois
niveaux : diversité génétique au sein
des espèces, diversité entre espèces et
diversité des écosystèmes. Chacun de
ces niveaux contribue à l?équilibre et à
la résilience des habitats naturels, mais
reste profondément vulnérable face aux
perturbations.
Depuis l?apparition de la vie sur Terre
il y a 3,8 milliards d?années, notre planète
a subi cinq grandes extinctions, avec
des conséquences dramatiques sur la
biomasse et la diversité des espèces. Les
bouleversements induits par les activités
humaines ces derniers siècles conduisent
à la sixième extinction massive.
La France héberge une richesse écolo-
gique exceptionnelle, ce qui lui confère
une responsabilité internationale dans
la préservation de la biodiversité. Elle
abrite 10 % des récifs coralliens mon-
diaux et 20 % des atolls et est présente
dans 5 des 36 points chauds mondiaux
de la biodiversité.
En cohérence avec ses engagements
internationaux en matière de préser-
vation du vivant, la France a adopté
fin 2023 la 3e stratégie nationale de la
biodiversité afin de réduire les pressions
sur la biodiversité et de protéger et
restaurer ses écosystèmes. Aujourd?hui,
malgré quelques signaux positifs, la
perte de biodiversité en France se
poursuit.
L
E
S
E
N
JE
U
X
Une
connaissance
des espèces
et des habitats
en constante
amélioration,
pour mieux agir.
Une poursuite
de l?érosion de
la biodiversité
en France, malgré
des initiatives
de protection à
l?échelle nationale
et internationale
et des réussites
ponctuelles.
Une absence
de diminution
significative des
cinq grandes
pressions
responsables
de la perte de
biodiversité, avec
une intensification
pour certaines.
Une couverture
du tiers
du territoire
français par au
moins un dispositif
de protection des
espaces naturels.
Des enjeux
liés à la
biodiversité
de mieux en mieux
pris en compte à
tous les niveaux,
du politique au
citoyen.
À RETENIR
RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ98
CHIFFRES CLÉS
70 %
FAUNE ET FLORE
PLUS DE
des espèces introduites
volontairement ou non par l?homme
dans de nouveaux habitats se trouvent dans
les territoires d?outre-mer.
des espèces décrites dans
le monde sont présentes
en France, soit 104 172 espèces
sur le territoire métropolitain
et 96 629 en outre-mer.
mobilisés en faveur de la biodiversité
en 2021, notamment pour la restauration des
milieux naturels, la réintroduction
d?espèces menacées ou la gestion d?espaces
protégés, soit 0,13 % du PIB.
des espèces cultivées pour
l?alimentation humaine en France
dépendent d?une pollinisation animale,
et en particulier des insectes.
espèces protégées
sont présentes sur le territoire
français.
7 269
68 %
10 %
3,3 Md¤
11 %
des espèces présentes
en France sont endémiques,
soit 22 775 espèces (dont 83 %
en outre-mer).
4,2 %
du territoire national,
terrestre et marin,
est couvert par un dispositif
de protection forte en 2024,
contre 1,8 % en 2021.
¤
20 %
des écosystèmes remarquables
sont dans un état de conservation
favorable en 2019.
99RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
DES SIGNAUX INQUIÉTANTS
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
L?état et l?évolution de la biodiversité ont toujours
été étroitement liés aux changements que la Terre a
subis depuis l?apparition de la vie. Depuis plusieurs
décennies, les activités humaines sont à l?origine
de changements environnementaux majeurs qui
conduisent au déclin de la biodiversité.
État de la biodiversité :
des outils d?inventaire mais
une connaissance à affiner
La mise en place de stratégies de gestion et de conser-
vation de la biodiversité, au niveau national et local,
suppose de disposer d?une bonne connaissance des
espèces. L?étude de leur répartition, la définition de
leurs habitats, de leur écologie et le suivi de leur abon-
dance permettent d?évaluer le caractère patrimonial
des espèces sur un territoire et d?en déterminer le
niveau de menace. Cette connaissance est le fruit
d?un long travail de prospection sur le terrain, de col-
lecte d?échantillons, d?identification et de remontée
d?informations. Les programmes de recherche scienti-
fique, de sciences participatives (Vigie-Nature, OPEN,
etc.) ou encore les inventaires d?espèces permettent
d?acquérir cette connaissance indispensable.
14,5 millions d?observations sont acquises et par-
tagées chaque année dans l?inventaire national du
patrimoine naturel (INPN) ? (moyenne 2021-2023) [1]
qui compte désormais plus de 103,6 millions d?ob-
servations. Les données collectées dans ce système
d?information biodiversité sont en constante pro-
gression (+ 26 % entre 2023 et 2024) [2]. Elles sont
désormais localisées et datées de façon plus précise,
ce qui enrichit les études sur le cycle de vie (phéno-
logie) des espèces et aide à identifier les impacts du
changement climatique. Cependant, la moitié des
espèces dont les données sont diffusées dans l?INPN,
Le concept de biodiversité désigne l?ensemble des êtres vivants
ainsi que les écosystèmes dans lesquels ils vivent. Il comprend
aussi les relations et les interactions entre les divers organismes
vivants, ainsi qu?entre les organismes et leurs écosystèmes
respectifs. L?ensemble forme un équilibre complexe et fragile.
Il est notamment mis à mal par les activités humaines.
Les services rendus par les écosystèmes, dont bénéficie
l?Homme, s?en trouvent affectés.
0
120 000
100 000
80 000
60 000
40 000
20 000
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2022 2023
17 633
24 %
23 516
31 %
26 609
31 %
33 716
39 %
40 289
45 %
41 736
47 %
40 974
41 %
44 592
44 %
49 895
49 %
56 367
52 %
59 591
54 %
Espèces n?ayant pas de donnée
diffusée dans l?INPN*
Espèces faisant l?objet d?au moins une donnée
diffusée dans l?INPN
63 053
57 %
2024
Évolution du nombre d?espèces inventoriées en France métropolitaine
En nombre d?espèces
* Inventaire national du patrimoine naturel.
Note : ce graphique représente la proportion d?espèces de France métropolitaine et de Corse listées
dans TAXREF et faisant l?objet d?au moins une donnée d?occurrence dans l?INPN (janvier 2024).
Source : INPN/SINP, PatriNat (OFB-MNHN)
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ100
souffrent encore d?un manque d?information pour
évaluer leur état et leur dynamique. Ainsi, en 2023,
le risque de disparition des espèces menacées n?a
pu être évalué que pour 18 % d?entre elles.
En France métropolitaine, 58 % des groupes d?es-
pèces ont encore aujourd?hui une répartition mal
connue qui empêche de définir de façon précise
leur secteur géographique. Par ailleurs, pour de nom-
breux invertébrés, champignons et espèces marines,
la connaissance actuelle est encore très lacunaire.
Les acteurs de la biodiversité peuvent également
s?appuyer sur les inventaires zones naturelles d?inté-
rêts écologique, faunistique et floristique (Znieff).
Cet inventaire, lancé en 1982, recense des espaces
terrestres et marins reconnus pour leur intérêt éco-
logique, abritant des espèces et des milieux naturels
remarquables rares et menacés. En 2023, le territoire
français comptait 19 847 Znieff terrestres (soit 30,2 %
de la couverture terrestre) et 308 Znieff marines
(soit 0,3 % de l?espace maritime français) 28. Près de
70 % des communes françaises abritent aujourd?hui
au moins une Znieff. Elles sont également présentes
en outre-mer, comme à Saint-Pierre-et-Miquelon où
l?intégralité du territoire est couverte par une Znieff.
Historiquement, l?inventaire des Znieff a aidé à établir
le réseau Natura 2000. Il continue de jouer un rôle
crucial dans la sélection des habitats à préserver.
Fin 2025, le programme CarHab fournira une
cartographie nationale détaillée, à l?échelle du
1:25 000e, couvrant 11 types d?habitats naturels et
semi-naturels pour les écosystèmes terrestres de
France métropolitaine et d?outre-mer.
Un déclin continu de
la biodiversité
La France concentre un patrimoine naturel d?une
exceptionnelle diversité, ce qui lui confère une respon-
sabilité particulière dans leur protection. Elle abrite
22 775 espèces endémiques (qu?on ne retrouve nulle
part ailleurs dans le monde), représentant 11 % de sa
biodiversité. Ces espèces endémiques, souvent plus
vulnérables en raison de leur aire de répartition limi-
tée, sont majoritairement situées dans les territoires
d?outre-mer (83 %), contre 17 % dans l?Hexagone.
La pression d?inventaires permet, chaque année,
de découvrir sur le territoire français, de nouvelles
espèces, comme l?aiguillat commun de La Réunion
(requin) ou encore le chat sauvage de Corse. En 2023,
633 nouvelles espèces ont ainsi été recensées, dont 78 %
en outre-mer. Les efforts d?inventaire doivent encore
être renforcés, notamment dans les fonds marins.
L?évaluation du statut de conservation des espèces
définit le degré de menace des espèces et leur risque
d?extinction. Selon l?UICN, sur les 157 190 espèces
L?ONB, outil de
connaissance sur la
biodiversité en France
Créé en 2012 à l?issue de la loi Grenelle,
l?Observatoire national de la biodiversité
(ONB) est un dispositif partenarial
qui vise à rendre compte de l?état et de
l?évolution de la biodiversité, ainsi que des
pressions qui l?affectent et des mesures
mises en place par les pouvoirs publics, la
société civile et le citoyen pour la préserver.
L?ONB rassemble des experts issus de la
sphère publique, du monde de la recherche,
des associations et des professionnels de la
biodiversité. Il s?inscrit dans une démarche
scientifique rigoureuse et transparente et
veille à garantir la neutralité et la fiabilité
de ses productions (rapports, indicateurs,
etc.). En 2024, plus de 120indicateurs sont
consultables sur le site naturefrance.fr.
Les Znieff* en France en 2023
* Zones naturelles d?intérêts écologique, faunistique et floristique.
Source : INPN, inventaire des Znieff, octobre 2023. Traitements : SDES, 202428. Inventaire des Znieff - Le territoire de référence pris en compte
est le territoire national sans les territoires du Pacifique Sud d?où le taux
de 30,2% (il n?y a pas d?inventaires Znieff en Pacifique Sud).
Saint-
Martin
Saint-
BarthélemyMayotte
Saint-Pierre-
et-MiquelonLa RéunionGuyane
Martinique
Guadeloupe
Znieff de type 2 mer
Znieff de type 1 mer
Znieff de type 2 terre
Znieff de type 1 terre
N
0 50 km
https://naturefrance.fr/indicateurs
https://inpn.mnhn.fr/actualites/lire/15261/mises-a-jour-de-l-inventaire-des-znieff-bilan-2023
101POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
étudiées, 44 016 sont menacées d?extinction au ni-
veau mondial. Sur les 200 801 espèces inventoriées
en France, 2 268 sont des espèces figurant parmi les
espèces menacées d?extinction, hissant la France au
10e rang des pays hébergeant le plus grand nombre
d?espèces menacées. Certains groupes d?espèces sont
particulièrement concernés par un risque d?extinction
au niveau mondial : 41 % des amphibiens, 36 % des
coraux constructeurs de récifs et 34 % des conifères.
Face aux multiples pressions d?origine humaine,
les populations animales et végétales ne pouvant
faire preuve de résilience tendent à diminuer. À titre
d?exemple, 66 % des espèces de papillons de jour
n?ont pas été revues depuis 20 ans dans au moins
un département français qu?elles occupaient. Pour
les espèces dites menacées, l?UICN évalue leur ten-
dance en observant les changements de catégorie de
menaces entre deux évaluations. En 2023, 38 % des
espèces françaises menacées au niveau mondial ont
une dynamique défavorable ce qui signifie qu?une
menace plus forte pèse sur ces espèces (seulement 5 %
des espèces menacées ont une dynamique favorable).
L?indice de risque d?extinction des espèces29 me-
sure la proportion d?espèces risquant de disparaître à
court terme sans mesures de conservation efficaces.
En 2023, cet indice s?élève à 0,17 en France métro-
politaine [3], ce qui signifie que, sans intervention,
Indice de risque d?extinction des espèces en 2023 et évolution entre 2000 et 2023
* Terres australes et antarctiques françaises.
Notes : l?indice risque d?extinction des espèces varie de 0 à 1 (valeur hors des barres). Plus sa valeur est proche
de 1 plus les populations évaluées sont dans une situation susceptible de conduire à leur disparition ; à l?inverse, plus l?indice est
proche de 0, plus les espèces concernées sont catégorisées dans un statut de préoccupation mineure (pas de disparition prévue
dans un avenir proche). La valeur de la tendance traduit l?évolution de l?indice du risque d?extinction entre 2000 et 2023.
Source : UICN Red List Index/BirdLife International, plateforme de la Global SDG Indicators Database, extraction au 12 février 2024.
Traitements : SDES, février 2024
29. Pour les groupes dont les évaluations sont complètes (mammifères,
oiseaux, amphibiens, coraux et cycadales).
17 % des espèces pourraient disparaître à moyen
terme. En outre-mer, cet indice varie fortement d?un
territoire à l?autre : il est excellent pour les espèces
locales à Saint- Barthélemy (presque nul), en Guyane
et à Saint-Martin mais s?élève à 0,46 à La Réunion et
Saint-Pierre-et-Miquelon, signalant un risque d?ex-
tinction beaucoup plus élevé. Au fil des ans, l?évolu-
tion de cet indice met en lumière l?accélération de
l?érosion de la biodiversité. Dans l?Hexagone et en
Corse, l?indice a doublé en 20 ans, passant de 0,08 à
0,17. Dans les territoires ultramarins, la situation est
également préoccupante avec une augmentation
de 74 % à Wallis-et-Futuna et de 188 % à Mayotte,
reflétant une détérioration significative de la biodi-
versité dans ces régions.
En 2019, sur le territoire métropolitain, seulement
un habitat d?intérêt communautaire sur cinq présentait
un état de conservation favorable, avec des variations
importantes selon les régions biogéographiques. La
région alpine, comprenant les Alpes et les Pyrénées,
présente de meilleurs états de conservation, avec un
habitat sur trois en état de conservation favorable.
En revanche, la région méditerranéenne présente un
état plus préoccupant, avec seulement un habitat
sur six en bon état de conservation. Concernant les
milieux agropastoraux, plus de la moitié des prairies
et pelouses d?intérêt communautaire sont dans un
état défavorable ou mauvais. Les landes et fourrés
sont globalement mieux conservés que les forma-
tions herbeuses.
0,0 0,10 0,15 0,25 0,35 0,450,05 0,20 0,30 0,40 0,50
La Réunion 46 %
1 %Saint-Pierre-
et-Miquelon
Guadeloupe
Nouvelle-Calédonie
Polynésie française
Monde
Martinique
TAAF*
Europe
France métropolitaine
Mayotte
Wallis et Futuna
Saint-Martin
Guyane
Saint-Barthélemy
23 %
22 %
38 %
17 %
40 %
72 %
106 %
188 %
74 %
83 %
19 %
- 47 %
2 %
0,46
0,46
0,38
0,37
0,29
0,28
0,25
0,20
0,17
0,17
0,16
0,15
0,07
0,06
0,01
Inférieure à 0 %
Valeur de la tendance
Valeur de l?indice
De 0 % à 10 %
De 10 % à 50 %
Supérieure à 50 %
https://unstats.un.org/sdgs/dataportal/database
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ102
Comment les activités
humaines affectent
les écosystèmes ultramarins
Caractérisés par une richesse écologique remarquable,
les écosystèmes ultramarins sont à la fois uniques
et fragiles du fait de leur isolement géographique.
Face à l?intensité croissante des activités anthropiques,
leurs équilibres écologiques sont remis en cause.
F
O
C
U
S
Récifs coralliens : une menace
inégale selon les territoires
Formés naturellement par des
animaux vivant en colonie qui
produisent un squelette calcaire,
les récifs coralliens sont des
réservoirs de biodiversité parmi
les plus riches des écosystèmes
marins. Ils abritent 25% de la vie
marine [4]. Cependant, l?équilibre
de ces écosystèmes est vulnérable
à diverses menaces. Localement,
ils peuvent être affectés par
l?agriculture, l?exploitation minière,
l?urbanisation, les aménagements
côtiers, la plaisance, le transport
maritime, etc. À l?échelle régionale
ou globale, ils subissent les impacts
des cyclones, de l?augmentation de
la température et de l?acidification
des océans, ainsi que de la
diminution des herbivores limitant
le développement algal sur les
coraux, et de la prolifération de
prédateurs de coraux comme
l?escargot drupella et les sargasses.
Abritant la plus grande formation
récifale des petites Antilles (29km
de long), le Parc national de
Guadeloupe a connu en octobre
2023 un épisode de blanchissement
massif de ses coraux en raison
d?une forte et longue canicule
marine. Bien que certains coraux
blanchis puissent guérir, d?autres
ont été décimés (cas de trois espèces
d?Acropores). En 2020, l?état de
conservation des récifs coralliens
variait de façon importante d?un
territoire à l?autre: 70% des récifs
étaient en bon état dans les îles
du Pacifique (Nouvelle-Calédonie,
Wallis et Futuna, Polynésie
française et Clipperton) et les îles
Éparses de l?océan Indien, plus
vastes et plus isolées. En revanche,
62% [5] étaient dans un état
dégradé aux Antilles françaises
et dans l?océan Indien (Mayotte,
La Réunion).
Mangroves : entre destruction
et expansion
Écosystèmes à l?interface entre
le milieu terrestre et marin,
les mangroves sont constituées
principalement de palétuviers.
Ces arbres forment un habitat
crucial pour de nombreuses
espèces comme le raton crabier,
la mangouste, le petit crabe
nageur. En plus d?être des aires de
reproduction et d?alevinage, les
mangroves protègent les côtes des
cyclones et tsunamis, réduisent
l?érosion marine, filtrent les métaux
lourds et pesticides et ont un rôle
majeur dans la séquestration du
carbone. L?urbanisation croissante
du littoral, l?aménagement
du territoire (canalisations,
artificialisation des sols en amont
de la mangrove, déviation de
cours d?eau) et la pollution issue
des bassins-versants ou de la
mer représentent les principales
causes de leur fragmentation
et de leur dégradation. La
situation est contrastée dans les
territoires ultramarins. Alors que
respectivement 40% et 65% de la
superficie des mangroves de Saint-
Martin et Saint-Barthélémy ont
été perdues, celle de Guadeloupe a
connu une augmentation de 19%
depuis 1950 [6].
Herbiers marins : une
accélération de leur disparition
Biologiquement riches et très
productifs, les herbiers marins
constituent l?habitat de nombreuses
espèces telles que le dugon ou
la tortue verte. Leur rôle dans
l?équilibre des écosystèmes est
multiple: garde-manger de
nombreuses espèces halieutiques,
purification de l?eau côtière, puits
de carbone (10% du carbone
océanique mondial), protection de
l?érosion des côtes. La dégradation
de la qualité de l?eau (hausse des
nutriments, pollutions, turbidité,
envasement), les effets des
aménagements réalisés sur le
littoral (remblais, dragage), la pêche,
la navigation non réglementée
et le changement climatique
103POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Écosystèmes et déforestation en Guyane
représentent les principales
menaces. On estime que près de
30% des herbiers du globe [7] ont
disparu depuis le XIXe siècle et que
la tendance s?est accélérée depuis
1990 avec une pression croissante
des activités humaines. En France,
ce déclin s?observe dans les Caraïbes
et l?océan Indien (particulièrement
à Mayotte) et s?illustre par la
présence, aujourd?hui, de deux
espèces classées «vulnérables»
dans la Liste rouge des espèces
menacées d?extinction de l?UICN.
Forêt tropicale humide
de Guyane : un déclin
de la biodiversité dû à
la déforestation
Essentiellement publique, la forêt
guyanaise, bien que relativement
préservée des activités humaines,
connaît ces dernières années
une pression grandissante.
L?accroissement démographique
ainsi que le développement de
l?activité minière légale et illégale,
se traduisent localement par une
disparition de la forêt primaire
au bénéfice de zones minières,
agricoles et urbanisées. L?impact
de ces pressions est multiple:
perte d?habitat d?espèces, baisse
de diversité et quantité de
poissons, privation d?accès à l?eau
potable, maladies des populations
amérindiennes dépendant
directement ou indirectement du
fleuve, etc. Entre 1990 et 2020, la
superficie forestière a baissé de
1,5%. Or, la destruction de la forêt
peut avoir des effets en cascade
sur les espèces. Une récente
étude menée sur le plateau des
Guyanes montre qu?un faible taux
de déforestation cause un déclin
important de la biodiversité:
la perte de moins de 11% de la
surface forestière conduirait à
un déclin de plus du quart des
espèces de poissons et mammifères
du territoire [8]. Ce déclin touche
principalement les espèces
considérées en danger d?extinction
par l?UICN. L?impact de l?homme
sur la forêt guyanaise se manifeste
par des feux, des coupes de bois et
l?introduction d?espèces exotiques
envahissantes. Ces actions peuvent
affecter la biodiversité, ainsi que les
stocks de carbone. Enfin, une étude
menée sur la forêt atlantique située
sur la côte est de l?Amérique du Sud
révèle que la déforestation a déjà
provoqué des pertes de 23 à 42%
de la biodiversité et des stocks de
carbone [9].
Savanes guyanaises : recul et
menaces sur un écosystème
crucial
Formations herbacées typiques
du paysage littoral guyanais,
les savanes ne représentent que
1% de la superficie de Guyane.
L?héritage agricole amérindien avec
ses champs surélevés a façonné
les savanes guyanaises créant un
écosystème d?une grande richesse
écologique. Celui-ci abrite de
nombreuses espèces menacées,
incluant 81% des oiseaux, 80%
des reptiles, et l?ensemble des
amphibiens de la région. Pourtant,
de multiples pressions liées à
l?activité humaine ont largement
réduit ces milieux d?importance.
Les activités de labour ou la
construction d?étangs à poissons ont
nivelé le milieu et altéré les modes
de drainage. Malgré l?interdiction
du brûlage, des feux illégaux
persistent créant des conflits
d?usage entre les différents acteurs
du territoire. De plus, l?introduction,
volontaire ou accidentelle, de
plantes exotiques envahissantes,
comme le Mangium ou le Nialoui,
perturbe les écosystèmes en se
répandant rapidement, impactant
ainsi d?autres habitats tels que les
mangroves, les marais et les forêts.
Avec la croissance démographique,
la Guyane connaît une expansion
de l?urbanisation dont les
conséquences sont irréversibles
pour les zones humides et les
savanes. Depuis 1950, on estime
que les savanes guyanaises ont
perdu 44% de leur surface et que
41% des surfaces restantes sont
menacées [10].
Source : DAAF Guyane, OAM/ONF Guyane, 2024. Traitements : SDES, 2024
Saint-
Laurent-
du-Maroni Sinnamary
Kourou
Roura
Saül B R É S I LulaMaripasoula
Saint-
Georges
Océan
Atlantique
RéginaRégina
Cayenne
Forêt (8 080 000 ha
soit 96,6 %)
Autres écosytèmes
(287 000 ha soit 3,4 %)
Écosystèmes
Par l?activité
minière légale
et l?orpaillage illégal
(33 300 ha soit 0,4 %)
Surfaces déforestées
ou dégradées
Par d?autres activités
(écobuage, etc.)
(286 ha soit 0,003 %)
Grand-
Santi
Grand-
Santi
CamopiCamopi
Saint-
Élie
Saint-
Élie
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ104
Cinq pressions responsables
du déclin de la biodiversité
En 2019, l?IPBES a publié un rapport évaluant l?état
de la biodiversité et des services écosystémiques
mondiaux sur les cinquante dernières années. Ce bilan
a révélé cinq principales pressions anthropiques qui
impactent gravement la nature à l?échelle mondiale :
la destruction des habitats, la surexploitation des
ressources, la pollution, le changement climatique
et l?introduction d?espèces exotiques envahissantes.
Ces facteurs agissent simultanément, et parfois en
synergie, amplifiant les pressions subies par les espèces.
Des milieux naturels
artificialisés et fragmentés
L?augmentation de la population et le développe-
ment des activités économiques conduisent la so-
ciété à transformer son environnement, entraînant la
destruction, la fragmentation et la perturbation des
écosystèmes. L?urbanisation et le tourisme sont les
principales causes de destruction des habitats marins
et côtiers. L?artificialisation des sols et la destruction
d?éléments du paysage (haies, bosquets) conduisent à
fragmenter les milieux naturels terrestres. Ce phéno-
mène affecte également les milieux aquatiques : en
2023, on comptait 102 742 obstacles à l?écoulement
en France métropolitaine, soit un obstacle tous les
4,16 km de cours d?eau. Ces obstacles affectent la
qualité, la disponibilité et l?accessibilité des habitats
aquatiques. Ils créent une rupture dans la continuité
écologique nécessaire à la survie des espèces et contri-
buent significativement à l?érosion de la biodiversité.
Une surexploitation
des ressources naturelles
Au-delà de la diminution de l?abondance des es-
pèces sauvages, l?exploitation de ressources à des
taux supérieurs à la régénération naturelle consti-
tue une pression majeure dans les écosystèmes.
La surexploitation halieutique entraîne ainsi un
changement profond des écosystèmes océaniques.
En France métropolitaine, plus de 300 espèces
de poissons, crustacés et mollusques sont exploitées
commercialement. En 2022, 20 % des 347 000 tonnes
débarquées provenaient de populations en surpêche
et/ou dégradées [11]. C?est le cas par exemple du
maquereau dans l?Atlantique et de la sardine du golfe
de Gascogne ou de la sole de Manche Ouest. De plus,
2 % des débarquements proviennent de populations
effondrées, comme le lieu jaune des mers du Nord
et celtique, et le merlu de Méditerranée. Toutefois,
une évolution positive de l?état des ressources et
de leur exploitation est observée depuis vingt ans.
Ainsi, la part dans les débarquements français des
populations issue de stocks biologiquement viables
a augmenté, passant de 18 % en 2000 à 56 % en
2022. Au-delà de la surexploitation des ressources
Cinq exemples d?atteinte à la biodiversité en France métropolitaine
Source : CGDD, d?après OFB, données ONB
Destruction des
milieux naturels
Surexploitation
des ressources
Changement
climatique
Espèces exotiques
envahissantes
Pollution
25 000 hectares
artificialisés enmoyenne chaque année
(2009-2022)
- 7 % du taux decroissance des arbres
(2005-2013 / 2014-2022)
14 nouvelles espèces
exotiques envahissantes
tous les 10 ans (depuis 1985)
22 % des poissonspêchés sont
surexploités (2022)
+ 6 % des nitrates
dans les cours d?eau
(2000-2020)
105POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
vivantes, la pêche industrielle conduit à la capture
d?espèces menacées et protégées (sur la période
2016 et 2020, l?estimation moyenne des captures
accidentelles est de près de 6 600 dauphins com-
muns et 220 marsouins communs dans la région
marine Manche-Atlantique [12]) et à la modification
et destruction d?habitats et de fonds marins.
Des pollutions qui affectent
tous les milieux
L?activité humaine créée ou modifie certaines subs-
tances qui les rendent naturellement non ou peu
dégradables. C?est le cas par exemple de la pollu-
tion plastique qui affecte tous les organismes qui
peuplent les eaux marines, jusqu?à des milliers de
mètres de profondeur. Cette pollution touche au
moins 267 espèces dans le monde, dont 86 % des
tortues marines, 44 % des oiseaux marins et 43 %
des mammifères marins [13].
Une autre grande catégorie de pollution est la
pollution chimique, qui comprend les métaux lourds,
les produits phytopharmaceutiques et d?autres subs-
tances nocives qu?on retrouve dans l?air, les sols et
dans l?eau. Ces polluants ont de multiples effets
néfastes sur la biodiversité, même si certains restent
à ce jour peu (re)connus. Ils peuvent causer la mort
de certaines espèces, provoquer des maladies par
intoxication, affecter leur reproduction (féminisa-
tion des poissons, fragilisation des oeufs, etc.) ou
altérer leur comportement. En 2022, un comité
d?experts de l?Inrae et de l?Ifremer a confirmé que
l?ensemble des milieux terrestres, aquatiques et ma-
rins, en particulier les zones côtières, est contaminé
par les produits phytopharmaceutiques. Les effets
directs et indirects de ces substances sont également
avérés sur les écosystèmes et les populations d?or-
ganismes terrestres, aquatiques et marins [14]. C?est
la raison pour laquelle de nombreuses substances
sont interdites au niveau européen pour certains
ou tout usage.
D?autres sources de pollutions affectant la bio-
diversité ont été identifiées, comme les pollutions
sonores, lumineuses, olfactives, magnétiques ou ra-
dioactives. Outre les échouages et la désorientation
des grands cétacés, comme l?a illustré la présence
d?un béluga et d?une orque dans la Seine en 2022, la
pollution sonore affecte également un large éven-
tail d?espèces marines. Le bio acousticien Michel
André [15] a ainsi montré que la pollution sonore
La pollution
lumineuse :
un impact croissant
sur la biodiversité
L?éclairage nocturne engendre une perte
d?habitats naturels pour les espèces
nocturnes et crée une fragmentation des
milieux. 85% du territoire métropolitain
est exposé à un niveau élevé de pollution
lumineuse, qui constitue une menace
pour de nombreuses espèces animales et
végétales.
Les chauves-souris, par exemple, fuient
la pollution lumineuse et voient leur
habitat naturel se réduire. Entre 2006
et 2021, leur population a décliné de
43%. Par ailleurs, les insectes nocturnes
affectés par la lumière artificielle ne
jouent plus leur rôle de pollinisateurs
avec un impact sur la flore.
impactait la répartition des herbiers de posidonies,
qui utilisent des vibrations pour trouver le fond
marin et s?enraciner.
Parmi les polluants de l?air, l?ozone qui se forme
par réaction entre des polluants d?origine humaine
et naturelle déjà présents dans l?atmosphère sous
l?influence du rayonnement solaire, a un impact
avéré sur la croissance des plantes. L?absorption de
l?ozone peut endommager les cellules végétales et
provoquer une baisse quantitative et qualitative
des rendements agricoles et une diminution de la
croissance des forêts.
Des modifications biologiques
induites par le changement
climatique
En affectant l?équilibre naturel des écosystèmes et
leurs chaînes alimentaires, le changement climatique
impacte de façon significative les interactions qui
lient la faune et la flore. Ces perturbations sur le
vivant sont multiples : déplacement de l?aire de
répartition des espèces, accélération des cycles
saisonniers, extinction de populations locales, etc.
Ces bouleversements biologiques sont provoqués
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ106
notamment par la hausse des températures, l?aci-
dification et l?élévation du niveau des océans, les
inondations, etc. Ainsi, les habitats situés à l?interface
terre-mer des littoraux se trouvent particulièrement
impactés. Côté « terre », les estuaires, les marais
littoraux, les estrans ou encore les dunes, les côtés
rocheuses ou sableuses, qui offrent des conditions
de vie (salinité, vent, marée, etc.) spécifiques mais
favorables à de nombreuses espèces endémiques,
sont aujourd?hui menacés de disparition [16].
L?élévation des températures sur terre comme en
mer pousse certaines espèces à adapter leur compor-
tement. C?est le cas des espèces migratrices qui font
évoluer leur stratégie de migration au cours du temps
pour gagner des territoires aux conditions climatiques
plus favorables. Certaines espèces, comme les migra-
teurs partiels ont la capacité de s?adapter en retardant
leurs dates de passage (diminution des distances de
migration) alors que d?autres les avancent, provo-
quant un décalage dans la période de reproduction.
Ainsi, en 2023, les oiseaux migrateurs transsahariens,
sont arrivés à la Pointe de Grave (extrémité nord du
Médoc) en moyenne 3,9 jours plus tôt par rapport à
1986. De même, on observe que pendant la période
postnuptiale, les espèces migratrices partent plus
tôt vers les zones d?hivernage à l?automne avec un
départ anticipé de 2,4 jours en 2023 par rapport à
1986 pour neuf espèces de migrateurs transsahariens
au col d?Organbidexka au Pays basque. Par ailleurs,
les variations de température en milieu marin ont des
répercussions sur le développement de nombreux
poissons. Une hausse des températures entraîne un
développement embryonnaire plus rapide chez de
nombreuses espèces, ce qui augmente le risque de
malformations à la naissance et les rend plus vulné-
rables aux prédateurs [17].
Des espèces exotiques
envahissantes plus nombreuses
et conquérantes
Par son positionnement géographique et la diversité
de ses climats et habitats naturels, la France est
fortement exposée à l?implantation de nouvelles
espèces. Les flux de marchandises et de personnes
en constante progression facilitent leur accès sur
le territoire. En 2023, on recensait 2 502 espèces
continentales et marines considérées comme in-
troduites dans l?Hexagone, représentant 2 % des
espèces connues sur le territoire. Certaines de ces
espèces peuvent devenir envahissantes et nuire à la
biodiversité locale. Qu?elle soit volontaire ou non,
l?introduction d?espèces envahissantes peut avoir
de graves répercussions sur la santé des végétaux
cultivés, des animaux d?élevage, des milieux naturels
ou encore celle de l?homme. Elle peut générer d?im-
portants coûts économiques et des impacts sur les
activités humaines : navigation fluviale, tourisme,
productions agricoles. Pour cette raison, 94 espèces
animales et végétales sont aujourd?hui considérées
comme espèces exotiques envahissantes (EEE) et
font l?objet d?une réglementation spécifique en
France métropolitaine.
De multiples invasions illustrent ce phénomène
comme celles de l?écrevisse américaine, de la four-
mi de feu, de la jussie ou du miconia, et du frelon
asiatique.
Arrivé en 2004 en Lot-et-Garonne, ce dernier
occupait de façon certaine en 2023, l?ensemble des
départements métropolitains à l?exception de ceux
de la Corse [18]. Cette espèce envahissante introduite
par le commerce international provoque de graves
perturbations écologiques. Le frelon menace les
insectes locaux, et notamment les abeilles domes-
tiques et sauvages ainsi que les autres pollinisateurs,
et cause des dégâts importants sur les vergers et
la production apicole. Il représente également un
risque de santé publique et fait aujourd?hui partie
des 49 EEE préoccupantes pour l?UE. Les projec-
tions [19] montrent que le front d?expansion de ses
populations progresse en moyenne de 78 km/an.
En mer, le trafic maritime et la conchyliculture
sont parmi les principales causes d?introduction des
EEE. Depuis 1983, plus de 28 de ces espèces ont été
recensées dans l?ensemble des départements litto-
raux de France métropolitaine. Ces espèces tendent
à perturber l?équilibre naturel de leurs écosystèmes
d?adoption.
Les territoires insulaires d?outre-mer, aux éco-
systèmes spécifiques, sont également particuliè-
rement sensibles à l?implantation de ces nouvelles
espèces.
107POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
DES SERVICES
ÉCOSYSTÉMIQUES
FRAGILISÉS
La réduction progressive de la biodiversité affecte
non seulement l?environnement, mais aussi la société
et l?économie, qui profitent inconsciemment de
nombreux avantages fournis par les écosystèmes.
La détérioration ou la diminution de ces ressources
pourrait avoir des conséquences notables.
Les arbres en milieux urbains :
essentiels mais trop peu
présents
Zones hostiles à la biodiversité du fait de la concen-
tration de perturbations humaines, les milieux urbains
disposent néanmoins d?espaces de nature (bois,
mares, jardins, squares, etc.). Avec une augmenta-
tion de 1 % de l?urbanisation entre 2012 et 2018, il
devient de plus en plus complexe de trouver un
équilibre entre la densité urbaine et le maintien
de la nature en ville, surtout avec une population
française croissante.
Pour préserver la santé mentale des citadins,
l?OMS recommande une moyenne de 15 m² d?espaces
verts par habitant. Ce chiffre a été tout juste atteint
en région parisienne en 2022, en incluant les bois
de Vincennes et de Boulogne. Cependant, à Paris
intra-muros, la situation est bien différente, avec
seulement 5,8 m² d?espaces verts par habitant [20].
Pour satisfaire le besoin de nature en milieu ur-
bain, de nombreuses municipalités s?engagent à
densifier leurs espaces verts en plantant des arbres.
Cette approche minimaliste permet d?apporter
de nombreux bénéfices écosystémiques dont le
stockage du carbone et l?apport de fraîcheur dans
les îlots de chaleur.
Selon l?OMS, la présence d?arbres dans un milieu
urbanisé concourt également à diminuer la tempé-
rature de l?air de l?ordre de 1 à 2 °C dans un rayon de
50 m. L?arbre urbain contribue également à l?amé-
lioration de la qualité de l?air en interceptant et/ou
absorbant certains polluants et particules atmos-
phériques. Selon le Programme des Nations unies
pour l?environnement (PNUE), un arbre de plus de
3 m en milieu urbain peut retenir jusqu?à 5,4 tonnes
de CO2 par an et 20 kg de poussières. Une étude
réalisée en 2016 par i-Tree à Strasbourg a révélé que
les arbres de la ville stockaient 128 000 t de carbone
chaque année, soit l?équivalent des rejets annuels
moyens de 35 000 Strasbourgeois [21].
À l?exception de quelques villes, les grands mi-
lieux urbains français ne sont pas assez pourvus
d?arbres. En 2023, la région Île-de-France a recensé
Initiée en 2012 par le ministère chargé
de l?Environnement, l?évaluation
française des écosystèmes et des services
écosystémiques (Efese) vise à mieux
connaître et faire connaître l?état de la
biodiversité et ses multiples valeurs, afin
d?en renforcer la prise en compte dans
les politiques publiques et les décisions
privées en France.
L?Efese réalise des synthèses sur les
enjeux associés à différents services
rendus par les écosystèmes au niveau
national ou territorial. Elle propose
des valeurs de référence et identifie
les principaux besoins de connaissances
supplémentaires. À ce jour, six évaluations
nationales et sept évaluations thématiques
ont été réalisées.
Efese, une plateforme au carrefour
entre science, décision et société
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ108
26 millions d?arbres sur une superficie de 12 000 km²,
soit deux arbres par habitant. À Paris intra-muros, ce
chiffre tombe à seulement 0,2 arbre par habitant,
contre une moyenne nationale de 182 arbres. En
dépit d?efforts pour planter davantage d?arbres
en milieu urbain, beaucoup sont encore abattus
(3 000 par an en moyenne à Paris [22]), soit pour des
raisons sanitaires ou le plus souvent pour des raisons
d?aménagements urbains ou de sécurité routière.
Enfin, l?arbre offre un service de soutien essentiel
à la biodiversité en ville, en offrant un refuge pour la
faune et en contribuant au maintien des corridors
écologiques. Actuellement, la diminution du nombre
d?arbres en milieu urbain, alliée aux pollutions chimique,
atmosphérique et sonore, est responsable d?une baisse
de 44 % de la population d?oiseaux en milieux bâtis
en France, observée entre 1989 et 2023.
Milieux agricoles : une
biodiversité à restaurer pour
garantir l?approvisionnement
L?effet combiné de la déprise agricole, de la méca-
nisation des pratiques agricoles et de l?artificiali-
sation des sols a fortement transformé le paysage
agricole. Au sein de ces milieux, deux écosystèmes
ont particulièrement été impactés : les haies et les
bocages. Depuis 1950, la surface de prairies en France
est passée de 13,2 Mha en 1950 à 9,6 Mha en 2020 [24],
soit une baisse de 27 %. La perte de haies est encore
plus marquée, avec une réduction estimée à 70 %
depuis 1950. Entre 2017 et 2021, malgré la replanta-
tion annuelle d?environ 7 000 km de haies, plus de
23 500 km de haies ont été arrachées chaque année
[25]. En 2023, le linéaire total de haies est estimé à
750 000 km. Un réseau dense de haies combiné à des
prairies mellifères peut héberger jusqu?à une centaine
d?espèces d?insectes différentes, dont des papillons,
des abeilles, des mouches et des coléoptères.
Au-delà du rôle d?habitat pour diverses espèces,
comme les pollinisateurs, les oiseaux et les petits
mammifères, les haies jouent un rôle dans la régula-
tion environnementale. Leur système racinaire aide
à ralentir le ruissellement et à favoriser l?infiltration
de l?eau. De plus, elles offrent une protection contre
les impacts du changement climatique, comme les
intempéries violentes ou les fortes chaleurs, ce qui se
traduit par des bénéfices directs sur les rendements
agricoles. Le programme de recherche Resp?Haies
estime qu?une parcelle agricole de 4 ha entourée de
haies en bon état peut avoir un rendement supérieur
de 12 % à celui d?une parcelle sans haie [26].
Les insectes pollinisateurs sont essentiels pour la
préservation de la biodiversité en milieu agricole et
pour la production vivrière. Des études internationales
ont montré que la biomasse des insectes avait dimi-
nué de 2,5 % en moyenne par an depuis 30 ans [27]
à cause notamment de l?utilisation de produits phy-
tosanitaires, mais cette baisse est plus difficile à es-
timer à une échelle locale. En France, la contribution
des insectes pollinisateurs à la production végétale
destinée à l?alimentation humaine est estimée à une
valeur économique comprise entre 2,3 à 5,3 Md¤ [28].
En effet, plus de 70 % des espèces cultivées pour
l?alimentation en France dépendent plus ou moins
fortement de l?action des pollinisateurs.
En 2019, le Muséum national d?histoire naturelle
(MNHN) et l?Inrae ont élaboré une carte de l?effica-
cité de la pollinisation en France, à partir de données
sur les rendements de différentes cultures agricoles.
L?étude a examiné des cultures dépendantes de la
pollinisation, telles que le melon et la courge, ainsi
que des cultures autofécondantes, comme le blé et le
maïs. Les résultats montrent d?importantes disparités
entre le nord et le sud de la France métropolitaine,
avec une pollinisation plus efficace dans les régions
méditerranéennes qu?à l?extrême nord du pays. Cette
différence pourrait s?expliquer par deux facteurs :
certaines espèces de pollinisateurs, comme les hymé-
noptères, préfèrent le climat chaud méditerranéen au
climat tempéré des régions septentrionales ; d?autres
espèces, comme les lépidoptères, trouvent dans le
sud de la France des habitats plus propices à leur
développement larvaire, tels que les pelouses sèches
des milieux alpins et les garrigues près du littoral.
Indispensables à la production agricole, les sols
hébergent une biodiversité insoupçonnée. Ils abritent,
par exemple, plusieurs tonnes de vers de terre par
hectare, jusqu?à un milliard de bactéries par gramme de
sol et plusieurs dizaines de millions de champignons.
On dénombre jusqu?à 10 000 espèces d?organismes
par m² pour la faune de la taille d?un micromètre à
20 mm et 260 vers de terre par m² en moyenne. Ces
animaux, champignons, bactéries, virus et algues
sont absolument nécessaires aux écosystèmes. La
faune et le microbiote améliorent la fertilité du sol en
recyclant le carbone et en fournissant des éléments
Les terres agricoles
en France
44 %
de la superficie du pays (DROM compris) est occupée
par des terres agricoles [23] composées à :
62 %
de terres
arables
33 %
de surfaces
toujours
en herbe
5 %
de cultures
pérennes (vignes
et vergers)
109POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Indice de pollinisation dans les départements de France métropolitaine
Lecture : l?indice potentiel de pollinisation mesure la capacité des écosystèmes à favoriser la pollinisation des
cultures par les abeilles sauvages. Il combine des données de littérature sur l?écologie des espèces d?abeilles
sauvages, avec des informations spatiales sur la disponibilité des ressources pour ces pollinisateurs (c?est-à-dire
la nourriture et les sites de nidification). Le potentiel relatif de pollinisation diminue avec la distance par rapport
aux habitats semi-naturels (un indicateur du taux de visite des abeilles) et augmente avec la température
annuelle (un indicateur de l?activité des abeilles sauvages). Les valeurs les plus positives (en orange) indiquent
les départements où la pollinisation est la moins problématique alors que les valeurs les plus négatives (en bleu)
sont associées à des départements où le service de pollinisation est moins bon.
Source : Indicateurs écologiques, Volume 101, 2019 (Martin et al., INRA-MNHN), d?après étude européenne
Zulian et al. (2013) [29]. Traitements : SDES, 2024
Départements
où les rendements
des cultures liés à
la pollinisation sont
très significatifs
2
1
0
- 1
Indice de
pollinisation
Départements
où les rendements
des cultures liés à
la pollinisation sont
très significatifs 0 50 km
N
nutritifs aux plantes. Ils dégradent des contaminants
et limitent l?érosion ou le tassement, en améliorant la
structure du sol, ainsi que la circulation, le stockage
et la filtration de l?eau. Ainsi, une perte de 30 % de
la biodiversité microbienne diminue d?environ 40 %
la minéralisation de la matière organique (et donc le
recyclage des éléments minéraux), baisse de 50 % la
dénitrification du sol et la productivité générale, et
réduit de 40 % la stabilité structurale [30].
Une forêt aux valeurs
mésestimées
Le milieu forestier se compose principalement
d?arbres, d?arbustes et arbrisseaux, ainsi que de l?en-
semble des espèces qui lui sont associées, comme
les champignons et les insectes, toutes interdépen-
dantes. Dans ces milieux, les forêts primaires, qui
ont évolué sans intervention humaine, cohabitent
avec les forêts secondaires, façonnées par les socié-
tés humaines. Bien que les forêts soient menacées
à l?échelle mondiale, avec la disparition annuelle
moyenne de 6 Mha entre 1990 et 2021, principale-
ment au Brésil et en Indonésie [31], la surface de la
forêt métropolitaine s?accroît continûment depuis
la fin de la Révolution française. Celle-ci est passée
de 14,4 Mha en 1990 à 17,5 Mha en 2024 [32].
Le milieu forestier, en plus de s?étendre, affiche éga-
lement un état de conservation supérieur par rapport
à d?autres habitats. Selon la dernière évaluation de
l?état de conservation des régions biogéographiques
réalisées dans le cadre de la directive européenne
Habitats, Faune, Flore (DHFF), 35 % des évaluations
forestières sont favorables, contre une moyenne de
23 % pour les autres milieux [33]. De plus, la diversité en
espèces communes et indigènes d?arbres a augmenté
de 18,9 % dans les forêts métropolitaines en dix ans.
Ces signaux positifs restent toutefois menacés par
des effets liés au réchauffement climatique. Sur la
décennie 2013-2023, environ 9 000 ha de forêts ont
été incendiés en moyenne chaque année [34]. Sur la
même période, la chenille processionnaire du pin
a progressé vers le nord de la France à un rythme
moyen de 4 km/an [35].
Au-delà de la valeur marchande du bois, les forêts
offrent d?autres biens et services précieux, tels que
des espaces de détente, la protection des écosys-
tèmes et de la biodiversité, ainsi qu?une contribution
essentielle à la lutte contre le réchauffement clima-
tique. Selon une estimation du Citepa, en 2022, les
forêts ont capté 27,6 Mt CO2 [36].
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ110
Bilan net des gaz à effet de serre des terres agricoles
et forestières par ancienne région en 2021
Lecture : les terres agricoles et forestières de Midi-Pyrénées ont capté
6,8 Mt CO2 éq en 2021. Inversement, celles de Champagne-Ardennes ont émis
1,9 Mt CO2 éq en 2021.
Note : la carte correspond à tout utilisation des terres, changement
d?affectation des terres et foresterie (UTCATF) et pas seulement à la forêt
(même si la forêt représente la majorité d?UTCAFT).
Source : Inventaire Citepa en 2024, d?après les données 2021.
Traitements : SDES, 2024
1,9
0
- 6,8
Bilan du secteur
UTCATF par région
(en Mt CO? éq)
- 1
0,2
0,2
0,4
0,4
0,4- 1,7
- 1,7
- 6,8 - 3,2
- 1,6
- 1,6
- 0,2
- 0,8 - 2,9
- 2,7
3-
0,8
1,9
1,2
0,6
0,5
0 50 km
N
En 2021, les ménages français sont allés en moyenne
neuf fois en forêt, soit une fréquentation totale an-
nuelle estimée à 700 millions de visiteurs [37]. Selon
une enquête réalisée en 2018 sur les usages récréatifs
de la forêt, les ménages français se rendent dans
les forêts pour observer la nature, faire du sport et
de la cueillette. La collecte moyenne est estimée à
1 kg de champignons, 0,4 kg de baies et 0,9 kg de
châtaignes par visiteur et par an. Sur la base d?une
analyse des coûts de déplacement et les préférences
des visiteurs, l?Efese estime la valeur économique
des loisirs forestiers en France entre 13 et 45 Md¤
par an [38]. Cette estimation dépasse largement les
3 Md¤ générés chaque année par la vente de bois.
Des milieux humides et
aquatiques régulateurs des effets
du changement climatique
À l?interface entre le milieu terrestre et aquatique, les
milieux humides (marais, tourbières, prairies humides,
lagunes, mangroves, etc.) sont caractérisés par la présence
de façon permanente ou temporaire d?eau douce, salée
ou saumâtre, et par une végétation hygrophile. Ces
milieux se retrouvent fréquemment en contact avec
les milieux d?eau douce. Courantes (rivières, fleuves,
cours d?eau, chenaux d?écoulement des eaux, etc.) ou
stagnantes (plans d?eau), les eaux de surface maillent
l?ensemble du territoire et interagissent avec les eaux
souterraines. Dans l?Hexagone, on estime à près de
13 Mha la surface potentielle de zones humides, à plus
de 350 000 ha la surface totale en plans d?eau [39] et
à 270 000 km le réseau hydrographique.
À l?instar des surfaces d?eau stagnante, les zones
humides jouent un rôle dans le stockage et la régulation
de la qualité des eaux de surface. Elles permettent
chaque année d?économiser à la société l?équivalent
de 2 000 ¤/ha sur le traitement de l?eau potable [40].
Les végétaux présents dans ces écosystèmes in-
terviennent dans ce cycle via l?évapotranspiration
ou via l?infiltration grâce à leurs racines. Les eaux
courantes jouent aussi un rôle dans le cycle des
éléments nutritifs comme le carbone ou l?azote.
Alors que les crues saisonnières que subissent les
milieux aquatiques sont nécessaires à leur bon fonc-
tionnement (interactions entre milieux terrestres et
aquatiques, recharge en sédiments, modelage du lit
des cours d?eau), les zones humides contribuent à
en diminuer l?intensité.
Considérées comme des amortisseurs de premier
ordre aux effets du changement climatique, les zones
humides alimentent les nappes souterraines et les
cours d?eau, retardant les effets des sécheresses et
préservant la ressource en eau. Par ailleurs, chaque
année, en France, la valeur des services rendus par
les milieux humides et aquatiques continentaux dans
la rétention de l?azote est estimée à plus de 2 Md¤.
Considérées comme les principaux puits de carbone,
les tourbières, qui ne couvrent pourtant que 0,2 % de
la surface métropolitaine [41], stockent chaque année
0,5 t CO2 /ha. Leur perturbation ou leur dégradation
libérerait dans l?Hexagone un stock de référence
estimé à 3 214 t CO2/ha détruit [42].
Les milieux humides et aquatiques continentaux,
lieux de repos, de nourriture et de reproduction,
constituent des réservoirs de biodiversité d?une grande
richesse. On estime que plus du tiers des espèces
recensées sur l?hexagone profiterait de ces habitats.
Parmi elles, 80 espèces de poissons présentes dans
les rivières françaises et plus de 90 espèces d?oiseaux
nicheurs en dépendent. Les prélèvements d?espèces
sauvages réalisés dans les milieux humides et aqua-
tiques continentaux (principalement des poissons)
représentent une valeur commerciale annuelle de
111POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
l?ordre de 240 M¤ [43]. La pêche professionnelle en
eau douce est une activité aujourd?hui pratiquée par
près de 400 professionnels en France et dégageait un
chiffre d?affaires de l?ordre de 27,7 M¤ en 2020 [44].
Ces milieux offrent également de multiples services
récréatifs, comme la baignade, la pêche de loisir,
les sports nautiques. En 2022, plus de 1,4 million
de cartes de pêche ont été délivrées en France [45].
Associé à ces milieux, un tourisme vert privilégiant
la mobilité douce est aujourd?hui en plein essor.
La Loire à Vélo offre, par exemple, une possibilité
d?itinérance douce propice à la découverte du patri-
moine naturel sur 900 km de pistes cyclables. Cette
destination a ainsi attiré 1,8 million de cyclistes en
2022 et généré 54,5 M¤ de retombées directes sur
les territoires traversés [46].
Selon la dernière évaluation nationale des sites
humides emblématiques 2010-2020, 86 % des sites
évalués fournissaient en 2020 des services de régula-
tion, d?approvisionnement et culturels. Cependant,
leur dégradation pourrait compromettre les services
que ces milieux offrent à la société. Cette évaluation
révèle que dans les zones côtières, où les pressions
environnementales sont les plus intenses, 59 % des
milieux des sites de l?Atlantique, Manche et mer du
Nord, ainsi que 50 % de ceux de la Méditerranée, présen-
taient des services altérés du fait de leur dégradation.
Des milieux marins essentiels
au bien-être humain
Avec près de 11 millions de km² (dont 97 % en outre-
mer) et une présence dans tous les océans du globe
(sauf l?Arctique), la France dispose du deuxième do-
maine maritime mondial. Ces espaces sont essentiels
pour diverses activités économiques, avec 341 Mt
de marchandises transportées par voie maritime
en 2022 et 28 millions de pratiquants de sports
nautiques et subaquatiques. Ils contribuent égale-
ment à la régulation du climat, en absorbant près
d?un tiers du CO2 d?origine humaine émis chaque
année dans l?atmosphère, participent à maintenir la
qualité des eaux côtières, etc. Toutefois, les multiples
pressions engendrées par les nombreux usages de
ces milieux, associées au changement climatique,
perturbent et modifient de plus en plus la santé
et le fonctionnement des écosystèmes marins et
côtiers. En 2019, seulement 2 habitats des 29 éva-
lués dans le cadre de la directive Habitats, Faune,
Flore étaient en état de conservation favorable. Par
ailleurs, en 2022, seulement 47 % des 295 masses
d?eau littorales atteignent un bon état écologique
au sens de la directive-cadre sur l?eau [47].
Pourtant, cet écosystème assure différentes fonc-
tions écologiques : représentant 95 % des volumes
en eau mondiaux, les zones marines sont une com-
posante essentielle du cycle de l?eau, même si l?eau
contenue salée n?est pas directement consommable.
Le phytoplancton, vivant dans les océans, constitue un
30. Données de la consommation d?espaces naturels, agricoles et forestiers
du 1er janvier 2009 au 1er janvier 2023, calculées à partir des fichiers fonciers
mis à jour le 17 octobre 2024.
organisme essentiel à l?équilibre du vivant sur Terre :
il est ainsi le plus grand fournisseur d?oxygène de
notre planète, produisant entre un tiers et la moitié
de l?oxygène, via le processus de photosynthèse.
Par ailleurs, avec les macro-algues, il transforme les
éléments nutritifs en une biomasse accessible aux
autres espèces animales et végétales. Enfin, de par
leur diversité, les milieux marins français abritent
une biodiversité riche et diversifiée.
L?écosystème marin est une source de nombreux
produits alimentaires, comme les poissons, les crus-
tacés, les mollusques, les algues, etc. Les produits
de la mer constituent au moins 20 % de l?apport
quotidien en protéines animales pour plus de 3,3 mil-
liards de personnes dans le monde [48]. En France,
la consommation moyenne annuelle par Français
est de 33,5 kg [49].
D?autres productions marines peuvent être utili-
sées dans divers secteurs économiques. Avec 70 000
à 90 000 t d?algues fraîches récoltées chaque année
en France, l?algoculture offre par exemple une al-
ternative d?engrais naturel mais aussi une source
d?iode de plus en plus prisée. En Polynésie française,
la perliculture constitue la 2e ressource économique
de l?archipel. En 2022, sur 7 646 ha d?exploitations
produisant près de 9 t de perles, l?activité a généré
plus de 50 M¤ de recettes [50].
Avec plus de 10 % de la population métropolitaine
vivant sur le littoral et 41 % des nuitées touristiques
estivales en 2023 [51], les zones marines et côtières sont
des lieux de quiétude privilégiés pour leurs valeurs
sociales et culturelles. Ainsi, les Français peuvent dé-
couvrir les paysages remarquables du littoral à travers
les 5 800 km de sentiers de randonnée en France (dont
450 dans les Outre-mer) [52]. Le tourisme stimule éga-
lement d?autres activités qui valorisent la biodiversité
marine et littorale, comme la plongée sous-marine qui
a attiré 340 000 pratiquants en 2022, dont près de
la moitié était des plongeurs licenciés. Enfin, durant
la période estivale, le nombre de pratiquants de la
pêche en mer de loisir (à pied ou à canne) en France
métropolitaine est estimé à 2,7 millions de personnes.
Cependant, l?attrait touristique et culturel des éco-
systèmes marins les menace. Entre 2009 et 2022,
34 500 ha ont été urbanisés au sein des communes
littorales de France (25 021 ha pour les communes
littorales de France métropolitaine et 9 436 ha pour
les communes littorales des DROM, hors Mayotte)30.
De plus, les milieux littoraux, même ceux protégés,
sont de plus en plus fréquentés. Ainsi, le parc national
des Calanques a enregistré près de 3 millions de visites
durant la période estivale en 2023, contre 800 000
avant la création du parc en 2012.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ112
LES ENJEUX DE BIODIVERSITÉ
ET LA SOCIÉTÉ
La France mobilise des politiques publiques et
renforce les mesures de conservation pour lutter
contre l?érosion de la biodiversité et répondre à
une préoccupation citoyenne grandissante. Dans
un contexte de développement et d?aménagement
du territoire, ces actions reflètent une volonté de
concilier impératifs environnementaux et enjeux
socio-économiques.
Des engagements pris dans
les politiques publiques
Face au déclin de la biodiversité et malgré la mise
en place de politiques de préservation, l?IPBES
recommande un « changement transformateur »
pour améliorer notre relation avec la nature. Cette
approche inclut quatre actions nécessaires pour
préserver la biodiversité :
? la protection et la restauration des espaces naturels ;
? la réduction des pressions sur la biodiversité ;
31. À cette époque le terme biodiversité n?était pas encore apparu.
En novembre 2023, le gouvernement français
a adopté la Stratégie nationale biodiversité
(SNB) 2030. Elle concrétise l?engagement de
la France à stopper puis inverser la trajectoire
d?effondrement de la biodiversité en accord
avec le cadre mondial de la biodiversité, adopté
en décembre 2022 à Montréal lors
de la 15eConférence des Parties (COP15)
à la convention sur la diversité biologique.
Des engagements forts ont ainsi été pris par la
France à l?horizon 2030, en lien avec l?UE, pour:
? réduire de moitié le risque global lié aux
pesticides;
? restaurer 30% des écosystèmes terrestres et
maritimes dégradés;
? protéger 30% du territoire
national, terrestre et marin, dont
10% en protection forte;
? réduire de 50% l?établissement des espèces
exotiques envahissantes;
? stopper l?extinction des espèces due aux
activités anthropiques d?ici 2050.
La SNB se décline en 4 axes
(40 mesures et plus de 200 actions):
? réduire les pressions qui s?exercent sur la
biodiversité;
? restaurer la biodiversité dégradée partout où
c?est possible;
? mobiliser tous les acteurs;
? garantir les moyens d?atteindre ces ambitions.
La Stratégie nationale biodiversité 2030
? la réorganisation de l?économie et des systèmes
de production ;
? la transition vers des styles de vie et des villes
durables.
En France, dès 1923, un collège de naturalistes
réunis à Paris lors du 1er Congrès international de la
nature alertait sur une dégradation importante de
la nature31 à l?échelle internationale marquée par
des extinctions d?espèces, comme le dodo, ainsi
que l?artificialisation des paysages. Ce n?est toute-
fois qu?au début des années 1960 que sont créés
en France la première réserve naturelle nationale
(Luitel en 1961) et le premier parc national (Vanoise
en 1963). Dès lors, le réseau d?aires protégées n?a
cessé de s?enrichir jusqu?en 2018 avec la création
des arrêtés de protection d?habitats naturels.
Tout au long de ces années, plusieurs critères
permettent de délimiter les espaces protégés : l?abon-
dance du vivant, de la biomasse et des fonctions
écologiques, la richesse en espèces menacées, les
113POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
sites de migration ou de reproduction (processus
biotiques), l?originalité des communautés animales,
végétales et micro-organiques, les rôles de corridor
entre espaces préservés, ou encore la faible modifi-
cation du milieu naturel par les humains.
En parallèle de cette dynamique de création
d?outils de protection diversifiés et complémen-
taires, diverses stratégies nationales de protection
sont mises en place, dont la stratégie nationale
pour les aires protégées (SNAP). Adoptée en 2021,
cette stratégie prévoit de protéger 30 % du territoire
national, terrestre et marin, d?ici 2030 et d?avoir
10 % de son territoire couvert par un dispositif de
protection forte [53]. En 2024, la France a dépassé
son objectif de protection du territoire : 33 % du
territoire national, maritime et terrestre, est couvert
par une aire protégée, soit 363 Mha sur 1 Mdha.
4,2 % (soit 46 Mha) est sous protection forte en
2024, contre 1,8 % en 2021.
Afin de maintenir l?équilibre des écosystèmes et
assurer la durabilité des ressources naturelles, notam-
ment au sein de ces espaces protégés, les espèces
animales et végétales font l?objet de nombreuses
mesures de protection. En ratifiant des conven-
tions internationales (convention de Berne et de
Bonn, AEWA, convention sur la diversité biologique,
convention CITES, etc.), la France s?est engagée à
assurer le maintien voire la restauration dans un
état de conservation favorable des espèces mena-
cées d?extinction sur la liste rouge mondiale et à
contrôler le commerce des espèces sauvages. Ces
mesures incluent l?interdiction de la chasse, la pêche,
la cueillette, la destruction ou le déplacement de
ces espèces, afin d?assurer leur pérennité.
En 2023, 4 % de l?ensemble des espèces sont
protégés dans au moins une partie du territoire
français. Outil stratégique opérationnel [56], le plan
national d?action en faveur des espèces menacées
(PNA) est mobilisé lorsque les autres politiques pu-
bliques environnementales (mise en place d?espaces
protégés, etc.) ont été jugées insuffisantes pour
conserver ou rétablir une espèce sauvage menacée
ou d?intérêt particulier. Il répond ainsi aux exigences
des directives européennes « Oiseaux » et « Habi-
tats, Faune, Flore » de maintien et/ou restauration
Convention sur
le commerce
international des
espèces de faune et de
flore sauvages menacées
d?extinction (CITES)
La CITES encadre le commerce international
de plus de 40 000 espèces animales et
végétales (6 610 espèces animales et 34 310
espèces végétales). Cette convention vise
à garantir que le commerce international
des animaux et des plantes inscrits dans ses
annexes, vivants ou morts, ainsi que de leurs
parties et de leurs produits dérivés ne nuise
pas à la conservation de la biodiversité et
repose sur une utilisation durable des espèces
sauvages. Cet accord compte actuellement
183 Parties dont la France (1978).
Entre 2008 et 2017, les contrôles réalisés
ont donné lieu à 3 342 saisies animales
(chardonnerets, pythons, servals, perroquets,
mygales, etc.). Ces espèces qui font
l?objet de trafics d?opportunité servent
principalement à autofinancer des élevages
d?animaux par des passionnés. Ce type de
trafic constitue la principale menace pour
les espèces considérées. Le volume de
saisies susmentionné inclut aussi de l?ivoire
d?éléphant, entre autres. Entre 2022 et 2023,
l?opération conjointe LAKE, coordonnée
par Europol, a permis de démanteler un
réseau international de trafic illégal d?une
espèce protégée, la civelle d?Europe (Anguilla
anguilla). La collaboration de plus de 30pays
a permis l?arrestation de 256personnes
responsables d?un trafic d?environ 25t de
civelles vivantes d?une valeur équivalente à
13M¤ à destination du marché chinois [54].
Par ailleurs, par son positionnement
géographique, la France représente une zone
de transit et un pays de destination pour
le marché noir d?espèces végétales rares et
menacées. Entre 2019 et 2020, des contrôles
ciblés ont ainsi permis de mettre à jour un
réseau de commerce de crèmes pour la peau
utilisant une orchidée rare Vanilla imperialis
inscrite à l?annexe II de la CITES (près de
17000articles ont été saisis) [55].
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ114
É
C
L
A
IR
A
G
E Protéger des
espaces naturels
tout en associant
la population
INTERVIEW BRUNO MOUNIER, directeur de
la Fédération des conservatoires d?espaces
naturels et PIERRE MOSSANT, directeur du
Conservatoire d?espaces naturels d?Auvergne
Quelles actions sont menées au sein des
Conservatoires des espaces naturels?
B. M ? P. M - Depuis 45 ans, les conservatoires
d?espaces naturels (CEN) préservent et mettent en
valeur le patrimoine naturel et paysager autour
de projets de territoires avec une méthode basée
sur la concertation citoyenne, professionnelle
et publique. S?appuyant sur un réseau de près de
4?500 sites en France couvrant plus de 300 000 ha,
les CEN développent des actions autour de
cinq axes que sont la connaissance, la protection,
la gestion, la valorisation et l?accompagnement
des politiques publiques.
À travers un exemple, pouvez-vous montrer
comment la préservation d?un site peut devenir
un projet collectif?
B. M ? P. M - Le marais du Cassan-Pretegarde,
situé à l?ouest d?Aurillac, fait l?objet d?actions de
protection, restauration et valorisation portées
par le CEN d?Auvergne depuis 25 ans. Ce marais
et le bassin-versant de la rivière Auze abritent
des milieux naturels, une faune et une flore rares
et protégées. Ces espèces sont majoritairement
présentes au sein de parcelles agricoles, utilisées
par des éleveurs via un pâturage. L?ensemble du
bassin-versant comprend un réseau de zones
humides dont le rôle est majeur au regard de la
ressource en eau dans le territoire. Par ailleurs, le
marais offre des paysages variés appréciés par la
population locale. Souhaitant engager des actions
pérennes en faveur du marais, les élus locaux
ont créé le syndicat intercommunal à vocation
unique (SIVU) Auze Ouest Cantal pour mettre en
oeuvre différentes démarches de sauvegarde du
marais. C?est à ce titre qu?ils ont mobilisé le CEN
Auvergne.
Quelles actions ont été mises en place?
B. M ? P. M - Au-delà de l?inscription de la
protection du site dans les politiques publiques,
le CEN s?est appuyé sur des outils de maîtrise
foncière. Ainsi près de 400 ha ont été classés
en «espaces naturels sensibles» par le Conseil
départemental avant de rejoindre le réseau
Natura 2000 en 2004. À cette occasion, le CEN a
par ailleurs participé à la rédaction du document
d?objectifs de ce site et en est l?animateur. Le
CEN a également acquis 16 ha de landes par des
moyens privés issus de mesures compensatoires
liées à un aménagement voisin. 36 ha ont été
aussi préservés dans le cadre d?une convention
avec la commune Lacapelle-Viescamp et l?Office
national des forêts. Enfin, plusieurs conventions
ont été signées avec différents propriétaires
(principalement agricoles) pour la réalisation de
travaux de restauration du site.
Comment sont impliqués les différents acteurs
locaux?
B. M ? P. M - L?ensemble des travaux menés
par le CEN s?appuie sur une démarche multi-
partenariale ayant pour objectif commun la
préservation du patrimoine naturel du territoire
et le maintien d?une agriculture durable. Sur
le plan technique, le SIVU Auze Ouest Cantal,
la Fédération de pêche du Cantal, le Centre
permanent d?initiatives pour l?environnement de
Haute-Auvergne et le groupe Odonat?Auvergne
sont parties prenantes. Sur le volet financier, le
CEN Auvergne s?est appuyé sur des financements
de l?État, de l?UE, de l?Agence de l?eau Adour-
Garonne, de la Région, du Conseil départemental,
de l?Office français de la biodiversité, de
la Fondation du Patrimoine et de la Fédération
de pêche.
Au-delà de la conservation du site, quels autres
bénéfices voyez-vous au projet?
B. M ? P. M - Avec l?aménagement d?un sentier
de découverte pédagogique et d?un sentier tour
du marais, et l?organisation de nombreuses
manifestations pour les citoyens (chantiers
participatifs, accueil d?étudiants, opération
«mon été au marais», etc.), le marais du Cassan-
Prentegarde prouve que la préservation d?un site
porté par des élus peut trouver écho auprès de la
population locale.
115POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
des espèces communautaires. En 2024, la France
comptait 74 PNA en vigueur (55 en métropole et 19
en outre-mer) [57] à différents stades allant du projet
à la mise en oeuvre et l?évaluation.
Depuis 2007, 18 expériences de réintroduction
d?espèces animales ou végétales ont été mises en
oeuvre au sein des parcs nationaux [58]. Parmi elles,
la réintroduction du gypaète barbu, un vautour
disparu au début du siècle dernier en France, fait
figure de réussite : l?opération de réintroduction
menée conjointement avec la LPO Grands Causses
a permis son retour dans les massifs alpins où sont
dénombrés en moyenne 15 à 19 naissances par an
depuis 2015 (24 naissances sur le seul Parc national
de la Vanoise entre 2015 et 2023 et une première
naissance recensée depuis 100 ans dans le Parc na-
tional des Écrins en 2024) [59].
Autrefois omniprésents dans les cours d?eau fran-
çais, le castor d?Europe (Castor fiber) et la loutre
d?Europe (Lutra lutra) ont vu leur population consi-
dérablement régresser au cours des siècles passés
dû à leur destruction directe, la perte de leurs ha-
bitats et la pollution. À la fin du XXe siècle, seules
quelques dizaines de castors et moins de 1 000 loutres
étaient recensés. Leur statut de protection récent
au niveau national (1968 pour le castor et 1981 pour
la loutre) a permis de les revoir progressivement
dans les milieux humides de l?Hexagone. En 2020,
62 % du territoire métropolitain (hors Corse) était
occupé par le castor d?Europe, la loutre d?Europe
ou les deux espèces [60].
Un autre succès concerne la flore, avec la réintro-
duction de Phyllca arborea sur l?île Amsterdam, dans
la réserve naturelle nationale des Terres australes
françaises. Alors que la plante couvrait 1 500 ha sur
l?île au XVIIe siècle, elle avait presque disparu en 1988
ne couvrant plus que 10 ha environ. Depuis 2010,
le programme de réintroduction de cette plante a
permis de tripler la présence de l?espèce sur l?île,
avec 5 622 plantations réalisées entre 2010 et 2018
[61]. Certaines réintroductions ne rencontrent pas le
même succès : en 2016, la réintroduction d?un couple
de lamantins dans le parc national de Guadeloupe
s?est soldé par un échec.
La biodiversité mieux prise
en compte dans les projets
d?aménagement
Depuis l?adoption de la loi pour la reconquête de la
biodiversité, de la nature et des paysages en 2016,
tout projet d?aménagement a l?obligation de mettre
en oeuvre le principe « éviter, réduire et compenser ».
Ainsi, tout aménageur doit chercher en premier à
éviter les atteintes à la biodiversité.
Les impacts qui n?auront pas pu être évités devront
être réduits grâce à la conception appropriée du pro-
jet. Parmi les mesures de réductions, se trouvent les
passages à faune. Ils permettent de reconnecter des
habitats fragmentés par des infrastructures comme les
routes, les voies ferrées ou les barrages, réduisant ainsi
Dynamique de présence de la loutre et du castor d?Europe
Source : SFEPM. Traitements : Tour du Valat, OFB et SDES, 2024
Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Trame verte et
bleue : intégrer la
biodiversité dans
l?aménagement
du territoire
La fragmentation des habitats naturels est une cause
majeure d?érosion de la biodiversité. Celle-ci entrave
les déplacements de la faune, affecte le déroulement
du cycle de vie des espèces et provoque une
mortalité directe par collisions. Pour réduire cette
pression, des réseaux écologiques sont déployés.
En France, le ministère chargé de la Transition
écologique porte une politique publique visant à
développer un réseau de continuités écologiques
terrestres et aquatiques afin de mieux prendre
en compte la biodiversité dans l?aménagement
du territoire: la trame verte et bleue (TVB). Cette
politique est mise en oeuvre dans les territoires à
tous les échelons par les collectivités territoriales
(conseils régionaux, EPCI, communes, etc.). Ce
réseau intègre les réservoirs de biodiversité mais
aussi les corridors écologiques, espaces de vie et
de déplacement des espèces. La «trame verte»
concerne les milieux naturels et semi-naturels
terrestres, tandis que la «trame bleue» se rapporte
aux milieux aquatiques et humides.
D?autres trames ont fait l?objet d?attention et
se sont largement développées ces dernières
années. C?est le cas de la trame noire qui vise à
réduire l?impact de la pollution lumineuse sur
la biodiversité. De plus en plus de territoires
se dotent d?une trame noire et prévoient des
actions de préservation de la biodiversité
nocturne en limitant et révisant leur éclairage
artificiel. Il faut noter que depuis la loi Climat
et résilience, les orientations d?aménagement
et de programmation spécifiques à la TVB sont
devenues obligatoires dans les plans locaux
d?urbanisme intercommunaux, où les continuités
écologiques doivent être prises en compte.
Dès 2017, un premier réseau de TVB a été
cartographié, via les schémas régionaux
de cohérence écologique désormais
partie intégrante des schémas régionaux
d?aménagement (SRADDET, etc.). Ces schémas
identifient 29% du territoire continental
français comme des réservoirs de biodiversité,
ce qui représente 15,7 Mha. 50717km de
corridors ont été catalogués en trame verte
ainsi que 271180km de cours d?eau (soit 54%
de la longueur totale des cours d?eaux recensés
dans la base BD Carthage). Les documents
d?urbanisme doivent s?appuyer sur les schémas
régionaux d?aménagement pour décliner à
l?échelle locale et intégrer, le cas échéant, les
enjeux de continuités écologiques propres au
territoire concerné.
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Exemple schématique
des continuités
écologiques et de leurs
éléments impactants
Réservoir
de biodiversité
Ex : mare
Points
noirs
Réservoir
de biodiversité
et corridor
Cours d?eau
Réservoir
de biodiversité
Ex : forêt
Corridors
écologiques
Élément
fragmentant
Village
Réservoir de
biodiversité
Ex : bois
Réservoir de
biodiversité
Ex : bois
Élément
fragmentant
Route
Source : Cerema, 2023
117POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
le risque de collisions avec les véhicules et peuvent
prendre plusieurs formes, telles que des ponts vé-
gétalisés, des tunnels, etc. En 2022, le réseau Vinci
dénombrait plus de 1 800 passages à faune sur son
réseau de 9 200 km d?autoroutes. En 2023, le Cerema,
les parcs nationaux des Écrins et des Cévennes et le
ministère chargé de l?Environ nement ont développé
un système d?information sur les passages à faune
comprenant des informations relatives à leur état et à
leur fonctionnalité (opérationnel depuis début 2024).
Enfin, en dernier ressort, la perte nette de biodi-
versité qui n?aura pas pu être évitée ou réduite doit
être compensée. Ces mesures de compensation se
concrétisent par des actions de réhabilitation, de
restauration ou de création de milieux et doivent être
complétées par des mesures de gestion conservatoire.
Entre 2016 et 2023, 6 564 mesures de ce type ont été
prescrites en France, dont 41 dans les Outre-mer [62].
Une préoccupation citoyenne
croissante
Chaque année, la protection de la biodiversité béné-
ficie de moyens financiers dédiés. En 2021, 3,3 Md¤
(soit 0,13 % du PIB) ont été affectés à différentes
opérations telles que la restauration de milieux na-
turels, la réintroduction d?espèces menacées ou la
gestion d?espaces protégés. L?État et les collectivités
locales contribuent à près des deux tiers (62 %),
suivis par les entreprises (18 %) et les ménages et
associations (14 %). L?Europe participe également à
hauteur de 6 %, via des fonds européens, tels que le
Fonds européen agricole pour le développement rural
[63]. En élargissant le périmètre à d?autres politiques
(adoption de pratiques agricoles favorables, lutte
contre l?artificialisation des sols, politique du grand
cycle de l?eau), l?effort financier des pouvoirs public
en faveur de la biodiversité est estimé pour la même
année à 4,7 Md¤ [64]. Et, sur la base du passage en
revue de l?ensemble des dépenses de l?État à l?aune
de leur possible effet favorable à la biodiversité, le
montant s?élève à plus de 12 Md¤ [65].
La prise de conscience et la mobilisation de la
société progressent également. 52 % des Français
estiment que l?état de la nature s?est dégradé près
de chez eux au cours des dernières années [66].
39 % font par ailleurs état d?un haut niveau de préoc-
cupation à l?égard de la disparition de la biodiversité.
De même, 41 % des personnes interrogées jugent
qu?il « est déjà trop tard pour espérer préserver la
nature » [67]. Ce fatalisme n?est pas pour autant un
frein à l?action. Ainsi, le nombre de citoyens s?en-
gageant dans des programmes de sciences partici-
patives sur la biodiversité a fortement augmenté,
passant de 20 000 participants actifs en 2011 à plus
de 132 000 en 2023 [68]. L?objectif de ces programmes
est notamment d?obtenir des données sur la nature
et la biodiversité, de produire des outils de sensi-
bilisation et d?éducation à la nature, et de former
une communauté pour mobiliser les citoyens autour
d?enjeux liés à la biodiversité.
Les différents acteurs de la société peuvent être
également sensibilisés à travers des actions plus
mobilisatrices. Parmi elles, les atlas de biodiversité
communale (ABC), basés sur un inventaire des mi-
lieux et des espèces présents sur un territoire donné.
Impliquant l?ensemble des acteurs (élus, citoyens,
associations, entreprises, etc.), ces outils d?informa-
tion et d?aide à la décision facilitent l?intégration
des enjeux de la biodiversité dans les démarches
d?aménagement et de gestion. Depuis 2010, 954
projets d?ABC ont vu le jour couvrant 3 997 com-
munes réparties sur toute la France [69].
Mises en place en 2012, la France compte
983 aires éducatives terrestres et marines en 2024.
Restreintes à de petits territoires, ces aires sont
gérées de manière participative par des élèves d?un
établissement scolaire. Encadrés par leurs enseignants
et une structure de l?éducation à l?environnement,
les élèves se réunissent sous la forme d?un conseil
qui prend toutes les décisions concernant leur aire
éducative.
Enfin, chaque citoyen peut dorénavant s?approprier
les enjeux liés à la préservation de la biodiversité à
travers différents cours en ligne ouverts et massifs
(MOOC) développés par le MNHN ou l?OFB, par des
associations (WWF, Ligue de protection des oiseaux,
etc.) ou encore par des entreprises spécialisées dans
la formation professionnelle.
https://passagesfaune.fr/
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ118
Pourquoi limiter l?étalement
urbain ?
Entre 2009 et 2022, près de 25 000 ha (soit l?équivalent
de 35 000 terrains de football) ont été « consommés »
en moyenne chaque année, c?est-à-dire sont passés
d?une destination agricole, forestière ou naturelle
à une destination autre (habitation, infrastructure,
etc.) [70]. Même si une partie des parcelles consom-
mées ne sont pas imperméabilisées (espaces verts,
jardins), celles-ci ne peuvent plus fournir tous les
services écosystémiques initiaux : production ali-
mentaire, notamment pour les anciennes ceintures
maraîchères et plaines alluviales ; « puits de carbone »
pour les sols des prairies permanentes, des milieux
naturels et des forêts ; capacité des sols à filtrer
l?eau ; recharge des nappes phréatiques et stockage
naturel de l?eau, etc.
L?artificialisation a également un impact sur la
biodiversité : les zones urbaines, et les infrastruc-
tures de transport qui leur sont associées, détruisent
directement les habitats de nombreuses espèces
animales et végétales. De même que les clôtures
de jardin, elles constituent aussi des obstacles à la
libre circulation de certaines espèces animales qui
ne peuvent plus se reproduire et se nourrir correc-
tement.
Un difficile abandon du modèle
de construction pavillonnaire
Sur la période 2009-2022, la consommation d?es-
paces est en premier lieu destinée à l?habitation
(63 %). Viennent ensuite les activités économiques
(logistiques, commerces, industrie, mais aussi bâ-
timents agricoles) ? (23 %) puis les infrastructures
routières (6 %) et ferroviaires (1 %). Avec la hausse
de la population (+ 4,2 % entre 2009 et 2019) et la
baisse de la taille moyenne des ménages (2,17 per-
sonnes par ménage en 2020, contre 2,28 en 2009),
l?augmentation du parc des résidences principales
(+ 8,8 % entre 2009 et 2019) explique deux tiers de la
consommation d?espaces liée à l?habitat [71]. Celle-ci
s?explique aussi par l?augmentation du nombre de
résidences secondaires (3,1 millions en 2021) et des
logements vacants (3,7 millions en 2021). Selon les
dernières projections de l?Insee, l?augmentation du
nombre de ménages en France devrait se poursuivre
de manière moins marquée pour atteindre 32 à
36 millions de ménages en 2050, contre 30 millions
en 2018 [72]. L?évolution des comportements de co-
habitation deviendrait le principal moteur de cette
augmentation (forte progression du pourcentage
d?adultes vivant seuls), du fait du ralentissement
de la croissance de la population.
Repenser la façon
de se loger pour limiter
l?impact sur la biodiversité
L?étalement urbain à l?oeuvre depuis un demi-siècle
a engendré une très importante artificialisation
des sols. Face aux impacts de ce phénomène, la France
s?est fixée des objectifs. Mais limiter l?artificialisation
a des conséquences sur nos modes de vie. Les
collectivités locales, chargées de la planification et
de l?urbanisme, sont en première ligne pour engager
les transformations nécessaires.
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119POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
L?extension des zones urbaines sur le modèle
de la zone pavillonnaire, avec maison individuelle
et jardin, a démarré dans les années 1970 et s?est
longtemps poursuivie. Ainsi, sur la période 2009-
2020, 51 % des surfaces consommées en vue de la
construction de logements ont été utilisées pour
des projets résidentiels de moins de 8 logements par
hectare, ces projets ne représentant toutefois que
18 % du total des logements construits. Ces petites
opérations, de faible densité et souvent limitées à
une ou deux maisons se situent principalement dans
des communes rurales [73].
La maison individuelle reste fortement plébisci-
tée : les trois quarts des locataires désirant devenir
propriétaire souhaiteraient acquérir une maison
individuelle, et un quart envisagent même de la
faire construire [74]. S?ils devaient déménager dans
un nouveau logement à l?avenir, 44 % des Français
jugent « tout à fait prioritaire » que celui-ci dispose
d?un jardin. Néanmoins, la proximité des services
(commerces, services publics, transports collectifs),
Moyenne : France métropolitaine
Locataire
Accédant à la propriété
56-65 ans
18-25 ans
Vit dans une zone rurale
Vit en agglomération parisienne
Vit en maison individuelle
Vit en appartement
Très souhaitable
Pas souhaitable du tout
Plutôt souhaitable
Pas de réponse
Plutôt pas souhaitable
39 % 47 % 9 % 3 %
38 % 46 % 9 % 6 %
43 % 43 % 7 % 4 %
35 % 48 % 12 % 3 %
46 % 41 % 7 % 3 %
35 % 49 % 12 % 3 %
43 % 45 % 8 % 4 %
37 % 49 % 10 % 2 %
42 % 44 % 8 % 5 %
Est-il souhaitable de réguler la construction de nouveaux bâtiments
pour lutter contre l?artificialisation des sols ?
Note : réponse à une enquête faite auprès d?un panel représentatif de 2 010 Français.
Source : Sciences Po, SDES, Baromètre Elipss Environnement, décembre 2023
qui caractérise les tissus urbains plus denses, est
également un critère de choix, notamment (mais pas
seulement) pour les personnes âgées ou modestes.
Dans les faits, la situation évolue : en 2019, les maisons
ne représentaient plus que 43 % des 374 000 loge-
ments neufs contre 61 % des 371 000 logements
neufs en 2000 [75]. Par ailleurs, la société française
semble plutôt bien disposée à l?égard des mesures
visant à lutter contre l?artificialisation des sols.
Penser autrement
l?aménagement urbain
L?objectif de zéro artificialisation nette, inscrit dans
la loi Climat et résilience de 2021, donne un cadre
clair et une portée mesurable et contrôlable à une
volonté déjà ancienne de mieux gérer le foncier et de
limiter la consommation d?espaces naturels agricoles
et forestiers. Les documents de planification et d?ur-
banisme doivent intégrer des objectifs de sobriété
foncière adaptés aux contextes locaux.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ120
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Pour limiter la consommation d?espaces en extension
urbaine, trois leviers peuvent être activés :
? augmenter le taux de renouvellement urbain :
revitalisation des centres urbains, réduction
de la vacance, réhabilitation du bâti ancien,
construction dans des dents creuses notamment
dans les communes rurales, transformation
d?immeubles de bureaux en logements, le
cas échéant utilisation d?anciennes friches
industrielles ou commerciales etc. ;
? augmenter la densité des opérations nouvelles
en proposant des habitats individuels groupés
ou des habitats collectifs ;
? accroître le taux d?occupation des logements
(sous-occupation des trois quarts des logements
selon le plan bâtiment durable), limiter le
nombre de résidences secondaires, etc.
Divers programmes existent pour accompagner
les collectivités en fonction de leur situation (Action
coeur de ville, programme Petites villes de demain,
nouveau programme national de renouvellement
urbain, programme national de requalification des
quartiers anciens dégradés, fonds friche, etc.). Par
ailleurs, plusieurs organismes peuvent apporter
leurs compétences et financements (Cerema, FNAU,
CAUE, ANCT, Ademe, établissements publics fon-
ciers, établissements publics d?aménagement et
autres aménageurs publics, etc.) [76]. De nombreuses
ressources sont mises à disposition sur le portail de
l?artificialisation des sols.
Les collectivités sont tiraillées entre plusieurs
enjeux: répondre à la demande en logements,
renforcer l?attractivité du territoire, favoriser
la mixité sociale et fonctionnelle, améliorer le
cadre de vie et préserver les sols. L?élaboration
de documents d?urbanisme, comme le SCoT, le
PLU(i), la carte communale, ou d?un programme
local de l?habitat (PLH), offre l?opportunité
de trouver un équilibre entre densification,
préservation et renaturation des espaces.
Les expériences montrent qu?en mobilisant
les habitants, les acteurs, les experts et
les élus, des solutions peuvent être inventées
pour répondre aux impasses constatées en
matière de logement et de sobriété foncière.
Ainsi sur Rennes [77], la concertation organisée
en 2022 dans le cadre de la préparation du PLH
a donné la parole à des locataires, étudiants,
jeunes ouvriers, couples d?actifs comme à des
personnes forcées de dormir chez des amis
ou dans leur voiture ou encore à des petits
propriétaires bailleurs. Les débats ont fait bouger
en direct les lignes de partage, donnant à la fois
plus d?audace et plus de marges de manoeuvre
aux décideurs. Si les réticences sont fortes
concernant certaines formes de densification,
celle-ci peut être bien vécue si elle amène une
intensité de fonctions et services. L?objectif est
de compenser la densification par des bénéfices
tangibles: création d?espaces de nature, services
supplémentaires pour les habitants, logements
avec un extérieur, auto-partage, jardins partagés,
espaces publics et voiries végétalisés, etc.
Rennes : imaginer l?urbanisation
de demain grâce à la concertation
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/
121POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[1] Livret INPN Espèces, INPN, 2023
[2] Évolution du volume de données
disponibles sur la biodiversité,
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[3] SDG Indicators Database 15.5.1, Nations
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[4] L?IRD célèbre l?année internationale
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[5] Bilan de l?état de santé des récifs
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[6] Les mangroves à travers le temps. Pôle
Relais zones humides tropicales, 2022
[7] Les herbiers marins d?outre-mer :
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[9] A.F. de Lima R. et al., 2020. The erosion
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[10] Environnement : 41 % des savanes
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[11] Vermard Y., Ulrich C., 2024. Bilan 2023
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pour le cycle 3 au titre de la DCSMM
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captures accidentelles des petits cétacés
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disponible à ce jour)
[13] Pollution et biodiversité. FRB, 2022
[14] Impacts des produits
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[51] Saison touristique d?été 2023. Insee
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POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ122
[54] Réussite d?une opération de lutte contre
le commerce illégal de l?anguille d?Europe.
Cites, 2023
[55] État de la menace liée à la criminalité
environnementale, Gendarmerie
nationale (OCLAESP), 2022
[56] Plans nationaux d?actions en faveur
des espèces menacées (PNA), MTE
[57] Plans nationaux d?actions en faveur
des espèces menacées (PNA) ? Tableau
de suivi
[58] Les Parcs nationaux de France, chiffres
clés, édition 2021, CGDD, Datalab, 2021,
pp. 52-53
[59] Le gypaète barbu se réinstalle dans le
Vercors, WWF, 2023
[60] Indicateurs ONB sur castor et loutre
[61] Réserve naturelle terres australes
françaises : indicateurs 2018, p. 38
[62] Les mesures compensatoires des atteintes
à la biodiversité. Géoportail
[63] Bilan environnemental de la France -
Édition 2023, CGDD, Datalab, 2024
[64] Le financement de la stratégie nationale
pour la biodiversité (SNB) pour 2030, IGF,
IGEDD, 2022
[65] Rapport sur l?impact environnemental
du budget de l?État, CGDD, 2022
[66] Opinions des Français sur l?environnement
en 2023. CGDD, 2024
[67] Baromètre Elipss Environnement,
Sciences Po ? SDES, décembre 2023
[68] Évolution de l?implication des citoyens
dans les sciences participatives liées à la
biodiversité. Naturefrance
[69] Recensement des atlas de la biodiversité
communale de France métropolitaine et
d?outre-mer. Naturefrance
[70] Données fiscales retraitées par le
Cerema, dites « fichiers fonciers » et
mises à disposition par l?État en tant que
données nationales de référence de suivi
de la consommation d?espaces
[71] Le besoin en résidences principales,
premier facteur de transformation des
espaces naturels, agricoles et forestiers
pour l?habitat, Insee Première, n° 1976,
décembre 2023
[72] De 2 à 6 millions de ménages
supplémentaires en France entre 2018 et
2050, Insee Focus n° 317, 2024
Projections du nombre de ménages à
horizon 2030 et 2050 : analyse des modes
de cohabitation et de leurs évolutions,
CGDD, Document de travail, 2023
[73] La densité de logement dans les
opérations d?aménagement en extension
urbaine, Cerema, 2022, 36 p.
[74] Baromètre Habitat ? Édition 2023,
Enquête réalisée par Harris Interactive
pour Procivis et la Fondation Jean Jaurès
[75] Chiffres clés du logement - Édition 2022,
CGDD, Datalab, 2022, p. 56
[76] Zéro artificialisation nette - Fascicule 4 :
accompagner la sobriété foncière et le
recyclage urbain, MTECT, 2023
[77] Morice J. 2024. Reprendre en main
logement et foncier dans les métropoles :
retour sur une expérience rennaise,
Métropolitiques
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https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_morice.pdf
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123
Épuisement des ressources
naturelles, pollution des
milieux, changement
climatique, déclin de la
biodiversité : ces quatre
défis écologiques majeurs
appellent des réponses
fortes, tant à l?échelle
mondiale qu?à l?échelle
locale. Pour contribuer à la
résolution de ces problèmes
environnementaux,
l?ensemble de la société
française est amené à
s?engager.
En quoi la protection de l?environnement est-elle
vraiment l?affaire de tous?
B. H- Les attentes des citoyens en direction des pouvoirs
publics pour la protection de l?environnement sont très
importantes. Interrogés pour savoir qui devrait agir en
priorité pour la protection de l?environnement, 52% des
Français citaient ainsi en 2023 les pouvoirs publics, 29 %
les entreprises et 15% seulement les ménages (SDES, 2023).
Pour autant, les pouvoirs publics ne peuvent pas agir seuls
sur ce sujet. Les citoyens et l?ensemble des organisations qui
structurent la société française ont vocation à être associés
et à agir chacun à leurs échelles. De fait, 69 % des personnes
interrogées dans la même enquête s?accordent à considérer
que «chacun doit s?investir le plus possible».
Pour autant, les logiques de disculpation et d?imputation
sont souvent des freins majeurs à l?engagement des acteurs
dans des dynamiques d?action favorables à l?environnement.
Elles font également écho aux sentiments d?inutilité et
d?impuissance exprimés à l?échelle micro-sociale face à des
enjeux planétaires qui impliquent une réaction macro-sociale.
Pour cette raison, il est essentiel de mettre en lumière et de
valoriser les initiatives variées qui oeuvrent à la transition
écologique.
Quels sont les points de blocage qui freinent une
mobilisation sociale élargie ?
B. H- Le poids des habitudes de consommation et
de production, l?attachement au progrès, les réticences à
l?égard de la remise en question des acquis de la modernité,
l?ancrage libéral des sociétés démocratiques, la volonté de
préserver ses propres intérêts ou la peur de se distinguer
des modèles dominants sont autant de motifs légitimes
de distanciation à l?égard des changements préconisés au
nom de la transition écologique. Ces différents freins se
retrouvent tout autant chez les citoyens/consommateurs que
chez les acteurs politiques ou économiques.
Si un large consensus existe au sein de la société quant à
la nécessité de transformer nos modes de fonctionnement
et si des pionniers innovent d?ores et déjà en matière de
protection de l?environnement, la diffusion élargie de
ces nouvelles façons d?agir reste toutefois assujettie à
un lent processus d?acculturation, de normalisation et
d?appropriation.
PO
ST
FA
C
E BRICE HUET
Commissaire général
au développement
durable
E
N
T
R
E
T
IE
N
POSTFACE
124
POSTFACE
Qu?en est-il de la mobilisation des entreprises?
B. H- De plus en plus conscients des risques auxquels
ils sont exposés du fait des problèmes environnementaux,
les acteurs économiques se mobilisent de plus en plus pour
adapter leurs modes de fonctionnement. Les arbitrages
entre intérêts économiques et écologiques restent
bien sûr complexes, mais ceux-ci ne privilégient plus
systématiquement les dimensions financières. Soucieux
d?articuler leurs aspirations environnementales et leur
parcours professionnel, de nombreux salariés contribuent
également de l?intérieur à la transition écologique de leur
employeur. En 2023, l?ONG Carbon Disclosure Project
(CDP)32 a évalué l?engagement environnemental de
425grandes entreprises françaises au regard de leur impact
sur le climat, les forêts ou la ressource en eau. 29 d?entre
elles ont obtenu la note maximale en matière de changement
climatique et 4 ont également été notées A pour les deux
autres aspects. L?industrie du luxe française est apparue
très présente en haut de ce classement, ainsi que certaines
banques françaises comme La Banque Postale.
Dans un registre complémentaire, 272 entreprises ont
rejoint le programme « Entreprises engagées pour la nature»
développé par l?OFB. Cette initiative se décline en trois
étapes : l?adhésion aux principes, l?engagement autour d?un
plan d?action et l?obtention de la reconnaissance à l?issue
d?un bilan. Dans les années à venir, ce dispositif permettra de
mieux identifier et de valoriser les acteurs économiques qui
s?emploient réellement à agir en faveur de la biodiversité.
Comment accompagner les changements nécessaires?
B. H - Contribuer à mettre en oeuvre un nouveau modèle
de société implique de défendre ce projet collectif et son
bien-fondé. Une telle ambition passe notamment par le
dialogue. Mais cette façon d?agir est souvent plus compliquée
qu?il n?y paraît dans une société fragmentée où la profusion
d?informations contradictoires suscite de la confusion et
du doute. Convaincre, c?est donc d?abord lutter contre les
fausses informations, les malentendus, les présupposés,
l?éco-blanchiment (greenwashing), le scepticisme et toutes les
formes de fatalisme et de résignation.
Tantôt perçu comme déstabilisant, contraignant ou coûteux,
le changement social nécessite un accompagnement, tant sur le
plan explicatif qu?incitatif. Dans bien des cas, l?évaluation sociale
des transformations en matière environnementale fait apparaître
un décalage entre le coût de la mobilisation (important et
immédiat) et les bénéfices attendus (incertains et différés).
Valoriser un nouveau modèle induit inévitablement de
prendre des distances avec celui qui prévalait auparavant.
Il en va ainsi de la sobriété. Prôner des modes de vie
plus sobres, c?est reconnaître par antonymie l?ébriété
consumériste qui prévaut depuis l?avènement de la société
de consommation. On peut ainsi adhérer à l?idée de sobriété,
sans forcément parvenir à assumer son propre rapport
addictif aux bienfaits du progrès (simplicité, confort, etc.).
Pour accompagner les transitions, l?enjeu est moins de
contourner les problèmes d?acceptabilité sociale que de
susciter une adhésion à l?égard de choix qui peuvent avoir
des conséquences parfois difficiles pour les citoyens, les
entreprises ou le monde agricole. Il est pour cela essentiel
de convaincre la société que l?intérêt général écologique à
long terme doit primer sur les intérêts particuliers à court
terme. Ce n?est pas simple pour autant. Les débats autour
de l?instauration de zones de faibles émissions, par exemple,
rappellent que l?intérêt d?un dispositif du point de vue
environnemental et/ou sanitaire ne suffit pas pour obtenir
l?assentiment général. La transformation du fonctionnement
habituel de notre société crée de l?incertitude et des
appréhensions, légitimement plus marquées pour les
citoyens en situation de précarité, les entreprises en
difficulté ou les territoires les plus vulnérables. Il est donc
essentiel d?accompagner ces transformations, en veillant à
une péréquation globale des droits (moyens accordés) et des
devoirs (exigences attendues).
Plus généralement, l?adhésion sociale aux changements
proposés pose la question de la désirabilité des transitions,
des alternatives suggérées, du modèle de société vers
lequel on se dirige, etc. En matière de consommation, cela
implique par exemple de redonner du sens à l?acte d?achat,
en interrogeant son opportunité et le rapport au monde qu?il
véhicule.
Quel rôle peut jouer l?information environnementale ?
B. H- La diffusion des connaissances et des savoirs
est cruciale à cet égard. Au-delà des travaux scientifiques
bien évidemment nécessaires, il est important de permettre
une bonne appropriation des sujets environnementaux
par l?ensemble de la population. Pour cela, l?enjeu est de
parvenir à communiquer sur des sujets complexes, sans
les simplifier à l?extrême mais en évitant un vocabulaire
trop technique. Cela implique notamment de clarifier les
rapports de causalité (entre une activité humaine et une
pression environnementale, par exemple), de hiérarchiser
les enjeux et de proposer des solutions simples et adaptées
à la multiplicité des vécus individuels et organisationnels.
Je souhaite que cette 8e édition du rapport sur l?état de
l?environnement en France participe à cette démarche, au
même titre que d?autres ressources de référence (profils
environnementaux régionaux, bilan environnemental annuel,
portail d?information notre-environnement, etc.), de travaux
de prospective (Transitions 2050 de l?Ademe) ou de formes
d?expertise citoyenne qui alimentent le débat public en
suggérant des perspectives de transition.
32. CDP & Oliver Wyman (2024), Get the money moving. Meeting the
European corporate transition challenge, CDP Europe Report 2023,
March 2024, 32 p.
https://www.cdp.net/en/research/cdp-europe-reports/cdp-europe-report
https://www.cdp.net/en/research/cdp-europe-reports/cdp-europe-report
125
Directrice de l?Agence européenne
pour l?environnement
Comment le rapport sur l?état de l?environnement de la France
ainsi que celui de l?Agence européenne pour l?environnement
(AEE) peuvent-il contribuer à éclairer les décisions à prendre ?
L. YM- Le rapport sur l?état de l?environnement en France
s?inscrit dans une série d?autres publications internationales
sur l?état de l?environnement en Europe ou dans le monde. En
septembre 2025, l?AEE publiera ainsi la nouvelle édition de
L?environnement européen ? État et perspectives. Cette même année,
l?OCDE publiera pour sa part un rapport sur les Perspectives
de l?environnement de l?OCDE, dans lequel elle rendra compte
de la triple crise planétaire du changement climatique, de la
biodiversité et de la pollution, ainsi que de l?ampleur des défis
qui restent à relever. Les Nations unies finaliseront, quant à elles,
la 7e édition du Global Environment Outlook (GEO7) début 2026.
Ces rapports visent tous à donner un aperçu de l?état actuel, des
tendances et des perspectives de l?environnement à différentes
échelles géographiques. Ils soulignent l?ampleur et l?étendue
des défis auxquels nous sommes confrontés et jouent un rôle
crucial dans l?évaluation de la durabilité environnementale, dans
chaque pays. En fournissant une base de connaissances fiable
et pertinente pour agir, ils permettent de prendre des décisions
fondées sur des données probantes pour résoudre des problèmes
environnementaux urgents.
Publiés de façon périodique, ils permettent un suivi des progrès
réalisés et mettent en évidence les domaines dans lesquels
des actions complémentaires sont nécessaires. Ils contribuent
également à sensibiliser et à responsabiliser les gouvernements,
les institutions et les citoyens et éclairent l?élaboration des
politiques, orientant les politiques ainsi que leur mise en oeuvre.
Quels constats retenir?
L. YM- Les constats faits au niveau de la France sont très
proches de ceux faits au niveau européen. L?Europe est confrontée
à de nombreux défis environnementaux, avec de multiples
impacts sur le bien-être des citoyens et de la planète.
La hausse des températures, la survenue d?événements
météorologiques extrêmes et l?élévation du niveau de la mer
conduisent à des risques pour les écosystèmes, la santé humaine et
les infrastructures.
La pollution, les produits chimiques dangereux et les problèmes
de qualité de l?air nuisent à la santé des citoyens. Plus de 10%
des décès humains prématurés annuels dans l?UE sont liés à la
pollution. Malgré les efforts de réduction de la pollution, seules
40% des eaux de surface de l?UE avaient atteint un bon état
écologique en 2015. Des niveaux excessifs d?azote continuent de
provoquer l?eutrophisation des milieux naturels.
Malgré les efforts mis en oeuvre pour protéger l?environnement,
le déclin de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes
persistent et de nombreux habitats et espèces sont toujours
menacés. La consommation des ressources reste plus élevée
en Europe que dans les autres régions du monde, contribuant
également à la dégradation de l?environnement.
Ces constats soulignent la nécessité pour les décideurs politiques
européens et nationaux d?agir ensemble pour réaliser la
transformation verte dont l?Europe a besoin. L?UE a pris des
mesures significatives au cours des quatre dernières décennies et
plus récemment dans le cadre du Pacte vert européen et les efforts
en ce sens doivent se poursuivre et s?amplifier.
Pour faire face aux défis environnementaux, l?Europe a
proposé une «transition juste». Que recouvre cette notion?
L. YM- L?UE s?est donné des objectifs ambitieux en matière
de transition énergétique et climatique, à savoir devenir un
continent climatiquement neutre d?ici 2050, rétablir la biodiversité
de l?Europe d?ici à 2030, soutenir une croissance économique
dissociée de l?utilisation des ressources, et atteindre le zéro
pollution. Atteindre ces objectifs nécessite des changements
radicaux dans nos modes de production et de consommation.
Au cours de la dernière décennie, une grande partie de la société
européenne a pris conscience que nos modes de vie et nos
priorités sont en contradiction avec la nécessité d?une planète
saine pour les générations futures. Mais la transition vers un
modèle de société plus respectueux de l?environnement ne sera
pas sans conséquence sur certains secteurs d?activité (production
automobile, élevage bovin, filière aéronautique, plasturgie,
etc.), pour les salariés qui y travaillent et pour les territoires où
ils sont implantés. Il s?avère donc important d?écouter leurs
inquiétudes, de travailler avec eux sur les transformations
possibles, d?accompagner ces changements et de soutenir les
dynamiques innovantes qui permettront de réduire les impacts
environnementaux de ces activités tout en maintenant de l?emploi
et du dynamisme économique.
Pour être socialement acceptable, la transformation verte, en
Europe et en France, devra être équitable et éviter l?apparition ou
l?aggravation d?inégalités entre les personnes et la nature. Cela
passera par une grande variété d?outils et de mécanismes, tels que
la participation du public, le soutien financier et la reconversion
professionnelle pour accompagner le changement.
Alors que certaines forces politiques, économiques et sociétales
s?emploient à ralentir, voire à inverser la transformation verte de
l?Europe, espérons que ce rapport comme celui de l?AEE à venir
rappellera à chacun l?urgence à agir pour pouvoir continuer à
habiter une planète vivable, saine et résiliente.
LEENA YLA-MONONEN
POSTFACE
126
ANNEXES
POUR ALLER
PLUS LOIN
DOCUMENTS DE RÉFÉRENCE
? Bilan environnemental de la France ? Édition 2023, CGDD,
Datalab, mars 2024, 122 p.
? Bilan énergétique de la France en 2022, CGDD, Datalab,
mai 2024, 184 p.
? Chiffres clés du climat France, Europe et Monde - Édition 2024,
CGDD, Datalab, novembre 2024, 96 p.
? La France face aux neuf limites planétaires, CGDD, Théma,
octobre 2023, 86 p.
? État des lieux de la France au regard des Objectifs de
développement durable, CGDD, 2021
? L?évaluation française des écosystèmes et des services
écosystémiques (Efese), CGDD
SITES THÉMATIQUES
? Air : Atmo France et LCSQA
? Biodiversité : naturefrance
? Eau : eaufrance
? Milieu marin : milieumarinfrance
? Émissions de gaz à effet de serre : Citepa
? Changement climatique : hautconseilclimat.fr/
? Adaptation au changement climatique :
Centre de ressources pour l?adaptation au changement
climatique
? Projections climatiques : Drias, les futurs du climat
? Ressources minérales : mineralinfo.fr/fr
? Risques sur le territoire : géorisques
? Environnement et développement durable :
notre-environnement
DONNÉES ET INDICATEURS
? Premier ministre. Tableau de bord de la planification
écologique
? Agenda 2030 en France. Datavisualisations des indicateurs
de suivi des ODD
? Agence européenne pour l?environnement. Indicateurs
? Commission européenne. Tableau de bord de la stratégie
de l?Union européenne pour la biodiversité
? Eurostat. Base de données, données détaillées
Environnement et énergie
? Eurostat. Statistiques pour le Pacte vert européen
? Eurostat. Statistiques sur l?économie circulaire
? INPN. Données de synthèse sur le patrimoine naturel
? FMI. Indicateurs du changement climatique
? OCDE. Programme international pour l?action sur le climat
? OCDE. Indicateurs environnementaux par thème
? SDES. Données et études statistiques pour le changement
climatique, l?énergie, l?environnement, le logement, et les
transports
? POUR ALLER PLUS LOIN
? GLOSSAIRE
? SIGLES ET ABRÉVIATIONS
? SYMBOLES CHIMIQUES
ET UNITÉS DE MESURE
A
N
N
EX
ES
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-environnemental-de-la-france-edition-2023-0?rubrique=41&dossier=176
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-energetique-de-la-france-pour-2022
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-du-climat-france-europe-et-monde-edition-2024
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-france-face-aux-neuf-limites-planetaires?rubrique=41&dossier=176
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/etat-des-lieux-de-la-france-au-regard-des-objectifs-de-developpement-durable/
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/etat-des-lieux-de-la-france-au-regard-des-objectifs-de-developpement-durable/
https://www.ecologie.gouv.fr/levaluation-francaise-des-ecosystemes-et-des-services-ecosystemiques
https://www.ecologie.gouv.fr/levaluation-francaise-des-ecosystemes-et-des-services-ecosystemiques
https://www.atmo-france.org/
https://www.lcsqa.org/fr
https://naturefrance.fr/indicateurs/date-darrivee-des-oiseaux-migrateurs
https://www.eaufrance.fr/
https://www.milieumarinfrance.fr/
https://www.citepa.org/fr/
http://www.hautconseilclimat.fr
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.drias-climat.fr/
http://www.mineralinfo.fr/fr
https://www.georisques.gouv.fr/
https://www.notre-environnement.gouv.fr/
https://e.infogram.com/95444dec-4126-496a-85ce-6a017217c0a4?src=embed
https://e.infogram.com/95444dec-4126-496a-85ce-6a017217c0a4?src=embed
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/datavisualisations-des-indicateurs-de-suivi-des-odd/
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/datavisualisations-des-indicateurs-de-suivi-des-odd/
https://www.eea.europa.eu/en/analysis/indicators
https://dopa.jrc.ec.europa.eu/kcbd/EUBDS2030-dashboard/?version=1
https://dopa.jrc.ec.europa.eu/kcbd/EUBDS2030-dashboard/?version=1
https://ec.europa.eu/eurostat/fr/data/database
https://ec.europa.eu/eurostat/fr/data/database
https://ec.europa.eu/eurostat/cache/egd-statistics/
https://ec.europa.eu/eurostat/web/circular-economy
https://inpn.mnhn.fr/accueil/donnees-referentiels
https://climatedata.imf.org/
https://oecd.org/action-climat/ipac/tableau-de-bord?pays=FRA
https://www.oecd.org/environment/environment-at-a-glance/
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/
127
ANNEXES
GLOSSAIRE
A Aire protégée : espace géographique clairement
défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen
efficace juridique ou autre, afin d?assurer à long
terme la conservation de la nature, ainsi que les
services écosystémiques et les valeurs culturelles
qui lui sont associés.
Année hydrologique : année débutant à la date de
fin de la période de faibles écoulements, date prise
par convention au 1er septembre.
Anthropique : relatif aux activités humaines.
Arsenic bioaccessible : arsenic pouvant être
absorbé par le corps humain. Sa bioaccessibilité
dépend du type d?arsenic et de la composition de
la terre.
Artificialisation : transformation d?un sol à
caractère naturel, agricole ou forestier par des
actions d?aménagement, pouvant entraîner son
imperméabilisation totale ou partielle.
B Bande de fréquence : partie continue du spectre
radioélectrique limitée par deux valeurs exprimées
en Hertz (Hz).
Bassin-versant : aire d?alimentation d?un cours
d?eau ou d?un lac, délimitée par des lignes de
partage des eaux. Les résultats sont présentés ici à
l?échelle des sous-bassins hydrographiques définis
pour répondre à la directive européenne (2000/60/
CE) établissant un cadre pour une politique
communautaire dans le domaine de l?eau, dite
« directive-cadre sur l?eau » (DCE).
Biomasse : matières organiques, non fossiles,
d?origine biologique, pouvant être utilisées
comme matières premières biogènes dans
l?approvisionnement alimentaire ou dans d?autres
produits, ou encore, servir de combustibles pour
produire de la chaleur ou de l?électricité.
Bois-énergie : ensemble comprenant le bois bûche
(commercialisé ou autoconsommé), ainsi que tous
les coproduits du bois, destinés à produire de
l?énergie : liqueur noire, écorce, sciure, plaquettes
forestières et plaquettes d?industrie, briquettes
reconstituées et granulés, broyats de déchets
industriels banals, bois en fin de vie, etc.
Bruit dans l?environnement : défini par la directive
2002/49/CE comme le son extérieur non désiré ou
nuisible résultant d?activités humaines, y compris
le bruit émis par les moyens de transport, le trafic
routier, ferroviaire ou aérien et provenant de sites
d?activité industrielle.
Budget carbone : le terme « budget carbone » est
employé dans deux contextes :
? Selon le Giec : le budget carbone désigne la
quantité de GES qu?il est possible à l?humanité
d?émettre, d?ici la fin du siècle, pour respecter un
niveau maximal de réchauffement (par exemple,
pour limiter à 2 °C l?augmentation moyenne
des températures en 2100 par rapport à l?ère
préindustrielle, avec une probabilité de 67 %, le
budget carbone restant à partir de 2021 est de
1 075 gigatonnes (Gt) de CO2, et de seulement
325 Gt CO2 pour limiter l?augmentation à 1,5 °C).
Le budget carbone est repris dans cette acception
dans le défi « Ressources » de ce rapport.
? Selon la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) :
le budget carbone désigne les objectifs quantitatifs
d?émissions de GES à ne pas dépasser dans les
années futures pour respecter la trajectoire de
réduction des émissions nationales fixée par le
gouvernement français. Les « budgets carbone » de
la SNBC sont déclinés par type de molécules et par
secteur. Ils sont établis pour des pas de temps de
cinq années. Le budget carbone est repris dans cette
acception dans le défi « Climat » de ce rapport.
C Chaleur commerciale : quantité de chaleur vendue
par un acteur qui met en oeuvre une combustion
pour en utiliser lui-même la chaleur.
CO? équivalent (CO? éq) : méthode de mesure
des émissions de gaz à effet de serre qui prend en
compte le potentiel de réchauffement de chaque
gaz relativement à celui du CO?.
Composé organochloré : composé organique de
synthèse, comportant au moins un atome de chlore
et utilisé comme solvant, pesticide? ou comme
molécules intermédiaires en chimie et pharmacie.
Composés organiques volatils (COV) : ensemble
regroupant une multitude de substances, qui
peuvent être d?origine biogénique (naturelle) ou
anthropique (humaine). Les COV les plus connus
sont le butane, le toluène, l?éthanol (alcool à
90°), l?acétone et le benzène que l?on retrouve
dans l?industrie, le plus souvent sous la forme
de solvants organiques (par exemple, dans les
peintures ou les encres).
128
ANNEXES
Conservatoire d?espaces naturels (CEN) : structure
associative créée au milieu des années 1970 pour
contribuer à la préservation d?espaces naturels ou
semi-naturels par des actions de connaissance,
de maîtrise foncière et d?usage, de gestion et de
valorisation du patrimoine naturel sur le territoire
régional.
Consommation finale brute d?énergie : concept
introduit par la directive 2009/28/CE. Il inclut la
consommation finale énergétique (c?est-à-dire
la consommation des produits énergétiques
fournis à des fins énergétiques à l?industrie,
aux transports, aux ménages, aux services et
à l?agriculture-sylviculture-pêche) mais aussi la
consommation d?électricité et de chaleur par la
branche énergie, les pertes sur les réseaux pour
la production et le transport d?électricité et de
chaleur, la consommation des hauts-fourneaux
ainsi que la consommation du transport aérien
international.
Consommation intérieure de matières : ensemble
des matières consommées physiquement
sur le territoire national par les entreprises
(consommation intermédiaire) et par les ménages
et administrations (consommation finale).
Elle agrège les ressources nationales et extérieures,
déduites des flux vers l?étranger :
production + importations ? exportations.
Contamination diffuse : accroissement notable de
la concentration d?éléments minéraux, organiques
ou pathogènes dans un sol au-delà des valeurs
normales, sans préjuger de la modification de sa
qualité. Ces contaminations résultant d?apports
par voie aérienne issus de rejets (industriels,
transports, épandages agricoles) peuvent toucher
une grande partie du territoire.
Continuité écologique : association de réserves de
biodiversité ou corridors écologiques permettant
la libre circulation des organismes vivants et leur
accès aux zones de reproduction, de croissance,
d?alimentation ou d?abri.
COP : conférence des Parties des conventions
internationales, telles que celle sur le climat
(convention-cadre des Nations unies sur les
changements climatiques ? CCNUCC) ou la
biodiversité (convention sur la diversité biologique
? CDB).
Corridor écologique : connexion entre des
réserves de biodiversité, offrant aux espèces des
conditions favorables à leur déplacement et à
l?accomplissement de leur cycle de vie.
D Décarbonation : mesures et techniques
permettant de réduire les émissions de gaz à effet
de serre.
Déchet : toute substance ou tout objet ou plus
généralement tout bien meuble dont le détenteur
se défait ou dont il a l?intention de se défaire
(article L. 541-1-1 du Code de l?environnement).
Déchet dangereux : déchet contenant, en
quantité variable, des éléments toxiques ou
dangereux qui présentent des risques pour la
santé humaine et l?environnement. Un déchet est
classé dangereux s?il présente une ou plusieurs des
15 propriétés de danger énumérées dans le Code
de l?environnement (article R541-8, annexe 1).
Il peut être de nature organique (solvants,
hydrocarbures, etc.), minérale (acides, boues
d?hydroxydes métalliques, etc.) ou gazeuse.
Déchets minéraux ou inertes : déchets qui ne se
décomposent pas, ne brûlent pas et ne produisent
aucune autre réaction physique ou chimique avec
l?environnement. Ils ne sont pas biodégradables
et ne se décomposent pas au contact d?autres
matières. Les définitions européennes qualifient
ces déchets de déchets minéraux, dont ils
proviennent en quasi-totalité.
Déchets radioactifs : substances radioactives pour
lesquelles aucune utilisation ultérieure n?est
prévue ou envisagée ou qui ont été requalifiées
comme tel par l?autorité administrative.
Les déchets radioactifs sont classés selon
deux caractéristiques : le niveau d?activité et la
durée de demi-vie. Le niveau d?activité donne
une indication sur le niveau de l?intensité du
rayonnement radioactif à un moment donné
et donc sur la dangerosité potentielle. La durée
de demi-vie permet de déduire la durée de
dangerosité potentielle du déchet.
Dent creuse : en urbanisme, espace non construit
entouré de parcelles bâties. Elle peut résulter
d?une ancienne zone agricole où une unique
parcelle restée vierge de constructions, de la
démolition d?un édifice, ou encore d?un terrain
vague ou à l?abandon.
129
Dépassement des normes réglementaires de
qualité de l?air pour la protection de la santé :
non-respect des normes réglementaires de qualité
de l?air pour la protection de la santé définies au
niveau européen concernant plusieurs polluants,
dont le NO?, les PM10 et l?O3.
Dépense de protection de l?environnement :
effort financier consacré par les différents agents
économiques à la prévention, la réduction ou la
suppression des dégradations de l?environnement.
Déprise agricole : abandon de l?activité agricole
(culture ou élevage) dans un territoire, ayant très
souvent pour conséquence l?embroussaillement
(friches, fourrés) puis, à terme, le boisement des
terrains ainsi abandonnés.
