Ensemble, refaire ville : Pour un renouvellement urbain résilient des quartiers et des territoires fragiles
DELORME, Jean-Martin ;MIALOT, Anne-Claire ;VAN STYVENDAEL, Cédric
Auteur moral
Auteur secondaire
Résumé
Le document "Ensemble, refaire ville" aborde le renouvellement urbain résilient en France, soulignant la nécessité de lutter contre la ségrégation socio-spatiale et d'adapter les territoires au changement climatique. Il propose des mesures pour renforcer l'implication des habitants, simplifier les procédures et financer des projets durables, tout en visant à élargir la politique de renouvellement urbain à d'autres territoires vulnérables.
Descripteur Urbamet
quartier
Descripteur écoplanete
Thème
Aménagement urbain
;Ville - Urbanisme
Texte intégral
Jean-Martin DELORME
Anne-Claire MIALOT
Cédric VAN STYVENDAEL
Ensemble,
refaire ville
Pour un renouvellement urbain résilient
des quartiers et des territoires fragiles
Rapport remis en février 2025
© Luc Boegly
SYNTHÈSE
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 1/11
Une mission gouvernementale relative
au futur du renouvellement urbain
Contexte et objet de la mission
Le 12 décembre 2023, Christophe BECHU, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des
territoires, Patrice VERGRIETE, ministre délégué chargé du Logement, et Sabrina AGRESTI-
ROUBACHE, Secrétaire d?Etat chargée de la Citoyenneté et de la Ville, confient à Jean-Martin
DELORME, président de la section Habitat, Aménagement et Cohésion Sociale à l?Inspection Générale
de l?Environnement et du Développement Durable (IGEDD), Anne-Claire MIALOT, directrice générale de
l?Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et Cédric VAN STYVENDAEL, maire de
Villeurbanne, une mission relative au futur du renouvellement urbain.
Cette mission vise à « nourrir les réflexions du Gouvernement pour la préparation d?une stratégie globale
de renouvellement urbain » et en particulier à « élaborer et présenter des propositions sur la poursuite
de la politique de renouvellement urbain résiliente de demain », pour ainsi « orienter le devenir des
politiques de solidarité nationale en matière d?aménagement des territoires en difficulté ».
Elle s?inscrit dans le contexte d?une politique publique marquée notamment par le lancement en 2003
du Programme National de Rénovation Urbaine (PNRU), mis en oeuvre par un opérateur dédié alors
créé, l?ANRU, et s?est poursuivie en 2014 par l?engagement du Nouveau Programme National de
Renouvellement Urbain (NPNRU), deux programmes qui se sont accompagnés de la création de
nouveaux dispositifs d?appui à la « mutation urbaine » portés par l?Agence Nationale de l?Habitat (Anah)
et l?Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT).
« L?année 2023 marque un tournant dans l?accélération de [la] mise en oeuvre » du NPNRU, et « c?est dans
cette forte dynamique qu?émerge le débat sur le futur des politiques de renouvellement urbain » et
notamment l?enjeu « d?anticiper la date limite d?engagement du NPNRU en 2026 ».
Il est attendu de la mission qu?elle :
- Réfléchisse « au périmètre d?action pertinent pour la politique de renouvellement urbain, sur la
base d?un diagnostic territorial intégrant les enjeux urbains, sociaux et environnementaux », en
ciblant les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) en renouvellement urbain, les
quartiers prioritaires non visés par des programmes ANRU, mais aussi des territoires à enjeux
thématiques spécifiques (quartiers anciens, copropriétés, quartiers de gare, friches
industrielles, zones commerciales ou économiques) ;
- Propose « une organisation de la politique de renouvellement urbain, permettant de renforcer
le partenariat local avec les collectivités et les bailleurs », en « interroge[ant] les procédures,
les modes d?intervention et l?ingénierie financière en place » et « identifi[ant] les voies d?une plus
grande simplification, territorialisation et responsabilisation des élus locaux dans la prise de
décision pour accélérer les projets » ;
- Intègre des « dimensions essentielles » à cette politique publique renouvelée, telles que les
enjeux de mixité sociale et fonctionnelle, développement économique, adaptation au
changement climatique et atténuation de ses effets, résilience, mobilité, sûreté.
Méthodologie
L?association large de tous les acteurs du renouvellement urbain attendue dans le cadre de la mission
(agences associées au renouvellement urbain que sont l?ANCT et l?Anah, partenaires (Action Logement,
Union Sociale pour l?habitat, Banque des Territoires), porteurs de projets que sont les élus locaux et
leurs services, bailleurs sociaux, habitants, chercheurs etc.) s?est traduite par la réalisation de huit
déplacements à travers la France (Evry, Nîmes / Saint-Gilles, Métropole de Lyon, Nancy, Châteauroux,
Rennes, bassin minier dans le Pas-de-Calais et le Nord, et Saint-Denis) et de 45 auditions.
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 2/11
Ont été entendus des représentants de l?Etat et de ses opérateurs, des collectivités territoriales, des
réseaux professionnels, des groupes de chercheurs, des collectifs citoyens et des associations,
d?anciens ministres, des personnalités qualifiées. Des professionnels du renouvellement urbain ont
également été rencontrés lors de chaque déplacement, et associés à des échanges techniques
complémentaires pour alimenter la mission. Les déplacements ont enfin donné lieu à des rencontres
avec des groupes d?habitants.
Le comité des partenaires de l?ANRU (composé d?Action Logement, de l?ANCT, de l?Anah, de la Banque
des Territoires, de la Direction générale des collectivités locales, de la Direction de l?habitat, de
l?urbanisme et des paysages, et de l?Union Sociale pour l?Habitat) s?est réuni à deux reprises durant la
mission pour échanger sur ses orientations. Le club des élus de la rénovation urbaine, animé par
l?ANRU, a également été mobilisé avant la remise des conclusions de la mission.
