Cartographier l'anthropocène 2022. Atlas IGN, changer d'échelle pour pouvoir agir
Auteur moral
Institut national de l'information géographique et forestière (France)
Auteur secondaire
LESUEUR, Thomas (édito)
;SORIANO, Sébastien (édito)
Résumé
"Les cartes ont un grand pouvoir, celui de montrer des phénomènes complexes, parfois peu visibles voire invisibles. Outils de savoir et de compréhension du monde, elles invitent à réagir sur ce qui se joue sous nos yeux. C'est ce pouvoir de la carte qui amène l'Institut national de l'information géographique et forestière à revoir ses priorités à l'heure du changement climatique.<br />
;<br />
;La donnée géographique est aujourd'hui partout : nos smartphones nous fournissent des atlas numériques de poche, les territoires investissent dans la connaissance et des communautés dynamiques, comme OpenStreetMap, ont ouvert la voie à des « géo-communs ».<br />
;<br />
;Au milieu de ce foisonnement, le devoir de l'IGN est de rendre compte des changements brutaux et extrêmement rapides survenant dans les territoires, dus aux activités humaines. L'objectif est double : fournir les outils de pilotage pour prendre les mesures nécessaires (maîtriser l'artificialisation des sols, surveiller l'évolution des forêts, des côtes, construire des environnements<br />
;urbains résilients, etc.) et mobiliser la capacité de médiation de la carte. En offrant une visualisation claire des phénomènes qui se jouent, tout un chacun peut adapter ses comportements et contribuer à la transition, à son échelle.<br />
;<br />
;Quand des bouleversements environnementaux vont heurter nos existences, le sens de la mission de l'IGN est de cartographier l'anthropocène. C'est ainsi que nous ferons de nos cartes des alliés précieux pour aider la Nation à se frayer un chemin à travers les défis de notre époque. Il s'agit pour nous d'une petite révolution qui implique de revisiter les modalités et temporalités de nos cartographies. Il faut passer d'une description statique et générique à une description dynamique et thématique du territoire français. Pour relever ce véritable défi technologique, l'IGN déploie des innovations de pointe issues de ses équipes de recherche pluridisciplinaires et s'appuie sur son école d'ingénieur, l'ENSG-Géomatique, ainsi que sur des industriels et des start-up. L'institut mise sur les méthodes de traitements automatiques offertes par l'intelligence artificielle et enrichit ses capacités d'observation en croisant des sources de données nouvelles. L'IGN développe aussi les techniques de data visualisation et d'UX design pour exploiter le pouvoir de médiation de la carte.<br />
;<br />
;« À l'échelle d'une carte, le monde devient un jeu d'enfant », comme le dit l'écrivain Laurent Graff. C'est donc sous forme d'atlas que l'IGN choisit de présenter un aperçu de ses premières cartes de l'anthropocène. Il faut y associer les nombreux partenaires publics de l'institut, qui en sont souvent à l'initiative afin de préserver ou d'adapter notre territoire face à l'accélération<br />
;des agressions qu'il subit. Ce document est en outre une sélection qui ne rend pas compte de l'exhaustivité des activités de l'IGN. Cet Atlas est un premier jalon. Il a vocation à devenir un rendez-vous annuel s'enrichissant des projets d'appui aux politiques publiques de l'institut et de innovations." (édito de Sébastien Soriano Directeur général de l'Institut national de l'information géographique et forestière)
Editeur
IGN
Descripteur Urbamet
cartographie
;représentation graphique
Descripteur écoplanete
Thème
Sciences de la terre
Texte intégral
ATLAS IGN
CHANGER D?ÉCHELLE POUR POUVOIR AGIR
CARTOGRAPHIER
L?ANTHROPOCÈNE 2022
Anthropocène est un néologisme construit à partir du grec
ancien ???????? (anthropos, «?être humain?») et ?????? (kainos,
«nouveau»), en référence à une nouvelle ère où les activités humaines ont
un impact significatif et globalsur les écosystèmes planétaires.Débutée
à la fin du XVIIIe siècle avec la révolution industrielle, elle succéderait, selon
le Néerlandais Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie, et le biologiste
américain Eugène Stoermer, à la période dite holocène en tant que nouvelle
époque géologique.
0303
ATLAS
IGN 2022
LA CARTE
COMME RÉVÉLATEUR
DES CHANGEMENTS
Édito de
Thomas Lesueur
Commissaire général
au développement durable
p. 08
Édito de
Sébastien Soriano
Directeur général de l?Institut
national de l?information
géographique et forestière
p. 09
L?ARTIFICIALISATION
DES SOLS
p. 10
UNE FORÊT
EN MUTATION
p. 22
L?ÉROSION
DES CÔTES
p. 44
LES ÉPISODES
NATURELS EXTRÊMES
p. 56
LA BIODIVERSITÉ
ET SES REFUGES
À LA LOUPE
p. 34
0404
LES CAPACITÉS
D?OBSERVATION
DE L?IGN
P. 80
P. 74P. 68
Le cartographe est d?abord
un arpenteur du monde.
Mais il a progressivement
remplacé son propre pas par
celui de puissantes machines
qu?il pilote. Aujourd?hui,
satellites, avions, drones
équipés d?appareils photo,
radar, LiDAR embrassent
le monde avec une résolution
et une fréquence toujours
plus grandes. L?acquisition
reste la première étape
de la production de la donnée
géographique, la récolte
du terrain.
ACQUÉRIR
68 69
ATLAS
IGN 202268 69
TRAITER
Il faut à la moisson de la
donnée géographique brute
un traitement pour la rendre
lisible. L?artiste cartographe,
mué en géomaticien, devient
développeur d?intelligence
artifi cielle et data scientist,
pour transformer plus vite une
donnée toujours plus massive
et renouvelée en continu.
Ce traitement, seconde étape
de la production de la donnée
géographique, prépare
la donnée pour les systèmes
d?information géographique,
les sites web ou les plateformes
numériques dédiées.
74 75
ATLAS
IGN 202274 75
RESTITUER
La carte est une
représentation spatiale,
souvent géométrique, et
toujours une sémiologie
graphique. Il faut en faciliter
l?accessibilité aussi bien
physique que cognitive.
Propriété, gratuité, donnée
ouverte, stockage, interface
logicielle forment à cette
ultime étape les enjeux de
la disponibilité. Mais la carte
est également intentionnelle,
son pouvoir est celui de rendre
intelligible un territoire,
un phénomène : faire voir
pour comprendre. La carte
ne garde son pouvoir
de médiation qu?au prix
d?une restitution pertinente.
80 81
ATLAS
IGN 202280 81
0505
ATLAS
IGN 2022
PARTIE 1
LA CARTE
COMME
RÉVÉLATEUR?
06
? DES
CHANGEMENTS
07
ATLAS
IGN 2022
L?édito de
Thomas Lesueur
Commissaire général au développement durable
L?Atlas de l?anthropocène
de l?IGN, un atout pour tous
pour faire face aux défis
des transitions
À l?heure de l?anthropocène, où l?être humain est devenu
la principale force de changement sur Terre, il est
nécessaire d?offrir à tout un chacun (citoyen, entreprise,
association, acteur public?) les moyens de comprendre
les grands bouleversements écologiques qui affectent
nos territoires et redéfinissent les conditions d?exercice
des activités humaines.
Les données géolocalisées constituent une ressource
essentielle pour analyser et comprendre l?anthropocène
mais aussi pour construire les réponses à apporter aux
menaces environnementales auxquelles l?humanité est
confrontée. Les données géolocalisées contribuent en
effet directement à l?élaboration et au calibrage des
politiques publiques de la transition écologique. La qua-
lité, la disponibilité, la fraîcheur de ces données condi-
tionnent notre capacité à décider en temps réel et à
agir avec une vision large et systémique tout en étant
précis pour ajuster au mieux les dispositifs aux réalités
et aux caractéristiques des territoires.
Les cartes établies à partir des données géolocalisées
sont des outils très puissants qui peuvent véhiculer des
informations et des repères d?une immense richesse.
Les codes qu?elles adoptent, les couleurs et ombres
qu?elles proposent peuvent apporter une information
précise, profonde et néanmoins très synthétique. Les
cartes dessinent ainsi le monde en même temps qu?elles
proposent de porter sur lui un certain regard. Avec la
démocratisation des outils et données géographiques,
c?est un large panel d?acteurs qui se saisit aujourd?hui
de la carte comme outil de pédagogie, de médiation et
de débat. La carte devient « engagée » et participe du
socle pour la compréhension des phénomènes évolutifs
de l?anthropocène. Elle s?appuie à la fois sur des relevés
de terrain, des campagnes aéroportées, des observa-
tions spatiales avec toujours plus de données et
de nouvelles technologies de télédétection mais aussi
de représentation.
En tant que commissaire général au développement
durable et administrateur ministériel des données
de la transition écologique et énergétique, je suis fier
qu?avec l?Institut national de l?information géographique
et forestière la France puisse compter sur un acteur
d?excellence en termes de cartographie, de production
et de partage de la donnée géolocalisée.
J?espère que vous prendrez autant de plaisir et d?intérêt
que moi à parcourir ces pages, à observer la globalité
et les détails de ces cartes. Je suis convaincu que cet
Atlas, en montrant l?empreinte des phénomènes qui
marquent profondément la Terre, participera à la prise
de conscience de la force de ce qui s?opère sous nos
yeux et de la nécessité de conduire des changements
structurels rapides pour s?engager résolument et inten-
sément dans la lutte contre le changement climatique
et la préservation des écosystèmes et de la biodiversité.
La donnée géographique produite par l?IGN est un de
nos atouts pour y parvenir.
0808
L?édito de
Sébastien Soriano
Directeur général de l?Institut national
de l?information géographique et forestière
Des cartes pour
la planification écologique
Les cartes ont un grand pouvoir, celui de montrer des
phénomènes complexes, parfois peu visibles voire invi-
sibles. Outils de savoir et de compréhension du monde,
elles invitent à réagir sur ce qui se joue sous nos yeux.
C?est ce pouvoir de la carte qui amène l?Institut national
de l?information géographique et forestière à revoir ses
priorités à l?heure du changement climatique.
La donnée géographique est aujourd?hui partout : nos
smartphones nous fournissent des atlas numériques de
poche, les territoires investissent dans la connaissance et
des communautés dynamiques, comme OpenStreetMap,
ont ouvert la voie à des «?géo-communs?».
Au milieu de ce foisonnement, le devoir de l?IGN est de
rendre compte des changements brutaux et extrême-
ment rapides survenant dans les territoires, dus aux
activités humaines. L?objectif est double : fournir les
outils de pilotage pour prendre les mesures nécessaires
(maîtriser l?artificialisation des sols, surveiller l?évolution
des forêts, des côtes, construire des environnements
urbains résilients, etc.) et mobiliser la capacité de média-
tion de la carte. En offrant une visualisation claire des phé-
nomènes qui se jouent, tout un chacun peut adapter ses
comportements et contribuer à la transition, à son échelle.
Quand des bouleversements environnementaux vont
heurter nos existences, le sens de la mission de l?IGN est
de cartographier l?anthropocène. C?est ainsi que nous ferons
de nos cartes des alliés précieux pour aider la Nation à
se frayer un chemin à travers les défis de notre époque.
Il s?agit pour nous d?une petite révolution qui implique
de revisiter les modalités et temporalités de nos carto-
graphies. Il faut passer d?une description statique
et générique à une description dynamique et théma-
tique du territoire français. Pour relever ce véritable
défi technologique, l?IGN déploie des innovations
de pointe issues de ses équipes de recherche pluridis-
ciplinaires et s?appuie sur son école d?ingénieur,
l?ENSG-Géomatique, ainsi que sur des industriels
et des start-up. L?institut mise sur les méthodes de
traitements automatiques offertes par l?intelligence
artificielle et enrichit ses capacités d?observation en
croisant des sources de données nouvelles. L?IGN
développe aussi les techniques de data visualisation
et d?UX design pour exploiter le pouvoir de médiation
de la carte.
«?À l?échelle d?une carte, le monde devient un jeu d?en-
fant?», comme le dit l?écrivain Laurent Graff. C?est donc
sous forme d?atlas que l?IGN choisit de présenter un
aperçu de ses premières cartes de l?anthropocène. Il
faut y associer les nombreux partenaires publics de
l?institut, qui en sont souvent à l?initiative afin de pré-
server ou d?adapter notre territoire face à l?accélération
des agressions qu?il subit. Ce document est en outre
une sélection qui ne rend pas compte de l?exhaustivité
des activités de l?IGN. Cet Atlas est un premier jalon. Il
a vocation à devenir un rendez-vous annuel s?enrichis-
sant des projets d?appui aux politiques publiques de
l?institut et des innovations.
0909
ATLAS
IGN 2022
L?ARTIFICIALISATION
DES SOLS
1010
Conséquence directe de l?étalement
urbain, le phénomène d?artificialisation
des sols grignote peu à peu nos espaces
naturels au profit d?un usage fonctionnel
d?habitat ou de transport. Si ce phéno-
mène est aujourd?hui bien identifié, ses
conséquences multiples sont mal éva-
luées et touchent autant la qualité des
sols que la biodiversité, le réchauffement
climatique ou l?aggravation des catas-
trophes naturelles, notamment provo-
quées par l?imperméabilisation des
surfaces. Pour Karine Hurel, «?l?artificia-
lisation est un processus qui détruit tout
ou partie des fonctionnalités d?un sol,
qu?elles soient biologiques, hydriques
ou climatiques. Le sol a de multiples
fonctions dont on prend petit à petit
conscience et la loi climat et résilience
contribue à ce qu?on les préserve?».
CHANGER NOTRE
VISION DE L?HABITAT
Le sujet n?est pas vraiment nouveau mais
la prise de conscience pour limiter le phé-
nomène d?urbanisation s?est clairement
accélérée dans le courant des années
2000, avec l?adoption de la loi solidarité
et renouvellement urbain, et surtout en
2021 avec la loi climat et résilience issue
des travaux de la convention citoyenne
pour le climat. Malgré tout, entre 20 000
et 30?000 hectares continuent à être arti-
ficialisés chaque année en France*.
Un mouvement qui augmente presque
quatre fois plus vite que la population. Il
devient donc urgent d?agir. «?On ne peut
pas tout arrêter, ni obliger les gens à habi-
ter là où ils ne veulent pas aller. Mais on
peut contribuer à changer les consciences
et les modes de vie. Par exemple, il existe
souvent une inadéquation entre les loge-
ments actuels et la forme familiale. Les
familles sont de plus en plus petites. On
vit de plus en plus seuls, parfois dans de
grands logements inadaptés. Il faut donc
repenser notre habitat, changer nos ima-
ginaires sur la ville. Redensifier les
espaces urbains pour permettre d?éco-
nomiser les surfaces.?»
OBJECTIF :
ENRAYER L?ACCÉLÉRATION
DE L?URBANISATION
Impulsé en 2018 par le plan biodiversité
proposé par le ministère de la transition
écologique et de la cohésion des terri-
toires, l?objectif « zéro artificialisation
nette» (ZAN) répond précisément à cette
volonté de modifier les règles d?urba-
nisme. «?On ne va pas tout stopper, mais
on va ralentir. On va également chercher
à compenser en renaturant des espaces
artificialisés qui pourront l?être, comme les
friches laissées à l?abandon?», précise
Karine Hurel. L?objectif est de faire en
sorte que chaque territoire regarde sa
propre tendance à artificialiser et se mette
en ordre de marche pour la diviser par
deux d?ici à 2030 et parvenir à l?absence
d?artificialisation nette en 2050. En gar-
dant à l?esprit que tout le monde ne part
pas sur une même base. Certains ont déjà
produit des efforts. D?autres non. Tous
devront pourtant viser le même objectif.
«?Les territoires semblent globalement
partants. La bataille portera surtout sur la
manière dont on va organiser et mesurer
ces trajectoires. D?où la nécessité d?avoir
un référentiel commun et des données
interopérables afin que chacun parte sur
les mêmes critères d?évaluation.?»
LE RETOUR À LA TERRE
Pour Karine Hurel, la réglementation est
nécessaire, mais pas suffisante. Elle doit
aussi s?accompagner d?un changement
de nos perceptions. «?Cela peut paraître
trivial, mais il est pour autant indispen-
sable que nous redécouvrions notre
environnement avec la diversité de ses
fonctions. On a besoin de changer nos
imaginaires sur le sol, par exemple.
On ne le voit plus. Il semble ne pas exis-
ter. Or, il a pourtant de multiples fonc-
tions, une épaisseur, une qualité, il
accueille une formidable biodiversité?
Il faut le remettre au centre de nos repré-
sentations. Se rendre compte qu?il y a des
choses en dessous?», rappelle-t-elle. Une
fois n?est pas coutume, il faut donc aussi
apprendre à regarder vers le bas.
RENCONTRE AVEC?
Karine Hurel, géographe et cartographe, déléguée générale adjointe
à la Fédération nationale des agences d?urbanisme
Nous avons besoin
de changer nos imaginaires
sur le sol. Intimement liée à la nécessité de développement
et d?aménagement des territoires, l?artificialisation des sols menée
pour bâtir les villes a aussi des conséquences dommageables
sur l?environnement. La réglementation impose désormais de laisser
sa chance à la nature et de renaturer les espaces qui peuvent l?être.
Une action qui, pour Karine Hurel, demande aussi de faire évoluer
nos perceptions.
* ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, ecologie.gouv.fr
1111
ATLAS
IGN 2022
Le programme national LiDAR HD prévoit la mise en place
d?ici à 2026 d?une cartographie 3D du territoire d?une précision
jamais atteinte à l?échelle de la France. Il mobilise pour cela
une technologie de pointe : le LiDAR haute densité (cible visée :
dix points par mètre carré en moyenne).
Par sa capacité à décrire finement le sol, même sous couvert
végétal, le chevelu hydrographique ? fleuves, rivières, etc. ?
LiDAR HD : VERS UNE NOUVELLE
CARTOGRAPHIE 3D DU PAYS
LIEU : SAINT-ÉMILION
Date : 2022
1212
et les différents étages de la végétation, cette technologie est
un puissant outil d?analyse et de suivi des évolutions du territoire.
Elle répond ainsi aux besoins d?un large spectre de politiques
publiques comportant une dimension spatiale : prévention des
risques naturels, connaissance de la ressource forestière, gestion
des parcelles agricoles, aménagement du territoire, préservation
de la biodiversité, sécurité intérieure, transition énergétique, etc.
LIEU : PORT DE MARSEILLE
Date : 2022
1313
ATLAS
IGN 2022
DÉTECTION AUTOMATIQUE PAR
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (IA)
LIEU : AUCH
Date : 2019
Les modèles IA entraînés en amont
permettent de détecter automatiquement
la couverture du sol à partir des images
aériennes, on parle de carte de prédiction.
Les informations sur la couverture du sol
sont associées par la suite à d?autres
bases de données géographiques IGN :
base de données topographiques (BD TOPO),
base de données forêt (BD Forêt), Registre
parcellaire graphique (RPG). Ces bases
de données servent à produire une première
version d?occupation du sol, issue
d?un traitement 100% automatique.
1414
Zones bâties Zones
imperméablesOrtho 2019
Ce premier jeu de données «?tout
automatique?» fait l?objet d?un contrôle et
de correction par photo-interprétation.
À la fin de cette étape, l?occupation des sols
devient complète et prête à être exploitée.
Enrichissement et correction
par des photo-interprètes.
1515
ATLAS
IGN 2022
ArboréSurface
d?eau Herbacé
DONNÉES D?OCCUPATION DU SOL,
DES RESSOURCES EN OPEN DATA
LIEU : EAUZE
Date : 2019
Au-delà du produit final que sont les données d?occupation du sol, l?IGN
met à disposition en open data toutes les ressources qui contribuent au processus
automatisé. Depuis le site geoservices.ign.fr chacun peut accéder:
? aux annotations [données permettant d?entraîner les modèles deep learning
d?intelligence artificielle (IA)]?;
? aux jeux de données deep learning?;
? aux modèles IA et codes informatiques associés?;
? aux cartes de prédiction par deep learning.
1616
Avec la mise à disposition de ces ressources, l?IGN propose aux experts
en intelligence artificielle et aux communautés techniques du secteur
de l?information géographique (collectivités territoriales, communautés
ouvertes, start-up) d?enrichir ces données (thèmes, classes, maille).
Cela leur offreaussi les ressources de deep learning nécessaires
à l?entraînement de leurs propres modèles.
1717
ATLAS
IGN 2022
Artificialisé
Non artificialisé
MESURE DE L?ARTIFICIALISATION
DES SOLS
LIEU : AUCH
Date : 2019
Dans le cadre de l?Observatoire de l?artificialisation des sols de la Direction générale
de l?aménagement, du logement et de la nature (DGALN), l?IGN, en collaboration avec le Centre
d?études et d?expertise sur les risques, l?environnement, la mobilité et l?aménagement (Cerema)
et l?Institut national de la recherche pour l?agriculture, l?alimentation et l?environnement (INRAe),
produit un référentiel de données géographiques pour décrire l?occupation et l?usage des sols.
Ce programme ambitieux, mené en concertation avec les territoires, répond à l?objectif à terme
de «?zéro artificialisation nette?» (ZAN) de la loi climat et résilience, et permet d?observer finement
les territoires et leurs évolutions en fournissant des informations et chiffres clés sur l?artificialisation
constatée. La couverture du territoire métropolitain et des départements et régions d?outre-mer
(DROM) sera réalisée d?ici à 2024 avec la production de deux millésimes par département.
1818
CS1.1.1.2 - Zones non bâties
CS1.1.2.1 - Zones à matériaux minéraux
CS1.1.2.2 - Zones à autres matériaux
CS1.1.1.1 - Zones bâties
Couverture du sol
CS1.2.1 - Sols nus
CS1.2.2 - Surfaces d?eau
CS1.2.3 - Névés et glaciers
CS2.1.1.1 - Peuplements de feuillus
CS2.1.1.2 - Peuplements de conifères
CS2.1.1.3 - Peuplements mixtes
CS2.1.2 - Formations arbustives
CS2.1.3 - Autres formations ligneuses
CS2.2.1 - Formations herbacées
CS2.2.2 - Autres formations non ligneuses
Non artificialisé
Artificialisé
US1.2 - Sylviculture
US1.3 - Activité d'extraction
US1.4 - Aquaculture et pêche
US1.1 - Agricole
Usage du sol
US1.5 - Autre production primaire
US2 - Production secondaire
US235 - Usage mixte
US3 - Production tertiaire
US4.1.1 - Transport routier
US4.1.2 - Transport ferré
US4.1.3 - Transport aérien
US4.1.4 - Transport par voie navigable
US4.1.5 - Autres réseaux de transport
US4.2 - Services logistiques
US4.3 - Réseaux d'utilité publique
US5 - Usage résidentiel
US6.1 - Zones en transition
US6.2 - Zones abandonnées
US6.3 - Sans usage
US6.4 - Usage inconnu
CS1.1.1.2 - Zones non bâties
CS1.1.2.1 - Zones à matériaux minéraux
CS1.1.2.2 - Zones à autres matériaux
CS1.1.1.1 - Zones bâties
Couverture du sol
CS1.2.1 - Sols nus
CS1.2.2 - Surfaces d?eau
CS1.2.3 - Névés et glaciers
CS2.1.1.1 - Peuplements de feuillus
CS2.1.1.2 - Peuplements de conifères
CS2.1.1.3 - Peuplements mixtes
CS2.1.2 - Formations arbustives
CS2.1.3 - Autres formations ligneuses
CS2.2.1 - Formations herbacées
CS2.2.2 - Autres formations non ligneuses
Non artificialisé
Artificialisé
US1.2 - Sylviculture
US1.3 - Activité d'extraction
US1.4 - Aquaculture et pêche
US1.1 - Agricole
Usage du sol
US1.5 - Autre production primaire
US2 - Production secondaire
US235 - Usage mixte
US3 - Production tertiaire
US4.1.1 - Transport routier
US4.1.2 - Transport ferré
US4.1.3 - Transport aérien
US4.1.4 - Transport par voie navigable
US4.1.5 - Autres réseaux de transport
US4.2 - Services logistiques
US4.3 - Réseaux d'utilité publique
US5 - Usage résidentiel
US6.1 - Zones en transition
US6.2 - Zones abandonnées
US6.3 - Sans usage
US6.4 - Usage inconnu
CS1.1.1.2 - Zones non bâties
CS1.1.2.1 - Zones à matériaux minéraux
CS1.1.2.2 - Zones à autres matériaux
CS1.1.1.1 - Zones bâties
Couverture du sol
CS1.2.1 - Sols nus
CS1.2.2 - Surfaces d?eau
CS1.2.3 - Névés et glaciers
CS2.1.1.1 - Peuplements de feuillus
CS2.1.1.2 - Peuplements de conifères
CS2.1.1.3 - Peuplements mixtes
CS2.1.2 - Formations arbustives
CS2.1.3 - Autres formations ligneuses
CS2.2.1 - Formations herbacées
CS2.2.2 - Autres formations non ligneuses
Non artificialisé
Artificialisé
US1.2 - Sylviculture
US1.3 - Activité d'extraction
US1.4 - Aquaculture et pêche
US1.1 - Agricole
Usage du sol
US1.5 - Autre production primaire
US2 - Production secondaire
US235 - Usage mixte
US3 - Production tertiaire
US4.1.1 - Transport routier
US4.1.2 - Transport ferré
US4.1.3 - Transport aérien
US4.1.4 - Transport par voie navigable
US4.1.5 - Autres réseaux de transport
US4.2 - Services logistiques
US4.3 - Réseaux d'utilité publique
US5 - Usage résidentiel
US6.1 - Zones en transition
US6.2 - Zones abandonnées
US6.3 - Sans usage
US6.4 - Usage inconnu
CS1.1.1.2 - Zones non bâties
CS1.1.2.1 - Zones à matériaux minéraux
CS1.1.2.2 - Zones à autres matériaux
CS1.1.1.1 - Zones bâties
Couverture du sol
CS1.2.1 - Sols nus
CS1.2.2 - Surfaces d?eau
CS1.2.3 - Névés et glaciers
CS2.1.1.1 - Peuplements de feuillus
CS2.1.1.2 - Peuplements de conifères
CS2.1.1.3 - Peuplements mixtes
CS2.1.2 - Formations arbustives
CS2.1.3 - Autres formations ligneuses
CS2.2.1 - Formations herbacées
CS2.2.2 - Autres formations non ligneuses
Non artificialisé
Artificialisé
US1.2 - Sylviculture
US1.3 - Activité d'extraction
US1.4 - Aquaculture et pêche
US1.1 - Agricole
Usage du sol
US1.5 - Autre production primaire
US2 - Production secondaire
US235 - Usage mixte
US3 - Production tertiaire
US4.1.1 - Transport routier
US4.1.2 - Transport ferré
US4.1.3 - Transport aérien
US4.1.4 - Transport par voie navigable
US4.1.5 - Autres réseaux de transport
US4.2 - Services logistiques
US4.3 - Réseaux d'utilité publique
US5 - Usage résidentiel
US6.1 - Zones en transition
US6.2 - Zones abandonnées
US6.3 - Sans usage
US6.4 - Usage inconnu
CS1.1.1.2 - Zones non bâties
CS1.1.2.1 - Zones à matériaux minéraux
CS1.1.2.2 - Zones à autres matériaux
CS1.1.1.1 - Zones bâties
Couverture du sol
CS1.2.1 - Sols nus
CS1.2.2 - Surfaces d?eau
CS1.2.3 - Névés et glaciers
CS2.1.1.1 - Peuplements de feuillus
CS2.1.1.2 - Peuplements de conifères
CS2.1.1.3 - Peuplements mixtes
CS2.1.2 - Formations arbustives
CS2.1.3 - Autres formations ligneuses
CS2.2.1 - Formations herbacées
CS2.2.2 - Autres formations non ligneuses
Non artificialisé
Artificialisé
US1.2 - Sylviculture
US1.3 - Activité d'extraction
US1.4 - Aquaculture et pêche
US1.1 - Agricole
Usage du sol
US1.5 - Autre production primaire
US2 - Production secondaire
US235 - Usage mixte
US3 - Production tertiaire
US4.1.1 - Transport routier
US4.1.2 - Transport ferré
US4.1.3 - Transport aérien
US4.1.4 - Transport par voie navigable
US4.1.5 - Autres réseaux de transport
US4.2 - Services logistiques
US4.3 - Réseaux d'utilité publique
US5 - Usage résidentiel
US6.1 - Zones en transition
US6.2 - Zones abandonnées
US6.3 - Sans usage
US6.4 - Usage inconnu
1919
ATLAS
IGN 2022
La ville avance. En France comme un peu
partout en Europe, et malgré un cadre
réglementaire de plus en plus contrai-
gnant, le rythme d?extension urbaine ne
cesse d?accélérer, continuant à tisser
sa toile et à renforcer ses besoins en
matière d?infrastructures gourmandes
en espaces naturels. Les conséquences
sont connues : augmentation des risques
notamment liés aux inondations, chute
de la biodiversité, accroissement des
températures dans les zones bétonnées
et hausse de l?empreinte carbone induit
par l?usage excessif de la voiture indivi-
duelle. Le rythme actuel d?extension de
l?artificialisation des sols ne semble plus
compatible avec un mode de vie durable.