Directive-cadre sur l?eau : directive du 23 octobre
2000 visant à définir un cadre cohérent en matière
de gestion et de protection des eaux par grand
bassin hydrographique au plan européen avec une
perspective de développement durable.
Directive « Habitats, Faune, Flore » : directive
européenne du 21 mai 1992 destinée à
la protection des milieux et des espèces
« remarquables », servant de base juridique au
réseau Natura 2000 en prévoyant notamment la
désignation de zones spéciales sur l?ensemble du
territoire métropolitain.
Directive « Oiseaux » : directive européenne
du 2 avril 1979 concernant la protection des
oiseaux sauvages, servant de base juridique au
réseau Natura 2000 en prévoyant notamment la
désignation de zones de protection spéciale sur
l?ensemble du territoire métropolitain.
Document d?objectifs : document-cadre validé
par le préfet, définissant, pour chaque site Natura
2000, un état des lieux, des objectifs de gestion et
les modalités de leur mise en oeuvre.
E Eaux usées : eaux altérées par l?ensemble des
activités humaines. On distingue les eaux usées
industrielles, les eaux usées domestiques (hygiène,
lavage, cuisine) et issues d?établissements publics
(écoles, hôpitaux, etc.) et privés (entreprises) où
l?usage de l?eau est similaire à celui des ménages,
et les eaux pluviales chargées en matières
polluantes au cours de leur ruissellement sur les
toitures et la voirie.
Économie circulaire : modèle de production
et de consommation qui vise à réduire la
consommation de matières premières en
passant du modèle linéaire, consistant à extraire,
fabriquer, consommer et jeter, à un modèle
circulaire. Ce modèle repose sur sept piliers :
l?extraction/exploitation et les achats durables,
l?écoconception, l?écologie industrielle et
territoriale, l?économie de la fonctionnalité,
la consommation responsable, l?allongement
de la durée d?usage et le recyclage des déchets.
Écosystème : unité écologique fonctionnelle
regroupant un ensemble de populations animales
et végétales en interaction constante au sein
d?un ou plusieurs habitats naturels ou semi-
naturels.
Émissions nettes de CO? : différence entre
les émissions anthropiques (issues des activités
humaines) et les absorptions anthropiques par
les puits de carbone, c?est-à-dire les milieux
naturels gérés par l?homme (forêts, prairies,
sols agricoles, zones humides, etc.) et certains
procédés industriels (capture et stockage ou
réutilisation du carbone).
Empreinte carbone : indicateur estimant
la quantité de gaz à effet de serre émise pour
satisfaire la consommation au sens large
d?une population (biens, services, utilisation
d?infrastructures), en tenant compte des émissions
liées aux importations et aux exportations.
L?empreinte carbone de la France permet
d?apprécier les pressions globales sur le climat
de la demande intérieure française quelle que
soit l?origine géographique des émissions.
Empreinte matières : appelée aussi Raw Material
Consumption dans la littérature spécialisée,
indicateur rendant compte de l?ensemble
des matières premières mobilisées pour satisfaire
des besoins de la population d?un pays :
alimentation, habitation, habillement, transport
et autres biens et services. Cette empreinte
comptabilise les matières extraites tant du
territoire national que hors de nos frontières,
mais destinées à satisfaire les besoins de
la population résidant en France.
ANNEXES
130
ANNEXES
Énergie primaire : énergie non transformée,
i.e. tirée de la nature (soleil, fleuves ou vent) ou
contenue dans les produits énergétiques tirés de
la nature (comme les combustibles fossiles ou le
bois). Par convention, l?énergie primaire d?origine
nucléaire, hydraulique, éolienne, marémotrice et
solaire photovoltaïque est comptabilisée à hauteur
de la production d?électricité correspondante.
Énergies renouvelables : énergies dérivées de
processus naturels en perpétuel renouvellement.
Il existe plusieurs formes d?énergies renouvelables,
notamment l?énergie générée par le soleil
(photovoltaïque ou thermique), le vent (éolienne),
l?eau des rivières et des océans (hydraulique,
marémotrice, etc.), la biomasse, qu?elle soit solide
(bois et déchets d?origine biologique), liquide
(biocarburants) ou gazeuse (biogaz), ainsi que la
chaleur de la terre (géothermie).
Épisode de pollution : il est caractérisé par le
dépassement du seuil d?information et de
recommandation ou du seuil d?alerte (protection de
la santé à court terme) pour un ou plusieurs polluants.
Il est considéré d?ampleur nationale lorsque la
superficie des territoires concernés s?étend sur
trois régions administratives ou plus et qu?il concerne
une période de deux jours consécutifs ou plus.
Espèce autochtone : espèce originaire d?une zone
déterminée.
Espèce d?intérêt communautaire : espèce en
danger, vulnérable, rare ou endémique pour
laquelle des mesures de protection doivent être
mises en place par les États membres de l?Union
européenne. La désignation des sites Natura 2000
s?appuie sur leur présence.
Espèce endémique d?un territoire : espèce dont
l?ensemble des populations ne se trouve que dans
ce territoire. La notion d?endémisme est donc
indissociable d?une zone géographique donnée.
Espèce exotique envahissante (EEE) : espèce
introduite dans une aire distincte de son
aire d?origine par les êtres humains, de façon
volontaire ou accidentelle, proliférant dans
son aire d?implantation et perturbant le
fonctionnement des écosystèmes ou nuisant aux
espèces autochtones par compétition, prédation
ou transmission de maladies.
Espèce introduite : espèce dont un ou des
individus ont été déplacés par l?homme de
manière volontaire ou involontaire sur un territoire
donné à un moment donné.
État chimique : appréciation de la qualité d?une
eau sur la base de concentrations en polluants, le
bon état étant atteint lorsqu?elles ne dépassent
pas des normes de qualité fixées au préalable.
État de conservation d?un habitat naturel : somme
des états des paramètres qui le constituent. La
démarche d?évaluation prend en compte l?état des
entités (gènes, individus, populations, paysages) et
des fonctions (flux de régénération, production,
etc.).
État de dégradation d?un habitat naturel : état
montrant une perte de biodiversité, de son
intégrité et/ou une simplification ou une rupture
dans sa structure, son fonctionnement et/
ou sa composition en raison d?activités ou de
perturbations qui sont trop fréquentes ou trop
importantes pour permettre une régénération ou
une récupération naturelle.
État écologique d?une masse d?eau : appréciation
de la structure et du fonctionnement des
écosystèmes aquatiques associés aux eaux
superficielles, à travers des critères biologiques,
hydromorphologiques ou physico-chimiques.
Eutrophisation : enrichissement excessif des cours
d?eau et des plans d?eau en éléments nutritifs
comme le phosphore et l?azote, lesquels agissent
comme engrais pour les plantes aquatiques.
L?eutrophisation se manifeste par la prolifération
de végétaux aquatiques et par une diminution
notable de la teneur en oxygène de l?eau. Il
s?en suit, entre autres, une diversité animale et
végétale amoindrie et des usages perturbés.
Évapotranspiration : processus biophysique de
transfert d?une quantité d?eau vers l?atmosphère,
par l?évaporation à partir du sol, des cours
d?eau et des plans d?eau à laquelle s?ajoute la
transpiration des plantes, eau perdue par la
végétation sous forme de vapeur d?eau.
Exposome : concept, initialement développé
par Christopher Wild en 2005, ayant pour objet
l?étude de l?ensemble des expositions à des
facteurs environnementaux subis par l?être humain
de sa conception à sa fin de vie.
131
F Flexitarisme : pratique alimentaire qui consiste à
ne manger de la viande qu?occasionnellement
Fragmentation des milieux naturels :
transformation d?une surface importante
d?habitats en un nombre plus ou moins important
de fragments de taille variable, dont la surface
totale est inférieur à celle de l?habitat original et
qui sont plus ou moins isolés les uns des autres par
une matrice environnante différente de l?originale
(route, habitations, etc.). La fragmentation des
milieux naturels peut être défavorable à de
nombreuses espèces, d?une part à cause de la
faiblesse des surfaces accessibles, et d?autre part
par l?isolement, le cloisonnement des différents
espaces naturels.
Frontière locale : au sens du concept des limites
planétaires, la frontière locale délimite le début de la
zone d?incertitude dans laquelle entre un processus
biophysique du fait des activités humaines. La limite
locale correspond à la borne supérieure de la zone.
Pour l?eau douce renouvelable ou « eau bleue », la
zone d?incertitude est définie à l?échelle d?un bassin-
versant, en fonction de ses écoulements naturels et
de la saison.
G Gaz à effet de serre : gaz d?origine naturelle
(vapeur d?eau) ou anthropique (liée aux activités
humaines) absorbant et réémettant une partie des
rayons solaires (rayons infrarouge), phénomènes à
l?origine de l?effet de serre.
Groupe taxonomique : ensemble d?espèces
partageant des caractéristiques communes et un
ancêtre commun.
Habitat d?intérêt communautaire : habitat
identifié par la Commission européenne comme
susceptible de disparaître sur le territoire
européen et dont les États membres doivent en
assurer la conservation. La désignation des sites
Natura 2000 s?appuie sur leur présence.
Habitat naturel ou semi-naturel : ensemble
homogène non dissociable constitué, d?une part,
d?un biotope (climat local, nature et propriétés
physico-chimiques du sol, nature géologique
du sous-sol) et, d?autre part, d?une biocénose
(communauté d?organismes vivants). Les habitats
constituent les milieux de vie des espèces. Un
habitat est généralement qualifié comme semi-
naturel lorsqu?il concerne un espace plus ou
moins façonné par les êtres humains qui réunit
les conditions physiques et biologiques
nécessaires à l?existence d?une espèce ou
d?un groupe d?espèces.
H Herbicide : préparation phytotoxique utilisée
pour lutter contre les adventices, ou mauvaises
herbes. Communément appelé désherbant,
il fait partie de la famille des pesticides ou
phytosanitaires ou phytopharmaceutiques.
Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) :
polluants organiques persistants dangereux pour
l?homme et pour l?environnement, modérément
et lentement biodégradables. Ils sont produits par
les activités humaines, lorsqu?il y a combustion
incomplète de matières organiques : incinération
de déchets, combustion de carburants
automobiles, de pétrole, de charbon ou de bois,
production industrielle (aciéries, alumineries,
etc.). Les combustions naturelles (feux de forêts)
produisent également des HAP.
I Indice des pressions toxiques cumulées (IPTC) :
estimateur du risque de toxicité d?un mélange
de substances dangereuses pour les organismes
aquatiques. Cet indice varie, en théorie, de
zéro à l?infini. Il est « fort » ou « élevé » quand
il dépasse 1, la survenue d?effets néfastes sur
l?environnement étant soit hautement probable
soit possible mais à confirmer par une expertise
complète.
Intensité en émissions de gaz à effet de serre
(GES) : indicateur qui rapporte la quantité de
GES émise par une activité à une unité de valeur
ajoutée de cette activité.
Intensité énergétique : ratio entre la consommation
d?énergie et un indicateur d?activité,
habituellement le produit intérieur brut (PIB),
au niveau macroéconomique. Elle permet de
mesurer l?efficacité énergétique de l?économie
et, à ce titre, est un indicateur pouvant mettre
en évidence le découplage entre croissance
économique et consommation d?énergie.
ANNEXES
132
ANNEXES
L Limite locale : voir frontière locale.
Liste rouge : liste d?espèces classées selon le
degré de menaces pesant sur elles, régulièrement
révisée, établie à partir d?une méthodologie
définie par l?UICN. En France, la réalisation de la
Liste rouge nationale est coordonnée par PatriNat
(OFB-CNRS-MNHN) et le comité français de
l?UICN.
M Macropolluant : ensemble comprenant les
matières en suspension, les matières organiques
et les nutriments, comme l?azote et le phosphore.
Les macropolluants peuvent être présents
naturellement dans l?eau, mais les activités
humaines en accroissent les concentrations (rejets
d?eaux usées, industrielles ou domestiques, ou
pratiques agricoles).
Masse d?eau : selon la directive-cadre sur l?eau, une
masse d?eau de surface est une partie distincte
et significative des eaux de surface (lac, réservoir,
rivière, fleuve ou canal, partie de rivière, de fleuve
ou de canal, eau de transition ou portion d?eaux
côtières). Une masse d?eau souterraine est un
volume distinct d?eau souterraine à l?intérieur
d?un ou de plusieurs aquifères.
Matière première de recyclage (ou matière
première secondaire) : déchet valorisé en vue
d?obtenir un produit utilisable dans les procédés
de fabrication pour remplacer la matière première
initiale.
Métabolite : molécule issue de la dégradation
d?une substance mère, par réactions chimiques
ou biologiques. Un métabolite possède des
propriétés distinctes de sa substance mère
(solubilité, durée de vie, écotoxicité, etc.). Il
peut être plus toxique ou plus persistant que la
molécule d?origine.
Métalloïde : élément chimique dont les propriétés
sont intermédiaires entre celles d?un métal et
d?un non-métal. Par exemple, les métalloïdes se
comportent comme des semi-conducteurs.
Métaux critiques : une substance est dite
« critique » dès lors qu?elle conjugue deux
variables : côté offre, elle est exposée à des
risques d?approvisionnement (prix, accès au
marché, tensions géopolitiques, etc.). Du
côté demande, elle est considérée comme
particulièrement importante pour l?économie
nationale. Le croisement de ces deux variables
permet de classer les substances selon leur degré
de criticité. Les indices de criticité ainsi estimés
s?appliquent aux États et aux entreprises.
Méthanisation : processus biologique permettant
de transformer des matières organiques en
énergie renouvelable.
Micropolluant : ensemble de substances minérales
ou organiques qui, même à de très faibles
concentrations, de l?ordre du µg/l ou du ng/l,
peuvent être toxiques pour l?homme et/ou les
écosystèmes. Ils sont généralement classés en
familles : métaux métalloïdes, hydrocarbures, HAP,
PCB, polybromodiphényléther (PBDE), composés
organiques volatiles (COV), composés organo-
halogénés volatils (COHV), composés phénoliques,
dioxines et furanes, phtalates, etc.
Minerais métalliques : agrégats minéraux
contenant des métaux. La plupart étant
polymétalliques, les différents métaux sont
séparés lors du processus de production. Les
minerais métalliques se subdivisent en minerais
ferreux et non ferreux.
Minéraux non métalliques : matériaux de
construction principalement (sables, graviers,
pierres ornementales) et roches et minéraux
industriels (silice, gypse, kaolin, argile, talc, sel,
potasse, barytine, feldspath, etc.).
N Nappe libre : nappe d?eau souterraine se trouvant
dans une formation géologique perméable, et
qui n?est pas isolée de la surface du sol par une
strate imperméable. Elle est généralement peu
profonde. La phase de recharge de ces nappes est
généralement liée aux précipitations annuelles.
Neutralité carbone : équilibre entre les émissions
de gaz à effet de serre et l?absorption de carbone
par les écosystèmes gérés par l?homme (forêts,
sols agricoles, etc.) et les procédés industriels
(capture et stockage ou réutilisation du carbone)
à l?échelle du territoire national, sans recours à
la compensation par des crédits internationaux
(Stratégie nationale bas-carbone, 2020).
Nitrates : une des formes de l?azote,
principalement d?origine agricole en raison du
recours aux engrais azotés.
133
O Ozone : polluant qui se forme lors de réactions
complexes entre des polluants déjà présents dans
l?atmosphère, principalement les oxydes d?azote
et les composés organiques volatils, sous l?action
des rayonnements ultraviolets du soleil.
P Pelouses sèches : formations végétales rases,
situées en pente, qui sont peu colonisées par les
arbres et les arbustes. Elles forment un tapis plus
ou moins dense qui se développe sur un sol, parfois
peu épais, qui est pauvre en éléments nutritifs et
constitué, en grande majorité, de calcaire.
Pescétarien : pratique alimentaire qui consiste
à supprimer la viande mais à autoriser le poisson
et les fruits de mer.
Phénologie : étude de l?apparition d?événements
périodiques (annuels le plus souvent) dans
le monde vivant, déterminée par les variations
saisonnières du climat.
Phytoplancton : ensemble des végétaux de taille
très petite ou microscopique vivant en suspension
dans l?eau. Le phytoplancton est à la base de
la chaîne alimentaire aquatique.
Plancton : ensemble d?organismes vivants
incluant le phytoplancton et le zooplancton.
Le phytoplancton est constitué de l?ensemble des
algues microscopiques unicellulaires qui flottent
dans les eaux. Le zooplancton est constitué de
l?ensemble des organismes animaux de très petite
taille, qui vivent en suspension dans l?eau et ne
possèdent ni cellulose, ni chlorophylle.
Points chauds de biodiversité : terme générique
désignant une zone possédant une grande
richesse de biodiversité particulièrement menacée
par l?activité humaine.
Pollinisateur : animal (principalement des insectes)
butineur, transportant le pollen d?une fleur à
une autre, en assurant ainsi la pollinisation
Pollution : situation constatée montrant
la présence de polluants dans un milieu, à
la suite de l?introduction, directe ou indirecte par
l?activité humaine, de substances susceptibles de
contribuer ou de causer un danger pour la santé
de l?homme, des détériorations aux écosystèmes
ou aux biens matériels, ou une entrave à un
usage légitime de l?environnement. La pollution
peut être historique ou nouvelle, résultant d?une
activité humaine passée ou récente, ou encore
résiduelle, subsistant dans un milieu déterminé
après réhabilitation. La pollution est dite
« ponctuelle » quand l?origine peut être localisée
géographiquement de façon précise. Elle est
« diffuse » quand elle est due à de multiples rejets
de polluants dans le temps et l?espace, dont
les origines peuvent être difficiles à identifier.
Potentiel de réchauffement global : rapport entre
l?énergie renvoyée vers le sol en cent ans par
1 kg de gaz et celle que renverrait 1 kg de CO?.
Il dépend du gaz considéré et de sa durée de vie
dans l?atmosphère. Conventionnellement,
il se limite pour le moment aux GES directs et plus
particulièrement à ceux visés par le Protocole de
Kyoto (le CO?, le CH4, le N?O, les HFC, les PFC,
le SF? et le NF?). Il est utilisé pour exprimer les GES
en équivalent CO? (noté CO? éq).
Prairies mellifères : prairie présentant un
mélange pérenne de graminées, fleurs et herbes
aromatiques spécialement sélectionnées pour
la production de nectar et de pollen pour
les insectes utiles.
Pression d?inventaires : effort de prospection
et d?inventaire, s?appuyant entre autres sur
la fréquence des relevés. Plus cet effort est
important, meilleur est le niveau de connaissance
naturaliste d?un territoire donné.
Productivité matières : rapport entre le PIB
(exprimé en volume, i.e. hors évolution des prix)
et la consommation intérieure apparente de
matières de l?économie ; cet indicateur exprime
le PIB généré en moyenne pour chaque unité
de matières consommée (voir consommation
intérieure apparente de matières).
Produits de biocontrôle : agents et produits
utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de
la lutte intégrée contre les ennemis des cultures
(article L. 253-6 du Code rural et de la pêche
maritime). Ils comprennent en particulier :
? des macro-organismes, essentiellement des
invertébrés, notamment des acariens, insectes
et nématodes, utilisés pour protéger les plantes
des bioagresseurs via la lutte biologique ;
? des produits phytosanitaires composés de
micro-organismes, de médiateurs chimiques tels
que les phéromones et les kairomones, ou de
substances naturelles d?origine végétale, animale
ou minérale.
ANNEXES
134
ANNEXES
Protection forte : espaces naturels dans lesquels
les pressions engendrées par les activités
humaines susceptibles de compromettre la
conservation des enjeux écologiques de ces
espaces sont supprimées ou significativement
limitées de manière pérenne, grâce à la mise
en oeuvre d?une protection foncière ou d?une
réglementation adaptée, associée à un contrôle
effectif des activités concernées.
Puits de carbone : réservoir qui capte et stocke
le carbone atmosphérique. Le principal puits
est le puits océanique, il absorbe entre deux et
trois milliards de tonnes de carbone, soit 7 à
10 milliards de tonnes de CO? représentant un
quart environ des émissions résultant des activités
humaines. Les autres puits sont les forêts et les
tourbières.
Pyréthrinoïdes : insecticides de synthèse,
analogues des pyréthrines naturellement
présentes dans certains chrysanthèmes.
R Rayonnement non ionisant : champ
électromagnétique insuffisamment énergétique
pour provoquer des modifications des molécules
de la matière vivante par ionisation, à l?inverse des
rayonnements ionisants.
Récif corallien : structure naturelle sous-marine
construite par les coraux, animaux marins
invertébrés qui fabriquent leur squelette calcaire
dur à partir de carbonates et de calcium présents
dans l?eau de mer. Les récifs coralliens forment
des écosystèmes marins parmi les plus riches en
biodiversité.
Recyclage : toute opération de valorisation
par laquelle les déchets, y compris les déchets
organiques, sont retraités en substances, matières
ou produits aux fins de leur fonction initiale ou
à d?autres fins. En sont exclues les opérations
de valorisation énergétique des déchets, de
conversion des déchets en combustible et les
opérations de remblaiement (article L.541-1-1 du
Code de l?environnement).
Réserve naturelle : espace protégeant un
patrimoine naturel remarquable (faune, flore,
milieu naturel) de toute intervention artificielle
susceptible de le dégrader. On distingue les
réserves naturelles nationales, les réserves
naturelles de la collectivité territoriale de Corse
et les réserves naturelles régionales. La gestion
de ces espaces est cadrée par un plan de gestion
que mettent en oeuvre une ou plusieurs structures
gestionnaires (association, établissement public,
collectivité).
Réservoir de biodiversité : terme utilisé dans
la description d?une trame verte et bleue pour
définir les espaces dans lesquels la biodiversité
est la plus riche ou la mieux représentée, où les
espèces peuvent effectuer tout ou partie de leur
cycle de vie (alimentation, reproduction, repos)
et où les habitats naturels peuvent assurer leur
fonctionnement, en ayant notamment une taille
suffisante.
Retrait-gonflement des argiles : mouvements
de terrain naturels lents à l?origine d?une
déformation progressive du sol ou du sous-sol
riches en argiles dites « gonflantes ». Ces argiles
se rétractent lors des périodes de sécheresse et
gonflent par réhydratation après de très fortes
pluies. Ce phénomène d?alternance de retrait
et de gonflement du sol peut provoquer des
désordres dans les bâtiments, principalement
dans les maisons individuelles aux structures
légères particulièrement vulnérables en raison de
fondations généralement superficielles.
Risques climatiques : risques naturels influés par
le climat : vagues de chaleur, inondations côtières,
submersions marines, sécheresse, etc.
RLI (Red List Index ? Indice liste rouge) : indice
mesurant le risque d?extinction des espèces en
relevant les diminutions plus ou moins rapides
d?effectifs. Il est construit à l?aide du nombre
d?espèces au sein de chaque catégorie de menace
de l?UICN et du nombre d?espèces ayant changé
de catégorie.
S Scénarios RCP (Representative Concentration
Pathway) : ensemble des quatre scénarios utilisés
par le Giec pour estimer les variations du climat
futur sur la base d?hypothèses sur les émissions de
gaz à effet de serre.
Schéma de cohérence territoriale : document
de planification et d?urbanisme définissant
les grandes orientations d?aménagement d?un
territoire.
135
Schéma directeur d?aménagement des eaux
(SDAGE) : document de planification de la gestion
de l?eau établi pour chaque bassin ou groupement
de bassins, qui fixe les orientations fondamentales
permettant de satisfaire à une gestion équilibrée
et durable de la ressource en eau. Les SDAGE
incluent depuis 2009 les plans de gestion prévus
par la directive-cadre européenne sur l?eau (DCE)
? (2000/60/CE).
Sciences participatives : programme de collecte
d?informations impliquant une participation du
public dans le cadre d?une démarche scientifique.
Services écosystémiques : avantages socio-
économiques directs et indirects que les
écosystèmes procurent aux populations
humaines. Ces services comprennent les services
d?approvisionnement, par exemple, en nourriture,
en eau, en bois et en fibres, les services de
régulation, par exemple, du climat, des inondations,
des maladies, des déchets et de la qualité de l?eau,
les services culturels, qui sont source de loisirs et de
satisfactions esthétiques et spirituelles et les services
de soutien comme la pédogenèse, la photosynthèse
et le cycle des éléments nutritifs.
Sites et sols pollués : sites ou milieux qui, du
fait d?infiltrations de substances polluantes ou
de la présence d?anciens dépôts de déchets,
présentent une pollution susceptible de
provoquer une nuisance ou un risque pour la
santé ou l?environnement. Ces sites sont recensés
dans la base Basol des sites et sols pollués ou
potentiellement pollués, qui appellent une action
de l?administration à titre préventif ou curatif.
Sous-bassin hydrographique : sous-unité
hydrographique définie par la directive
européenne (2000/60/CE) établissant un cadre
pour une politique communautaire dans le
domaine de l?eau, dite directive-cadre sur l?eau. Le
territoire de la France métropolitaine est découpé
en 33 sous-bassins. Chacun des départements
d?outre-mer comporte un seul sous-bassin.
Stratégie nationale pour les aires protégées
(SNAP) : adoptée le 12 janvier 2021, la SNAP
2020-2030 vise, dans les domaines terrestre et
marin, à renforcer le réseau actuel d?aires protégés
et à en créer de nouvelles pour couvrir 30 % du
territoire français en espaces protégés, dont un
tiers en protection forte, d?ici à 2022.
Superficie forestière : superficie des forêts de
production, des autres forêts et des bosquets,
hors peupleraies (définition de la forêt en vigueur
en 1980).
Surface agricole utile (SAU) : concept statistique
destiné à évaluer le territoire consacré à la
production agricole. La SAU est composée
de terres arables (grandes cultures, cultures
maraîchères, prairies artificielles, etc.), surfaces
toujours en herbe (prairies permanentes, alpages),
cultures pérennes (vignes, vergers, etc.). Elle
n?inclut pas les bois et forêts. Elle comprend en
revanche les surfaces en jachère (comprises dans
les terres arables).
Surface toujours en herbe : surface en herbe,
naturelle ou semée depuis au moins 5 ans.
T Taux de boisement : rapport entre la superficie
boisée et la superficie du territoire.
Technologies bas-carbone : technologies qui
émettent significativement moins de gaz à
effet de serre par rapport aux autres solutions
techniques disponibles.
Térawattheure (TWh) : unité énergétique
équivalent à 1 000 milliards (10 puissance 12) de
watts par heure (Wh). Un TWh correspond
à 86 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep).
Territoire artificialisé : territoire qui recouvre les
zones urbanisées, industrielles et commerciales,
les réseaux de transport, les mines, carrières,
décharges et chantiers, ainsi que les espaces verts
artificialisés, par opposition aux espaces agricoles,
aux forêts ou milieux naturels, zones humides ou
surfaces en eau.
Tonne équivalent pétrole : quantité d?énergie
contenue dans une tonne de pétrole brut, soit
41,868 giga-joules. Cette unité est utilisée pour
exprimer dans une unité commune la valeur
énergétique des diverses sources d?énergie.
Selon les conventions internationales, une tonne
d?équivalent pétrole équivaut par exemple à
1 616 kg de houille, 1 069 m3 de gaz d?Algérie ou
954 kg d?essence moteur. Pour l?électricité,
1 tep vaut 11,6 MWh.
ANNEXES
136
ANNEXES
Transition bas-carbone : ensemble des politiques
et mesures qui visent la transformation de
la société actuelle vers une société sobre en
consommation d?énergies fossiles et faiblement
émettrices de gaz à effet de serre.
U Ubiquiste : se dit d?une substance presque
omniprésente dans l?environnement, susceptible
d?être transportée sur de longues distances.
V Vague de chaleur : temps inhabituellement chaud
et sec ou chaud et humide, qui dure au moins
deux à trois jours, et produit le plus souvent
un impact sensible sur la santé humaine et
les systèmes naturels.
Valeur limite : niveau de concentration
d?une substance chimique, fixé sur la base
des connaissances scientifiques, à ne pas
dépasser afin d?éviter, de prévenir ou de réduire
les effets nocifs sur la santé humaine ou
sur l?environnement dans son ensemble.
Vecteur : être vivant capable d?assurer la
transmission biologique d?un agent infectieux
(virus, bactérie, parasite), d?un vertébré à un autre
vertébré, tout en étant lui-même infecté.
Végétarisme : pratique alimentaire qui consiste
à supprimer toute chair d?origine animale
(viande, poisson).
Végétalisme : pratique alimentaire qui consiste
à supprimer toute chair d?origine animale
(viande, poisson) et tout produit d?origine animale
(oeufs, lait, beurre, miel, etc.)
Z Zone basse du littoral : zone située à moins
d?un kilomètre de la mer et dans des territoires
dont l?altimétrie est inférieure au niveau de la mer
lors de conditions extrêmes.
Zone naturelle d?intérêts écologique, faunistique
et floristique (Znieff) : secteurs de grand intérêt
biologique ou écologique. Les Znieff de type II
sont des grands ensembles naturels riches et peu
modifiés, offrant des potentialités biologiques
importantes.
Zone vulnérable : partie du territoire où
la pollution des eaux par le rejet direct ou indirect
de nitrates d?origine agricole et d?autres composés
azotés susceptibles de se transformer en nitrates
menace à court terme la qualité des milieux
aquatiques, et plus particulièrement l?alimentation
en eau potable.
137
ABC Atlas de biodiversité communale
Ademe Agence de la transition écologique
Agec Loi anti-gaspillage pour une économie
circulaire
AIE Agence internationale de l?énergie
ANCT Agence nationale de la cohésion des
territoires
Anses Agence nationale de sécurité sanitaire de
l'alimentation, de l'environnement et du
travail
Basol Base de données sur les sites et sols pollués
ou potentiellement pollués appelant une
action des pouvoirs publics, à titre préventif
ou curatif
BNV-D Banque nationale des ventes des
distributeurs
BRGM Bureau de recherches géologiques et
minières
BTP Bâtiment et travaux publics
CarHab Cartographie nationale des habitats
naturels et semi-naturels
CAUE Conseil d?architecture, d?urbanisme et
de l?environnement
CEN Conservatoire des espaces naturels
Cerema Centre d'études et d'expertise sur
les risques, l'environnement, la mobilité
et l'aménagement
CGDD Commissariat général au développement
durable
Citepa Centre interprofessionnel technique
d'études de la pollution atmosphérique
CITES Convention sur le commerce international
des espèces de faune et de flore sauvages
menacées d?extinction
COP Conférence des Parties
COP15 Conférence de Montréal de 2022 sur
la biodiversité
DAAF Direction de l?alimentation, de l?agriculture
et de la forêt
DCE Directive-cadre sur l?eau
DHFF Directive « Habitats, Faune, Flore »
DO Directive « Oiseaux »
DOCOB Document d?objectifs d?un site Natura 2000
DROM Départements et régions d?outre-mer
EEE Espèce exotique envahissante
Efese Évaluation française des écosystèmes et
des services écosystémiques
EPCI Établissements publics de coopération
intercommunale
ETM Élément trace métallique
Eurostat Office statistique de l?Union européenne
FAO Organisation des Nations unies pour
l?alimentation et l?agriculture
FNAU Fédération nationale des agences
d?urbanisme
GES Gaz à effet de serre
Giec Groupe d?experts intergouvernemental
sur l?évolution du climat
GIER Groupe internationale d?experts sur
les ressources
GIS Sol Groupement d?intérêt scientifique sur
les sols (système d?information sur les sols
de France)
I4CE Institute for Climate Economics
Ifremer Institut français de recherche pour
l'exploitation de la mer
IGN Institut national de l?information
géographique et forestière
Inéris Institut national de l'environnement
industriel et des risques
INPN Inventaire national du patrimoine naturel
Inrae Institut national de la recherche
pour l?agriculture, l?alimentation et
l?environnement (ex INRA - Institut national
de la recherche agronomique)
Insee Institut national de la statistique et des
études économiques
IPBES Intergovernmental Science-Policy Platform
on Biodiversity and Ecosystem Services
- Plateforme intergouvernementale
scientifique et politique sur la biodiversité et
les services écosystémiques
IPTC Indice des pressions toxiques cumulées
IRSN Institut de radioprotection et de sûreté
nucléaire
LCSQA Laboratoire central de surveillance de
la qualité de l?air
LFP Batteries lithium-fer-phosphate
LPO Ligue pour la protection des oiseaux
MNHN Muséum national d?histoire naturelle
MPR Matière première de recyclage
ANNEXES
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
138
ANNEXES
MTECT Ministère de la Transition écologique
et de la Cohésion des territoires
Natura Réseau d?espaces naturels désignés par
les États membres en application des
directives communautaires « Oiseaux »
et « Habitats »
NMC Batteries nickel-manganèse-cadmium
OCDE Organisation de coopération et
de développement économique
ODD Objectif de développement durable
OFB Office français de la biodiversité
Ofremi Observatoire français des ressources
minérales pour les filières industrielles
OMS Organisation mondiale de la santé
ONB Observatoire national de la biodiversité
ONU Organisation des Nations unies
PAT Projet alimentaire territorial
Patrinat Centre d?expertise et de données
sur le patrimoine naturel
PIB Produit intérieur brut
PLH Programme local de l?habitat
PLU(i) Plan local d?urbanisme (intercommunal)
PNA Plan national d?action
PNUE Programme des Nations unies pour
l?environnement
PPE Programmation pluriannuelle de l?énergie
R&D Recherche et développement
SaFN Solutions d?adaptation fondées sur la nature
SAU Surface agricole utilisée
SCoT Schéma de cohérence territorial
SDAGE Schéma directeur d?aménagement et
de gestion des eaux
SDES Service des données et études statistiques
SFEPM Société française pour l?étude et
la protection des mammifères
SNAP Stratégie nationale pour les aires protégées
SNB Stratégie nationale de biodiversité
SNBC2 2e version de la SNBC publiée en 2018
SRADDET Schéma régional d?aménagement,
de développement durable et d?égalité
des territoires
STEU Station de traitement des eaux usées
STH Surface toujours en herbe
TAAF Terres australes et antarctiques françaises
TAX-REF Référentiel taxonomique
Teruti Enquête annuelle sur l?utilisation du territoire
(Land Use Change Analysis System)
TRACC Trajectoire de réchauffement de référence
pour l?adaptation au changement climatique
TVB Trame verte et bleue
UE Union européenne
UICN Union internationale pour la conservation
de la nature
UNEP United Nations Environment Programme
- Programme des Nations unies pour
l'environnement
UTCATF Utilisation des terres, changement
d?affectation des terres et foresterie
Znieff Zone naturelle d?intérêts écologique,
faunistique et floristique
2000
139
SYMBOLES CHIMIQUES
UNITÉS DE MESURE
CH? Méthane
CO? Dioxyde de carbone
COHV Composés organiques halogénés volatils
COV Composés organiques volatils
COVNM Composés organiques volatils non
méthaniques
HAP Hydrocarbures aromatiques polycycliques
HFC Hydrofluocarbure
N?O Protoxyde d?azote
NF? Trifluorure d?azote
NH? Ammoniac
NO? Dioxyde d?azote
NOx Oxydes d?azote
O? Ozone
PCB Polychlorobiphényles
PFAS Poly et perfluoroalkylés
PFC Perfluocarbure
PFHxA Acide perfluorohexanoïque
PFOA Acide perfluoro-octanoïque
PFOS Acide perfluoro-octane sulfonique
PM?? Particules de diamètre inférieur ou égal
à 10 micromètres (µm)
PM?,? Particules de diamètre inférieur ou égal
à 2,5 micromètres (µm)
SF? Hexafluorure de soufre
SO? Dioxyde de soufre
TFA Acide trifluoroacétique
dB Décibel
EH Équivalent habitant
Gt CO? Gigatonne de CO? (milliard de tonnes)
ha Hectare
Md¤ Milliard d?euros
Mm3 Million de mètres cube
Mt Million de tonnes
Mt CO? éq Million de tonnes de CO? équivalent
MW Mégawatt
NODU Nombre de doses unités
ng Nanogramme (0,000 000 001 g)
Tep Tonne équivalent pétrole
TWh Térawattheure
g Microgramme (0,000 001 g)
m Micromètre
V/m Volt par mètre
ANNEXES
140
TA
BL
E
D
ES
M
A
T
IÈ
R
ES
TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS p. 4
FACE AUX DÉFIS : HISTOIRE D?UNE PRISE
DE CONSCIENCE p. 10
RESSOURCES NATURELLES :
ENTRE DÉPENDANCE AUX
IMPORTATIONS ET RARÉFACTION p. 16
Les enjeux p. 17
L?état des lieux p. 19
LES RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES p. 19
Une présence encore importante des
énergies fossiles p. 19
La limite climatique l?emporte sur celle
de l?épuisement p. 20
Décarboner et réduire la consommation d?énergie p. 21
Produire de l?énergie à partir de sources
décarbonées p. 22
Réduire la consommation d?énergie p. 22
? ÉCLAIRAGE - Les empreintes environnementales
de la consommation : de quoi parle-t-on ? p. 23
LES RESSOURCES MINÉRALES MÉTALLIQUES p. 24
Un besoin accru de métaux au fil du temps p. 24
Les métaux des technologies bas-carbone :
un défi pour l?approvisionnement p. 25
Les métaux de la transition bas-carbone :
la dépendance de la France et de l?Europe p. 26
Besoins en métaux : quelques éléments prospectifs p. 27
? ÉCLAIRAGE ? Vers une économie circulaire :
recyclage et sobriété p. 28
LES MINÉRAUX NON MÉTALLIQUES p. 29
Les besoins en minéraux non métalliques
principalement couverts par l?extraction domestique p. 29
Les granulats marins et les granulats de recyclage :
des alternatives face aux besoins croissants p. 30
? FOCUS ? La ressource en eau sous tension
en été sur une partie du territoire p. 31
LA BIOMASSE p. 35
Des ressources renouvelables variées utilisées
principalement pour l?alimentation p. 35
? ÉCLAIRAGE ? Pêche et aquaculture :
le point sur les ressources p. 35
Des ressources renouvelables, mais leur production
peut exercer des pressions sur l?environnement p. 36
? ÉCLAIRAGE ? Interview Gilles BILLEN
« Les engrais azotés de synthèse :
quelles perspectives pour l?agriculture ? » p. 36
La ressource en bois : encore en croissance, mais
ralentie par la fragilisation des forêts françaises p. 38
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ ? Réinventer la mobilité :
un enjeu fort pour la préservation des ressources
naturelles p. 39
? RÉFÉRENCES p. 42
141
TABLE DES MATIÈRES
POLLUTION DES MILIEUX NATURELS :
UNE MENACE POUR L?ENVIRONNEMENT
ET LA SANTÉ p. 44
Les enjeux p. 45
L?état des lieux p. 47
LES POLLUANTS SUIVIS DE LONGUE DATE p. 47
Les métaux et métalloïdes : une tendance
à la baisse des émissions p. 47
Particules et oxydes d?azote dans l?air extérieur :
des progrès insuffisants pour protéger pleinement
la santé p. 50
? ÉCLAIRAGE - Comment les polluants
affectent-ils notre alimentation ? p. 50
Les HAP : une pollution persistante qui touche
l?ensemble de la biosphère p. 52
? ÉCLAIRAGE ? Les écoliers exposés à
la multipollution dans leur salle de classe p. 52
Bruit dans l?environnement : le trafic routier,
source principale d?exposition en milieu urbain p. 54
Les radiofréquences : des rayonnements
du quotidien aux impacts toujours incertains p. 54
? ÉCLAIRAGE ? Les polluants azotés et phosphorés,
responsables de la prolifération des algues vertes,
toujours en excès p. 54
? FOCUS ? Produits phytosanitaires : un bilan mitigé p. 56
DES CONTAMINANTS ENCORE PEU SUIVIS ET
POURTANT TRÈS PRÉSENTS p. 59
Déchets plastiques : de multiples signaux inquiétants
pour les écosystèmes et la santé p. 59
Les polluants perfluorés :
une inquiétude grandissante p. 60
? ÉCLAIRAGE ? Interview de Robert BAROUKI
« L?exposome, l?empreinte des expositions
d?une vie sur la santé » p. 61
Résidus médicamenteux : une contamination
avérée des rivières et nappes phréatiques p. 62
L?ACTION PUBLIQUE CONTRE LA POLLUTION p. 64
Plans d?action et réglementations : des ambitions
à renforcer pour répondre aux enjeux p. 64
Les financements, en hausse depuis 2000,
ne reflètent pas le coût global pour la société p. 64
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ ? Fédérer les acteurs
territoriaux pour réduire les pollutions : le cas
du Plan Eau en outre-mer p. 66
? RÉFÉRENCES p. 69
CHANGEMENT CLIMATIQUE :
DES EFFETS DE PLUS EN PLUS
PERCEPTIBLES p. 70
Les enjeux p. 71
L?état des lieux p. 73
QUELS IMPACTS CONCRETS ? p. 73
Des impacts déjà perceptibles dans
de nombreux domaines p. 73
Des impacts du changement climatique
déjà mesurables sur la santé p. 73
Des événements climatiques extrêmes
de plus en plus fréquents p. 75
La montée du niveau des mers et des océans p. 75
Des perspectives inquiétantes p. 77
UNE DIMINUTION DES ÉMISSIONS
DE GAZ À EFFET DE SERRE p. 79
La composition des GES et leur provenance p. 79
Le poids de l?agriculture dans les émissions de GES p. 79
L?industrie a contribué pour moitié à la baisse
des émissions françaises depuis 1990 p. 79
? ÉCLAIRAGE - Le transport, un tiers des émissions
nationales de GES p. 80
Les sols et les forêts, un puits de carbone majeur p. 81
? FOCUS ? L?empreinte carbone des Français p. 82
Les émissions directes des ménages
et leurs évolutions p. 84
? ÉCLAIRAGE ? Les Français et le climat :
entre signaux encourageants et incertitudes p. 84
La contribution de la France au changement
climatique p. 85
LA LUTTE CONTRE LE CHANGEMENT
CLIMATIQUE p. 86
Quelle feuille de route pour atteindre
la neutralité carbone ? p. 86
Quelques exemples de leviers de lutte contre
le changement climatique p. 87
? ÉCLAIRAGE ? Les plans d?adaptation
au changement climatique des bassins p. 87
Le financement de l?atténuation
du changement climatique p. 89
Faire sa part : les acteurs de la société bas-carbone p. 89
Préparer le monde professionnel aux enjeux
environnementaux par la formation p. 89
? ÉCLAIRAGE - Interview de Gonéri Le Cozannet
« Le défi de l?adaptation » p. 90
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ ? Manger moins
de protéines animales : une transition alimentaire
bénéfique pour le climat p. 92
? RÉFÉRENCES p. 95
142
TABLE DES MATIÈRES
DÉCLIN DE LA BIODIVERSITÉ :
UNE NATURE SOUS PRESSION p. 96
Les enjeux p. 97
L?état des lieux p. 99
DES SIGNAUX INQUIÉTANTS p. 99
État de la biodiversité : des outils d?inventaire
mais une connaissance à affiner p. 99
Un déclin continu de la biodiversité p. 100
? FOCUS ? Comment les activités humaines
affectent les écosystèmes ultramarins ? p. 102
Cinq pressions responsables du déclin
de la biodiversité p. 104
Des milieux naturels artificialisés et fragmentés p. 104
Une surexploitation des ressources naturelles p. 104
Des pollutions qui affectent tous les milieux p. 105
Des modifications biologiques induites par
le changement climatique p. 105
Des espèces exotiques envahissantes
plus nombreuses et conquérantes p. 106
DES SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES FRAGILISÉS p. 107
Les arbres en milieux urbains : essentiels
mais trop peu présents p. 107
Milieux agricoles : une biodiversité à restaurer
pour garantir l?approvisionnement p. 108
Une forêt aux valeurs mésestimées p. 109
Des milieux humides aquatiques régulateurs
des effets du changement climatique p. 110
Des milieux marins essentiels au bien-être humain p. 111
LES ENJEUX DE BIODIVERSITÉ ET LA SOCIÉTÉ p. 112
Des engagements pris dans les politiques
publiques p. 112
? ÉCLAIRAGE ? Interview de Bruno Mounier
et de Pierre Mossant « Protéger des espaces
naturels tout en associant la population » p. 114
La biodiversité mieux prise en compte
dans les projets d?aménagement p. 115
? ÉCLAIRAGE ? Trame verte et bleue :
intégrer la biodiversité dans l?aménagement
du territoire p. 116
Une préoccupation citoyenne croissante p. 117
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ - Repenser la façon de
se loger pour limiter l?impact sur la biodiversité p. 118
? RÉFÉRENCES p. 121
POSTFACE p. 123
POUR ALLER PLUS LOIN p. 126
GLOSSAIRE p. 127
SIGLES ET ABRÉVIATIONS p. 137
143
Le CGDD remercie les personnes
suivantes pour avoir accepté
d?apporter leur éclairage :
? Robert Barouki, professeur à
l?Université Paris Cité, Directeur
de l?institut thématique santé publique
de l?Inserm
? Gilles Billen, directeur de recherche
émérite au CNRS, biogéochimie
territoriale, Sorbonne-Université
? Gonéri Le Cozannet, chercheur
au Bureau de recherches géologiques
et minières, co-auteur du volet II
du 6e rapport du Giec, membre
du Haut Conseil pour le Climat
? Pierre Mossant, directeur du
Conservatoire d?espaces naturels
d?Auvergne
? Bruno Mounier, directeur de
la Fédération des Conservatoires
d?espaces naturels
Le CGDD remercie également
les services du ministère chargé de
la Transition écologique, ainsi que
les personnes suivantes, pour leur
relecture attentive du rapport :
? Jeanine Eguienta (SDES), Marine Favre
(SEVS), Hélène Gaubert (SEVS), Olivier
Simon (SEVS)
? L?Inspection générale de l?environnement
et du développement durable :
Karine Brulé, Bruno Depresle,
Bertrand Galtier, Patrick Lavarde,
Marianne Leblanc Laugier, Boris Leclerc,
Mario Pain, Laurent Roy, Alby Schmitt,
Marc Strauss, Jean-Philippe Torterotot
? Les Directions générales du ministère
chargées de la Transition écologique :
Aménagement, logement et nature :
Juliette Buffetrille, François Delaquaize,
Constantin De Pontbriand,
Pierre-Edouard Guillain, Mathilde Loury,
Fabien Perouze, Rossella Pintus,
Hugo Thierry, Simon Trauet,
Anne-Laure Wittman
Énergie et climat : Vincent Bourcier,
Caroline Mahé-Deckers
Prévention des risques : Lionel Berthet,
Elizabeth Blaton, Clarisse Durand,
Céline Fanguet, Guillaume Gay,
Olivier, Gras, Émilie Hillion,
Agnès Lefranc, Antoine Lhermite
? Stéphane Bourg, directeur de l?Ofremi
? Aurélie Darpeix-Van Tongeren,
ministère de l?Agriculture et
de la Souveraineté alimentaire
? Aurélien Gay, délégué interministériel
adjoint aux approvisionnements en
minerais et métaux stratégiques,
ministère chargé de l?Économie et
des Finances
? Gaëtan Lefebvre, ingénieur géologue,
expert en intelligence minérale, BRGM
REMERCIEMENTS
www.notre-environnement.gouv.fr
L?ÉDITION 2024 DU RAPPORT SUR L?ÉTAT
DE L?ENVIRONNEMENT EN FRANCE vise à faciliter
la lecture et l?appropriation des principaux constats face aux
défis climatiques et environnementaux actuels. Un état des lieux
synthétique de la situation environnementale française est proposé
et structuré autour de quatre parties qui abordent, chacune,
un défi environnemental : l?épuisement des ressources naturelles, la pollution
des milieux naturels, le changement climatique, le déclin de la biodiversité. Bien
que traitées séparément, ces quatre problématiques sont bien sûr très imbriquées :
l?extraction de ressources naturelles constitue une source de pollution des milieux
naturels, qui elle-même contribue au changement climatique, ce dernier étant
l?un des facteurs aggravant du déclin de la biodiversité.
Le premier défi consacré aux ressources naturelles traite successivement
des ressources énergétiques, des ressources minérales métalliques
et non métalliques, de l?eau et de la biomasse, et fait le point sur la consommation
française de ces ressources, la dépendance de la France aux importations
et les impacts de leurs utilisations sur les milieux.
Le second défi, portant sur la pollution des milieux naturels, s?intéresse aux
polluants suivis de longue date (pesticides, métaux, particules fines, hydrocarbures
aromatiques polycycliques, etc.), ainsi qu?à ceux qui sont encore peu suivis mais
pourtant présents dans l?environnement (déchets plastiques, polluants perfluorés,
résidus médicamenteux, etc.).
Le troisième défi met en avant les principaux enjeux et impacts du changement
climatique en France, ainsi que les politiques publiques mises en oeuvre
pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre et s?adapter aux effets
du changement climatique.
Le quatrième défi présente l?état de la biodiversité, les facteurs responsables
de son érosion, ainsi que les impacts de la perte de biodiversité sur les différents
écosystèmes, et les solutions apportées.
Plusieurs focus, éclairages, paroles d?experts et encadrés viennent enrichir
les contenus.
MINISTÈRE
DE LA TRANSITION
ÉCOLOGIQUE,
DE LA BIODIVERSITÉ,
DE LA FORÊT, DE LA MER
ET DE LA PÊCHE
http://www.notre-environnement.gouv.fr
Sommaire
Avant-propos
Histoire d'une prise de conscience
RESSOURCES NATURELLES : entre dépendance aux importations et raréfaction
POLLUTION DES MILIEUX NATURELS : une menace pour l'environnement et la santé
CHANGEMENT CLIMATIQUE : des effets de plus en plus perceptibles
DÉCLIN DE LA BIODIVERSITÉ : une nature sous pression
Postface
Pour aller plus loin
Glossaire
Sigles et abréviations
Table des matières
(ATTENTION: OPTION LIMAT BIODIVERSITÉ34
Les causes des dépassements
les plus fréquents (au moins
7années sur 14) sont variées:
? faiblesse des écoulements
estivaux associée à des
prélèvements pour l?irrigation
prédominants (Mayenne-
Sarthe-Loir, côtiers aquitains
et charentais);
? forts prélèvements pour l?eau
potable (Seine amont pour
l?alimentation en eau de Paris);
? prélèvements élevés pour le
refroidissement des centrales
de production d?électricité
(Moselle, Isère).
Les prélèvements dépassent la
limite locale dans 2 sous-bassins
jusqu?à 4 fois sur les 14 années
observées (côtiers aquitains et
charentais).
La fréquence des franchissements
de seuils dans certains territoires
montre la nécessité de réduire
les prélèvements dans les cours
d?eau, ainsi que dans les nappes
d?eau souterraines, notamment en
été, d?autant que les écoulements
estivaux tendent à se raréfier avec
le changement climatique.
Des restrictions d?eau en été
déjà fréquentes
S?il n?est pas observé actuellement
de déficit chronique à l?échelle
du territoire métropolitain,
l?accès à l?eau n?est toutefois pas
garanti toute l?année et partout,
et des concertations sont menées
localement pour adapter les
besoins à la ressource. Lorsqu?une
pénurie d?eau est prévisible,
les préfets peuvent déclencher
des restrictions des usages de
l?eau pour préserver les usages
prioritaires [50]. Elles s?appliquent
à l?utilisation des eaux de surface
(cours d?eau, canaux, lacs et
étangs, etc.) ou des eaux provenant
des nappes souterraines. Quatre
niveaux de limitation sont mis en
oeuvre progressivement selon la
sévérité de l?épisode de sécheresse
constatée: vigilance, alerte, alerte
renforcée, crise. Le niveau de
crise entraîne des interdictions
partielles ou totales, notamment
pour les usages agricoles.
Chaque année, des restrictions
des usages de l?eau de sévérité
variée sont appliquées en France
métropolitaine. Depuis 2012,
les mesures de crise visant
l?utilisation des eaux de surface
sont fréquentes sur plusieurs
zones de l?Ouest et du Sud-Ouest,
et leur application dure au moins
2 mois, ce qui montre la fragilité
de ces secteurs par rapport à
la disponibilité de l?eau.
Les nappes d?eau souterraine sont
moins fréquemment soumises à
des restrictions d?utilisation, et
les mesures de crise sont rares,
car leur gestion peut s?anticiper
plus facilement. En revanche,
les limitations peuvent durer
longtemps sur une même zone,
voire perdurer d?une année sur
l?autre.
2022 : une année exceptionnelle
Sur la période 2012-2022 [51], les restrictions d?eau ont concerné au moins
30% du territoire à huit reprises. Selon les années, l?activation des
mesures a débuté entre mai et juillet, tandis que la sévérité et l?étendue des
restrictions sont souvent maximales en septembre. L?année 2022 s?est avérée
exceptionnelle tant par l?étendue géographique, la durée et la sévérité des
restrictions: 97% du territoire métropolitain a été concerné par des mesures
de restriction d?usage des eaux de surface (dont 55% de mesures de crise)
et 27% par des mesures de restriction d?usage des eaux souterraines
(dont 14% de mesures de crise).
F
O
C
U
S
35POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
La biomasse recouvre les matières organiques, non
fossiles, d?origine biologique, animales ou végétales.
De nature diverse, elle rassemble les cultures (céréales,
oléagineux, légumes, fruits, fibres, cultures fourra-
gères, etc.) et leurs résidus, la biomasse pâturée, le
bois (bois d?oeuvre, d?industrie, de chauffage, etc.)
ou les animaux hors élevage (pêche, chasse).
Des ressources renouvelables
variées utilisées principalement
pour l?alimentation
La biomasse extraite du territoire français représente
un volume de 222 Mt18 en 2022 : cultures (57 %), four-
rage et biomasse pâturée (26 %), bois (10 %), pois-
LA BIOMASSE
sons, plantes et animaux aquatiques, gibiers (7 %). La
production de biomasse a reculé de 6 % entre 1990
et 2022, mais avec des fluctuations d?une année sur
l?autre en fonction de la météorologie (pluviométrie,
sécheresse) qui influe fortement sur les rendements.
La production de biomasse végétale de la France
est globalement excédentaire. C?est notamment le
cas de la production agricole végétale prise dans sa
totalité (y compris la production fourragère), celle-ci
représentant selon les années de 110 à 120 % de la
consommation intérieure (respectivement 198 Mt et
169 Mt en 2022). Toutefois, la situation est variable
selon les cultures, excédentaire pour les grandes
cultures (céréales, tubercules et légumineuses), défi-
citaire pour les oléagineux notamment, et dans une
moindre mesure les légumes et les fruits.
Le rendement maximal durable d?une population
de poissons est la plus grande quantité de
biomasse que l?on peut extraire en moyenne
et à long terme d?un stock halieutique dans les
conditions environnementales existantes sans
affecter le processus de reproduction. L?état des
ressources halieutiques françaises connaît une nette
amélioration, avec une forte augmentation des stocks
exploités durablement [52]. Pour autant, deux tiers des
produits de la pêche consommés par les Français sont
importés et l?état des ressources halieutiques reste
préoccupant au niveau mondial. Selon l?Organisation
des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture
(FAO) [53], le pourcentage de stocks de poissons
surpêchés dans le monde est passé de 10% dans les
années 1970 à 38% en 2021.
La production de l?aquaculture française s?établit,
quant à elle, à 193kilotonnes (kt) en 2021
(149kt pour la conchyliculture et 44kt pour la
pisciculture), à comparer aux 483kt de produits
de la pêche[54]. Au niveau mondial, à la suite du
très fort développement de l?aquaculture depuis
les années 1990, la production aquacole a rejoint
la production halieutique (91Mt en 2021 chacune,
hors algues [55]). Le développement de l?aquaculture
soulève plusieurs enjeux en matière de durabilité.
L?un d?entre eux est lié au fait que certains poissons
d?élevage, comme le saumon, sont carnivores. Pour
les nourrir, il est alors nécessaire de pêcher des
poissons plus petits avec un impact défavorable sur
les stocks sauvages.
É
C
L
A
IR
A
G
E
En bon état Surpêchées
38 %
Dans le monde
En France
47 % 53 %
73 % 27 % 62 %
59 % 41 %
En bon état Surpêchées
38 %
Dans le monde
En France
47 % 53 %
73 % 27 % 62 %
59 % 41 %
Source : SDES, d?après
données FAO, sauf pour
2000 en France où une
estimation a été faite à
partir des données Ifremer,
dont la méthodologie
est légèrement différente
de celle de la FAO.
Comment évolue l?état
des populations
de poissons pêchés ?
2000 2021
18. SDES pour Eurostat, 2024, Comptes de flux de matières. Les masses indiquées ici sont exprimées en matières
brutes (et non en matières sèches), c?est-à-dire, y compris l?humidité contenue dans la biomasse décrite ici.
Pêche et aquaculture : le point sur les ressources
https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/env_ac_mfa__custom_11001942/default/table?lang=en
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ36
Les usages de la biomasse sont multiples. Utilisée
pour l?alimentation, son caractère renouvelable
en fait aussi une ressource intéressante pour de
nombreux autres usages : la construction, avec le
bois d?oeuvre ou des matériaux comme le chanvre
appelés à se développer pour l?isolation notamment,
mais aussi différents secteurs industriels, dont ceux
de la chimie ou de l?énergie qui recherchent des
solutions alternatives aux ressources minérales ou
fossiles par définition finies.
Des ressources renouvelables,
mais leur production peut
exercer des pressions sur
l?environnement
Si la biomasse est une ressource renouvelable, sa
production n?est pas sans conséquence sur l?environ-
nement. L?intensification de l?agriculture provoque
des phénomènes tels que l?érosion des sols ou le
rejet de substances toxiques (phytosanitaires) ou
nutritives en excès (fertilisants, déjections animales)
entraînant la pollution des eaux. Cette produc-
tion nécessite également des ressources minérales
et fossiles, et, surtout, des terres disponibles. Or,
les surfaces agricoles et forestières sont limitées.
L?artificialisation des sols, liée notamment à la
construction de logements et au développement
d?activités, a ainsi consommé en France près de
25 000 hectares (ha) par an en moyenne sur la
période 2009-2022 [56].
Ainsi, sans réflexion sur le développement équi-
libré de la biomasse et de ses usages, des tensions
pourraient apparaître, avec un risque majeur iden-
tifié : empiéter sur des usages essentiels comme
l?alimentation, et les fonctions de puits de carbone
et d?accueil de la biodiversité des espaces agricoles
et forestiers.
Le développement de certaines filières (no-
tamment énergétiques, avec les biocarburants,
parcs photovoltaïques et éoliens, ou de biomaté-
riaux avec le lin fibre, le chanvre ou le miscanthus)
laisse présager une pression à venir sur le foncier
pour produire les matières premières [57].
Dans ce contexte, la question de l?articulation des
usages alimentaires et énergétiques de la biomasse
et la maîtrise des impacts environnementaux de
cette production sont particulièrement cruciaux.
Les biocarburants représentent aujourd?hui 6 à
7 % des énergies renouvelables, le bois 35 %. La
biomasse au sens large, qu?elle soit solide, liquide
ou gazeuse, est ainsi déjà la première des énergies
renouvelables avec 170 TWh en 2022 [58]. En 2050,
la quantité d?énergie issue de la biomasse pourrait
atteindre 430 TWh d?après l?un des scénarios de la
Stratégie nationale bas-carbone [59].
Afin d?optimiser le développement de l?utilisation
de la biomasse, la Stratégie nationale de mobilisation
Les engrais
azotés de
synthèse : quelles
perspectives pour
l?agriculture ?
INTERVIEW GILLES BILLEN, directeur de
recherche émérite au CNRS, biogéochimie
territoriale, Sorbonne Université
Comment a évolué la place des engrais
azotés de synthèse en agriculture?
G. B - La fertilisation, que l?on peut définir
comme la restitution au sol des éléments qui
en ont été extraits et exportés par la récolte,
est à la base de toute activité agricole. L?azote
compte parmi les éléments qu?il importe tout
particulièrement de restituer au sol, car c?est
celui dont la disponibilité est le plus souvent
déterminante pour la croissance des plantes.
Les réserves d?azote disponible dans le sol
sont faibles, il faut donc en amener de manière
régulière à la plante. Mais, si l?épandage des
engrais azotés industriels est aujourd?hui le
mode dominant de fertilisation en agriculture
conventionnelle, il n?en a pas toujours été ainsi.
L?agriculture assurait auparavant la
fertilisation du sol par le recours aux
légumineuses fourragères, telles que le trèfle
ou la luzerne, qui ont la propriété de fixer
l?azote de l?air grâce à la symbiose qu?elles
entretiennent sur leurs racines avec des
bactéries, et par le lisier/fumier apporté de
façon continue par l?élevage des ruminants.
Utilisé à l?origine pour la fabrication des
explosifs, l?azote industriel a été mis au point
en 1913 par Fritz Haber et Carl Bosch. Il fut
ensuite utilisé massivement comme engrais en
agriculture, d?abord en Amérique du Nord et en
Angleterre, puis partout dans le monde après la
Seconde Guerre mondiale. En permettant une
spécialisation territoriale de l?agriculture, avec
des régions de grandes cultures céréalières
dépourvues de bétail et des régions d?élevage
É
C
L
A
IR
A
G
E
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Strat%C3%A9gie%20Nationale%20de%20Mobilisation%20de%20la%20Biomasse.pdf
37POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
de la biomasse de 2018, prise en application de la loi
du 17 août 2015 relative à la transition énergétique
pour la croissance verte, hiérarchise les usages de
la biomasse : d?abord l?alimentation (humaine puis
animale) puis la bio-fertilisation (retour au sol), la
production de matériaux (biens de consommation
d?équipements), et enfin, la production d?énergie
(gaz, chaleur, électricité). Pour éviter la concurrence
avec les productions alimentaires, une priorité
est donnée au développement des biocarburants
dits « avancés ». Ils visent à valoriser la partie non
alimentaire de la plante (à la différence des bio-
carburants dits « de première génération »), les
résidus agricoles, des cultures dédiées ou encore
des déchets. Les biocarburants de « deuxième gé-
intensif hors sol, tributaires d?importations pour
nourrir leur cheptel, ce mode de fertilisation a abouti
à une rupture de la complémentarité séculaire entre
agriculture et élevage.
Pourquoi la guerre en Ukraine crée-t-elle des
tensions sur les approvisionnements en engrais
azotés de synthèse?
G. B - Pour bien comprendre, il faut rappeler
comment sont fabriqués les engrais azotés. On a
besoin de deux matières premières. Tout d?abord,
l?azote lui-même, qui ne pose aucun problème car
l?atmosphère en est constituée à 80%. Il y est sous
une forme chimique totalement inerte que les plantes,
à l?exception des légumineuses, ne peuvent pas
utiliser comme telle. Pour le transformer en forme
accessible aux plantes, il faut énormément d?énergie
et également un agent réducteur tel que l?hydrogène
pour le transformer en ammoniac. La deuxième
matière première qui apporte cet hydrogène, c?est
le méthane, le gaz naturel. Il en faut beaucoup:
pour fixer 1 tonne d?azote sous forme d?ammoniac,
il faut 1tonne d?équivalent pétrole (tep) en gaz ou
en charbon. C?est donc très consommateur de gaz,
et donc dispendieux en énergie et émetteur de gaz à
effet de serre.
La Russie est un gros producteur d?engrais, auprès
duquel l?UE se fournissait principalement. La
France est dépendante à 90% des importations pour
les engrais azotés de synthèse. Quand la matière
première devient rare pour des raisons politiques,
cela a un impact évident sur le procédé industriel de
production et explique l?évolution du prix des engrais
de synthèse, indexé sur celui du gaz.
Outre le coût et l?impact climatique, quels sont
les autres inconvénients posés par les engrais de
synthèse et quelles sont les solutions alternatives
à leur utilisation?
G. B - En intensifiant et en spécialisant
l?agriculture, on ouvre les cycles de matières, ce qui
donne lieu à des pertes considérables. Les pertes
environnementales d?azote, c?est-à-dire les quantités
non utilisées par les plantes pour leur croissance,
se retrouvent dans le sol sous la forme de nitrates.
Lorsqu?il pleut, ces nitrates sont entraînés par les
eaux d?infiltration, rejoignent les nappes aquifères,
les rivières, puis les eaux côtières marines où
ils posent des problèmes d?eutrophisation majeurs.
Il y a aussi des pertes gazeuses sous forme
d?ammoniac et de protoxyde d?azote, qui est aussi
un gaz à effet de serre.
Des pistes existent pour y remédier: reconnecter les
systèmes de culture et l?élevage, en mettant fin à la
spécialisation territoriale existante entre les animaux
en Bretagne et les céréales dans le Bassin parisien,
réduire la part qu?occupent les produits animaux
dans le régime alimentaire humain, alterner au sein
des rotations culturales légumineuses et céréales, ou
autres plantes non légumineuses, pour faire profiter
de la fixation symbiotique d?azote à la rotation tout
entière.
nération » sont issus de la transformation de la
lignocellulose contenue dans les résidus agricoles
(paille) et forestiers (bois), dans des plantes prove-
nant de cultures dédiées (taillis à croissance rapide)
ou de la valorisation des déchets industriels. Les
algues pourraient permettre de développer des
biocarburants de « troisième génération ».
Toutefois, il faut souligner que l?utilisation énergé-
tique des résidus de cultures, plutôt que leur retour
au sol, prive ce dernier d?un apport de matière orga-
nique qui entretient la vie du sol et la reconstitution
de son stock de carbone. Or préserver la qualité
des sols est un enjeu essentiel pour conserver leurs
potentialités, notamment en matière de production
de biomasse.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Strat%C3%A9gie%20Nationale%20de%20Mobilisation%20de%20la%20Biomasse.pdf
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ38
2005 - 2013 2014 - 2022
0
Prélèvements Bilan = gain annuel de volume de boisCroissance Mortalité
1
2
3
4
5
6
La ressource en bois :
encore en croissance, mais
ralentie par la fragilisation
des forêts françaises
À la différence de la surface agricole, la surface fo-
restière est en progression en France métropolitaine.
Selon l?Institut national de l?information géographique
et forestière (IGN), en 1908, la forêt couvrait 19 % du
territoire métropolitain avec près de 10 Mha. Elle en
couvre désormais 32 % avec 17,5 Mha, avec toutefois
des disparités territoriales importantes [60].
Cependant, si les forêts progressent en surface,
leur état est mis à mal par différents phénomènes
(changement climatique, prolifération de bioagres-
Évolution des flux de bois entre les périodes 2005-2013 et 2014-2022
En m3/ha/an
Source : IGN, 2023
seurs) et le taux de mortalité est en forte crois-
sance (15,2 Mm³/an sur la période 2014-2022 contre
7,4 Mm³/an sur la période 2005-2013) [61].
Par ailleurs, si la croissance des arbres reste supérieure
au volume de bois récolté ou mort, cette croissance
diminue et, avec elle, la capacité des forêts à stocker le
carbone. Les conifères, notamment l?épicéa commun,
sont les essences forestières les plus touchées.
La baisse de la croissance des arbres (5,4 m³/ha/an
pour la période 2014-2022), combinée à la hausse
de leur mortalité (1,0 m³/ha/an) et des prélèvements
de bois (3,5 m³/ha/an), conduit à un ralentissement
de la croissance du volume des forêts. Ainsi, sur la
période 2014-2022, le volume de la forêt a augmenté
de 0,9 m³/ha/an, contre 2,5 m³/ha/an sur la période
2005-2013.
La France importe plus de produits du
bois (sciages, panneaux, meubles) qu?elle
n?en exporte, pour un solde estimé à
l?équivalent de 540000ha [62]. Elle utilise
aussi indirectement des terres situées
dans d?autres régions du monde (certaines
sont issues de la déforestation des forêts
tropicales) en important des matières
premières agricoles telles que le soja, l?huile
de palme, le caoutchouc naturel, le cacao,
le boeuf et ses co-produits. Cela contribue
à exercer une forte pression sur la ressource
foncière étrangère, donnant ainsi à la France
une responsabilité dans la déforestation
importée. Sur la période 2012-2021, la
surface mobilisée à l?étranger par la France
pour la production de matières premières à
risque de déforestation importée est estimée
à près de 3,8 Mha en moyenne par an, soit
environ quatre fois la taille de la Corse et
14% de la surface agricole utile totale de
la France [63].
L?impact de la France sur les forêts
à l?étranger : la déforestation importée
39POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
La voiture individuelle :
un système devenu insoutenable
écologiquement
En 2023, 1,8 million de nouvelles voitures ont été
mises en circulation en France [66], dont un peu plus
de 300 000 voitures électriques et 160 000 voitures
hybrides rechargeables. Plus de trois Français sur
cinq (63 % en 2022) continuent de se montrer pes-
simistes quant à l?éventualité d?un quotidien sans
voiture [67].
Cette dépendance à la voiture pose un défi majeur
non seulement en matière d?émissions de gaz à effet
de serre mais aussi de préservation des ressources
naturelles. Qu?il s?agisse de voitures thermiques ou
électriques, leur fabrication et leur fonctionnement
nécessitent une quantité significative de matières
premières énergétiques, métalliques ou minérales.
Selon les données de l?AIE [68], une voiture élec-
trique contient en moyenne 207 kilogrammes (kg) de
minéraux, hors acier et aluminium. La construction
des composants électriques et électroniques, tels
que les batteries, nécessitent l?utilisation de matières
premières dites « critiques », comme le graphite, le
cuivre, le cobalt, le nickel, le lithium ou le manganèse.
En comparaison, une voiture à moteur à combustion
interne n?en requiert que 34 kg, mais consomme
des matières premières énergétiques fossiles pour
son fonctionnement. Par ailleurs, l?alourdissement
du poids des voitures, en constante augmentation
ces dernières années [69], exerce une pression à la
hausse sur ces matériaux.
Réinventer la mobilité :
un enjeu fort pour la
préservation des ressources
naturelles
Malgré l?évolution des modes de mobilité, la voiture reste
indispensable au quotidien pour de nombreux Français,
mais cette dépendance a un impact significatif sur
l?exploitation des ressources naturelles. Soutenue par
les startup, l?industrie automobile s?investit résolument dans
la recherche de solutions pour une mobilité plus durable.
63 %
des déplacements réguliers
des Français se font en
voiture, loin devant
la marche, les transports en
commun et le vélo [64]
83 %
des foyers français
possèdent
au moins une voiture
en 2022 [65]
PLUS
D?UN TIERS
des Français la considèrent
comme essentielle pour
leurs déplacements
quotidiens [67]
CHIFFRES CLÉS
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Cette surconsommation de ressources représente
un défi de durabilité environnementale. Les matières
premières utilisées dans la fabrication des voitures, telles
que le cuivre, le cobalt ou le lithium, sont abondamment
exploitées pour répondre à la croissance continue de
la demande, ce qui engendre des impacts environne-
mentaux et sociétaux. L?exploitation minière peut ainsi
conduire à la destruction d?habitats naturels et être à
l?origine de problèmes sociaux, tels que des conditions
de travail dangereuses, une exploitation des travailleurs
ou des conflits. De plus, l?utilisation de pétrole dans la
fabrication et le fonctionnement des véhicules a des
conséquences majeures sur le changement climatique et
la santé publique. Enfin, les matières premières utilisées
dans les voitures, notamment électriques, sont forte-
ment concentrées dans certaines régions du monde.
La recherche et l?innovation,
un levier de transformation
de la mobilité
Les défis actuels exigent une nouvelle approche de
la mobilité, prenant en compte les préoccupations
écologiques et sociales tout en préservant la liberté
individuelle de se déplacer. La décision de l?UE d?inter-
dire la vente des véhicules thermiques neufs d?ici 2035
représente une étape importante pour l?adoption de
nouvelles pratiques en vue d?atteindre la neutralité
carbone dans le secteur des transports d?ici 2050.
Au coeur de cette transformation, les entreprises,
en particulier celles du secteur automobile, sont
appelées à jouer un rôle clé en investissant dans
le développement de nouvelles technologies plus
respectueuses de l?environnement. Selon le SIES19,
l?industrie automobile est la première branche de
recherche des industries manufacturières en France,
investissant plus de 4 milliards d?euros (Md¤) par
an en recherche et développement (R&D), devant
l?aéronautique et l?industrie pharmaceutique. L?élec-
trification et l?hybridation font partie des principaux
axes de développement en R&D. Cet effort en R&D
se concentre de plus en plus sur des solutions plus
durables telles que l?électrification et l?hybridation,
qui figurent parmi les principaux axes de développe-
ment du secteur automobile. L?utilisation efficiente
des matériaux dans les véhicules fait également partie
des volets de recherche en développement, avec
plus de 180 projets de R&D lancés sur le recyclage
des matériaux critiques au cours des dix dernières
années [70]. Dès la phase de conception, des initiatives
telles que l?éco-conception sont par ailleurs mises en
place pour améliorer la recyclabilité des véhicules.
Pour encourager la recherche et l?innovation, de
nouvelles collaborations sont créées entre les entreprises
traditionnelles et les startup. Ces partenariats explorent
le développement de services de mobilité durable per-
mettant la réduction de l?usage et donc du nombre de
voitures. Des solutions de covoiturage intelligent sont
développées pour optimiser les déplacements urbains,
des plateformes de partage de véhicules électriques en
libre-service sont créées, de même que des systèmes
autonomes de transports en commun.
Les projets de R&D et d?innovation sont encouragés
par les pouvoirs publics. Des mesures incitatives sont
mises en place, comme des avantages fiscaux, des
subventions et des partenariats public-privé, pour
soutenir les entreprises de la filière automobile. À titre
Voiture thermique
Voiture électrique
0 75 150 225
Nickel Manganese Cobalt Graphite Zinc Terres rares AutresCuivre Lithium
Voitures électriques ou thermiques : quelle répartition des minéraux utilisés ?
En kg/véhicule
Notes : l'acier et l'aluminium ne sont pas inclus. Les valeurs pour les véhicules s'appliquent à l'ensemble du
véhicule, y compris les batteries, les moteurs et l?habitacle. Les intensités pour une voiture électrique sont basées
sur une cathode NMC (nickel manganèse cobalt) 622 de 75 kWh et une anode à base de graphite.
Source : AIE
19. Sous-direction des systèmes d'information et des études statistiques
du ministère de l?Enseignement supérieur et de la Recherche.
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41POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
d?exemple, dans le cadre du plan d'investissement de
France 2030, un milliard d?euros est spécifiquement
alloué à la filière automobile pour des projets liés
aux batteries électriques.
Réduire la dépendance
à la voiture individuelle :
une transition complexe
Le paysage de la mobilité se transforme, stimulé par
les efforts des entreprises et des pouvoirs publics
pour développer des solutions alternatives à la voi-
ture individuelle. Cependant, cette transformation
est confrontée à plusieurs obstacles.
Tout d?abord, les infrastructures existantes, telles
que les routes ou les aménagements urbains, ont
largement été conçues pour l?utilisation de la voi-
ture. Le manque d?infrastructures spécifiquement
conçues pour les piétons, les cyclistes et les transports
en commun rend ces alternatives de déplacement
moins attractives et moins pratiques pour les usagers.
De plus, au-delà du moyen de transport qu?elle
représente, la voiture est également perçue comme
un facteur de liberté, d?indépendance et de flexibilité.
En 2023, plus d?un quart des Français n?envisagent pas
de renoncer à leur voiture, quelle que soit sa motori-
sation, même si les coûts d?utilisation augmentent ou
si des améliorations significatives étaient apportées
en matière de transports en commun ou de mobi-
lités actives [71].
Par ailleurs, l?accès à une offre de mobilité diversifiée
reste limité voire inexistant dans certains territoires,
notamment dans les zones rurales et périurbaines. Les
transports en commun y sont souvent peu développés,
voire absents, et l?utilisation des modes de déplace-
ment actifs comme la marche ou le vélo ne sont pas
une option soutenable sur des longues distances.
Cette situation accentue les difficultés d'accessibilité,
et crée une dépendance accrue à l'automobile pour
les populations vivant dans ces zones.
Enfin, les coûts économiques associés à la transition
peuvent être un frein au changement. Les nouvelles
technologies, la R&D, ainsi que les coûts élevés des
matières premières ou recyclées se traduisent souvent
par des dépenses importantes, qui se reflètent géné-
ralement dans les prix d'achat. Ces coûts importants
peuvent également ralentir le développement de
certains projets. C?est le cas des projets de batteries
alternatives, en particulier des batteries sodium-ion qui
sont actuellement les principales alternatives viables
ne contenant pas de lithium mais dont la recherche
est coûteuse.
En définitive, les défis et les résistances liés à la
transition vers des mobilités plus durables et moins
dépendantes de la voiture impliquent une mobilisa-
tion collective non seulement des pouvoirs publics,
mais également des consommateurs et de l?industrie
automobile. Réduire notre dépendance à la voiture
demande une remise en question profonde de nos
habitudes de déplacement et de la place de l?auto-
mobile dans nos quotidiens.
Au-delà de la nécessité de structurer une offre
de services de mobilité durable et inclusive, des al-
ternatives émergent pour réduire les déplacements
physiques, comme le télétravail, la visioconférence,
les services de santé et d?éducation à distance ou
les achats en ligne. Toutefois, il est essentiel de bien
mesurer les impacts environnementaux et sociétaux
de ces solutions.
Des startup en
première ligne pour
créer la mobilité
de demain
Un nombre important de startup se tournent vers
la mobilité durable, notamment dans les domaines
de la mobilité électrique, des voitures autonomes,
du partage de véhicules et du covoiturage.
Pour exploiter ce potentiel et réduire les risques
financiers, les constructeurs automobiles
investissent dans ces jeunes entreprises ou
établissent des partenariats avec elles. Selon une
récente étude de Via ID et Dealroom.co, le secteur
de la mobilité a attiré un investissement massif
de 1,7Md¤ en capital-risque en 2023, propulsant
la France à la deuxième place des pays européens
les plus attractifs financièrement, après le Royaume-
Uni (3,5Md¤) et devant la Suède (1,5Md¤).
Actuellement, la France compte 129 startup dédiées
à la mobilité [72]. Parmi les 20licornes françaises,
seules deux sont dédiées à la mobilité ?[73]: NW
Groupe, spécialisée dans le stockage d'électricité
et la recharge électrique haute puissance, et
BlaBlaCar, référence internationale en matière
de covoiturage.
Dans un domaine en constante évolution,
le soutien public revêt une importance cruciale.
De nombreuses initiatives offrent un appui
conséquent aux startup, telles que le programme
«French Tech Next 40/120», intégré au plan
d'investissement France 2030.
https://app.dealroom.co/curated-heatmaps/funding/location/f/growth_stages/not_mature/industries/anyof_transportation/is_verified/anyof_yes/rounds/not_GRANT_SPAC%20PRIVATE%20PLACEMENT/tags/not_outside%20tech?endYear=2022&interval=yearly&rows=belgium~bulgaria~~czech_republic~~denmark~germany~estonia~ireland~greece~spain~france~croatia~italy~latvia~lithuania~luxembourg~hungary~malta~netherlands~austria~poland~portugal~romania~slovenia~slovakia~sweden~~united_kingdom~~finland~switzerland&sort=-_2022&startYear=2016&type=amount
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ42
[1] Chiffres clés de l?énergie, CGDD,
Datalab, 2023, p. 48
[2] Bilan énergétique de la France pour
2022, CGDD, Datalab, 2024, p. 42
[3] Auzanneau Matthieu, Chauvin
Hortense, 2021, Pétrole, le déclin
est proche, Éditions du Seuil,
pp. 35 à 56
[4] Auzanneau, Chauvin, 2021, Pétrole,
le déclin est proche, Éditions du
Seuil, p. 86
[5] Bilan énergétique de la France pour
2022, CGDD, Datalab, 2024, p. 52
[6] Une nouvelle base de données
quantifie les émissions de GES
qu?induirait l?exploitation des
réserves de combustibles fossiles.
Citepa, dernière mise à jour
septembre 2022
[7] Climate Change 2021 - The
Physical Science Basis. Working
Group I contribution to the
Sixth Assessment Report of the
Intergovernmental Panel on Climate
Change (IPCC), United Nations
World Meteorological Organization
(WMO), United Nations Environment
Programme (UNEP), 2021, p. 41
[8] Transitioning away from fossil fuels in
energy systems, Unfccc, 2023,
§28 (d)
[9] Nucléaire : comment traiter les
déchets radioactifs ? Vie publique,
2024
[10] Sûreté nucléaire : prévention et
gestion des risques. Vie publique,
2023
[11] Code de l?énergie, Article L100-4,
titre I, 4° paragraphe
[12] Bilan environnemental de la France
? Édition 2022, partie 2 « Les
investissements dans les énergies
renouvelables : quels effets sur le
parc d?équipement et la production
d?énergie ? », CGDD, Datalab, 2023,
p. 22-32
[13] Villalba Bruno, Semal Luc, 2018.
Sobriété énergétique. Contraintes
matérielles, équité sociale et
perspectives institutionnelles.
Éditions Quoe
[14] Stratégie nationale bas-carbone ?
La transition écologique et solidaire
vers la neutralité carbone, MTES,
2020, p. 12
[15] Chiffres clés de l?énergie, CGDD,
Datalab, 2023, p. 41
[16] Suivi de la stratégie nationale bas-
carbone ? Indicateurs de résultats,
MTES, 2021
[17] Boutaud A. et Gondran N.,
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Découverte, Repères n° 527, 120 p.
[18] La France face aux neuf limites
planétaires, CGDD, Théma, 2023,
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[19] Global Material Flows Database,
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[20] Christmann P., 2016. Développement
économique et croissance des usages
des métaux. Annales des Mines -
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[21] Les ressources minérales critiques
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Chaînes de valeur, risques et
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[22] Bihouix P., de Guillebon B., 2010.
Quel futur pour les métaux.
Raréfaction des métaux : un nouveau
défi pour la société. EDP Sciences.
[23] EDF. L?uranium : le combustible
nucléaire
[24] La mobilité bas-carbone. Choix
technologiques, enjeux matières et
opportunités industrielles,
CGDD, 2022
[25] L?éolien et les moteurs pour véhicules
électriques : choix technologiques,
enjeux matières et opportunités
industrielles, CGDD, 2022
[26] Les réseaux électriques : lignes
électriques, stockage stationnaire
et réseaux intelligents. Choix
technologiques, enjeux matières
et opportunités industrielles,
CGDD, 2020
[27] Les ressources minérales critiques
pour les énergies bas-carbone.
Chaînes de valeur, risques et
politiques publiques, CGDD, 2023
[28] The Role of Critical Minerals in Clean
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[29] Eyl-Mazzega, Marc-Antoine, Diana-
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Études de l?Ifri
Métaux critiques : l?impasse des SUV.
Quels scénarios pour réussir
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WWF, 2023
[30] Les ressources minérales critiques
pour les énergies bas-carbone.
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politiques publiques,
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[31] Substances critiques et stratégiques.
BRGM, MineralInfo, 2023
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française en 2022, CGDD, 2024
[35] Eurostat. Comptes de flux de
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et en Europe, CGDD, 2023
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https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/env_ac_mfa__custom_10439370/default/table?lang=fr
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/donnees-sur-le-transport-routier-de-marchandises-trm-en-france-et-en-europe?rubrique=&dossier=1341
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https://sextant.ifremer.fr/documentation/granulats_marins/synthese/Synthese.pdf
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https://www.mineralinfo.fr/fr/ressources-minerales-france-gestion/ressources-minerales-des-fonds-marins#ressources-minrales-marines-non-mtalliques-les-granulats-marins
https://www.mineralinfo.fr/fr/ressources-minerales-france-gestion/ressources-minerales-des-fonds-marins#ressources-minrales-marines-non-mtalliques-les-granulats-marins
43POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[39] Guide méthodologique pour
l?élaboration des documents
d?Orientation pour une Gestion
durable des Granulats Marins
(DOGGM), MEEM, 2016
[40] Guide technique pour l?élaboration
des études d?impact préalables
à la recherche et à l?exploitation
des granulats marins, MTECT, 2023
[41] Comment se régénère le milieu marin
suite à une exploitation industrielle ?
Ifremer, 2022
[42] L?industrie française des granulats,
UNPG/Unicem, 2020
[43] Évolutions de la ressource en
eau renouvelable en France
métropolitaine de 1990 à 2018,
CGDD, Datalab, 2022, 64 p.
[44] Climat HD, rubrique France
Métropolitaine/Impact/Sécheresse.
Météo-France
[45] Les prélèvements d?eau douce :
principaux usages en 2020 et
évolution depuis 25 ans en France,
CGDD, Datalab essentiel,
2023, 4 p.
[46] Prélèvements et consommations
d?eau : quels enjeux et usages ?,
France Stratégie, La note d?analyse,
n° 136, 2024
[47] Explore 2070 Eau et changement
climatique. Hydrologie de surface
[48] La gestion quantitative de l?eau en
période de changement climatique
et L?adaptation au changement
climatique du parc des réacteurs
nucléaires. Cour des Comptes
[49] La France face aux neuf limites
planétaires, limite « eau bleue » du
cadre 2015 des limites planétaires
(avant révision 2023), CGDD,
Théma, 2023, 86 p.
[50] L?information est mise à disposition
sur Propluvia depuis 2012,
et sur VigiEau depuis 2023.
[51] SDES, Restrictions d?eau lors des
périodes de sécheresse en France
métropolitaine en 2023
[52] Bilan 2023 du statut des ressources
halieutiques débarquées par la
pêche française hexagonale en 2022,
Ifremer, 2024
[53] La situation mondiale des pêches
et de l?aquaculture ? Vers une
transformation bleue. FAO, 2022
[54] Chiffres clés des filières pêche et
aquaculture en France en 2023,
FranceAgriMer, 2023
[55] Fishery and aquaculture statistics
yearbook 2021, FAO, 2024
[56] SDES, rubrique Ressource en eau
[57] Biomasse : enjeu stratégique de
la transition écologique,
Avis d?experts, Ademe, 2024
[58] Chiffres clés des énergies
renouvelables, CGDD, Datalab, 2023,
104 p.
[59] Stratégie nationale bas-carbone,
version révisée, mars 2020
[60] Inventaire forestier national,
mémento édition 2024, IGN, 2024
[61] Inventaire forestier national,
mémento édition 2024, IGN, 2024
[62] La face cachée de nos
consommations : Quelles surfaces
agricoles et forestières importées ?
Solagro, 2022
[63] Importations françaises de matières
premières visées par la Stratégie
nationale de lutte contre la
déforestation importée entre 2012-
2021 - Vers une empreinte terre de
la France, CGDD, Collection études,
2023, 94 p.
[64] La mobilité locale et longue distance
des Français - Enquête nationale sur
la mobilité des personnes en 2019,
CGDD, Datalab, 2023, 22 p.
[65] Insee, Statistiques sur les ressources
et conditions de vie
[66] SDES, Données 2023 sur les
immatriculations des véhicules
[67] SDES, Environnement, consommation
d?énergie et mobilités en 2023
[68] IEA, Minerals used in electric cars
compared to conventional cars - Last
updated 5 May 2021
[69] SDES, 38,9 millions de voitures
en circulation en France
au 1er janvier 2023
[70] Plateforme automobile (PFA),
Matières premières, criticités et axes
stratégiques des industriels
de l?automobile
[71] SDES, Environnement, consommation
d?énergie et mobilités en 2023
[72] 4e édition du mapping des startups
françaises à impact, réalisé par
France Digitale, le Hub Bpifrance et
le Mouvement Impact France
[73] Classement 2023 des licornes
françaises
https://archimer.ifremer.fr/doc/00456/56745/
https://archimer.ifremer.fr/doc/00456/56745/
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https://www.mineralinfo.fr/fr/actualite/actualite/elaboration-des-etudes-dimpact-granulats-marins-guide-technique-2023
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https://www.mineralinfo.fr/fr/actualite/actualite/elaboration-des-etudes-dimpact-granulats-marins-guide-technique-2023
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https://www.ifremer.fr/fr/ressources/comment-se-regenere-le-milieu-marin-suite-une-exploitation-industrielle
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/evolutions-de-la-ressource-en-eau-renouvelable-en-france-metropolitaine-de-1990-2018?rubrique=44&dossier=1028185
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https://www.strategie.gouv.fr/publications/prelevements-consommations-deau-enjeux-usages
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https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-gestion-quantitative-de-leau-en-periode-de-changement-climatique
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https://www.ccomptes.fr/fr/publications/ladaptation-au-changement-climatique-du-parc-des-reacteurs-nucleaires
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-france-face-aux-neuf-limites-planetaires?rubrique=41&dossier=176
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-des-energies-renouvelables-edition-2023?rubrique=21&dossier=174
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/importations-francaises-de-matieres-premieres-visees-par-la-strategie-nationale-de-lutte-contre-la?rubrique=33&dossier=1028219
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-mobilite-locale-et-longue-distance-des-francais-enquete-nationale-sur-la-mobilite-des-0?rubrique=60&dossier=1345
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https://www.insee.fr/fr/statistiques/2385827
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/donnees-2023-sur-les-immatriculations-des-vehicules?rubrique=58&dossier=1347
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/modes-de-vie-et-pratiques-environnementales?rubrique=38
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/modes-de-vie-et-pratiques-environnementales?rubrique=38
https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/minerals-used-in-electric-cars-compared-to-conventional-cars
https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/minerals-used-in-electric-cars-compared-to-conventional-cars
https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/minerals-used-in-electric-cars-compared-to-conventional-cars
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/389-millions-de-voitures-en-circulation-en-france-au-1er-janvier-2023?rubrique=58&dossier=1348
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/389-millions-de-voitures-en-circulation-en-france-au-1er-janvier-2023?rubrique=58&dossier=1348
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https://pfa-auto.fr/wp-content/uploads/2018/06/Article_Matie%CC%80res-premie%CC%80res-criticite%CC%81s-et-axes-strate%CC%81giques-des-industriels-de-l%E2%80%99aut-omobile.pdf
https://pfa-auto.fr/wp-content/uploads/2018/06/Article_Matie%CC%80res-premie%CC%80res-criticite%CC%81s-et-axes-strate%CC%81giques-des-industriels-de-l%E2%80%99aut-omobile.pdf
https://pfa-auto.fr/wp-content/uploads/2018/06/Article_Matie%CC%80res-premie%CC%80res-criticite%CC%81s-et-axes-strate%CC%81giques-des-industriels-de-l%E2%80%99aut-omobile.pdf
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/modes-de-vie-et-pratiques-environnementales?rubrique=38
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/modes-de-vie-et-pratiques-environnementales?rubrique=38
https://mapping-startups-impact.fr/
https://mapping-startups-impact.fr/
https://business-cool.com/decryptage/classements/classement-licornes-francaises-valorisation/
https://business-cool.com/decryptage/classements/classement-licornes-francaises-valorisation/
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ44
Une menace pour l?environnement et la santé
Pollution
des milieux
naturels
45
Tous les milieux naturels sont af-
fectés par la pollution : l?air, les
sols et sous-sols, l?eau, les nappes sou-
terraines. La pollution touche également
les espaces clos qui constituent notre
cadre de vie. Les polluants sont d?ori-
gines variées : substances émises durant
la fabrication et l?utilisation d?articles du
quotidien, produits phytosanitaires appli-
qués sur les cultures agricoles, rayonne-
ments émis par les appareils électriques
et électroniques, nuisances sonores et
lumineuses, etc.
L?état de l?environnement présente
une situation contrastée selon les mi-
lieux, avec des progrès dans certains do-
maines : baisse significative des émissions
de nombreux polluants de l'air extérieur
depuis plusieurs décennies, diminution
des ventes des produits phytosanitaires
les plus toxiques, etc. Toutefois la stabi-
lité des ventes totales de pesticides et
l?omniprésence de déchets plastiques
dans les milieux naturels témoignent
des difficultés à réduire les pressions
sur les écosystèmes. Certains polluants,
tels que les résidus médicamenteux et
les composés perfluorés, sont sources
de préoccupation croissante, avec des
impacts sur les écosystèmes et la santé.
Engagée dans une transition vers le
« zéro pollution » initiée par l?UE, la France
mobilise des plans d?action, des leviers
réglementaires et des financements pour
lutter contre la pollution de l?environ-
nement. Bien qu?en augmentation, les
moyens financiers sont bien inférieurs
au coût social réel engendré. Une impli-
cation accrue des acteurs locaux et un
financement adéquat sont nécessaires
pour agir efficacement sur les multiples
facettes de la pollution.
L
E
S
E
N
JE
U
X
Une
amélioration
notable de la
qualité de l?air
extérieur à
poursuivre, pour
mieux protéger
la santé humaine.
Une baisse
des ventes
des produits
phytosanitaires
les plus toxiques
mais une stagnation
des ventes totales
et une large
contamination
de l?ensemble
du territoire.
Une présence
de résidus
plastiques dans
tous les milieux
naturels.
Une
contamination
de l?eau par
des résidus de
médicaments et
des composés
perfluorés,
sources de
préoccupation
croissante pour la
santé publique et
les écosystèmes.
Une
augmentation
des dépenses
pour lutter
contre la
pollution, très
inférieure aux coûts
supportés par
la société (frais de
santé, perte de
biodiversité, baisse
des rendements
agricoles).
À RETENIR
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ46
21 %
des déchets plastiques
ont été recyclés en France en 2022.
de produits phytosanitaires
les plus toxiques vendus
depuis le milieu des années 2010.
de la mortalité totale
en France serait attribuable à
l?exposition aux particules fines
dans l?air extérieur.
PESTICIDES
QUALITÉ DE L'AIR
4 médicaments
surveillés à grande
échelle dans les
cours d'eau et plans
d?eau ont été quantifiés
dans plus de 25 % des
analyses entre 2019 et 2021.
7 %
1,8 %
Baisse des émissions de particules fines
PM2,5 dans l?air extérieur depuis 2000. Des progrès
réalisés dans tous les secteurs d?activité, notamment
l?amélioration des performances des installations
de chauffage individuel au bois.
du PIB a été consacré à la lutte contre
les pollutions en 2021.
Ces dépenses sont financées par les administrations
publiques, les entreprises, les ménages et l?UE.
micro-plastiques flottants en mer
par km² en moyenne, entre 2015 et 2020, en
France métropolitaine.
17 000 à 88 000
- 35 %
- 56 %
68 600 TONNES
de produits phytosanitaires
vendus en 2022, reflet d?une
agriculture dépendante à ces produits
malgré une prise de conscience
croissante des risques environnementaux
et sanitaires associés.
46
Md¤
CHIFFRES CLÉS
47POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
LES POLLUANTS SUIVIS
DE LONGUE DATE
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
Des polluants dangereux sont présents partout autour
de nous. Des mesures visant à prévenir ou réduire
leurs émissions sont donc prises par les autorités
publiques afin de limiter leurs atteintes à l?environ-
nement et à la santé. Parmi les polluants chimiques
visés par de telles mesures se trouvent notamment
les métaux et métalloïdes, les oxydes d?azote, des
polluants organiques, des pesticides, les résidus mé-
dicamenteux dont les antibiotiques, etc. Ils ont des
effets sur la santé humaine (perturbateur endocrinien,
cancérogène, mutagène, reprotoxique, etc.) et l?envi-
ronnement (acidification, eutrophisation, altération
de végétaux, perturbation de la faune, etc.). Le bruit
et les radiofréquences, polluants d?une autre nature,
font aussi l?objet d?efforts de réduction.
Les métaux et métalloïdes :
une tendance à la baisse
des émissions
Les métaux (cadmium, mercure, plomb, cuivre, nickel,
etc.) ou éléments traces métalliques (ETM) et les
métalloïdes (arsenic, etc.) sont d?origine naturelle
(volcanisme, érosion des roches) ou résultent d?activités
Un milieu est dit pollué lorsque des éléments physiques,
chimiques ou biologiques qui y sont introduits dégradent le
fonctionnement des écosystèmes et portent atteinte aux
organismes qui y vivent. Les sources polluantes, principalement
d?origine humaine, peuvent être ponctuelles, visibles, ou plus
diffuses dans le temps et l?espace, donc moins identifiables.
De nombreux polluants de l?air, du sol et de l?eau font l?objet
d?une surveillance et de plans d?actions depuis des décennies.
D?autres préoccupent la communauté scientifique, les pouvoirs
publics et la population depuis moins longtemps et sont encore
peu suivis. Toutes ces pollutions portent des enjeux de santé
humaine et environnementale de façon directe ou indirecte.
Émissions anthropiques dans l?air extérieur de quelques métaux et métalloïdes
En indice base 100 des émissions en 1990
(e) = estimation préliminaire.
Note : les objectifs pris dans le cadre du protocole d?Aarhus de 1998 sur les métaux lourds et entrés
en vigueur en 2003 imposent de rester sous les niveaux d?émissions de 1990.
Champ : France métropolitaine.
Source : Citepa, avril 2024, format Secten
0
20
40
60
80
100
120
1990 1992 2014 2016 2018 2020201020062002 2004 2008 20121998 20001994 1996 2023 (e)
Plomb Cadmium Arsenic Cuivre NickelMercure
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ48
humaines (agriculture, industries, extraction minière,
transports, etc.). Présents dans l?air, l?eau et les sols, ils
sont toxiques pour les personnes exposées. Certains
présentent des risques même en faible dose, en
particulier sous certaines formes chimiques. Ils font
l?objet d?un suivi environnemental et sanitaire, comme
le cadmium, le mercure ou le plomb, retrouvés dans
toute la biosphère.
De 1990 à 2023, les émissions dans l?air exté-
rieur des ETM et des métalloïdes issus d?activi-
tés humaines ont globalement baissé en France,
hormis pour le cuivre. Ces progrès font suite aux
stratégies et plans d?action mis en oeuvre au ni-
veau national et territorial ainsi qu?aux évolutions
réglementaires. Les améliorations constatées sont
plus ou moins importantes selon les substances :
la baisse atteint par exemple 69 % pour l?arsenic
et 90 % pour le mercure. Issus essentiellement
des transports, les rejets de cuivre ont pour leur
part augmenté de 15 % de 1990 à 2019 et retrouvé
en 2023 un niveau proche de 1990, après la forte
baisse de 2020 et 2021 dans le contexte de la
crise sanitaire. En 2023, la France respectait ses
engagements internationaux, fixés pour les rejets
dans l?air extérieur de cadmium, de mercure et
de plomb. Les origines des métaux et métalloïdes
sont variables, mais les contributions les plus
significatives proviennent principalement des
secteurs de l?industrie et des transports.
Réglementées au niveau européen, les concen-
trations dans l?air extérieur en arsenic, cadmium,
nickel et plomb sont suivies par une quarantaine
de stations de mesure par an et par polluant. Elles
sont le plus souvent faibles et ne dépassent pas les
normes réglementaires. De 2013 à 2023, seules une à
deux stations par an dépassaient ces normes selon le
polluant. Le nickel est le polluant avec le plus grand
nombre d?années de dépassement, majoritairement
sur une station de mesure. Des activités industrielles
en sont à l?origine. Pour le plomb, la réglementation
a toujours été respectée sur la période étudiée.
Les activités humaines actuelles ou passées peuvent
accentuer les niveaux de concentration des ETM et
métalloïdes dans les sols par rapport au fond pé-
dogéochimique naturel [4]. C?est notamment le cas
pour le mercure et l?arsenic.
Ainsi, la partie superficielle des sols de la région
parisienne et du nord de la France montre des teneurs
en mercure supérieures aux valeurs couramment ob-
servées dans les sols ordinaires cultivés ou forestiers
de zones rurales (> 0,1 mg/kg de terre fine) du fait
d?activités industrielles anciennes et d?apports passés
de boues d?épandage de la plus grande station de
traitement des eaux usées (STEU) au nord-ouest de
Paris. Il en est de même pour certains territoires du
Massif central naturellement riches en mercure mais
dont la teneur a augmenté en lien avec d?anciennes
activités d?extraction aurifère.
Les émissions correspondent aux quantités de gaz
ou particules rejetées dans l?air, par des activités
humaines ou par des sources naturelles. Elles peuvent
être mesurées, par exemple en sortie de cheminées
d'incinérateurs, ou être estimées dans le cadre
d?inventaires de polluants émis sur un territoire et
une période donnée. Ces derniers permettent de
recenser et quantifier les rejets d?activités humaines
(industrie, transport, etc.) ou d?origine naturelle.
En France le Centre interprofessionnel technique
d?études de la pollution atmosphérique (Citepa
[1]) réalise ces estimations au niveau national, les
Associations agréées de surveillance de la qualité de
l?air au niveau territorial [2].
Les concentrations, quant à elles, caractérisent la
qualité de l?air que nous respirons. Elles correspondent
à la quantité de polluant par volume d?air. Plus la
concentration est élevée, plus l?air est pollué. Mesurées
en continu ou ponctuellement, elles peuvent également
être déterminées par modélisation mathématique.
Cette dernière donne des niveaux de concentrations de
polluants en tout point d'un territoire donné, en tenant
compte notamment des conditions météorologiques
et du comportement des polluants dans l?air.
Ces données sont nécessaires pour évaluer l'exposition
des populations et pour guider les politiques visant à
améliorer la qualité de l'air [3].
Émissions et concentrations de polluants
dans l?air extérieur : de quoi parle-t-on ?
49POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Pour l?arsenic, 16 % des points de surveillance
du réseau de mesure de la qualité de sols (RMQS)
présentent une teneur supérieure à 25 mg/kg de
terre fine, seuil de vigilance active en arsenic inorga-
nique total proposé par le Haut Conseil de la santé
publique en août 2022. Des projets de recherche
récents montreraient cependant que, en prenant
en compte la bioaccessibilité de l?arsenic, ce seuil
de 25 mg/kg ne serait dépassé que sur un seul des
2200 sites du RMQS. Certaines de ces contamina-
tions diffuses sont d?origine naturelle et liées au fond
pédogéochimique. C?est le cas du Massif central
constitué d?un fond naturellement plus riche en
arsenic. D?autres résultent toutefois d?activités hu-
maines comme les anciennes activités minières et
industrielles en Lorraine ou l?usage de pesticides sur
certaines terres agricoles.
À cette contamination diffuse, peuvent s?ajouter
des pollutions ponctuelles, observées à proximité de
sites pollués par une activité humaine avérée. C?est
notamment le cas des contaminations identifiées
dans les grands bassins aquitains et parisiens où le
fond géochimique présente des valeurs très faibles,
sans risque pour la santé humaine. En 2023, plus de la
moitié des 3 316 sites et sols pollués recensés dans la
base de données Basol et dont le polluant est connu,
le sont par des métaux lourds (1 748 sites), 23 % par
l?arsenic (768 sites) et 13 % par le mercure (445 sites).
Des métaux lourds peuvent aussi être rejetés dans
les cours d?eau via des effluents de STEU, des déver-
sements d?eaux usées brutes lors de fortes pluies ou
d?incidents sur des STEU ou encore par des effluents
industriels. Les rejets en régime normal des princi-
pales sources ponctuelles ont fortement diminué
entre 2010 et 2018 et ont tendance à stagner depuis.
Cumulant les rejets industriels, majoritaires, et ceux
des STEU de grande capacité (supérieure à 100 000
équivalent habitant), l?indice global « Métox20 » a été
divisé par cinq entre 2010 et 2022. Cette amélioration
s?explique par la réduction d?activités extractives ou
industrielles, des normes de rejet plus restrictives, et
l?amélioration des systèmes d?assainissement.
Concentrations d?arsenic (carte de gauche) et de mercure (carte de droite)
dans la partie superficielle des sols
Source : Gis Sol, RMQS, d?après Marchant et al., 2017. Traitements : SDES, 2018
20. Indice global calculé à partir des concentrations en métaux et métalloïdes pondérées selon leur degré de toxicité.
0 - 50 km
Arsenic
103
30
0
Absence
de données
Concentrations
prédites
en mg/kg
0 - 50 km
Mercure
0,21
0,07
0,01
Absence
de données
Concentrations
prédites
en mg/kg
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ50
Comment les polluants
affectent-ils notre
alimentation ?
L?alimentation est une source majeure
d?exposition quotidienne à diverses substances,
souvent en faibles doses mais tout au long de la
vie. Un même aliment peut contenir de multiples
contaminants issus des étapes de production, de
transformation ou de conservation. Il peut s?agir
de résidus de pesticides ou de médicaments
vétérinaires, d?additifs, de substances néoformées
comme l?acrylamide, d?hydrocarbures aromatiques
polycycliques (HAP), de résidus de plastiques, etc.
La chaîne alimentaire peut accumuler des
contaminants provenant de l?air, des sols, de l?eau
douce ou des mers, et ces substances peuvent être
d?origine industrielle, agricole ou domestique.
Des niveaux de contamination limités
Les plans de surveillance et de contrôle menés
par l?État vérifient que les denrées alimentaires
d?origine animale ou végétale ne contiennent pas
de contaminants chimiques, biologiques
ou physiques au-delà des limites maximales
de résidus fixées pour réduire au mieux
l?exposition des consommateurs. En 2021,
57700prélèvements[5] ont été effectués, dont
plus des trois quarts sur de la viande, le reste
étant réparti sur le poisson, le lait, les céréales,
les fruits et les légumes. Les niveaux de
contamination étaient globalement limités:
moins de 2% de non-conformités ont été
détectées en filière animale (à l?exception du
gibier), et de 6% à 14% en filière végétale, sur les
200 contaminants recherchés. Lorsque les limites
maximales de résidus sont dépassées ou que des
substances interdites sont détectées, des mesures
telles que des rappels à la réglementation, des
retraits/rappels et destructions de lots, des mises
sous séquestre, ou même l?abattage d?animaux et
la destruction de récoltes peuvent être prises.
Vigilance vis-à-vis de substances toxiques
dans l?alimentation des enfants
Les «études de l?alimentation totale» menées
par l?Agence nationale de sécurité sanitaire de
l?alimentation, de l?environnement et du travail
(Anses) permettent également d?évaluer notre
exposition aux contaminants [6]. Celle portant
sur l?alimentation infantile souligne la nécessité
d?être vigilant envers neufsubstances comme
le plomb, les polychlorobiphényles (PCB) ou
les furanes, l?exposition de nombreux enfants
dépassant les valeurs toxicologiques de
référence. Les substances chimiques retrouvées
dans le corps humain [7] indiquent que
la consommation d?oeufs ou de matières
grasses augmente le niveau d?imprégnation
en organochlorés, en PCB, en furanes ou
dioxines, tandis que la consommation de viande
bovine augmente celle en pyréthrinoïdes.
À l?inverse, la consommation de produits issus de
l?agriculture biologique diminue l?imprégnation
en organochlorés, en organophosphorés et
en pyréthrinoïdes.
É
C
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A
IR
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Particules et oxydes d?azote
dans l?air extérieur : des progrès
insuffisants pour protéger
pleinement la santé
La pollution de l?air correspond à la présence dans
l?atmosphère de gaz et de particules ayant des effets
néfastes sur la santé humaine et sur l?environnement.
Ces substances sont rejetées par des activités hu-
maines et des sources naturelles (éruptions volca-
niques, poussières désertiques, etc.). La pollution de
l?air dépend aussi des réactions entre des polluants
déjà présents dans l?air, ainsi que des conditions
météorologiques, qui font évoluer les polluants dans
l?atmosphère et favorisent leur dispersion ou leur
accumulation. En France, la pollution de l?air exté-
rieur est un enjeu majeur : l?exposition aux particules
fines de diamètre inférieur ou égal à 2,5 µm (PM2,5)
serait responsable de 7 % de la mortalité totale de
la population (près de 40 000 décès par an).
De 2000 à 2023, les rejets de la plupart des
polluants ont diminué en France métropolitaine,
résultat de plans d?action commencés depuis plu-
sieurs décennies et visant à réduire les émissions
dans plusieurs secteurs d?activité. La baisse atteint
87 % pour le dioxyde de soufre (SO2), 64 % pour les
oxydes d?azote (NOx) et 56 % pour les PM2,5. Le SO2
provient essentiellement des activités industrielles,
et les NOx des transports, de l?agriculture et de l?in-
dustrie. Quant aux PM2,5, elles sont surtout issues
du chauffage résidentiel au bois.
La réglementation européenne fixe des objec-
tifs pour 2020 et 2030 pour chaque État membre
51POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
en matière d?émissions nationales pour le SO2, les
NOx, les PM2,5, l?ammoniac (NH3) et les composés
organiques volatils non méthaniques (COVNM). En
2022, la France respectait tous les objectifs fixés pour
2020 ainsi que ceux fixés pour 2030 pour le SO2, le
NH3 et les COVNM. Pour atteindre les objectifs de
2030, il reste nécessaire de réduire les émissions des
NOx et des PM2,5 de 10 à 30 % par rapport à 2022.
De 2000 à 2023, les concentrations moyennes
annuelles en dioxyde d?azote (NO2), en particules de
diamètre inférieur ou égal à 10 µm (PM10) et 2,5 µm
(PM2,5) et le SO2 ont également baissé. En revanche,
celles en ozone (O3) tendent à augmenter. Les niveaux
particulièrement élevés de 2003, 2018 à 2020, 2022
et 2023 s?expliquent par d?importants épisodes de
canicule.
Bien que la qualité globale de l?air extérieur s?amé-
liore, les normes réglementaires de qualité de l?air
pour la protection de la santé ne sont pas respectées
partout. En 2023, les dépassements des normes ont
concerné le NO?, l?O? et les PM10 sur un pourcentage
limité d?agglomérations, ne dépassant pas 13 % en
fonction du polluant. Ces agglomérations, de tailles
très variables, se situent dans la moitié est de la France
métropolitaine, l?Île-de-France et à Mayotte. La même
année, les dernières valeurs guides de l?OMS ont été
largement dépassées : dans 97 % des agglomérations
pour les PM2,5. Fondées sur les connaissances scienti-
fiques, ces valeurs guides sont inférieures aux normes
réglementaires actuellement en vigueur.
Bien que des substances volatiles contaminent
majoritairement l?atmosphère, elles se retrouvent
aussi dans d?autres milieux autour des sites pollués
par des activités industrielles actuelles ou passées.
Par exemple, les composés organiques halogénés
volatils (benzène et dérivés, HAP, chlorobenzène,
hydrocarbures, etc.) sont détectés dans les sols et
Les polluants atmosphériques impactent
localement la santé et l?environnement alors
que les gaz à effet de serre (GES) ont une
influence sur le climat à l?échelle planétaire.
Pollution de l?air et changement climatique
sont néanmoins liés car les substances
impliquées proviennent de sources communes
comme l?industrie, les transports,
l?agriculture, etc. De plus, l?ozone (O3) et
les particules peuvent agir sur le climat.
Réciproquement, le changement climatique
peut accentuer certaines pollutions:
l?augmentation des températures et des
canicules peut intensifier la pollution à
l?ozone et l?accroissement de la fréquence des
feux de forêts accentue la pollution liée aux
particules. De plus, le méthane, puissant GES
et substance impliquée dans la formation
de l?O3, participe activement au maintien
des concentrations d?ozone à un niveau élevé.
Des concentrations annuelles dans l?air extérieur
en baisse pour une majorité de polluants
Sources : CGDD, d?après Geod?air, juillet 2024 ; Citepa,
format Secten, avril 2024
en diminutionConcentrations en augmentation
<= 10
micromètres
PM10
<= 2,5
micromètres
PM2,5
Particules
Ozone
O3
Dioxyde
d?azote
Dioxyde
de soufre
NO2SO2
Gaz
Des concentrations dans l?air en baisse
pour une majorité de polluants
Principales sources, précurseurs
Évolution des niveaux moyens de pollution
en milieu urbain 2000-2023
Source : CGDD, d?après Geod?air, juillet 2024; Citepa, format Secten, avril 2024.
2009-2023
- 53 %- 87 % - 46 % - 47 %+ 23 %
sous-sols de 96 % des 3 316 sites pollués dont la pol-
lution est connue (près d?un tiers du total des sites).
Ces contaminations sont dues à des incidents lors
de la manutention ou du transport, ainsi qu?à une
mauvaise gestion des déchets et des effluents.
Polluants atmosphériques
et gaz à effet de serre : quelles différences ?
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ52
La qualité de l?air intérieur
dans les salles de classe
La qualité de l?air intérieur à l?école, lieu de
vie le plus fréquenté par les enfants après le
logement, représente un enjeu pour leur santé
et leur capacité d?apprentissage. Il est estimé
que plusieurs dizaines de milliers de cas
d?asthme chez les enfants de 6 à 11 ans scolarisés
seraient évitables en diminuant l?exposition au
formaldéhyde et aux moisissures[8]. Les écoles
présentent des spécificités qui favorisent la
présence de polluants: forte densité d?occupation
des salles de classe, utilisation de feutres,
peintures, colles, nettoyage fréquent des locaux,
etc. Dans les classes des écoles maternelles
et élémentaires, certains polluants sont
omniprésents dans l?air et les poussières déposées.
Parmi eux se trouvent les PM2,5, des composés
organiques volatils (COV), des aldéhydes, des
HAP, des phtalates et des pesticides comme
le lindane. Les valeurs réglementaires pour
le formaldéhyde et le benzène, deux polluants
réglementés à surveiller dans l?air intérieur des
établissements recevant un jeune public (crèches,
écoles, etc.), sont respectées pour la grande
majorité des écoles suivies. Un renouvellement
de l?air souvent insuffisant[9] a aussi été observé,
associé à la présence de multipollution [10].
Les concentrations en composés organiques semi-
volatils dans l?air et les poussières déposées ont
été étudiées spécifiquement. Des profils de classes
ont été identifiés selon plusieurs facteurs qui
peuvent influencer ces niveaux de concentration:
localisation urbaine, périurbaine ou rurale de
l?école, date de construction, présence ou non
de système de ventilation, type de revêtements
de sol, etc. Ainsi, les écoles construites à partir
des années 1980, le plus souvent équipées
d?un système mécanique de ventilation, semblent
moins polluées. À l?inverse, dans les écoles
majoritairement construites avant 1982, en
milieu périurbain ou rural, sans système de
ventilation, il est observé de fortes concentrations
en PCB et pesticides organochlorés par rapport
à l?échantillon de classes retenues. Enfin, la
présence majoritaire de revêtements de sol en
plastiquepeut entraîner de fortes concentrations
en phtalates.
É
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Les HAP : une pollution
persistante qui touche
l?ensemble de la biosphère
Les polluants organiques persistants (POP) désignent
des composés organiques tels que les PCB, les dioxines
et furanes, les hydrocarbures aromatiques polycy-
cliques (HAP) et dérivés. Ils sont à la fois persistants,
bioaccumulables, toxiques et mobiles sur de lon-
gues distances. Identifiés depuis plusieurs décennies
comme nécessitant un suivi et des actions au titre
des substances prioritaires, la réglementation euro-
péenne interdit (sauf exceptions) de fabriquer, de
mettre sur le marché et d?utiliser ces substances en
tant que telles, soit dans des mélanges de substances,
soit sous forme de constituant d?articles. Elle vise
également à réduire au minimum les émissions de
ces substances dans l?environnement. En raison de
leur longue persistance dans les milieux et de leur
capacité à s?accumuler dans les organismes vivants,
les POP sont nocifs et sont largement distribués dans
l?environnement.
Issus principalement de phénomènes de combus-
tion (biomasse, combustibles fossiles, déchets, feux
de forêt), les HAP sont surtout émis dans l?air d?où
ils se dispersent dans l?ensemble de la biosphère.
Se fixant facilement sur les matières organiques
particulaires en suspension dans l?air, le sol, l?eau,
ils sont facilement transportés loin de leurs zones
d?émission. Des HAP dissous, provenant de la fabri-
cation de matériaux à base de produits pétroliers
(pigments, résines, etc.), peuvent aussi être rejetés
dans l?environnement de manière résiduelle ou lors
de pollutions accidentelles.
Pour l?air extérieur, des objectifs de réduction
d?émissions existent au niveau international pour
quatre HAP : le benzo[a]pyrène, le benzo[b]fluoran-
thène, le benzo[k]fluoranthène et l?indéno[1,2,3-cd]
pyrène. En France, en 2023, 72 % de leurs émissions
provenaient du secteur résidentiel, principalement
en raison du chauffage au bois. Très dépendantes des
températures hivernales, ces émissions ont baissé de
27 % de 1990 à 2023, la majorité de cette réduction
étant survenue avant 2005.
Les concentrations en benzo[a]pyrène dans l?air
extérieur, un traceur du risque cancérigène des HAP,
sont réglementées et font l?objet d?un suivi. Entre 2019
et 2023, les concentrations moyennes annuelles les
plus élevées ont été mesurées dans le Nord, l?Est et
les Alpes, dans des zones industrielles ou des zones
où le chauffage au bois est très présent. Durant
53POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
72 % 14 %
Résidentiel
Chauffage au bois
Feux de forêt Industrie
Milieux
aquatiques
Sols et
végétation
Sources d?émissions
de HAP dans l?air
en 2023
Émissions Émissions
Transformations
dans l?airGaz et
particules
secs et humides
Dépôts
5 % %3 % Agriculture
Transports
5 %
Comment les HAP* contaminent-ils les milieux ?
Concentrations moyennes annuelles dans l?air extérieur
en benzo[a]pyrène de 2019 à 2023
* Hydrocarbures aromatiques polycycliques.
Source : CGDD, d?après Citepa, format Secten, avril 2024
Note : la norme réglementaire, fixée à 1 ng/m3 en moyenne annuelle,
est considérée comme non respectée lorsque les concentrations
annuelles sont supérieures ou égales à 1,5 ng/m3.
Source : Geod?air, juillet 2024. Traitements : Ineris/LCSQA et SDES, 2024
cette période, la norme réglementaire fixée pour la
protection de la santé a été largement respectée.
Pour l?ensemble des mesures réalisées, seulement
deux sites localisés en Moselle ont enregistré des
dépassements en 2019 et 2020.