Outre les échanges avec la communauté du renouvellement urbain et les déplacements sur sites, la
mission s?est appuyée sur un travail d?analyse documentaire pour produire un diagnostic et un état des
lieux des enjeux territoriaux ainsi qu?une cartographie des « briques » de la politique de
renouvellement urbain
Un point d?étape a été organisé avec les ministres en juin 2024 et les auteurs ont terminé la rédaction
en octobre 2024. Le rapport a été remis aux ministres François Rebsamen et Valérie Létard en
présence de Juliette Méadel et Françoise Gatel le 18 février 2025.
Remerciements
Jean-Martin DELORME, Anne-Claire MIALOT et Cédric VAN STYVENDAEL remercient les habitants des
quartiers visités, les élus et les services des collectivités locales, les préfets et leurs services
déconcentrés, les représentants d?associations et collectifs citoyens, les chercheurs, les
personnalités et acteurs professionnels du logement, de l?aménagement et du renouvellement urbain,
les agences et administrations centrales, pour leur accueil, leurs contributions et le temps qu?ils ont
consacré à éclairer les travaux de la mission.
Remerciements particuliers à l?équipe constituée de Cécile AUGIER (cabinet du maire de Villeurbanne),
Kim CHIUSANO, Thierry LE CRAS, Delphine PUPIER (Agence nationale pour la rénovation urbaine) et
Elli NEBOUT-JAVAL (Inspection générale de l?environnement et du développement durable) qui ont
nourri la mission de leurs travaux bibliographiques, de leur collecte des données, de leur expertise
professionnelle et ont contribué à l?élaboration et la structuration des diagnostics et propositions et
enfin à la rédaction du rapport. Et remerciements également aux équipes de l'ANRU pour leur appui
essentiel au déroulement de la mission.
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 3/11
Synthèse
La ségrégation socio-spatiale s?est accrue en France sous les effets combinés de la métropolisation,
de la désindustrialisation et de l?accroissement des inégalités sociales 1 . « En 15 ans, les disparités
entre quartiers, mesurées selon le revenu, se sont accentuées dans la plupart des grandes villes »
indique l?Institut national de la statistique et des études (INSEE) 2 , tout comme France Stratégie 3
(2020) dans son étude sur la ségrégation résidentielle dans les grandes villes qui souligne la puissance
des mécanismes de concentration sociale, qu?ils soient « choisis » pour les plus riches, ou « subis »
pour les plus pauvres. Une tendance française mais également européenne, comme l?indique le 9ème
rapport de la Commission européenne sur la politique de cohésion (2001-2021) 4 « trente ans après le
lancement du marché unique européen et du renforcement de la politique de cohésion (..) des disparités
subsistent [entre régions] ». Dans son rapport, la Commission souligne l?aggravation de la situation en
France, un pays où les « disparités internes » sont fortes et ont augmenté du fait d?une « croissance
très faible dans les régions en transition », et d?une croissance du produit intérieur brut (PIB)/habitant
« particulièrement faible dans les régions les plus pauvres ». La mission a fait le constat de la
persistance d?une ségrégation territoriale et sociale à l?égard des habitants des quartiers prioritaires
de la politique de la ville (QPV) comme des habitants des territoires ruraux, périurbains et des
territoires en déprise économique.
Face à ce constat, les pouvoirs publics doivent assumer et renforcer les
politiques de lutte contre la ségrégation socio-spatiale et pour la
cohésion sociale comme l?avait défendu en son temps le président de la
République Jacques CHIRAC le 14 octobre 2002 à Troyes : « La
République ne peut pas accepter de voir des quartiers entiers s'enfoncer
dans la violence, le non-droit et le désespoir. La République ne serait plus
elle-même si elle acceptait que, sur son territoire, un nombre grandissant de ses habitants soient
abandonnés à eux-mêmes (...). Ce problème n'est pas seulement celui des habitants des quartiers
difficiles. C'est celui de la Nation tout entière. »
Car derrière ce constat, ce sont des femmes et des hommes et autant d?histoires de vies percutées
par l?assignation à résidence, l?enclavement et le sentiment d?abandon. Qu?on soit pauvre dans une
commune rurale isolée ou dans un quartier urbain enclavé, les « problématiques [sont] plus souvent
communes que contraires » 5 : la difficulté à trouver un emploi, à accéder aux services publics, à se
loger, à se déplacer, à se soigner. Bref à vivre dignement. Cette relégation sociale et spatiale s?ajoute
souvent au sentiment de relégation démocratique et civique qui touche les plus pauvres, celles et
ceux qui ont rarement le « choix ».
Cette France des quartiers prioritaires de la politique de la ville et des territoires en déprise, qui subit
de plein fouet tous les bouleversements de notre époque, sans nécessairement avoir les armes pour
y répondre, s?est exprimée ces dernières années, dans les urnes ou parfois violemment. Marco OBERTI
l?a montré dans sa dernière étude sur les émeutes de 2023 6. « Le haut niveau de ségrégation urbaine
constitue le meilleur prédicteur des violences. La différence la plus marquante entre 2023 et 2005 est
l?entrée en scène des villes petites et moyennes, où les adolescents de cités d?habitat social s?identifient
aux jeunes des banlieues de métropole ». Ainsi, les « villes avec un QPV ont 15 fois plus de chance de
connaitre une émeute plutôt que de ne pas en connaître par rapport à celles qui n?en ont pas ». Et 63%
1 INSEE. En 2021, les inégalités et la pauvreté augmentent. INSEE Première n°1973, novembre 2023 et INSEE. Les inégalités
territoriales de niveau de vie en France entre 2008 et 2017. INSEE Références, édition 2021.
2 INSEE. En 15 ans, les disparités entre quartiers, mesurées selon le revenu, se sont accentuées dans la plupart des grandes
villes. INSEE Analyses, n°79, janvier 2023.
