Rapport de la mission sur la qualité du logement : Référentiel du logement de qualité
GIROMETTI, Laurent ;LECLERCQ, François
Auteur moral
Auteur secondaire
Résumé
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Descripteur Urbamet
logement
Descripteur écoplanete
Thème
Habitat - Logement
Texte intégral
1
Rapport de la mission sur la qualité du logement
Référentiel du logement de qualité
Laurent Girometti ? François Leclercq
Septembre 2021
2
Sommaire
Introduction 4
I Brève histoire du logement 7
Lois et textes réglementaires 12
II Comparaisons européenne 17
Allemagne 17
Belgique 17
Espagne 18
Italie 18
Pays-Bas 19
Suisse 19
III Constat et préoccupations actuelles 21
Synthèse des entretiens 21
Pour les aménageurs, une recherche d?équilibre 21
Pour les architectes, l?affirmation du contexte local 23
Pour les bailleurs, un besoin de modularité et quelques retours d?expérience 25
Pour les économistes, la rentabilité en cause 27
Pour les promoteurs, la possibilité de la négociation équitable 28
Préoccupations et propositions transversales : les vertus de l?expérimentation,
l?importance de la fiscalité et le rôle de la norme 29
Rapport d?étape de la commission pour la relance durable de la construction de logements
(Rebsamen), juillet 2021 30
Études et enquêtes d?opinion : évolution des conditions de vie et ressenti des habitants 32
Les nouvelles conditions du logement 33
IV Expériences locales 37
Action publique et chartes de qualité 37
Présentation et enjeux 37
Analyse des différents critères de qualité d?usage présents dans certaines chartes
promoteurs 38
Surfaces et composition du logement 38
Les chambres 38
Le séjour 38
La cuisine 39
Surface globale 40
Hauteur sous plafond 40
Rangement 40
Orientations 41
Espaces extérieurs 42
3
Distribution, granulométrie, épaisseur du bâtiment 42
V Recommandations 44
Critères 44
Enjeux 44
Objectifs 44
Surfaces et volumes 45
Luminosité et rapport à l?extérieur 48
Mutabilité 49
Tableau récapitulatif de différents critères de qualité selon les échelles et le degré de
mise en oeuvre 51
VI Mise en oeuvre 52
Leviers 52
Proposition pour la mise en place d?un réseau de la qualité du logement 54
Incidences économiques et leviers relatifs aux montages financiers 54
Quelles incidences économiques de la qualité d?usage ? 55
Agir sur les montages financiers 57
Recommandation : 58
Synthèse 59
Annexes 61
Tableau d?analyse des leviers d?action pour améliorer la qualité d?usage des logements 62
Contributions : 67
M.-H. Badia : « Toutes les surfaces ne se valent pas » 67
Franck Boutté Consultants :
« Les sept droits des environnements habités de demain » 70
Catherine Clarisse : « Cuisine, alimentation, santé » 74
Gilbert Emont : « Qualité, attractivité, marché : quel mécanisme
de formation du prix du logement ? » 77
David Mangin : « Pour des rues mieux habitées » 79
IDHEAL : « Nos logements, des lieux à ménager » 81
Dessins : Schémas + Plans 85
Remerciements 87
4
Introduction
En quelques décennies la qualité des logements s?est fortement améliorée
selon des critères techniques. D?abord pour des raisons énergétiques puis
environnementales plus encore aujourd?hui au regard de l?urgence climatique.
Cela a mené à construire autrement de manière plus raisonnée, parfois plus inventive
et exploratoire, à la recherche de nouveaux matériaux, de nouvelles filières et de
nouvelles méthodes répondant à cette demande imposée par des normes précises.
Durant cette même période, une pression supplémentaire a marqué la
production de logement en France : la métropolisation s?est accélérée pour des raisons
de concentration d?emploi, de désindustrialisation continue, délaissant de nombreux
territoires et organisant de fait une migration accélérée vers les grands pôles urbains.
Cela accompagné d?une démographie encore positive, a augmenté cette pression qui
a eu comme conséquence une recherche permanente d?optimisation des
constructions pour offrir, a priori à tous, la possibilité de se loger à proximité des zones
d?emploi. Dans ce contexte de contrainte, la recherche de performance économique a
abouti inexorablement à une réduction de certaines qualités fondamentales des
logements. Ainsi principalement les surfaces et les systèmes de distribution des
immeubles en ont souffert.
Si la plupart des logements ont continué de porter des qualités de confort essentielles,
beaucoup ont atteint des minima guère imaginables il y a peu, faisant disparaître
fréquemment la cuisine comme pièce, parfois l?entrée et souvent les rangements.
De la même manière, les appartements traversants sont devenus rares pour réduire
les circulations verticales en allant au bout des logiques de distribution en couloir
autorisées par les normes de sécurité incendie et desservant donc majoritairement
des logements mono-orientés, climatiquement fragiles.
Ces défauts peuvent paraître presque admissibles dans les centres villes denses et
actifs ou l?offre de services, de commerces et autres aménités permanentes propose
une prolongation naturelle à la pratique quotidienne de chaque logement. Mais la
faiblesse de l?offre du rez-des-villes dans la plupart des nouveaux quartiers est très
éloignée de cette idéalité de vie urbaine généreuse sachant compenser certaines
faiblesses d?habitation réduite. Certes quelques immeubles ont proposé récemment
des lieux en partage pour pallier ces manques mais cela correspond à des usages très
limités et finalement peu utilisés.
Les récents épisodes de confinement ont donné une très grande importance au
logement et ont révélé certaines difficultés : le manque d?espace, de prolongations
5
extérieures, de fonctionnalité domestique quotidienne et d?intimité individuelle. Ainsi
pendant ce confinement des citadins ont émis le souhait de changer d?horizon, un rêve
de quitter la ville pour aller vivre dans une maison avec jardin. Cette tendance n?est
pas à considérer comme l?humeur d?un moment particulier et existait déjà
précédemment, la concurrence des territoires n?est plus forcément à l?avantage des
métropoles sur le plan résidentiel. Les territoires supposés oubliés, réveillés par les
crises sociales récentes peuvent attirer à nouveau les citadins libres d?organiser leur
travail selon les nouvelles donnes mises à jour pendant la pandémie. Mais surtout le
rêve pavillonnaire peut revenir en force comme cela se passe dans la plupart des pays
occidentaux actuellement et refabriquer cet éparpillement dans les métropoles du
lointain, aux confins de l?ile de France ou d?ailleurs. Ce retour possible à l?étalement
urbain, même s?il est contrôlé par des mesures coercitives, n?est plus acceptable
aujourd?hui.
Bien sûr le logement n?est pas le seul responsable de ces départs possibles, les prix,
la nature, la pollution, les îlots de chaleur, la promiscuité, sont des sujets de difficulté,
qui mobilisent, avec raison, les villes aujourd?hui.
Mais la plupart des avancées urbaines proposées ici ou là sous la forme de
réinventions potentielles n?ont abordé que très peu la question du logement en tant
qu?élément de base représentant pourtant plus de 70% de la construction des villes.
Le logement est pourtant la brique essentielle de l?édifice urbain, elle ne peut donc être
fragile.
Les chiffres actuels de la construction témoignent d?un certain ralentissement de la
production du logement, renforcé récemment par un malthusianisme municipal réticent
à une densification rarement souhaitée par les habitants déjà en place. Dans ce
contexte, les maires de plus en plus rétifs à la construction doivent devenir des acteurs
à part entière de l?élaboration des programmes immobiliers dès le démarrage des
opérations. Les chartes de qualité proposées par certaines municipalités ou
intercommunalités démontrent cette possibilité par des cahiers de prescriptions
garants d?une négociation productive avec les promoteurs. Le retour d?expérience
démontre que contrairement à ce qui avait été pressenti, de tels outils ne constituent
pas toujours un frein au secteur de la construction. Les exigences claires imposées à
tous dans un cadre défini permettent au contraire, dans bien des cas, d'accélérer
l?ensemble des procédures et de fluidifier les opérations : tout est question de bonne
utilisation des outils, une charte peut être un bon moyen d?accompagner une politique
volontariste de production des logements.
La spécificité française, démographique et économique, nous met face à un défi
plus complexe que la plupart des pays européens. En nous comparant à eux, nous
voyons l?écart se creuser et plusieurs hypothèses peuvent chaque fois être émises sur
ce qui nous différencie : des conditions de marché différentes et une tension souvent
6
moindre à l?étranger, la plus ou moins forte présence d?acteurs institutionnels, un
marché du neuf orienté à l?étranger vers des ménages à revenus plus élevés, une
fiscalité plus lourde en France mais l?absence hors de France de dispositif fiscal
incitant à l?investissement des personnes physiques dans le logement locatif, des
écarts de coûts de construction?. Toutefois un fait est là : une attention plus forte est
le plus souvent portée, chez nos voisins, sur ce qui fait la qualité d?usage et est resté,
en France, dans une sorte d?angle mort.
Le sujet d?amélioration des logements est certes un chantier complexe
mais absolument nécessaire au regard des grands défis environnementaux,
économiques et sociaux actuels. Ils doivent mobiliser l?ensemble des acteurs
de la construction privés et publics en s?appuyant en particulier sur les
possibilités qu?offrent les différentes échelles territoriales, du maire attentif à la
demande de ses concitoyens, aux orientations soutenues par les acteurs
institutionnels et à l?État régulateur.
7
I Brève histoire du logement
Avec le développement de la société industrielle et, corrélativement,
l'accentuation de plus en plus forte de l'exode rural, la densification des villes a créé
de dramatiques conditions d'habitat pour les classes populaires et moyennes et, plus
encore, de dangereuses situations d'insalubrité, la tuberculose étant alors un des
fléaux les plus difficiles à combattre. La question d'un logement urbain décent devient
celle d'un logement pour le "grand nombre", et les lois ont d'abord regardé les
conditions d'hygiène.
Dans cette perspective, si on peut dire que le logement collectif bourgeois et petit-
bourgeois a été une invention du XIXème siècle, le Paris haussmannien étant sans
nul doute son terrain privilégié d?« expérimentation », le logement collectif populaire
est une invention de la première moitié du XXème siècle. Et cela, non seulement en
France mais dans les pays européens, notamment en Grande-Bretagne et aux Pays-
Bas avec la création de garden-cities, et en Allemagne avec la réalisation de
Siedlungen, notamment à Berlin et Francfort à partir du début des années 1920.
En France, la plupart des premières expériences sont développées par des
fondations privées philanthropiques, dont la Fondation Rothschild qui, en 1909, réalise
rue de Prague à Paris un ensemble exceptionnel de logements pour une population
ouvrière modeste, doté de services collectifs comme bains-douches, lavoir et séchoir,
cuisine ménagère, garderie pour enfants et dispensaire. Les premières expériences
sont rapidement relayées par les Offices publics d'habitations à bon marché dont la
création est encouragée par la Loi Siegfried du 30 novembre 1894, ce qui mène à la
définition d'exigences et à l'établissement de règles.
Premières mesures en faveur de la dimension des logements
Les lois relatives à la construction de logements sociaux vont se succéder
lorsque ceux-ci feront l'objet de crédits ou de subventions de la part des pouvoirs
publics.
Le premier texte législatif qui précise la dimension des logements est la loi du 5
décembre 1922, qui précise en son article 2 que les pièces habitables ne peuvent faire
moins de 9 m2 et que la superficie d'un logement de deux pièces doit être au minimum
de 25 m2, et celle d'un logement de trois pièces de 35 m2.
Quelques années plus tard, en 1928, la loi du 13 juillet 1928, dite Loi Loucheur, précise
de nouvelles conditions, nettement améliorées, pour bénéficier d'avantages
financiers :
8
- la surface des pièces habitables ne doit jamais être inférieure à 9 m2 (exigence
qui deviendra générale) ;
- la superficie totale devra être d'au moins 46 m2 pour un logement de deux
pièces avec cuisine et w.-c., de 58 m2 pour un logement de trois pièces, de 70
m2 pour un logement de quatre pièces et ainsi de suite en augmentant de 12
m2 par pièce supplémentaire ;
. il est encore dit que la surface des dégagements et w.-c. ne peut dépasser 15 % des
surfaces mentionnées, ce qui signifie, par exemple, que la superficie des pièces elles-
mêmes d'un logement de trois pièces est au minimum de 49,3 m2.
On peut ici remarquer que les surfaces précédemment mentionnées se situent
au-dessus de la moyenne européenne des habitations sociales ou modestes. Ainsi, le
deuxième Congrès international d'architecture moderne (CIAM), qui se tient à
Francfort en 1929, et qui réunit tous les architectes alors d'avant-garde, présente de
nombreux exemples européens qui font apparaître, par exemple, que des
appartements de trois pièces réalisés à Francfort ont une superficie minimale de 42
m2, à Vienne ou Hambourg de 43 m2, à Bruxelles et à Zurich de 46 m2. Par rapport à
de telles surfaces, il s'agit bien pour les architectes qui participent au congrès, de les
considérer comme des minima à améliorer. Ce que confirme la revendication que pose
quasiment au même moment Le Corbusier, en 1931, selon laquelle chaque habitant
doit disposer de 14 m2, soit 42 m2 pour une famille avec un enfant et 56 m2 pour une
famille avec deux enfants ? chiffres qui s'approchent de ceux de la Loi Loucheur, et
qui resteront encore retenus, en 2021, par le Code de la construction et de l'habitation
en son article R111-2 : "La surface et le volume habitables d'un logement doivent être
de 14 mètres carrés et de 33 mètres cubes au moins par habitant prévu lors de
l'établissement du programme de construction pour les quatre premiers habitants et
de 10 mètres carrés et 23 mètres cubes au moins par habitant supplémentaire au-delà
du quatrième."
Un progrès continu
La grande affaire de la première moitié du XXème siècle a donc bien été celle
du logement :
- des minima de surface ont été définis en matière de réalisations sociales ;
- des conditions de confort ont été précisées : cuisine indépendante, w.c. individuel,
douche et bientôt salle de bains, tous locaux ventilés naturellement ;
- les dispositifs des appartements ont été établis : distinction et proportions des
pièces habitables, différenciation des pièces "de jour" et des pièces "de nuit" ;
adoption de typologies généralement traversantes.
9
Après la Seconde Guerre mondiale, les conditions de construction de
logements locatifs sociaux évolueront lentement, l'appellation "habitations à loyer
modéré" se substituant à partir de 1950 à celle d'"habitations à bon marché". Les
surfaces resteront d'abord sensiblement identiques à celles préconisées par la Loi
Loucheur, c'est-à-dire aux environs de 46 m2, 58 m2 et 70 m2, respectivement pour
des logements de deux, trois et quatre pièces.
Il faut d'ores et déjà mentionner que l'accession à la propriété pour la classe
moyenne est rapidement encouragée, qui vise aussi à une amélioration du confort de
l'habitat. Ce sera l'objet des programmes de Logements économiques et familiaux
(Logécos), aidés par l'État, pour lesquels l'arrêté du 11 mars 1954 stipule les surfaces
habitables suivantes :
- entre 34 et 45 m2 pour un logement de deux pièces ;
- entre 45 et 57 m2 pour un logement de trois pièces ;
- entre 57 et 68 m2 pour un logement de quatre pièces.
Les surfaces maximales ici indiquées sont encore une fois sensiblement identiques à
celles préconisées par la Loi Loucheur, et elles deviennent, de fait, dans le courant
des années 1950, comme des références générales pour les logements modestes,
qu'ils soient locatifs ou en accession à la propriété.
Entre les années 1950 et les années 1960, l'amélioration des logements
consiste en une nouvelle étape de l'augmentation significative des surfaces, mesure
souvent réclamée par les architectes dès la fin des années 1950, par exemple par
Bernard Zehrfuss et Jean Dubuisson. Cette augmentation s'approchera de 10 m2 pour
les trois pièces et au-delà, soit :
- 63 m2 pour un logement de trois pièces ;
- 75 m2 pour un logement de quatre pièces.
Cette augmentation n'est pas la conséquence de nouvelles obligations
réglementaires ; elle correspond à ce qui est ressenti comme une nécessité de confort,
les maîtres d'ouvrages, qu'ils réalisent des logements locatifs ou en accession à la
propriété, inscrivant alors ces exigences dans leurs cahiers des charges.
Expériences?
La période des Trente glorieuses a vu une amélioration progressive des
surfaces des logements, le niveau alors atteint devenant une référence qui se
10
maintiendra durablement, jusqu'aux années 2000. Dès lors, des lois ou des décrets
ne fixeront plus de minima à respecter, quelles que soient les catégories de logement,
locatifs ou en accession à la propriété, excepté le Code de la construction et de
l'habitation qui, dans sa première formulation des normes minimales d'habitabilité
telles que définies par l?arrêté du 1er mars 1978, est fort heureusement loin de la réalité
de ce qui se construit en matière de logements familiaux : "La surface habitable d?un
logement est égale ou supérieure à 16 mètres carrés, celle d?une pièce isolée à 9
mètres carrés. La moyenne des surfaces habitables des pièces principales est de 9
mètres carrés au moins ; aucune de ces pièces n?ayant une surface inférieure à 7
mètres carrés."
Cependant, à la construction du logement de masse correspond un mode
d'urbanisation d'initiative étatique, qui fait rapidement l'objet de nombreuses critiques,
les Zones à urbaniser en priorité (ZUP), plus communément appelés "grands-
ensembles" : gigantisme, isolement par rapport aux centres urbains, mauvaises
dessertes, déficits d'équipements publics et sociaux, etc. Certains associent à ces
critiques celle des logements eux-mêmes qui seraient trop "typifiés", mais sachant
qu'ils respectent cependant des caractéristiques qui avaient été définies dès les
années 1920 et 1930 : ils sont la plupart du temps traversants et orientés est-ouest, ils
distinguent "partie jour" et "partie nuit", ont une cuisine indépendante, etc., toutes
qualités qui représentent des progrès effectifs, mais des logements qui, par contre,
pèchent par leurs mauvaises performances thermiques ou acoustiques - problèmes
qui deviendront des sujets cruciaux pour les années futures.
Au début des années 1970, au moment où commencent à se développer les
"villes nouvelles", l'innovation devient un maître-mot, et pas seulement pour les
architectes. En effet, les pouvoirs publics, et notamment le Plan Construction, ancêtre
de l'actuel PUCA, encouragent l'expérimentation architecturale et constructive :
Réalisations expérimentales (REX), Modèles-innovations, Programme architecture
nouvelle (PAN), tous programmes qui s'intéressent aussi à ce qui est alors nommé le
logement intermédiaire, intermédiaire entre individuel et collectif.
Mais un constat doit être fait : le temps des innovations donne lieu à des
opérations qui ne sont que très rarement renouvelées, des expériences qui restent
singulières et plutôt isolées ? pensons à l'exemple remarquable du travail d'un
architecte comme Jean Renaudie. Et sans doute seuls quelques modèles-innovations
portés par des entreprises de construction ont-ils donné lieu à d'importantes
réalisations répétitives. On peut se poser la question de savoir si les initiatives
d'innovation, du fait qu'elles ont été généralement portées par la puissance publique
sous forme d? « aide à la pierre », s'effacent du jour où la réforme Barre de la politique
du logement, en 1977, privilégie absolument l'"aide à la personne" (APL : aide
personnalisé au logement). On peut aussi se demander si les surfaces des logements
ne deviennent pas principalement dépendantes des capacités financières des
11
locataires aussi bien que des acquéreurs, laissant alors au second plan la nécessité
de règles éventuelles.
Un deuxième constat s'impose pour lequel les recherches d'innovations sont
doublées et dépassées par des préoccupations spécifiquement urbaines. Les critiques
adressées aux "grands-ensembles" et à l'urbanisme contemporain prennent alors une
nouvelle voie, celle d'une réhabilitation des formes urbaines somme toute
traditionnelles : retour à la rue, aux gabarits conventionnels, au dispositif de l'îlot plus
ou moins ouvert, etc.
Dans cette optique, la recherche de modèles d'habitat passe au second plan.
Néanmoins, les réponses à des contextes regardés autant que faire se peut à chaque
fois de façon spécifique produisent une diversité de logements quant aux dispositifs
de leurs plans, à leurs orientations, aux espaces auxquels ils s'adressent, etc., leurs
surfaces restant sensiblement identiques à celles atteintes à la fin des années 1960
(63 m2 pour un logement de trois pièces ; 75 m2 pour un logement de quatre pièces).
Les préoccupations urbaines s'accompagnent bien sûr d'une multiplication de
projets dits "urbains" dans les grandes agglomérations françaises, des projets qui sont
comme les symptômes de l'émergence progressive de métropoles avec, comme
corollaire, une augmentation sans retenue des prix du foncier. Dans cette situation, si
l'initiative des projets d'aménagement est la plupart du temps publique, mais locale,
avec les Zones d'aménagement concerté (ZAC), une part désormais prépondérante
de la production se réalise de manière diffuse et sous initiative privée. Par ailleurs la
réalisation des opérations de construction de logements mêle bailleurs sociaux et
maîtres d'ouvrage privés, ces derniers devenant de plus en plus les opérateurs
effectifs avec, notamment, la généralisation des VEFA (Vente en l'état de futur
achèvement). Pour encadrer la réalisation de ces opérations, les collectivités locales
et les aménageurs pourront proposer des "chartes de qualité" auxquelles devront
souscrire les différents intervenants, gage d'une volonté qui excède les exigences
seulement réglementaires.
En dernière instance, si les logements réalisés par les bailleurs sociaux
conservent des surfaces habitables qui restent proches de ce qui était devenu comme
une norme implicite, les logements en accession à la propriété répondent à des "lois
du marché" essentiellement dépendantes des capacités financières des acquéreurs.
C'est dans ce cas que l'on est à même de constater une diminution significative des
surfaces des logements lorsqu'il n'est pas rare, par exemple, de trouver des logements
de trois pièces ne dépassant pas 55 m2. Inquiétude qui est précisément l'objet des
propositions de cette mission.
12
Lois et textes réglementaires
Loi du 13 avril 1850
Loi sur les logements insalubres (1ère loi d?urbanisme)
Première notion d?habitabilité, définition d?une pièce (chauffée et assez grande pour
un lit)
Loi du 15 février 1902
Loi relative à la protection de la santé publique.
Le logement doit respecter les prescriptions du Règlement sanitaire départemental
(RSD) : normes d?habitabilité et de salubrité générale
Règlement sanitaire départemental type 1905
L?une au moins des pièces principales de logement doit avoir une surface supérieure
à 9m2.
Les autres pièces d?habitation ne peuvent avoir une surface inférieure à 7m2.
La hauteur sous plafond ne doit pas être inférieure à 2,30 mètres. (2,20m à Paris).
Loi du 5 décembre 1922
portant codification des lois sur les Habitations à Bons Marché et la Petite Propriété
Art. 2 ? Les avantages concédés par la prescrite loi s'appliquent aux maisons
destinées à l'habitation collective (...) :
2 pièces de 9m2 minimum, d'une superficie de 25 à 35m2 et de plus de 35 m2.
3 pièces de 9m2 minimum, d'une superficie de 35 à 45m2 et de plus de 45 m2.
Loi du 13 juillet 1928 (Loi Louis Loucheur)
établissant un programme de construction d'habitations à bon marché et de logements
en vue de remédier à la crise de l'habitation.
ART. 3. Pour bénéficier des avantages de la loi, ces logements devront répondre aux
conditions ci-après en ce qui concerne la superficie :
13
La surface des pièces habitables ne devra jamais être inférieure à 9 mètres carrés.
La superficie totale du logement entre murs et cloisons devra être d'au moins :
46 mètres carrés pour les logements de 2 pièces avec cuisine et w.-c.
58 mètres carrés pour les logements de 3 pièces avec cuisine et w.-c.
70 mètres carrés pour les logements de 4 pièces avec cuisine et w.-c.
Et ainsi de suite en augmentant de 12 mètres carrés par pièce supplémentaire.
La surface des couloirs et des w.-c. ne pourra dépasser 15 p. 100 des surfaces ci-
desus indiquées.
Décret n° 48-1766 du 22 novembre 1948
fixant les conditions de détermination de la surface corrigée des locaux d'habitation ou
à usage professionnel
Art 2 :
Sont classées comme "pièces habitables" du local les pièces ayant :
Une superficie d'au moins 9 m² ;
Une hauteur sous plafond d'au moins 2,50 m ;
[?]
Les cuisines sont assimilées aux pièces habitables aux mêmes conditions de hauteur
de plafond et d'ouverture sur l'extérieur, lorsqu'elles ont une superficie d'au moins 4
m², qu'elles sont munies d'un conduit de fumée, à défaut d'une installation de gaz ou
d'électricité, et qu'elles comprennent les équipements habituels selon l'usage des
lieux.
Art 3 :
Sont classées comme "pièces secondaires" du local les pièces qui ne satisfont pas à
toutes les conditions fixées à l'article 2, mais qui ont toutefois :
Une superficie d'au moins 7 m² ;
Une hauteur sous plafond d'au moins 2,20 m
[?]
Art 7
Chaque pièce du local est affectée d'un second correctif tenant compte de
l'éclairement, de l'ensoleillement et des vues de la pièce
14
Arrêté du 11 mars 1954
Caractéristiques des logements économiques et familiaux.
Article 1er ? Les caractéristiques de surface des logements économiques et familiaux
sont les suivantes :
F2 entre 34 et 45 m2 (surface habitable)
F3 entre 45 et 57 m2
F4 entre 57 et 68 m2
F5 entre 68 et 82 m2
F6 entre 82 et 96 m2
F7 entre 96 et 110 m2.
Arrêté du 10 février 1972
relatif à l'attribution aux bâtiments d'habitation d'un « Label Confort acoustique »
Prémices de Qualitel
Code de la construction et de l'habitation, annexes aux décrets n° 78-221 et n" 78-622
du 31 mai 1978 portant codification des textes concernant la construction et l'habitation
La surface habitable d?un logement est égale ou supérieure à 16 mètres carrés, celle
d?une pièce isolée à 9 mètres carrés.
La moyenne des surfaces habitables des pièces principales est de 9 mètres carrés au
moins ; aucune de ces pièces n?ayant une surface inférieure à 7 mètres carrés.
Décret n°87-149 du 6 mars 1987 fixant les conditions minimales de confort et
d'habitabilité auxquelles doivent répondre les locaux mis en location.
Article 1
1° Les logements à usage d'habitation ou la partie de locaux à usage mixte
professionnel et d'habitation destinée à l'habitation doivent présenter les
caractéristiques ci-après :
a) Composition et dimensions :
15
Un logement comprend au minimum une pièce d'habitation et les pièces de service
attenantes suivantes : cuisine ou coin cuisine, salle d'eau et cabinet d'aisances, celui-
ci pouvant être situé dans la salle d'eau ; cette pièce d'habitation doit avoir au moins
neuf mètres carrés lorsque la cuisine est séparée ou au moins douze mètres carrés
lorsqu'il existe un coin cuisine.
La hauteur sous plafond des pièces d'habitation et de la cuisine est égale au moins à
deux mètres vingt. Toutefois, celle-ci peut être inférieure à deux mètres vingt, sans
être inférieure à deux mètres, à condition que le logement n'ait pas subi de division en
hauteur depuis le 1er septembre 1948.
La surface habitable est déterminée conformément à l'article R. 111-2 du code de la
construction et de l?habitation.
Décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement
décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13
décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains (en vigueur).
Article 1
Un logement décent est un logement qui répond aux caractéristiques définies par le
présent décret.
Article 4
Le logement dispose au moins d'une pièce principale ayant soit une surface habitable
au moins égale à 9 mètres carrés et une hauteur sous plafond au moins égale à 2,20
mètres, soit un volume habitable au moins égal à 20 mètres cubes.
La surface habitable et le volume habitable sont déterminés conformément aux
dispositions des deuxième et troisième alinéas de l'article R. 111-2 du code de la
construction et de l'habitation.
Code de la construction et de l'habitation (en vigueur)
Article R111-2
Modifié par Décret n°2019-873 du 21 août 2019 - art. 4
Modifié par Décret n°2019-873 du 21 août 2019 - art. 6
La surface et le volume habitables d'un logement doivent être de 14 mètres carrés et
de 33 mètres cubes au moins par habitant prévu lors de l'établissement du programme
16
de construction pour les quatre premiers habitants et de 10 mètres carrés et 23 mètres
cubes au moins par habitant supplémentaire au-delà du quatrième.
La surface habitable d'un logement est la surface de plancher construite, après
déduction des surfaces occupées par les murs, cloisons, marches et cages d'escaliers,
gaines, embrasures de portes et de fenêtres ; le volume habitable correspond au total
des surfaces habitables ainsi définies multipliées par les hauteurs sous plafond.
Il n'est pas tenu compte de la superficie des combles non aménagés, caves, sous-
sols, remises, garages, terrasses, loggias, balcons, séchoirs extérieurs au logement,
vérandas, volumes vitrés prévus à l'article R. 111-10, locaux communs et autres
dépendances des logements, ni des parties de locaux d'une hauteur inférieure à 1,80
mètre.
Ainsi la situation actuelle implique qu?un trois pièces conçu pour accueillir trois
personnes, est conforme à la loi, dès lors que sa surface globale est de 42m2 (3 x
14m2).
De ce rapide panorama ressort le constat que les critères d?habitabilité internes
au logement, d?un point de vue législatif et réglementaire, ont tendu vers un
confort accru puis se sont stabilisés tôt au XXe siècle pour ne pratiquement plus
évoluer ensuite. Par la suite, depuis les années 1970 principalement, la
production législative et réglementaire s?est surtout concentrée sur d?autres
préoccupations techniques telles que la performance énergétique (et désormais
environnementale au sens large), l?acoustique, etc?
Quant à la pratique, elle a été celle d?un progrès continu, avec une production
dépassant les critères réglementaires minimaux de plus en plus largement,
jusqu?à la fin des années 1960. Est ensuite observée une stabilisation, puis une
diminution dans la période la plus récente, qui est source d?interrogation
d?autant plus dans une période où se dessine un usage intensifié du logement.
17
II Comparaisons européenne
La comparaison avec les pays voisins est toujours un exercice délicat dans la
mesure où la règle y est souvent formulée différemment, avec des modes de calcul
non identiques et une répartition des responsabilités elle aussi différentes.
Le présent chapitre fournit néanmoins quelques données comparatives des normes
d?habitabilité ou des usages en vigueur observables de six pays voisins.
Comme en France, la pratique dépasse souvent les minima réglementaires.
Allemagne
Une étude publiée en 2017, menée par la fondation Hans Böckler sur les 77 grandes
villes allemandes, conclut aux données suivantes :
Surface moyenne des logements : 73m2
Moyenne de la surface habitable par personne : 44m2
Surface moyenne des logements construit après 2011 : 95m2
Surface moyenne des logements construits entre 1949 et 1978 (60% du parc) : 65m2
L?augmentation de la surface des appartements dans la construction neuve est
régulière et quasi constante au fil des décennies. Les appartements les plus récents
ont des surfaces plus grandes en moyenne.
Surface moyenne du logement selon la composition du ménage :
1 personne (50%) : 60,3m2
2 personnes (31%) : 84,5m2
3 personnes (10%) : 92,8m2
4 personnes (7%) : 105,5m2
Belgique
En Belgique, les régions ou les villes se sont dotées de règlements particuliers, les
règlements nationaux ayant fixé des minimums devenus, de fait, totalement obsolètes.
18
À Bruxelles, pour tous les logements, les minimums suivants sont à respecter (RRU
Règlement régional d'urbanisme de Bruxelles) :
. hauteur sous plafond : 2, 50 m
. séjour : 20 m2 (si cuisine dans séjour : 28 m2)
. cuisine : 8 m2
. première chambre : 14 m2
. autres chambres : 9 m2
Un logement de 3 pièces a ainsi une surface de pièces de vie (séjour et cuisine de
28m2 et deux chambres de respectivement 14m2 et 9m2 soit une surface totale de
chambres de 23m2) de 51m2, ce qui mène avec salle de bains, W.C., rangements et
dégagements à une surface totale d'environ 64m2.
Espagne
Les communautés autonomes ont des pouvoirs en matière de logements protégés.
Les surfaces minimales sont généralement approximativement les suivantes : séjour
de 14, 16, 18 et 20 m2 pour les appartements de 1, 2, 3 et 4 chambres, cuisines d'au
moins 7 m2 et 12 m2 pour les chambres principales et 8 m2 pour le reste des
chambres, une salle d?eau supplémentaire étant demandée à partir de trois chambres.
Les logements en accession libre doivent avoir au moins ces surfaces, bien qu'ils aient
généralement des chambres de plus de 10 m2. Dans les logements collectifs et selon
la superficie, une habitude d?usage depuis les années 1960 généralise le fait de
disposer d'une terrasse d?environ 3 m2 dans les villes de l?arrière-pays et 12 m2 sur
les côtes.
Italie
Pour tous les logements, les minimums suivants sont à respecter (Decreto ministeriale
du 5 juillet 1975) :
. hauteur sous plafond : 2, 70 m
. première chambre : 14 m2
. surface minimale d'une pièce: 9 m2
Nationalement, pour les logements sociaux avec financements publics (logements
locatifs ou accession sociale), les surfaces minimales sont :
19
. 2 pièces : 45 m2
. 3 pièces : 65 m2
. 4 pièces : 75 m2
Aux règles nationales s?ajoutent par ailleurs des règles fixées localement, au niveau
de chaque ville, avec des définitions souvent hétérogènes. Une attention particulière
est portée à la luminosité avec des calculs fonction de la surface du vitrage, de
l?orientation et des dimensions de chaque pièce.
La pratique n?est pas à l?utilisation d?une surface habitable, mais d?une « surface
commerciale », ce qui ne pousse pas comme en France à l?optimisation des surfaces
non vendues.
Du point de vue des usages, et dans la plupart des réalisations actuelles, la salle de
bains incluant le w.c. est éclairée naturellement, et toujours dotée d'un bidet. Une
seconde salle de bains est ajoutée à partir du 3 pièces. La cuisine reste séparée, en
revanche le logement, sans entrée, s?ouvre en général directement sur la pièce de vie.
Pays-Bas
Au Pays-Bas, les villes se sont dotées de règlements particuliers qui fixent notamment
la proportion de logements libres, intermédiaires et sociaux et qui s?appliquent en
complément des critères de surfaces et volumes prévus par la loi nationale. (Building
Decree [Bouwbesluit] 2012 : 18m2 par personne dont au moins 55% dédiés aux
espaces de vie, chambre et séjour).
Surfaces d?usages issues en partie des réglementations locales (municipales) :
. T2 : 50m2
. T3 : 65m2
. chambre : 14m2
. séjour-cuisine : 25m2
Suisse
En Suisse, les cantons ou les villes se sont dotés de règlements particuliers, les
règlements fédéraux ayant fixé des minimums devenus, de fait, totalement obsolètes.
À Genève, le Règlement d'exécution de la loi générale sur le logement et la protection
des locataires (RGL) précise les minimums suivants :
20
. hauteur sous plafond : 2, 60 m.
. surface minimale d'une pièce : 9 m2
Surfaces minimales de l'addition des pièces :
. 2 pièces (séjour, cuisine, chambre) : 39 m2
. 3 pièces (séjour, cuisine, 2 chambres) : 49 m2
. 4 pièces (séjour, cuisine, 3 chambres) : 59 m2
Un logement de 3 pièces (séjour, cuisine, 2 chambres) a ainsi une surface de pièces
de 49 m2, ce qui mène avec salle de bains, W.C., rangements et dégagements à une
surface totale d'environ 63 m2.
Un logement de 3 pièces a ainsi une surface de pièces de vie (séjour et cuisine de
25m2 et 2 chambres de respectivement 14m2 et 10m2 soit une surface totale de
chambre de 24m2) de 49m2, ce qui mène avec salle de bains, W.C., rangements et
dégagements à une surface totale d'environ 62m2.
21
III Constat et préoccupations actuelles
Synthèse des entretiens
Une soixantaine d?entretiens a été menée avec différents acteurs du secteur de
la construction, de la promotion immobilière et de l?aménagement.
Aménageurs, architectes, bailleurs, économistes, représentants des secteurs de
l?industrie, de l?ingénierie et du conseil, acteurs institutionnels, juristes, élus ou encore
experts indépendants, chercheurs et universitaires nous ont amenés à regrouper un
ensemble de constats sur la question de la production et de la qualité des logements
collectifs. Ces constats partagés, tout comme l?identification de leviers et l?ébauche de
premières propositions, sont apparus progressivement au fil des entretiens, tout en
conservant les prismes propres à chaque collège d'acteurs.
La synthèse de ces entretiens permet de rendre compte de ces constats mais aussi
de révéler les singularités des points de vue de chaque acteur afin de parvenir à une
vision globale de la construction de logements collectifs et de ses marges d?évolution.
