Petites lignes ferroviaires : des plans d'actions régionaux
Auteur moral
France. Ministère de la transition écologique et solidaire
Auteur secondaire
Résumé
Petites lignes ferroviaires : des plans d'actions régionaux
Descripteur Urbamet
réseau ferré
Descripteur écoplanete
Thème
Transports
Texte intégral
Dossier de presse ? Février 2020
1RE PARTIE
Les petites lignes : un enjeu
majeur
2E PARTIE
Des plans d?actions par région
3E PARTIE
Le programme train léger
ANNEXE
Rapport Philizot
« Dès la remise du rapport sur l?avenir du transport ferroviaire
par Jean-Cyril Spinetta en février 2018, le Premier ministre a
clairement fait savoir que l?avenir des lignes ferroviaires de
desserte fine du territoire ne serait pas décidé depuis Paris.
Nous avons souhaité mettre en place un processus de décision
partagé avec les territoires et notamment les Régions, qui ont déjà
les clés en main pour fixer les niveaux de desserte et de service sur
chaque ligne, en tant qu?autorités organisatrices des TER.
Contrairement à une rumeur trop souvent répandue, le soutien
public en faveur des petites lignes n?a jamais été aussi élevé
qu?aujourd?hui, pour près d?un milliard d?euros par an.
- L?État et SNCF Réseau continuent de financer une part
majeure des petites lignes, en couvrant plus de 85 % des charges
d?entretien de ces lignes et un tiers des coûts de
renouvellement. Cela représente 710 M¤ par an.
- Les Régions financent 15 % des charges d?entretien via les
péages et deux tiers des coûts de renouvellement. Ce qui équivaut à environ 280 M¤ par an.
Mais cet effort ne suffit pas : faute d?investissements suffisants dans les dernières décennies, de
nombreuses lignes sont menacées de ralentissements, voire d'arrêts de circulations à court ou moyen
terme. C?est pourquoi le Gouvernement, conscient des besoins exprimés par les territoires, a
missionné en janvier 2019 le préfet François Philizot pour établir un état des lieux des lignes
ferroviaires de desserte fine des territoires. À l?automne dernier, j?ai demandé à ce que le constat
soit complété d?un plan d?actions, issu d?échanges nourris et approfondis avec les Régions.
Désormais l?heure n?est plus aux rapports mais, donc, à l?action.
Toutes les possibilités devront être exploitées, sans tabou : redynamisation de l?offre grâce aux
possibilités ouvertes par l?ouverture à la concurrence permise par le nouveau Pacte ferroviaire, baisse
des coûts de travaux, mais aussi recours à d?autres modes ou à des solutions innovantes lorsque la
pertinence du service ferroviaire existant n?est plus démontrée.
À rebours des visions monolithiques du passé qui ont trop souvent conduit à l?immobilisme et à
l?abandon des petites lignes, je souhaite explorer toutes les solutions pour désenclaver les territoires,
en reliant efficacement les métropoles et les villes moyennes. C?est un véritable projet d?avenir qu?il
nous faut bâtir pour les petites lignes ferroviaires, à la croisée des chemins entre l?industrie, l?écologie
et l?aménagement du territoire.
En reprenant 35 Mds¤ de dette de SNCF Réseau, en fixant des objectifs clairs pour redresser
financièrement l?entreprise et en proposant désormais aux Régions des plans d?actions basés sur des
bouquets de solutions pour les petites lignes, notre Gouvernement aura concrétisé un niveau
d?ambition inédit pour le chemin de fer français. Efficace, sûr et plus que jamais plébiscité par nos
concitoyens, le train s?affirme comme un outil puissant de notre transition écologique. »
Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d?État chargé des Transports
01
Les lignes de desserte fine du territoire, souvent appelées « petites lignes » (catégories UIC 7 à 9 dans
le classement de l?Union internationale des chemins de fer) représentent environ un tiers du réseau
ferroviaire français accueillant des voyageurs, soit 9 137 km sur un total de 28 364 km. Elles
accueillent 17 % du trafic de trains régionaux.
La part des lignes de desserte fine du territoire dans l?ensemble du réseau ferroviaire varie
fortement d?une région à l?autre. Si l?on exclut l?Île-de-France, marginalement concernée (48 km et
3 % du réseau) elle va de 22 % dans les Hauts-de-France à 54 % en Occitanie. Mesuré en kilométrage
total du réseau, la répartition est différente, Nouvelle-Aquitaine venant en tête avec 1 650 km, devant
Occitanie (1 429 km), Auvergne-Rhône-Alpes (1 271 km) et Grand Est (845 km), ce classement étant
évidemment pour partie lié à la taille des régions.
Ces lignes sont très majoritairement à voie unique (78 %) et non électrifiées (85 %), en décalage très
fort par rapport au réseau structurant. La signalisation est encore principalement composée de postes
mécaniques, créant un fort besoin de main-d?oeuvre. Malgré une amélioration constatée depuis la
fin de la décennie passée, ce réseau est âgé (40 ans en moyenne pour la voie et les rails). Plus des
trois-quarts des voies faisaient, en 2017, l?objet d?un risque de limitation de vitesse, voire de suspension
de la circulation.
De fait, le linéaire de voies affecté de ralentissements a quasiment doublé de 2009 à 2017 (de
1 500 à plus de 2 700 km). Ce phénomène, sauf investissements massifs, est appelé à s?accentuer
dans les 10 ans qui viennent : à terme, près de 6 500 kilomètres sont susceptibles d?être concernés par
de telles mesures, représentant les trois-quarts des lignes, un risque de fermeture pesant sur plus de
4 000 kilomètres, soit plus de 40 % du réseau.
