Stratégie nationale bas carbone : stratégie industrie
Auteur moral
France. Ministère de la transition écologique et solidaire
Auteur secondaire
Résumé
Maîtriser la demande en énergie et en matière par produit<br />
Descripteur Urbamet
industrie
;ECONOMIE CIRCULAIRE
;GAZ A EFFET DE SERRE
Descripteur écoplanete
Thème
Texte intégral
Le secteur de l?industrie a vu ses émissions diminuer de 27 % depuis 1990, suite notamment à la
mise en place de nouvelles technologies de production, mais également sous l?impact de la crise
économique de 2008. Aujourd?hui cependant, d?importants gisements d?économies d?énergie ne
sont toujours pas exploités faute de capacités de financement. Des outils de financement
innovants pourraient être développés en vue d?une meilleure efficacité énergétique du secteur.
Un autre enjeu est la visibilité et prévisibilité du prix du carbone pour permettre le calibrage des
stratégies des industries à moyen et long termes. À cet effet, le marché carbone européen fixe une
trajectoire européenne de réduction de 43 % des émissions en 2030 par rapport à 2005 pour les
activités qui y sont soumises. Une vigilance doit cependant être maintenue pour prévenir un risque
de perte de compétitivité des entreprises, ce qui pourrait à terme mener à des délocalisations
(« fuites de carbone »), qui ne seraient bénéfiques ni pour l?économie française, ni pour les
émissions globales, ni pour l?empreinte carbone de la France. Pour cette raison, un régime
d'allocation gratuite de quotas a été mis en place pour les secteurs les plus exposés à un risque de
perte de compétitivité.
? 18 % des émissions des émissions de gaz à effet de serre en France (chiffre 2015)
? 75 % de ces émissions sont soumises au « marché carbone » (ou système communautaire
d'échange de quotas d?émissions de gaz à effet de serre (EU-ETS))
Ministère de la Transition écologique et solidaire - http://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone 1 - 4
1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050
0
20
40
60
80
100
120
140
160
180
Historique et trajectoire des émissions de GES - Industrie
E
m
is
s
io
n
s
a
n
n
u
e
ll
e
s
(
M
te
p
)
?Chiffres CLÉs INDUSTRIE
Objectifs
-75% *
-30% *
-15% *
-24% *Trajectoire historique d?évolution
des émissions
* Objectifs de réduction des émissions de
GES par rapport à 2013 (déclinaison
sectorielle des objectifs SNBC)
? 2021 et 2026 sont les années médianes des 2ème et 3ème budgets carbone, ainsi que des références
réglementaires pour les PCAET
? 2030 est une référence internationale, européenne et nationale majeure
? 2050 est une référence internationale et européenne, et l?horizon visé par la SNBC
Décryptage
Industrie
Le scénario de référence de la SNBC suppose des gains d?efficacité énergétique de 20 % pour le
secteur de l?industrie (entre 2010 et 2030, par tonne produite). Pour cela, des investissements
rentables et des services d?efficacité énergétique de qualité sont nécessaires.
Objectifs nationaux et dispositions réglementaires
? Réaliser un Bilan de ses émissions de gaz à effet de serre (BEGES) scope 1 et scope 2* est
obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés. La prise en compte du scope 3 est
fortement conseillée pour toutes les entreprises ; et depuis 2017, les entreprises qui
établissent un rapport de responsabilité sociale et environnementale (RSE) doivent inclure
des informations sur les conséquences de leurs activités sur le changement climatique.
Pour les entreprises de plus de 250 salariés et plus de 50M¤ de chiffre d'affaires, l?audit
énergétique est obligatoire depuis fin 2015. Le BEGES et l?audit énergétique doivent être
renouvelés tous les 4 ans.
? Mobiliser les outils du Plan "Industrie du futur" dans les politiques de R&D et le
développement des entreprises innovantes.
Recommandations de la SNBC
? Améliorer l'efficacité énergétique (de la combustion, et par produit) grâce aux BEGES et
aux audits énergétiques, qui facilitent la prise de décision optimisée.
? Améliorer les procédés de fabrication pour réduire la demande en énergie et en matière.
? Poursuivre le soutien à l?innovation dans les procédés d?efficacité énergétique.
Ministère de la Transition écologique et solidaire - http://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone 2 - 4
Maîtriser la demande en énergie et en matière par produit
* Tiers financement : dispositif dans lequel
un tiers (collectivité associée à un
établissement financier, entreprise...) finance
des travaux d'éfficacité énergétique et se
rembourse sur les économies d?énergie
réalisées.
