Travaux relatifs au nouveau nucléaire : PPE 2019-2028
Auteur moral
France. Ministère de la transition énergétique (2022-...)
Auteur secondaire
Résumé
Le présent rapport répond à la demande de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) 2019-2028 d'exposer les réflexions du Gouvernement quant aux conditions techniques et économiques d'une décision de construction de nouveaux réacteurs nucléaires de grande puissance de technologie EPR2.
Descripteur Urbamet
énergie nucléaire
Descripteur écoplanete
Thème
Risques
;Ressources - Nuisances
Texte intégral
Février 2022
Travaux
relaTifs
au nouveau
nucléaire
Rapport
PPE 2019-2028
Février 2022
Travaux
relaTifs
au nouveau
nucléaire
Rapport
PPE 2019-2028
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
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Sommaire
SYNTHÈSE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .7
PRÉAMBULE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
COÛTS, RISQUES, OPPORTUNITÉS ET CALENDRIERS
D?UN NOUVEAU MODÈLE DE RÉACTEUR : L?EPR2 . . . . . . . . . . . . . . 17
DÉMONSTRATION DE LA CAPACITÉ INDUSTRIELLE
DE LA FILIÈRE À CONSTRUIRE DE NOUVEAUX RÉACTEURS
NUCLÉAIRES EN FRANCE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
CONSÉQUENCES D?UN RENOUVELLEMENT DU PARC
SUR LE CYCLE DU COMBUSTIBLE ET LA GESTION
DES DÉCHETS NUCLÉAIRES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
POURSUITE DES TRAVAUX D?INSTRUCTION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
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La politique climatique de la France est construite autour d?un objectif principal :
réduire la consommation d?énergie fossile (charbon, pétrole et gaz) afin
d?atteindre la neutralité carbone à l?horizon 2050. L?atteinte de cet objectif est
déclinée dans deux documents programmatiques actualisés périodiquement : la
stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et la programmation pluriannuelle de
l?énergie (PPE). Le rapport « Futurs énergétiques 2050 » publié par le gestionnaire du
réseau de transport d?électricité RTE montre que cette transformation rapide de
notre système énergétique est possible à deux conditions : réduire vigoureusement
la consommation totale d?énergie et substituer une large part de la consommation
d?énergie fossile résiduelle par de l?électricité décarbonée.
Le mix électrique français est déjà le plus décarboné des grands pays européens
grâce au parc de réacteurs nucléaires historique et aux installations de production
d?énergie renouvelable. Le défi auquel le système électrique français fait face est
celui d?accroître fortement la production d?électricité décarbonée, dans un
contexte où le parc actuel de production d?électricité vieillit et qu?il est nécessaire
de planifier son remplacement progressif. L?anticipation de l?évolution du parc
existant est en effet particulièrement importante, dans la mesure où la très grande
majorité du parc électronucléaire a été construite sur une courte période, environ
une quinzaine d?années. Une telle configuration pourrait conduire à déclasser le
parc nucléaire existant sur une période également concentrée (« effet falaise ») si
toutes les centrales s?arrêtaient au même âge. En outre et compte tenu de
l?homogénéité du parc nucléaire, il ne peut être exclu qu?EDF ou l?ASN soient
amenés à prendre des décisions relatives à la sûreté concernant un grand nombre
de réacteurs en même temps (cas d?un « défaut générique »), ce qui pourrait
affecter de manière significative la disponibilité du parc nucléaire français.
Pour toutes ces raisons, il est nécessaire d?anticiper le remplacement des centrales
nucléaires existantes, en construisant de nouvelles capacités nucléaires qui
s?ajoutent à l?accroissement des capacités de production à partir d?énergie
renouvelable.
Le présent rapport répond à la demande de la programmation pluriannuelle de
l?énergie (PPE) 2019-2028 d?exposer les réflexions du Gouvernement quant aux
conditions techniques et économiques d?une décision de construction de nouveaux
réacteurs nucléaires de grande puissance de technologie EPR2.
L?EPR2 est un nouveau modèle de réacteur nucléaire de forte puissance développé
par EDF à partir de l?EPR. Il intègre le retour d?expérience d?autres projets EPR
(Flamanville 3, Taishan 1 et 2, Hinkley Point C 1 et 2 et Olkiluoto 3) afin d?améliorer
sa constructibilité pour réduire son coût et ses délais de construction. L?EPR2 intègre
les exigences accrues post-Fukushima en matière de sûreté nucléaire. Son niveau de
conception a atteint fin 2021 le stade de basic design. À ce titre, l?entreprise EDF est
nommément désignée dans le rapport au titre des compétences et responsabilités SY
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qu?elle exerce sur cette technologie, lorsque ces considérations sont entrées dans le
champ de l?instruction menée par le Gouvernement.
Le programme industriel de construction de réacteurs nucléaires de type EPR2
n?étant pas encore finalisé, des incertitudes techniques et économiques demeurent.
Dans une démarche prudente, le présent rapport vise à identifier les principaux
risques et à évaluer si les plans d?actions mis en place pour les maitriser sont adaptés
pour atteindre l?objectif de maîtrise des coûts et des délais du programme.
Ce rapport constitue un rapport d?étape, les travaux devant se poursuivre pour
affiner les modalités de mise en oeuvre d?un programme de construction de
nouveaux réacteurs.
LES COÛTS ET LE CALENDRIER D?UN PROGRAMME EPR2
? Dans un scénario central, le couplage définitif au réseau d?un premier réacteur
EPR2 est envisagé à l?horizon 2037, intégrant un peu plus de 2 ans de marges
calendaires par rapport au calendrier non margé du projet selon EDF. Le respect
de cette échéance de 2037 dépend à court terme du calendrier de prise de
décision et de la tenue des délais du processus de consultation et d?autorisation
réglementaire.
? Après deux audits externes mandatés par l?État, en 2019 puis en 2021, le coût de
construction d?un programme de 3 paires d?EPR2 (soit 6 réacteurs) est estimé à
51,7 Md¤2020 en scénario médian hors coûts de financement. Ce montant
s?étalerait sur une durée totale de construction de près de 25 ans, pour une
durée d?exploitation des réacteurs estimée par EDF à 60 ans à compter de leur
mise en service.
? Ce montant de 51,7 Md¤ correspond à un coût sans provisions de 43,1 Md¤
auxquels s?ajoutent :
? 1,7 Md¤2020 de provisions nucléaires pour le démantèlement des installations et
la gestion des déchets nucléaires à long terme ;
? 6,9 Md¤2020 de provisions pour incertitudes, risques, aléas et opportunités, soit
16 % du coût du programme sans marge. Parmi ces provisions, 2,8 Md¤ (soit
40 %) sont actuellement fixés de manière forfaitaire dans une vision prudente
pour un projet de cette ampleur. Les auditeurs ont confirmé le caractère prudent
de ces provisions.
? Le dernier audit externe a conclu que la méthode d?évaluation des coûts du
programme retenu par EDF est robuste.
? Au-delà de ce scénario médian, un scénario intégrant une vision dégradée de la
mise en oeuvre du projet a été analysé. Il se traduirait par une augmentation du
coût du programme de 4,6 Md¤ par rapport au scénario médian à 51,7 Md¤2020.SY
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? Les coûts présentés s?inscrivent dans une démarche que les audits et travaux
réalisés ont considérée prudente. Toutefois si l?estimation du projet à 51,7 Md¤
est considérée par les auditeurs comme une estimation robuste d?un scénario
médian, il est indispensable de poursuivre la prise en compte du retour
d?expérience des autres chantiers d?EPR, ainsi que les travaux d?affermissement
et de levée des risques du projet en intégrant les retours issus du detailed design
et de la contractualisation des différents lots du projet (prévue pour fin 2022
pour les lots principaux).
? La robustesse des coûts estimés pour les paires 2 et 3 sera également très
dépendante du déroulé de la construction de la première paire, qui devra
permettre de confirmer la levée des risques liés à la maîtrise des fabrications,
telle que prévue aujourd?hui dans les estimations d?EDF.
? À ce stade, EDF n?ayant pas remis d?offre engageante et certains sujets restant
ouverts avec les autorités de sûreté nucléaire et de sécurité, le chiffrage du
programme comme son calendrier ne peuvent être totalement stabilisés. Ces
incertitudes, qui peuvent être de nature à faire évoluer les coûts et les délais,
sont normales à ce stade du projet. Elles seront précisées lors de l?instruction de
la demande d?autorisation de création des EPR2.
? Le coût actualisé de l?énergie produite par trois paires d?EPR2, à devis et
calendriers de construction respectés, dépend principalement du coût moyen
pondéré du capital investi pour leur construction. À titre illustratif, les auditeurs
du dernier audit ont réalisé une première estimation de ce coût actualisé qui
serait de l?ordre de 40 ¤2020/MWh pour un coût de capital de 1 %, de l?ordre
de 60 ¤2020MWh pour un coût du capital de 4 % et de l?ordre de 100 ¤2020/MWh
pour un coût du capital de 7 %.
LA PRÉPARATION DE LA FILIÈRE INDUSTRIELLE
POUR LA RÉALISATION D?UN PROGRAMME DE SIX EPR2
? Les difficultés rencontrées sur les chantiers des EPR français (Flamanville 3),
finlandais et britannique ont conduit le Gouvernement à vouloir s?assurer de la
capacité de la filière à assumer de nouvelles constructions de réacteurs.
? Le succès de nouvelles constructions nécessite en effet que la filière soit en
capacité de respecter les délais et les coûts sur lesquelles elle s?engage, ainsi que
les exigences de qualité requises. Pour y parvenir, plusieurs actions ont été
lancées, notamment au niveau d?EDF (déploiement du plan Excell au printemps
2020 tenant compte du retour d?expérience du chantier de Flamanville 3, retour
d?expérience audité par l?État) et au niveau de Framatome (plan Juliette, Excell in
quality, plans qualité spécifiques sur les sites industriels de Framatome). Ces
initiatives donnent des premiers résultats positifs qui doivent désormais être
consolidés. De même, l?efficacité de la diffusion des progrès au sein de la filière
doit maintenant être évaluée.
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? L?adéquation des ressources de la filière avec un programme de construction de
nouveaux réacteurs nucléaires est également déterminante pour la réussite d?un
tel programme. Les études menées montrent qu?il s?agit d?un enjeu tant pour
EDF et Framatome que pour les entreprises de la filière. Cet enjeu pourrait être
renforcé par la charge supplémentaire induite par les éventuels projets à l?export,
le programme de jouvence du parc nucléaire existant (le programme de « grand
carénage ») et les projets de Small Modular Reactor (SMR).
? Certaines activités spécifiques sont particulièrement sensibles au risque de
tension s?agissant des compétences disponibles, comme la chaudronnerie, le
soudage ou le procédé nucléaire. Une visibilité sur le plan de charge contribuerait
à prévenir ces risques, afin d?anticiper le dimensionnement des équipes, les
besoins en compétences et la disponibilité de l?outil industriel.
? S?agissant plus spécifiquement de la qualité de l?outil industriel, les études
conduites par la filière identifient des besoins d?investissement à court terme en
matière de capacité et de maîtrise de la qualité des fabrications. Les mesures
déployées au sein de la filière nucléaire dans le cadre du plan de relance doivent
permettre de répondre à une partie de ces besoins.
LES CONSÉQUENCES D?UN PROGRAMME DE 6 EPR2
SUR LE CYCLE DU COMBUSTIBLE ET LA GESTION
DES DÉCHETS NUCLÉAIRES
? Les déchets qui seraient produits par de nouveaux réacteurs de type EPR2 sont
similaires à ceux déjà produits par le fonctionnement du parc de réacteurs
nucléaires actuel.
? Pour les déchets les moins radioactifs, les besoins de stockage d?ores et déjà
identifiés, que ce soit en matière de volume ou de capacités radiologiques et
physico-chimiques, pour accueillir les déchets du parc existant ne sont pas
remis en cause pour une quantité de déchets équivalent au déploiement de six
réacteurs EPR2.
? Pour les déchets les plus radioactifs (destinés au stockage géologique profond),
il n?est pas identifié à ce stade d?éléments rédhibitoires à leur accueil dans le
centre Cigéo, actuellement en cours de développement pour les déchets du
parc existant. La stratégie de maintenance et de gestion du vieillissement du
génie civil des ouvrages souterrains de Cigéo sera néanmoins ajustée en fonction
des résultats de la surveillance et pourra, le cas échéant, être renforcée ou
complétée par des opérations de plus grande ampleur dans le cas où la durée
d?exploitation du centre serait significativement plus longue. Des études
complémentaires seront menées afin d?évaluer plus précisément les impacts
des stratégies de retraitement possibles sur la durée de fonctionnement du
centre de stockage Cigéo.SY
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? Des études complémentaires seront enfin menées pour consolider l?évaluation
des coûts liés spécifiquement à la gestion des déchets issus de la construction
de nouveaux réacteurs.
LA POURSUITE DES TRAVAUX D?INSTRUCTION
? Compte-tenu de leur caractère structurant sur la faisabilité et la performance
économique de la technologie EPR2, l?instruction des sujets encore ouverts en
matière de sûreté et sécurité doit être finalisée. L?affermissement de la définition
technique et économique du projet nécessite que les études de conception de
l?EPR2 se poursuivent pour atteindre un niveau de maturité plus élevé, grâce à
une montée en puissance de l?ingénierie d?EDF dans les prochaines années.
? Par ailleurs, si les méthodes de chiffrage retenues par EDF et les niveaux de coûts
et de provisions sont jugées adaptées et robustes à ce stade, et que l?analyse des
risques est actuellement jugée pertinente et complète par le dernier audit au
regard de la maturité du projet, ces éléments devront continuer d?être affinés
pour réduire davantage les incertitudes dans le déploiement effectif du
programme.
? S?agissant de la préparation de la filière nucléaire, les plans d?action établis et
mis en oeuvre doivent être poursuivis et l?efficacité de la diffusion des progrès
au sein de la filière doit être mesurée.
? Il convient notamment qu?EDF dresse un bilan des résultats de la mise en oeuvre
du plan Excell, y compris pour Framatome en matière de fabrications, qui fera
l?objet d?un audit externe du Gouvernement en 2022 afin de constater les gains
opérés et proposer des voies d?optimisation de la transformation initiée. Un
audit externe sera également réalisé par le Gouvernement pour mesurer l?état
de préparation de la filière, en particulier des fournisseurs sensibles, en matière
de compétences et de disponibilité ainsi que d?adéquation de l?outil industriel.
Cet audit portera sur le plan de charge de la filière, en particulier sur les activités
sensibles, en vue d?identifier les enjeux de charge et les arbitrages à rendre en
termes de priorités le cas échéant.
? Concernant spécifiquement le pilotage du projet, les enjeux liés à la gouvernance
du projet au sein d?EDF, sa capacité de pilotage et à son ingénierie devront être
audités de manière transparente et les ajustements nécessaires devront être
apportés le cas échéant. Enfin, un audit externe d?EDF sur la relation acheteur-
fournisseur, à la suite de la refonte depuis 2020 des modalités d?achat au sein
d?EDF, sera conduit pour optimiser les bonnes pratiques en vigueur. À l?issue de
ces travaux, l?analyse de risques du projet sera actualisée.
? Le travail de définition plus précis des paramètres du financement et de la
régulation de ce dispositif doit enfin se poursuivre. Cette analyse tiendra compte
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de la faisabilité juridique, notamment au regard du droit européen, du niveau de
prix régulé, du coût pour la collectivité (contribuables et consommateurs) et de
la capacité des différents schémas à inciter le porteur du projet à la maîtrise des
coûts et des délais. Il conduira à engager la saisine de la Commission européenne
en vue de s?assurer de la compatibilité de l?aide qui serait octroyée.
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La politique climatique de la France est construite autour d?un objectif
principal : réduire la consommation d?énergie fossile (charbon, pétrole et gaz)
afin d?atteindre la neutralité carbone à l?horizon 2050. L?atteinte de cet objectif
est déclinée dans deux documents programmatiques actualisés périodiquement :
la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) et la programmation pluriannuelle de
l?énergie (PPE).
Le système électrique français est déjà le plus décarboné des grands pays européens
grâce au parc de réacteurs nucléaires historique et aux installations de production
d?énergie renouvelable. Le défi auquel le système électrique français fait face est
celui d?accroître fortement la production d?électricité décarbonée, dans un
contexte où le parc actuel de production d?électricité vieillit et qu?il est nécessaire
de planifier son remplacement progressif. L?anticipation de l?évolution du parc
existant est en effet particulièrement importante, dans la mesure où la très grande
majorité du parc électronucléaire a été construite sur une courte période, environ
une quinzaine d?années. Une telle configuration pourrait ainsi conduire à déclasser
le parc nucléaire existant sur une période également concentrée (« effet falaise ») si
toutes les centrales s?arrêtaient au même âge. En outre et compte tenu de
l?homogénéité du parc nucléaire, il ne peut être exclu qu?EDF ou l?ASN soient
amenés à prendre des décisions relatives à la sûreté concernant plusieurs réacteurs
simultanément (cas du « défaut générique »), ce qui pourrait affecter de manière
significative la disponibilité du parc nucléaire français
La Programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE) 2019-2028 décline l?engagement
de la France dans une transition énergétique reposant, d?une part, sur la sobriété et
l?efficacité énergétique et, d?autre part, sur la diversification des sources de
production et d?approvisionnement avec le développement des énergies
renouvelables et la réduction de la part de l?électricité d?origine nucléaire. La PPE
devra évoluer pour programmer, dans la présente décennie, la construction de
nouvelles capacités de production d?électricité qui remplaceront progressivement
le parc nucléaire existant au-delà de 2035. La transition de notre système électrique
devra conjuguer l?objectif prioritaire de sécurité d?approvisionnement (maintien de
l?équilibre entre l?offre et la demande en électricité) du pays avec l?objectif de
décarbonation de notre économie à horizon 2050, tout en maintenant au coeur des
enjeux la nécessité de renforcer notre indépendance énergétique et notre
souveraineté.
Un programme de travail complet a donc été lancé par le Gouvernement sur le mix
énergétique post 2035. Cette analyse repose sur des travaux menés d?une part par
RTE à la demande du Gouvernement pour éclairer les options possibles de mix
électrique à l?horizon 2050 (étude « Futurs énergétiques 2050 » dont les résultats
ont été publiés le 25 octobre) et menés d?autre part par le Gouvernement, en lien
avec la filière nucléaire, pour analyser la faisabilité technique, économique, PR
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industrielle et financière d?un éventuel programme de construction de nouveaux
réacteurs, incluant les conditions permettant d?encadrer ses risques.
À l?horizon 2050, plusieurs technologies pourraient permettre de disposer d?une
offre diversifiée en matière d?électricité nucléaire, pour éviter toute dépendance à
une technologie unique : la technologie de grande puissance EPR (« European
Pressurized Reactor ») déjà éprouvée en Europe et en Chine et bénéficiant à ce titre
d?un premier retour d?expérience en plus d?être adaptée au réseau de transport
électrique français, et les petits réacteurs modulaires SMR (« Small modular reactor »)
présentant une puissance plus réduite et qui sont actuellement à un stade de
développement amont.
S?agissant des réacteurs de grande puissance, la France dispose d?un acteur industriel
de premier plan avec l?entreprise EDF qui, depuis la refondation de la filière nucléaire
de 2015 à 2017, est devenu l?unique porteur de l?activité de construction de réacteurs
nucléaires en France consécutivement à l?intégration de Framatome. EDF est par
ailleurs le premier exploitant de réacteurs nucléaires dans le monde.
Le réacteur de 3ème génération d?EDF, qui repose sur la technologie EPR, est
actuellement déployé en France (construction du réacteur de Flamanville 3), en
Chine (deux EPR en exploitation sur le site de Taishan en partenariat avec l?entreprise
chinoise CGN), au Royaume-Uni (construction des deux réacteurs de Hinkley
Point C) et enfin en Finlande (réacteur EPR d?Olkiluoto 3 dont la première connexion
au réseau électrique finlandais est prévue d?ici à la fin du mois de février 2022). La
technologie EPR est la technologie de référence française pour des potentiels
projets nucléaires à l?export.
À la suite de l?intégration du retour d?expérience de ces projets et à l?optimisation
de l?intégration des évolutions réglementaires françaises en matière de sûreté
nucléaire post-Fukushima, une version optimisée de cette technologie, dite « EPR2 »,
est développée depuis 2015. De par sa conception, ce modèle de réacteur présente
de nombreux avantages pour s?insérer dans le tissu industriel, local, réglementaire
et énergétique de la France. Il est également en capacité d?être déployé, avec des
premières mises en service à l?horizon 2035.
En parallèle, la filière nucléaire française travaille également au développement
d?un modèle de SMR, projet qui fait l?objet d?un financement public de 50 M¤ au
titre du plan France relance 2020 pour financer l?avant-projet sommaire (APS), et
d?un financement public complémentaire au titre du Plan d?investissements France
2030 pour financer les phases ultérieures du projet et notamment l?avant-projet
détaillé (APD), en vue d?un déploiement industriel à l?horizon 2040. Cette technologie
ne présente pas la même maturité que la technologie EPR, déjà éprouvée
industriellement.
Comme prévu par la PPE, ce rapport présente les conclusions des travaux du
Gouvernement sur la faisabilité d?un programme de construction de nouveaux PR
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réacteurs nucléaires de type EPR2. À ce titre, l?entreprise EDF est nommément
désignée dans le rapport au titre des compétences et responsabilités qu?elle exerce
sur cette technologie, lorsque ces considérations sont entrées dans le champ de
l?instruction menée par le Gouvernement.
Le programme industriel de construction de réacteurs nucléaires de type EPR2
n?étant pas encore finalisé, des incertitudes techniques et économiques demeurent.
Dans une démarche prudente, le présent rapport vise à identifier les principaux
risques et à évaluer si les plans d?actions mis en place pour les maitriser sont adaptés
pour atteindre l?objectif de maîtrise des coûts et des délais du programme. Ce
rapport constitue un rapport d?étape, les travaux devant se poursuivre pour affiner
les modalités de mise en oeuvre d?un programme de construction de nouveaux
réacteurs.
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I.
CoûtS, riSqueS,
opportunitéS
et CalendrierS
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2
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Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
L?EPR2 est un nouveau modèle de réacteurs développé par EDF à partir de l?EPR,
dans la perspective d?en sécuriser les opérations de construction, de maintenance
et d?exploitation et de l?adapter aux exigences accrues post-Fukushima en matière
de sûreté nucléaire. Sa conception a atteint le stade de basic design, c?est-à-dire
une description haut niveau des principales composantes du réacteur. Les études
doivent se poursuivre pour détailler l?architecture du réacteur, compléter les
spécifications industrielles en lien avec les principaux sous-traitants et établir un
plan de réalisation, ce qui nécessite pour aboutir une montée en puissance de
l?ingénierie d?EDF dans les 5 prochaines années et des échanges soutenus avec
l?Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
S?agissant de la conception du réacteur, l?ASN a confirmé en septembre 2021 qu?elle
considérait comme acceptable le recours à une démarche d?exclusion de rupture
pour les tuyauteries principales des circuits primaires et secondaires. Il est nécessaire
qu?EDF démontre désormais que le référentiel d?application de cette disposition
permettra de garantir le respect des engagements pris en matière de conception, de
fabrication et de suivi. L?acceptabilité de certains choix de conception structurants
devra être examinée par l?ASN et l'instruction par l?ASN du dossier de sûreté nucléaire
EPR2 se poursuit, afin de permettre un dépôt, puis le cas échéant, l?obtention du
décret d?autorisation de construction à l?horizon 2026. L?affermissement du design se
poursuivra ensuite jusqu?au jalon du premier béton (prévu à l?horizon 2028), qui
nécessitera l?atteinte de 70 % de la maturité finale du design. Ce calendrier repose sur
des hypothèses ambitieuses de jalonnement du projet.
Sur la base des premières spécifications de l?EPR2 et de son expérience sur le parc en
exploitation et sur les chantiers en cours dans le monde, EDF a réalisé un chiffrage et
un premier calendrier pour la construction de 3 paires d?EPR2 en France, (i) qui ne
représentent pas un engagement ferme de l?entreprise et (ii) que l?État a audités
successivement en 2019 et en 2021. L?analyse des éléments disponibles a révélé que :
? Dans un scénario central, le couplage définitif au réseau d?un premier réacteur
EPR2 est envisagé à l?horizon 2037, intégrant un peu plus de 2 ans de marges
calendaires par rapport au calendrier non margé du projet selon EDF.
? Après deux audits externes mandatés par l?État en 2019 et en 2021, le coût de
construction d?un programme de 3 paires d?EPR2 (soit 6 réacteurs) est estimé à
51,7 Md¤2020 en scénario médian et hors coûts de financement. Ce montant de
51,7 Md¤ correspond à un coût sec de 43,1 Md¤ auxquels s?ajoutent :
? 1,7 Md¤2020 de provisions nucléaires pour le démantèlement des installations et
la gestion des déchets nucléaires à long terme ;
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? 6,9 Md¤2020 de provisions pour incertitudes, risques, aléas et opportunités, soit
16 % du coût du programme sans marge. Parmi ces provisions, 2,8 Md¤ (soit
40 %) sont actuellement fixés de manière forfaitaire dans une vision globale et
prudente pour un projet de cette ampleur. Cette approche forfaitaire peut
s?expliquer par le niveau de maturité actuel du projet. Néanmoins, au regard de
leur part dans le montant global, il importe que ces provisions forfaitaires et
leur montant soient précisés dans les prochains mois en lien avec des analyses
quantitatives documentées, notamment sur la base de l?avancement de la
contractualisation entre EDF et ses prestataires.
? Le dernier audit externe, effectué par les cabinets Accuracy et NucAdvisor
restitué à l?État le 4 octobre 2021, a conclu que la méthode d?évaluation des
coûts du programme retenu par EDF est robuste. S?agissant du montant des
provisions, il a été jugé prudent par les auditeurs compte tenu notamment de la
marge ajoutée forfaitairement, perçue comme justifiée. Depuis le premier audit
de 2019, EDF a progressé pour chiffrer les principaux lots, en tirant bénéfice
notamment de la plus grande maturité du dialogue compétitif avec ses sous-
traitants. EDF a également mis en oeuvre en 2021 une approche plus prudente
de son scénario de base.
? Un scénario majoré intégrant une vision dégradée de la mise en oeuvre du projet
a été analysé. Il se traduirait par une augmentation du coût du programme de
4,6 Md¤ par rapport au scénario médian à 51,7 Md¤2020.
? Les coûts présentés s'inscrivent dans une démarche que les audits et travaux
réalisés ont considérée prudente. Toutefois, si l?estimation du projet à 51,7 Md¤
est à date une estimation robuste d?un scénario médian, il est indispensable de
poursuivre la prise en compte du retour d?expérience des autres chantiers d?EPR
dans l?évaluation des quantitatifs et les travaux d?affermissement et de levée
des risques du projet en intégrant les retours issus du detailed design et de la
contractualisation des différents lots (prévue pour fin 2022 pour les lots
principaux) pour considérer le chiffrage stabilisé.
? La robustesse des coûts affichés pour les paires 2 et 3 sera également très
dépendante du déroulé de la construction de la première paire, qui devra
permettre de confirmer la levée des risques liés à la maîtrise des fabrications,
telle que prévue aujourd?hui dans les estimations d?EDF.
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Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
? À ce stade, EDF n?ayant pas remis d?offre engageante et certains sujets restant
ouverts avec les autorités de sûreté et de sécurité, le chiffrage du programme
comme son calendrier ne peuvent être totalement stabilisés. Ces incertitudes,
qui peuvent être de nature à faire évoluer les coûts et les délais, sont normales
à ce stade du projet et elles seront précisées lors de l?instruction de la demande
d?autorisation de création.
? Un nouvel audit du coût, du calendrier et des risques pourrait ainsi être mené
pour que l?État dispose de tous les éléments d?appréciation du coût, du
calendrier et des risques actualisés au moment de la décision ferme d?engagement
d?un programme de construction.
? Le coût actualisé de l?énergie produite par trois paires d?EPR2, à devis et
calendriers de construction respectés, dépend principalement du coût moyen
pondéré du capital investi pour leur construction. À titre illustratif, les auditeurs
du dernier audit ont réalisé une première estimation de ce coût actualisé qui
serait de l?ordre de 40 ¤2020/MWh pour un coût de capital de 1 %, de l?ordre de
60 ¤2020MWh pour un coût du capital de 4 % et de l?ordre de 100 ¤2020/MWh pour
un coût du capital de 7 %.