Ces lignes recouvrent des réalités d?offre très contrastées. Environ la moitié du réseau est empruntée
par moins de 18 trains par jour, à l?exclusion de toute circulation de fret ou de service national. À
l?inverse, un peu moins de 1 300 kilomètres accueillent plus de 24 TER par jour et au moins 10 trains
nationaux et 10 trains de fret. En nombre de voyageurs, 10 % des lignes dépassent 700 000 voyageurs
par an, alors que 24 % se situent sous 100 000.
Les petites lignes irriguent tous les types de territoires, partout dans le pays : étoiles et noeuds
ferroviaires en secteur dense, liaisons interrégionales, liaisons unissant des métropoles et des
villes moyennes. Cette grande hétérogénéité doit conduire à des réponses différenciées, suivant
les enjeux propres à chaque ligne.
La maintenance de ce réseau de desserte fine est massivement portée par la « sphère État »
(budgets de l?État et de SNCF Réseau), à hauteur de près de 85 %, directement via la redevance
d?accès versée par l?État à SNCF Réseau ou indirectement par une péréquation interne à SNCF
Réseau.
S?agissant de l?effort de régénération, les engagements financiers constatés sur la période 2015-
2018 s?élèvent à 240 M¤ par an, couverts pour 25 % par l?État, 8 % par SNCF Réseau et les deux
tiers par les régions pour l?essentiel. Malgré un accroissement de l?effort en 2019 et 2020, pour
atteindre près de 400 M¤ par an, le volume des travaux restants à réaliser est considérable, ce qui
alimente les attentes des Régions et, plus généralement, des acteurs locaux.
L?objectif du Gouvernement est clair : pérenniser les services publics de transport répondant à
la fois aux enjeux de transition écologique, d?aménagement du territoire et de soutenabilité
économique.
02
Pour relever ce défi, le Premier ministre a souhaité que des plans d?actions soient élaborés dans
chaque région, ligne par ligne, en mobilisant les efforts conjoints de l?État, de SNCF Réseau et
des Régions en partant des besoins de chaque territoire. Ces plans d?actions doivent permettre
de :
- hiérarchiser le réseau pour apporter des réponses adaptées aux réalités très diverses de
ces lignes ;
- refonder le pilotage du système ferroviaire, en construisant une relation nouvelle entre ses
trois acteurs principaux, l?État, les Régions et SNCF Réseau, dans un contexte de
responsabilités accrues des Régions. La présence de l?État, partenaire financier mais aussi
régulateur et garant de la cohérence nationale, apparaît comme une nécessité ;
- donner une visibilité à l?horizon 2032 avec un cadre contractuel couvrant l?ensemble de la
période ;
- engager un travail de fond pour objectiver les flux financiers et clarifier les responsabilités ;
- ouvrir les modes de gestion, soit pour permettre aux Régions d?assumer plus de
responsabilités, soit pour s?appuyer sur d?autres intervenants, poussant à l?innovation et aux
gains de productivité ;
- relancer la mise en place de « trains légers » et pousser les industriels en ce sens.
Les échanges avec les exécutifs régionaux que le préfet Philizot a conduit dans le cadre de sa mission
relative aux lignes de desserte fine du territoire ont permis de dégager les termes des accords qui
suivent.
Centre-Val de Loire :
- Intégration au réseau structurant de la ligne Bourges-Montluçon, dont la régénération sera
prise en charge à 100 % par SNCF Réseau après finition des travaux programmés au CPER
actuel.
- Poursuite du financement par contractualisation État-Région-SNCF Réseau des lignes
Dourdan-La Membrolle et Chartres-Courtalain.
- Prise en charge à 100 % dès 2020 par la Région des lignes Tours-Loches, Tours-Chinon et
de la ligne métrique du Blanc-Argent (Salbris-Valençay). Cette dernière pourrait par ailleurs être
reprise en gestion par la Région.
- Engagement de la Région à poursuivre le développement de l?offre TER sur son territoire,
afin que l?argent investi sur la rénovation des lignes ferroviaires bénéficie au plus grand nombre
de citoyens.
Dans chaque Région, les protocoles d?accord seront suivis d?accords de financement précis lorsque seront
précisées les modalités de gestion des lignes dont les charges seront assumées à 100 % par la Région, les
textes d?application de l?article 172 de la loi d?orientation des mobilités devant encore être rédigés. L?État
prend l?engagement d?élaborer ces textes en concertation poussée avec les Régions.
Grand Est
- Intégration au réseau structurant des lignes Nancy-Remiremont (section Blainville-
Remiremont) et Nancy-Saint-Dié-des-Vosges (section Raon-L?Étape-Saint-Dié-des-
Vosges), dont la régénération sera prise en charge à 100 % par SNCF Réseau après
finition des travaux programmés au CPER actuel.
- Poursuite du financement par contractualisation État-Région-SNCF Réseau des
lignes : Strasbourg-Lauterbourg, Vendenheim-Wissembourg, Mommenheim-
Sarreguemines, Charleville-Mézières?Givet, Lutterbach-Kruth, Sarreguemines-
Béning, Verdun-Conflans-Jarny, Colmar-Metzeral, Fismes-Reims, Epinal-Bains-
les-Bains, Haguenau-Niederbronn ;
- Prise en charge totale dès 2020 par la Région des lignes Nancy-Vittel (section Jarville-
Vittel), Épinal-Saint-Dié-des-Vosges (section Arches-Saint-Dié-des-Vosges),
Molsheim-Saint-Dié-des-Vosges, Sélestat-Obernai.