? Encourager l?ensemble des entreprises à la réalisation de bilans de gaz à effet de serre "scope 3"
? S'appuyer sur des structures relais pour impliquer les entreprises dans la réalisation des plans
territoriaux (PCAET, SRADDET, SRDEII...) : organismes consulaires, fédérations, syndicats et
organismes professionnels, associations (locales, de commerçants), ou clubs d'entrepreneurs.
? Repérer les entreprises déjà engagées dans la réduction de leurs impacts, pouvant être
"ambassadrices" auprès d?autres entreprises du territoire, et valoriser leurs bonnes pratiques.
? Mener des programmes sur la durée avec ces structures relais, telles que des opérations
collectives d'audits énergétiques pour les entreprises non soumises à l'obligation.
? Valoriser et promouvoir le conseil en énergie pour les entreprises (ou a défaut créer ce
service) procuré par les structures relais (réseaux consulaires, syndicats professionnels,
ALEC?) - parfois appelé MEE (Maîtrise de l?énergie en entreprise)
? Communiquer à propos des certificats d'économie d'énergie (CEE) qui peuvent financer une
part substantielle d'une opération d'efficacité énergétique (process industriels ou bâtiments).
? Déployer des systèmes innovants d'aide à la R&D, au financement du développement des
entreprises, à la structuration de filières, à la formation, etc.
? Mobiliser les investissements dans l'efficacité énergétique via le tiers financement*, qui
sont favorisés par l'assurance des retours sur investissements (mise en place d?options
d'efficacité énergétique de qualité et reconnues).
Actions possibles pour les collectivités
* Scope 1, 2 et 3 : Le scope 1 prend en compte les émissions directes émises
par la fabrication d'un produit ; le scope 2 va plus loin et intègre également les
émissions indirectes liées aux consommations énergétiques (ex : émissions liées
à la production de l'électricité utilisée). Enfin, le scope 3 regroupe toutes les
autres émissions de gaz à effet de serre liées à d?autres étapes du cycle de vie
du produit (approvisionnement, transport, utilisation, fin de vie?).
L?économie circulaire permet d'agir sur l?ensemble du cycle de vie d?un produit, à la fois en
amont (approvisionnement, conception des produits, organisation des entreprises) et en aval
(consommation et durée de vie du produit, gestion des déchets et valorisation). La transition
vers une économie circulaire change le paradigme « production-consommation » en
considérant la production industrielle comme un cycle, ce qui permet de limiter fortement la
consommation et le gaspillage des matières premières, et des sources d'énergies non
renouvelables. La composante « emploi » n?est pas non plus à négliger puisque l?économie
circulaire concerne 800 000 emplois en France, selon une étude de France Stratégie.
Objectifs nationaux
? Accroître de 30% d?ici 2030 le rapport entre PIB et consommation intérieure de
matières : il s?agit donc de produire en utilisant moins de matières, afin de découpler la
croissance de la consommation de matières.
? Voir également la fiche de décryptage Déchets.
Recommandations de la SNBC
? Développer l'économie circulaire (éco-conception, réutilisation, recyclage) permettant la mise
sur le marché de produits au cycle de vie complet beaucoup moins émetteur et plus performant :
? Valoriser l'éco-conception des produits (durabilité, modularité, réparabilité, recyclage).
? Substituer aux matériaux fortement émetteurs de gaz à effet de serre, des matériaux
alternatifs moins émetteurs, par exemple biosourcés.
? Augmenter le recyclage et la réutilisation de matière (objectifs des taux de
recyclage en 2030 : 90% pour l'acier, 80% pour l'aluminium, 85% pour le verre et
90% pour le papier).
? Agir sur les gaz fluorés (fluides frigorifères) à fort pouvoir radiatif global par leur
substitution, le contrôle des appareils, leur récupération via des filières adaptées pour les
appareils en fin de vie, afin d'arriver à une diminution de leurs émissions de 55% (entre
1990 et 2030).
? Investir dans la biochimie et les filières vertes locales.
Ministère de la Transition écologique et solidaire - http://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone 3 - 4
? Organiser des formations sur l'économie circulaire pour les industries locales : gestion -
valorisation des déchets ; éco-conception ; optimisation de l'utilisation des produits vendus...
? Créer ou soutenir des labels qui garantissent au consommateur des produits manufacturés de
qualité, issus de filières courtes, à longue durée de vie ou facilement réparables, promouvant
ainsi l?emploi local.