Et l?ambition nationale, fixée en 2018 par
le plan biodiversité, de stopper toute arti-
ficialisation nette des sols d?ici à 2050
semble difficile à tenir sans un cadre
d?actions précis.
SE DONNER UN CADRE
Comme on a l?habitude de le dire, pour
savoir où aller, il faut déjà savoir d?où l?on
vient. La loi climat et résilience de 2020
fixe les typologies d?espaces qui doivent
être prises en compte dans le cadre de
l?inventaire des espaces artificialisés.
Connaître le type de sol ne suffit cepen-
dant pas. Il faut aussi un outil de réfé-
rence nationale qui permette de mesurer
la surface d?occupation des sols et leur
évolution dans le temps. C?est la raison
d?être du référentiel d?occupation du sol
à grande échelle (OCS GE), qui fournit un
inventaire de données homogènes et
pérennes sur l?ensemble du territoire
métropolitain et des départements et
régions d?outre-mer.
CROISER LES COMPÉTENCES,
CUMULER LES DONNÉES
Ces données sont produites par l?IGN à
partir des prises de vues aériennes croi-
sées, le cas échéant, avec des données
issues de référentiels nationaux ou
locaux comme les bases de données
forêt, les données foncières à usage rési-
dentiel, secondaire ou tertiaire, issues
du Centre d?études et d?expertise sur
les risques, l?environnement, la mobilité
et l?aménagement (Cerema) et celles
liées aux aides agricoles (Registre par-
cellaire graphique).
COMPRENDRE
L?OCCUPATION DU SOL
L?objectif de ce recueil est d?obtenir une
cartographie générale de tout le territoire
permettant d?identifier la couverture du
sol d?une part et l?usage qui en est fait
d?autre part. Une fois croisées, ces deux
informations déchiffrent le territoire et,
in fine, quantifient l?artificialisation des
sols. L?IGN couvrant un tiers du territoire
chaque année en vue aérienne, l?objectif
est de collecter d?ici à 2024 un référentiel
de données exhaustif pour visualiser le
flux d?artificialisation du territoire avec
précision. Par rapport aux données qui
existent à l?initiative des collectivités, ce
référentiel apportera une harmonisation
et une régularité nouvelles, se confor-
mant aux travaux du Conseil national
de l?information géolocalisée (CNIG). Et de
faire de l?échéance 2030 un premier ren-
dez-vous sur l?état d?artificialisation du sol.
L?INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (IA)?:
UN GAIN DE TEMPS ET D?ARGENT
Pour y parvenir, les relevés photogra-
phiques effectués par l?IGN sont combi-
nés à d?autres données?: les modèles
numériques de terrain (MNT) et les
modèles numériques de surface (MNS),
les annotations, etc. pour interpréter
automatiquement les images et distin-
guer ce qui tient lieu d?habitations, de
zones imperméables, d?espaces agri-
coles ou d?espèces végétales comme les
feuillus ou les conifères. En tout, 15 classes
La sobriété foncière est devenue une priorité nationale. Elle repose
aujourd?hui sur l?observation, la planification et l?encadrement
de la croissance urbaine sur tout le territoire. Une démarche
qui demande de disposer de mesures fiables et durables si on veut
atteindre à terme les objectifs de «zéro artificialisation nette» (ZAN).
Le référentiel d?occupation du sol à grande échelle (OCS GE)
mené par l?IGN pour la Direction générale de l?aménagement,
du logement et de la nature (DGALN) porte cette ambition.
Et bien d?autres.
Ambition & réalisations
Mesurer
« comment
la ville avance »
2020
de couverture du sol sont référencées
par l?intelligence artificielle. Ces méthodes
s?appuient désormais largement sur la
capacité apprenante de l?IA pour accé-
lérer l?interprétation des données, phase
la plus coûteuse en termes de temps
et d?argent.
L?EXPERTISE HUMAINE
POUR LA PRÉCISION
Produit sur le département pilote du
Gers, pour lequel l?IGN avait déjà un pre-
mier jeu de prises de vues aériennes,
cette technologie de machine learning,
associée à des traitements automa-
tiques, a prouvé son efficacité. Elle a
aussi démontré que l?expertise humaine
restait indispensable quand il s?agit de
qualifier l?usage et certaines finesses du
terrain comme les délimitations entre les
jardins résidentiels et les bordures de
champs. À ce jour, le processus IA atteint
83?% de bonne classification, et les trai-
tements automatiques associés per-
mettent au final de ne pas retoucher
94?% de la surface. Ce qui est d?autant
plus remarquable que ce procédé repose
précisément sur une technologie qui
apprend de ses erreurs et devrait donc
améliorer à l?avenir cette performance.
INNOVER ENSEMBLE
Reste que les jeux de données interpré-
tées dans le cadre de l?OCS GE ne sont
pas une finalité mais servent également
à nourrir le besoin de connaissance de
tous, notamment les enjeux spécifiques
des collectivités territoriales. Beaucoup
de données collectées et issues des pro-
cessus IA ne sont pour l?instant pas uti-
lisées et restent ouvertes à l?analyse.
L?IGN produit des modèles génériques
et des cartes de prédiction sur la base
de ces processus inédits. Ils doivent per-
mettre aux communautés de chercheurs,
aux start-up et aux acteurs des territoires
de se saisir de cette opportunité pour
explorer des solutions innovantes à
toutes les échelles. Une promesse de
géo-communs.
+ L?Observatoire
de l?artificialisation
des sols
Votre Terre
vue d?en haut
Promouvoir la sobriété foncière, c?est avant tout pour chaque collectivité
maîtriser l?extension de son urbanisation. Encore faut-il disposer de données fiables,
évolutives et partagées pour pouvoir fixer sa politique territoriale et ses plans d?urbanisme
en cohérence avec les objectifs nationaux. L?observatoire national de l?artificialisation
des sols mis en place par la DGALN, qui exige un état des lieux annuel de la consommation
d?espaces dans les territoires, porte cette ambition.
Cet observatoire s?appuie sur une plateforme web, ouverte en juillet 2019, qui donne un
accès aux données relatives à l?occupation des sols collectées dans le cadre de l?OCS GE
et à la progression du phénomène soit par conséquent, à l?extension des zones urbaines
qui en découle.
Depuis 2009, une carte dynamique permet d?accéder aux données d?occupation relatives
au territoire de son choix jusqu?à l?échelle de la commune et de les comparer aux évolutions
de la démographie, à la densité des logements ou aux tendances nationales, par exemple.
Au-delà de son caractère réglementaire, cet observatoire a surtout une ambition
de transparence et d?émulation des territoires derrière un référentiel commun.
La sobriété foncière
sera un enjeu central
de la planification
écologique.
2121
ATLAS
IGN 2022
UNE FORÊT
EN MUTATION
2222
Il y a différentes manières de considérer
une forêt. Elle est d?abord un bien com-
mun dans lequel on aime à se balader.
Un objet social important qui est aussi
partie intégrante de l?identité d?un terri-
toire. C?est également un objet écono-
mique de par l?exploitation de bois et
d?autres biomatériaux comme la résine
ou le liège. C?est enfin un espace qui rend
des services environnementaux tels que
la captation du carbone ou la préserva-
tion de la biodiversité. La forêt est, à ce
titre, pour l?un et l?autre, la deuxième
ressource en France après les océans.
Indéniablement, elle rend des services.
Encore faut-il savoir les concilier. Pour
Manuel Fulchiron, « cela nécessite de
bâtir des compromis. Pour cela, il faut
connaître le plus finement possible ce
qu?on y trouve, ce qu?il s?y passe et
comment ces espaces vivants évoluent
dans le temps ».
L?ARBRE QUI CACHE LA FORÊT
Depuis plus d?un siècle, la superficie
forestière augmente. Avec 10 millions
d?hectares recensés en 1908, elle cou-
vrait 19?% du territoire. Elle en couvre
désormais 31?% avec 17 millions d?hec-
tares. Derrière ces chiffres encoura-
geants se dissimule une perspective plus
noire. «?On s?aperçoit depuis quelques
années que la forêt augmente moins vite
en volume?», précise Manuel Fulchiron.
En cause, notamment, la vitalité des
arbres qui se détériore. Entre les incen-
dies, la succession des sécheresses qui
freinent la croissance des individus, et
les bioagresseurs, qui corrompent leur
santé, les massifs forestiers sont sous
pression. «?Les parasites qui attaquent
les arbres sont connus. Un arbre en
bonne santé arrive facilement à se
défendre. Mais quand les arbres ont trop
chaud, sont trop secs, les parasites
finissent par pulluler. On parle d?ailleurs
de tempête silencieuse, qui met à terre
un grand nombre d?arbres sans qu?on
entende de grand bruit, comparé à une
tempête ou un ouragan.?»
UNE ÉVOLUTION
INÉVITABLE DES FORÊTS
Épicéas, frênes, sapins ou encore châ-
taigniers sont des exemples d?essences
aujourd?hui concernées par le phéno-
mène. Or la santé des arbres est cruciale
pour assurer la réserve de biodiversité,
mais aussi pour lutter contre le réchauf-
fement climatique. La forêt française
absorbe 83millions de tonnes de CO2
chaque année. Alors pour subsister, elle
doit s?adapter. Selon Manuel Fulchiron,
«?les essences forestières migrent lentement
et on ne peut pas savoir avec certitude
comment va évoluer la météo. Cepen-
dant, selon les prévisions d?organismes
scientifiques comme le Le Groupe d?ex-
perts intergouvernemental sur l?évolution
du climat (GIEC), il est raisonnable de
penser qu?il va y avoir une forte modifi-
cation du paysage forestier français et de
la composition des forêts à l?horizon
2080-2100?».
BÂTIR UNE FORÊT RÉSILIENTE
Il est donc pertinent pour les gestion-
naires forestiers, toujours selon Manuel
Fulchiron, de définir localement des
orientations de gestion pour pallier le fait
que des espèces d?arbres ne sont ou ne
seront plus adaptées aux conditions cli-
matiques et environnementales. En
parallèle, il est nécessaire de suivre l?évo-
lution des massifs et de leur fonctionne-
ment dans un contexte environnemental
changeant. En 2021, les Assises de la
forêt ont mobilisé toutes les parties
prenantes pour «?construire?» la forêt
de demain. «?L?IGN a été conforté dans
son rôle d?informateur objectif et d?aide
à la décision en matière de politiques
publiques?», en particulier par la mise
en place de l?Observatoire national de la
forêt et du bois, précise, pour conclure,
Manuel Fulchiron.
RENCONTRE AVEC?
Manuel Fulchiron, directeur adjoint à la direction des opérations
et des territoires, responsable opérationnel forêt de l?IGN
Le paysage forestier français
va fortement évoluer. Les forêts,
ce sont des arbres, des sols, une flore et une faune qui constituent
un écosystème riche et complexe. Cet équilibre est aujourd?hui bousculé.
En cause, des sécheresses plus fréquentes, des incendies et des maladies
qui frappent les arbres. Or, les forêts « produisent » des services
économiques, sociaux et écologiques à préserver. Pour Manuel Fulchiron,
il est important de mieux connaître ces espaces pour aider la forêt
à être plus résiliente et à conserver un écosystème fonctionnel.
2323
ATLAS
IGN 2022
La technologie LiDAR utilisée pour cartographier la France en 3D
permet de décrire finement le sol y compris le couvert végétal
et les différents étages de végétation.
LiDAR HD: POUR UNE MEILLEURE
CONNAISSANCE DE LA RESSOURCE
FORESTIÈRE
LIEU : FORÊT DE CHAMBARAN
Date : 2022
2424
Feuillus purs en îlots
Chênes décidus purs
Chênes sempervirents purs
Jeune peuplement/coupe rase/incident
Hêtres purs
Châtaigniers purs
Robiniers purs
Autres feuillus purs
Mélange de feuillus
Peupleraie
Conifères purs en îlots
Pins maritimes purs
Pins sylvestres purs
Pins laricio ou pins noirs purs
Pins d'Alep purs
Pins à crochets ou pins cembro purs
Autres pins purs
Mélange de pins purs
Sapins ou épicéas purs
Mélèzes purs
Douglas purs
Mélange d'autres conifères
Mélange de conifères
Autres conifères purs
Forêt ouverte avec coupe rase ou incident
Forêt ouverte de feuillus purs
Mélange de feuillus prépondérants/conifères
Mélange de conifères prépondérants/feuillus
Forêt ouverte de conifères purs
Lande ligneuse
Formation herbacée
Forêt ouverte : mélange feuillus/conifères
L?IGN établit une base de données géographiques de référence
pour l?espace forestier et les milieux semi-naturels : la BD Forêt.
Cette base de données décrit en détails les formations végétales
forestières. Produite par emprises départementales à partir
d?une photo-interprétation d?images infrarouge couleur (IRC), elle
est complétée par un passage sur le terrain. La BD Forêt doit être
mise à jour, en s?appuyant notamment sur la technologie
de l?intelligence artificielle.
LA BASE DE DONNÉES FORÊT :
UNE CARTE FORESTIÈRE
D?UNE GRANDE RICHESSE
Date : 2018
2525
ATLAS
IGN 2022
Les orthophotographies ou orthoimages sont des prises de vues, ici aériennes,
de la surface terrestre. Ces photographies sont rectifiées géométriquement,
égalisées radiométriquement et géoréférencées. La photographie aérienne
par infrarouge couleur superpose une image infrarouge à une
orthophotographie, en utilisant un décalage sur le code couleur afin de rendre
visible les rayonnements du proche infrarouge réfléchis par les végétaux
(longueurs d?onde comprises entre 700 et 900 nanomètres). L?étude des
images infrarouge couleur (IRC) donne des indications relatives à la végétation
arborée (espèces, état sanitaire, etc.) ou aux cultures.
PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE
EN INFRAROUGE COULEUR
2626
Les photos IRC peuvent être croisées avec la BD Forêt afin
de déterminer les différentes essences d?arbres sur un territoire.
BASE DE DONNÉES FORÊT
SUR FOND D?IMAGE
INFRAROUGE COULEUR
LIEU : DÉPARTEMENT DE LA MARNE
2727
ATLAS
IGN 2022
1908 2020
Moins de 100 000 ha
Entre 100 000 et 150 000 ha
Entre 150 000 et 200 000 ha
Entre 200 000 et 300 000 ha
300 000 ha et plus
Départements hors France en 1908
Depuis plus d?un siècle, la superficie forestière métropolitaine
augmente. En 1908, la forêt française couvrait 19 % du territoire
avec près de 10 millions d?hectares. Elle en couvre désormais
31 % avec 17,0 millions d?hectares. Depuis 1985, où la forêt
représentait alors 14,1 millions d?hectares, l?accroissement est
toujours soutenu, à hauteur de près de 80 000 hectares par an.
L?extension se fait notamment en Bretagne et dans la zone
méditerranéenne.
%
d
u
te
rr
ito
ire
ÉVOLUTION DE LA SURFACE FORESTIÈRE
DEPUIS LA MOITIÉ DU XIXE SIÈCLE
(en millions d?hectares) 17
2021
31?%
9,9
1906
18?%
8,9
1840
16?%
14,1
1985
26?%
16,2
2010
29,5?%
LA SUPERFICIE FORESTIÈRE
2828
LA PROPRIÉTÉ FORESTIÈRE
Les trois quarts de la forêt française métropolitaine (12,7 millions d?hectares) appartiennent à des propriétaires
privés. La forêt publique représente donc un quart des forêts métropolitaines. Elle se répartit entre les forêts domaniales
(1,5 million d?hectares) et les autres forêts publiques (2,8 millions d?hectares), essentiellement des forêts communales.
LES PRÉLÈVEMENTS DE BOIS
En dix ans, le volume de bois coupé en forêt a augmenté de 18% : les prélèvements étaient de 42,4 millions de mètres
cubes (Mm³/an) sur la période 2005-2013, pour 50,1 Mm³/an sur la période 2011-2019. Il n?est néanmoins pas
possible de quantifier de manière précise la part liée aux coupes sanitaires.
En moyenne, chaque année, 24,2 Mm³ de feuillus et 25,9 Mm³ de conifères sont coupés en forêt.
Les chênes (rouvre, pédonculé et pubescent) constituent 14 % de l?ensemble des prélèvements en métropole. L?essence
la plus prélevée est le pin maritime (6,5 Mm³/an) suivie par l?épicéa commun (6,3 Mm³/an). C?est en Nouvelle-Aquitaine
que les prélèvements sont les plus importants (22 % des prélèvements nationaux).
PART DE LA SURFACE
FORESTIÈRE PRIVÉE
PAR RÉGION ADMINISTRATIVE
25 - 50 %
50 - 75 %
75 - 90 %
> 90 %
Diminution du volume
Augmentation du volume :
0 à 3 millions de m³
3 à 10 millions de m³
10 à 20 millions de m³
> 20 millions de m³
Volume :
Total
Feuillus
Résineux
ÉVOLUTION DU VOLUME DE LA FORÊT
DE PRODUCTION ENTRE 1985 ET 2020
ÉVOLUTION DU VOLUME DE BOIS TOTAL, DE FEUILLUS
ET DE CONIFÈRES, DURANT LES TRENTE
DERNIÈRES ANNÉES
0
3000
(en millions de m³)
19
85
20
10
20
15
20
20
2500
2000
1500
1000
500
1850
2440
2770
29
17
millions d?hectares
2929
ATLAS
IGN 202229
Forêt domaniale Autre forêt publique
Forêt privée
9?%
16?%
75?%
Répartition de la mortalité 2011-2019
Le volume de bois sur pied à l?hectare
représente 2,8 milliards de m³ et est
en moyenne de 174 m³ à l?hectare. Il est
plus élevé en forêt publique (198 m³/ha)
qu?en forêt privée (166 m³/ha). Ce stock
de bois sur pied connaît une très forte
progression de presque 50 %
en une trentaine d?années, passant
de 1,8 milliard de m³ sur pied en 1985
à 2,8 milliards de m³ aujourd?hui.
Cependant, cette progression a tendance
à s?amenuiser depuis peu du fait
d?une production biologique plus faible,
de prélèvements et d?une mortalité
en augmentation.
La croissance des arbres sur la période 2011-2019 s?est ralentie (? 3 %) par rapport à la période
2005-2013 du fait des conditions climatiques difficiles pour les arbres (successions de sécheresse)
et du développement de bioagresseurs. La forêt est le premier puits de carbone terrestre de France.
Sa capacité est fonction de la croissance des arbres mais aussi de leur mortalité.
LA FORÊT, PUITS DE CARBONE, RÉSERVOIR DE BIODIVERSITÉ
LA RESSOURCE EN BOIS
0
1
2
3
m 3/ha/an
0
1
2
3
m 3/ha/an
La mortalité tend à augmenter ces dernières
années : elle était de 7,4Mm³/an sur
la période 2005-2013 et est passée
à 10 Mm³/an sur la période 2011-2019. Cette
hausse de 35% est notamment due
aux crises sanitaires liées à des conditions
climatiques à la fois difficiles pour les arbres
(sécheresses) et propices aux bioagresseurs
(insectes, champignons, bactéries) propres
à chaque espèce d?arbres.
La mortalité annuelle représente en moyenne
0,4 % du volume total de bois vivant sur
pied. Elle affecte les essences et les régions
de façon très différente.
Le bois mort sur pied et les chablis représentent
120 millions de mètres cubes. La présence
de bois mort en forêt est aussi une condition
de survie pour de nombreuses espèces
essentielles au bon fonctionnement de
ces écosystèmes.
RÉPARTITION DES PRÉLÈVEMENTS DE BOIS
SUR LA PÉRIODE 2011-2019
RÉPARTITION DE LA MORTALITÉ
SUR LA PÉRIODE 2011-2019
Source pour les données Forêt : Le Mémento
de l?inventaire forestier ? édition 2021
30
Source : L?IF - Santé des forêts n°47 (novembre 2021) - Analyse des principales données sanitaires
FOCUS SUR LE CHÂTAIGNER
C?est l?essence qui, en proportion et en valeur absolues,
présente le plus de signes de dépérissement :
? le plus fort taux d?arbres morts : 15 %?;
? le plus grand stock d?arbres morts sur pied :
23 millions de m3, soit 21 % du volume
national?;
? la plus forte mortalité annuelle moyenne :
1,3 million de m3/an, soit 15 % de la mortalité
nationale toutes essences confondues?;
? une présence importante de branches mortes :
plus de 9 % des tiges et du volume de l?essence
présentent une mortalité de branches
supérieure à 25 %.
Pour info :
Le châtaignier est touché par différentes
maladies exotiques, dont le chancre et l?encre
depuis plus de soixante-dix ans.
SÉCHERESSE
La succession de plusieurs années sèches, au moins localement, avec des températures extrêmes a nettement mis à mal
des espèces d?arbres ces dernières années, en particulier lorsqu?elles sont hors de leur optimum stationnel.
Le déficit hydrique de l?année
est x fois plus intense que la
moyenne 1960-1990.
Extrême (plus de 2,5 fois)
Sévère (entre 1,5 et 2,5 fois)
Modéré (entre 1 et 1,5 fois)
0
10
20
30
40
50
60
70
80
90
100
19
59
19
62
19
65
19
68
19
71
19
74
19
77
19
80
19
83
19
86
19
89
19
92
19
95
19
98
20
01
20
04
20
07
20
10
20
13
20
16
20
19
%
d
e
la
s
up
er
fic
ie
f
or
es
tiè
re
3131
ATLAS
IGN 20223131
L?inventaire forestier a fêté ses 60 ans.
Cet exercice statistique de grande
ampleur permet de surveiller de près ces
évolutions sur l?ensemble du territoire
métropolitain, et de fournir des informa-
tions objectives pour préparer la forêt
de demain.
La forêt évolue. Sous le double effet
du réchauffement climatique et de mala-
dies émergentes, les arbres de la forêt
française connaissent aujourd?hui une
surmortalité. En dix ans, on observe par
exemple à 35?% la mortalité supplémen-
taire des individus. Cependant, la surface
forestière continue de s?accroître, pour
atteindre quasiment un tiers du territoire
métropolitain. Les prélèvements de bois
ont par ailleurs progressé de 18?% en
volume, pour satisfaire les besoins en
bois d?oeuvre, bois d?industrie et bois
énergie, tous en hausse, en cohérence
avec la transition écologique de l?écono-
mie. Le bilan des flux (différence de
volume entre accroissement et prélève-
ments plus mortalité) reste positif, mais
il est moins excédentaire qu?auparavant.
SURVEILLER D?UN OEIL NEUTRE
Dans ce contexte, observer en continu
l?évolution des massifs forestiers est
essentiel. Afin de fournir une information
à la fois fidèle à la réalité du terrain et
indiscutable, l?IGN met en oeuvre un pro-
tocole statistique scienti fiquement validé
par le Comité national de l?information
statistique (Cnis). Ce label garantit à l?en-
semble des utilisateurs de ces données
une qualité et une fiabilité sur lesquelles
ils peuvent baser leurs réflexions. La
politique forestière et la gestion forestière
opérationnelle doivent prendre en compte
un ensemble d?objectifs qui peuvent par-
fois apparaître difficiles à concilier. Il est
donc crucial de disposer de données
impartiales. Une impartialité inscrite
dans les missions d?observation de l?IGN.
MESURER ET INFORMER
L?inventaire forestier assure la collecte
d?information sur l?ensemble de la forêt
française, qu?elle soit publique (25?%) ou
privée (75?%). Les informations recueillies
intègrent au fur et à mesure les préoc-
cupations et les questions nouvelles vis-
à-vis des massifs forestiers ainsi que les
besoins et les usages exprimés par les
politiques publiques. Cette connaissance
part nécessairement de mesures de
terrain. Quotidiennement, des agents se
déplacent pour prendre des mesures sur
les arbres, sur près de 15?000 placettes
par an, mais aussi sur la nature des sols,
la flore, les essences présentes, les bois
morts, l?accroissement des individus,
la répartition des espèces, des habitats
naturels, etc. Plusieurs centaines de
La forêt française va faire face à des bouleversements
importants dans sa composition en essences et la répartition
géographique de celles-ci. Les contextes climatiques et sanitaires
qui affectent actuellement certaines forêts (dépérissement
dû aux épisodes répétés de sécheresse, d?incendies,
ou la crise des scolytes) placent la question de l?adaptation
des forêts au changement climatique au centre des discussions
concernant les stratégies à adopter (renouvellement forestier,
ressources forestières, zones à protéger, etc.).
Ambition & réalisations
De l?inventaire
forestier
à la modélisation
de la forêt
3232
données sont collectées, apportant des
informations sur la ressource en bois, la
biodiversité, l?écosystème forestier ou
encore la santé des espèces. Trois mil-
lions de mesures sont ainsi recueillies
chaque année et permettent notamment
de suivre l?évolution qualitative et quan-
titative des écosystèmes forestiers.
Ces informations ouvertes, publiées
également sous forme de Mémento com-
prenant des cartes accessibles à tous,
nourrissent la recherche scientifique et
l?action de nos partenaires.
SUIVRE L?ÉVOLUTION
DE LA BIODIVERSITÉ ET
DES ÉCOSYSTÈMES FORESTIERS
Cette observation est complétée par
celle du programme de suivi temporel
des habitats forestiers, utilisé depuis
2012, notamment par le ministère chargé
de l?écologie. Ce programme assure
l?identification des groupements végé-
taux potentiels de la forêt française
(les «?habitats?») et rend possible, par
croisement avec d?autres données, le
calcul d?indicateurs d?état de conserva-
tion. Six à sept mille nouvelles placettes
sont visitées chaque année et plus de
60?000 données géolocalisées d?occur-
rences d?habitats naturels forestiers
ont aujourd?hui été recensées. En 2018,
grâce au suivi temporel, l?IGN a pu
répondre aux exigences fixées par la
directive communautaire habitat-faune-
flore, adoptée en 1992, en mesurant l?état
de conservation des habitats forestiers
dans les quatre zones biogéographiques
métropolitaines.
LE PATRIMOINE
CARTOGRAPHIQUE
À LA RESCOUSSE
La connaissance de l?évolution des mas-
sifs forestiers s?enrichit également par le
travail de vectorisation de la couche forêt
des cartes d?état-major établies durant
la première moitié du XIXe siècle, à une
période où la surface forestière française
était au plus bas. Cette vectorisation rend
désormais possible le traitement par
logiciel de systèmes d?information géo-
graphique et la comparaison avec les
données plus récentes. Un rapproche-
ment qui révèle la manière dont les
surfaces forestières ont évolué depuis
près de deux cents ans. Une information
précieuse pour visualiser les forêts
récentes, celles qui ont disparu et celles
qui sont anciennes. Une partie de ces
forêts anciennes peu touchées par
l?homme abritent des écosystèmes rares,
et parfois proches de l?état des forêts
primaires (aujourd?hui inexistantes en
France métropolitaine). Elles revêtent
un intérêt environnemental et de stoc-
kage du carbone exceptionnel justifiant
des recherches poussées par des experts
de l?IGN.