- Engagement de la Région à poursuivre le développement de l?offre TER sur son
territoire, afin que l?argent investi sur la rénovation des lignes ferroviaires bénéficie au
plus grand nombre de citoyens.
,
Ensuite, les coûts des travaux nécessaires seront précisés dans des conventions de financement, qui seront
signées pour chaque ligne avant chaque chantier. Pour les lignes relevant d?une contractualisation État-
Région-SNCF Réseau, les financements seront identifiés dans le cadre des contrats de plan État-Région
2015-2020, dont le volet mobilités est prolongé jusqu?en 2022, puis au travers d?un nouveau contrat qui
déclinera l?ensemble des priorités identifiées et financées dans la loi d?orientation des mobilités.
03
Dans le cadre de l?application de la loi d?orientation des mobilités, l?État accompagne les acteurs (Régions
et entreprises de transport) dans leur prise de responsabilité accrue combinée à un plus grand recours à
l?innovation.
Concernant les petites lignes, le secrétaire d?État chargé aux Transports souhaite impulser le
rassemblement de tous les acteurs au sein d?une filière d?innovation, et développer le « train léger » en
France. La création d?une telle filière vise à faire évoluer les normes de dimensionnement et de sécurité
ferroviaire. Elle permettra de simplifier les caractéristiques des matériels roulants (baisser la charge à l?essieu
pour moins user la voie). Il sera aussi question d?expérimenter de nouvelles techniques de travaux et de
maintenance (par exemple, la voie sur bitume plutôt que la voie sur ballast), etc.
Le programme train léger consisterait à :
- identifier avec les Régions au moins 10 expérimentations de trains légers, changements de
mode à l?échelle nationale d?ici la fin du quinquennat. Des Régions comme le Grand Est,
l?Occitanie ou Centre-Val de Loire se sont déjà montrées volontaires ;
- encourager SNCF Réseau et les autres gestionnaires d?infrastructures, potentiellement
candidats à l?entretien de ces lignes, à innover davantage, en déployant de nouvelles techniques
de construction et de maintenance des voies ferrées sur ces lignes, au moyen de référentiels
d?entretien et d?exploitation adaptés ;
- porter avec les industriels l?ambition de développer des trains légers à coûts moindres d?achat
et de maintenance, pour équiper ces lignes ;
- s?appuyer sur l?Établissement public de sécurité ferroviaire (EPSF), ainsi que les associations et
syndicats professionnels, pour organiser la filière en travaillant avec tous les acteurs pour
concevoir des systèmes cohérents (trains, infrastructures, systèmes de sécurité).
Enfin, moins de 20 % des petites lignes sont aujourd?hui électrifiées. L?enjeu du « verdissement » des
matériels roulants régionaux, soit près de 900 rames régionales alimentées par traction thermique, est
encouragé par le Gouvernement et les Régions pour l?avenir de ces lignes. Plusieurs expérimentations de
train hybride associant batteries, tractions électrique et thermique, de train hydrogène et de train équipé de
batteries sont en développement au sein des Régions. Un premier appel à projets publié en janvier 2020 par
l?Ademe vise notamment à accompagner les régions au développement d?un train régional en traction
hydrogène : l?État a prévu d?y investir de l?ordre de 22 M¤.
Février 2020
Le réseau des lignes de desserte fine du territoire correspond à celles qui sont classées dans les
catégories 7 à 9, au sens de l?union internationale des chemins de fer (UIC). Cette classification est
fondée sur un tonnage fictif, traduisant une relation entre tonnage réel des trains et vitesse. Les
catégories 7 à 9 correspondent à une valeur inférieure à 7000 tonnes par an. Il importe de souligner
qu?il s?agit là d?une référence internationale, et non d?une norme dépendant du gestionnaire, et que sa
modification ne relève pas d?une compétence nationale, quelque forte que soit la contestation de cette
approche considérée comme défavorable aux lignes d?intérêt principalement régional. La grande
majorité des circulations est en effet constituée de trains exprès régionaux (TER), la moitié environ de
ce segment de réseau étant utilisée pour le fret.
La décision prise, dans le cadre du contrat de performance passé avec l?État, de limiter à 8,5 % la
participation de SNCF Réseau aux travaux de régénération réalisés sur ces lignes ouvertes aux
voyageurs a suscité une vive inquiétude des régions, car elle pouvait être considérée comme une forme
de désengagement du gestionnaire, au regard notamment de différentes conventions liées aux contrats
de plan, alors qu?elle visait au contraire à contribuer à la soutenabilité des engagements de SNCF
Réseau. Cette préoccupation était d?autant plus vive que leur état moyen est dégradé, du fait en
particulier du sous-investissement dont elles ont souffert, comme l?ensemble du réseau ferroviaire
ancien, durant la fin du siècle dernier et jusqu?à la première décennie de l?actuel. Les préconisations de
M. Spinetta, début 2018, tendant au placement de ces lignes sous la responsabilité pleine et entière
des régions, ont réalimenté l?incertitude, même si le Premier ministre a déclaré alors que le
Gouvernement ne les reprenait pas à son compte.