Pour les aménageurs, une recherche d?équilibre
Les aménageurs interrogés partagent le constat du déplacement d?une partie
des attentes des habitants vers la qualité du logement à l?occasion de la crise sanitaire.
Les critères le plus souvent mis en avant sont ceux liés à la spatialité, à l?orientation et
aux espaces extérieurs. Les aménageurs, par leur capacité à maîtriser les projets de
construction sur leurs opérations, ont la possibilité d?influer sur la qualité des
logements tout en limitant la hausse des prix de sortie. Bon nombre le font, par
l?intermédiaire d?outils tels que des chartes-promoteurs et autres conventions
partenariales. De l?avis de tous, les résultats obtenus sont conditionnés par un portage
et un suivi rapprochés, tant de la part des aménageurs que des représentants
politiques locaux.
Ces démarches, quelles que soient leurs formes, sont soumises à l?équilibre de
l?équation financière des opérations et à la recherche de marges de manoeuvre pour
la négociation entre les différentes parties. Plusieurs leviers sont ainsi envisageables
afin d?absorber et de répartir les éventuels surcoûts qui en découleraient :
? le prix du foncier, qui a eu tendance à augmenter avec l?attractivité des métropoles ;
? les possibilités d?optimisation dans le bilan promoteur, en évaluant tous les curseurs
pour diminuer autant que possible les frais immatériels du logement ;
? les prix de construction.
22
Il semble qu?une stratégie combinant ces trois leviers pourrait être une solution à
privilégier afin de diluer équitablement le poids de l?effort qualitatif
L?exemple qui revient souvent est celui d?une réduction considérable des frais de
commercialisation, de communication et de marketing qui peuvent représenter une
part importante du prix de sortie. Cette réduction serait possible du fait d?une assiette
élargie d?acheteurs potentiels grâce aux prix de sortie imposés. En effet, dans cette
logique, avec une production plus importante de logements et des ventes en
conséquence, on peut considérer que les répercussions sur le chiffre d'affaires ne
seraient que marginales.
A contrario, le levier qui semble aujourd?hui le plus difficile à actionner est celui du coût
de construction. L?idée d?une certaine opacité qui entoure les coûts de construction en
France a été plusieurs fois mentionnée et mise en vis-à-vis avec les pratiques de
certains de nos voisins européens, notamment les Pays-Bas, l?Allemagne et la
Belgique. Dans ces pays, en particulier, construirait-on mieux pour moins cher ?
L?industrialisation de la construction résidentielle y est réputée très poussée sans pour
autant nuire à la qualité architecturale. L?idée qui en découle serait de promouvoir la
filière « hors-site » et de concevoir plus en amont, tout en évitant la standardisation
des produits.
Les aménageurs interrogés ont également fait état d?un certain nombre de sujets qui
préoccupent le secteur et que l?on retrouvera chez la plupart des acteurs du panel :
. La baisse de la production avec le fort ralentissement des transactions depuis
quelques années. Cette tendance est renforcée par les réticences propres aux
périodes pré-électorales, ce qui n?encourage pas les élus à accorder des autorisations
d?urbanisme, d?autant plus dans un contexte de développement des enjeux
écologiques, avec une certaine appréhension concernant la question de la densité. Il
est également constaté que le problème de la qualité se pose particulièrement dans le
diffus lorsque l?ingénierie et le contrôle mis en oeuvre sont principalement exercés par
l?instructeur du PC. Se pose alors la question des possibilités de faire en l?absence
d?implication publique locale, incarnée par l?aménageur. L?idée de ?contaminer? le
marché en imposant des critères de qualité de manière très stricte à l?intérieur du
secteur d?aménagement pour montrer l?exemple en espérant tirer vers le haut la
demande générale y compris dans le diffus, ne fonctionne pas nécessairement. Il faut
alors envisager de fixer des critères à une autre échelle.
. L?incidence des dispositifs de défiscalisation dans l?investissement locatif auxquels
on constate une forme de dépendance de la part de nombreux acteurs, au premier
rang desquels les promoteurs. Or, une part très importante des logements neufs sont
des produits d?investissement, ce qui pose un réel problème car génère de petits
logements.
23
. Certains préconisent également une reprise en main de leur maîtrise d?ouvrage par
les opérateurs sociaux pour minimiser certains effets induits du recours généralisé à
la VEFA. S?agissant de l?échelle d?opération la plus adéquate, les avis semblent
converger vers une limitation du recours au macro-lot, qui serait une échelle
surdimensionnée et qui induirait une diminution du temps consacré à la conception de
chaque logement.
Pour les architectes, l?affirmation du contexte local
La majorité des architectes interrogés évoque les spécificités locales comme un enjeu
prioritaire et déterminant dans l?amélioration de la qualité des logements. Ils avancent
que la poursuite des objectifs de construction de logements à l?échelle nationale a eu
pour effet, depuis plusieurs décennies, de privilégier l?approche quantitative à
l?approche qualitative. Parallèlement, les mécanismes incitatifs lancés par l?État ont eu
comme conséquence le développement progressif d?une vision du logement collectif
comme un produit d?investissement standardisé pour une partie de la population. La
rencontre de ces deux phénomènes est, pour la plupart des interviewés, l?explication
d?une production homogène de logements aux surfaces peu généreuses et de moindre
qualité sur l?ensemble du territoire national.
Les surfaces moyennes des logements neufs, notamment, résultent globalement de
ce qui se pratique dans les zones où le marché immobilier est tendu et la demande
forte. C?est le cas le plus souvent au sein des métropoles. Dès lors, on peut regretter
que cette indexation se fasse sur la base de logements plus petits en zones tendues
et s?applique sur l?ensemble du territoire, sans que la programmation des opérations
soit suffisamment remise en question selon les contextes locaux. Les standards
imposés par le développement des aires métropolitaines ne devraient pas s?appliquer
aux territoires qui ne connaissent pas les mêmes problématiques.
Dans cette réflexion, les architectes vont plus loin : on oublie trop le logement dans la
liste des facteurs d?attractivité des territoires. L?emploi, la mobilité, l?accès aux services
sont souvent cités dans les démarches de développement territorial, l?habitat l?est
beaucoup moins. Il se situe dans un angle mort des stratégies d?attractivité locale. Or
une production de logements collectifs plus adaptée aux spécificités des
environnements et des marchés locaux, aurait des effets bénéfiques en matière
d?attractivité et d?aménagement du territoire. Se faisant, on permettrait également aux
ménages de faire un vrai choix entre habitat individuel et logement collectif si ce
dernier offrait des avantages sur des critères comparables. Toute cette stratégie
repose sur l?idée d?une conception des logements plus attentive à l?échelle locale et
24
non pas sur le recours à des catalogues de produits immobiliers. In fine, faire du
logement collectif une véritable alternative à l?habitat individuel permettrait de limiter
les phénomènes d?étalement urbain et d?artificialisation des sols, tout en rendant la
densité urbaine désirable.
S?agissant des dimensions globales et de la surface des logements à proprement
parler, les personnalités interrogées regrettent à l?unanimité le constat de chambres
systématiquement trop exiguës. Le triptyque entrée-séjour-cuisine est le second sujet
qui cristallise les préoccupations des concepteurs : la première a tendance à être
intégrée, voire à disparaître, quand la seconde est reléguée en un linéaire en fond de
séjour, sans éclairage ni ventilation. La pièce du séjour, qui intègre alors deux
fonctions supplémentaires, se retrouve ainsi ?amputée? d?une surface utilisable pour
sa destination première sans que ses dimensions soient revues. Il est à noter, de
surcroît, que les fonctions requises pour une entrée de logement et pour une cuisine
engendrent un nombre de rangements conséquent, qui empiète d?autant sur l?espace
de vie du séjour.
Fort de ce constat, le souhait répété est celui de cuisines qui puissent être séparables
à partir du T3, éclairées et ventilées naturellement, afin que la surface utile des pièces
à vivre ne soit plus une variable d?ajustement. Cette réflexion doit par ailleurs être
traduite sur l?ensemble du logement, tant la thématique de la surface utile est aussi
liée au besoin d?aménager des rangements à l?intérieur des logements.
La hauteur sous plafond est également un sujet récurrent avec l?idée que quelques
dizaines de centimètres supplémentaires modifient la conception de l?espace. Il est
aussi à noter qu?un des effets induits d?une hauteur sous plafond plus importante peut
être une amélioration de l?isolation phonique interne au logement, une hauteur de 2,7
m imposant le recours à des cloisons de 7cm d?épaisseur et non plus de 5 cm.
Enfin, la question de l?épaisseur du bâtiment revient souvent dans les entretiens avec
les architectes. Un épaisseur bâtie modérée est la condition sine qua non qui définit la
possibilité de faire des logements traversants ou à double orientation. Or, les logiques
de rentabilité, engendrent souvent des bâtiments trop profonds et pénalisent la qualité
des logements, ne laissant que peu de marge de manoeuvre lors de la conception.
Notons pour conclure que tous les architectes interrogés ont évoqué la problématique
économique comme préoccupation première à étudier pour promouvoir ces nouveaux
standards. La hausse des prix (de construction, de vente, des loyers) n?étant pas
envisageable, la nécessité de changer de paradigme sur les bilans d?opérations se fait
de plus en plus pressante, dans le sens de l?intérêt public.
25
Pour les bailleurs, un besoin de modularité et quelques retours
d?expérience
La diminution des surfaces des logements ces dernières décennies est admise par
l?ensemble des personnalités rencontrées. Plus précisément, l?évolution des surfaces
aurait connu une nouvelle réduction depuis 2015, avec notamment l'avènement de la
cuisine ouverte. De cette observation découle le constat que si le XXe siècle a été le
témoin de l?apparition du séjour avec la démocratisation d?un mode de vie bourgeois,
le XXIe siècle est celui de sa disparition.
Selon les bailleurs interrogés, l?observation de la diminution de la taille des logements
doit être analysée au regard des évolutions démographiques et notamment du
desserrement des ménages. Le phénomène de décohabitation a en particulier pour
conséquence une multiplication du nombre des ménages qui alimenterait en partie la
forte demande à laquelle l?offre actuelle, insuffisante, ne saurait répondre. Or, une
augmentation de surface par logement serait susceptible d?engendrer une diminution
du nombre de logements construits, ce qui, en l?absence d?une réponse adéquate en
matière de report de densité, risquerait d?amplifier la situation de pénurie de
logements.
Ainsi, la réduction de surface habitable des logements serait moins liée à la tendance
de réduction de la taille des ménages qu?au besoin urgent de répondre à une demande
forte en logements, qui se traduit par une quantité supérieure de logements par
opération. Dans le même temps, l?enjeu de la densité urbaine est présenté comme
prioritaire pour garantir une cohésion sociale et des opérations équilibrées sans
provoquer de sentiment de promiscuité.
Plusieurs interlocuteurs soulèvent la dualité de la question du petit logement. Les
bailleurs sociaux, au nom d?une logique sociale, réduisent les surfaces pour maintenir
ou réduire les loyers. De ce point de vue, on constate selon certains un manque de
petits logements. Les petites surfaces présenteraient également un intérêt pour les
personnes âgées qui recherchent un petit deux pièces plus qu?un grand studio. La
recommandation générale étant de pouvoir proposer une large gamme de surfaces,
d?avoir à typologie égale plusieurs propositions afin d'éviter au maximum la
standardisation pour répondre à des besoins multiples.
Des interlocuteurs ont évoqué la possibilité de minimiser le coût final en diminuant les
charges par les performances des bâtiments - ce qui bénéficie aussi bien au
propriétaire occupant qu?au locataire. Cela peut être mis en oeuvre grâce à un « chiffre
d?affaires » généré par le bâtiment avec, par exemple, des installations productrices
d?énergie en toiture ou des locaux en location en pied d?immeuble.
Dans le même temps, si une forte amélioration des normes techniques est observée,
elle n?a cependant pas systématiquement contribué à améliorer la qualité d?usage des
26
logements, notamment dans ses caractéristiques spatiales, ceci malgré une
augmentation de la largeur des circulations et des surfaces des salles de bain PMR.
Un corollaire de ce dernier point est le fait que l?inflation normative n?est pas
nécessairement gage de qualité et peut représenter un frein à la construction. Ainsi,
avec les normes PMR, un T3 de 60 m2 devient petit du fait de la déperdition de surface
à vivre au profit des couloirs et pièces d?eau, ceci alors même que les rangements,
donc incidemment des volumes supplémentaires, sont un important critère
d?amélioration souhaitée par les locataires.
Le développement de la VEFA est également présenté comme un élément constitutif
de la dégradation de la qualité des logements. En y ayant recours, le bailleur aurait
tendance à perdre la main sur le sujet de la qualité alors qu?en tant que maître
d?ouvrage il en est seul responsable.
On retrouve l?avis, partagé par d?autres acteurs, selon lequel le coût de la production
des logements est contrôlé par un triptyque dont la variable d?ajustement principale
est le foncier, complété par le coût de la construction et les marges promoteur, la
solvabilité des ménages n?étant pas une variable mais une donnée fixée par les
banques. Une piste évoquée est celle qui consisterait à limiter si ce n?est interdire les
compétitions, publiques ou privées, sur le prix du foncier. Ainsi, pour retrouver une
qualité architecturale et d'usage, il s?agirait de figer la compétition sur le prix. Le
vendeur fixerait son prix une fois pour toute et s?y tiendrait en s?interdisant toute
surenchère.
Concernant les chartes promoteur, deux tendances apparaissent. La première
considère les cahiers des charges des collectivités comme une très bonne chose, en
mesure d?augmenter la qualité finale du logement, notamment lors d?achat en VEFA.
La seconde fait état d?un certain scepticisme au sujet de la possibilité de régulation
offerte par les chartes promoteurs. En effet, certains acteurs interrogés déplorent que
ces outils de négociations entre collectivités et promoteurs soient susceptibles in fine
d?être contournés ou ignorés par le promoteur, au moyen de permis modificatifs ou
permis balai, au motif de rendre le projet tenable économiquement.
Les possibilités ouvertes par les dispositifs de dissociation type BRS/OFS font, elles
aussi, l?objet d?appréciations nuancées. Ces dispositifs sont décrits comme des
?produits d?appel? poussés par les territoires mais dont les volumes dans les opérations
actuelles sont encore réduits, car ils sont nouveaux et complexes. Par ailleurs, il
existerait un blocage culturel : ce qui est possible dans la culture anglo-saxonne ?
donner un droit réel sur un usufruit? prendrait un certain temps avant de se diffuser
dans la société française.
D?autre part, les investisseurs privés sont perçus comme peu regardants sur la qualité
d?usage et comme se focalisant principalement sur le prix ainsi que sur certains labels
énergétiques et environnementaux et, in fine, s?intéressant essentiellement à la
rentabilité fiscale et locative. Or, un logement plus grand conduit à une diminution de
27
la rentabilité locative et, par ailleurs, les surfaces supplémentaires sont susceptibles
d?être exclues de l?assiette défiscalisable.
Le cercle vertueux de la qualité peut être impulsé par les collectivités territoriales qui,
avec une politique foncière forte, peuvent user de la préemption, ou ne serait-ce que
menacer d?y recourir. Certaines villes ont mis en place des politiques foncières
volontaristes qui ont permis de limiter l?inflation.
Pour les économistes, la rentabilité en cause
Selon les économistes interrogés, les problèmes de qualité et de surface des
logements sont avant tout des questions de politiques territoriales appliquées au
logement et à la construction. Le préalable essentiel pour traiter le sujet est en effet de
circonscrire le problème, qui se pose principalement dans les zones tendues et sur les
produits défiscalisés. Le dispositif Pinel, pour ne citer que lui, génère selon certains
une tendance inflationniste sur le foncier et une dégradation de la qualité dues en
partie à l?effet de seuil de l?abattement fiscal et au fait que l?acquéreur n?est pas
occupant.
60% à 80% des logements libres seraient vendus à des investisseurs. Or, on
comprend aisément qu?il est plus intéressant d?acquérir de petites surfaces avec des
rentabilités locatives plus élevées. La réduction des surfaces habitables est donc
opérée à l?aune de critères économiques, en fonction de l?équilibre des acquéreurs et
des locataires. Ajoutons à cela une tendance émergente à créer des copropriétés plus
ou moins bien gérées et qui se dégradent rapidement. Le risque induit par ces deux
phénomènes est l?apparition d?un sentiment de déclassement, dont on mesure
aujourd?hui la gravité.
Pour autant, la recherche d?une meilleure qualité dans les logements n?influencerait
pas significativement le marché et ne serait pas mécaniquement une cause
d?augmentation du prix. Contrairement à ce que nous pourrions penser, elle ne
pèserait que marginalement sur le prix final du logement, qui résulte en fait
principalement de la solvabilité et du taux d?endettement des acquéreurs. En d?autres
termes, le bond qualitatif se financerait ?tout seul? si l?ensemble des acteurs de la
chaîne de l?immobilier jouaient le jeu, avec des règles communes.
Ce processus repose sur une capacité des ménages à atteindre leur limite budgétaire
en fonction de leur solvabilité, et en recherchant la plus grande qualité possible au sein
de leur logement. Ce mécanisme se distingue des modèles classiques de marché qui
résultent d?une économie des quantités dans laquelle le prix dépend des niveaux
d?offre et de demande.
28
Il est également précisé que ce processus s?appuie sur la capacité d?adaptation des
acteurs de la promotion immobilière vis-à-vis de leurs interlocuteurs (acquéreur, élu,
aménageur). Ils peuvent, dans une certaine mesure, absorber des contraintes
multiples à condition de pouvoir les répercuter sur une variable du bilan de promotion,
principalement le foncier, mais aussi éventuellement les coûts de construction, les
marges ou les frais financiers. Enfin, il est admis que le coût de construction des
mètres carrés supplémentaires par logement ne peut être indexé sur le coût global de
l?opération : il est mathématiquement moindre puisqu?il ne concerne que de la surface
utile et ne contient pas de plus-value technique particulière.
Ainsi, en suivant ce raisonnement, la charge foncière au m² serait en baisse si les
logements produits étaient plus grands. Une augmentation des surfaces pourrait
finalement n?avoir qu?un impact limité sur les prix de vente, avec un coût de production
marginal sur les quelques mètres carrés supplémentaires.
Par ailleurs, il est intéressant de noter que la marge du promoteur dépend également
du temps d?immobilisation du capital. Un projet en zone d?aménagement par exemple,
très contraint et soumis à des prix de sortie plafonnés, offre en contrepartie une
garantie certaine de rapidité et d?efficacité de commercialisation. Les difficultés
apparaissent plus prégnantes pour la production dans le diffus, sans maîtrise du sol
par un acteur public ou sous délégation de maîtrise d?ouvrage publique.
Pour valoriser la qualité, une autre piste serait d?encourager l?investissement
institutionnel, celui des fonds d?investissement, qui repose sur l?analyse et la
performance extra-financière. En effet, pour ces entités, les positionnements en
termes d?image sont essentiels pour accéder au terrain, négocier avec les élus et
communiquer par la suite. Enfin, des gains de productivité peuvent être obtenus grâce
à un recours au numérique, BIM management et à l?industrialisation ou construction «
hors site ».
Pour les promoteurs, la possibilité de la négociation équitable
La plupart des acteurs de la promotion rencontrés reconnaissent qu?actuellement en
France on observe une tendance au logement compact, piloté par le bilan investisseur
bien que la volonté partagée par beaucoup soit celle de produire des logements plus
spacieux. De l?avis des acteurs interrogés, la condition pour y parvenir est que la règle
soit la même pour tous. À cette condition, une des possibilités de l?augmentation de
surface des logements neufs à coût constant serait une baisse du prix du foncier mais
la question de l?offre demeure centrale, à l?heure où l?on observe une offre insuffisante
dans les lieux les plus attractifs avec une raréfaction des terrains disponibles ainsi
qu?un ralentissement des délivrances de permis de construire.
29
Des orientations plus souples et négociables comme celles édictées par des chartes
promoteurs et l?implication de la commune en général peuvent éventuellement
également élever le niveau de qualité. Ces chartes sont cependant parfois jugées trop
contraignantes et exigeantes notamment aux niveaux des prix plafonnés. Néanmoins,
en faveur d?une augmentation des surfaces, l?imposition par la norme ne semble pas
être le plus pertinent, les contraintes normatives étant déjà trop présentes.
S?agissant du PLU, ce dernier est perçu comme trop lourd, avec une instruction
complexe qui ne permet que peu de fluidité au détriment de l?offre.
La profession n?est cependant pas contre la mise en place d?un cadre et de certaines
« règles du jeu », si elles sont fixées d?avance, les mêmes pour tous et assumées
politiquement. En effet, aujourd?hui, le promoteur vertueux qui respecte
scrupuleusement le cahier des charges risque d?être évincé au profit d?un concurrent
qui prend des libertés, contourne les prescriptions en négociant et proposant des
contreparties directement à l?élu. Le respect à la lettre des prescriptions engendrant
une baisse de compétitivité sur la charge foncière.
Par ailleurs, bien qu?il soit reconnu que la tendance actuelle, portée par le dispositif
Pinel, soit à une réduction des surfaces, il semblerait que cela puisse être limité par le
potentiel retour des investisseurs institutionnels, plus regardants sur les prestations
intérieures et les mètres carrés. Contrairement aux particuliers, ils se projetteraient sur
un temps plus long, prenant ainsi un risque plus marqué mais exigeant en contrepartie
de leurs produits d?investissement qu?ils soient mieux conçus, avec une exigence
accrue en termes de qualité et de conception. Pour le moment, l?avis partagé demeure
celui que ce sont les investisseurs particuliers qui soutiennent le marché locatif.
Préoccupations et propositions transversales : les vertus de
l?expérimentation, l?importance de la fiscalité et le rôle de la norme
D?autres pistes et constats sont apparus au cours des entretiens de manière plus
diffuse et partagés par plusieurs des différents acteurs interrogés.
Ces réflexions communes portent notamment sur les processus constructifs avec la
question de savoir si la préférence portée à une certaine industrialisation permettrait
ou non d?augmenter la qualité du logement tout en réduisant les coûts de construction.
Ces questionnements mettent en perspective des pratiques en place dans d?autres
pays d?Europe comme l?Allemagne ou les Pays-Bas.
Une des préoccupations qui en découle est celle de la pérennité et de l?entretien du
bâtiment et notamment des coûts futurs qui en émanent. Quel que soit l?incidence du
mode constructif, cette dimension est globalement perçue comme essentielle et
comme faisant partie intégrante de la qualité du logement.
30
Un autre constat partagé par nombre des acteurs interrogés est le fait que si la plupart
des normes, notamment celles de surfaces minimales, peuvent être perçues comme
un garde-fou de la qualité, la normalisation et les multiples labels ne sont pas
nécessairement synonymes de qualité sous tous les aspects. Au-delà d?un certain
seuil, l?excès de normes peut engendrer de trop fortes contraintes et partant une
diminution de la qualité. Par ailleurs, une autre critique récurrente à l?endroit des labels
réside dans leur supposé inintelligibilité pour le plus grand nombre.
Quoi qu?il en soit, la majorité des entretiens s?accorde à dire que la principale cause
de la diminution de la qualité des constructions neuves aujourd?hui est liée aux effets
induits des dispositifs de défiscalisation type Pinel, qui incitent à considérer le
logement comme un simple produit financier. Les opérations centrées sur
l?investissement locatif recherchent une optimisation de la surface construite et
génèrent une grande compacité des logements, quel que soit leur localisation et
souvent sans se préoccuper de l?intégration dans le tissu existant. De l?avis de certains,
on observerait une corrélation entre qualité d?un programme et sa part réservée à la
défiscalisation. Au-delà d?un certain seuil, qui se situerait autour de 80%, le programme
serait presque nécessairement de mauvaise qualité.
A contrario, les chartes promoteurs sont globalement perçues de manière favorable
par nombre des acteurs. Elles encourageraient l?implication des élus dans le projet, ce
qui aurait tendance à favoriser la qualité. Il est par ailleurs généralement convenu que
la création d?un nouveau standard réglementaire même s?il devait se substituer à un
texte existant afin de limiter l?inflation normative serait globalement peu opérant et mal
perçu.
S?agissant du foncier, le souhait partagé semble être celui de développer et de
généraliser des outils d?observation du foncier. Il a également pu être proposé
d?inscrire cela dans une logique juridique consistant à introduire dans le droit, un
dispositif de modération du prix du foncier. On observe toutefois qu?en dépit de très
nombreux travaux sur ce sujet, aucun n?a à ce stade débouché sur des dispositifs
réellement efficaces de maîtrise, hors intervention publique directe (acquisition,
préemption, EPF?).
Rapport d?étape de la commission pour la relance durable de la
construction de logements (Rebsamen), juillet 2021
Les chiffres actuels de la construction témoignent d?un fort ralentissement de la
production de logements. Cette tendance suscite de vives inquiétudes au sein des
acteurs du secteur et au-delà des décideurs publics.
Une «?commission pour la relance durable de la construction de logements?» a
ainsi été constituée le 17 mai 2021, par monsieur le premier ministre, Jean Castex et
madame la ministre du logement, Emmanuelle Wargon, avec comme ambition
31
d?étudier et d?envisager des mesures qui permettraient de lever certains freins, liés
notamment à la libération du foncier ainsi qu?à la délivrance des permis de construire
et autorisations d?urbanisme par les collectivités.
Les travaux de la commission ont mis en évidence que le ralentissement observé de
la construction est concentré sur les secteurs dits ?tendus?. Un rapport d?étape rendu
le 20 juillet 2021 expose de premières orientations.
Il s?agit dans un premier temps d'encourager financièrement les maires bâtisseurs en
compensant l?exonération de taxe foncière qui s?applique aux HLM ainsi que le
manque à gagner né de la suppression de la taxe d?habitation.
Il est également proposé la mise en place d?un contrat local liant le préfet aux élus afin
de définir précisément les demandes et besoins relatifs au logement en termes de
type, de secteur et de moyen financier.
La commission suggère d?amplifier l?encouragement à la création de logement
notamment dans les zones les plus tendues et sur des fonciers déjà artificialisés, en
mobilisant le fond friche ainsi qu?en mettant à jour la liste des terrains public pouvant
être cédé à prix décoté au moyen de compensations adéquates.
Enfin, le rapport d?étape invite à simplifier la procédure de délivrance des permis de
construire et à en raccourcir les délais grâce notamment au développement de sa
numérisation.
Un des enjeux de ces travaux réside en ceci que la recherche d?une relance
quantitative de la production de logements, du moins dans les secteurs où cette
production apparaît la plus indispensable, ne doit pas s?opérer au détriment de la
qualité d?usage.
Les initiatives de type «?charte promoteurs?», cahier de prescription et autres
dispositifs de négociation entre promoteurs, collectivités et / ou aménageurs,
connaissent une dynamique qui matérialise une recherche de qualité dans les
logements. Elles procèdent d?une volonté locale de régulation qui n?est pas
antinomique avec le dynamisme de la production, et qui intègre aussi, bien souvent,
une recherche d?équité sociale. Le but de ces initiatives ne doit pas être le blocage de
la production, mais au contraire son accompagnement. Elles peuvent dès lors
parfaitement s?inscrire, par exemple, dans une logique de contractualisation d?objectifs
locaux de politique du logement telle que préconisée par les premiers travaux de la
commission.
32
Études et enquêtes d?opinion : évolution des conditions de vie et
ressenti des habitants
Différentes enquêtes nationales et études plus locales décrivent les récentes
évolutions socio-démographiques et nouvelles conditions de vie des français ainsi que
le sentiment global de la population au sujet de la question du logement.
L?enquête Insee de 2017 sur les conditions de logement en France, indique que
la surface des maisons est en augmentation continue depuis plusieurs décennies
tandis que celle des appartements, qui stagnait depuis 25 ans, a reculé de 4 % sur la
décennie passée (2006-2013).
Il est vrai que la diminution de surface des logements collectifs s?est accompagnée
d?une diminution importante de la taille des ménages, qui a permis de garantir pendant
de nombreuses années, une augmentation de la surface par habitant. Cependant, ce
n?est plus le cas dans le collectif depuis 2006, période à laquelle on observe d?après
les chiffres de l?enquête, une inversion de la courbe. Cette tendance à la diminution de
la surface par habitant dans le collectif y est notamment illustrée par une reprise du
phénomène de surpeuplement. Par ailleurs, la suroccupation est davantage marquée
chez les familles monoparentales. Il apparaît ainsi que la réduction de la taille des
ménages n?est pas synonyme d?augmentation du confort de vie.
En conclusion, si les chiffres montrent que la taille des ménages tend à diminuer, cela
ne suffit plus à faire baisser le taux de surpeuplement des logements. Des logements
petits ne permettent ni aux ménages, ni aux usages d?évoluer.
L?enquête Qualitel de mai 2021, « État des lieux du logement des Français »,
nous apprend par ailleurs que la surface moyenne des chambres d'appartement a
perdu 1,7 m2 entre les constructions d?avant-guerres et 2009, pour atteindre 10,7 m2.
Elle est depuis remontée de 0,6m2 en moyenne, redressement probablement induit
par la réglementation PMR. Par ailleurs, le nombre de petites chambres dans
l?ensemble du parc, bien qu?en diminution, est encore important avec 20 % des
chambres d?appartement ayant une surface comprise entre 5 et 9 m2.
Cette même enquête indique également qu?en moins de 60 ans, les hauteurs sous
plafond ont diminué en moyenne de 27 cm et que de moins en moins d?appartements
sont traversants ; 50 % des appartements de plus de 10 ans contre 32 % pour ceux
construits après 2009.
Ces évolutions renvoient à un double enjeu, sanitaire et environnemental car le volume
d?une pièce et sa dimension traversante déterminent son renouvellement d?air et
partant la qualité d?air intérieur et le rafraîchissement naturel du logement.
33
Par ailleurs, un autre sujet de préoccupation concerne le fait que seuls 41 % des
appartement récents (après 2009) sont équipés d?au moins deux placards intégrés,
chiffre en forte diminution par rapport à la période 1980-2009, alors que les capacités
de rangement sont le premier motif d?insatisfaction des Français et sont décrites
comme étant un critère de qualité décisif.
Le Baromètre Qualitel-Ipsos 2020, « Logement : à la conquête de l?espace » met
en exergue le constat que « les Français ont besoin d?espace ! ». Il est précisé que
« loin d?être une question de confort ou d?agrément, ce manque d?espace dégrade le
quotidien de millions de Français ». « L?étude met en lumière les disparités entre la
manière dont ont été conçus les logements ces dernières décennies et les aspirations
des Français. » Ainsi il apparaît que 41% des familles en « appartement ne disposent
pas d?une chambre par enfant alors même qu?il s?agit de l?espace jugé le plus
indispensable par les Français, devant les espaces extérieurs ». Ce manque de place
s?observe notamment dans la cuisine où « à l?heure de la transition écologique, la
moitié des Français n?a pas assez de place dans sa cuisine pour un bac de tri
sélectif. ».
On y retrouve également le fait que le premier motif d?insatisfaction vis-à-vis du
logement est la capacité de rangement. Or cette capacité de rangement peut être
traduite directement en surface ou volume supplémentaire.
L?enquête IDHEAL, 2020, « Aux confins du logement », en s?intéressant à la
manière dont a été vécue la période de confinement de mars à mai 2020, constate
chez les personnes interrogées que « plus les surfaces sont grandes, plus le ressenti
positif augmente et plus le ressenti négatif baisse. L?inverse se confirme dans des
surfaces exiguës. » Ainsi les personnes considérant leur logement comme un atout en
période de confinement vivent à 80% dans des surfaces de plus de 90 m2. De plus,
elle ajoute que « quand le mauvais ressenti de la période est attribué au logement, il
l?est presque toujours dans l?habitat collectif. » L?étude conclut sur le fait « qu?aussi
grandes soient la satisfaction et l?affection des Français pour leur logement, la plupart
réclame plus de place et une issue vers l?extérieur ».
Les nouvelles conditions du logement
Évolution des modes de vies
Les argumentaires justifiant la tendance baissière de la surface des logements
collectifs neufs depuis une vingtaine d?années s?appuient régulièrement sur l?évolution
34
des structures des ménages, l?explosion du noyau familial traditionnel et tous les
phénomènes liés concernant tous les âges, tous les milieux et toutes les situations
socio-professionnelles.
Ce discours, s?il est basé sur un constat socio-démographique évident, trouve une
traduction peu satisfaisante dans l?offre immobilière.
Premièrement, parce que le marché n?a pas été contraint de s?adapter à une demande
expresse de logements plus petits qui serait liée à cette nouvelle donne. La demande
se concentre sur des logements abordables, et/ou sur des logements entrant dans les
critères d?un avantage fiscal, par spécifiquement sur des logements plus petits à
typologie constante. Faire porter la responsabilité de la baisse de surface et de qualité
du logement collectif sur la demande est un biais qui doit être réfuté : ce sont bien
plutôt des conditions financières qui induisent cette évolution.
Ensuite parce que cette théorie est invalidée par la préférence accrue des français
pour l?habitat individuel, dont la surface habitable continue de progresser de manière
constante, entraînant une hausse de la surface habitable moyenne par logement sur
l?ensemble du parc immobilier (maisons et appartements confondus) alors qu?elle est
en baisse dans le collectif.
Cette préférence pour l?habitat individuel isolé apparaît solidement ancrée (voir par
exemple à ce propos l?article de Julien Damon ?Les Français et l?habitat individuel :
préférences révélées et déclarées? https://journals.openedition.org/sociologies/5886),
et met en évidence que, si la production de logements collectifs dépasse aujourd?hui
celle de logements individuels, cela demeure le plus souvent un choix ?contraint?. Le
caractère difficilement soutenable de cette préférence si elle venait à pouvoir se
réaliser ne semble pas, à ce jour, largement intégré.
Enfin, parce qu?il en découle des effets négatifs : inconfort, surpeuplement, sentiment
de déclassement, éloignement des familles...
Cela étant précisé, les modes de vie et donc les modes d?habiter ne cessent de se
transformer, de se diversifier. Le coliving propose de nouveaux standards de
cohabitation, les résidences se dotent de services, la colocation a le vent en poupe?
Les nouvelles manières de travailler, mises au jour par la crise sanitaire liée au Covid-
19, font état de nouveaux besoins supportés par les entreprises mais aussi ? et
surtout ? par les logements des particuliers. À cet instant, on s?est rendu compte,
collectivement, que les murs ne se poussaient pas si facilement, que l?intimité était
devenue précaire, que les espaces extérieurs manquaient, tout comme les espaces
pour les rangements.
Le logement ne peut seul assumer un rôle de couteau suisse des évolutions de la
société, de ses modes et sursauts. Pour autant, il semble nécessaire de développer
un habitat durable, qualitatif, adaptable. Les produits immobiliers ? ceux qui sont
dévolus à l?investissement en particulier ? sont trop standardisés. Les logements
35
exigus, spatialement très contraints, parfois dotés d?une seule orientation qui sont
construits aujourd?hui cumulent deux problématiques : ils sont peu confortables dans
un premier temps et sont incapables d?offrir des potentiels de modularité, encore moins
de transformation. Or, pour revenir sur les enseignements des confinements de 2020,
il sera toujours plus facile d?aménager une alcôve pour travailler dans un séjour digne
de ce nom, tout comme il est plus aisé de séparer une cuisine quand elle n?est pas
reléguée en second jour.
Attractivité des territoires et attraction des habitants
La pression démographique et l?attractivité des aires métropolitaines imposent un
effort de construction de logements neufs particulièrement important en France. Il
semble pourtant que le logiciel utilisé jusqu?ici pour parvenir à cet objectif trouve ses
limites. Les projets sont contestés, les maires reculent de plus en plus sur le
développement de programmes immobiliers, le sentiment de déclassement,
d?éloignement et la dépendance aux transports et à la voiture individuelle produisent
les réactions et les contestations que l?on sait. D?une manière générale, c?est la
confiance envers le système ?aménagement-construction-promotion? qui est érodée.
Et pourtant, il faut continuer à produire des logements.
Il est presque certain qu?un bond qualitatif, une nouvelle donne pour les logements
collectifs, peut engendrer bon nombre d?effets vertueux. Il s?agit, en priorité, de
promouvoir une véritable culture du logement urbain en France, de redonner aux élus,
aux habitants, aux propriétaires, une certaine confiance dans le secteur. Des
logements mieux conçus, mieux construits sont capables de provoquer à moyen terme
un véritable appel d?air sur le marché, dans les collectivités qui auront fait le choix de
porter ce changement avec les outils adaptés.