Dans les sols, les teneurs les plus élevées en HAP
sont mesurées au nord et à l?est de la France et ré-
sultent d?activités industrielles passées. Le long de
la côte atlantique, les teneurs en HAP, plus faibles,
sont issues de probables transports sur de longues
distances suivis de dépôts par les pluies. Sur les
16 HAP analysés dans la partie superficielle des sols,
seuls cinq sont quantifiés dans plus de la moitié
des sites du RMQS [11] : le benzo(b)fluoranthène, le
fluoranthène, le pyrène, l?indeno(1,2,3-cd)pyrène et
le phénanthrène. Quant aux pollutions ponctuelles,
environ un tiers des 3 316 sites et sols pollués recen-
sés dans la base de données Basol en 2023 et dont
les polluants sont connus contiennent des HAP et
leurs dérivés dans le sol et le sous-sol.
Dans les cours d?eau, la contamination par les
HAP est généralisée. Entre 2008 et 2020, bien que les
concentrations de substances comme le fluoranthène,
le benzo(b)fluoranthène et l?indeno(1,2,3-cd)pyrène
aient baissé de 10 à 50 %, les HAP demeurent l?un
des groupes de substances les plus fréquemment
quantifiés [12]. Malgré leurs faibles concentrations,
ils sont les principaux contributeurs de l?indice de
pression de toxicité cumulée (IPTC) pour les subs-
tances dangereuses hors pesticides, dans chaque
bassin hydrographique.
Concentrations
en moyenne
sur 5 ans (en ng/m3)
Inférieure ou égale à 0,49
Entre 0,5 et 1
Entre 1,1 et 1,4
0 50 km
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ54
Bruit dans l?environnement :
le trafic routier, source principale
d?exposition en milieu urbain
La surexposition aux bruits dans l?environnement issus
des transports, des activités industrielles, de chantiers
et de loisirs, ou des éoliennes, est un enjeu de santé
publique avec des impacts sanitaires, socio-économiques
et sur la biodiversité. En Europe, environ 11 000 décès
prématurés par an21 seraient liés au bruit des transports
subi sur le long terme. Au-delà des effets peu fréquents
sur l?audition, les bruits dans l?environnement peuvent
provoquer des effets non auditifs subjectifs (gêne,
impact sur les attitudes et le comportement social)
auxquels s?ajoutent de multiples effets objectifs : troubles
du sommeil, effets sur le système cardiovasculaire,
immunitaire, endocrinien, effets psychologiques et
dégradation des performances cognitives. Selon l?OMS,
le bruit est le deuxième facteur environnemental qui
cause le plus de dommages sanitaires en Europe, après
la pollution de l?air.
En France, des cartes de bruit aux abords des grandes
infrastructures et dans les grandes agglomérations
sont élaborées au titre de la directive 2002/49/CE,
assorties de plans d?action. Ces cartes, réalisées pour
30 agglomérations de plus de 100 000 habitants soit
une population couverte de près de 19 millions d?ha-
bitants, permettent notamment d?estimer la réparti-
tion spatiale de différents niveaux sonores auxquels
les populations sont exposées. Durant la journée,
13 millions de personnes (soit 70 % de la population
couverte par ces cartes) sont exposées à des niveaux
de bruit supérieurs à 55 décibels(A) ? (dB(A)) pour le
trafic routier, 1,5 million pour le bruit ferroviaire et
0,5 million pour le bruit aérien. De nuit, 7,8 millions
de personnes sont exposées à un bruit supérieur à
50 dB(A) pour le bruit routier, 1 million pour le bruit
ferroviaire et 0,2 million pour le bruit aérien.
Les radiofréquences :
des rayonnements du quotidien
aux impacts toujours incertains
Les rayonnements électromagnétiques sont omni-
présents : rayons infrarouges et ultraviolets de la
lumière du soleil, rayons X lors d?examens radio-
logiques, ondes émises par les smartphones, les
antennes relais ou encore les lignes électriques. Les
rayonnements de très haute fréquence, comme les
rayons X et gamma, sont ionisants et ont des effets
avérés sur la santé, qui varient selon le type et la
dose reçue, de la brûlure cutanée au cancer.
Les radiofréquences émises par les smartphones
et appareils connectés, non ionisantes, ont des effets
thermiques avérés à court terme. Elles provoquent
notamment un échauffement des tissus du corps
lorsqu?elles dépassent les valeurs limites d?exposition
déterminées scientifiquement22. Celles-ci ont permis
Les polluants azotés et
phosphorés, responsables
de la prolifération des
algues vertes, toujours
en excès
La prolifération d?algues vertes touche
les plages et vasières, entre le Calvados et
la Charente-Maritime. Ce phénomène est
favorisé par des excès d?azote et de phosphore,
transportés vers la mer par les fleuves côtiers et
les nappes souterraines. Il est particulièrement
intense en Bretagne où, dans les baies fermées
peu profondes, l?eau se réchauffe dès le
printemps. Ce phénomène présente des risques
environnementaux et sanitaires. En devenant
dominantes, les algues vertes étouffent le
milieu marin, bloquent la lumière du soleil et
empêchent les plantes aquatiques de produire
l?oxygène essentiel aux écosystèmes. Lors de leur
décomposition, ces algues libèrent du sulfure
d?hydrogène, un gaz toxique pour l?humain et
l?animal.
Environ 90% de l?azote et 50% du phosphore
sont d?origine agricole, le reste venant des rejets
domestiques et de certains rejets industriels.
Entre 2008 et 2021, la surface moyenne
interannuelle couverte par les algues vertes sur
l?ensemble des baies sableuses du linéaire côtier
en Manche et en Atlantique a atteint 630 ha [13].
Malgré les plans déployés depuis 2010 par l?État
et les collectivités territoriales pour diminuer
les fuites d?azote et ramasser les algues échouées,
le phénomène n?est toujours pas endigué.
É
C
L
A
IR
A
G
E
21. Agence européenne pour l?environnement
22. International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection (ICNIRP2),
organisation internationale non gouvernementale de nature scientifique, reconnue par l?OMS,
l?UE et de nombreux pays dont la France.
https://www.eea.europa.eu/en/topics/in-depth/noise?activeTab=fa515f0c-9ab0-493c-b4cd-58a32dfaae0a
55POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Population exposée à différents niveaux de bruit de jour dans
les agglomérations de plus de 100 000 habitants
En millions d?habitants
Quels objets de notre quotidien émettent des rayonnements ?
Notes : données 2022 partielles (disponibles pour 30 agglomérations sur les 45 ayant l?obligation d?établir une carte de bruit). L?indicateur
Lden correspond à la « dose de bruit » reçue en façade du bâtiment sur une journée, avec un poids plus important donné au bruit de soirée
et de nuit. Les classes de niveaux sonores utilisées dans ce graphique sont celles pour lesquelles la Commission européenne demande une
estimation du nombre de personnes exposées mais ne correspondent pas à des seuils réglementaires à respecter.
Source : DGPR, 2024
d?établir les normes réglementaires en France qui
fixent des valeurs limites entre 28 Volt/m et 87 Volt/m
selon la fréquence, dans la bande de 100 kHz à 6 GHz.
En 2021, aucune valeur limite d?exposition n?a été
dépassée sur les 4 022 mesures réalisées par l?Agence
nationale des fréquences [14], essentiellement en
milieu urbain et en intérieur. Les niveaux d?exposition
sont globalement stables depuis 2014, y compris
depuis le déploiement de la 5G.
En l?état actuel des connaissances, aucun lien
de causalité entre exposition aux radiofréquences
et effets sanitaires à long terme n?a été identifié de
manière certaine [15]. Cependant, des incertitudes
persistent sur les risques à long terme et lors d?une
utilisation intensive d?appareils sans fil. C?est pour-
quoi en 2011, les radiofréquences ont été classées
« cancérogènes possibles » par le Centre international
de recherche sur le cancer. La recherche sur leurs
effets sanitaires se poursuit, y compris sur la santé
des animaux d?élevage.
V
is
ib
le
Radio fréquences
RAYONNEMENTS IONISANTSRAYONNEMENTS NON-IONISANTS
Fréquence en hertz (Hz) et longueur d?onde
10151012 101310111010109108107106 1014 10161051041000100101 1017 10221020
Basses fréquences Infra-rouge Ultra-violet Rayonnements x et gamma
10 kHz 300 GHz
Note : le rayonnement électromagnétique est défini par sa longueur d?onde et sa fréquence (en hertz ou Hz).
Plus la fréquence est haute, plus l?énergie du rayonnement est importante.
Source : CGDD, d?après IRSN
Bruit routierBruit ferroviaire Bruit aérien
Lden > 55 dB(A) Lden > 60 dB(A) Lden > 65 dB(A) Lden > 70 dB(A) Lden > 75 dB(A)
4
6
8
10
12
14
2
0
POINTS DE REPÈRE
Niveaux d?exposition recommandés par
l?OMS, au-delà desquels des effets néfastes
sur la santé sont avérés :
Trafic routier : 53 dB(A) Lden
Trafic aérien : 45 dB(A) Lden
Trafic ferroviaire : 54 dB(A) Lden
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ56
80
60
40
20
0
100
2009 2010 2021 2022201920172015 2016 2018 20202013 20142011 2012
Produits ni UAB ni biocontrôle classés CMR1
Produits ni UAB ni biocontrôle classés CMR2
Produits ni UAB ni biocontrôle non classés CMR
Produits UAB et/ou biocontrôle
Total des substances vendues
Produits phytosanitaires :
un bilan mitigé
Depuis 2008, trois plans de réduction de l?usage des produits
de traitement des cultures se sont succédé, tous visant
une baisse de 50 %, d?abord pour 2018, puis pour 2025 et
enfin pour 2030. Malgré quelques avancées, la France ne
parvient pas à réduire fortement sa dépendance aux produits
phytosanitaires et de vastes territoires sont contaminés.
F
O
C
U
S
Les substances les plus toxiques
en recul, les autres en essor
En 2022, 68600tonnes de substances
actives ont été vendues en vue de
protéger les cultures des insectes,
des maladies et des mauvaises
herbes. Ce volume est relativement
identique à la moyenne des ventes
déclarées entre 2009 et 2021 (+1%).
Cette stabilité globale s?accompagne
toutefois d?une baisse des substances
les plus toxiques pour la santé
humaine et progressivement
interdites (cancérogènes, mutagènes
et reprotoxiques ou CMR) et d?une
augmentation de celles utilisables
en biocontrôle et/ou en agriculture
biologique.
Les ventes de substances CMR ont
baissé de 35% en volume entre
2015-2017 et 2020-2022 et leur part
dans le total des ventes a baissé
de 18 points depuis 2009 (15% en
2022). Géographiquement, plus de
la moitié des achats en 2020-2022
proviennent de 18 départements,
avec en tête l?Eure-et-Loir, la
Somme, la Marne, la Charente-
Maritime et l?Eure [22].
Un autre indicateur, le NODU
agricole (nombre de doses unités),
mesure l?intensité de l?usage des
produits de traitement. Plus le
NODU est élevé, plus les terres
agricoles ont reçu de nombres de
traitements. Bien que l?évaluation
2020-2022 montre une diminution
de 11,5% par rapport à la moyenne
2015-2017, le NODU ne baisse plus
depuis 3 ans [16].
Évolution des quantités de substances actives vendues de 2009 à 2022
En milliers de tonnes
Notes : CMR = substances considérées
comme les plus toxiques « cancérogènes,
mutagènes et reprotoxiques » avec
CMR1 pour « avéré ou présumé » et
CMR2 « suspecté ». UAB = utilisable en
agriculture biologique. Hors Banole pour
la Martinique.
Champ : France.
Source : BNVD - données des ventes au
code Insee des distributeurs extraites
le 27 novembre 2020 (données 2009 à
2019), le 17 octobre 2022 (données 2020)
et le 21 octobre 2023 (données 2021 et
2022). Traitements : OFB, 2020, 2022,
2023 et SDES, 2024
57POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Achats de substances actives classées les plus toxiques
par département
De vastes territoires
contaminés
Dans l?air extérieur, la présence de
pesticides (incluant les biocides en
plus des phytosanitaires) résulte de
leur volatilisation à partir du sol,
des plantes, de l?érosion par le vent
et des phénomènes de dérive lors
des épandages. Leur surveillance
harmonisée au niveau national est
récente: la première campagne
date de 2018-2019 et la seconde
de 2021-2022. Sur les 75 pesticides
recherchés, seuls 6 ont été détectés
dans plus de 20% des prélèvements
lors de chaque campagne:
le glyphosate, le lindane, le
S-métolachlore, la pendiméthaline,
le prosulfocarbe et le triallate. En
2018-2019, la présence de pesticides
tant en milieu urbain que rural a été
confirmée, généralement lors des
périodes de traitements connues.
Dans les sols, sur 111 pesticides
analysés entre 2019 et 2021 [17],
le plus fréquemment détecté est
le glyphosate (70%), herbicide
très vendu, suivi du fluopyram
(69%) et du fluxapyroxad (68%)
pourtant bien moins utilisés. En
effet, le caractère polluant des
pesticides dépend non seulement
de leur toxicité, de leur persistance
mais aussi de la capacité des sols
à les retenir ou à les dégrader.
Les analyses confirment que si
les terres cultivées sont les plus
contaminées, les forêts et les prairies
non traitées ne sont pas épargnées.
Parfois, les sols accumulent de
fortes teneurs en pesticides avec
des risques écotoxiques accrus
pour leur microfaune et leur
flore. C?est notamment le cas du
cuivre utilisé comme fongicide
(bouillie bordelaise). Des décennies
d?utilisation, ajoutées aux teneurs
naturellement présentes dans les
sols favorisent des effets délétères
sur la biodiversité. Pourtant,
son utilisation augmente (+35%
entre 2009-2011 et 2020-2022). En
France métropolitaine, plus de la
moitié des fortes teneurs en cuivre
sont dans des zones occupées à
plus de 20% par des vignes et des
vergers cultivés en agriculture
conventionnelle ou biologique [18],
notamment en Gironde et dans le
Languedoc-Roussillon. Pour limiter
cet effet de cumul, la réglementation
européenne limite la quantité totale
de cuivre utilisable à 28kg par
hectare sur une période de 7 ans
(2019-2025).
Dans les cours d?eau et plans d?eau,
les pesticides contaminent la quasi-
totalité des sites surveillés. Les
principales substances quantifiées
sont les herbicides et leurs
produits de dégradation en France
métropolitaine, les insecticides et
leurs métabolites en outre-mer.
L?indice des pressions toxiques
cumulées (IPTC) des pesticides est
élevé (> 1) sur toutes les tailles de
cours d?eau et sur environ la moitié
des sites de mesure depuis 2008.
Les situations les plus dégradées
s?observent dans la moitié nord
de l?Hexagone et en Martinique.
En France métropolitaine, ces
pressions sont essentiellement dues
à cinqherbicides d?usage agricole et
en outre-mer, à trois herbicides et
un insecticide, dont certains ont été
interdits d?usage avant 2018.
Les eaux souterraines ne sont
pas épargnées. Entre 2019 et
2021, en France métropolitaine,
588pesticides sur les 782 surveillés
sont quantifiés au moins une fois (en
outre-mer, 160 pour 689 suivis). Les
herbicides sont les plus quantifiés
dans l?Hexagone. En outre-mer, ce
sont principalement des insecticides
et des herbicides. Ces polluants
disparaissent très lentement dans
les aquifères. Par exemple, l?atrazine,
interdit d?usage depuis 2003, est
toujours quantifié en 2021.
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0 - 50 km
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Quantité moyenne
de substances actives
CMR* achetées (en kg)
de 2020 à 2022
Évolution des achats
entre les périodes
2015-2017 et 2020-2022
Diminution
de plus de 50 %
Diminution
de 30 à 50 %
Diminution
de 25 à 30 %
Diminution de 0 à 25 %
698 609
112 603
* Substances considérées comme les plus toxiques « cancérogènes, mutagènes,
reprotoxiques ».
Source : BNVD - données des achats au code postal des acheteurs extraites
le 21 octobre 2023 (données 2021 et 2022), le 17 octobre 2022 (données 2020)
et le 26 novembre 2020 (données 2009 à 2019). Traitements : OFB et SDES, 2023
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ58
Deux exemples de
dépendance aux
herbicides et leurs
impacts
Du S-métolachlore dans l?eau
du robinet
En 2022, le S-métolachlore est
le 4e herbicide le plus vendu en
France (6% du total). Utilisé
notamment sur le maïs, la
betterave, le tournesol ou la
canne à sucre, avant la levée des
premières mauvaises herbes,
ses ventes ont augmenté
de 23% en France entre les
périodes 2009-2011 et 2020-
2022 (1800t vendues en 2022).
Trois régions totalisent plus
de 50% des achats totaux: la
Nouvelle-Aquitaine (458t),
l?Occitanie (293t) et le Centre-
Val de Loire (169t). Cependant,
l?évolution entre 2015-2017 et
2020-2022 est très variable:
les achats diminuent dans
certaines régions telles que
l?Auvergne-Rhône-Alpes
(-30%), la Bretagne (-26%)
et la Provence-Alpes-Côte
d?Azur (-21%), alors qu?ils
augmentent ailleurs, comme en
Île-de-France (+53%), dans les
Hauts-de-France (+39%) et le
Centre-Val de Loire (+30%).
Cet herbicide, classé comme
«cancérogène suspecté»
par l?Agence européenne
des produits chimiques,
se retrouve dans l?air (dans
environ 50% des analyses
en France métropolitaine)
et les sols (17% des sols
analysés [19]). Depuis 2018, son
métabolite métolachlore-
esa est la substance qui a
dégradé le plus souvent la
qualité de l?eau distribuée,
très loin devant tous les autres
pesticides. Il a été responsable
de non-conformités sur l?eau
du robinet. En 2021, trois
métabolites ont fréquemment
dépassé des normes
européennes de qualité dans
ces eaux [20]. Pour réduire ces
impacts, l?Agence française
de sécurité sanitaire a interdit
en 2023 les principaux
usages des phytosanitaires
à base de S-métolachlore,
avec un délai d?utilisation
des stocks jusqu?en 2024. Au
niveau européen, la décision
de non-renouvellement
de l?approbation du
S-métolachlore a été prise en
décembre 2023 [21].
Du prosulfocarbe souvent
trouvé dans l?air
Les ventes de cet herbicide,
utilisé surtout sur les céréales,
les pommes de terre et certains
légumes, ont été multipliées par 6
entre 2009-2011 et 2020-2022[22].
Il est le 1er herbicide vendu
en 2022, devant le glyphosate,
alors qu?il était 8e en 2009. Ce
regain d?utilisation résulte
de son efficacité sur des
plantes devenues résistantes à
d?autres herbicides et de son
usage en substitution d?autres
herbicides désormais interdits
(isoproturon).
Cette substance est volatile et
une partie peut, après épandage
sur une culture cible, être
transportée par l?air jusqu?à des
cultures non cibles voisines.
Des résidus de prosulfocarbe
sont ainsi retrouvés depuis
2013 dans des denrées issues
de cultures où il n?est pas
autorisé (pommes, cresson)
et même sur des cultures de
l?agriculture biologique. Cette
substance est fréquemment
détectée dans l?air extérieur
en France métropolitaine,
dans respectivement 45 et
37% des analyses lors des
campagnes de 2018-2019 et de
2021-2022. Le prosulfocarbe
présente des concentrations
ponctuelles parmi les plus
élevées (>5ng/m3). Il est plus
souvent quantifié sur des sites
de mesure proches de grandes
cultures [23].
F
O
C
U
S
Classe en %
80 - 100
60 - 80
40 - 60
20 - 40
0 - 20
Indéterminé
Guadeloupe Martinique Guyane La Réunion Mayotte
* Indice des pressions toxiques cumulées.
Note : l?IPTC est « fort » ou « élevé » quand il dépasse 1, la survenue d?effets néfastes
sur l?environnement étant soit hautement probable, soit possible mais à confirmer par
une expertise complète.
Source : Eaufrance, base de données Naïades ; Ineris ; the Norman Network.
Traitements : SDES, 2024
Part des cours d?eau surveillés dont l?IPTC*-pesticides dépasse 1
de 2020 à 2022
59POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
DES CONTAMINANTS
ENCORE PEU SUIVIS ET
POURTANT TRÈS PRÉSENTS
Des déchets plastiques et des composés perfluorés
contaminent les milieux naturels et peuvent finir
dans nos organismes. Des résidus de médicaments
polluent les eaux et augmentent notamment les
risques de troubles de la reproduction des poissons
et d?antibiorésistance des micro-organismes. Ces
contaminants préoccupent la communauté scien-
tifique, les pouvoirs publics et la population mais
ne sont pas suivis de façon systématique dans les
milieux. Des actions se mettent progressivement en
place pour prévenir et réduire leurs émissions dans
l?environnement.
Déchets plastiques : de
multiples signaux inquiétants
pour les écosystèmes et la santé
En raison des multiples usages des matières plastiques
dans notre quotidien, leur production mondiale a
été multipliée par 266 depuis 1950 pour atteindre
400,3 Mt en 2022 [24]. Le premier marché du plastique
est celui des emballages, suivi de la construction et
de l?automobile. La France, avec environ 5 Mt/an en
2021, a la 3e demande la plus forte de l?UE [25] derrière
l?Allemagne et l?Italie.
La gestion des déchets plastiques présente un
défi concernant les volumes à traiter. En France, 21 %
des déchets plastiques ont été recyclés en 2022,
23 % pour les emballages, 51 % ont été incinérés avec
récupération d?énergie et 28 % mis en décharge [26].
D?après l?OCDE [27], au niveau mondial en 2019, seuls
9 % des 353 Mt de déchets plastiques produits ont été
recyclées, 19 % ont été incinérés et près de 50 % ont
fini en décharges contrôlées. Les 22 % restants ont
été jetés en décharges sauvages, brûlés à ciel ouvert
ou abandonnés dans la nature. La taille des déchets
est un autre défi : les macroplastiques (? 5 mm) reje-
tés se fragmentent en microplastiques secondaires
(< 5 mm) sous l?effet des rayons ultraviolets, de la
chaleur, de l?activité bactérienne et de l?agitation
mécanique puis se dispersent dans tous les milieux.
Des microplastiques primaires proviennent directe-
ment de l?abrasion des pneus sur la route, de l?usure
de peintures, de l?épandage des boues d?épuration
ou de pertes de fibres synthétiques lors du lavage.
Ils parcourent de longues distances, transportés par
l?air et les cours d?eau, s?accumulent dans les sols et
les mers. Avec une durée de vie de plusieurs siècles,
ils constituent une pollution persistante.
Dans l?air, des particules de plastique (< 20 µm)
provenant d?Afrique, d?Amérique du Nord ou de
l?océan Atlantique ont été trouvées en haute alti-
tude dans les Pyrénées en 2021 [28]. Dans les sols,
76 % des 33 sites étudiés en France en 2020, surtout
en grandes cultures, présentent des fragments de
plastiques essentiellement du polyéthylène et du
polypropylène. Dans les cours d?eau, aucun suivi sys-
tématique des microplastiques n?est réalisé même
si des études ponctuelles, dans la Meuse, le Rhin et
la Seine, montrent leur présence [29] ainsi que dans
des rivières des Bouches-du-Rhône. Dans les nappes
souterraines de cette zone, l?Institut national de l?en-
vironnement industriel et des risques (Inéris) observe
de 77 à 520 fragments/l montrant que l?effet de fil-
tration des sols n?empêche pas les petits débris (25
à 350 µm) d?atteindre les aquifères [30]. Sur les plages
de France, la plupart des plastiques collectés sont
des fragments plastiques non identifiables car trop
dégradés et les plastiques à usage unique. De 2020
à 2022, selon la sous-région marine, l?abondance
médiane de macro-déchets, varie de 209 à 894 uni-
tés par 100 m de plage, les côtes de la Méditerranée
étant les plus atteintes. En mer, entre 2015 et 2020,
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ60
les macro-plastiques flottants s?élevaient à 39 unités/
km² en Méditerranée et à moins de 1 unité/km² sur les
autres zones. Sur les fonds marins, la densité moyenne
des macro-plastiques allait de 68 à 510 unités/km²,
la Méditerranée étant la plus touchée. Sur la même
période, la densité de micro-plastiques flottants en
mer varie de 17 000 à 88 000 unités/km² en France
métropolitaine, la Méditerranée présentant la plus
forte densité devant celles de Manche-Mer du Nord
et d?Atlantique [31].
La pollution par les plastiques menace les éco-
systèmes et la santé. Des centaines d?espèces ani-
males sont affectées par ingestion des débris et
leurs additifs chimiques, enchevêtrement et autres
dangers. Chez l?humain, plusieurs études observent
des microplastiques dans les poumons, le sang ou les
selles. Le lien entre l?exposition aux microplastiques
et la santé est toutefois encore mal connu.
Des réponses réglementaires émergent depuis
les années 2020. À l?échelle de l?UE, la vente de plas-
tiques à usage unique (pailles, couverts en plastique,
etc.) est interdite et des objectifs sont fixés pour
2030 [32] : - 50 % de rejets de plastiques en mer par
rapport à 2016 et - 30 % de fuites de microplastiques.
L?exportation de déchets plastiques dangereux ou
difficiles à recycler [33] est interdite vers les pays
non-membres de l?OCDE et soumise à consente-
ment vers les autres. En France, la loi AGEC [34] fixe
la fin des emballages plastiques à usage unique en
2040 et vise 100 % de recyclage des plastiques d?ici
à 2025. En 2023, la possibilité de jeter l?ensemble
des emballages dans le bac de tri s?est étendue à
tout le territoire. Pour fin 2024, les Nations unies
envisagent un traité international « juridiquement
contraignant » pour réduire l?utilisation du plastique
et la pollution associée.
Les polluants perfluorés :
une inquiétude grandissante
Produits chimiques aux propriétés antiadhésives,
résistantes aux fortes chaleurs et imperméabilisantes,
les polys et perfluoroalkylés (PFAS) sont présents
dans de nombreux produits : ustensiles de cuisine,
emballages alimentaires, textiles, mousses anti-incen-
die, etc. D?autres, comme l?acide trifluoroacétique
(TFA), sont parfois utilisés dans la fabrication de
pesticides et de médicaments ou résultent de la
dégradation dans l?environnement de molécules de
la même famille. C?est le cas de l?herbicide fluféna-
cet, utilisé notamment sur les cultures de céréales
ou de pommes de terre, qui génère le TFA comme
métabolite. Très peu dégradables une fois dans l?en-
vironnement, les PFAS sont surnommés « polluants
éternels » et contaminent les eaux de surface ou
souterraines, l?air, les sols et les sédiments. Parmi
les plus persistants dans l?environnement, l?acide
perfluoro-octanoïque (PFOA) et l?acide perfluo-
ro-octane sulfonique (PFOS) sont les plus étudiés.
Les PFAS s?accumulent dans les organismes vivants
et dans la chaîne alimentaire ou se déplacent sur
de longues distances dans l?air ou l?eau. Nos voies
d?exposition sont multiples : alimentation, en par-
ticulier via les produits carnés et de la mer pour le
PFOS et le PFOA [35], eau de boisson, vêtements,
tissus d?ameublement, matériaux de construction
et de bricolage, etc.
Peu d?études sur l?imprégnation de la popula-
tion existent. Santé publique France montre que
sur 17 PFAS dosés chez 744 adultes et 249 enfants
entre 2014 et 2016 [36], 7 sont quantifiés chez plus
de 40 % des adultes, et 6 chez les enfants. Le PFOA
et le PFOS sont quantifiés chez 100 % des enfants et
des adultes. Les PFAS ont été intégrés dans le pro-
gramme européen de biosurveillance humaine [37]
pour mieux connaître nos niveaux d?exposition et
d?imprégnation et comprendre leurs effets sur la
santé : cancers, perturbations de la fertilité et du
développement foetal, augmentation du cholestérol
et du risque d?obésité, affaiblissement du système
immunitaire, l?effet le plus critique pour la santé
humaine.
Le suivi environnemental en France métropo-
litaine se concentre actuellement sur les milieux
aquatiques, avec cinq molécules perfluorées sur-
veillées à large échelle sur les cours d?eau de tous
les bassins [38]. De 2019 à 2021, au premier rang
des PFAS quantifiées se trouve le PFOS avec 40 %
des analyses, suivi par le PFHxA (37 %) et le PFOA
(27 %). Des contaminations de cours d?eau et plans
d?eau s?observent dans chaque bassin. Dans les
eaux souterraines sur la même période, le PFOS
et le PFOA sont également au premier rang (20 %)
et au troisième (12 %).
En France comme en Europe, certains PFAS com-
mencent à voir leur production et usage interdits
ou restreints. Le plan d?action interministériel sur
les PFAS d?avril 2024 [39] vise à réduire les risques à
la source, à poursuivre la surveillance des milieux
et à définir des valeurs de référence sanitaires pour
évaluer les impacts potentiels sur la santé humaine.
Il prévoit de déterminer des valeurs maximales de
concentrations à respecter dans les milieux aqua-
tiques pour les principaux PFAS. Les sites industriels
qui utilisent, produisent, traitent ou rejettent des
PFAS doivent surveiller leurs émissions et mettre en
place une démarche d?analyse et de réduction de
ces substances dans les rejets aqueux.
61POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
L?exposome,
l?empreinte des
expositions d?une
vie sur la santé
INTERVIEW ROBERT BAROUKI, professeur
à l?Université Paris Cité, directeur de
l?institut thématique santé publique
de l?Inserm, membre correspondant
de l?Académie nationale de médecine
Dans quelle mesure la pollution
environnementale influence-t-elle notre
santé?
R. B - Depuis sa conception et tout au long
de sa vie, chaque individu est exposé au
quotidien à des pollutions environnementalesqui
influencent sa santé: substances chimiques
isolées ou en mélange, agents infectieux,
nuisances sonores et lumineuses, etc. Ces
expositions interagissent avec la situation
psychosociale et socio-économique des individus.
Des effets sont visibles à court ou plus long
terme, comme l?irritation des voies respiratoires,
des cancers, des troubles cardiovasculaires,
cognitifs, de la fertilité, du développement
ou du métabolisme. Selon l?OMS, les facteurs
environnementaux sont un déterminant majeur
de la mortalité dans le monde: ils seraient
impliqués dans environ 13millions de décès par
an et un quart des pathologies chroniques dans le
monde. En Europe, ils causeraient 1,4 million de
morts par an.
Vous étudiez l?exposome, pouvez-vous définir
le conceptet préciser ce qu?il apporte?
R. B - Combinés entre eux, les facteurs de
risque liés à l?environnement, non génétiques,
constituent l?«exposome», une empreinte des
expositions d?une vie. De nombreux facteurs
environnementaux sont pris en compte:
changement climatique, qualité de l?air, de l?eau,
alimentation, etc., mais également des facteurs
psychosociaux. Le rôle des inégalités sociales
et territoriales fait l?objet d?un examen tout
particulier. L?exposome est le complément du
génome pour expliquer les pathologies humaines.
Le défi posé à la recherche est de caractériser
l?exposome d?une personne et d?en mesurer les
effets cumulatifs et combinés sur la survenue de
maladies. La recherche sur l?exposome couvre
de nombreux paramètres: la nature des agents
polluants, leur origine, le contexte, la période
d?exposition et leurs impacts biologiques et
sanitaires, etc.
D?ores et déjà, la recherche montre que la
période périnatale et de la petite enfance est
particulièrement sensible. Une présomption de
lien a notamment été montrée entre exposition
aux pesticides in utero ou durant l?enfance et le
risque de troubles cognitifs et neurologiques.
La recherche montre aussi que des produits pris
individuellement en faible quantité peuvent
ne pas avoir d?effet notable sur la santé, mais
leur combinaison peut être néfaste par «effet
cocktail». Par exemple, il a été établi que le
mélange de plastifiants et de pesticides peut
impacter le développement neurologique de
l?enfant. L?objectif des recherches déployées
autour de l?exposome est de proposer de nouvelles
pistes de prévention de maladies chroniques ou,
éventuellement, de nouveaux traitements.
Comment l?exposome est-il évalué?
R. B - L?étude de l?exposome est permise
grâce à l?évolution des technologies de mesure
des pollutions (imagerie satellitaire, détecteurs
environnementaux, capteurs individuels, dosages
dans le sang et les urines grâce à de nouvelles
méthodes analytiques, etc.). Elle s?appuie aussi
sur des modélisations mathématiques du lien
entre imprégnation humaine par des substances
à la suite de différentes expositions et impacts
biologiques associés. Les résultats des recherches
épidémiologiques sont également très utiles.
Des suivis sur un temps long de grands groupes de
personnes appelés «cohortes», comme les études
ELFE, EDEN ou PELAGIE [40] ou des enquêtes
approfondies d?un panel large d?individus comme
les études ESTEBAN [41], Alimentation totale ou
PestiRiv conduites en France, révèlent ainsi des
présomptions fortes de liens entre expositions et
certaines pathologies. C?est par exemple le cas de
l?exposition professionnelle à certains pesticides
et la survenue du cancer de la prostate ou de la
maladie de Parkinson. En complément, des suivis
d?imprégnation des personnes par les polluants
sont réalisés. Cette biosurveillance se fait par
dosage de biomarqueurs dans le sang, l?urine,
les cheveux ou encore le lait maternel. L?initiative
européenne HBM4EU, lancée en 2017, suivie du
programme PARC [42], a permis de structurer la
vaste quantité de données produites dans les pays
membres sur des substances prioritaires, telles
que les phtalates, les bisphénols, les PFAS, des
pesticides, ou encore l?arsenic et le cadmium.
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A
G
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POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ62
Ces données, comme celles de l?enquête ESTEBAN en
France, permettront de suivre l?exposition interne à
ces substances chimiques et les progrès qui auront été
faits pour les réduire.
On parle aussi du concept «One Health». Existe-t-il
un lien avec le concept d?exposome et comment
les deux s?articulent-ils?
R. B - La transmission de maladies infectieuses
de l?animal à l?homme a conduit les scientifiques
à considérer les liens entre les santés humaine et
animale. Cette approche nommée «One Health»
a par la suite évolué pour intégrer la santé des
écosystèmes, perturbée par l?activité humaine. En
parallèle, le concept d?exposome s?est élargi pour
analyser les interactions entre les écosystèmes et
la santé humaine. Les deux concepts tendent donc à
se rejoindre, bien qu?ils restent animés par
des communautés et préoccupations scientifiques
partiellement distinctes. Au-delà des concepts,
c?est bien la prise de conscience de l?interdépendance
de l?homme et de l?environnement qui anime
les acteurs de la recherche, de l?expertise et de
la décision publique.
Que peut-on attendre de la recherche sur
l?exposome dans les années à venir?
R. B - L?analyse des interactions entre facteurs
environnementaux (ex: déséquilibres nutritionnels et
contaminants, ou stress psychosociaux et polluants)
permettra à terme de mieux cibler les politiques de
prévention en santé publique:
? détermination de valeurs seuil de protection de la
santé tenant compte d?«effet cocktail»;
? prise en compte de l?ensemble des bénéfices?/
risques étudiés dans les actions de promotion de
la santé et communication: fruits et légumes et
pesticides; poisson et mercure; allaitement et
polluants persistants, etc. Mise en avant des co-
bénéfices confirmés scientifiquement: baisse des
transports, climat et pollution de l?air; baisse de
la consommation de viande, climat et avantages
sanitaires;
? intégration des notions inhérentes à l?exposome,
telles que la vulnérabilité de certaines populations
ou les effets à long terme des expositions d?une vie et
durant plusieurs générations;
Ces améliorations sont envisageables par la mise
en place d?un programme ambitieux de recherche
sur l?exposome, à l?image de celui sur le génome
humain.
Résidus médicamenteux :
une contamination avérée des
rivières et nappes phréatiques
Bien que le volume de la consommation médica-
menteuse française recule depuis plusieurs années,
certaines catégories sont encore très employées,
telles que les antidépresseurs et les antibiotiques.
Pour ces derniers, la France est au 4e rang des plus
gros consommateurs en Europe, derrière la Grèce,
la Roumanie et la Bulgarie. Or, une fois utilisés par
les patients, à la maison ou dans les établissements
de soins, des résidus médicamenteux se retrouvent
dans les eaux usées et finalement dans les eaux de
surface. En effet, la grande majorité des stations
d?épuration urbaines n?ont pas été conçues pour les
éliminer. Elles en captent certains, mais l?eau qu?elles
rejettent dans l?environnement en contient encore
beaucoup. L?industrie pharmaceutique peut aussi
être une source ponctuelle de contamination des
milieux aquatiques, soit en raison d?accidents de
fabrication, soit de manière plus régulière lorsque
les techniques d?épuration ne sont pas optimales.
De 2019 à 2021, huit médicaments surveillés à
grande échelle ont été détectés dans les cours d?eau
et plans d?eau de tous les bassins de métropole. Les
quatre premiers ont été quantifiés dans plus de
25 % des analyses : l?antidépresseur-antiépileptique
carbamazépine, l?antibiotique sulfaméthoxazole et
les anti-inflammatoires diclofénac et ibuprofène.
Viennent ensuite des anti-inflammatoires, antibio-
tiques et un estrogène utilisé comme contraceptif.
Dans les eaux souterraines sur la même période,
15 résidus ont été quantifiés de façon moins fré-
quente. Les deux premiers, quantifiés dans plus
de 10 % des analyses, sont la carbamazépine et la
caféine, ce dernier étant sans doute un marqueur
de consommation humaine.
Bien que présents à faibles concentrations, de
l?ordre du nanogramme par litre, ces résidus très
actifs biologiquement et capables de s?accumuler
dans les organismes induisent des troubles de la
reproduction des poissons, oiseaux et mammifères
marins ou modifient leurs comportements. La di-
minution drastique de populations de vautours
serait associée à l?accumulation dans leur organisme
de résidus de l?anti-inflammatoire diclofénac. Les
atteintes à l?homme, via son alimentation et l?eau
potable qu?il consomme, sont encore mal connues.
La sélection de bactéries antibiorésistantes, favorisée
notamment par le rejet d?antibiotiques dans l?en-
vironnement [43], est une préoccupation mondiale
de santé publique.
63POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
250 50 75 100
Carbamazepine
Sulfamethoxazole
Diclofenac
Ibuprofene
Atenolol
Clarithromycine
Metoprolol
Estrone
Médicaments quantifiés dans les cours d?eau et plans d?eau de 2019 à 2021
Analyses quantifiées en %
Note : le classement concerne les substances surveillées de 1 à 3 ans dans les 6 bassins
hydrographiques de la France métropolitaines. Une substance est dite « quantifiée » quand
la méthode analytique donne une valeur de la quantité (concentration) avec une faible incertitude.
Champ : cours d?eau et plans d?eau.
Source : Eaufrance, base de données Naïades. Traitements : SDES, 2024
Depuis plus de 30 ans, la France s?appuie sur un réseau de
surveillance pour suivre l?état des milieux naturels et mettre
en oeuvre des politiques environnementales. Ce réseau
englobe des sites et stations répartis partout à travers le
pays, dans des zones cultivées, forêts, prairies, villes et parcs
urbains. Ce dispositif s?améliore régulièrement en matière
de répartition géographique des sites de mesures, de liste de
polluants suivis et de précision des mesures.
Sol: pour mesurer la qualité des sols, la France dispose
depuis 2000 d?un réseau de suivi constitué d?environ
2200 sites répartis de manière régulière sur le territoire
métropolitain et les cinq départements et régions d?outre-
mer selon une grille systématique de 16 km de côté.
Chacun de ces sites est échantillonné et analysé tous les
15ans.
Eau : environ 11600masses d?eau de surface (plans d?eau,
rivières, eaux de transition et littorales) et 690masses
d?eau souterraines sont régulièrement surveillées au
titre du Code de l?environnement, produisant plus de
21millions d?analyses par an, dont les trois quarts ciblent
les pesticides. Les réseaux de distribution d?eau destinée à
la consommation humaine sont suivis au titre du Code de
la santé publique. En 2022, plus de 18millions d?analyses
ont été effectuées.
Air extérieur: en 2022, près de 600stations
ont mesuré les concentrations des polluants
réglementés au niveau européen, ainsi que certains
polluants d?intérêt national, comme le carbone suie ou
certains pesticides. D?autres substances sont également
suivies dans des zones d?activités spécifiques, telles que le
traitement des déchets. Depuis 2008, près de 20stations
de mesures surveillent la composition chimique des
particules en milieu urbain sur tout le territoire.
Air intérieur: depuis 2001, la pollution de l?air intérieur
et ses origines sont étudiées, notamment dans le cadre
de campagnes nationales de mesures, par l?Observatoire
de la qualité des environnements intérieurs.
Stations de traitement des eaux usées, sites
industriels ou agricoles: les installations rejetant des
polluants dans les eaux ou dans l?air sont soumises
à une surveillance de leurs émissions. Ainsi, plus
de 22600stations d?épuration suivent la qualité des
eaux traitées qu?elles rejettent et plus de 15200sites
industriels ou agricoles renseignent un registre des
émissions polluantes. Une base de données documente
plus de 9500 sites et sols pollués, enrichissant les
connaissances sur les polluants présents.
Comment les polluants sont-ils surveillés en France ?
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ64
L?ACTION PUBLIQUE
CONTRE LA POLLUTION
En France, de nombreux dispositifs sont mis en
oeuvre pour lutter contre la pollution des milieux
et limiter les risques pour la santé. Des évaluations
de politiques publiques estiment toutefois que ces
mesures demeurent insuffisantes dans certains
domaines au regard des enjeux de santé-environ-
nement et du coût global de la pollution supporté
par la société.
Plans d?action
et réglementations :
des ambitions à renforcer
pour répondre aux enjeux
Selon la Cour des comptes, les politiques publiques
de lutte contre la pollution de l?air devraient être
renforcées et mieux déclinées localement. Son
rapport de 2020 à la commission des finances du
Sénat [44] indique que « le plan de réduction des
émissions de polluants atmosphériques ne paraît
pas suffisant pour atteindre les objectifs de baisse
d?émissions à l?horizon 2030 ». En effet, si les mesures
réglementaires et fiscales pour limiter les émissions
à la source ou encadrer les activités polluantes sont
bien développées dans le secteur de l?industrie et
des transports, elles sont plus rares pour le secteur
résidentiel-tertiaire ou agricole. La Cour recommande
« d?agir avec plus de détermination et plus d?ambi-
tion » sur ces secteurs dans lesquels les efforts ont
été les plus modestes jusqu?à présent.
Le collège d?experts indépendants de l?Autorité
environnementale s?est exprimé en 2021 sur le plan
stratégique national (PSN) de la politique agricole
commune 2023-2027, ainsi que sur une modification
du plan d?action national nitrates. D?après son rapport
d?activité [45], ces plans « qui devraient conduire tous
les acteurs à intégrer les engagements européens et
nationaux à respecter les enjeux liés à la dégradation
de l?environnement ne se donnent pas les moyens
d?infléchir ces tendances lourdes ». L?Autorité environ-
nementale estime que « l?ambition environnementale
du PSN s?avère en deçà des enjeux, tant en matière
de changement climatique que de qualité des eaux
et de reconquête de la biodiversité ». À propos des
onze schémas directeurs d?aménagement et de gestion
des eaux (Sdage) pour la période 2022-2027, l?Auto-
rité environnementale estime que « les ambitions
restent modestes et les progrès prévus par rapport
aux précédents Sdage sont limités au regard de l?ob-
jectif général fixé par la [directive-cadre sur l?eau] ».
Le Haut Conseil de la santé publique a réalisé en
2022 une évaluation des trois plans nationaux santé -
environnement (PNSE) mis en oeuvre entre 2004 et
2019 [46]. Il constate que ces plans ont favorisé des
progrès dans la connaissance de certaines exposi-
tions aux polluants, mais ont insuffisamment traité
le sujet des mélanges de polluants, des contaminants
alimentaires ou des radiations ionisantes. Il estime
que « le PNSE sous sa forme actuelle ne se situe pas
à un niveau stratégique suffisant et ne couvre pas
tous les domaines de la santé-environnement ».
Les financements, en hausse
depuis 2000, ne reflètent pas
le coût global pour la société
Les trois quarts des fonds alloués à la protection de
l?environnement en France sont destinés à prévenir
ou réduire les pollutions, ainsi qu?à assainir les mi-
lieux quand cela est possible. En 2021, le montant
consacré à ces actions s?élevait à 46 milliards d?euros
(Md¤), couvrant la gestion des déchets, l?assainis-
sement des eaux usées, la protection de la qualité
de l?air, la protection des sols et des eaux, ainsi que
la lutte contre le bruit et les vibrations. À titre de
comparaison, en 2000, ce montant était de 21,5 Md¤.
Entre 2000 et 2021, les dépenses de lutte contre la
pollution ont connu une hausse continue, avec une
croissance annuelle moyenne de 3,7 %, surpassant
l?augmentation du PIB, qui est de 2,5 %. Ces coûts
sont financés par les ménages, les entreprises, les
administrations publiques et l?UE.
Les dépenses engagées pour protéger la qualité
de l?air extérieur s?élèvent à près de 8 Md¤ par an
[47], principalement à travers l?acquisition de véhi-
cules électriques ou hybrides (hors dépenses de
recherche et développement des entreprises auto-
mobiles). Environ 2 Md¤ par an sont consacrés à la
65POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
lutte contre les nuisances sonores, principalement
pour améliorer l?isolation acoustique des bâtiments.
Bien que conséquents, ces montants sont inférieurs
au coût global des impacts de la pollution supporté
par la société incluant notamment l?augmentation
des dépenses de santé, la perte de biodiversité, la
baisse de rendements agricoles, la dégradation des
bâtiments, etc.
Les dépenses de santé liées à la pollution de l?air
sont estimées à 3 Md¤ par an, couvrant les hospita-
lisations, les soins de ville, ainsi que les indemnités
journalières et les pensions d?invalidité versées par
l?assurance maladie. Au-delà de ce montant, la société
supporte également des coûts socio-économiques
liés à la mortalité prématurée, à la morbidité et à
la perte de bien-être. Ces coûts supplémentaires,
non pris en compte dans le système économique
actuel, portent le coût global de la pollution, tant
sanitaire que non sanitaire, entre 70 et 100 Md¤ par
an, selon un rapport du Sénat de 2015 [48].
Le coût social du bruit serait même plus élevé : il
est estimé par l?Agence de la transition écologique
(Ademe) à 147 Md¤ par an [49], les deux tiers étant
attribuables aux nuisances liées aux transports.
Les mesures identifiées dans les comptes de dé-
penses contre la pollution ont vocation à atténuer
des sources potentielles de pollutions (traitement
de déchets, gestion des eaux usées) ou des pollu-
tions déjà existantes (dépollution des eaux et sols).
Ces mesures sont parfois insuffisantes pour traiter
certains polluants (résidus médicamenteux et autres
micropolluants, etc.). Les exemples de la pollution
de l?air et du bruit soulignent l?importance de ren-
forcer les moyens alloués aux actions préventives. Ils
rappellent le besoin d?actions efficaces pour éviter
et réduire les rejets polluants à la source.
Contribution des agents économiques à la lutte contre la pollution en France de 2000 à 2021
En milliards d?euros courants
Source : SDES, compte satellite de l?environnement. Traitements : SDES, 2023
50
10
20
30
40
0
Administrations
publiques
Entreprises Ménages Union
européenne
Total
2000 2012 201420102008200620042002 2016 2018 2020 2021
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ66
Dispositifs de traitement des
eaux usées : des situations
contrastées selon les territoires
L?assainissement des eaux usées domestiques peut se
faire soit avec des systèmes gérés par les collectivités
locales (réseau de collecte des eaux usées, stations
de traitement), soit avec des systèmes non collectifs
gérés par des particuliers ou des groupes de particu-
liers. Les eaux traitées et rejetées atteignent ensuite
les rivières, les lacs, les mers et océans, les sols et
les nappes phréatiques. La santé des écosystèmes
dépend donc en partie de la performance et de
l?efficacité des dispositifs de traitement des eaux
usées et du respect des dispositions réglementaires
(conformité des équipements, adéquations de la
capacité de traitement avec la quantité d?eaux usées
collectées, etc.).
La part de la population non raccordée à une
station d?épuration dépasse fréquemment 50 %
dans les DROM. Le faible niveau de vie des résidents
rend très souvent difficile l?investissement dans un
assainissement non collectif, voire la maintenance
des équipements existants. Ainsi, la quasi-totalité des
équipements d?assainissement individuels, quand ils
existent, sont défaillants. L?état des dispositifs d?as-
sainissement collectif n?est pas satisfaisant non plus.
À l?exception de La Réunion où le taux de confor-
mité de l?épuration des eaux usées est proche de
celui de la France métropolitaine, pour les quatre
autres DROM, plus de la moitié des installations ne
sont pas conformes à la réglementation en vigueur.
Cette situation générale favorise des rejets de
polluants aux multiples impacts : dégradation des
écosystèmes, nuisances olfactives et visuelles, dif-
ficultés à produire suffisamment d?eau destinée à
la consommation humaine à un prix raisonnable,
effet défavorable sur le tourisme, etc. Au-delà des
lacunes observées dans la gouvernance des services
publics en charge de l?assainissement (difficultés à
recouvrer les factures d?eau et d?assainissement,
absence d?entretien et d?investissement pour suivre
l?augmentation de la population), certaines spéci-
ficités de ces territoires (atmosphère riche en sel,
émanations de la décomposition des sargasses, etc.)
favorisent la corrosion des équipements en place.
Le Plan Eau DOM a donc été mis en place en
2016 afin de mobiliser les acteurs de ces territoires
pour relever les défis de la gestion quantitative et
qualitative de l?eau.
Ce plan vise notamment à allouer des moyens pour
gérer durablement l?assainissement et à renforcer la
capacité des acteurs à travailler ensemble sur des
actions transformatrices. Il présente quatre axes :
renforcer la gouvernance des collectivités ; développer
leurs capacités techniques et financières ; améliorer
Fédérer les acteurs
territoriaux pour réduire
les pollutions : le cas
du Plan Eau en outre-mer
Si en France métropolitaine, le niveau de traitement des eaux
usées est globalement satisfaisant du fait de la mobilisation des
collectivités locales en charge de la compétence assainissement
et de leur capacité à financer l?investissement et la maintenance
des équipements nécessaires, la situation est beaucoup plus
problématique dans les cinq départements et régions d?outre-
mer (DROM). Cela a des conséquences importantes en matière
d?environnement et de santé publique. Fédérer les acteurs
autour de projets locaux apparait comme un levier d?action.
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67POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Conformité des dispositifs d?assainissement des territoires ultramarins
NR = non renseigné.
Note : l?information entre parenthèses correspond aux stations d?épuration des eaux usées >= 2 000 équivalents habitant (norme européenne).
Sources : * Tableau de suivi des indicateurs sur l?assainissement communal en France (2022) ; ** SISPEA, portail de l?observatoire des données sur
les services publics d?eau et d?assainissement ; *** Le traitement des eaux usées domestiques dans les départements d?outre-mer (2021)
les services de l?entretien et de la maintenance ;
intégrer les politiques de l?eau dans l?aménagement
du territoire. Il engage les pouvoirs publics sur le
long terme en accompagnant les collectivités par
des moyens financiers, d?ingénierie, de formations,
d?études et d?expertises. Des conférences territoriales
mobilisant les parties prenantes doivent renforcer la
planification au sein de chaque territoire. Des confé-
rences régionales des acteurs de l?eau, coprésidées
par le préfet et le président du Conseil régional, dé-
clinent le plan au niveau territorial avec des acteurs
clés (élus, administrations, établissements publics,
assemblées politiques de concertation, institutions
financières publiques).
L?eau sous pression en outre-mer
Source : CGDD, d?après Plan eau DOM ; rapports Assemblée nationale et Sénat ; ONSEA ; ONB
52 %
de la population
alimentée par des réseaux
dont la sécurité sanitaire
est insuffisante
82 %
des sites de
baignade ont
une qualité
des eaux
insuffisante
Sociaux Écologiques
ÉconomiquesSanitaires
17 % des factures
liées à
l?assainissement
non payées
des factures
liées à
l?assainissement
non payées
Guyane
2023
Martinique
2018
La Réunion
2021
Guadeloupe
2022
? Dégradation de la qualité
physico-chimique des
masses d?eau
? Altération des écosystèmes
? Mauvais accès à l?eau
pour les plus démunis
? Tarification de l?eau
? Fort taux d?impayés
des eaux de
surface sont
dans un état
écologique
dégradé
85 %
? Pollution des eaux brutes
? Ressources alternatives
(tours d?eau, eau de mer dessalée...)
? Mauvaise potabilisation de l?eau
? Pollution des eaux de baignade
? Baisse du tourisme
? Systèmes de traitement autonomes plus coûteux
Les enjeux
de la gestion et
l?assainissement
de l?eau
Nombre de stations
d?épuration
Nombre de stations
d?épuration
non conformes en
performance
Part des ménages
raccordés
à un assainissement
collectif en %
Part des dispositifs
d?assainissement
non collectifs
non conformes en %
Guyane 26 (15)* 15 (3)* 45*** NR
La Réunion 16 (16)* 0 (0)* 52*** 48**
Guadeloupe 124 (19)* 77 (8)* 39*** 80***
Martinique 122 (30)* 91 (18)* 49*** 90***
Mayotte 16 (3)* 13 (2)* 19*** NR
France 22 704 (4 085)* 6 144 (732)* 82** 38**
https://assainissement.developpement-durable.gouv.fr/pages/data/tabSuiviRegSup2000.php
https://www.services.eaufrance.fr/indicateurs/P301.3
https://www.services.eaufrance.fr/indicateurs/P301.3
https://www.epnac.fr/content/download/4205/37502?version=1
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ68
Les contrats de progrès :
des documents structurants
au niveau local
Des appels à candidatures auprès des collectivités pour
proposer de nouveaux modes de contractualisation
sont régulièrement lancés pour répondre notam-
ment aux problématiques locales d?assainissement
des eaux usées. Ces démarches aboutissent à des
« contrats de progrès » associant l?État, les collecti-
vités et les porteurs de projet permettant d?établir
un diagnostic, de fixer des orientations stratégiques
de services, de flécher les financements et d?établir
une trajectoire pour une période de cinq ans.
Depuis 2016, 29 contrats de progrès ont été signés
par les acteurs locaux et nationaux. En 2023, compte
tenu d?un besoin d?investissement de 1,7 Md¤ pour
perfectionner les services d?eau et d?assainissement
des Outre-mer, un nouveau plan national d?action
est venu renforcer les initiatives de ce plan. Il prévoit
6 actions pour la gestion des milieux aquatiques et la
valorisation des eaux non conventionnelles, et attribue
35 M¤ supplémentaires pour la solidarité inter-bassins.
Des outils efficaces pour
l?amélioration des services
de gestion de l?eau
Depuis la mise en place du Plan Eau DOM, plus de
700 M¤ ont été mis à disposition des collectivités
par l?État et ses partenaires (Banque des territoires,
Agence française de développement). L?UE y contribue
avec le Fonds européen de développement régional.
Malgré des freins structurels et des avancées inégales,
ce plan a permis de relancer de nombreux travaux
à l?arrêt, de renforcer la coordination locale entre
bailleurs et financeurs et d?initier de nouveaux chan-
tiers (raccordement des réseaux d?assainissement
autonomes, réparation des réseaux de collecte des
eaux usées, etc.).
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19 %
des foyers mahorais sont
raccordés à un assainissement collectif
(contre 81 % en France métropolitaine) en 2021.
67 %
des stations d?épuration de plus de 2 000 équivalents
habitant (EH) ne sont pas conformes en performance
à la réglementation en vigueur sur l?île en 2022.
Le déficit de dispositifs de traitement des eaux
usées domestiques avant leur rejet dans les milieux
naturels (rivières, océans, sols, lagons) ou la vétusté
des équipements existants (stations d?épuration,
réseau de collecte des eaux usées, etc.) participent à
la dégradation des écosystèmes et constituent
une source de pollution pouvant être responsable
d?importants problèmes sanitaires.
Cinq ans pour améliorer l?accès à l?eau
La capacité actuelle de traitement des eaux usées à
Mayotte est estimée à 34% de la population, révélant
un déficit notable dans le traitement des rejets de
l?île. Le contrat de progrès 2022-2026 [50], prolongé
en 2024 jusqu?en 2027, ambitionne d?améliorer
significativement la qualité des eaux et de restaurer
leur bon état écologique. Son objectif est multiple:
augmenter
la capacité épuratoire des stations, réhabiliter
les ouvrages existants non conformes et équiper
prioritairement les 6 agglomérations de plus de
10000EH en nouvelles stations.
Une nouvelle station pour traiter les eaux usées
du quart des Mahorais
À Koungou, deuxième commune la plus peuplée de
Mayotte, une nouvelle station d?épuration devrait
être mise en service en 2025. Ce projet permettra de
traiter dans un premier temps, les eaux usées de 30000
habitants puis, à terme, de près de 60000habitants,
soit environ le quart de la population mahoraise.
Financé par l?État à hauteur de 21 M¤ et porté par le
syndicat Les eaux de Mayotte, il intègrera une solution
technique adaptée à la géographie et aux évolutions
climatiques de la région (notamment un système
de filtration écologique utilisant des végétaux pour
réduire le volume des boues d?épuration et réduire le
coût d?exploitation en énergie et entretien). D?autres
initiatives, comme les nouvelles stations d?épuration
de Mamoudzou Sud et du Centre, sont également
planifiées.
En réponse aux effets dévastateurs du cyclone Chido
qui a frappé l?île le 14 décembre 2024, le plan «Mayotte
Debout» adopté fin 2024 s?est, par ailleurs, fixé comme
objectif la mise à niveau du réseau de distribution d?eau
sur tout le territoire d?ici la fin 2025, en amplifiant les
moyens alloués par le Plan Eau DOM.
Un contrat de progrès pour renforcer
les capacités de traitement des eaux usées à Mayotte
69POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[1] Organisation et méthodes des inventaires
nationaux des émissions atmosphériques
en France, Citepa, 2023
[2] Guide méthodologique pour l?élaboration
des inventaires territoriaux des émissions
atmosphériques, LC5QA, 2018
[3] Bilan de la qualité de l?air extérieur en
France en 2023, CGDD, Datalab, 2024,
70 p.
[4] Arsenic et mercure dans les sols : les zones
exposées en France, CGDD, Datalab
essentiel, 2021, 4 p.
[5] Plans de surveillance et plans de contrôle
sanitaire des denrées animales et
végétales et des aliments pour animaux -
Bilan 2021, Masa, 2024
[6] Les études de l?Alimentation totale (EAT),
Anses, 2019
[7] Étude nationale Esteban, Santé publique
France, 2021
[8] Hulin M, Bidondo ML, Delezire P, ,
Wagner V, Dassonville C, et al. Évaluation
quantitative d?impact sur la santé (ÉQIS)
de la qualité de l?air dans et autour des
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faisabilité et première étude nationale.
Santé publique France, 2024
[9] Mandin et al. Renouvellement de l?air
insuffisant dans les écoles : un constat
établi de longue date. BEH 19-20,
11 octobre 2022
[10] Sivanantham S., Dassonville C., Ramalho
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multipollution dans les salles de classe en
France. Environnement, Risques et Santé,
2021/4 (Vol. 20), p. 361-367
[11] Sols et environnement ? Chiffres clés,
CGDD, Repères, 2015, 108 p.
[12] La pollution chimique des cours d?eau et
des plans d?eau en France de 2000 à 2020,
CGDD, Datalab, 2023, 92 p.
[13] Chiffres clés de la mer et du littoral,
CGDD, Datalab, 2024, 148 p.
[14] Analyse des résultats de mesures
d?exposition du public aux ondes
électromagnétiques réalisées en 2021
dans le cadre du dispositif national de
surveillance, ANFR, 2022
[15] Déploiement de la 5G en France et
dans le monde : aspects techniques et
sanitaires, IGAS, 2020
[16] Une nouvelle stratégie nationale
en construction sur les produits
phytopharmaceutiques, Masa,
estimation provisoire, 2023
[17] Froger C., Jolivet C., Budzinski H.
et al. Étude du Réseau de Mesures
de la Qualité des Sols (47 sols
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[20] Bilan de la qualité de l?eau au robinet du
consommateur vis-à-vis des pesticides
en France en 2021, Ministère de la santé,
2022
[21] Règlement UE 2024/20 du 12 décembre
2023
[22] État des lieux des ventes et des achats
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2022, CGDD, Datalab essentiel, 2024, 4 p.
[23] Vers un suivi national des résidus de
pesticides dans l?air extérieur - Principaux
résultats de la campagne nationale
exploratoire, CGDD, Théma essentiel,
2021, 4 p.
[24] Plastics Europe. Plastics - The fast Facts
2023
[25] Plastics Europe. Plastics - The fast Facts
2022
[26] Plastics Europe. The Circular Economy for
Plastics ? A European Analysis 2024
[27] Global Plastics Outlook, Economic
Drivers, Environmental Impacts and Policy
Options. OCDE, 2022
[28] Allen S., Allen D,. Baladima F. et al.
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Midi Observatory. Nat Commun 12, 7242
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[29] Wilco Urgert, 2015. Microplastics in the
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guidance for a possible future monitoring
program. Master?s thesis for Master
of Science Environmental Sciences.
Department of Science, Faculty of
Management, Science & Technology,
Open University of the Netherlands,
Heerlen
[30] C3Peaux - Contamination en
microplastiques et polluants organiques
persistants associés dans les eaux
superficielles et souterraines, Inéris,
2023
[31] Rapport scientifique pour l?évaluation
cycle 3 au titre de la DCSMM.
Descripteur 10 « Déchets marins » en
France métropolitaine. Ifremer, Cedre
2023
[32] Plan d?action Zéro Pollution adopté
en mai 2021
[33] Convention de Bâle, modification
du 1er janvier 2021
[34] Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative
à la lutte contre le gaspillage
et à l?économie circulaire
[35] Scientific Opinion on the Risk to
human health related to the presence
of perfluoroalkyl substances in food.
EFSA Journal 2020 ; 18(9):6223, doi.
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[36] Imprégnation de la population française
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national de biosurveillance, Esteban 2014-
2016. Santé publique France, 2019
[37] European Human Biomonitoring Initiative
(HBM4EU)
[38] La pollution chimique des cours d?eau et
des plans d?eau en France de 2000 à 2020,
CGDD, Datalab, 2023, 92 p.
[39] Plan d?action interministériel sur les PFAS,
2024
[40] Étude de cohortes
[41] Étude de santé sur l?environnement,
la biosurveillance, l?activité physique et la
nutrition (Esteban)
[42] Partenariat européen pour l?évaluation
des risques liés aux substances chimiques
(PARC)
[43] Lutte contre l?antibiorésistance : cas
d?école pour l?approche « Une seule
santé », CGDD, Théma essentiel, 2023,
4 p.
[44] Les politiques de lutte contre la pollution
de l?air. Cour des comptes, 2020
[45] Rapport annuel 2021 de l?Autorité
environnementale
[46] Évaluation globale des Plans nationaux
santé environnement (2004-2019). Haut
Conseil de la santé publique, 2022
[47] Bilan environnemental de la France -
Édition 2023, CGDD, Datalab, 2024,
partie 1 sur les dépenses de protection,
p. 10
[48] Pollution de l?air : le coût de l?inaction ?
Rapport du Sénat n° 610 (2014-2015),
tome I, déposé le 8 juillet 2015
[49] Coût social du bruit en France ? Estimation
du coût social du bruit en France et
analyse de mesures d?évitement simultané
du coût social du bruit et de la pollution
de l?air. Ademe, 2021
[50] Contrat de progrès du service public
de l?eau potable et de l?assainissement
de Mayotte 2022-2026
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70 RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
Des effets de plus en plus perceptibles
Changement
climatique
71
La décennie 2010-2020 a été mar-
quée par une accélération des
bouleversements dus au changement
climatique. 2023 a été l?année la plus
chaude dans le monde depuis que les
températures sont relevées : + 1,48 °C par
rapport à l?ère préindustrielle. Le réchauf-
fement des mers et océans est également
sensible, les glaciers et glaces aux pôles
fondent, et le niveau des mers s?élève.
Les catastrophes naturelles s?accumulent :
incendies incontrôlables, pluies intenses,
ouragans et cyclones, sécheresses, cani-
cules, chaleurs hivernales, etc. Avec la
hausse des températures, ces événements
climatiques extrêmes pourront s?inten-
sifier et devenir plus fréquents.
Hormis les années de récession éco-
nomique exceptionnelle, les émissions
mondiales de GES n?ont pas cessé d?aug-
menter : + 62 % entre 1990 et 2023. La
concentration de CO2 dans l?atmosphère
est désormais 50 % plus élevée que celle
de l?époque préindustrielle. Ainsi, l?effet
de serre se renforce.
Si les enjeux climatiques sont de plus
en plus présents dans le débat public et
font l?objet d?engagements internationaux,
les actions individuelles et collectives né-
cessitent d?être renforcées pour freiner
le réchauffement climatique et s?adapter
à ses bouleversements. Le niveau actuel
des émissions de GES et l?empreinte car-
bone de la France sont incompatibles avec
l?Accord de Paris (+ 1,5 °C d?ici 2100). Si
la Stratégie nationale bas-carbone vise à
atteindre la neutralité carbone en 2050,
le plan national d?adaptation au chan-
gement climatique anticipe un réchauf-
fement de + 4 °C en France d?ici 2100,
ce qui correspond à un réchauffement
planétaire de + 3 °C.
L
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S
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U
X
Des
conséquences
du changement
climatique de
plus en plus
perceptibles en
France : hausse
des températures,
sécheresses,
inondations, feux
de forêt, tempêtes,
érosion côtière, etc.
Une
augmentation
de la fréquence
et de l?intensité
des événements
climatiques
extrêmes en
raison de la hausse
mondiale de la
concentration des
émissions de GES
dans l?atmosphère.
La santé
humaine et
l?habitabilité de
nos territoires
de plus en plus
menacées par ces
bouleversements.
Une
responsabilité
de la France
dans le
réchauffement,
notamment via
sa consommation
d?énergies fossiles,
principale cause
du changement
climatique.
Une prise
en compte
des enjeux
climatiques
de plus en
plus forte,
mais les actions
pour réduire les
émissions de GES et
s?adapter doivent
encore s?amplifier.
À RETENIR
RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ72
CHIFFRES CLÉS
+ 21
cm
ZÉRO
+ 1,9 °C
EMPREINTE CARBONE
TEMPÉRATURES
Baisse des émissions territoriales
de gaz à effet de serre
de la France entre 1990 et 2023.
+4°C
Hausse moyenne du niveau des mers
et des océans entre 1990 et 2023.
Neutralité carbone à l?horizon 2050
La masse de gaz à effet de serre émise par les activités
humaines devra être égale à celle absorbée par les
forêts, les terres ou par des solutions technologiques
de capture et séquestration.
Hausse de la température
moyenne 2013-2022 en France
par rapport à la période 1900-1930.
Montant annuel
consacré à la
lutte contre le
changement climatique en France,
par les ménages, les entreprises et les
administrations publiques en 2022.
émises en moyenne
en 2023 par Français
(supérieure de plus de 50 % à la moyenne mondiale).
56 %
Part des émissions importées
dans l?empreinte carbone de la France en 2023.
Niveau de réchauffement en France
métropolitaine à l?horizon 2100
pris en compte par la trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au changement
climatique en France (TRACC) pour élaborer les
politiques nationales d?adaptation.
9,4 TONNES DE CO2 ÉQ
100 Md¤
- 31 %
73RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
QUELS IMPACTS CONCRETS ?
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
Les rapports du Giec constituent le socle de la
connaissance scientifique, internationalement
reconnue, sur l?évolution du climat et ses consé-
quences [1]. Au niveau français, l?état du climat et
ses impacts sur le territoire sont également bien
documentés23.
Des impacts déjà perceptibles
dans de nombreux domaines
De multiples indicateurs attestent du réchauffement :
? La hausse des températures, en France métro-
politaine et dans les départements français d?Amé-
rique, est particulièrement marquée depuis les
années 1980. Sur la période 1959-2009, la tendance
observée est d?environ + 0,3 °C par décennie. En
2022, la température annuelle moyenne sur le pays
a atteint 14,5 °C ce qui en fait l?année la plus chaude
sur la période 1900-2023 devant 2023 (14,4 °C), 2020
(14,1 °C), 2018 (13,9 °C) et 2014 (13,8 °C). Le nombre
de journées estivales (dont la température dépasse
25 °C) a nettement augmenté, tandis que les jours
de gel ont diminué (à Agen, par exemple, on ob-
servait 43 jours de gel dans l?année sur la période
1960-1970 contre 30 sur la période 2010-2020). Les
pluies extrêmes dans le sud-est méditerranéen de
la France sont de plus en plus intenses.
? En montagne, les principaux glaciers métro-
politains suivis ont perdu 31,4 mètres équivalents
eau en 21 ans. Par ailleurs, les manteaux neigeux
diminuent. Au Col de Porte (Chartreuse), la hau-
teur de neige des hivers des périodes 1990-1991
et 2019-2020 est de 38 cm inférieure à celle des
périodes 1960-1961 et 1989-1990.
? Le changement climatique a également des
impacts sur l?eau et la biodiversité, comme en té-
moignent divers indicateurs : avancée des dates
de migration de certains oiseaux, expansion de la
chenille processionnaire du pin, élévation de la tem-
pérature du lac Léman avec un impact important
sur la reproduction des poissons, augmentation des
surfaces touchées par les sécheresses annuelles en
France métropolitaine, etc.
? En matière d?agriculture, les dates des ven-
danges, marqueurs de la réaction de la végétation
au changement climatique, ont lieu 18 jours plus tôt
en moyenne qu?il y a 40 ans. Les cultures du maïs
et du blé s?adaptent également à l?évolution des
conditions environnementales et climatiques avec
une avancée générale de la date de semis.
Des impacts du changement
climatique mesurables
sur la santé
Décès et maladies associés aux phénomènes météo-
rologiques extrêmes (tempêtes, inondations, etc.),
apparition et prolifération d?espèces à l?origine de
maladies infectieuses zoonotiques, survenue ou
exacerbation d?allergies, augmentation possible des
concentrations de polluants dans l?air à impact sur
la santé, perturbation des systèmes alimentaires,
problèmes de santé mentale, etc., les impacts du
changement climatique sur la santé sont déjà nom-
breux, qu?ils soient directs ou indirects.
Le changement climatique désigne les variations
du climat sur le long terme, à l?échelle planétaire, induites
par l?augmentation de la concentration de gaz à effet
de serre dans l?atmosphère. Si l?on parle parfois
de réchauffement climatique, cela n?est vrai que de façon
globale et tendancielle. Localement, les températures,
précipitations et vents évoluent de façon très différente
entre pays ou régions et selon les saisons. C?est donc bien
un bouleversement climatique auquel l?humanité fait face.
23. Espace documentaire du Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique.
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/agir/espace-documentaire
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ74
La première cause est l?intensification des vagues
de chaleur ces dernières années (en ce qui concerne
la récurrence et le niveau des températures). Depuis
1974, 44 % des canicules se sont produites au cours
des dix dernières années : 734 entre 2014 et 2023,
soit deux fois plus que le nombre observé entre 2004
et 2013. Leur durée médiane est de 4 jours, la plus
longue canicule ayant duré 19 jours. Hormis 2003, les
3 autres étés les plus chauds en France depuis 1900
ont été enregistrés entre 2018 et 2022. Les canicules
génèrent une augmentation des recours aux soins,
des hospitalisations et une surmortalité accentuée.
Au cours de la dernière décennie, l?Auvergne- Rhône-
Alpes et l?Île-de-France réunissent plus d?un tiers
de la surmortalité nationale liée aux canicules en
France métropolitaine. Les températures chaudes,
même en deçà des seuils d?alerte canicule, pré-
sentent aussi un impact remarquable : en période
de surveillance estivale (du 1er juin au 15 septembre),
plus de 37 800 décès liés aux fortes chaleurs ont
été estimés entre 2014 et 2023. Ce chiffre est plus
de trois fois supérieur aux 10 541 décès attribuables
à la chaleur observés pendant les périodes de ca-
nicule officielles.
1974-1983 1984-1993 1994-2003 2004-2013 2014-2023
0
100
200
300
400
500
600
700
800
0
20 000
15 000
10 000
5 000
3 jours
[3 : 15]
4 jours
[3 : 19]
4 jours
[3 : 11]
5 jours
[3 : 5]
4 jours
[3 : 16]
Durée médiane
[mini : maxi]
Nombre de canicules départementales (axe de gauche)
Décès en excès pendant les canicules (axe de droite)
Des canicules plus fréquentes en France
Lecture : sur la période 2014-2023, le cumul de canicules par département s?élève à 734.
10 541 décès en excès ont eu lieu pendant ces périodes de canicules qui ont duré entre 3 et 16 jours selon les cas.
Notes : la canicule départementale est une période durant laquelle les moyennes glissantes sur trois jours des températures minimales et
maximales atteignent les seuils d?alerte départementaux. Les canicules correspondent à un niveau de vigilance météorologique orange ou rouge
(instruction canicule). Le pic de décès en excès sur la période 1994-2003 est en relation avec la canicule de 2003 pour laquelle la France n?était
pas préparée. Depuis, Santé publique France a mis en place le système d?alerte canicule et santé.
Source : Santé publique France
Le changement climatique peut aussi favori-
ser et accentuer les réactions allergiques liées aux
pollens, en raison notamment de l?allongement des
saisons polliniques. La hausse des concentrations
de CO2 entraîne, en effet, une photosynthèse plus
importante et donc une production de grains de
pollen accrue. Ces derniers contiennent aussi plus
d?allergènes avec l?augmentation de la température.
L?expansion géographique de certaines espèces
végétales allergisantes intervient également.
Sensible aux événements climatiques à long terme,
le bouleau est un bon indicateur du changement
climatique. Avec un potentiel allergisant très élevé
dans toute l?Europe, il pollinise en mars-avril et libère
de grandes quantités de pollens dans l?air. Depuis la
fin des années 1980, la quantité annuelle de pollens
de bouleau a augmenté de près de 20 % parallèle-
ment à la hausse de la température moyenne pour
6 villes de France métropolitaine présentant des
climats différents.
75POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Tendances régionales d?évolution du niveau moyen de la mer de 1993 à 2023
Source : E.U Copernicus Marine Service Information Global Ocean Mean Sea Level trend map from
Observations Reprocessing | CMEMS (copernicus.eu)
Des événements climatiques
extrêmes de plus en plus
fréquents
La France est exposée à de nombreux risques clima-
tiques : inondations, tempêtes, grêle, sécheresse,
feux, etc. [2]. En 2019, près de 18,5 millions de Fran-
çais résidaient dans un territoire susceptible d?être
confronté à des inondations par débordement de
cours d?eau ou par submersion marine. Environ 10 mil-
lions de maisons individuelles étaient situées dans
des zones d?exposition moyenne ou forte de retrait
gonflement des argiles. Près de 7 000 communes
étaient déclarées à risque « feux de forêt ».
Depuis 1982, année de mise en place du régime de
catastrophe naturelle [3], une quinzaine d?inondations
catastrophiques sont survenues en France, parmi
lesquelles celle consécutive à la tempête Xynthia
en 2010 ou celles qui ont affecté le département
du Pas-de-Calais fin 2023-début 2024. Sur la même
période, une vingtaine de phénomènes atmosphé-
riques extrêmes ont également touché la France, dont
les tempêtes Lothar et Martin, Klaus, Xynthia, Alex,
Ciaran en France métropolitaine et les ouragans/
cyclones Dina, Dean, Irma, Maria dans les DROM.
La France métropolitaine est également confron-
tée à des épisodes de sécheresse importants et
de plus en plus fréquents. Ces événements sont
régulièrement reconnus comme étant à l?origine
de désordres sur certaines constructions localisées
dans les zones d?exposition moyenne ou forte au
retrait gonflement des argiles. Ils induisent également
de fortes tensions sur la ressource en eau potable,
comme en 2022 et 2023. Enfin, ils peuvent favoriser
les feux de forêts et de végétation, comme en 2022,
année durant laquelle plus de 70 000 ha ont brûlé.
Ainsi, chaque année, près de 6 000 communes
font l?objet d?une reconnaissance de l?état de ca-
tastrophe naturelle à la suite d?un événement qui
a affecté leur territoire. Sur la période 1982-2022,
50 Md¤ d?indemnisations ont été versées par les
assurances au titre du régime des catastrophes
naturelles. Depuis 2017, les indemnisations liées
au retrait-gonflement des argiles consécutif à des
sécheresses sont prépondérantes.
En 2022, la charge des sinistres couverts par le
régime des catastrophes naturelles (inondations,
sécheresses, risques géotechniques, tempêtes) a été
supérieure à la moyenne 1982-2023, notamment en
raison des épisodes de sécheresse géotechniques qui
représentent 90 % de la sinistralité (3,5 Md¤, soit la
sinistralité la plus importante jamais connue par le
régime d?indemnisation des catastrophes naturelles
depuis 1982 [4]). Sur la période 1990-2020, près de
30 Md¤ d?indemnisations ont été versées au titre
des garanties Tempête-Grêle-Neige incluses dans
les contrats multirisques habitation.
La montée du niveau des mers
et des océans
Conséquence directe du réchauffement de la pla-
nète, le niveau des mers et des océans augmente.
Depuis 1900, le niveau moyen des océans a augmenté
d?environ 21 cm. Si l?on s?intéresse plus particuliè-
rement à la période 1993-2022, la hausse moyenne
60°S
30°S
0°
30°N
60°N
10,0
En mm/an
0
180° 120°W 180°60°W 0°W 60°E 120°E
7,5
5,0
2,5
0,0
-2,5
-5,0
-7,5
-10,0
https://marine.copernicus.eu/access-data/ocean-monitoring-indicators/global-ocean-mean-sea-level-trend-map-observations
https://marine.copernicus.eu/access-data/ocean-monitoring-indicators/global-ocean-mean-sea-level-trend-map-observations
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ76
des océans est estimée à environ 11 cm, soit 3,3 mm
par an [5]. Entre 30 et 50 % de l?élévation du niveau
des mers et océans observée à ce jour est due à
la dilatation causée par l?augmentation de la tem-
pérature de leurs eaux. Le reste est attribué à la
fonte des glaciers de l?Antarctique, du Groenland,
des glaciers continentaux et des modifications du
cycle hydrologique.
Si la tendance globale est à l?élévation du niveau
moyen des océans, il existe cependant une grande
variabilité géographique de la hausse du niveau
moyen des océans, entre - 10 et 10 mm/an selon les
régions. Cette variabilité s?explique par la hausse
de la température des océans, les grands courants
marins, mais également par les différences de salinité
des masses d?eau.
En France métropolitaine, sur la période 1993-2019,
le niveau de la mer s?élève à un rythme de 3 mm/an
en Méditerranée, de 1,4 à 2,5 mm/an en Atlantique
et de 1,6 à 2,6 mm/an en Manche-Mer du Nord [6].
Dans les territoires d?outre-mer24, l?augmentation du
niveau de la mer est de l?ordre de 3 mm/an au niveau
des Antilles, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie
française. Elle varie de 4 à 5 mm/an à Saint-Pierre-et-
Miquelon, autour de 6 mm/an à La Réunion, entre
3 à 5 mm/an à Mayotte et de 0 et 4 mm/an pour les
Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).
Le littoral de la France est menacé par trois types
de phénomènes naturels : le risque de submersion
marine (1,5 million d?habitants), le risque de tsuna-
mis et le recul du trait de côte. Dans ce contexte, la
question de l?aménagement des littoraux se pose avec
toujours plus d?acuité. Outre les coûts des ouvrages
de protection ou des approches de recomposition
spatiale, l?acceptabilité sociale et le risque de mettre
en oeuvre des mesures de mal-adaptation sont de
réels freins.
Le recul du trait de côte, résultant en partie de la
montée des eaux, concerne près de 25 % des litto-
raux français. Si l?on y ajoute les 1 500 km d?ouvrages
qui se substituent au trait de côte, c?est un tiers du
littoral qui est menacé en France. Les implantations
humaines en zones basses du littoral sont directe-
ment menacées. Ainsi à l?horizon 2100, ce sont près
de 450 000 bâtiments, selon le Centre d?études et
d?expertise sur les risques la mobilité et l?aménage-
ment (Cerema) [7], qui seraient menacés par l?érosion
et l?ennoiement des zones basses littorales sous
Hausse du niveau
des mers : un modèle
d?adaptation
dans la basse vallée
de la Saâne
À Quiberville-sur-Mer en Seine-Maritime,
le camping municipal de bord de mer, menacé par
l?érosion et la montée des eaux, a été relocalisé à
700 m du rivage. Les travaux, conduits entre 2022
et 2023, ont représenté un coût total de 8,6 M¤,
dont 69% financés par des fonds européens et
31% par des fonds régionaux, départementaux
et communaux. La relocalisation du camping a
été la première étape d?un grand projet territorial
de renaturation de la basse vallée de la Saâne
(projet Basse Saâne 2050), qui permettra à terme
de recréer de la biodiversité et de réduire les
risques d?inondation sur le territoire. Au niveau
métropolitain, ce projet est désormais l?un des plus
ambitieux en matière d?adaptation au changement
climatique et de recomposition spatiale d?un
territoire littoral. Il illustre la complexité de tels
projets. En outre-mer, le village de Miquelon engage
une démarche de recomposition sans précédent
impliquant l?avenir de 600 habitants.
l?hypothèse d?une élévation du niveau moyen des
mers de 1 mètre. Près de 50 000 logements seraient
menacés par la seule érosion côtière.
Compte tenu de l?inertie thermique des océans,
une élévation du niveau de la mer de 2 m semble
inévitable à long terme. Selon les travaux de G. Le
Cozannet (BRGM) et G. Durand (CNRC) [8], ce seuil
serait dépassé au plus tôt dans un siècle et au plus
tard dans deux millénaires en fonction du niveau
mondial des émissions à venir et de ses effets sur
les calottes de glace polaires.
En France, des projets d?aménagements (relo-
calisation, ouvrages de protection du littoral, etc.)
sont mis en oeuvre pour permettre aux territoires
exposés de faire face à l?augmentation du niveau des
mers. Ces projets d?aménagements ont vocation à
s?intensifier, notamment dans le cadre du 3e plan
national d?adaptation au changement climatique
en cours de discussion [9].
24. Ces valeurs doivent être prises avec précaution compte tenu des limites de précision des données
cartographiques utilisées: cartographie des tendances régionales du niveau de la mer observées par altimétrie
satellitaire, d?après les données diffusées par la NASA.
https://sealevel.nasa.gov/sea-level-evaluation-tool
77POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
80
100
60
40
20
0
- 20
2000 2020 2040 2060 2080 2100
En 2019, les émissions étaient
12 % plus élévées qu?en 2010
Fourchette des NDC**
en 2030
Les politiques en place correspondent
à des émissions projetées qui conduisent
à un réchauffement de 3,2 °C, avec
une fourchette de 2,2 °C à 3,5 °C
(confiance moyenne)
Politiques en place à la fin 2020
(médiane, avec percentiles
25-75 % and 5-95 %)
Limitent le réchauffement à 2 °C (>67 %)
Limitent le réchauffement à 1,5 °C (>50 %)
avec un dépassement limité ou
sans dépassement
Émissions passées de GES
et incertitude pour 2015 et 2019
(le point indique la médiane)
Fourchette des modèles
pour les émissions 2015
Émissions passées (2000-2015)
Politiques en place
Limitent
le réchauffement
à 1,5 °C
zéro net
Limitent
le réchauffement
à 2 °C
Projections du réchauffement climatique selon l?évolution des émissions de GES*
En gigatonnes CO2 éq/an
* Gaz à effet de serre.
** Contributions déterminées au niveau national. Ambitions de réductions des émissions de GES déterminées par
chaque État en vue de contribuer aux objectifs de l?Accord de Paris.
Source : MTECT, TRAAC, d?après la figure 5 du résumé pour décideurs du Rapport de synthèse du Giec (IPCC, 2023)
Des perspectives inquiétantes
Le climat futur est déterminé par les émissions de gaz à
effet de serre (GES) d?ores et déjà émises dans l?atmos-
phère et celles qui le seront dans les années à venir. La
modélisation du réchauffement climatique est fondée
sur des scénarios de développement économique
des sociétés humaines plus ou moins émettrices en
GES. Ces scénarios conduisent à des augmentations
de températures comprises entre + 1,4 °C et + 4,4 °C
à la fin du siècle par rapport à l?ère préindustrielle.
Respecter le scénario de l?Accord de Paris (+ 1,5 °C
en 2100) impose à l?humanité de ne plus émettre de
CO2 d?ici environ 30 ans et de réduire considérable-
ment les autres GES. Si les politiques climatiques de
chaque État restent à leur niveau actuel, le réchauf-
fement planétaire devrait atteindre environ + 3 °C
à la fin du siècle. Du fait de l?inertie des systèmes,
certains impacts sont, par ailleurs, considérés comme
irréversibles. C?est le cas de la montée du niveau des
mers qui se poursuivra pendant plusieurs siècles et
de la fonte des glaces aux pôles.
Les projections diffusées par le Giec présentent
une augmentation des événements climatiques excep-
tionnels (sécheresses, canicules, fortes précipitations,
cyclones) en matière de fréquence et/ou d?intensité.
Au niveau mondial, un épisode de sécheresse qui se
produisait en moyenne une fois tous les dix ans en
1900 pourrait se produire quatre fois plus souvent
en 2100, avec un réchauffement mondial de + 4 °C,
et un épisode de précipitations exceptionnel sur un
jour deux à trois fois plus souvent [10].
Un réchauffement de + 3 °C à l?échelle mondiale
correspondra pour la France métropolitaine à un
réchauffement d?environ + 4 °C en 2100 par rapport
à l?ère préindustrielle. La hausse des températures
sera plus intense en été, avec une augmentation des
canicules, notamment sur l?arc méditerranéen, le
couloir rhodanien et la vallée de la Garonne. Il est
attendu une augmentation des pluies extrêmes dans
le nord de la France. Les projections pluviométriques
sont plus incertaines pour le sud de la France, sans
pour autant que la limite entre le Nord et le Sud
soit clairement identifiée. Alors que les cours d?eau
connaîtront des niveaux très bas en été, les situations
de pénurie d?eau risquent de se multiplier.
Un réchauffement trop important provoquera
des dommages irréversibles : montée des océans,
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ78
Des risques climatiques qui augmentent avec l?élévation des températures
Notes : phénomènes observés et projetés en moyenne sur le globe selon quatre scénarios de réchauffement
mondial par rapport à l?ère préindustrielle ; le scénario + 1,5 °C au niveau mondial correspond à + 2 °C en
France. Celui à + 3 °C au niveau mondial correspond au scénario + 4 °C en France. Le scénario à + 4 °C au
niveau mondial va bien au-delà du scénario + 4 °C en France.
Source : CGDD, d?après Météo-France et les scénarios du Giec
Température
Journée la plus chaude
par décennie (+ °C).
Sécheresse
Multiplication
des sécheresses
exceptionnelles
décennales
Précipitations
Fréquence des pluies
exceptionnelles sur 10 ans
Cyclones tropicaux
intenses
Enneigement
+ 4°C
- 25 %
(- 31 % --- - 18 %)
+ 5,1 °C
(+ 4,6 --- 5,6 °C)
+ 30 %
x 2,8
(x 2,5 --- 3,2)
x 5,1
(x 2,0 --- 8,2)
+ 2°C
- 9 %
(- 12 % --- - 4 %)
+ 2,6 °C
(+ 2,0 --- 2,8 °C)
+ 13 %
x 1,8
(x 1,7 --- 1,9)
x 3,1
(x 1,5 --- 4,8)
+ 1,5°C
- 5 %
(- 5 % --- - 1 %)
+ 1,9 °C
(+ 1,5 --- 1,9 °C)
+ 10 %
x 1,5
(x 1,5 --- 1,6)
x 2,4
(x 1,4 --- 4,1)
+ 1,1°C
Aujourd?hui
- 1 %
(- 2 % --- 0 %)
+ 1,2 °C
(+ 1,0 --- 1,4 °C)
x 1,3
(x 1,3 --- 1,4)
x 2
(x 1,2 --- 3,1)
perte de biodiversité, etc. Par exemple, à + 2 °C de
réchauffement, les coraux disparaîtront alors qu?ils
abritent 30 % de la biodiversité marine.
En parallèle, au-delà d?un seuil critique, le réchauf-
fement pourrait produire des événements en cascade
aux conséquences catastrophiques : l?effondrement
des calottes glaciaires provoquerait une hausse de
plusieurs mètres du niveau des mers, la perturba-
tion des courants marins océaniques engendrerait
des changements climatiques profonds, le dégel
du permafrost libérerait le méthane séquestré et
augmenterait considérablement l?effet de serre, etc.
Des impacts à l?étranger pourront également avoir
des répercussions nationales. Ainsi, avec un système
économique mondialisé, des pertes de récoltes à
l?étranger, induites par le réchauffement climatique,
auront des effets sur l?agriculture et l?alimentation
des Français. L?habitabilité de certaines zones de
la planète, remise en cause en raison de la hausse
des températures et de l?humidité, l?érosion côtière
et les risques météorologiques, contraindront des
populations à migrer.
79POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Les produits pétroliers (61 %) et le gaz naturel (25 %)
sont principalement à l?origine du CO2 d?origine éner-
gétique émis en France. À l?échelle de la planète, le
charbon est le premier contributeur aux émissions
de CO2 énergétique (44 %), devant le pétrole (33 %)
et le gaz (21 %) ? (valeur 2022). Cette différence
structurelle s?explique par la production d?électricité,
majoritairement issue du charbon dans le monde,
alors que la production d?électricité française est
aux trois quarts d?origine nucléaire.
En 2023, les émissions de GES en France sont
estimées à 373 millions de tonnes CO2 équivalent
(Mt CO2 éq), en baisse de 31 % depuis 1990.
UNE DIMINUTION
DES ÉMISSIONS DE GAZ
À EFFET DE SERRE
Quels sont les secteurs les plus émetteurs de GES en France ?
* Les valeurs 2022 sont utilisées pour 2023.
Source : SDES, d?après Citepa, format Secten, juin 2024
20 %
Agriculture/Sylviculture
17 %
Industrie manufacturière
et construction
9 %
Industrie de l?énergie
+ 3 %
- 18 %
- 54 %
- 37 %
- 55 %
16 %
Usage des bâtiments
et activités résidentielles/tertiaires
4 %
- 7 %Traitement centralisé des déchets*
1990-2023
- 31 %
Tous secteurs hors UTCATF
UTCATF*
(utilisation des terres, changement
d?affectation des terres et foresterie)
Secteur à émissions négatives
(séquestration de carbone)
+ 13 %
Évolution
1990
2023
34 %
Transports
La composition des GES
et leur provenance
Les GES sont composés de :
? dioxyde de carbone - CO2 (76 % des émissions
nationales de GES) issu de la combustion d?énergie
fossile (pétrole, gaz, charbon) et des procédés in-
dustriels, tels que la production de ciment ;
? méthane - CH4 (15 % des émissions) provenant de
l?élevage et du traitement des déchets ;
? protoxyde d?azote - N2O (7 % des émissions) issu
des pratiques culturales ;
? gaz fluorés (3 % des émissions) utilisés notamment
pour la climatisation et la réfrigération.
Le poids de l?agriculture
dans les émissions de GES
L?agriculture émet 20 % des émissions nationales
de GES. Elle est, par ailleurs, le principal contri-
buteur aux émissions nationales de N2O (86 %)
et de CH4 (71 %). Les rejets de N2O sont dus aux
épandages d?engrais (minéraux ou organiques) sur
les sols pour leur fertilisation et aux déjections des
animaux (valeur 2023). Ceux de CH4 proviennent
de l?élevage (59 % des émissions agricoles), prin-
cipalement bovins.
L?industrie a contribué pour
moitié à la baisse des émissions
françaises depuis 1990
L?industrie manufacturière et la construction, no-
tamment les secteurs de la chimie, des minéraux
non métalliques, de la métallurgie, de l?industrie
agroalimentaire, sont responsables de 17 % des émis-
sions nationales. Les émissions de ce secteur ont
diminué de 54 % entre 1990 et 2023, contribuant
pour 45 % à la baisse des émissions françaises sur
cette période. La majeure partie des réductions
d?émissions provient de l?amélioration des procédés
et de gains d?efficacité énergétique. Entre 1990 et
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ80
Source : CGDD, d?après
Ademe (base Empreinte)
4 g CO? éq
0 g CO? éqVélo ou marche
28 g CO? éq
76 g CO? éq
103 g CO? éq
113 g CO? éq
218 g CO? éq
259 g CO? éq
TER
Scooter ou moto légère
Bus thermique
Voiture électrique (1 occupant)
Voiture thermique (1 occupant)
Voiture thermique (covoiturage à 2)
Avion
Métro
À la construction
Grammes d?émissions en
équivalent CO2 par km parcouru
À l?usage
109 g CO? éq
par passager
Quels modes
de transports
émettent
le plus de GES ?
É
C
L
A
IR
A
G
E
Le secteur des transports est le premier contributeur
aux émissions nationales de GES (34% en 2023). Les
voitures particulières représentent environ la moitié des
émissions des transports, les poids lourds environ un
quart et les véhicules utilitaires légers 15%.
En France, les émissions des transports ont augmenté
depuis 1990
C'est le seul secteur dont les émissions sont en hausse
depuis 1990 (+3%). Les émissions de CO2 par km
parcouru ont pourtant diminué (-24% entre 1990 et 2023)
en raison de l?amélioration de l?efficacité énergétique
des moteurs thermiques et de l?émergence des véhicules
hybrides et électriques. Cependant, ces améliorations
technologiques sont contrebalancées par la hausse
de la circulation routière (y compris par habitant),
l?alourdissement des véhicules, le vieillissement du parc
automobile et l?augmentation des motorisations essence,
plus émissives que les diesels pour le CO2.
Le transport de marchandises par poids lourds représente
7% des émissions nationales de GES. Les véhicules
utilitaires légers (VUL), qui transportent des voyageurs ou
des marchandises, sont à l?origine de 5% des émissions
nationales. La suppression totale du transport intérieur
de marchandises réduirait donc, au mieux, les émissions
intérieures de 12%.
Par convention internationale, les émissions de GES
des transports internationaux aériens, maritimes et
fluviaux ne sont pas comptabilisées dans les inventaires
nationaux. Seules sont prises en compte les émissions
des déplacements effectués entre deux ports ou
aéroports localisés en France. En 2023, le transport
aérien intérieur a émis 4,5MtCO2éq, tandis que les
émissions du transport international aérien représentent
16,3MtCO2éq. En tenant compte des transports
internationaux, le transport aérien est responsable de
5,3% des émissions de la France. Cette estimation ne
tient pas compte des émissions associées aux traînées
de condensation des aéronefs.
Des modes de transport plus ou moins
émetteurs de GES
Les émissions de GES des déplacements dépendent
largement du mode de transport utilisé. Les émissions
par kilomètre parcouru des différents modes de
déplacement présentées ci-dessous tiennent compte
des émissions liées à la construction des véhicules
lorsque la donnée est disponible et à la consommation
de carburant ou production d?électricité, quel que soit
le lieu d?émissions des GES.
? La marche ou le vélo : ces modes de transport
n?émettent pas de GES.
? Le train : entre 3 et 30g de CO2éq/km et par passager
selon l?électrification ou non de la ligne.
? Les autocars et les bus : les émissions par kilomètre
et par passager s?élèvent à 29g de CO2éq pour un car
contre 113g pour le bus urbain thermique.
? La voiture : une voiture thermique émet en moyenne
218g de CO2éq/km contre 103g pour une voiture
électrique en incluant la phase de fabrication des
véhicules. Les émissions par personne sont à rapporter
au nombre de passagers.
? L?avion : les émissions par passager en avion varient
fortement selon: la taille et les caractéristiques de
l?aéronef, la qualité du service (classe éco vs classe affaires)
et la durée du vol (les émissions sont plus intensives
en phase de décollage/atterrissage). Un passager dans
un avion émet en moyenne 259gCO2éq/km.
Les transports, un tiers des émissions nationales de GES
81POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Les émissions mondiales de méthane (CH4),
qui représentent 20% des GES, ont augmenté
de 32% entre 1990 et 2022. Elles proviennent
principalement de fuites liées à l?extraction de
combustibles fossiles (31%) et de la fermentation
entérique (c?est-à-dire produite par les intestins)
des animaux d?élevage (29%), bovins en
particulier.
Le «potentiel de réchauffement global» (PRG)
mesure le pouvoir de réchauffement d?une masse
de molécule par rapport à la même masse de
CO2 sur une période donnée. La durée de vie
de chaque GES étant différente, le potentiel de
réchauffement d?un GES dépend
de l?horizon temporel retenu.
Le PRG du CH4 à l?horizon de 100 ans est de 28.
Cela signifie que 1kg de CH4 contribuera 28 fois
plus au réchauffement d?ici 100 ans, que 1kg
de CO2. À l?horizon de 20 ans, le PRG du CH4
est de 81. Avec cette échelle temporelle, le CH4
représente non plus 20% des émissions de GES
mais 42%. Le poids de la fermentation entérique
dans les émissions totales de GES passerait ainsi
de 6 % à 12% à l?horizon de 20 ans, amplifiant
les enjeux climatiques liés à l?alimentation
carnée au niveau mondial.
2023, l?intensité d?émissions de GES de l?industrie
manufacturière et de la construction a ainsi baissé
de 63 %.
Les émissions de GES des bâtiments (16 % des
émissions nationales, dont les deux tiers issus des
logements) proviennent essentiellement des équi-
pements de chauffage et de production d?eau
chaude. Elles décroissent depuis 1990 (- 37 %) grâce
à la rénovation thermique des logements et à la
décarbonation du bouquet énergétique. L?évolu-
tion de ces émissions est sensible aux fluctuations
des prix de l?énergie et aux conditions climatiques
hivernales.
L?industrie de l?énergie comprend la production
d?électricité (41 % des émissions du secteur), la pro-
duction de chaleur et le raffinage des combustibles
fossiles (30 % des émissions). Les émissions de ce
secteur ont fortement diminué depuis 1990 (- 55 %)
du fait de la progression de la production d?électricité
d?origine nucléaire et de l?amélioration technologique
des grandes installations de combustion.
Le traitement des déchets (stockage, incinéra-
tion, compostage, traitement des eaux usées) s?ac-
compagne d?émissions, en particulier de méthane
liées à la décomposition des matières organiques. Il
contribue, quant à lui, à 4 % des émissions nationales.
Les sols et les forêts,
un puits de carbone majeur
Par convention internationale, seules les émissions
de GES d?origine anthropique (c?est-à-dire liées aux
activités humaines) sont estimées. Les émissions
naturelles sont exclues (volcanismes, zones humides
naturelles, animaux sauvages). Les flux de GES vers
l?atmosphère provenant des sols et de la biomasse,
en particulier les forêts, sont considérés comme
anthropiques, car localisés sur des espaces gérés
par l?homme. Ces émissions sont rapportées dans
les inventaires de GES dans le secteur dit de « l?uti-
lisation des terres, changement d?affectation des
terres et foresterie » (UTCATF) et sont distinctes
des émissions associées aux pratiques culturales
rapportées dans le secteur « Agriculture ».
En France, le secteur de l?UTCATF est un puits de
carbone : cela signifie que les absorptions par les
terres et les forêts sont supérieures à leurs émissions.
En 2023, l?UCTATF permet de compenser 6 % des
émissions des autres secteurs. Le carbone stocké
par la croissance des arbres est supérieur aux émis-
sions dues à leur prélèvement, ainsi qu?à celui issu
des usages et changements d?affectation des sols,
notamment l?artificialisation.
En 2023, les absorptions du secteur de l?UTACTF,
diminuées de ses émissions, étaient estimées à
21 Mt CO2 éq. Ce flux absorbé est significativement
moins important que celui observé en moyenne
annuelle sur la période 1995-2015 (40 Mt CO2 éq).
La diminution du puits s?explique par la moindre
capacité des forêts à stocker du carbone, en raison
de la dégradation sanitaire des arbres (sécheresse,
maladies), de la hausse des prélèvements et d?une
baisse de la croissance des peuplements.
De façon générale, le réchauffement climatique
induit une moindre capacité de stockage de GES
dans l?UTACTF et les océans.
Le méthane, un gaz à effet de serre puissant
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ82
L?empreinte carbone
des Français
L?empreinte carbone moyenne d?un Français est estimée
à 9,4 t CO2 éq par personne en 2023. Cet indicateur
permet de mesurer l?impact de la consommation
des habitants d?un pays sur le climat.
F
O
C
U
S
Empreinte carbone :
de quoi parle-t-on ?
L?empreinte carbone d?un pays
représente la quantité de gaz à
effet de serre (GES) induite par
la demande finale (consommation
finale des ménages, des
administrations et des organismes
à but non lucratif, ainsi que les
investissements), que les biens
ou les services soient produits
sur le territoire national ou
importés. En tenant compte du
contenu en GES des importations,
l?empreinte carbone permet
d'apprécier les pressions sur le
climat de la demande intérieure
française quelle que soit l?origine
géographique des produits
consommés. Par construction,
l?empreinte carbone attribue toutes
les émissions au consommateur
final. Pour autant, la responsabilité
des émissions et leur diminution
restent à partager entre les
différents acteurs (consommateurs,
acteurs économiques, puissance
publique).
L?empreinte carbone est égale aux
émissions intérieures augmentées
des émissions étrangères
associées aux importations et
diminué des émissions associées
aux exportations. L?empreinte
carbone d?un bien ou d?un service
a vocation, quant à elle, à inclure
la totalité des GES nécessaires
à la production de ce bien ou
service (extraction de matière,
production des matières premières
ou intermédiaires, procédés
industriels, transports, services,
commercialisation).
L?empreinte carbone est plus
élevée que les émissions
intérieures
En 2023, selon des estimations
provisoires, l?empreinte carbone
de la France est de 644millions de
tonnes équivalent CO2 (Mt CO2 éq)
soit 9,4tCO2 éq par personne.
C?est 60% de plus que les GES
nationaux (403Mt CO2 éq.). En
effet, la France est un importateur
net de GES, c?est-à-dire que
les émissions importées sont
supérieures à celles exportées.
Le poids des déplacements, de l?habitat,
de l?alimentation et des services en 2021
L?alimentation (2,3tCO2éq/pers), l?habitat (2,2tCO2éq/pers) et les déplacements
(2,1tCO2éq/pers) représentent 68 % de l?empreinte carbone des Français.
2tCO2éq sont associés aux services publics et marchands
et 1,1 t CO2 éq au poste équipement.
83POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
En progression entre 1990 et
2008, le niveau de l?empreinte
carbone amorce depuis une
décroissance. Elle est inférieure
de 13% en 2023 à son niveau
de 1990. Compte tenu de
l?augmentation de la population
sur la période, l?empreinte
carbone moyenne par habitant
est quant à elle inférieure de
26% par rapport à 1990. Cette
baisse est toutefois insuffisante
pour respecter l?Accord de Paris:
l?empreinte carbone moyenne
actuelle par individu devrait être
divisée environ d?un facteur 5
d?ici 2050-2070.
L?empreinte carbone par habitant
de la France est inférieure à
celle de l?UE et de la Chine et
deux fois moins élevée que celle
des États-Unis ou de l?Arabie
saoudite. En revanche, elle est
très supérieure à la moyenne
mondiale (+50% environ).
Plus de la moitié des émissions
sont émises à l?étranger
Les émissions associées aux
importations représentent un peu
plus de la moitié de l?empreinte
carbone. Elles ont progressé entre
2000 et 2008 avant de se stabiliser
puis progresser à nouveau depuis
2021.
Les émissions étrangères sont
issues de différentes activités
économiques: extraction et
fabrication des combustibles
fossiles, production d?électricité,
agriculture, métallurgie,
fabrication de minéraux non
métalliques, transports et
industrie chimique. Ces activités
étrangères interviennent dans
la chaîne de production de
biens et services consommés
par les Français (carburants,
produits agroalimentaires, biens
manufacturés, construction,
services de transport, services
marchands et publics). Certains
produits ont près de 90% de
leurs émissions importées.
C?est notamment le cas des
produits de l?industrie textile,
des produits pharmaceutiques,
des produits informatiques et
électroniques, des produits
en caoutchouc et plastique,
des produits métallurgiques,
du matériel de transport,
des machines et équipements,
des produits de la cokéfaction
et du raffinage.
De quoi se compose l?empreinte carbone d?un Français en 2021 ?
9,8 t
par habitant
Autres services
(sports, loisirs?)
24 %
23 %
22 %
12 %
11 %
8 %
Habitat
Déplacements
Alimentation
Équipements
Administration,
santé, éducation?
55 %
de l?empreinte
carbone est associée
aux importationsL?empreinte
2023*
est estimée à
9,4 t / hab
* Les données provisoires 2023 ne permettent pas une décomposition
par poste de consommation.
Note : la méthodologie de calcul des émissions par poste a évolué
en 2024, impliquant une modification de la répartition par poste.
Source : SDES. Calculs SDES-Insee 2024
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ84
Les émissions directes
des ménages et leurs évolutions
En 2023, les émissions directes des ménages repré-
sentent 25 % des émissions nationales. 32 % des
émissions sont dues au logement et 65 % aux dé-
placements. Ces émissions ont diminué de 20 %
depuis 1990. Cette tendance résulte de la baisse
des émissions liées au logement (- 47 %), celles issues
des transports sont restées stables.
Les émissions des logements sont principalement
dues aux équipements de chauffage au gaz ou au
fioul (celles associées aux consommations d?élec-
tricité sont allouées aux industries de l?énergie). La
réduction des émissions des logements résulte de
l?amélioration de l?efficacité énergétique des bâtiments
(réglementation thermique des bâtiments neufs et
rénovation énergétique) et de la décarbonation de
l?énergie utilisée pour le chauffage (en réduisant par
exemple le parc de chaudière au fioul). La baisse
aurait été plus forte si les surfaces à chauffer ne
s?étaient pas accrues, sous l?effet de l?augmentation
de la population et de l?accroissement de la surface
moyenne des logements par personne.
Les émissions des déplacements émis par les mé-
nages proviennent des carburants des équipements
de transport individuels (voitures, deux-roues). Mal-
gré l?amélioration de la performance des véhicules
et la décarbonation des carburants, les émissions
ne reculent pas. Ceci résulte notamment de l?ac-
croissement du trafic, lié à l?augmentation de la
population, mais aussi à celle des distances parcou-
rues par personne. D?autres facteurs concourent au
maintien des émissions, tels que l?augmentation du
Les Français et
le climat : entre signaux
encourageants et
incertitudes
Depuis le début du siècle, le changement climatique
s?est progressivement imposé dans l?opinion
publique comme un enjeu majeur. Entre 2000 et
2023, la part des Français déclarant qu?il s?agit de
leur principale préoccupation environnementale est
passée de 6% à 36%. Depuis une dizaine d?années,
ce sujet est en tête des inquiétudes en matière
d?environnement et devance largement les autres
problèmes depuis cinq ans.
Une prise de conscience globalement partagée
Les diverses études menées sur le sujet s?accordent
à identifier de nombreux signaux encourageants.
En effet, une large majorité de la population estime
désormais que le changement climatique est une
certitude scientifique. Pour deux personnes sur
trois, le lien entre les activités humaines et le
changement climatique ne fait ainsi pas de doute.
Au cours des dix dernières années, la part des
Français déclarant que «personne ne peut dire avec
certitude les vraies raisons des désordres du climat»
a été divisée par deux. Durant cette même période,
les conséquences du changement climatique sont
effectivement devenues beaucoup plus tangibles
pour la population. Dès à présent, 42% des Français
ressentent les effets du changement climatique dans
leur vie quotidienne. Ils redoutent notamment les
vagues de chaleur, les sécheresses et les catastrophes
naturelles, ainsi que les conséquences de ces
événements sur leur bien-être et leur qualité de vie.
Cette meilleure prise de conscience fait écho à
l?accroissement du traitement médiatique sur la
question climatique: 62% des Français se sentent
bien informés sur le sujet. De même, une grande
majorité de la population estime qu?il est de son
devoir personnel d?essayer de lutter contre le
changement climatique. Plus de quatre Français sur
cinq croient par ailleurs que des mesures efficaces
peuvent être mises en oeuvre pour faire face au
changement climatique. Enfin, trois quarts des
Français jugent que l?avis des scientifiques doit être
suivi par les pouvoirs publics, même si l?opinion
publique exprime des réticences.
Quelques zones d?ombre persistent
Ces résultats encourageants ne sauraient toutefois
occulter la persistance de signaux préoccupants
dans l?opinion publique. En effet, des doutes
existent encore: près d?une personne sur trois
considère par exemple que le changement
climatique reste «une hypothèse sur laquelle les
scientifiques ne sont pas tous d'accord», même si
moins de 1% des Français ne pense pas qu?il y ait
de changement climatique et seuls 5% considèrent
que ces bouleversements sont essentiellement
d?origine naturelle. Par ailleurs, plus d?un tiers
É
C
L
A
IR
A
G
E
85POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
des Français se sentent encore insuffisamment
informés sur le sujet. Près d?un tiers des enquêtés
se montre pessimiste et pense qu?il n?y a pas grand-
chose à faire face au changement climatique et qu?il
va falloir le subir. Dans le même temps, 28% des
Français pensent que le changement climatique
n?aura pas de conséquences sur leur vie quotidienne
à l?avenir. Enfin, une majeure partie de la population
estime que la solution réside d?abord dans l?action
des pouvoirs publics et des entreprises, et non pas
tant dans l?action des citoyens. Ces fortes attentes
en direction des pouvoirs publics font écho à
l?insatisfaction exprimée par 4 Français sur 5 à
l?égard des mesures prises en matière d?atténuation
des émissions de gaz à effet de serre et d?adaptation
au changement climatique.
Comment se projeter vers l?avenir?
Si la réalité du changement climatique ne
suscite plus vraiment de débat, des incertitudes
perdurent quant aux façons d?agir pour lutter
contre le changement climatique. Tandis que
72% des Français considèrent que la priorité
reste la réduction des émissions de gaz à effet
de serre, 25% jugent qu?il vaut mieux désormais
chercher à s?adapter aux conséquences du
changement climatique. Peu convaincus par le
techno-solutionnisme (c?est-à-dire la confiance
en la technique pour apporter une réponse),
61% des Français ne pensent pas que le progrès
scientifique et technique résoudra les problèmes
climatiques. Par ailleurs, trois personnes sur cinq
jugent probable que les mesures prises pour lutter
contre le changement climatique auront un impact
négatif sur leur pouvoir d?achat. Près d?un tiers de
la population redoute également que cela ait des
impacts négatifs sur nos modes de vie et notre
économie. À l?avenir, 68% des Français estiment
que les conditions de vie vont devenir extrêmement
pénibles à cause des dérèglements climatiques. 28%
pensent à l?inverse qu?il sera possible de s?adapter
sans trop de mal face aux modifications du climat,
et 4% considèrent que ces changements auront
des effets positifs.
Depuis quelques années, la notion d?éco-anxiété
est fréquemment utilisée dans le débat public.
En pratique, 14% des Français (et 24% des moins
de 25ans) se déclarent extrêmement préoccupés
par le changement climatique. Cela ne veut pas
dire qu?ils font preuve de défaitisme, car si 16%
des moins de 25ans se montrent fatalistes face
à la capacité de notre société à faire face à un
changement climatique perçu comme inéluctable,
c?est cependant cinq points de moins que le reste de
la population. D?ailleurs, 20% des moins de 25ans
déclarent avoir déjà manifesté pour le climat, soit
deux fois plus que le reste de la population.
Source : enquêtes menées par Sciences Po et le SDES,
par l?Ademe et par Eurobaromètre
poids moyen des véhicules et la hausse des ventes
de voitures neuves aux motorisations essence au
détriment des motorisations diesel.
La contribution de la France
au changement climatique
En 2022, les émissions de GES de la France, hors
UTCATF, représentent 0,8 % des émissions mondiales
très loin derrière les pays les plus émetteurs comme
la Chine (premier émetteur mondial avec 29 % des
émissions), les États-Unis (11 %) ou l?Inde (7 %). La
contribution annuelle de la France à l?effet de serre est
à mettre en perspective avec le poids démographique
(0,84 %) et économique (2,74 %) de la France dans
le monde. Rapportée à sa population, la masse de
CO2 (hors autres GES) émise sur le territoire français
est similaire à la moyenne des émissions annuelles
mondiales (4,5 t CO2 par personne).
Toutefois, en intégrant les émissions historiques
et/ou les émissions associées aux importations, la
contribution de la France devient supérieure à celle
de la moyenne mondiale.
Entre 1850 et 2022, la France a émis 2,2 % des émissions
mondiales cumulées de CO2 (hors UTCATF), soit un peu
plus que le Canada (2 %) et un peu moins que l?Inde
(3 %), le Japon (4 %) ou le Royaume-Uni (4 %) et très
loin derrière la Chine (15 %) ou les États-Unis (24 %).
En tenant compte des émissions importées, l?em-
preinte carbone des Français représente 1,25 % des
émissions mondiales en 2022. Les émissions de GES
associées à la consommation d?un Français représentent
environ 50 % de l?empreinte carbone moyenne d?un
habitant de la planète.
http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/opinions-des-francais-sur-lenvironnement-en-2023?rubrique=38&dossier=1152477
https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/6706-les-representations-sociales-du-changement-climatique-24eme-vague-du-barometre.html
https://europa.eu/eurobarometer/surveys/detail/2954
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ86
La France mène depuis le début des années 2000
une politique énergétique et climatique pour réduire
ses émissions. Elle s?est notamment fixé l?objectif
d?atteindre la « neutralité carbone » dès 2050, ce
qui suppose une division par au moins six de ses
émissions brutes de GES par rapport à 1990.
Quelle feuille de route pour
atteindre la neutralité carbone ?
La Stratégie française sur l?énergie et le climat est
la feuille de route nationale pour parvenir à l?ob-
jectif de neutralité carbone à l?horizon 2050, tout
en assurant l?adaptation de la société aux impacts
du changement climatique. Elle sera régulièrement
actualisée et s?appuiera sur :
? la 3e édition de la Stratégie nationale
bas-carbone (SNBC3) ;
? la 3e édition du plan national d?adaptation au
changement climatique (PNACC3) ;
? la 3e édition de la programmation pluriannuelle
de l?énergie (PPE3).
En vue de la neutralité carbone, la SNBC définit
pour le territoire français des objectifs de réduction
des émissions de gaz à effet de serre pour les 15 pro-
chaines années : les budgets carbone. Ce sont des
plafonds d?émissions à ne pas dépasser, exprimés
en moyenne annuelle par période de cinq ans en
Mt CO2 éq. Ils sont déclinés par secteurs d?activité
et par gaz à effet de serre.
Au terme de la période 2015-2018, la France a
dépassé le premier budget carbone (442 Mt CO2 éq)
qu?elle s?était assignée (les émissions étaient en
moyenne de 453 Mt CO2 éq/an sur la période).
Les émissions de GES moyennes annuelles de la
période 2019 à 2023, hors UTCATF (400 Mt CO2 éq),
sont quant à elles en deçà du budget carbone an-
nuel moyen indicatif pour la période 2019-2023
(422 Mt CO2 éq).
Les émissions estimées pour 2023 représentent
une baisse de 31 % des émissions par rapport à 1990.
En lien avec l?objectif européen « Fit for 55 » de
réduction des émissions nettes de GES (y compris
UTCATF) d?au moins 55 % d?ici à 2030 par rapport
à leur niveau de 1990, la France s?est fixé un objectif
de réduction de 50% des émissions hors UTCATF
à l?horizon 2030. Pour tenir cet objectif, il faudrait
observer en sept ans une baisse de 4,5 % par an,
soit un rythme inférieur à celui observé en 2023
par rapport à 2022 (- 5,8 %), mais un doublement
du rythme annuel de baisse des émissions constaté
depuis 2010.
Pour atteindre la neutralité carbone à l?horizon
2050, les émissions de GES en 2050 devront être
LA LUTTE CONTRE LE
CHANGEMENT CLIMATIQUE
250
500
450
400
350
300
C
O
V
ID
-1
9
429
389
412
396
373
270
420
2e budget carbone
3e budget carbone
Objectif
provisoire
Objectif
provisoire
357
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
Émissions de GES de la France et objectifs climatiques politiques
En Mt CO2 éq
Notes : émissions de GES hors utilisation des terres, changement d?affectation des terres et foresterie ;
l?objectif provisoire à l?horizon 2030 correspond à un alignement de la France avec le nouvel objectif
européen de réduction d?émissions de - 55 % entre 1990 et 2030, d?après le Conseil national de la transition
écologique du 22 mai 2023.
Source : Citepa, rapport Secten, édition 2024, Émissions de gaz à effet de serre et de polluants
atmosphériques en France
https://www.citepa.org/fr/secten/
https://www.citepa.org/fr/secten/
87POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
compensées par les absorptions de GES par les forêts
et les terres ainsi que le stockage / captage techno-
logique (technique encore expérimentale). La SNBC
prévoit un stockage d?environ 67 Mt CO2 éq en 2050
par le secteur de l?UTACTF, ce qui au vu des données
actuelles semble difficile à atteindre.
En 2022, une démarche de planification éco-
logique a été lancée à l?échelle nationale. Celle-ci
vise à coordonner les acteurs pour relever les défis
de la transition écologique concernant le climat et
également la préservation de la biodiversité et des
ressources et la réduction des pollutions.