Le présent rapport traduit les conclusions tirées des contacts noués depuis janvier 2019 avec les
exécutifs régionaux, mais également de très nombreux acteurs du système ferroviaire, dans le cadre
de la lettre de mission jointe en annexe. Il présente le diagnostic posé sur les lignes de desserte fine du
territoire et la façon dont est conduite leur régénération. Il propose les évolutions souhaitables, pour
refonder une politique nationale de long terme et la décliner en lien étroit entre l?État, les régions
intéressées et SNCF Réseau. Il est complété par une analyse détaillée région par région.
Les lignes classées UIC 7 à 9 représentaient en 2017, dernière référence nationale, environ 40 % du
réseau national exploité, soit 12 047 kms sur un total de 28 364 kms. Au sein de cet ensemble, celles
accueillant des trafics voyageurs totalisaient 9137 kms, dont un peu plus d?un quart utilisé aussi pour le
fret. Les lignes capillaires fret rassemblaient donc environ 2900 kms, dont environ 2200 kms
effectivement utilisées ; elles font l?objet, pour leur régénération, d?un dispositif spécifique de
financement. En termes de trains-kilomètres, et pour les voyageurs, elles accueillent 17 % du trafic TER
sur 31 % du réseau.
A) Diagnostic physique
La part des lignes de desserte fine du territoire dans l?ensemble ferroviaire varie fortement d?une région
à l?autre. Si l?on exclut l?Ile-de-France, marginalement concernée (48 kms et 3 % du réseau) elle va de
22 % (Hauts-de-France) à 54 % en Occitanie, dépassant en sus de cette région les 50 % en Bretagne,
Normandie et Nouvelle Aquitaine. Mesuré en kilométrage total du réseau, la répartition est différente,
Nouvelle Aquitaine venant en tête avec 1650 km, devant Occitanie (1429), Auvergne-Rhône Alpes
(1271) et Grand Est (845), ce classement étant évidemment pour partie lié à la taille des régions.
Ces lignes sont très majoritairement à voie unique (78 %) et non électrifiées (85 %), en décalage très
fort par rapport au réseau structurant. La signalisation est encore principalement composée de postes
mécaniques, créant un fort besoin de main d?oeuvre. Malgré une amélioration constatée depuis la fin de
la décennie passée, ce réseau est âgé (38,1 ans pour la voie en 2016, 39,1 pour les rails), près de 4000
kilomètres de voies étant considérés hors d?âge fin 2016. Plus des trois quarts des voies faisaient en
2017, l?objet d?une cotation technique susceptible d?imposer des limitations de vitesse, voire des
suspensions de la circulation.
De fait, le linéaire de voies affecté de ralentissements a quasiment doublé de 2009 à 2017 (de 1500 à
plus de 2700 kms). Il concerne aujourd?hui la moitié des lignes de ce réseau, un quart du linéaire étant
touché. Ce phénomène, sauf investissements massifs, est appelé à s?accentuer dans les 10 ans qui
viennent, car près de 6500 kilomètres sont susceptibles d?être concernés par de telles mesures
représentant les trois-quarts des lignes, un risque de fermeture pesant sur plus de 4000 kilomètres, soit
plus de 40 % du réseau.
Cela dessine le tableau bien connu d?un ensemble dont l?état global déjà médiocre poursuit sa
dégradation, malgré une accélération récente de l?effort de régénération. Les fermetures non-
concertées ou sans mise en place d?autres offres de mobilité et les limitations temporaires de vitesse
alimentent un sentiment d?abandon, par l?État et SNCF Réseau, d?une partie du territoire national,
renforcé par l?incertitude qui règne sur le niveau réel de maintenance.
B) Utilisation du réseau
L?utilisation effective des lignes de desserte fine du territoire est extrêmement hétérogène, traduisant la
diversité de leur situation géographique et, donc, des zones de chalandise desservies. Parmi cet
ensemble l?on trouve en effet aussi bien des sections terminales de radiales partant de Paris, des
liaisons interrégionales ou d?anciens axes de ce type inclus désormais au sein de régions agrandies par
la réforme de 2015, des éléments d?étoiles ferroviaires métropolitaines (Lyon, Marseille, Strasbourg,
Toulouse, etc.), des lignes desservant des zones peu densément peuplées, pour partie en antenne.
Ainsi, environ la moitié du réseau n?est-elle empruntée que par moins de 18 trains par jour, à l?exclusion
de toute circulation de fret ou de service national. À l?inverse, un peu moins de 1300 kilomètres
accueillent plus de 24 TER par jour et au moins 10 trains nationaux et 10 trains de fret quotidiens. Le
tiers du linéaire est parcouru journellement par 18 à 24 TER et quelques services nationaux ou de fret.
Il faut noter enfin qu?une petite partie est exploitée avec des tram-trains ou est constituée de lignes à
voie métrique.
En nombre de voyageurs, 10 % des lignes dépassent 700 000 voyageurs par an, alors que 24 % se
situent sous 100 000. La moyenne s?établit aux alentours de 400 000, les extrêmes étant de 4 000 et
2,6 millions. Au total, 40 % des lignes dépassent 300 000 passagers par an, soit de l?ordre de 1 000 par
jour ou plus. S?agissant de services régionaux hors Ile-de-France, il s?agit là de niveaux souvent
importants. Ces résultats sont évidemment liés à l?offre déployée et à l?importance de la population
touchée, 40 % des lignes desservant des zones de plus de 100 habitants au kilomètre carré (dans un
rayon de 7 kilomètres autour des gares), alors que 14 % seulement sont inscrits dans des secteurs
n?atteignant pas 50 habitants au kilomètre carré.