3 France Stratégie. Quelle évolution de la ségrégation résidentielle en France ? La note d?analyse n°92, juin 2020
4 European Commission. Ninth report on economic, social and territorial cohesion. Publications Office of the European Union,
mars 2024.
5 « Entre la France des bourgs et celle des tours, des problématiques plus souvent communes que contraires ». Tribune d?un
collectif d?élus et d?acteurs économiques et associatifs. Le monde, 11 septembre 2024.
6 OBERTI, Marco, GUILLAUME LE GALL, Maela. Les territoires des émeutes, la ségrégation urbaine au coeur des violences, La
vie des idées, avril 2024.
Les pouvoirs publics doivent
assumer et renforcer les
politiques de lutte contre la
ségrégation socio-spatiale.
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 4/11
des communes ont connu à la fois des émeutes en 2023 et une mobilisation des gilets jaunes en 2018,
avec des ressorts communs aux deux mouvements, « la ségrégation et l?éloignement des services » et
dans les deux cas une manifestation « plus spontanée et plus violente » de ces colères.
Aux fragilités économiques, sociales et territoriales déjà existantes, s?ajoutent désormais celles liées
aux impacts du changement climatique. Le 6ème rapport du GIEC publié le 20 mars 2023 souligne
l?aggravation et la multiplication des risques climatiques tant en termes de réchauffement climatique
que d?impact sur la disponibilité des ressources et la biodiversité 7. Ainsi en 2050, le climat de Paris
sera semblable à celui de Séville, avec en moyenne trois semaines de canicule par an, des pics de
température à 50°C et trois fois plus de nuits tropicales qu?aujourd?hui 8. Le GIEC insiste également
sur le fait que le changement climatique pèse encore plus sur les plus pauvres pourtant moindres
émetteurs de carbone (« Vulnerable communities who have historically contributed the least to current
climate change are disproportionately affected »), les inégalités démultipliant les effets du
changement climatique. Ce que soulignait déjà l?Institut Paris Région en 2016 dans une étude sur les
points noirs environnementaux : « Lorsqu?ils sont habités, plus de la moitié (52%) des points noirs
environnementaux (trois nuisances et plus) ont une surreprésentation de ménages à bas revenus. Cette
surreprésentation se confirme lorsque le nombre de sources d?exposition augmente, passant à 75% pour
les PNE cumulant quatre nuisances et pollutions ».
Ces bouleversements vont impacter la vie et la ville avec des conséquences sur les manières d?habiter
et d?occuper le territoire 9. Si « les inégalités territoriales sont à la fois la cause et la conséquence des
dynamiques sociales » 10 , le changement climatique risque encore de renforcer les logiques de
ségrégation, d?atomisation de la société et donc générer de la défiance. « C?est un vrai cercle vicieux
[explique François GEMENNE] : une société plus inégalitaire, par les réponses qu?elle apporte aux effets
du changement climatique ? souvent plus adaptées aux plus riches ?, peut accroître les inégalités et ainsi
être plus vulnérable aux effets du changement climatique. »
La lutte contre la ségrégation territoriale et l?adaptation des territoires aux impacts du
changement climatique doivent matricer l?action publique en faveur des territoires fragilisés, qu?il
s?agisse des quartiers prioritaires de la politique de la ville, des territoires en déprise, ou des
territoires rendus inhabitables sous l?impact du
changement climatique.
La mission préconise de réaffirmer la lutte contre la
ségrégation socio-spatiale comme une priorité nationale
afin de garantir un aménagement du territoire où aucun
territoire n?est laissé en marge de la promesse républicaine.
Un comité interministériel d?aménagement du territoire,
placé auprès du Premier ministre et associant les collectivités locales, devrait être chargé de
définir et de porter une politique nationale de rééquilibrage territorial et d?anticipation des
conséquences territoriales du changement climatique (adaptation, territoires inhabitables). Plus
particulièrement, ce comité serait chargé de l?élaboration et de la mise en oeuvre d?un plan national
interministériel de mobilisation en faveur des quartiers prioritaires de la politique de la ville, garant du
déploiement des politiques publiques de droit commun dans les quartiers prioritaires et de
l?élaboration et de la mise en oeuvre d?un plan national interministériel de mobilisation en faveur des
territoires fragilisés.
7 GIEC. Summary for Policymakers. In: Climate Change 2023: Synthesis Report. Contribution of Working Groups I, II and III to
the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [Core Writing Team, H. Lee and J. Romero
(eds.)]. IPCC, Geneva, Switzerland, pp. 1-34.
8 Ville de Paris. Paris face aux changements climatiques. 1ère édition, septembre 2021.
9 GIEC, 2023 « In urban areas, observed climate change has caused adverse impacts on human health, livelihoods and key
infrastructure. Hot extremes have intensified in cities. Urban infrastructure, including transportation, water, sanitation and energy
systems have been compromised by extreme and slow onset events, with resulting economic losses, disruptions of services and
negative impacts to well-being. Observed adverse impacts are concentrated amongst economically and socially marginalized
urban residents. »
10 LUSSAULT, Michel. L?homme spatial, la construction sociale de l?espace humain. Seuil, collection La couleur des idées, 2007,
363 p.
Un comité interministériel chargé de
porter une politique nationale de
rééquilibrage territorial et d?anticipation
des conséquences territoriales du
changement climatique.
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 5/11
Face à ces enjeux, la mobilisation des pouvoirs publics est indispensable pour garantir l?équité d?accès
aux services publics, renforcer l?accessibilité, favoriser un développement économique équilibré en
veillant au lien emploi-logement et anticiper les conséquences du changement climatique dans ces
territoires. Cette mobilisation est également indispensable pour améliorer les conditions de vie de
leurs habitants et redonner envie à d?autres ainsi qu?à des acteurs économiques de venir s?y installer.
