Rapport particulier sur l'adaptation au changement climatique : Enjeux économiques et politiques publiques
Auteur moral
France.Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires (2022-...)
Auteur secondaire
Résumé
<span style="color: rgb(17, 17, 17); font-family: -apple-system, Roboto, SegoeUI, "Segoe UI", "Helvetica Neue", Helvetica, "Microsoft YaHei", "Meiryo UI", Meiryo, "Arial Unicode MS", sans-serif; font-size: 14px; font-style: normal; font-variant-ligatures: normal; font-variant-caps: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-indent: 0px; text-transform: none; widows: 2; word-spacing: 0px; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; background-color: rgb(243, 243, 243); text-decoration-thickness: initial; text-decoration-style: initial; text-decoration-color: initial; display: inline !important; float: none;">Le rapport se concentre sur l'adaptation au changement climatique, soulignant l'importance des politiques d'atténuation et d'adaptation, les coûts de la non-action, et le rôle de l'action publique. Il aborde les enjeux économiques, les impacts sectoriels, et l'évaluation socio-économique des mesures d'adaptation.</span>
Descripteur Urbamet
changement climatique
Descripteur écoplanete
Thème
Texte intégral
Rapport particulier sur
l?adaptation au changement climatique
Enjeux économiques et politiques
publiques
Février 2024
MAI 2023
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Les rapports de la Commission de l?économie du développement durable (CEDD) sont élaborés
en s?appuyant sur l?expertise de ses membres et les échanges en son sein. A défaut de consensus
absolu sur tous les aspects des sujets abordés, ils visent à construire une vision socio-économique
partagée des enjeux.
L?adaptation au changement climatique ayant constitué le thème phare des travaux de la
Commission en 2022-2023, en parallèle à l?agenda du PNACC3, ce rapport de synthèse reprend
l?ensemble de ses contributions récentes en ce domaine, pour en donner une vue d?ensemble.
Celles-ci se sont notamment appuyées sur
-l?audition d?experts (P.Chalvon-Demersay, P.Delacote, C.Gollier, C.Grilain-Letrémy,
B.Michalland, C.Nauges, A.Quinet, F.Rannou, A.Reynaud, A.Thomas et X.Timbeau),
-et sur les éclairages d?autres rapports abordant des aspects particuliers du problème
(Académie des Sciences, CESE, France-Stratégie, Haut Conseil sur le Climat).
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Sommaire
5-Avant-propos
9-Première partie : Cadre d?action économique pour les politiques d?adaptation au
changement climatique
11-Le coût de la non-action
17-Quel rôle pour l?action publique ?
29-L?adaptation du secteur privé dans le cadre de la directive ESRS. Leçons
d?une étude de cas sur la gestion de l?eau
35-L?évaluation socio-économique des mesures d?adaptation
45-Deuxième partie : Enjeux sectoriels
47-Atténuation du changement climatique et adaptation de la gestion
forestière
63-Pour une gestion économique de la ressource en eau dans le contexte de
l?adaptation au changement climatique
77-Les Agences de l?eau. Un outil essentiel pour l?adaptation
85-Couverture et gestion des risques CatNat
89-Réforme des assurances agricoles et changements climatiques
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Avant-propos
L?élaboration du nouveau Plan national d?adaptation au changement climatique
(PNACC) intervient dans des conditions radicalement nouvelles. Alors que les
dommages climatiques semblaient encore lointains lors de l?établissement des deux
premiers PNACC, les impacts du changement climatique sont devenus tangibles.
Certes beaucoup reste à faire pour mieux en identifier les coûts, mais nous sommes
désormais confrontés aux questions < d?organisation, de localisation et de techniques
à déployer pour limiter les impacts négatifs du changement climatique >.
L?adaptation est ainsi devenue un impératif pour tous les acteurs publics et privés.
Qualitativement, l?analyse des risques climatiques est aujourd?hui bien avancée, y
compris dans sa déclinaison nationale, avec comme enjeux principaux : l?impact des
vagues de chaleur sur la santé humaine et sur celle des écosystèmes, notamment
forestiers; les risques pour les personnes, l?économie et les infrastructures des
inondations et des submersions côtières ; la destruction des écosystèmes terrestres et
marins ; les épisodes de rareté de la ressources en eau ; les pertes de production
agricole du fait notamment des évènements climatiques extrêmes.
Compte-tenu des enjeux socio-économiques associés à ces phénomènes et l?agenda
gouvernemental, l?adaptation au changement a constitué le thème principal de travail
de la CEDD en 2022-23, l?objectif étant de préciser les conditions d?une action efficace
en ce domaine complexe et nouveau, et d?identifier les actions à engager dans les
domaines clés ou particulièrement exposés. Le présent rapport met en perspective les
différentes contributions réalisées à ce propos, et leur congruence avec de nombreux
rapports récents, étant noté que la CEDD est focalisée sur les dimensions
économiques des enjeux et des politiques à mener.
En premier lieu, il est rappelé que le développement des politiques d?adaptation ne
permet pas de s?affranchir des politiques d?atténuation. En effet, si la gestion du
sanitaire des canicules illustre comment les politiques d?adaptation sont susceptibles
de réduire substantiellement certains impacts, effacer ainsi totalement les dommages
climatiques est généralement impossible, ou non souhaitable compte-tenu des coûts
qu?il faudrait engager pour cela. Ce dernier argument valant d?autant plus que le
contexte climatique continue à se dégrader, l?objectif < zéro-nettes émissions > est
incontournable car c?est le stock de gaz à effet de serre accumulé dans l?atmosphère
qui en constitue le déterminant.
Le rapport s?attache ensuite à préciser le rôle de l?action publique. En effet, les
régulations publiques en matière d?atténuation sont nécessaires parce que réduire ses
émissions de carbone ne procure pas, en général, de bénéfice substantiel à celui qui
les réalise. En revanche, tout un chacun a intérêt à engager les mesures d?adaptation
dont il dispose pour réduire les dommages climatiques particuliers auxquels il est
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exposé. Une part de l?adaptation sera donc réalisée par les entreprises ou les ménages
de manière spontanée. Mais elle nécessite une information adéquate sur le
changement climatique, ses impacts, et sur les options d?adaptation, y compris celles
fondées sur la nature. Le rôle des pouvoirs publics est donc d?abord d?information,
pour permettre aux différents acteurs de construire des projets d?adaptation à moyen
et long-terme.
Par ailleurs, les choix des acteurs privés sont souvent biaisés par une vision à court-
terme ou par certaines possibilités de reporter les risques sur d?autres acteurs ou
temporellement, accroissant in fine les vulnérabilités. L?Etat a ainsi un rôle de
régulation à jouer afin d?éviter cette < mal-adaptation >.
L?adaptation requiert aussi une coopération importante au niveau local et le principe
de solidarité nationale justifie un rôle de l?Etat dans l?organisation des péréquations
nécessaires, car les besoins d?adaptation varient fortement d?un territoire à l?autre.
Enfin, pour les filières les plus exposées, l?adaptation implique des transformations
structurelles majeures qu?elles ne sont pas toujours en mesure de financer, même si
celles-ci sont dans leur intérêt. En effet, comme pour l?investissement vert en général,
les primes de risque exigées par les investisseurs privés constituent un obstacle
important.
En particulier, le changement climatique va imposer une nouvelle < révolution
industrielle > pour notre agriculture, qu?il convient d?accompagner, mais qui doit être
anticipée dans toutes ses composantes, économiques, sociales et environnementales.
Dans le domaine forestier, on observe que la séquestration de carbone a diminué d?un
quart depuis 10 ans, ce qui oblige à réévaluer le rôle qui en était attendu en matière
d?atténuation du changement climatique.
Dans ces deux secteurs, mais aussi pour les infrastructures, les dommages climatiques
ne résultent pas seulement de l?élévation de la température mais de la manière dont
le changement climatique affecte le cycle de l?eau et le fonctionnement des
écosystèmes.
Dans ce nouveau contexte, la mission économique (incitative) des agences de l?eau
doit changer d?échelle. En effet, la tarification incitative est nécessaire pour orienter
efficacement les comportements de prélèvements, vis-à-vis de ressources devenues
plus rares. Il convient aussi de mieux rémunérer les actions contribuant à la réduction
des pressions sur celles-ci, par exemple le développement des infrastructures agro-
écologiques. Enfin, le changement climatique révèle la fragilité des mécanismes de
couverture des catastrophes naturelles et des calamités agricoles, qui n?incitent pas
assez à la prévention.
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L?évaluation socio-économique des mesures d?adaptation est absolument nécessaire
pour identifier les mesures les plus efficaces en termes de rapport < coûts-bénéfices >,
pour assurer que les dommages évités ainsi le sont à moindre coût. Les méthodologies
à appliquer pour cela sont similaires dans leur principe à celle utilisées pour évaluer les
projets de réduction du risque inondation, par exemple. En revanche, leur mise en
oeuvre nécessite de renforcer l?expertise en matière d?évaluation des dommages et de
solutions pour les réduire.
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Première partie
Cadre d?action économique pour les politiques
d?adaptation au changement climatique
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Le coût de la non-action
1-De par sa géographie, le réchauffement climatique est plus rapide en France qu?à
l?échelle planétaire en moyenne. Et, de par sa spécialisation économique (le poids du
tourisme et de l?agriculture notamment), celle-ci fait partie des pays de l?Union
européenne les plus exposés.
Plus précisément, le récent rapport du groupe 2 du Giec sur < les impacts, les
vulnérabilités et la résilience > met en exergue comme enjeux principaux et désormais
bien cernés (cf. schéma ci-dessous) pour les pays européens : les risques pour les
personnes, l?économie et les infrastructures des inondations et des submersions
côtières ; l?impact sur la santé humaine et sur celle des écosystèmes, notamment
forestiers, des vagues de chaleur ; la destruction des écosystèmes terrestres et marins ;
les épisodes de rareté de la ressources en eau ; les pertes de production agricole du
fait notamment des évènements climatiques extrêmes.
2-Le tableau ci-dessous, extrait du rapport Timbeau1, (2023), constitue la première
synthèse systématique des estimations de coût des dommages climatiques pour la
France (métropolitaine).
1 Rapport thématique « Dommages et adaptation » de la Commission « Pisani-Ferry-Mahfouz » sur les incidences
économiques de l?action climat, France Stratégie 2023
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Tableau 1 : synthèse des coûts des dommages (rapport Timbeau)
Si les estimations des impacts sont plus ou moins robustes selon les domaines,
l?analyse qualitative des risques climatiques est aujourd?hui bien avancée, y compris
dans sa déclinaison nationale : hausse du nombre de jours de vagues de chaleur,
exacerbée dans les régions les plus chaudes ; pluies extrêmes probablement plus
fortes, notamment sur la moitié Nord du pays, et une augmentation de la fréquence
des inondations ; sécheresses agricoles et hydrologiques préoccupantes ; réduction
drastique du stock de neige au printemps ; étiages des cours d?eau très bas et
multiplication des pénuries d?eau en été?
Les auteurs soulignent cependant que ces estimations sont à approfondir, en mettant
en place des programmes d?études appropriés.
En effet, on ne dispose pas d?analyses systématiques, régulièrement actualisées, pour
apprécier comme il le faudrait les évolutions aux différents horizons. Par ailleurs,
certains domaines importants restent des angles morts, soit parce qu?ils demeurent
peu quantifiés -cas de la biodiversité- ou parce que les références disponibles sont
trop ponctuelles pour apprécier les ordres de grandeur des coûts au niveau sectoriel
(agriculture, foresterie, eau).
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3-Pour autant, cet état < zéro > met déjà en lumière des résultats importants. Outre
l?anticipation nécessaire des impacts dans les zones les plus exposées et pour les
modèles agricoles ou touristiques, deux enjeux sont particulièrement pointés :
- les conséquences importantes du changement climatique sur le potentiel de
séquestration du carbone à long terme dans les écosystèmes. Plus
généralement, le contexte du changement climatique devrait conduire à
réévaluer dans leur ensemble les politiques de protection de la biodiversité,
compte-tenu à la fois de la vulnérabilité des écosystèmes au changement
climatique, et de la contribution que ceux-ci ou les solutions fondées sur la
nature peuvent apporter en matière d?adaptation,
- les impacts sanitaires, dont le coût social est évalué à plus de 20 milliards
d?euros par an à l?horizon 2050-2059, à partir de la valeur statistique de la vie
humaine actuellement en vigueur pour évaluer les politiques publiques.
3-Ces résultats apparaissent en ligne avec les travaux d?évaluation du < coût social du
carbone (SCC)2> relancés aux Etats-unis par l?administration Biden. Par ailleurs, il faut
signaler que l?on y assiste actuellement à un développement accéléré des recherches
visant à évaluer les coûts des différents dommages, intégrant les recommandations de
l?Académie des sciences américaine.
Combinant la régionalisation progressive des impacts physiques dans les modèles
climatiques permise par l?affinement de leur maille de calcul, ainsi que l?intégration
des rétroactions des différents milieux et cycles géo-chimiques et l?analyse des
évolutions climatiques désormais observables, ces travaux conduisent généralement
à réévaluer fortement à la hausse les montants des dommages. Accélérer les
réductions d?émissions pour stabiliser la concentration de gaz à effet de serre dans
l?atmosphère reste donc, plus que jamais, une absolue nécessité.
Par ailleurs, la combinaison des données climatiques avec celles socio-économiques
disponibles permet de mieux prendre en compte l?hétérogénéité des impacts. La
première étape de l?étude récente de Carleton et al. (2022)3 sur les impacts du
changement climatique sur la mortalité au niveau mondial, illustre les progrès ainsi
réalisables. Celle-ci utilise les données de 40 pays pour estimer des relations entre l?âge
et la mortalité et les extrapoler dans un futur avec changement climatique.
Elle met en évidence des relations température-mortalité en forme de U, les
températures extrêmes augmentant les taux de mortalité, notamment pour les
personnes âgées, et plus particulièrement pour les bas revenus (cf. tableau 2).
2 Le SCC correspond au coût total des dommages induits par l?émission d?une tonne de carbone au niveau mondial
3 « VALUING THE GLOBAL MORTALITY CONSEQUENCES OF CLIMATE CHANGE ACCOUNTING FOR ADAPTATION COSTS AND
BENEFITS », NBER WP, n°27559
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Tableau 2. Impacts sur la mortalité, selon le climat et le revenu (> 64ans)
Commence aussi à émerger le souci le souci d?évaluer à la fois des fonctions de
dommages sans adaptation, puis en intégrant les comportements d?adaptation que
l?on peut anticiper dans les différents contextes (cf.tableau 3). A cet égard, il est mis
en exergue des capacités d?adaptation et des impacts différenciés, les dommages
étant plus lourds dans les localisations pauvres et chaudes d?aujourd?hui.
Tableau 3. Projections de mortalité sans et avec adaptation
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L?adaptation au changement climatique
Quel rôle pour l?action publique ?
Le changement climatique étant désormais tangible, le débat entre atténuation et
adaptation est aujourd?hui dépassé, l?adaptation étant devenue incontournable.
En ce domaine, l?intervention publique doit principalement être menée au niveau des
territoires. A la différence de l?atténuation, les bénéfices de l?adaptation sont en effet
souvent locaux. La politique de l?Etat doit, elle, être construite dans une logique
d?accompagnement des actions des collectivités territoriales, et d?orientation des choix
des entreprises et des ménages au niveau local.
Les investissements dans l?adaptation, et plus généralement les investissements dans les
secteurs exposés au changement climatique, ont par ailleurs une durée de vie longue.
L?action publique doit donc se construire à partir d?une vision prospective déclinée au
niveau local de l?évolution du climat et de ses impacts. Celle-ci doit non seulement
fournir de l?information détaillée et territorialisée sur les risques liés au changement
climatiques mais aussi sur les solutions pour s?y adapter.
Compte tenu des incertitudes qui demeurent sur le futur climatique, notamment sur la
capacité des pays à respecter les objectifs de l?Accord de Paris, les investissements
doivent être calés sur des scénarios pessimistes dans une logique de prévention des
risques, à l?image des stress tests réalisés dans le secteur bancaire pour évaluer les risques
de défaillance.
Une part de l?adaptation sera réalisée par les entreprises ou les ménages de manière
spontanée (investissement dans la climatisation, dans l?irrigation?). Toutefois cette
adaptation spontanée est affectée par la : tragédie des horizons <, les acteurs
économiques privilégiant le court-terme, et éventuellement biaisée par les possibilités
de reporter les risques sur d?autres acteurs ou générations. Ainsi, l?Etat et les collectivités
territoriales ont un rôle majeur de régulation de ces comportements individuels afin
d?éviter la mal-adaptation, à l?image d?un recours trop systématique aux climatiseurs,
consommant de l?énergie et réchauffant l?air extérieur.
La recherche de l?équité doit être au coeur de l?action publique. Celle-ci comporte une
triple dimension, distributive, de solidarité territoriale et internationale. En effet,
l?adaptation spontanée se traduit concrètement par des investissements. Comme la
capacité à investir des ménages plus modestes est plus faible, le risque est alors qu?ils
soient moins bien protégés des chocs climatiques. Au niveau plus macroéconomique, les
besoins d?adaptation variant fortement d?un territoire à l?autre, le principe de solidarité
nationale justifie un rôle de l?Etat dans l?organisation des péréquations nécessaires. Au
niveau international, notre responsabilité historique collective dans la constitution du
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stock de carbone atmosphérique nous impose de contribuer à l?adaptation des pays les
moins avancés.
L??adaptation ne qualifie pas une activité en tant que telle. Elle consiste à intégrer une
dimension supplémentaire dans les choix relevant de l?action publique traditionnelle :
l?investissement et la gestion des infrastructures, l?urbanisme et l?aménagement du
territoire, la sécurité, sans oublier les politiques de santé, particulièrement concernées.
Son développement nécessite en particulier de revisiter les procédures administratives.
A titre d?illustration, les procédures d?évaluation environnementale portent aujourd?hui
sur l?impact de projets, de plans ou de programmes sur l?environnement. L?adaptation
exige l?évaluation réciproque, celle de l?impact de l?environnement sur les projets. Les
plans de prévention des risques naturels relèvent de cette logique mais leur périmètre
reste limité.
Enfin, les politiques sectorielles visant la réorganisation, la restructuration et le
redéploiement des activités économiques exposées aux conséquences du changement
climatique, avec ce que cela nécessite de mesures d?accompagnement, constituent un
volet essentiel de l?action publique. L?agriculture et le tourisme sont concernés au
premier chef. Cependant, toutes les activités et tous les secteurs le sont peu ou prou.
Atténuation et adaptation
1- Alors que les politiques d?atténuation du risque climatique visent à réduire les
émissions de gaz à effet de serre pour limiter l?ampleur du changement climatique, les
politiques d?adaptation cherchent à s?en accommoder. L?adaptation est ainsi définie
comme < l?ensemble des évolutions d?organisation, de localisation et de techniques
que les sociétés devront opérer pour limiter les impacts négatifs du changement
climatique et en maximiser les effets bénéfiques > (cf. Annexe 1).
Dans la terminologie de la gestion des risques, les coûts d?abattements des premières
et les coûts d?adaptation des secondes correspondent à ce qu?il est convenu
d?appeler, respectivement, les efforts de prévention primaire (cherchant à intervenir
en amont de manière à diminuer l'exposition à des risques identifiés), et de prévention
secondaire (visant à réduire les atteintes en gérant mieux les situations à risques pour
une meilleure résilience). Les deux ne sont pas redondantes.
En effet, le renforcement des politiques d?atténuation demeure la < grande priorité >
car tout réchauffement supplémentaire intensifie les dommages dus aux vagues de
chaleur, aux tensions sur les ressources en eau douce et aux inondations, avec leurs
impacts socio-économiques induits et sur les écosystèmes. Par ailleurs, la stabilisation
des températures au niveau planétaire nécessite de ramener à zéro le flux net
d?émissions de gaz à effet de serre. Des politiques publiques et une coopération
internationale déterminées sont nécessaires pour cela, pour inciter les agents à réduire
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leurs émissions de gaz à effet de serre. En effet, les dommages des émissions étant
planétaires, il n?est de l?intérêt de personne de s?engager dans des efforts
d?atténuation ambitieux en l?absence de réciprocité.
2-Mais tout un chacun, acteur privé ou public, a intérêt à anticiper les conséquences
du changement climatique pour ce qui le concerne. A cet égard, le rôle des pouvoirs
publics est donc d?abord d?information, pour permettre aux différents acteurs de
construire des projets d?adaptation à moyen-long-terme. Ce terme doit donc être
entendu au sens large, allant au-delà de la sensibilisation. En effet, l?accès à
l?information sur tous les impacts physiques et leurs conséquences en termes de
vulnérabilité des activités est essentielle, y compris celles sur l?évolution des emplois
et des compétences. De plus, cette information doit concerner les solutions, les
politiques publiques favorisant le développement de l?innovation nécessaire. A cet
égard, les solutions fondées sur la nature sont particulièrement prometteuses. Par
ailleurs, comme tout un chacun, l?Etat doit anticiper les conséquences du changement
climatique sur ses activités.
En ce domaine, l?intervention publique doit principalement être menée au niveau des
territoires. En effet, les bénéfices de l?adaptation sont souvent locaux et dépendants
de conditions locales. L?intervention publique doit alors être menée dans une logique
d?accompagnement des actions des collectivités territoriales, et d?orientation des
choix des entreprises et des ménages au niveau local. En particulier, le développement
et la mobilisation de l?expertise technique et scientifique de l?Etat est essentielle pour
aider les territoires à la construire.
3- Comme les années récentes en ont fourni l?illustration, les impacts du changement
climatique sont désormais bien présents. Il est donc temps de ne plus opposer
atténuation et adaptation : l?atténuation est absolument nécessaire, et l?adaptation
est désormais inévitable. Les opposer n?aide en rien à renforcer la coopération
climatique comme il le faudrait, mais a souvent conduit en pratique à délaisser des
enjeux directement prégnants pour les populations. De plus, certaines mesures
d?adaptation sont peu coûteuses -voire sans-regret-, comme cela a été montré suite à
la canicule de 2003, en organisant l?alerte ou, par exemple, en revenant sur
l?interdiction des volets que l?on trouvait dans certains règlements d?urbanisme.
Cependant, dans d?autres cas -pour supprimer certains ilots de chaleur, adapter les
réseaux et services publics au climat futur, métros ou hôpitaux par exemple, et
évidemment en matière de ressource en eau-, les enjeux financiers ne peuvent être
ignorés. Il n?y a donc pas d?un côté les mesures d?abattement coûteuses et nécessitant
de l?innovation risquée, de l?autre des mesures d?adaptation win-win. Il y a de
l?hétérogénéité des ratios coût-efficacité des mesures dans les deux domaines, et un
même niveau d?ambition à y avoir.
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Atténuation et adaptation doivent ainsi être menées de pair, sans sous-estimer les
enjeux à anticiper à long-terme et les transformations à opérer pour s?y préparer, y
compris sociales.
Enjeux pour les politiques publiques
4-La hausse des températures a déjà atteint 1,7 °C en France depuis 1900. Celle-ci s?est
accélérée ces dernières décennies.
On observe déjà des évolutions de la fréquence et de l?intensité des événements
extrêmes : le nombre de journées chaudes (températures maximales supérieures à 25
°C) augmente, tandis que le nombre de jours de gel diminue. Les vagues de chaleur
sont devenues plus fréquentes et plus intenses. On constate également une
intensification des pluies extrêmes dans les régions méditerranéennes. Ces
changements ont des impacts sur l'évolution du cycle de l'eau. En particulier, la durée
de la période d?enneigement en moyenne montagne diminue et l?évaporation des sols
s?accentue, induisant des sécheresses plus fréquentes et plus intenses.
Les secteurs principalement exposés à ces impacts sont ceux directement dépendants
du climat (agriculture, forêts et tourisme) et les systèmes de santé, les villes (ilot de
chaleur urbain), les grands réseaux publics d?infrastructures, ainsi que les bâtiments
affectés par le retrait-gonflement des argiles.
5- Les politiques publiques concernées sont en premier lieu la politique de l?eau et de
protection de la biodiversité, celles qui concernent la gestion et la couverture des
risques rappelés ci-dessus -notamment les régimes d?assurances < CatNat > et
calamités agricoles-, les régulations concernant les secteurs exposés, ainsi que tout le
domaine santé-environnement.
En particulier, une intervention publique spécifique pour l?adaptation est nécessaire
lorsque la production privée d'adaptation risque d'être insuffisante :
-du fait que l?information sur le changement climatique, sur ses impacts, et
sur les options d?adaptation n?est pas suffisamment accessible ou parce que les
décisions privées n?accordent pas assez d?attention au long-terme. A ce titre, il
appartient à l?Etat de fournir l?information appropriée, en termes de
projections climatiques et d?expositions hydro-géologiques, ainsi que des
références partagées pour éclairer les décisions. Comme le fait la taxonomie
européenne, les enjeux d?adaptation doivent donc constituer maintenant un
volet obligé de tous les exercices de cartographie des risques auxquels sont
soumis les différents acteurs,
- parce que certaines actions d?adaptation d?un acteur peuvent avoir des
externalités négatives sur d?autres acteurs et ne pas correspondre à l?action
optimale socialement. A cet égard, le rapport de France Stratégie sur
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l?adaptation des infrastructures (2022) souligne que les réseaux d'électricité, de
transports ou de télécommunications sont d'ores et déjà exposées et
vulnérables aux aléas climatiques, avec des liens de dépendance de plus en plus
nombreux accroissant d'autant leurs vulnérabilités. En effet, de nombreux
réseaux de télécommunications ou d'électricité sont situés en proximité
immédiate des routes ou des lignes ferroviaires, les réseaux ferroviaires et de
télécommunications dépendent de leur alimentation en électricité, et la
plupart de ces réseaux sont largement numérisés et impliquent un recours
intensif aux réseaux de télécommunications. Or, les actions d'adaptation mises
en oeuvre, principalement de manière sectorielle, sont encore partielles et ne
permettent pas de pleinement prendre en compte ces interdépendances. Plus
généralement, le besoin d?approches systémiques, intégrant outre les enjeux
liés à l?eau, ceux des matières premières et d?économie circulaire est souligné.
Ainsi, l?adaptation requiert souvent une coopération importante au niveau
territorial et une bonne adéquation des normes et réglementations. A ce titre,
les enjeux d?adaptation doivent être intégrés dans tous les documents de
planification de l?usage des sols ou concernant l?aménagement ;
-et parce que certains agents ne sont pas en mesure de financer eux-mêmes
les mesures d?adaptation, même si ces celles-ci sont dans leur intérêt privé. En
effet, comme pour l?investissement vert en général, les primes de risque exigées
par les investisseurs privés compte-tenu de l?incertitude sur ses bénéfices ou du
fait de manque de lisibilité de l?action publique constituent un obstacle
important.
6- L?Etat et les collectivités territoriales ont aussi un rôle majeur à jouer de régulation
des comportements individuels afin d?éviter la mal-adaptation, à l?image d?un recours
trop systématique aux climatiseurs, consommant de l?énergie et réchauffant l?air
extérieur. Plus généralement, le GIEC définit la < mal-adaptation > comme < un
changement dans les systèmes naturels ou humains qui conduit à augmenter la
vulnérabilité au lieu de la réduire > (notamment, à terme). Par ailleurs, il ne faut pas
chercher seulement à maintenir le niveau de risque actuel, s?il est trop élevé. En sens
inverse, cet objectif pourra s?avérer excessivement coûteux dans certains cas.
Ce rôle de régulation nécessite de recourir à une panoplie diversifiée d?instruments,
mobilisant les instruments existants, réglementaires ou incitatifs, mais aussi les outils
de planification et les capacités techniques des opérateurs publics, de manière
pragmatique et coopérative. Le démantèlement des dispositifs existants
(réglementaires, fiscaux et de subventions) pouvant aller à l?encontre de l?adaptation
constituant une étape clé, il importe de mener rapidement les revues spécifiques
nécessaires.
Enfin, La recherche de l?équité doit être au coeur de l?action publique. Comme la
capacité à investir des ménages plus modestes est plus faible, le risque est qu?ils soient
moins bien protégés des chocs climatiques. Au niveau plus macroéconomique, les
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besoins d?adaptation variant fortement d?un territoire à l?autre, le principe de
solidarité nationale justifie un rôle de l?Etat dans l?organisation des péréquations
nécessaires et, au niveau international, de contribuer à l?adaptation des pays les moins
avancés.
L?évaluation des politiques d?adaptation au changement climatique
7- La prise en compte de l?adaptation ans les décisions publiques et privées concerne
le temps long. L?action publique doit donc se construire à partir d?une vision
prospective déclinée au niveau local de l?évolution du climat et de ses impacts.
Compte tenu des incertitudes qui demeurent sur le futur climatique, en particulier sur
la capacité des pays à respecter les objectifs de l?Accord de Paris, les investissements
doivent être calés sur des scénarios pessimistes, dans une logique de prévention des
risques. Dans ces conditions, on ne peut ignorer que les mesures effectives
d?atténuation prises par les différents pays, notamment hors Europe, ne sont pas
actuellement à la hauteur de ce qui serait nécessaire pour tenir les objectifs de
l?Accord de Paris. De plus, il faut prendre en compte que la dynamique du changement
climatique est hétérogène, entre les pôles et l?équateur, entre les deux hémisphères,
entre océans et continents. Ainsi la température en Europe croit plus vite que la
moyenne planétaire.
8- Il ne faut pas se cacher les difficultés d?évaluation des choix d?adaptation car les
dommages à considérer et les moyens pour les réduire sont souvent très hétérogènes,
l?adaptation pouvant consister en adaptations marginales des comportements ou
nécessiter des transformations radicales des modes de production et consommation.
Le secteur agro-alimentaire en fournit l?illustration, celui-ci étant confronté au double
défi de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (19% des émissions nationales,
essentiellement de méthane et protoxyde d?azote) et contribuer au renforcement du
puits de carbone, et de s?adapter à des conditions de production moins favorables et
plus volatiles (cf. Annexe 2).
9- Les premières évaluations de politiques d?adaptation datent de la fin des années
2000, à propos des choix d?essences forestières à planter aujourd?hui dans un contexte
où la productivité future des essences est incertaine, ou encore de la gestion du trait
de côte de la région Languedoc-Roussillon face à l?élévation du niveau de la mer.
Cependant, tant que la réalité du changement climatique à l?oeuvre demeurait peu
perceptible, leur essor est resté limité. Par ailleurs les valeurs de références qui étaient
préconisées, notamment en matière de taux d?actualisation, demeuraient alors trop
< court-termistes >. La récente révision4 du taux d?actualisation public change la donne
à cet égard et les enjeux de l?adaptation sont désormais reconnus.
4 Guide de l?évaluation socioéconomique des investissements publics. Complément opérationnel 1, France stratégie, octobre
2021
23
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Mais l?une des difficultés majeures pour l?élaboration les stratégies d?adaptation est
l?incertitude, qui comporte trois composantes, respectivement :
- sur le scénario global d?évolution du climat ;
- sur la façon dont les scénarios globaux se traduisent localement ;
- et sur la réponse des grands cycles (eau par exemple), des écosystèmes et
des sociétés aux changements globaux et locaux du climat.
Cependant, le rapport Gollier5 avait établi un cadre général pour la prise en compte
du risque dans l?évaluation des politiques publiques, distinguant les différentes
incertitudes et préconisant, lorsque cela est possible, de privilégier les démarches
probabilistes, raisonnant sur l?espérance des gains et des coûts engendrés par le
projet. L?incertitude est alors traitée en attribuant des probabilités d?occurrence aux
différents scénarios. Le projet le plus intéressant est celui qui dégage la valeur
actualisée nette espérée la plus élevée, celle-ci étant ajustée sur le risque par le biais
d?une prime de risque d?autant plus élevée que les bénéfices du projet sont corrélés à
l?activité économique. Cette différenciation des primes de risque favorise a contrario
les projets procurant des bénéfices assurantiels. Par ailleurs, il était recommandé de
favoriser la flexibilité. L?évaluation les politiques d?adaptation au changement
climatique peut mobiliser ces méthodologies.