Sans préjuger du choix qui sera fait par le Gouvernement, pour la construction de
réacteurs nucléaires en France à l?horizon 2040, EDF développe depuis 2015 un
modèle de réacteur, l?EPR2, élaboré pour prendre en compte le retour d?expérience
des chantiers d?EPR à Flamanville 3, Olkiluoto 3, Taishan 1 et 2 et Hinkley Point C.
Cette démarche procède d?une volonté de simplifier la conception de l?EPR en y
associant davantage les sous-traitants critiques, dans le but d?en réduire les
difficultés et les risques de construction par une industrialisation du processus de
construction. Il s?agit également d?en augmenter le niveau de sûreté pour s?adapter
à l?évolution des exigences règlementaires françaises à la suite de l?accident de
Fukushima. L?EPR2 vise enfin à davantage intégrer, dès le design de la centrale, les
contraintes de l?exploitant de la centrale pour optimiser son exploitation.
Cette approche de ne pas s?appuyer sur la tête de série EPR de Flamanville 3
comporte des risques et des opportunités, en matière de coûts et de calendriers,
que les pouvoirs publics ont souhaité apprécier par la réalisation en 2019 et en 2021
de deux audits successifs portant sur les études d?EDF. Ces audits ont permis de
retracer les principales évolutions de conception envisagées par EDF pour l?EPR2 et
d?en apprécier la pertinence, le niveau de maturité et le reste à faire avant de
disposer d?un modèle de réacteur suffisamment détaillé pour engager des
constructions (partie A). Ces audits ont également porté sur les coûts et les
calendriers envisageables pour la finalisation du produit EPR2, sa construction et
son exploitation (partie B).
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
22
Dans un contexte où les chantiers d?EPR ont connu des difficultés à tenir les coûts
et les calendriers initialement prévus, l?analyse de risques fait l?objet d?une attention
particulière. Le présent chapitre donne également des éléments sur le coût de
revient de l?électricité produite avec de tels réacteurs.
Ces estimations de coûts, de risques et de calendriers servent d?hypothèses et
contribuent aux travaux conduits par le Gouvernement sur les modalités de
financement et de régulation de nouveaux réacteurs nucléaires en France ainsi
qu?aux travaux menés par RTE pour son étude « Futurs énergétiques 2050 ».
A. LES CHOIX DE CONCEPTION DE L?EPR2
1 . Des évolutions pour simplifier la construction du réacteur tout en
maîtrisant l?impact sur l?augmentation du coût
Si la conception de l?EPR2 est en grande partie fondée sur celle du réacteur EPR de
Flamanville, elle présente plusieurs évolutions significatives qui ont une incidence
structurante sur le design et les enjeux de sûreté.
Selon EDF, ces évolutions visent à simplifier et dérisquer la construction de
l?installation, en particulier concernant le génie civil. Elles résultent également d?une
démarche de standardisation et d?arbitrages économiques visant à en réduire les
coûts de fabrication.
Le bâtiment réacteur de l?EPR actuel est protégé par une double enceinte de
confinement, l?enceinte intérieure comprenant un revêtement métallique interne
ayant vocation à tenir à la pression interne en cas d?accident et l?enceinte extérieure
à protéger l?infrastructure contre des agressions externes telles que la chute d?avion.
Pour l?EPR2, EDF a conçu une simple enceinte comprenant un revêtement métallique
interne, qui assure ces deux fonctions. Cette modification constitue une
simplification majeure pour la réalisation du génie civil de l?ensemble. Avec le même
objectif, EDF a supprimé pour l?EPR2 le bâtiment des auxiliaires nucléaires ? les
systèmes qu?il abrite pour l?EPR sont redistribués dans les autres bâtiments ? et
agrandi le bâtiment réacteur, le bâtiment des auxiliaires de sauvegarde et le bâtiment
combustible.
Pour compenser le surcoût lié à l?augmentation des quantitatifs de génie civil
associée, EDF procède également à des simplifications structurelles affectant les
atouts de l?EPR pour la maintenance en marche. L?EPR2 n?offrirait plus la possibilité
de réaliser des opérations de maintenance dans le bâtiment réacteur pendant son
exploitation en puissance (two-room concept de l?EPR). Le quadruplement des
systèmes de sauvegarde, qui permet sur l?EPR d?intervenir pour des opérations de
maintenance les concernant sans arrêter le réacteur, serait abandonné pour un
triplement des systèmes de sauvegarde.
23
Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
En somme, les quantitatifs de génie civil pour l?EPR2 seraient en légère hausse par
rapport à l?EPR, en contrepartie d?un risque moindre sur les opérations de génie civil
en phase de construction. Certaines opérations de maintenance seraient également
simplifiées, mais elles ne pourraient plus se faire qu?à l?arrêt du réacteur. Cela est
susceptible d?allonger les durées d?arrêts de tranche et de réduire la disponibilité
moyenne de l?EPR2 comparativement à l?EPR, tout en réduisant le risque
d?indisponibilité prolongée. Ces évolutions se font en contrepartie d?un cycle
d?exploitation allongé.
Au-delà de ces évolutions, EDF a souhaité reconduire plusieurs autres caractéristiques
structurantes de l?EPR. La puissance électrique nominale serait comprise entre
1650 MW et 1700 MW, similaire à celle des EPR déployés à Taishan. EDF propose par
ailleurs de reconduire l?application de la démarche d?exclusion de rupture au circuit
primaire principal et aux tuyauteries principales du circuit d?évacuation de la vapeur
des circuits secondaires principaux, qui a été retenue pour l?EPR de Flamanville 3.
Cette démarche consiste à ne pas intégrer dans la démonstration de sûreté nucléaire
les conséquences de la rupture d?une tuyauterie dès lors que cette rupture est
rendue extrêmement improbable avec un haut degré de confiance. L?ASN a
confirmé le 15 septembre 2021 qu?elle considérait que le recours à une démarche
d?exclusion de rupture pour les tuyauteries principales des circuits primaire et
secondaires du projet de réacteur EPR2 était acceptable, sous réserve que EDF
démontre que le référentiel d?application de cette disposition permettra de garantir
le respect des engagements de conception, de fabrication et de suivi conditionnant
cette acceptation.
Enfin, l?EPR2 intègrerait également dès sa conception la possibilité de consommer
des combustibles MOx, combustible contenant de l?uranium appauvri issu du
processus d?enrichissement de l?uranium naturel et du plutonium obtenu comme
produit du processus de retraitement des assemblages usés. Tout comme l?EPR,
l?EPR2 serait ainsi compatible avec la poursuite au-delà de l?horizon 2040 de la
stratégie de traitement-recyclage des combustibles nucléaires mise en oeuvre
actuellement en France.
L?audit réalisé en 2019 a permis de confirmer le choix de ces évolutions apportées
par EDF en constatant les points suivants :
i. des progrès dans le concept et le design de l?EPR2 par rapport à l?EPR
contribuant à la sécurisation du projet ;
ii. une amélioration globale par rapport aux projets précédents des modalités de
mise en oeuvre des exigences de sûreté ;
iii. l?effort important d?intégration du retour d?expérience des projets EPR.
2 . Des choix de conception à confirmer et des incertitudes à lever au
fil du projet pour garantir la constructibilité de l?EPR2
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
24
EDF a engagé à partir de 2010 les travaux de remise à plat de la conception de l?EPR
afin d?y intégrer les principaux retours d?expérience du chantier en cours de l?EPR de
Flamanville, aboutissant fin 2017 au basic design d?un réacteur appelé « EPR Nouveau
Modèle ». Les échanges conduits en parallèle avec les autorités de sûreté ont
conduit EDF à revoir certaines caractéristiques structurantes de ce réacteur entre
2017 et 2019, conduisant à la configuration du réacteur EPR2. La conception de
l?EPR2 atteint actuellement le stade de basic design1 et plusieurs étapes de
conception restent à franchir pour disposer d?un produit pouvant être déployé
industriellement en France.
Des choix De conception structurants à confirmer
À l?issue de son premier avis rendu sur l?EPR2 en 20192 l?ASN avait identifié deux
incertitudes de conception qui étaient susceptibles d?avoir une incidence
importante sur l?architecture d?une centrale de réacteurs EPR2 ou, tout du moins,
sur ses coûts et délais de réalisation :
? la définition du cadre d?application du principe d?exclusion de rupture à
certaines tuyauteries des circuits primaire et secondaires et la démonstration
de la capacité d?EDF à le mettre en oeuvre ;
? la démonstration de la tenue de la simple enceinte du bâtiment réacteur à la
chute d?avion.
L?application de la démarche d?exclusion de rupture présente un double enjeu :
l?exploitant doit démontrer les gains en matière de radioprotection et de sûreté
d?appliquer la démarche sur le périmètre considéré ; il doit également prouver que
les conditions de conception et d?exécution du chantier permettront de garantir le
niveau d?exigence associé et que l?exploitant dispose des capacités suffisantes pour
assurer leur déclinaison opérationnelle par EDF et ses prestataires. Le 15 septembre
20213, l?ASN s?est prononcé favorablement sur le recours à la démarche d?exclusion
de rupture pour les tuyauteries principales des circuits primaire et des lignes vapeur
secondaires du réacteur EPR2, compte tenu des éléments de justification apportés
et des évolutions de design proposées par EDF, levant ainsi une incertitude majeure
sur le design EPR2.
EDF devra encore préciser le référentiel d?application envisagé, qui devra permettre
de garantir le haut niveau de qualité de conception, de fabrication et de suivi
adéquat. Ce processus se déroulera en parallèle des efforts initiés par la filière pour
retrouver le plus haut niveau d?excellence opérationnelle et industrielle.
EDF devra également apporter les justifications de sa capacité à assurer la
correcte déclinaison opérationnelle du référentiel de sûreté. Pour l?ASN, le retour
1. Etape intermédiaire dans la conception d?un modèle de réacteur, situé entre les études conceptuelles et les études détaillées.
2. Avis n° 2019-AV-0329 de l?ASN du 16 juillet 2019.
3. Note d?information CODEP-DCN-2021-040400 du 15 septembre 2021.
25
Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
d?expérience du chantier de l?EPR de Flamanville 3 doit encore être complété et les
mesures envisagées par EDF pour renforcer sa maîtrise du chantier devront être
éprouvées quant à leur efficacité. L?ASN se prononcera sur ces deux sujets dans le
cadre de l?instruction de la demande d?autorisation de création d?une installation
nucléaire de base pour la première paire d?EPR2.
La protection contre les chutes d?avions et d?aéronefs sur le bâtiment réacteur est
assurée pour l?EPR par l?enceinte externe. Pour l?EPR2, la simple enceinte, plus
épaisse, a vocation à apporter la double protection contre les agressions externes
et contre les surpressions internes. Ce sujet relevant de la sûreté et de la sécurité4,
l?ASN et le haut fonctionnaire de défense et sécurité du ministère de la transition
écologique prendront position sur la capacité de l?enceinte à jouer ce rôle, et ainsi
définir le référentiel de sûreté et de sécurité adéquat pour qu?EDF puisse finaliser
les mesures de renforcement des bâtiments de la centrale.
Ces deux sujets réglementaires, et plus globalement la plupart des enjeux
règlementaires identifiés par l?ASN, devront être traités dans le cadre de l?instruction
par les autorités de sûreté et de sécurité d?une demande d?autorisation de création
(DAC), qui nécessitera la remise préalable par EDF à l?ASN de son dossier complet
de sûreté nucléaire . D?autres éléments de conception feront également l?objet
d?échanges entre EDF et l?ASN, comme la démonstration des marges de sûreté et
de la manoeuvrabilité du réacteur EPR2 chargé en combustible MOx, la mise en
place d?enceintes géotechniques à la périphérie de l?îlot nucléaire ou les règles
utilisées pour les études de situation accidentelles pour la piscine combustible. Ces
sujets paraissent néanmoins moins déterminants sur les coûts et les calendriers de
construction envisageables.
deS étudeS à réaliSer pour SéCuriSer la ConStruCtibilité de l?epr2
Les études de conception doivent se poursuivre pour traduire les principales
caractéristiques du concept EPR2 en un produit dont la constructibilité dans les
conditions imparties est confirmée. Cela passe par accroître le niveau de granularité
des spécifications architecturales, en lien avec les sous-traitants critiques du projet,
puis par leur traduction dans un découpage contractuel et dans un catalogue
d?équipements standardisé.
EDF estime à plus de 20 millions d?heures d?ingénierie la quantité d?études de
conception restantes pour aboutir au stade de detailed design, dont moins
d?1 million ont été conduites jusqu?à présent. Cette mobilisation importante des
ingénieries d?EDF est nécessaire pour confirmer les choix de conception
mentionnés et les décliner dans une version constructible, c?est-à-dire pouvant
être mise en oeuvre opérationnellement, mais également pour affermir les coûts
de construction et la faisabilité des calendriers de réalisation envisagés par EDF.
4. Par opposition à la sûreté, le champ d?application de la sécurité nucléaire vise les évènements d?origine malveillante.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
26
Ces calendriers, décalés afin de tenir compte de la date de saisine de la Commission
nationale du débat public (CNDP) (cf. infra), comprennent plusieurs séquences
intégrant 12 mois de marges et provisions calendaires :
? d?ici fin 2022, EDF envisage de poursuivre la contractualisation des principaux
lots pour la construction d?éventuels nouveaux réacteurs, étape importante
pour l?affermissement des délais et des calendriers envisageables, et lancera les
premières activités de detailed-design ;
? sur la période 2022-2026, EDF obtiendrait successivement le permis de construire
puis la délivrance du décret d?autorisation, sur la base notamment de l?examen
technique de sûreté et de sécurité nucléaires, étape de validation du concept
de réacteur par les autorités de sûreté et de sécurité nucléaires. Le respect de
cette échéance de 2026 dépend du calendrier effectif de prise de décision et
du processus de consultation et d?autorisation réglementaire ;
? sur la période 2022-2028, EDF réaliserait environ 70 % des études de conception
détaillées, avant d?engager le premier béton d?une première tranche mi-2028,
sous réserve que les travaux d?adaptation du premier site d?implantation aient
pu démarrer dès 2024.
En somme, si la technologie EPR2 était retenue pour un programme de construction
en France, plusieurs étapes jalonnent la confirmation de la robustesse de son coût
et de son calendrier d?exécution : la validation du concept EPR2 par l?obtention
notamment du décret d?autorisation de création au titre de la sûreté nucléaire,
prévue par EDF à l?horizon 2026, puis sa déclinaison opérationnelle à un niveau de
maturité suffisant, prévue par EDF à l?horizon 2028 . À court terme, ce calendrier
dépendra de la conduite effective du processus de consultation et d?autorisation
réglementaire .
27
Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
B. ESTIMATION À DATE DES COÛTS, CALENDRIERS
ET INCERTITUDES POUR LA CONSTRUCTION
D?UNE OU PLUSIEURS PAIRES D?EPR2
EDF a réalisé plusieurs estimations successives des coûts et calendriers de
construction de l?EPR2 depuis 2019, qui ont fait l?objet de deux audits, fin 2019 et mi
2021, commandés par les pouvoirs publics à des cabinets de conseil externes. Sur la
base des éléments fournis par EDF pour la construction de 3 paires d?EPR2,
l?instruction a visé à apprécier le niveau de maturité du chiffrage, à estimer les
incertitudes des coûts et des calendriers de construction affichés et à préciser les
principaux facteurs auxquels ils sont sensibles.
Pour mémoire, les estimations réalisées par EDF portent sur la construction de
3 paires d?EPR2 au rythme de deux tranches successives d?une même paire séparées
de 18 mois et celles de deux paires successives séparées de 4 ans. Selon EDF, les
paires de réacteurs seraient mises en service en 2036-2037, 2039-2040 et 2043-2044,
soit des durées de construction décroissant d?environ 9 ans pour la 1ère des 6 tranches
à 7,5 ans pour la 6e. Avant 2027, EDF mobiliserait son ingénierie comme exposé
précédemment, l?hypothèse retenue par EDF étant une décision d?engagement fin
2022, portant l?ensemble du calendrier de réalisation de la première tranche à
environ 13,5 années (ce calendrier intègre 26,5 mois de marges et provisions
calendaires).
Cette estimation d?EDF d?une première mise en service en septembre 2036 est
fondée sur une hypothèse de saisine de la Commission nationale du débat public
(CDP) en mars 2021 . Le décalage de cette saisine décale les jalons d?autorisations
réglementaires à obtenir préalablement au premier béton et la mise en service
commerciale qui semble devoir dès lors être envisagée à 2037 pour maintenir le
même niveau de marge calendaire dans le scénario médian (26,5 mois de marge par
rapport au chemin critique du projet) .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
28
1 . À l?issue des audits, le processus de chiffrage est jugé complet,
la méthodologie adaptée et les hypothèses sous-jacentes fiables,
mais des incertitudes demeurent . L?expertise des coûts, des risques
et des calendriers de réalisation devra être poursuivie .
L?estimation Du projet à 51,7 mD¤ sembLe être à Date une estimation
robuste D?un scénario méDian, mais Les montants Des provisions fixées
pour une part importante De manière forfaitaire Doivent être affermis.
Selon la dernière estimation à date d?EDF, auditée en 2021, le coût de construction
dit « overnight »5 de 3 paires de réacteurs de type EPR2 s?élèverait dans un scénario
médian à 51,7 Md¤2020, dont 3,8 Md¤2020 pour les études de conception, 17 Md¤2020
pour la construction d?une première paire et 15 Md¤2020 à 16 Md¤2020 pour les
suivantes. Ces 51,7 Md¤2020 se décomposent en :
i. 43,1 Md¤ de coûts hors provisions ;
ii. 6,9 Md¤2020 (environ 16 % du coût hors provisions) de provisions pour incertitudes,
risques, aléas et opportunités, réparties dans le coût des différentes paires avec
une part plus importante sur la première, visant à couvrir les incertitudes sur le
chiffrage et l?éventualité de matérialisation de certains risques et aléas :
? 3,2 Md¤2020 de provisions pour risques et opportunités reposant sur une analyse
des risques probabiliste en P50, c?est-à-dire le montant pour lequel il existe
50 % de probabilité que le montant réellement encouru soit inférieur à ce
dernier (et donc 50 % de probabilité qu?il soit supérieur), et tenant compte des
impacts directs et indirects. À cet égard, le dernier audit mené a confirmé que
le registre des risques identifiés par EDF paraissait exhaustif du point de vue
des risques internes au projet à ce stade de son avancement. Sur ces provisions,
les auditeurs n?ont pas remis en question le montant pris en compte mais ont
indiqué qu?il serait nécessaire d?affiner la méthode et d?adapter le montant
des provisions au fur et à mesure de la contractualisation, dans la mesure où
l?approche retenue par EDF ne permet pas à ce stade de répartition des risques
par fournisseur ;
? 2,5 Md¤2020 de provisions forfaitaires pour aléas sans rationnel technique
détaillé, mais que l?auditeur qualifie de justifiées dans leur principe compte
tenu des aléas du projet ;
? 0,9 Md¤2020 de provisions pour incertitudes de chiffrage construites sur la base
de la méthode AACE jugée pertinente par les auditeurs. Ces derniers ont
5. Les coûts « overnight » correspondent aux coûts de réalisation du chantier en dehors des coûts de financement des dépenses à
engager, qui dépendent davantage du contexte macro-économique et du porteur du projet, et incluent les provisions nucléaires
pour le démantèlement et la gestion à long terme des déchets nucléaires. Ces coûts de financement, qui comptent dans le coût
à terminaison, sont abordés en partie C.
29
Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
indiqué qu?ils considéraient cette fourchette d?incertitudes cohérente avec
celle d?autres grands projets au stade de basic design ;
? 0,3 Md¤20 de provisions forfaitaires afin de couvrir les évolutions techniques
en cours pour définir une nouvelle configuration. Les auditeurs n?ont pas remis
en cause ce principe, mais n?ont pas été en mesure d?apprécier le rationnel
précis du montant.
iii. 1,7 Md¤ de provisions nucléaires pour démantèlement et gestion des déchets à
long terme.
Le chiffrage d?EDF est issu d?un travail de décomposition fine, à la fois des systèmes
composant le réacteur nucléaire et ses bâtiments connexes, ainsi que des tâches à
réaliser en phase de conception puis en phase de construction. La robustesse et la
complétude de cette décomposition reposent sur l?expérience d?EDF dans le
nucléaire, et en particulier ses expériences récentes sur les chantiers EPR de
Flamanville, Taishan et Hinkley Point C. Les estimations quantitatives de chacune
des composantes et leurs incertitudes associées relèvent d?un travail itératif
d?affermissement réalisé par EDF, sur la base d?une expertise interne, de la
formulation des retours d?expérience des chantiers EPR et du parc existant, ainsi
que d?échanges avec les principaux sous-traitants sélectionnés ou pressentis.
S?agissant des provisions, compte tenu de la maturité du projet, une part encore
importante (40 %) reste définie de manière forfaitaire dans une logique de vision
globale et prudente des niveaux de provisions à fixer pour un projet de cette
ampleur. L?audit de 2021 estime à ce titre que : « L?approche forfaitaire d?estimation
des aléas, complémentaire à l?approche quantitative de calcul des provisions pour
risques, est jugée justifiée ».
Les deux prestataires d?audit auxquels l?administration a eu recours ont jugé que la
méthodologie retenue par EDF à ce stade de maturité du projet était adaptée et
ont confirmé la complétude du chiffrage, la robustesse de la méthodologie et la
fiabilité des hypothèses sous-jacentes . En ce qui concerne précisément les coûts du
génie civil et du contrat avec Framatome pour son périmètre (équipement du
circuit primaire de la chaudière et du contrôle commande de sûreté), les auditeurs
ont néanmoins indiqué n?avoir eu qu?une visibilité limitée sur leur chiffrage et
recommandent de mener ultérieurement des analyses complémentaires pour
garantir la qualité de l?évaluation de leur chiffrage .
S?agissant des provisions retenues par EDF, les auditeurs ne remettent pas en cause
le montant global en tant que tel, en soulignant son caractère justifié et prudent à
ce stade de maturité du projet . Leurs remarques soulignent néanmoins la nécessité
de continuer à affermir le montant global de ces provisions au regard (i) des impacts
du processus de contractualisation sur ce montant et (ii) de l?absence de rationnel
approuvé par leur part pour 40 % de ce montant . Il importe que cette proportion
de 40 % soit associée dans les prochains mois à des rationnels quantitatifs, au
regard notamment de l?avancement de la contractualisation, afin que le
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
30
Gouvernement dispose de toutes les garanties, que les incertitudes sous-jacentes
associées, usuelles à ce stade de maturité d?un projet, ont bien été levées .
Les coûts présentés s'inscrivent dans une démarche que les audits et travaux
réalisés ont considérée prudente . Toutefois et si l?estimation du projet à 51,7 Md¤
est à date une estimation robuste d?un scénario médian, la nécessité de poursuivre
la prise en compte du retour d?expérience des autres chantiers d?EPR dans
l?évaluation des quantitatifs et les travaux d?affermissement et de dérisquage du
projet en intégrant les retours issus du detailed design et de la contractualisation
des différents lots (prévue pour fin 2022 pour les lots principaux) est indispensable
pour considérer le chiffrage robuste et stabilisé .
Un nouvel audit du coût, du calendrier et des risques pourrait être mené lorsque
les travaux susmentionnés auront abouti, de sorte que le Gouvernement dispose
de tous les éléments d?appréciation du coût, du calendrier et des risques actualisés
pour envisager une décision ferme d?engagement .
Les coûts explicités ci-dessus (hypothèses médiantes et hautes) sont ceux qui ont
été transmis par l?État à RTE dans le cadre de la consultation publique sur les
« Futur énergétiques 2050 » .
Le chiffrage sur Les paires 2 et 3 reLève D?un processus moins précis
et Devra être affiné avec La concLusion Des principaux contrats
et Des étuDes sur site.
L?estimation des coûts et calendriers des paires 2 et 3 relèvent d?une démarche
différente de celle appliquée pour la phase de développement et la construction
d?une première paire, du fait principalement de l?hypothèse de reconduction du
design entre les différentes paires. À la réserve près mentionnée précédemment sur
les marges pour aléas, les phases de développement et de construction de cette
première paire ont fait l?objet par EDF d?une analyse spécifique et détaillée, y
compris sur l?analyse des risques pouvant se matérialiser et leurs conséquences
possibles sur les coûts et les calendriers. Pour les paires 2 et 3, l?essentiel des coûts,
calendriers, chroniques de charge d?activité et de dépenses, ainsi que l?analyse de
risques affichés repose sur (i) la transposition des coûts de la première paire, (ii) la
prise en compte des effets de dérisquage entre les paires se traduisant par une
baisse des provisions, (iii) la prise en compte forfaitaire des contraintes de site qui
sont différentes selon les paires (augmentant leur coût).
Au global, dans le scénario médian à 51,7 Md¤2020 avec une première paire dont le
coût est estimé à 16,9 Md¤2020, le coût des paires 2 et 3 sont respectivement de
15,8 Md¤2020 (-6,5 % par rapport à la première paire) et de 15,3 Md¤2020 (-9,5 % par
rapport à la première paire).
31
Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
Les hypothèses des coûts futurs pour les paires 2 et 3 devront s?affermir à mesure
de la contractualisation d?EDF avec ses sous-traitants, des conclusions des études
menées sur les sites pressentis et à mesure du dérisquage du projet .
L?évoLution importante Des coûts entre 2019 et 2021, qui n?avait
pas été anticipée Lors Du premier auDit, met en éviDence La voLonté
De sincérité D?évaLuation Des coûts, mais égaLement Les incertituDes
sur Les chiffrages qui restent éLevées. Les travaux D?affermissement Doivent
se poursuivre. Le Dernier auDit a anaLysé ce point et a toutefois attiré
L?attention sur Le fait que Le montant De 2019 ne corresponDait
pas à une offre compLète et n?était De fait pas encore finaLisée.
Entre la fin d?année 2019 (date de remise des conclusions du premier audit
commandé) et mars 2021, EDF a revu le coût de conception et de réalisation de
3 paires d?EPR2 dans son scénario médian à la hausse : de 45,1 Md¤20 à 51,7Md¤2020,
soit +15%. Une partie de cette augmentation est liée à l?ajout de marges forfaitaires
dans une approche prudentielle (cf. supra), mais également à une révision à la hausse
du chiffrage de certains lots (près de 6 Md¤), dont en particulier le génie civil pour
lequel la nouvelle estimation est issue du dialogue compétitif engagé par EDF avec
les génie civilistes. S?ajoutent enfin la révision à la hausse du coût des travaux de
préparation de sites, notamment pour tenir compte des spécificités des paires 2 et
3 qui n?étaient pas intégrées dans l?analyse de 2019 (qui ne portait que sur une
paire), ainsi que les travaux d?affermissement du design réalisés entre temps.
EDF a également procédé à une réallocation de certains coûts d?ingénierie,
auparavant affectés à la phase de construction, et désormais intégrés dans les coûts
de développement du réacteur, renchérissant l?enveloppe des études de conception
de près de 40 % en cohérence avec une vision du programme en série. Le rationnel
d?une telle répartition devra être approfondi en lien avec les effets de série quantifiés
pour un programme de 3 paires.
S?il est attendu que les coûts s?affermissent et puissent augmenter au fil des études,
ces évolutions devraient, par construction, être absorbées pour l?essentiel par les
marges introduites dans les phases précédentes pour tenir compte d?éventuelles
mésestimations des quantitatifs de coûts. Or, bien qu?ayant été reconnu comme
robuste en 2019, le niveau de provisions prévu en 2019 associé au contrat visant le
génie civil était d?un montant inférieur à celui qui a finalement été observé à la suite
du dialogue concurrentiel mené par EDF. Il convient de noter que les réserves et
recommandations des auditeurs en 2021 ont porté sur ce poste de coûts.
Ainsi et sans remettre en cause la robustesse de l?estimation médiane à date de
51,7 Md¤, des incertitudes demeurent en matière de chiffrage, y compris s?agissant
du montant des provisions . Il sera indispensable de poursuivre les études afin
d?affermir l?analyse du coût du programme . Les prochaines années se traduiront
par la signature de contrats par EDF avec ses sous-traitants, ce qui permettra de
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
32
renforcer d?autant la visibilité sur les coûts du programme . Il sera en tout état de
cause également nécessaire de disposer, au moment de la décision ferme
d?engagement du programme, de la vision actualisée des coûts, des risques et du
calendrier du projet .