Ces différents éléments montrent qu?il est impossible d?avoir une vision uniforme de l?ensemble des
lignes de desserte fine du territoire. Au-delà même des stratégies de desserte déployées par les
autorités régionales, l?hétérogénéité est une de leurs caractéristiques essentielles. Cette situation en
fait des éléments du système ferroviaire dans sa globalité, compliquant les approches qui viseraient à
distinguer de façon simple réseau national et irrigation locale. Cela est particulièrement vrai pour les
étoiles et noeuds ferroviaires, mais vaut aussi pour les liaisons interrégionales ou unissant des villes
moyennes. Cette grande hétérogénéité doit conduire à des réponses différenciées, suivant les enjeux
propres à chaque ligne.
C) Les grands équilibres financiers
Le maintien de ce réseau de desserte fine est massivement porté par l?État, à hauteur de près de 85%,
directement via la redevance d?accès versée par l?Etat à SNCF Réseau, ou indirectement par une
péréquation interne à SNCF Réseau. Les 35 Md¤ de dette reprise par l?État, dans le cadre du Nouveau
Pacte ferroviaire, sont en partie consécutifs au déséquilibre pérenne entre recettes et dépenses
affectant cette portion du réseau.
Les engagements financiers constatés sur la période 2015 - 2018 s?élèvent à 240 M¤ par an, couverts
pour un quart par l?État, huit pour cent par SNCF Réseau et les deux tiers par les régions pour l?essentiel.
Malgré un accroissement de l?effort en 2019 et 2020, pour atteindre près de 400 M¤ par an, le volume
des travaux restant à réaliser est considérable, ce qui alimente l?inquiétude des régions et, plus
généralement, des acteurs locaux.
Le besoin de financement global est évalué par SNCF Réseau à 7,6 milliards d?euros jusqu?en 2028,
dont 6,4 milliards restant à engager à partir de 2020. Il s?agirait là de la concrétisation d?un effort de
rattrapage, pour gommer le retard d?investissement ci-dessus évoqué, les dépenses nécessaires devant
être sensiblement réduites à partir du début de la décennie 2030.
L?enveloppe de 6,4 milliards ne doit cependant être considérée que comme une référence, certes
indispensable pour fixer les ordres de grandeur mais non comme un objectif intangible. En premier lieu,
son calcul cache de fortes approximations liées à l?incertitude pesant sur de nombreuses composantes
du réseau. En second lieu, elle ne tient pas compte d?indispensables efforts de maîtrise des coûts
unanimement souhaités. Enfin, un doublement soudain, voire un triplement, du rythme des opérations
est certainement techniquement inatteignable, faute de capacités suffisantes de maîtrise d?ouvrage et
d?oeuvre.
Quoi qu?il en soit, le devenir des lignes de desserte fine du territoire passe par la définition d?une ambition
commune et par un effort financier à la hauteur de celle-ci posant la question de sa répartition entre les
trois financeurs actuels : Etat, Régions et SNCF Réseau.
D) La relation entre les acteurs publics
Le dernier élément de constat est la nécessité de retisser un lien de confiance entre les acteurs
principaux du système, à savoir entre les régions et SNCF Réseau, voire parfois entre SNCF Réseau
et les services déconcentrés de l?État.
Toutes les régions déplorent le manque de connaissance du patrimoine, le défaut de pilotage des
investissements, et les difficultés à maitriser les coûts et les délais. Elles sont, de ce fait, persuadées
de l?intérêt de diagnostics plus approfondis, éventuellement réalisés par des entreprises tierces, et de
la nécessité de renouveler les référentiels et les méthodes pour contenir les coûts et, plus encore, les
réduire. Au-delà des enjeux financiers, le souhait qui revient le plus souvent du côté des régions est «
transparence », pour sortir d?une situation où elles ont le sentiment d?être appelées à payer sans savoir.
La relation entre SNCF Réseau et régions est cependant inégale d?un territoire à l?autre. Correcte dans
certains cas, elle est quasi conflictuelle dans d?autres. Par ailleurs, les régions reconnaissent l?effort
récent accompli par le gestionnaire public pour introduire de la visibilité, grâce à la diffusion des fiches
diagnostics de ligne, ou tenir les budgets prévisionnels, via le guide méthodologique ouvrant la voie
d?une régénération plus économe. Elles sont globalement attentives aux initiatives prises pour adapter
les interventions et l?exploitation à la diversité du réseau. Il existe donc une capacité de rétablissement
réelle.
Cette situation alimente deux souhaits majeurs. Le premier est l?organisation d?un vrai copilotage de ce
réseau, partagé entre les trois acteurs essentiels que sont l?État, les régions et SNCF Réseau. La
présence de l?État, partenaire financier mais aussi facilitateur et garant de la cohérence nationale,
apparaît aux élus comme une nécessité. Un cadre contractuel de long terme est également souhaité
allant jusqu?à la fin de la décennie prochaine. Le second est l?ouverture des modes de gestion, soit pour
permettre aux régions d?assumer plus de responsabilités, soit pour s?appuyer sur des intervenants
privés, ceux-ci constituant une espèce d?aiguillon dans le flanc de SNCF Réseau, le poussant à
l?innovation et aux gains de productivité. Ce souhait fait écho aux dispositions prévues dans la loi
d?orientation des mobilités (article 172), fruit du dialogue entre l?Etat et les régions. D?une certaine façon
et avec une prudence variable de l?une à l?autre, certaines sollicitent une ouverture à la concurrence
pour l?infrastructure qui compléterait celle décidée pour l?exploitation des services.