Quelques exemples de leviers
de lutte contre le changement
climatique
Des politiques climatiques se déploient dans tous
les secteurs : aides publiques à la rénovation éner-
gétique ou à l?achat de véhicules moins émissifs en
CO2, réglementations thermiques dans les bâtiments,
systèmes d?échanges de quotas dans l?industrie, etc.
Trois exemples de politiques publiques de lutte
contre le changement climatique concernant l?agri-
culture, la nature et les incitations fiscales et régle-
mentaires sont présentés ci-après.
1er exemple : le 4 pour 1 000
La couche superficielle des sols français renferment
3 580 Mt de carbone organique, répartis entre les
forêts (38 %), les prairies permanentes (22 %) et les
grandes cultures (22 %). Cela en fait le second puits
de carbone derrière les océans [11].
Les scientifiques s?accordent sur le fait qu?une aug-
mentation annuelle de 0,4 % de la teneur en carbone
dans les 30 premiers centimètres des sols permettrait
de stopper l?augmentation de la concentration de CO2
dans l?atmosphère. C?est dans ce contexte qu?a émergé
l?initiative « 4 pour 1 000 » sur les sols pour la sécurité
alimentaire et le climat » lors de la COP21 sur le climat
en 2015. Accroître la couverture des sols ou les enrichir
de matières organiques permet d?augmenter leur teneur
en carbone. Ainsi, l?extension des cultures intermédiaires
(c?est-à-dire entre la culture principale et le semis de la
culture suivante) peut augmenter de 35 % le potentiel
total de stockage additionnel des sols, l?agroforesterie
intra-parcellaire (c?est-à-dire l?intégration d?arbres dans
les parcelles) de 19 % et l?insertion et l?allongement du
temps de présence de prairies temporaires de 13 %.
L?efficacité de ces mesures suppose en parallèle une
réduction de l?artificialisation des sols, processus à
l?origine de rejet de carbone dans l?atmosphère.
En 2019, sans changement d?usage des sols et
sans modifier les pratiques agricoles et forestières,
Les plans d?adaptation
au changement climatique
des bassins
Le changement climatique a de fortes
répercussions sur le cycle de l?eau: entre autres,
baisse de la ressource en eau, accroissement
de la sécheresse des sols, augmentation
des dégâts liés aux phénomènes extrêmes
(inondations, sécheresses, etc.). Les travaux
scientifiques récents [12] confirment les
perturbations prévisibles du cycle de l'eau en
France métropolitaine à moyen et long terme.
En France, la gestion de l?eau se fait
principalement à travers les schémas directeurs
d?aménagement et de gestion des eaux (Sdage)
et leurs programmes de mesures, déclinaisons
nationales de la directive-cadre européenne sur
l?eau25. Pour vivre avec moins d?eau disponible et
accroître la résilience des bassins au changement
climatique, les agences de l?eau de France
métropolitaine, par le biais de leur comité de
bassin, ont élaboré des plans d?adaptation au
changement climatique. L?objectif de ces plans est
d?inciter à l?action tous les acteurs du territoire.
Établis en co-construction, ces plans décrivent
le plus précisément possible les effets prévisibles
du changement climatique, pour les anticiper
dans les documents et démarches de planification
et d?aménagement, portant directement ou
indirectement sur l?eau. À partir des objectifs fixés
par bassin, les plans proposent des solutions et
donnent des exemples de réalisation. Ils insistent
en particulier sur la sobriété en eau pour tous les
usages, en cohérence avec le plan eau de 2023, et la
mise en oeuvre de solutions d?adaptation fondées
sur la nature.
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25. La directive-cadre sur l?eau (DCE) du 23 octobre 2000 établit un cadre général pour une politique globale
communautaire dans le domaine de l'eau. L'objectif fixé est d'atteindre le bon état de l'ensemble des cours d?eau,
nappes d?eau souterraine et eaux littorales, du point de vue chimique, biologique et quantitatif.
https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/france-nation-verte
https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/france-nation-verte
https://meandre.explore2.inrae.fr/
https://meandre.explore2.inrae.fr/
https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/preservons-notre-ressource-en-eau/les-53-mesures-du-plan-eau
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ88
l?Institut national pour la recherche agronomique
(Inrae) estime l?évolution des stocks de carbone dans
les sols français à + 2,3 ? par an.
2e exemple : les solutions d?adaptation
fondées sur la nature
Le concept de « Solutions d?adaptation fondées
sur la Nature » (SafN) est relativement récent, même
s?il correspond parfois à des pratiques déjà anciennes,
voire ancestrales. Selon l?UICN, il s?agit de protéger
et de restaurer des écosystèmes naturels, afin de
s?appuyer sur leur fonctionnement pour s?adapter
au changement climatique, tout en présentant des
bénéfices pour la biodiversité. Par exemple, une rivière
qui retrouve ses méandres naturels et des berges
végétales peut déborder de son lit et ainsi absorber
les crues en amont, tout en favorisant les frayères
pour les poissons (lieux propices à leur reproduction).
Le rapport coût/bénéfice à long terme des SafN est
généralement plus intéressant que l?aménagement
d?infrastructures artificielles, qui sont aussi plus faci-
lement sujettes aux « mal-adaptations » (inefficacité
ou aggravation du risque). Les bénéfices économiques
de la restauration de la nature ont ainsi été estimés
huit fois supérieurs à leurs coûts [13].
Par ailleurs, les écosystèmes naturels participent
activement à l?absorption et au stockage du CO2
généré par l?homme. Leur maintien ou leur restau-
ration est donc également bénéfique en matière
d?atténuation du dérèglement climatique.
Tarification effective du carbone par secteur économique
En ¤/t CO2 éq
Lecture : 285 millions de tonnes d?équivalents CO? sont tarifées à un niveau inférieur ou égal à 100 ¤/t CO?, soit 71 % du total des émissions
sur le territoire français. 117 millions de tonnes d?équivalent CO2 ne sont pas tarifées, soit 29 % du total des émissions sur le territoire français.
Note : les niveaux de tarification et les niveaux d?émissions sont ceux de 2023.
Champ : ensemble des émissions de gaz à effet de serre, France entière.
Source : CGDD, modèle Elfe version 3, septembre 2024
L?intégration et la généralisation des SafN dans les
stratégies de lutte contre le dérèglement climatique
représentent donc un enjeu majeur.
3e exemple : la tarification effective du carbone
Les émissions de gaz à effet de serre peuvent être
réduites par différents types de politiques publiques,
qui sont usuellement utilisées de manière combinée.
En France, la fiscalité des énergies et des déchets,
ainsi que les quotas d?émissions européens, créent
une incitation à la réduction de ces émissions, mais
aussi d?autres externalités (pollution de l?air, bruit,
usure des infrastructures, accidents de la route, etc.),
selon les usages concernés. Au sens de l?OCDE, ces
politiques constituent la « tarification effective du
carbone ». Ce concept permet une représentation
du niveau d?incitation à la réduction des émissions
induit par ces politiques. Plus la tarification effective
du carbone est élevée, plus l?incitation à la réduction
des émissions est importante.
En France, en 2023, les émissions de gaz à effet
de serre sont sujettes à une tarification effective du
carbone de 91 ¤/t CO? éq en moyenne, dont 75 ¤/t
CO? éq de taxes d?accise (c?est-à-dire d?impôts in-
directs) sur l?énergie et les déchets et 16 ¤/t CO? éq
de quotas d?émissions européens. Ce niveau moyen
masque cependant une forte hétérogénéité selon
les secteurs et les acteurs [14].
Émissions de gaz à effet de serre (Mt CO2 éq)
0 50 100 150 200 250 300 350 400
50
0
100
150
200
250
300
Agriculture Industrie
Tertiaire Transport
ménages
Transport
entreprises
Énergie
Résidentiel
ménages
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/s-adapter-avec-la-nature/Solutions-adaptaton-fondees-sur-la-Nature
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/s-adapter-avec-la-nature/Solutions-adaptaton-fondees-sur-la-Nature
https://uicn.fr/solutions-fondees-sur-la-nature/
89POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Le financement de l?atténuation
du changement climatique
L?institut de l?économie pour le climat (I4CE), dans
son Panorama des financements climat, évalue le
montant investi en France pour atténuer le change-
ment climatique (hors dépenses d?adaptation). En
2022, ces investissements, provenant des ménages,
des entreprises et des administrations publiques,
sont estimés à 100 Md¤, soit 3,8 % du PIB. Ils portent
sur les infrastructures, équipements et véhicules de
transport bas-carbone (33,9 Md¤), la performance
énergétique dans les bâtiments neufs (23,7 Md¤),
la rénovation énergétique des bâtiments (22,1 Md¤)
et la production d?énergie décarbonée (20,1 Md¤).
Cependant, les besoins d?investissements cli-
mat estimés sur la base de la stratégie nationale
bas-carbone et de la programmation pluriannuelle
de l?énergie, s?élèvent à environ 160 Md¤ en moyenne
pour chacune des années de la période 2024-2030.
Faire sa part : les acteurs
d?une société bas-carbone
Le dérèglement climatique et ses conséquences
se sont affirmés ces dernières années comme une
préoccupation sociétale majeure et croissante. Les
engagements internationaux, tout comme les po-
litiques nationales qui en découlent, se font plus
ambitieux, en réponse notamment aux rapports
d?évaluation réguliers du Giec et au fil des COP suc-
cessives. Cependant, la mise en oeuvre concrète des
transformations nécessaires et des actions de réduc-
tion des GES est parfois entravée par la recherche
du niveau d?action le plus efficient, s?appuyant sur
la recherche des « responsabilités » de chaque en-
tité dans les émissions. Il est ainsi fréquent de voir
alternativement pointés les consommateurs, les
entreprises, les collectivités ou encore l?État en tant
que principaux responsables de l?(in)action climatique.
Or, s?il est avéré que l?impact de l?action indivi-
duelle n?est pas du tout négligeable, il est estimé que
l?engagement des individus et des ménages vers une
décarbonation des modes de vie serait insuffisant à
lui seul pour atteindre les objectifs de réduction na-
tionaux. En effet, selon une étude de Carbone 4 [15],
une part importante (de l?ordre des trois quarts) de la
baisse nécessaire de l?empreinte carbone individuelle
des Français dépend du système sociotechnique du
ressort de l?État et des entreprises. La réduction des
émissions liées à la mobilité et au logement renvoie ainsi
à des actions aux échelles aussi bien individuelles que
collectives (offre de transports en commun, aména-
gement du territoire, aides à la rénovation thermique,
etc.). Si chaque geste compte, la nécessaire action à
l?échelle individuelle doit pouvoir s?articuler avec des
évolutions collectives plus profondes et indispensables
vers une société bas-carbone.
Préparer le monde professionnel
aux enjeux environnementaux
par la formation
Sans la prise en compte des enjeux environnementaux
dans l?ensemble du système de formation, la mise en
oeuvre de la transition écologique est vaine. Décarboner
l?industrie en adoptant des alternatives de production
plus écologiques suppose d?intégrer des connaissances
et des compétences favorables à l?environnement dans
l?ensemble des métiers. Ceci concernera aussi bien les
postes d?encadrement et d?exécution, que les métiers
« leviers », en lien avec l?amont (achats responsables)
et l?aval (recyclage). La montée en compétences passe
notamment par la formation professionnelle continue
des personnes déjà en emploi, mais également par la
formation initiale. Plus de 200 diplômes, en formation
initiale, sont actuellement proposés dans le domaine
de l?environnement.
Atténuation
ou adaptation ?
L?atténuation est définie par le Giec comme
«l?intervention humaine pour réduire les
sources ou augmenter les puits de gaz à effet
de serre »; elle correspond donc aux actions
sur les causes du changement climatique.
L?adaptation est «une démarche
d?ajustement au climat actuel ou attendu,
ainsi qu?à ses conséquences »; elle vise donc à
gérer les effets du changement climatique et
ses impacts.
Ces deux approches peuvent être en synergie,
lorsque l?adaptation accélère les politiques
d?atténuation (par ex. stockage de carbone
dans les haies replantées) et lorsque les
efforts d?atténuation conditionnent les
capacités d?adaptation (il est plus facile de
s?adapter à un climat qui se dérègle moins).
Elles peuvent parfois avoir des effets
antagonistes (par exemple l?adaptation
aux fortes chaleurs par la climatisation
augmente la chaleur extérieure et les
consommations d?énergie), on parle alors de
«maladaptation». Il est donc primordial
de construire une stratégie systémique
cohérente articulant ces deux approches, en
anticipant leurs interactions.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ90
Le défi de
l?adaptation
INTERVIEW GONÉRI LE COZANNET,
chercheur au BRGM, co-auteur du volet II
du 6e rapport du Giec, membre du Haut
Conseil pour le Climat
Qu?est-ce que l?adaptation au changement
climatique?
G. LC- Les mesures d?adaptation consistent
à réduire les risques induits par le changement
climatique. Cette adaptation peut être réactive,
répondant à un événement qui s?est produit,
ou pro-active en anticipant les risques à venir.
L?adaptation doit concerner les systèmes humains,
mais également les systèmes naturels. L?adaptation
de la nature peut être facilitée par l?homme, en
instaurant par exemple des zones protégées.
Il faut s?adapter au changement climatique, car ses
conséquences sont déjà tangibles. Ces événements
vont s?intensifier avec le réchauffement et d?autres
risques vont survenir. La mise en oeuvre de
l?adaptation peut être très longue, par exemple pour
relocaliser des implantations humaines menacées
par le recul du trait de côte. Il faut donc anticiper
dès à présent ces phénomènes et les mesures pour
s?en prémunir.
Dans quels secteurs prioritairement doit se faire
l?adaptation aux changements climatiques, et
comment?
G. LC- Tous les secteurs sont concernés
et interconnectés, mais certains semblent plus
cruciaux en raison des enjeux stratégiques
fondamentaux qui leur sont associés. Les
principaux risques identifiés en Europe sont: les
vagues de chaleur qui affectent directement la santé
humaine, les pertes de rendements agricoles qui
présentent des risques pour la sécurité alimentaire,
les pénuries d?eau qui auront des conséquences
pour tous les secteurs économiques et les
inondations côtières et continentales qui menacent
la vie et les installations humaines. Le Giec observe
que la plupart des démarches d?adaptation mises
en oeuvre dans le monde sont incrémentales, c?est-
à-dire orientées sur les conditions de maintien
d?activités ou d?infrastructure spécifiques ou
préexistantes. Or, il est indispensable de mettre en
oeuvre des adaptations transformationnelles, c?est-
à-dire beaucoup plus systémiques en impliquant les
acteurs économiques, les responsables politiques
et les citoyens. En agriculture par exemple,
l?adaptation incrémentale ajustera les dates de
semis, alors que l?adaptation transformationnelle
s?intéressera aux intrants, au choix des cultures, à
l?alimentation et aux pratiques agroécologiques.
Faut-il faire un choix entre atténuation et
adaptation?
G. LC- Les possibilités d?adaptation sont
conditionnées à une atténuation rapide des
émissions de GES. Plus le climat se réchauffe et
moins il sera possible de s?adapter. Il faut donc agir
rapidement sur ces deux leviers.
Il n?est pas forcément pertinent de découpler
les politiques d?atténuation, d?adaptation
et de préservation de la biodiversité. Les
actions à l?échelle locale répondent souvent
concomitamment à ces trois enjeux. Cela peut
être le cas dans l?urbanisme, par exemple dans les
politiques de promotion et d?accompagnement des
déplacements cyclables, qui permettent d?améliorer
la santé et de réduire les émissions de CO2. Il est
utile d?analyser les co-bénéfices des actions de
lutte contre le changement climatique. Ils sont
généralement nombreux, y compris sur le plan
économique. Les rapports du Giec présentent
les bénéfices pour l?atteinte des objectifs de
développement durable (ODD) des différentes
mesures de lutte contre le changement climatique.
Comment s?adapter?
G. LC - L?adaptation nécessite de définir
des priorités, de faire des choix, portées par
les responsables politiques. Tous les échelons
territoriaux et les acteurs économiques sont
concernés. S?appuyer sur les connaissances
scientifiques, notamment pour identifier les
risques et la vulnérabilité ou évaluer les options
d?adaptation, permet d?éviter des écueils. Les
moyens financiers et humains sont indispensables
pour répondre à ces enjeux.
Le Giec montre que les modes de gouvernance
les plus efficaces sont inclusifs et impliquent
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91POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
la participation directe des parties prenantes.
Le changement climatique est injuste. Il touche en
priorité les populations les plus vulnérables.
La concertation est propice à l?émergence de
solutions équitables et acceptées. Enfin, le Giec
montre qu?agir sur la demande peut limiter les
conflits liés à l?accès aux ressources.
La France a-t-elle commencé à s?adapter?
G. LC- Oui. On observe des avancées et
des progrès. À l?échelle nationale, on peut citer
l?établissement des plans nationaux d?adaptation
au changement climatique ou le déploiement
d?actions dans les métropoles et les villes. On
constate toutefois un déficit de mise en oeuvre de
l?adaptation, ainsi qu?une adaptation trop lente face
à la rapidité du changement climatique. Certaines
mesures peuvent être satisfaisantes à court terme
et localement mais se révèlent inappropriées
sur le long terme. On parle alors de réponses
«maladaptatives». Malgré l?instauration de
dispositifs d?adaptation, les impacts du changement
climatique sont de plus en plus évidents.
Existe-t-il des limites à l?adaptation?
G. LC - Pour anticiper le futur, la France
propose de retenir une trajectoire de réchauffement
de +4°C à l?horizon 2100, ce qui correspond à un
réchauffement de +3°C à l?échelle de la planète.
C?est très bien, car cela donne une consigne aux
acteurs publics et économiques. Tous les territoires
sont concernés.
Toutefois, à +4°C, l?adaptation ne sera pas
possible pour tous les secteurs. Les stations de ski
sont par exemple très vulnérables. On identifie
des limites à l?adaptation dites «douce» liée au
contexte social ou économique. L?adaptation
de l?agriculture est, quant à elle, limitée par le
contexte socio-économique des agriculteurs.
Les limites dites «dures» sont celles liées à des
contraintes physiques. Si la sécheresse est trop
intense ou trop longue, l?agriculture ne peut plus
s?adapter; l?adaptation aux inondations en ville
peut être contrainte par la capacité des réseaux à
évacuer les eaux; au-delà d?un réchauffement de
+2°C, on estime que 99% des coraux tropicaux
mourront. Cette limite dure est particulièrement
inquiétante, car les coraux abritent plus de 30% de
la biodiversité marine.
Des risques moins prévisibles doivent aussi être
anticipés: en raison de la globalisation du monde,
les risques climatiques peuvent se propager entre
régions; des conflits, notamment sociaux liés
à l?accès aux ressources en eau émergent; des
maladies vectorielles nouvelles peuvent déstabiliser
les systèmes de santé, etc. Un monde à +3°C (4°C
en France métropolitaine) est un monde dangereux.
Un dernier argument pour encourager
l?adaptation?
G. LC- L?immense majorité des mesures
d?adaptation (et d?atténuation) présentées dans le
rapport du Giec sont bénéfiques pour la santé.
Quand la France s?adapte :
vivre à + 4 °C
La France s?est dotée d?une trajectoire
de réchauffement de référence pour
l?adaptation au changement climatique [16],
qui doit servir de référence à toutes
les actions d?adaptation, en tenant compte
de l?évolution future du climat. Dans
le scénario retenu, le réchauffement mondial
se poursuit et se stabilise à +3°C en 2100
par rapport à l?ère préindustrielle, soit
environ +4°C en moyenne sur la France
métropolitaine. Ce scénario prend en compte
les politiques mondiales d?atténuation en place
et les engagements supplémentaires des États
tels qu?exprimés dans leurs contributions
nationales demandées par l?Accord de Paris.
Cette démarche doit permettre de:
? mettre à jour les normes et réglementations
sectorielles qui doivent prendre en compte
les effets du changement climatique;
? accompagner l?adaptation des collectivités
territoriales;
? accompagner l?adaptation sectorielle
de l?activité économique.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ92
Pourquoi manger moins
de viande ?
Notre alimentation contribue pour 21 % à l?empreinte
carbone de la consommation totale des Français [17] :
rejet de méthane (CH4) issu de la digestion des rumi-
nants, de protoxyde d?azote provenant des engrais
utilisés pour les cultures agricoles, de dioxyde de
carbone issu de la consommation d?énergie par les
industries agroalimentaires, les services de restaura-
tion, le transport, le matériel agricole. La nature de
l?aliment consommé constitue une part importante
des émissions, comparativement à son transport et
son conditionnement. Contrairement aux végétaux,
la viande a un contenu en GES très élevé. L?élevage
représente 59 % des émissions françaises de GES de
l?agriculture, et 10 % des émissions totales de GES
d?origine humaine en France [18].
La production de 100 grammes de protéines
de viande bovine émet en moyenne 50 kg de GES
(en équivalent CO2) dans l?atmosphère, tandis que
celle de la même quantité de protéines de céréales
n?en rejette que 3 kg. L?impact sur le climat de l?ali-
mentation carnée est variable selon les types de
productions animales : la préparation d?un plat à
base de boeuf émet 7 fois plus de GES que celle
d?un plat à base de volaille. De plus, la production
de viande est très gourmande en eau (une vache
consomme 50 à 100 litres d?eau par jour), et en sur-
face terrestre (production de céréale et fourrage,
et infrastructure pour le bétail). Le méthane est
principalement émis lors de l?épandage des engrais,
par la décomposition du fumier, et les flatulences
des bovins, ovins et caprins : les émissions générées
par le bétail représentent 32 % des émissions de
méthane d?origine humaine [19].
Vers une transition des modes
de consommation et de
production ?
La consommation individuelle de viande en France
a augmenté depuis l?après-guerre. Le pic a été at-
teint en 1998 avec 93,6 kilogrammes équivalents
carcasse de viandes consommées par habitant (kgec/
hab) [20] contre 75,8 kgec/hab en 1970. Après avoir
baissé lentement jusqu?en 2013, cette consomma-
tion tend à augmenter de nouveau, + 3 % entre
2013 et 2022 [21]. Pourtant, un changement dans les
esprits est en cours, avec une hausse des Français
qui se disent « flexitariens ». Ce contraste entre
ce qui est déclaré et ce qui est mesuré viendrait
notamment de la « consommation cachée » de
viande, dont une part importante se trouve dans les
produits transformés, les plats préparés ou encore
dans la consommation hors domicile. Un report de
Manger moins de protéines
animales : une transition
alimentaire bénéfique
pour le climat
En France, les protéines animales26 sont historiquement
très présentes dans le régime des Français. Pourtant,
la viande bovine est un aliment dont le contenu en
GES est très élevé. La réduction de sa consommation
représente donc un levier d?action efficace pour limiter
le dérèglement climatique.
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26. Le terme « protéine animale » comprend la viande (dont le poisson),
le lait et produits dérivés, et les oeufs.
93POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Quelle empreinte pour produire 100 g
de protéines sur le climat, la ressource en eau
et la consommation d?espace ?
Lecture : pour produire 100 g de protéines de viande de boeuf, on émet
50 kg de CO2 équivalent, on utilise 750 litres d?eau et cela représente
22 m2 de surface.
Source : CGDD, d?après Poore J. & Nemecek (2018)
la consommation de viande bovine vers celle de
volaille est également constaté. Avec 85 kgec/hab
consommée en 2022, la viande reste très présente
dans l?alimentation française.
Les profils des personnes qui changent leur ali-
mentation sont variés. Ainsi, le végétarisme est pré-
coce (25-29 ans) chez les employés et chômeurs et
adopté plus tard parmi les catégories supérieures
(40 ans) [22]. Le changement de régime alimentaire
est motivé par des raisons environnementales, mais
aussi sanitaires, ou par conviction pour le bien-être
animal. Le prix trop élevé de la viande limite aussi
la consommation des classes défavorisées.
La réponse aux enjeux environnementaux, éco-
nomiques et de santé de l?alimentation implique
un accompagnement politique de tous les acteurs.
Elle induit notamment une évolution de la produc-
tion vers un modèle moins intensif, plus diversifié
et local. La réorientation de terres cultivées vers
l?alimentation humaine, ainsi que des élevages da-
vantage nourris à l?herbe et par des sous-produits de
filières végétales (tourteaux de lin, de tournesol, de
colza, etc.) favoriseront le maintien d?écosystèmes
caractéristiques tels que les prairies permanentes
riches en biodiversité, qui filtrent l?eau et stockent
du carbone.
Le territoire, moteur
des transitions vers plus
de protéines végétales
L?offre alimentaire en France peine encore à offrir
des alternatives végétales. Sur 150 supermarchés
étudiés en France, 92 % des références contiennent
de la viande ou du poisson [23]. Les trois quarts des
végétariens, pescétariens et végétaliens déclarent
ainsi rencontrer des difficultés pour suivre leur ré-
gime alimentaire, que ce soit en raison de l?accès
à l?offre dans les magasins ou restaurants, ou des
critiques de l?entourage [24]. La viande est considérée
comme un aliment central dans nos assiettes, alors
que les végétaux sont un aliment périphérique, un
accompagnement. Manger moins de viande implique
donc de modifier cette représentation sociale as-
sociée aux protéines, très ancrée en France. Plus
prosaïquement, un manque de connaissance des
recettes végétariennes peut représenter un véritable
obstacle à manger moins de viande.
Première impulsion notable, le programme na-
tional pour l?alimentation 2019-2023, issu des lois
dites « EGAlim » et « Climat et résilience »27, prévoit
la promotion des protéines végétales en restaura-
tion collective. Il encourage également les acteurs
à développer des filières de protéines végétales en
27. La loi du 30 octobre 2018 portant sur l?agriculture et l?alimentation,
dite loi «EGAlim», complétée par la loi du 22 août 2021 portant
sur le climat, dite loi «Climat et résilience», prévoit un ensemble de mesures
concernant la restauration collective publique et privée.
Boeuf
Volaille
Poisson
d?élevage
Autres céréales
Maïs
Autres
légumineuses
Riz
Porc
Empreinte
carbone
Pour 100 g
de protéines
de...
50 kg de CO?
équivalent
Empreinte
eau
2
3
7
5
6
4
7
4
11
Empreinte
terre
22 m2
Soja
750 litres
100
250
200
700
500
1 600
400
3 200
1 100
1
2
2
3
4
6
6
6
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Oeufs
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vue de l?autonomie protéique (notion qui renvoie à
la capacité des exploitations à couvrir les besoins en
protéines de leurs troupeaux). Cela se traduit notam-
ment par l?introduction d?une option végétarienne
quotidienne obligatoire dans la restauration collective
publique et par un menu végétarien au moins une
fois par semaine dans la restauration collective sco-
laire. Ces objectifs rejoignent ceux du plan protéines
végétales et les recommandations nutritionnelles du
plan national nutrition santé 2019-2023 : réduire la
consommation de viande à maximum 500 g et 150 g
de charcuterie par semaine, augmenter les légumes
secs (au moins deux fois par semaine) et les fruits
et légumes (au moins cinq par jour).
Des actions dans les territoires ont ainsi vu le jour
ces dernières années pour soutenir les changements
de pratiques à la fois alimentaires et agricoles, en
particulier dans le cadre des projets alimentaires
territoriaux [25]. Ceux-ci visent à fédérer autour d?une
alimentation saine et durable les acteurs des différents
échelons (production, transformation, distribution,
restauration, consommation) : aide à la création
de filière locale de valorisation des légumineuses,
formations des professionnels de la restauration
pour savoir cuisiner les protéines végétales et com-
poser des menus végétariens, éducation des jeunes
à l?alimentation durable, etc.
Signe que les habitudes alimentaires évoluent pro-
gressivement : de plus en plus de restaurants vé-
gétariens et végétaliens voient le jour, pour faire
découvrir la diversité et l?intérêt gustatif de cette
cuisine faite de protéines végétales.
Pour une alimentation
plus végétale : les PAT
s?engagent
Dans le cadre de son projet alimentaire
territorial (PAT) Plaine aux Plateaux, le
territoire francilien regroupant la plaine
de Versailles et le plateau de Saclay a
encouragé la mise en place d?une filière
de production de légumineuses. La
démarche était destinée dans un premier
temps à des collèges des Yvelines, en
lien avec les obligations relatives aux
menus végétariens et accompagnée
d?actions d?éducation à l?alimentation.
Elle a parallèlement été l?occasion de
valoriser la production locale et
la consommation de légumineuses.
Même dynamique dans le Sud-
Est toulousain, qui a misé sur
la structuration d?une filière de
valorisation locale des légumineuses et
de céréales spéciales. Celle-ci permet
aux agriculteurs de
diversifier leur production
et d?approvisionner leur
territoire en nouvelles
productions locales: pain
complet biologique, pâtes,
farines complètes, légumineuses.
Pour d?autres communes, comme
Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) ou
Manduel (Gard), la réduction de la part
de la viande en restauration scolaire,
avec l?introduction chaque semaine
d?un ou plusieurs repas végétariens
au coût moindre, a contribué au
dégagement d?une marge budgétaire
pour proposer des repas totalement
issus de l?agriculture biologique. En
parallèle, des actions de sensibilisation
et d?éducation sont menées auprès
de divers publics avec la mise en
place d?animations. L?objectif: les
accompagner et faciliter une évolution
de leurs pratiques alimentaires, sans
impact sur leur budget.
95POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[1] AR6 Synthesis Report: Climate
Change 2023. IPCC, 2023
[2] Chiffres clés des risques naturels -
Édition 2023, CGDD, Datalab, 2024,
156 p.
[3] Les catastrophes naturelles en France
- Bilan 1982-2023, CCR, 2024
[4] Les catastrophes naturelles en France
- Bilan 1982-2023, CCR, 2024
[5] E.U. Copernicus Marine Service
Information - Séries chronologiques
du niveau moyen des océans
[6] Cartographie des tendances
régionales du niveau de la mer
observées par altimétrie satellitaire,
d?après les données diffusées par
la NASA
[7] Hedou F., Herman A., De Luca H.
Projection du trait de côte et analyse
des enjeux au niveau national -
Horizons 2050 et 2100, Étude et
rapport. Cerema , 2024
[8] Le Cozannet G., Durand G., Nicholls R.
À quelle échéance, l?élévation
du niveau de la mer dépassera-t-elle
2 mètres ? Comment s?y adapter ?
Université Grenoble Alpes, 2022
[9] Financement des conséquences du
recul du trait de côte - Comment
accompagner la transition des zones
littorales menacées ? IGEDD, 2024
[10] Changement climatique 2021,
les bases scientifiques physiques,
résumé à l?intention des décideurs,
Giec, 2021
[11] Stocker du carbone dans les sols
français : quel potentiel au regard de
l?objectif 4 pour 1000 et à quel coût ?
Inrae, 2020
[12] Meandre, projet national
Explore2, résultats des projections
hydrologiques sur la France. Inrae,
2024
[13] Commission Staff Working
Document Impact Assessment.
Accompanying the proposal for
a Regulation of the European
Parliament and of the Council on
nature restoration, 2022, p. 97
[14] La tarification effective des gaz
à effet de serre en 2023, CGDD,
Théma essentiel, 2024
[15] Faire sa part ?, Carbone4, 2019
[16] La trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au
changement climatique (TRACC).
MTECT
[17] Chiffres clés du climat - France,
Europe et Monde - Édition 2023,
CGDD, Datalab, 2023, 92 p.
[18] Accélérer la transition climatique
avec un système alimentaire bas
carbone, résilient et juste, Haut
Conseil pour le Climat, 2024
[19] Global Methane Assessment. Climate
and Clean Air Coalition, UNEP, 2021
[20] Les marchés des produits laitiers,
carnés et avicoles. FranceAgriMer,
2023
[21] Les marchés des produits laitiers,
carnés et avicoles - Bilan 2022 -
Perspectives 2023, FranceAgriMer,
2023
[22] Ouédraogo Arouna P. Les végétariens
en France : esquisse d?un profil,
Sesame, 2020/1 (N° 7), p. 58-59
[23] Alimentation et climat : la mauvaise
note des supermarchés. Réseau
Action Climat, 2023
[24] Végétariens et flexitariens en France
en 2020. FranceAgriMer, 2021
[25] Tout savoir sur les projets
alimentaires territoriaux (PAT).
Masa
R
É
F
É
R
E
N
C
E
S
https://www.ipcc.ch/report/sixth-assessment-report-cycle/
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https://catastrophes-naturelles.ccr.fr/documents/148935/368920/BILAN_CAT_NAT_DIGITAL_05.06.2024.pdf/2a28e49e-a238-2753-1614-ca4f2a0a5145?t=1717598473067
https://catastrophes-naturelles.ccr.fr/documents/148935/368920/BILAN_CAT_NAT_DIGITAL_05.06.2024.pdf/2a28e49e-a238-2753-1614-ca4f2a0a5145?t=1717598473067
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https://marine.copernicus.eu/access-data/ocean-monitoring-indicators/time-series-mean-sea-level-anomalies-over-global-ocean-and-associated-trend
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https://sealevel.nasa.gov/sea-level-evaluation-tool
https://doc.cerema.fr/Default/doc/SYRACUSE/597431/projection-du-trait-de-cote-et-analyse-des-enjeux-au-niveau-national-horizons-2050-et-2100
https://doc.cerema.fr/Default/doc/SYRACUSE/597431/projection-du-trait-de-cote-et-analyse-des-enjeux-au-niveau-national-horizons-2050-et-2100
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https://cloud.univ-grenoble-alpes.fr/s/dfreG28jM2iRtRW
https://cloud.univ-grenoble-alpes.fr/s/dfreG28jM2iRtRW
https://cloud.univ-grenoble-alpes.fr/s/dfreG28jM2iRtRW
https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/financement-des-consequences-du-recul-du-trait-de-a3956.html
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https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/downloads/report/IPCC_AR6_WG1_SPM_French.pdf
https://www.inrae.fr/actualites/stocker-4-1-000-carbone-sols-potentiel-france
https://www.inrae.fr/actualites/stocker-4-1-000-carbone-sols-potentiel-france
https://www.inrae.fr/actualites/stocker-4-1-000-carbone-sols-potentiel-france
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https://meandre.explore2.inrae.fr
https://meandre.explore2.inrae.fr
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https://eur-lex.europa.eu/resource.html?uri=cellar:01891e84-f5e2-11ec-b976-01aa75ed71a1.0001.02/DOC_1&format=PDF
https://eur-lex.europa.eu/resource.html?uri=cellar:01891e84-f5e2-11ec-b976-01aa75ed71a1.0001.02/DOC_1&format=PDF
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https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/collection-thema
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https://www.carbone4.com/publication-faire-sa-part
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/document-reference-TRACC.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/document-reference-TRACC.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/document-reference-TRACC.pdf
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-du-climat-france-europe-et-monde-edition-2023?rubrique=26&dossier=1263
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https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2024/01/2024_HCC_Alimentation_Agriculture_25_01_webc_vdef_c.pdf
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https://www.ccacoalition.org/resources/global-methane-assessment-full-report
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Filieres/Viandes-rouges/2023/PUBLICATION-DU-BILAN-ELEVAGE-2022-Les-marches-des-produits-laitiers-carnes-et-avicoles
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https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Nouvelle-publication-LES-MARCHES-DES-PRODUITS-LAITIERS-CARNES-ET-AVICOLES-BILAN-2023-PERSPECTIVES-2024
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https://revue-sesame-inrae.fr/les-vegetariens-en-france-esquisse-dun-profil/
https://revue-sesame-inrae.fr/les-vegetariens-en-france-esquisse-dun-profil/
https://reseauactionclimat.org/alimentation-et-climat-la-mauvaise-note-des-supermarches/
https://reseauactionclimat.org/alimentation-et-climat-la-mauvaise-note-des-supermarches/
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Etablissement/2021/VEGETARIENS-ET-FLEXITARIENS-EN-FRANCE-EN-2020
https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Etablissement/2021/VEGETARIENS-ET-FLEXITARIENS-EN-FRANCE-EN-2020
https://agriculture.gouv.fr/projets-alimentaires-territoriaux
https://agriculture.gouv.fr/projets-alimentaires-territoriaux
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ96
Une nature sous pression
Déclin de
la biodiversité
97
La biodiversité, ou diversité du
vivant, rend compte de la va-
riabilité des organismes vivants à trois
niveaux : diversité génétique au sein
des espèces, diversité entre espèces et
diversité des écosystèmes. Chacun de
ces niveaux contribue à l?équilibre et à
la résilience des habitats naturels, mais
reste profondément vulnérable face aux
perturbations.
Depuis l?apparition de la vie sur Terre
il y a 3,8 milliards d?années, notre planète
a subi cinq grandes extinctions, avec
des conséquences dramatiques sur la
biomasse et la diversité des espèces. Les
bouleversements induits par les activités
humaines ces derniers siècles conduisent
à la sixième extinction massive.
La France héberge une richesse écolo-
gique exceptionnelle, ce qui lui confère
une responsabilité internationale dans
la préservation de la biodiversité. Elle
abrite 10 % des récifs coralliens mon-
diaux et 20 % des atolls et est présente
dans 5 des 36 points chauds mondiaux
de la biodiversité.
En cohérence avec ses engagements
internationaux en matière de préser-
vation du vivant, la France a adopté
fin 2023 la 3e stratégie nationale de la
biodiversité afin de réduire les pressions
sur la biodiversité et de protéger et
restaurer ses écosystèmes. Aujourd?hui,
malgré quelques signaux positifs, la
perte de biodiversité en France se
poursuit.
L
E
S
E
N
JE
U
X
Une
connaissance
des espèces
et des habitats
en constante
amélioration,
pour mieux agir.
Une poursuite
de l?érosion de
la biodiversité
en France, malgré
des initiatives
de protection à
l?échelle nationale
et internationale
et des réussites
ponctuelles.
Une absence
de diminution
significative des
cinq grandes
pressions
responsables
de la perte de
biodiversité, avec
une intensification
pour certaines.
Une couverture
du tiers
du territoire
français par au
moins un dispositif
de protection des
espaces naturels.
Des enjeux
liés à la
biodiversité
de mieux en mieux
pris en compte à
tous les niveaux,
du politique au
citoyen.
À RETENIR
RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ98
CHIFFRES CLÉS
70 %
FAUNE ET FLORE
PLUS DE
des espèces introduites
volontairement ou non par l?homme
dans de nouveaux habitats se trouvent dans
les territoires d?outre-mer.
des espèces décrites dans
le monde sont présentes
en France, soit 104 172 espèces
sur le territoire métropolitain
et 96 629 en outre-mer.
mobilisés en faveur de la biodiversité
en 2021, notamment pour la restauration des
milieux naturels, la réintroduction
d?espèces menacées ou la gestion d?espaces
protégés, soit 0,13 % du PIB.
des espèces cultivées pour
l?alimentation humaine en France
dépendent d?une pollinisation animale,
et en particulier des insectes.
espèces protégées
sont présentes sur le territoire
français.
7 269
68 %
10 %
3,3 Md¤
11 %
des espèces présentes
en France sont endémiques,
soit 22 775 espèces (dont 83 %
en outre-mer).
4,2 %
du territoire national,
terrestre et marin,
est couvert par un dispositif
de protection forte en 2024,
contre 1,8 % en 2021.
¤
20 %
des écosystèmes remarquables
sont dans un état de conservation
favorable en 2019.
99RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
DES SIGNAUX INQUIÉTANTS
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
L?état et l?évolution de la biodiversité ont toujours
été étroitement liés aux changements que la Terre a
subis depuis l?apparition de la vie. Depuis plusieurs
décennies, les activités humaines sont à l?origine
de changements environnementaux majeurs qui
conduisent au déclin de la biodiversité.
État de la biodiversité :
des outils d?inventaire mais
une connaissance à affiner
La mise en place de stratégies de gestion et de conser-
vation de la biodiversité, au niveau national et local,
suppose de disposer d?une bonne connaissance des
espèces. L?étude de leur répartition, la définition de
leurs habitats, de leur écologie et le suivi de leur abon-
dance permettent d?évaluer le caractère patrimonial
des espèces sur un territoire et d?en déterminer le
niveau de menace. Cette connaissance est le fruit
d?un long travail de prospection sur le terrain, de col-
lecte d?échantillons, d?identification et de remontée
d?informations. Les programmes de recherche scienti-
fique, de sciences participatives (Vigie-Nature, OPEN,
etc.) ou encore les inventaires d?espèces permettent
d?acquérir cette connaissance indispensable.
14,5 millions d?observations sont acquises et par-
tagées chaque année dans l?inventaire national du
patrimoine naturel (INPN) ? (moyenne 2021-2023) [1]
qui compte désormais plus de 103,6 millions d?ob-
servations. Les données collectées dans ce système
d?information biodiversité sont en constante pro-
gression (+ 26 % entre 2023 et 2024) [2]. Elles sont
désormais localisées et datées de façon plus précise,
ce qui enrichit les études sur le cycle de vie (phéno-
logie) des espèces et aide à identifier les impacts du
changement climatique. Cependant, la moitié des
espèces dont les données sont diffusées dans l?INPN,
Le concept de biodiversité désigne l?ensemble des êtres vivants
ainsi que les écosystèmes dans lesquels ils vivent. Il comprend
aussi les relations et les interactions entre les divers organismes
vivants, ainsi qu?entre les organismes et leurs écosystèmes
respectifs. L?ensemble forme un équilibre complexe et fragile.
Il est notamment mis à mal par les activités humaines.
Les services rendus par les écosystèmes, dont bénéficie
l?Homme, s?en trouvent affectés.
0
120 000
100 000
80 000
60 000
40 000
20 000
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2022 2023
17 633
24 %
23 516
31 %
26 609
31 %
33 716
39 %
40 289
45 %
41 736
47 %
40 974
41 %
44 592
44 %
49 895
49 %
56 367
52 %
59 591
54 %
Espèces n?ayant pas de donnée
diffusée dans l?INPN*
Espèces faisant l?objet d?au moins une donnée
diffusée dans l?INPN
63 053
57 %
2024
Évolution du nombre d?espèces inventoriées en France métropolitaine
En nombre d?espèces
* Inventaire national du patrimoine naturel.
Note : ce graphique représente la proportion d?espèces de France métropolitaine et de Corse listées
dans TAXREF et faisant l?objet d?au moins une donnée d?occurrence dans l?INPN (janvier 2024).
Source : INPN/SINP, PatriNat (OFB-MNHN)
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ100
souffrent encore d?un manque d?information pour
évaluer leur état et leur dynamique. Ainsi, en 2023,
le risque de disparition des espèces menacées n?a
pu être évalué que pour 18 % d?entre elles.
En France métropolitaine, 58 % des groupes d?es-
pèces ont encore aujourd?hui une répartition mal
connue qui empêche de définir de façon précise
leur secteur géographique. Par ailleurs, pour de nom-
breux invertébrés, champignons et espèces marines,
la connaissance actuelle est encore très lacunaire.
Les acteurs de la biodiversité peuvent également
s?appuyer sur les inventaires zones naturelles d?inté-
rêts écologique, faunistique et floristique (Znieff).
Cet inventaire, lancé en 1982, recense des espaces
terrestres et marins reconnus pour leur intérêt éco-
logique, abritant des espèces et des milieux naturels
remarquables rares et menacés. En 2023, le territoire
français comptait 19 847 Znieff terrestres (soit 30,2 %
de la couverture terrestre) et 308 Znieff marines
(soit 0,3 % de l?espace maritime français) 28. Près de
70 % des communes françaises abritent aujourd?hui
au moins une Znieff. Elles sont également présentes
en outre-mer, comme à Saint-Pierre-et-Miquelon où
l?intégralité du territoire est couverte par une Znieff.
Historiquement, l?inventaire des Znieff a aidé à établir
le réseau Natura 2000. Il continue de jouer un rôle
crucial dans la sélection des habitats à préserver.
Fin 2025, le programme CarHab fournira une
cartographie nationale détaillée, à l?échelle du
1:25 000e, couvrant 11 types d?habitats naturels et
semi-naturels pour les écosystèmes terrestres de
France métropolitaine et d?outre-mer.
Un déclin continu de
la biodiversité
La France concentre un patrimoine naturel d?une
exceptionnelle diversité, ce qui lui confère une respon-
sabilité particulière dans leur protection. Elle abrite
22 775 espèces endémiques (qu?on ne retrouve nulle
part ailleurs dans le monde), représentant 11 % de sa
biodiversité. Ces espèces endémiques, souvent plus
vulnérables en raison de leur aire de répartition limi-
tée, sont majoritairement situées dans les territoires
d?outre-mer (83 %), contre 17 % dans l?Hexagone.
La pression d?inventaires permet, chaque année,
de découvrir sur le territoire français, de nouvelles
espèces, comme l?aiguillat commun de La Réunion
(requin) ou encore le chat sauvage de Corse. En 2023,
633 nouvelles espèces ont ainsi été recensées, dont 78 %
en outre-mer. Les efforts d?inventaire doivent encore
être renforcés, notamment dans les fonds marins.
L?évaluation du statut de conservation des espèces
définit le degré de menace des espèces et leur risque
d?extinction. Selon l?UICN, sur les 157 190 espèces
L?ONB, outil de
connaissance sur la
biodiversité en France
Créé en 2012 à l?issue de la loi Grenelle,
l?Observatoire national de la biodiversité
(ONB) est un dispositif partenarial
qui vise à rendre compte de l?état et de
l?évolution de la biodiversité, ainsi que des
pressions qui l?affectent et des mesures
mises en place par les pouvoirs publics, la
société civile et le citoyen pour la préserver.
L?ONB rassemble des experts issus de la
sphère publique, du monde de la recherche,
des associations et des professionnels de la
biodiversité. Il s?inscrit dans une démarche
scientifique rigoureuse et transparente et
veille à garantir la neutralité et la fiabilité
de ses productions (rapports, indicateurs,
etc.). En 2024, plus de 120indicateurs sont
consultables sur le site naturefrance.fr.
Les Znieff* en France en 2023
* Zones naturelles d?intérêts écologique, faunistique et floristique.
Source : INPN, inventaire des Znieff, octobre 2023. Traitements : SDES, 202428. Inventaire des Znieff - Le territoire de référence pris en compte
est le territoire national sans les territoires du Pacifique Sud d?où le taux
de 30,2% (il n?y a pas d?inventaires Znieff en Pacifique Sud).
Saint-
Martin
Saint-
BarthélemyMayotte
Saint-Pierre-
et-MiquelonLa RéunionGuyane
Martinique
Guadeloupe
Znieff de type 2 mer
Znieff de type 1 mer
Znieff de type 2 terre
Znieff de type 1 terre
N
0 50 km
https://naturefrance.fr/indicateurs
https://inpn.mnhn.fr/actualites/lire/15261/mises-a-jour-de-l-inventaire-des-znieff-bilan-2023
101POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
étudiées, 44 016 sont menacées d?extinction au ni-
veau mondial. Sur les 200 801 espèces inventoriées
en France, 2 268 sont des espèces figurant parmi les
espèces menacées d?extinction, hissant la France au
10e rang des pays hébergeant le plus grand nombre
d?espèces menacées. Certains groupes d?espèces sont
particulièrement concernés par un risque d?extinction
au niveau mondial : 41 % des amphibiens, 36 % des
coraux constructeurs de récifs et 34 % des conifères.
Face aux multiples pressions d?origine humaine,
les populations animales et végétales ne pouvant
faire preuve de résilience tendent à diminuer. À titre
d?exemple, 66 % des espèces de papillons de jour
n?ont pas été revues depuis 20 ans dans au moins
un département français qu?elles occupaient. Pour
les espèces dites menacées, l?UICN évalue leur ten-
dance en observant les changements de catégorie de
menaces entre deux évaluations. En 2023, 38 % des
espèces françaises menacées au niveau mondial ont
une dynamique défavorable ce qui signifie qu?une
menace plus forte pèse sur ces espèces (seulement 5 %
des espèces menacées ont une dynamique favorable).
L?indice de risque d?extinction des espèces29 me-
sure la proportion d?espèces risquant de disparaître à
court terme sans mesures de conservation efficaces.
En 2023, cet indice s?élève à 0,17 en France métro-
politaine [3], ce qui signifie que, sans intervention,
Indice de risque d?extinction des espèces en 2023 et évolution entre 2000 et 2023
* Terres australes et antarctiques françaises.
Notes : l?indice risque d?extinction des espèces varie de 0 à 1 (valeur hors des barres). Plus sa valeur est proche
de 1 plus les populations évaluées sont dans une situation susceptible de conduire à leur disparition ; à l?inverse, plus l?indice est
proche de 0, plus les espèces concernées sont catégorisées dans un statut de préoccupation mineure (pas de disparition prévue
dans un avenir proche). La valeur de la tendance traduit l?évolution de l?indice du risque d?extinction entre 2000 et 2023.
Source : UICN Red List Index/BirdLife International, plateforme de la Global SDG Indicators Database, extraction au 12 février 2024.
Traitements : SDES, février 2024
29. Pour les groupes dont les évaluations sont complètes (mammifères,
oiseaux, amphibiens, coraux et cycadales).
17 % des espèces pourraient disparaître à moyen
terme. En outre-mer, cet indice varie fortement d?un
territoire à l?autre : il est excellent pour les espèces
locales à Saint- Barthélemy (presque nul), en Guyane
et à Saint-Martin mais s?élève à 0,46 à La Réunion et
Saint-Pierre-et-Miquelon, signalant un risque d?ex-
tinction beaucoup plus élevé. Au fil des ans, l?évolu-
tion de cet indice met en lumière l?accélération de
l?érosion de la biodiversité. Dans l?Hexagone et en
Corse, l?indice a doublé en 20 ans, passant de 0,08 à
0,17. Dans les territoires ultramarins, la situation est
également préoccupante avec une augmentation
de 74 % à Wallis-et-Futuna et de 188 % à Mayotte,
reflétant une détérioration significative de la biodi-
versité dans ces régions.
En 2019, sur le territoire métropolitain, seulement
un habitat d?intérêt communautaire sur cinq présentait
un état de conservation favorable, avec des variations
importantes selon les régions biogéographiques. La
région alpine, comprenant les Alpes et les Pyrénées,
présente de meilleurs états de conservation, avec un
habitat sur trois en état de conservation favorable.
En revanche, la région méditerranéenne présente un
état plus préoccupant, avec seulement un habitat
sur six en bon état de conservation. Concernant les
milieux agropastoraux, plus de la moitié des prairies
et pelouses d?intérêt communautaire sont dans un
état défavorable ou mauvais. Les landes et fourrés
sont globalement mieux conservés que les forma-
tions herbeuses.
0,0 0,10 0,15 0,25 0,35 0,450,05 0,20 0,30 0,40 0,50
La Réunion 46 %
1 %Saint-Pierre-
et-Miquelon
Guadeloupe
Nouvelle-Calédonie
Polynésie française
Monde
Martinique
TAAF*
Europe
France métropolitaine
Mayotte
Wallis et Futuna
Saint-Martin
Guyane
Saint-Barthélemy
23 %
22 %
38 %
17 %
40 %
72 %
106 %
188 %
74 %
83 %
19 %
- 47 %
2 %
0,46
0,46
0,38
0,37
0,29
0,28
0,25
0,20
0,17
0,17
0,16
0,15
0,07
0,06
0,01
Inférieure à 0 %
Valeur de la tendance
Valeur de l?indice
De 0 % à 10 %
De 10 % à 50 %
Supérieure à 50 %
https://unstats.un.org/sdgs/dataportal/database
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ102
Comment les activités
humaines affectent
les écosystèmes ultramarins
Caractérisés par une richesse écologique remarquable,
les écosystèmes ultramarins sont à la fois uniques
et fragiles du fait de leur isolement géographique.
Face à l?intensité croissante des activités anthropiques,
leurs équilibres écologiques sont remis en cause.
F
O
C
U
S
Récifs coralliens : une menace
inégale selon les territoires
Formés naturellement par des
animaux vivant en colonie qui
produisent un squelette calcaire,
les récifs coralliens sont des
réservoirs de biodiversité parmi
les plus riches des écosystèmes
marins. Ils abritent 25% de la vie
marine [4]. Cependant, l?équilibre
de ces écosystèmes est vulnérable
à diverses menaces. Localement,
ils peuvent être affectés par
l?agriculture, l?exploitation minière,
l?urbanisation, les aménagements
côtiers, la plaisance, le transport
maritime, etc. À l?échelle régionale
ou globale, ils subissent les impacts
des cyclones, de l?augmentation de
la température et de l?acidification
des océans, ainsi que de la
diminution des herbivores limitant
le développement algal sur les
coraux, et de la prolifération de
prédateurs de coraux comme
l?escargot drupella et les sargasses.
Abritant la plus grande formation
récifale des petites Antilles (29km
de long), le Parc national de
Guadeloupe a connu en octobre
2023 un épisode de blanchissement
massif de ses coraux en raison
d?une forte et longue canicule
marine. Bien que certains coraux
blanchis puissent guérir, d?autres
ont été décimés (cas de trois espèces
d?Acropores). En 2020, l?état de
conservation des récifs coralliens
variait de façon importante d?un
territoire à l?autre: 70% des récifs
étaient en bon état dans les îles
du Pacifique (Nouvelle-Calédonie,
Wallis et Futuna, Polynésie
française et Clipperton) et les îles
Éparses de l?océan Indien, plus
vastes et plus isolées. En revanche,
62% [5] étaient dans un état
dégradé aux Antilles françaises
et dans l?océan Indien (Mayotte,
La Réunion).
Mangroves : entre destruction
et expansion
Écosystèmes à l?interface entre
le milieu terrestre et marin,
les mangroves sont constituées
principalement de palétuviers.
Ces arbres forment un habitat
crucial pour de nombreuses
espèces comme le raton crabier,
la mangouste, le petit crabe
nageur. En plus d?être des aires de
reproduction et d?alevinage, les
mangroves protègent les côtes des
cyclones et tsunamis, réduisent
l?érosion marine, filtrent les métaux
lourds et pesticides et ont un rôle
majeur dans la séquestration du
carbone. L?urbanisation croissante
du littoral, l?aménagement
du territoire (canalisations,
artificialisation des sols en amont
de la mangrove, déviation de
cours d?eau) et la pollution issue
des bassins-versants ou de la
mer représentent les principales
causes de leur fragmentation
et de leur dégradation. La
situation est contrastée dans les
territoires ultramarins. Alors que
respectivement 40% et 65% de la
superficie des mangroves de Saint-
Martin et Saint-Barthélémy ont
été perdues, celle de Guadeloupe a
connu une augmentation de 19%
depuis 1950 [6].
Herbiers marins : une
accélération de leur disparition
Biologiquement riches et très
productifs, les herbiers marins
constituent l?habitat de nombreuses
espèces telles que le dugon ou
la tortue verte. Leur rôle dans
l?équilibre des écosystèmes est
multiple: garde-manger de
nombreuses espèces halieutiques,
purification de l?eau côtière, puits
de carbone (10% du carbone
océanique mondial), protection de
l?érosion des côtes. La dégradation
de la qualité de l?eau (hausse des
nutriments, pollutions, turbidité,
envasement), les effets des
aménagements réalisés sur le
littoral (remblais, dragage), la pêche,
la navigation non réglementée
et le changement climatique
103POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Écosystèmes et déforestation en Guyane
représentent les principales
menaces. On estime que près de
30% des herbiers du globe [7] ont
disparu depuis le XIXe siècle et que
la tendance s?est accélérée depuis
1990 avec une pression croissante
des activités humaines. En France,
ce déclin s?observe dans les Caraïbes
et l?océan Indien (particulièrement
à Mayotte) et s?illustre par la
présence, aujourd?hui, de deux
espèces classées «vulnérables»
dans la Liste rouge des espèces
menacées d?extinction de l?UICN.
Forêt tropicale humide
de Guyane : un déclin
de la biodiversité dû à
la déforestation
Essentiellement publique, la forêt
guyanaise, bien que relativement
préservée des activités humaines,
connaît ces dernières années
une pression grandissante.
L?accroissement démographique
ainsi que le développement de
l?activité minière légale et illégale,
se traduisent localement par une
disparition de la forêt primaire
au bénéfice de zones minières,
agricoles et urbanisées. L?impact
de ces pressions est multiple:
perte d?habitat d?espèces, baisse
de diversité et quantité de
poissons, privation d?accès à l?eau
potable, maladies des populations
amérindiennes dépendant
directement ou indirectement du
fleuve, etc. Entre 1990 et 2020, la
superficie forestière a baissé de
1,5%. Or, la destruction de la forêt
peut avoir des effets en cascade
sur les espèces. Une récente
étude menée sur le plateau des
Guyanes montre qu?un faible taux
de déforestation cause un déclin
important de la biodiversité:
la perte de moins de 11% de la
surface forestière conduirait à
un déclin de plus du quart des
espèces de poissons et mammifères
du territoire [8]. Ce déclin touche
principalement les espèces
considérées en danger d?extinction
par l?UICN. L?impact de l?homme
sur la forêt guyanaise se manifeste
par des feux, des coupes de bois et
l?introduction d?espèces exotiques
envahissantes. Ces actions peuvent
affecter la biodiversité, ainsi que les
stocks de carbone. Enfin, une étude
menée sur la forêt atlantique située
sur la côte est de l?Amérique du Sud
révèle que la déforestation a déjà
provoqué des pertes de 23 à 42%
de la biodiversité et des stocks de
carbone [9].
Savanes guyanaises : recul et
menaces sur un écosystème
crucial
Formations herbacées typiques
du paysage littoral guyanais,
les savanes ne représentent que
1% de la superficie de Guyane.
L?héritage agricole amérindien avec
ses champs surélevés a façonné
les savanes guyanaises créant un
écosystème d?une grande richesse
écologique. Celui-ci abrite de
nombreuses espèces menacées,
incluant 81% des oiseaux, 80%
des reptiles, et l?ensemble des
amphibiens de la région. Pourtant,
de multiples pressions liées à
l?activité humaine ont largement
réduit ces milieux d?importance.
Les activités de labour ou la
construction d?étangs à poissons ont
nivelé le milieu et altéré les modes
de drainage. Malgré l?interdiction
du brûlage, des feux illégaux
persistent créant des conflits
d?usage entre les différents acteurs
du territoire. De plus, l?introduction,
volontaire ou accidentelle, de
plantes exotiques envahissantes,
comme le Mangium ou le Nialoui,
perturbe les écosystèmes en se
répandant rapidement, impactant
ainsi d?autres habitats tels que les
mangroves, les marais et les forêts.
Avec la croissance démographique,
la Guyane connaît une expansion
de l?urbanisation dont les
conséquences sont irréversibles
pour les zones humides et les
savanes. Depuis 1950, on estime
que les savanes guyanaises ont
perdu 44% de leur surface et que
41% des surfaces restantes sont
menacées [10].
Source : DAAF Guyane, OAM/ONF Guyane, 2024. Traitements : SDES, 2024
Saint-
Laurent-
du-Maroni Sinnamary
Kourou
Roura
Saül B R É S I LulaMaripasoula
Saint-
Georges
Océan
Atlantique
RéginaRégina
Cayenne
Forêt (8 080 000 ha
soit 96,6 %)
Autres écosytèmes
(287 000 ha soit 3,4 %)
Écosystèmes
Par l?activité
minière légale
et l?orpaillage illégal
(33 300 ha soit 0,4 %)
Surfaces déforestées
ou dégradées
Par d?autres activités
(écobuage, etc.)
(286 ha soit 0,003 %)
Grand-
Santi
Grand-
Santi
CamopiCamopi
Saint-
Élie
Saint-
Élie
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ104
Cinq pressions responsables
du déclin de la biodiversité
En 2019, l?IPBES a publié un rapport évaluant l?état
de la biodiversité et des services écosystémiques
mondiaux sur les cinquante dernières années. Ce bilan
a révélé cinq principales pressions anthropiques qui
impactent gravement la nature à l?échelle mondiale :
la destruction des habitats, la surexploitation des
ressources, la pollution, le changement climatique
et l?introduction d?espèces exotiques envahissantes.
Ces facteurs agissent simultanément, et parfois en
synergie, amplifiant les pressions subies par les espèces.
Des milieux naturels
artificialisés et fragmentés
L?augmentation de la population et le développe-
ment des activités économiques conduisent la so-
ciété à transformer son environnement, entraînant la
destruction, la fragmentation et la perturbation des
écosystèmes. L?urbanisation et le tourisme sont les
principales causes de destruction des habitats marins
et côtiers. L?artificialisation des sols et la destruction
d?éléments du paysage (haies, bosquets) conduisent à
fragmenter les milieux naturels terrestres. Ce phéno-
mène affecte également les milieux aquatiques : en
2023, on comptait 102 742 obstacles à l?écoulement
en France métropolitaine, soit un obstacle tous les
4,16 km de cours d?eau. Ces obstacles affectent la
qualité, la disponibilité et l?accessibilité des habitats
aquatiques. Ils créent une rupture dans la continuité
écologique nécessaire à la survie des espèces et contri-
buent significativement à l?érosion de la biodiversité.
Une surexploitation
des ressources naturelles
Au-delà de la diminution de l?abondance des es-
pèces sauvages, l?exploitation de ressources à des
taux supérieurs à la régénération naturelle consti-
tue une pression majeure dans les écosystèmes.
La surexploitation halieutique entraîne ainsi un
changement profond des écosystèmes océaniques.
En France métropolitaine, plus de 300 espèces
de poissons, crustacés et mollusques sont exploitées
commercialement. En 2022, 20 % des 347 000 tonnes
débarquées provenaient de populations en surpêche
et/ou dégradées [11]. C?est le cas par exemple du
maquereau dans l?Atlantique et de la sardine du golfe
de Gascogne ou de la sole de Manche Ouest. De plus,
2 % des débarquements proviennent de populations
effondrées, comme le lieu jaune des mers du Nord
et celtique, et le merlu de Méditerranée. Toutefois,
une évolution positive de l?état des ressources et
de leur exploitation est observée depuis vingt ans.
Ainsi, la part dans les débarquements français des
populations issue de stocks biologiquement viables
a augmenté, passant de 18 % en 2000 à 56 % en
2022. Au-delà de la surexploitation des ressources
Cinq exemples d?atteinte à la biodiversité en France métropolitaine
Source : CGDD, d?après OFB, données ONB
Destruction des
milieux naturels
Surexploitation
des ressources
Changement
climatique
Espèces exotiques
envahissantes
Pollution
25 000 hectares
artificialisés enmoyenne chaque année
(2009-2022)
- 7 % du taux decroissance des arbres
(2005-2013 / 2014-2022)
14 nouvelles espèces
exotiques envahissantes
tous les 10 ans (depuis 1985)
22 % des poissonspêchés sont
surexploités (2022)
+ 6 % des nitrates
dans les cours d?eau
(2000-2020)
105POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
vivantes, la pêche industrielle conduit à la capture
d?espèces menacées et protégées (sur la période
2016 et 2020, l?estimation moyenne des captures
accidentelles est de près de 6 600 dauphins com-
muns et 220 marsouins communs dans la région
marine Manche-Atlantique [12]) et à la modification
et destruction d?habitats et de fonds marins.
Des pollutions qui affectent
tous les milieux
L?activité humaine créée ou modifie certaines subs-
tances qui les rendent naturellement non ou peu
dégradables. C?est le cas par exemple de la pollu-
tion plastique qui affecte tous les organismes qui
peuplent les eaux marines, jusqu?à des milliers de
mètres de profondeur. Cette pollution touche au
moins 267 espèces dans le monde, dont 86 % des
tortues marines, 44 % des oiseaux marins et 43 %
des mammifères marins [13].
Une autre grande catégorie de pollution est la
pollution chimique, qui comprend les métaux lourds,
les produits phytopharmaceutiques et d?autres subs-
tances nocives qu?on retrouve dans l?air, les sols et
dans l?eau. Ces polluants ont de multiples effets
néfastes sur la biodiversité, même si certains restent
à ce jour peu (re)connus. Ils peuvent causer la mort
de certaines espèces, provoquer des maladies par
intoxication, affecter leur reproduction (féminisa-
tion des poissons, fragilisation des oeufs, etc.) ou
altérer leur comportement. En 2022, un comité
d?experts de l?Inrae et de l?Ifremer a confirmé que
l?ensemble des milieux terrestres, aquatiques et ma-
rins, en particulier les zones côtières, est contaminé
par les produits phytopharmaceutiques. Les effets
directs et indirects de ces substances sont également
avérés sur les écosystèmes et les populations d?or-
ganismes terrestres, aquatiques et marins [14]. C?est
la raison pour laquelle de nombreuses substances
sont interdites au niveau européen pour certains
ou tout usage.
D?autres sources de pollutions affectant la bio-
diversité ont été identifiées, comme les pollutions
sonores, lumineuses, olfactives, magnétiques ou ra-
dioactives. Outre les échouages et la désorientation
des grands cétacés, comme l?a illustré la présence
d?un béluga et d?une orque dans la Seine en 2022, la
pollution sonore affecte également un large éven-
tail d?espèces marines. Le bio acousticien Michel
André [15] a ainsi montré que la pollution sonore
La pollution
lumineuse :
un impact croissant
sur la biodiversité
L?éclairage nocturne engendre une perte
d?habitats naturels pour les espèces
nocturnes et crée une fragmentation des
milieux. 85% du territoire métropolitain
est exposé à un niveau élevé de pollution
lumineuse, qui constitue une menace
pour de nombreuses espèces animales et
végétales.
Les chauves-souris, par exemple, fuient
la pollution lumineuse et voient leur
habitat naturel se réduire. Entre 2006
et 2021, leur population a décliné de
43%. Par ailleurs, les insectes nocturnes
affectés par la lumière artificielle ne
jouent plus leur rôle de pollinisateurs
avec un impact sur la flore.
impactait la répartition des herbiers de posidonies,
qui utilisent des vibrations pour trouver le fond
marin et s?enraciner.
Parmi les polluants de l?air, l?ozone qui se forme
par réaction entre des polluants d?origine humaine
et naturelle déjà présents dans l?atmosphère sous
l?influence du rayonnement solaire, a un impact
avéré sur la croissance des plantes. L?absorption de
l?ozone peut endommager les cellules végétales et
provoquer une baisse quantitative et qualitative
des rendements agricoles et une diminution de la
croissance des forêts.
Des modifications biologiques
induites par le changement
climatique
En affectant l?équilibre naturel des écosystèmes et
leurs chaînes alimentaires, le changement climatique
impacte de façon significative les interactions qui
lient la faune et la flore. Ces perturbations sur le
vivant sont multiples : déplacement de l?aire de
répartition des espèces, accélération des cycles
saisonniers, extinction de populations locales, etc.
Ces bouleversements biologiques sont provoqués
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ106
notamment par la hausse des températures, l?aci-
dification et l?élévation du niveau des océans, les
inondations, etc. Ainsi, les habitats situés à l?interface
terre-mer des littoraux se trouvent particulièrement
impactés. Côté « terre », les estuaires, les marais
littoraux, les estrans ou encore les dunes, les côtés
rocheuses ou sableuses, qui offrent des conditions
de vie (salinité, vent, marée, etc.) spécifiques mais
favorables à de nombreuses espèces endémiques,
sont aujourd?hui menacés de disparition [16].
L?élévation des températures sur terre comme en
mer pousse certaines espèces à adapter leur compor-
tement. C?est le cas des espèces migratrices qui font
évoluer leur stratégie de migration au cours du temps
pour gagner des territoires aux conditions climatiques
plus favorables. Certaines espèces, comme les migra-
teurs partiels ont la capacité de s?adapter en retardant
leurs dates de passage (diminution des distances de
migration) alors que d?autres les avancent, provo-
quant un décalage dans la période de reproduction.
Ainsi, en 2023, les oiseaux migrateurs transsahariens,
sont arrivés à la Pointe de Grave (extrémité nord du
Médoc) en moyenne 3,9 jours plus tôt par rapport à
1986. De même, on observe que pendant la période
postnuptiale, les espèces migratrices partent plus
tôt vers les zones d?hivernage à l?automne avec un
départ anticipé de 2,4 jours en 2023 par rapport à
1986 pour neuf espèces de migrateurs transsahariens
au col d?Organbidexka au Pays basque. Par ailleurs,
les variations de température en milieu marin ont des
répercussions sur le développement de nombreux
poissons. Une hausse des températures entraîne un
développement embryonnaire plus rapide chez de
nombreuses espèces, ce qui augmente le risque de
malformations à la naissance et les rend plus vulné-
rables aux prédateurs [17].
Des espèces exotiques
envahissantes plus nombreuses
et conquérantes
Par son positionnement géographique et la diversité
de ses climats et habitats naturels, la France est
fortement exposée à l?implantation de nouvelles
espèces. Les flux de marchandises et de personnes
en constante progression facilitent leur accès sur
le territoire. En 2023, on recensait 2 502 espèces
continentales et marines considérées comme in-
troduites dans l?Hexagone, représentant 2 % des
espèces connues sur le territoire. Certaines de ces
espèces peuvent devenir envahissantes et nuire à la
biodiversité locale. Qu?elle soit volontaire ou non,
l?introduction d?espèces envahissantes peut avoir
de graves répercussions sur la santé des végétaux
cultivés, des animaux d?élevage, des milieux naturels
ou encore celle de l?homme. Elle peut générer d?im-
portants coûts économiques et des impacts sur les
activités humaines : navigation fluviale, tourisme,
productions agricoles. Pour cette raison, 94 espèces
animales et végétales sont aujourd?hui considérées
comme espèces exotiques envahissantes (EEE) et
font l?objet d?une réglementation spécifique en
France métropolitaine.
De multiples invasions illustrent ce phénomène
comme celles de l?écrevisse américaine, de la four-
mi de feu, de la jussie ou du miconia, et du frelon
asiatique.
Arrivé en 2004 en Lot-et-Garonne, ce dernier
occupait de façon certaine en 2023, l?ensemble des
départements métropolitains à l?exception de ceux
de la Corse [18]. Cette espèce envahissante introduite
par le commerce international provoque de graves
perturbations écologiques. Le frelon menace les
insectes locaux, et notamment les abeilles domes-
tiques et sauvages ainsi que les autres pollinisateurs,
et cause des dégâts importants sur les vergers et
la production apicole. Il représente également un
risque de santé publique et fait aujourd?hui partie
des 49 EEE préoccupantes pour l?UE. Les projec-
tions [19] montrent que le front d?expansion de ses
populations progresse en moyenne de 78 km/an.
En mer, le trafic maritime et la conchyliculture
sont parmi les principales causes d?introduction des
EEE. Depuis 1983, plus de 28 de ces espèces ont été
recensées dans l?ensemble des départements litto-
raux de France métropolitaine. Ces espèces tendent
à perturber l?équilibre naturel de leurs écosystèmes
d?adoption.
Les territoires insulaires d?outre-mer, aux éco-
systèmes spécifiques, sont également particuliè-
rement sensibles à l?implantation de ces nouvelles
espèces.
107POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
DES SERVICES
ÉCOSYSTÉMIQUES
FRAGILISÉS
La réduction progressive de la biodiversité affecte
non seulement l?environnement, mais aussi la société
et l?économie, qui profitent inconsciemment de
nombreux avantages fournis par les écosystèmes.
La détérioration ou la diminution de ces ressources
pourrait avoir des conséquences notables.
Les arbres en milieux urbains :
essentiels mais trop peu
présents
Zones hostiles à la biodiversité du fait de la concen-
tration de perturbations humaines, les milieux urbains
disposent néanmoins d?espaces de nature (bois,
mares, jardins, squares, etc.). Avec une augmenta-
tion de 1 % de l?urbanisation entre 2012 et 2018, il
devient de plus en plus complexe de trouver un
équilibre entre la densité urbaine et le maintien
de la nature en ville, surtout avec une population
française croissante.
Pour préserver la santé mentale des citadins,
l?OMS recommande une moyenne de 15 m² d?espaces
verts par habitant. Ce chiffre a été tout juste atteint
en région parisienne en 2022, en incluant les bois
de Vincennes et de Boulogne. Cependant, à Paris
intra-muros, la situation est bien différente, avec
seulement 5,8 m² d?espaces verts par habitant [20].
Pour satisfaire le besoin de nature en milieu ur-
bain, de nombreuses municipalités s?engagent à
densifier leurs espaces verts en plantant des arbres.
Cette approche minimaliste permet d?apporter
de nombreux bénéfices écosystémiques dont le
stockage du carbone et l?apport de fraîcheur dans
les îlots de chaleur.
Selon l?OMS, la présence d?arbres dans un milieu
urbanisé concourt également à diminuer la tempé-
rature de l?air de l?ordre de 1 à 2 °C dans un rayon de
50 m. L?arbre urbain contribue également à l?amé-
lioration de la qualité de l?air en interceptant et/ou
absorbant certains polluants et particules atmos-
phériques. Selon le Programme des Nations unies
pour l?environnement (PNUE), un arbre de plus de
3 m en milieu urbain peut retenir jusqu?à 5,4 tonnes
de CO2 par an et 20 kg de poussières. Une étude
réalisée en 2016 par i-Tree à Strasbourg a révélé que
les arbres de la ville stockaient 128 000 t de carbone
chaque année, soit l?équivalent des rejets annuels
moyens de 35 000 Strasbourgeois [21].
À l?exception de quelques villes, les grands mi-
lieux urbains français ne sont pas assez pourvus
d?arbres. En 2023, la région Île-de-France a recensé
Initiée en 2012 par le ministère chargé
de l?Environnement, l?évaluation
française des écosystèmes et des services
écosystémiques (Efese) vise à mieux
connaître et faire connaître l?état de la
biodiversité et ses multiples valeurs, afin
d?en renforcer la prise en compte dans
les politiques publiques et les décisions
privées en France.
L?Efese réalise des synthèses sur les
enjeux associés à différents services
rendus par les écosystèmes au niveau
national ou territorial. Elle propose
des valeurs de référence et identifie
les principaux besoins de connaissances
supplémentaires. À ce jour, six évaluations
nationales et sept évaluations thématiques
ont été réalisées.
Efese, une plateforme au carrefour
entre science, décision et société
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ108
26 millions d?arbres sur une superficie de 12 000 km²,
soit deux arbres par habitant. À Paris intra-muros, ce
chiffre tombe à seulement 0,2 arbre par habitant,
contre une moyenne nationale de 182 arbres. En
dépit d?efforts pour planter davantage d?arbres
en milieu urbain, beaucoup sont encore abattus
(3 000 par an en moyenne à Paris [22]), soit pour des
raisons sanitaires ou le plus souvent pour des raisons
d?aménagements urbains ou de sécurité routière.
Enfin, l?arbre offre un service de soutien essentiel
à la biodiversité en ville, en offrant un refuge pour la
faune et en contribuant au maintien des corridors
écologiques. Actuellement, la diminution du nombre
d?arbres en milieu urbain, alliée aux pollutions chimique,
atmosphérique et sonore, est responsable d?une baisse
de 44 % de la population d?oiseaux en milieux bâtis
en France, observée entre 1989 et 2023.
Milieux agricoles : une
biodiversité à restaurer pour
garantir l?approvisionnement
L?effet combiné de la déprise agricole, de la méca-
nisation des pratiques agricoles et de l?artificiali-
sation des sols a fortement transformé le paysage
agricole. Au sein de ces milieux, deux écosystèmes
ont particulièrement été impactés : les haies et les
bocages. Depuis 1950, la surface de prairies en France
est passée de 13,2 Mha en 1950 à 9,6 Mha en 2020 [24],
soit une baisse de 27 %. La perte de haies est encore
plus marquée, avec une réduction estimée à 70 %
depuis 1950. Entre 2017 et 2021, malgré la replanta-
tion annuelle d?environ 7 000 km de haies, plus de
23 500 km de haies ont été arrachées chaque année
[25]. En 2023, le linéaire total de haies est estimé à
750 000 km. Un réseau dense de haies combiné à des
prairies mellifères peut héberger jusqu?à une centaine
d?espèces d?insectes différentes, dont des papillons,
des abeilles, des mouches et des coléoptères.
Au-delà du rôle d?habitat pour diverses espèces,
comme les pollinisateurs, les oiseaux et les petits
mammifères, les haies jouent un rôle dans la régula-
tion environnementale. Leur système racinaire aide
à ralentir le ruissellement et à favoriser l?infiltration
de l?eau. De plus, elles offrent une protection contre
les impacts du changement climatique, comme les
intempéries violentes ou les fortes chaleurs, ce qui se
traduit par des bénéfices directs sur les rendements
agricoles. Le programme de recherche Resp?Haies
estime qu?une parcelle agricole de 4 ha entourée de
haies en bon état peut avoir un rendement supérieur
de 12 % à celui d?une parcelle sans haie [26].
Les insectes pollinisateurs sont essentiels pour la
préservation de la biodiversité en milieu agricole et
pour la production vivrière. Des études internationales
ont montré que la biomasse des insectes avait dimi-
nué de 2,5 % en moyenne par an depuis 30 ans [27]
à cause notamment de l?utilisation de produits phy-
tosanitaires, mais cette baisse est plus difficile à es-
timer à une échelle locale. En France, la contribution
des insectes pollinisateurs à la production végétale
destinée à l?alimentation humaine est estimée à une
valeur économique comprise entre 2,3 à 5,3 Md¤ [28].
En effet, plus de 70 % des espèces cultivées pour
l?alimentation en France dépendent plus ou moins
fortement de l?action des pollinisateurs.
En 2019, le Muséum national d?histoire naturelle
(MNHN) et l?Inrae ont élaboré une carte de l?effica-
cité de la pollinisation en France, à partir de données
sur les rendements de différentes cultures agricoles.
L?étude a examiné des cultures dépendantes de la
pollinisation, telles que le melon et la courge, ainsi
que des cultures autofécondantes, comme le blé et le
maïs. Les résultats montrent d?importantes disparités
entre le nord et le sud de la France métropolitaine,
avec une pollinisation plus efficace dans les régions
méditerranéennes qu?à l?extrême nord du pays. Cette
différence pourrait s?expliquer par deux facteurs :
certaines espèces de pollinisateurs, comme les hymé-
noptères, préfèrent le climat chaud méditerranéen au
climat tempéré des régions septentrionales ; d?autres
espèces, comme les lépidoptères, trouvent dans le
sud de la France des habitats plus propices à leur
développement larvaire, tels que les pelouses sèches
des milieux alpins et les garrigues près du littoral.
Indispensables à la production agricole, les sols
hébergent une biodiversité insoupçonnée. Ils abritent,
par exemple, plusieurs tonnes de vers de terre par
hectare, jusqu?à un milliard de bactéries par gramme de
sol et plusieurs dizaines de millions de champignons.
On dénombre jusqu?à 10 000 espèces d?organismes
par m² pour la faune de la taille d?un micromètre à
20 mm et 260 vers de terre par m² en moyenne. Ces
animaux, champignons, bactéries, virus et algues
sont absolument nécessaires aux écosystèmes. La
faune et le microbiote améliorent la fertilité du sol en
recyclant le carbone et en fournissant des éléments
Les terres agricoles
en France
44 %
de la superficie du pays (DROM compris) est occupée
par des terres agricoles [23] composées à :
62 %
de terres
arables
33 %
de surfaces
toujours
en herbe
5 %
de cultures
pérennes (vignes
et vergers)
109POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Indice de pollinisation dans les départements de France métropolitaine
Lecture : l?indice potentiel de pollinisation mesure la capacité des écosystèmes à favoriser la pollinisation des
cultures par les abeilles sauvages. Il combine des données de littérature sur l?écologie des espèces d?abeilles
sauvages, avec des informations spatiales sur la disponibilité des ressources pour ces pollinisateurs (c?est-à-dire
la nourriture et les sites de nidification). Le potentiel relatif de pollinisation diminue avec la distance par rapport
aux habitats semi-naturels (un indicateur du taux de visite des abeilles) et augmente avec la température
annuelle (un indicateur de l?activité des abeilles sauvages). Les valeurs les plus positives (en orange) indiquent
les départements où la pollinisation est la moins problématique alors que les valeurs les plus négatives (en bleu)
sont associées à des départements où le service de pollinisation est moins bon.
Source : Indicateurs écologiques, Volume 101, 2019 (Martin et al., INRA-MNHN), d?après étude européenne
Zulian et al. (2013) [29]. Traitements : SDES, 2024
Départements
où les rendements
des cultures liés à
la pollinisation sont
très significatifs
2
1
0
- 1
Indice de
pollinisation
Départements
où les rendements
des cultures liés à
la pollinisation sont
très significatifs 0 50 km
N
nutritifs aux plantes. Ils dégradent des contaminants
et limitent l?érosion ou le tassement, en améliorant la
structure du sol, ainsi que la circulation, le stockage
et la filtration de l?eau. Ainsi, une perte de 30 % de
la biodiversité microbienne diminue d?environ 40 %
la minéralisation de la matière organique (et donc le
recyclage des éléments minéraux), baisse de 50 % la
dénitrification du sol et la productivité générale, et
réduit de 40 % la stabilité structurale [30].
Une forêt aux valeurs
mésestimées
Le milieu forestier se compose principalement
d?arbres, d?arbustes et arbrisseaux, ainsi que de l?en-
semble des espèces qui lui sont associées, comme
les champignons et les insectes, toutes interdépen-
dantes. Dans ces milieux, les forêts primaires, qui
ont évolué sans intervention humaine, cohabitent
avec les forêts secondaires, façonnées par les socié-
tés humaines. Bien que les forêts soient menacées
à l?échelle mondiale, avec la disparition annuelle
moyenne de 6 Mha entre 1990 et 2021, principale-
ment au Brésil et en Indonésie [31], la surface de la
forêt métropolitaine s?accroît continûment depuis
la fin de la Révolution française. Celle-ci est passée
de 14,4 Mha en 1990 à 17,5 Mha en 2024 [32].
Le milieu forestier, en plus de s?étendre, affiche éga-
lement un état de conservation supérieur par rapport
à d?autres habitats. Selon la dernière évaluation de
l?état de conservation des régions biogéographiques
réalisées dans le cadre de la directive européenne
Habitats, Faune, Flore (DHFF), 35 % des évaluations
forestières sont favorables, contre une moyenne de
23 % pour les autres milieux [33]. De plus, la diversité en
espèces communes et indigènes d?arbres a augmenté
de 18,9 % dans les forêts métropolitaines en dix ans.
Ces signaux positifs restent toutefois menacés par
des effets liés au réchauffement climatique. Sur la
décennie 2013-2023, environ 9 000 ha de forêts ont
été incendiés en moyenne chaque année [34]. Sur la
même période, la chenille processionnaire du pin
a progressé vers le nord de la France à un rythme
moyen de 4 km/an [35].
Au-delà de la valeur marchande du bois, les forêts
offrent d?autres biens et services précieux, tels que
des espaces de détente, la protection des écosys-
tèmes et de la biodiversité, ainsi qu?une contribution
essentielle à la lutte contre le réchauffement clima-
tique. Selon une estimation du Citepa, en 2022, les
forêts ont capté 27,6 Mt CO2 [36].
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ110
Bilan net des gaz à effet de serre des terres agricoles
et forestières par ancienne région en 2021
Lecture : les terres agricoles et forestières de Midi-Pyrénées ont capté
6,8 Mt CO2 éq en 2021. Inversement, celles de Champagne-Ardennes ont émis
1,9 Mt CO2 éq en 2021.
Note : la carte correspond à tout utilisation des terres, changement
d?affectation des terres et foresterie (UTCATF) et pas seulement à la forêt
(même si la forêt représente la majorité d?UTCAFT).
Source : Inventaire Citepa en 2024, d?après les données 2021.
Traitements : SDES, 2024
1,9
0
- 6,8
Bilan du secteur
UTCATF par région
(en Mt CO? éq)
- 1
0,2
0,2
0,4
0,4
0,4- 1,7
- 1,7
- 6,8 - 3,2
- 1,6
- 1,6
- 0,2
- 0,8 - 2,9
- 2,7
3-
0,8
1,9
1,2
0,6
0,5
0 50 km
N
En 2021, les ménages français sont allés en moyenne
neuf fois en forêt, soit une fréquentation totale an-
nuelle estimée à 700 millions de visiteurs [37]. Selon
une enquête réalisée en 2018 sur les usages récréatifs
de la forêt, les ménages français se rendent dans
les forêts pour observer la nature, faire du sport et
de la cueillette. La collecte moyenne est estimée à
1 kg de champignons, 0,4 kg de baies et 0,9 kg de
châtaignes par visiteur et par an. Sur la base d?une
analyse des coûts de déplacement et les préférences
des visiteurs, l?Efese estime la valeur économique
des loisirs forestiers en France entre 13 et 45 Md¤
par an [38]. Cette estimation dépasse largement les
3 Md¤ générés chaque année par la vente de bois.
Des milieux humides et
aquatiques régulateurs des effets
du changement climatique
À l?interface entre le milieu terrestre et aquatique, les
milieux humides (marais, tourbières, prairies humides,
lagunes, mangroves, etc.) sont caractérisés par la présence
de façon permanente ou temporaire d?eau douce, salée
ou saumâtre, et par une végétation hygrophile. Ces
milieux se retrouvent fréquemment en contact avec
les milieux d?eau douce. Courantes (rivières, fleuves,
cours d?eau, chenaux d?écoulement des eaux, etc.) ou
stagnantes (plans d?eau), les eaux de surface maillent
l?ensemble du territoire et interagissent avec les eaux
souterraines. Dans l?Hexagone, on estime à près de
13 Mha la surface potentielle de zones humides, à plus
de 350 000 ha la surface totale en plans d?eau [39] et
à 270 000 km le réseau hydrographique.
À l?instar des surfaces d?eau stagnante, les zones
humides jouent un rôle dans le stockage et la régulation
de la qualité des eaux de surface. Elles permettent
chaque année d?économiser à la société l?équivalent
de 2 000 ¤/ha sur le traitement de l?eau potable [40].
Les végétaux présents dans ces écosystèmes in-
terviennent dans ce cycle via l?évapotranspiration
ou via l?infiltration grâce à leurs racines. Les eaux
courantes jouent aussi un rôle dans le cycle des
éléments nutritifs comme le carbone ou l?azote.
Alors que les crues saisonnières que subissent les
milieux aquatiques sont nécessaires à leur bon fonc-
tionnement (interactions entre milieux terrestres et
aquatiques, recharge en sédiments, modelage du lit
des cours d?eau), les zones humides contribuent à
en diminuer l?intensité.
Considérées comme des amortisseurs de premier
ordre aux effets du changement climatique, les zones
humides alimentent les nappes souterraines et les
cours d?eau, retardant les effets des sécheresses et
préservant la ressource en eau. Par ailleurs, chaque
année, en France, la valeur des services rendus par
les milieux humides et aquatiques continentaux dans
la rétention de l?azote est estimée à plus de 2 Md¤.
Considérées comme les principaux puits de carbone,
les tourbières, qui ne couvrent pourtant que 0,2 % de
la surface métropolitaine [41], stockent chaque année
0,5 t CO2 /ha. Leur perturbation ou leur dégradation
libérerait dans l?Hexagone un stock de référence
estimé à 3 214 t CO2/ha détruit [42].
Les milieux humides et aquatiques continentaux,
lieux de repos, de nourriture et de reproduction,
constituent des réservoirs de biodiversité d?une grande
richesse. On estime que plus du tiers des espèces
recensées sur l?hexagone profiterait de ces habitats.
Parmi elles, 80 espèces de poissons présentes dans
les rivières françaises et plus de 90 espèces d?oiseaux
nicheurs en dépendent. Les prélèvements d?espèces
sauvages réalisés dans les milieux humides et aqua-
tiques continentaux (principalement des poissons)
représentent une valeur commerciale annuelle de
111POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
l?ordre de 240 M¤ [43]. La pêche professionnelle en
eau douce est une activité aujourd?hui pratiquée par
près de 400 professionnels en France et dégageait un
chiffre d?affaires de l?ordre de 27,7 M¤ en 2020 [44].
Ces milieux offrent également de multiples services
récréatifs, comme la baignade, la pêche de loisir,
les sports nautiques. En 2022, plus de 1,4 million
de cartes de pêche ont été délivrées en France [45].
Associé à ces milieux, un tourisme vert privilégiant
la mobilité douce est aujourd?hui en plein essor.
La Loire à Vélo offre, par exemple, une possibilité
d?itinérance douce propice à la découverte du patri-
moine naturel sur 900 km de pistes cyclables. Cette
destination a ainsi attiré 1,8 million de cyclistes en
2022 et généré 54,5 M¤ de retombées directes sur
les territoires traversés [46].
Selon la dernière évaluation nationale des sites
humides emblématiques 2010-2020, 86 % des sites
évalués fournissaient en 2020 des services de régula-
tion, d?approvisionnement et culturels. Cependant,
leur dégradation pourrait compromettre les services
que ces milieux offrent à la société. Cette évaluation
révèle que dans les zones côtières, où les pressions
environnementales sont les plus intenses, 59 % des
milieux des sites de l?Atlantique, Manche et mer du
Nord, ainsi que 50 % de ceux de la Méditerranée, présen-
taient des services altérés du fait de leur dégradation.
Des milieux marins essentiels
au bien-être humain
Avec près de 11 millions de km² (dont 97 % en outre-
mer) et une présence dans tous les océans du globe
(sauf l?Arctique), la France dispose du deuxième do-
maine maritime mondial. Ces espaces sont essentiels
pour diverses activités économiques, avec 341 Mt
de marchandises transportées par voie maritime
en 2022 et 28 millions de pratiquants de sports
nautiques et subaquatiques. Ils contribuent égale-
ment à la régulation du climat, en absorbant près
d?un tiers du CO2 d?origine humaine émis chaque
année dans l?atmosphère, participent à maintenir la
qualité des eaux côtières, etc. Toutefois, les multiples
pressions engendrées par les nombreux usages de
ces milieux, associées au changement climatique,
perturbent et modifient de plus en plus la santé
et le fonctionnement des écosystèmes marins et
côtiers. En 2019, seulement 2 habitats des 29 éva-
lués dans le cadre de la directive Habitats, Faune,
Flore étaient en état de conservation favorable. Par
ailleurs, en 2022, seulement 47 % des 295 masses
d?eau littorales atteignent un bon état écologique
au sens de la directive-cadre sur l?eau [47].
Pourtant, cet écosystème assure différentes fonc-
tions écologiques : représentant 95 % des volumes
en eau mondiaux, les zones marines sont une com-
posante essentielle du cycle de l?eau, même si l?eau
contenue salée n?est pas directement consommable.
Le phytoplancton, vivant dans les océans, constitue un
30. Données de la consommation d?espaces naturels, agricoles et forestiers
du 1er janvier 2009 au 1er janvier 2023, calculées à partir des fichiers fonciers
mis à jour le 17 octobre 2024.
organisme essentiel à l?équilibre du vivant sur Terre :
il est ainsi le plus grand fournisseur d?oxygène de
notre planète, produisant entre un tiers et la moitié
de l?oxygène, via le processus de photosynthèse.
Par ailleurs, avec les macro-algues, il transforme les
éléments nutritifs en une biomasse accessible aux
autres espèces animales et végétales. Enfin, de par
leur diversité, les milieux marins français abritent
une biodiversité riche et diversifiée.
L?écosystème marin est une source de nombreux
produits alimentaires, comme les poissons, les crus-
tacés, les mollusques, les algues, etc. Les produits
de la mer constituent au moins 20 % de l?apport
quotidien en protéines animales pour plus de 3,3 mil-
liards de personnes dans le monde [48]. En France,
la consommation moyenne annuelle par Français
est de 33,5 kg [49].
D?autres productions marines peuvent être utili-
sées dans divers secteurs économiques. Avec 70 000
à 90 000 t d?algues fraîches récoltées chaque année
en France, l?algoculture offre par exemple une al-
ternative d?engrais naturel mais aussi une source
d?iode de plus en plus prisée. En Polynésie française,
la perliculture constitue la 2e ressource économique
de l?archipel. En 2022, sur 7 646 ha d?exploitations
produisant près de 9 t de perles, l?activité a généré
plus de 50 M¤ de recettes [50].
Avec plus de 10 % de la population métropolitaine
vivant sur le littoral et 41 % des nuitées touristiques
estivales en 2023 [51], les zones marines et côtières sont
des lieux de quiétude privilégiés pour leurs valeurs
sociales et culturelles. Ainsi, les Français peuvent dé-
couvrir les paysages remarquables du littoral à travers
les 5 800 km de sentiers de randonnée en France (dont
450 dans les Outre-mer) [52]. Le tourisme stimule éga-
lement d?autres activités qui valorisent la biodiversité
marine et littorale, comme la plongée sous-marine qui
a attiré 340 000 pratiquants en 2022, dont près de
la moitié était des plongeurs licenciés. Enfin, durant
la période estivale, le nombre de pratiquants de la
pêche en mer de loisir (à pied ou à canne) en France
métropolitaine est estimé à 2,7 millions de personnes.
Cependant, l?attrait touristique et culturel des éco-
systèmes marins les menace. Entre 2009 et 2022,
34 500 ha ont été urbanisés au sein des communes
littorales de France (25 021 ha pour les communes
littorales de France métropolitaine et 9 436 ha pour
les communes littorales des DROM, hors Mayotte)30.
De plus, les milieux littoraux, même ceux protégés,
sont de plus en plus fréquentés. Ainsi, le parc national
des Calanques a enregistré près de 3 millions de visites
durant la période estivale en 2023, contre 800 000
avant la création du parc en 2012.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ112
LES ENJEUX DE BIODIVERSITÉ
ET LA SOCIÉTÉ
La France mobilise des politiques publiques et
renforce les mesures de conservation pour lutter
contre l?érosion de la biodiversité et répondre à
une préoccupation citoyenne grandissante. Dans
un contexte de développement et d?aménagement
du territoire, ces actions reflètent une volonté de
concilier impératifs environnementaux et enjeux
socio-économiques.
Des engagements pris dans
les politiques publiques
Face au déclin de la biodiversité et malgré la mise
en place de politiques de préservation, l?IPBES
recommande un « changement transformateur »
pour améliorer notre relation avec la nature. Cette
approche inclut quatre actions nécessaires pour
préserver la biodiversité :
? la protection et la restauration des espaces naturels ;
? la réduction des pressions sur la biodiversité ;
31. À cette époque le terme biodiversité n?était pas encore apparu.
En novembre 2023, le gouvernement français
a adopté la Stratégie nationale biodiversité
(SNB) 2030. Elle concrétise l?engagement de
la France à stopper puis inverser la trajectoire
d?effondrement de la biodiversité en accord
avec le cadre mondial de la biodiversité, adopté
en décembre 2022 à Montréal lors
de la 15eConférence des Parties (COP15)
à la convention sur la diversité biologique.
Des engagements forts ont ainsi été pris par la
France à l?horizon 2030, en lien avec l?UE, pour:
? réduire de moitié le risque global lié aux
pesticides;
? restaurer 30% des écosystèmes terrestres et
maritimes dégradés;
? protéger 30% du territoire
national, terrestre et marin, dont
10% en protection forte;
? réduire de 50% l?établissement des espèces
exotiques envahissantes;
? stopper l?extinction des espèces due aux
activités anthropiques d?ici 2050.
La SNB se décline en 4 axes
(40 mesures et plus de 200 actions):
? réduire les pressions qui s?exercent sur la
biodiversité;
? restaurer la biodiversité dégradée partout où
c?est possible;
? mobiliser tous les acteurs;
? garantir les moyens d?atteindre ces ambitions.
La Stratégie nationale biodiversité 2030
? la réorganisation de l?économie et des systèmes
de production ;
? la transition vers des styles de vie et des villes
durables.
En France, dès 1923, un collège de naturalistes
réunis à Paris lors du 1er Congrès international de la
nature alertait sur une dégradation importante de
la nature31 à l?échelle internationale marquée par
des extinctions d?espèces, comme le dodo, ainsi
que l?artificialisation des paysages. Ce n?est toute-
fois qu?au début des années 1960 que sont créés
en France la première réserve naturelle nationale
(Luitel en 1961) et le premier parc national (Vanoise
en 1963). Dès lors, le réseau d?aires protégées n?a
cessé de s?enrichir jusqu?en 2018 avec la création
des arrêtés de protection d?habitats naturels.
Tout au long de ces années, plusieurs critères
permettent de délimiter les espaces protégés : l?abon-
dance du vivant, de la biomasse et des fonctions
écologiques, la richesse en espèces menacées, les
113POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
sites de migration ou de reproduction (processus
biotiques), l?originalité des communautés animales,
végétales et micro-organiques, les rôles de corridor
entre espaces préservés, ou encore la faible modifi-
cation du milieu naturel par les humains.
En parallèle de cette dynamique de création
d?outils de protection diversifiés et complémen-
taires, diverses stratégies nationales de protection
sont mises en place, dont la stratégie nationale
pour les aires protégées (SNAP). Adoptée en 2021,
cette stratégie prévoit de protéger 30 % du territoire
national, terrestre et marin, d?ici 2030 et d?avoir
10 % de son territoire couvert par un dispositif de
protection forte [53]. En 2024, la France a dépassé
son objectif de protection du territoire : 33 % du
territoire national, maritime et terrestre, est couvert
par une aire protégée, soit 363 Mha sur 1 Mdha.
4,2 % (soit 46 Mha) est sous protection forte en
2024, contre 1,8 % en 2021.
Afin de maintenir l?équilibre des écosystèmes et
assurer la durabilité des ressources naturelles, notam-
ment au sein de ces espaces protégés, les espèces
animales et végétales font l?objet de nombreuses
mesures de protection. En ratifiant des conven-
tions internationales (convention de Berne et de
Bonn, AEWA, convention sur la diversité biologique,
convention CITES, etc.), la France s?est engagée à
assurer le maintien voire la restauration dans un
état de conservation favorable des espèces mena-
cées d?extinction sur la liste rouge mondiale et à
contrôler le commerce des espèces sauvages. Ces
mesures incluent l?interdiction de la chasse, la pêche,
la cueillette, la destruction ou le déplacement de
ces espèces, afin d?assurer leur pérennité.
En 2023, 4 % de l?ensemble des espèces sont
protégés dans au moins une partie du territoire
français. Outil stratégique opérationnel [56], le plan
national d?action en faveur des espèces menacées
(PNA) est mobilisé lorsque les autres politiques pu-
bliques environnementales (mise en place d?espaces
protégés, etc.) ont été jugées insuffisantes pour
conserver ou rétablir une espèce sauvage menacée
ou d?intérêt particulier. Il répond ainsi aux exigences
des directives européennes « Oiseaux » et « Habi-
tats, Faune, Flore » de maintien et/ou restauration
Convention sur
le commerce
international des
espèces de faune et de
flore sauvages menacées
d?extinction (CITES)
La CITES encadre le commerce international
de plus de 40 000 espèces animales et
végétales (6 610 espèces animales et 34 310
espèces végétales). Cette convention vise
à garantir que le commerce international
des animaux et des plantes inscrits dans ses
annexes, vivants ou morts, ainsi que de leurs
parties et de leurs produits dérivés ne nuise
pas à la conservation de la biodiversité et
repose sur une utilisation durable des espèces
sauvages. Cet accord compte actuellement
183 Parties dont la France (1978).
Entre 2008 et 2017, les contrôles réalisés
ont donné lieu à 3 342 saisies animales
(chardonnerets, pythons, servals, perroquets,
mygales, etc.). Ces espèces qui font
l?objet de trafics d?opportunité servent
principalement à autofinancer des élevages
d?animaux par des passionnés. Ce type de
trafic constitue la principale menace pour
les espèces considérées. Le volume de
saisies susmentionné inclut aussi de l?ivoire
d?éléphant, entre autres. Entre 2022 et 2023,
l?opération conjointe LAKE, coordonnée
par Europol, a permis de démanteler un
réseau international de trafic illégal d?une
espèce protégée, la civelle d?Europe (Anguilla
anguilla). La collaboration de plus de 30pays
a permis l?arrestation de 256personnes
responsables d?un trafic d?environ 25t de
civelles vivantes d?une valeur équivalente à
13M¤ à destination du marché chinois [54].
Par ailleurs, par son positionnement
géographique, la France représente une zone
de transit et un pays de destination pour
le marché noir d?espèces végétales rares et
menacées. Entre 2019 et 2020, des contrôles
ciblés ont ainsi permis de mettre à jour un
réseau de commerce de crèmes pour la peau
utilisant une orchidée rare Vanilla imperialis
inscrite à l?annexe II de la CITES (près de
17000articles ont été saisis) [55].
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ114
É
C
L
A
IR
A
G
E Protéger des
espaces naturels
tout en associant
la population
INTERVIEW BRUNO MOUNIER, directeur de
la Fédération des conservatoires d?espaces
naturels et PIERRE MOSSANT, directeur du
Conservatoire d?espaces naturels d?Auvergne
Quelles actions sont menées au sein des
Conservatoires des espaces naturels?
B. M ? P. M - Depuis 45 ans, les conservatoires
d?espaces naturels (CEN) préservent et mettent en
valeur le patrimoine naturel et paysager autour
de projets de territoires avec une méthode basée
sur la concertation citoyenne, professionnelle
et publique. S?appuyant sur un réseau de près de
4?500 sites en France couvrant plus de 300 000 ha,
les CEN développent des actions autour de
cinq axes que sont la connaissance, la protection,
la gestion, la valorisation et l?accompagnement
des politiques publiques.
À travers un exemple, pouvez-vous montrer
comment la préservation d?un site peut devenir
un projet collectif?
B. M ? P. M - Le marais du Cassan-Pretegarde,
situé à l?ouest d?Aurillac, fait l?objet d?actions de
protection, restauration et valorisation portées
par le CEN d?Auvergne depuis 25 ans. Ce marais
et le bassin-versant de la rivière Auze abritent
des milieux naturels, une faune et une flore rares
et protégées. Ces espèces sont majoritairement
présentes au sein de parcelles agricoles, utilisées
par des éleveurs via un pâturage. L?ensemble du
bassin-versant comprend un réseau de zones
humides dont le rôle est majeur au regard de la
ressource en eau dans le territoire. Par ailleurs, le
marais offre des paysages variés appréciés par la
population locale. Souhaitant engager des actions
pérennes en faveur du marais, les élus locaux
ont créé le syndicat intercommunal à vocation
unique (SIVU) Auze Ouest Cantal pour mettre en
oeuvre différentes démarches de sauvegarde du
marais. C?est à ce titre qu?ils ont mobilisé le CEN
Auvergne.
Quelles actions ont été mises en place?
B. M ? P. M - Au-delà de l?inscription de la
protection du site dans les politiques publiques,
le CEN s?est appuyé sur des outils de maîtrise
foncière. Ainsi près de 400 ha ont été classés
en «espaces naturels sensibles» par le Conseil
départemental avant de rejoindre le réseau
Natura 2000 en 2004. À cette occasion, le CEN a
par ailleurs participé à la rédaction du document
d?objectifs de ce site et en est l?animateur. Le
CEN a également acquis 16 ha de landes par des
moyens privés issus de mesures compensatoires
liées à un aménagement voisin. 36 ha ont été
aussi préservés dans le cadre d?une convention
avec la commune Lacapelle-Viescamp et l?Office
national des forêts. Enfin, plusieurs conventions
ont été signées avec différents propriétaires
(principalement agricoles) pour la réalisation de
travaux de restauration du site.
Comment sont impliqués les différents acteurs
locaux?
B. M ? P. M - L?ensemble des travaux menés
par le CEN s?appuie sur une démarche multi-
partenariale ayant pour objectif commun la
préservation du patrimoine naturel du territoire
et le maintien d?une agriculture durable. Sur
le plan technique, le SIVU Auze Ouest Cantal,
la Fédération de pêche du Cantal, le Centre
permanent d?initiatives pour l?environnement de
Haute-Auvergne et le groupe Odonat?Auvergne
sont parties prenantes. Sur le volet financier, le
CEN Auvergne s?est appuyé sur des financements
de l?État, de l?UE, de l?Agence de l?eau Adour-
Garonne, de la Région, du Conseil départemental,
de l?Office français de la biodiversité, de
la Fondation du Patrimoine et de la Fédération
de pêche.
Au-delà de la conservation du site, quels autres
bénéfices voyez-vous au projet?
B. M ? P. M - Avec l?aménagement d?un sentier
de découverte pédagogique et d?un sentier tour
du marais, et l?organisation de nombreuses
manifestations pour les citoyens (chantiers
participatifs, accueil d?étudiants, opération
«mon été au marais», etc.), le marais du Cassan-
Prentegarde prouve que la préservation d?un site
porté par des élus peut trouver écho auprès de la
population locale.
115POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
des espèces communautaires. En 2024, la France
comptait 74 PNA en vigueur (55 en métropole et 19
en outre-mer) [57] à différents stades allant du projet
à la mise en oeuvre et l?évaluation.
Depuis 2007, 18 expériences de réintroduction
d?espèces animales ou végétales ont été mises en
oeuvre au sein des parcs nationaux [58]. Parmi elles,
la réintroduction du gypaète barbu, un vautour
disparu au début du siècle dernier en France, fait
figure de réussite : l?opération de réintroduction
menée conjointement avec la LPO Grands Causses
a permis son retour dans les massifs alpins où sont
dénombrés en moyenne 15 à 19 naissances par an
depuis 2015 (24 naissances sur le seul Parc national
de la Vanoise entre 2015 et 2023 et une première
naissance recensée depuis 100 ans dans le Parc na-
tional des Écrins en 2024) [59].
Autrefois omniprésents dans les cours d?eau fran-
çais, le castor d?Europe (Castor fiber) et la loutre
d?Europe (Lutra lutra) ont vu leur population consi-
dérablement régresser au cours des siècles passés
dû à leur destruction directe, la perte de leurs ha-
bitats et la pollution. À la fin du XXe siècle, seules
quelques dizaines de castors et moins de 1 000 loutres
étaient recensés. Leur statut de protection récent
au niveau national (1968 pour le castor et 1981 pour
la loutre) a permis de les revoir progressivement
dans les milieux humides de l?Hexagone. En 2020,
62 % du territoire métropolitain (hors Corse) était
occupé par le castor d?Europe, la loutre d?Europe
ou les deux espèces [60].
Un autre succès concerne la flore, avec la réintro-
duction de Phyllca arborea sur l?île Amsterdam, dans
la réserve naturelle nationale des Terres australes
françaises. Alors que la plante couvrait 1 500 ha sur
l?île au XVIIe siècle, elle avait presque disparu en 1988
ne couvrant plus que 10 ha environ. Depuis 2010,
le programme de réintroduction de cette plante a
permis de tripler la présence de l?espèce sur l?île,
avec 5 622 plantations réalisées entre 2010 et 2018
[61]. Certaines réintroductions ne rencontrent pas le
même succès : en 2016, la réintroduction d?un couple
de lamantins dans le parc national de Guadeloupe
s?est soldé par un échec.
La biodiversité mieux prise
en compte dans les projets
d?aménagement
Depuis l?adoption de la loi pour la reconquête de la
biodiversité, de la nature et des paysages en 2016,
tout projet d?aménagement a l?obligation de mettre
en oeuvre le principe « éviter, réduire et compenser ».
Ainsi, tout aménageur doit chercher en premier à
éviter les atteintes à la biodiversité.
Les impacts qui n?auront pas pu être évités devront
être réduits grâce à la conception appropriée du pro-
jet. Parmi les mesures de réductions, se trouvent les
passages à faune. Ils permettent de reconnecter des
habitats fragmentés par des infrastructures comme les
routes, les voies ferrées ou les barrages, réduisant ainsi
Dynamique de présence de la loutre et du castor d?Europe
Source : SFEPM. Traitements : Tour du Valat, OFB et SDES, 2024
Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ116
Trame verte et
bleue : intégrer la
biodiversité dans
l?aménagement
du territoire
La fragmentation des habitats naturels est une cause
majeure d?érosion de la biodiversité. Celle-ci entrave
les déplacements de la faune, affecte le déroulement
du cycle de vie des espèces et provoque une
mortalité directe par collisions. Pour réduire cette
pression, des réseaux écologiques sont déployés.
En France, le ministère chargé de la Transition
écologique porte une politique publique visant à
développer un réseau de continuités écologiques
terrestres et aquatiques afin de mieux prendre
en compte la biodiversité dans l?aménagement
du territoire: la trame verte et bleue (TVB). Cette
politique est mise en oeuvre dans les territoires à
tous les échelons par les collectivités territoriales
(conseils régionaux, EPCI, communes, etc.). Ce
réseau intègre les réservoirs de biodiversité mais
aussi les corridors écologiques, espaces de vie et
de déplacement des espèces. La «trame verte»
concerne les milieux naturels et semi-naturels
terrestres, tandis que la «trame bleue» se rapporte
aux milieux aquatiques et humides.
D?autres trames ont fait l?objet d?attention et
se sont largement développées ces dernières
années. C?est le cas de la trame noire qui vise à
réduire l?impact de la pollution lumineuse sur
la biodiversité. De plus en plus de territoires
se dotent d?une trame noire et prévoient des
actions de préservation de la biodiversité
nocturne en limitant et révisant leur éclairage
artificiel. Il faut noter que depuis la loi Climat
et résilience, les orientations d?aménagement
et de programmation spécifiques à la TVB sont
devenues obligatoires dans les plans locaux
d?urbanisme intercommunaux, où les continuités
écologiques doivent être prises en compte.
Dès 2017, un premier réseau de TVB a été
cartographié, via les schémas régionaux
de cohérence écologique désormais
partie intégrante des schémas régionaux
d?aménagement (SRADDET, etc.). Ces schémas
identifient 29% du territoire continental
français comme des réservoirs de biodiversité,
ce qui représente 15,7 Mha. 50717km de
corridors ont été catalogués en trame verte
ainsi que 271180km de cours d?eau (soit 54%
de la longueur totale des cours d?eaux recensés
dans la base BD Carthage). Les documents
d?urbanisme doivent s?appuyer sur les schémas
régionaux d?aménagement pour décliner à
l?échelle locale et intégrer, le cas échéant, les
enjeux de continuités écologiques propres au
territoire concerné.
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Exemple schématique
des continuités
écologiques et de leurs
éléments impactants
Réservoir
de biodiversité
Ex : mare
Points
noirs
Réservoir
de biodiversité
et corridor
Cours d?eau
Réservoir
de biodiversité
Ex : forêt
Corridors
écologiques
Élément
fragmentant
Village
Réservoir de
biodiversité
Ex : bois
Réservoir de
biodiversité
Ex : bois
Élément
fragmentant
Route
Source : Cerema, 2023
117POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
le risque de collisions avec les véhicules et peuvent
prendre plusieurs formes, telles que des ponts vé-
gétalisés, des tunnels, etc. En 2022, le réseau Vinci
dénombrait plus de 1 800 passages à faune sur son
réseau de 9 200 km d?autoroutes. En 2023, le Cerema,
les parcs nationaux des Écrins et des Cévennes et le
ministère chargé de l?Environ nement ont développé
un système d?information sur les passages à faune
comprenant des informations relatives à leur état et à
leur fonctionnalité (opérationnel depuis début 2024).
Enfin, en dernier ressort, la perte nette de biodi-
versité qui n?aura pas pu être évitée ou réduite doit
être compensée. Ces mesures de compensation se
concrétisent par des actions de réhabilitation, de
restauration ou de création de milieux et doivent être
complétées par des mesures de gestion conservatoire.
Entre 2016 et 2023, 6 564 mesures de ce type ont été
prescrites en France, dont 41 dans les Outre-mer [62].
Une préoccupation citoyenne
croissante
Chaque année, la protection de la biodiversité béné-
ficie de moyens financiers dédiés. En 2021, 3,3 Md¤
(soit 0,13 % du PIB) ont été affectés à différentes
opérations telles que la restauration de milieux na-
turels, la réintroduction d?espèces menacées ou la
gestion d?espaces protégés. L?État et les collectivités
locales contribuent à près des deux tiers (62 %),
suivis par les entreprises (18 %) et les ménages et
associations (14 %). L?Europe participe également à
hauteur de 6 %, via des fonds européens, tels que le
Fonds européen agricole pour le développement rural
[63]. En élargissant le périmètre à d?autres politiques
(adoption de pratiques agricoles favorables, lutte
contre l?artificialisation des sols, politique du grand
cycle de l?eau), l?effort financier des pouvoirs public
en faveur de la biodiversité est estimé pour la même
année à 4,7 Md¤ [64]. Et, sur la base du passage en
revue de l?ensemble des dépenses de l?État à l?aune
de leur possible effet favorable à la biodiversité, le
montant s?élève à plus de 12 Md¤ [65].
La prise de conscience et la mobilisation de la
société progressent également. 52 % des Français
estiment que l?état de la nature s?est dégradé près
de chez eux au cours des dernières années [66].
39 % font par ailleurs état d?un haut niveau de préoc-
cupation à l?égard de la disparition de la biodiversité.
De même, 41 % des personnes interrogées jugent
qu?il « est déjà trop tard pour espérer préserver la
nature » [67]. Ce fatalisme n?est pas pour autant un
frein à l?action. Ainsi, le nombre de citoyens s?en-
gageant dans des programmes de sciences partici-
patives sur la biodiversité a fortement augmenté,
passant de 20 000 participants actifs en 2011 à plus
de 132 000 en 2023 [68]. L?objectif de ces programmes
est notamment d?obtenir des données sur la nature
et la biodiversité, de produire des outils de sensi-
bilisation et d?éducation à la nature, et de former
une communauté pour mobiliser les citoyens autour
d?enjeux liés à la biodiversité.
Les différents acteurs de la société peuvent être
également sensibilisés à travers des actions plus
mobilisatrices. Parmi elles, les atlas de biodiversité
communale (ABC), basés sur un inventaire des mi-
lieux et des espèces présents sur un territoire donné.
Impliquant l?ensemble des acteurs (élus, citoyens,
associations, entreprises, etc.), ces outils d?informa-
tion et d?aide à la décision facilitent l?intégration
des enjeux de la biodiversité dans les démarches
d?aménagement et de gestion. Depuis 2010, 954
projets d?ABC ont vu le jour couvrant 3 997 com-
munes réparties sur toute la France [69].
Mises en place en 2012, la France compte
983 aires éducatives terrestres et marines en 2024.
Restreintes à de petits territoires, ces aires sont
gérées de manière participative par des élèves d?un
établissement scolaire. Encadrés par leurs enseignants
et une structure de l?éducation à l?environnement,
les élèves se réunissent sous la forme d?un conseil
qui prend toutes les décisions concernant leur aire
éducative.
Enfin, chaque citoyen peut dorénavant s?approprier
les enjeux liés à la préservation de la biodiversité à
travers différents cours en ligne ouverts et massifs
(MOOC) développés par le MNHN ou l?OFB, par des
associations (WWF, Ligue de protection des oiseaux,
etc.) ou encore par des entreprises spécialisées dans
la formation professionnelle.
https://passagesfaune.fr/
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ118
Pourquoi limiter l?étalement
urbain ?
Entre 2009 et 2022, près de 25 000 ha (soit l?équivalent
de 35 000 terrains de football) ont été « consommés »
en moyenne chaque année, c?est-à-dire sont passés
d?une destination agricole, forestière ou naturelle
à une destination autre (habitation, infrastructure,
etc.) [70]. Même si une partie des parcelles consom-
mées ne sont pas imperméabilisées (espaces verts,
jardins), celles-ci ne peuvent plus fournir tous les
services écosystémiques initiaux : production ali-
mentaire, notamment pour les anciennes ceintures
maraîchères et plaines alluviales ; « puits de carbone »
pour les sols des prairies permanentes, des milieux
naturels et des forêts ; capacité des sols à filtrer
l?eau ; recharge des nappes phréatiques et stockage
naturel de l?eau, etc.
L?artificialisation a également un impact sur la
biodiversité : les zones urbaines, et les infrastruc-
tures de transport qui leur sont associées, détruisent
directement les habitats de nombreuses espèces
animales et végétales. De même que les clôtures
de jardin, elles constituent aussi des obstacles à la
libre circulation de certaines espèces animales qui
ne peuvent plus se reproduire et se nourrir correc-
tement.
Un difficile abandon du modèle
de construction pavillonnaire
Sur la période 2009-2022, la consommation d?es-
paces est en premier lieu destinée à l?habitation
(63 %). Viennent ensuite les activités économiques
(logistiques, commerces, industrie, mais aussi bâ-
timents agricoles) ? (23 %) puis les infrastructures
routières (6 %) et ferroviaires (1 %). Avec la hausse
de la population (+ 4,2 % entre 2009 et 2019) et la
baisse de la taille moyenne des ménages (2,17 per-
sonnes par ménage en 2020, contre 2,28 en 2009),
l?augmentation du parc des résidences principales
(+ 8,8 % entre 2009 et 2019) explique deux tiers de la
consommation d?espaces liée à l?habitat [71]. Celle-ci
s?explique aussi par l?augmentation du nombre de
résidences secondaires (3,1 millions en 2021) et des
logements vacants (3,7 millions en 2021). Selon les
dernières projections de l?Insee, l?augmentation du
nombre de ménages en France devrait se poursuivre
de manière moins marquée pour atteindre 32 à
36 millions de ménages en 2050, contre 30 millions
en 2018 [72]. L?évolution des comportements de co-
habitation deviendrait le principal moteur de cette
augmentation (forte progression du pourcentage
d?adultes vivant seuls), du fait du ralentissement
de la croissance de la population.
Repenser la façon
de se loger pour limiter
l?impact sur la biodiversité
L?étalement urbain à l?oeuvre depuis un demi-siècle
a engendré une très importante artificialisation
des sols. Face aux impacts de ce phénomène, la France
s?est fixée des objectifs. Mais limiter l?artificialisation
a des conséquences sur nos modes de vie. Les
collectivités locales, chargées de la planification et
de l?urbanisme, sont en première ligne pour engager
les transformations nécessaires.