2 . Les audits ont permis également de quantifier un scénario majoré
pour caractériser des dérives des coûts et de calendrier
Les analyses de risques menées par EDF, auditées par les cabinets externes, ont mis
en évidence ce que pourrait être un scénario « majoré » intégrant une vision
dégradée de la mise en oeuvre du projet, en comparaison avec le scénario central
présenté supra. Ce scénario dégradé se traduirait par :
? une augmentation du coût du programme de 4,6 Md¤2020 par rapport au scénario
central (d?un coût overnight de 51,7 Md¤), portant ainsi les surcoûts à 11,5 Md¤
soit + 27 % par rapport au devis non margé ;
? un report des dates de mises en service par rapport au scénario médian, qui
serait dans ce cas de figure reportées à fin 2038 (contre début 2037 dans le
scénario central), ce qui porterait les marges calendaires à près de 46 mois par
rapport au chemin critique du programme.
3 . L?engagement d?un programme de plusieurs paires permet des
effets de série liés essentiellement à la mutualisation des études
de conception et aux effets de dérisquage
Le dernier audit mené estime que des effets de mutualisation peuvent être attendus
sur le programme EPR2 de différentes natures :
? L?effet « palier », qui permet de mutualiser sur 3 paires des coûts de
développement. Le montant total des gains s?élève à 3,3 Md¤2020 pour l?ensemble
du programme d?après les données EDF, soit 2,2 Mds¤2020 de mutualisation pour
les Paires 2 et 3.
? La stratégie d?achat visant à bénéficier indirectement des effets d?apprentissage
et de productivité des fournisseurs pour la construction et la fabrication
d?équipements. À ce stade, l?offre intègre ainsi des gains de 5 % sur certains
équipements de l?îlot nucléaire et le montage électromécanique, soit 0,3 Md¤2020
pour les paires 2 et 3. D?autres gains sont attendus par EDF au moment de la
signature de contrats pour 3 paires, mais ceux-ci n?ont pas été considérés dans
l?offre examinée.
? Un effet de « dé-risquage », qui permet de faire porter à une tranche tête de
série (TTS) une grande partie des risques du programme de 3 paires. La provision
pour risques et aléas de la paire 1 est ainsi divisée par près de deux pour les
33
Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
paires 2 et 3. Les gains attendus s?élèvent à 1,6 Md¤2020 pour chacune des paires
2 et 3.
? Les opportunités d?ordre technique et de calendrier sur la paire 3. Les gains
associés s?élèvent à 0,4 Md¤2020.
L?audit a fait ressortir des opportunités de mutualisation des coûts liées à un
programme de 3 paires de 6,1 Md¤2020 . Sur ce total, 3,2 Md¤ sont liés à la baisse des
provisions pour risques pour la construction des paires 2 et 3 et 2,2 Md¤ sont liés à
la mutualisation des coûts de conception . Seul 11 % de l?effet de série serait
réellement lié à un effet « groupé » et à des opportunités d?achat . Les effets du
plan Excell ont été estimés comme inclus dans cette enveloppe par les auditeurs,
sans toutefois être identifiables précisément. À noter que les coûts de conception
ne prennent pas en compte les études complémentaires qui pourraient être
demandées en cours de programme pour des raisons de sûreté ou de sécurité. Par
ailleurs, s?agissant des effets de dérisquage, à ce stade, ils ne reposent pas sur une
analyse de risques mais sont appliqués forfaitairement par EDF. Enfin, un engagement
sur palier est de nature à engendrer des risques de surcoûts si un défaut de
fabrication générique est constaté.
S?agissant des effets sur la filière de l?engagement sur un programme de 3 paires, les
auditeurs considèrent que les gains totaux liés aux effets de mutualisation sont
susceptibles d?être supérieurs à ce montant de 6,1 Md¤ . Par ailleurs, ils estiment
qu?un tel engagement dans un programme de 3 paires évitera également des coûts
induits et d?autres impacts sur la filière industrielle dont le chiffrage est difficile
estimer à date .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
34
C. LES SCÉNARIOS QUANTIFIÉS REPOSENT
SUR UN CERTAIN NOMBRE DE SOUS-JACENTS
QUI PRÉSENTENT DES INCERTITUDES .
1 . Les perspectives de date de mise en service d?un premier EPR2
reposent sur un calendrier contraint
Dans sa proposition formulée au Gouvernement au printemps, EDF envisage la
mise en service d?un premier EPR2 en septembre 2036, estimant à 5 ans (60 mois) la
durée de conception entre la décision d?engagement et le premier béton et à
105 mois la durée de construction à partir d?un premier béton réalisé début 2028.
Les audits commandés par les pouvoirs publics ont permis de clarifier les sous-
jacents de ce calendrier, au-delà du recalage de la première mise en service en
2037 :
? La durée prévue pour l?instruction de la demande d?autorisation de création et
le démarrage des travaux sur site (qui est conditionné à la clôture de l?enquête
publique de la DAC) repose sur une forte maitrise des délais de concertation et
d?autorisation réglementaire ;
? Des incertitudes, normales à ce stade du projet, continuent de peser à ce stade
sur la phase de conception au regard de l?effort d?ingénierie restant à produire
pour détailler l?architecture de l?EPR2 et garantir la maturité suffisante des
études dans le calendrier prévu pour le premier béton ;
? S?agissant des délais de construction, si un programme de plusieurs EPR2 était
engagé, la première tranche comporterait des caractéristiques de tête de série
malgré une réplication partielle des projets EPR en cours ou terminés. Une durée
de construction en 105 mois dépendra aussi du résultat des démarches initiées
par la filière sur sa capacité à maîtriser ses grands projets nucléaires. Elle doit
être mise au regard des durées observées pour des projets comparables :
? les constructions des deux EPR à Taïshan ont duré 110 mois et 113 mois, dans un
contexte de constructions nucléaires particulièrement dynamique en Chine
mais d?une tête de série sur les EPR ;
? les derniers réacteurs mis en service en France entre 1996 et 1999 (palier N4) ont
été construits en 153 mois pour le premier (chantier le plus long) et 105 pour le
quatrième (chantier le plus rapide).
2 . Le chiffrage d?EDF intègre certains risques auxquels la filière
nucléaire est exposée, mais pas l?ensemble des surcoûts possibles
EDF a réalisé une analyse de risques comportant une trentaine de macro-risques
caractérisés sur les phases de conception et de réalisation d?une première paire
d?EPR2, pour certains également sur les paires suivantes. Cette analyse couvre
35
Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
plusieurs familles d?évènements, dont ceux qui ont été préjudiciables au chantier
de l?EPR de Flamanville : organisation inadaptée du projet, schéma industriel
défaillant, défaut de ressources humaines, aléas sur le chantier de construction,
difficultés d?intégration au sein de la filière des évolutions de méthode et d?outil
portées par EDF.
Certains risques identifiables ne sont toutefois pas intégrés dans le chiffrage d?EDF,
notamment les aléas suivants, et devront faire l?objet d?un suivi particulier :
? les conséquences de recours juridiques ou de troubles à l?ordre public
perturbant la réalisation des chantiers ou retardant leur enclenchement.
Une année de retard sur une tranche coûterait de l?ordre de 100 M¤ avant
l?enclenchement du chantier puis 600 M¤ en phase de réalisation ;
? les situations où des écarts sur les fabrications ne seraient pas détectés
rapidement mais au bout de plusieurs années. Sur le chantier de l?EPR de
Flamanville, cette situation a conduit à l?immobilisation depuis 2019 du chantier
pour définir et engager des reprises de soudures sur le circuit secondaire
principal et de trois piquages sur le circuit primaire dont les écarts de fabrication
remontent au début de la décennie 2010 ;
? des évènements climatiques et météorologiques très perturbants (inondations,
intempéries, canicules, vagues de froid) ainsi que le risque pandémique,
ou plus généralement de situation de crise systémique, qui peuvent être
particulièrement préjudiciables à un chantier nucléaire en raison du haut niveau
de co-activité sur site ;
? le chiffrage de 51,7Md¤ est valable aux conditions économiques de 2020, c?est-
à-dire dans l?hypothèse notamment où le coût du travail, l?inflation et le coût
des matières premières seraient pendant toute la durée du chantier identiques
ceux de l?année 2020. À ce stade, les éléments mis à disposition n?ont pas permis
d?établir la sensibilité du coût de réalisation d?EPR2 à ces conditions susceptibles
de renchérir le devis dans les prochaines années.
Pour les risques identifiés, EDF suppose que pour les deuxième et troisième paires
de réacteur, les difficultés de nature organisationnelle et industrielle qui se seraient
matérialisées sur le chantier de la première paire seraient en grande partie résolus
sans que cela n?ait d?incidence importante ni sur les coûts ni sur les calendriers de
réalisation des deux paires suivantes. La validité de cette hypothèse n?a pas été
étayée pour le cas où les chantiers des paires successives se dérouleraient en partie
en parallèle.
Dans l?ensemble, les montants considérés pour les effets des risques sur les coûts et
les calendriers repose sur la maîtrise par EDF des fabrications et du pilotage du
chantier et supposent plus largement que tous les écueils observés sur les chantiers
EPR aient été résolus. Ce sujet est détaillé ci-dessous dans le rapport.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
36
D. ESTIMATION DE REVIENT ACTUALISÉ
DE L?ÉLECTRICITÉ PRODUITE PAR DES EPR2
1 . Coûts d?exploitation et facteur de charge des réacteurs EPR2
CoûtS d?exploitation
Les coûts d?exploitation représentent une part importante et relativement
incompressible du coût de revient de l?électricité produite par les EPR2. Ils sont
composés :
? des charges fixes d?exploitation (personnel d?exploitation des réacteurs
notamment) ;
? des investissements de maintenance qui sont nécessaires au remplacement de
certains composants à l?occasion des visites périodiques et des visites
décennales ;
? des coûts de combustible, qui dépendent du taux de fonctionnement des
réacteurs, incluant l?extraction des matières premières, leur conversion en
assemblage combustible puis leur entreposage et recyclage partiel.
? de la fiscalité locale et les redevances nucléaires.
EDF estime qu?en moyenne ces coûts d?exploitation s?élèvent à 600 M¤2020/paire/an,
estimation reposant largement sur le retour d?expérience du parc nucléaire existant.
L?audit commandé par les pouvoirs publics en 2021 a toutefois souligné que cette
valeur n?avait pu être contre-expertisée et recommande ainsi une évaluation
externe ultérieure. À noter que dans son rapport sur les « Futurs énergétiques
2050 », RTE a considéré des coûts plus élevés au titre du principe de prudence.
Par ailleurs, le coût du combustible pris en compte n?intègre pas, à ce stade, les
besoins d?investissement dans le cycle du combustible, notamment à l?usine de La
Hague, pour poursuivre la stratégie de traitement-recyclage au-delà de 2040 en
tenant compte la programmation pluriannuelle de l?énergie.
taux de diSponibilité
Le taux de disponibilité des réacteurs est lié aux arrêts pour rechargement du
combustible, aux arrêts pour maintenance et remplacements de gros composants
et aux aléas et fortuits par définition imprévus qui peuvent nécessiter l?arrêt
temporaire d?un réacteur. EDF estime que ce taux pourrait être compris entre 85 %
et 91 % pour l?EPR2. Il est en moyenne de 80 % sur le parc nucléaire français existant.
Ces meilleures performances seraient apportées par les évolutions de conception
depuis le parc existant, notamment l?électrification de la robinetterie, une meilleure
optimisation des calendriers d?arrêt et surtout un allongement des cycles
d?exploitation. À cet égard, les auditeurs ont conclu que le niveau de 88 % retenu
pour l?EPR2 pouvait paraître ambitieux, mais qu?il semblait fixé à un niveau
37
Coûts, risques,
opportunités
et Calendriers
d?un nouveau modèle
de réaCteur : l?epr2 I.
raisonnable d?après le Groupement par rapport aux gains liés aux évolutions
techniques de l?EPR2 .
À ce stade, le retour d?expérience des EPR de Taishan, seuls EPR mis en service dans
le monde, ne permet pas de conclure quant aux apports effectifs des évolutions de
conception sur la disponibilité moyenne de ces réacteurs, notamment la réduction
du nombre de fortuits.
Le dernier audit a ainsi conclu que la méthodologie déployée par EDF pour estimer
la chronique de disponibilité était standard et robuste . Cependant, le rationnel
des hypothèses retenues n?a pas pu être expertisé et les auditeurs ont recommandé
à EDF de mettre en place une approche par identification de risques et
d?incertitudes afin de mieux gérer les impacts des risques d?exploitation . Cette
approche et les précisions en résultant pourront être intégrés au fil du programme .
À noter que dans un mix électrique présentant une composante nucléaire
significative mais réduite par rapport aux niveaux actuels, les besoins capacitaires
pour assurer la sécurité d?approvisionnement induiront vraisemblablement
davantage de contraintes sur le positionnement des arrêts pour chacun des
nouveaux réacteurs construits par rapport à la situation actuelle pour laquelle la
stratégie d?économie de combustible et de placement des arrêts est lissée sur
56 réacteurs.
appel par le réSeau
L?augmentation de la capacité de production des énergies renouvelables variables
dans le mix électrique français peut conduire à faire évoluer le rôle des réacteurs
nucléaires encore en fonctionnement : d?un rôle de base fixe de production, ceux-ci
pourraient jouer davantage un rôle de puissance pilotable appelée seulement
lorsque les capacités de production renouvelables non pilotables ne couvriraient
pas l?ensemble des besoins électriques. Cet effet dépendra néanmoins des autres
flexibilités déployées et de leurs coûts d?activation. Ce point est traité dans le
rapport de RTE sur le mix électrique à horizon 2050.
2 . Estimation en ordre de grandeur du coût de revient actualisé du
productible des EPR2 et du prix de l?électricité produite
Le calcul du coût de revient actualisé de l?électricité produite6 à partir de la
chronique des coûts de construction, des coûts d?exploitation et du facteur de
charge permet de comparer des investissements différents, notamment en matière
de durée de construction. Cette donnée ne reflète toutefois pas la valeur
6. Levelized Cost of Energy en anglais, abrégé en LCOE.
38
économique des services rendus par un actif au réseau électrique tels que sa
pilotabilité, sa flexibilité ou encore sa disponibilité7.
Le coût actualisé de l?énergie produite par trois paires d?EPR2, à devis et calendriers
de construction respectés, dépend principalement du coût moyen pondéré du
capital investi pour leur construction. À titre illustratif, les auditeurs du dernier audit
ont réalisé une première estimation de ce coût actualisé qui serait :
? de l?ordre de 40 ¤2020/MWh pour un coût du capital de 1 % ;
? de l?ordre de 60 ¤2020/MWh pour un coût du capital de 4 % ;
? de l?ordre de 100 ¤2020/MWh pour un coût du capital de 7 %.
Le coût du capital dépend de la perception du risque associé au projet, de
l?éventuelle régulation qui serait mise en oeuvre et des modalités de soutien
apportés par l?État.
7. Par conséquent, une comparaison des indicateurs de LCOE par technologie de production ne suffit pas à déterminer les options
d?évolution du mix électrique qui seraient les moins coûteuses. Les experts en sont ainsi venus à la conclusion qu?il était nécessaire
d?intégrer l?ensemble des « coûts système » dans l?évaluation économique, en se basant sur une modélisation physique. C?est la
raison pour laquelle RTE, notamment, dans son étude « Futurs énergétiques 2050 » chiffre le coût d?un système électrique complet
(ensemble des moyens de production, de flexibilité, de réseau?) dans différents scénarios.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
39
II.
démonStration
de la CapaCité
induStrielle de
la filière à ConStruire
de nouveaux réaCteurS
nuCléaireS en franCe
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
41
II.
Démonstration
De la capacité
inDustrielle De la filière
à construire De
nouveaux réacteurs
nucléaires en france
Les difficultés rencontrées sur les chantiers des EPR français (Flamanville 3), finlandais
et britannique ont conduit le Gouvernement à vouloir s?assurer de la capacité de la
filière à assumer de nouvelles constructions de réacteurs. Le succès de nouvelles
constructions nécessite que la filière soit en capacité de respecter les délais et les
coûts sur lesquelles elle s?engage, ainsi que les exigences de qualité requises.
Dans cette optique plusieurs actions ont été lancées, notamment au niveau d?EDF
(déploiement du plan Excell au printemps 2020 tenant compte du retour d?expérience
du chantier de Flamanville 3, retour d?expérience audité par ailleurs par l?État) et au
niveau de Framatome (plan Juliette, Excell in quality, plans qualité spécifiques sur les
sites industriels de Framatome). Ces initiatives donnent des premiers résultats qui
doivent désormais être consolidés. De même, l?efficacité de la diffusion des progrès
au sein de la filière doit maintenant être évaluée.
L?adéquation des ressources de la filière avec un programme de construction de
nouveaux réacteurs nucléaires est également déterminante pour la réussite d?un tel
programme. Les études menées depuis 2019 sur le sujet montrent qu?il s?agit d?un
enjeu tant pour EDF que pour les entreprises de la filière.
Cet enjeu pourrait être renforcé par la charge supplémentaire induite par les
éventuels projets à l?export, le programme de jouvence du parc nucléaire existant (le
programme de « grand carénage ») et le projet SMR. La filière nucléaire est également
impliquée dans des projets complexes menés dans d?autres secteurs d?activité, qui
pourraient mettre en concurrence les ressources. Il reste donc à préciser dans quelle
mesure l?engagement d?EDF et du tissu industriel français dans la finalisation de la
conception de l?EPR2 et sa réalisation pourraient interférer avec certaines
opportunités à l?export ou le développement d?autres réacteurs. Cette analyse devra
être menée en tenant compte de la dynamique de l?enjeu de charge qui se décline
différemment dans le temps et entre les segments.
Certains segments sont particulièrement sensibles au risque de tension sur les
compétences disponibles, comme la chaudronnerie, le soudage ou le procédé
nucléaire, et ce d?autant plus au regard de la situation de monopole ou quasi-
monopole de certaines entreprises sur ces segments. Pour prévenir ces risques, il est
nécessaire de donner aux industriels de la visibilité sur le plan de charge afin non
seulement d?éviter un désengagement des entreprises de la filière et un étiolement
des compétences, mais également d?anticiper le dimensionnement des équipes, les
besoins en compétences et la disponibilité de l?outil industriel.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
42
S?agissant plus spécifiquement de la qualité de l?outil industriel, les études menées
par la filière en 2020 montrent des besoins d?investissement à court terme en vue de
répondre aux besoins en matière de capacité et de maîtrise de la qualité des
fabrications. Le soutien octroyé à la filière nucléaire par le plan de relance a visé
justement à répondre à une partie de ces besoins.
Le bilan tiré de ces deux années d?instruction montre que EDF et la filière nucléaire
ont pris la mesure des enjeux liés à l?état de préparation de la filière et ont défini des
plans d?actions ambitieux pour y répondre, qui doivent désormais être complètement
déployés pour confirmer les premiers résultats obtenus. Les travaux doivent se
poursuivre pour accompagner la filière dans sa montée en capacité, qualité et
compétence afin de garantir la maitrise des fabrications au travers de différents
audits externes qui pourront être regroupés lorsque cela est pertinent :
? Suivi des plans d?actions, avec un bilan à dresser par EDF des résultats de la mise
en oeuvre du plan Excell, notamment sur le chantier de Hinkley Point C, les
travaux du « grand carénage » et au niveau des fabrications de Framatome, qui
fera l?objet d?un audit du Gouvernement, et la définition d?indicateurs de suivi de
la performance de ces plans ;
? Réalisation d?un audit indépendant par EDF relatif à la relation acheteur-
fournisseur à la suite de la refonte depuis 2020 de ses modalités d?achat ;
? Réalisation d?un audit visant à confirmer l?état des lieux de préparation de la
filière, en particulier des fournisseurs sensibles, en matière de compétences et de
disponibilité et d?adéquation de l?outil industriel. Cet audit portera également
sur le plan de charge de la filière, en particulier sur les segments sensibles, en vue
d?identifier les points de tension et les arbitrages à rendre en termes de priorités
le cas échéant. Dans ce cadre, l?audit pourra mettre en exergue les conditions du
maintien à un haut niveau de qualité et de disponibilité des entreprises de la
filière indispensable pour la construction de nouveaux réacteurs.
À l?issue de ces travaux, l?analyse des risques du projet menée par EDF pourra être
complétée des éventuels nouveaux éléments ou risques qui n?auraient pas été pris
en compte dans la dernière proposition d?EDF qui a été auditée en 2021.
Le projet de développement initié à la fin des années 1990 avec la fin de la
construction des derniers réacteurs du palier N4 puis de construction (décision
d?engagement prise in fine en 2006) d?un EPR à Flamanville a procédé d?une volonté
de conserver des compétences d?ingénierie et un savoir-faire industriel permettant
de garder ouverte l?option de renouvellement du parc nucléaire à l?horizon 2010-
2015. Depuis, la filière électronucléaire française s?est engagée dans le chantier de
grand carénage sur le parc existant, qui a repoussé dans le temps le besoin de
renouvellement du parc nucléaire, et dans des chantiers d?exportation du réacteur
EPR en Finlande, en Chine et au Royaume-Uni.
43
Démonstration
De la capacité
inDustrielle De la filière
à construire De
nouveaux réacteurs
nucléaires en france II.
Les difficultés rencontrées sur les chantiers finlandais et britannique et les
difficultés du chantier de l?EPR de Flamanville ont conduit le Gouvernement à
vouloir s?assurer de la capacité de la filière française à prendre en charge la
construction de nouveaux réacteurs en France . L?engagement de nouvelles
constructions ne peut en effet s?envisager que si la filière est en capacité de
respecter les délais et les coûts sur lesquels elle s?engage pour de telles
constructions, ainsi que les exigences de qualité requises .
Dans cette optique, plusieurs actions ont été menées . Un retour d?expérience du
projet d?EPR à Flamanville et des autres chantiers EPR engagés par EDF a été
effectué à la suite de la mission mandatée par le Gouvernement fin 2019 puis
analysé lors de l?audit relatif aux coûts de de l?EPR2 . Ce retour d?expérience a été
complété par une commande plus globale du Gouvernement à EDF et à la filière via
le GIFEN d?évaluer l?état actuel de la filière, en mettant en évidence ses forces et
ses faiblesses, de cartographier le niveau de maîtrise des compétences et le savoir-
faire industriel dont elle dispose et de préciser les actions à engager dès 2020 pour
les maintenir ou les renforcer . Les conclusions de ces travaux ont été rendues fin
2019 et courant 2020. En parallèle, EDF a annoncé en décembre 2019 et a lancé au
printemps 2020 un plan d?actions, le plan Excell, destiné à mettre en oeuvre les
conditions nécessaires pour permettre à l?écosystème français de construction et
de maintenance des réacteurs nucléaires de retrouver son niveau de compétences
et de performance. Ce plan bénéficie également aux programmes du parc de
réacteurs nucléaires existant, notamment au Grand Carénage et aux opérations de
maintenance associées.
Les travaux doivent désormais se poursuivre et s?amplifier d?une part pour juger de
l?efficacité du plan Excell et de sa diffusion, y compris dans l?ensemble de la filière,
et d?autre part pour s?assurer de la disponibilité des compétences et des
investissements chez les fournisseurs les plus critiques et de l?adéquation du plan
de charge de la filière notamment avec les projets de construction prévus, y
compris à l?export .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
44
A. EDF A FORMALISÉ SON RETOUR D?EXPÉRIENCE
DU CHANTIER DE FLAMANVILLE 3 ET ENGAGÉ
DES MESURES CORRECTIVES
1 . Le chantier de l?EPR de Flamanville 3 a connu et révélé des
défaillances qui ont fait l?objet d?une analyse et d?un retour
d?expérience
La décision d?engagement de la construction de l?EPR de Flamanville a été prise par
le conseil d?administration d?EDF en 2006 pour un coût de conception et de
réalisation estimé à 3,2 Md¤2005 (3,8 Md¤2015) et une mise en service prévue en 2012,
soit un coût de revient de l?ordre de 43 ¤2005/MWh . Le chantier a connu de nombreux
aléas et difficultés et, début 2022, EDF prévoit un chargement du combustible mi-
2023, pour un coût total à terminaison d?environ 12,7 Md¤2015 . À ce coût de
construction s?ajoutent des coûts complémentaires, notamment 4,2 Md¤ d?intérêts
intercalaires8 selon la Cour des Comptes9, portant le coût global du projet à près de
19 Md¤2015 .
Cet écart est en premier lieu imputable à ce qui peut être considéré a posteriori
comme une estimation erronée des coûts et des délais de construction, bien que
les travaux d?avant-projet sommaire aient démarré dès la décennie 1990. Les
performances de réalisation annoncées en 2006 étaient bien supérieures à celles
obtenues pour les derniers réacteurs du palier N4, alors que l?EPR est un réacteur
intrinsèquement plus complexe à concevoir et à construire.
La réalisation de l?EPR de Flamanville a également connu des défaillances
opérationnelles majeures. Pour les caractériser, EDF a estimé les coûts de réalisation
d?un réacteur jumeau qui n?aurait pas connu les difficultés de Flamanville. Cette
estimation, qui a été revue lors de l?audit réalisé à la demande du Gouvernement
par Jean-Martin Folz, conclut que ce réacteur jumeau coûterait entre 7 Md¤ et
9 Md¤ et serait réalisé en 6 ans . Ce coût s?entend sans effet lié à la construction par
paire et sans aléas .
Ces écarts de coûts et de délais de la réalisation de l?EPR traduisent trois types de
défaillances imputables à EDF qui sont relatifs (i) au manque d?ajustement des
conditions de pilotage et de réalisation du chantier par l?entreprise mises en place
pour pallier le manque de maturité des études et de la préparation du chantier au
moment de la décision d?engagement, qui a pu conduire à (ii) un manque de
dialogue sur le chantier entre EDF et ses prestataires et par ailleurs (iii) à un défaut
de surveillance de la qualité des fabrications par EDF, alors que le choix de recourir
8. Les intérêts intercalaires sont les frais financiers à supporter avant la mise en service de l?actif pour les investissements réalisés
dans sa construction.
9. Cour des Comptes, La filière EPR, 09-07-2020.
45
Démonstration
De la capacité
inDustrielle De la filière
à construire De
nouveaux réacteurs
nucléaires en france II.
au principe d?exclusion de rupture pour certaines tuyauteries requérait que le
maître d?ouvrage et ses fournisseurs garantissent un degré de confiance extrême
quant aux conditions de réalisation des équipements et des soudures.
Les défaillances industrielles de l?EPR de Flamanville proviennent donc
principalement d?un défaut d?organisation au sein d?EDF, d?un niveau de préparation
des études et d?une politique d?achats et de surveillance inadaptés à la complexité
accrue du réacteur EPR (liée à une volonté d?améliorer la prise en compte des
enjeux de sûreté), ainsi que d?un défaut de maîtrise industrielle chez Framatome,
désormais intégrée au Groupe EDF .
Le retour d?expérience ne permet pas de conclure à un manque de maîtrise plus
largement répandu au sein du tissu industriel français, dont l?activité est diversifiée
sur d?autres secteurs industriels .
2 . Le chantier de Flamanville 3 n?est pas encore achevé
Les travaux se poursuivent à Flamanville avec plusieurs chantiers en cours à la suite
de l?identification d?écarts concernant notamment les soudures des tuyauteries
d?évacuation de la vapeur du circuit secondaire principal (prévues pour satisfaire au
référentiel d?exclusion de rupture, pour lesquelles des écarts de réalisation ont été
révélés en 2018) et des tuyauteries de retour en eau du circuit secondaire principal.
Ce sont ainsi près d?une centaine de soudures qui doivent être reprises. À ces
soudures s?ajoute la correction à prévoir d?écarts au référentiel d?exclusion de
rupture pour trois piquages du circuit primaire principal, qui ont été identifiés fin
2020 dans le cadre d?un examen de conformité de ce circuit demandé par l?ASN en
2017. Le 8 octobre 2021, l?ASN a pris position sur la solution envisagée par EDF pour
traiter l?écart de conception concernant trois piquages sur le circuit primaire
principal du réacteur EPR de Flamanville en considérant que la solution proposée
par EDF était acceptable dans son principe. L?ASN a indiqué qu?elle se prononcerait
définitivement lorsqu?EDF aura apporté les éléments complémentaires attendus
concernant la démonstration de l?efficacité du dispositif, les exigences de
conception, de fabrication et d?exploitation applicables aux colliers et la qualité
des soudures d?implantation autour desquelles ces colliers seront montés.
Face à la multiplication de ces difficultés, l?ASN a demandé à EDF de conduire un
travail de fond pour comprendre les causes ayant conduit à ne pas identifier plus
tôt ces écarts sur le circuit primaire principal. Les réponses apportées devront
permettre d?apprécier l?exhaustivité des questions devant être résolues pour mettre
en service l?EPR. À fin 2020, la revue de l?impact du premier confinement sur le
chantier n?a pas amené à modifier les cibles de date du chargement de combustible
et de coût de construction annoncées en octobre 2019, mais a montré que le projet
n?avait de plus de marges en matière de calendrier et de coûts. Les revues projet
réalisées à date en 2021 ont confirmé que le calendrier du projet n?a plus de marges.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
46
3 . Le chantier HPC connaît des difficultés, mais d?une ampleur
moindre que celles rencontrées sur Flamanville 3 .