5 « Le calcul du risque dans les investissements publics » Rapport de la mission présidée par C.Gollier, Centre d?analyse
stratégique (France Stratégie), 2011
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Annexe 1. Economie de l?adaptation au changement climatique. Définitions et points de repères
généraux
(Extraits du rapport de C.de Perthuis, S.Hallegatte et F.Lecocq pour le Conseil économique pour le
développement durable, 2010)
Définition de l?adaptation
Alors que les politiques d?atténuation visent la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour
limiter le changement climatique, l?adaptation est définie comme « l?ensemble des évolutions
d?organisation, de localisation et de techniques que les sociétés devront opérer pour limiter les impacts
négatifs du changement climatique et en maximiser les effets bénéfiques ».
L?une des difficultés majeures pour l?élaboration les stratégies d?adaptation est l?incertitude, qui
comporte trois composantes, respectivement : sur le scénario global d?évolution du climat ; sur la façon
dont les scénarios globaux se traduisent localement ; et sur la réponse des grands cycles (eau par
exemple), des écosystèmes et des sociétés aux changements globaux et locaux du climat. Ceci impose
notamment d?évaluer les mesures d?adaptation en tenant compte du degré de flexibilité qu?elles
préservent pour l?action future. Toutefois, compte tenu des inerties techniques, économiques,
politiques, institutionnelles et culturelles, il n?est pas toujours possible de prendre des mesures
parfaitement flexibles. Enfin, le changement climatique est un processus continu s?inscrivant dans le
long terme, pouvant nécessiter des bifurcations vers d?autres activités et/ou d?autres localisations. La
gestion des transitions correspondantes devient dès lors un enjeu central.
Différents types d?adaptation
L?adaptation réactive consiste à réagir ex post aux impacts adverses du changement climatique,
lorsqu?ils se produisent. L?adaptation anticipative, au contraire, consiste à agir avant que les impacts
ne se produisent pour réduire la vulnérabilité à ces impacts et en limiter les conséquences. En
pratique, des décisions de politiques publiques sont souvent plus faciles à prendre après une crise.
Mais les coûts (même actualisés) des actions préventives peuvent souvent s?avérer largement plus
faibles que les coûts des actions réactives.
Certaines mesures conçues pour s'adapter aux effets du changement climatique peuvent conduire à
des résultats non conformes aux attentes. A cet égard, le GIEC définit la « maladaptation » comme «
un changement dans les systèmes naturels ou humains qui conduit à augmenter la vulnérabilité au lieu
de la réduire ». Celle-ci peut résulter d?un transfert de vulnérabilité d'un système à un autre ou d'une
période à une autre, ou de la réduction de la marge d'adaptation future.
Une situation de maladaptation ex post peut cependant résulter de décisions tout à fait appropriées
compte tenu des informations disponibles ex ante. Ce type de maladaptation n?est pas évitable, et ne
peut donner lieu à un regret. Mais, quelle que soit son origine, une maladaptation constatée ( appelée
« déficit d?adaptation ») implique que s?adapter au changement climatique ne doit pas forcément se
faire en cherchant seulement à maintenir le niveau de risque actuel, s?il est trop élevé.
Rôle des politiques publiques
Les bénéfices des mesures d?adaptation sont le plus souvent privés, ce qui incite les ménages, les
entreprises et les collectivités à s?engager spontanément dans l?adaptation. Il existe cependant des
circonstances dans lesquelles cette production privée d'adaptation risque d'être insuffisante et où
l?intervention publique pour l?adaptation est nécessaire :
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
-du fait que l?information sur le changement climatique, ses impacts, et sur les options d?adaptation
n?est pas suffisamment accessible ;
-parce que l?adaptation requiert souvent une coopération importante au niveau local ;
-parce que les décisions privées n?accordent pas assez d?attention au long-terme ;
-parce que certaines actions d?adaptation d?un acteur peuvent avoir des externalités négatives sur
d?autres acteurs et ne pas correspondre à l?action optimale socialement ;
-parce que l?adaptation concerne les grands réseaux publics d?infrastructures et qu?elle nécessite
une bonne adéquation des normes et réglementations ;
-et parce que certains agents ne sont pas en mesure de financer eux-mêmes les mesures
d?adaptation, même si ces celles-ci sont dans leur intérêt privé.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Annexe 2. Rapport du Haut Conseil pour le Climat « Accélérer la transition climatique avec un
système alimentaire bas carbone, résilient et juste » (janvier 2024)
Extraits du résumé exécutif concernant les impacts du changement climatique sur l?agriculture?
Le changement climatique a réduit la croissance de la productivité totale de l'agriculture mondiale
d'environ 21 % depuis 1961. Les changements de pluviométrie et leur variabilité affectent la
disponibilité des ressources en eau et se traduisent pour les surfaces terrestres par une dégradation
de la qualité des ressources en eau douce et une augmentation du risque d?inondation sur certains
territoires. L?augmentation du déséquilibre saisonnier entre l?offre et la demande d?eau est perceptible
à la fois sur le stress hydrique des cultures pluviales, sur les besoins d?irrigation des cultures irriguées
et sur les décalages de saison de pâturage.
En France, les conséquences du changement climatique sur les rendements des cultures et de l?élevage
sont déjà visibles, et vont continuer à s?amplifier. Le stress thermique entraîne des difficultés pour
l?alimentation des troupeaux, et la chaleur a un impact négatif sur la santé animale, la nutrition, le
comportement, le bien-être et la productivité des animaux, et la qualité des produits. Les sécheresses
comme en 2003 et 2022 ont eu des impacts sur de nombreux types de cultures sous forme de baisses
de rendement. Les inondations comme en 2010, 2016 et 2023 ont entraîné de lourds dégâts pour
l?agriculture et l?élevage en France via les impacts sur les cultures, la perte de matériel, la mort des
animaux, la dégradation des propriétés des sols ainsi que les pertes économiques.
Avec un réchauffement planétaire de l?ordre de +2 °C à horizon 2050, sans adaptation supplémentaire,
les cultures seraient exposées en France à des pertes de rendement additionnelles, particulièrement
pour des cultures d?été comme le maïs. La production fourragère pour les troupeaux à l?herbe
augmentera vraisemblablement dans les zones les plus froides, tandis qu?elle diminuera probablement
dans une partie des régions de plaine et dans les Alpes du Sud en raison de la chaleur et de la rareté
de l'eau.
L?adaptation des activités agricoles aux effets négatifs observés du changement climatique est
réactive, mais pas suffisamment transformatrice pour assurer leur résilience face aux multiples
facteurs générateurs d?impacts qui vont continuer à s?intensifier :
L?adaptation au réchauffement climatique se traduit par des dates de vendange, de récolte et
de semis plus précoces, des changements de variétés végétales cultivées afin d?esquiver la
sécheresse estivale et de pouvoir récolter plus précocement, une augmentation de l?utilisation
de mélanges variétaux dans des cultures pour une meilleure espérance de rendement dans un
climat plus variable, des évolutions dans les pratiques de taille de vignes et d?arbres fruitiers
et de vinification, et une augmentation du pâturage hivernal et du stockage de fourrage pour
pallier les risques accrus de sécheresse estivale.
Les pertes de production lors des sécheresses de printemps ou d?automnes pluvieux ont mis
en évidence un niveau insuffisant de préparation à la gestion de ce type d?événement plus
fréquent dans un climat qui se réchauffe et ont révélé des vulnérabilités dans le modèle
agricole français. Le seuil de 2,6 Mrd¤ de dommages liés à la sécheresse serait dépassé en
moyenne tous les 10 ans si toutes les exploitations agricoles de métropole étaient assurées. La
diminution graduelle de l'humidité des sols dans un climat plus chaud, l?allongement de la
durée de la période sèche, la forte incertitude sur les précipitations hivernales incitent à des
transformations plus profondes pour renforcer la résilience des activités agricoles.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Le changement climatique peut également générer des opportunités pour l?agriculture.
L?augmentation des températures réduit en partie certains risques qui pèsent sur les cultures (ex. gel,
températures froides en hiver, maladies fongiques?), améliore les conditions de production de
certaines cultures (ex. durée d?ensoleillement, concentration atmosphérique de CO2, semis plus
précoce possible, augmentation du nombre de jours disponibles pour certaines actions?), augmente
la zone d?exploitation de certaines cultures, permet le développement de cultures qui ont une plus
grande capacité à faire face au déficit hydrique et aux vagues de chaleur avec de nouvelles variétés ou
nouvelles espèces (sorgho).
Des risques, de plus en plus complexes et difficiles à gérer, menacent la résilience du système
alimentaire et la sécurité alimentaire :
Les événements extrêmes entraînent des chutes rapides et brutales de production au niveau
mondial. Les pertes de production agricole induites par les catastrophes climatiques ne
pourront pas toujours être contrebalancées par les productions des régions non touchées par
ces événements, le stockage et le commerce. Cette éventualité croît avec le niveau de
réchauffement planétaire, et pourrait compromettre la stabilité de l?approvisionnement
alimentaire régional ou mondial.
Les effets négatifs aigus et chroniques du changement climatique sur la production alimentaire
peuvent se produire en conjonction d?autres chocs, comme les zoonoses, pandémies, et
conflits armés, et induire des risques sur la sécurité alimentaire. La dépendance du système
alimentaire aux énergies fossiles est un facteur d?instabilité et de vulnérabilité, comme le
montrent les impacts du renchérissement des engrais sur les prix agricoles.
La récurrence des sécheresses et des inondations accentue le besoin de renforcer la
gouvernance concertée pour l?usage de la ressource en eau en associant tous les acteurs pour
éviter les conflits d?usage et limiter les risques de maladaptation. Les besoins d?adaptation des
systèmes agricoles du territoire français en métropole et en outre-mer seront d?autant plus
limités que le niveau de réchauffement planétaire sera stabilisé rapidement. Le renforcement
de la résilience de la production agricole face au changement climatique est nécessaire à sa
contribution.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
L?adaptation du secteur privé dans le cadre de la directive ESRS
Leçons d?une étude de cas sur la gestion de l?eau
Il est de l?intérêt des agents privés, qu?il s?agisse des entreprises et des investisseurs,
d?anticiper les impacts du changement climatique pour leurs activités afin d?en assurer
la résilience. L?examen de la manière dont ils se saisissent de ces enjeux et les instruments
qu?elles mettent en oeuvre sont riches d?enseignements. Dans cette perspective,
P.Chalvon-Demersay décrit ici le contexte dans lequel se pose la gestion de l?eau pour
son entreprise (Syensqo) et les recommandations que l?on peut en tirer6.
L?évaluation des risques et la gestion de l?eau pour Syensqo
3 types de risques sont à considérer en matière gestion de l?eau, pour Syensqo (< spin
off > de Solvay)
- Le risque du coût de l?eau: valeur liée à la rareté de l?eau, au déficit de qualité
de l?eau, au coût de traitement de l?eau,
- Le risque de manque d?eau: sécheresse et réduction de production sur les zones
et période en stress hydrique, restrictions réglementaires, impact
réputationnel,
- Le risque d?excès d?eau: dommages liés aux inondations
Analyse et méthodologie mise en oeuvre pour qualifier les risques
- 56 sites industriels dans le monde - 85 Million de m3 d?eau captée
- Utilisation de bases de données, WRF - Water Risk Filter développé par le WWF
et Intratec pour le coût des externalités de l?eau.
- Les 5 niveaux de risques du WRF ont été simplifié en deux catégories:
- 57% des captations d?eau en zone de stress hydrique, dont environ 5%
en zone classée haute ou très haute
- 43% des captations d?eau hors zone de stress faible
6 Cf. Points de repère CEDD, n°8, 2024
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Cette analyse conduit à différencier deux grandes utilisations industrielles:
- 35% sont des eaux dites de ?procédé?, elles entrent dans la fabrication
des produits et sont susceptibles d?être au contact des autres
substances chimiques,
- 65% sont des eaux dites de ?refroidissement?, dont l?action est de capter
les calories émises par les réactions exothermiques. Ces eaux sont
rejetées à proximité du point de captage, sans incidence sur le volume
ou la qualité de l?eau, hormis la température et un déplacement entre la
captation et le rejet.
Il est à noter que la consommation à proprement parler d?eau à l?échelle du Groupe
est de l?ordre de 7% du volume d?eau prélevée, dont environ 1% en zone de stress
hydrique.
Implications pour la gestion de l?eau
- La quantité d?eau fraîche prélevée est un indicateur de performance du
Groupe.
- Une cible de réduction des prélèvements d?eau en valeur absolue a été décidée
à l?horizon 2030, par rapport à 2021, afin de découpler la captation d?eau de la
croissance économique du Groupe. Compte tenu des hypothèses de
croissance, cela correspond à un ensemble de projets d?environ 25% des
prélèvements, soit plus de 20 millions de m3 d?eau par an.
- Le Groupe a mis en place un plan de réduction des risques liés à l?eau, pour
minimiser les risques financiers sur l?activité et les impacts de chaque site situé
en zone sensible.
- Les nouveaux investissements de croissance du Groupe doivent anticiper et à
minima compenser si ce n?est réduire les éventuelles captations additionnelles
d?eau.
- Compte tenu du positionnement géographique des sites de Syensqo et par
souci de simplification, ce sont les données Intratec Europe qui ont été utilisées
pour calculer le coût d?externalité de l?eau. Il est à noter que les données
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Intratec intègrent les coûts de pré-traitement mais pas de post-traitement
après utilisation.
- Le coût d?externalité de l?eau est intégré aux projets d?investissements. Il
dépend de deux facteurs, l?intensité de stress hydrique et le type d?utilisation.
- Afin de simplifier la mise en oeuvre dans les plans d?investissement, 4 coûts
standards moyens d?externalité sont considérés, prenant en compte la rareté
et les coûts de traitement de l?eau, sur une base moyenne. Ils n?ont pas de
valeur commerciale :
- X ¤/m3 pour une eau de refroidissement en zone de stress faible
- 2X ¤/m3 pour une eau de refroidissement en zone de stress élevé
- 6X ¤/m3 pour une eau de procédé en zone de stress faible
- 16X ¤/m3 pour une eau de procédé en zone de stress élevé
Ces valeurs sont données à titre d?illustration et n?ont pas de valeur commerciale. Elles
dépendent de la localisation des sites, des conditions hydrométriques, des pays
considérés, des coûts de traitement d?eau, et d?autres variables qui varient d?un
groupe industriel à l?autre.
- Gouvernance
Un Comité de gestion des impacts environnementaux est en place au niveau du
Groupe. Il permet d?allouer les ressources de façon optimale et de gérer la trajectoire
de décroissance des captations d?eau en privilégiant les zones sensibles. Ce comité est
placé sous l?autorité du comité exécutif du Groupe.
Gestion de l?Eau et la directive . CSRD /
Tous les standards ESRS ?E? ont un lien avec la gestion de l?eau. Trois ESRS sont plus
particulièrement concernés, ESRS E2 ?Pollution? pour la qualité de l?eau, E3 ?Water?
pour les volumes et E4 ?Biodiversité? compte tenu de l?importance de l?eau pour les
espèces vivantes. Il est à noter qu?une stratégie spécifique à la conservation de la
biodiversité est demandée dans le cadre de l?ESRS E4.
Si l?exemple de Syensqo ci-dessus donne un bonne idée des informations à produire
pour les captations d?eau d?un grand groupe industriel, ils mettent aussi en évidence
la complexité d?obtention de ces informations pour la chaîne de valeur en amont des
centres de production, parmi les milliers de fournisseurs concernés - de l?ordre de 30
000 fournisseurs pour un Groupe tel que Syensqo - et en aval lors de l?utilisation des
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
produits lors de chaînes de transformation, des consommations des produits finaux
et de leur fin de vie.
L?ESRS E4 Biodiversité est certainement parmi les plus complexes, car l?impact sur la
Biodiversité résulte d?une combinaison entre les ESRS E1 Climat, E2 Pollution, E3
Water.
La notion de double matérialité, l?apport de la science, les méthodologies et le
pragmatisme dans la mise en oeuvre des stratégies de réduction d?impact et de
régénération, ainsi que la cohérence entre les pays en ce qui concerne la transposition
de la directive sont indispensables à une bonne mise en oeuvre de cette directive.
Observations et Recommandations pour une meilleure gestion de l?eau en
France
La situation française se caractérise par un taux de réutilisation de l?eau inférieur à 1%
alors qu?il est estimé à 14% en Espagne et plus de 80% dans les pays les plus avancés
comme Israël. Par ailleurs, si le prix moyen TTC direct des services de l?eau potable en
2021 se situait à environ 4.3 ¤/m3 +/- 1¤/m3 (pour 120m3/an), ces prix ont pour
perspective une augmentation drastique dans les années à venir, compte-tenu
d?investissements de 3 à 4 Mds¤/an estimés par les professionnels de l?eau pour
rénover/adapter réseaux, raccordements, traitements, réutilisation, stockage.
Ce prix est un prix direct intégrant l?assainissement, les services d?eau potable, taxes
et redevances aux agences de l?eau, mais pas les coûts indirects dus à une gestion non
optimisée de l?eau: pertes de production, baisse de productivité, adaptation au
changement climatique, évolutions réglementaires, dégradation d?image, perte de
valeur des actifs, etc?
Recommandations7
i. Connaissance et sensibilisation - Faire prendre conscience dans un pays
traditionnellement riche en eau, que cette ressource peut devenir rare
et chère.
1. Renforcer les connaissances sur la ressource en eau, ses usages et
leurs perspectives d?évolution
2. Prendre en compte les risques associés à l?eau dans les stratégies
RSE des entreprises (manque d?eau, inondations, qualité de l?eau)
7 Sources et références : Guide de l?Eau proposé par France Chimie - Version 2023 ; Recommendations CESE - 11
Avril 2023 ; 53 mesures pour l?eau - planification écologique - 30 Mars 2023 ; CDP reports - Water
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
ii. Investissements et Innovation - prioriser les solutions les plus efficientes
1. Planifier la rénovation et le développement des infrastructures:
procédé hydro-économe, canalisation, stockage, traitement,
réutilisation, recyclage?
2. Encourager les solutions fondées sur la nature, par exemple
l?infiltration d?eau dans les nappes
3. Développer la réutilisation des eaux dans les bâtiments neufs ou
à réhabiliter: arrosage, sanitaires, nettoyage?.
iii. Adapter le cadre économique et fiscal à la rareté de la ressource
1. Intégrer le juste prix interne de l?eau dans les modèles
économiques des entreprises et des territoires
2. Promouvoir une réforme des redevances équitable et
proportionnée : Si la réforme des redevances doit viser un
rééquilibrage des contributions, elle doit également être
incitative, soutenable et concerner l?ensemble des différents
acteurs en fonction de leurs impacts.
3. Renforcer le soutien aux investissements sur le petit et le grand
cycle de l?eau : relèvement du plafond des financements des
agences de l?eau, réforme des règles d?encadrement des aides qui
limitent les possibilités de financement des projets.
iv. Adapter et simplifier la Gouvernance
1. Simplifier et assurer la cohérence des décisions entre le
découpage administratif et hydrogéologique. La gestion de l?eau
doit suivre une logique de bassin versant, pas de carte
administrative.
2. Renforcer et accélérer la planification au travers des SAGE et
PTGE
3. Anticiper les crises :
a. Clarifier les processus décisionnels prenant en compte les
situations hydrogéologiques locales
b. Adapter les arrêtés préfectoraux aux caractéristiques de
chaque installation classée
c. Organiser des délais de prévenance suffisants
v. Adapter le cadre juridique
1. Sécuriser juridiquement les projets : comme la plupart des grands
projets aujourd?hui (EnR, infrastructures linéaires?), ceux associés
à l?eau peuvent parfois faire l?objet d?une vive opposition et de
multiples recours juridiques. Il convient donc de trouver le juste
équilibre entre la protection de l?environnement et le besoin de
développement des infrastructures dans le domaine de l?eau
comme cela a été fait dans la loi d?accélération des EnR.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
2. Lever les freins réglementaires, en particulier en ce qui concerne
les solutions de réutilisation.
3. Rendre obligatoire la protection sanitaire des captages d?eau
potable
4. Assurer un partage équitable de l?eau en tenant compte de
l?ensemble des enjeux du développement durable
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
L?évaluation socio-économique
des mesures d?adaptation
Les effets du changement climatique étant progressifs, les premiers impacts peuvent en
être gérés par des mesures comportementales peu coûteuses, voire sans regret, ou par
des mesures adaptatives intégrant la prise en compte du changement climatique dans
les cycles de renouvellement de certains composants ou équipements. Il existe en effet
toute une gamme d?actions permettant d?adapter la manière dont on exploite ou
entretient les actifs et réseaux existants, sans qu?il soit nécessaire, à court terme du
moins, d?engager des investissements importants.
Ainsi, s?agissant des vagues de chaleur, les mesures de surveillance, les gestes simples de
protection et l?organisation des systèmes de soins mis en place suite à la canicule d?août
20038 ont un temps permis de contenir les problèmes. Cependant, l?évolution de la
chaleur estivale suggère que cela ne suffit plus : près de 33000 décès sont imputables
aux chaleurs estivales sur la période 2014-2022, l'été 2022 ayant été le plus meurtrier sur
cette période, avec près de 7 000 morts liées à la chaleur.
Il faut donc élargir le champ des solutions à considérer pour se préparer aux contextes
futurs. Dans cette perspective, le ministère de la Transition écologique a proposé un
scénario de référence pour évaluer les dommages liés aux changement climatique ? celui
d?un réchauffement de +3° à l?horizon 2100 ? correspondant pour l?Europe et la France
à un réchauffement de +4°, qui s?accompagne d?une augmentation de la fréquence et
de l?intensité des aléas extrêmes. L?étape suivante est le développement de l?évaluation
socio-économique des mesures d?adaptation, afin de les sélectionner par ordre de
mérite, en termes de balance entre les bénéfices résultant de dommages évités et les
coûts à consentir pour obtenir ces réductions.
Cadre d?analyse
1-Les politiques d?adaptation doivent mobiliser des panoplies d?instruments
diversifiées, allant de mesures comportementales peu coûteuses aux transformations
structurelles des territoires ou des filières de production : végétalisation des villes pour
réduire l?ilot de chaleur urbain, réduction de la pression sur les nappes souterraines,
agroécologie? De plus, certaines solutions à envisager, en particulier celles fondées
sur la nature, sont nouvelles, ce qui implique de les tester et qualifier leurs conditions
de succès.
L?analyse coûts-bénéfices fournit un cadre pour éclairer les choix correspondants,
l?objet de celle-ci étant justement de comparer les projets ou les politiques, afin de
8 à laquelle on pouvait attribuer une surmortalité de l?ordre 15 à 20000 décès
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
déterminer celui ou celle qui crée le plus de < valeur économique et sociale nette >.
De plus, la réalité des impacts du changement climatique nous place désormais en
situation de prévention (et non plus de précaution), il est donc possible d?appliquer
les démarches probabilistes, raisonnant sur l?espérance mathématique des gains et
des coûts engendrés par la décision sous revue.
Cependant, contrairement aux politiques d?atténuation pour lesquelles on dispose
d?une métrique unique de coût à la tonne de CO2 évitée, ce qui compte pour prioriser
et concevoir les politiques d?adaptation sont les conséquences dommageables et les
possibilités de les réduire par des mesures appropriées. Si l?on considère, par exemple,
la préservation des ressources en eau douce, il s?agit de combiner efficacement la
création de retenues évitant les pertes d?eau douce, les mesures favorisant le stockage
d?eau dans les sols, les infrastructures écologiques (zones humides, haies, bandes
enherbées?), la diminution des pollutions obligeant à renoncer à certaines ressources,
ou encore la réutilisation des eaux après traitement.
Pour cela, l?évaluation, dite socio-économique, doit s?attacher à objectiver les
différents enjeux, puis à intégrer l?ensemble des impacts et co-bénéfices pour les
différents acteurs -filières concernées et consommateurs-, ainsi que sur
l?environnement et les coûts de transition, sans omettre de mentionner ce qui n?a pu
être quantifié.
2-Souvent, le maillon critique des évaluations ne se situe pas au niveau de la théorie,
mais plutôt de la quantification du coût des dommages associés aux différents
impacts du changement climatique, ainsi que celle de leur réduction possible selon les
mesures d?adaptation envisagées. A cet égard, nous ne sommes pas en avance. Le
changement souhaité dans le développement des politiques d?adaptation nécessite
donc de lancer dès maintenant des programmes de recherche et de mobilisation de
l?expertise scientifique et technique en appui aux politiques publiques, pour :
-estimer des fonctions de dommages utilisables dans chaque contexte de risque
spécifique (vagues de chaleur, épisodes extrêmes, inondations et submersions,
incendies, stress hydrique?), à l?instar de ce qui a été fait après la tempête
Xanthia pour évaluer les politiques vis-à-vis du risque inondation dans les plans
de prévention des risques d?inondation (PPRI). Dans la mesure où les
évènements auxquels nous devons nous préparer changent d?échelle, le retour
d?expérience sur tous les évènements hors-norme est nécessaire pour cela. Il
doit donc être organisé systématiquement, en s?assurant que toutes les
dimensions, économiques, sociales et environnementales, sont couvertes,
- au-delà de la poursuite de la consolidation des résultats sur les impacts
physiques des scénarios climatiques, en décliner les conséquences en termes
de fréquence et d?intensité pour tous les risques déterminant directement les
dommages.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Ces éléments sont des prérequis pour la mise à jour des référentiels techniques, des
normes et des réglementations < climato-sensibles >. S?agissant du ministère de la
Transition écologique, ceci implique une politique adaptée en matière de
compétences sachant que celles < classiques > d?ingénieurs dans les différents
domaines concernés se sont raréfiées depuis 15 ans et que ceux-ci doivent intégrer les
connaissances nouvelles sur le changement climatique pour évaluer l?évolution des
aléas à prendre en compte.
3-Les dommages climatiques et les coûts économiques et sociaux qui peuvent y être
attribués dépendent des spécificités locales, à la fois du fait de l?exposition et de la
vulnérabilité. L?exposition aux vagues de chaleur, par exemple, dépend de l?évolution
du climat régional mais aussi de l?amplification des températures par le phénomène
d?ilot de chaleur en milieu urbain et de l?accès local aux ressources en eau. En résulte,
de manière générale, la nécessité d?allier la définition de cadrages stratégiques pour
les différents risques (vagues de chaleur, inondations, destruction des écosystèmes,
stress hydrique?) et l?évaluation, au cas par cas, des mesures au niveau local. Plus
précisément, ce besoin d?études < bottom-up > résulte des considérations suivantes :
-pour le coût des dommages, ce qui va compter n?est pas l?élévation de la
température en soi, mais son impact sur la fréquence et l?intensité de certains
types d?évènements, souvent les extrêmes (par exemple, les inondations dans
le schéma ci-dessous), dont il convient donc de qualifier précisément les
caractéristiques locales,
- ensuite, il faut considérer la manière dont les risques climatiques vont se
combiner entre eux ou avec d?autres au sein des unités de gestion
opérationnelle des agents économiques. Les schémas ci-dessous l?illustrent
pour les opérateurs d?infrastructures de transport public,
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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- les bénéfices d?une mesure d?adaptation sont multiples et contingents aux
contextes locaux.
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- enfin, il faut prendre en compte les interactions entre les risques au niveau
local et les effets en cascade potentiels en résultant, entre gestion des
transports et production d?électricité, par exemple ; ou pour la disponibilité en
eau, qui affecte de manière systémique tous les usages (agriculture, énergie, eau
potable, etc.). Une approche territoriale est donc nécessaire pour définir les
mesures d?adaptation efficaces et, aussi, pour assurer une juste répartition de
son coût.
Retour d?expérience
4-Cette nécessité de combiner des cadrages globaux ou transversaux avec le besoin
d?évaluation spécifique et de gestion des mesures au niveau local n?est pas sans
précédent. Dès les années 1950, les calculs économiques se sont développés dans des
conditions assez comparables pour évaluer les projets hydro-électriques dans les
différents sites susceptibles d?être équipés. La planification était ainsi décentralisée,
pour tenir compte des spécificités de chaque site et des aléas hydrauliques. Mais les
évaluations étaient articulées avec l?optimisation du parc d?équipements, pour
apprécier la valeur des services fournis par chaque équipement dans le contexte de
réseaux interconnectés et en anticiper l?évolution dans le temps. Ces évaluations
étaient encadrées sur le plan méthodologique pour assurer la cohérence des
évaluations (la fameuse < note bleue >).
Plus récemment, suite à la tempête Xynthia les risques de submersion et d?inondations
ont été réévalués. Il a alors été décidé que, pour en réduire les dommages, les projets
de prévention contre les inondations portées par les collectivités locales seraient
subventionnés par le fonds de prévention des risques naturels majeurs (fonds Barnier,
créé antérieurement), dans le cadre d?appels à projets lancés par l?État. Pour assurer
l?efficacité de ces subventions, les collectivités doivent réaliser une évaluation socio-
économique de leur projet pour en bénéficier.
Afin d?être en mesure de justifier les choix effectués entre projets sur une base
commune, le Ministère en charge de la prévention des risques naturels a développé,
au niveau national, une méthode d?évaluation socioéconomique de référence dont le
contenu est décrit dans un guide méthodologique publié par le Commissariat Général
au Développement Durable (CGDD) en 2014 puis en 2018. Cette évaluation permet de
juger de la pertinence socioéconomique des projets en comparant leurs coûts et leurs
bénéfices au regard des objectifs-clés de la politique nationale de prévention des
inondations9. Les coûts comprennent les coûts financiers directs et les coûts des
impacts négatifs du projet. Les bénéfices correspondent aux dommages évités grâce
à la réalisation du projet. Ils sont calculés par rapport à une situation de référence sur
un horizon temporel défini (généralement de 50 ans). La situation de référence
correspond à une évolution prévisible du territoire en l?absence du projet à évaluer.
9 Théma. L?évaluation socio-économique des projets de prévention des inondations en France. CGDD, 2019
40
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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5-Outre l?évaluation prospective des risques, l?élément critique pour réaliser de telles
évaluations est l?appréciation des dommages évités. Pour cela, il faut établir des
fonctions de dommages quantifiant la relation entre les paramètres d?aléa (le plus
souvent, hauteur d?eau et durée de submersion) et le montant du dommage
(cf.encadré). Les modèles correspondants prennent en compte les caractéristiques de
l?enjeu exposé et s?appuie sur l?expertise des experts de ce type de sinistre (en termes
par exemple de nettoyage, de réparation ou de remplacement pour le bâti ou de perte
de valeur ajoutée pour les parcelles cultivées).
Encadré : évaluation des coûts et des bénéfices d?une protection contre les risques
d?inondation (d?après F.Rannou, CGDD)
Les fonctions de dommages visent à quantifier les bénéfices liés à une mise hors d?eau
certaine (par la construction d?une digue par exemple) ou probable (par exemple avec
le confortement d?un ouvrage permettant une diminution de sa probabilité de
rupture) et ceux liés à une diminution de la hauteur d?eau à laquelle est exposé l?enjeu.
La démarche a aussi innové en considérant de multiples scénarios, ne négligeant pas
d?éventuels dommages très importants dans des scénarios certes peu probables mais
ne pouvant être négligés.
41
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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La combinaison des fonctions de dommages et de ces scénarios permet finalement
d?évaluer les dommages moyens annuels (DMA) évités (DEMA) grâce à un ouvrage de
protection contre les inondations (cf. Schéma ci-dessous, source CGDD, op.cit.).
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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Organisation de l?évaluation
6-L?évaluation des stratégies d?adaptation au changement climatique est un exercice
exigeant compte-tenu :
- des incertitudes et des horizons à prendre en compte, qui ne permettent pas
de définir les probabilités des évènements à partir de l?observation du passé,
-de la nécessité de considérer aussi les impacts sur les écosystèmes,
-et de s?assurer que les critères utilisés prennent bien en compte les flexibilités
disponibles (cf. schéma ci-dessous pour SNCF-Réseau), mais sans retarder les
transformations structurelles à anticiper, ou risquer d?accroitre la vulnérabilité
à terme au lieu de la réduire (ce qu?il est convenu d?appeler la maladaptation).
Dans tous les cas, l?établissement de fonctions de dommages pour les différents
risques concernés demeure un prérequis d?une démarche d?évaluation des politiques
d?adaptation. En effet, sélectionner les mesures par ordre de mérite apparait
nécessaire dans tous les domaines : sanitaire, transformation des villes, incendies de
forêts, agriculture, gestion du grand cycle de l?eau, bâtiments, infrastructures de
réseaux?