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119POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
L?extension des zones urbaines sur le modèle
de la zone pavillonnaire, avec maison individuelle
et jardin, a démarré dans les années 1970 et s?est
longtemps poursuivie. Ainsi, sur la période 2009-
2020, 51 % des surfaces consommées en vue de la
construction de logements ont été utilisées pour
des projets résidentiels de moins de 8 logements par
hectare, ces projets ne représentant toutefois que
18 % du total des logements construits. Ces petites
opérations, de faible densité et souvent limitées à
une ou deux maisons se situent principalement dans
des communes rurales [73].
La maison individuelle reste fortement plébisci-
tée : les trois quarts des locataires désirant devenir
propriétaire souhaiteraient acquérir une maison
individuelle, et un quart envisagent même de la
faire construire [74]. S?ils devaient déménager dans
un nouveau logement à l?avenir, 44 % des Français
jugent « tout à fait prioritaire » que celui-ci dispose
d?un jardin. Néanmoins, la proximité des services
(commerces, services publics, transports collectifs),
Moyenne : France métropolitaine
Locataire
Accédant à la propriété
56-65 ans
18-25 ans
Vit dans une zone rurale
Vit en agglomération parisienne
Vit en maison individuelle
Vit en appartement
Très souhaitable
Pas souhaitable du tout
Plutôt souhaitable
Pas de réponse
Plutôt pas souhaitable
39 % 47 % 9 % 3 %
38 % 46 % 9 % 6 %
43 % 43 % 7 % 4 %
35 % 48 % 12 % 3 %
46 % 41 % 7 % 3 %
35 % 49 % 12 % 3 %
43 % 45 % 8 % 4 %
37 % 49 % 10 % 2 %
42 % 44 % 8 % 5 %
Est-il souhaitable de réguler la construction de nouveaux bâtiments
pour lutter contre l?artificialisation des sols ?
Note : réponse à une enquête faite auprès d?un panel représentatif de 2 010 Français.
Source : Sciences Po, SDES, Baromètre Elipss Environnement, décembre 2023
qui caractérise les tissus urbains plus denses, est
également un critère de choix, notamment (mais pas
seulement) pour les personnes âgées ou modestes.
Dans les faits, la situation évolue : en 2019, les maisons
ne représentaient plus que 43 % des 374 000 loge-
ments neufs contre 61 % des 371 000 logements
neufs en 2000 [75]. Par ailleurs, la société française
semble plutôt bien disposée à l?égard des mesures
visant à lutter contre l?artificialisation des sols.
Penser autrement
l?aménagement urbain
L?objectif de zéro artificialisation nette, inscrit dans
la loi Climat et résilience de 2021, donne un cadre
clair et une portée mesurable et contrôlable à une
volonté déjà ancienne de mieux gérer le foncier et de
limiter la consommation d?espaces naturels agricoles
et forestiers. Les documents de planification et d?ur-
banisme doivent intégrer des objectifs de sobriété
foncière adaptés aux contextes locaux.
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Pour limiter la consommation d?espaces en extension
urbaine, trois leviers peuvent être activés :
? augmenter le taux de renouvellement urbain :
revitalisation des centres urbains, réduction
de la vacance, réhabilitation du bâti ancien,
construction dans des dents creuses notamment
dans les communes rurales, transformation
d?immeubles de bureaux en logements, le
cas échéant utilisation d?anciennes friches
industrielles ou commerciales etc. ;
? augmenter la densité des opérations nouvelles
en proposant des habitats individuels groupés
ou des habitats collectifs ;
? accroître le taux d?occupation des logements
(sous-occupation des trois quarts des logements
selon le plan bâtiment durable), limiter le
nombre de résidences secondaires, etc.
Divers programmes existent pour accompagner
les collectivités en fonction de leur situation (Action
coeur de ville, programme Petites villes de demain,
nouveau programme national de renouvellement
urbain, programme national de requalification des
quartiers anciens dégradés, fonds friche, etc.). Par
ailleurs, plusieurs organismes peuvent apporter
leurs compétences et financements (Cerema, FNAU,
CAUE, ANCT, Ademe, établissements publics fon-
ciers, établissements publics d?aménagement et
autres aménageurs publics, etc.) [76]. De nombreuses
ressources sont mises à disposition sur le portail de
l?artificialisation des sols.
Les collectivités sont tiraillées entre plusieurs
enjeux: répondre à la demande en logements,
renforcer l?attractivité du territoire, favoriser
la mixité sociale et fonctionnelle, améliorer le
cadre de vie et préserver les sols. L?élaboration
de documents d?urbanisme, comme le SCoT, le
PLU(i), la carte communale, ou d?un programme
local de l?habitat (PLH), offre l?opportunité
de trouver un équilibre entre densification,
préservation et renaturation des espaces.
Les expériences montrent qu?en mobilisant
les habitants, les acteurs, les experts et
les élus, des solutions peuvent être inventées
pour répondre aux impasses constatées en
matière de logement et de sobriété foncière.
Ainsi sur Rennes [77], la concertation organisée
en 2022 dans le cadre de la préparation du PLH
a donné la parole à des locataires, étudiants,
jeunes ouvriers, couples d?actifs comme à des
personnes forcées de dormir chez des amis
ou dans leur voiture ou encore à des petits
propriétaires bailleurs. Les débats ont fait bouger
en direct les lignes de partage, donnant à la fois
plus d?audace et plus de marges de manoeuvre
aux décideurs. Si les réticences sont fortes
concernant certaines formes de densification,
celle-ci peut être bien vécue si elle amène une
intensité de fonctions et services. L?objectif est
de compenser la densification par des bénéfices
tangibles: création d?espaces de nature, services
supplémentaires pour les habitants, logements
avec un extérieur, auto-partage, jardins partagés,
espaces publics et voiries végétalisés, etc.
Rennes : imaginer l?urbanisation
de demain grâce à la concertation
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/
121POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[1] Livret INPN Espèces, INPN, 2023
[2] Évolution du volume de données
disponibles sur la biodiversité,
Naturefrance, 2023
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[62] Les mesures compensatoires des atteintes
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[63] Bilan environnemental de la France -
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[69] Recensement des atlas de la biodiversité
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[70] Données fiscales retraitées par le
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[71] Le besoin en résidences principales,
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[72] De 2 à 6 millions de ménages
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Projections du nombre de ménages à
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[73] La densité de logement dans les
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[74] Baromètre Habitat ? Édition 2023,
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pour Procivis et la Fondation Jean Jaurès
[75] Chiffres clés du logement - Édition 2022,
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[76] Zéro artificialisation nette - Fascicule 4 :
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[77] Morice J. 2024. Reprendre en main
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https://abc.naturefrance.fr
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7721436
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7721436
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7721436
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7721436
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7745319
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7745319
https://www.insee.fr/fr/statistiques/7745319
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/projections-du-nombre-de-menages-horizon-2030-et-2050-analyse-des-modes-de-cohabitation-et-de-leurs?rubrique=406&dossier=1196508
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/projections-du-nombre-de-menages-horizon-2030-et-2050-analyse-des-modes-de-cohabitation-et-de-leurs?rubrique=406&dossier=1196508
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/projections-du-nombre-de-menages-horizon-2030-et-2050-analyse-des-modes-de-cohabitation-et-de-leurs?rubrique=406&dossier=1196508
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/sites/artificialisation/files/fichiers/2022/06/Rapport%20V5.pdf
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/sites/artificialisation/files/fichiers/2022/06/Rapport%20V5.pdf
https://harris-interactive.fr/opinion_polls/barometre-habitat-edition-2023/
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-du-logement-edition-2022?rubrique=51&dossier=1055
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/sites/artificialisation/files/inline-files/ZAN_Fascicule4.pdf
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/sites/artificialisation/files/inline-files/ZAN_Fascicule4.pdf
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/sites/artificialisation/files/inline-files/ZAN_Fascicule4.pdf
https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_morice.pdf
https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_morice.pdf
https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_morice.pdf
123
Épuisement des ressources
naturelles, pollution des
milieux, changement
climatique, déclin de la
biodiversité : ces quatre
défis écologiques majeurs
appellent des réponses
fortes, tant à l?échelle
mondiale qu?à l?échelle
locale. Pour contribuer à la
résolution de ces problèmes
environnementaux,
l?ensemble de la société
française est amené à
s?engager.
En quoi la protection de l?environnement est-elle
vraiment l?affaire de tous?
B. H- Les attentes des citoyens en direction des pouvoirs
publics pour la protection de l?environnement sont très
importantes. Interrogés pour savoir qui devrait agir en
priorité pour la protection de l?environnement, 52% des
Français citaient ainsi en 2023 les pouvoirs publics, 29 %
les entreprises et 15% seulement les ménages (SDES, 2023).
Pour autant, les pouvoirs publics ne peuvent pas agir seuls
sur ce sujet. Les citoyens et l?ensemble des organisations qui
structurent la société française ont vocation à être associés
et à agir chacun à leurs échelles. De fait, 69 % des personnes
interrogées dans la même enquête s?accordent à considérer
que «chacun doit s?investir le plus possible».
Pour autant, les logiques de disculpation et d?imputation
sont souvent des freins majeurs à l?engagement des acteurs
dans des dynamiques d?action favorables à l?environnement.
Elles font également écho aux sentiments d?inutilité et
d?impuissance exprimés à l?échelle micro-sociale face à des
enjeux planétaires qui impliquent une réaction macro-sociale.
Pour cette raison, il est essentiel de mettre en lumière et de
valoriser les initiatives variées qui oeuvrent à la transition
écologique.
Quels sont les points de blocage qui freinent une
mobilisation sociale élargie ?
B. H- Le poids des habitudes de consommation et
de production, l?attachement au progrès, les réticences à
l?égard de la remise en question des acquis de la modernité,
l?ancrage libéral des sociétés démocratiques, la volonté de
préserver ses propres intérêts ou la peur de se distinguer
des modèles dominants sont autant de motifs légitimes
de distanciation à l?égard des changements préconisés au
nom de la transition écologique. Ces différents freins se
retrouvent tout autant chez les citoyens/consommateurs que
chez les acteurs politiques ou économiques.
Si un large consensus existe au sein de la société quant à
la nécessité de transformer nos modes de fonctionnement
et si des pionniers innovent d?ores et déjà en matière de
protection de l?environnement, la diffusion élargie de
ces nouvelles façons d?agir reste toutefois assujettie à
un lent processus d?acculturation, de normalisation et
d?appropriation.
PO
ST
FA
C
E BRICE HUET
Commissaire général
au développement
durable
E
N
T
R
E
T
IE
N
POSTFACE
124
POSTFACE
Qu?en est-il de la mobilisation des entreprises?
B. H- De plus en plus conscients des risques auxquels
ils sont exposés du fait des problèmes environnementaux,
les acteurs économiques se mobilisent de plus en plus pour
adapter leurs modes de fonctionnement. Les arbitrages
entre intérêts économiques et écologiques restent
bien sûr complexes, mais ceux-ci ne privilégient plus
systématiquement les dimensions financières. Soucieux
d?articuler leurs aspirations environnementales et leur
parcours professionnel, de nombreux salariés contribuent
également de l?intérieur à la transition écologique de leur
employeur. En 2023, l?ONG Carbon Disclosure Project
(CDP)32 a évalué l?engagement environnemental de
425grandes entreprises françaises au regard de leur impact
sur le climat, les forêts ou la ressource en eau. 29 d?entre
elles ont obtenu la note maximale en matière de changement
climatique et 4 ont également été notées A pour les deux
autres aspects. L?industrie du luxe française est apparue
très présente en haut de ce classement, ainsi que certaines
banques françaises comme La Banque Postale.
Dans un registre complémentaire, 272 entreprises ont
rejoint le programme « Entreprises engagées pour la nature»
développé par l?OFB. Cette initiative se décline en trois
étapes : l?adhésion aux principes, l?engagement autour d?un
plan d?action et l?obtention de la reconnaissance à l?issue
d?un bilan. Dans les années à venir, ce dispositif permettra de
mieux identifier et de valoriser les acteurs économiques qui
s?emploient réellement à agir en faveur de la biodiversité.
Comment accompagner les changements nécessaires?
B. H - Contribuer à mettre en oeuvre un nouveau modèle
de société implique de défendre ce projet collectif et son
bien-fondé. Une telle ambition passe notamment par le
dialogue. Mais cette façon d?agir est souvent plus compliquée
qu?il n?y paraît dans une société fragmentée où la profusion
d?informations contradictoires suscite de la confusion et
du doute. Convaincre, c?est donc d?abord lutter contre les
fausses informations, les malentendus, les présupposés,
l?éco-blanchiment (greenwashing), le scepticisme et toutes les
formes de fatalisme et de résignation.
Tantôt perçu comme déstabilisant, contraignant ou coûteux,
le changement social nécessite un accompagnement, tant sur le
plan explicatif qu?incitatif. Dans bien des cas, l?évaluation sociale
des transformations en matière environnementale fait apparaître
un décalage entre le coût de la mobilisation (important et
immédiat) et les bénéfices attendus (incertains et différés).
Valoriser un nouveau modèle induit inévitablement de
prendre des distances avec celui qui prévalait auparavant.
Il en va ainsi de la sobriété. Prôner des modes de vie
plus sobres, c?est reconnaître par antonymie l?ébriété
consumériste qui prévaut depuis l?avènement de la société
de consommation. On peut ainsi adhérer à l?idée de sobriété,
sans forcément parvenir à assumer son propre rapport
addictif aux bienfaits du progrès (simplicité, confort, etc.).
Pour accompagner les transitions, l?enjeu est moins de
contourner les problèmes d?acceptabilité sociale que de
susciter une adhésion à l?égard de choix qui peuvent avoir
des conséquences parfois difficiles pour les citoyens, les
entreprises ou le monde agricole. Il est pour cela essentiel
de convaincre la société que l?intérêt général écologique à
long terme doit primer sur les intérêts particuliers à court
terme. Ce n?est pas simple pour autant. Les débats autour
de l?instauration de zones de faibles émissions, par exemple,
rappellent que l?intérêt d?un dispositif du point de vue
environnemental et/ou sanitaire ne suffit pas pour obtenir
l?assentiment général. La transformation du fonctionnement
habituel de notre société crée de l?incertitude et des
appréhensions, légitimement plus marquées pour les
citoyens en situation de précarité, les entreprises en
difficulté ou les territoires les plus vulnérables. Il est donc
essentiel d?accompagner ces transformations, en veillant à
une péréquation globale des droits (moyens accordés) et des
devoirs (exigences attendues).
Plus généralement, l?adhésion sociale aux changements
proposés pose la question de la désirabilité des transitions,
des alternatives suggérées, du modèle de société vers
lequel on se dirige, etc. En matière de consommation, cela
implique par exemple de redonner du sens à l?acte d?achat,
en interrogeant son opportunité et le rapport au monde qu?il
véhicule.
Quel rôle peut jouer l?information environnementale ?
B. H- La diffusion des connaissances et des savoirs
est cruciale à cet égard. Au-delà des travaux scientifiques
bien évidemment nécessaires, il est important de permettre
une bonne appropriation des sujets environnementaux
par l?ensemble de la population. Pour cela, l?enjeu est de
parvenir à communiquer sur des sujets complexes, sans
les simplifier à l?extrême mais en évitant un vocabulaire
trop technique. Cela implique notamment de clarifier les
rapports de causalité (entre une activité humaine et une
pression environnementale, par exemple), de hiérarchiser
les enjeux et de proposer des solutions simples et adaptées
à la multiplicité des vécus individuels et organisationnels.
Je souhaite que cette 8e édition du rapport sur l?état de
l?environnement en France participe à cette démarche, au
même titre que d?autres ressources de référence (profils
environnementaux régionaux, bilan environnemental annuel,
portail d?information notre-environnement, etc.), de travaux
de prospective (Transitions 2050 de l?Ademe) ou de formes
d?expertise citoyenne qui alimentent le débat public en
suggérant des perspectives de transition.
32. CDP & Oliver Wyman (2024), Get the money moving. Meeting the
European corporate transition challenge, CDP Europe Report 2023,
March 2024, 32 p.
https://www.cdp.net/en/research/cdp-europe-reports/cdp-europe-report
https://www.cdp.net/en/research/cdp-europe-reports/cdp-europe-report
125
Directrice de l?Agence européenne
pour l?environnement
Comment le rapport sur l?état de l?environnement de la France
ainsi que celui de l?Agence européenne pour l?environnement
(AEE) peuvent-il contribuer à éclairer les décisions à prendre ?
L. YM- Le rapport sur l?état de l?environnement en France
s?inscrit dans une série d?autres publications internationales
sur l?état de l?environnement en Europe ou dans le monde. En
septembre 2025, l?AEE publiera ainsi la nouvelle édition de
L?environnement européen ? État et perspectives. Cette même année,
l?OCDE publiera pour sa part un rapport sur les Perspectives
de l?environnement de l?OCDE, dans lequel elle rendra compte
de la triple crise planétaire du changement climatique, de la
biodiversité et de la pollution, ainsi que de l?ampleur des défis
qui restent à relever. Les Nations unies finaliseront, quant à elles,
la 7e édition du Global Environment Outlook (GEO7) début 2026.
Ces rapports visent tous à donner un aperçu de l?état actuel, des
tendances et des perspectives de l?environnement à différentes
échelles géographiques. Ils soulignent l?ampleur et l?étendue
des défis auxquels nous sommes confrontés et jouent un rôle
crucial dans l?évaluation de la durabilité environnementale, dans
chaque pays. En fournissant une base de connaissances fiable
et pertinente pour agir, ils permettent de prendre des décisions
fondées sur des données probantes pour résoudre des problèmes
environnementaux urgents.
Publiés de façon périodique, ils permettent un suivi des progrès
réalisés et mettent en évidence les domaines dans lesquels
des actions complémentaires sont nécessaires. Ils contribuent
également à sensibiliser et à responsabiliser les gouvernements,
les institutions et les citoyens et éclairent l?élaboration des
politiques, orientant les politiques ainsi que leur mise en oeuvre.
Quels constats retenir?
L. YM- Les constats faits au niveau de la France sont très
proches de ceux faits au niveau européen. L?Europe est confrontée
à de nombreux défis environnementaux, avec de multiples
impacts sur le bien-être des citoyens et de la planète.
La hausse des températures, la survenue d?événements
météorologiques extrêmes et l?élévation du niveau de la mer
conduisent à des risques pour les écosystèmes, la santé humaine et
les infrastructures.
La pollution, les produits chimiques dangereux et les problèmes
de qualité de l?air nuisent à la santé des citoyens. Plus de 10%
des décès humains prématurés annuels dans l?UE sont liés à la
pollution. Malgré les efforts de réduction de la pollution, seules
40% des eaux de surface de l?UE avaient atteint un bon état
écologique en 2015. Des niveaux excessifs d?azote continuent de
provoquer l?eutrophisation des milieux naturels.
Malgré les efforts mis en oeuvre pour protéger l?environnement,
le déclin de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes
persistent et de nombreux habitats et espèces sont toujours
menacés. La consommation des ressources reste plus élevée
en Europe que dans les autres régions du monde, contribuant
également à la dégradation de l?environnement.
Ces constats soulignent la nécessité pour les décideurs politiques
européens et nationaux d?agir ensemble pour réaliser la
transformation verte dont l?Europe a besoin. L?UE a pris des
mesures significatives au cours des quatre dernières décennies et
plus récemment dans le cadre du Pacte vert européen et les efforts
en ce sens doivent se poursuivre et s?amplifier.
Pour faire face aux défis environnementaux, l?Europe a
proposé une «transition juste». Que recouvre cette notion?
L. YM- L?UE s?est donné des objectifs ambitieux en matière
de transition énergétique et climatique, à savoir devenir un
continent climatiquement neutre d?ici 2050, rétablir la biodiversité
de l?Europe d?ici à 2030, soutenir une croissance économique
dissociée de l?utilisation des ressources, et atteindre le zéro
pollution. Atteindre ces objectifs nécessite des changements
radicaux dans nos modes de production et de consommation.
Au cours de la dernière décennie, une grande partie de la société
européenne a pris conscience que nos modes de vie et nos
priorités sont en contradiction avec la nécessité d?une planète
saine pour les générations futures. Mais la transition vers un
modèle de société plus respectueux de l?environnement ne sera
pas sans conséquence sur certains secteurs d?activité (production
automobile, élevage bovin, filière aéronautique, plasturgie,
etc.), pour les salariés qui y travaillent et pour les territoires où
ils sont implantés. Il s?avère donc important d?écouter leurs
inquiétudes, de travailler avec eux sur les transformations
possibles, d?accompagner ces changements et de soutenir les
dynamiques innovantes qui permettront de réduire les impacts
environnementaux de ces activités tout en maintenant de l?emploi
et du dynamisme économique.
Pour être socialement acceptable, la transformation verte, en
Europe et en France, devra être équitable et éviter l?apparition ou
l?aggravation d?inégalités entre les personnes et la nature. Cela
passera par une grande variété d?outils et de mécanismes, tels que
la participation du public, le soutien financier et la reconversion
professionnelle pour accompagner le changement.
Alors que certaines forces politiques, économiques et sociétales
s?emploient à ralentir, voire à inverser la transformation verte de
l?Europe, espérons que ce rapport comme celui de l?AEE à venir
rappellera à chacun l?urgence à agir pour pouvoir continuer à
habiter une planète vivable, saine et résiliente.
LEENA YLA-MONONEN
POSTFACE
126
ANNEXES
POUR ALLER
PLUS LOIN
DOCUMENTS DE RÉFÉRENCE
? Bilan environnemental de la France ? Édition 2023, CGDD,
Datalab, mars 2024, 122 p.
? Bilan énergétique de la France en 2022, CGDD, Datalab,
mai 2024, 184 p.
? Chiffres clés du climat France, Europe et Monde - Édition 2024,
CGDD, Datalab, novembre 2024, 96 p.
? La France face aux neuf limites planétaires, CGDD, Théma,
octobre 2023, 86 p.
? État des lieux de la France au regard des Objectifs de
développement durable, CGDD, 2021
? L?évaluation française des écosystèmes et des services
écosystémiques (Efese), CGDD
SITES THÉMATIQUES
? Air : Atmo France et LCSQA
? Biodiversité : naturefrance
? Eau : eaufrance
? Milieu marin : milieumarinfrance
? Émissions de gaz à effet de serre : Citepa
? Changement climatique : hautconseilclimat.fr/
? Adaptation au changement climatique :
Centre de ressources pour l?adaptation au changement
climatique
? Projections climatiques : Drias, les futurs du climat
? Ressources minérales : mineralinfo.fr/fr
? Risques sur le territoire : géorisques
? Environnement et développement durable :
notre-environnement
DONNÉES ET INDICATEURS
? Premier ministre. Tableau de bord de la planification
écologique
? Agenda 2030 en France. Datavisualisations des indicateurs
de suivi des ODD
? Agence européenne pour l?environnement. Indicateurs
? Commission européenne. Tableau de bord de la stratégie
de l?Union européenne pour la biodiversité
? Eurostat. Base de données, données détaillées
Environnement et énergie
? Eurostat. Statistiques pour le Pacte vert européen
? Eurostat. Statistiques sur l?économie circulaire
? INPN. Données de synthèse sur le patrimoine naturel
? FMI. Indicateurs du changement climatique
? OCDE. Programme international pour l?action sur le climat
? OCDE. Indicateurs environnementaux par thème
? SDES. Données et études statistiques pour le changement
climatique, l?énergie, l?environnement, le logement, et les
transports
? POUR ALLER PLUS LOIN
? GLOSSAIRE
? SIGLES ET ABRÉVIATIONS
? SYMBOLES CHIMIQUES
ET UNITÉS DE MESURE
A
N
N
EX
ES
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-environnemental-de-la-france-edition-2023-0?rubrique=41&dossier=176
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-energetique-de-la-france-pour-2022
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-du-climat-france-europe-et-monde-edition-2024
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-france-face-aux-neuf-limites-planetaires?rubrique=41&dossier=176
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/etat-des-lieux-de-la-france-au-regard-des-objectifs-de-developpement-durable/
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/etat-des-lieux-de-la-france-au-regard-des-objectifs-de-developpement-durable/
https://www.ecologie.gouv.fr/levaluation-francaise-des-ecosystemes-et-des-services-ecosystemiques
https://www.ecologie.gouv.fr/levaluation-francaise-des-ecosystemes-et-des-services-ecosystemiques
https://www.atmo-france.org/
https://www.lcsqa.org/fr
https://naturefrance.fr/indicateurs/date-darrivee-des-oiseaux-migrateurs
https://www.eaufrance.fr/
https://www.milieumarinfrance.fr/
https://www.citepa.org/fr/
http://www.hautconseilclimat.fr
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.drias-climat.fr/
http://www.mineralinfo.fr/fr
https://www.georisques.gouv.fr/
https://www.notre-environnement.gouv.fr/
https://e.infogram.com/95444dec-4126-496a-85ce-6a017217c0a4?src=embed
https://e.infogram.com/95444dec-4126-496a-85ce-6a017217c0a4?src=embed
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/datavisualisations-des-indicateurs-de-suivi-des-odd/
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/datavisualisations-des-indicateurs-de-suivi-des-odd/
https://www.eea.europa.eu/en/analysis/indicators
https://dopa.jrc.ec.europa.eu/kcbd/EUBDS2030-dashboard/?version=1
https://dopa.jrc.ec.europa.eu/kcbd/EUBDS2030-dashboard/?version=1
https://ec.europa.eu/eurostat/fr/data/database
https://ec.europa.eu/eurostat/fr/data/database
https://ec.europa.eu/eurostat/cache/egd-statistics/
https://ec.europa.eu/eurostat/web/circular-economy
https://inpn.mnhn.fr/accueil/donnees-referentiels
https://climatedata.imf.org/
https://oecd.org/action-climat/ipac/tableau-de-bord?pays=FRA
https://www.oecd.org/environment/environment-at-a-glance/
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/
127
ANNEXES
GLOSSAIRE
A Aire protégée : espace géographique clairement
défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen
efficace juridique ou autre, afin d?assurer à long
terme la conservation de la nature, ainsi que les
services écosystémiques et les valeurs culturelles
qui lui sont associés.
Année hydrologique : année débutant à la date de
fin de la période de faibles écoulements, date prise
par convention au 1er septembre.
Anthropique : relatif aux activités humaines.
Arsenic bioaccessible : arsenic pouvant être
absorbé par le corps humain. Sa bioaccessibilité
dépend du type d?arsenic et de la composition de
la terre.
Artificialisation : transformation d?un sol à
caractère naturel, agricole ou forestier par des
actions d?aménagement, pouvant entraîner son
imperméabilisation totale ou partielle.
B Bande de fréquence : partie continue du spectre
radioélectrique limitée par deux valeurs exprimées
en Hertz (Hz).
Bassin-versant : aire d?alimentation d?un cours
d?eau ou d?un lac, délimitée par des lignes de
partage des eaux. Les résultats sont présentés ici à
l?échelle des sous-bassins hydrographiques définis
pour répondre à la directive européenne (2000/60/
CE) établissant un cadre pour une politique
communautaire dans le domaine de l?eau, dite
« directive-cadre sur l?eau » (DCE).
Biomasse : matières organiques, non fossiles,
d?origine biologique, pouvant être utilisées
comme matières premières biogènes dans
l?approvisionnement alimentaire ou dans d?autres
produits, ou encore, servir de combustibles pour
produire de la chaleur ou de l?électricité.
Bois-énergie : ensemble comprenant le bois bûche
(commercialisé ou autoconsommé), ainsi que tous
les coproduits du bois, destinés à produire de
l?énergie : liqueur noire, écorce, sciure, plaquettes
forestières et plaquettes d?industrie, briquettes
reconstituées et granulés, broyats de déchets
industriels banals, bois en fin de vie, etc.
Bruit dans l?environnement : défini par la directive
2002/49/CE comme le son extérieur non désiré ou
nuisible résultant d?activités humaines, y compris
le bruit émis par les moyens de transport, le trafic
routier, ferroviaire ou aérien et provenant de sites
d?activité industrielle.
Budget carbone : le terme « budget carbone » est
employé dans deux contextes :
? Selon le Giec : le budget carbone désigne la
quantité de GES qu?il est possible à l?humanité
d?émettre, d?ici la fin du siècle, pour respecter un
niveau maximal de réchauffement (par exemple,
pour limiter à 2 °C l?augmentation moyenne
des températures en 2100 par rapport à l?ère
préindustrielle, avec une probabilité de 67 %, le
budget carbone restant à partir de 2021 est de
1 075 gigatonnes (Gt) de CO2, et de seulement
325 Gt CO2 pour limiter l?augmentation à 1,5 °C).
Le budget carbone est repris dans cette acception
dans le défi « Ressources » de ce rapport.
? Selon la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) :
le budget carbone désigne les objectifs quantitatifs
d?émissions de GES à ne pas dépasser dans les
années futures pour respecter la trajectoire de
réduction des émissions nationales fixée par le
gouvernement français. Les « budgets carbone » de
la SNBC sont déclinés par type de molécules et par
secteur. Ils sont établis pour des pas de temps de
cinq années. Le budget carbone est repris dans cette
acception dans le défi « Climat » de ce rapport.
C Chaleur commerciale : quantité de chaleur vendue
par un acteur qui met en oeuvre une combustion
pour en utiliser lui-même la chaleur.
CO? équivalent (CO? éq) : méthode de mesure
des émissions de gaz à effet de serre qui prend en
compte le potentiel de réchauffement de chaque
gaz relativement à celui du CO?.
Composé organochloré : composé organique de
synthèse, comportant au moins un atome de chlore
et utilisé comme solvant, pesticide? ou comme
molécules intermédiaires en chimie et pharmacie.
Composés organiques volatils (COV) : ensemble
regroupant une multitude de substances, qui
peuvent être d?origine biogénique (naturelle) ou
anthropique (humaine). Les COV les plus connus
sont le butane, le toluène, l?éthanol (alcool à
90°), l?acétone et le benzène que l?on retrouve
dans l?industrie, le plus souvent sous la forme
de solvants organiques (par exemple, dans les
peintures ou les encres).
128
ANNEXES
Conservatoire d?espaces naturels (CEN) : structure
associative créée au milieu des années 1970 pour
contribuer à la préservation d?espaces naturels ou
semi-naturels par des actions de connaissance,
de maîtrise foncière et d?usage, de gestion et de
valorisation du patrimoine naturel sur le territoire
régional.
Consommation finale brute d?énergie : concept
introduit par la directive 2009/28/CE. Il inclut la
consommation finale énergétique (c?est-à-dire
la consommation des produits énergétiques
fournis à des fins énergétiques à l?industrie,
aux transports, aux ménages, aux services et
à l?agriculture-sylviculture-pêche) mais aussi la
consommation d?électricité et de chaleur par la
branche énergie, les pertes sur les réseaux pour
la production et le transport d?électricité et de
chaleur, la consommation des hauts-fourneaux
ainsi que la consommation du transport aérien
international.
Consommation intérieure de matières : ensemble
des matières consommées physiquement
sur le territoire national par les entreprises
(consommation intermédiaire) et par les ménages
et administrations (consommation finale).
Elle agrège les ressources nationales et extérieures,
déduites des flux vers l?étranger :
production + importations ? exportations.
Contamination diffuse : accroissement notable de
la concentration d?éléments minéraux, organiques
ou pathogènes dans un sol au-delà des valeurs
normales, sans préjuger de la modification de sa
qualité. Ces contaminations résultant d?apports
par voie aérienne issus de rejets (industriels,
transports, épandages agricoles) peuvent toucher
une grande partie du territoire.
Continuité écologique : association de réserves de
biodiversité ou corridors écologiques permettant
la libre circulation des organismes vivants et leur
accès aux zones de reproduction, de croissance,
d?alimentation ou d?abri.
COP : conférence des Parties des conventions
internationales, telles que celle sur le climat
(convention-cadre des Nations unies sur les
changements climatiques ? CCNUCC) ou la
biodiversité (convention sur la diversité biologique
? CDB).
Corridor écologique : connexion entre des
réserves de biodiversité, offrant aux espèces des
conditions favorables à leur déplacement et à
l?accomplissement de leur cycle de vie.
D Décarbonation : mesures et techniques
permettant de réduire les émissions de gaz à effet
de serre.
Déchet : toute substance ou tout objet ou plus
généralement tout bien meuble dont le détenteur
se défait ou dont il a l?intention de se défaire
(article L. 541-1-1 du Code de l?environnement).
Déchet dangereux : déchet contenant, en
quantité variable, des éléments toxiques ou
dangereux qui présentent des risques pour la
santé humaine et l?environnement. Un déchet est
classé dangereux s?il présente une ou plusieurs des
15 propriétés de danger énumérées dans le Code
de l?environnement (article R541-8, annexe 1).
Il peut être de nature organique (solvants,
hydrocarbures, etc.), minérale (acides, boues
d?hydroxydes métalliques, etc.) ou gazeuse.
Déchets minéraux ou inertes : déchets qui ne se
décomposent pas, ne brûlent pas et ne produisent
aucune autre réaction physique ou chimique avec
l?environnement. Ils ne sont pas biodégradables
et ne se décomposent pas au contact d?autres
matières. Les définitions européennes qualifient
ces déchets de déchets minéraux, dont ils
proviennent en quasi-totalité.
Déchets radioactifs : substances radioactives pour
lesquelles aucune utilisation ultérieure n?est
prévue ou envisagée ou qui ont été requalifiées
comme tel par l?autorité administrative.
Les déchets radioactifs sont classés selon
deux caractéristiques : le niveau d?activité et la
durée de demi-vie. Le niveau d?activité donne
une indication sur le niveau de l?intensité du
rayonnement radioactif à un moment donné
et donc sur la dangerosité potentielle. La durée
de demi-vie permet de déduire la durée de
dangerosité potentielle du déchet.
Dent creuse : en urbanisme, espace non construit
entouré de parcelles bâties. Elle peut résulter
d?une ancienne zone agricole où une unique
parcelle restée vierge de constructions, de la
démolition d?un édifice, ou encore d?un terrain
vague ou à l?abandon.
129
Dépassement des normes réglementaires de
qualité de l?air pour la protection de la santé :
non-respect des normes réglementaires de qualité
de l?air pour la protection de la santé définies au
niveau européen concernant plusieurs polluants,
dont le NO?, les PM10 et l?O3.
Dépense de protection de l?environnement :
effort financier consacré par les différents agents
économiques à la prévention, la réduction ou la
suppression des dégradations de l?environnement.
Déprise agricole : abandon de l?activité agricole
(culture ou élevage) dans un territoire, ayant très
souvent pour conséquence l?embroussaillement
(friches, fourrés) puis, à terme, le boisement des
terrains ainsi abandonnés.
Directive-cadre sur l?eau : directive du 23 octobre
2000 visant à définir un cadre cohérent en matière
de gestion et de protection des eaux par grand
bassin hydrographique au plan européen avec une
perspective de développement durable.
Directive « Habitats, Faune, Flore » : directive
européenne du 21 mai 1992 destinée à
la protection des milieux et des espèces
« remarquables », servant de base juridique au
réseau Natura 2000 en prévoyant notamment la
désignation de zones spéciales sur l?ensemble du
territoire métropolitain.
Directive « Oiseaux » : directive européenne
du 2 avril 1979 concernant la protection des
oiseaux sauvages, servant de base juridique au
réseau Natura 2000 en prévoyant notamment la
désignation de zones de protection spéciale sur
l?ensemble du territoire métropolitain.
Document d?objectifs : document-cadre validé
par le préfet, définissant, pour chaque site Natura
2000, un état des lieux, des objectifs de gestion et
les modalités de leur mise en oeuvre.
E Eaux usées : eaux altérées par l?ensemble des
activités humaines. On distingue les eaux usées
industrielles, les eaux usées domestiques (hygiène,
lavage, cuisine) et issues d?établissements publics
(écoles, hôpitaux, etc.) et privés (entreprises) où
l?usage de l?eau est similaire à celui des ménages,
et les eaux pluviales chargées en matières
polluantes au cours de leur ruissellement sur les
toitures et la voirie.
Économie circulaire : modèle de production
et de consommation qui vise à réduire la
consommation de matières premières en
passant du modèle linéaire, consistant à extraire,
fabriquer, consommer et jeter, à un modèle
circulaire. Ce modèle repose sur sept piliers :
l?extraction/exploitation et les achats durables,
l?écoconception, l?écologie industrielle et
territoriale, l?économie de la fonctionnalité,
la consommation responsable, l?allongement
de la durée d?usage et le recyclage des déchets.
Écosystème : unité écologique fonctionnelle
regroupant un ensemble de populations animales
et végétales en interaction constante au sein
d?un ou plusieurs habitats naturels ou semi-
naturels.
Émissions nettes de CO? : différence entre
les émissions anthropiques (issues des activités
humaines) et les absorptions anthropiques par
les puits de carbone, c?est-à-dire les milieux
naturels gérés par l?homme (forêts, prairies,
sols agricoles, zones humides, etc.) et certains
procédés industriels (capture et stockage ou
réutilisation du carbone).
Empreinte carbone : indicateur estimant
la quantité de gaz à effet de serre émise pour
satisfaire la consommation au sens large
d?une population (biens, services, utilisation
d?infrastructures), en tenant compte des émissions
liées aux importations et aux exportations.
L?empreinte carbone de la France permet
d?apprécier les pressions globales sur le climat
de la demande intérieure française quelle que
soit l?origine géographique des émissions.
Empreinte matières : appelée aussi Raw Material
Consumption dans la littérature spécialisée,
indicateur rendant compte de l?ensemble
des matières premières mobilisées pour satisfaire
des besoins de la population d?un pays :
alimentation, habitation, habillement, transport
et autres biens et services. Cette empreinte
comptabilise les matières extraites tant du
territoire national que hors de nos frontières,
mais destinées à satisfaire les besoins de
la population résidant en France.
ANNEXES
130
ANNEXES
Énergie primaire : énergie non transformée,
i.e. tirée de la nature (soleil, fleuves ou vent) ou
contenue dans les produits énergétiques tirés de
la nature (comme les combustibles fossiles ou le
bois). Par convention, l?énergie primaire d?origine
nucléaire, hydraulique, éolienne, marémotrice et
solaire photovoltaïque est comptabilisée à hauteur
de la production d?électricité correspondante.
Énergies renouvelables : énergies dérivées de
processus naturels en perpétuel renouvellement.
Il existe plusieurs formes d?énergies renouvelables,
notamment l?énergie générée par le soleil
(photovoltaïque ou thermique), le vent (éolienne),
l?eau des rivières et des océans (hydraulique,
marémotrice, etc.), la biomasse, qu?elle soit solide
(bois et déchets d?origine biologique), liquide
(biocarburants) ou gazeuse (biogaz), ainsi que la
chaleur de la terre (géothermie).
Épisode de pollution : il est caractérisé par le
dépassement du seuil d?information et de
recommandation ou du seuil d?alerte (protection de
la santé à court terme) pour un ou plusieurs polluants.
Il est considéré d?ampleur nationale lorsque la
superficie des territoires concernés s?étend sur
trois régions administratives ou plus et qu?il concerne
une période de deux jours consécutifs ou plus.
Espèce autochtone : espèce originaire d?une zone
déterminée.
Espèce d?intérêt communautaire : espèce en
danger, vulnérable, rare ou endémique pour
laquelle des mesures de protection doivent être
mises en place par les États membres de l?Union
européenne. La désignation des sites Natura 2000
s?appuie sur leur présence.
Espèce endémique d?un territoire : espèce dont
l?ensemble des populations ne se trouve que dans
ce territoire. La notion d?endémisme est donc
indissociable d?une zone géographique donnée.
Espèce exotique envahissante (EEE) : espèce
introduite dans une aire distincte de son
aire d?origine par les êtres humains, de façon
volontaire ou accidentelle, proliférant dans
son aire d?implantation et perturbant le
fonctionnement des écosystèmes ou nuisant aux
espèces autochtones par compétition, prédation
ou transmission de maladies.
Espèce introduite : espèce dont un ou des
individus ont été déplacés par l?homme de
manière volontaire ou involontaire sur un territoire
donné à un moment donné.
État chimique : appréciation de la qualité d?une
eau sur la base de concentrations en polluants, le
bon état étant atteint lorsqu?elles ne dépassent
pas des normes de qualité fixées au préalable.
État de conservation d?un habitat naturel : somme
des états des paramètres qui le constituent. La
démarche d?évaluation prend en compte l?état des
entités (gènes, individus, populations, paysages) et
des fonctions (flux de régénération, production,
etc.).
État de dégradation d?un habitat naturel : état
montrant une perte de biodiversité, de son
intégrité et/ou une simplification ou une rupture
dans sa structure, son fonctionnement et/
ou sa composition en raison d?activités ou de
perturbations qui sont trop fréquentes ou trop
importantes pour permettre une régénération ou
une récupération naturelle.
État écologique d?une masse d?eau : appréciation
de la structure et du fonctionnement des
écosystèmes aquatiques associés aux eaux
superficielles, à travers des critères biologiques,
hydromorphologiques ou physico-chimiques.
Eutrophisation : enrichissement excessif des cours
d?eau et des plans d?eau en éléments nutritifs
comme le phosphore et l?azote, lesquels agissent
comme engrais pour les plantes aquatiques.
L?eutrophisation se manifeste par la prolifération
de végétaux aquatiques et par une diminution
notable de la teneur en oxygène de l?eau. Il
s?en suit, entre autres, une diversité animale et
végétale amoindrie et des usages perturbés.
Évapotranspiration : processus biophysique de
transfert d?une quantité d?eau vers l?atmosphère,
par l?évaporation à partir du sol, des cours
d?eau et des plans d?eau à laquelle s?ajoute la
transpiration des plantes, eau perdue par la
végétation sous forme de vapeur d?eau.
Exposome : concept, initialement développé
par Christopher Wild en 2005, ayant pour objet
l?étude de l?ensemble des expositions à des
facteurs environnementaux subis par l?être humain
de sa conception à sa fin de vie.
131
F Flexitarisme : pratique alimentaire qui consiste à
ne manger de la viande qu?occasionnellement
Fragmentation des milieux naturels :
transformation d?une surface importante
d?habitats en un nombre plus ou moins important
de fragments de taille variable, dont la surface
totale est inférieur à celle de l?habitat original et
qui sont plus ou moins isolés les uns des autres par
une matrice environnante différente de l?originale
(route, habitations, etc.). La fragmentation des
milieux naturels peut être défavorable à de
nombreuses espèces, d?une part à cause de la
faiblesse des surfaces accessibles, et d?autre part
par l?isolement, le cloisonnement des différents
espaces naturels.
Frontière locale : au sens du concept des limites
planétaires, la frontière locale délimite le début de la
zone d?incertitude dans laquelle entre un processus
biophysique du fait des activités humaines. La limite
locale correspond à la borne supérieure de la zone.
Pour l?eau douce renouvelable ou « eau bleue », la
zone d?incertitude est définie à l?échelle d?un bassin-
versant, en fonction de ses écoulements naturels et
de la saison.
G Gaz à effet de serre : gaz d?origine naturelle
(vapeur d?eau) ou anthropique (liée aux activités
humaines) absorbant et réémettant une partie des
rayons solaires (rayons infrarouge), phénomènes à
l?origine de l?effet de serre.
Groupe taxonomique : ensemble d?espèces
partageant des caractéristiques communes et un
ancêtre commun.
Habitat d?intérêt communautaire : habitat
identifié par la Commission européenne comme
susceptible de disparaître sur le territoire
européen et dont les États membres doivent en
assurer la conservation. La désignation des sites
Natura 2000 s?appuie sur leur présence.
Habitat naturel ou semi-naturel : ensemble
homogène non dissociable constitué, d?une part,
d?un biotope (climat local, nature et propriétés
physico-chimiques du sol, nature géologique
du sous-sol) et, d?autre part, d?une biocénose
(communauté d?organismes vivants). Les habitats
constituent les milieux de vie des espèces. Un
habitat est généralement qualifié comme semi-
naturel lorsqu?il concerne un espace plus ou
moins façonné par les êtres humains qui réunit
les conditions physiques et biologiques
nécessaires à l?existence d?une espèce ou
d?un groupe d?espèces.
H Herbicide : préparation phytotoxique utilisée
pour lutter contre les adventices, ou mauvaises
herbes. Communément appelé désherbant,
il fait partie de la famille des pesticides ou
phytosanitaires ou phytopharmaceutiques.
Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) :
polluants organiques persistants dangereux pour
l?homme et pour l?environnement, modérément
et lentement biodégradables. Ils sont produits par
les activités humaines, lorsqu?il y a combustion
incomplète de matières organiques : incinération
de déchets, combustion de carburants
automobiles, de pétrole, de charbon ou de bois,
production industrielle (aciéries, alumineries,
etc.). Les combustions naturelles (feux de forêts)
produisent également des HAP.
I Indice des pressions toxiques cumulées (IPTC) :
estimateur du risque de toxicité d?un mélange
de substances dangereuses pour les organismes
aquatiques. Cet indice varie, en théorie, de
zéro à l?infini. Il est « fort » ou « élevé » quand
il dépasse 1, la survenue d?effets néfastes sur
l?environnement étant soit hautement probable
soit possible mais à confirmer par une expertise
complète.
Intensité en émissions de gaz à effet de serre
(GES) : indicateur qui rapporte la quantité de
GES émise par une activité à une unité de valeur
ajoutée de cette activité.
Intensité énergétique : ratio entre la consommation
d?énergie et un indicateur d?activité,
habituellement le produit intérieur brut (PIB),
au niveau macroéconomique. Elle permet de
mesurer l?efficacité énergétique de l?économie
et, à ce titre, est un indicateur pouvant mettre
en évidence le découplage entre croissance
économique et consommation d?énergie.
ANNEXES
132
ANNEXES
L Limite locale : voir frontière locale.
Liste rouge : liste d?espèces classées selon le
degré de menaces pesant sur elles, régulièrement
révisée, établie à partir d?une méthodologie
définie par l?UICN. En France, la réalisation de la
Liste rouge nationale est coordonnée par PatriNat
(OFB-CNRS-MNHN) et le comité français de
l?UICN.
M Macropolluant : ensemble comprenant les
matières en suspension, les matières organiques
et les nutriments, comme l?azote et le phosphore.
Les macropolluants peuvent être présents
naturellement dans l?eau, mais les activités
humaines en accroissent les concentrations (rejets
d?eaux usées, industrielles ou domestiques, ou
pratiques agricoles).
Masse d?eau : selon la directive-cadre sur l?eau, une
masse d?eau de surface est une partie distincte
et significative des eaux de surface (lac, réservoir,
rivière, fleuve ou canal, partie de rivière, de fleuve
ou de canal, eau de transition ou portion d?eaux
côtières). Une masse d?eau souterraine est un
volume distinct d?eau souterraine à l?intérieur
d?un ou de plusieurs aquifères.
Matière première de recyclage (ou matière
première secondaire) : déchet valorisé en vue
d?obtenir un produit utilisable dans les procédés
de fabrication pour remplacer la matière première
initiale.
Métabolite : molécule issue de la dégradation
d?une substance mère, par réactions chimiques
ou biologiques. Un métabolite possède des
propriétés distinctes de sa substance mère
(solubilité, durée de vie, écotoxicité, etc.). Il
peut être plus toxique ou plus persistant que la
molécule d?origine.
Métalloïde : élément chimique dont les propriétés
sont intermédiaires entre celles d?un métal et
d?un non-métal. Par exemple, les métalloïdes se
comportent comme des semi-conducteurs.
Métaux critiques : une substance est dite
« critique » dès lors qu?elle conjugue deux
variables : côté offre, elle est exposée à des
risques d?approvisionnement (prix, accès au
marché, tensions géopolitiques, etc.). Du
côté demande, elle est considérée comme
particulièrement importante pour l?économie
nationale. Le croisement de ces deux variables
permet de classer les substances selon leur degré
de criticité. Les indices de criticité ainsi estimés
s?appliquent aux États et aux entreprises.
Méthanisation : processus biologique permettant
de transformer des matières organiques en
énergie renouvelable.
Micropolluant : ensemble de substances minérales
ou organiques qui, même à de très faibles
concentrations, de l?ordre du µg/l ou du ng/l,
peuvent être toxiques pour l?homme et/ou les
écosystèmes. Ils sont généralement classés en
familles : métaux métalloïdes, hydrocarbures, HAP,
PCB, polybromodiphényléther (PBDE), composés
organiques volatiles (COV), composés organo-
halogénés volatils (COHV), composés phénoliques,
dioxines et furanes, phtalates, etc.
Minerais métalliques : agrégats minéraux
contenant des métaux. La plupart étant
polymétalliques, les différents métaux sont
séparés lors du processus de production. Les
minerais métalliques se subdivisent en minerais
ferreux et non ferreux.
Minéraux non métalliques : matériaux de
construction principalement (sables, graviers,
pierres ornementales) et roches et minéraux
industriels (silice, gypse, kaolin, argile, talc, sel,
potasse, barytine, feldspath, etc.).
N Nappe libre : nappe d?eau souterraine se trouvant
dans une formation géologique perméable, et
qui n?est pas isolée de la surface du sol par une
strate imperméable. Elle est généralement peu
profonde. La phase de recharge de ces nappes est
généralement liée aux précipitations annuelles.
Neutralité carbone : équilibre entre les émissions
de gaz à effet de serre et l?absorption de carbone
par les écosystèmes gérés par l?homme (forêts,
sols agricoles, etc.) et les procédés industriels
(capture et stockage ou réutilisation du carbone)
à l?échelle du territoire national, sans recours à
la compensation par des crédits internationaux
(Stratégie nationale bas-carbone, 2020).
Nitrates : une des formes de l?azote,
principalement d?origine agricole en raison du
recours aux engrais azotés.
133
O Ozone : polluant qui se forme lors de réactions
complexes entre des polluants déjà présents dans
l?atmosphère, principalement les oxydes d?azote
et les composés organiques volatils, sous l?action
des rayonnements ultraviolets du soleil.
P Pelouses sèches : formations végétales rases,
situées en pente, qui sont peu colonisées par les
arbres et les arbustes. Elles forment un tapis plus
ou moins dense qui se développe sur un sol, parfois
peu épais, qui est pauvre en éléments nutritifs et
constitué, en grande majorité, de calcaire.
Pescétarien : pratique alimentaire qui consiste
à supprimer la viande mais à autoriser le poisson
et les fruits de mer.
Phénologie : étude de l?apparition d?événements
périodiques (annuels le plus souvent) dans
le monde vivant, déterminée par les variations
saisonnières du climat.
Phytoplancton : ensemble des végétaux de taille
très petite ou microscopique vivant en suspension
dans l?eau. Le phytoplancton est à la base de
la chaîne alimentaire aquatique.
Plancton : ensemble d?organismes vivants
incluant le phytoplancton et le zooplancton.
Le phytoplancton est constitué de l?ensemble des
algues microscopiques unicellulaires qui flottent
dans les eaux. Le zooplancton est constitué de
l?ensemble des organismes animaux de très petite
taille, qui vivent en suspension dans l?eau et ne
possèdent ni cellulose, ni chlorophylle.
Points chauds de biodiversité : terme générique
désignant une zone possédant une grande
richesse de biodiversité particulièrement menacée
par l?activité humaine.
Pollinisateur : animal (principalement des insectes)
butineur, transportant le pollen d?une fleur à
une autre, en assurant ainsi la pollinisation
Pollution : situation constatée montrant
la présence de polluants dans un milieu, à
la suite de l?introduction, directe ou indirecte par
l?activité humaine, de substances susceptibles de
contribuer ou de causer un danger pour la santé
de l?homme, des détériorations aux écosystèmes
ou aux biens matériels, ou une entrave à un
usage légitime de l?environnement. La pollution
peut être historique ou nouvelle, résultant d?une
activité humaine passée ou récente, ou encore
résiduelle, subsistant dans un milieu déterminé
après réhabilitation. La pollution est dite
« ponctuelle » quand l?origine peut être localisée
géographiquement de façon précise. Elle est
« diffuse » quand elle est due à de multiples rejets
de polluants dans le temps et l?espace, dont
les origines peuvent être difficiles à identifier.
Potentiel de réchauffement global : rapport entre
l?énergie renvoyée vers le sol en cent ans par
1 kg de gaz et celle que renverrait 1 kg de CO?.
Il dépend du gaz considéré et de sa durée de vie
dans l?atmosphère. Conventionnellement,
il se limite pour le moment aux GES directs et plus
particulièrement à ceux visés par le Protocole de
Kyoto (le CO?, le CH4, le N?O, les HFC, les PFC,
le SF? et le NF?). Il est utilisé pour exprimer les GES
en équivalent CO? (noté CO? éq).
Prairies mellifères : prairie présentant un
mélange pérenne de graminées, fleurs et herbes
aromatiques spécialement sélectionnées pour
la production de nectar et de pollen pour
les insectes utiles.
Pression d?inventaires : effort de prospection
et d?inventaire, s?appuyant entre autres sur
la fréquence des relevés. Plus cet effort est
important, meilleur est le niveau de connaissance
naturaliste d?un territoire donné.
Productivité matières : rapport entre le PIB
(exprimé en volume, i.e. hors évolution des prix)
et la consommation intérieure apparente de
matières de l?économie ; cet indicateur exprime
le PIB généré en moyenne pour chaque unité
de matières consommée (voir consommation
intérieure apparente de matières).
Produits de biocontrôle : agents et produits
utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de
la lutte intégrée contre les ennemis des cultures
(article L. 253-6 du Code rural et de la pêche
maritime). Ils comprennent en particulier :
? des macro-organismes, essentiellement des
invertébrés, notamment des acariens, insectes
et nématodes, utilisés pour protéger les plantes
des bioagresseurs via la lutte biologique ;
? des produits phytosanitaires composés de
micro-organismes, de médiateurs chimiques tels
que les phéromones et les kairomones, ou de
substances naturelles d?origine végétale, animale
ou minérale.
ANNEXES
134
ANNEXES
Protection forte : espaces naturels dans lesquels
les pressions engendrées par les activités
humaines susceptibles de compromettre la
conservation des enjeux écologiques de ces
espaces sont supprimées ou significativement
limitées de manière pérenne, grâce à la mise
en oeuvre d?une protection foncière ou d?une
réglementation adaptée, associée à un contrôle
effectif des activités concernées.
Puits de carbone : réservoir qui capte et stocke
le carbone atmosphérique. Le principal puits
est le puits océanique, il absorbe entre deux et
trois milliards de tonnes de carbone, soit 7 à
10 milliards de tonnes de CO? représentant un
quart environ des émissions résultant des activités
humaines. Les autres puits sont les forêts et les
tourbières.
Pyréthrinoïdes : insecticides de synthèse,
analogues des pyréthrines naturellement
présentes dans certains chrysanthèmes.
R Rayonnement non ionisant : champ
électromagnétique insuffisamment énergétique
pour provoquer des modifications des molécules
de la matière vivante par ionisation, à l?inverse des
rayonnements ionisants.
Récif corallien : structure naturelle sous-marine
construite par les coraux, animaux marins
invertébrés qui fabriquent leur squelette calcaire
dur à partir de carbonates et de calcium présents
dans l?eau de mer. Les récifs coralliens forment
des écosystèmes marins parmi les plus riches en
biodiversité.
Recyclage : toute opération de valorisation
par laquelle les déchets, y compris les déchets
organiques, sont retraités en substances, matières
ou produits aux fins de leur fonction initiale ou
à d?autres fins. En sont exclues les opérations
de valorisation énergétique des déchets, de
conversion des déchets en combustible et les
opérations de remblaiement (article L.541-1-1 du
Code de l?environnement).
Réserve naturelle : espace protégeant un
patrimoine naturel remarquable (faune, flore,
milieu naturel) de toute intervention artificielle
susceptible de le dégrader. On distingue les
réserves naturelles nationales, les réserves
naturelles de la collectivité territoriale de Corse
et les réserves naturelles régionales. La gestion
de ces espaces est cadrée par un plan de gestion
que mettent en oeuvre une ou plusieurs structures
gestionnaires (association, établissement public,
collectivité).
Réservoir de biodiversité : terme utilisé dans
la description d?une trame verte et bleue pour
définir les espaces dans lesquels la biodiversité
est la plus riche ou la mieux représentée, où les
espèces peuvent effectuer tout ou partie de leur
cycle de vie (alimentation, reproduction, repos)
et où les habitats naturels peuvent assurer leur
fonctionnement, en ayant notamment une taille
suffisante.
Retrait-gonflement des argiles : mouvements
de terrain naturels lents à l?origine d?une
déformation progressive du sol ou du sous-sol
riches en argiles dites « gonflantes ». Ces argiles
se rétractent lors des périodes de sécheresse et
gonflent par réhydratation après de très fortes
pluies. Ce phénomène d?alternance de retrait
et de gonflement du sol peut provoquer des
désordres dans les bâtiments, principalement
dans les maisons individuelles aux structures
légères particulièrement vulnérables en raison de
fondations généralement superficielles.
Risques climatiques : risques naturels influés par
le climat : vagues de chaleur, inondations côtières,
submersions marines, sécheresse, etc.
RLI (Red List Index ? Indice liste rouge) : indice
mesurant le risque d?extinction des espèces en
relevant les diminutions plus ou moins rapides
d?effectifs. Il est construit à l?aide du nombre
d?espèces au sein de chaque catégorie de menace
de l?UICN et du nombre d?espèces ayant changé
de catégorie.
S Scénarios RCP (Representative Concentration
Pathway) : ensemble des quatre scénarios utilisés
par le Giec pour estimer les variations du climat
futur sur la base d?hypothèses sur les émissions de
gaz à effet de serre.
Schéma de cohérence territoriale : document
de planification et d?urbanisme définissant
les grandes orientations d?aménagement d?un
territoire.
135
Schéma directeur d?aménagement des eaux
(SDAGE) : document de planification de la gestion
de l?eau établi pour chaque bassin ou groupement
de bassins, qui fixe les orientations fondamentales
permettant de satisfaire à une gestion équilibrée
et durable de la ressource en eau. Les SDAGE
incluent depuis 2009 les plans de gestion prévus
par la directive-cadre européenne sur l?eau (DCE)
? (2000/60/CE).
Sciences participatives : programme de collecte
d?informations impliquant une participation du
public dans le cadre d?une démarche scientifique.
Services écosystémiques : avantages socio-
économiques directs et indirects que les
écosystèmes procurent aux populations
humaines. Ces services comprennent les services
d?approvisionnement, par exemple, en nourriture,
en eau, en bois et en fibres, les services de
régulation, par exemple, du climat, des inondations,
des maladies, des déchets et de la qualité de l?eau,
les services culturels, qui sont source de loisirs et de
satisfactions esthétiques et spirituelles et les services
de soutien comme la pédogenèse, la photosynthèse
et le cycle des éléments nutritifs.
Sites et sols pollués : sites ou milieux qui, du
fait d?infiltrations de substances polluantes ou
de la présence d?anciens dépôts de déchets,
présentent une pollution susceptible de
provoquer une nuisance ou un risque pour la
santé ou l?environnement. Ces sites sont recensés
dans la base Basol des sites et sols pollués ou
potentiellement pollués, qui appellent une action
de l?administration à titre préventif ou curatif.
Sous-bassin hydrographique : sous-unité
hydrographique définie par la directive
européenne (2000/60/CE) établissant un cadre
pour une politique communautaire dans le
domaine de l?eau, dite directive-cadre sur l?eau. Le
territoire de la France métropolitaine est découpé
en 33 sous-bassins. Chacun des départements
d?outre-mer comporte un seul sous-bassin.
Stratégie nationale pour les aires protégées
(SNAP) : adoptée le 12 janvier 2021, la SNAP
2020-2030 vise, dans les domaines terrestre et
marin, à renforcer le réseau actuel d?aires protégés
et à en créer de nouvelles pour couvrir 30 % du
territoire français en espaces protégés, dont un
tiers en protection forte, d?ici à 2022.
Superficie forestière : superficie des forêts de
production, des autres forêts et des bosquets,
hors peupleraies (définition de la forêt en vigueur
en 1980).
Surface agricole utile (SAU) : concept statistique
destiné à évaluer le territoire consacré à la
production agricole. La SAU est composée
de terres arables (grandes cultures, cultures
maraîchères, prairies artificielles, etc.), surfaces
toujours en herbe (prairies permanentes, alpages),
cultures pérennes (vignes, vergers, etc.). Elle
n?inclut pas les bois et forêts. Elle comprend en
revanche les surfaces en jachère (comprises dans
les terres arables).
Surface toujours en herbe : surface en herbe,
naturelle ou semée depuis au moins 5 ans.
T Taux de boisement : rapport entre la superficie
boisée et la superficie du territoire.
Technologies bas-carbone : technologies qui
émettent significativement moins de gaz à
effet de serre par rapport aux autres solutions
techniques disponibles.
Térawattheure (TWh) : unité énergétique
équivalent à 1 000 milliards (10 puissance 12) de
watts par heure (Wh). Un TWh correspond
à 86 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep).
Territoire artificialisé : territoire qui recouvre les
zones urbanisées, industrielles et commerciales,
les réseaux de transport, les mines, carrières,
décharges et chantiers, ainsi que les espaces verts
artificialisés, par opposition aux espaces agricoles,
aux forêts ou milieux naturels, zones humides ou
surfaces en eau.
Tonne équivalent pétrole : quantité d?énergie
contenue dans une tonne de pétrole brut, soit
41,868 giga-joules. Cette unité est utilisée pour
exprimer dans une unité commune la valeur
énergétique des diverses sources d?énergie.
Selon les conventions internationales, une tonne
d?équivalent pétrole équivaut par exemple à
1 616 kg de houille, 1 069 m3 de gaz d?Algérie ou
954 kg d?essence moteur. Pour l?électricité,
1 tep vaut 11,6 MWh.
ANNEXES
136
ANNEXES
Transition bas-carbone : ensemble des politiques
et mesures qui visent la transformation de
la société actuelle vers une société sobre en
consommation d?énergies fossiles et faiblement
émettrices de gaz à effet de serre.
U Ubiquiste : se dit d?une substance presque
omniprésente dans l?environnement, susceptible
d?être transportée sur de longues distances.
V Vague de chaleur : temps inhabituellement chaud
et sec ou chaud et humide, qui dure au moins
deux à trois jours, et produit le plus souvent
un impact sensible sur la santé humaine et
les systèmes naturels.
Valeur limite : niveau de concentration
d?une substance chimique, fixé sur la base
des connaissances scientifiques, à ne pas
dépasser afin d?éviter, de prévenir ou de réduire
les effets nocifs sur la santé humaine ou
sur l?environnement dans son ensemble.
Vecteur : être vivant capable d?assurer la
transmission biologique d?un agent infectieux
(virus, bactérie, parasite), d?un vertébré à un autre
vertébré, tout en étant lui-même infecté.
Végétarisme : pratique alimentaire qui consiste
à supprimer toute chair d?origine animale
(viande, poisson).
Végétalisme : pratique alimentaire qui consiste
à supprimer toute chair d?origine animale
(viande, poisson) et tout produit d?origine animale
(oeufs, lait, beurre, miel, etc.)
Z Zone basse du littoral : zone située à moins
d?un kilomètre de la mer et dans des territoires
dont l?altimétrie est inférieure au niveau de la mer
lors de conditions extrêmes.
Zone naturelle d?intérêts écologique, faunistique
et floristique (Znieff) : secteurs de grand intérêt
biologique ou écologique. Les Znieff de type II
sont des grands ensembles naturels riches et peu
modifiés, offrant des potentialités biologiques
importantes.
Zone vulnérable : partie du territoire où
la pollution des eaux par le rejet direct ou indirect
de nitrates d?origine agricole et d?autres composés
azotés susceptibles de se transformer en nitrates
menace à court terme la qualité des milieux
aquatiques, et plus particulièrement l?alimentation
en eau potable.
137
ABC Atlas de biodiversité communale
Ademe Agence de la transition écologique
Agec Loi anti-gaspillage pour une économie
circulaire
AIE Agence internationale de l?énergie
ANCT Agence nationale de la cohésion des
territoires
Anses Agence nationale de sécurité sanitaire de
l'alimentation, de l'environnement et du
travail
Basol Base de données sur les sites et sols pollués
ou potentiellement pollués appelant une
action des pouvoirs publics, à titre préventif
ou curatif
BNV-D Banque nationale des ventes des
distributeurs
BRGM Bureau de recherches géologiques et
minières
BTP Bâtiment et travaux publics
CarHab Cartographie nationale des habitats
naturels et semi-naturels
CAUE Conseil d?architecture, d?urbanisme et
de l?environnement
CEN Conservatoire des espaces naturels
Cerema Centre d'études et d'expertise sur
les risques, l'environnement, la mobilité
et l'aménagement
CGDD Commissariat général au développement
durable
Citepa Centre interprofessionnel technique
d'études de la pollution atmosphérique
CITES Convention sur le commerce international
des espèces de faune et de flore sauvages
menacées d?extinction
COP Conférence des Parties
COP15 Conférence de Montréal de 2022 sur
la biodiversité
DAAF Direction de l?alimentation, de l?agriculture
et de la forêt
DCE Directive-cadre sur l?eau
DHFF Directive « Habitats, Faune, Flore »
DO Directive « Oiseaux »
DOCOB Document d?objectifs d?un site Natura 2000
DROM Départements et régions d?outre-mer
EEE Espèce exotique envahissante
Efese Évaluation française des écosystèmes et
des services écosystémiques
EPCI Établissements publics de coopération
intercommunale
ETM Élément trace métallique
Eurostat Office statistique de l?Union européenne
FAO Organisation des Nations unies pour
l?alimentation et l?agriculture
FNAU Fédération nationale des agences
d?urbanisme
GES Gaz à effet de serre
Giec Groupe d?experts intergouvernemental
sur l?évolution du climat
GIER Groupe internationale d?experts sur
les ressources
GIS Sol Groupement d?intérêt scientifique sur
les sols (système d?information sur les sols
de France)
I4CE Institute for Climate Economics
Ifremer Institut français de recherche pour
l'exploitation de la mer
IGN Institut national de l?information
géographique et forestière
Inéris Institut national de l'environnement
industriel et des risques
INPN Inventaire national du patrimoine naturel
Inrae Institut national de la recherche
pour l?agriculture, l?alimentation et
l?environnement (ex INRA - Institut national
de la recherche agronomique)
Insee Institut national de la statistique et des
études économiques
IPBES Intergovernmental Science-Policy Platform
on Biodiversity and Ecosystem Services
- Plateforme intergouvernementale
scientifique et politique sur la biodiversité et
les services écosystémiques
IPTC Indice des pressions toxiques cumulées
IRSN Institut de radioprotection et de sûreté
nucléaire
LCSQA Laboratoire central de surveillance de
la qualité de l?air
LFP Batteries lithium-fer-phosphate
LPO Ligue pour la protection des oiseaux
MNHN Muséum national d?histoire naturelle
MPR Matière première de recyclage
ANNEXES
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
138
ANNEXES
MTECT Ministère de la Transition écologique
et de la Cohésion des territoires
Natura Réseau d?espaces naturels désignés par
les États membres en application des
directives communautaires « Oiseaux »
et « Habitats »
NMC Batteries nickel-manganèse-cadmium
OCDE Organisation de coopération et
de développement économique
ODD Objectif de développement durable
OFB Office français de la biodiversité
Ofremi Observatoire français des ressources
minérales pour les filières industrielles
OMS Organisation mondiale de la santé
ONB Observatoire national de la biodiversité
ONU Organisation des Nations unies
PAT Projet alimentaire territorial
Patrinat Centre d?expertise et de données
sur le patrimoine naturel
PIB Produit intérieur brut
PLH Programme local de l?habitat
PLU(i) Plan local d?urbanisme (intercommunal)
PNA Plan national d?action
PNUE Programme des Nations unies pour
l?environnement
PPE Programmation pluriannuelle de l?énergie
R&D Recherche et développement
SaFN Solutions d?adaptation fondées sur la nature
SAU Surface agricole utilisée
SCoT Schéma de cohérence territorial
SDAGE Schéma directeur d?aménagement et
de gestion des eaux
SDES Service des données et études statistiques
SFEPM Société française pour l?étude et
la protection des mammifères
SNAP Stratégie nationale pour les aires protégées
SNB Stratégie nationale de biodiversité
SNBC2 2e version de la SNBC publiée en 2018
SRADDET Schéma régional d?aménagement,
de développement durable et d?égalité
des territoires
STEU Station de traitement des eaux usées
STH Surface toujours en herbe
TAAF Terres australes et antarctiques françaises
TAX-REF Référentiel taxonomique
Teruti Enquête annuelle sur l?utilisation du territoire
(Land Use Change Analysis System)
TRACC Trajectoire de réchauffement de référence
pour l?adaptation au changement climatique
TVB Trame verte et bleue
UE Union européenne
UICN Union internationale pour la conservation
de la nature
UNEP United Nations Environment Programme
- Programme des Nations unies pour
l'environnement
UTCATF Utilisation des terres, changement
d?affectation des terres et foresterie
Znieff Zone naturelle d?intérêts écologique,
faunistique et floristique
2000
139
SYMBOLES CHIMIQUES
UNITÉS DE MESURE
CH? Méthane
CO? Dioxyde de carbone
COHV Composés organiques halogénés volatils
COV Composés organiques volatils
COVNM Composés organiques volatils non
méthaniques
HAP Hydrocarbures aromatiques polycycliques
HFC Hydrofluocarbure
N?O Protoxyde d?azote
NF? Trifluorure d?azote
NH? Ammoniac
NO? Dioxyde d?azote
NOx Oxydes d?azote
O? Ozone
PCB Polychlorobiphényles
PFAS Poly et perfluoroalkylés
PFC Perfluocarbure
PFHxA Acide perfluorohexanoïque
PFOA Acide perfluoro-octanoïque
PFOS Acide perfluoro-octane sulfonique
PM?? Particules de diamètre inférieur ou égal
à 10 micromètres (µm)
PM?,? Particules de diamètre inférieur ou égal
à 2,5 micromètres (µm)
SF? Hexafluorure de soufre
SO? Dioxyde de soufre
TFA Acide trifluoroacétique
dB Décibel
EH Équivalent habitant
Gt CO? Gigatonne de CO? (milliard de tonnes)
ha Hectare
Md¤ Milliard d?euros
Mm3 Million de mètres cube
Mt Million de tonnes
Mt CO? éq Million de tonnes de CO? équivalent
MW Mégawatt
NODU Nombre de doses unités
ng Nanogramme (0,000 000 001 g)
Tep Tonne équivalent pétrole
TWh Térawattheure
g Microgramme (0,000 001 g)
m Micromètre
V/m Volt par mètre
ANNEXES
140
TA
BL
E
D
ES
M
A
T
IÈ
R
ES
TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS p. 4
FACE AUX DÉFIS : HISTOIRE D?UNE PRISE
DE CONSCIENCE p. 10
RESSOURCES NATURELLES :
ENTRE DÉPENDANCE AUX
IMPORTATIONS ET RARÉFACTION p. 16
Les enjeux p. 17
L?état des lieux p. 19
LES RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES p. 19
Une présence encore importante des
énergies fossiles p. 19
La limite climatique l?emporte sur celle
de l?épuisement p. 20
Décarboner et réduire la consommation d?énergie p. 21
Produire de l?énergie à partir de sources
décarbonées p. 22
Réduire la consommation d?énergie p. 22
? ÉCLAIRAGE - Les empreintes environnementales
de la consommation : de quoi parle-t-on ? p. 23
LES RESSOURCES MINÉRALES MÉTALLIQUES p. 24
Un besoin accru de métaux au fil du temps p. 24
Les métaux des technologies bas-carbone :
un défi pour l?approvisionnement p. 25
Les métaux de la transition bas-carbone :
la dépendance de la France et de l?Europe p. 26
Besoins en métaux : quelques éléments prospectifs p. 27
? ÉCLAIRAGE ? Vers une économie circulaire :
recyclage et sobriété p. 28
LES MINÉRAUX NON MÉTALLIQUES p. 29
Les besoins en minéraux non métalliques
principalement couverts par l?extraction domestique p. 29
Les granulats marins et les granulats de recyclage :
des alternatives face aux besoins croissants p. 30
? FOCUS ? La ressource en eau sous tension
en été sur une partie du territoire p. 31
LA BIOMASSE p. 35
Des ressources renouvelables variées utilisées
principalement pour l?alimentation p. 35
? ÉCLAIRAGE ? Pêche et aquaculture :
le point sur les ressources p. 35
Des ressources renouvelables, mais leur production
peut exercer des pressions sur l?environnement p. 36
? ÉCLAIRAGE ? Interview Gilles BILLEN
« Les engrais azotés de synthèse :
quelles perspectives pour l?agriculture ? » p. 36
La ressource en bois : encore en croissance, mais
ralentie par la fragilisation des forêts françaises p. 38
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ ? Réinventer la mobilité :
un enjeu fort pour la préservation des ressources
naturelles p. 39
? RÉFÉRENCES p. 42
141
TABLE DES MATIÈRES
POLLUTION DES MILIEUX NATURELS :
UNE MENACE POUR L?ENVIRONNEMENT
ET LA SANTÉ p. 44
Les enjeux p. 45
L?état des lieux p. 47
LES POLLUANTS SUIVIS DE LONGUE DATE p. 47
Les métaux et métalloïdes : une tendance
à la baisse des émissions p. 47
Particules et oxydes d?azote dans l?air extérieur :
des progrès insuffisants pour protéger pleinement
la santé p. 50
? ÉCLAIRAGE - Comment les polluants
affectent-ils notre alimentation ? p. 50
Les HAP : une pollution persistante qui touche
l?ensemble de la biosphère p. 52
? ÉCLAIRAGE ? Les écoliers exposés à
la multipollution dans leur salle de classe p. 52
Bruit dans l?environnement : le trafic routier,
source principale d?exposition en milieu urbain p. 54
Les radiofréquences : des rayonnements
du quotidien aux impacts toujours incertains p. 54
? ÉCLAIRAGE ? Les polluants azotés et phosphorés,
responsables de la prolifération des algues vertes,
toujours en excès p. 54
? FOCUS ? Produits phytosanitaires : un bilan mitigé p. 56
DES CONTAMINANTS ENCORE PEU SUIVIS ET
POURTANT TRÈS PRÉSENTS p. 59
Déchets plastiques : de multiples signaux inquiétants
pour les écosystèmes et la santé p. 59
Les polluants perfluorés :
une inquiétude grandissante p. 60
? ÉCLAIRAGE ? Interview de Robert BAROUKI
« L?exposome, l?empreinte des expositions
d?une vie sur la santé » p. 61
Résidus médicamenteux : une contamination
avérée des rivières et nappes phréatiques p. 62
L?ACTION PUBLIQUE CONTRE LA POLLUTION p. 64
Plans d?action et réglementations : des ambitions
à renforcer pour répondre aux enjeux p. 64
Les financements, en hausse depuis 2000,
ne reflètent pas le coût global pour la société p. 64
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ ? Fédérer les acteurs
territoriaux pour réduire les pollutions : le cas
du Plan Eau en outre-mer p. 66
? RÉFÉRENCES p. 69
CHANGEMENT CLIMATIQUE :
DES EFFETS DE PLUS EN PLUS
PERCEPTIBLES p. 70
Les enjeux p. 71
L?état des lieux p. 73
QUELS IMPACTS CONCRETS ? p. 73
Des impacts déjà perceptibles dans
de nombreux domaines p. 73
Des impacts du changement climatique
déjà mesurables sur la santé p. 73
Des événements climatiques extrêmes
de plus en plus fréquents p. 75
La montée du niveau des mers et des océans p. 75
Des perspectives inquiétantes p. 77
UNE DIMINUTION DES ÉMISSIONS
DE GAZ À EFFET DE SERRE p. 79
La composition des GES et leur provenance p. 79
Le poids de l?agriculture dans les émissions de GES p. 79
L?industrie a contribué pour moitié à la baisse
des émissions françaises depuis 1990 p. 79
? ÉCLAIRAGE - Le transport, un tiers des émissions
nationales de GES p. 80
Les sols et les forêts, un puits de carbone majeur p. 81
? FOCUS ? L?empreinte carbone des Français p. 82
Les émissions directes des ménages
et leurs évolutions p. 84
? ÉCLAIRAGE ? Les Français et le climat :
entre signaux encourageants et incertitudes p. 84
La contribution de la France au changement
climatique p. 85
LA LUTTE CONTRE LE CHANGEMENT
CLIMATIQUE p. 86
Quelle feuille de route pour atteindre
la neutralité carbone ? p. 86
Quelques exemples de leviers de lutte contre
le changement climatique p. 87
? ÉCLAIRAGE ? Les plans d?adaptation
au changement climatique des bassins p. 87
Le financement de l?atténuation
du changement climatique p. 89
Faire sa part : les acteurs de la société bas-carbone p. 89
Préparer le monde professionnel aux enjeux
environnementaux par la formation p. 89
? ÉCLAIRAGE - Interview de Gonéri Le Cozannet
« Le défi de l?adaptation » p. 90
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ ? Manger moins
de protéines animales : une transition alimentaire
bénéfique pour le climat p. 92
? RÉFÉRENCES p. 95
142
TABLE DES MATIÈRES
DÉCLIN DE LA BIODIVERSITÉ :
UNE NATURE SOUS PRESSION p. 96
Les enjeux p. 97
L?état des lieux p. 99
DES SIGNAUX INQUIÉTANTS p. 99
État de la biodiversité : des outils d?inventaire
mais une connaissance à affiner p. 99
Un déclin continu de la biodiversité p. 100
? FOCUS ? Comment les activités humaines
affectent les écosystèmes ultramarins ? p. 102
Cinq pressions responsables du déclin
de la biodiversité p. 104
Des milieux naturels artificialisés et fragmentés p. 104
Une surexploitation des ressources naturelles p. 104
Des pollutions qui affectent tous les milieux p. 105
Des modifications biologiques induites par
le changement climatique p. 105
Des espèces exotiques envahissantes
plus nombreuses et conquérantes p. 106
DES SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES FRAGILISÉS p. 107
Les arbres en milieux urbains : essentiels
mais trop peu présents p. 107
Milieux agricoles : une biodiversité à restaurer
pour garantir l?approvisionnement p. 108
Une forêt aux valeurs mésestimées p. 109
Des milieux humides aquatiques régulateurs
des effets du changement climatique p. 110
Des milieux marins essentiels au bien-être humain p. 111
LES ENJEUX DE BIODIVERSITÉ ET LA SOCIÉTÉ p. 112
Des engagements pris dans les politiques
publiques p. 112
? ÉCLAIRAGE ? Interview de Bruno Mounier
et de Pierre Mossant « Protéger des espaces
naturels tout en associant la population » p. 114
La biodiversité mieux prise en compte
dans les projets d?aménagement p. 115
? ÉCLAIRAGE ? Trame verte et bleue :
intégrer la biodiversité dans l?aménagement
du territoire p. 116
Une préoccupation citoyenne croissante p. 117
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ - Repenser la façon de
se loger pour limiter l?impact sur la biodiversité p. 118
? RÉFÉRENCES p. 121
POSTFACE p. 123
POUR ALLER PLUS LOIN p. 126
GLOSSAIRE p. 127
SIGLES ET ABRÉVIATIONS p. 137
143
Le CGDD remercie les personnes
suivantes pour avoir accepté
d?apporter leur éclairage :
? Robert Barouki, professeur à
l?Université Paris Cité, Directeur
de l?institut thématique santé publique
de l?Inserm
? Gilles Billen, directeur de recherche
émérite au CNRS, biogéochimie
territoriale, Sorbonne-Université
? Gonéri Le Cozannet, chercheur
au Bureau de recherches géologiques
et minières, co-auteur du volet II
du 6e rapport du Giec, membre
du Haut Conseil pour le Climat
? Pierre Mossant, directeur du
Conservatoire d?espaces naturels
d?Auvergne
? Bruno Mounier, directeur de
la Fédération des Conservatoires
d?espaces naturels
Le CGDD remercie également
les services du ministère chargé de
la Transition écologique, ainsi que
les personnes suivantes, pour leur
relecture attentive du rapport :
? Jeanine Eguienta (SDES), Marine Favre
(SEVS), Hélène Gaubert (SEVS), Olivier
Simon (SEVS)
? L?Inspection générale de l?environnement
et du développement durable :
Karine Brulé, Bruno Depresle,
Bertrand Galtier, Patrick Lavarde,
Marianne Leblanc Laugier, Boris Leclerc,
Mario Pain, Laurent Roy, Alby Schmitt,
Marc Strauss, Jean-Philippe Torterotot
? Les Directions générales du ministère
chargées de la Transition écologique :
Aménagement, logement et nature :
Juliette Buffetrille, François Delaquaize,
Constantin De Pontbriand,
Pierre-Edouard Guillain, Mathilde Loury,
Fabien Perouze, Rossella Pintus,
Hugo Thierry, Simon Trauet,
Anne-Laure Wittman
Énergie et climat : Vincent Bourcier,
Caroline Mahé-Deckers
Prévention des risques : Lionel Berthet,
Elizabeth Blaton, Clarisse Durand,
Céline Fanguet, Guillaume Gay,
Olivier, Gras, Émilie Hillion,
Agnès Lefranc, Antoine Lhermite
? Stéphane Bourg, directeur de l?Ofremi
? Aurélie Darpeix-Van Tongeren,
ministère de l?Agriculture et
de la Souveraineté alimentaire
? Aurélien Gay, délégué interministériel
adjoint aux approvisionnements en
minerais et métaux stratégiques,
ministère chargé de l?Économie et
des Finances
? Gaëtan Lefebvre, ingénieur géologue,
expert en intelligence minérale, BRGM
REMERCIEMENTS
www.notre-environnement.gouv.fr
L?ÉDITION 2024 DU RAPPORT SUR L?ÉTAT
DE L?ENVIRONNEMENT EN FRANCE vise à faciliter
la lecture et l?appropriation des principaux constats face aux
défis climatiques et environnementaux actuels. Un état des lieux
synthétique de la situation environnementale française est proposé
et structuré autour de quatre parties qui abordent, chacune,
un défi environnemental : l?épuisement des ressources naturelles, la pollution
des milieux naturels, le changement climatique, le déclin de la biodiversité. Bien
que traitées séparément, ces quatre problématiques sont bien sûr très imbriquées :
l?extraction de ressources naturelles constitue une source de pollution des milieux
naturels, qui elle-même contribue au changement climatique, ce dernier étant
l?un des facteurs aggravant du déclin de la biodiversité.
Le premier défi consacré aux ressources naturelles traite successivement
des ressources énergétiques, des ressources minérales métalliques
et non métalliques, de l?eau et de la biomasse, et fait le point sur la consommation
française de ces ressources, la dépendance de la France aux importations
et les impacts de leurs utilisations sur les milieux.
Le second défi, portant sur la pollution des milieux naturels, s?intéresse aux
polluants suivis de longue date (pesticides, métaux, particules fines, hydrocarbures
aromatiques polycycliques, etc.), ainsi qu?à ceux qui sont encore peu suivis mais
pourtant présents dans l?environnement (déchets plastiques, polluants perfluorés,
résidus médicamenteux, etc.).
Le troisième défi met en avant les principaux enjeux et impacts du changement
climatique en France, ainsi que les politiques publiques mises en oeuvre
pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre et s?adapter aux effets
du changement climatique.
Le quatrième défi présente l?état de la biodiversité, les facteurs responsables
de son érosion, ainsi que les impacts de la perte de biodiversité sur les différents
écosystèmes, et les solutions apportées.
Plusieurs focus, éclairages, paroles d?experts et encadrés viennent enrichir
les contenus.
MINISTÈRE
DE LA TRANSITION
ÉCOLOGIQUE,
DE LA BIODIVERSITÉ,
DE LA FORÊT, DE LA MER
ET DE LA PÊCHE
http://www.notre-environnement.gouv.fr
Sommaire
Avant-propos
Histoire d'une prise de conscience
RESSOURCES NATURELLES : entre dépendance aux importations et raréfaction
POLLUTION DES MILIEUX NATURELS : une menace pour l'environnement et la santé
CHANGEMENT CLIMATIQUE : des effets de plus en plus perceptibles
DÉCLIN DE LA BIODIVERSITÉ : une nature sous pression
Postface
Pour aller plus loin
Glossaire
Sigles et abréviations
Table des matières
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION gation
prédominants (Mayenne-
Sarthe-Loir, côtiers aquitains
et charentais);
? forts prélèvements pour l?eau
potable (Seine amont pour
l?alimentation en eau de Paris);
? prélèvements élevés pour le
refroidissement des centrales
de production d?électricité
(Moselle, Isère).
Les prélèvements dépassent la
limite locale dans 2 sous-bassins
jusqu?à 4 fois sur les 14 années
observées (côtiers aquitains et
charentais).
La fréquence des franchissements
de seuils dans certains territoires
montre la nécessité de réduire
les prélèvements dans les cours
d?eau, ainsi que dans les nappes
d?eau souterraines, notamment en
été, d?autant que les écoulements
estivaux tendent à se raréfier avec
le changement climatique.
Des restrictions d?eau en été
déjà fréquentes
S?il n?est pas observé actuellement
de déficit chronique à l?échelle
du territoire métropolitain,
l?accès à l?eau n?est toutefois pas
garanti toute l?année et partout,
et des concertations sont menées
localement pour adapter les
besoins à la ressource. Lorsqu?une
pénurie d?eau est prévisible,
les préfets peuvent déclencher
des restrictions des usages de
l?eau pour préserver les usages
prioritaires [50]. Elles s?appliquent
à l?utilisation des eaux de surface
(cours d?eau, canaux, lacs et
étangs, etc.) ou des eaux provenant
des nappes souterraines. Quatre
niveaux de limitation sont mis en
oeuvre progressivement selon la
sévérité de l?épisode de sécheresse
constatée: vigilance, alerte, alerte
renforcée, crise. Le niveau de
crise entraîne des interdictions
partielles ou totales, notamment
pour les usages agricoles.
Chaque année, des restrictions
des usages de l?eau de sévérité
variée sont appliquées en France
métropolitaine. Depuis 2012,
les mesures de crise visant
l?utilisation des eaux de surface
sont fréquentes sur plusieurs
zones de l?Ouest et du Sud-Ouest,
et leur application dure au moins
2 mois, ce qui montre la fragilité
de ces secteurs par rapport à
la disponibilité de l?eau.
Les nappes d?eau souterraine sont
moins fréquemment soumises à
des restrictions d?utilisation, et
les mesures de crise sont rares,
car leur gestion peut s?anticiper
plus facilement. En revanche,
les limitations peuvent durer
longtemps sur une même zone,
voire perdurer d?une année sur
l?autre.
2022 : une année exceptionnelle
Sur la période 2012-2022 [51], les restrictions d?eau ont concerné au moins
30% du territoire à huit reprises. Selon les années, l?activation des
mesures a débuté entre mai et juillet, tandis que la sévérité et l?étendue des
restrictions sont souvent maximales en septembre. L?année 2022 s?est avérée
exceptionnelle tant par l?étendue géographique, la durée et la sévérité des
restrictions: 97% du territoire métropolitain a été concerné par des mesures
de restriction d?usage des eaux de surface (dont 55% de mesures de crise)
et 27% par des mesures de restriction d?usage des eaux souterraines
(dont 14% de mesures de crise).
F
O
C
U
S
35POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
La biomasse recouvre les matières organiques, non
fossiles, d?origine biologique, animales ou végétales.
De nature diverse, elle rassemble les cultures (céréales,
oléagineux, légumes, fruits, fibres, cultures fourra-
gères, etc.) et leurs résidus, la biomasse pâturée, le
bois (bois d?oeuvre, d?industrie, de chauffage, etc.)
ou les animaux hors élevage (pêche, chasse).
Des ressources renouvelables
variées utilisées principalement
pour l?alimentation
La biomasse extraite du territoire français représente
un volume de 222 Mt18 en 2022 : cultures (57 %), four-
rage et biomasse pâturée (26 %), bois (10 %), pois-
LA BIOMASSE
sons, plantes et animaux aquatiques, gibiers (7 %). La
production de biomasse a reculé de 6 % entre 1990
et 2022, mais avec des fluctuations d?une année sur
l?autre en fonction de la météorologie (pluviométrie,
sécheresse) qui influe fortement sur les rendements.
La production de biomasse végétale de la France
est globalement excédentaire. C?est notamment le
cas de la production agricole végétale prise dans sa
totalité (y compris la production fourragère), celle-ci
représentant selon les années de 110 à 120 % de la
consommation intérieure (respectivement 198 Mt et
169 Mt en 2022). Toutefois, la situation est variable
selon les cultures, excédentaire pour les grandes
cultures (céréales, tubercules et légumineuses), défi-
citaire pour les oléagineux notamment, et dans une
moindre mesure les légumes et les fruits.
Le rendement maximal durable d?une population
de poissons est la plus grande quantité de
biomasse que l?on peut extraire en moyenne
et à long terme d?un stock halieutique dans les
conditions environnementales existantes sans
affecter le processus de reproduction. L?état des
ressources halieutiques françaises connaît une nette
amélioration, avec une forte augmentation des stocks
exploités durablement [52]. Pour autant, deux tiers des
produits de la pêche consommés par les Français sont
importés et l?état des ressources halieutiques reste
préoccupant au niveau mondial. Selon l?Organisation
des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture
(FAO) [53], le pourcentage de stocks de poissons
surpêchés dans le monde est passé de 10% dans les
années 1970 à 38% en 2021.
La production de l?aquaculture française s?établit,
quant à elle, à 193kilotonnes (kt) en 2021
(149kt pour la conchyliculture et 44kt pour la
pisciculture), à comparer aux 483kt de produits
de la pêche[54]. Au niveau mondial, à la suite du
très fort développement de l?aquaculture depuis
les années 1990, la production aquacole a rejoint
la production halieutique (91Mt en 2021 chacune,
hors algues [55]). Le développement de l?aquaculture
soulève plusieurs enjeux en matière de durabilité.
L?un d?entre eux est lié au fait que certains poissons
d?élevage, comme le saumon, sont carnivores. Pour
les nourrir, il est alors nécessaire de pêcher des
poissons plus petits avec un impact défavorable sur
les stocks sauvages.
É
C
L
A
IR
A
G
E
En bon état Surpêchées
38 %
Dans le monde
En France
47 % 53 %
73 % 27 % 62 %
59 % 41 %
En bon état Surpêchées
38 %
Dans le monde
En France
47 % 53 %
73 % 27 % 62 %
59 % 41 %
Source : SDES, d?après
données FAO, sauf pour
2000 en France où une
estimation a été faite à
partir des données Ifremer,
dont la méthodologie
est légèrement différente
de celle de la FAO.
Comment évolue l?état
des populations
de poissons pêchés ?
2000 2021
18. SDES pour Eurostat, 2024, Comptes de flux de matières. Les masses indiquées ici sont exprimées en matières
brutes (et non en matières sèches), c?est-à-dire, y compris l?humidité contenue dans la biomasse décrite ici.
Pêche et aquaculture : le point sur les ressources
https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/env_ac_mfa__custom_11001942/default/table?lang=en
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ36
Les usages de la biomasse sont multiples. Utilisée
pour l?alimentation, son caractère renouvelable
en fait aussi une ressource intéressante pour de
nombreux autres usages : la construction, avec le
bois d?oeuvre ou des matériaux comme le chanvre
appelés à se développer pour l?isolation notamment,
mais aussi différents secteurs industriels, dont ceux
de la chimie ou de l?énergie qui recherchent des
solutions alternatives aux ressources minérales ou
fossiles par définition finies.
Des ressources renouvelables,
mais leur production peut
exercer des pressions sur
l?environnement
Si la biomasse est une ressource renouvelable, sa
production n?est pas sans conséquence sur l?environ-
nement. L?intensification de l?agriculture provoque
des phénomènes tels que l?érosion des sols ou le
rejet de substances toxiques (phytosanitaires) ou
nutritives en excès (fertilisants, déjections animales)
entraînant la pollution des eaux. Cette produc-
tion nécessite également des ressources minérales
et fossiles, et, surtout, des terres disponibles. Or,
les surfaces agricoles et forestières sont limitées.
L?artificialisation des sols, liée notamment à la
construction de logements et au développement
d?activités, a ainsi consommé en France près de
25 000 hectares (ha) par an en moyenne sur la
période 2009-2022 [56].
Ainsi, sans réflexion sur le développement équi-
libré de la biomasse et de ses usages, des tensions
pourraient apparaître, avec un risque majeur iden-
tifié : empiéter sur des usages essentiels comme
l?alimentation, et les fonctions de puits de carbone
et d?accueil de la biodiversité des espaces agricoles
et forestiers.
Le développement de certaines filières (no-
tamment énergétiques, avec les biocarburants,
parcs photovoltaïques et éoliens, ou de biomaté-
riaux avec le lin fibre, le chanvre ou le miscanthus)
laisse présager une pression à venir sur le foncier
pour produire les matières premières [57].
Dans ce contexte, la question de l?articulation des
usages alimentaires et énergétiques de la biomasse
et la maîtrise des impacts environnementaux de
cette production sont particulièrement cruciaux.
Les biocarburants représentent aujourd?hui 6 à
7 % des énergies renouvelables, le bois 35 %. La
biomasse au sens large, qu?elle soit solide, liquide
ou gazeuse, est ainsi déjà la première des énergies
renouvelables avec 170 TWh en 2022 [58]. En 2050,
la quantité d?énergie issue de la biomasse pourrait
atteindre 430 TWh d?après l?un des scénarios de la
Stratégie nationale bas-carbone [59].
Afin d?optimiser le développement de l?utilisation
de la biomasse, la Stratégie nationale de mobilisation
Les engrais
azotés de
synthèse : quelles
perspectives pour
l?agriculture ?
INTERVIEW GILLES BILLEN, directeur de
recherche émérite au CNRS, biogéochimie
territoriale, Sorbonne Université
Comment a évolué la place des engrais
azotés de synthèse en agriculture?
G. B - La fertilisation, que l?on peut définir
comme la restitution au sol des éléments qui
en ont été extraits et exportés par la récolte,
est à la base de toute activité agricole. L?azote
compte parmi les éléments qu?il importe tout
particulièrement de restituer au sol, car c?est
celui dont la disponibilité est le plus souvent
déterminante pour la croissance des plantes.
Les réserves d?azote disponible dans le sol
sont faibles, il faut donc en amener de manière
régulière à la plante. Mais, si l?épandage des
engrais azotés industriels est aujourd?hui le
mode dominant de fertilisation en agriculture
conventionnelle, il n?en a pas toujours été ainsi.
L?agriculture assurait auparavant la
fertilisation du sol par le recours aux
légumineuses fourragères, telles que le trèfle
ou la luzerne, qui ont la propriété de fixer
l?azote de l?air grâce à la symbiose qu?elles
entretiennent sur leurs racines avec des
bactéries, et par le lisier/fumier apporté de
façon continue par l?élevage des ruminants.
Utilisé à l?origine pour la fabrication des
explosifs, l?azote industriel a été mis au point
en 1913 par Fritz Haber et Carl Bosch. Il fut
ensuite utilisé massivement comme engrais en
agriculture, d?abord en Amérique du Nord et en
Angleterre, puis partout dans le monde après la
Seconde Guerre mondiale. En permettant une
spécialisation territoriale de l?agriculture, avec
des régions de grandes cultures céréalières
dépourvues de bétail et des régions d?élevage
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https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Strat%C3%A9gie%20Nationale%20de%20Mobilisation%20de%20la%20Biomasse.pdf
37POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
de la biomasse de 2018, prise en application de la loi
du 17 août 2015 relative à la transition énergétique
pour la croissance verte, hiérarchise les usages de
la biomasse : d?abord l?alimentation (humaine puis
animale) puis la bio-fertilisation (retour au sol), la
production de matériaux (biens de consommation
d?équipements), et enfin, la production d?énergie
(gaz, chaleur, électricité). Pour éviter la concurrence
avec les productions alimentaires, une priorité
est donnée au développement des biocarburants
dits « avancés ». Ils visent à valoriser la partie non
alimentaire de la plante (à la différence des bio-
carburants dits « de première génération »), les
résidus agricoles, des cultures dédiées ou encore
des déchets. Les biocarburants de « deuxième gé-
intensif hors sol, tributaires d?importations pour
nourrir leur cheptel, ce mode de fertilisation a abouti
à une rupture de la complémentarité séculaire entre
agriculture et élevage.
Pourquoi la guerre en Ukraine crée-t-elle des
tensions sur les approvisionnements en engrais
azotés de synthèse?
G. B - Pour bien comprendre, il faut rappeler
comment sont fabriqués les engrais azotés. On a
besoin de deux matières premières. Tout d?abord,
l?azote lui-même, qui ne pose aucun problème car
l?atmosphère en est constituée à 80%. Il y est sous
une forme chimique totalement inerte que les plantes,
à l?exception des légumineuses, ne peuvent pas
utiliser comme telle. Pour le transformer en forme
accessible aux plantes, il faut énormément d?énergie
et également un agent réducteur tel que l?hydrogène
pour le transformer en ammoniac. La deuxième
matière première qui apporte cet hydrogène, c?est
le méthane, le gaz naturel. Il en faut beaucoup:
pour fixer 1 tonne d?azote sous forme d?ammoniac,
il faut 1tonne d?équivalent pétrole (tep) en gaz ou
en charbon. C?est donc très consommateur de gaz,
et donc dispendieux en énergie et émetteur de gaz à
effet de serre.
La Russie est un gros producteur d?engrais, auprès
duquel l?UE se fournissait principalement. La
France est dépendante à 90% des importations pour
les engrais azotés de synthèse. Quand la matière
première devient rare pour des raisons politiques,
cela a un impact évident sur le procédé industriel de
production et explique l?évolution du prix des engrais
de synthèse, indexé sur celui du gaz.
Outre le coût et l?impact climatique, quels sont
les autres inconvénients posés par les engrais de
synthèse et quelles sont les solutions alternatives
à leur utilisation?
G. B - En intensifiant et en spécialisant
l?agriculture, on ouvre les cycles de matières, ce qui
donne lieu à des pertes considérables. Les pertes
environnementales d?azote, c?est-à-dire les quantités
non utilisées par les plantes pour leur croissance,
se retrouvent dans le sol sous la forme de nitrates.
Lorsqu?il pleut, ces nitrates sont entraînés par les
eaux d?infiltration, rejoignent les nappes aquifères,
les rivières, puis les eaux côtières marines où
ils posent des problèmes d?eutrophisation majeurs.
Il y a aussi des pertes gazeuses sous forme
d?ammoniac et de protoxyde d?azote, qui est aussi
un gaz à effet de serre.
Des pistes existent pour y remédier: reconnecter les
systèmes de culture et l?élevage, en mettant fin à la
spécialisation territoriale existante entre les animaux
en Bretagne et les céréales dans le Bassin parisien,
réduire la part qu?occupent les produits animaux
dans le régime alimentaire humain, alterner au sein
des rotations culturales légumineuses et céréales, ou
autres plantes non légumineuses, pour faire profiter
de la fixation symbiotique d?azote à la rotation tout
entière.
nération » sont issus de la transformation de la
lignocellulose contenue dans les résidus agricoles
(paille) et forestiers (bois), dans des plantes prove-
nant de cultures dédiées (taillis à croissance rapide)
ou de la valorisation des déchets industriels. Les
algues pourraient permettre de développer des
biocarburants de « troisième génération ».
Toutefois, il faut souligner que l?utilisation énergé-
tique des résidus de cultures, plutôt que leur retour
au sol, prive ce dernier d?un apport de matière orga-
nique qui entretient la vie du sol et la reconstitution
de son stock de carbone. Or préserver la qualité
des sols est un enjeu essentiel pour conserver leurs
potentialités, notamment en matière de production
de biomasse.
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Strat%C3%A9gie%20Nationale%20de%20Mobilisation%20de%20la%20Biomasse.pdf
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ38
2005 - 2013 2014 - 2022
0
Prélèvements Bilan = gain annuel de volume de boisCroissance Mortalité
1
2
3
4
5
6
La ressource en bois :
encore en croissance, mais
ralentie par la fragilisation
des forêts françaises
À la différence de la surface agricole, la surface fo-
restière est en progression en France métropolitaine.
Selon l?Institut national de l?information géographique
et forestière (IGN), en 1908, la forêt couvrait 19 % du
territoire métropolitain avec près de 10 Mha. Elle en
couvre désormais 32 % avec 17,5 Mha, avec toutefois
des disparités territoriales importantes [60].
Cependant, si les forêts progressent en surface,
leur état est mis à mal par différents phénomènes
(changement climatique, prolifération de bioagres-
Évolution des flux de bois entre les périodes 2005-2013 et 2014-2022
En m3/ha/an
Source : IGN, 2023
seurs) et le taux de mortalité est en forte crois-
sance (15,2 Mm³/an sur la période 2014-2022 contre
7,4 Mm³/an sur la période 2005-2013) [61].
Par ailleurs, si la croissance des arbres reste supérieure
au volume de bois récolté ou mort, cette croissance
diminue et, avec elle, la capacité des forêts à stocker le
carbone. Les conifères, notamment l?épicéa commun,
sont les essences forestières les plus touchées.
La baisse de la croissance des arbres (5,4 m³/ha/an
pour la période 2014-2022), combinée à la hausse
de leur mortalité (1,0 m³/ha/an) et des prélèvements
de bois (3,5 m³/ha/an), conduit à un ralentissement
de la croissance du volume des forêts. Ainsi, sur la
période 2014-2022, le volume de la forêt a augmenté
de 0,9 m³/ha/an, contre 2,5 m³/ha/an sur la période
2005-2013.
La France importe plus de produits du
bois (sciages, panneaux, meubles) qu?elle
n?en exporte, pour un solde estimé à
l?équivalent de 540000ha [62]. Elle utilise
aussi indirectement des terres situées
dans d?autres régions du monde (certaines
sont issues de la déforestation des forêts
tropicales) en important des matières
premières agricoles telles que le soja, l?huile
de palme, le caoutchouc naturel, le cacao,
le boeuf et ses co-produits. Cela contribue
à exercer une forte pression sur la ressource
foncière étrangère, donnant ainsi à la France
une responsabilité dans la déforestation
importée. Sur la période 2012-2021, la
surface mobilisée à l?étranger par la France
pour la production de matières premières à
risque de déforestation importée est estimée
à près de 3,8 Mha en moyenne par an, soit
environ quatre fois la taille de la Corse et
14% de la surface agricole utile totale de
la France [63].
L?impact de la France sur les forêts
à l?étranger : la déforestation importée
39POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
La voiture individuelle :
un système devenu insoutenable
écologiquement
En 2023, 1,8 million de nouvelles voitures ont été
mises en circulation en France [66], dont un peu plus
de 300 000 voitures électriques et 160 000 voitures
hybrides rechargeables. Plus de trois Français sur
cinq (63 % en 2022) continuent de se montrer pes-
simistes quant à l?éventualité d?un quotidien sans
voiture [67].
Cette dépendance à la voiture pose un défi majeur
non seulement en matière d?émissions de gaz à effet
de serre mais aussi de préservation des ressources
naturelles. Qu?il s?agisse de voitures thermiques ou
électriques, leur fabrication et leur fonctionnement
nécessitent une quantité significative de matières
premières énergétiques, métalliques ou minérales.
Selon les données de l?AIE [68], une voiture élec-
trique contient en moyenne 207 kilogrammes (kg) de
minéraux, hors acier et aluminium. La construction
des composants électriques et électroniques, tels
que les batteries, nécessitent l?utilisation de matières
premières dites « critiques », comme le graphite, le
cuivre, le cobalt, le nickel, le lithium ou le manganèse.
En comparaison, une voiture à moteur à combustion
interne n?en requiert que 34 kg, mais consomme
des matières premières énergétiques fossiles pour
son fonctionnement. Par ailleurs, l?alourdissement
du poids des voitures, en constante augmentation
ces dernières années [69], exerce une pression à la
hausse sur ces matériaux.
Réinventer la mobilité :
un enjeu fort pour la
préservation des ressources
naturelles
Malgré l?évolution des modes de mobilité, la voiture reste
indispensable au quotidien pour de nombreux Français,
mais cette dépendance a un impact significatif sur
l?exploitation des ressources naturelles. Soutenue par
les startup, l?industrie automobile s?investit résolument dans
la recherche de solutions pour une mobilité plus durable.
63 %
des déplacements réguliers
des Français se font en
voiture, loin devant
la marche, les transports en
commun et le vélo [64]
83 %
des foyers français
possèdent
au moins une voiture
en 2022 [65]
PLUS
D?UN TIERS
des Français la considèrent
comme essentielle pour
leurs déplacements
quotidiens [67]
CHIFFRES CLÉS
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POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ40
Cette surconsommation de ressources représente
un défi de durabilité environnementale. Les matières
premières utilisées dans la fabrication des voitures, telles
que le cuivre, le cobalt ou le lithium, sont abondamment
exploitées pour répondre à la croissance continue de
la demande, ce qui engendre des impacts environne-
mentaux et sociétaux. L?exploitation minière peut ainsi
conduire à la destruction d?habitats naturels et être à
l?origine de problèmes sociaux, tels que des conditions
de travail dangereuses, une exploitation des travailleurs
ou des conflits. De plus, l?utilisation de pétrole dans la
fabrication et le fonctionnement des véhicules a des
conséquences majeures sur le changement climatique et
la santé publique. Enfin, les matières premières utilisées
dans les voitures, notamment électriques, sont forte-
ment concentrées dans certaines régions du monde.
La recherche et l?innovation,
un levier de transformation
de la mobilité
Les défis actuels exigent une nouvelle approche de
la mobilité, prenant en compte les préoccupations
écologiques et sociales tout en préservant la liberté
individuelle de se déplacer. La décision de l?UE d?inter-
dire la vente des véhicules thermiques neufs d?ici 2035
représente une étape importante pour l?adoption de
nouvelles pratiques en vue d?atteindre la neutralité
carbone dans le secteur des transports d?ici 2050.
Au coeur de cette transformation, les entreprises,
en particulier celles du secteur automobile, sont
appelées à jouer un rôle clé en investissant dans
le développement de nouvelles technologies plus
respectueuses de l?environnement. Selon le SIES19,
l?industrie automobile est la première branche de
recherche des industries manufacturières en France,
investissant plus de 4 milliards d?euros (Md¤) par
an en recherche et développement (R&D), devant
l?aéronautique et l?industrie pharmaceutique. L?élec-
trification et l?hybridation font partie des principaux
axes de développement en R&D. Cet effort en R&D
se concentre de plus en plus sur des solutions plus
durables telles que l?électrification et l?hybridation,
qui figurent parmi les principaux axes de développe-
ment du secteur automobile. L?utilisation efficiente
des matériaux dans les véhicules fait également partie
des volets de recherche en développement, avec
plus de 180 projets de R&D lancés sur le recyclage
des matériaux critiques au cours des dix dernières
années [70]. Dès la phase de conception, des initiatives
telles que l?éco-conception sont par ailleurs mises en
place pour améliorer la recyclabilité des véhicules.
Pour encourager la recherche et l?innovation, de
nouvelles collaborations sont créées entre les entreprises
traditionnelles et les startup. Ces partenariats explorent
le développement de services de mobilité durable per-
mettant la réduction de l?usage et donc du nombre de
voitures. Des solutions de covoiturage intelligent sont
développées pour optimiser les déplacements urbains,
des plateformes de partage de véhicules électriques en
libre-service sont créées, de même que des systèmes
autonomes de transports en commun.
Les projets de R&D et d?innovation sont encouragés
par les pouvoirs publics. Des mesures incitatives sont
mises en place, comme des avantages fiscaux, des
subventions et des partenariats public-privé, pour
soutenir les entreprises de la filière automobile. À titre
Voiture thermique
Voiture électrique
0 75 150 225
Nickel Manganese Cobalt Graphite Zinc Terres rares AutresCuivre Lithium
Voitures électriques ou thermiques : quelle répartition des minéraux utilisés ?
En kg/véhicule
Notes : l'acier et l'aluminium ne sont pas inclus. Les valeurs pour les véhicules s'appliquent à l'ensemble du
véhicule, y compris les batteries, les moteurs et l?habitacle. Les intensités pour une voiture électrique sont basées
sur une cathode NMC (nickel manganèse cobalt) 622 de 75 kWh et une anode à base de graphite.
Source : AIE
19. Sous-direction des systèmes d'information et des études statistiques
du ministère de l?Enseignement supérieur et de la Recherche.
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41POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
d?exemple, dans le cadre du plan d'investissement de
France 2030, un milliard d?euros est spécifiquement
alloué à la filière automobile pour des projets liés
aux batteries électriques.
Réduire la dépendance
à la voiture individuelle :
une transition complexe
Le paysage de la mobilité se transforme, stimulé par
les efforts des entreprises et des pouvoirs publics
pour développer des solutions alternatives à la voi-
ture individuelle. Cependant, cette transformation
est confrontée à plusieurs obstacles.
Tout d?abord, les infrastructures existantes, telles
que les routes ou les aménagements urbains, ont
largement été conçues pour l?utilisation de la voi-
ture. Le manque d?infrastructures spécifiquement
conçues pour les piétons, les cyclistes et les transports
en commun rend ces alternatives de déplacement
moins attractives et moins pratiques pour les usagers.
De plus, au-delà du moyen de transport qu?elle
représente, la voiture est également perçue comme
un facteur de liberté, d?indépendance et de flexibilité.
En 2023, plus d?un quart des Français n?envisagent pas
de renoncer à leur voiture, quelle que soit sa motori-
sation, même si les coûts d?utilisation augmentent ou
si des améliorations significatives étaient apportées
en matière de transports en commun ou de mobi-
lités actives [71].
Par ailleurs, l?accès à une offre de mobilité diversifiée
reste limité voire inexistant dans certains territoires,
notamment dans les zones rurales et périurbaines. Les
transports en commun y sont souvent peu développés,
voire absents, et l?utilisation des modes de déplace-
ment actifs comme la marche ou le vélo ne sont pas
une option soutenable sur des longues distances.
Cette situation accentue les difficultés d'accessibilité,
et crée une dépendance accrue à l'automobile pour
les populations vivant dans ces zones.
Enfin, les coûts économiques associés à la transition
peuvent être un frein au changement. Les nouvelles
technologies, la R&D, ainsi que les coûts élevés des
matières premières ou recyclées se traduisent souvent
par des dépenses importantes, qui se reflètent géné-
ralement dans les prix d'achat. Ces coûts importants
peuvent également ralentir le développement de
certains projets. C?est le cas des projets de batteries
alternatives, en particulier des batteries sodium-ion qui
sont actuellement les principales alternatives viables
ne contenant pas de lithium mais dont la recherche
est coûteuse.
En définitive, les défis et les résistances liés à la
transition vers des mobilités plus durables et moins
dépendantes de la voiture impliquent une mobilisa-
tion collective non seulement des pouvoirs publics,
mais également des consommateurs et de l?industrie
automobile. Réduire notre dépendance à la voiture
demande une remise en question profonde de nos
habitudes de déplacement et de la place de l?auto-
mobile dans nos quotidiens.
Au-delà de la nécessité de structurer une offre
de services de mobilité durable et inclusive, des al-
ternatives émergent pour réduire les déplacements
physiques, comme le télétravail, la visioconférence,
les services de santé et d?éducation à distance ou
les achats en ligne. Toutefois, il est essentiel de bien
mesurer les impacts environnementaux et sociétaux
de ces solutions.
Des startup en
première ligne pour
créer la mobilité
de demain
Un nombre important de startup se tournent vers
la mobilité durable, notamment dans les domaines
de la mobilité électrique, des voitures autonomes,
du partage de véhicules et du covoiturage.
Pour exploiter ce potentiel et réduire les risques
financiers, les constructeurs automobiles
investissent dans ces jeunes entreprises ou
établissent des partenariats avec elles. Selon une
récente étude de Via ID et Dealroom.co, le secteur
de la mobilité a attiré un investissement massif
de 1,7Md¤ en capital-risque en 2023, propulsant
la France à la deuxième place des pays européens
les plus attractifs financièrement, après le Royaume-
Uni (3,5Md¤) et devant la Suède (1,5Md¤).
Actuellement, la France compte 129 startup dédiées
à la mobilité [72]. Parmi les 20licornes françaises,
seules deux sont dédiées à la mobilité ?[73]: NW
Groupe, spécialisée dans le stockage d'électricité
et la recharge électrique haute puissance, et
BlaBlaCar, référence internationale en matière
de covoiturage.
Dans un domaine en constante évolution,
le soutien public revêt une importance cruciale.
De nombreuses initiatives offrent un appui
conséquent aux startup, telles que le programme
«French Tech Next 40/120», intégré au plan
d'investissement France 2030.
https://app.dealroom.co/curated-heatmaps/funding/location/f/growth_stages/not_mature/industries/anyof_transportation/is_verified/anyof_yes/rounds/not_GRANT_SPAC%20PRIVATE%20PLACEMENT/tags/not_outside%20tech?endYear=2022&interval=yearly&rows=belgium~bulgaria~~czech_republic~~denmark~germany~estonia~ireland~greece~spain~france~croatia~italy~latvia~lithuania~luxembourg~hungary~malta~netherlands~austria~poland~portugal~romania~slovenia~slovakia~sweden~~united_kingdom~~finland~switzerland&sort=-_2022&startYear=2016&type=amount
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ42
[1] Chiffres clés de l?énergie, CGDD,
Datalab, 2023, p. 48
[2] Bilan énergétique de la France pour
2022, CGDD, Datalab, 2024, p. 42
[3] Auzanneau Matthieu, Chauvin
Hortense, 2021, Pétrole, le déclin
est proche, Éditions du Seuil,
pp. 35 à 56
[4] Auzanneau, Chauvin, 2021, Pétrole,
le déclin est proche, Éditions du
Seuil, p. 86
[5] Bilan énergétique de la France pour
2022, CGDD, Datalab, 2024, p. 52
[6] Une nouvelle base de données
quantifie les émissions de GES
qu?induirait l?exploitation des
réserves de combustibles fossiles.
Citepa, dernière mise à jour
septembre 2022
[7] Climate Change 2021 - The
Physical Science Basis. Working
Group I contribution to the
Sixth Assessment Report of the
Intergovernmental Panel on Climate
Change (IPCC), United Nations
World Meteorological Organization
(WMO), United Nations Environment
Programme (UNEP), 2021, p. 41
[8] Transitioning away from fossil fuels in
energy systems, Unfccc, 2023,
§28 (d)
[9] Nucléaire : comment traiter les
déchets radioactifs ? Vie publique,
2024
[10] Sûreté nucléaire : prévention et
gestion des risques. Vie publique,
2023
[11] Code de l?énergie, Article L100-4,
titre I, 4° paragraphe
[12] Bilan environnemental de la France
? Édition 2022, partie 2 « Les
investissements dans les énergies
renouvelables : quels effets sur le
parc d?équipement et la production
d?énergie ? », CGDD, Datalab, 2023,
p. 22-32
[13] Villalba Bruno, Semal Luc, 2018.
Sobriété énergétique. Contraintes
matérielles, équité sociale et
perspectives institutionnelles.
Éditions Quoe
[14] Stratégie nationale bas-carbone ?
La transition écologique et solidaire
vers la neutralité carbone, MTES,
2020, p. 12
[15] Chiffres clés de l?énergie, CGDD,
Datalab, 2023, p. 41
[16] Suivi de la stratégie nationale bas-
carbone ? Indicateurs de résultats,
MTES, 2021
[17] Boutaud A. et Gondran N.,
2018. L?empreinte écologique. La
Découverte, Repères n° 527, 120 p.
[18] La France face aux neuf limites
planétaires, CGDD, Théma, 2023,
86 p.
[19] Global Material Flows Database,
UNEP-IRP
[20] Christmann P., 2016. Développement
économique et croissance des usages
des métaux. Annales des Mines -
Responsabilité et environnement,
82, p. 8-15
[21] Les ressources minérales critiques
pour les énergies bas-carbone.
Chaînes de valeur, risques et
politiques publiques, CGDD, 2023
[22] Bihouix P., de Guillebon B., 2010.
Quel futur pour les métaux.
Raréfaction des métaux : un nouveau
défi pour la société. EDP Sciences.
[23] EDF. L?uranium : le combustible
nucléaire
[24] La mobilité bas-carbone. Choix
technologiques, enjeux matières et
opportunités industrielles,
CGDD, 2022
[25] L?éolien et les moteurs pour véhicules
électriques : choix technologiques,
enjeux matières et opportunités
industrielles, CGDD, 2022
[26] Les réseaux électriques : lignes
électriques, stockage stationnaire
et réseaux intelligents. Choix
technologiques, enjeux matières
et opportunités industrielles,
CGDD, 2020
[27] Les ressources minérales critiques
pour les énergies bas-carbone.
Chaînes de valeur, risques et
politiques publiques, CGDD, 2023
[28] The Role of Critical Minerals in Clean
Energy Transitions, 2023 et AIE, 2021
[29] Eyl-Mazzega, Marc-Antoine, Diana-
Paula Gherasim, Clémentine Vannier
et Adam Contu, 2023. Comment
gagner le pari industriel de la mobilité
électrique en France et en Europe ?
Études de l?Ifri
Métaux critiques : l?impasse des SUV.
Quels scénarios pour réussir
la transition de nos mobilités ?
WWF, 2023
[30] Les ressources minérales critiques
pour les énergies bas-carbone.
Chaînes de valeur, risques et
politiques publiques,
CGDD, 2023
[31] Substances critiques et stratégiques.
BRGM, MineralInfo, 2023
[32] Talens Peiro, L., Nuss, P., Mathieux,
F. and Blengini, G. 2018. Towards
Recycling Indicators based on EU
flows and Raw Materials System
Analysis data, Joint Research
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43POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[39] Guide méthodologique pour
l?élaboration des documents
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durable des Granulats Marins
(DOGGM), MEEM, 2016
[40] Guide technique pour l?élaboration
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[41] Comment se régénère le milieu marin
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[45] Les prélèvements d?eau douce :
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[50] L?information est mise à disposition
sur Propluvia depuis 2012,
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[51] SDES, Restrictions d?eau lors des
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[53] La situation mondiale des pêches
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[56] SDES, rubrique Ressource en eau
[57] Biomasse : enjeu stratégique de
la transition écologique,
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[58] Chiffres clés des énergies
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104 p.