Le chantier de construction de 2 EPR sur le site d?Hinkley Point C à Bridgwater, qui
bénéficie du retour d?expérience du chantier français, connaît également des
difficultés mais d?une ampleur moindre que celles rencontrées sur Flamanville 3 .
Le coût à terminaison du projet initial de 18,1 Md£2015 en 2016, validé par le conseil
d?administration d?EDF, a connu plusieurs révisions à la hausse pour un devis à
terminaison désormais estimé entre 22 et 23 Md£2015, suite à la revue détaillée du
calendrier et des coûts engagée afin de mesurer les impacts de la pandémie de
Covid 19 en 2020. EDF a par ailleurs communiqué sur un risque de report
supplémentaire de la livraison (COD) des unités 1 et 2 de respectivement 15 et
9 mois.
4 . Plusieurs mesures correctives ont été engagées par EDF et doivent
se diffuser efficacement dans la filière
Pour élaborer sa proposition de développer et de construire des réacteurs EPR2 en
France, EDF a engagé plusieurs actions visant à tenir compte du retour d?expérience
de Flamanville 3 et offrir des garanties sur sa capacité à remplir les fonctions
d?architecte-ensemblier pour de nouveaux chantiers. Ces actions s?inscrivent dans
le cadre plus général du plan « Excell », qui vise à la fois la remontée en compétence
au sein d?EDF et de Framatome ainsi que certaines actions ciblées pour préparer le
tissu industriel français (voir parties B et C).
Ces actions visent les enjeux de mobilisation et de convergence des ingénieries de
conception de l?îlot nucléaire d?EDF et de Framatome, la révision de la stratégie
d?achat d?EDF pour la recentrer autour des compétences et du savoir-faire des
fournisseurs ou encore le renforcement de la surveillance des principaux fournisseurs.
Sur ce dernier point, la commande à Framatome de forgés, anticipée par EDF dès
2021, sera l?occasion de mettre en oeuvre et d?évaluer ces principes sur la qualité des
pièces qui seront produites en 2022 dans l?usine du Creusot. Du point de vue de
l?organisation du projet, les travaux de conception et portant sur le pilotage du
projet l?EPR2 ont intégré différents éléments de retour d?expérience des chantiers
EPR afin de mieux maîtriser sa réalisation.
Enfin, EDF propose une nouvelle organisation de la gouvernance du projet pour
rendre plus robuste le franchissement des jalons successifs dans la conception et
l?exécution sur le chantier. Une direction chargée du contrôle des grands projets a
désormais la responsabilité de s?assurer, à chaque grand jalon, de la maturité du
projet, de valider les objectifs opérationnels et d?approuver les principaux contrats.
Les enjeux de pilotage sont également abordés par la professionnalisation des chefs
de projets au sein d?EDF.
47
Démonstration
De la capacité
inDustrielle De la filière
à construire De
nouveaux réacteurs
nucléaires en france II.
En synthèse, EDF a donc engagé depuis 2018 plusieurs actions visant à tenir compte
du retour d?expérience du chantier de l?EPR de Flamanville ? capacité limitée à
ajuster les conditions de réalisation en cours de chantier, pilotage des fournisseurs
et politique d?achats inefficaces, défaillance industrielle majeure chez Framatome
mettant en cause l?organisation de la surveillance chez EDF .
Ces actions ont été auditées par un cabinet indépendant en 2019, qui a conclu
qu?un effort important d?intégration du retour d?expérience des projets EPR avait
été engagé par EDF pour identifier les enjeux de maîtrise de l?ingénierie,
d?optimisation de la constructibilité, d?amélioration de l?industrialisation, de
sélection et de surveillance des fournisseurs et de pilotage de projet . Le cabinet a
souligné que les facteurs clés de succès du programme EPR2 seraient liés à la
maîtrise de compétences techniques (notamment soudage, conduite de chantier,
contrôle de la réalisation et des fabrications) et de gestion de projet (notamment
pilotage du projet au plus haut niveau par la qualité des réalisations) .
Il convient désormais de suivre la mise en oeuvre de ces actions et d?évaluer leur
efficacité notamment sur le chantier de HPC et pour les opérations de Grand
Carénage . Une attention particulière sera également à porter sur l?ingénierie de
projet mise en place chez EDF pour la gestion des chantiers EPR2 . Il est en effet
essentiel qu?EDF appréhende mieux la gestion des écarts et des risques sur EPR2 en
mettant davantage la qualité de la réalisation au centre de la gouvernance, des
modes de pilotage et des processus de décision (avant la stricte tenue du calendrier) .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
48
B. LE PROJET A DES IMPLICATIONS SUR LES CHARGES
D?ACTIVITÉ DE LA FILIÈRE QU?IL FAUT ANTICIPER
ET MAÎTRISER
La mise en oeuvre par EDF et les autres grands donneurs d?ordre de leurs plans
d?actions (cf. contrat stratégique de la filière nucléaire) ne suffit pas à garantir l?état
de préparation de la filière. Il convient désormais de s?assurer que ces plans peuvent
être et sont déclinés efficacement dans la filière et que cette dernière est prête à
assumer la charge liée à la construction de nouveaux réacteurs, y compris en
prenant en compte les chantiers prévus à l?export . Il est en effet nécessaire de
vérifier que les plannings de construction prévus pourront être tenus du point de
vue de la mobilisation de la filière.
Suite au mandat donné par le Gouvernement à la filière, le GIFEN a évalué l?état
actuel de la filière, en mettant en évidence ses forces et ses faiblesses. Pour mémoire,
la filière compte près de 3 000 entreprises, dont 86 % de petites et moyennes
entreprises. L?étude publiée par la SFEN en avril 2019 avait évalué les risques de
pertes de compétences liées à l?absence de nouvelles constructions : pour 60 % des
entreprises interrogées, elles estimaient qu?en l?absence du lancement de nouvelles
constructions, elles considèreraient un redéploiement de leurs ressources nucléaires
internes sur d?autres secteurs tels que l?industrie pétrolière ou les énergies
renouvelables . L?enquête réalisée par le GIFEN en 2020 a fait ressortir par ailleurs
que pour 80 % des entreprises répondant, le lancement de nouvelles constructions
était vital ou très important à la pérennité de leur activité nucléaire ou de leur
présence dans le secteur nucléaire.
L?état des lieux réalisé fin 2019 dresse un panorama des différents segments
industriels (ingénierie, génie civil, chaudronnerie, etc.) du point de vue de
6 catégories de risques. Cette analyse montre qu?il existe des monopoles ou quasi-
monopoles pour 12 segments industriels sur 16, une capacité industrielle insuffisante
pour 6 segments et des métiers en tension pour 6 segments notamment . Trois
segments sont identifiés comme particulièrement à risques car cumulant plusieurs
facteurs de risques : tuyauterie-soudage, chaudronnerie et process nucléaire
(circuit primaire et échangeurs) .
Ces analyses ont été complétées par une enquête du GIFEN visant à jauger l?état de
préparation pour la construction éventuelle de réacteurs . Cette enquête s?est
appuyée sur la présentation d?un plan de charge potentiel au périmètre « France »
c?est-à-dire incluant un programme de 3 paires d?EPR2 :
49
Démonstration
De la capacité
inDustrielle De la filière
à construire De
nouveaux réacteurs
nucléaires en france II.
Données de charge GDO au périmètre « France » - Source EDF
Les conclusions de cette étude de la filière sur le périmètre « France » montrent les
résultats suivants :
? Suivant le segment considéré, les entreprises sont plus ou moins confiantes
dans leur capacité à assumer la charge de la construction de nouveaux réacteurs.
Sur les segments de la climatisation/ventilation, du contrôle-commande ou des
générateurs par exemple, les entreprises estiment que le risque est modéré
voire inexistant . A contrario, sur les segments de la chaudronnerie/forgés, de
l?électricité/instrumentation, de l?ingénierie, de la logistique, des essais/
contrôles, du process nucléaire, de la radioprotection, de la robinetterie et
surtout de la tuyauterie-soudage, à date, le risque est vu comme élevé (de 30 %
à 75 % des répondants suivant le segment) de ne pas être en mesure d?assumer
la charge liée à la construction de nouveaux réacteurs ;
? Si le besoin de visibilité sur le plan de charge est la principale demande portée
par les industriels dans la mesure où elle est indispensable au déclenchement
des investissements nécessaires, les entreprises interrogées pointent également,
voire essentiellement pour certains segments, les difficultés liées au manque
de salariés et de compétences sur les segments tuyauterie/soudage, essais et
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
50
contrôles, process nucléaire et chaudronnerie/forgés ou à la disponibilité de
l?outil industriel sur les segments des générateurs, de la radioprotection ou du
process nucléaire notamment. Un soutien a ainsi été prévu spécifiquement sur
ce sujet dans le cadre du plan France Relance en parallèle des actions mises en
place par la filière comme la démarche EDEC (engagement de développement
de l?emploi et des compétences) du GIFEN ou la création d?une Université des
métiers du nucléaire ;
? S?agissant plus spécifiquement de la qualité de l?outil industriel, l?étude fait
remonter des besoins d?investissement à court terme sur la filière en vue de
répondre aux besoins en termes de capacité et de maitrise de la qualité des
fabrications en premier lieu . Le soutien octroyé à la filière dans le cadre du plan
de relance devrait permettre de répondre à une partie de ces besoins et il sera
nécessaire de recoller précisément les besoins de la filière avec les projets
soutenus et leur calendrier de mise en oeuvre.
Cette enquête s?est également intéressée à la charge liée à un programme de
construction en France . Le plan de charge présenté n?intégrait ainsi pas les chantiers
EPR à l?export10, ni les éventuels chantiers SMR (charge à partir de l?horizon 2030), ni la
réévaluation du volume de travaux du programme Grand Carénage effectuée à la suite
de l?avis générique de l?ASN sur la poursuite d?exploitation des réacteurs du palier
900 MW, ni les chantiers de démantèlement à mener à l?avenir .
Par ailleurs, une étude a été lancée par le GIFEN afin de mesurer les risques de
tension liés à l?occurrence de grands chantiers présentant des enjeux similaires au
nouveau nucléaire dans d?autres secteurs tels que les transports ferroviaires ou
urbains, les ouvrages d?art, les grandes infrastructures, etc . Cette étude mettra en
évidence les tensions potentielles entre grands projets au moyen de calendriers
prévisionnels de réalisation des principaux projets ou programmes « concurrents »
qui pourront être ultérieurement superposés avec ceux des projets nucléaires. Une
cartographie de tous ces projets sera réalisée pour mettre en évidence la densité
des projets, par région ou par site. La superposition temporelle et géographique
permettra de visualiser globalement les périodes de plus forte tension.
Au regard de ces éléments, il semble essentiel de poursuivre d?une part l?évaluation
de la déclinaison des plans d?actions des grands donneurs d?ordre au sein de la
filière au regard des risques liés à la maitrise des fabrications et d?autre part
d?affiner les risques liés au plan de charge du nouveau nucléaire . Ce plan de charge
devra être établi au pas annuel (en faisant ressortir les charges liées à chaque projet
nucléaire et paire de réacteurs) et segment par segment en se focalisant plus
particulièrement sur les plus problématiques .
10. Ces chantiers représentent une charge de près de 1 500 M¤ annuelle supplémentaire notamment sur les premières années 2020-
2030 pour les chantiers en Grande-Bretagne mais qui n?est pas localisée à ce stade, i.e dont une partie est destinée à être
couverte à l?export également.
51
Démonstration
De la capacité
inDustrielle De la filière
à construire De
nouveaux réacteurs
nucléaires en france II.
C. LES TRAVAUX À ENGAGER POUR ACCOMPAGNER
LA PRÉPARATION DE LA FILIÈRE ET GARANTIR
LA MAITRISE DES FABRICATIONS
1 . S?assurer de l?efficacité des plans d?actions définis par EDF et la
filière et des mesures du plan de relance
Afin de démontrer la remontée en compétence de la filière, EDF, en lien avec le
GIFEN, produira un bilan qui exposera les résultats concrets obtenus au sein de la
filière suite à la mise en place du plan Excell et des autres plans d?actions mis en
place dans la filière. Ces résultats seront présentés pour le chantier de HPC, les
travaux du Grand Carénage, la mise en oeuvre des premières commandes chez
Framatome et chez les sous-traitants de rang 1 de l?entreprise ainsi que les sous-
traitants stratégiques. Ils seront audités par le Gouvernement dans le cadre des
audits prévus au point 2.
Des indicateurs de suivi de la performance des plans et des réalisations au sein de
la filière seront proposés au Gouvernement. Ils feront l?objet d?un suivi tout au long
de la mise en oeuvre des nouvelles constructions potentielles. Certains seront
rendus publics.
Concernant les relations entre EDF et ses fournisseurs, EDF lancera un audit
indépendant lorsque les actions correspondantes du plan Excell auront été
complètement déployées. Cet audit visera à recueillir le point de vue de la filière sur
la nouvelle relation acheteur-fournisseur voulue par l?entreprise et à évaluer les
nouvelles modalités contractuelles mises en place du point de vue notamment des
incitations fournies au fournisseur d?une part et des risques pris en charge par EDF
d?autre part. En lien avec les enjeux de séparation claire entre maîtrise d?ouvrage et
maîtrise d?oeuvre, cet audit visera également à juger de la capacité d?EDF à piloter
efficacement un projet de construction de nouveaux réacteurs.
Enfin, l?État mènera une analyse en vue de croiser les besoins (résiduels)
d?investissements dans la filière et les soutiens apportés en termes de modernisation
et de renforcement des compétences, ces derniers ayant eu vocation à répondre
en particulier à cet enjeu.
2 . Affiner le plan de charge de la filière, y compris au regard des autres
opportunités industrielles
La soutenabilité des plans de charge de la filière pour conduire des grands projets
complexes, y compris hors filière nucléaire, de nature à mobiliser les mêmes
ressources devra être approfondie afin de disposer d?une vision réaliste du planning
de réalisation de nouvelles constructions.
52
Le plan de charge au sein d?entreprises en situation de monopole ou quasi-monopole
en particulier sur des segments en tension, comme Framatome pour laquelle EDF a
anticipé un certain nombre de commandes en vue de la construction de nouveaux
réacteurs, devraient être définis précisément en vue d?assurer la pérennisation et la
poursuite de la montée en qualité et en compétence initiée. La question de l?impact
des technologies envisagées sur la capacité de la filière devrait également être
approfondie.
Enfin, les investissements nécessaires au sein de la filière devraient être quantifiés et
faire l?objet d?un suivi, voire d?un soutien financier conditionné à la priorisation des
commandes liées aux nouvelles constructions, afin de garantir la disponibilité de
l?outil industriel dans les délais compatibles avec les constructions.
Pour procéder à cet état des lieux, le Gouvernement mandatera à partir de
l?automne 2022 des audits sur les différents sujets mentionnés, y compris dans le
point 1, en vue d?émettre des recommandations et des propositions d?arbitrage le
cas échéant.
Par ailleurs, à l?issue de ces analyses, les risques jugés les plus prégnants seront
intégrés dans le devis de base de construction des nouveaux réacteurs.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
53
III.
ConSéquenCeS
d?un renouvellement
du parC Sur le CyCle
du CombuStible
et la geStion
deS déChetS nuCléaireS
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
55
III.
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires
Les déchets qui seraient produits par de nouveaux réacteurs de type EPR2 sont
similaires à ceux déjà produits par le fonctionnement du parc actuel.
Pour les déchets les moins radioactifs, les besoins de stockage d?ores et déjà
identifiés, que ce soit en termes de volume ou de capacités radiologiques et
physico-chimiques, pour accueillir les déchets du parc existant ne sont pas remis en
cause pour une quantité de déchets équivalant au déploiement de six réacteurs
EPR2.
Pour les déchets les plus radioactifs (destinés au stockage géologique profond),
dans l?hypothèse d?un programme de six réacteurs EPR2, il n?est pas identifié à ce
stade d?éléments rédhibitoires à leur accueil dans le centre Cigéo actuellement en
cours de développement pour les déchets du parc existant. La stratégie de
maintenance et de gestion du vieillissement sur le génie civil des ouvrages souterrains
de Cigéo sera néanmoins ajustée en fonction des résultats de la surveillance et
pourra le cas échéant être renforcée ou complétée par des opérations plus lourdes
dans le cas où la durée d?exploitation du centre serait significativement plus longue.
En effet, la prise en compte de ces déchets conduirait à un allongement de la durée
de vie de l?installation, une augmentation de l?emprise du stockage et un impact
radiologique supplémentaire dans des proportions dépendantes de la stratégie de
retraitement retenue. Des études complémentaires seront donc menées afin
d?évaluer plus finement les impacts des stratégies de retraitement possibles sur la
durée de fonctionnement du centre de stockage Cigéo.
Des études seront également menées afin de consolider l?évaluation des coûts liés
spécifiquement à la gestion des déchets issus de la construction de nouveaux
réacteurs
La création de toute nouvelle installation nucléaire, comme un réacteur nucléaire,
est conditionnée à la démonstration que les déchets que cette installation génèrera
seront gérés conformément aux objectifs fixés par le code de l?environnement . Ce
dernier prévoit en particulier que soit recherchée la réduction de la quantité et de
la nocivité des déchets radioactifs notamment par le retraitement des combustibles
usés et le traitement et le conditionnement des déchets radioactifs et qu?après
entreposage, les déchets radioactifs ultimes ne pouvant pour des raisons de sûreté
nucléaire ou de radioprotection être stockés en surface ou en faible profondeur
font l?objet d?un stockage en couche géologique profonde.
Des travaux ont donc été menés par l?Andra, à la demande du gouvernement, afin
d?évaluer si et sous quelles conditions de tels objectifs pourraient être respectés
pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, dans le contexte précisé par
la PPE.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
56
Pour la création de nouveaux réacteurs, des études d?esquisse puis d?avant-projet
seront à prévoir par l?Andra, sur la base de données techniques affinées, afin de
déposer auprès des autorités compétentes les dossiers réglementaires nécessaires
à l?obtention des autorisations de mise en stockage des déchets induits. À cet égard,
il convient de souligner que cette évaluation technique ne préjuge pas des processus
règlementaires et démocratiques requis .
En termes de méthodologie, les évaluations exposées dans ce chapitre ont porté
sur les déchets produits par l?exploitation éventuelle de 6 réacteurs EPR2, déployés
par paires espacées de 4 ans à compter de l?horizon 2035 et exploités durant
60 ans. Il s?est agi d?analyser dans quelle mesure la gestion de ces déchets pouvait
être réalisée avec les installations de gestion de déchets existantes ou en projet,
sans préjuger du fait que d?autres solutions soient privilégiées in fine (création
d?installations dédiées) si la décision de construction s?insérait dans une perspective
de poursuite des nouvelles constructions à plus long terme. Par ailleurs, l?analyse
menée par l?Andra a reposé sur les données transmises par EDF, qui feront l?objet
d?une contre-expertise. Ces données reposent sur une mise à jour des évaluations
prospectives de production de déchets du parc actuel réalisées dans le cadre de
l?édition 2018 de l?Inventaire national11. Cette mise à jour intègre ainsi les conclusions
de la programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE) 2019-2028 : calendrier de
fermeture de centrales, moxage de réacteurs de 1300 MWe et reprise du recyclage
de l?uranium de retraitement (URT).
Enfin, ces analyses restent prospectives dans la mesure où les enjeux de la gestion à
long terme des déchets radioactifs générés par de nouveaux réacteurs sont à mettre
en regard des dates prévisionnelles de mise en stockage des déchets qu?ils
produiraient : production des déchets de démantèlement à la fin du siècle en cours
et stockage géologique des déchets les plus radioactifs à l?horizon du début du
siècle prochain.
11. Cet inventaire est institué par le code de l?environnement. Il est accessible au lien suivant : https://inventaire.andra.fr
https://inventaire.andra.fr
57
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
A. LES TYPOLOGIES DE DÉCHETS PRODUITS
PAR DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES
La nature et les quantités de déchets produits par l?industrie électronucléaire
dépendent pour certains déchets de la stratégie de retraitement mise en oeuvre.
Les stratégies de retraitement du combustible usé12 étudiées dans le cadre de la
présente analyse sont :
? le « multi-recyclage » : stratégie industrielle de référence fixée par la
programmation pluriannuelle de l?énergie, consistant à retraiter la totalité des
combustibles usés quel que soit leur type (donc y compris des combustibles
MOX) et générant ainsi des déchets vitrifiés et des déchets de structure issus du
retraitement ;
? le « mono-recyclage » : stratégie actuellement mise en oeuvre en France et
consistant d?une part à retraiter uniquement les combustibles de type UNE
(Uranium Naturel Enrichi), ce qui génère des déchets vitrifiés et des déchets de
structure issus du retraitement et, d?autre part, à requalifier en déchets les
combustibles usés de type URE (Uranium de Retraitement Enrichi) et MOX ;
? l?« arrêt du recyclage » : stratégie consistant à interrompre le retraitement des
combustibles. Pour la présente analyse qui se focalise sur le périmètre des
nouveaux réacteurs, cet arrêt est considéré concomitant à l?arrêt des derniers
réacteurs chargés en combustibles MOX du parc actuel (exploité en stratégie de
mono-recyclage). Cette stratégie génère des déchets vitrifiés et des déchets de
structure issus du retraitement des combustibles de type UNE avant que le
retraitement ne s?arrête, et des combustibles usés de type UNE, URE et MOX
qualifiés alors de combustibles usés.
Ces différentes stratégies conduisent donc :
? à la production de déchets de haute activité (HA), pouvant être des déchets
vitrifiés (CSD-V) issus du retraitement et/ou des combustibles usés selon les
stratégies de retraitement. Ces déchets doivent être gérés en stockage
géologique profond ;
? à la production de déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) composés
des déchets de structure issus du retraitement des combustibles usés (CSD-C),
des déchets activés et/ou contaminés d?exploitation et de démantèlement des
réacteurs et des autres installations du cycle (composants divers situés au coeur
du réacteur, outillages, équipements métalliques, effluents, etc.). Ces déchets
doivent être gérés en stockage géologique profond ;
? à la nécessité de stocker, pour certaines stratégies impliquant un arrêt ou une
limitation du recyclage, des combustibles usés.
12. Pour plus d?informations, se référer au dossier du maitre d?ouvrage du débat public sur la cinquième édition du PNGMDR
accessible au lien suivant : https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
58
Les analyses menées par l?Andra ont conduit à évaluer les impacts pour ces trois
stratégies afin de donner une vision exhaustive des enjeux liés à la gestion des
déchets de nouveaux réacteurs sans préempter les choix de politique énergétique
qui pourront être décidés .
Par ailleurs, quelle que soit la stratégie de retraitement des combustibles usés, la
construction et l?exploitation de nouveaux réacteurs conduiront à la production de
déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) et de très faible activité
(TFA) issus de l?exploitation et du démantèlement des réacteurs et des autres
installations du cycle (matériels électromécaniques, déchets d?assainissement des
structures, déchets technologiques, terres de remise en état des sites, etc.).
B. L?ÉVALUATION DE L?IMPACT DE LA CONSTRUCTION
DE NOUVEAUX RÉACTEURS SUR LES FILIÈRES DE
GESTION DES DÉCHETS TFA ET FMA-VC
Les déchets FMA-VC sont actuellement stockés au centre de stockage de l?Aube
(CSA) qui dispose d?une autorisation de stockage de 1 000 000 m3 de colis de
déchets. Au 31 décembre 2020, le volume de déchets stockés s?élève à 353 147 m3,
soit 35 % de la capacité autorisée.
Les déchets TFA sont, quant à eux, stockés au centre industriel de regroupement,
d?entreposage et de stockage (Cires), également implanté dans l?Aube, qui dispose
d?une autorisation de stockage de 650 000 m3 de colis de déchets. Une demande
d?augmentation de cette capacité est en cours de préparation et vise à porter celle-
ci aux alentours de 900 000 à 950 000 m3. D?ores et déjà, compte tenu des volumes
de déchets TFA qui seront produits par le démantèlement des installations du parc
existant, le besoin d?un nouveau stockage prenant la suite du CIRES est avéré aux
environs de 2045.
Concernant les impacts éventuels de nouveaux réacteurs, l?Andra les a examinés en
termes de capacités de stockage tant sur le plan volumique que physico-chimique
et radiologique.
1 . Les volumes et caractéristiques des déchets TFA et FMA-VC produits
Les données fournies par EDF montrent que les quantitatifs des déchets FMA-VC et
TFA issus des centrales nucléaires sont indépendants de la stratégie de retraitement
des combustibles usés considérée . Compte tenu des similitudes entre les réacteurs
du parc actuel et les réacteurs EPR2 (réacteurs à eau pressurisée), les ratios de
déchets d?exploitation FMA-VC et TFA produits par réacteur de type EPR2 sont
considérés identiques à ceux des réacteurs du parc actuel. Leurs caractéristiques
59
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
physico-chimiques sont également, en première approche, les mêmes que celles
des déchets produits par le parc actuel.
Les volumes estimés de déchets radioactifs FMA-VC et TFA conditionnés qui
seraient produits sur l?ensemble du cycle de vie de 6 réacteurs EPR2, en considérant
60 ans d?exploitation, sont présentés ci-dessous .
Catégorie FMA-VC TFA
Exploitation 40 200 m3 23 400 m3
Démantèlement 58 200 m3 96 000 m3
Total 98 400 m3 120 000 m3
-
500 000
1000 000
1500 000
2000 000
2500 000
3000 000
TFA FMA VCV
ol
um
e
de
d
éc
he
ts
e
n
m
3
Volume à terminaison du parc existant 6 EPR2
2 . L?impact sur les stockages
leS CapaCitéS radiologiqueS et phySiCo-ChimiqueS
Les caractéristiques radiologiques et physico-chimiques des déchets sont
identiques à celles du parc actuel quel que soit le scénario retenu . En conséquence,
il est fait l?hypothèse que les colis de déchets produits respecteront les mêmes
spécifications d?acceptation des colis qu?aujourd?hui pour qu?ils soient acceptés et
pris en charge sur chaque centre. Aussi, sur cet aspect, le déploiement de 6 réacteurs
supplémentaires n?induit pas de nouvelle problématique . Par ailleurs, des besoins
d?augmentation de capacité radiologique pour certains radionucléides ont d?ores
et déjà été identifiés pour l?accueil des déchets du parc actuel et ne sont pas remis
en cause par le déploiement de 6 réacteurs supplémentaires .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
60
leS CapaCitéS volumiqueS
Pour apprécier l?impact sur les capacités de stockage en termes de volume, une
chronologie des volumes livrés et des volumes stockés associés a été bâtie au global
pour chaque centre de stockage en utilisant les données fournies par EDF (actualisées
à fin 2020 et complétées par des livraisons prévisionnelles des autres producteurs)
et les ratios « livrés / stockés » établis sur la base du retour d?expérience.
Pour ce qui concerne les déchets TFA, les volumes supplémentaires générés par le
déploiement des 6 réacteurs EPR2 resteraient relativement faibles au regard des
volumes prévus jusqu?aux années 2100 et pourraient être absorbés dans le cadre de
l?exploitation du Cires, puis du futur centre de stockage TFA déjà inscrit dans la
politique du gouvernement (cf. PNGMDR 2021-2025). En outre, ce faible surplus
n?avancerait que de quelques mois (3 à 4) l?atteinte de la capacité autorisée prévue
(vers 2045) du Cires et n?aurait donc pas d?impact sur les plannings à venir.
Concernant les déchets FMA-VC, on constate que les chroniques de livraison
restent peu ou prou du même ordre de grandeur avec la prise en compte de
nouveaux réacteurs. Sur ces bases, l?atteinte de la capacité autorisée du CSA
interviendrait aux alentours de 2060, échéance peu différente de celle envisagée
aujourd?hui sur le périmètre du parc actuel et avec un écart d?environ 12 mois entre
les deux scénarios.