MODÉLISATION ET NOUVELLES
DONNÉES POUR RÉPONDRE AUX
QUESTIONNEMENTS ÉMERGENTS
Dans un contexte environnemental et
socio-économique évolutif, élaborer
les politiques publiques requiert des
informations nouvelles, plus réactives,
capables de faire des projections en
fonction de plusieurs hypothèses. Fort
de ses capacités de recherche, notam-
ment dans les laboratoires de l?École
nationale des sciences géographiques
(ENSG-Géomatique), et de décennies
d?expériences et de données, l?IGN
adapte ses méthodes, autant sur le ter-
rain qu?en traitement de données
aériennes. Deux exemples récents per-
mettent d?illustrer ce dynamisme. Le
premier a trait au renouvellement de la
forêt. Afin de disposer d?un diagnostic
fiable et total, l?IGN va relever à compter
de 2023 des données relatives au nombre
de jeunes pousses et de traces de
consommation par la faune. Le deuxième
exemple concerne l?exploitation du
LiDAR HD pour la connaissance de la
forêt. Cette technologie va permettre
de disposer d?un modèle numérique de
terrain en très haute définition et d?un
modèle numérique de surface (la hauteur
du couvert forestier). Cela donnera accès,
sans délai, à une précision fortement
améliorée des résultats de l?inventaire
statistique des forêts, et à terme (travaux
de recherche en cours) à de nouvelles
méthodes plus réactives, faisant appel
à la modélisation, en croisant données
de terrain diverses, LiDAR et images
aériennes au sein de modèles mathéma-
tiques complexes.
L?IMPORTANCE DE PRODUIRE
DES RÉFÉRENCES NATIONALES
ET INTERNATIONALES FIABLES
Face à l?ampleur des effets du change-
ment climatique dans tous les secteurs
? économiques, sociaux et environne-
mentaux ? de notre société, disposer
d?analyses solides et fiables pour alimen-
ter le débat national ou international
est essentiel. En 2021, l?IGN a contribué,
avec des partenaires comme l?Agence
de l?environnement et de la maîtrise de
l?énergie (Ademe), l?Institut national
de recherche pour l?agriculture, l?ali-
mentation et l?environnement (INRAE),
le ministère chargé de la forêt et
le Groupement d?intérêt public ECOFOR,
à porter à la connaissance de tous
des indicateurs de gestion durable.
Ces indicateurs, au format encadré
au niveau européen, offrent à tout un
chacun la possibilité de suivre l?état
des forêts françaises et permettent de
suivre les grands débats internatio-
naux sur la place de la forêt dans les
politiques publiques.
+ L?Observatoire
national de la forêt
et du bois
Un lieu
de partage
pour la filière
et son avenir
Décidé à l?issue des Assises de la forêt et du bois qui se sont tenues d?octobre
2021 à mars 2022, l?Observatoire national de la forêt et du bois doit permettre à l?ensemble
des parties prenantes (ministères, acteurs de la filière, ONG, scientifiques, etc.) de partager
une compréhension commune de la forêt et de son évolution.
Souhaité comme une véritable agora de la forêt et du bois, cet observatoire est en
cours de conception par l?ensemble des acteurs de la filière forêt-bois, à la fois
coproducteurs et utilisateurs. Dans un contexte de pressions multiples sur la forêt (climat,
maladies, incendies) et d?attentes fortes (économiques, environnementales, sociales),
l?observatoire permettra de partager informations et diagnostics. Il sera aussi le lieu où
seront identifiés les besoins nouveaux en la matière, besoins qui pourront être traités
collectivement, notamment par des modélisations innovantes mobilisant de nouvelles
données comme le LiDAR HD.
3333
ATLAS
IGN 2022
LA BIODIVERSITÉ
ET SES REFUGES
À LA LOUPE
3434
La biodiversité est souvent vue sous le
seul angle de la diversité des espèces.
Une approche qui selon Laurent Poncet
en donne une représentation «?tron-
quée?». Car la considérer par la seule
«?comptabilité » des espèces ne permet
pas de prendre en compte la complexité
du fonctionnement des écosystèmes.
«?La biodiversité est un système à trois
dimensions : la diversité des espèces, la
diversité génétique et la diversité des
écosystèmes.?» Ces niveaux d?organisa-
tion sont interdépendants, « il existe
une variabilité des espèces parce qu?il
existe une variété génétique?», précise
Laurent Poncet.
BIODIVERSITÉ : UNE NOTION
RÉCENTE
Même si la notion de diversité des
espèces est fortement éclairée par les
travaux de Charles Darwin dès le milieu
du XIXe siècle, le terme même de
«?biodiversité?» est une notion assez
récente, utilisée pour la première fois
dans les années 1980 par le biologiste
américain Walter G. Rosen, puis «?démo-
cratisée?» plus largement en 1992, lors
du sommet de la Terre de Rio de Janeiro,
qui fut le point de départ de multiples
politiques nationales en sa faveur. Ce mot
est donc apparu au grand public en
même temps que la prise de conscience
que la conservation de la nature était
une préoccupation majeure pour l?avenir
de l?humanité.
DISPARITION DES ESPÈCES?:
UN POINT DE NON-RETOUR??
Trenteans plus tard, le constat fait par
Laurent Poncet est assez mitigé. «?Les
derniers indicateurs, produits en utilisant
les données des programmes participa-
tifs Vigie-Nature, montrent que près de
30?% des populations d?oiseaux des
milieux agricoles ont disparu. C?est la
même tendance chez la chauve-souris.
Des études sur les évolutions des insectes
dans d?autres pays européens montrent
des baisses jusqu?à 70?%. Il est important
de rappeler qu?il y a déjà eu dans le passé
des évolutions ? y compris des crises très
importantes ? de la biodiversité. Ce qui
change, c?est la rapidité, l?étendue spa-
tiale et l?intensité du phénomène qui est
plusieurs centaines de fois plus impor-
tante. Les systèmes n?ont pas la capacité
de s?adapter aussi vite.?»
RETOUR À LA RAISON
Les solutions pour retrouver un équilibre
existent et sont mises en exergue par les
travaux de la Plateforme intergouverne-
mentale scientifique et politique sur la
biodiversité et les services écosysté-
miques (IPBES) [équivalent du Groupe
d?experts intergouvernemental sur
l?évolution du climat (GIEC) pour la biodi-
versité]. Il convient d?intervenir pour une
baisse «?forte?» des cinq pressions majeures
qui pèsent sur la biodiversité?: la destruc-
tion des habitats, la surexploitation, le
changement climatique, les pollutions et
les espèces introduites. «?Les leviers d?ac-
tion sont assez simples sur le papier, mais
plus compliqués à mettre en oeuvre dans
la société. Ils ont tous un point commun:
changer nos pratiques individuelles et col-
lectives. Concrètement, manger moins de
viande, utiliser moins d?énergie dans notre
quotidien, organiser des systèmes de pro-
duction «?locaux?», développer l?agroécolo-
gie, stopper l?artificialisation des sols, créer
des aires protégées, etc. et ce ne sont que
quelques exemples. Le système est com-
plexe et les solutions isolées ne suffisent
pas. C?est l?ensemble concerté des
réponses qui permet de trouver une solu-
tion globale à un phénomène comme la
dégradation des écosystèmes.?»
UN DEVOIR DE CHANGEMENT
ET DE SENSIBILISATION
Dans ce contexte, pour Laurent Poncet,
les suivis scientifiques offrent d?objectiver
la situation et de garantir des éléments
factuels et neutres pour accom pagner les
politiques publiques. «?Cela permet d?éva-
luer les réponses que l?on apporte. Il faut
continuer à observer et décrire. Expliquer
ces changements, informer ou associer le
citoyen dans le cadre des sciences parti-
cipatives pour permettre une meilleure
compréhension de la situation par le
plus grand nombre. D?autant plus que la
France, avec ses territoires d?outre-mer et
sa surface maritime, a une responsabilité
particulière sur plus de 10?% de la biodi-
versité mondiale.»
RENCONTRE AVEC?
Laurent Poncet, directeur du Centre d?expertise et de données
sur le patrimoine naturel unité PatriNat MNHN-OFB-CNRS
La biodiversité
est sous pression. Les habitats naturels
se dégradent et les espèces disparaissent à une vitesse encore jamais
constatée. Elle est pourtant indispensable pour l?Homme, qui ne peut
s?extraire de la nature. Pour Laurent Poncet, ce déséquilibre progressif
peut amener à des points de rupture dans le fonctionnement des
écosystèmes. Il est important de changer notre rapport à la nature,
et cela passe par des évolutions importantes de nos pratiques.
©
N
. B
ou
la
in
ATLAS
IGN 20223535
Conçue en partenariat avec l?Office français
de la biodiversité (OFB) et le Museum national
d?histoire naturelle (MNHN), la carte «Panorama
de la biodiversité et des aires protégées»,
réalisée sur les fonds cartographiques de l?IGN
avec les données de l?Inventaire national du
patrimoine naturel (INPN), représente
les réserves naturelles et biologiques,
les parcs nationaux, régionaux et marins,
les sites Natura 2000, Ramsar, etc.
Des fiches illustrées d?espèces représentatives
d?un milieu, d?une région ou d?un statut
de protection particulier invitent à découvrir
les spécificités de l?amanite tue-mouches,
le crabe enragé, le poisson-flûte à taches
bleues, ou encore la matoutou falaise,
une mygale endémique de Martinique.
PANORAMA DE LA BIODIVERSITÉ
ET DES AIRES PROTÉGÉES
LIEU : FRANCE
MÉTROPOLITAINE
ET OUTRE-MER
Date : 2020
3636
Aires protégées par voie réglementaire
Arrêtés de protection de biotope et de géotope
Créées par arrêtés préfectoraux pour la conservation de l'habitat d'espèces protégées
et du patrimoine paléontologique et géologique
Réserves naturelles
Espaces, terrestres ou marins, créés par décrets ministériels et soumis à un plan de gestion
Réserves biologiques
Espaces créés pour la protection de milieux naturels, principalement forestiers
Réserves nationales de chasse et de faune sauvage
Espaces créés par arrêté ministériel pour la protection d?espèces animales et la réalisation
d?études scienti?ques et techniques
Parcs nationaux - Zones coeur
Espaces protégés, terrestres ou marins, dont le patrimoine naturel, culturel et paysager
est exceptionnel et qui béné?cient d?une protection stricte
Aires protégées par acquisition des terrains
Terrains des conservatoires d?espaces naturels
Espaces acquis, ou gérés de façon pérenne, pour y assurer la protection d'espèces
et d'habitats remarquables
Terrains du conservatoire du littoral et des rivages lacustres
Espaces côtiers ou lacustres, acquis pour la préservation de leur intégrité
Aires protégées de territoire ou contractuelles
Parcs nationaux - Aires d?adhésion et adjacentes
Territoires assurant la continuité écologique des zones coeur et gérés en application
d?une charte
Parcs naturels régionaux
Territoires au patrimoine remarquable préservé et valorisé en application d'une charte
Parcs naturels marins
Espaces maritimes visant la connaissance du patrimoine marin, la protection et le développement
durable du milieu marin en application d?un plan de gestion
Sites Natura 2000
Espaces naturels ou semi-naturels inscrits dans un réseau de l'Union européenne, ayant une
grande valeur patrimoniale
Sites de la convention Ramsar
Zones humides d?importance internationale
Aires protégées par voie réglementaire
Arrêtés de protection de biotope et de géotope
Créées par arrêtés préfectoraux pour la conservation de l'habitat d'espèces protégées
et du patrimoine paléontologique et géologique
Réserves naturelles
Espaces, terrestres ou marins, créés par décrets ministériels et soumis à un plan de gestion
Réserves biologiques
Espaces créés pour la protection de milieux naturels, principalement forestiers
Réserves nationales de chasse et de faune sauvage
Espaces créés par arrêté ministériel pour la protection d?espèces animales et la réalisation
d?études scienti?ques et techniques
Parcs nationaux - Zones coeur
Espaces protégés, terrestres ou marins, dont le patrimoine naturel, culturel et paysager
est exceptionnel et qui béné?cient d?une protection stricte
Aires protégées par acquisition des terrains
Terrains des conservatoires d?espaces naturels
Espaces acquis, ou gérés de façon pérenne, pour y assurer la protection d'espèces
et d'habitats remarquables
Terrains du conservatoire du littoral et des rivages lacustres
Espaces côtiers ou lacustres, acquis pour la préservation de leur intégrité
Aires protégées de territoire ou contractuelles
Parcs nationaux - Aires d?adhésion et adjacentes
Territoires assurant la continuité écologique des zones coeur et gérés en application
d?une charte
Parcs naturels régionaux
Territoires au patrimoine remarquable préservé et valorisé en application d'une charte
Parcs naturels marins
Espaces maritimes visant la connaissance du patrimoine marin, la protection et le développement
durable du milieu marin en application d?un plan de gestion
Sites Natura 2000
Espaces naturels ou semi-naturels inscrits dans un réseau de l'Union européenne, ayant une
grande valeur patrimoniale
Sites de la convention Ramsar
Zones humides d?importance internationale
3737
ATLAS
IGN 2022
Depuis 2017, l?OFB et l?IGN associent leurs expertises sur les habitats et la biodiversité pour développer, sur le
territoire métropolitain, la description des trames bocagères, des haies, et les caractériser à l?aide d?indicateurs.
Chaque carte représente ici les données selon les mailles kilométriques de l?Inventaire national du patrimoine
naturel, utilisées pour les rapportages Natura 2000. La longueur de lisière et la densité de haies sont deux
paramètres qui peuvent être corrélés à certaines espèces animales liées aux milieux agricoles (oiseaux
notamment). Ces informations sur les bocages et les haies aident à la mise en place des politiques publiques
dans les domaines de l?agroécologie, l?agroforesterie et la préservation des continuités écologiques (des trames
vertes et bleues). La première carte représente les longueurs de lisières de bosquets et de forêts fermées,
en mètres linéaires par hectare, par maille à partir des données de la BD Forêt pour les forêts fermées
et des données BD TOPO et RPG pour les bosquets. La seconde carte représente les longueurs de haies,
en mètres linéaires par hectare, par maille selon le dispositif de suivi des bocages.
CARTES PRODUITES
DANS LE CADRE
DU DISPOSITIF
DE SUIVI DES BOCAGES
Dates : 2005-2015
Mailles urbaines à plus de 80%
Limites de département
Mailles 100% forêt
Mailles 0% forêt
Longueur de lisière en mètres
0 ? 949
950 ? 2266
2267 ? 3628
3629 ? 5057
5058 ? 6593
6594 ? 8312
8313 ? 10 470
10 471 ? 27 954
Mailles urbaines à plus de 80%
Limites de département
Densité de haies en mètres
linéaires par hectare
0 ? 20
21 ? 40
41 ? 60
61 ? 80
81 ? 100
101 ? 120
121 ? 140
141 ? 275
LONGUEUR DE LISIÈRE
DE FORÊT FERMÉE ET BOSQUETS
DENSITÉ DE HAIES
PAR HECTARE SELON
LE DISPOSITIF DE SUIVI
DES BOCAGES
3838
Cartographie décrivant les grands types de végétation susceptibles d?être présents
sur des zones déterminées sur le département du Jura. Cette cartographie est produite
à partir de la mobilisation de données existantes dans les bases de données IGN,
topographiques, forêt et du Registre parcellaire graphique (BD TOPO, BD Forêt V2, RPG)
servant de référence à l?instruction des aides de la politique agricole commune.
La cartographie est ensuite complétée par l?utilisation de modèles IA via la mobilisation
de données de végétations fournies par le Conservatoire botanique national
de Franche-Comté et une série temporelle d?images satellite Sentinel 3A.
CARTE PRÉDICTIVE DES
PHYSIONOMIES DE VÉGÉTATION
PRODUITE DANS LE CADRE
DU PROGRAMME CARHAB
Date : 2022
Physionomie de végétation
Autre culture permanente
Cultures annuelles
Forêt mature naturelle feuillus
Forêt mature naturelle résineux
Forêt pionnière
Fourré haut dense
Fourré haut mixte
Minéral non ou peu végétalisé
Minéral végétalisé
Pelouse
Plantation forestière
Prairie
Prairie fauchée
Prairie pâturée
Prairie temporaire
Surface en eau non végétalisée
Végétation herbacée haute
Verger
Vigne
Autres occupations du sol
Surfaces artificialisées
Routes et voies ferrées
3939
ATLAS
IGN 2022
TOTAL DES VOLUMES DE TRÈS GROS BOIS, BOIS MORT DEBOUT ET BOIS MORT AU SOL
PAR GRANDE RÉGION ÉCOLOGIQUE
Illustration des indicateurs produits par
l?inventaire forestier national de l?IGN pour
l?Observatoire national de la biodiversité (ONB)
de l?Office français de la biodiversité (OFB).
Ces indicateurs sont effectués chaque année.
Ce graphique illustre le fait que la quantité de bois
favorable à la biodiversité liée aux vieux arbres
et bois mort augmente de 7?% entre les deux
périodes 2008-2012 et 2013-2017.
Visuel ONB.
Origine des données : IGN, inventaire national forestier
Traitements : IGN-INRAE-Ecofor, octobre 2021
© OFB, 2021
+7%
en moyenne
entre 2008-2012
& 2013-2017
Grand Ouest
cristallin et océanique
Centre Nord
semi-océanique
Grand Est
semi-continentale
Vosges
Jura
Sud-Ouest Nord
semi-océanique
Massif central
Alpes
Pyrénées
Méditerranée
Corse
0 20 000 40 000 60 000 80 000 100 000 En milliers de m3
Moyenne 2008-2012
Moyenne 2013-2017
Bois favorables à la biodiversité =
bois mort au sol, bois mort debout,
très gros arbres vivants?;
périmètre = forêts de production
y compris peupleraies.
Moyenne 2008-2012
Moyenne 2013-2017
107
100
sur une base 100
40
IGN. Inventaire forestier national
Fonds cartographiques : SDES
Réalisation : Antea Group
© SDES, 2021
Source : IGN, CRGF - INRAE, UR EFNO (juin 2020)
Fonds cartographiques : SDES
Réalisation : Antea Group
© SDES, 2021
Taux de boisement
(%) en 2017
plus de 60
de 45 à 60
de 30 à 45
de 15 à 30
moins de 15
TAUX DE BOISEMENT
PAR GRANDE RÉGION ÉCOLOGIQUE
LOCALISATION DES UNITÉS DE CONSERVATION DES RESSOURCES GÉNÉTIQUES DES ARBRES
Arbres concernés en 2020
FEUILLUS
Chêne sessile
Hêtre
Peuplier noir
Orme lisse
Orme de montagne
RÉSINEUX
Sapin pectiné
Épicéa commun
Pin maritime
Pin de Salzmann
Pin sylvestre
Taux d?évolution (%)
entre les périodes
2008-2012
et 2013-2017
plus de 20
de 10 à 20
de 0 à 10
moins de 0
TAUX D?ÉVOLUTION DU VOLUME DES BOIS
FAVORABLES À LA BIODIVERSITÉ
PAR GRANDE RÉGION ÉCOLOGIQUE
41
ATLAS
IGN 2022
Observer la biodiversité ou les pressions
qui s?exercent sur elle, c?est faire face à
une complexité où nombre de phéno-
mènes sont liés. Par ailleurs, observer
dans la durée pour comprendre s?avère
crucial pour agir de manière éclairée.
L?IGN est un acteur important et à voca-
tion nationale. Il rend compte des pres-
sions et de l?état de la biodiversité,
notamment grâce à la description de l?oc-
cupation du sol, la constitution d?une
couche d?information géographique des
haies bocagères, l?inventaire permanent
des forêts du point de vue de sa produc-
tion de bois mais aussi de sa biodiversité
ou de la cartographie des habitats natu-
rels et semi-naturels.
SE METTRE EN ÉTAT DE MARCHE
Les programmes de l?IGN qui nourrissent
cette connaissance impliquent, par
conséquent, de multiples expertises croi-
sées de l?institut et de ses partenaires
traditionnels comme l?Office français
de la biodiversité (OFB), le Muséum
national d?histoire naturelle, le ministère
de la transition écologique et de la cohé-
sion des territoires, pour construire des
outils de mesure complémentaires et
interopérables. L?ambition est de fournir
aux acteurs de la protection, de la
préservation et de la restauration des
milieux, une information qui soit objective
et suffisante pour permettre la prise de
décision dans un contexte où les pres-
sions sont fortes et les évolutions de la
biodiversité nombreuses et préoccu-
pantes. Beaucoup de projets menés par
l?IGN entrent aujourd?hui en phase de
production, après des étapes de
recherches scientifiques et d?expérimen-
tations poussées, et donnent corps à des
outils opérationnels d?aide à la décision.
CARACTÉRISER LES HABITATS
NATURELS FORESTIERS
Voulue par le ministère chargé de l?éco-
logie depuis 2012, la description des
habitats naturels présents en forêt offre
une importante opportunité de connais-
sance de ces derniers. En effet, croisée
avec les autres informations forestières
collectées sur le terrain, cette descrip-
tion apporte une caractérisation fine du
fonctionnement des forêts par type
d?habitat naturel. Arrivé à une phase de
maturité, le programme de suivi tempo-
rel des habitats forestiers permettra
prochainement leur caractérisation sur
l?ensemble du territoire métropolitain
avec la production de cartes par grands
types d?habitats forestiers et une
analyse de leur état de conservation.
Ainsi, l?État français pourra produire l?éva-
luation attendue dans le cadre de la direc-
tive européenne habitats-faune-flore.
PRÉSERVER LES CONTINUITÉS
ÉCOLOGIQUES
Le dispositif de suivi des bocages, fruit
d?un partenariat avec l?OFB, a pour objec-
tif de créer une information géogra-
phique à l?échelle métropolitaine sur les
réseaux de haies, de caractériser les ter-
ritoires bocagers et de suivre l?évolution
quantitative et qualitative des trames
bocagères. Les haies et le bocage
rendent de nombreux services «écosys-
témiques». Parmi ceux-ci, les écosys-
tèmes bocagers sont des réservoirs
naturels importants pour la biodiversité,
des espaces de préservation des zones
humides ou encore des puits de carbone.
Ce dispositif a permis, en outre, une pre-
mière évaluation, menée avec l?Agence
de l?environnement et de la maîtrise de
l?énergie (Ademe), de la biomasse boca-
gère dans 31 départements.
Plusieurs politiques publiques cherchent
aujourd?hui à préserver les haies ou à
en planter de nouvelles. On peut par
exemple citer le programme «Plantons
des haies ! » du ministère chargé de
Soumise aux pressions de l?activité humaine, touchée
par les changements climatiques, la biodiversité
décline et évolue. Par la cartographie, le recueil
de données de terrain et des modèles prédictifs,
l?IGN éclaire les politiques publiques sur ce que
l?on nomme aujourd?hui « la crise de la biodiversité ».
Ambition & réalisations
Un poste de pilotage
de la biodiversité
nationale
4242
l?agriculture qui a pour objectif de parve-
nir à la plantation de 7000 kilomètres de
haies et d?alignements d?arbres intrapar-
cellaires sur la période 2021-2022.
CONNAÎTRE LES HABITATS
POUR SUIVRE LEUR ÉVOLUTION
Au-delà des données sur les habitats
forestiers, l?IGN contribue également
à l?observation de l?ensemble des types
d?habitats naturels. Le programme CarHab
a été mis en oeuvre pour disposer d?un
état zéro de la biodiversité végétale en
France. Pourquoi ? Car la végétation est
un véritable témoin des conditions envi-
ronnementales et écologiques du milieu.
Cet état zéro permettra un suivi des
évolutions donnant ainsi accès à une
connaissance fine des différents habitats
naturels et semi-naturels qui composent
les territoires métropolitain et d?outre-mer.
Cette description du territoire naturel
résulte du croisement des données des
physionomies des végétations (pelouses,
fourrés, prairies, forêts, etc.) avec les
données relatives au biotope, délimitant
des zones de conditions écologiques du
milieu homogènes (type de sols, para-
mètres climatiques, etc.) produites par le
partenaire de l?IGN, EVS-ISTHME. Ces
données sont effectuées à partir d?une
approche prédictive, c?est-à-dire issue
de modélisation ? on parle de modèle
prédictif car il identifie la classe la plus
probable exprimée à partir des connais-
sances acquises via l?apprentissage et
des variables prédictives.
Le croisement des données de phy-
sionomies et de biotopes permet
d?en déduire, grâce à l?expertise des
conservatoires botaniques nationaux,
la cartographie des habitats naturels
potentiellement présents dans des zones
écologiquement homogènes.
Lancée de manière opérationnelle en
2020, la cartographie complète de la
France à l?échelle 1 : 25 000 sera effective
à l?horizon 2025.
Ces résultats fourniront les informations
indispensables pour prendre les déci-
sions nécessaires à la préservation des
habitats à forts enjeux et de leur biodi-
versité aux niveaux national et local.
Plusieurs usages potentiels sont déjà
identifiés : suivi et évaluation de l?état de
conservation des habitats naturels d?in-
térêt communautaire, aide à la décision
dans le cadre de politiques publiques
liées à la biodiversité et à l?aménage-
ment du territoire : séquence « éviter-
réduire-compenser » (ERC), aires proté-
gées, zones à inventorier, etc.
Des réflexions sont en cours sur les
modalités de mises à jour de la donnée,
qui permettront de suivre les évolutions.
Le programme CarHab 2020-2025 est
réalisé en partenariat avec le ministère
de la transition écologique et de la cohé-
sion des territoires, l?OFB, PatriNat, les
conservatoires botaniques nationaux,
EVS-ISTHME, le Bureau de recherches
géologiques et minières (BRGM), le Centre
d?études et d?expertise sur les risques, l?en-
vironnement, la mobilité et l?aménagement
(Cerema), le Centre d?études spatiales de
la biosphère (Cesbio).
+ L?Observatoire
national
de la biodiversité
Rendre public
pour alerter
Né d?un engagement du Grenelle de l?environnement, l?Observatoire national
de la biodiversité (ONB) est un projet multipartenarial porté par l?Office Français de la
Biodiversité (OFB), dont l?objectif est de mettre à la disposition de tous des informations
précises et documentées sur l?état de la biodiversité en France et son évolution. L?ONB
développe des indicateurs sur les grands enjeux relatifs aux milieux, aux espèces, aux
politiques menées ou aux pressions qui s?exercent sur la biodiversité. Pour ce faire, l?ONB
s?appuie sur des sources de données diversifiées, documentées sur l?état de la biodiversité,
sur les pressions qu?elle subit ainsi que sur les actions menées pour sa préservation.
L?IGN participe au collège d?experts sur la thématique de la forêt, en actualisant régulièrement
quatre indicateurs :
? le taux de boisement en métropole?;
? le taux de prélèvement de la production forestière?;
? le volume des très gros arbres et des bois morts en forêt?;
? la surface forestière protégée en métropole.
Plusieurs indicateurs supplémentaires devraient compléter ce jeu de donnée, notamment
sur l?abondance des populations d?essences forestières ou sur les plantations d?essences.
Intervenir sur
un élément du vivant
a nécessairement des
impacts sur le reste
de l?écosystème,
positifs comme
négatifs.
4343
ATLAS
IGN 2022
L?ÉROSION
DES CÔTES
4444
L?observation du trait de côte, cette ligne
qui sépare le milieu continental du milieu
marin, permet de surveiller l?érosion du
littoral?: «?C?est un concept plus qu?une
réalité puisque c?est une limite mouvante,
note François Sabatier. De manière
synthétique, dans notre communauté
scientifique, nous utilisons deux indica-
teurs?: le jet de rive ou ressac en mer
Méditerranée et le pied de dune sur la
côte atlantique, la Manche et la mer du
Nord puisque la marée fait varier le
niveau de la mer.?»