Cette volonté s?étend aussi au devenir des plates-formes portant les voies. Là aussi de façon
différenciée et avec modération, les exécutifs régionaux envisagent pour certaines lignes un avenir
autre que le ferroviaire classique, sur le modèle du train lourd qui a prévalu depuis la fin du vingtième
siècle. Cela pose la question du transfert éventuel par l?État de l?infrastructure et de l?accompagnement
qu?il apporterait à sa transformation, comme à l?émergence de ces nouveaux matériels. Cela est d?autant
plus important que la volonté des régions est d?éviter les fermetures « sèches », sans solution
alternative, ce qui rejoint les souhaits de l?État.
De façon plus générale enfin, le devenir des petites lignes illustre bien l?intérêt que présenterait une
remise à plat plus globale de la relation, technique et financière, entre l?État, SNCF Réseau et les
régions. Celles-ci du fait du paiement hors Ile-de-France de la redevance d?accès par l?État et des limites
comptables de SNCF Réseau, n?ont qu?une vision partielle et imparfaite des coûts afférents aux services
ferroviaires exploités sous leur autorité. Il serait opportun d?engager un travail de fond pour objectiver
les flux financiers et clarifier les responsabilités. Celui-ci constitue un élément indispensable à la mise
en place d?une action conjointe conduite dans la durée.
Chacun est conscient aujourd?hui que la poursuite des trajectoires actuelles, tant en termes de méthode
que d?engagement financier, déboucherait inéluctablement dans les prochaines années sur une
fragilisation des lignes de desserte fine du territoire, se traduisant par l?accroissement des limitations de
vitesse, déstructurant ainsi l?offre de transports, et la multiplication des fermetures subies, nourrissant
le procès en abandon intenté à la puissance publique.
Il est clair, en effet, que quelle que soit l?importance de l?effort financier rappelé dans le diagnostic, celle-
ci se trouve aujourd?hui face à une situation complexe, pour deux raisons au moins. La première est le
retard d?investissement, clairement imputable à la politique ferroviaire des années 1980 ? 2005, la
seconde est que les régions portent la majeure partie du coût de régénération de ces lignes et le
soulignent abondamment, malgré l?apport de l?État via les redevances et la reprise d?une partie de la
dette de SNCF Réseau.
Une nouvelle approche est donc indispensable, l?hypothèse d?une réduction massive du réseau
semblant difficile sans alternatives ou justifications solides. Plusieurs évolutions sont envisageables,
passant par une maîtrise d?ouvrage ou des engagements différenciés, sachant que, quel que soit le
schéma de détail finalement retenu, il est indispensable de refonder le pilotage du système, en
construisant une relation nouvelle entre ses trois acteurs principaux, l?État, les régions et SNCF Réseau,
dans un contexte de responsabilités accrues des régions. Cela vaut tout spécialement si elles utilisent
les possibilités résultant de l?article 172 de la loi d?orientation des mobilités. Il faut tenir compte par
ailleurs de la nécessaire cohérence du réseau, garantie de la sécurité et de la fluidité de son exploitation.
Il importe, enfin, de susciter autour de ces lignes une dynamique d?innovation, qu?il s?agisse de concourir
à la maîtrise des coûts ou de faire évoluer l?usage des plates-formes, notamment en diversifiant les
types de matériel.
A - Un pilotage partagé, inscrit dans le long terme
Les difficultés de relation entre les trois acteurs du système est un constat généralement partagé,
malgré une amélioration récente. Mettre en place une politique à l?horizon 2028 ? 2032 correspond à
une attente également commune. Toutes les régions concernées sont disposées à s?engager dans un
cadre contractuel couvrant l?ensemble de la période, et comprenant une tranche ferme, correspondant
à l?horizon à cinq ans et une tranche non pas conditionnelle, mais plutôt prévisionnelle, couvrant une
deuxième phase et répondant aux besoins non urgents, dont la préparation implique un temps d?études
important tant sur l?infrastructure que le service, dans le cadre d?un diagnostic territorial global.
Cette planification contractuelle permettrait de construire le programme d?études indispensables au
calibrage fin des opérations. Elle donnerait de la visibilité, y compris pour gérer des suspensions
provisoires de circulation. Elle faciliterait la mobilisation progressive des moyens financiers, les rythmes
d?engagement variant d?une région à l?autre en fonction des urgences plus ou moins fortes d?ores et
déjà identifiées.
Mettre en place un cadre dédié à cette partie du réseau ferroviaire est cohérent avec les réflexions
générales menées sur l?évolution des contrats de plan État-régions. L?orientation est en effet, eu égard
aux spécificités de ce secteur, de traiter pour l?essentiel séparément le champ des transports, grâce à
un accord qui serait négocié à l?horizon 2022. Il reste qu?est susceptible d?émerger une question de
coordination avec les interventions sur les autres éléments du réseau. Ainsi, certaines régions
envisagent-elles de discuter d?un programme global avec l?État, incluant donc leur participation à la
modernisation du réseau structurant. Une telle occurrence n?invalide pas l?intérêt d?un suivi spécifique
aux petites lignes, l?équilibre étant à trouver dans le nouveau cadre contractuel. Dans le très court terme,
les possibilités d?avenants techniques aux CPER proposées aux régions pourraient sécuriser les études
prioritaires.