? Soutenir le développement du secteur de la réparation (avec une forte composante
numérique et logistique) et des marchés de seconde main.
? Mettre en place une démarche d'écologie industrielle et territoriale (EIT), créant ainsi
une synergie entre des entreprises d'un même territoire afin de mutualiser les services et
valoriser notamment la chaleur ou les déchets de process (pouvant devenir ressource pour
une autre entreprise). Encourager pour cela la réalisation d?études sur les flux entrants et
sortants des activités (voir guide de l?ADEME sur l?EIT ? 2014).
Actions possibles pour les collectivités
? ?Favoriser l économie circulaire et l utilisation de matériaux plus sobres en GES
Le mode de production de l'énergie consommée par l?industrie est un enjeu important. Le besoin
de gros volumes en des lieux concentrés (intensité de l?usage) nécessite de penser
l?approvisionnement énergétique comme un volet à part entière, et rend possible des
investissements structurels (investissements dans des EnR, réseaux de chaleur?).
Objectifs nationaux et dispositions réglementaires
? Réduire de 30 % la consommation d?énergie finale fossile en 2030 par rapport à 2012
(tous secteurs confondus)
? Atteindre 32 % de la consommation d?énergie en 2030 produite à partir d?énergies
renouvelables, et 38 % pour la chaleur consommée.
Recommandations de la SNBC
? Substituer les combustibles fossiles par des combustibles moins émetteurs de CO2, tels que :
? le gaz, en particulier le gaz renouvelable (bio-méthane, power-to-gas*),
? la biomasse soutenable (ne faisant pas concurrence à d?autres usages, et dont la
production est durable : effluents d?élevage, résidus de culture?)
? la valorisation énergétique des déchets.
? Poursuivre et améliorer le soutien à l?innovation afin de diminuer le coût de la
décarbonation des procédés industriels et faciliter les débouchés commerciaux pour les
options technologiques (électrification, capture stockage et utilisation du carbone).
? Valoriser la chaleur fatale sur le site industriel et via les réseaux de chaleur : le scénario de
référence prévoit une valorisation de 10 TWh de chaleur issue des rejets à plus de 100 °C en 2030.
? Développer, à plus long terme, les technologies de capture et de stockage du carbone (CSC)
ou de capture et d'utilisation du carbone (CUC).
Ministère de la Transition écologique et solidaire - http://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone 4 - 4
? Diffuser l'information concernant les appels à projet pour le développement des
énergies renouvelables, notamment le BCIAT (appel à projets national Biomasse Chaleur
Industrie Agriculture Tertiaire) à destination des entreprises (tous secteurs).
? Mobiliser, en tant que porteur de projet, le Fonds Chaleur de l'ADEME pour la production de
chaleur renouvelable notamment sur des niveaux pouvant alimenter des sites industriels.
? Anticiper le développement du CSC-CUC (Capture stockage et utilisation du carbone), en
particulier pour des secteurs tels que l?acier ou le ciment, en mobilisant des financements, par
la réalisation d?études prospectives des poches géologiques locales, ou par la recherche sur la
valorisation de l'usage matière du CO2 ,notamment dans la chimie ou l?agro-alimentaire.
Actions possibles pour les collectivités
Diminuer la part des énergies fortement émettrices de gaz à effet de serre
Le schéma régional de développement économique, d'innovation et
d'internationalisation (SRDEII) donne les orientations en matière d'aides aux
entreprises (investissements et innovation), de soutien à l'internationalisation
ainsi que d'attractivité du territoire régional. Comportant aussi un volet
« économie sociale et solidaire », il peut être un outil intéressant pour la Région
en vue de promouvoir un développement économique durable.
Leviers possibles pour la Région :
> Flécher des aides régionales vers les entreprises les plus actives en termes
d?efforts de réduction de leurs émissions.
> Veiller à une bonne harmonisation des schémas régionaux (SRADDET et
SRDEII notamment).
> Donner de la visibilité de long terme dans les politiques
environnementales, via une orientation vers des choix technologiques de long
terme et des investissements dans des installations à longue durée de vie,
anticipation indispensable pour éviter les effets de verrouillage ("lock in").
* Power to gas : ce
procédé consiste à
transformer la sur-
production d'énergie
renouvelable en hydro-
gène ou en méthane de
synthèse, qu'il est possible
de stocker ou de
transporter dans les
réseaux existants, pour une
future utilisation en l'état
brut ou en mélange avec
du gaz naturel ou une
reconversion ultérieure en
électricité.