LE TRAIT DE CÔTE,
INDICATEUR D?ÉROSION
Ce qui caractérise le trait de côte, c?est
sa variabilité temporelle?: il évolue au
fil des saisons, sous l?influence des évé-
nements météorologiques ponctuels,
comme les tempêtes, et se modifie sur
le long terme sous l?effet du vent, des
vagues et des courants qui déplacent
le sable et les sédiments vers le large ou
plus loin le long du rivage. « Nous suivons
son évolution depuis cent cinquante ans
et le constat est le même quel que
soit l?indicateur utilisé : les variations
sont souvent de plus en plus importantes,
avec des vitesses de recul de l?ordre
de trois mètres par an par endroits?
et pouvant aller jusqu?à huit ou dix mètres
dans certains cas comme en Camargue.
Aucune région côtière française n?est
épargnée. »
UNE TENDANCE
ÉROSIVE À LA HAUSSE
Jusqu?à présent, cette érosion n?était pas
directement et essentiellement liée à la
montée des eaux?: «?Nous sommes au
début de ce phénomène, qui va inévita-
blement amplifier la tendance, mais
nous ne savons pas encore dans quelle
proportion... Nous constatons déjà que
nous avons bâti trop près du littoral, nous
pouvons donc anticiper un nombre crois-
sant d?unités urbaines menacées.?» En
Méditerranée, il faut dire que le trait de
côte reculait déjà au XXe siècle alors que
l?élévation du niveau de la mer était de
un à deux millimètres par an. Un chiffre
passé à trois millimètres aujourd?hui?
LA NÉCESSITÉ D?ADAPTER NOS
PRATIQUES D?AMÉNAGEMENT
«?L?économie du tourisme estival a produit
des implantations très près des côtes,
poursuit François Sabatier. Nous devons
changer de paradigme : les plages seront
de plus en plus étroites et les submer-
sions marines de plus en plus fré-
quentes??» En Hollande, par exemple,
où la réponse est longtemps passée par
la construction de digues, de nouvelles
solutions basées sur la nature sont en
cours de définition. Ou comment faire
corps avec la nature plutôt que de cher-
cher à la contrôler et à s?y opposer?:
«?Nous n?avons d?autres choix que de
modifier nos pratiques de fréquentation
et d?urbanisation des littoraux, c?est l?un
des grands enjeux d?aménagement du
territoire. Cela passe par l?évacuation
progressive des zones régulièrement
envahies par la mer, d?une vingtaine à
quelques centaines de mètres en fonc-
tion des endroits.?»
RENCONTRE AVEC?
François Sabatier, maître de conférence à Aix-Marseille Université, CEREGE UMR 7330,
directeur du département géographie-aménagement-environnement à Aix-Marseille
Université et directeur adjoint de l?institut Océan
L?érosion des côtes est
un phénomène ancien
mesuré depuis plusieurs
décennies. Cependant, les chercheurs anticipent
une accélération qui posera des problèmes grandissants en termes
d?occupation des bords de mer. Pour François Sabatier, il s?agit
d?un enjeu de taille dans un pays touristique comme la France.
« Nous constatons
déjà que nous
avons bâti trop près
du littoral (...) »
4545
ATLAS
IGN 2022
L?utilisation du LiDAR HD permet de modéliser et de visualiser
le relief des côtes, les stocks de sable, de terre ou de roches
pour les côtes basses et la physionomie des falaises. Laprécision
des données LiDAR HD acquises par l?IGN (inférieures à dix
centimètres en altimétrie et à cinquante centimètres
en planimétrie) en fait une ressource extrêmement fiable
pour alimenter la réflexion, aussi bien scientifique que politique,
sur la gestion côtière.
UNE REPRÉSENTATION 3D
POUR AIDER À LA DÉCISION
LIEU : LA GRANDE-MOTTE
Date : 2022
4646
4747
ATLAS
IGN 2022
SENSIBILISER GRÂCE
AUX COMPARAISONS DU PORTAIL
PUBLIC «REMONTER LE TEMPS»
LIEU : SOULAC-SUR-MER
Dates : Périodes 2006-2010 et 2021
Le portail Remonter le temps de l?IGN permet d?observer les évolutions
du territoire français. Cartes de Cassini (XVIIIe siècle), cartes de
l?état-major (milieu du XIXe siècle), SCAN Historique® (1950), plans IGN
actuels, mais aussi photos aériennes du milieu du XXe siècle, du début
et de la fin des années 2000 ainsi que des images actuelles sont autant
de points de comparaison possibles. Le choix du mode de juxtaposition
(vertical, horizontal, double affichage, etc.), de la taille et de l?échelle
d?impression sont à la main de l?utilisateur pour comparer de la manière
qu?il juge la plus pertinente.
Après
Avant
4848
LIEU : ANSE DES SALINES ? MARTINIQUE
Dates : 1951-2017 Avant
Après
4949
ATLAS
IGN 2022
Pour suivre l?évolution du trait de côte, il faut comparer
des cartographies à différentes époques. Ainsi, la représentation
des données de deux décennies différentes, coproduites par
l?IGN, l?Histollitt® et la Limite terre-mer, met en évidence les
tendances pendant cette période sur une zone donnée : érosion,
stabilité ou accrétion. Cela permet également de visualiser
l?amélioration continue de la précision des données produites,
avec un détail plus fin pour la Limite terre-mer, nécessaire
à une meilleure compréhension des phénomènes.
ÉVOLUTION DU LITTORAL ENTRE
L?ÎLE D?OLÉRON ET LE CONTINENT
LIEU : PRESQU?ÎLE D?OLÉRON
Date : Millésime de l?ortho-photo 2018
5050
Limite terre-mer
France (2010-2020)
Trait de côte Histolitt
(2003-2006)
5151
ATLAS
IGN 2022
17?668 KM
C?EST LA LONGUEUR DE CÔTE
EN FRANCE MÉTROPOLITAINE
11?941 KM
C?EST LA LONGUEUR
DE CÔTE NATURELLE EN FRANCE
LONGUEUR DES CÔTES EN FRANCE MÉTROPOLITAINE
5252
Source : IGN
5?727 KM
C?EST LA LONGUEUR DE CÔTE ARTIFICIELLE
DE LA FRANCE MÉTROPOLITAINE
2?199 KM
C?EST LA LONGUEUR
DE CÔTE NATURELLE SABLEUSE
1?042 KM
DE CÔTE NATURELLE EN GRAVIERS,
GALETS, CAILLOUX
5353
ATLAS
IGN 2022
Accentuée par la montée des eaux qui
fait mécaniquement reculer le trait de
côte, l?érosion du littoral fait l?objet d?une
attention croissante afin d?en anticiper
les évolutions et les impacts concrets.
Donnée de référence créée au début des
années 2000, Histolitt a laissé place en
2021 à un nouveau référentiel : la Limite
terre-mer, produite par l?IGN et le Service
hydrographique et océanographique de
la Marine (Shom) en partenariat avec l?Of-
fice français de la biodiversité (OFB) et
la Direction générale de l?aménagement,
du logement et de la nature (DGALN) du
ministère de la transition écologique et
de la cohésion des territoires. Avec une
précision de l?ordre de cinq mètres, la
Limite terre-mer se définit par la limite
haute du rivage, c?est-à-dire la hauteur
du niveau de la mer lors des grandes
marées de coefficient 120, dans des
conditions météorologiques normales.
LA LIMITE TERRE-MER,
UN CALCUL PLUS PRÉCIS
DES ASPÉRITÉS DU RIVAGE
Grâce à un détourage rigoureux jusqu?au
fond des baies, des estuaires et des
lagunes, la Limite terre-mer 2021 fixe à
17?668 kilomètres la longueur totale
des côtes métropolitaines, soit quelque
3000 kilomètres de plus que le dernier
relevé Histolitt. Attention aux erreurs
d?interprétation?: cette hausse n?est pas
corrélée à une progression du littoral !
Elle résulte d?une meilleure prise en
compte des détails du paysage. D?ail-
leurs, l?érosion d?une plage initialement
droite vers une forme en arc de cercle
ajouterait de la distance, alors qu?il s?agit
bien d?un recul du trait de côte? Cette
limite ne peut donc pas être comparée
aux précédents relevés et le nombre de
kilomètres ne peut servir d?indicateur
par lui-même. C?est la tendance géomé-
trique entre deux relevés qui fournira
des indications sur la vulnérabilité de tel
ou tel rivage.
UNE RÉFÉRENCE POUR LA
PROTECTION DU BORD DE MER
Élément de référence pour la fixation
d?autres limites, la Limite terre-mer doit
permettre de disposer d?un repère afin
de fixer les contours administratifs pour,
par exemple, la prise d?arrêtés, la maté-
rialisation du domaine public maritime
ou la délimitation des aires marines pro-
tégées. Elle peut également servir aux
travaux d?identification des espaces fra-
gilisés et des zones à risque dans le cadre
de la politique de gestion du littoral.
Réalisé entre 2019 et 2021 en France
métropolitaine, le projet pourrait être
étendu aux départements ultramarins,
et de nouvelles campagnes de levés
pourraient être déployées à des fins de
comparaison entre deux périodes.
L?IGN, MEMBRE DU RÉSEAU
NATIONAL DES OBSERVATOIRES
DU TRAIT DE CÔTE
La gestion des littoraux, dont la dégra-
dation entraîne des conséquences de
plus en plus visibles sur les activités
humaines, mobilise un nombre croissant
d?intervenants aux niveaux national et
local. En 2012, dans le cadre de la stra-
tégie nationale de gestion intégrée du
trait de côte, un réseau national des
observatoires du trait de côte a été mis
en place pour mieux anticiper les évolu-
tions du littoral et faciliter l?adaptation
des territoires. Animée par la DGALN,
cette communauté rassemble les obser-
vatoires locaux et des organismes de
l?État, dont l?IGN fait partie aux côtés de
l?OFB, du Shom ou de l?Institut français
de recherche pour l?exploitation de la mer
(Ifremer). L?indicateur national de l?éro-
sion côtière a été créé dans ce cadre sur
la base des relevés réalisés par l?IGN.?
Comment s?adapter à un phénomène que l?on ne peut pas éviter ?
L?érosion des côtes fait partie des grands sujets d?étude de l?IGN,
qui observe et détecte les changements via des outils de
surveillance de plus en plus pointus. Objectif?: fournir des
données d?appui aux politiques publiques dans le champ de
l?aménagement du territoire et de la préservation des littoraux.
Ambition & réalisations
Anticiper le recul des
littoraux pour soutenir
la décision publique
5454
+ Les autres outils
d?observation
du littoral
Si la Limite terre-mer constitue la donnée «?socle?» permettant d?approcher
finement la limite entre la terre et la mer, d?autres techniques apportent différents
éléments d?analyse pour interpréter au mieux l?évolution du trait de côte?:
? L?orthophotographie littorale : acquisition de photos aériennes à marée basse
par beau temps lors des très grandes marées. C?est un outil très dépendant des
conditions météorologiques qui fournit des informations sur le sol recouvert à marée
haute. Il est utile à plusieurs partenaires comme le Centre d?études et d?expertise sur les
risques, l?environnement, la mobilité et l?aménagement (Cerema) qui produit l?indicateur
national de l?érosion côtière.
? Litto3D® : modèle numérique de terrain terre-mer produit par l?IGN et le Shom.
L?IGN réalise le relevé terrestre (de la mer jusqu?à une altimétrie minimale de dix mètres
et au moins deux kilomètres à l?intérieur des terres) et le Shom pilote la partie maritime
(au moins jusqu?à une profondeur de dix mètres sous la mer). Litto3D® fusionne les
données pour fournir une continuité entre la partie immergée et émergée.
La gestion des littoraux,
dont la dégradation entraîne des
conséquences de plus en plus visibles
sur les activités humaines, mobilise
un nombre croissant d?intervenants
aux niveaux national et local.
Afin d?améliorer la connaissance du littoral
et de donner aux décideurs nationaux
et locaux les outils pour orienter les choix
d?aménagement, l?IGN travaille en collaboration
avec d?autres institutions pour allier
les compétences de chacun.
La loi climat et résilience a notamment
donné plus de compétences aux collectivités sur
l?information publique concernant la thématique
de l?érosion côtière.
Pour les accompagner dans ce travail,
et pour mieux appréhender une problématique
qui s?intensifie, les services de l?État
contribuent à l?amélioration continue du suivi
de l?évolution côtière.
Ainsi, l?IGN et le Centre d?études et d?expertise
sur les risques, l?environnement, la mobilité
et l?aménagement (Cerema) ont souhaité
poursuivre leur collaboration pour allier
leurs expertises en production et analyse
de données. Cela passe notamment par
des travaux de convergence sur l?analyse
d?images satellites pour suivre en continu
l?évolution du littoral. Le recours à ces images
permet en effet d?avoir des données plus
régulières, d?une qualité suffisante
pour pouvoir mener des analyses d?érosion.
Cette volonté commune aux deux
établissements doit permettre de faire
évoluer les pratiques de suivi pour apporter
des éléments de connaissance actualisés
régulièrement et des outils de prise de décision
notamment en matière de protection et
d?aménagement du littoral, de protection
environnemental et de gestion des risques.
Vers un Observatoire national du littoral
5555
ATLAS
IGN 2022
LES ÉPISODES
NATURELS EXTRÊMES
5656
Ces événements extrêmes, plus fré-
quents et plus intenses, vont bouleverser
durablement les activités humaines.
Résultat?: le risque incendie remonte vers
le nord, la fonte des glaciers perturbe
le cycle de l?eau, les pluies diluviennes
provoquent des inondations? sans
compter la montée du niveau de la mer
qui accélère l?érosion des côtes et le
risque de submersion marine. Le tableau
n?est pas réjouissant, c?est pourtant celui
qui se dessine?: les répercussions du
dérèglement climatique s?invitent dans
notre quotidien.
AGIR SUR LA CAUSE
Que faire?? «?Nous pouvons agir sur la
cause pour limiter le réchauffement en
diminuant les émissions de gaz à effet de
serre, explique Marie Carrega. Malheu-
reusement, même si nous arrivons à sta-
biliser les températures, certaines
modifications vont continuer : l?excès de
chaleur dans le système climatique est
principalement capté par les océans.
La hausse du niveau des mers est un
phénomène lent et irréversible qui durera
plusieurs centaines d?années??» Nous
pouvons également agir sur l?aména-
gement du territoire?: «?Les épisodes
extrêmes ont des conséquences plus
graves sur un sol urbain imperméabilisé
que sur un sol perméable naturel qui per-
met une infiltration à la parcelle.?»
ADAPTER NOS MODES DE VIE
Changer nos habitudes donc. Désurba-
niser parfois, mais surtout revoir nos
modes de vie dans un environnement
plus chaud et plus fréquemment le
théâtre d?événements extrêmes. « Le tou-
risme sera particulièrement touché, avec
une réorientation des flux touristiques
vers des zones estivales moins canicu-
laires, comme la Bretagne et la Norman-
die, et un manque d?enneigement qui
posera un problème de pérennité pour
les stations de sport d?hiver. » En fin de
compte, tous les secteurs économiques
devront s?adapter, au premier rang des-
quels l?agriculture, gagnée de plein fouet
par la raréfaction des ressources en eau
et la hausse des températures.
MIEUX COMPRENDRE
ET SE PRÉPARER
L?amélioration de la connaissance est un
levier essentiel pour mieux anticiper les
phénomènes extrêmes : «?Nous devons
continuer les recherches pour améliorer
la précision de la prévision, en termes
d?intensité et de ciblage géographique,
insiste Marie Carrega. Ce qui nous per-
mettra d?agir sur notre niveau de prépa-
ration et de développer une culture du
risque à hauteur des enjeux.?» Cela passe
aussi par un effort de sensibilisation
du grand public à l?augmentation des
dangers météorologiques. Pour acquérir
ensemble les bons réflexes et être
capables de réagir vite : «?Le niveau de
risque est grandissant, notre vigilance
doit l?être aussi?!?»
RENCONTRE AVEC?
Marie Carrega, adjointe au secrétaire général de l?ONERC,
Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
Le territoire français
est exposé à de multiples
risques naturels : hausse
des températures moyennes et des extrêmes, changement
du régime de précipitation avec des pluies plus abondantes
au nord en hiver et de fortes sécheresses au sud en été.
Pour Marie Carrega, mieux vaut s?y préparer.
5757
ATLAS
IGN 2022
Lors d?incendies de forêts, les photographies aériennes
et les photos infrarouge couleur réalisées par l?IGN permettent
d?évaluer les dégâts et les surfaces détruites par les feux.
En 2021, plus de 170 hectares de forêts et de landes de la région
de Narbonne ont brûlé.
ÉVALUER LES DÉGÂTS
AVEC L?IMAGERIE AÉRIENNE
LIEU : NARBONNE
Dates : 2018-2021
5858
? Avant
? Après
5959
ATLAS
IGN 2022
En cas de crues, l?IGN photographie en urgence les zones
inondées et livre rapidement les données traitées au Service
central d?hydrométéorologie et d?appui à la prévision des
inondations (Schapi). Ces images permettent de comparer
les modèles de prévision et les surfaces réellement inondées.
Les données acquises pendant l?événement analysent
également l?étendue des dégâts.
IMAGERIE AÉRIENNE D?URGENCE
LIEU : NEMOURS
Date : 2016
? Avant
? Après
6060
Lors de l?ouragan Irma de 2017, le Centre national d?études spatiales
(CNES) a activé les satellites Pléiades pour acquérir au plus tôt des
images. L?IGN leur a appliqué un traitement orthophotographique
de manière à les rendre superposables aux vues aériennes de l?institut
et les a transmises aux gestionnaires publics de crise. Dans les jours
qui ont suivi la catastrophe, la rapidité de mise à disposition des prises
de vues a également facilité l?aide immédiate aux victimes.
Les images ont été intégrées au Géoportail avec des fonctions
de comparaison avant/après.
IMAGERIE SATELLITAIRE D?URGENCE
LIEU : SAINT-MARTIN
Date : 2017
? Avant
? Après
6161
ATLAS
IGN 2022
Après le passage de la tempête Alex qui a durement frappé
en octobre 2020 le département des Alpes-Maritimes, l?IGN
a effectué en urgence plus de 2000 photographies aériennes
des zones sinistrées (précision de 5 à 15 centimètres) ainsi que
des données LiDAR. Réalisées à la demande de la Direction
départementale des territoires et de la mer (DDTM 06)
et de l?Office national des forêts (ONF), ces images aériennes
constituent une aide précieuse pour l?évaluation des dégâts,
puis pour la reconstruction.
IMAGERIE AÉRIENNE D?URGENCE
LIEU : ROQUEBILLIÈRE
Dates : 5 juillet 2017-5 octobre 2020
6262
? Avant
? Après
6363
ATLAS
IGN 2022
Janvier 2021, les pluies incessantes qui
s?abattent sur le sud-ouest de la France
font sortir plusieurs cours d?eau de leur
lit : la Garonne, la Midouze, la Dordogne,
la Vézère, le Gers? Une crue historique
et atypique qui échappe aux prédictions
et entraîne des dégâts considérables.
Pour comprendre ce qui se joue, le
Service central d?hydrométéorologie et
d?appui à la prévision des inondations
(Schapi) alerte l?IGN. Plus précisément :
le Service de l?imagerie et de l?aéronau-
tique (SIA), doté d?une flotte de quatre
avions photographes. Le SIA travaille
avec le Schapi depuis 2012 et réalise des
photos aériennes au moment des pics
de crue. Avec deux engagements : sur-
voler la zone dans un délai maximum de
douze heures après avoir été alerté et
fournir les orthophotographies (docu-
ments cartographiques réalisés à partir
des photos) dans les vingt-quatre heures
suivant la prise de vue.
PARTICIPER À LA SURVEILLANCE
ET À LA PRÉVENTION
Ces missions d?urgence permettent de
cartographier l?emprise de la crue et
d?apporter la « vérité terrain » pour éta-
lonner le modèle de prédiction du
Schapi: le fameux système de vigilance
en temps réel « Vigicrues », qui surveille
une centaine de cours d?eau à risque. Son
objectif : « prévoir la crue pour anticiper
la crise ». Cette carte des zones d?inon-
dation potentielle résulte de modélisa-
tions qui décrivent les inondations et
leurs conséquences et se basent sur les
images de crues précédentes acquises
par l?IGN. Début 2021, l?analyse des zones
inondées dans le Sud-Ouest a permis
aux pouvoirs publics de mieux com-
prendre les circonstances des déborde-
ments et de mieux dimensionner les
ouvrages de protection pouvant empê-
cher leur récurrence.
CONTRIBUER À LA GESTION DE
CRISE ET À LA RECONSTRUCTION
Les prises de vues de l?IGN sont égale-
ment utiles pour dresser un état des lieux,
organiser les secours et identifier les
besoins les plus urgents. En 2020, à la
suite des ravages de la tempête Alex,
l?IGN a fourni 2000 photographies haute
résolution de la vallée de la Vésubie et
de la Roya, trois jours après la catas-
trophe, à la demande de la Direction
départementale des territoires et de
la mer des Alpes-Maritimes (DDTM 06).
Dans un premier temps, ces images ont
permis d?identifier les réseaux routiers
praticables et d?adapter les capacités
d?intervention de première urgence pour
accéder aux zones sinistrées. Elles ont
ensuite été utilisées pour évaluer préci-
sément les dégâts, prioriser les actions
en fonction des dommages occasionnés
et organiser la reconstruction. De la
même manière, après le passage de l?ou-
ragan Irma en 2017 aux Antilles, la rapi-
dité de mise à disposition des images
capturées à Saint-Martin et à Saint-
Barthélemy a facilité la mise en place
d?une aide d?urgence aux victimes, dont
plusieurs milliers de sans-abri pris en
charge par la Croix-Rouge dans les
heures qui ont suivi.
IDENTIFIER LES OUTILS
LES PLUS ADAPTÉS EN FONCTION
DES BESOINS
D?autres techniques sont également
employées pour fournir des outils d?aide
à la décision en situation d?urgence.
Par exemple, les relevés LiDAR. Ils four-
nissent des données altimétriques de
grande précision générant une véritable
maquette 3D des territoires, qui va
prendre désormais une ampleur natio-
nale avec le projet LiDAR HD. Après deux
campagnes de relevés LiDAR réalisées
en partenariat avec la Direction générale
Inondations, tempêtes, tremblements de terre, feux de forêts...
avec une augmentation des risques de catastrophe naturelle,
le rôle de vigie de l?IGN va croissant : l?institut met ses
compétences, ses moyens d?observation et sa réactivité
au service de la surveillance du territoire. En France, le risque
d?inondation ? première menace naturelle par l?importance
des dommages provoqués ? fait l?objet d?un suivi 24h/24.
Ambition & réalisations
Mobilisation générale
pour la prévention
des risques
6464
de la prévention des risques (DGPR)
entre 2011 et 2019, un nouveau projet a
été initié à la fin 2019 pour contribuer
notamment à la prévention des catas-
trophes naturelles à l?échelle de la France.
L?arc méditerranéen, première phase de
ce projet de par son degré d?exposition
aux événements extrêmes, sera couvert
en 2022. Ces données sont particuliè-
rement utiles aux Directions régionales
de l?environnement, de l?aménagement
et du logement (Dreal) qui actualisent les
informations liées aux inondations sur leur
territoire, comme les directives inonda-
tions, les plans de prévention des risques
ou la cartographie des zones inondables.
DÉTECTER LES SIGNAUX FAIBLES
Autre outil d?observation : les prises de
vues par satellite. Si elles s?avèrent moins
adaptées aux crues par leur manque de
réactivité, les images satellitaires sont
en revanche utiles à la suite d?incendies
de forêts pour cartographier les zones
touchées et la manière dont le feu s?est
propagé. Le cas des incendies excep-
tionnels de juillet 2022 dans le massif
landais illustre bien les nouvelles
approches plus réactives que l?IGN veut
privilégier. Le feu n?était pas totalement
éteint alors que, grâce aux données de
son inventaire forestier national et à des
modèles d?estimation de volume de bois
développés avec ses partenaires, il a été
possible à l?IGN de fournir aux ministères
et à la filière de premières estimations
des dégâts. L?institut a également
recours aux capteurs des stations GNSS
permanentes (Global Navigation Satellite
System) qui détectent les anomalies
à la surface de la Terre. Ce fut le cas à
Mayotte en 2018 : le réseau géodésique
a permis de repérer des mouvements
anormaux et d?identifier l?origine des
déformations qui ne semblaient pas
s?apparenter à un tremblement de terre.
Et pour cause, les scientifiques ont
conclu à la naissance d?un nouveau
volcan sous-marin? par 3500 mètres
de fond à 50 kilomètres des côtes !
ACCÉLÉRER LA PHASE D?ANALYSE
Pour identifier rapidement les écarts
entre deux périodes de relevés, l?IGN
explore le potentiel des technologies
d?intelligence artificielle. Objectif : facili-
ter le travail d?analyse des experts en
utilisant la puissance des nouvelles tech-
nologies pour détecter les zones où les
paysages évoluent rapidement ou anor-
malement et méritent une attention par-
ticulière. Une autre manière de gagner
encore en réactivité.
+ Projet
Méditerranée
Pour mieux
prévoir
les épisodes
de pluie intense
Face à la multiplication des « épisodes cévenols », ces précipitations brèves et
intenses qui provoquent des inondations dévastatrices sur l?arc méditerranéen, un projet
a été lancé en 2020 afin d?en anticiper la survenue. Mené dans le cadre d?une collaboration
entre l?IGN, l?université de Montpellier, l?École nationale supérieure de techniques avancées
Bretagne (ENSTA), Météo-France et le port de Sète, le projet Méditerranée prévoit d?équiper
les navires circulant dans la zone de récepteurs GNSS (global navigation satellite systems).
Objectif : calculer le taux d?humidité afin d?améliorer la prévision des orages violents, causés
par la rencontre des masses d?air chaud et humide en provenance de la mer avec l?air froid
des massifs montagneux. Un premier bateau a été équipé au début 2022.
En 2020, à la suite des ravages
de la tempête Alex, l?IGN
a fourni 2000 photographies
haute résolution de la vallée
de la Vésubie et de la Roya, trois
jours après la catastrophe (...)
6565
ATLAS
IGN 2022
LES CAPACITÉS
D?OBSERVATION?
PARTIE 2
66
? DE L?IGN
Révolution numérique et défis environnementaux
ont conduit l?IGN à se doter d?une nouvelle « boussole »
pour fixer le sens de sa mission dans les années à venir.
La gestion de bouleversements environnementaux de
plus en plus violents va induire de surveiller de façon plus
fréquente l?évolution de certains éléments du territoire.
Cela induit pour l?IGN de faire évoluer ses capacités
d?une logique de description du territoire vers une
logique d?observation en (quasi) continu
ou très fréquente.
Les thématiques actuelles relèvent de commanditaires
publics. Carte de l?évolution de l?artificialisation des sols,
suivi de l?état des forêts, observation de l?érosion des
reliefs et en particulier
du trait de côte, cartographie prédictive des zones
de biodiversité à protéger, l?IGN est à l?oeuvre pour
montrer les changements d?un territoire en permanente
évolution. En devenant dynamique la carte devient
un outil de la planification écologique.
Mais pour que la carte déploie tout son pouvoir de
médiation, réponde au besoin de pilotage des politiques
publiques et mette en capacité les citoyens de modifier
leurs comportements, l?IGN doit opérer les virages
technologiques structurants vers l?observation
en continu.
Il s?agit pour l?institut?:
? de mobiliser diverses sources de données
pour enrichir la description de l?anthropocène.
À travers une mission «?mixte technologique?», l?IGN
investigue les nouvelles possibilités d?acquisition et
de combinaison de données à mobiliser en fonction
des besoins (prises de vues aériennes, observations
satellites, levés terrains, acquisitions LiDAR et radar
aéroportées). Concernant les techniques
d?acquisition, l?IGN renforce son expertise en matière
de géolocalisation (positionnement d?objets type
«GPS ») afin de mieux prévenir et gérer les risques
induits par les changements environnementaux
(glissements de terrain, déformation des bâtiments);
? de traiter rapidement ces données
afin de montrer les phénomènes dans
le bon timing. L?institut a fait le choix de s?investir
dans le déploiement de l?intelligence artificielle
(deep learning ou apprentissage profond) pour
automatiser ses chaînes de production initiales et
accélérer le traitement des images (reconnaissance
automatique des objets du terrain). Utilisé à bon
escient, l?apprentissage machine peut jouer
un rôle majeur dans l?élaboration de réponses
à la transition écologique;
? de montrer ces données sous des formes
adaptées à la prise de décision publique
et accessibles à tous. La mobilisation des
techniques de datavisualisation va permettre
à l?IGN, qui s?est saisi du sujet, d?adapter la mise
en forme des données à l?utilisateur et à ses besoins.