L?autre effet est territorial. On l?a vu depuis le début de l?année 2020 : la qualité de vie
en centre métropolitain, les déplacements pendulaires, les effets de centralisation sont
montrés du doigt et contestés. C?est toute l?organisation géographique du couple
domicile-travail qui est remise en question. Il est donc temps que le logement endosse
un rôle plein et entier dans cette réorganisation, en devenant un critère d?attractivité,
plutôt qu?une raison de « quitter la ville ». Pour se faire, construisons partout des
appartements pour les familles, des logements où la densité et les vis-à-vis sont
maîtrisés, des logements où l?on peut travailler de temps en temps et des pièces dans
lesquelles ont peut s?isoler parfois, des logements qui s?adaptent aux habitants et à
leurs parcours, des logements avec des terrasses qui ne font pas regretter l?absence
de jardins?
36
Transition et environnement
Clôturons ce chapitre avec une préoccupation qui, dans les cas où elle n?était pas le
sujet central, apparaissait toujours à un moment des réflexions et des entretiens qui
ont été menés dans ce rapport. Cette préoccupation est d?ordre environnemental et
elle est appelée à devenir prioritaire, si toutefois ce n?était pas encore le cas dans tous
les esprits.
D?abord, la ruée des ménages français vers le logement individuel n?est pas tenable si
l?on souhaite limiter les phénomènes d?étalement urbain et de mitage des terres
agricoles, ainsi que tous leurs corollaires. Le seul moyen d?inverser la tendance est de
faire du logement collectif une alternative convaincante et objectivée à la maison
individuelle, à commencer par les dimensions et les espaces extérieurs.
Ensuite, les récents rapports sur les évolutions climatiques et leurs effets de plus en
plus fréquents insistent sur la responsabilité et la prise de conscience nécessaire de
l?ensemble des secteurs de développement, la construction et les transports
notamment. Il y a urgence à repenser le rapport à ce que l?on bâtit et aux lieux où l?on
construit, aux conditions de vie que l?on aménage, aux rapports que l?on tisse entre les
citoyens, entre eux mais aussi avec leur environnement. Il est également nécessaire
de se préparer à habiter des milieux soumis à de nombreux aléas et donc
nécessairement résilients ? le mot est galvaudé, mais a tout son sens ici. Le logement
lui-même ne peut continuer à être conçu en ignorant ces réalités.
Le confort thermique, la végétalisation, l?orientation, la ventilation des
logements sont autant d?enjeux environnementaux qui rejoignent tout à fait les
objectifs de qualité présentés dans ce rapport. Pour toutes ces raisons, les
préoccupations environnementales ne sauraient, à l?avenir, être décorrélées des
exigences liées à la qualité du logement.
37
IV Expériences locales
Action publique et chartes de qualité
Présentation et enjeux
Les « chartes promoteurs » sont des accords non obligatoires et non impératifs,
élaborés par la puissance publique locale, ? collectivité territoriale, communes, société
publique locale, établissement public d?aménagement etc. ?, à l?attention des acteurs
de la construction et notamment de la promotion.
Elles poursuivent des objectifs divers, de contrôle de la qualité des constructions et
des matériaux utilisés, de limitation de la spéculation foncière, de maîtrise et
d?encadrement des prix, de facilitation des relations entre commune et promoteur ou
encore de performance énergétique et de développement durable.
Ces nombreuses orientations transparaissent sous les dénominations variées qui
coexistent comme celles de charte de partenariat, de qualité des constructions neuves
ou de l?habitat, de la construction et de la promotion, du bien construire, anti-
spéculative, de développement, de qualité ou de construction durable, de bâtiment
frugal, de prescription environnementale etc.
Elles se développent fortement aussi bien en Ile de France où l?on en dénombre plus
d?une cinquantaine actuellement, qu?à l?échelle du territoire national notamment dans
les grandes métropoles comme Bordeaux, Lyon, Marseille, Nantes, Reims, Grenoble,
Nice, Strasbourg ?
Elles garantissent l?implication des décideurs et pouvoirs publics locaux et ainsi la
recherche de certaines qualités architecturales, de conception et d?usage mais aussi
une facilitation et une fluidification des opérations. Ainsi, idéalement, ce type de
démarche permet aux différents acteurs de la construction, au premier rang desquels
ceux de la promotion, d?évoluer dans un environnement favorable avec un cadre clair
comprenant les mêmes exigences pour tous et ainsi de parvenir à une optimisation
des durées et des coûts des opérations. En ce sens, elles sont susceptibles de
favoriser la construction en contrôlant sa qualité.
Leurs principaux inconvénients en revanche sont une mise en oeuvre inégale selon
les secteurs envisagés, avec des difficultés de contrôle notamment dans le diffus et
également le risque d?une effectivité susceptible d?être affaiblie par des permis
modificatifs « balais » du fait notamment de leur absence d?opposabilité. Un usage
détourné à des fins de blocage ou de ralentissement, ainsi qu?une application
arbitraire, sont aussi parfois craints.
38
Analyse des différents critères de qualité d?usage présents dans
certaines chartes promoteurs
Plusieurs chartes ont été étudiées et comparées en fonction des critères de qualité
d?usage du logement qu?elles intègrent. La majorité sont celles de communes d?Ile-de-
France, s'intéressant à des opérations de logements sociaux ou en accession privée,
une provient d?une métropole du sud de la France, une autre d?une zone
d?aménagement dans une métropole de la côte atlantique et enfin une émane d?un
bailleur majoritairement social mais pas uniquement.
Il sera ici brièvement passé en revue différentes propositions de critères de qualité
d?usage du logement qui y figurent.
Surfaces et composition du logement
Les chartes étudiées proposent régulièrement des orientations sur ce critère, que ce
soit globalement par typologie, ou en les déclinant par pièce, et de manière chiffrée ou
non. Des indications peuvent également être données sur la disposition des pièces
(pour permettre un cloisonnement ou un éclairement naturel). En voici quelques
exemples :
Les chambres
Exemples d?orientations écrites non chiffrées :
Chambre généreuse
Permettre le positionnement d?un bureau dans les chambres
Permettre l'agencement suffisant du mobilier
Exemples de propositions chiffrées :
Surface minimale de la chambre principale : 13m2
Surface minimale des autres chambres : 10,5m2
Surface moyenne des chambres : 12m2
Surface minimale de la chambre principale : 11m2 hors rangement
Chambre secondaire : 9m2 hors rangement avec largeur d?au moins 2,6m
Le séjour
Exemples d?orientations écrites non chiffrées :
39
Générosité des espaces de vie
Aménager une véritable entrée
Minimisation des espaces de dégagement
Exemples de propositions chiffrées :
Surface minimale du séjour : 20m2 / 25m2
Largeur minimale du séjour : 3,2m
Surface minimale du séjour par typologie, hors cuisine, dégagement et rangements :
- T2 : 18m2
- T3 - T4 : 22m2
- T5 : 25m2
La cuisine
Exemples d?orientations écrites non chiffrées :
Cuisine cloisonnable
Cuisine éclairée naturellement
Exemples de propositions chiffrées :
Cuisine éclairée et ventilée naturellement à partir du T3
Cuisine disposant d?une fenêtre et en capacité d?être cloisonnée pour 70% des T3 et
100% des T4
Fermable (éclairée) à partir du T3 et fermée à partir du T4
40
Surface globale
Trois exemples de propositions de surfaces minimales par typologie en m2 :
Proposition 1 Proposition 2 Proposition 3
T1 25 29 30
T2 45 43 50
T3 63 62 75
T4 75 80 90
T5 90 90 100
Il est parfois précisé la possibilité d?atténuer ces minima en cas d?espaces mutualisés
disponibles.
Hauteur sous plafond
Un critère chiffré figure dans certaines chartes afin d?augmenter le volume des
logements
Exemple de proposition chiffrée :
Hauteur sous plafond minimale : 2,7m
Rangement
Souvent sacrifiés pour optimiser la surface du logement, les rangements font partie
des points d?attention des chartes locales.
Exemples d?orientations écrites non chiffrées :
Cellier et/ou buanderie obligatoire, rangements en nombre suffisant (+ favorise
l?isolation phonique)
Espaces de rangement optimisés : celliers, placards
Espaces suffisants, optimisés et adaptés (notamment dans l?entrée)
Exemples de propositions chiffrées :
Pour tous les logements
T1 : 1 placard
41
T2 : 2 placards
T3 : 3 placards
T4 : 4 placards
Rangement représentant au minimum 4% de la shab (hors rangement cuisine)
Cellier de 5m2 min. à partir du T4
70% des appartements disposant d?un cellier et/ou d?une cave (hors placards)
1 rangement par chambre et 1 par pièce de vie avec une profondeur minimale de 40
cm
Un espace de rangement dans chaque entrée
1 placard par chambre principale (taille proportionnelle)
Linéaire minimum de placard par logement exprimé en mètre linéaire (ml)
T1 : 1 ml
T2 : 1,5 ml
T3 : 3 ml
T4 et plus : 5 ml
Orientations
L?orientation et l?évitement des logements mono-orientés sont des préoccupations
fréquemment rencontrées dans les chartes locales.
Exemples d?orientations écrites non chiffrées :
Éviter la mono-orientation nord ; favoriser au maximum les traversants
Exemples de propositions chiffrées :
Double Orientation pour tous les logements
Multi-orientation pour tous les logements ; traversant à partir du T4
Double orientation à partir du T3 ; mono-orienté sud ou ouest
75% des logements traversants ou double orientation à partir du T3
Interdiction des studios mono-orientés nord ; privilégier les traversants
42
Traversant ou double orientation à partir du T4 ; interdiction des mono-orientations
nord des T3.
Espaces extérieurs
La thématique de l?accès à un espace extérieur fait partie de manière quasi
systématique des orientations données par les chartes locales.
Exemples d?orientations écrites non chiffrées :
Permettant d?installer une table et des chaises
Bénéficiant d?une bonne orientation
Généreux
Bon dimensionnement des balcons afin de permettre leur usage réel
Superficie proportionnelle à la superficie des logements.
Exemples de propositions chiffrées :
Surface minimale : 10% de la SDP
Surface moyenne : 4m2
Surface minimale pour 80% des logements : 3,50 m2
Profondeur minimale (hors RDC) : 1.50m
Distribution, granulométrie, épaisseur du bâtiment
Les indications sur ce type de critère visent à combattre des tendances de conception
qui conduisent le plus souvent à des problèmes d?orientation.
Exemples d?orientations écrites non chiffrées :
Épaisseur de bâtiment favorisant la multi-orientation des logements, la ventilation et
l?éclairement naturels des pièces d?eau, des circulations communes et des parkings.
Exemples de propositions chiffrées :
Nombre maximum de logements par palier, fixé à des valeurs diverses selon les
chartes (5, 6, 8?)
43
Épaisseur maximale du bâtiment : 12m (favoriser la lumière naturelle dans toutes les
pièces)
44
V Recommandations
Critères
Enjeux
La surface est un critère primordial de qualité?: un grand logement sera toujours plus
qualitatif, plus transformable qu?un petit logement, peu importe son agencement. Il
sera surtout nettement plus adapté à la vie quotidienne de ses
habitants, particulièrement au regard de ses futures évolutions. Une seule condition,
néanmoins : que cette évolution nécessaire ne rende pas le logement financièrement
inaccessible.
La qualité des logements est bien sûr dépendante en premier lieu de leur surface, mais
d?autres enjeux sont aussi à considérer. La nouvelle donne climatique nécessite en
particulier un autre regard sur les exigences de ventilation naturelle. Il s?agit alors de
hauteur sous plafond, d?orientations multiples, donc de distribution intérieure des
immeubles pour que les logements trouvent une permanence d?usage sur le long
terme.
Le référentiel proposé vise en premier lieu une amélioration de la qualité du logement
collectif neuf. Le collectif subit en effet plus de critiques et génère plus
d?insatisfaction que l?individuel. Dans une logique de sobriété, rendre plus attractif le
logement collectif, qui est aussi plus dense, semble une priorité.
Objectifs
Un préalable est de qualifier ce qui fait la qualité d?usage. Cette qualification peut-elle
et doit-elle être définie avec précision ? : formulation « normée », quantifiée, ou
objectif générique à atteindre, considérant qu?il y a plusieurs manières d?atteindre un
objectif ?
La philosophie récente d?évolution du CCH a plutôt été de se concentrer sur les grands
objectifs à atteindre, considérant, à la suite de nombreux maîtres d?ouvrage et maître
d?oeuvre, que les normes présentent des effets pervers au sens où elles « enferment »,
se contredisent parfois... Ceci correspond à une orientation consistant à définir des
objectifs, puis fournir un jeu de caractéristiques permettant de répondre aux objectifs
(= une formule de base pour acteurs qui ne développent pas de réflexion particulière),
et à rester souple du moment que les objectifs sont atteints (le jeu de caractéristiques
45
répondant aux objectifs n?est en ce sens pas un impératif), ce qui suppose néanmoins
de pouvoir démontrer une atteinte des objectifs.
Les objectifs peuvent également varier en fonction de caractéristiques locales ?
climatiques par exemple ? qui conduiront à ne pas traduire le confort de la même
manière.
Les « grands objectifs » qui nous paraissent essentiels au confort d?usage peuvent se
définir comme suit :
La mutablité, en tant que faculté à adapter la disposition intérieure à ses besoins, qui
ne sont pas les mêmes pour tous : possibilité de modifier facilement la distribution
(exemple : cuisine pouvant être facilement ouverte ou fermée), plusieurs possibilités
pour placer ses meubles, ? Pour y parvenir la surface est un critère clé (modularité
plus aisée quand le logement est plus grand), permettant une plus grande souplesse
d?agencement intérieur.
La luminosité : elle peut se traduire par les doubles orientations, la hauteur sous
plafond, la surface vitrée?
La sensation d?espace : volume - surface et hauteur sous plafond
La réponse pratique à des fonctions de base telles que ranger, faire sécher du linge,
trier les déchets? : surface, agencement intérieur
Le rapport à l?espace extérieur : balcons, terrasses, loggias, jardins. Il est possible de
l?envisager en partie via des espaces mutualisés (toit-terasse, grande terrasse ou
jardin accessible à un ensemble d?habitants?), grande pièce et « faux balcon » pour
un logement en hauteur... Le rapport à l?espace extérieur peut dans certaines
configurations porter aussi sur les vues et est influencé par des spécificités
d?implantation du programme (il n?est en ce sens pas simple à normer).
Les leviers à mettre en oeuvre ne peuvent pas se désintéresser des aspects
économiques et financiers : l?objectif n?est pas qu?un renchérissement par la qualité
vienne accentuer des inégalités sociales, ni pénaliser la production. Le modèle de
production et de détention des logements peut se trouver questionné sur toute la
longueur de la chaîne, depuis la matière foncière jusqu?à la gestion.
Surfaces et volumes
Dans la composition classique d?un logement, on peut considérer les pièces et les
services.
46
Les pièces comprennent les chambres et le séjour, assujettis à des conditions
réglementaires de dimensions et d?éclairement, la cuisine pouvant être aussi
considérée, comme le font certains pays, comme une pièce.
Les autres composants d?un logement, entrée, circulations, rangements, salles d?eau
et sanitaires sont d?abord dépendants de conditions fonctionnelles, et de nécessités
de ventilation, mais aussi d'exigences d?accessibilité pour tous qui sont
dimensionnellement contraignantes.
Les réductions des surfaces des logements relevées dans de nombreuses réalisations
récentes se sont avant tout effectuées sur les pièces :
Le séjour et la cuisine ont fréquemment été rassemblés en un seul volume servant
aussi d?entrée et de circulation d?accès aux chambres. Ainsi, certains séjours
peuvent être proposés autour de 20 m² avec une façade unique de moins de 4 m
linéaires, rendant très difficile tout aménagement intérieur.
Des chambres ne dépassant pas 9 m² (chambre minimum) et 12 m² (chambre plus
grande accessible handicapés) sont très fréquentes, et elles se trouvent
souvent équipées de placards, inexistants ailleurs dans le logement, ce qui réduit ainsi
leur surface d?environ 1 m².
L?augmentation recherchée de la surface des logements se traduirait par une
augmentation nécessaire de la surface des pièces.
Cette mesure d'augmentation concernerait en premier lieu le binôme séjour / cuisine,
que celle-ci soit séparée ou non mais devant de préférence être éclairée et ventilée
indépendamment de façon à être séparable. La surface globale améliorée pourrait
ainsi prendre en compte des évolutions d?aménagement et les nouvelles
fonctionnalités des cuisines (notamment le tri sélectif).
Ainsi la surface minimale du couple cuisine-séjour selon la typologie considérée
pourrait être comprise entre 23m2 et 31m2 conformément notamment aux minimums
en vigueur en Suisse (25m2) et en Belgique (28m2) et selon la répartition qui suit :
T1 : 23 m2
T2 : 25 m2
T3 : 27 m2
T4 : 29 m2
T5 : 31 m2
47
Les chambres doivent évoluer pour que la plus petite puisse accueillir
différentes possibilités d?aménagement permettant, entre autres capacités,
l?accueil éventuel d?un deuxième lit. Les rangements souvent dévolus aux chambres
et sous-évalués dans les programmes, doivent être pris en compte dans les calculs de
surfaces, sachant que leur externalisation en sous-sol, par exemple, peut être
envisagée mais a tendance à disparaître.
Surface minimale par chambre : 10,5 m2
Au moins une chambre de 12m2
Dans ce contexte une proposition minimale en calculant au plus juste les espaces de
service parvient à des surfaces globales minimales par type :
T1 : 28 m2
T2 : 45 m2
T3 : 62 m2
T4 : 79 m2
T5 : 96 m2
48
La hauteur sous plafond généralisée à 2,50 m (et souvent mesurée à moins selon les
enquêtes Qualitel) doit être remise en cause pour plusieurs raisons :
- adaptation à l?évolution de la taille des personnes ;
- amélioration de la ventilation et du rafraîchissement nocturne des pièces en relation
avec des ouvertures adaptées ;
- possibilité d?aménagement en trois dimensions (lits superposés, mezzanine,
rangements plus grands, etc.).
Proposer une hauteur sous plafond à 2,70m minimum nous mettrait au niveau de la
plupart des pays voisins dont les standards se situent entre 2,60 et 2,70m. Cependant
une telle mesure ne doit pas conduire à des pertes de constructibilité?du fait des
hauteurs maximales pouvant être imposées par le PLU?: sa mise en oeuvre ne peut
donc intervenir qu?avec une mise en cohérence locale de celui-ci.
Des adaptations pourraient être prises en compte pour accompagner une telle mesure
: des logements en duplex organisés autour de vides importants pourraient accepter
des hauteurs sous plafond plus réduites par ailleurs ; de la même manière, la hauteur
de 2,70 m pourrait n?être appliquée qu?aux pièces, laissant la possibilité de faux
plafonds techniques par ailleurs.
Luminosité et rapport à l?extérieur
De nombreux immeubles ont été récemment réalisés selon un système de distribution
desservant des logements de part et d?autre d'un couloir dont la longueur est
déterminée selon ce qu'autorise les règlements de sécurité incendie. De ce fait, pour
diminuer le nombre de distribution verticale, la mono orientation des logements d'un
immeuble est devenue très fréquente, celui-ci pouvant alors se développer sur
des épaisseurs de plus de 15 m.
Ce principe, qui va à l?encontre de réalisations plus anciennes qui proposaient des
paliers distribuant peu d?appartements, majoritairement traversants, a pour
conséquence d?offrir moins d?orientations et de vues différenciées, mais aussi, par
rapport aux nouvelles perspectives climatiques attendues, de pénaliser fortement les
possibilités de ventilation naturelle et de rafraîchissement nocturne.
Il est donc souhaitable d?imposer une double orientation, ou plus efficacement que les
logements de trois pièces et plus soient traversants. Cet élément de confort est bien
sûr à conjuguer d?une part avec les dispositions de prolongements extérieurs et,
d?autre part, avec une hauteur sous plafond de 2,70 m pour parfaire les principes de
ventilation naturelle.
49
Pour les 2 pièces et studio, lorsque la mono-orientation ne peut être évitée, il convient
de réfléchir en amont à des systèmes favorisant une bonne ventilation naturelle du
logement.
Les prolongations extérieures des logements sont devenues fréquentes dans les
réalisations actuelles, étant des éléments de confort dont le coût et l?impact sur les
surfaces réglementaires sont réduits.
Leur généralisation est à considérer avec une relation attentive aux contextes, aux
orientations, mais encore quelquefois aux nuisances extérieures des différents milieux
urbains. Si la généralisation des prolongements extérieurs semble possible dans de
nombreuses situations, il faut avant tout considérer leur qualité d?accueil, leur
possibilité d?ameublement, et leur relation évidente avec les pièces intérieures.
La réalisation de prolongements extérieurs doit être prise en compte dans une analyse
environnementale et thermique globale, notamment en ce qui concerne leur rôle
possible dans la protection des apports solaire. De telles recommandations ne peuvent
se faire qu?à un niveau local.
Mutabilité
Il semble important de proposer des systèmes constructifs et des dispositifs
techniques qui permettent une mutabilité des logements et des possibilités de
transformation aisée selon les évolutions des usages et de la composition
des ménages occupants.
La réduction des surfaces a mené à l?intégration de la cuisine au séjour, séjour et
cuisine formant ainsi une pièce unique, ce qui a pour conséquence une réduction de
la surface des façades. Ceci affecte de façon importante les possibilités
de mutabilité des logements, la cuisine ne possédant plus de fenêtre qui lui soit propre.
La cuisine devrait de préférence pouvoir se décliner selon les volontés individuelles
d'ouverture sur le séjour ou d?indépendance, notamment pour des typologies à partir
du T3.
D?autres avancées peuvent être proposées, en privilégiant des principes constructifs
qui permettent aisément de réunir ou de subdiviser des pièces, voire des logements,
pour s?adapter à l?évolution des besoins dans le temps. Au-delà d?une anticipation
technique, cette possibilité de mutabilité peut nécessiter une anticipation juridique si
l?immeuble n?est pas détenu par un propriétaire unique.
Ces possibilités dépendent d?un travail spécifique entre le constructeur, le concepteur
et la collectivité ou l?aménageur
50
51
Tableau récapitulatif de différents critères de qualité selon les échelles et
le degré de mise en oeuvre
52
VI Mise en oeuvre
Leviers
Au-delà de la définition d?un référentiel de qualité d?usage, il est fondamental de se
préoccuper de son utilisation. En annexe sont passés en revue les différents leviers
qui ont été envisagés pour mettre en application les éléments de référentiels proposés,
avec leurs avantages et inconvénients. La présente partie donne, en synthèse, les
pistes qui nous apparaissent les plus pertinentes.
Le référentiel proposé distingue un critère essentiel, celui d?une surface minimale par
typologie de logement, gage d?un meilleur confort et de plus de mutabilité, et
d?autres critères qui constituent des recommandations?: des surfaces minimales par
chambre et pour l?ensemble «?salon + cuisine?», une hauteur sous plafond plus
importante, un critère d?accès à un espace extérieur, un critère d?orientation, une
recommandation sur la surface de rangement.
Il ne nous paraît pas pertinent d?agir sur les textes réglementaires «?de
base?» que constituent le décret «?décence?» et l?article R111-2 du CCH. Ces textes,
qui fixent des caractéristiques minimales pour un logement, ont une fonction
de «?voiture balai?»?: leur objectif n?est pas de tirer vers le haut la qualité des logements
standards, mais d?éviter que les plus mauvais logements restent ou soient mis sur le
marché.
Le levier national le plus solide pour influer sur les caractéristiques des logements
collectifs neufs est, selon nous, le dispositif d?investissement locatif Pinel. Celui-ci se
prête à une conditionnalité de l?aide?: nous proposons donc de l?utiliser pour
inciter à produire des logements de meilleure qualité.
L?acquéreur en Pinel, concentrant son intérêt sur l?investissement financier, ne se
montre en effet pas toujours très regardant sur la qualité d?usage. Le signal serait
visible et fort, il aurait probablement un effet au-delà du seul dispositif fiscal.
La date d?entrée en vigueur doit être fixée de façon à ne pas de bloquer des opérations
en cours. La conditionnalité doit pouvoir être intégrée en amont des opérations. Ainsi,
une première étape pourrait consister à utiliser un critère lié à la qualité d?usage dans
le cadre du dispositif voté en loi de finances pour 2021 permettant à partir de 2022 le
maintien (et non la baisse) des taux actuels de réduction d?impôt en contrepartie du
respect de certaines conditions. A échéance plus lointaine, une pérennisation du
dispositif Pinel (actuellement prévu pour s?éteindre en 2024) pourrait être assortie
d?une conditionnalité pleine à un tel critère.
53
S?agissant d?un dispositif fiscal, la conditionnalité doit être simple et
vérifiable très facilement, pour ne générer aucun alourdissement administratif ni
aucune difficulté d?appréciation par l?administration fiscale?: il faut donc éviter
des critères appréciatifs ou dépendant des caractéristiques de la
parcelle, éviter également des critères qui ne se rapporteraient pas au logement
concerné (comme des critères qui induiraient une vérification à l?échelle de
l?immeuble). C?est pourquoi il est proposé de s?en tenir à un critère de surface du
logement par typologie?: ce critère a un impact important sur la qualité d?usage, et les
informations pour vérifier son atteinte sont présentes dans les bases fiscales.
Les surfaces par typologie proposées dans le référentiel sont donc conçues comme
des minima pour pouvoir à terme bénéficier du dispositif Pinel.
Les autres critères du référentiel n?auraient pas d?incidence sur l?incitation fiscale.
Nous recommandons leur utilisation, en plus de la surface par typologie, dans
d?autres démarches?:
- une politique locale de qualité des logements se traduisant par
des «?chartes?» mises en place par les collectivités (préférentiellement les
intercommunalités) ou les aménageurs. Ce type de démarche volontairement « non-
réglementaire » permet la plus grande intelligence d?application lorsqu?elle intervient
en accompagnement d?une politique de production de logement : outre qu?il est
possible d?y prendre en compte des spécificités locales, une telle charte est un outil de
dialogue et de négociation entre autorité publique et maîtres d?ouvrage des opérations
immobilières. Elle tire la qualité vers le haut et contribue à réguler le marché sans pour
autant menacer la production. Il semble important en revanche d?éviter l?emploi d?une
charte à des fins de blocage malthusien. De ce point de vue, les travaux de la
« commission Rebsamen » pour la relance de la production de logement paraissent
porteurs de pistes très intéressantes. En proposant de privilégier la voie contractuelle
entre Etat et collectivités, et en recherchant les possibilités d?incitation des collectivités
à produire là où c?est nécessaire, ces travaux posent un cadre dans lequel pourrait
parfaitement s?insérer le « bon usage local » d?une charte de qualité des logements.
- la mise en place d?un recueil d?information et d?une animation transversale sur les
démarches locales en faveur de la qualité des logements nous semblerait par ailleurs
une initiative particulièrement utile : à ce titre, sont présentés ci-après en annexe les
contours d?une initiative en ce sens ;
- une politique d?acquisition de logements par des investisseurs institutionnels, qui
pourraient décider d?utiliser le référentiel pour au moins une part de leurs acquisitions?;
- l?intégration des critères du référentiel dans des outils de mesure et de
reconnaissance de la qualité d?usage, telles que les labels ;
- l?intégration dans des outils de sensibilisation plus large des acquéreurs et occupants
potentiels afin de permettre un « empowerment » de ceux auxquels les logements sont
54
destinés : à ce sujet, Qualitel a d?ores et déjà pris l?initiative de déclencher une étude
de faisabilité pour un outil de sensibilisation « grand public ».
Enfin, nous soulignons particulièrement le critère de hauteur sous plafond plus
importante?: celle-ci présente de nombreux avantages (amélioration de la ventilation,
de la qualité de l?air intérieur, facilitation de l?usage de lits
superposés ou de mezzanines) et il serait bienvenu qu?elle devienne un standard.
Le critère ne peut néanmoins être imposé qu?à condition de s?assurer de ne pas
perdre en constructibilité du fait de hauteurs maximales fixées au PLU.
Proposition pour la mise en place d?un réseau de la qualité du
logement
La mobilisation autour de la qualité du logement, en particulier dans le cadre d?actions
locales, doit pouvoir s?appuyer sur une objectivation et des outils.
A ce titre la mise en place d?un réseau de la qualité d?usage du logement apparaîtrait
particulièrement pertinente. Il aurait pour objet de :
Rassembler des éléments de connaissance et de comparaison y compris avec
l?étranger, en s?appuyant sur les outils de connaissance existants et en proposant le
cas échéant des compléments ;
Identifier les initiatives locales, les documenter et partager : recueillir et partager les
« chartes locales » existantes, les retours d?expérience sur leur mise en oeuvre et les
effets des initiatives, identifier les bonnes pratiques mais aussi celles qui font difficulté ;
Pouvoir apporter un appui, un conseil, de la mise en relation, aux acteurs locaux
intéressés souhaitait initier ou améliorer leur démarche locale.
Une telle initiative devrait rassembler une large gamme d?acteurs : associations de
collectivités, d?opérateurs aménageurs, professionnels de l?immobilier, pouvoirs
publics. L?implication d?acteurs tels que Qualitel ou le Cerema s?avèrerait pertinente.
Nous recommandons d?approfondir rapidement cette piste en étudiant les conditions
de mise en place d?une telle initiative : identification de son portage potentiel,
évaluation de son coût et des possibilités de financement.
Incidences économiques et leviers relatifs aux montages financiers
55
Quelles incidences économiques de la qualité d?usage ?
Le montage des opérations résidentielles repose essentiellement sur un « triptyque »
: le coût du foncier, le coût de la construction, le prix de vente, tout en permettant au
maître d?ouvrage de réaliser une marge.
Ces différents termes sont en relation par un jeu de « vases communicants ». Ceci
confère une certaine faculté d?adaptation aux montages, et explique qu?une contrainte
plus importante sur un ou plusieurs termes de l?équation n?aboutit pas nécessairement
à une impossibilité de faire.
Un exemple type consiste, à l?occasion d?une cession foncière en opération
d?aménagement, en la fixation d?objectifs qualitatifs (renchérissant le coût de
construction), sans élévation du prix de vente des logements pour les acquéreurs,
mais compensée par un niveau de charge foncière établi de manière à permettre
l?opération, ce niveau de charge foncière entrant lui-même dans l?équilibre
économique de l?opération d?aménagement.
Il est bien entendu qu?il existe des limites : un ensemble de contraintes, qui peuvent
être normatives, « para-normatives » (de type charte locale), résulter des conditions
locales de marché, d?une tension plus ou moins forte sur les coûts de construction, ou
encore du mode d?acquisition du foncier (la production en diffus étant bien plus difficile
à maîtriser qu?en opération d?aménagement), peut aboutir à un blocage et à une
impossibilité de réaliser une opération.
Ceci ne peut réellement être apprécié que dans le cadre d?un dialogue local et
contextualisé.
Agir sur les termes du montage financier des opérations peut constituer un levier en
faveur de la qualité d?usage des logements, en permettant d?intégrer une amélioration
de celle-ci dans l?équation sans aboutir à une impossibilité.
Ce type d?action est lié étroitement à l?analyse des incidences économiques que peut
entraîner la mise en oeuvre des critères proposés dans le référentiel de qualité.
Un surcroît de qualité des logements risque naturellement de se traduire par une
perturbation de l?équation économique en tirant vers le haut le coût et le prix du
logement. Il convient toutefois d?être extrêmement prudent sur l?évaluation de
ses incidences.
? En termes de surcoût de construction, les critères de qualité d?usage proposés
auraient un impact limité. Un logement un peu plus grand et avec un peu plus
de hauteur sous plafond n?engendre pas de surcoût d?installations sanitaires,
de menuiserie, ni de réseaux. Il représente en revanche un peu plus de linéaire
de murs et de cloisons, de surface de plancher et de plafond. A l?échelle de
chaque projet pris isolément, la question des limites physiques de la parcelle et
de sa constructibilité sera probablement plus déterminante.
56
? En termes de prix, un raisonnement appliquant un prix moyen au m², ou un
loyer moyen au m², sur une surface de logement, aboutira inévitablement à la
conclusion qu?un logement un peu plus grand conduit à un prix d?achat ou un
loyer d?autant plus élevé.
Ce raisonnement est à nuancer fortement, car le logement ne s?inscrit pas dans
les modèles classiques de marché qui correspondent à une économie des
quantités, dans laquelle le prix dépendrait « basiquement » des niveaux d?offre
et de demande. A l?acquisition, le processus décrit est plutôt celui d?acteurs
économiques (les ménages) qui investissent à hauteur de leur limite budgétaire,
en fonction de leur solvabilité et des conditions de crédits, et qui rechercheraient
le meilleur logement possible selon leurs critères, dans l?enveloppe budgétaire
dont ils disposent.
Les critères de qualification du meilleur logement possible sont par ailleurs
dépendants de la situation et des aspirations du ménage, et ne portent bien
souvent pas prioritairement sur la qualité d?usage, au moment de l?achat
(localisation, nombre de pièces?).
Le prix est en outre fortement influencé par les conditions de marché locales, et
parfois micro-locales, elles-mêmes éminemment dépendantes du parc existant.
Il apparaît dès lors extrêmement difficile d?évaluer, in abstracto, l?incidence que
pourrait avoir la mise en oeuvre des critères de qualité proposés sur les prix.
Quoi qu?il en soit, le prix de vente étant fortement corrélé au budget disponible
des acquéreurs, une augmentation du coût liée à une augmentation de la qualité
ne se répercuteraient pas nécessairement, ou pas intégralement, dans le prix : la
faisabilité de l?opération peut alors reposer par exemple sur la faculté à modérer
les exigences du vendeur de foncier.
Inversement, la tendance à la non-qualité est souvent identifiée, lors des entretiens,
comme la résultante d?une « optimisation ». Celle-ci vise à ce que le logement
demeure financièrement accessible pour un acquéreur, dans un contexte de coût de
construction tendu et de compétition foncière qui conduit les opérateurs, dans les
territoires sous forte pression, à surenchérir pour s?assurer la possibilité de produire.
A nouveau, la faculté à réguler le marché foncier se pose, sans qu?aucune des
multiples réflexions menées de longue date sur ce sujet n?ait jamais abouti à une
solution générale. Le moyen le plus sûr et le plus évident d?influer sur ce point reste
aujourd?hui dans la mise en oeuvre d?actions foncières publiques déterminées :
intervention d?établissements publics fonciers, mise en place d?opérations
d?aménagement?
57
Enfin, bien qu?il soit impossible de les quantifier, il nous semble important de prendre
en considération les risques économiques que représente, dans la durée, la non-
qualité. En matière d?investissement locatif défiscalisé par exemple, un risque
fréquemment évoqué est ainsi qu?à l?issue de la période de défiscalisation, un bien de
mauvaise qualité surtout s?il n?est pas très bien situé, soit plus difficile à vendre et/ou
à relouer, avec le risque d?une spirale de dépréciation, cependant qu?un logement
mieux conçu conservera durablement de la valeur.
Agir sur les montages financiers
Le jeu permanent de « vases communicants » entre les trois termes du triptyque «
coût du foncier, coût de construction, prix de vente » fait qu?aucun mécanisme ne
permet de contrôler de manière certaine tous les termes de l?équation.
Les différents acteurs intervenant dans la chaîne de production immobilière sont
amenés à travailler sur chacun de ces termes : certains le font pour s?assurer un
avantage compétitif, d?autres pour réguler le marché d?une manière ou d?une autre,
conférer de l?attractivité, limiter des risques ?
L?action sur les différents termes de l?équation peut passer par divers leviers, au niveau
local ou national, par exemple :
? Une politique foncière active (EPF, préemption, ZAC?), qui vise à contenir le
terme « coût du foncier » ;
? La structuration de filières de construction plus compétitives, qui vise à contenir
le terme « coût de construction » ;
? La volonté de blocage des prix de vente, exprimée dans certaines chartes
locales ;
? La promotion de modèles alternatifs de propriété, d?acquisition et de détention
des logements permettant de lisser sur plus longue période ou de « dissocier »
le financement du logement (cession de droits réels?) : ceci est une manière
d?agir sur le terme « prix », non pas tant en le modérant qu?en essayant de le
rendre financièrement plus facile à supporter.
Chaque fois qu?un gain peut être réalisé via ces leviers sur un des termes de l?équation,
se pose la question de l?utilisation qui sera faite de ce gain : le gain peut accroître le
pouvoir d?achat de l?acquéreur ou augmenter la marge du promoteur, il peut servir à
produire plus et/ou à produire mieux, ou bien permettre de payer un prix toujours plus
élevé au propriétaire initial d?un terrain?
58
Recommandation :
Ces leviers sur les montages financiers sont un moyen et non une fin, ils
peuvent donc contribuer à rendre accessible une meilleure qualité des
logements, mais ce n?est pas automatique : cela nécessite d?abord que l?objectif
soit formulé et partagé. La recommandation que l?on peut émettre se situe donc
sur ce plan : assortir chaque fois que c?est possible les politiques publiques
intervenant sur les montages financiers, d?objectifs de qualité, et à tout le moins
observer au mieux les résultats pour identifier comment se répartissent les
gains obtenus.