Installer durablement une relation de confiance, plus efficace, passe donc par cette capacité à porter
une vision partagée de long terme. Elle implique également une évolution des pratiques, dans un
exercice quasi-quotidien qui n?a rien de spectaculaire, mais n?en est pas moins indispensable. Ainsi en
est-il de l?amélioration du suivi du réseau, pour lever les nombreuses zones d?ombre qui entourent trop
souvent son état réel. Cela signifie une systématisation des échanges d?information entre les trois
acteurs majeurs du ferroviaire, au sein de chaque région, et tout en prévoyant également un cadre
spécifique pour les axes interrégionaux. Sans descendre à ce stade dans le détail des schémas
d?organisation, le dispositif de mise en oeuvre du contrat doit contenir les mesures utiles.
Dans le même esprit, il est impératif que la programmation comprenne un important volet d?études, de
façon en particulier à préparer sa deuxième phase, en fiabilisant le contenu des travaux à conduire et,
donc, les évaluations financières correspondantes. Cet effort est spécialement opportun pour tous les
composants du réseau dont l?état est aujourd?hui le plus mal connu, ouvrages en terre, signalisation,
installations électriques le cas échéant. Cette amélioration de la connaissance du réseau va
nécessairement de pair avec un travail sur l?évolution de l?offre de services. Les opérations de
régénération doivent en effet être conçues en fonction d?une offre-cible précisément définie, de sorte
que les investissements soient calibrés du mieux possible, dans un souci d?économie de moyens et de
priorisation. Trop souvent, l?on constate encore une dissociation entre l?approche de l?infrastructure et
celle du service, alors que le lien entre ces deux éléments est à l?évidence étroit.
A un tout autre niveau, la prise en compte de l?enjeu des petites lignes devrait être étudiée dans le
nouveau contrat de performance qui sera conclu entre l?Etat et SNCF Réseau, tout en sécurisant la
participation aux investissements de régénération qui seront à la charge du gestionnaire.
En outre, il est indispensable que soit poursuivi l?effort de clarification par SNCF Réseau des coûts
d?entretien et de gestion des lignes en cause, pour sortir des approximations actuelles. C?est un des
aspects de l?évolution des outils comptables et de gestion patrimoniale de SNCF Réseau. C?est une
condition sine qua non d?une évolution des redevances que l?on ne peut fonder que sur une approche
des coûts beaucoup plus précise. En termes d?organisation interne de SNCF Réseau, il est nécessaire
que soient mis en place des outils adaptés pour le suivi de ce programme, reposant sur une animation
nationale et un pilotage opérationnel par les directions territoriales.
B ? Développer l?innovation dans la vie du réseau
Refonder le devenir des lignes de desserte fine du territoire ne passe pas que par un engagement
financier conjoint pour assurer sa régénération. Cela suppose aussi d?y introduire des méthodes et
pratiques nouvelles, permettant une adaptation meilleure à la diversité de réseau et à l?intensité variable
de la circulation.
Le premier aspect porte sur la dévolution des responsabilités et est traité par le projet de loi d?orientation
sur les mobilités. A émergé, en effet, côté régions, le souhait d?assumer plus de responsabilités ;
parallèlement, SNCF Réseau souhaite évaluer plus précisément l?intérêt d?une délégation de gestion à
des partenaires privés. La mise en oeuvre de cette ouverture attendue sera un enjeu important des
prochaines années. Il importe donc de veiller à la qualité du processus, à la fois dans l?accompagnement
mis en place, en particulier au profit des régions volontaires, et dans les outils de suivi permettant de
tirer et partager les enseignements de ces démarches.
Ces enjeux sont divers. Le premier est certainement l?apprentissage par les régions d?une fonction
beaucoup plus large que celles qu?elles exercent aujourd?hui dans le transport de ferroviaire, pour
importantes qu?elles soient. Hors de très rares cas, les régions ne sont en charges d?infrastructures que
dans les domaines portuaires ou aéroportuaires ; c?est donc pour elles une innovation majeure. Le
second est interne à SNCF Réseau, et renvoie à la capacité à gérer des relations avec les régions,
positionnées différemment, et à laisser à des opérateurs privés les marges nécessaires pour une
exploitation réellement différenciée. Le troisième met en jeu la capacité des opérateurs à donner chair
à leurs annonces sur les économies réalisables dans l?exploitation, l?entretien et la régénération du
réseau.
Cette question de la maîtrise des coûts est un deuxième aspect fondamental des évolutions de long
terme. Comme signalé dans le diagnostic, en réponse aux nombreuses critiques formulées à son
encontre, SNCF Réseau a élaboré un guide méthodologique présentant un ensemble de mesures
concourant à une régénération économe. Cet effort a été bien accueilli mais suscite aujourd?hui des
attentes et des interrogations quant à ses effets réels. La lecture de ce document montre un degré de
maturité très différent d?une proposition à l?autre : certaines correspondent à des dispositions éprouvées,
alors que d?autres relèvent de la piste de travail encore à défricher.
La crédibilité de SNCF Réseau exige donc qu?un effort durable soit conduit, autour de la déclinaison de
ce document. Celle-ci impose également une transparence sur les résultats atteints et une volonté de
coopération entre intervenants, entreprises de travaux ferroviaires évidemment, mais aussi régions
ayant pris des responsabilités accrues.
Cet effort de maîtrise appelle aussi la levée des interrogations récurrentes sur la pertinence d?une
gestion différenciée du réseau, en fonction du type de circulation qu?il supporte. Est régulièrement
critiquée l?application de normes ou de règles, le plus souvent internes à SNCF Réseau, identiques
quelles que soient les caractéristiques des voies et l?intensité de leur usage. Sans négliger les exigences
de sécurité, nombreux sont ceux qui considèrent qu?une certaine souplesse serait envisageable.