Il s?agit de démultiplier le pouvoir de médiation
des cartes de l?anthropocène.
L?ensemble de ces évolutions permettront de réaliser
des projets structurants pour la planification
écologique. La constitution d?un jumeau numérique
de la France en est un exemple. Nouvelles
acquisitions de données (LiDAR HD), réplique
précise de la réalité terrain via la géolocalisation et la
combinaison de données (notamment pour les mises
à jour), méthodes de traitement automatiques des
nuages de points et utilisation des bonnes méthodes
de datavisualisation des données 3D sont autant
d?innovations technologiques de pointe que l?IGN
apprend à maîtriser pour déployer ces nouvelles
manières de décrire le territoire.
ATLAS
IGN 202267
ACQUÉRIR
6868
Le cartographe est d?abord
un arpenteur du monde.
Mais il a progressivement
remplacé son propre pas par
celui de puissantes machines
qu?il pilote. Aujourd?hui,
satellites, avions, drones
équipés d?appareils photo,
radar, LiDAR embrassent
le monde avec une résolution
et une fréquence toujours
plus grandes. L?acquisition
reste la première étape
de la production de la donnée
géographique, la récolte
du terrain.
69
ATLAS
IGN 202269
Les cartes de l?anthropocène proposent
de suivre à intervalles réguliers l?évolution
des impacts du dérèglement climatique
et de l?artificialisation des sols sur le ter-
ritoire : état de santé des forêts, érosion
du relief et des cours d?eau, perte de bio-
diversité, etc. Cet engagement passe par
une transformation de sa stratégie d?ac-
quisition de données, basée sur une plus
grande variété de sources d?information
et une exploitation combinée de multi-
ples outils technologiques. En faisant
évoluer la nature et le rythme de mise à
jour des données, l?IGN fournira des
informations plus précises, répondant
plus spécifiquement aux attentes des
différentes politiques publiques, telles
que la protection du littoral ou la préven-
tion des incendies.
Pour accompagner la transition, une mis-
sion «?Mixte technologique?» a été lancée
au sein de l?institut afin de faire l?inven-
taire des besoins exprimés sur les enjeux
clés (ville, biodiversité, transition éner-
gétique, forêt, agriculture, bâtiment,
infrastructure, sécurité, etc.) et d?identi-
fier les nouvelles méthodes d?acquisition
de données adaptées.
LA RÉVOLUTION LiDAR HD
EST EN MARCHE
Un exemple représentatif de ces nou-
velles méthodes : la production d?un
modèle en trois dimensions de la France
grâce aux relevés LiDAR HD. HD pour
haute densité, soit dix points par mètre
carré?! Un véritable coup d?accélérateur:
là où il fallait des levés terrain directs
(GPS transporté dans un sac à dos) ou
des prises de vues aériennes hivernales
(lorsque le sol est visible en l?absence
de feuillages), les relevés aéroportés
LiDARHD permettent de cartographier
le sol et le sursol pour constituer des
modèles numériques de surface très fins.
Avec le LiDARHD, l?IGN offrira de larges
opportunités d?innovation pour répondre
aux besoins de politiques publiques:
état des lieux du risque inondation pour
diminuer la vulnérabilité des territoires
exposés, appui au contrôle des aides
dans le cadre de la politique agricole
commune, aide au contrôle des certi-
ficats d?économie d?énergie, etc. Enta-
mées en 2021, les acquisitions se
poursuivront jusqu?en 2025 et donneront
Observateur du territoire national en continu, l?IGN recentre
ses activités autour de la production et de la valorisation des cartes
de l?anthropocène, portant sur les principaux enjeux écologiques
auxquels la France fait face. Cette évolution passe par
l?utilisation et la combinaison de multiples méthodes d?acquisition
de données, capables de contribuer à la compréhension
de phénomènes complexes et instables. Vues aériennes
et satellites, LiDAR, radar, drones ? tout doit être mobilisé?!
Acquérir
Multiplier les sources
de données pour
piloter les transitions
7070
lieu à une mise à disposition progressive
des représentations 3D du territoire en
open data.
L?ARTICULATION DES MÉTHODES
D?ACQUISITION DE DONNÉES EN
FONCTION DES BESOINS
Vient ensuite la question de la complé-
mentarité des méthodes d?acquisition de
données?: observation satellite, prises
de vues aériennes, relevés LiDAR, levés
terrestres, véhicules d?acquisition de
données, etc. Entre l?aérien et le satellite
pour commencer : dans un contexte
d?amélioration des sources satellitaires,
si les niveaux de résolution des données
acquises par les satellites nouvelle géné-
ration permettent de compléter les prises
de vues aériennes, il sera question de
tirer le meilleur des deux mondes, entre
une résolution plus fine et une couverture
plus fréquente, ainsi qu?entre une couver-
ture du territoire uniforme et une cou-
verture différenciée.
D?autres complémentarités peuvent être
exploitées. Entre l?imagerie aérienne et
l?imagerie terrestre (par les véhicules
d?acquisition d?imagerie 3D) pour dresser
la cartographie urbaine la plus complète
possible. Avec le LiDARHD également,
qui va apporter de précieuses données
en complément des levées terrestres
nécessaires aux inventaires forestiers
réalisés tous les ans par l?IGN. Sans
compter le potentiel des drones, qui, si
la réglementation en matière de survol
s?assouplit, pourraient compléter locale-
ment les acquisitions aériennes et ter-
restres, en zones urbaines en particulier.
LA COORDINATION AVEC
LES ACTEURS DU TERRITOIRE
ET DE L?INNOVATION
Si l?aspect méthodologique est un critère
majeur et structurant des activités de
collecte d?information, l?agrégation de
données produites par d?autres acteurs
de l?observation des territoires est
également une priorité. Qu?il s?agisse
du Service hydrographique et océano-
graphique de la Marine (Shom), du Centre
d?études et d?expertise sur les risques,
l?environnement, la mobilité et l?aména-
gement (Cerema), de l?Office national des
forêts (ONF) ou des collectivités territo-
riales, il est essentiel de coordonner les
activités d?acquisition de données dans
un effort collectif, afin de dégager des
synergies d?action et d?éviter les
redondances. L?IGN veut également
dialoguer avec les acteurs de l?innovation?:
Centre national d?études spatiales
(CNES), Institut national de recherche en
sciences et technologies du numérique
(Inria), des industriels (Airbus, Thales),
des start-up, etc.
UN JUMEAU NUMÉRIQUE
POUR ANTICIPER
LES ÉVÉNEMENTS CLIMATIQUES
La combinaison de différentes sources
de données permettra à terme de produire
un «?jumeau numérique?» du territoire
national: une représentation topogra-
phique 3D du territoire et un environne-
ment logiciel de navigation immersive.
D?ici à 2030, cette France modélisée
pourrait être utilisée pour réaliser des
simulations de certains phénomènes
(propagation de polluant, îlots de chaleur
urbains, captation de CO2 par la forêt,
etc.). Ce chantier ambitieux implique
aussi des transformations profondes des
métiers et des compétences de l?IGN.
Ainsi, l?institut entend accélérer l?inté-
gration des expertises associées aux
technologies d?aujourd?hui et de demain
afin de préparer et d?anticiper les nou-
velles méthodes liées à l?évolution des
besoins. Pour demeurer l?acteur référent
de la description de la Terre et de ses
grands changements.
Avec le LiDAR HD,
l?IGN offrira de larges
opportunités d?innovation
pour répondre
aux besoins de politiques
publiques (...)
71
ATLAS
IGN 202271
Parmi les techniques d?acquisition de
données géographiques, la géolocalisa-
tion est un domaine d?excellence essen-
tiel aux activités de l?IGN et un thème de
recherche fondamental pour les poli-
tiques publiques. Aujourd?hui basée sur
des technologies de pointe, la géoloca-
lisation a toujours fait partie du travail
du cartographe, dont la mission consiste
à «?positionner les objets les uns par
rapport aux autres dans un système de
coordonnées?». Elle a progressivement
pénétré de nombreux usages : militaires
pour commencer, puis scientifiques, avec
des applications métier pour les géo-
mètres et topographes par exemple, et
plus récemment pour la navigation
routière et les smartphones. Et mainte-
nant: les usages autonomes, l?internet
des objets ou la réalité augmentée.
À l?ère de la dématérialisation, les don-
nées géolocalisées participent massive-
ment à un «?commun numérique?» tant
l?accès à ces données conditionne le
développement de solutions et de ser-
vices innovants. Parmi les grandes évo-
lutions directement liées à la révolution
numérique : la massification des données
géolocalisées, la démocratisation des
usages et l?hybridation de technologies
multiples et hétérogènes, qui ont notam-
ment accompagnées l?arrivée à pleine
capacité, en 2020, du système européen
Galileo et du système chinois BeiDou.
UN CHANTIER PROSPECTIF
POUR FAIRE GRANDIR
L?EXPERTISE DE L?INSTITUT
Quels seront les usages de demain??
Quels sont les nouveaux acteurs et les
innovations en devenir?? À l?heure des
grands bouleversements écologiques,
l?IGN entend conforter la veille sur les
nouvelles technologies de géolocalisa-
tion afin d?outiller toujours mieux les uti-
lisateurs et les décideurs. Lancée en
Indissociable de la cartographie, la géolocalisation est l?essence
même du métier de l?IGN : l?institut mobilise de nombreux outils
technologiques tout en étant architecte de certaines composantes,
comme les référentiels géodésiques applicables en France
métropolitaine et outre-mer. En 2021, une feuille de route dédiée à
la géolocalisation a été formalisée afin d?identifier les innovations les
plus prometteuses et de structurer la réponse
de l?IGN aux besoins dans ce domaine.
Acquérir
La géolocalisation
aujourd?hui et demain,
chantier discret
mais essentiel
La géolocalisation en bref
? Outil militaire détourné
en application civile,
la géolocalisation se définit
comme «?la détermination
des coordonnées géographiques
d?un objet à la surface ou dans
le voisinage de la Terre?» dans
un repère de référence.
Avec l?avènement du GPS,
apparaissent les trois composantes
de la géolocalisation d?aujourd?hui :
fournir une position, une datation
(outil de synchronisation
temporelle) et un moyen de
navigation (position dynamique).
? L?IGN est utilisateur de systèmes
et de techniques de géolocalisation,
et assure la cohérence géométrique,
le géoréférencement et
la qualification des données
géolocalisées.
7272
2021, la mission géolocalisation a réalisé
un diagnostic des tendances et des
opportunités et proposé une feuille de
route technologique. Avec un objectif:
structurer la connaissance et partager
l?information au bénéfice de l?appui aux
politiques publiques, en particulier sur
les besoins émergents comme la mesure
de l?impact du changement climatique
et la prévention des risques (mouve-
ments du sol, surveillance des glisse-
ments de terrain, déformation des
ouvrages d?art).
Le chantier compte trois grandes étapes:
le recensement des technologies (exis-
tantes et en développement), l?animation
d?une communauté d?expertise interne
(environ 10?% de l?effectif de l?institut)
et une étude organisationnelle pour
structurer les réseaux métier et gagner
en efficacité.
Au bout du compte, il s?agit de construire
une base de connaissances partagée et
d?identifier les axes de développement
les plus pertinents. Pour que l?IGN opti-
mise son rôle au sein de l?écosystème de
géolocalisation, où les acteurs ? publics
et privés ? sont de plus en plus nom-
breux, agiles et innovants.
QUATRE DOMAINES PRIORITAIRES
Quatre grands domaines d?appui ont
été identifiés et serviront de base
pour choisir les technologies et les
actions à engager en termes de structu-
ration des données, de recherche et
d?enseignement:
- Espace civil?: soutien au programme
spatial européen Galileo;
- Transport et mobilité : appui à la consti-
tution de référentiels dans une pers-
pective de sécurité routière liée à
l?efficacité des secours en milieu urbain
et au développement de la navigation
autonome?;
- Défense?: soutien au traitement de
l?imagerie spatiale?;
- Prévention des risques de catastrophe
naturelle?: améliorer la modélisation du
réel grâce au géoréférencement maî-
trisé et qualifié des données.
MOBILISER ET COMBINER
DIFFÉRENTES SOURCES
DE DONNÉES GÉOLOCALISÉES
Dans une démarche d?ouverture et d?in-
teropérabilité, l?IGN a également voca-
tion à renforcer son expertise en matière
de gestion des données géolocalisées
provenant de sources différentes. Le
positionnement cinématique multisource
apparaît comme l?enjeu le plus fort des
cinq prochaines années, dans le contexte
de l?évolution des usages de la localisa-
tion par satellite (capteurs multifré-
quences et multiconstellations à bas
coûts, développement des technologies
de «?positionnement ponctuel précis?» qui
sera notamment disponible via le service
de haute précision Galileo).
À l?horizon 2030, le développement de
la géo-intelligence (l?alliance de l?analyse
géographique et de la science des don-
nées) appliquée à l?observation en
continu du territoire et la mise en oeuvre
de nouveaux services fondés sur une
localisation toujours plus précise consti-
tuent les principaux enjeux.
Avec un besoin déjà identifié : aug-
menter la précision des données de
géo référencement. Pour disposer
de réfé rentiels à très grande échelle
répondant notamment aux projets tels
que le plan corps de rue simplifié (PCRS),
qui permettra de déterminer avec préci-
sion (de l?ordre du décimètre) la localisa-
tion d?un réseau enterré (fibre optique,
ligne à haute tension, gaz, etc.).
La feuille de route
de l?IGN s?articule autour
des trois composantes
de la géolocalisation:
? les référentiels géodésiques :
systèmes de coordonnées
de référence qui, au travers
de la cohérence géométrique
de leurs réalisations successives,
permettent de déterminer de façon
précise et non ambiguë la position
absolue d?une information ou
d?un objet sur la Terre?;
? la métrologie des capteurs
(caméras numériques, récepteurs
et antennes GNSS (global
navigation satellite systems),
centrales inertielles, etc.)?;
? les données géolocalisées
et les services qui concourent
à la géolocalisation indirecte,
qu?il s?agisse de l?apport de
la cartographie à la navigation
ou de géocodage effectué sur
orthophotographie. Avec un focus
sur la qualification des données
acquises qui permet d?en estimer
la précision.
À l?heure des grands
bouleversements écologiques,
l?IGN entend conforter la veille
sur les nouvelles technologies
de géolocalisation afin d?outiller
toujours mieux les utilisateurs
et les décideurs.
73
ATLAS
IGN 202273
TRAITER
7474
Il faut à la moisson de la
donnée géographique brute
un traitement pour la rendre
lisible. L?artiste cartographe,
mué en géomaticien, devient
développeur d?intelligence
artificielle et data scientist,
pour transformer plus vite une
donnée toujours plus massive
et renouvelée en continu.
Ce traitement, seconde étape
de la production de la donnée
géographique, prépare
la donnée pour les systèmes
d?information géographique,
les sites web ou les plateformes
numériques dédiées.
75
ATLAS
IGN 202275
CARTOGRAPHIER PLUS
FRÉQUEMMENT LES EFFETS
DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Le changement climatique est une réa-
lité, et ses conséquences sont chaque
jour plus visibles. L?utilisation de la car-
tographie est clé pour comprendre le
monde et faciliter la décision publique.
Véritable base de connaissance, elle met
en évidence non seulement les impacts
à un instantT mais surtout elle permet
de suivre les évolutions d?un territoire à
différentes périodes. Un exemple : dans
les bases de données réalisées sur les
incendies de forêts, l?évolution est nette,
les feux sont de plus en plus dévastateurs
et de plus en plus longs.
Les besoins de cartes et de données se
font plus pressants à mesure que les
phénomènes climatiques majeurs (incen-
dies, inondations, fragilisation des forêts,
etc.) se répètent. Il devient ainsi néces-
saire de renouveler plus fréquemment
les cartes du territoire avec un degré de
précision toujours plus fin.
L?INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET
LE DEEP LEARNING AU SERVICE
DE LA CARTOGRAPHIE
Aujourd?hui, les méthodes traditionnelles
de cartographie ne peuvent tenir à elles
seules le rythme de l?évolution de ces
besoins. Si l?on prend l?exemple de la car-
tographie de l?occupation des sols, il faut
compter un délai d?environ 12 à 18 mois
pour produire une surface équivalente à un
département ?prise de vue aérienne, étape
de photo-interprétation comprise. L?IGN
mise donc sur l?automatisation de ses pro-
cessus de production sous la supervision
de ses équipes techniques. Pour cela l?ins-
titut a désormais recours à l?intelligence
artificielle (IA) pour reconnaître automati-
quement différents objets (bâtiment, arbre,
surface de bitume, etc.). Obtenues par ana-
lyse automatique d?images aériennes et
satellitaires à l?aide de deep learning
(apprentissage profond), et renforcées
par le croisement de données multisources
et de contrôles ou reprises manuelles,
ces nouvelles productions permettent
désormais d?envisager de cartographier
l?occupation du sol métropolitain des
départements et régions d?outre-mer
(DOM-ROM) en seulement trois ans. Ces
processus inédits ont déjà été déployés
sur le Gers, premier département réalisé
Les phénomènes liés au réchauffement climatique mettent
en oeuvre des transformations du territoire profondes et visibles
dans le temps. Pour répondre à l?accélération de ces phénomènes,
l?IGN travaille sur l?automatisation et la généralisation de l?intelligence
artificielle avec une double finalité?: en tirer des enseignements
pour accompagner la décision publique et partager cette donnée
augmentée à l?ensemble de la société. Ce virage technologique
s?appuie sur un plan de recrutement et de formation?: de l?ingénieur
à l?opérateur, tout le monde est concerné.
Traiter
L?intelligence
artificielle pour
cartographier
les changements
rapides
7676
dans le cadre du dispositif national de
mesure de l?artificialisation des sols. Si les
processus de production sont inédits,
l?approche l?est également puisque l?IGN
met en open data toutes les ressources
qui contribuent à entraîner les modèles.
Une opportunité pour chacun de s?en
saisir et de les enrichir.
Cette technique de deep learning est par
ailleurs utilisée dans le cadre du pro-
gramme national de cartographie 3D
(LiDARHD). Utile pour le contrôle de la
classification de nuages de points, cette
classification automatique catégorise les
points en une dizaine de classes telles
que les bâtiments, la végétation haute/
moyenne/basse, l?eau, etc.
Les modèles ainsi créés offrent une
description actualisée de l?état du sol et
fournissent de nouveaux référentiels
généralisés sur le territoire, qui s?avèrent
nécessaires pour situer par exemple
plus précisément les vagues de chaleur,
déterminer les zones artificialisées
ou évaluer la séquestration du carbone
dans le sol.
Les premières productions IGN montrent
la complémentarité entre l?automati-
sation et le travail des équipes de l?insti-
tut. L?IA ne va pas remplacer l?humain
mais faire évoluer les métiers, de l?ingé-
nieur à l?opérateur. C?est pourquoi la
feuille de route IA (cf. encadré) met en
avant un enjeu de démocratisation.
En complément des données d?occu-
pation du sol à grande échelle (OCS GE),
de nombreuses autres cartographies
et données produites par l?IGN en
collaboration avec ses partenaires sont
disponibles. Parmi elles figure l?inventaire
forestier qui recense en continu les res-
sources forestières nationales. La base
de données sur les incendies de forêts en
France (BDIFF) centralise les informations
depuis 2006 ou encore tout le patrimoine
photo et la cartographie accessible
sur les sites remonterletemps.ign.fr et
geoportail.gouv.fr.
Ces différentes bases de données sont
complémentaires sur un même territoire
et constituent ainsi une grande richesse
pour comprendre l?évolution des terri-
toires et éclairer l?action.
Les techniques d?intelligence artificielle (IA)
ont bouleversé la plupart des domaines
du traitement de l?information (traitement
du langage, vision par ordinateur, etc.) et en
particulier certains coeurs de métiers de l?IGN
(télédétection, cartographie, etc.). Elles sont
appelées à jouer un rôle incontournable dans
les descriptions fines et régulières du territoire.
Depuis des années, les équipes du pôle
d?enseignement et de recherche de l?IGN,
l?ENSG-Géomatique, participent à des
travaux qui font référence dans ce domaine.
Pour accompagner la montée en maturité
et le déploiement à large échelle des
technologies considérées, l?IGN a établi
une feuille de route qui vise à?:
? renforcer les capacités techniques en
matière d?IA pour conduire les «?grands
projets?» d?automatisation déjà initiés?;
? mener des expérimentations pour préparer
la réponse à d?autres enjeux à venir ainsi que
pour structurer des communs en matière d?IA?;
? participer aux communautés d?IA qui
concourent au suivi des changements
rapides du territoire liés à l?activité humaine
(anthropocène).
La ligne de conduite retenue pour cette feuille
de route est celle d?une démocratisation
de l?IA au sein de l?institut et dans la société.
En opposition à une logique technocratique de
concentration d?un savoir établi chez quelques
experts, il s?agit d?assurer la diffusion large de
la capacité d?agir avec l?IA ainsi que de donner
prise à la délibération en commun sur la façon
de mobiliser et de développer ces techniques.
À l?appui de la mise en oeuvre de la feuille
de route, l?IGN a lancé un plan de formation
continue en interne ainsi qu?un plan de
recrutement de spécialistes de l?IA afin
de constituer un pool ayant une taille critique
suffisante à l?échelle de l?État.
Feuille de route intelligence artificielle
77
ATLAS
IGN 202277
+ Zoom sur le projet
CONQueTh
Les impacts
du climat
sur la croissance
de trois essences
de chêne
Le projet CONQueTh (capacité d?occupation du nord par les quercus
thermophiles), initié par le Centre national de la propriété forestière (CNPF),
s?est déroulé entre 2017 et 2021. Il a montré que la ressource en chênes pubescents,
pédonculés et sessiles dans la région de la Loire a augmenté ces trente dernières années.
Plus précisément, cette ressource est passée de 2,4 à 2,7 millions d?hectares, et de 318
à 482 millions de mètres cubes. Cette progression du volume observée dans cette étude
est caractéristique de la situation métropolitaine. Elle s?explique par une augmentation
de la maturité des peuplements (constitués d?arbres de plus gros diamètres qu?autrefois)
et dans une moindre mesure, par une augmentation de la surface des forêts.
Cette progression globale cache toutefois des dynamiques différentes selon les trois
essences. Les chênes sessiles et pédonculés baissent fortement en nombre de tiges et
en volume dans les diamètres inférieurs à 17,5 centimètres, alors qu?ils augmentent dans
les autres classes de diamètre. Le chêne pubescent, quant à lui, augmente dans toutes
les classes de diamètre quelles que soient les variables observées (volume, nombre de
tiges). On observe ainsi qu?en dix ans, le territoire occupé par le chêne pubescent semble
en expansion dans le bassin ligérien tandis que le renouvellement des deux autres chênes
diminue (cf. cartes ci-contre).
Plusieurs phénomènes concomitants peuvent expliquer ces évolutions. L?expansion
forestière, à l?oeuvre sur toutes les terres abandonnées du territoire métropolitain, contribue
au développement des espèces pionnières comme le chêne pubescent ou le chêne
pédonculé. Par ailleurs, la population importante de grands ongulés peut décourager
localement les sylviculteurs d?investir pour renouveler les peuplements gérés de chênes
sessiles et pédonculés dont les jeunes plants sont des mets de choix pour les cervidés.
Cependant, les évolutions climatiques ont également pu contribuer aux évolutions
observées?: à la faveur des modifications climatiques des dernières années, le chêne
pubescent a pu gagner en compétitivité car sa croissance radiale est stable depuis 2006
alors que celle des chênes pédonculés et sessiles montre une légère diminution liée au
climat. Cela pourrait être dû à une plus grande résistance à la sécheresse du chêne
pubescent par rapport aux chênes sessiles et pédonculés. Cette résistance peut à la fois
le favoriser dans sa phase d?installation sur de nouvelles terres et dans des peuplements
mixtes dans lesquels il est déjà établi. Attention cependant, la croissance radiale des deux
autres chênes est encore (pour l?instant ?) bien supérieure à celle du chêne pubescent.
Plusieurs phénomènes concomitants peuvent expliquer ces évolutions?:
? l?expansion forestière, à l?oeuvre sur toutes les terres abandonnées du territoire
métropolitain, contribue au développement des espèces pionnières comme le chêne
pubescent ou le chêne pédonculé?;
? la surpopulation du gibier décourage les sylviculteurs à renouveler les peuplements
gérés de chênes sessiles et pédonculés dont les jeunes plants sont des mets de choix
pour les cervidés?;
? les évolutions climatiques des dernières années ont fait gagner en compétitivité au
chêne pubescent car sa croissance radiale est stable depuis 2006 alors que celle des
chênes pédonculés et sessiles montre une légère diminution liée au climat.
7878
ÉVOLUTION DE LA POPULATION DU CHÊNE PUBESCENT EN RÉGION CENTRE VAL DE LOIRE.
Dates : 2005-2017
Dates : 1994-2006
79
ATLAS
IGN 202279
RESTITUER
8080
La carte est une
représentation spatiale,
souvent géométrique, et
toujours une sémiologie
graphique. Il faut en faciliter
l?accessibilité aussi bien
physique que cognitive.
Propriété, gratuité, donnée
ouverte, stockage, interface
logicielle forment à cette
ultime étape les enjeux de
la disponibilité. Mais la carte
est également intentionnelle,
son pouvoir est celui de rendre
intelligible un territoire,
un phénomène : faire voir
pour comprendre. La carte
ne garde son pouvoir
de médiation qu?au prix
d?une restitution pertinente.
81
ATLAS
IGN 202281
Concilier la somme considérable de
données géospatiales désormais à dis-
position et la nécessité de les rendre
accessibles et compréhensibles, c?est
tout l?enjeu de la géovisualisation. En tant
qu?observateur du territoire en continu,
l?IGN aura, dans les prochaines années,
un rôle déterminant à jouer dans son
déploiement à l?échelle nationale.
Comment donner accès au bon niveau
d?information à un utilisateur?? Et com-
ment optimiser pour cela l?ensemble des
outils technologiques disponibles afin de
rendre possible cette interaction??
L?IGN entretient des référentiels de
données régulièrement mis à jour dans
différents domaines ? forêt, biodiversité,
occupation des sols, etc. ?. Depuis une
dizaine d?années, l?automatisation des
processus par un recours de plus en plus
ciblé à l?intelligence artificielle, et le
travail partenarial avec d?autres acteurs
? industriels, PME, associations, opéra-
teurs publics ? ont permis de changer
d?échelle : l?information devient aide à
la décision et au pilotage.
Les référentiels de données thématiques
étant de natures, de localisations et de
précisions différentes, le défi pour l?IGN
est ainsi de les mettre en cohérence afin
de les rendre accessibles en donnant
accès au bon niveau d?information à un
utilisateur dans un contexte donné. L?in-
teraction entre Homme et machine doit
venir, ensuite, faciliter la compréhension
de ce qui est présenté.
L?UTILISATEUR AU CENTRE
Dans cette problématique, la question
de l?utilisateur est centrale. Celui-ci peut
avoir des difficultés de perception, ou
de compréhension. Il peut aussi s?agir
d?un groupe d?utilisateurs auquel le
système de géovisualisation doit four-
nir les éléments communs, adaptés
à chaque niveau de compétence et de
responsabilité.
Par conséquent, les objectifs pour l?IGN,
en matière de géovisualisation, sont, à
court terme, de s?adapter de plus en plus
finement à ce que perçoit et comprend
l?utilisateur dans toute sa diversité, et
de lui proposer une donnée disponible
en temps réel.