59
Synthèse
Si la production de logements au XXe siècle a été marquée par un progrès
permanent en termes de confort et de qualité d?espace, un palier réglementaire et
même une certaine régression dans la réalité construite sont observées depuis deux
décennies.
Les villes, même denses, doivent rester attractives pour éviter la permanente tentation
de l?habitat individuel qui, nouveaux modes de travail aidant, peut voir son attractivité
renforcée. Certes, de nombreux efforts sont à faire à tous les niveaux de l'usage
quotidien des villes : mobilité, espaces verts et îlots de chaleur, services et leur
accessibilité à tous, etc. Mais l'amélioration de la qualité des logements est
certainement un des leviers les plus efficaces pour retrouver le désir d'habiter en ville.
Par ailleurs des efforts importants ont été menés sur les normes techniques
applicables au logement et notamment, entre autres, sur les exigences énergétiques
et environnementales. Jusqu?à présent, les constructions ont été étudiées
thermiquement, d'abord en fonction du confort d'hiver, et trop peu selon les évolutions
climatiques actuelles. La RE 2020, qui entrera prochainement en vigueur, revoit la
manière dont est pris en compte le confort d?été. Les propositions que nous faisons
vont dans ce sens, spatialité et orientations multiples des logements permettant une
ventilation naturelle indispensable pour les temps à venir. Ces évolutions doivent être
rapidement prises en compte pour éviter l'obsolescence d'une production qui ne
pourrait, au mieux, qu'accueillir des équipements de climatisation complexes et
consommateurs d'énergie.
Les préconisations du référentiel de qualité élaboré dans le cadre de cette mission
peuvent être portées à toutes les échelles de décision et de manière subsidiaire, par
l'État, qui dispose de leviers relatifs au financement des logements, par les collectivités
territoriales, dont bon nombre s?impliquent déjà à travers les chartes de qualité, par
tout opérateur intervenant dans la chaîne immobilière.
Si les chartes ne sont pas très coercitives et donc parfois contournables, elles sont un
outil de négociation et donnent lieu à des retours d'expériences. Elles offrent aussi la
possibilité de s?adapter aux réalités locales : climatiques, historiques, patrimoniales et
même économiques. En effet, les entretiens conduits lors de notre mission avec les
différents acteurs de la construction ont souligné, pour une grande majorité, l'évidence
d?une certaine inadéquation entre les produits proposés et les nouvelles attentes, en
même temps qu?une inquiétude sur les prix de sortie. Ceci implique un regard
permanent porté sur des équilibres économiques en fonction, notamment, des actions
régulatrices possibles sur le foncier.
Toute l'efficacité de la mise en oeuvre de nouveaux référentiels proviendra de la
complémentarité entre des mesures génériques, comme peut l?être un dispositif fiscal,
60
et la finesse d'adaptation locale aux contextes, en relation avec tous les experts
locaux, services municipaux, CAUE, etc.
Si les différentes préconisations sont prévues avant tout pour les constructions
neuves, on doit aussi imaginer leurs incidences sur les restructurations de bâtiments
existants. En effet, la conjonction entre la rareté prévisible du foncier nouvellement
urbanisable due à la nécessité de réduire fortement l'étalement urbain, des frilosités
de municipalités peu enclines à trop construire pour ne pas déplaire à leur population,
et une prise de conscience de l'importante dépense énergétique provenant de la
démolition/reconstruction, amène à imaginer une part accrue des rénovations plus ou
moins lourdes dans les temps à venir.
Ce travail de réinvestissement est forcément dépendant de bâtiments existants
toujours différents les uns des autres, de l'immeuble de bureau offrant en général une
structure de dimension généreuse où de nouvelles qualités spatiales pourront être
mises en oeuvre, aux constructions des années 1940 à 1970, fréquemment
défaillantes techniquement, nécessitant d'abord une remise à niveau thermique et
acoustique. Ces rénovations sont difficilement ?normalisables? selon les nouveaux
éléments de référentiel proposés mais, par effet d'entraînement, seront certainement
amenées à se rapprocher de ces standards.
Si certaines décisions concernant un nouveau référentiel peuvent être appliquées
rapidement à l'échelle nationale, une prise de conscience à toutes les échelles doit
pouvoir être appuyée sur une meilleure connaissance de la situation du logement en
France, connaissance accessible à tous et permettant aux acteurs nationaux ou locaux
de partager un savoir commun pour agir en connaissance de cause. Même si de
nombreux instituts et observatoires existent, surtout localement, il semble souhaitable
d?encourager la mise en place d?un véritable réseau indépendant de la qualité du
logement qui permette, en permanence d?identifier les différentes initiatives locales
mais aussi de regarder l'état réel de la production et de la comparer avec ce qui se fait
ailleurs sur le territoire en relation avec les rapides évolutions sociales et
environnementales.
61
Annexes
62
Tableau d?analyse des leviers d?action pour am
éliorer la qualité d?usage des logem
ents
63
64
65
66
67
Contributions :
M.-H. Badia : « Toutes les surfaces ne se valent pas »
Plusieurs voix se sont exprimées pour dénoncer la diminution de la surface des
logements construits aujourd?hui dans les immeubles collectifs.
Cette diminution établie par des chiffres ne rend pas compte de la totalité du problème
qui tient à l?habitabilité de la surface vendue ou louée. Pour définir cette habitabilité,
on peut distinguer la surface des pièces de celle des circulations.
En regardant l?évolution de nombreux plans sur une cinquantaine d'années, on
constate que non seulement les surfaces des logements diminuent, mais qu?une part
grandissante de celle-ci est dédiée à la circulation intérieure.
L?analyse montre que l?augmentation de l?épaisseur des bâtiments portée à 16m
depuis les années 90 est à l?origine de cette évolution.
Par-delà les critiques que l?on peut porter sur ce nouveau modèle, son impact sur
l?habitabilité et le confort de la surface est bien réel, en ça il est en grande partie
responsable du sentiment largement exprimé, d?une dégradation actuelle de la qualité
des logements.
- La conception courante des immeubles de logements au 20e siècle :
La conception des immeubles de logements au 20e siècle répondait, jusqu?à
récemment, à une répartition entre surfaces des parties communes et parties privées
que l?on peut résumer par un principe de distribution simple : une cage d?escalier
dessert 2, 3, exceptionnellement 4 logements par paliers.
La reconstruction, comme la construction des grands ensembles, y compris dans des
conditions économiques drastiques, ont maintenu cet équilibre.
Pour le modèle le plus courant, il s?agit de bâtiments d?environ 12 mètres d?épaisseur
dans lesquels les grands logements, à partir du trois pièces, sont desservis par une
entrée située centrale et distributive.
Le logement bénéficie alors d?une double orientation et d?une ventilation naturelle
permettant par courant d?air de gérer qualité de l?air et confort d?été.
On ne s?attardera pas ici sur des propositions plus singulières et parfois très
intéressantes pour le confort mais qu?on ne peut qualifier de « modèles »
68
A partir des années 90, est apparue une typologie de bâtiment épais d?environ 16
mètres avec couloir central.
Ce nouveau modèle répondait à deux objectifs : d?une part optimiser les coûts de
construction en superposant parfaitement épaisseur des étages de logements et
épaisseur du parking ainsi qu?en minimisant le développé de façades ramené à la
surface de plancher construit.
D?autre part, il répondait à la nécessité de produire de nombreux logements de petites
tailles destinés aux investisseurs.
- La dérive de l?immeuble épais apparu dans les années 90 :
Le modèle s?est développé au point de devenir incontournable quel que soit le
programme y compris pour les constructions de logements sociaux réalisées en VEFA.
Il se révèle pourtant souvent inadapté à des logements familiaux : trop de logements
par paliers, monorientation, cuisine en fond de salon, absence de courants d?air
permettant d?éviter l?échauffement l?été, et le renouvellement naturel de l?air.
On peut faire l?hypothèse que ce mode constructif participe à calibrer la réduction des
surfaces, en prenant l?exemple du 3 Pièces. ll faut 9 m en façade pour éclairer 2
chambres, soit 2.80m plus 2.50m et un séjour de 3.60 m. Multipliés par les 6.80 m
disponibles en profondeur, on obtient un 3 P de 61 m².
En resserrant la largeur des pièces en façade : 2 chambres soit 2.80 et 2.30 et un
séjour de 3.20m on obtient le 3 P compact de 58 m2.
- Le report des surfaces communes sur les parties privées :
Dans un grand logement monorienté, on génère une surface de circulations, qui peut
aller jusqu?à 20% de la surface du logement. Dans la distribution « classique » de 2 à
3 logements par palier, l?entrée distributive ne dépasse jamais 10%.
On réduit donc les surfaces pour réduire le coût d?achat ou de location du logement.
Mais dans le même temps, on produit une surface moins qualitative en termes d?usage
et d?éclairement naturel.
A ce stade il faut évoquer la loi sur l?accessibilité aux handicapés qui a imposé
l?élargissement des circulations. Malheureusement cette obligation n?a pas à ce jour
généré de dispositifs favorables à une meilleure habitabilité pour tous. La loi impose
un minimum qui est respecté au minimum.
Dans la construction de programmes autres que le logement on distingue : la surface
des locaux de celle des circulations permettant de les desservir. Le calcul de la surface
habitable d?un logement rassemble pièces et circulations. Une piste pourrait être de
distinguer les surfaces de circulation de la surface des pièces de vie.
69
En conclusion, agir pour retrouver une meilleure qualité des logements passe donc
non seulement par l?augmentation des surfaces mais surtout par la prise en
considération de leur habitabilité. Si les logiques économiques structurent la
construction, il est essentiel de veiller à ce qu?elles ne dégradent pas les formes et les
qualités de nos logements.
70
Franck Boutté Consultants : « Les sept droits des environnements
habités de demain »
Mohamed BENZERZOUR, Franck BOUTTÉ
Depuis plusieurs années déjà, la conception des logements a été marquée par
les différentes réglementations thermiques successives qui, pour diminuer
drastiquement les consommations d?énergie dans les bâtiments, a privilégié une
culture nordique de la performance énergétique basée sur l?isolation thermique
maximale et l?étanchéité à l?air des bâtiments.
On a vu ainsi progressivement dans la production du logement de masse de moins en
moins de transparences pour augmenter la résistance thermique des façades et de
moins en moins de balcons et de terrasses pour éviter les surcoûts des rupteurs
thermiques. L?étanchéité à l?air, synonyme de fermeture de fenêtres et de
« calfeutrement » est devenu un indicateur de performance énergétique
incontournable des modèles de calculs réglementaires avec comme conséquence
l?élimination progressive de la possibilité de ventilation naturelle. Au bénéfice de la
compacité thermique des bâtiments, qui, il faut le dire, est aussi synonyme d?économie
du coût de construction, la généralisation des logements traversants, qui font la qualité
exceptionnelle des logements des années 70, est devenue une exception. Les
circulations horizontales et verticales dans les logements collectifs sont de moins en
moins éclairées et de plus en plus réduites à leur seule dimension utilitaire de
circulation pour augmenter cette compacité thermique...
Cette tendance à la séparation des environnements thermiques intérieurs et extérieurs
qui a conduit à séparer l?espace habité de son environnement naturel a été mise à mal
par le confinement sanitaire que nous venons de vivre tous. La ventilation naturelle a
retrouvé ses heures de gloire dans les recommandations sanitaires gouvernementales
pour renouveler efficacement l?air intérieur par de l?air extérieur plus sain. Les maisons
avec jardins ou les logements avec terrasses et balcons, même de faibles profondeurs,
sont devenus des figures du logement désirable en période de confinement sanitaire.
Les grandes ouvertures et les grandes baies vitrées ouvertes au ciel et au soleil ont
permis d?alléger le sentiment d?enfermement lorsque les logements en étaient
constitués.
Cette tendance à l?isolation, au calfeutrement ? à l?enfermement est également
remise en question par la nécessaire adaptation aux effets du changement climatique.
Le climat français, selon les scénarios du GIEC, connaîtra une augmentation globale
des températures, un adoucissement des hivers et des températures estivales plus
importantes. Les épisodes caniculaires seront aussi de plus en plus récurrents et de
plus en plus intenses. La nécessité de résilience à cette augmentation des
71
températures rendra le modèle bioclimatique méditerranéen plus adapté que les
modèles nordiques.
Face à ce double contexte de crise climatique et sanitaire et parallèlement à la
trajectoire nationale de neutralité carbone à horizon 2050, un nouveau rapport à
l?environnement doit être institué dans la conception des logements neufs et la
transformation des logements existants. Il nous faudra réaliser des bâtiments avec des
limites moins étanches, avec des enveloppes architecturales plus propices aux
échanges entre le dedans et le dehors, des enveloppes qui facilitent l?ouverture et les
prolongements des usages intérieurs vers l?extérieur et du climat extérieur vers
l?intérieur. Pour initier ce nouveau rapport à l?environnement, nous devons changer de
paradigme dans la normalisation des rapports entre le logement et l?environnement.
Le renouvellement du rapport du logement à son environnement au regard de ce
double contexte écologique et sanitaire devra garantir un droit à tout habitant de
pouvoir à sa guise, ou selon les impératifs extérieurs, s?isoler et s?ouvrir, se confiner
dedans et sortir dehors, disposer d?un volume habité capable de s?adapter à ses
besoins fluctuants, habiter une enveloppe architecturale en elle-même porteuse de
qualités et d?usages et capable d?absorber les variations climatiques ? Offrir donc à
l?habitant du logement le droit à un environnement de qualité qui concilie désirabilité
et durabilité. Ce droit à l?environnement désirable et durable pourra mobiliser des
figures simples de l?architecture bioclimatique qui participent à la réduction de
l?empreinte énergétique et carbone, à faciliter l?adaptation aux aléas climatiques tout
en rendant les logements plus confortables et plus désirables :
Cette nouvelle normalisation du rapport du logement à son environnement devra
instaurer, à minima, sept droits élémentaires pour les habitants des logements :
1. Un droit aux vues et au ciel en imposant un seuil minimal de transparence
pour les espaces habités qui garantit l?accès de la lumière naturelle et réintroduit
l?obligation de prises de jour et d?ouvrants pour les espaces de circulation des
logements collectifs comme pour les pièces humides ;
2. Un droit aux prolongements extérieurs individuels ou partagés pour tous.
Des espaces extérieurs en balcons et terrasses pour chaque logement ou en
toiture partagée qui permettent d?y aménager de réels usages en prolongement
de l?espace habité ;
3. Un droit aux logements traversants ou multi-orientés qui seuls permettent
la ventilation naturelle diurne ou nocturne indispensable au confort d?été, si l?on
ne veut pas que demain les logements se mettent aussi à généraliser la
climatisation. Des entrées et sorties d?air dédiées ou cheminées solaires ou de
ventilation naturelle assistée devraient permettre la ventilation naturelle si la
ventilation traversante n?est pas possible ;
4. Un droit à la maîtrise des consommations d?énergie, avec des instruments
de mesure et de suivi individuel des consommations d?énergie thermique et
électrique ;
72
5. Un droit d?accès aux constructions et aux pratiques habitantes
décarbonées, en offrant la possibilité à tous d?habiter un bâtiment peu émetteur
de GES et alimenté par des énergies renouvelables. Intégrer au périmètre de
la conception des logements la mise à disposition de moyens leur permettant
de réduire l?empreinte carbone des habitants comme les vélos, les vélo-
porteurs, les composteurs de déchets ? ;
6. Un droit aux paysages résilients de proximité, qui, situés à proximité
immédiate des logements, offrent sociabilité, confort et usages
complémentaires au logement. Des paysages permettant de rafraichir le
microclimat estival avant de ventiler les logements, de faciliter la gestion des
eaux pluviales en surface, de faire cohabiter biodiversité et usages des
habitants, faire rencontrer enfants, jeunes et moins jeunes, autour d?usages
désirables et identifiés pour s?asseoir, s?allonger, jouer, planter, cultiver,
travailler, se promener, etc.
7. Un droit de connexion aux services décarbonés des territoires, en offrant
la possibilité de se connecter aux transports en commun structurants, aux
services décarbonés du quartier et du territoire.
Ces sept droits à un environnement habité durable et désirable doivent également
s?appliquer, voire davantage encore, à la rénovation des bâtiments existants. Souvent
réduite à une rénovation énergétique avec la mise en oeuvre d?une seule ITE (Isolation
Thermique Extérieure), la question de la rénovation de l?espace habité est rarement
posée. Les modalités de mise en oeuvre de ces sept droits peuvent varier puisqu?il
s?agit de transformer des bâtiments existants, qui ont chacun une histoire propre et un
vécu spécifique. Il s?agit donc de partir des spécificités, qualités et faiblesses, des
logements existants, de leurs paysages de proximité et des réseaux de services et de
mobilité qui les entourent pour augmenter, améliorer, transformer leur état existant :
ouvrir davantage les fenêtres et augmenter les transparences, utiliser des matériaux
décarbonés et biosourcés, offrir des prolongements extérieurs pour tous, renaturer les
sols et planter des arbres autour, etc. sont des transformations tout aussi importantes
que la rénovation énergétique. Elles le sont davantage dans les quartiers sensibles en
manque de mixité. L?amélioration de l?attractivité de ces quartiers passe d?abord par
l?attractivité des environnements habités.
Pour instituer un nouveau rapport à l?environnement, il faut sortir d?une vision
maximaliste, basée sur des valeurs absolues, pour tendre vers une recherche du
meilleur équilibre, basé sur des valeurs relatives.
Il s?agit de mettre en oeuvre une évaluation des rapports effort/gain ou coûts/bénéfices
afin de définir la performance adéquate au-delà de laquelle l?effort supplémentaire à
fournir n?est plus justifié au regard du gain qu?il apporte.
Ainsi, il faudrait s?interdire une dépense de ressources, de matière, d?énergie qui ne
saurait être compensée dans un temps raisonnable par les bénéfices amenés pour
évoluer vers une forme d?économie créative et créatrice de possibilités.
73
C?est un changement majeur de paradigme par rapport à l?approche actuelle des
questions environnementales où l?aspiration à atteindre des objectifs absolus ? zéro
énergie, zéro consommation, zéro rejet ? finit par perdre de vue la notion essentielle
de valeur ajoutée.
Cette valeur ajoutée ne peut s?évaluer uniquement par des approches techniques
portant sur l?énergie, le carbone ou la biodiversité. Elle doit également s?appréhender
au travers des usages, des services rendus et du confort apportés aux habitants et
aux usagers.
74
Catherine Clarisse : « Cuisine, alimentation, santé »
Santé et architecture
« Prenez l?air et ouvrez les fenêtres pour aérer » recommandait le Président de
la république Emmanuel Macron le 14 octobre 2020 dans le cadre de la lutte contre le
coronavirus.
Les épisodes actuels d?épidémie soulignent la pertinence des dispositifs de
ventilation naturelle hérités de la période dite hygiéniste (fin XIXème siècle) où il
s?agissait d?éradiquer des maladies telles que tuberculose ou choléra. Dans l?histoire
de l?architecture et de la médecine il est des périodes où architectes et médecins ont
oeuvré ensemble à la conception d?habitats favorables à la santé.
Aujourd?hui la progression de l?obésité et des troubles du comportement alimentaire
correspond à des enjeux de santé publique. En lien avec nos modes de vie,
l?organisation de l?espace de la cuisine peut contribuer de diverses manières à la santé
des habitants et à l?harmonie d?un groupe familial1 (préparation et consommation des
repas, intimité, partage des tâches domestiques).
Evolution de la cuisine-lieu
Bien que son évolution ait été portée par des objectifs d?hygiène, d?efficacité,
d?équipements, on peut se demander si l?espace de la cuisine n?aurait pas été quelque
peu maltraité au cours des décennies précédentes. Pour résumer à grands traits cette
évolution, dans les plans d?habitat collectif en France on observe :
- la suppression de la table et des chaises dans les années 1920-30 : la cuisine
est conçue pour une personne seule y travaillant debout et les repas se
prennent dans une salle à manger, puis dans le séjour
- la suppression de la porte et de la fenêtre à partir de 1947 (Unité d?habitation
de Marseille de Le Corbusier) avec le dispositif de la cuisine « ouverte » sur le
séjour, rendu possible par l?arrivée de la VMC (ventilation mécanique contrôlée)
qui fait évoluer les règlements de construction2.
1 Cf programmes de recherches pluridisciplinaires en santé et architecture OSCAH (obésité sévère
comportements alimentaires habitation) et SHAMA (santé habitat alimentation médecine architecture)
menés, à partir de 2012, conjointement par des médecins du CHRU de Lille (équipe du Professeur
François Pattou, Docteures Hélène Verkindt, Marie Pigeyre, Violeta Raverdy) UMR 1190-EGID, des
architectes du LACTH à l?ENSAP Lille (responsable Catherine Clarisse, François Andrieux, Philippe
Louguet architectes) et le CNAO, collectif de personnes obèses, et ELIPSS/Sciences Po DIME/SHS
pour la recherche SHAMA. Ces recherches explorent les liens entre obésité sévère et organisation de
l?habitation.
2 En France, jusque dans l?immédiat après-guerre, les règlements de construction imposaient que
chaque pièce de l?habitation, y compris cuisine, pièces d?eau et wc soit éclairée et ventilée
75
Une fenêtre dans la cuisine pour l?éclairage et la ventilation naturelle, et afin que
les habitants aient le choix entre cuisine « ouverte » ou « fermée »
Actuellement on observe un grand nombre d?espaces indifférenciés séjour-cuisine où
l?absence de fenêtre côté cuisine ne permet pas de fermer la cuisine si les habitants
le souhaitent. Lorsque la cuisine jouxte le séjour et que chaque pièce dispose d?une
ouverture sur l?extérieur, une paroi coulissante permet d?alterner ouverture et
fermeture de la cuisine selon les besoins.
Une cuisine suffisamment grande pour y disposer une table pour les repas
quotidiens, oeuvrer à plusieurs, accueillir d?autres activités
Pour lutter contre l?obésité et les troubles du comportement alimentaire les médecins
nutritionnistes recommandent :
- d?éviter de grignoter
- de prendre ses repas assis à table, dans une assiette avec un couteau et une
fourchette, de manger lentement dans une ambiance conviviale et sereine, hors
des écrans.
La continuité cuisine séjour étant possiblement favorable au grignotage, le lieu dédié
aux repas préconisé par les médecins pourrait être tout simplement une cuisine
distincte du séjour et suffisamment grande pour y disposer une table pour les repas
quotidiens. Une table ordinaire, (70 cm de hauteur et déplaçable) permet une
convivialité intergénérationnelle (l?enfant dans une chaise haute, l?adulte assis et une
personne en fauteuil roulant ont le regard à la même hauteur).
En France, la répartition des tâches domestiques peine à s?égaliser entre les femmes
(72%) et les hommes (28%). Les enquêtes montrent que les périodes de confinement
n?ont pas amélioré ces inégalités. La possibilité d?oeuvrer à plusieurs dans la cuisine
(préparation des repas, service) favorise une meilleure répartition des activités
domestiques.
Une cuisine fermée permet également d?accueillir d?autres activités nécessitant de
s?isoler temporairement : télétravail, réunion à distance, devoirs des enfants, activités
de loisirs (bricolage, jardinage).
Santé des enfants
naturellement et dispose donc d?une fenêtre. Cf Catherine Clarisse, « Cuisine, recettes d?architecture
», Les éditions de l?Imprimeur, 2004.
76
L?habitation familiale est le lieu où les jeunes enfants passent le plus de temps. L?OMS
alerte sur les méfaits de la sédentarité et du temps passé devant les écrans et
préconise : « pour grandir en bonne santé, ne pas rester trop assis et jouer
davantage »3 . Un espace laissé libre dans l?habitation pour y installer par exemple un
tapis de yoga permettra de faire des roulades, danser, se mouvoir en toute tranquillité.
Les activités manuelles, la peinture, les expériences avec l?eau sont valorisées par les
pédagogues de la petite enfance. Une terrasse, le sol d?une salle d?eau ou d?une
cuisine, facilement nettoyables, peuvent accueillir ces activités. Prenant modèle sur
les bains japonais, Charlotte Perriand préconisait la balnéothérapie. Une baignoire
pour un enfant, c?est un moment de détente bienfaisant, calmant, une occasion de
jouer importante pour ses apprentissages cognitifs et psychomoteurs? L?architecte
Catherine Furet considère qu?une baignoire dans une habitation, c?est « non
négociable » car on peut prendre une douche dans une baignoire, tandis que l?inverse
n?est pas possible4.
Fenêtres et ventilation naturelle, claustras, terrasses et balcons
Outre les épisodes d?épidémies et de canicules, les bénéfices de dispositifs de
ventilations naturelles dans des logements de type « traversant » sont multiples :
économies d?énergie et d?équipements coûteux en entretien, facilités d?utilisation. Une
loggia ou un balcon muni d?un claustra pour faire sécher le linge naturellement permet
d?économiser l?installation d?un sèche-linge et d?éviter l?humidité à l?intérieur de
l?habitat.
Ces mesures de bon sens peuvent nous aider à penser l?habitat de demain au regard
des enjeux actuels concernant la santé et l?écologie.
Catherine Clarisse
Architecte-enseignante ENSAPM, chercheuse au LACTH, ENSAPL
3 Organisation Mondiale de la Santé, communiqué de presse du 24 avril 2019.
4 Catherine Clarisse, « Des liens sains pour un corps sain », Archiscopie n°14, avril 2018.
77
Gilbert Emont : « Qualité, attractivité, marché : quel mécanisme de
formation du prix du logement ? »
La formation des prix immobiliers est souvent l?objet de controverses et
d?inexactitudes diffusées largement à travers des écrits peu documentés. L?envolée
des prix en est le thème majeur, idée uniformisatrice au plan national : « les prix
immobiliers ont augmenté en France de? » est une phrase maintes fois lue et qui
cache des disparités conséquentes notamment entre agglomération parisienne,
métropoles régionales, villes moyennes dynamiques ou en crise, bourgs d?appui à un
monde rural encore très actif ou déclinant.
Mais ces disparités recouvrent-elles ou peuvent-elles recouvrir une différence de
qualité du parc de logement ?
Certes, le bon sens au quotidien nous apprend que les prix varient selon des
paramètres échappant à la stricte localisation du bien : à quel étage se situe-t-il ? Quel
est son ensoleillement ? Son vis-à-vis ? Son exposition aux bruits ? ? Mais la variation
reste raisonnable et l?ensemble des situations possibles n?influe guère sur les valeurs
moyennes de marché (il n?y a pas que des rez-de-chaussée ou des expositions nord
dans un même quartier !)
On notera par ailleurs que ces paramètres de variation sont avant tout liés à l?espace
extérieur du logement mais peu à la qualité intrinsèque de l?habitacle proprement dit.
Plus généralement, au-delà de la microéconomie qui traduit la rencontre d?un
demandeur particulier et d?un logement spécifique, la formation des prix du marché
s?avère pourtant très disparate et dans des proportions tout autres.
L?IEIF mesure et étudie depuis une vingtaine d?années la formation de ces prix au sein
des aires urbaines de plus de 100000 habitants du territoire national. L?évolution
moyenne sur cet échantillon et cette période est d?environ 70% pour le neuf (cohérent
avec une augmentation du coût de construction sur l?ensemble du territoire de 60%)
L?évolution des valeurs sur l?ensemble du parc est, dans le même temps et pour le
même échantillon, de 110%, traduisant un effet de structure global (retrait ou
rénovation du parc obsolète, apport des constructions nouvelles)
Mais ce qui apparaît le plus important c?est qu?autour de ces moyennes, l?IEIF a mis à
jour une typologie, à la fois robuste et stable sur le moyen/ long terme, qui repose sur
les fondamentaux socio-économiques des agglomérations en question.
L?agglomération parisienne, en tout premier lieu, avec une augmentation de 220% de
sa valeur de marché, tandis que la famille dite des « déclinantes » n?enregistre qu?une
78
augmentation de 40% (soit moins que l?indice du coût de construction et guère plus
que l?inflation)
Sans rentrer dans le détail de l?étude, on notera que la famille dite des « régionales «
n?enregistre qu?une augmentation de 78%, celle des « solaires » (à forte attractivité
pour les retraités) 105% et les « leaders » (essentiellement les métropoles de province)
près de 160% !
Ce sont donc bien des facteurs d?attractivité très différenciés qui s?expriment dans de
tels écarts, bien au-delà de l?impact que pourrait avoir une qualité intrinsèque de
l?habitat, voire même de l?indice du coût de la construction comme « proxi » de la
qualité du logement, se différenciant d?ailleurs très peu selon les territoires.
La forte disparité de formation des valeurs selon l?attractivité des marchés, prend des
proportions autrement conséquentes et conditionne l?établissement des valeurs
foncières (et non le contraire). La « rente « foncière résultante étant supposée
compenser le coût important de l?urbanisation dans les zones en fort développement
du fait de leur plus grande attractivité (Infrastructures, équipements, sécurité, social
?et qualité du logement !). Encore faut-il être en mesure de la capter pour l?intérêt
général?
En conclusion, les prix de l?immobilier résidentiel, même s?ils sont très sensibles à des
facteurs de microlocalisation, sont l?effet de mécanismes de formation bien plus
puissants.
Ceux-ci traduisent la position des agglomérations et de leur marché dans le grand
mouvement de structuration de notre Société très massivement urbaine et en
déploiement fortement asymétrique selon la vigueur des moteurs socio-économiques
qui les animent. La qualité de l?habitat doit trouver dans la rente foncière créée les
moyens de son financement au titre de l?intérêt général et non comme une contrainte
qui pèserait sur les prix et donc la solvabilité des citoyens. »
Gilbert Emont
Directeur de recherche
Institut de l?épargne immobilière et financière
79
David Mangin : « Pour des rues mieux habitées »
Les rez-de-ville de rues résidentielles sont les angles morts du projet urbain ; et
pourtant ils sont un gisement de logements confortables et d?espaces publics et privés
conviviaux.
Expliquons-nous. Chacun peut constater, en visitant ou en traversant des ZAC et des
(éco)quartiers conçus et construits ces dernières décennies, la tristesse de rues
mortes-nées : portes de garages, dispositifs sécuritaires, carreaux de plâtre attendant
le client, volets fermés... -sans parler des vacances commerciales dans les villes
moyennes-. La raison, nous semble-t-il, provient d?une inadéquation très forte entre
l?offre et la demande commerciale alors que, dans l?imaginaire collectif, les rues, les
voies ordinaires doivent être très majoritairement conçues comme des rues animées
et commerçantes. La rue fantasmée est une rue médiévale. Or la demande
commerciale en rez-de-chaussée d?immeubles est aujourd?hui, avec le développement
continu des grandes surfaces et du commerce électronique, très largement
insuffisante pour occuper les pieds d?immeubles de densité moyenne.
Il faut donc penser l?imbrication des nouveaux quartiers, leur connexion avec les plus
anciens et la réparation de ces derniers à partir de rues résidentielles où on puisse
habiter au niveau des rez-de-chaussée. Les rues commerçantes doivent être
réservées pour les itinéraires les plus fréquentés capables d?irriguer des voies avec
des destinations fortes (gares, équipements, écoles, parcs...).
Penser les rues résidentielles c?est concevoir des logements accessibles depuis les
rues, ruelles, allées, protégés des vues des passants et des effractions par un recul
d?environ 5 mètres dans lequel jardins, ??pièces supplémentaires??, espace pour le
bricolage, vélos voire garages peuvent s?installer. C?est ce qu?on pratique dans le
pavillonnaire dense de bien des faubourgs et banlieues. Ces logements peuvent se
déployer sur plusieurs niveaux (duplex, souplex) pour façonner de vraies maisons et,
au- dessus, des immeubles accessibles par des halls peuvent évidemment se
superposer.
Ce dispositif de rues résidentielles ordinaires doit accompagner :
- la transformation et la conception des voies futures ou existantes en ??voies
vertes?? dans les centres où la voiture devient très occasionnelle et, les 2 roues
et la marche, les modes de déplacement majoritaires.
- une pensée nouvelle sur les rez-de-ville qui élargit à l?ensemble des sols
renaturés -publics, privés, communs- la question des usages et dépasse celle
des rez-de-chaussée sous bâtiments ; car, outre les logements en rez-de-ville
sur les voies ordinaires, c?est aussi dans les profondeurs de la ville -cours,
courées, cour-jardins...- que l?on peut rendre la ville plus habitable et habitée.
80
Par ailleurs, on peut trouver, à ce niveau du rez-de-ville, des services (co-working,
loisirs...) qui permettraient -de fait- d?augmenter le nombre et la surface des logements
et la sociabilité entre voisins.
En résumé, il faut donc penser ensemble les sols et les bâtiments. La question de la
surface et du nombre de logements est essentiellement une question urbaine.
David Mangin
Architecte
81
IDHEAL : « Nos logements, des lieux à ménager »
Une étude d?IDHEAL sur 20 ans de construction en Ile de France
La qualité, une donnée qui s?objective
Qu?est-ce qu?un bon logement ? Peut-on définir le confort d?habiter autrement que par
un ressenti subjectif ? L?étude menée par IDHEAL, l?Institut des Hautes Études pour
l?Action dans le Logement répond à ces deux questions en montrant que le bien-être
à l?intérieur d?un appartement dépend aussi de critères quantitatifs. Il est possible de
les évaluer avec autant de justesse que les données souvent retenues pour
caractériser un logement : sa taille, son coût de construction et son prix au m2.
Combien de fenêtres ? L?appartement est-il assez lumineux ? La cuisine suffisamment
spacieuse ? La chambre peut-elle accueillir un lit et un bureau ? Y a-t-il assez de
rangements ? Un balcon ? Pour répondre à ces questions, 1700 plans de vente de
logements collectifs franciliens collectés auprès de promoteurs, bailleurs sociaux et
architectes ont été passés au crible d?un référentiel de qualité à 200 entrées. Cette
recherche avait pour objectif de tester la solidité des indicateurs en les appliquant à
des opérations diverses, construites au cours de deux décennies, dans des secteurs
aménagés ou diffus, denses ou plus étalés.
Les questions renseignées pour chaque programme portent sur l?extérieur des
immeubles, la taille des parcelles, le gabarit des bâtiments et leur localisation. Les
plans d?étages permettent de comprendre la répartition des logements par niveau et
les raisons pour lesquelles certains appartements disposent de plusieurs orientations,
d?autres pas. Une « barre épaisse » laisse présager un couloir central qui dessert des
appartements orientés d?un seul côté, là où un immeuble de moins de 13 mètres
d?épaisseur favorise les logements traversants, éclairés et ventilés. Les parties
communes, généreuses ou étroites, dotées de fenêtres ou aveugles, la présence
d?espaces partagés ou de locaux de rangements pour les vélos ou les poussettes
déterminent le niveau de confort au moment de rentrer chez soi.
L?intérieur des logements se prête au même type de mesures, réalisables sur les plans
: la taille des pièces, leur position dans l?appartement, leur longueur et largeur, leur
disposition et celle des portes et fenêtres, la taille des ouvertures, l?épaisseur des
cloisons, la présence ou pas de placard, les conflits de porte? En revanche la hauteur
sous plafond qui détermine le volume d?une pièce et celle des allèges qui permet de
déduire la taille réelle des ouvertures n?est pas toujours renseigné.
82
Ce niveau de détail est nécessaire. Il permet de compter les fenêtres et d?identifier
quelles pièces elles éclairent, le nombre de m2 qui ne servent qu?au passage, ceux
qui servent au stockage? deux indicateurs inédits : la surface d?usage et le
périmètre meublable, témoignent de la faculté offerte aux habitants de meubler leurs
logements comme bon leur semble ou de les transformer pour les adapter à leurs
modes de vie. Par exemple :
? le type d?aménagement est limité par la taille des chambres -et surtout leur
largeur- qui impose parfois une position unique pour le lit et empêche
l?installation d?un bureau.
? lorsqu'un séjour sert d?entrée et distribue toutes les pièces de nuit, il devient un
lieu de passage dans lequel la circulation prend le pas sur les autres utilisations
possibles.
? Lorsque dans une pièce, tous les murs sont occupés par un élément
inamovible, un radiateur, une porte, une fenêtre, il devient difficile d?y adosser
un meuble qui prend du même coup plus de place dans le centre de la pièce.
? si la cuisine ouverte sur le salon ne dispose pas d?une fenêtre, elle ne pourra
jamais devenir une pièce à part entière.
Ces « détails » n?en sont pas. Ils forment le cadre de la vie quotidienne de milliers de
ménages installés pour plusieurs années dans leur logement.
L?étude de l?échantillon d?immeubles francilien montre que les conditions d?habitat ne
se sont pas améliorées. Elle confirme d?autres recherches menées notamment celle
de l?organisme de certification Qualitel5 publiée en juin 2021.