61
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
C. L?ÉVALUATION DE L?IMPACT DE LA CONSTRUCTION
DE NOUVEAUX RÉACTEURS SUR LA FILIÈRE DE
GESTION DES DÉCHETS DE HAUTE ACTIVITÉ (HA) ET
DE MOYENNE ACTIVITÉ À VIE LONGUE (MA-VL)
La solution actuellement mise en oeuvre pour la gestion des déchets de haute
activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL) est le stockage géologique
profond, avec le projet Cigéo . Le dossier de demande d?autorisation de création
(DAC) de ce centre de stockage est en cours d?élaboration par l?Andra pour un
dépôt en 2022. Il prévoit le début de la mise en stockage des déchets MA-VL à
l?horizon 2035 et celui des déchets HA à l?horizon 2080.
Tel que prévu par le code de l?environnement (article D.542-90), l?Andra demandera
l?autorisation de création de Cigéo pour le stockage des déchets HA et MA-VL en
s?appuyant sur une conception initiale basée sur un inventaire de référence et
présentera dans le dossier les études d?adaptabilité relatives au stockage d?un
inventaire de réserve13. Ainsi, la conception de référence de Cigéo présente la
capacité de pouvoir évoluer afin de prendre en compte les évolutions de la politique
énergétique nationale, en particulier en termes d?inventaire de déchets à stocker .
L?inventaire de référence défini par l?Andra correspond à la production des déchets
issus du fonctionnement et du démantèlement des installations nucléaires en
exploitation (parc actuel) ou disposant à ce jour d?une autorisation de création
(essentiellement EPR de Flamanville 3, réacteur de recherche Jules Horowitz et
installation de recherche ITER), dans un scénario de poursuite de la production
électronucléaire avec une hypothèse de durée de fonctionnement moyenne des
installations électronucléaires en service de 50 ans, et de retraitement de la totalité
des combustibles usés produits par ces installations (stratégie de multi-recyclage à
terme telle que prévue par la PPE 2019-2028).
L?Andra a également retenu à date un inventaire de réserve qui vise à couvrir, entre
autres, différentes stratégies de retraitement avec d?une part le maintien d?une
stratégie de mono-recyclage telle que mise en oeuvre actuellement et d?autre part
une stratégie d?arrêt du recyclage, ainsi que l?impact de l?allongement de la durée
de fonctionnement d?environ 10 ans des réacteurs électronucléaires en service par
rapport à celle de 50 ans prise en compte pour établir l?inventaire de référence.
L?Andra réalise des études d?adaptabilité de Cigéo au stockage de cet inventaire de
réserve. Ces études incluent notamment la prise en compte des combustibles usés
et les éléments permettant de répondre aux articles R. 593-14 à R. 593-19 du code
de l?environnement qui demandent explicitement la prise en compte dans le dossier
de demande d?autorisation de création de la réversibilité du stockage.
13. Pour plus d?informations, se référer au dossier du maitre d?ouvrage du débat public sur la cinquième édition du PNGMDR
accessible au lien suivant : https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
62
3 . Les déchets HA et MA-VL produits par 6 réacteurs EPR2
De façon similaire au parc de réacteurs électronucléaires actuel, l?exploitation de
6 réacteurs EPR2 et le fonctionnement des installations du cycle génèreraient des
déchets MA-VL, ainsi que des déchets HA et/ou des combustibles usés selon les
stratégies de recyclage retenues (cf. partie A).
Il est considéré que l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 génèrerait des déchets de
catégorie MA-VL de caractéristiques géométriques, physico-chimiques, radiolo-
giques et thermiques identiques à celles des déchets MA-VL générés par le parc
actuel et étudiés dans le cadre du dossier de DAC du centre de stockage Cigéo . Les
volumes de déchets MA-VL produits par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 varient
en fonction de la stratégie de retraitement du combustible considérée et sont pré-
sentés dans le tableau suivant :
Types de déchets MA-VL
Volumes estimés de déchets produits
par l?exploitation de 6 EPR2
Multi-
recyclage
Mono-
recyclage
Arrêt du
recyclage
CSD-C 1 273 m3 710 m3 0 m3
Déchets activés et/ou
contaminés d?exploitation
et de démantèlement des
réacteurs EPR2 et des autres
installations du cycle14
2 678 m3 3 219 m3 2 574 m3
Total 3 951 m3 3 929 m3 2 574 m3
À titre de comparaison, l?évaluation prospective du volume de déchets MA-VL
généré par les installations nucléaires existantes ou arrêtées et par le parc actuel de
réacteurs pour une durée de fonctionnement de 50 ans associé au scénario de
multi-recyclage des combustibles usés de l?édition 2018 de l?Inventaire National est
d?environ 73 000 m3 : tous scénarios confondus, le volume de déchets MA-VL
produits par 6 EPR2 représenterait au plus de l?ordre de 5 % de ce volume .
L?inventaire des déchets associé au scénario de multi-recyclage sera réactualisé lors
de la prochaine édition de l?Inventaire National en 2023 notamment afin de prendre
en compte les évolutions de la PPE.
Les déchets vitrifiés HA qui seraient produits par 6 EPR2 auront les mêmes
caractéristiques géométriques et chimiques que ceux étudiés dans le cadre du
dossier de DAC de l?INB du centre de stockage Cigéo et présentent des
caractéristiques radiologiques et thermiques comparables . Les volumes de déchets
14. Il est supposé que la construction de 6 réacteurs EPR2 n?impliqueront pas de mise en service par ailleurs de nouvelles unités sur
le reste du cycle du combustible et ne génèreront donc pas de déchets de démantèlement supplémentaires.
63
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
vitrifiés HA produits par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 sont donnés dans le
tableau ci-après en fonction des différentes stratégies de retraitement du
combustible :
Types de
déchets HA
Volumes estimés de déchets produits
par l?exploitation de 6 EPR2
Multi-recyclage Mono-recyclage Arrêt du recyclage
CSD-V 1 872 m3 971 m3 0 m3
À titre de comparaison, l?évaluation prospective du volume de déchets HA généré
par le parc actuel pour une durée de fonctionnement de 50 ans des installations
associé au scénario de multi-recyclage des combustibles usés de l?édition 2018 de
l?Inventaire national est de près de 10 000 m3 : le volume de déchets HA issus de
l?exploitation de 6 EPR2 représenterait près de 20 % de ce volume dans le scénario
de multi-recyclage et de 10 % dans le scénario de mono-recyclage .
-
10 000
20 000
30 000
40 000
50 000
60 000
70 000
80 000
MA-VL HA
V
ol
um
e
de
d
éc
he
ts
e
n
m
3
Scénario multi-recyclage
6 EPR2
Volume à terminaison
du parc existant
Les volumes de combustibles usés produits par 6 réacteurs EPR2 et pouvant être
requalifiés en déchets dans le cadre des stratégies d?arrêt du recyclage et de mono-
recyclage15 sont donnés dans le tableau suivant :
Types de
combustibles
Nombres estimés d?assemblages combustibles produits
par 6 réacteurs EPR2 pouvant être requalifiés en déchets
Mono-recyclage Arrêt du recyclage
UNE Sans objet 18 720
URE 5 295 1 358
MOX 3 712 0
Total 9 007 20 078
15. Aucun combustible n?est requalifié en déchet dans le cadre de la stratégie de « Multi-recyclage ».
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
64
À titre de comparaison, l?inventaire de réserve de Cigéo comprend près de 58 000
assemblages combustibles dans le scénario de l?Inventaire national de 2018 de non
renouvellement du parc électronucléaire et d?arrêt du retraitement.
-
10 000
20 000
30 000
40 000
50 000
60 000
70 000
80 000
90 000
Mono-recyclage Arrêt du retraitement
N
b
d'
as
se
m
bl
ag
es
d
e
C
U
6 EPR2
Nb d'assemblages à
terminaison du parc
existant
La majorité de ces combustibles est identique à ceux pris en compte dans les
études d?adaptabilité de Cigéo (inventaire de réserve) . Seules quelques typologies
présentent des caractéristiques légèrement différentes, qui engendrent une
activité totale et une puissance thermique un peu plus élevées mais restant dans
les mêmes ordres de grandeur que celles prises en compte dans les études
d?adaptabilité de Cigéo .
4 . L?impact sur le centre de stockage Cigéo des déchets HA et MA-VL
produits par 6 réacteurs EPR2
L?impact de la construction de nouveaux réacteurs sur Cigéo a été évalué, lorsque
possible, en extrapolant les études menées lors de l?élaboration du dossier de DAC
de Cigéo. Toutefois, des études spécifiques ont été également menées pour
identifier l?impact des déchets dont certaines caractéristiques ne sont pas couvertes
par les études déjà réalisées. L?évaluation menée par l?Andra porte sur les bâtiments
de surface de l?installation, les équipements de transfert, et l?installation souterraine
du centre de stockage Cigéo.
l?impaCt Sur la ConCeption du Centre de StoCkage Cigéo
Compte tenu de leur similitude avec les colis déjà prévus dans la conception de
Cigéo, les colis de déchets MA-VL produits par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2
ne sont pas de nature à remettre en cause les principes de conception de Cigéo .
Ainsi, seuls les impacts directement liés au nombre de colis et à leur chronique de
65
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
réception ont été évalués : nombre d?alvéoles, adaptations de flux et impacts liés à
la durée d?exploitation. Les conclusions sont présentées ci-dessous.
Si les caractéristiques géométriques des colis de déchets HA et des combustibles
usés sont couvertes par celles des colis des inventaires de référence et de réserve déjà
étudiés dans le cadre de l?élaboration du dossier de DAC de Cigéo et ne nécessitent
à ce titre aucune adaptation dimensionnelle de Cigéo, certains colis de déchets ont
des inventaires radiologiques et des caractéristiques thermiques qui ne sont pas
couverts par les études menées précédemment. C?est le cas notamment pour les
combustibles ayant des taux d?enrichissement plus importants que ceux déjà étudiés.
Globalement, les études menées sur les déchets HA générés par 6 réacteurs EPR2
ne conduisent pas, à ce stade, à l?identification d?impacts majeurs sur les principes
de conception des bâtiments de surface, des équipements de transfert et de
l?installation souterraine . Toutefois, la durée de décroissance de la puissance
résiduelle en entreposage des combustibles usés les plus exothermiques16 devrait
être prolongée de 20 ans par rapport à celle des combustibles usés les plus
exothermiques étudiés dans le cadre du projet Cigéo, et ce afin de respecter les
critères de préservation de la roche de stockage (critère de température et critère
de rupture thermo-hydromécanique) .
La prise en compte des déchets HA et des combustibles usés générés par 6 réacteurs
EPR2 a un impact à la hausse sur l?emprise des ouvrages souterrains et en particulier
du quartier de stockage HA . Cela est dû d?une part à la thermicité des combustibles
usés et d?autre part à l?augmentation du nombre de colis de déchets HA à stocker.
Cette augmentation varie selon les stratégies de recyclage considérées et se situe
entre 20 % et 40 % par rapport au stockage de l?inventaire des déchets du parc
actuel mis à jour en 2021 par EDF .
Si cette augmentation ne présente pas de sujet rédhibitoire identifié à ce stade,
au-delà de l?impact direct sur les coûts, l?emprise augmentée peut avoir des impacts
notamment sur la conception du stockage (sans en remettre en cause les grands
principes comme indiqué précédemment) ou sur l?allongement de la durée de
fonctionnement de Cigéo, sujet plus général développé ci-dessous.
En effet, une augmentation significative de l?emprise peut conduire à revoir le
dimensionnement de certains équipements : c?est par exemple le cas pour la
ventilation dont le dimensionnement est fortement impacté par la longueur des
galeries à ventiler.
16. Combustibles usés MOx avec un taux d?enrichissement de 9 % ou 9,54 % en Pu.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
66
l?impaCt Sur la date d?arrivée deS dernierS ColiS
danS le Centre de StoCkage Cigéo
Les chroniques de production et d?expédition des déchets considérées, ainsi que
les besoins de durées supplémentaires de décroissance de puissance résiduelle
pour les colis les plus exothermiques conduisent à un allongement de la phase de
fonctionnement de Cigéo .
Des adaptations du flux de réception des colis actuellement retenu pourraient être
mises en oeuvre sur certaines périodes pour compenser cet allongement, mais
celles-ci ne seront pas de nature à compenser intégralement les augmentations des
durées nécessaires au stockage des colis. Par ailleurs, l?augmentation de l?emprise
aura des impacts sur la durée de construction de Cigéo, pouvant aussi impacter la
durée globale de fonctionnement.
Le stockage des déchets issus de 6 EPR2 conduirait ainsi à décaler la date d?arrivée
du dernier colis actuellement retenue dans les études d?adaptabilité (horizon 2155)
à une date ultérieure. Ce report peut atteindre plusieurs dizaines d?années et les
scénarios étudiés montrent qu?il dépend de la stratégie de recyclage mise en oeuvre
dans les décennies à venir.
Un allongement de la durée de fonctionnement a des impacts sur les ouvrages de
surface, sur les ouvrages souterrains ainsi que sur les équipements .
En ce qui concerne les équipements, des jouvences sont déjà prévues pour le
stockage de l?inventaire de référence et pourraient donc être opérées de façon
similaire pour le stockage des déchets générés par 6 réacteurs EPR2 .
En ce qui concerne le génie civil, des dispositions de surveillance prévues dès la
construction devront être mises en place pour permettre d?analyser le besoin ou
non de jouvences plus ou moins lourdes . La stratégie de maintenance et de gestion
du vieillissement sur le génie civil des ouvrages souterrains de Cigéo sera ajustée en
fonction des résultats de la surveillance et pourra le cas échéant être renforcée ou
complétée par des opérations plus lourdes dans le cas où la durée d?exploitation
du centre serait significativement allongée . Des études complémentaires seront
donc menées afin d?évaluer plus finement les impacts des stratégies de retraitement
possibles sur la durée de fonctionnement du centre de stockage Cigéo .
l?impaCt Sur leS évaluationS de Sûreté en exploitation
L?Andra a évalué les dispositions de protection retenues dans la démonstration de
sûreté en exploitation du centre de stockage Cigéo pour le stockage des déchets
générés par 6 réacteurs EPR2.
L?évaluation réalisée par l?Andra permet de montrer que les dispositions valorisées
dans la démonstration de sûreté du centre de stockage Cigéo au stade du dossier
de DAC, ainsi que le dimensionnement de ces dispositions, permettent de répondre
aux exigences réglementaires et de respecter les objectifs de protection de l?Andra
vis-à-vis des travailleurs, du public et de l?environnement qui seraient applicables
pour le stockage de colis de déchets issus de 6 EPR2.
67
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
l?impaCt Sur leS évaluationS de Sûreté en aprèS-fermeture à long terme
L?Andra a analysé les conséquences de la prise en compte du stockage des déchets
générés par l?ajout de 6 réacteurs EPR2 au parc actuel sur les évaluations de sûreté
après fermeture du centre de stockage Cigéo réalisées dans le cas du stockage de
l?inventaire de référence et de réserve . Cette analyse considère les trois stratégies
de retraitement du combustible usé (multi-recyclage, mono-recyclage et arrêt du
recyclage).
L?analyse réalisée a visé à s?assurer que les modalités actuelles de maîtrise des risques
ne sont pas affectées par la prise en compte des déchets générés par l?ajout de
6 réacteurs EPR2. Ainsi, de par des caractéristiques physico-chimiques, radiologiques
et thermiques similaires avec les inventaires déjà étudiés dans le cas des évaluations
de sûreté actuelles (inventaire de référence et inventaire de réserve), l?analyse
préliminaire montre que les scénarios retenus et leurs définitions ne sont pas remis
en cause par la prise en compte de ces déchets . De même, le risque de criticité en
alvéole qui pourrait affecter les caractéristiques favorables du Callovo-Oxfordien
est écarté pour tous les combustibles usés issus de réacteurs EPR2 .
Les évaluations des différents scénarios de sûreté retenus caractérisent et quantifient
le comportement des radionucléides dans les différents composants du stockage
ainsi que leur migration éventuelle, depuis les déchets et colis jusqu?à la biosphère,
selon les hypothèses considérées pour chaque scénario. Les caractéristiques des
colis de déchets générés par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 étant très similaires
à celles des colis de déchets des inventaires actuellement prévus dans Cigéo, les
mécanismes physico-chimiques pilotant le relâchement et le transfert en solution
des radionucléides dans les compartiments du stockage (colis, alvéole, milieu
géologique) sont identiques. Par conséquent, les impacts radiologiques associés au
stockage des colis de déchets générés par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 sont
directement liés à leurs inventaires en radionucléides Chlore 36, Iode 129 et
Sélénium 79 qui, du fait de leur mobilité et de leur vie longue, sont les 3 radionucléides
qui contribuent majoritairement à l?impact radiologique.
L?ajout de 6 réacteurs EPR2 au parc actuel conduit ainsi à une augmentation des
inventaires en radionucléides mobiles à vie longue stockés après fermeture dans le
centre de stockage Cigéo de l?ordre de 12 % pour le Chlore 36, et 17 % pour le
Sélénium 79 pour les trois stratégies de retraitement et d?au maximum de 45 %
pour l?Iode 129 pour les stratégies de mono-recyclage et d?arrêt du recyclage.
Les impacts radiologiques en après fermeture d?un stockage prenant en compte ces
augmentations d?inventaire resteraient donc du même ordre de grandeur que ceux
pour le stockage des déchets de l?inventaire de référence ou ceux de l?inventaire de
réserve. La prise en compte dans le stockage des déchets de 6 EPR2 ne remet donc
pas en question les modalités actuelles de maîtrise des risques .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
69
IV.
pourSuite
deS travaux
d?inStruCtion
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
71
IV.
Poursuite
des travaux
d?instruction
Le présent rapport répond à la demande de la PPE d?exposer les réflexions du
Gouvernement quant aux conditions techniques et économiques d?une éventuelle
décision future de construction de nouveaux réacteurs nucléaires.
Il s?agit d?un rapport d?étape, les travaux devant se poursuivre pour affiner les
modalités de mise en oeuvre d?un programme de construction de nouveaux
réacteurs Les axes de travail ou de suivi identifiés sont les suivant.
LEVER LES DERNIERS SUJETS MAJEURS DE SÛRETÉ
DU MODÈLE EPR2 ET S?ASSURER DE LA ROBUSTESSE
DU DEVIS DE BASE ET DES CALENDRIERS DE
RÉALISATION
Comme évoqué au chapitre 1 de la partie 2, les efforts de conception du modèle
EPR2 sont aujourd?hui à un stade dit de « basic design ». Grâce au dépôt anticipé du
rapport préliminaire de sûreté au premier trimestre 2021, les discussions avec
l?autorité de sûreté ont pu se poursuivre au-delà de l?avis rendu sur le dossier
d?option de sûreté. Des discussions sont également en cours avec le Haut
Fonctionnaire de Défense et de Sécurité du Ministère de la Transition Ecologique,
en charge de la sécurité nucléaire.
Compte-tenu de leur caractère structurant sur la faisabilité et la performance
économique de la technologie EPR2, l?instruction des sujets encore ouverts en
sûreté et sécurité doit être finalisée . Dans son avis rendu le 15 septembre 2021,
l?ASN considère notamment que le recours à une démarche d?exclusion de rupture
est acceptable au regard des évolutions apportées par EDF en matière de
conception, de fabrication et d?organisation mais doit maintenant être instruite sur
le fond au regard des compléments devant être apportés par EDF sur les exigences
de conception et de fabrication des équipements concernés.
Par ailleurs, si les méthodes de chiffrage retenues par EDF et les niveaux de coûts et
de provisions sont jugées adaptées et robustes à ce stade, et que l?analyse des risques
est actuellement jugée pertinente et complète par le dernier audit au regard de la
maturité du projet, ces éléments devront continuer d?être affinés d?ici à un
déploiement effectif du programme, notamment pour tenir compte des incertitudes
résiduelles pointées au Chapitre 1, et feront, à ce moment-là, l?objet d?un nouvel
audit.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
72
POURSUIVRE LE SUIVI DE LA FILIÈRE DANS SA MONTÉE
EN CAPACITÉ EN TIRANT UN BILAN DE LA MISE EN
OEUVRE DES PLANS D?ACTIONS INITIÉS ET EN LEVANT
LES INCERTITUDES LIÉES À SON ÉTAT DE PRÉPARATION
Le travail de réflexion sur les conditions d?un programme nouveau nucléaire mené
par le Gouvernement, mais également les demandes formulées par ce dernier à
EDF dans le contexte des difficultés rencontrées dans la finalisation du chantier de
Flamanville 3 et le début de celui d?Hinkley Point C, ont conduit à une très forte
mobilisation au sein de la filière pour déployer, tant au niveau des grands donneurs
d?ordre que des sous-traitants les actions nécessaires à une remontée en compétence
des hommes et des organisations. Les démarches et plans d?action établis et mis en
oeuvre sont décrits au chapitre 2. Il convient désormais de poursuivre ces démarches,
de les amplifier et de mesurer l?efficacité de la diffusion des progrès au sein de la
filière.
Par ailleurs, l?adéquation des ressources de la filière avec un programme de
construction de nouveaux réacteurs nucléaires est également déterminante pour la
réussite d?un tel programme. L?instruction a montré que certains segments étaient
sensibles à cette disponibilité des compétences et des outils industriels, avec de
possibles enjeux d?arbitrages entre différentes opportunités pour la filière nucléaire.
Au regard de ces éléments, les travaux doivent se poursuivre pour accompagner la
filière dans sa montée en capacité, qualité et compétence et pour garantir la
maitrise de la gestion du projet et des fabrications :
Bilan à dresser par EDF des résultats de la mise en oeuvre du plan Excell notamment
sur le chantier de HPC, les travaux du Grand Carénage et au niveau des fabrications
de Framatome, qui fera l?objet d?un audit externe du Gouvernement en 2022 afin
de constater les gains opérés et proposer des voies d?optimisation de la
transformation initiée ;
Définition d?indicateurs de suivi de la performance des plans d?actions mis en
oeuvre au sein de la filière, qui seront suivis tout au long de la construction potentielle
de nouveaux réacteurs ;
Réalisation d?un audit externe en 2022 par EDF relatif à la relation acheteur-
fournisseur à la suite de la refonte depuis 2020 des modalités d?achat au sein d?EDF,
pour optimiser les bonnes pratiques en vigueur ;
Réalisation d?un audit externe en 2022 visant à mesurer l?état des lieux de préparation
de la filière, en particulier des fournisseurs sensibles, en termes de compétences et
de disponibilité et d?adéquation de l?outil industriel et surtout formuler des
recommandations pour optimiser la préparation de la filière. Cet audit portera
également sur le plan de charge de la filière, en particulier sur les segments sensibles,
en vue d?identifier les pics et ceux de charge et les arbitrages à rendre en termes de
73
Poursuite
des travaux
d?instruction IV.
priorités le cas échéant. Dans ce cadre, l?audit pourra mettre en exergue les
conditions du maintien à un haut niveau de qualité et de disponibilité des entreprises
de la filière indispensable pour la construction de nouveaux réacteurs
Ces travaux apporteront un diagnostic complet de l?état de préparation de la filière
à assumer les défis d?un programme de construction de nouveaux réacteurs
nucléaires . À l?issue de ces analyses, les nouveaux risques identifiés et jugés comme
les plus prégnants pourront être pris en compte dans les hypothèses de chiffrage
du coût et de calendrier de construction de nouveaux réacteurs.
POURSUIVRE LES ÉTUDES ÉCONOMIQUES
ET FINANCIÈRES POUR ARRÊTER LA MEILLEURE
SOLUTION DE PORTAGE ET DE FINANCEMENT
D?UN PROGRAMME DE NOUVEAUX RÉACTEURS
ET NOTIFIER L?AIDE AUPRÈS DE LA COMMISSION
EUROPÉENNE
Plusieurs pistes sont à l?étude pour permettre le financement d?un programme
nouveau nucléaire en considérant notamment l?impact des configurations de
portage.
Un travail de définition plus précis des paramètres du financement et de la
régulation de ce dispositif doit se poursuivre . Cette analyse devra tenir compte de
la faisabilité juridique, notamment au regard du droit européen, du niveau de prix
régulé, du coût pour la collectivité (contribuables et consommateurs) et de la
capacité des différents schémas à inciter le porteur du projet à la maîtrise des
coûts et des délais . Il conduira à engager la saisine de la Commission européenne
en vue de s?assurer de la compatibilité de l?aide qui serait octroyée .
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02
2.
Février 2022
Travaux
relaTifs
au nouveau
nucléaire
Rapport
PPE 2019-2028
COUVERTURE
SYNTHÈSE
Préambule
Coûts, risques, opportunités et calendriers d?un nouveau modèle de réacteur : l?EPR2
Démonstration de la capacité industrielle de la filière à construire de nouveaux réacteurs nucléaires en France
Conséquences d?un renouvellement du parc sur le cycle du combustible et la gestion des déchets nucléaires
Poursuite des travaux d?instruction
(ATTENTION: OPTION ne pas être en mesure d?assumer
la charge liée à la construction de nouveaux réacteurs ;
? Si le besoin de visibilité sur le plan de charge est la principale demande portée
par les industriels dans la mesure où elle est indispensable au déclenchement
des investissements nécessaires, les entreprises interrogées pointent également,
voire essentiellement pour certains segments, les difficultés liées au manque
de salariés et de compétences sur les segments tuyauterie/soudage, essais et
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
50
contrôles, process nucléaire et chaudronnerie/forgés ou à la disponibilité de
l?outil industriel sur les segments des générateurs, de la radioprotection ou du
process nucléaire notamment. Un soutien a ainsi été prévu spécifiquement sur
ce sujet dans le cadre du plan France Relance en parallèle des actions mises en
place par la filière comme la démarche EDEC (engagement de développement
de l?emploi et des compétences) du GIFEN ou la création d?une Université des
métiers du nucléaire ;
? S?agissant plus spécifiquement de la qualité de l?outil industriel, l?étude fait
remonter des besoins d?investissement à court terme sur la filière en vue de
répondre aux besoins en termes de capacité et de maitrise de la qualité des
fabrications en premier lieu . Le soutien octroyé à la filière dans le cadre du plan
de relance devrait permettre de répondre à une partie de ces besoins et il sera
nécessaire de recoller précisément les besoins de la filière avec les projets
soutenus et leur calendrier de mise en oeuvre.
Cette enquête s?est également intéressée à la charge liée à un programme de
construction en France . Le plan de charge présenté n?intégrait ainsi pas les chantiers
EPR à l?export10, ni les éventuels chantiers SMR (charge à partir de l?horizon 2030), ni la
réévaluation du volume de travaux du programme Grand Carénage effectuée à la suite
de l?avis générique de l?ASN sur la poursuite d?exploitation des réacteurs du palier
900 MW, ni les chantiers de démantèlement à mener à l?avenir .
Par ailleurs, une étude a été lancée par le GIFEN afin de mesurer les risques de
tension liés à l?occurrence de grands chantiers présentant des enjeux similaires au
nouveau nucléaire dans d?autres secteurs tels que les transports ferroviaires ou
urbains, les ouvrages d?art, les grandes infrastructures, etc . Cette étude mettra en
évidence les tensions potentielles entre grands projets au moyen de calendriers
prévisionnels de réalisation des principaux projets ou programmes « concurrents »
qui pourront être ultérieurement superposés avec ceux des projets nucléaires. Une
cartographie de tous ces projets sera réalisée pour mettre en évidence la densité
des projets, par région ou par site. La superposition temporelle et géographique
permettra de visualiser globalement les périodes de plus forte tension.
Au regard de ces éléments, il semble essentiel de poursuivre d?une part l?évaluation
de la déclinaison des plans d?actions des grands donneurs d?ordre au sein de la
filière au regard des risques liés à la maitrise des fabrications et d?autre part
d?affiner les risques liés au plan de charge du nouveau nucléaire . Ce plan de charge
devra être établi au pas annuel (en faisant ressortir les charges liées à chaque projet
nucléaire et paire de réacteurs) et segment par segment en se focalisant plus
particulièrement sur les plus problématiques .
10. Ces chantiers représentent une charge de près de 1 500 M¤ annuelle supplémentaire notamment sur les premières années 2020-
2030 pour les chantiers en Grande-Bretagne mais qui n?est pas localisée à ce stade, i.e dont une partie est destinée à être
couverte à l?export également.
51
Démonstration
De la capacité
inDustrielle De la filière
à construire De
nouveaux réacteurs
nucléaires en france II.
C. LES TRAVAUX À ENGAGER POUR ACCOMPAGNER
LA PRÉPARATION DE LA FILIÈRE ET GARANTIR
LA MAITRISE DES FABRICATIONS
1 . S?assurer de l?efficacité des plans d?actions définis par EDF et la
filière et des mesures du plan de relance
Afin de démontrer la remontée en compétence de la filière, EDF, en lien avec le
GIFEN, produira un bilan qui exposera les résultats concrets obtenus au sein de la
filière suite à la mise en place du plan Excell et des autres plans d?actions mis en
place dans la filière. Ces résultats seront présentés pour le chantier de HPC, les
travaux du Grand Carénage, la mise en oeuvre des premières commandes chez
Framatome et chez les sous-traitants de rang 1 de l?entreprise ainsi que les sous-
traitants stratégiques. Ils seront audités par le Gouvernement dans le cadre des
audits prévus au point 2.