7- En particulier, ce sera un point de passage obligé pour la mise à jour des référentiels
techniques, des normes et des réglementations climato-sensibles, identifiée à juste
titre comme un des chantiers à ouvrir rapidement dans le document de consultation
sur la < TRACC > (cf.encadré). Il appartient notamment aux réseaux scientifiques et
techniques des différents ministères (transition écologique, agriculture, systèmes de
43
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
santé) de mener ce travail, en commençant donc par l?évaluation systématique de
fonctions de dommages.
S?agissant du ministère de la Transition écologique, ceci implique une politique
adaptée de recrutement et de formation des compétences. En effet, il faut pour cela
disposer de personnels ayant les compétences < classiques > d?ingénieur dans les
différents domaines concernés de la réglementation technique, complétées par
l?intégration des connaissances complémentaires nouvelles sur le changement
climatique pour évaluer l?évolution des aléas à prendre en compte.
Les premières se sont raréfiées depuis 15 ans, du fait de son retrait des activités de
maitrise d?oeuvre, les enjeux d?appui à la maitrise d?ouvrage n?ayant été que
récemment reconnus. Les secondes sont nouvelles et nécessitent donc de développer
des partenariats avec la recherche.
Extrait de la Consultation sur la trajectoire de réchauffement de référence pour l?adaptation au changement
climatique (Tracc). Chantier n°1 : évolution des référentiels
De très nombreux secteurs d?activités s?appuient sur des référentiels, des normes ou des réglementations
techniques permettant de spécifier le cadre à respecter pour exercer leurs pratiques, construire, gérer
et entretenir leurs réseaux, infrastructures, matériels. Beaucoup de ces référentiels ont une composante
climatique, c?est-à-dire qu?ils spécifient les conditions climatiques dans lesquelles doivent pouvoir
fonctionner nominalement les matériels, les infrastructures ou les processus contribuant à ces activités.
Il peut s?agir par exemple de plages de température extérieure, d?intensité de précipitation, de force de
vent, de débit d?une rivière, de poids de la neige sur les toits, de niveau de la mer ou de hauteur des
vagues. On trouve ces référentiels et réglementations techniques à composante climatique notamment
pour les secteurs suivants : bâtiment, urbanisme, transports, production et transport d?énergie, réseaux
et infrastructures, prévention des risques naturels.
Dans le passé, ces référentiels et réglementations techniques étaient établis sur la base de la climatologie
locale, déduite des données climatiques observées ou analysées sur une période idéalement des 30
dernières années. Les effets du changement climatique étant désormais clairement visibles, il n?est plus
raisonnable de s?appuyer uniquement sur des référentiels et réglementations ne tenant pas compte du
changement climatique déjà constaté, ni même des changements futurs pour les activités s?appuyant sur
des infrastructures ou des matériels de longue durée de vie. Par exemple, les travaux du GIEC indiquent
que, à l?échelle mondiale, pour chaque degré de réchauffement, l?intensité des pluies extrêmes augmente
d?environ 7%. A titre d?illustration, s?adapter à + 3°C de réchauffement mondial impliquerait donc que
tous les réseaux pluviaux soient conçus de manière à évacuer environ 20% de pluie en plus que sous le
climat passé. (?)
Pour les infrastructures les plus critiques, par exemple nécessaires pour l?accès des secours au territoire
en cas de crise, l?approvisionnement en énergie du territoire, la desserte et l?approvisionnement des
territoires insulaires, le niveau de prise en compte des phénomènes peu probables mais à fort impact,
tels que des changements importants dans les précipitations, des changements brusques de la circulation
océanique ou un effondrement de calottes glaciaires (qui entraînerait une élévation beaucoup plus
importante et plus rapide du niveau de la mer) devra être particulièrement étudié. Les interdépendances
entre les infrastructures devront également être prises en compte.
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Deuxième partie
Enjeux sectoriels
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Atténuation du changement climatique
et adaptation de la gestion forestière
1- Alors que la superficie forestière métropolitaine s?est accrue de 20% entre 1985 et
2022, la production biologique brute annelle des forêts de production s?est tassée
(87,8Mm3 sur la période 2012-2020 contre 91,5Mm3 entre 2005 et 2013). Dans le même
temps (cf. tableau 1 ci-dessous), la mortalité a augmenté de 54% et les volumes de
prélèvements de 20%. La combinaison de ces trois facteurs aboutit à une diminution
du gain annuel de bois en forêt de 41,7Mm3 (2005-2013) à 25,4Mm3 (2012-2020).
Tableau 1. Evolution du gain annuel en bois
La filière bois confrontée au changement climatique.
2- L?accroissement de mortalité est dû notamment à l?augmentation tendancielle des
évènements perturbateurs (épisodes de sécheresse, pathogènes, tempêtes et
incendies), du fait notamment du changement climatique (en France mais plus
généralement en Europe, cf. ci-dessous, figure 1).
Figure 1. Accroissement tendanciel des perturbations subies par les forêts européennes depuis 1950
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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En effet, des hivers plus chauds favorisent les attaques de parasites (insectes et
champignons) qui étaient détruits ou affaiblis par les gelées. Par ailleurs, des
températures plus élevées favorisent l'évapotranspiration des plantes. La végétation
s'asséchant, elle devient plus sensible au développement des incendies. Sur certaines
régions, notamment le bassin méditerranéen, le réchauffement climatique devrait
également entraîner une baisse de la pluviométrie durant les saisons propices aux
incendies, aggravant ce risque. Enfin, dans un contexte de réchauffement global et
accéléré, les événements extrêmes se multiplient.
Les modélisations, par Météo-France, d?indices caractéristiques de la propension d?un
feu de forêt à s?aggraver et se propager sous l?influence des conditions
météorologiques (IFM), qui prévoient une extension et une intensification du risque
incendie, sont ici illustratives (cf. figure 2).
Figure 2. Evolution du risque incendie (Médiane du nombre annuel de jours IFM?40 ? Haut: Horizon 1990
de référence ; Bas : Horizon Milieu de siècle, source Météo-France)
Par ailleurs, le changement climatique modifie la productivité des forêts ainsi que l'aire
de répartition des espèces d'arbres (cf. figure 310)).
10 Delacote et al. (2022), « Forest-based climate change mitigation and adaptation in Europe », EFI
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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La diminution de productivité provient du manque d?eau qui provoque des arrêts
précoces de la croissance des arbres et de la photosynthèse. Celle-ci réduit aussi la
croissance annuelle du puits de carbone forestier.
Le puits de carbone affecté
3-Le récent Rapport du Comité des sciences de l?environnement de l?Académie des
sciences (juin 2023, cf. Annexe 1) rappelle que les forêts françaises, qui occupent plus
de 30 % du territoire métropolitain, contribuent de manière décisive à la lutte contre
le réchauffement climatique en piégeant le CO2 atmosphérique.
En effet, à l?instar des océans, les forêts font partie des principaux puits de carbone
atmosphérique à l?échelle globale, ces réservoirs -naturels ou artificiels- qui stockent
le CO2 en dehors de l?atmosphère. Elles soustraient du dioxyde de carbone à
l?atmosphère grâce à la photosynthèse puis le stockent dans le bois et dans les sols. Le
CO2 y est "piégé" pendant plusieurs dizaines ou centaines d?années selon le monde
d?exploitation des forêts et le devenir du bois récolté.
Ce rapport met notamment en évidence la diminution du puits de carbone forestier
depuis une dizaine d?années, sous les effets conjoints de l?augmentation des
prélèvements et du changement climatique. La séquestration de carbone a diminué
d?un quart depuis 10 ans (cf. Figure 4).
S?appuyant sur les derniers bilans de l?Inventaire forestier national et du Centre
interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (CITEPA), ainsi
que sur les projections réalisées sur l?évolution du puits et du stock de carbone en
forêt, il en conclut que les objectifs gouvernementaux de lutte contre le changement
climatique ne pourront pas être tenus et doivent être révisés.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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Figure 4. Bilan carbone de la forêt française
Les absorptions nettes de CO2 sont des flux négatifs et correspondent à la croissance des forêts établies.
Les émissions de CO2 pour la forêt sont des flux positifs et correspondent aux prélèvements de bois, à la
mortalité naturelle et aux mortalités exceptionnelles liées aux tempêtes Lothar et Martin (1999) et Klaus
(2009). Données CITEPA 2022. Source : Académie des Sciences, 2023
Ce bilan global cache par ailleurs des hétérogénéités importantes entre régions,
certaines forêts étant devenues émettrices nettes de carbone.
Figure 5. Des forêts devenues émettrices nettes de carbone (source. Citepa, 2022)
51
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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La capacité de notre forêt à jouer le rôle qui en était attendu en matière d?atténuation
du changement climatique se trouve donc questionnée, ainsi que les politiques à
mettre en oeuvre pour l?adapter au changement climatique.
Une pièce essentielle des politiques de décarbonation menacée
4-La filière bois intervient dans les stratégies de décarbonation en tant que ressource
alternative renouvelable aux combustibles fossiles, sous réserve que les émissions
associées à son utilisation énergétique soient effectivement compensées par les
politiques de régénération. Au-delà, on attend une mobilisation accrue du puits de
carbone forestier, de manière à disposer de possibilités d?émissions résiduelles
suffisantes pour les secteurs où la décarbonation apparait excessivement coûteuse ou
techniquement très difficile.
La forêt contribuait ainsi au scénario de la < SNBC 2 >, adoptée en 2020, en tant que
< puits de carbone forestier >, par la production de matériaux biosourcés pouvant se
substituer à des matériaux émetteurs, et par la production de biomasse (bois énergie,
produits connexes des industries de transformation du bois, et déchets bois). Le puits
de carbone forestier apparaissait même comme la véritable variable d?ajustement de
la stratégie (cf. Figure 6), pour compenser les émissions résiduelles de process et de
l?agriculture.
Figure 6. SNBC 2020
5-Dans ce scénario, la surface forestière continuait à s?accroître, encouragée par
l?afforestation (plantation d'arbres sur des surfaces n?appartenant pas à l'aire
forestière, notamment des terres agricoles délaissées. A distinguer du reboisement ou
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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de la reforestation de surfaces déboisées) et la récolte augmentait progressivement
pour passer de 48 Mm³ en 2015 à 65 Mm³ en 2030 et 83 Mm³ en 2050. De plus, il était
supposé que l?usage du bois comme matériau se développait fortement par rapport à
l?usage énergétique, la production de produits bois à longue durée de vie (notamment
utilisés dans la construction) triplant entre 2015 et 2050. Au final, le puits de la filière
forêt-bois était supposé maintenu malgré la baisse dans les forêts actuelles engendrée
par l?augmentation de récolte, essentiellement grâce aux puits des produits bois et
des nouvelles forêts.
La synthèse du plan < Mieux agir. La planification écologique > présenté en septembre
2023 constate que l?état de nos forêts s?est dégradé de manière beaucoup plus rapide
qu?anticipée. En conséquence, il est noté que nous devons adapter et restaurer nos
forêts pour maintenir la capacité de notre puits forestier, ainsi que préserver les
services naturels que nous rend la forêt (qualité des sols, lutte contre l?érosion, qualité
du cycle de l?eau, paysages?).
Conserver et restaurer le potentiel forestier, nouvelles priorités
6-Certes, les évolutions récentes confirment les orientations concernant les inflexions
à opérer entre bois-énergie et autres produits bois ainsi que le besoin de gestion plus
durable de nos forêts. Mais elles conduisent à des questionnements plus radicaux (cf.
note de France Stratégie, < Vers une planification de la filière forêt-bois >, 2023),
l?adaptation au changement climatique tendant à être considérée comme un
préalable dans ce nouveau contexte.
En effet, il apparait irréaliste de continuer à faire reposer le bouclage des budgets
carbone sur des capacités de stockage du carbone dont on ne peut ignorer le
caractère plus incertain. De même, les émissions évitées par substitution grâce à
l?utilisation du bois-énergie sont à réévaluer. Enfin, les accroissements de
prélèvements envisagés apparaissent difficilement compatibles avec la préservation
de la biodiversité.
7-Alors que l?accroissement de la production pour substituer la biomasse aux
combustibles fossiles et l?accroissement du puits de carbone semblaient aisément
compatibles, de véritables arbitrages à opérer émergent donc, que la politique
forestière doit reconnaitre (cf. tableau 2 ci-dessous, source rapport Delacote et al.,
op.cit.). Ces éléments sont cruciaux pour apprécier si le potentiel de séquestration
additionnelle est à chercher d?abord des usages du bois ou plutôt des politiques de
restauration et d?adaptation pour rendre nos forêts plus résilientes, procurant des
bénéfices multiples ; et comment ?
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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Tableau 2. Interactions, antagonismes, synergies et co-bénéfices entre les différents leviers des politiques
forestières
8-Ces questions ne sont pas propres à la France. Se plaçant au niveau mondial, un
article de synthèse récent11 établit qu?actuellement le stockage du carbone par la forêt
est nettement inférieur au potentiel naturel, une grande partie du gisement se
trouvant dans les forêts existantes, puis là où les forêts ont été supprimées ou
fragmentées. La conclusion est que < les forêts ne peuvent pas être un substitut aux
réductions d'émissions, mais que le la conservation, la restauration et la gestion
durable des forêts offrent de précieuses contributions à la réalisation des objectifs
mondiaux en matière de climat et de biodiversité >. La figure 7 propose une estimation
des différents leviers au niveau européen.
Figure 7 Potentiel d?atténuation forestier en Europe (Verkerk et al., 2022)
11 Nature, 7 décembre 2023
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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Besoin d?évaluation et d?optimisation des politiques
9-Dans ce contexte, l?évaluation des politiques forestières est un impératif. Certes,
celle-ci est complexe compte-tenu des multiples interactions et incertitudes à prendre
en compte. Il importe donc de développer des approches synthétiques qualifiant les
différents enjeux : options possibles en matière de gestion forestière et d?utilisation
des produits ; perspective de long-terme et adaptation au changement climatique. De
plus, les approches macroéconomiques pour définir les objectifs < macro > doivent
être couplés avec une gestion locale prenant en compte les spécificités des
écosystèmes et de la filière.
10-L?évaluation socio-économique des choix forestiers a une longue tradition
puisqu?elle remonte au XIX° siècle avec les travaux de Faustmann. On peut incorporer
dans ce cadre d?analyse les enjeux carbone et les services récréatifs, et plus
généralement tous les services pour lesquels on dispose de références monétaires.
Ce type d?études intégrées est courant pour ré-optimiser les durées de rotation dans
le nouveau contexte climatique ou pour apprécier les pondérations des différents
enjeux par rapport à des choix plus stratégiques. A cet égard, la revue récente de
Bateman et al. (2022, cf. Annexe 2)12 souligne l?importance du puits de carbone
forestier, mais à intégrer dans une vision d?ensemble des bénéfices et coûts à prendre
en compte. Si les incertitudes sur les résultats de ce type d?études ne doivent pas être
masquées, ces travaux fournissent des points de repères utiles. Souvent, ils
permettent aussi d?identifier les angles morts sur les impacts à combler.
A titre d?illustration, la figure 8 ci-dessous propose une estimation des gisements
d?atténuation < coûts-efficaces > par nature, entre reforestation/afforestation et
modes de gestion.
La prise en compte des enjeux liés à la biodiversité dans ce cadre demeure plus
délicate. Cependant, on dispose d?éléments pour cerner les congruence ou éventuels
antagonismes avec les évaluations intégrées. Ceci est essentiel pour la conception des
instruments des politiques forestières, qui doivent combiner des paiements pour
services environnementaux incitatifs -bien conçus au regard des services visés- et des
pratiques reconnues par des labels solides.
Evidemment, ces évaluations et la définition des politiques en ce domaine nécessitent
des données sur le fonctionnement de la filière forêt-bois et sur les différents impacts
(cf. Annexe 3).
12 « A review of planting principles to identify the right place for the right tree for ?net zero plus? woodlands:
Applying a place-based natural capital framework for sustainable, efficient and equitable (SEE) decisions »,
People and Nature, John Wiley & Sons, British Ecological Society
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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Figure 8. Potentiel des leviers coûts-efficaces (Roe et al. 2021; Verkerk et al. 2022)
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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Annexe 1. Résumé du Rapport . Les forêts françaises face au changement
climatique / Comité des sciences de l?environnement de l?Académie des sciences et
points de vue d?Académiciens de l?Académie d?Agriculture de France - juin 2023.
Les forêts françaises couvrent 31% du territoire métropolitain. Elles contribuent de
multiples façons au bien-être humain (production de bois, purification de l?air et de
l?eau, maintien des sols, habitat pour la biodiversité, alimentation, santé, activités
récréatives, etc.) et participent aux Objectifs de Développement Durable fixés par
l?ONU. En particulier, la France s?étant engagée à atteindre la neutralité carbone dès
2050, le rôle de puits et de stockage de carbone des forêts est considéré comme un
élément majeur de sa Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC).
Depuis quelques années, les forêts françaises, dont la surface n?avait cessé de croître
depuis plus d?un siècle, connaissent, de façon inquiétante, une diminution de
productivité, des dépérissements massifs et un risque incendie accru. Le changement
climatique en cours met ainsi en péril les ressources forestières et leur contribution
attendue pour préserver la biodiversité, favoriser le développement rural et la
bioéconomie, renforcer la production de bois, assurer le bien-être sociétal et
équilibrer le bilan carbone de la France. Les enjeux sont considérables et
l?orchestration des mesures à prendre s?avère extrêmement délicate en raison de la
diversité des attentes de la société.
L?Académie des sciences dresse ici un état des lieux des connaissances actuelles sur
les diverses contributions des forêts à la société, puis identifie les défis à relever au
regard des menaces actuelles et à venir. Finalement, elle présente un ensemble de
recommandations pour assurer simultanément la résilience des forêts, leur rôle de
puits de carbone, la production de bois, la préservation de la biodiversité, et la qualité
des autres contributions du milieu forestier au bien-être humain.
Les recherches scientifiques devront porter sur les connaissances nécessaires à la
compréhension du bilan carbone des forêts, l?adaptation du milieu forestier au
changement climatique et l?efficience d?utilisation du bois. Des modèles capables de
simuler l?évolution des forêts en réponse aux perturbations naturelles et anthropiques
ainsi que les pratiques sylvicoles doivent être développés. Les données nécessaires à
leur validation (composition des peuplements, biomasse aérienne et souterraine, flux
de carbone) doivent être acquises et diffusées largement. La prise en compte des
facteurs physico-chimiques, biologiques, économiques et sociaux dans l?évaluation
des enjeux liés aux forêts nécessite des études interdisciplinaires. Enfin, une
méthodologie vérifiable et transparente de calcul des émissions évitées grâce aux
usages du bois est nécessaire pour évaluer la contribution des produits bois aux
objectifs de la SNBC.
Un effort majeur de gestion forestière est nécessaire pour optimiser à l?échelle
nationale l?adaptation des forêts au changement climatique, la production de bois et
la préservation de la biodiversité. Ces pratiques doivent être flexibles, évolutives et
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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adaptées au contexte socio-écologique local. Pour gérer les effets du changement
climatique par une stratégie sans regrets, la structure des peuplements devra être
ajustée en favorisant la sylviculture à couvert continu, en ajustant les densités de
peuplement aux conditions hydriques, en augmentant la diversité des essences, en
évitant autant que possible les coupes rases dont les impacts écologiques et
climatiques sont trop importants, et en conservant des vieux arbres qui sont des
refuges pour la biodiversité et représentent un patrimoine génétique à préserver.
Le rôle de la filière bois sera crucial pour la réussite de la transition énergétique. La
filière devra optimiser son bilan carbone depuis le prélèvement en forêt jusqu?au
recyclage des produits bois et des connexes de scierie. Sa réindustrialisation doit être
soutenue afin de permettre la transformation du bois français en France, le
développement des produits bois à longue durée de vie, la valorisation des bois de
feuillus, et une maîtrise à court-terme des volumes de produits à courte durée de vie.
Les politiques publiques devront accompagner la filière forêt-bois de manière
cohérente pour assurer le succès de la transition énergétique. La récente diminution
du puits net de carbone des forêts appelle à une révision urgente de la SNBC dont les
objectifs ne seront pas tenus. D?autres scénarios doivent être évalués sur un temps
long et en s?inscrivant dans une approche écosystémique et multifonctionnelle de la
forêt. Enfin la gouvernance forestière devra mieux prendre en compte les intérêts et
souhaits des différents acteurs.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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Annexe 2. Etude anglaise < A review of planting principles to identify the right place for
the right tree for ?net zero plus? woodlands: Applying a place-based natural capital
framework for sustainable, efficient and equitable (SEE) decisions >, I.Bateman et al.,
2022
L?article décrit les principes d?une approche en termes d?évaluation du capital naturel
et les applique au domaine des forêts, dans le contexte de leur contribution à
l?atteinte de l?objectif zéro émission nette de gaz à effet de serre (cf. schéma ci-
dessous).
Soulignant que l?on dispose de références documentant la grande variété d'avantages
potentiels que peuvent fournir les forêts, il met en exergue qu?une focalisation
uniquement sur le stockage du carbone négligerait les autres avantages que procurent
les forêts. L?évaluation des politiques doit absolument prendre en compte tous ces
avantages potentiels, ainsi que les coûts associés, pour que < les bons endroits soient
plantés avec les bons arbres >.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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Annexe 3. Comptes et indicateurs forestiers
Les < Comptes de la forêt >, établis par le SDES, en collaboration avec les spécialistes
du secteur, fournissent beaucoup de données mises en cohérence, par rapport aux
surfaces, aux volumes et aux flux financiers associés.
En revanche, pour éclairer les enjeux environnementaux, ceux-ci sont à enrichir par
rapport à la description de tous les services écosystémiques concernés, et surtout en
termes d?actifs (puits de carbone, autres éléments de patrimoine naturel, notamment
biodiversité).
A titre illustratif, le schéma ci-dessous, tiré du rapport de l?Académie des Sciences,
illustre les flux à considérer pour apprécier le bilan carbone des différentes politiques
envisageables.
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Pour une gestion économique de la ressource en eau
dans le contexte de l?adaptation au changement climatique
L?anticipation de sécheresses plus fréquentes et/ou plus marquées renforce la nécessité
d?utiliser des prix pour signaler la rareté de la ressource en eau. En effet, le signal-prix
permet de donner aux usagers les : bonnes < incitations à des changements de
comportement, notamment pour réduire leur demande dans une optique de
moyen/long terme.
L?utilisation du prix n?est pas contradictoire avec la mise en place de mécanismes
redistributifs. Ceci est important car le changement climatique se traduira par des
: gagnants < et des : perdants <. Mais la : tarification progressive < n?apparait pas la
bonne solution : des tarifications simples combinant un prix au m3 non différencié entre
usagers, associé à des compensations ciblées pour les ménages les plus modestes,
calibrées en référence à des niveaux de consommation : raisonnables <, sont de loin
préférables, en termes à la fois d?efficacité et d?équité13.
1- Des ressources en eau douce tendanciellement plus sollicitées alors que plus rares?
Quels instruments pour gérer une rareté accrue ?
Les dommages climatiques résultent directement de l?augmentation de température
induite par l?accroissement de la concentration des gaz à effet de serre dans
l?atmosphère, mais surtout indirectement des phénomènes induits, notamment sur le
cycle de l?eau.
Source : Von Schuckman et al. 2015, d?après G.Le Cozannet
13 Ce chapitre s?appuie sur la présentation de C.Nauges et A.Reynaud (TSE et Inrae)
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
En résultent les augmentations prévisibles des évènements extrêmes et une moindre
disponibilité des ressources en eau douce. En France métropolitaine, la ressource en
eau renouvelable (c?est-à-dire l?eau fournie par les précipitations qui ne retourne pas
à l?atmosphère par évapotranspiration et celle en provenance des cours d?eau entrant
sur le territoire, cf. Annexe 1) a ainsi baissé de 14 %, en moyenne annuelle, entre les
périodes 1990-2001 et 2002-2018 selon une étude récente (SDES, 2022).
Cette situation s?explique principalement par : l?évapotranspiration - l?évaporation ou
la transpiration des végétaux - qui, sous l?effet de la hausse des températures,
augmente à toutes les saisons, en particulier au printemps ; la variabilité des
précipitations, et notamment leur réduction en automne sur près de la moitié du
territoire, diminuant le volume d?eau des nappes souterraines qui contribuent à
alimenter les cours d?eau en été.
Ainsi, le changement climatique modifie profondément la disponibilité de la ressource
en eau dans notre pays avec (cf. DRIAS-Eau,2023) : une tendance à la diminution des
précipitations en été qui va s?ajouter à l?accroissement de l?évaporation sous l?effet du
réchauffement climatique; un manteau neigeux moins important en montagne et sa
fonte plus précoce.
De plus, en période de sécheresse, le déséquilibre entre l?offre et la demande se trouve
exacerbé parce que les deux côtés sont très négativement corrélés. En conséquence,
nous devons nous préparer, outre à des pluies extrêmes plus intenses, à une
intensification de l?assèchement des sols et à la multiplication des sécheresses qui,
déjà deux fois plus fréquentes qu?en 1960 au niveau national, vont encore se multiplier.
Cette perspective constitue un enjeu essentiel pour l?élaboration des schémas
directeurs d?aménagement et de gestion des eaux (Sdage), dont la vocation est
justement d?anticiper les conflits possibles sur la ressource et préserver les milieux.
S?appuyant sur un état des lieux de chaque bassin réalisé tous les six ans, chaque Sdage
aborde ainsi le sujet de la gestion des prélèvements d?eau pour le maintien ou la
reconquête du bon état des cours d?eau et des eaux souterraines, ainsi que pour la
préservation des écosystèmes qui leur sont liés.
Par ailleurs, quand une sécheresse survient, les préfets déclenchent des restrictions
d?eau temporaires pour préserver les usages prioritaires. Sur la période 2012-2020, de
telles mesures ont été fréquentes dans l?Ouest et le Sud-Ouest, soulignant la fragilité
de ces territoires au regard de la disponibilité de l?eau (cf. carte).
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Carte. Fréquence des épisodes annuels de restriction de niveau . crise / des usages de l?eau superficielle
d?une durée de plus d?un mois, sur la période 2012-2020
Sources : ministère en charge de l?Écologie ; ministère en charge de l?Agriculture, 2021. Traitements : SDES,
2021
Alors que, par le passé, ces situations demeuraient rares ou localisées dans le temps
et l?espace (certaines nappes ou étiages), et avaient pu être résolus par ces
mécanismes réglementaires de partage et rationnement de l?eau, ou des
investissements, notamment de stockage, plus de 30 % du territoire a été concerné
chaque année par des restrictions d?usages de l?eau sur la période récente (2017-2020).
Désormais, la gestion quantitative de l?eau va donc être confrontée à des problèmes
beaucoup plus délicats, notamment pour arbitrer entre les différents usages (eau
potable, irrigation, refroidissement des équipements de production électrique, autres
prélèvements?). La grande sécheresse de 2022, qui a touché de manière extrême les
Pyrénées orientales, en fournit l?illustration.
A cet égard, la simplicité des mesures de rationnement a pour contrepartie
l?inefficacité de l?allocation de la ressource, rien n?assurant que ceux qui en bénéficient
dans les épisodes de rareté sont ceux pour lesquels elle a le plus de valeur sociale. Le
souci d?efficacité de la gestion de l?eau face à l?évolution du climat conduit ainsi à se
tourner vers une mobilisation accrue du signal-prix, pour en assurer l?allocation lors
des épisodes de rareté.
Au-delà, ce nouveau contexte conduit à rechercher de nouveaux mécanismes de
régulation, notamment incitatifs, pour orienter les choix d?investissements et
comportements des différents utilisateurs à la fois en situation de crise, mais aussi
d?orientation à long-terme de la demande.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Bien commun et vérité des prix
Le rôle de la tarification pour modérer l?usage de l?eau dans un contexte où ménages,
industriels et agriculteurs continuent de surconsommer a été le sujet du discours de
J.Tirole à la Séance solennelle de rentrée des cinq académies, le 24 octobre 2023.
L?encadré ci-dessous en reprend les principaux messages (tels que repris dans
Challenges, le 21 novembre 2023).
: L?eau, Bien Commun <, extraits
Source de vie, l'eau figure parmi les biens les plus inestimables et essentiels de notre
planète. Doit-on en conclure qu'elle est un "bien commun de l'humanité"? Les biens
communs n'émanent point d'une création humaine. Ils sont inhérents au patrimoine
universel. Ils engendrent une rivalité d'usage lorsque leur disponibilité se réduit. Cette
rareté se manifeste de manière prépondérante lorsque le dit bien répond à des
nécessités vitales, telles que l'alimentation et l'hygiène en ce qui concerne l'eau douce.
Par conséquent, nous pouvons définir un bien commun comme un bien rare qui comble
un besoin vital. Or la gratuité ou quasi-gratuité d'une ressource rare encourage la
surconsommation: il s'agit du problème du passager clandestin, ou encore de la tragédie
des biens communs. Personne ne possède de droits de propriété sur cette ressource,
donc tout le monde la réclame.
Malheureusement, confrontés au défi de la rareté, nos pratiques relatives à l'eau se
révèlent fréquemment défaillantes. D'une part, l'orientation court-termiste liée au cycle
électoral réduit les investissements publics indispensables, contribuant ainsi à aggraver
la pénurie. En France, les collectivités territoriales et l'Etat investissent peu dans
l'entretien des infrastructures. Les pertes cumulées au sein des services
d'approvisionnement en eau potable s'élèvent à environ 30%, avec des disparités
marquées d'un service à l'autre. La France est également en retard en ce qui concerne la
réutilisation des eaux usées traitées.
D'autre part, les exemples de surconsommation d'eau par les ménages et le secteur
privé, résultant d'une tarification insuffisante de cette ressource, sont légion. Ceci n'est
pas nouveau. Avant la généralisation des compteurs individuels, nous étions tous
familiers avec la déresponsabilisation des citadins, dont la consommation d'eau était
mutualisée au sein de la copropriété générale.
Aujourd'hui, la déresponsabilisation concerne principalement les plus gros
consommateurs d'eau, à savoir les agriculteurs. Tout d'abord, ils ont parfois la possibilité
de prélever directement dans les nappes phréatiques, les cours d'eau ou les retenues, ce
qui revient à privatiser le bien commun sans contrepartie pour la collectivité. Les
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
opposants les plus éclairés aux mégabassines pointent du doigt l'appropriation de cette
ressource rare par certains exploitants, parfois assortie de subventions. En outre, la sous-
tarification, voire l'absence totale de tarification de la ressource, fait que les agriculteurs
n'ont que peu d'incitations à se tourner vers des cultures moins consommatrices en eau
ou à optimiser leur utilisation de celle-ci.
Pourquoi éprouvons-nous tant de difficultés à inciter les acteurs à davantage de
responsabilité? Malgré une prise de conscience collective quant à la nécessité de
l'agroécologie, les politiques publiques relatives à l'eau, comme celles visant à lutter
contre le réchauffement climatique, se heurtent à des problèmes de perception et
d'acceptation. Une grande partie de nos concitoyens s'oppose à la tarification de l'eau
en fonction de sa rareté.
Cette politique est souvent perçue comme "punitive", pour reprendre une formule très
en vogue en matière de fiscalité écologique. Etrangement, les subventions trouvent
davantage de faveurs, bien que, en fin de compte, une subvention équivaut à une taxe,
car elle nécessite un financement (lui plus ou moins transparent).
Pourtant, une telle tarification, accompagnée de mesures sociales visant à garantir que
les plus démunis aient accès à l'eau pour leurs besoins essentiels, contraindrait les acteurs
à modérer leur usage. Elle guiderait aussi leurs investissements, à la fois en termes
d'emplacement (où construire de nouvelles mégafactories de batteries pour voitures
électriques ou des usines de processeurs, deux activités industrielles très
consommatrices en eau?) et en termes de nature (dans quelles cultures et élevages
devons-nous investir en fonction de la région? Faut-il réorienter une communauté vers le
tourisme?).
Enfin, associée à une politique industrielle bien pensée, la tarification encouragerait
l'innovation: fermes verticales, dessalement, recyclage et potabilisation des eaux usées,
agriculture de précision, développement de variétés résistantes à la sécheresse, etc.