[59] Stratégie nationale bas-carbone,
version révisée, mars 2020
[60] Inventaire forestier national,
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[61] Inventaire forestier national,
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[62] La face cachée de nos
consommations : Quelles surfaces
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[71] SDES, Environnement, consommation
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/importations-francaises-de-matieres-premieres-visees-par-la-strategie-nationale-de-lutte-contre-la?rubrique=33&dossier=1028219
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/importations-francaises-de-matieres-premieres-visees-par-la-strategie-nationale-de-lutte-contre-la?rubrique=33&dossier=1028219
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/importations-francaises-de-matieres-premieres-visees-par-la-strategie-nationale-de-lutte-contre-la?rubrique=33&dossier=1028219
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/importations-francaises-de-matieres-premieres-visees-par-la-strategie-nationale-de-lutte-contre-la?rubrique=33&dossier=1028219
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-mobilite-locale-et-longue-distance-des-francais-enquete-nationale-sur-la-mobilite-des-0?rubrique=60&dossier=1345
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-mobilite-locale-et-longue-distance-des-francais-enquete-nationale-sur-la-mobilite-des-0?rubrique=60&dossier=1345
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https://www.insee.fr/fr/statistiques/2385827
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/donnees-2023-sur-les-immatriculations-des-vehicules?rubrique=58&dossier=1347
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/donnees-2023-sur-les-immatriculations-des-vehicules?rubrique=58&dossier=1347
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/modes-de-vie-et-pratiques-environnementales?rubrique=38
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/modes-de-vie-et-pratiques-environnementales?rubrique=38
https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/minerals-used-in-electric-cars-compared-to-conventional-cars
https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/minerals-used-in-electric-cars-compared-to-conventional-cars
https://www.iea.org/data-and-statistics/charts/minerals-used-in-electric-cars-compared-to-conventional-cars
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/389-millions-de-voitures-en-circulation-en-france-au-1er-janvier-2023?rubrique=58&dossier=1348
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https://pfa-auto.fr/wp-content/uploads/2018/06/Article_Matie%CC%80res-premie%CC%80res-criticite%CC%81s-et-axes-strate%CC%81giques-des-industriels-de-l%E2%80%99aut-omobile.pdf
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/modes-de-vie-et-pratiques-environnementales?rubrique=38
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https://mapping-startups-impact.fr/
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https://business-cool.com/decryptage/classements/classement-licornes-francaises-valorisation/
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POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ44
Une menace pour l?environnement et la santé
Pollution
des milieux
naturels
45
Tous les milieux naturels sont af-
fectés par la pollution : l?air, les
sols et sous-sols, l?eau, les nappes sou-
terraines. La pollution touche également
les espaces clos qui constituent notre
cadre de vie. Les polluants sont d?ori-
gines variées : substances émises durant
la fabrication et l?utilisation d?articles du
quotidien, produits phytosanitaires appli-
qués sur les cultures agricoles, rayonne-
ments émis par les appareils électriques
et électroniques, nuisances sonores et
lumineuses, etc.
L?état de l?environnement présente
une situation contrastée selon les mi-
lieux, avec des progrès dans certains do-
maines : baisse significative des émissions
de nombreux polluants de l'air extérieur
depuis plusieurs décennies, diminution
des ventes des produits phytosanitaires
les plus toxiques, etc. Toutefois la stabi-
lité des ventes totales de pesticides et
l?omniprésence de déchets plastiques
dans les milieux naturels témoignent
des difficultés à réduire les pressions
sur les écosystèmes. Certains polluants,
tels que les résidus médicamenteux et
les composés perfluorés, sont sources
de préoccupation croissante, avec des
impacts sur les écosystèmes et la santé.
Engagée dans une transition vers le
« zéro pollution » initiée par l?UE, la France
mobilise des plans d?action, des leviers
réglementaires et des financements pour
lutter contre la pollution de l?environ-
nement. Bien qu?en augmentation, les
moyens financiers sont bien inférieurs
au coût social réel engendré. Une impli-
cation accrue des acteurs locaux et un
financement adéquat sont nécessaires
pour agir efficacement sur les multiples
facettes de la pollution.
L
E
S
E
N
JE
U
X
Une
amélioration
notable de la
qualité de l?air
extérieur à
poursuivre, pour
mieux protéger
la santé humaine.
Une baisse
des ventes
des produits
phytosanitaires
les plus toxiques
mais une stagnation
des ventes totales
et une large
contamination
de l?ensemble
du territoire.
Une présence
de résidus
plastiques dans
tous les milieux
naturels.
Une
contamination
de l?eau par
des résidus de
médicaments et
des composés
perfluorés,
sources de
préoccupation
croissante pour la
santé publique et
les écosystèmes.
Une
augmentation
des dépenses
pour lutter
contre la
pollution, très
inférieure aux coûts
supportés par
la société (frais de
santé, perte de
biodiversité, baisse
des rendements
agricoles).
À RETENIR
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ46
21 %
des déchets plastiques
ont été recyclés en France en 2022.
de produits phytosanitaires
les plus toxiques vendus
depuis le milieu des années 2010.
de la mortalité totale
en France serait attribuable à
l?exposition aux particules fines
dans l?air extérieur.
PESTICIDES
QUALITÉ DE L'AIR
4 médicaments
surveillés à grande
échelle dans les
cours d'eau et plans
d?eau ont été quantifiés
dans plus de 25 % des
analyses entre 2019 et 2021.
7 %
1,8 %
Baisse des émissions de particules fines
PM2,5 dans l?air extérieur depuis 2000. Des progrès
réalisés dans tous les secteurs d?activité, notamment
l?amélioration des performances des installations
de chauffage individuel au bois.
du PIB a été consacré à la lutte contre
les pollutions en 2021.
Ces dépenses sont financées par les administrations
publiques, les entreprises, les ménages et l?UE.
micro-plastiques flottants en mer
par km² en moyenne, entre 2015 et 2020, en
France métropolitaine.
17 000 à 88 000
- 35 %
- 56 %
68 600 TONNES
de produits phytosanitaires
vendus en 2022, reflet d?une
agriculture dépendante à ces produits
malgré une prise de conscience
croissante des risques environnementaux
et sanitaires associés.
46
Md¤
CHIFFRES CLÉS
47POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
LES POLLUANTS SUIVIS
DE LONGUE DATE
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
Des polluants dangereux sont présents partout autour
de nous. Des mesures visant à prévenir ou réduire
leurs émissions sont donc prises par les autorités
publiques afin de limiter leurs atteintes à l?environ-
nement et à la santé. Parmi les polluants chimiques
visés par de telles mesures se trouvent notamment
les métaux et métalloïdes, les oxydes d?azote, des
polluants organiques, des pesticides, les résidus mé-
dicamenteux dont les antibiotiques, etc. Ils ont des
effets sur la santé humaine (perturbateur endocrinien,
cancérogène, mutagène, reprotoxique, etc.) et l?envi-
ronnement (acidification, eutrophisation, altération
de végétaux, perturbation de la faune, etc.). Le bruit
et les radiofréquences, polluants d?une autre nature,
font aussi l?objet d?efforts de réduction.
Les métaux et métalloïdes :
une tendance à la baisse
des émissions
Les métaux (cadmium, mercure, plomb, cuivre, nickel,
etc.) ou éléments traces métalliques (ETM) et les
métalloïdes (arsenic, etc.) sont d?origine naturelle
(volcanisme, érosion des roches) ou résultent d?activités
Un milieu est dit pollué lorsque des éléments physiques,
chimiques ou biologiques qui y sont introduits dégradent le
fonctionnement des écosystèmes et portent atteinte aux
organismes qui y vivent. Les sources polluantes, principalement
d?origine humaine, peuvent être ponctuelles, visibles, ou plus
diffuses dans le temps et l?espace, donc moins identifiables.
De nombreux polluants de l?air, du sol et de l?eau font l?objet
d?une surveillance et de plans d?actions depuis des décennies.
D?autres préoccupent la communauté scientifique, les pouvoirs
publics et la population depuis moins longtemps et sont encore
peu suivis. Toutes ces pollutions portent des enjeux de santé
humaine et environnementale de façon directe ou indirecte.
Émissions anthropiques dans l?air extérieur de quelques métaux et métalloïdes
En indice base 100 des émissions en 1990
(e) = estimation préliminaire.
Note : les objectifs pris dans le cadre du protocole d?Aarhus de 1998 sur les métaux lourds et entrés
en vigueur en 2003 imposent de rester sous les niveaux d?émissions de 1990.
Champ : France métropolitaine.
Source : Citepa, avril 2024, format Secten
0
20
40
60
80
100
120
1990 1992 2014 2016 2018 2020201020062002 2004 2008 20121998 20001994 1996 2023 (e)
Plomb Cadmium Arsenic Cuivre NickelMercure
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ48
humaines (agriculture, industries, extraction minière,
transports, etc.). Présents dans l?air, l?eau et les sols, ils
sont toxiques pour les personnes exposées. Certains
présentent des risques même en faible dose, en
particulier sous certaines formes chimiques. Ils font
l?objet d?un suivi environnemental et sanitaire, comme
le cadmium, le mercure ou le plomb, retrouvés dans
toute la biosphère.
De 1990 à 2023, les émissions dans l?air exté-
rieur des ETM et des métalloïdes issus d?activi-
tés humaines ont globalement baissé en France,
hormis pour le cuivre. Ces progrès font suite aux
stratégies et plans d?action mis en oeuvre au ni-
veau national et territorial ainsi qu?aux évolutions
réglementaires. Les améliorations constatées sont
plus ou moins importantes selon les substances :
la baisse atteint par exemple 69 % pour l?arsenic
et 90 % pour le mercure. Issus essentiellement
des transports, les rejets de cuivre ont pour leur
part augmenté de 15 % de 1990 à 2019 et retrouvé
en 2023 un niveau proche de 1990, après la forte
baisse de 2020 et 2021 dans le contexte de la
crise sanitaire. En 2023, la France respectait ses
engagements internationaux, fixés pour les rejets
dans l?air extérieur de cadmium, de mercure et
de plomb. Les origines des métaux et métalloïdes
sont variables, mais les contributions les plus
significatives proviennent principalement des
secteurs de l?industrie et des transports.
Réglementées au niveau européen, les concen-
trations dans l?air extérieur en arsenic, cadmium,
nickel et plomb sont suivies par une quarantaine
de stations de mesure par an et par polluant. Elles
sont le plus souvent faibles et ne dépassent pas les
normes réglementaires. De 2013 à 2023, seules une à
deux stations par an dépassaient ces normes selon le
polluant. Le nickel est le polluant avec le plus grand
nombre d?années de dépassement, majoritairement
sur une station de mesure. Des activités industrielles
en sont à l?origine. Pour le plomb, la réglementation
a toujours été respectée sur la période étudiée.
Les activités humaines actuelles ou passées peuvent
accentuer les niveaux de concentration des ETM et
métalloïdes dans les sols par rapport au fond pé-
dogéochimique naturel [4]. C?est notamment le cas
pour le mercure et l?arsenic.
Ainsi, la partie superficielle des sols de la région
parisienne et du nord de la France montre des teneurs
en mercure supérieures aux valeurs couramment ob-
servées dans les sols ordinaires cultivés ou forestiers
de zones rurales (> 0,1 mg/kg de terre fine) du fait
d?activités industrielles anciennes et d?apports passés
de boues d?épandage de la plus grande station de
traitement des eaux usées (STEU) au nord-ouest de
Paris. Il en est de même pour certains territoires du
Massif central naturellement riches en mercure mais
dont la teneur a augmenté en lien avec d?anciennes
activités d?extraction aurifère.
Les émissions correspondent aux quantités de gaz
ou particules rejetées dans l?air, par des activités
humaines ou par des sources naturelles. Elles peuvent
être mesurées, par exemple en sortie de cheminées
d'incinérateurs, ou être estimées dans le cadre
d?inventaires de polluants émis sur un territoire et
une période donnée. Ces derniers permettent de
recenser et quantifier les rejets d?activités humaines
(industrie, transport, etc.) ou d?origine naturelle.
En France le Centre interprofessionnel technique
d?études de la pollution atmosphérique (Citepa
[1]) réalise ces estimations au niveau national, les
Associations agréées de surveillance de la qualité de
l?air au niveau territorial [2].
Les concentrations, quant à elles, caractérisent la
qualité de l?air que nous respirons. Elles correspondent
à la quantité de polluant par volume d?air. Plus la
concentration est élevée, plus l?air est pollué. Mesurées
en continu ou ponctuellement, elles peuvent également
être déterminées par modélisation mathématique.
Cette dernière donne des niveaux de concentrations de
polluants en tout point d'un territoire donné, en tenant
compte notamment des conditions météorologiques
et du comportement des polluants dans l?air.
Ces données sont nécessaires pour évaluer l'exposition
des populations et pour guider les politiques visant à
améliorer la qualité de l'air [3].
Émissions et concentrations de polluants
dans l?air extérieur : de quoi parle-t-on ?
49POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Pour l?arsenic, 16 % des points de surveillance
du réseau de mesure de la qualité de sols (RMQS)
présentent une teneur supérieure à 25 mg/kg de
terre fine, seuil de vigilance active en arsenic inorga-
nique total proposé par le Haut Conseil de la santé
publique en août 2022. Des projets de recherche
récents montreraient cependant que, en prenant
en compte la bioaccessibilité de l?arsenic, ce seuil
de 25 mg/kg ne serait dépassé que sur un seul des
2200 sites du RMQS. Certaines de ces contamina-
tions diffuses sont d?origine naturelle et liées au fond
pédogéochimique. C?est le cas du Massif central
constitué d?un fond naturellement plus riche en
arsenic. D?autres résultent toutefois d?activités hu-
maines comme les anciennes activités minières et
industrielles en Lorraine ou l?usage de pesticides sur
certaines terres agricoles.
À cette contamination diffuse, peuvent s?ajouter
des pollutions ponctuelles, observées à proximité de
sites pollués par une activité humaine avérée. C?est
notamment le cas des contaminations identifiées
dans les grands bassins aquitains et parisiens où le
fond géochimique présente des valeurs très faibles,
sans risque pour la santé humaine. En 2023, plus de la
moitié des 3 316 sites et sols pollués recensés dans la
base de données Basol et dont le polluant est connu,
le sont par des métaux lourds (1 748 sites), 23 % par
l?arsenic (768 sites) et 13 % par le mercure (445 sites).
Des métaux lourds peuvent aussi être rejetés dans
les cours d?eau via des effluents de STEU, des déver-
sements d?eaux usées brutes lors de fortes pluies ou
d?incidents sur des STEU ou encore par des effluents
industriels. Les rejets en régime normal des princi-
pales sources ponctuelles ont fortement diminué
entre 2010 et 2018 et ont tendance à stagner depuis.
Cumulant les rejets industriels, majoritaires, et ceux
des STEU de grande capacité (supérieure à 100 000
équivalent habitant), l?indice global « Métox20 » a été
divisé par cinq entre 2010 et 2022. Cette amélioration
s?explique par la réduction d?activités extractives ou
industrielles, des normes de rejet plus restrictives, et
l?amélioration des systèmes d?assainissement.
Concentrations d?arsenic (carte de gauche) et de mercure (carte de droite)
dans la partie superficielle des sols
Source : Gis Sol, RMQS, d?après Marchant et al., 2017. Traitements : SDES, 2018
20. Indice global calculé à partir des concentrations en métaux et métalloïdes pondérées selon leur degré de toxicité.
0 - 50 km
Arsenic
103
30
0
Absence
de données
Concentrations
prédites
en mg/kg
0 - 50 km
Mercure
0,21
0,07
0,01
Absence
de données
Concentrations
prédites
en mg/kg
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ50
Comment les polluants
affectent-ils notre
alimentation ?
L?alimentation est une source majeure
d?exposition quotidienne à diverses substances,
souvent en faibles doses mais tout au long de la
vie. Un même aliment peut contenir de multiples
contaminants issus des étapes de production, de
transformation ou de conservation. Il peut s?agir
de résidus de pesticides ou de médicaments
vétérinaires, d?additifs, de substances néoformées
comme l?acrylamide, d?hydrocarbures aromatiques
polycycliques (HAP), de résidus de plastiques, etc.
La chaîne alimentaire peut accumuler des
contaminants provenant de l?air, des sols, de l?eau
douce ou des mers, et ces substances peuvent être
d?origine industrielle, agricole ou domestique.
Des niveaux de contamination limités
Les plans de surveillance et de contrôle menés
par l?État vérifient que les denrées alimentaires
d?origine animale ou végétale ne contiennent pas
de contaminants chimiques, biologiques
ou physiques au-delà des limites maximales
de résidus fixées pour réduire au mieux
l?exposition des consommateurs. En 2021,
57700prélèvements[5] ont été effectués, dont
plus des trois quarts sur de la viande, le reste
étant réparti sur le poisson, le lait, les céréales,
les fruits et les légumes. Les niveaux de
contamination étaient globalement limités:
moins de 2% de non-conformités ont été
détectées en filière animale (à l?exception du
gibier), et de 6% à 14% en filière végétale, sur les
200 contaminants recherchés. Lorsque les limites
maximales de résidus sont dépassées ou que des
substances interdites sont détectées, des mesures
telles que des rappels à la réglementation, des
retraits/rappels et destructions de lots, des mises
sous séquestre, ou même l?abattage d?animaux et
la destruction de récoltes peuvent être prises.
Vigilance vis-à-vis de substances toxiques
dans l?alimentation des enfants
Les «études de l?alimentation totale» menées
par l?Agence nationale de sécurité sanitaire de
l?alimentation, de l?environnement et du travail
(Anses) permettent également d?évaluer notre
exposition aux contaminants [6]. Celle portant
sur l?alimentation infantile souligne la nécessité
d?être vigilant envers neufsubstances comme
le plomb, les polychlorobiphényles (PCB) ou
les furanes, l?exposition de nombreux enfants
dépassant les valeurs toxicologiques de
référence. Les substances chimiques retrouvées
dans le corps humain [7] indiquent que
la consommation d?oeufs ou de matières
grasses augmente le niveau d?imprégnation
en organochlorés, en PCB, en furanes ou
dioxines, tandis que la consommation de viande
bovine augmente celle en pyréthrinoïdes.
À l?inverse, la consommation de produits issus de
l?agriculture biologique diminue l?imprégnation
en organochlorés, en organophosphorés et
en pyréthrinoïdes.
É
C
L
A
IR
A
G
E
Particules et oxydes d?azote
dans l?air extérieur : des progrès
insuffisants pour protéger
pleinement la santé
La pollution de l?air correspond à la présence dans
l?atmosphère de gaz et de particules ayant des effets
néfastes sur la santé humaine et sur l?environnement.
Ces substances sont rejetées par des activités hu-
maines et des sources naturelles (éruptions volca-
niques, poussières désertiques, etc.). La pollution de
l?air dépend aussi des réactions entre des polluants
déjà présents dans l?air, ainsi que des conditions
météorologiques, qui font évoluer les polluants dans
l?atmosphère et favorisent leur dispersion ou leur
accumulation. En France, la pollution de l?air exté-
rieur est un enjeu majeur : l?exposition aux particules
fines de diamètre inférieur ou égal à 2,5 µm (PM2,5)
serait responsable de 7 % de la mortalité totale de
la population (près de 40 000 décès par an).
De 2000 à 2023, les rejets de la plupart des
polluants ont diminué en France métropolitaine,
résultat de plans d?action commencés depuis plu-
sieurs décennies et visant à réduire les émissions
dans plusieurs secteurs d?activité. La baisse atteint
87 % pour le dioxyde de soufre (SO2), 64 % pour les
oxydes d?azote (NOx) et 56 % pour les PM2,5. Le SO2
provient essentiellement des activités industrielles,
et les NOx des transports, de l?agriculture et de l?in-
dustrie. Quant aux PM2,5, elles sont surtout issues
du chauffage résidentiel au bois.
La réglementation européenne fixe des objec-
tifs pour 2020 et 2030 pour chaque État membre
51POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
en matière d?émissions nationales pour le SO2, les
NOx, les PM2,5, l?ammoniac (NH3) et les composés
organiques volatils non méthaniques (COVNM). En
2022, la France respectait tous les objectifs fixés pour
2020 ainsi que ceux fixés pour 2030 pour le SO2, le
NH3 et les COVNM. Pour atteindre les objectifs de
2030, il reste nécessaire de réduire les émissions des
NOx et des PM2,5 de 10 à 30 % par rapport à 2022.
De 2000 à 2023, les concentrations moyennes
annuelles en dioxyde d?azote (NO2), en particules de
diamètre inférieur ou égal à 10 µm (PM10) et 2,5 µm
(PM2,5) et le SO2 ont également baissé. En revanche,
celles en ozone (O3) tendent à augmenter. Les niveaux
particulièrement élevés de 2003, 2018 à 2020, 2022
et 2023 s?expliquent par d?importants épisodes de
canicule.
Bien que la qualité globale de l?air extérieur s?amé-
liore, les normes réglementaires de qualité de l?air
pour la protection de la santé ne sont pas respectées
partout. En 2023, les dépassements des normes ont
concerné le NO?, l?O? et les PM10 sur un pourcentage
limité d?agglomérations, ne dépassant pas 13 % en
fonction du polluant. Ces agglomérations, de tailles
très variables, se situent dans la moitié est de la France
métropolitaine, l?Île-de-France et à Mayotte. La même
année, les dernières valeurs guides de l?OMS ont été
largement dépassées : dans 97 % des agglomérations
pour les PM2,5. Fondées sur les connaissances scienti-
fiques, ces valeurs guides sont inférieures aux normes
réglementaires actuellement en vigueur.
Bien que des substances volatiles contaminent
majoritairement l?atmosphère, elles se retrouvent
aussi dans d?autres milieux autour des sites pollués
par des activités industrielles actuelles ou passées.
Par exemple, les composés organiques halogénés
volatils (benzène et dérivés, HAP, chlorobenzène,
hydrocarbures, etc.) sont détectés dans les sols et
Les polluants atmosphériques impactent
localement la santé et l?environnement alors
que les gaz à effet de serre (GES) ont une
influence sur le climat à l?échelle planétaire.
Pollution de l?air et changement climatique
sont néanmoins liés car les substances
impliquées proviennent de sources communes
comme l?industrie, les transports,
l?agriculture, etc. De plus, l?ozone (O3) et
les particules peuvent agir sur le climat.
Réciproquement, le changement climatique
peut accentuer certaines pollutions:
l?augmentation des températures et des
canicules peut intensifier la pollution à
l?ozone et l?accroissement de la fréquence des
feux de forêts accentue la pollution liée aux
particules. De plus, le méthane, puissant GES
et substance impliquée dans la formation
de l?O3, participe activement au maintien
des concentrations d?ozone à un niveau élevé.
Des concentrations annuelles dans l?air extérieur
en baisse pour une majorité de polluants
Sources : CGDD, d?après Geod?air, juillet 2024 ; Citepa,
format Secten, avril 2024
en diminutionConcentrations en augmentation
<= 10
micromètres
PM10
<= 2,5
micromètres
PM2,5
Particules
Ozone
O3
Dioxyde
d?azote
Dioxyde
de soufre
NO2SO2
Gaz
Des concentrations dans l?air en baisse
pour une majorité de polluants
Principales sources, précurseurs
Évolution des niveaux moyens de pollution
en milieu urbain 2000-2023
Source : CGDD, d?après Geod?air, juillet 2024; Citepa, format Secten, avril 2024.
2009-2023
- 53 %- 87 % - 46 % - 47 %+ 23 %
sous-sols de 96 % des 3 316 sites pollués dont la pol-
lution est connue (près d?un tiers du total des sites).
Ces contaminations sont dues à des incidents lors
de la manutention ou du transport, ainsi qu?à une
mauvaise gestion des déchets et des effluents.
Polluants atmosphériques
et gaz à effet de serre : quelles différences ?
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ52
La qualité de l?air intérieur
dans les salles de classe
La qualité de l?air intérieur à l?école, lieu de
vie le plus fréquenté par les enfants après le
logement, représente un enjeu pour leur santé
et leur capacité d?apprentissage. Il est estimé
que plusieurs dizaines de milliers de cas
d?asthme chez les enfants de 6 à 11 ans scolarisés
seraient évitables en diminuant l?exposition au
formaldéhyde et aux moisissures[8]. Les écoles
présentent des spécificités qui favorisent la
présence de polluants: forte densité d?occupation
des salles de classe, utilisation de feutres,
peintures, colles, nettoyage fréquent des locaux,
etc. Dans les classes des écoles maternelles
et élémentaires, certains polluants sont
omniprésents dans l?air et les poussières déposées.
Parmi eux se trouvent les PM2,5, des composés
organiques volatils (COV), des aldéhydes, des
HAP, des phtalates et des pesticides comme
le lindane. Les valeurs réglementaires pour
le formaldéhyde et le benzène, deux polluants
réglementés à surveiller dans l?air intérieur des
établissements recevant un jeune public (crèches,
écoles, etc.), sont respectées pour la grande
majorité des écoles suivies. Un renouvellement
de l?air souvent insuffisant[9] a aussi été observé,
associé à la présence de multipollution [10].
Les concentrations en composés organiques semi-
volatils dans l?air et les poussières déposées ont
été étudiées spécifiquement. Des profils de classes
ont été identifiés selon plusieurs facteurs qui
peuvent influencer ces niveaux de concentration:
localisation urbaine, périurbaine ou rurale de
l?école, date de construction, présence ou non
de système de ventilation, type de revêtements
de sol, etc. Ainsi, les écoles construites à partir
des années 1980, le plus souvent équipées
d?un système mécanique de ventilation, semblent
moins polluées. À l?inverse, dans les écoles
majoritairement construites avant 1982, en
milieu périurbain ou rural, sans système de
ventilation, il est observé de fortes concentrations
en PCB et pesticides organochlorés par rapport
à l?échantillon de classes retenues. Enfin, la
présence majoritaire de revêtements de sol en
plastiquepeut entraîner de fortes concentrations
en phtalates.
É
C
L
A
IR
A
G
E
Les HAP : une pollution
persistante qui touche
l?ensemble de la biosphère
Les polluants organiques persistants (POP) désignent
des composés organiques tels que les PCB, les dioxines
et furanes, les hydrocarbures aromatiques polycy-
cliques (HAP) et dérivés. Ils sont à la fois persistants,
bioaccumulables, toxiques et mobiles sur de lon-
gues distances. Identifiés depuis plusieurs décennies
comme nécessitant un suivi et des actions au titre
des substances prioritaires, la réglementation euro-
péenne interdit (sauf exceptions) de fabriquer, de
mettre sur le marché et d?utiliser ces substances en
tant que telles, soit dans des mélanges de substances,
soit sous forme de constituant d?articles. Elle vise
également à réduire au minimum les émissions de
ces substances dans l?environnement. En raison de
leur longue persistance dans les milieux et de leur
capacité à s?accumuler dans les organismes vivants,
les POP sont nocifs et sont largement distribués dans
l?environnement.
Issus principalement de phénomènes de combus-
tion (biomasse, combustibles fossiles, déchets, feux
de forêt), les HAP sont surtout émis dans l?air d?où
ils se dispersent dans l?ensemble de la biosphère.
Se fixant facilement sur les matières organiques
particulaires en suspension dans l?air, le sol, l?eau,
ils sont facilement transportés loin de leurs zones
d?émission. Des HAP dissous, provenant de la fabri-
cation de matériaux à base de produits pétroliers
(pigments, résines, etc.), peuvent aussi être rejetés
dans l?environnement de manière résiduelle ou lors
de pollutions accidentelles.
Pour l?air extérieur, des objectifs de réduction
d?émissions existent au niveau international pour
quatre HAP : le benzo[a]pyrène, le benzo[b]fluoran-
thène, le benzo[k]fluoranthène et l?indéno[1,2,3-cd]
pyrène. En France, en 2023, 72 % de leurs émissions
provenaient du secteur résidentiel, principalement
en raison du chauffage au bois. Très dépendantes des
températures hivernales, ces émissions ont baissé de
27 % de 1990 à 2023, la majorité de cette réduction
étant survenue avant 2005.
Les concentrations en benzo[a]pyrène dans l?air
extérieur, un traceur du risque cancérigène des HAP,
sont réglementées et font l?objet d?un suivi. Entre 2019
et 2023, les concentrations moyennes annuelles les
plus élevées ont été mesurées dans le Nord, l?Est et
les Alpes, dans des zones industrielles ou des zones
où le chauffage au bois est très présent. Durant
53POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
72 % 14 %
Résidentiel
Chauffage au bois
Feux de forêt Industrie
Milieux
aquatiques
Sols et
végétation
Sources d?émissions
de HAP dans l?air
en 2023
Émissions Émissions
Transformations
dans l?airGaz et
particules
secs et humides
Dépôts
5 % %3 % Agriculture
Transports
5 %
Comment les HAP* contaminent-ils les milieux ?
Concentrations moyennes annuelles dans l?air extérieur
en benzo[a]pyrène de 2019 à 2023
* Hydrocarbures aromatiques polycycliques.
Source : CGDD, d?après Citepa, format Secten, avril 2024
Note : la norme réglementaire, fixée à 1 ng/m3 en moyenne annuelle,
est considérée comme non respectée lorsque les concentrations
annuelles sont supérieures ou égales à 1,5 ng/m3.
Source : Geod?air, juillet 2024. Traitements : Ineris/LCSQA et SDES, 2024
cette période, la norme réglementaire fixée pour la
protection de la santé a été largement respectée.
Pour l?ensemble des mesures réalisées, seulement
deux sites localisés en Moselle ont enregistré des
dépassements en 2019 et 2020.
Dans les sols, les teneurs les plus élevées en HAP
sont mesurées au nord et à l?est de la France et ré-
sultent d?activités industrielles passées. Le long de
la côte atlantique, les teneurs en HAP, plus faibles,
sont issues de probables transports sur de longues
distances suivis de dépôts par les pluies. Sur les
16 HAP analysés dans la partie superficielle des sols,
seuls cinq sont quantifiés dans plus de la moitié
des sites du RMQS [11] : le benzo(b)fluoranthène, le
fluoranthène, le pyrène, l?indeno(1,2,3-cd)pyrène et
le phénanthrène. Quant aux pollutions ponctuelles,
environ un tiers des 3 316 sites et sols pollués recen-
sés dans la base de données Basol en 2023 et dont
les polluants sont connus contiennent des HAP et
leurs dérivés dans le sol et le sous-sol.
Dans les cours d?eau, la contamination par les
HAP est généralisée. Entre 2008 et 2020, bien que les
concentrations de substances comme le fluoranthène,
le benzo(b)fluoranthène et l?indeno(1,2,3-cd)pyrène
aient baissé de 10 à 50 %, les HAP demeurent l?un
des groupes de substances les plus fréquemment
quantifiés [12]. Malgré leurs faibles concentrations,
ils sont les principaux contributeurs de l?indice de
pression de toxicité cumulée (IPTC) pour les subs-
tances dangereuses hors pesticides, dans chaque
bassin hydrographique.
Concentrations
en moyenne
sur 5 ans (en ng/m3)
Inférieure ou égale à 0,49
Entre 0,5 et 1
Entre 1,1 et 1,4
0 50 km
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ54
Bruit dans l?environnement :
le trafic routier, source principale
d?exposition en milieu urbain
La surexposition aux bruits dans l?environnement issus
des transports, des activités industrielles, de chantiers
et de loisirs, ou des éoliennes, est un enjeu de santé
publique avec des impacts sanitaires, socio-économiques
et sur la biodiversité. En Europe, environ 11 000 décès
prématurés par an21 seraient liés au bruit des transports
subi sur le long terme. Au-delà des effets peu fréquents
sur l?audition, les bruits dans l?environnement peuvent
provoquer des effets non auditifs subjectifs (gêne,
impact sur les attitudes et le comportement social)
auxquels s?ajoutent de multiples effets objectifs : troubles
du sommeil, effets sur le système cardiovasculaire,
immunitaire, endocrinien, effets psychologiques et
dégradation des performances cognitives. Selon l?OMS,
le bruit est le deuxième facteur environnemental qui
cause le plus de dommages sanitaires en Europe, après
la pollution de l?air.
En France, des cartes de bruit aux abords des grandes
infrastructures et dans les grandes agglomérations
sont élaborées au titre de la directive 2002/49/CE,
assorties de plans d?action. Ces cartes, réalisées pour
30 agglomérations de plus de 100 000 habitants soit
une population couverte de près de 19 millions d?ha-
bitants, permettent notamment d?estimer la réparti-
tion spatiale de différents niveaux sonores auxquels
les populations sont exposées. Durant la journée,
13 millions de personnes (soit 70 % de la population
couverte par ces cartes) sont exposées à des niveaux
de bruit supérieurs à 55 décibels(A) ? (dB(A)) pour le
trafic routier, 1,5 million pour le bruit ferroviaire et
0,5 million pour le bruit aérien. De nuit, 7,8 millions
de personnes sont exposées à un bruit supérieur à
50 dB(A) pour le bruit routier, 1 million pour le bruit
ferroviaire et 0,2 million pour le bruit aérien.
Les radiofréquences :
des rayonnements du quotidien
aux impacts toujours incertains
Les rayonnements électromagnétiques sont omni-
présents : rayons infrarouges et ultraviolets de la
lumière du soleil, rayons X lors d?examens radio-
logiques, ondes émises par les smartphones, les
antennes relais ou encore les lignes électriques. Les
rayonnements de très haute fréquence, comme les
rayons X et gamma, sont ionisants et ont des effets
avérés sur la santé, qui varient selon le type et la
dose reçue, de la brûlure cutanée au cancer.
Les radiofréquences émises par les smartphones
et appareils connectés, non ionisantes, ont des effets
thermiques avérés à court terme. Elles provoquent
notamment un échauffement des tissus du corps
lorsqu?elles dépassent les valeurs limites d?exposition
déterminées scientifiquement22. Celles-ci ont permis
Les polluants azotés et
phosphorés, responsables
de la prolifération des
algues vertes, toujours
en excès
La prolifération d?algues vertes touche
les plages et vasières, entre le Calvados et
la Charente-Maritime. Ce phénomène est
favorisé par des excès d?azote et de phosphore,
transportés vers la mer par les fleuves côtiers et
les nappes souterraines. Il est particulièrement
intense en Bretagne où, dans les baies fermées
peu profondes, l?eau se réchauffe dès le
printemps. Ce phénomène présente des risques
environnementaux et sanitaires. En devenant
dominantes, les algues vertes étouffent le
milieu marin, bloquent la lumière du soleil et
empêchent les plantes aquatiques de produire
l?oxygène essentiel aux écosystèmes. Lors de leur
décomposition, ces algues libèrent du sulfure
d?hydrogène, un gaz toxique pour l?humain et
l?animal.
Environ 90% de l?azote et 50% du phosphore
sont d?origine agricole, le reste venant des rejets
domestiques et de certains rejets industriels.
Entre 2008 et 2021, la surface moyenne
interannuelle couverte par les algues vertes sur
l?ensemble des baies sableuses du linéaire côtier
en Manche et en Atlantique a atteint 630 ha [13].
Malgré les plans déployés depuis 2010 par l?État
et les collectivités territoriales pour diminuer
les fuites d?azote et ramasser les algues échouées,
le phénomène n?est toujours pas endigué.
É
C
L
A
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A
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E
21. Agence européenne pour l?environnement
22. International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection (ICNIRP2),
organisation internationale non gouvernementale de nature scientifique, reconnue par l?OMS,
l?UE et de nombreux pays dont la France.
https://www.eea.europa.eu/en/topics/in-depth/noise?activeTab=fa515f0c-9ab0-493c-b4cd-58a32dfaae0a
55POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Population exposée à différents niveaux de bruit de jour dans
les agglomérations de plus de 100 000 habitants
En millions d?habitants
Quels objets de notre quotidien émettent des rayonnements ?
Notes : données 2022 partielles (disponibles pour 30 agglomérations sur les 45 ayant l?obligation d?établir une carte de bruit). L?indicateur
Lden correspond à la « dose de bruit » reçue en façade du bâtiment sur une journée, avec un poids plus important donné au bruit de soirée
et de nuit. Les classes de niveaux sonores utilisées dans ce graphique sont celles pour lesquelles la Commission européenne demande une
estimation du nombre de personnes exposées mais ne correspondent pas à des seuils réglementaires à respecter.
Source : DGPR, 2024
d?établir les normes réglementaires en France qui
fixent des valeurs limites entre 28 Volt/m et 87 Volt/m
selon la fréquence, dans la bande de 100 kHz à 6 GHz.
En 2021, aucune valeur limite d?exposition n?a été
dépassée sur les 4 022 mesures réalisées par l?Agence
nationale des fréquences [14], essentiellement en
milieu urbain et en intérieur. Les niveaux d?exposition
sont globalement stables depuis 2014, y compris
depuis le déploiement de la 5G.
En l?état actuel des connaissances, aucun lien
de causalité entre exposition aux radiofréquences
et effets sanitaires à long terme n?a été identifié de
manière certaine [15]. Cependant, des incertitudes
persistent sur les risques à long terme et lors d?une
utilisation intensive d?appareils sans fil. C?est pour-
quoi en 2011, les radiofréquences ont été classées
« cancérogènes possibles » par le Centre international
de recherche sur le cancer. La recherche sur leurs
effets sanitaires se poursuit, y compris sur la santé
des animaux d?élevage.
V
is
ib
le
Radio fréquences
RAYONNEMENTS IONISANTSRAYONNEMENTS NON-IONISANTS
Fréquence en hertz (Hz) et longueur d?onde
10151012 101310111010109108107106 1014 10161051041000100101 1017 10221020
Basses fréquences Infra-rouge Ultra-violet Rayonnements x et gamma
10 kHz 300 GHz
Note : le rayonnement électromagnétique est défini par sa longueur d?onde et sa fréquence (en hertz ou Hz).
Plus la fréquence est haute, plus l?énergie du rayonnement est importante.
Source : CGDD, d?après IRSN
Bruit routierBruit ferroviaire Bruit aérien
Lden > 55 dB(A) Lden > 60 dB(A) Lden > 65 dB(A) Lden > 70 dB(A) Lden > 75 dB(A)
4
6
8
10
12
14
2
0
POINTS DE REPÈRE
Niveaux d?exposition recommandés par
l?OMS, au-delà desquels des effets néfastes
sur la santé sont avérés :
Trafic routier : 53 dB(A) Lden
Trafic aérien : 45 dB(A) Lden
Trafic ferroviaire : 54 dB(A) Lden
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ56
80
60
40
20
0
100
2009 2010 2021 2022201920172015 2016 2018 20202013 20142011 2012
Produits ni UAB ni biocontrôle classés CMR1
Produits ni UAB ni biocontrôle classés CMR2
Produits ni UAB ni biocontrôle non classés CMR
Produits UAB et/ou biocontrôle
Total des substances vendues
Produits phytosanitaires :
un bilan mitigé
Depuis 2008, trois plans de réduction de l?usage des produits
de traitement des cultures se sont succédé, tous visant
une baisse de 50 %, d?abord pour 2018, puis pour 2025 et
enfin pour 2030. Malgré quelques avancées, la France ne
parvient pas à réduire fortement sa dépendance aux produits
phytosanitaires et de vastes territoires sont contaminés.
F
O
C
U
S
Les substances les plus toxiques
en recul, les autres en essor
En 2022, 68600tonnes de substances
actives ont été vendues en vue de
protéger les cultures des insectes,
des maladies et des mauvaises
herbes. Ce volume est relativement
identique à la moyenne des ventes
déclarées entre 2009 et 2021 (+1%).
Cette stabilité globale s?accompagne
toutefois d?une baisse des substances
les plus toxiques pour la santé
humaine et progressivement
interdites (cancérogènes, mutagènes
et reprotoxiques ou CMR) et d?une
augmentation de celles utilisables
en biocontrôle et/ou en agriculture
biologique.
Les ventes de substances CMR ont
baissé de 35% en volume entre
2015-2017 et 2020-2022 et leur part
dans le total des ventes a baissé
de 18 points depuis 2009 (15% en
2022). Géographiquement, plus de
la moitié des achats en 2020-2022
proviennent de 18 départements,
avec en tête l?Eure-et-Loir, la
Somme, la Marne, la Charente-
Maritime et l?Eure [22].
Un autre indicateur, le NODU
agricole (nombre de doses unités),
mesure l?intensité de l?usage des
produits de traitement. Plus le
NODU est élevé, plus les terres
agricoles ont reçu de nombres de
traitements. Bien que l?évaluation
2020-2022 montre une diminution
de 11,5% par rapport à la moyenne
2015-2017, le NODU ne baisse plus
depuis 3 ans [16].
Évolution des quantités de substances actives vendues de 2009 à 2022
En milliers de tonnes
Notes : CMR = substances considérées
comme les plus toxiques « cancérogènes,
mutagènes et reprotoxiques » avec
CMR1 pour « avéré ou présumé » et
CMR2 « suspecté ». UAB = utilisable en
agriculture biologique. Hors Banole pour
la Martinique.
Champ : France.
Source : BNVD - données des ventes au
code Insee des distributeurs extraites
le 27 novembre 2020 (données 2009 à
2019), le 17 octobre 2022 (données 2020)
et le 21 octobre 2023 (données 2021 et
2022). Traitements : OFB, 2020, 2022,
2023 et SDES, 2024
57POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Achats de substances actives classées les plus toxiques
par département
De vastes territoires
contaminés
Dans l?air extérieur, la présence de
pesticides (incluant les biocides en
plus des phytosanitaires) résulte de
leur volatilisation à partir du sol,
des plantes, de l?érosion par le vent
et des phénomènes de dérive lors
des épandages. Leur surveillance
harmonisée au niveau national est
récente: la première campagne
date de 2018-2019 et la seconde
de 2021-2022. Sur les 75 pesticides
recherchés, seuls 6 ont été détectés
dans plus de 20% des prélèvements
lors de chaque campagne:
le glyphosate, le lindane, le
S-métolachlore, la pendiméthaline,
le prosulfocarbe et le triallate. En
2018-2019, la présence de pesticides
tant en milieu urbain que rural a été
confirmée, généralement lors des
périodes de traitements connues.
Dans les sols, sur 111 pesticides
analysés entre 2019 et 2021 [17],
le plus fréquemment détecté est
le glyphosate (70%), herbicide
très vendu, suivi du fluopyram
(69%) et du fluxapyroxad (68%)
pourtant bien moins utilisés. En
effet, le caractère polluant des
pesticides dépend non seulement
de leur toxicité, de leur persistance
mais aussi de la capacité des sols
à les retenir ou à les dégrader.
Les analyses confirment que si
les terres cultivées sont les plus
contaminées, les forêts et les prairies
non traitées ne sont pas épargnées.
Parfois, les sols accumulent de
fortes teneurs en pesticides avec
des risques écotoxiques accrus
pour leur microfaune et leur
flore. C?est notamment le cas du
cuivre utilisé comme fongicide
(bouillie bordelaise). Des décennies
d?utilisation, ajoutées aux teneurs
naturellement présentes dans les
sols favorisent des effets délétères
sur la biodiversité. Pourtant,
son utilisation augmente (+35%
entre 2009-2011 et 2020-2022). En
France métropolitaine, plus de la
moitié des fortes teneurs en cuivre
sont dans des zones occupées à
plus de 20% par des vignes et des
vergers cultivés en agriculture
conventionnelle ou biologique [18],
notamment en Gironde et dans le
Languedoc-Roussillon. Pour limiter
cet effet de cumul, la réglementation
européenne limite la quantité totale
de cuivre utilisable à 28kg par
hectare sur une période de 7 ans
(2019-2025).
Dans les cours d?eau et plans d?eau,
les pesticides contaminent la quasi-
totalité des sites surveillés. Les
principales substances quantifiées
sont les herbicides et leurs
produits de dégradation en France
métropolitaine, les insecticides et
leurs métabolites en outre-mer.
L?indice des pressions toxiques
cumulées (IPTC) des pesticides est
élevé (> 1) sur toutes les tailles de
cours d?eau et sur environ la moitié
des sites de mesure depuis 2008.
Les situations les plus dégradées
s?observent dans la moitié nord
de l?Hexagone et en Martinique.
En France métropolitaine, ces
pressions sont essentiellement dues
à cinqherbicides d?usage agricole et
en outre-mer, à trois herbicides et
un insecticide, dont certains ont été
interdits d?usage avant 2018.
Les eaux souterraines ne sont
pas épargnées. Entre 2019 et
2021, en France métropolitaine,
588pesticides sur les 782 surveillés
sont quantifiés au moins une fois (en
outre-mer, 160 pour 689 suivis). Les
herbicides sont les plus quantifiés
dans l?Hexagone. En outre-mer, ce
sont principalement des insecticides
et des herbicides. Ces polluants
disparaissent très lentement dans
les aquifères. Par exemple, l?atrazine,
interdit d?usage depuis 2003, est
toujours quantifié en 2021.
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0 - 50 km
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Quantité moyenne
de substances actives
CMR* achetées (en kg)
de 2020 à 2022
Évolution des achats
entre les périodes
2015-2017 et 2020-2022
Diminution
de plus de 50 %
Diminution
de 30 à 50 %
Diminution
de 25 à 30 %
Diminution de 0 à 25 %
698 609
112 603
* Substances considérées comme les plus toxiques « cancérogènes, mutagènes,
reprotoxiques ».
Source : BNVD - données des achats au code postal des acheteurs extraites
le 21 octobre 2023 (données 2021 et 2022), le 17 octobre 2022 (données 2020)
et le 26 novembre 2020 (données 2009 à 2019). Traitements : OFB et SDES, 2023
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ58
Deux exemples de
dépendance aux
herbicides et leurs
impacts
Du S-métolachlore dans l?eau
du robinet
En 2022, le S-métolachlore est
le 4e herbicide le plus vendu en
France (6% du total). Utilisé
notamment sur le maïs, la
betterave, le tournesol ou la
canne à sucre, avant la levée des
premières mauvaises herbes,
ses ventes ont augmenté
de 23% en France entre les
périodes 2009-2011 et 2020-
2022 (1800t vendues en 2022).
Trois régions totalisent plus
de 50% des achats totaux: la
Nouvelle-Aquitaine (458t),
l?Occitanie (293t) et le Centre-
Val de Loire (169t). Cependant,
l?évolution entre 2015-2017 et
2020-2022 est très variable:
les achats diminuent dans
certaines régions telles que
l?Auvergne-Rhône-Alpes
(-30%), la Bretagne (-26%)
et la Provence-Alpes-Côte
d?Azur (-21%), alors qu?ils
augmentent ailleurs, comme en
Île-de-France (+53%), dans les
Hauts-de-France (+39%) et le
Centre-Val de Loire (+30%).
Cet herbicide, classé comme
«cancérogène suspecté»
par l?Agence européenne
des produits chimiques,
se retrouve dans l?air (dans
environ 50% des analyses
en France métropolitaine)
et les sols (17% des sols
analysés [19]). Depuis 2018, son
métabolite métolachlore-
esa est la substance qui a
dégradé le plus souvent la
qualité de l?eau distribuée,
très loin devant tous les autres
pesticides. Il a été responsable
de non-conformités sur l?eau
du robinet. En 2021, trois
métabolites ont fréquemment
dépassé des normes
européennes de qualité dans
ces eaux [20]. Pour réduire ces
impacts, l?Agence française
de sécurité sanitaire a interdit
en 2023 les principaux
usages des phytosanitaires
à base de S-métolachlore,
avec un délai d?utilisation
des stocks jusqu?en 2024. Au
niveau européen, la décision
de non-renouvellement
de l?approbation du
S-métolachlore a été prise en
décembre 2023 [21].
Du prosulfocarbe souvent
trouvé dans l?air
Les ventes de cet herbicide,
utilisé surtout sur les céréales,
les pommes de terre et certains
légumes, ont été multipliées par 6
entre 2009-2011 et 2020-2022[22].
Il est le 1er herbicide vendu
en 2022, devant le glyphosate,
alors qu?il était 8e en 2009. Ce
regain d?utilisation résulte
de son efficacité sur des
plantes devenues résistantes à
d?autres herbicides et de son
usage en substitution d?autres
herbicides désormais interdits
(isoproturon).
Cette substance est volatile et
une partie peut, après épandage
sur une culture cible, être
transportée par l?air jusqu?à des
cultures non cibles voisines.
Des résidus de prosulfocarbe
sont ainsi retrouvés depuis
2013 dans des denrées issues
de cultures où il n?est pas
autorisé (pommes, cresson)
et même sur des cultures de
l?agriculture biologique. Cette
substance est fréquemment
détectée dans l?air extérieur
en France métropolitaine,
dans respectivement 45 et
37% des analyses lors des
campagnes de 2018-2019 et de
2021-2022. Le prosulfocarbe
présente des concentrations
ponctuelles parmi les plus
élevées (>5ng/m3). Il est plus
souvent quantifié sur des sites
de mesure proches de grandes
cultures [23].
F
O
C
U
S
Classe en %
80 - 100
60 - 80
40 - 60
20 - 40
0 - 20
Indéterminé
Guadeloupe Martinique Guyane La Réunion Mayotte
* Indice des pressions toxiques cumulées.
Note : l?IPTC est « fort » ou « élevé » quand il dépasse 1, la survenue d?effets néfastes
sur l?environnement étant soit hautement probable, soit possible mais à confirmer par
une expertise complète.
Source : Eaufrance, base de données Naïades ; Ineris ; the Norman Network.
Traitements : SDES, 2024
Part des cours d?eau surveillés dont l?IPTC*-pesticides dépasse 1
de 2020 à 2022
59POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
DES CONTAMINANTS
ENCORE PEU SUIVIS ET
POURTANT TRÈS PRÉSENTS
Des déchets plastiques et des composés perfluorés
contaminent les milieux naturels et peuvent finir
dans nos organismes. Des résidus de médicaments
polluent les eaux et augmentent notamment les
risques de troubles de la reproduction des poissons
et d?antibiorésistance des micro-organismes. Ces
contaminants préoccupent la communauté scien-
tifique, les pouvoirs publics et la population mais
ne sont pas suivis de façon systématique dans les
milieux. Des actions se mettent progressivement en
place pour prévenir et réduire leurs émissions dans
l?environnement.
Déchets plastiques : de
multiples signaux inquiétants
pour les écosystèmes et la santé
En raison des multiples usages des matières plastiques
dans notre quotidien, leur production mondiale a
été multipliée par 266 depuis 1950 pour atteindre
400,3 Mt en 2022 [24]. Le premier marché du plastique
est celui des emballages, suivi de la construction et
de l?automobile. La France, avec environ 5 Mt/an en
2021, a la 3e demande la plus forte de l?UE [25] derrière
l?Allemagne et l?Italie.
La gestion des déchets plastiques présente un
défi concernant les volumes à traiter. En France, 21 %
des déchets plastiques ont été recyclés en 2022,
23 % pour les emballages, 51 % ont été incinérés avec
récupération d?énergie et 28 % mis en décharge [26].
D?après l?OCDE [27], au niveau mondial en 2019, seuls
9 % des 353 Mt de déchets plastiques produits ont été
recyclées, 19 % ont été incinérés et près de 50 % ont
fini en décharges contrôlées. Les 22 % restants ont
été jetés en décharges sauvages, brûlés à ciel ouvert
ou abandonnés dans la nature. La taille des déchets
est un autre défi : les macroplastiques (? 5 mm) reje-
tés se fragmentent en microplastiques secondaires
(< 5 mm) sous l?effet des rayons ultraviolets, de la
chaleur, de l?activité bactérienne et de l?agitation
mécanique puis se dispersent dans tous les milieux.
Des microplastiques primaires proviennent directe-
ment de l?abrasion des pneus sur la route, de l?usure
de peintures, de l?épandage des boues d?épuration
ou de pertes de fibres synthétiques lors du lavage.
Ils parcourent de longues distances, transportés par
l?air et les cours d?eau, s?accumulent dans les sols et
les mers. Avec une durée de vie de plusieurs siècles,
ils constituent une pollution persistante.
Dans l?air, des particules de plastique (< 20 µm)
provenant d?Afrique, d?Amérique du Nord ou de
l?océan Atlantique ont été trouvées en haute alti-
tude dans les Pyrénées en 2021 [28]. Dans les sols,
76 % des 33 sites étudiés en France en 2020, surtout
en grandes cultures, présentent des fragments de
plastiques essentiellement du polyéthylène et du
polypropylène. Dans les cours d?eau, aucun suivi sys-
tématique des microplastiques n?est réalisé même
si des études ponctuelles, dans la Meuse, le Rhin et
la Seine, montrent leur présence [29] ainsi que dans
des rivières des Bouches-du-Rhône. Dans les nappes
souterraines de cette zone, l?Institut national de l?en-
vironnement industriel et des risques (Inéris) observe
de 77 à 520 fragments/l montrant que l?effet de fil-
tration des sols n?empêche pas les petits débris (25
à 350 µm) d?atteindre les aquifères [30]. Sur les plages
de France, la plupart des plastiques collectés sont
des fragments plastiques non identifiables car trop
dégradés et les plastiques à usage unique. De 2020
à 2022, selon la sous-région marine, l?abondance
médiane de macro-déchets, varie de 209 à 894 uni-
tés par 100 m de plage, les côtes de la Méditerranée
étant les plus atteintes. En mer, entre 2015 et 2020,
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ60
les macro-plastiques flottants s?élevaient à 39 unités/
km² en Méditerranée et à moins de 1 unité/km² sur les
autres zones. Sur les fonds marins, la densité moyenne
des macro-plastiques allait de 68 à 510 unités/km²,
la Méditerranée étant la plus touchée. Sur la même
période, la densité de micro-plastiques flottants en
mer varie de 17 000 à 88 000 unités/km² en France
métropolitaine, la Méditerranée présentant la plus
forte densité devant celles de Manche-Mer du Nord
et d?Atlantique [31].
La pollution par les plastiques menace les éco-
systèmes et la santé. Des centaines d?espèces ani-
males sont affectées par ingestion des débris et
leurs additifs chimiques, enchevêtrement et autres
dangers. Chez l?humain, plusieurs études observent
des microplastiques dans les poumons, le sang ou les
selles. Le lien entre l?exposition aux microplastiques
et la santé est toutefois encore mal connu.
Des réponses réglementaires émergent depuis
les années 2020. À l?échelle de l?UE, la vente de plas-
tiques à usage unique (pailles, couverts en plastique,
etc.) est interdite et des objectifs sont fixés pour
2030 [32] : - 50 % de rejets de plastiques en mer par
rapport à 2016 et - 30 % de fuites de microplastiques.
L?exportation de déchets plastiques dangereux ou
difficiles à recycler [33] est interdite vers les pays
non-membres de l?OCDE et soumise à consente-
ment vers les autres. En France, la loi AGEC [34] fixe
la fin des emballages plastiques à usage unique en
2040 et vise 100 % de recyclage des plastiques d?ici
à 2025. En 2023, la possibilité de jeter l?ensemble
des emballages dans le bac de tri s?est étendue à
tout le territoire. Pour fin 2024, les Nations unies
envisagent un traité international « juridiquement
contraignant » pour réduire l?utilisation du plastique
et la pollution associée.
Les polluants perfluorés :
une inquiétude grandissante
Produits chimiques aux propriétés antiadhésives,
résistantes aux fortes chaleurs et imperméabilisantes,
les polys et perfluoroalkylés (PFAS) sont présents
dans de nombreux produits : ustensiles de cuisine,
emballages alimentaires, textiles, mousses anti-incen-
die, etc. D?autres, comme l?acide trifluoroacétique
(TFA), sont parfois utilisés dans la fabrication de
pesticides et de médicaments ou résultent de la
dégradation dans l?environnement de molécules de
la même famille. C?est le cas de l?herbicide fluféna-
cet, utilisé notamment sur les cultures de céréales
ou de pommes de terre, qui génère le TFA comme
métabolite. Très peu dégradables une fois dans l?en-
vironnement, les PFAS sont surnommés « polluants
éternels » et contaminent les eaux de surface ou
souterraines, l?air, les sols et les sédiments. Parmi
les plus persistants dans l?environnement, l?acide
perfluoro-octanoïque (PFOA) et l?acide perfluo-
ro-octane sulfonique (PFOS) sont les plus étudiés.
Les PFAS s?accumulent dans les organismes vivants
et dans la chaîne alimentaire ou se déplacent sur
de longues distances dans l?air ou l?eau. Nos voies
d?exposition sont multiples : alimentation, en par-
ticulier via les produits carnés et de la mer pour le
PFOS et le PFOA [35], eau de boisson, vêtements,
tissus d?ameublement, matériaux de construction
et de bricolage, etc.
Peu d?études sur l?imprégnation de la popula-
tion existent. Santé publique France montre que
sur 17 PFAS dosés chez 744 adultes et 249 enfants
entre 2014 et 2016 [36], 7 sont quantifiés chez plus
de 40 % des adultes, et 6 chez les enfants. Le PFOA
et le PFOS sont quantifiés chez 100 % des enfants et
des adultes. Les PFAS ont été intégrés dans le pro-
gramme européen de biosurveillance humaine [37]
pour mieux connaître nos niveaux d?exposition et
d?imprégnation et comprendre leurs effets sur la
santé : cancers, perturbations de la fertilité et du
développement foetal, augmentation du cholestérol
et du risque d?obésité, affaiblissement du système
immunitaire, l?effet le plus critique pour la santé
humaine.
Le suivi environnemental en France métropo-
litaine se concentre actuellement sur les milieux
aquatiques, avec cinq molécules perfluorées sur-
veillées à large échelle sur les cours d?eau de tous
les bassins [38]. De 2019 à 2021, au premier rang
des PFAS quantifiées se trouve le PFOS avec 40 %
des analyses, suivi par le PFHxA (37 %) et le PFOA
(27 %). Des contaminations de cours d?eau et plans
d?eau s?observent dans chaque bassin. Dans les
eaux souterraines sur la même période, le PFOS
et le PFOA sont également au premier rang (20 %)
et au troisième (12 %).
En France comme en Europe, certains PFAS com-
mencent à voir leur production et usage interdits
ou restreints. Le plan d?action interministériel sur
les PFAS d?avril 2024 [39] vise à réduire les risques à
la source, à poursuivre la surveillance des milieux
et à définir des valeurs de référence sanitaires pour
évaluer les impacts potentiels sur la santé humaine.
Il prévoit de déterminer des valeurs maximales de
concentrations à respecter dans les milieux aqua-
tiques pour les principaux PFAS. Les sites industriels
qui utilisent, produisent, traitent ou rejettent des
PFAS doivent surveiller leurs émissions et mettre en
place une démarche d?analyse et de réduction de
ces substances dans les rejets aqueux.
61POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
L?exposome,
l?empreinte des
expositions d?une
vie sur la santé
INTERVIEW ROBERT BAROUKI, professeur
à l?Université Paris Cité, directeur de
l?institut thématique santé publique
de l?Inserm, membre correspondant
de l?Académie nationale de médecine
Dans quelle mesure la pollution
environnementale influence-t-elle notre
santé?
R. B - Depuis sa conception et tout au long
de sa vie, chaque individu est exposé au
quotidien à des pollutions environnementalesqui
influencent sa santé: substances chimiques
isolées ou en mélange, agents infectieux,
nuisances sonores et lumineuses, etc. Ces
expositions interagissent avec la situation
psychosociale et socio-économique des individus.
Des effets sont visibles à court ou plus long
terme, comme l?irritation des voies respiratoires,
des cancers, des troubles cardiovasculaires,
cognitifs, de la fertilité, du développement
ou du métabolisme. Selon l?OMS, les facteurs
environnementaux sont un déterminant majeur
de la mortalité dans le monde: ils seraient
impliqués dans environ 13millions de décès par
an et un quart des pathologies chroniques dans le
monde. En Europe, ils causeraient 1,4 million de
morts par an.
Vous étudiez l?exposome, pouvez-vous définir
le conceptet préciser ce qu?il apporte?
R. B - Combinés entre eux, les facteurs de
risque liés à l?environnement, non génétiques,
constituent l?«exposome», une empreinte des
expositions d?une vie. De nombreux facteurs
environnementaux sont pris en compte:
changement climatique, qualité de l?air, de l?eau,
alimentation, etc., mais également des facteurs
psychosociaux. Le rôle des inégalités sociales
et territoriales fait l?objet d?un examen tout
particulier. L?exposome est le complément du
génome pour expliquer les pathologies humaines.
Le défi posé à la recherche est de caractériser
l?exposome d?une personne et d?en mesurer les
effets cumulatifs et combinés sur la survenue de
maladies. La recherche sur l?exposome couvre
de nombreux paramètres: la nature des agents
polluants, leur origine, le contexte, la période
d?exposition et leurs impacts biologiques et
sanitaires, etc.
D?ores et déjà, la recherche montre que la
période périnatale et de la petite enfance est
particulièrement sensible. Une présomption de
lien a notamment été montrée entre exposition
aux pesticides in utero ou durant l?enfance et le
risque de troubles cognitifs et neurologiques.
La recherche montre aussi que des produits pris
individuellement en faible quantité peuvent
ne pas avoir d?effet notable sur la santé, mais
leur combinaison peut être néfaste par «effet
cocktail». Par exemple, il a été établi que le
mélange de plastifiants et de pesticides peut
impacter le développement neurologique de
l?enfant. L?objectif des recherches déployées
autour de l?exposome est de proposer de nouvelles
pistes de prévention de maladies chroniques ou,
éventuellement, de nouveaux traitements.
Comment l?exposome est-il évalué?
R. B - L?étude de l?exposome est permise
grâce à l?évolution des technologies de mesure
des pollutions (imagerie satellitaire, détecteurs
environnementaux, capteurs individuels, dosages
dans le sang et les urines grâce à de nouvelles
méthodes analytiques, etc.). Elle s?appuie aussi
sur des modélisations mathématiques du lien
entre imprégnation humaine par des substances
à la suite de différentes expositions et impacts
biologiques associés. Les résultats des recherches
épidémiologiques sont également très utiles.
Des suivis sur un temps long de grands groupes de
personnes appelés «cohortes», comme les études
ELFE, EDEN ou PELAGIE [40] ou des enquêtes
approfondies d?un panel large d?individus comme
les études ESTEBAN [41], Alimentation totale ou
PestiRiv conduites en France, révèlent ainsi des
présomptions fortes de liens entre expositions et
certaines pathologies. C?est par exemple le cas de
l?exposition professionnelle à certains pesticides
et la survenue du cancer de la prostate ou de la
maladie de Parkinson. En complément, des suivis
d?imprégnation des personnes par les polluants
sont réalisés. Cette biosurveillance se fait par
dosage de biomarqueurs dans le sang, l?urine,
les cheveux ou encore le lait maternel. L?initiative
européenne HBM4EU, lancée en 2017, suivie du
programme PARC [42], a permis de structurer la
vaste quantité de données produites dans les pays
membres sur des substances prioritaires, telles
que les phtalates, les bisphénols, les PFAS, des
pesticides, ou encore l?arsenic et le cadmium.
É
C
L
A
IR
A
G
E
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ62
Ces données, comme celles de l?enquête ESTEBAN en
France, permettront de suivre l?exposition interne à
ces substances chimiques et les progrès qui auront été
faits pour les réduire.
On parle aussi du concept «One Health». Existe-t-il
un lien avec le concept d?exposome et comment
les deux s?articulent-ils?
R. B - La transmission de maladies infectieuses
de l?animal à l?homme a conduit les scientifiques
à considérer les liens entre les santés humaine et
animale. Cette approche nommée «One Health»
a par la suite évolué pour intégrer la santé des
écosystèmes, perturbée par l?activité humaine. En
parallèle, le concept d?exposome s?est élargi pour
analyser les interactions entre les écosystèmes et
la santé humaine. Les deux concepts tendent donc à
se rejoindre, bien qu?ils restent animés par
des communautés et préoccupations scientifiques
partiellement distinctes. Au-delà des concepts,
c?est bien la prise de conscience de l?interdépendance
de l?homme et de l?environnement qui anime
les acteurs de la recherche, de l?expertise et de
la décision publique.
Que peut-on attendre de la recherche sur
l?exposome dans les années à venir?
R. B - L?analyse des interactions entre facteurs
environnementaux (ex: déséquilibres nutritionnels et
contaminants, ou stress psychosociaux et polluants)
permettra à terme de mieux cibler les politiques de
prévention en santé publique:
? détermination de valeurs seuil de protection de la
santé tenant compte d?«effet cocktail»;
? prise en compte de l?ensemble des bénéfices?/
risques étudiés dans les actions de promotion de
la santé et communication: fruits et légumes et
pesticides; poisson et mercure; allaitement et
polluants persistants, etc. Mise en avant des co-
bénéfices confirmés scientifiquement: baisse des
transports, climat et pollution de l?air; baisse de
la consommation de viande, climat et avantages
sanitaires;
? intégration des notions inhérentes à l?exposome,
telles que la vulnérabilité de certaines populations
ou les effets à long terme des expositions d?une vie et
durant plusieurs générations;
Ces améliorations sont envisageables par la mise
en place d?un programme ambitieux de recherche
sur l?exposome, à l?image de celui sur le génome
humain.
Résidus médicamenteux :
une contamination avérée des
rivières et nappes phréatiques
Bien que le volume de la consommation médica-
menteuse française recule depuis plusieurs années,
certaines catégories sont encore très employées,
telles que les antidépresseurs et les antibiotiques.
Pour ces derniers, la France est au 4e rang des plus
gros consommateurs en Europe, derrière la Grèce,
la Roumanie et la Bulgarie. Or, une fois utilisés par
les patients, à la maison ou dans les établissements
de soins, des résidus médicamenteux se retrouvent
dans les eaux usées et finalement dans les eaux de
surface. En effet, la grande majorité des stations
d?épuration urbaines n?ont pas été conçues pour les
éliminer. Elles en captent certains, mais l?eau qu?elles
rejettent dans l?environnement en contient encore
beaucoup. L?industrie pharmaceutique peut aussi
être une source ponctuelle de contamination des
milieux aquatiques, soit en raison d?accidents de
fabrication, soit de manière plus régulière lorsque
les techniques d?épuration ne sont pas optimales.
De 2019 à 2021, huit médicaments surveillés à
grande échelle ont été détectés dans les cours d?eau
et plans d?eau de tous les bassins de métropole. Les
quatre premiers ont été quantifiés dans plus de
25 % des analyses : l?antidépresseur-antiépileptique
carbamazépine, l?antibiotique sulfaméthoxazole et
les anti-inflammatoires diclofénac et ibuprofène.
Viennent ensuite des anti-inflammatoires, antibio-
tiques et un estrogène utilisé comme contraceptif.
Dans les eaux souterraines sur la même période,
15 résidus ont été quantifiés de façon moins fré-
quente. Les deux premiers, quantifiés dans plus
de 10 % des analyses, sont la carbamazépine et la
caféine, ce dernier étant sans doute un marqueur
de consommation humaine.
Bien que présents à faibles concentrations, de
l?ordre du nanogramme par litre, ces résidus très
actifs biologiquement et capables de s?accumuler
dans les organismes induisent des troubles de la
reproduction des poissons, oiseaux et mammifères
marins ou modifient leurs comportements. La di-
minution drastique de populations de vautours
serait associée à l?accumulation dans leur organisme
de résidus de l?anti-inflammatoire diclofénac. Les
atteintes à l?homme, via son alimentation et l?eau
potable qu?il consomme, sont encore mal connues.
La sélection de bactéries antibiorésistantes, favorisée
notamment par le rejet d?antibiotiques dans l?en-
vironnement [43], est une préoccupation mondiale
de santé publique.
63POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
250 50 75 100
Carbamazepine
Sulfamethoxazole
Diclofenac
Ibuprofene
Atenolol
Clarithromycine
Metoprolol
Estrone
Médicaments quantifiés dans les cours d?eau et plans d?eau de 2019 à 2021
Analyses quantifiées en %
Note : le classement concerne les substances surveillées de 1 à 3 ans dans les 6 bassins
hydrographiques de la France métropolitaines. Une substance est dite « quantifiée » quand
la méthode analytique donne une valeur de la quantité (concentration) avec une faible incertitude.
Champ : cours d?eau et plans d?eau.
Source : Eaufrance, base de données Naïades. Traitements : SDES, 2024
Depuis plus de 30 ans, la France s?appuie sur un réseau de
surveillance pour suivre l?état des milieux naturels et mettre
en oeuvre des politiques environnementales. Ce réseau
englobe des sites et stations répartis partout à travers le
pays, dans des zones cultivées, forêts, prairies, villes et parcs
urbains. Ce dispositif s?améliore régulièrement en matière
de répartition géographique des sites de mesures, de liste de
polluants suivis et de précision des mesures.
Sol: pour mesurer la qualité des sols, la France dispose
depuis 2000 d?un réseau de suivi constitué d?environ
2200 sites répartis de manière régulière sur le territoire
métropolitain et les cinq départements et régions d?outre-
mer selon une grille systématique de 16 km de côté.
Chacun de ces sites est échantillonné et analysé tous les
15ans.
Eau : environ 11600masses d?eau de surface (plans d?eau,
rivières, eaux de transition et littorales) et 690masses
d?eau souterraines sont régulièrement surveillées au
titre du Code de l?environnement, produisant plus de
21millions d?analyses par an, dont les trois quarts ciblent
les pesticides. Les réseaux de distribution d?eau destinée à
la consommation humaine sont suivis au titre du Code de
la santé publique. En 2022, plus de 18millions d?analyses
ont été effectuées.
Air extérieur: en 2022, près de 600stations
ont mesuré les concentrations des polluants
réglementés au niveau européen, ainsi que certains
polluants d?intérêt national, comme le carbone suie ou
certains pesticides. D?autres substances sont également
suivies dans des zones d?activités spécifiques, telles que le
traitement des déchets. Depuis 2008, près de 20stations
de mesures surveillent la composition chimique des
particules en milieu urbain sur tout le territoire.
Air intérieur: depuis 2001, la pollution de l?air intérieur
et ses origines sont étudiées, notamment dans le cadre
de campagnes nationales de mesures, par l?Observatoire
de la qualité des environnements intérieurs.
Stations de traitement des eaux usées, sites
industriels ou agricoles: les installations rejetant des
polluants dans les eaux ou dans l?air sont soumises
à une surveillance de leurs émissions. Ainsi, plus
de 22600stations d?épuration suivent la qualité des
eaux traitées qu?elles rejettent et plus de 15200sites
industriels ou agricoles renseignent un registre des
émissions polluantes. Une base de données documente
plus de 9500 sites et sols pollués, enrichissant les
connaissances sur les polluants présents.
Comment les polluants sont-ils surveillés en France ?
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ64
L?ACTION PUBLIQUE
CONTRE LA POLLUTION
En France, de nombreux dispositifs sont mis en
oeuvre pour lutter contre la pollution des milieux
et limiter les risques pour la santé. Des évaluations
de politiques publiques estiment toutefois que ces
mesures demeurent insuffisantes dans certains
domaines au regard des enjeux de santé-environ-
nement et du coût global de la pollution supporté
par la société.
Plans d?action
et réglementations :
des ambitions à renforcer
pour répondre aux enjeux
Selon la Cour des comptes, les politiques publiques
de lutte contre la pollution de l?air devraient être
renforcées et mieux déclinées localement. Son
rapport de 2020 à la commission des finances du
Sénat [44] indique que « le plan de réduction des
émissions de polluants atmosphériques ne paraît
pas suffisant pour atteindre les objectifs de baisse
d?émissions à l?horizon 2030 ». En effet, si les mesures
réglementaires et fiscales pour limiter les émissions
à la source ou encadrer les activités polluantes sont
bien développées dans le secteur de l?industrie et
des transports, elles sont plus rares pour le secteur
résidentiel-tertiaire ou agricole. La Cour recommande
« d?agir avec plus de détermination et plus d?ambi-
tion » sur ces secteurs dans lesquels les efforts ont
été les plus modestes jusqu?à présent.
Le collège d?experts indépendants de l?Autorité
environnementale s?est exprimé en 2021 sur le plan
stratégique national (PSN) de la politique agricole
commune 2023-2027, ainsi que sur une modification
du plan d?action national nitrates. D?après son rapport
d?activité [45], ces plans « qui devraient conduire tous
les acteurs à intégrer les engagements européens et
nationaux à respecter les enjeux liés à la dégradation
de l?environnement ne se donnent pas les moyens
d?infléchir ces tendances lourdes ». L?Autorité environ-
nementale estime que « l?ambition environnementale
du PSN s?avère en deçà des enjeux, tant en matière
de changement climatique que de qualité des eaux
et de reconquête de la biodiversité ». À propos des
onze schémas directeurs d?aménagement et de gestion
des eaux (Sdage) pour la période 2022-2027, l?Auto-
rité environnementale estime que « les ambitions
restent modestes et les progrès prévus par rapport
aux précédents Sdage sont limités au regard de l?ob-
jectif général fixé par la [directive-cadre sur l?eau] ».
Le Haut Conseil de la santé publique a réalisé en
2022 une évaluation des trois plans nationaux santé -
environnement (PNSE) mis en oeuvre entre 2004 et
2019 [46]. Il constate que ces plans ont favorisé des
progrès dans la connaissance de certaines exposi-
tions aux polluants, mais ont insuffisamment traité
le sujet des mélanges de polluants, des contaminants
alimentaires ou des radiations ionisantes. Il estime
que « le PNSE sous sa forme actuelle ne se situe pas
à un niveau stratégique suffisant et ne couvre pas
tous les domaines de la santé-environnement ».
Les financements, en hausse
depuis 2000, ne reflètent pas
le coût global pour la société
Les trois quarts des fonds alloués à la protection de
l?environnement en France sont destinés à prévenir
ou réduire les pollutions, ainsi qu?à assainir les mi-
lieux quand cela est possible. En 2021, le montant
consacré à ces actions s?élevait à 46 milliards d?euros
(Md¤), couvrant la gestion des déchets, l?assainis-
sement des eaux usées, la protection de la qualité
de l?air, la protection des sols et des eaux, ainsi que
la lutte contre le bruit et les vibrations. À titre de
comparaison, en 2000, ce montant était de 21,5 Md¤.
Entre 2000 et 2021, les dépenses de lutte contre la
pollution ont connu une hausse continue, avec une
croissance annuelle moyenne de 3,7 %, surpassant
l?augmentation du PIB, qui est de 2,5 %. Ces coûts
sont financés par les ménages, les entreprises, les
administrations publiques et l?UE.
Les dépenses engagées pour protéger la qualité
de l?air extérieur s?élèvent à près de 8 Md¤ par an
[47], principalement à travers l?acquisition de véhi-
cules électriques ou hybrides (hors dépenses de
recherche et développement des entreprises auto-
mobiles). Environ 2 Md¤ par an sont consacrés à la
65POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
lutte contre les nuisances sonores, principalement
pour améliorer l?isolation acoustique des bâtiments.
Bien que conséquents, ces montants sont inférieurs
au coût global des impacts de la pollution supporté
par la société incluant notamment l?augmentation
des dépenses de santé, la perte de biodiversité, la
baisse de rendements agricoles, la dégradation des
bâtiments, etc.
Les dépenses de santé liées à la pollution de l?air
sont estimées à 3 Md¤ par an, couvrant les hospita-
lisations, les soins de ville, ainsi que les indemnités
journalières et les pensions d?invalidité versées par
l?assurance maladie. Au-delà de ce montant, la société
supporte également des coûts socio-économiques
liés à la mortalité prématurée, à la morbidité et à
la perte de bien-être. Ces coûts supplémentaires,
non pris en compte dans le système économique
actuel, portent le coût global de la pollution, tant
sanitaire que non sanitaire, entre 70 et 100 Md¤ par
an, selon un rapport du Sénat de 2015 [48].
Le coût social du bruit serait même plus élevé : il
est estimé par l?Agence de la transition écologique
(Ademe) à 147 Md¤ par an [49], les deux tiers étant
attribuables aux nuisances liées aux transports.
Les mesures identifiées dans les comptes de dé-
penses contre la pollution ont vocation à atténuer
des sources potentielles de pollutions (traitement
de déchets, gestion des eaux usées) ou des pollu-
tions déjà existantes (dépollution des eaux et sols).
Ces mesures sont parfois insuffisantes pour traiter
certains polluants (résidus médicamenteux et autres
micropolluants, etc.). Les exemples de la pollution
de l?air et du bruit soulignent l?importance de ren-
forcer les moyens alloués aux actions préventives. Ils
rappellent le besoin d?actions efficaces pour éviter
et réduire les rejets polluants à la source.
Contribution des agents économiques à la lutte contre la pollution en France de 2000 à 2021
En milliards d?euros courants
Source : SDES, compte satellite de l?environnement. Traitements : SDES, 2023
50
10
20
30
40
0
Administrations
publiques
Entreprises Ménages Union
européenne
Total
2000 2012 201420102008200620042002 2016 2018 2020 2021
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ66
Dispositifs de traitement des
eaux usées : des situations
contrastées selon les territoires
L?assainissement des eaux usées domestiques peut se
faire soit avec des systèmes gérés par les collectivités
locales (réseau de collecte des eaux usées, stations
de traitement), soit avec des systèmes non collectifs
gérés par des particuliers ou des groupes de particu-
liers. Les eaux traitées et rejetées atteignent ensuite
les rivières, les lacs, les mers et océans, les sols et
les nappes phréatiques. La santé des écosystèmes
dépend donc en partie de la performance et de
l?efficacité des dispositifs de traitement des eaux
usées et du respect des dispositions réglementaires
(conformité des équipements, adéquations de la
capacité de traitement avec la quantité d?eaux usées
collectées, etc.).
La part de la population non raccordée à une
station d?épuration dépasse fréquemment 50 %
dans les DROM. Le faible niveau de vie des résidents
rend très souvent difficile l?investissement dans un
assainissement non collectif, voire la maintenance
des équipements existants. Ainsi, la quasi-totalité des
équipements d?assainissement individuels, quand ils
existent, sont défaillants. L?état des dispositifs d?as-
sainissement collectif n?est pas satisfaisant non plus.
À l?exception de La Réunion où le taux de confor-
mité de l?épuration des eaux usées est proche de
celui de la France métropolitaine, pour les quatre
autres DROM, plus de la moitié des installations ne
sont pas conformes à la réglementation en vigueur.
Cette situation générale favorise des rejets de
polluants aux multiples impacts : dégradation des
écosystèmes, nuisances olfactives et visuelles, dif-
ficultés à produire suffisamment d?eau destinée à
la consommation humaine à un prix raisonnable,
effet défavorable sur le tourisme, etc. Au-delà des
lacunes observées dans la gouvernance des services
publics en charge de l?assainissement (difficultés à
recouvrer les factures d?eau et d?assainissement,
absence d?entretien et d?investissement pour suivre
l?augmentation de la population), certaines spéci-
ficités de ces territoires (atmosphère riche en sel,
émanations de la décomposition des sargasses, etc.)
favorisent la corrosion des équipements en place.
Le Plan Eau DOM a donc été mis en place en
2016 afin de mobiliser les acteurs de ces territoires
pour relever les défis de la gestion quantitative et
qualitative de l?eau.
Ce plan vise notamment à allouer des moyens pour
gérer durablement l?assainissement et à renforcer la
capacité des acteurs à travailler ensemble sur des
actions transformatrices. Il présente quatre axes :
renforcer la gouvernance des collectivités ; développer
leurs capacités techniques et financières ; améliorer
Fédérer les acteurs
territoriaux pour réduire
les pollutions : le cas
du Plan Eau en outre-mer
Si en France métropolitaine, le niveau de traitement des eaux
usées est globalement satisfaisant du fait de la mobilisation des
collectivités locales en charge de la compétence assainissement
et de leur capacité à financer l?investissement et la maintenance
des équipements nécessaires, la situation est beaucoup plus
problématique dans les cinq départements et régions d?outre-
mer (DROM). Cela a des conséquences importantes en matière
d?environnement et de santé publique. Fédérer les acteurs
autour de projets locaux apparait comme un levier d?action.
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67POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Conformité des dispositifs d?assainissement des territoires ultramarins
NR = non renseigné.
Note : l?information entre parenthèses correspond aux stations d?épuration des eaux usées >= 2 000 équivalents habitant (norme européenne).
Sources : * Tableau de suivi des indicateurs sur l?assainissement communal en France (2022) ; ** SISPEA, portail de l?observatoire des données sur
les services publics d?eau et d?assainissement ; *** Le traitement des eaux usées domestiques dans les départements d?outre-mer (2021)
les services de l?entretien et de la maintenance ;
intégrer les politiques de l?eau dans l?aménagement
du territoire. Il engage les pouvoirs publics sur le
long terme en accompagnant les collectivités par
des moyens financiers, d?ingénierie, de formations,
d?études et d?expertises. Des conférences territoriales
mobilisant les parties prenantes doivent renforcer la
planification au sein de chaque territoire. Des confé-
rences régionales des acteurs de l?eau, coprésidées
par le préfet et le président du Conseil régional, dé-
clinent le plan au niveau territorial avec des acteurs
clés (élus, administrations, établissements publics,
assemblées politiques de concertation, institutions
financières publiques).
L?eau sous pression en outre-mer
Source : CGDD, d?après Plan eau DOM ; rapports Assemblée nationale et Sénat ; ONSEA ; ONB
52 %
de la population
alimentée par des réseaux
dont la sécurité sanitaire
est insuffisante
82 %
des sites de
baignade ont
une qualité
des eaux
insuffisante
Sociaux Écologiques
ÉconomiquesSanitaires
17 % des factures
liées à
l?assainissement
non payées
des factures
liées à
l?assainissement
non payées
Guyane
2023
Martinique
2018
La Réunion
2021
Guadeloupe
2022
? Dégradation de la qualité
physico-chimique des
masses d?eau
? Altération des écosystèmes
? Mauvais accès à l?eau
pour les plus démunis
? Tarification de l?eau
? Fort taux d?impayés
des eaux de
surface sont
dans un état
écologique
dégradé
85 %
? Pollution des eaux brutes
? Ressources alternatives
(tours d?eau, eau de mer dessalée...)
? Mauvaise potabilisation de l?eau
? Pollution des eaux de baignade
? Baisse du tourisme
? Systèmes de traitement autonomes plus coûteux
Les enjeux
de la gestion et
l?assainissement
de l?eau
Nombre de stations
d?épuration
Nombre de stations
d?épuration
non conformes en
performance
Part des ménages
raccordés
à un assainissement
collectif en %
Part des dispositifs
d?assainissement
non collectifs
non conformes en %
Guyane 26 (15)* 15 (3)* 45*** NR
La Réunion 16 (16)* 0 (0)* 52*** 48**
Guadeloupe 124 (19)* 77 (8)* 39*** 80***
Martinique 122 (30)* 91 (18)* 49*** 90***
Mayotte 16 (3)* 13 (2)* 19*** NR
France 22 704 (4 085)* 6 144 (732)* 82** 38**
https://assainissement.developpement-durable.gouv.fr/pages/data/tabSuiviRegSup2000.php
https://www.services.eaufrance.fr/indicateurs/P301.3
https://www.services.eaufrance.fr/indicateurs/P301.3
https://www.epnac.fr/content/download/4205/37502?version=1
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ68
Les contrats de progrès :
des documents structurants
au niveau local
Des appels à candidatures auprès des collectivités pour
proposer de nouveaux modes de contractualisation
sont régulièrement lancés pour répondre notam-
ment aux problématiques locales d?assainissement
des eaux usées. Ces démarches aboutissent à des
« contrats de progrès » associant l?État, les collecti-
vités et les porteurs de projet permettant d?établir
un diagnostic, de fixer des orientations stratégiques
de services, de flécher les financements et d?établir
une trajectoire pour une période de cinq ans.
Depuis 2016, 29 contrats de progrès ont été signés
par les acteurs locaux et nationaux. En 2023, compte
tenu d?un besoin d?investissement de 1,7 Md¤ pour
perfectionner les services d?eau et d?assainissement
des Outre-mer, un nouveau plan national d?action
est venu renforcer les initiatives de ce plan. Il prévoit
6 actions pour la gestion des milieux aquatiques et la
valorisation des eaux non conventionnelles, et attribue
35 M¤ supplémentaires pour la solidarité inter-bassins.
Des outils efficaces pour
l?amélioration des services
de gestion de l?eau
Depuis la mise en place du Plan Eau DOM, plus de
700 M¤ ont été mis à disposition des collectivités
par l?État et ses partenaires (Banque des territoires,
Agence française de développement). L?UE y contribue
avec le Fonds européen de développement régional.
Malgré des freins structurels et des avancées inégales,
ce plan a permis de relancer de nombreux travaux
à l?arrêt, de renforcer la coordination locale entre
bailleurs et financeurs et d?initier de nouveaux chan-
tiers (raccordement des réseaux d?assainissement
autonomes, réparation des réseaux de collecte des
eaux usées, etc.).
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19 %
des foyers mahorais sont
raccordés à un assainissement collectif
(contre 81 % en France métropolitaine) en 2021.
67 %
des stations d?épuration de plus de 2 000 équivalents
habitant (EH) ne sont pas conformes en performance
à la réglementation en vigueur sur l?île en 2022.
Le déficit de dispositifs de traitement des eaux
usées domestiques avant leur rejet dans les milieux
naturels (rivières, océans, sols, lagons) ou la vétusté
des équipements existants (stations d?épuration,
réseau de collecte des eaux usées, etc.) participent à
la dégradation des écosystèmes et constituent
une source de pollution pouvant être responsable
d?importants problèmes sanitaires.
Cinq ans pour améliorer l?accès à l?eau
La capacité actuelle de traitement des eaux usées à
Mayotte est estimée à 34% de la population, révélant
un déficit notable dans le traitement des rejets de
l?île. Le contrat de progrès 2022-2026 [50], prolongé
en 2024 jusqu?en 2027, ambitionne d?améliorer
significativement la qualité des eaux et de restaurer
leur bon état écologique. Son objectif est multiple:
augmenter
la capacité épuratoire des stations, réhabiliter
les ouvrages existants non conformes et équiper
prioritairement les 6 agglomérations de plus de
10000EH en nouvelles stations.
Une nouvelle station pour traiter les eaux usées
du quart des Mahorais
À Koungou, deuxième commune la plus peuplée de
Mayotte, une nouvelle station d?épuration devrait
être mise en service en 2025. Ce projet permettra de
traiter dans un premier temps, les eaux usées de 30000
habitants puis, à terme, de près de 60000habitants,
soit environ le quart de la population mahoraise.
Financé par l?État à hauteur de 21 M¤ et porté par le
syndicat Les eaux de Mayotte, il intègrera une solution
technique adaptée à la géographie et aux évolutions
climatiques de la région (notamment un système
de filtration écologique utilisant des végétaux pour
réduire le volume des boues d?épuration et réduire le
coût d?exploitation en énergie et entretien). D?autres
initiatives, comme les nouvelles stations d?épuration
de Mamoudzou Sud et du Centre, sont également
planifiées.
En réponse aux effets dévastateurs du cyclone Chido
qui a frappé l?île le 14 décembre 2024, le plan «Mayotte
Debout» adopté fin 2024 s?est, par ailleurs, fixé comme
objectif la mise à niveau du réseau de distribution d?eau
sur tout le territoire d?ici la fin 2025, en amplifiant les
moyens alloués par le Plan Eau DOM.
Un contrat de progrès pour renforcer
les capacités de traitement des eaux usées à Mayotte
69POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[1] Organisation et méthodes des inventaires
nationaux des émissions atmosphériques
en France, Citepa, 2023
[2] Guide méthodologique pour l?élaboration
des inventaires territoriaux des émissions
atmosphériques, LC5QA, 2018
[3] Bilan de la qualité de l?air extérieur en
France en 2023, CGDD, Datalab, 2024,
70 p.
[4] Arsenic et mercure dans les sols : les zones
exposées en France, CGDD, Datalab
essentiel, 2021, 4 p.
[5] Plans de surveillance et plans de contrôle
sanitaire des denrées animales et
végétales et des aliments pour animaux -
Bilan 2021, Masa, 2024
[6] Les études de l?Alimentation totale (EAT),
Anses, 2019
[7] Étude nationale Esteban, Santé publique
France, 2021
[8] Hulin M, Bidondo ML, Delezire P, ,
Wagner V, Dassonville C, et al. Évaluation
quantitative d?impact sur la santé (ÉQIS)
de la qualité de l?air dans et autour des
établissements scolaires. Pertinence,
faisabilité et première étude nationale.
Santé publique France, 2024
[9] Mandin et al. Renouvellement de l?air
insuffisant dans les écoles : un constat
établi de longue date. BEH 19-20,
11 octobre 2022
[10] Sivanantham S., Dassonville C., Ramalho
O., Mandin C. Caractérisation de la
multipollution dans les salles de classe en
France. Environnement, Risques et Santé,
2021/4 (Vol. 20), p. 361-367
[11] Sols et environnement ? Chiffres clés,
CGDD, Repères, 2015, 108 p.
[12] La pollution chimique des cours d?eau et
des plans d?eau en France de 2000 à 2020,
CGDD, Datalab, 2023, 92 p.
[13] Chiffres clés de la mer et du littoral,
CGDD, Datalab, 2024, 148 p.
[14] Analyse des résultats de mesures
d?exposition du public aux ondes
électromagnétiques réalisées en 2021
dans le cadre du dispositif national de
surveillance, ANFR, 2022
[15] Déploiement de la 5G en France et
dans le monde : aspects techniques et
sanitaires, IGAS, 2020
[16] Une nouvelle stratégie nationale
en construction sur les produits
phytopharmaceutiques, Masa,
estimation provisoire, 2023
[17] Froger C., Jolivet C., Budzinski H.
et al. Étude du Réseau de Mesures
de la Qualité des Sols (47 sols
échantillonnés). Pesticide Residues in
French Soils : Occurrence, Risks, and
Persistence. Environmental Science &
Technology, 2023, 57, 20, 7818-7827,
DOI: 10.1021/acs.est.2c09591
[18] Conséquences des excès de cuivre dans
les sols et les végétaux, Auréa, 2017
[19] Froger C., Jolivet C., et al. Pesticide
Residues in French Soils: Occurrence,
Risks, and Persistence. Environmental
Science & Technology 2023 57 (20), 7818-
7827. DOI: 10.1021/acs.est.2c09591
[20] Bilan de la qualité de l?eau au robinet du
consommateur vis-à-vis des pesticides
en France en 2021, Ministère de la santé,
2022
[21] Règlement UE 2024/20 du 12 décembre
2023
[22] État des lieux des ventes et des achats
de produits phytosanitaires en France en
2022, CGDD, Datalab essentiel, 2024, 4 p.
[23] Vers un suivi national des résidus de
pesticides dans l?air extérieur - Principaux
résultats de la campagne nationale
exploratoire, CGDD, Théma essentiel,
2021, 4 p.
[24] Plastics Europe. Plastics - The fast Facts
2023
[25] Plastics Europe. Plastics - The fast Facts
2022
[26] Plastics Europe. The Circular Economy for
Plastics ? A European Analysis 2024
[27] Global Plastics Outlook, Economic
Drivers, Environmental Impacts and Policy
Options. OCDE, 2022
[28] Allen S., Allen D,. Baladima F. et al.
Evidence of free tropospheric and long-
range transport of microplastic at Pic du
Midi Observatory. Nat Commun 12, 7242
(2021). doi.org/10.1038/s41467-021-27454-7
[29] Wilco Urgert, 2015. Microplastics in the
rivers Meuse and Rhine. Developing
guidance for a possible future monitoring
program. Master?s thesis for Master
of Science Environmental Sciences.
Department of Science, Faculty of
Management, Science & Technology,
Open University of the Netherlands,
Heerlen
[30] C3Peaux - Contamination en
microplastiques et polluants organiques
persistants associés dans les eaux
superficielles et souterraines, Inéris,
2023
[31] Rapport scientifique pour l?évaluation
cycle 3 au titre de la DCSMM.
Descripteur 10 « Déchets marins » en
France métropolitaine. Ifremer, Cedre
2023
[32] Plan d?action Zéro Pollution adopté
en mai 2021
[33] Convention de Bâle, modification
du 1er janvier 2021
[34] Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative
à la lutte contre le gaspillage
et à l?économie circulaire
[35] Scientific Opinion on the Risk to
human health related to the presence
of perfluoroalkyl substances in food.
EFSA Journal 2020 ; 18(9):6223, doi.
org/10.2903/j.efsa.2020.6223
[36] Imprégnation de la population française
par les composés perfluorés. Programme
national de biosurveillance, Esteban 2014-
2016. Santé publique France, 2019
[37] European Human Biomonitoring Initiative
(HBM4EU)
[38] La pollution chimique des cours d?eau et
des plans d?eau en France de 2000 à 2020,
CGDD, Datalab, 2023, 92 p.
[39] Plan d?action interministériel sur les PFAS,
2024
[40] Étude de cohortes
[41] Étude de santé sur l?environnement,
la biosurveillance, l?activité physique et la
nutrition (Esteban)
[42] Partenariat européen pour l?évaluation
des risques liés aux substances chimiques
(PARC)
[43] Lutte contre l?antibiorésistance : cas
d?école pour l?approche « Une seule
santé », CGDD, Théma essentiel, 2023,
4 p.
[44] Les politiques de lutte contre la pollution
de l?air. Cour des comptes, 2020
[45] Rapport annuel 2021 de l?Autorité
environnementale
[46] Évaluation globale des Plans nationaux
santé environnement (2004-2019). Haut
Conseil de la santé publique, 2022
[47] Bilan environnemental de la France -
Édition 2023, CGDD, Datalab, 2024,
partie 1 sur les dépenses de protection,
p. 10
[48] Pollution de l?air : le coût de l?inaction ?
Rapport du Sénat n° 610 (2014-2015),
tome I, déposé le 8 juillet 2015
[49] Coût social du bruit en France ? Estimation
du coût social du bruit en France et
analyse de mesures d?évitement simultané
du coût social du bruit et de la pollution
de l?air. Ademe, 2021
[50] Contrat de progrès du service public
de l?eau potable et de l?assainissement
de Mayotte 2022-2026
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/etat-des-lieux-des-ventes-et-des-achats-de-produits-phytosanitaires-en-france-en-2022
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/vers-un-suivi-national-des-residus-de-pesticides-dans-lair-exterieur-principaux-resultats-de-la?rubrique=32&dossier=204
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https://plasticseurope.org/knowledge-hub/plastics-the-fast-facts-2023/
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https://plasticseurope.org/knowledge-hub/plastics-the-facts-2022/
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https://plasticseurope.org/knowledge-hub/the-circular-economy-for-plastics-a-european-analysis-2024/
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https://www.oecd-ilibrary.org/environment/global-plastics-outlook_de747aef-en
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https://doi.org/10.1038/s41467-021-27454-7
https://www.riwa-rijn.org/wp-content/uploads/2015/11/master-thesis-NW-Wilco-Urgert-838144036-DEFINITIEF-16-10-2015.pdf
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https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/Ineris-205970-2769488-RAP-C3Peaux%20v1.pdf
https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/Ineris-205970-2769488-RAP-C3Peaux%20v1.pdf
https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/Ineris-205970-2769488-RAP-C3Peaux%20v1.pdf
https://www.ineris.fr/sites/ineris.fr/files/contribution/Documents/Ineris-205970-2769488-RAP-C3Peaux%20v1.pdf
https://environment.ec.europa.eu/strategy/zero-pollution-action-plan_en
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https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.2903/j.efsa.2020.6223
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-pollution-chimique-des-cours-deau-et-des-plans-deau-en-france-de-2000-2020?rubrique=44&dossier=1028186
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https://eden.vjf.inserm.fr/page/34/autres-cohortes
https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/esteban
https://www.anses.fr/fr/content/partenariat-europeen-evaluation-des-risques-substances-chimiques-parc
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lutte-contre-lantibioresistance-cas-decole-pour-lapproche-une-seule-sante?rubrique=43&dossier=213
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https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-politiques-de-lutte-contre-la-pollution-de-lair
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https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/284913.pdf
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https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=1223
https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=1223
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-environnemental-de-la-france-edition-2023-0?rubrique=41&dossier=176
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-environnemental-de-la-france-edition-2023-0?rubrique=41&dossier=176
https://www.senat.fr/rap/r14-610-1/r14-610-1.html
https://presse.ademe.fr/2021/07/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an.html
https://presse.ademe.fr/2021/07/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an.html
https://presse.ademe.fr/2021/07/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an.html
https://presse.ademe.fr/2021/07/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an.html
https://presse.ademe.fr/2021/07/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an.html
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DGALN_Contrat-de-progres-LEMA-Mayotte-PEDOM.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DGALN_Contrat-de-progres-LEMA-Mayotte-PEDOM.pdf
https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/DGALN_Contrat-de-progres-LEMA-Mayotte-PEDOM.pdf
70 RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
Des effets de plus en plus perceptibles
Changement
climatique
71
La décennie 2010-2020 a été mar-
quée par une accélération des
bouleversements dus au changement
climatique. 2023 a été l?année la plus
chaude dans le monde depuis que les
températures sont relevées : + 1,48 °C par
rapport à l?ère préindustrielle. Le réchauf-
fement des mers et océans est également
sensible, les glaciers et glaces aux pôles
fondent, et le niveau des mers s?élève.
Les catastrophes naturelles s?accumulent :
incendies incontrôlables, pluies intenses,
ouragans et cyclones, sécheresses, cani-
cules, chaleurs hivernales, etc. Avec la
hausse des températures, ces événements
climatiques extrêmes pourront s?inten-
sifier et devenir plus fréquents.
Hormis les années de récession éco-
nomique exceptionnelle, les émissions
mondiales de GES n?ont pas cessé d?aug-
menter : + 62 % entre 1990 et 2023. La
concentration de CO2 dans l?atmosphère
est désormais 50 % plus élevée que celle
de l?époque préindustrielle. Ainsi, l?effet
de serre se renforce.
Si les enjeux climatiques sont de plus
en plus présents dans le débat public et
font l?objet d?engagements internationaux,
les actions individuelles et collectives né-
cessitent d?être renforcées pour freiner
le réchauffement climatique et s?adapter
à ses bouleversements. Le niveau actuel
des émissions de GES et l?empreinte car-
bone de la France sont incompatibles avec
l?Accord de Paris (+ 1,5 °C d?ici 2100). Si
la Stratégie nationale bas-carbone vise à
atteindre la neutralité carbone en 2050,
le plan national d?adaptation au chan-
gement climatique anticipe un réchauf-
fement de + 4 °C en France d?ici 2100,
ce qui correspond à un réchauffement
planétaire de + 3 °C.
L
E
S
E
N
JE
U
X
Des
conséquences
du changement
climatique de
plus en plus
perceptibles en
France : hausse
des températures,
sécheresses,
inondations, feux
de forêt, tempêtes,
érosion côtière, etc.
Une
augmentation
de la fréquence
et de l?intensité
des événements
climatiques
extrêmes en
raison de la hausse
mondiale de la
concentration des
émissions de GES
dans l?atmosphère.
La santé
humaine et
l?habitabilité de
nos territoires
de plus en plus
menacées par ces
bouleversements.
Une
responsabilité
de la France
dans le
réchauffement,
notamment via
sa consommation
d?énergies fossiles,
principale cause
du changement
climatique.
Une prise
en compte
des enjeux
climatiques
de plus en
plus forte,
mais les actions
pour réduire les
émissions de GES et
s?adapter doivent
encore s?amplifier.
À RETENIR
RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ72
CHIFFRES CLÉS
+ 21
cm
ZÉRO
+ 1,9 °C
EMPREINTE CARBONE
TEMPÉRATURES
Baisse des émissions territoriales
de gaz à effet de serre
de la France entre 1990 et 2023.
+4°C
Hausse moyenne du niveau des mers
et des océans entre 1990 et 2023.
Neutralité carbone à l?horizon 2050
La masse de gaz à effet de serre émise par les activités
humaines devra être égale à celle absorbée par les
forêts, les terres ou par des solutions technologiques
de capture et séquestration.
Hausse de la température
moyenne 2013-2022 en France
par rapport à la période 1900-1930.
Montant annuel
consacré à la
lutte contre le
changement climatique en France,
par les ménages, les entreprises et les
administrations publiques en 2022.
émises en moyenne
en 2023 par Français
(supérieure de plus de 50 % à la moyenne mondiale).
56 %
Part des émissions importées
dans l?empreinte carbone de la France en 2023.
Niveau de réchauffement en France
métropolitaine à l?horizon 2100
pris en compte par la trajectoire de réchauffement
de référence pour l?adaptation au changement
climatique en France (TRACC) pour élaborer les
politiques nationales d?adaptation.
9,4 TONNES DE CO2 ÉQ
100 Md¤
- 31 %
73RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
QUELS IMPACTS CONCRETS ?
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
Les rapports du Giec constituent le socle de la
connaissance scientifique, internationalement
reconnue, sur l?évolution du climat et ses consé-
quences [1]. Au niveau français, l?état du climat et
ses impacts sur le territoire sont également bien
documentés23.
Des impacts déjà perceptibles
dans de nombreux domaines
De multiples indicateurs attestent du réchauffement :
? La hausse des températures, en France métro-
politaine et dans les départements français d?Amé-
rique, est particulièrement marquée depuis les
années 1980. Sur la période 1959-2009, la tendance
observée est d?environ + 0,3 °C par décennie. En
2022, la température annuelle moyenne sur le pays
a atteint 14,5 °C ce qui en fait l?année la plus chaude
sur la période 1900-2023 devant 2023 (14,4 °C), 2020
(14,1 °C), 2018 (13,9 °C) et 2014 (13,8 °C). Le nombre
de journées estivales (dont la température dépasse
25 °C) a nettement augmenté, tandis que les jours
de gel ont diminué (à Agen, par exemple, on ob-
servait 43 jours de gel dans l?année sur la période
1960-1970 contre 30 sur la période 2010-2020). Les
pluies extrêmes dans le sud-est méditerranéen de
la France sont de plus en plus intenses.
? En montagne, les principaux glaciers métro-
politains suivis ont perdu 31,4 mètres équivalents
eau en 21 ans. Par ailleurs, les manteaux neigeux
diminuent. Au Col de Porte (Chartreuse), la hau-
teur de neige des hivers des périodes 1990-1991
et 2019-2020 est de 38 cm inférieure à celle des
périodes 1960-1961 et 1989-1990.
? Le changement climatique a également des
impacts sur l?eau et la biodiversité, comme en té-
moignent divers indicateurs : avancée des dates
de migration de certains oiseaux, expansion de la
chenille processionnaire du pin, élévation de la tem-
pérature du lac Léman avec un impact important
sur la reproduction des poissons, augmentation des
surfaces touchées par les sécheresses annuelles en
France métropolitaine, etc.
? En matière d?agriculture, les dates des ven-
danges, marqueurs de la réaction de la végétation
au changement climatique, ont lieu 18 jours plus tôt
en moyenne qu?il y a 40 ans. Les cultures du maïs
et du blé s?adaptent également à l?évolution des
conditions environnementales et climatiques avec
une avancée générale de la date de semis.
Des impacts du changement
climatique mesurables
sur la santé
Décès et maladies associés aux phénomènes météo-
rologiques extrêmes (tempêtes, inondations, etc.),
apparition et prolifération d?espèces à l?origine de
maladies infectieuses zoonotiques, survenue ou
exacerbation d?allergies, augmentation possible des
concentrations de polluants dans l?air à impact sur
la santé, perturbation des systèmes alimentaires,
problèmes de santé mentale, etc., les impacts du
changement climatique sur la santé sont déjà nom-
breux, qu?ils soient directs ou indirects.
Le changement climatique désigne les variations
du climat sur le long terme, à l?échelle planétaire, induites
par l?augmentation de la concentration de gaz à effet
de serre dans l?atmosphère. Si l?on parle parfois
de réchauffement climatique, cela n?est vrai que de façon
globale et tendancielle. Localement, les températures,
précipitations et vents évoluent de façon très différente
entre pays ou régions et selon les saisons. C?est donc bien
un bouleversement climatique auquel l?humanité fait face.
23. Espace documentaire du Centre de ressources pour l?adaptation au changement climatique.
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/agir/espace-documentaire
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ74
La première cause est l?intensification des vagues
de chaleur ces dernières années (en ce qui concerne
la récurrence et le niveau des températures). Depuis
1974, 44 % des canicules se sont produites au cours
des dix dernières années : 734 entre 2014 et 2023,
soit deux fois plus que le nombre observé entre 2004
et 2013. Leur durée médiane est de 4 jours, la plus
longue canicule ayant duré 19 jours. Hormis 2003, les
3 autres étés les plus chauds en France depuis 1900
ont été enregistrés entre 2018 et 2022. Les canicules
génèrent une augmentation des recours aux soins,
des hospitalisations et une surmortalité accentuée.
Au cours de la dernière décennie, l?Auvergne- Rhône-
Alpes et l?Île-de-France réunissent plus d?un tiers
de la surmortalité nationale liée aux canicules en
France métropolitaine. Les températures chaudes,
même en deçà des seuils d?alerte canicule, pré-
sentent aussi un impact remarquable : en période
de surveillance estivale (du 1er juin au 15 septembre),
plus de 37 800 décès liés aux fortes chaleurs ont
été estimés entre 2014 et 2023. Ce chiffre est plus
de trois fois supérieur aux 10 541 décès attribuables
à la chaleur observés pendant les périodes de ca-
nicule officielles.
1974-1983 1984-1993 1994-2003 2004-2013 2014-2023
0
100
200
300
400
500
600
700
800
0
20 000
15 000
10 000
5 000
3 jours
[3 : 15]
4 jours
[3 : 19]
4 jours
[3 : 11]
5 jours
[3 : 5]
4 jours
[3 : 16]
Durée médiane
[mini : maxi]
Nombre de canicules départementales (axe de gauche)
Décès en excès pendant les canicules (axe de droite)
Des canicules plus fréquentes en France
Lecture : sur la période 2014-2023, le cumul de canicules par département s?élève à 734.
10 541 décès en excès ont eu lieu pendant ces périodes de canicules qui ont duré entre 3 et 16 jours selon les cas.
Notes : la canicule départementale est une période durant laquelle les moyennes glissantes sur trois jours des températures minimales et
maximales atteignent les seuils d?alerte départementaux. Les canicules correspondent à un niveau de vigilance météorologique orange ou rouge
(instruction canicule). Le pic de décès en excès sur la période 1994-2003 est en relation avec la canicule de 2003 pour laquelle la France n?était
pas préparée. Depuis, Santé publique France a mis en place le système d?alerte canicule et santé.
Source : Santé publique France
Le changement climatique peut aussi favori-
ser et accentuer les réactions allergiques liées aux
pollens, en raison notamment de l?allongement des
saisons polliniques. La hausse des concentrations
de CO2 entraîne, en effet, une photosynthèse plus
importante et donc une production de grains de
pollen accrue. Ces derniers contiennent aussi plus
d?allergènes avec l?augmentation de la température.
L?expansion géographique de certaines espèces
végétales allergisantes intervient également.
Sensible aux événements climatiques à long terme,
le bouleau est un bon indicateur du changement
climatique. Avec un potentiel allergisant très élevé
dans toute l?Europe, il pollinise en mars-avril et libère
de grandes quantités de pollens dans l?air. Depuis la
fin des années 1980, la quantité annuelle de pollens
de bouleau a augmenté de près de 20 % parallèle-
ment à la hausse de la température moyenne pour
6 villes de France métropolitaine présentant des
climats différents.
75POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Tendances régionales d?évolution du niveau moyen de la mer de 1993 à 2023
Source : E.U Copernicus Marine Service Information Global Ocean Mean Sea Level trend map from
Observations Reprocessing | CMEMS (copernicus.eu)
Des événements climatiques
extrêmes de plus en plus
fréquents
La France est exposée à de nombreux risques clima-
tiques : inondations, tempêtes, grêle, sécheresse,
feux, etc. [2]. En 2019, près de 18,5 millions de Fran-
çais résidaient dans un territoire susceptible d?être
confronté à des inondations par débordement de
cours d?eau ou par submersion marine. Environ 10 mil-
lions de maisons individuelles étaient situées dans
des zones d?exposition moyenne ou forte de retrait
gonflement des argiles. Près de 7 000 communes
étaient déclarées à risque « feux de forêt ».
Depuis 1982, année de mise en place du régime de
catastrophe naturelle [3], une quinzaine d?inondations
catastrophiques sont survenues en France, parmi
lesquelles celle consécutive à la tempête Xynthia
en 2010 ou celles qui ont affecté le département
du Pas-de-Calais fin 2023-début 2024. Sur la même
période, une vingtaine de phénomènes atmosphé-
riques extrêmes ont également touché la France, dont
les tempêtes Lothar et Martin, Klaus, Xynthia, Alex,
Ciaran en France métropolitaine et les ouragans/
cyclones Dina, Dean, Irma, Maria dans les DROM.
La France métropolitaine est également confron-
tée à des épisodes de sécheresse importants et
de plus en plus fréquents. Ces événements sont
régulièrement reconnus comme étant à l?origine
de désordres sur certaines constructions localisées
dans les zones d?exposition moyenne ou forte au
retrait gonflement des argiles. Ils induisent également
de fortes tensions sur la ressource en eau potable,
comme en 2022 et 2023. Enfin, ils peuvent favoriser
les feux de forêts et de végétation, comme en 2022,
année durant laquelle plus de 70 000 ha ont brûlé.
Ainsi, chaque année, près de 6 000 communes
font l?objet d?une reconnaissance de l?état de ca-
tastrophe naturelle à la suite d?un événement qui
a affecté leur territoire. Sur la période 1982-2022,
50 Md¤ d?indemnisations ont été versées par les
assurances au titre du régime des catastrophes
naturelles. Depuis 2017, les indemnisations liées
au retrait-gonflement des argiles consécutif à des
sécheresses sont prépondérantes.
En 2022, la charge des sinistres couverts par le
régime des catastrophes naturelles (inondations,
sécheresses, risques géotechniques, tempêtes) a été
supérieure à la moyenne 1982-2023, notamment en
raison des épisodes de sécheresse géotechniques qui
représentent 90 % de la sinistralité (3,5 Md¤, soit la
sinistralité la plus importante jamais connue par le
régime d?indemnisation des catastrophes naturelles
depuis 1982 [4]). Sur la période 1990-2020, près de
30 Md¤ d?indemnisations ont été versées au titre
des garanties Tempête-Grêle-Neige incluses dans
les contrats multirisques habitation.
La montée du niveau des mers
et des océans
Conséquence directe du réchauffement de la pla-
nète, le niveau des mers et des océans augmente.
Depuis 1900, le niveau moyen des océans a augmenté
d?environ 21 cm. Si l?on s?intéresse plus particuliè-
rement à la période 1993-2022, la hausse moyenne
60°S
30°S
0°
30°N
60°N
10,0
En mm/an
0
180° 120°W 180°60°W 0°W 60°E 120°E
7,5
5,0
2,5
0,0
-2,5
-5,0
-7,5
-10,0
https://marine.copernicus.eu/access-data/ocean-monitoring-indicators/global-ocean-mean-sea-level-trend-map-observations
https://marine.copernicus.eu/access-data/ocean-monitoring-indicators/global-ocean-mean-sea-level-trend-map-observations
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ76
des océans est estimée à environ 11 cm, soit 3,3 mm
par an [5]. Entre 30 et 50 % de l?élévation du niveau
des mers et océans observée à ce jour est due à
la dilatation causée par l?augmentation de la tem-
pérature de leurs eaux. Le reste est attribué à la
fonte des glaciers de l?Antarctique, du Groenland,
des glaciers continentaux et des modifications du
cycle hydrologique.
Si la tendance globale est à l?élévation du niveau
moyen des océans, il existe cependant une grande
variabilité géographique de la hausse du niveau
moyen des océans, entre - 10 et 10 mm/an selon les
régions. Cette variabilité s?explique par la hausse
de la température des océans, les grands courants
marins, mais également par les différences de salinité
des masses d?eau.
En France métropolitaine, sur la période 1993-2019,
le niveau de la mer s?élève à un rythme de 3 mm/an
en Méditerranée, de 1,4 à 2,5 mm/an en Atlantique
et de 1,6 à 2,6 mm/an en Manche-Mer du Nord [6].
Dans les territoires d?outre-mer24, l?augmentation du
niveau de la mer est de l?ordre de 3 mm/an au niveau
des Antilles, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie
française. Elle varie de 4 à 5 mm/an à Saint-Pierre-et-
Miquelon, autour de 6 mm/an à La Réunion, entre
3 à 5 mm/an à Mayotte et de 0 et 4 mm/an pour les
Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).
Le littoral de la France est menacé par trois types
de phénomènes naturels : le risque de submersion
marine (1,5 million d?habitants), le risque de tsuna-
mis et le recul du trait de côte. Dans ce contexte, la
question de l?aménagement des littoraux se pose avec
toujours plus d?acuité. Outre les coûts des ouvrages
de protection ou des approches de recomposition
spatiale, l?acceptabilité sociale et le risque de mettre
en oeuvre des mesures de mal-adaptation sont de
réels freins.
Le recul du trait de côte, résultant en partie de la
montée des eaux, concerne près de 25 % des litto-
raux français. Si l?on y ajoute les 1 500 km d?ouvrages
qui se substituent au trait de côte, c?est un tiers du
littoral qui est menacé en France. Les implantations
humaines en zones basses du littoral sont directe-
ment menacées. Ainsi à l?horizon 2100, ce sont près
de 450 000 bâtiments, selon le Centre d?études et
d?expertise sur les risques la mobilité et l?aménage-
ment (Cerema) [7], qui seraient menacés par l?érosion
et l?ennoiement des zones basses littorales sous
Hausse du niveau
des mers : un modèle
d?adaptation
dans la basse vallée
de la Saâne
À Quiberville-sur-Mer en Seine-Maritime,
le camping municipal de bord de mer, menacé par
l?érosion et la montée des eaux, a été relocalisé à
700 m du rivage. Les travaux, conduits entre 2022
et 2023, ont représenté un coût total de 8,6 M¤,
dont 69% financés par des fonds européens et
31% par des fonds régionaux, départementaux
et communaux. La relocalisation du camping a
été la première étape d?un grand projet territorial
de renaturation de la basse vallée de la Saâne
(projet Basse Saâne 2050), qui permettra à terme
de recréer de la biodiversité et de réduire les
risques d?inondation sur le territoire. Au niveau
métropolitain, ce projet est désormais l?un des plus
ambitieux en matière d?adaptation au changement
climatique et de recomposition spatiale d?un
territoire littoral. Il illustre la complexité de tels
projets. En outre-mer, le village de Miquelon engage
une démarche de recomposition sans précédent
impliquant l?avenir de 600 habitants.
l?hypothèse d?une élévation du niveau moyen des
mers de 1 mètre. Près de 50 000 logements seraient
menacés par la seule érosion côtière.
Compte tenu de l?inertie thermique des océans,
une élévation du niveau de la mer de 2 m semble
inévitable à long terme. Selon les travaux de G. Le
Cozannet (BRGM) et G. Durand (CNRC) [8], ce seuil
serait dépassé au plus tôt dans un siècle et au plus
tard dans deux millénaires en fonction du niveau
mondial des émissions à venir et de ses effets sur
les calottes de glace polaires.
En France, des projets d?aménagements (relo-
calisation, ouvrages de protection du littoral, etc.)
sont mis en oeuvre pour permettre aux territoires
exposés de faire face à l?augmentation du niveau des
mers. Ces projets d?aménagements ont vocation à
s?intensifier, notamment dans le cadre du 3e plan
national d?adaptation au changement climatique
en cours de discussion [9].
24. Ces valeurs doivent être prises avec précaution compte tenu des limites de précision des données
cartographiques utilisées: cartographie des tendances régionales du niveau de la mer observées par altimétrie
satellitaire, d?après les données diffusées par la NASA.
https://sealevel.nasa.gov/sea-level-evaluation-tool
77POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
80
100
60
40
20
0
- 20
2000 2020 2040 2060 2080 2100
En 2019, les émissions étaient
12 % plus élévées qu?en 2010
Fourchette des NDC**
en 2030
Les politiques en place correspondent
à des émissions projetées qui conduisent
à un réchauffement de 3,2 °C, avec
une fourchette de 2,2 °C à 3,5 °C
(confiance moyenne)
Politiques en place à la fin 2020
(médiane, avec percentiles
25-75 % and 5-95 %)
Limitent le réchauffement à 2 °C (>67 %)
Limitent le réchauffement à 1,5 °C (>50 %)
avec un dépassement limité ou
sans dépassement
Émissions passées de GES
et incertitude pour 2015 et 2019
(le point indique la médiane)
Fourchette des modèles
pour les émissions 2015
Émissions passées (2000-2015)
Politiques en place
Limitent
le réchauffement
à 1,5 °C
zéro net
Limitent
le réchauffement
à 2 °C
Projections du réchauffement climatique selon l?évolution des émissions de GES*
En gigatonnes CO2 éq/an
* Gaz à effet de serre.
** Contributions déterminées au niveau national. Ambitions de réductions des émissions de GES déterminées par
chaque État en vue de contribuer aux objectifs de l?Accord de Paris.
Source : MTECT, TRAAC, d?après la figure 5 du résumé pour décideurs du Rapport de synthèse du Giec (IPCC, 2023)
Des perspectives inquiétantes
Le climat futur est déterminé par les émissions de gaz à
effet de serre (GES) d?ores et déjà émises dans l?atmos-
phère et celles qui le seront dans les années à venir. La
modélisation du réchauffement climatique est fondée
sur des scénarios de développement économique
des sociétés humaines plus ou moins émettrices en
GES. Ces scénarios conduisent à des augmentations
de températures comprises entre + 1,4 °C et + 4,4 °C
à la fin du siècle par rapport à l?ère préindustrielle.