Dans ce cadre, le renouvellement urbain doit prendre toute sa part. En effet, l?aménagement urbain
ne se limite pas à la planification physique des villes, mais joue un rôle crucial dans la création
d'environnements urbains inclusifs, équitables et dynamiques. Une approche holistique de
l'urbanisme, intégrant les dimensions sociales, économiques et environnementales, est essentielle
pour promouvoir la cohésion sociale et améliorer la qualité de vie des habitants.
Si le renouvellement urbain a vocation à devenir le mode normal de développement et de
transformation des espaces habités demain pour limiter la consommation d?espaces naturels et
préserver les ressources, la question que s?est posée la mission est de savoir, au regard des outils déjà
existants de l?Etat et des collectivités territoriales, sur quels territoires et pour quels enjeux il serait
nécessaire de poursuivre ou engager une politique publique nationale
de renouvellement urbain.
Pour répondre à cette question, la mission a réalisé une quarantaine
d?auditions et effectué huit déplacements sur différents sites de
renouvellement urbain (Nancy, Métropole de Lyon, Nîmes, Saint-Gilles,
Saint-Denis, Rennes, Châteauroux, Evry, Bassin minier). La mission a veillé à auditionner les
partenaires historiques de l?Etat (Action Logement, l?Union sociale pour l?habitat, la Banque des
Territoires), les autres agences et acteurs de l?Etat, les élus locaux, les collectifs d?habitants mais
également des chercheurs et spécialistes des enjeux territoriaux.
A l?issue de ses travaux, la mission a une double conviction : la nécessité de poursuivre une politique
de renouvellement urbain résiliente centrée sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV)
et la pertinence d?un élargissement de cette politique publique à d?autres territoires fragiles ou
risquant de l?être demain, notamment sous l?effet du changement climatique.
Poursuivre une politique nationale de renouvellement urbain au service des quartiers prioritaires de
la politique de la ville...
Le besoin de poursuite d?une politique publique nationale de renouvellement urbain a été exprimé par
l?ensemble des personnes auditionnées avec le souhait du maintien d?un programme dédié aux
quartiers prioritaires de la politique de la ville car il faut « réparer certaines erreurs urbaines du passé »
pour une architecte auditionnée, que les « QPV plongent s?ils ne sont pas accompagnés » souligne le
Conseil national des villes (CNV), « qu?il y a encore des besoins dans des quartiers non traités » pour
l?ADF et que « l?avenir du pays se joue là » selon Jean-Louis BORLOO. L?aggravation de la ségrégation
urbaine et la surexposition de ces quartiers au changement climatique justifient la poursuite d?une
politique de renouvellement urbain résilient centrée sur les quartiers prioritaires de la politique de la
ville, pour lesquels des besoins sont déjà identifiés. Enfin, la crainte d?un « trou d?air » entre le
programme actuel, dont les engagements se terminent en 2026 et le futur est évoqué par les
personnes auditionnées comme un risque majeur au regard de l?expérience de la transition entre le
premier et le deuxième programmes : « Le gouvernement doit veiller à travailler dès maintenant à
prévoir la suite du NPNRU, en continuité de celui-ci, pour ne pas créer de rupture dans le fonctionnement
de l?Agence et donc créer un écroulement brutal de l?accompagnement des quartiers par les politiques
publiques nationales » explique ainsi l?AMF.
L?Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), « une agence reconnue par les élus comme l?un
des outils indispensables de la politique de la ville » selon l?AMF, « une institution forte qui impulse et
reste garante d?ambitions renouvelées » pour la FNAU et « fonctionne sur la base d?un contrat de
confiance entre Etat, bailleur et territoires » selon l?Union sociale pour l?Habitat (USH) est un outil
pertinent qui a permis d?avoir « une action publique dans la durée et de développer une politique et des
projets qui nécessitent du temps et une vision stable » et qui est légitime pour poursuivre le portage de
cette politique publique dans les prochaines années. Les personnes auditionnées ont souligné les
La mission a réalisé une
quarantaine d?auditions et
effectué huit déplacements.
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 6/11
atouts de cette agence (pluriannualité, partenariat, financement d?un projet urbain, intervention
structurante) tout en pointant la nécessité d?adapter son mode de fonctionnement aux enjeux
d?aujourd?hui, notamment environnementaux, de renforcer la territorialisation de son action et de
mieux prendre en compte les attentes des habitants.
Aussi, la mission préconise le lancement d?un programme national de renouvellement urbain en
2025, confié à l?ANRU, ayant pour objectif la lutte contre la
ségrégation urbaine et la résilience territoriale en ciblant les
quartiers prioritaires de la politique de la ville les plus
vulnérables, définis à la fois par leurs enjeux sociaux,
environnementaux et leurs dysfonctionnements urbains. Ce
programme, qui inaugurera une nouvelle génération de
programmes, récurrents et étroitement articulés avec le cycle municipal, devra prévoir un ajustement
du cadre juridique et du modèle d?intervention de l?ANRU à plusieurs titres.
Tout d?abord, une simplification renforcée de son modèle d?intervention associant une
contractualisation par objectifs à l?appui de la programmation, une meilleure articulation des aides
de l?Etat et de ses opérateurs pour faciliter la sollicitation des financements pour les collectivités
territoriales ainsi qu?une mise en oeuvre fortement territorialisée, l?accompagnement de l?ANRU
pouvant être gradué selon les capacités opérationnelles des collectivités territoriales et le suivi
opérationnel des programmes fortement déconcentré.
Afin de renforcer la place des habitants dans les projets urbains, la
mission préconise de conditionner l?allocation des financements
à la mise en oeuvre d?une charte de co-construction du projet
urbain avec les habitants en prévoyant un accompagnement
financier de sa mise en oeuvre. La mission préconise également de
prévoir la possibilité de financement par l?ANRU de la gestion
urbaine de proximité durant la phase de réalisation, pour garantir la qualité d?usage du quartier
pendant les chantiers pour les habitants.