Il ne faut pas oublier que le mécanisme de prix sur un marché est précisément conçu
pour gérer la rareté. Ne laissons pas le manque de courage politique aggraver une pénurie
qui pourrait être évitée?
2-Tarification de l?eau et gestion de la ressource
La Directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000,
appelée communément ?Directive-cadre sur l?eau?, transposée en droit français en
2004, établit le principe de récupération des coûts des services d?eau, y compris des
coûts environnementaux.
Les coûts de l?eau correspondants, à répercuter sur la facture du ménage en fonction
du volume de consommation, comprennent donc: le coût du service de distribution
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
d?eau potable (pompage, traitement, acheminement jusqu?au robinet) ; le coût du
service de collecte et traitement des eaux usées ; les coûts de fonctionnement des
services (incluant dépenses en énergie, produits chimiques, personnel ... & coûts de
maintenance de l?ensemble des infrastructures) ; et les coûts indirects pour les autres
usagers et pour l?environnement, du fait des impacts via le prélèvement dans la
ressource en eau ou via la dégradation de sa qualité après usage.
Le principe d?efficacité économique sous-jacent est que, lorsque les consommateurs
font face à un prix qui correspond au coût réel de mise à disposition de la ressource,
l?allocation qui en résulte est optimale dans le sens où on atteint un point d?équilibre
entre offre et demande en eau, et que l?eau est distribuée aux usagers en fonction de
leur valorisation de la ressource. On parle de signal prix et d?efficacité économique.
Mais, pour jouer ce rôle de signal sur la valeur de la ressource, le prix de l?eau doit varier
dans le temps et dans l?espace en fonction des pressions exercées sur la ressource. Le
prix des droits d?eau dans le bassin du Murray Darling en Australie illustre comment ce
prix d?équilibre entre acheteurs et vendeurs varie en fonction de la rareté de la
ressource (cf. figure ci-dessous). Pour mettre en oeuvre cette approche dans le
contexte du changement climatique, il est donc crucial de mieux évaluer sur un
territoire donné la valeur sociale associée à la ressource en eau, et ses évolutions14.
Illustration : prix d?équilibre (en orange, échelle de droite) et stockage (en bleu, échelle de gauche) de
l?eau dans le Murray Darling Basin. (source, Abares, 2016)
3- La tarification progressive, une . fausse bonne idée /
La mobilisation plus active du signal-prix pour mieux gérer la rareté de la ressource se
heurte à ses effets distributifs souvent régressifs. Pour concilier efficacité et équité,
14 C?est l?objet du projet WAT-IMPACTS coordonné par TSE et financé par l?ANR, lancé fin 2023.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
une proposition récurrente est celle de la tarification dite progressive, dans laquelle le
prix du mètre cube augmente au-delà d?un certain volume consommé.
Une telle tarification progressive est souvent décrite comme un instrument
permettant de répondre à plusieurs objectifs :
i) Incitation à réduire les gaspillages, en faisant payer plus cher les mètres cubes
d?eau consommés au-delà d?un certain seuil.
ii) Couverture des coûts, en appliquant un tarif subventionné aux premiers
mètres cubes et en faisant payer un prix supérieur au coût de mise à disposition
au-delà d?un certain seuil. On parle de subventions croisées des gros
consommateurs vers les plus petits.
iii) Équité, car on suppose que les petits consommateurs sont les ménages aux
revenus les plus modestes alors que les gros consommateurs sont les ménages
les plus riches.
Cependant, sa mise en oeuvre rencontre beaucoup de difficultés, comme le souligne
l?avis du CESE de novembre 2023, qui pointe en particulier l?insuffisance de données
et la question des compteurs individuels (cf. Annexe 2).
Les évaluations économiques dont on dispose mettent en exergue que les problèmes
informationnels à résoudre constituent un obstacle essentiel. En effet :
a) Le lien entre le revenu des ménages et la consommation d?eau est ténu.
Certains ménages riches sont aussi de petits consommateurs et des familles aux
revenus modestes peuvent avoir des consommations élevées. Ceci tient au fait
que les tailles des ménages, les situations et les modes de vie sont hétérogènes.
b) Le fait que les ménages ont des tailles et modes de vie différents fait qu?il est
très difficile de définir, a priori, le niveau de consommation d?eau
correspondant à des besoins essentiels. Celui-ci peut varier significativement
d?un ménage à l?autre. Hors, c?est ce niveau de consommation dite ?essentielle?
qui est normalement considéré pour déterminer la taille de la tranche
bénéficiant d?un prix subventionné dans une tarification progressive.
c) Alors qu?il est relativement simple de calculer un prix volumétrique unique
permettant de couvrir les coûts, il est beaucoup plus difficile de choisir les
différents éléments d?une tarification progressive. Dans le cas d?une tarification
progressive à deux tranches, il faut couvrir les coûts en combinant un prix pour
la tranche subventionnée, un prix pour la tranche supérieure et un seuil
délimitant les deux tranches... Parce que les ménages sont sensibles aux
variations de prix, il est difficile de prévoir l?impact sur la demande du
changement de tarification.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
d) Une tarification progressive conduit à distordre les prix, vers le bas pour les
petits consommateurs et vers le haut pour les gros consommateurs. Ainsi,
aucun ménage ne reçoit un signal prix correct sur la valeur de la ressource, ce
qui compromet l?objectif d?efficacité économique.
De fait, les nombreux travaux menés sur l?évaluation des performances des
tarifications progressives ont tous montré de larges erreurs de ciblage des populations,
nombre de ménages aisés bénéficiant du tarif subventionné de la première tranche
alors que des ménages aux revenus modestes se voient facturés un prix plus élevé du
fait d?une consommation plus importante due essentiellement à la taille du ménage
et au temps d?occupation du lieu de vie.
Dans ces conditions, non seulement la tarification progressive rend complexe
l?objectif de recouvrement des coûts, distord le signal prix et compromet le principe
d?efficacité économique, mais elle ne remplit pas non plus son objectif de
< tarification sociale >.
Ceci conduit à recommander plutôt des tarifications simples combinant :
- un prix du mètre cube unique (qui ne varie pas entre les différents usagers)
-et de cibler les ménages aux revenus les plus modestes (par exemple à partir
de critères sociaux) pour leur octroyer une compensation financière, calculée
sur la base d?une consommation ?raisonnable?, de manière à leur permettre de
s?acquitter de leurs factures d?eau.
4- Les règles de partage
En France, les allocations de l?eau sont souvent la résultante d?approches
réglementaires, consistant à allouer une quantité d?eau aux usagers en fonction du
volume disponible selon une règle particulière. Cette approche réglementaire est très
attractive pour le gestionnaire puisque les règles de partage font référence à des
volumes d?eau à distribuer. Elles sont donc très liées à la disponibilité de la ressource.
Par ailleurs, une grande diversité de règles d?allocation sont possibles,
En théorie, on distingue notamment entre:
-Partage égalitaire, divisant la quantité disponible en ressource par le nombre
d?usagers,
-Partage proportionnel, selon des besoins ou des droits historiques,
-Partage séquentiel suivant un système de priorité entre usagers ou résultant de
la localisation dans le bassin (généralement très critiquable par rapport au
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
critère d?allocation efficace de la ressource). L?ordre des priorités peut
cependant changer en cas de manque d?eau (cf.Nouvelle Galles du Sud,
Australie)
-Et bien d?autres?plus ou moins (in)efficaces vs (in)équitables
En pratique, les quantités distribuées pour l?agriculture sont le plus souvent
proportionnelles à la surface irrigable ou irriguée, au type de culture, ou à la
consommation passée selon un principe de < grandfathering >.
L?eau est parfois partagée de manière séquentielle selon un ordre de priorité droits
acquis ou position sur le bassin. Enfin, plus rarement, le partage peut se faire de façon
égalitaire, chacun ayant droit à une part égale de la ressource (d?une durée égale
d?accès à une ressource, restriction d?usage à certains moments).
Les problèmes associés à ces différentes règles sont bien connus, le choix d?une règle
particulière impliquant des arbitrages entre efficacité (économique) et équité, et
devant donc prendre en compte :
-leur inefficacité, quand elles n'allouent pas l?eau aux utilisateurs les plus
productifs, ou parce qu?elles aboutissent souvent à des mesures de restrictions
coûteuses.
-leur inéquité, du fait de rentes de situation générées, ou parce que certains
principes d?équité ne sont pas satisfaits. En particulier, se pose la question des
droits acquis, dont sont exclus les nouveaux entrants (files d?attente),
-leurs incitations inopportunes, en particulier quand les règles de partage
aboutissent à des quotas d?eau pour une durée limitée (Faute de possibilité de
report d?une année sur l?autre, l?irrigant qui ne consomme pas toute sa part
perdant le solde),
-les coûts de transaction, associés à la nécessite de mobiliser des moyens
humains et financiers (par exemple, en matière de police de l?eau).
En termes d?acceptabilité, on observe une forte adhésion aux règles de partage basées
sur des principes de solidarité. Par exemple, Kervinio et al. (2023) avaient réalisé un
travail sur 122 agriculteurs dans le sud-ouest de la France qui montrait l?attachement
fort des agriculteurs pour des règles de partage qui respectent les principes de
solidarité et les droits historiques, au détriment des principes d?efficacité et de
responsabilité.
Suivant un travail d?enquête, réalisé par Ouvrard et al. (2023), dans lequel différentes
règles pour allouer de l?eau entre différents usagers (ménages, firmes, agriculteurs,
environnement) étaient proposées à un peu plus de 1000 ménages français, les règles
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
qui apparaissent le plus équitables sont : 1/ la règle proportionnelle basée sur les
besoins historiques des usagers, et dans une moindre mesure 2/ la règle séquentielle
où la ressource est en priorité allouée à certains usagers.
Annexe 1 : Indicateurs pour apprécier la disponibilité de la ressource en eau douce
Indicateurs globaux, de la ressource à son utilisation
La ressource en eau douce se renouvelle du fait des précipitations. Ainsi, le premier
élément à considérer est le volume global reçu annuellement sur le territoire
métropolitain. Plus précisément, on mesure la ressource en eau renouvelable comme
la somme du flux interne (volume d?eau précipité diminué du volume d?eau retournant
à l?atmosphère par évapotranspiration) et du flux entrant (volumes d?eau provenant
des cours d?eau des pays limitrophes). En moyenne (1990-2019), il est de 208 milliards
de m3.
Cependant, une part importante doit être laissée pour la vie des écosystèmes naturels,
en particulier aquatiques. Elle est estimée par l?Organisation des Nations Unies pour
l?alimentation et l?agriculture (FAO) à 97 Mdm3 pour la France hexagonale, soit 46 %
de la ressource annuelle. Le complément, qui se trouve dans les eaux de surface (cours
d?eau, lacs) et dans les nappes d?eau souterraines, correspond à la fraction prélevable
pour les usages humains. Elle est utilisée à des fins domestiques (eau potable) et
économiques (agriculture, industrie, loisirs, refroidissement des centrales électriques).
En France, les prélèvements d?eau douce totalisent environ 31 Mds m3 chaque année.
Plus de 80 % du volume d?eau douce prélevée est puisé dans les eaux de surface
(rivières, lacs, canaux, retenues, etc.), du fait des quantités massives nécessaires au
refroidissement des centrales électriques et à l?alimentation des canaux. Toutefois,
ces dernières sont principalement restituées aux milieux. Si l?on fait abstraction de ces
deux usages, les consommations d?eau douce (eau prélevée et non directement
restituée au milieu naturel, qui ne peut donc être disponible pour une autre utilisation).
mobilisent globalement autant les eaux souterraines que les eaux superficielles (cf.
figure A1, SDES, 2023).
Figure A1 - Répartition des volumes d?eau douce prélevés par usage et par milieu en 2019
73
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Tensions locales en période estivale
Appréciés globalement, les besoins en eau semblent donc couverts. Cependant, la
disponibilité de la ressource dépend du moment de l?année hydrologique (cf. figure
A2, SDES, 2023). Par ailleurs, les plus forts prélèvements d?eau, notamment par
l?agriculture, ont lieu en été lorsque la disponibilité de la ressource est la plus faible,
ce qui peut provoquer localement de fortes tensions ou pénuries temporaires.
Figure A2 ? Répartition par saison hydrologique de l?apport d?eau douce renouvelable (moy. 1990-
2019)
En Mds de m3
Pour identifier les tensions potentielles liées à l?utilisation de l?eau douce, la vision
globale qui précède doit donc être complétée par la prise en compte des limites à
l?échelle locale, en particulier, la quantité d?eau à laisser dans les cours d?eau pour
assurer la vie des écosystèmes aquatiques. Enfin, il faut prendre en compte les
perturbations susceptibles de rendre impropres à l?usage attendu (notamment
sanitaire) les disponibilités quantitatives, les pollutions obligeant en particulier à
fermer certains captages.
Ce type d?analyse tend à montrer la nécessité de réduire les prélèvements d?eau,
notamment en été, et ce d?autant plus que les écoulements estivaux tendent à se
raréfier avec le changement climatique.
L?empreinte . eau /, un indicateur de prélèvement par produit ou filière
L?empreinte eau représente la quantité d?eau qui a été réellement utilisée dans la
fabrication d?un bien ou d?un service. Elle comprend l?eau utilisée pour l?extraction des
matières premières, mais aussi pour le transport ou la manutention.
La décomposition de cette empreinte < eau > retrouve les différents prélèvements et
perturbations évoqués ci-dessus, associés à la terminologies de :
74
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
1 ? L?eau < verte >, qui représente l?eau de pluie absorbée par les plantes,
stockée dans le sol ou évaporée,
2 ? L?eau < bleue >, qui représente l?eau prélevée dans les rivières, lacs ou
nappes,
3 ? L?eau < grise >, qui représente la quantité d?eau qu?il a fallu utiliser pour
diluer les polluants issus de la production du produit, afin de rejeter l?eau dans
la nature.
Ce type de calcul permet d?identifier l?importance relative de la ressource en eau des
différents produits, ou leur contribution à la consommation totale, par exemple : que
l?empreinte eau d?un consommateur français serait de 1786 m3 par an (1996-2005),
majoritairement de l?eau bleue ; que l?essentiel de l?empreinte eau bleue de la
production agricole en France était liée à l?irrigation, dont un tiers au moins pour la
production de maïs?
Les premières statistiques établies ainsi se basaient cependant sur l?eau prélevée
plutôt que sur l?eau consommée et elles ne prenaient pas en compte la disponibilité
de la ressource. Ceci conduit à les compléter par des critères de < stress hydrique >
différenciant les situations selon qu?il n?y a pas de problème de disponibilité en eau là
où elle est prélevée ou, au contraire, que l?eau prélevée va évincer d?autres usages.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Annexe 2 : . Eau potable : des enjeux qui dépassent la tarification progressive /
(Conseil Economique Social et Environnemental, rapport de JM Beauvais et JY
Lautridou, 2023)
Dans le contexte du < plan eau >, qui vise à réduire de 10 % les prélèvements d?eau
d?ici 2030, la Première ministre avait saisi le CESE d?une mission sur < les évolutions
nécessaires pour faire des recommandations sur la tarification progressive de l?eau >.
En préambule de son avis (novembre 2023), le CESE rappelle que les pénuries et
tensions hydriques records de 2022 ont mis au coeur de l?actualité la nécessaire
préservation de notre ressource en eau. Ces manifestations du dérèglement
climatique font peser un risque croissant de conflits d?usage entre l?agriculture, les
ménages et les industries. En conséquence, il souligne que les enjeux
environnementaux actuels dépassent la tarification des services de l?eau potable,
alertant sur la fin d?une eau < bon marché > à court ou moyen terme.
S?agissant plus précisément de la tarification progressive, le CESE a analysé les premiers
enseignements des diverses expérimentations de la tarification progressive de l?eau
instaurées par la loi Brottes, ainsi que les conditions et les freins dans sa mise en
oeuvre. Son état des lieux couvre les différents usages domestiques et non
domestiques.
En premier lieu, il souligne l?insuffisance des données statistiques disponibles. Par
ailleurs, il dresse un bilan mitigé des expérimentations menées (en collectivités aux
caractéristiques variées : Agglomération dunkerquoise, Métropole de Montpellier, Le
Sequestre, Libourne, Muret...). En effet, la mise en oeuvre de la tarification progressive
est complexe en l?absence de compteurs d?eau individuels. Par ailleurs, son efficacité
pour réduire la consommation d?eau n?est pas prouvée même si les actions de
sensibilisation et d?information se révèlent très efficaces. Enfin, cette tarification
progressive peut être injuste notamment pour les familles nombreuses consommant
davantage qu?un ménage-type de 2,2 personnes (qui sert de repère à la définition des
tranches tarifaires par volume consommé).
L?avis est accompagné de 9 préconisations :
? Consolider les données du système d?information?Sispea (Système
d?information sur les services de l?eau et de l?assainissement) pour connaître de
façon détaillée la consommation des abonnés (particuliers, professionnels,
services publics?) et pour tenir compte des différentes parties prenantes dans
la construction des politiques publiques,
? Anticiper l?inéluctable augmentation des tarifs des services de l?eau potable
avec le lancement d?une étude prospective, sous l?égide du Secrétariat général
76
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
à la planification écologique, pour évaluer les impacts économiques, sociaux et
environnementaux de cette hausse,
? Élaborer un simulateur de tarification de l?eau à destination des collectivités
et permettant d?évaluer l?impact des différents modèles de tarification sur
l?équilibre financier de l?autorité organisatrice, sur le budget des
consommateurs, mais également d?estimer la baisse de consommation
attendue,
? Permettre à chaque usager de disposer d?un compteur individuel pour
responsabiliser les consommateurs en incitant à la sobriété (mesures
financières, actions de sensibilisation et d?accompagnement des usagers,
coordination des syndics de copropriétés, services publics de l?eau et de
l?assainissement, opérateurs privés),
? Supprimer la tarification dégressive à l?horizon 2030 en accompagnant -
techniquement et financièrement professionnels ou services publics vers plus
de sobriété pendant la phase de transition,
? Mieux réguler les autorisations de forage en révisant le cadre réglementaire
(consultation écrite pour avis de la collectivité),
? Promouvoir la mise en place d?une tarification saisonnière dans l?ensemble des
communes où l'équilibre entre la ressource et la consommation d'eau est
menacé de façon saisonnière (y compris dans celles sans activité touristique)
comme le permet la loi LEMA de 2006,
? Assurer l?accompagnement social des usagers fragiles, dissocié de la
tarification avec une aide directe des collectivités pour le paiement de la
facture d?eau (sous conditions de ressources, quel que soit le type de
tarification ou la taille de l?organisme chargé de la distribution),
? Déployer des démarches de sobriété au sein des entreprises en complément
des démarches de communications et de sensibilisations prévues dans le plan
eau co-construire des démarches de sobriété et de lutte contre le gaspillage au
sein des entreprises.
77
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Les Agences de l?eau
Un outil essentiel pour l?adaptation au changement climatique
Priorité au grand cycle de l?eau
Avec la loi de 1964, notre pays avait été précurseur dans l?utilisation d?instruments
économiques dans le domaine de la gestion des eaux. Son adoption témoignait déjà
d?une prise de conscience : si jusqu?alors la France avait été considérée comme un pays
riche en eau dans lequel, hormis les périodes de crues, les seuls problèmes étaient de
permettre son utilisation (par la réalisation des réseaux d?eau potable, d?irrigation, de
prises d?eau industrielles, pour la navigation ou l?énergie?), les exigences en matière
de quantité et qualité des eaux devenaient telles que l?on ne pouvait plus considérer
l?eau comme un bien toujours surabondant, ni se reposer sur l?action des
microorganismes des rivières pour pourvoir à l?élimination des déchets.
Pour répondre à ces enjeux, un cadre cohérent fût mis en place, reconnaissant la
nécessité d?organiser l?action et sa gouvernance à un niveau pertinent : celui des
bassins hydrographiques. Les Agences correspondantes se voyaient par ailleurs fixées
des missions à trois niveaux : de l?action technique, de l?action financière et de l?action
économique, à travers la capacité à percevoir des redevances < auprès de toute
personne publique ou privée qui rend nécessaire ou utile l?intervention de l?Agence ou
qui y trouve son intérêt >.
Plus de cinquante ans après, non seulement l?acuité de ces enjeux s?est accrue mais
ceux-ci se sont diversifiés. Ainsi, depuis la loi de 2016 pour la reconquête de la
biodiversité, les Agences de l?eau contribuent maintenant à la connaissance, la
protection et la préservation de la biodiversité terrestre et marine ainsi que du milieu
marin. Surtout, la gestion du grand cycle de l?eau apparait au coeur des problèmes
d?adaptation au changement climatique. Ceci impose à ces agences :
-de s?adapter aux plans technique et organisationnel,
-de déplacer les priorités de leurs interventions dans le but d?articuler ces
nouvelles missions avec celles qui étaient historiquement les leurs,
-de refonder leur modèle économique et financier.
En particulier, le changement climatique fait anticiper des pressions, risques et
déséquilibres majeurs pour la gestion des ressources en eau. En conséquence, la
question de de l?adaptation au changement climatique se pose avec une acuité
particulière en ce domaine car de nombreux impacts dommageables du changement
climatique résultent de la manière dont l?élévation des températures se combinera
avec des modifications des régimes de précipitations. Les impacts associés prévisibles
78
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
sont les pertes de végétation, l?érosion des sols et la fréquence accrue des évènements
extrêmes (sécheresses, inondations, submersions marines).
Le changement climatique renforce les tensions sur les ressources en eau et affectera
à terme l?ensemble des écosystèmes, des territoires et des acteurs. Avec
l?augmentation des températures, la baisse des précipitations en été et la diminution
de l?enneigement, les débits moyens des cours d?eau pourraient être réduits de 10% à
40% d?ici un demi-siècle selon les simulations, et plus encore en période de basses eaux
(étiage). La recharge des eaux souterraines sera également impactée et les milieux
aquatiques seront rendus particulièrement vulnérables. Avec une disponibilité de la
ressource réduite et plus aléatoire, la satisfaction des usages de l?eau pourrait être
compromise, avec des conséquences majeures pour les activités qui en dépendent
(alimentation en eau potable, prioritaire, production électrique, irrigation,
navigation?) et pour le fonctionnement des sociétés humaines.
Ce nouveau contexte pousse les Agences de l?eau (AE) à investir désormais moins à
l?échelle du < petit cycle > des réseaux et des infrastructures de distribution, où des
besoins demeurent cependant, qu?à l?échelle du < grand cycle >, déterminant la
qualité et la quantité de la ressource générée naturellement par l?écosystème. Déjà,
les programmes d?intervention des AE adoptés pour la période 2019-2024 (11°
programmes) concentrent d?importants enjeux en termes de biodiversité et de qualité
de l?eau : préservation des milieux aquatiques et des zones humides, limitation des
risques d?inondation, adaptation au changement climatique et promotion d?une
nouvelle approche de la gestion des eaux pluviales (sensibilisation des agents
impliqués dans l?urbanisme, financement de travaux de désimperméabilisation des
sols ou de techniques alternatives au < tout tuyau >). Mais il ne s?agit pas seulement
d?un redéploiement à opérer vers le < grand cycle > : il faut anticiper que, plus
généralement, les enjeux de la politique de l?eau vont changer d?échelle et de nature
quant à leur relation avec la biodiversité, la protection des écosystèmes contribuant
à l?état de la ressource en eau, et l?efficacité de la gestion de l?eau à celui de la
biodiversité.
Enjeux pour la mission et les instruments des Agences
L?implication des AE au niveau du grand cycle n?est pas nouvelle dans son principe.
Elle avait été posée dès la loi de 1964, qui leur confiait comme mission : d?agir au niveau
technique, financier et économique, afin de mieux coordonner et orienter les actions
des agents économiques affectant chaque système hydrologique, prendre en compte
les externalités de l?amont à l?aval et permettre la réalisation d?actions communes.
Relève de cette dernière, la participation, privilégiée antérieurement, au financement
des coûts fixes associés à la production de certains services, tels que les équipements
lourds de traitement par exemple, même si ceux-ci sont affectables à un seul type
d?utilisateurs. En relève, a fortiori, la fourniture des biens publics associés à la
préservation de la ressource et la biodiversité.
79
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Toutefois, ceci nécessite de nouvelles méthodologies d?évaluation. En effet,
l?évaluation de la capacité d?un écosystème à stocker de l?eau et la valeur ainsi créée,
en termes de ressource ou de qualité, en incluant tous les co-bénéfices, est plus
complexe que pour une simple retenue15.
Les instruments pour la mise en oeuvre des politiques sont aussi différents16 :
subventions directes à l?investissement ou à leurs résultats pour les interventions
traditionnelles ; paiements pour services environnementaux et achat d?obligations
réelles environnementales pour la protection des écosystèmes.
Côté redevances, la possibilité d?une tarification économique incitative à tous les
niveaux pertinents du cycle de l?eau et des bassins hydrographiques faisait partie de
la conception originelle des AE. Mais, en pratique, l?action financière avait prédominé,
par rapport à l?orientation des prélèvements par l?incitation et à l?action sur les
territoires les plus amont du réseau hydrographique des bassins. Un rééquilibrage a
été engagé suite aux Assises de l?eau, des travaux ayant été conduits par les Agences
et la Direction de l?eau et de la biodiversité pour réviser les redevances pour pollution
domestique et modernisation des réseaux de collecte ainsi que le système des primes
épuratoires. En revanche, les pistes d?évolution des redevances en lien avec les
atteintes à la biodiversité n?ont pas encore été explorées : comment mieux orienter
l?ampleur ou la temporalité des prélèvements ? Comment réduire des pollutions
diffuses nécessitant de coûteuses dépenses de remise en conformité par la collectivité
?
Enfin, ce nouveau contexte renforce, comme on l?a vu, les interactions entre les
acteurs de la politique de l?eau. A cet égard, il convient de noter que :
-chacun a en charge la mise en oeuvre d?un type particulier d?instrument, par
exemple, tarification et investissement public pour les AE, autorisations de
prélèvements ou rejets pour la police de l?eau ;
-et où les Agences n?ont pas la compétence directe pour un service particulier,
qu?il s?agisse d?eau potable et assainissement, mais aussi de GEMAPI.
Dans ces conditions, l?action des AE demeure toujours complémentaire de celle des
autres acteurs de la politique de l?eau, mais avec des enjeux de cohérence
tendanciellement plus aigus. A cet égard, l?accroissement des épisodes de rareté
oblige notamment à bien articuler la tarification des prélèvements et les outils de
limitation de ceux-ci si l?on veut : orienter efficacement les choix déterminant ceux-ci
15 cf. « Les choix économiques dans l?entreprise et l?administration », Dupuy JP. et H. Lévy-Lambert, tome 2,
Dunod, 1973
16 cf. Bureau D, JC Bureau et K.Schubert, « Face à l?érosion de la biodiversité : quelle réponse économique », CAE,
2020
80
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
à long-terme ; et assurer que la ressource disponible soit utilisée par ceux pour lesquels
elle a le plus de valeur dans les situations de tension. Mais ce problème de bonne
articulation des instruments économiques, de planification et réglementaires, est
général. Il se pose aussi pour les interventions visant la protection des écosystèmes,
par exemple par rapport aux mécanismes de compensation de la séquence < éviter-
réduire-compenser > ou à l?évolution des aides de la politique agricole commune.
En résumé, si la mission des AE, la typologie économique de leurs actions et le cadre
économique des politiques qu?elles mettent en oeuvre n?apparaissent pas
bouleversées, en revanche, le nouveau contexte décrit ci-dessus en bouleverse le
contenu.
Un recours accru aux tarifications incitatives, désormais incontournable
L?article 213-10 du Code de l?environnement, qui reprend les principes de prévention
et réparation des articles 3 et 4 de la Charte de l?environnement, pointe explicitement
des redevances sur : la pollution de l?eau, les pollutions diffuses, les prélèvements sur
la ressource, le stockage en période d?étiage, les obstacles sur les cours d?eau et pour
protection du milieu aquatique.
Il invite à un réexamen systématique des redevances existantes et plus
particulièrement à un recours accru aux instruments économiques incitatifs <
responsabilisateurs >. A cet égard, les actions 4 et 8 des Assises de l?eau
recommandent, comme vu ci-dessus, la mise en place de tarifications incitatives et de
favoriser les économies d?eau dans le secteur agricole et industriel.
En effet, les demandes pour la ressource n?intègrent pas aujourd?hui son caractère
limité à certaines périodes et le risque de raréfaction avec les changements
climatiques. Par ailleurs, certains usages, aujourd?hui perturbateurs, ne sont que peu
tarifés, comme les usages récréatifs, par exemple. Enfin, la prise en compte des enjeux
nouveaux conduit à réévaluer les dommages associés à certaines pollutions et, par
conséquent, le niveau souhaitable de certaines redevances existantes.
Différentes pistes pour de nouvelles redevances ou l?évolution des redevances
existantes ont été avancées dans cette perspective,
-inciter à réduire les pollutions (harmonisation de la taxation de l?azote
organique et minéral, assiette de la redevance élevage pour cibler la pollution
issue de l?azote organique quel qu?il soit, redevance pour pollution diffuse?),
-mieux gérer les épisodes de raretés (redevance pour irrigation, pour
perturbations sur la ressource)
81
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
-agir sur les perturbations du fonctionnement hydrologique (obstacles,
imperméabilisation)
Le développement de tels instruments pour une bonne responsabilisation des acteurs
est essentiel car on ne peut imaginer prendre en charge des besoins de restauration
tendanciellement croissants sans mettre en place les instruments de prévention
appropriés pour en limiter l?ampleur. Surtout, les pistes proposées ci-dessus reflètent
bien les priorités de la politique de l?eau mises en exergue par l?étude de l?AEE (cf
tableau 1).
Tableau 1 : défis actuels pour la politique de l?eau (source AEE)
Dans cette perspective, la tarification économique des prélèvements et des pollutions
est à renforcer, celle des pressions hydromorphologiques est à construire.
Aux questions précédentes sur les nouvelles redevances incitatives, s?en ajoutent donc
d?autres à ce propos : comment financer les nouvelles actions des AE? Les tarifications
82
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
incitatives peuvent-elles y apporter une contribution ? Quels nouveaux payeurs
envisager si le recours à la redevance eau domestique apparait inacceptable ? Peut-
on imaginer une assiette qui leur soit directement affectée, à l?instar de ce qui avait
fait pour la modernisation des réseaux de collecte ?
Quels instruments de financement pour les interventions visant le grand cycle de
l?eau ?
La référence théorique pour concevoir les redevances des agences de l?eau est celle
de la tarification des opérateurs publics soumis à contrainte budgétaire, en l?espèce
de disposer des financements pour réaliser leurs programmes. La formule de base,
valant pour toutes les redevances, pour usage, prélèvement ou pollution de la
ressource en eau est de type < Ramsey-Boiteux >*:
-chaque redevance doit assurer, en premier lieu, que le prix final de chaque
service fourni reflète les coûts sociaux associés. Ceci justifie de tarifer les usages et
prélèvements à hauteur du coût d?opportunité économique de rareté de la ressource,
notamment au moment des épisodes où celle-ci se trouve en tension ; et les pollutions
à hauteur des coûts de restauration et dommages résiduels en résultant (principe
pollueur-payeur). Le rôle d?orientation du signal-prix est donc premier.
-si cette tarification ne permet pas de financer les programmes d?interventions
des AE, des mark-up doivent être appliqués sur ces redevances de base, dont l?ampleur
dépend de trois éléments.
Le premier vaut également pour toutes les redevances. Il traduit l?ampleur du déficit
à financer. Celui-ci dépend des revenus générés par la tarification incitative et, en
amont, de l?ampleur des programmes. Leur champ est ici pris comme une donnée
mais, comme dans tout système de taxes affectées, il nécessite une définition
préalable, tenant compte des avantages et inconvénients de ce type de gestion : d?un
côté, une gestion au niveau pertinent en termes technico-économiques, celui des
bassins, la capacité à disposer de ressources pour de l?investissement ou de l?entretien
relevant intrinsèquement d?une gestion pluriannuelle avec une vision de long-terme,
et l?équité du financement d?un bien public local par les bénéficiaires du service ; de
l?autre, les risques de moindre maitrise de la dépense si les dépenses sont
insuffisamment évaluées.