Des indicateurs de suivi de la performance des plans et des réalisations au sein de
la filière seront proposés au Gouvernement. Ils feront l?objet d?un suivi tout au long
de la mise en oeuvre des nouvelles constructions potentielles. Certains seront
rendus publics.
Concernant les relations entre EDF et ses fournisseurs, EDF lancera un audit
indépendant lorsque les actions correspondantes du plan Excell auront été
complètement déployées. Cet audit visera à recueillir le point de vue de la filière sur
la nouvelle relation acheteur-fournisseur voulue par l?entreprise et à évaluer les
nouvelles modalités contractuelles mises en place du point de vue notamment des
incitations fournies au fournisseur d?une part et des risques pris en charge par EDF
d?autre part. En lien avec les enjeux de séparation claire entre maîtrise d?ouvrage et
maîtrise d?oeuvre, cet audit visera également à juger de la capacité d?EDF à piloter
efficacement un projet de construction de nouveaux réacteurs.
Enfin, l?État mènera une analyse en vue de croiser les besoins (résiduels)
d?investissements dans la filière et les soutiens apportés en termes de modernisation
et de renforcement des compétences, ces derniers ayant eu vocation à répondre
en particulier à cet enjeu.
2 . Affiner le plan de charge de la filière, y compris au regard des autres
opportunités industrielles
La soutenabilité des plans de charge de la filière pour conduire des grands projets
complexes, y compris hors filière nucléaire, de nature à mobiliser les mêmes
ressources devra être approfondie afin de disposer d?une vision réaliste du planning
de réalisation de nouvelles constructions.
52
Le plan de charge au sein d?entreprises en situation de monopole ou quasi-monopole
en particulier sur des segments en tension, comme Framatome pour laquelle EDF a
anticipé un certain nombre de commandes en vue de la construction de nouveaux
réacteurs, devraient être définis précisément en vue d?assurer la pérennisation et la
poursuite de la montée en qualité et en compétence initiée. La question de l?impact
des technologies envisagées sur la capacité de la filière devrait également être
approfondie.
Enfin, les investissements nécessaires au sein de la filière devraient être quantifiés et
faire l?objet d?un suivi, voire d?un soutien financier conditionné à la priorisation des
commandes liées aux nouvelles constructions, afin de garantir la disponibilité de
l?outil industriel dans les délais compatibles avec les constructions.
Pour procéder à cet état des lieux, le Gouvernement mandatera à partir de
l?automne 2022 des audits sur les différents sujets mentionnés, y compris dans le
point 1, en vue d?émettre des recommandations et des propositions d?arbitrage le
cas échéant.
Par ailleurs, à l?issue de ces analyses, les risques jugés les plus prégnants seront
intégrés dans le devis de base de construction des nouveaux réacteurs.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
53
III.
ConSéquenCeS
d?un renouvellement
du parC Sur le CyCle
du CombuStible
et la geStion
deS déChetS nuCléaireS
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
55
III.
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires
Les déchets qui seraient produits par de nouveaux réacteurs de type EPR2 sont
similaires à ceux déjà produits par le fonctionnement du parc actuel.
Pour les déchets les moins radioactifs, les besoins de stockage d?ores et déjà
identifiés, que ce soit en termes de volume ou de capacités radiologiques et
physico-chimiques, pour accueillir les déchets du parc existant ne sont pas remis en
cause pour une quantité de déchets équivalant au déploiement de six réacteurs
EPR2.
Pour les déchets les plus radioactifs (destinés au stockage géologique profond),
dans l?hypothèse d?un programme de six réacteurs EPR2, il n?est pas identifié à ce
stade d?éléments rédhibitoires à leur accueil dans le centre Cigéo actuellement en
cours de développement pour les déchets du parc existant. La stratégie de
maintenance et de gestion du vieillissement sur le génie civil des ouvrages souterrains
de Cigéo sera néanmoins ajustée en fonction des résultats de la surveillance et
pourra le cas échéant être renforcée ou complétée par des opérations plus lourdes
dans le cas où la durée d?exploitation du centre serait significativement plus longue.
En effet, la prise en compte de ces déchets conduirait à un allongement de la durée
de vie de l?installation, une augmentation de l?emprise du stockage et un impact
radiologique supplémentaire dans des proportions dépendantes de la stratégie de
retraitement retenue. Des études complémentaires seront donc menées afin
d?évaluer plus finement les impacts des stratégies de retraitement possibles sur la
durée de fonctionnement du centre de stockage Cigéo.
Des études seront également menées afin de consolider l?évaluation des coûts liés
spécifiquement à la gestion des déchets issus de la construction de nouveaux
réacteurs
La création de toute nouvelle installation nucléaire, comme un réacteur nucléaire,
est conditionnée à la démonstration que les déchets que cette installation génèrera
seront gérés conformément aux objectifs fixés par le code de l?environnement . Ce
dernier prévoit en particulier que soit recherchée la réduction de la quantité et de
la nocivité des déchets radioactifs notamment par le retraitement des combustibles
usés et le traitement et le conditionnement des déchets radioactifs et qu?après
entreposage, les déchets radioactifs ultimes ne pouvant pour des raisons de sûreté
nucléaire ou de radioprotection être stockés en surface ou en faible profondeur
font l?objet d?un stockage en couche géologique profonde.
Des travaux ont donc été menés par l?Andra, à la demande du gouvernement, afin
d?évaluer si et sous quelles conditions de tels objectifs pourraient être respectés
pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, dans le contexte précisé par
la PPE.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
56
Pour la création de nouveaux réacteurs, des études d?esquisse puis d?avant-projet
seront à prévoir par l?Andra, sur la base de données techniques affinées, afin de
déposer auprès des autorités compétentes les dossiers réglementaires nécessaires
à l?obtention des autorisations de mise en stockage des déchets induits. À cet égard,
il convient de souligner que cette évaluation technique ne préjuge pas des processus
règlementaires et démocratiques requis .
En termes de méthodologie, les évaluations exposées dans ce chapitre ont porté
sur les déchets produits par l?exploitation éventuelle de 6 réacteurs EPR2, déployés
par paires espacées de 4 ans à compter de l?horizon 2035 et exploités durant
60 ans. Il s?est agi d?analyser dans quelle mesure la gestion de ces déchets pouvait
être réalisée avec les installations de gestion de déchets existantes ou en projet,
sans préjuger du fait que d?autres solutions soient privilégiées in fine (création
d?installations dédiées) si la décision de construction s?insérait dans une perspective
de poursuite des nouvelles constructions à plus long terme. Par ailleurs, l?analyse
menée par l?Andra a reposé sur les données transmises par EDF, qui feront l?objet
d?une contre-expertise. Ces données reposent sur une mise à jour des évaluations
prospectives de production de déchets du parc actuel réalisées dans le cadre de
l?édition 2018 de l?Inventaire national11. Cette mise à jour intègre ainsi les conclusions
de la programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE) 2019-2028 : calendrier de
fermeture de centrales, moxage de réacteurs de 1300 MWe et reprise du recyclage
de l?uranium de retraitement (URT).
Enfin, ces analyses restent prospectives dans la mesure où les enjeux de la gestion à
long terme des déchets radioactifs générés par de nouveaux réacteurs sont à mettre
en regard des dates prévisionnelles de mise en stockage des déchets qu?ils
produiraient : production des déchets de démantèlement à la fin du siècle en cours
et stockage géologique des déchets les plus radioactifs à l?horizon du début du
siècle prochain.
11. Cet inventaire est institué par le code de l?environnement. Il est accessible au lien suivant : https://inventaire.andra.fr
https://inventaire.andra.fr
57
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
A. LES TYPOLOGIES DE DÉCHETS PRODUITS
PAR DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES
La nature et les quantités de déchets produits par l?industrie électronucléaire
dépendent pour certains déchets de la stratégie de retraitement mise en oeuvre.
Les stratégies de retraitement du combustible usé12 étudiées dans le cadre de la
présente analyse sont :
? le « multi-recyclage » : stratégie industrielle de référence fixée par la
programmation pluriannuelle de l?énergie, consistant à retraiter la totalité des
combustibles usés quel que soit leur type (donc y compris des combustibles
MOX) et générant ainsi des déchets vitrifiés et des déchets de structure issus du
retraitement ;
? le « mono-recyclage » : stratégie actuellement mise en oeuvre en France et
consistant d?une part à retraiter uniquement les combustibles de type UNE
(Uranium Naturel Enrichi), ce qui génère des déchets vitrifiés et des déchets de
structure issus du retraitement et, d?autre part, à requalifier en déchets les
combustibles usés de type URE (Uranium de Retraitement Enrichi) et MOX ;
? l?« arrêt du recyclage » : stratégie consistant à interrompre le retraitement des
combustibles. Pour la présente analyse qui se focalise sur le périmètre des
nouveaux réacteurs, cet arrêt est considéré concomitant à l?arrêt des derniers
réacteurs chargés en combustibles MOX du parc actuel (exploité en stratégie de
mono-recyclage). Cette stratégie génère des déchets vitrifiés et des déchets de
structure issus du retraitement des combustibles de type UNE avant que le
retraitement ne s?arrête, et des combustibles usés de type UNE, URE et MOX
qualifiés alors de combustibles usés.
Ces différentes stratégies conduisent donc :
? à la production de déchets de haute activité (HA), pouvant être des déchets
vitrifiés (CSD-V) issus du retraitement et/ou des combustibles usés selon les
stratégies de retraitement. Ces déchets doivent être gérés en stockage
géologique profond ;
? à la production de déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) composés
des déchets de structure issus du retraitement des combustibles usés (CSD-C),
des déchets activés et/ou contaminés d?exploitation et de démantèlement des
réacteurs et des autres installations du cycle (composants divers situés au coeur
du réacteur, outillages, équipements métalliques, effluents, etc.). Ces déchets
doivent être gérés en stockage géologique profond ;
? à la nécessité de stocker, pour certaines stratégies impliquant un arrêt ou une
limitation du recyclage, des combustibles usés.
12. Pour plus d?informations, se référer au dossier du maitre d?ouvrage du débat public sur la cinquième édition du PNGMDR
accessible au lien suivant : https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
58
Les analyses menées par l?Andra ont conduit à évaluer les impacts pour ces trois
stratégies afin de donner une vision exhaustive des enjeux liés à la gestion des
déchets de nouveaux réacteurs sans préempter les choix de politique énergétique
qui pourront être décidés .
Par ailleurs, quelle que soit la stratégie de retraitement des combustibles usés, la
construction et l?exploitation de nouveaux réacteurs conduiront à la production de
déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) et de très faible activité
(TFA) issus de l?exploitation et du démantèlement des réacteurs et des autres
installations du cycle (matériels électromécaniques, déchets d?assainissement des
structures, déchets technologiques, terres de remise en état des sites, etc.).
B. L?ÉVALUATION DE L?IMPACT DE LA CONSTRUCTION
DE NOUVEAUX RÉACTEURS SUR LES FILIÈRES DE
GESTION DES DÉCHETS TFA ET FMA-VC
Les déchets FMA-VC sont actuellement stockés au centre de stockage de l?Aube
(CSA) qui dispose d?une autorisation de stockage de 1 000 000 m3 de colis de
déchets. Au 31 décembre 2020, le volume de déchets stockés s?élève à 353 147 m3,
soit 35 % de la capacité autorisée.
Les déchets TFA sont, quant à eux, stockés au centre industriel de regroupement,
d?entreposage et de stockage (Cires), également implanté dans l?Aube, qui dispose
d?une autorisation de stockage de 650 000 m3 de colis de déchets. Une demande
d?augmentation de cette capacité est en cours de préparation et vise à porter celle-
ci aux alentours de 900 000 à 950 000 m3. D?ores et déjà, compte tenu des volumes
de déchets TFA qui seront produits par le démantèlement des installations du parc
existant, le besoin d?un nouveau stockage prenant la suite du CIRES est avéré aux
environs de 2045.
Concernant les impacts éventuels de nouveaux réacteurs, l?Andra les a examinés en
termes de capacités de stockage tant sur le plan volumique que physico-chimique
et radiologique.
1 . Les volumes et caractéristiques des déchets TFA et FMA-VC produits
Les données fournies par EDF montrent que les quantitatifs des déchets FMA-VC et
TFA issus des centrales nucléaires sont indépendants de la stratégie de retraitement
des combustibles usés considérée . Compte tenu des similitudes entre les réacteurs
du parc actuel et les réacteurs EPR2 (réacteurs à eau pressurisée), les ratios de
déchets d?exploitation FMA-VC et TFA produits par réacteur de type EPR2 sont
considérés identiques à ceux des réacteurs du parc actuel. Leurs caractéristiques
59
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
physico-chimiques sont également, en première approche, les mêmes que celles
des déchets produits par le parc actuel.
Les volumes estimés de déchets radioactifs FMA-VC et TFA conditionnés qui
seraient produits sur l?ensemble du cycle de vie de 6 réacteurs EPR2, en considérant
60 ans d?exploitation, sont présentés ci-dessous .
Catégorie FMA-VC TFA
Exploitation 40 200 m3 23 400 m3
Démantèlement 58 200 m3 96 000 m3
Total 98 400 m3 120 000 m3
-
500 000
1000 000
1500 000
2000 000
2500 000
3000 000
TFA FMA VCV
ol
um
e
de
d
éc
he
ts
e
n
m
3
Volume à terminaison du parc existant 6 EPR2
2 . L?impact sur les stockages
leS CapaCitéS radiologiqueS et phySiCo-ChimiqueS
Les caractéristiques radiologiques et physico-chimiques des déchets sont
identiques à celles du parc actuel quel que soit le scénario retenu . En conséquence,
il est fait l?hypothèse que les colis de déchets produits respecteront les mêmes
spécifications d?acceptation des colis qu?aujourd?hui pour qu?ils soient acceptés et
pris en charge sur chaque centre. Aussi, sur cet aspect, le déploiement de 6 réacteurs
supplémentaires n?induit pas de nouvelle problématique . Par ailleurs, des besoins
d?augmentation de capacité radiologique pour certains radionucléides ont d?ores
et déjà été identifiés pour l?accueil des déchets du parc actuel et ne sont pas remis
en cause par le déploiement de 6 réacteurs supplémentaires .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
60
leS CapaCitéS volumiqueS
Pour apprécier l?impact sur les capacités de stockage en termes de volume, une
chronologie des volumes livrés et des volumes stockés associés a été bâtie au global
pour chaque centre de stockage en utilisant les données fournies par EDF (actualisées
à fin 2020 et complétées par des livraisons prévisionnelles des autres producteurs)
et les ratios « livrés / stockés » établis sur la base du retour d?expérience.
Pour ce qui concerne les déchets TFA, les volumes supplémentaires générés par le
déploiement des 6 réacteurs EPR2 resteraient relativement faibles au regard des
volumes prévus jusqu?aux années 2100 et pourraient être absorbés dans le cadre de
l?exploitation du Cires, puis du futur centre de stockage TFA déjà inscrit dans la
politique du gouvernement (cf. PNGMDR 2021-2025). En outre, ce faible surplus
n?avancerait que de quelques mois (3 à 4) l?atteinte de la capacité autorisée prévue
(vers 2045) du Cires et n?aurait donc pas d?impact sur les plannings à venir.
Concernant les déchets FMA-VC, on constate que les chroniques de livraison
restent peu ou prou du même ordre de grandeur avec la prise en compte de
nouveaux réacteurs. Sur ces bases, l?atteinte de la capacité autorisée du CSA
interviendrait aux alentours de 2060, échéance peu différente de celle envisagée
aujourd?hui sur le périmètre du parc actuel et avec un écart d?environ 12 mois entre
les deux scénarios.
61
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
C. L?ÉVALUATION DE L?IMPACT DE LA CONSTRUCTION
DE NOUVEAUX RÉACTEURS SUR LA FILIÈRE DE
GESTION DES DÉCHETS DE HAUTE ACTIVITÉ (HA) ET
DE MOYENNE ACTIVITÉ À VIE LONGUE (MA-VL)
La solution actuellement mise en oeuvre pour la gestion des déchets de haute
activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL) est le stockage géologique
profond, avec le projet Cigéo . Le dossier de demande d?autorisation de création
(DAC) de ce centre de stockage est en cours d?élaboration par l?Andra pour un
dépôt en 2022. Il prévoit le début de la mise en stockage des déchets MA-VL à
l?horizon 2035 et celui des déchets HA à l?horizon 2080.
Tel que prévu par le code de l?environnement (article D.542-90), l?Andra demandera
l?autorisation de création de Cigéo pour le stockage des déchets HA et MA-VL en
s?appuyant sur une conception initiale basée sur un inventaire de référence et
présentera dans le dossier les études d?adaptabilité relatives au stockage d?un
inventaire de réserve13. Ainsi, la conception de référence de Cigéo présente la
capacité de pouvoir évoluer afin de prendre en compte les évolutions de la politique
énergétique nationale, en particulier en termes d?inventaire de déchets à stocker .
L?inventaire de référence défini par l?Andra correspond à la production des déchets
issus du fonctionnement et du démantèlement des installations nucléaires en
exploitation (parc actuel) ou disposant à ce jour d?une autorisation de création
(essentiellement EPR de Flamanville 3, réacteur de recherche Jules Horowitz et
installation de recherche ITER), dans un scénario de poursuite de la production
électronucléaire avec une hypothèse de durée de fonctionnement moyenne des
installations électronucléaires en service de 50 ans, et de retraitement de la totalité
des combustibles usés produits par ces installations (stratégie de multi-recyclage à
terme telle que prévue par la PPE 2019-2028).
L?Andra a également retenu à date un inventaire de réserve qui vise à couvrir, entre
autres, différentes stratégies de retraitement avec d?une part le maintien d?une
stratégie de mono-recyclage telle que mise en oeuvre actuellement et d?autre part
une stratégie d?arrêt du recyclage, ainsi que l?impact de l?allongement de la durée
de fonctionnement d?environ 10 ans des réacteurs électronucléaires en service par
rapport à celle de 50 ans prise en compte pour établir l?inventaire de référence.
L?Andra réalise des études d?adaptabilité de Cigéo au stockage de cet inventaire de
réserve. Ces études incluent notamment la prise en compte des combustibles usés
et les éléments permettant de répondre aux articles R. 593-14 à R. 593-19 du code
de l?environnement qui demandent explicitement la prise en compte dans le dossier
de demande d?autorisation de création de la réversibilité du stockage.
13. Pour plus d?informations, se référer au dossier du maitre d?ouvrage du débat public sur la cinquième édition du PNGMDR
accessible au lien suivant : https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
62
3 . Les déchets HA et MA-VL produits par 6 réacteurs EPR2
De façon similaire au parc de réacteurs électronucléaires actuel, l?exploitation de
6 réacteurs EPR2 et le fonctionnement des installations du cycle génèreraient des
déchets MA-VL, ainsi que des déchets HA et/ou des combustibles usés selon les
stratégies de recyclage retenues (cf. partie A).
Il est considéré que l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 génèrerait des déchets de
catégorie MA-VL de caractéristiques géométriques, physico-chimiques, radiolo-
giques et thermiques identiques à celles des déchets MA-VL générés par le parc
actuel et étudiés dans le cadre du dossier de DAC du centre de stockage Cigéo . Les
volumes de déchets MA-VL produits par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 varient
en fonction de la stratégie de retraitement du combustible considérée et sont pré-
sentés dans le tableau suivant :
Types de déchets MA-VL
Volumes estimés de déchets produits
par l?exploitation de 6 EPR2
Multi-
recyclage
Mono-
recyclage
Arrêt du
recyclage
CSD-C 1 273 m3 710 m3 0 m3
Déchets activés et/ou
contaminés d?exploitation
et de démantèlement des
réacteurs EPR2 et des autres
installations du cycle14
2 678 m3 3 219 m3 2 574 m3
Total 3 951 m3 3 929 m3 2 574 m3
À titre de comparaison, l?évaluation prospective du volume de déchets MA-VL
généré par les installations nucléaires existantes ou arrêtées et par le parc actuel de
réacteurs pour une durée de fonctionnement de 50 ans associé au scénario de
multi-recyclage des combustibles usés de l?édition 2018 de l?Inventaire National est
d?environ 73 000 m3 : tous scénarios confondus, le volume de déchets MA-VL
produits par 6 EPR2 représenterait au plus de l?ordre de 5 % de ce volume .
L?inventaire des déchets associé au scénario de multi-recyclage sera réactualisé lors
de la prochaine édition de l?Inventaire National en 2023 notamment afin de prendre
en compte les évolutions de la PPE.
Les déchets vitrifiés HA qui seraient produits par 6 EPR2 auront les mêmes
caractéristiques géométriques et chimiques que ceux étudiés dans le cadre du
dossier de DAC de l?INB du centre de stockage Cigéo et présentent des
caractéristiques radiologiques et thermiques comparables . Les volumes de déchets
14. Il est supposé que la construction de 6 réacteurs EPR2 n?impliqueront pas de mise en service par ailleurs de nouvelles unités sur
le reste du cycle du combustible et ne génèreront donc pas de déchets de démantèlement supplémentaires.
63
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
vitrifiés HA produits par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 sont donnés dans le
tableau ci-après en fonction des différentes stratégies de retraitement du
combustible :
Types de
déchets HA
Volumes estimés de déchets produits
par l?exploitation de 6 EPR2
Multi-recyclage Mono-recyclage Arrêt du recyclage
CSD-V 1 872 m3 971 m3 0 m3
À titre de comparaison, l?évaluation prospective du volume de déchets HA généré
par le parc actuel pour une durée de fonctionnement de 50 ans des installations
associé au scénario de multi-recyclage des combustibles usés de l?édition 2018 de
l?Inventaire national est de près de 10 000 m3 : le volume de déchets HA issus de
l?exploitation de 6 EPR2 représenterait près de 20 % de ce volume dans le scénario
de multi-recyclage et de 10 % dans le scénario de mono-recyclage .
-
10 000
20 000
30 000
40 000
50 000
60 000
70 000
80 000
MA-VL HA
V
ol
um
e
de
d
éc
he
ts
e
n
m
3
Scénario multi-recyclage
6 EPR2
Volume à terminaison
du parc existant
Les volumes de combustibles usés produits par 6 réacteurs EPR2 et pouvant être
requalifiés en déchets dans le cadre des stratégies d?arrêt du recyclage et de mono-
recyclage15 sont donnés dans le tableau suivant :
Types de
combustibles
Nombres estimés d?assemblages combustibles produits
par 6 réacteurs EPR2 pouvant être requalifiés en déchets
Mono-recyclage Arrêt du recyclage
UNE Sans objet 18 720
URE 5 295 1 358
MOX 3 712 0
Total 9 007 20 078
15. Aucun combustible n?est requalifié en déchet dans le cadre de la stratégie de « Multi-recyclage ».
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
64
À titre de comparaison, l?inventaire de réserve de Cigéo comprend près de 58 000
assemblages combustibles dans le scénario de l?Inventaire national de 2018 de non
renouvellement du parc électronucléaire et d?arrêt du retraitement.
-
10 000
20 000
30 000
40 000
50 000
60 000
70 000
80 000
90 000
Mono-recyclage Arrêt du retraitement
N
b
d'
as
se
m
bl
ag
es
d
e
C
U
6 EPR2
Nb d'assemblages à
terminaison du parc
existant
La majorité de ces combustibles est identique à ceux pris en compte dans les
études d?adaptabilité de Cigéo (inventaire de réserve) . Seules quelques typologies
présentent des caractéristiques légèrement différentes, qui engendrent une
activité totale et une puissance thermique un peu plus élevées mais restant dans
les mêmes ordres de grandeur que celles prises en compte dans les études
d?adaptabilité de Cigéo .
4 . L?impact sur le centre de stockage Cigéo des déchets HA et MA-VL
produits par 6 réacteurs EPR2
L?impact de la construction de nouveaux réacteurs sur Cigéo a été évalué, lorsque
possible, en extrapolant les études menées lors de l?élaboration du dossier de DAC
de Cigéo. Toutefois, des études spécifiques ont été également menées pour
identifier l?impact des déchets dont certaines caractéristiques ne sont pas couvertes
par les études déjà réalisées. L?évaluation menée par l?Andra porte sur les bâtiments
de surface de l?installation, les équipements de transfert, et l?installation souterraine
du centre de stockage Cigéo.
l?impaCt Sur la ConCeption du Centre de StoCkage Cigéo
Compte tenu de leur similitude avec les colis déjà prévus dans la conception de
Cigéo, les colis de déchets MA-VL produits par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2
ne sont pas de nature à remettre en cause les principes de conception de Cigéo .
Ainsi, seuls les impacts directement liés au nombre de colis et à leur chronique de
65
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
réception ont été évalués : nombre d?alvéoles, adaptations de flux et impacts liés à
la durée d?exploitation. Les conclusions sont présentées ci-dessous.
Si les caractéristiques géométriques des colis de déchets HA et des combustibles
usés sont couvertes par celles des colis des inventaires de référence et de réserve déjà
étudiés dans le cadre de l?élaboration du dossier de DAC de Cigéo et ne nécessitent
à ce titre aucune adaptation dimensionnelle de Cigéo, certains colis de déchets ont
des inventaires radiologiques et des caractéristiques thermiques qui ne sont pas
couverts par les études menées précédemment. C?est le cas notamment pour les
combustibles ayant des taux d?enrichissement plus importants que ceux déjà étudiés.
Globalement, les études menées sur les déchets HA générés par 6 réacteurs EPR2
ne conduisent pas, à ce stade, à l?identification d?impacts majeurs sur les principes
de conception des bâtiments de surface, des équipements de transfert et de
l?installation souterraine . Toutefois, la durée de décroissance de la puissance
résiduelle en entreposage des combustibles usés les plus exothermiques16 devrait
être prolongée de 20 ans par rapport à celle des combustibles usés les plus
exothermiques étudiés dans le cadre du projet Cigéo, et ce afin de respecter les
critères de préservation de la roche de stockage (critère de température et critère
de rupture thermo-hydromécanique) .
La prise en compte des déchets HA et des combustibles usés générés par 6 réacteurs
EPR2 a un impact à la hausse sur l?emprise des ouvrages souterrains et en particulier
du quartier de stockage HA . Cela est dû d?une part à la thermicité des combustibles
usés et d?autre part à l?augmentation du nombre de colis de déchets HA à stocker.
Cette augmentation varie selon les stratégies de recyclage considérées et se situe
entre 20 % et 40 % par rapport au stockage de l?inventaire des déchets du parc
actuel mis à jour en 2021 par EDF .
Si cette augmentation ne présente pas de sujet rédhibitoire identifié à ce stade,
au-delà de l?impact direct sur les coûts, l?emprise augmentée peut avoir des impacts
notamment sur la conception du stockage (sans en remettre en cause les grands
principes comme indiqué précédemment) ou sur l?allongement de la durée de
fonctionnement de Cigéo, sujet plus général développé ci-dessous.
En effet, une augmentation significative de l?emprise peut conduire à revoir le
dimensionnement de certains équipements : c?est par exemple le cas pour la
ventilation dont le dimensionnement est fortement impacté par la longueur des
galeries à ventiler.
16. Combustibles usés MOx avec un taux d?enrichissement de 9 % ou 9,54 % en Pu.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
66
l?impaCt Sur la date d?arrivée deS dernierS ColiS
danS le Centre de StoCkage Cigéo
Les chroniques de production et d?expédition des déchets considérées, ainsi que
les besoins de durées supplémentaires de décroissance de puissance résiduelle
pour les colis les plus exothermiques conduisent à un allongement de la phase de
fonctionnement de Cigéo .
Des adaptations du flux de réception des colis actuellement retenu pourraient être
mises en oeuvre sur certaines périodes pour compenser cet allongement, mais
celles-ci ne seront pas de nature à compenser intégralement les augmentations des
durées nécessaires au stockage des colis. Par ailleurs, l?augmentation de l?emprise
aura des impacts sur la durée de construction de Cigéo, pouvant aussi impacter la
durée globale de fonctionnement.
Le stockage des déchets issus de 6 EPR2 conduirait ainsi à décaler la date d?arrivée
du dernier colis actuellement retenue dans les études d?adaptabilité (horizon 2155)
à une date ultérieure. Ce report peut atteindre plusieurs dizaines d?années et les
scénarios étudiés montrent qu?il dépend de la stratégie de recyclage mise en oeuvre
dans les décennies à venir.