? En 20 ans, les logements franciliens étudiés ont perdu 3,4 m2 dans les Yvelines
et jusqu?à 14,8 m2 dans l?Essonne. Dans toute la région, les surfaces des
appartements ont rétréci depuis 2011. La baisse est d?autant plus marquée
dans l?est de la Grande Couronne.
? La moitié des logements étudiés ne disposent plus que d?une exposition, dont
36% des T3.
? 80% des cuisines sont ouvertes dans les logements construits depuis 2012 et
les deux tiers ne disposent d?aucune fenêtre et ne peuvent donc pas être re-
cloisonnables.
? La surface moyenne des chambres de l?échantillon est de 10,48 m2. Il est
difficile d?y faire tenir un bureau, un lit et une armoire. 30% des chambres ne
peuvent pas accueillir correctement un lit double.
? La surface moyenne des placards intégrés est inférieure à 1m2 dans les
studios, 2,48 m2 dans les T5 et 1,35 m2 en moyenne. 20% des logements
étudiés n?en ont tout simplement aucun.
5 https://www.qualitel.org/uploads/Qualitel_Etat-des-lieux-du-logement.pdf
83
? 61,9% des balcons recensés ont une profondeur inférieure à 1,50 m, ce qui
permet difficilement d?y installer une table ou un support assez grand pour y
faire sécher du linge.
? Les salles de bain ont gagné 1m2 depuis 2013, du fait de l?application de la loi
PMR qui doit permettre à un fauteuil roulant de faire demi-tour dans cette pièce.
Mais du coup, cet espace supplémentaire manque ailleurs.
? Tendance positive, 80% des plans étudiés présentent un espace extérieur,
mais leur taille baisse.
Un faisceau de causes permet d?expliquer la baisse de qualité décrite dans cette
enquête, à commencer par ceux fréquemment évoqués : hausse des coûts des
terrains, recours retardant les chantiers, flambée des prix des matériaux, normes?
Autant de critères qui font augmenter le prix du mètre carré et diminuer la taille ou la
qualité de conception des appartements, compte tenu du budget limité des ménages.
Toutefois, les politiques publiques ne sont pas étrangères à cette évolution. Les
dispositifs fiscaux qui encouragent la production de petits appartements locatifs
standardisés (T1, T2 ou T3 dont le prix est inférieur à 300.000 euros, le plafond «
optimisé » ) sont aussi en cause. De même, l?aide à la solvabilisation des ménages
notamment par le prêt à taux zéro (PTZ), a encouragé la création de T3 dits «
compacts ». Enfin les fléchages des politiques chiffrées, « il faut construire 70.000
logements en Ile de France », vont également dans ce sens.
Faut-il abandonner la variable qualité au profit de ces données facilement mesurables,
classées et bien hiérarchisées dans le bilan d?une opération immobilière ? Ce serait
se condamner à accepter qu'un produit de moins en moins adapté à son usage se
vende de plus en plus cher. Peut-on, au contraire, réfléchir à des moyens incitatifs ou
coercitifs de faire porter plus d?attention aux aspects étudiés dans cette étude ? Le
référentiel permet de mesurer et de compter, d?objectiver des données. Comment le
mettre en oeuvre dans un contexte d?économie contrainte et d?habitudes bien ancrées
?
? L?étude propose plusieurs pistes, leviers fiscaux et/ou réglementaires
d?amélioration. Comme le conditionnement des aides publiques au respect de
certains critères de qualité qui restent à définir, le renforcement du socle
juridique des chartes promoteurs, l?imposition par la loi de surfaces plus
ambitieuses, par pièce ou par typologie.
? L?étiquetage « qualité » selon un barème (à nouveau à définir) applicable au
parc résidentiel neuf comme aux logements anciens qui constituent la quasi-
totalité du stock, pourrait être efficace sur le long terme. D?abord stigmatisant
pour les très mauvais logements, ce « label » pourrait pousser à les transformer,
comme les étiquettes de performance énergétique encouragent à faire
disparaître les passoires thermiques.
84
? Toutes les surfaces ne se valant pas, faut-il payer le même prix pour un m2 de
séjour bien éclairé et un m2 de couloir aveugle ? Ou bien pondérer l?espace en
fonction de critères de qualité (à nouveau à définir).
? IDHEAL propose aussi de réaliser un guide à destination du public des
acquéreurs qui signent des « ventes en l?état futur d?achèvement » (VEFA). Il
vise à rendre plus facile la lecture des plans, l?appréhension des volumes et des
usages possibles d?un logement, et de ses abords à partir d?un document qui
donne parfois de faux espoirs.
85
Dessins : Schémas + Plans
L?ensemble formé par
l?entrée, le séjour et la
cuisine a tendance à
disparaître au profit
d?une pièce capable
d?accueillir toutes les
fonctions, au sein d?une
surface nettement plus
réduite.
La cuisine est quant à
elle reléguée au fond
du séjour et sans accès
direct à un éclairage
naturel.
La chambre de 9 m²
représente le minimum
acceptable, mais elle
est loin de pouvoir
prétendre être une
pièce à vivre.
En retranchant la
surface du placard, on
dispose au final d?une
surface utile d?un peu
plus de 7 m².
L?évolution vers des
logements plus
compacts a des effets
sur l?organisation des
pièces les unes par
rapport aux autres, leur
surface, leur
ordonnancement, etc.
65 m²
30 m²
23 m²
57 m²
Les bâtiments
s?épaississent et les
paliers se transforment
en couloirs desservant
de nombreux
appartements par
niveaux.
Les appartements à
une seule orientation
deviennent de plus en
plus courants.
La chambre de 9 m²
9 m²
7.5 m²
hors
placard
De l?entrée - séjour - cuisine à la pièce unique
De l?appartement traversant au mono-orienté
Du palier au couloir
15
m
12
m 1 2 3 4
1 2 3 4
98765
87
Remerciements
Nous tenons à remercier :
Jacques Lucan, qui a participé activement à l?élaboration du rapport à l?appui
notamment de ses recherches en lien avec son ouvrage récemment paru « Habiter,
ville et architecture ».
Odile Seyler pour son suivi et ses apports constants.
Comité de pilotage de la mission
Les membres du comité de pilotage, mis en place aux premiers temps de la mission,
qui ont enrichi la réflexion et suivi l?évolution du rapport au cours de réunions
approfondies aux différents stades de son élaboration :
Jean-Fréderic Bailly
Directeur études et recherche Qualitel
Bertrand Delcambre
Président de Qualitel
Pierre Frick
Adjoint au directeur de la maîtrise d?ouvrage et des politiques patrimoniales de
l?Union Sociale pour l?Habitat
Pierre Jarlier
Président d?honneur des Petites Villes de France (APVF), Maire honoraire de Saint-
Flour
Christine Leconte
Présidente du Conseil national de l?Ordre des architectes
Christian Terrassoux
Président délégué de la FPI France
Alexis Rouque
Délégué général de la FPI France
Cecile Semery
Architecte, responsable du département architecture et maîtrise d?ouvrage de l?Union
Sociale pour l?Habitat
88
Les différents interlocuteurs de la riche série d?entretiens qui a été menée avec des
acteurs représentatifs des divers secteurs de la construction et du logement, qui ont
fait part de leurs éclairantes remarques, impressions et analyses.
Dominique Alba, Architecte, Directrice Générale de l?APUR
David Albrecht, Économiste, professeur à l?ENSA Belleville
Marie-Hélène Badia, Associée fondatrice Badia-Berger Architectes
Benoist Apparu, Président du directoire d?IN?LI
Patrick Artus, Directeur de la rehcerche et des études de Natixis, Professeur
d?économie à l?École d?économie de Paris
Pierre-Emmanuel Becherand, Responsable architecture à la Société du Grand
Paris
Arnaud Bekaert, Directeur Général Urbanera Bouygues Immo
Alain Bertand, Directeur Général adjoint de la SAMOA
Sarah Bélier, Directrice Générale de l?EPA Nice Ecovallée
Benjamin Berthon, Responsable du Service habitat et logement de l?EPT Plaine
Commune
Thierry Bièvre, Président fondateur Elithis Groupe
Bernard Blanc, Adjoint au maire de Bordeaux chargé de l?urbanisme
Franck Boutté, Directeur fondateur Franck Boutté Consultants
Stéphanie Bru, Associée fondatrice Bruther Architectes
Raphael Catonnet, Directeur Général d?Oppidea - Toulouse Métropole
Emmanuel Combarel, Associé fondateur ECDM architectes
Séverinne Chapus, Directrice Générale déléguée promotion BNP Paribas Real
Estate
Jean-Luc Charles, Directeur Général de la SAMOA
Kees Christiansen, Associé Fondateur KCAP Architecture
Catherine Clarisse, Architecte, enseignante ENSAPM, chercheuse au LACTH,
ENSAPL
Pierre-Jean Clerval, Directeur Général Zendher
Paul Colombani, Directeur général adjoint EPA Euroméditerranée
Serge Contat, Directeur Général Emmaüs Habitat
Alexandre Coulondre, Consultant indépendant, Chercheur associé au LATTS -
Ecole des Ponts Paristech
Laurent Davezies, Expert indépendant, professeur au CNAM
Antoine Delaire, Associé fondateur DMG architectes
Sophie Delhay, Fondatrice Sophie Delhay Architecte
Sophie Denissof, Architecte, Castro-Denissof Associés
Bastien Dolla, Directeur Général Habx
Ambra Dina, Studio Macola Architecture
Jean-Claude Driant, Professeur à l?École d?urbanisme de Paris
Emmanuelle Durandau, Secrétaire permanente adjointe au PUCA
Susanne Eliasson, Associée fondatrice GRAU Architecte
Gilbert Émont, Directeur de l?institut Palladio, chercheur Institut de l?épargne
immobilière et financière
Ece Ekinel, Architecte-urbaniste ICF Habitat
Laurent Escobar, Directeur Général adjoint Adéquation
Emmanuel Galloy, Président Artenova
Marie Garcia, Chargée de mission Plan Bâtiment durable
Philippe Gazeau, Architecte Urbaniste
Xavier Gonzalez, Architecte, Brenac & Gonzalez & Associés
Jérôme Goze, Directeur Général La Fabrique de Bordeaux métropole
Céline Grava, Directrice de mission ? Responsable habitat Sémaphore
Cécilia Gross, Directrice VenhoevenCS Architecture
Jean-Luc Guéry, Président de l?INOHA
Nordine Kireche, Professeur, Directeur de la chaire « Villes, logement et
immobilier » à l?IEP de Paris
Frédéric Lafage, Président de la Fédération Cinov
Thierry Laget, Directeur Adjoint CDC Habitat Partenaires
Thierry Lajoie, Directeur Général stratégie et finances Quartus
Corinne Langlois, Sous-directrice de l'architecture, de la qualité de la construction
et du cadre de vie à la direction générale des patrimoines du ministère de la culture
Eric Lapierre, Architecte
Emmanuel Launiau, Président Quartus
Mathieu Laurent, Responsable des référentiels de certification Cerqual Qualitel
Pierre-René Lemas, Président du groupe de travail sur la qualité des logements
sociaux
Jacques Lévy, Géographe, Professeur honoraire à l?EPFL
Giorgio Macola, Associé fondateur Studio Macola Architecture
David Mangin, Associé fondateur Seura Architectes
Stéphanie Maricanovic, Architecte Atland Promotion
Lise Mesliand, Directeur Général projets urbains Linkcity
Denis Métayer, Chargé de projet à la direction de l?habitat EPT Plaine Commune
Nicolas Michelin, Associé fondateur ANMA Architectes Urbanistes
Eymeric de Montauzon, Président fondateur EPCC
Umberto Napolitano, Associé fondateur LAN Architecture
Alexandre Neagu, Architecte, chercheur à l'IDHEAL
Jean-Marc Offner, Directeur Général de l?agence d'urbanisme de Bordeaux
métropole Aquitaine
Pierre Paulot, Directeur de la maîtrise d'ouvrage I3F
Hélène Peskine, Secrétaire permanente du PUCA
Philippe Pelletier, Président du Plan Bâtiment Durable
Jean-Philippe Pichevin, Expert montage opérationnel et financier, fondateur Ville en
oeuvre
Christian de Portzamparc, Architecte
Michèle Raunet, Notaire associée chez Cheuvreux Notaires
89
Nicolas Rodriguez, Directeur opérationnel Nexity Italie
Helen Romano, Directeur Général Immobilier Nexity
Nadine Roudil, Sociologue ENSA Val de Seine
Patrick Rubin, Architecte
Catherine Sabbah, Déléguée Générale de l?Institut des hautes études pour l?action
dans le logement (IDHEAL)
Hervé de Saint Laumer, Président HSL Diffusion
Pierre Sorel, Président HIBANA promotion immobilière
Laurant Souici, Cerqual, Qualitel
Samuel Tajtelbom, Directeur immobilier ICF Habtat
Guy Tapie, Sociologue ENSA Bordeaux
Alexandre Theriot (Bruther Architectes
Pierre-Alain Trévelo, Associé fondateur TVK Architectes
Anne Vauvray, Chargée de mission OFS à l?EPT Plaine Commune
Tom Venhoeven, Associé fondateur VenhoevenCS Architecture
Jean-Cristophe Visier, Directeur prospective Centre scientifique et technique du
bâtiment
Olivier Wignolle, Directeur Général Icade
Philippe Zivkovic, Président WO2
Les membres de l?agence Leclercq Associés qui ont participé à l?élaboration du
référentiel :
Mohamed Belhouari
Julien Beneyt
Hugo Bonet-Salvet
Honoré Guillin
Jason Maison-Marcheux
90
(ATTENTION: OPTION ents extérieurs semble possible dans de
nombreuses situations, il faut avant tout considérer leur qualité d?accueil, leur
possibilité d?ameublement, et leur relation évidente avec les pièces intérieures.
La réalisation de prolongements extérieurs doit être prise en compte dans une analyse
environnementale et thermique globale, notamment en ce qui concerne leur rôle
possible dans la protection des apports solaire. De telles recommandations ne peuvent
se faire qu?à un niveau local.
Mutabilité
Il semble important de proposer des systèmes constructifs et des dispositifs
techniques qui permettent une mutabilité des logements et des possibilités de
transformation aisée selon les évolutions des usages et de la composition
des ménages occupants.
La réduction des surfaces a mené à l?intégration de la cuisine au séjour, séjour et
cuisine formant ainsi une pièce unique, ce qui a pour conséquence une réduction de
la surface des façades. Ceci affecte de façon importante les possibilités
de mutabilité des logements, la cuisine ne possédant plus de fenêtre qui lui soit propre.
La cuisine devrait de préférence pouvoir se décliner selon les volontés individuelles
d'ouverture sur le séjour ou d?indépendance, notamment pour des typologies à partir
du T3.
D?autres avancées peuvent être proposées, en privilégiant des principes constructifs
qui permettent aisément de réunir ou de subdiviser des pièces, voire des logements,
pour s?adapter à l?évolution des besoins dans le temps. Au-delà d?une anticipation
technique, cette possibilité de mutabilité peut nécessiter une anticipation juridique si
l?immeuble n?est pas détenu par un propriétaire unique.
Ces possibilités dépendent d?un travail spécifique entre le constructeur, le concepteur
et la collectivité ou l?aménageur
50
51
Tableau récapitulatif de différents critères de qualité selon les échelles et
le degré de mise en oeuvre
52
VI Mise en oeuvre
Leviers
Au-delà de la définition d?un référentiel de qualité d?usage, il est fondamental de se
préoccuper de son utilisation. En annexe sont passés en revue les différents leviers
qui ont été envisagés pour mettre en application les éléments de référentiels proposés,
avec leurs avantages et inconvénients. La présente partie donne, en synthèse, les
pistes qui nous apparaissent les plus pertinentes.
Le référentiel proposé distingue un critère essentiel, celui d?une surface minimale par
typologie de logement, gage d?un meilleur confort et de plus de mutabilité, et
d?autres critères qui constituent des recommandations?: des surfaces minimales par
chambre et pour l?ensemble «?salon + cuisine?», une hauteur sous plafond plus
importante, un critère d?accès à un espace extérieur, un critère d?orientation, une
recommandation sur la surface de rangement.
Il ne nous paraît pas pertinent d?agir sur les textes réglementaires «?de
base?» que constituent le décret «?décence?» et l?article R111-2 du CCH. Ces textes,
qui fixent des caractéristiques minimales pour un logement, ont une fonction
de «?voiture balai?»?: leur objectif n?est pas de tirer vers le haut la qualité des logements
standards, mais d?éviter que les plus mauvais logements restent ou soient mis sur le
marché.
Le levier national le plus solide pour influer sur les caractéristiques des logements
collectifs neufs est, selon nous, le dispositif d?investissement locatif Pinel. Celui-ci se
prête à une conditionnalité de l?aide?: nous proposons donc de l?utiliser pour
inciter à produire des logements de meilleure qualité.
L?acquéreur en Pinel, concentrant son intérêt sur l?investissement financier, ne se
montre en effet pas toujours très regardant sur la qualité d?usage. Le signal serait
visible et fort, il aurait probablement un effet au-delà du seul dispositif fiscal.
La date d?entrée en vigueur doit être fixée de façon à ne pas de bloquer des opérations
en cours. La conditionnalité doit pouvoir être intégrée en amont des opérations. Ainsi,
une première étape pourrait consister à utiliser un critère lié à la qualité d?usage dans
le cadre du dispositif voté en loi de finances pour 2021 permettant à partir de 2022 le
maintien (et non la baisse) des taux actuels de réduction d?impôt en contrepartie du
respect de certaines conditions. A échéance plus lointaine, une pérennisation du
dispositif Pinel (actuellement prévu pour s?éteindre en 2024) pourrait être assortie
d?une conditionnalité pleine à un tel critère.
53
S?agissant d?un dispositif fiscal, la conditionnalité doit être simple et
vérifiable très facilement, pour ne générer aucun alourdissement administratif ni
aucune difficulté d?appréciation par l?administration fiscale?: il faut donc éviter
des critères appréciatifs ou dépendant des caractéristiques de la
parcelle, éviter également des critères qui ne se rapporteraient pas au logement
concerné (comme des critères qui induiraient une vérification à l?échelle de
l?immeuble). C?est pourquoi il est proposé de s?en tenir à un critère de surface du
logement par typologie?: ce critère a un impact important sur la qualité d?usage, et les
informations pour vérifier son atteinte sont présentes dans les bases fiscales.
Les surfaces par typologie proposées dans le référentiel sont donc conçues comme
des minima pour pouvoir à terme bénéficier du dispositif Pinel.
Les autres critères du référentiel n?auraient pas d?incidence sur l?incitation fiscale.
Nous recommandons leur utilisation, en plus de la surface par typologie, dans
d?autres démarches?:
- une politique locale de qualité des logements se traduisant par
des «?chartes?» mises en place par les collectivités (préférentiellement les
intercommunalités) ou les aménageurs. Ce type de démarche volontairement « non-
réglementaire » permet la plus grande intelligence d?application lorsqu?elle intervient
en accompagnement d?une politique de production de logement : outre qu?il est
possible d?y prendre en compte des spécificités locales, une telle charte est un outil de
dialogue et de négociation entre autorité publique et maîtres d?ouvrage des opérations
immobilières. Elle tire la qualité vers le haut et contribue à réguler le marché sans pour
autant menacer la production. Il semble important en revanche d?éviter l?emploi d?une
charte à des fins de blocage malthusien. De ce point de vue, les travaux de la
« commission Rebsamen » pour la relance de la production de logement paraissent
porteurs de pistes très intéressantes. En proposant de privilégier la voie contractuelle
entre Etat et collectivités, et en recherchant les possibilités d?incitation des collectivités
à produire là où c?est nécessaire, ces travaux posent un cadre dans lequel pourrait
parfaitement s?insérer le « bon usage local » d?une charte de qualité des logements.
- la mise en place d?un recueil d?information et d?une animation transversale sur les
démarches locales en faveur de la qualité des logements nous semblerait par ailleurs
une initiative particulièrement utile : à ce titre, sont présentés ci-après en annexe les
contours d?une initiative en ce sens ;
- une politique d?acquisition de logements par des investisseurs institutionnels, qui
pourraient décider d?utiliser le référentiel pour au moins une part de leurs acquisitions?;
- l?intégration des critères du référentiel dans des outils de mesure et de
reconnaissance de la qualité d?usage, telles que les labels ;
- l?intégration dans des outils de sensibilisation plus large des acquéreurs et occupants
potentiels afin de permettre un « empowerment » de ceux auxquels les logements sont
54
destinés : à ce sujet, Qualitel a d?ores et déjà pris l?initiative de déclencher une étude
de faisabilité pour un outil de sensibilisation « grand public ».
Enfin, nous soulignons particulièrement le critère de hauteur sous plafond plus
importante?: celle-ci présente de nombreux avantages (amélioration de la ventilation,
de la qualité de l?air intérieur, facilitation de l?usage de lits
superposés ou de mezzanines) et il serait bienvenu qu?elle devienne un standard.
Le critère ne peut néanmoins être imposé qu?à condition de s?assurer de ne pas
perdre en constructibilité du fait de hauteurs maximales fixées au PLU.
Proposition pour la mise en place d?un réseau de la qualité du
logement
La mobilisation autour de la qualité du logement, en particulier dans le cadre d?actions
locales, doit pouvoir s?appuyer sur une objectivation et des outils.
A ce titre la mise en place d?un réseau de la qualité d?usage du logement apparaîtrait
particulièrement pertinente. Il aurait pour objet de :
Rassembler des éléments de connaissance et de comparaison y compris avec
l?étranger, en s?appuyant sur les outils de connaissance existants et en proposant le
cas échéant des compléments ;
Identifier les initiatives locales, les documenter et partager : recueillir et partager les
« chartes locales » existantes, les retours d?expérience sur leur mise en oeuvre et les
effets des initiatives, identifier les bonnes pratiques mais aussi celles qui font difficulté ;
Pouvoir apporter un appui, un conseil, de la mise en relation, aux acteurs locaux
intéressés souhaitait initier ou améliorer leur démarche locale.
Une telle initiative devrait rassembler une large gamme d?acteurs : associations de
collectivités, d?opérateurs aménageurs, professionnels de l?immobilier, pouvoirs
publics. L?implication d?acteurs tels que Qualitel ou le Cerema s?avèrerait pertinente.
Nous recommandons d?approfondir rapidement cette piste en étudiant les conditions
de mise en place d?une telle initiative : identification de son portage potentiel,
évaluation de son coût et des possibilités de financement.
Incidences économiques et leviers relatifs aux montages financiers
55
Quelles incidences économiques de la qualité d?usage ?
Le montage des opérations résidentielles repose essentiellement sur un « triptyque »
: le coût du foncier, le coût de la construction, le prix de vente, tout en permettant au
maître d?ouvrage de réaliser une marge.
Ces différents termes sont en relation par un jeu de « vases communicants ». Ceci
confère une certaine faculté d?adaptation aux montages, et explique qu?une contrainte
plus importante sur un ou plusieurs termes de l?équation n?aboutit pas nécessairement
à une impossibilité de faire.
Un exemple type consiste, à l?occasion d?une cession foncière en opération
d?aménagement, en la fixation d?objectifs qualitatifs (renchérissant le coût de
construction), sans élévation du prix de vente des logements pour les acquéreurs,
mais compensée par un niveau de charge foncière établi de manière à permettre
l?opération, ce niveau de charge foncière entrant lui-même dans l?équilibre
économique de l?opération d?aménagement.
Il est bien entendu qu?il existe des limites : un ensemble de contraintes, qui peuvent
être normatives, « para-normatives » (de type charte locale), résulter des conditions
locales de marché, d?une tension plus ou moins forte sur les coûts de construction, ou
encore du mode d?acquisition du foncier (la production en diffus étant bien plus difficile
à maîtriser qu?en opération d?aménagement), peut aboutir à un blocage et à une
impossibilité de réaliser une opération.
Ceci ne peut réellement être apprécié que dans le cadre d?un dialogue local et
contextualisé.
Agir sur les termes du montage financier des opérations peut constituer un levier en
faveur de la qualité d?usage des logements, en permettant d?intégrer une amélioration
de celle-ci dans l?équation sans aboutir à une impossibilité.
Ce type d?action est lié étroitement à l?analyse des incidences économiques que peut
entraîner la mise en oeuvre des critères proposés dans le référentiel de qualité.
Un surcroît de qualité des logements risque naturellement de se traduire par une
perturbation de l?équation économique en tirant vers le haut le coût et le prix du
logement. Il convient toutefois d?être extrêmement prudent sur l?évaluation de
ses incidences.
? En termes de surcoût de construction, les critères de qualité d?usage proposés
auraient un impact limité. Un logement un peu plus grand et avec un peu plus
de hauteur sous plafond n?engendre pas de surcoût d?installations sanitaires,
de menuiserie, ni de réseaux. Il représente en revanche un peu plus de linéaire
de murs et de cloisons, de surface de plancher et de plafond. A l?échelle de
chaque projet pris isolément, la question des limites physiques de la parcelle et
de sa constructibilité sera probablement plus déterminante.
56
? En termes de prix, un raisonnement appliquant un prix moyen au m², ou un
loyer moyen au m², sur une surface de logement, aboutira inévitablement à la
conclusion qu?un logement un peu plus grand conduit à un prix d?achat ou un
loyer d?autant plus élevé.
Ce raisonnement est à nuancer fortement, car le logement ne s?inscrit pas dans
les modèles classiques de marché qui correspondent à une économie des
quantités, dans laquelle le prix dépendrait « basiquement » des niveaux d?offre
et de demande. A l?acquisition, le processus décrit est plutôt celui d?acteurs
économiques (les ménages) qui investissent à hauteur de leur limite budgétaire,
en fonction de leur solvabilité et des conditions de crédits, et qui rechercheraient
le meilleur logement possible selon leurs critères, dans l?enveloppe budgétaire
dont ils disposent.
Les critères de qualification du meilleur logement possible sont par ailleurs
dépendants de la situation et des aspirations du ménage, et ne portent bien
souvent pas prioritairement sur la qualité d?usage, au moment de l?achat
(localisation, nombre de pièces?).
Le prix est en outre fortement influencé par les conditions de marché locales, et
parfois micro-locales, elles-mêmes éminemment dépendantes du parc existant.
Il apparaît dès lors extrêmement difficile d?évaluer, in abstracto, l?incidence que
pourrait avoir la mise en oeuvre des critères de qualité proposés sur les prix.
Quoi qu?il en soit, le prix de vente étant fortement corrélé au budget disponible
des acquéreurs, une augmentation du coût liée à une augmentation de la qualité
ne se répercuteraient pas nécessairement, ou pas intégralement, dans le prix : la
faisabilité de l?opération peut alors reposer par exemple sur la faculté à modérer
les exigences du vendeur de foncier.
Inversement, la tendance à la non-qualité est souvent identifiée, lors des entretiens,
comme la résultante d?une « optimisation ». Celle-ci vise à ce que le logement
demeure financièrement accessible pour un acquéreur, dans un contexte de coût de
construction tendu et de compétition foncière qui conduit les opérateurs, dans les
territoires sous forte pression, à surenchérir pour s?assurer la possibilité de produire.
A nouveau, la faculté à réguler le marché foncier se pose, sans qu?aucune des
multiples réflexions menées de longue date sur ce sujet n?ait jamais abouti à une
solution générale. Le moyen le plus sûr et le plus évident d?influer sur ce point reste
aujourd?hui dans la mise en oeuvre d?actions foncières publiques déterminées :
intervention d?établissements publics fonciers, mise en place d?opérations
d?aménagement?
57
Enfin, bien qu?il soit impossible de les quantifier, il nous semble important de prendre
en considération les risques économiques que représente, dans la durée, la non-
qualité. En matière d?investissement locatif défiscalisé par exemple, un risque
fréquemment évoqué est ainsi qu?à l?issue de la période de défiscalisation, un bien de
mauvaise qualité surtout s?il n?est pas très bien situé, soit plus difficile à vendre et/ou
à relouer, avec le risque d?une spirale de dépréciation, cependant qu?un logement
mieux conçu conservera durablement de la valeur.
Agir sur les montages financiers
Le jeu permanent de « vases communicants » entre les trois termes du triptyque «
coût du foncier, coût de construction, prix de vente » fait qu?aucun mécanisme ne
permet de contrôler de manière certaine tous les termes de l?équation.
Les différents acteurs intervenant dans la chaîne de production immobilière sont
amenés à travailler sur chacun de ces termes : certains le font pour s?assurer un
avantage compétitif, d?autres pour réguler le marché d?une manière ou d?une autre,
conférer de l?attractivité, limiter des risques ?
L?action sur les différents termes de l?équation peut passer par divers leviers, au niveau
local ou national, par exemple :
? Une politique foncière active (EPF, préemption, ZAC?), qui vise à contenir le
terme « coût du foncier » ;
? La structuration de filières de construction plus compétitives, qui vise à contenir
le terme « coût de construction » ;
? La volonté de blocage des prix de vente, exprimée dans certaines chartes
locales ;
? La promotion de modèles alternatifs de propriété, d?acquisition et de détention
des logements permettant de lisser sur plus longue période ou de « dissocier »
le financement du logement (cession de droits réels?) : ceci est une manière
d?agir sur le terme « prix », non pas tant en le modérant qu?en essayant de le
rendre financièrement plus facile à supporter.
Chaque fois qu?un gain peut être réalisé via ces leviers sur un des termes de l?équation,
se pose la question de l?utilisation qui sera faite de ce gain : le gain peut accroître le
pouvoir d?achat de l?acquéreur ou augmenter la marge du promoteur, il peut servir à
produire plus et/ou à produire mieux, ou bien permettre de payer un prix toujours plus
élevé au propriétaire initial d?un terrain?
58
Recommandation :
Ces leviers sur les montages financiers sont un moyen et non une fin, ils
peuvent donc contribuer à rendre accessible une meilleure qualité des
logements, mais ce n?est pas automatique : cela nécessite d?abord que l?objectif
soit formulé et partagé. La recommandation que l?on peut émettre se situe donc
sur ce plan : assortir chaque fois que c?est possible les politiques publiques
intervenant sur les montages financiers, d?objectifs de qualité, et à tout le moins
observer au mieux les résultats pour identifier comment se répartissent les
gains obtenus.
59
Synthèse
Si la production de logements au XXe siècle a été marquée par un progrès
permanent en termes de confort et de qualité d?espace, un palier réglementaire et
même une certaine régression dans la réalité construite sont observées depuis deux
décennies.
Les villes, même denses, doivent rester attractives pour éviter la permanente tentation
de l?habitat individuel qui, nouveaux modes de travail aidant, peut voir son attractivité
renforcée. Certes, de nombreux efforts sont à faire à tous les niveaux de l'usage
quotidien des villes : mobilité, espaces verts et îlots de chaleur, services et leur
accessibilité à tous, etc. Mais l'amélioration de la qualité des logements est
certainement un des leviers les plus efficaces pour retrouver le désir d'habiter en ville.
Par ailleurs des efforts importants ont été menés sur les normes techniques
applicables au logement et notamment, entre autres, sur les exigences énergétiques
et environnementales. Jusqu?à présent, les constructions ont été étudiées
thermiquement, d'abord en fonction du confort d'hiver, et trop peu selon les évolutions
climatiques actuelles. La RE 2020, qui entrera prochainement en vigueur, revoit la
manière dont est pris en compte le confort d?été. Les propositions que nous faisons
vont dans ce sens, spatialité et orientations multiples des logements permettant une
ventilation naturelle indispensable pour les temps à venir. Ces évolutions doivent être
rapidement prises en compte pour éviter l'obsolescence d'une production qui ne
pourrait, au mieux, qu'accueillir des équipements de climatisation complexes et
consommateurs d'énergie.
Les préconisations du référentiel de qualité élaboré dans le cadre de cette mission
peuvent être portées à toutes les échelles de décision et de manière subsidiaire, par
l'État, qui dispose de leviers relatifs au financement des logements, par les collectivités
territoriales, dont bon nombre s?impliquent déjà à travers les chartes de qualité, par
tout opérateur intervenant dans la chaîne immobilière.
Si les chartes ne sont pas très coercitives et donc parfois contournables, elles sont un
outil de négociation et donnent lieu à des retours d'expériences. Elles offrent aussi la
possibilité de s?adapter aux réalités locales : climatiques, historiques, patrimoniales et
même économiques. En effet, les entretiens conduits lors de notre mission avec les
différents acteurs de la construction ont souligné, pour une grande majorité, l'évidence
d?une certaine inadéquation entre les produits proposés et les nouvelles attentes, en
même temps qu?une inquiétude sur les prix de sortie. Ceci implique un regard
permanent porté sur des équilibres économiques en fonction, notamment, des actions
régulatrices possibles sur le foncier.
Toute l'efficacité de la mise en oeuvre de nouveaux référentiels proviendra de la
complémentarité entre des mesures génériques, comme peut l?être un dispositif fiscal,
60
et la finesse d'adaptation locale aux contextes, en relation avec tous les experts
locaux, services municipaux, CAUE, etc.
Si les différentes préconisations sont prévues avant tout pour les constructions
neuves, on doit aussi imaginer leurs incidences sur les restructurations de bâtiments
existants. En effet, la conjonction entre la rareté prévisible du foncier nouvellement
urbanisable due à la nécessité de réduire fortement l'étalement urbain, des frilosités
de municipalités peu enclines à trop construire pour ne pas déplaire à leur population,
et une prise de conscience de l'importante dépense énergétique provenant de la
démolition/reconstruction, amène à imaginer une part accrue des rénovations plus ou
moins lourdes dans les temps à venir.
Ce travail de réinvestissement est forcément dépendant de bâtiments existants
toujours différents les uns des autres, de l'immeuble de bureau offrant en général une
structure de dimension généreuse où de nouvelles qualités spatiales pourront être
mises en oeuvre, aux constructions des années 1940 à 1970, fréquemment
défaillantes techniquement, nécessitant d'abord une remise à niveau thermique et
acoustique. Ces rénovations sont difficilement ?normalisables? selon les nouveaux
éléments de référentiel proposés mais, par effet d'entraînement, seront certainement
amenées à se rapprocher de ces standards.
Si certaines décisions concernant un nouveau référentiel peuvent être appliquées
rapidement à l'échelle nationale, une prise de conscience à toutes les échelles doit
pouvoir être appuyée sur une meilleure connaissance de la situation du logement en
France, connaissance accessible à tous et permettant aux acteurs nationaux ou locaux
de partager un savoir commun pour agir en connaissance de cause. Même si de
nombreux instituts et observatoires existent, surtout localement, il semble souhaitable
d?encourager la mise en place d?un véritable réseau indépendant de la qualité du
logement qui permette, en permanence d?identifier les différentes initiatives locales
mais aussi de regarder l'état réel de la production et de la comparer avec ce qui se fait
ailleurs sur le territoire en relation avec les rapides évolutions sociales et
environnementales.
61
Annexes
62
Tableau d?analyse des leviers d?action pour am
éliorer la qualité d?usage des logem
ents
63
64
65
66
67
Contributions :
M.-H. Badia : « Toutes les surfaces ne se valent pas »
Plusieurs voix se sont exprimées pour dénoncer la diminution de la surface des
logements construits aujourd?hui dans les immeubles collectifs.
Cette diminution établie par des chiffres ne rend pas compte de la totalité du problème
qui tient à l?habitabilité de la surface vendue ou louée. Pour définir cette habitabilité,
on peut distinguer la surface des pièces de celle des circulations.
En regardant l?évolution de nombreux plans sur une cinquantaine d'années, on
constate que non seulement les surfaces des logements diminuent, mais qu?une part
grandissante de celle-ci est dédiée à la circulation intérieure.
L?analyse montre que l?augmentation de l?épaisseur des bâtiments portée à 16m
depuis les années 90 est à l?origine de cette évolution.
Par-delà les critiques que l?on peut porter sur ce nouveau modèle, son impact sur
l?habitabilité et le confort de la surface est bien réel, en ça il est en grande partie
responsable du sentiment largement exprimé, d?une dégradation actuelle de la qualité
des logements.
- La conception courante des immeubles de logements au 20e siècle :
La conception des immeubles de logements au 20e siècle répondait, jusqu?à
récemment, à une répartition entre surfaces des parties communes et parties privées
que l?on peut résumer par un principe de distribution simple : une cage d?escalier
dessert 2, 3, exceptionnellement 4 logements par paliers.
La reconstruction, comme la construction des grands ensembles, y compris dans des
conditions économiques drastiques, ont maintenu cet équilibre.
Pour le modèle le plus courant, il s?agit de bâtiments d?environ 12 mètres d?épaisseur
dans lesquels les grands logements, à partir du trois pièces, sont desservis par une
entrée située centrale et distributive.