La signature du contrat de renouvellement urbain serait conditionnée à l?élaboration d?un
diagnostic social du quartier incluant, en lien avec les acteurs de l?emploi et de la solidarité, un
accompagnement social renforcé des habitants concernés. Plus globalement, l?évolution des
conditions de vie des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville nécessite, au-delà
des actions de renouvellement urbain, la mobilisation des politiques publiques de droit commun en
matière de sécurité, d?éducation, d?emploi, de santé, d?accès aux services publics et de culture ainsi
qu?une meilleure articulation entre les projets de renouvellement urbain et la politique de la ville.
Une contractualisation et un pilotage territorial conjoint de ces dispositifs seraient de nature à en
renforcer l?efficacité.
En deuxième lieu, une évolution des financements de l?ANRU est nécessaire pour mieux
accompagner les interventions en faveur de l?adaptation et de l?atténuation du changement
climatique, notamment les restructurations lourdes de type « seconde vie » 11 , en ciblant mieux le
recours aux démolitions lorsque les enjeux urbains, techniques ou environnementaux le justifient.
L?évolution des financements de l?ANRU devra également prendre en compte les engagements de la
politique de l?habitat au niveau de l?intercommunalité, notamment pour respecter un objectif global
de lutte contre la ségrégation urbaine. L?approche globale des projets de renouvellement urbain sur
un quartier devra encore être renforcée par la prise en compte dans le contrat de renouvellement
urbain et/ou le financement de l?ensemble des enjeux participant au redressement du quartier,
notamment le traitement de l?habitat privé, les enjeux de sureté, d?éducation, d?emploi, de commerce,
de développement économique et de gestion urbaine de proximité.
11 Le dispositif « Seconde Vie des logements locatifs sociaux » est une expérimentation lancée en 2023 par l?État, l?USH et la
Caisse des Dépôts pour financer des projets de réhabilitation lourde de résidences avec pour objectif de redonner au patrimoine
existant un cycle de vie supplémentaire d?au moins 40 ans.
La mission préconise le lancement
d?un programme national de
renouvellement urbain en 2025,
confié à l?ANRU.
Conditionner l?allocation des
financements à la mise en oeuvre
d?une charte de co-construction du
projet urbain avec les habitants.
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 7/11
Enfin, le financement du nouveau programme de manière pluriannuelle apparaît comme l?un des gages
de réussite du PNRU puis du NPNRU. Cet engagement pluriannuel devra être conforté, au-delà du
réengagement des partenaires historiques de l?ANRU (Action Logement, USH, Banque des Territoires,
Etat) par la mobilisation d?autres financeurs. A ce titre, la mission préconise d?inscrire le
renouvellement urbain comme axe prioritaire des financements structurels européens (post 2027)
et d?envisager l?élargissement d?un pacte financier intégrant d?autres acteurs dont les acteurs
privés et collectivités territoriales.
? Une politique de renouvellement urbain qui a vocation à être élargie
à d?autres territoires.
Pour faire face aux enjeux d?amélioration de l?habitat et de cohésion
territoriale, l?Etat a progressivement renforcé ses dispositifs
d?accompagnement des collectivités territoriales, compétentes en matière
d?habitat et d?aménagement. D?abord centrés sur l?habitat privé via son agence dédiée, l?Anah (OPAH
RU, PNRQAD copiloté avec l?ANRU, Plan initiative copropriété), l?Etat a développé depuis 2018, avec ses
partenaires notamment la Banque des Territoires et Action Logement puis l?ANCT, des dispositifs
ciblés d?accompagnement à la revitalisation des territoires (Action Coeur de Ville, Petites villes de
demain, plans d?action territoriaux comme Engagement pour le renouvellement du bassin minier etc?)
ainsi que des dispositifs d?accompagnement à la transition écologique (Fonds friche, Fonds verts). Ces
dispositifs, appréciés des collectivités territoriales, doivent être confortés.
Toutefois, les auditions et visites conduites pendant la mission soulignent la nécessité de renforcer
ces interventions pour favoriser une approche par le projet urbain face aux situations de territoires
en déprise (villes moyennes, tissu pavillonnaire du périurbain, friches industrielles & zones
commerciales désaffectées) ou de territoires confrontés aux conséquences du changement
climatique, potentiellement inhabitables demain (inondation, recul du trait de côte, ?).
En premier lieu, il serait nécessaire d?engager une mission
d?identification des pistes d?adaptation du modèle économique et
juridique de l?aménagement et du logement, pour que le
renouvellement urbain devienne le « droit commun » de la
fabrique de la ville, dans un objectif de limitation de la
consommation d?espaces naturels. En effet, « 80% des bâtiments
de 2050 existent déjà. La ville de demain, c?est l?adaptation de la ville
d?aujourd?hui or elle n?est absolument pas préparée aux enjeux de demain » comme le précise Franck
BOUTTE. De premières propositions ont été évoquées par André YCHE dans sa mission sur la mutation
de l?immobilier de commerces ou de bureaux 12 ou dans la feuille de route décarbonation de
l?aménagement 13.
En deuxième lieu, il s?agit d?approfondir le diagnostic et stabiliser la cartographie des territoires
vulnérables présentant ou susceptibles de présenter dans le futur, sous l?effet de processus de
ségrégation qui s?initient ou du dérèglement climatique notamment, des besoins de renouvellement
urbain, afin d?établir une cartographie partagée des enjeux. Une analyse spécifique des besoins des
territoires ultramarins serait pertinente en lien avec l?actualisation de la géographie prioritaire. Cette
analyse devra notamment être croisée avec celle de la capabilité des territoires et des fragilités
sociales de ces derniers.