Le second est spécifique à chaque redevance. Il s?agit de l?élasticité-prix du service
considéré. En effet, l?inverse de ce paramètre détermine l?acuité du dilemme entre
disposer de ressources financières et les conséquences de prix élevés en termes de
renoncement à certains usages. A cet égard, les < bonnes > redevances de rendement
visent les biens plus inélastiques ou cherchent à élargir les bases pour limiter les taux
et donc les distorsions (principe de neutralité) ; sauf cas particulier de dépenses
83
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
intégralement affectables à un usage particulier (cf.réseaux de collecte), qu?il n?y a pas
de raison de faire subventionner par d?autres.
Enfin, les considérations plus générales d?équité et d?acceptabilité sont à prendre en
compte. Ainsi, certaines redevances pollution pourraient devoir être établies à un
niveau réduit, s?il s?agit de bien essentiel pour les ménages ou si la compétitivité des
industries concernées se trouvait affectée dramatiquement. Cependant, dans ce type
de cas, une restitution forfaitaire (par exemple, en fonction du revenu pour les
ménages, ou à l?hectare pour les agriculteurs) peut permettre de concilier
responsabilisation et équité ou compétitivité.
Si l?on applique cela aux redevances des AE, il apparait un système historiquement
proche de la dichotomie incitations-rendement, grâce à la possibilité de recourir
largement à la redevance eau domestique, dans un contexte dominé par les logiques
de financement.
Les évolutions esquissées ci-dessus suggèrent alors :
-un rôle important à jouer pour les redevances incitatives. Mais il ne faut pas en
attendre trop de rendement, soit parce qu?on peut justement en escompter de fortes
modifications de comportement, soit parce que les enjeux distributifs ou de
compétitivité à prendre en compte nécessiteront des mesures d?accompagnement ou
restitution substantielles,
-la taxe d?aménagement se situerait probablement en situation intermédiaire
avec des enjeux comportementaux significatifs, sans pour autant que toute
artificialisation (brute) ne disparaisse. En affecter la recette aux AE ferait sens eu égard
à leur mission élargie. Mais une telle contribution permettra probablement de ne
couvrir qu?une fraction des besoins nouveaux,
-le champ des bénéficiaires des nouvelles actions est potentiellement large, au
sein du cycle de l?eau mais aussi éventuellement au-delà, avec des bénéfices sont
souvent indirects. En effet, un enjeu essentiel est d?assurer les fonctionnalités des
écosystèmes (leur auto-entretien), déterminantes pour leur capacité à fournir ensuite
des services écosystèmiques. Toute la gestion de l?eau en est ainsi bénéficiaire. Dans
ces conditions, l?identification de bénéficiaires directs d?un service rendu biodiversité
qui pourrait faire l?objet d?une redevance de rendement ciblée au sein de la gestion
de l?eau n?est pas immédiate. Les assiettes envisageables se situent du côté des sols ou
du foncier, qui bénéficient en effet de ces actions et en capitalisent la valeur < à la
Henry George >, par exemple la moindre exposition au risque inondations.
Souvent, les projets correspondants sont aussi porteurs de co-bénéfices. Par exemple,
la protection d?une prairie ou d?une zone humide permet du stockage du carbone et
contribue à la préservation de populations ou habitats d?espèces continentales. Selon
les cas, cela peut permettre d?envisager des cofinancements (ex. puits de carbone par
84
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
les instruments de la politique climatiques) ou, au contraire, les rend difficiles s?il s?agit
de bénéfices diffus. A cet égard, un sujet important est la construction de la politique
de conservation des < aires protégées >,
-dans la mesure où l?ensemble du cycle de l?eau bénéficie des nouvelles
actions, faire dépendre le financement du besoin résiduel des seuls usagers
domestiques semble difficilement acceptable. Une assiette plus large incluant tous les
usagers pour le financement de l?accroissement des dépenses apparait ainsi
souhaitable.
85
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Couverture et gestion des risques . Cat Nat /
Les mécanismes d?assurance sous tension
1- Dans beaucoup de cas, les impacts économiques dommageables du changement
climatique consistent en un renforcement d?aléas auxquels sont exposés certains
agents, en termes de fréquence ou d?ampleur, directement ou indirectement du fait
des impacts sur les écosystèmes : impacts sur la ressource en eau et la production
agricole ; impacts sur les villes et les infrastructures du fait des crues ou des risques de
submersion côtière ; des incendies et sécheresses ; impacts sanitaires liés aux vagues
de chaleurs ou aux maladies infectieuses. On ne peut donc (cf. schéma ci-dessous)
construire les politiques climatiques en raisonnant par rapport à des dommages
déterministes mais, de plus, ni même seulement par rapport au déplacement des
moyennes pour ces différents risques. En effet, il faut intégrer la perspective de
distributions aussi plus risquées, ce qui oblige à s?intéresser aux conditions dans
lesquelles ces risques sont -et pourront être à l?avenir- gérés.
En particulier, certains de ces risques font l?objet de mécanismes d?indemnisation, qui
se trouvent donc en première ligne dans le nouveau contexte climatique, notamment
l?assurance-récolte et calamités agricoles et l?assurance catastrophes naturelles, mais
aussi les systèmes de santé et potentiellement les régimes d?assurance-construction.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
La manière dont l?accroissement de ces risques sera transmis ou non dans les primes
est enjeu important pour l?évaluation des risques de transition macroéconomiques.
Surtout, le changement climatique révèle la fragilité des mécanismes existants et est
ainsi porteur de risques plus essentiels, pouvant aller jusqu?à la remise en cause de
l?assurabilité, par exemple des risques de submersion dans les zones côtières (cf. cas
de la Floride), dès lors que l?évolution des sinistralités deviendrait trop incertaine.
Dans ces conditions, l?ampleur des risques physiques liés au changement climatique
dépendra des capacités qui seront mises en place pour les gérer dans ce nouveau
contexte, et les assurer pour que les plus vulnérables demeurent protégés. Pour cela,
il importe, de manière générale, d?inciter à souscrire des dispositifs assurantiels
adaptés, afin de réduire les aides ex post versées par les pouvoirs publics et réserver
ainsi le recours à la solidarité nationale en cas d?évènement climatique exceptionnel.
L?assurance des catastrophes naturelles
2-Dans notre pays, le régime d?indemnisation des catastrophes naturelles dit
< CatNat > a été créé par la loi du 13 juillet 1982, suite à une multiplication des aides
et compensations définies ex post, dans le but de rationaliser ces interventions tout
en préservant le principe de la solidarité nationale. L?assurance catastrophe naturelle
est une extension de garantie obligatoire des contrats d?assurance de dommages (en
particulier les assurances multirisque habitation, entreprise et agricole, risques
automobile, local professionnel?), qui donne lieu au paiement d'une surprime
uniforme sur l'ensemble du territoire, dont le taux est fixé par l'Etat (12% de la prime
afférente aux garanties dommages pour le contrat de base, par exemple, dans le cas
des assurances multirisque habitation).
La garantie prend en charge (article L. 125-1 du Code des Assurances) les < dommages
matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l?intensité
anormale d?un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir
ces dommages n?ont pu empêcher leur survenance ou n?ont pu être prises >, donc :
inondations et coulées de boue, sécheresse et mouvements de terrain, cyclones,
séismes?
Ce dispositif assure une couverture des évènements extrêmes qui est généralement
jugée exceptionnelle, y compris en Europe, mais auquel il est fait le reproche récurrent
de privilégier la solidarité à la prévention car la prime est non modulée en fonction de
l?exposition au risque, de ne pas inciter à la prévention, et notamment pas à
l?installation dans des zones moins exposées. A cet égard, si la réforme de décembre
2021 permet de simplifier et rendre plus transparentes les procédures
d?indemnisation, elle n?anticipe pas les besoins d?adaptation en termes d?évolution
des primes et les besoins de prévention résultant du nouveau contexte climatique et
du fait que l?augmentation du coût des catastrophes naturelles ces dernières
décennies est en grande partie due à l?urbanisation en zones exposées.
87
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
3- De nombreuses pistes de réforme envisagées suite à la tempête Xynthia demeurent
d?actualité. Le projet législatif de 2012, qui abordait notamment l?indemnisation des
retraits et gonflements des argiles, devra ainsi être remis sur le métier. Plus
généralement, le rapport du CAE de 2013 esquissait une approche complète
suggérant, en plus :
- de moduler dans une amplitude définie et limitée la prime catastrophes
naturelles en fonction de l?exposition au risque et des mesures de prévention
effectuées,
- d?exclure de l?indemnisation des retraits et gonflements des argiles les
dommages esthétiques et les dommages relevant de la responsabilité
décennale du constructeur,
- de donner valeur légale au zonage retraits et gonflements des argiles et
recommander une étude de sol dans les zones exposées suivant les modalités
prescrites
- pour éviter les pertes répétées dans les zones exposées, restreindre le bénéfice
de la garantie pour certains biens situés en zone inconstructible, en tenant
compte des particularités de l?outre-mer,
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
4- Sur le sujet central que constitue < l?aléa moral > associé aux choix d?installation
dans les zones exposées, les travaux menés alors17 suggèrent que coupler une
assurance catastrophes naturelles sans différenciation tarifaire avec des zones rouges
d?interdiction de construire est un bon second-rang pour limiter l?urbanisation en
zones exposées, si ces zones rouges ont l?extension appropriée.
Mais il faut donc prendre en compte les impacts du changement climatique et de la
pression démographique dans la définition des zones rouges au niveau des PPRN. En
particulier, une fréquence ou une intensité de risque plus élevées doivent conduire à
une extension de la zone rouge.
17 confirmés par les travaux plus récents de C.Grislain-Letrémy, dont sont tirés les illustrations.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Réforme des assurances agricoles
et changement climatique
À la suite des Assises de l?eau, le : Varenne agricole de l?eau et de l?adaptation au
changement climatique < a associé l?ensemble des parties-prenantes (agriculteurs, ONG,
élus, services de l?État et opérateurs?) pour identifier les solutions permettant
l?adaptation et la protection des agriculteurs à l?évolution du climat. La réforme des
mécanismes de couverture des aléas climatiques en constitue un enjeu majeur, à intégrer
cependant dans une stratégie globale d?adaptation de ce secteur18.
Le premier axe du Varenne de l?eau (< Se doter d?outils d?anticipation et de protection
de l?agriculture dans le cadre de la politique globale de gestion des aléas climatiques >)
part du constat que les évènements climatiques affectant l?agriculture étant appelés
à se multiplier dans les prochaines années et plus violents (cf. tableau 1), les
mécanismes actuels de couverture des risques agricoles doivent évoluer.
Tableau 1. Eléments de contexte (source BRGM, 2019)
En effet, le taux de diffusion de l?assurance est faible : 18 % seulement des
exploitations couvertes par une assurance multi-risques climatiques, avec de grandes
disparités suivant les filières, 3 % seulement en arboriculture par exemple. Dans le
même temps, l?exclusion de cultures du régime des calamités agricoles laisse sans
réponse certaines filières en cas d?évènement climatique majeur. Plus généralement,
l?articulation entre l?assurance multirisques climatiques d?un côté, et le régime des
calamités agricoles de l?autre n?est pas satisfaisante. En particulier, les soutiens de
crise ex-post de l?Etat constituent un frein à la diffusion des programmes d?assurance-
récolte.
18 Cette note s?appuie sur la discussion au sein de la CEDD le 17.1.2022, suite à l?exposé d?A.Thomas (Inrae).
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Le projet de loi, déposé fin 2021, portant < réforme des outils de gestion des risques
climatiques en agriculture > vise à établir un régime < universel >, auquel tout
agriculteur aura accès. Son architecture est fondée sur la catégorisation économique
des risques climatiques auxquels est exposée l?agriculture, qui distingue : les risques
normaux, que peut gérer l?exploitant agricole ; les risques intermédiaires, que peut
mutualiser le marché de l?assurance ; et les risques catastrophiques, difficilement
probabilisables et non mutualisables, nécessitant de ce fait l?intervention de l?Etat.
Au deuxième niveau, l?assurance multirisque climatique serait subventionnée par l?Etat
pour inciter les agriculteurs à s?assurer. Simultanément, les modalités d?indemnisation
des agriculteurs par le Fonds national de gestion des risques en agriculture, intervenant
en relais en cas de pertes exceptionnelles de récoltes et de cultures, seraient
différenciées, selon que celles-ci font ou non l?objet d?un contrat d?assurance.
Outre qu?elle comble les angles morts des dispositifs actuels et organise la
complémentarité des niveaux d?intervention, la réforme prend en compte la nécessité
d?un taux de diffusion suffisant de l?assurance. Surtout, elle déplace le soutien public,
du soutien de crise (ex post) vers celui (ex ante) à l?assurance. En effet, aider un secteur
suite à un sinistre ne lui donne pas les bonnes incitations pour s?adapter. Le soutien à
l?assurance est donc préférable, et plus à même aussi d?intégrer la diversité des
situations des agriculteurs.
Sous réserve des modalités qui restent à définir, cette réforme a donc de solides
fondements sur le plan économique. Elle permettra de mieux assurer la couverture
des agriculteurs aux risques climatiques dans un contexte où ceux-ci sont appelés à
s?accroitre du fait du changement climatique.
Pour autant, l?assurance ne peut gérer que l?aléa mutualisable, alors que les aléas
agricoles sont souvent sytémiques. Par alleurs, le bon équilibre recherché entre
assurance et solidarité ne sera pérenne que si le risque affecté à l?assurance peut
effectivement en relever, et aucune réforme de l?assurance ne peut permettre
d?empécher la dévalorisation d?actifs devenus inadaptés dans le nouveau contexte
résultant du changement climatique.
En d?autres termes, la réforme des outils de couverture des évènements climatiques
en agriculture n?est qu?un volet de son adaptation au changement climatique. L?essor
des deux autres axes du Varenne agricole de l?eau sont donc tout aussi importants :
-Renforcer la résilience de l?agriculture dans une approche globale en agissant
notamment sur les sols, les variétés, les pratiques culturales et d?élevage, les
infrastructures agroécologiques et l?efficience de l?eau d?irrigation.
-Accéder à une vision partagée et raisonnée de l?accès aux ressources en eau
mobilisables, dans le respect des équilibres et milieux naturels pour l?agriculture
sur le long terme.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
En effet, le changement climatique va imposer une nouvelle < révolution industrielle >
de notre agriculture, qu?il convient d?accompagner, mais qui doit être anticipée car
l?agriculture est l?un des secteurs le plus directement affecté. Les enjeux d?adaptation
y sont donc particulièrement aigus. En l?espèce, celle-ci devra combiner des
modifications de pratiques agricoles, par exemple en modifiant les dates de semis ou
les variétés utilisées, et des changements de productions. De plus, les actions
individuelles d?adaptation nécessiteront une action publique en appui, pour assurer la
cohérence avec les politiques de gestion de l?eau et d?occupation des sols, mais aussi
parce que certaines transitions seront difficiles à conduire uniquement à un niveau
individuel, comme la création de nouvelles filières.
Dans cette perspective, les questions liées à la ressource en eau cristallisent les
controverses, avec d?un côté la question de la contribution que devraient apporter les
agriculteurs au financement de projets impactant l?environnement dont ils sont seuls
bénéficiaires, de l?autre des interrogations sur la viabilité des orientations alternatives
qui sont proposées. Ces sujets doivent être abordés de front, en dépassant la seule
confrontation des opinions (< adaptation > vs < maladaptation > ; < retenues > vs
< agroécologie >). L?évaluation socio-économique des différentes options, pour la
collectivité, est un instrument irremplaçable pour éclairer ce type de question.
(ATTENTION: OPTION t directement de l?augmentation de température
induite par l?accroissement de la concentration des gaz à effet de serre dans
l?atmosphère, mais surtout indirectement des phénomènes induits, notamment sur le
cycle de l?eau.
Source : Von Schuckman et al. 2015, d?après G.Le Cozannet
13 Ce chapitre s?appuie sur la présentation de C.Nauges et A.Reynaud (TSE et Inrae)
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
En résultent les augmentations prévisibles des évènements extrêmes et une moindre
disponibilité des ressources en eau douce. En France métropolitaine, la ressource en
eau renouvelable (c?est-à-dire l?eau fournie par les précipitations qui ne retourne pas
à l?atmosphère par évapotranspiration et celle en provenance des cours d?eau entrant
sur le territoire, cf. Annexe 1) a ainsi baissé de 14 %, en moyenne annuelle, entre les
périodes 1990-2001 et 2002-2018 selon une étude récente (SDES, 2022).
Cette situation s?explique principalement par : l?évapotranspiration - l?évaporation ou
la transpiration des végétaux - qui, sous l?effet de la hausse des températures,
augmente à toutes les saisons, en particulier au printemps ; la variabilité des
précipitations, et notamment leur réduction en automne sur près de la moitié du
territoire, diminuant le volume d?eau des nappes souterraines qui contribuent à
alimenter les cours d?eau en été.
Ainsi, le changement climatique modifie profondément la disponibilité de la ressource
en eau dans notre pays avec (cf. DRIAS-Eau,2023) : une tendance à la diminution des
précipitations en été qui va s?ajouter à l?accroissement de l?évaporation sous l?effet du
réchauffement climatique; un manteau neigeux moins important en montagne et sa
fonte plus précoce.
De plus, en période de sécheresse, le déséquilibre entre l?offre et la demande se trouve
exacerbé parce que les deux côtés sont très négativement corrélés. En conséquence,
nous devons nous préparer, outre à des pluies extrêmes plus intenses, à une
intensification de l?assèchement des sols et à la multiplication des sécheresses qui,
déjà deux fois plus fréquentes qu?en 1960 au niveau national, vont encore se multiplier.
Cette perspective constitue un enjeu essentiel pour l?élaboration des schémas
directeurs d?aménagement et de gestion des eaux (Sdage), dont la vocation est
justement d?anticiper les conflits possibles sur la ressource et préserver les milieux.
S?appuyant sur un état des lieux de chaque bassin réalisé tous les six ans, chaque Sdage
aborde ainsi le sujet de la gestion des prélèvements d?eau pour le maintien ou la
reconquête du bon état des cours d?eau et des eaux souterraines, ainsi que pour la
préservation des écosystèmes qui leur sont liés.
Par ailleurs, quand une sécheresse survient, les préfets déclenchent des restrictions
d?eau temporaires pour préserver les usages prioritaires. Sur la période 2012-2020, de
telles mesures ont été fréquentes dans l?Ouest et le Sud-Ouest, soulignant la fragilité
de ces territoires au regard de la disponibilité de l?eau (cf. carte).
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Carte. Fréquence des épisodes annuels de restriction de niveau . crise / des usages de l?eau superficielle
d?une durée de plus d?un mois, sur la période 2012-2020
Sources : ministère en charge de l?Écologie ; ministère en charge de l?Agriculture, 2021. Traitements : SDES,
2021
Alors que, par le passé, ces situations demeuraient rares ou localisées dans le temps
et l?espace (certaines nappes ou étiages), et avaient pu être résolus par ces
mécanismes réglementaires de partage et rationnement de l?eau, ou des
investissements, notamment de stockage, plus de 30 % du territoire a été concerné
chaque année par des restrictions d?usages de l?eau sur la période récente (2017-2020).
Désormais, la gestion quantitative de l?eau va donc être confrontée à des problèmes
beaucoup plus délicats, notamment pour arbitrer entre les différents usages (eau
potable, irrigation, refroidissement des équipements de production électrique, autres
prélèvements?). La grande sécheresse de 2022, qui a touché de manière extrême les
Pyrénées orientales, en fournit l?illustration.
A cet égard, la simplicité des mesures de rationnement a pour contrepartie
l?inefficacité de l?allocation de la ressource, rien n?assurant que ceux qui en bénéficient
dans les épisodes de rareté sont ceux pour lesquels elle a le plus de valeur sociale. Le
souci d?efficacité de la gestion de l?eau face à l?évolution du climat conduit ainsi à se
tourner vers une mobilisation accrue du signal-prix, pour en assurer l?allocation lors
des épisodes de rareté.
Au-delà, ce nouveau contexte conduit à rechercher de nouveaux mécanismes de
régulation, notamment incitatifs, pour orienter les choix d?investissements et
comportements des différents utilisateurs à la fois en situation de crise, mais aussi
d?orientation à long-terme de la demande.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Bien commun et vérité des prix
Le rôle de la tarification pour modérer l?usage de l?eau dans un contexte où ménages,
industriels et agriculteurs continuent de surconsommer a été le sujet du discours de
J.Tirole à la Séance solennelle de rentrée des cinq académies, le 24 octobre 2023.
L?encadré ci-dessous en reprend les principaux messages (tels que repris dans
Challenges, le 21 novembre 2023).
: L?eau, Bien Commun <, extraits
Source de vie, l'eau figure parmi les biens les plus inestimables et essentiels de notre
planète. Doit-on en conclure qu'elle est un "bien commun de l'humanité"? Les biens
communs n'émanent point d'une création humaine. Ils sont inhérents au patrimoine
universel. Ils engendrent une rivalité d'usage lorsque leur disponibilité se réduit. Cette
rareté se manifeste de manière prépondérante lorsque le dit bien répond à des
nécessités vitales, telles que l'alimentation et l'hygiène en ce qui concerne l'eau douce.
Par conséquent, nous pouvons définir un bien commun comme un bien rare qui comble
un besoin vital. Or la gratuité ou quasi-gratuité d'une ressource rare encourage la
surconsommation: il s'agit du problème du passager clandestin, ou encore de la tragédie
des biens communs. Personne ne possède de droits de propriété sur cette ressource,
donc tout le monde la réclame.
Malheureusement, confrontés au défi de la rareté, nos pratiques relatives à l'eau se
révèlent fréquemment défaillantes. D'une part, l'orientation court-termiste liée au cycle
électoral réduit les investissements publics indispensables, contribuant ainsi à aggraver
la pénurie. En France, les collectivités territoriales et l'Etat investissent peu dans
l'entretien des infrastructures. Les pertes cumulées au sein des services
d'approvisionnement en eau potable s'élèvent à environ 30%, avec des disparités
marquées d'un service à l'autre. La France est également en retard en ce qui concerne la
réutilisation des eaux usées traitées.
D'autre part, les exemples de surconsommation d'eau par les ménages et le secteur
privé, résultant d'une tarification insuffisante de cette ressource, sont légion. Ceci n'est
pas nouveau. Avant la généralisation des compteurs individuels, nous étions tous
familiers avec la déresponsabilisation des citadins, dont la consommation d'eau était
mutualisée au sein de la copropriété générale.
Aujourd'hui, la déresponsabilisation concerne principalement les plus gros
consommateurs d'eau, à savoir les agriculteurs. Tout d'abord, ils ont parfois la possibilité
de prélever directement dans les nappes phréatiques, les cours d'eau ou les retenues, ce
qui revient à privatiser le bien commun sans contrepartie pour la collectivité. Les
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
opposants les plus éclairés aux mégabassines pointent du doigt l'appropriation de cette
ressource rare par certains exploitants, parfois assortie de subventions. En outre, la sous-
tarification, voire l'absence totale de tarification de la ressource, fait que les agriculteurs
n'ont que peu d'incitations à se tourner vers des cultures moins consommatrices en eau
ou à optimiser leur utilisation de celle-ci.
Pourquoi éprouvons-nous tant de difficultés à inciter les acteurs à davantage de
responsabilité? Malgré une prise de conscience collective quant à la nécessité de
l'agroécologie, les politiques publiques relatives à l'eau, comme celles visant à lutter
contre le réchauffement climatique, se heurtent à des problèmes de perception et
d'acceptation. Une grande partie de nos concitoyens s'oppose à la tarification de l'eau
en fonction de sa rareté.
Cette politique est souvent perçue comme "punitive", pour reprendre une formule très
en vogue en matière de fiscalité écologique. Etrangement, les subventions trouvent
davantage de faveurs, bien que, en fin de compte, une subvention équivaut à une taxe,
car elle nécessite un financement (lui plus ou moins transparent).
Pourtant, une telle tarification, accompagnée de mesures sociales visant à garantir que
les plus démunis aient accès à l'eau pour leurs besoins essentiels, contraindrait les acteurs
à modérer leur usage. Elle guiderait aussi leurs investissements, à la fois en termes
d'emplacement (où construire de nouvelles mégafactories de batteries pour voitures
électriques ou des usines de processeurs, deux activités industrielles très
consommatrices en eau?) et en termes de nature (dans quelles cultures et élevages
devons-nous investir en fonction de la région? Faut-il réorienter une communauté vers le
tourisme?).
Enfin, associée à une politique industrielle bien pensée, la tarification encouragerait
l'innovation: fermes verticales, dessalement, recyclage et potabilisation des eaux usées,
agriculture de précision, développement de variétés résistantes à la sécheresse, etc.
Il ne faut pas oublier que le mécanisme de prix sur un marché est précisément conçu
pour gérer la rareté. Ne laissons pas le manque de courage politique aggraver une pénurie
qui pourrait être évitée?
2-Tarification de l?eau et gestion de la ressource
La Directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000,
appelée communément ?Directive-cadre sur l?eau?, transposée en droit français en
2004, établit le principe de récupération des coûts des services d?eau, y compris des
coûts environnementaux.
Les coûts de l?eau correspondants, à répercuter sur la facture du ménage en fonction
du volume de consommation, comprennent donc: le coût du service de distribution
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
d?eau potable (pompage, traitement, acheminement jusqu?au robinet) ; le coût du
service de collecte et traitement des eaux usées ; les coûts de fonctionnement des
services (incluant dépenses en énergie, produits chimiques, personnel ... & coûts de
maintenance de l?ensemble des infrastructures) ; et les coûts indirects pour les autres
usagers et pour l?environnement, du fait des impacts via le prélèvement dans la
ressource en eau ou via la dégradation de sa qualité après usage.
Le principe d?efficacité économique sous-jacent est que, lorsque les consommateurs
font face à un prix qui correspond au coût réel de mise à disposition de la ressource,
l?allocation qui en résulte est optimale dans le sens où on atteint un point d?équilibre
entre offre et demande en eau, et que l?eau est distribuée aux usagers en fonction de
leur valorisation de la ressource. On parle de signal prix et d?efficacité économique.
Mais, pour jouer ce rôle de signal sur la valeur de la ressource, le prix de l?eau doit varier
dans le temps et dans l?espace en fonction des pressions exercées sur la ressource. Le
prix des droits d?eau dans le bassin du Murray Darling en Australie illustre comment ce
prix d?équilibre entre acheteurs et vendeurs varie en fonction de la rareté de la
ressource (cf. figure ci-dessous). Pour mettre en oeuvre cette approche dans le
contexte du changement climatique, il est donc crucial de mieux évaluer sur un
territoire donné la valeur sociale associée à la ressource en eau, et ses évolutions14.
Illustration : prix d?équilibre (en orange, échelle de droite) et stockage (en bleu, échelle de gauche) de
l?eau dans le Murray Darling Basin. (source, Abares, 2016)
3- La tarification progressive, une . fausse bonne idée /
La mobilisation plus active du signal-prix pour mieux gérer la rareté de la ressource se
heurte à ses effets distributifs souvent régressifs. Pour concilier efficacité et équité,
14 C?est l?objet du projet WAT-IMPACTS coordonné par TSE et financé par l?ANR, lancé fin 2023.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
une proposition récurrente est celle de la tarification dite progressive, dans laquelle le
prix du mètre cube augmente au-delà d?un certain volume consommé.
Une telle tarification progressive est souvent décrite comme un instrument
permettant de répondre à plusieurs objectifs :
i) Incitation à réduire les gaspillages, en faisant payer plus cher les mètres cubes
d?eau consommés au-delà d?un certain seuil.
ii) Couverture des coûts, en appliquant un tarif subventionné aux premiers
mètres cubes et en faisant payer un prix supérieur au coût de mise à disposition
au-delà d?un certain seuil. On parle de subventions croisées des gros
consommateurs vers les plus petits.
iii) Équité, car on suppose que les petits consommateurs sont les ménages aux
revenus les plus modestes alors que les gros consommateurs sont les ménages
les plus riches.
Cependant, sa mise en oeuvre rencontre beaucoup de difficultés, comme le souligne
l?avis du CESE de novembre 2023, qui pointe en particulier l?insuffisance de données
et la question des compteurs individuels (cf. Annexe 2).
Les évaluations économiques dont on dispose mettent en exergue que les problèmes
informationnels à résoudre constituent un obstacle essentiel. En effet :
a) Le lien entre le revenu des ménages et la consommation d?eau est ténu.
Certains ménages riches sont aussi de petits consommateurs et des familles aux
revenus modestes peuvent avoir des consommations élevées. Ceci tient au fait
que les tailles des ménages, les situations et les modes de vie sont hétérogènes.
b) Le fait que les ménages ont des tailles et modes de vie différents fait qu?il est
très difficile de définir, a priori, le niveau de consommation d?eau
correspondant à des besoins essentiels. Celui-ci peut varier significativement
d?un ménage à l?autre. Hors, c?est ce niveau de consommation dite ?essentielle?
qui est normalement considéré pour déterminer la taille de la tranche
bénéficiant d?un prix subventionné dans une tarification progressive.
c) Alors qu?il est relativement simple de calculer un prix volumétrique unique
permettant de couvrir les coûts, il est beaucoup plus difficile de choisir les
différents éléments d?une tarification progressive. Dans le cas d?une tarification
progressive à deux tranches, il faut couvrir les coûts en combinant un prix pour
la tranche subventionnée, un prix pour la tranche supérieure et un seuil
délimitant les deux tranches... Parce que les ménages sont sensibles aux
variations de prix, il est difficile de prévoir l?impact sur la demande du
changement de tarification.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
d) Une tarification progressive conduit à distordre les prix, vers le bas pour les
petits consommateurs et vers le haut pour les gros consommateurs. Ainsi,
aucun ménage ne reçoit un signal prix correct sur la valeur de la ressource, ce
qui compromet l?objectif d?efficacité économique.
De fait, les nombreux travaux menés sur l?évaluation des performances des
tarifications progressives ont tous montré de larges erreurs de ciblage des populations,
nombre de ménages aisés bénéficiant du tarif subventionné de la première tranche
alors que des ménages aux revenus modestes se voient facturés un prix plus élevé du
fait d?une consommation plus importante due essentiellement à la taille du ménage
et au temps d?occupation du lieu de vie.
Dans ces conditions, non seulement la tarification progressive rend complexe
l?objectif de recouvrement des coûts, distord le signal prix et compromet le principe
d?efficacité économique, mais elle ne remplit pas non plus son objectif de
< tarification sociale >.
Ceci conduit à recommander plutôt des tarifications simples combinant :
- un prix du mètre cube unique (qui ne varie pas entre les différents usagers)
-et de cibler les ménages aux revenus les plus modestes (par exemple à partir
de critères sociaux) pour leur octroyer une compensation financière, calculée
sur la base d?une consommation ?raisonnable?, de manière à leur permettre de
s?acquitter de leurs factures d?eau.
4- Les règles de partage
En France, les allocations de l?eau sont souvent la résultante d?approches
réglementaires, consistant à allouer une quantité d?eau aux usagers en fonction du
volume disponible selon une règle particulière. Cette approche réglementaire est très
attractive pour le gestionnaire puisque les règles de partage font référence à des
volumes d?eau à distribuer. Elles sont donc très liées à la disponibilité de la ressource.
Par ailleurs, une grande diversité de règles d?allocation sont possibles,
En théorie, on distingue notamment entre:
-Partage égalitaire, divisant la quantité disponible en ressource par le nombre
d?usagers,
-Partage proportionnel, selon des besoins ou des droits historiques,
-Partage séquentiel suivant un système de priorité entre usagers ou résultant de
la localisation dans le bassin (généralement très critiquable par rapport au
71
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
critère d?allocation efficace de la ressource). L?ordre des priorités peut
cependant changer en cas de manque d?eau (cf.Nouvelle Galles du Sud,
Australie)
-Et bien d?autres?plus ou moins (in)efficaces vs (in)équitables
En pratique, les quantités distribuées pour l?agriculture sont le plus souvent
proportionnelles à la surface irrigable ou irriguée, au type de culture, ou à la
consommation passée selon un principe de < grandfathering >.
L?eau est parfois partagée de manière séquentielle selon un ordre de priorité droits
acquis ou position sur le bassin. Enfin, plus rarement, le partage peut se faire de façon
égalitaire, chacun ayant droit à une part égale de la ressource (d?une durée égale
d?accès à une ressource, restriction d?usage à certains moments).