Par ailleurs, selon l?équipe d?experts
chargée de cadrer les axes d?innovation
de l?institut dans ce domaine, un autre
enjeu est de montrer les choses sans
tromper. La mission historique de l?IGN
de production de cartes a évolué et
consiste aujourd?hui à agréger ces don-
nées cartographiques et à fédérer autour
de cette donnée, en la rendant accessible
et facilement utilisable. Or, toutes ces
données n?étant pas directement super-
posables, il s?agit de «?montrer le flou?»,
afin de ne pas tromper l?utilisateur. Il y a
ainsi, à travers la géovisualisation, un
enjeu fort d?honnêteté de la représenta-
tion. De nombreuses recherches en
cours travaillent sur ces aspects en lien
avec la perception ou la sémiologie, qui
vont à leur tour adresser des champs
d?application très différents.
Enfin, l?interaction Homme-machine sera
cruciale dans le déploiement de la géo-
visualisation à plus long terme?: il s?agit
de configurer au plus juste les systèmes
pour répondre aux besoins de l?utilisa-
teur, tout en apprenant de son compor-
tement. Les travaux déjà menés dans ce
sens sont ainsi revisités sous l?angle de
l?optimisation de systèmes de géovisua-
lisation et de contextes d?usages variés.
À travers les âges, la carte a prouvé son pouvoir de médiation,
de lecture du monde et de guide. La géovisualisation, ensemble
de techniques de visualisation interactive, permet à un utilisateur
de voir des données géolocalisées 2D ou 3D de manière adaptée
à ses besoins, à ses capacités perceptives et cognitives,
et à son contexte d?usage. Et d?interagir avec cette information.
Les Magellan d?aujourd?hui ont besoin de nouvelles boussoles
pour agir dans les transitions.
Restituer
Géovisualisation :
donner à voir pour
faire comprendre
et réagir
8282
MapStyle
LA SÉMIOLOGIE AU SERVICE
DE LA CONCEPTION DE CARTES
PERSONNALISÉES
La carte est dite efficace si le message souhaité
par le cartographe est lisible et compréhensible
par le public visé. En se basant sur son expertise
en sémiologie cartographique, l?IGN a conçu un
service innovant de visualisation de données, dit
MapStyle, permettant de reproduire tout type
de rendu cartographique via une modéli sation
avancée des styles?: génération de motifs com-
plexes (rochers, éboulis, glaciers, etc.), covisualisa-
tion hybride d?orthophotographies et de données
vecteurs en faisant varier le niveau de photoréa-
lisme, conception de cartes «?à la manière de?» per-
mettant de reproduire des styles plus artistiques
issus de cartes papier anciennes ou extrapolés
dans des sensibilités plus modernes. Les utilisa-
teurs ont ainsi accès à des moyens pour concevoir
des styles cartographiques personnalisés et
attractifs afin de coller au mieux à leurs attentes
et à leurs goûts.
mapstyle.ign.fr
Remonter
le temps
L?ANTHROPOCÈNE SOUS VOS YEUX
Voir la dune du Pilat en 1950, le massif alpin au
début du siècle, ou la cathédrale Notre-Dame de
Paris arborant encore sa flèche, et pouvoir compa-
rer les images aériennes d?hier et d?aujourd?hui, tout
cela est désormais possible grâce au portail
Remonter le temps qui propose un accès gratuit à
quatre millions de cartes et de photos aériennes
depuis 1950. Ce portail donne accès au territoire
et à l?impact de l?anthropocène en quelques clics,
ainsi qu?à une comparaison des images enrichissant
la lecture et l?interprétation.
remonterletemps.ign.fr
Macarte
CRÉER ET PUBLIER
SES PROPRES CARTES
Le site Macarte offre la possibilité de créer sa
propre carte en ligne à partir des fonds mis à dis-
position par l?IGN, sans installation d?un logiciel.
Il est également possible d?y intégrer des éléments
ou des données personnelles et de publier
ces cartes dans un espace commun, via l?Atlas,
selon différentes thématiques?: éducation, climat,
santé, etc.
macarte.ign.fr
iTowns
VERS UN MÉTAVERS
GÉOGRAPHIQUE
iTowns est une plateforme développée par
l?IGN qui permet de visualiser des données géo-
graphiques 3D via le web. Initialement conçu
comme un outil de visualisation de données
images et LiDAR issues de la cartographie
mobile, iTowns a évolué. La plateforme propose
aujourd?hui de naviguer en immersion au sein d?un
très grand volume de données 3D, à toutes
les échelles, depuis l?espace jusqu?au sol. Paral-
lèlement, des interfaces offrent des possibilités
multiples de manipulation de ces données.
Moteur de visualisation 3D du Géoportail, iTowns
propose régulièrement de nouvelles fonctions.
En plus de la visualisation en 3D du territoire pour
le grand public, il ouvre la voie au développement
d?applications web à usage professionnel
pour visualiser des données, les mesurer ou
les analyser. Il s?adresse ainsi aux développeurs
ayant une connaissance minimale dans le do-
maine de l?information géographique mais n?étant
pas nécessai rement des spécialistes de la 3D.
Une brique utile dans le contexte d?ébullition
autour des métavers.
geoservices.ign.fr
83
ATLAS
IGN 202283
Les collaborateurs de l?IGN?: Arnaud Allgeyer, Anaïs Aubert, Ingrid Bonhème, François Chirié,
Antoine Colin, Loïc Commagnac, Zacharie Coq, Karine Courtès, Yannick Couturier, Bénédicte Depeux,
Valérie Deregnaucourt, Nathalie Derrière, Juliette Fabris, Benjamin Ferrand, Jean-Baptiste Fresse,
Manuel Fulchiron, Yanis Hamimi, Raphaële Heno, Dominique Jeandot, Caroline Joineau-Guesnon,
Magali Jover, Julien L?Haridon, Swann Lamarche, Frédéric Letouzé, Fanny Mazepa, Didier Moisset,
Claude Penicand, Véronique Pereira, Matthieu Porte, Thierry Saffroy, Marie-Agnès Scherrmann,
Sébastien Soriano, Charles Velut, Laurent Vivensang et Boris Wattrelos.
Les experts, partenaires et parties prenantes?: Marie Carrega, Karine Hurel, Thomas Lesueur,
Laurent Poncet et François Sabatier.
Conception et réalisation?: All Contents ? Illustrations?: Stéphane Kiehl ? Crédits photos?: IGN.
Nous adressons nos remerciements aux collaborateurs
de l?IGN et aux experts, partenaires et parties prenantes
qui ont participé à l?élaboration de ce rapport.
REMERCIEMENTS
ATLAS IGN
CHANGER D?ÉCHELLE POUR POUVOIR AGIR
CARTOGRAPHIER
L?ANTHROPOCÈNE 2022
8484
8686
(ATTENTION: OPTION stitut a également
recours aux capteurs des stations GNSS
permanentes (Global Navigation Satellite
System) qui détectent les anomalies
à la surface de la Terre. Ce fut le cas à
Mayotte en 2018 : le réseau géodésique
a permis de repérer des mouvements
anormaux et d?identifier l?origine des
déformations qui ne semblaient pas
s?apparenter à un tremblement de terre.
Et pour cause, les scientifiques ont
conclu à la naissance d?un nouveau
volcan sous-marin? par 3500 mètres
de fond à 50 kilomètres des côtes !
ACCÉLÉRER LA PHASE D?ANALYSE
Pour identifier rapidement les écarts
entre deux périodes de relevés, l?IGN
explore le potentiel des technologies
d?intelligence artificielle. Objectif : facili-
ter le travail d?analyse des experts en
utilisant la puissance des nouvelles tech-
nologies pour détecter les zones où les
paysages évoluent rapidement ou anor-
malement et méritent une attention par-
ticulière. Une autre manière de gagner
encore en réactivité.
+ Projet
Méditerranée
Pour mieux
prévoir
les épisodes
de pluie intense
Face à la multiplication des « épisodes cévenols », ces précipitations brèves et
intenses qui provoquent des inondations dévastatrices sur l?arc méditerranéen, un projet
a été lancé en 2020 afin d?en anticiper la survenue. Mené dans le cadre d?une collaboration
entre l?IGN, l?université de Montpellier, l?École nationale supérieure de techniques avancées
Bretagne (ENSTA), Météo-France et le port de Sète, le projet Méditerranée prévoit d?équiper
les navires circulant dans la zone de récepteurs GNSS (global navigation satellite systems).
Objectif : calculer le taux d?humidité afin d?améliorer la prévision des orages violents, causés
par la rencontre des masses d?air chaud et humide en provenance de la mer avec l?air froid
des massifs montagneux. Un premier bateau a été équipé au début 2022.
En 2020, à la suite des ravages
de la tempête Alex, l?IGN
a fourni 2000 photographies
haute résolution de la vallée
de la Vésubie et de la Roya, trois
jours après la catastrophe (...)
6565
ATLAS
IGN 2022
LES CAPACITÉS
D?OBSERVATION?
PARTIE 2
66
? DE L?IGN
Révolution numérique et défis environnementaux
ont conduit l?IGN à se doter d?une nouvelle « boussole »
pour fixer le sens de sa mission dans les années à venir.
La gestion de bouleversements environnementaux de
plus en plus violents va induire de surveiller de façon plus
fréquente l?évolution de certains éléments du territoire.
Cela induit pour l?IGN de faire évoluer ses capacités
d?une logique de description du territoire vers une
logique d?observation en (quasi) continu
ou très fréquente.
Les thématiques actuelles relèvent de commanditaires
publics. Carte de l?évolution de l?artificialisation des sols,
suivi de l?état des forêts, observation de l?érosion des
reliefs et en particulier
du trait de côte, cartographie prédictive des zones
de biodiversité à protéger, l?IGN est à l?oeuvre pour
montrer les changements d?un territoire en permanente
évolution. En devenant dynamique la carte devient
un outil de la planification écologique.
Mais pour que la carte déploie tout son pouvoir de
médiation, réponde au besoin de pilotage des politiques
publiques et mette en capacité les citoyens de modifier
leurs comportements, l?IGN doit opérer les virages
technologiques structurants vers l?observation
en continu.
Il s?agit pour l?institut?:
? de mobiliser diverses sources de données
pour enrichir la description de l?anthropocène.
À travers une mission «?mixte technologique?», l?IGN
investigue les nouvelles possibilités d?acquisition et
de combinaison de données à mobiliser en fonction
des besoins (prises de vues aériennes, observations
satellites, levés terrains, acquisitions LiDAR et radar
aéroportées). Concernant les techniques
d?acquisition, l?IGN renforce son expertise en matière
de géolocalisation (positionnement d?objets type
«GPS ») afin de mieux prévenir et gérer les risques
induits par les changements environnementaux
(glissements de terrain, déformation des bâtiments);
? de traiter rapidement ces données
afin de montrer les phénomènes dans
le bon timing. L?institut a fait le choix de s?investir
dans le déploiement de l?intelligence artificielle
(deep learning ou apprentissage profond) pour
automatiser ses chaînes de production initiales et
accélérer le traitement des images (reconnaissance
automatique des objets du terrain). Utilisé à bon
escient, l?apprentissage machine peut jouer
un rôle majeur dans l?élaboration de réponses
à la transition écologique;
? de montrer ces données sous des formes
adaptées à la prise de décision publique
et accessibles à tous. La mobilisation des
techniques de datavisualisation va permettre
à l?IGN, qui s?est saisi du sujet, d?adapter la mise
en forme des données à l?utilisateur et à ses besoins.
Il s?agit de démultiplier le pouvoir de médiation
des cartes de l?anthropocène.
L?ensemble de ces évolutions permettront de réaliser
des projets structurants pour la planification
écologique. La constitution d?un jumeau numérique
de la France en est un exemple. Nouvelles
acquisitions de données (LiDAR HD), réplique
précise de la réalité terrain via la géolocalisation et la
combinaison de données (notamment pour les mises
à jour), méthodes de traitement automatiques des
nuages de points et utilisation des bonnes méthodes
de datavisualisation des données 3D sont autant
d?innovations technologiques de pointe que l?IGN
apprend à maîtriser pour déployer ces nouvelles
manières de décrire le territoire.
ATLAS
IGN 202267
ACQUÉRIR
6868
Le cartographe est d?abord
un arpenteur du monde.
Mais il a progressivement
remplacé son propre pas par
celui de puissantes machines
qu?il pilote. Aujourd?hui,
satellites, avions, drones
équipés d?appareils photo,
radar, LiDAR embrassent
le monde avec une résolution
et une fréquence toujours
plus grandes. L?acquisition
reste la première étape
de la production de la donnée
géographique, la récolte
du terrain.
69
ATLAS
IGN 202269
Les cartes de l?anthropocène proposent
de suivre à intervalles réguliers l?évolution
des impacts du dérèglement climatique
et de l?artificialisation des sols sur le ter-
ritoire : état de santé des forêts, érosion
du relief et des cours d?eau, perte de bio-
diversité, etc. Cet engagement passe par
une transformation de sa stratégie d?ac-
quisition de données, basée sur une plus
grande variété de sources d?information
et une exploitation combinée de multi-
ples outils technologiques. En faisant
évoluer la nature et le rythme de mise à
jour des données, l?IGN fournira des
informations plus précises, répondant
plus spécifiquement aux attentes des
différentes politiques publiques, telles
que la protection du littoral ou la préven-
tion des incendies.
Pour accompagner la transition, une mis-
sion «?Mixte technologique?» a été lancée
au sein de l?institut afin de faire l?inven-
taire des besoins exprimés sur les enjeux
clés (ville, biodiversité, transition éner-
gétique, forêt, agriculture, bâtiment,
infrastructure, sécurité, etc.) et d?identi-
fier les nouvelles méthodes d?acquisition
de données adaptées.
LA RÉVOLUTION LiDAR HD
EST EN MARCHE
Un exemple représentatif de ces nou-
velles méthodes : la production d?un
modèle en trois dimensions de la France
grâce aux relevés LiDAR HD. HD pour
haute densité, soit dix points par mètre
carré?! Un véritable coup d?accélérateur:
là où il fallait des levés terrain directs
(GPS transporté dans un sac à dos) ou
des prises de vues aériennes hivernales
(lorsque le sol est visible en l?absence
de feuillages), les relevés aéroportés
LiDARHD permettent de cartographier
le sol et le sursol pour constituer des
modèles numériques de surface très fins.
Avec le LiDARHD, l?IGN offrira de larges
opportunités d?innovation pour répondre
aux besoins de politiques publiques:
état des lieux du risque inondation pour
diminuer la vulnérabilité des territoires
exposés, appui au contrôle des aides
dans le cadre de la politique agricole
commune, aide au contrôle des certi-
ficats d?économie d?énergie, etc. Enta-
mées en 2021, les acquisitions se
poursuivront jusqu?en 2025 et donneront
Observateur du territoire national en continu, l?IGN recentre
ses activités autour de la production et de la valorisation des cartes
de l?anthropocène, portant sur les principaux enjeux écologiques
auxquels la France fait face. Cette évolution passe par
l?utilisation et la combinaison de multiples méthodes d?acquisition
de données, capables de contribuer à la compréhension
de phénomènes complexes et instables. Vues aériennes
et satellites, LiDAR, radar, drones ? tout doit être mobilisé?!
Acquérir
Multiplier les sources
de données pour
piloter les transitions
7070
lieu à une mise à disposition progressive
des représentations 3D du territoire en
open data.
L?ARTICULATION DES MÉTHODES
D?ACQUISITION DE DONNÉES EN
FONCTION DES BESOINS
Vient ensuite la question de la complé-
mentarité des méthodes d?acquisition de
données?: observation satellite, prises
de vues aériennes, relevés LiDAR, levés
terrestres, véhicules d?acquisition de
données, etc. Entre l?aérien et le satellite
pour commencer : dans un contexte
d?amélioration des sources satellitaires,
si les niveaux de résolution des données
acquises par les satellites nouvelle géné-
ration permettent de compléter les prises
de vues aériennes, il sera question de
tirer le meilleur des deux mondes, entre
une résolution plus fine et une couverture
plus fréquente, ainsi qu?entre une couver-
ture du territoire uniforme et une cou-
verture différenciée.
D?autres complémentarités peuvent être
exploitées. Entre l?imagerie aérienne et
l?imagerie terrestre (par les véhicules
d?acquisition d?imagerie 3D) pour dresser
la cartographie urbaine la plus complète
possible. Avec le LiDARHD également,
qui va apporter de précieuses données
en complément des levées terrestres
nécessaires aux inventaires forestiers
réalisés tous les ans par l?IGN. Sans
compter le potentiel des drones, qui, si
la réglementation en matière de survol
s?assouplit, pourraient compléter locale-
ment les acquisitions aériennes et ter-
restres, en zones urbaines en particulier.
LA COORDINATION AVEC
LES ACTEURS DU TERRITOIRE
ET DE L?INNOVATION
Si l?aspect méthodologique est un critère
majeur et structurant des activités de
collecte d?information, l?agrégation de
données produites par d?autres acteurs
de l?observation des territoires est
également une priorité. Qu?il s?agisse
du Service hydrographique et océano-
graphique de la Marine (Shom), du Centre
d?études et d?expertise sur les risques,
l?environnement, la mobilité et l?aména-
gement (Cerema), de l?Office national des
forêts (ONF) ou des collectivités territo-
riales, il est essentiel de coordonner les
activités d?acquisition de données dans
un effort collectif, afin de dégager des
synergies d?action et d?éviter les
redondances. L?IGN veut également
dialoguer avec les acteurs de l?innovation?:
Centre national d?études spatiales
(CNES), Institut national de recherche en
sciences et technologies du numérique
(Inria), des industriels (Airbus, Thales),
des start-up, etc.
UN JUMEAU NUMÉRIQUE
POUR ANTICIPER
LES ÉVÉNEMENTS CLIMATIQUES
La combinaison de différentes sources
de données permettra à terme de produire
un «?jumeau numérique?» du territoire
national: une représentation topogra-
phique 3D du territoire et un environne-
ment logiciel de navigation immersive.
D?ici à 2030, cette France modélisée
pourrait être utilisée pour réaliser des
simulations de certains phénomènes
(propagation de polluant, îlots de chaleur
urbains, captation de CO2 par la forêt,
etc.). Ce chantier ambitieux implique
aussi des transformations profondes des
métiers et des compétences de l?IGN.
Ainsi, l?institut entend accélérer l?inté-
gration des expertises associées aux
technologies d?aujourd?hui et de demain
afin de préparer et d?anticiper les nou-
velles méthodes liées à l?évolution des
besoins. Pour demeurer l?acteur référent
de la description de la Terre et de ses
grands changements.
Avec le LiDAR HD,
l?IGN offrira de larges
opportunités d?innovation
pour répondre
aux besoins de politiques
publiques (...)
71
ATLAS
IGN 202271
Parmi les techniques d?acquisition de
données géographiques, la géolocalisa-
tion est un domaine d?excellence essen-
tiel aux activités de l?IGN et un thème de
recherche fondamental pour les poli-
tiques publiques. Aujourd?hui basée sur
des technologies de pointe, la géoloca-
lisation a toujours fait partie du travail
du cartographe, dont la mission consiste
à «?positionner les objets les uns par
rapport aux autres dans un système de
coordonnées?». Elle a progressivement
pénétré de nombreux usages : militaires
pour commencer, puis scientifiques, avec
des applications métier pour les géo-
mètres et topographes par exemple, et
plus récemment pour la navigation
routière et les smartphones. Et mainte-
nant: les usages autonomes, l?internet
des objets ou la réalité augmentée.
À l?ère de la dématérialisation, les don-
nées géolocalisées participent massive-
ment à un «?commun numérique?» tant
l?accès à ces données conditionne le
développement de solutions et de ser-
vices innovants. Parmi les grandes évo-
lutions directement liées à la révolution
numérique : la massification des données
géolocalisées, la démocratisation des
usages et l?hybridation de technologies
multiples et hétérogènes, qui ont notam-
ment accompagnées l?arrivée à pleine
capacité, en 2020, du système européen
Galileo et du système chinois BeiDou.
UN CHANTIER PROSPECTIF
POUR FAIRE GRANDIR
L?EXPERTISE DE L?INSTITUT
Quels seront les usages de demain??
Quels sont les nouveaux acteurs et les
innovations en devenir?? À l?heure des
grands bouleversements écologiques,
l?IGN entend conforter la veille sur les
nouvelles technologies de géolocalisa-
tion afin d?outiller toujours mieux les uti-
lisateurs et les décideurs. Lancée en
Indissociable de la cartographie, la géolocalisation est l?essence
même du métier de l?IGN : l?institut mobilise de nombreux outils
technologiques tout en étant architecte de certaines composantes,
comme les référentiels géodésiques applicables en France
métropolitaine et outre-mer. En 2021, une feuille de route dédiée à
la géolocalisation a été formalisée afin d?identifier les innovations les
plus prometteuses et de structurer la réponse
de l?IGN aux besoins dans ce domaine.
Acquérir
La géolocalisation
aujourd?hui et demain,
chantier discret
mais essentiel
La géolocalisation en bref
? Outil militaire détourné
en application civile,
la géolocalisation se définit
comme «?la détermination
des coordonnées géographiques
d?un objet à la surface ou dans
le voisinage de la Terre?» dans
un repère de référence.
Avec l?avènement du GPS,
apparaissent les trois composantes
de la géolocalisation d?aujourd?hui :
fournir une position, une datation
(outil de synchronisation
temporelle) et un moyen de
navigation (position dynamique).
? L?IGN est utilisateur de systèmes
et de techniques de géolocalisation,
et assure la cohérence géométrique,
le géoréférencement et
la qualification des données
géolocalisées.
7272
2021, la mission géolocalisation a réalisé
un diagnostic des tendances et des
opportunités et proposé une feuille de
route technologique. Avec un objectif:
structurer la connaissance et partager
l?information au bénéfice de l?appui aux
politiques publiques, en particulier sur
les besoins émergents comme la mesure
de l?impact du changement climatique
et la prévention des risques (mouve-
ments du sol, surveillance des glisse-
ments de terrain, déformation des
ouvrages d?art).
Le chantier compte trois grandes étapes:
le recensement des technologies (exis-
tantes et en développement), l?animation
d?une communauté d?expertise interne
(environ 10?% de l?effectif de l?institut)
et une étude organisationnelle pour
structurer les réseaux métier et gagner
en efficacité.
Au bout du compte, il s?agit de construire
une base de connaissances partagée et
d?identifier les axes de développement
les plus pertinents. Pour que l?IGN opti-
mise son rôle au sein de l?écosystème de
géolocalisation, où les acteurs ? publics
et privés ? sont de plus en plus nom-
breux, agiles et innovants.
QUATRE DOMAINES PRIORITAIRES
Quatre grands domaines d?appui ont
été identifiés et serviront de base
pour choisir les technologies et les
actions à engager en termes de structu-
ration des données, de recherche et
d?enseignement:
- Espace civil?: soutien au programme
spatial européen Galileo;
- Transport et mobilité : appui à la consti-
tution de référentiels dans une pers-
pective de sécurité routière liée à
l?efficacité des secours en milieu urbain
et au développement de la navigation
autonome?;
- Défense?: soutien au traitement de
l?imagerie spatiale?;
- Prévention des risques de catastrophe
naturelle?: améliorer la modélisation du
réel grâce au géoréférencement maî-
trisé et qualifié des données.
MOBILISER ET COMBINER
DIFFÉRENTES SOURCES
DE DONNÉES GÉOLOCALISÉES
Dans une démarche d?ouverture et d?in-
teropérabilité, l?IGN a également voca-
tion à renforcer son expertise en matière
de gestion des données géolocalisées
provenant de sources différentes. Le
positionnement cinématique multisource
apparaît comme l?enjeu le plus fort des
cinq prochaines années, dans le contexte
de l?évolution des usages de la localisa-
tion par satellite (capteurs multifré-
quences et multiconstellations à bas
coûts, développement des technologies
de «?positionnement ponctuel précis?» qui
sera notamment disponible via le service
de haute précision Galileo).
À l?horizon 2030, le développement de
la géo-intelligence (l?alliance de l?analyse
géographique et de la science des don-
nées) appliquée à l?observation en
continu du territoire et la mise en oeuvre
de nouveaux services fondés sur une
localisation toujours plus précise consti-
tuent les principaux enjeux.
Avec un besoin déjà identifié : aug-
menter la précision des données de
géo référencement. Pour disposer
de réfé rentiels à très grande échelle
répondant notamment aux projets tels
que le plan corps de rue simplifié (PCRS),
qui permettra de déterminer avec préci-
sion (de l?ordre du décimètre) la localisa-
tion d?un réseau enterré (fibre optique,
ligne à haute tension, gaz, etc.).
La feuille de route
de l?IGN s?articule autour
des trois composantes
de la géolocalisation:
? les référentiels géodésiques :
systèmes de coordonnées
de référence qui, au travers
de la cohérence géométrique
de leurs réalisations successives,
permettent de déterminer de façon
précise et non ambiguë la position
absolue d?une information ou
d?un objet sur la Terre?;
? la métrologie des capteurs
(caméras numériques, récepteurs
et antennes GNSS (global
navigation satellite systems),
centrales inertielles, etc.)?;
? les données géolocalisées
et les services qui concourent
à la géolocalisation indirecte,
qu?il s?agisse de l?apport de
la cartographie à la navigation
ou de géocodage effectué sur
orthophotographie. Avec un focus
sur la qualification des données
acquises qui permet d?en estimer
la précision.
À l?heure des grands
bouleversements écologiques,
l?IGN entend conforter la veille
sur les nouvelles technologies
de géolocalisation afin d?outiller
toujours mieux les utilisateurs
et les décideurs.
73
ATLAS
IGN 202273
TRAITER
7474
Il faut à la moisson de la
donnée géographique brute
un traitement pour la rendre
lisible. L?artiste cartographe,
mué en géomaticien, devient
développeur d?intelligence
artificielle et data scientist,
pour transformer plus vite une
donnée toujours plus massive
et renouvelée en continu.
Ce traitement, seconde étape
de la production de la donnée
géographique, prépare
la donnée pour les systèmes
d?information géographique,
les sites web ou les plateformes
numériques dédiées.
75
ATLAS
IGN 202275
CARTOGRAPHIER PLUS
FRÉQUEMMENT LES EFFETS
DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Le changement climatique est une réa-
lité, et ses conséquences sont chaque
jour plus visibles. L?utilisation de la car-
tographie est clé pour comprendre le
monde et faciliter la décision publique.
Véritable base de connaissance, elle met
en évidence non seulement les impacts
à un instantT mais surtout elle permet
de suivre les évolutions d?un territoire à
différentes périodes. Un exemple : dans
les bases de données réalisées sur les
incendies de forêts, l?évolution est nette,
les feux sont de plus en plus dévastateurs
et de plus en plus longs.
Les besoins de cartes et de données se
font plus pressants à mesure que les
phénomènes climatiques majeurs (incen-
dies, inondations, fragilisation des forêts,
etc.) se répètent. Il devient ainsi néces-
saire de renouveler plus fréquemment
les cartes du territoire avec un degré de
précision toujours plus fin.
L?INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET
LE DEEP LEARNING AU SERVICE
DE LA CARTOGRAPHIE
Aujourd?hui, les méthodes traditionnelles
de cartographie ne peuvent tenir à elles
seules le rythme de l?évolution de ces
besoins. Si l?on prend l?exemple de la car-
tographie de l?occupation des sols, il faut
compter un délai d?environ 12 à 18 mois
pour produire une surface équivalente à un
département ?prise de vue aérienne, étape
de photo-interprétation comprise. L?IGN
mise donc sur l?automatisation de ses pro-
cessus de production sous la supervision
de ses équipes techniques. Pour cela l?ins-
titut a désormais recours à l?intelligence
artificielle (IA) pour reconnaître automati-
quement différents objets (bâtiment, arbre,
surface de bitume, etc.). Obtenues par ana-
lyse automatique d?images aériennes et
satellitaires à l?aide de deep learning
(apprentissage profond), et renforcées
par le croisement de données multisources
et de contrôles ou reprises manuelles,
ces nouvelles productions permettent
désormais d?envisager de cartographier
l?occupation du sol métropolitain des
départements et régions d?outre-mer
(DOM-ROM) en seulement trois ans. Ces
processus inédits ont déjà été déployés
sur le Gers, premier département réalisé
Les phénomènes liés au réchauffement climatique mettent
en oeuvre des transformations du territoire profondes et visibles
dans le temps. Pour répondre à l?accélération de ces phénomènes,
l?IGN travaille sur l?automatisation et la généralisation de l?intelligence
artificielle avec une double finalité?: en tirer des enseignements
pour accompagner la décision publique et partager cette donnée
augmentée à l?ensemble de la société. Ce virage technologique
s?appuie sur un plan de recrutement et de formation?: de l?ingénieur
à l?opérateur, tout le monde est concerné.