Enfin, la mission préconise d?envisager le renforcement du maillage territorial d?opérateurs de maîtrise
foncière, d?opérateurs de maîtrise d?ouvrage, et de foncières commerciales locales mais également de
l?accompagnement des collectivités territoriales face à ces défis, par le déploiement d?une ingénierie
ou de programmes adaptés à ces enjeux particuliers. Trois scénarii sont proposés dans le rapport,
proposant une implication plus ou moins forte de l?ANRU, des conseils régionaux et des autres
12 YCHE, André. Pour une nouvelle économie immobilière. Propositions destinées à faciliter l?émergence d?une industrie de la
transformation des actifs immobiliers. Rapport à l?attention du ministre délégué au logement. Juin 2024.
13 Feuille de route de décarbonation de l?aménagement élaborée en application de l?article 301 de la loi climat résilience sous le
pilotage d?Anne FRAISSE. Direction générale de l?aménagement, du logement et de la nature, mars 2023.
Que le renouvellement urbain
devienne le « droit commun » de la
fabrique de la ville, dans un objectif
de limitation de la consommation
d?espaces naturels.
Une politique de
renouvellement urbain qui
a vocation à être élargie à
d?autres territoires.
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 8/11
agences de l?Etat. Dans le cas où un engagement de l?ANRU serait souhaité par le Gouvernement, une
actualisation de son cadre juridique serait nécessaire sur ce point également.
***
La politique nationale de renouvellement urbain conduite depuis 20 ans dans les quartiers prioritaires
de la politique de la ville a permis d?améliorer significativement la vie de leurs habitants et a eu un
impact causal significatif sur le niveau de ségrégation des quartiers ciblés 14 . Poursuivre cette
politique publique voire l?étendre semble indispensable au regard de la persistance d?une ségrégation
socio-spatiale forte et de son renforcement probable sous l?effet du changement climatique. La
solidarité nationale doit pouvoir continuer à s?exercer vis-à-vis de tous les territoires en difficulté,
quartiers prioritaires, territoires en déprise, territoires en risque climatique demain.
Toutefois, et de surcroît dans le contexte de crise du logement, cette politique nationale ne pourra
produire complétement ses effets si elle n?est pas accompagnée d?une politique volontariste de lo-
gement portant en particulier le développement massif d?une offre diversifiée et la répartition équili-
brée du logement social, ainsi qu?une politique de loyer favorisant le choix pour tous ; d?une mobilisa-
tion des autres politiques de droit commun en matière de sécurité, d?éducation, d?emploi, de santé
et d?accès aux services publics et à la culture dans l?ensemble des territoires et sous l?égide des pré-
fets, au nom de l?égalité républicaine et d?un renforcement de la territorialisation de la planification
écologique en intégrant le financement de l?adaptation des territoires.
14 France stratégie. 15 ans de PNRU : Quels effets sur l?habitat et le peuplement ? La note d?analyse n°133, février 2024.
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 9/11
Propositions principales
Réaffirmer la lutte contre la ségrégation sociale et territoriale
comme priorité nationale.
1. Installer un comité interministériel d?aménagement du territoire auprès du Premier ministre,
associant les collectivités territoriales, chargé de définir et de porter une politique nationale de
rééquilibrage territorial et d?anticipation des conséquences territoriales du changement
climatique (adaptation, territoires inhabitables).
Charger ce comité interministériel :
2. De l?élaboration et de la mise en oeuvre d?un plan national interministériel de mobilisation en faveur
des quartiers prioritaires de la politique de la ville, garant du déploiement des politiques publiques
de droit commun dans les quartiers prioritaires.
3. De l?élaboration et de la mise en oeuvre d?un plan national interministériel de mobilisation en faveur
des territoires fragilisés.
4. D?approfondir le diagnostic et de stabiliser la cartographie des territoires vulnérables présentant ou
susceptibles de présenter dans le futur, sous l?effet de processus de ségrégation qui s?initient ou du
dérèglement climatique notamment, des besoins de renouvellement urbain.
Poursuivre une politique nationale de renouvellement urbain au
service des quartiers prioritaires de la politique de la ville...
5. Lancer en 2025 un programme national de renouvellement urbain, confié à l?ANRU, ayant pour
objectif la résilience et la lutte contre la ségrégation urbaine, ciblant les quartiers prioritaires de la
politique de la ville les plus vulnérables et inaugurant une nouvelle génération de programmes,
récurrents et étroitement articulés avec le cycle municipal.
6. Prendre en compte le critère des vulnérabilités environnementales en complément des
dysfonctionnements urbains et sociaux dans la sélection des quartiers prioritaires de la politique de
la ville éligibles au nouveau programme.
? en ajustant la méthode d?intervention de l?ANRU ?
En matière de simplification :
7. Faire évoluer la convention pluriannuelle de renouvellement urbain vers un contrat d?objectifs
facilitant l?adaptation de la programmation à la maturité, l?évolutivité et la temporalité spécifique de
chaque projet et consolider un dispositif d?évaluation en continu des projets. Intégrer à ces objectifs
l?évaluation du coût carbone des projets.
8. Renforcer l?articulation des aides de l?Etat et de ses opérateurs (ADEME, Anah, ANCT) pour les
projets de renouvellement urbain les plus complexes au stade de l?engagement (comité d?engagement
unique) et du suivi des projets pour faciliter la sollicitation des financements par les collectivités
territoriales.
En matière de différenciation, déconcentration et délégation :
9. Graduer l?accompagnement de l?ANRU aux capacités opérationnelles des collectivités territoriales
(de la délégation des aides de l?ANRU en cohérence avec les délégations d?aides à la pierre jusqu?à un
accompagnement en ingénierie renforcé) et élargir la déconcentration du suivi opérationnel et
financier aux services locaux de l?Etat.
10. Contribuer au renforcement du maillage territorial d?opérateurs de maîtrise foncière, d?opérateurs
de maîtrise d?ouvrage, et de foncières commerciales locales.