Les problèmes associés à ces différentes règles sont bien connus, le choix d?une règle
particulière impliquant des arbitrages entre efficacité (économique) et équité, et
devant donc prendre en compte :
-leur inefficacité, quand elles n'allouent pas l?eau aux utilisateurs les plus
productifs, ou parce qu?elles aboutissent souvent à des mesures de restrictions
coûteuses.
-leur inéquité, du fait de rentes de situation générées, ou parce que certains
principes d?équité ne sont pas satisfaits. En particulier, se pose la question des
droits acquis, dont sont exclus les nouveaux entrants (files d?attente),
-leurs incitations inopportunes, en particulier quand les règles de partage
aboutissent à des quotas d?eau pour une durée limitée (Faute de possibilité de
report d?une année sur l?autre, l?irrigant qui ne consomme pas toute sa part
perdant le solde),
-les coûts de transaction, associés à la nécessite de mobiliser des moyens
humains et financiers (par exemple, en matière de police de l?eau).
En termes d?acceptabilité, on observe une forte adhésion aux règles de partage basées
sur des principes de solidarité. Par exemple, Kervinio et al. (2023) avaient réalisé un
travail sur 122 agriculteurs dans le sud-ouest de la France qui montrait l?attachement
fort des agriculteurs pour des règles de partage qui respectent les principes de
solidarité et les droits historiques, au détriment des principes d?efficacité et de
responsabilité.
Suivant un travail d?enquête, réalisé par Ouvrard et al. (2023), dans lequel différentes
règles pour allouer de l?eau entre différents usagers (ménages, firmes, agriculteurs,
environnement) étaient proposées à un peu plus de 1000 ménages français, les règles
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
qui apparaissent le plus équitables sont : 1/ la règle proportionnelle basée sur les
besoins historiques des usagers, et dans une moindre mesure 2/ la règle séquentielle
où la ressource est en priorité allouée à certains usagers.
Annexe 1 : Indicateurs pour apprécier la disponibilité de la ressource en eau douce
Indicateurs globaux, de la ressource à son utilisation
La ressource en eau douce se renouvelle du fait des précipitations. Ainsi, le premier
élément à considérer est le volume global reçu annuellement sur le territoire
métropolitain. Plus précisément, on mesure la ressource en eau renouvelable comme
la somme du flux interne (volume d?eau précipité diminué du volume d?eau retournant
à l?atmosphère par évapotranspiration) et du flux entrant (volumes d?eau provenant
des cours d?eau des pays limitrophes). En moyenne (1990-2019), il est de 208 milliards
de m3.
Cependant, une part importante doit être laissée pour la vie des écosystèmes naturels,
en particulier aquatiques. Elle est estimée par l?Organisation des Nations Unies pour
l?alimentation et l?agriculture (FAO) à 97 Mdm3 pour la France hexagonale, soit 46 %
de la ressource annuelle. Le complément, qui se trouve dans les eaux de surface (cours
d?eau, lacs) et dans les nappes d?eau souterraines, correspond à la fraction prélevable
pour les usages humains. Elle est utilisée à des fins domestiques (eau potable) et
économiques (agriculture, industrie, loisirs, refroidissement des centrales électriques).
En France, les prélèvements d?eau douce totalisent environ 31 Mds m3 chaque année.
Plus de 80 % du volume d?eau douce prélevée est puisé dans les eaux de surface
(rivières, lacs, canaux, retenues, etc.), du fait des quantités massives nécessaires au
refroidissement des centrales électriques et à l?alimentation des canaux. Toutefois,
ces dernières sont principalement restituées aux milieux. Si l?on fait abstraction de ces
deux usages, les consommations d?eau douce (eau prélevée et non directement
restituée au milieu naturel, qui ne peut donc être disponible pour une autre utilisation).
mobilisent globalement autant les eaux souterraines que les eaux superficielles (cf.
figure A1, SDES, 2023).
Figure A1 - Répartition des volumes d?eau douce prélevés par usage et par milieu en 2019
73
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Tensions locales en période estivale
Appréciés globalement, les besoins en eau semblent donc couverts. Cependant, la
disponibilité de la ressource dépend du moment de l?année hydrologique (cf. figure
A2, SDES, 2023). Par ailleurs, les plus forts prélèvements d?eau, notamment par
l?agriculture, ont lieu en été lorsque la disponibilité de la ressource est la plus faible,
ce qui peut provoquer localement de fortes tensions ou pénuries temporaires.
Figure A2 ? Répartition par saison hydrologique de l?apport d?eau douce renouvelable (moy. 1990-
2019)
En Mds de m3
Pour identifier les tensions potentielles liées à l?utilisation de l?eau douce, la vision
globale qui précède doit donc être complétée par la prise en compte des limites à
l?échelle locale, en particulier, la quantité d?eau à laisser dans les cours d?eau pour
assurer la vie des écosystèmes aquatiques. Enfin, il faut prendre en compte les
perturbations susceptibles de rendre impropres à l?usage attendu (notamment
sanitaire) les disponibilités quantitatives, les pollutions obligeant en particulier à
fermer certains captages.
Ce type d?analyse tend à montrer la nécessité de réduire les prélèvements d?eau,
notamment en été, et ce d?autant plus que les écoulements estivaux tendent à se
raréfier avec le changement climatique.
L?empreinte . eau /, un indicateur de prélèvement par produit ou filière
L?empreinte eau représente la quantité d?eau qui a été réellement utilisée dans la
fabrication d?un bien ou d?un service. Elle comprend l?eau utilisée pour l?extraction des
matières premières, mais aussi pour le transport ou la manutention.
La décomposition de cette empreinte < eau > retrouve les différents prélèvements et
perturbations évoqués ci-dessus, associés à la terminologies de :
74
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
1 ? L?eau < verte >, qui représente l?eau de pluie absorbée par les plantes,
stockée dans le sol ou évaporée,
2 ? L?eau < bleue >, qui représente l?eau prélevée dans les rivières, lacs ou
nappes,
3 ? L?eau < grise >, qui représente la quantité d?eau qu?il a fallu utiliser pour
diluer les polluants issus de la production du produit, afin de rejeter l?eau dans
la nature.
Ce type de calcul permet d?identifier l?importance relative de la ressource en eau des
différents produits, ou leur contribution à la consommation totale, par exemple : que
l?empreinte eau d?un consommateur français serait de 1786 m3 par an (1996-2005),
majoritairement de l?eau bleue ; que l?essentiel de l?empreinte eau bleue de la
production agricole en France était liée à l?irrigation, dont un tiers au moins pour la
production de maïs?
Les premières statistiques établies ainsi se basaient cependant sur l?eau prélevée
plutôt que sur l?eau consommée et elles ne prenaient pas en compte la disponibilité
de la ressource. Ceci conduit à les compléter par des critères de < stress hydrique >
différenciant les situations selon qu?il n?y a pas de problème de disponibilité en eau là
où elle est prélevée ou, au contraire, que l?eau prélevée va évincer d?autres usages.
75
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Annexe 2 : . Eau potable : des enjeux qui dépassent la tarification progressive /
(Conseil Economique Social et Environnemental, rapport de JM Beauvais et JY
Lautridou, 2023)
Dans le contexte du < plan eau >, qui vise à réduire de 10 % les prélèvements d?eau
d?ici 2030, la Première ministre avait saisi le CESE d?une mission sur < les évolutions
nécessaires pour faire des recommandations sur la tarification progressive de l?eau >.
En préambule de son avis (novembre 2023), le CESE rappelle que les pénuries et
tensions hydriques records de 2022 ont mis au coeur de l?actualité la nécessaire
préservation de notre ressource en eau. Ces manifestations du dérèglement
climatique font peser un risque croissant de conflits d?usage entre l?agriculture, les
ménages et les industries. En conséquence, il souligne que les enjeux
environnementaux actuels dépassent la tarification des services de l?eau potable,
alertant sur la fin d?une eau < bon marché > à court ou moyen terme.
S?agissant plus précisément de la tarification progressive, le CESE a analysé les premiers
enseignements des diverses expérimentations de la tarification progressive de l?eau
instaurées par la loi Brottes, ainsi que les conditions et les freins dans sa mise en
oeuvre. Son état des lieux couvre les différents usages domestiques et non
domestiques.
En premier lieu, il souligne l?insuffisance des données statistiques disponibles. Par
ailleurs, il dresse un bilan mitigé des expérimentations menées (en collectivités aux
caractéristiques variées : Agglomération dunkerquoise, Métropole de Montpellier, Le
Sequestre, Libourne, Muret...). En effet, la mise en oeuvre de la tarification progressive
est complexe en l?absence de compteurs d?eau individuels. Par ailleurs, son efficacité
pour réduire la consommation d?eau n?est pas prouvée même si les actions de
sensibilisation et d?information se révèlent très efficaces. Enfin, cette tarification
progressive peut être injuste notamment pour les familles nombreuses consommant
davantage qu?un ménage-type de 2,2 personnes (qui sert de repère à la définition des
tranches tarifaires par volume consommé).
L?avis est accompagné de 9 préconisations :
? Consolider les données du système d?information?Sispea (Système
d?information sur les services de l?eau et de l?assainissement) pour connaître de
façon détaillée la consommation des abonnés (particuliers, professionnels,
services publics?) et pour tenir compte des différentes parties prenantes dans
la construction des politiques publiques,
? Anticiper l?inéluctable augmentation des tarifs des services de l?eau potable
avec le lancement d?une étude prospective, sous l?égide du Secrétariat général
76
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
à la planification écologique, pour évaluer les impacts économiques, sociaux et
environnementaux de cette hausse,
? Élaborer un simulateur de tarification de l?eau à destination des collectivités
et permettant d?évaluer l?impact des différents modèles de tarification sur
l?équilibre financier de l?autorité organisatrice, sur le budget des
consommateurs, mais également d?estimer la baisse de consommation
attendue,
? Permettre à chaque usager de disposer d?un compteur individuel pour
responsabiliser les consommateurs en incitant à la sobriété (mesures
financières, actions de sensibilisation et d?accompagnement des usagers,
coordination des syndics de copropriétés, services publics de l?eau et de
l?assainissement, opérateurs privés),
? Supprimer la tarification dégressive à l?horizon 2030 en accompagnant -
techniquement et financièrement professionnels ou services publics vers plus
de sobriété pendant la phase de transition,
? Mieux réguler les autorisations de forage en révisant le cadre réglementaire
(consultation écrite pour avis de la collectivité),
? Promouvoir la mise en place d?une tarification saisonnière dans l?ensemble des
communes où l'équilibre entre la ressource et la consommation d'eau est
menacé de façon saisonnière (y compris dans celles sans activité touristique)
comme le permet la loi LEMA de 2006,
? Assurer l?accompagnement social des usagers fragiles, dissocié de la
tarification avec une aide directe des collectivités pour le paiement de la
facture d?eau (sous conditions de ressources, quel que soit le type de
tarification ou la taille de l?organisme chargé de la distribution),
? Déployer des démarches de sobriété au sein des entreprises en complément
des démarches de communications et de sensibilisations prévues dans le plan
eau co-construire des démarches de sobriété et de lutte contre le gaspillage au
sein des entreprises.
77
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Les Agences de l?eau
Un outil essentiel pour l?adaptation au changement climatique
Priorité au grand cycle de l?eau
Avec la loi de 1964, notre pays avait été précurseur dans l?utilisation d?instruments
économiques dans le domaine de la gestion des eaux. Son adoption témoignait déjà
d?une prise de conscience : si jusqu?alors la France avait été considérée comme un pays
riche en eau dans lequel, hormis les périodes de crues, les seuls problèmes étaient de
permettre son utilisation (par la réalisation des réseaux d?eau potable, d?irrigation, de
prises d?eau industrielles, pour la navigation ou l?énergie?), les exigences en matière
de quantité et qualité des eaux devenaient telles que l?on ne pouvait plus considérer
l?eau comme un bien toujours surabondant, ni se reposer sur l?action des
microorganismes des rivières pour pourvoir à l?élimination des déchets.
Pour répondre à ces enjeux, un cadre cohérent fût mis en place, reconnaissant la
nécessité d?organiser l?action et sa gouvernance à un niveau pertinent : celui des
bassins hydrographiques. Les Agences correspondantes se voyaient par ailleurs fixées
des missions à trois niveaux : de l?action technique, de l?action financière et de l?action
économique, à travers la capacité à percevoir des redevances < auprès de toute
personne publique ou privée qui rend nécessaire ou utile l?intervention de l?Agence ou
qui y trouve son intérêt >.
Plus de cinquante ans après, non seulement l?acuité de ces enjeux s?est accrue mais
ceux-ci se sont diversifiés. Ainsi, depuis la loi de 2016 pour la reconquête de la
biodiversité, les Agences de l?eau contribuent maintenant à la connaissance, la
protection et la préservation de la biodiversité terrestre et marine ainsi que du milieu
marin. Surtout, la gestion du grand cycle de l?eau apparait au coeur des problèmes
d?adaptation au changement climatique. Ceci impose à ces agences :
-de s?adapter aux plans technique et organisationnel,
-de déplacer les priorités de leurs interventions dans le but d?articuler ces
nouvelles missions avec celles qui étaient historiquement les leurs,
-de refonder leur modèle économique et financier.
En particulier, le changement climatique fait anticiper des pressions, risques et
déséquilibres majeurs pour la gestion des ressources en eau. En conséquence, la
question de de l?adaptation au changement climatique se pose avec une acuité
particulière en ce domaine car de nombreux impacts dommageables du changement
climatique résultent de la manière dont l?élévation des températures se combinera
avec des modifications des régimes de précipitations. Les impacts associés prévisibles
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
sont les pertes de végétation, l?érosion des sols et la fréquence accrue des évènements
extrêmes (sécheresses, inondations, submersions marines).
Le changement climatique renforce les tensions sur les ressources en eau et affectera
à terme l?ensemble des écosystèmes, des territoires et des acteurs. Avec
l?augmentation des températures, la baisse des précipitations en été et la diminution
de l?enneigement, les débits moyens des cours d?eau pourraient être réduits de 10% à
40% d?ici un demi-siècle selon les simulations, et plus encore en période de basses eaux
(étiage). La recharge des eaux souterraines sera également impactée et les milieux
aquatiques seront rendus particulièrement vulnérables. Avec une disponibilité de la
ressource réduite et plus aléatoire, la satisfaction des usages de l?eau pourrait être
compromise, avec des conséquences majeures pour les activités qui en dépendent
(alimentation en eau potable, prioritaire, production électrique, irrigation,
navigation?) et pour le fonctionnement des sociétés humaines.
Ce nouveau contexte pousse les Agences de l?eau (AE) à investir désormais moins à
l?échelle du < petit cycle > des réseaux et des infrastructures de distribution, où des
besoins demeurent cependant, qu?à l?échelle du < grand cycle >, déterminant la
qualité et la quantité de la ressource générée naturellement par l?écosystème. Déjà,
les programmes d?intervention des AE adoptés pour la période 2019-2024 (11°
programmes) concentrent d?importants enjeux en termes de biodiversité et de qualité
de l?eau : préservation des milieux aquatiques et des zones humides, limitation des
risques d?inondation, adaptation au changement climatique et promotion d?une
nouvelle approche de la gestion des eaux pluviales (sensibilisation des agents
impliqués dans l?urbanisme, financement de travaux de désimperméabilisation des
sols ou de techniques alternatives au < tout tuyau >). Mais il ne s?agit pas seulement
d?un redéploiement à opérer vers le < grand cycle > : il faut anticiper que, plus
généralement, les enjeux de la politique de l?eau vont changer d?échelle et de nature
quant à leur relation avec la biodiversité, la protection des écosystèmes contribuant
à l?état de la ressource en eau, et l?efficacité de la gestion de l?eau à celui de la
biodiversité.
Enjeux pour la mission et les instruments des Agences
L?implication des AE au niveau du grand cycle n?est pas nouvelle dans son principe.
Elle avait été posée dès la loi de 1964, qui leur confiait comme mission : d?agir au niveau
technique, financier et économique, afin de mieux coordonner et orienter les actions
des agents économiques affectant chaque système hydrologique, prendre en compte
les externalités de l?amont à l?aval et permettre la réalisation d?actions communes.
Relève de cette dernière, la participation, privilégiée antérieurement, au financement
des coûts fixes associés à la production de certains services, tels que les équipements
lourds de traitement par exemple, même si ceux-ci sont affectables à un seul type
d?utilisateurs. En relève, a fortiori, la fourniture des biens publics associés à la
préservation de la ressource et la biodiversité.
79
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Toutefois, ceci nécessite de nouvelles méthodologies d?évaluation. En effet,
l?évaluation de la capacité d?un écosystème à stocker de l?eau et la valeur ainsi créée,
en termes de ressource ou de qualité, en incluant tous les co-bénéfices, est plus
complexe que pour une simple retenue15.
Les instruments pour la mise en oeuvre des politiques sont aussi différents16 :
subventions directes à l?investissement ou à leurs résultats pour les interventions
traditionnelles ; paiements pour services environnementaux et achat d?obligations
réelles environnementales pour la protection des écosystèmes.
Côté redevances, la possibilité d?une tarification économique incitative à tous les
niveaux pertinents du cycle de l?eau et des bassins hydrographiques faisait partie de
la conception originelle des AE. Mais, en pratique, l?action financière avait prédominé,
par rapport à l?orientation des prélèvements par l?incitation et à l?action sur les
territoires les plus amont du réseau hydrographique des bassins. Un rééquilibrage a
été engagé suite aux Assises de l?eau, des travaux ayant été conduits par les Agences
et la Direction de l?eau et de la biodiversité pour réviser les redevances pour pollution
domestique et modernisation des réseaux de collecte ainsi que le système des primes
épuratoires. En revanche, les pistes d?évolution des redevances en lien avec les
atteintes à la biodiversité n?ont pas encore été explorées : comment mieux orienter
l?ampleur ou la temporalité des prélèvements ? Comment réduire des pollutions
diffuses nécessitant de coûteuses dépenses de remise en conformité par la collectivité
?
Enfin, ce nouveau contexte renforce, comme on l?a vu, les interactions entre les
acteurs de la politique de l?eau. A cet égard, il convient de noter que :
-chacun a en charge la mise en oeuvre d?un type particulier d?instrument, par
exemple, tarification et investissement public pour les AE, autorisations de
prélèvements ou rejets pour la police de l?eau ;
-et où les Agences n?ont pas la compétence directe pour un service particulier,
qu?il s?agisse d?eau potable et assainissement, mais aussi de GEMAPI.
Dans ces conditions, l?action des AE demeure toujours complémentaire de celle des
autres acteurs de la politique de l?eau, mais avec des enjeux de cohérence
tendanciellement plus aigus. A cet égard, l?accroissement des épisodes de rareté
oblige notamment à bien articuler la tarification des prélèvements et les outils de
limitation de ceux-ci si l?on veut : orienter efficacement les choix déterminant ceux-ci
15 cf. « Les choix économiques dans l?entreprise et l?administration », Dupuy JP. et H. Lévy-Lambert, tome 2,
Dunod, 1973
16 cf. Bureau D, JC Bureau et K.Schubert, « Face à l?érosion de la biodiversité : quelle réponse économique », CAE,
2020
80
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
à long-terme ; et assurer que la ressource disponible soit utilisée par ceux pour lesquels
elle a le plus de valeur dans les situations de tension. Mais ce problème de bonne
articulation des instruments économiques, de planification et réglementaires, est
général. Il se pose aussi pour les interventions visant la protection des écosystèmes,
par exemple par rapport aux mécanismes de compensation de la séquence < éviter-
réduire-compenser > ou à l?évolution des aides de la politique agricole commune.
En résumé, si la mission des AE, la typologie économique de leurs actions et le cadre
économique des politiques qu?elles mettent en oeuvre n?apparaissent pas
bouleversées, en revanche, le nouveau contexte décrit ci-dessus en bouleverse le
contenu.
Un recours accru aux tarifications incitatives, désormais incontournable
L?article 213-10 du Code de l?environnement, qui reprend les principes de prévention
et réparation des articles 3 et 4 de la Charte de l?environnement, pointe explicitement
des redevances sur : la pollution de l?eau, les pollutions diffuses, les prélèvements sur
la ressource, le stockage en période d?étiage, les obstacles sur les cours d?eau et pour
protection du milieu aquatique.
Il invite à un réexamen systématique des redevances existantes et plus
particulièrement à un recours accru aux instruments économiques incitatifs <
responsabilisateurs >. A cet égard, les actions 4 et 8 des Assises de l?eau
recommandent, comme vu ci-dessus, la mise en place de tarifications incitatives et de
favoriser les économies d?eau dans le secteur agricole et industriel.
En effet, les demandes pour la ressource n?intègrent pas aujourd?hui son caractère
limité à certaines périodes et le risque de raréfaction avec les changements
climatiques. Par ailleurs, certains usages, aujourd?hui perturbateurs, ne sont que peu
tarifés, comme les usages récréatifs, par exemple. Enfin, la prise en compte des enjeux
nouveaux conduit à réévaluer les dommages associés à certaines pollutions et, par
conséquent, le niveau souhaitable de certaines redevances existantes.
Différentes pistes pour de nouvelles redevances ou l?évolution des redevances
existantes ont été avancées dans cette perspective,
-inciter à réduire les pollutions (harmonisation de la taxation de l?azote
organique et minéral, assiette de la redevance élevage pour cibler la pollution
issue de l?azote organique quel qu?il soit, redevance pour pollution diffuse?),
-mieux gérer les épisodes de raretés (redevance pour irrigation, pour
perturbations sur la ressource)
81
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
-agir sur les perturbations du fonctionnement hydrologique (obstacles,
imperméabilisation)
Le développement de tels instruments pour une bonne responsabilisation des acteurs
est essentiel car on ne peut imaginer prendre en charge des besoins de restauration
tendanciellement croissants sans mettre en place les instruments de prévention
appropriés pour en limiter l?ampleur. Surtout, les pistes proposées ci-dessus reflètent
bien les priorités de la politique de l?eau mises en exergue par l?étude de l?AEE (cf
tableau 1).
Tableau 1 : défis actuels pour la politique de l?eau (source AEE)
Dans cette perspective, la tarification économique des prélèvements et des pollutions
est à renforcer, celle des pressions hydromorphologiques est à construire.
Aux questions précédentes sur les nouvelles redevances incitatives, s?en ajoutent donc
d?autres à ce propos : comment financer les nouvelles actions des AE? Les tarifications
82
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
incitatives peuvent-elles y apporter une contribution ? Quels nouveaux payeurs
envisager si le recours à la redevance eau domestique apparait inacceptable ? Peut-
on imaginer une assiette qui leur soit directement affectée, à l?instar de ce qui avait
fait pour la modernisation des réseaux de collecte ?
Quels instruments de financement pour les interventions visant le grand cycle de
l?eau ?
La référence théorique pour concevoir les redevances des agences de l?eau est celle
de la tarification des opérateurs publics soumis à contrainte budgétaire, en l?espèce
de disposer des financements pour réaliser leurs programmes. La formule de base,
valant pour toutes les redevances, pour usage, prélèvement ou pollution de la
ressource en eau est de type < Ramsey-Boiteux >*:
-chaque redevance doit assurer, en premier lieu, que le prix final de chaque
service fourni reflète les coûts sociaux associés. Ceci justifie de tarifer les usages et
prélèvements à hauteur du coût d?opportunité économique de rareté de la ressource,
notamment au moment des épisodes où celle-ci se trouve en tension ; et les pollutions
à hauteur des coûts de restauration et dommages résiduels en résultant (principe
pollueur-payeur). Le rôle d?orientation du signal-prix est donc premier.
-si cette tarification ne permet pas de financer les programmes d?interventions
des AE, des mark-up doivent être appliqués sur ces redevances de base, dont l?ampleur
dépend de trois éléments.
Le premier vaut également pour toutes les redevances. Il traduit l?ampleur du déficit
à financer. Celui-ci dépend des revenus générés par la tarification incitative et, en
amont, de l?ampleur des programmes. Leur champ est ici pris comme une donnée
mais, comme dans tout système de taxes affectées, il nécessite une définition
préalable, tenant compte des avantages et inconvénients de ce type de gestion : d?un
côté, une gestion au niveau pertinent en termes technico-économiques, celui des
bassins, la capacité à disposer de ressources pour de l?investissement ou de l?entretien
relevant intrinsèquement d?une gestion pluriannuelle avec une vision de long-terme,
et l?équité du financement d?un bien public local par les bénéficiaires du service ; de
l?autre, les risques de moindre maitrise de la dépense si les dépenses sont
insuffisamment évaluées.
Le second est spécifique à chaque redevance. Il s?agit de l?élasticité-prix du service
considéré. En effet, l?inverse de ce paramètre détermine l?acuité du dilemme entre
disposer de ressources financières et les conséquences de prix élevés en termes de
renoncement à certains usages. A cet égard, les < bonnes > redevances de rendement
visent les biens plus inélastiques ou cherchent à élargir les bases pour limiter les taux
et donc les distorsions (principe de neutralité) ; sauf cas particulier de dépenses
83
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
intégralement affectables à un usage particulier (cf.réseaux de collecte), qu?il n?y a pas
de raison de faire subventionner par d?autres.
Enfin, les considérations plus générales d?équité et d?acceptabilité sont à prendre en
compte. Ainsi, certaines redevances pollution pourraient devoir être établies à un
niveau réduit, s?il s?agit de bien essentiel pour les ménages ou si la compétitivité des
industries concernées se trouvait affectée dramatiquement. Cependant, dans ce type
de cas, une restitution forfaitaire (par exemple, en fonction du revenu pour les
ménages, ou à l?hectare pour les agriculteurs) peut permettre de concilier
responsabilisation et équité ou compétitivité.
Si l?on applique cela aux redevances des AE, il apparait un système historiquement
proche de la dichotomie incitations-rendement, grâce à la possibilité de recourir
largement à la redevance eau domestique, dans un contexte dominé par les logiques
de financement.
Les évolutions esquissées ci-dessus suggèrent alors :
-un rôle important à jouer pour les redevances incitatives. Mais il ne faut pas en
attendre trop de rendement, soit parce qu?on peut justement en escompter de fortes
modifications de comportement, soit parce que les enjeux distributifs ou de
compétitivité à prendre en compte nécessiteront des mesures d?accompagnement ou
restitution substantielles,
-la taxe d?aménagement se situerait probablement en situation intermédiaire
avec des enjeux comportementaux significatifs, sans pour autant que toute
artificialisation (brute) ne disparaisse. En affecter la recette aux AE ferait sens eu égard
à leur mission élargie. Mais une telle contribution permettra probablement de ne
couvrir qu?une fraction des besoins nouveaux,
-le champ des bénéficiaires des nouvelles actions est potentiellement large, au
sein du cycle de l?eau mais aussi éventuellement au-delà, avec des bénéfices sont
souvent indirects. En effet, un enjeu essentiel est d?assurer les fonctionnalités des
écosystèmes (leur auto-entretien), déterminantes pour leur capacité à fournir ensuite
des services écosystèmiques. Toute la gestion de l?eau en est ainsi bénéficiaire. Dans
ces conditions, l?identification de bénéficiaires directs d?un service rendu biodiversité
qui pourrait faire l?objet d?une redevance de rendement ciblée au sein de la gestion
de l?eau n?est pas immédiate. Les assiettes envisageables se situent du côté des sols ou
du foncier, qui bénéficient en effet de ces actions et en capitalisent la valeur < à la
Henry George >, par exemple la moindre exposition au risque inondations.
Souvent, les projets correspondants sont aussi porteurs de co-bénéfices. Par exemple,
la protection d?une prairie ou d?une zone humide permet du stockage du carbone et
contribue à la préservation de populations ou habitats d?espèces continentales. Selon
les cas, cela peut permettre d?envisager des cofinancements (ex. puits de carbone par
84
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
les instruments de la politique climatiques) ou, au contraire, les rend difficiles s?il s?agit
de bénéfices diffus. A cet égard, un sujet important est la construction de la politique
de conservation des < aires protégées >,
-dans la mesure où l?ensemble du cycle de l?eau bénéficie des nouvelles
actions, faire dépendre le financement du besoin résiduel des seuls usagers
domestiques semble difficilement acceptable. Une assiette plus large incluant tous les
usagers pour le financement de l?accroissement des dépenses apparait ainsi
souhaitable.
85
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Couverture et gestion des risques . Cat Nat /
Les mécanismes d?assurance sous tension
1- Dans beaucoup de cas, les impacts économiques dommageables du changement
climatique consistent en un renforcement d?aléas auxquels sont exposés certains
agents, en termes de fréquence ou d?ampleur, directement ou indirectement du fait
des impacts sur les écosystèmes : impacts sur la ressource en eau et la production
agricole ; impacts sur les villes et les infrastructures du fait des crues ou des risques de
submersion côtière ; des incendies et sécheresses ; impacts sanitaires liés aux vagues
de chaleurs ou aux maladies infectieuses. On ne peut donc (cf. schéma ci-dessous)
construire les politiques climatiques en raisonnant par rapport à des dommages
déterministes mais, de plus, ni même seulement par rapport au déplacement des
moyennes pour ces différents risques. En effet, il faut intégrer la perspective de
distributions aussi plus risquées, ce qui oblige à s?intéresser aux conditions dans
lesquelles ces risques sont -et pourront être à l?avenir- gérés.
En particulier, certains de ces risques font l?objet de mécanismes d?indemnisation, qui
se trouvent donc en première ligne dans le nouveau contexte climatique, notamment
l?assurance-récolte et calamités agricoles et l?assurance catastrophes naturelles, mais
aussi les systèmes de santé et potentiellement les régimes d?assurance-construction.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
La manière dont l?accroissement de ces risques sera transmis ou non dans les primes
est enjeu important pour l?évaluation des risques de transition macroéconomiques.
Surtout, le changement climatique révèle la fragilité des mécanismes existants et est
ainsi porteur de risques plus essentiels, pouvant aller jusqu?à la remise en cause de
l?assurabilité, par exemple des risques de submersion dans les zones côtières (cf. cas
de la Floride), dès lors que l?évolution des sinistralités deviendrait trop incertaine.
Dans ces conditions, l?ampleur des risques physiques liés au changement climatique
dépendra des capacités qui seront mises en place pour les gérer dans ce nouveau
contexte, et les assurer pour que les plus vulnérables demeurent protégés. Pour cela,
il importe, de manière générale, d?inciter à souscrire des dispositifs assurantiels
adaptés, afin de réduire les aides ex post versées par les pouvoirs publics et réserver
ainsi le recours à la solidarité nationale en cas d?évènement climatique exceptionnel.
L?assurance des catastrophes naturelles
2-Dans notre pays, le régime d?indemnisation des catastrophes naturelles dit
< CatNat > a été créé par la loi du 13 juillet 1982, suite à une multiplication des aides
et compensations définies ex post, dans le but de rationaliser ces interventions tout
en préservant le principe de la solidarité nationale. L?assurance catastrophe naturelle
est une extension de garantie obligatoire des contrats d?assurance de dommages (en
particulier les assurances multirisque habitation, entreprise et agricole, risques
automobile, local professionnel?), qui donne lieu au paiement d'une surprime
uniforme sur l'ensemble du territoire, dont le taux est fixé par l'Etat (12% de la prime
afférente aux garanties dommages pour le contrat de base, par exemple, dans le cas
des assurances multirisque habitation).
La garantie prend en charge (article L. 125-1 du Code des Assurances) les < dommages
matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l?intensité
anormale d?un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir
ces dommages n?ont pu empêcher leur survenance ou n?ont pu être prises >, donc :
inondations et coulées de boue, sécheresse et mouvements de terrain, cyclones,
séismes?
Ce dispositif assure une couverture des évènements extrêmes qui est généralement
jugée exceptionnelle, y compris en Europe, mais auquel il est fait le reproche récurrent
de privilégier la solidarité à la prévention car la prime est non modulée en fonction de
l?exposition au risque, de ne pas inciter à la prévention, et notamment pas à
l?installation dans des zones moins exposées. A cet égard, si la réforme de décembre
2021 permet de simplifier et rendre plus transparentes les procédures
d?indemnisation, elle n?anticipe pas les besoins d?adaptation en termes d?évolution
des primes et les besoins de prévention résultant du nouveau contexte climatique et
du fait que l?augmentation du coût des catastrophes naturelles ces dernières
décennies est en grande partie due à l?urbanisation en zones exposées.