Le logement bénéficie alors d?une double orientation et d?une ventilation naturelle
permettant par courant d?air de gérer qualité de l?air et confort d?été.
On ne s?attardera pas ici sur des propositions plus singulières et parfois très
intéressantes pour le confort mais qu?on ne peut qualifier de « modèles »
68
A partir des années 90, est apparue une typologie de bâtiment épais d?environ 16
mètres avec couloir central.
Ce nouveau modèle répondait à deux objectifs : d?une part optimiser les coûts de
construction en superposant parfaitement épaisseur des étages de logements et
épaisseur du parking ainsi qu?en minimisant le développé de façades ramené à la
surface de plancher construit.
D?autre part, il répondait à la nécessité de produire de nombreux logements de petites
tailles destinés aux investisseurs.
- La dérive de l?immeuble épais apparu dans les années 90 :
Le modèle s?est développé au point de devenir incontournable quel que soit le
programme y compris pour les constructions de logements sociaux réalisées en VEFA.
Il se révèle pourtant souvent inadapté à des logements familiaux : trop de logements
par paliers, monorientation, cuisine en fond de salon, absence de courants d?air
permettant d?éviter l?échauffement l?été, et le renouvellement naturel de l?air.
On peut faire l?hypothèse que ce mode constructif participe à calibrer la réduction des
surfaces, en prenant l?exemple du 3 Pièces. ll faut 9 m en façade pour éclairer 2
chambres, soit 2.80m plus 2.50m et un séjour de 3.60 m. Multipliés par les 6.80 m
disponibles en profondeur, on obtient un 3 P de 61 m².
En resserrant la largeur des pièces en façade : 2 chambres soit 2.80 et 2.30 et un
séjour de 3.20m on obtient le 3 P compact de 58 m2.
- Le report des surfaces communes sur les parties privées :
Dans un grand logement monorienté, on génère une surface de circulations, qui peut
aller jusqu?à 20% de la surface du logement. Dans la distribution « classique » de 2 à
3 logements par palier, l?entrée distributive ne dépasse jamais 10%.
On réduit donc les surfaces pour réduire le coût d?achat ou de location du logement.
Mais dans le même temps, on produit une surface moins qualitative en termes d?usage
et d?éclairement naturel.
A ce stade il faut évoquer la loi sur l?accessibilité aux handicapés qui a imposé
l?élargissement des circulations. Malheureusement cette obligation n?a pas à ce jour
généré de dispositifs favorables à une meilleure habitabilité pour tous. La loi impose
un minimum qui est respecté au minimum.
Dans la construction de programmes autres que le logement on distingue : la surface
des locaux de celle des circulations permettant de les desservir. Le calcul de la surface
habitable d?un logement rassemble pièces et circulations. Une piste pourrait être de
distinguer les surfaces de circulation de la surface des pièces de vie.
69
En conclusion, agir pour retrouver une meilleure qualité des logements passe donc
non seulement par l?augmentation des surfaces mais surtout par la prise en
considération de leur habitabilité. Si les logiques économiques structurent la
construction, il est essentiel de veiller à ce qu?elles ne dégradent pas les formes et les
qualités de nos logements.
70
Franck Boutté Consultants : « Les sept droits des environnements
habités de demain »
Mohamed BENZERZOUR, Franck BOUTTÉ
Depuis plusieurs années déjà, la conception des logements a été marquée par
les différentes réglementations thermiques successives qui, pour diminuer
drastiquement les consommations d?énergie dans les bâtiments, a privilégié une
culture nordique de la performance énergétique basée sur l?isolation thermique
maximale et l?étanchéité à l?air des bâtiments.
On a vu ainsi progressivement dans la production du logement de masse de moins en
moins de transparences pour augmenter la résistance thermique des façades et de
moins en moins de balcons et de terrasses pour éviter les surcoûts des rupteurs
thermiques. L?étanchéité à l?air, synonyme de fermeture de fenêtres et de
« calfeutrement » est devenu un indicateur de performance énergétique
incontournable des modèles de calculs réglementaires avec comme conséquence
l?élimination progressive de la possibilité de ventilation naturelle. Au bénéfice de la
compacité thermique des bâtiments, qui, il faut le dire, est aussi synonyme d?économie
du coût de construction, la généralisation des logements traversants, qui font la qualité
exceptionnelle des logements des années 70, est devenue une exception. Les
circulations horizontales et verticales dans les logements collectifs sont de moins en
moins éclairées et de plus en plus réduites à leur seule dimension utilitaire de
circulation pour augmenter cette compacité thermique...
Cette tendance à la séparation des environnements thermiques intérieurs et extérieurs
qui a conduit à séparer l?espace habité de son environnement naturel a été mise à mal
par le confinement sanitaire que nous venons de vivre tous. La ventilation naturelle a
retrouvé ses heures de gloire dans les recommandations sanitaires gouvernementales
pour renouveler efficacement l?air intérieur par de l?air extérieur plus sain. Les maisons
avec jardins ou les logements avec terrasses et balcons, même de faibles profondeurs,
sont devenus des figures du logement désirable en période de confinement sanitaire.
Les grandes ouvertures et les grandes baies vitrées ouvertes au ciel et au soleil ont
permis d?alléger le sentiment d?enfermement lorsque les logements en étaient
constitués.
Cette tendance à l?isolation, au calfeutrement ? à l?enfermement est également
remise en question par la nécessaire adaptation aux effets du changement climatique.
Le climat français, selon les scénarios du GIEC, connaîtra une augmentation globale
des températures, un adoucissement des hivers et des températures estivales plus
importantes. Les épisodes caniculaires seront aussi de plus en plus récurrents et de
plus en plus intenses. La nécessité de résilience à cette augmentation des
71
températures rendra le modèle bioclimatique méditerranéen plus adapté que les
modèles nordiques.
Face à ce double contexte de crise climatique et sanitaire et parallèlement à la
trajectoire nationale de neutralité carbone à horizon 2050, un nouveau rapport à
l?environnement doit être institué dans la conception des logements neufs et la
transformation des logements existants. Il nous faudra réaliser des bâtiments avec des
limites moins étanches, avec des enveloppes architecturales plus propices aux
échanges entre le dedans et le dehors, des enveloppes qui facilitent l?ouverture et les
prolongements des usages intérieurs vers l?extérieur et du climat extérieur vers
l?intérieur. Pour initier ce nouveau rapport à l?environnement, nous devons changer de
paradigme dans la normalisation des rapports entre le logement et l?environnement.
Le renouvellement du rapport du logement à son environnement au regard de ce
double contexte écologique et sanitaire devra garantir un droit à tout habitant de
pouvoir à sa guise, ou selon les impératifs extérieurs, s?isoler et s?ouvrir, se confiner
dedans et sortir dehors, disposer d?un volume habité capable de s?adapter à ses
besoins fluctuants, habiter une enveloppe architecturale en elle-même porteuse de
qualités et d?usages et capable d?absorber les variations climatiques ? Offrir donc à
l?habitant du logement le droit à un environnement de qualité qui concilie désirabilité
et durabilité. Ce droit à l?environnement désirable et durable pourra mobiliser des
figures simples de l?architecture bioclimatique qui participent à la réduction de
l?empreinte énergétique et carbone, à faciliter l?adaptation aux aléas climatiques tout
en rendant les logements plus confortables et plus désirables :
Cette nouvelle normalisation du rapport du logement à son environnement devra
instaurer, à minima, sept droits élémentaires pour les habitants des logements :
1. Un droit aux vues et au ciel en imposant un seuil minimal de transparence
pour les espaces habités qui garantit l?accès de la lumière naturelle et réintroduit
l?obligation de prises de jour et d?ouvrants pour les espaces de circulation des
logements collectifs comme pour les pièces humides ;
2. Un droit aux prolongements extérieurs individuels ou partagés pour tous.
Des espaces extérieurs en balcons et terrasses pour chaque logement ou en
toiture partagée qui permettent d?y aménager de réels usages en prolongement
de l?espace habité ;
3. Un droit aux logements traversants ou multi-orientés qui seuls permettent
la ventilation naturelle diurne ou nocturne indispensable au confort d?été, si l?on
ne veut pas que demain les logements se mettent aussi à généraliser la
climatisation. Des entrées et sorties d?air dédiées ou cheminées solaires ou de
ventilation naturelle assistée devraient permettre la ventilation naturelle si la
ventilation traversante n?est pas possible ;
4. Un droit à la maîtrise des consommations d?énergie, avec des instruments
de mesure et de suivi individuel des consommations d?énergie thermique et
électrique ;
72
5. Un droit d?accès aux constructions et aux pratiques habitantes
décarbonées, en offrant la possibilité à tous d?habiter un bâtiment peu émetteur
de GES et alimenté par des énergies renouvelables. Intégrer au périmètre de
la conception des logements la mise à disposition de moyens leur permettant
de réduire l?empreinte carbone des habitants comme les vélos, les vélo-
porteurs, les composteurs de déchets ? ;
6. Un droit aux paysages résilients de proximité, qui, situés à proximité
immédiate des logements, offrent sociabilité, confort et usages
complémentaires au logement. Des paysages permettant de rafraichir le
microclimat estival avant de ventiler les logements, de faciliter la gestion des
eaux pluviales en surface, de faire cohabiter biodiversité et usages des
habitants, faire rencontrer enfants, jeunes et moins jeunes, autour d?usages
désirables et identifiés pour s?asseoir, s?allonger, jouer, planter, cultiver,
travailler, se promener, etc.
7. Un droit de connexion aux services décarbonés des territoires, en offrant
la possibilité de se connecter aux transports en commun structurants, aux
services décarbonés du quartier et du territoire.
Ces sept droits à un environnement habité durable et désirable doivent également
s?appliquer, voire davantage encore, à la rénovation des bâtiments existants. Souvent
réduite à une rénovation énergétique avec la mise en oeuvre d?une seule ITE (Isolation
Thermique Extérieure), la question de la rénovation de l?espace habité est rarement
posée. Les modalités de mise en oeuvre de ces sept droits peuvent varier puisqu?il
s?agit de transformer des bâtiments existants, qui ont chacun une histoire propre et un
vécu spécifique. Il s?agit donc de partir des spécificités, qualités et faiblesses, des
logements existants, de leurs paysages de proximité et des réseaux de services et de
mobilité qui les entourent pour augmenter, améliorer, transformer leur état existant :
ouvrir davantage les fenêtres et augmenter les transparences, utiliser des matériaux
décarbonés et biosourcés, offrir des prolongements extérieurs pour tous, renaturer les
sols et planter des arbres autour, etc. sont des transformations tout aussi importantes
que la rénovation énergétique. Elles le sont davantage dans les quartiers sensibles en
manque de mixité. L?amélioration de l?attractivité de ces quartiers passe d?abord par
l?attractivité des environnements habités.
Pour instituer un nouveau rapport à l?environnement, il faut sortir d?une vision
maximaliste, basée sur des valeurs absolues, pour tendre vers une recherche du
meilleur équilibre, basé sur des valeurs relatives.
Il s?agit de mettre en oeuvre une évaluation des rapports effort/gain ou coûts/bénéfices
afin de définir la performance adéquate au-delà de laquelle l?effort supplémentaire à
fournir n?est plus justifié au regard du gain qu?il apporte.
Ainsi, il faudrait s?interdire une dépense de ressources, de matière, d?énergie qui ne
saurait être compensée dans un temps raisonnable par les bénéfices amenés pour
évoluer vers une forme d?économie créative et créatrice de possibilités.
73
C?est un changement majeur de paradigme par rapport à l?approche actuelle des
questions environnementales où l?aspiration à atteindre des objectifs absolus ? zéro
énergie, zéro consommation, zéro rejet ? finit par perdre de vue la notion essentielle
de valeur ajoutée.
Cette valeur ajoutée ne peut s?évaluer uniquement par des approches techniques
portant sur l?énergie, le carbone ou la biodiversité. Elle doit également s?appréhender
au travers des usages, des services rendus et du confort apportés aux habitants et
aux usagers.
74
Catherine Clarisse : « Cuisine, alimentation, santé »
Santé et architecture
« Prenez l?air et ouvrez les fenêtres pour aérer » recommandait le Président de
la république Emmanuel Macron le 14 octobre 2020 dans le cadre de la lutte contre le
coronavirus.
Les épisodes actuels d?épidémie soulignent la pertinence des dispositifs de
ventilation naturelle hérités de la période dite hygiéniste (fin XIXème siècle) où il
s?agissait d?éradiquer des maladies telles que tuberculose ou choléra. Dans l?histoire
de l?architecture et de la médecine il est des périodes où architectes et médecins ont
oeuvré ensemble à la conception d?habitats favorables à la santé.
Aujourd?hui la progression de l?obésité et des troubles du comportement alimentaire
correspond à des enjeux de santé publique. En lien avec nos modes de vie,
l?organisation de l?espace de la cuisine peut contribuer de diverses manières à la santé
des habitants et à l?harmonie d?un groupe familial1 (préparation et consommation des
repas, intimité, partage des tâches domestiques).
Evolution de la cuisine-lieu
Bien que son évolution ait été portée par des objectifs d?hygiène, d?efficacité,
d?équipements, on peut se demander si l?espace de la cuisine n?aurait pas été quelque
peu maltraité au cours des décennies précédentes. Pour résumer à grands traits cette
évolution, dans les plans d?habitat collectif en France on observe :
- la suppression de la table et des chaises dans les années 1920-30 : la cuisine
est conçue pour une personne seule y travaillant debout et les repas se
prennent dans une salle à manger, puis dans le séjour
- la suppression de la porte et de la fenêtre à partir de 1947 (Unité d?habitation
de Marseille de Le Corbusier) avec le dispositif de la cuisine « ouverte » sur le
séjour, rendu possible par l?arrivée de la VMC (ventilation mécanique contrôlée)
qui fait évoluer les règlements de construction2.
1 Cf programmes de recherches pluridisciplinaires en santé et architecture OSCAH (obésité sévère
comportements alimentaires habitation) et SHAMA (santé habitat alimentation médecine architecture)
menés, à partir de 2012, conjointement par des médecins du CHRU de Lille (équipe du Professeur
François Pattou, Docteures Hélène Verkindt, Marie Pigeyre, Violeta Raverdy) UMR 1190-EGID, des
architectes du LACTH à l?ENSAP Lille (responsable Catherine Clarisse, François Andrieux, Philippe
Louguet architectes) et le CNAO, collectif de personnes obèses, et ELIPSS/Sciences Po DIME/SHS
pour la recherche SHAMA. Ces recherches explorent les liens entre obésité sévère et organisation de
l?habitation.
2 En France, jusque dans l?immédiat après-guerre, les règlements de construction imposaient que
chaque pièce de l?habitation, y compris cuisine, pièces d?eau et wc soit éclairée et ventilée
75
Une fenêtre dans la cuisine pour l?éclairage et la ventilation naturelle, et afin que
les habitants aient le choix entre cuisine « ouverte » ou « fermée »
Actuellement on observe un grand nombre d?espaces indifférenciés séjour-cuisine où
l?absence de fenêtre côté cuisine ne permet pas de fermer la cuisine si les habitants
le souhaitent. Lorsque la cuisine jouxte le séjour et que chaque pièce dispose d?une
ouverture sur l?extérieur, une paroi coulissante permet d?alterner ouverture et
fermeture de la cuisine selon les besoins.
Une cuisine suffisamment grande pour y disposer une table pour les repas
quotidiens, oeuvrer à plusieurs, accueillir d?autres activités
Pour lutter contre l?obésité et les troubles du comportement alimentaire les médecins
nutritionnistes recommandent :
- d?éviter de grignoter
- de prendre ses repas assis à table, dans une assiette avec un couteau et une
fourchette, de manger lentement dans une ambiance conviviale et sereine, hors
des écrans.
La continuité cuisine séjour étant possiblement favorable au grignotage, le lieu dédié
aux repas préconisé par les médecins pourrait être tout simplement une cuisine
distincte du séjour et suffisamment grande pour y disposer une table pour les repas
quotidiens. Une table ordinaire, (70 cm de hauteur et déplaçable) permet une
convivialité intergénérationnelle (l?enfant dans une chaise haute, l?adulte assis et une
personne en fauteuil roulant ont le regard à la même hauteur).
En France, la répartition des tâches domestiques peine à s?égaliser entre les femmes
(72%) et les hommes (28%). Les enquêtes montrent que les périodes de confinement
n?ont pas amélioré ces inégalités. La possibilité d?oeuvrer à plusieurs dans la cuisine
(préparation des repas, service) favorise une meilleure répartition des activités
domestiques.
Une cuisine fermée permet également d?accueillir d?autres activités nécessitant de
s?isoler temporairement : télétravail, réunion à distance, devoirs des enfants, activités
de loisirs (bricolage, jardinage).
Santé des enfants
naturellement et dispose donc d?une fenêtre. Cf Catherine Clarisse, « Cuisine, recettes d?architecture
», Les éditions de l?Imprimeur, 2004.
76
L?habitation familiale est le lieu où les jeunes enfants passent le plus de temps. L?OMS
alerte sur les méfaits de la sédentarité et du temps passé devant les écrans et
préconise : « pour grandir en bonne santé, ne pas rester trop assis et jouer
davantage »3 . Un espace laissé libre dans l?habitation pour y installer par exemple un
tapis de yoga permettra de faire des roulades, danser, se mouvoir en toute tranquillité.
Les activités manuelles, la peinture, les expériences avec l?eau sont valorisées par les
pédagogues de la petite enfance. Une terrasse, le sol d?une salle d?eau ou d?une
cuisine, facilement nettoyables, peuvent accueillir ces activités. Prenant modèle sur
les bains japonais, Charlotte Perriand préconisait la balnéothérapie. Une baignoire
pour un enfant, c?est un moment de détente bienfaisant, calmant, une occasion de
jouer importante pour ses apprentissages cognitifs et psychomoteurs? L?architecte
Catherine Furet considère qu?une baignoire dans une habitation, c?est « non
négociable » car on peut prendre une douche dans une baignoire, tandis que l?inverse
n?est pas possible4.
Fenêtres et ventilation naturelle, claustras, terrasses et balcons
Outre les épisodes d?épidémies et de canicules, les bénéfices de dispositifs de
ventilations naturelles dans des logements de type « traversant » sont multiples :
économies d?énergie et d?équipements coûteux en entretien, facilités d?utilisation. Une
loggia ou un balcon muni d?un claustra pour faire sécher le linge naturellement permet
d?économiser l?installation d?un sèche-linge et d?éviter l?humidité à l?intérieur de
l?habitat.
Ces mesures de bon sens peuvent nous aider à penser l?habitat de demain au regard
des enjeux actuels concernant la santé et l?écologie.
Catherine Clarisse
Architecte-enseignante ENSAPM, chercheuse au LACTH, ENSAPL
3 Organisation Mondiale de la Santé, communiqué de presse du 24 avril 2019.
4 Catherine Clarisse, « Des liens sains pour un corps sain », Archiscopie n°14, avril 2018.
77
Gilbert Emont : « Qualité, attractivité, marché : quel mécanisme de
formation du prix du logement ? »
La formation des prix immobiliers est souvent l?objet de controverses et
d?inexactitudes diffusées largement à travers des écrits peu documentés. L?envolée
des prix en est le thème majeur, idée uniformisatrice au plan national : « les prix
immobiliers ont augmenté en France de? » est une phrase maintes fois lue et qui
cache des disparités conséquentes notamment entre agglomération parisienne,
métropoles régionales, villes moyennes dynamiques ou en crise, bourgs d?appui à un
monde rural encore très actif ou déclinant.
Mais ces disparités recouvrent-elles ou peuvent-elles recouvrir une différence de
qualité du parc de logement ?
Certes, le bon sens au quotidien nous apprend que les prix varient selon des
paramètres échappant à la stricte localisation du bien : à quel étage se situe-t-il ? Quel
est son ensoleillement ? Son vis-à-vis ? Son exposition aux bruits ? ? Mais la variation
reste raisonnable et l?ensemble des situations possibles n?influe guère sur les valeurs
moyennes de marché (il n?y a pas que des rez-de-chaussée ou des expositions nord
dans un même quartier !)
On notera par ailleurs que ces paramètres de variation sont avant tout liés à l?espace
extérieur du logement mais peu à la qualité intrinsèque de l?habitacle proprement dit.
Plus généralement, au-delà de la microéconomie qui traduit la rencontre d?un
demandeur particulier et d?un logement spécifique, la formation des prix du marché
s?avère pourtant très disparate et dans des proportions tout autres.
L?IEIF mesure et étudie depuis une vingtaine d?années la formation de ces prix au sein
des aires urbaines de plus de 100000 habitants du territoire national. L?évolution
moyenne sur cet échantillon et cette période est d?environ 70% pour le neuf (cohérent
avec une augmentation du coût de construction sur l?ensemble du territoire de 60%)
L?évolution des valeurs sur l?ensemble du parc est, dans le même temps et pour le
même échantillon, de 110%, traduisant un effet de structure global (retrait ou
rénovation du parc obsolète, apport des constructions nouvelles)
Mais ce qui apparaît le plus important c?est qu?autour de ces moyennes, l?IEIF a mis à
jour une typologie, à la fois robuste et stable sur le moyen/ long terme, qui repose sur
les fondamentaux socio-économiques des agglomérations en question.
L?agglomération parisienne, en tout premier lieu, avec une augmentation de 220% de
sa valeur de marché, tandis que la famille dite des « déclinantes » n?enregistre qu?une
78
augmentation de 40% (soit moins que l?indice du coût de construction et guère plus
que l?inflation)
Sans rentrer dans le détail de l?étude, on notera que la famille dite des « régionales «
n?enregistre qu?une augmentation de 78%, celle des « solaires » (à forte attractivité
pour les retraités) 105% et les « leaders » (essentiellement les métropoles de province)
près de 160% !
Ce sont donc bien des facteurs d?attractivité très différenciés qui s?expriment dans de
tels écarts, bien au-delà de l?impact que pourrait avoir une qualité intrinsèque de
l?habitat, voire même de l?indice du coût de la construction comme « proxi » de la
qualité du logement, se différenciant d?ailleurs très peu selon les territoires.
La forte disparité de formation des valeurs selon l?attractivité des marchés, prend des
proportions autrement conséquentes et conditionne l?établissement des valeurs
foncières (et non le contraire). La « rente « foncière résultante étant supposée
compenser le coût important de l?urbanisation dans les zones en fort développement
du fait de leur plus grande attractivité (Infrastructures, équipements, sécurité, social
?et qualité du logement !). Encore faut-il être en mesure de la capter pour l?intérêt
général?
En conclusion, les prix de l?immobilier résidentiel, même s?ils sont très sensibles à des
facteurs de microlocalisation, sont l?effet de mécanismes de formation bien plus
puissants.
Ceux-ci traduisent la position des agglomérations et de leur marché dans le grand
mouvement de structuration de notre Société très massivement urbaine et en
déploiement fortement asymétrique selon la vigueur des moteurs socio-économiques
qui les animent. La qualité de l?habitat doit trouver dans la rente foncière créée les
moyens de son financement au titre de l?intérêt général et non comme une contrainte
qui pèserait sur les prix et donc la solvabilité des citoyens. »
Gilbert Emont
Directeur de recherche
Institut de l?épargne immobilière et financière
79
David Mangin : « Pour des rues mieux habitées »
Les rez-de-ville de rues résidentielles sont les angles morts du projet urbain ; et
pourtant ils sont un gisement de logements confortables et d?espaces publics et privés
conviviaux.
Expliquons-nous. Chacun peut constater, en visitant ou en traversant des ZAC et des
(éco)quartiers conçus et construits ces dernières décennies, la tristesse de rues
mortes-nées : portes de garages, dispositifs sécuritaires, carreaux de plâtre attendant
le client, volets fermés... -sans parler des vacances commerciales dans les villes
moyennes-. La raison, nous semble-t-il, provient d?une inadéquation très forte entre
l?offre et la demande commerciale alors que, dans l?imaginaire collectif, les rues, les
voies ordinaires doivent être très majoritairement conçues comme des rues animées
et commerçantes. La rue fantasmée est une rue médiévale. Or la demande
commerciale en rez-de-chaussée d?immeubles est aujourd?hui, avec le développement
continu des grandes surfaces et du commerce électronique, très largement
insuffisante pour occuper les pieds d?immeubles de densité moyenne.
Il faut donc penser l?imbrication des nouveaux quartiers, leur connexion avec les plus
anciens et la réparation de ces derniers à partir de rues résidentielles où on puisse
habiter au niveau des rez-de-chaussée. Les rues commerçantes doivent être
réservées pour les itinéraires les plus fréquentés capables d?irriguer des voies avec
des destinations fortes (gares, équipements, écoles, parcs...).
Penser les rues résidentielles c?est concevoir des logements accessibles depuis les
rues, ruelles, allées, protégés des vues des passants et des effractions par un recul
d?environ 5 mètres dans lequel jardins, ??pièces supplémentaires??, espace pour le
bricolage, vélos voire garages peuvent s?installer. C?est ce qu?on pratique dans le
pavillonnaire dense de bien des faubourgs et banlieues. Ces logements peuvent se
déployer sur plusieurs niveaux (duplex, souplex) pour façonner de vraies maisons et,
au- dessus, des immeubles accessibles par des halls peuvent évidemment se
superposer.
Ce dispositif de rues résidentielles ordinaires doit accompagner :
- la transformation et la conception des voies futures ou existantes en ??voies
vertes?? dans les centres où la voiture devient très occasionnelle et, les 2 roues
et la marche, les modes de déplacement majoritaires.
- une pensée nouvelle sur les rez-de-ville qui élargit à l?ensemble des sols
renaturés -publics, privés, communs- la question des usages et dépasse celle
des rez-de-chaussée sous bâtiments ; car, outre les logements en rez-de-ville
sur les voies ordinaires, c?est aussi dans les profondeurs de la ville -cours,
courées, cour-jardins...- que l?on peut rendre la ville plus habitable et habitée.
80
Par ailleurs, on peut trouver, à ce niveau du rez-de-ville, des services (co-working,
loisirs...) qui permettraient -de fait- d?augmenter le nombre et la surface des logements
et la sociabilité entre voisins.
En résumé, il faut donc penser ensemble les sols et les bâtiments. La question de la
surface et du nombre de logements est essentiellement une question urbaine.
David Mangin
Architecte
81
IDHEAL : « Nos logements, des lieux à ménager »
Une étude d?IDHEAL sur 20 ans de construction en Ile de France
La qualité, une donnée qui s?objective
Qu?est-ce qu?un bon logement ? Peut-on définir le confort d?habiter autrement que par
un ressenti subjectif ? L?étude menée par IDHEAL, l?Institut des Hautes Études pour
l?Action dans le Logement répond à ces deux questions en montrant que le bien-être
à l?intérieur d?un appartement dépend aussi de critères quantitatifs. Il est possible de
les évaluer avec autant de justesse que les données souvent retenues pour
caractériser un logement : sa taille, son coût de construction et son prix au m2.
Combien de fenêtres ? L?appartement est-il assez lumineux ? La cuisine suffisamment
spacieuse ? La chambre peut-elle accueillir un lit et un bureau ? Y a-t-il assez de
rangements ? Un balcon ? Pour répondre à ces questions, 1700 plans de vente de
logements collectifs franciliens collectés auprès de promoteurs, bailleurs sociaux et
architectes ont été passés au crible d?un référentiel de qualité à 200 entrées. Cette
recherche avait pour objectif de tester la solidité des indicateurs en les appliquant à
des opérations diverses, construites au cours de deux décennies, dans des secteurs
aménagés ou diffus, denses ou plus étalés.
Les questions renseignées pour chaque programme portent sur l?extérieur des
immeubles, la taille des parcelles, le gabarit des bâtiments et leur localisation. Les
plans d?étages permettent de comprendre la répartition des logements par niveau et
les raisons pour lesquelles certains appartements disposent de plusieurs orientations,
d?autres pas. Une « barre épaisse » laisse présager un couloir central qui dessert des
appartements orientés d?un seul côté, là où un immeuble de moins de 13 mètres
d?épaisseur favorise les logements traversants, éclairés et ventilés. Les parties
communes, généreuses ou étroites, dotées de fenêtres ou aveugles, la présence
d?espaces partagés ou de locaux de rangements pour les vélos ou les poussettes
déterminent le niveau de confort au moment de rentrer chez soi.
L?intérieur des logements se prête au même type de mesures, réalisables sur les plans
: la taille des pièces, leur position dans l?appartement, leur longueur et largeur, leur
disposition et celle des portes et fenêtres, la taille des ouvertures, l?épaisseur des
cloisons, la présence ou pas de placard, les conflits de porte? En revanche la hauteur
sous plafond qui détermine le volume d?une pièce et celle des allèges qui permet de
déduire la taille réelle des ouvertures n?est pas toujours renseigné.
82
Ce niveau de détail est nécessaire. Il permet de compter les fenêtres et d?identifier
quelles pièces elles éclairent, le nombre de m2 qui ne servent qu?au passage, ceux
qui servent au stockage? deux indicateurs inédits : la surface d?usage et le
périmètre meublable, témoignent de la faculté offerte aux habitants de meubler leurs
logements comme bon leur semble ou de les transformer pour les adapter à leurs
modes de vie. Par exemple :
? le type d?aménagement est limité par la taille des chambres -et surtout leur
largeur- qui impose parfois une position unique pour le lit et empêche
l?installation d?un bureau.
? lorsqu'un séjour sert d?entrée et distribue toutes les pièces de nuit, il devient un
lieu de passage dans lequel la circulation prend le pas sur les autres utilisations
possibles.
? Lorsque dans une pièce, tous les murs sont occupés par un élément
inamovible, un radiateur, une porte, une fenêtre, il devient difficile d?y adosser
un meuble qui prend du même coup plus de place dans le centre de la pièce.
? si la cuisine ouverte sur le salon ne dispose pas d?une fenêtre, elle ne pourra
jamais devenir une pièce à part entière.
Ces « détails » n?en sont pas. Ils forment le cadre de la vie quotidienne de milliers de
ménages installés pour plusieurs années dans leur logement.
L?étude de l?échantillon d?immeubles francilien montre que les conditions d?habitat ne
se sont pas améliorées. Elle confirme d?autres recherches menées notamment celle
de l?organisme de certification Qualitel5 publiée en juin 2021.
? En 20 ans, les logements franciliens étudiés ont perdu 3,4 m2 dans les Yvelines
et jusqu?à 14,8 m2 dans l?Essonne. Dans toute la région, les surfaces des
appartements ont rétréci depuis 2011. La baisse est d?autant plus marquée
dans l?est de la Grande Couronne.
? La moitié des logements étudiés ne disposent plus que d?une exposition, dont
36% des T3.
? 80% des cuisines sont ouvertes dans les logements construits depuis 2012 et
les deux tiers ne disposent d?aucune fenêtre et ne peuvent donc pas être re-
cloisonnables.
? La surface moyenne des chambres de l?échantillon est de 10,48 m2. Il est
difficile d?y faire tenir un bureau, un lit et une armoire. 30% des chambres ne
peuvent pas accueillir correctement un lit double.
? La surface moyenne des placards intégrés est inférieure à 1m2 dans les
studios, 2,48 m2 dans les T5 et 1,35 m2 en moyenne. 20% des logements
étudiés n?en ont tout simplement aucun.
5 https://www.qualitel.org/uploads/Qualitel_Etat-des-lieux-du-logement.pdf
83
? 61,9% des balcons recensés ont une profondeur inférieure à 1,50 m, ce qui
permet difficilement d?y installer une table ou un support assez grand pour y
faire sécher du linge.
? Les salles de bain ont gagné 1m2 depuis 2013, du fait de l?application de la loi
PMR qui doit permettre à un fauteuil roulant de faire demi-tour dans cette pièce.
Mais du coup, cet espace supplémentaire manque ailleurs.
? Tendance positive, 80% des plans étudiés présentent un espace extérieur,
mais leur taille baisse.
Un faisceau de causes permet d?expliquer la baisse de qualité décrite dans cette
enquête, à commencer par ceux fréquemment évoqués : hausse des coûts des
terrains, recours retardant les chantiers, flambée des prix des matériaux, normes?
Autant de critères qui font augmenter le prix du mètre carré et diminuer la taille ou la
qualité de conception des appartements, compte tenu du budget limité des ménages.
Toutefois, les politiques publiques ne sont pas étrangères à cette évolution. Les
dispositifs fiscaux qui encouragent la production de petits appartements locatifs
standardisés (T1, T2 ou T3 dont le prix est inférieur à 300.000 euros, le plafond «
optimisé » ) sont aussi en cause. De même, l?aide à la solvabilisation des ménages
notamment par le prêt à taux zéro (PTZ), a encouragé la création de T3 dits «
compacts ». Enfin les fléchages des politiques chiffrées, « il faut construire 70.000
logements en Ile de France », vont également dans ce sens.
Faut-il abandonner la variable qualité au profit de ces données facilement mesurables,
classées et bien hiérarchisées dans le bilan d?une opération immobilière ? Ce serait
se condamner à accepter qu'un produit de moins en moins adapté à son usage se
vende de plus en plus cher. Peut-on, au contraire, réfléchir à des moyens incitatifs ou
coercitifs de faire porter plus d?attention aux aspects étudiés dans cette étude ? Le
référentiel permet de mesurer et de compter, d?objectiver des données. Comment le
mettre en oeuvre dans un contexte d?économie contrainte et d?habitudes bien ancrées
?
? L?étude propose plusieurs pistes, leviers fiscaux et/ou réglementaires
d?amélioration. Comme le conditionnement des aides publiques au respect de
certains critères de qualité qui restent à définir, le renforcement du socle
juridique des chartes promoteurs, l?imposition par la loi de surfaces plus
ambitieuses, par pièce ou par typologie.
? L?étiquetage « qualité » selon un barème (à nouveau à définir) applicable au
parc résidentiel neuf comme aux logements anciens qui constituent la quasi-
totalité du stock, pourrait être efficace sur le long terme. D?abord stigmatisant
pour les très mauvais logements, ce « label » pourrait pousser à les transformer,
comme les étiquettes de performance énergétique encouragent à faire
disparaître les passoires thermiques.
84
? Toutes les surfaces ne se valant pas, faut-il payer le même prix pour un m2 de
séjour bien éclairé et un m2 de couloir aveugle ? Ou bien pondérer l?espace en
fonction de critères de qualité (à nouveau à définir).
? IDHEAL propose aussi de réaliser un guide à destination du public des
acquéreurs qui signent des « ventes en l?état futur d?achèvement » (VEFA). Il
vise à rendre plus facile la lecture des plans, l?appréhension des volumes et des
usages possibles d?un logement, et de ses abords à partir d?un document qui
donne parfois de faux espoirs.
85
Dessins : Schémas + Plans
L?ensemble formé par
l?entrée, le séjour et la
cuisine a tendance à
disparaître au profit
d?une pièce capable
d?accueillir toutes les
fonctions, au sein d?une
surface nettement plus
réduite.
La cuisine est quant à
elle reléguée au fond
du séjour et sans accès
direct à un éclairage
naturel.
La chambre de 9 m²
représente le minimum
acceptable, mais elle
est loin de pouvoir
prétendre être une
pièce à vivre.
En retranchant la
surface du placard, on
dispose au final d?une
surface utile d?un peu
plus de 7 m².
L?évolution vers des
logements plus
compacts a des effets
sur l?organisation des
pièces les unes par
rapport aux autres, leur
surface, leur
ordonnancement, etc.
65 m²
30 m²
23 m²
57 m²
Les bâtiments
s?épaississent et les
paliers se transforment
en couloirs desservant
de nombreux
appartements par
niveaux.
Les appartements à
une seule orientation
deviennent de plus en
plus courants.
La chambre de 9 m²
9 m²
7.5 m²
hors
placard
De l?entrée - séjour - cuisine à la pièce unique
De l?appartement traversant au mono-orienté
Du palier au couloir
15
m
12
m 1 2 3 4
1 2 3 4
98765
87
Remerciements
Nous tenons à remercier :
Jacques Lucan, qui a participé activement à l?élaboration du rapport à l?appui
notamment de ses recherches en lien avec son ouvrage récemment paru « Habiter,
ville et architecture ».
Odile Seyler pour son suivi et ses apports constants.
Comité de pilotage de la mission
Les membres du comité de pilotage, mis en place aux premiers temps de la mission,
qui ont enrichi la réflexion et suivi l?évolution du rapport au cours de réunions
approfondies aux différents stades de son élaboration :
Jean-Fréderic Bailly
Directeur études et recherche Qualitel
Bertrand Delcambre
Président de Qualitel
Pierre Frick
Adjoint au directeur de la maîtrise d?ouvrage et des politiques patrimoniales de
l?Union Sociale pour l?Habitat
Pierre Jarlier
Président d?honneur des Petites Villes de France (APVF), Maire honoraire de Saint-
Flour
Christine Leconte
Présidente du Conseil national de l?Ordre des architectes
Christian Terrassoux
Président délégué de la FPI France
Alexis Rouque
Délégué général de la FPI France
Cecile Semery
Architecte, responsable du département architecture et maîtrise d?ouvrage de l?Union
Sociale pour l?Habitat
88
Les différents interlocuteurs de la riche série d?entretiens qui a été menée avec des
acteurs représentatifs des divers secteurs de la construction et du logement, qui ont
fait part de leurs éclairantes remarques, impressions et analyses.