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 10/11
En matière de co-construction avec les habitants :
11. Conditionner l?allocation et le versement des financements de l?ANRU à la signature et à la mise en
oeuvre par les porteurs de projet d?une charte de la co-construction avec les habitants, en prévoyant
un accompagnement financier.
12. Consacrer une part du financement de la convention ANRU à la gestion urbaine de proximité, en
complément des contreparties d?exonération de TFPB déployées par les bailleurs, pour garantir la
qualité d?usage du quartier pendant les projets de renouvellement urbain.
En matière d?objets prioritaires à soutenir :
13. Renforcer l?approche globale des projets de renouvellement urbain en intégrant systématiquement
la prise en compte et l?accompagnement des enjeux relatifs au changement climatique, à l?habitat
privé et à la diversification de l?offre de logement, à la sûreté, à l?accès aux services publics et à la
culture, aux commerces et au développement économique, à la santé et au vieillissement.
14. Faire évoluer les financements de l?ANRU pour mieux accompagner les interventions en faveur de
l?adaptation et de l?atténuation du changement climatique, notamment les restructurations lourdes
de type « seconde vie », en ciblant le recours aux démolitions sur les seules justifiées par les enjeux
urbains, techniques ou environnementaux.
15. Elargir l?accompagnement socio-économique des projets de renouvellement urbain en conditionnant
la signature du contrat à la réalisation d??un diagnostic du type « analyse de besoins sociaux » de la
population du quartier, en vue du déploiement, en lien avec les acteurs de l?emploi et de la solidarité,
d?un suivi social renforcé tout au long du projet.
16. Faire évoluer les financements des contrats de renouvellement urbain pour encourager le
déploiement de politiques intercommunales de l?habitat ambitieuses en matière de production de
logement social, de rééquilibrage territorial et de respect de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain
(SRU).
En matière de financement :
17. Consolider et pérenniser le financement partenarial de la rénovation urbaine dans les quartiers
prioritaires de la politique de la ville par Action Logement, les bailleurs sociaux, la Banque des
Territoires et l?Etat.
18. Inscrire le renouvellement urbain comme axe prioritaire du futur fonds européen de développement
régional (FEDER, post 2027).
19. Etudier l?élargissement d?un pacte financier intégrant d?autres acteurs dont les acteurs privés et
les collectivités territoriales.
? qui a vocation à être élargie à d?autres territoires.
20. Conforter les dispositifs d?accompagnement du renouvellement urbain portés par l?ANCT, l?Anah et
l?Etat en veillant à en renforcer la lisibilité et l?articulation pour les collectivités territoriales.
21. Définir un cadre juridique pérenne pour l?ANRU précisant ses missions pour inscrire son intervention
dans la durée et préfigurer un élargissement de ses missions.
Scénario A : L?expertise de l?ANRU au service des territoires
22. Développer au sein de l?ANRU un centre de ressources, d?ingénierie et de conseil pour accompagner
les territoires en fragilisation.
Scénario B : L?appui de l?ANRU à d?autres programmes au service des territoires
23. Engager la conception de programmes nationaux thématiques avec l?ANCT, l?Anah et l?ANRU ou de
programmes régionaux co-portés/co-financés par les conseils régionaux et l?ANRU ciblant des
territoires habités vulnérables en dehors des QPV nécessitant une intervention renforcée en matière
de renouvellement urbain (centres anciens, tissu pavillonnaire périurbain, recul trait de côte, ?).
Ensemble, refaire ville
Février 2025 Page 11/11
Scénario C : L?ANRU, une agence des projets de renouvellement urbain
24. Engager la définition de nouveaux programmes nationaux de renouvellement urbain ou permettre
à l?ANRU d?intervenir ponctuellement sur des territoires échappant à la géographie prioritaire de la
politique de la ville mais présentant des enjeux et des caractéristiques socio-spatiales comparables
justifiant le déploiement de projets de renouvellement urbain.
Des conditions de réussite du renouvellement urbain qui engagent
d?autres politiques publiques de droit commun
Concernant les quartiers prioritaires de la politique de la ville, renforcer l?articulation du renouvellement
urbain et de la politique de la ville.
Garantir une politique du logement portant le développement massif d?une offre de logement diversifiée
et la répartition équilibrée du logement social, ainsi qu?une politique de loyer favorisant le choix pour tous
et sécuriser financièrement le secteur HLM.
Se donner les moyens d?évaluer et garantir sur chaque territoire la mobilisation des politiques de droit
commun en matière de sécurité, d?éducation, d?emploi, de santé et d?accès aux services publics et à la
culture dans l?ensemble des territoires et sous l?égide des préfets, au nom de l?égalité républicaine.
Renforcer la territorialisation de la planification écologique en intégrant le financement de l?adaptation
des territoires (mobilité, énergie, rénovation énergétique, etc?).
Engager une mission visant à l?adaptation du modèle économique et juridique de l?aménagement et du
logement, pour que le renouvellement urbain devienne le « droit commun » de la fabrique de la ville,
incluant l?identification des leviers fiscaux propices à l?accélération de la transformation.
Février 2025
Ensemble,
refaire ville
Synthèse
Propositions principales
Réaffirmer la lutte contre la ségrégation sociale et territoriale comme priorité nationale.
Poursuivre une politique nationale de renouvellement urbain au service des quartiers prioritaires de la politique de la ville...
? qui a vocation à être élargie à d?autres territoires.