87
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
3- De nombreuses pistes de réforme envisagées suite à la tempête Xynthia demeurent
d?actualité. Le projet législatif de 2012, qui abordait notamment l?indemnisation des
retraits et gonflements des argiles, devra ainsi être remis sur le métier. Plus
généralement, le rapport du CAE de 2013 esquissait une approche complète
suggérant, en plus :
- de moduler dans une amplitude définie et limitée la prime catastrophes
naturelles en fonction de l?exposition au risque et des mesures de prévention
effectuées,
- d?exclure de l?indemnisation des retraits et gonflements des argiles les
dommages esthétiques et les dommages relevant de la responsabilité
décennale du constructeur,
- de donner valeur légale au zonage retraits et gonflements des argiles et
recommander une étude de sol dans les zones exposées suivant les modalités
prescrites
- pour éviter les pertes répétées dans les zones exposées, restreindre le bénéfice
de la garantie pour certains biens situés en zone inconstructible, en tenant
compte des particularités de l?outre-mer,
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
4- Sur le sujet central que constitue < l?aléa moral > associé aux choix d?installation
dans les zones exposées, les travaux menés alors17 suggèrent que coupler une
assurance catastrophes naturelles sans différenciation tarifaire avec des zones rouges
d?interdiction de construire est un bon second-rang pour limiter l?urbanisation en
zones exposées, si ces zones rouges ont l?extension appropriée.
Mais il faut donc prendre en compte les impacts du changement climatique et de la
pression démographique dans la définition des zones rouges au niveau des PPRN. En
particulier, une fréquence ou une intensité de risque plus élevées doivent conduire à
une extension de la zone rouge.
17 confirmés par les travaux plus récents de C.Grislain-Letrémy, dont sont tirés les illustrations.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Réforme des assurances agricoles
et changement climatique
À la suite des Assises de l?eau, le : Varenne agricole de l?eau et de l?adaptation au
changement climatique < a associé l?ensemble des parties-prenantes (agriculteurs, ONG,
élus, services de l?État et opérateurs?) pour identifier les solutions permettant
l?adaptation et la protection des agriculteurs à l?évolution du climat. La réforme des
mécanismes de couverture des aléas climatiques en constitue un enjeu majeur, à intégrer
cependant dans une stratégie globale d?adaptation de ce secteur18.
Le premier axe du Varenne de l?eau (< Se doter d?outils d?anticipation et de protection
de l?agriculture dans le cadre de la politique globale de gestion des aléas climatiques >)
part du constat que les évènements climatiques affectant l?agriculture étant appelés
à se multiplier dans les prochaines années et plus violents (cf. tableau 1), les
mécanismes actuels de couverture des risques agricoles doivent évoluer.
Tableau 1. Eléments de contexte (source BRGM, 2019)
En effet, le taux de diffusion de l?assurance est faible : 18 % seulement des
exploitations couvertes par une assurance multi-risques climatiques, avec de grandes
disparités suivant les filières, 3 % seulement en arboriculture par exemple. Dans le
même temps, l?exclusion de cultures du régime des calamités agricoles laisse sans
réponse certaines filières en cas d?évènement climatique majeur. Plus généralement,
l?articulation entre l?assurance multirisques climatiques d?un côté, et le régime des
calamités agricoles de l?autre n?est pas satisfaisante. En particulier, les soutiens de
crise ex-post de l?Etat constituent un frein à la diffusion des programmes d?assurance-
récolte.
18 Cette note s?appuie sur la discussion au sein de la CEDD le 17.1.2022, suite à l?exposé d?A.Thomas (Inrae).
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Le projet de loi, déposé fin 2021, portant < réforme des outils de gestion des risques
climatiques en agriculture > vise à établir un régime < universel >, auquel tout
agriculteur aura accès. Son architecture est fondée sur la catégorisation économique
des risques climatiques auxquels est exposée l?agriculture, qui distingue : les risques
normaux, que peut gérer l?exploitant agricole ; les risques intermédiaires, que peut
mutualiser le marché de l?assurance ; et les risques catastrophiques, difficilement
probabilisables et non mutualisables, nécessitant de ce fait l?intervention de l?Etat.
Au deuxième niveau, l?assurance multirisque climatique serait subventionnée par l?Etat
pour inciter les agriculteurs à s?assurer. Simultanément, les modalités d?indemnisation
des agriculteurs par le Fonds national de gestion des risques en agriculture, intervenant
en relais en cas de pertes exceptionnelles de récoltes et de cultures, seraient
différenciées, selon que celles-ci font ou non l?objet d?un contrat d?assurance.
Outre qu?elle comble les angles morts des dispositifs actuels et organise la
complémentarité des niveaux d?intervention, la réforme prend en compte la nécessité
d?un taux de diffusion suffisant de l?assurance. Surtout, elle déplace le soutien public,
du soutien de crise (ex post) vers celui (ex ante) à l?assurance. En effet, aider un secteur
suite à un sinistre ne lui donne pas les bonnes incitations pour s?adapter. Le soutien à
l?assurance est donc préférable, et plus à même aussi d?intégrer la diversité des
situations des agriculteurs.
Sous réserve des modalités qui restent à définir, cette réforme a donc de solides
fondements sur le plan économique. Elle permettra de mieux assurer la couverture
des agriculteurs aux risques climatiques dans un contexte où ceux-ci sont appelés à
s?accroitre du fait du changement climatique.
Pour autant, l?assurance ne peut gérer que l?aléa mutualisable, alors que les aléas
agricoles sont souvent sytémiques. Par alleurs, le bon équilibre recherché entre
assurance et solidarité ne sera pérenne que si le risque affecté à l?assurance peut
effectivement en relever, et aucune réforme de l?assurance ne peut permettre
d?empécher la dévalorisation d?actifs devenus inadaptés dans le nouveau contexte
résultant du changement climatique.
En d?autres termes, la réforme des outils de couverture des évènements climatiques
en agriculture n?est qu?un volet de son adaptation au changement climatique. L?essor
des deux autres axes du Varenne agricole de l?eau sont donc tout aussi importants :
-Renforcer la résilience de l?agriculture dans une approche globale en agissant
notamment sur les sols, les variétés, les pratiques culturales et d?élevage, les
infrastructures agroécologiques et l?efficience de l?eau d?irrigation.
-Accéder à une vision partagée et raisonnée de l?accès aux ressources en eau
mobilisables, dans le respect des équilibres et milieux naturels pour l?agriculture
sur le long terme.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
En effet, le changement climatique va imposer une nouvelle < révolution industrielle >
de notre agriculture, qu?il convient d?accompagner, mais qui doit être anticipée car
l?agriculture est l?un des secteurs le plus directement affecté. Les enjeux d?adaptation
y sont donc particulièrement aigus. En l?espèce, celle-ci devra combiner des
modifications de pratiques agricoles, par exemple en modifiant les dates de semis ou
les variétés utilisées, et des changements de productions. De plus, les actions
individuelles d?adaptation nécessiteront une action publique en appui, pour assurer la
cohérence avec les politiques de gestion de l?eau et d?occupation des sols, mais aussi
parce que certaines transitions seront difficiles à conduire uniquement à un niveau
individuel, comme la création de nouvelles filières.
Dans cette perspective, les questions liées à la ressource en eau cristallisent les
controverses, avec d?un côté la question de la contribution que devraient apporter les
agriculteurs au financement de projets impactant l?environnement dont ils sont seuls
bénéficiaires, de l?autre des interrogations sur la viabilité des orientations alternatives
qui sont proposées. Ces sujets doivent être abordés de front, en dépassant la seule
confrontation des opinions (< adaptation > vs < maladaptation > ; < retenues > vs
< agroécologie >). L?évaluation socio-économique des différentes options, pour la
collectivité, est un instrument irremplaçable pour éclairer ce type de question.
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION amment sur le
cycle de l?eau.
Source : Von Schuckman et al. 2015, d?après G.Le Cozannet
13 Ce chapitre s?appuie sur la présentation de C.Nauges et A.Reynaud (TSE et Inrae)
64
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
En résultent les augmentations prévisibles des évènements extrêmes et une moindre
disponibilité des ressources en eau douce. En France métropolitaine, la ressource en
eau renouvelable (c?est-à-dire l?eau fournie par les précipitations qui ne retourne pas
à l?atmosphère par évapotranspiration et celle en provenance des cours d?eau entrant
sur le territoire, cf. Annexe 1) a ainsi baissé de 14 %, en moyenne annuelle, entre les
périodes 1990-2001 et 2002-2018 selon une étude récente (SDES, 2022).
Cette situation s?explique principalement par : l?évapotranspiration - l?évaporation ou
la transpiration des végétaux - qui, sous l?effet de la hausse des températures,
augmente à toutes les saisons, en particulier au printemps ; la variabilité des
précipitations, et notamment leur réduction en automne sur près de la moitié du
territoire, diminuant le volume d?eau des nappes souterraines qui contribuent à
alimenter les cours d?eau en été.
Ainsi, le changement climatique modifie profondément la disponibilité de la ressource
en eau dans notre pays avec (cf. DRIAS-Eau,2023) : une tendance à la diminution des
précipitations en été qui va s?ajouter à l?accroissement de l?évaporation sous l?effet du
réchauffement climatique; un manteau neigeux moins important en montagne et sa
fonte plus précoce.
De plus, en période de sécheresse, le déséquilibre entre l?offre et la demande se trouve
exacerbé parce que les deux côtés sont très négativement corrélés. En conséquence,
nous devons nous préparer, outre à des pluies extrêmes plus intenses, à une
intensification de l?assèchement des sols et à la multiplication des sécheresses qui,
déjà deux fois plus fréquentes qu?en 1960 au niveau national, vont encore se multiplier.
Cette perspective constitue un enjeu essentiel pour l?élaboration des schémas
directeurs d?aménagement et de gestion des eaux (Sdage), dont la vocation est
justement d?anticiper les conflits possibles sur la ressource et préserver les milieux.
S?appuyant sur un état des lieux de chaque bassin réalisé tous les six ans, chaque Sdage
aborde ainsi le sujet de la gestion des prélèvements d?eau pour le maintien ou la
reconquête du bon état des cours d?eau et des eaux souterraines, ainsi que pour la
préservation des écosystèmes qui leur sont liés.
Par ailleurs, quand une sécheresse survient, les préfets déclenchent des restrictions
d?eau temporaires pour préserver les usages prioritaires. Sur la période 2012-2020, de
telles mesures ont été fréquentes dans l?Ouest et le Sud-Ouest, soulignant la fragilité
de ces territoires au regard de la disponibilité de l?eau (cf. carte).
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Carte. Fréquence des épisodes annuels de restriction de niveau . crise / des usages de l?eau superficielle
d?une durée de plus d?un mois, sur la période 2012-2020
Sources : ministère en charge de l?Écologie ; ministère en charge de l?Agriculture, 2021. Traitements : SDES,
2021
Alors que, par le passé, ces situations demeuraient rares ou localisées dans le temps
et l?espace (certaines nappes ou étiages), et avaient pu être résolus par ces
mécanismes réglementaires de partage et rationnement de l?eau, ou des
investissements, notamment de stockage, plus de 30 % du territoire a été concerné
chaque année par des restrictions d?usages de l?eau sur la période récente (2017-2020).
Désormais, la gestion quantitative de l?eau va donc être confrontée à des problèmes
beaucoup plus délicats, notamment pour arbitrer entre les différents usages (eau
potable, irrigation, refroidissement des équipements de production électrique, autres
prélèvements?). La grande sécheresse de 2022, qui a touché de manière extrême les
Pyrénées orientales, en fournit l?illustration.
A cet égard, la simplicité des mesures de rationnement a pour contrepartie
l?inefficacité de l?allocation de la ressource, rien n?assurant que ceux qui en bénéficient
dans les épisodes de rareté sont ceux pour lesquels elle a le plus de valeur sociale. Le
souci d?efficacité de la gestion de l?eau face à l?évolution du climat conduit ainsi à se
tourner vers une mobilisation accrue du signal-prix, pour en assurer l?allocation lors
des épisodes de rareté.
Au-delà, ce nouveau contexte conduit à rechercher de nouveaux mécanismes de
régulation, notamment incitatifs, pour orienter les choix d?investissements et
comportements des différents utilisateurs à la fois en situation de crise, mais aussi
d?orientation à long-terme de la demande.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Bien commun et vérité des prix
Le rôle de la tarification pour modérer l?usage de l?eau dans un contexte où ménages,
industriels et agriculteurs continuent de surconsommer a été le sujet du discours de
J.Tirole à la Séance solennelle de rentrée des cinq académies, le 24 octobre 2023.
L?encadré ci-dessous en reprend les principaux messages (tels que repris dans
Challenges, le 21 novembre 2023).
: L?eau, Bien Commun <, extraits
Source de vie, l'eau figure parmi les biens les plus inestimables et essentiels de notre
planète. Doit-on en conclure qu'elle est un "bien commun de l'humanité"? Les biens
communs n'émanent point d'une création humaine. Ils sont inhérents au patrimoine
universel. Ils engendrent une rivalité d'usage lorsque leur disponibilité se réduit. Cette
rareté se manifeste de manière prépondérante lorsque le dit bien répond à des
nécessités vitales, telles que l'alimentation et l'hygiène en ce qui concerne l'eau douce.
Par conséquent, nous pouvons définir un bien commun comme un bien rare qui comble
un besoin vital. Or la gratuité ou quasi-gratuité d'une ressource rare encourage la
surconsommation: il s'agit du problème du passager clandestin, ou encore de la tragédie
des biens communs. Personne ne possède de droits de propriété sur cette ressource,
donc tout le monde la réclame.
Malheureusement, confrontés au défi de la rareté, nos pratiques relatives à l'eau se
révèlent fréquemment défaillantes. D'une part, l'orientation court-termiste liée au cycle
électoral réduit les investissements publics indispensables, contribuant ainsi à aggraver
la pénurie. En France, les collectivités territoriales et l'Etat investissent peu dans
l'entretien des infrastructures. Les pertes cumulées au sein des services
d'approvisionnement en eau potable s'élèvent à environ 30%, avec des disparités
marquées d'un service à l'autre. La France est également en retard en ce qui concerne la
réutilisation des eaux usées traitées.
D'autre part, les exemples de surconsommation d'eau par les ménages et le secteur
privé, résultant d'une tarification insuffisante de cette ressource, sont légion. Ceci n'est
pas nouveau. Avant la généralisation des compteurs individuels, nous étions tous
familiers avec la déresponsabilisation des citadins, dont la consommation d'eau était
mutualisée au sein de la copropriété générale.
Aujourd'hui, la déresponsabilisation concerne principalement les plus gros
consommateurs d'eau, à savoir les agriculteurs. Tout d'abord, ils ont parfois la possibilité
de prélever directement dans les nappes phréatiques, les cours d'eau ou les retenues, ce
qui revient à privatiser le bien commun sans contrepartie pour la collectivité. Les
67
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
opposants les plus éclairés aux mégabassines pointent du doigt l'appropriation de cette
ressource rare par certains exploitants, parfois assortie de subventions. En outre, la sous-
tarification, voire l'absence totale de tarification de la ressource, fait que les agriculteurs
n'ont que peu d'incitations à se tourner vers des cultures moins consommatrices en eau
ou à optimiser leur utilisation de celle-ci.
Pourquoi éprouvons-nous tant de difficultés à inciter les acteurs à davantage de
responsabilité? Malgré une prise de conscience collective quant à la nécessité de
l'agroécologie, les politiques publiques relatives à l'eau, comme celles visant à lutter
contre le réchauffement climatique, se heurtent à des problèmes de perception et
d'acceptation. Une grande partie de nos concitoyens s'oppose à la tarification de l'eau
en fonction de sa rareté.
Cette politique est souvent perçue comme "punitive", pour reprendre une formule très
en vogue en matière de fiscalité écologique. Etrangement, les subventions trouvent
davantage de faveurs, bien que, en fin de compte, une subvention équivaut à une taxe,
car elle nécessite un financement (lui plus ou moins transparent).
Pourtant, une telle tarification, accompagnée de mesures sociales visant à garantir que
les plus démunis aient accès à l'eau pour leurs besoins essentiels, contraindrait les acteurs
à modérer leur usage. Elle guiderait aussi leurs investissements, à la fois en termes
d'emplacement (où construire de nouvelles mégafactories de batteries pour voitures
électriques ou des usines de processeurs, deux activités industrielles très
consommatrices en eau?) et en termes de nature (dans quelles cultures et élevages
devons-nous investir en fonction de la région? Faut-il réorienter une communauté vers le
tourisme?).
Enfin, associée à une politique industrielle bien pensée, la tarification encouragerait
l'innovation: fermes verticales, dessalement, recyclage et potabilisation des eaux usées,
agriculture de précision, développement de variétés résistantes à la sécheresse, etc.
Il ne faut pas oublier que le mécanisme de prix sur un marché est précisément conçu
pour gérer la rareté. Ne laissons pas le manque de courage politique aggraver une pénurie
qui pourrait être évitée?
2-Tarification de l?eau et gestion de la ressource
La Directive 2000/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000,
appelée communément ?Directive-cadre sur l?eau?, transposée en droit français en
2004, établit le principe de récupération des coûts des services d?eau, y compris des
coûts environnementaux.
Les coûts de l?eau correspondants, à répercuter sur la facture du ménage en fonction
du volume de consommation, comprennent donc: le coût du service de distribution
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
d?eau potable (pompage, traitement, acheminement jusqu?au robinet) ; le coût du
service de collecte et traitement des eaux usées ; les coûts de fonctionnement des
services (incluant dépenses en énergie, produits chimiques, personnel ... & coûts de
maintenance de l?ensemble des infrastructures) ; et les coûts indirects pour les autres
usagers et pour l?environnement, du fait des impacts via le prélèvement dans la
ressource en eau ou via la dégradation de sa qualité après usage.
Le principe d?efficacité économique sous-jacent est que, lorsque les consommateurs
font face à un prix qui correspond au coût réel de mise à disposition de la ressource,
l?allocation qui en résulte est optimale dans le sens où on atteint un point d?équilibre
entre offre et demande en eau, et que l?eau est distribuée aux usagers en fonction de
leur valorisation de la ressource. On parle de signal prix et d?efficacité économique.
Mais, pour jouer ce rôle de signal sur la valeur de la ressource, le prix de l?eau doit varier
dans le temps et dans l?espace en fonction des pressions exercées sur la ressource. Le
prix des droits d?eau dans le bassin du Murray Darling en Australie illustre comment ce
prix d?équilibre entre acheteurs et vendeurs varie en fonction de la rareté de la
ressource (cf. figure ci-dessous). Pour mettre en oeuvre cette approche dans le
contexte du changement climatique, il est donc crucial de mieux évaluer sur un
territoire donné la valeur sociale associée à la ressource en eau, et ses évolutions14.
Illustration : prix d?équilibre (en orange, échelle de droite) et stockage (en bleu, échelle de gauche) de
l?eau dans le Murray Darling Basin. (source, Abares, 2016)
3- La tarification progressive, une . fausse bonne idée /
La mobilisation plus active du signal-prix pour mieux gérer la rareté de la ressource se
heurte à ses effets distributifs souvent régressifs. Pour concilier efficacité et équité,
14 C?est l?objet du projet WAT-IMPACTS coordonné par TSE et financé par l?ANR, lancé fin 2023.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
une proposition récurrente est celle de la tarification dite progressive, dans laquelle le
prix du mètre cube augmente au-delà d?un certain volume consommé.
Une telle tarification progressive est souvent décrite comme un instrument
permettant de répondre à plusieurs objectifs :
i) Incitation à réduire les gaspillages, en faisant payer plus cher les mètres cubes
d?eau consommés au-delà d?un certain seuil.
ii) Couverture des coûts, en appliquant un tarif subventionné aux premiers
mètres cubes et en faisant payer un prix supérieur au coût de mise à disposition
au-delà d?un certain seuil. On parle de subventions croisées des gros
consommateurs vers les plus petits.
iii) Équité, car on suppose que les petits consommateurs sont les ménages aux
revenus les plus modestes alors que les gros consommateurs sont les ménages
les plus riches.
Cependant, sa mise en oeuvre rencontre beaucoup de difficultés, comme le souligne
l?avis du CESE de novembre 2023, qui pointe en particulier l?insuffisance de données
et la question des compteurs individuels (cf. Annexe 2).
Les évaluations économiques dont on dispose mettent en exergue que les problèmes
informationnels à résoudre constituent un obstacle essentiel. En effet :
a) Le lien entre le revenu des ménages et la consommation d?eau est ténu.
Certains ménages riches sont aussi de petits consommateurs et des familles aux
revenus modestes peuvent avoir des consommations élevées. Ceci tient au fait
que les tailles des ménages, les situations et les modes de vie sont hétérogènes.
b) Le fait que les ménages ont des tailles et modes de vie différents fait qu?il est
très difficile de définir, a priori, le niveau de consommation d?eau
correspondant à des besoins essentiels. Celui-ci peut varier significativement
d?un ménage à l?autre. Hors, c?est ce niveau de consommation dite ?essentielle?
qui est normalement considéré pour déterminer la taille de la tranche
bénéficiant d?un prix subventionné dans une tarification progressive.
c) Alors qu?il est relativement simple de calculer un prix volumétrique unique
permettant de couvrir les coûts, il est beaucoup plus difficile de choisir les
différents éléments d?une tarification progressive. Dans le cas d?une tarification
progressive à deux tranches, il faut couvrir les coûts en combinant un prix pour
la tranche subventionnée, un prix pour la tranche supérieure et un seuil
délimitant les deux tranches... Parce que les ménages sont sensibles aux
variations de prix, il est difficile de prévoir l?impact sur la demande du
changement de tarification.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
d) Une tarification progressive conduit à distordre les prix, vers le bas pour les
petits consommateurs et vers le haut pour les gros consommateurs. Ainsi,
aucun ménage ne reçoit un signal prix correct sur la valeur de la ressource, ce
qui compromet l?objectif d?efficacité économique.
De fait, les nombreux travaux menés sur l?évaluation des performances des
tarifications progressives ont tous montré de larges erreurs de ciblage des populations,
nombre de ménages aisés bénéficiant du tarif subventionné de la première tranche
alors que des ménages aux revenus modestes se voient facturés un prix plus élevé du
fait d?une consommation plus importante due essentiellement à la taille du ménage
et au temps d?occupation du lieu de vie.
Dans ces conditions, non seulement la tarification progressive rend complexe
l?objectif de recouvrement des coûts, distord le signal prix et compromet le principe
d?efficacité économique, mais elle ne remplit pas non plus son objectif de
< tarification sociale >.
Ceci conduit à recommander plutôt des tarifications simples combinant :
- un prix du mètre cube unique (qui ne varie pas entre les différents usagers)
-et de cibler les ménages aux revenus les plus modestes (par exemple à partir
de critères sociaux) pour leur octroyer une compensation financière, calculée
sur la base d?une consommation ?raisonnable?, de manière à leur permettre de
s?acquitter de leurs factures d?eau.
4- Les règles de partage
En France, les allocations de l?eau sont souvent la résultante d?approches
réglementaires, consistant à allouer une quantité d?eau aux usagers en fonction du
volume disponible selon une règle particulière. Cette approche réglementaire est très
attractive pour le gestionnaire puisque les règles de partage font référence à des
volumes d?eau à distribuer. Elles sont donc très liées à la disponibilité de la ressource.
Par ailleurs, une grande diversité de règles d?allocation sont possibles,
En théorie, on distingue notamment entre:
-Partage égalitaire, divisant la quantité disponible en ressource par le nombre
d?usagers,
-Partage proportionnel, selon des besoins ou des droits historiques,
-Partage séquentiel suivant un système de priorité entre usagers ou résultant de
la localisation dans le bassin (généralement très critiquable par rapport au
71
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
critère d?allocation efficace de la ressource). L?ordre des priorités peut
cependant changer en cas de manque d?eau (cf.Nouvelle Galles du Sud,
Australie)
-Et bien d?autres?plus ou moins (in)efficaces vs (in)équitables
En pratique, les quantités distribuées pour l?agriculture sont le plus souvent
proportionnelles à la surface irrigable ou irriguée, au type de culture, ou à la
consommation passée selon un principe de < grandfathering >.
L?eau est parfois partagée de manière séquentielle selon un ordre de priorité droits
acquis ou position sur le bassin. Enfin, plus rarement, le partage peut se faire de façon
égalitaire, chacun ayant droit à une part égale de la ressource (d?une durée égale
d?accès à une ressource, restriction d?usage à certains moments).
Les problèmes associés à ces différentes règles sont bien connus, le choix d?une règle
particulière impliquant des arbitrages entre efficacité (économique) et équité, et
devant donc prendre en compte :
-leur inefficacité, quand elles n'allouent pas l?eau aux utilisateurs les plus
productifs, ou parce qu?elles aboutissent souvent à des mesures de restrictions
coûteuses.
-leur inéquité, du fait de rentes de situation générées, ou parce que certains
principes d?équité ne sont pas satisfaits. En particulier, se pose la question des
droits acquis, dont sont exclus les nouveaux entrants (files d?attente),
-leurs incitations inopportunes, en particulier quand les règles de partage
aboutissent à des quotas d?eau pour une durée limitée (Faute de possibilité de
report d?une année sur l?autre, l?irrigant qui ne consomme pas toute sa part
perdant le solde),
-les coûts de transaction, associés à la nécessite de mobiliser des moyens
humains et financiers (par exemple, en matière de police de l?eau).
En termes d?acceptabilité, on observe une forte adhésion aux règles de partage basées
sur des principes de solidarité. Par exemple, Kervinio et al. (2023) avaient réalisé un
travail sur 122 agriculteurs dans le sud-ouest de la France qui montrait l?attachement
fort des agriculteurs pour des règles de partage qui respectent les principes de
solidarité et les droits historiques, au détriment des principes d?efficacité et de
responsabilité.
Suivant un travail d?enquête, réalisé par Ouvrard et al. (2023), dans lequel différentes
règles pour allouer de l?eau entre différents usagers (ménages, firmes, agriculteurs,
environnement) étaient proposées à un peu plus de 1000 ménages français, les règles
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
qui apparaissent le plus équitables sont : 1/ la règle proportionnelle basée sur les
besoins historiques des usagers, et dans une moindre mesure 2/ la règle séquentielle
où la ressource est en priorité allouée à certains usagers.
Annexe 1 : Indicateurs pour apprécier la disponibilité de la ressource en eau douce
Indicateurs globaux, de la ressource à son utilisation
La ressource en eau douce se renouvelle du fait des précipitations. Ainsi, le premier
élément à considérer est le volume global reçu annuellement sur le territoire
métropolitain. Plus précisément, on mesure la ressource en eau renouvelable comme
la somme du flux interne (volume d?eau précipité diminué du volume d?eau retournant
à l?atmosphère par évapotranspiration) et du flux entrant (volumes d?eau provenant
des cours d?eau des pays limitrophes). En moyenne (1990-2019), il est de 208 milliards
de m3.
Cependant, une part importante doit être laissée pour la vie des écosystèmes naturels,
en particulier aquatiques. Elle est estimée par l?Organisation des Nations Unies pour
l?alimentation et l?agriculture (FAO) à 97 Mdm3 pour la France hexagonale, soit 46 %
de la ressource annuelle. Le complément, qui se trouve dans les eaux de surface (cours
d?eau, lacs) et dans les nappes d?eau souterraines, correspond à la fraction prélevable
pour les usages humains. Elle est utilisée à des fins domestiques (eau potable) et
économiques (agriculture, industrie, loisirs, refroidissement des centrales électriques).
En France, les prélèvements d?eau douce totalisent environ 31 Mds m3 chaque année.
Plus de 80 % du volume d?eau douce prélevée est puisé dans les eaux de surface
(rivières, lacs, canaux, retenues, etc.), du fait des quantités massives nécessaires au
refroidissement des centrales électriques et à l?alimentation des canaux. Toutefois,
ces dernières sont principalement restituées aux milieux. Si l?on fait abstraction de ces
deux usages, les consommations d?eau douce (eau prélevée et non directement
restituée au milieu naturel, qui ne peut donc être disponible pour une autre utilisation).
mobilisent globalement autant les eaux souterraines que les eaux superficielles (cf.
figure A1, SDES, 2023).
Figure A1 - Répartition des volumes d?eau douce prélevés par usage et par milieu en 2019
73
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Tensions locales en période estivale
Appréciés globalement, les besoins en eau semblent donc couverts. Cependant, la
disponibilité de la ressource dépend du moment de l?année hydrologique (cf. figure
A2, SDES, 2023). Par ailleurs, les plus forts prélèvements d?eau, notamment par
l?agriculture, ont lieu en été lorsque la disponibilité de la ressource est la plus faible,
ce qui peut provoquer localement de fortes tensions ou pénuries temporaires.
Figure A2 ? Répartition par saison hydrologique de l?apport d?eau douce renouvelable (moy. 1990-
2019)
En Mds de m3
Pour identifier les tensions potentielles liées à l?utilisation de l?eau douce, la vision
globale qui précède doit donc être complétée par la prise en compte des limites à
l?échelle locale, en particulier, la quantité d?eau à laisser dans les cours d?eau pour
assurer la vie des écosystèmes aquatiques. Enfin, il faut prendre en compte les
perturbations susceptibles de rendre impropres à l?usage attendu (notamment
sanitaire) les disponibilités quantitatives, les pollutions obligeant en particulier à
fermer certains captages.
Ce type d?analyse tend à montrer la nécessité de réduire les prélèvements d?eau,
notamment en été, et ce d?autant plus que les écoulements estivaux tendent à se
raréfier avec le changement climatique.
L?empreinte . eau /, un indicateur de prélèvement par produit ou filière
L?empreinte eau représente la quantité d?eau qui a été réellement utilisée dans la
fabrication d?un bien ou d?un service. Elle comprend l?eau utilisée pour l?extraction des
matières premières, mais aussi pour le transport ou la manutention.
La décomposition de cette empreinte < eau > retrouve les différents prélèvements et
perturbations évoqués ci-dessus, associés à la terminologies de :
74
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
1 ? L?eau < verte >, qui représente l?eau de pluie absorbée par les plantes,
stockée dans le sol ou évaporée,
2 ? L?eau < bleue >, qui représente l?eau prélevée dans les rivières, lacs ou
nappes,
3 ? L?eau < grise >, qui représente la quantité d?eau qu?il a fallu utiliser pour
diluer les polluants issus de la production du produit, afin de rejeter l?eau dans
la nature.
Ce type de calcul permet d?identifier l?importance relative de la ressource en eau des
différents produits, ou leur contribution à la consommation totale, par exemple : que
l?empreinte eau d?un consommateur français serait de 1786 m3 par an (1996-2005),
majoritairement de l?eau bleue ; que l?essentiel de l?empreinte eau bleue de la
production agricole en France était liée à l?irrigation, dont un tiers au moins pour la
production de maïs?
Les premières statistiques établies ainsi se basaient cependant sur l?eau prélevée
plutôt que sur l?eau consommée et elles ne prenaient pas en compte la disponibilité
de la ressource. Ceci conduit à les compléter par des critères de < stress hydrique >
différenciant les situations selon qu?il n?y a pas de problème de disponibilité en eau là
où elle est prélevée ou, au contraire, que l?eau prélevée va évincer d?autres usages.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Annexe 2 : . Eau potable : des enjeux qui dépassent la tarification progressive /
(Conseil Economique Social et Environnemental, rapport de JM Beauvais et JY
Lautridou, 2023)
Dans le contexte du < plan eau >, qui vise à réduire de 10 % les prélèvements d?eau
d?ici 2030, la Première ministre avait saisi le CESE d?une mission sur < les évolutions
nécessaires pour faire des recommandations sur la tarification progressive de l?eau >.
En préambule de son avis (novembre 2023), le CESE rappelle que les pénuries et
tensions hydriques records de 2022 ont mis au coeur de l?actualité la nécessaire
préservation de notre ressource en eau. Ces manifestations du dérèglement
climatique font peser un risque croissant de conflits d?usage entre l?agriculture, les
ménages et les industries. En conséquence, il souligne que les enjeux
environnementaux actuels dépassent la tarification des services de l?eau potable,
alertant sur la fin d?une eau < bon marché > à court ou moyen terme.