Dominique Alba, Architecte, Directrice Générale de l?APUR
David Albrecht, Économiste, professeur à l?ENSA Belleville
Marie-Hélène Badia, Associée fondatrice Badia-Berger Architectes
Benoist Apparu, Président du directoire d?IN?LI
Patrick Artus, Directeur de la rehcerche et des études de Natixis, Professeur
d?économie à l?École d?économie de Paris
Pierre-Emmanuel Becherand, Responsable architecture à la Société du Grand
Paris
Arnaud Bekaert, Directeur Général Urbanera Bouygues Immo
Alain Bertand, Directeur Général adjoint de la SAMOA
Sarah Bélier, Directrice Générale de l?EPA Nice Ecovallée
Benjamin Berthon, Responsable du Service habitat et logement de l?EPT Plaine
Commune
Thierry Bièvre, Président fondateur Elithis Groupe
Bernard Blanc, Adjoint au maire de Bordeaux chargé de l?urbanisme
Franck Boutté, Directeur fondateur Franck Boutté Consultants
Stéphanie Bru, Associée fondatrice Bruther Architectes
Raphael Catonnet, Directeur Général d?Oppidea - Toulouse Métropole
Emmanuel Combarel, Associé fondateur ECDM architectes
Séverinne Chapus, Directrice Générale déléguée promotion BNP Paribas Real
Estate
Jean-Luc Charles, Directeur Général de la SAMOA
Kees Christiansen, Associé Fondateur KCAP Architecture
Catherine Clarisse, Architecte, enseignante ENSAPM, chercheuse au LACTH,
ENSAPL
Pierre-Jean Clerval, Directeur Général Zendher
Paul Colombani, Directeur général adjoint EPA Euroméditerranée
Serge Contat, Directeur Général Emmaüs Habitat
Alexandre Coulondre, Consultant indépendant, Chercheur associé au LATTS -
Ecole des Ponts Paristech
Laurent Davezies, Expert indépendant, professeur au CNAM
Antoine Delaire, Associé fondateur DMG architectes
Sophie Delhay, Fondatrice Sophie Delhay Architecte
Sophie Denissof, Architecte, Castro-Denissof Associés
Bastien Dolla, Directeur Général Habx
Ambra Dina, Studio Macola Architecture
Jean-Claude Driant, Professeur à l?École d?urbanisme de Paris
Emmanuelle Durandau, Secrétaire permanente adjointe au PUCA
Susanne Eliasson, Associée fondatrice GRAU Architecte
Gilbert Émont, Directeur de l?institut Palladio, chercheur Institut de l?épargne
immobilière et financière
Ece Ekinel, Architecte-urbaniste ICF Habitat
Laurent Escobar, Directeur Général adjoint Adéquation
Emmanuel Galloy, Président Artenova
Marie Garcia, Chargée de mission Plan Bâtiment durable
Philippe Gazeau, Architecte Urbaniste
Xavier Gonzalez, Architecte, Brenac & Gonzalez & Associés
Jérôme Goze, Directeur Général La Fabrique de Bordeaux métropole
Céline Grava, Directrice de mission ? Responsable habitat Sémaphore
Cécilia Gross, Directrice VenhoevenCS Architecture
Jean-Luc Guéry, Président de l?INOHA
Nordine Kireche, Professeur, Directeur de la chaire « Villes, logement et
immobilier » à l?IEP de Paris
Frédéric Lafage, Président de la Fédération Cinov
Thierry Laget, Directeur Adjoint CDC Habitat Partenaires
Thierry Lajoie, Directeur Général stratégie et finances Quartus
Corinne Langlois, Sous-directrice de l'architecture, de la qualité de la construction
et du cadre de vie à la direction générale des patrimoines du ministère de la culture
Eric Lapierre, Architecte
Emmanuel Launiau, Président Quartus
Mathieu Laurent, Responsable des référentiels de certification Cerqual Qualitel
Pierre-René Lemas, Président du groupe de travail sur la qualité des logements
sociaux
Jacques Lévy, Géographe, Professeur honoraire à l?EPFL
Giorgio Macola, Associé fondateur Studio Macola Architecture
David Mangin, Associé fondateur Seura Architectes
Stéphanie Maricanovic, Architecte Atland Promotion
Lise Mesliand, Directeur Général projets urbains Linkcity
Denis Métayer, Chargé de projet à la direction de l?habitat EPT Plaine Commune
Nicolas Michelin, Associé fondateur ANMA Architectes Urbanistes
Eymeric de Montauzon, Président fondateur EPCC
Umberto Napolitano, Associé fondateur LAN Architecture
Alexandre Neagu, Architecte, chercheur à l'IDHEAL
Jean-Marc Offner, Directeur Général de l?agence d'urbanisme de Bordeaux
métropole Aquitaine
Pierre Paulot, Directeur de la maîtrise d'ouvrage I3F
Hélène Peskine, Secrétaire permanente du PUCA
Philippe Pelletier, Président du Plan Bâtiment Durable
Jean-Philippe Pichevin, Expert montage opérationnel et financier, fondateur Ville en
oeuvre
Christian de Portzamparc, Architecte
Michèle Raunet, Notaire associée chez Cheuvreux Notaires
89
Nicolas Rodriguez, Directeur opérationnel Nexity Italie
Helen Romano, Directeur Général Immobilier Nexity
Nadine Roudil, Sociologue ENSA Val de Seine
Patrick Rubin, Architecte
Catherine Sabbah, Déléguée Générale de l?Institut des hautes études pour l?action
dans le logement (IDHEAL)
Hervé de Saint Laumer, Président HSL Diffusion
Pierre Sorel, Président HIBANA promotion immobilière
Laurant Souici, Cerqual, Qualitel
Samuel Tajtelbom, Directeur immobilier ICF Habtat
Guy Tapie, Sociologue ENSA Bordeaux
Alexandre Theriot (Bruther Architectes
Pierre-Alain Trévelo, Associé fondateur TVK Architectes
Anne Vauvray, Chargée de mission OFS à l?EPT Plaine Commune
Tom Venhoeven, Associé fondateur VenhoevenCS Architecture
Jean-Cristophe Visier, Directeur prospective Centre scientifique et technique du
bâtiment
Olivier Wignolle, Directeur Général Icade
Philippe Zivkovic, Président WO2
Les membres de l?agence Leclercq Associés qui ont participé à l?élaboration du
référentiel :
Mohamed Belhouari
Julien Beneyt
Hugo Bonet-Salvet
Honoré Guillin
Jason Maison-Marcheux
90
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION ntérieures.
La réalisation de prolongements extérieurs doit être prise en compte dans une analyse
environnementale et thermique globale, notamment en ce qui concerne leur rôle
possible dans la protection des apports solaire. De telles recommandations ne peuvent
se faire qu?à un niveau local.
Mutabilité
Il semble important de proposer des systèmes constructifs et des dispositifs
techniques qui permettent une mutabilité des logements et des possibilités de
transformation aisée selon les évolutions des usages et de la composition
des ménages occupants.
La réduction des surfaces a mené à l?intégration de la cuisine au séjour, séjour et
cuisine formant ainsi une pièce unique, ce qui a pour conséquence une réduction de
la surface des façades. Ceci affecte de façon importante les possibilités
de mutabilité des logements, la cuisine ne possédant plus de fenêtre qui lui soit propre.
La cuisine devrait de préférence pouvoir se décliner selon les volontés individuelles
d'ouverture sur le séjour ou d?indépendance, notamment pour des typologies à partir
du T3.
D?autres avancées peuvent être proposées, en privilégiant des principes constructifs
qui permettent aisément de réunir ou de subdiviser des pièces, voire des logements,
pour s?adapter à l?évolution des besoins dans le temps. Au-delà d?une anticipation
technique, cette possibilité de mutabilité peut nécessiter une anticipation juridique si
l?immeuble n?est pas détenu par un propriétaire unique.
Ces possibilités dépendent d?un travail spécifique entre le constructeur, le concepteur
et la collectivité ou l?aménageur
50
51
Tableau récapitulatif de différents critères de qualité selon les échelles et
le degré de mise en oeuvre
52
VI Mise en oeuvre
Leviers
Au-delà de la définition d?un référentiel de qualité d?usage, il est fondamental de se
préoccuper de son utilisation. En annexe sont passés en revue les différents leviers
qui ont été envisagés pour mettre en application les éléments de référentiels proposés,
avec leurs avantages et inconvénients. La présente partie donne, en synthèse, les
pistes qui nous apparaissent les plus pertinentes.
Le référentiel proposé distingue un critère essentiel, celui d?une surface minimale par
typologie de logement, gage d?un meilleur confort et de plus de mutabilité, et
d?autres critères qui constituent des recommandations?: des surfaces minimales par
chambre et pour l?ensemble «?salon + cuisine?», une hauteur sous plafond plus
importante, un critère d?accès à un espace extérieur, un critère d?orientation, une
recommandation sur la surface de rangement.
Il ne nous paraît pas pertinent d?agir sur les textes réglementaires «?de
base?» que constituent le décret «?décence?» et l?article R111-2 du CCH. Ces textes,
qui fixent des caractéristiques minimales pour un logement, ont une fonction
de «?voiture balai?»?: leur objectif n?est pas de tirer vers le haut la qualité des logements
standards, mais d?éviter que les plus mauvais logements restent ou soient mis sur le
marché.
Le levier national le plus solide pour influer sur les caractéristiques des logements
collectifs neufs est, selon nous, le dispositif d?investissement locatif Pinel. Celui-ci se
prête à une conditionnalité de l?aide?: nous proposons donc de l?utiliser pour
inciter à produire des logements de meilleure qualité.
L?acquéreur en Pinel, concentrant son intérêt sur l?investissement financier, ne se
montre en effet pas toujours très regardant sur la qualité d?usage. Le signal serait
visible et fort, il aurait probablement un effet au-delà du seul dispositif fiscal.
La date d?entrée en vigueur doit être fixée de façon à ne pas de bloquer des opérations
en cours. La conditionnalité doit pouvoir être intégrée en amont des opérations. Ainsi,
une première étape pourrait consister à utiliser un critère lié à la qualité d?usage dans
le cadre du dispositif voté en loi de finances pour 2021 permettant à partir de 2022 le
maintien (et non la baisse) des taux actuels de réduction d?impôt en contrepartie du
respect de certaines conditions. A échéance plus lointaine, une pérennisation du
dispositif Pinel (actuellement prévu pour s?éteindre en 2024) pourrait être assortie
d?une conditionnalité pleine à un tel critère.
53
S?agissant d?un dispositif fiscal, la conditionnalité doit être simple et
vérifiable très facilement, pour ne générer aucun alourdissement administratif ni
aucune difficulté d?appréciation par l?administration fiscale?: il faut donc éviter
des critères appréciatifs ou dépendant des caractéristiques de la
parcelle, éviter également des critères qui ne se rapporteraient pas au logement
concerné (comme des critères qui induiraient une vérification à l?échelle de
l?immeuble). C?est pourquoi il est proposé de s?en tenir à un critère de surface du
logement par typologie?: ce critère a un impact important sur la qualité d?usage, et les
informations pour vérifier son atteinte sont présentes dans les bases fiscales.
Les surfaces par typologie proposées dans le référentiel sont donc conçues comme
des minima pour pouvoir à terme bénéficier du dispositif Pinel.
Les autres critères du référentiel n?auraient pas d?incidence sur l?incitation fiscale.
Nous recommandons leur utilisation, en plus de la surface par typologie, dans
d?autres démarches?:
- une politique locale de qualité des logements se traduisant par
des «?chartes?» mises en place par les collectivités (préférentiellement les
intercommunalités) ou les aménageurs. Ce type de démarche volontairement « non-
réglementaire » permet la plus grande intelligence d?application lorsqu?elle intervient
en accompagnement d?une politique de production de logement : outre qu?il est
possible d?y prendre en compte des spécificités locales, une telle charte est un outil de
dialogue et de négociation entre autorité publique et maîtres d?ouvrage des opérations
immobilières. Elle tire la qualité vers le haut et contribue à réguler le marché sans pour
autant menacer la production. Il semble important en revanche d?éviter l?emploi d?une
charte à des fins de blocage malthusien. De ce point de vue, les travaux de la
« commission Rebsamen » pour la relance de la production de logement paraissent
porteurs de pistes très intéressantes. En proposant de privilégier la voie contractuelle
entre Etat et collectivités, et en recherchant les possibilités d?incitation des collectivités
à produire là où c?est nécessaire, ces travaux posent un cadre dans lequel pourrait
parfaitement s?insérer le « bon usage local » d?une charte de qualité des logements.
- la mise en place d?un recueil d?information et d?une animation transversale sur les
démarches locales en faveur de la qualité des logements nous semblerait par ailleurs
une initiative particulièrement utile : à ce titre, sont présentés ci-après en annexe les
contours d?une initiative en ce sens ;
- une politique d?acquisition de logements par des investisseurs institutionnels, qui
pourraient décider d?utiliser le référentiel pour au moins une part de leurs acquisitions?;
- l?intégration des critères du référentiel dans des outils de mesure et de
reconnaissance de la qualité d?usage, telles que les labels ;
- l?intégration dans des outils de sensibilisation plus large des acquéreurs et occupants
potentiels afin de permettre un « empowerment » de ceux auxquels les logements sont
54
destinés : à ce sujet, Qualitel a d?ores et déjà pris l?initiative de déclencher une étude
de faisabilité pour un outil de sensibilisation « grand public ».
Enfin, nous soulignons particulièrement le critère de hauteur sous plafond plus
importante?: celle-ci présente de nombreux avantages (amélioration de la ventilation,
de la qualité de l?air intérieur, facilitation de l?usage de lits
superposés ou de mezzanines) et il serait bienvenu qu?elle devienne un standard.
Le critère ne peut néanmoins être imposé qu?à condition de s?assurer de ne pas
perdre en constructibilité du fait de hauteurs maximales fixées au PLU.
Proposition pour la mise en place d?un réseau de la qualité du
logement
La mobilisation autour de la qualité du logement, en particulier dans le cadre d?actions
locales, doit pouvoir s?appuyer sur une objectivation et des outils.
A ce titre la mise en place d?un réseau de la qualité d?usage du logement apparaîtrait
particulièrement pertinente. Il aurait pour objet de :
Rassembler des éléments de connaissance et de comparaison y compris avec
l?étranger, en s?appuyant sur les outils de connaissance existants et en proposant le
cas échéant des compléments ;
Identifier les initiatives locales, les documenter et partager : recueillir et partager les
« chartes locales » existantes, les retours d?expérience sur leur mise en oeuvre et les
effets des initiatives, identifier les bonnes pratiques mais aussi celles qui font difficulté ;
Pouvoir apporter un appui, un conseil, de la mise en relation, aux acteurs locaux
intéressés souhaitait initier ou améliorer leur démarche locale.
Une telle initiative devrait rassembler une large gamme d?acteurs : associations de
collectivités, d?opérateurs aménageurs, professionnels de l?immobilier, pouvoirs
publics. L?implication d?acteurs tels que Qualitel ou le Cerema s?avèrerait pertinente.
Nous recommandons d?approfondir rapidement cette piste en étudiant les conditions
de mise en place d?une telle initiative : identification de son portage potentiel,
évaluation de son coût et des possibilités de financement.
Incidences économiques et leviers relatifs aux montages financiers
55
Quelles incidences économiques de la qualité d?usage ?
Le montage des opérations résidentielles repose essentiellement sur un « triptyque »
: le coût du foncier, le coût de la construction, le prix de vente, tout en permettant au
maître d?ouvrage de réaliser une marge.
Ces différents termes sont en relation par un jeu de « vases communicants ». Ceci
confère une certaine faculté d?adaptation aux montages, et explique qu?une contrainte
plus importante sur un ou plusieurs termes de l?équation n?aboutit pas nécessairement
à une impossibilité de faire.
Un exemple type consiste, à l?occasion d?une cession foncière en opération
d?aménagement, en la fixation d?objectifs qualitatifs (renchérissant le coût de
construction), sans élévation du prix de vente des logements pour les acquéreurs,
mais compensée par un niveau de charge foncière établi de manière à permettre
l?opération, ce niveau de charge foncière entrant lui-même dans l?équilibre
économique de l?opération d?aménagement.
Il est bien entendu qu?il existe des limites : un ensemble de contraintes, qui peuvent
être normatives, « para-normatives » (de type charte locale), résulter des conditions
locales de marché, d?une tension plus ou moins forte sur les coûts de construction, ou
encore du mode d?acquisition du foncier (la production en diffus étant bien plus difficile
à maîtriser qu?en opération d?aménagement), peut aboutir à un blocage et à une
impossibilité de réaliser une opération.
Ceci ne peut réellement être apprécié que dans le cadre d?un dialogue local et
contextualisé.
Agir sur les termes du montage financier des opérations peut constituer un levier en
faveur de la qualité d?usage des logements, en permettant d?intégrer une amélioration
de celle-ci dans l?équation sans aboutir à une impossibilité.
Ce type d?action est lié étroitement à l?analyse des incidences économiques que peut
entraîner la mise en oeuvre des critères proposés dans le référentiel de qualité.
Un surcroît de qualité des logements risque naturellement de se traduire par une
perturbation de l?équation économique en tirant vers le haut le coût et le prix du
logement. Il convient toutefois d?être extrêmement prudent sur l?évaluation de
ses incidences.
? En termes de surcoût de construction, les critères de qualité d?usage proposés
auraient un impact limité. Un logement un peu plus grand et avec un peu plus
de hauteur sous plafond n?engendre pas de surcoût d?installations sanitaires,
de menuiserie, ni de réseaux. Il représente en revanche un peu plus de linéaire
de murs et de cloisons, de surface de plancher et de plafond. A l?échelle de
chaque projet pris isolément, la question des limites physiques de la parcelle et
de sa constructibilité sera probablement plus déterminante.
56
? En termes de prix, un raisonnement appliquant un prix moyen au m², ou un
loyer moyen au m², sur une surface de logement, aboutira inévitablement à la
conclusion qu?un logement un peu plus grand conduit à un prix d?achat ou un
loyer d?autant plus élevé.
Ce raisonnement est à nuancer fortement, car le logement ne s?inscrit pas dans
les modèles classiques de marché qui correspondent à une économie des
quantités, dans laquelle le prix dépendrait « basiquement » des niveaux d?offre
et de demande. A l?acquisition, le processus décrit est plutôt celui d?acteurs
économiques (les ménages) qui investissent à hauteur de leur limite budgétaire,
en fonction de leur solvabilité et des conditions de crédits, et qui rechercheraient
le meilleur logement possible selon leurs critères, dans l?enveloppe budgétaire
dont ils disposent.
Les critères de qualification du meilleur logement possible sont par ailleurs
dépendants de la situation et des aspirations du ménage, et ne portent bien
souvent pas prioritairement sur la qualité d?usage, au moment de l?achat
(localisation, nombre de pièces?).
Le prix est en outre fortement influencé par les conditions de marché locales, et
parfois micro-locales, elles-mêmes éminemment dépendantes du parc existant.
Il apparaît dès lors extrêmement difficile d?évaluer, in abstracto, l?incidence que
pourrait avoir la mise en oeuvre des critères de qualité proposés sur les prix.
Quoi qu?il en soit, le prix de vente étant fortement corrélé au budget disponible
des acquéreurs, une augmentation du coût liée à une augmentation de la qualité
ne se répercuteraient pas nécessairement, ou pas intégralement, dans le prix : la
faisabilité de l?opération peut alors reposer par exemple sur la faculté à modérer
les exigences du vendeur de foncier.
Inversement, la tendance à la non-qualité est souvent identifiée, lors des entretiens,
comme la résultante d?une « optimisation ». Celle-ci vise à ce que le logement
demeure financièrement accessible pour un acquéreur, dans un contexte de coût de
construction tendu et de compétition foncière qui conduit les opérateurs, dans les
territoires sous forte pression, à surenchérir pour s?assurer la possibilité de produire.
A nouveau, la faculté à réguler le marché foncier se pose, sans qu?aucune des
multiples réflexions menées de longue date sur ce sujet n?ait jamais abouti à une
solution générale. Le moyen le plus sûr et le plus évident d?influer sur ce point reste
aujourd?hui dans la mise en oeuvre d?actions foncières publiques déterminées :
intervention d?établissements publics fonciers, mise en place d?opérations
d?aménagement?
57
Enfin, bien qu?il soit impossible de les quantifier, il nous semble important de prendre
en considération les risques économiques que représente, dans la durée, la non-
qualité. En matière d?investissement locatif défiscalisé par exemple, un risque
fréquemment évoqué est ainsi qu?à l?issue de la période de défiscalisation, un bien de
mauvaise qualité surtout s?il n?est pas très bien situé, soit plus difficile à vendre et/ou
à relouer, avec le risque d?une spirale de dépréciation, cependant qu?un logement
mieux conçu conservera durablement de la valeur.
Agir sur les montages financiers
Le jeu permanent de « vases communicants » entre les trois termes du triptyque «
coût du foncier, coût de construction, prix de vente » fait qu?aucun mécanisme ne
permet de contrôler de manière certaine tous les termes de l?équation.
Les différents acteurs intervenant dans la chaîne de production immobilière sont
amenés à travailler sur chacun de ces termes : certains le font pour s?assurer un
avantage compétitif, d?autres pour réguler le marché d?une manière ou d?une autre,
conférer de l?attractivité, limiter des risques ?
L?action sur les différents termes de l?équation peut passer par divers leviers, au niveau
local ou national, par exemple :
? Une politique foncière active (EPF, préemption, ZAC?), qui vise à contenir le
terme « coût du foncier » ;
? La structuration de filières de construction plus compétitives, qui vise à contenir
le terme « coût de construction » ;
? La volonté de blocage des prix de vente, exprimée dans certaines chartes
locales ;
? La promotion de modèles alternatifs de propriété, d?acquisition et de détention
des logements permettant de lisser sur plus longue période ou de « dissocier »
le financement du logement (cession de droits réels?) : ceci est une manière
d?agir sur le terme « prix », non pas tant en le modérant qu?en essayant de le
rendre financièrement plus facile à supporter.
Chaque fois qu?un gain peut être réalisé via ces leviers sur un des termes de l?équation,
se pose la question de l?utilisation qui sera faite de ce gain : le gain peut accroître le
pouvoir d?achat de l?acquéreur ou augmenter la marge du promoteur, il peut servir à
produire plus et/ou à produire mieux, ou bien permettre de payer un prix toujours plus
élevé au propriétaire initial d?un terrain?
58
Recommandation :
Ces leviers sur les montages financiers sont un moyen et non une fin, ils
peuvent donc contribuer à rendre accessible une meilleure qualité des
logements, mais ce n?est pas automatique : cela nécessite d?abord que l?objectif
soit formulé et partagé. La recommandation que l?on peut émettre se situe donc
sur ce plan : assortir chaque fois que c?est possible les politiques publiques
intervenant sur les montages financiers, d?objectifs de qualité, et à tout le moins
observer au mieux les résultats pour identifier comment se répartissent les
gains obtenus.
59
Synthèse
Si la production de logements au XXe siècle a été marquée par un progrès
permanent en termes de confort et de qualité d?espace, un palier réglementaire et
même une certaine régression dans la réalité construite sont observées depuis deux
décennies.
Les villes, même denses, doivent rester attractives pour éviter la permanente tentation
de l?habitat individuel qui, nouveaux modes de travail aidant, peut voir son attractivité
renforcée. Certes, de nombreux efforts sont à faire à tous les niveaux de l'usage
quotidien des villes : mobilité, espaces verts et îlots de chaleur, services et leur
accessibilité à tous, etc. Mais l'amélioration de la qualité des logements est
certainement un des leviers les plus efficaces pour retrouver le désir d'habiter en ville.
Par ailleurs des efforts importants ont été menés sur les normes techniques
applicables au logement et notamment, entre autres, sur les exigences énergétiques
et environnementales. Jusqu?à présent, les constructions ont été étudiées
thermiquement, d'abord en fonction du confort d'hiver, et trop peu selon les évolutions
climatiques actuelles. La RE 2020, qui entrera prochainement en vigueur, revoit la
manière dont est pris en compte le confort d?été. Les propositions que nous faisons
vont dans ce sens, spatialité et orientations multiples des logements permettant une
ventilation naturelle indispensable pour les temps à venir. Ces évolutions doivent être
rapidement prises en compte pour éviter l'obsolescence d'une production qui ne
pourrait, au mieux, qu'accueillir des équipements de climatisation complexes et
consommateurs d'énergie.
Les préconisations du référentiel de qualité élaboré dans le cadre de cette mission
peuvent être portées à toutes les échelles de décision et de manière subsidiaire, par
l'État, qui dispose de leviers relatifs au financement des logements, par les collectivités
territoriales, dont bon nombre s?impliquent déjà à travers les chartes de qualité, par
tout opérateur intervenant dans la chaîne immobilière.
Si les chartes ne sont pas très coercitives et donc parfois contournables, elles sont un
outil de négociation et donnent lieu à des retours d'expériences. Elles offrent aussi la
possibilité de s?adapter aux réalités locales : climatiques, historiques, patrimoniales et
même économiques. En effet, les entretiens conduits lors de notre mission avec les
différents acteurs de la construction ont souligné, pour une grande majorité, l'évidence
d?une certaine inadéquation entre les produits proposés et les nouvelles attentes, en
même temps qu?une inquiétude sur les prix de sortie. Ceci implique un regard
permanent porté sur des équilibres économiques en fonction, notamment, des actions
régulatrices possibles sur le foncier.
Toute l'efficacité de la mise en oeuvre de nouveaux référentiels proviendra de la
complémentarité entre des mesures génériques, comme peut l?être un dispositif fiscal,
60
et la finesse d'adaptation locale aux contextes, en relation avec tous les experts
locaux, services municipaux, CAUE, etc.
Si les différentes préconisations sont prévues avant tout pour les constructions
neuves, on doit aussi imaginer leurs incidences sur les restructurations de bâtiments
existants. En effet, la conjonction entre la rareté prévisible du foncier nouvellement
urbanisable due à la nécessité de réduire fortement l'étalement urbain, des frilosités
de municipalités peu enclines à trop construire pour ne pas déplaire à leur population,
et une prise de conscience de l'importante dépense énergétique provenant de la
démolition/reconstruction, amène à imaginer une part accrue des rénovations plus ou
moins lourdes dans les temps à venir.
Ce travail de réinvestissement est forcément dépendant de bâtiments existants
toujours différents les uns des autres, de l'immeuble de bureau offrant en général une
structure de dimension généreuse où de nouvelles qualités spatiales pourront être
mises en oeuvre, aux constructions des années 1940 à 1970, fréquemment
défaillantes techniquement, nécessitant d'abord une remise à niveau thermique et
acoustique. Ces rénovations sont difficilement ?normalisables? selon les nouveaux
éléments de référentiel proposés mais, par effet d'entraînement, seront certainement
amenées à se rapprocher de ces standards.
Si certaines décisions concernant un nouveau référentiel peuvent être appliquées
rapidement à l'échelle nationale, une prise de conscience à toutes les échelles doit
pouvoir être appuyée sur une meilleure connaissance de la situation du logement en
France, connaissance accessible à tous et permettant aux acteurs nationaux ou locaux
de partager un savoir commun pour agir en connaissance de cause. Même si de
nombreux instituts et observatoires existent, surtout localement, il semble souhaitable
d?encourager la mise en place d?un véritable réseau indépendant de la qualité du
logement qui permette, en permanence d?identifier les différentes initiatives locales
mais aussi de regarder l'état réel de la production et de la comparer avec ce qui se fait
ailleurs sur le territoire en relation avec les rapides évolutions sociales et
environnementales.
61
Annexes
62
Tableau d?analyse des leviers d?action pour am
éliorer la qualité d?usage des logem
ents
63
64
65
66
67
Contributions :
M.-H. Badia : « Toutes les surfaces ne se valent pas »
Plusieurs voix se sont exprimées pour dénoncer la diminution de la surface des
logements construits aujourd?hui dans les immeubles collectifs.
Cette diminution établie par des chiffres ne rend pas compte de la totalité du problème
qui tient à l?habitabilité de la surface vendue ou louée. Pour définir cette habitabilité,
on peut distinguer la surface des pièces de celle des circulations.
En regardant l?évolution de nombreux plans sur une cinquantaine d'années, on
constate que non seulement les surfaces des logements diminuent, mais qu?une part
grandissante de celle-ci est dédiée à la circulation intérieure.
L?analyse montre que l?augmentation de l?épaisseur des bâtiments portée à 16m
depuis les années 90 est à l?origine de cette évolution.
Par-delà les critiques que l?on peut porter sur ce nouveau modèle, son impact sur
l?habitabilité et le confort de la surface est bien réel, en ça il est en grande partie
responsable du sentiment largement exprimé, d?une dégradation actuelle de la qualité
des logements.
- La conception courante des immeubles de logements au 20e siècle :
La conception des immeubles de logements au 20e siècle répondait, jusqu?à
récemment, à une répartition entre surfaces des parties communes et parties privées
que l?on peut résumer par un principe de distribution simple : une cage d?escalier
dessert 2, 3, exceptionnellement 4 logements par paliers.
La reconstruction, comme la construction des grands ensembles, y compris dans des
conditions économiques drastiques, ont maintenu cet équilibre.
Pour le modèle le plus courant, il s?agit de bâtiments d?environ 12 mètres d?épaisseur
dans lesquels les grands logements, à partir du trois pièces, sont desservis par une
entrée située centrale et distributive.
Le logement bénéficie alors d?une double orientation et d?une ventilation naturelle
permettant par courant d?air de gérer qualité de l?air et confort d?été.
On ne s?attardera pas ici sur des propositions plus singulières et parfois très
intéressantes pour le confort mais qu?on ne peut qualifier de « modèles »
68
A partir des années 90, est apparue une typologie de bâtiment épais d?environ 16
mètres avec couloir central.
Ce nouveau modèle répondait à deux objectifs : d?une part optimiser les coûts de
construction en superposant parfaitement épaisseur des étages de logements et
épaisseur du parking ainsi qu?en minimisant le développé de façades ramené à la
surface de plancher construit.
D?autre part, il répondait à la nécessité de produire de nombreux logements de petites
tailles destinés aux investisseurs.
- La dérive de l?immeuble épais apparu dans les années 90 :
Le modèle s?est développé au point de devenir incontournable quel que soit le
programme y compris pour les constructions de logements sociaux réalisées en VEFA.
Il se révèle pourtant souvent inadapté à des logements familiaux : trop de logements
par paliers, monorientation, cuisine en fond de salon, absence de courants d?air
permettant d?éviter l?échauffement l?été, et le renouvellement naturel de l?air.
On peut faire l?hypothèse que ce mode constructif participe à calibrer la réduction des
surfaces, en prenant l?exemple du 3 Pièces. ll faut 9 m en façade pour éclairer 2
chambres, soit 2.80m plus 2.50m et un séjour de 3.60 m. Multipliés par les 6.80 m
disponibles en profondeur, on obtient un 3 P de 61 m².
En resserrant la largeur des pièces en façade : 2 chambres soit 2.80 et 2.30 et un
séjour de 3.20m on obtient le 3 P compact de 58 m2.
- Le report des surfaces communes sur les parties privées :
Dans un grand logement monorienté, on génère une surface de circulations, qui peut
aller jusqu?à 20% de la surface du logement. Dans la distribution « classique » de 2 à
3 logements par palier, l?entrée distributive ne dépasse jamais 10%.
On réduit donc les surfaces pour réduire le coût d?achat ou de location du logement.
Mais dans le même temps, on produit une surface moins qualitative en termes d?usage
et d?éclairement naturel.
A ce stade il faut évoquer la loi sur l?accessibilité aux handicapés qui a imposé
l?élargissement des circulations. Malheureusement cette obligation n?a pas à ce jour
généré de dispositifs favorables à une meilleure habitabilité pour tous. La loi impose
un minimum qui est respecté au minimum.
Dans la construction de programmes autres que le logement on distingue : la surface
des locaux de celle des circulations permettant de les desservir. Le calcul de la surface
habitable d?un logement rassemble pièces et circulations. Une piste pourrait être de
distinguer les surfaces de circulation de la surface des pièces de vie.
69
En conclusion, agir pour retrouver une meilleure qualité des logements passe donc
non seulement par l?augmentation des surfaces mais surtout par la prise en
considération de leur habitabilité. Si les logiques économiques structurent la
construction, il est essentiel de veiller à ce qu?elles ne dégradent pas les formes et les
qualités de nos logements.
70
Franck Boutté Consultants : « Les sept droits des environnements
habités de demain »
Mohamed BENZERZOUR, Franck BOUTTÉ
Depuis plusieurs années déjà, la conception des logements a été marquée par
les différentes réglementations thermiques successives qui, pour diminuer
drastiquement les consommations d?énergie dans les bâtiments, a privilégié une
culture nordique de la performance énergétique basée sur l?isolation thermique
maximale et l?étanchéité à l?air des bâtiments.
On a vu ainsi progressivement dans la production du logement de masse de moins en
moins de transparences pour augmenter la résistance thermique des façades et de
moins en moins de balcons et de terrasses pour éviter les surcoûts des rupteurs
thermiques. L?étanchéité à l?air, synonyme de fermeture de fenêtres et de
« calfeutrement » est devenu un indicateur de performance énergétique
incontournable des modèles de calculs réglementaires avec comme conséquence
l?élimination progressive de la possibilité de ventilation naturelle. Au bénéfice de la
compacité thermique des bâtiments, qui, il faut le dire, est aussi synonyme d?économie
du coût de construction, la généralisation des logements traversants, qui font la qualité
exceptionnelle des logements des années 70, est devenue une exception. Les
circulations horizontales et verticales dans les logements collectifs sont de moins en
moins éclairées et de plus en plus réduites à leur seule dimension utilitaire de
circulation pour augmenter cette compacité thermique...
Cette tendance à la séparation des environnements thermiques intérieurs et extérieurs
qui a conduit à séparer l?espace habité de son environnement naturel a été mise à mal
par le confinement sanitaire que nous venons de vivre tous. La ventilation naturelle a
retrouvé ses heures de gloire dans les recommandations sanitaires gouvernementales
pour renouveler efficacement l?air intérieur par de l?air extérieur plus sain. Les maisons
avec jardins ou les logements avec terrasses et balcons, même de faibles profondeurs,
sont devenus des figures du logement désirable en période de confinement sanitaire.
Les grandes ouvertures et les grandes baies vitrées ouvertes au ciel et au soleil ont
permis d?alléger le sentiment d?enfermement lorsque les logements en étaient
constitués.
Cette tendance à l?isolation, au calfeutrement ? à l?enfermement est également
remise en question par la nécessaire adaptation aux effets du changement climatique.
Le climat français, selon les scénarios du GIEC, connaîtra une augmentation globale
des températures, un adoucissement des hivers et des températures estivales plus
importantes. Les épisodes caniculaires seront aussi de plus en plus récurrents et de
plus en plus intenses. La nécessité de résilience à cette augmentation des
71
températures rendra le modèle bioclimatique méditerranéen plus adapté que les
modèles nordiques.
Face à ce double contexte de crise climatique et sanitaire et parallèlement à la
trajectoire nationale de neutralité carbone à horizon 2050, un nouveau rapport à
l?environnement doit être institué dans la conception des logements neufs et la
transformation des logements existants. Il nous faudra réaliser des bâtiments avec des
limites moins étanches, avec des enveloppes architecturales plus propices aux
échanges entre le dedans et le dehors, des enveloppes qui facilitent l?ouverture et les
prolongements des usages intérieurs vers l?extérieur et du climat extérieur vers
l?intérieur. Pour initier ce nouveau rapport à l?environnement, nous devons changer de
paradigme dans la normalisation des rapports entre le logement et l?environnement.