Respecter le scénario de l?Accord de Paris (+ 1,5 °C
en 2100) impose à l?humanité de ne plus émettre de
CO2 d?ici environ 30 ans et de réduire considérable-
ment les autres GES. Si les politiques climatiques de
chaque État restent à leur niveau actuel, le réchauf-
fement planétaire devrait atteindre environ + 3 °C
à la fin du siècle. Du fait de l?inertie des systèmes,
certains impacts sont, par ailleurs, considérés comme
irréversibles. C?est le cas de la montée du niveau des
mers qui se poursuivra pendant plusieurs siècles et
de la fonte des glaces aux pôles.
Les projections diffusées par le Giec présentent
une augmentation des événements climatiques excep-
tionnels (sécheresses, canicules, fortes précipitations,
cyclones) en matière de fréquence et/ou d?intensité.
Au niveau mondial, un épisode de sécheresse qui se
produisait en moyenne une fois tous les dix ans en
1900 pourrait se produire quatre fois plus souvent
en 2100, avec un réchauffement mondial de + 4 °C,
et un épisode de précipitations exceptionnel sur un
jour deux à trois fois plus souvent [10].
Un réchauffement de + 3 °C à l?échelle mondiale
correspondra pour la France métropolitaine à un
réchauffement d?environ + 4 °C en 2100 par rapport
à l?ère préindustrielle. La hausse des températures
sera plus intense en été, avec une augmentation des
canicules, notamment sur l?arc méditerranéen, le
couloir rhodanien et la vallée de la Garonne. Il est
attendu une augmentation des pluies extrêmes dans
le nord de la France. Les projections pluviométriques
sont plus incertaines pour le sud de la France, sans
pour autant que la limite entre le Nord et le Sud
soit clairement identifiée. Alors que les cours d?eau
connaîtront des niveaux très bas en été, les situations
de pénurie d?eau risquent de se multiplier.
Un réchauffement trop important provoquera
des dommages irréversibles : montée des océans,
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ78
Des risques climatiques qui augmentent avec l?élévation des températures
Notes : phénomènes observés et projetés en moyenne sur le globe selon quatre scénarios de réchauffement
mondial par rapport à l?ère préindustrielle ; le scénario + 1,5 °C au niveau mondial correspond à + 2 °C en
France. Celui à + 3 °C au niveau mondial correspond au scénario + 4 °C en France. Le scénario à + 4 °C au
niveau mondial va bien au-delà du scénario + 4 °C en France.
Source : CGDD, d?après Météo-France et les scénarios du Giec
Température
Journée la plus chaude
par décennie (+ °C).
Sécheresse
Multiplication
des sécheresses
exceptionnelles
décennales
Précipitations
Fréquence des pluies
exceptionnelles sur 10 ans
Cyclones tropicaux
intenses
Enneigement
+ 4°C
- 25 %
(- 31 % --- - 18 %)
+ 5,1 °C
(+ 4,6 --- 5,6 °C)
+ 30 %
x 2,8
(x 2,5 --- 3,2)
x 5,1
(x 2,0 --- 8,2)
+ 2°C
- 9 %
(- 12 % --- - 4 %)
+ 2,6 °C
(+ 2,0 --- 2,8 °C)
+ 13 %
x 1,8
(x 1,7 --- 1,9)
x 3,1
(x 1,5 --- 4,8)
+ 1,5°C
- 5 %
(- 5 % --- - 1 %)
+ 1,9 °C
(+ 1,5 --- 1,9 °C)
+ 10 %
x 1,5
(x 1,5 --- 1,6)
x 2,4
(x 1,4 --- 4,1)
+ 1,1°C
Aujourd?hui
- 1 %
(- 2 % --- 0 %)
+ 1,2 °C
(+ 1,0 --- 1,4 °C)
x 1,3
(x 1,3 --- 1,4)
x 2
(x 1,2 --- 3,1)
perte de biodiversité, etc. Par exemple, à + 2 °C de
réchauffement, les coraux disparaîtront alors qu?ils
abritent 30 % de la biodiversité marine.
En parallèle, au-delà d?un seuil critique, le réchauf-
fement pourrait produire des événements en cascade
aux conséquences catastrophiques : l?effondrement
des calottes glaciaires provoquerait une hausse de
plusieurs mètres du niveau des mers, la perturba-
tion des courants marins océaniques engendrerait
des changements climatiques profonds, le dégel
du permafrost libérerait le méthane séquestré et
augmenterait considérablement l?effet de serre, etc.
Des impacts à l?étranger pourront également avoir
des répercussions nationales. Ainsi, avec un système
économique mondialisé, des pertes de récoltes à
l?étranger, induites par le réchauffement climatique,
auront des effets sur l?agriculture et l?alimentation
des Français. L?habitabilité de certaines zones de
la planète, remise en cause en raison de la hausse
des températures et de l?humidité, l?érosion côtière
et les risques météorologiques, contraindront des
populations à migrer.
79POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Les produits pétroliers (61 %) et le gaz naturel (25 %)
sont principalement à l?origine du CO2 d?origine éner-
gétique émis en France. À l?échelle de la planète, le
charbon est le premier contributeur aux émissions
de CO2 énergétique (44 %), devant le pétrole (33 %)
et le gaz (21 %) ? (valeur 2022). Cette différence
structurelle s?explique par la production d?électricité,
majoritairement issue du charbon dans le monde,
alors que la production d?électricité française est
aux trois quarts d?origine nucléaire.
En 2023, les émissions de GES en France sont
estimées à 373 millions de tonnes CO2 équivalent
(Mt CO2 éq), en baisse de 31 % depuis 1990.
UNE DIMINUTION
DES ÉMISSIONS DE GAZ
À EFFET DE SERRE
Quels sont les secteurs les plus émetteurs de GES en France ?
* Les valeurs 2022 sont utilisées pour 2023.
Source : SDES, d?après Citepa, format Secten, juin 2024
20 %
Agriculture/Sylviculture
17 %
Industrie manufacturière
et construction
9 %
Industrie de l?énergie
+ 3 %
- 18 %
- 54 %
- 37 %
- 55 %
16 %
Usage des bâtiments
et activités résidentielles/tertiaires
4 %
- 7 %Traitement centralisé des déchets*
1990-2023
- 31 %
Tous secteurs hors UTCATF
UTCATF*
(utilisation des terres, changement
d?affectation des terres et foresterie)
Secteur à émissions négatives
(séquestration de carbone)
+ 13 %
Évolution
1990
2023
34 %
Transports
La composition des GES
et leur provenance
Les GES sont composés de :
? dioxyde de carbone - CO2 (76 % des émissions
nationales de GES) issu de la combustion d?énergie
fossile (pétrole, gaz, charbon) et des procédés in-
dustriels, tels que la production de ciment ;
? méthane - CH4 (15 % des émissions) provenant de
l?élevage et du traitement des déchets ;
? protoxyde d?azote - N2O (7 % des émissions) issu
des pratiques culturales ;
? gaz fluorés (3 % des émissions) utilisés notamment
pour la climatisation et la réfrigération.
Le poids de l?agriculture
dans les émissions de GES
L?agriculture émet 20 % des émissions nationales
de GES. Elle est, par ailleurs, le principal contri-
buteur aux émissions nationales de N2O (86 %)
et de CH4 (71 %). Les rejets de N2O sont dus aux
épandages d?engrais (minéraux ou organiques) sur
les sols pour leur fertilisation et aux déjections des
animaux (valeur 2023). Ceux de CH4 proviennent
de l?élevage (59 % des émissions agricoles), prin-
cipalement bovins.
L?industrie a contribué pour
moitié à la baisse des émissions
françaises depuis 1990
L?industrie manufacturière et la construction, no-
tamment les secteurs de la chimie, des minéraux
non métalliques, de la métallurgie, de l?industrie
agroalimentaire, sont responsables de 17 % des émis-
sions nationales. Les émissions de ce secteur ont
diminué de 54 % entre 1990 et 2023, contribuant
pour 45 % à la baisse des émissions françaises sur
cette période. La majeure partie des réductions
d?émissions provient de l?amélioration des procédés
et de gains d?efficacité énergétique. Entre 1990 et
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ80
Source : CGDD, d?après
Ademe (base Empreinte)
4 g CO? éq
0 g CO? éqVélo ou marche
28 g CO? éq
76 g CO? éq
103 g CO? éq
113 g CO? éq
218 g CO? éq
259 g CO? éq
TER
Scooter ou moto légère
Bus thermique
Voiture électrique (1 occupant)
Voiture thermique (1 occupant)
Voiture thermique (covoiturage à 2)
Avion
Métro
À la construction
Grammes d?émissions en
équivalent CO2 par km parcouru
À l?usage
109 g CO? éq
par passager
Quels modes
de transports
émettent
le plus de GES ?
É
C
L
A
IR
A
G
E
Le secteur des transports est le premier contributeur
aux émissions nationales de GES (34% en 2023). Les
voitures particulières représentent environ la moitié des
émissions des transports, les poids lourds environ un
quart et les véhicules utilitaires légers 15%.
En France, les émissions des transports ont augmenté
depuis 1990
C'est le seul secteur dont les émissions sont en hausse
depuis 1990 (+3%). Les émissions de CO2 par km
parcouru ont pourtant diminué (-24% entre 1990 et 2023)
en raison de l?amélioration de l?efficacité énergétique
des moteurs thermiques et de l?émergence des véhicules
hybrides et électriques. Cependant, ces améliorations
technologiques sont contrebalancées par la hausse
de la circulation routière (y compris par habitant),
l?alourdissement des véhicules, le vieillissement du parc
automobile et l?augmentation des motorisations essence,
plus émissives que les diesels pour le CO2.
Le transport de marchandises par poids lourds représente
7% des émissions nationales de GES. Les véhicules
utilitaires légers (VUL), qui transportent des voyageurs ou
des marchandises, sont à l?origine de 5% des émissions
nationales. La suppression totale du transport intérieur
de marchandises réduirait donc, au mieux, les émissions
intérieures de 12%.
Par convention internationale, les émissions de GES
des transports internationaux aériens, maritimes et
fluviaux ne sont pas comptabilisées dans les inventaires
nationaux. Seules sont prises en compte les émissions
des déplacements effectués entre deux ports ou
aéroports localisés en France. En 2023, le transport
aérien intérieur a émis 4,5MtCO2éq, tandis que les
émissions du transport international aérien représentent
16,3MtCO2éq. En tenant compte des transports
internationaux, le transport aérien est responsable de
5,3% des émissions de la France. Cette estimation ne
tient pas compte des émissions associées aux traînées
de condensation des aéronefs.
Des modes de transport plus ou moins
émetteurs de GES
Les émissions de GES des déplacements dépendent
largement du mode de transport utilisé. Les émissions
par kilomètre parcouru des différents modes de
déplacement présentées ci-dessous tiennent compte
des émissions liées à la construction des véhicules
lorsque la donnée est disponible et à la consommation
de carburant ou production d?électricité, quel que soit
le lieu d?émissions des GES.
? La marche ou le vélo : ces modes de transport
n?émettent pas de GES.
? Le train : entre 3 et 30g de CO2éq/km et par passager
selon l?électrification ou non de la ligne.
? Les autocars et les bus : les émissions par kilomètre
et par passager s?élèvent à 29g de CO2éq pour un car
contre 113g pour le bus urbain thermique.
? La voiture : une voiture thermique émet en moyenne
218g de CO2éq/km contre 103g pour une voiture
électrique en incluant la phase de fabrication des
véhicules. Les émissions par personne sont à rapporter
au nombre de passagers.
? L?avion : les émissions par passager en avion varient
fortement selon: la taille et les caractéristiques de
l?aéronef, la qualité du service (classe éco vs classe affaires)
et la durée du vol (les émissions sont plus intensives
en phase de décollage/atterrissage). Un passager dans
un avion émet en moyenne 259gCO2éq/km.
Les transports, un tiers des émissions nationales de GES
81POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Les émissions mondiales de méthane (CH4),
qui représentent 20% des GES, ont augmenté
de 32% entre 1990 et 2022. Elles proviennent
principalement de fuites liées à l?extraction de
combustibles fossiles (31%) et de la fermentation
entérique (c?est-à-dire produite par les intestins)
des animaux d?élevage (29%), bovins en
particulier.
Le «potentiel de réchauffement global» (PRG)
mesure le pouvoir de réchauffement d?une masse
de molécule par rapport à la même masse de
CO2 sur une période donnée. La durée de vie
de chaque GES étant différente, le potentiel de
réchauffement d?un GES dépend
de l?horizon temporel retenu.
Le PRG du CH4 à l?horizon de 100 ans est de 28.
Cela signifie que 1kg de CH4 contribuera 28 fois
plus au réchauffement d?ici 100 ans, que 1kg
de CO2. À l?horizon de 20 ans, le PRG du CH4
est de 81. Avec cette échelle temporelle, le CH4
représente non plus 20% des émissions de GES
mais 42%. Le poids de la fermentation entérique
dans les émissions totales de GES passerait ainsi
de 6 % à 12% à l?horizon de 20 ans, amplifiant
les enjeux climatiques liés à l?alimentation
carnée au niveau mondial.
2023, l?intensité d?émissions de GES de l?industrie
manufacturière et de la construction a ainsi baissé
de 63 %.
Les émissions de GES des bâtiments (16 % des
émissions nationales, dont les deux tiers issus des
logements) proviennent essentiellement des équi-
pements de chauffage et de production d?eau
chaude. Elles décroissent depuis 1990 (- 37 %) grâce
à la rénovation thermique des logements et à la
décarbonation du bouquet énergétique. L?évolu-
tion de ces émissions est sensible aux fluctuations
des prix de l?énergie et aux conditions climatiques
hivernales.
L?industrie de l?énergie comprend la production
d?électricité (41 % des émissions du secteur), la pro-
duction de chaleur et le raffinage des combustibles
fossiles (30 % des émissions). Les émissions de ce
secteur ont fortement diminué depuis 1990 (- 55 %)
du fait de la progression de la production d?électricité
d?origine nucléaire et de l?amélioration technologique
des grandes installations de combustion.
Le traitement des déchets (stockage, incinéra-
tion, compostage, traitement des eaux usées) s?ac-
compagne d?émissions, en particulier de méthane
liées à la décomposition des matières organiques. Il
contribue, quant à lui, à 4 % des émissions nationales.
Les sols et les forêts,
un puits de carbone majeur
Par convention internationale, seules les émissions
de GES d?origine anthropique (c?est-à-dire liées aux
activités humaines) sont estimées. Les émissions
naturelles sont exclues (volcanismes, zones humides
naturelles, animaux sauvages). Les flux de GES vers
l?atmosphère provenant des sols et de la biomasse,
en particulier les forêts, sont considérés comme
anthropiques, car localisés sur des espaces gérés
par l?homme. Ces émissions sont rapportées dans
les inventaires de GES dans le secteur dit de « l?uti-
lisation des terres, changement d?affectation des
terres et foresterie » (UTCATF) et sont distinctes
des émissions associées aux pratiques culturales
rapportées dans le secteur « Agriculture ».
En France, le secteur de l?UTCATF est un puits de
carbone : cela signifie que les absorptions par les
terres et les forêts sont supérieures à leurs émissions.
En 2023, l?UCTATF permet de compenser 6 % des
émissions des autres secteurs. Le carbone stocké
par la croissance des arbres est supérieur aux émis-
sions dues à leur prélèvement, ainsi qu?à celui issu
des usages et changements d?affectation des sols,
notamment l?artificialisation.
En 2023, les absorptions du secteur de l?UTACTF,
diminuées de ses émissions, étaient estimées à
21 Mt CO2 éq. Ce flux absorbé est significativement
moins important que celui observé en moyenne
annuelle sur la période 1995-2015 (40 Mt CO2 éq).
La diminution du puits s?explique par la moindre
capacité des forêts à stocker du carbone, en raison
de la dégradation sanitaire des arbres (sécheresse,
maladies), de la hausse des prélèvements et d?une
baisse de la croissance des peuplements.
De façon générale, le réchauffement climatique
induit une moindre capacité de stockage de GES
dans l?UTACTF et les océans.
Le méthane, un gaz à effet de serre puissant
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ82
L?empreinte carbone
des Français
L?empreinte carbone moyenne d?un Français est estimée
à 9,4 t CO2 éq par personne en 2023. Cet indicateur
permet de mesurer l?impact de la consommation
des habitants d?un pays sur le climat.
F
O
C
U
S
Empreinte carbone :
de quoi parle-t-on ?
L?empreinte carbone d?un pays
représente la quantité de gaz à
effet de serre (GES) induite par
la demande finale (consommation
finale des ménages, des
administrations et des organismes
à but non lucratif, ainsi que les
investissements), que les biens
ou les services soient produits
sur le territoire national ou
importés. En tenant compte du
contenu en GES des importations,
l?empreinte carbone permet
d'apprécier les pressions sur le
climat de la demande intérieure
française quelle que soit l?origine
géographique des produits
consommés. Par construction,
l?empreinte carbone attribue toutes
les émissions au consommateur
final. Pour autant, la responsabilité
des émissions et leur diminution
restent à partager entre les
différents acteurs (consommateurs,
acteurs économiques, puissance
publique).
L?empreinte carbone est égale aux
émissions intérieures augmentées
des émissions étrangères
associées aux importations et
diminué des émissions associées
aux exportations. L?empreinte
carbone d?un bien ou d?un service
a vocation, quant à elle, à inclure
la totalité des GES nécessaires
à la production de ce bien ou
service (extraction de matière,
production des matières premières
ou intermédiaires, procédés
industriels, transports, services,
commercialisation).
L?empreinte carbone est plus
élevée que les émissions
intérieures
En 2023, selon des estimations
provisoires, l?empreinte carbone
de la France est de 644millions de
tonnes équivalent CO2 (Mt CO2 éq)
soit 9,4tCO2 éq par personne.
C?est 60% de plus que les GES
nationaux (403Mt CO2 éq.). En
effet, la France est un importateur
net de GES, c?est-à-dire que
les émissions importées sont
supérieures à celles exportées.
Le poids des déplacements, de l?habitat,
de l?alimentation et des services en 2021
L?alimentation (2,3tCO2éq/pers), l?habitat (2,2tCO2éq/pers) et les déplacements
(2,1tCO2éq/pers) représentent 68 % de l?empreinte carbone des Français.
2tCO2éq sont associés aux services publics et marchands
et 1,1 t CO2 éq au poste équipement.
83POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
En progression entre 1990 et
2008, le niveau de l?empreinte
carbone amorce depuis une
décroissance. Elle est inférieure
de 13% en 2023 à son niveau
de 1990. Compte tenu de
l?augmentation de la population
sur la période, l?empreinte
carbone moyenne par habitant
est quant à elle inférieure de
26% par rapport à 1990. Cette
baisse est toutefois insuffisante
pour respecter l?Accord de Paris:
l?empreinte carbone moyenne
actuelle par individu devrait être
divisée environ d?un facteur 5
d?ici 2050-2070.
L?empreinte carbone par habitant
de la France est inférieure à
celle de l?UE et de la Chine et
deux fois moins élevée que celle
des États-Unis ou de l?Arabie
saoudite. En revanche, elle est
très supérieure à la moyenne
mondiale (+50% environ).
Plus de la moitié des émissions
sont émises à l?étranger
Les émissions associées aux
importations représentent un peu
plus de la moitié de l?empreinte
carbone. Elles ont progressé entre
2000 et 2008 avant de se stabiliser
puis progresser à nouveau depuis
2021.
Les émissions étrangères sont
issues de différentes activités
économiques: extraction et
fabrication des combustibles
fossiles, production d?électricité,
agriculture, métallurgie,
fabrication de minéraux non
métalliques, transports et
industrie chimique. Ces activités
étrangères interviennent dans
la chaîne de production de
biens et services consommés
par les Français (carburants,
produits agroalimentaires, biens
manufacturés, construction,
services de transport, services
marchands et publics). Certains
produits ont près de 90% de
leurs émissions importées.
C?est notamment le cas des
produits de l?industrie textile,
des produits pharmaceutiques,
des produits informatiques et
électroniques, des produits
en caoutchouc et plastique,
des produits métallurgiques,
du matériel de transport,
des machines et équipements,
des produits de la cokéfaction
et du raffinage.
De quoi se compose l?empreinte carbone d?un Français en 2021 ?
9,8 t
par habitant
Autres services
(sports, loisirs?)
24 %
23 %
22 %
12 %
11 %
8 %
Habitat
Déplacements
Alimentation
Équipements
Administration,
santé, éducation?
55 %
de l?empreinte
carbone est associée
aux importationsL?empreinte
2023*
est estimée à
9,4 t / hab
* Les données provisoires 2023 ne permettent pas une décomposition
par poste de consommation.
Note : la méthodologie de calcul des émissions par poste a évolué
en 2024, impliquant une modification de la répartition par poste.
Source : SDES. Calculs SDES-Insee 2024
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ84
Les émissions directes
des ménages et leurs évolutions
En 2023, les émissions directes des ménages repré-
sentent 25 % des émissions nationales. 32 % des
émissions sont dues au logement et 65 % aux dé-
placements. Ces émissions ont diminué de 20 %
depuis 1990. Cette tendance résulte de la baisse
des émissions liées au logement (- 47 %), celles issues
des transports sont restées stables.
Les émissions des logements sont principalement
dues aux équipements de chauffage au gaz ou au
fioul (celles associées aux consommations d?élec-
tricité sont allouées aux industries de l?énergie). La
réduction des émissions des logements résulte de
l?amélioration de l?efficacité énergétique des bâtiments
(réglementation thermique des bâtiments neufs et
rénovation énergétique) et de la décarbonation de
l?énergie utilisée pour le chauffage (en réduisant par
exemple le parc de chaudière au fioul). La baisse
aurait été plus forte si les surfaces à chauffer ne
s?étaient pas accrues, sous l?effet de l?augmentation
de la population et de l?accroissement de la surface
moyenne des logements par personne.
Les émissions des déplacements émis par les mé-
nages proviennent des carburants des équipements
de transport individuels (voitures, deux-roues). Mal-
gré l?amélioration de la performance des véhicules
et la décarbonation des carburants, les émissions
ne reculent pas. Ceci résulte notamment de l?ac-
croissement du trafic, lié à l?augmentation de la
population, mais aussi à celle des distances parcou-
rues par personne. D?autres facteurs concourent au
maintien des émissions, tels que l?augmentation du
Les Français et
le climat : entre signaux
encourageants et
incertitudes
Depuis le début du siècle, le changement climatique
s?est progressivement imposé dans l?opinion
publique comme un enjeu majeur. Entre 2000 et
2023, la part des Français déclarant qu?il s?agit de
leur principale préoccupation environnementale est
passée de 6% à 36%. Depuis une dizaine d?années,
ce sujet est en tête des inquiétudes en matière
d?environnement et devance largement les autres
problèmes depuis cinq ans.
Une prise de conscience globalement partagée
Les diverses études menées sur le sujet s?accordent
à identifier de nombreux signaux encourageants.
En effet, une large majorité de la population estime
désormais que le changement climatique est une
certitude scientifique. Pour deux personnes sur
trois, le lien entre les activités humaines et le
changement climatique ne fait ainsi pas de doute.
Au cours des dix dernières années, la part des
Français déclarant que «personne ne peut dire avec
certitude les vraies raisons des désordres du climat»
a été divisée par deux. Durant cette même période,
les conséquences du changement climatique sont
effectivement devenues beaucoup plus tangibles
pour la population. Dès à présent, 42% des Français
ressentent les effets du changement climatique dans
leur vie quotidienne. Ils redoutent notamment les
vagues de chaleur, les sécheresses et les catastrophes
naturelles, ainsi que les conséquences de ces
événements sur leur bien-être et leur qualité de vie.
Cette meilleure prise de conscience fait écho à
l?accroissement du traitement médiatique sur la
question climatique: 62% des Français se sentent
bien informés sur le sujet. De même, une grande
majorité de la population estime qu?il est de son
devoir personnel d?essayer de lutter contre le
changement climatique. Plus de quatre Français sur
cinq croient par ailleurs que des mesures efficaces
peuvent être mises en oeuvre pour faire face au
changement climatique. Enfin, trois quarts des
Français jugent que l?avis des scientifiques doit être
suivi par les pouvoirs publics, même si l?opinion
publique exprime des réticences.
Quelques zones d?ombre persistent
Ces résultats encourageants ne sauraient toutefois
occulter la persistance de signaux préoccupants
dans l?opinion publique. En effet, des doutes
existent encore: près d?une personne sur trois
considère par exemple que le changement
climatique reste «une hypothèse sur laquelle les
scientifiques ne sont pas tous d'accord», même si
moins de 1% des Français ne pense pas qu?il y ait
de changement climatique et seuls 5% considèrent
que ces bouleversements sont essentiellement
d?origine naturelle. Par ailleurs, plus d?un tiers
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85POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
des Français se sentent encore insuffisamment
informés sur le sujet. Près d?un tiers des enquêtés
se montre pessimiste et pense qu?il n?y a pas grand-
chose à faire face au changement climatique et qu?il
va falloir le subir. Dans le même temps, 28% des
Français pensent que le changement climatique
n?aura pas de conséquences sur leur vie quotidienne
à l?avenir. Enfin, une majeure partie de la population
estime que la solution réside d?abord dans l?action
des pouvoirs publics et des entreprises, et non pas
tant dans l?action des citoyens. Ces fortes attentes
en direction des pouvoirs publics font écho à
l?insatisfaction exprimée par 4 Français sur 5 à
l?égard des mesures prises en matière d?atténuation
des émissions de gaz à effet de serre et d?adaptation
au changement climatique.
Comment se projeter vers l?avenir?
Si la réalité du changement climatique ne
suscite plus vraiment de débat, des incertitudes
perdurent quant aux façons d?agir pour lutter
contre le changement climatique. Tandis que
72% des Français considèrent que la priorité
reste la réduction des émissions de gaz à effet
de serre, 25% jugent qu?il vaut mieux désormais
chercher à s?adapter aux conséquences du
changement climatique. Peu convaincus par le
techno-solutionnisme (c?est-à-dire la confiance
en la technique pour apporter une réponse),
61% des Français ne pensent pas que le progrès
scientifique et technique résoudra les problèmes
climatiques. Par ailleurs, trois personnes sur cinq
jugent probable que les mesures prises pour lutter
contre le changement climatique auront un impact
négatif sur leur pouvoir d?achat. Près d?un tiers de
la population redoute également que cela ait des
impacts négatifs sur nos modes de vie et notre
économie. À l?avenir, 68% des Français estiment
que les conditions de vie vont devenir extrêmement
pénibles à cause des dérèglements climatiques. 28%
pensent à l?inverse qu?il sera possible de s?adapter
sans trop de mal face aux modifications du climat,
et 4% considèrent que ces changements auront
des effets positifs.
Depuis quelques années, la notion d?éco-anxiété
est fréquemment utilisée dans le débat public.
En pratique, 14% des Français (et 24% des moins
de 25ans) se déclarent extrêmement préoccupés
par le changement climatique. Cela ne veut pas
dire qu?ils font preuve de défaitisme, car si 16%
des moins de 25ans se montrent fatalistes face
à la capacité de notre société à faire face à un
changement climatique perçu comme inéluctable,
c?est cependant cinq points de moins que le reste de
la population. D?ailleurs, 20% des moins de 25ans
déclarent avoir déjà manifesté pour le climat, soit
deux fois plus que le reste de la population.
Source : enquêtes menées par Sciences Po et le SDES,
par l?Ademe et par Eurobaromètre
poids moyen des véhicules et la hausse des ventes
de voitures neuves aux motorisations essence au
détriment des motorisations diesel.
La contribution de la France
au changement climatique
En 2022, les émissions de GES de la France, hors
UTCATF, représentent 0,8 % des émissions mondiales
très loin derrière les pays les plus émetteurs comme
la Chine (premier émetteur mondial avec 29 % des
émissions), les États-Unis (11 %) ou l?Inde (7 %). La
contribution annuelle de la France à l?effet de serre est
à mettre en perspective avec le poids démographique
(0,84 %) et économique (2,74 %) de la France dans
le monde. Rapportée à sa population, la masse de
CO2 (hors autres GES) émise sur le territoire français
est similaire à la moyenne des émissions annuelles
mondiales (4,5 t CO2 par personne).
Toutefois, en intégrant les émissions historiques
et/ou les émissions associées aux importations, la
contribution de la France devient supérieure à celle
de la moyenne mondiale.
Entre 1850 et 2022, la France a émis 2,2 % des émissions
mondiales cumulées de CO2 (hors UTCATF), soit un peu
plus que le Canada (2 %) et un peu moins que l?Inde
(3 %), le Japon (4 %) ou le Royaume-Uni (4 %) et très
loin derrière la Chine (15 %) ou les États-Unis (24 %).
En tenant compte des émissions importées, l?em-
preinte carbone des Français représente 1,25 % des
émissions mondiales en 2022. Les émissions de GES
associées à la consommation d?un Français représentent
environ 50 % de l?empreinte carbone moyenne d?un
habitant de la planète.
http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/opinions-des-francais-sur-lenvironnement-en-2023?rubrique=38&dossier=1152477
https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/6706-les-representations-sociales-du-changement-climatique-24eme-vague-du-barometre.html
https://europa.eu/eurobarometer/surveys/detail/2954
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ86
La France mène depuis le début des années 2000
une politique énergétique et climatique pour réduire
ses émissions. Elle s?est notamment fixé l?objectif
d?atteindre la « neutralité carbone » dès 2050, ce
qui suppose une division par au moins six de ses
émissions brutes de GES par rapport à 1990.
Quelle feuille de route pour
atteindre la neutralité carbone ?
La Stratégie française sur l?énergie et le climat est
la feuille de route nationale pour parvenir à l?ob-
jectif de neutralité carbone à l?horizon 2050, tout
en assurant l?adaptation de la société aux impacts
du changement climatique. Elle sera régulièrement
actualisée et s?appuiera sur :
? la 3e édition de la Stratégie nationale
bas-carbone (SNBC3) ;
? la 3e édition du plan national d?adaptation au
changement climatique (PNACC3) ;
? la 3e édition de la programmation pluriannuelle
de l?énergie (PPE3).
En vue de la neutralité carbone, la SNBC définit
pour le territoire français des objectifs de réduction
des émissions de gaz à effet de serre pour les 15 pro-
chaines années : les budgets carbone. Ce sont des
plafonds d?émissions à ne pas dépasser, exprimés
en moyenne annuelle par période de cinq ans en
Mt CO2 éq. Ils sont déclinés par secteurs d?activité
et par gaz à effet de serre.
Au terme de la période 2015-2018, la France a
dépassé le premier budget carbone (442 Mt CO2 éq)
qu?elle s?était assignée (les émissions étaient en
moyenne de 453 Mt CO2 éq/an sur la période).
Les émissions de GES moyennes annuelles de la
période 2019 à 2023, hors UTCATF (400 Mt CO2 éq),
sont quant à elles en deçà du budget carbone an-
nuel moyen indicatif pour la période 2019-2023
(422 Mt CO2 éq).
Les émissions estimées pour 2023 représentent
une baisse de 31 % des émissions par rapport à 1990.
En lien avec l?objectif européen « Fit for 55 » de
réduction des émissions nettes de GES (y compris
UTCATF) d?au moins 55 % d?ici à 2030 par rapport
à leur niveau de 1990, la France s?est fixé un objectif
de réduction de 50% des émissions hors UTCATF
à l?horizon 2030. Pour tenir cet objectif, il faudrait
observer en sept ans une baisse de 4,5 % par an,
soit un rythme inférieur à celui observé en 2023
par rapport à 2022 (- 5,8 %), mais un doublement
du rythme annuel de baisse des émissions constaté
depuis 2010.
Pour atteindre la neutralité carbone à l?horizon
2050, les émissions de GES en 2050 devront être
LA LUTTE CONTRE LE
CHANGEMENT CLIMATIQUE
250
500
450
400
350
300
C
O
V
ID
-1
9
429
389
412
396
373
270
420
2e budget carbone
3e budget carbone
Objectif
provisoire
Objectif
provisoire
357
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
Émissions de GES de la France et objectifs climatiques politiques
En Mt CO2 éq
Notes : émissions de GES hors utilisation des terres, changement d?affectation des terres et foresterie ;
l?objectif provisoire à l?horizon 2030 correspond à un alignement de la France avec le nouvel objectif
européen de réduction d?émissions de - 55 % entre 1990 et 2030, d?après le Conseil national de la transition
écologique du 22 mai 2023.
Source : Citepa, rapport Secten, édition 2024, Émissions de gaz à effet de serre et de polluants
atmosphériques en France
https://www.citepa.org/fr/secten/
https://www.citepa.org/fr/secten/
87POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
compensées par les absorptions de GES par les forêts
et les terres ainsi que le stockage / captage techno-
logique (technique encore expérimentale). La SNBC
prévoit un stockage d?environ 67 Mt CO2 éq en 2050
par le secteur de l?UTACTF, ce qui au vu des données
actuelles semble difficile à atteindre.
En 2022, une démarche de planification éco-
logique a été lancée à l?échelle nationale. Celle-ci
vise à coordonner les acteurs pour relever les défis
de la transition écologique concernant le climat et
également la préservation de la biodiversité et des
ressources et la réduction des pollutions.
Quelques exemples de leviers
de lutte contre le changement
climatique
Des politiques climatiques se déploient dans tous
les secteurs : aides publiques à la rénovation éner-
gétique ou à l?achat de véhicules moins émissifs en
CO2, réglementations thermiques dans les bâtiments,
systèmes d?échanges de quotas dans l?industrie, etc.
Trois exemples de politiques publiques de lutte
contre le changement climatique concernant l?agri-
culture, la nature et les incitations fiscales et régle-
mentaires sont présentés ci-après.
1er exemple : le 4 pour 1 000
La couche superficielle des sols français renferment
3 580 Mt de carbone organique, répartis entre les
forêts (38 %), les prairies permanentes (22 %) et les
grandes cultures (22 %). Cela en fait le second puits
de carbone derrière les océans [11].
Les scientifiques s?accordent sur le fait qu?une aug-
mentation annuelle de 0,4 % de la teneur en carbone
dans les 30 premiers centimètres des sols permettrait
de stopper l?augmentation de la concentration de CO2
dans l?atmosphère. C?est dans ce contexte qu?a émergé
l?initiative « 4 pour 1 000 » sur les sols pour la sécurité
alimentaire et le climat » lors de la COP21 sur le climat
en 2015. Accroître la couverture des sols ou les enrichir
de matières organiques permet d?augmenter leur teneur
en carbone. Ainsi, l?extension des cultures intermédiaires
(c?est-à-dire entre la culture principale et le semis de la
culture suivante) peut augmenter de 35 % le potentiel
total de stockage additionnel des sols, l?agroforesterie
intra-parcellaire (c?est-à-dire l?intégration d?arbres dans
les parcelles) de 19 % et l?insertion et l?allongement du
temps de présence de prairies temporaires de 13 %.
L?efficacité de ces mesures suppose en parallèle une
réduction de l?artificialisation des sols, processus à
l?origine de rejet de carbone dans l?atmosphère.
En 2019, sans changement d?usage des sols et
sans modifier les pratiques agricoles et forestières,
Les plans d?adaptation
au changement climatique
des bassins
Le changement climatique a de fortes
répercussions sur le cycle de l?eau: entre autres,
baisse de la ressource en eau, accroissement
de la sécheresse des sols, augmentation
des dégâts liés aux phénomènes extrêmes
(inondations, sécheresses, etc.). Les travaux
scientifiques récents [12] confirment les
perturbations prévisibles du cycle de l'eau en
France métropolitaine à moyen et long terme.
En France, la gestion de l?eau se fait
principalement à travers les schémas directeurs
d?aménagement et de gestion des eaux (Sdage)
et leurs programmes de mesures, déclinaisons
nationales de la directive-cadre européenne sur
l?eau25. Pour vivre avec moins d?eau disponible et
accroître la résilience des bassins au changement
climatique, les agences de l?eau de France
métropolitaine, par le biais de leur comité de
bassin, ont élaboré des plans d?adaptation au
changement climatique. L?objectif de ces plans est
d?inciter à l?action tous les acteurs du territoire.
Établis en co-construction, ces plans décrivent
le plus précisément possible les effets prévisibles
du changement climatique, pour les anticiper
dans les documents et démarches de planification
et d?aménagement, portant directement ou
indirectement sur l?eau. À partir des objectifs fixés
par bassin, les plans proposent des solutions et
donnent des exemples de réalisation. Ils insistent
en particulier sur la sobriété en eau pour tous les
usages, en cohérence avec le plan eau de 2023, et la
mise en oeuvre de solutions d?adaptation fondées
sur la nature.
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25. La directive-cadre sur l?eau (DCE) du 23 octobre 2000 établit un cadre général pour une politique globale
communautaire dans le domaine de l'eau. L'objectif fixé est d'atteindre le bon état de l'ensemble des cours d?eau,
nappes d?eau souterraine et eaux littorales, du point de vue chimique, biologique et quantitatif.
https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/france-nation-verte
https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/france-nation-verte
https://meandre.explore2.inrae.fr/
https://meandre.explore2.inrae.fr/
https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/preservons-notre-ressource-en-eau/les-53-mesures-du-plan-eau
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ88
l?Institut national pour la recherche agronomique
(Inrae) estime l?évolution des stocks de carbone dans
les sols français à + 2,3 ? par an.
2e exemple : les solutions d?adaptation
fondées sur la nature
Le concept de « Solutions d?adaptation fondées
sur la Nature » (SafN) est relativement récent, même
s?il correspond parfois à des pratiques déjà anciennes,
voire ancestrales. Selon l?UICN, il s?agit de protéger
et de restaurer des écosystèmes naturels, afin de
s?appuyer sur leur fonctionnement pour s?adapter
au changement climatique, tout en présentant des
bénéfices pour la biodiversité. Par exemple, une rivière
qui retrouve ses méandres naturels et des berges
végétales peut déborder de son lit et ainsi absorber
les crues en amont, tout en favorisant les frayères
pour les poissons (lieux propices à leur reproduction).
Le rapport coût/bénéfice à long terme des SafN est
généralement plus intéressant que l?aménagement
d?infrastructures artificielles, qui sont aussi plus faci-
lement sujettes aux « mal-adaptations » (inefficacité
ou aggravation du risque). Les bénéfices économiques
de la restauration de la nature ont ainsi été estimés
huit fois supérieurs à leurs coûts [13].
Par ailleurs, les écosystèmes naturels participent
activement à l?absorption et au stockage du CO2
généré par l?homme. Leur maintien ou leur restau-
ration est donc également bénéfique en matière
d?atténuation du dérèglement climatique.
Tarification effective du carbone par secteur économique
En ¤/t CO2 éq
Lecture : 285 millions de tonnes d?équivalents CO? sont tarifées à un niveau inférieur ou égal à 100 ¤/t CO?, soit 71 % du total des émissions
sur le territoire français. 117 millions de tonnes d?équivalent CO2 ne sont pas tarifées, soit 29 % du total des émissions sur le territoire français.
Note : les niveaux de tarification et les niveaux d?émissions sont ceux de 2023.
Champ : ensemble des émissions de gaz à effet de serre, France entière.
Source : CGDD, modèle Elfe version 3, septembre 2024
L?intégration et la généralisation des SafN dans les
stratégies de lutte contre le dérèglement climatique
représentent donc un enjeu majeur.
3e exemple : la tarification effective du carbone
Les émissions de gaz à effet de serre peuvent être
réduites par différents types de politiques publiques,
qui sont usuellement utilisées de manière combinée.
En France, la fiscalité des énergies et des déchets,
ainsi que les quotas d?émissions européens, créent
une incitation à la réduction de ces émissions, mais
aussi d?autres externalités (pollution de l?air, bruit,
usure des infrastructures, accidents de la route, etc.),
selon les usages concernés. Au sens de l?OCDE, ces
politiques constituent la « tarification effective du
carbone ». Ce concept permet une représentation
du niveau d?incitation à la réduction des émissions
induit par ces politiques. Plus la tarification effective
du carbone est élevée, plus l?incitation à la réduction
des émissions est importante.
En France, en 2023, les émissions de gaz à effet
de serre sont sujettes à une tarification effective du
carbone de 91 ¤/t CO? éq en moyenne, dont 75 ¤/t
CO? éq de taxes d?accise (c?est-à-dire d?impôts in-
directs) sur l?énergie et les déchets et 16 ¤/t CO? éq
de quotas d?émissions européens. Ce niveau moyen
masque cependant une forte hétérogénéité selon
les secteurs et les acteurs [14].
Émissions de gaz à effet de serre (Mt CO2 éq)
0 50 100 150 200 250 300 350 400
50
0
100
150
200
250
300
Agriculture Industrie
Tertiaire Transport
ménages
Transport
entreprises
Énergie
Résidentiel
ménages
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/s-adapter-avec-la-nature/Solutions-adaptaton-fondees-sur-la-Nature
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/s-adapter-avec-la-nature/Solutions-adaptaton-fondees-sur-la-Nature
https://uicn.fr/solutions-fondees-sur-la-nature/
89POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Le financement de l?atténuation
du changement climatique
L?institut de l?économie pour le climat (I4CE), dans
son Panorama des financements climat, évalue le
montant investi en France pour atténuer le change-
ment climatique (hors dépenses d?adaptation). En
2022, ces investissements, provenant des ménages,
des entreprises et des administrations publiques,
sont estimés à 100 Md¤, soit 3,8 % du PIB. Ils portent
sur les infrastructures, équipements et véhicules de
transport bas-carbone (33,9 Md¤), la performance
énergétique dans les bâtiments neufs (23,7 Md¤),
la rénovation énergétique des bâtiments (22,1 Md¤)
et la production d?énergie décarbonée (20,1 Md¤).
Cependant, les besoins d?investissements cli-
mat estimés sur la base de la stratégie nationale
bas-carbone et de la programmation pluriannuelle
de l?énergie, s?élèvent à environ 160 Md¤ en moyenne
pour chacune des années de la période 2024-2030.
Faire sa part : les acteurs
d?une société bas-carbone
Le dérèglement climatique et ses conséquences
se sont affirmés ces dernières années comme une
préoccupation sociétale majeure et croissante. Les
engagements internationaux, tout comme les po-
litiques nationales qui en découlent, se font plus
ambitieux, en réponse notamment aux rapports
d?évaluation réguliers du Giec et au fil des COP suc-
cessives. Cependant, la mise en oeuvre concrète des
transformations nécessaires et des actions de réduc-
tion des GES est parfois entravée par la recherche
du niveau d?action le plus efficient, s?appuyant sur
la recherche des « responsabilités » de chaque en-
tité dans les émissions. Il est ainsi fréquent de voir
alternativement pointés les consommateurs, les
entreprises, les collectivités ou encore l?État en tant
que principaux responsables de l?(in)action climatique.
Or, s?il est avéré que l?impact de l?action indivi-
duelle n?est pas du tout négligeable, il est estimé que
l?engagement des individus et des ménages vers une
décarbonation des modes de vie serait insuffisant à
lui seul pour atteindre les objectifs de réduction na-
tionaux. En effet, selon une étude de Carbone 4 [15],
une part importante (de l?ordre des trois quarts) de la
baisse nécessaire de l?empreinte carbone individuelle
des Français dépend du système sociotechnique du
ressort de l?État et des entreprises. La réduction des
émissions liées à la mobilité et au logement renvoie ainsi
à des actions aux échelles aussi bien individuelles que
collectives (offre de transports en commun, aména-
gement du territoire, aides à la rénovation thermique,
etc.). Si chaque geste compte, la nécessaire action à
l?échelle individuelle doit pouvoir s?articuler avec des
évolutions collectives plus profondes et indispensables
vers une société bas-carbone.
Préparer le monde professionnel
aux enjeux environnementaux
par la formation
Sans la prise en compte des enjeux environnementaux
dans l?ensemble du système de formation, la mise en
oeuvre de la transition écologique est vaine. Décarboner
l?industrie en adoptant des alternatives de production
plus écologiques suppose d?intégrer des connaissances
et des compétences favorables à l?environnement dans
l?ensemble des métiers. Ceci concernera aussi bien les
postes d?encadrement et d?exécution, que les métiers
« leviers », en lien avec l?amont (achats responsables)
et l?aval (recyclage). La montée en compétences passe
notamment par la formation professionnelle continue
des personnes déjà en emploi, mais également par la
formation initiale. Plus de 200 diplômes, en formation
initiale, sont actuellement proposés dans le domaine
de l?environnement.
Atténuation
ou adaptation ?
L?atténuation est définie par le Giec comme
«l?intervention humaine pour réduire les
sources ou augmenter les puits de gaz à effet
de serre »; elle correspond donc aux actions
sur les causes du changement climatique.
L?adaptation est «une démarche
d?ajustement au climat actuel ou attendu,
ainsi qu?à ses conséquences »; elle vise donc à
gérer les effets du changement climatique et
ses impacts.
Ces deux approches peuvent être en synergie,
lorsque l?adaptation accélère les politiques
d?atténuation (par ex. stockage de carbone
dans les haies replantées) et lorsque les
efforts d?atténuation conditionnent les
capacités d?adaptation (il est plus facile de
s?adapter à un climat qui se dérègle moins).
Elles peuvent parfois avoir des effets
antagonistes (par exemple l?adaptation
aux fortes chaleurs par la climatisation
augmente la chaleur extérieure et les
consommations d?énergie), on parle alors de
«maladaptation». Il est donc primordial
de construire une stratégie systémique
cohérente articulant ces deux approches, en
anticipant leurs interactions.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ90
Le défi de
l?adaptation
INTERVIEW GONÉRI LE COZANNET,
chercheur au BRGM, co-auteur du volet II
du 6e rapport du Giec, membre du Haut
Conseil pour le Climat
Qu?est-ce que l?adaptation au changement
climatique?
G. LC- Les mesures d?adaptation consistent
à réduire les risques induits par le changement
climatique. Cette adaptation peut être réactive,
répondant à un événement qui s?est produit,
ou pro-active en anticipant les risques à venir.
L?adaptation doit concerner les systèmes humains,
mais également les systèmes naturels. L?adaptation
de la nature peut être facilitée par l?homme, en
instaurant par exemple des zones protégées.
Il faut s?adapter au changement climatique, car ses
conséquences sont déjà tangibles. Ces événements
vont s?intensifier avec le réchauffement et d?autres
risques vont survenir. La mise en oeuvre de
l?adaptation peut être très longue, par exemple pour
relocaliser des implantations humaines menacées
par le recul du trait de côte. Il faut donc anticiper
dès à présent ces phénomènes et les mesures pour
s?en prémunir.
Dans quels secteurs prioritairement doit se faire
l?adaptation aux changements climatiques, et
comment?
G. LC- Tous les secteurs sont concernés
et interconnectés, mais certains semblent plus
cruciaux en raison des enjeux stratégiques
fondamentaux qui leur sont associés. Les
principaux risques identifiés en Europe sont: les
vagues de chaleur qui affectent directement la santé
humaine, les pertes de rendements agricoles qui
présentent des risques pour la sécurité alimentaire,
les pénuries d?eau qui auront des conséquences
pour tous les secteurs économiques et les
inondations côtières et continentales qui menacent
la vie et les installations humaines. Le Giec observe
que la plupart des démarches d?adaptation mises
en oeuvre dans le monde sont incrémentales, c?est-
à-dire orientées sur les conditions de maintien
d?activités ou d?infrastructure spécifiques ou
préexistantes. Or, il est indispensable de mettre en
oeuvre des adaptations transformationnelles, c?est-
à-dire beaucoup plus systémiques en impliquant les
acteurs économiques, les responsables politiques
et les citoyens. En agriculture par exemple,
l?adaptation incrémentale ajustera les dates de
semis, alors que l?adaptation transformationnelle
s?intéressera aux intrants, au choix des cultures, à
l?alimentation et aux pratiques agroécologiques.
Faut-il faire un choix entre atténuation et
adaptation?
G. LC- Les possibilités d?adaptation sont
conditionnées à une atténuation rapide des
émissions de GES. Plus le climat se réchauffe et
moins il sera possible de s?adapter. Il faut donc agir
rapidement sur ces deux leviers.
Il n?est pas forcément pertinent de découpler
les politiques d?atténuation, d?adaptation
et de préservation de la biodiversité. Les
actions à l?échelle locale répondent souvent
concomitamment à ces trois enjeux. Cela peut
être le cas dans l?urbanisme, par exemple dans les
politiques de promotion et d?accompagnement des
déplacements cyclables, qui permettent d?améliorer
la santé et de réduire les émissions de CO2. Il est
utile d?analyser les co-bénéfices des actions de
lutte contre le changement climatique. Ils sont
généralement nombreux, y compris sur le plan
économique. Les rapports du Giec présentent
les bénéfices pour l?atteinte des objectifs de
développement durable (ODD) des différentes
mesures de lutte contre le changement climatique.
Comment s?adapter?
G. LC - L?adaptation nécessite de définir
des priorités, de faire des choix, portées par
les responsables politiques. Tous les échelons
territoriaux et les acteurs économiques sont
concernés. S?appuyer sur les connaissances
scientifiques, notamment pour identifier les
risques et la vulnérabilité ou évaluer les options
d?adaptation, permet d?éviter des écueils. Les
moyens financiers et humains sont indispensables
pour répondre à ces enjeux.
Le Giec montre que les modes de gouvernance
les plus efficaces sont inclusifs et impliquent
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91POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
la participation directe des parties prenantes.
Le changement climatique est injuste. Il touche en
priorité les populations les plus vulnérables.
La concertation est propice à l?émergence de
solutions équitables et acceptées. Enfin, le Giec
montre qu?agir sur la demande peut limiter les
conflits liés à l?accès aux ressources.
La France a-t-elle commencé à s?adapter?
G. LC- Oui. On observe des avancées et
des progrès. À l?échelle nationale, on peut citer
l?établissement des plans nationaux d?adaptation
au changement climatique ou le déploiement
d?actions dans les métropoles et les villes. On
constate toutefois un déficit de mise en oeuvre de
l?adaptation, ainsi qu?une adaptation trop lente face
à la rapidité du changement climatique. Certaines
mesures peuvent être satisfaisantes à court terme
et localement mais se révèlent inappropriées
sur le long terme. On parle alors de réponses
«maladaptatives». Malgré l?instauration de
dispositifs d?adaptation, les impacts du changement
climatique sont de plus en plus évidents.
Existe-t-il des limites à l?adaptation?
G. LC - Pour anticiper le futur, la France
propose de retenir une trajectoire de réchauffement
de +4°C à l?horizon 2100, ce qui correspond à un
réchauffement de +3°C à l?échelle de la planète.
C?est très bien, car cela donne une consigne aux
acteurs publics et économiques. Tous les territoires
sont concernés.
Toutefois, à +4°C, l?adaptation ne sera pas
possible pour tous les secteurs. Les stations de ski
sont par exemple très vulnérables. On identifie
des limites à l?adaptation dites «douce» liée au
contexte social ou économique. L?adaptation
de l?agriculture est, quant à elle, limitée par le
contexte socio-économique des agriculteurs.
Les limites dites «dures» sont celles liées à des
contraintes physiques. Si la sécheresse est trop
intense ou trop longue, l?agriculture ne peut plus
s?adapter; l?adaptation aux inondations en ville
peut être contrainte par la capacité des réseaux à
évacuer les eaux; au-delà d?un réchauffement de
+2°C, on estime que 99% des coraux tropicaux
mourront. Cette limite dure est particulièrement
inquiétante, car les coraux abritent plus de 30% de
la biodiversité marine.
Des risques moins prévisibles doivent aussi être
anticipés: en raison de la globalisation du monde,
les risques climatiques peuvent se propager entre
régions; des conflits, notamment sociaux liés
à l?accès aux ressources en eau émergent; des
maladies vectorielles nouvelles peuvent déstabiliser
les systèmes de santé, etc. Un monde à +3°C (4°C
en France métropolitaine) est un monde dangereux.
Un dernier argument pour encourager
l?adaptation?
G. LC- L?immense majorité des mesures
d?adaptation (et d?atténuation) présentées dans le
rapport du Giec sont bénéfiques pour la santé.
Quand la France s?adapte :
vivre à + 4 °C
La France s?est dotée d?une trajectoire
de réchauffement de référence pour
l?adaptation au changement climatique [16],
qui doit servir de référence à toutes
les actions d?adaptation, en tenant compte
de l?évolution future du climat. Dans
le scénario retenu, le réchauffement mondial
se poursuit et se stabilise à +3°C en 2100
par rapport à l?ère préindustrielle, soit
environ +4°C en moyenne sur la France
métropolitaine. Ce scénario prend en compte
les politiques mondiales d?atténuation en place
et les engagements supplémentaires des États
tels qu?exprimés dans leurs contributions
nationales demandées par l?Accord de Paris.
Cette démarche doit permettre de:
? mettre à jour les normes et réglementations
sectorielles qui doivent prendre en compte
les effets du changement climatique;
? accompagner l?adaptation des collectivités
territoriales;
? accompagner l?adaptation sectorielle
de l?activité économique.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ92
Pourquoi manger moins
de viande ?
Notre alimentation contribue pour 21 % à l?empreinte
carbone de la consommation totale des Français [17] :
rejet de méthane (CH4) issu de la digestion des rumi-
nants, de protoxyde d?azote provenant des engrais
utilisés pour les cultures agricoles, de dioxyde de
carbone issu de la consommation d?énergie par les
industries agroalimentaires, les services de restaura-
tion, le transport, le matériel agricole. La nature de
l?aliment consommé constitue une part importante
des émissions, comparativement à son transport et
son conditionnement. Contrairement aux végétaux,
la viande a un contenu en GES très élevé. L?élevage
représente 59 % des émissions françaises de GES de
l?agriculture, et 10 % des émissions totales de GES
d?origine humaine en France [18].
La production de 100 grammes de protéines
de viande bovine émet en moyenne 50 kg de GES
(en équivalent CO2) dans l?atmosphère, tandis que
celle de la même quantité de protéines de céréales
n?en rejette que 3 kg. L?impact sur le climat de l?ali-
mentation carnée est variable selon les types de
productions animales : la préparation d?un plat à
base de boeuf émet 7 fois plus de GES que celle
d?un plat à base de volaille. De plus, la production
de viande est très gourmande en eau (une vache
consomme 50 à 100 litres d?eau par jour), et en sur-
face terrestre (production de céréale et fourrage,
et infrastructure pour le bétail). Le méthane est
principalement émis lors de l?épandage des engrais,
par la décomposition du fumier, et les flatulences
des bovins, ovins et caprins : les émissions générées
par le bétail représentent 32 % des émissions de
méthane d?origine humaine [19].
Vers une transition des modes
de consommation et de
production ?
La consommation individuelle de viande en France
a augmenté depuis l?après-guerre. Le pic a été at-
teint en 1998 avec 93,6 kilogrammes équivalents
carcasse de viandes consommées par habitant (kgec/
hab) [20] contre 75,8 kgec/hab en 1970. Après avoir
baissé lentement jusqu?en 2013, cette consomma-
tion tend à augmenter de nouveau, + 3 % entre
2013 et 2022 [21]. Pourtant, un changement dans les
esprits est en cours, avec une hausse des Français
qui se disent « flexitariens ». Ce contraste entre
ce qui est déclaré et ce qui est mesuré viendrait
notamment de la « consommation cachée » de
viande, dont une part importante se trouve dans les
produits transformés, les plats préparés ou encore
dans la consommation hors domicile. Un report de
Manger moins de protéines
animales : une transition
alimentaire bénéfique
pour le climat
En France, les protéines animales26 sont historiquement
très présentes dans le régime des Français. Pourtant,
la viande bovine est un aliment dont le contenu en
GES est très élevé. La réduction de sa consommation
représente donc un levier d?action efficace pour limiter
le dérèglement climatique.
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26. Le terme « protéine animale » comprend la viande (dont le poisson),
le lait et produits dérivés, et les oeufs.
93POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Quelle empreinte pour produire 100 g
de protéines sur le climat, la ressource en eau
et la consommation d?espace ?
Lecture : pour produire 100 g de protéines de viande de boeuf, on émet
50 kg de CO2 équivalent, on utilise 750 litres d?eau et cela représente
22 m2 de surface.
Source : CGDD, d?après Poore J. & Nemecek (2018)
la consommation de viande bovine vers celle de
volaille est également constaté. Avec 85 kgec/hab
consommée en 2022, la viande reste très présente
dans l?alimentation française.
Les profils des personnes qui changent leur ali-
mentation sont variés. Ainsi, le végétarisme est pré-
coce (25-29 ans) chez les employés et chômeurs et
adopté plus tard parmi les catégories supérieures
(40 ans) [22]. Le changement de régime alimentaire
est motivé par des raisons environnementales, mais
aussi sanitaires, ou par conviction pour le bien-être
animal. Le prix trop élevé de la viande limite aussi
la consommation des classes défavorisées.
La réponse aux enjeux environnementaux, éco-
nomiques et de santé de l?alimentation implique
un accompagnement politique de tous les acteurs.
Elle induit notamment une évolution de la produc-
tion vers un modèle moins intensif, plus diversifié
et local. La réorientation de terres cultivées vers
l?alimentation humaine, ainsi que des élevages da-
vantage nourris à l?herbe et par des sous-produits de
filières végétales (tourteaux de lin, de tournesol, de
colza, etc.) favoriseront le maintien d?écosystèmes
caractéristiques tels que les prairies permanentes
riches en biodiversité, qui filtrent l?eau et stockent
du carbone.
Le territoire, moteur
des transitions vers plus
de protéines végétales
L?offre alimentaire en France peine encore à offrir
des alternatives végétales. Sur 150 supermarchés
étudiés en France, 92 % des références contiennent
de la viande ou du poisson [23]. Les trois quarts des
végétariens, pescétariens et végétaliens déclarent
ainsi rencontrer des difficultés pour suivre leur ré-
gime alimentaire, que ce soit en raison de l?accès
à l?offre dans les magasins ou restaurants, ou des
critiques de l?entourage [24]. La viande est considérée
comme un aliment central dans nos assiettes, alors
que les végétaux sont un aliment périphérique, un
accompagnement. Manger moins de viande implique
donc de modifier cette représentation sociale as-
sociée aux protéines, très ancrée en France. Plus
prosaïquement, un manque de connaissance des
recettes végétariennes peut représenter un véritable
obstacle à manger moins de viande.
Première impulsion notable, le programme na-
tional pour l?alimentation 2019-2023, issu des lois
dites « EGAlim » et « Climat et résilience »27, prévoit
la promotion des protéines végétales en restaura-
tion collective. Il encourage également les acteurs
à développer des filières de protéines végétales en
27. La loi du 30 octobre 2018 portant sur l?agriculture et l?alimentation,
dite loi «EGAlim», complétée par la loi du 22 août 2021 portant
sur le climat, dite loi «Climat et résilience», prévoit un ensemble de mesures
concernant la restauration collective publique et privée.
Boeuf
Volaille
Poisson
d?élevage
Autres céréales
Maïs
Autres
légumineuses
Riz
Porc
Empreinte
carbone
Pour 100 g
de protéines
de...
50 kg de CO?
équivalent
Empreinte
eau
2
3
7
5
6
4
7
4
11
Empreinte
terre
22 m2
Soja
750 litres
100
250
200
700
500
1 600
400
3 200
1 100
1
2
2
3
4
6
6
6
8
Oeufs
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vue de l?autonomie protéique (notion qui renvoie à
la capacité des exploitations à couvrir les besoins en
protéines de leurs troupeaux). Cela se traduit notam-
ment par l?introduction d?une option végétarienne
quotidienne obligatoire dans la restauration collective
publique et par un menu végétarien au moins une
fois par semaine dans la restauration collective sco-
laire. Ces objectifs rejoignent ceux du plan protéines
végétales et les recommandations nutritionnelles du
plan national nutrition santé 2019-2023 : réduire la
consommation de viande à maximum 500 g et 150 g
de charcuterie par semaine, augmenter les légumes
secs (au moins deux fois par semaine) et les fruits
et légumes (au moins cinq par jour).
Des actions dans les territoires ont ainsi vu le jour
ces dernières années pour soutenir les changements
de pratiques à la fois alimentaires et agricoles, en
particulier dans le cadre des projets alimentaires
territoriaux [25]. Ceux-ci visent à fédérer autour d?une
alimentation saine et durable les acteurs des différents
échelons (production, transformation, distribution,
restauration, consommation) : aide à la création
de filière locale de valorisation des légumineuses,
formations des professionnels de la restauration
pour savoir cuisiner les protéines végétales et com-
poser des menus végétariens, éducation des jeunes
à l?alimentation durable, etc.
Signe que les habitudes alimentaires évoluent pro-
gressivement : de plus en plus de restaurants vé-
gétariens et végétaliens voient le jour, pour faire
découvrir la diversité et l?intérêt gustatif de cette
cuisine faite de protéines végétales.
Pour une alimentation
plus végétale : les PAT
s?engagent
Dans le cadre de son projet alimentaire
territorial (PAT) Plaine aux Plateaux, le
territoire francilien regroupant la plaine
de Versailles et le plateau de Saclay a
encouragé la mise en place d?une filière
de production de légumineuses. La
démarche était destinée dans un premier
temps à des collèges des Yvelines, en
lien avec les obligations relatives aux
menus végétariens et accompagnée
d?actions d?éducation à l?alimentation.
Elle a parallèlement été l?occasion de
valoriser la production locale et
la consommation de légumineuses.
Même dynamique dans le Sud-
Est toulousain, qui a misé sur
la structuration d?une filière de
valorisation locale des légumineuses et
de céréales spéciales. Celle-ci permet
aux agriculteurs de
diversifier leur production
et d?approvisionner leur
territoire en nouvelles
productions locales: pain
complet biologique, pâtes,
farines complètes, légumineuses.
Pour d?autres communes, comme
Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) ou
Manduel (Gard), la réduction de la part
de la viande en restauration scolaire,
avec l?introduction chaque semaine
d?un ou plusieurs repas végétariens
au coût moindre, a contribué au
dégagement d?une marge budgétaire
pour proposer des repas totalement
issus de l?agriculture biologique. En
parallèle, des actions de sensibilisation
et d?éducation sont menées auprès
de divers publics avec la mise en
place d?animations. L?objectif: les
accompagner et faciliter une évolution
de leurs pratiques alimentaires, sans
impact sur leur budget.
95POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[1] AR6 Synthesis Report: Climate
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[2] Chiffres clés des risques naturels -
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[3] Les catastrophes naturelles en France
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[5] E.U. Copernicus Marine Service
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À quelle échéance, l?élévation
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[9] Financement des conséquences du
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[10] Changement climatique 2021,
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[14] La tarification effective des gaz
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[15] Faire sa part ?, Carbone4, 2019
[16] La trajectoire de réchauffement
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[17] Chiffres clés du climat - France,
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[18] Accélérer la transition climatique
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[19] Global Methane Assessment. Climate
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[21] Les marchés des produits laitiers,
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https://reseauactionclimat.org/alimentation-et-climat-la-mauvaise-note-des-supermarches/
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https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Etablissement/2021/VEGETARIENS-ET-FLEXITARIENS-EN-FRANCE-EN-2020
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POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ96
Une nature sous pression
Déclin de
la biodiversité
97
La biodiversité, ou diversité du
vivant, rend compte de la va-
riabilité des organismes vivants à trois
niveaux : diversité génétique au sein
des espèces, diversité entre espèces et
diversité des écosystèmes. Chacun de
ces niveaux contribue à l?équilibre et à
la résilience des habitats naturels, mais
reste profondément vulnérable face aux
perturbations.
Depuis l?apparition de la vie sur Terre
il y a 3,8 milliards d?années, notre planète
a subi cinq grandes extinctions, avec
des conséquences dramatiques sur la
biomasse et la diversité des espèces. Les
bouleversements induits par les activités
humaines ces derniers siècles conduisent
à la sixième extinction massive.
La France héberge une richesse écolo-
gique exceptionnelle, ce qui lui confère
une responsabilité internationale dans
la préservation de la biodiversité. Elle
abrite 10 % des récifs coralliens mon-
diaux et 20 % des atolls et est présente
dans 5 des 36 points chauds mondiaux
de la biodiversité.
En cohérence avec ses engagements
internationaux en matière de préser-
vation du vivant, la France a adopté
fin 2023 la 3e stratégie nationale de la
biodiversité afin de réduire les pressions
sur la biodiversité et de protéger et
restaurer ses écosystèmes. Aujourd?hui,
malgré quelques signaux positifs, la
perte de biodiversité en France se
poursuit.
L
E
S
E
N
JE
U
X
Une
connaissance
des espèces
et des habitats
en constante
amélioration,
pour mieux agir.
Une poursuite
de l?érosion de
la biodiversité
en France, malgré
des initiatives
de protection à
l?échelle nationale
et internationale
et des réussites
ponctuelles.
Une absence
de diminution
significative des
cinq grandes
pressions
responsables
de la perte de
biodiversité, avec
une intensification
pour certaines.
Une couverture
du tiers
du territoire
français par au
moins un dispositif
de protection des
espaces naturels.
Des enjeux
liés à la
biodiversité
de mieux en mieux
pris en compte à
tous les niveaux,
du politique au
citoyen.
À RETENIR
RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ98
CHIFFRES CLÉS
70 %
FAUNE ET FLORE
PLUS DE
des espèces introduites
volontairement ou non par l?homme
dans de nouveaux habitats se trouvent dans
les territoires d?outre-mer.
des espèces décrites dans
le monde sont présentes
en France, soit 104 172 espèces
sur le territoire métropolitain
et 96 629 en outre-mer.
mobilisés en faveur de la biodiversité
en 2021, notamment pour la restauration des
milieux naturels, la réintroduction
d?espèces menacées ou la gestion d?espaces
protégés, soit 0,13 % du PIB.
des espèces cultivées pour
l?alimentation humaine en France
dépendent d?une pollinisation animale,
et en particulier des insectes.
espèces protégées
sont présentes sur le territoire
français.
7 269
68 %
10 %
3,3 Md¤
11 %
des espèces présentes
en France sont endémiques,
soit 22 775 espèces (dont 83 %
en outre-mer).
4,2 %
du territoire national,
terrestre et marin,
est couvert par un dispositif
de protection forte en 2024,
contre 1,8 % en 2021.
¤
20 %
des écosystèmes remarquables
sont dans un état de conservation
favorable en 2019.
99RESSOURCES POLLUTION CLIMAT BIODIVERSITÉ
DES SIGNAUX INQUIÉTANTS
L?
É
T
A
T
D
E
S
L
IE
U
X
L?état et l?évolution de la biodiversité ont toujours
été étroitement liés aux changements que la Terre a
subis depuis l?apparition de la vie. Depuis plusieurs
décennies, les activités humaines sont à l?origine
de changements environnementaux majeurs qui
conduisent au déclin de la biodiversité.
État de la biodiversité :
des outils d?inventaire mais
une connaissance à affiner
La mise en place de stratégies de gestion et de conser-
vation de la biodiversité, au niveau national et local,
suppose de disposer d?une bonne connaissance des
espèces. L?étude de leur répartition, la définition de
leurs habitats, de leur écologie et le suivi de leur abon-
dance permettent d?évaluer le caractère patrimonial
des espèces sur un territoire et d?en déterminer le
niveau de menace. Cette connaissance est le fruit
d?un long travail de prospection sur le terrain, de col-
lecte d?échantillons, d?identification et de remontée
d?informations. Les programmes de recherche scienti-
fique, de sciences participatives (Vigie-Nature, OPEN,
etc.) ou encore les inventaires d?espèces permettent
d?acquérir cette connaissance indispensable.
14,5 millions d?observations sont acquises et par-
tagées chaque année dans l?inventaire national du
patrimoine naturel (INPN) ? (moyenne 2021-2023) [1]
qui compte désormais plus de 103,6 millions d?ob-
servations. Les données collectées dans ce système
d?information biodiversité sont en constante pro-
gression (+ 26 % entre 2023 et 2024) [2]. Elles sont
désormais localisées et datées de façon plus précise,
ce qui enrichit les études sur le cycle de vie (phéno-
logie) des espèces et aide à identifier les impacts du
changement climatique. Cependant, la moitié des
espèces dont les données sont diffusées dans l?INPN,
Le concept de biodiversité désigne l?ensemble des êtres vivants
ainsi que les écosystèmes dans lesquels ils vivent. Il comprend
aussi les relations et les interactions entre les divers organismes
vivants, ainsi qu?entre les organismes et leurs écosystèmes
respectifs. L?ensemble forme un équilibre complexe et fragile.
Il est notamment mis à mal par les activités humaines.
Les services rendus par les écosystèmes, dont bénéficie
l?Homme, s?en trouvent affectés.
0
120 000
100 000
80 000
60 000
40 000
20 000
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2022 2023
17 633
24 %
23 516
31 %
26 609
31 %
33 716
39 %
40 289
45 %
41 736
47 %
40 974
41 %
44 592
44 %
49 895
49 %
56 367
52 %
59 591
54 %
Espèces n?ayant pas de donnée
diffusée dans l?INPN*
Espèces faisant l?objet d?au moins une donnée
diffusée dans l?INPN
63 053
57 %
2024
Évolution du nombre d?espèces inventoriées en France métropolitaine
En nombre d?espèces
* Inventaire national du patrimoine naturel.
Note : ce graphique représente la proportion d?espèces de France métropolitaine et de Corse listées
dans TAXREF et faisant l?objet d?au moins une donnée d?occurrence dans l?INPN (janvier 2024).
Source : INPN/SINP, PatriNat (OFB-MNHN)
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ100
souffrent encore d?un manque d?information pour
évaluer leur état et leur dynamique. Ainsi, en 2023,
le risque de disparition des espèces menacées n?a
pu être évalué que pour 18 % d?entre elles.
En France métropolitaine, 58 % des groupes d?es-
pèces ont encore aujourd?hui une répartition mal
connue qui empêche de définir de façon précise
leur secteur géographique. Par ailleurs, pour de nom-
breux invertébrés, champignons et espèces marines,
la connaissance actuelle est encore très lacunaire.
Les acteurs de la biodiversité peuvent également
s?appuyer sur les inventaires zones naturelles d?inté-
rêts écologique, faunistique et floristique (Znieff).
Cet inventaire, lancé en 1982, recense des espaces
terrestres et marins reconnus pour leur intérêt éco-
logique, abritant des espèces et des milieux naturels
remarquables rares et menacés. En 2023, le territoire
français comptait 19 847 Znieff terrestres (soit 30,2 %
de la couverture terrestre) et 308 Znieff marines
(soit 0,3 % de l?espace maritime français) 28. Près de
70 % des communes françaises abritent aujourd?hui
au moins une Znieff. Elles sont également présentes
en outre-mer, comme à Saint-Pierre-et-Miquelon où
l?intégralité du territoire est couverte par une Znieff.
Historiquement, l?inventaire des Znieff a aidé à établir
le réseau Natura 2000. Il continue de jouer un rôle
crucial dans la sélection des habitats à préserver.
Fin 2025, le programme CarHab fournira une
cartographie nationale détaillée, à l?échelle du
1:25 000e, couvrant 11 types d?habitats naturels et
semi-naturels pour les écosystèmes terrestres de
France métropolitaine et d?outre-mer.
Un déclin continu de
la biodiversité
La France concentre un patrimoine naturel d?une
exceptionnelle diversité, ce qui lui confère une respon-
sabilité particulière dans leur protection. Elle abrite
22 775 espèces endémiques (qu?on ne retrouve nulle
part ailleurs dans le monde), représentant 11 % de sa
biodiversité. Ces espèces endémiques, souvent plus
vulnérables en raison de leur aire de répartition limi-
tée, sont majoritairement situées dans les territoires
d?outre-mer (83 %), contre 17 % dans l?Hexagone.
La pression d?inventaires permet, chaque année,
de découvrir sur le territoire français, de nouvelles
espèces, comme l?aiguillat commun de La Réunion
(requin) ou encore le chat sauvage de Corse. En 2023,
633 nouvelles espèces ont ainsi été recensées, dont 78 %
en outre-mer. Les efforts d?inventaire doivent encore
être renforcés, notamment dans les fonds marins.
L?évaluation du statut de conservation des espèces
définit le degré de menace des espèces et leur risque
d?extinction. Selon l?UICN, sur les 157 190 espèces
L?ONB, outil de
connaissance sur la
biodiversité en France
Créé en 2012 à l?issue de la loi Grenelle,
l?Observatoire national de la biodiversité
(ONB) est un dispositif partenarial
qui vise à rendre compte de l?état et de
l?évolution de la biodiversité, ainsi que des
pressions qui l?affectent et des mesures
mises en place par les pouvoirs publics, la
société civile et le citoyen pour la préserver.
L?ONB rassemble des experts issus de la
sphère publique, du monde de la recherche,
des associations et des professionnels de la
biodiversité. Il s?inscrit dans une démarche
scientifique rigoureuse et transparente et
veille à garantir la neutralité et la fiabilité
de ses productions (rapports, indicateurs,
etc.). En 2024, plus de 120indicateurs sont
consultables sur le site naturefrance.fr.
Les Znieff* en France en 2023
* Zones naturelles d?intérêts écologique, faunistique et floristique.
Source : INPN, inventaire des Znieff, octobre 2023. Traitements : SDES, 202428. Inventaire des Znieff - Le territoire de référence pris en compte
est le territoire national sans les territoires du Pacifique Sud d?où le taux
de 30,2% (il n?y a pas d?inventaires Znieff en Pacifique Sud).
Saint-
Martin
Saint-
BarthélemyMayotte
Saint-Pierre-
et-MiquelonLa RéunionGuyane
Martinique
Guadeloupe
Znieff de type 2 mer
Znieff de type 1 mer
Znieff de type 2 terre
Znieff de type 1 terre
N
0 50 km
https://naturefrance.fr/indicateurs
https://inpn.mnhn.fr/actualites/lire/15261/mises-a-jour-de-l-inventaire-des-znieff-bilan-2023
101POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
étudiées, 44 016 sont menacées d?extinction au ni-
veau mondial. Sur les 200 801 espèces inventoriées
en France, 2 268 sont des espèces figurant parmi les
espèces menacées d?extinction, hissant la France au
10e rang des pays hébergeant le plus grand nombre
d?espèces menacées. Certains groupes d?espèces sont
particulièrement concernés par un risque d?extinction
au niveau mondial : 41 % des amphibiens, 36 % des
coraux constructeurs de récifs et 34 % des conifères.
Face aux multiples pressions d?origine humaine,
les populations animales et végétales ne pouvant
faire preuve de résilience tendent à diminuer. À titre
d?exemple, 66 % des espèces de papillons de jour
n?ont pas été revues depuis 20 ans dans au moins
un département français qu?elles occupaient. Pour
les espèces dites menacées, l?UICN évalue leur ten-
dance en observant les changements de catégorie de
menaces entre deux évaluations. En 2023, 38 % des
espèces françaises menacées au niveau mondial ont
une dynamique défavorable ce qui signifie qu?une
menace plus forte pèse sur ces espèces (seulement 5 %
des espèces menacées ont une dynamique favorable).
L?indice de risque d?extinction des espèces29 me-
sure la proportion d?espèces risquant de disparaître à
court terme sans mesures de conservation efficaces.
En 2023, cet indice s?élève à 0,17 en France métro-
politaine [3], ce qui signifie que, sans intervention,
Indice de risque d?extinction des espèces en 2023 et évolution entre 2000 et 2023
* Terres australes et antarctiques françaises.
Notes : l?indice risque d?extinction des espèces varie de 0 à 1 (valeur hors des barres). Plus sa valeur est proche
de 1 plus les populations évaluées sont dans une situation susceptible de conduire à leur disparition ; à l?inverse, plus l?indice est
proche de 0, plus les espèces concernées sont catégorisées dans un statut de préoccupation mineure (pas de disparition prévue
dans un avenir proche). La valeur de la tendance traduit l?évolution de l?indice du risque d?extinction entre 2000 et 2023.
Source : UICN Red List Index/BirdLife International, plateforme de la Global SDG Indicators Database, extraction au 12 février 2024.
Traitements : SDES, février 2024
29. Pour les groupes dont les évaluations sont complètes (mammifères,
oiseaux, amphibiens, coraux et cycadales).
17 % des espèces pourraient disparaître à moyen
terme. En outre-mer, cet indice varie fortement d?un
territoire à l?autre : il est excellent pour les espèces
locales à Saint- Barthélemy (presque nul), en Guyane
et à Saint-Martin mais s?élève à 0,46 à La Réunion et
Saint-Pierre-et-Miquelon, signalant un risque d?ex-
tinction beaucoup plus élevé. Au fil des ans, l?évolu-
tion de cet indice met en lumière l?accélération de
l?érosion de la biodiversité. Dans l?Hexagone et en
Corse, l?indice a doublé en 20 ans, passant de 0,08 à
0,17. Dans les territoires ultramarins, la situation est
également préoccupante avec une augmentation
de 74 % à Wallis-et-Futuna et de 188 % à Mayotte,
reflétant une détérioration significative de la biodi-
versité dans ces régions.
En 2019, sur le territoire métropolitain, seulement
un habitat d?intérêt communautaire sur cinq présentait
un état de conservation favorable, avec des variations
importantes selon les régions biogéographiques. La
région alpine, comprenant les Alpes et les Pyrénées,
présente de meilleurs états de conservation, avec un
habitat sur trois en état de conservation favorable.
En revanche, la région méditerranéenne présente un
état plus préoccupant, avec seulement un habitat
sur six en bon état de conservation. Concernant les
milieux agropastoraux, plus de la moitié des prairies
et pelouses d?intérêt communautaire sont dans un
état défavorable ou mauvais. Les landes et fourrés
sont globalement mieux conservés que les forma-
tions herbeuses.
0,0 0,10 0,15 0,25 0,35 0,450,05 0,20 0,30 0,40 0,50
La Réunion 46 %
1 %Saint-Pierre-
et-Miquelon
Guadeloupe
Nouvelle-Calédonie
Polynésie française
Monde
Martinique
TAAF*
Europe
France métropolitaine
Mayotte
Wallis et Futuna
Saint-Martin
Guyane
Saint-Barthélemy
23 %
22 %
38 %
17 %
40 %
72 %
106 %
188 %
74 %
83 %
19 %
- 47 %
2 %
0,46
0,46
0,38
0,37
0,29
0,28
0,25
0,20
0,17
0,17
0,16
0,15
0,07
0,06
0,01
Inférieure à 0 %
Valeur de la tendance
Valeur de l?indice
De 0 % à 10 %
De 10 % à 50 %
Supérieure à 50 %
https://unstats.un.org/sdgs/dataportal/database
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ102
Comment les activités
humaines affectent
les écosystèmes ultramarins
Caractérisés par une richesse écologique remarquable,
les écosystèmes ultramarins sont à la fois uniques
et fragiles du fait de leur isolement géographique.
Face à l?intensité croissante des activités anthropiques,
leurs équilibres écologiques sont remis en cause.
F
O
C
U
S
Récifs coralliens : une menace
inégale selon les territoires
Formés naturellement par des
animaux vivant en colonie qui
produisent un squelette calcaire,
les récifs coralliens sont des
réservoirs de biodiversité parmi
les plus riches des écosystèmes
marins. Ils abritent 25% de la vie
marine [4]. Cependant, l?équilibre
de ces écosystèmes est vulnérable
à diverses menaces. Localement,
ils peuvent être affectés par
l?agriculture, l?exploitation minière,
l?urbanisation, les aménagements
côtiers, la plaisance, le transport
maritime, etc. À l?échelle régionale
ou globale, ils subissent les impacts
des cyclones, de l?augmentation de
la température et de l?acidification
des océans, ainsi que de la
diminution des herbivores limitant
le développement algal sur les
coraux, et de la prolifération de
prédateurs de coraux comme
l?escargot drupella et les sargasses.
Abritant la plus grande formation
récifale des petites Antilles (29km
de long), le Parc national de
Guadeloupe a connu en octobre
2023 un épisode de blanchissement
massif de ses coraux en raison
d?une forte et longue canicule
marine. Bien que certains coraux
blanchis puissent guérir, d?autres
ont été décimés (cas de trois espèces
d?Acropores). En 2020, l?état de
conservation des récifs coralliens
variait de façon importante d?un
territoire à l?autre: 70% des récifs
étaient en bon état dans les îles
du Pacifique (Nouvelle-Calédonie,
Wallis et Futuna, Polynésie
française et Clipperton) et les îles
Éparses de l?océan Indien, plus
vastes et plus isolées. En revanche,
62% [5] étaient dans un état
dégradé aux Antilles françaises
et dans l?océan Indien (Mayotte,
La Réunion).
Mangroves : entre destruction
et expansion
Écosystèmes à l?interface entre
le milieu terrestre et marin,
les mangroves sont constituées
principalement de palétuviers.
Ces arbres forment un habitat
crucial pour de nombreuses
espèces comme le raton crabier,
la mangouste, le petit crabe
nageur. En plus d?être des aires de
reproduction et d?alevinage, les
mangroves protègent les côtes des
cyclones et tsunamis, réduisent
l?érosion marine, filtrent les métaux
lourds et pesticides et ont un rôle
majeur dans la séquestration du
carbone. L?urbanisation croissante
du littoral, l?aménagement
du territoire (canalisations,
artificialisation des sols en amont
de la mangrove, déviation de
cours d?eau) et la pollution issue
des bassins-versants ou de la
mer représentent les principales
causes de leur fragmentation
et de leur dégradation. La
situation est contrastée dans les
territoires ultramarins. Alors que
respectivement 40% et 65% de la
superficie des mangroves de Saint-
Martin et Saint-Barthélémy ont
été perdues, celle de Guadeloupe a
connu une augmentation de 19%
depuis 1950 [6].
Herbiers marins : une
accélération de leur disparition
Biologiquement riches et très
productifs, les herbiers marins
constituent l?habitat de nombreuses
espèces telles que le dugon ou
la tortue verte. Leur rôle dans
l?équilibre des écosystèmes est
multiple: garde-manger de
nombreuses espèces halieutiques,
purification de l?eau côtière, puits
de carbone (10% du carbone
océanique mondial), protection de
l?érosion des côtes. La dégradation
de la qualité de l?eau (hausse des
nutriments, pollutions, turbidité,
envasement), les effets des
aménagements réalisés sur le
littoral (remblais, dragage), la pêche,
la navigation non réglementée
et le changement climatique
103POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Écosystèmes et déforestation en Guyane
représentent les principales
menaces. On estime que près de
30% des herbiers du globe [7] ont
disparu depuis le XIXe siècle et que
la tendance s?est accélérée depuis
1990 avec une pression croissante
des activités humaines. En France,
ce déclin s?observe dans les Caraïbes
et l?océan Indien (particulièrement
à Mayotte) et s?illustre par la
présence, aujourd?hui, de deux
espèces classées «vulnérables»
dans la Liste rouge des espèces
menacées d?extinction de l?UICN.
Forêt tropicale humide
de Guyane : un déclin
de la biodiversité dû à
la déforestation
Essentiellement publique, la forêt
guyanaise, bien que relativement
préservée des activités humaines,
connaît ces dernières années
une pression grandissante.
L?accroissement démographique
ainsi que le développement de
l?activité minière légale et illégale,
se traduisent localement par une
disparition de la forêt primaire
au bénéfice de zones minières,
agricoles et urbanisées. L?impact
de ces pressions est multiple:
perte d?habitat d?espèces, baisse
de diversité et quantité de
poissons, privation d?accès à l?eau
potable, maladies des populations
amérindiennes dépendant
directement ou indirectement du
fleuve, etc. Entre 1990 et 2020, la
superficie forestière a baissé de
1,5%. Or, la destruction de la forêt
peut avoir des effets en cascade
sur les espèces. Une récente
étude menée sur le plateau des
Guyanes montre qu?un faible taux
de déforestation cause un déclin
important de la biodiversité:
la perte de moins de 11% de la
surface forestière conduirait à
un déclin de plus du quart des
espèces de poissons et mammifères
du territoire [8]. Ce déclin touche
principalement les espèces
considérées en danger d?extinction
par l?UICN. L?impact de l?homme
sur la forêt guyanaise se manifeste
par des feux, des coupes de bois et
l?introduction d?espèces exotiques
envahissantes. Ces actions peuvent
affecter la biodiversité, ainsi que les
stocks de carbone. Enfin, une étude
menée sur la forêt atlantique située
sur la côte est de l?Amérique du Sud
révèle que la déforestation a déjà
provoqué des pertes de 23 à 42%
de la biodiversité et des stocks de
carbone [9].
Savanes guyanaises : recul et
menaces sur un écosystème
crucial
Formations herbacées typiques
du paysage littoral guyanais,
les savanes ne représentent que
1% de la superficie de Guyane.
L?héritage agricole amérindien avec
ses champs surélevés a façonné
les savanes guyanaises créant un
écosystème d?une grande richesse
écologique. Celui-ci abrite de
nombreuses espèces menacées,
incluant 81% des oiseaux, 80%
des reptiles, et l?ensemble des
amphibiens de la région. Pourtant,
de multiples pressions liées à
l?activité humaine ont largement
réduit ces milieux d?importance.
Les activités de labour ou la
construction d?étangs à poissons ont
nivelé le milieu et altéré les modes
de drainage. Malgré l?interdiction
du brûlage, des feux illégaux
persistent créant des conflits
d?usage entre les différents acteurs
du territoire. De plus, l?introduction,
volontaire ou accidentelle, de
plantes exotiques envahissantes,
comme le Mangium ou le Nialoui,
perturbe les écosystèmes en se
répandant rapidement, impactant
ainsi d?autres habitats tels que les
mangroves, les marais et les forêts.
Avec la croissance démographique,
la Guyane connaît une expansion
de l?urbanisation dont les
conséquences sont irréversibles
pour les zones humides et les
savanes. Depuis 1950, on estime
que les savanes guyanaises ont
perdu 44% de leur surface et que
41% des surfaces restantes sont
menacées [10].
Source : DAAF Guyane, OAM/ONF Guyane, 2024. Traitements : SDES, 2024
Saint-
Laurent-
du-Maroni Sinnamary
Kourou
Roura
Saül B R É S I LulaMaripasoula
Saint-
Georges
Océan
Atlantique
RéginaRégina
Cayenne
Forêt (8 080 000 ha
soit 96,6 %)
Autres écosytèmes
(287 000 ha soit 3,4 %)
Écosystèmes
Par l?activité
minière légale
et l?orpaillage illégal
(33 300 ha soit 0,4 %)
Surfaces déforestées
ou dégradées
Par d?autres activités
(écobuage, etc.)
(286 ha soit 0,003 %)
Grand-
Santi
Grand-
Santi
CamopiCamopi
Saint-
Élie
Saint-
Élie
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ104
Cinq pressions responsables
du déclin de la biodiversité
En 2019, l?IPBES a publié un rapport évaluant l?état
de la biodiversité et des services écosystémiques
mondiaux sur les cinquante dernières années. Ce bilan
a révélé cinq principales pressions anthropiques qui
impactent gravement la nature à l?échelle mondiale :
la destruction des habitats, la surexploitation des
ressources, la pollution, le changement climatique
et l?introduction d?espèces exotiques envahissantes.
Ces facteurs agissent simultanément, et parfois en
synergie, amplifiant les pressions subies par les espèces.
Des milieux naturels
artificialisés et fragmentés
L?augmentation de la population et le développe-
ment des activités économiques conduisent la so-
ciété à transformer son environnement, entraînant la
destruction, la fragmentation et la perturbation des
écosystèmes. L?urbanisation et le tourisme sont les
principales causes de destruction des habitats marins
et côtiers. L?artificialisation des sols et la destruction
d?éléments du paysage (haies, bosquets) conduisent à
fragmenter les milieux naturels terrestres. Ce phéno-
mène affecte également les milieux aquatiques : en
2023, on comptait 102 742 obstacles à l?écoulement
en France métropolitaine, soit un obstacle tous les
4,16 km de cours d?eau. Ces obstacles affectent la
qualité, la disponibilité et l?accessibilité des habitats
aquatiques. Ils créent une rupture dans la continuité
écologique nécessaire à la survie des espèces et contri-
buent significativement à l?érosion de la biodiversité.
Une surexploitation
des ressources naturelles
Au-delà de la diminution de l?abondance des es-
pèces sauvages, l?exploitation de ressources à des
taux supérieurs à la régénération naturelle consti-
tue une pression majeure dans les écosystèmes.
La surexploitation halieutique entraîne ainsi un
changement profond des écosystèmes océaniques.
En France métropolitaine, plus de 300 espèces
de poissons, crustacés et mollusques sont exploitées
commercialement. En 2022, 20 % des 347 000 tonnes
débarquées provenaient de populations en surpêche
et/ou dégradées [11]. C?est le cas par exemple du
maquereau dans l?Atlantique et de la sardine du golfe
de Gascogne ou de la sole de Manche Ouest. De plus,
2 % des débarquements proviennent de populations
effondrées, comme le lieu jaune des mers du Nord
et celtique, et le merlu de Méditerranée. Toutefois,
une évolution positive de l?état des ressources et
de leur exploitation est observée depuis vingt ans.
Ainsi, la part dans les débarquements français des
populations issue de stocks biologiquement viables
a augmenté, passant de 18 % en 2000 à 56 % en
2022. Au-delà de la surexploitation des ressources
Cinq exemples d?atteinte à la biodiversité en France métropolitaine
Source : CGDD, d?après OFB, données ONB
Destruction des
milieux naturels
Surexploitation
des ressources
Changement
climatique
Espèces exotiques
envahissantes
Pollution
25 000 hectares
artificialisés enmoyenne chaque année
(2009-2022)
- 7 % du taux decroissance des arbres
(2005-2013 / 2014-2022)
14 nouvelles espèces
exotiques envahissantes
tous les 10 ans (depuis 1985)
22 % des poissonspêchés sont
surexploités (2022)
+ 6 % des nitrates
dans les cours d?eau
(2000-2020)
105POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
vivantes, la pêche industrielle conduit à la capture
d?espèces menacées et protégées (sur la période
2016 et 2020, l?estimation moyenne des captures
accidentelles est de près de 6 600 dauphins com-
muns et 220 marsouins communs dans la région
marine Manche-Atlantique [12]) et à la modification
et destruction d?habitats et de fonds marins.
Des pollutions qui affectent
tous les milieux
L?activité humaine créée ou modifie certaines subs-
tances qui les rendent naturellement non ou peu
dégradables. C?est le cas par exemple de la pollu-
tion plastique qui affecte tous les organismes qui
peuplent les eaux marines, jusqu?à des milliers de
mètres de profondeur. Cette pollution touche au
moins 267 espèces dans le monde, dont 86 % des
tortues marines, 44 % des oiseaux marins et 43 %
des mammifères marins [13].
Une autre grande catégorie de pollution est la
pollution chimique, qui comprend les métaux lourds,
les produits phytopharmaceutiques et d?autres subs-
tances nocives qu?on retrouve dans l?air, les sols et
dans l?eau. Ces polluants ont de multiples effets
néfastes sur la biodiversité, même si certains restent
à ce jour peu (re)connus. Ils peuvent causer la mort
de certaines espèces, provoquer des maladies par
intoxication, affecter leur reproduction (féminisa-
tion des poissons, fragilisation des oeufs, etc.) ou
altérer leur comportement. En 2022, un comité
d?experts de l?Inrae et de l?Ifremer a confirmé que
l?ensemble des milieux terrestres, aquatiques et ma-
rins, en particulier les zones côtières, est contaminé
par les produits phytopharmaceutiques. Les effets
directs et indirects de ces substances sont également
avérés sur les écosystèmes et les populations d?or-
ganismes terrestres, aquatiques et marins [14]. C?est
la raison pour laquelle de nombreuses substances
sont interdites au niveau européen pour certains
ou tout usage.
D?autres sources de pollutions affectant la bio-
diversité ont été identifiées, comme les pollutions
sonores, lumineuses, olfactives, magnétiques ou ra-
dioactives. Outre les échouages et la désorientation
des grands cétacés, comme l?a illustré la présence
d?un béluga et d?une orque dans la Seine en 2022, la
pollution sonore affecte également un large éven-
tail d?espèces marines. Le bio acousticien Michel
André [15] a ainsi montré que la pollution sonore
La pollution
lumineuse :
un impact croissant
sur la biodiversité
L?éclairage nocturne engendre une perte
d?habitats naturels pour les espèces
nocturnes et crée une fragmentation des
milieux. 85% du territoire métropolitain
est exposé à un niveau élevé de pollution
lumineuse, qui constitue une menace
pour de nombreuses espèces animales et
végétales.
Les chauves-souris, par exemple, fuient
la pollution lumineuse et voient leur
habitat naturel se réduire. Entre 2006
et 2021, leur population a décliné de
43%. Par ailleurs, les insectes nocturnes
affectés par la lumière artificielle ne
jouent plus leur rôle de pollinisateurs
avec un impact sur la flore.
impactait la répartition des herbiers de posidonies,
qui utilisent des vibrations pour trouver le fond
marin et s?enraciner.
Parmi les polluants de l?air, l?ozone qui se forme
par réaction entre des polluants d?origine humaine
et naturelle déjà présents dans l?atmosphère sous
l?influence du rayonnement solaire, a un impact
avéré sur la croissance des plantes. L?absorption de
l?ozone peut endommager les cellules végétales et
provoquer une baisse quantitative et qualitative
des rendements agricoles et une diminution de la
croissance des forêts.
Des modifications biologiques
induites par le changement
climatique
En affectant l?équilibre naturel des écosystèmes et
leurs chaînes alimentaires, le changement climatique
impacte de façon significative les interactions qui
lient la faune et la flore. Ces perturbations sur le
vivant sont multiples : déplacement de l?aire de
répartition des espèces, accélération des cycles
saisonniers, extinction de populations locales, etc.
Ces bouleversements biologiques sont provoqués
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ106
notamment par la hausse des températures, l?aci-
dification et l?élévation du niveau des océans, les
inondations, etc. Ainsi, les habitats situés à l?interface
terre-mer des littoraux se trouvent particulièrement
impactés. Côté « terre », les estuaires, les marais
littoraux, les estrans ou encore les dunes, les côtés
rocheuses ou sableuses, qui offrent des conditions
de vie (salinité, vent, marée, etc.) spécifiques mais
favorables à de nombreuses espèces endémiques,
sont aujourd?hui menacés de disparition [16].
L?élévation des températures sur terre comme en
mer pousse certaines espèces à adapter leur compor-
tement. C?est le cas des espèces migratrices qui font
évoluer leur stratégie de migration au cours du temps
pour gagner des territoires aux conditions climatiques
plus favorables. Certaines espèces, comme les migra-
teurs partiels ont la capacité de s?adapter en retardant
leurs dates de passage (diminution des distances de
migration) alors que d?autres les avancent, provo-
quant un décalage dans la période de reproduction.
Ainsi, en 2023, les oiseaux migrateurs transsahariens,
sont arrivés à la Pointe de Grave (extrémité nord du
Médoc) en moyenne 3,9 jours plus tôt par rapport à
1986. De même, on observe que pendant la période
postnuptiale, les espèces migratrices partent plus
tôt vers les zones d?hivernage à l?automne avec un
départ anticipé de 2,4 jours en 2023 par rapport à
1986 pour neuf espèces de migrateurs transsahariens
au col d?Organbidexka au Pays basque. Par ailleurs,
les variations de température en milieu marin ont des
répercussions sur le développement de nombreux
poissons. Une hausse des températures entraîne un
développement embryonnaire plus rapide chez de
nombreuses espèces, ce qui augmente le risque de
malformations à la naissance et les rend plus vulné-
rables aux prédateurs [17].
Des espèces exotiques
envahissantes plus nombreuses
et conquérantes
Par son positionnement géographique et la diversité
de ses climats et habitats naturels, la France est
fortement exposée à l?implantation de nouvelles
espèces. Les flux de marchandises et de personnes
en constante progression facilitent leur accès sur
le territoire. En 2023, on recensait 2 502 espèces
continentales et marines considérées comme in-
troduites dans l?Hexagone, représentant 2 % des
espèces connues sur le territoire. Certaines de ces
espèces peuvent devenir envahissantes et nuire à la
biodiversité locale. Qu?elle soit volontaire ou non,
l?introduction d?espèces envahissantes peut avoir
de graves répercussions sur la santé des végétaux
cultivés, des animaux d?élevage, des milieux naturels
ou encore celle de l?homme. Elle peut générer d?im-
portants coûts économiques et des impacts sur les
activités humaines : navigation fluviale, tourisme,
productions agricoles. Pour cette raison, 94 espèces
animales et végétales sont aujourd?hui considérées
comme espèces exotiques envahissantes (EEE) et
font l?objet d?une réglementation spécifique en
France métropolitaine.
De multiples invasions illustrent ce phénomène
comme celles de l?écrevisse américaine, de la four-
mi de feu, de la jussie ou du miconia, et du frelon
asiatique.
Arrivé en 2004 en Lot-et-Garonne, ce dernier
occupait de façon certaine en 2023, l?ensemble des
départements métropolitains à l?exception de ceux
de la Corse [18]. Cette espèce envahissante introduite
par le commerce international provoque de graves
perturbations écologiques. Le frelon menace les
insectes locaux, et notamment les abeilles domes-
tiques et sauvages ainsi que les autres pollinisateurs,
et cause des dégâts importants sur les vergers et
la production apicole. Il représente également un
risque de santé publique et fait aujourd?hui partie
des 49 EEE préoccupantes pour l?UE. Les projec-
tions [19] montrent que le front d?expansion de ses
populations progresse en moyenne de 78 km/an.
En mer, le trafic maritime et la conchyliculture
sont parmi les principales causes d?introduction des
EEE. Depuis 1983, plus de 28 de ces espèces ont été
recensées dans l?ensemble des départements litto-
raux de France métropolitaine. Ces espèces tendent
à perturber l?équilibre naturel de leurs écosystèmes
d?adoption.
Les territoires insulaires d?outre-mer, aux éco-
systèmes spécifiques, sont également particuliè-
rement sensibles à l?implantation de ces nouvelles
espèces.
107POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
DES SERVICES
ÉCOSYSTÉMIQUES
FRAGILISÉS
La réduction progressive de la biodiversité affecte
non seulement l?environnement, mais aussi la société
et l?économie, qui profitent inconsciemment de
nombreux avantages fournis par les écosystèmes.
La détérioration ou la diminution de ces ressources
pourrait avoir des conséquences notables.
Les arbres en milieux urbains :
essentiels mais trop peu
présents
Zones hostiles à la biodiversité du fait de la concen-
tration de perturbations humaines, les milieux urbains
disposent néanmoins d?espaces de nature (bois,
mares, jardins, squares, etc.). Avec une augmenta-
tion de 1 % de l?urbanisation entre 2012 et 2018, il
devient de plus en plus complexe de trouver un
équilibre entre la densité urbaine et le maintien
de la nature en ville, surtout avec une population
française croissante.
Pour préserver la santé mentale des citadins,
l?OMS recommande une moyenne de 15 m² d?espaces
verts par habitant. Ce chiffre a été tout juste atteint
en région parisienne en 2022, en incluant les bois
de Vincennes et de Boulogne. Cependant, à Paris
intra-muros, la situation est bien différente, avec
seulement 5,8 m² d?espaces verts par habitant [20].
Pour satisfaire le besoin de nature en milieu ur-
bain, de nombreuses municipalités s?engagent à
densifier leurs espaces verts en plantant des arbres.
Cette approche minimaliste permet d?apporter
de nombreux bénéfices écosystémiques dont le
stockage du carbone et l?apport de fraîcheur dans
les îlots de chaleur.
Selon l?OMS, la présence d?arbres dans un milieu
urbanisé concourt également à diminuer la tempé-
rature de l?air de l?ordre de 1 à 2 °C dans un rayon de
50 m. L?arbre urbain contribue également à l?amé-
lioration de la qualité de l?air en interceptant et/ou
absorbant certains polluants et particules atmos-
phériques. Selon le Programme des Nations unies
pour l?environnement (PNUE), un arbre de plus de
3 m en milieu urbain peut retenir jusqu?à 5,4 tonnes
de CO2 par an et 20 kg de poussières. Une étude
réalisée en 2016 par i-Tree à Strasbourg a révélé que
les arbres de la ville stockaient 128 000 t de carbone
chaque année, soit l?équivalent des rejets annuels
moyens de 35 000 Strasbourgeois [21].
À l?exception de quelques villes, les grands mi-
lieux urbains français ne sont pas assez pourvus
d?arbres. En 2023, la région Île-de-France a recensé
Initiée en 2012 par le ministère chargé
de l?Environnement, l?évaluation
française des écosystèmes et des services
écosystémiques (Efese) vise à mieux
connaître et faire connaître l?état de la
biodiversité et ses multiples valeurs, afin
d?en renforcer la prise en compte dans
les politiques publiques et les décisions
privées en France.
L?Efese réalise des synthèses sur les
enjeux associés à différents services
rendus par les écosystèmes au niveau
national ou territorial. Elle propose
des valeurs de référence et identifie
les principaux besoins de connaissances
supplémentaires. À ce jour, six évaluations
nationales et sept évaluations thématiques
ont été réalisées.
Efese, une plateforme au carrefour
entre science, décision et société
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ108
26 millions d?arbres sur une superficie de 12 000 km²,
soit deux arbres par habitant. À Paris intra-muros, ce
chiffre tombe à seulement 0,2 arbre par habitant,
contre une moyenne nationale de 182 arbres. En
dépit d?efforts pour planter davantage d?arbres
en milieu urbain, beaucoup sont encore abattus
(3 000 par an en moyenne à Paris [22]), soit pour des
raisons sanitaires ou le plus souvent pour des raisons
d?aménagements urbains ou de sécurité routière.
Enfin, l?arbre offre un service de soutien essentiel
à la biodiversité en ville, en offrant un refuge pour la
faune et en contribuant au maintien des corridors
écologiques. Actuellement, la diminution du nombre
d?arbres en milieu urbain, alliée aux pollutions chimique,
atmosphérique et sonore, est responsable d?une baisse
de 44 % de la population d?oiseaux en milieux bâtis
en France, observée entre 1989 et 2023.
Milieux agricoles : une
biodiversité à restaurer pour
garantir l?approvisionnement
L?effet combiné de la déprise agricole, de la méca-
nisation des pratiques agricoles et de l?artificiali-
sation des sols a fortement transformé le paysage
agricole. Au sein de ces milieux, deux écosystèmes
ont particulièrement été impactés : les haies et les
bocages. Depuis 1950, la surface de prairies en France
est passée de 13,2 Mha en 1950 à 9,6 Mha en 2020 [24],
soit une baisse de 27 %. La perte de haies est encore
plus marquée, avec une réduction estimée à 70 %
depuis 1950. Entre 2017 et 2021, malgré la replanta-
tion annuelle d?environ 7 000 km de haies, plus de
23 500 km de haies ont été arrachées chaque année
[25]. En 2023, le linéaire total de haies est estimé à
750 000 km. Un réseau dense de haies combiné à des
prairies mellifères peut héberger jusqu?à une centaine
d?espèces d?insectes différentes, dont des papillons,
des abeilles, des mouches et des coléoptères.
Au-delà du rôle d?habitat pour diverses espèces,
comme les pollinisateurs, les oiseaux et les petits
mammifères, les haies jouent un rôle dans la régula-
tion environnementale. Leur système racinaire aide
à ralentir le ruissellement et à favoriser l?infiltration
de l?eau. De plus, elles offrent une protection contre
les impacts du changement climatique, comme les
intempéries violentes ou les fortes chaleurs, ce qui se
traduit par des bénéfices directs sur les rendements
agricoles. Le programme de recherche Resp?Haies
estime qu?une parcelle agricole de 4 ha entourée de
haies en bon état peut avoir un rendement supérieur
de 12 % à celui d?une parcelle sans haie [26].
Les insectes pollinisateurs sont essentiels pour la
préservation de la biodiversité en milieu agricole et
pour la production vivrière. Des études internationales
ont montré que la biomasse des insectes avait dimi-
nué de 2,5 % en moyenne par an depuis 30 ans [27]
à cause notamment de l?utilisation de produits phy-
tosanitaires, mais cette baisse est plus difficile à es-
timer à une échelle locale. En France, la contribution
des insectes pollinisateurs à la production végétale
destinée à l?alimentation humaine est estimée à une
valeur économique comprise entre 2,3 à 5,3 Md¤ [28].
En effet, plus de 70 % des espèces cultivées pour
l?alimentation en France dépendent plus ou moins
fortement de l?action des pollinisateurs.
En 2019, le Muséum national d?histoire naturelle
(MNHN) et l?Inrae ont élaboré une carte de l?effica-
cité de la pollinisation en France, à partir de données
sur les rendements de différentes cultures agricoles.
L?étude a examiné des cultures dépendantes de la
pollinisation, telles que le melon et la courge, ainsi
que des cultures autofécondantes, comme le blé et le
maïs. Les résultats montrent d?importantes disparités
entre le nord et le sud de la France métropolitaine,
avec une pollinisation plus efficace dans les régions
méditerranéennes qu?à l?extrême nord du pays. Cette
différence pourrait s?expliquer par deux facteurs :
certaines espèces de pollinisateurs, comme les hymé-
noptères, préfèrent le climat chaud méditerranéen au
climat tempéré des régions septentrionales ; d?autres
espèces, comme les lépidoptères, trouvent dans le
sud de la France des habitats plus propices à leur
développement larvaire, tels que les pelouses sèches
des milieux alpins et les garrigues près du littoral.
Indispensables à la production agricole, les sols
hébergent une biodiversité insoupçonnée. Ils abritent,
par exemple, plusieurs tonnes de vers de terre par
hectare, jusqu?à un milliard de bactéries par gramme de
sol et plusieurs dizaines de millions de champignons.
On dénombre jusqu?à 10 000 espèces d?organismes
par m² pour la faune de la taille d?un micromètre à
20 mm et 260 vers de terre par m² en moyenne. Ces
animaux, champignons, bactéries, virus et algues
sont absolument nécessaires aux écosystèmes. La
faune et le microbiote améliorent la fertilité du sol en
recyclant le carbone et en fournissant des éléments
Les terres agricoles
en France
44 %
de la superficie du pays (DROM compris) est occupée
par des terres agricoles [23] composées à :
62 %
de terres
arables
33 %
de surfaces
toujours
en herbe
5 %
de cultures
pérennes (vignes
et vergers)
109POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
Indice de pollinisation dans les départements de France métropolitaine
Lecture : l?indice potentiel de pollinisation mesure la capacité des écosystèmes à favoriser la pollinisation des
cultures par les abeilles sauvages. Il combine des données de littérature sur l?écologie des espèces d?abeilles
sauvages, avec des informations spatiales sur la disponibilité des ressources pour ces pollinisateurs (c?est-à-dire
la nourriture et les sites de nidification). Le potentiel relatif de pollinisation diminue avec la distance par rapport
aux habitats semi-naturels (un indicateur du taux de visite des abeilles) et augmente avec la température
annuelle (un indicateur de l?activité des abeilles sauvages). Les valeurs les plus positives (en orange) indiquent
les départements où la pollinisation est la moins problématique alors que les valeurs les plus négatives (en bleu)
sont associées à des départements où le service de pollinisation est moins bon.
Source : Indicateurs écologiques, Volume 101, 2019 (Martin et al., INRA-MNHN), d?après étude européenne
Zulian et al. (2013) [29]. Traitements : SDES, 2024
Départements
où les rendements
des cultures liés à
la pollinisation sont
très significatifs
2
1
0
- 1
Indice de
pollinisation
Départements
où les rendements
des cultures liés à
la pollinisation sont
très significatifs 0 50 km
N
nutritifs aux plantes. Ils dégradent des contaminants
et limitent l?érosion ou le tassement, en améliorant la
structure du sol, ainsi que la circulation, le stockage
et la filtration de l?eau. Ainsi, une perte de 30 % de
la biodiversité microbienne diminue d?environ 40 %
la minéralisation de la matière organique (et donc le
recyclage des éléments minéraux), baisse de 50 % la
dénitrification du sol et la productivité générale, et
réduit de 40 % la stabilité structurale [30].
Une forêt aux valeurs
mésestimées
Le milieu forestier se compose principalement
d?arbres, d?arbustes et arbrisseaux, ainsi que de l?en-
semble des espèces qui lui sont associées, comme
les champignons et les insectes, toutes interdépen-
dantes. Dans ces milieux, les forêts primaires, qui
ont évolué sans intervention humaine, cohabitent
avec les forêts secondaires, façonnées par les socié-
tés humaines. Bien que les forêts soient menacées
à l?échelle mondiale, avec la disparition annuelle
moyenne de 6 Mha entre 1990 et 2021, principale-
ment au Brésil et en Indonésie [31], la surface de la
forêt métropolitaine s?accroît continûment depuis
la fin de la Révolution française. Celle-ci est passée
de 14,4 Mha en 1990 à 17,5 Mha en 2024 [32].
Le milieu forestier, en plus de s?étendre, affiche éga-
lement un état de conservation supérieur par rapport
à d?autres habitats. Selon la dernière évaluation de
l?état de conservation des régions biogéographiques
réalisées dans le cadre de la directive européenne
Habitats, Faune, Flore (DHFF), 35 % des évaluations
forestières sont favorables, contre une moyenne de
23 % pour les autres milieux [33]. De plus, la diversité en
espèces communes et indigènes d?arbres a augmenté
de 18,9 % dans les forêts métropolitaines en dix ans.
Ces signaux positifs restent toutefois menacés par
des effets liés au réchauffement climatique. Sur la
décennie 2013-2023, environ 9 000 ha de forêts ont
été incendiés en moyenne chaque année [34]. Sur la
même période, la chenille processionnaire du pin
a progressé vers le nord de la France à un rythme
moyen de 4 km/an [35].
Au-delà de la valeur marchande du bois, les forêts
offrent d?autres biens et services précieux, tels que
des espaces de détente, la protection des écosys-
tèmes et de la biodiversité, ainsi qu?une contribution
essentielle à la lutte contre le réchauffement clima-
tique. Selon une estimation du Citepa, en 2022, les
forêts ont capté 27,6 Mt CO2 [36].
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ110
Bilan net des gaz à effet de serre des terres agricoles
et forestières par ancienne région en 2021
Lecture : les terres agricoles et forestières de Midi-Pyrénées ont capté
6,8 Mt CO2 éq en 2021. Inversement, celles de Champagne-Ardennes ont émis
1,9 Mt CO2 éq en 2021.
Note : la carte correspond à tout utilisation des terres, changement
d?affectation des terres et foresterie (UTCATF) et pas seulement à la forêt
(même si la forêt représente la majorité d?UTCAFT).
Source : Inventaire Citepa en 2024, d?après les données 2021.
Traitements : SDES, 2024
1,9
0
- 6,8
Bilan du secteur
UTCATF par région
(en Mt CO? éq)
- 1
0,2
0,2
0,4
0,4
0,4- 1,7
- 1,7
- 6,8 - 3,2
- 1,6
- 1,6
- 0,2
- 0,8 - 2,9
- 2,7
3-
0,8
1,9
1,2
0,6
0,5
0 50 km
N
En 2021, les ménages français sont allés en moyenne
neuf fois en forêt, soit une fréquentation totale an-
nuelle estimée à 700 millions de visiteurs [37]. Selon
une enquête réalisée en 2018 sur les usages récréatifs
de la forêt, les ménages français se rendent dans
les forêts pour observer la nature, faire du sport et
de la cueillette. La collecte moyenne est estimée à
1 kg de champignons, 0,4 kg de baies et 0,9 kg de
châtaignes par visiteur et par an. Sur la base d?une
analyse des coûts de déplacement et les préférences
des visiteurs, l?Efese estime la valeur économique
des loisirs forestiers en France entre 13 et 45 Md¤
par an [38]. Cette estimation dépasse largement les
3 Md¤ générés chaque année par la vente de bois.
Des milieux humides et
aquatiques régulateurs des effets
du changement climatique
À l?interface entre le milieu terrestre et aquatique, les
milieux humides (marais, tourbières, prairies humides,
lagunes, mangroves, etc.) sont caractérisés par la présence
de façon permanente ou temporaire d?eau douce, salée
ou saumâtre, et par une végétation hygrophile. Ces
milieux se retrouvent fréquemment en contact avec
les milieux d?eau douce. Courantes (rivières, fleuves,
cours d?eau, chenaux d?écoulement des eaux, etc.) ou
stagnantes (plans d?eau), les eaux de surface maillent
l?ensemble du territoire et interagissent avec les eaux
souterraines. Dans l?Hexagone, on estime à près de
13 Mha la surface potentielle de zones humides, à plus
de 350 000 ha la surface totale en plans d?eau [39] et
à 270 000 km le réseau hydrographique.
À l?instar des surfaces d?eau stagnante, les zones
humides jouent un rôle dans le stockage et la régulation
de la qualité des eaux de surface. Elles permettent
chaque année d?économiser à la société l?équivalent
de 2 000 ¤/ha sur le traitement de l?eau potable [40].
Les végétaux présents dans ces écosystèmes in-
terviennent dans ce cycle via l?évapotranspiration
ou via l?infiltration grâce à leurs racines. Les eaux
courantes jouent aussi un rôle dans le cycle des
éléments nutritifs comme le carbone ou l?azote.
Alors que les crues saisonnières que subissent les
milieux aquatiques sont nécessaires à leur bon fonc-
tionnement (interactions entre milieux terrestres et
aquatiques, recharge en sédiments, modelage du lit
des cours d?eau), les zones humides contribuent à
en diminuer l?intensité.
Considérées comme des amortisseurs de premier
ordre aux effets du changement climatique, les zones
humides alimentent les nappes souterraines et les
cours d?eau, retardant les effets des sécheresses et
préservant la ressource en eau. Par ailleurs, chaque
année, en France, la valeur des services rendus par
les milieux humides et aquatiques continentaux dans
la rétention de l?azote est estimée à plus de 2 Md¤.
Considérées comme les principaux puits de carbone,
les tourbières, qui ne couvrent pourtant que 0,2 % de
la surface métropolitaine [41], stockent chaque année
0,5 t CO2 /ha. Leur perturbation ou leur dégradation
libérerait dans l?Hexagone un stock de référence
estimé à 3 214 t CO2/ha détruit [42].
Les milieux humides et aquatiques continentaux,
lieux de repos, de nourriture et de reproduction,
constituent des réservoirs de biodiversité d?une grande
richesse. On estime que plus du tiers des espèces
recensées sur l?hexagone profiterait de ces habitats.
Parmi elles, 80 espèces de poissons présentes dans
les rivières françaises et plus de 90 espèces d?oiseaux
nicheurs en dépendent. Les prélèvements d?espèces
sauvages réalisés dans les milieux humides et aqua-
tiques continentaux (principalement des poissons)
représentent une valeur commerciale annuelle de
111POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
l?ordre de 240 M¤ [43]. La pêche professionnelle en
eau douce est une activité aujourd?hui pratiquée par
près de 400 professionnels en France et dégageait un
chiffre d?affaires de l?ordre de 27,7 M¤ en 2020 [44].
Ces milieux offrent également de multiples services
récréatifs, comme la baignade, la pêche de loisir,
les sports nautiques. En 2022, plus de 1,4 million
de cartes de pêche ont été délivrées en France [45].
Associé à ces milieux, un tourisme vert privilégiant
la mobilité douce est aujourd?hui en plein essor.
La Loire à Vélo offre, par exemple, une possibilité
d?itinérance douce propice à la découverte du patri-
moine naturel sur 900 km de pistes cyclables. Cette
destination a ainsi attiré 1,8 million de cyclistes en
2022 et généré 54,5 M¤ de retombées directes sur
les territoires traversés [46].
Selon la dernière évaluation nationale des sites
humides emblématiques 2010-2020, 86 % des sites
évalués fournissaient en 2020 des services de régula-
tion, d?approvisionnement et culturels. Cependant,
leur dégradation pourrait compromettre les services
que ces milieux offrent à la société. Cette évaluation
révèle que dans les zones côtières, où les pressions
environnementales sont les plus intenses, 59 % des
milieux des sites de l?Atlantique, Manche et mer du
Nord, ainsi que 50 % de ceux de la Méditerranée, présen-
taient des services altérés du fait de leur dégradation.
Des milieux marins essentiels
au bien-être humain
Avec près de 11 millions de km² (dont 97 % en outre-
mer) et une présence dans tous les océans du globe
(sauf l?Arctique), la France dispose du deuxième do-
maine maritime mondial. Ces espaces sont essentiels
pour diverses activités économiques, avec 341 Mt
de marchandises transportées par voie maritime
en 2022 et 28 millions de pratiquants de sports
nautiques et subaquatiques. Ils contribuent égale-
ment à la régulation du climat, en absorbant près
d?un tiers du CO2 d?origine humaine émis chaque
année dans l?atmosphère, participent à maintenir la
qualité des eaux côtières, etc. Toutefois, les multiples
pressions engendrées par les nombreux usages de
ces milieux, associées au changement climatique,
perturbent et modifient de plus en plus la santé
et le fonctionnement des écosystèmes marins et
côtiers. En 2019, seulement 2 habitats des 29 éva-
lués dans le cadre de la directive Habitats, Faune,
Flore étaient en état de conservation favorable. Par
ailleurs, en 2022, seulement 47 % des 295 masses
d?eau littorales atteignent un bon état écologique
au sens de la directive-cadre sur l?eau [47].
Pourtant, cet écosystème assure différentes fonc-
tions écologiques : représentant 95 % des volumes
en eau mondiaux, les zones marines sont une com-
posante essentielle du cycle de l?eau, même si l?eau
contenue salée n?est pas directement consommable.