Traiter
L?intelligence
artificielle pour
cartographier
les changements
rapides
7676
dans le cadre du dispositif national de
mesure de l?artificialisation des sols. Si les
processus de production sont inédits,
l?approche l?est également puisque l?IGN
met en open data toutes les ressources
qui contribuent à entraîner les modèles.
Une opportunité pour chacun de s?en
saisir et de les enrichir.
Cette technique de deep learning est par
ailleurs utilisée dans le cadre du pro-
gramme national de cartographie 3D
(LiDARHD). Utile pour le contrôle de la
classification de nuages de points, cette
classification automatique catégorise les
points en une dizaine de classes telles
que les bâtiments, la végétation haute/
moyenne/basse, l?eau, etc.
Les modèles ainsi créés offrent une
description actualisée de l?état du sol et
fournissent de nouveaux référentiels
généralisés sur le territoire, qui s?avèrent
nécessaires pour situer par exemple
plus précisément les vagues de chaleur,
déterminer les zones artificialisées
ou évaluer la séquestration du carbone
dans le sol.
Les premières productions IGN montrent
la complémentarité entre l?automati-
sation et le travail des équipes de l?insti-
tut. L?IA ne va pas remplacer l?humain
mais faire évoluer les métiers, de l?ingé-
nieur à l?opérateur. C?est pourquoi la
feuille de route IA (cf. encadré) met en
avant un enjeu de démocratisation.
En complément des données d?occu-
pation du sol à grande échelle (OCS GE),
de nombreuses autres cartographies
et données produites par l?IGN en
collaboration avec ses partenaires sont
disponibles. Parmi elles figure l?inventaire
forestier qui recense en continu les res-
sources forestières nationales. La base
de données sur les incendies de forêts en
France (BDIFF) centralise les informations
depuis 2006 ou encore tout le patrimoine
photo et la cartographie accessible
sur les sites remonterletemps.ign.fr et
geoportail.gouv.fr.
Ces différentes bases de données sont
complémentaires sur un même territoire
et constituent ainsi une grande richesse
pour comprendre l?évolution des terri-
toires et éclairer l?action.
Les techniques d?intelligence artificielle (IA)
ont bouleversé la plupart des domaines
du traitement de l?information (traitement
du langage, vision par ordinateur, etc.) et en
particulier certains coeurs de métiers de l?IGN
(télédétection, cartographie, etc.). Elles sont
appelées à jouer un rôle incontournable dans
les descriptions fines et régulières du territoire.
Depuis des années, les équipes du pôle
d?enseignement et de recherche de l?IGN,
l?ENSG-Géomatique, participent à des
travaux qui font référence dans ce domaine.
Pour accompagner la montée en maturité
et le déploiement à large échelle des
technologies considérées, l?IGN a établi
une feuille de route qui vise à?:
? renforcer les capacités techniques en
matière d?IA pour conduire les «?grands
projets?» d?automatisation déjà initiés?;
? mener des expérimentations pour préparer
la réponse à d?autres enjeux à venir ainsi que
pour structurer des communs en matière d?IA?;
? participer aux communautés d?IA qui
concourent au suivi des changements
rapides du territoire liés à l?activité humaine
(anthropocène).
La ligne de conduite retenue pour cette feuille
de route est celle d?une démocratisation
de l?IA au sein de l?institut et dans la société.
En opposition à une logique technocratique de
concentration d?un savoir établi chez quelques
experts, il s?agit d?assurer la diffusion large de
la capacité d?agir avec l?IA ainsi que de donner
prise à la délibération en commun sur la façon
de mobiliser et de développer ces techniques.
À l?appui de la mise en oeuvre de la feuille
de route, l?IGN a lancé un plan de formation
continue en interne ainsi qu?un plan de
recrutement de spécialistes de l?IA afin
de constituer un pool ayant une taille critique
suffisante à l?échelle de l?État.
Feuille de route intelligence artificielle
77
ATLAS
IGN 202277
+ Zoom sur le projet
CONQueTh
Les impacts
du climat
sur la croissance
de trois essences
de chêne
Le projet CONQueTh (capacité d?occupation du nord par les quercus
thermophiles), initié par le Centre national de la propriété forestière (CNPF),
s?est déroulé entre 2017 et 2021. Il a montré que la ressource en chênes pubescents,
pédonculés et sessiles dans la région de la Loire a augmenté ces trente dernières années.
Plus précisément, cette ressource est passée de 2,4 à 2,7 millions d?hectares, et de 318
à 482 millions de mètres cubes. Cette progression du volume observée dans cette étude
est caractéristique de la situation métropolitaine. Elle s?explique par une augmentation
de la maturité des peuplements (constitués d?arbres de plus gros diamètres qu?autrefois)
et dans une moindre mesure, par une augmentation de la surface des forêts.
Cette progression globale cache toutefois des dynamiques différentes selon les trois
essences. Les chênes sessiles et pédonculés baissent fortement en nombre de tiges et
en volume dans les diamètres inférieurs à 17,5 centimètres, alors qu?ils augmentent dans
les autres classes de diamètre. Le chêne pubescent, quant à lui, augmente dans toutes
les classes de diamètre quelles que soient les variables observées (volume, nombre de
tiges). On observe ainsi qu?en dix ans, le territoire occupé par le chêne pubescent semble
en expansion dans le bassin ligérien tandis que le renouvellement des deux autres chênes
diminue (cf. cartes ci-contre).
Plusieurs phénomènes concomitants peuvent expliquer ces évolutions. L?expansion
forestière, à l?oeuvre sur toutes les terres abandonnées du territoire métropolitain, contribue
au développement des espèces pionnières comme le chêne pubescent ou le chêne
pédonculé. Par ailleurs, la population importante de grands ongulés peut décourager
localement les sylviculteurs d?investir pour renouveler les peuplements gérés de chênes
sessiles et pédonculés dont les jeunes plants sont des mets de choix pour les cervidés.
Cependant, les évolutions climatiques ont également pu contribuer aux évolutions
observées?: à la faveur des modifications climatiques des dernières années, le chêne
pubescent a pu gagner en compétitivité car sa croissance radiale est stable depuis 2006
alors que celle des chênes pédonculés et sessiles montre une légère diminution liée au
climat. Cela pourrait être dû à une plus grande résistance à la sécheresse du chêne
pubescent par rapport aux chênes sessiles et pédonculés. Cette résistance peut à la fois
le favoriser dans sa phase d?installation sur de nouvelles terres et dans des peuplements
mixtes dans lesquels il est déjà établi. Attention cependant, la croissance radiale des deux
autres chênes est encore (pour l?instant ?) bien supérieure à celle du chêne pubescent.
Plusieurs phénomènes concomitants peuvent expliquer ces évolutions?:
? l?expansion forestière, à l?oeuvre sur toutes les terres abandonnées du territoire
métropolitain, contribue au développement des espèces pionnières comme le chêne
pubescent ou le chêne pédonculé?;
? la surpopulation du gibier décourage les sylviculteurs à renouveler les peuplements
gérés de chênes sessiles et pédonculés dont les jeunes plants sont des mets de choix
pour les cervidés?;
? les évolutions climatiques des dernières années ont fait gagner en compétitivité au
chêne pubescent car sa croissance radiale est stable depuis 2006 alors que celle des
chênes pédonculés et sessiles montre une légère diminution liée au climat.
7878
ÉVOLUTION DE LA POPULATION DU CHÊNE PUBESCENT EN RÉGION CENTRE VAL DE LOIRE.
Dates : 2005-2017
Dates : 1994-2006
79
ATLAS
IGN 202279
RESTITUER
8080
La carte est une
représentation spatiale,
souvent géométrique, et
toujours une sémiologie
graphique. Il faut en faciliter
l?accessibilité aussi bien
physique que cognitive.
Propriété, gratuité, donnée
ouverte, stockage, interface
logicielle forment à cette
ultime étape les enjeux de
la disponibilité. Mais la carte
est également intentionnelle,
son pouvoir est celui de rendre
intelligible un territoire,
un phénomène : faire voir
pour comprendre. La carte
ne garde son pouvoir
de médiation qu?au prix
d?une restitution pertinente.
81
ATLAS
IGN 202281
Concilier la somme considérable de
données géospatiales désormais à dis-
position et la nécessité de les rendre
accessibles et compréhensibles, c?est
tout l?enjeu de la géovisualisation. En tant
qu?observateur du territoire en continu,
l?IGN aura, dans les prochaines années,
un rôle déterminant à jouer dans son
déploiement à l?échelle nationale.
Comment donner accès au bon niveau
d?information à un utilisateur?? Et com-
ment optimiser pour cela l?ensemble des
outils technologiques disponibles afin de
rendre possible cette interaction??
L?IGN entretient des référentiels de
données régulièrement mis à jour dans
différents domaines ? forêt, biodiversité,
occupation des sols, etc. ?. Depuis une
dizaine d?années, l?automatisation des
processus par un recours de plus en plus
ciblé à l?intelligence artificielle, et le
travail partenarial avec d?autres acteurs
? industriels, PME, associations, opéra-
teurs publics ? ont permis de changer
d?échelle : l?information devient aide à
la décision et au pilotage.
Les référentiels de données thématiques
étant de natures, de localisations et de
précisions différentes, le défi pour l?IGN
est ainsi de les mettre en cohérence afin
de les rendre accessibles en donnant
accès au bon niveau d?information à un
utilisateur dans un contexte donné. L?in-
teraction entre Homme et machine doit
venir, ensuite, faciliter la compréhension
de ce qui est présenté.
L?UTILISATEUR AU CENTRE
Dans cette problématique, la question
de l?utilisateur est centrale. Celui-ci peut
avoir des difficultés de perception, ou
de compréhension. Il peut aussi s?agir
d?un groupe d?utilisateurs auquel le
système de géovisualisation doit four-
nir les éléments communs, adaptés
à chaque niveau de compétence et de
responsabilité.
Par conséquent, les objectifs pour l?IGN,
en matière de géovisualisation, sont, à
court terme, de s?adapter de plus en plus
finement à ce que perçoit et comprend
l?utilisateur dans toute sa diversité, et
de lui proposer une donnée disponible
en temps réel.
Par ailleurs, selon l?équipe d?experts
chargée de cadrer les axes d?innovation
de l?institut dans ce domaine, un autre
enjeu est de montrer les choses sans
tromper. La mission historique de l?IGN
de production de cartes a évolué et
consiste aujourd?hui à agréger ces don-
nées cartographiques et à fédérer autour
de cette donnée, en la rendant accessible
et facilement utilisable. Or, toutes ces
données n?étant pas directement super-
posables, il s?agit de «?montrer le flou?»,
afin de ne pas tromper l?utilisateur. Il y a
ainsi, à travers la géovisualisation, un
enjeu fort d?honnêteté de la représenta-
tion. De nombreuses recherches en
cours travaillent sur ces aspects en lien
avec la perception ou la sémiologie, qui
vont à leur tour adresser des champs
d?application très différents.
Enfin, l?interaction Homme-machine sera
cruciale dans le déploiement de la géo-
visualisation à plus long terme?: il s?agit
de configurer au plus juste les systèmes
pour répondre aux besoins de l?utilisa-
teur, tout en apprenant de son compor-
tement. Les travaux déjà menés dans ce
sens sont ainsi revisités sous l?angle de
l?optimisation de systèmes de géovisua-
lisation et de contextes d?usages variés.
À travers les âges, la carte a prouvé son pouvoir de médiation,
de lecture du monde et de guide. La géovisualisation, ensemble
de techniques de visualisation interactive, permet à un utilisateur
de voir des données géolocalisées 2D ou 3D de manière adaptée
à ses besoins, à ses capacités perceptives et cognitives,
et à son contexte d?usage. Et d?interagir avec cette information.
Les Magellan d?aujourd?hui ont besoin de nouvelles boussoles
pour agir dans les transitions.
Restituer
Géovisualisation :
donner à voir pour
faire comprendre
et réagir
8282
MapStyle
LA SÉMIOLOGIE AU SERVICE
DE LA CONCEPTION DE CARTES
PERSONNALISÉES
La carte est dite efficace si le message souhaité
par le cartographe est lisible et compréhensible
par le public visé. En se basant sur son expertise
en sémiologie cartographique, l?IGN a conçu un
service innovant de visualisation de données, dit
MapStyle, permettant de reproduire tout type
de rendu cartographique via une modéli sation
avancée des styles?: génération de motifs com-
plexes (rochers, éboulis, glaciers, etc.), covisualisa-
tion hybride d?orthophotographies et de données
vecteurs en faisant varier le niveau de photoréa-
lisme, conception de cartes «?à la manière de?» per-
mettant de reproduire des styles plus artistiques
issus de cartes papier anciennes ou extrapolés
dans des sensibilités plus modernes. Les utilisa-
teurs ont ainsi accès à des moyens pour concevoir
des styles cartographiques personnalisés et
attractifs afin de coller au mieux à leurs attentes
et à leurs goûts.
mapstyle.ign.fr
Remonter
le temps
L?ANTHROPOCÈNE SOUS VOS YEUX
Voir la dune du Pilat en 1950, le massif alpin au
début du siècle, ou la cathédrale Notre-Dame de
Paris arborant encore sa flèche, et pouvoir compa-
rer les images aériennes d?hier et d?aujourd?hui, tout
cela est désormais possible grâce au portail
Remonter le temps qui propose un accès gratuit à
quatre millions de cartes et de photos aériennes
depuis 1950. Ce portail donne accès au territoire
et à l?impact de l?anthropocène en quelques clics,
ainsi qu?à une comparaison des images enrichissant
la lecture et l?interprétation.
remonterletemps.ign.fr
Macarte
CRÉER ET PUBLIER
SES PROPRES CARTES
Le site Macarte offre la possibilité de créer sa
propre carte en ligne à partir des fonds mis à dis-
position par l?IGN, sans installation d?un logiciel.
Il est également possible d?y intégrer des éléments
ou des données personnelles et de publier
ces cartes dans un espace commun, via l?Atlas,
selon différentes thématiques?: éducation, climat,
santé, etc.
macarte.ign.fr
iTowns
VERS UN MÉTAVERS
GÉOGRAPHIQUE
iTowns est une plateforme développée par
l?IGN qui permet de visualiser des données géo-
graphiques 3D via le web. Initialement conçu
comme un outil de visualisation de données
images et LiDAR issues de la cartographie
mobile, iTowns a évolué. La plateforme propose
aujourd?hui de naviguer en immersion au sein d?un
très grand volume de données 3D, à toutes
les échelles, depuis l?espace jusqu?au sol. Paral-
lèlement, des interfaces offrent des possibilités
multiples de manipulation de ces données.
Moteur de visualisation 3D du Géoportail, iTowns
propose régulièrement de nouvelles fonctions.
En plus de la visualisation en 3D du territoire pour
le grand public, il ouvre la voie au développement
d?applications web à usage professionnel
pour visualiser des données, les mesurer ou
les analyser. Il s?adresse ainsi aux développeurs
ayant une connaissance minimale dans le do-
maine de l?information géographique mais n?étant
pas nécessai rement des spécialistes de la 3D.
Une brique utile dans le contexte d?ébullition
autour des métavers.
geoservices.ign.fr
83
ATLAS
IGN 202283
Les collaborateurs de l?IGN?: Arnaud Allgeyer, Anaïs Aubert, Ingrid Bonhème, François Chirié,
Antoine Colin, Loïc Commagnac, Zacharie Coq, Karine Courtès, Yannick Couturier, Bénédicte Depeux,
Valérie Deregnaucourt, Nathalie Derrière, Juliette Fabris, Benjamin Ferrand, Jean-Baptiste Fresse,
Manuel Fulchiron, Yanis Hamimi, Raphaële Heno, Dominique Jeandot, Caroline Joineau-Guesnon,
Magali Jover, Julien L?Haridon, Swann Lamarche, Frédéric Letouzé, Fanny Mazepa, Didier Moisset,
Claude Penicand, Véronique Pereira, Matthieu Porte, Thierry Saffroy, Marie-Agnès Scherrmann,
Sébastien Soriano, Charles Velut, Laurent Vivensang et Boris Wattrelos.
Les experts, partenaires et parties prenantes?: Marie Carrega, Karine Hurel, Thomas Lesueur,
Laurent Poncet et François Sabatier.
Conception et réalisation?: All Contents ? Illustrations?: Stéphane Kiehl ? Crédits photos?: IGN.
Nous adressons nos remerciements aux collaborateurs
de l?IGN et aux experts, partenaires et parties prenantes
qui ont participé à l?élaboration de ce rapport.
REMERCIEMENTS
ATLAS IGN
CHANGER D?ÉCHELLE POUR POUVOIR AGIR
CARTOGRAPHIER
L?ANTHROPOCÈNE 2022
8484
8686
INVALIDE) (ATTENTION: OPTION 018 : le réseau géodésique
a permis de repérer des mouvements
anormaux et d?identifier l?origine des
déformations qui ne semblaient pas
s?apparenter à un tremblement de terre.
Et pour cause, les scientifiques ont
conclu à la naissance d?un nouveau
volcan sous-marin? par 3500 mètres
de fond à 50 kilomètres des côtes !
ACCÉLÉRER LA PHASE D?ANALYSE
Pour identifier rapidement les écarts
entre deux périodes de relevés, l?IGN
explore le potentiel des technologies
d?intelligence artificielle. Objectif : facili-
ter le travail d?analyse des experts en
utilisant la puissance des nouvelles tech-
nologies pour détecter les zones où les
paysages évoluent rapidement ou anor-
malement et méritent une attention par-
ticulière. Une autre manière de gagner
encore en réactivité.
+ Projet
Méditerranée
Pour mieux
prévoir
les épisodes
de pluie intense
Face à la multiplication des « épisodes cévenols », ces précipitations brèves et
intenses qui provoquent des inondations dévastatrices sur l?arc méditerranéen, un projet
a été lancé en 2020 afin d?en anticiper la survenue. Mené dans le cadre d?une collaboration
entre l?IGN, l?université de Montpellier, l?École nationale supérieure de techniques avancées
Bretagne (ENSTA), Météo-France et le port de Sète, le projet Méditerranée prévoit d?équiper
les navires circulant dans la zone de récepteurs GNSS (global navigation satellite systems).
Objectif : calculer le taux d?humidité afin d?améliorer la prévision des orages violents, causés
par la rencontre des masses d?air chaud et humide en provenance de la mer avec l?air froid
des massifs montagneux. Un premier bateau a été équipé au début 2022.
En 2020, à la suite des ravages
de la tempête Alex, l?IGN
a fourni 2000 photographies
haute résolution de la vallée
de la Vésubie et de la Roya, trois
jours après la catastrophe (...)
6565
ATLAS
IGN 2022
LES CAPACITÉS
D?OBSERVATION?
PARTIE 2
66
? DE L?IGN
Révolution numérique et défis environnementaux
ont conduit l?IGN à se doter d?une nouvelle « boussole »
pour fixer le sens de sa mission dans les années à venir.
La gestion de bouleversements environnementaux de
plus en plus violents va induire de surveiller de façon plus
fréquente l?évolution de certains éléments du territoire.
Cela induit pour l?IGN de faire évoluer ses capacités
d?une logique de description du territoire vers une
logique d?observation en (quasi) continu
ou très fréquente.
Les thématiques actuelles relèvent de commanditaires
publics. Carte de l?évolution de l?artificialisation des sols,
suivi de l?état des forêts, observation de l?érosion des
reliefs et en particulier
du trait de côte, cartographie prédictive des zones
de biodiversité à protéger, l?IGN est à l?oeuvre pour
montrer les changements d?un territoire en permanente
évolution. En devenant dynamique la carte devient
un outil de la planification écologique.
Mais pour que la carte déploie tout son pouvoir de
médiation, réponde au besoin de pilotage des politiques
publiques et mette en capacité les citoyens de modifier
leurs comportements, l?IGN doit opérer les virages
technologiques structurants vers l?observation
en continu.
Il s?agit pour l?institut?:
? de mobiliser diverses sources de données
pour enrichir la description de l?anthropocène.
À travers une mission «?mixte technologique?», l?IGN
investigue les nouvelles possibilités d?acquisition et
de combinaison de données à mobiliser en fonction
des besoins (prises de vues aériennes, observations
satellites, levés terrains, acquisitions LiDAR et radar
aéroportées). Concernant les techniques
d?acquisition, l?IGN renforce son expertise en matière
de géolocalisation (positionnement d?objets type
«GPS ») afin de mieux prévenir et gérer les risques
induits par les changements environnementaux
(glissements de terrain, déformation des bâtiments);
? de traiter rapidement ces données
afin de montrer les phénomènes dans
le bon timing. L?institut a fait le choix de s?investir
dans le déploiement de l?intelligence artificielle
(deep learning ou apprentissage profond) pour
automatiser ses chaînes de production initiales et
accélérer le traitement des images (reconnaissance
automatique des objets du terrain). Utilisé à bon
escient, l?apprentissage machine peut jouer
un rôle majeur dans l?élaboration de réponses
à la transition écologique;
? de montrer ces données sous des formes
adaptées à la prise de décision publique
et accessibles à tous. La mobilisation des
techniques de datavisualisation va permettre
à l?IGN, qui s?est saisi du sujet, d?adapter la mise
en forme des données à l?utilisateur et à ses besoins.
Il s?agit de démultiplier le pouvoir de médiation
des cartes de l?anthropocène.
L?ensemble de ces évolutions permettront de réaliser
des projets structurants pour la planification
écologique. La constitution d?un jumeau numérique
de la France en est un exemple. Nouvelles
acquisitions de données (LiDAR HD), réplique
précise de la réalité terrain via la géolocalisation et la
combinaison de données (notamment pour les mises
à jour), méthodes de traitement automatiques des
nuages de points et utilisation des bonnes méthodes
de datavisualisation des données 3D sont autant
d?innovations technologiques de pointe que l?IGN
apprend à maîtriser pour déployer ces nouvelles
manières de décrire le territoire.
ATLAS
IGN 202267
ACQUÉRIR
6868
Le cartographe est d?abord
un arpenteur du monde.
Mais il a progressivement
remplacé son propre pas par
celui de puissantes machines
qu?il pilote. Aujourd?hui,
satellites, avions, drones
équipés d?appareils photo,
radar, LiDAR embrassent
le monde avec une résolution
et une fréquence toujours
plus grandes. L?acquisition
reste la première étape
de la production de la donnée
géographique, la récolte
du terrain.
69
ATLAS
IGN 202269
Les cartes de l?anthropocène proposent
de suivre à intervalles réguliers l?évolution
des impacts du dérèglement climatique
et de l?artificialisation des sols sur le ter-
ritoire : état de santé des forêts, érosion
du relief et des cours d?eau, perte de bio-
diversité, etc. Cet engagement passe par
une transformation de sa stratégie d?ac-
quisition de données, basée sur une plus
grande variété de sources d?information
et une exploitation combinée de multi-
ples outils technologiques. En faisant
évoluer la nature et le rythme de mise à
jour des données, l?IGN fournira des
informations plus précises, répondant
plus spécifiquement aux attentes des
différentes politiques publiques, telles
que la protection du littoral ou la préven-
tion des incendies.
Pour accompagner la transition, une mis-
sion «?Mixte technologique?» a été lancée
au sein de l?institut afin de faire l?inven-
taire des besoins exprimés sur les enjeux
clés (ville, biodiversité, transition éner-
gétique, forêt, agriculture, bâtiment,
infrastructure, sécurité, etc.) et d?identi-
fier les nouvelles méthodes d?acquisition
de données adaptées.
LA RÉVOLUTION LiDAR HD
EST EN MARCHE
Un exemple représentatif de ces nou-
velles méthodes : la production d?un
modèle en trois dimensions de la France
grâce aux relevés LiDAR HD. HD pour
haute densité, soit dix points par mètre
carré?! Un véritable coup d?accélérateur:
là où il fallait des levés terrain directs
(GPS transporté dans un sac à dos) ou
des prises de vues aériennes hivernales
(lorsque le sol est visible en l?absence
de feuillages), les relevés aéroportés
LiDARHD permettent de cartographier
le sol et le sursol pour constituer des
modèles numériques de surface très fins.
Avec le LiDARHD, l?IGN offrira de larges
opportunités d?innovation pour répondre
aux besoins de politiques publiques:
état des lieux du risque inondation pour
diminuer la vulnérabilité des territoires
exposés, appui au contrôle des aides
dans le cadre de la politique agricole
commune, aide au contrôle des certi-
ficats d?économie d?énergie, etc. Enta-
mées en 2021, les acquisitions se
poursuivront jusqu?en 2025 et donneront
Observateur du territoire national en continu, l?IGN recentre
ses activités autour de la production et de la valorisation des cartes
de l?anthropocène, portant sur les principaux enjeux écologiques
auxquels la France fait face. Cette évolution passe par
l?utilisation et la combinaison de multiples méthodes d?acquisition
de données, capables de contribuer à la compréhension
de phénomènes complexes et instables. Vues aériennes
et satellites, LiDAR, radar, drones ? tout doit être mobilisé?!
Acquérir
Multiplier les sources
de données pour
piloter les transitions
7070
lieu à une mise à disposition progressive
des représentations 3D du territoire en
open data.
L?ARTICULATION DES MÉTHODES
D?ACQUISITION DE DONNÉES EN
FONCTION DES BESOINS
Vient ensuite la question de la complé-
mentarité des méthodes d?acquisition de
données?: observation satellite, prises
de vues aériennes, relevés LiDAR, levés
terrestres, véhicules d?acquisition de
données, etc. Entre l?aérien et le satellite
pour commencer : dans un contexte
d?amélioration des sources satellitaires,
si les niveaux de résolution des données
acquises par les satellites nouvelle géné-
ration permettent de compléter les prises
de vues aériennes, il sera question de
tirer le meilleur des deux mondes, entre
une résolution plus fine et une couverture
plus fréquente, ainsi qu?entre une couver-
ture du territoire uniforme et une cou-
verture différenciée.
D?autres complémentarités peuvent être
exploitées. Entre l?imagerie aérienne et
l?imagerie terrestre (par les véhicules
d?acquisition d?imagerie 3D) pour dresser
la cartographie urbaine la plus complète
possible. Avec le LiDARHD également,
qui va apporter de précieuses données
en complément des levées terrestres
nécessaires aux inventaires forestiers
réalisés tous les ans par l?IGN. Sans
compter le potentiel des drones, qui, si
la réglementation en matière de survol
s?assouplit, pourraient compléter locale-
ment les acquisitions aériennes et ter-
restres, en zones urbaines en particulier.
LA COORDINATION AVEC
LES ACTEURS DU TERRITOIRE
ET DE L?INNOVATION
Si l?aspect méthodologique est un critère
majeur et structurant des activités de
collecte d?information, l?agrégation de
données produites par d?autres acteurs
de l?observation des territoires est
également une priorité. Qu?il s?agisse
du Service hydrographique et océano-
graphique de la Marine (Shom), du Centre
d?études et d?expertise sur les risques,
l?environnement, la mobilité et l?aména-
gement (Cerema), de l?Office national des
forêts (ONF) ou des collectivités territo-
riales, il est essentiel de coordonner les
activités d?acquisition de données dans
un effort collectif, afin de dégager des
synergies d?action et d?éviter les
redondances. L?IGN veut également
dialoguer avec les acteurs de l?innovation?:
Centre national d?études spatiales
(CNES), Institut national de recherche en
sciences et technologies du numérique
(Inria), des industriels (Airbus, Thales),
des start-up, etc.