Le renouvellement du rapport du logement à son environnement au regard de ce
double contexte écologique et sanitaire devra garantir un droit à tout habitant de
pouvoir à sa guise, ou selon les impératifs extérieurs, s?isoler et s?ouvrir, se confiner
dedans et sortir dehors, disposer d?un volume habité capable de s?adapter à ses
besoins fluctuants, habiter une enveloppe architecturale en elle-même porteuse de
qualités et d?usages et capable d?absorber les variations climatiques ? Offrir donc à
l?habitant du logement le droit à un environnement de qualité qui concilie désirabilité
et durabilité. Ce droit à l?environnement désirable et durable pourra mobiliser des
figures simples de l?architecture bioclimatique qui participent à la réduction de
l?empreinte énergétique et carbone, à faciliter l?adaptation aux aléas climatiques tout
en rendant les logements plus confortables et plus désirables :
Cette nouvelle normalisation du rapport du logement à son environnement devra
instaurer, à minima, sept droits élémentaires pour les habitants des logements :
1. Un droit aux vues et au ciel en imposant un seuil minimal de transparence
pour les espaces habités qui garantit l?accès de la lumière naturelle et réintroduit
l?obligation de prises de jour et d?ouvrants pour les espaces de circulation des
logements collectifs comme pour les pièces humides ;
2. Un droit aux prolongements extérieurs individuels ou partagés pour tous.
Des espaces extérieurs en balcons et terrasses pour chaque logement ou en
toiture partagée qui permettent d?y aménager de réels usages en prolongement
de l?espace habité ;
3. Un droit aux logements traversants ou multi-orientés qui seuls permettent
la ventilation naturelle diurne ou nocturne indispensable au confort d?été, si l?on
ne veut pas que demain les logements se mettent aussi à généraliser la
climatisation. Des entrées et sorties d?air dédiées ou cheminées solaires ou de
ventilation naturelle assistée devraient permettre la ventilation naturelle si la
ventilation traversante n?est pas possible ;
4. Un droit à la maîtrise des consommations d?énergie, avec des instruments
de mesure et de suivi individuel des consommations d?énergie thermique et
électrique ;
72
5. Un droit d?accès aux constructions et aux pratiques habitantes
décarbonées, en offrant la possibilité à tous d?habiter un bâtiment peu émetteur
de GES et alimenté par des énergies renouvelables. Intégrer au périmètre de
la conception des logements la mise à disposition de moyens leur permettant
de réduire l?empreinte carbone des habitants comme les vélos, les vélo-
porteurs, les composteurs de déchets ? ;
6. Un droit aux paysages résilients de proximité, qui, situés à proximité
immédiate des logements, offrent sociabilité, confort et usages
complémentaires au logement. Des paysages permettant de rafraichir le
microclimat estival avant de ventiler les logements, de faciliter la gestion des
eaux pluviales en surface, de faire cohabiter biodiversité et usages des
habitants, faire rencontrer enfants, jeunes et moins jeunes, autour d?usages
désirables et identifiés pour s?asseoir, s?allonger, jouer, planter, cultiver,
travailler, se promener, etc.
7. Un droit de connexion aux services décarbonés des territoires, en offrant
la possibilité de se connecter aux transports en commun structurants, aux
services décarbonés du quartier et du territoire.
Ces sept droits à un environnement habité durable et désirable doivent également
s?appliquer, voire davantage encore, à la rénovation des bâtiments existants. Souvent
réduite à une rénovation énergétique avec la mise en oeuvre d?une seule ITE (Isolation
Thermique Extérieure), la question de la rénovation de l?espace habité est rarement
posée. Les modalités de mise en oeuvre de ces sept droits peuvent varier puisqu?il
s?agit de transformer des bâtiments existants, qui ont chacun une histoire propre et un
vécu spécifique. Il s?agit donc de partir des spécificités, qualités et faiblesses, des
logements existants, de leurs paysages de proximité et des réseaux de services et de
mobilité qui les entourent pour augmenter, améliorer, transformer leur état existant :
ouvrir davantage les fenêtres et augmenter les transparences, utiliser des matériaux
décarbonés et biosourcés, offrir des prolongements extérieurs pour tous, renaturer les
sols et planter des arbres autour, etc. sont des transformations tout aussi importantes
que la rénovation énergétique. Elles le sont davantage dans les quartiers sensibles en
manque de mixité. L?amélioration de l?attractivité de ces quartiers passe d?abord par
l?attractivité des environnements habités.
Pour instituer un nouveau rapport à l?environnement, il faut sortir d?une vision
maximaliste, basée sur des valeurs absolues, pour tendre vers une recherche du
meilleur équilibre, basé sur des valeurs relatives.
Il s?agit de mettre en oeuvre une évaluation des rapports effort/gain ou coûts/bénéfices
afin de définir la performance adéquate au-delà de laquelle l?effort supplémentaire à
fournir n?est plus justifié au regard du gain qu?il apporte.
Ainsi, il faudrait s?interdire une dépense de ressources, de matière, d?énergie qui ne
saurait être compensée dans un temps raisonnable par les bénéfices amenés pour
évoluer vers une forme d?économie créative et créatrice de possibilités.
73
C?est un changement majeur de paradigme par rapport à l?approche actuelle des
questions environnementales où l?aspiration à atteindre des objectifs absolus ? zéro
énergie, zéro consommation, zéro rejet ? finit par perdre de vue la notion essentielle
de valeur ajoutée.
Cette valeur ajoutée ne peut s?évaluer uniquement par des approches techniques
portant sur l?énergie, le carbone ou la biodiversité. Elle doit également s?appréhender
au travers des usages, des services rendus et du confort apportés aux habitants et
aux usagers.
74
Catherine Clarisse : « Cuisine, alimentation, santé »
Santé et architecture
« Prenez l?air et ouvrez les fenêtres pour aérer » recommandait le Président de
la république Emmanuel Macron le 14 octobre 2020 dans le cadre de la lutte contre le
coronavirus.
Les épisodes actuels d?épidémie soulignent la pertinence des dispositifs de
ventilation naturelle hérités de la période dite hygiéniste (fin XIXème siècle) où il
s?agissait d?éradiquer des maladies telles que tuberculose ou choléra. Dans l?histoire
de l?architecture et de la médecine il est des périodes où architectes et médecins ont
oeuvré ensemble à la conception d?habitats favorables à la santé.
Aujourd?hui la progression de l?obésité et des troubles du comportement alimentaire
correspond à des enjeux de santé publique. En lien avec nos modes de vie,
l?organisation de l?espace de la cuisine peut contribuer de diverses manières à la santé
des habitants et à l?harmonie d?un groupe familial1 (préparation et consommation des
repas, intimité, partage des tâches domestiques).
Evolution de la cuisine-lieu
Bien que son évolution ait été portée par des objectifs d?hygiène, d?efficacité,
d?équipements, on peut se demander si l?espace de la cuisine n?aurait pas été quelque
peu maltraité au cours des décennies précédentes. Pour résumer à grands traits cette
évolution, dans les plans d?habitat collectif en France on observe :
- la suppression de la table et des chaises dans les années 1920-30 : la cuisine
est conçue pour une personne seule y travaillant debout et les repas se
prennent dans une salle à manger, puis dans le séjour
- la suppression de la porte et de la fenêtre à partir de 1947 (Unité d?habitation
de Marseille de Le Corbusier) avec le dispositif de la cuisine « ouverte » sur le
séjour, rendu possible par l?arrivée de la VMC (ventilation mécanique contrôlée)
qui fait évoluer les règlements de construction2.
1 Cf programmes de recherches pluridisciplinaires en santé et architecture OSCAH (obésité sévère
comportements alimentaires habitation) et SHAMA (santé habitat alimentation médecine architecture)
menés, à partir de 2012, conjointement par des médecins du CHRU de Lille (équipe du Professeur
François Pattou, Docteures Hélène Verkindt, Marie Pigeyre, Violeta Raverdy) UMR 1190-EGID, des
architectes du LACTH à l?ENSAP Lille (responsable Catherine Clarisse, François Andrieux, Philippe
Louguet architectes) et le CNAO, collectif de personnes obèses, et ELIPSS/Sciences Po DIME/SHS
pour la recherche SHAMA. Ces recherches explorent les liens entre obésité sévère et organisation de
l?habitation.
2 En France, jusque dans l?immédiat après-guerre, les règlements de construction imposaient que
chaque pièce de l?habitation, y compris cuisine, pièces d?eau et wc soit éclairée et ventilée
75
Une fenêtre dans la cuisine pour l?éclairage et la ventilation naturelle, et afin que
les habitants aient le choix entre cuisine « ouverte » ou « fermée »
Actuellement on observe un grand nombre d?espaces indifférenciés séjour-cuisine où
l?absence de fenêtre côté cuisine ne permet pas de fermer la cuisine si les habitants
le souhaitent. Lorsque la cuisine jouxte le séjour et que chaque pièce dispose d?une
ouverture sur l?extérieur, une paroi coulissante permet d?alterner ouverture et
fermeture de la cuisine selon les besoins.
Une cuisine suffisamment grande pour y disposer une table pour les repas
quotidiens, oeuvrer à plusieurs, accueillir d?autres activités
Pour lutter contre l?obésité et les troubles du comportement alimentaire les médecins
nutritionnistes recommandent :
- d?éviter de grignoter
- de prendre ses repas assis à table, dans une assiette avec un couteau et une
fourchette, de manger lentement dans une ambiance conviviale et sereine, hors
des écrans.
La continuité cuisine séjour étant possiblement favorable au grignotage, le lieu dédié
aux repas préconisé par les médecins pourrait être tout simplement une cuisine
distincte du séjour et suffisamment grande pour y disposer une table pour les repas
quotidiens. Une table ordinaire, (70 cm de hauteur et déplaçable) permet une
convivialité intergénérationnelle (l?enfant dans une chaise haute, l?adulte assis et une
personne en fauteuil roulant ont le regard à la même hauteur).
En France, la répartition des tâches domestiques peine à s?égaliser entre les femmes
(72%) et les hommes (28%). Les enquêtes montrent que les périodes de confinement
n?ont pas amélioré ces inégalités. La possibilité d?oeuvrer à plusieurs dans la cuisine
(préparation des repas, service) favorise une meilleure répartition des activités
domestiques.
Une cuisine fermée permet également d?accueillir d?autres activités nécessitant de
s?isoler temporairement : télétravail, réunion à distance, devoirs des enfants, activités
de loisirs (bricolage, jardinage).
Santé des enfants
naturellement et dispose donc d?une fenêtre. Cf Catherine Clarisse, « Cuisine, recettes d?architecture
», Les éditions de l?Imprimeur, 2004.
76
L?habitation familiale est le lieu où les jeunes enfants passent le plus de temps. L?OMS
alerte sur les méfaits de la sédentarité et du temps passé devant les écrans et
préconise : « pour grandir en bonne santé, ne pas rester trop assis et jouer
davantage »3 . Un espace laissé libre dans l?habitation pour y installer par exemple un
tapis de yoga permettra de faire des roulades, danser, se mouvoir en toute tranquillité.
Les activités manuelles, la peinture, les expériences avec l?eau sont valorisées par les
pédagogues de la petite enfance. Une terrasse, le sol d?une salle d?eau ou d?une
cuisine, facilement nettoyables, peuvent accueillir ces activités. Prenant modèle sur
les bains japonais, Charlotte Perriand préconisait la balnéothérapie. Une baignoire
pour un enfant, c?est un moment de détente bienfaisant, calmant, une occasion de
jouer importante pour ses apprentissages cognitifs et psychomoteurs? L?architecte
Catherine Furet considère qu?une baignoire dans une habitation, c?est « non
négociable » car on peut prendre une douche dans une baignoire, tandis que l?inverse
n?est pas possible4.
Fenêtres et ventilation naturelle, claustras, terrasses et balcons
Outre les épisodes d?épidémies et de canicules, les bénéfices de dispositifs de
ventilations naturelles dans des logements de type « traversant » sont multiples :
économies d?énergie et d?équipements coûteux en entretien, facilités d?utilisation. Une
loggia ou un balcon muni d?un claustra pour faire sécher le linge naturellement permet
d?économiser l?installation d?un sèche-linge et d?éviter l?humidité à l?intérieur de
l?habitat.
Ces mesures de bon sens peuvent nous aider à penser l?habitat de demain au regard
des enjeux actuels concernant la santé et l?écologie.
Catherine Clarisse
Architecte-enseignante ENSAPM, chercheuse au LACTH, ENSAPL
3 Organisation Mondiale de la Santé, communiqué de presse du 24 avril 2019.
4 Catherine Clarisse, « Des liens sains pour un corps sain », Archiscopie n°14, avril 2018.
77
Gilbert Emont : « Qualité, attractivité, marché : quel mécanisme de
formation du prix du logement ? »
La formation des prix immobiliers est souvent l?objet de controverses et
d?inexactitudes diffusées largement à travers des écrits peu documentés. L?envolée
des prix en est le thème majeur, idée uniformisatrice au plan national : « les prix
immobiliers ont augmenté en France de? » est une phrase maintes fois lue et qui
cache des disparités conséquentes notamment entre agglomération parisienne,
métropoles régionales, villes moyennes dynamiques ou en crise, bourgs d?appui à un
monde rural encore très actif ou déclinant.
Mais ces disparités recouvrent-elles ou peuvent-elles recouvrir une différence de
qualité du parc de logement ?
Certes, le bon sens au quotidien nous apprend que les prix varient selon des
paramètres échappant à la stricte localisation du bien : à quel étage se situe-t-il ? Quel
est son ensoleillement ? Son vis-à-vis ? Son exposition aux bruits ? ? Mais la variation
reste raisonnable et l?ensemble des situations possibles n?influe guère sur les valeurs
moyennes de marché (il n?y a pas que des rez-de-chaussée ou des expositions nord
dans un même quartier !)
On notera par ailleurs que ces paramètres de variation sont avant tout liés à l?espace
extérieur du logement mais peu à la qualité intrinsèque de l?habitacle proprement dit.
Plus généralement, au-delà de la microéconomie qui traduit la rencontre d?un
demandeur particulier et d?un logement spécifique, la formation des prix du marché
s?avère pourtant très disparate et dans des proportions tout autres.
L?IEIF mesure et étudie depuis une vingtaine d?années la formation de ces prix au sein
des aires urbaines de plus de 100000 habitants du territoire national. L?évolution
moyenne sur cet échantillon et cette période est d?environ 70% pour le neuf (cohérent
avec une augmentation du coût de construction sur l?ensemble du territoire de 60%)
L?évolution des valeurs sur l?ensemble du parc est, dans le même temps et pour le
même échantillon, de 110%, traduisant un effet de structure global (retrait ou
rénovation du parc obsolète, apport des constructions nouvelles)
Mais ce qui apparaît le plus important c?est qu?autour de ces moyennes, l?IEIF a mis à
jour une typologie, à la fois robuste et stable sur le moyen/ long terme, qui repose sur
les fondamentaux socio-économiques des agglomérations en question.
L?agglomération parisienne, en tout premier lieu, avec une augmentation de 220% de
sa valeur de marché, tandis que la famille dite des « déclinantes » n?enregistre qu?une
78
augmentation de 40% (soit moins que l?indice du coût de construction et guère plus
que l?inflation)
Sans rentrer dans le détail de l?étude, on notera que la famille dite des « régionales «
n?enregistre qu?une augmentation de 78%, celle des « solaires » (à forte attractivité
pour les retraités) 105% et les « leaders » (essentiellement les métropoles de province)
près de 160% !
Ce sont donc bien des facteurs d?attractivité très différenciés qui s?expriment dans de
tels écarts, bien au-delà de l?impact que pourrait avoir une qualité intrinsèque de
l?habitat, voire même de l?indice du coût de la construction comme « proxi » de la
qualité du logement, se différenciant d?ailleurs très peu selon les territoires.
La forte disparité de formation des valeurs selon l?attractivité des marchés, prend des
proportions autrement conséquentes et conditionne l?établissement des valeurs
foncières (et non le contraire). La « rente « foncière résultante étant supposée
compenser le coût important de l?urbanisation dans les zones en fort développement
du fait de leur plus grande attractivité (Infrastructures, équipements, sécurité, social
?et qualité du logement !). Encore faut-il être en mesure de la capter pour l?intérêt
général?
En conclusion, les prix de l?immobilier résidentiel, même s?ils sont très sensibles à des
facteurs de microlocalisation, sont l?effet de mécanismes de formation bien plus
puissants.
Ceux-ci traduisent la position des agglomérations et de leur marché dans le grand
mouvement de structuration de notre Société très massivement urbaine et en
déploiement fortement asymétrique selon la vigueur des moteurs socio-économiques
qui les animent. La qualité de l?habitat doit trouver dans la rente foncière créée les
moyens de son financement au titre de l?intérêt général et non comme une contrainte
qui pèserait sur les prix et donc la solvabilité des citoyens. »
Gilbert Emont
Directeur de recherche
Institut de l?épargne immobilière et financière
79
David Mangin : « Pour des rues mieux habitées »
Les rez-de-ville de rues résidentielles sont les angles morts du projet urbain ; et
pourtant ils sont un gisement de logements confortables et d?espaces publics et privés
conviviaux.
Expliquons-nous. Chacun peut constater, en visitant ou en traversant des ZAC et des
(éco)quartiers conçus et construits ces dernières décennies, la tristesse de rues
mortes-nées : portes de garages, dispositifs sécuritaires, carreaux de plâtre attendant
le client, volets fermés... -sans parler des vacances commerciales dans les villes
moyennes-. La raison, nous semble-t-il, provient d?une inadéquation très forte entre
l?offre et la demande commerciale alors que, dans l?imaginaire collectif, les rues, les
voies ordinaires doivent être très majoritairement conçues comme des rues animées
et commerçantes. La rue fantasmée est une rue médiévale. Or la demande
commerciale en rez-de-chaussée d?immeubles est aujourd?hui, avec le développement
continu des grandes surfaces et du commerce électronique, très largement
insuffisante pour occuper les pieds d?immeubles de densité moyenne.
Il faut donc penser l?imbrication des nouveaux quartiers, leur connexion avec les plus
anciens et la réparation de ces derniers à partir de rues résidentielles où on puisse
habiter au niveau des rez-de-chaussée. Les rues commerçantes doivent être
réservées pour les itinéraires les plus fréquentés capables d?irriguer des voies avec
des destinations fortes (gares, équipements, écoles, parcs...).
Penser les rues résidentielles c?est concevoir des logements accessibles depuis les
rues, ruelles, allées, protégés des vues des passants et des effractions par un recul
d?environ 5 mètres dans lequel jardins, ??pièces supplémentaires??, espace pour le
bricolage, vélos voire garages peuvent s?installer. C?est ce qu?on pratique dans le
pavillonnaire dense de bien des faubourgs et banlieues. Ces logements peuvent se
déployer sur plusieurs niveaux (duplex, souplex) pour façonner de vraies maisons et,
au- dessus, des immeubles accessibles par des halls peuvent évidemment se
superposer.
Ce dispositif de rues résidentielles ordinaires doit accompagner :
- la transformation et la conception des voies futures ou existantes en ??voies
vertes?? dans les centres où la voiture devient très occasionnelle et, les 2 roues
et la marche, les modes de déplacement majoritaires.
- une pensée nouvelle sur les rez-de-ville qui élargit à l?ensemble des sols
renaturés -publics, privés, communs- la question des usages et dépasse celle
des rez-de-chaussée sous bâtiments ; car, outre les logements en rez-de-ville
sur les voies ordinaires, c?est aussi dans les profondeurs de la ville -cours,
courées, cour-jardins...- que l?on peut rendre la ville plus habitable et habitée.
80
Par ailleurs, on peut trouver, à ce niveau du rez-de-ville, des services (co-working,
loisirs...) qui permettraient -de fait- d?augmenter le nombre et la surface des logements
et la sociabilité entre voisins.
En résumé, il faut donc penser ensemble les sols et les bâtiments. La question de la
surface et du nombre de logements est essentiellement une question urbaine.
David Mangin
Architecte
81
IDHEAL : « Nos logements, des lieux à ménager »
Une étude d?IDHEAL sur 20 ans de construction en Ile de France
La qualité, une donnée qui s?objective
Qu?est-ce qu?un bon logement ? Peut-on définir le confort d?habiter autrement que par
un ressenti subjectif ? L?étude menée par IDHEAL, l?Institut des Hautes Études pour
l?Action dans le Logement répond à ces deux questions en montrant que le bien-être
à l?intérieur d?un appartement dépend aussi de critères quantitatifs. Il est possible de
les évaluer avec autant de justesse que les données souvent retenues pour
caractériser un logement : sa taille, son coût de construction et son prix au m2.
Combien de fenêtres ? L?appartement est-il assez lumineux ? La cuisine suffisamment
spacieuse ? La chambre peut-elle accueillir un lit et un bureau ? Y a-t-il assez de
rangements ? Un balcon ? Pour répondre à ces questions, 1700 plans de vente de
logements collectifs franciliens collectés auprès de promoteurs, bailleurs sociaux et
architectes ont été passés au crible d?un référentiel de qualité à 200 entrées. Cette
recherche avait pour objectif de tester la solidité des indicateurs en les appliquant à
des opérations diverses, construites au cours de deux décennies, dans des secteurs
aménagés ou diffus, denses ou plus étalés.
Les questions renseignées pour chaque programme portent sur l?extérieur des
immeubles, la taille des parcelles, le gabarit des bâtiments et leur localisation. Les
plans d?étages permettent de comprendre la répartition des logements par niveau et
les raisons pour lesquelles certains appartements disposent de plusieurs orientations,
d?autres pas. Une « barre épaisse » laisse présager un couloir central qui dessert des
appartements orientés d?un seul côté, là où un immeuble de moins de 13 mètres
d?épaisseur favorise les logements traversants, éclairés et ventilés. Les parties
communes, généreuses ou étroites, dotées de fenêtres ou aveugles, la présence
d?espaces partagés ou de locaux de rangements pour les vélos ou les poussettes
déterminent le niveau de confort au moment de rentrer chez soi.
L?intérieur des logements se prête au même type de mesures, réalisables sur les plans
: la taille des pièces, leur position dans l?appartement, leur longueur et largeur, leur
disposition et celle des portes et fenêtres, la taille des ouvertures, l?épaisseur des
cloisons, la présence ou pas de placard, les conflits de porte? En revanche la hauteur
sous plafond qui détermine le volume d?une pièce et celle des allèges qui permet de
déduire la taille réelle des ouvertures n?est pas toujours renseigné.
82
Ce niveau de détail est nécessaire. Il permet de compter les fenêtres et d?identifier
quelles pièces elles éclairent, le nombre de m2 qui ne servent qu?au passage, ceux
qui servent au stockage? deux indicateurs inédits : la surface d?usage et le
périmètre meublable, témoignent de la faculté offerte aux habitants de meubler leurs
logements comme bon leur semble ou de les transformer pour les adapter à leurs
modes de vie. Par exemple :
? le type d?aménagement est limité par la taille des chambres -et surtout leur
largeur- qui impose parfois une position unique pour le lit et empêche
l?installation d?un bureau.
? lorsqu'un séjour sert d?entrée et distribue toutes les pièces de nuit, il devient un
lieu de passage dans lequel la circulation prend le pas sur les autres utilisations
possibles.
? Lorsque dans une pièce, tous les murs sont occupés par un élément
inamovible, un radiateur, une porte, une fenêtre, il devient difficile d?y adosser
un meuble qui prend du même coup plus de place dans le centre de la pièce.
? si la cuisine ouverte sur le salon ne dispose pas d?une fenêtre, elle ne pourra
jamais devenir une pièce à part entière.
Ces « détails » n?en sont pas. Ils forment le cadre de la vie quotidienne de milliers de
ménages installés pour plusieurs années dans leur logement.
L?étude de l?échantillon d?immeubles francilien montre que les conditions d?habitat ne
se sont pas améliorées. Elle confirme d?autres recherches menées notamment celle
de l?organisme de certification Qualitel5 publiée en juin 2021.
? En 20 ans, les logements franciliens étudiés ont perdu 3,4 m2 dans les Yvelines
et jusqu?à 14,8 m2 dans l?Essonne. Dans toute la région, les surfaces des
appartements ont rétréci depuis 2011. La baisse est d?autant plus marquée
dans l?est de la Grande Couronne.
? La moitié des logements étudiés ne disposent plus que d?une exposition, dont
36% des T3.
? 80% des cuisines sont ouvertes dans les logements construits depuis 2012 et
les deux tiers ne disposent d?aucune fenêtre et ne peuvent donc pas être re-
cloisonnables.
? La surface moyenne des chambres de l?échantillon est de 10,48 m2. Il est
difficile d?y faire tenir un bureau, un lit et une armoire. 30% des chambres ne
peuvent pas accueillir correctement un lit double.
? La surface moyenne des placards intégrés est inférieure à 1m2 dans les
studios, 2,48 m2 dans les T5 et 1,35 m2 en moyenne. 20% des logements
étudiés n?en ont tout simplement aucun.
5 https://www.qualitel.org/uploads/Qualitel_Etat-des-lieux-du-logement.pdf
83
? 61,9% des balcons recensés ont une profondeur inférieure à 1,50 m, ce qui
permet difficilement d?y installer une table ou un support assez grand pour y
faire sécher du linge.
? Les salles de bain ont gagné 1m2 depuis 2013, du fait de l?application de la loi
PMR qui doit permettre à un fauteuil roulant de faire demi-tour dans cette pièce.
Mais du coup, cet espace supplémentaire manque ailleurs.
? Tendance positive, 80% des plans étudiés présentent un espace extérieur,
mais leur taille baisse.
Un faisceau de causes permet d?expliquer la baisse de qualité décrite dans cette
enquête, à commencer par ceux fréquemment évoqués : hausse des coûts des
terrains, recours retardant les chantiers, flambée des prix des matériaux, normes?
Autant de critères qui font augmenter le prix du mètre carré et diminuer la taille ou la
qualité de conception des appartements, compte tenu du budget limité des ménages.
Toutefois, les politiques publiques ne sont pas étrangères à cette évolution. Les
dispositifs fiscaux qui encouragent la production de petits appartements locatifs
standardisés (T1, T2 ou T3 dont le prix est inférieur à 300.000 euros, le plafond «
optimisé » ) sont aussi en cause. De même, l?aide à la solvabilisation des ménages
notamment par le prêt à taux zéro (PTZ), a encouragé la création de T3 dits «
compacts ». Enfin les fléchages des politiques chiffrées, « il faut construire 70.000
logements en Ile de France », vont également dans ce sens.
Faut-il abandonner la variable qualité au profit de ces données facilement mesurables,
classées et bien hiérarchisées dans le bilan d?une opération immobilière ? Ce serait
se condamner à accepter qu'un produit de moins en moins adapté à son usage se
vende de plus en plus cher. Peut-on, au contraire, réfléchir à des moyens incitatifs ou
coercitifs de faire porter plus d?attention aux aspects étudiés dans cette étude ? Le
référentiel permet de mesurer et de compter, d?objectiver des données. Comment le
mettre en oeuvre dans un contexte d?économie contrainte et d?habitudes bien ancrées
?
? L?étude propose plusieurs pistes, leviers fiscaux et/ou réglementaires
d?amélioration. Comme le conditionnement des aides publiques au respect de
certains critères de qualité qui restent à définir, le renforcement du socle
juridique des chartes promoteurs, l?imposition par la loi de surfaces plus
ambitieuses, par pièce ou par typologie.
? L?étiquetage « qualité » selon un barème (à nouveau à définir) applicable au
parc résidentiel neuf comme aux logements anciens qui constituent la quasi-
totalité du stock, pourrait être efficace sur le long terme. D?abord stigmatisant
pour les très mauvais logements, ce « label » pourrait pousser à les transformer,
comme les étiquettes de performance énergétique encouragent à faire
disparaître les passoires thermiques.
84
? Toutes les surfaces ne se valant pas, faut-il payer le même prix pour un m2 de
séjour bien éclairé et un m2 de couloir aveugle ? Ou bien pondérer l?espace en
fonction de critères de qualité (à nouveau à définir).
? IDHEAL propose aussi de réaliser un guide à destination du public des
acquéreurs qui signent des « ventes en l?état futur d?achèvement » (VEFA). Il
vise à rendre plus facile la lecture des plans, l?appréhension des volumes et des
usages possibles d?un logement, et de ses abords à partir d?un document qui
donne parfois de faux espoirs.
85
Dessins : Schémas + Plans
L?ensemble formé par
l?entrée, le séjour et la
cuisine a tendance à
disparaître au profit
d?une pièce capable
d?accueillir toutes les
fonctions, au sein d?une
surface nettement plus
réduite.
La cuisine est quant à
elle reléguée au fond
du séjour et sans accès
direct à un éclairage
naturel.
La chambre de 9 m²
représente le minimum
acceptable, mais elle
est loin de pouvoir
prétendre être une
pièce à vivre.
En retranchant la
surface du placard, on
dispose au final d?une
surface utile d?un peu
plus de 7 m².
L?évolution vers des
logements plus
compacts a des effets
sur l?organisation des
pièces les unes par
rapport aux autres, leur
surface, leur
ordonnancement, etc.
65 m²
30 m²
23 m²
57 m²
Les bâtiments
s?épaississent et les
paliers se transforment
en couloirs desservant
de nombreux
appartements par
niveaux.
Les appartements à
une seule orientation
deviennent de plus en
plus courants.
La chambre de 9 m²
9 m²
7.5 m²
hors
placard
De l?entrée - séjour - cuisine à la pièce unique
De l?appartement traversant au mono-orienté
Du palier au couloir
15
m
12
m 1 2 3 4
1 2 3 4
98765
87
Remerciements
Nous tenons à remercier :
Jacques Lucan, qui a participé activement à l?élaboration du rapport à l?appui
notamment de ses recherches en lien avec son ouvrage récemment paru « Habiter,
ville et architecture ».
Odile Seyler pour son suivi et ses apports constants.
Comité de pilotage de la mission
Les membres du comité de pilotage, mis en place aux premiers temps de la mission,
qui ont enrichi la réflexion et suivi l?évolution du rapport au cours de réunions
approfondies aux différents stades de son élaboration :
Jean-Fréderic Bailly
Directeur études et recherche Qualitel
Bertrand Delcambre
Président de Qualitel
Pierre Frick
Adjoint au directeur de la maîtrise d?ouvrage et des politiques patrimoniales de
l?Union Sociale pour l?Habitat
Pierre Jarlier
Président d?honneur des Petites Villes de France (APVF), Maire honoraire de Saint-
Flour
Christine Leconte
Présidente du Conseil national de l?Ordre des architectes
Christian Terrassoux
Président délégué de la FPI France
Alexis Rouque
Délégué général de la FPI France
Cecile Semery
Architecte, responsable du département architecture et maîtrise d?ouvrage de l?Union
Sociale pour l?Habitat
88
Les différents interlocuteurs de la riche série d?entretiens qui a été menée avec des
acteurs représentatifs des divers secteurs de la construction et du logement, qui ont
fait part de leurs éclairantes remarques, impressions et analyses.
Dominique Alba, Architecte, Directrice Générale de l?APUR
David Albrecht, Économiste, professeur à l?ENSA Belleville
Marie-Hélène Badia, Associée fondatrice Badia-Berger Architectes
Benoist Apparu, Président du directoire d?IN?LI
Patrick Artus, Directeur de la rehcerche et des études de Natixis, Professeur
d?économie à l?École d?économie de Paris
Pierre-Emmanuel Becherand, Responsable architecture à la Société du Grand
Paris
Arnaud Bekaert, Directeur Général Urbanera Bouygues Immo
Alain Bertand, Directeur Général adjoint de la SAMOA
Sarah Bélier, Directrice Générale de l?EPA Nice Ecovallée
Benjamin Berthon, Responsable du Service habitat et logement de l?EPT Plaine
Commune
Thierry Bièvre, Président fondateur Elithis Groupe
Bernard Blanc, Adjoint au maire de Bordeaux chargé de l?urbanisme
Franck Boutté, Directeur fondateur Franck Boutté Consultants
Stéphanie Bru, Associée fondatrice Bruther Architectes
Raphael Catonnet, Directeur Général d?Oppidea - Toulouse Métropole
Emmanuel Combarel, Associé fondateur ECDM architectes
Séverinne Chapus, Directrice Générale déléguée promotion BNP Paribas Real
Estate
Jean-Luc Charles, Directeur Général de la SAMOA
Kees Christiansen, Associé Fondateur KCAP Architecture
Catherine Clarisse, Architecte, enseignante ENSAPM, chercheuse au LACTH,
ENSAPL
Pierre-Jean Clerval, Directeur Général Zendher
Paul Colombani, Directeur général adjoint EPA Euroméditerranée
Serge Contat, Directeur Général Emmaüs Habitat
Alexandre Coulondre, Consultant indépendant, Chercheur associé au LATTS -
Ecole des Ponts Paristech
Laurent Davezies, Expert indépendant, professeur au CNAM
Antoine Delaire, Associé fondateur DMG architectes
Sophie Delhay, Fondatrice Sophie Delhay Architecte
Sophie Denissof, Architecte, Castro-Denissof Associés
Bastien Dolla, Directeur Général Habx
Ambra Dina, Studio Macola Architecture
Jean-Claude Driant, Professeur à l?École d?urbanisme de Paris
Emmanuelle Durandau, Secrétaire permanente adjointe au PUCA
Susanne Eliasson, Associée fondatrice GRAU Architecte
Gilbert Émont, Directeur de l?institut Palladio, chercheur Institut de l?épargne
immobilière et financière
Ece Ekinel, Architecte-urbaniste ICF Habitat
Laurent Escobar, Directeur Général adjoint Adéquation
Emmanuel Galloy, Président Artenova
Marie Garcia, Chargée de mission Plan Bâtiment durable
Philippe Gazeau, Architecte Urbaniste
Xavier Gonzalez, Architecte, Brenac & Gonzalez & Associés
Jérôme Goze, Directeur Général La Fabrique de Bordeaux métropole
Céline Grava, Directrice de mission ? Responsable habitat Sémaphore
Cécilia Gross, Directrice VenhoevenCS Architecture
Jean-Luc Guéry, Président de l?INOHA
Nordine Kireche, Professeur, Directeur de la chaire « Villes, logement et
immobilier » à l?IEP de Paris
Frédéric Lafage, Président de la Fédération Cinov
Thierry Laget, Directeur Adjoint CDC Habitat Partenaires
Thierry Lajoie, Directeur Général stratégie et finances Quartus
Corinne Langlois, Sous-directrice de l'architecture, de la qualité de la construction
et du cadre de vie à la direction générale des patrimoines du ministère de la culture
Eric Lapierre, Architecte
Emmanuel Launiau, Président Quartus
Mathieu Laurent, Responsable des référentiels de certification Cerqual Qualitel
Pierre-René Lemas, Président du groupe de travail sur la qualité des logements
sociaux
Jacques Lévy, Géographe, Professeur honoraire à l?EPFL
Giorgio Macola, Associé fondateur Studio Macola Architecture
David Mangin, Associé fondateur Seura Architectes
Stéphanie Maricanovic, Architecte Atland Promotion
Lise Mesliand, Directeur Général projets urbains Linkcity
Denis Métayer, Chargé de projet à la direction de l?habitat EPT Plaine Commune
Nicolas Michelin, Associé fondateur ANMA Architectes Urbanistes
Eymeric de Montauzon, Président fondateur EPCC
Umberto Napolitano, Associé fondateur LAN Architecture
Alexandre Neagu, Architecte, chercheur à l'IDHEAL
Jean-Marc Offner, Directeur Général de l?agence d'urbanisme de Bordeaux
métropole Aquitaine
Pierre Paulot, Directeur de la maîtrise d'ouvrage I3F
Hélène Peskine, Secrétaire permanente du PUCA
Philippe Pelletier, Président du Plan Bâtiment Durable
Jean-Philippe Pichevin, Expert montage opérationnel et financier, fondateur Ville en
oeuvre
Christian de Portzamparc, Architecte
Michèle Raunet, Notaire associée chez Cheuvreux Notaires
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Nicolas Rodriguez, Directeur opérationnel Nexity Italie
Helen Romano, Directeur Général Immobilier Nexity
Nadine Roudil, Sociologue ENSA Val de Seine
Patrick Rubin, Architecte
Catherine Sabbah, Déléguée Générale de l?Institut des hautes études pour l?action
dans le logement (IDHEAL)
Hervé de Saint Laumer, Président HSL Diffusion
Pierre Sorel, Président HIBANA promotion immobilière
Laurant Souici, Cerqual, Qualitel
Samuel Tajtelbom, Directeur immobilier ICF Habtat
Guy Tapie, Sociologue ENSA Bordeaux
Alexandre Theriot (Bruther Architectes
Pierre-Alain Trévelo, Associé fondateur TVK Architectes
Anne Vauvray, Chargée de mission OFS à l?EPT Plaine Commune
Tom Venhoeven, Associé fondateur VenhoevenCS Architecture
Jean-Cristophe Visier, Directeur prospective Centre scientifique et technique du
bâtiment
Olivier Wignolle, Directeur Général Icade
Philippe Zivkovic, Président WO2
Les membres de l?agence Leclercq Associés qui ont participé à l?élaboration du
référentiel :
Mohamed Belhouari
Julien Beneyt
Hugo Bonet-Salvet
Honoré Guillin
Jason Maison-Marcheux
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INVALIDE)