Le phytoplancton, vivant dans les océans, constitue un
30. Données de la consommation d?espaces naturels, agricoles et forestiers
du 1er janvier 2009 au 1er janvier 2023, calculées à partir des fichiers fonciers
mis à jour le 17 octobre 2024.
organisme essentiel à l?équilibre du vivant sur Terre :
il est ainsi le plus grand fournisseur d?oxygène de
notre planète, produisant entre un tiers et la moitié
de l?oxygène, via le processus de photosynthèse.
Par ailleurs, avec les macro-algues, il transforme les
éléments nutritifs en une biomasse accessible aux
autres espèces animales et végétales. Enfin, de par
leur diversité, les milieux marins français abritent
une biodiversité riche et diversifiée.
L?écosystème marin est une source de nombreux
produits alimentaires, comme les poissons, les crus-
tacés, les mollusques, les algues, etc. Les produits
de la mer constituent au moins 20 % de l?apport
quotidien en protéines animales pour plus de 3,3 mil-
liards de personnes dans le monde [48]. En France,
la consommation moyenne annuelle par Français
est de 33,5 kg [49].
D?autres productions marines peuvent être utili-
sées dans divers secteurs économiques. Avec 70 000
à 90 000 t d?algues fraîches récoltées chaque année
en France, l?algoculture offre par exemple une al-
ternative d?engrais naturel mais aussi une source
d?iode de plus en plus prisée. En Polynésie française,
la perliculture constitue la 2e ressource économique
de l?archipel. En 2022, sur 7 646 ha d?exploitations
produisant près de 9 t de perles, l?activité a généré
plus de 50 M¤ de recettes [50].
Avec plus de 10 % de la population métropolitaine
vivant sur le littoral et 41 % des nuitées touristiques
estivales en 2023 [51], les zones marines et côtières sont
des lieux de quiétude privilégiés pour leurs valeurs
sociales et culturelles. Ainsi, les Français peuvent dé-
couvrir les paysages remarquables du littoral à travers
les 5 800 km de sentiers de randonnée en France (dont
450 dans les Outre-mer) [52]. Le tourisme stimule éga-
lement d?autres activités qui valorisent la biodiversité
marine et littorale, comme la plongée sous-marine qui
a attiré 340 000 pratiquants en 2022, dont près de
la moitié était des plongeurs licenciés. Enfin, durant
la période estivale, le nombre de pratiquants de la
pêche en mer de loisir (à pied ou à canne) en France
métropolitaine est estimé à 2,7 millions de personnes.
Cependant, l?attrait touristique et culturel des éco-
systèmes marins les menace. Entre 2009 et 2022,
34 500 ha ont été urbanisés au sein des communes
littorales de France (25 021 ha pour les communes
littorales de France métropolitaine et 9 436 ha pour
les communes littorales des DROM, hors Mayotte)30.
De plus, les milieux littoraux, même ceux protégés,
sont de plus en plus fréquentés. Ainsi, le parc national
des Calanques a enregistré près de 3 millions de visites
durant la période estivale en 2023, contre 800 000
avant la création du parc en 2012.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ112
LES ENJEUX DE BIODIVERSITÉ
ET LA SOCIÉTÉ
La France mobilise des politiques publiques et
renforce les mesures de conservation pour lutter
contre l?érosion de la biodiversité et répondre à
une préoccupation citoyenne grandissante. Dans
un contexte de développement et d?aménagement
du territoire, ces actions reflètent une volonté de
concilier impératifs environnementaux et enjeux
socio-économiques.
Des engagements pris dans
les politiques publiques
Face au déclin de la biodiversité et malgré la mise
en place de politiques de préservation, l?IPBES
recommande un « changement transformateur »
pour améliorer notre relation avec la nature. Cette
approche inclut quatre actions nécessaires pour
préserver la biodiversité :
? la protection et la restauration des espaces naturels ;
? la réduction des pressions sur la biodiversité ;
31. À cette époque le terme biodiversité n?était pas encore apparu.
En novembre 2023, le gouvernement français
a adopté la Stratégie nationale biodiversité
(SNB) 2030. Elle concrétise l?engagement de
la France à stopper puis inverser la trajectoire
d?effondrement de la biodiversité en accord
avec le cadre mondial de la biodiversité, adopté
en décembre 2022 à Montréal lors
de la 15eConférence des Parties (COP15)
à la convention sur la diversité biologique.
Des engagements forts ont ainsi été pris par la
France à l?horizon 2030, en lien avec l?UE, pour:
? réduire de moitié le risque global lié aux
pesticides;
? restaurer 30% des écosystèmes terrestres et
maritimes dégradés;
? protéger 30% du territoire
national, terrestre et marin, dont
10% en protection forte;
? réduire de 50% l?établissement des espèces
exotiques envahissantes;
? stopper l?extinction des espèces due aux
activités anthropiques d?ici 2050.
La SNB se décline en 4 axes
(40 mesures et plus de 200 actions):
? réduire les pressions qui s?exercent sur la
biodiversité;
? restaurer la biodiversité dégradée partout où
c?est possible;
? mobiliser tous les acteurs;
? garantir les moyens d?atteindre ces ambitions.
La Stratégie nationale biodiversité 2030
? la réorganisation de l?économie et des systèmes
de production ;
? la transition vers des styles de vie et des villes
durables.
En France, dès 1923, un collège de naturalistes
réunis à Paris lors du 1er Congrès international de la
nature alertait sur une dégradation importante de
la nature31 à l?échelle internationale marquée par
des extinctions d?espèces, comme le dodo, ainsi
que l?artificialisation des paysages. Ce n?est toute-
fois qu?au début des années 1960 que sont créés
en France la première réserve naturelle nationale
(Luitel en 1961) et le premier parc national (Vanoise
en 1963). Dès lors, le réseau d?aires protégées n?a
cessé de s?enrichir jusqu?en 2018 avec la création
des arrêtés de protection d?habitats naturels.
Tout au long de ces années, plusieurs critères
permettent de délimiter les espaces protégés : l?abon-
dance du vivant, de la biomasse et des fonctions
écologiques, la richesse en espèces menacées, les
113POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
sites de migration ou de reproduction (processus
biotiques), l?originalité des communautés animales,
végétales et micro-organiques, les rôles de corridor
entre espaces préservés, ou encore la faible modifi-
cation du milieu naturel par les humains.
En parallèle de cette dynamique de création
d?outils de protection diversifiés et complémen-
taires, diverses stratégies nationales de protection
sont mises en place, dont la stratégie nationale
pour les aires protégées (SNAP). Adoptée en 2021,
cette stratégie prévoit de protéger 30 % du territoire
national, terrestre et marin, d?ici 2030 et d?avoir
10 % de son territoire couvert par un dispositif de
protection forte [53]. En 2024, la France a dépassé
son objectif de protection du territoire : 33 % du
territoire national, maritime et terrestre, est couvert
par une aire protégée, soit 363 Mha sur 1 Mdha.
4,2 % (soit 46 Mha) est sous protection forte en
2024, contre 1,8 % en 2021.
Afin de maintenir l?équilibre des écosystèmes et
assurer la durabilité des ressources naturelles, notam-
ment au sein de ces espaces protégés, les espèces
animales et végétales font l?objet de nombreuses
mesures de protection. En ratifiant des conven-
tions internationales (convention de Berne et de
Bonn, AEWA, convention sur la diversité biologique,
convention CITES, etc.), la France s?est engagée à
assurer le maintien voire la restauration dans un
état de conservation favorable des espèces mena-
cées d?extinction sur la liste rouge mondiale et à
contrôler le commerce des espèces sauvages. Ces
mesures incluent l?interdiction de la chasse, la pêche,
la cueillette, la destruction ou le déplacement de
ces espèces, afin d?assurer leur pérennité.
En 2023, 4 % de l?ensemble des espèces sont
protégés dans au moins une partie du territoire
français. Outil stratégique opérationnel [56], le plan
national d?action en faveur des espèces menacées
(PNA) est mobilisé lorsque les autres politiques pu-
bliques environnementales (mise en place d?espaces
protégés, etc.) ont été jugées insuffisantes pour
conserver ou rétablir une espèce sauvage menacée
ou d?intérêt particulier. Il répond ainsi aux exigences
des directives européennes « Oiseaux » et « Habi-
tats, Faune, Flore » de maintien et/ou restauration
Convention sur
le commerce
international des
espèces de faune et de
flore sauvages menacées
d?extinction (CITES)
La CITES encadre le commerce international
de plus de 40 000 espèces animales et
végétales (6 610 espèces animales et 34 310
espèces végétales). Cette convention vise
à garantir que le commerce international
des animaux et des plantes inscrits dans ses
annexes, vivants ou morts, ainsi que de leurs
parties et de leurs produits dérivés ne nuise
pas à la conservation de la biodiversité et
repose sur une utilisation durable des espèces
sauvages. Cet accord compte actuellement
183 Parties dont la France (1978).
Entre 2008 et 2017, les contrôles réalisés
ont donné lieu à 3 342 saisies animales
(chardonnerets, pythons, servals, perroquets,
mygales, etc.). Ces espèces qui font
l?objet de trafics d?opportunité servent
principalement à autofinancer des élevages
d?animaux par des passionnés. Ce type de
trafic constitue la principale menace pour
les espèces considérées. Le volume de
saisies susmentionné inclut aussi de l?ivoire
d?éléphant, entre autres. Entre 2022 et 2023,
l?opération conjointe LAKE, coordonnée
par Europol, a permis de démanteler un
réseau international de trafic illégal d?une
espèce protégée, la civelle d?Europe (Anguilla
anguilla). La collaboration de plus de 30pays
a permis l?arrestation de 256personnes
responsables d?un trafic d?environ 25t de
civelles vivantes d?une valeur équivalente à
13M¤ à destination du marché chinois [54].
Par ailleurs, par son positionnement
géographique, la France représente une zone
de transit et un pays de destination pour
le marché noir d?espèces végétales rares et
menacées. Entre 2019 et 2020, des contrôles
ciblés ont ainsi permis de mettre à jour un
réseau de commerce de crèmes pour la peau
utilisant une orchidée rare Vanilla imperialis
inscrite à l?annexe II de la CITES (près de
17000articles ont été saisis) [55].
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ114
É
C
L
A
IR
A
G
E Protéger des
espaces naturels
tout en associant
la population
INTERVIEW BRUNO MOUNIER, directeur de
la Fédération des conservatoires d?espaces
naturels et PIERRE MOSSANT, directeur du
Conservatoire d?espaces naturels d?Auvergne
Quelles actions sont menées au sein des
Conservatoires des espaces naturels?
B. M ? P. M - Depuis 45 ans, les conservatoires
d?espaces naturels (CEN) préservent et mettent en
valeur le patrimoine naturel et paysager autour
de projets de territoires avec une méthode basée
sur la concertation citoyenne, professionnelle
et publique. S?appuyant sur un réseau de près de
4?500 sites en France couvrant plus de 300 000 ha,
les CEN développent des actions autour de
cinq axes que sont la connaissance, la protection,
la gestion, la valorisation et l?accompagnement
des politiques publiques.
À travers un exemple, pouvez-vous montrer
comment la préservation d?un site peut devenir
un projet collectif?
B. M ? P. M - Le marais du Cassan-Pretegarde,
situé à l?ouest d?Aurillac, fait l?objet d?actions de
protection, restauration et valorisation portées
par le CEN d?Auvergne depuis 25 ans. Ce marais
et le bassin-versant de la rivière Auze abritent
des milieux naturels, une faune et une flore rares
et protégées. Ces espèces sont majoritairement
présentes au sein de parcelles agricoles, utilisées
par des éleveurs via un pâturage. L?ensemble du
bassin-versant comprend un réseau de zones
humides dont le rôle est majeur au regard de la
ressource en eau dans le territoire. Par ailleurs, le
marais offre des paysages variés appréciés par la
population locale. Souhaitant engager des actions
pérennes en faveur du marais, les élus locaux
ont créé le syndicat intercommunal à vocation
unique (SIVU) Auze Ouest Cantal pour mettre en
oeuvre différentes démarches de sauvegarde du
marais. C?est à ce titre qu?ils ont mobilisé le CEN
Auvergne.
Quelles actions ont été mises en place?
B. M ? P. M - Au-delà de l?inscription de la
protection du site dans les politiques publiques,
le CEN s?est appuyé sur des outils de maîtrise
foncière. Ainsi près de 400 ha ont été classés
en «espaces naturels sensibles» par le Conseil
départemental avant de rejoindre le réseau
Natura 2000 en 2004. À cette occasion, le CEN a
par ailleurs participé à la rédaction du document
d?objectifs de ce site et en est l?animateur. Le
CEN a également acquis 16 ha de landes par des
moyens privés issus de mesures compensatoires
liées à un aménagement voisin. 36 ha ont été
aussi préservés dans le cadre d?une convention
avec la commune Lacapelle-Viescamp et l?Office
national des forêts. Enfin, plusieurs conventions
ont été signées avec différents propriétaires
(principalement agricoles) pour la réalisation de
travaux de restauration du site.
Comment sont impliqués les différents acteurs
locaux?
B. M ? P. M - L?ensemble des travaux menés
par le CEN s?appuie sur une démarche multi-
partenariale ayant pour objectif commun la
préservation du patrimoine naturel du territoire
et le maintien d?une agriculture durable. Sur
le plan technique, le SIVU Auze Ouest Cantal,
la Fédération de pêche du Cantal, le Centre
permanent d?initiatives pour l?environnement de
Haute-Auvergne et le groupe Odonat?Auvergne
sont parties prenantes. Sur le volet financier, le
CEN Auvergne s?est appuyé sur des financements
de l?État, de l?UE, de l?Agence de l?eau Adour-
Garonne, de la Région, du Conseil départemental,
de l?Office français de la biodiversité, de
la Fondation du Patrimoine et de la Fédération
de pêche.
Au-delà de la conservation du site, quels autres
bénéfices voyez-vous au projet?
B. M ? P. M - Avec l?aménagement d?un sentier
de découverte pédagogique et d?un sentier tour
du marais, et l?organisation de nombreuses
manifestations pour les citoyens (chantiers
participatifs, accueil d?étudiants, opération
«mon été au marais», etc.), le marais du Cassan-
Prentegarde prouve que la préservation d?un site
porté par des élus peut trouver écho auprès de la
population locale.
115POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
des espèces communautaires. En 2024, la France
comptait 74 PNA en vigueur (55 en métropole et 19
en outre-mer) [57] à différents stades allant du projet
à la mise en oeuvre et l?évaluation.
Depuis 2007, 18 expériences de réintroduction
d?espèces animales ou végétales ont été mises en
oeuvre au sein des parcs nationaux [58]. Parmi elles,
la réintroduction du gypaète barbu, un vautour
disparu au début du siècle dernier en France, fait
figure de réussite : l?opération de réintroduction
menée conjointement avec la LPO Grands Causses
a permis son retour dans les massifs alpins où sont
dénombrés en moyenne 15 à 19 naissances par an
depuis 2015 (24 naissances sur le seul Parc national
de la Vanoise entre 2015 et 2023 et une première
naissance recensée depuis 100 ans dans le Parc na-
tional des Écrins en 2024) [59].
Autrefois omniprésents dans les cours d?eau fran-
çais, le castor d?Europe (Castor fiber) et la loutre
d?Europe (Lutra lutra) ont vu leur population consi-
dérablement régresser au cours des siècles passés
dû à leur destruction directe, la perte de leurs ha-
bitats et la pollution. À la fin du XXe siècle, seules
quelques dizaines de castors et moins de 1 000 loutres
étaient recensés. Leur statut de protection récent
au niveau national (1968 pour le castor et 1981 pour
la loutre) a permis de les revoir progressivement
dans les milieux humides de l?Hexagone. En 2020,
62 % du territoire métropolitain (hors Corse) était
occupé par le castor d?Europe, la loutre d?Europe
ou les deux espèces [60].
Un autre succès concerne la flore, avec la réintro-
duction de Phyllca arborea sur l?île Amsterdam, dans
la réserve naturelle nationale des Terres australes
françaises. Alors que la plante couvrait 1 500 ha sur
l?île au XVIIe siècle, elle avait presque disparu en 1988
ne couvrant plus que 10 ha environ. Depuis 2010,
le programme de réintroduction de cette plante a
permis de tripler la présence de l?espèce sur l?île,
avec 5 622 plantations réalisées entre 2010 et 2018
[61]. Certaines réintroductions ne rencontrent pas le
même succès : en 2016, la réintroduction d?un couple
de lamantins dans le parc national de Guadeloupe
s?est soldé par un échec.
La biodiversité mieux prise
en compte dans les projets
d?aménagement
Depuis l?adoption de la loi pour la reconquête de la
biodiversité, de la nature et des paysages en 2016,
tout projet d?aménagement a l?obligation de mettre
en oeuvre le principe « éviter, réduire et compenser ».
Ainsi, tout aménageur doit chercher en premier à
éviter les atteintes à la biodiversité.
Les impacts qui n?auront pas pu être évités devront
être réduits grâce à la conception appropriée du pro-
jet. Parmi les mesures de réductions, se trouvent les
passages à faune. Ils permettent de reconnecter des
habitats fragmentés par des infrastructures comme les
routes, les voies ferrées ou les barrages, réduisant ainsi
Dynamique de présence de la loutre et du castor d?Europe
Source : SFEPM. Traitements : Tour du Valat, OFB et SDES, 2024
Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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Avant 2000 Entre 2000 et 2010 Entre 2011 et 2020
Présence de la loutre et du castor Présence du castor seul Présence de la loutre seule
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POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ116
Trame verte et
bleue : intégrer la
biodiversité dans
l?aménagement
du territoire
La fragmentation des habitats naturels est une cause
majeure d?érosion de la biodiversité. Celle-ci entrave
les déplacements de la faune, affecte le déroulement
du cycle de vie des espèces et provoque une
mortalité directe par collisions. Pour réduire cette
pression, des réseaux écologiques sont déployés.
En France, le ministère chargé de la Transition
écologique porte une politique publique visant à
développer un réseau de continuités écologiques
terrestres et aquatiques afin de mieux prendre
en compte la biodiversité dans l?aménagement
du territoire: la trame verte et bleue (TVB). Cette
politique est mise en oeuvre dans les territoires à
tous les échelons par les collectivités territoriales
(conseils régionaux, EPCI, communes, etc.). Ce
réseau intègre les réservoirs de biodiversité mais
aussi les corridors écologiques, espaces de vie et
de déplacement des espèces. La «trame verte»
concerne les milieux naturels et semi-naturels
terrestres, tandis que la «trame bleue» se rapporte
aux milieux aquatiques et humides.
D?autres trames ont fait l?objet d?attention et
se sont largement développées ces dernières
années. C?est le cas de la trame noire qui vise à
réduire l?impact de la pollution lumineuse sur
la biodiversité. De plus en plus de territoires
se dotent d?une trame noire et prévoient des
actions de préservation de la biodiversité
nocturne en limitant et révisant leur éclairage
artificiel. Il faut noter que depuis la loi Climat
et résilience, les orientations d?aménagement
et de programmation spécifiques à la TVB sont
devenues obligatoires dans les plans locaux
d?urbanisme intercommunaux, où les continuités
écologiques doivent être prises en compte.
Dès 2017, un premier réseau de TVB a été
cartographié, via les schémas régionaux
de cohérence écologique désormais
partie intégrante des schémas régionaux
d?aménagement (SRADDET, etc.). Ces schémas
identifient 29% du territoire continental
français comme des réservoirs de biodiversité,
ce qui représente 15,7 Mha. 50717km de
corridors ont été catalogués en trame verte
ainsi que 271180km de cours d?eau (soit 54%
de la longueur totale des cours d?eaux recensés
dans la base BD Carthage). Les documents
d?urbanisme doivent s?appuyer sur les schémas
régionaux d?aménagement pour décliner à
l?échelle locale et intégrer, le cas échéant, les
enjeux de continuités écologiques propres au
territoire concerné.
É
C
L
A
IR
A
G
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Exemple schématique
des continuités
écologiques et de leurs
éléments impactants
Réservoir
de biodiversité
Ex : mare
Points
noirs
Réservoir
de biodiversité
et corridor
Cours d?eau
Réservoir
de biodiversité
Ex : forêt
Corridors
écologiques
Élément
fragmentant
Village
Réservoir de
biodiversité
Ex : bois
Réservoir de
biodiversité
Ex : bois
Élément
fragmentant
Route
Source : Cerema, 2023
117POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
le risque de collisions avec les véhicules et peuvent
prendre plusieurs formes, telles que des ponts vé-
gétalisés, des tunnels, etc. En 2022, le réseau Vinci
dénombrait plus de 1 800 passages à faune sur son
réseau de 9 200 km d?autoroutes. En 2023, le Cerema,
les parcs nationaux des Écrins et des Cévennes et le
ministère chargé de l?Environ nement ont développé
un système d?information sur les passages à faune
comprenant des informations relatives à leur état et à
leur fonctionnalité (opérationnel depuis début 2024).
Enfin, en dernier ressort, la perte nette de biodi-
versité qui n?aura pas pu être évitée ou réduite doit
être compensée. Ces mesures de compensation se
concrétisent par des actions de réhabilitation, de
restauration ou de création de milieux et doivent être
complétées par des mesures de gestion conservatoire.
Entre 2016 et 2023, 6 564 mesures de ce type ont été
prescrites en France, dont 41 dans les Outre-mer [62].
Une préoccupation citoyenne
croissante
Chaque année, la protection de la biodiversité béné-
ficie de moyens financiers dédiés. En 2021, 3,3 Md¤
(soit 0,13 % du PIB) ont été affectés à différentes
opérations telles que la restauration de milieux na-
turels, la réintroduction d?espèces menacées ou la
gestion d?espaces protégés. L?État et les collectivités
locales contribuent à près des deux tiers (62 %),
suivis par les entreprises (18 %) et les ménages et
associations (14 %). L?Europe participe également à
hauteur de 6 %, via des fonds européens, tels que le
Fonds européen agricole pour le développement rural
[63]. En élargissant le périmètre à d?autres politiques
(adoption de pratiques agricoles favorables, lutte
contre l?artificialisation des sols, politique du grand
cycle de l?eau), l?effort financier des pouvoirs public
en faveur de la biodiversité est estimé pour la même
année à 4,7 Md¤ [64]. Et, sur la base du passage en
revue de l?ensemble des dépenses de l?État à l?aune
de leur possible effet favorable à la biodiversité, le
montant s?élève à plus de 12 Md¤ [65].
La prise de conscience et la mobilisation de la
société progressent également. 52 % des Français
estiment que l?état de la nature s?est dégradé près
de chez eux au cours des dernières années [66].
39 % font par ailleurs état d?un haut niveau de préoc-
cupation à l?égard de la disparition de la biodiversité.
De même, 41 % des personnes interrogées jugent
qu?il « est déjà trop tard pour espérer préserver la
nature » [67]. Ce fatalisme n?est pas pour autant un
frein à l?action. Ainsi, le nombre de citoyens s?en-
gageant dans des programmes de sciences partici-
patives sur la biodiversité a fortement augmenté,
passant de 20 000 participants actifs en 2011 à plus
de 132 000 en 2023 [68]. L?objectif de ces programmes
est notamment d?obtenir des données sur la nature
et la biodiversité, de produire des outils de sensi-
bilisation et d?éducation à la nature, et de former
une communauté pour mobiliser les citoyens autour
d?enjeux liés à la biodiversité.
Les différents acteurs de la société peuvent être
également sensibilisés à travers des actions plus
mobilisatrices. Parmi elles, les atlas de biodiversité
communale (ABC), basés sur un inventaire des mi-
lieux et des espèces présents sur un territoire donné.
Impliquant l?ensemble des acteurs (élus, citoyens,
associations, entreprises, etc.), ces outils d?informa-
tion et d?aide à la décision facilitent l?intégration
des enjeux de la biodiversité dans les démarches
d?aménagement et de gestion. Depuis 2010, 954
projets d?ABC ont vu le jour couvrant 3 997 com-
munes réparties sur toute la France [69].
Mises en place en 2012, la France compte
983 aires éducatives terrestres et marines en 2024.
Restreintes à de petits territoires, ces aires sont
gérées de manière participative par des élèves d?un
établissement scolaire. Encadrés par leurs enseignants
et une structure de l?éducation à l?environnement,
les élèves se réunissent sous la forme d?un conseil
qui prend toutes les décisions concernant leur aire
éducative.
Enfin, chaque citoyen peut dorénavant s?approprier
les enjeux liés à la préservation de la biodiversité à
travers différents cours en ligne ouverts et massifs
(MOOC) développés par le MNHN ou l?OFB, par des
associations (WWF, Ligue de protection des oiseaux,
etc.) ou encore par des entreprises spécialisées dans
la formation professionnelle.
https://passagesfaune.fr/
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ118
Pourquoi limiter l?étalement
urbain ?
Entre 2009 et 2022, près de 25 000 ha (soit l?équivalent
de 35 000 terrains de football) ont été « consommés »
en moyenne chaque année, c?est-à-dire sont passés
d?une destination agricole, forestière ou naturelle
à une destination autre (habitation, infrastructure,
etc.) [70]. Même si une partie des parcelles consom-
mées ne sont pas imperméabilisées (espaces verts,
jardins), celles-ci ne peuvent plus fournir tous les
services écosystémiques initiaux : production ali-
mentaire, notamment pour les anciennes ceintures
maraîchères et plaines alluviales ; « puits de carbone »
pour les sols des prairies permanentes, des milieux
naturels et des forêts ; capacité des sols à filtrer
l?eau ; recharge des nappes phréatiques et stockage
naturel de l?eau, etc.
L?artificialisation a également un impact sur la
biodiversité : les zones urbaines, et les infrastruc-
tures de transport qui leur sont associées, détruisent
directement les habitats de nombreuses espèces
animales et végétales. De même que les clôtures
de jardin, elles constituent aussi des obstacles à la
libre circulation de certaines espèces animales qui
ne peuvent plus se reproduire et se nourrir correc-
tement.
Un difficile abandon du modèle
de construction pavillonnaire
Sur la période 2009-2022, la consommation d?es-
paces est en premier lieu destinée à l?habitation
(63 %). Viennent ensuite les activités économiques
(logistiques, commerces, industrie, mais aussi bâ-
timents agricoles) ? (23 %) puis les infrastructures
routières (6 %) et ferroviaires (1 %). Avec la hausse
de la population (+ 4,2 % entre 2009 et 2019) et la
baisse de la taille moyenne des ménages (2,17 per-
sonnes par ménage en 2020, contre 2,28 en 2009),
l?augmentation du parc des résidences principales
(+ 8,8 % entre 2009 et 2019) explique deux tiers de la
consommation d?espaces liée à l?habitat [71]. Celle-ci
s?explique aussi par l?augmentation du nombre de
résidences secondaires (3,1 millions en 2021) et des
logements vacants (3,7 millions en 2021). Selon les
dernières projections de l?Insee, l?augmentation du
nombre de ménages en France devrait se poursuivre
de manière moins marquée pour atteindre 32 à
36 millions de ménages en 2050, contre 30 millions
en 2018 [72]. L?évolution des comportements de co-
habitation deviendrait le principal moteur de cette
augmentation (forte progression du pourcentage
d?adultes vivant seuls), du fait du ralentissement
de la croissance de la population.
Repenser la façon
de se loger pour limiter
l?impact sur la biodiversité
L?étalement urbain à l?oeuvre depuis un demi-siècle
a engendré une très importante artificialisation
des sols. Face aux impacts de ce phénomène, la France
s?est fixée des objectifs. Mais limiter l?artificialisation
a des conséquences sur nos modes de vie. Les
collectivités locales, chargées de la planification et
de l?urbanisme, sont en première ligne pour engager
les transformations nécessaires.
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119POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
L?extension des zones urbaines sur le modèle
de la zone pavillonnaire, avec maison individuelle
et jardin, a démarré dans les années 1970 et s?est
longtemps poursuivie. Ainsi, sur la période 2009-
2020, 51 % des surfaces consommées en vue de la
construction de logements ont été utilisées pour
des projets résidentiels de moins de 8 logements par
hectare, ces projets ne représentant toutefois que
18 % du total des logements construits. Ces petites
opérations, de faible densité et souvent limitées à
une ou deux maisons se situent principalement dans
des communes rurales [73].
La maison individuelle reste fortement plébisci-
tée : les trois quarts des locataires désirant devenir
propriétaire souhaiteraient acquérir une maison
individuelle, et un quart envisagent même de la
faire construire [74]. S?ils devaient déménager dans
un nouveau logement à l?avenir, 44 % des Français
jugent « tout à fait prioritaire » que celui-ci dispose
d?un jardin. Néanmoins, la proximité des services
(commerces, services publics, transports collectifs),
Moyenne : France métropolitaine
Locataire
Accédant à la propriété
56-65 ans
18-25 ans
Vit dans une zone rurale
Vit en agglomération parisienne
Vit en maison individuelle
Vit en appartement
Très souhaitable
Pas souhaitable du tout
Plutôt souhaitable
Pas de réponse
Plutôt pas souhaitable
39 % 47 % 9 % 3 %
38 % 46 % 9 % 6 %
43 % 43 % 7 % 4 %
35 % 48 % 12 % 3 %
46 % 41 % 7 % 3 %
35 % 49 % 12 % 3 %
43 % 45 % 8 % 4 %
37 % 49 % 10 % 2 %
42 % 44 % 8 % 5 %
Est-il souhaitable de réguler la construction de nouveaux bâtiments
pour lutter contre l?artificialisation des sols ?
Note : réponse à une enquête faite auprès d?un panel représentatif de 2 010 Français.
Source : Sciences Po, SDES, Baromètre Elipss Environnement, décembre 2023
qui caractérise les tissus urbains plus denses, est
également un critère de choix, notamment (mais pas
seulement) pour les personnes âgées ou modestes.
Dans les faits, la situation évolue : en 2019, les maisons
ne représentaient plus que 43 % des 374 000 loge-
ments neufs contre 61 % des 371 000 logements
neufs en 2000 [75]. Par ailleurs, la société française
semble plutôt bien disposée à l?égard des mesures
visant à lutter contre l?artificialisation des sols.
Penser autrement
l?aménagement urbain
L?objectif de zéro artificialisation nette, inscrit dans
la loi Climat et résilience de 2021, donne un cadre
clair et une portée mesurable et contrôlable à une
volonté déjà ancienne de mieux gérer le foncier et de
limiter la consommation d?espaces naturels agricoles
et forestiers. Les documents de planification et d?ur-
banisme doivent intégrer des objectifs de sobriété
foncière adaptés aux contextes locaux.
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ120
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Pour limiter la consommation d?espaces en extension
urbaine, trois leviers peuvent être activés :
? augmenter le taux de renouvellement urbain :
revitalisation des centres urbains, réduction
de la vacance, réhabilitation du bâti ancien,
construction dans des dents creuses notamment
dans les communes rurales, transformation
d?immeubles de bureaux en logements, le
cas échéant utilisation d?anciennes friches
industrielles ou commerciales etc. ;
? augmenter la densité des opérations nouvelles
en proposant des habitats individuels groupés
ou des habitats collectifs ;
? accroître le taux d?occupation des logements
(sous-occupation des trois quarts des logements
selon le plan bâtiment durable), limiter le
nombre de résidences secondaires, etc.
Divers programmes existent pour accompagner
les collectivités en fonction de leur situation (Action
coeur de ville, programme Petites villes de demain,
nouveau programme national de renouvellement
urbain, programme national de requalification des
quartiers anciens dégradés, fonds friche, etc.). Par
ailleurs, plusieurs organismes peuvent apporter
leurs compétences et financements (Cerema, FNAU,
CAUE, ANCT, Ademe, établissements publics fon-
ciers, établissements publics d?aménagement et
autres aménageurs publics, etc.) [76]. De nombreuses
ressources sont mises à disposition sur le portail de
l?artificialisation des sols.
Les collectivités sont tiraillées entre plusieurs
enjeux: répondre à la demande en logements,
renforcer l?attractivité du territoire, favoriser
la mixité sociale et fonctionnelle, améliorer le
cadre de vie et préserver les sols. L?élaboration
de documents d?urbanisme, comme le SCoT, le
PLU(i), la carte communale, ou d?un programme
local de l?habitat (PLH), offre l?opportunité
de trouver un équilibre entre densification,
préservation et renaturation des espaces.
Les expériences montrent qu?en mobilisant
les habitants, les acteurs, les experts et
les élus, des solutions peuvent être inventées
pour répondre aux impasses constatées en
matière de logement et de sobriété foncière.
Ainsi sur Rennes [77], la concertation organisée
en 2022 dans le cadre de la préparation du PLH
a donné la parole à des locataires, étudiants,
jeunes ouvriers, couples d?actifs comme à des
personnes forcées de dormir chez des amis
ou dans leur voiture ou encore à des petits
propriétaires bailleurs. Les débats ont fait bouger
en direct les lignes de partage, donnant à la fois
plus d?audace et plus de marges de manoeuvre
aux décideurs. Si les réticences sont fortes
concernant certaines formes de densification,
celle-ci peut être bien vécue si elle amène une
intensité de fonctions et services. L?objectif est
de compenser la densification par des bénéfices
tangibles: création d?espaces de nature, services
supplémentaires pour les habitants, logements
avec un extérieur, auto-partage, jardins partagés,
espaces publics et voiries végétalisés, etc.
Rennes : imaginer l?urbanisation
de demain grâce à la concertation
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/
121POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ
[1] Livret INPN Espèces, INPN, 2023
[2] Évolution du volume de données
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[3] SDG Indicators Database 15.5.1, Nations
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[4] L?IRD célèbre l?année internationale
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[5] Bilan de l?état de santé des récifs
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[6] Les mangroves à travers le temps. Pôle
Relais zones humides tropicales, 2022
[7] Les herbiers marins d?outre-mer :
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[9] A.F. de Lima R. et al., 2020. The erosion
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[10] Environnement : 41 % des savanes
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[11] Vermard Y., Ulrich C., 2024. Bilan 2023
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pour le cycle 3 au titre de la DCSMM
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disponible à ce jour)
[13] Pollution et biodiversité. FRB, 2022
[14] Impacts des produits
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[17] Le changement climatique influe sur la
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[18] Le frelon asiatique s?est installé dans le
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[21] Eurométropole Strasbourg. Rapport de
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Eaufrance
[40] Quels services nous apportent les zones
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[43] Les milieux humides et aquatiques
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[46] Enquête sur le cyclotourisme réalisée
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[51] Saison touristique d?été 2023. Insee
[52] Le sentier du littoral sur les côtes
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https://www.ign.fr/publications-de-l-ign/institut/kiosque/publications/docs_thematiques/memento-2024.pdf
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https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/levaluation-francaise-ecosystemes-services-ecosystemiques
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https://foret.ign.fr/themes/les-incendies-de-foret-et-de-vegetation
https://agriculture.gouv.fr/le-front-dexpansion-de-la-chenille-processionnaire-du-pin-progresse-toujours
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https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/infographie-foret-neutralite-carbone-151861.html
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https://www.notre-environnement.gouv.fr/IMG/pdf/efese_usages_recreatifs.pdf
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https://www.eaufrance.fr/les-lacs-etangs-et-autres-plans-deau
https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/quels-services-nous-apportent-les-zones-humides
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https://www.zones-humides.org/sites/default/files/images/JMZH/DP%20JMZH%202024.pdf
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https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/publications/Théma%20-%20La%20sequestration%20de%20carbone%20par%20les%20ecosysteme.pdf
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https://www.notre-environnement.gouv.fr/donnees-et-ressources/ressources/publications/article/efese-les-milieux-humides-et-aquatiques-continentaux
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http://www.federationpeche.fr/6057-chiffres-cles-2022-de-la-peche-en-france.htm
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-de-la-mer-et-du-littoral-edition-2024
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https://www.msc.org/docs/default-source/fr-files/msc_insights_jan20201_final-france.pdf?sfvrsn=d1208a1f_4
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https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/67037/document/CC_pêche_aqua%20_FR.PDF?version=6
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https://www.ressources-marines.gov.pf/2023/06/12/statistiques-la-perliculture/
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https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045551000
POLLUTIONRESSOURCES CLIMAT BIODIVERSITÉ122
[54] Réussite d?une opération de lutte contre
le commerce illégal de l?anguille d?Europe.
Cites, 2023
[55] État de la menace liée à la criminalité
environnementale, Gendarmerie
nationale (OCLAESP), 2022
[56] Plans nationaux d?actions en faveur
des espèces menacées (PNA), MTE
[57] Plans nationaux d?actions en faveur
des espèces menacées (PNA) ? Tableau
de suivi
[58] Les Parcs nationaux de France, chiffres
clés, édition 2021, CGDD, Datalab, 2021,
pp. 52-53
[59] Le gypaète barbu se réinstalle dans le
Vercors, WWF, 2023
[60] Indicateurs ONB sur castor et loutre
[61] Réserve naturelle terres australes
françaises : indicateurs 2018, p. 38
[62] Les mesures compensatoires des atteintes
à la biodiversité. Géoportail
[63] Bilan environnemental de la France -
Édition 2023, CGDD, Datalab, 2024
[64] Le financement de la stratégie nationale
pour la biodiversité (SNB) pour 2030, IGF,
IGEDD, 2022
[65] Rapport sur l?impact environnemental
du budget de l?État, CGDD, 2022
[66] Opinions des Français sur l?environnement
en 2023. CGDD, 2024
[67] Baromètre Elipss Environnement,
Sciences Po ? SDES, décembre 2023
[68] Évolution de l?implication des citoyens
dans les sciences participatives liées à la
biodiversité. Naturefrance
[69] Recensement des atlas de la biodiversité
communale de France métropolitaine et
d?outre-mer. Naturefrance
[70] Données fiscales retraitées par le
Cerema, dites « fichiers fonciers » et
mises à disposition par l?État en tant que
données nationales de référence de suivi
de la consommation d?espaces
[71] Le besoin en résidences principales,
premier facteur de transformation des
espaces naturels, agricoles et forestiers
pour l?habitat, Insee Première, n° 1976,
décembre 2023
[72] De 2 à 6 millions de ménages
supplémentaires en France entre 2018 et
2050, Insee Focus n° 317, 2024
Projections du nombre de ménages à
horizon 2030 et 2050 : analyse des modes
de cohabitation et de leurs évolutions,
CGDD, Document de travail, 2023
[73] La densité de logement dans les
opérations d?aménagement en extension
urbaine, Cerema, 2022, 36 p.
[74] Baromètre Habitat ? Édition 2023,
Enquête réalisée par Harris Interactive
pour Procivis et la Fondation Jean Jaurès
[75] Chiffres clés du logement - Édition 2022,
CGDD, Datalab, 2022, p. 56
[76] Zéro artificialisation nette - Fascicule 4 :
accompagner la sobriété foncière et le
recyclage urbain, MTECT, 2023
[77] Morice J. 2024. Reprendre en main
logement et foncier dans les métropoles :
retour sur une expérience rennaise,
Métropolitiques
https://cites.org/fra/news/cites-sg-certificate-of-commendation-awarded-to-europol
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https://www.calameo.com/read/0027192923df920437801
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https://inpn.mnhn.fr/docs/PNA/PNA-Objectifs_exemples_brochure.pdf
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https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Tableau_general_de_suivi_des_plans_nationaux_d_action_especes_menacees.pdf
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/les-parcs-nationaux-de-france-chiffres-cles-edition-2021?rubrique=41&dossier=176
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https://www.wwf.fr/vous-informer/effet-panda/le-gypaete-barbu-se-reinstalle-dans-le-vercors
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https://www.geoportail.gouv.fr/donnees/mesures-compensatoires-des-atteintes-a-la-biodiversite
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-environnemental-de-la-france-edition-2023-0?rubrique=41&dossier=176
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https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/014389-01_rapport-publie_cle512226.pdf
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https://www.vie-publique.fr/rapport/286731-rapport-sur-limpact-environnemental-du-budget-de-letat-plf-2023
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/opinions-et-perceptions?rubrique=38
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https://data.sciencespo.fr/dataset.xhtml?persistentId=doi:10.21410/7E4/OH0RKI
https://naturefrance.fr/indicateurs/evolution-de-limplication-des-citoyens-dans-les-sciences-participatives-liees-la
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https://abc.naturefrance.fr
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https://www.insee.fr/fr/statistiques/7721436
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https://www.insee.fr/fr/statistiques/7745319
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https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/projections-du-nombre-de-menages-horizon-2030-et-2050-analyse-des-modes-de-cohabitation-et-de-leurs?rubrique=406&dossier=1196508
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https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/sites/artificialisation/files/fichiers/2022/06/Rapport%20V5.pdf
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https://harris-interactive.fr/opinion_polls/barometre-habitat-edition-2023/
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-du-logement-edition-2022?rubrique=51&dossier=1055
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/sites/artificialisation/files/inline-files/ZAN_Fascicule4.pdf
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/sites/artificialisation/files/inline-files/ZAN_Fascicule4.pdf
https://artificialisation.developpement-durable.gouv.fr/sites/artificialisation/files/inline-files/ZAN_Fascicule4.pdf
https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_morice.pdf
https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_morice.pdf
https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_morice.pdf
123
Épuisement des ressources
naturelles, pollution des
milieux, changement
climatique, déclin de la
biodiversité : ces quatre
défis écologiques majeurs
appellent des réponses
fortes, tant à l?échelle
mondiale qu?à l?échelle
locale. Pour contribuer à la
résolution de ces problèmes
environnementaux,
l?ensemble de la société
française est amené à
s?engager.
En quoi la protection de l?environnement est-elle
vraiment l?affaire de tous?
B. H- Les attentes des citoyens en direction des pouvoirs
publics pour la protection de l?environnement sont très
importantes. Interrogés pour savoir qui devrait agir en
priorité pour la protection de l?environnement, 52% des
Français citaient ainsi en 2023 les pouvoirs publics, 29 %
les entreprises et 15% seulement les ménages (SDES, 2023).
Pour autant, les pouvoirs publics ne peuvent pas agir seuls
sur ce sujet. Les citoyens et l?ensemble des organisations qui
structurent la société française ont vocation à être associés
et à agir chacun à leurs échelles. De fait, 69 % des personnes
interrogées dans la même enquête s?accordent à considérer
que «chacun doit s?investir le plus possible».
Pour autant, les logiques de disculpation et d?imputation
sont souvent des freins majeurs à l?engagement des acteurs
dans des dynamiques d?action favorables à l?environnement.
Elles font également écho aux sentiments d?inutilité et
d?impuissance exprimés à l?échelle micro-sociale face à des
enjeux planétaires qui impliquent une réaction macro-sociale.
Pour cette raison, il est essentiel de mettre en lumière et de
valoriser les initiatives variées qui oeuvrent à la transition
écologique.
Quels sont les points de blocage qui freinent une
mobilisation sociale élargie ?
B. H- Le poids des habitudes de consommation et
de production, l?attachement au progrès, les réticences à
l?égard de la remise en question des acquis de la modernité,
l?ancrage libéral des sociétés démocratiques, la volonté de
préserver ses propres intérêts ou la peur de se distinguer
des modèles dominants sont autant de motifs légitimes
de distanciation à l?égard des changements préconisés au
nom de la transition écologique. Ces différents freins se
retrouvent tout autant chez les citoyens/consommateurs que
chez les acteurs politiques ou économiques.
Si un large consensus existe au sein de la société quant à
la nécessité de transformer nos modes de fonctionnement
et si des pionniers innovent d?ores et déjà en matière de
protection de l?environnement, la diffusion élargie de
ces nouvelles façons d?agir reste toutefois assujettie à
un lent processus d?acculturation, de normalisation et
d?appropriation.
PO
ST
FA
C
E BRICE HUET
Commissaire général
au développement
durable
E
N
T
R
E
T
IE
N
POSTFACE
124
POSTFACE
Qu?en est-il de la mobilisation des entreprises?
B. H- De plus en plus conscients des risques auxquels
ils sont exposés du fait des problèmes environnementaux,
les acteurs économiques se mobilisent de plus en plus pour
adapter leurs modes de fonctionnement. Les arbitrages
entre intérêts économiques et écologiques restent
bien sûr complexes, mais ceux-ci ne privilégient plus
systématiquement les dimensions financières. Soucieux
d?articuler leurs aspirations environnementales et leur
parcours professionnel, de nombreux salariés contribuent
également de l?intérieur à la transition écologique de leur
employeur. En 2023, l?ONG Carbon Disclosure Project
(CDP)32 a évalué l?engagement environnemental de
425grandes entreprises françaises au regard de leur impact
sur le climat, les forêts ou la ressource en eau. 29 d?entre
elles ont obtenu la note maximale en matière de changement
climatique et 4 ont également été notées A pour les deux
autres aspects. L?industrie du luxe française est apparue
très présente en haut de ce classement, ainsi que certaines
banques françaises comme La Banque Postale.
Dans un registre complémentaire, 272 entreprises ont
rejoint le programme « Entreprises engagées pour la nature»
développé par l?OFB. Cette initiative se décline en trois
étapes : l?adhésion aux principes, l?engagement autour d?un
plan d?action et l?obtention de la reconnaissance à l?issue
d?un bilan. Dans les années à venir, ce dispositif permettra de
mieux identifier et de valoriser les acteurs économiques qui
s?emploient réellement à agir en faveur de la biodiversité.
Comment accompagner les changements nécessaires?
B. H - Contribuer à mettre en oeuvre un nouveau modèle
de société implique de défendre ce projet collectif et son
bien-fondé. Une telle ambition passe notamment par le
dialogue. Mais cette façon d?agir est souvent plus compliquée
qu?il n?y paraît dans une société fragmentée où la profusion
d?informations contradictoires suscite de la confusion et
du doute. Convaincre, c?est donc d?abord lutter contre les
fausses informations, les malentendus, les présupposés,
l?éco-blanchiment (greenwashing), le scepticisme et toutes les
formes de fatalisme et de résignation.
Tantôt perçu comme déstabilisant, contraignant ou coûteux,
le changement social nécessite un accompagnement, tant sur le
plan explicatif qu?incitatif. Dans bien des cas, l?évaluation sociale
des transformations en matière environnementale fait apparaître
un décalage entre le coût de la mobilisation (important et
immédiat) et les bénéfices attendus (incertains et différés).
Valoriser un nouveau modèle induit inévitablement de
prendre des distances avec celui qui prévalait auparavant.
Il en va ainsi de la sobriété. Prôner des modes de vie
plus sobres, c?est reconnaître par antonymie l?ébriété
consumériste qui prévaut depuis l?avènement de la société
de consommation. On peut ainsi adhérer à l?idée de sobriété,
sans forcément parvenir à assumer son propre rapport
addictif aux bienfaits du progrès (simplicité, confort, etc.).
Pour accompagner les transitions, l?enjeu est moins de
contourner les problèmes d?acceptabilité sociale que de
susciter une adhésion à l?égard de choix qui peuvent avoir
des conséquences parfois difficiles pour les citoyens, les
entreprises ou le monde agricole. Il est pour cela essentiel
de convaincre la société que l?intérêt général écologique à
long terme doit primer sur les intérêts particuliers à court
terme. Ce n?est pas simple pour autant. Les débats autour
de l?instauration de zones de faibles émissions, par exemple,
rappellent que l?intérêt d?un dispositif du point de vue
environnemental et/ou sanitaire ne suffit pas pour obtenir
l?assentiment général. La transformation du fonctionnement
habituel de notre société crée de l?incertitude et des
appréhensions, légitimement plus marquées pour les
citoyens en situation de précarité, les entreprises en
difficulté ou les territoires les plus vulnérables. Il est donc
essentiel d?accompagner ces transformations, en veillant à
une péréquation globale des droits (moyens accordés) et des
devoirs (exigences attendues).
Plus généralement, l?adhésion sociale aux changements
proposés pose la question de la désirabilité des transitions,
des alternatives suggérées, du modèle de société vers
lequel on se dirige, etc. En matière de consommation, cela
implique par exemple de redonner du sens à l?acte d?achat,
en interrogeant son opportunité et le rapport au monde qu?il
véhicule.
Quel rôle peut jouer l?information environnementale ?
B. H- La diffusion des connaissances et des savoirs
est cruciale à cet égard. Au-delà des travaux scientifiques
bien évidemment nécessaires, il est important de permettre
une bonne appropriation des sujets environnementaux
par l?ensemble de la population. Pour cela, l?enjeu est de
parvenir à communiquer sur des sujets complexes, sans
les simplifier à l?extrême mais en évitant un vocabulaire
trop technique. Cela implique notamment de clarifier les
rapports de causalité (entre une activité humaine et une
pression environnementale, par exemple), de hiérarchiser
les enjeux et de proposer des solutions simples et adaptées
à la multiplicité des vécus individuels et organisationnels.
Je souhaite que cette 8e édition du rapport sur l?état de
l?environnement en France participe à cette démarche, au
même titre que d?autres ressources de référence (profils
environnementaux régionaux, bilan environnemental annuel,
portail d?information notre-environnement, etc.), de travaux
de prospective (Transitions 2050 de l?Ademe) ou de formes
d?expertise citoyenne qui alimentent le débat public en
suggérant des perspectives de transition.
32. CDP & Oliver Wyman (2024), Get the money moving. Meeting the
European corporate transition challenge, CDP Europe Report 2023,
March 2024, 32 p.
https://www.cdp.net/en/research/cdp-europe-reports/cdp-europe-report
https://www.cdp.net/en/research/cdp-europe-reports/cdp-europe-report
125
Directrice de l?Agence européenne
pour l?environnement
Comment le rapport sur l?état de l?environnement de la France
ainsi que celui de l?Agence européenne pour l?environnement
(AEE) peuvent-il contribuer à éclairer les décisions à prendre ?
L. YM- Le rapport sur l?état de l?environnement en France
s?inscrit dans une série d?autres publications internationales
sur l?état de l?environnement en Europe ou dans le monde. En
septembre 2025, l?AEE publiera ainsi la nouvelle édition de
L?environnement européen ? État et perspectives. Cette même année,
l?OCDE publiera pour sa part un rapport sur les Perspectives
de l?environnement de l?OCDE, dans lequel elle rendra compte
de la triple crise planétaire du changement climatique, de la
biodiversité et de la pollution, ainsi que de l?ampleur des défis
qui restent à relever. Les Nations unies finaliseront, quant à elles,
la 7e édition du Global Environment Outlook (GEO7) début 2026.
Ces rapports visent tous à donner un aperçu de l?état actuel, des
tendances et des perspectives de l?environnement à différentes
échelles géographiques. Ils soulignent l?ampleur et l?étendue
des défis auxquels nous sommes confrontés et jouent un rôle
crucial dans l?évaluation de la durabilité environnementale, dans
chaque pays. En fournissant une base de connaissances fiable
et pertinente pour agir, ils permettent de prendre des décisions
fondées sur des données probantes pour résoudre des problèmes
environnementaux urgents.
Publiés de façon périodique, ils permettent un suivi des progrès
réalisés et mettent en évidence les domaines dans lesquels
des actions complémentaires sont nécessaires. Ils contribuent
également à sensibiliser et à responsabiliser les gouvernements,
les institutions et les citoyens et éclairent l?élaboration des
politiques, orientant les politiques ainsi que leur mise en oeuvre.
Quels constats retenir?
L. YM- Les constats faits au niveau de la France sont très
proches de ceux faits au niveau européen. L?Europe est confrontée
à de nombreux défis environnementaux, avec de multiples
impacts sur le bien-être des citoyens et de la planète.
La hausse des températures, la survenue d?événements
météorologiques extrêmes et l?élévation du niveau de la mer
conduisent à des risques pour les écosystèmes, la santé humaine et
les infrastructures.
La pollution, les produits chimiques dangereux et les problèmes
de qualité de l?air nuisent à la santé des citoyens. Plus de 10%
des décès humains prématurés annuels dans l?UE sont liés à la
pollution. Malgré les efforts de réduction de la pollution, seules
40% des eaux de surface de l?UE avaient atteint un bon état
écologique en 2015. Des niveaux excessifs d?azote continuent de
provoquer l?eutrophisation des milieux naturels.
Malgré les efforts mis en oeuvre pour protéger l?environnement,
le déclin de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes
persistent et de nombreux habitats et espèces sont toujours
menacés. La consommation des ressources reste plus élevée
en Europe que dans les autres régions du monde, contribuant
également à la dégradation de l?environnement.
Ces constats soulignent la nécessité pour les décideurs politiques
européens et nationaux d?agir ensemble pour réaliser la
transformation verte dont l?Europe a besoin. L?UE a pris des
mesures significatives au cours des quatre dernières décennies et
plus récemment dans le cadre du Pacte vert européen et les efforts
en ce sens doivent se poursuivre et s?amplifier.
Pour faire face aux défis environnementaux, l?Europe a
proposé une «transition juste». Que recouvre cette notion?
L. YM- L?UE s?est donné des objectifs ambitieux en matière
de transition énergétique et climatique, à savoir devenir un
continent climatiquement neutre d?ici 2050, rétablir la biodiversité
de l?Europe d?ici à 2030, soutenir une croissance économique
dissociée de l?utilisation des ressources, et atteindre le zéro
pollution. Atteindre ces objectifs nécessite des changements
radicaux dans nos modes de production et de consommation.
Au cours de la dernière décennie, une grande partie de la société
européenne a pris conscience que nos modes de vie et nos
priorités sont en contradiction avec la nécessité d?une planète
saine pour les générations futures. Mais la transition vers un
modèle de société plus respectueux de l?environnement ne sera
pas sans conséquence sur certains secteurs d?activité (production
automobile, élevage bovin, filière aéronautique, plasturgie,
etc.), pour les salariés qui y travaillent et pour les territoires où
ils sont implantés. Il s?avère donc important d?écouter leurs
inquiétudes, de travailler avec eux sur les transformations
possibles, d?accompagner ces changements et de soutenir les
dynamiques innovantes qui permettront de réduire les impacts
environnementaux de ces activités tout en maintenant de l?emploi
et du dynamisme économique.
Pour être socialement acceptable, la transformation verte, en
Europe et en France, devra être équitable et éviter l?apparition ou
l?aggravation d?inégalités entre les personnes et la nature. Cela
passera par une grande variété d?outils et de mécanismes, tels que
la participation du public, le soutien financier et la reconversion
professionnelle pour accompagner le changement.
Alors que certaines forces politiques, économiques et sociétales
s?emploient à ralentir, voire à inverser la transformation verte de
l?Europe, espérons que ce rapport comme celui de l?AEE à venir
rappellera à chacun l?urgence à agir pour pouvoir continuer à
habiter une planète vivable, saine et résiliente.
LEENA YLA-MONONEN
POSTFACE
126
ANNEXES
POUR ALLER
PLUS LOIN
DOCUMENTS DE RÉFÉRENCE
? Bilan environnemental de la France ? Édition 2023, CGDD,
Datalab, mars 2024, 122 p.
? Bilan énergétique de la France en 2022, CGDD, Datalab,
mai 2024, 184 p.
? Chiffres clés du climat France, Europe et Monde - Édition 2024,
CGDD, Datalab, novembre 2024, 96 p.
? La France face aux neuf limites planétaires, CGDD, Théma,
octobre 2023, 86 p.
? État des lieux de la France au regard des Objectifs de
développement durable, CGDD, 2021
? L?évaluation française des écosystèmes et des services
écosystémiques (Efese), CGDD
SITES THÉMATIQUES
? Air : Atmo France et LCSQA
? Biodiversité : naturefrance
? Eau : eaufrance
? Milieu marin : milieumarinfrance
? Émissions de gaz à effet de serre : Citepa
? Changement climatique : hautconseilclimat.fr/
? Adaptation au changement climatique :
Centre de ressources pour l?adaptation au changement
climatique
? Projections climatiques : Drias, les futurs du climat
? Ressources minérales : mineralinfo.fr/fr
? Risques sur le territoire : géorisques
? Environnement et développement durable :
notre-environnement
DONNÉES ET INDICATEURS
? Premier ministre. Tableau de bord de la planification
écologique
? Agenda 2030 en France. Datavisualisations des indicateurs
de suivi des ODD
? Agence européenne pour l?environnement. Indicateurs
? Commission européenne. Tableau de bord de la stratégie
de l?Union européenne pour la biodiversité
? Eurostat. Base de données, données détaillées
Environnement et énergie
? Eurostat. Statistiques pour le Pacte vert européen
? Eurostat. Statistiques sur l?économie circulaire
? INPN. Données de synthèse sur le patrimoine naturel
? FMI. Indicateurs du changement climatique
? OCDE. Programme international pour l?action sur le climat
? OCDE. Indicateurs environnementaux par thème
? SDES. Données et études statistiques pour le changement
climatique, l?énergie, l?environnement, le logement, et les
transports
? POUR ALLER PLUS LOIN
? GLOSSAIRE
? SIGLES ET ABRÉVIATIONS
? SYMBOLES CHIMIQUES
ET UNITÉS DE MESURE
A
N
N
EX
ES
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-environnemental-de-la-france-edition-2023-0?rubrique=41&dossier=176
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-energetique-de-la-france-pour-2022
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/chiffres-cles-du-climat-france-europe-et-monde-edition-2024
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/la-france-face-aux-neuf-limites-planetaires?rubrique=41&dossier=176
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/etat-des-lieux-de-la-france-au-regard-des-objectifs-de-developpement-durable/
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/etat-des-lieux-de-la-france-au-regard-des-objectifs-de-developpement-durable/
https://www.ecologie.gouv.fr/levaluation-francaise-des-ecosystemes-et-des-services-ecosystemiques
https://www.ecologie.gouv.fr/levaluation-francaise-des-ecosystemes-et-des-services-ecosystemiques
https://www.atmo-france.org/
https://www.lcsqa.org/fr
https://naturefrance.fr/indicateurs/date-darrivee-des-oiseaux-migrateurs
https://www.eaufrance.fr/
https://www.milieumarinfrance.fr/
https://www.citepa.org/fr/
http://www.hautconseilclimat.fr
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/
https://www.drias-climat.fr/
http://www.mineralinfo.fr/fr
https://www.georisques.gouv.fr/
https://www.notre-environnement.gouv.fr/
https://e.infogram.com/95444dec-4126-496a-85ce-6a017217c0a4?src=embed
https://e.infogram.com/95444dec-4126-496a-85ce-6a017217c0a4?src=embed
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/datavisualisations-des-indicateurs-de-suivi-des-odd/
https://www.agenda-2030.fr/agenda-2030/dispositif-de-suivi/datavisualisations-des-indicateurs-de-suivi-des-odd/
https://www.eea.europa.eu/en/analysis/indicators
https://dopa.jrc.ec.europa.eu/kcbd/EUBDS2030-dashboard/?version=1
https://dopa.jrc.ec.europa.eu/kcbd/EUBDS2030-dashboard/?version=1
https://ec.europa.eu/eurostat/fr/data/database
https://ec.europa.eu/eurostat/fr/data/database
https://ec.europa.eu/eurostat/cache/egd-statistics/
https://ec.europa.eu/eurostat/web/circular-economy
https://inpn.mnhn.fr/accueil/donnees-referentiels
https://climatedata.imf.org/
https://oecd.org/action-climat/ipac/tableau-de-bord?pays=FRA
https://www.oecd.org/environment/environment-at-a-glance/
https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/
127
ANNEXES
GLOSSAIRE
A Aire protégée : espace géographique clairement
défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen
efficace juridique ou autre, afin d?assurer à long
terme la conservation de la nature, ainsi que les
services écosystémiques et les valeurs culturelles
qui lui sont associés.
Année hydrologique : année débutant à la date de
fin de la période de faibles écoulements, date prise
par convention au 1er septembre.
Anthropique : relatif aux activités humaines.
Arsenic bioaccessible : arsenic pouvant être
absorbé par le corps humain. Sa bioaccessibilité
dépend du type d?arsenic et de la composition de
la terre.
Artificialisation : transformation d?un sol à
caractère naturel, agricole ou forestier par des
actions d?aménagement, pouvant entraîner son
imperméabilisation totale ou partielle.
B Bande de fréquence : partie continue du spectre
radioélectrique limitée par deux valeurs exprimées
en Hertz (Hz).
Bassin-versant : aire d?alimentation d?un cours
d?eau ou d?un lac, délimitée par des lignes de
partage des eaux. Les résultats sont présentés ici à
l?échelle des sous-bassins hydrographiques définis
pour répondre à la directive européenne (2000/60/
CE) établissant un cadre pour une politique
communautaire dans le domaine de l?eau, dite
« directive-cadre sur l?eau » (DCE).
Biomasse : matières organiques, non fossiles,
d?origine biologique, pouvant être utilisées
comme matières premières biogènes dans
l?approvisionnement alimentaire ou dans d?autres
produits, ou encore, servir de combustibles pour
produire de la chaleur ou de l?électricité.
Bois-énergie : ensemble comprenant le bois bûche
(commercialisé ou autoconsommé), ainsi que tous
les coproduits du bois, destinés à produire de
l?énergie : liqueur noire, écorce, sciure, plaquettes
forestières et plaquettes d?industrie, briquettes
reconstituées et granulés, broyats de déchets
industriels banals, bois en fin de vie, etc.
Bruit dans l?environnement : défini par la directive
2002/49/CE comme le son extérieur non désiré ou
nuisible résultant d?activités humaines, y compris
le bruit émis par les moyens de transport, le trafic
routier, ferroviaire ou aérien et provenant de sites
d?activité industrielle.
Budget carbone : le terme « budget carbone » est
employé dans deux contextes :
? Selon le Giec : le budget carbone désigne la
quantité de GES qu?il est possible à l?humanité
d?émettre, d?ici la fin du siècle, pour respecter un
niveau maximal de réchauffement (par exemple,
pour limiter à 2 °C l?augmentation moyenne
des températures en 2100 par rapport à l?ère
préindustrielle, avec une probabilité de 67 %, le
budget carbone restant à partir de 2021 est de
1 075 gigatonnes (Gt) de CO2, et de seulement
325 Gt CO2 pour limiter l?augmentation à 1,5 °C).
Le budget carbone est repris dans cette acception
dans le défi « Ressources » de ce rapport.
? Selon la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) :
le budget carbone désigne les objectifs quantitatifs
d?émissions de GES à ne pas dépasser dans les
années futures pour respecter la trajectoire de
réduction des émissions nationales fixée par le
gouvernement français. Les « budgets carbone » de
la SNBC sont déclinés par type de molécules et par
secteur. Ils sont établis pour des pas de temps de
cinq années. Le budget carbone est repris dans cette
acception dans le défi « Climat » de ce rapport.
C Chaleur commerciale : quantité de chaleur vendue
par un acteur qui met en oeuvre une combustion
pour en utiliser lui-même la chaleur.
CO? équivalent (CO? éq) : méthode de mesure
des émissions de gaz à effet de serre qui prend en
compte le potentiel de réchauffement de chaque
gaz relativement à celui du CO?.
Composé organochloré : composé organique de
synthèse, comportant au moins un atome de chlore
et utilisé comme solvant, pesticide? ou comme
molécules intermédiaires en chimie et pharmacie.
Composés organiques volatils (COV) : ensemble
regroupant une multitude de substances, qui
peuvent être d?origine biogénique (naturelle) ou
anthropique (humaine). Les COV les plus connus
sont le butane, le toluène, l?éthanol (alcool à
90°), l?acétone et le benzène que l?on retrouve
dans l?industrie, le plus souvent sous la forme
de solvants organiques (par exemple, dans les
peintures ou les encres).
128
ANNEXES
Conservatoire d?espaces naturels (CEN) : structure
associative créée au milieu des années 1970 pour
contribuer à la préservation d?espaces naturels ou
semi-naturels par des actions de connaissance,
de maîtrise foncière et d?usage, de gestion et de
valorisation du patrimoine naturel sur le territoire
régional.
Consommation finale brute d?énergie : concept
introduit par la directive 2009/28/CE. Il inclut la
consommation finale énergétique (c?est-à-dire
la consommation des produits énergétiques
fournis à des fins énergétiques à l?industrie,
aux transports, aux ménages, aux services et
à l?agriculture-sylviculture-pêche) mais aussi la
consommation d?électricité et de chaleur par la
branche énergie, les pertes sur les réseaux pour
la production et le transport d?électricité et de
chaleur, la consommation des hauts-fourneaux
ainsi que la consommation du transport aérien
international.
Consommation intérieure de matières : ensemble
des matières consommées physiquement
sur le territoire national par les entreprises
(consommation intermédiaire) et par les ménages
et administrations (consommation finale).
Elle agrège les ressources nationales et extérieures,
déduites des flux vers l?étranger :
production + importations ? exportations.
Contamination diffuse : accroissement notable de
la concentration d?éléments minéraux, organiques
ou pathogènes dans un sol au-delà des valeurs
normales, sans préjuger de la modification de sa
qualité. Ces contaminations résultant d?apports
par voie aérienne issus de rejets (industriels,
transports, épandages agricoles) peuvent toucher
une grande partie du territoire.
Continuité écologique : association de réserves de
biodiversité ou corridors écologiques permettant
la libre circulation des organismes vivants et leur
accès aux zones de reproduction, de croissance,
d?alimentation ou d?abri.
COP : conférence des Parties des conventions
internationales, telles que celle sur le climat
(convention-cadre des Nations unies sur les
changements climatiques ? CCNUCC) ou la
biodiversité (convention sur la diversité biologique
? CDB).
Corridor écologique : connexion entre des
réserves de biodiversité, offrant aux espèces des
conditions favorables à leur déplacement et à
l?accomplissement de leur cycle de vie.
D Décarbonation : mesures et techniques
permettant de réduire les émissions de gaz à effet
de serre.
Déchet : toute substance ou tout objet ou plus
généralement tout bien meuble dont le détenteur
se défait ou dont il a l?intention de se défaire
(article L. 541-1-1 du Code de l?environnement).
Déchet dangereux : déchet contenant, en
quantité variable, des éléments toxiques ou
dangereux qui présentent des risques pour la
santé humaine et l?environnement. Un déchet est
classé dangereux s?il présente une ou plusieurs des
15 propriétés de danger énumérées dans le Code
de l?environnement (article R541-8, annexe 1).
Il peut être de nature organique (solvants,
hydrocarbures, etc.), minérale (acides, boues
d?hydroxydes métalliques, etc.) ou gazeuse.
Déchets minéraux ou inertes : déchets qui ne se
décomposent pas, ne brûlent pas et ne produisent
aucune autre réaction physique ou chimique avec
l?environnement. Ils ne sont pas biodégradables
et ne se décomposent pas au contact d?autres
matières. Les définitions européennes qualifient
ces déchets de déchets minéraux, dont ils
proviennent en quasi-totalité.
Déchets radioactifs : substances radioactives pour
lesquelles aucune utilisation ultérieure n?est
prévue ou envisagée ou qui ont été requalifiées
comme tel par l?autorité administrative.
Les déchets radioactifs sont classés selon
deux caractéristiques : le niveau d?activité et la
durée de demi-vie. Le niveau d?activité donne
une indication sur le niveau de l?intensité du
rayonnement radioactif à un moment donné
et donc sur la dangerosité potentielle. La durée
de demi-vie permet de déduire la durée de
dangerosité potentielle du déchet.
Dent creuse : en urbanisme, espace non construit
entouré de parcelles bâties. Elle peut résulter
d?une ancienne zone agricole où une unique
parcelle restée vierge de constructions, de la
démolition d?un édifice, ou encore d?un terrain
vague ou à l?abandon.
129
Dépassement des normes réglementaires de
qualité de l?air pour la protection de la santé :
non-respect des normes réglementaires de qualité
de l?air pour la protection de la santé définies au
niveau européen concernant plusieurs polluants,
dont le NO?, les PM10 et l?O3.
Dépense de protection de l?environnement :
effort financier consacré par les différents agents
économiques à la prévention, la réduction ou la
suppression des dégradations de l?environnement.
Déprise agricole : abandon de l?activité agricole
(culture ou élevage) dans un territoire, ayant très
souvent pour conséquence l?embroussaillement
(friches, fourrés) puis, à terme, le boisement des
terrains ainsi abandonnés.
Directive-cadre sur l?eau : directive du 23 octobre
2000 visant à définir un cadre cohérent en matière
de gestion et de protection des eaux par grand
bassin hydrographique au plan européen avec une
perspective de développement durable.
Directive « Habitats, Faune, Flore » : directive
européenne du 21 mai 1992 destinée à
la protection des milieux et des espèces
« remarquables », servant de base juridique au
réseau Natura 2000 en prévoyant notamment la
désignation de zones spéciales sur l?ensemble du
territoire métropolitain.
Directive « Oiseaux » : directive européenne
du 2 avril 1979 concernant la protection des
oiseaux sauvages, servant de base juridique au
réseau Natura 2000 en prévoyant notamment la
désignation de zones de protection spéciale sur
l?ensemble du territoire métropolitain.
Document d?objectifs : document-cadre validé
par le préfet, définissant, pour chaque site Natura
2000, un état des lieux, des objectifs de gestion et
les modalités de leur mise en oeuvre.
E Eaux usées : eaux altérées par l?ensemble des
activités humaines. On distingue les eaux usées
industrielles, les eaux usées domestiques (hygiène,
lavage, cuisine) et issues d?établissements publics
(écoles, hôpitaux, etc.) et privés (entreprises) où
l?usage de l?eau est similaire à celui des ménages,
et les eaux pluviales chargées en matières
polluantes au cours de leur ruissellement sur les
toitures et la voirie.
Économie circulaire : modèle de production
et de consommation qui vise à réduire la
consommation de matières premières en
passant du modèle linéaire, consistant à extraire,
fabriquer, consommer et jeter, à un modèle
circulaire. Ce modèle repose sur sept piliers :
l?extraction/exploitation et les achats durables,
l?écoconception, l?écologie industrielle et
territoriale, l?économie de la fonctionnalité,
la consommation responsable, l?allongement
de la durée d?usage et le recyclage des déchets.
Écosystème : unité écologique fonctionnelle
regroupant un ensemble de populations animales
et végétales en interaction constante au sein
d?un ou plusieurs habitats naturels ou semi-
naturels.
Émissions nettes de CO? : différence entre
les émissions anthropiques (issues des activités
humaines) et les absorptions anthropiques par
les puits de carbone, c?est-à-dire les milieux
naturels gérés par l?homme (forêts, prairies,
sols agricoles, zones humides, etc.) et certains
procédés industriels (capture et stockage ou
réutilisation du carbone).
Empreinte carbone : indicateur estimant
la quantité de gaz à effet de serre émise pour
satisfaire la consommation au sens large
d?une population (biens, services, utilisation
d?infrastructures), en tenant compte des émissions
liées aux importations et aux exportations.
L?empreinte carbone de la France permet
d?apprécier les pressions globales sur le climat
de la demande intérieure française quelle que
soit l?origine géographique des émissions.
Empreinte matières : appelée aussi Raw Material
Consumption dans la littérature spécialisée,
indicateur rendant compte de l?ensemble
des matières premières mobilisées pour satisfaire
des besoins de la population d?un pays :
alimentation, habitation, habillement, transport
et autres biens et services. Cette empreinte
comptabilise les matières extraites tant du
territoire national que hors de nos frontières,
mais destinées à satisfaire les besoins de
la population résidant en France.
ANNEXES
130
ANNEXES
Énergie primaire : énergie non transformée,
i.e. tirée de la nature (soleil, fleuves ou vent) ou
contenue dans les produits énergétiques tirés de
la nature (comme les combustibles fossiles ou le
bois). Par convention, l?énergie primaire d?origine
nucléaire, hydraulique, éolienne, marémotrice et
solaire photovoltaïque est comptabilisée à hauteur
de la production d?électricité correspondante.
Énergies renouvelables : énergies dérivées de
processus naturels en perpétuel renouvellement.
Il existe plusieurs formes d?énergies renouvelables,
notamment l?énergie générée par le soleil
(photovoltaïque ou thermique), le vent (éolienne),
l?eau des rivières et des océans (hydraulique,
marémotrice, etc.), la biomasse, qu?elle soit solide
(bois et déchets d?origine biologique), liquide
(biocarburants) ou gazeuse (biogaz), ainsi que la
chaleur de la terre (géothermie).
Épisode de pollution : il est caractérisé par le
dépassement du seuil d?information et de
recommandation ou du seuil d?alerte (protection de
la santé à court terme) pour un ou plusieurs polluants.
Il est considéré d?ampleur nationale lorsque la
superficie des territoires concernés s?étend sur
trois régions administratives ou plus et qu?il concerne
une période de deux jours consécutifs ou plus.
Espèce autochtone : espèce originaire d?une zone
déterminée.
Espèce d?intérêt communautaire : espèce en
danger, vulnérable, rare ou endémique pour
laquelle des mesures de protection doivent être
mises en place par les États membres de l?Union
européenne. La désignation des sites Natura 2000
s?appuie sur leur présence.
Espèce endémique d?un territoire : espèce dont
l?ensemble des populations ne se trouve que dans
ce territoire. La notion d?endémisme est donc
indissociable d?une zone géographique donnée.
Espèce exotique envahissante (EEE) : espèce
introduite dans une aire distincte de son
aire d?origine par les êtres humains, de façon
volontaire ou accidentelle, proliférant dans
son aire d?implantation et perturbant le
fonctionnement des écosystèmes ou nuisant aux
espèces autochtones par compétition, prédation
ou transmission de maladies.
Espèce introduite : espèce dont un ou des
individus ont été déplacés par l?homme de
manière volontaire ou involontaire sur un territoire
donné à un moment donné.
État chimique : appréciation de la qualité d?une
eau sur la base de concentrations en polluants, le
bon état étant atteint lorsqu?elles ne dépassent
pas des normes de qualité fixées au préalable.
État de conservation d?un habitat naturel : somme
des états des paramètres qui le constituent. La
démarche d?évaluation prend en compte l?état des
entités (gènes, individus, populations, paysages) et
des fonctions (flux de régénération, production,
etc.).
État de dégradation d?un habitat naturel : état
montrant une perte de biodiversité, de son
intégrité et/ou une simplification ou une rupture
dans sa structure, son fonctionnement et/
ou sa composition en raison d?activités ou de
perturbations qui sont trop fréquentes ou trop
importantes pour permettre une régénération ou
une récupération naturelle.
État écologique d?une masse d?eau : appréciation
de la structure et du fonctionnement des
écosystèmes aquatiques associés aux eaux
superficielles, à travers des critères biologiques,
hydromorphologiques ou physico-chimiques.
Eutrophisation : enrichissement excessif des cours
d?eau et des plans d?eau en éléments nutritifs
comme le phosphore et l?azote, lesquels agissent
comme engrais pour les plantes aquatiques.
L?eutrophisation se manifeste par la prolifération
de végétaux aquatiques et par une diminution
notable de la teneur en oxygène de l?eau. Il
s?en suit, entre autres, une diversité animale et
végétale amoindrie et des usages perturbés.
Évapotranspiration : processus biophysique de
transfert d?une quantité d?eau vers l?atmosphère,
par l?évaporation à partir du sol, des cours
d?eau et des plans d?eau à laquelle s?ajoute la
transpiration des plantes, eau perdue par la
végétation sous forme de vapeur d?eau.
Exposome : concept, initialement développé
par Christopher Wild en 2005, ayant pour objet
l?étude de l?ensemble des expositions à des
facteurs environnementaux subis par l?être humain
de sa conception à sa fin de vie.
131
F Flexitarisme : pratique alimentaire qui consiste à
ne manger de la viande qu?occasionnellement
Fragmentation des milieux naturels :
transformation d?une surface importante
d?habitats en un nombre plus ou moins important
de fragments de taille variable, dont la surface
totale est inférieur à celle de l?habitat original et
qui sont plus ou moins isolés les uns des autres par
une matrice environnante différente de l?originale
(route, habitations, etc.). La fragmentation des
milieux naturels peut être défavorable à de
nombreuses espèces, d?une part à cause de la
faiblesse des surfaces accessibles, et d?autre part
par l?isolement, le cloisonnement des différents
espaces naturels.
Frontière locale : au sens du concept des limites
planétaires, la frontière locale délimite le début de la
zone d?incertitude dans laquelle entre un processus
biophysique du fait des activités humaines. La limite
locale correspond à la borne supérieure de la zone.
Pour l?eau douce renouvelable ou « eau bleue », la
zone d?incertitude est définie à l?échelle d?un bassin-
versant, en fonction de ses écoulements naturels et
de la saison.
G Gaz à effet de serre : gaz d?origine naturelle
(vapeur d?eau) ou anthropique (liée aux activités
humaines) absorbant et réémettant une partie des
rayons solaires (rayons infrarouge), phénomènes à
l?origine de l?effet de serre.
Groupe taxonomique : ensemble d?espèces
partageant des caractéristiques communes et un
ancêtre commun.
Habitat d?intérêt communautaire : habitat
identifié par la Commission européenne comme
susceptible de disparaître sur le territoire
européen et dont les États membres doivent en
assurer la conservation. La désignation des sites
Natura 2000 s?appuie sur leur présence.
Habitat naturel ou semi-naturel : ensemble
homogène non dissociable constitué, d?une part,
d?un biotope (climat local, nature et propriétés
physico-chimiques du sol, nature géologique
du sous-sol) et, d?autre part, d?une biocénose
(communauté d?organismes vivants). Les habitats
constituent les milieux de vie des espèces. Un
habitat est généralement qualifié comme semi-
naturel lorsqu?il concerne un espace plus ou
moins façonné par les êtres humains qui réunit
les conditions physiques et biologiques
nécessaires à l?existence d?une espèce ou
d?un groupe d?espèces.
H Herbicide : préparation phytotoxique utilisée
pour lutter contre les adventices, ou mauvaises
herbes. Communément appelé désherbant,
il fait partie de la famille des pesticides ou
phytosanitaires ou phytopharmaceutiques.
Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) :
polluants organiques persistants dangereux pour
l?homme et pour l?environnement, modérément
et lentement biodégradables. Ils sont produits par
les activités humaines, lorsqu?il y a combustion
incomplète de matières organiques : incinération
de déchets, combustion de carburants
automobiles, de pétrole, de charbon ou de bois,
production industrielle (aciéries, alumineries,
etc.). Les combustions naturelles (feux de forêts)
produisent également des HAP.
I Indice des pressions toxiques cumulées (IPTC) :
estimateur du risque de toxicité d?un mélange
de substances dangereuses pour les organismes
aquatiques. Cet indice varie, en théorie, de
zéro à l?infini. Il est « fort » ou « élevé » quand
il dépasse 1, la survenue d?effets néfastes sur
l?environnement étant soit hautement probable
soit possible mais à confirmer par une expertise
complète.
Intensité en émissions de gaz à effet de serre
(GES) : indicateur qui rapporte la quantité de
GES émise par une activité à une unité de valeur
ajoutée de cette activité.
Intensité énergétique : ratio entre la consommation
d?énergie et un indicateur d?activité,
habituellement le produit intérieur brut (PIB),
au niveau macroéconomique. Elle permet de
mesurer l?efficacité énergétique de l?économie
et, à ce titre, est un indicateur pouvant mettre
en évidence le découplage entre croissance
économique et consommation d?énergie.
ANNEXES
132
ANNEXES
L Limite locale : voir frontière locale.
Liste rouge : liste d?espèces classées selon le
degré de menaces pesant sur elles, régulièrement
révisée, établie à partir d?une méthodologie
définie par l?UICN. En France, la réalisation de la
Liste rouge nationale est coordonnée par PatriNat
(OFB-CNRS-MNHN) et le comité français de
l?UICN.
M Macropolluant : ensemble comprenant les
matières en suspension, les matières organiques
et les nutriments, comme l?azote et le phosphore.
Les macropolluants peuvent être présents
naturellement dans l?eau, mais les activités
humaines en accroissent les concentrations (rejets
d?eaux usées, industrielles ou domestiques, ou
pratiques agricoles).
Masse d?eau : selon la directive-cadre sur l?eau, une
masse d?eau de surface est une partie distincte
et significative des eaux de surface (lac, réservoir,
rivière, fleuve ou canal, partie de rivière, de fleuve
ou de canal, eau de transition ou portion d?eaux
côtières). Une masse d?eau souterraine est un
volume distinct d?eau souterraine à l?intérieur
d?un ou de plusieurs aquifères.
Matière première de recyclage (ou matière
première secondaire) : déchet valorisé en vue
d?obtenir un produit utilisable dans les procédés
de fabrication pour remplacer la matière première
initiale.
Métabolite : molécule issue de la dégradation
d?une substance mère, par réactions chimiques
ou biologiques. Un métabolite possède des
propriétés distinctes de sa substance mère
(solubilité, durée de vie, écotoxicité, etc.). Il
peut être plus toxique ou plus persistant que la
molécule d?origine.
Métalloïde : élément chimique dont les propriétés
sont intermédiaires entre celles d?un métal et
d?un non-métal. Par exemple, les métalloïdes se
comportent comme des semi-conducteurs.
Métaux critiques : une substance est dite
« critique » dès lors qu?elle conjugue deux
variables : côté offre, elle est exposée à des
risques d?approvisionnement (prix, accès au
marché, tensions géopolitiques, etc.). Du
côté demande, elle est considérée comme
particulièrement importante pour l?économie
nationale. Le croisement de ces deux variables
permet de classer les substances selon leur degré
de criticité. Les indices de criticité ainsi estimés
s?appliquent aux États et aux entreprises.
Méthanisation : processus biologique permettant
de transformer des matières organiques en
énergie renouvelable.
Micropolluant : ensemble de substances minérales
ou organiques qui, même à de très faibles
concentrations, de l?ordre du µg/l ou du ng/l,
peuvent être toxiques pour l?homme et/ou les
écosystèmes. Ils sont généralement classés en
familles : métaux métalloïdes, hydrocarbures, HAP,
PCB, polybromodiphényléther (PBDE), composés
organiques volatiles (COV), composés organo-
halogénés volatils (COHV), composés phénoliques,
dioxines et furanes, phtalates, etc.
Minerais métalliques : agrégats minéraux
contenant des métaux. La plupart étant
polymétalliques, les différents métaux sont
séparés lors du processus de production. Les
minerais métalliques se subdivisent en minerais
ferreux et non ferreux.
Minéraux non métalliques : matériaux de
construction principalement (sables, graviers,
pierres ornementales) et roches et minéraux
industriels (silice, gypse, kaolin, argile, talc, sel,
potasse, barytine, feldspath, etc.).
N Nappe libre : nappe d?eau souterraine se trouvant
dans une formation géologique perméable, et
qui n?est pas isolée de la surface du sol par une
strate imperméable. Elle est généralement peu
profonde. La phase de recharge de ces nappes est
généralement liée aux précipitations annuelles.
Neutralité carbone : équilibre entre les émissions
de gaz à effet de serre et l?absorption de carbone
par les écosystèmes gérés par l?homme (forêts,
sols agricoles, etc.) et les procédés industriels
(capture et stockage ou réutilisation du carbone)
à l?échelle du territoire national, sans recours à
la compensation par des crédits internationaux
(Stratégie nationale bas-carbone, 2020).
Nitrates : une des formes de l?azote,
principalement d?origine agricole en raison du
recours aux engrais azotés.
133
O Ozone : polluant qui se forme lors de réactions
complexes entre des polluants déjà présents dans
l?atmosphère, principalement les oxydes d?azote
et les composés organiques volatils, sous l?action
des rayonnements ultraviolets du soleil.
P Pelouses sèches : formations végétales rases,
situées en pente, qui sont peu colonisées par les
arbres et les arbustes. Elles forment un tapis plus
ou moins dense qui se développe sur un sol, parfois
peu épais, qui est pauvre en éléments nutritifs et
constitué, en grande majorité, de calcaire.
Pescétarien : pratique alimentaire qui consiste
à supprimer la viande mais à autoriser le poisson
et les fruits de mer.
Phénologie : étude de l?apparition d?événements
périodiques (annuels le plus souvent) dans
le monde vivant, déterminée par les variations
saisonnières du climat.
Phytoplancton : ensemble des végétaux de taille
très petite ou microscopique vivant en suspension
dans l?eau. Le phytoplancton est à la base de
la chaîne alimentaire aquatique.
Plancton : ensemble d?organismes vivants
incluant le phytoplancton et le zooplancton.
Le phytoplancton est constitué de l?ensemble des
algues microscopiques unicellulaires qui flottent
dans les eaux. Le zooplancton est constitué de
l?ensemble des organismes animaux de très petite
taille, qui vivent en suspension dans l?eau et ne
possèdent ni cellulose, ni chlorophylle.
Points chauds de biodiversité : terme générique
désignant une zone possédant une grande
richesse de biodiversité particulièrement menacée
par l?activité humaine.
Pollinisateur : animal (principalement des insectes)
butineur, transportant le pollen d?une fleur à
une autre, en assurant ainsi la pollinisation
Pollution : situation constatée montrant
la présence de polluants dans un milieu, à
la suite de l?introduction, directe ou indirecte par
l?activité humaine, de substances susceptibles de
contribuer ou de causer un danger pour la santé
de l?homme, des détériorations aux écosystèmes
ou aux biens matériels, ou une entrave à un
usage légitime de l?environnement. La pollution
peut être historique ou nouvelle, résultant d?une
activité humaine passée ou récente, ou encore
résiduelle, subsistant dans un milieu déterminé
après réhabilitation. La pollution est dite
« ponctuelle » quand l?origine peut être localisée
géographiquement de façon précise. Elle est
« diffuse » quand elle est due à de multiples rejets
de polluants dans le temps et l?espace, dont
les origines peuvent être difficiles à identifier.
Potentiel de réchauffement global : rapport entre
l?énergie renvoyée vers le sol en cent ans par
1 kg de gaz et celle que renverrait 1 kg de CO?.
Il dépend du gaz considéré et de sa durée de vie
dans l?atmosphère. Conventionnellement,
il se limite pour le moment aux GES directs et plus
particulièrement à ceux visés par le Protocole de
Kyoto (le CO?, le CH4, le N?O, les HFC, les PFC,
le SF? et le NF?). Il est utilisé pour exprimer les GES
en équivalent CO? (noté CO? éq).
Prairies mellifères : prairie présentant un
mélange pérenne de graminées, fleurs et herbes
aromatiques spécialement sélectionnées pour
la production de nectar et de pollen pour
les insectes utiles.
Pression d?inventaires : effort de prospection
et d?inventaire, s?appuyant entre autres sur
la fréquence des relevés. Plus cet effort est
important, meilleur est le niveau de connaissance
naturaliste d?un territoire donné.
Productivité matières : rapport entre le PIB
(exprimé en volume, i.e. hors évolution des prix)
et la consommation intérieure apparente de
matières de l?économie ; cet indicateur exprime
le PIB généré en moyenne pour chaque unité
de matières consommée (voir consommation
intérieure apparente de matières).
Produits de biocontrôle : agents et produits
utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de
la lutte intégrée contre les ennemis des cultures
(article L. 253-6 du Code rural et de la pêche
maritime). Ils comprennent en particulier :
? des macro-organismes, essentiellement des
invertébrés, notamment des acariens, insectes
et nématodes, utilisés pour protéger les plantes
des bioagresseurs via la lutte biologique ;
? des produits phytosanitaires composés de
micro-organismes, de médiateurs chimiques tels
que les phéromones et les kairomones, ou de
substances naturelles d?origine végétale, animale
ou minérale.
ANNEXES
134
ANNEXES
Protection forte : espaces naturels dans lesquels
les pressions engendrées par les activités
humaines susceptibles de compromettre la
conservation des enjeux écologiques de ces
espaces sont supprimées ou significativement
limitées de manière pérenne, grâce à la mise
en oeuvre d?une protection foncière ou d?une
réglementation adaptée, associée à un contrôle
effectif des activités concernées.
Puits de carbone : réservoir qui capte et stocke
le carbone atmosphérique. Le principal puits
est le puits océanique, il absorbe entre deux et
trois milliards de tonnes de carbone, soit 7 à
10 milliards de tonnes de CO? représentant un
quart environ des émissions résultant des activités
humaines. Les autres puits sont les forêts et les
tourbières.
Pyréthrinoïdes : insecticides de synthèse,
analogues des pyréthrines naturellement
présentes dans certains chrysanthèmes.
R Rayonnement non ionisant : champ
électromagnétique insuffisamment énergétique
pour provoquer des modifications des molécules
de la matière vivante par ionisation, à l?inverse des
rayonnements ionisants.
Récif corallien : structure naturelle sous-marine
construite par les coraux, animaux marins
invertébrés qui fabriquent leur squelette calcaire
dur à partir de carbonates et de calcium présents
dans l?eau de mer. Les récifs coralliens forment
des écosystèmes marins parmi les plus riches en
biodiversité.
Recyclage : toute opération de valorisation
par laquelle les déchets, y compris les déchets
organiques, sont retraités en substances, matières
ou produits aux fins de leur fonction initiale ou
à d?autres fins. En sont exclues les opérations
de valorisation énergétique des déchets, de
conversion des déchets en combustible et les
opérations de remblaiement (article L.541-1-1 du
Code de l?environnement).
Réserve naturelle : espace protégeant un
patrimoine naturel remarquable (faune, flore,
milieu naturel) de toute intervention artificielle
susceptible de le dégrader. On distingue les
réserves naturelles nationales, les réserves
naturelles de la collectivité territoriale de Corse
et les réserves naturelles régionales. La gestion
de ces espaces est cadrée par un plan de gestion
que mettent en oeuvre une ou plusieurs structures
gestionnaires (association, établissement public,
collectivité).
Réservoir de biodiversité : terme utilisé dans
la description d?une trame verte et bleue pour
définir les espaces dans lesquels la biodiversité
est la plus riche ou la mieux représentée, où les
espèces peuvent effectuer tout ou partie de leur
cycle de vie (alimentation, reproduction, repos)
et où les habitats naturels peuvent assurer leur
fonctionnement, en ayant notamment une taille
suffisante.
Retrait-gonflement des argiles : mouvements
de terrain naturels lents à l?origine d?une
déformation progressive du sol ou du sous-sol
riches en argiles dites « gonflantes ». Ces argiles
se rétractent lors des périodes de sécheresse et
gonflent par réhydratation après de très fortes
pluies. Ce phénomène d?alternance de retrait
et de gonflement du sol peut provoquer des
désordres dans les bâtiments, principalement
dans les maisons individuelles aux structures
légères particulièrement vulnérables en raison de
fondations généralement superficielles.
Risques climatiques : risques naturels influés par
le climat : vagues de chaleur, inondations côtières,
submersions marines, sécheresse, etc.
RLI (Red List Index ? Indice liste rouge) : indice
mesurant le risque d?extinction des espèces en
relevant les diminutions plus ou moins rapides
d?effectifs. Il est construit à l?aide du nombre
d?espèces au sein de chaque catégorie de menace
de l?UICN et du nombre d?espèces ayant changé
de catégorie.
S Scénarios RCP (Representative Concentration
Pathway) : ensemble des quatre scénarios utilisés
par le Giec pour estimer les variations du climat
futur sur la base d?hypothèses sur les émissions de
gaz à effet de serre.
Schéma de cohérence territoriale : document
de planification et d?urbanisme définissant
les grandes orientations d?aménagement d?un
territoire.
135
Schéma directeur d?aménagement des eaux
(SDAGE) : document de planification de la gestion
de l?eau établi pour chaque bassin ou groupement
de bassins, qui fixe les orientations fondamentales
permettant de satisfaire à une gestion équilibrée
et durable de la ressource en eau. Les SDAGE
incluent depuis 2009 les plans de gestion prévus
par la directive-cadre européenne sur l?eau (DCE)
? (2000/60/CE).
Sciences participatives : programme de collecte
d?informations impliquant une participation du
public dans le cadre d?une démarche scientifique.
Services écosystémiques : avantages socio-
économiques directs et indirects que les
écosystèmes procurent aux populations
humaines. Ces services comprennent les services
d?approvisionnement, par exemple, en nourriture,
en eau, en bois et en fibres, les services de
régulation, par exemple, du climat, des inondations,
des maladies, des déchets et de la qualité de l?eau,
les services culturels, qui sont source de loisirs et de
satisfactions esthétiques et spirituelles et les services
de soutien comme la pédogenèse, la photosynthèse
et le cycle des éléments nutritifs.
Sites et sols pollués : sites ou milieux qui, du
fait d?infiltrations de substances polluantes ou
de la présence d?anciens dépôts de déchets,
présentent une pollution susceptible de
provoquer une nuisance ou un risque pour la
santé ou l?environnement. Ces sites sont recensés
dans la base Basol des sites et sols pollués ou
potentiellement pollués, qui appellent une action
de l?administration à titre préventif ou curatif.
Sous-bassin hydrographique : sous-unité
hydrographique définie par la directive
européenne (2000/60/CE) établissant un cadre
pour une politique communautaire dans le
domaine de l?eau, dite directive-cadre sur l?eau. Le
territoire de la France métropolitaine est découpé
en 33 sous-bassins. Chacun des départements
d?outre-mer comporte un seul sous-bassin.
Stratégie nationale pour les aires protégées
(SNAP) : adoptée le 12 janvier 2021, la SNAP
2020-2030 vise, dans les domaines terrestre et
marin, à renforcer le réseau actuel d?aires protégés
et à en créer de nouvelles pour couvrir 30 % du
territoire français en espaces protégés, dont un
tiers en protection forte, d?ici à 2022.
Superficie forestière : superficie des forêts de
production, des autres forêts et des bosquets,
hors peupleraies (définition de la forêt en vigueur
en 1980).
Surface agricole utile (SAU) : concept statistique
destiné à évaluer le territoire consacré à la
production agricole. La SAU est composée
de terres arables (grandes cultures, cultures
maraîchères, prairies artificielles, etc.), surfaces
toujours en herbe (prairies permanentes, alpages),
cultures pérennes (vignes, vergers, etc.). Elle
n?inclut pas les bois et forêts. Elle comprend en
revanche les surfaces en jachère (comprises dans
les terres arables).
Surface toujours en herbe : surface en herbe,
naturelle ou semée depuis au moins 5 ans.
T Taux de boisement : rapport entre la superficie
boisée et la superficie du territoire.
Technologies bas-carbone : technologies qui
émettent significativement moins de gaz à
effet de serre par rapport aux autres solutions
techniques disponibles.
Térawattheure (TWh) : unité énergétique
équivalent à 1 000 milliards (10 puissance 12) de
watts par heure (Wh). Un TWh correspond
à 86 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep).
Territoire artificialisé : territoire qui recouvre les
zones urbanisées, industrielles et commerciales,
les réseaux de transport, les mines, carrières,
décharges et chantiers, ainsi que les espaces verts
artificialisés, par opposition aux espaces agricoles,
aux forêts ou milieux naturels, zones humides ou
surfaces en eau.
Tonne équivalent pétrole : quantité d?énergie
contenue dans une tonne de pétrole brut, soit
41,868 giga-joules. Cette unité est utilisée pour
exprimer dans une unité commune la valeur
énergétique des diverses sources d?énergie.
Selon les conventions internationales, une tonne
d?équivalent pétrole équivaut par exemple à
1 616 kg de houille, 1 069 m3 de gaz d?Algérie ou
954 kg d?essence moteur. Pour l?électricité,
1 tep vaut 11,6 MWh.
ANNEXES
136
ANNEXES
Transition bas-carbone : ensemble des politiques
et mesures qui visent la transformation de
la société actuelle vers une société sobre en
consommation d?énergies fossiles et faiblement
émettrices de gaz à effet de serre.
U Ubiquiste : se dit d?une substance presque
omniprésente dans l?environnement, susceptible
d?être transportée sur de longues distances.
V Vague de chaleur : temps inhabituellement chaud
et sec ou chaud et humide, qui dure au moins
deux à trois jours, et produit le plus souvent
un impact sensible sur la santé humaine et
les systèmes naturels.
Valeur limite : niveau de concentration
d?une substance chimique, fixé sur la base
des connaissances scientifiques, à ne pas
dépasser afin d?éviter, de prévenir ou de réduire
les effets nocifs sur la santé humaine ou
sur l?environnement dans son ensemble.
Vecteur : être vivant capable d?assurer la
transmission biologique d?un agent infectieux
(virus, bactérie, parasite), d?un vertébré à un autre
vertébré, tout en étant lui-même infecté.
Végétarisme : pratique alimentaire qui consiste
à supprimer toute chair d?origine animale
(viande, poisson).
Végétalisme : pratique alimentaire qui consiste
à supprimer toute chair d?origine animale
(viande, poisson) et tout produit d?origine animale
(oeufs, lait, beurre, miel, etc.)
Z Zone basse du littoral : zone située à moins
d?un kilomètre de la mer et dans des territoires
dont l?altimétrie est inférieure au niveau de la mer
lors de conditions extrêmes.
Zone naturelle d?intérêts écologique, faunistique
et floristique (Znieff) : secteurs de grand intérêt
biologique ou écologique. Les Znieff de type II
sont des grands ensembles naturels riches et peu
modifiés, offrant des potentialités biologiques
importantes.
Zone vulnérable : partie du territoire où
la pollution des eaux par le rejet direct ou indirect
de nitrates d?origine agricole et d?autres composés
azotés susceptibles de se transformer en nitrates
menace à court terme la qualité des milieux
aquatiques, et plus particulièrement l?alimentation
en eau potable.
137
ABC Atlas de biodiversité communale
Ademe Agence de la transition écologique
Agec Loi anti-gaspillage pour une économie
circulaire
AIE Agence internationale de l?énergie
ANCT Agence nationale de la cohésion des
territoires
Anses Agence nationale de sécurité sanitaire de
l'alimentation, de l'environnement et du
travail
Basol Base de données sur les sites et sols pollués
ou potentiellement pollués appelant une
action des pouvoirs publics, à titre préventif
ou curatif
BNV-D Banque nationale des ventes des
distributeurs
BRGM Bureau de recherches géologiques et
minières
BTP Bâtiment et travaux publics
CarHab Cartographie nationale des habitats
naturels et semi-naturels
CAUE Conseil d?architecture, d?urbanisme et
de l?environnement
CEN Conservatoire des espaces naturels
Cerema Centre d'études et d'expertise sur
les risques, l'environnement, la mobilité
et l'aménagement
CGDD Commissariat général au développement
durable
Citepa Centre interprofessionnel technique
d'études de la pollution atmosphérique
CITES Convention sur le commerce international
des espèces de faune et de flore sauvages
menacées d?extinction
COP Conférence des Parties
COP15 Conférence de Montréal de 2022 sur
la biodiversité
DAAF Direction de l?alimentation, de l?agriculture
et de la forêt
DCE Directive-cadre sur l?eau
DHFF Directive « Habitats, Faune, Flore »
DO Directive « Oiseaux »
DOCOB Document d?objectifs d?un site Natura 2000
DROM Départements et régions d?outre-mer
EEE Espèce exotique envahissante
Efese Évaluation française des écosystèmes et
des services écosystémiques
EPCI Établissements publics de coopération
intercommunale
ETM Élément trace métallique
Eurostat Office statistique de l?Union européenne
FAO Organisation des Nations unies pour
l?alimentation et l?agriculture
FNAU Fédération nationale des agences
d?urbanisme
GES Gaz à effet de serre
Giec Groupe d?experts intergouvernemental
sur l?évolution du climat
GIER Groupe internationale d?experts sur
les ressources
GIS Sol Groupement d?intérêt scientifique sur
les sols (système d?information sur les sols
de France)
I4CE Institute for Climate Economics
Ifremer Institut français de recherche pour
l'exploitation de la mer
IGN Institut national de l?information
géographique et forestière
Inéris Institut national de l'environnement
industriel et des risques
INPN Inventaire national du patrimoine naturel
Inrae Institut national de la recherche
pour l?agriculture, l?alimentation et
l?environnement (ex INRA - Institut national
de la recherche agronomique)
Insee Institut national de la statistique et des
études économiques
IPBES Intergovernmental Science-Policy Platform
on Biodiversity and Ecosystem Services
- Plateforme intergouvernementale
scientifique et politique sur la biodiversité et
les services écosystémiques
IPTC Indice des pressions toxiques cumulées
IRSN Institut de radioprotection et de sûreté
nucléaire
LCSQA Laboratoire central de surveillance de
la qualité de l?air
LFP Batteries lithium-fer-phosphate
LPO Ligue pour la protection des oiseaux
MNHN Muséum national d?histoire naturelle
MPR Matière première de recyclage
ANNEXES
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
138
ANNEXES
MTECT Ministère de la Transition écologique
et de la Cohésion des territoires
Natura Réseau d?espaces naturels désignés par
les États membres en application des
directives communautaires « Oiseaux »
et « Habitats »
NMC Batteries nickel-manganèse-cadmium
OCDE Organisation de coopération et
de développement économique
ODD Objectif de développement durable
OFB Office français de la biodiversité
Ofremi Observatoire français des ressources
minérales pour les filières industrielles
OMS Organisation mondiale de la santé
ONB Observatoire national de la biodiversité
ONU Organisation des Nations unies
PAT Projet alimentaire territorial
Patrinat Centre d?expertise et de données
sur le patrimoine naturel
PIB Produit intérieur brut
PLH Programme local de l?habitat
PLU(i) Plan local d?urbanisme (intercommunal)
PNA Plan national d?action
PNUE Programme des Nations unies pour
l?environnement
PPE Programmation pluriannuelle de l?énergie
R&D Recherche et développement
SaFN Solutions d?adaptation fondées sur la nature
SAU Surface agricole utilisée
SCoT Schéma de cohérence territorial
SDAGE Schéma directeur d?aménagement et
de gestion des eaux
SDES Service des données et études statistiques
SFEPM Société française pour l?étude et
la protection des mammifères
SNAP Stratégie nationale pour les aires protégées
SNB Stratégie nationale de biodiversité
SNBC2 2e version de la SNBC publiée en 2018
SRADDET Schéma régional d?aménagement,
de développement durable et d?égalité
des territoires
STEU Station de traitement des eaux usées
STH Surface toujours en herbe
TAAF Terres australes et antarctiques françaises
TAX-REF Référentiel taxonomique
Teruti Enquête annuelle sur l?utilisation du territoire
(Land Use Change Analysis System)
TRACC Trajectoire de réchauffement de référence
pour l?adaptation au changement climatique
TVB Trame verte et bleue
UE Union européenne
UICN Union internationale pour la conservation
de la nature
UNEP United Nations Environment Programme
- Programme des Nations unies pour
l'environnement
UTCATF Utilisation des terres, changement
d?affectation des terres et foresterie
Znieff Zone naturelle d?intérêts écologique,
faunistique et floristique
2000
139
SYMBOLES CHIMIQUES
UNITÉS DE MESURE
CH? Méthane
CO? Dioxyde de carbone
COHV Composés organiques halogénés volatils
COV Composés organiques volatils
COVNM Composés organiques volatils non
méthaniques
HAP Hydrocarbures aromatiques polycycliques
HFC Hydrofluocarbure
N?O Protoxyde d?azote
NF? Trifluorure d?azote
NH? Ammoniac
NO? Dioxyde d?azote
NOx Oxydes d?azote
O? Ozone
PCB Polychlorobiphényles
PFAS Poly et perfluoroalkylés
PFC Perfluocarbure
PFHxA Acide perfluorohexanoïque
PFOA Acide perfluoro-octanoïque
PFOS Acide perfluoro-octane sulfonique
PM?? Particules de diamètre inférieur ou égal
à 10 micromètres (µm)
PM?,? Particules de diamètre inférieur ou égal
à 2,5 micromètres (µm)
SF? Hexafluorure de soufre
SO? Dioxyde de soufre
TFA Acide trifluoroacétique
dB Décibel
EH Équivalent habitant
Gt CO? Gigatonne de CO? (milliard de tonnes)
ha Hectare
Md¤ Milliard d?euros
Mm3 Million de mètres cube
Mt Million de tonnes
Mt CO? éq Million de tonnes de CO? équivalent
MW Mégawatt
NODU Nombre de doses unités
ng Nanogramme (0,000 000 001 g)
Tep Tonne équivalent pétrole
TWh Térawattheure
g Microgramme (0,000 001 g)
m Micromètre
V/m Volt par mètre
ANNEXES
140
TA
BL
E
D
ES
M
A
T
IÈ
R
ES
TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS p. 4
FACE AUX DÉFIS : HISTOIRE D?UNE PRISE
DE CONSCIENCE p. 10
RESSOURCES NATURELLES :
ENTRE DÉPENDANCE AUX
IMPORTATIONS ET RARÉFACTION p. 16
Les enjeux p. 17
L?état des lieux p. 19
LES RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES p. 19
Une présence encore importante des
énergies fossiles p. 19
La limite climatique l?emporte sur celle
de l?épuisement p. 20
Décarboner et réduire la consommation d?énergie p. 21
Produire de l?énergie à partir de sources
décarbonées p. 22
Réduire la consommation d?énergie p. 22
? ÉCLAIRAGE - Les empreintes environnementales
de la consommation : de quoi parle-t-on ? p. 23
LES RESSOURCES MINÉRALES MÉTALLIQUES p. 24
Un besoin accru de métaux au fil du temps p. 24
Les métaux des technologies bas-carbone :
un défi pour l?approvisionnement p. 25
Les métaux de la transition bas-carbone :
la dépendance de la France et de l?Europe p. 26
Besoins en métaux : quelques éléments prospectifs p. 27
? ÉCLAIRAGE ? Vers une économie circulaire :
recyclage et sobriété p. 28
LES MINÉRAUX NON MÉTALLIQUES p. 29
Les besoins en minéraux non métalliques
principalement couverts par l?extraction domestique p. 29
Les granulats marins et les granulats de recyclage :
des alternatives face aux besoins croissants p. 30
? FOCUS ? La ressource en eau sous tension
en été sur une partie du territoire p. 31
LA BIOMASSE p. 35
Des ressources renouvelables variées utilisées
principalement pour l?alimentation p. 35
? ÉCLAIRAGE ? Pêche et aquaculture :
le point sur les ressources p. 35
Des ressources renouvelables, mais leur production
peut exercer des pressions sur l?environnement p. 36
? ÉCLAIRAGE ? Interview Gilles BILLEN
« Les engrais azotés de synthèse :
quelles perspectives pour l?agriculture ? » p. 36
La ressource en bois : encore en croissance, mais
ralentie par la fragilisation des forêts françaises p. 38
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ ? Réinventer la mobilité :
un enjeu fort pour la préservation des ressources
naturelles p. 39
? RÉFÉRENCES p. 42
141
TABLE DES MATIÈRES
POLLUTION DES MILIEUX NATURELS :
UNE MENACE POUR L?ENVIRONNEMENT
ET LA SANTÉ p. 44
Les enjeux p. 45
L?état des lieux p. 47
LES POLLUANTS SUIVIS DE LONGUE DATE p. 47
Les métaux et métalloïdes : une tendance
à la baisse des émissions p. 47
Particules et oxydes d?azote dans l?air extérieur :
des progrès insuffisants pour protéger pleinement
la santé p. 50
? ÉCLAIRAGE - Comment les polluants
affectent-ils notre alimentation ? p. 50
Les HAP : une pollution persistante qui touche
l?ensemble de la biosphère p. 52
? ÉCLAIRAGE ? Les écoliers exposés à
la multipollution dans leur salle de classe p. 52
Bruit dans l?environnement : le trafic routier,
source principale d?exposition en milieu urbain p. 54
Les radiofréquences : des rayonnements
du quotidien aux impacts toujours incertains p. 54
? ÉCLAIRAGE ? Les polluants azotés et phosphorés,
responsables de la prolifération des algues vertes,
toujours en excès p. 54
? FOCUS ? Produits phytosanitaires : un bilan mitigé p. 56
DES CONTAMINANTS ENCORE PEU SUIVIS ET
POURTANT TRÈS PRÉSENTS p. 59
Déchets plastiques : de multiples signaux inquiétants
pour les écosystèmes et la santé p. 59
Les polluants perfluorés :
une inquiétude grandissante p. 60
? ÉCLAIRAGE ? Interview de Robert BAROUKI
« L?exposome, l?empreinte des expositions
d?une vie sur la santé » p. 61
Résidus médicamenteux : une contamination
avérée des rivières et nappes phréatiques p. 62
L?ACTION PUBLIQUE CONTRE LA POLLUTION p. 64
Plans d?action et réglementations : des ambitions
à renforcer pour répondre aux enjeux p. 64
Les financements, en hausse depuis 2000,
ne reflètent pas le coût global pour la société p. 64
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ ? Fédérer les acteurs
territoriaux pour réduire les pollutions : le cas
du Plan Eau en outre-mer p. 66
? RÉFÉRENCES p. 69
CHANGEMENT CLIMATIQUE :
DES EFFETS DE PLUS EN PLUS
PERCEPTIBLES p. 70
Les enjeux p. 71
L?état des lieux p. 73
QUELS IMPACTS CONCRETS ? p. 73
Des impacts déjà perceptibles dans
de nombreux domaines p. 73
Des impacts du changement climatique
déjà mesurables sur la santé p. 73
Des événements climatiques extrêmes
de plus en plus fréquents p. 75
La montée du niveau des mers et des océans p. 75
Des perspectives inquiétantes p. 77
UNE DIMINUTION DES ÉMISSIONS
DE GAZ À EFFET DE SERRE p. 79
La composition des GES et leur provenance p. 79
Le poids de l?agriculture dans les émissions de GES p. 79
L?industrie a contribué pour moitié à la baisse
des émissions françaises depuis 1990 p. 79
? ÉCLAIRAGE - Le transport, un tiers des émissions
nationales de GES p. 80
Les sols et les forêts, un puits de carbone majeur p. 81
? FOCUS ? L?empreinte carbone des Français p. 82
Les émissions directes des ménages
et leurs évolutions p. 84
? ÉCLAIRAGE ? Les Français et le climat :
entre signaux encourageants et incertitudes p. 84
La contribution de la France au changement
climatique p. 85
LA LUTTE CONTRE LE CHANGEMENT
CLIMATIQUE p. 86
Quelle feuille de route pour atteindre
la neutralité carbone ? p. 86
Quelques exemples de leviers de lutte contre
le changement climatique p. 87
? ÉCLAIRAGE ? Les plans d?adaptation
au changement climatique des bassins p. 87
Le financement de l?atténuation
du changement climatique p. 89
Faire sa part : les acteurs de la société bas-carbone p. 89
Préparer le monde professionnel aux enjeux
environnementaux par la formation p. 89
? ÉCLAIRAGE - Interview de Gonéri Le Cozannet
« Le défi de l?adaptation » p. 90
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ ? Manger moins
de protéines animales : une transition alimentaire
bénéfique pour le climat p. 92
? RÉFÉRENCES p. 95
142
TABLE DES MATIÈRES
DÉCLIN DE LA BIODIVERSITÉ :
UNE NATURE SOUS PRESSION p. 96
Les enjeux p. 97
L?état des lieux p. 99
DES SIGNAUX INQUIÉTANTS p. 99
État de la biodiversité : des outils d?inventaire
mais une connaissance à affiner p. 99
Un déclin continu de la biodiversité p. 100
? FOCUS ? Comment les activités humaines
affectent les écosystèmes ultramarins ? p. 102
Cinq pressions responsables du déclin
de la biodiversité p. 104
Des milieux naturels artificialisés et fragmentés p. 104
Une surexploitation des ressources naturelles p. 104
Des pollutions qui affectent tous les milieux p. 105
Des modifications biologiques induites par
le changement climatique p. 105
Des espèces exotiques envahissantes
plus nombreuses et conquérantes p. 106
DES SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES FRAGILISÉS p. 107
Les arbres en milieux urbains : essentiels
mais trop peu présents p. 107
Milieux agricoles : une biodiversité à restaurer
pour garantir l?approvisionnement p. 108
Une forêt aux valeurs mésestimées p. 109
Des milieux humides aquatiques régulateurs
des effets du changement climatique p. 110
Des milieux marins essentiels au bien-être humain p. 111
LES ENJEUX DE BIODIVERSITÉ ET LA SOCIÉTÉ p. 112
Des engagements pris dans les politiques
publiques p. 112
? ÉCLAIRAGE ? Interview de Bruno Mounier
et de Pierre Mossant « Protéger des espaces
naturels tout en associant la population » p. 114
La biodiversité mieux prise en compte
dans les projets d?aménagement p. 115
? ÉCLAIRAGE ? Trame verte et bleue :
intégrer la biodiversité dans l?aménagement
du territoire p. 116
Une préoccupation citoyenne croissante p. 117
? MOBILISER LA SOCIÉTÉ - Repenser la façon de
se loger pour limiter l?impact sur la biodiversité p. 118
? RÉFÉRENCES p. 121
POSTFACE p. 123
POUR ALLER PLUS LOIN p. 126
GLOSSAIRE p. 127
SIGLES ET ABRÉVIATIONS p. 137
143
Le CGDD remercie les personnes
suivantes pour avoir accepté
d?apporter leur éclairage :
? Robert Barouki, professeur à
l?Université Paris Cité, Directeur
de l?institut thématique santé publique
de l?Inserm
? Gilles Billen, directeur de recherche
émérite au CNRS, biogéochimie
territoriale, Sorbonne-Université
? Gonéri Le Cozannet, chercheur
au Bureau de recherches géologiques
et minières, co-auteur du volet II
du 6e rapport du Giec, membre
du Haut Conseil pour le Climat
? Pierre Mossant, directeur du
Conservatoire d?espaces naturels
d?Auvergne
? Bruno Mounier, directeur de
la Fédération des Conservatoires
d?espaces naturels
Le CGDD remercie également
les services du ministère chargé de
la Transition écologique, ainsi que
les personnes suivantes, pour leur
relecture attentive du rapport :
? Jeanine Eguienta (SDES), Marine Favre
(SEVS), Hélène Gaubert (SEVS), Olivier
Simon (SEVS)
? L?Inspection générale de l?environnement
et du développement durable :
Karine Brulé, Bruno Depresle,
Bertrand Galtier, Patrick Lavarde,
Marianne Leblanc Laugier, Boris Leclerc,
Mario Pain, Laurent Roy, Alby Schmitt,
Marc Strauss, Jean-Philippe Torterotot
? Les Directions générales du ministère
chargées de la Transition écologique :
Aménagement, logement et nature :
Juliette Buffetrille, François Delaquaize,
Constantin De Pontbriand,
Pierre-Edouard Guillain, Mathilde Loury,
Fabien Perouze, Rossella Pintus,
Hugo Thierry, Simon Trauet,
Anne-Laure Wittman
Énergie et climat : Vincent Bourcier,
Caroline Mahé-Deckers
Prévention des risques : Lionel Berthet,
Elizabeth Blaton, Clarisse Durand,
Céline Fanguet, Guillaume Gay,
Olivier, Gras, Émilie Hillion,
Agnès Lefranc, Antoine Lhermite
? Stéphane Bourg, directeur de l?Ofremi
? Aurélie Darpeix-Van Tongeren,
ministère de l?Agriculture et
de la Souveraineté alimentaire
? Aurélien Gay, délégué interministériel
adjoint aux approvisionnements en
minerais et métaux stratégiques,
ministère chargé de l?Économie et
des Finances
? Gaëtan Lefebvre, ingénieur géologue,
expert en intelligence minérale, BRGM
REMERCIEMENTS
www.notre-environnement.gouv.fr
L?ÉDITION 2024 DU RAPPORT SUR L?ÉTAT
DE L?ENVIRONNEMENT EN FRANCE vise à faciliter
la lecture et l?appropriation des principaux constats face aux
défis climatiques et environnementaux actuels. Un état des lieux
synthétique de la situation environnementale française est proposé
et structuré autour de quatre parties qui abordent, chacune,
un défi environnemental : l?épuisement des ressources naturelles, la pollution
des milieux naturels, le changement climatique, le déclin de la biodiversité. Bien
que traitées séparément, ces quatre problématiques sont bien sûr très imbriquées :
l?extraction de ressources naturelles constitue une source de pollution des milieux
naturels, qui elle-même contribue au changement climatique, ce dernier étant
l?un des facteurs aggravant du déclin de la biodiversité.
Le premier défi consacré aux ressources naturelles traite successivement
des ressources énergétiques, des ressources minérales métalliques
et non métalliques, de l?eau et de la biomasse, et fait le point sur la consommation
française de ces ressources, la dépendance de la France aux importations
et les impacts de leurs utilisations sur les milieux.
Le second défi, portant sur la pollution des milieux naturels, s?intéresse aux
polluants suivis de longue date (pesticides, métaux, particules fines, hydrocarbures
aromatiques polycycliques, etc.), ainsi qu?à ceux qui sont encore peu suivis mais
pourtant présents dans l?environnement (déchets plastiques, polluants perfluorés,
résidus médicamenteux, etc.).
Le troisième défi met en avant les principaux enjeux et impacts du changement
climatique en France, ainsi que les politiques publiques mises en oeuvre
pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre et s?adapter aux effets
du changement climatique.
Le quatrième défi présente l?état de la biodiversité, les facteurs responsables
de son érosion, ainsi que les impacts de la perte de biodiversité sur les différents
écosystèmes, et les solutions apportées.
Plusieurs focus, éclairages, paroles d?experts et encadrés viennent enrichir
les contenus.
MINISTÈRE
DE LA TRANSITION
ÉCOLOGIQUE,
DE LA BIODIVERSITÉ,
DE LA FORÊT, DE LA MER
ET DE LA PÊCHE
http://www.notre-environnement.gouv.fr
Sommaire
Avant-propos
Histoire d'une prise de conscience
RESSOURCES NATURELLES : entre dépendance aux importations et raréfaction
POLLUTION DES MILIEUX NATURELS : une menace pour l'environnement et la santé
CHANGEMENT CLIMATIQUE : des effets de plus en plus perceptibles
DÉCLIN DE LA BIODIVERSITÉ : une nature sous pression
Postface
Pour aller plus loin
Glossaire
Sigles et abréviations
Table des matières
INVALIDE)