UN JUMEAU NUMÉRIQUE
POUR ANTICIPER
LES ÉVÉNEMENTS CLIMATIQUES
La combinaison de différentes sources
de données permettra à terme de produire
un «?jumeau numérique?» du territoire
national: une représentation topogra-
phique 3D du territoire et un environne-
ment logiciel de navigation immersive.
D?ici à 2030, cette France modélisée
pourrait être utilisée pour réaliser des
simulations de certains phénomènes
(propagation de polluant, îlots de chaleur
urbains, captation de CO2 par la forêt,
etc.). Ce chantier ambitieux implique
aussi des transformations profondes des
métiers et des compétences de l?IGN.
Ainsi, l?institut entend accélérer l?inté-
gration des expertises associées aux
technologies d?aujourd?hui et de demain
afin de préparer et d?anticiper les nou-
velles méthodes liées à l?évolution des
besoins. Pour demeurer l?acteur référent
de la description de la Terre et de ses
grands changements.
Avec le LiDAR HD,
l?IGN offrira de larges
opportunités d?innovation
pour répondre
aux besoins de politiques
publiques (...)
71
ATLAS
IGN 202271
Parmi les techniques d?acquisition de
données géographiques, la géolocalisa-
tion est un domaine d?excellence essen-
tiel aux activités de l?IGN et un thème de
recherche fondamental pour les poli-
tiques publiques. Aujourd?hui basée sur
des technologies de pointe, la géoloca-
lisation a toujours fait partie du travail
du cartographe, dont la mission consiste
à «?positionner les objets les uns par
rapport aux autres dans un système de
coordonnées?». Elle a progressivement
pénétré de nombreux usages : militaires
pour commencer, puis scientifiques, avec
des applications métier pour les géo-
mètres et topographes par exemple, et
plus récemment pour la navigation
routière et les smartphones. Et mainte-
nant: les usages autonomes, l?internet
des objets ou la réalité augmentée.
À l?ère de la dématérialisation, les don-
nées géolocalisées participent massive-
ment à un «?commun numérique?» tant
l?accès à ces données conditionne le
développement de solutions et de ser-
vices innovants. Parmi les grandes évo-
lutions directement liées à la révolution
numérique : la massification des données
géolocalisées, la démocratisation des
usages et l?hybridation de technologies
multiples et hétérogènes, qui ont notam-
ment accompagnées l?arrivée à pleine
capacité, en 2020, du système européen
Galileo et du système chinois BeiDou.
UN CHANTIER PROSPECTIF
POUR FAIRE GRANDIR
L?EXPERTISE DE L?INSTITUT
Quels seront les usages de demain??
Quels sont les nouveaux acteurs et les
innovations en devenir?? À l?heure des
grands bouleversements écologiques,
l?IGN entend conforter la veille sur les
nouvelles technologies de géolocalisa-
tion afin d?outiller toujours mieux les uti-
lisateurs et les décideurs. Lancée en
Indissociable de la cartographie, la géolocalisation est l?essence
même du métier de l?IGN : l?institut mobilise de nombreux outils
technologiques tout en étant architecte de certaines composantes,
comme les référentiels géodésiques applicables en France
métropolitaine et outre-mer. En 2021, une feuille de route dédiée à
la géolocalisation a été formalisée afin d?identifier les innovations les
plus prometteuses et de structurer la réponse
de l?IGN aux besoins dans ce domaine.
Acquérir
La géolocalisation
aujourd?hui et demain,
chantier discret
mais essentiel
La géolocalisation en bref
? Outil militaire détourné
en application civile,
la géolocalisation se définit
comme «?la détermination
des coordonnées géographiques
d?un objet à la surface ou dans
le voisinage de la Terre?» dans
un repère de référence.
Avec l?avènement du GPS,
apparaissent les trois composantes
de la géolocalisation d?aujourd?hui :
fournir une position, une datation
(outil de synchronisation
temporelle) et un moyen de
navigation (position dynamique).
? L?IGN est utilisateur de systèmes
et de techniques de géolocalisation,
et assure la cohérence géométrique,
le géoréférencement et
la qualification des données
géolocalisées.
7272
2021, la mission géolocalisation a réalisé
un diagnostic des tendances et des
opportunités et proposé une feuille de
route technologique. Avec un objectif:
structurer la connaissance et partager
l?information au bénéfice de l?appui aux
politiques publiques, en particulier sur
les besoins émergents comme la mesure
de l?impact du changement climatique
et la prévention des risques (mouve-
ments du sol, surveillance des glisse-
ments de terrain, déformation des
ouvrages d?art).
Le chantier compte trois grandes étapes:
le recensement des technologies (exis-
tantes et en développement), l?animation
d?une communauté d?expertise interne
(environ 10?% de l?effectif de l?institut)
et une étude organisationnelle pour
structurer les réseaux métier et gagner
en efficacité.
Au bout du compte, il s?agit de construire
une base de connaissances partagée et
d?identifier les axes de développement
les plus pertinents. Pour que l?IGN opti-
mise son rôle au sein de l?écosystème de
géolocalisation, où les acteurs ? publics
et privés ? sont de plus en plus nom-
breux, agiles et innovants.
QUATRE DOMAINES PRIORITAIRES
Quatre grands domaines d?appui ont
été identifiés et serviront de base
pour choisir les technologies et les
actions à engager en termes de structu-
ration des données, de recherche et
d?enseignement:
- Espace civil?: soutien au programme
spatial européen Galileo;
- Transport et mobilité : appui à la consti-
tution de référentiels dans une pers-
pective de sécurité routière liée à
l?efficacité des secours en milieu urbain
et au développement de la navigation
autonome?;
- Défense?: soutien au traitement de
l?imagerie spatiale?;
- Prévention des risques de catastrophe
naturelle?: améliorer la modélisation du
réel grâce au géoréférencement maî-
trisé et qualifié des données.
MOBILISER ET COMBINER
DIFFÉRENTES SOURCES
DE DONNÉES GÉOLOCALISÉES
Dans une démarche d?ouverture et d?in-
teropérabilité, l?IGN a également voca-
tion à renforcer son expertise en matière
de gestion des données géolocalisées
provenant de sources différentes. Le
positionnement cinématique multisource
apparaît comme l?enjeu le plus fort des
cinq prochaines années, dans le contexte
de l?évolution des usages de la localisa-
tion par satellite (capteurs multifré-
quences et multiconstellations à bas
coûts, développement des technologies
de «?positionnement ponctuel précis?» qui
sera notamment disponible via le service
de haute précision Galileo).
À l?horizon 2030, le développement de
la géo-intelligence (l?alliance de l?analyse
géographique et de la science des don-
nées) appliquée à l?observation en
continu du territoire et la mise en oeuvre
de nouveaux services fondés sur une
localisation toujours plus précise consti-
tuent les principaux enjeux.
Avec un besoin déjà identifié : aug-
menter la précision des données de
géo référencement. Pour disposer
de réfé rentiels à très grande échelle
répondant notamment aux projets tels
que le plan corps de rue simplifié (PCRS),
qui permettra de déterminer avec préci-
sion (de l?ordre du décimètre) la localisa-
tion d?un réseau enterré (fibre optique,
ligne à haute tension, gaz, etc.).
La feuille de route
de l?IGN s?articule autour
des trois composantes
de la géolocalisation:
? les référentiels géodésiques :
systèmes de coordonnées
de référence qui, au travers
de la cohérence géométrique
de leurs réalisations successives,
permettent de déterminer de façon
précise et non ambiguë la position
absolue d?une information ou
d?un objet sur la Terre?;
? la métrologie des capteurs
(caméras numériques, récepteurs
et antennes GNSS (global
navigation satellite systems),
centrales inertielles, etc.)?;
? les données géolocalisées
et les services qui concourent
à la géolocalisation indirecte,
qu?il s?agisse de l?apport de
la cartographie à la navigation
ou de géocodage effectué sur
orthophotographie. Avec un focus
sur la qualification des données
acquises qui permet d?en estimer
la précision.
À l?heure des grands
bouleversements écologiques,
l?IGN entend conforter la veille
sur les nouvelles technologies
de géolocalisation afin d?outiller
toujours mieux les utilisateurs
et les décideurs.
73
ATLAS
IGN 202273
TRAITER
7474
Il faut à la moisson de la
donnée géographique brute
un traitement pour la rendre
lisible. L?artiste cartographe,
mué en géomaticien, devient
développeur d?intelligence
artificielle et data scientist,
pour transformer plus vite une
donnée toujours plus massive
et renouvelée en continu.
Ce traitement, seconde étape
de la production de la donnée
géographique, prépare
la donnée pour les systèmes
d?information géographique,
les sites web ou les plateformes
numériques dédiées.
75
ATLAS
IGN 202275
CARTOGRAPHIER PLUS
FRÉQUEMMENT LES EFFETS
DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Le changement climatique est une réa-
lité, et ses conséquences sont chaque
jour plus visibles. L?utilisation de la car-
tographie est clé pour comprendre le
monde et faciliter la décision publique.
Véritable base de connaissance, elle met
en évidence non seulement les impacts
à un instantT mais surtout elle permet
de suivre les évolutions d?un territoire à
différentes périodes. Un exemple : dans
les bases de données réalisées sur les
incendies de forêts, l?évolution est nette,
les feux sont de plus en plus dévastateurs
et de plus en plus longs.
Les besoins de cartes et de données se
font plus pressants à mesure que les
phénomènes climatiques majeurs (incen-
dies, inondations, fragilisation des forêts,
etc.) se répètent. Il devient ainsi néces-
saire de renouveler plus fréquemment
les cartes du territoire avec un degré de
précision toujours plus fin.
L?INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET
LE DEEP LEARNING AU SERVICE
DE LA CARTOGRAPHIE
Aujourd?hui, les méthodes traditionnelles
de cartographie ne peuvent tenir à elles
seules le rythme de l?évolution de ces
besoins. Si l?on prend l?exemple de la car-
tographie de l?occupation des sols, il faut
compter un délai d?environ 12 à 18 mois
pour produire une surface équivalente à un
département ?prise de vue aérienne, étape
de photo-interprétation comprise. L?IGN
mise donc sur l?automatisation de ses pro-
cessus de production sous la supervision
de ses équipes techniques. Pour cela l?ins-
titut a désormais recours à l?intelligence
artificielle (IA) pour reconnaître automati-
quement différents objets (bâtiment, arbre,
surface de bitume, etc.). Obtenues par ana-
lyse automatique d?images aériennes et
satellitaires à l?aide de deep learning
(apprentissage profond), et renforcées
par le croisement de données multisources
et de contrôles ou reprises manuelles,
ces nouvelles productions permettent
désormais d?envisager de cartographier
l?occupation du sol métropolitain des
départements et régions d?outre-mer
(DOM-ROM) en seulement trois ans. Ces
processus inédits ont déjà été déployés
sur le Gers, premier département réalisé
Les phénomènes liés au réchauffement climatique mettent
en oeuvre des transformations du territoire profondes et visibles
dans le temps. Pour répondre à l?accélération de ces phénomènes,
l?IGN travaille sur l?automatisation et la généralisation de l?intelligence
artificielle avec une double finalité?: en tirer des enseignements
pour accompagner la décision publique et partager cette donnée
augmentée à l?ensemble de la société. Ce virage technologique
s?appuie sur un plan de recrutement et de formation?: de l?ingénieur
à l?opérateur, tout le monde est concerné.
Traiter
L?intelligence
artificielle pour
cartographier
les changements
rapides
7676
dans le cadre du dispositif national de
mesure de l?artificialisation des sols. Si les
processus de production sont inédits,
l?approche l?est également puisque l?IGN
met en open data toutes les ressources
qui contribuent à entraîner les modèles.
Une opportunité pour chacun de s?en
saisir et de les enrichir.
Cette technique de deep learning est par
ailleurs utilisée dans le cadre du pro-
gramme national de cartographie 3D
(LiDARHD). Utile pour le contrôle de la
classification de nuages de points, cette
classification automatique catégorise les
points en une dizaine de classes telles
que les bâtiments, la végétation haute/
moyenne/basse, l?eau, etc.
Les modèles ainsi créés offrent une
description actualisée de l?état du sol et
fournissent de nouveaux référentiels
généralisés sur le territoire, qui s?avèrent
nécessaires pour situer par exemple
plus précisément les vagues de chaleur,
déterminer les zones artificialisées
ou évaluer la séquestration du carbone
dans le sol.
Les premières productions IGN montrent
la complémentarité entre l?automati-
sation et le travail des équipes de l?insti-
tut. L?IA ne va pas remplacer l?humain
mais faire évoluer les métiers, de l?ingé-
nieur à l?opérateur. C?est pourquoi la
feuille de route IA (cf. encadré) met en
avant un enjeu de démocratisation.
En complément des données d?occu-
pation du sol à grande échelle (OCS GE),
de nombreuses autres cartographies
et données produites par l?IGN en
collaboration avec ses partenaires sont
disponibles. Parmi elles figure l?inventaire
forestier qui recense en continu les res-
sources forestières nationales. La base
de données sur les incendies de forêts en
France (BDIFF) centralise les informations
depuis 2006 ou encore tout le patrimoine
photo et la cartographie accessible
sur les sites remonterletemps.ign.fr et
geoportail.gouv.fr.
Ces différentes bases de données sont
complémentaires sur un même territoire
et constituent ainsi une grande richesse
pour comprendre l?évolution des terri-
toires et éclairer l?action.
Les techniques d?intelligence artificielle (IA)
ont bouleversé la plupart des domaines
du traitement de l?information (traitement
du langage, vision par ordinateur, etc.) et en
particulier certains coeurs de métiers de l?IGN
(télédétection, cartographie, etc.). Elles sont
appelées à jouer un rôle incontournable dans
les descriptions fines et régulières du territoire.
Depuis des années, les équipes du pôle
d?enseignement et de recherche de l?IGN,
l?ENSG-Géomatique, participent à des
travaux qui font référence dans ce domaine.
Pour accompagner la montée en maturité
et le déploiement à large échelle des
technologies considérées, l?IGN a établi
une feuille de route qui vise à?:
? renforcer les capacités techniques en
matière d?IA pour conduire les «?grands
projets?» d?automatisation déjà initiés?;
? mener des expérimentations pour préparer
la réponse à d?autres enjeux à venir ainsi que
pour structurer des communs en matière d?IA?;
? participer aux communautés d?IA qui
concourent au suivi des changements
rapides du territoire liés à l?activité humaine
(anthropocène).
La ligne de conduite retenue pour cette feuille
de route est celle d?une démocratisation
de l?IA au sein de l?institut et dans la société.
En opposition à une logique technocratique de
concentration d?un savoir établi chez quelques
experts, il s?agit d?assurer la diffusion large de
la capacité d?agir avec l?IA ainsi que de donner
prise à la délibération en commun sur la façon
de mobiliser et de développer ces techniques.
À l?appui de la mise en oeuvre de la feuille
de route, l?IGN a lancé un plan de formation
continue en interne ainsi qu?un plan de
recrutement de spécialistes de l?IA afin
de constituer un pool ayant une taille critique
suffisante à l?échelle de l?État.
Feuille de route intelligence artificielle
77
ATLAS
IGN 202277
+ Zoom sur le projet
CONQueTh
Les impacts
du climat
sur la croissance
de trois essences
de chêne
Le projet CONQueTh (capacité d?occupation du nord par les quercus
thermophiles), initié par le Centre national de la propriété forestière (CNPF),
s?est déroulé entre 2017 et 2021. Il a montré que la ressource en chênes pubescents,
pédonculés et sessiles dans la région de la Loire a augmenté ces trente dernières années.
Plus précisément, cette ressource est passée de 2,4 à 2,7 millions d?hectares, et de 318
à 482 millions de mètres cubes. Cette progression du volume observée dans cette étude
est caractéristique de la situation métropolitaine. Elle s?explique par une augmentation
de la maturité des peuplements (constitués d?arbres de plus gros diamètres qu?autrefois)
et dans une moindre mesure, par une augmentation de la surface des forêts.
Cette progression globale cache toutefois des dynamiques différentes selon les trois
essences. Les chênes sessiles et pédonculés baissent fortement en nombre de tiges et
en volume dans les diamètres inférieurs à 17,5 centimètres, alors qu?ils augmentent dans
les autres classes de diamètre. Le chêne pubescent, quant à lui, augmente dans toutes
les classes de diamètre quelles que soient les variables observées (volume, nombre de
tiges). On observe ainsi qu?en dix ans, le territoire occupé par le chêne pubescent semble
en expansion dans le bassin ligérien tandis que le renouvellement des deux autres chênes
diminue (cf. cartes ci-contre).
Plusieurs phénomènes concomitants peuvent expliquer ces évolutions. L?expansion
forestière, à l?oeuvre sur toutes les terres abandonnées du territoire métropolitain, contribue
au développement des espèces pionnières comme le chêne pubescent ou le chêne
pédonculé. Par ailleurs, la population importante de grands ongulés peut décourager
localement les sylviculteurs d?investir pour renouveler les peuplements gérés de chênes
sessiles et pédonculés dont les jeunes plants sont des mets de choix pour les cervidés.
Cependant, les évolutions climatiques ont également pu contribuer aux évolutions
observées?: à la faveur des modifications climatiques des dernières années, le chêne
pubescent a pu gagner en compétitivité car sa croissance radiale est stable depuis 2006
alors que celle des chênes pédonculés et sessiles montre une légère diminution liée au
climat. Cela pourrait être dû à une plus grande résistance à la sécheresse du chêne
pubescent par rapport aux chênes sessiles et pédonculés. Cette résistance peut à la fois
le favoriser dans sa phase d?installation sur de nouvelles terres et dans des peuplements
mixtes dans lesquels il est déjà établi. Attention cependant, la croissance radiale des deux
autres chênes est encore (pour l?instant ?) bien supérieure à celle du chêne pubescent.
Plusieurs phénomènes concomitants peuvent expliquer ces évolutions?:
? l?expansion forestière, à l?oeuvre sur toutes les terres abandonnées du territoire
métropolitain, contribue au développement des espèces pionnières comme le chêne
pubescent ou le chêne pédonculé?;
? la surpopulation du gibier décourage les sylviculteurs à renouveler les peuplements
gérés de chênes sessiles et pédonculés dont les jeunes plants sont des mets de choix
pour les cervidés?;
? les évolutions climatiques des dernières années ont fait gagner en compétitivité au
chêne pubescent car sa croissance radiale est stable depuis 2006 alors que celle des
chênes pédonculés et sessiles montre une légère diminution liée au climat.
7878
ÉVOLUTION DE LA POPULATION DU CHÊNE PUBESCENT EN RÉGION CENTRE VAL DE LOIRE.
Dates : 2005-2017
Dates : 1994-2006
79
ATLAS
IGN 202279
RESTITUER
8080
La carte est une
représentation spatiale,
souvent géométrique, et
toujours une sémiologie
graphique. Il faut en faciliter
l?accessibilité aussi bien
physique que cognitive.
Propriété, gratuité, donnée
ouverte, stockage, interface
logicielle forment à cette
ultime étape les enjeux de
la disponibilité. Mais la carte
est également intentionnelle,
son pouvoir est celui de rendre
intelligible un territoire,
un phénomène : faire voir
pour comprendre. La carte
ne garde son pouvoir
de médiation qu?au prix
d?une restitution pertinente.
81
ATLAS
IGN 202281
Concilier la somme considérable de
données géospatiales désormais à dis-
position et la nécessité de les rendre
accessibles et compréhensibles, c?est
tout l?enjeu de la géovisualisation. En tant
qu?observateur du territoire en continu,
l?IGN aura, dans les prochaines années,
un rôle déterminant à jouer dans son
déploiement à l?échelle nationale.
Comment donner accès au bon niveau
d?information à un utilisateur?? Et com-
ment optimiser pour cela l?ensemble des
outils technologiques disponibles afin de
rendre possible cette interaction??
L?IGN entretient des référentiels de
données régulièrement mis à jour dans
différents domaines ? forêt, biodiversité,
occupation des sols, etc. ?. Depuis une
dizaine d?années, l?automatisation des
processus par un recours de plus en plus
ciblé à l?intelligence artificielle, et le
travail partenarial avec d?autres acteurs
? industriels, PME, associations, opéra-
teurs publics ? ont permis de changer
d?échelle : l?information devient aide à
la décision et au pilotage.
Les référentiels de données thématiques
étant de natures, de localisations et de
précisions différentes, le défi pour l?IGN
est ainsi de les mettre en cohérence afin
de les rendre accessibles en donnant
accès au bon niveau d?information à un
utilisateur dans un contexte donné. L?in-
teraction entre Homme et machine doit
venir, ensuite, faciliter la compréhension
de ce qui est présenté.
L?UTILISATEUR AU CENTRE
Dans cette problématique, la question
de l?utilisateur est centrale. Celui-ci peut
avoir des difficultés de perception, ou
de compréhension. Il peut aussi s?agir
d?un groupe d?utilisateurs auquel le
système de géovisualisation doit four-
nir les éléments communs, adaptés
à chaque niveau de compétence et de
responsabilité.
Par conséquent, les objectifs pour l?IGN,
en matière de géovisualisation, sont, à
court terme, de s?adapter de plus en plus
finement à ce que perçoit et comprend
l?utilisateur dans toute sa diversité, et
de lui proposer une donnée disponible
en temps réel.
Par ailleurs, selon l?équipe d?experts
chargée de cadrer les axes d?innovation
de l?institut dans ce domaine, un autre
enjeu est de montrer les choses sans
tromper. La mission historique de l?IGN
de production de cartes a évolué et
consiste aujourd?hui à agréger ces don-
nées cartographiques et à fédérer autour
de cette donnée, en la rendant accessible
et facilement utilisable. Or, toutes ces
données n?étant pas directement super-
posables, il s?agit de «?montrer le flou?»,
afin de ne pas tromper l?utilisateur. Il y a
ainsi, à travers la géovisualisation, un
enjeu fort d?honnêteté de la représenta-
tion. De nombreuses recherches en
cours travaillent sur ces aspects en lien
avec la perception ou la sémiologie, qui
vont à leur tour adresser des champs
d?application très différents.
Enfin, l?interaction Homme-machine sera
cruciale dans le déploiement de la géo-
visualisation à plus long terme?: il s?agit
de configurer au plus juste les systèmes
pour répondre aux besoins de l?utilisa-
teur, tout en apprenant de son compor-
tement. Les travaux déjà menés dans ce
sens sont ainsi revisités sous l?angle de
l?optimisation de systèmes de géovisua-
lisation et de contextes d?usages variés.
À travers les âges, la carte a prouvé son pouvoir de médiation,
de lecture du monde et de guide. La géovisualisation, ensemble
de techniques de visualisation interactive, permet à un utilisateur
de voir des données géolocalisées 2D ou 3D de manière adaptée
à ses besoins, à ses capacités perceptives et cognitives,
et à son contexte d?usage. Et d?interagir avec cette information.
Les Magellan d?aujourd?hui ont besoin de nouvelles boussoles
pour agir dans les transitions.
Restituer
Géovisualisation :
donner à voir pour
faire comprendre
et réagir
8282
MapStyle
LA SÉMIOLOGIE AU SERVICE
DE LA CONCEPTION DE CARTES
PERSONNALISÉES
La carte est dite efficace si le message souhaité
par le cartographe est lisible et compréhensible
par le public visé. En se basant sur son expertise
en sémiologie cartographique, l?IGN a conçu un
service innovant de visualisation de données, dit
MapStyle, permettant de reproduire tout type
de rendu cartographique via une modéli sation
avancée des styles?: génération de motifs com-
plexes (rochers, éboulis, glaciers, etc.), covisualisa-
tion hybride d?orthophotographies et de données
vecteurs en faisant varier le niveau de photoréa-
lisme, conception de cartes «?à la manière de?» per-
mettant de reproduire des styles plus artistiques
issus de cartes papier anciennes ou extrapolés
dans des sensibilités plus modernes. Les utilisa-
teurs ont ainsi accès à des moyens pour concevoir
des styles cartographiques personnalisés et
attractifs afin de coller au mieux à leurs attentes
et à leurs goûts.
mapstyle.ign.fr
Remonter
le temps
L?ANTHROPOCÈNE SOUS VOS YEUX
Voir la dune du Pilat en 1950, le massif alpin au
début du siècle, ou la cathédrale Notre-Dame de
Paris arborant encore sa flèche, et pouvoir compa-
rer les images aériennes d?hier et d?aujourd?hui, tout
cela est désormais possible grâce au portail
Remonter le temps qui propose un accès gratuit à
quatre millions de cartes et de photos aériennes
depuis 1950. Ce portail donne accès au territoire
et à l?impact de l?anthropocène en quelques clics,
ainsi qu?à une comparaison des images enrichissant
la lecture et l?interprétation.
remonterletemps.ign.fr
Macarte
CRÉER ET PUBLIER
SES PROPRES CARTES
Le site Macarte offre la possibilité de créer sa
propre carte en ligne à partir des fonds mis à dis-
position par l?IGN, sans installation d?un logiciel.
Il est également possible d?y intégrer des éléments
ou des données personnelles et de publier
ces cartes dans un espace commun, via l?Atlas,
selon différentes thématiques?: éducation, climat,
santé, etc.
macarte.ign.fr
iTowns
VERS UN MÉTAVERS
GÉOGRAPHIQUE
iTowns est une plateforme développée par
l?IGN qui permet de visualiser des données géo-
graphiques 3D via le web. Initialement conçu
comme un outil de visualisation de données
images et LiDAR issues de la cartographie
mobile, iTowns a évolué. La plateforme propose
aujourd?hui de naviguer en immersion au sein d?un
très grand volume de données 3D, à toutes
les échelles, depuis l?espace jusqu?au sol. Paral-
lèlement, des interfaces offrent des possibilités
multiples de manipulation de ces données.
Moteur de visualisation 3D du Géoportail, iTowns
propose régulièrement de nouvelles fonctions.
En plus de la visualisation en 3D du territoire pour
le grand public, il ouvre la voie au développement
d?applications web à usage professionnel
pour visualiser des données, les mesurer ou
les analyser. Il s?adresse ainsi aux développeurs
ayant une connaissance minimale dans le do-
maine de l?information géographique mais n?étant
pas nécessai rement des spécialistes de la 3D.
Une brique utile dans le contexte d?ébullition
autour des métavers.
geoservices.ign.fr
83
ATLAS
IGN 202283
Les collaborateurs de l?IGN?: Arnaud Allgeyer, Anaïs Aubert, Ingrid Bonhème, François Chirié,
Antoine Colin, Loïc Commagnac, Zacharie Coq, Karine Courtès, Yannick Couturier, Bénédicte Depeux,
Valérie Deregnaucourt, Nathalie Derrière, Juliette Fabris, Benjamin Ferrand, Jean-Baptiste Fresse,
Manuel Fulchiron, Yanis Hamimi, Raphaële Heno, Dominique Jeandot, Caroline Joineau-Guesnon,
Magali Jover, Julien L?Haridon, Swann Lamarche, Frédéric Letouzé, Fanny Mazepa, Didier Moisset,
Claude Penicand, Véronique Pereira, Matthieu Porte, Thierry Saffroy, Marie-Agnès Scherrmann,
Sébastien Soriano, Charles Velut, Laurent Vivensang et Boris Wattrelos.
Les experts, partenaires et parties prenantes?: Marie Carrega, Karine Hurel, Thomas Lesueur,
Laurent Poncet et François Sabatier.
Conception et réalisation?: All Contents ? Illustrations?: Stéphane Kiehl ? Crédits photos?: IGN.
Nous adressons nos remerciements aux collaborateurs
de l?IGN et aux experts, partenaires et parties prenantes
qui ont participé à l?élaboration de ce rapport.
REMERCIEMENTS
ATLAS IGN
CHANGER D?ÉCHELLE POUR POUVOIR AGIR
CARTOGRAPHIER
L?ANTHROPOCÈNE 2022
8484
8686
INVALIDE)