Un allongement de la durée de fonctionnement a des impacts sur les ouvrages de
surface, sur les ouvrages souterrains ainsi que sur les équipements .
En ce qui concerne les équipements, des jouvences sont déjà prévues pour le
stockage de l?inventaire de référence et pourraient donc être opérées de façon
similaire pour le stockage des déchets générés par 6 réacteurs EPR2 .
En ce qui concerne le génie civil, des dispositions de surveillance prévues dès la
construction devront être mises en place pour permettre d?analyser le besoin ou
non de jouvences plus ou moins lourdes . La stratégie de maintenance et de gestion
du vieillissement sur le génie civil des ouvrages souterrains de Cigéo sera ajustée en
fonction des résultats de la surveillance et pourra le cas échéant être renforcée ou
complétée par des opérations plus lourdes dans le cas où la durée d?exploitation
du centre serait significativement allongée . Des études complémentaires seront
donc menées afin d?évaluer plus finement les impacts des stratégies de retraitement
possibles sur la durée de fonctionnement du centre de stockage Cigéo .
l?impaCt Sur leS évaluationS de Sûreté en exploitation
L?Andra a évalué les dispositions de protection retenues dans la démonstration de
sûreté en exploitation du centre de stockage Cigéo pour le stockage des déchets
générés par 6 réacteurs EPR2.
L?évaluation réalisée par l?Andra permet de montrer que les dispositions valorisées
dans la démonstration de sûreté du centre de stockage Cigéo au stade du dossier
de DAC, ainsi que le dimensionnement de ces dispositions, permettent de répondre
aux exigences réglementaires et de respecter les objectifs de protection de l?Andra
vis-à-vis des travailleurs, du public et de l?environnement qui seraient applicables
pour le stockage de colis de déchets issus de 6 EPR2.
67
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
l?impaCt Sur leS évaluationS de Sûreté en aprèS-fermeture à long terme
L?Andra a analysé les conséquences de la prise en compte du stockage des déchets
générés par l?ajout de 6 réacteurs EPR2 au parc actuel sur les évaluations de sûreté
après fermeture du centre de stockage Cigéo réalisées dans le cas du stockage de
l?inventaire de référence et de réserve . Cette analyse considère les trois stratégies
de retraitement du combustible usé (multi-recyclage, mono-recyclage et arrêt du
recyclage).
L?analyse réalisée a visé à s?assurer que les modalités actuelles de maîtrise des risques
ne sont pas affectées par la prise en compte des déchets générés par l?ajout de
6 réacteurs EPR2. Ainsi, de par des caractéristiques physico-chimiques, radiologiques
et thermiques similaires avec les inventaires déjà étudiés dans le cas des évaluations
de sûreté actuelles (inventaire de référence et inventaire de réserve), l?analyse
préliminaire montre que les scénarios retenus et leurs définitions ne sont pas remis
en cause par la prise en compte de ces déchets . De même, le risque de criticité en
alvéole qui pourrait affecter les caractéristiques favorables du Callovo-Oxfordien
est écarté pour tous les combustibles usés issus de réacteurs EPR2 .
Les évaluations des différents scénarios de sûreté retenus caractérisent et quantifient
le comportement des radionucléides dans les différents composants du stockage
ainsi que leur migration éventuelle, depuis les déchets et colis jusqu?à la biosphère,
selon les hypothèses considérées pour chaque scénario. Les caractéristiques des
colis de déchets générés par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 étant très similaires
à celles des colis de déchets des inventaires actuellement prévus dans Cigéo, les
mécanismes physico-chimiques pilotant le relâchement et le transfert en solution
des radionucléides dans les compartiments du stockage (colis, alvéole, milieu
géologique) sont identiques. Par conséquent, les impacts radiologiques associés au
stockage des colis de déchets générés par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 sont
directement liés à leurs inventaires en radionucléides Chlore 36, Iode 129 et
Sélénium 79 qui, du fait de leur mobilité et de leur vie longue, sont les 3 radionucléides
qui contribuent majoritairement à l?impact radiologique.
L?ajout de 6 réacteurs EPR2 au parc actuel conduit ainsi à une augmentation des
inventaires en radionucléides mobiles à vie longue stockés après fermeture dans le
centre de stockage Cigéo de l?ordre de 12 % pour le Chlore 36, et 17 % pour le
Sélénium 79 pour les trois stratégies de retraitement et d?au maximum de 45 %
pour l?Iode 129 pour les stratégies de mono-recyclage et d?arrêt du recyclage.
Les impacts radiologiques en après fermeture d?un stockage prenant en compte ces
augmentations d?inventaire resteraient donc du même ordre de grandeur que ceux
pour le stockage des déchets de l?inventaire de référence ou ceux de l?inventaire de
réserve. La prise en compte dans le stockage des déchets de 6 EPR2 ne remet donc
pas en question les modalités actuelles de maîtrise des risques .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
69
IV.
pourSuite
deS travaux
d?inStruCtion
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
71
IV.
Poursuite
des travaux
d?instruction
Le présent rapport répond à la demande de la PPE d?exposer les réflexions du
Gouvernement quant aux conditions techniques et économiques d?une éventuelle
décision future de construction de nouveaux réacteurs nucléaires.
Il s?agit d?un rapport d?étape, les travaux devant se poursuivre pour affiner les
modalités de mise en oeuvre d?un programme de construction de nouveaux
réacteurs Les axes de travail ou de suivi identifiés sont les suivant.
LEVER LES DERNIERS SUJETS MAJEURS DE SÛRETÉ
DU MODÈLE EPR2 ET S?ASSURER DE LA ROBUSTESSE
DU DEVIS DE BASE ET DES CALENDRIERS DE
RÉALISATION
Comme évoqué au chapitre 1 de la partie 2, les efforts de conception du modèle
EPR2 sont aujourd?hui à un stade dit de « basic design ». Grâce au dépôt anticipé du
rapport préliminaire de sûreté au premier trimestre 2021, les discussions avec
l?autorité de sûreté ont pu se poursuivre au-delà de l?avis rendu sur le dossier
d?option de sûreté. Des discussions sont également en cours avec le Haut
Fonctionnaire de Défense et de Sécurité du Ministère de la Transition Ecologique,
en charge de la sécurité nucléaire.
Compte-tenu de leur caractère structurant sur la faisabilité et la performance
économique de la technologie EPR2, l?instruction des sujets encore ouverts en
sûreté et sécurité doit être finalisée . Dans son avis rendu le 15 septembre 2021,
l?ASN considère notamment que le recours à une démarche d?exclusion de rupture
est acceptable au regard des évolutions apportées par EDF en matière de
conception, de fabrication et d?organisation mais doit maintenant être instruite sur
le fond au regard des compléments devant être apportés par EDF sur les exigences
de conception et de fabrication des équipements concernés.
Par ailleurs, si les méthodes de chiffrage retenues par EDF et les niveaux de coûts et
de provisions sont jugées adaptées et robustes à ce stade, et que l?analyse des risques
est actuellement jugée pertinente et complète par le dernier audit au regard de la
maturité du projet, ces éléments devront continuer d?être affinés d?ici à un
déploiement effectif du programme, notamment pour tenir compte des incertitudes
résiduelles pointées au Chapitre 1, et feront, à ce moment-là, l?objet d?un nouvel
audit.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
72
POURSUIVRE LE SUIVI DE LA FILIÈRE DANS SA MONTÉE
EN CAPACITÉ EN TIRANT UN BILAN DE LA MISE EN
OEUVRE DES PLANS D?ACTIONS INITIÉS ET EN LEVANT
LES INCERTITUDES LIÉES À SON ÉTAT DE PRÉPARATION
Le travail de réflexion sur les conditions d?un programme nouveau nucléaire mené
par le Gouvernement, mais également les demandes formulées par ce dernier à
EDF dans le contexte des difficultés rencontrées dans la finalisation du chantier de
Flamanville 3 et le début de celui d?Hinkley Point C, ont conduit à une très forte
mobilisation au sein de la filière pour déployer, tant au niveau des grands donneurs
d?ordre que des sous-traitants les actions nécessaires à une remontée en compétence
des hommes et des organisations. Les démarches et plans d?action établis et mis en
oeuvre sont décrits au chapitre 2. Il convient désormais de poursuivre ces démarches,
de les amplifier et de mesurer l?efficacité de la diffusion des progrès au sein de la
filière.
Par ailleurs, l?adéquation des ressources de la filière avec un programme de
construction de nouveaux réacteurs nucléaires est également déterminante pour la
réussite d?un tel programme. L?instruction a montré que certains segments étaient
sensibles à cette disponibilité des compétences et des outils industriels, avec de
possibles enjeux d?arbitrages entre différentes opportunités pour la filière nucléaire.
Au regard de ces éléments, les travaux doivent se poursuivre pour accompagner la
filière dans sa montée en capacité, qualité et compétence et pour garantir la
maitrise de la gestion du projet et des fabrications :
Bilan à dresser par EDF des résultats de la mise en oeuvre du plan Excell notamment
sur le chantier de HPC, les travaux du Grand Carénage et au niveau des fabrications
de Framatome, qui fera l?objet d?un audit externe du Gouvernement en 2022 afin
de constater les gains opérés et proposer des voies d?optimisation de la
transformation initiée ;
Définition d?indicateurs de suivi de la performance des plans d?actions mis en
oeuvre au sein de la filière, qui seront suivis tout au long de la construction potentielle
de nouveaux réacteurs ;
Réalisation d?un audit externe en 2022 par EDF relatif à la relation acheteur-
fournisseur à la suite de la refonte depuis 2020 des modalités d?achat au sein d?EDF,
pour optimiser les bonnes pratiques en vigueur ;
Réalisation d?un audit externe en 2022 visant à mesurer l?état des lieux de préparation
de la filière, en particulier des fournisseurs sensibles, en termes de compétences et
de disponibilité et d?adéquation de l?outil industriel et surtout formuler des
recommandations pour optimiser la préparation de la filière. Cet audit portera
également sur le plan de charge de la filière, en particulier sur les segments sensibles,
en vue d?identifier les pics et ceux de charge et les arbitrages à rendre en termes de
73
Poursuite
des travaux
d?instruction IV.
priorités le cas échéant. Dans ce cadre, l?audit pourra mettre en exergue les
conditions du maintien à un haut niveau de qualité et de disponibilité des entreprises
de la filière indispensable pour la construction de nouveaux réacteurs
Ces travaux apporteront un diagnostic complet de l?état de préparation de la filière
à assumer les défis d?un programme de construction de nouveaux réacteurs
nucléaires . À l?issue de ces analyses, les nouveaux risques identifiés et jugés comme
les plus prégnants pourront être pris en compte dans les hypothèses de chiffrage
du coût et de calendrier de construction de nouveaux réacteurs.
POURSUIVRE LES ÉTUDES ÉCONOMIQUES
ET FINANCIÈRES POUR ARRÊTER LA MEILLEURE
SOLUTION DE PORTAGE ET DE FINANCEMENT
D?UN PROGRAMME DE NOUVEAUX RÉACTEURS
ET NOTIFIER L?AIDE AUPRÈS DE LA COMMISSION
EUROPÉENNE
Plusieurs pistes sont à l?étude pour permettre le financement d?un programme
nouveau nucléaire en considérant notamment l?impact des configurations de
portage.
Un travail de définition plus précis des paramètres du financement et de la
régulation de ce dispositif doit se poursuivre . Cette analyse devra tenir compte de
la faisabilité juridique, notamment au regard du droit européen, du niveau de prix
régulé, du coût pour la collectivité (contribuables et consommateurs) et de la
capacité des différents schémas à inciter le porteur du projet à la maîtrise des
coûts et des délais . Il conduira à engager la saisine de la Commission européenne
en vue de s?assurer de la compatibilité de l?aide qui serait octroyée .
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2.
Février 2022
Travaux
relaTifs
au nouveau
nucléaire
Rapport
PPE 2019-2028
COUVERTURE
SYNTHÈSE
Préambule
Coûts, risques, opportunités et calendriers d?un nouveau modèle de réacteur : l?EPR2
Démonstration de la capacité industrielle de la filière à construire de nouveaux réacteurs nucléaires en France
Conséquences d?un renouvellement du parc sur le cycle du combustible et la gestion des déchets nucléaires
Poursuite des travaux d?instruction
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION s dans la mesure où elle est indispensable au déclenchement
des investissements nécessaires, les entreprises interrogées pointent également,
voire essentiellement pour certains segments, les difficultés liées au manque
de salariés et de compétences sur les segments tuyauterie/soudage, essais et
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
50
contrôles, process nucléaire et chaudronnerie/forgés ou à la disponibilité de
l?outil industriel sur les segments des générateurs, de la radioprotection ou du
process nucléaire notamment. Un soutien a ainsi été prévu spécifiquement sur
ce sujet dans le cadre du plan France Relance en parallèle des actions mises en
place par la filière comme la démarche EDEC (engagement de développement
de l?emploi et des compétences) du GIFEN ou la création d?une Université des
métiers du nucléaire ;
? S?agissant plus spécifiquement de la qualité de l?outil industriel, l?étude fait
remonter des besoins d?investissement à court terme sur la filière en vue de
répondre aux besoins en termes de capacité et de maitrise de la qualité des
fabrications en premier lieu . Le soutien octroyé à la filière dans le cadre du plan
de relance devrait permettre de répondre à une partie de ces besoins et il sera
nécessaire de recoller précisément les besoins de la filière avec les projets
soutenus et leur calendrier de mise en oeuvre.
Cette enquête s?est également intéressée à la charge liée à un programme de
construction en France . Le plan de charge présenté n?intégrait ainsi pas les chantiers
EPR à l?export10, ni les éventuels chantiers SMR (charge à partir de l?horizon 2030), ni la
réévaluation du volume de travaux du programme Grand Carénage effectuée à la suite
de l?avis générique de l?ASN sur la poursuite d?exploitation des réacteurs du palier
900 MW, ni les chantiers de démantèlement à mener à l?avenir .
Par ailleurs, une étude a été lancée par le GIFEN afin de mesurer les risques de
tension liés à l?occurrence de grands chantiers présentant des enjeux similaires au
nouveau nucléaire dans d?autres secteurs tels que les transports ferroviaires ou
urbains, les ouvrages d?art, les grandes infrastructures, etc . Cette étude mettra en
évidence les tensions potentielles entre grands projets au moyen de calendriers
prévisionnels de réalisation des principaux projets ou programmes « concurrents »
qui pourront être ultérieurement superposés avec ceux des projets nucléaires. Une
cartographie de tous ces projets sera réalisée pour mettre en évidence la densité
des projets, par région ou par site. La superposition temporelle et géographique
permettra de visualiser globalement les périodes de plus forte tension.
Au regard de ces éléments, il semble essentiel de poursuivre d?une part l?évaluation
de la déclinaison des plans d?actions des grands donneurs d?ordre au sein de la
filière au regard des risques liés à la maitrise des fabrications et d?autre part
d?affiner les risques liés au plan de charge du nouveau nucléaire . Ce plan de charge
devra être établi au pas annuel (en faisant ressortir les charges liées à chaque projet
nucléaire et paire de réacteurs) et segment par segment en se focalisant plus
particulièrement sur les plus problématiques .
10. Ces chantiers représentent une charge de près de 1 500 M¤ annuelle supplémentaire notamment sur les premières années 2020-
2030 pour les chantiers en Grande-Bretagne mais qui n?est pas localisée à ce stade, i.e dont une partie est destinée à être
couverte à l?export également.
51
Démonstration
De la capacité
inDustrielle De la filière
à construire De
nouveaux réacteurs
nucléaires en france II.
C. LES TRAVAUX À ENGAGER POUR ACCOMPAGNER
LA PRÉPARATION DE LA FILIÈRE ET GARANTIR
LA MAITRISE DES FABRICATIONS
1 . S?assurer de l?efficacité des plans d?actions définis par EDF et la
filière et des mesures du plan de relance
Afin de démontrer la remontée en compétence de la filière, EDF, en lien avec le
GIFEN, produira un bilan qui exposera les résultats concrets obtenus au sein de la
filière suite à la mise en place du plan Excell et des autres plans d?actions mis en
place dans la filière. Ces résultats seront présentés pour le chantier de HPC, les
travaux du Grand Carénage, la mise en oeuvre des premières commandes chez
Framatome et chez les sous-traitants de rang 1 de l?entreprise ainsi que les sous-
traitants stratégiques. Ils seront audités par le Gouvernement dans le cadre des
audits prévus au point 2.
Des indicateurs de suivi de la performance des plans et des réalisations au sein de
la filière seront proposés au Gouvernement. Ils feront l?objet d?un suivi tout au long
de la mise en oeuvre des nouvelles constructions potentielles. Certains seront
rendus publics.
Concernant les relations entre EDF et ses fournisseurs, EDF lancera un audit
indépendant lorsque les actions correspondantes du plan Excell auront été
complètement déployées. Cet audit visera à recueillir le point de vue de la filière sur
la nouvelle relation acheteur-fournisseur voulue par l?entreprise et à évaluer les
nouvelles modalités contractuelles mises en place du point de vue notamment des
incitations fournies au fournisseur d?une part et des risques pris en charge par EDF
d?autre part. En lien avec les enjeux de séparation claire entre maîtrise d?ouvrage et
maîtrise d?oeuvre, cet audit visera également à juger de la capacité d?EDF à piloter
efficacement un projet de construction de nouveaux réacteurs.
Enfin, l?État mènera une analyse en vue de croiser les besoins (résiduels)
d?investissements dans la filière et les soutiens apportés en termes de modernisation
et de renforcement des compétences, ces derniers ayant eu vocation à répondre
en particulier à cet enjeu.
2 . Affiner le plan de charge de la filière, y compris au regard des autres
opportunités industrielles
La soutenabilité des plans de charge de la filière pour conduire des grands projets
complexes, y compris hors filière nucléaire, de nature à mobiliser les mêmes
ressources devra être approfondie afin de disposer d?une vision réaliste du planning
de réalisation de nouvelles constructions.
52
Le plan de charge au sein d?entreprises en situation de monopole ou quasi-monopole
en particulier sur des segments en tension, comme Framatome pour laquelle EDF a
anticipé un certain nombre de commandes en vue de la construction de nouveaux
réacteurs, devraient être définis précisément en vue d?assurer la pérennisation et la
poursuite de la montée en qualité et en compétence initiée. La question de l?impact
des technologies envisagées sur la capacité de la filière devrait également être
approfondie.
Enfin, les investissements nécessaires au sein de la filière devraient être quantifiés et
faire l?objet d?un suivi, voire d?un soutien financier conditionné à la priorisation des
commandes liées aux nouvelles constructions, afin de garantir la disponibilité de
l?outil industriel dans les délais compatibles avec les constructions.
Pour procéder à cet état des lieux, le Gouvernement mandatera à partir de
l?automne 2022 des audits sur les différents sujets mentionnés, y compris dans le
point 1, en vue d?émettre des recommandations et des propositions d?arbitrage le
cas échéant.
Par ailleurs, à l?issue de ces analyses, les risques jugés les plus prégnants seront
intégrés dans le devis de base de construction des nouveaux réacteurs.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
53
III.
ConSéquenCeS
d?un renouvellement
du parC Sur le CyCle
du CombuStible
et la geStion
deS déChetS nuCléaireS
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
55
III.
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires
Les déchets qui seraient produits par de nouveaux réacteurs de type EPR2 sont
similaires à ceux déjà produits par le fonctionnement du parc actuel.
Pour les déchets les moins radioactifs, les besoins de stockage d?ores et déjà
identifiés, que ce soit en termes de volume ou de capacités radiologiques et
physico-chimiques, pour accueillir les déchets du parc existant ne sont pas remis en
cause pour une quantité de déchets équivalant au déploiement de six réacteurs
EPR2.
Pour les déchets les plus radioactifs (destinés au stockage géologique profond),
dans l?hypothèse d?un programme de six réacteurs EPR2, il n?est pas identifié à ce
stade d?éléments rédhibitoires à leur accueil dans le centre Cigéo actuellement en
cours de développement pour les déchets du parc existant. La stratégie de
maintenance et de gestion du vieillissement sur le génie civil des ouvrages souterrains
de Cigéo sera néanmoins ajustée en fonction des résultats de la surveillance et
pourra le cas échéant être renforcée ou complétée par des opérations plus lourdes
dans le cas où la durée d?exploitation du centre serait significativement plus longue.
En effet, la prise en compte de ces déchets conduirait à un allongement de la durée
de vie de l?installation, une augmentation de l?emprise du stockage et un impact
radiologique supplémentaire dans des proportions dépendantes de la stratégie de
retraitement retenue. Des études complémentaires seront donc menées afin
d?évaluer plus finement les impacts des stratégies de retraitement possibles sur la
durée de fonctionnement du centre de stockage Cigéo.
Des études seront également menées afin de consolider l?évaluation des coûts liés
spécifiquement à la gestion des déchets issus de la construction de nouveaux
réacteurs
La création de toute nouvelle installation nucléaire, comme un réacteur nucléaire,
est conditionnée à la démonstration que les déchets que cette installation génèrera
seront gérés conformément aux objectifs fixés par le code de l?environnement . Ce
dernier prévoit en particulier que soit recherchée la réduction de la quantité et de
la nocivité des déchets radioactifs notamment par le retraitement des combustibles
usés et le traitement et le conditionnement des déchets radioactifs et qu?après
entreposage, les déchets radioactifs ultimes ne pouvant pour des raisons de sûreté
nucléaire ou de radioprotection être stockés en surface ou en faible profondeur
font l?objet d?un stockage en couche géologique profonde.
Des travaux ont donc été menés par l?Andra, à la demande du gouvernement, afin
d?évaluer si et sous quelles conditions de tels objectifs pourraient être respectés
pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, dans le contexte précisé par
la PPE.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
56
Pour la création de nouveaux réacteurs, des études d?esquisse puis d?avant-projet
seront à prévoir par l?Andra, sur la base de données techniques affinées, afin de
déposer auprès des autorités compétentes les dossiers réglementaires nécessaires
à l?obtention des autorisations de mise en stockage des déchets induits. À cet égard,
il convient de souligner que cette évaluation technique ne préjuge pas des processus
règlementaires et démocratiques requis .
En termes de méthodologie, les évaluations exposées dans ce chapitre ont porté
sur les déchets produits par l?exploitation éventuelle de 6 réacteurs EPR2, déployés
par paires espacées de 4 ans à compter de l?horizon 2035 et exploités durant
60 ans. Il s?est agi d?analyser dans quelle mesure la gestion de ces déchets pouvait
être réalisée avec les installations de gestion de déchets existantes ou en projet,
sans préjuger du fait que d?autres solutions soient privilégiées in fine (création
d?installations dédiées) si la décision de construction s?insérait dans une perspective
de poursuite des nouvelles constructions à plus long terme. Par ailleurs, l?analyse
menée par l?Andra a reposé sur les données transmises par EDF, qui feront l?objet
d?une contre-expertise. Ces données reposent sur une mise à jour des évaluations
prospectives de production de déchets du parc actuel réalisées dans le cadre de
l?édition 2018 de l?Inventaire national11. Cette mise à jour intègre ainsi les conclusions
de la programmation pluriannuelle de l?énergie (PPE) 2019-2028 : calendrier de
fermeture de centrales, moxage de réacteurs de 1300 MWe et reprise du recyclage
de l?uranium de retraitement (URT).
Enfin, ces analyses restent prospectives dans la mesure où les enjeux de la gestion à
long terme des déchets radioactifs générés par de nouveaux réacteurs sont à mettre
en regard des dates prévisionnelles de mise en stockage des déchets qu?ils
produiraient : production des déchets de démantèlement à la fin du siècle en cours
et stockage géologique des déchets les plus radioactifs à l?horizon du début du
siècle prochain.
11. Cet inventaire est institué par le code de l?environnement. Il est accessible au lien suivant : https://inventaire.andra.fr
https://inventaire.andra.fr
57
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
A. LES TYPOLOGIES DE DÉCHETS PRODUITS
PAR DES RÉACTEURS NUCLÉAIRES
La nature et les quantités de déchets produits par l?industrie électronucléaire
dépendent pour certains déchets de la stratégie de retraitement mise en oeuvre.
Les stratégies de retraitement du combustible usé12 étudiées dans le cadre de la
présente analyse sont :
? le « multi-recyclage » : stratégie industrielle de référence fixée par la
programmation pluriannuelle de l?énergie, consistant à retraiter la totalité des
combustibles usés quel que soit leur type (donc y compris des combustibles
MOX) et générant ainsi des déchets vitrifiés et des déchets de structure issus du
retraitement ;
? le « mono-recyclage » : stratégie actuellement mise en oeuvre en France et
consistant d?une part à retraiter uniquement les combustibles de type UNE
(Uranium Naturel Enrichi), ce qui génère des déchets vitrifiés et des déchets de
structure issus du retraitement et, d?autre part, à requalifier en déchets les
combustibles usés de type URE (Uranium de Retraitement Enrichi) et MOX ;
? l?« arrêt du recyclage » : stratégie consistant à interrompre le retraitement des
combustibles. Pour la présente analyse qui se focalise sur le périmètre des
nouveaux réacteurs, cet arrêt est considéré concomitant à l?arrêt des derniers
réacteurs chargés en combustibles MOX du parc actuel (exploité en stratégie de
mono-recyclage). Cette stratégie génère des déchets vitrifiés et des déchets de
structure issus du retraitement des combustibles de type UNE avant que le
retraitement ne s?arrête, et des combustibles usés de type UNE, URE et MOX
qualifiés alors de combustibles usés.
Ces différentes stratégies conduisent donc :
? à la production de déchets de haute activité (HA), pouvant être des déchets
vitrifiés (CSD-V) issus du retraitement et/ou des combustibles usés selon les
stratégies de retraitement. Ces déchets doivent être gérés en stockage
géologique profond ;
? à la production de déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) composés
des déchets de structure issus du retraitement des combustibles usés (CSD-C),
des déchets activés et/ou contaminés d?exploitation et de démantèlement des
réacteurs et des autres installations du cycle (composants divers situés au coeur
du réacteur, outillages, équipements métalliques, effluents, etc.). Ces déchets
doivent être gérés en stockage géologique profond ;
? à la nécessité de stocker, pour certaines stratégies impliquant un arrêt ou une
limitation du recyclage, des combustibles usés.
12. Pour plus d?informations, se référer au dossier du maitre d?ouvrage du débat public sur la cinquième édition du PNGMDR
accessible au lien suivant : https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
58
Les analyses menées par l?Andra ont conduit à évaluer les impacts pour ces trois
stratégies afin de donner une vision exhaustive des enjeux liés à la gestion des
déchets de nouveaux réacteurs sans préempter les choix de politique énergétique
qui pourront être décidés .
Par ailleurs, quelle que soit la stratégie de retraitement des combustibles usés, la
construction et l?exploitation de nouveaux réacteurs conduiront à la production de
déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) et de très faible activité
(TFA) issus de l?exploitation et du démantèlement des réacteurs et des autres
installations du cycle (matériels électromécaniques, déchets d?assainissement des
structures, déchets technologiques, terres de remise en état des sites, etc.).
B. L?ÉVALUATION DE L?IMPACT DE LA CONSTRUCTION
DE NOUVEAUX RÉACTEURS SUR LES FILIÈRES DE
GESTION DES DÉCHETS TFA ET FMA-VC
Les déchets FMA-VC sont actuellement stockés au centre de stockage de l?Aube
(CSA) qui dispose d?une autorisation de stockage de 1 000 000 m3 de colis de
déchets. Au 31 décembre 2020, le volume de déchets stockés s?élève à 353 147 m3,
soit 35 % de la capacité autorisée.
Les déchets TFA sont, quant à eux, stockés au centre industriel de regroupement,
d?entreposage et de stockage (Cires), également implanté dans l?Aube, qui dispose
d?une autorisation de stockage de 650 000 m3 de colis de déchets. Une demande
d?augmentation de cette capacité est en cours de préparation et vise à porter celle-
ci aux alentours de 900 000 à 950 000 m3. D?ores et déjà, compte tenu des volumes
de déchets TFA qui seront produits par le démantèlement des installations du parc
existant, le besoin d?un nouveau stockage prenant la suite du CIRES est avéré aux
environs de 2045.
Concernant les impacts éventuels de nouveaux réacteurs, l?Andra les a examinés en
termes de capacités de stockage tant sur le plan volumique que physico-chimique
et radiologique.