Une mission a été confiée sur ce sujet au conseil général de l?environnement et du développement
durable. Ses conclusions ne sont pas encore connues à la date d?écriture du présent rapport et il est
donc aujourd?hui impossible d?anticiper sur leur contenu détaillé. Il semble toutefois que l?empilement
des règles soit en partie le fruit des cloisonnements internes, du souci du détail, d?une espèce de volonté
de protection, constituant une manière de fait culturel. Mutatis mutandis, les constructeurs ferroviaires
ou les autorités organisatrices constatent un phénomène comparable pour les spécifications du
matériel. Sans toucher à des règles nationales qui seraient cruciales, il s?agit peut-être simplement de
développer une pratique de l?adaptation à la réalité locale et de promouvoir l?obligation de résultats
plutôt que de moyens.
Ce sujet n?est pas sans lien avec celui des matériels. En effet, une analyse historique montre que ceux-
ci ont évolué, sous l?effet de préoccupations de sécurité -résistance aux chocs- ou de stratégie
industrielle dans le sens d?une uniformisation, autour de matériels lourds. Le seul modèle un peu plus
léger est le tram-train qui est utilisé sur quelques lignes seulement. Cette évolution est propre à notre
pays. Aujourd?hui, aucun des deux principaux constructeurs français n?étudie autre chose que la
transformation des motorisations, hydrogène pour l?un, hybride avec batteries pour l?autre, à partir des
rames actuelles. Ni l?ADEME, ni le secrétariat général à l?investissement n?ont vu émerger récemment,
dans les différents appels à projets, de propositions autour de la notion de train léger.
Pour autant, celle-ci mériterait d?être approfondie, d?autant plus qu?il est patent que le déploiement des
techniques de conduite autonome est plus aisé pour les transports guidés en site propre que pour des
circulations en voie ouverte. Diverses propositions sont aujourd?hui mises en avant, tendant à étudier
des matériels de gabarit et poids réduits, qui seraient déployés de façon privilégiée sur des axes peu
circulés ou en zone urbaine, dans des systèmes de navettes moins bruyantes. Certaines régions
s?intéressent à cette perspective, de nature à réduire les contraintes et les coûts de maintenance et à
alléger les charges de régénération.
L?ouverture à d?autres modèles porte de façon plus générale sur l?utilisation des plates-formes. Dans
certains cas, en effet, la solution la plus pertinente est le passage au mode routier, mais en réutilisant
le site propre que constitue l?axe ferroviaire. SNCF Réseau a conduit de premières études générales
sur la faisabilité technique de telles transformations. Quelques régions y réfléchissent pour certaines
sections, encore exploitées ou provisoirement fermées. Une analyse au cas par cas, prenant en compte
en particulier la géométrie détaillée de l?infrastructure, est indispensable. Il importe de faciliter de telles
approches, tant au stade de la faisabilité que pour l?éventuel transfert de domanialité au profit des
collectivités demanderesses. Cela ne suppose pas a priori de modifications juridiques, mais plutôt des
méthodes et une conduite de projet adaptées, passant par une identification, dans le cadre de la
programmation partagée, des lignes justifiant une telle démarche.
C ? Hiérarchiser le réseau pour répondre aux besoins
L?objectif général consiste à proposer aux régions de s?engager dans la construction d?un programme
pluriannuel permettant la régénération ou la transformation de cette partie importante du réseau
ferroviaire, en développant une approche hiérarchisée, tenant compte des différences importantes de
leur potentiel et de leur rôle dans le système de transports.
La proposition présentée aux régions consiste à répartir en trois blocs l?ensemble des lignes : une petite
partie d?entre elles serait considérée comme relevant du réseau structurant, et financée à 100 % par
SNCF Réseau, sous réserve de l?exécution des conventions de financement déjà signées ; la ma jeure
partie serait cofinancée comme pratiqué depuis plusieurs contrats de plan, le taux moyen de la
participation de l?Etat pouvant être modulé selon l?importance des lignes ; un troisième bloc serait pris
en charge à 100 % par les régions, notamment dans le cadre des dispositions de l?article 172 de la loi
d?orientation sur les mobilités.
Ce principe de différenciation est accepté par les régions et permet de poser les bases d?une
négociation plus fine de plans d?actions ligne par ligne à mener dans les prochains mois, conformément
à la demande formulée par le Premier ministre.
Le devenir des lignes de desserte fine du territoire exige la construction d?une vision partagée entre
l?État, les régions et SNCF Réseau, inscrite dans le long terme et rapprochant la définition des objectifs
de service de l?analyse du potentiel et des contraintes de l?infrastructure. Sans cela, une gestion au fil
de l?eau risque de conduire non seulement à une dégradation de la qualité globale de l?offre de service,
mais aussi à une évolution du réseau plus ou moins subie par ces différents partenaires, en fonction
des initiatives prises par tel ou tel. Cette structuration du dialogue entre les trois parties s?inscrit au
demeurant dans une dynamique plus globale, portant sur le pilotage du secteur et mettant en
perspective les ambitions ferroviaires des acteurs précités. C?est un changement incontournable pour
donner tout son sens à l?effort d?investissement consenti en faveur du réseau ferroviaire, pour rattraper
le retard accumulé et conforter son attractivité. L?on ne saurait, en effet, dissocier de façon étanche les
lignes UIC 7 à 9 des autres, même s?il n?est pas question de dessiner une trajectoire uniforme pour
chacune d?entre elles. Mais c?est bien un effet de système, élément d?une politique globale de globale
de transport, qu?il nous faut atteindre.
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