Des conditions de réussite du renouvellement urbain qui engagent d?autres politiques publiques de droit commun
Introduction
1 Etat des lieux : Le renouvellement urbain, une boite à outils au service des collectivités qui s?est enrichie, une politique publique qui a fait ses preuves
1.1 Les collectivités territoriales au coeur du renouvellement urbain
1.1.1 Une décentralisation progressive qui entraîne une évolution du rôle de l?Etat
1.1.2 La solidarité nationale aux côtés des collectivités porteuses de projets
1.1.3 Le financement partenarial, clé de voute du renouvellement urbain
1.2 20 ans après la création de l?ANRU, un bilan salué
1.2.1 Le renforcement de la mixité sociale, un objectif cardinal
1.2.2 Une action partenariale au service de la qualité du cadre de vie intégrant de plus en plus les enjeux climatiques
1.2.3 Un modèle inédit de politique publique qui a su s?adapter
1.3 Une boîte à outils au service des collectivités qui s?est enrichie de la contribution d?autres opérateurs
1.3.1 L?Anah et l?ANCT, deux opérateurs qui concourent au renouvellement urbain
1.3.2 L?action très ciblée des opérateurs fonciers et de maîtrise d?ouvrage de l?Etat
1.3.3 Une boîte à outils au service d?un accompagnement gradué
2 Enjeux : Le renouvellement urbain, une réponse aux défis des territoires à amplifier pour préparer la France de 2050
2.1 La France de 2024 fait face à des défis renouvelés
2.1.1 Les dynamiques territoriales sont le miroir de fragilités sociales, économiques et démographiques
2.1.2 Ségrégation socio-spatiale : l?amplification d?un phénomène à toutes les échelles, un enjeu de cohésion nationale
2.1.3 Tension et déprise : une dualisation de la France qui s?intensifie
2.1.4 Changement climatique : quand la précarité rencontre la vulnérabilité environnementale.
2.2 Face à ces enjeux, un modèle d?aménagement urbain à adapter, des territoires prioritaires pour l?action publique
2.2.1 Le renouvellement urbain comme mode de fabrication de la ville, partout
2.2.2 Les QPV, une priorité nationale face au cumul des enjeux et des besoins
2.2.3 D?autres territoires se fragilisent et pourraient justifier un élargissement de l?accompagnement de l?ANRU
3 Méthode : La politique publique de renouvellement urbain portée par l?ANRU, une méthode d?intervention reconnue à adapter à ces nouveaux défis
3.1 L?articulation avec les politiques de droit commun : un préalable au projet de renouvellement urbain
3.1.1 La politique de la ville, indissociable mais encore distincte du renouvellement urbain
3.1.2 Une offre de logement digne, abordable et adaptée, sur tout le territoire
3.1.3 L?articulation avec les politiques de droit commun (éducation, sécurité, emploi, santé, culture), dans les QPV
3.2 Habitants au coeur des projets, conception partagée, prise en compte des enjeux de demain, gestion du temps long : les facteurs de succès du projet de renouvellement urbain
3.2.1 Le renouvellement urbain pour, par et avec les habitants ?
3.2.2 Concevoir le projet : l?expertise et l?ingénierie au service des territoires
3.2.3 Une adaptation des modalités de financement/ d?intervention
3.2.3.1 L?atténuation et l?adaptation aux effets du dérèglement climatique
3.2.3.2 Le traitement de l?habitat privé dégradé
3.2.3.3 La sûreté
3.2.3.4 L?accès aux services publics et à la culture
3.2.3.5 Les commerces, le développement économique et l?emploi
3.2.3.6 La diversification de l?offre de logement
3.2.3.7 La prise en compte des enjeux de santé, de vieillissement et d?inclusion
3.2.3.8 Le soutien à l?innovation
3.2.4 La gestion des attentes dans le temps long des projets
3.3 Une différenciation souhaitée de l?accompagnement des territoires, une simplification et un dispositif de suivi et d?évaluation à renforcer
3.3.1 Des territoires aux capacités inégales
3.3.2 Une dynamique de déconcentration à renforcer
3.3.3 Une simplification de la contractualisation et des procédures
3.3.4 Un dispositif de suivi et d?évaluation du futur programme et des projets locaux à renforcer dès la création du programme
3.4 Pérenniser le pacte financier du renouvellement urbain
3.4.1 Le financement partenarial pluriannuel du PNRU et du NPNRU : condition essentielle de leur réussite
3.4.2 Un modèle permettant de fédérer des financements autour d?un projet
3.4.3 Un levier important pour l?activité économique et l?emploi
3.4.4 Intégrer de nouveaux leviers dans le pacte financier du renouvellement urbain
Annexes
Annexe 1. Méthodologie de la mission
Annexe 1.1. Lettre de mission
Annexe 1.2. Liste des contributions écrites à la mission
Annexe 1.3. Liste des personnes auditionnées
Annexe 1.4. Liste des déplacements
Annexe 1.5. Guide d?entretien
Annexe 2. La notion de renouvellement urbain
Annexe 2.1. Le renouvellement urbain en France
Annexe 2.2. Les politiques nationales de renouvellement urbain en Europe, une approche comparative
1 Le Royaume-Uni, un modèle unitaire centralisé avec une politique urbaine territorialisée basée sur un partenariat entre acteurs privés et autorités régionales
2 Le modèle allemand : une politique urbaine décentralisée pilotée par les municipalités et une approche ascendante favorisant la participation des habitants et acteurs économiques locaux
3 La Suède et les Pays-Bas : une gouvernance déconcentrée avec une prédominance des municipalités et acteurs civils et privés
4 L?Espagne : un modèle décentralisé hybride avec une influence des organismes extra-gouvernementaux
1 La résorption des inégalités socio-économiques urbaines et la recherche de cohésion sociale
2 La résorption des inégalités territoriales : l?objectif de rééquilibrage infra-territorial et régional
3 Le développement économique des territoires urbains
4 La démocratie participative et les nouveaux process de gouvernance
5 L?amélioration du cadre de vie
Annexe 3. Les briques de la politique de renouvellement urbain
Annexe 4. Bibliographie
Annexe 5. Glossaire des sigles et acronymes