1 . Les volumes et caractéristiques des déchets TFA et FMA-VC produits
Les données fournies par EDF montrent que les quantitatifs des déchets FMA-VC et
TFA issus des centrales nucléaires sont indépendants de la stratégie de retraitement
des combustibles usés considérée . Compte tenu des similitudes entre les réacteurs
du parc actuel et les réacteurs EPR2 (réacteurs à eau pressurisée), les ratios de
déchets d?exploitation FMA-VC et TFA produits par réacteur de type EPR2 sont
considérés identiques à ceux des réacteurs du parc actuel. Leurs caractéristiques
59
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
physico-chimiques sont également, en première approche, les mêmes que celles
des déchets produits par le parc actuel.
Les volumes estimés de déchets radioactifs FMA-VC et TFA conditionnés qui
seraient produits sur l?ensemble du cycle de vie de 6 réacteurs EPR2, en considérant
60 ans d?exploitation, sont présentés ci-dessous .
Catégorie FMA-VC TFA
Exploitation 40 200 m3 23 400 m3
Démantèlement 58 200 m3 96 000 m3
Total 98 400 m3 120 000 m3
-
500 000
1000 000
1500 000
2000 000
2500 000
3000 000
TFA FMA VCV
ol
um
e
de
d
éc
he
ts
e
n
m
3
Volume à terminaison du parc existant 6 EPR2
2 . L?impact sur les stockages
leS CapaCitéS radiologiqueS et phySiCo-ChimiqueS
Les caractéristiques radiologiques et physico-chimiques des déchets sont
identiques à celles du parc actuel quel que soit le scénario retenu . En conséquence,
il est fait l?hypothèse que les colis de déchets produits respecteront les mêmes
spécifications d?acceptation des colis qu?aujourd?hui pour qu?ils soient acceptés et
pris en charge sur chaque centre. Aussi, sur cet aspect, le déploiement de 6 réacteurs
supplémentaires n?induit pas de nouvelle problématique . Par ailleurs, des besoins
d?augmentation de capacité radiologique pour certains radionucléides ont d?ores
et déjà été identifiés pour l?accueil des déchets du parc actuel et ne sont pas remis
en cause par le déploiement de 6 réacteurs supplémentaires .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
60
leS CapaCitéS volumiqueS
Pour apprécier l?impact sur les capacités de stockage en termes de volume, une
chronologie des volumes livrés et des volumes stockés associés a été bâtie au global
pour chaque centre de stockage en utilisant les données fournies par EDF (actualisées
à fin 2020 et complétées par des livraisons prévisionnelles des autres producteurs)
et les ratios « livrés / stockés » établis sur la base du retour d?expérience.
Pour ce qui concerne les déchets TFA, les volumes supplémentaires générés par le
déploiement des 6 réacteurs EPR2 resteraient relativement faibles au regard des
volumes prévus jusqu?aux années 2100 et pourraient être absorbés dans le cadre de
l?exploitation du Cires, puis du futur centre de stockage TFA déjà inscrit dans la
politique du gouvernement (cf. PNGMDR 2021-2025). En outre, ce faible surplus
n?avancerait que de quelques mois (3 à 4) l?atteinte de la capacité autorisée prévue
(vers 2045) du Cires et n?aurait donc pas d?impact sur les plannings à venir.
Concernant les déchets FMA-VC, on constate que les chroniques de livraison
restent peu ou prou du même ordre de grandeur avec la prise en compte de
nouveaux réacteurs. Sur ces bases, l?atteinte de la capacité autorisée du CSA
interviendrait aux alentours de 2060, échéance peu différente de celle envisagée
aujourd?hui sur le périmètre du parc actuel et avec un écart d?environ 12 mois entre
les deux scénarios.
61
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
C. L?ÉVALUATION DE L?IMPACT DE LA CONSTRUCTION
DE NOUVEAUX RÉACTEURS SUR LA FILIÈRE DE
GESTION DES DÉCHETS DE HAUTE ACTIVITÉ (HA) ET
DE MOYENNE ACTIVITÉ À VIE LONGUE (MA-VL)
La solution actuellement mise en oeuvre pour la gestion des déchets de haute
activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL) est le stockage géologique
profond, avec le projet Cigéo . Le dossier de demande d?autorisation de création
(DAC) de ce centre de stockage est en cours d?élaboration par l?Andra pour un
dépôt en 2022. Il prévoit le début de la mise en stockage des déchets MA-VL à
l?horizon 2035 et celui des déchets HA à l?horizon 2080.
Tel que prévu par le code de l?environnement (article D.542-90), l?Andra demandera
l?autorisation de création de Cigéo pour le stockage des déchets HA et MA-VL en
s?appuyant sur une conception initiale basée sur un inventaire de référence et
présentera dans le dossier les études d?adaptabilité relatives au stockage d?un
inventaire de réserve13. Ainsi, la conception de référence de Cigéo présente la
capacité de pouvoir évoluer afin de prendre en compte les évolutions de la politique
énergétique nationale, en particulier en termes d?inventaire de déchets à stocker .
L?inventaire de référence défini par l?Andra correspond à la production des déchets
issus du fonctionnement et du démantèlement des installations nucléaires en
exploitation (parc actuel) ou disposant à ce jour d?une autorisation de création
(essentiellement EPR de Flamanville 3, réacteur de recherche Jules Horowitz et
installation de recherche ITER), dans un scénario de poursuite de la production
électronucléaire avec une hypothèse de durée de fonctionnement moyenne des
installations électronucléaires en service de 50 ans, et de retraitement de la totalité
des combustibles usés produits par ces installations (stratégie de multi-recyclage à
terme telle que prévue par la PPE 2019-2028).
L?Andra a également retenu à date un inventaire de réserve qui vise à couvrir, entre
autres, différentes stratégies de retraitement avec d?une part le maintien d?une
stratégie de mono-recyclage telle que mise en oeuvre actuellement et d?autre part
une stratégie d?arrêt du recyclage, ainsi que l?impact de l?allongement de la durée
de fonctionnement d?environ 10 ans des réacteurs électronucléaires en service par
rapport à celle de 50 ans prise en compte pour établir l?inventaire de référence.
L?Andra réalise des études d?adaptabilité de Cigéo au stockage de cet inventaire de
réserve. Ces études incluent notamment la prise en compte des combustibles usés
et les éléments permettant de répondre aux articles R. 593-14 à R. 593-19 du code
de l?environnement qui demandent explicitement la prise en compte dans le dossier
de demande d?autorisation de création de la réversibilité du stockage.
13. Pour plus d?informations, se référer au dossier du maitre d?ouvrage du débat public sur la cinquième édition du PNGMDR
accessible au lien suivant : https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
https://pngmdr.debatpublic.fr/pngmdr/description-du-plan
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
62
3 . Les déchets HA et MA-VL produits par 6 réacteurs EPR2
De façon similaire au parc de réacteurs électronucléaires actuel, l?exploitation de
6 réacteurs EPR2 et le fonctionnement des installations du cycle génèreraient des
déchets MA-VL, ainsi que des déchets HA et/ou des combustibles usés selon les
stratégies de recyclage retenues (cf. partie A).
Il est considéré que l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 génèrerait des déchets de
catégorie MA-VL de caractéristiques géométriques, physico-chimiques, radiolo-
giques et thermiques identiques à celles des déchets MA-VL générés par le parc
actuel et étudiés dans le cadre du dossier de DAC du centre de stockage Cigéo . Les
volumes de déchets MA-VL produits par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 varient
en fonction de la stratégie de retraitement du combustible considérée et sont pré-
sentés dans le tableau suivant :
Types de déchets MA-VL
Volumes estimés de déchets produits
par l?exploitation de 6 EPR2
Multi-
recyclage
Mono-
recyclage
Arrêt du
recyclage
CSD-C 1 273 m3 710 m3 0 m3
Déchets activés et/ou
contaminés d?exploitation
et de démantèlement des
réacteurs EPR2 et des autres
installations du cycle14
2 678 m3 3 219 m3 2 574 m3
Total 3 951 m3 3 929 m3 2 574 m3
À titre de comparaison, l?évaluation prospective du volume de déchets MA-VL
généré par les installations nucléaires existantes ou arrêtées et par le parc actuel de
réacteurs pour une durée de fonctionnement de 50 ans associé au scénario de
multi-recyclage des combustibles usés de l?édition 2018 de l?Inventaire National est
d?environ 73 000 m3 : tous scénarios confondus, le volume de déchets MA-VL
produits par 6 EPR2 représenterait au plus de l?ordre de 5 % de ce volume .
L?inventaire des déchets associé au scénario de multi-recyclage sera réactualisé lors
de la prochaine édition de l?Inventaire National en 2023 notamment afin de prendre
en compte les évolutions de la PPE.
Les déchets vitrifiés HA qui seraient produits par 6 EPR2 auront les mêmes
caractéristiques géométriques et chimiques que ceux étudiés dans le cadre du
dossier de DAC de l?INB du centre de stockage Cigéo et présentent des
caractéristiques radiologiques et thermiques comparables . Les volumes de déchets
14. Il est supposé que la construction de 6 réacteurs EPR2 n?impliqueront pas de mise en service par ailleurs de nouvelles unités sur
le reste du cycle du combustible et ne génèreront donc pas de déchets de démantèlement supplémentaires.
63
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
vitrifiés HA produits par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 sont donnés dans le
tableau ci-après en fonction des différentes stratégies de retraitement du
combustible :
Types de
déchets HA
Volumes estimés de déchets produits
par l?exploitation de 6 EPR2
Multi-recyclage Mono-recyclage Arrêt du recyclage
CSD-V 1 872 m3 971 m3 0 m3
À titre de comparaison, l?évaluation prospective du volume de déchets HA généré
par le parc actuel pour une durée de fonctionnement de 50 ans des installations
associé au scénario de multi-recyclage des combustibles usés de l?édition 2018 de
l?Inventaire national est de près de 10 000 m3 : le volume de déchets HA issus de
l?exploitation de 6 EPR2 représenterait près de 20 % de ce volume dans le scénario
de multi-recyclage et de 10 % dans le scénario de mono-recyclage .
-
10 000
20 000
30 000
40 000
50 000
60 000
70 000
80 000
MA-VL HA
V
ol
um
e
de
d
éc
he
ts
e
n
m
3
Scénario multi-recyclage
6 EPR2
Volume à terminaison
du parc existant
Les volumes de combustibles usés produits par 6 réacteurs EPR2 et pouvant être
requalifiés en déchets dans le cadre des stratégies d?arrêt du recyclage et de mono-
recyclage15 sont donnés dans le tableau suivant :
Types de
combustibles
Nombres estimés d?assemblages combustibles produits
par 6 réacteurs EPR2 pouvant être requalifiés en déchets
Mono-recyclage Arrêt du recyclage
UNE Sans objet 18 720
URE 5 295 1 358
MOX 3 712 0
Total 9 007 20 078
15. Aucun combustible n?est requalifié en déchet dans le cadre de la stratégie de « Multi-recyclage ».
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
64
À titre de comparaison, l?inventaire de réserve de Cigéo comprend près de 58 000
assemblages combustibles dans le scénario de l?Inventaire national de 2018 de non
renouvellement du parc électronucléaire et d?arrêt du retraitement.
-
10 000
20 000
30 000
40 000
50 000
60 000
70 000
80 000
90 000
Mono-recyclage Arrêt du retraitement
N
b
d'
as
se
m
bl
ag
es
d
e
C
U
6 EPR2
Nb d'assemblages à
terminaison du parc
existant
La majorité de ces combustibles est identique à ceux pris en compte dans les
études d?adaptabilité de Cigéo (inventaire de réserve) . Seules quelques typologies
présentent des caractéristiques légèrement différentes, qui engendrent une
activité totale et une puissance thermique un peu plus élevées mais restant dans
les mêmes ordres de grandeur que celles prises en compte dans les études
d?adaptabilité de Cigéo .
4 . L?impact sur le centre de stockage Cigéo des déchets HA et MA-VL
produits par 6 réacteurs EPR2
L?impact de la construction de nouveaux réacteurs sur Cigéo a été évalué, lorsque
possible, en extrapolant les études menées lors de l?élaboration du dossier de DAC
de Cigéo. Toutefois, des études spécifiques ont été également menées pour
identifier l?impact des déchets dont certaines caractéristiques ne sont pas couvertes
par les études déjà réalisées. L?évaluation menée par l?Andra porte sur les bâtiments
de surface de l?installation, les équipements de transfert, et l?installation souterraine
du centre de stockage Cigéo.
l?impaCt Sur la ConCeption du Centre de StoCkage Cigéo
Compte tenu de leur similitude avec les colis déjà prévus dans la conception de
Cigéo, les colis de déchets MA-VL produits par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2
ne sont pas de nature à remettre en cause les principes de conception de Cigéo .
Ainsi, seuls les impacts directement liés au nombre de colis et à leur chronique de
65
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
réception ont été évalués : nombre d?alvéoles, adaptations de flux et impacts liés à
la durée d?exploitation. Les conclusions sont présentées ci-dessous.
Si les caractéristiques géométriques des colis de déchets HA et des combustibles
usés sont couvertes par celles des colis des inventaires de référence et de réserve déjà
étudiés dans le cadre de l?élaboration du dossier de DAC de Cigéo et ne nécessitent
à ce titre aucune adaptation dimensionnelle de Cigéo, certains colis de déchets ont
des inventaires radiologiques et des caractéristiques thermiques qui ne sont pas
couverts par les études menées précédemment. C?est le cas notamment pour les
combustibles ayant des taux d?enrichissement plus importants que ceux déjà étudiés.
Globalement, les études menées sur les déchets HA générés par 6 réacteurs EPR2
ne conduisent pas, à ce stade, à l?identification d?impacts majeurs sur les principes
de conception des bâtiments de surface, des équipements de transfert et de
l?installation souterraine . Toutefois, la durée de décroissance de la puissance
résiduelle en entreposage des combustibles usés les plus exothermiques16 devrait
être prolongée de 20 ans par rapport à celle des combustibles usés les plus
exothermiques étudiés dans le cadre du projet Cigéo, et ce afin de respecter les
critères de préservation de la roche de stockage (critère de température et critère
de rupture thermo-hydromécanique) .
La prise en compte des déchets HA et des combustibles usés générés par 6 réacteurs
EPR2 a un impact à la hausse sur l?emprise des ouvrages souterrains et en particulier
du quartier de stockage HA . Cela est dû d?une part à la thermicité des combustibles
usés et d?autre part à l?augmentation du nombre de colis de déchets HA à stocker.
Cette augmentation varie selon les stratégies de recyclage considérées et se situe
entre 20 % et 40 % par rapport au stockage de l?inventaire des déchets du parc
actuel mis à jour en 2021 par EDF .
Si cette augmentation ne présente pas de sujet rédhibitoire identifié à ce stade,
au-delà de l?impact direct sur les coûts, l?emprise augmentée peut avoir des impacts
notamment sur la conception du stockage (sans en remettre en cause les grands
principes comme indiqué précédemment) ou sur l?allongement de la durée de
fonctionnement de Cigéo, sujet plus général développé ci-dessous.
En effet, une augmentation significative de l?emprise peut conduire à revoir le
dimensionnement de certains équipements : c?est par exemple le cas pour la
ventilation dont le dimensionnement est fortement impacté par la longueur des
galeries à ventiler.
16. Combustibles usés MOx avec un taux d?enrichissement de 9 % ou 9,54 % en Pu.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
66
l?impaCt Sur la date d?arrivée deS dernierS ColiS
danS le Centre de StoCkage Cigéo
Les chroniques de production et d?expédition des déchets considérées, ainsi que
les besoins de durées supplémentaires de décroissance de puissance résiduelle
pour les colis les plus exothermiques conduisent à un allongement de la phase de
fonctionnement de Cigéo .
Des adaptations du flux de réception des colis actuellement retenu pourraient être
mises en oeuvre sur certaines périodes pour compenser cet allongement, mais
celles-ci ne seront pas de nature à compenser intégralement les augmentations des
durées nécessaires au stockage des colis. Par ailleurs, l?augmentation de l?emprise
aura des impacts sur la durée de construction de Cigéo, pouvant aussi impacter la
durée globale de fonctionnement.
Le stockage des déchets issus de 6 EPR2 conduirait ainsi à décaler la date d?arrivée
du dernier colis actuellement retenue dans les études d?adaptabilité (horizon 2155)
à une date ultérieure. Ce report peut atteindre plusieurs dizaines d?années et les
scénarios étudiés montrent qu?il dépend de la stratégie de recyclage mise en oeuvre
dans les décennies à venir.
Un allongement de la durée de fonctionnement a des impacts sur les ouvrages de
surface, sur les ouvrages souterrains ainsi que sur les équipements .
En ce qui concerne les équipements, des jouvences sont déjà prévues pour le
stockage de l?inventaire de référence et pourraient donc être opérées de façon
similaire pour le stockage des déchets générés par 6 réacteurs EPR2 .
En ce qui concerne le génie civil, des dispositions de surveillance prévues dès la
construction devront être mises en place pour permettre d?analyser le besoin ou
non de jouvences plus ou moins lourdes . La stratégie de maintenance et de gestion
du vieillissement sur le génie civil des ouvrages souterrains de Cigéo sera ajustée en
fonction des résultats de la surveillance et pourra le cas échéant être renforcée ou
complétée par des opérations plus lourdes dans le cas où la durée d?exploitation
du centre serait significativement allongée . Des études complémentaires seront
donc menées afin d?évaluer plus finement les impacts des stratégies de retraitement
possibles sur la durée de fonctionnement du centre de stockage Cigéo .
l?impaCt Sur leS évaluationS de Sûreté en exploitation
L?Andra a évalué les dispositions de protection retenues dans la démonstration de
sûreté en exploitation du centre de stockage Cigéo pour le stockage des déchets
générés par 6 réacteurs EPR2.
L?évaluation réalisée par l?Andra permet de montrer que les dispositions valorisées
dans la démonstration de sûreté du centre de stockage Cigéo au stade du dossier
de DAC, ainsi que le dimensionnement de ces dispositions, permettent de répondre
aux exigences réglementaires et de respecter les objectifs de protection de l?Andra
vis-à-vis des travailleurs, du public et de l?environnement qui seraient applicables
pour le stockage de colis de déchets issus de 6 EPR2.
67
ConséquenCes
d?un renouvellement du
parC sur le CyCle
du Combustible
et la gestion
des déChets nuCléaires III.
l?impaCt Sur leS évaluationS de Sûreté en aprèS-fermeture à long terme
L?Andra a analysé les conséquences de la prise en compte du stockage des déchets
générés par l?ajout de 6 réacteurs EPR2 au parc actuel sur les évaluations de sûreté
après fermeture du centre de stockage Cigéo réalisées dans le cas du stockage de
l?inventaire de référence et de réserve . Cette analyse considère les trois stratégies
de retraitement du combustible usé (multi-recyclage, mono-recyclage et arrêt du
recyclage).
L?analyse réalisée a visé à s?assurer que les modalités actuelles de maîtrise des risques
ne sont pas affectées par la prise en compte des déchets générés par l?ajout de
6 réacteurs EPR2. Ainsi, de par des caractéristiques physico-chimiques, radiologiques
et thermiques similaires avec les inventaires déjà étudiés dans le cas des évaluations
de sûreté actuelles (inventaire de référence et inventaire de réserve), l?analyse
préliminaire montre que les scénarios retenus et leurs définitions ne sont pas remis
en cause par la prise en compte de ces déchets . De même, le risque de criticité en
alvéole qui pourrait affecter les caractéristiques favorables du Callovo-Oxfordien
est écarté pour tous les combustibles usés issus de réacteurs EPR2 .
Les évaluations des différents scénarios de sûreté retenus caractérisent et quantifient
le comportement des radionucléides dans les différents composants du stockage
ainsi que leur migration éventuelle, depuis les déchets et colis jusqu?à la biosphère,
selon les hypothèses considérées pour chaque scénario. Les caractéristiques des
colis de déchets générés par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 étant très similaires
à celles des colis de déchets des inventaires actuellement prévus dans Cigéo, les
mécanismes physico-chimiques pilotant le relâchement et le transfert en solution
des radionucléides dans les compartiments du stockage (colis, alvéole, milieu
géologique) sont identiques. Par conséquent, les impacts radiologiques associés au
stockage des colis de déchets générés par l?exploitation de 6 réacteurs EPR2 sont
directement liés à leurs inventaires en radionucléides Chlore 36, Iode 129 et
Sélénium 79 qui, du fait de leur mobilité et de leur vie longue, sont les 3 radionucléides
qui contribuent majoritairement à l?impact radiologique.
L?ajout de 6 réacteurs EPR2 au parc actuel conduit ainsi à une augmentation des
inventaires en radionucléides mobiles à vie longue stockés après fermeture dans le
centre de stockage Cigéo de l?ordre de 12 % pour le Chlore 36, et 17 % pour le
Sélénium 79 pour les trois stratégies de retraitement et d?au maximum de 45 %
pour l?Iode 129 pour les stratégies de mono-recyclage et d?arrêt du recyclage.
Les impacts radiologiques en après fermeture d?un stockage prenant en compte ces
augmentations d?inventaire resteraient donc du même ordre de grandeur que ceux
pour le stockage des déchets de l?inventaire de référence ou ceux de l?inventaire de
réserve. La prise en compte dans le stockage des déchets de 6 EPR2 ne remet donc
pas en question les modalités actuelles de maîtrise des risques .
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
69
IV.
pourSuite
deS travaux
d?inStruCtion
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
71
IV.
Poursuite
des travaux
d?instruction
Le présent rapport répond à la demande de la PPE d?exposer les réflexions du
Gouvernement quant aux conditions techniques et économiques d?une éventuelle
décision future de construction de nouveaux réacteurs nucléaires.
Il s?agit d?un rapport d?étape, les travaux devant se poursuivre pour affiner les
modalités de mise en oeuvre d?un programme de construction de nouveaux
réacteurs Les axes de travail ou de suivi identifiés sont les suivant.
LEVER LES DERNIERS SUJETS MAJEURS DE SÛRETÉ
DU MODÈLE EPR2 ET S?ASSURER DE LA ROBUSTESSE
DU DEVIS DE BASE ET DES CALENDRIERS DE
RÉALISATION
Comme évoqué au chapitre 1 de la partie 2, les efforts de conception du modèle
EPR2 sont aujourd?hui à un stade dit de « basic design ». Grâce au dépôt anticipé du
rapport préliminaire de sûreté au premier trimestre 2021, les discussions avec
l?autorité de sûreté ont pu se poursuivre au-delà de l?avis rendu sur le dossier
d?option de sûreté. Des discussions sont également en cours avec le Haut
Fonctionnaire de Défense et de Sécurité du Ministère de la Transition Ecologique,
en charge de la sécurité nucléaire.
Compte-tenu de leur caractère structurant sur la faisabilité et la performance
économique de la technologie EPR2, l?instruction des sujets encore ouverts en
sûreté et sécurité doit être finalisée . Dans son avis rendu le 15 septembre 2021,
l?ASN considère notamment que le recours à une démarche d?exclusion de rupture
est acceptable au regard des évolutions apportées par EDF en matière de
conception, de fabrication et d?organisation mais doit maintenant être instruite sur
le fond au regard des compléments devant être apportés par EDF sur les exigences
de conception et de fabrication des équipements concernés.
Par ailleurs, si les méthodes de chiffrage retenues par EDF et les niveaux de coûts et
de provisions sont jugées adaptées et robustes à ce stade, et que l?analyse des risques
est actuellement jugée pertinente et complète par le dernier audit au regard de la
maturité du projet, ces éléments devront continuer d?être affinés d?ici à un
déploiement effectif du programme, notamment pour tenir compte des incertitudes
résiduelles pointées au Chapitre 1, et feront, à ce moment-là, l?objet d?un nouvel
audit.
Travaux relatifs au nouveau nucléaire
PPE 2019-2028
72
POURSUIVRE LE SUIVI DE LA FILIÈRE DANS SA MONTÉE
EN CAPACITÉ EN TIRANT UN BILAN DE LA MISE EN
OEUVRE DES PLANS D?ACTIONS INITIÉS ET EN LEVANT
LES INCERTITUDES LIÉES À SON ÉTAT DE PRÉPARATION
Le travail de réflexion sur les conditions d?un programme nouveau nucléaire mené
par le Gouvernement, mais également les demandes formulées par ce dernier à
EDF dans le contexte des difficultés rencontrées dans la finalisation du chantier de
Flamanville 3 et le début de celui d?Hinkley Point C, ont conduit à une très forte
mobilisation au sein de la filière pour déployer, tant au niveau des grands donneurs
d?ordre que des sous-traitants les actions nécessaires à une remontée en compétence
des hommes et des organisations. Les démarches et plans d?action établis et mis en
oeuvre sont décrits au chapitre 2. Il convient désormais de poursuivre ces démarches,
de les amplifier et de mesurer l?efficacité de la diffusion des progrès au sein de la
filière.
Par ailleurs, l?adéquation des ressources de la filière avec un programme de
construction de nouveaux réacteurs nucléaires est également déterminante pour la
réussite d?un tel programme. L?instruction a montré que certains segments étaient
sensibles à cette disponibilité des compétences et des outils industriels, avec de
possibles enjeux d?arbitrages entre différentes opportunités pour la filière nucléaire.
Au regard de ces éléments, les travaux doivent se poursuivre pour accompagner la
filière dans sa montée en capacité, qualité et compétence et pour garantir la
maitrise de la gestion du projet et des fabrications :
Bilan à dresser par EDF des résultats de la mise en oeuvre du plan Excell notamment
sur le chantier de HPC, les travaux du Grand Carénage et au niveau des fabrications
de Framatome, qui fera l?objet d?un audit externe du Gouvernement en 2022 afin
de constater les gains opérés et proposer des voies d?optimisation de la
transformation initiée ;
Définition d?indicateurs de suivi de la performance des plans d?actions mis en
oeuvre au sein de la filière, qui seront suivis tout au long de la construction potentielle
de nouveaux réacteurs ;
Réalisation d?un audit externe en 2022 par EDF relatif à la relation acheteur-
fournisseur à la suite de la refonte depuis 2020 des modalités d?achat au sein d?EDF,
pour optimiser les bonnes pratiques en vigueur ;
Réalisation d?un audit externe en 2022 visant à mesurer l?état des lieux de préparation
de la filière, en particulier des fournisseurs sensibles, en termes de compétences et
de disponibilité et d?adéquation de l?outil industriel et surtout formuler des
recommandations pour optimiser la préparation de la filière. Cet audit portera
également sur le plan de charge de la filière, en particulier sur les segments sensibles,
en vue d?identifier les pics et ceux de charge et les arbitrages à rendre en termes de
73
Poursuite
des travaux
d?instruction IV.
priorités le cas échéant. Dans ce cadre, l?audit pourra mettre en exergue les
conditions du maintien à un haut niveau de qualité et de disponibilité des entreprises
de la filière indispensable pour la construction de nouveaux réacteurs
Ces travaux apporteront un diagnostic complet de l?état de préparation de la filière
à assumer les défis d?un programme de construction de nouveaux réacteurs
nucléaires . À l?issue de ces analyses, les nouveaux risques identifiés et jugés comme
les plus prégnants pourront être pris en compte dans les hypothèses de chiffrage
du coût et de calendrier de construction de nouveaux réacteurs.
POURSUIVRE LES ÉTUDES ÉCONOMIQUES
ET FINANCIÈRES POUR ARRÊTER LA MEILLEURE
SOLUTION DE PORTAGE ET DE FINANCEMENT
D?UN PROGRAMME DE NOUVEAUX RÉACTEURS
ET NOTIFIER L?AIDE AUPRÈS DE LA COMMISSION
EUROPÉENNE
Plusieurs pistes sont à l?étude pour permettre le financement d?un programme
nouveau nucléaire en considérant notamment l?impact des configurations de
portage.
Un travail de définition plus précis des paramètres du financement et de la
régulation de ce dispositif doit se poursuivre . Cette analyse devra tenir compte de
la faisabilité juridique, notamment au regard du droit européen, du niveau de prix
régulé, du coût pour la collectivité (contribuables et consommateurs) et de la
capacité des différents schémas à inciter le porteur du projet à la maîtrise des
coûts et des délais . Il conduira à engager la saisine de la Commission européenne
en vue de s?assurer de la compatibilité de l?aide qui serait octroyée .
M
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02
2.
Février 2022
Travaux
relaTifs
au nouveau
nucléaire
Rapport
PPE 2019-2028
COUVERTURE
SYNTHÈSE
Préambule
Coûts, risques, opportunités et calendriers d?un nouveau modèle de réacteur : l?EPR2
Démonstration de la capacité industrielle de la filière à construire de nouveaux réacteurs nucléaires en France
Conséquences d?un renouvellement du parc sur le cycle du combustible et la gestion des déchets nucléaires
Poursuite des travaux d?instruction
INVALIDE)