S?agissant plus précisément de la tarification progressive, le CESE a analysé les premiers
enseignements des diverses expérimentations de la tarification progressive de l?eau
instaurées par la loi Brottes, ainsi que les conditions et les freins dans sa mise en
oeuvre. Son état des lieux couvre les différents usages domestiques et non
domestiques.
En premier lieu, il souligne l?insuffisance des données statistiques disponibles. Par
ailleurs, il dresse un bilan mitigé des expérimentations menées (en collectivités aux
caractéristiques variées : Agglomération dunkerquoise, Métropole de Montpellier, Le
Sequestre, Libourne, Muret...). En effet, la mise en oeuvre de la tarification progressive
est complexe en l?absence de compteurs d?eau individuels. Par ailleurs, son efficacité
pour réduire la consommation d?eau n?est pas prouvée même si les actions de
sensibilisation et d?information se révèlent très efficaces. Enfin, cette tarification
progressive peut être injuste notamment pour les familles nombreuses consommant
davantage qu?un ménage-type de 2,2 personnes (qui sert de repère à la définition des
tranches tarifaires par volume consommé).
L?avis est accompagné de 9 préconisations :
? Consolider les données du système d?information?Sispea (Système
d?information sur les services de l?eau et de l?assainissement) pour connaître de
façon détaillée la consommation des abonnés (particuliers, professionnels,
services publics?) et pour tenir compte des différentes parties prenantes dans
la construction des politiques publiques,
? Anticiper l?inéluctable augmentation des tarifs des services de l?eau potable
avec le lancement d?une étude prospective, sous l?égide du Secrétariat général
76
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
à la planification écologique, pour évaluer les impacts économiques, sociaux et
environnementaux de cette hausse,
? Élaborer un simulateur de tarification de l?eau à destination des collectivités
et permettant d?évaluer l?impact des différents modèles de tarification sur
l?équilibre financier de l?autorité organisatrice, sur le budget des
consommateurs, mais également d?estimer la baisse de consommation
attendue,
? Permettre à chaque usager de disposer d?un compteur individuel pour
responsabiliser les consommateurs en incitant à la sobriété (mesures
financières, actions de sensibilisation et d?accompagnement des usagers,
coordination des syndics de copropriétés, services publics de l?eau et de
l?assainissement, opérateurs privés),
? Supprimer la tarification dégressive à l?horizon 2030 en accompagnant -
techniquement et financièrement professionnels ou services publics vers plus
de sobriété pendant la phase de transition,
? Mieux réguler les autorisations de forage en révisant le cadre réglementaire
(consultation écrite pour avis de la collectivité),
? Promouvoir la mise en place d?une tarification saisonnière dans l?ensemble des
communes où l'équilibre entre la ressource et la consommation d'eau est
menacé de façon saisonnière (y compris dans celles sans activité touristique)
comme le permet la loi LEMA de 2006,
? Assurer l?accompagnement social des usagers fragiles, dissocié de la
tarification avec une aide directe des collectivités pour le paiement de la
facture d?eau (sous conditions de ressources, quel que soit le type de
tarification ou la taille de l?organisme chargé de la distribution),
? Déployer des démarches de sobriété au sein des entreprises en complément
des démarches de communications et de sensibilisations prévues dans le plan
eau co-construire des démarches de sobriété et de lutte contre le gaspillage au
sein des entreprises.
77
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Les Agences de l?eau
Un outil essentiel pour l?adaptation au changement climatique
Priorité au grand cycle de l?eau
Avec la loi de 1964, notre pays avait été précurseur dans l?utilisation d?instruments
économiques dans le domaine de la gestion des eaux. Son adoption témoignait déjà
d?une prise de conscience : si jusqu?alors la France avait été considérée comme un pays
riche en eau dans lequel, hormis les périodes de crues, les seuls problèmes étaient de
permettre son utilisation (par la réalisation des réseaux d?eau potable, d?irrigation, de
prises d?eau industrielles, pour la navigation ou l?énergie?), les exigences en matière
de quantité et qualité des eaux devenaient telles que l?on ne pouvait plus considérer
l?eau comme un bien toujours surabondant, ni se reposer sur l?action des
microorganismes des rivières pour pourvoir à l?élimination des déchets.
Pour répondre à ces enjeux, un cadre cohérent fût mis en place, reconnaissant la
nécessité d?organiser l?action et sa gouvernance à un niveau pertinent : celui des
bassins hydrographiques. Les Agences correspondantes se voyaient par ailleurs fixées
des missions à trois niveaux : de l?action technique, de l?action financière et de l?action
économique, à travers la capacité à percevoir des redevances < auprès de toute
personne publique ou privée qui rend nécessaire ou utile l?intervention de l?Agence ou
qui y trouve son intérêt >.
Plus de cinquante ans après, non seulement l?acuité de ces enjeux s?est accrue mais
ceux-ci se sont diversifiés. Ainsi, depuis la loi de 2016 pour la reconquête de la
biodiversité, les Agences de l?eau contribuent maintenant à la connaissance, la
protection et la préservation de la biodiversité terrestre et marine ainsi que du milieu
marin. Surtout, la gestion du grand cycle de l?eau apparait au coeur des problèmes
d?adaptation au changement climatique. Ceci impose à ces agences :
-de s?adapter aux plans technique et organisationnel,
-de déplacer les priorités de leurs interventions dans le but d?articuler ces
nouvelles missions avec celles qui étaient historiquement les leurs,
-de refonder leur modèle économique et financier.
En particulier, le changement climatique fait anticiper des pressions, risques et
déséquilibres majeurs pour la gestion des ressources en eau. En conséquence, la
question de de l?adaptation au changement climatique se pose avec une acuité
particulière en ce domaine car de nombreux impacts dommageables du changement
climatique résultent de la manière dont l?élévation des températures se combinera
avec des modifications des régimes de précipitations. Les impacts associés prévisibles
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
sont les pertes de végétation, l?érosion des sols et la fréquence accrue des évènements
extrêmes (sécheresses, inondations, submersions marines).
Le changement climatique renforce les tensions sur les ressources en eau et affectera
à terme l?ensemble des écosystèmes, des territoires et des acteurs. Avec
l?augmentation des températures, la baisse des précipitations en été et la diminution
de l?enneigement, les débits moyens des cours d?eau pourraient être réduits de 10% à
40% d?ici un demi-siècle selon les simulations, et plus encore en période de basses eaux
(étiage). La recharge des eaux souterraines sera également impactée et les milieux
aquatiques seront rendus particulièrement vulnérables. Avec une disponibilité de la
ressource réduite et plus aléatoire, la satisfaction des usages de l?eau pourrait être
compromise, avec des conséquences majeures pour les activités qui en dépendent
(alimentation en eau potable, prioritaire, production électrique, irrigation,
navigation?) et pour le fonctionnement des sociétés humaines.
Ce nouveau contexte pousse les Agences de l?eau (AE) à investir désormais moins à
l?échelle du < petit cycle > des réseaux et des infrastructures de distribution, où des
besoins demeurent cependant, qu?à l?échelle du < grand cycle >, déterminant la
qualité et la quantité de la ressource générée naturellement par l?écosystème. Déjà,
les programmes d?intervention des AE adoptés pour la période 2019-2024 (11°
programmes) concentrent d?importants enjeux en termes de biodiversité et de qualité
de l?eau : préservation des milieux aquatiques et des zones humides, limitation des
risques d?inondation, adaptation au changement climatique et promotion d?une
nouvelle approche de la gestion des eaux pluviales (sensibilisation des agents
impliqués dans l?urbanisme, financement de travaux de désimperméabilisation des
sols ou de techniques alternatives au < tout tuyau >). Mais il ne s?agit pas seulement
d?un redéploiement à opérer vers le < grand cycle > : il faut anticiper que, plus
généralement, les enjeux de la politique de l?eau vont changer d?échelle et de nature
quant à leur relation avec la biodiversité, la protection des écosystèmes contribuant
à l?état de la ressource en eau, et l?efficacité de la gestion de l?eau à celui de la
biodiversité.
Enjeux pour la mission et les instruments des Agences
L?implication des AE au niveau du grand cycle n?est pas nouvelle dans son principe.
Elle avait été posée dès la loi de 1964, qui leur confiait comme mission : d?agir au niveau
technique, financier et économique, afin de mieux coordonner et orienter les actions
des agents économiques affectant chaque système hydrologique, prendre en compte
les externalités de l?amont à l?aval et permettre la réalisation d?actions communes.
Relève de cette dernière, la participation, privilégiée antérieurement, au financement
des coûts fixes associés à la production de certains services, tels que les équipements
lourds de traitement par exemple, même si ceux-ci sont affectables à un seul type
d?utilisateurs. En relève, a fortiori, la fourniture des biens publics associés à la
préservation de la ressource et la biodiversité.
79
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Toutefois, ceci nécessite de nouvelles méthodologies d?évaluation. En effet,
l?évaluation de la capacité d?un écosystème à stocker de l?eau et la valeur ainsi créée,
en termes de ressource ou de qualité, en incluant tous les co-bénéfices, est plus
complexe que pour une simple retenue15.
Les instruments pour la mise en oeuvre des politiques sont aussi différents16 :
subventions directes à l?investissement ou à leurs résultats pour les interventions
traditionnelles ; paiements pour services environnementaux et achat d?obligations
réelles environnementales pour la protection des écosystèmes.
Côté redevances, la possibilité d?une tarification économique incitative à tous les
niveaux pertinents du cycle de l?eau et des bassins hydrographiques faisait partie de
la conception originelle des AE. Mais, en pratique, l?action financière avait prédominé,
par rapport à l?orientation des prélèvements par l?incitation et à l?action sur les
territoires les plus amont du réseau hydrographique des bassins. Un rééquilibrage a
été engagé suite aux Assises de l?eau, des travaux ayant été conduits par les Agences
et la Direction de l?eau et de la biodiversité pour réviser les redevances pour pollution
domestique et modernisation des réseaux de collecte ainsi que le système des primes
épuratoires. En revanche, les pistes d?évolution des redevances en lien avec les
atteintes à la biodiversité n?ont pas encore été explorées : comment mieux orienter
l?ampleur ou la temporalité des prélèvements ? Comment réduire des pollutions
diffuses nécessitant de coûteuses dépenses de remise en conformité par la collectivité
?
Enfin, ce nouveau contexte renforce, comme on l?a vu, les interactions entre les
acteurs de la politique de l?eau. A cet égard, il convient de noter que :
-chacun a en charge la mise en oeuvre d?un type particulier d?instrument, par
exemple, tarification et investissement public pour les AE, autorisations de
prélèvements ou rejets pour la police de l?eau ;
-et où les Agences n?ont pas la compétence directe pour un service particulier,
qu?il s?agisse d?eau potable et assainissement, mais aussi de GEMAPI.
Dans ces conditions, l?action des AE demeure toujours complémentaire de celle des
autres acteurs de la politique de l?eau, mais avec des enjeux de cohérence
tendanciellement plus aigus. A cet égard, l?accroissement des épisodes de rareté
oblige notamment à bien articuler la tarification des prélèvements et les outils de
limitation de ceux-ci si l?on veut : orienter efficacement les choix déterminant ceux-ci
15 cf. « Les choix économiques dans l?entreprise et l?administration », Dupuy JP. et H. Lévy-Lambert, tome 2,
Dunod, 1973
16 cf. Bureau D, JC Bureau et K.Schubert, « Face à l?érosion de la biodiversité : quelle réponse économique », CAE,
2020
80
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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à long-terme ; et assurer que la ressource disponible soit utilisée par ceux pour lesquels
elle a le plus de valeur dans les situations de tension. Mais ce problème de bonne
articulation des instruments économiques, de planification et réglementaires, est
général. Il se pose aussi pour les interventions visant la protection des écosystèmes,
par exemple par rapport aux mécanismes de compensation de la séquence < éviter-
réduire-compenser > ou à l?évolution des aides de la politique agricole commune.
En résumé, si la mission des AE, la typologie économique de leurs actions et le cadre
économique des politiques qu?elles mettent en oeuvre n?apparaissent pas
bouleversées, en revanche, le nouveau contexte décrit ci-dessus en bouleverse le
contenu.
Un recours accru aux tarifications incitatives, désormais incontournable
L?article 213-10 du Code de l?environnement, qui reprend les principes de prévention
et réparation des articles 3 et 4 de la Charte de l?environnement, pointe explicitement
des redevances sur : la pollution de l?eau, les pollutions diffuses, les prélèvements sur
la ressource, le stockage en période d?étiage, les obstacles sur les cours d?eau et pour
protection du milieu aquatique.
Il invite à un réexamen systématique des redevances existantes et plus
particulièrement à un recours accru aux instruments économiques incitatifs <
responsabilisateurs >. A cet égard, les actions 4 et 8 des Assises de l?eau
recommandent, comme vu ci-dessus, la mise en place de tarifications incitatives et de
favoriser les économies d?eau dans le secteur agricole et industriel.
En effet, les demandes pour la ressource n?intègrent pas aujourd?hui son caractère
limité à certaines périodes et le risque de raréfaction avec les changements
climatiques. Par ailleurs, certains usages, aujourd?hui perturbateurs, ne sont que peu
tarifés, comme les usages récréatifs, par exemple. Enfin, la prise en compte des enjeux
nouveaux conduit à réévaluer les dommages associés à certaines pollutions et, par
conséquent, le niveau souhaitable de certaines redevances existantes.
Différentes pistes pour de nouvelles redevances ou l?évolution des redevances
existantes ont été avancées dans cette perspective,
-inciter à réduire les pollutions (harmonisation de la taxation de l?azote
organique et minéral, assiette de la redevance élevage pour cibler la pollution
issue de l?azote organique quel qu?il soit, redevance pour pollution diffuse?),
-mieux gérer les épisodes de raretés (redevance pour irrigation, pour
perturbations sur la ressource)
81
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
-agir sur les perturbations du fonctionnement hydrologique (obstacles,
imperméabilisation)
Le développement de tels instruments pour une bonne responsabilisation des acteurs
est essentiel car on ne peut imaginer prendre en charge des besoins de restauration
tendanciellement croissants sans mettre en place les instruments de prévention
appropriés pour en limiter l?ampleur. Surtout, les pistes proposées ci-dessus reflètent
bien les priorités de la politique de l?eau mises en exergue par l?étude de l?AEE (cf
tableau 1).
Tableau 1 : défis actuels pour la politique de l?eau (source AEE)
Dans cette perspective, la tarification économique des prélèvements et des pollutions
est à renforcer, celle des pressions hydromorphologiques est à construire.
Aux questions précédentes sur les nouvelles redevances incitatives, s?en ajoutent donc
d?autres à ce propos : comment financer les nouvelles actions des AE? Les tarifications
82
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
incitatives peuvent-elles y apporter une contribution ? Quels nouveaux payeurs
envisager si le recours à la redevance eau domestique apparait inacceptable ? Peut-
on imaginer une assiette qui leur soit directement affectée, à l?instar de ce qui avait
fait pour la modernisation des réseaux de collecte ?
Quels instruments de financement pour les interventions visant le grand cycle de
l?eau ?
La référence théorique pour concevoir les redevances des agences de l?eau est celle
de la tarification des opérateurs publics soumis à contrainte budgétaire, en l?espèce
de disposer des financements pour réaliser leurs programmes. La formule de base,
valant pour toutes les redevances, pour usage, prélèvement ou pollution de la
ressource en eau est de type < Ramsey-Boiteux >*:
-chaque redevance doit assurer, en premier lieu, que le prix final de chaque
service fourni reflète les coûts sociaux associés. Ceci justifie de tarifer les usages et
prélèvements à hauteur du coût d?opportunité économique de rareté de la ressource,
notamment au moment des épisodes où celle-ci se trouve en tension ; et les pollutions
à hauteur des coûts de restauration et dommages résiduels en résultant (principe
pollueur-payeur). Le rôle d?orientation du signal-prix est donc premier.
-si cette tarification ne permet pas de financer les programmes d?interventions
des AE, des mark-up doivent être appliqués sur ces redevances de base, dont l?ampleur
dépend de trois éléments.
Le premier vaut également pour toutes les redevances. Il traduit l?ampleur du déficit
à financer. Celui-ci dépend des revenus générés par la tarification incitative et, en
amont, de l?ampleur des programmes. Leur champ est ici pris comme une donnée
mais, comme dans tout système de taxes affectées, il nécessite une définition
préalable, tenant compte des avantages et inconvénients de ce type de gestion : d?un
côté, une gestion au niveau pertinent en termes technico-économiques, celui des
bassins, la capacité à disposer de ressources pour de l?investissement ou de l?entretien
relevant intrinsèquement d?une gestion pluriannuelle avec une vision de long-terme,
et l?équité du financement d?un bien public local par les bénéficiaires du service ; de
l?autre, les risques de moindre maitrise de la dépense si les dépenses sont
insuffisamment évaluées.
Le second est spécifique à chaque redevance. Il s?agit de l?élasticité-prix du service
considéré. En effet, l?inverse de ce paramètre détermine l?acuité du dilemme entre
disposer de ressources financières et les conséquences de prix élevés en termes de
renoncement à certains usages. A cet égard, les < bonnes > redevances de rendement
visent les biens plus inélastiques ou cherchent à élargir les bases pour limiter les taux
et donc les distorsions (principe de neutralité) ; sauf cas particulier de dépenses
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
intégralement affectables à un usage particulier (cf.réseaux de collecte), qu?il n?y a pas
de raison de faire subventionner par d?autres.
Enfin, les considérations plus générales d?équité et d?acceptabilité sont à prendre en
compte. Ainsi, certaines redevances pollution pourraient devoir être établies à un
niveau réduit, s?il s?agit de bien essentiel pour les ménages ou si la compétitivité des
industries concernées se trouvait affectée dramatiquement. Cependant, dans ce type
de cas, une restitution forfaitaire (par exemple, en fonction du revenu pour les
ménages, ou à l?hectare pour les agriculteurs) peut permettre de concilier
responsabilisation et équité ou compétitivité.
Si l?on applique cela aux redevances des AE, il apparait un système historiquement
proche de la dichotomie incitations-rendement, grâce à la possibilité de recourir
largement à la redevance eau domestique, dans un contexte dominé par les logiques
de financement.
Les évolutions esquissées ci-dessus suggèrent alors :
-un rôle important à jouer pour les redevances incitatives. Mais il ne faut pas en
attendre trop de rendement, soit parce qu?on peut justement en escompter de fortes
modifications de comportement, soit parce que les enjeux distributifs ou de
compétitivité à prendre en compte nécessiteront des mesures d?accompagnement ou
restitution substantielles,
-la taxe d?aménagement se situerait probablement en situation intermédiaire
avec des enjeux comportementaux significatifs, sans pour autant que toute
artificialisation (brute) ne disparaisse. En affecter la recette aux AE ferait sens eu égard
à leur mission élargie. Mais une telle contribution permettra probablement de ne
couvrir qu?une fraction des besoins nouveaux,
-le champ des bénéficiaires des nouvelles actions est potentiellement large, au
sein du cycle de l?eau mais aussi éventuellement au-delà, avec des bénéfices sont
souvent indirects. En effet, un enjeu essentiel est d?assurer les fonctionnalités des
écosystèmes (leur auto-entretien), déterminantes pour leur capacité à fournir ensuite
des services écosystèmiques. Toute la gestion de l?eau en est ainsi bénéficiaire. Dans
ces conditions, l?identification de bénéficiaires directs d?un service rendu biodiversité
qui pourrait faire l?objet d?une redevance de rendement ciblée au sein de la gestion
de l?eau n?est pas immédiate. Les assiettes envisageables se situent du côté des sols ou
du foncier, qui bénéficient en effet de ces actions et en capitalisent la valeur < à la
Henry George >, par exemple la moindre exposition au risque inondations.
Souvent, les projets correspondants sont aussi porteurs de co-bénéfices. Par exemple,
la protection d?une prairie ou d?une zone humide permet du stockage du carbone et
contribue à la préservation de populations ou habitats d?espèces continentales. Selon
les cas, cela peut permettre d?envisager des cofinancements (ex. puits de carbone par
84
Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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les instruments de la politique climatiques) ou, au contraire, les rend difficiles s?il s?agit
de bénéfices diffus. A cet égard, un sujet important est la construction de la politique
de conservation des < aires protégées >,
-dans la mesure où l?ensemble du cycle de l?eau bénéficie des nouvelles
actions, faire dépendre le financement du besoin résiduel des seuls usagers
domestiques semble difficilement acceptable. Une assiette plus large incluant tous les
usagers pour le financement de l?accroissement des dépenses apparait ainsi
souhaitable.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Couverture et gestion des risques . Cat Nat /
Les mécanismes d?assurance sous tension
1- Dans beaucoup de cas, les impacts économiques dommageables du changement
climatique consistent en un renforcement d?aléas auxquels sont exposés certains
agents, en termes de fréquence ou d?ampleur, directement ou indirectement du fait
des impacts sur les écosystèmes : impacts sur la ressource en eau et la production
agricole ; impacts sur les villes et les infrastructures du fait des crues ou des risques de
submersion côtière ; des incendies et sécheresses ; impacts sanitaires liés aux vagues
de chaleurs ou aux maladies infectieuses. On ne peut donc (cf. schéma ci-dessous)
construire les politiques climatiques en raisonnant par rapport à des dommages
déterministes mais, de plus, ni même seulement par rapport au déplacement des
moyennes pour ces différents risques. En effet, il faut intégrer la perspective de
distributions aussi plus risquées, ce qui oblige à s?intéresser aux conditions dans
lesquelles ces risques sont -et pourront être à l?avenir- gérés.
En particulier, certains de ces risques font l?objet de mécanismes d?indemnisation, qui
se trouvent donc en première ligne dans le nouveau contexte climatique, notamment
l?assurance-récolte et calamités agricoles et l?assurance catastrophes naturelles, mais
aussi les systèmes de santé et potentiellement les régimes d?assurance-construction.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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La manière dont l?accroissement de ces risques sera transmis ou non dans les primes
est enjeu important pour l?évaluation des risques de transition macroéconomiques.
Surtout, le changement climatique révèle la fragilité des mécanismes existants et est
ainsi porteur de risques plus essentiels, pouvant aller jusqu?à la remise en cause de
l?assurabilité, par exemple des risques de submersion dans les zones côtières (cf. cas
de la Floride), dès lors que l?évolution des sinistralités deviendrait trop incertaine.
Dans ces conditions, l?ampleur des risques physiques liés au changement climatique
dépendra des capacités qui seront mises en place pour les gérer dans ce nouveau
contexte, et les assurer pour que les plus vulnérables demeurent protégés. Pour cela,
il importe, de manière générale, d?inciter à souscrire des dispositifs assurantiels
adaptés, afin de réduire les aides ex post versées par les pouvoirs publics et réserver
ainsi le recours à la solidarité nationale en cas d?évènement climatique exceptionnel.
L?assurance des catastrophes naturelles
2-Dans notre pays, le régime d?indemnisation des catastrophes naturelles dit
< CatNat > a été créé par la loi du 13 juillet 1982, suite à une multiplication des aides
et compensations définies ex post, dans le but de rationaliser ces interventions tout
en préservant le principe de la solidarité nationale. L?assurance catastrophe naturelle
est une extension de garantie obligatoire des contrats d?assurance de dommages (en
particulier les assurances multirisque habitation, entreprise et agricole, risques
automobile, local professionnel?), qui donne lieu au paiement d'une surprime
uniforme sur l'ensemble du territoire, dont le taux est fixé par l'Etat (12% de la prime
afférente aux garanties dommages pour le contrat de base, par exemple, dans le cas
des assurances multirisque habitation).
La garantie prend en charge (article L. 125-1 du Code des Assurances) les < dommages
matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l?intensité
anormale d?un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir
ces dommages n?ont pu empêcher leur survenance ou n?ont pu être prises >, donc :
inondations et coulées de boue, sécheresse et mouvements de terrain, cyclones,
séismes?
Ce dispositif assure une couverture des évènements extrêmes qui est généralement
jugée exceptionnelle, y compris en Europe, mais auquel il est fait le reproche récurrent
de privilégier la solidarité à la prévention car la prime est non modulée en fonction de
l?exposition au risque, de ne pas inciter à la prévention, et notamment pas à
l?installation dans des zones moins exposées. A cet égard, si la réforme de décembre
2021 permet de simplifier et rendre plus transparentes les procédures
d?indemnisation, elle n?anticipe pas les besoins d?adaptation en termes d?évolution
des primes et les besoins de prévention résultant du nouveau contexte climatique et
du fait que l?augmentation du coût des catastrophes naturelles ces dernières
décennies est en grande partie due à l?urbanisation en zones exposées.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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3- De nombreuses pistes de réforme envisagées suite à la tempête Xynthia demeurent
d?actualité. Le projet législatif de 2012, qui abordait notamment l?indemnisation des
retraits et gonflements des argiles, devra ainsi être remis sur le métier. Plus
généralement, le rapport du CAE de 2013 esquissait une approche complète
suggérant, en plus :
- de moduler dans une amplitude définie et limitée la prime catastrophes
naturelles en fonction de l?exposition au risque et des mesures de prévention
effectuées,
- d?exclure de l?indemnisation des retraits et gonflements des argiles les
dommages esthétiques et les dommages relevant de la responsabilité
décennale du constructeur,
- de donner valeur légale au zonage retraits et gonflements des argiles et
recommander une étude de sol dans les zones exposées suivant les modalités
prescrites
- pour éviter les pertes répétées dans les zones exposées, restreindre le bénéfice
de la garantie pour certains biens situés en zone inconstructible, en tenant
compte des particularités de l?outre-mer,
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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4- Sur le sujet central que constitue < l?aléa moral > associé aux choix d?installation
dans les zones exposées, les travaux menés alors17 suggèrent que coupler une
assurance catastrophes naturelles sans différenciation tarifaire avec des zones rouges
d?interdiction de construire est un bon second-rang pour limiter l?urbanisation en
zones exposées, si ces zones rouges ont l?extension appropriée.
Mais il faut donc prendre en compte les impacts du changement climatique et de la
pression démographique dans la définition des zones rouges au niveau des PPRN. En
particulier, une fréquence ou une intensité de risque plus élevées doivent conduire à
une extension de la zone rouge.
17 confirmés par les travaux plus récents de C.Grislain-Letrémy, dont sont tirés les illustrations.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
Février 2024
Réforme des assurances agricoles
et changement climatique
À la suite des Assises de l?eau, le : Varenne agricole de l?eau et de l?adaptation au
changement climatique < a associé l?ensemble des parties-prenantes (agriculteurs, ONG,
élus, services de l?État et opérateurs?) pour identifier les solutions permettant
l?adaptation et la protection des agriculteurs à l?évolution du climat. La réforme des
mécanismes de couverture des aléas climatiques en constitue un enjeu majeur, à intégrer
cependant dans une stratégie globale d?adaptation de ce secteur18.
Le premier axe du Varenne de l?eau (< Se doter d?outils d?anticipation et de protection
de l?agriculture dans le cadre de la politique globale de gestion des aléas climatiques >)
part du constat que les évènements climatiques affectant l?agriculture étant appelés
à se multiplier dans les prochaines années et plus violents (cf. tableau 1), les
mécanismes actuels de couverture des risques agricoles doivent évoluer.
Tableau 1. Eléments de contexte (source BRGM, 2019)
En effet, le taux de diffusion de l?assurance est faible : 18 % seulement des
exploitations couvertes par une assurance multi-risques climatiques, avec de grandes
disparités suivant les filières, 3 % seulement en arboriculture par exemple. Dans le
même temps, l?exclusion de cultures du régime des calamités agricoles laisse sans
réponse certaines filières en cas d?évènement climatique majeur. Plus généralement,
l?articulation entre l?assurance multirisques climatiques d?un côté, et le régime des
calamités agricoles de l?autre n?est pas satisfaisante. En particulier, les soutiens de
crise ex-post de l?Etat constituent un frein à la diffusion des programmes d?assurance-
récolte.
18 Cette note s?appuie sur la discussion au sein de la CEDD le 17.1.2022, suite à l?exposé d?A.Thomas (Inrae).
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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Le projet de loi, déposé fin 2021, portant < réforme des outils de gestion des risques
climatiques en agriculture > vise à établir un régime < universel >, auquel tout
agriculteur aura accès. Son architecture est fondée sur la catégorisation économique
des risques climatiques auxquels est exposée l?agriculture, qui distingue : les risques
normaux, que peut gérer l?exploitant agricole ; les risques intermédiaires, que peut
mutualiser le marché de l?assurance ; et les risques catastrophiques, difficilement
probabilisables et non mutualisables, nécessitant de ce fait l?intervention de l?Etat.
Au deuxième niveau, l?assurance multirisque climatique serait subventionnée par l?Etat
pour inciter les agriculteurs à s?assurer. Simultanément, les modalités d?indemnisation
des agriculteurs par le Fonds national de gestion des risques en agriculture, intervenant
en relais en cas de pertes exceptionnelles de récoltes et de cultures, seraient
différenciées, selon que celles-ci font ou non l?objet d?un contrat d?assurance.
Outre qu?elle comble les angles morts des dispositifs actuels et organise la
complémentarité des niveaux d?intervention, la réforme prend en compte la nécessité
d?un taux de diffusion suffisant de l?assurance. Surtout, elle déplace le soutien public,
du soutien de crise (ex post) vers celui (ex ante) à l?assurance. En effet, aider un secteur
suite à un sinistre ne lui donne pas les bonnes incitations pour s?adapter. Le soutien à
l?assurance est donc préférable, et plus à même aussi d?intégrer la diversité des
situations des agriculteurs.
Sous réserve des modalités qui restent à définir, cette réforme a donc de solides
fondements sur le plan économique. Elle permettra de mieux assurer la couverture
des agriculteurs aux risques climatiques dans un contexte où ceux-ci sont appelés à
s?accroitre du fait du changement climatique.
Pour autant, l?assurance ne peut gérer que l?aléa mutualisable, alors que les aléas
agricoles sont souvent sytémiques. Par alleurs, le bon équilibre recherché entre
assurance et solidarité ne sera pérenne que si le risque affecté à l?assurance peut
effectivement en relever, et aucune réforme de l?assurance ne peut permettre
d?empécher la dévalorisation d?actifs devenus inadaptés dans le nouveau contexte
résultant du changement climatique.
En d?autres termes, la réforme des outils de couverture des évènements climatiques
en agriculture n?est qu?un volet de son adaptation au changement climatique. L?essor
des deux autres axes du Varenne agricole de l?eau sont donc tout aussi importants :
-Renforcer la résilience de l?agriculture dans une approche globale en agissant
notamment sur les sols, les variétés, les pratiques culturales et d?élevage, les
infrastructures agroécologiques et l?efficience de l?eau d?irrigation.
-Accéder à une vision partagée et raisonnée de l?accès aux ressources en eau
mobilisables, dans le respect des équilibres et milieux naturels pour l?agriculture
sur le long terme.
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Rapport particulier sur l?adaptation au changement climatique
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En effet, le changement climatique va imposer une nouvelle < révolution industrielle >
de notre agriculture, qu?il convient d?accompagner, mais qui doit être anticipée car
l?agriculture est l?un des secteurs le plus directement affecté. Les enjeux d?adaptation
y sont donc particulièrement aigus. En l?espèce, celle-ci devra combiner des
modifications de pratiques agricoles, par exemple en modifiant les dates de semis ou
les variétés utilisées, et des changements de productions. De plus, les actions
individuelles d?adaptation nécessiteront une action publique en appui, pour assurer la
cohérence avec les politiques de gestion de l?eau et d?occupation des sols, mais aussi
parce que certaines transitions seront difficiles à conduire uniquement à un niveau
individuel, comme la création de nouvelles filières.
Dans cette perspective, les questions liées à la ressource en eau cristallisent les
controverses, avec d?un côté la question de la contribution que devraient apporter les
agriculteurs au financement de projets impactant l?environnement dont ils sont seuls
bénéficiaires, de l?autre des interrogations sur la viabilité des orientations alternatives
qui sont proposées. Ces sujets doivent être abordés de front, en dépassant la seule
confrontation des opinions (< adaptation > vs < maladaptation > ; < retenues > vs
< agroécologie >). L?évaluation socio-économique des différentes options, pour la
collectivité, est un instrument irremplaçable pour éclairer ce type de question.
INVALIDE)